Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale
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- A Ç !
- BULLETIN
- DE LA •
- SOCIÉTÉ D’ÉNCOCRAIiEMCNT
- POUR
- L'INDUSTRIE NATIONALE
- PUBLIÉ
- SOUS LA DIRECTION DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA SOCIÉTÉ
- M. CH. DE FRÉM1NV1LLE
- 1936
- Pour faire partie de la Société, il faut être présenté par un membre et être nommé par le Conseil d’Adminislration.
- (Extrait du Règlement.)
- PARIS
- SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ, U, RUE DE RENNES (6e)
- 1936
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- 133e ANNEE.
- JANVIER 1936.
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- CONSEIL D’ADMINISTRATION
- LISTE DES MEMBRES TITULAIRES ET HONORAIRES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION ET DES MEMBRES CORRESPONDANTS POUR LANNÉE 1936
- MEMBRES TITULAIRES Bureau.
- Année
- aucoTseil! Présidentj
- 1925. — Lacoin (Maurice) (i&), Ingénieur principal de la Marine (C. R.), Ingénieur en chef honoraire du Chemin defer d’Orléans, ingénieur-conseil de la Société de Saint-Cobain, 12, boulevard Raspail (7e).
- Vice-présidents :
- 1925. — Dumanois (Paul) (C. #), Inspecteur général de l’Aéronautique,
- Ingénieur en chef du Génie maritime (C. R.), membre de l’Académie de Marine, membre d’honneur de l’Institution of Petroleum Technologists 17, rue Darcel, Boulogne-sur-Seine (Seine).
- 1913. — Loebnitz (J.) (C. #), fabricant de faïences artistiques, 4, rue Pierre Levée (11e).
- 1925. — Carpentier (Jean) (#, i), administrateur délégué de la Société « Ateliers J. Carpentier », 34, rue Guynemer (6e).
- 1901. — Hitier (Henri) (C. #), Ingénieur agronome, secrétaire perpétuel de l’Académie d’Agriculture, membre du Conseil supérieur de l’Agriculture, secrétaire général honoraire, 6, rue du Général Foy (8e).
- 1933. — Fressinet (Jean), architecte décorateur, directeur de l’École des Arts appliqués à l’Industrie, 11, rue Dupetit Thouars (3e).
- Secrétaire général :
- 1916. — de Fréminville (Charles) (^), Ingénieur des Arts et Manufactures, ancien président de la Société des Ingénieurs civils de France, 18, rue Pierre Curie (5e).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION (-1936). — JANVIER 1936.
- Année de l’enfrec au Conseil.
- 1932.
- 1930.
- 1906.
- 1906.
- 1891. •
- 1903. -
- 1923. -
- 1928. -
- 1930. -
- 1930. -
- 1932. -
- 1934. -1934. -
- Trésorier :
- Matheron (Jean), ancien Ingénieur des Fonts et Chaussées, administrateur de la Société générale d’Entreprises, 1, place Alphonse Deville (6e).
- Censeurs :
- Caziot (Pierre) (O. 3fr), Ingénieur agronome, membre de l’Académie d’Agriculture, président de la Compagnie des Experts en Estimations immobilières près le Tribunal de la Seine, 1, rue Taitbout (9e).
- Alby (A.) (O. $?), ancien Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, président honoraire du Conseil d’administration de la Société générale d’Entreprises, 10, boulevard Flandrin (16e).
- Commission des Fonds.
- Alby (A.) (O. ^), ancien Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, président honoraire du Conseil d’administration de la Société générale d’Entreprises, président, 10, boulevard Flandrin (16e).
- d’Eichthal (Eugène), membre de l’Institut, vice-président de la Compagnie des Chemins de fer du Midi, directeur de l’Ecole des Sciences politiques, 144, boulevard Malesherbes (17e).
- Lafosse (H.) (O. ^), membrede l’Académie d’Agriculture, Inspecteur général des Eaux et Forêts, Président honoraire, 61, rue- de Vaugirard (6e).
- Cornu-Thenard (André) (ifc), ancien Ingénieur des Manufactures de l’Etat, professeur à l’Ecole nationale supérieure des Mines, 6, place Saint-Sulpice (6e).
- Heurteau (Charles) (O. Jg), Ingénieur des Mines, président de la Penarroya, administrateur du P. O. et de la Compagnie de Maries, 1, avenue Victor Emmanuel III (8e).
- Watier (Henry (C. ijfc, ^g), Inspecteur général des Ponts et Chaussées, conseiller d’Etat, directeur des Ports maritimes et des Voies navigables, 14, rue Guynemer (6e).
- Cartault (Paul) (^, I. O. $§, ®, >£), docteur en droit, licencié ès lettres, diplômé de l’Ecole des Sciences politiques, avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de Cassation, 15, rue Duroc (7e).
- Matheron (Jean), ancien Ingénieur des Ponts et Chaussées, administrateur de la Société générale d’Entreprises, 1, place Alphonse Deville (6e).
- Schweisguth (Charles) (O. |ü), ancien élève de l’École polytech-
- nique, directeur delà Compagnie algérienne, 50, rue d’Anjou (8e).
- Pereire (André), administrateur de la Société du Louvre, administrateur-délégué du Syndicat d’initiative de Paris, 127, avenue des Champs-Elysées (8e).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT EN 1936.
- O
- Année de l’entrée au Conseil.
- 1891.
- 1898.
- 1900.
- 1906.
- 1913.
- 1916.
- 1918.
- 1922.
- 1924.
- 1925. -
- 1927. -1930. -1932. -
- 1932. -
- 1932. -
- Comité des Arts mécaniques.
- Sauvage (O. %), Inspecteur général des Mines, en retraite, président, 14, rue Eugène Flachat (17e).
- Masson (L.) (O. ^), ingénieur civil, directeur en congé hors cadre au Conservatoire des Arts et Métiers, 22, rue Alphonse de Neuville (17e).
- Walckenaer (Ch.) (C. ^), Inspecteur général des Mines, en retraite, président de la Commission centrale des Machines à vapeur au Ministère des Travaux publics, 218, boulevard Saint Germain (7e).
- Lecornu (Léon) (C. ^), membre de l’Institut, Inspecteur général des Mines, en retraite, professeur honoraire à l’Ecole polytechnique et à l’Ecole nationale supérieure de l’Aéronautique, 3, rue Gay-Lussac (5e).
- Dantzer (James) (O. ^), ingénieur, professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, 17, avenue Sainte-Foy, à Neuilly-sur-Seine (Seine).
- de Fréminville (Charles) (l&), Ingénieur des Arts et Manufactures, ancien président de la Société des Ingénieurs civils de France, 18, rue Pierre Curie (5e).
- Guillery (René) (O. ^), administrateur délégué des Etablissements Malicet et Blin, 11, rue de Belzunce (10e).
- Androuin (M. J.) (^, I. H), ingénieur-conseil, 44, rue Dombasle (15e).
- Sabouret (Victor) (O. ^), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, en retraite, Ingénieur en chef honoraire de la Compagnie du Chemin de fer d’Orléans, 3, square de La TourMaubourg (7e).
- Dumanois (Paul) (C. I. |>), Inspecteur général de l’Aéronautique, Ingénieur en chef du Génie maritime (C. R.), membre de l’Académie de Marine, membre d’honneur de l’Institution of Petroleum Technologists 17, rue Darcel, Boulogne-sur-Seine (Seine).
- Fieux (Jean) ($£), ingénieur conseil aux Etablissements Schneider, 160, avenue de Suffren (15e).
- Brillié (Eugène), Ingénieur des Arts et Manufactures, conseil technique, 111, boulevard Saint-Michel (5e).
- Pernollet (Joseph) (1), Ingénieur des Arts etManufactures, administrateur-directeur des Établissements E. Yuillaume (Boulonnerie, Paris et Revigny), 45, rue Manin (19e).
- Nicolau (Pierre) (#, 1, II), Ingénieur militaire principal des Fabrications d’Armement, chef du Service de l’Atelier de Précision à l’Etablissement central des Fabrications d’Armement, 69, rue de Rennes (6e).
- Épinay (Edmond) (O. ^), Ingénieur des Ponts et Chaussées, en congé H. C., ingénieur en chef du Matériel et de la Traction à la Compagnie du Chemin de fer de Paris à Orléans, 5, rue Jean Carriès (7e).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION (1936). — JANVIER 1936.
- Année de l’entrée
- au Conseil. ,
- 1935. — Jouguet (Emile) (C. ^), Inspecteur général des Mines, membre de l’Académie des Sciences, professeur à l’Ecole polytechnique et à l’Ecole nationale supérieure des Mines, 12, rue Pierre Curie (5e).
- Comité des Arts chimiques.
- 1900. — Bâclé (O. %), Ingénieur civil des Mines, ancien président de la Société des Ingénieurs civils de France, 'président, 96, rue de la Victoire (9e).
- 1885. — Le Chatelier (Henry) (G. O. %), membre de l’Institut, Inspecteur général des Mines, président honoraire, 75, rue Notre Dame des Champs (6e).
- 1907. — Guillet (C. $é), membre de l’Institut, professeur au Conservatoire
- national des Arts et Métiers, directeur de l’Ecole centrale des Arts et Manufactures, ancien président de la Société des Ingénieurs civils de France, 1, rue Montgolfier (3e).
- 1908. — Bertrand (Gabriel) (C. %), membre de l’Institut, de l’Académie
- de Médecine et de l’Académie d’Agrieulture, professeur à la Faculté des Sciences et à l’Institut Pasteur, 61, boulevard des Invalides (7e).
- 1911. — Trillat (A.) (C. ^), chef de Service à l’Institut Pasteur, 28, rue
- Emile Roux (15e).
- 1912. — Delloye (Lucien) (O. >ï<), administrateur de laCie de Saint-Gobain,
- 102, avenue de Villiers (17e).
- 1913. — Loebnitz (J.) (C. fabricant de faïences artistiques, 4, rue Pierre
- Levée (11e).
- 1917. — Chesneau (Gabriel) (C. %), Inspecteur général des Mines, directeur honoraire de l’Ecole nationale supérieure des Mines, 17, rue de Bourgogne (7e).
- 1921. — Charpy (Georges) (O. >&), membre de l’Institut, professeur à l’École polytechnique, 16, rue du Pré aux Clercs (7e).
- 1927. — Fleurent (C. t>), professeur au Conservatoire national des Arts
- et Métiers, directeur de l’Office des Produits chimiques et pharmaceutiques, 65, route de Croissy, Le Vésinet (Seine-et-Oise).
- 1928. — Portevin (Albert) (O. ^), ingénieur et docteur h. c., professeur sup-
- pléant de métallurgie à l’Ecole centrale des Arts et Manufactures, professeur à l’Ecole supérieure de Fonderie et à l’École supérieure de Soudure autogène, ancien président de la Société des Ingénieurs civils de France, 21, boulevard de Beauséjour (16e).
- 1928. — Pascal (Paul) (^), correspondant de l’Institut, professeur à la Sorbonne et à l’École centrale des Arts et Manufactures, Laboratoire de Chimie minérale de la Sorbonne, 1, rue Victor Cousin (5e). 1928. — Wahl (André) (O. I. 0), professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, 14 dis, boulevard Cotte, Enghien-les-Bains (Seine-et-Oise).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT EN 1936. 7
- Année de l’entrée au Conseil.
- 1929. — Jolibois (Pierre) (#, ü), docteur ès sciences physiques, professeur
- à l’Ecole nationale supérieure des Mines, 1, avenue Sylvestre de Sacy (7e).
- 1930. — Dubrisay (René) (O. Üfc, I. O), Ingénieur en chef des Manufactures
- de l’Etat, docteur ès sciences, professeur de chimie générale au Conservatoire national des Arts et Métiers, examinateur à l’École potytechnique, 37, rue Yaneau (7e).
- 1934. — Jossier (Henri) (jfc), Ingénieur des Arts et Manufactures, membre de la Chambre de Commerce de Paris, président de la Chambre syndicale des Cuirs et Peaux de Paris, tanneur, fabricant de cuirs vernis et de cuirs teints, 25, rue de l’Entrepôt (10e).
- Comité des Arts économiques.
- 1909. — Bordas (Dr F.) (C. %), directeur honoraire du Service des Laboratoires du Ministère des Finances, membre du Comité des Arts et Manufactures, président, 58, rue Notre Dame des Champs (6e).
- 1919. — Delage (Gustave) (O. j^), capitaine de corvette de réserve, président honoraire de la Société Nieuport-Astra, président délégué de la Société anonyme des Établissements Jaeger, 45, rue Cor-tambert (16e).
- 1925. — Carpentier (Jean) (üfc, Ü), administrateur délégué de la Société « Ate-
- liers J. Carpentier », 34, rue Guynemer (6e).
- 1926. — Garnier (Maurice) (C. I. f]f), Ingénieur général de l’Arlillerie
- navale, directeur de l’Artillerie navale à Toulon, 5, rue Gimelli, Toulon (Var).
- 1927. — Pineau (Louis) (C. ^), directeur de l’Office national des Combus-
- tibles liquides, 37, avenue Duquesne (7e).
- 1928. — Lequeux (Raoul) (Üfc), Ingénieur des Arts et Manufactures, ingé-
- nieur constructeur de matériel pour les laboratoires et l’industrie, 64, rue Gay-Lussac (5e).
- 1929. — Gaumont (Léon) (O. ^), président d’honneur de la Chambre syndi-
- cale française de la Cinématographie, « Les Tourelles », Sainte-Maxime-sur-mer (Var).
- 1930. — Janvier (Marie-Charles) (C. ifc), lieutenant-colonel honoraire d’artil-
- lerie, 137, avenue Malakoff (16e).
- 1930. — Nessi (André) (ifc, 1), Ingénieur des Arts et Manufactures, expert près le Tribunal civil de la Seine, ancien gérant des Établissements Nessi frères et Cie, à Montrouge, constructeurs d’appareils de chauffage par l’eau et la vapeur, 1, avenue du Président Wilson (16e).
- 1930. — Fabry (Charles) (O. #), membre de l’Institut, professeur à la Sorbonne et à l’École polytechnique, directeur de l’Institut d’Optique, 150, avenue du Maine (14e).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION (J 936). — JANVIER 1936.
- Aimée de l’entrée au Conseil.
- 1932.
- 1933.
- 1934. 1933.
- 1917.
- 1901.
- 1903.
- 1916.
- 1917.
- 1922.
- 1927.
- 1929.
- 1929.
- 1929.
- Helbronner (Paul) (O. ifc, ^), docteur ès sciences mathématiques, membre de l’Institut, correspondant du Bureau des Longitudes, 94, avenue Kléber (16e).
- Mesny (René) (G. %), membre de l’Académie de Marine, professeur à l’École supérieure d’Électricité, 21, rue Jacob (6e).
- de Broglie (Maurice) (O. ^), membre de l’Institut, 29, rue de Chateaubriand (8e).
- Bihoreau (Charles) (%, ^), ingénieur, chargé de la direction des Services techniques de l’Office national des Combustibles liquides, 83, boulevard Montparnasse (6e).
- Comité d’Agriculture.
- Mangin (Louis) (G. O. ^), membre de l’Institut et de l’Académie d’Agriculture, directeur honoraire du Muséum national d’His-toire naturelle, président, 36, rue Geoffroy Saint Hilaire (3e).
- Hitier (Henri) (C. 4&), Ingénieur agronome, secrétaire perpétuel de l’Académie d’Agriculture, membre du Conseil supérieur de l’Agriculture, secrétaire général honoraire, 6, rue du Général Foy (8e).
- Schribaux (E.) (C. %), Ingénieur agronome, membre de l’Institut et de l’Académie d’Agriculture, 140 bis, rue de Rennes (6e).
- Viala (Pierre) (C. ^), membre de l’Institut et de l’Académie d’Agriculture, professeur à l’Institut national agronomique, Inspecteur général honoraire de la Viticulture, 33, boul. Saint Michel (3e).
- Moussu (G.) (O. %), membre de l’Institut et de l’Académie d’Agriculture, professeur à l’Institut national agronomique, 1, villa des Epinettes, à Saint-Maurice (Seine).
- Kayser (Edmond) (O. i^), membre de l’Académie d’Agriculture, directeur honoraire du Laboratoire de Fermentation à l’Institut national agronomique, 9 bis, rue d’Assas (6e).
- Roux (Eugène) (G. O. dfti, I. fl, C. ü), docteur ès sciences, directeur honoraire du Ministère de l’Agriculture, 42, rue de Bourgogne (7°).
- Nomblot (Alfred) (C. C. ü), président de la Chambre d’Agriculture de la Seine, membre du Conseil supérieur de l’Agriculture, secrétaire général de la Société nationale d’Horticulture de France, horticulteur, 146, Grande Rue, Bourg-la-Reine (Seine).
- Prudhomme (Emile) (O. i&), Ingénieur agronome, directeur de l’Institut national d’Agronomie de la France d’Outre-mer, professeur à l’Institut national agronomique et à l’Ecole nationale de la France d’Outre-mer, 10, rue de Fontenay, Nogent-sur-Marne (Seine).
- Rémond (Georges) (^), président de l’Association générale des
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT EN 1936.
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- Année de l’entrée an Conseil.
- 1930.
- 1930.
- 1932.
- 1932.
- 1932.
- 1919.
- 1903.
- 1908.
- 1908.
- 1908.
- 1924.
- 1926.
- 1927. 1927.
- Producteurs de Blé et de la Chambre d’Agriculture de Seine-et-Marne, 60, rue de Vaugirard (6e).
- Alquier (Jules) (O. i&), membre de l’Académie d’Agriculture, directeur de la Station centrale de Recherches sur l’Alimentation du Ministère de l’Agriculture, secrétaire général de la Société scientifique d’Hygiène alimentaire, directeur de l’Institut national agronomique, 16, rue Claude Bernard (5e).
- Caziot (Pierre) (O. ^), Ingénieur agronome, membre de l’Académie d’Agriculture, président de la Compagnie des Experts en Estimations immobilières près le Tribunal de la Seine, 1, rue Tait-bout (9e).
- Vayssière (Paul) (^,0. Ü), Ingénieur agronome, docteur ès sciences, professeur de zoologie agricole, 2, rue du Val de Grâce (5e).
- Villard (André) (O. &, lj|, C. ||), Ingénieur agricole,'membre de l’Académie d’Agriculture, vice-président honoraire de la Chambre syndicale des Constructeurs de Machines agricoles, 59, rue de Prony (17e).
- Tardy (Louis) (C. I. #, C. î§), Ingénieur agronome, licencié ès sciences, membre de l’Académie d’Agriculture, directeur général de la Caisse nationale de Crédit agricole, professeur à l’Institut national agronomique et à l’Institut national d’Agronomie des Pays d’outre-mer, 7, avenue de Villars (7e).
- Comité des Constructions et des Beaux-Arts.
- Magne (Marcel) (O. ^), professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, membre du Conseil supérieur des Beaux-Arts, président, 34, quai de Béthune (4e).
- Maes (Georges) (%), manufacturier, 45, rue de Courcelles (8e).
- Hersent (Georges) (C. ^), Ingénieur des Arts et Manufactures, 60, rue de Londres (8e).
- Bourdel (Joseph) (O. ^), imprimeur éditeur, ancien juge au Tribunal de Commerce, ancien président du Cercle de la Librairie et du Syndicat des Editeurs, 10, rue Garancière (6e).
- D’Allemagne (Henry) (O. ^), archiviste paléographe, bibliothécaire honoraire à la Bibliothèque de l’Arsenal, 30, rue des Mathurins (8e).
- Feret (René) (O. ifc), ancien élève de l’Ecole polytechnique, chef du laboratoire des Ponts et Chaussées, à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais).
- Lumière (Louis) (G. O. $fc), membre de l’Institut, 156, boulevard Bineau, Neuilly-sur-Seine (Seine).
- Schneider (Charles) (^). artiste, maître de verrerie, 79, avenue du Chemin de fer, Epinay-sur-Seine (Seine).
- Saupique (Georges) (^), sculpteur, membre du Jury à l’Exposi-tion des Arts décoratifs de Paris 1925, 105, rue Notre Dame des Champs (6e).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION (1936). — JANVIER 1936.
- Année de l’entrée au Conseil.
- 1927. — Bechmann (Lucien (4&, ü§), architecte diplômé par le Gouvernement, 23, rue du Conseiller Collignon (16e).
- 1930. — Séjourné (Paul) (G. O. t&), membre de l’Institut, Inspecteur général des Ponts et Chaussées, conseil de la Cie P. L. M., 82, rue Notre Dame des Champs (6e).
- 1933. — Fressinet (Jean), architecte décorateur, directeur de l’Ecole des Arts appliqués à l’Industrie, 11, rue Dupetit Thouars (3e).
- 1933. — Freyssinet (Eugène) (O. ^), ancien Ingénieur des Ponts et Chaussées,
- ingénieur-conseil, 28, rue Saint-James, Neuilly-sur-Seine (Seine).
- 1934. — Deniau (Marcel) (•&, ü), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées,
- Inspecteur général-adjoint des Travaux de Paris, chef du Service des Vais de Loire (Préfecture de la Seine), 1, square du Champ de Mars (15e).
- 1935. — Caquot (Albert) (G. O. ü), membre de l’Institut, professeur à
- l’Ecole nationale supérieure des Mines, à lE’cole nationale des Ponts et Chaussées et à l’Ecole supérieure de l’Aéronautique, 1, rue Beethoven (16e).
- 1935. — Blétry (C.) (O. ^), ingénieur civil, conseil en propriété industrielle, 2, boulevard de Strasbourg (10e).
- Comité de Commerce.
- 1910. — Georges-Risler (G. O. ^), membre de l’Institut, président du Musée social et de l’Union nationale des Fédérations d’Organismes d’Ha-bitations à bon marché, président, 115, avenue des Champs Elysées (8e).
- 1913. — Richemond (Pierre) (C. ^), ancien ingénieur constructeur, président du Conseil d’administration du P. O., 49, rue Ampère (17e).
- 1924. — Herrenschmidt (Jacques), fabricant de cuirs teints, 186, avenue
- Victor Hugo (16e).
- 1925. — Lacoin (Maurice) (ijfc), Ingénieur de la Marine (C. R.), ingénieur-
- conseil de la Société de Saint-Gobain, 12, boulevard Raspail(7e).
- 1926. — Servonnet (Hyacinthe) (i&, ü, £>), Ingénieur des Arts et Manufac-
- tures, Ingénieur en chef adjoint honoraire du Chemin de fer du Nord, 3, square de Clignancourt (18e).
- 1927. — Hardy (Georges) (O. J&, Ü), ancien élève de l’École normale supé-
- rieure, agrégé de l’Université, docteur ès lettres, ancien directeur de l’Enseignement en Afrique occidentale française et du Maroc, directeur honoraire de l’École coloniale, recteur de l’Académie d’Alger.
- 1929. — Chevalier (Auguste) (O. t&), professeur au Muséum national d’Histoire naturelle, directeur du Laboratoire d’Agronomie coloniale, chef de la Mission permanente d’Agriculture au Ministère des Colonies, secrétaire général de l’Association Colonies-Sciences, 57, rue4Cuvier (5e).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT EN 1936. 11
- Année de l’entrée au Conseil
- 1931. — Blondel (Fernand) ü), Ingénieur en chef des Mines, secrétaire général du Comité d’Etudes minières pour la France d’outremer, vice-président de la Société géologique de France, 13, rue de Bourgogne (7e).
- 1933. — Duchemin (Bené) (C. $fc), ingénieur-chimiste, président de la Confé-
- dération générale de la Production française et des Etablissements Kuhlmann, 1, rue de Nevers (6°).
- 1934. — Garnier (Henri) (O. 4&), Ingénieur des Arts et Manufactures, prési-
- dent de la Chambre de Commerce de Paris, 20, boulevard de Vaugirard (15e).
- 1934. — Lambert-Bibot (Alfred) (O. !&), maître des requêtes honoraire au Conseil d’Etat, délégué général du Comité des Forges, 30, rue Las Cases (7e).
- 1934. — Dutreux (Auguste) (O. •&, ü), Ingénieur des Arts et Manufactures, membre de la Chambre de Commerce de Paris, président de la Société des Pneumatiques Dunlop, 74, avenue d’Iéna (16e).
- 1934. — Blériot (Louis) (C. ifc), Ingénieur des Arts et Manufactures,
- constructeur, aviateur, 288, boulevard Saint-Germain (7e).
- 1935. — Marlio (Louis) (C. % ), membre de l’Institut, président de la Com-
- pagnie des Chemins de fer de l’Est, 23, rue Balzac (8e).
- 1935. — Tirard (Paul) (G. O. ^), membre de l’Institut, président des Chemins de fer du Midi et de la Compagnie Air France, 6, rue Puvis de Chavannes (17e).
- Commission du Bulletin.
- MM. de Fréminville, secrétaire général; Lafosse, Alby, Sauvage, Masson, Bâclé, Chesneau, Bordas, Nessi, Hitier, Schribaux, Bourdel, d’Allemagne, Herrenschmidt, Bisler.
- Agent général de la Société.
- 1912. — Lemaire (Eugène) (#, $), Ingénieur des Arts et Manufactures, 44, rue de Rennes (6e). — Téléphone : Littré-55-61.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION (1936). — JANVIER 1936.
- Année de
- la nomination.
- MEMBRES HONORAIRES DU CONSEIL Comité des Arts économiques.
- 1916. — Legouëz (Raynald) (C. tfc), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées en retraite, ancien vice-président de la Chambre de Commerce de Paris, 25, rue Molitor (16e).
- 1922. — Breton (Jules), membre de l’Institut, directeur de l’Office des Recherches scientifiques et industrielles et des Inventions, 81 bis, boulevard Soult (12e).
- 1915. — Arnould (Pierre) (O. #), ingénieur, 15, rue Duguay-Trouin (6e).
- Comité des Constructions et des Beaux-Arts.
- 1911. — Bertrand de Fontviolant (C. $£), professeur à l’École centrale des Arts et Manufactures, président d’honneur du Conseil de cette école, Les Acacias, Yaucresson (Seine-et-Oise).
- 1927. — Mtchel-Schmidt (Maurice) (O. ifc, O, &, ®), Ingénieur des Arts et Manufactures, entrepreneur-conseil des travaux d’extension du port du Havre, 183, boulevard de Strasbourg, Le Havre ( S eine-Inférieure).
- Comité de Commerce.
- 1931. — Abbatucci (Séverin) (O. ü, f), médecin colonel en retraite, ancien membre du Conseil supérieur de Santé des Colonies, 55, boulevard Gambetta, Nice (Alpes-Maritimes).
- MEMBRES CORRESPONDANTS
- Comité des Arts mécaniques.
- Correspondant français.
- 1913. — Schubert (Adrien) (^, ü, O), Ingénieur des Arts et Manufactures 6, rue Fourcroy, Paris (17e).
- Comité des Arts chimiques.
- Correspondant français.
- 1919. — Zuber (Louis), industriel, à Rixheim (Haut-Rhin).
- Correspondants étrangers.
- 1906. — Hadfield (Sir Robert Abbott), membre de la Royal Society, D. Sc., D. Met., membre correspondant de l’Académie des Sciences de Paris, steel manufacturer, 22, Carlton House Terrace, London, S. W. 1 (Angleterre).
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- MEMBRES CORRESPONDANTS DU CONSEIL DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT EN 1936. 13
- Année de
- a nomination.
- 1922. — Hauser (Enrique), Ingénieur des Mines, membre de l’Académie des Sciences de Madrid, ancien président de la Commission espagnole du Grisou et du Conseil des Mines, ancien professeur chef du Laboratoire de Chimie industrielle de l’École des Mines et du Laboratoire Gomez Pardo, 27, rue Zorrilla, Madrid, 14° (Espagne).
- 1922. — Sauveur (Albert) (ij£, ü), ingénieur métallurgiste, membre de la National Academy of Sciences, professeur de métallurgie et de métallographie à l’Université Harvard, Harvard University, Cambridge, Mass. (U. S. A.).
- 1922. — Mrazec (L.), professeur de minéralogie, directeur du Laboratoire de Minéralogie de l’Université, membre de l’Académie roumaine, boulevard Bratianu, 1, Bucarest (Roumanie).
- Comité des Arts économiques.
- Correspondants français.
- 1919. — Chauveau (Dr Claude) ($r), sénateur, docteur médecin, 242, boulevard Saint-Germain, Paris (7e).
- 1919. — Visseaux (Jacques), industriel, 88 à 92, quai Pierre Seize, Lyon (Rhône).
- Correspondants étrangers.
- 1890. — Elihu-Thomson (O. ifc), A. M. (Yale University) D. Sc. (Harvard University), Consulting engineer, electrician, member of Corporation, Mass. Institute of Technology (Cambridge, Mass.), General Electric Company (Lynn, Mass.), 22, Monument Avenue Swampscott, Mass. (U. S. A.).
- 1913. — Guillaume (Charles-Édouard,) (C. ifc), correspondant de l’Institut de France (prix Nobel), physicien, directeur du Bureau international des Poids et Mesures, Pavillon de Breteuil, Sèvres (Seine-et-Oise).
- 1920. — Torres y Quevedo, membre de l’Académie royale des Sciences de Madrid, directeur du Laboratoire de Automatica de Madrid, membre correspondant de l’Institut de France, Valgame Eios, 3, Madrid (Espagne).
- Comité d’Agriculture.
- Correspondants français.
- 1890. — Milliau (Ernest) (^, G. O. $), expert des tribunaux, correspondant de l’Académie d’Agriculture, directeur du Laboratoire d’Essais techniques, 30, rue Sainte, Marseille (Bouches-du-Rhône).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION (4936). — JANVIER 1936.
- Année de la nomination.
- 1907. — Monicault (Pierre de) (Ü), Ingénieur agronome, membre de l’Académie d’Agriculture, agriculteur, 91, faubourg Saint-Honoré, Paris (8e), et à Versailleux (Ain).
- Comité des Constructions et des Beaux-Arts.
- Correspondants français.
- 1913. — Couturaud (Pierre) (ü), Ingénieur des Arts et Manufactures, administrateur délégué de la revue Chaleur et Industrie, 5, rue Michel-Ange, Paris (16e).
- 1925. — Leinekugel le Cocq (G.) (O. ^), Ingénieur hydrographe en chef de la Marine de réserve, Les Tilleuls, Châteauneuf-sur-Loire (Loiret).
- Correspondant étranger.
- 1932. — Hannover (Harald Immanuel), ancien directeur de l’Ecole polytechnique royale, 0sterbrogade 106, 0, Copenhague (Danemark).
- Comité de Commerce.
- Correspondants français.
- 1933. — Abbatucci (Séverin) (O. i§, %), médecin colonel en retraite,
- ancien membre du Conseil supérieur de Santé des Colonies, 55, boulevard Gambetta, Nice (Alpes-Maritimes).
- 1934. — Bouteiller (Paul) (^, U), docteur en droit, conseil juridique de
- la Banque ottomane, 19, rue Littré, Paris (6e).
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — JANVIER 1936 (p. 15).
- L’ÉCLAIRAGE DES ROUTES ET LA PERCEPTION DES OBSTACLES{1)
- par M. Robert Gibrat, Ingénieur au Corps des Mines, docteur en droit, ingénieur-conseil de la Société générale d'Entreprises.
- INTRODUCTION
- L’éclairage des routes apparaît de plus en plus comme une condition nécessaire de la circulation automobile de nuit : la sécurité l’impose, l’augmentation de la capacité de trafic de la route le justifie.
- La suppression de l’éclairage par projecteurs automobiles et son remplacement par l’éclairage de la route doit supprimer tous les accidents dus à l’éblouissement et à l’insuffisance de visibilité, en raison des vitesses modernes.
- Phares-codes. — Nous ne croyons pas, malgré les conditions de plus en plus sévères imposées aux phares automobiles, que l’on puisse arriver à créer un appareil qui permette de croiser une voiture sans éblouir, tout en éclairant suffisamment. Les phares-codes agréés, bien réglés, bien orientés, seraient sans doute acceptables ; mais même s’ils sont bien réglés à vide, l’effet du réglage disparaît lorsque la voiture est chargée à l’arrière. Est-il possible aussi de parler du réglage des phares-codes d’un camion, lorsqu’il dépend si fortement du poids transporté ? Enfin, par temps de pluie, la surface de la route devient réfléchissante et transforme le faisceau rasant la route et légèrement plongeant en faisceau montant, provoquant l’éblouissement.
- Réalisations. — Les voyages de nuit et les transports routiers ne deviendront possibles, sans de graves accidents, qu’en éclairant les grandes routes d’une façon continue. A l’étranger, on compte déjà de nombreuses installations de ce genre, notamment aux États-Unis et en Italie, où l’on peut citer comme exemples l’auto-strade de Milan et celui de Rome à Ostie. En Angleterre, l’opinion publique est alertée, et plus d’une centaine de tronçons sont actuellement en essais. Aux Pays-Bas et en Belgique, plusieurs parties de routes sont éclairées depuis déjà longtemps. En France, des installations existent, notamment la route d’Aix à Marseille, la route de la moyenne corniche de Cannes à la frontière italienne, et la route de Paris à Versailles. Les essais français sont encore trop récents pour permettre des statistiques complètes, mais les indications sont favorables.
- Accidents dus à l'éclairage. — Voici, par exemple, les renseignements donnés par le maire de Nanterre sur les accidents survenus de nuit sur les grandes voies de communication de Nanterre :
- La mise en service de l’éclairage public remonte au 1er septembre 1933, et il est possible de comparer les résultats de l’année qui précède à ceux de l’annee qui suit cette mise en service :
- Avant. Après.
- Accidents mortels............................... 3 0
- Accidents ayant causé des blessures............ 69 35
- Accidents matériels............................ 70 57
- (1) Conférence faite en séance publique par l’auteur, le 23 novembre 1935.
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- 1(5 L'ÉCLAIRAGE DES ROUTES. — JANVIER 1936.
- En Amérique, où Ja question de l’éclairage des routes a été très étudiée, des mémoires récents fournissent des renseignements très intéressants. Ainsi, M. Simpson, Ingénieur du Bureau national des Assurances, et M. Goodel, Ingénieur pour l’Éclairage des Voies publiques à la Compagnie générale d’Éclairage de Cincinnati, ont montré, par des chiffres incontestables, que le trafic de nuit impose à la société moderne un inévitable fardeau, soit sous la forme d’une dépense approprié pour l’éclairage convenable des toutes, soit sous la foi me de pertes encore plus grandes, représentées par des accidents, sans compter la charge de souffrance humaine.
- Des statistiques relevées sur 227 abords de villes aux États-Unis montrent un accroissement du nombre d’accidents pendant les mois d’hiver, faisant ressortir ainsi l’influence de l’éclairage.
- De même la comparaison entre un groupe de villes ayant amélioré leur éclairage et un autre groupe l’ayant, pour raisons d’économie, diminué, fait ressortir dans le premier cas une diminution du pourcentage d’accidents mortels aux heures de trafic nocturne, dans le second cas un accroissement de ce pourcentage (fig. 1).
- En Angleterre, une commission spéciale a étudié pendant plusieurs mois l’influence de l’éclairage sur les accidents. Sur 374 accidents étudiés, 117 étaient dus à un éclairage insuffisant, 88 à des projecteurs éblouissants; ils auraient disparu si les routes avaient été éclairées de façon convenable.
- Enfin, en France, le colonel Nicolet, Directeur de la Gendarmerie, a signalé, dans un rapport au Congrès de la Sécurité de la Route, que 3,5 p. 100 des accidents étaient dus à des projecteurs éblouissants, et 30 p. 100 à l’inobservation du Code aux croisements.
- Accroissement de la circulation. — Il ne faut pas perdre de vue la rapidité avec laquelle s’est accrue la circulation automobile dans les dernières années. En 1934 il existait : 1900 000 voitures automobiles en France, dont 460 000 camions; soit 19 fois plus qu’en 1914, et deux fois plus qu’en 1928. Une partie considérable de cette circulation se fait de nuit, plus de la moitié sans doute.
- M. de Fayolle, vice-président de la Commission du Tourisme de l’Automobile-Club de France, dans une étude fort intéressante qu’il a faite en 1933, l’a montré de façon tangible : Sur trois trajets effectués le soir, en semaine, sur les territoires suivants : Paris-Orléans, Paris-Sézanne, et Paris-Mâcon, il enregistra, dans le premier cas, 167 croisements jusqu’à Arpajon (6 au kilomètre); dans le second cas, 202 croisements (2 au kilomètre), et dans le troisième cas, 305 croisements (5 au kilomètre). Ces chiffres, contrôlés, montrent à quelle tension nerveuse et à quelle fatigue sont soumis les automobilistes, sans cesse éblouis par les passages successifs de l’éclairage route à l’éclairage code.
- Capacité de trafic de la route. — L’éclairage permettra d’augmenter la capacité de trafic d’une route. Si, d’une part, il évite la réduction de la vitesse aux croisements avec les autres véhicules, il permet, d’autre part, de diminuer l’encombrement pendant le jour. On peut ainsi penser pouvoir réglementer la circulation des poids lourds dépassant un certain gabarit, une certaine longueur, et celle des véhicules suivis de remorques. Quel inconvénient y aurait-il à débarrasser les routes pendant le jour, alors que les circulations d’affaires ou de tourisme sont les plus intenses, de ces énormes poids lourds suivis de remorques, qui constituent de véritables trains routiers, en leur assignant des heures de nuit pour leur circulation?
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- l’éclairage des routes et la perception des obstacles. 1?
- Conclusion. — Il semble difficile de contester tous ces arguments, aussi pensons-nous qu’il ne reste plus d’adversaires de l’éclairage des routes que dans le camp des ennemis du progrès, de ceux qui, à chaque nouveauté technique, jettent dans la balance des principes trop élevés, une argumentation trop abstraite.
- Voici une petite histoire : Lorsqu’on a parlé d’installer la première usine à gaz en Allemagne, toutes sortes d’objections se firent jour. J’ai eu la joie de lire un article de La Gazette de Cologne daté de 1819, démontrant qu’il ne saurait être question d’installer un éclairage artificiel. Voici comment on peut classer les arguments de notre journaliste.
- Le premier est d’ordre théologique, car l’éclairage est contraire à l’ordre naturel des choses établi par le Créateur;
- Le deuxième est d’ordre juridique, car les frais de l’éclairage doivent être couverts par des impôts payés par ceux qui n’ont pas demandé ces nouvelles installations;
- Le troisième est d’ordre hygiénique : les produits du gaz brûlé sont nuisibles à la santé. D’autre part, l’éclairage va permettre à la population de se trouver dehors la nuit, ce qui entraînera des rhumes, de la toux et d’autres maladies;
- Le quatrième argument concerne la police : l’éclairage encourage les voleurs et effraie les chevaux;
- Le cinquième est d’ordre moral : l’éclairage a des conséquences fâcheuses au point de vue de la moralité ;
- Le sixième est d’ordre économique : l’éclairage va réduire les richesses nationales ;
- Le septième est d’ordre patriotique : l’éclairage va diminuer l’éclat des illuminations, si utiles pour stimuler le sentiment national.
- Permettez-moi donc de vous conseiller, lorsque quelque contradicteur vous fera des objections contre l’éclairage des routes, de lui demander dans quelle classe il range ses arguments.
- PERCEPTION DES OBSTACLES
- En principe, nous laisserons de côté ici tous les problèmes de technique électrique : comment amener le courant, comment produire la lumière? Nous reviendrons sur cette question plus tard; mais maintenant, notre problème essentiel sera le suivant : La nuit, sur une route éclairée, que doit-on voir, et qui doit voir?
- Dans un éclairage de villes, on doit tout voir et tout le monde doit voir. Mais la grande longueur de routes à éclairer (10 000 km pour la France seule) nécessite des solutions moins coûteuses ; fort heureusement, la nature différente de la circulation le permet. Il ne faut pas chercher systématiquement à rendre possible la lecture d’un journal, la consultation d’une carte, mais à permettre une circulation automobile rapide, tous phares éteints. Il faut, pour cela, que le conducteur puisse voir un obstacle et réagira temps. D’où deux questions essentielles : Quels sont les facteurs d’une bonne vision? Quel temps faut-il à un conducteur pour réagir?
- Vision d'un obstacle. — Gomment voit-on un obstacle? C’est bien simple, dit-on. on voit un obstacle quand il est éclairé, quoi de plus? Eh bien, non : la vision d’un obstacle dépend de très nombreux facteurs qui réagissent les uns sur les autres, et un peu de théorie est nécessaire.
- 135e Année. — Janvier 1936.
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- L’ÉCLAIRAGE DES ROUTES. — JANVIER 1936.
- L’expérience a montré, en effet, que la pratique seule ne conduisait pas à une bonne formule d’éclairage. Elle aboutissait à des résultats paradoxaux et incompréhensibles. Certains usagers trouvaient des installations très satisfaisantes, alors que les éclairements mesurés paraissaient trop faibles. Plus fréquemment encore, d’autres installations fournissaient une visibilité très mauvaise alors que les éclairements réalisés semblaient promettre beaucoup mieux. Inutile, pensons-nous, d’insister sur ce fait. Théorie et pratique sont un peu comme mari et femme : on commente leur union seulement lorsqu’ils sont séparés.
- Nous commencerons d’abord par montrer l’atmosphère du débat. Première face du problème : on demande à l’œil de fonctionner avec très peu de lumière.
- Eclairement. — L’unité d’éclairement est le lux ; c’est l’éclairement produit sur une surface placée à un mètre de distance, par une source ayant, dans la direction de la surface, une intensité d’une bougie. Pour fixer les idées, indiquons que l’éclairement produit par la lumière du soleil est d’environ 80000 lux, par la lumière du jour ordinaire 7000 lux; l’éclairement au crépuscule atteint à peine une trentaine de lux, et, sur la route, il ne faut guère compter obtenir plus de quelques lux à peine.
- N’est-ce pas pure folie de croire à une visibilité suffisante pour le conducteur d’une voiture lancée à 100 km/h lorsqu’on veut répandre sur la route seulement une quantité de lumière 40000 fois plus faible que celle fournie par la lumière du jour? Non, car l’œil s’adapte merveilleusement à des conditions très différentes de sensibilité. Peu d’instruments ont une échelle d’emploi aussi étendue.
- Les marins admettent qu’il est facile de percevoir, à travers une atmosphère normale, l’éclairement produit par une bougie située à plus de 2 km, et ce chiffre comporte déjàun large coefficient de sécurité, puisque, dans des conditions favorables, l’œil peut voir jusqu’à un milliardième de lux, ce qui correspond à une bougie à 33 km.
- En résumé, les chiffres suivants permettent de juger sainement les conditions dans lesquelles se trouvent placés les techniciens de l’éclairage des routes.
- A la limite, l’œil peut saisir, dans des conditions spéciales, un éclairement d’un milliardième de lux; le soleil donne 80000 lux et l’éclairage des routes peut offrir quelques lux tout au plus.
- L’œil n’est d’ailleurs pas sensible à l’éclairement, mais au contraste. Il percevra une vache noire sur un fond blanc ou une vache blanche sur un fond noir; mais si la vache est noire, la nuit elle cessera d’être visible sur une route noire.
- Gela paraît évident si on se rappelle que par jour de soleil, on peut regarder impunément un puissant projecteur d’automobile sans que cela trouble notre vision des objets environnants; le projecteur paraît tout simplement ridicule. De même, si nous pouvions transporter, sans diminuer sa brillance, un vêtement blanc, tel qu’il nous apparaît au soleil, au milieu d’une voie durant la nuit, il serait éblouissant au même titre que le projecteur d’automobile qui nous éblouit aux croisements. A une certaine distance, tous les deux paraîtraient posséder la même intensité lumineuse.
- Il nous faut donc chercher à préciser un peu cette notion de contraste et, pour cela, introduire une deuxième notion à côté de celle de l’éclairement : celle de la brillance.
- La brillance d’une source est, par définition, l’intensité produite par l’unité de surface apparente de la source.
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- l’éclairage des routes et la perception des obstacles.
- Jamais nous ne percevons la lumière tombant sur une route. Pour cela, il faudrait nous coucher sur celle-ci. Nous ne percevons que la lumière réfléchie ou diffusée; en d’autres termes, nous ne voyons jamais l’éclairement de la route, mais seulement la brillance de sa surface.
- Énonçons maintenant une de ces bonnes vérités de La Palisse, une de ces évidences riches d’enseignements et d’étonnements qui, bien comprises, changent parfois la face d’un problème : nous ne pouvons distinguer un obstacle du fond formé par la surface de la route que s’ils sont, ou de couleur différente, ou de brillance différente.
- Nous laisserons, pour l’instant, de côté l’influence de la couleur; elle mérite une étude spéciale. Restent les contrastes de brillance; une bonne formule d’éclairage des routes devra les rendre aussi élevés que possible.
- Or, si vous demandez à l’homme de la rue, non de la route, pourquoi nous mettons des lampes sur la route, beaucoup vous répondront : pour éclairer les obstacles. Or, dans l’éclairage que nous avons réalisé, c’est exactement ce que nous désirons ne pas faire. Voici pourquoi :
- En effet, a priori, on réalisera sur la route l’une des trois possibilités suivantes :
- 1° ou bien, quelle que soit la position de l’obstacle et de l’observateur, l’obstacle sera plus foncé que le fond ;
- 2° ou bien l’inverse, l’obstacle sera toujours plus clair que le fond;
- 3° ou enfin, il existera des positions où l’obstacle aura la même brillance que le fond, c’est-à-dire où on ne verra plus l’obstacle.
- Cette troisième hypothèse est désastreuse. Laquelle choisir des deux premières?
- Tous les objets que nous voyons durant la nuit sont sombres. Un imperméable clair ne réfléchit pas plus de 15 p. 100 de la lumière qu’on lui envoie, et il est-naturel de réaliser un bon contraste avec de tels objets, en essayant de les éclairer de façon à les rendre sombres sur un fond clair. Pour cela, il faut éclairer par en haut, c’est ce que nous avons fait
- On peut cependant envisager la seconde hypothèse; par exemple, le cas des phares d’automobile : on éclaire les obstacles qui apparaissent en blanc sur fond noir. Ces questions de contraste paraissent très, naturelles et presque évidentes, mais il n’en est pas du tout ainsi et, dans une conférence récente, un spécialiste anglais racontait les difficultés qu’il avait à faire admettre ces faits par un de ses amis ; celui-ci regardait en bas, par la fenêtre de son bureau, dans la rue, pendant le jour : les objets se détachaient en clair sur la surface de la voie sombre. Donc, déclarait-il, dans un éclairage, il faut essayer de reproduire ces conditions et renoncer à rendre la route plus claire que les objets. Mais les valeurs changent lorsque l’observateur est lui-même sur la route : cette fois, la circulation est vue en sombre sur une route claire.
- Les anciennes installations d’éclairage cherchaient exclusivement à obtenir des éclairements du sol aussi élevés et aussi uniformes que possible ; elles oubliaient le rôle de la brillance et du contraste; aussi obtenaient-elles parfois des résultats incompréhensibles. Cette recherche des éclairements élevés et uniformes ne doit plus être la considération unique et fondamentale, surtout dans l’éclairage des routes. Dans celui des villes, en effet, la nécessité de permèttre aux piétons une vue suffisante dans l’intervalle entre deux foyers laisse tout son intérêt à un bon éclairement permettant de voir la bordure du trottoir ou le numéro des maisons.
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- l’éclairage des routes.
- JANVIER 1936.
- Mais si nous paraissons ainsi démolir une vieille recette, il nous faut proposer autre chose et, pour cela, approfondir cette question des contrastes.
- Comment Vœil juge un contraste. — La façon dont l’œil juge un contraste dépend de deux paramètres : la valeur absolue de ce contraste et Y état d’adaptation de l'œil.
- Quelques études, encore insuffisantes, ont été faites au laboratoire, pour essayer de déterminer les lois. Elles ont eu pour résultat principal de montrer l’existence de lois assez simples pour les très grandes brillances ou pour les très petites, mais la zone de transition entre ces deux lois correspond précisément au niveau de brillance obtenu dans l’éclairage des routes, et c’est un des faits qui rendent le plus difficile la question qui nous intéresse. Gela est dû physiologiquement au fait que l’œil possède deux séries d’organes de perception : les bâtonnets et les cônes, et que, dans cette zone intermédiaire, les bâtonnets de l’œil entrent en action tandis que les cônes deviennent aveugles.
- Nous reviendrons sur ce caractère de zone intermédiaire, aux lois compliquées, lorsque nous étudierons l’influence de la couleur. De même, nous montrerons les procédés que nous avons utilisés pour résoudre ce problème.
- Nous avons déjà parlé de phénomènes d’adaptation en citant des valeurs extrêmes d’éclairement. On doit distinguer l’adaptation à la clarté qui s’observe quand on passe de l'ombre à la lumière, et l’adaptation à l’obscurité dans la marche inverse. Les deux suivent des lois analogues. Par exemple, quand on passe rapidement de la clarté du jour dans une chambre noire, l’état d’adaptation de l’œil est tel que l’on perçoit juste à la limite les surfaces assez grandes dont l’éclairement dépasse un lux. Puis l’œil s’habitue, s’adapte, et, en quelques minutes, la sensibilité est multipliée par 100 000, bien que la surface de la pupille soit seulement multipliée par 16 (son diamètre passe de 2 à 8 mm). C’est à cela qu’il faut rattacher l’éblouissement dans sa définition la plus générale.
- C’est l’ensemble des troubles de la vision qui naissent lorsque, pour un état d’adaptation donné, les contrastes dans les champs visuels sont trop forts. D’une manière précise, si les différences de brillance sont trop grandes, ou bien l’œil s’adaptera sur la brillance la plus forte et aucune impression de gêne ne sera ressentie, mais les objets de faible brillance ne seront pas vus, parce que l’œil sera, en quelque sorte, insensibilisé, — ou bien l’œil s’adaptera sur la brillance faible et une gêne physiologique sera ressentie : c’est l’éblouissement proprement dit. La vision sera pénible, et, très rapidement, l’œil s’adaptera sur une brillance plus forte. Je cite seulement le phénomène des images accidentelles consécutives à une illumination violente de l’œil; son étude scientifique est à peine commencée.
- Il est assez facile d’éviter la vue directe des sources lumineuses, en suivant l’ancien principe des éclairements uniformes, mais non, comme nous le verrons, lorsqu’on s’oriente vers la recherche de bons contrastes. C’est la raison pour laquelle la solution que nous présentons réalise un compromis, évitant l’éblouissement et donnant de bons contrastes.
- Sol humide.— Lorsqu’il pleut, la gêne physiologique devant les raies brillantes sur sol foncé est encore due à l’éblouissement, bien que les brillances en jeu soient faibles. Elle n’est pas ressentie par tous les conducteurs; cela dépend de la brillance sur laquelle leur œil s’adapte. En d’autres termes, ou'leur œil ne souffre pas mais ils ne voient pas, ou ils aperçoivent les objets peu brillants, mais leur œil se fatigue.
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- l’éclairage des routes et la perception des obstacles.
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- Reste encore une dernière variable dépendant de nous-mêmes.
- Temps de réaction. — Il ne suffit pas de voir l’obstacle, il faut disposer du temps nécessaire pour exécuter la manœuvre utile, variable suivant les cas : freinage, coups de volant, etc. Des expériences ont été exécutées par différents observateurs, donnant pour divers contrastes, le temps de perception en fonction de la brillance du fond. On a même obtenu une formule très précise montrant qu’à contraste égal, le temps de perception varie comme l’inverse de la racine cubique de la brillance du fond.
- Tout cela paraît très intéressant, mais, malheureusement, ces expériences ont été faites pour des contrastes élevés et avec des éclairements assez forts ; d’autre part, elles sont basées sur l’étude d’une réaction dite simple, à laquelle il est difficile d’assimiler la manœuvre assez compliquée de l’automobiliste; cependant, elles donnent un ordre de grandeur, et cela peut suffire.
- Avec des brillances nettement plus élevées que ce! les que l’on rencontre dans l’éclairage des routes, on a trouvé des temps de réaction psychomotrice de choix sensiblement triples des temps de réaction simple. Il semble bien que l’augmentation des temps de réaction, lorsque la brillance diminue, est plus rapide que celle des temps de réaction simple. Il paraît donc prudent de prévoir, pour la réaction de l’automobiliste, une bonne seconde, ce qui est très long si l’on réfléchit que la réaction simple pour un sujet normal, le jour, est à peine supérieure à 1,0 sec. Ce temps d’une seconde est appelé par les techniciens allemands « la seconde d’effroi ».
- Lumière colorée. — Il nous reste maintenant à passer en revue les modifications qu’entraîne l’usage d’une lumière colorée. Il a été dit et écrit tellement de choses contradictoires sur ce sujet, que je voudrais insister un peu sur ce point pour permettre de juger en pleine connaissance de cause ce que nous avons fait.
- A la lumière du jour, avons-nous dit, on distingue les objets par contraste, soit de brillance, soit de couleur.
- Le crépuscule et l’aurore. — Il ne faut pas compter sur les contrastes de couleurs dans l’éclairage des routes, car, pour les faibles brillances, l’œil ne peut plus reconnaître les couleurs. C’est ce que rappelle le proverbe : « La nuit, tous les chats sont gris. »
- Voici la description de l’aurore, non par un poète célèbre, mais par un physicien russe du début du 19e siècle : « Avant l’arrivée du jour, quand’il commence à faire très faiblement clair, on voit seulement du noir et du gris. Les couleurs les plus vives au jour, le rouge et le vert, sont les plus noires. Pendant longtemps, on ne peut distinguer le jaune du rouge rose. Enfin, on commence à remarquer le bleu, mais les nuances rouges restent pendant longtemps plus sombres.... » Je ne continuerai pas sur ce mode lyrique. Le physicien s’appelait Purkinje, et la loi du déplacement vers le bleu des courbes de sensibilité de l'œil, lorsque l’intensité diminue, porte son nom. Je vais essayer de l’énoncer correctement — ce n’est pas facile et ma définition ne coïncide pas avec celles qu’on donne le plus souvent.
- Lumens colorés équivalents. — On peut caractériser une source, de couleur jaune par exemple, par la puissance correspondant à l’énergie lumineuse émise par elle dans toutes les directions; c’est ce qu’on appelle le flux lumineux. On a adopté comme unité le lumen, qui, dans certaines conditions bien précisées, correspond à l’émission d’une puissance de 1/620 W. On dira qu’une source d’une autre couleur,
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- 22 l’éclairage des ROUTES. — JANVIER 1936.
- rouge par exemple, donne un flux lumineux de un lumen, si cette source fait le même effet sur l’œil que la source jaune prise pour étalon.
- Toute la difficulté est de bien définir ce qu’on peut appeler « le même effet sur l’œil ». Une confusion extrêmement grande règne sur ce sujet, même chez les meilleurs auteurs; aussi, je croisutile de préciser la question. On peut, en principe, considérer quatre définitions de ce terme « le même effet sur l’œil » :
- admettre que cela correspond à une égale brillance ;
- ou bien à une égale perception des détails, c’est-à-dire à une meme acuité visuelle ;
- soit encore, à deux phénomènes plus complexes que je vous demande la permission de ne pas exposer ici : les « phénomènes de papillotement ».
- Pour pouvoir dire qu’il y a égalité de brillance, on procède par une méthode de pas à pas; en d’autres termes, on compare successivement deux couleurs très voisines et, de cette façon, on peut arriver à couvrir toute l’étendue des couleurs visibles.
- Il est intéressant de constater que toutes les méthodes, sauf celle de l’acuité visuelle, fournissent des résultats à peu près semblables; par contre, celle de l’acuité visuelle donne des différences considérables. Il est donc naturel de considérer, pour la définition des lumens, celle des brillances égales.
- Si l’on détermine le nombre de lumens que produisent, selon les cas, diverses sources consommant le même nombre de watts, on obtient une courbe de sensibilité de l’œil pour le niveau de brillance considéré. Pour les clartés de la lumière du jour, cette courbe présente un maximum pour le jaune (fîg. 7). L’effet Purkinje consiste dans le déplacement de cette courbe de sensibilité vers les faibles longueurs d’onde lorsque la brillance diminue. L’œil devient de plus en plus sensible au bleu et de moins en moins au rouge et au jaune; c’est ce que l’on constate au crépuscule. Toutes les couleurs finissent par fondre en une teinte vague tenant à la fois du gris et du blanc bleuâtre; à l’aurore, le processus est inverse. Pour les niveaux utilisés dans l’éclairage des routes, le changement est déjà très considérable. Ainsi, si l’on prend, pour un instant, pour un éclairement de 6 lux, la visibilité du bleu identique à celle du rouge, on trouve qu’à 1,5 lux, le bleu est visible 2 fois mieux que le rouge, à 0,1 lux, 8 fois mieux, à 1/40 lux, 16 fois mieux que le rouge. Ainsi, aux faibles brillances, l’œil devient aveugle aux couleurs qui s’écartent du bleu et du bleu-vert, et n’apprécie guère que la fraction d’énergie lumineuse due au bleu. Il ne faut pas oublier ce résultat quand on veut comparer des éclairages en lumière blanche et en lumière jaune. En effet, l’éclairage des routes correspond à des brillances qui tombent fréquemment au-dessous de un lux, et, par suite, le contraste entre l’obstacle et le fond plus éclairé est notablement plus accentué pour la lumière jaune que pour la lumière blanche. Fait d’apparence paradoxale, c’est parce, que la lumière jaune est une couleur particulièrement défavorable aux faibles éclairements qu’elle donne une richesse de contraste particulièrement bonne dans les éclairages de routes.
- Sensibilité différentielle. — Il semble bien que la lumière jaune, par contre, ne présente pas d’avantages dans ce qu’on appelle « la sensibilité différentielle ». Il s’agit là du plus petit contraste que l’œil puisse observer dans certaines conditions bien définies. Des études récentes paraissent même montrer que cette sensibilité de contraste est plus grande pour la lumière blanche habituelle que pour la lumière
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- colorée. C’est souvent dans le manque de distinction entre la sensibilité de contraste et la richesse de contraste que l’on doit attribuer les divergences d’opinions sur les avantages et les inconvénients de la lumière au sodium.
- Acuité visuelle. — La perception des détails, c’est-à-dire l’acuité visuelle, est, par contre, nettement meilleure, et l’on peut distinguer un obstacle à une distance beaucoup plus grande lorsque l’éclairage est jaune. D’une manière précise, les études de laboratoire pour les brillances de l’éclairage des routes paraissent démontrer que l’acuité visuelle en lumière au sodium dépasse d’environ 20 p. 100 celle en lumière blanche, ce qui peut s’exprimer encore d’une façon différente : pour obtenir la même acuité visuelle, il est nécessaire que la brillance de l’objet soit 2,5 fois plus forte en lumière blanche qu’en lumière jaune. Il en résulte que si nous prenions pour définition de l’équivalence des lumens l’acuité visuelle, ce résultat disparaîtrait puisque, par définition, l’acuité visuelle serait, à lumens égaux, indépendante de la couleur de la lumière.
- Éblouissement. — L’éblouissement paraît être mieux supporté en lumière monochromatique qu’en lumière composée. Voici deux des lois obtenues en laboratoire sur ce sujet :
- 1° Une source d’éblouissement blanche, avec éclairage blanc, diminue l’acuité visuelle dans la même proportion qu’une source d’éblouissement au sodium avec éclairage général au sodium ; cependant, les sensations, de gêne et de fatigue seraient plus fortes;
- 2° Avec l’éclairage au sodium, une source d’éblouissement blanche diminue plus l’acuité visuelle qu’une source d’éblouissement au sodium de même brillance. De même une source d’éblouissement blanche en lumière au sodium est plus nuisible qu’en lumière blanche.
- Vitesse de perception. — La vitesse de perception d’un objet est augmentée en lumière jaune par rapport à la lumière blanche. Certaines études de laboratoire ont montré qu’il fallait en lumière blanche une brillance 2,5 fois plus forte pour obtenir la même rapidité qu’en lumière jaune.
- Aberration chromatique. — Enfin, toute lumière monochromatique supprime par définition les phénomènes d’aberration qui diminuent la netteté de la vision. L’œil n’est pas parfait et donne autant d’images distinctes qu’il existe de nuances différentes dans la lumière, ce qui donne un certain flou; le jour, cela est sans importance, puisque la pupille a un faible diamètre et agit comme un diaphragme. Par contre, sous les éclairements réalisés dans l’éclairage des routes, la surface de la pupille est multipliée par 16, et l’aberration chromatique devient considérable. Je laisse de côté d’autres phénomèmes moins importants; j’ai voulu simplement vous montrer que l’emploi d’une lumière colorée soulevait beaucoup de problèmes intéressants.
- En résumé, l’emploi d’une lumière monochromatique, jaune par exemple, donne certainement, à puissance consommée égale, de grandes facilités pour la réalisation d’un bon éclairage de routes. Il est difficile, à l’heure actuelle, de prendre parti, car ces avantages sont compensés par certains inconvénients, le prix par exemple ; l’avenir seul pourra décider.
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- Aspect des visages. — Ouvrons une parenthèse. On a souvent parlé de l’aspect incontestablement désagréable que prennent les visages sous l’éclairage au sodium. Il est peut-être un peu trop facile de répondre qu’il vaut mieux avoir l’air d’un cadavre que de risquer de le devenir. Mais l’œil s’habitue très rapidement à l’aspect donné aux objets par la lumière jaune, et il m’est impossible, à l’heure actuelle, de retrouver les impressious que j’ai eues à mon premier baptême de la lumière au sodium. Pour laisser la parole à tous les avis, je vous citerai l’opinion assez amusante d’un Anglais qui est à la fois, dans une petite ville, inspecteur de l’éclairage et chef de la police. « En tant qu’inspecteur de l’éclairage, dit-il, je reconnais que les lampes monochromatiques donnent une excellente visibilité, mais en tant que chef de la police, je ne peux oublier le risque qu’il y a à pouvoir confondre un ivrogne gisant sur une route ainsi éclairée avec un cadavre. Cela peut entraîner des conséquences tout à fait étonnantes. De même, comme chef de la police, j’estime que des difficultés peuvent s’élever pour identifier un criminel qui serait vu accomplissant son acte sous la lumière monochromatique et que l’on rechercherait ensuite, soit sous la lumière du jour, soit sous la forme habituelle de la lumière artificielle. » Je vous laisse juges de la valeur de ces objections.
- CONDITIONS A RÉALISER POUR OBTENIR UN ÉCLAIRAGE CONVENABLE DES ROUTES
- Tout ce qui précède forme ce que nous pouvons appeler « les principes fondamentaux » ; il était nécessaire de bien les connaître avant de porter quelques jugements sur les caractéristiques à adopter. Il nous reste maintenant à voir comment, grâce à eux, on peut réaliser un éclairage convenable d’une route.
- Jusqu’à ces dernières années, tous les techniciens paraissaient d’accord sur l’adoption, comme critère d’une bonne installation, d’un éclairement élevé et aussi uniforme que possible de la chaussée. On supposait qu’il en résulterait une brillance suffisante, par réflexion diffuse de la partie de la lumière d’une lampe qui atteint la route dans l’intervalle de deux foyers. Pour cela, on plaçait des sources rapprochées assez hautes pour produire un éclairement raisonnablement uniforme. Il est ainsi possible, sans grandes difficultés, d’empêcher la lumière directe des lampes d’atteindre l’œil, donc d’éviter l’éblouissement direct. Par contre, il ne fallait pas compter que la lumière atteignît des parties de la route très éloignées de la source. On ignorait, avant la réalisation, l’aspect que présenterait la route; les résultats, nous l’avons dit, étaient souvent désastreux; cela était dû à une méconnaissance complète des conditions de l’éclairage. Par contre, les bons installateurs réalisaient des installations peu éblouissantes.
- Depuis peu, la compréhension des conditions de la vision a conduit à rechercher les bons contrastes et, pour cela, à exploiter les propriétés optiques des matériaux constituant les revêtements des chaussées. Il y a là une véritable révolution. On dirige la lumière sur la route de façon que le faisceau soit parallèle à la surface et non perpendiculaire à celle-ci; on cherche à faire briller la route.
- Propriétés optiques des revêtements. — Il est assez surprenant de voir la façon dont certains matériaux réfléchissent bien la lumière, lorsqu’elle est presque parallèle à la surface. Une route d’asphalte sombre peut ainsi devenir 100 fois plus bril-
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- l’éclairage des routes et la perception des obstacles.
- lante que la même route couverte de neige; il suffit, pour cela, que la lumière soit dirigée suivant un angle convenable. Des études très complètes sur ce sujet ont été faites en France tout dernièrement, sur la demande de la Ville de Paris, par M. Merry Cohu, Chef du Service des Études de la Société pour le Perfectionnement de l’Éclairage. M. Cohu a mesuré le facteur de brillance, c’est-à-dire le rapport de la brillance de la route à son éclairement. Ce facteur varie dans des proportions fantastiques, puisque pour un même matériau (l’asphalte par exemple), il passe de \ /100 à 300. Dans certaines conditions, l’asphalte diffuse donc 30 000 fois mieux que dans d’autres. Il n’est donc pas étonnant qu’en tenant compte de ces propriétés, on puisse obtenir, à frais réduits, des brillances très élevées. Ainsi, M. Waldram, en Angleterre, a pu, avec le même revêtement, obtenir une brillance de 7 lux équivalents, alors que les principes traditionnels lui donnaient 5 lux pour une consommation quadruple.
- Si la surface de la route était plate et formait un miroir parfait avec deux lignes de foyers de chaque côté, un automobiliste verrait ces lampes par réflexion, suivant deux lignes de points.
- Mais la surface de la route n’est pas un vrai miroir : elle est rugueuse et non unie; les points deviennent des raies et les raies s’éloignent vers le haut du point de réflexion théorique, le long d’une ligne qui joint l’observateur au bas du poteau.
- Dans le cas où les voies sont très humides ou très polies, la raie peut s’étendre au-dessous du point image, c’est ce que l’on voit nettement, dans l’éclairage du canal de la Marne au Rhin par lampes à vapeur de sodium Philora. Les propriétés diffusantes de la surface de l’eau sont dues à la légère agitation qui ride la pellicule superficielle.
- L’aspect et la forme que peuvent présenter ces raies, sur les routes, varient, lorsque la distance de la lampe à l’observateur croît.
- Voici comment le problème pourrait être résolu dans un avenir plus ou moins lointain : Les unités lumineuses comporteraient des lampes dont la lumière serait diffusée sur une très grande surface; grâce à'ce nouveau système, on pourrait supprimer toutes les taches de lumière et d’ombre.
- les essais d’éclairage effectués sur la route nationale nu 7
- DE POU GUES-LES-EAUX A NE VERS
- Les considérations précédentes ont guidé les essais qui ont été effectués sur la route nationale n° 7 (Route Bleue) entre Pougues-les-Eaux et Nevers et qui ont commencé le 17 juin dernier. Quatre séries d’expériences ont été faites à de courts intervalles, depuis cette date, portant :
- sur une comparaison sommaire des divers types d’appareils, mettant en évidence la supériorité des appareils à visière pour l’éclairage des routes: sur trois écartements de foyers différents : 40, 45 et 50 m ; sur des hauteurs variables : 7,50 m, 8,50 m et 9,50 m; sur des lampes à incandescence de 200 W et 300 W à 220 V : sur des lampes de 200 W à 25 V ; sur des lampes à vapeur de sodium de 100 W.
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- l’éclairage des routes.
- JANVIER 1936.
- Les dispositions ainsi étudiées représentent 36 installations différentes. Pour chacune de ces installations il a été effectué une moyenne de :
- 25 mesures d’éclairements horizontaux ;
- 50 mesures d’éclairements verticaux ;
- 12 mesures de brillance de la route ;
- 8 mesures de brillance de tests ;
- 8 mesures de distance de visibilité,
- MOUHT VERNQH HIGHWAY WAShifiSTOU
- 702
- 2.87
- II
- ^ U
- I93Z
- 19 33
- 4 Juin — 1 Déc.
- SAW MILL RIVER PARKWAY HUTCHINSOn RIVER PARKWAY WESTCHESTER CO U N T Y NEW- YORK 10.25
- 7.54
- soit : 103 observations par installation, représentant un total de 3 600 mesures.
- Ces observations ont été complétées par des prises de vues photographiques
- effectuées dans des conditions telles que les épreuves obtenues rendent fidèlement les impressions de la visibilité réelle et permettent des comparaisons a posteriori des résultats acquis.
- Il a été pris ainsi 41 photographies d’ensemble de la route éclairée, donnant l’image de la répartition des brillances sur le sol, et 60 photographies de tests donnant la comparaison des conditions de visibilité en divers points de la route.
- On comprend aisément qu’un pareil travail ait nécessité la collaboration de quatre ingénieurs spécialistes pendant 25 nuits.
- o -S o
- 1933
- 1334
- jjenv.— 4 Juillet
- Fig. 1. — Influence de l’éclairage des routes sur la sécurité, d’après les statistiques américaines. (Accidents nocturnes par 100 000 lieues parcourues en automobile.)
- CARACTERISTIQUES DE L INSTALLATION réalisée. — Le montage d’essai a été établi dans le seul but de fixer tout ce qui pouvait intéresser l’éclairement dans son sens le plus général. Il a été conçu pour subir de profondes et fréquentes modifications.
- Une réalisation définitive d’éclairage des routes différerait probablement, tant au point de vue de l’alimentation (haute tension en souterrain) qu’au point de vue du support des foyers (candélabres placés en retrait de la chaussée).
- Disposition des foyers. — Les essais préliminaires effectués ont fait adopter : une disposition unilatérale des foyers satisfaisante et économique ; une hauteur des feux de 9,50 m. Quelques foyers ont été placés en disposition bilatérale et axiale, pour faire ressortir les avantages et les inconvénients de ces dispositions.
- Renseignements généraux. — On peut remarquer que les deux solutions sont quelque peu différentes au point de vue du flux lumineux. La lampe à incandescence correspondant au tube sodium utilisé serait du type 300 W.
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- l’éclairage des routes et la perception des obstacles.
- Espacement des foyers.............
- Type de la lampe..................
- Tension d’alimentation de la lampe . Système d’alimentation............
- Puissance par mètre courant . . . . Flux lumineux émis par la lampe . .
- Lampe à incandescence.
- 45 m 200 W 220 V
- T ransformateur 5,0 W
- 3 200 lumens
- Tube à vapeur de sodium.
- 40 m 100 W 127/440 V T ransformateur à dispersion 3,0 W
- 5 500 lumens
- Cet écart a été voulu pour bien montrer ce qu’on pouvait attendre d’une réduc-
- Fig. 2. — Vue de jour des installations d’éclairage de la route nationale n° 7 entre Nevers et Pougues-les-Eaux.
- lion du flux lumineux unitaire. Cette réduction pourrait être obtenue pour le sodium par l’adoption d’un tube de puissance inférieure.
- Dans l’une et l’autre hypothèses, les appareils sont protégés par des visières antiéblouissantes limitant l’angle d’ouverture à 160° environ. L’usage de ces visières a été préconisé dès 1934 par M. Monchâtre, ingénieur aux Établissements Saunier-Duval-Frisquet. Dès leur première application, elles se révélèrent pleinement satisfaisantes.
- De plus, les appareils sont inclinés d’environ 20° sur l’horizontale.
- L’espacement admissible des foyers, déterminé par tâtonnements, dépend de la hauteur du feu et des caractéristiques du système optique du réflecteur. Sur ce point de nouvelles études sont en cours, qui peuvent modifier quelque peu les valeurs adoptées.
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- Aperçu sur les dépenses d'éclairage. — Une telle installation comprenant 45 foyers par kilomètre, sur supports en béton armé rectangulaires ou octogonaux, de 9,50 m de hauteur de feu, avec alimentation entièrement souterraine, revient à 75 000 fr environ le kilomètre, comme dépense de premier établissement. Le prix serait à peu près le même dans le cas de lampes à vapeur de sodium de 100 W placées tous les 40 m. Par contre, les dépenses annuelles d’exploitation sont assez notablement différentes.
- Consommation de courant. — L’installation aura forcément une très bonne utilisation et on peut espérer, dans des conditions favorables, dans le cas de lampes à incandescence de 200 W placées tous les 45 m une dépense annuelle de courant voisine de 5 000 fr.
- Pour les lampes à vapeur de sodium, la consommation est nettement plus faible et la dépense annuelle de courant serait de l’ordre de 3 000 fr. Par contre, les dépenses d’entretien sont en sens inverse, car, pour les lampes à incandescence, il faut compter environ 2 500 fr par kilomètre et par an, et pour les lampes à vapeur de sodium, étant donné la plus grande complexité du mode de distribution et le prix élevé des lampes de remplacement, 7 300 fr.
- Les dépenses annuelles totales seraient donc : dans un cas, de 7 500 fr, et, dans l’autre cas de 10 300 fr. Ces chiffres correspondent, dans les deux cas, à une installation bien étudiée, donnant des résultats sûrs; ils ne sont donnés, bien entendu, qu’à titre indicatif et correspondent à des conditions favorables.
- Ils sont calculés sur la base de 4 000 heures d’utilisation et supposent un prix courant de 0,25 fr par kilowatt-heure.
- l’équipement des installations. — Lampes à incandescence. — De multiples expériences ont été réalisées sur l’emploi des lampes à incandescence fabriquées par les Etablissements Visseaux. Elles ont précisé les résultats très satisfaisants que l’on pouvait attendre du filament de tungstène et mis en évidence des possibilités nouvelles pour ce dernier.
- En effet, l’étude des puissances lumineuses nécessaires pour l’éclairage des routes a conduit à des réductions considérables du nombre de kilowatts consommés.
- L’intense efficacité lumineuse réalisée n’a d’ailleurs pas été obtenue au détriment de la durée des lampes, qui reste tout à fait normale.
- Lampes à vapeur de sodium. — La lampe Philora (Philips) utilisée nécessite une tension d’amorçage d’environ 440 V ; sa tension de fonctionnement normal est d’environ 127 V. Son alimentation ne nécessite que deux fils, ce qui constitue une sensible amélioration par rapport aux dispositifs précédemment employés.
- Cependant, la nécessité d’assurer la stabilité de fonctionnement de la lampe à caractéristique négative conduit à un facteur de puissance de l’ordre de 0,4, donc à des pertes en lignes relativement élevées. La correction nécessaire peut être effectuée au poste ou en certains points du circuit d’alimentation.
- L'alimentation. — C’est volontairement que ces essais n’ont pas porté sur les procédés d’alimentation des foyers lumineux; on était en effet déjà fixé à
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- Fig. 3. — Éclairage au sodium :
- Visibilité de tesls placés dans diverses positions par rapport aux sources lumineuses.
- Fig. 4. — Éclairage à l’incandescence :
- Visibilité de tesls placés dans diverses positions par rapport aux sources lumineuses, s
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- ce sujet : la rareté des points d’alimentation le long d’une route nationale, la nécessité d’assurer à la distribution une tension pratiquement constante
- Fig. 5. — Route éclairée au sodium (route mouillée) : 100 W; — Écartement, 40 m; —
- Hauteur des foyers, 9,50 m.
- Fig. 6. — Route éclairée au sodium (route sèche) : 100 W; —-Écartement, 40 m^ —
- Hauteur des foyers, 9,50 m.
- conduisent à adopter des postes de transformation échelonnés d’environ 20 km, servant de départ à une distribution à moyenne tension (3 000 ou 5 000 V).
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- Au double point de vue de la sécurité et de l’économie d’entretien, le système de distribution souterraine par boîte de transformation enterrée s’imposera vraisemblablement. C’est un système qui a fait ses preuves, puisque des milliers de boîtes construites par la Compagnie électro-industrielle de Fourchambauît, sont actuellement en service (certaines depuis près de 10 ans). On les trouve dans la plupart des dernières réalisations d’éclairage moderne, notamment sur la route de Paris à Versailles.
- Les appareils d’éclairage. —- Les appareils d’éclairage avaient été mis aimablement à la disposition du Comité par les sociétés suivantes : Anciens Établissements Saunier-Duval-Frisquet, Société Holophane et P.B.L. et Anciens Établissements Grimmeisen. C’est d’ailleurs aux sociétés précédentes qu’est due la presque totalité des réalisations françaises d’éclairage public.
- OfUO 0,50 0,60 0,70 0.60fl
- Fig. 7. — Courbe de sensibilité de l’œil en fonction de la longueur d’onde des radiations lumineuses. (Le maximum correspond aux radiations vertes; les radiations jaunes sont situées légèrement [àgauche de ce maximum.)
- REALISATION ET MISE AU POINT
- des installations. — La réalisation et la mise au point des installations sont dues à un certain nombre d’entreprises électriques qui ont travaillé en étroite
- collaboration et joué le rôle essentiel dans la réussite de cette expérimentation, la plus considérable qui ait, jusqu’à présent, été effectuée dans le domaine de l’éclairage routier. '
- Ces entreprises sont la Société parisienne pour l’Industrie des chemins de fer et des Tramways électriques, la Société Force et Lumière électriques (Forclum), la Compagnie générale d’Entreprises électriques, la Société auxiliaire d’Entreprises électriques et de Travaux publics et la Société générale d’Entreprises.
- Ce sont leurs techniciens qui ont procédé à tous les essais qui ont été effectués du mois de juin au mois d’octobre sur la Route bleue.
- La fourniture de l’énergie électrique a été assurée par la Compagnie d’Électricité Loire-et-Nièvre, qui a mis, d’autre part, très aimablement son personnel à la disposition des organisateurs. , “
- La présentation des installations que nous venons de décrire a été complétée par une série de démonstrations destinées à mettre en évidence les qualités d’un bon éclairage routier et à permettre la comparaison des avantages respectifs de la lumière à incandescence et de la lumière au sodium.
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- Fig. 8. — Route éclairée à l’incandescence (route mouillée) : 200 W; — 25 V ; — Écarlement, 45 m
- Hauteur des foyers, 9,50 m.
- Fig. 9. — Route éclairée à l’incandescence (route sèche) : 200 W; — 25 V; — Écartement, 45 m
- Hauteur des foyers, 9,50 m.
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- NOTÉ BIBLIOGRAPHIQUE.
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- Les deux installations (incandescence et sodium) avaient d’ailleurs été réalisées vis-à-vis l’une de l’autre, chacune d’un côté de la route, ce qui, en faisant alterner leur fonctionnement, facilitait les comparaisons.
- Avec les deux systèmes, on est parvenu à obtenir, bien qu’il s’agisse d’un éclairage latéral, une uniformité remarquable de brillance de la chaussée et une excellente visibilité des obstacles.
- Au fur et à mesure que l’on procédait aux essais alternés avec l’incandescence et avec le sodium, les spectateurs avaient vraiment l’impression que chacune des deux sortes d'éclairage était la meilleure : le choix semble devoir être bien difficile et ceux qui auront à prendre des décisions pour l’éclairage des routes seront sans doute bien embarrassés pour départager les concurrents.
- NOTE BIBLIOGRAPHIQUE
- La mise en œuvre et le serrage du béton,
- par M. Lucien Bechmann, membre du Conseil de la Société d'Encouragement.
- Science et Industrie (revue mensuelle, Paris, 29, rue de Berri) d’avril 1933 et de février 1934 a publié une intéressante étude de notre collègue M. Deniau, Ingénieur en Chef des Ponts et Chaussées, Inspecteur général des Travaux de Paris.
- Dans la première partie, intitulée Recherches sur le béton en œuvre, l’auteur fait observer combien il est difficile de tabler sur des études de laboratoire, même sur des essais d’éprouvettes prélevées à la sortie de la bétonnière, pour apprécier de façon certaine la qualité réelle d’un ouvrage en béton. Des multiples contingences de la mise en œuvre il résulte en effet que toutes les parties de l’ouvrage n’ont pas la même qualité et c’est moins la qualité moyenne qu’il faudrait connaître exactement que la qualité du béton dans la partie où elle se trouve être à son minimum. Puisqu’il n’est généralement pas possible de savoir où se trouvent les parties faibles, force est donc de rechercher les méthodes de mise en œuvre qui permettent d’assurer la plus grande homogénéité du béton.
- Le cas du béton non serré fait l’objet d’un examen critique d’où découlent des conseils sur la mise en œuvre et les limites d’emploi.
- La seconde partie, intitulée Recherches sur le serrage du béton, passe en revue les divers procédés de serrage : compression, centrifugation, cylindrage, désaération, et s’étend d’une façon particulière sur l’emploi de la vibration et de la pervibration. Après avoir montré combien les perfectionnements du serrage, tout en élevant les taux de résistance, diminuent l’écart entre leurs valeurs minima et leurs valeurs moyennes, l’auteur, si qualifié pour émettre une opinion particulièrement autorisée, fait entrevoir les raisons pour lesquelles ces procédés semblent appelés à prévaloir dans l’avenir.
- Les numéros de Science et Industrie précités étant épuises, M. Deniau a remis des exemplaires multicopiés de ces études à la Bibliothèque de la Société d Encouragement où on pourra les consulter (Pièces 13 931 et 13 932).
- 135e Année. — Janvier 1936.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. —JANVIER 1936 (p. 34).
- LA FORÊT ÉQUATORIALE AFRICAINE, SON PASSÉ,
- SON PRÉSENT, SON AVENIRS,
- par M. Louis Lavauden, Conservateur des Eaux et Forêts.
- Le forestier qui, pour la première fois, pénètre dans la forêt primitive équatoriale, se sent envahi par un sentiment de surprise qui tourne très vite au découragement. Tout l’y étonne et le déroute : de multiples étages de végétation, des palmiers, des fougères arborescentes, des lianes, des épiphytes, des essences innombrables, dont la presque indéfinie complexité se laisse apercevoir, malgré les ressemblances superficielles des feuilles et des écorces. Alors qu’en France nous n’avons pas 50 espèces d’arbres de première et de deuxième grandeur, la forêt équatoriale nous en offre plus d’un millier. Delevoy, dans son beau livre sur les forêts du Katanga — un petit coin du Congo belge — cite plus de 500 essences; Hedin, dans son ouvrage sur les forêts du Cameroun, — à l’autre bout de la sylve équatoriale — énumère plus de 250 genres.
- Ce n’est peut-être pas assez d’estimer à mille le nombre des espèces d’arbres actuellement reconnues en Afrique centrale. Sur ce total, évidemment, il n’en est qu’un petit nombre qui soient réellement utilisables pour les besoins de l'homme. C’est du reste, comme nous le verrons plus loin, l’une des caractéristiques de la forêt équatoriale, d’être très difficilement exploitable, et de fournir fort peu de produits.
- Les forêts primitives constituent des formations fermées, c’est-à-dire des formations en équilibre biologique, où aucune place n’est disponible pour un apport d’espèces étrangères. Leur complexité presque infinie les garantit contre la plupart des calamités naturelles : invasions d’insectes ou de champignons. L’humidité qui y règne empêche le feu de s’y propager. La densité, l’étagement, la variété du peuplement, la flexibilité des tiges et des feuilles des palmiers, le haubanage des lianes, rendent l’ensemble de la forêt indestructible aux plus violents ouragans : la forêt primitive ne porte en elle aucune cause naturelle de disparition.
- C’est une opinion communément admise que, dans les régions boisées, les plus belles forêts doivent être l’indice des terrains les plus riches. C’est cependant une erreur. 11 n’y a aucune relation entre la qualité des sols — considérée du point de vue agronomique — et la répartition ou la prospérité des forêts primitives. Une telle relation semble bien exister pour nos peuplements forestiers d’Europe ; mais ces peuplements sont purs, ou à peu près purs. Les hommes ont travaillé, sous prétexte d’aménagement, à la constitution de futaies, de taillis, composés d’une seule
- (1) Conférence faite à l’assemblée générale du Comité national des Bois coloniaux le 4 juillet 1934 (Actes et Comptes rendus de l’Association Colonies-Sciences, de décembre 1934 et de janvier 1935).
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- LA FORÊT ÉQUATORIALE AFRICAINE.
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- essence. Au point de vue du rendement en bois, les résultats obtenus ont été favorables. Mais il était sous-entendu que les forêts ainsi constituées pouvaient indéfiniment persister sur le même sol. On commence à s’apercevoir que ce postulatum pourrait bien ne pas être vrai, et que, seules, les forêts mélangées, par leur complexité même, réalisent spontanément sur le même point l’alternance des essences avec le temps, et peuvent ainsi posséder une durée indéfinie, alors que les peuplements purs sont essentiellement limités dans le temps. C’est sans doute à cette cause qu’il faut attribuer le dépérissement de nos futaies de chênes de l’Est de la France. C’est la notion d’assolement, classique en agriculture, et dont le temps doit faire ressortir la nécessité d’application aux forêts.
- Quoi qu’il en soit, les forêts primitives ne sont, en aucune manière, le produit du sol. Des terrains très pauvres sont souvent, dans les régions équatoriales, couverts de magnifiques forêts, aptes à durer et à produire indéfiniment. Si on les découvre, ils évolueront très vite et sans remède, vers une aridité absolue. Leur apparente fertilité n’existe que par la forêt et disparaît avec elle. Dans les pays tempérés ou froids, à insolation réduite, à chutes de pluies longues et lentes, la proportion de terrains déboisables avec fruit peut être forte. La fertilité agricole se conserve longtemps, et les engrais restent en grande partie à la disposition des plantes.
- Mais il n’en est pas ainsi sous les tropiques. Et cela montre l’erreur de ceux qui s’imaginent pouvoir, presque indéfiniment, prélever sur la forêt des terres neuves pour la colonisation. Nous le verrons bien clairement tout à l’heure.
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- La forêt équatoriale nous apparaît comme d’une antiquité prodigieuse. Les forêts du Nord de l’Europe, massifs de conifères plus ou moins purs, ne datent que de la fin des périodes glaciaires. Elles ont colonisé les moraines dénudées au fur et à mesure du retrait des glaciers qui leur avaient donné naissance. Au point de vue paléontologique, ce sont des forêts récentes. Mais que dire des forêts qui recouvrent une partie de l’Afrique centrale, et qui sont établies sur des sols émergés depuis le début du secondaire? Schuster a prouvé que des forêts d’allure tropicale s’étendaient au crétacé et jusqu’au milieu du pliocène,- aux environs du Caire et dans le désert de Libye. Engelhart a décrit, des dépôts tertiaires du Fayoum, toute une série d’arbres équatoriaux ; ces deux auteurs indiquent la parenté qui unit ces flores fossiles à celles de l’Indo-Malaisie, ce qui donne une certaine probabilité à.l’hypothèse de la persistance prolongée — peut-être jusqu’au tertiaire — du continent Gondwa-nien, unissant le Nord-Est de l’Afrique avec l’Inde, Ceylan et le Nord de la Malaisie.
- Dans le Nord-Ouest de l’Afrique, l’influence des périodes glaciaires s’est clairement manifestée. Il semble y avoir eu quelques petits glaciers au Maroc. Mais il n’est pas douteux qu’aux époques de grande extension des glaces en Europe, le Sahara n’ait été le théâtre d’abondantes précipitations. Il y avait de la végétation partout, et même, sans doute, de la forêt.
- Le retrait définitif des glaciers a amené ensuite une période de sécheresse qui est allée en s’aggravant jusqu’à nos jours, et paraît s’aggraver encore. C’est à cette période que l’on doit la constitution du Sahara, et le dessèchement relatif des zones sahélienne et guinéenne, dessèchement d’ailleurs puissamment accéléré par l’action humaine.
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- Si la régression de la forêt équatoriale en Afrique remonte aux temps géologiques, il n’est point douteux qu’au début des temps historiques, cette forêt ne fût infiniment plus étendue qu’aujourd’hui.
- A vrai dire, nous sommes assez mal renseignés sur l’étendue de la forêt équatoriale africaine dans l’antiquité. L’expédition de Cornélius Balbus n’a pas dû aller au delà du Fezzan (Mourzouk). Septimus Flaccus et Julius Maternus, qui ont, vers 90 après J.-C., traversé le Sahara, ne sont certainement parvenus ni au Niger, ni au lac Tchad. Le pays d’Agisymba, atteint par le second et « où il y avait des rhinocéros », paraît être le massif de l’Air. La forêt équatoriale ne remontait pas jusque là. Les seules indications que nous possédions nous sont données par le voyage des envoyés de Néron, qui remontèrent le cours du haut Nil, et dont les renseignements nous ont été transmis par Pline et Sénèque, les spéculations de ce dernier sur l’origine du Nil enlevant d’ailleurs beaucoup de prix à sa relation. Ces envoyés remontèrent jusqu’aux marais immenses du Bahr-el-Ghazal. Pline, l’auteur le plus explicite sur les pays du haut Nil, nous apprend que Ptolémaïs, sur la Mer Bouge, était entourée de bois; qu’aux environs de Méroë, on voyait quelques forêts et qu’au Sud, tout le pays était couvert de forêts immenses. La forêt équatoriale semble donc s’être étendue jusque là. Même si l’on admet, ce qui paraît probable, que la Méroë de Pline n’est pas celle d’HÉRODOTE, ce qui situe cette ville au Sud de la boucle du Nil, un peu au Nord de Khartoum, on se rend compte qu’en 20 siècles, la forêt équatoriale a reculé de près de 10° vers le Sud. Le pays autour de Khartoum est aujourd’hui un désert. Ce recul est presque aussi grand que celui qui a eu lieu depuis la fin du pliocène jusqu’à l’aurore des temps historiques, soit un intervalle de temps sans doute 200 ou 300 fois supérieur.
- Les limites actuelles de la forêt équatoriale africaine nous sont fournies en gros par la carte de Max Moisel (1905), qu’on peut rectifier localement parles observations de Mildbread (1912), de A. Chevalier et aussi par les nôtres (1925 et 1931). Cette forêt équatoriale est sensiblement moins étendue que l’on se l’imagine volontiers.
- Ce n’est d’ailleurs que tout récemment que ce recul de la forêt équatoriale a commencé à préoccuper les esprits. Au premier Congrès international pour la Protection de la Nature, tenu à Paris en 1923, personne n’en a parlé, et ce phénomène est entièrement passé sous silence dans des ouvrages de premier ordre, même tout à fait récents. Il est cependant évident et extrêmement rapide.
- Au Congo belge, Stanley rencontra la forêt vierge à Kasongo, localité aujourd’hui perdue au milieu d’une savane, à 30 km de la lisière actuelle.
- Au Kivu, nous avons pu voir les rives du lac et tout le pays non montagneux entièrement déboisé, alors que les autorités de Bruxelles déclarent qu’en cet endroit, il faut seulement « surveiller les défrichements ». Il est bien inutile de les surveiller, puisque tout est défriché !
- Au Rouanda, 1/20 seulement du pays est actuellement boisé, alors qu’on sait, de
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- toute certitude, par la tradition indigène, qu’il y a sept générations (environ deux siècles) les 12/20 du pays étaient couverts de forêts. Dans l’Ouganda, au Kenya, nous pourrions trouver bien des exemples analogues. De même dans l’Angola, du reste assez mal connu.
- Mais la diminution sans cesse croissante de l’étendue de la forêt équatoriale, la rapidité effrayante du recul des derniers siècles, l’action de l’homme ne suffit qu’imparfaitement à les expliquer. En réalité, la forêt équatoriale se survit à elle-même. Elle est le témoignage d’un état de choses antérieur, et alors qu’autour d’elle le monde a changé, elle a conservé son propre milieu. Cette situation implique évidemment une rare fragilité. Au milieu des vastes changements qui sont survenus en Afrique, la forêt équatoriale est restée à peu près elle-même. On peut dire d’elle, ce qu’écrivait si justement, à propos de la forêt de la Sainte-Baume, M. le Conservateur Salvador : « Lorsque (la forêt) a pu arriver à son entier développement, grâce à « des conditions climatiques favorables... elle crée autour d’elle le milieu néces-« saire à son propre maintien, et est capable de subsister indéfiniment dans sa forme « primitive, même si le climat général vient à se modifier, pourvu que l’équilibre « ainsi établi ne soit pas rompu par l’homme (2). »
- On s’explique ainsi cette extraordinaire fragilité dont seuls se rendent compte ceux qui ont vécu dans la familiarité de la forêt des tropiques.
- Nous tirerons de tout cela cet enseignement évident qu’il ne faut toucher à la forêt qu’avec précaution. L’action de l’homme ne doit jamais s’opposer à celle de la nature. Il faut savoir voir plus haut et plus loin que les intérêts d’un homme, d’une bourgade, d’une société financière. Nous avons trop souvent vu des défrichements qui n’ont, au point de vue agricole, donné que des espérances : on a détruit la forêt pour un profit insignifiant et éphémère, et on Va détruite sans retour.
- Avec les distances énormes qui séparent les différents points de la forêt équatoriale (il y a aussi loin de la Côte d’ivoire à l’Ituri que des Pyrénées au Caucase) on pense bien que la composition de la flore forestière et que les modes d’évolution de la forêt ne peuvent pas être identiques partout. Cependant, ils sont tout à fait analogues. Cette évolution va de la forêt vierge à la prairie de chiendent, qui constitue un stade définitif, ce que les phytosociologues appellent un subclimax, par opposition au climax primitif. Elle est la même partout. Les stades intermédiaires peuvent être la forêt secondaire, la savane plus ou moins arborée, la prairie à éléphant grass. L’existence de ces stades dépend de la nature du sol, mais aussi des facteurs purement humains; si les incendies viennent à se renouveler assez souvent — chaque année, par exemple, — sur le même point, on peut passer directement de la forêt primitive à la prairie.
- A une destruction accidentelle de la forêt primitive, ou à une culture abandonnée, succède, d’ordinaire, la brousse à Acanthis. Ces arbustes épineux, à belles fleurs roses, caractérisent une formation broussailleuse, bien plus vulnérable au feu que la forêt primitive qui, elle, ne brûle pas. Sur la durée naturelle de cette formation.
- (2) Revue des Eaux et Forêts, 1921, p. 161,
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- on n’a aucune donnée. En fait, la forêt primitive, une fois détruite, ne se reconstitue jamais. On n’en a évidemment, en Afrique, aucune preuve matérielle, car, sur aucun point, on n’a l’expérience d’un siècle ; mais l’exemple d’Angkor, où la forêt est une forêt secondaire à Ficus doit évidemment être cité ici.
- La brousse à Acanthis ne se produira pas partout. Vers l’Ouest, on verra apparaître le parasolier, la fougère-aigle, et d’autres plantes de brousse récente, d’une vaste répartition, qui atteint parfois toute la zone équatoriale.
- La brousse peut être remplacée directement par la fougère-aigle (Pteridium aqui-linum) qui succède aux cultures indigènes. Ce stade dure environ 30 ans. En effet, la fougère-aigle, en terrain découvert et à la lumière, ne saurait se reproduire par spores. Celles-ci ne sont fertiles qu’à l’ombre. Et les rhizomes de cette fougère ne vivent guère plus de 30 ans.
- A la fougère, succèdent les grands Matétés, Velephant grass des Anglais, le Pennisetum purpureum des botanistes. Cette herbe géante dure environ 75 ans. Elle est, petit à petit, tuée par les feux et recule devant le chiendent (Andropogon div. sp.); celui-ci s’installe de façon définitive, constituant, comme nous l’avons vu, un subclimax. Sa production par stolons souterrains, peu ou point atteints par les feux annuels, lui permet cette emprise sur le sol. Ce chiendent est parfois remplacé par YImperata cylindrica.
- L’ensemble de l’évolution végétale ainsi indiquée, de la forêt au chiendent, ou à Y Imperata, n’aura pas duré un siècle et demi. Cette évolution, on la connaît avec netteté par les indications des indigènes, qui sont très précis, lorsqu’il ne faut pas remonter à plus de sept générations (environ deux siècles), et l’on peut, au surplus, en observer les différents stades et même la transition entre quelques-uns d’entre eux.
- Sur de tels terrains, la reconstitution naturelle de la forêt est, bien entendu, impossible. Même artificiellement, elle paraît impraticable. L’emploi du feu implique nécessairement l’appauvrissement progressif et graduel de toute végétation. De toute façon, la mort du sol, par la destruction de son humus d’abord, de sa flore microbienne ensuite, est inévitable.
- Mais il est des cas où l’évolution est encore plus défavorable : la dégradation absolue peut être brusque et instantanée. Nous avons vu, dans le haut Uellé, des plaques latéritiques, véritables déserts d’une stérilité absolue, couvrant le pays sur plusieurs kilomètres, tant en longueur qu’en largeur. Il y a peu d’années, elles portaient encore une brousse dense.
- La latéritisation du sol, due à la fois à une insolation et à un lessivage intense — et sans doute aussi à d’autres phénomènes mal connus — est un phénomène particulier aux pays tropicaux. Sauf exceptions (3), elle aboutit presque toujours à la stérilité, à la fois physique, parce que le sol est constitué en cuirasse dure et imperméable, chimique, par le lessivage des éléments solubles et la décomposition du complexe absorbant, et biologique, par la destruction par le feu de la flore microbienne du sol et le développement de son indice d’aridité. Ces considérations doivent
- (3) La roche-mère des latérites a une grande importance. En Indochine, où ils ont pour origine la décomposition des basaltes ou des rhyolites, les « sols rouges » peuvent être très fertiles. Il peut en être de même en Afrique, lorsque les latérites proviennent de laves récentes (Kivu). Mais, si elles proviennent de l’altération de granits, de gneiss, ou même de celle des grès du Karoo — c’est le cas général en Afrique centrale — elles sont entièrement ou presque entièrement stériles. Il faut noter que dans les zones montagneuses (vers 1 800 ou 2 000 m) la latéritisation des sols ne se produir'pas.
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- engager à une grande prudence lorsqu’il sera question de détruire une forêt pour profiter de l’humus — de la faible couche d’humus — accumulée par les âges géologiques. On en tirera quelques récoltes à peine; après quoi, le sol sera voué à une définitive stérilité. Ce n’est pas une opération avantageuse pour l’intérêt général.
- La forêt équatoriale couvre encore une grande partie du Congo belge ; une surface considérable de la partie méridionale de l’Afrique équatoriale française (moyen Congo, Gabon) et du Sud du Cameroun; elle occupe aussi le Sud de la Nigeria et s’interrompt au niveau du Dahomey, où la brousse arrive jusqu’à la côte. Elle reprend en Gold Coast, et couvre une notable part de notre colonie de la Côte d’ivoire. On admet qu’elle existe dans tout l’arrière-pays de Liberia; mais comme personne n’y est allé, on ne peut le savoir avec certitude. Elle se continue dans la colonie de Sierra-Leone* et va ss continuer en Guinée française où, malheureusement, elle n’a que trop peu d’importance. Au Sud et à l’Est, cette forêt donne lieu à de nombreuses galeries forestières, reliques de la grande forêt. La destruction de celle-ci a respecté ces vestiges où l’humidité du sol et de l’atmosphère n’a pas permis à l’incendie de produire ses effets habituels.
- Nous avons déjà dit que, dans cette immense forêt, la flore n’était et ne pouvait être uniforme : la flore forestière de la Côte d’ivoire n’est pas celle du Gabon; et celle-ci n’est pas celle de l’Ituri ou de la région des Grands Lacs. Cependant, ces flores ont des éléments communs, qui attestent une unité d’origine.
- Il peut arriver que certaines essences à couvert épais arrivent, dans certaines conditions, à rejoindre leurs cimes; la végétation sous-jacente disparaît alors : on peut avoir ainsi des taches, parfois assez étendues, de peuplements purs sous lesquels il n’y a qu’un humus boueux, sans trace de végétation arbustive, ni de régénération.
- Souvent, les voyageurs, surtout ceux d’autrefois, s’extasiaient sur la « richesse » de la forêt équatoriale. Mais en réalité, elle ne renferme qu’assez peu de bois exploitables. Sa « possibilité » est très faible, et Vexploitation doit, ou plutôt, devrait être précédée d'une mise en valeur. Nous n’en sommes malheureusement pas là.
- La dimension des bois n’est pas non plus aussi grande que l’indiquent parfois — à l’œil, qu’on nous passe l’expression — les voyageurs. Le record paraît être détenu par un Desbor desia glaucescens mesuré par le Dr Mildbread et qui avait 58 m de hauteur; M. Hedin, au Cameroun, mentionne des Baillonella toxisperma dépassant 50 m. Nous avons — dans la zone soudanaise — mesuré un fromager de 52 m. Dans la forêt équatoriale, les quelques arbres que nous avons pu mesurer exactement, sans les déterminer, ne dépassaient pas 50 m de hauteur. Les grands diamètres ne sont pas non plus très fréquents : si le diamètre de 1 m est souvent atteint et dépassé, celui de 1,50 m l’est rarement et celui de 2 m reste exceptionnel. Il faut tenir compte de ce fait que les arbres de la forêt équatoriale sont pourvus de contreforts qui nécessitent l’abatage à une certaine hauteur.
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- Nous avons vu, déjà, que la forêt équatoriale est en équilibre instable, et que toute atteinte sur un point quelconque, doit, sur et autour de ce point, amener sa. disparition.
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- Cette situation est proprement tragique, car peu de gens, même et surtout les autorités — voire les plus élevées — réalisent la fragilité de cette forêt primitive. On la considère volontiers comme inépuisable, ainsi que le font les nègres. Mieux, elle apparaît souvent comme un obstacle à la civilisation, et l’on proclame inconsidérément la nécessité de la détruire et de conquérir sur son domaine des terres pour l’agriculture et l’élevage.
- En réalité, voici des siècles que certaines tribus indigènes pratiquent sur la forêt cette conquête agricole; mais elle est éphémère, et le Fang, le Pahouin, se trouvent sans cesse condamnés à défricher de nouveaux espaces. Les anciens, ayant perdu toute fertilité, sont abandonnés à la repousse de la végétation secondaire, elle-même vulnérable au feu. Après deux ou trois incendies, il n’y a plus rien.
- Si les Pahouins avaient été très nombreux dans le passé, la forêt aurait, sans doute aucun, été détruite par eux, puisqu’elle ne saurait se reconstituer elle-même.
- Les cultures des blancs ne sont pas autrement partagées que les cultures indi" gènes. Le manque d’engrais, l’absence de façons culturales ne peuvent rien permettre de bon; lorsque l’humus du défrichement est consommé, la fertilité du sol disparaît et il faut aller ailleurs.
- Je faisais remarquer un jour à un colon que, sans façons culturales et sans engrais, il ne pouvait arriver à rien. « S’il faut cultiver comme en Europe, me répon-« dit-il, ce n’est pas la peine d’être venu aux colonies. » Là est la grande, la dangereuse erreur, source d’un malentendu auquel une propagande inconsidérée n’est pas étrangère. Car cet état d’esprit n’est pas exceptionnel. Mais est-il besoin de dire que tant qu’il ne sera pas radicalement modifié, rien ne sera possible aux colonies en fait d’agriculture? Il est, on l’avouera, quelque peu humiliant que les Européens ne réussissent ni même ne cherchent, en cette matière, à faire mieux que les noirs. C’est une conséquence du principe, fâcheusement admis aux colonies, que la compétence se mesure à la longueur du séjour. On croit volontiers qu’il faut « se mettre à l’école de l’indigène ». Nous avons entendu soutenir cette idée par beaucoup de coloniaux. Elle est fausse. Nous n’avons —je parle bien entendu des hommes compétents — rien à apprendre des indigènes : nous avons au contraire tout à leur enseigner. Quant à ceux qui ne sont pas compétents, il est à tout le moins fâcheux qu’ils soient écoutés.
- Sans doute « aucun pays densément couvert de forêts ne peut progresser sans une réduction considérable du boisement ». Mais il ne faut point s’imaginer qu’un pays progresse par cela seul qu’il se déboise. A cet égard, l’Afrique entière porte malheureusement le témoignage du contraire : aveugle qui ne veut pas le voir.
- Il faut, comme en tout dans ce monde, un juste équilibre. On s’accorde généralement à reconnaître que le taux optimum du boisement d’un pays doit être d’environ 30 p. 100. La France, avec 19,5 p. 100 n’en est pas encore, ou plutôt n’en est plus là. C’est pourquoi l’effort du reboisement s’y poursuit. Le Congo belge et le Gabon voient, certes, leur coefficient de boisement dépasser largement le chiffre optimum. Mais que dire de l’Afrique entière? Même si l’on y comprend les boisements d’acacias du Sahel et de l’Afrique orientale, ce n’est même pas 10 p. 100 qu’on obtiendra en fin de compte ! On voit combien c’est inquiétant.
- Ce déboisement, ce recul énorme de la forêt équatoriale, qui n’a pu se produire, répétons-le, que grâce à l’équilibre instable et à la fragilité de la forêt, les agents naturels du dessèchement de l’Afrique y ont évidemment contribué, Mais c’est
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- l’homme surtout qui en a été le principal auteur. Et encore, la forêt équatoriale primitive brûle mal ou ne brûle pas. Le feu ne peut donc ici agir qu’indirectement, ou en faisant reculer les lisières.
- L’un des facteurs déterminants du recul de la forêt équatoriale a été l’esclavage, ou la traite des nègres. On a peine aujourd’hui à concevoir l’immense importance qu’avait, aux siècles passés, cet odieux commerce. Les marchands d’esclaves avaient depuis longtemps poussé très loin, vers l’intérieur de l’Afrique.
- Le feu était leur auxiliaire : moyen de pression ou de dépression ; moyen d’entraver la poursuite possible de tribus hostiles. Dans ces conditions, toute la forêt secondaire devait bien évidemment être détruite et la lisière de la grande forêt devait reculer sans cesse. En 50 ans, nous pouvons, sur certains points, constater que le recul a été d’environ 30 km.
- Que ces phénomènes soient dus à l’homme et soient récents ne saurait être contesté : il suffit de comparer l’état actuel du pays de Mogadicho en pleine Somalie italienne, avec les descriptions qu’en a faites au xme siècle le voyageur Marco Polo, sous le nom de Mogdicho.
- La disparition de l’esclavage n’a malheureusement, au point de vue qui nous occupe, entraîné aucune amélioration de cette situation déplorable. L’occupation européenne, abolissant l’esclavage, supprimant les guerres entre tribus et faisant ainsi pratiquement disparaître l’anthropophagie, a bien apporté aux noirs l’incontestable bienfait de la sécurité. Mais autrefois, les noirs, moins nombreux, avaient intérêt au maintien de la forêt, qui servait de territoire de refuge. Tout cela est devenu inutile. La forêt n’a plus été considérée comme un élément nécessaire de protection, mais bien au contraire comme quelque chose d’incommode. On la brûle pour avoir des vues; on la brûle parfois pour rien, pour le plaisir; on la brûle surtout pour les besoins d’une agriculture déplorablement arriérée et que domine la loi du moindre effort, ou du moins de l’effort traditionnel. Et cette agriculture, l’arrivée des Européens et la sécurité qui en est résultée l’ont bien développée, sans doute, mais ne l’ont pas modifiée.
- Au Congo belge, les autorités déclaraient en 1931 qu’il fallait « surveiller les défrichements autour du lac Kivu ». Or il y a longtemps qu’il n’y a plus rien à défricher dans cette région. Que tous les endroits qui ont été plantés ou cultivés de façon quelconque âient été défrichés, c’est normal; qu’on ait, autour des concessions, étendu des vues, et essayé de créer des parcours, rien de mieux. Mais qu’on ait déboisé toute la région, c’est une lourde erreur. Les bestiaux du pays n’y ont d’ailleurs pas gagné. Sur les bords du Kivu, nous avons vu, pour remédier à ce désastreux état de choses, effectuer des plantations d’eucalyptus. Il semble qu’on aurait pu trouver mieux que ces arbres sans ombre et sans feuillage, qu'a seule pu faire choisir leur vitesse de croissance.
- Nous parlons ici d’une région qui était encore récemment considérée comme un type de développement économique rapide. Mais si le développement économique doit être partout semblable en Afrique, il amènera à se poser bien des questions. Et encore, au Kivu, sur ces cinérites volcaniques'récentes, toutes les erreurs agricoles sont facilement réparables, car, avec un peu d’eau, on peut faire pousser n’importe quoi, même des arbres.
- Si des défrichements semblables viennent à être effectués sur les granits ou les grès du Karoo, la latéritisation succédera sans délai au découvert du sol et, sur celui-
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- ci, rien ne poussera plus — que par des procédés de culture classiques, façons culturales et emploi des engrais. Car, en Afrique, les latérites sont généralement pauvres. On voit clairement ici et le processus et le danger.
- Il faut redire et répéter sans cesse que la diminution de la forêt équatoriale ne se fait, ni ne peut se faire actuellement au profit de l’agriculture et de l’élevage. Mais si ce n’est jamais un motif, c’est quelquefois un prétexte.
- Quant à la multiplication des animaux de laiterie, de trait ou de bât, elle est évidemment souhaitable ; mais elle soulève deux problèmes : le problème de l’utilisation rationnelle des animaux, qui ne peut être le même qu’en Europe, et un problème de parasitologie, qui ne peut être résolu que par des spécialistes. La destruction de la forêt ne saurait jamais avoir les effets qu’on a parfois, un peu à la légère, escomptés.
- La recherche et la culture d’une bonne plante fourragère (les herbes de l’Afrique centrale sont dures et très peu nutritives) feront plus pour le développement nécessaire de l’élevage en Afrique centrale que la destruction de milliers d’hectares de forêts. Il y a assez de place, hors de la forêt actuelle, pour élever et pour cultiver. Mais on ne pourra utilement le faire qu’en suivant les règles bien connues, qui ne doivent rien à l’arbitraire et dont il est impossible de s’affranchir.
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- La forêt primitive équatoriale, au point de vue de son exploitation, ne répond en rien à l’opinion que s’en fait, au premier abord, le voyageur, même si celui-ci est un colonial averti.
- L’opinion commune prête complaisamment aux « forêts vierges » une richesse incalculable. C’est, une déplorable erreur, car ces forêts sont, en général, pauvres; parfois même très pauvres. Mais cette pauvreté réelle est masquée par des apparences luxuriantes, et seul le forestier exercé peut reconnaître, à l’analyse, que de cette masse gigantesque de verdure, il ne pourra sortir que quelques mètres cubes de bois utiles.
- La magnificence et l’exubérance de cette végétation provoquent malheureusement, chez des observateurs artificiels, un véritable mirage économique, aussi brillant que chimérique. Combien, dès lors, est mal reçu le spécialiste qui vient souffler sur cet enthousiasme inconsidéré, lequel s’est parfois traduit par des rapports administratifs, par des assurances, par des promesses, ou même par des combinaisons financières !
- La réalité, comme c’est l’usage, est bien loin de ces espoirs imprudemment suscités. Dans la forêt primitive, il faut, pour le trouver, « chasser l’arbre ». Ce n’est ni sans danger, ni sans difficultés. Semblable exploitation est à la fois peu rémunératrice pour les exploitants, et funeste pour la forêt, où elle amène peu à peu, par une véritable sélection à rebours, la disparition des essences les plus intéressantes.
- Ce ne serait pas très grave si, comme le pensent beaucoup de gens, nos forêts coloniales nous offraient des « réserves pratiquement illimitées ». Ce caractère inépuisable a été affirmé sans discussion, par de hautes autorités (4). Mais, depuis quelques années, on commence à s’apercevoir qu’il y avait, dans cette conception, une grande part d’illusions.
- (4} Cf. A. Sarraut, La mise en valeur des colonies françaises, 1933, p. 226.
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- La pauvreté de la forêt équatoriale n’est malheureusement pas un mythe. Tous les forestiers qui ont passé dans la forêt équatoriale l’ont reconnue, parfois avec étonnement, mais sans aucune exception.
- Et si l’on considère cette pauvreté, si l’on se souvient aussi de la fragilité extrême de la forêt équatoriale, sur laquelle nous avons insisté à plusieurs reprises, on se rendra mieux compte des dangers très sérieux que l’exploitation, poursuivie dans les conditions actuellement en usage, peut faire courir aux peuplements qui en sont l’objet.
- Car il ne faut pas compter sur les exploitants pour ménager la forêt. C’est d’ailleurs très naturel. On ne saurait s’étonner que des hommes, venus aux colonies mener une vie rude et pénible, dans l’espoir de faire, si possible, fortune en quelques années, n’aient pas grand souci des générations futures et se désintéressent entièrement de l’état dans lequel ils laisseront la forêt après leur passage.
- Que se passera-t-il? La coupe exploitée est plus ou moins déboisée ; les rémanents gisent épars sur son parterre, étouffant les jeunes semis de bonnes essences, brisés par la chute des branches ou piétinés par les noirs, ou tués par la lumière; le soleil, s’infiltrant jusqu’au sol, pourra faire disparaître rapidement l’humus; dans les cas les plus favorables, la coupe sera envahie par la végétation buissonnante ou arbustive, ce que les forestiers, en France, appellent les morts-bois; parfois des essences de lumière, sans grande valeur, apparaîtront (parasolier) ; les porte-graines, laissés sur pied, se trouvant isolés, risqueront de périr (S). Les jeunes semis des essences précieuses qui auront subsisté seront entièrement submergés et ils disparaîtront le plus souvent avant même d’avoir pu pousser.
- Si on a fait une plantation, elle restera naturellement abandonnée à elle-même au départ de l’exploitant; même si les jeunes plants ont été mis en place avec soin et en tenant compte de leur tempérament, de leurs exigences au point de vue de l’ombre ou de la lumière, etc. — ce qui n’est point toujours le cas —, ils n’en périront pas moins sûrement, puisque la plantation nouvelle ne sera point entretenue. Car une chose qu’il faut dire, parce qu’on l’ignore, c’est que la forêt ne pousse point toute seule. Si nous avons dans l’Ouest et le Centre de la France, de belles futaies de hêtre ou de chêne, il ne faut point croire que ce soient des forêts naturelles : elles sont le produit des efforts multiséculaires des'forestiers français.
- Pour en revenir aux exploitations forestières effectuées actuellement dans nos colonies, nous pouvons dire qu'en fait, elles ont toujours le caractère d'une réalisation de capital.
- Et ce qui est plus grave, ce n’est pas même la disparition plus ou moins absolue de certains arbres précieux, c’est que le caractère, l’existence même de la forêt primitive peuvent être dangereusement compromis par ces exploitations, qui, parfois, donneront naissance à une forêt secondaire sans intérêt économique et, par surcroît, vulnérable au feu.
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- Il faut donc améliorer, transformer ces forêts primitives, les faire passer, suivant le mot de M. le Conservateur R. Ducamp, de l’état sauvage à l’état domestique. Il faut, en un mot, les mettre en valeur.
- (5) L’insolation des troncs est funeste à bien des arbres de la forêt équatoriale.
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- Mettre en valeur la forêt primitive, cela consiste à la transformer en une forêt économiquement utilisable, pouvant fournir des produits marchands, se présentant sous une qualité uniforme, eten quantité industrielle. Cette production, dont l’importance (possibilité) sera évidemment réglée, doit pouvoir se maintenir indéfiniment, sans que l’existence ni lecaractère de la forêt ne soient compromis. Cela suppose le maintien de certaines propriétés de la forêt primitive : la permanence et l’invulnérabilité aux incendies, ainsi qu’aux invasions d’insectes et de champignons.
- On comprend donc qu’on ne doit pas viser à l’établissement de peuplements purs, d’une seule essence; mais qu’on tendra vers des types de forêts mélangées, comprenant un certain nombre d’essences de qualités diverses, à végétation étagée, et ayant, si possible, un sous-bois réfractaire à l’incendie.
- Ces peuplements constitueront des futaies jardinéos, bien plus rarement des futaies régulières, plus rarement encore une forme quelconque de taillis(fi) simple, fureté ou sous futaie, suivant les essences, les sols, les régions, et les besoins économiques.
- Bien entendu ces buts ne sont encore atteints nulle part; et même ils ne sont en voie de réalisation que sur quelques points isolés de nos possessions tropicales.
- Pour réaliser cette transformation — on a écrit cette « conversion » — il faut à la fois des méthodes et des moyens d'action.
- Les méthodes, les forestiers les connaissent bien. Certes, il ne saurait être question ici des procédés minutieux et des calculs compliqués qui constituent l’essentiel des aménagements des forêts de la vieille Europe. Les transformations élémentaires, dont il s’agit aux colonies, ne visent qu’un but immédiat : donner aux peuplements existants, inexploitables, des caractères nouveaux leur assurant à la fois une exploitabilité économique et une permanence acquise, à défaut de naturelle, comportant en particulier — ceci est très important, — l’invulnérabilité à l’incendie. On entend bien qu’au point de vue de l’exploitation, on ne vise ici qu’un à peu près.
- Pour l’instant, il ne saurait être question d’aménagement, mais seulement de sylviculture. La transformation que nous envisageons demandera d’ailleurs au moins un demi-siècle et peut-être plus.
- La question ne paraît pas s’être posée très différemment à nos ancêtres, aux forestiers du xvie, du xvne ou même du début du xviii6 siècle.
- Mais ceux-ci avaient une tâche bien plus facile, car ils avaient affaire à des forêts bien moins fragiles. Il est relativement rare, en France, de voir évoluer les forêts vers des formes nettes de dégradation, si on apporte, dans leur traitement, quelque modération et quelque discernement.
- L’idée la plus simple, qui vient immédiatement à l’esprit, pour effectuer cette transformation forestière, est de pratiquer une coupe à blanc, et de replanter ensuite les essences que l’on vaudra; en un mot de refaire artificiellement la forêt. Cette méthode séduisante n’est pas à rejeter a priori. La sylviculture allemande lui a du quelques-uns de ses plus beaux triomphes. Elle aurait de multiples avantages : sa rapidité d’abord, sa souplesse ensuite car le forestier pourrait fabriquer sa forêt à sa guise en choisissant et en dosant les essences suivant les besoins, les sols, les
- (6) U y a peu de Lonnes essences de la grande forêt qui rejettent him de souche,
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- expositions, etc., etc. Malheureusement cette méthode a un inconvénient terrible; elle exige entièrement et constamment le succès. Avec elle, tout échec est un désastre, non seulement pour la production ligneuse, mais peut-être pour le sol lui-mème, qui peut se trouver voué à une définitive stérilité. La coupe à blanc, suivie de plantations est donc intéressante, mais dangereuse; elle ne doit ni ne peut être généralisée. Et si l’on décide d’y avoir recours sur de petites surfaces, et en terrain favorable, les opérations ne doivent être conduites que par des forestiers éprouvés et ne jamais être laissées à la discrétion d’un exploitant.
- On a parfois, devant les dangers certains de cette méthode, essayé de les éviter, tout en s’assurant les avantages indéniables de la plantation; c’est ce qu’on a fait, sur certains points de la Côte d’ivoire, où l’on plante d’abord dans la forêt primitive qu’on rase ensuite.
- Les opérations peuvent se résumer ainsi : on commence par raser le sous-bois; on plante ensuite; après quoi, par opérations échelonnées, on fait périr la futaie dominante par l’annélation successive des arbres. Après quoi, les jeunes sujets, qui auront profité du milieu biologique favorable qu’est la forêt, se seront développés et enracinés assez fortement pour pouvoir supporter le plein découvert, et ne craindront plus la concurrence de la brousse secondaire. Ces jeunes peuplements seront ensuite éclaircis suivant les méthodes classiques. Cette conception est assurément d’un très haut intérêt. Elle présente sur la coupe à blanc, l’avantage évident de ne point découvrir le sol, ou de ne le découvrir que prudemment. Mais il lui manque encore la sanction de l’expérience et du temps, et nous pensons qu’il serait imprudent de généraliser largement, dès aujourd’hui, l’emploi de cette méthode. Rome ne s*est pas bâtie en un jour, et nous avons dit que les transformations nécessaires demanderaient pour s’accomplir une cinquantaine d’années et peut-être plus, à partir du moment où on les aurait entreprises. En matière forestière, il ne faut pas être pressé. Si l’on veut aller trop vite, on ne fait rien de bon.
- Un des inconvénients capitaux des plantations, quelle que soit la méthode choisie, c’est d’exiger des opérations fréquemment répétées sur le même point. D’où beaucoup de main-d’œuvre et beaucoup de personnel exercé ; c’est de la sylviculture intensive et celle-ci sera parfois impossible. D’autre part, il serait dangereux d’entamer les opérations et de les interrompre ensuite ; le manque d’entretien risquerait de tout compromettre. Or, on sait que la suite dans les idées n’est pas toujours la règle aux colonies. Il convient donc d’être prudent, et si nous osons la comparaison, d’avancer seulement pas à pas, en consolidant, au fur et à mesure, le terrain conquis.
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- La méthode naturelle, celle qui fait de la régénération la conséquence même de l’exploitation, est, dans la majorité des cas, préférable. Comme on l’a écrit fort justement : « Un dégagement de semis est beaucoup plus économique et plus efficace qu’une plantation. »
- Les opérations à entreprendre pour amener la conversion désirée seront évidemment très complexes : on ne peut les rapporter exactement à aucune de celles en usage dans la sylviculture d’Europe. Elles participent à la fois de la coupe d’ensemencement, du jardinage par trouées, de l’éclaircie française, voire même de l’éclaircie allemande. Elles feront surtout le plus large emploi des dégagements de
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- semis et elles pourront même, suivant les essences et les lieux,|utiliser le recépage. Il est impossible de donner autre chose que des directives générales, pour ces opérations, qui varieront à l’infini suivant les sols, les conditions locales de climat, les essences et les buts économiques poursuivis. L’action personnelle du forestier devra ici s’exercer au plus haut degré. C’est dire combien il importe d’avoir des praticiens de premier ordre pour effectuer, dans les forêts coloniales, ces opérations qui ne rappelleront que de fort loin celles en usage dans les forêts françaises.
- L’amélioration par plantations se réalisait pour ainsi dire d’un seul coup, tout en nécessitant un emploi de main-d’œuvre coûteux et répété.
- Ici, la dépense ne sera peut-être pas beaucoup moindre au total, mais elle sera échelonnée sur un bien plus grand nombre d’années, ce qui, au point de vue économique, a un intérêt pratique évident. L’amélioration se fera par paliers.
- Sur le traitement forestier à entreprendre, et sur les lieux où il devra être entrepris d’abord, Y observation aérienne de la forêt fournira, sans difficulté et très rapidement, des indications précieuses, que seules des reconnaissances pénibles et longues auraient pu donner, et encore avec moins de netteté. L’avion, aux colonies, doit être et sera l’un des meilleurs auxiliaires du forestier.
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- Nous venons d’esquisser les opérations au moyen desquelles on peut mettre en valeur la forêt équatoriale. Nous avons vu que ces opérations sont, sinon difficiles, du moins délicates. Elles demandent à être conduites par un personnel exercé; elles ne peuvent donc être effectuées qu’en régie, sous la direction d’officiers forestiers ; en cette matière, plus qu’en aucune autre, la compétence ne s’improvise pas et il serait désastreux d’avoir recours à des personses peu qualifiées, quelles que fussent d’ailleurs leurs noms ou leurs titres. Mieux vaudrait assurément ne rien faire — ce qui ne constituerait qu’un simple retard —que d’entamer des opérations désastreuses, dont rien ne pourrait dans l’avenir atténuer ou améliorer les effets.
- Il faudra donc, pour effectuer les transformations que nous avons indiquées, du personnel et de l’argent. C’est ce que nous avons appelé des moyens d’action.
- Sur la question du personnel, nous ne dirons rien. C’est toute la question de l’organisation des services forestiers coloniaux qui devrait être examinée dans son ensemble si nous l’abordions. Il ne pourrait, de cette étude, sortir actuellement aucun bien. Nous nous bornerons à indiquer que l’organisation actuelle est très évidemment défectueuse, même dans les colonies les moins dépourvues de personnel. Nousdirons aussi que, pas plus qu’une marine, une administration forestière ne peut s’improviser. Et, qu’on le veuille ou non, l’Administration forestière française reste et restera pendant longtemps le seul réservoir où les colonies puissent puiser, pour recruter leurs agents forestiers, si elles désirent réellement créer autre chose qu’une façade.
- Si on doit restaurer un tableau de Rubens ou de Rembrandt, trop abîmé pour être exposable. on n’ira pas confier cette restauration à un peintre en bâtiments. La comparaison est plus exacte qu’on ne peut le penser, car la sylviculture est un art presque autant qu’une science, et l’intervention en forêt d’un homme incompétent peut être aussi désastreuse que celle d’un peintre en bâtiments sur un tableau précieux et amener un avilissement définitif de l’objet à restaurer.
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- Outre le personnel, il faudra de l’argent. C’est élémentaire. Le premier soin d’un conseil d’administration qui vient de se constituer pour diriger une affaire minière, c’est d’appeler la première tranche de la souscription des actionnaires, en vue de la mise en valeur. La forêt, tout comme une mine, doit être préparée à l’exploitation.
- Enfin, outre le personnel et l’argent, il faut du temps. La forêt constitue bien une mine perpétuelle, mais les résultats de sa mise en valeur sont forcément assez lointains. A cela nul ne peut rien. En matière forestière, nous l’avons dit, il ne faut pas être pressé. Cette durée nécessaire, les entreprises privées ne sauraient s’en accommoder. C’est pourquoi, au triple point de vue personnel, argent et temps, la mise en valeur des forêts de nos colonies ne peut être effectuée que par les services forestiers. C’est, proprement, affaire d'Etat.
- Mais il est des cas où cette mise en, valeur s’est révélée comme économiquement avantageuse. Ce qui peut lui donner ce caractère, c’est l’utilisation massive des bois communs.
- A Madagascar, ce sont les besoins des chemins de fer qui ont permis au Service forestier de démontrer que des exploitations bien conduites peuvent à la fois fournir de grandes quantités de bois communs, et enrichir la forêt. De même, c’est parce qu’il avait tourvé en Indochine une situation économique permettant l’exploitation des bois communs dans des conditions rémunératrices, que M. le Conservateur Roger Ducamp a pu commencer avec succès la mise en valeur et l’aménagement de certaines forêts indochinoises.
- Cette utilisation des bois communs doit trouver son objet dans la satisfaction des besoins locaux, car elle ne peut avoir lieu que sur place.
- Même la pâte à papier, qui est un des produits auxquels on doit songer en premier lieu, ne peut pratiquement pas s’exporter, la nature du produit d’abord, son faible prix ensuite ne le permettent pas. Il faudrait fabriquer le papier sur place. Ce n’est peut être pas impossible, mais c’est une question à étudier qui soulève des problèmes complexes de composition des eaux, et aussi de tarifs de navigation.
- En dehors du papier, on devrait, aux colonies, largement utiliser les bois communs pour la fabrication des agglomérés et notamment celle des briquettes de bois et des panneaux, qui pourraient jouer dans la construction un rôle de premier plan. De semblables produits, ayant des dimensions uniformes et des épaisseurs judicieusement déterminées, suivant des types définis, auraient des avantages certains : les cloisons, les plafonds surtout, pourraient en absorber de grandes quantités. Par leur confection même, ces agglomérés se prêteraient bien à l’ignifugation et leur prix de revient ne serait certainement pas très élevé.
- Enfin, il faut examiner la question du bois de feu. Le bois de feu peut être utilisé tel quel, ou sous forme de charbon de bois.
- En tant que bois de feu, il peut servir au ravitaillement des centres urbains, emploi actuellement presque nul, des machines à vapeur delà batellerie fluviale, ou surtout des locomotives de chemins de fer. Malheureusement, l’exemple de Madagascar n’a pas toujours été suivi, et cependant, il aurait pu même être précédé par certaines de nos colonies africaines, pourvues de chemins de fer depuis des dates déjà anciennes.
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- Quoi qu’il en soit, les chemins de fer construits, en construction ou en projet dans nos diverses colonies d’Afrique, consommeront d’importantes quantités de bois. Il est nécessaire d’utiliser cette prévision pour une organisation rationnelle des exploitations, avantageuses à la fois pour les lignes prévues et pour la forêt.
- Une deuxième utilisation à prévoir est celle du charbon de bois ou du bois torréfié, pour l’alimentation des camions automobiles à gazogène.
- Dans la plupart de nos colonies, il y a un vif intérêt à substituer le charbon de bois à l’essence ou au pétrole pour la propulsion des véhicules automobiles. Il ne s’agit pas seulement d’une question de prix : car c’est seulement par cette substitution qu’on arrivera à favoriser une industrie qui conditionne le développement même du pays. C’est là une question des plus importantes, à laquelle les résultats obtenus en Italie donnent une particulière actualité.
- Enfin, une dernière utilisation à prévoir est celle que l’on peut attendre de la création d’usines, marchant au bois, à la sciure de bois ou au charbon de bois, soit pour les industries à créer dans le pays (tissage du coton, de fibres végétales diverses, huileries, minoterie pour la confection de la farine ou de la semoule de riz, papeterie, sucrerie, raffinerie, distillerie, etc.), soit pour la production de l’énergie électrique ou de l’éclairage de certains centres.
- Ces questions sont évidemment dominées par le développement général de toutes ces régions, et la crise actuelle ne permet guère, au moins pour l’instant, d’envisager ces perspectives d’avenir.
- Mais il faut tout de même penser que le développement économique du centre africain ne sera pas indéfiniment arrêté, et il faut dès maintenant étudier les conditions qui permettront à l’essor prévu de n’occasionner qu’un minimun de destructions.
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- LE SERVICE DE L’ORGANISATION SCIENTIFIQUE DU TRAVAIL |DE L’UNION DES INDUSTRIES MÉTALLURGIQUES ET MINIÈRES
- par M. Robert Satet.
- objet. — Le Service de l’Organisation scientifique du Travail (1) a été créé en juin 1926 et fonctionne sous la direction et le contrôle d’une commission spéciale. Il a pour but :
- de faire, auprès des adhérents de l’Union des Industries métallurgiques et minières* de la propagande en faveur des méthodes d’organisation ;
- de mettre à leur disposition les moyens deprocéder, dans leurs établissements, à l’application de ces méthodes.
- travaux accomplis. — Pour répondre aux buts ainsi fixés, ce service a :
- constitué une documentation sur les problèmes qu’il était chargé de faire connaître ;
- fait des enquêtes sur des questions particulièrement intéressantes et dont les résultats ont été publiés ;
- étudié des entreprises où l'application de Vorganisation scientifique du travail avait donné des résultats intéressants, et publié des monographies afin de décrire ces applications et exemples vécus ;
- réalisé des sessions de cours sur l’organisation par conférences, voyages et visites d’établissements ou de services convenablement organisés ;
- organisé deux expositions, l’une sur « La lutte contre le gaspillage » et l’autre sur « Le respect des délais de livraison » ;
- créé trois groupes d'échange d'expériences',
- fait, ou fait faire, des tirages à part d’études ou d’articles intéressants;
- publié dans la revue mensuelle de l’Union :
- a) des articles sur l’organisation scientifique du travail ;
- b) des informations pour tenir ses adhérents au courant de manifestations ou de travaux divers;
- c) de la bibliographie sur des questions particulières;
- donné des consultations ou des indications pour l’organisation ou la réorganisation d’entreprises ou de services.
- fait des conférences tant à Paris qu’en province et à l’étranger.
- Documentation. — a) Une documentation composée de plus de 5 000 fiches, classées par ordre alphabétique de sujets, a déjà été établie et est continuée par le dépouillement de revues françaises et étrangères publiant des études d’organisation;
- b) De même, une importante bibliothèque d’ouvrages traitant de ces questions, ouvrages qui sont mis à la disposition des adhérents.
- (t) Siège, 7, rue de Madrid, Paris (8e). 135e Année. — Janvier 1936.
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- ORGANISATION SCIENTIFIQUE DU TRAVAIL. — JANVIER 1936.
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- Enquêtes. — Trois enquêtes ont été faites; les résultats des deux premières, tirés à 10 000 exemplaires, ont été envoyés à tous les adhérents ; ce sont :
- La participation du personnel aux économies de matières premières;
- L’organisation des magasins de matières premières;
- La troisième enquête, concernant le respect des délais de livraison, a apporté l’expérience d’une centaine d’usines sur cette question.
- Monographies. — Des monographies ont été publiées sur : les établissements J. J. Carnaud et Forges de Basse-Indre; les Grands ateliers de locomotives delà Compagnie du Chemin de fer du P.-O. ; les Chantier et Ateliers de Saint-Nazaire (Penhoët) ; la Société des Hauts Fourneaux, Forges et Aciéries de Pompey ; la Compagnie générale électrique, à Nancy; la Société des Forges de Strasbourg; les Anciens Établissements Cail.
- Sessions de cours. — Onze sessions de cours ont eu lieu : 4 à Paris, 5 en province et 2 à l’étranger (Belgique et États-Unis) comprenant, au total, plus de 100 visites d’usines, et ayant réuni 600 administrateurs, ingénieurs ou directeurs de services.
- Expositions. — Une exposition sur la lutte contre le gaspillage a été faite en novembre-décembre 1932, au siège social, 7, rue de Madrid, afin de signaler par des exemples concrets, spécialement choisis, la plupart des gaspillages qu’un peu d’attention ou d’esprit d’économie permettrait de supprimer ou de réduire dans des proportions considérables, aussi bien dans les bureaux que dans les ateliers.
- Cette exposition a circulé en province : à Grenoble, Marseille, Toulouse, Bordeaux.
- Elle a été répétée par la Compagnie des Chemins de Fer de l’État qui, du 15 septembre 1933 au 15 juillet 1934, a fait parcourir tout son réseau par un wagon-exposition spécialement aménagé et où 25 000 agents sont passés. La Compagnie du Chemin de fer P.-O-Midi a mis également en circulation un wagon analogue depuis le 10 août 1934; il circulera jusqu’en avril 1936.
- Une brochure sur ce sujet a été éditée. Elle reproduit la totalité des exemples exposés aces manifestations (1).
- En décembre 1934, une seconde exposition eut lieu, également au siège social, concernant le respect des délais de livraison. Cette exposition a été en partie la matérialisation des réponses à l’enquête faite sur cette question auprès des adhérents de l’Union. Le dépouillement de ces réponses, ainsi qu’il est dit plus haut, a fait l’objet d’un ouvrage intitulé Le respect des délais de livraison (2).
- Groupes d'échange d'expériences. — Deux groupes d’étude du marché ont été constitués en 1932, l’un réunissant des représentants de la grande industrie et l’autre comprenant des représentants d’établissements ne travaillant pas en série. Ils ont donné lieu à plusieurs conférences de spécialistes et ont entrepris des recherches afin d’établir la classification de la clientèle et de déterminer : le consommateur final, la nature des produits consommés par la clientèle, les consommateurs quantitatifs actuels et possibles en vue de l’extension des débouchés.
- (1) La latte contre le gaspillage, Delmas éditeur, 7, rue de Madrid, Paris (8e).
- (2) Delmas éditeur, 7, rue de Madrid, Paris (8e). Cette question a aussi fait l’objet d’une conférence, le 11 mai 1935, devant la Société d’Encouragement (Voir le Bulletin de juin 1935, p. 406-407).
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- Un certain nombre de circulaires ont été envoyées aux membres de ces deux groupes, afin de compléter leur documentation sur ce sujet.
- Un troisième groupe d’échange d’expériences a fonctionné de juillet 1934 à juillet 1935 ; il était composé de membres de l’Union qui ont suivi le voyage aux États-Unis (9e session) et avaient décidé, au cours de ce voyage, d’étudier en commun l’organisation de chacune de leurs firmes. Plusieurs établissements ont déjà été visités.
- M. René Greiner, administrateur-délégué des Aciéries Valère-Mabille et de la Centrale belge des Aciers spéciaux (Bruxelles) est venu faire au siège social, à l’occasion de la 11e session, en décembre 1934, une conférence sur l’étude du marché, afin de compléter les connaissances déjà acquises lors des travaux des deux premiers groupes.
- Tirages à part. — Un certain nombre de tirés à part ont été mis à la disposition des adhérents de l’Union.
- Revue mensuelle. — Depuis 1926, date de création du Service, il a donné dans la revue de l’Union, à peu près tous les mois, des articles sur des questions d’organisation et des bibliographies d’ouvrages pouvant intéresser les adhérents. Ils sont également informés de toutes les manifestations (sessions de cours, expositions, congrès) se rapportant aux questions d’organisation.
- Consultations. — Le Service d’Organisation a répondu jusqu’ici à plus de 260 demandes relatives à la réorganisation de services ou d’entreprises; il se tient spécialement, à cet effet, à la disposition des adhérents del’U. I. M. M. qui désirent le consulter. En particulier, plusieurs usines ont adopté, avec succès, le système de la boîte aux suggestions, d’après les indications données par le Service.
- Conférences. — Le chef du Service de l’Organisation scientifique a déjà fait à plusieurs reprises des conférences sur : le contrôle budgétaire, le respect des délais de livraison et la lutte contre le gaspillage, à Lille, Lyon, Marseille, Paris, Limoges, Nancy, Strasbourg, Toulouse, Gand, Bruxelles, Louvain, etc.
- L’U. I. M. M. a aidé à la création de l’École d’Organisation scientifique du Travail qui fonctionne maintenant, pour la seconde année, au Comité national de l’Organisation française.
- Travaux prévus. — Une quatrième enquête est actuellement en cours auprès des adhérents de l’Union pour connaître des cas d’application de la méthode du contrôle budgétaire pour la direction des entreprises par l’établissement de prévisions raisonnées concernant les ventes, la fabrication, etc. D’autres sessions de cours sont en préparation.
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- BULL. DE LA SOC. d'-ENGOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — JANVIER 1936 (p. 52).
- DISPOSITIF DE TRANSMISSION MÉCANIQUE A DISTANCE DE M. MAURICE CORSET
- par M. M.-J. Androuin, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- M. Maurice Corset a présenté au Comité des Arts mécaniques un dispositif de transmission mécanique à distance qui, tout en pouvant être installé dans un tube
- Fig. 1.
- cintré, se comporte à peu près de la même manière qu’une simple tige droite guidée (fîg. 1).
- Ce dispositif peut être utilisé en effet en traction, ou en compression, ou alternativement.
- L’organe essentiel du dispositif est constitué par un chapelet obtenu en plaçant
- alternativement sur un câble à haute résistance 4 (fîg. 2) des pièces en forme de tonnelets 2 et des tronçons de tubes 3 dont les extrémités sont en forme de rotules et le tout passant dans un tube de guidage où les tonnelets ont un jeu diamétral suffisant pour que le déplacement soit possible.
- Chaque extrémité du chapelet est constituée par une douille spéciale filetée (fîg. 3), dans laquelle le câble est soudé à l’étain, ce mode d’assemblage présentant
- Fig. 3.
- une solidité suffisante sans que le travail de soudure occasionne au câble une perte sensible de résistance. Les embouts 7 (fîg. 3) sont vissés sur les douilles filetées.
- Dans l’ensemble ainsi constitué, le câble est soumis à une tension initiale supérieure à l’effort maximum que la commande doit transmettre.
- 2 * S
- Fig. 2.
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- Dans ces conditions, la perte de course due à l’élasticité longitudinale de l’ensemble du chapelet est négligeable; le système n’a pas d’autre perte que celle qui résulte du jeu de fonctionnement des tonnelets dans le tube de guidage.
- Les embouts 7 peuvent être raccordés à des commandes quelconques, par bielle, crémaillère, etc., comme s’il s’agissait d’une tige droite guidée dans un tube droit.
- L’ensemble étant bien lubrifié à l’état de neuf peut fonctionner sans entretien pour une longue durée et pour un grand nombre de manœuvres.
- Rien ne s’oppose à ce qu’un même ensemble de transmission comprenne un ou plusieurs chapelets semblables et des tiges droites.
- L’auteur a aussi réalisé des dispositifs où le tube de guidage est souple.
- Ce mode de transmission mécanique, comparé au dispositif dit Bowden et à tous les dispositifs dérivés, réalise un important progrès du fait qu’il se comporte aussi bien en compression qu’en traction, et qu’il assure dans tous les cas la répétition fidèle des déplacements, sans qu’il soit nécessaire d’y ajouter un ressort de rappel.
- Le rendement mécanique est élevé, et par conséquent l’usure très faible et l’entretien presque nul.
- Le dispositif présenté par M. Maurice Corset apporte aux constructeurs une resso'urce nouvelle dans le domaine des transmissions mécaniques à distance.
- NOTE BIBLIOGRAPHIQUE
- La maturation des viandes par le froid,
- par M. Ed. Sauvage, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- La Revue générale du Froid d’octobre 1935 contient un article de M. le vétérinaire lieut.-col. Chanier sur Le froid industriel et la maturation des viandes, dont les indications pratiques sont de nature à intéresser tous les consommateurs de cet aliment. M. Chanier avait plus spécialement pour objet de rechercher si l’emploi des frigorifiques destinés à la garde des viandes de boucherie était intéressant et économique pour l’armée.
- Après quelques considérations sur le phénomène de la maturation des viandes, comparée à celle des fruits, il arrive aux conclusions suivantes :
- La température de conservation sera de -+- 2°. Elle doit durer pendant 4 jours au moins, et ne pas dépasser 10 à 12 jours. Au préalable, une dessiccation superficielle rapide des viandes est utile. L’aération des chambres de conservation est fort importante.
- Ainsi traitée, la viande est tendre et d’une saveur agréable. Presque tous les morceaux deviennent utilisables en grillades et en rôtis. La durée de la cuisson peut être réduite. La digestion de cette viande semble facilitée.
- M. Chanier n’a pas constaté de dépôt d’humidité nuisible sur les quartiers à la sortie des chambres à -h 2°.
- Ces excellents résultats, constatés dans l’alimentation d’un régiment, sont d’une grande utilité pour le commerce de la boucherie. Le sujet traité par M. Chanier n’est pas nouveau, mais les règles simples et précises, qu’il donne avec la sanction de l’expérience, sont faciles à observer.
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- BULL. DE LA SOC. ü’eNCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. —JANVIER 1936 (p. 54).
- COMPTES RENDUS DES SEANCES DE LA SOCIÉTÉ ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE DU 14 DÉCEMBRE 1935 Présidence de M. Alby, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- M. Alby, président, rappelle que la réunion est une assemblée générale des membres de la Société, assemblée pendant laquelle, conformément aux statuts, il doit être procédé à l’élection des membres du Bureau pour l’année 1936 et à la ratification de la nomination, pendant l’année 1935, de nouveaux membres du Conseil d’Administration. Le scrutin sera clos à 17 h. 30 m., ainsi qu’il a été annoncé sur la convocation qui a été adressée aux sociétaires.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- M. Lebonvallet (Henri), sous-chef d’études à la Compagnie de l’Est, Ateliers d’Épernay, 25, rue Henri-IY, Épernay (Marne), présenté par M. Maurice Garnier et M. Lemaire (1936);
- la Fédération des Producteurs de Pommes de terre de la Région malouine, 13, boulevard Chateaubriand, Saint-Malo (Ille -et-Vilaine), présentée par M. Alby et M. Lemaire (1936);
- M. Lelong (Robert) (G. C. i$fc), Ingénieur général de lre classe du Génie maritime (en retraite), 15, rue Gay-Lussac, Paris (5e) présenté par MM. de Fré-minville et Androuin (1936).
- M. Maurice Rollet de l’Isle, (C. i&), Ingénieur hydrographe général de la Marine, du cadre de réserve, membre de notre Société depuis 1926, s’est fait inscrire comme membre à vie. Nous le remercions vivement de cette nouvelle marque de l’intérêt qu’il porte à notre Société.
- M. Alby, président. — J’ai le plaisir de vous annoncer que notre sympathique collègue M. F. Blondel, Ingénieur en chef des Mines, secrétaire général du Comité d’Etudes minières pour la France d’outre-mer, vient d’être nommé chevalier de la Légion d’honneur. Nous sommes d’autant plus heureux de le féliciter de cette nomination que M. Blondel nous a donné maintes fois, depuis quatre ans seulement qu’il est membre de notre Conseil, des preuves de son attachement et de son dévouement à notre Société,
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- M. Alby, président. — Je crois devoir vous signaler, parmi la correspondance, une lettre que M. Waton nous communique et qu’il a reçue du Prof. Pech; elle a trait au sujet que le Prof. Pech a traité ici même le 13 mars 1933, sous le titre L’indice de nutrition des eaux minérales étudié sur les eaux en bouteille et au griffon{i). Il s’agissait des différences de propriétés thérapeutiques que peuvent présenter certaines eaux minérales selon qu’elles ont été mises en bouteilles sans précautions spéciales ou bues à la source même. Le Prof. Pech écrit :
- « Si la compagnie exploitante de la station hydrominérale que vous me citez, comprend mieux son exploitation en signalant que l’eau perd ses propriétés lorsqu’elle est en bouteille, c’est bien plus grâce à la publicité donnée à mes recherches par mes amis et la Société d’Encouragement que par ma propre action.
- « De toute façon, je suis heureux du résultat partiel obtenu. Mon désir serait de voir les compagnies thermales se décider enfin, pour le bien des malades qui ne peuvent venir au griffon, à utiliser mes principes d’embouteillage sur lesquels je ne demande aucune part ou redevance. Il y aurait là une œuvre humanitaire à accomplir. »
- Les Etablissements Kuhlmann, en réglant leur cotisation de 1936, ont arrondi leur versement à 1 000 fr, de sorte qu’ils font don ainsi à la Société d’une somme de 880 fr. D’accord avec eux, nous l’avons portée au compte de notre Bulletin, poste le plus lourdement chargé de notre budget. Nous adressons nos plus chaleureux remerciments aux Etablissements Kuhlmann qui, depuis plusieurs années, à pareille époque, se montrent régulièrement aussi généreux.
- M. de Fréminville, secrétaire général, au nom de son collègue M. Wery, souffrant, et en son nom personnel, présente et analyse quelques-uns des ouvrages entrés récemment dans la Bibliothèque. Ce sont :
- Agendas Dunod 1936, 5 volumes. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), savoir :
- Automobile, par Georges Mohr. 24e éd. ;
- Béton armé, par Victor Forestier. 9e éd.;
- Chemins de fer, par Pierre Plage. 55e éd. ;
- Construction mécanique, par J. Izart. 55e éd. ;
- Mines, par Eugène Stalinsky. 55e éd. ;
- Topographie. Levés ruraux. Remembrement, par Charles Muret. 3e édition entièrement refondue par Louis Patrix (Encyclopédie agricole, publiée sous la direction de M. G. Wery). Tome I : Instruments topographiques : description, conditions d'emploi, réglage. Méthodes de levé de la planimétrie. Tome II :
- (1) Voir le Bulletin de juin 1933, p. 391-394, et de juillet-août-septembre 1933, p. 401-404.
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- Méthodes de nivellement. Levés par la photographie. Applications rurales de la topographie. Paris, J.-B. Baillière et fils, 19, rue Hautefeuille (6e), 1934-1935;
- Office international de Chimie. — Répertoire international des Centres de documentation chimique. Paris, 28, rue Saint-Dominique (7e) ;
- Véconomie dirigée et Vagriculture. Conférences organisées par l’Institut national agronomique et l’Association amicale de ses anciens Elèves. Paris, Librairie de l’Institut national agronomique, 58, rue Claude-Bernard (5e), 1935;
- En route vers Vabondance, par Jacques Duboin (Collection « Ligue du droit au travail »). Yol. I. et II, Paris, Editions Fustier, 8, rue de Choiseul (2e). (Don de Vauteur)-,
- Métallographie simplifiée delà fonte. Sa pratique par des méthodes rapides. Conférence faite le 11 janvier 1930 à la Société industrielle de l’Est (Comité de fonderie), par F. Girardet. Saint-Dié (Vosges), Fonderie Girardet, 1930. (Don de Vauteur)',
- La fonte « girêe ». Conférence faite le 28 février 1929 à la Société industrielle de l’Est (Comité de fonderie), par F. Girardet. Saint-Dié (Vosges), Fonderie Girardet, 1923. (Don de Vauteur)-,
- Appréciation de la consistance des goudrons au moyen du consistomètre E. P. C. Communication présentée au 7e Congrès de Chimie industrielle, par Joseph Malette (ex Comptes rendus du 7e Congrès de Chimie industrielle, 16-22 octobre 1927). Paris, Chimie et Industrie, 49, rue des Mathurins (8e). (Don de l'auteur);
- Détermination du dosage des mortiers en œuvre par l'analyse chimique. Communication présentée au 10e Congrès de Chimie industrielle, par Joseph Malette (ex Comptes rendus du 40e Congrès de Chimie industrielle, 7-13 septembre 1930). Paris, Chimie et Industrie. (Don de l'auteur)-,
- Note sur un appareil de laboratoire destiné à la distillation fractionnée des goudrons pour routes. Communication présentée au 12e Congrès de Chimie industrielle, par Joseph Malette (ex Comptes rendus du 42e Congrès de Chimie industrielle, 25 septembre-3 octobre 4982). Paris, Chimie et Industrie. (Don de l'auteur) :
- Les lampes électriques à ampoule dispersive moulée pour projecteur d'automobiles, par A. Gamble (ex Revue « Lux », avril 1934);
- Les tapis Ouaouzguite (Nord-Sud, Revue périodique illustrée d’informations marocaines, n° 20). Casablanca, Éditions Inter-Presse, 34, boulevard de la Gare.
- M. Alby, président. — C’est notre collègue du Conseil, M. Blondel, qui qous a signalé l’intérêt des travaux que Mlle François poursuit depuis long-
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- temps sur les corps gras. Priée, il y a plusieurs mois, de nous traiter la question du ravitaillement de la France en matières premières oléagineuses, Mlle François a accepté très volontiers. Nous l’en remercions très vivement. Mais, à cette époque, Mlle François était chef de travaux à l’Ecole pratique des Hautes Etudes scientifiques. Depuis, elle vient d’être nommée chargée de cours magistral à la Faculté de Pharmacie de Nancy, de sorte qu’elle est venue exprès à Paris, non seulement pour faire la conférence qu’elle nous avait promise, mais aussi pour la préparer, et même de façon qu’elle eût lieu avec plus d’agrément pour les auditeurs, puisque vous verrez tout à l’heure un film sur la culture de l’arachide en A. O. F. qui n’est pas annoncé sur nos invitations. En présentant nos félicitations à Mlle François pour sa nomination à son nouveau poste, nous tenons à lui exprimer nos regrets qu’elle l’ait obligée à une fatigue supplémentaire que nous étions disposés à lui éviter, ce à quoi elle s’est refusée. Nous lui renouvelons donc nos remerciements.
- Mlle Marie-Thérèse François, docteur ès sciences physiques, chargée de cours magistral à la Faculté de Pharmacie de Nancy, fait une communication sur Le ravitaillement de l'industrie française en matières oléagineuses. Son évolution par rapport à la production mondiale.
- Les industries qui emploient les oléagineux comme matières premières sont extrêmement nombreuses; il leur faut fournir notamment : les huiles de table; des succédanés du beurre (oléomargarine, végétaline, etc.); les huiles employées dans la savonnerie et la stéarinerie; celles qui servent à la préparation des peintures, de certains vernis, pour l’ensimage des textiles à tisser, le tannage et le chamoisage des peaux, de nombreux produits d’entretien et quelques matières plastiques; des lubrifiants et peut-être une fraction de plus en plus importante des carburants consommés dans les moteurs thermiques. Tous ces produits et leurs sous-produits (glycérine, tourteaux, etc.) sont de consommation courante chez les peuples dont la civilisation est avancée, ce qui est le cas pour toutes les nations de l’Europe occidentale. Cependant, aucune d’elles ne trouve sur son seul territoire métropolitain toutes les matières premières oléagineuses dont elle a besoin, et toutes sont obligées de les faire venir en presque totalité de l’extérieur, en général des pays tropicaux ou subtropicaux qui sont à la fois moins évolués et se trouvent dans des conditions favorables à leur production.
- La situation est à peu près la même que pour les substances minérales avec cette différence que les substances minérales ne peuvent être extraites que là où elles sont, et que, seule, la question du prix de revient a empêché jusqu’à présent la France de cultiver les graines oléagineuses nécessaires à sa consommation. Le sol de la France métropolitain ou d’outre-mer est en effet apte à produire presque toutes les plantes fournissant les matières premières oléagineuses, et si on ne les a pas cultivées c’est parce que leur culture rapporte beaucoup moins que celle des céréales. Il est donc intéressant de savoir comment les nations européennes se ravitaillent en matières oléagineuses, et quelles mesures elles auraient à prendre pour
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- assurer leur ravitaillement aussi bien en temps de paix qu’en cas de conflit. Il s’agit, en définitive, de savoir, si, ces nations, voulant conserver ou même améliorer leur train de vie, elles ne doivent pas s’imposer une politique des matières premières oléagineuses.
- Dans le cas de la France, on constate que, de 1928 à 1933, les matières premières oléagineuses ont représenté 3,63 à 3,22 p. 100 (moyenne 4,26 p. 100 pendant ces cinq années) de la valeur totale des importations, et qu’elles ont concouru, car leur valeur est élevée, pour 8,1 à 13,7 p. 100 (moyenne 11,9 p. 100, exceptionnellement 41,4 p. 100 en 1928) au déficit de notre balance commerciale. Encore, ne sont comptées dans ces importations que les matières provenant de l’étranger, et non celles qui sont originaires de la France d’outre-mer. L’Empire français est donc largement tributaire de l’étranger.
- Dans son exposé. Mlle François étudie d’abord quels sont les besoins actuels des usines métropolitaines en ce qui concerne chacune des matières premières oléagineuses en se basant sur les variations de leur consommation pendant la décade 1923-1933. Ces matières premières sont notamment : les arachides, l’amande du palmier à huile, l’huile de palme, le coprah, l’olive, le lin, les graines de ricin, de soja, de cotonnier, de colza et de chanvre, et les produits bruts qu’on tire de ces matières premières dans les pays producteurs. Elle recherche ensuite l’origine et les variations du ravitaillement pour chacune de ces matières premières pendant cette même période; puis elle établit la contribution de la France métropolitaine ou extérieure à ce ravitaillement, et aussi, le cas échéant, au ravitaillement des pays étrangers: enfin, elle indique les débouchés, actuels ou possibles, des produits fabriqués en France avec les matières premières oléagineuses, c’est-à-dire les huiles, les savons, etc.
- Voici quelques-unes des conclusions les plus importantes que Mlle François tire de cet examen d’ensemble.
- Depuis la fin du déséquilibre provoqué par la guerre mondiale, l’industrie française des oléagineux a joui d’un essor remarquable qui est dû surtout à ce que les produits fabriqués ont fait l’objet d’une plus grande consommation, non seulement en France même, mais aussi dans nos territoires extérieurs. Pour les produits fabriqués vendus à ceux-ci, il y a eu à la fois augmentation en tonnage et en valeur, et cela, même depuis l’effondrement des cours; mais cet effondrement des cours a provoqué ce fait assez paradoxal que nos industriels vendaient de plus en plus à la France d’outremer des produits fabriqués avec des matières premières achetées par eux à des producteurs étrangers, qui sont leurs concurrents. Il y avait là un danger d’appauvrissement pour les populations indigènes, et d’autant plus à craindre qu’il n’y avait pas pénurie de production dans nos possessions d’outre-mer; on pourrait même l’augmenter, et très facilement. Telle était du moins la situation jusqu’à la fin de 1932. Dès 1933, un tarif protecteur a permis aux producteurs de la France d’outre-mer de participer davantage au ravitaillement de la métropole et de moins compter sur les achats de l’étranger, car toutes les nations tendent plus ou moins à pratiquer Fauta r-chie économique. La plupart des industriels français ont d’ailleurs adapté leurs usines aux nouvelles conditions de fabrication qui leur étaient imposées; c’est ainsi que, maintenant, ceux de la région de Marseille traitent couramment les arachides de l’A. O. F., beaucoup plus encombrantes que celles qu’ils achetaient auparavant à l’Inde.
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- Le cas de l’huile d’olive est extrêmement compliqué et unique. Pour le groupe formé par la Provence et les territoires français du bassin de la Méditerranée, la production dépasse largement la consommation; et cependant, surtout depuis 1929, ce groupe continue à importer de l’huile d’olive d’Italie, de Grèce, de Turquie et d’Espagne; il est vrai qu’il en exporte au total plus qu’il n’en importe; il exporte surtout aux États-Unis, en Argentine, en Italie qui, en 1933, a absorbé 75 p. 100 des exportations tunisiennes malgré un droit protecteur énorme à l’entrée de l’huile d’olive en Italie. Ces anomalies sont dues surtout à ce que la Tunisie a su admirablement aménager ses oliveraies, organiser sa fabrication (plus de 300 usines modernes dans la seule région de Sfax) et sa propagande.
- E. L.
- M. M. Waton. — Puisque nous sommes tributaires de l’étranger pour les oléagineux, ne serait-il pas intéressant d’introduire la culture du tournesol en France? Cette culture est très développée dans l’Est de l’Europe. Sa graine fournit une huile de table excellente, des tourteaux pour le bétail, un pain pour diabétiques; je crois bien aussi que l’huile de tournesol est employée pour la fabrication d’un caoutchouc synthétique.
- M. E. Lemaire. — Je pose la même question pour le soja. On voit recommander chaleureusement sa culture de temps à autre depuis une dizaine d’années dans les journaux d’agriculture et de chimie industrielle. Il en existe plusieurs centaines de variétés, et on en trouve qui sont adaptées à presque tous les climats. Depuis la guerre, la culture du soja s’est très répandue aux Etats-Unis et elle se répand depuis peu en Allemagne, pour des raisons qui sont évidentes. Je crois savoir qu’un membre et lauréat de la Société, M. de Guerpel, a réussi à cultiver régulièrement plusieurs variétés de soja en Normandie et qu’il a fourni de la semence provenant de ses cultures à des cultivateurs de presque toutes les régions de la France. Presque tous ces essais ont réussi. Comment expliquer que tous ceux qui ont fait ces tentatives ne réussissent pas à placer leur récolte et sont obligés de la consommer, eux, leur famille ou leur entourage?
- Mlle François. — Il est facile de répondre aux questions posées par M. Waton et M. Lemaire. La culture des graines oléagineuses, autrefois largement pratiquée en France, a brusquement cédé le pas à celle du blé, qui s’est révélée beaucoup plus rémunératrice.
- Mais notre sol est capable de produire un bon nombre d’espèces olifères, dont le tournesol et le soja; pour le soja, des essais ont été réalisés, non seulement en Normandie, mais aussi dans le midi de la France, à Saint-Remy, notamment. La difficulté d’écouler ce produit n’a rien de surprenant : il s’agissait d’une production très restreinte, n’intéressant qu’un très faible ton-
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- nage, et peu utilisable par les grandes usines. D’ailleurs, nos huileries ne consomment pas de graines de tournesol (les importations annuelles sont de quelques milliers de tonnes d’huile en nature) et elles seraient obligées de s’adapter au traitement d’une matière première dont la structure est un peu particulière.
- Pour le soja, le problème est plus facile; mais cette espèce a l’inconvénient de ne contenir que 15 p. 100 d’huile; le tourteau résiduel est donc fort encombrant, malgré sa haute valeur nutritive (haute teneur en azote, pas d’amidon).
- D’autre part, les qualités respectives des huiles de tournesol et de soja n’ont rien de particulier et ne les désignent pas pour des usages spéciaux. Il n’apparaît donc pas qu’il faille pousser à leur consommation dans notre pays, tout au moins dans la France métropolitaine.
- M. M. Waton. — En quoi consiste la démargarinisation utilisée en Tunisie pour valoriser les huiles d’olive?
- Mlle François. — Non seulement les olives, mais la plupart des graines et fruits oléagineux donnent des huiles qui résistent d’autant mieux au froid qu’ils ont été cultivés dans des régions moins chaudes. En particulier, les huiles d’olive du Sud tunisien cristallisent partiellement aux températures pour lesquelles les huiles qui proviennent du Nord du pays restent parfaitement fluides. Et ce fait est un grave inconvénient si on veut utiliser les huiles en question pendant l’hiver pour le graissage.
- Il est possible d’y remédier en refroidissant les huiles et en séparant la partie solidifiée par centrifugation ou par filtration ; c’est l’opération dite de démargarinisation. Il va sans dire que l’on peut ainsi obtenir des huiles qui présentent des viscosités variées et qui résistent à des températures déterminées.
- Après cette discussion, est présenté un film sur La culture, la récolte, le transport, le stockage et Vexpédition des arachides en Afrique occidentale française.
- M. Alby, président. — Au nom de notre Société, je remercie vivement Mlle François d’avoir attiré notre attention sur une question capitale pour notre industrie nationale, et aussi pour notre sécurité. Je la félicite aussi de ce que, étant femme de laboratoire, elle ne se soit pas cantonnée dans des recherches purement scientifiques, qui ont certes leur intérêt, mais un intérêt qui cependant échappe au grand public. Il en est autrement du problème du ravitaillement,'qui le touche de très près et directement, car son bien-être
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- et sa sécurité en dépendent, comme vous nous l’avez démontré. J’espère que les industriels intéressés à connaître en détail la question économique que vous nous avez exposée sauront en tirer les conclusions qui s’imposent. Nous vous demandons de vouloir bien nous donner le texte de votre communication que nous insérerons dans notre Bulletin.
- J’adresse aussi les remerciements de la Société d’Encouragement à l’Agence économique de l’Afrique occidentale française, qui a bien voulu mettre à la disposition de Mlle François le film, très intéressant, que nous venons de voir sur la culture de l’arachide.
- M. Alby, président, donne lecture du procès-verbal de dépouillement du scrutin.
- 1° Bureau pour 1986.
- Ont voté par correspondance............... 289 sociétaires.
- Ont voté à la séance....................... ht —
- Total.............................. 293 sociétaires.
- Bulletins blancs ou nuis ... 6 —
- Reste.............................. 287 sociétaires.
- Ont obtenu :
- comme président M. Maurice Lacoin 287 voix.
- M. Paul Dumanois . . .
- M. J. Loebnitz . . 286 —
- , M. Jean Carpentier . . . . . 286 —
- \ M. Henri Hitier .... . . 287 —
- comme vice-présidents < M. Jean Fressinet. . . . . . 287 —
- 1 M. Caziot . 1 —
- ' M. Jouguet 1 —
- M. Portevin 1 —
- M. Fieux 1 —
- comme secrétaires ( M. Ch. de Fréminville. . . 287 —
- généraux M. Georges Wery . . . . . 287 —
- comme trésorier M. Jean Matheron . . . . . 287 —
- ( M. Pierre Caziot .... . 287 —
- comme censeurs 1 M. A. Alby . 287 —
- En conséquence, le quorum statutaire de 100 membres votants étant atteint, sont déclarés élus membres du Bureau de la Société pour 1936 :
- Président : M. Lacoin; — Vice-présidents : MM. Dumanois, Loebnitz, Carpentier, Hitier et Jean Fressinet; — Secrétaires généraux : MM. de Fré-minville et Wery; — Trésorier : M. Matheron; — Censeurs : MM. Caziot et Alby.
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- BIBLIOGRAPHIE. — JANVIER 1936.
- 2° Nouveaux membres du Conseil.
- Ont voté par^correspondance.............
- Ont voté à la séance....................
- T otal.........................
- Bulletins blancs ou nuis . . . Reste. ........................
- 289 sociétaires.
- 4 —
- 293 sociétaires.
- 4 —
- 289 sociétaires.
- Ont obtenu
- !M. Jouguet M. Bihoreau M. Caquot. M. G. Blétry M. Tirard. M. Marlio. .
- 288 voix
- 289 —
- 287 —
- 288 — 288 — 289 —
- En conséquence, le quorum statutaire de 100 membres votants étant atteint, sont déclarés membres du Conseil d’Administration : M. Jouguet [Comité des Arts mécaniques); — M. Bihoreau (Comité des Arts économiques); — MM. Caquot et C. BuÉTRy (Comité des Constructions et des Beaux-Arts)-, — MM. Tirard et Marlio [Comité de Commerce).
- Ont signé, les scrutateurs : MM. de Fréminville, Androuin, Bourdel et Brillié.
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
- BIBLIOGRAPHIE
- Le bureau moteur. Fonction et organisation des bureaux, par Maurice Ponthière, rapporteur général du IVe Congrès international d’Organisation scientifique du Travail, directeur de l’École d’Organisation scientifique du Travail. Un vol. br. (24 x 16 cm), de 408 p., 40 fig., Delmas édit., 7, rue de Madrid, Paris (8e).
- Index : 658
- La complexité des opérations de l’industrie moderne est telle que la direction ne peut s’exercer d’une façon effective sans l’aide d’une documentation extrêmement précise relative à la vie de l’entreprise : puissance de production, utilisation de l’outillage et du personnel; prix de revient, etc. Il lui est également indispensable de posséder un organisme parfait pour la préparation et la transmission des ordres et le contrôle de leur exécution. C’est le bureau qui doit remplir ces différentes fonctions et c’est ainsi qu’il devient un élément très important de l’entreprise. Si on peut être surpris du qualificatif de « moteur » donné par l’auteur au « bureau », qui a souvent été considéré comme un frein, c’est que le rôle du bureau n’a pas
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- toujours été compris; c’est qu’on n’a pas attaché assez d’importance à l’étude de ses différentes fonctions, à son organisation, au recrutement de son personnel, aux méthodes qu’il doit suivre et qui doivent faire de lui, tout au moins, un animateur de la plus grande importance. C’est ce sujet que développe l’auteur en s’appuyant sur une documentation extrêmement importante et de la façon la plus instructive.
- GH. DE FRÉMINVILLE.
- Locomotives à grande vitesse à bogie et 4 essieux accouplés compound à 4 cylindres à large circuit de vapeur, haute surchauffe et distribution par soupapes, provenant de la transformation des locomotives « Pacific » à roues motrices de 1,85 m de diamètre, série 4 501 à 4 570 de la Gie d’Orléans,
- par M. André Chapelon, Ingénieur du Matériel au P.-O.-Midi (Extrait de [la Revue générale des Chemins de fer, de février et mars 1935). Une br. (31X 22 cm), de 100 p., 86 fîg., VI pl. Dunod, édit., Paris, 92, rue Bonaparte (6e).
- Index : 621. 13
- Le mémoire de M. Chapelon donne une description détaillée et une analyse minutieuse du fonctionnement de locomotives Pacific dont l’essieu porteur arrière a été remplacé par un essieu accouplé ; mais en outre il contient quantité d’observations générales s’appliquant à la plupart des locomotives.
- La transformation des locomotives Pacific, justifiée par leur défaut d’adhérence sur certaines sections de lignes à fortes rampes et à courbes de. faible rayon, a permis d’ailleurs de nombreux perfectionnements.
- Les principales modifications sont les suivantes :
- Remplacement du foyer large par un foyer étroit, compris entre les roues, avec siphon Nicholson (voir le Bulletin de juin 1933, p. 348);
- Surchauffe de la vapeur jusqu’à 400°;
- Réchauffeur d’eau d’alimentation;
- Échappement double Kylchap, produisant un tirage intense et régulier avec faible contre-pression dans les cylindres (voir le Bulletin de juin 1933, p. 354); Larges sections de passage de la vapeur ;
- Distribution par soupapes, système Dabeg à cames oscillantes, conservant la variation des phases d’échappement anticipé et de compression.
- De nombreux essais ont été exécutés avec la locomotive transformée. Il en est rendu compte dans le mémoire avec le plus grand détail. Il est fort remarquable qu’une puissance indiquée de 4 000 ch a été atteinte et même dépassée(1). Les consommations d’eau et de combustible par cheval-heure indiqué sont descendues, pour certaines marches, aux très faibles valeurs de 5,3 litres et 0,83 kg. Avec une combustion de 500 kg par mètre carré de grille, le rendement thermique de la chaudière a atteint 75 p. 100.
- De nombreuses figures et une série de graphiques accompagnent le texte.
- La conclusion du mémoire résume les mérites du nouvel engin :
- « Les principes appliqués par la Cle d’Orléans depuis 1926 dans l’étude de la transformation de ses locomotives compound (machines 3 700, 3 800, 4 700) en ce
- (1) Le diamètre des deux cylindres à Lasse pression étant de 640 mm, la course des pistons de 650 mm, le diamètre des roues motrices de 1,800 m, une puissance indiquée de 4 000 ch, à la vitesse de 124 km/h, correspond à une pression moyenne effective de 6 kg/cm2, calculée sur les volumes engendrés par les pistons à basse pression, c’est-à-dire sur les diagrammes totalisés.
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- BIBLIOGRAPHIE. — JANVIER 1936.
- qui concerne notamment les sections de passage offertes à la vapeur,- le degré de surchauffe, et Véchappement, ont conduit— grâce aux dispositions prises par ailleurs dans la construction des chaudières pour permettre à celles-ci de développer sans incident toute leur capacité de production — à un accroissement considérable de la puissance et du rendement de ses machines.
- « Ces améliorations ont atteint leur plus grand développement dans les locomotives du type 4 700, dont la puissance, par rapport aux machines anciennes dont elles dérivent, a été sensiblement doublée et dont l'économie de combustible est allée jusqu’à 45 p. 100 aux puissances limites des machines primitives.
- « Finalement, on a pu réaliser une locomotive du type 2-4-0 compound, à très haute surchauffe, à foyer étroit ayant 3,76 m2 de surface de grille, d’un poids de 109 t, pouvant développer une puissance indiquée de 4 000 ch et une puissance au crochet du tender de 3 000 ch, entre 90 et 120 km/h.
- « Cette locomotive s’est révélée apte aux plus grandes vitesses, et elle a pu remorquer, dans les meilleures conditions, des trains de fort tonnage (660 t) à la vitesse soutenue de 140 km/h en palier. »
- E. SAUVAGE.
- Annuaire des engrais, des produits anticryptogamiques et insecticides] et des
- semences, 1935-1936. Un volume relié (19 x 26 cm), 574 p. fîg. Secrétaire :
- P. Milhiet, Ingénieur-chimiste I. C. P., 6, rue Maublanc, Paris (15e). Les Éditions documentaires agricoles, édit. 30, rue du Poteau, Paris (18e).
- Index : 631.6 -h 632.951 + 632.952 + 631.531
- Cet annuaire, publié sous la direction de M. Langlen, l’agronome bien connu, directeur du Syndicat national de Propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques, et de M. P. Milhiet, son collaborateur, constitue non seulement le répertoire complet de tous les industriels, commerçants, agents, courtiers, syndicats et coopératives de Paris, des départements et de l’Afrique du Nord qui s’occupent des produits qu’il vise, mais encore une véritable encyclopédie de leur production, utilité et usages. Chaque année, des articles originaux, dus à des spécialistes de premier ordre, placés en tête des différents chapitres, mettent le lecteur au courant de l’évolution des fabrications, de celle de la législation industrielle et commerciale et des statistiques relatives à l’exportation, à l’importation et à la consommation des différents produits.
- L’ouvrage se présente sous l’aspect d’un très beau volume solidement relié, illustré d’un très grand nombre de photo-gravures, et typographié avec le plus grand soin.
- Son texte est disposé de telle sorte que l’on puisse trouver avec la plus grande facilité le renseignement que l’on cherche.
- Il comprend 11 divisions correspondant aux onze premières lettres de l’alphabet (A à K). Chacune d’elles se rapporte aune section du volume. Elle apparaît, comme dans un répertoire ordinaire, en marge du côté droit. Voici la liste de ces subdivisions ; elle fera connaître clairement la composition de l’ouvrage :
- Section A : L’industrie des engrais (Liste des fabricants, brevets, marques) ;
- Section B : ISotices documentaires des organismes de propagande des principaux engrais;
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- Section G : Le commerce (Liste des négociants, agents, courtiers, syndicats et coopératives de Paris, des départements et de l’Afrique du Nord);
- Section D : Législation industrielle ;
- Section E : Législation commerciale;
- Section F : Renseignements commerciaux (Douanes, transports, conditions de vente, composition des engrais) ;
- Section G : Statistiques (Production, consommation, importation et exportation) ;
- Section H : L’utilisation des engrais ;
- Section I : Les produits anticryptogamiques, insecticides et désherbants (Emploi, liste de fabricants, brevets, marques, réglementation);
- Section J : Les semences (Contrôle, sélection, liste des producteurs, législation)
- Section K : Le matériel, le laboratoire, les ouvrages techniques.
- Nous avons dit qu’en tête de chaque section, se trouvaient un ou plusieurs articles rédigés par des personnalités compétentes sur les questions à l’ordre du jour intéressant cette subdivision du volume. Ce sont des mises au point.
- C’est ainsi que : la section A s’ouvre par un remarquable exposé de M. E. Selher sur l'évolution de l'industrie des engrais ; la section G par l’article de M. Léon Baticle, président de l’Association syndicale des Négociants en engrais de France, sur La situation du commerce des engrais. La section H contient des mises au point : de M. Depardon, directeur de la Station agronomique de Blois, sur L'état actuel de nos connaissances sur la fumure azotée ; de M. Burgevin, directeur de la Station centrale d’agronomie (Versailles), sur L'état actuel de nos connaissances sur la fumure phosphatée; de M. Barbier, Ingénieur agronome, attaché à la Station centrale d’Agronomie et de Biologie des sols (Versailles), sur L'état actuel de nos connaissances sur la fumure potassique; de M. Joret, directeur de la Station agronomique de la Somme, sur L'état actuel de nos connaissances en ce qui concerne la question des fumures; de M. Ch. Brioux, directeur de la Station agronomique de la Seine-Inférieure, sur Les besoins en chaux des sols et les amendements calcaires ; de M. Langlen, directeur du Syndicat national de Propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques, sur Les amendements organiques et les amendements calcaires.
- En tête de la section I (produits anticryptogamiques, insecticides, désherbants) prennent successivement place les exposés : de M. Raucourt, chef du Laboratoire de Phytopharmacie au Centre national de Recherches agronomiques de Versailles, Les produits chimiques dans la défense des cultures; de M. J. Dufrénoy, directeur de la Station de Pathologie de Bordeaux, La désinfection des sols; de Mlle Gaudi-neau, chef de Travaux à la Station centrale de Pathologie végétale, La désinfection des plantes contre les maladies charbonneuses des céréales; de M. J. Berthelet, chef de travaux à la Station centrale de Pathologie végétale, Les traitements anticryptogamiques des arbres fruitiers; et, enfin, de M. J. Dufrénoy, déjà nommé, Le traitement des blessures.
- La Section J (semences) renferme : Contrôle des semences et stations d'essais, par M. Voisenat, directeur intérimaire de la Station centrale d’essais de Semences; La provenance des semences, par M. Louis François, directeur des Recherches scientifiques à la Station centrale d’essais de Semences; La production des semences sélectionnées de céréales, par Ch. Grépin, directeur de la Station d’Amélioration des Plantes de Dijon (fondation des Chemins de fer duP.-L.-M.); La sélection sur la 135e Année. — Janvier 1936. 5
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- résistance aux maladies du blé, de M. P. Bormans, directeur des Stations de Sélection de Montfort-l’Amaury et d’Estrées-Saint-Denis ; La qualité des blés français, par L. Alabouvette, du Centre de Recherches agronomiques de Versailles; La production de la graine de betterave sucrière, par M. Florimond Desprez, le sélectionneur bien connu; La sélection de la pomme de terre, par R. Diehl, chef de Travaux à la Station centrale d’Amélioration des Plantes de Versailles.
- Il ne nous est pas possible, en raison de la place limitée dont nous disposons, de parler en détail de ces différents articles bien que chacun d’eux présente un vif intérêt. Mais nous croyons que nous intéresserons les lecteurs de ce Bulletin en analysant brièvement le travail de M. Sellier ; L'évolution de la théorie des engrais.
- L’industrie des engrais prend chaque jour une importance plus grande dans l’économie mondiale. Comme chacune des branches de l’activité humaine, elle traverse une période difficile. Elle est obligée de s’efforcer à baisser ses prix de revient, de manière à pouvoir livrer aux cultivateurs ses produits à un prix qui soit en rapport avec la baisse des récoltes. M. Sellier met au point la situation, fin 1933, des différents problèmes qui concernent l’industrie des engrais, en suivant l’ordre suivant ;
- i. — fixation de l’azote. — Si les tonnages de la production d’azote synthétique ont sensiblement baissé en 1934, c’est qu’il y a un certain accroissement des ventes de cyanamide et qu’il a fallu faire place à l’azote de récupération des cokeries, dont la production ne peut être comprimée.
- C’est surtout en Allemagne et en Italie que l’emploi de la cyanamide a progressé. Dans le premier pays, elle est passée de 60 000 t d’azote en 1932, à 80 000 en 1934; dans le second de 20 400 (1932) à 24 717 (1934).
- La capacité mondiale de production a continué à croître, surtout hors d’Europe, en particulier au Japon. Aujourd’hui, c’est à peu près exclusivement la synthèse de Vammoniac qui est le point de départ de la production de l’azote synthétique, c’est-à-dire des composés autres que la cyanamide et le sulfate d’ammoniaque de récupération. La synthèse de l’ammoniac est aujourd’hui très perfectionnée et l’on ne peut plus guère s’attendre qu’à des améliorations de détail.
- M. Sellier signale les études de laboratoire de M. James Basset sur la synthèse à des pressions atteignant 450 kg/cm2 et à des températures de l’ordre de 850°. Le rendement de transformation du mélange d’azote et d’hydrogène est alors voisin de 100 p. 100; à la pression de 2 000 kg/cm2, il est encore de 40 p. 100 et cela sans l’emploi de catalyseur, c’est-à-dire quelle que soit la nature de la matière constituant le tube de réaction (platine, papier d’amiante, quartz fondu, alumine, zircone). On peut alors opérer avec du gaz très chargé de corps considérés comme des poisons pour les catalyseurs (oxyde de carbone, hydrogène sulfuré) sans autre inconvénient que d’obtenir de l’ammoniaque impur. On imagine combien il serait intéressant de pouvoir faire passer ces expériences dans le domaine industriel.
- La production de Vhydrogène, base de la production de l’ammoniac et principal facteur de son prix de revient, se répartit, comme il suit, entre les différents procédés : par électrolyse de l’eau, 16 p. 100; — par l’extraction des gaz de four à coke, 30 p. 100; — par le gaz à l’eau, 54 p. 100.
- Le principal résidu de la séparation de l’hydrogène du gaz de four à coke, le méthane, a trouvé une application intéressante comme carburant pour la traction
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- mécanique des poids lourds, et comme substitut du gaz brut de houille dans les usages domestiques. Ces utilisations, valorisant des produits secondaires, améliorent le prix de revient de l’ammoniac.
- En travaillant a 30 atm et a une température de 750°, avec un excès de vapeur d’eau, le gaz à l’eau et l’hydrogène ainsi préparés ne contiendraient plus qu’assez peu d’oxyde de carbone et de méthane pour que l’on puisse se dispenser de faire la conversion du premier par la vapeur d’eau. M. G. Fauser évalue à 30 p. 100 l’économie réalisable par ce procédé sur le prix de revient du mélange azote-hydrogène. Ce sont là des perspectives intéressantes qui engagent à poursuivre ces études.
- il. — engrais azotés de synthèse. — La fixation de Vammoniaque par d’autres supports que l’acide sulfurique continue à occuper les chercheurs. Jusqu’ici on lui avait substitué l’acide carbonique, l’acide chlorhydrique, l'acide nitrique et l’acide phosphorique, M. Sellier signale qu’en 1932, W. Scholl et E. Davis ont montré la possibilité de fixer l’ammoniac sans acide en le mettant en contact avec de la paille, de la tourbe ou du lignite, dans certaines conditions de pression et d’humidité et sous l’action de l’acide carbonique. On aurait ainsi obtenu un produit contenant 21 p. 100 d’azote, dont 20 à 70 p. 100 sous forme d’urée. Si l’on arrivait à produire industriellement cet engrais à un prix de revient suffisamment bas, les agriculteurs le rechercheraient certainement. M. Sellier rapporte aussi que M. James Basset aurait réalisé la synthèse directe des nitrates en partant de l’azote et de l’oxygène et d’un oxyde métallique. Il opérerait sous des pressions de l’ordre de 3 600 kg/cm2 et à des températures de 500° et davantage. Cette synthèse marquerait un fait considérable.
- m. — engrais phosphatés. — Parmi les nouvelles recherches que la fabrication des engrais phosphatés ont provoquées et que relate M. Sellier, nous nous arrêterons seulement, faute d’espace, sur les possibilités qu’ouvrirait la synthèse industrielle du pentanitrure de phosphore (N5P3). Ce corps n’est jusqu’ici qu’une curiosité de laboratoire ; sa synthèse industrielle permettrait d’éviter la fabrication de l’hydrogène et la synthèse de l’ammoniac. On imagine le retentissement qu’elle aurait sur l’évolution de l’industrie des engrais! 100 kg de nitrure de phosphore correspondent à 43 kg d’azote et à 130 kg d’acide phosphorique. Ce produit extrêmement concentré supporterait des frais de transport élevés et serait transformé en phosphate d’ammoniaque dans les centres de consommation.
- iv. — engrais potassiques. — Peu de choses nouvelles à signaler.
- v. — engrais carbonés. — Nouvelle rubrique que la vogue des engrais organiques a toujours eue auprès des cultivateurs a engagé M. Sellier à introduire dans son programme.
- Les études poursuivies en France, en Amérique et en Allemagne semblent, dit M. Sellier, avoir ouvert une voie plus féconde. On a reconnu que les déchets végétaux (paille, feuilles, déchets de coton), la tourbe et le lignite, chauffés à des températures pouvant atteindre 400°, absorbent des quantités importantes d’ammoniac. Sous pression et en présence de l’acide carbonique, il y a formation d’urée.
- Des essais d’application d’engrais azotés à base de lignite ont été faits en Allemagne. Ils ont donné des excédents de récolte remarquables.
- Si cette fabrication se développait industriellement, elle aurait l’avantage d’économiser le prix de l’acide et d’offrir aux cultivateurs un engrais qu’ils recherchent.
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- vi. — engrais composés. — C’est surtout du côté de la granulation que se dirigent les efforts. L’auteur de l’étude que nous venons d’analyser se plaint avec raison qu’il y a beaucoup trop de formules d’engrais composés. Chaque année il en apparaît de nouvelles. Le cultivateur ne peut être qu’embarrassé, illusionné et même quelquefois trompé, par ce luxe d'étiquettes. M. Sellier voudrait que les fabricants se contentassent des trois formules types que M. Eugène Roux a recommandées et qui donnent satisfaction convenable aux besoins les plus courants.
- VII. — ÉLÉMENTS ACCESSOIRES INTERVENAIS T DANS LA VÉGÉTATION. — Courte revue des essais qui ont été poursuivis au sujet de Vinfluence sur la végétation du manganèse, du fer, du cuivre et sur l’intérêt qu’il pourrait y avoir à introduire dans l’organisme humain, par l’intermédiaire des végétaux entrant dans la ration alimentaire, certains minéraux tels que le cuivre, le vanadium, le chrome, le fer, le manganèse, etc.
- La place nous manque pour rendre compte des intéressantes études placées en tête des autres sections, notamment de la section J (Semences, contrôle, sélection, législation.)
- L’analyse de la notice de M. E. Sellier, placée en tête du volume, donne une idée juste de l’intérêt des autres articles. Leur ensemble ajoute du prix à la riche documentation de l’ouvrage. L’ordre et la clarté de son texte, sa lecture facile, sa remarquable présentation le recommandent aussi bien aux fabricants d’engrais qu’aux producteurs de semences, aux agriculteurs et aux commerçants.
- G. WERY.
- Résistance des matériaux analytique et graphique. Tome III : Systèmes à trois dimensions ; ouvrages en maçonnerie et en béton armé (Encyclopédie du Génie civil et des Travaux publics), par Bertrand de Fontviolant, professeur à l’Ecole centrale des Arts et Manufactures. Un vol. br. 23x15 cm., de vu H-646 p., 153 fig., J.-B. Baillière, édit., 19, rue Hautefeuille, Paris (6e), 1935.
- Index : 539.4 + 620.11
- Avant-propos.
- Le présent volume traite les sujets suivants :
- I. Systèmes à trois dimensions : Systèmes tubulaires soumis à la torsion. — Effets du vent sur les ponts en poutres droites et sur les ponts en arcs. — Viaducs polygonaux à travées continues. — Ponts circulaires à une seule travée et à travées continues.
- IL Ouvrages en maçonnerie : Voûtes. — Grands barrages. — Équilibre et poussée des terres. — Murs de soutènement.
- III. Règles spéciales relatives au calcul des constructions en béton armé.
- Les théories des systèmes à trois dimensions exposées ici nous sont entièrement personnelles. La plupart de ces systèmes sont hyperstatiques ; aussi avons-nous fait l’étude de ceux-ci au moyen de Y équation générale de V élasticité ; l’emploi des anciennes méthodes géométriques et cinématiques eût donné lieu à des complications très grandes, inextricables dans certains cas, et à des calculs extrêmement labo-
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- Les procédés couramment usités pour la détermination des effets du vent sur les ponts en poutres droites sont exacts en ce qui concerne les ponts à un seul contre-ventement horizontal, mais sont inexacts en ce qui concerne : 1° les ponts à travées continues comportant deux contreventements horizontaux et des entretoisements transversaux sur les appuis seulement (p. 74) ; 2° les ponts à une seule travée ou à travées continues comportant, comme les précédents, deux contreventements horizontaux, mais munis d’entretoisements transversaux dans toute leur longueur (p. 186). Dans les calculs relatifs à ces derniers ponts interviennent des fonctions composées de fonctions hyperboliques ; nous donnons des tables numériques et des abaques qui font connaître, par de simples lectures et dans tous les cas qui peuvent se présenter, les valeurs numériques de ces fonctions composées.
- Nous nous sommes étendu assez longuement sur la très importante question de l’équilibre et de la poussée des terres.
- Nous exposons d’abord la théorie de Coulomb, avec tous les détails d’application analytique et graphique qu’elle comporte.
- Ensuite, nous passons aux méthodes procédant par application de la théorie mathématique de l’élasticité, en soulignant d’ailleurs que la légitimité de cette application paraît assez douteuse, attendu qu’un massif de terre ne remplit nullement les conditions fondamentales que suppose cette théorie : continuité, homogénéité, état dit naturel exclusif de toute action interne. Quoi qu’il en soit, nous exposons complètement la théorie de Rankine-Maurice Lévy, concernant l’équilibre et la poussée d’un massif de terre indéfini, limité à sa partie supérieure par un plan. Puis nous donnons quelques indications sur les théories de Boussinesq et de Résal. Ces deux dernières ne diffèrent, au fond, que par les développements mathématiques : elles comportent exactement les mêmes hypothèses, qui n’y sont pas formulées explicitement, mais que nous mettons en évidence.
- Enfin, nous récapitulons et comparons entre elles les hypothèses de Coulomb, de Rankine-Maurice Lévy, ainsi que de Boussinesq et de Résal. En présence de toutes ces hypothèses, il semble bien difficile, au point de vue purement théorique, de faire un choix judicieux entre les diverses méthodes pour la détermination de la poussée des terres. Mais certaines constatations s’imposent d’où nous paraît se dégager une conclusion pour le moins d’ordre pratique :
- En premier lieu, dans quelques cas particuliers, il existe entre ces méthodes des coïncidences remarquables, en ce qui concerne les valeurs des coefficients de poussée.
- En second lieu, dans le cas d’un mur à face postérieure verticale, soutenant un terrassement à talus incliné, les coefficients de poussée découlant de la théorie de Boussinesq, calculés par M. Callandreau (tableau II, p. 598), — qui a appliqué et étendu ladite théorie à ce cas déjà assez général —, diffèrent très peu de ceux de Résal; et, d’autre part, les coefficients de Coulomb s’écartent, au maximum, de 8 p. 100 en moins de ceux de Boussinesq et de 6 p. 100 seulement, en moins également, de ceux de Résal. On doit donc, étant donnée la nature particulière du problème de la poussée des terres, considérer ces trois séries de coefficients comme concordant d’une façon satisfaisante.
- Enfin, en ce qui concerne les murs à face postérieure inclinée, soutenant un terrassement à talus incliné, on constate (tableau III, p. 559) que, dans le domaine des yaleurs usuelles de l’angle du frottement, de l’inclinaison du talus et du fruit de la
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- face postérieure du mur, les coefficients de Coulomb sont, en général, peu différents de ceux de Résal, dont ils s’écartent, au maximum, de 10 p. 100 en moins.
- Ces écarts ne peuvent être considérés comme des erreurs qu’à la condition d’admettre que la méthode du Résal est rigoureuse; or, elle l’est assurément dans ses développements mathématiques, mais que valent les hypothèses que comporte cette méthode, comme aussi, du reste, celle de Boussinesq?
- Quoi qu’il en soit, dans l’étude de la stabilité d’un mur de soutènement, une erreur éventuelle de 10 p. 100 sur la valeur théorique de la poussée est pratiquement sans importance, du fait notamment que, dans chaque cas particulier, il règne une grande incertitude sur la valeur à adopter pour l’angle cp du frottement de la terre sur la terre, et que, d’autre part, la poussée exercée sur un mur dépend, dans une large mesure, de la façon dont le massif de terre soutenu a été constitué.
- Il nous semble donc que, tout au moins du point de vue pratique, l’ingénieur n’a aucun intérêt à recourir aux méthodes compliquées et laborieuses utilisant la théorie de l’élasticité et qu’il peut s’en tenir à la méthode de Coulomb, simple et expéditive, applicable dans tous les cas et qui, seule, permet d’attribuer à l’angle du frottement ^ sur le mur, une valeur convenablement choisie, inférieure à ©, ainsi qu’il est judicieux de le faire en certaines circonstances.
- BERTRAND DE FONT VIOL ANT.
- Union internationale pour la Protection de la Propriété industrielle, 1883-1933. Sa fondation et son développement. — Mémoire publié par le Bureau international pour la Protection de la Prospérité industrielle, à l’occasion du cinquantenaire de la création de l’Union. Un vol. br. 24x19 cm, de 162 p., XL pl. Berne, 1933. Index : 347. 77
- Net et précis, nourri d’une documentation abondante, le mémoire présenté donne d’abord un exposé historique des conditions dans lesquelles s’est formée et développée l’Union internationale pour la Protection de la Propriété industrielle, décrit ensuite l’organisation et l’activité du Bureau international de Berne, organe permanent de l’Union, donne enfin dans sa conclusion les leçons qui se dégagent du demi-siècle d’existence de l’Union et les vues d’avenir.
- C’est à l’occasion des premières expositions universelles (Londres, 1851 ; Vienne, 1873; Paris, 1878), que s’est manifestée l’insuffisance de l’organisation internationale des droits de la propriété industrielle. Le problème fut attaqué dans un premier Congrès tenu à Vienne en 1873, à l’occasion de l’Exposition universelle, puis à Paris en 1878. La principe d’une Union internationale, analogue à l’Union postale universelle, fut approuvé; les bases en furent jetées aux Conférences de Paris, 1880 et 1883. Au sein de l’Union générale, s’organisèrent également des unions restreintes pour accord sur des points particuliers : Arrangement international pour la Répression des fausses Indications de provenances ; accord concernant l’enregistrement international des marques, dessins et modèles industriels. Successivement, tous les problèmes furent étudiés et discutés dans les Conférences de Rome (1886), de Madrid (1890-1891), de Bruxelles (1897 et 1900), de Berne (1904), de Washington (1911), de La Haye (1926); des missions techniques spéciales eurent lieu à Berne en 1920 et 1926.
- A l’heure actuelle, tous les pays d’Europe, à quelques exceptions près (Russie,
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- Lithuanie, Islande), sont membres de l’Union, ainsi que la plupart des pays d’Amérique, États-Unis, Canada, Brésil. L’enregistrement international des marques est en vigueur dans 20 pays.
- En 1880 fut décidée la création du Bureau international pour la Protection de la Propriété industrielle, organisme permanent, pivot de l’Union internationale, placé à Berne, chargé de collaborer à la préparation des conférences, de centraliser les renseignements de toute nature relatifs à la protection de la propriété industrielle, et de gérer les services internationaux qui lui sont confiés (enregistrement des marques, dépôts de dessins et modèles). Il est intéressant de noter que, depuis 1893, le Bureau international pour la Protection de la Propriété industrielle et le Bureau international de l’Union pour la Protection des Œuvres littéraires et artistiques sont placés sous une même direction.
- En résumé, l’Union internationale pour la Protection de la Propriété industrielle assure à tous ses membres deux avantages essentiels :
- 1° bénéfice de la protection accordée aux nationaux pour leurs droits de propriété industrielle sur le territoire de chacun des pays contractants par la loi nationale ;
- 2° droit de priorité unioniste, qui accorde aux citoyens des États membres le délai nécessaire pour effectuer, sans perdre le bénéfice de la nouveauté, dans chacun des pays contractants, le dépôt de toute demande de brevet, modèle d’utilité, dessin ou modèle industriel, marque de fabrique ou de commerce, préalablement opéré dans leur pays.
- Le mémoire se termine par un aperçu de la tâche prévue pour les années à venir : développement en étendue et en profondeur de l’œuvre entreprise. Citons textuellement le dernier paragraphe.
- « L’impérieux besoin d’organiser une paix durable incite aujourd’hui les États à des concessions mutuelles de la plus haute importance dans l’ordre de leur intérêts politiques. Puissent-ils consentir de bonne grâce aux très modestes sacrifices qu’exige, dans le domaine des droits de propriété industrielle, le développement de la protection internationale. » h. servônnet.
- Ville de Paris. École municipale de Physique et de Chimie industrielles. —
- Cinquante années de science appliquée à l’industrie (1882-1932). Un vol.
- (26x18 cm), de 369 p., photographies. — 10, rue Vauquelin, Paris (5e).
- Index : 6 : -+- 53 -h 66
- Le volume édité par la Direction de l’École de Physique et de Chimie industrielles a eu pour but, en donnant le compte rendu de fêtes organisées à l’occasion du cinquantenaire de fondation et qui se sont déroulées du 27 au 29 avril 1933, de faire connaître au public les services rendus par l’École à la science et à l’industrie depuis sa création. Celle-ci a, tout d’abord, constitué un événement important, dans l’histoire de l’enseignement en France de la chimie et de la physique appliquées. En 1882, à part l’École de Chimie de Mulhouse, créée en 1882, et qui s’occupait particulièrement des matières colorantes et de la teinture, école qui, d’ailleurs, avait été annexée, avec l’Alsace et la Lorraine, à l’Allemagne en 1871, il n’existait en France, à part les laboratoires et les chaires de facultés, aucune école formant des chimistes pour l’industrie, en dehors de l’école de Frémy au Muséum national d’His-toire naturelle, et qui fut fermée en 1892,
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- En Allemagne, au contraire, depuis l’initiative de Liebig. inspiré d’ailleurs de ce qu’il avait vu en France quand il y vint travailler, les écoles et les laboratoires d’enseignement s’étaient largement développés et avaient formé des collaborateurs que l’industrie avait su largement utiliser. Le résultat de cette utilisation s’était particulièrement manifesté au cours de l’Exposition universelle de 1878, et avait montré, à ce point de vue, le retard dans lequel se trouvait l’industrie française, retard qui n’était certainement en rapport ni avec la qualité de nos savants ni avec leurs découvertes, qui, notamment dans l’utilisation du goudron de houille, avaient été appliquées avec succès de 1860 à 1875, dans quelques-unes de nos usines.
- Cette constatation entraîna le chimiste alsacien Charles Lauth, qui fut, après Paul Schutzenberger, le directeur de l’École, à pousser, dans son rapport de la Classe des Produits chimiques, un véritable cri d’alarme qu’il intensifia dans une lettre écrite au Ministre du Commerce et, dans laquelle il disait notamment : « Il y a à peu près 25 laboratoires de chimie à Paris où des professeurs poursuivent leurs découvertes. Leurs préparateurs les assistent; quant aux élèves, ils reçoivent quelques conseils. Ils ont toute faculté pour travailler, mais personne ne leur apprend à le faire. Les maîtres sont en effet chargés de professer un cours déterminé, de contribuer au progrès de la science, et non pas de faire l’éducation chimique de leurs auditeurs ; leurs laboratoires sont excellents pour ceux qui savent, insuffisants pour ceux qui apprennent. Ce qui manque, ce ne sont, ni les maîtres, ni les élèves, c’est l’école. » L’État resta sourd à cet appel; mais c’est de cette initiative qu’est née l’École de Physique et de Chimie industrielles de Paris. Charles Lauth, conseiller municipal de 1871 à 1880, trouva auprès de ses amis du Conseil, Germer-Baillière, Bixio et de Lanessan, le concours indispensable à la réussite de son idée. Un projet de création d’une école, où se relieraient les deux enseignements de la chimie et de la physique, fut déposé, étudié par une commission dont Wurtz et Berthelot faisaient partie, et, en 1882, l’École s’installait rue Lhomond, dans les bâtiments du collège Bollin.
- Sous l’impulsion de ses directeurs successifs, Schutzenberger, Lauth et Haller, elle devait s’y développer, et, avec l’appui généreux de la ville de Paris, agrandir ses locaux bientôt insuffisants, pour devenir aujourd’hui le magnifique bâtiment dont l’entrée est au n° 10 de la rue Vauquelin, et se développe dans le triangle que forme cette rue avec les rues Bataud et Courselle-Seneuil, bâtiment dont les laboratoires et les amphithéâtres sont agencés avec tous les perfectionnements modernes.
- C’est l’histoire de ce développement, les résultats obtenus dans la formation d’élèves dont quelques-uns sont des savants de réputation mondiale, dont tous ont fait progresser, par leur collaboration, les industries basées sur les applications de la chimie et de la physique, que retrace le volume de 369 pages affecté au compte rendu des fêtes du Cinquantenaire. Ce volume est divisé en trois parties.
- La première est consacrée aux origines, rappelées ci-dessus en quelques mots.
- La deuxième retrace les cérémonies qui se sont succédé du 27 au 29 avril 1933 et dans lesquelles les discours prononcés, aussi bien par le directeur actuel, M. Lan-gevin, que par toutes les personnalités du Gouvernement, du Parlement, du Conseil municipal de Paris et de l’Association des anciens Élèves, donnent une image fidèle de tous les efforts accomplis pour porter l’enseignement à un niveau égal à celui des progrès de la science et faire, comme l’avait dit un jour Schutzenberger, que, première en date, l’École reste première en valeur.
- Éa troisième partie du volurqe est consacrée à fixer l’organisation actuelle de
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- l’enseignement : but, catégories d’élèves, personnel enseignant, programmes d’examens, programme des études, etc..., tout cet ensemble, complété par la liste des membres de l’Association des anciens Élèves, étant de nature à donner au lecteur l’image fidèle de ce que l’École promet et peut obtenir.
- La présentation de l’ouvrage, avec ses photographies, ses plans, sa méthode de rédaction, en rend la lecture facile et agréable. Et, à ce sujet, si on peut en féliciter le directeur Langevin, il est regrettable que son directeur des études, Copeau, quia laissé des traces scientifiques profondes, ne soit plus là pour recevoir, dans le même esprit, les remerciements que sa collaboration a bien mérités.
- E. FLEURENT.
- Distillation et rectification, par M. Gay, professeur à la Faculté des Sciences de Montpellier (Institut de Chimie). Un vol. (23 x 16 cm), de vu -+- 661 p., 231 fig., de l’Encyclopédie de chimie industrielle. Librairie J.-B. Baillière et fils édit., 19, rue Hautefeuille, Paris (6e), 1935. Index : 663.5
- « L’art du distillateur d’hier doit céder la place à la science du distillateur d’aujourd’hui. » M. Gay termine par ces mots la préface de son ouvrage, et la simple lecture des titres de chapitres qui le composent montre que c’est là en effet l'idée directrice qui a présidé à son travail. On ne trouvera pas dans ce livre, comme il arrive trop souvent, un exposé technologique, plus ou moins développé, et d’innombrables schémas d’appareils plus ou moins modernes : par contre, il apparaît à chaque page que l’auteur s’est efforcé d’exposer les principes sur lesquels doit s’appuyer aussi bien le constructeur que l’exploitant d’une usine de distillation. Appliquant dans son exposé la fameuse règle de conduite « de quoi s’agit-il? », M. Gay donne tout d’abord d’heureuses définitions de la rectification et de la distillation.
- « On appelle distillation l’opération qui consiste, partant d’un mélange liquide initial, à vaporiser partiellement ce mélange initial de façon à en extraire un nouveau mélange (ou corps pur) plus volatil que le mélange initial » (page 41).
- « On donne le nom de rectification à l’opération qui consiste, partant d’un mélange gazeux initial, à condenser partiellement ce mélange de façon à en extraire un nouveau mélange (ou corps pur) moins volatil que le mélange initial. »
- L’auteur traite ensuite les divers modes de réalisation de ces opérations ainsi que leurs combinaisons, et termine la première partie de son ouvrage par l’exemple d’application à un cas concret : la distillation et la rectification de l’air liquide.
- La seconde partie est consacrée à l’étude des mélanges binaires non miscibles en toutes proportions à l’état liquide. Ce problème n’avait jamais été, à ma connaissance, exposé aussi complètement que l’a fait M. Gay. Cela lui fournit en particulier l’occasion de traiter les questions si importantes de la distillation des plantes et des parfums, et de l’entraînement des substances volatiles par la vapeur d’eau.
- En résumé, l’ouvrage de M. Gay sera lu avec profit par tous ceux qui, directement ou indirectement, s’intéressent aux problèmes de la distillation.
- RENÉ DUBRISAY.
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- NOTES DE MÉCANIQUE. — JANVIER 1936.
- NOTES DE MÉCANIQUE
- par M. Ed. Sauvage, membre du Conseil de la Société d'Encouragement.
- Modèles de locomotives en fonctionnement.
- Le Bulletin de 1929 a donné (p. 379) une note sur la construction, en Angleterre, de modèles de locomotives circulant, par leurs propres moyens, sur une voie de 12 cm. Les figures 2 et 3, jointes à cette note, montrent comment ils remorquent des véhicules, sur lesquels prennent place des passagers.
- De tels modèles ne reproduisent pas rigoureusement, à petite échelle, tous les organes d’une grande locomotive, comme peut le faire un modèle qui n’est pas destiné à fonctionner, où il convient alors de ménager des coupes. Pour le fonctionnement, tous les organes doivent présenter la résistance nécessaire, et ne peuvent descendre en dessous de certaines dimensions. Toutefois, ces modèles reproduisent exactement l’aspect et les dispositions essentielles d’un type déterminé de locomotive.
- La note précitée ne laissait aucun doute sur le fonctionnement de tels modèles; mais on a constaté récemment à Paris l’excellence de leur marche. Cette présentation a eu lieu en novembre 1935, lors d’une exposition de l’histoire des chemins de fer, organisée par l’Association française des Amis des Chemins de fer (1) et installée dans de vastes salles prêtées par la Cie des Chemins de fer de Paris à Lyon et la Méditerranée. Les visiteurs ont admiré l’abondante vaporisation produite par la combustion de la houille sur une grille minuscule, l’alimentation des chaudières par des injecteurs et des pompes microscopiques, les petits graisseurs mécaniques, ainsi que la facilité de la circulation sur une voie longue d’une trentaine de mètres, avec changements de marche constants.
- L’échelle des modèles essayés est de 1/12, soit un pouce par pied; ils étaient au nombre de sept, sommairement décrits ci-après. Les trois premiers ont été présentés par J. C. Crebbin, habile amateur qui les a construits. Une marque de l’amour des Anglais pour les machines est que ce constructeur n’est nullement un mécanicien professionnel, étant attaché à la Banque d’Angleterre.
- Le premier modèle, dénommé Sir Félix Pôle, est compound à quatre cylindres, avec vapeur fortement surchauffée, du type 2-4-0 (bogie et 4 essieux couplés). Les cylindres à haute pression, extérieurs, ont 27 mm de diamètre, avec course de 41,3 mm ; les cylindres à basse pression, intérieurs, ont 38,1 mm avec même course. Les tiroirs sont plans, et le mécanisme de distribution est d’un type adopté pour les locomotives Pacific du P.-L.-M. La chaudière a 123,8 mm de diamètre intérieur et contient 12 tubes, dont 5, au diamètre intérieur de 15,9 mm, contiennent le sur-chauffeur. La pression est de 7 kg/cm2; au réservoir intermédiaire, elle varie de 2,4 à 2,9 kg/cm2.
- Cette locomotive pèse 38 kg ; l’effort de traction, au crochet du tender, atteint 12,7 kg, et la charge remorquée, avec 17 passagers, 1 272 kg (î).
- Depuis sa mise en service, elle a remorqué quelque 80 000 personnes.
- (1) Cette expositioa est décrite dans le numéro de décembre 1935 de la Revue pittoresque des Chemins de fer, publiée par cette association.
- (2) Quelques-unes de ces dimensions diffèrent légèrement de celles données, pour la même loco-jnotive, dans la note précitée ; elles sont établies d’après des indications récentes du constructeur.
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- Le deuxième modèle, Conversion, non compound, a quatre cylindres de 25,4 mm de diamètre, avec courses de 31,8 et 38,1 mm. La pression de la chaudière est de 5,6 kg/cm2; elle est alimentée par une pompe et par un injecteur. Ce modèle pèse 40 kg, et développe un effort de traction de 10,9 kg. Son nom vient de ce que, primitivement compound, il a été modifié pour établir une comparaison avec le précédent. La consommation de houille en est de 15 p. 100 plus grande.
- Le troisième modèle, James Milne, est du type 2-3-0 (bogie et trois essieux couplés), avec deux cylindres de 35 mm de diamètre et 44,5 mm de course. La chaudière, alimentée par un injecteur et une pompe, est pareille à celle du premier modèle, mais avec une pression de 5,25 kg/cm2.
- Le poids est de 37,3 kg et l’effort de traction de 12,7 kg.
- Les roues motrices de ces trois modèles sont au diamètre de 123,8 mm. Les efforts de traction, constatés au crochet des tenders, sont environ la moitié des efforts théoriques maxima à la jante des roues motrices, calculés en kilogrammes p (Pc
- 1)
- par la formule usuelle , sans coefficient de réduction(1>.
- Quatre autres modèles ont circulé pendant l’exposition :
- Un type 0-3-0 (3 essieux couplés) avec cylindres de 31,8 mm, course de 50,8 mm roues de 173 mm et pression de 5,25 kg/cm2;
- Un type Atlantic (bogie, 2 essieux couplés, un porteur) avec cylindres de 25,4 mm de diamètre, course de 38,1 mm, roues motrices de 123,8 mm,, et pression de 7 kg/cm2;
- Un type 2-2-0 (bogie, 2 essieux couplés), avec cylindres de 38,1 mm de diamètre, course de 50,8 mm, roues motrices de 178 mm, et pression de 5,25 kg/cm2;
- Enfin un modèle de locomotive-tender 2-2-1 (bogie, 2 essieux couplés, un essieu porteur) à cylindres de 38,1 mm de diamètre, course de 50,8 mm, roues motrices de 165 mm, et pression de 5,25 kg/cm2.
- Pendant l’exposition, ces modèles ont parcouru 81 km en remorquant des visiteurs, parcours enregistrés. Un seul incident s’est produit, l’impossibilité de fermer la prise de vapeur d’un sifflet, obstruée par une parcelle de tartre.
- Une installation de ce genre serait fort intéressante à l’Exposition universelle de 1937.
- Tuyères d’échappement des locomotives.
- La tuyère d’échappement de la locomotive est un organe caractéristique qui permet l’énorme production d’une chaudière relativement petite. En usage depuis plus d’un siècle, elle est à peu près aussi ancienne que la locomotive elle-même. La première application de cet organe a été attribuée à divers ingénieurs ; le chapitre xv de l’ouvrage de M. J. G. H. Warren, A Century of Locomotive Building by Robert Stephenson and Co (1823-1923) rend compte des violentes discussions qui ont eu lieu à ce sujet en Angleterre.
- Les tuyères d’échappement ont été l’objet de nombreuses études théoriques et
- (1) Dans cette formule, p est la pression (kg/cm2); d, le diamètre des deux cylindres (cm); c, la ppurse (m); D, le (iiamètre des youes motrices (m).
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- expérimentales ; des types variés ont été mis en service et sont encore en usage, parfois avec dispositions permettant de modifier la section d’écoulement. Il ne semble pas toutefois qu’on soit arrivé à des appareils donnant entière satisfaction, jusqu’à une époque récente où un nouveau système paraît nettement supérieur aux précédents.
- Un bon échappement doit produire un tirage intense, avec égale répartition de l’air à travers la grille et du courant gazeux dans le faisceau tubulaire. En outre, il ne doit causer qu’une faible contre-pression dans les cylindres. Sous ce rapport, de bons résultats sont donnés par le « Kylchap », système Kylala avec modifications par M. Chapelon, ingénieur de la Cie des Chemins de fer de Paris à Orléans Ce système a été décrit dans le Bulletin, en 1933, p. 354, et par M. R. Godfernaux dans le n° d’avril 1933 du Bulletin de l'Association internationale du Congrès des chemins de fer. Sous le titre Progrès réalisés dans l'échappement des locomotives, M. Godfernaux a donné de nouveau, en novembre 1935, dans la même publication, une fort intéressante étude sur le Kylchap(1).
- Cette étude commence par une critique des échappements variables, qui, d’après l’auteur, ne sont pas utiles et d’ailleurs fonctionnent le plus souvent comme échappements fixes.
- Elle, donne ensuite les résultats comparatifs d’essais d’une locomotive successivement munie du Kilchap et d’un type actuellement très employé. Avec vitesse de 90 km/h et cran de marche constants, le Kilchap a donné une puissance au crochet du tender de 1 925 ch, avec une consommation d’eau de 10,27 1 par cheval-heure et une contre-pression dans les cylindres de 0,440 kg/cm2. L’autre échappement a donné une puissance de traction de 1 604 ch, une consommation par cheval-heure de 12,8 1 et une contre-pression de 1,100 kg/cm2. La consommation de charbon par cheval-heure au crochet de traction était au Kilchap 1,59 kg contre 2,06 kg.
- M. Godfernaux analyse ensuite les performances accomplies avec les locomotives P.-O. à bogie et 4 essieux couplés, à roues de 1,85 m de diamètre, série 4701 à 4712.
- Un fait fort remarquable est l’intensité de la combustion, s’élevant jusqu’à 1 200 kg par mètre carré de grille et par heure. Il en résulte qu’on a pu revenir, dans des constructions récentes, à des foyers étroits, de surface modérée (3,76 m2), à la place des vastes foyers débordants. La combustion de 1 200 kg par mètre carré et par heure exigeait un vide de 550 mm d’eau dans la boîte à fumée. Les conditions principales d’établissement des locomotives à grande vitesse à 4 essieux couplés et bogie, à haute surchauffe, large circuit de vapeur, distribution par soupapes et échappement Kilchap, série 4 701-4 712 de la Compagnie d’Orléans, sont les suivantes :
- Timbre.............................
- Surface de grille..................
- f directe. . . . Surface de chauffe < indirecte .. .
- totale . . . .
- Surface de surchauffe. .
- A ( cylindre HP Diamètre {
- cylindre RP
- 20 hpz 3,75 m2 24.90 m2 188,71 m2 213,61 m2 67,02 m2 440 mm 640 mm
- (1) Un tirage à part de ce mémoire existe à la bibliothèque de la Société, sous la cote : pièce n° 13 933.
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- Course des pistons...........
- Diamètre des roues motrices. Poids adhérent en charge . . Poids total en charge. . . .
- 650 mm 1,850 m 76 400 kg 109 040 kg
- La description de ces machines et de leur échappement, ainsi que le compte rendu des essais auxquels elles ont été soumises, se trouve dans les numéros de février et de mars 1935 de la Revue Générale des Chemins de fer.
- Sur des locomotives très puissantes, faute d’une hauteur suffisante pour bien proportionner l’échappement Kilchap, on en monte deux, l’un devant l’autre, avec deux cheminées.
- Le mémoire de M. Godfernaux donne une série de tableaux graphiques des vitesses et puissances enregistrées pour plusieurs trains d’essais sur les lignes de l’État, de l’Orléans et du Nord.
- On voit, dans les collections du Conservatoire national des Arts et Métiers, un Kylchap ainsi que d’autres types d’échappement.
- Machines de Cornouailles.
- Les amateurs de mécanique regrettent la disparition totale d’anciennes machines fort remarquables. C’est ainsi que la Compagnie des Chemins de fer de l’Est, voulant placer comme ornement dans sa nouvelle gare de Paris une vieille locomotive, n’a pu exposer qu’une Crampton construite en 1848, toutes les machines plus anciennes ayant été démolies.
- Dans le domaine des machines fixes à vapeur, celle dite de Cornouailles est des plus intéressantes. Remontant au xviii0 siècle, elle a longtemps servi à l’épuisement des mines et à la commande de pompes de distribution urbaine. 11 en resterait même encore trois en service pour des mines de Cornouailles.
- Le mode spécial de travail de la vapeur dans ces machines est désigné par le nom de cycle de Cornouailles : le cylindre étant vertical’, le piston, qui commande des pompes par l’intermédiaire d’un balancier, ne reçoit d’action motrice de la vapeur que pendant sa course descendante : elle agit par sa pleine pression puis par sa détente, tandis que la partie inférieure du cylindre communique avec le condenseur; pour la remontée du piston, l’ouverture d’une soupape d’équilibre laisse la vapeur se transvaser du haut en bas du cylindre.
- Il résulte de cette disposition que le haut du cylindre ne communique jamais avec le condenseur, ni le bas avec la chaudière, ce qui est de nature à atténuer l’action nuisible des parois du cylindre.
- Comme les machines encore en service sont évidemment menacées d’une démolition prochaine, il s’est fondé en Angleterre une association qui recueille des fonds pour en conserver une.
- Ces machines ont été également employées en France; il en existait une notamment à Chaillot, construite au Creusot en 1854-1856. Lorsque fut détruite, en 1902, la station élévatoire de Chaillot, on conserva la partie la plus intéressante de la machine, l’imposant mécanisme de distribution, dit jeu de fer, qui commande les
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- trois soupapes. Ce mécanisme est installé dans les collections du Conservatoire national des Arts et Métiers.
- Une particularité de la machine de Cornouailles est l’arrêt après chaque course aller et retour du piston, arrêt de durée réglable par l’écoulement de l’huile de la cataracte. La conduite de la machine exige du soin et de l’adresse, les excursions du piston n’étant limitées que par des butées qui ne doivent pas être touchées en marche normale.
- En Cornouailles, la marche des machines était contrôlée par le rapport du travail en eau élevée au volume de charbon brûlé. On cite comme remarquable le résultat d’essais exécutés en 1835 sur une machine à cylindre de 2,030 m de diamètre : elle aurait produit un travail de 487 000 kgm par litre de houille brûlée, soit un cheval-heure pour 0,64 1. Quels que fussent le poids et le pouvoir calorifique de la houille, cette consommation paraît bien faible.
- Second Centenaire de la naissance de James Watt.
- Le 19 janvier 1936 a été célébré à Londres le second centenaire de la naissance de James Watt. La cérémonie a consisté en une visite au Science Muséum,, où était rassemblée une collection d’appareils et de documents relatifs aux travaux du génial inventeur, en une conférence sur son œuvre et en un service à Westminster Abbey, où des couronnes ont été déposées sur sa statue.
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- OUVRAGES REÇUS EN NOVEMBRE ET DÉCEMBRE 1935.
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- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE EN NOVEMBRE ET DÉCEMBRE 1935
- Agendas Dunod 1936. 5 volumes in-18 (15 x 10). Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte
- (6e), savoir :
- Automobile, par Georges Mohr. 24e éd., de xxiv + 488 p., 325 fig. 18 522
- Béton armé, par Victor Forestier. 9e éd., de xvi H- 335 p., 206 fig. 18 523
- Chemins de fer, par Pierre Place. 55e éd., de xxx + 400 p., 63 fig. 18 524
- Construction mécanique, par J. Izart. 55* éd., de vm + 332 p., 184 fîg. 18 525
- Mines, par Eugène Stalinsky. 55e éd., de xix + 319 p., 36 flg. 18 526
- Muret (Charles). — Topographie. Levés ruraux. Remembrement. In-12 (19 x 12). 3* édition entièrement refondue par Louis Patrix. Tome I : Instruments topographiques : description, conditions d’emploi, réglage. Méthodes de levé de la planimétrie, 293 p., 176 lïg. — Tome II : Méthodes de nivellement. Levés par la photographie. Applications rurales de la topographie, 305 p., fig. 177 à 249. (Encyclopédie agricole, publiée sous la direction de M.G. Wery). Paris, J. B. Baillière et fils, 19, rue Hautefeuille (6e), 1934-1935. 18 527-8
- Office international de Chimie. — Répertoire international des centres de documentation chimique. In-4 (30 x 21) de 115 p. Paris, 28, rue Saint-Dominique (7e).
- 18 529
- L’économie dirigée et l’agriculture. Conférences organisées par l’Institut national agronomique et l’Association amicale de ses anciens Élèves. In-8 (25 x 16) de 305 p. Paris, Librairie de l’Institut national agronomique, 58, rue Claude-Bernard (5e), 1935.
- 18 530
- Duboin (Jacques). — En route vers l’abondance. (Collection « Ligue du droit au travail »). Vol. I, de 188 p. ; Vol. II, de 177 p. Paris, Éditions Fustier, 8, rue de Choiseul (2e). (Don de l’auteur.) 18 531-2
- Girardet (F.). — Métallographie simplifiée de la fonte. Sa pratique par des méthodes rapides. Conférence faite le 11 janvier 1930 à la Société industrielle de l’Est (Comité de fonderie). In-8 (24 x 15) de 28 p., 16 fig. Saint-Dié (Vosges), Fonderies Girardet, 1930. {Don de l’auteur). Pièce 13 920
- Girardet (F.). — La fonte « girée ». Conférence faite le 28 février 1929 à la Société industrielle de l’Est (Comité de fonderie). In-8 (24 x 15) de 24 p., 14 fig. Saint-Dié (Vosges), Fonderies Girardet, 1928. (Don de l'auteur). Pièce 13 921
- Malette (Joseph). — Appréciation de la consistance des goudrons au moyen du consistomètre E. P. C. Communication présentée au 7e Congrès de Chimie industrielle (ex Comptes rendus du 7e Congrès de Chimie industrielle, 16-22 octobre 1927). In-4 (27 x 21) de 4 p., 1 fig. Paris, Chimie et Industrie, 49, rue des Mathurins (8e). {Don de l’auteur.)
- Pièce 13 922
- Malette (Joseph). — Détermination du dosage des mortiers en œuvre par l’analyse chimique. Communication présentée au 10e Congrès de Chimie industrielle (ex Comptes rendus du 10e Congrès de Chimie industrielle, 7-13 septembre 1930). In-4 (27 x 21) de 4 p. Paris, Chimie et Industrie. (Don de l’auteur). Pièce 13 923
- Malette (Joseph). —- Note sur un appareil de laboratoire destiné à la distillation fractionnée des goudrons pour routes. Communication présentée au 12e Congrès de Chimie industrielle (ex Comptes rendus du 12e Congrès de Chimie industrielle, 25 septembre-3 octobre 1932). In-4 (27 x21) de 4 p., 1 fig. Paris, Chimie et Industrie. {Don de l'auteur.)
- Pièce 13 924
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- OUVRAGES REÇUS. — JANVIER 1936.
- Gamble (A.). — Les lampes électriques à ampoule dispersive moulée pour projecteurs d’automobiles (ex Revue « Lux », avril 1934). In-4 (27 x 21) de 8 p., 6 fig. Pièce 13 925 Les tapis Ouaouzguite (Nord-Sud,, Revue périodique illustrée d’informations marocaines, n° 20). In-4 (37 x 27) de 26 p., fig. Casablanca, Éditions Inter-Presse, 34, boulevard de la Gare. Pièce 13 926
- Agenda agricole et viticole, par Y. Vermorel, mis à jour chaque année par E. Ver-morel. 51e année, 1936. Villefranche-sur-Saône (Rhône), Librairie du Progrès agricole et viticole. Pér. 290
- Statistique générale de la France (Présidence du Conseil). — Enquêtes annexes du Recensement de 1931. Enquête industrielle. Paris, Imprimerie nationale, 1935. Pér. 97 Association technique maritime et aeronautique. — Bulletin, n° 39, session de 1935. Paris, Firmin-Didot et Cie, 56, rue Jacob (6e). Pér. 480
- Revue générale de l’Électricité. — Table générale méthodique des matières, Tomes XI à XX (7 janvier 1922-25 décembre 1926). — Table générale alphabétique des noms d’auteurs, Tomes XXI à XXX (1er janvier 1927-26 décembre 1931). Paris, 12, place de Laborde (8e). Pér. 307
- Ministère des Travaux publics. — Annuaire. Années 1933-34. Paris, A. Dumas, éditeur, 5, rue Jules-Lefebvre (9e). Pér. 90
- Association des anciens Élèves de l’Institut de Chimie de Paris. — Annuaire 1936. Paris, 11, rue Pierre-Curie (5e). Pér. 92
- Société vaudoise des Sciences naturelles. — Mémoires, n° 33 (vol. 5, n° 2) : Les organes buccaux des Cérambycides, parE. Rugnion; — n°34 (vol. 5, n° 3) : Étude des Muscinées du Massif de Nage, par J. Amann; — n° 35 (vol. 5,rn° 4) : Contribution à l’étude anatomique du système vasculaire du cône d’Equisetum, par A. Santschi. Lausanne, 1935. Pér. 209 Institut d’Égypte. — Bulletin. Tome XVII (1er fascicule), Session 1934-1935. Le Caire, 1935. Pér. 32
- Institut d’Égypte. — Mémoires présentés. Tome XXVI : L’épigraphie arabe de l’exposition d’art persan du Caire, par Gaston Wiet, 19 p., X pl. — Tome XXVIII : Étude complémentaire sur la paléontologie du Nummulitique égyptien (lre partie), par Jean Cuvillier, 81 p., V pl. Le Caire, 1935. Pér. 32
- Vagent général, gérant.
- E. LEMAIRE.
- BRODARD et TAUPIN, Coulommiers-Paris;
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- 133e ANNÉE.
- FÉVRIER 1936
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- NOTE D’AGRICULTURE
- par M. Georges Wery, secrétaire général de la Société d'Encouragement.
- L’élevage du mouton de rapport et la crise.
- A l’heure où les produits de l’agriculture subissent, à l’exploitation même, la dépréciation que l’on sait, l’un d’entre eux semble y avoir échappé : la viande de mouton. Nous l’avons signalé dans ce bulletin lorsque nous avons analysé un excellent ouvrage qui arrivait, lui aussi, à son heure (1). Nous le rappelons en signalant aujourd’hui la 3e édition d’un ouvrage qui traite du même sujet mais d’une manière plus généra e : Le mouton de rapport par MM. Henry Girard et Georges Jannin
- Ainsi que le disait M. Fernand David dans la préface qu’il a écrite pour la première édition : tant valent les auteurs, tant vaut le livre. Or, M. H. Girard, connu comme l’un des agriculteurs les plus distingués de notre pays et M. G. Jannin, Inspecteur de l’Agriculture, est un agronome particulièrement estimé.
- Le premier débuta naguère dans la littérature agricole par un opuscule intitulé : Les meilleurs moyens de gagner de l'argent avec les moutons. Cette brochure eut un succès qui dépassa ses espérances. Il y avait condensé les observations qu’alors jeune stagiaire, brûlant du feu sacré, il savait recueillir en examinant longuement le troupeau, soit aux champs, soit à la bergerie; il y avait résumé le fruit de ses causeries avec les vieux bergers de l’Ile-de-France et, enfin, les résultats d’une enquete méthodique qu’il poursuivit auprès de plus de 300 éleveurs.
- Depuis, M. H. Girard exploite au seuil du Valois'le beau domaine de Bertrand-Fosse. Il y entretient un important troupeau. Toute'son expérience laborieusement acquise se reflète dans son nouvel ouvrage.
- Quant à son collaborateur, M. G. Jannin, d’abord professeur d agriculture, investi d’importantes missions parle Ministère, docteur endroit, ayant consacre cinq années à l’administration de grands domaines dans les régions moutonnières du Centre de la France, il est aujourd’hui Inspecteur de l’Agriculture.
- L’Académie d’Agriculture l’a récemment élu membre correspondant. Aux qualités du savant, il réunit celles du praticien. Sa thèse de doctorat avait comme sujet . La question ovine en France. C’est une étude remarquable digne des suffrages des agriculteurs comme de ceux de nos économistes.
- Ce que nous venons de dire des auteurs montre quel est l’esprit qui a présidé à la rédaction de leur livre : une riche documentation scientifique, des idées générales
- (1) Le mouton de plein air, par M. Troupeau-Housay (Bulletin de juin 1934, p. 411).
- (2) Le mouton de rapport, par Henry Girard et Georges Jannin. Un vol. de 383 p. et 96 fig. 3e édition. Librairie agricole et horticole de la Maison rustique, Paris.
- 135e Année. — Février 1936.
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- 82 l.’ÉLEVAGE DU MOUTON DE RAPPORT. — FÉVRIER 193(5.
- toujours surveillées par les résultats de la pratique issus d’exploitations d’élevage réparties dans toutes les parties de la France, l’analyse sévère des faits.
- Dans sa préface, M. Fernand David fait appel à une référence que nous n’aurions garde de passer sous silence. On sent, dit-il, que les deux auteurs sont des disciples de M. Henri Hitier, l’éminent agronome, qu’ils ont étudié à fond son ouvrage réputé Les systèmes de culture et les assolements. Comme lui, ils s’appuient sur l’étude comparée des méthodes agricoles pratiquées dans les différentes régions géologiques et géographiques, sous les divers climats, suivant les circonstances économiques. C’est l’invitation au voyage, source de tant de leçons précieuses.
- « Je ne connais pas, dit M. F. David de travail du même genre où soit mieux exposée la relation étroite entre le milieu géographique et géologique, d'une part, la race et les spéculations adoptées de l’autre. » Un peu plus loin : « le lecteur retrouvera également la note personnelle de la documentation des auteurs, dont l’un a surtout pratiqué l’élevage intensif de la région de Paris, et l’autre a spécialement étudié l’industrie pastorale des pays plus déshérités, réunissant les modes d’exploitation les plus divers de ce précieux animal, qui sait si bien s’adapter à toutes les richesses comme à toutes les misères ». Que pourrait-on ajouter à l’éloge de l’éminent ancien ministre de l’agriculture? Peut-être, seulement, ces quelques mots : dans la lecture attentive du livre, nous avons reconnu la haute conscience professionnelle de l’un des deux auteurs, au moins, un amour de la terre, le souvenir des services qu’il rend avec une activité inlassable et qui font de M. Henry Girard l’un des meilleurs serviteurs de la cause agricole.
- Sans négliger la théorie, les deux auteurs ont su donner à leur travail un caractère réaliste, directement utilitaire. Nul fait qui ne soit avancé sans qu’il n’ait été contrôlé. Large exploration de l’horizon mais aussi descente dans les menus détails, du moment qu’ils ont de l’intérêt. Ce livre s’adresse aussi bien au grand agriculteur qu’au petit, à l’agronome qu’à l’économiste. Il se recommande aussi aux élèves de nos écoles d’agriculture. Voici la succession de ses chapitres.
- L’introduction évoque immédiatement le fait qui a peut-être surtout provoqué sa publication : la dépécoration. Elle met en lumière ce phénomène singulier : une grande nation agricole s’ingénie à produire de fortes récoltes de blé qui ne peuvent pas se vendre à un prix rémunérateur alors qu’elle néglige une production dont la demande s’accroît sans cesse tandis que l’offre diminue. La population ovine de notre pays, qui en 1852 comptait 35 millions de têtes, a diminué d’année en année avec une déplorable régularité. En 1913, elle s’était abaissée à 16 millions d’unités, en 1919 à moins de 9 millions. Elle a depuis un peu remonté. La statistique l’évalue à 9 700 000 têtes pour l’année 1933. Jusqu’en 1914, le troupeau français a pu, sauf en ce qui concerne les laines, satisfaire à nos besoins. L’importation annuelle des ovins sur pied se stabilisait autour du chiffre de 1 million à 1 500 000 tètes, dont les 8 à 9 dixièmes venaient de la France algérienne, le reste de l’étranger. Depuis, l’importation étrangère a dû sensiblement augmenter. Après la guerre, la consommation de la viande en France, et, en particulier, de la viande de mouton, s’est développée. Cependant, elle n’est encore que de 4 kg par tête d’habitant alors qu’elle s’élève à 13 kg en Angleterre (3). Et nous ne savons que trop ce que valent chez le boucher la côtelette et le
- (3) Suivant certains observateurs, depuis l’accentuation de la crise générale, elle tendrait à baisser.
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- l’élevage du mouton de rapport et la grise. 83
- gigot! Ce sont mets de luxe! Quelles sont les causes de cette situation paradoxale?
- MM. H. Girard et G.Jeannin les examinen t avec soin. Et, d’abord, les conséquences mêmes du progrès de l’agriculture, comme le déclarait Léonce de Lavergne dès 1860. Le mouton a besoin de grands parcours. Or, le défrichement des terres incultes, la suppression des jachères nues, l’assolement triennal, les déchaumages rapides, la culture intensive, toutes ces améliorations culturales ont sensiblement réduit les parcours jadis offerts au troupeau. D’autre part, le cultivateur ne voit plus en lui le producteur indispensable d’un riche fumier. Les engrais verts, les engrais chimiques le remplacent jusqu’à un certain point. A côté de ces causes, où le progrès semble se retourner contre l’homme, l’avilissement du prix des laines sur le marché français a dispersé des troupeaux de mérinos qui n’ont pas été remplacées par des moutons à viande; puis, le morcellement des terres, qui s’accentue, a réduit, lui aussi, les parcours et enfin la pénurie des bergers. Voilà autant de faits palpables qui expliquent la diminution régulière du troupeau ovin national.
- La pénurie des bergers! C’est peut-être l’obstacle le plus grave qui s’oppose à la progression de l’élevage. MM. Girard et Jannin ont consacré un chapitre aux bergers et à leurs chiens. Ils cherchent à expliquer cette désaffection profonde d’un métier entouré autrefois de considération et même de respect. Pourquoi est-il trop souvent confié aujourd’hui à un incapable? à la personne la moins qualifiée de la ferme? Où sont les fins bergers et les pastourelles d’antan? Cette situation tient à plusieurs causes. Les auteurs les mettent en relief. La difficulté même de la tâche qui demande beaucoup de connaissances, de soins et de dévouement, la présence obligatoire les dimanches et fêtes, la rudesse de la vie au parc, l’isolement en face de l’appel de la ville et trop souvent l’incompréhension du patron : il devrait s’efforcer à compenser les côtés pénibles du métier, assurer au berger une situation morale et matérielle privilégiée, considération, salaire élevé, primes, logement, jardin et, dès que c’est possible, un aide qui permettrait quelques heures de liberté à tour de rôle.
- Hélas! cet abandon d’une profession naguère recherchée ne tient-il pas aussi à un fait regrettable d’ordre moral, qui, sauf exceptions, sévit dans le monde à tous les degrés, plus ou moins, de l’échelle sociale?
- La recherche jalouse de la besogne facile, celle des jouissances matérielles trompeuses, la fuite de l’amour du travail bien exécuté qui fait le travail joyeux. Jadis, le bon berger ne trouvait-il pas une joie compensatrice à ses peines dans la santé et la croissance de son troupeau, dans sa tâche consciencieusement exécutée, dans ses difficultés vaincues, même, comme l’humble potier trouvait la sienne dans le contour harmonieux que sa main agile imprimait au flanc du vase qui surgissait lentement de l’argile humide? Enlever la satisfaction qui doit s’attacher à la recherche de la perfection d’un travail, quel qu’il soit, c’est diminuer de beaucoup l’intérêt de celui-ci et même en provoquer la désertion.
- Si MM Girard et Jannin diagnostiquent le mal, ils en indiquent les remèdes. Puissent-ils être entendus !
- Leur ouvrage se compose de trois parties : la première traite des troupeaux de 'producteurs de choix et de la technique de U élevage, étude des principales races françaises, coloniales et étrangères, choix d'une race, création d'un troupeau, technique de l'élevage, vente. Concours de reproducteurs. Exportation.
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- U
- l’ÉLEVAGE DU MOUTON DE RAPPORT. — FÉVRIER 1936.
- Les spéculations ordinaires auxquelles donne lieu le troupeau et son alimentation composent la deuxième partie : Comment apprécier les animaux à engraisser, comment les engraisser, à quel moment convient-il d'arrêter Vengraissement? Où et comment vendre les animaux? Concours d'animaux gras. Résultats financiers de l’exploitation ovine.
- La troisième partie embrasse les questions communes aux diverses spéculations : laines, maladies des moutons, fumure et pacage, bergeries, questions juridiques, mouvement des ovins en France, solidarité des régions.
- La conclusion des auteurs, préparée par l’observation des faits, c’est que la diminution croissante des troupeaux, loin de décourager les éleveurs, devrait plutôt stimuler leurs efforts en vue de la reconstitution d’un cheptel ovin, dont la qualité remplacerait la quantité, et qui, sans craindre les importations nécessaires de viandes communes et de laines coloniales, après avoir satisfait aux besoins du marché intérieur en produits de premier choix, pourrait facilement conquérir les marchés étrangers par l’exportation de reproducteurs de pur sang et de viandes de « marques ».
- Bien comprise, et suivant les principes indiqués dans le livre, aussi bien dans la métropole que dans les diverses parties de notre immense empire colonial, l’industrie moutonnière pourra longtemps encore constituer l’une des branches les plus intéressantes de notre production nationale.
- Il est dans la littérature technique deux catégories d’ouvrages. L’une et l’autre rendent des services. Mais elles ont des mérites différents. A la première appartiennent les livres où l’auteur a condensé avec soin une riche documentation, sans y avoir ajouté les résultats de nombreuses observations personnelles ; à la seconde ceux qui renferment les fruits de recherches et d’une expérience originales.
- C’est dans cette dernière que se range le volume de MM. Henry Girard et Georges Jannin. Il représente le fruit d’une longue pratique et les résultats d’une très grande quantité d’observations personnelles. Il évoque d’éminents services rendus à l’agriculture et, en particulier, à l’élevage.
- ('Octobre 1935.)
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — FÉVRIER 1936 (p. 85).
- EXAMEN DE L’ACOUSTIQUE DES SALLES ET DES DISPOSITIFS INSONORES AU MOYEN D’UN APPAREIL PORTATIF1’
- par M. Robert Fleurent, architecte diplômé par le Gouvernement.
- introduction. — Avant de présenter les appareils qui motivent cette communi cation, je me permettrai de préciser rapidement la méthode employée par l’acous-ticien d’architecture.
- Pour obtenir des résultats acoustiques satisfaisants dans une construction, il est indispensable de s’en préoccuper dès l’établissement du projet. C’est le moyen le plus sûr et de beaucoup le plus économique.
- S’il s’agit d’une salle, ce sont les formes qui seront particulièrement étudiées ; s’il s’agit d'une habitation, le maître de l’œuvre doit d’abord prévoir dans son plan une répartition judicieuse des locaux en rapport avec les bruits qui s’y produiront et grouper ces locaux en conséquence.
- C’est donc un travail qui doit influencer la composition au même titre que les autres exigences, et il revient au spécialiste de dire alors utilement son mot à ce sujet car, devant une disposition satisfaisante, il est à l’aise pour indiquer des solutions simples. En effet, il dispose alors des matériaux, des formes ainsi que de la mise en œuvre.
- Mais, dans les constructions terminées, il n’en est plus de même lorsqu’il s’agit d’envisager des traitements acoustiques. Si les plans sont disponibles, on ne sait plus grand’chose d’une quantité de détails ou de coefficients qui jouent un rôle très important. Autrement dit, ou bien les renseignements utiles restent incomplets, ou alors il faut perdre, pour les réunir, un temps considérable, ce qui pourtant ne suffit encore pas à garantir leur exactitude.
- Or* il est indispensable d’obtenir des données sans lesquelles aucun problème né saurait être posé sérieusemnt.
- Qu’il s’agisse des qualités acoustiques des salles ou d’isolation sonore, la même nécessité se présente s’il s’agit de vérifier l’efficacité d’un matériau, d’un dispositif, ou d’un traitement nouvellement terminé.
- C’est mi que des recherches acoustiques s’imposent directement pour fournir les précisions nécessaires.
- Pourtant ces recherches ne sont actuellement qu’à peine pratiquées en dehors du laboratoire.
- Dès qüé j’ai commencé, il y a quelques années, à me préoccuper d’acoustique architecturale, je me suis aperçu, à la suite d’autres expérimentateurs, qu’en raison des divergences d’opinion des observateurs, les examens auxquels on procédait dans les constructions devaient être considérés comme peu concluants.
- Il serait indispensable que l’on pût réunir, pour examiner chaque cas, un ensemble de personnes très compétentes, dont une majorité donnerait tel ou tel avis. C’est évidemment difficile dans la pratique courante.
- J’ai donc recherché s’il ne serait pas possible d’établir un appareil qui donnerait des indications faciles à observer et à conserver et qui, ne dépendant que de
- (t) Cominunication faite par l’auteur en séance publique le 9 novembre 1935. (Voir p. 666 du Bulletin de décembre 1935, la discussion qui l’a suivie.)
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- FÉVRIER 4 936.
- cet appareil et des conditions d’expériences, resteraient comparables entre elles.
- En vue de mes recherches personnelles, j’ai donc construit un dispositif qui, tout en restant aisément transportable, peut permettre :
- 1° de comparer entre eux des niveaux d’intensité sonore ;
- 2° d’observer pour une salle les réactions caractéristiques que sont l’allure de croissance et de décroissance des sons émis ;
- 3° d’observer la courbe des variations d’intensité d’un bruit en un point pendant les instants mêmes de son audition;
- 4° de prendre s’il y a lieu des photographies des observations pour les conserver et pouvoir les étudier.
- Le principe de l’appareil que j’ai réalisé le destine aussi bien aux obser-
- AN POULE
- TE M Pi
- cathode.
- Fig. 1. — Schéma du fonctionnement de l’oscillographe.
- vations les plus précises, qu’à celles, moins exigeantes, de la pratique courante.
- Cette première réalisation est susceptible d’être améliorée dans les détails car j’ai construit cet appareil par mes propres moyens et j’ai dû éliminer différentes solutions radicales pour conserver celles qui restaient à ma portée. A ce sujet, je tiens ici à remercier vivement M. J. Bazin, de son aide précieuse, et M. R. Lemonne, de son obligeance à me prêter du matériel d’essai.
- principe de l’appareil. — L’appareil est basé sur l’emploi convenable d’un oscillographe cathodique; en m’excusant auprès des personnes qui connaissent déjà cette question, je me permets d’abord de rappeler en quelques mots le fonctionnement d’un tel oscillographe (fig. 1)
- L’émission cathodique fournie par le filament (cathode) est concentré en un mince faisceau par des électrodes spéciales et passe entre deux petits condensateurs dits plaques déflectrices P^., et Pÿ, P' et vient frapper l’écran en formant un spot S.
- Entre les plaques Pæ, et P' on provoque des différences de potentiel variables périodiquement dans le temps et dont l’action sur le faisceau produit un déplacement du spot (balayage) suivant un axe qui peut être celui des abscisses (axe des j?).
- D’autre part, les plaques Py et P^ reçoivent les tensions variables proportionnellement aux phénomènes à étudier et qui produisent des déviations du faisceau dans un sens perpendiculaire au balayage, du fait de la position des plaques.
- Ce deuxième déplacement se fait donc dans le sens des ordonnées (axe des y).
- Il est donc possible, avec une disposition de ce genre, d’obtenir directement sur
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- l’écran, par la combinaison de ces mouvements, une courbe d’une grandeur variable dans le temps comme celle d’une intensité sonore, et, dans ce cas, les avantages de l’oscillographe cathodique m’ont paru très intéressants par rapport à ceux des oscillographes courants. Tout d’abord, il est léger et peu fragile; une fois monté, il est indéréglable; les observations directes peuvent être faites et refaites longuement sans complication et il se prête cependant à l’enregistrement photographique des phénomènes. Mais surtout son inertie étant négligeable, sa fidélité est certainement plus grande que celle d’un oscillographe courant dans l’étendue des fréquences à observer.
- L’ampoule à rayons cathodiques employée sur l’appareil est celle du Matériel téléphonique, peu encombrante tout en ayant un écran de dimension suffisante.
- Voici maintenant (fîg. 2) le principe de fonctionnement de l’ensemble de l’appareil.
- Les sons à étudier sont reçus par un microphone du type piézoélectrique (Rothermel-Brusli) ayant une courbe de réponse connue.
- Le microphone attaque un amplificateur de tension à lampes penthodes comprenant trois étages à résistances et condensateurs construits de façon que sa constante de temps reste faible, et à éviter les distorsions.
- Le gain d’amplification est variable de la façon suivante : chaque étage comprend un affaiblisseur basé sur un principe simple, purement électrique, et dont l’effet est repéré sur des cadrans gradués suivant l’échelle logarithmique.
- Le premier affaiblisseur diminue le gain d’amplification de 2 bels en 2 bels et couvre une étendue de 8 bels. Le second affaiblisseur affaiblit de 1 bel et couvre un intervalle de 2 bels. Le troisième affaiblisseur affaiblit de 2 en 2 bels et couvre un intervalle de 1 bel.
- Ces trois affaiblisseurs ont ainsi permis de réaliser un certain nombre de combinaisons et de vérifications concernant leurs effets relatifs. C’est pour cette raison que je les ai adoptés alors qu’il serait possible d’en réduire le nombre à deux (bels et décibels) ou même à un seul.
- La sortie de l’amplificateur est directement reliée aux plaques déflectrices de 'oscillographe correspondant à l’axe des y qui produisent le déplacement du spot proportionnel à la racine carrée de l’intensité sonore reçue par le microphone.
- D’autre part, une boîte de commande comportant différents circuits à relaxation permet de donner au spot le mouvement de balayage plus ou moins rapide nécessaire aux observations. Le spot se déplace plus ou moins vite de gauche à droite entre A et B (fîg. 1); arrivé en B, il revient en A en un temps négligeable.
- Dans l’appareil tel que je l’ai réalisé, le déplacement du spot n’est pas rigoureusement linéaire dans tous les cas, mais l’écart reste léger et ne peut gêner les observations pour lesquelles l’appareil est construit.
- Fia-, 2.
- Disposition d’ensemble de l’appareil.
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- Un dispositif simple permet de synchroniser la fréquence de balayage avec celle d’un phénomène périodique tel que son pur ou avec ses harmoniques (voyelles, phonèmes, etc.) Par un effet stroboscopique, on peut immobiliser ainsi la courbe apparente du phénomène et l’observer facilement.
- Enfin, un circuit spécial a été prévu pour obtenir le balayage nécessaire pour
- Fig. 2 bis. — Appareil disposé pour un essai. De gauche à droite : l’oscillographe cathodique; le manipulateur de commande du balayage; la boîte de contrôle; ie microphone; l’amplificateur et les allaiblisseurs.
- étudier et photographier les courbes de croissance et de décroissance des sons dans les salles qui, pour passer par les valeurs pratiques de Sabine (allant comme on le sait de 106 à l’unité) demande souvent plusieurs secondes. A cet effet, la vitesse de
- ce balayage peut être réduite à une valeur aussi faible que l’on veut.
- APPLICATIONS ET RÉSULTATS OBTENUS. — Voici comment est utilisé l’appareil pour comparer différents niveaux d’intensité sonore, par exemple en vue des essais et des comparaisons de dispositifs isolants à pied d’œuvre ou pour l’étude delà répartition de l’intensité sonore dans les salles.
- La comparaison immédiate de différentes fabrications d’un matériau insonore est également possible ainsi que l’étude d’une source sonore quelconque.
- L’emploi de l’appareil pour ces essais, qui reviennent finalement à étudier des sons, est, en principe, le suivant :
- La boîte de commande étant réglée pour avoir un balayage du spot sur l’écran de rapidité moyenne, on observe pendant que le son est émis et on règle le gain d’amplification jusqu’au moment où l’on ne voit plus aucun mouvement du spot sur l’écran; à ce moment, on ne voit qu’une ligne parfaitement droite. On note alors les chiffres indiqués sur les cadrans des affaiblisseurs.
- On recommence la même opération avec les autres sons à comparer ou après avoir modifié les conditions d’expérience dans le sens voulu. On obtient alors par soustraction l’intervalle qui permet de comparer les intensités étudiées ou de déduire les intensités auditives.
- Fig. 3. — Croissance d’un son complexe jusqu’à l’établissement du régime permanent.
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- Voici quelques résultats obtenus avec cet appareil, qui montrent ses possibilités pour l’étude des salles.
- Les difficultés de réalisation des salles modernes pour la cinématographie sonore, studios de radiodiffusion ou même d’auditoria en général ont attiré l’attention sur les précautions à prendre pour obtenir une bonne audition.
- Ces précautions se résument actuellement dans : la détermination de l’intensité
- Fig. 4. — Décroissance d’uu son complexe après établissement du régime permanent et arrêt
- de la source.
- sonore en différents points des salles, l’élimination des échos distincts ou des concentrations sonores nuisibles, et dans l’obtention d’une durée admise comme convenable pour la prolongation du son jusqu’au millionième de sa valeur initiale.
- On recherche ainsi en définitive des qualités d’audition dont les principales sont : la netteté, l’intensité convenable et la conservation des valeurs relatives des intensités sonores émises par les sources. r
- Si l’on tient compte du temps de réverbération d’une salle comme facteur déterminant une qualité acoustique, j’ai pensé que, dans cette longue prolongation du son, la forme de la décroissance dans les premiers instants (mettons dans le premier cinquième de seconde) devait présenter une importance considérable car, si quelques variations sérieuses se produisent alors dans l’intensité, elles ne peuvent passer inaperçues.
- J’ai donc voulu me rendre compte, dans des salles existantes, de la forme, de la courbe de variation des intensités sonores croissantes ou décroissantes.
- On verra par la photographie (fig. 3 et 4) qu’il peut en effet se produire des variations importantes d’intensité dans certaines salles, notamment une variation considérable de l’intensité sonore à l’endroit où le microphone était placé est bien visible (fig. 4) et semble indiquer un défaut dans la salle étudiée.
- L’oreille, en raison de son pouvoir de sélection, n’a pas tendance à suivre le son
- SOURCE VARIABLE
- SOflS COMPLEXE
- AH P LÎ Fi CAT S
- Fig. 5 — Dispositif pour la production de bruits destiné à l’étude des salles.
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- au-dessous d’une fraction d’intensité moyenne d’une audition. L’allure de la fin de la décroissance du son semble avoir ainsi une importance beaucoup moins grande sur la qualité de l’audition en raison des effets de masque des intensités croissantes
- sur les intensités décroissantes.
- Cependant, il reste utile de s’assurer que des échos intenses ne se produisent pas tardivement, ce qui serait, comme on le sait, un très grave inconvénient. L’appareil permet très bien de se rendre compte de l’absence ou de la présence des échos, soit sur la courbe de décroissance (fîg. 4), soit par l’étude des effets de sons brefs émis convenablement.
- On voit sur la figure 5 un exemple de la façon dont on peut produire des bruits pour étudier les salles. Ces bruits peuvent être des sons soit assez purs, soit très complexes et ajustables, dans ce cas, de façon à éviter des influences gênantes dues aux ondes stationnaires. C’est à l’aide de ce dernier dispositif que les photographies que j’ai mentionnées ont pu être prises.
- Le tube cathodique monté sur l’appareil était un tube destiné aux observations visuelles; la persistance d’écran et la couleur verte du spot ont rendu difficile la prise des photographies et il serait préférable d’employer à cet effet un tube à spot bleu.
- Les photographies présentées ont toutes été prises par l’application d’une pellicule sensible directement sur l’écran. En raison des difficultés de l’application de cette pellicule sur une surface convexe, j’ai quelquefois dû sacrifier un des côtés des courbes de façon à avoir au moins un tracé qui fût net. J’envisage donc actuellement un procédé
- pour éviter ces différents inconvénients (4).
- Pour terminer, je dirai un mot des oscillogrammes que j’ai pris dans différents points d’une salle pour des régimes sonores périodiques, comme pour des voyelles, et dont on voit ici un exemple (fîg. 6).
- Ces oscillogrammes ont montré que la courbe d’intensité présente souvent des rapports mal définis avec la courbe caractérisant ces voyelles, ce qui doit être aux dépens d’une audition satisfaisante.
- Le rapprochement des courbes obtenues réellement de celles qui caractérisent habituellement l’audition favorable donne par conséquent des indications sur la netteté car les courbes normales sont bien
- (2) Depuis, j’ai pu prendre d’autres photographies avec un objectif rapide et obtenir une excellente netteté.
- Fig. 6. — Oscillogrammes de même voyelle a soutenue, pris en différents points d’une salle. De haut en bas : audition très distincte; audition satisfaisante; audition mauvaise.
- I
- *M.
- Fi
- 7. — Oscillogramme d’une voyelle a parfaitement distincte à l’oreille.
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- connues par de nombreux travaux, comme ceux de Fletcher par exemple. D’ailleurs, j’ai pris avec l’appareil des oscillogrammes analogues; on en voit un exemple sur la figure 7.
- On peut donc, avec l’appareil, faire des essais en différents points et spécialement aux endroits où l’audition paraît la plus mauvaise.
- A ce sujet, on voit sur la photographie la reproduction de courbes montrant l’altération progressive de la netteté d’une voyelle. Toutefois, il est nécessaire de signaler, pour l’interprétation de ces résultats, qu’il y a lieu de tenir compte des propriétés physiologiques de l’oreille qui peut, dans une certaine mesure, entendre sensiblement de la même façon des sons dont les courbes résultantes ne sont pas absolument les mêmes.
- Étant donné l’intérêt de l’interprétation de ces comparaisons délicates, j’en poursuis d’ailleurs spécialement l’étude.
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- LE RAVITAILLEMENT DE L’INDUSTRIE FRANÇAISE EN MATIÈRES PREMIÈRES OLÉAGINEUSES(1)
- par Mlle Marie-Thérèse François, docteur ès sciences physiques, chargée de cours à la Faculté de Pharmacie de Nancy.
- Orientée depuis douze ans dans l’étude chimique des corps gras, j’ai été tout naturellement conduite à m’intéresser à la production de ces matières premières et aux sources du ravitaillement de l’industrie française qui les utilise. Cette question présentait d’autant plus d’attrait qu’elle entre dans le cadre des préoccupations normales où m’engageaientmes fonctions au Laboratoire de Recherches sur les Matières végétales des Pays chauds, dont le rôle est de favoriser le développement économique des colonies françaises en tant que productrices de matières premières utilisables par l’industrie métropolitaine.
- Voici les réflexions auxquelles j’ai été conduite :
- On a coutume, habituellement, quand on étudie le commerce extérieur de la France, de comprendre à la fois la valeur des échanges que la métropole effectue avec l’étranger, d’une part, et avec ses territoires d’outre-mer, d’autre part. Si les régimes douaniers qui sont en vigueur dans certains d’entre eux : Maroc et Tunisie, par exemple, rendent leurs rapports avec la France non identiques à ceux qu’elle entretient avec les régions où notre influence et notre autorité s’exercent plus profondément, il n’en reste pas moins qu’à l’heure actuelle, il existe une différence tranchée entre les relations commerciales qui nous lient à nos territoires extérieurs et celles que nous entretenons avec les nations étrangères. Et la notion d’Empire français n’est pas seulement apparue l’an dernier à propos du magnifique effort accompli par la Conférence économique impériale(2) car déjà le Ministère des Finances, dans la publication de la Direction générale des Douanes : Statistiques mensuelles du Commerce extérieur de la France, s’est efforcé, dès 1928, de faire le départ entre les exportations et importations à destination ou en provenance de l’étranger et les ventes et achats conclus avec nos territoires extérieurs. Dans tout cet exposé nous réserverons les termes d’importations et d'exportations aux rapports avec l’étranger et les expressions d’achats, de ventes, d'expéditions en provenance de ou à destination de, aux échanges avec notre domaine d’outre-mer. Totalité des achats ou des ventes concerne, évidemment, le ravitaillement total de nos usines, quelle qu’en soit l’origine, et tous les débouchés acquis par les produits fabriqués.
- Si on examine le détail des valeurs des importations de la France et le déficit de sa balance commerciale au cours des dernières années, de 1928 à 1933, on constate que les matières premières oléagineuses ne sont entrées dans les importations que pour 3,63 à 5,22 p. 100 (moyenne 4,26 p. 100) mais qu’elles concourent pour 8,1 à 13,7 p. 100 (de 1929 à 1933, moyenne 11,9 p. 100 en 1928; exceptionnellement 41,4 p. 100) au déficit de la balance commerciale, ce qui est loin d’être négligeable et mérite, par là, d’attirer l’attention, non seulement des spécialistes des corps gras,
- (1) Conférence faile par l’auteur en séance publique le 14 décembre 1935. (Voir la discussion qui a suivi cette communication dans le Bulletin de janvier 1936, p. 59-61.)
- (2) Voir le compte rendu de ses travaux, par M. F. Blondel, dans le Bulletin de juin 1935, p. 357.
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- LE RAVITAILLEMENT DE LA FRANGE EN OLEAGINEUX.
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- mais encore de tous ceux qui ont pour mission de veiller sur l’avenir financier de notre pays et même du grand public (3).
- Pour définir la situation exacte de l’industrie française vis-à-vis de son ravitaillement en matières premières oléagineuses, nous considérerons, tout d’abord, quels sont les besoins actuels des usines et dans quelle mesure ils ont varié au cours de la décade 1923-1933 ; l’année 1934 sera examinée séparément pour des raisons qui ressortiront plus tard; nous rechercherons ensuite qu’elle est l’origine de ce ravitaillement en nous attachant aussi à suivre ses variations dans le temps. Dans une troisième partie, nous étudierons la production de l’Empire français, en distinguant la part directement absorbée par les usines métropolitaines de celle que des conditions spéciales destine à la clientèle étrangère.
- Un quatrième point permettra d’indiquer quels sont les débouchés de l’industrie métropolitaine.
- A la lumière des faits ainsi établis, en nous basant uniquement sur des chiffres puisés à des sources différentes et dont la suffisante concordance a été vérifiée, on verra quelles sont les conclusions qui s’imposent.
- I. — VARIATIONS
- I)U MOUVEMENT DES MATIÈRES PREMIÈRES OLÉAGINEUSES EN FRANGE.
- 19)3 17 21 25 23 33
- Il est très facile de suivre sur la figure 1 ces pig, j —Mouvement des matières pre-variations depuis la guerre ; on y a même indi- mières oléagineuses dans la France qué les quantités correspondant à 1913. métropolitaine.
- On voit ainsi que les tonnages acquis et que les quantités absorbées ont augmenté largement depuis 1921. Par contre, les ventes de produits fabriqués sont restées sensiblement stationnaires avec tendance à la baisse, et fixées aux abords de 100 000 t annuellement.
- La figure 2 montre, pour les principaux produits utilisés par l’industrie française, la variation des tonnages acheté^. Les courbes ont une même allure rapidement ascendante quand elles correspondent aux graines d’arachide en coque ou décortiquées, à la graine de lin, au coprah; mais, pour le palmiste, au contraire, les valeurs décroissent nettement et, en 1933, elles sont à peine la moitié de celles de 1922.
- (3) Le tableau suivant fixe ces données.
- 1928
- Importations totales....... 46 531
- Importation des oléagineux . 2 022
- Oléagineux p. 100. ..... 4,3
- Déficit de la balance commerciale...................... 3 815
- Déficit dû aux oléagineux. . 1 581
- Oléagineux p. 100.......... 41,4
- Milliers de francs.
- 1929 1930 1931 1932 1933
- 51 212 45 980 36 034 33 585 21 701
- 2 021 1 668 1 378 1 232 1 003
- 3,94 3,63 3,82 4,22 4,66
- 10 522 11 996 12 760 10 084 9 241
- 1 445 1 240 1 036 950 771
- 13,7 10,4 8.1 9,4 8,3
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- 94 LE RAVITAILLEMENT DE LA FRANCE EN OLÉAGINEUX. — FÉVRIER 1930.
- Cet essor de l’industrie des oléagineux ne s’est pas seulement accompli en France ; et si la Grande-Bretagne et la Hollande semblent être restées stationnaires, on enregistre les augmentations suivantes pour les quantités achetées en 1933 par rapport à celles de 1923.
- France et Danemark.................... 150 p. 100
- Italie.................................. 132 —
- Belgique................................ 160 —
- Allemagne............................... 350
- En France, c’est en 1924 seulement que les acquisitions, troublées par la
- guerre, ont retrouvé leur niveau de 1913.
- II. — ORIGINE DU RAVITAILLEMENT DE L’INDUSTRIE METROPOLITAINE.
- Les principales matières premières oléagineuses consommées par l’industrie française sont les arachides, puis la graine de lin, le coprah, les amandes de palme, les huiles de palme et d’olive. Un certain nombre d’espèces concourent à fournir un total qui, de 102 0001 en 1923 s’est abaissé à 42 000 t en 1934, correspondant cependant à 15 0001 d’huile environ. Parmi les oléagineux animaux, le beurre n’est pas pour nous un objet de commerce très actif, le suif et le saindoux non plus; les tonnages importés ont considérablement décru en dix années. Ainsi, de 30 000 t environ en 1923, les importations en 1933 et à 500 t en 1934.
- Si on totalise les beurres, graisses et margarines importés et exportés, on constate qu'en 1934, notre déficit ne s’élève qu’à 2 000 t; mais comme les produits exportés ont une valeur supérieure à celle des produits bruts importés, la balance se solde à notre avantage par la somme de 40 000 fr.
- On pourrait donc, sans grave erreur, se borner à l’étude des oléagineux végétaux. Voici la situation pour chacun d’eux.
- arachides. — La France métropolitaine reçoit des graines d’arachides en coques, provenant presqu’exclusivement de l’Afrique occidentale française, et des graines d’arachides décortiquées des Indes anglaises. En calculant les tonnages d’huile correspondant aux unes et aux autres, on obtient les quantités totales fabriquées dans les usines et on peut les comparer à celles qui correspondent à l’apport colonial.
- La figure 3 montre :
- 1° que la totalité de l’huile fabriquée s’est élevée de 175 000 t, en 1923-1924, à 265 000 t, moyenne des quatre années dernières dont le maximum atteint 285 000 t en 1933;
- 2° que les colonies françaises concourent d’une manière un peu variable à établir
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- Fig-. 2. — Consommation de graines oléagineuses par l’industrie métropolitaine.
- de saindoux sont tombées à 4 000
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- Fig. 3. — Production de l’huile d’ar chide par l’industrie métropolitaine.
- ce total. Pendant la période 1925-1931, la moyenne des pourcentages est de 41. En 1932, le taux est exceptionnellement bas en raison d’une récolte très nettement déficitaire; en 1933, il remontait mais sans atteindre celui de 1932. Enfin, en 1934, le chiffre exceptionnel obtenu est dû aux mesures particulières de protection dont il sera question plus loin.
- palmier a huile. — On sait que YElœis guineensis produit des fruits pouvant donner deux sortes d’huiles : du péricarpe on retire Yhuile de palme, dont la fabrication a lieu sur place suivant des méthodes indigènes rudimentaires, tandis que le mésocarpe et l’endocarpe constituent un noyau, Yamande de palme ou palmiste, dont l’amande a un albumen très riche en huile. Les palmistes sont habituellement expédiés en Europe et traités dans les huileries qui en extraient une graisse en tous points analogue à celle de coprah et apte aux mêmes usages.
- Le principal producteur mondial d’huile et d’amandes de palme est l’Afrique. Il est difficile d’évaluer la production en raison de l’impossibilité presqu’absolue de chiffrer la consommation locale, mais on connaît les exportations des pays d’origine. La Nigéria seule s’inscrit pour plus de 50 p. 100 de l’ensemble.
- La France reçoit de ses colonies (A. O. F., Cameroun-Togo, A. E. F.) de 75 à 95 p. 100 des huiles de palme qu’elle consomme et de 60 à 80 p. 100 des palmistes qu’elle utilise. Les autres fournisseurs sont les possessions anglaises d'Afrique occidentale et l’Union économique belgo-luxembourgeoise. La figure 4 rend compte de ces faits.
- coprah. — Contrairement à une opinion admise sans contrôle, nos territoires extérieurs sont pauvres en coprah. Les régions où la culture Fig. 4. — Consommation d’huile et d’a-du cocotier est prospère sont : l’Asie, qui, à elle mandes de palme par l industrie mé-
- seule, fournit au minimum 80 p. 100 des expor- Â amandos de palmc ; coasomraatioïl totale, talions mondiales, et l’Océanie, qui s’inscritpour B, amandes de palme : apport national.
- 12 à 16 p. 100 du total mondial. L’Afrique, plus consacrée à la culture du palmier à huile ou à l’exploitation des palmeraies naturelles, représente à peine 4 p. 100 de l’ensemble.
- C, huile de palme : consommation totale.
- D, huile de palme : apport national.
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- La France était principalement cliente des Indes néerlandaises, de l’Australie et de l’Inde britannique. Mais, en 1934, les importations en provenance de ces pays se sont annulées au profit des Philippines qui, depuis 1931, ont rapidement développé leurs envois. Les colonies qui nous adressent leur coprah sont la Nouvelle-Calédonie et les Établissements français de l’Océanie.
- On peut se rendre compte, par la figure 5, des variations de la consommation qui, en 1922, retrouvait, avec 113 000 t, son niveau d’avant guerre pour s’élever régulièrement jusqu’à près de 200 000 t en 1933. Léger fléchissement en 1932.
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- ANNÉES
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- Fig. 5. — Consommation de coprah par l’indus- Fig. 6. — Mouvement des huiles d’olive dans trie métropolitaine. la France métropolitaine et d’outre-mer.
- Mais, à côté du coprah, il s’est malheureusement établi une importation d'huile de coco en nature, qui s’est nettement accrue au cours des dernières années et qui, en 1933, a atteint, 10 000 t.
- huile d’olive. — L’olivier est surtout cultivé sur le pourtour du bassin méditerranéen, et si la production est irrégulière, en raison même de la nature de l’arbre, une bonne récolte étant suivie d’une ou deux récoltes mauvaises ou tout au moins médiocres, il semble cependant qu’elle soit en progression marquée : la moyenne des quatres années 1923-1926 est de 670 000 t, celle de la période 1930-1933 de 750 000 t bien que l’année 1930 ait été exceptionnellement déficitaire.
- La part de la France est modeste. Si l’on totalise les chiffres relatifs à la Provence, au groupe Algérie-Tunisie-Maroc, et aux territoires Syrie-Liban, on atteint 70 000 à 90000 t. Aucune progression n’apparaît depuis dix ans bien qu’en 1929 on ait noté 119 000 t et 104000 t en 1933.
- A côté du courant qui dirige les huiles produites en Afrique du Nord et en Syrie vers la France européenne, il existe un mouvement d’importations proprement dites, originaires surtout d’Espagne, de Grèce et d’Italie. Ces importations ne sont pas négligeables vis-à-vis de notre propre consommation. La figure 6 montre l’évo-
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- LE RAVITAILLEMENT DE LA FRANGE EN OLEAGINEUX. 9?
- lution de la consommation nationale, celle de la production de l’Empire français et celle de nos importations et exportations.
- On voit ainsi que, depuis 1927, la France exporte notamment plus d’huile d’olive qu’elle n’en consomme et que l’accroissement des exportations a été très rapide au cours des dernières années. La situation est principalement due à la Tunisie qui a organisé ses oliveraies d’une manière remarquable.
- Il faut reconnaître, d’ailleurs, que, du point de vue industriel, l’huile d’olive ne présente pas une importance aussi considérable que les arachides ou le coprah.
- graine de lin. — Les graines de lin occupaient le troisième rang dans la production mondiale des oléagineux, après le coton et le soja, jusqu’en 1925, époque à laquelle les arachides les ont nettement dépassées. La production mondiale est d’ailleurs en régression très nette : de 4 000 000 t en moyenne pendant la période 1925-1927, elle est passée à 2 404 0001 en 1932 et à 2160 000 t en 1933.
- L’industrie française consomme des tonnages très importants de graines de lin, et ils sont en progression. Cependant, la production locale est très réduite et elle diminue constamment.
- En 1923, notre principal fournisseur était l’Inde anglaise, et le second rang était occupé par la République Argentine. Mais, dès 1924, la situation respective de ces deux pays s’est inversée : l’avantage de la République Argentine s’est constamment affirmé et ses envois dépassent actuellement 200 0001 par an tandis qu’ils n’atteignaient que 60000 t en 1925. Dans le même temps, les expéditions de l’Inde anglaise ont
- |)asse de 81 5001, en 1923, a 21 6001 en 1934(flg. /). Fig. 7.— Consommation de graines de
- lin par l’industrie métropolitaine.
- GRAINES DE SOJA ET DE COTON. — CeS deux espèces, qui se classent en tête de la production mondiale, n’ont pour la France qu’une importance secondaire; notre industrie n’en consomme que des quantités très réduites; et encore les huiles sont-elles plutôt importées en nature que sous forme de graines ; la transformation échappe donc aux usines de notre pays. Comme elles ne paraissent pas susceptibles d’usages très particuliers, il n’y a pas lieu, semble-t-il, de s’attachera en développer la production et l’utilisation. En 1933 et en 1934, la quantité d’huile de coton absorbée était inférieure à 2 000 t, en régression nette sur les années antérieures (en 1929, maximum, 4 700 t). Pour l’huile de soja on atteint actuellement 4 000 t après avoir noté un maximum de 12 000 t en 1930 (fig. 8).
- GRAINES DE COLZA, DE CHANVRE, DE SESAME ET AUTRES GRAINES D’IMPORTANCE SECONDAIRE pour la France. — Parmi les graines oléagineuses de grande consommation mondiale, le colza occupe une place analogue à celle du coprah; la France, qui en produisait encore 24 000 t en 1923, s’est limitée à 16 000 t en 1932. Ses importations ne s’élèvent actuellement en moyenne qu’à 2 000 t par an.
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- Pour les graines de chènevis, la récolle qui était de 1 300 à 2 000 t pendant les années qui ont précédé la crise, n’a pas excédé 300 t en 1933. Par contre, les importations ne sont pas tout à fait négligeables : elles ont brusquement augmenté et se sont élevées, en 1934, à près de 19 000 t.
- Les graines de sésame, dont la production est surtout localisée en Asie, intéressent très peu l’industrie française; nos colonies n en récoltent que de faibles quantités qui sont consommées sur place.
- Si on additionne les tonnages des graines d’importance secondaire pour la
- France et ayant des propriétés et des utilisations voisines : moutarde, œillette, pavot, colza, navette, faine, chènevis, sésame, touloucouna, illipé et autres, importées annuellement en France, on voit que le total est loin d’être négligeable et que, depuis 1926, il paraît fixé à environ 50 000 t. Si on réduit ces graines en huile et si on y ajoute les tonnages des huiles de même nature importées directement et ceux de quelques autres huiles peu utilisées dans notre pays (huiles de maïs, huile de tournesol, et autres), on constate que l’ensemble atteint ou dépasse 20 000 t (fig. 8.)
- Toutes ces huiles sont utilisées pour une petite part dans l’alimentation (œillette, navette, maïs, etc.); elles entrent surtout dans la composition de mélanges lubrifiants (colza) ou dans la fabrication de peintures ou vernis (chanvre, tournesol) et il apparaît très possible de substituer aux unes et aux autres des produits plus directement nationaux.
- graines de ricin. — Le cas de l’huile de ricin est très spécial car sa production intéresse directement la défense nationale. C’est le lubrifiant par excellence des moteurs d’avions. Il suffirait de récolter les graines de ricin subspontanées pour alimenter toute notre industrie. Évidemment, il peut être parfois plus coûteux de recueillir un produit qui croît naturellement que d’établir et d’exploiter des plantations rationnellement aménagées, quand il est possible de choisir les variétés les plus avantageuses du double point de vue de la qualité des graines et du rendement cultural.
- La figure 9 montre l’évolution des quantités de graines de ricin consommées par l’industrie française au cours des dix dernières années. Notre principal fournisseur est l’Inde anglaise du moins jusqu’en 1933.
- graisses animales. — Les graisses animales ne donnent pas lieu en France à un mouvement très important bien que les quantités consommées localement soient assez considérables. La raison en est que notre pays, essentiellement agricole, peut
- Fig. 8. — Importations par l’industrie métropolitaine des huiles et des graines de coton et des graines oléagineuses d’importance secondaire pour la France (exprimées en quantités d’huile contenue).
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- facilement produire le beurre, le saindoux et le suif nécessaires à l’alimentation de ses habitants et à la majorité des exigences de l’industrie.
- Il existe cependant un faible courant d’importations et d’exportations dont la résultante est pratiquement nulle mais qui a cependant abouti à des différences assez notables à plusieurs reprises. Ainsi, en 1928, nous avons exporté près de 7 0001 de beurre tandis qu’en 1931, 1932 et 1933 les quantités importées s’élevaient à 17 000, 10 000 et 8 000 t. Elles sont toutefois négligeables vis-à-vis de la consommation intérieure qui était en moyenne de 200 000 til y a quatre ans et qui atteint actuellement 220 000 t.
- Quant au suif, les 40 000 à 43 000 t produites chaque année s’utilisent comme suit : les 17 000 t de suif en branches des bouchers fournissent 15 000 t de suif comestible qui est intégralement absorbé par la fabrication de la margarine et des graisses blanches destinées à la pâtisserie et à la biscuiterie. L’approvisionnement n’est pas tout à fait suffisant pour répondre aux besoins, et des achats à l’étranger de 700 à 800 t de premier jus sont nécessaires.
- Le suif non comestible, soit 25 000 à 30 000 t. trouve difficilement son débouché en savonnerie,
- (savons de toilette), stéarinerie et pour la préparation de certains lubrifiants. C’est avec peine que l’on arrive à s’en débarrasser.
- Pour le saindoux, un cheptel de 8 millions de têtes nous fournit 200 000 t de lard et de saindoux annuellement, de sorte que les importations de cette denrée qui, après la guerre, étaient assez élevées, 28 500 t en 1923, se sont abaissées progressivement jusqu’à moins de 4000 t en 1933. '9'3 23 25 27 29 31 3334
- Fig., 9. — Consommation de graines de
- HUILES d’animaux MARINS. — Les huiles ricin Par l’industrie métropolitaine, d’animaux marins sont loin de présenter l’im-
- porlance économique des huiles végétales; un seul exemple le montre. La production mondiale annuelle (moyenne des années 1929-1932) de la plus importante d’entre elles, Vhuile de baleine, est de 426 000 t; son maximum, atteint en 1930-1931, s’élève à 624 000 t. A la même époque, la récolte mondiale d arachide était de 5 600 000 t (ce qui représente 1 700 000 t d’huile) et l’huile végétale industrielle de la plus faible production, l’huile d’olive, dépassait cependant 700000 t.
- Les principaux pays consommateurs d’huile de baleine sont la Grande-Bretagne et l’Allemagne. En France, les importations étaient à peu près milles en 1920-1921; elles se sont élevées progressivement jusqu’à une moyenne annuelle de 3 000 t en 1925; la quantité a subitement doublé en 1933. Il conviendrait d’ajouter à ces tonnages les huiles hydrogénées destinées en majeure partie à la margarinerie, mais aussi, pour une faible part, à la savonnerie et à d’autres usages industriels; on obtient ainsi pour les années 1929, 1930 et 1931 un total de près de 10 000 t par an-
- Les autres huiles d’animaux marins sont les huiles de poissons. On peut y distin-
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- 100 LE RAVITAILLEMENT DE LA FRANCE EN OLÉAGINEUX. — FEVRIER 1936.
- guer deux groupes : les huiles de foie de morue, dont les importations demeurent très régulières (3 000 à 4 000 t par an) en raison de leur usage principal qui est la thérapeutique (3 000 t). Le reste est absorbé par l’industrie. Les autres huiles de poissons introduites en France ont deux origines : elles proviennent soit des colonies françaises, de l’Indochine, en particulier, soit de l’étranger. Les proportions relatives dues à ces différents fournisseurs se sont inversées : jusqu’en 1926, les colonies l’ont emporté sur l’étranger, puis une période d égalité grossière s’est établie jusqu’en 1930; pour les trois dernières années, l’extérieur l’emporte.
- La consommation intérieure de la métropole a subi une évolution tout à fait
- analogue à celle des huiles végétales : la courbe qui traduit les variations des tonnages absorbés présente un maximum qui s’étend en palier de 1924 à 1929; puis elle décroît très rapidement, les quantités relatives cà 1933 atteignant à peine la moitié de celle des années 1926 et 1928.
- III. — PRODUCTION DE L EMPIRE FRANÇAIS.
- Voici le bilan des matières premières produites par les différentes régions de l’Empire français, la part absorbée à l’intérieur et la part écoulée en nature, à l’étranger.
- Il va sans dire que les huileries et leurs industries annexes consomment intégralement la production de la France européenne. Les corps gras sont des matières premières de peu de valeur et leur culture, sous notre climat, a cédé le pas à celle des céréales ou de la betterave qui sont d’un bien meilleur rapport. Les graines oléagineuses sont donc utilisées sur place et on a vu que les graisses animales sont, elles aussi, complètement absorbées.
- Fig. 10. — Arachides expédiées par l’Afrique occidentale française.
- arachides. — La production des arachides dans les colonies françaises représente 12 à 18 p. 100 de la production mondiale; l’Afrique occidentale s’inscrit à elle seule pour 80 p. 100 de l’ensemble.
- Les expéditions de l’A. O. F. se sont largement accrues jusqu’en 1930, époque à laquelle s’est manifestée une dépression très brutale, qui a atteint son maximum en 1932; mais la reprise a été rapide et le niveau de 1929, année pour laquelle le chiffre le plus élevé a été enregistré, a été pratiquement atteint en 1934.
- Ce principal client de l’A. O. F. est la France métropolitaine qui absorbe la majeure partie des tonnages disponibles. Cette part a varié assez largement et elle avait notablement diminué entre les années 1923 et 1931 (fig. 10). Mais, à partir de 1931, le pourcentage s’est considérablement accru et, en 1934, il a atteint 100 p. 100.
- Les autres clients de l’A. O. F. sont : l’Allemagne, la Belgique, la Hollande, les Pays Scandinaves. L’Angleterre, dès 1930, a presque annulé ses importations (fig. 10).
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- HUILE ET AMANDES de palme. — Depuis 1925, l’excédent de la consommation locale de l’A. O. F. en huile de palme a constamment diminué, non seulement en valeur absolue, mais encore vis-à-vis des exportations mondiales, et, en 1933, le pourcentage atteignait à peine la moitié de celui de 1927. Par contre, l’Afrique équatoriale et le Cameroun ont largement développé leurs expéditions à l’extérieur qui demeurent cependant médiocres; le Togo est resté sensiblement stationnaire. L’ensemble est lié à la situation de l’A. O. F.
- Pour les amandes de palme, les quantités écoulées au dehors ont largement maintenu leur niveau; elles représentent, en moyenne, 20 p. 100 des exportations mondiales. Ces envois sont dus surtout à l’A. O. F., qui a cependant tendance à diminuer les tonnages expédiés, et au Cameroun, dont l’inlluence s’affirme de plus en plus chaque jour.
- Fii
- 11. — Huile de palme expédiée par les territoires extérieurs de la France.
- Fig. 12. — Amandes de palme expédiées par les territoires extérieurs de la France.
- La métropole est le principal client de l’A. O. F. pour les huiles de palme; mais elle est loin d’absorber la totalité de l’huile disponible et ses achats sont un peu irréguliers. Le graphique de la figure 11, qui indique leur évolution, n’est pas parallèle à celui qui traduit la variation des ventes du pays.
- L’Afrique équatoriale envoie très peu d’huile de palme en France; ses principaux clients sont l’Allemagne et la Belgique; par contre, elle expédie dans les ports français une part plus notable de ses amandes de palme qui sont cependant surtout dirigées vers l’Allemagne. Les figures 11 et 12 traduisent l’évolution des quantités totales d’huile et d’amandes de palme vendues par l’ensemble de nos territoires africains et celles des tonnages cédés à la métropole.
- coprah. — Le cas du coprah est fort simple : toute la production disponible des colonies françaises est acquise par la métropole, qui doit compléter ses achats à l’extérieur dans la proportion de 80 à 85 p. 100 des tonnages consommés.
- Mais, à côté du produit principal, le coprah, le cocotier est susceptible de fournir des sous-produits très utiles et qui ne trouvent de débouché que très difficilement
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- 102 LE RAVITAILLEMENT DE LA FRANGE EN OLÉAGINEUX. — FÉVRIER 1930.
- car l’industrie métropolitaine ne s’y attache pas encore ou les tire de l’étranger. Ce sont le charbon de coco, dont les propriétés absorbantes sont particulièrement remarquables, et les fibres et filés de coco, qui peuvent fournir des cordages, ficelles, tissus divers rivalisant avec les meilleurs textiles.
- autres graines oléagineuses. — Les autres matières végétales utilisées par l’industrie française ont toutes une origine étrangère.
- Seule, la graine de lin est importée en grandes quantités; mais si le marché était organisé, le Maroc pourrait produire des graines de lin d’excellente teneur en huile; seule, la difficulté de trouver un débouché assuré retarde l’essor de cette culture dont toutes les conditions ont été bien étudiées par M. Miège, Directeur des Services agricoles à Rabat.
- huiles d’olive. — Les huiles d’olive exportées par la France ne peuvent plus être considérées comme des matières premières, car elles sont destinées à la table ; ce sont des produits de choix, préparés avec soin, et qui ne subiront ultérieurement aucune manipulation avant d’être livrés au commerce de détail. Il est plus commode cependant de ne pas les éloigner des produits similaires exportés par l’Afrique du Nord et les territoires de Syrie-Liban; aussi leur cas sera-t-il envisagé dès à présent.
- Le cas des huiles d’olive est particulièrement compliqué et il est unique. Si l’on envisage l’ensemble constitué par la Provence, le groupe Algérie-Tunisie-Maroc et les territoires sous mandat de Syrie et du Liban, on constate que la production dépasse assez largement la consommation. Cependant, des conditions particulières font que, chaque année, nous importons de l’huile d’olive d’Italie, de Grèce, de Turquie et d’Espagne. Mais, en définitive, la France reste exportatrice.
- Il est très difficile, d’ailleurs, d’évaluer annuellement les exportations par rapport à la production, car la maturité des olives et la fabrication de l’huile ont lieu à l’automne et l’on vend, quelques semaines après leur fabrication, les produits récoltés l’année précédente. De plus, s’il est impossible de stocker très longtemps des graines oléagineuses, il est beaucoup plus facile de conserver des huiles, si bien qu’on aboutit parfois, pour la Tunisie notamment, à indiquer des tonnages exportés pendant une année supérieurs à la production de cette année. 11 serait imprudent de conclure qu’il y a eu falsification ou coupage des huiles.
- Quoi qu’il en soit, il faut surtout considérer les allures des courbes représentant la variation de la consommation et des exportations de l’ensemble des territoires envisagés et non le détail annuel des chiffres (fîg. 6). On y voit que les exportations ont cru régulièrement depuis 1923, et que leur brusque ascension date de 1929. Si on entre dans le détail, on voit que l’augmentation est due à la Tunisie, qui a su aménager admirablement ses oliveraies et organiser la fabrication de l’huile dans des usines modernes (il y a plus de 300 usines dans la région sfaxienne et j’ai pu admirer la magnifique ordonnance et l’entretien méticuleux des plantations). Une adroite propagande s’applique à accroître les débouchés.
- Les principaux clients sont : la République Argentine, les États-Unis, mais surtout l’Italie qui, en 1933, a absorbé 75 p. 100 des exportations tunisiennes malgré un droit de douane extrêmement élevé qui frappe les huiles étrangères à leur entrée dans ce pays.
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- LE RAVITAILLEMENT DE LA FRANCE EN OLÉAGINEUX.
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- oléagineux animaux, huiles de poissons. — Il n’y a parmi ces oléagineux que les huiles de poissons que la France puisse se procurer dans ses territoires extérieurs.
- L'huile de foie de morue nous est principalement fournie par les pays Scandinaves. Les autres huiles de poissons (sardine, hareng, etc.) viennent surtout de l’Indochine, qui envoie à la métropole la presque totalité de l’excès de sa consommation intérieure. Les autres colonies, Saint-Pierre et Miquelon, Madagascar n’olïrent qu’un apport très modeste (fig. 13).
- IV. — DEBOUCHES
- DES MATIÈRES PREMIÈRES DISPONIBLES ET DES PRODUITS FABRIQUÉS PAR L’INDUSTRIE MÉTROPOLITAINE.
- Comme on l’a vu, certaines régions de l’Empire français exportent des matières premières au même titre que l’industrie métropolitaine exporte les produits qu’elle fabrique en excès sur la consommation intérieure ; il y a donc lieu d’envisager ces diverses catégories d’exportations.
- Les huileries transforment les graines et fruits oléagineux en huiles ou graisses et en tourteaux.
- Lesindustries annexes : savonnerie, margarinerie, stéarinerie, traitent différemment les produits bruts qu’elles acquièrent et en font des produits divers aptes à des usages différents.
- Finalement, une fois le ravitaillement intérieur du pays satisfait, il reste à écouler au dehors des huiles végétales, des graisses alimentaires, des bougies, des savons, des tourteaux.
- Nous examinerons successivement la situation pour chacune des catégories de ces produits.
- Fig. 13. — Huiles de poissons expédiées par l’Indochine. (En 1930, le montant des expéditions n’est pas connu avec certitude.)
- matières premières brutes. — Arachides. — A l’heure actuelle les exportations sont nulles; la figure 10 montre qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Les clients de l’A. O. F. étaient la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Belgique, les Pays Scandinaves. Il est fort difficile de savoir si le Sénégal, en augmentant sa production, pourrait récupérer cette clientèle. C’est assez douteux : les arachides de notre Côte occidentale d’Afrique étaient autrefois très recherchées pour leur qualité incomparable et, malgré un fret rendu onéreux par la faible densité de la matière première à transporter, on les préférait pour la fabrication d’huiles alimentaires. Les progrès réalisés aux Indes dans les manipulations et la présentation des arachides de Coromandel et la découverte de procédés de raffinage qui rendent comestibles des huiles de second choix plaident en faveur des arachides décortiquées, et, en fait, il semble bien que, pour développer son commerce, l’A. O. F. devra décortiquer au moins une partie de sa récolte.
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- 104 LE RAVITAILLEMENT DE LA FRANGE EN OLÉAGINEUX. — FÉVRIER 1936.
- Amandes et huiles de palme. — Jusqu’à ces derniers mois, le principal acheteur des produits de nos palmiers à huile était l’Allemagne. Elle se plaçait aussitôt après la métropole pour les huiles de l’A. O. F., mais avant elle pour les huiles de l’A. E. F. et les amandes sans distinction d’origine.
- Mais, pour forcer, sur son territoire, la culture des graines oléagineuses et pour développer l’élevage des porcs, le Reich a décrété le 30 mai 1934 que, seul, désormais, le coprah serait admis à entrer. Une exception était faite en faveur des marchés conclus avant cette date; aussi, pendant l’année 1934, n’y a-t-il eu aucune diminution des quantités de matières premières importées. Bien mieux, de janvier à septembre, 1934 accusait une progression notable sur 1933. Mais en 1935, les effets de la loi du 30 mai se sont fait nettement sentir et pour les quatre premiers mois des deux
- années, on peut établir le tableau suivant : 1934 1935
- (tonnes).
- Arachides en coques . . 28 144 1 732
- décortiquées . . 117 096 39 680
- Graines de sésame . . 1 841 867
- — — lin . . 140 658 86 527
- Fèves de soja . . 408 929 219 919
- Palmistes 100 720 53 173
- Coprah . . <s4 765 36 254
- Huile de palme 12 942 12 706
- Huile dé palmiste 1 026
- Autres huiles et graisses . . 2109 13 632
- Il y a là une situation particulièrement grave pour nos producteurs, situation d’autant plus pénible que les Indes néerlandaises livrent au commerce des huiles de qualité très supérieure à celle des huiles africaines et qu’elles prennent place sur le marché au détriment d’habitudes plus anciennes.
- huiles végétales. — Huiles d'olive. — Les exportations d’huile d’olive ont considérablement augmenté au cours de ces dernières années en raison du développement de la fabrication tunisienne. En fait, l’unique client est l’Italie qui a absorbé des quantités rapidement croissantes. La figure 6 montre l’allure des exportations.
- Cependant, il faut noter que, même le jour où les relations commerciales normales pourront reprendre, ce débouché est fort incertain et qu’avec le temps il le deviendra de plus en plus. Le programme italien de bonification des terres réserve une très grande place à la culture de l’olivier à laquelle on voudrait rendre sa prospérité de jadis. D’où une série de mesures qui tendent à éliminer du marché peu à peu les huiles étrangères. Elles sont déjà frappées d’un droit d’entrée extrêmement élevé (209 lires par quintal) et il n’est possible de conserver ces marchés que grâce au fret très bas des compagnies de navigation italiennes qui transportent les huiles.
- Autres huiles végétales. — Pour les produits entièrements fabriqués dans les usines, les échanges seront indiqués non en tonnage, mais en valeur.
- En 1933, les sommes reçues par l’industrie française pour l’exportation de ses huiles végétales sont sensiblement comparables à celles de 1923 mais représentent la moitié de celles de 1930 et 35 p. 100 de celles de 1927.
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- LE RAVITAILLEMENT DE LA FRANCE EN OLÉAGINEUX.
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- Les colonies, dans le même temps, ont, au contraire, augmenté leurs achats; leur valeur, en 1933, excède de 27 p. 100 celle de 1923 ; en 1933, elle s’élève à 62 p. 100 de celle de 1929 (maximum).
- graisses végétales. — Les achats de graisses végétales dans nos colonies ne s’élèvent qu’à 2 millions de francs en 1933, tandis qu’en 1926 ils atteignaient 12 millions (4 millions en 1923). Il leur est difficile, sinon impossible, de connaître la valeur de la totalité des graisses animales et végétales importées de l’étranger, car ce sont des produits de nature et de qualité différentes. Toutefois, si les valeurs connues sont assez irrégulières, elles manifestent une tendance vers la baisse.
- Il est beaucoup plus facile de connaître le montant des ventes de produits manufacturés. Les exportations, de 157 millions en
- r. ’ 2 500
- 1923, ont progressivement décru jusqu’à 37 millions en 1933; pendant le même temps, les ventes aux colonies sont passées de 8 millions en 1923 à 2000 50 millions en 1933 (maximum, 74 millions, en 1931). Dans ces dernières années, les ventes aux colonies ont nettement dépassé les exportations. <5oo
- savons. — Le même phénomène se présente pour les savons. Ils ne font l’objet que de ventes. 1000
- Pour la période 1923-1933, les ventes de savons à l’étranger ont rapporté de 65 à 32 millions (maximum, 142 millions, en 1926); les 500 ventes aux colonies ont évolué en sens inverse, passant de 44 à 68 millions (maximum, 119 millions, en 1926). 11
- Fig. 14. —Sommes déboursées par l’indus-
- TOURTEAUX. — Il n’y a exportation de l’indus- trie métropolitaine pour se ravitailler . n • t ... en matières premières oléagineuses
- trie irançaise que pour les tourteaux; elle est
- notable et continue : en 1923, 25 millions; en
- 1933, 58 millions. De toute l’Europe occidentale, et septentrionale, la France est le seul pays exportateur de tourteaux; ses voisins n’en produisent que des quantités inférieures à leur consommation. Il y aurait très certainement une large place à conquérir sur le marché mondial.
- L’évolution du commerce français des oléagineux au cours de ces dernières années peut se traduire par les deux graphiques suivants : la figure 14 montre l’évolution des sommes dépensées à l’étranger et dans nos territoires extérieurs par l’industrie française pour son ravitaillement en matières premières oléagineuses; la figure 15 indique la variation des valeurs recouvrées par les exportations et les ventes de produits fabriqués à ses clients coloniaux.
- V. — CONCLUSIONS.
- Depuis la fin du déséquilibre provoqué par la guerre, l’industrie française des oléagineux a joui d’un essor remarquable, qui paraît dû surtout à une augmen^
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- tation de la consommation intérieure, non seulement dans la métropole, mais aussi, et d’une manière très notable, dans ses territoires extérieurs. Pour ceux-ci, les achats de produits manufacturés aux usines métropolitaines ne se sont pas simplement accrus en tonnage mais aussi en valeur, ce qui est d’autant plus remarquable que les cours se sont effondrés. Depuis 1930, les sommes ainsi perçues dans nos colonies atteignent ou dépassent celles qui proviennent de l’étranger. Avant 1930, il existait un notable écart en sens inverse; il s’est brusquement annulé (fîg. 13).
- Comment la valeur des achats de l’industrie française a-t-elle varié pendant cette même période? La figure 14 répond à la question : par suite de l’effondrement
- des cours, il y a eu baisse considérable dans les sommes dépensées tant à l’étranger que dans nos colonies pour le ravitaillement, et cet état de choses s’est maintenu jusqu’en 1933. Mais si l’on considère les tonnages et non les valeurs, on s’aperçoit, au contraire, que jusqu’en 1933, les quantités achetées à l’étranger n’ont cessé de croître au détriment de celles acquises dans nos colonies (voir les graphiques relatifs aux différents produits) et il en résultait ce fait assez paradoxal que les usines de la métropole tendaient à vendre aux territoires extérieurs des produits fabriqués avec des matières premières achetées chez leurs concurrents étran-
- Fig\ 15. — Sommes perçues par l’industrie métropolitaine en vendant ses produits fabriqués.
- gers.
- Comme on l’a vu, cette situation n’est pas due à une pénurie de production dans nos possessions d’outre-mer : l’industrie française n’absorbe pas la totalité de la production et celle-ci pourrait être largement développée si les conditions économiques le permettaient. La vraie raison en a été comprise par les Pouvoirs publics, qui, en 1933, ont établi un droit protecteur des oléagineux nationaux, incapables de lutter par eux-mêmes à armes égales contre la concurrence étrangère.
- A l’heure actuelle, la vente des oléagineux constitue la principale ressource pour un grand nombre de nos colonies africaines et le placement au dehors, à l’étranger ou dans les usines métropolitaines, de l’excédent de la consommation locale est un problème vital. Le pouvoir d’achat de ces colonies dépend de leurs ventes; et leurs achats profitent de plus en plus à l’industrie et au commerce métropolitains.
- Les mesures prises ont été si efficaces(5) que, dès 1934, la valeur des achats aux colonies s’est notablement accrue tandis que celle des importations continuait à décroître. D’une manière parallèle, les exportations ont poursuivi leur baisse, tandis que les ventes dans nos territoires extérieurs s’élevaient considérablement et atteignaient le double de la valeur des exportations.
- (5) On trouvera le détail de ces mesures dans plusieurs publications, notamment dans .Le rôle de l'Empire français dans la production et l'industrie des oléagineux par Mlle M.-Th. François. Notice n° 25 de l’Association Colonies-Sciences, 1 vol., 140 p., Paris, 1935.
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- Cette nécessité d’une protection de la production nationale s’avère tous les jours de plus en plus inéluctable. Nos colonies peuvent encore placer une partie de leurs récoltes chez des clients étrangers; mais les mesures prises par l’Allemagne et l’Italie — abstraction faite des sanctions — fermeront très rapidement ces marchés importants. Il est donc indispensable d’assurer un débouché aux produits de notre sol, et ce débouché ne peut être que la métropole. Un très grand effort a été accompli dans cette voie. En 1934, grâce au contingentement des arachides étrangères, nos usines ont absorbé la totalité des quantités disponibles en Afrique occidentale, ce qui a beaucoup gêné les industriels marseillais car ils ont dû adapter leurs locaux à l’utilisation d’une matière première plus encombrante que celle usitée habituellement : à teneur en huile égale, il faut environ deux fois plus de place pour loger les arachides en coques que les arachides décortiquées.
- Dans le même ordre d’idées, on doit souhaiter qu’une partie des coprahs achetés au dehors soient remplacés par les amandes de palme de l’Afrique tropicale.
- Il semble qu’une très large entente pourrait s’établir entre producteurs et industries utilisatrices pour le meilleur avantage des uns et des autres, puisque, en définitive, les usines métropolitaines tendent à transformer des matières premières qui sont — et qui seront de plus en plus — absorbées à l’intérieur de l’Empire français.
- Mais si l’on veut accroître les quantités de matières premières produites dans les pays chauds pour favoriser à la fois le développement de l’agriculture coloniale et de l’industrie métropolitaine, il est nécessaire aussi de trouver des débouchés et des utilisations nouvelles aux produits fabriqués. Ce problème a déjà suscité des travaux remarquables dont certains ont été présentés ici-même, notamment l'emploi de l'huile d'olive pour la lubrification des moteurs, par M. Bastet. On ne peut nier cependant que la tâche est lourde et nécessite un effort soutenu.
- Enfin, si l’industrie a un rôle important de découverte et de transformations à accomplir, l’agriculture coloniale, de son côté, doit perfectionner ses méthodes culturales pour améliorer ses rendements et la qualité de ses matières premières. En particulier, l’huile de palme africaine risque d’être rapidement supplantée par l’huile des Indes néerlandaises dont l’acidité est extrêmement faible et qui arrive en quantités de plus en plus considérables dans les ports européens.
- Il est enfin nécessaire d’établir à la sortie de nos ports coloniaux un contrôle sévère du conditionnement des produits exportés pour ne livrer que des matières premières bien normalisées, toujours identiques à elles-mêmes, de qualité bien déterminée et immuable(6), comme le font les Anglais, les Hollandais et, depuis peu, les Russes et les Japonais.
- (G) Voir à ce sujet, dans le Bulletin de décembre 1927, p. 796-801, La normalisation des matières premières coloniales, ses rapports avec la mise en valeur de nos colonies et avec la défense nationale, par G. Noachovitch.
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- BULL. DELA SUC. d’eNCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. —FÉVRIER 1936 (p. 108).
- NOTE BIBLIOGRAPHIQUE
- par M. E. Lemaire, agent général de la Société d’Encouragement.
- « La Demeure historique. »
- Il n’y a peut-être pas au monde de pays qui soit plus riclie que la France en souvenirs durables du passé; il est presque impossible de parcourir quelques kilomètres dans notre pays sans y rencontrer un édifice, château, abbaye, monastère, ancienne église, ferme même, qui ne rappelle un souvenir historique et ne soit digne d’être conservé, ne serait-ce que pour sa valeur architecturale. La grande noblesse, la petite noblesse de province, les communautés religieuses et notre vieille bourgeoisie, chacune pour sa part, ont toutes contribué à édifier et à conserver ces souvenirs du passé, véritable patrimoine national qu’il ne faut pas laisser tomber en ruine, tâche devenue ingrate, car presque tous les propriétaires actuels manquent de ressources suffisantes pour conserver et entretenir ces édifices.
- « La Demeure historique » est à la fois un groupement d’études artistiques et archéologiques et une association syndicale de propriétaires de châteaux ou de vieilles maisons historiques qui a été fondé en 1924 pour sauver ce patrimoine. Sa création est due à l’initiative : du marquis de Castellane, aujourd’hui décédé, du duc H. de Luynes, président fondateur, décédé aussi, et du Dr. J. Carvallo, propriétaire et restaurateur du château de Villandry.
- Les buts de « La Demeure historique » sont :
- faire connaître tous les immeubles, châteaux, maisons, parcs et jardins, offrant un caractère historique et artistique ;
- favoriser la restauration et la conservation du patrimoine artistique et historique de la France, menacé de ruine, et cela, conformément aux traditions de l’architecture française aux différentes époques de l’histoire ;
- faciliter l’entrée des monuments historiques aux visiteurs et aux touristes.
- A cet effet, les propriétaires de ces monuments s’engagent à les laisser visiter pendant au moins toute la durée de la belle saison (du dimanche des Rameaux à la Toussaint) *et doivent apposer sur le ticket d’entrée un timbre spécial de 50 centimes. On crée ainsi des ressources qui permettent de porter un secours urgent aux monuments qui menacent ruine. En effet, abstraction faite de la restauration, les frais d’entretien et les charges fiscales qui frappent ces monuments sont devenus si élevés que leur entretien est sinon impossible du moins extrêmement difficile, et d’autant plus, très souvent, que la propriété est plus grande et plus intéressante. L’Etat pourra de moins en moins prendre cet entretien et les restaurations à sa charge, et, en admettant qu’il le puisse, ce ne pourrait être qu’aux dépens du contribuable, déjà surchargé d’impôts. Bien entendu, les 50 centimes s’ajoutent au droit d’entrée fixé, et perçu en entier, par le propriétaire.
- Le siège social de « La Demeure historique » est 33, rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris (8e), au Cercle interallié, milieu très favorable pour la propagande en faveur du tourisme.
- « La Demeure historique » fonctionne sous le régime de l’article 5 de la loi du
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- NOTE BIBLIOGRAPHIQUE.
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- l*r juillet 1901. Elle a pour ressources, outre le produit du timbre précité, les cotisations de ses membres, qui sont :
- membres donateurs (cotisation de 500 fr une fois versée);
- membres fondateurs (cotisation annuelle de 100 fr) ;
- membres titulaires (cotisation annuelle de 50 fr).
- « La Demeure historique » est administrée par un Comité central composé de propriétaires de grands châteaux et de notabilités de l’art, de l’archéologie, de l’histoire et du tourisme (président : duc de Noailles; délégué général, le Dr J. Carvallo; secrétaire général, M. Lucien Corpechot; délégué général adjoint, M. François Carvallo). Les fonctions dévolues aux membres de l’Association sont gratuites.
- Le Comité central est aidé dans sa tâche par des sections départementales ou régionales dans lesquelles agit un comité local, qui est composé de son bureau, des châtelains du département ou de la région, des sociétés d’archéologie, des syndicats d’initiative, des chambres de commerce, des chambres d’agriculture et de personnalités du Touring-Club, de l’Automobile-Club, de l’Aéro-Club, et des services de transports. On y trouve aussi : des archéologues, des artistes et des historiens. Les sections sont en général patronées par le préfet, des sénateurs, des députés, les municipalités des villes historiques ou le Conseil général, à qui l’autorisation d’apposer le timbre précité doit être demandée quand le département ou les villes sont propriétaires de châteaux, musées et autres monuments ouverts au public.
- Les ressources procurées par le timbre sont considérables dans les régions très fréquentées des touristes; elles restent dans le département dont elles proviennent et sont administrées par le comité local; 10 p. 100 seulement vont à la caisse du Comité central po'ur subvenir à l’organisation et à la propagande; les 90 p. 100 restants sont employés : à porter un secours urgent aux édifices qui menacent ruine; au développement du tourisme; à mettre en.valeur les richesses artistiques et historiques du pays; à organiser des manifestations (visites, conférences, émissions radiophoniques, etc.).
- Chaque section a donc son activité propre et jouit de l’autonomie, administrative et financière, tout en restant en rapports étroits avec le Comité central, qui assure à l’œuvre son unité de direction.
- Voici quelques-uns des principaux résultats déjà obtenus :
- 1° dans l'ordre fiscal : la taxe qui frappait le droit d’entrée des visiteurs, et qui assimilait les châteaux privés aux spectacles publics, a été supprimée en général; leur valeur locative n’a pas été augmentée, les contrôleurs ayant reçu des instructions qui leur prescrivent de tenir compte des charges d’entretien et de conservation de la propriété historique dans l’établissement de l’impôt sur le revenu;
- 2° dans l'ordre touristique : d’accord avec les propriétaires de châteaux et avec l’appui et la collaboration des compagnies de chemins de fer et des syndicats d’initiative, des excursions destinées à faire connaître, aux représentants de la presse française et étrangère, les richesses artistiques et historiques de notre pays, ont été organisées dans les régions pourvues d’un comité local ; — à la suite de ces excursions, des cartes-circuits ont été établies; elles sont affichées dans les gares et les trains, dans les bureaux des syndicats d’initiative, les agences de wagons-lits, les hôtels,
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- NOTE BIBLIOGRAPHIQUE.
- FEVRIER 1936.
- HO
- cafés et garages des régions intéressées ; — pour faciliter la publicité touristique, on a groupé les départements de mêmes intérêts artistiques et touristiques en consortiums interdépartementaux tels que celui du Val de la Loire qui comprend : le Loiret, le Loir-et-Cher, l'Indre-et-Loire et le Maine-et-Loire, et a recueilli, dès la première année, 40 000 fr;
- 3° dans Vordre artistique et historique : la Section du Val de la Loire, la plus riche, — elle dispose actuellement de 300 000 fr — a déjà fait restaurer : l’hôtel Nau, à Loches; l’école maternelle de filles, à Chinon; la Chapelle de Sainte-Barbe et l’église de Saint-Laurent, à Beaulieu; elle a donné 10 000 fr à la municipalité d’Amboise, pour aider à restaurer la Tour de l’Horloge, classée, depuis peu, monument historique ; — cette même section a donné 40 000 fr pour aider la ville de Tours à acheter le château de Plessis-lez-Tours, devenu maintenant un musée et un centre touristique, et y a fait transporter et installer : un lot de boiseries gothiques ; une cheminée monumentale de la Renaissance, donnée par les propriétaires de l'Hôtel de la Boule d’Or de Tours, et un très beau pinacle Louis XIII, qui était abandonné dans un champ de l’ancien couvent des Minimes; les salles du rez-de-chaussée sont devenues un musée de la soierie tourangelle, créée par Louis XI; — dans le Loir-et-Cher la Section a fait acheter, par'la municipalité de Vendôme, le vieux château de la ville, maintenant ouvert au public, et a servi d’intermédiaire pour faire acheter par l’État le château de Fougères; — dans le Maine-et-Loire, elle a obtenu de la municipalité de Saumur l’autorisation d’apposer le timbre au château de la ville pour libérer de toute charge la maison de la Reine des Siciles et en faire un centre d’art et de tourisme.
- « La Demeure historique » se propose d’installer, dans certaines propriétés, des centres internationaux d’études artistiques et historiques et de propagande touristique analogues à celui de la maison de la Reine des Siciles de Saumur, et destinés à recevoir les représentants de la presse française et étrangère et des grandes associations du monde entier qui s’intéressent à l’art, à l’histoire et au tourisme. A cet effet, plusieurs grands châteaux ont déjà été offerts bénévolement par leurs propriétaires.
- Grâce aux ressources du timbre, « La Demeure historique » va éditer prochainement, en français et en anglais, un guide illustré des châteaux et vieilles maisons de France privés qui sont affiliés à l’Association et qui, par conséquent, sont ouverts au public en 1936. Il sera tiré à 130 000 exemplaires et distribué gratuitement. Un tiers est destiné à Paris, un tiers à la province, un tiers à l’étranger : États-Unis, Grande-Bretagne, Pays-Bas, Belgique, Suède et Suisse. Cette nouvelle édition du guide remplacera celle de 1935, devenue désuète, mais où, cependant, sans compter la région parisienne (13 châteaux ou abbayes) on trouve déjà mentionnés 120 châteaux répartis dans 21 départements. Ce guide donnera, entre autres renseignements, les heures d’ouverture de l’édifice et la période de l’année pendant laquelle il peut être visité. Pour un grand nombre d’entre eux, la période minima imposée est largement dépassée, et la visite est souvent possible pendant toute l’année.
- On peut dès maintenant se faire une idée de ce que sera ce nouveau guide en consultant Y Indicateur Quillet, qui, dans ses numéros des 15 juin, 15 septembre et 15 décembre 1935, a publié les monographies, accompagnées de reproductions photographiques, de 14 des châteaux affiliés à « La Demeure historique ».
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- BÜLL. DE LA SOC. ü’eNCOUR. POUR L’INDUSTRIE NATIONALE. —FEVRIER 1936 (p. ll'l).
- GUSTAVE LYON (1857-1936)
- par M. Maurice Lacoin, président de la Société d'Encouragement.
- Gustave Lyon était né à Paris le 19 novembre 1857, d’une famille d’artistes musiciens; il lit de brillantes études au lycée Saint-Louis, entra à l’Ecole polytechnique, à l’École d’Application de Fontainebleau, puis à l’École nationale supérieure des Mines dont il sortit avec le diplôme d’ingénieur civil des Mines.
- Il devait partir en mission à l’étranger, lorsque M. Wolff, directeur de la célèbre Maison Pleyel et associé de Camille Pleyel, tint à se l’attacher doublement puisqu’il en fit, un an après, son gendre, et qu’en 1887 il devint son succcesseur dans la Société Pleyel.
- Avant d’aborder les problèmes techniques traités jusque-là par l’empirisme, il voulut pénétrer tous les secrets de l’acoustique et de la facture des pianos, puis des instruments de musique, ce à quoi il était tout naturellement porté, car c’était un musicien accompli et un parfait technicien : il travaillait à l’établi, à la forge, au laboratoire, donnant par sa bonne humeur inaltérable l’impression que le labeur manuel, librement accepté, a son charme et sa noblesse. Après la mort de M. Wolff, Gustave Lyon donna une impulsion considérable à la Maison Pleyel dont les agents devinrent ses amis dévoués. Il vivifia la facture par ses recherches et ses inventions sans nombre (calcul logarithmique des cordes, piano double, piano à double clavier, clavecin, harpe chromatique, timbale chromatique, étude des lois des corps sonores, carillon électro-pneumatique, etc.).
- Il fut le confident, le conseiller généreux de tous les artistes qui lui vouèrent le plus grand attachement; il s’acquittait de tous les devoirs de ses charges avec une bonhomie souriante, un dévouement inébranlable,.ne marchandait ni son temps ni sa peine, comme membre des nombreux jurys ou organismes professionnels dont il fit partie.
- Bien que par son âge il fût dégagé de toute obligation militaire, il fut mobilisé, sur sa demande, comme chef d’escadron d’artillerie de réserve, des le début de la grande guerre; il commanda l’artillerie de la côte Est de Cotentin, et, des 1915, fut chargé, comme adjoint au Directeur de l’artillerie de terre, d’organiser la défense de Cherbourg contre les avions.
- C’était là une question toute nouvelle ; en ce qui concerne le matériel, il aménagea des canons de 95 et inventa des instruments ingénieux et simples pour le repérage dans le ciel des avions et des éclatements fusants.
- De plus, âgé de plus de 58 ans, il se mit courageusement à l’étude de la balistique, et c’est à ceLte occasion qu’il fit la connaissance d’un de nos membres du Conseil, M. l’Ingénieur Garnier, du corps de l’Artillerie navale, alors affecté à la Commission de Gavre.
- Les études et les travaux de Gustave Lyon l’amenèrent à constater des erreurs dans la table de tir du 75 contre aéronefs, établie par des moyens de fortune quelques semaines avant les hostilités. 11 en rendit compte au général Gallieni, alors ministre de la Guerre, qui lui donna carte blanche pour procéder à la révision de cette table de tir. On demanda alors officiellement le concours de la Marine, et il s institua,
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- GUSTAVE LYON (1857-1936). — FÉVRIER 1936.
- sous la direction de l’Ingénieur général Charbonnier, grand spécialiste en la matière, une « Mission de Balistique des Tirs aériens », dont Gustave Lyon fut l’âme, avec son nouvel ami M. Garnier. Sous son active impulsion, un groupement de professeurs de l’Université, d’anciens élèves de l’École centrale et des Écoles des Arts et Métiers, d’actuaires, avec un personnel de calculateurs et de calculatrices, se constitua pour fournir aux armées tous les abaques de tir nécessaires.
- C’est Gustave Lyon qui, personnellement, poussa la photographie des trajectoires lumineuses, puis, plus tard, des éclatements fusants, pour augmenter la précision des expériences et remplacer les observations subjectives par des mesures mécaniques et scientifiques, indépendantes du facteur personnel. Dans cet ordre d’idées, il inventa le chrono-cinéma, merveille d’ingéniosité, permettant de mesurer les durées de trajet des projectiles fusants avec une précision inconnue jusqu’à ce jour. Il fit réaliser cet instrument par le savant constructeur Jules Carpentier, de l’Académie des Sciences, son plus intime ami.
- Animé d’un patriotisme et d’une foi magnifiques, il insufflait à tous son enthousiasme, même dans les heures les plus noires de la grande guerre. On peut dire que, grâce à lui, la Mission balistique des Tirs aériens fut un groupement modèle de collaborateurs de toutes origines, fournissant un travail fécond et communiant amicalement dans l’estime et la sympathie de Gustave Lyon.
- A côté de cette Mission de Balistique des Tirs aériens, Gustave Lyon s’occupait également de questions pratiques intéressant la technique de la guerre. C’est dans ces conditions qu’il fut amené à étudier le séchage des bois et à améliorer la recette des fusées fusantes, problème jusqu’alors résolu par la Commission de Bourges dans des conditions de précision tout à fait insuffisantes.
- L’étude des lois des corps sonores et des principaux phénomènes qui se rattachent à l’acoustique ont amené Gustave Lyon à s’occuper de l’orthophonie des salles d’audition et d’émission, des immeubles (isolement phonique) et de l’aération ainsi que du conditionnement de l’air. Il fut chargé officiellement de la correction acoustique du Trocadéro, fit une étude complète de la salle et poussa très loin les travaux de sa réfection qui étaient presque terminés, et avec succès malgré l’insuffisance des crédits, quand la guerre survint. Malheureusement, le nouveau conservateur du Trocadéro, ignorant les raisons des dispositifs qui avaient été adoptés, n’y vit que « des nids à poussières et à microbes » et les fit disparaître. Le mal devint irréparable dans la suite, faute de crédits.
- La correction de l’acoustique de la salle du Trocadéro lui tenait au cœur, d’abord à cause des nombreuses difficultés qu’il y avait vaincues, ensuite parce que c’était la seule grande salle de Paris qui se prêtât à de grandes auditions populaires. A cet égard, Paris était très en retard sur les autres grandes métropoles.
- Ce fut ce grand travail, qui consacra la réputation mondiale de Gustave Lyon comme correcteur des salles d’audition, et c’est le succès de ses corrections, appliquées dans des cas bien divers, qui l’incita à construire la grande salle Pleyel du faubourg Saint-Honoré.
- En dehors des recherches désintéressées et de travaux qui lui étaient chers, Gustave Lyon eut à résoudre de nombreux problèmes d’acoustique dont quelques-uns exigeaient une solution immédiate. En voici un : aux premières répétitions d’ensemble du Sonneur de Notre-Dame, qui comporte de la musique de scène et de coulisse, on s’aperçut de l’impossibilité d’assurer leur synchronisme avec
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- GUSTAVE LYON (1857-1936).
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- l’orchestre, difficulté que le compositeur n’avait pas prévue : la pièce n’élait pas jouable. En quelques jours, par un dispositif très simple de commande électrique à distance, Gustave Lyon assura un synchronisme parfait. Ce dispositif est applicable dans des cas analogues, c’est-à-dire quand le chef d’orchestre ne voit pas tous les exécutants ou ne peut en être vu, et cela quels que soient la distance et les obstacles qui les séparent.
- Ce sur quoi il faut insister, c’est que Gustave Lyon fut un novateur. Avant lui,
- Gustave Lyon (1857-1936).
- on ne savait pourquoi l’acoustique d’une salle était bonne ou mauvaise : c’était le hasard qui en décidait; le même architecte réussissait dans un cas, échouait dans un autre, il était le premier étonné du résultat. Gustave Lyon nous a dit ici même — et on en trouvera trace dans notre Bulletin — comment il fut amené à établir les lois fondamentales de l’écho, de la résonance, du renforcement des sons utiles et de la suppression des sons et des bruits nuisibles ou parasites. L’Américain Wallace Sabine les compléta par ses travaux sur la réverbération et la prolongation des sons. Aujourd’hui, grâce à ces deux savants, l’orthophonie des salles fait l’objet de toute une science qui peut sinon être comprise de tous les architectes à qui elle s’adresse, du moins leur être enseignée, et qui l’est. C’est Gustave Lyon qui est le créateur de cette science. De la connaissance des lois de l’orthophonie, il déduisit 135e Année. — Février 1936. 8
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- GUSTAVE LYON ( 1857-i93t>). — FEVRIER 1936.
- facilement les moyens à employer pour corriger une salle dont l’acoustique est défectueuse. Il sauva ainsi de la destruction des merveilles d’architecture qui avaient été condamnées par tous et abandonnées de tous à cause de leur mauvaise acoustique.
- Les salles corrigées par lui représentent un travail considérable auquel il n’a cessé de s’adonner jusqu’à son dernier souffle.
- On peut citer : à Paris, les salles du Conseil municipal, Chambre de Commerce, Théâtre Marigny, Nouveautés, Institut d’Optique, Ecole supérieure d’Électri-cité, etc; les salles des Conseils généraux de Bourges, Quimper, Saint-Étienne, Clermont-Ferrand, etc; à Amiens, la salle des fêtes de l’Ecole des Beaux-Arts; à Bruges, la salle des séances du Conseil provincial des Flandres ; puis d’autres salles à Bruxelles, Genève, Alger, Santiago de Chili.
- La grande salle Pleyel du faubourg Saint-Honoré fut l’aboutissement et la synthèse de toutes ses premières recherches. Cette salle, une véritable innovation, fut inaugurée le 18 octobre 1927 en présence du Gouvernement et de tout le Corps diplomatique. Grâce à Gustave Lyon, Paris est maintenant doté de la plus grande salle d’auditions populaires du monde où l’audition soit parfaite pour tous les spectateurs, et qui soit digne vraiment du rôle de capitale artistique que Paris occupe dans le monde.
- Nous croyons intéressant de reproduire ici, parce qu’elle est tombée entre nos mains, la lettre adressée le 16 juillet 1935, à Gustave Lyon, par M. Louis Sollier, architecte en chef de la ville de Beims, à propos d’un auditorium en plein air, la dernière œuvre exécutée sur ses données avant sa mort.
- « Je suis très heureux de pouvoir vous confirmer la satisfaction que m’a assurée votre précieux concours lors de la construction de l’Auditorium que j’ai conçu et fait édifier par Alfred Brouette à Reims. »
- « L'acoustique de cet auditorium est absolument parfaite, ceci grâce à la conque orthophonique établie par vos soins d’après vos études, qui sont à la base de ce beau résultat. »
- « Non seulement la Municipalité se déclare très satisfaite, mais également toute la population rémoise se trouve enchantée des qualités acoustiques, qui satisfont auditeurs aussi bien qu’exécutants. »
- « Je tiens à vous remercier de votre collaboration éclairée qui m’a permis, tout en satisfaisant aux règles de l’acoustique, de pouvoir également faire œuvre esthétique. »
- La mort a surpris Gustave Lyon en train de mettre au point un procédé, original et très simple, de climatisation et de ventilation de l’atmosphère des voitures de chemins de fer en service dans les pays chauds, problème qui n’a pas encore été résolu d’une façon satisfaisante. De même, il s’occupait de l’isolement et de l’aération des abris souterrains imposés pour la défense passive contre les attaques aériennes. Je crois devoir insister sur le premier de ces procédés.
- La construction de la salle Pleyel avait amené Gustave Lyon à appliquer, à cette salle, un système nouveau de ventilation. L’air frais et conditionné est amené par de petits diffuseurs au niveau du sol, sous chacun des sièges, de façon que, s’élevant peu à peu dans la salle, il arrive jusqu’au niveau des tètes des spectateurs, laissant ainsi fuir au-dessus l’air vicié sans le mélanger à l’air pur. Il eut l’idée d’appliquer ce principe à la ventilation en circuit fermé des voitures de chemin de fer. L’air
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- GÜSTAVË LYON (l8o7-1936j.
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- vicié est évacué par le haut des compartiments, desséché par son passage dans une colonne à chlorure de calcium, refroidi, puis réhumidifié à un dosage déterminé, refroidi à nouveau en passant sur des toiles mouillées dont il évapore l’humidité, enfin réparti sous les sièges comme dans la salle Pleyel. La première application en a été précisément faite sur les premières voitures de lre classe du Congo-Océan entre Brazzaville et Pointe Noire, que j’ai été chargé de construire dans les ateliers de Bordeaux de la Société industrielle de Baccalan et dont la première sera terminée à la fin de ce mois.
- C’est à l’occasion de ces études que j’ai eu l’honneur, au cours de l’année dernière, de voir Gustave Lyon dans son bureau d’inventeur et de savant encombré de plans, de modèles, de tableaux schématiques et d’instruments qui évoquent l’atelier de Bernard Palissy ou de Léonard de Vinci. Séduisant et étincelant d’enthousiasme et de verve, il était le démon familier de ce domaine plein de richesses et d’imprévu. Il incarnait jusqu’au dernier jour, sous ses cheveux blancs, la jeunesse, d’aspect et de cœur.
- On peut dire que Gustave Lyon a beaucoup travaillé et bien travaillé. C’était un cœur d’or : les artistes, qui sont souvent dans la gêne parce qu’incompris, le savaient et le mettaient souvent à contribution sans vergogne. Il allait au devant de leurs infortunes et il a réussi bien des fois à les « renflouer » et à remonter le moral de ceux qui avaient de l’étoffe et que l’adversité avait découragés. Plusieurs instrumentistes, aujourd’hui célèbres, lui doivent le succès de leur carrière.
- Éminent par l’intelligence et le don artistique, Gustave Lyon l’était aussi par le cœur. Accueillant aux jeunes et aux malheureux, enthousiaste et optimiste, il fut la providence de tous ceux qui, dans le monde de la musique et de l’art, de la science et de l’industrie, venaient faire appel à son aide. Parmi surtout mes jeunes camarades de l’École polytechnique, qui ne le connaissaient que de réputation, il symbolisait l’entrain, la gaieté, la générosité et la plus dévouée camaraderie.
- Dans ces dernières années, l’adversité l’avait frappé aussi et très cruellement : deuils dans ses affections les plus chères auxquels vinrent s’ajouter les difficultés nées de la crise. Il avait conservé cependant sa bonne humeur et son ardeur au travail, car son âme était en paix, et il avait conscience d’avoir accompli sa tâche, tout son devoir, plus que son devoir.
- Gustave Lyon laisse une descendance nombreuse où l’on compte déjà de savants acousticiens ; il laisse aussi de nombreux disciples : son œuvre continue.
- Commandeur de la Légion d’honneur depuis 1928, Gustave Lyon faisait partie du Conseil de la Société d’Encouragement depuis 1897, comme membre du Comité des Arts économiques, qui a dans ses attributions les applications de la physique. Il a été aussi vice-président de notre Société. Gomme partout ailleurs, il y fut un collaborateur actif et dévoué. Parmi ses collègues du Conseil, comme parmi tous ceux qui l’ont connu, il ne comptait que des admirateurs et des amis.
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- BULL. DE LA SOC. d’enCOÜR. POUR L’INDUSTRIE NATIONALE. —FEVRIER 1936 (p. U 6).
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ CONSEIL D’ADMINISTRATION
- SÉANCE PUBLIQUE DU 11 JANVIER 1936 Présidence de M. M. Lacoin, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- M. Lacoin, président, prononce les paroles suivantes :
- Mes chers Collègues,
- Lorsqu’il y a quarante ans, au moment d’entrer dans la vie industrielle, je venais chercher à votre bibliothèque et à vos conférences, les éléments d’une conception plus large et plus haute du rôle de l’ingénieur, je ne me doutais pas qu’un jour, l’honneur me serait donné de présider notre Société, et d’occuper une place que tant d’illustres savants et industriels ont marquée d’un éclat dont je me reconnais tout à fait indigne.
- En me témoignant ainsi votre confiance, dans une période troublée et difficile, vous me faites un honneur dont je vous remercie de tout cœur, mais dont je sens tout le poids. Je tâcherai de justifier cette confiance, en continuant l’œuvre de mes prédécesseurs et en particulier de M. Alhy que je remercie tout spécialement, d’avoir bien voulu, en abandonnant ce fauteuil, reprendre la responsabilité de la Commission des Fonds, où il a joué si longtemps un rôle éminent. A mes remerciements pour cette nouvelle preuve de dévouement, ainsi que pour toutes celles qu’il nous a déjà données, je vous demande de joindre les vôtres. [Longs applaudissements.)
- Votre choix m’a surpris dans une période de vie industrielle lourde et difficile, et vous voudrez bien m’excuser si je ne peux dans cette première séance vous entretenir de l’ensemble de la vie de notre Société. J’aurai besoin de tout le concours des membres de nos comités et de nos anciens présidents pour examiner avec eux comment nons devons adapter nos travaux aux besoins du moment, et mériter ainsi la confiance et l’appui plus énergique que jamais de toute l’industrie nationale.
- Je voudrais seulement vous marquer, en quelques mots, pourquoi le moment actuel exige de nous un effort tout spécial d’adaptation à des conditions nouvelles.
- Notre société s’est fondée en 1801, à un moment où l’économie de l’Europe, fondée depuis des siècles sur un état artisanal et sur une organisation corpo-
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION, — SÉANCE PUBLIQUE DU 11 JANVIER 1936. 117
- rative, devenue peu à peu rigide et mercantile (on dirait aujourd’hui autarcique), était en train de briser ce cadre et d’inaugurer une ère nouvelle, celle des fabrications en série, de la machine à vapeur et des machines-outils, sous un régime nouveau de liberté qui s’étendait du domaine politique à celui du commerce et de l’industrie. A cette révolution devait s’adjoindre rapidement, pour assurer son succès, celle des transports mécaniques qui sont pour le commerce et l’industrie la plus fondamentale et la plus palpable des libertés.
- Cette révolution industrielle a été l’honneur du xix° siècle, et notre société a été précisément fondée pour l’étudier, l’accélérer, et l’orienter en France. Notre pays qui, au cours du xvn° siècle, avait tenu la première place dans un monde industriel d’artisans, avait au xviii0 siècle perdu cette place au bénéfice de l’Angleterre, dans le domaine industriel et agricole. Il s’agissait de rattraper le temps perdu. Notre société a été ainsi mêlée à tous les grands progrès réalisés au cours de cette période.
- Mais cette ère glorieuse d’expansion industrielle illimitée parait être achevée. Le monopole de l’industrie mécanisée a donné longtemps à l’Europe, aux Etats-Unis une prospérité dépendant en grande partie de leur avance sur le reste du monde.
- Depuis la grande guerre de 1914 ce monopole tend à devenir un souvenir du passé. Le Canada, l’Afrique et l’Amérique du Sud, l’Australie ont repris progressivement leur indépendance industrielle. Près de nous, la Russie et la Turquie marchent à grands pas dans la même voie. Enfin, plus loin, le Japon et l’Inde commencent à régner sur le Pacifique et marquent leur industrialisation par de grosses exportations de fonte.
- Un nouvel équilibre s’instaure donc, amenant dans les économies anciennement équipées des troubles graves et une misère profonde. L’industrie française a besoin de s’organiser en vue de ce monde nouveau. Nous devons l’y aider en mettant en évidence tout ce qui peut augmenter la valeur de nôs cadres scientifiques industriels et agricoles, la qualité de nos produits, l’activité du marché intérieur et des échanges coloniaux; tout en conservant les échanges internationaux indispensables à l’équilibre de notre balance commerciale et au progrès des relations mondiales.
- Pour cette tâche, mes chers Collègues, je vous demanderai le concours le plus large et le plus dévoué.
- Est présenté pour devenir membre de la Société et admis séance tenante :
- M. Favre (Édouard), (O. $fc), ancien élève de l’École polytechnique, colonel d’Aéronautique de réserve, directeur de l’Association de Documentation, 82, rue Taitbout, Paris (9e), présenté par M. Camille Poulenc,
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- FÉVRIER 1936.
- U 8
- M. Lacoin, président. — J’ai le triste devoir de vous annoncer la mort de M. Jean Rey, survenue le 25 décembre. Cette mort presque subite, en pleine activité, est un grand deuil pour la science et l’industrie française, et pour notre Société.
- Jean Rey était né à Ouchy en Suisse, de parents français, le 11 août 1861; il sortit le premier de l’Ecole nationale supérieure des Mines en 1888, avec le titre d’ingénieur civil des Mines, qu’il se plaisait à rappeler et auquel il tenait beaucoup.
- D’abord Ingénieur en Chef de la Maison Sautter, Lemonnier et Cie, devenue les anciens Etablissements Sautter-Harlé, il en fut bientôt le directeur, puis, plus récemment, administrateur-directeur. Il prit la part la plus importante et la plus brillante au développement des activités si diverses de cette Société, en y créant des applications nouvelles de l’électromécanique, de l’optique et de la thermodynamique.
- Il suffit de me reporter à mes souvenirs de jeune Ingénieur de la Marine, invité à suivre dans les Ateliers Sautter-Harlé, les essais du premier moteur Diesel de sous-marin, pour pouvoir vous témoigner ici de l’admiration, du dévouement et de l’entrain qu’il avait su inspirer à tous ses collaborateurs.
- Commandes électriques à distance, transformation des phares éclairant les côtes, perfectionnement des moteurs et des chaudières telles sont les principales branches de l’industrie auxquelles il consacra sa remarquable science et son ingéniosité, le plus généralement, d’ailleurs, au bénéfice de la défense nationale.
- Réalisant déjà en 1889 le pointage électrique à distance des projecteurs, il l’asservissait ensuite à la lunette de pointage dirigée par un observateur. Cet asservissement électrique s’étendait parallèlement à la manœuvre des gouvernails de route des grands bâtiments et à celle des gouvernails de plongée et de route des sous-marins.
- De même, après avoir réalisé, le premier, sur le Jauréguiberry, le pointage électrique des tourelles cuirassées, et l’avoir appliqué à des tourelles pesant jusqu’à plusieurs centaines de tonnes, il l’étendait, à la fin de la guerre, aux grands chars d’assaut de 70 t.
- Dans un domaine voisin, il perfectionnait le matériel d’écoute d’avions et la technique de mise en place des mines sous-marines, jusqurà des profondeurs de 1 200 m, dépassant ainsi toutes les techniques étrangères.
- Dans le champ de l’optique, en collaboration avec André Blondel, il portait au maximum le rendement lumineux des phares à éclats intermittents, en mettant au point l’étude physico-biologique de ce délicat problème. En même temps, il améliorait la signalisation lumineuse en transformant le pro-
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- jecteur de Fresnel, par l’emploi de miroirs métalliques segmentés. Ses projecteurs ont été choisis pour l’éclairage du canal de Suez.
- Enfin, dans le royaume de la thermodynamique, il collabora avec Rateau aux premières installations des turbines à vapeur sur nos unités navales : frottement de la vapeur d’eau dans les conduites et dans les ajutages; pertes de charge des mélanges d’eau, de vapeur saturée et de vapeur surchauffée dans les tuyaux des chaudières; théorie des éjecteurs. Sur tous ces points, il a augmenté nos connaissances, en faisant d’ailleurs passer de 4 à 25 p. 100 le rendement des thermo-compresseurs.
- Ses études remarquables s’étendirent également au pétrole, et nous ont apporté sur les propriétés physiques, et spécialement sur les courbes de tension et les chaleurs de vaporisation des principaux hydrocarbures, des données scientifiques comparables à celles qu’avaient rassemblées Régnault sur la vapeur d’eau.
- Les travaux de Jean Rey, auteur de nombreux mémoires scientifiques et techniques, lui avaient valu les plus hautes distinctions. Nous ne citerons que quelques-unes de celles qu’il reçut en France. L’Académie des Sciences lui décerna en 1914 le prix de Parville, en 1919 le prix Wilde, en 1929 le prix Houllevigue. Le 16 juin 1930, il entrait à l’Académie des Sciences, dans la Section de la Science appliquée à l’Industrie, y succédant à notre regretté collègue Rateau, avec qui il avait collaboré.
- Jean Rey s’intéressait aussi aux questions économiques et sociales et consacrait une partie de son temps aux intérêts généraux de l’industrie électrique et du pays. Il était président d’honneur du Syndicat général de la Construction électrique. Il a été président de la Société des Ingénieurs civils. Membre du comité de rédaction de la Revue générale de VElectricité dès son origine, il entra dans son conseil d’administration en 1929, puis en devint le vice-président en 1933. Il était aussi membre du Comité supérieur de rédaction du périodique Le Génie Civil.
- Jean Rey avait été promu commandeur de la Légion d’Honneur en 1928, sur la proposition du Ministère de la Marine « pour ses 41 ans de service et pour les importants progrès qu’il a apportés dans la réalisation des mines, des phares, des projecteurs et d’autres appareils concernant la défense nationale ».
- Notre collègue faisait partie depuis 1919 de notre Comité des Arts économiques, qui a dans ses attributions les applications industrielles de la physique : électricité, optique et acoustique. Il apporta à ses travaux une contribution importante, inlassable, étudiant avec bonne grâce les questions les plus variées et les plus délicates qui étaient soumises à son examen. Nous lui devons de nombreux rapports ou notes qu’on retrouvera dans notre Bulletin.
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- Jean Rey fut non seulement un des plus dévoués collaborateurs de notre Société, mais encore un collègue d’une très grande affabilité, d’une bienveillance extrême et d’une haute courtoisie. Nous ressentons très vivement sa perte.
- Au nom de notre Société, nous prions Mme J. Rey et tous les membres de sa famille d’accepter le témoignage de nos très vifs regrets et de notre sympathie.
- M. Lacoin, 'président. — Je suis heureux de vous signaler que M. Alfred Monnier, membre et lauréat de notre Société, vient de recevoir le prix Constant-Bézier, décerné par le Touring-Club de France « à l’auteur français d’un perfectionnement apportant une amélioration à la circulation, en général, et au tourisme en particulier ». Ce prix a été attribué à M. Monnier pour la création de la lampe à ampoule sélective jaune employée sur les phares des automobiles; elle procure en effet une réduction sensible de l’éblouissement, ce qui augmente la sécurité de la circulation nocturne sur les routes. On trouvera sur cette question une étude détaillée, de M. Monnier même, dans le Bulletin de janvier 1935, p. 15-28.
- M. de Fréminville, secrétaire général, présente et analyse les ouvrages suivants récemment entrés dans la Bibliothèque :
- Société belge des Ingénieurs et des Industriels. — Compte rendu des Cérémonies commémoratives du Cinquantième anniversaire de la fondation de la Société, 1885-1935. Bruxelles, 12, rue du Grand-Cerf;
- Le mouton (Revue des Agriculteurs de France, supplément au numéro de décembre 1935). Paris, Société des Agriculteurs de France, 8, rue d’Athènes (9e);
- Société française des Electriciens. — Commémoration du Cinquantenaire des premières réalisations de transmission d'énergie par l'électricité {Travaux et expériences de Marcel Deprez sur la Transmission d'énergie par Vélectricité en France. — Travaux de Lucien Gaulard sur les Transformateurs statiques et sur la transmission d'énergie par courant alternatif). Paris, Revue générale de l’Electricité, 12, place de Laborde (8e), 1935;
- La documentation de l’Institut de Recherches économiques et sociales, par Henri Lemaître (ex Archives et Bibliothèques, n° 1, 1935). Paris, Emile Nourry, 62, rue des Écoles (5e);
- L’industrie des combustibles solides et gazeux, par Ch. Berthelot (Les monographies de la Revue de chimie industrielle, fasc. I). Paris, Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins (6e), 1935 ;
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- La vraie politique de qualité grâce à la vinification industrialisée, par E. Barbet. Paris, chez l’auteur, 14-, rue La Boëtie (8e), 1935;
- Les locomotions mécaniques. Origines : Dates et faits, par Louis Bonneville. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1935. (Don de M. Walckenaer, membre du Conseil d’Administration) ;
- Recherches sur le béton « en œuvre », par H. Deniau (ex Science et Industrie, avril 1933). (Don de l’auteur, membre du Conseil d’Administration);
- Recherches sur le serrage du béton, par H. Deniau (ex Science et Industrie, février 1934). (Don de l’auteur, membre du Conseil d’Administration).
- M. Lemaire, agent général, présente et analyse les ouvrages suivants :
- Les prisonniers de ! opium, par le Dr S. Abbatucci. Paris, Imprimerie-Librairie L. Fournier, 264, boulevard Saint-Germain (7e);
- Annales Guébhard-Séverine. Nos 1 (1924-25); 3 (1928); 4 (1927); 5 (1929); 6 (1930); 7 (1931); 8 (1932); 9 (1933); 10 (1935). Neuchâtel (Suisse), Institut Guébhard-Séverine, 4, rue du Seyon.
- M. Lacoin, président. — Vous allez entendre M. Dubrisay, notre collègue du Conseil, membre du Comité des Arts chimiques depuis 1930. Je crois devoir vous rappeler que M. Dubrisay est Ingénieur en chef des Manufactures de l’État, professeur de chimie générale au Conservatoire des Arts et Métiers et examinateur à l’École polytechnique. C’est à lui que nous devons, entre autres, les perfectionnements apportés dans ces dernières années à la fabrication des allumettes et qui leur ont fait perdre la mauvaise réputation qu’elles avaient autrefois et qu’en France nous entretenions, d’ailleurs assez injustement. Aujourd’hui, l’étranger lui-même est obligé de reconnaître l’excellente qualité de toutes nos sortes d’allumettes.
- Les hautes fonctions qu’exerce M. Dubrisay ne l’empêchent pas de poursuivre des recherches de chimie pure. Il va vous parler ce soir des phénomènes superficiels en chimie, question qui est devenue d’une importance capitale en raison de ses nombreuses applications industrielles.
- M. René Dubrisay, membre du Conseil de la Société d’Encouragement, professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, fait une communication sur Les phénomènes superficiels en chimie et leurs applications industrielles.
- L’intervention des actions superficielles dans le domaine physico-chimique a été depuis de longues années mise en évidence. Dans tous les cours élémentaires, on montre que l’ammoniac ou le gaz chlorhydrique sont fixés par les pores du charbon de bois. On met à profit depuis le xvme siècle le pouvoir décolorant du noir
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES.
- FEVRIER 1936.
- animal sur les solutions sucrées; enfin, les phénomènes de teinture, qui sont, eux aussi, des phinomènes de surface, semblent avoir été connus dès la plushauteanticjuité.
- Toutefois, l’étude systématique de ces phénomènes n’a pu être abordée avant les recherches thermodynamiques de Gibbs qui, il y a environ 50 ans, établit la proposition suivante : si on considère une solution en contact avec un gaz ou un liquide non miscible au solvant, la composition de la solution au voisinage de la surface de séparation n’est pas la même que dans la masse : il y a enrichissement ou au contraire appauvrissement en le corps dissous suivant que la présence de ce corps abaisse ou élève la tension superficielle du liquide. C’est le phénomène d’adsorption, qui se manifeste aussi quand un solide poreux ou pulvérulent est mis au contact d’un gaz ou d’une solution.
- Le développement du raisonnement de Gibbs donne même une relation numérique entre l’enrichissement ou l’appauvrissement de la solution à la surface et l’activité superficielle du corps dissous.
- M. RenéDubrisav montre que les recherches poursuivies à propos delà formule de Gibbs ont établi péremptoirement que, qualitativement parlant, cette formule était vérifiée si, au point de vue quantitatif, le doute subsiste encore. Il a résumé d’autre parties théories développées en Amérique par Langmuir pour expliquer par des considérations chimiques les phénomènes d’adsorption et, plus généralement, toute la théorie de la capillarité.
- Les applications des phénomènes superficiels sont considérables dans le domaine de la science pure aussi bien que de la technique. Dans le premier de ces domaines, on peut sigraler tout d’abord l’intervention des phénomènes d’adsorption en analyse gravimétrique et dans la catalyse hétérogène. Au point de vue technique, il a déjà été parlé de la teinture et de la décoloration des liquides. On peut mentionner encore : la préparation des émulsions (entre beaucoup d’autres, des émulsions utilisées pour le revêtement des chaussées) ; l’emploi des produits mouillants dans la préparation des solutions fongicides ou insecticides; la récupération des solvants volatils ou 'a fixation des gaz toxiques par les charbons. M. Dubrisay signale en terminant fintervention des phénomènes d’adsorption dans la fixation des engrais par le sol agricole.
- La séar.ce est levée à 18 h. 30 m.
- SÉANCE PUBLIQUE DU 25 JANVfER 1936 Présidence de M. M. Lacoin, président.
- La séance est ouverte à 17 h. 15 m.
- Est présenté pour devenir membre de la Société et admis séance tenante.
- M. Fleurent (Robert), architecte diplômé par le Gouvernement, 195, rue de Vauginrd, Paris (15e), présenté par M. Lemaire.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 2o JANVIER 1936. 123
- M. Lacoin, président. — La mort frappe à coups redoublés sur notre Conseil. Après M. Jean Rey, nous venons de perdre deux de nos collègues les plus aimés : Gustave Lyon, décédé le 12 janvier, et Georges Wery, décédé le 19 janvier. J’ai le douloureux devoir de vous retracer la vie de ces deux regrettés collègues. Je ne puis le faire aujourd’hui que très brièvement car tous deux ont eu une vie bien remplie. Mais nous avons la certitude qu’elle fera l’objet d’une biographie détaillée dans notre Bulletin ,;1).
- Georges Wery fut un de ceux qui, avec Tisserand et Risler, honorèrent le plus l’Institut national agronomique et qui en ont fait le magnifique établissement qu’il est devenu.
- Sorti major de la 4° promotion de l’Institut agronomique, en 1879, sa mission de fin d’études était à peine terminée que Risler, alors directeur, l’appelait auprès de lui comme secrétaire ; il devait devenir successivement directeur des études de l’Institut agronomique, sous-directeur et enfin directeur, de 1917 à 1929.
- La carrière de M. Wery est simple et droite comme sa vie, marquée du souci d’accomplir son devoir jusqu’au bout, quoi qu’il pût lui en coûter, et aussi d’apporter à l’accomplissement de sa tâche une obligeance, une bienveillance et une amabilité extrêmes. Cette tâche fut lourde surtout pendant et après la guerre; il y consacra toute son activité et aussi tout son cœur : refonte du programme d’entrée à l’Institut agronomique et du programme des cours qui y sont donnés; agrandissements; construction de nouveaux bâtiments et de laboratoires; création de la Maison des Agros à la Cité universitaire; recherche de nouveaux débouchés pour les ingénieurs agronomes. Un grand nombre d’entre eux doivent à M. Wery la situation qu’ils occupent aujourd’hui. Combien d’autres, discrètement, a-t-il aidés, et de mille manières, que son bon cœur lui faisait toujours trouver.
- C’est le souci d’aider les jeunes dans leur carrière qui conduisit G. Wery à fonder cette belle Encyclopédie agricole qui porte son nom, encyclopédie d’une si belle unité dans sa variété et dont presque tous les ouvrages sont remarquables; Wery recherchait lui-même les auteurs les plus qualifiés, car il connaissait personnellement tous ses anciens élèves et il les avait suivis dans leur carrière; grâce à lui, ces ouvrages sont constamment tenus à jour, alors qu’épuisés, ils exigent de nouvelles éditions. Cette œuvre nécessitait des connaissances étendues dans toutes les branches de la science agricole; elle restera et, heureusement, le nom de Wery y est attaché.
- En 1911, Wery était élu membre de l’Académie d’Agriculture dans la Section du Génie rural ; plus tard, il devait en être président.
- (1) Voir la biographie de M. Gustave Lyon dans le présent numéro du Bulletin, p. Ht.
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- 124 COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — FÉVRIER 1936.
- En 1906, il succédait à son maître Risler dans notre Comité d’Agricul-ture, et, en 1929, frappé par la retraite, il devenait secrétaire général de notre Société, succédant à M. Henri Hitier, démissionnaire.
- Il avait été président du Comité directeur de l’Institut national d’Agro-nomie coloniale, et la confiance de ses anciens élèves, tous des amis, l’avait aussi porté à la présidence de l’Association des Ingénieurs agronomes. La Maison des Agros est en grande partie son œuvre.
- Georges Wery était commandeur de la Légion d’honneur.
- Je n’insisterai pas sur la contribution que M. G. Wery a apportée aux travaux de notre Société. Nous avons tous été témoins de sa haute conscience professionnelle et de l’immense labeur qu’il a fourni depuis son élection aux fonctions de secrétaire général. Dans le seul Bulletin de 1935, on ne trouve pas moins de onze articles, notes, rapports ou comptes rendus d’ouvrages signés de lui, sans compter ceux qui ne portent pas sa signature. Jusqu’en novembre, déjà touché par la maladie qui devait l’emporter, il a continué à travailler pour notre Société, et nous avons encore de lui, en manuscrit, des rapports et des comptes rendus d’ouvrages qui ne paraîtront que plus tard dans notre Bulletin. Je rappellerai ici qu’il fut vice-président de notre Société.
- On peut dire que tous les actes de Wery lui ont été inspirés par la bonté, le désir de rendre service et d’« aimer à être aimé », comme nous l’a dit un de ses proches.
- Il ne laisse que des regrets tant parmi ses collègues que parmi les anciens élèves et le corps enseignant de l’Institut agronomique.
- Nous sommes profondément émus par la disparition de nos deux chers collègues, et nous ressentons douloureusement leur perte. Nous adressons toute notre sympathie à la famille de M. Gustave Lyon, à Mme Wery et à ses enfants.
- M. Lacoin, président. — Après ces mauvaises nouvelles, j’en ai quelques-unes d’agréables à vous annoncer.
- M. Henri Hitier, membre de notre conseil (Comité d’Agriculture) depuis 1901, ancien secrétaire général de notre Société, dont il est actuellement un des vice-présidents, et secrétaire perpétuel de l’Académie d’Agriculture, vient d’être promu commandeur de la Légion d’honneur.
- De même vient d’être promu commandeur, M. Emile Jouguet, Inspecteur général des Mines, membre de l’Académie des Sciences, qui fait partie de notre Conseil (Comité des Arts mécaniques) depuis l’année dernière.
- M. René Guillery, directeur des Etablissements Malicet et Blin, membre
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- CONSEIL d’administration. — SÉANCE PUBLIQUE DU 25 JANVIER 1936. 12o
- de notre Conseil (Comité des Arts mécaniques) depuis 1918, vient d’être promu officier de la Légion d’honneur.
- Deux autres membres de notre Conseil ont été l’objet de distinctions que nous avons apprises avec le plus grand plaisir :
- M. F. Blondel, Ingénieur en chef des Mines, secrétaire général du Comité d’Etudes minières pour la France d’outre-mer, membre de notre Comité de Commerce, vient d’être élu vice-président de la Société géologique de France, ce qui entraîne l’élection à la présidence de cette Société l’année prochaine.
- M. Hyacinthe Servonnet, membre du Comité de Commerce, Ingénieur en chef adjoint honoraire des Ateliers de Machines du Chemin de fer du Nord, a reçu, le 19 janvier, le Grand Prix Descamps-Crespel, que lui a décerné la Société industrielle du Nord de la France.
- Vous savez que M. Servonnet a accompli une partie importante de sa carrière d’ingénieur des chemins de fer, à Lille, dans les ateliers d’Hel-lesmes de la Compagnie du Chemin de fer du Nord. M. Servonnet a su se faire apprécier dans ces fonctions, par ses collègues de l’industrie de Lille, à la fois pour ses travaux techniques et pour le dévouement et l’activité avec lesquels il a contribué à développer les œuvres d’enseignement technique et d’apprentissage de la région, aussi bien dans les Ateliers du Chemin de fer du Nord que dans les œuvres désintéressées soutenues par l’industrie du Nord. Ces mêmes qualités ont fait désigner M. Servonnet à Paris, comme représentant de l’ensemble des réseaux français, au Comité central interprofessionnel de l’Apprentissage, et il a eu ainsi l’occasion de jouer un rôle dans de nombreuses manifestations industrielles françaises à l’étranger.
- C’est pour l’ensemble de ces travaux, que la Société industrielle du Nord a voulu récompenser M. Servonnet.
- Vous avez pu apprécier M. Servonnet à votre Comité du Commerce et à la Société de Protection des Apprentis. Personnellement, j’ai fait depuis de longues années, pour ces questions, appel à sa collaboration et à son inlassable dévouement. Vous ne vous étonnerez donc pas que j’aie jugé à propos d’aller assister à la séance de distribution des récompenses de la Société industrielle du Nord, afin de féliciter notre collègue et ami au nom de notre Conseil et de notre Société tout entière.
- Au nom de notre Société, j’adresse mes très vives félicitations à ces cinq collègues.
- M. Paul Dumanois, vice-président. — Je remercie tout d’abord mon ami M. Lacoin, notre président, de l’honneur qu’il me fait et du plaisir qu’il me donne
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- de vous présenter mon camarade M. Vellay, Ingénieur de l’Aéronautique.
- M. Vellay est chargé des essais techniques des avions au Centre de Villa-coublay et il m’a été particulièrement agréable, lorsque j’ai été nommé directeur des Constructions aériennes, de retrouver dans le Service que j’avais autrefois créé, des collaborateurs tels que lui pour poursuivre une tâche singulièrement ardue.
- Je puis vous dire par expérience que la détermination précise des possibilités d’un avion comporte non seulement des difficultés scientifiques et techniques, mais aussi de nombreuses difficultés psychologiques.
- Permettez-moi une anecdote personnelle. Lorsqu’il y a une douzaine d’années, avec mon camarade Ceccaldi, nous avons mis au point un dispositif chronographique automatique de détermination de vitesse d’avions, qui donne une précision de l’ordre du 1/1 000, nous avons reçu des observations parce qu’avec cette nouvelle méthode, un certain appareil « avait perdu 20 km à l’heure ».
- C’est qu’en effet, la détermination des possibilités d’un avion déçoit quelquefois des espérances et lèse des intérêts.
- Peu importent cependant ces difficultés devant la grandeur du but à rem-plir: rechercher, par une connaissance plus approfondie des phénomènes réels et des lois qui les régissent, l’amélioration de la sécurité. Trop d’accidents sont commodément baptisés fautes de pilotage qui sont dus à des qualités insuffisantes de l’appareil.
- Et l’on peut dire que c’est la meilleure contribution que l’on puisse apporter au développement de l’aviation que de contribuer à la réalisation de l’avion qui « pardonne ».
- M. Vellay est un de ceux qui n’hésitent pas à contempler la vérité dans sa nudité adorable, et qui n’ont point la pudeur intéressée de l’habiller à la mode du jour. Je lui donne la parole.
- M. Eugène Vellay, Ingénieur de l’Aéronautique, fait une communication sur La stabilité de l’avion (1).
- M. P. Dumanois, vice-président. — Vos applaudissements ont montré tout l’intérêt que vous avez pris à l’exposé qui vient de vous être fait par M. Vellay, et je suis sûr d’être votre interprète en l’en remerciant vivement.
- Je me permets d’attirer l’attention sur quelques réflexions que m’a suggérées sa communication.
- La première est qu’on ne peut vraiment faire progresser la technique
- (I) On trouvera le texte in extenso de cette communication, qui ne se prête pas facilement à une analyse ou à un résumé, dans le prochain numéro du Bulletin.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 2o JANVIER J93(5. Î2t
- aéronautique que par une combinaison judicieuse des théories mécaniques les plus abstraites avec l’expérience. Telle remarque astucieuse permet d’éviter des dizaines d’expériences coûteuses. Telle autre expérience est nécessaire pour adapter à la réalité les équations théoriques et permettre d’aller plus loin.
- La seconde réflexion c’est le souci constant de pouvoir attribuer une valeur numérique aux phénomènes étudiés : on ne connaît véritablement un phénomène que quand on peut le mesurer, et c’est la voie qui a été suivie par l’esprit humain dans toutes les branches de la connaissance.
- Ces considérations prennent un intérêt tout particulier dans le cas de l’étude de la stabilité des avions, où certains encore considèrent que l’opinion personnelle d’un pilote peut fixer d’une manière définitive sur les qualités d’un avion.
- Or, quelle que soit la valeur d’un pilote, c’est un homme; il a une appréciation personnelle et, précisément, le but des mesures est d’éliminer des équations personnelles.
- A un autre point de vue, M. Vellay nous a exposé que, pour étudier les problèmes de stabilité, il était nécessaire de les envisager dans toute leur ampleur et, en particulier, de faire l’expérience dans le cas le plus défavorable et à faible altitude.
- C’est vous dire que ces essais ne sont pas sans risque et ce m’est un devoir de rendre ici hommage aux pilotes d’essais civils et militaires de Villacoublay — que j’ai eu le très grand honneur d’avoir sous mes ordres — qui, volontairement, s’offrent aux risques pour éviter à leurs camarades d’avoir à les courir.
- Ajouterai-je à ce sujet, que M. Vellay est particulièrement qualifié pour traiter de cette méthode expérimentale puisqu’il a plus de 400 heures de vol d’essais au cours desquels il a été victime récemment d’un accident grave.
- Il y a enfin une autre considération qui a son importance et qui explique bien des reproches intéressés adressés parfois aux Services officiels.
- M. Vellay vous a montré, en effet, que, dans certains cas, les modifications nécessitées pour l’amélioration delà stabilité transversale en particulier pouvaient être extrêmement importantes et très onéreuses.
- Il faut penser aux répercussions que cela peut entraîner chez les industriels intéressés qui, persuadés des qualités de leurs avions, se voient contraints à de nouvelles dépenses et à un retard certain dans la réalisation de leurs espérances. 11 est très humain qu’ils réagissent en conséquence.
- M. Yellay, dans sa conclusion, a exprimé l’espoir de voir consacrer au Centre d’Essais une activité suffisante pour les essais aérodynamiques. Cette conclusion m’a été particulièrement agréable.
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — FÉVRIER 1936.
- Lorsqu’en effet j’ai créé le Centre d’Essais de Villacoublay, j’avais considéré qu’il devait satisfaire à deux ordres de nécessités, d’une part, exécution des essais relatifs aux appareils nouveaux à mettre en service, d’autre part, étude systématique des phénomènes aérodynamiques à échelle de la réalité.
- Aux vitesses d’utilisation où l’on est arrivé, on peut dire que les souffleries ne permettent pas de déduire avec certitude, des essais de petit modèle, toutes les qualités et tous les défauts pour les appareils de vraie grandeur. D’autre part, on ne saurait exiger de chaque constructeur qu’il fasse lui-même des recherches désintéressées sur ces problèmes. Etant donné d’ailleurs que l’Etat est pratiquement le seul client de l’Aéronautique, cela reviendrait à multiplier les frais généraux. 11 appartient donc à l’État d’effectuer systématiquement toutes les recherches d’ordre général pour éviter aux constructeurs et à lui-même des dépenses inutiles et d’avoir à cet effet le cadre expérimentateur nécessaire.
- Or, et c’est triste à dire, le nombre d’ingénieurs formés à l’expérimentation est très réduit, et l’on peut dire que c’est là une des causes susceptibles de paralyser le développement de notre aviation. Cette remarque n’est malheureusement pas spéciale à l’aviation : trop souvent l’expérimentation est sacrifiée au désir de fabriquer vite en grande série.
- On reproche, en effet, aux essais de durer trop longtemps et l’on a eu souvent la tendance, pour « gagner du temps », de diminuer les essais ou même d’en supprimer. Au lieu de gagner quelques semaines, on a parfois perdu des années, car la mise au point inéluctable de l’avion, au lieu de se faire sur le prototype, s’effectue sur tous les appareils en service, aux frais de l’Etat, au détriment de l’entraînement militaire et parfois aussi, il faut le dire, de la confiance que peut donner un type d’appareil.
- Pour terminer, nous pensons utile de faire une suggestion : pour diminuer la durée des essais, au lieu de les supprimer, il serait peut être préférable d’y consacrer le personnel nécessaire.
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE.—FÉVRIER 1936 (p. 129).
- NOTE DE MÉCANIQUE
- par M. Ed. Sauvage, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- Train aérodynamique de la Cle des Chemins de fer P.-L.-M.
- Des résistances que surmonte un mobile, celle de l’air prend, avec la vitesse, une importance croissante, qu’on atténue par des formes convenables du mobile, avec suppression des saillies qui ne sont pas indispensables. Toutefois, il n’est pas possible de déterminer ces formes par l’unique considération de la résistance de l’air, car elles dépendent en premier lieu de l’usage du mobile : on ne peut que chercher les meilleures formes compatibles avec l’emploi.
- Un exemple typique des sujétions est donné par le plus rapide de nos mobiles, le projectile d’artillerie, dont la face arrière, plane, crée une résistance notable.
- Pour les véhicules des chemins de fer, le cas le plus simple est celui de la voiture automotrice isolée ou en rame; l’extérieur est une surface continue, avec extrémités convergentes. Les additions à la surface usuelle ne sont pas très grandes.
- Le problème est un peu plus compliqué pour la traction par locomotive : sur la locomotive et son tender on rapporte un carénage continu, descendant aussi bas que possible, afin de masquer les roues et le mécanisme. Toutefois la partie inférieure, comme celle des voitures automotrices, laisse libre le passage de l’air. En outre, la face avant de l’abri du personnel est nécessairement en saillie : son obliquité en atténue l’effet.
- La rame remorquée étant terminée aux deux extrémités par des saillies arrondies, des panneaux élastiques la relient au tender; de même, des soufflets établissent la continuité des véhicules de la rame.
- On étudie l’effet des dispositions de ce genre sur des modèles soumis au vent d’une soufflerie; mais la mesure directe sur le matériel même est intéressante ; la Cie P.-L.-M. a récemment exécuté des mesures de ce genre. M. A. Parmantier, Ingénieur en chef adjoint du Matériel, en a rendu compte dans la Revue générale des chemins de fer de décembre 1935.
- Le train, dit aérodynamique, comprenait une locomotive du type Atlantic, choisie comme apte aux très grandes vitesses, et trois, puis quatre voitures à bogies. Un carénage aussi complet que possible enveloppait le tout. Une seconde locomotive Atlantic, ainsi qu’une rame, non carénées, servaient de comparaison. Les deux locomotives ont été soigneusement étalonnées sur le banc d’essais de Vitry (1).
- Les divers essais ont été exécutés rapidement, afin de profiter de conditions atmosphériques analogues.
- On a d’abord comparé les deux locomotives, avec un wagon-dynamomètre, par la méthode de la locomotive-frein (2).
- Les vitesses réalisées ont été de 60, 80, 100, 120, et 140 km/h sur un parcours de 24 km, entre Saint-Florentin et Tonnerre, aller et retour, soit 48 km.
- (1) Sur le banc d’essais de Vitry, voir le Bulletin, année 1934, p. 661.
- (2) Cette méthode est décrite dans le Bulletin, année 1932, p. 585.
- 135e Année. — Février 1936.
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- 430 TRAIN AÉRODYNAMIQUE DU P. L. M. — FEVRIER 1936.
- Ces essais ont montré que le carénage augmentait la puissance, au crochet de traction du tender, de 13 p. 100 à la vitesse de 100 km/h et de 82 p. 100 à 140.
- On a ensuite étudié les quatre combinaisons suivantes :
- Train entièrement caréné;
- Train ordinaire, non caréné;
- Rame non carénée, avec locomotive carénée;
- Rame carénée, avec locomotive non carénée.
- Ces trains ont effectué le parcours aller et retour Paris-Les Laumes, distants de 236,7 km.
- Le tableau qui suit résume quelques-uns des résultats obtenus :
- Rame de 4 véhicules ordinaires avec locomotive ordinaire. . Rame de 4 véhicules carénés avec locomotive ordinaire. . Rame de 4 véhicules carénés avec locomotive carénée . . Gain de puissance ( Rame carénée et locomotive
- (en chevaux) ) ordinaire.........................
- dû au carénage j Rame carénée et locomotive d’une rame de 4 voitures. f carénée
- Gain de puissance (en chevaux) dû au carénage de la locomotive et du tender.....................................
- Gain de puissance (en chevaux) dû au carénage de l’ensemble .................................................
- Résistance des véhicules (en kilogrammes par tonne.)
- VITESSE EN KILOMÈTRES A L’HEURE
- 100 120 140
- 4,19 5,55 7,15
- 3,76 4,93 6,31
- 3,27 4,23 5,35
- 32 55 88
- 68 118 187
- 95 164 261
- 163 282 448
- Ces résultats montrent que :
- Le carénage de l’ensemble du train est fort intéressant;
- Le carénage de la locomotive seule, avec son tender est encore intéressant;
- Le carénage de la rame seule ne présente pas d’intérêt. Déjà les formes normales des véhicules, sans saillies inutiles, sont assez bonnes.
- Des marches suivant horaire-type ont demandé par kilomètre 8,9 kg de charbon et 70,7 1 d’eau avec la rame ordinaire, et 6,4 kg et 54,3 1 avec le carénage complet. Le supplément de poids dû au carénage a très peu d’importance.
- La résistance que l’eau oppose aux navires demande des études du même ordre ; il semble d’ailleurs que les sujétions qui s’imposent sont moindres dans ce cas. Il est remarquable que des formes consacrées par une longue pratique ont été récemment modifiées.
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- bull, de LA SOC. ü’ENCOUR. POUR ^INDUSTRIE NATIONALE. — FÉVRIER 1936 (p. 131).
- BIBLIOGRAPHIE
- Les locomotions mécaniques. Origines : dates et faits, par Louis Bonneville, vice-président de l’Automobile-Glub de Nice et Gôte-d’Azur. Préface du baron Walckenaer, président de la Commission historique de l’Automobile-Glub de France, membre du Conseil de la Société d'Encouragement. Un vol. 21x16 cm, de xix H- 279 p. Dunod, édit., 92, rue Bonaparte, Paris (6e).
- Index : 629.113 -F- 629.117 — 118 + 629.135
- Extrait de la Préface.
- L’histoire que M. L. Bonneville nous présente est celle du cycle et de l’automobile jusque vers 1914 et celle des commencements de la conquête de l’air par le ballon et l’avion.
- Depuis 150 ans, l’un des principaux objectifs de l’homme, dans l’ordre matériel, a été la conquête de la mobilité. Par ses découvertes scientifiques et ses inventions, par la vapeur, par l’électricité, par l’utilisation de l’énergie sous toutes ses formes, il a mené une lutte incessante contre l’espace et le temps. Il a accru dans une proportion prodigieuse la puissance et la vitesse de ses moyens de locomotion sur terre et sur mer; s’en prenant à la troisième dimension, il a plongé sous les flots, il s’est élancé dans les airs et ses avions atteignent aujourd’hui des vitesses que naguère on n’eût pas osé concevoir.
- Cette évolution, dont la brièveté surprend, a été conditionnée par les progrès des sciences en général, de la mécanique en particulier et, en mécanique, par l’invention et le perfectionnement de moteurs de plus en plus légers par rapport à leur puissance et de mieux en mieux adaptés à leur emploi.
- L’ancêtre de l’automobile est le fardier à vapeur de Gugnot, essayé à Paris en 1769. La première tentative de navigation à vapeur est plus vieille de 60 ans; elle date de 1707, quand Papin, près de Gassel, entreprit d’installer sa pompe à feu à piston sur un bateau et de lui faire actionner une roue à aubes, expérimentation à laquelle s’opposèrent le refus d’autorisation des conseillers de l’Électeur de Hanovre et la violence des bateliers de la Fulda. Toutefois ce n’est que vers 1775, lorsque la machine à vapeur fixe eut été grandement perfectionnée par James Watt et ses collaborateurs, que l’idée de l’appliquer à la propulsion des bateaux fut reprise sur des bases pratiques et que, après les essais infructueux d’Auxiron et de Périer (1774-1775), le marquis de Joufïroy, par ses expériences couronnées de succès (1778-1783), mérita le nom de créateur de la navigation à vapeur.
- C’est la machine à condensation, dans la suite de ses perfectionnements, qui a assuré la puissance et la gloire de la marine. Mais elle ne convenait pas a la locomotion terrestre. Il fallait à celle-ci un moteur moins lourd et moins encombrant. La conception de la machine sans condenseur, fonctionnant à partir d’une pression plus ou moins largement supérieure à la pression atmosphérique, remonte à une haute antiquité, puisque l’éolipyle de Héron d’Alexandrie était une turbine à vapeur à échappement libre. Le même principe était applicable au moteur à piston et, dès 1759, l’attention de Watt avait été appelée par Robinson sur la possibilité de constituer un véhicule mû par la vapeur.
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- Toutefois, cette possibilité était subordonnée à deux conditions principales : il fallait que l’appareil, notamment en ce qui touche la chaudière, fût assez résistant pour permettre la production et l’utilisation d’une pression effective suffisamment élevée; il fallait aussi que la chaudière eût une surface de chauffe assez étendue et un foyer assez actif pour entretenir la vaporisation correspondant à la consommation de la machine. Il est évident que la marmite de cuivre, visible au Conservatoire des Arts et Métiers sur le second fardier de Cugnot, était totalement impropre à l’office de générateur permanent.
- Quelques études et essais, qui faisaient peu à peu progresser la question, eurent lieu en Angleterre et en Amérique pendant le dernier quart du xvme siècle et les premières années du xixe siècle. C’est à cette époque que se rattachent : la construction d’un modèle de locomotive par l’associé de Watt, Murdock (1784); l’essai à Philadelphie, par Oliver Evans, d’un bateau monté sur roues afin de se mouvoir à terre, singulier amphibie (1804); et surtout, vers 1801-1804, les travaux de Trevithick et notamment la construction, par Trevithick et Vivian, d’une locomotive qui fonctionna longtemps sur le chemin à rails de bois des mines de Merthyr-Tydwil.
- A cette époque, le problème de la locomotion routière ne se distinguait pas encore nettement de celui de la traction sur rails; mais bientôt ce fut vers celle-ci que l’évolution s’orienta. Les nouveautés introduites par George Stephenson lui donnèrent une impulsion décisive : en 1815, tirage par la vapeur d’échappement maginé par Hackworth; en 1829, emploi de la chaudière tubulaire, dont la création est rapportée à Booth en Angleterre, et, en France, à Marc Seguin (1828).
- Grâce à ces inventions et' à celle de la coulisse de Stephenson, la locomotive de chemin de fer était née. Sans cesse perfectionnée, merveilleusement accrue en puissance et en rendement, elle devint, conjointement avec le navire à vapeur, l’un des facteurs essentiels de la prospérité du xixe siècle.
- La locomotion sur route ne marcha pas à la même allure. Elle disposait des mêmes moyens que la traction ferroviaire quant à l’efficacité de la chaudière, à la valeur de la pression, au système de distribution et de détente de la vapeur; mais ces moyens ne suffisaient pas pour conduire à la réalisation de véhicules légers et rapides. Pendant 80 ans à partir des travaux de Trevithick, jusqu’aux années qui suivirent 1880, l’emploi de la vapeur pour la circulation routière resta très limité.
- Toutefois, en Angleterre, la voiture sans chevaux connut un réel engouement pendant une quinzaine d’années autour de 1830. Avec les mail-coaches à vapeur de Gurney (1828) et de Hancock (1829-1833), des services réguliers de voyageurs furent entrepris. En 1833, on comptait une vingtaine de véhicules à vapeur en construction ou en fonctionnement à Londres et aux environs. Mais bientôt surgirent, notamment par suite d’une réglementation draconienne (Locomotive Act, 1836), des difficultés qui ne laissèrent subsister, de ce mouvement passager, que l’amusante célébrité due à Yhumour des caricaturistes.
- En France, la locomotion routière demeura longtemps délaissée, bien qu’en 1828, Pecqueur, chef des ateliers du Conservatoire des Arts et Métiers, eût fait breveter un système de chariot à vapeur où l’on trouve le différentiel et la transmission par chaînes, ainsi que la direction par roues pivotantes à l’extrémité de l’essieu avant, déjà inventée en 1816 par Lanskensperger. En 1835, l’attention française fut momentanément réveillée par l’apparition d’une voiture Gurney qui effectua quelques trajets entre Paris, Versailles et Saint-Germain. Dietz construisit, vers la même
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- époque, un tracteur dont les roues étaient rendues quelque peu élastiques par l’interposition de feutre ou de caoutchouc entre la jante en bois et le bandage en fer, et qui fit en une heure et demie l’aller et retour entre Paris et Saint-Germain. Mais ces initiatives n’eurent pas de suite durable. Plus heureux fut Lotz, de Nantes, qui lança dans les milieux agricoles un type de locomotive routière, servant au point fixe comme locomobile batteuse et remorquant d’une ferme à l’autre le matériel de battage; vers 1855, la maison Lotz était réputée pour ce genre d’engins.
- C’est 15 ou 20 ans plus tard, après la guerre de 1870-1871, qu’apparurent des véhicules qui apportaient, sous une forme nouvelle, une solution viable à la question de la circulation routière : ce furent les voitures Bollée.
- Amédée Bollée père, fils d’Ernest-Sylvain Bollée, fondeur de cloches au Mans, avait 28 ans quand, en 1872, il construisit Y Obéissante, break à 12 places, possédant à droite et à gauche de son châssis deux moteurs dont chacun, à deux cylindres en V, commandait l’une des roues d’arrière par l’intermédiaire d’un changement de vitesse à train balladeur et d’une chaîne de transmission. La chaudière, placée à l’arrière, était verticale, à foyer intérieur, avec tubes vaporisateurs pendentifs, système Field; ce type de générateur était assez léger et d’une suffisante activité de vaporisation pour convenir à un véhicule de poids moyen. L'Obéissante circula avec plein succès sur les routes de France; il fallut toutefois à Bollée une énergie persévérante pour surmonter les difficultés administratives, car à cette époque on ne concevait l’emploi des véhicules à vapeur que pour des parcours restreints, si bien qu’en principe il fallait une autorisation préfectorale distincte pour circuler dans chaque département. Les obstacles furent cependant levés et, non seulement P Obéissante fit en divers lieux l’admiration des Français, mais elle fut exhibée à l’étranger et fonctionna à Vienne devant l’empereur d’Autriche. A Y Obéissante succéda la Mamelle, voiture plus légère, carrossée en Victoria, dont les dispositions mécaniques étaient plus simples, grâce à l’emploi d’un différentiel. Obéissante et Mamelle figurèrent à l’Exposition universelle de 1878 où elles étaient les seules voitures à propulsion mécanique. D’autres unités furent construites, notamment, la Nouvelle (1880) qui devait, 15 ans plus tard, prendre part à la course Paris-Bordeaux, où elle fut classée neuvième malgré une avarie accidentelle qui avait entravé sa marche.
- Le progrès se poursuivait donc, grâce à des efforts méritoires et avec des résultats très sensibles, mais à un rythme lent, lorsque, dans un intervalle de 10 ou 15 ans, entre les années 1880 et 1895, la face des choses changea. Ce fut le résultat de l’application de moteurs, incomparablement plus légers que ceux précédemment employés, à la propulsion de véhicules très légers eux-mêmes, cycles ou voitu-rettes.
- L’ancêtre du cycle est le célérifère, inventé par Civrac en 1790. Notons, mais uniquement pour situer chaque invention dans son cadre historique, que cette date est postérieure de 20 ans à celle du fardier de Cugnot. Ces deux inventions procèdent d’idées tout à fait distinctes; elles n’ont de commun que l’emploi de la roue, organe mécanique que la nature ignore, mais dont l’invention se perd dans la nuit des temps. L’automobile, qui a pour ancêtre le fardier de Cugnot, c’est la voiture dont les roues sont actionnées par un moteur mécanique; le cycle, c’est l’homme sur roues. Dans le célérifère, les roues n’avaient d’autre fonction que de supporter le poids du corps; l’homme se poussait en faisant prendre à ses pieds contact avec le sol. Notons en passant que, sous sa forme première, l’appareil se prêtait mal aux
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- virages; mais en 1818, Drais de Sauerbrœn rendit la roue d’avant directrice et le célérifère fît place à la draisienne.
- 43 ans plus tard, en 1861. un pas d’une importance capitale fut franchi. Une draisienne ayant été donnée à réparer à Pierre Michaux, carrossier à Paris, son fils, Ernest, âgé de 19 ans, essaya la machine et se plaignit à son père de la fatigue qu’éprouvaient les jambes lorsque, dans l’intervalle des poussées sur le sol, il fallait les tenir en l’air. De la conversation qui s’ensuivit entre le père et le fils, il résulta qu’Ernest Michaux monta sur l’axe de la roue d’avant un pédalier qui permit, non seulement de reposer les jambes, mais de les employer, en actionnant la roue, à faire avancer le véhicule. Dès lors le cycle était né. Il se rapprochait, comme principe, de l’automobile, en ce sens que c’était, pour l’un comme pour l’autre, l’adhérence d’une ou plusieurs roues motrices sur le sol qui faisait avancer l’engin. Seulement, l’automobile était un véhicule à moteur mécanique, le vélocipède un véhicule à moteur humain.
- Or, tandis que le moteur mécanique, primitivement lourd et imparfait, pouvait être allégé et perfectionné à mesure que progressaient les applications générales de la thermodynamique et l’art de la construction, la puissance du moteur humain était une donnée sur laquelle le constructeur de vélocipèdes n’avait aucune prise. Le perfectionnement du cycle devait consister à réduire les résistances passives, à diminuer le poids de l’appareil, à le rendre commode, sûr et rapide. Sous tous ces rapports des résultats merveilleux furent obtenus.
- Les choses allèrent si vite qu’à la première exposition de cycles, qui eut lieu au Pré Catelan en 1869, on voyait déjà représentés, au moins sous des formes primitives : le pédalier distinct des roues avec transmission par chaîne à la roue d’arrière, la roue libre et le changement de vitesse.
- C’est à cette époque que Suriray introduisit dans la construction les roulements à billes, invention dont l’origne remonte au xvme siècle, mais qui n’avait rien donné alors et qui plus tard, en 1836, avait été brevetée en faveur de l’abbé Tihay.
- Le système des pédales directement montées sur l’axe de la roue d’avant donna satisfaction tant que l’on se contenta d’une médiocre vitesse de marche. Pour accroître celle-ci, on fut conduit à augmenter démesurément le diamètre de cette roue, au-dessus de laquelle le cycliste était juché, aussi près que possible de la circonférence de la roue, de manière que ses pieds pussent atteindre les pédales. Ce fut le grand bi, qui connut le succès vers 1874, et pendant au moins une dizaine d’années; mais c’était un engin dangereux autant qu’incommode. Presque en même temps que lui, divers bicycles de sûreté furent créés, dans lesquels une transmission était interposée entre les pédales et la roue motrice, séparation d’organes qui donnait au constructeur la liberté, sans sacrifier la vitesse de marche, de fixer les diamètres des roues au mieux des qualités générales de la machine. Les dispositions qui prévalurent furent celles qui, à partir de 1879, ont définitivement triomphé dans la bicyclette : pédalier solidement établi au bas d’un cadre indéformable, roue motrice à l’arrière, transmission par chaîne assurant une multiplication convenable de la vitesse angulaire. Certains types établis vers 1879, conservant encore dans une mesure atténuée la silhouette du bicycle à grande roue d’avant, avaient des roues franchement inégales; mais cette inégalité, qui avait plus d’inconvénients que d’avantages, se réduisit peu à peu et finit par disparaître. Pourtant on en trouve encore trace dans des bicyclettes telles que le Rover de Starley (1883).
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- Les bicyclettes, ainsi que les tricycles et quadricycles qui avaient suivi une évolution parallèle, devaient encore recevoir par la suite bien des perfectionnements. Au nombre de ceux-ci, n’ayons garde d’oublier l’application qui leur fut faite des bandages pneumatiques. Inventé dès 1843 par R. W. Thomson, tombé dans l’oubli, puis réinventé en 1888 par J. B. Dunlop, le pneu fut introduit en France vers 1890, pour la maison Clément, par F. de Civry, qui le présenta sur une bicyclette Yrvel. C’était à ce moment-là un pneumatique collé à la jante et totalement indémontable.
- Plusieurs brevets (Welsh, Barlett et autres) furent pris en Angleterre, en cette même année 1890, en vue de rendre le pneu susceptible de démontage au moyen de dispositions plus ou moins analogues aux tringles (Welsh) ou aux talons (Bartlett). Mais, en France, ce furent André et Edouard Michelin qui, vers 1892, créèrent le pneu démontable.
- Les inestimables qualités du bandage pneumatique, que le bandage creux ne put longtemps concurrencer, ont victorieusement contribué à partir de celte époque à faire de la bicyclette la petite reine de la route.
- Laissons-la à ses brillantes destinées et à son rôle de bienfait social, où elle excelle et qu’elle n’a pas fini de jouer, et revenons en arrière de quelques années, à l’époque où commença la motorisation des cycles et des voitures légères.
- En France, cette motorisation commença par de mémorables tentatives pour la réaliser dans le système de la machine à vapeur d’eau et déjà, sous cette forme, elle donna des résultats extrêmement intéressants. La grande difficulté était de trouver, pour le moteur à vapeur, une chaudière ultra-légère. Le système de générateur vertical à foyer intérieur et petits tubes vaporisateurs, inventé par Trépardoux et breveté en 1883, permit à MM. de Dion, Bouton et Trépardoux de construire, en 1883 et au cours des années qui suivirent, les premiers tricycles et quadricycles à propulsion mécanique. En 1887, ces légers véhicules atteignaient des vitesses instantanées de l’ordre de 60 km/h. Élargissant le champ d’application du système, les mêmes constructeurs créèrent ensuite le tracteur ou avant-train moteur à vapeur (brevet du 20 mars 1893) ; ils y appliquèrent- les dispositifs, déjà employé par Bollée, du différentiel et de la transmission par deux arbres à cardans transversaux.
- D’autre part, une chaudière à vaporisation instantanée, d’un type tout nouveau, fut inventée par les frères Serpollet. L’auteur de ces lignes se souvient du jour où Léon Serpollet lui apporta un modeste appareil d’essai, composé de deux morceaux de tôle de forme rectangulaire, appliqués l’un contre l’autre par une rivure périphérique; à l’une des extrémités du rectangle était fixé un tube pour injecter de l'eau dans l’interstice des deux plaques; de l’extrémité opposée partait un autre tube pour recueillir la vapeur. Par rapport à ce modèle rudimentaire, le système fut rapidement perfectionné et la voiture-tricycle Serpollet circula avec succès dans Paris en 1889. La vaporisation instantanée, qui avait été jadis la première idée de Belle-ville lors de la création de sa chaudière, s’était précédemment heurtée à la difficulté de rendre à tout instant l’alimentation en eau et la vaporisation égales entre elles et égales à la demande de vapeur. Cette difficulté fut tournée, sur les voitures Serpollet, en chauffant le générateur à l’huile de pétrole et en montant les deux pistons plongeurs, chargés respectivement d’envoyer l’huile au brûleur et l’eau à la chaudière, sur une même traverse à mouvement alternatif. Ajoutons d’ailleurs que l’on fut amené par la suite, dans la construction des chaudières Serpollet, à atténuer la
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- rigueur du principe de la vaporisation instantanée en donnant à la chaudière une masse métallique assez importante pour faire jusqu’à un certain point volant de chaleur, en même temps que pour présenter à haute température une résistance suffisante à la déformation.
- Mais ces systèmes nouveaux de véhicules à vapeur ne tardèrent pas à céder le pas aux véhicules recevant la puissance d’un moteur à pétrole ou, pour employer une expression plus générale, d’un moteur à air carburé.
- Le moteur à air carburé est une variante du moteur à gaz, dont l’invention est due à Lenoir et remonte à 1862. Dès cette époque, l’inventeur chercha à rendre ce genre de moteur applicable à la propulsion des véhicules et des embarcations. La question, longtemps délaissée, fut reprise vers 1883 par Delamarre-Deboutteville, qui construisit d’abord un tricycle avec moteur à gaz proprement dit, dont le gaz était accumulé dans deux réservoirs à la pression de 10 kg/cm2 et détendu pour l’alimentation du moteur; puis en collaboration avec Malandin, il inventa un carburateur à gazoline, breveté en 1884, qui fut appliqué en premier lieu à un moteur fixe, puis à un moteur de voiture.
- C’est à peu près à la même époque que Daimler, à Cannstadt, fut l’inventeur d’un système de carburateur et d’un type de moteur vertical ayant les organes renfermés dans un carter et offrant, pour la propulsion des véhicules légers, des qualités toutes spéciales de puissance massique et de robustesse. Il s’essaya en 1886 à la construction d’une bicyclette à moteur d’un demi-cheval. Bientôt après, il créa le moteur à deux cylindres en V. Un moteur monocylindrique Daimler, construit en 1887, figura à l’Exposition universelle de 1889, sur une voiture de tramway.
- Afin de faire breveter ses inventions en France, Daimler était entré en relations avec Sarazin, représentant à Paris de la fabrique de moteurs à gaz Otto et Langen. Les brevets pris, Sarazin s’aboucha, en vue de la construction des moteurs, avec la maison Panhard et Levassor. Après sa mort, survenue en 1887, sa veuve se mit à son tour en rapport avec Daimler et obtint, en 1889, la concession en France des brevets de celui-ci à la maison Panhard et Levassor.
- En 1891, à peu près simultanément, Panhard et Levassor et Peugeot mirent en circulation des voitures légères à moteur Daimler, d’un fonctionnement tout à fait satisfaisant.
- Dès lors le pétrole s’affirma comme un rival heureux de la vapeur. En 1894, dans le concours du Petit Journal, sur le parcours Paris-Rouen, ce fut, il est vrai, le tracteur à vapeur piloté par M. Bouton et servant d’avant-train à une voiture où avaient pris place MM. Pierre Giffard, de Dion et deux autres, qui réalisa la meilleure vitesse moyenne (21 km/h), mais ce ne fut pas cet équipage qui obtint le premier prix, à cause des conditions diverses du concours; ce prix fut partagé entre Panhard-Levassor et Peugeot.
- L’année suivante (1895), la course Paris-Bordeaux fut un triomphe pour le pétrole. La cause était gagnée et, sauf pour la construction de quelques véhicules industriels de poids lourd, le moteur à vapeur disparut de la construction automobile.
- L’adoption du moteur à pétrole a marqué pour la locomotion automobile, comme on l’a dit justement, le commencement d’une ère nouvelle. C’est grâce à ce moteur léger, non encombrant, utilisant un combustible commode, et qui s’est montré par la suite perfectible au plus haut degré, que ce mode de locomotion prit, à partir de 1895, un essor triomphal, dans une atmosphère d’excitation sportive,
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- d’émulation ardente entre les constructeurs, et d’intérêt passionné de la part du public.
- L’ouvrage de M. L. Bonneville retrace les événements caractéristiques de cette phase décisive.
- Ce n’est pas seulement la locomotion sur route, c’est aussi l’aéronautique dont l’évolution a été attentivement suivie par M. L. Bonneville. Il a noté, en particulier, les faits mémorables se rattachant aux débuts de l’aviation avec un intérêt d’autant plus vif qu’il fut l’ami de Clément Ader. La dernière partie de son livre est consacrée successivement au moins lourd que l'air et au plus lourd que l'air.
- Abstraction faite de tentatives mal connues, le moins lourd que l'air apparaît en 1782-1783 et l’invention de Joseph Montgolfier connaît aussitôt la gloire. Il est donné aux Français, dans la seule année de 1783, d’admirer d’abord le lancement de ballons non montés (aérostats à air chaud des frères Montgolfier, à hydrogène de Charles et des frères Bobert), puis l’ascension de Pilâtre de Rozier et du marquis d’Arlandes à bord d’une montgolfière (21 novembre) et celle de Charles et Robert jeune à bord d’un ballon à hydrogène (1er décembre 1783).
- Dès l’époque de ces premiers et mémorables succès du globe aérostatique, on songea à le rendre dirigeable au moyen d’un appareil propulseur fixé à la nacelle. Blanchard employa successivement des ailes à mouvement alternatif et une hélice; Guyton de Morveau, des espèces de rames. Mais ces systèmes, mus à bras, étaient totalement incapables de venir à bout de la résistance de l’air à l’avancement du ballon.
- Pour rendre le ballon dirigeable, il fallait d’une part diminuer la résistance de l’air en lui donnant une forme rationnelle extrêmement allongée, d’autre part augmenter la force propulsive par l’emploi d’un moteur mécanique puissant. Et puisque, pour deux aéronefs géométriquement et mécaniquement semblables, la puissance du moteur croît à peu près comme le cube des dimensions linéaires, tandis que la résistance de l’air ne croit que comme le carré, l’avenir du dirigeable était dans la construction d’unités de plus en plus puissantes.
- Il faut franchir un demi-siècle pour arriver aux premières réalisations couronnées de succès. Il n’est pas besoin de dire que l’énergie motrice fut demandée d’abord à la vapeur. En 1852, Henri Giffard construisit un dirigeable de 2 500 m3, dont la longueur était de 44 m, le diamètre de 12 m et dont la nacelle portait un moteur à vapeur de 3 ch. Le générateur était une chaudière cylindrique verticale à tube-foyer intérieur, chauffée au coke. Les gaz de la combustion, après s’être élevés dans le tube-foyer, redescendaient le long du corps cylindrique et étaient évacués par une cheminée dirigée de haut en bas, où le tirage était obtenu par l’appel de la vapeur d’échappement du moteur.
- Une trentaine d’années plus tard, c’est à l’électricité qu’on eut recours. C’était l’époque de l’Exposition de 1881, où le pouvoir de la fée moderne commença de se manifester sous tant de formes. Les frères Tissandier y présentèrent un petit dirigeable de 1000 m3, muni d’un moteur de 1,5 ch environ, alimenté par une batterie de 24 éléments de pile au bichromate de potasse. Trois ans plus tard, en 1884, Charles Renard et Arthur Krebs achevaient la construction du dirigeable France, de 1860 m3, muni d’un moteur électrique hexapolaire d’une puissance de 8 ch en régime normal, alimenté par une batterie de piles légères aux acides chromique et
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- chlorhydrique. La France, montée par ses inventeurs, fut le premier dirigeable qui ait bouclé des circuits. Il renouvela à plusieurs reprises cette preuve de l’efficacité de sa propulsion.
- Enfin, 12 ans plus tard (1893) s’ouvre l’ère du moteur à essence.
- Les premières tentatives d’applications de ce genre de moteur à l’aéronautique, faites au moyen du moteur Daimler en 1896-1897, furent arrêtées par des accidents : le ballon de Wolfard prit feu et celui de Schwartz, premier dirigeable rigide, s’écrasa à l’atterrissage.
- Par contre, l’année suivante (1898) à Paris, Santos-Dumont inaugurait la série de ses essais, bientôt couronnés de succès retentissants. Le moteur à essence offrait une telle supériorité sous le rapport de la légèreté et de la commodité d’emploi, qu’il permettait d’envisager comme possible la construction de petits engins aériens à usage individuel. C’est ce qui avait déjà conduit, quelques années plus tôt, à la motorisation des cycles.
- De 1898 à 1907, Santos-Dumont construisit et expérimenta successivement 16 petits dirigeables. Le n° 1 cubait 180 m3; sa nacelle portait un moteur vertical à deux cylindres en tandem, formé d’un moteur de Dion-Bouton auquel on avait ajouté un second cylindre au-dessus du premier. Essayé le 20 septembre 1898, le ballon se plia en deux. Le n° 2 eut à peu près le même sort et c’est à cette instabilité de forme, en même temps qu’aux autres imperfections successivement reconnues, que l’inventeur s’attacha à remédier dans les numéros suivants. A partir du n° 4, il employa le moyen consistant à donner au ballon, comme nacelle, une longue pièce rigide, vergue ou légère poutre en treillis. Comme moteurs, il employa surtout des moteurs Buchet; celui du n° 5 développait 16 ch. Son objectif, à partir de 1900, était de remporter le prix qui fut créé à cette époque par Deutsch de la Meurthe, en bouclant un circuit autour de la Tour Eiffel. Il y réussit sur le n° 6, le 19 octobre 1901, en partant de Saint-Cloud et atterrissait au point de départ au bout de 30 minutes et 40 secondes, temps supérieur de 40 secondes à celui alloué par le règlement de l’épreuve. Le Comité de l’Aéro-Club lui décerna quand même le prix.
- Santos-Dumont ne s’en tint pas là et réalisa des performances variées avec les numéros suivants. Le n° 9, de 1903, fut pour lui un véritable engin de promenade.
- Mais ce n’est pas sous la forme de petits appareils pour amateurs que le dirigeable devait se perpétuer : c’est au contraire sous la forme d’aéronefs de dimensions et de puissance importantes, parfois colossales, appropriées aux missions militaires ou aux voyages au long cours.
- En 1902-1903, MM. Lebaudy frères construisirent, sur les plans de Julliot, un dirigeable dont la plupart des dispositions essentielles ont été conservées par la suite dans la construction des aéronefs souples ou demi-souples. Sa propulsion était assurée par un moteur Mercédès de 40 ch. Offert à l’armée, il servit longtemps aux exercices d’entraînement.
- A partir de 1906, la construction des dirigeables se développa en France dans divers ateliers tels que ceux de Clément, des Sociétés Zodiac et Astra; Lebaudy et Clément fournirent des dirigeables militaires non seulement à la France, mais à l’Angleterre et à la Russie.
- Quant au dirigeable rigide, il a été presque entièrement l’œuvre du comte Zeppelin, qui fit breveter en 1898 son système de navire aérien à ossature métallique et à ballonnets intérieurs. Le Zeppelin n° 1, de 128 m de longueur, expérimenté en
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- 1900, évolua avec succès au-dessus du lac de Constance. Puis, de 1900 à 1914, 25 zeppelins furent construits, avec des dimensions et des puissances successivement accrues dans des proportions considérables et une remarquable sécurité de fonctionnement.
- Il est difficile de prévoir quel avenir est réservé à ces géants de l’air. Mais jusqu’à présent, qu’il s’agisse de ballons souples, semi-rigides ou rigides, l’emploi de l’aérostat dirigeable est resté très limité. Lorsque, vers 1865, à l’époque de la fameuse querelle entre les partisans du moins lourd que l'air et les prophètes du plus lourd que l’air, Nadar s’écriait : « Qui me débarrassera de cette bulle? », il plaidait pour la solution à laquelle nous devons aujourd’hui, à peu d’exceptions près, tous les véhicules aériens.
- L’idée de voler à la manière des oiseaux, qui a enflammé de tout temps l’imagination de l’homme et qui, au xve siècle, a retenu la pensée de Léonard de Vinci, ne pouvait être réalisée que le jour où des progrès suffisants auraient été faits, d’une part dans la science du vol, d’autre part dans la construction de moteurs à puissance massique particulièrement élevée.
- L’observation des oiseaux pendant le vol, pratiquée d’abord directement par Mouillard et ses continuateurs, puis poursuivie avec une précision admirable par Marey, à l’aide de la photographie, a fait connaître dans tous leurs détails les deux modes d’action des ailes, le battement et le vol plané.
- Le battement, qui oppose directement à la pesanteur une force de sens inverse, trouve en principe son équivalent dans l’action d’hélices à axe vertical. A l’échelle réduite des modèles d’étude, des hélicoptères intéressants furent établis vers 1870 par Pénaud, en utilisant le moteur à caoutchouc tordu qu’il venait d’inventer. Mais à l’échelle des applications, malgré l’intérêt extrême du problème et en dépit de tentatives de valeur comme celles de Paul Cornu ou des frères Breguet associés au professeur Richet (1907-1908), le principe des hélices sustentatrices n’a jamais encore conduit à la réalisation de systèmes viables, du moins jusqu’à ce que, à une époque toute récente, il ait été repris par La Cierva sous la forme nouvelle des ailes librement tournantes permettant l’atterrissage vertical.
- Par contre, l’observation et l’imitation du vol plané des oiseaux a conduit à des résultats de capitale importance. Le principe de Paéroplane avait été énoncé par George Cailey dès le début du xixe siècle. 80 ans plus tard, il fut étudié expérimentalement par Lilienthal, qui, de 1891 à 1896, se lança plus de 2000 fois sur des planeurs de forme variée, avant de trouver la mort dans ce dangereux moyen d’études.
- C’est comme suite aux expériences de Lilienthal et aux travaux de Chanute que le vol plané fut expérimenté, à titre de prélude de l’aviation à moteur, par les frères Wright en Amérique et, en France, par le comte de Lambert, Paul Tissandier, le capitaine Ferber et plusieurs autres. Sans doute, un aéroplane sans moteur ne peut, en air immobile, que descendre plus ou moins lentement; mais il peut conserver sa hauteur et même s’élever dans les parties montantes de la trajectoire des vents ou dans les courants ascendants provenant de réchauffement de l’air.
- A l’heure actuelle, le vol à voile sans moteur est devenu un art dont les virtuoses font preuve d’une maîtrise surprenante; c’est ainsi que, le 3 juillet 1934, Kronfeld, parti du sommet du Puy de Dôme (altitude 1465 m) est venu se poser à 23 km de là au sommet de la Banne d’Ordanche (altitude 1 515 m) après avoir tenu l’air pendant près de 7 quarts d’heure.
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- Toutefois, ce n’est pas là le vol complet. A l’aéroplane susceptible d’utilisation pratique, il faut un moteur, et un moteur assez léger pour ne pas trop surcharger l’appareil, en même temps qu’assez puissant pour que sa force propulsive, combinée à l’action de l’air sur les ailes, les ailerons et les gouvernails, assure le décollage au départ et la prise de hauteur, puis la sustentation et la vitesse dans toutes les circonstances du vol.
- Le premier aéroplane à moteur, monté par un homme, qui se soit séparé du sol est VE oie d’Ader, construit en 1886-1888 et expérimenté le 9 octobre 1890 dans le parc d’Armainvilliers, sur une piste rectiligne de 200 m de longueur. L’appareil possédait des ailes en forme d’ailes de chauve-souris, non battantes, mais susceptibles d’être avancées ou reculées, gauchies, plus ou moins repliées par les manœuvres du pilote. L’envergure était de 14 m, la surface portante de 28 m2. Le moteur était à vapeur, d’une puissance de 20 ch. La chaudière, à petits tubes ondulés, était chauffée par des mèches à alcool; le moteur fonctionnait à condensation au moyen d’uri condenseur à air. Le propulseur était une hélice formée de 4 pales en forme de plumes, faites de barbes de bambou. L’appareil, monté par Ader, quitta le contact avec le sol sur une longueur de 50 m.
- Aussitôt après, l’inventeur modifia YÉole en changeant notamment la chaudière, de manière à porter la puissance du moteur à 30 ch, et, à la suite d’une expérience faite à Satory, en septembre 1891, Freycinet, alors ministre de la Guerre, décida de faire poursuivre les essais au compte de la défense nationale. C’est ainsi que Y Avion III fut mit en construction en 1892 et achevé en 1897. Il mesurait 16 m d’envergure et possédait deux hélices, actionnées indépendamment l’une de l’autre, chacune par un moteur de 20 ch.
- L'Avion III fut officiellement expérimenté à Satory sur une piste circulaire de 450 m de diamètre, les 12 et 14 octobre 1897; mais l’expérience eut lieu dans de mauvaises conditions et, bien qu’Ader eût senti à certains moments que la trépidation due au roulement des roues sur la piste ne se produisait plus ni à l’arrière ni à l’avant, et malgré la conclusion du rapport de la commission proposant la continuation des expériences, les autorités militaires décidèrent d’arrêter les frais et il ne resta plus, de tous les travaux d’Ader, que l’appareil exposé au Conservatoire des Arts et Métiers.
- C’est quelques années plus tard que, en Amérique, les frères Wright passèrent de l’expérimentation du vol plané sans moteur à la construction d’un aéroplane à moteur mécanique. Ils employèrent un moteur à pétrole, étudié et construit par eux-mêmes. C’était un moteur d’une puissance de 12 ch, comprenant 4 cylindres horizontaux, placés côte à côte et actionnant deux hélices par l’intermédiaire de chaînes démultiplicatrices. L’aéroplane, de forme cellulaire, emportait le pilote couché sur le ventre. C’est de cette manière que, le 17 décembre 1903, à Kitty Hawk, en terrain plat, Orville Wright le premier, puis son frère, décollèrent du sol à tour de rôle et effectuèrent 4 vols soutenus.
- Des perfectionnements considérables suivirent rapidement : le 4 octobre 1905, la distance du vol atteignit 30 km, parcourus en 38 minutes.
- En France, l’attention déjà éveillée par des travaux de Ferber (1904-1905) se changea en un intérêt passionné lorsque, déjà célèbre par sa boucle en dirigeable autour de la Tour Eiffel, Santos-Dumont passa à l’aviation et effectua, en 1906, ses démonstrations publiques d’envol sur la pelouse de Bagatelle. Le 13 septembre 1906,
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- son n° 14 bis, biplan cellulaire de 52 m% muni d’un moteur Antoinette, s’éleva à 70 cm et parcourut 7 m; le 23 octobre, les chiffres devenaient 3 m et 60 m; le 12 novembre, montant à environ 6 m, Santos-Dumont parcourut 220 m en ligne droite, effectua un virage et revint au sol avec aisance. Cette performance, qui lui valut le prix de l’Aéro-Club de France, fut un puissant stimulant pour le perfectionnement des avions et la hardiesse des aviateurs.
- Les 8 années qui suivirent (1906-1914) furent une époque de très grands progrès. Les dispositions générales des aéroplanes marchent vers les solutions définitives; les formes des ailes et des surfaces auxiliaires de sustentation et de direction sont de mieux en mieux comprises; l’expérience appelle le calcul à son aide pour servir de base à la création des nouveaux types. En ce qui concerne les moteurs, l’essentiel est qu’ils soient légers en même temps que sûrs et réguliers. On leur donne de grandes vitesses de rotation; on assure la régularité du couple moteur, tout en se passant de volants, par la multiplicité des cylindres; on perfectionne leur refroidissement, obtenu par l’intermédiaire d’une circulation d’eau ou directement par l’air. Pour raccourcir l’arbre vilebrequin, on dispose les cylindres en éventail ou en étoile. Vers 1908, le moteur Antoinette, à cylindres en V, est le plus employé; il donne 50 ch avec 8 cylindres et sa puissance atteint 100 ch sur le type à 16 cylindres. Puis, vers 1909, apparaît le moteur rotatif du genre Gnome, dont l’équilibrage est assuré et dont la ventilation naturelle résout la question de réfrigération; il est vrai que le brassage de l’air absorbe une fraction de la puissance et que la surveillance en marche est impossible. En 1914, plusieurs types de moteurs, rotatifs ou non, atteignent la puissance de 200 ch.
- Gomme effet et comme cause, tout à la fois, des perfectionnements de toute sorte apportés à la construction et à l’équipement des avions, les records sensationnels se succèdent. Le 25 juillet 1909, c’est l’enthousiasmante traversée de la Manche, de Calais à Douvres, par-Louis Blériot; le 18 octobre de la même année, le premier vol au-dessus de Paris par le comte de Lambert; le 8 janvier 1910, le premier vol à plus de 1000 m d’altitude, par Latham, à Mourmelon;' le 28 mars de la même année, le premier vol d’un hydravion (Favre, aux Martigues); le 27 avril, le premier vol en ligné droite de plus de 100 km (Louis Paulhan); le 9 juillet, la vitesse de 100 km/h est dépassée par Léon Morane; le 21 décembre, Legagneux, à Pau, boucle un circuit de 515 km en 6 heures. En 1912, le 6 septembre, Roland Garros, à Houlgate, monte à 5000 m; le 11 du même mois, Fourny, à Etampes, fait le premier vol de plus de 12 heures, couvrant 1017 km en 13 heures. Le 23 septembre 1913, Garros traverse la Méditerranée de Saint-Raphaël à Bizerte. Le record de vitesse est porté à 200 km/h par Prévost à Reims, le 29 septembre 1913, et le record de durée à 24 heures, par Boehm à Johannisthal, les 10 et 11 juillet 1914.
- Si j’arrête là cette énumération, c’est parce que le livre de M. Bonneville ne va pas plus loin. Mais quelle succession ininterrompue de nouveaux et d’immenses progrès dans la connaissance de l’application des lois de l’aérodynamique, dans l’art de la construction, dans l’adaptation de l’aviation aux services de long cours, dans l’expérience et l’endurance des pilotes, n’aurions-nous pas à admirer si nous poursuivions l’historique !
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- Le Chatelier (Henry). — De la méthode dans les sciences expérimentales. In-8 (21 x 14) de 319 p. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1936. 18548
- Fedi (J.). — Les bétons et les revêtements bétonnés déchaussées. Texte établi pour les conférences de Fauteur du 31 janvier 1935, devant le « Groupe X-Construction », et du 1er février 1935, devant le « Groupe des Centraux des Travaux publics et du Bâtiment », suivi de sept annexes. In-8 (22x14) de viii + 243 p., 39 fig. Paris, Ch. Béranger, 15, rue des Saints-Pères (6e), 1935. (Don de l’auteur.) 18549
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- OUVRAGES REÇUS EN FÉVRIER 1936.
- 143
- Société française des Électriciens. — Commémoration du Cinquantenaire des premières réalisations de transmission d’énergie par l’électricité. (Travaux et expériences de Marcel Deprez sur la transmission d’énergie par l’électricité en France. — Travaux de Lucien Gaulard sur les transformateurs statiques et sur la transmission d’énergie par courant alternatif.) In-8 (27 x 22) de 67 p., fig. Paris, Revue générale de l’Électricité, 12, place de l.aborde (8e), 1935. Pièce 13927
- Lemaître (Henri). — La documentation de l’Institut de Recherches économiques et sociales, (ex Archives et Bibliothèques, n° 1, 1935). In-8 (25x16) de 6 p. Paris, Émile Nourry, 62, rue des Écoles (5e). Pièce 13928
- Berthelot (Ch.). — L’industrie des combustibles solides et gazeux. Connaissances et utilisations nouvelles. (Les monographies de la Revue de chimie industrielle, fasc. I.) In-4 (27 x 21) de 40 p., 21 fig. Paris, Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins (6e), 1935.
- Pièce 13929
- Barbet (E.). — La vraie politique de qualité grâce à la vinification industrialisée. In-8 (24 x 15) de 24 p. Paris, chez l’auteur, 14, rue La Boétie (8e), 1935. Pièce 13930
- Deniau (M.). — Recherches sur le béton « en oeuvre » (ex Science et Industrie, avril 1933). In-4 (31 x 21) de 13 p. (dactylographié). (Don de l’auteur, membre du Conseil d’Administration). Pièce 13931
- Deniau (M.). — Recherches sur le serrage du béton (ex Science et Industrie, février 1934). In-4 (31 x 21) de 23 p. (dactylographié). (Don de l’auteur, membre du Conseil d’Administration.) Pièce 13932
- Godfernaux (M. R.). — Progrès réalisés dans l’échappement des locomotives, (ex Bulletin de l’Association internationale du Congrès des Chemins de fer, novembre 1935). In-8 (24 x 18) de 18 p., 10 fig. Bruxelles (Belgique), Association internationale du Congrès des Chemins de fer, 74, rue du Progrès. Pièce 13933
- Rouch (J.). — Souvenirs sur le Maréchal Foch (ex Revue des Deux Mondes). In-8 (24x16) de 29 p. Athènes, Imprimerie française « Le Progrès», 1, rue Zoodocho-Pighi, 1936. (Don de l’auteur.) Pièce 13934
- Bigot (A.). — L’industrie des verres basiques appliqués aux pavages, revêtements et dallages, isolateurs électriques, matériaux de construction, etc. (ex Le Verre). In-8 (22x14) de 31 p., 14 fig. Gharleroi (Belgique), Le Verre, 10, rue de l’Industrie. (Don de M. Bigourdan.) Pièce 13935
- Bigot (A.). — La cristallisation des verres. Pavages' en verres basiques cristallisés (ex R. U. M., 1er mars 1925). In-8 (24x16) de 14 p., 8 fig. Liège (Belgique), lmp. H. Vaillant-Carmanne, 4, place Saint-Michel, 1925. (Don de M. Bigourdan.) Pièce 13936 Bigot (A.). — Verres cristallisés. Verres acides. Verres basiques. Pavages et dallages en verres basiques. Conférence faite à la Société industrielle de l’Est, le 7 novembre 1925 (ex Bulletin de la Société industrielle de l’Est). In-8 (2i x 16) de 23 p., 13 fig. Nancy, Société d’impressions typographiques, 1925. (Don deM. Bigourdan.)
- Pièce 13937
- Bigot (A.). — Les matériaux de pavage. L’évolution des roches naturelles aux roches artificielles (ex Chimie et Industrie, juin 1926). In-4 (27 x 21) de 20 p., 53 fig. Paris, Chimie et Industrie, 28, rue Saint Dominique (7e). (Don de M. Bigourdan.) Pièce 13938 Lavet (Marius) . — Les relais à résonance mécanique et les télécommandes sans fil pilote. Communication présentée à la séance du 11 juin 1935 de la 4e Section du Comité de la Société française des Électriciens (ex Bulletin de la Société française des Électriciens, janvier 1936). In-4 (27 x 18) de 24 p., 11 fig. (Don de l’auteur, membre de la Société.)
- Pièce 13939
- Lavet (Marius). — Au sujet de la communication de M. Planiol concernant les procédés électriques pour la mesure des vitesses angulaires (ex Annales françaises de
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- 144
- OUVRAGES REÇUS.
- FÉVRIER 1936.
- Chronométrie, n° 4, 1935). In-8 (24 x 16) de 4 p., 1 fig. (Don de l’auteur, membre de la Société.) Pièce 13940
- Inauguration, le 26 octobre 1935, à la Société d’Encouragement, d’une plaque commémorant la première présentation en public du cinématographe par M. Louis Lumière, le 22 mars 1895 (ex Bulletin de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, oct.-nov. 1935). In-4 (27 x 21) de 8 p., 2 fig. Paris, Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, 44, rue de Rennes (6e), 1935. Pièce 13941
- Prolabo (Société pour la fabrication et la vente des produits et appareils de laboratoire Rhône-Poulenc). — Nomenclature générale des produits chimiques pour laboratoires. Paris, 12, 15 à 19, rue Pelée (11e). Catalogue
- Présidence du Conseil. — Statistique générale de la France. — Résultats statistiques du Recensement général de la population, effectué le 8 mars 1931. Tome I, 3e partie : Population active, Etablissements. Paris, Imprimerie nationale, 1935.
- Pér. 97
- Association technique de l’Industrie du Gaz en France. — Compte rendu du 58e Congrès de l’Industrie du Gaz, Marseille, 3-5 juin 1935. Paris, 21, rue Blanche (9e).
- Pér. 298
- Union syndicale de l’Industrie du Gaz en France. — Compte rendu du 58e Congrès de l’Industrie du Gaz, Marseille, 3-5 juin 1935. Paris, 21, rue Blanche (9e).
- Pér. 298
- Société française de Physique. — Annuaire 1935. Paris, 44, rue de Rennes (6e).
- Pér. 36
- Institution of Civil Engineers. — Minutes of Proceedings. Vol. 238, 1933-34 (part 2) London, Great George Street, Westminster, S. W. 1. Pér. 189
- Institution of Civil Engineers. — Selected Engineering Papers, nos 172 : The construction of the New Sea-Locks of the Crinan Canal, 19 p.. 7 fig., I pl. — 173 : Dépréciation of plant and machinery, 10 p. — 174 : Photo-elastic investigations of shear-tests of timber, 41 p., 32 fig. — 175 : Manœuvring of single-screw ships : The effect of rudder proportions on manœuvring and propulsive efficiency, 20 p., 8 fig. — 176 : The bridges of the Egyptian State Hailways, 36 p., 12 fig., I pl. — 177 : The survey and reconstruction of the Lyme Iiegis sea clefences, 13 p., 6 fig., I pl. — 178 : The theory and design of propeller-type fans, 29 p., 12 fig. — 179 : Catenarian functions, 18 p., 4 fig. — 180 : Caisson-sinking at Plantation Quay, Glasgow, 24 p., 7 fig. London, 1935. Pér. 189
- L'agent général, gérant, LEMAIRE.
- BRODARD ET TAUPIN, Coulommiers-Paris.
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- 135e ANNEE.
- MARS 1936.
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- LA STABILITÉ DES AVIONS»
- par M. Eugène Vellay, Ingénieur de l'Aéronautique.
- La stabilité est un facteur important de la sécurité.
- Le présent mémoire contient l’exposé des méthodes de contrôle actuellement en usage au Centre d’Essais de Vélizy-Villacoublay. Pour justifier ces méthodes nous avons été obligés de reprendre l’étude théorique de la stabilité. Nous avons indiqué également les répercussions que pouvaient avoir les conditions de stabilité sur la manœuvrabilité et la maniabilité qui sont également des facteurs importants de la sécurité.
- I. — AVANT-PROPOS.
- Définition des paramètres. — Nous rapporterons le mouvement à trois axes de référence fixes Oæ0, y0, z0, Oz0 étant vertical. La position de l’avion sera déterminée par les coordonnées du centre de gravité G et par l’orientation du trièdre trirectangle formé par les axes principaux d’inertie GX, Y, Z, orientation qui sera caractérisée par les angles, 0 cp et ^ d’Euler. GX est dirigé vers l’avant, GY vers la gauche du pilote et GZ vers le haut.
- Nous appellerons u, v, w, les projections de la vitesse V du centre de gravité et p, q, r celles de la vitesse instantanée ü de rotation de l’avion GX, Y, Z.
- Le mouvement du moteur sera défini, pour une admission donnée, par la vitesse angulaire n de l’hélice par rapport au planeur.
- Nous désignerons : sous le nom d’incidence i l’angle que fait le vecteur vitesse V avec le plan XGY, sous le nom de dérapage l’angle que fait la projection du vecteur vitesse V sur le plan XGY avec GX. Ces angles seront comptés de — tz à + 7r.
- Nous poserons :
- M(î), masse de l’avion;
- Px, PY, Pz, composantes du poids suivant les axes GXYZ;
- Fx, FY, Fz, composantes des forces aérodynamiques par rapport à G suivant les axes GXYZ;
- L, M, N, composantes des moments des forces aérodynamiques par rapport à G suivant les axes GXYZ;
- A, B, C, moments d’inertie principaux;
- I, moment d’inertie de l’hélice et des pièces en rotation du moteur
- (l’ensemble est supposé parfaitement équilibré);
- (1) Conférence faite en séance publique du Conseil par l’auteur le 25 janvier 1936.
- 135e Année. — Mars 1936.
- 10
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- 146
- LA STABILITÉ DES AVIONS. — MARS 1936.
- C15 couple moteur;
- C2, moment des forces aérodynamiques agissant sur l’hélice par rapport à
- l’axe de rotation de l’hélice;
- 4, mv rq, paramètres directeurs de l’axe de traction de l’hélice par rapport aux axes GXYZ;
- Pv 9u rv composantes de la vitesse de rotation n de l’hélice suivant les axes GXYZ (pl = lln, qi = min, rl = n[n);
- N(2), nombre de tours de l’hélice.
- Il y a donc sept inconnues qui sont définies par les sept équations du mouvement :
- - rv'j = Px H- Fx
- ru — pw\ = PY -b Fy
- ^ M-f- qw — rv^j = Px + F f dv
- \Tt \ dt
- Ml
- pv — qu
- [1]
- -h (G — B) qr H- I ( qrx — rqv
- F,
- — l
- n dt J
- B
- ^ H- (A — C)rp -h I (rp, — pn -h = M
- dt
- ,dr
- dt
- dn d f ppi
- dt\
- -+- (B — A)pq -h I ( pqi — 9P, -+- ^ ) = N
- dt
- Ml
- rr i
- r, dn n dt
- Ci — G,.
- Nous rappelons que nous avons supposé les masses tournantes parfaitement équilibrées, c’est-à-dire que la position du centre de gravité et le moment d’inertie I ne sont pas influencés par le mouvement des pièces en rotation. Les solutions de régime du système sont en général des mouvements périodiques à très haute fréquence que l’on peut confondre avec des mouvements permanents.
- Définition de la stabilité. — Considérons un régime permanent et supposons qu’une perturbation se produise.
- Le nouveau mouvement sera défini par les écarts entre les valeurs des paramètres u, v, w, p, q, r et n dans le mouvement perturbé et leur valeur dans le mouvement permanent.
- Le régime permanent sera stable si. étant donné un nombre positif a aussi petit que l’on veut, on peut toujours lui faire correspondre un nombre positif s tel que la condition maximum des valeurs absolues des écarts initiaux plus petits que s entraîne indéfiniment : maximum des valeurs absolues des écarts plus petit que a.
- L’étude de la stabilité repose sur la théorie des petits mouvements. Cette étude montre que, pour un mouvement de régime symétrique, il est possible de décomposer le problème et de considérer, d’une part, la stabilité longitudinale (petits mouvements dans le plan de symétrie) et, d’autre part, la stabilité transversale (petits mouvements sans déplacement du centre de gravité parallèlement au plan de symétrie et sans rotation autour de l’axe de tangage).
- Mais l’existence d’un régime symétrique suppose :
- 1° que les moteurs sont en nombre pair et qu’ils sont disposés symétrique-
- (2) Nous avons utilisé pour désigner la niasse de l’avion et le nombre de tours de l’hélice, les mêmes lettres que pour désigner les moments des forces aérodynamiques car il ne peut y avoir ambiguité.
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- LA STABILITÉ DES AVIONS.
- 147
- ment en position et en rotation par rapport au plan de symétrie de l’avion;
- 2° que deux moteurs symétriques tournent à la même admission.
- Pratiquement il n’existe donc pas de régime absolument symétrique, sauf pour les planeurs. Toutefois, si, dans les mouvements de régime, l’angle de dérapage est très faible, on peut encore distinguer la stabilité longitudinale et la stabilité transversale d’une manière cependant purement conventionnelle^
- En elfet, supposons que le pilote annule à chaque instant, dans les petits mouvements, par l’action des gouvernes transversales, les rotations de lacet et de roulis; les seules variables non nulles seront 8u, bw, bq et bv; or Su restera évidemment petit et augmentera ou diminuera, suivant les cas, l’angle de dérapage initial. Comme l’angle de dérapage a une influence très faible sur les caractéristiques aérodynamiques Fx, Fz et M; les quantités bu, bw, oq, auront sensiblement les mêmes valeurs que si les petits mouvements avaient été parfaitement symétriques.
- De même, si le pilote annule à chaque instant, dans les petits mouvements, par l’action de la gouverne de profondeur, la rotation de tangage, les quantités bu etbw resteront faibles et auront peu d’influence sur les caractéristiques aérodynamiques Fy, L et N. Les quantités bv, bp, br, auront donc sensiblement les mêmes valeurs que si on, bw et 8q étaient nuis.
- Cette manière de faire facilite l’étude théorique et l’étude expérimentale, mais il est bien entendu que, pratiquement, il n’est pas possible, en général, de séparer la stabilité longitudinale de la stabilité transversale sans un artifice de pilotage.
- On peut voir également que les termes du premier membre de la dernière équation du système [3] sont en général négligeables.
- .Simplifications (3). — Nous supposerons que les caractéristiques aérodynamiques sont indépendantes des accélérations, ou, au plus exactement, que l’influence des accélérations sur ces quantités est négligeable.
- De plus nous ferons les hypothèses suivantes :
- Cx et Cz sont indépendants de l’angle de dérapage (si cet angle reste faible), du braquage des gouvernes et des vitesses de rotation.
- Les coefficients de moments CL et CN et le coefficient CY sont indépendants de la \itesse de rotation de tangage et du braquage de la gouverne de profondeur.
- Le coefficient de moment CM est indépendant des vitesses de rotation de lacet et de roulis, du braquage des gouvernes transversales.
- Les caractéristiques de l’hélice ne dépendent que de la vitesse du centre de gravité, de la vitesse de rotation de l’hélice, de l’incidence et du dérapage.
- Ces simplifications paraissent légitimes dans un petit domaine autour de tout régime permanent de vol symétrique (où j, p, q, r et les braquages des gouvernes transversales sont faibles).
- Ces simplifications deviendraient très discutables si l’on s’écartait notablement de ces régimes.
- En outre, nous négligerons l’influence du nombre de Reynolds et la compressibilité de l’air sur les caractéristiques aérodynamiques et nous supposerons la densité de l’air constante dans l’étude des petits mouvements.
- Toutes ces hypothèses simplificatrices sont admissibles dans cette étude où nous
- (3) Toutes ces hypothèses ainsi que celles que nous ferons plus loin sur les valeurs de certaines quantilés ne sont valables que pour des avions normaux. Pour des appareils spéciaux il y aurait lieu de les modifier en conséquence.
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- LA STABILITÉ DES AVIONS. — MARS 1936.
- cherchons surtout à mettre en évidence l’allure des phénomènes. D’ailleurs, il serait possible de tenir compte de tous les facteurs que nous négligeons : les calculs
- Avrori * ^ mstable \ -y
- A vTor
- V. (km/h )
- —&------Réactions.
- — ?----Déplacements.
- Fig. 1. — Courbe de réaction de la commande de profondeur. Courbe de déplacement de la commande de profondeur.
- seraient plus compliqués mais il ne semble pas que les conclusions varieraient sensiblement.
- II. — STABILITÉ LONGITUDINALE, COMMANDE DE PROFONDEUR BLOQUÉE.
- 1° Nous poserons :
- angle (Ga?0, Ga?) = 6 angle (Gz0, Y) =<x angle (Ga?, V) =i.
- Nous admettrons, ce qui est toujours possible, que l’axe Ga? est parallèle aux axes des hélices (en pratique ces axes sont toujours parallèles entre eux). Nous supposerons en outre que l’élasticité de la commande de profondeur est nulle.
- Les équations du mouvement permanent s’écrivent :
- Mo sina -h T cosi — T„ sim = — C^SV2
- Zg
- M# cos a — T sim — Tn cosi = ^-CaSV2 £ /Cm SV2 h- T h — Tnh' -+- M h = 0
- [2]
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- LA STABILITÉ DES AVIONS.
- 149
- ou : T est la composante de la réaction aérodynamique des hélices parallèle à l’axe de traction, T„ la composante perpendiculaire, MA le moment de ces forces par rapport à un axe parallèle à l’axe de tangage et passant par le moyeu de l’hélice.
- Les équations des petits mouvements prennent la forme :
- l
- M
- { sT dT \
- = Mu cosaSa — ( T sim -h Tn cosi----r cosi-h-—” sini ]8i
- V ai Di y
- aV aV / Y 2gf \ Y a» aV Y J
- MV = Ma sin a 8 a • dt *
- aT-.j •
- — V sim
- av
- T cosi BV
- cost Oî
- aT„v
- —VC°S> V
- t • • , aT . . aT„
- — 1 n sin h-r sin t H-~
- ai at
- ^SV2(2^C2 + ^8i-+-3-%V^ 2g \ Y n aV V
- rf*a0
- dt2
- BT
- B -r-r = hW-i= — h'Y
- aV
- oTw
- aV
- -h V —— )-T7-+ (h—r — h aV J V V ai
- a M»'
- ai
- ai
- Si
- ci çyj\T9f oc1 oY . aCm>. aC^-iToV aCm l do0
- V“ AL---------—oi H---— V — H- ——77—77
- V ai aV Y (/tj V dt
- 2g
- avec
- 8a — 86 8 i
- / db y]~Ydt‘
- Les quantités ^71 et surtout ^77 résultent de l’influence du souffle des
- M aV aV aV
- hélices.
- En posant
- Q
- -SV2
- 2g
- et
- MXV
- Q
- l’équation caractéristique du système d’équations précédente s’écrit :
- [4]
- avec :
- A4 -+- Ai A3 -h A2A2 H- A3A -h A4 = 0 Ai =: ci —f- p A2 = <x-+- a[i -h b Ag 7=1 c a —|— b p H- g d A4 — /a H- ke
- Ë aCmi2M
- p— a-r; B
- «=jml + * («i* _ »t.*,+
- —SB L^ Q^1 31 3î /J
- . = 3C, + î% V + ^ - ïfîï cosi - ^ sin A + i (A sin i Aosi) aV ai Q\aV aV J Q\n n J
- l Tr. aC* , 1 /aT . aTn . A 6 = Cz--- -t- — ( —r cos? r sim
- L ai Q\ai a» J
- [
- a
- c=2a
- aC2 1 /aT . . , aT„ _
- —- -4- — ( — sint H-- cosi
- ai Q\ai ai
- aC„, V/aT . aT„ . A —-Y — — I — cosi — -y sini J
- 2G
- 2G,
- aV
- Q\8V
- aV
- aCj
- !+ aV M g sin« O
- -V^0vsini+7vcoss
- v-^(^cosi-wsin<)
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-
- ISO
- LA STABILITÉ DES AVIONS. — MARS 1936.
- d =
- e
- Q
- ^___Mr/ sin a
- 2° Pour que le mouvement soit stable, il faut et il suffit que les parties réelles des racines de l’équation caractéristique soient négatives, c’est-à-dire que l’on ait :
- [5] Ai > 0 A3 > 0 A4 > 0 AiA2A3 — A3 — AjA4 > 0
- conditions que l’on peut remplacer par :
- [61 Ai > 0 A4 > 0 AiA2 — A3 > 0 AiA2A3 — Ag — A?A4 > 0.
- Remarquons que les quantités a, b, c, f, sont toujours positives entre la portance minimum et la portance maximum.
- Les quantités d et k sont positives à partir de la portance minimum, s’annulent au voisinage de la portance nulle et sont négatives jusqu’à la portance maximum.
- La quantité e est positive ou négative suivant la position des moteurs. Elle est en général positive, mais elle devient négative si la résultante des tractions des hélices passe nettement au-dessus du centre de gravité. La position longitudinale des moteurs par rapport au centre de gravité influe aussi sur le signe de e ce qui rend impossible toute loi générale et il y a lieu d’étudier avec soin chaque cas particulier.
- Il est facile de voir que si a et [3 sont positifs, les quantités Kl et A3 ou les quantités Ai et AiA, — A3 sont positives entre la portance minimum et la portance maximum. '
- 3° Etude de la condition A4 > 0.
- 11 est facile de vérifier en vol le signe de la quantité A4.
- Désignons par y les braquages de la commande de profondeur et considérons les variations 8/, or, B6, nécessaires pour passer d’une position d’équilibre à la position infiniment voisine. En différenciant les équations [2] et en écrivant que le déterminant du système d’équations homogènes ainsi trouvé est nul, il vient
- [71
- 11 suffit donc d’enregistrer les braquages de la commande de profondeur en fonction de la vitesse Y ou de la quantité Y y/i, A4 s’annulera avec la pente de la
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- LA STABILITÉ DES AVIONS.
- 151
- courbe y = fÇV) car le coefficient de garde un signe constant entre la portance minimum et la portance maximum.
- La quantité A4 pourra s’annuler lorsque x sera petit ou négatif, c’est-à-dire, soit près de la portance nulle (grandes vitesses), soit au voisinage des portances extrêmes si l’empennage passe dans le sillage de la cellule (portance maximum pour les ailes basses, portance minimum pour les ailes hautes).
- Dans le cas où A4 est négatif, les autres conditions de stabilité étant remplies, on peut voir facilement par l’étude des racines de l’équation [3] que cette équation admet alors : une racine réelle positive, une racine réelle négative et deux autres racines à parties réelles négatives et élevées.
- L’avion, après sollicitation, s’écartera donc du mouvement de régime sans
- : Admission
- a fend __
- reduite a
- i0 200 220 240 260 280 300 320 3*
- '\C\fï~{km/h)
- — Courbes des réactions et des déplacements de la commande de profondeur d’un avion stable longitudinalement.
- psciller d’une façon apériodique. S’il se produit des oscillations, ces oscillations ne seront pas perceptibles avec les instruments de mesure actuels.
- La position du centre de gravité influe sur la valeur de Ai sans agir d’une façon sensible sur les caractéristiques du régime de vol permanent. La vitesse du vol, l’incidence, la pente de la trajectoire sont sensiblement les mêmes, seul le braquage du volet mobile de l’empennage horizontal est changé.
- Si l’on avance le centrage, on sait d’après les essais en soufflerie que la quantité
- —croît. Il en est en général de même de a. Les quantités f et k ne varient pas. En 3î
- ce qui concerne e remarquons que les quantités
- TA—TnA'-t-MA et
- 3 TA 3TnA'
- 3V ~ 3V + 3V
- varient peu avec le contrage; elles croissent ou décroissent légèrement suivant la position des moteurs par rapport au centre de gravité. Cm qui est égal à — (TA — TnA' Ma) variera peu lui aussi.
- La quantité est composée de deux termes principaux, un terme résultant de la variation de vitesse sur l’empennage, l’autre résultant de la variation d’incidence
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- 152
- LA STABILITÉ DES AVIONS. — MARS 1936.
- sur l’empennage, Le premier est positif ou négatif suivant le signe de la portance de l’empennage. Positif aux faibles incidences il s’annule aux grandes incidences pour devenir ensuite négatif. On peut en général le négliger aux grandes incidences. Le deuxième terme est négatif aux faibles incidences et positif aux grandes incidences. Pour des moteurs de puissance élevée, sa valeur n’est pas négligeable aux faibles vitesses. En outre sa valeur croît lorsque le centrage avance. La quantité e croîtra donc en général aux grandes incidences lorsqu’on avance le centrage. Si l’empennage est placé dans le sillage de la cellule et si le couple T h — Tnh' H-MA est cabreur la quantité e est positive et a a une valeur faible.
- On peut concevoir que dans le cas des avions à ailes basses la quantité A4 s’annule et devienne négative aux grandes incidences. Dans ces conditions, un dépla-
- Fig. 3. — Essais de stabilité longitudinale.
- cernent du centre de gravité vers l’avant améliorera la stabilité mais beaucoup moins rapidement qu’aux faibles incidences.
- 4° Etude de la condition Ai A2 A3 — A3 — A? A4 > 0.
- Le premier nombre est un polynôme du deuxième degré en a et du troisième degré en p. L’étude de ce polynôme montre que, aux grandes incidences, il peut présenter deux racines réelles en a. Il faut que la valeur de a soit extérieure à l’intervalle des racines. Dans la majorité des cas, a sera supérieur à la plus grande des racines. Toutefois si l’empennage pénètre dans le sillage de la cellule, a pourra diminuer de telle façon que le polynôme Ai A2 A3 — A\ — A| A4 devienne négatif.
- Dans ce cas, les autres conditions de stabilité étant supposées satisfaites, il est facile de voir en étudiant les racines de l’équation [3] que seules des racines imaginaires peuvent avoir leurs parties réelles positives. Le mouvement de l’avion, après sollicitation, sera donc un mouvement oscillatoire non amorti.
- Si l’on avance le centrage, a, ,8 et e croissent; si l’influence de e est défavorable, celle de a et p est au contraire favorable, l’expérience montre que le résultat total est une augmentation de la quantité At A2 A3 — A3 — A? A4.
- 5° Etude des mouvements permanents de Vavion au delà des portances extrêmes. — Nous n’étudierons que les mouvements au delà du Cz maximum; les conclusions de l’étude du vol de l’avion avant le Cz minimum étant les mêmes.
- A4 pourra s’annuler comme nous l’avions vu plus haut. En général Ai A? Ag — A3 — A? A4 s’annulera toujours pour une incidence plus ou moins
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- LA STABILITÉ DES AVIONS.
- 153
- grande. Si A4 ne s’annule pas, l’avion restera stable pour une zone d’incidences assez large. Presque toujours on rencontrera une discontinuité de l’écoulement sur la cellule. Dans certains cas cette discontinuité produit un couple piqueur important. L’avion fait une abattée assez brutale. C’est le phénomène de la perte de vitesse. Dans d’autres cas, le couple piqueur est faible et peut se traduire par des oscillations entretenues de l’avion, d’amplitudes assez petites. Parfois ce couple piqueur sera sensiblement nul, et il sera possible, si l’action des gouvernes est suffisante, de trouver de nouveaux régimes permanents de vol avec le deuxième écoulement.
- Il y a lieu de remarquer que la détermination du déplacement de la commande en fonction de la vitesse devient délicate à ces incidences, puisque la vitesse passe par
- Fig. 4. — Dynamomètre pour la mesure des réactions des commandes.
- un minimum. Il serait préférable d’enregistrer à ces incidences le déplacement de la commande en fonction de l’incidence. Les indicateurs d’incidence étant encore d’un emploi difficile et peu précis, on peut tourner la difficulté en conjuguant l’emploi du niveau longitudinal et de l’anémomètre. On peut déterminer ainsi des positions différentes de l’avion correspondant à des vitesses très voisines et pratiquement identiques.
- 6° Influence du poids. — Soient Mt et M2 les deux masses d’un même avion dans des conditions de chargements différentes. Si l’on a
- Mt Ti(S1)_8<VÎ SiNÎ
- 1 J M2 T2(52) S2V| 82N?
- il y aura correspondance entre les deux mouvements permanents qui s’effectueront à la même incidence et au même point de fonctionnement de l’hélice(4).
- Les quantités a, 6, c, d, /, k, auront les mêmes valeurs dans les deux cas de vol; si de plus on impose la condition
- rayon de &iration)
- (4) Par suite des déformations des hélices, le point de fonctionnement de l'hélice ne reste pas exactement le même, mais les variations sont faibles et ne changent pas sensiblement les conclusions.
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- m
- LA STABILITÉ DES AVIONS. — MARS 1936.
- les quantités a et l seront les mêmes dans les deux cas. La quantité [3 croîtra en général avec le poids. Il en résulte donc que si le mouvement de l’avion au poids le plus faible est stable il en sera de même pour le mouvement de l’avion au poids le plus élevé. Les admissions aux moteurs seront en général peu différentes.
- 7° Influence du moment d'inertie. — A un poids déterminé, les variations relatives du moment d’inertie B ne peuvent pas être considérables. Elles ne changent pas les signes de A4 et de A3, ni pratiquement les signes de Ax et Al A, — A3. Ces variations peuvent donc seulement influer sur le signe de Al A2 A3 — A3 — A] A4. Si l'on étudie les variations de cette quantité en fonction du rayon de giration, on voit qu’en général elle reste positive si le rayon de giration décroît, en admettant qu’elle soit positive pour la valeur initiale et de ce rayon de giration. Il y aurait donc intérêt à faire les essais avec des masses mobiles éloignées autant que possible du centre de gravité. Pratiquement l’influence étant très faible il n’a jamais été constaté qu’une instabilité soit apparue du fait de la variation du moment d’inertie.
- 8° Influence de l'altitude.
- T i(8i)_8iVÏ 8,NÎ
- T,(o)2 o,V2 82N|
- il y aura correspondance entre les deux mouvements permanents qui s’effectuent à la même incidence et au même point de fonctionnement de l’hélice (s). Dans ces conditions, les quantités a, b, c, d, /, le, (3 ont les mêmes valeurs dans les deux cas de vol. Les quantités a et e sont multipliées par un facteur positif qui croît avec l’altitude. Les quantités A(, A2, A3, Au gardent le même signe. Seule la quantité AjAaAj — A3 — AjA4 sera susceptible de s’annuler la première lorsque l’altitude augmentera.
- Pour les avions actuels on voit facilement que e est encore relativement petit et que l’augmentation de l’altitude ne peut annuler la quantité A, A2 A3 — Al — A? A4. Il est possible qu’avec l’augmentation des puissances motrices on arrive à des valeurs de e telles que la quantité A1 A, A3 — A32 — A? A4 s’annule lorsque l’altitude croît. Toutefois il y a lieu de remarquer que pour tous les moteurs actuels le couple moteur décroît avec l’altitude. Le vol en altitude correspond à des régimes au sol à admission réduite, par suite à des valeurs de e faibles.
- ?TV
- Remarquons qu’avec les moteurs à compresseur, la valeur de — — varie pour le
- même point de fonctionnement de l’hélice avec l’altitude. Cette variation ne peut être calculée actuellement, les lois du couple des moteurs à compresseur étant encore mal connues. Les quelques résultats déjà obtenus montrent que dans l’état actuel de l’aviation, cette variation est faible.
- 9° Ces résultats montrent qu’il suffît de vérifier la stabilité des mouvements de l’avion au voisinage du sol, à toutes les admissions et au poids le plus faible possible. La stabilité des mouvements de l’avion sera assurée à toutes les altitudes et à tous les poids.
- Pour vérifier cette stabilité on se contentera d’enregistrer les déplacements de la commande de profondeur en fonction de la vitesse (cond ition A4 > 0) et de vérifier
- (5T Cf. page 153.
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- LA STABILITÉ DES AVIONS.
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- la stabilité par la méthode des_ sollicitations aux grandes incidences seulement (condition Al A2 A3 — Af — Ai A^^> 0). On pourra se contenter d’effectuer ces essais uniquement pour les admissions, extrêmes. ............
- 10° Cas d’une commande élastique. — Supposons maintenant que l’élasticité de la commande de profondeur ne soit pas négligeable. Il faut alors tenir compte des mouvements 8 e de la gouverne de profondeur. Les équations [2] doivent être complétées de la manière suivante :
- dans les premiers membres de ces équations- apparaît un terme de la forme
- dP 8 e
- dx
- dp ’
- dans le deuxième membre de la troisième équation apparaît un terme de la forme
- ® C'17'2/ DCnj dùS l \ o .
- _SW/_0£.h___ +a4.e,
- V 3av /
- enfin une quatrième équation est nécessaire
- p] &=k r^vy25ic
- — Se
- Dl dV V De
- c:„ dlel' tC'mldto' V dt
- de V dt V d7tV .
- a^ 80 —|— æ38s
- où V est la profondeur moyenne du volet mobile, a est la surface du volet mobile,
- K est la constante de déformation de la commande.
- Nous avons négligé dans la dernière équation les forces d’inertie du volet mobile. Nous négligerons aussi les termes tels que fli-jY ainsi que * m •
- CLZ CL s t
- .. .... ddt\
- L’équation caractéristique s’écrit alors
- [10] A4 -h a;A3 A2A2 -4- A' A + A' -4- N A(A4 -h At A3 + A2 A2 H- A3A -b A4) = 0
- ou
- A[ = a + p — p'
- A2 = a(p — p') -b b H- a — cl H- b‘
- AJ = C (a — a') + b (p — p') h- d{e - ef) A' = (a — a') / -h (e — e') k -+- bb'
- DG' /M2V2-
- ab'
- a = — K-
- H
- ni BQ ^dC' Z'M
- b,_ VHW a, K H
- BQ a_
- Zg
- r rv2
- ZM2V2
- KH +
- BQ
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- m
- LA STABILITÉ DES AVIONS. ---- MARS 1936.
- N = — K
- QV
- aC m
- dsl'
- *~dtV
- MV2
- K
- H
- *9
- 3 Cm 3s
- /'V2
- àG'm
- 3s
- Qi
- ^-gZ'V2
- K
- dC m 3e
- Kgl
- %
- K aa
- ^-gZ'V2
- Zg
- : Z'Y2
- Les quantités a4, as, a6 sont toujours très faibles.
- Les quantités a' et (3' sont toujours positives et petites.
- b' est toujours très petit. Son influence est négligeable, en général. En outre comme a8 est presque toujours positif, il est lui-même positif.
- Supposons N nul. Les coefficients A' se déduisent des coefficients A en remplaçant a par a — a', (1 par (3 — e par e — e’. Les résultats précédents s’appliqueront à la nouvelle équation ; on en déduit :
- 1° les mouvements de l’avion étant stables, gouverne de profondeur bloquée, peuvent ne plus l’être commande de profondeur bloquée si la commande est élastique;
- 2° si la commande de profondeur est munie d’un compensateur de réaction agissant sur la quantité Cl, il sera possible de diminuer ou d’augmenter la quantité A[. En particulier on pourra, comme k est négatif, diminuer A[ en mettant le plan fixe ou le flettner au piqué.
- Si N n’est pas nul, il est toujours très petit et positif; pratiquement les conclusions précédentes ne seront pas changées.
- Si l’on enregistre les déplacements de la commande de profondeur en fonction de la vitesse, la pente de la courbe obtenue s’annulera en même temps que A4. En effet en opérant comme au § 3 on obtient en négligeant a4
- A' Yx Y fr 5 Cm ^M2______________1_______________q
- dV g 3s a_SB K/a \
- Zg \?g 3e 6)
- où (X est le coefficient de démultiplication entre la gouverne et la commande.
- Enfin les résultats obtenus dans les paragraphes précédents concernant l’influence du centrage, du poids, de l’altitude et du moment d’inertie s’appliquent encore pratiquement lorsque la commande de profondeur présente une certaine élasticité.
- III. — STABILITÉ LONGITUDINALE, COMMANDE DE PROFONDEUR ABANDONNEE.
- 1° Les équations des petits mouvements sont analogues à celles que nous avons considérées au § 10 du chapitre précédent. Nous négligerons les forces d’inertie des éléments mobiles de la commande de la gouverne, et l’influence de ^ sur les quantités C*, Cz, G,,
- L’équation caractéristique s’écrit :
- [ii] a4 -+- a;a3 -+- AjA2 + a'3â -b a;
- • NA(A+ -1— AjA3 —b A, A2 —b A,A —b A4) — 0
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- LA STABILITÉ DES AVIONS
- 157
- où A[, AJ, A3, A[, ont la même forme que dans l’équation [10] mais où on a supposé K = + 00.
- La quatrième équation en mouvement de régime est
- 2-«ZV*C; + m1 = 0
- %
- où ml est le moment des poids et des réactions des poids des parties mobiles autour de l’axe de rotation du volet mobile. Nous allons étudier l’équation [11] dans deux cas particuliers.
- 2° Les masses de la commande et du volet mobile sont négligeables ou l’ensemble est parfaitement équilibré statiquement.
- On a alors
- A4 = a -f- p — p/
- AJ = ü (P — p ) H— a — a' -f- b
- AJ = c(a — a) -h 6(p — p') -h d{e — e')
- A[ = f(<x —k(e — e').
- Gomme N est très petit ainsi que e', on peut donc dire que l’abandon de la commande diminue simplement a et p de quantités qui n’ont pas en général une valeur faible et négligeable et modifie e de la quantité — e'. Les mouvements de l’avion peuvent donc être stables commande bloquée et instables commande abandonnée.
- 3° Dans la réalité les masses des éléments mobiles de la gouverne quoique faibles ne sont pas toujours négligeables.
- On pourra encore très souvent considérer comme nulles les quantités comme a mais il ne sera plus possible de négliger qui aura en général une valeur positive d’autant plus élevée que le volet sera lourd. Nous supposerons encore que N est négligeable.
- La valeur positive de augmentera les valeurs des quantités A3 et A4. Il en résulte que si l’on considère la condition A4 > 0, les mouvements de l’avion peuvent être stables commande abandonnée et instables commande bloquée.
- Mais si l’on étudie la condition At A2 A3 — Al — Af A4 > 0 on voit facilement qu’une augmentation importante de Cm peut annuler le premier membre et même le rendre négatif.
- Autrement dit avec un volet de profondeur lourd, on pourra rencontrer aux grandes incidences des régimes instables, où les mouvements perturbés seront des mouvements oscillatoires non amortis. On peut vérifier facilement ce dernier point en augmentant artificiellement la masse du volet mobile, par exemple par un poids P attaché convenablement au manche à balai. On trouve expérimentalement que l’amortissement du mouvement perturbé diminue lorsque le poids P augmente.
- 4° Les résultats obtenus dans le chapitre précédent et concernant l’influence de l’altitude, du centrage et du moment d’inertie B sur la stabilité des mouvements resteront valables. Quant aux variations du poids total tout revient, avec les hypothèses simplificatrices du chapitre précédent, à diminuer le poids de la commande et de la gouverne quand le poids total de l’avion augmente. Dans le cas où (dont la valeur absolue diminue lorsque le poids de l’avion augmente d’après ce qui précède) n’est pas nul, cas de moins en moins fréquent sur les avions rapides, l’avion pourra devenir instable lorsque le poids augmentera.
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- LA STABILITÉ DES AVIONS. — MARS 1936.
- 158
- Si la réaction de la commande de profondeur est compensée par un ressort ou un sandow, l’équation du régime permanent s’écrit :
- rrii
- 0.
- est le moment de la force du ressort ou du sandow et est en général négatif.
- Dans les équations des petits mouvements
- 3 L m 3
- 3 Ç'n
- 3e
- 1
- est remplacé par
- 3e
- 3£ iLff/'v* %
- 3 m,
- 3 CL
- —^ sera en général négatif, comme 3e 3s
- Les quantités a', fi', b', N sont donc diminuées tandis que est augmenté. La stabilité sera améliorée par rapport à la stabilité commande libre de l’avion sans
- sandow. Si la commande est élastique, on pourra faire entrer son influence dans •
- 3e
- 5° Dans tous les cas il est facile de vérifier en vol le signe de A4. Enregistrons en effet la variation des efforts sur la commande de profondeur en fonction de la vitesse. En opérant comme pour la stabilité commande bloquée, il vient :
- 3 Cm
- „ d¥
- [121
- Ai-H'
- Y M2/ 3e dY ÜLal’V* Ab
- 2 g % 3s
- k = 0
- où H' est un coefficient toujours négatif.
- La pente de la courbe F = f (y) s’annule en même temps que Dans les essais il y a lieu de prendre les mêmes précautions que pour les mesures de y dans
- les vols aux grandes incidences.
- remarque. — Nous avons supposé que a' et (3' étaient toujours positifs. Toutefois certaines compensations de gouvernes qui ne semblent pas avoir encore été utilisées, donnent pour a' et fi' des valeurs négatives. Dans ces conditions les mouvements de l’avion pourraient être instables commande bloquée et stables commande libre.
- IV.
- INFLUENCE DE CERTAINS FACTEURS SUR LA STABILITE LONGITUDINALE.
- 1° Élasticité de la commande. — On peut dans le cas d’une commande élastique relier facilement — et En effet, appelons y0 le déplacement de la commande supposée non élastique; on a évidemment
- [13]
- d y d y0
- dW ~dV
- K x H
- ,dF
- dV'
- dF d
- Il en résulte que si — est négatif (instabilité commande lâchée), ^pourra être
- négatif même si est positif; l’avion sera alors instable commande bloquée,
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- LA STABILITÉ DES AVIONS.
- 139
- quoique étant stable gouverne bloquée. Ce phénomène se produit fréquemment, surtout sur les commandes à transmission par câbles.
- Dans le cas moins fréquent où — est positif et négatif, l’avion pourra être
- stable commande bloquée et instable gouverne bloquée.
- 2° Déformation du planeur. — Il est difficile de prévoir sans un calcul assez long l’influence des déformations de la voilure. Toutefois il semble que ces déformations diminuent en général la stabilité.
- La rigidité en flexion du fuselage a une importance assez grande sur certains avions (fuselage à section faible). Il est évident qu’un fuselage se déforme dans le même sens que l’effort qui agit sur l’empennage. Si l’on passe d’un régime permanent à un autre régime voisin à plus grande vitesse, l’effort sur l’empennage décroît. Le fuselage fléchira vers le bas et par suite l’incidence de l’empennage augmentera.
- 11 est alors évident que les quantités et seront diminuées. L’avion pourra
- donc devenir instable par suite d’une trop grande flexibilité du fuselage.
- 3° Surface, position et forme de Vempennage. — Une augmentation de la surface totale de l’empennage sans changer la répartition entre la surface mobile et la sur-
- face fixe revient à augmenter les quantités a, p et la valeur absolue de 1—™ . L’aug-
- D £
- mentation de surface améliorera donc en général la stabilité commande bloquée. 11 en serait de même de la stabilité commande abandonnée, mais en général on sera conduit à modifier la compensation aérodynamique de la gouverne pour diminuer les efforts sur la commande. Dans certains cas (vol aux grandes incidences pour les avions à ailes surbaissées) on peut faire les mêmes remarques que pour l’influence du centrage. Pour remédier à ces inconvénients, on pourra soit modifier le sillage de l’aile et le régulariser par des carénages appropriés, soit changer la position de l’empennage. Tant que l’empennage ne pénètre pas dans le sillage de la cellule, sa position a peu d’influence sur la stabilité.
- La forme en plan peut diminuer la stabilité si elle est irrégulière ou si elle présente des discontinuités brutales. Une augmentation de l’allongement améliorera la stabilité, mais on est limité dans cette voie par des conditions de constructions, poids et rigidité, pour éviter les vibrations et par le fait qu’à partir d’un certain allongement (de 6 à 7) le gain est négligeable.
- La forme du profil a peu d’importance, si le profil est un profil d’aile. Certains constructeurs utilisent encore des empennages dont la partie fixe ressemble à une planche avec un bord d’attaque arrondi et dont la partie mobile est à section triangulaire. Les résultats précédents ne s’appliquent pas toujours. Mais ces empennages dont la construction est facile et le rendement médiocre sont abandonnés depuis longtemps par la majorité des constructeurs.
- 4° Position des moteurs. — La position des moteurs a une influence sensible sur la stabilité. En général on place sur les avions les axes de traction des hélices au-dessous du centre de gravité ou très peu au-dessus. Dans ce cas il y aura intérêt à leur donner une incidence négative.
- V. — EXÉCUTION DES ESSAIS DE STABILITÉ LONGITUDINALE.
- Ils seront exécutés au poids le plus faible possible, à l’altitude la plus faible possible et aux admissions extrêmes des moteurs.
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- LA STABILITÉ DES AVIONS. — MARS 1936.
- Afin d’éviter l’influence des variations de densité de l’atmosphère, les essais seront exécutés à altitude constante et par temps absolument calme.
- Les mesures des déplacements et des réactions des commandes s’effectuent au moyen d’un mètre coulissant et d’une poignée dynamométrique.
- En ce qui concerne les essais de stabilité proprement dits, on procède de la manière suivante :
- On maintient l’avion, commande de profondeur bloquée, en état d’équilibre pendant une ou deux minutes. La commande est maintenue bloquée au moyen d’un dispositif spécial.
- Si l’avion tend à s’engager de lui-même dans un sens ou dans l’autre il est en général fortement instable.
- Dans le cas où l’avion ne manifeste aucune tendance à l’engagement, des pertur-
- Fig. 4 bis. — Dynamomètre pour la mesure des réactions des commandes.
- bâtions sont artificiellement créées par des sollicitations. Pour écarter l’avion de sa position d’équilibre on pourra opérer de différentes manières :
- 1° en donnant une impulsion à la commande qui est ramenée rapidement à sa position d’équilibre pour y être bloquée ou abandonnée suivant que l’on étudie la stabilité commande bloquée ou la stabilité commande abandonnée.
- 2° en déplaçant des masses et en les ramenant à leurs positions initiales, la commande restant bloquée ou étant abandonnée suivant le cas.
- La variation de vitesse résultant de la sollicitation devra être faible et de l’ordre de 5 à 10 km/h.
- A un centrage déterminé, on procédera aux mesures des déplacements et des réactions de la commande de profondeur, aux admissions extrêmes des moteurs, aux calages extrêmes du compensateur de réaction s’il existe, et entre une vitesse supérieure à la vitesse maximum et la vitesse la plus faible possible; aux faibles vitesses seulement, on exécutera des essais de stabilité.
- Dans le cas où l’avion serait muni de dispositifs spéciaux : freins aérodynamiques, volets de courbure, aileron zapp, fentes, etc. On étudiera l’influence de ces dispositifs par la même méthode en tenant compte des conditions de résistance du
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- LA STABILITÉ DES AVIONS.
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- planeur, pour limiter s’il y a lieu la zone des cas de vol étudiée. Il en sera de même en ce qui concerne le vol avec un ou plusieurs moteurs stoppés, dans le cas des avions multimoteurs.
- Les résultats de ces essais permettent au constructeur un équipement correct de son avion, tant au point de vue de la stabilité longitudinale qu’au point de vue de l’utilisation future de l’avion.
- Cas 'particuliers. — Dans le cas où les transmissions de commande présentent un frottement important, pour un régime donné de l’avion, il correspond, comme les commandes sont toujours élastiques, plusieurs positions de la commande avec des réactions différentes. Dans le cas de la stabilité longitudinale, il est possible mais délicat de déterminer les courbes extrêmes de déplacement et de réaction de la commande. Pour une même position de la commande ou une même réaction (nulle) delà commande, il existe plusieurs positions d’équilibre de l’avion, comprises entre deux positions extrêmes. L’avion aura donc pour le pilote les mêmes réactions qu’un avion instable et présentera les mêmes dangers.
- VI. — STABILITÉ TRANSVEBSALE, COMMANDES TRANSVERSALES BLOQUEES.
- Nous poserons, en appelant GY' la droite d’intersection du plan GXY avec le plan horizontal :
- angle (GY', GY') = cp angle (GY', Gy) = <^ angle (GZ, Gz ) = 0.
- Nous supposerons que qt est nul. Les équations du mouvement permanent sont les suivantes :
- Les équations des petits mouvements s’écrivent (6) :
- avec
- j- — É2Z y = — Q = — SV2 (26 = envergure de l’avion).
- “ V V %
- (fi) Nous admeltons que le pilote annule constamment la vitesse de rotation de tangage.
- 133e Année. — Mars 1936.
- H
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-
-
-
- J 62 LA STABILITÉ DES AVIONS. — .MARS 193G.
- L’équation caractéristique s’écrit :
- — —-------— cosi
- a Gy MV X b jCy MV . . VIF" Q-Sm‘ b a Cy MV
- a j cos i Q V aç Q
- 3 CL b aCL A, b aCL
- [16] a J cosi V a^ 06 ' V a£
- 3 CN àaCN b aCN —X Qb
- a j cos i V aç V aÇ
- U cos 9 sin6
- En posant MaV Q = A A = MRx G = MR /•
- Cette équation devient :
- [17] A4 -I- AiA3 H- A2A2 H- A3A + A* = 0
- 0
- 0
- = 0.
- avec
- A,=
- aC.
- dj cos i
- ôlaÇj
- R/ 3^
- ^ ? CN__3 Cn ? Ci
- 2 .3? ït, 3ç 3Î
- b2 / jCv 3Cn
- à2 aCN\
- 'rîTTJ
- ¥ . V
- 3 tÜ-VT 3 C^T
- 3cf. sc
- A.
- R| \ 3j cos i
- bk r d CN
- R2R| Laj cosi V 3; a£ ad. r?CYaCN aCYaC
- R|R| R2\?jcosi a: aj cosi 3c
- aC^aCyN MV2 / b2 aCN . b'1 a G
- r
- dj cosi a; y Q VRfajcosi
- aC^ aGy___aCy aGpj
- 3? 3C
- COS l -t-
- MY2 / . . a CL
- —— sim—t
- Q \ K
- R£ aj cos i
- .aC
- sm i
- P "y 3 Vis
- i L 3^ aç
- aj cos i l
- aCY /aCiaCs_aCîîaCïfy| MV
- 5 X 3 ç yjy Q
- 3 £ 3 Ç
- 3C„aCI.\-
- MV2/ . .aCN
- COSî
- aCL\q
- COS1-ÿTJ
- 3 CN
- a j cosî V 3
- __MV2P 64 r a
- R2Ri Lai
- MV2P/ Jû aCL
- R| ay cos i
- aç
- cos6
- è2 aC.
- R|aj cosi
- t sinO
- aCN /a G
- V2 Ri
- a j cosi \ a £
- cos 6
- 3 G,
- sinO
- aCj, /aCN , aGN . ,
- ———. —cos 6-----------y smû
- a j cos i \ a£ ac
- Pour que le mouvement soit stable, il faut et il suffit que les parties réelles des racines de l’équation caractéristique soient négatives, c’est-à-dire que l’on ait :
- Ax > 0 A3 > 0 A4 > 0 A1A2A3 — A2 — A[ A4 > 0
- conditions que l’on peut remplacer par :
- Ai > 0 AiA2 — A3 > 0 A4 > 0
- AiA2A3 — A2 — A2A4 >- ü.
- Pour discuter ces conditions, nous devons d’abord déterminer les valeurs
- de ^r, ^jrG dlïï d’une façon approximative. Ces quantités comportent deux
- t) ç c) ^ D s
- termes, l’un dû à la voilure, l’autre dû à l’empennage vertical et au fuselage. Nous calculerons seulement les termes dus à la voilure.
- Considérons une voilure de forme elliptique dont tous les profils sont calés à la même incidence. Nous admettrons que les différents profils ont la même polaire.
- Appelons bp' el or' les rotations autour de l’axe GX' parallèle à la vitesse et
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-
-
- LA STABILITÉ DES AVIONS.
- 163
- autour de l’axe GZ' perpendiculaire et ro la circulation dans le mouvement permanent.
- On peut écrire :
- tl8] ' r»+r2=f(V-!'8’'')(Cl+^v'
- où d = profondeur de l’aile = d0 y/1 —
- Cz et caractéristiques de l’aile d’envergure infinie à l’incidence i -+-
- On déduit de là
- [19]
- Fi
- F„ = -
- (1G tr 7
- -dTd , ,
- -^ryop dC,
- 2K
- 7?/'
- avec K' = 1+4^t-3-Ab ai
- Les variations d’incidence et de vitesse correspondantes sont les suivantes :
- — 1 ylp'
- Bit :
- [20]
- K' Y
- — Cz Ab ylr'
- K' V
- o Vi = 0
- 8 Va_ y or'
- Y “ ” V
- Les variations de la portance et de la traînée élémentaires suivant les OX et OZ à l’abscisse y de l’aile sont :
- [21]
- d*v.=dy±*r(icjï + *frti
- Les variations des moments sont :
- _ . /*+&
- [22]
- oL' = J* ydoFz ZN'= j* yd 8FX. Remarquons que l’on a
- [23]
- v
- 8 p' = cos i — 8 5 sim)
- V
- 8z' = —(8£ sim -t- 8Ç cosi)
- En remplaçant 8p’ et 8/ par leurs valeurs dans les équations 22 il vient :
- ?C\
- 35
- : -1 — 2G7 sim
- dC7
- cost-h^rCj; sim Ab
- di
- K'
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- LA STABILITÉ DES AVIONS. — MARS 1936.
- ClCa
- —fri- Cosi 4 b
- ?C'K_1
- 5C'n
- oC
- -1 — 2CX sini
- — 2CX cosi
- di k' y
- dCx dnr, • . cosr H—;GZ smi 4 b
- di K'
- dCx M n5 sini -hcosi \ 4 b I.
- di
- K'
- Les valeurs réelles sont un peu différentes de ces valeurs théoriques. Dans chaque cas particulier il est facile de calculer les valeurs exactes. Mais les expressions précédentes sont suffisamment précises pour cette étude plus qualitative que quantitative.
- On écrira donc :
- «>Çl _ aÇlL + S aCL = aC'L | ^
- aC aC ^ a; a-
- aC» ? ;
- aC'N
- aCP
- aC
- aC'r
- aC
- Ci, C2, ?15 étant les termes dus à l’influence du reste de l’appareil.
- Remarquons que :
- ç, et sont les quantités très petites et négligeables.
- C2 est une quantité négative.
- dG ÉG
- Les quantités —y et —- ont des valeurs faibles et négligeables.
- a£ aC
- et—- sont en général négatifs et s’annulent au voisinage des portances
- ac a C extrêmes.
- ?C'
- qui est positif pour les incidences négatives, s’annule près de la portance nulle et devient négatif aux incidences positives.
- qui est négatif pour les incidences négatives, s’annule près de la portance nulle et devient positif aux incidences positives.
- 1_,I est négatif. )~— décroît avec l’incidence aux grandes incidences il peut devenir négatif.
- a une valeur en général positive mais peut parfois être négatif.
- Si l’on pose aCv
- b'-.
- b- ïCy
- aj cosi Rx a£ R| aC
- _^/_C_a_Cx aCNaC,.\ . MV2 f b- aGN R\Rz\ ac aC
- b2 aC,
- PMVV4- aC,
- a ; ac y Q \R| aj cosi
- b- aCN
- sim
- COS0
- Q O \R\aicosi // MV2/ aCN aC,
- R| aj cosi a G, aGx
- sin6
- R\Rz Q Vajcosi ai; ajcosi ac
- Rxaj cosi b4 MV2/ aCN aCL aGL aCN
- R\Rz Q \ajcosi aC ajcosi aC
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- LA STABILITÉ DES AVIONS.
- 163
- On peut écrire, en négligeant et
- 3?
- A-i17 — Q, —|— U
- A2 — 6 —au —c
- A3 = b'u -h p sini — a cosi -+- e
- p
- A4 = — (fi cosô— a sin6)
- La quantité br s’écrit, après transformation b-'*
- Gl + C;-ha^-C3^
- ai ai
- R 2 p2
- \ JA?
- 8K'
- Cette quantité est donc toujours positive pour les portances positives. Les quantités a et c sont de même toujours positives. La quantité (6 sini — a cosi qui s’écrit : 6* MV2r 1 ( dCn dCz
- jeL jc_A_î)_jc!^sin
- RxRz Q l4K' \dj cosi Di Dj cosi 2>i J "ij cosî est en général positive.
- Il en résulte que les conditions At > 0 et A3 > 0 sont remplies. La quantité A4 s’écrit
- dn
- inij
- sina-+—7 C- cos a a Cz 4 b
- di
- dn
- sin a -h —7 Cz cos a «Cy 4o
- 4K'
- 3 CL
- 7 Ç2 cosô
- <>j cosi \ 2 di 4K' / Dj cosi
- Si l’on considère les coefficients C/ et C„ des moments aérodynamiques autour d’axes passant par le centre des gravités, l’un étant parallèle à la vitesse, l’autre perpendiculaire on peut écrire :
- A* =
- PMV2 b4
- Q2 RxR 1
- sCï
- 3 C,
- 2)J COSî
- CzCOSa 2
- 2] COSl
- C.r cos a f r D Ca
- 2 "+~ \ di
- sinaH-— Czcosa
- ciCs -, \ 46 ...
- 1T+Cy-----------Üf----------Ç2cos0smï
- dn ^
- sin a H-7 Cz cos a
- 46
- 4 K'
- cosiCo cos(
- *4
- avec
- K" =
- A,= K'Y
- 37
- PMV2 6* 1
- Q2 R|RZ cosi
- Cz cos a
- 2
- Cx cos a
- 2~
- di
- dCx
- sin a H--rCz cos a
- Ab
- AK!
- dn n
- sin a H- -7 Cz cos a Ab
- Ç2 cosô sini = [/.' — Ç2 cosô sini
- di
- AK!
- — L cosô cosi = v' — C? cosô cosi.
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- LA STABILITÉ DES AVIONS. — MARS 1936.
- II est facile de voir que v est en général toujours positif entre la portance nulle et la portance maximum que p.' est positif près de la portance nulle et négatif près de la portance maximum.
- Il en résulte que v est toujours positif pour les portances positives alors que u pourra changer de signe entre la portance nulle et la portance maximum.
- Dans un avion à aile basse, l’axe principal de roulis est piqueur, et l’angle i est presque toujours négatif, jx s’annule donc certainement. Au contraire pour un avion à aile haute, l’angle i sera positif et si les surfaces verticales de queue sont importantes, p. ne s’annule pas.
- Dans le premier cas, il faut que c—r devienne très petit pour que A reste positif, c’est-à-dire que l’avion soit stable. Il pourra même être négatif. Toutefois, cette circonstance est assez rare si l’action des gouvernes est correcte comme nous le verrons plus loin. Une augmentation des surfaces de queue diminuera la stabilité et on devra rechercher les dimentions minima compatibles avec la manœuvrabilité de l’avion qui devra être suffisante et pour les avions acrobatiques avec la stabilité transversale en vol inversé.
- aC
- Dans le deuxième cas, il faut en général pour que l’avion soit stable que soit
- positif et une augmentation de surface verticale augmentera la stabilité. Cependant, il n’est pas impossible qu’une diminution importante des surfaces verticales de queue améliore également la stabilité.
- La condition AiA2A3 — A3 — A®A4 > 0
- sera en général satisfaite car A4 a toujours une valeur très faible. Toutefois, cette condition peut s’annuler pour des formes particulières d’avions (aile en flèche accentuée ou avec un dièdre important par exemple).
- Dans le cas où A4 est négatif, les autres conditions de stabilité étant remplies, on peut voir facilement par l’étude des racines de l’équation caractéristiques que cette équation admet alors une racine réelle positive. L’avion après sollicitation s’écartera donc du mouvement de régime sans osciller.
- Dans le cas où la quantité AiA2A3 — Al — AiA4 devient négative, les autres conditions de stabilité étant satisfaites on voit de même que sevdes des racines imaginaires peuvent avoir leurs parties réelles positives. Le mouvement de l’avion, sera après sollicitation un mouvement oscillatoire non amorti.
- VII. — INFLUENCE DES DIFFERENTS FACTEURS.
- 1° Centrage. — Il est évident que la position du centre de gravité a une influence sur la stabilité assez faible en général.
- 2° Poids. — Supposons qu’une augmentation de poids ne modifie ni la position des axes principaux d’inertie, ni les rayons de giration.
- Soient et M2 les deux masses du même avion dans des conditions déchargements différents.
- Si on a
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- LA STABILITÉ DES AVIONS.
- 167
- il y aura correspondance entre les deux mouvements permanents qui s’effectueront à même incidence et au même point de fonctionnement des hélices (7).
- La variation de poids n’agit que faiblement et uniquement sur le signe de :
- A[A2A3 — A3 — A?A4. L’expérience montre qu’en général une augmentation de poids n’est pas susceptible d’annuler cette quantité.
- Il en est de même d’une variation des rayons de giration ; si la position des axes principaux est modifiée par l’augmentation des poids, on pourra obtenir suivant le cas, soit une amélioration, soit au contraire une diminution de la stabilité.
- 3° Altitude. — Si l’on a
- Ti(oi)__82 V|__oiNj___^
- T2(82)_8JV^_82Ni“
- il y aura correspondance entre les deux mouvements permanents qui s’effectueront à la même incidence et au même point de fonctionnement de l’hélice (7). On voit finalement que seule la quantité AjA2A3 — A3 — AjAv est susceptible de s’annuler
- Avion instable transversalement
- «—Avion stable transversalement
- 260 ‘
- Fig. g. — Courbe des déplacements de la commande de gauchissement dans des virages inclinés
- de 5°, commande de direction bloquée.
- lorsque l’altitude croît. Pour les avions actuels, ce phénomène ne s’est pas encore produit.
- 4° Déformations du planeur. — 11 est difficile de prévoir sans un calcul assez long l’influence des déformations de la voilure. Cependant, en ce qui concerne le fuselage, les déformations augmentent ou diminuent la stabilité suivant la position de l’axe principal d’inertie de roulis. Il en sera de même de l’élasticité de la commande de direction.
- 5° Influence des moteurs. — Dans les équations de stabilité nous avons négligé l’influence des moteurs. Cette influence est en général faible. Il n’est pas possible de donner une loi générale ; cependant il est facile de voir que pour un avion bimoteur à aile basse et à moteur au-dessous de l’aile la stabilité sera diminuée.
- 6° Forme et position de Vengrenage vertical. — La forme et la position de l’empennage n’ont une influence importante sur la stabilité que si l’empennage est placé dans le sillage du fuselage.
- (7) Par suite des déformations des hélices, le point de fonctionnement de l’hélice ne reste pas exactement le même, mais les variations sont faibles et ne changent pas sensiblement 1§§ conclusions,
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- LA STABILITÉ DES AVIONS. — MARS 1936.
- VIII. — STABILITÉ TRANSVERSALE, COMMANDES TRANSVERSALES LIBRES.
- En admettant que les réactions des commandes sont nulles dans la position équilibre et en conservant les mêmes notations que ci-dessus, les équations de petits mouvements s’écrivent :
- = — P sin 0 o co H- Q
- A^=Qè
- dt v
- cdoz = Qb
- dt v
- do® ~ —T-1- = or-dt
- M
- '3 G,
- do z dt
- Y cos i o r -f- Y sin i bp
- V cosi V
- 3 G, ov
- 3 j V cos i 3 CN ov 3j V cosi o p tgO
- 3 G ov
- dCl b . 3 CN b <
- 3' Y'
- 3 Gv b ^ 3 CY b ^ 3 Cv ^ 3 Cv ^
- >p + -*-br^--ïoîüH--
- 3C V 3® 3/
- ?CLÔ. 3 CL j. dC
- —^-orH-----§ro4--
- 3Ç V 30
- 3CNè 3C
- —— — o rH---o lj
- 3i V 3tJ
- 3/
- 3 Gn 3/
- dG b
- 3j COSÎ V 3? V
- 3 D
- 0|3
- dG b
- 3j cos i V 3i V
- 3i V 3 y "
- o» dDô^. dD è ^ dD~.
- \--r 77ou H- — — or H------Su
- v/- 3r V
- or
- dG,
- = 0
- 3W
- où nous appelons y et m respectivement les braquages de la commande de gauchissement et de la commande de direction.
- G et D les moments des efforts sur les gouvernes de gauchissement et de direction rapportés aux axes de rotation des commandes.
- Nous avons négligé les forces d’inertie des gouvernes de l’influence sur les caractéristiques aérodynamiques des vitesses de braquage des gouvernes.
- L’équation caractéristique s’écrit :
- A4 -i- A[A3 -+- AaA2 -t- A3A --b Al = 0
- où les coefficients ont la même forme que les coefficients de l’équation caractéristique de la stabilité transversale, commandes transversales bloquées, mais où l’on a remplacé
- 3 Gy 3 Gy
- dGy dCy 3 I) 3 L> 3 G 3 y
- >/' par 3 f 3Ü 3 f 3 G
- ?Lj 3/
- 3CL 3 Gl 3 CN 3 Gn
- 3D 3LJ 3G 3y 3 CN 3 GN 3l) DW 3 G 3 y
- if 3D 3 / 3 G ' i' pal 5/' 3 f 3 D 3f 3G
- 3n 3 y 3n 3 y.
- où l’on fait succesivement /‘égal kj, ç et G
- Toutes les conclusions précédentes restent valables pour la stabilité commandes transversales libres.
- L’étude de la stabilité, une seule des commandes tranversales étant libre, l’autre restant bloquée, s’effectue de la même façon.
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- LA STABILITÉ DES AVIONS.
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- IX. — EXÉCUTION DES ESSAIS DE STABILITÉ TRANSVERSALES.
- Ils seront exécutés au poids le plus faible possible, à l’altitude la plus faible possible et aux admissions extrêmes des moteurs.
- Afin d’éviter l’influence des variations de densité de l’atmosphère, les essais seront exécutés à altitude constante et par temps absolument calme.
- En ce qui concerne les essais de stabilité proprement dits, on procède de la manière suivante :
- On maintient l’avion, commandes transversales bloquées en état d’équilibre pendant une ou deux minutes. Les commandes sont maintenues bloquées au moyen de dispositifs spéciaux.
- Si l'avion tend à s’engager de lui-même dans un sens ou dans l’autre il est en général fortement instable.
- Dans le cas où l’avion ne manifeste aucune tendance à l’engagement, des perturbations sont artificiellement créées par des sollicitations. Pour écarter l’avion de sa position d'équilibre, on donnera une légère impulsion à une des commandes qui est ramenée rapidement à sa position d’équilibre pour y être bloquée et abandonnée suivant que l’on étudie la stabilité commande bloquée ou la stabilité commande abandonnée. Le pilote maintient la vitesse constante au moyen de la commande de profondeur. L’embardée de lacet résultant de la sollicitation à la commande de direction devra être de l’ordre de 5°. L’inclinaison latérale de l’avion résultant d’une sollicitation à la commande de gauchissement devra être de l’ordre de 5°.
- On répétera ces essais aux centrages extrêmes avant et extrême arrière d’utilisation.
- Dans l’étude de la stabilité longitudinale on peut déterminer la quantité A4 en mesurant en fonction de la vitesse, les déplacements de la commande de profondeur dans le cas de la stabilité longitudinale commande de profondeur bloquée et les réactions de la commande de profondeur dans le cas de la stabilité longitudinale commande de profondeur libre.
- Il était normal de chercher une méthode analogue dans le cas de la stabilité transversale. On peut y arriver de différentes façons*:
- d° Cas de la stabilité transversale, commandes tranvsersales bloquées. — Si l’on enregistre, à une vitesse donnée les déplacements des commandes transversales en fonction de l’inclinaison de l’avion dans des virages peu inclinés, le sens de la concavité de ces courbes permet de conclure quant au signe de A4. Toutefois cette méthode est d’une utilisai ion difficile et il est préférable de procéder de la manière suivante :
- Supposons que l’on effectue un virage permanent très peu incliné commande de direction bloquée et que l’on note les déplacements o/ de la commande de gauchissement. Si dans les équations du mouvement on élimine Su et on obtient la relation.
- b
- H"A.-^- —
- cosô _ d f'L ^
- •\/cosi <>y
- b o y i = 0
- aCN i)CL
- dj COS i 2r/
- H" quantité positive.
- avec
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- LA STABILITÉ DES AVIONS. — MARS 1936.
- Si l’on effectue également un vol dérapé rectiligne à la même vitesse on obtient en éliminant oy entre les équations du mouvement
- b——h a onr, = 0
- ou 0757.) est le déplacement de la commande de direction
- avec
- 3CL 3Cn _ dCjj dCL dm d y dm dy
- a gardé un signe constant lorsque la vitesse varie.
- Par suite b a le même signe que
- a 0 77,
- 0 ’J,
- Les mesures en vol dérapé permettent de connaître le signe de b.
- Si l’on se reporte aux résultats des mesures effectuées dans le virage avec la
- commande de direction bloquée, on voit que A4 a le même signe que °. /a cos9.
- 0
- Ces mesures très faciles à exécuter nous donnent le signe de Av En effectuant des virages peu inclinés, commande de gauchissement bloquée, on obtiendrait une autre quantité s’annulant en même temps que A4.
- 2° Cas de la stabilité transversale commandes transversales libres. — Comme pour la stabilité commandes bloquées, il est possible en enregistrant à une vitesse donnée les efforts sur les commandes dans les virages peu inclinés en fonction de l’inclinaison de l’avion, de déterminer d’après le sens de la concavité des courbes, une quantité qui s’annule en même temps que A4. Cette méthode est d’un emploi difficile et on peut procéder de la manière suivante :
- On effectue à une vitesse donnée un virage permanent peu incliné, commande de direction libre et commande de gauchissement commandée en mesurant les réactions de la commande connue. On enregistre également dans le vol dérapé à la même vitesse, les réactions de la direction. De ces mesures on déduit, comme pour la stabilité bloquée le signe A,'.
- En effectuant des virages commande de gauchissement libre et commande de direction commandée, en mesurant les réactions de la commande commandée on obtiendrait en enregistrant dans le vol dérapé la réaction de la commande de gauchissement une autre quantité s’annulant en même temps que A4.
- En comparant les résultats des mesures effectuées dans le cas delà stabilité commandes bloquées et dans le cas de la stabilité commandes lâchées on pourra obtenir de la même façon des quantités de mêmes signes que la quantité A4 dans le cas de la stabilité avec une commande bloquée et l’autre libre.
- Toutefois, il faut signaler que cette méthode ne permet pas, sans mesures ou essais supplémentaires de déterminer comme dans le cas de la stabilité longitudinale en partant des résultats d’essais en vol les modifications à apporter à l’avion pour le rendre stable.
- Dans le cas où l’avion est muni de dispositifs spéciaux : freins aérodynamiques, volets de courbure, aileron Zapp, fentes, etc... on étudiera l’influence de ces dispositifs par la même méthode en tenant compte des conditions de résistance du planeur, pour limiter s’il y a lieu la zone des cas de vol étudiée. Il en sera de même en ce qui concerne le vol avec un ou plusieurs moteurs stoppés, dans le cas des avions multimoteurs,
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- LA STABILITÉ DES AVIONS.
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- X. — LA STABILITÉ PEUT-ELLE ETRE TCUJOURS REALISEE?
- Il est certain que la stabilité de l’avion augmentera la sécurité du vol. Toutefois, il y a lieu de se demander si la stabilité est toujours compatible avec les autres conditions de manœuvrabilité et de maniabilité que l’or, impose aux avions et qui sont également des facteurs importants de la sécurité.
- La manœuvrabilité d’un avion est caractérisée par la zone des mouvements permanents que peut prendre l’avion et la maniabilité par le temps nécessaire pour passer d’un mouvement permanent à un autre mouvement permanent.
- 1° Mouvements symétriques. — La manœuvrabilité vers le piqué sera toujours suffisante. Il faudra donc simplement que la gouverne de profondeur permette un atterrissage correct au centrage d’utilisation le plus ei avant. Il est facile devoir que la manœuvrabilité diminue lorsque le coefficient A4 augmente.
- La maniabilité au contraire variera en général dan, le même sens que la stabilité.
- Toutefois la maniabilité dépend également du facteur . Le pilote agit sur la
- commande de manière à donner le plus rapidement passible à l’avion une vitesse de rotation de tangage donnée. On aura donc intérêt à accroître la valeur D G
- de —- . Cette vitesse de rotation est le phénomène sensible au pilote, qui essaiera
- toujours d’obtenir une vitesse de rotation donnée parle braquage le plus faible possible de la commande de profondeur. C’est pourquoi an avion instable peut paraître parfois agréable au pilote dans certaines manœuvres.
- La maniabilité est donc liée à l’action de la commande de profondeur, que l’on peut caractériser de la manière suivante :
- Supposons que l’on ait à enregistrer les courbes de déplacement de la commande de profondeur en fonction de la vitesse, par deux centrages voisins distants de ox, à la même admission des moteurs et dans les mêmes conditions de forme extérieure. Si l’on considère l’équilibre de l’avion à la même vitesse, on a évidemment :
- 3 Cm ^ ? C)n j
- ---oy H-----ox = U.
- 3y ?x
- Or, on peut écrire en appelant in l’angle que fat avec l’horizontale la droit» joignant les deux centres de gravité :
- l-ür SV2^2iSa? = P cosL8x.
- 2,g
- Il vient donc :
- aC*
- P cos in 8 x
- Dy
- JL^y2 ^
- 2 g
- On peut donc lire sur le graphique la quantité 0,1 une quantité proportion
- 3 K
- nelle, c’est-à-dire chiffrer l’action de la gouverne.
- On pourra également considérer sur les mêmes diagrammes les quantités :
- o y F8y
- 8v et ?v
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-
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- LA STABILITÉ DES AVIONS. ---- MARS 1936.
- c’est-à-dire le rapport du braquage de la commande à la variation de vitesse et le rapport du travail fourni par le pilote à la variation de vitesse lorsqu’on passe d’un mouvement permanent à un mouvement permanent infiniment voisin.
- La comparaison d’un grand nombre d’avions permettra de déterminer les valeurs optima de ces quantités pour qu’un avion stable soit également agréable à piloter.
- En général, il sera toujours assez facile de rendre stable un avion instable déjà construit en agissant soit sur la répartition de l’équipement, soit sur la position ou la forme de l’empennage horizontale.
- 2° Mouvements dissymétriques. — La manœuvrabilité pourra être caractérisée par la vitesse de rotation ou l’inclinaison de l’avion dans un virage permanent sous l’action d’une seule des gouvernes tranversales.
- On a:
- Dans le cas de la commande de gauchissement :
- SÇ ' ^C^Ç» 3C„3CA 0/ _Q COSÔ \3j 3 y 7>j 3 y j H"A4
- et dans le cas de la commande de direction :
- 3Ç /3Cj3Cw
- COS0 \ 3j 3GJ
- 3C„ 3 CA 0G7 3.; 3rô/H"A4
- On devra chercher à rendre le plus grand possible les coefficients de 8 y et de ou*.
- Comme pour les mouvements symétriques, la manœuvrabilité diminue lorsque la stabilité croît.
- On verrait également que la maniabilité est liée à l’action des gouvernes, c’est-à-dire aux coefficients
- 3 C/ 3Cj 3Cn 3 Cn
- 3 y 3C5 3 y 3îïJ
- La stabilité transversale était-elle compatible avec les autres conditions de manœuvrabilité et de maniabilité que l’on impose aux avions?
- La question ne se pose pas pour les avions à axe d’inertie principal de roulis cabreur (avions à ailes hautes) où les surfaces verticales de queue sont toujours importantes ; mais dans le cas des avions à axe d’inertie principal de roulis piqueur (avions à ailes basses) il y a lieu d’étudier le problème avec soin :
- Une action correcte des gouvernes et le vol avec moteur stoppé dans le cas des bimoteurs imposent des conditions supplémentaires.
- En particulier, pour l’action des gouvernes on devra avoir obligatoirement :
- 3Ci 3C» 3 Cn 3 C; q 3 C; 3 Cn 3Cn 3C; ^ q
- 3 j 3 y 3 j 3 y 3 j 3GJ 3 j 3 us
- en admettant que le braquage des gouvernes est positif lorsque l’avion s’incline ou vire à gauche. Ces conditions, jointes à la condition de stabilité A4 > 0 imposent, dans le cas des avions à ailes basses (vol à grandes incidences) des limites infé-
- rieures et supérieures à et en général une valeur positive à
- L’étude du vol avec moteur stoppé conduit à des résultats analogues.
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- LA STABILITÉ DES AVIONS.
- 173
- Dans le cas des avions a ailes basses on aurait donc intérêt à augmenter — c’est-à-dire à diminuer les surfaces verticales situées au-dessus de l’axe de roulis; ^ pourra également être accru par le dièdre des ailes et par des surfaces verticales
- ... -.r;
- de queue placées très haut et de petites dimensions pour garder à —- une valeur
- suffisamment petite pour assurer la stabilité.
- On sera également conduit à augmenter très sensiblement la partie mobile des surfaces verticales par rapport aux surfaces fixes et à rechercher des gouvernes de gauchissement très efficaces pour obtenir une manœuvrabilité et une maniabilité suffisantes.
- Enfin, dans le cas des avions bimoteurs on aura parfois intérêt à placer les parties mobiles des gouvernes dans le souffle des hélices pour faciliter le vol avec moteur stoppé. Le même dispositif pourra être appliqué à un avion bimoteur dont les moteurs tournent dans le même sens pour faciliter le décollage.
- Ces considérations montrent qu’il est parfois difficile de rendre stable transversalement un avion instable déjà construit. L’étude de la stabilité transversale doit être entreprise avec soin avant la construction de l’avion et doit faire l’objet d’essais en soufflerie dont l’exécution ne paraît pas présenter de difficultés.
- Si nous estimons que la stabilité transversale doit être réalisée dans tous les cas de vol, depuis la vitesse d’atterrissage jusqu’à la vitesse maximum d’utilisation, quelle que soit l’admission des moteurs, nous pensons qu’en ce qui concerne les avions déjà construits, il y a lieu d’étudier chaque cas d’espèce, et que toute condition générale est inapplicable, car il sera parfois plus facile de rendre stable un avion instable dans tous les cas de vol, qu’un avion instable dans une zone de 40 km au delà de la vitesse d’atterrissage.
- XI. — CONCLUSIONS.
- L’avantage principal des nouvelles méthodes de contrôle de la stabilité est de donner des résultats indépendants de l’expérimentateur. L’expérience a montré en effet qu’il était absolument impossible de se fier aux impressions d’un ou même de plusieurs pilotes. Lorsqu’on est obligé de faire appel aux impressions du pilote, il faut, pour éviter les erreurs, contrôler ses manœuvres et n’exiger de lui que l’observation de phénomènes précis. Cette manière de faire a permis de former des pilotes qui sont, non seulement d’excellents expérimentateurs, mais aussi des pilotes remarquables, susceptibles de tirer en toute sécurité le maximum d’un appareil parce qu’ils ont appris à se défier d’eux-mêmes et à n’avoir confiance qu’en leurs instruments de bord.
- Dans l’amélioration de la stabilité et des qualités de vol en général d’un avion on se heurte à deux difficultés.
- La première difficulté n’est pas d’ordre technique. Elle résulte du fait que l’amélioration des qualités de vol nécessite une modification correspondante des méthodes de pilotage. Un avion stable ne doit pas se piloter comme un avion instable. Or les pilotes utilisateurs sont en général déformés par le pilotage pendant de nombreuses
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- LA STABILITÉ DES AVIONS. — MARS 1936.
- années d’avions instables, et l’adaptation au matériel moderne se montre difficile. Il paraît indispensable, si l’on veut que les pilotes puissent s’adapter à chaque instant au matériel nouveau, de transformer les méthodes actuelles de formation des pilotes et d’enseigner aux pilotes d’une manière rationnelle les qualités et les défauts possibles d’un appareil, ainsi que les modes de pilotage à adopter suivant les qualités et les défauts. Un tel enseignement serait également un facteur important de la sécurité, car il permettrait de faire disparaître les accidents attribués à des fautes de pilotage, et qui sont dus en réalité, uniquement à des défauts du matériel sur lesquels l’attention du pilote n’a pas été attirée.
- La deuxième difficulté est d’ordre technique. Nous avons vu que dans certains cas il était difficile de rendre stable un avion instable déjà construit, et que le constructeur devait effectuer une étude au tunnel aérodynamique avant la construction de son appareil.
- Mais les résultats des essais de soufflerie ne s’appliquent à l’avion en vraie grandeur qu’après des corrections dont certaines sont mal connues. Les essais envol sont donc encore nécessaires. L’étude des qualités de vol devrait faire l’objet d’essais en vol systématiques permettant de déterminer a priori la forme optimum à donner à l’appareil. Une telle étude serait obligatoirement très onéreuse et ne peut être entreprise par l’Industrie privée. Elle incombe obligatoirement à l’Etat, et à la fin de cette causerie, nous ne pouvons que souhaiter la création d’un Centre d’Expériences techniques en vol, chargé des études générales, dont les résultats permettraient aux constructeurs de réaliser, sans mise au point prolongée, sinon le meilleur appareil dans chaque catégorie, du moins des avions dont le fonctionnement serait correct et sûr.
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — MARS 1936 (p. 175).
- CHARLES FÉRY (1865-1935)
- par M. G. Vaurabourg, chef de travaux du Laboratoire d’Optique de l’École de Physique et de Chimie industrielles de la Ville de Paris (Laboratoire Ch. Féry).
- Il y a un an que Charles Féry, membre du Conseil de la Société depuis 1911, est mort. Sa vie fut consacrée tout entière à la recherche scientifique et à l’enseignement; elle s’écoula dans une belle unité à l’École de Physique et de Chimie de la Ville de Paris, rue Vauquelin.
- Charles Féry était né à Paris en 1865. Il passa sa première enfance en Lorraine, . à Longwy, d’où sa famille était originaire, et vint compléter ses études à Paris. Sa passion pour la chimie le fit entrer en 1882 à l’École de Physique et Chimie industrielles que la Ville de Paris venait de fonder pour former des ingénieurs joignant à une culture scientifique élevée, mais orientée vers l’industrie, une formation expérimentale acquise dans les différents laboratoires. Malgré son goût pour la chimie, Féry, suivant l’avis de ses professeurs, opta pour la physique et sortit en 1885, major de sa promotion. Il ne devait pas cependant quitter l’établissement de la rue Vauquelin. Le professeur d’optique, J.-B. Baille, le prit comme chef de travaux et ce fut en collaboration avec lui que Féry débuta dans la recherche scientifique avec des travaux sur les sujets les plus divers comme : l’amalgame d’aluminium, 1889; une balance très sensible à anneaux colorés; une nouvelle pile étalon; application des courants de Foucault à la détermination de l’équivalent mécanique de la calorie, etc.
- Il ne tarda par à voler de ses propres ailes, et les travaux remarquables qu’il publia depuis sont marqués d’une originalité qu’il convient de signaler. A son grand talent d’expérimentateur et d’observateur, Féry joignait un esprit d’une extrême clarté qui l’amenait à des solutions d’une simplicité admirable; d’autre part, il avait véritablement le génie de l’invention ainsi qu’en témoignent ses nombreux appareils de laboratoire et ses brevets concernant les questions industrielles. Mais avant de nous étendre davantage sur ses travaux, suivons Féry dans sa rapide carrière.
- En 1898, il passe sa licence ès sciences avec le n° 1 ; en 1902, il est reçu docteur avec une thèse sur le rayonnement calorifique et lumineux de quelques oxydes. Ce travail contenait des résultats scientifiques très importants au sujet des rayonnements des oxydes des terres rares : lanthane, cérite, thorite, etc. ; il amena Féry à l’invention des premiers pyromètres vraiment pratiques pour la mesure des températures élevées.
- A cette même époque, il succéda à Baille comme professeur d’optique à l’École de Physique et Chimie, poste qu’il occupa sans défaillance pendant vingt-cinq ans. Un autre enseignement lui fut confié à l’École municipale Estienne, l’école du livre, à la suite de la publication de deux ouvrages sur la photographie industrielle et la similigravure. A ces livres, succédèrent bientôt de nombreux travaux concernant la photographie : étude des trames, irradiation, mires pour l’essai des objectifs, etc. Les qualités de clarté, de précision, de simplicité se retrouvèrent tout naturellement
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- CHARLES FÉRY (4865-1935). — MARS 1936.
- dans les cours professés par Féry, qui ne tarda pas à acquérir une véritable popularité auprès de ses élèves des deux écoles.
- Les fonctions très absorbantes de professeur n’empêchèrent pas Féry d’inventer encore de nouveaux appareils de laboratoire et d’aborder l’étude de nouvelles questions scientifiques. Aussi, de nombreuses distinctions vinrent-elles rendre hommage à son activité. La Société d’Encouragement lui décernait : en 1904, une médaille de vermeil; en 1909, une médaille d’argent. En 1911, elle l’appelait à son Conseil. De nombreuses récompenses lui échurent dans les expositions où figuraient ses appareils et ses travaux : Bruxelles, 1897 ;||Paris, 1900; Londres, 1908; Marseille, 1908;
- Charles Féry dans son laboratoire.
- Bruxelles, 1910. Enfin l’Institut lui décerna différents prix : le prix Hugues en 1911, et le prix Gaston Planté en 1929.
- Quand éclata la guerre de 1914, Féry était à Lyon, membre du jury de l’Exposition. Il rentra à Paris et, quoique dégagé de toute obligation militaire par son âge, il résolut de contribuer de toutes ses forces à la défense nationale. Avec l’appui du général, alors colonel Ferrié, il ouvrit un cours de T. S. F. et de télégraphie militaire pour les élèves de son école, ce qui leur permit d’être incorporés au 8e Génie. En 1915, Féry était nommé membre de la Commission supérieure des Inventions intéressant la Défense nationale, et, en 1916, membre des Sections d’études adjointes à la Section technique de l’Artillerie. Il eut l’occasion d’étudier dans ces commissions un très grand nombre de problèmes importants et de proposer certains dispositifs remarquables comme : un téléaltimètre pour le tir contre avions; une lunette de bombardement pour l’aviation; des contacteurs électrolytiques à temps, etc. C’est également pendant la guerre, pour pallier les difficultés de ravitaillement en bioxyde de manganèse et les faiblesses des accumulateurs, signalées parle général Ferrié, que Féry reprit l’étude des piles et des accumulateurs, sujet qui l’avait intéressé à maintes reprises et dans lequel il remporta de nouveaux succès, toujours
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- CHARLES FÉRY (l865-193o).
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- par des solutions paraissant toutes simples. D’autre part, les nombreux appareils de Féry furent utilisés pour les fabrications de guerre : réfractomètres, spectro-graphes et surtout pyromètres, dans les traitements métallurgiques des aciers.
- Après la tourmente, Féry reprit ses cours; la Légion d’honneur lui fut décernée en 1920. Mais la fatigue commençait à se faire sentir chez ce grand travailleur ; aussi, en 1926, désirant se consacrer plus complètement à ses recherches, il sollicita et obtint sa mise à la retraite. Alors commença pour Féry une période d’activité vraiment extraordinaire. Les directeurs de l’École, où il avait passé 44 ans, lui avaient laissé spontanément la libre disposition de son laboratoire. Il y arrivait toujours le premier et je me souviens de la hâte avec laquelle il procédait à ses mesures sur les nombreuses piles et accumulateurs qu’il avait à ce moment en expérience, de la minutie de ses comparaisons horaires sur les différents modèles de pendules électriques de son invention. Il avait toujours eu une grande prédilection pour l’horlogerie, aussi bien mécanique qu’électrique, sujet dans lequel ses premiers travaux datent de 1896; dès 1901, il avait trouvé un dispositif qui est encore utilisé : les pendules des centres horaires et des stations du métropolitain de Paris sont du système Féry.
- Vivre loin de son laboratoire était pour Féry presque un supplice; c’est là seulement qu’il se trouvait pleinement heureux. Les personnes qui sont venues l’y voir se souviennent de l’amabililé et de la grâce de son accueil ainsi que du plaisir qu’il éprouvait à les mettre au courant de ses travaux.
- En 1933, Féry participa activement à l’exposition et aux fêtes organisées pour célébrer le Cinquantenaire de la fondation de l’École de Physique et de Chimie. La rosette d’officier de la Légion d’honneur, juste récompense de tant de labeur, lui fut décernée à cette occasion. Cependant, la fatigue et la maladie avaient fortement ébranlé sa santé; mais il ne consentit pas pourtant à prendre du repos et à quitter le laboratoire et les travaux qui avaient été la joie de toute sa vie. Le 22 février 1935, Féry s’éteignait, âgé de 70 ans, en pleine activité intellectuelle, après une existence tout entière consacrée à la science et à l’industrie que, dans son esprit, il n’avait jamais séparées.
- L’œuvre que laisse Féry est immense. Nous allons essayer de la passer en revue.
- Voyons tout d’abord les appareils et instruments de laboratoire qu’il a combinés et qui se distinguent à la fois par leur précision, leur ingéniosité et leur facilité de lecture car la plupart ont des échelles linéaires. Les principaux sont :
- Un réfractomètre à cuve chauffable pour liquides, construit par F. Pellin; il permet de mesurer sur une très petite quantité de liquide, moins de 1 cm3, l’indice de réfraction avec 4 décimales exactes ;
- Un étalon lumineux brûlant de l’acétylène, donnant deux bougies décimales et présentant de nombreux avantages notamment au point de vue de la couleur et de la constance. M. Pellin, la Cle des Compteurs, Ch. Beaudouin en sont les constructeurs ;
- Une série de pyromètres, lunettes et télescopes, basés sur la loi de Stefan du rayonnement total. Ces instruments, qui furent parmi les premiers conçus, sont universellement utilisés, non seulement dans les laboratoires, mais encore dans toutes les usines : verreries, cristalleries, fabriques de produits céramiques, usines métallurgiques. Ils ont le grand avantage de donner des indications pratiquement indépen-135e Année. — Mars 1936. 12
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- CHARLES FÉRY (l86.''>-1935). — MARS 1936.
- dantes de la distance. Ces appareils sont construits : en France, par Pellin et la Cle des Compteurs; en Anglererre, où ils sont aussi très répandus, par la Cambridge C°; aux Etats-Unis, parle Taylor Institute;
- Un autre pyromètre optique, basé cette fois sur la loi du rayonnement monochromatique ;
- Un actinomètre à récepteur intégral creux, facilement étalonnable, pour la détermination de la constante solaire et la mesure du rayonnement. Cet instrument est utilisé à l’Institut de Physique du Globe ;
- Une bombe calorimétrique thermoélectrique donnant, en 30 secondes et par lecture directe, le pouvoir calorifique des combustibles industriels et de toute substance solide brûlant dans l’oxygène (Beaudouin, constructeur);
- Un spectrographe pour la photographie du spectre visible et surtout du spectre ultra-violet, donnant des clichés d’une finesse extrême de 22 cm de longueur entre 0,6 p et 0,22 a. Cet appareil est d’une simplicité admirable : il ne comporte ni collimateur ni objectif, grâce à l’emploi d’un prisme en quartz à faces courbes; il est d’une stabilité parfaite et pratiquement indéréglable, avantages qui l’ont fait adopter pour l’analyse spectrale par un grand nombre de laboratoires; il permet aussi l’étude de la transparence et de l’absorption dans les domaines du visible et de l’ultra-violet. De très nombreux travaux ont été exécutés à l’aide de cet instrument construit avec la plus grande précision ainsi que ses accessoires par M. Ch. Beaudouin ;
- Un spectrophotomètre, construit aussi par Baudouin, qui permet toutes les comparaisons photométriques dans le spectre visible. Muni d’une échelle linéaire, il donne, par simple proportion : les dosages de matières colorantes, la possibilité de suivre les réactions colorées, etc. Au cours d’un travail sur l’altération des verres d’optique par les agents atmosphériques, j’ai pu déceler avec cet instrument 1/10 000 de milligramme d’érythrosine par centimètre cube.
- Passons maintenant aux études scientifiques ; nous trouvons une extrême variété de sujets :
- Une série de travaux sur le rayonnement, dont les premiers ont paru dans sa thèse sur les oxydes. Féry a montré que le rayonnement variait avec la nature de l’atmosphère chauffante, oxydante ou réductrice. 11 a étudié la température du soleil en collaboration avec Millochau, astronome à l’Observatoire de Paris, puisa plusieurs reprises les constantes du rayonnement de la loi de Stefan-Boltzonann. Ces travaux l’amenèrent à se préoccuper de la mesure de la température des flammes et, en 1903, il donna une méthode originale pour effectuer correctement cette mesure ;
- En optique pure, il s’occupa : de la photométrie des projecteurs, de la mesure des constantes des lentilles, d’une méthode photométrique à lecture directe à l’aide d’un microradiomètre (on utilise actuellement des cellules photo-électriques) ; des écrans zonés de Fresnel; du rayonnement des lampes à incandescence. Il établit le principe d’une nouvelle méthode de mesure de la vitesse de la lumière, etc ;
- On ne peut passer sous silence l’œuvre considérable de Féry en horlogerie. 11 aimait à rappeler que ce genre de préoccupation constituait d’après Cornu, qui en avait été atteint, la rougeole des physiciens. En 1901, Féry faisait breveter un dispositif d’horloge électrique constitué par un pendule portant un aimant en U dont une branche pénètre dans une bobine. Une simple pile sert à entretenir la marche pendant plusieurs années. Ces pendules ont été construites à plusieurs milliers
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- d’exemplaires par la Société Brille-Magnéta. Plus tard, Féry inventa d’autres dispositifs d’entretien électrique du pendule, mais qui n’ont pas encore été construits en série. Il ne s’occupa pas seulement d’horlogerie électrique : il entreprit aussi des recherches très intéressantes : sur l’isochronisme des pendules des horloges astronomiques (1905); sur un pendule sans lien matériel (1908); sur une horloge mécanique à échappement libre (1921); sur l’isochronisme d’un pendule entretenu (avec M. Stoyko, 1932). Féry montra la grande différence que présente l’isochronisme variant avec l’amplitude, suivant que le pendule est libre ou entretenu. Dans ce dernier cas, la période passe par un minimum pour une certaine amplitude, qui doit être celle du réglage.
- Nous terminerons ce court exposé de l’œuvre de Féry par ses travaux sur les piles et les accumulateurs. C’est, en 1917 qu’il trouva sa pile à densité et faible usure locale, dans laquelle les électrodes sont un zinc et un charbon et l’électrolyte une dissolution de chlorure d’ammonium, comme dans l’élément Leclanché. Mais le zinc est horizontal et au fond de la pile, par conséquent soustrait à l’oxydation par l’air; le charbon, au contraire, est vertical et largement oxydé par l’air qui sert de dépolarisant. Les liquides, grâce au zinc horizontal, se classent par densité et la durée ainsi que la constance de la pile sont considérablement augmentées. Féry a en outre étudié un nombre considérable de combinaisons chimiques et de formes de piles destinées à ses pendules.
- Les accumulateurs électriques au plomb l’ont occupé pendant de nombreuses années. 11 fut frappé par le faible coefficient d’utilisation des plaques et proposa pour expliquer le fonctionnement de l’accumulateur au plomb une théorie très ingénieuse qui a suscité des controverses passionnées. Il chercha et trouva au bout de patientes expériences des dispositifs protecteurs qui empêchent l’oxygène de l’air et celui de la positive de venir décharger l’électrode négative et d’en provoquer la sulfatation. Quand la mort est venue le surprendre, il étudiait, en collaboration avec la Société Le Carbone, qui construit ses piles et accumulateurs, des' accumulateurs spéciaux à letain et à l’antimoine.
- Telles sont, résumées brièvement, la vie et l’œuvre d’un homme de bien, aussi savant que modeste, dont les appareils et les travaux-demeureront. Par la science, Féry a bien servi son pays et l’humanité. Tout ceux qui l’ont connu conserveront pieusement sa mémoire.
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- La collaboration de Féry à la Société d’Encouragementaété extrêmement importante. Outre des comptes rendus d’ouvrages, trop nombreux pour être cités, on trouvera de lui dans le Bulletin des rapports sur les sujets suivants :
- Balance de précision à pesées très rapides, de M. A. Collot (mars 1912, p. 343);
- Oscillateur à étincelles soufflées et électrodes tournantes, de MM. F. Ducretet et E. Roger (mai 1912, p. 615);
- Les interféromètres pour les gaz et les eaux, et 1’ « épidiascope », construits par les Etablissements Krauss (avril 1913, p. 520) ;
- L’ « insectoscope » de M. Pierre Marié (mai 1913, p. 636);
- Thermomètre à réglage automatique, donnant 0IJ,01 entre—30° et -t- 300°, de M. J. Ruelle (avril 1914, p. 405);
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- CHARLES FÉRY (1865-1935). — MARS 1936.
- Le tube Coolidge (janvier-février 1917, p. 12);
- Les travaux scientifiques et l’œuvre industrielle de M. Georges Claude (juillet-août 1920, p. 409);
- Perfectionnements apportés par M. G. de Coulons dans la fabrication des plaques positives des accumulateurs (avril 1925, p. 329) ;
- Lampes électriques « Norma », pour phares d’automobiles, de MM. À. MARSATet A. Monnier (avril 1926, p. 274) ;
- Lampe « Opticia » n’émettant pas de radiations ultra-violettes de M. Maurice Curie (avril 1926, p. 276);
- Appareils de précision construits par M. Henri Gondet (avril 1928, p. 294);
- Le « photocolorimètre » de M. René Toussaint (juillet-août-septembre 1929, p. 521);
- La lampe « Superdualix » de MM. A. Monnier et M. Mouton (avril 1932, p. 272); Les ouvrages de physique et de chimie de M. Marcel Boll (avril 1934, p. 275).
- Les appareils nouveaux décrits dans ces rapports ont fait l’objet de recherches et de mesures effectuées par Charles Féry lui-même dans son laboratoire, ce qui représente une somme de travail considérable.
- Les nouveaux appareils imaginés par Féry depuis son entrée au Conseil de la Société d’Encouragement et ses dernières inventions, sauf les réalisations faites pendant la guerre, ont fait l’objet de communications dans des séances de la Société d’Encouragement à qui Féry en réservait la primeur. Ces travaux personnels ont fait ensuite l’objet de mémoires publiés dans le Bulletin, en voici l’énumération : Nouvelle bombe calorimétrique (juillet 1912, p. 30);
- Le laboratoire d'optique de l'Ecole de Physique et de Chimie industrielle (mars-avril 1917, p. 370);
- Pile à dépolarisation par l'air, remplaçant la pile au bioxyde de manganèse (septembre-octobre 1917, p. 165);
- Recherches sur le fonctionnement chimique de l'accumulateur au plomb (janvier-février 1919, p. 92);
- La correction des lumières artificielles riches en radiations nocives pour l’œil (octobre 1923, p. 1026).
- Les perfectionnements récents de l'accumulateur au plomb (janvier 1926, p. 49); L'accumulateur protégé insulfatable « Féry-Carbone » (mars 1933, p. 153); L'accumulateur sec à l’étain (juin 1934, p. 443).
- On voit quelle part active Féry a prise aux travaux de la Société d’Encouragement. Il fut un de ceux qui ont collaboré avec le plus de ferveur à son œuvre. Fermement convaincu de l’utilité de cette œuvre, il a voulu lui laisser un témoignage durable de l’intérêt qu’il portait à la Société d’Encouragement. Pour se conformer au désir maintes fois exprimé par son mari, Mme Charles Féry a remis à la Société d’Encouragement une somme de 5 000 fr, destinée à récompenser, sous le nom de Prix Charles Féry, un physicien ayant exécuté ou étant en train d’achever des travaux intéressants et ayant des charges de famille. Ce prix sera décerné cette année. La Société d’Encouragement adresse à Mme Charles Féry ses très vifs remerciements. Son Conseil a décidé que les noms de M. et Mme Charles Féry seront inscrits sur la liste des bienfaiteurs de la Société. e. l.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNGOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — MARS 1936 (p. 181).
- LE PALUDISME
- par M. André Guichard.
- aperçu historique. — Les divers aspects cliniques du paludisme ont été connus de très bonne heure, mais l’essence même et l’étiologie de la maladie sont longtemps restées ignorées; on en voyait la cause dans les émanations des terrains marécageux, dans les « miasmes » qui se dégageaient des eaux stagnantes, dans leur mauvais air d’où le nom de malaria, souvent donné à cette maladie (de l’italien mala aria, mauvais air).
- C’est le médecin militaire français Laveran qui prouva en 1880 qu'on était en présence d’une véritable infection due à un protozoaire parasite du sang.
- L’Italien Golgi montra qu’à chaque forme clinique de la maladie, correspondait un parasite spécial et que la périodicité des accès fébriles était due à l’apparition de nouvelles générations de l’hématozoaire dans le sang.
- On pensa, dans la suite, que le parasite devait exister à l’état vivant en dehors de l’organisme humain et que ce pouvait être dans le corps d’un insecte piqueur. Ces hypothèses furent vérifiées plus tard par Ross, qui retrouva le protozoaire dans l’estomac des moustiques. Enfin, Grassi réussit à observer le cycle complet de l’hématozoaire du paludisme humain.
- RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DE LA MALADIE. — Le paludisme sévit Surtout SOUS les tropiques; très développé dans la zone littorale des contrées chaudes, il a envahi les vallées des fleuves et les régions des lacs, si bien que seules lui échappent les régions très sèches ou d’une altitude suffisante.
- Son aire de répartition n’est pas limitée aux pays tropicaux et on en rencontre des foyers jusque sous les latitudes élevées des deux hémisphères. En Europe, par exemple, c’est la région méditerranéenne qui est de beaucoup la plus atteinte (Italie, Corse); mais on connaît la malaria même dans le Nord de notre continent, par exemple dans les provinces baltes, la Suède méridionale et le Nord de l’Allemagne. En France, le paludisme est endémique sur certains points des côtes de l’Océan et de la Méditerranée : Camargue, Landes, Charentes, Vendée. Dans l’intérieur du pays, on l’a signalé en Sologne, dans la Bresse et les Dombes. Les travaux de drainage et les progrès de la mise en culture, en faisant disparaître peu à peu les marais, rétrécissent, du reste, de plus en plus, les surfaces infestées.
- importance des ravages gauses par le paludisme. — Les ravages causés par cette maladie sont extrêmement importants. Avant 1900, le paludisme faisait en Italie, chaque année, plus de 16 000 victimes. Au chiffre de la mortalité, il faut ajouter le fait que, dans les régions infestées, une fraction considérable de la population est atteinte et voit ainsi sa vitalité et sa valeur productive réduites dans une proportion très élevée.
- Sous les tropiques, la situation offre une particulière gravité. Ainsi, dans certains districts, on ne trouve pas un indigène qui ait échappé à l’infection et les individus sont frappés dès l’enfance. Les Européens eux-mêmes sont atteints dans une proportion quelquefois supérieure à 35 p. 100 et la mortalité paludéenne dépasse souvent chez eux 30 p. 100 de la mortalité totale.
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- LE PALUDISME. — MARS 1936.
- l’hématozoaire du paludisme et son cycle de développement. — L'hématozoaire du paludisme est un protozoaire de la sous-classe des Hémosporidies. Son cycle de développement peut offrir les deux formes suivantes qui sont représentées sur le schéma ci-dessous.
- Cycle de reproduction asexuée, dans Vorganisme humain. — Le parasite s’introduit dans un globule rouge, ou hématie (forme endoglobulaire), où il revêt la « forme en anneau » ou schizonte. Il grandit dans le corps du globule, puis se segmente en forme de rosace. L’enveloppe globulaire se détruit, mettant en liberté les segments, ou mérozoïtes, qui se répandent dans le sang. Cette multiplication par segmentation est une schizogonie; elle a pour résultat de propager le parasite dans le sang de l’homme infecté. Les mérozoïtes pénètrent dans de nouveaux globules rouges où ils donnent les mêmes formes endoglobulaires en anneau. Le rythme des accès fébriles correspond au rythme de la schizogonie et de la mise en liberté des mérozoïtes dans le sang.
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- / Segmentation \
- / des schizontes. \
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- / Développement endogène
- chez l’homme \
- (cycle asexué). \
- ---------------------------- > Schizontes (formes
- en anneau) endoglobulaires.
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- Gamète femelle.
- Gamète mâle.
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- (zygote.)
- Développement exogène : homme - moustique-homme (cycle complet avec phase asexuée et phase sexuée). -------------------------» Sporozoïtes.
- Fig. 1. — Schéma simplifié du cycle reproducteur du parasite de la malaria.
- Cycle complet avec alternance d'une phase asexuée et d'une phase sexuée, nécessitant le passage sur deux hôtes successifs : l’homme et le moustique.
- La phase asexuée se passe dans le sang de l’homme : le schizonte endoglobulaire donne par segmentation (schizogonie) des mérozoïtes. Certains de ces mérozoïtes se transforment en gamètes. L’évolution ne peut aller plus loin dans le corps de l’homme; elle s’achève obligatoirement dans l’organisme d’un insecte piqueur.
- Dans la phase sexuée, les gamètes sont pompés par un moustique suceur de sang et arrivent dans son estomac. C’est là que se produit la fusion du gamète femelle et du gamète mâle donnant l’œuf, ou zygote. Cet œuf prend une forme allongée en fuseau. Il pénètre dans l’épaisseur de la paroi de l’estomac où il se transforme en un petit kyste. Au bout d’une semaine environ, il se forme, à l’intérieur de ce kyste,
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- LE PALUDISME.
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- des sporozoïtes ou corpuscules falciformes. La paroi du kyste éclate et les sporozoïtes se répandent dans la cavité générale de l’insecte, d’où ils émigrent, grâce à leur mobilité, dans les glandes salivaires. Si le moustique vient alors à piquer un homme, il injecte dans le sang de ce dernier des sporozoïtes en même temps que sa salive. Les sporozoïtes pénètrent dans les globules rouges où ils donnent des schi-zontes, ou formes en anneau : le cycle reproducteur est fermé.
- l’anophèle, agent propagateur du paludisme. — L’hématozoaire du paludisme est transmis par des moustiques du genre Anophèles, de la famille des' Culicides, voisins de nos moustiques communs ou Culex, dont ils se distinguent par un certain nombre de caractères qu’il est utile de connaître :
- les palpes des Anophèles, également développés dans les deux sexes, sont d’une longueur égale à celle de la trompe, alors que, chez les moustiques communs, les palpes sont beaucoup plus longs que la trompe chez le mâle et beaucoup plus courts chez la femelle ;
- les ailes des Anophèles sont maculées de taches n’existant pas chez les Culex;
- chez les Anophèles, l’abdomen est dans le prolongement du thorax, alors que chez les Culex abdomen et thorax forment un angle prononcé.
- Lorsque ces animaux se posent sur une paroi, le corps du Culex reste à peu près parallèle à la paroi, tandis que celui de l’Anophèle forme avec celle-ci un angle d’environ 43°;
- enfin, les larves des Anophèles nagent presque parallèlement à la surface de l’eau, alors que celles des Culex se tiennent la tête en bas.
- Ajoutons que seules les femelles des Anophèles piquent l’homme pour se nourrir de son sang; ce sont donc elles seules qui sont appelées à jouer un rôle dans la transmission du paludisme;
- les Anophèles se tiennent cachés le jour, ne sortent et ne piquent que la nuit;
- les femelles pondent à la surface de l’eau; les laryes ne peuvent se développer que si l’eau est stagnante; mais alors, les plus petites quantités d’eau sont suffisantes.
- la contagion. — Partout où se trouve un paludéen, il peut, si les conditions nécessaires à la contagion sont réalisées, se créer un foyer de paludisme qui s’étendra peu à peu. Les conditions nécessaires sont :
- la présence d’Anophèles;
- une température suffisante pour que le développement du parasite puisse se faire dans le corps du moustique.
- La température exerce en effet une influence marquée sur le développement exogène du parasite : à 23°, il s’écoule de 10 à 14 jours entre le moment où les gamètes entrent dans l’estomac du moustique et celui où les sporozoïtes parviennent aux glandes salivaires; si la température est plus basse, la durée de la phase exogène du cycle croît. Au-dessous de 15°, les gamètes ne se développent pas, si bien que les moustiques qui piquent des paludéens ne peuvent alors transmettre le paludisme. Cela explique bien des particularités de la contagion.
- L’extension des foyers est beaucoup plus rapide et plus importante sous les tropiques que dans les pays tempérés, où il n’y a pas de contagion durant la saison froide. Partout où la température moyenne hivernale est insuffisante, le paludisme Se montre comme une maladie saisonnière,
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- LES FORMES du paludisme et ses aspects cliniques. — On distingue trois formes principales du paludisme, caractérisées par le rythme des accès fébriles et dues à des formes parasites différentes :
- la fièvre tierce, causée par le Plasmodium vivax, et donnant un accès fébrile tous les deux jours;
- la fièvre quarte, due au Plasmodium malariæ, caractérisée par un accès survenant tous les trois jours;
- la fièvre tropicale, due au Plasmodium præcox. Elle est propre aux pays tropicaux et ne donne pas une courbe thermique aussi régulière que les deux formes précédentes. Les accès de fièvre peuvent être très rapprochés et même la fièvre peut s’établir d’une façon continue. Cette forme de paludisme est plus grave que les deux autres, d’où le nom de malaria maligne qu’on lui donne parfois.
- Le paludisme débute après une période d’incubation, variable suivant la forme de la maladie, mais d’une dizaine de jours en moyenne. Son syndrome clinique est caractérisé surtout par les accès fébriles, entre lesquels le malade n’accuse généralement d’autre malaise qu’une certaine lassitude.
- La peau des paludéens prend une teinte terreuse; en même temps se développe une anémie profonde (cachexie palustre) due à la destruction répétée des globules rouges. Le taux d’hémoglobine sanguine peut s’abaisser de 50 p. 100. Le foie et la rate sont fortement hypertrophiés.
- Dans la fièvre tropicale, l’anémie prend souvent, dès le début, un caractère menaçant; on peut constater des troubles intestinaux graves et des manifestations nerveuses d’allure tragique : accès de délire confinant à la démence ou périodes de stupeur comateuse.
- Dans les cas graves, il se produit d’importantes lésions de la rate, du foie, des reins (fièvre bilieuse hémoglobinurique), du cerveau et de la moelle. Toujours on constate une pigmentation intense de tous les organes, notamment du foie, de la rate, de la moelle osseuse, du système nerveux, qui prennent des teintes brun chocolat ou plombées. L’accumulation du pigment libre peut aller jusqu’à l’obstruction des capillaires.
- La forme tropicale est souvent mortelle. Dans les cas moins graves — et notamment pour la fièvre tierce et la fièvre quarte — si aucune médication n’intervient, les accès fébriles se répètent d’abord régulièrement, puis vont en s’atténuant. La maladie passe à l’état chronique, avec ou sans rechutes. De plus, surtout chez les populations tropicales, on constate qu’il se développe, à la suite de réinfections successives, un véritable état d’immunité; mais les individus immunisés demeurent fort bien des porteurs de parasites; ils peuvent, dans certaines conditions, présenter des rechutes et devenir des foyers de contagion.
- diagnostic de la maladie. — Le diagnostic du paludisme nécessite un examen microscopique du sang en vue d’y découvrir l’hématozoaire.
- Une goutte de sang, reçue sur une lamelle couvre-objet, est étendue en couche mince sur une lame ; on laisse sécher rapidement à l’air, on fixe par immersion de o à 10 minutes dans un mélange d’alcool et d’éther et on colore.
- La coloration la plus simple et la plus rapide est celle de Manson au bleu de méthylène boraté, qui suffit largement aux recherches diagnostiques. Les parasites colorés en bleu ressortent sur les hématies (globules rouges), colorées en vert clair.
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- Pour une étude plus détaillée, la méthode de choix est la coloration de Romanovsky-Giemsa, qui fournit de meilleures différentiations des teintes. Les hématozoaires ont leur chromatine colorée en rouge, leur cytoplasme en bleu cobalt et ils se détachent avec une extrême netteté sur les hématies colorées en rose mat.
- Lorsque ces méthodes ne permettent pas de déceler les parasites, on peut recourir au procédé de Ross et Ruge, qui consiste à examiner le sang en couche épaisse après l’avoir laissé sécher et l’avoir coloré au liquide de Giemsa, sans fixation; dans ces conditions, les globules rouges sont pratiquement détruits.
- Dans l’étude des foyers paludéens, on peut obtenir de très utiles indications par la recherche de la tuméfaction de la rate (splénomégalie). Elle permet de se rendre compte de la fréquence du paludisme dans une région infestée. Dans une telle région, toute splénomégalie constatée chez les jeunes enfants peut être rapportée à l’infection paludéenne.
- lutte contre le paludisme. — La lutte contre le paludisme comprend un ensemble de mesures d’inégale valeur :
- 1° ne pas sortir la nuit, car c’est alors seulement que les risques de piqûres sont importants ;
- 2° garnir de toile métallique les orifices des habitations; coucher sous moustiquaire ;
- 3° faire disparaître les eaux stagnantes susceptibles de servir au développement des moustiques;
- 4° entretenir dans les pièces d’eau des animaux et notamment des poissons détruisant les larves d’Anophèles; telle, en particulier, la Gambusie antipaludique (Gambusia affinis), petit Gyprinodontide, de 15 à 20 mm de longueur, originaire de l’Amérique centrale, aujourd’hui acclimaté en Europe, qui, à cause de sa très petite taille, a été introduit par les Italiens dans les rizières;
- 5° détruire ces larves en recouvrant la surface des réservoirs, petits ou grands, d’une mince couche de pétrole. Ce pétrole pénètre dans les trachées des larves qui viennent à la surface pour respirer et en provoque l’asphyxie;
- 6° enfin et surtout, employer les moyens chimiothérapiques préventifs et curatifs.
- L’agent chimiothérapique le plus important utilisé jusqu’à ce jour estla quinine.
- Rationnellement employée, elle est un préventif presque infaillible. Son mode d’administration varie d’ailleurs avec les auteurs spécialistes. Koch, par exemple, recommande aux personnes exposées à la contagion paludéenne de prendre 1 g de quinine tous les 10 jours, aussi longtemps que durent les risques de contagion. Ce traitement préventif doit être suivi avec une grande exactitude.
- L’action de la quinine comme agent curatif spécifique est connue depuis longtemps. Schaudinn a montré que l’administration de cet alcaloïde provoque chez les hématozoaires des modifications toutes particulières. Fait très important, son action est beaucoup plus marquée sur les formes asexuées du parasite que sur les formes sexuées, notamment les gamètes. Il en résulte un certain nombre de règles fondamentales à respecter dans le traitement ; elles ont été énoncées par Nocht :
- 1° on ne peut plus guérir une infection paludéenne par l’administration de doses élevées de quinine, ni empêcher les récidives, dès que les gamètes ont fait leur apparition dans le sang;
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- 2° comme cette apparition est très précoce et peut être constatée dès la fin du deuxième ou du troisième accès, il est nécessaire d’instituer le traitement de très bonne heure ;
- 3° le moment le plus favorable pour l’administration de la quinine est le début de l’accès, alors que les parasites n’ont pu encore se transformer en formes sexuées.
- Il existe un grand nombre de méthodes d’administration de la quinine, mais tous les auteurs sont d’accord sur les points principaux du traitement : il faut faire prendre en 24 heures 1 g de quinine et instituer des périodes de traitement de 3 jours séparées par des périodes de repos de 5 ou 6 jours.
- La quinine s’administre ordinairement sous forme de chlorhydrate, per os, mais, dans les cas graves, on peut avoir recours à la voie intraveineuse.
- Enfin, la quinine constitue un excellent moyen de lutte contre l’endémie palustre en permettant de faire disparaître peu à peu les foyers paludéens. A cet égard, Koch a préconisé l’administration systématique de quinine à tous les individus impaludés d’une région, y compris les enfants en bas âge; on empêche ainsi les moustiques de s’infecter eux-mêmes et, par conséquent, de propager l’infection. Ce système se heurte à des difficultés d’application nombreuses, mais il donne des résultats excellents partout où il est employé avec méthode et persévérance.
- Comme autre médication, on a proposé le bleu de méthylène à la dose maxima de 1 g par 24 heures. Elle peut rendre des services dans les cas d’intolérance du malade pour la quinine.
- Les dérivés arsénicaux (salvarsan et néosalvarsan) ont donné d’excellents résultats et s’emploient beaucoup pour le traitement des cas rebelles à la quinine, mais ils n’ont d’effets que dans la fièvre tierce. Deux injections intraveineuses de 0,4 g à 0,6 g, faites à 10 jours d’intervalle, suffisent généralement pour amener la guérison.
- Enfin, depuis cinq ou six ans, la lutte contre le paludisme a pris une orientation nouvelle, permettant d’espérer que, partout où l’on pourra conduire cette lutte avec énergie et méthode, la maladie est appelée à disparaître assez promptement.
- Cette orientation est due à l’apparition dans la pharmacopée d’alcaloïdes synthétiques doués d’une action spécifique sur les différentes formes du Plasmodium. Les uns, comme la plasmoquine et la rhodoquine, agissent sur les gamètes, ce que ne fait pas la quinine, laquelle n’est spécifique que pour les schizontes. Les autres, comme Vatébrine, u’agissent que sur les schizontes, tout comme la quinine, mais ils semblent pouvoir souvent la remplacer avec avantage et viennent ainsi enrichir l’arsenal du malariologue. En outre, les travaux en cours et les essais pratiqués sur certains oiseaux laissent entrevoir la possibilité, peut-être très prochaine, d’employer des alcaloïdes synthétiques qui, comme le Fourneau 852 (F. 852), de l’Institut Pasteur de Paris, agiraient à la fois sur les gamètes et sur les schizontes.
- Ainsi donc, grâce à la combinaison des divers agents antipaludiques dont on dispose aujourd’hui, on peut, non seulement débarrasser le paludéen de ses accès de fièvre, mais encore l’empêcher d’être un foyer d’infection.
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- BULL DE LA SOC. ü’eNCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — MARS 1936 (p. 187).
- COMMENT RÉUSSIR1»
- par M. A. Detqeuf, vice-président du Syndicat général de la Construction électrique, président du Groupe I de l’Union des Syndicats de l’Électricité.
- Mesdames, Messieurs, Mes Jeunes Camarades,
- Que peut faire le président d’une cérémonie comme celle-ci? 11 a un certain choix : il peut être inutile, mais il peut aussi être ennuyeux. Faute de se décider, il peut même être à la fois ennuyeux et inutile.
- J’ai choisi : je serai ennuyeux. Le meilleur moyen de l’être vis-à-vis de jeunes gens qui ont, pour la plupart, bien travaillé pendant un an, et qui sont prêts à vivre, c’est de donner des conseils. C’est ce que je vais faire.
- On a dit, vous le savez, que demander un conseil c’est demander à quelqu’un d’être de votre avis. Si donc l’on vous demande un conseil, vous disposez d’un procédé au moins pour être bien accueilli : deviner l’opinion qu’on espère de vous, et l’exprimer franchement. Mais donner un conseil, quand on ne vous en demande pas, c’est autrement dangereux. Hélas! vivre, c’est risquer. Présider, c’est risquer plus encore. Et pourtant, je vais risquer quelque chose de plus grave que d’être ennuyeux : je vais risquer que vous ne croyiez rien de ce que je vais vous dire. Oui, probablement, vous ne me croirez pas, et pourtant je suis convaincu que je vous aurai dit la vérité. Je risquerai donc.
- On vient de vous exposer magnifiquement combien les mathématiques peuvent, et doivent vous être utiles. On a eu grandement raison; quand, comme la plupart d’entre vous, on est destiné à acquérir une grande expérience pratique, il est précieux d’avoir su conserver l’usage aisé des mathématiques; non point tant à cause des vérifications qu’on peut leur demander, que parce qu’elles sont un moyen de réflexion, de domination des problèmes qui se posent — parce que l’exercice des mathématiques est pour l’esprit un sport sain — qui nous évite l’obésité et la lourdeur de la pensée, comme l’exercice du cheval nous évite d’engraisser. J’aimerais qu’en m’écoutant vous deviniez que je fais encore des mathématiques: je sais bien que vous vous apercevrez tout seuls que j’ai renoncé à faire du cheval depuis une vingtaine d’années.
- Mais, voyez-vous, si les mathématiques sont un excellent moyen de conserver l’esprit alerte, elles ne sont point un moyen de réussir. Je ne connais personne qui soit arrivé dans l’industrie par les mathématiques. S’il y a dans l’industrie quelques Polytechniciens qui ont réussi, ou qui ont paru réussir — car on n’est tout à fait sûr d’avoir réussi que lorsqu’on est mort — ce n’est pas parce qu’ils étaient mathématiciens, c’est parce qu’ils avaient fait assez de mathématiques pour avoir le droit de les oublier.
- Je veux vous donner les moyens de réussir — et je ne vois pas pour cela de meilleure méthode que de vous indiquer quelles sont les qualités que je recherche — et que je crois qu’instinctivement tout le monde recherche — dans l’industrie.
- (i) Discours prononcé par l’auteur, le 12 juillet 1935, lors de la distribution solennelle des diplômes et prix de l’École Breguet (Électricité et mécanique théorique et appliquée), 81 à 89, rue Falguière, Paris (15"),
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- Quand on sait ce que désirent ceux de qui on va dépendre, on est déjà bien près d’être estimé d’eux.
- Que faut-il donc pour réussir dans l’industrie? D’abord, l’intelligence? direz-vous. Pas tout de suite. La première qualité dont on a besoin chez un collaborateur, celle sans laquelle on n’en peut rien faire, c’est la droiture. Que voulez-vous qu’on fasse d’un homme en qui on n’a pas confiance, d’un homme qui cache une erreur, et la répare sournoisement au risque que la même erreur soit répétée; du dessinateur qui n’est pas consciencieux et fait de l’à peu près, au risque que la pièce dessinée ne puisse être exécutée, ou, exécutée selon le dessin, fonctionne mal; de l’ingénieur qui essaie de rejeter sur autrui la faute qu’il a faite, au risque de semer le désordre ; du directeur qui présente sa comptabilité d’une façon tendancieuse, au risque d’amonceler des pertes pendant plusieurs années?
- Dans les temps passés, l’industriel français estimait qu’il surveillait les choses d’assez près pour pouvoir se passer de la confiance envers ses subordonnés. Il les avait sous les yeux; on ne le trompait guère. Il était « celui à qui on ne la fait pas ». Mais dans une industrie un peu étendue, et aujourd’hui toutes les industries le sont, on ne peut plus surveiller tout le monde. Chacun a des initiatives, une responsabilité; les choses évoluent trop vite pour qu’on puisse juger un acte en se bornant à le comparer à un autre. Il est facile de juger si un sabot est bien fait, parce qu’il doit ressembler exactement au sabot qu’on a toujours fabriqué dans la maison. Il est moins facile de juger d’un coup d’œil si un dessin est correct, si une étude est consciencieuse, si le temps calculé pour un travail donné est normal, si un essai n’a pas été truqué. Le chef a besoin d’avoir confiance. Il faut lui inspirer confiance et, après l’avoir inspirée, la justifier. C’est sur la confiance qu’est bâtie toute l’industrie moderne.
- Mais, direz-vous, si j’ai un chef qui est lui-même roué, qui manque de franchise, qui aime les petites manœuvres? La franchise réussira-t-elle avec lui? Je pense que non; mais, lui, ne réussira pas non plus. Alors, si par malheur, vous vous trouvez avoir un chef de ce genre, profitez de la première occasion qui s’offrira de l’abandonner. Recherchez, dans la mesure où les circonstances le permettent, le chef franc et sûr, celui à qui on peut se confier, même quand on a fait une erreur. Même s’il est dur, même s’il est d’un caractère difficile, il réussira; et vous réussirez avec lui.
- Après la loyauté, condition essentielle, est-ce l’intelligence? Pas encore. Après la loyauté, et si près d’elle qu’on a du mal à la classer après, vient la volonté. Volonté de réussir; volonté de faire tout ce qu’on a à faire, et le mieux possible; volonté de vendre si l’on est commerçant; de se perfectionner chaque jour si l’on est agent d’études ; de faire tout ce qu’il faut, et un peu au delà, pour sortir une machine parfaite, à l’heure dite, sans gâchis, sans coulage, si l’on est constructeur. Volonté, c’est-à-dire insatisfaction constante de soi-même, désir de se dépasser, refus de se considérer comme un simple fonctionnaire, content s’il a fait ses sept ou huit heures de présence en respectant les règles qui lui sont imposées L’indifférence, même la conscience indifférente, mènent toujours à l’échec, tantôt rapidement, tantôt lentement, mais sûrement. L’attention se relâche, on s’aperçoit trop tard des fautes qu’on a commises, ceux qui sont sous vos ordres observent, ou sentent intuitivement que vous ne désirez rien : ils deviennent à leur tour indifférents. On a des incidents, des difficultés, et les malheurs s’accumulent, sans qu’on sache pourquoi. On se dit : Je n’ai pas de chance. Mauvaise explication. Il faut se dire : « J’ai manqué de volonté. »
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- Seuls réussissent dans les affaires ceux qui ont une lorte volonté, un enthousiasme créateur. Ceux qui s’ingénient, qui ne se rebutent pas, qui concentrent leur effort; ceux-là, qu’ils aient ou non beaucoup de dispositions naturelles pour le métier qu’ils font, réussissent presque infailliblement. Si vous regardez ce que sont, au sommet de l’échelle, les grands chefs d’industrie — je vais ici peut-être vous enlever une illusion — voici ce que vous observerez. Il y a parmi eux quelques hommes remarquables, intelligents, de véritables génies : ils font fortune ou ils font faillite. Il y a aussi des gens d’une intelligence fort moyenne; peut-être même trouverait-on des intelligences au-dessous de la moyenne. Mais vous ne trouverez jamais de faibles volontés. Tous les chefs d’industrie sont de grands travailleurs, des hommes dont l’effort ne se relâche pas. Le jour où ils sont fatigués, ils cessent d’être des chefs. Pour les consoler, on leur offre des honneurs. Mais les honneurs sont une chose bien triste; car ils sont moins la preuve de ce qu’on est que le témoignage de ce qu’ou a été. C’est pourquoi j’ai beaucoup hésité à accepter l’honneur de présider cette cérémonie. Au surplus, contrairement à ce qu’on croit généralement dans les écoles, le classement qui s’y fait est beaucoup plus un classement de volontés qu’un classement d’intelligences. Il y a toujours, parmi les derniers, des gens aussi intelligents, souvent plus intelligents que parmi les mieux classés; mais leur volonté n’a pas agi. Ce que l’industriel trouve, en prenant les premiers des écoles, c’est moins de l’intelligence que de la volonté, et c’est ce qu’il désire le plus.
- Donc, ayez, inlassable, la volonté d’arriver.
- Est-ce maintenant le tour de l’intelligence? Un moment encore. 11 y a une chose qui est plus précieuse pour le travail en commun dans l’industrie, c’est le sens social. Sa forme principale, c’est la bonne humeur. La bonne humeur suppose l’absence de jalousie, d’envie; elle suppose les bonnes relations avec tous, le goût de la société des autres et du travail en commun. Sur toutes les portes du grand laboratoire de la General Electric Co en Amérique, il y a une pancarte avec ces mots : « Keep smiling, Ayez le sourire ». Avoir le sourire, c’est une nécessité du travail en commun. Actuellement, l’économie est fabriquée avec des équipes : équipes de plus en plus larges, équipe du même atelier, du même bureau de dessin, équipe de l’usine, équipe de l’entreprise, équipe de la corporation, équipe de la nation. Sans équipe, il n’y a rien à faire. L’homme isolé est impuissant contre l’énormité de l’organisme social. C’est une erreur de penser qu’on fait son trou, tout seul, contre tout le monde ; on ne le fait qu’à l’aide d’autres : à l’aide de ses chefs, de ses camarades, de ses amis. Il ne faut pas croire qu’on réussit parce qu’on est le seul sérieux dans un ensemble de gens qui s’amusent, le seul intelligent dans un ensemble d’imbéciles ; si l’on est dans ce cas, on se perd avec le reste. C’est une idée qui fait peu à peu son chemin, mais bien lentement, qu’un industriel n’a pas intérêt à avoir des concurrents qui se ruinent, car ils le ruinent avec lui, en pratiquant des prix trop bas, en jetant la suspicion sur la corporation par des fournitures médiocres.
- Actuellement, d’une façon générale, le bonheur des uns fait le bonheur des autres. Dans un monde où règne la prospérité, il est aisé à un imbécile de gagner de l’argent ; dans un monde où tout le monde est malheureux, c’est à peu près impossible à un homme intelligent. Dans une usine qui marche bien, les traitements s’élèvent; une équipe qui travaille bien est à peu près sûre de garder du travail, même si les commandes diminuent.
- Donc, mettez toujours en valeur vos émules, vos collaborateurs; n’essayez pas de
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- jouer de mauvais tours à vos voisins, à vos concurrents. S’ils se trompent, et si vous pouvez, sans vous brouiller avec eux, les détourner de l’erreur, faites-le; tout cela vous sera payé, non pas dans un autre monde, mais dans celui-ci. Il y a une sorte de force psychologique, d’atmosphère de sympathie qui pousse les gens de bonne humeur, de relations agréables, les « braves types ». Tout le monde, sauf parfois un envieux, concurrent direct, est content de les voir arriver. Tout le monde leur parle avec franchise, essaie de leur éviter les ennuis. Je vous le dis : on dépend des autres plus que de soi-même ; mais la façon dont les autres agissent vis-à-vis de vous dépend de vous-même.
- J’ai bien l’air de faire de la morale ; mais c’est que la morale, c’est la même chose que la meilleure façon de réussir. La morale, ce n’est que l’attitude qu’on doit avoir vis-à-vis de la société pour que la société soit contente de vous ; et quand la société (je ne parle pas de la société anonyme, mais de la société humaine) est contente de vous, il y a déjà beaucoup de fait.
- Bien entendu, il ne suffit pas d’être un bon garçon pour réussir. Avant la bonne humeur, j’ai mis la loyauté et la volonté, car il faut tout de même montrer qu’on est quelqu’un, justifier qu’on rend des services et qu’on rend largement sa part de services. Je veux seulement dire que, lorsqu’on sait sa valeur, il faut, au risque de ne pas toujours se mettre en évidence, plutôt compter sur l’estime et la sympathie des autres que sur la lutte et les petites combinaisons pour que cette valeur soit payée.
- Certes, on ne peut pas à soi tout seul réformer le milieu dans lequel on est plongé ; quand le milieu est malsain, mieux vaut en changer. Mais, en revanche, dans un milieu qui n’est pas gangrené, il y a une contagion de la confiance, de la loyauté, de la bonne camaraderie. Les gens les plus mal élevés n’oseront pas cracher à terre dans une pièce bien tenue. Les plus malhonnêtes n’oseront pas se déconsidérer vis-à-vis d’un homme franc et loyal; on ne brave pas aisément l’opinion publique en jouant un mauvais tour à quelqu’un que tout le monde regarde comme un bon camarade. Tout cela me paraît bon à méditer; l’opinion est trop répandue en France qu’il faut se défier d’autrui, qu’on est entouré d’ennemis, de gens qui veulent se pousser à vos dépens, d’ambitieux sans scrupules. Ce n’est pas dans une telle atmosphère qu’on peut faire de grandes choses, ni même des choses simplement convenables. A cet égard, les Américains, les Anglais, les Allemands, qui ont tous, comme nous-mêmes, leurs défauts, nous sont très supérieurs. Ils savent ce que c’est qu’une équipe.
- Car tout cela se résume en quelques mots : avoir le sens de l’équipe, tâcher d’être d’une équipe, aider les autres pour être dans un milieu où les choses marchent bien, aider les autres pour qu’ils vous aident, et se montrer sympathique pour qu’ils vous aiment.
- J’en viens maintenant tout de même à Y intelligence. Les psychologues en font trois parts : la mémoire, le jugement et l’imagination. La mémoire, je n’en parlerai pas ; ce n’est pas dans l’industrie qu’on peut la cultiver artificiellement. Elle est maintenant chez vous ce qu’elle sera, ou, plutôt, elle est meilleure qu’elle ne sera jamais puisque la mémoire décline avec l’âge. C’est peut-être (je crois qu’on la méprise trop dans les écoles) la plus importante des trois catégories de l’intelligence; c’est en tout cas celle qui sert de fondement aux deux autres. Sans mémoire, on n’aurait ni jugement, car le jugement est fait surtout de souvenir de choses passées, ni imagination, car on n’imagine qu’en combinantdes souvenirs. Mais vous n’avez
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- plus d’action sur votre mémoire. Ou plutôt, il n’y a plus pour vous qu’une action possible sur elle : c’est l’intérêt, la volonté avec lesquels vous ferez les choses. Les actes qu’on accomplit avec soin, avec attention, se gravent; les autres s’effacent. Si vous avez la volonté de réussir, cela suffît. Votre mémoire se cultivera toute seule.
- Après elle vient 1 e jugement, ou ce qu’on appelle communément le bon sens. Si je parlais à des Polytechniciens, je leur ferais un grand discours sur le bon sens; car c’est à avoir du bon sens qu’ils sont le moins préparés; autant les mathématiques, quand elles complètent une éducation pratique, aident à la formation de l’esprit; autant, lorsqu’elles sont pratiquées seules ou presque seules, elles sont propres à donner l’illusion qu’on peut atteindre la vérité sans se préoccuper à chaque instant de l’expérience et de la vie. On trouve ainsi des hommes fort intelligents qui n’ont aucun bon sens; ils sont redoutables. La formation que vous avez reçue ne vous fait heureusement pas courir ce risque, car elle est à la fois théorique et pratique. Je crois qu’en général, vous devez avoir du bon sens. D’ailleurs, le bon sens ne s’enseigne guère ; on peut seulement placer les hommes dans des occasions où ils ont à exercer celui que la nature leur a donné, et espérer qu’ils s’en serviront.
- Je veux seulement vous dire à ce sujet ceci : l’un des aspects les plus clairs du bon sens, c’est la modestie. Car il y a beaucoup de gens qui ont du bon sens sur toutes choses, sauf sur eux-mêmes, qui jugent bien ce qui est en dehors d’eux, mais ne savent pas se juger; on oublie volontiers, lorsqu’il s’agit de soi, que les autres n’ont pas autant de raisons que vous de vous aimer ou de vous admirer. Pratiquement, la modestie, cela consiste essentiellement à ne pas faire soi-même son propre éloge; si on peut trouver quelqu’un pour le faire, tant mieux : il faut le laisser faire; mais si on ne trouve personne, il faut attendre que votre éloge soit fait par vos actes. Si vous vous présentez à quelqu’un pour obtenir un poste, n’essayez pas de l’éblouir par vos propos. Ne dites pas : je sais tout faire; dites seulement : voilà ce que j’ai fait jusqu’ici. Ne dites pas : j’ai très bien réussi ce que j’ai fait. Dites : demandez à mon directeur ou à mon dernier chef ce qu’il pense de moi. Si vous êtes chargé d’un service commercial, ne prenez pas un plaisir vaniteux à démontrer à votre client que vous êtes plus fort que lui ; laissez-le dire des choses ridicules si elles ne sont pas gênantes pour vous, et, si elles le sont, tâchez de lui faire découvrir lui-même qu’il se trompe; car un client ne vous pardonnera jamais de vous être aperçu que vous lui êtes supérieur. Il veut bien admettre que vous êtes un homme très bien, mais à la condition de l’avoir découvert lui-même.
- Il y a une chose bien utile et qu’on ne peut demander qu’aux hommes de bon sens, c’est d’avoir tort. Mon expérience m’a montré que, d'une façon générale, les techniciens ont toujours raison. Et cela est désolant. Dans l’industrie, lorsqu’un client se plaint d’une machine, et qu’on s’adresse à l’ingénieur qui l’a construite, il vous prouve toujours que le client a tort de se plaindre. Cela est désastreux, non seulement parce que le client est mécontent du peu de cas qu’on fait de son opinion, mais surtout parce que souvent il se plaint à juste titre, et qu’on discute, au lieu de lui donner satisfaction. Si bons, si parfaits, si avertis, si prudents que soient les constructeurs, on peut affirmer que neuf fois sur dix, quand le client se plaint, il a raison, et que la dixième fois, s’il a tort, il faut quand même lui donner raison. Vous voyez par là toute l’importance de la modestie.
- J’attire bien votre attention ici sur le fait qu’avoir de la modestie n’empêche nul-
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- lement d’avoir de la volonté. La modestie, c’est l’attitude qui convient pour que la volonté réussisse. Un bon vendeur a toujours l’air d’être de l’avis de son client; il « ne fait pas le malin » et, en fin de compte, il lui vend ce qu’il désire, parce qu’il l’a fortement voulu.
- Maintenant que je vous ai donné le secret de la fausse modestie qui est nécessaire pour réussir, je dois ajouter que ce secret est bien difficile à utiliser, si on n’est pas vraiment modeste. Un homme un peu fin distingue assez vite la fausse modestie de la vraie, et s’il vous découvre, c’est une catastrophe. Il faut donc tâcher d’être vraiment modeste. C’est là que le bon sens intervient; il est bien facile d’être vraiment modeste dès qu’on a un peu de bon sens. Il suffît de se comparer toujours, non pas à ceux qui sont au-dessous, mais à ceux qui sont au dessus de soi ; si intelligent, si savant, si expérimenté qu’on soit, il n’est jamais difficile de trouver des êtres qui le soient plus que vous; c’est à eux qu’il faut se comparer, et je vous assure qu’on arrive très vile, pour peu qu’on soit ambitieux, à ne pas être très fier de soi. Il n’y a rien de tel pour que les autres vous trouvent remarquable.
- Enfin, vient l'imagination, qualité naturelle dont les uns sont bien fournis, les autres moins. Mais vous voyez qu’elle vient en dernier lieu dans mon énumération. Cela veut dire que, même si on n’en a pas beaucoup, cela ne peut pas empêcher de réussir si on a le reste.
- Allez donc avec confiance, dans une vie qui commence. L'heure est des plus difficiles, et depuis qu’il y a une industrie, il ne s’est pas trouvé de période plus dure pour les jeunes, de période où il soit plus difficile de trouver une place, plus difficile, quand on fa trouvée, d’obtenir un traitement qui vous permette de vous marier, d’avoir des enfants, de vivre sans trop de soucis.
- Cependant, si vous êtes loyaux, volontaires, bons camarades et imprégnés d’esprit d’équipe, et si vous avez assez de bon sens pour être vraiment modestes, vous devez voir votre carrière se faire, se former et grandir.
- Mais n’oubliez pas non plus qu’il faut toujours tâcher d’être un peu supérieur au métier qu’on fait, et pour cela continuer à vous cultiver, ne pas perdre ce que vous avez acquis ici d’instruction générale et la développer encore si possible.
- C’est ainsi que mon sermon se termine : par le même conseil que vous a donné mon prédécesseur. Point n’était besoin, direz-vous, d’un si long détour. Peut-être j’avais choisi d’être ennuyeux, et je crois bien que je l’ai été. Je vous ai dit que vous ne me croiriez pas; vous voyez bien maintenant que ce que je vous ai dit est incroyable. Je ne me fais pas d’illusion : beaucoup continueront à croire, malgré ma pauvre éloquence, que le succès dépend beaucoup plus de l’intelligence et de l’astuce que de la loyauté, de la volonté et de la bonne humeur. Mais ils se tromperont. Et si l’un seulement d’entre vous veut suivre les avis que je me suis permis de vous donner, même si tous les autres les ont jugés oiseux et superflus, j’aurai au moins la petite satisfaction d’avoir répondu à l'honneur qui m’a été fait par votre école en n’ayant pas été tout à fait inutile.
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — MARS 1936 (p. 193).
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ
- CONSEIL D’ADMINISTRATION
- SÉANCE PUBLIQUE DU 8 FÉVRIER 1936.
- Présidence de M. M. Lacoin, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Est présenté pour devenir membre de la Société et admis séance tenante :
- M. Lafont (Georges), ingénieur civil, secrétaire général de la Chambre syndicale des Ingénieurs, 1, rue Mondétour, Paris (1er), présenté par M. Guy Cudey.
- M. Lacoin, président. — Notre collègue M. Michel-Schmidt, membre honoraire du Conseil (Comité des Constructions et des Beaux-Arts) nous a envoyé 250 fr à porter au compte de notre Bulletin. Nous lui adressons nos très vifs remerciements.
- M. de Fréminville, secrétaire général, présente et analyse les ouvrages suivants récemment entrés dans la Bibliothèque.
- Cours d'exploitation des mines, par Haton de la Goupillière. 4e édition revue et considérablement augmentée par J. de Berc. Tomes III et IV. Paris. Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1936;
- Le caoutchouc (Les colloïdes dans l’industrie), par P. Bary. 2e édition, Paris, Dunod, 1936;
- Rôle de /’Empire français dans la production et l'industrie des matières premières oléagineuses, par Marie-Thérèse François. Paris, Association Colonies-Sciences, 16, rue de la Paix (2e), 1935;
- Cours de chimie industrielle, par G. Dupont. Tome 1 : Généralités. Les combustibles. Tome II : Les industries minérales. Paris, Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins (6e), 1936;
- • Le groupe des industries de Vacétylène et de la soudure autogène. Ses organismes centraux, par Lise Bloch-Sée. Paris, Institut de Soudure autogène, 32, boulevard de la Chapelle (18e), 1935;
- Progrès réalisés dans Véchappement des locomotives, par M. R. Godfernaux (ex Bulletin de VAssociation internationale du Congrès des Chemins de fer, novembre 1935). Bruxelles (Belgique), Association internationale du Congrès des Chemins de fer, 74, rue du Progrès;
- 1350 Année. — Mars 1936.
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- 194 COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — MARS 1936.
- Prolabo (Société pour la fabrication et la vente des produits et appareils de laboratoire Rhône-Poulenc). — Nomenclature générale des produits chimiques pour laboratoires. Paris, 12, 15 à 19, rue Pelée (11e);
- De la méthode dans les sciences expérimentales, par Henry Le Chatelier. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1936;
- Les bétons et les revêtements bétonnés de chaussées, par J. Fedi. Texte établi pour les conférences de l’auteur du 31 janvier 1935, devant le « Groupe X-Construction », et du 1er février 1935, devant le « Groupe des Centraux des Travaux publics et du Bâtiment », suivi de sept annexes. Paris, Ch. Béranger, 15, rue des Saints-Pères (6e), 1935 (Don de /’auteur)',
- Inauguration, le 36 octobre 1935, à la Société d’Encouragement, d'une plaque commémorant la première présentation en public du cinématographe par M. Louis Lumière, le 33 mars 1895 (ex Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie nationale, oct.-nov. 1935). Paris, Société d’Encourage-ment pour l’Industrie nationale, 44, rue de Rennes (6e), 1935;
- Bureau d’Etudes géologiques et minières coloniales. — Les ressources minérales de la F rance d'outre-mer. T. III : Le zinc, le plomb, l'argent, le cuivre, Cor, les minerais radio-actifs, le mica, les pierres précieuses, substances diverses (1935). — T. IV : Le phosphate (1935). Paris, Société d’Edrtions géographiques, maritimes et coloniales, 17, rue Jacob (6e);
- Recherches sur les variations des prix dans le Gâtinais, du XVIe au XIXe siècle (Essai de contribution à l'étude du mouvement général des pjrix), par Léopold Nottin. Paris, Les Éditions Domat-Montchrestien, F. Loviton et Cie, 160, rue Saint-Jacques (5e), 1935 (Don de l'auteur, membre de la Société)’,
- Union des Sociétés industrielles de France. — Comptes rendus du 10e Congrès de l'Union des Sociétés industrielles de France (Paris, 30-33 juin 1935). Paris, Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, 44, rue de Rennes (6e), 1935;
- Souvenirs sur le Maréchal Foch par J. Rouch (ex Revue des Deux mondes). Athènes, Imprimerie française « Le Progrès », 1, rue Zoodocho-Pighi, 1936 (Don de l'auteur) ;
- L'industrie des verres basiques appliqués aux pavages, revêtements et dallages, isolateurs électriques, matériaux de construction, etc., par A. Bigot (ex Le Verre). Charleroi (Belgique), Le Verre, 10, rue de l’Industrie (Don de M. Bigourdan)\
- La cristallisation des verres. Pavages en verres basiques cristallisés, par A. Bigot (ex R. U. M., 1er mars 1925). Liège (Belgique), lmp. H. Vaillant-Carmanne, 4, place Saint-Michel, 1925 (Don de M. Bigourdan)\
- Verres cristallisés. Verres acides. Verres basiques. Pavages et dallages en verres basiques. Conférence faite à la Société industrielle de l’Est, le
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- 7 novembre 1925, par A. Bigot (ex Bulletin de la Société industrielle de VEst). Nancy, Soc. d’impressions typographiques, 1925 {Don de M. Bigourdan);
- Les matériaux de pavage. L'évolution des roches naturelles aux roches artificielles, par A. Bigot (ex Chimie et Industrie, juin 1926). Paris, Chimie et Industrie, 49, rue des Mathurins (8e) {Don de M. Bigourdan);
- Les relais à résonance mécanique et les télécommandes sans fil pilote. Communication présentée à la séance du 11 juin 1935 de la 4e Section du Comité de la Société française des Electriciens, par Marius Lavet (ex Bulletin de la Société française des Electriciens, janvier 1936) {Don de l'auteur, membre de la Société) ;
- Au sujet de la communication de M. Planiol concernant les procédés électriques pour la mesure des vitesses angulaires, par Marius Lavet (ex Annales françaises dx Chronométrie, n° 4, 1935) {Don de Vauteur, membre de la Société).
- M. Lacoin, président. — M. Dutreux, qui va vous parler de l’industrie du latex, n’a pas besoin d’être présenté à cet auditoire.
- Ancien président de l’Association des Anciens Elèves de l’Ecole centrale, il a apporté récemment à notre Comité de Commerce l’appui d’une très ample et très brillante carrière industrielle, et il va, en nous faisant une conférence sur une industrie récente, nous donner une première preuve de sa dévouée collaboration. Vous y serez tous très sensibles et je l’en remercie en votre nom.
- M. Dutreux va du reste vous parler d’un sujet qu’il connaît par la pratique d’une façon éminente : président de la Société Dunlop, administrateur de Sociétés métallurgiques intéressées à l’industrie automobile, nul n’était plus qualifié que lui pour vous entretenir d’une évolution nouvelle de l’industrie du caoutchouc. Sa conférence sera illustrée de démonstrations et d’une ample exposition de produits nouveaux. Je ne veux pas en retarder le début et lui passe la parole.
- M. Auguste Dutreux, Ingénieur Mes Arts et Manufactures, membre du Conseil de la Société d’Encouragement, fait une communication sur L'industrie du latex de caoutchouc.
- Le latex des plantes à caoutchouc, notamment de YHevea Brasiliensis, et tel qu’il exsude de la plante, spontanément ou à la suite d’incisions, est un liquide ayant l’aspect du lait. C’est une émulsion de globules d’hydrocarbures, de 1 à 10g, à l’état colloïdal (31 p. 100) en suspension dans un sérum (56 à 57 p. 100) composé d’eau, d’acide acétique et de sels. Il renferme en outre des matières cireuses, des albumines et d’autres corps représentant au total environ 12 p. 100. Sa densité, selon son origine, varie autour d’une valeur moyenne de 0,94.
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- Dans l’industrie du caoutchouc ordinaire, on travaille un produit solide, le crêpe, obtenu sur les lieux de production par la coagulation, en recourant à divers moyens, des globules contenus dans le latex. C’est ce crêpe qui, après des lavages, malaxages, cylindrages, additions de vulcanisants et de charges diverses, puis moulage et cuisson, constitue le produit fabriqué fini. Les traitements mécaniques, en déchirant et brisant les fibres, lui font perdre en partie les propriétés qui le font rechercher et en justifient l’emploi, savoir : l’élasticité et l’imperméabilité.
- Les premiers travaux relatifs à l’utilisation directe du latex remontent à la fin du xvme siècle; elle n’est devenue industrielle que dans ces dernières années. Comme le latex renferme beaucoup de matières inertes ou inutiles, après filtration, sur les lieux de production, on le concentre par évaporation, écrémage ou mieux centrifugation. On double ainsi la concentration en caoutchouc. Pour éviter sa coagulation au cours des transports, qui sont presque toujours très longs, on ajoute 0,5 p. 100 d’ammoniaque à l’état gazeux au latex concentré.
- C’est ce liquide, dont on peut chasser facilement l’ammoniaque, qui sert de matière première pour la fabrication d’un grand nombre d’objets très variés, fabrication qui constitue la nouvelle industrie du latex. La supériorité du latex sur le crêpe est d’avoir conservé en totalité les qualités initiales du caoutchouc, car elles n’ont été altérées par aucun travail mécanique.
- Le latex concentré est additionné de produits vulcanisants, de charges, de matières colorantes, d’antioxygènes, employés sous une forme telle qu’il ne puisse y avoir coagulation. Le liquide ainsi obtenu est utilisé ensuite en employant : l’imprégnation, le trempage, l’étendage, le moulage, le filage, le boudinage, la pulvérisation, la cataphorèse. L’objet traité est soumis ensuite à l’évaporation et à la coagulation, par exemple dans l’eau chaude additionnée de corps convenables.
- Les objets en caoutchouc poreux (coussins, matelas) s’obtiennent avec le latex battu en mousse. Il est d’autant plus poreux et léger que la mousse est plus fine. Ce caoutchouc spongieux (Dunlopillo) est parfaitement élastique et perméable aux gaz; la vermine ne peut y vivre. Les objets fabriqués avec ce caoutchouc spongieux sont beaucoup plus hygiéniques que ceux pour lesquels on emploie le crin ou la laine.
- E. L.
- M. M. Waton. — Quelle est la composition des particules de caoutchouc de 1 à 10g flottant dans le sérum du latex? Sont-elles constituées uniquement par des hydrocarbures comme l’isoprène C5 H8 ou par ses polymères? Cette question, qui paraît purement théorique, est d’une grande importance industrielle car si la constitution des particules est simple, la synthèse du caoutchouc, et non celle d’un succédané quelconque, est plus facile. Ce serait éventuellement une concurrence redoutable pour l’industrie du caoutchouc naturel qu’il provienne du crêpe ou du latex.
- Les journaux scientifiques soviétiques ont annoncé récemment que le problème avait été résolu en Russie en employant l’huile de tournesol comme matière première.
- M. Dutreux. — L’hydrocarbure du caoutchouc est bien l’isoprène C5 H8 plus ou moins polymérisé. Jusqu’ici on n’a pu reproduire parfaitement par
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- synthèse le caoutchouc naturel en raison même de sa polymérisation qui est variable. Encore moins n’a-t-on pu reconstituer le latex naturel, où le caoutchouc se trouve sous forme de globules composés d’un noyau de caoutchouc pur enveloppé d’une pellicule de protéines.
- M. Waton. — Etant donné la composition extrêmement complexe de ces particules, la synthèse du caoutchouc est donc techniquement infiniment plus difficile que celle du pétrole et du camphre, car abstraction faite des prix de revient, ce sont des corps ou des mélanges de corps dont la composition chimique est parfaitement définie.
- M. le Cdt Nicolau. -— Au point de vue du vieillissement, les objets fabriqués avec le latex sont-ils supérieurs à ceux qu’on fabrique avec le crêpe?
- M. Dutreux. —Les objets fabriqués avec le latex, dont le caoutchouc n’a subi ni trituration, ni malaxage, se conservent aussi bien, sinon mieux que les objets fabriqués avec le crêpe.
- M. Ed. Sauvage. — Existe-t-il des moyens vraiment pratiques de mesurer le vieillissement des objets de caoutchouc?
- M. Dutreux. — Il existe plusieurs procédés qui consistent dans l’emploi d’un vieillissement accéléré. Les deux procédés les plus utilisés sont l’étuve et la bombe. Dans l’essai à l’étuve on place les échantillons à examiner dans une étuve à air, chauffée à 70°. Dans l’essai à la bombe, on les place dans une bombe en acier chauffée à 70° dans laquelle on introduit de l’air ou de l’oxygène sous pression. Un séjour de 3 jours dans la bombe correspond à un vieillissement naturel de deux à trois ans, suivant fa nature du mélange examiné.
- M. Lacoin. — A-t-on une expérience d’assez longue durée qui permette d’affirmer que les objets fabriqués avec le latex conservent leurs propriétés?
- M. Dutreux. — Cette expérience remonte déjà à une dizaine d’années pour certaines applications. Cette durée est plus que suffisante, car dans les toutes dernières années, le vieillissement naturel est extrêmement rapide.
- M. E. L emaire. — Dans une conférence faite ici même, le Prof. Dufraisse a signalé que l’emploi des antioxygènes permettait de conserver le caoutchouc pendant un temps très long. Un des moyens pratiques qu’il préconisait était le badigeonnage avec une solution d’hydroquinone dans l’éther. Je l’ai employé pour de menus objets; il m’a donné d’excellents résultats; mais mon expérience ne remonte guère à plus de deux ans, et il s’agit d’objets fabriqués avec du crêpe. Est-ce que, dans l’industrie du latex, on peut aussi se servir des antioxygènes et aussi commodément? Je crois devoir rappeler que M. Dufraisse signalait la résistance qu’opposent les caoutchou-
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- tiers à l’emploi des antioxygènes, en donnant comme raison, mauvaise d’ailleurs, que si les objets en caoutchouc vieillissaient moins vite, ils en vendraient moins.
- M. Dutreux. — Les caoutchoutiers ne sont plus tous aussi rebelles à l’usage des antioxygènes, et ils en utilisent des quantités considérables. On peut dire qu’à l’heure actuelle, il n’existe pas un seul pneumatique sur le marché qui ne contienne un antioxygène. Ce qui est vrai pour les pneumatiques l’est également pour la plupart des autres fabrications. On n’utilise pas l’hydroquinone, mais des amines aromatiques, d’une efficacité plus grande.
- M. M. Lacoin. — En ce qui concerne les coussins en caoutchouc dans le matériel de chemins de fer, le public leur reproche leur odeur désagréable, et c’est la principale raison pour laquelle on ne les emploie pas couramment. Est-ce que le « Dunlopillo » présente un avantage à cet égard?
- M. Dutreux. — Les choses se sont grandement améliorées. Les premiers coussins et matelas Dunlopillo avaient en effet une odeur assez désagréable; mais on a réussi à la diminuer en perfectionnant la fabrication et en faisant subir aux objets terminés des lavages répétés; d’ailleurs, la faible odeur qui subsiste peut être facilement masquée par celle de parfums appropriés et agréables qu’on introduit dans le mélange.
- M. M. Lacoin. — Savez-vous quels résultats ont donnés les coussins et matelas en Dunlopillo essayés sur les chemins de fer du Maroc et d’Algérie?
- M. Dutreux. — Les essais remontent maintenant à trois ans; ils ont donné satisfaction. On peut soumettre les matelas à des lavages réitérés et les désinfecter dans des étuves à air chaud. L’expérience a prouvé qu’un séjour de deux à trois semaines dans ces étuves ne diminue pas l’élasticité; de plus, l’odeur disparaît complètement. Ce qui paraît retarder la généralisation de cet emploi, c’est le prix plus élevé du caoutchouc poreux ; les coussins coûtent encore environ trois fois plus cher que si on emploie le crin ou des ressorts. Il faudrait pouvoir en fabriquer beaucoup à la fois pour abaisser leur prix de revient. Quoi qu’il en soit, ces coussins sont maintenant d’un usage courant sur les autobus de Londres, et, jusqu’à présent, cet emploi n’a donné lieu à aucune réclamation.
- M. E. Lemaire. — Est-ce que le Dunlopillo ne se confond pas avec le caoutchouc-mousse qu’on a vu apparaître il y a quelques années?
- M. Dutreux. — Non. Les cellules du caoutchouc-mousse sont beaucoup plus grandes et surtout plus irrégulières que celles du Dunlopillo ; déplus, elles renferment de l’azote qui diffuse peu à peu dans l’atmosphère et disparaît irrémédiablement. Dans le Dunlopillo, les cellules sont extrêmement
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- petites, très régulières; elles renferment de l’air qui y circule librement et se renouvelle; il est complètement perméable aux gaz et à l’air.
- M. G. Noachovitch. — Le latex étant un produit naturel, n’a-t-il pas des propriétés différentes selon les espèces végétales et même les variétés dont il provient? Si la matière première présente des différences, comment assure-t-on la constance des propriétés des produits et des objets fabriqués avec des latex d’origines différentes?
- M. Dutreux. — Il existe en effet des différences de propriétés entre les divers latex de caoutchouc; mais il n’y a pas lieu d’en tenir compte pour le latex Dunlop qui provient exclusivement d’une même plantation d’hévéas bien déterminés des Indes néerlandaises, et qui est traité de façon à présenter le maximum de régularité.
- M. Androuin. — Y a-t-il une différence aux points de vue de l’imperméabilité à l’eau, de l’isolement électrique et de l’élasticité entre les objets fabriqués avec du latex et les mêmes objets fabriqués à partir du crêpe? Peut-on par exemple les laver sans que cette imperméabilité, la résistivité électrique et l’élasticité diminuent?
- M. Dutreux. — Le lavage à l’eau et même les savonnages ne modifient pas les propriétés, et elles sont les mêmes qu’on parte du latex ou du crêpe, à condition, bien entendu, que le mélange des matières qui a servi à préparer les objets ait la même composition. Le Dunlopillo ne présente pas non plus de déformation permanente.
- M. Lacoin, président. — Au nom de notre société, je remercie M. Dutreux de la très intéressante communication qu’il nous a faite et des explications complémentaires qu’il vient de nous donner. Je remercie aussi ses collaborateurs qui l’ont aidé dans sa tâche en venant nous présenter de si nombreux échantillons des produits et objets fabriqués avec le latex, en exécutant devant nous des expériences concluantes et en complétant les explications de M. Dutreux sur la technique d’une industrie récente et encore peu connue.
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. •— MARS 1936.
- SÉANCE PUBLIQUE DU 22 FÉVRIER 1936 Présidence de M. M. Lacoin, président
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- M. Harlé (Henri), (O. ^), ingénieur-constructeur, administrateur-directeur des Anciens Etablissements Sautter-Harlé, 20, avenue de Suffren, Paris (15e), présenté par M. Alby et M. Henry Garnier [membre à vie)-,
- M. Katel (Elie), ingénieur civil, administrateur délégué et président du Conseil d’administration de la Société anonyme Absorbit, 71, avenue Victor-Emmanuel III, Paris (8e), présenté parM. Carpentier et M. Lemaire (membre à vie).
- M. Lacoin, président. — J’ai le regret de vous annoncer la mort subite de M. Pierre Viala, survenue le 11 février. Il avait 77 ans. M. Pierre Viala était membre de notre Conseil depuis 1916 et faisait partie du Comité d’Agri-culture.
- Né à Laverune (Hérault), en 1859, Pierre Viala fut d’abord répétiteur, puis professeur à l’Ecole d’Agriculture de Montpellier. En 1890, il devint professeur à l’Institut national agronomique. Inspecteur général de la Viticulture au Ministère de l’Agriculture, il fut appelé, en 1919, à remplacer Müntz dans la Section d’Economie rurale de l’Académie des Sciences. Il avait été élu député de l’Hérault en 1919. Il était commandeur de la Légion d’honneur.
- Tous les travaux de Pierre Viala, poursuivis pendant plus d’un demi-siècle, ont porté sur la viticulture; c’était un spécialiste universellement connu et consulté. Ses recherches ont trait surtout à la pathologie de la vigne : ses études sur le phylloxéra, le black-rot, le mildiou et l’oïdium, la gélivure, le pourridié, la phthiriose (étudiée avec M. L. Mangin) font autorité. Récemment encore, il exposait à l’Académie des Sciences son opinion sur l’apoplexie de la vigne et le court-noué. On lui doit un magistral Traité des maladies de la vigne qui est classique; il était directeur de la Revue de Viticulture.
- Son nom restera surtout attaché à 1a. reconstitution du vignoble français. De 1881 à 1890, le phylloxéra s’était étendu dans la presque totalité de nos vignobles. Tous les insecticides alors connus étaient inefficaces. C’était dans tous : dans le Bas-Languedoc, en Bourgogne, en Champagne, dans le
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- Bordelais, la misère et la ruine à la suite de la disparition du précieux cep, car la viticulture occupait alors le cinquième de la population française et ses produits représentaient le quart de notre production agricole.
- Pierre Viala, dès sa sortie de l’École de Montpellier, porte tous ses efforts sur les moyens de lutter contre le terrible insecte. Il publie bientôt un grand nombre de notes rendant compte de ses recherches sur la question, et c’est ainsi qu’en 1887, le Directeur de l’Agriculture d’alors, notre ancien et vénéré collègue Tisserand, confia à Viala, alors âgé de 28 ans, une mission aux États-Unis pour y rechercher les vignes américaines, sauvages et cultivées, hybrides ou non, qui se montraient, non seulement résistantes au phylloxéra, mais aussi à la chlorose, dont les premiers plants américains mouraient dans nos terrains calcaires de la Bourgogne et de la Champagne.
- Rarement mission donna d’aussi éclatants résultats. Jusqu’alors, on tentait de lutter contre le phylloxéra par l’emploi du sulfure de carbone ou du sul-fo-carbonate de potassium. Les résultats étaient loin d’être encourageants. Viala montre, par ses expériences répétées, que le seul moyen efficace de lutter consiste en la reconstitution du vignoble par d’anciens cépages français greffés sur vignobles américains résistant au phylloxéra. L’espèce V. Berlandieri, originaire des terrains crétacés du Texas, donna satisfaction car ses racines n’absorbent pas le calcaire. Ces beaux résultats étaient assurés dès 1897.
- Alors qu’en 1890, on comptait moins de \ 00 000 ha reconstitués dans ces conditions, plus d’un million d’hectares l’étaient en 1900, et, aujourd’hui, presque tout le vignoble français et les vignobles étrangers ont été reconstitués en vignes greffées sur plants américains. Le procédé qu’avait indiqué Viala a partout été adopté et a sauvé la vigne, c’est-à-dire une des plus grandes richesses de la production agricole. Cette campagne de Viala restera pour lui son principal titre de gloire et aussi à la reconnaissance que lui doivent les viticulteurs : il a été un des grands bienfaiteurs de l’humanité.
- Nous adressons à Mme Pierre Viala et à ses fils les condoléances émues et sincères des membres de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, qui était fière de compter Pierre Viala parmi ses membres.
- M. Lacoin, président. — J’ai le plaisir de vous annoncer que M. Camille Blétry, notre dévoué et sympathique collègue du Conseil (Comité des Constructions et des Beaux-Arts), ingénieur-conseil en matière de brevets d’invention et de propriété industrielle, vient d’être promu commandeur de la Légion d’honneur. Nous lui adressons nos très vives félicitations.
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- 202 COMPTES RENDUS DES SÉANCES. ---- MARS 1936.
- M. E. Lemaire, agent général, présente et analyse les ouvrages suivants :
- La chimie au laboratoire et à Vusine, dans la nature et dans la vie, par Marcel Boll, agrégé de l’Université, docteur ès sciences, professeur de chimie à l’Ecole des Hautes Etudes commerciales. Paris. Librairie Larousse, 114, boulevard Raspail (6e), 1923. (Don de fauteur)-,
- Les sols de France au point de vue pédologique (avec une carte schématique pédologique de la France au 1/2 500 000) par V. Agafonoff, ancien professeur à l’Université de Tauride, attaché au Laborataire de Minéralogie du Muséum et au Laboratoire de Géographie physique à la Sorbonne. Préfaces de MM. A. Lacroix, L. Lutaud et A. Demolon. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1936. (Don de l'auteur);
- Chimie si Minéralogie, par C. I. Istrati et G. G. Longinescu, 16e édition, revue et mise à jour par Longinescu, professeur de chimie minérale à l’Université de Bucarest, membre correspondant de l’Académie roumaine. Nationala-Ciornei, Bucarest, 1936. (Don de M. Longinescu, membre de la Société) ;
- Notes on the History of Ancient Roads and their Construction, par R. J. Forbes. 3e volume des Archæologisch-Historische Bijdragen. Allard Pierson Stichting, Universitat van Amsterdam, Amsterdam. N. Y. Noord-Hollandische Uitgevers-Maatschappij éditeur, 1934. (Don de fauteur).
- M. Lacoin, président. — M. Georges- Champetier, docteur ès sciences, que vous allez entendre nous parler d’une question toute nouvelle, s’est déjà signalé par de nombreux travaux.
- Il a étudié notamment les composés organométalliques du fer, les oxydes de cuivre, le colombium et le tantale.
- Il a montré que, par l’emploi des rayons X, on peut reconnaître que toutes les celluloses végétales sont identiques; il a donné la formule exacte de nombreux composés d’addition de la cellulose, ce qui a permis d’expliquer simplement quelques -unes de ses propriétés colloïdales.
- Peu de temps après la découverte de l’eau lourde et de l’hydrogène lourd, M. Champetier a été chargé d’étudier ces corps par l’Institut de Biologie physico-chimique. Dans ce domaine, il a fait des découvertes sensationnelles dont la plus remarquable est que l’eau lourde, contrairement à ce qu’avançaient les premiers expérimentateurs, n’est ni toxique, ni abiotique. Ce sont surtout les résultats de ses derniers travaux que M. Champetier va nous exposer.
- M. Georges Champetier, docteur ès sciences, chargé de recherches à l’Institut de Biologie physico-chimique (Fondation Edmond de Rothschild),
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 22 FÉVRIER 1936. 203
- fait une communication sur L’hydrogène lourd, isotope de l’hydrogène, et Veau lourde.
- L’existence d’un isotope de l’hydrogène de masse atomique égale à 2 fut annoncée en 1932 par l’Américain Urey. Cet isotope était plus intéressant que ceux qu’on avait découverts jusque-là, car la différence relative entre les masses atomiques de l’hydrogène de masse 1 et de l’hydrogène de masse 2 étant plus grande que pour les éléments lourds, on pouvait s’attendre à ce que leurs propriétés, chimiques surtout, différassent davantage et qu’on pût les séparer plus facilement. C’est ce que l’expérience a vérifié.
- Le mieux étudié et le plus connu des composés de l’hydrogène lourd ou deutohydrogène 2H, l’hydrogène ordinaire étant le protohydrogène ‘H, est l’eau lourde 2H20, qu’on obtient assez facilement dans des électrolyseurs spéciaux. Depuis peu, c’est un produit commercial assez banal, qui se vend 36 fr le gramme, c’est-à-dire moins cher qu’un grand nombre de produits chimiques.
- L’eau lourde 2H20 a une densité de 1,1079; elle fond à-h 3°8 et bout à 101°42; son maximum de densité est à 11°6. Elle est plus visqueuse que l’eau ordinaire, et les sels y sont moins solubles. Grâce à la mesure, facile et très précise, de l’indice de réfraction ou de la densité des mélanges d’eau ordinaire et d’eau lourde (on obtient ces constantes avec la 6me décimale exacte), on peut apprécier des variations de teneur en eau lourde inférieures au 1/10 000.
- Les eaux naturelles et celles qu’on extrait des liquides organiques (lait, sang, urine) sont en général à 1/5 000 d’eau lourde. L’eau de merdes grandes profondeurs et celle de la sève des plantes sont plus concentrées; celle qui provient de la fusion de la neige l’est moins.
- L’eau lourde n’est ni toxique, ni abiotique, contrairement à ce qu’on a cru tout d’abord. Son action sur les êtres vivants résulte de ce que ses réactions sont plus lentes que pour l’eau ordinaire. Il en est de meme pour le deutohydrogène; mais les réactions chimiques, et aussi les corps qui en résultent, sont les mêmes, sauf que le deutohydrogène remplace le protohydrogène.
- Grâce à l’hydrogène lourd, on connaît un nouveau type de réaction, dite d’échange; c’est une substitution du deutohydrogène au protohydrogène. La plus simple et la plus importante est
- + 1H2H iH02H + ’H2
- Très lente à la température ordinaire, elle s’accélère considérablement en présence de catalyseurs (Pt, Pd). Elle intervient chaque fois qu’on décompose un mélange d’eau lourde et d’eau légère, puisque les gaz dégagés n’ont pas la même teneur en deutohydrogène que l’eau non encore décomposée.
- On sait que quand on bombarde des éléments légers par des particules a (noyaux d’hélium) ou par des protons (noyaux d’hydrogène ordinaire), on les transforme en d’autres éléments (transmutation). Les deutons (noyaux de deutohydrogène) fournissent des projectiles nouveaux, plus énergiques que des protons, puisque de masse double, qui ont permis de nouvelles transmutations. On a ainsi obtenu un isotope du carbone 13C, de masse atomique 13, au lieu du carbone ordinaire 12C, et un azote de masse 13 cjui est radioactif (le radioazote au lieu de i4N) qui se çiétruit en
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- 204 COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — MARS 1936.
- donnant le carbone 13C. Si on bombarde les composés deutohydrogénés par des deutons, on peut obtenir :
- ÎHh-?H = ?H + ÎH,
- ce qui conduit à envisager un nouvel isotope de l’hydrogène 3H, le tritium, de masse atomique 3.
- En fait, on a reconnu l’existence de 3H dans une eau3H,0, plus lourde encore que la première 2H20, mais qui n’existe dans les eaux naturelles qu’à la concentration de 10-9.
- Comme on connaît deux isotopes 170 et 180 de l’oxygène ordinaire 160, de masses atomiques 17 et 18, on peut concevoir des eaux plus lourdes encore que 3H20 et la plus lourde serait 3H2180. L’eau lourde *H,180 est plus abondante que 2H2160, mais sa séparation est beaucoup plus difficile.
- E. L.
- M. A. Fuller. — Quelle est la définition actuelle de l’élément?
- M. Champetier. — J’ai attiré l’attention sur cette définition au début de mon exposé. L’élément, c’est-à-dire ce qu’il y a de commun à un corps simple et à tous ses composés, doit être actuellement défini en toute rigueur par son numéro atomique et sa masse atomique.
- M. Fuli ,er. — Le radium et les autres corps radioactifs sont-ils des éléments?
- M. Champetier. — Le radium et les autres corps radioactifs diffèrent soit par le numéro atomique, soit par la masse atomique; ce sont donc bien des éléments distincts, d’après la définition précédente.
- M. E. Lemaire. — Quelle est l’action de l’eau sur les animaux supérieurs?
- M. Champetier. — Les poissons meurent dans l’eau lourde en quelques heures. Les autres animaux aquatiques se maintiennent en vie d’autant plus longtemps qu’ils sont moins complexes. Pour les Rotifères, les temps de survie sont du même ordre que dans l’eau ordinaire. L’eau lourde peut être ingérée par l’homme en quantité importante (plusieurs centaines de centimètres cubes par jour) sans troubles apparents.
- La mort plus ou moins rapide des animaux aquatiques doit être attribuée au ralentissement des réactions physiques et chimiques vitales.
- M. M. Lacoin. — La moins grande rapidité de réaction de l’eau lourde a donc une influence sur les êtres vivants. Quelle est cette influence?
- M. Champetier. — L’eau lourde diffuse moins vite que l’eau légère. Elle réagit moins vite. Les réactions par voie aqueuse y sont également plus lentes. L’eau lourde n’est donc pas un milieu normal pour un être vivant aquatique. Le ralentissement des réactions vitales a pour conséquence des troubles, qui
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 22 FÉVRIER 1936. 205
- apparaissent d’autant plus graves que l’être vivant est plus complexe et que son adaptation au milieu est plus délicate. Toutefois, l’eau lourde se distingue essentiellement d’une substance abiotique, comme l’azote par exemple, qui n’intervient pas dans les réactions vitales de la respiration. D’ailleurs, les Roti-fères supportent d’autant mieux les concentrations élevées en eau lourde que l’on a pris soin de faciliter leur adaptation en les immergeant successivement dans des eaux de teneurs croissantes en eau lourde.
- M. M. Lacoin. — Quels sont les effets si on injecte de l’eau lourde?
- M. Champetier. — Il paraît bien établi qu’il n’y a absolument aucun effet.
- M. Lacoin. — Quelles sont les applications pratiques du deutohydrogène et de ses composés? En prévoit-on?
- M. Champetier. — On ne connaît actuellement aucune application pratique -du deutohydrogène et de ses composés; mais il est possible que dans un avenir, qui n’est peut-être pas très éloigné, le deutohydrogène soit employé comme source de deutons pour la préparation de radioéléments artificiels utilisables en thérapeutique.
- La séance est levée à 18 h. 30 m.
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE.
- MARS 1936 (p. 206).
- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE EN FÉVRIER 1936
- Établissements Gaumont, 1895-1929. In-4 (28 x 22) de 121 p., fig. Paris, Gaithier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins (6e). (Don de M. Léon Gaumont, membre du Conseil d’Administration.) 18551
- L’oxy-coupage dans l’industrie. Quelques applications du chalumeau coupeui et des machines d’oxy-coupage. In-4 (28 x 22) de 91 p., 158 tig. Paris. Édité par « L’Air liquide », 75, quai d’Orsay (7e). (Don de « L’Air liquide », membre de la Société.) 18552
- Monnier (Alfred) et Mouton (Marcel). — L’éclairage des automobiles. In-12 (18 x 13) de 117 p., 35 ûg. Paris. Édité par Lux « La Revue de l’éclairage », 112, rue de Richelieu (2e), 1935. 18553
- DE la Marti (Anatole). — Plan du World Record Service. In-4 (27 x 21) de 4 p. (dactylographié), suivi de notre proposition, de 9 p. (dactylographié). Paris, chez l’auteur, 4, rue de Messine. Pièce 13970
- Don de M. Katel, membre de la Société.
- Katel (I.). — Les bruits dans les bâtiments. Comment les éviter? Acoustique des batiments. In-8 (25 x 16) de 109 p., 51 fig. Paris, Librairie Ch. Béranger, 13, me des Saints-Pères (6e), 1929. 18550
- Katel (I.). — L’isolement acoustique des machines à imprimer (ex Tribme des Industries graphiques, 15 mars 1930). In-8 (24x16) de 8 p., 2 fig. Paris, lmp. du Haut-Pas, 9-11, rue des Ursulines (5e), 1930. Pièce 13941
- Katel (I.). — L’isolement acoustique dans les chemins de fer (ex GénU civil, 30 août 1930). In-8 (24 x 16) de 8 p., 8 fig. Paris, Le Génie civil, 5, rue Jules-Lefebvre (9e), 1930. Pièce 13942
- Katel (L). — L’isolement phonique et l’acoustique des salles de cinéma sonore (ex Génie civil, 14 février 1931). In-8 (24 x 16) de 7 p., 7 fig. Paris, Le Génie civil, 1931.
- Pièce 13943
- Katel (I.). — L’isolement phonique et l’acoustique des bâtiments. Commurication faite le 14 janvier 1931 à l’Association française pour l’Essai des matériaux, 3e section : Matériaux divers (ex L’architecture, 15 mars 1931). In-4 (32 x 24) de 2 p. Pièce 13944 Katel (I.). — L’isolement phonique et l’acoustique des immeubles, des théâtres et des cinémas sonores. In-8 (24 x 16) de 74 p., 57 fig. Paris, Librairie Ch. Bérange:', 1931.
- Pièce 13945
- Katel (I.). — La protection des fondations des machines contre les effets des vibrations (ex Génie civil, 16 janvier 1932). In-8 (24 x 16) de 7 p., 3 fig. Paris, Le Génie civil, 1932. Pièce 13946
- Katel (I.). — La lutte contre les bruits à travers l’histoire (ex Les Chantiers nord-africains, 3, rue Pélissier, Alger, mai 1932). In-4 (27 x 22) de 3 p. Alger, lmp. Fontana frères. Pièce 13947
- Katel (I.). — Les multiples dangers des vibrations des machines surtout des machines à piston (ex L’Ingénieur-Constructeur, n° 228, juillet-août 1932). In-4 (27 x 21) de 9 p., 8 fig. Pièce 13948
- Katel (I.). — Les conduites d’eau considérées comme source de bruits dais les constructions (ex Génie civil, 20 août 1932). In-8 (24 x 16) de 8 p., 9 fig. Paris, Le Génie civil, 1932. Pièce 13949
- Katel (I.). — Les graves inconvénients de la résonance dus aux machines instal-
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- OUVRAGES REÇUS EN FÉVRIER 1936.
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- lées dans les bâtiments (ex La Technique des travaux, septembre 1932). In-4 (27 x 22) de 5 p., 4 flg. Liège (Belgique), lmp. Desoer. Pièce 13950
- Katel (I.). — Le problème des isolements phoniques et thermiques dans les constructions modernes (ex Revue de la Chambre syndicale de la maçonnerie, ciments et béton armé de la Ville de Paris et du Département de la Seine, 1932). In-8 (24 x 16) de 7 p.
- Pièce 13951
- Katel (I.). — Construction rationnelle des fondations de machines (ex Revue de la Chambre syndicale de la maçonnerie, ciments et béton armé de la Ville de Paris et du Département de la Seine, mai 1933). In-8 (24 x 16) de 21 p., 16 flg. Paris, Librairie, Ch. Béranger.
- Pièce 13952
- Katel (I.). — L’isolement antivibratile des fondations des bâtiments (ex L’Ingénieur-Constructeur, n° 231, janvier-février 1933). In-4 (27 x 21) de 6 p., 10 flg. Pièce 13953 Katel (I.). — Disposition rationnelle pour les massifs de fondation des marteaux-pilons (ex Génie civil, 18 février 1933). In-8 (24 x 16) de 7 p., 2 flg. Paris, Le Génie civil, 1933. Pièce 13954
- Katel (I.). — Les fondations antivibratiles des marteaux-pilons (ex Revue de métallurgie, septembre 1933). In-4 (27 x 22) de 7 p., 6 flg. Paris, Revue de métallurgie, 5, Cité Pigalle (9e), 1933. Pièce 13955
- Katel (I.). — Les « trains radio » de la Société nationale des Chemins de fer belges (ex Génie civil, 2 septembre 1933). In-8 (24 x 16) de 4 p. Pièce 13956
- Quelques-unes des opinions des savants, des instituts scientifiques, des industriels et de la presse technique française et étrangère, sur les diverses études de M. Katel. In-8 (24 x 16) de 16 p. Saint-Just-en- Chaussée, lmp. G. Sterlin, 1934. . Pièce 13957
- Katel. — Considérations générales sur les essais des matériaux de construction au point de vue de leur tenue phonique et acoustique (ex Science et Industrie, édition : Construction et travaux publics, 1934). In-4 (31 x 24) de 7 p., 2 flg. Pièce 13958
- Katel (I.). — Les divers avantages de l’isolement des machines (ex La métallurgie et la construction mécanique, 20, rue Turgot, Paris (9e), 3 février 1934). In-4 (28 x 19) de 11 p. Paris, Librairie Ch. Béranger. Pièce 13959
- Katel (I.). — Comment construire pour se défendre contre le bruit? Conférence tenue au Collège des Sciences sociales, le 21 février 1934 (ex Construction moderne, 13 mai 1934). In-4 (32 x 24) de 4 p. ' Pièce 13960
- Katel (I.). — L’isolement acoustique des cinémas sonores, (ex La Technique cinématographique, octobre 1934). In-4 (27 x 22) de 4 p., 4 flg. Pièce 13961
- Katel (I.). —- L’isolement phonique des ventilateurs et des gaines pour le conditionnement de l’air dans les locaux (ex Génie civil, 24 novembre 1934). In-8 (23 x 15) de 7 p., 8 flg. Paris, Le Génie civil, 1934. Pièce 13962
- Katel. — I : Principes généraux et solutions pratiques pourl’isolementphonique des bâtiments modernes. Conférence faite à la Société des Architectes modernes, à Paris, le 20 novembre 1934. — II : Divers problèmes de l’acoustique architecturale. Résumé de la conférence faite à la Société géographique, sous les auspices de la Société des Ingénieurs civils portugais, à Lisbonne, le 30 novembre 1934 (ex Construction moderne, 30 décembre 1934 et 20 janvier 1935). In-4 (32 x 24) de 8 p. Pièce 13963
- Katel (I.). — Les dangersdes trépidations pour les constructions et la santé publique. Seconde conférence faite au Collège des Sciences sociales le 20 février 1935 (ex L’Architecture d’aujourd’hui, février 1935). In-4 (33 x 25) de 4 p. Pièce 13964
- Katel (I.). — L’influence des trépidations de diverses sources extérieures sur la stabilité des bâtiments (ex Science et Industrie, édition : Travaux, mai 1935). In-4 (31 x 24) de 8 p., 19 flg. Pièce 13965
- Katel (I.). — L’influence des bruits et trépidations sur la santé publique (ex Revue d’acoustique, mai 1935). In-8 (23 x 16) de 11 p., 9 flg. Paris, Les Presses universitaires de France, 49, boulevard Saint-Michel (5e). Pièce 13966
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- OUVRAGES REÇUS.
- MARS 1936.
- Katel(I.). — L’isolement phonique du Pavillon de la Radiodiffusion à l’Exposition internationale de Bruxelles (ex Génie civil, 6 juillet 193b). In-8 (24 x 16) de 8 p., 4 fig. Paris, Le Génie civil, 1935. Pièce 13967
- Katel (I.). — Le degré de gêne causé par les bruits provenant des machines (ex Génie civil, 27 juillet 1935). In-8 (24 x 16) de 7 p., 4 ûg. Paris, Le Génie civil, 1935.
- Pièce 13968
- Katel (I.). — L’isolement antivibratile etacoustique duPavillon de la Radiodiffusion à l’Exposition de Bruxelles (ex L’Ossature métallique, octobre 1935). In-8 (25 x 21) de 7 p., 8 fig. Bruxelles, Centre Belgo-Luxembourgeois d’information de l’acier, 54, rue des Colonies. Pièce 13969
- Direction générale des Douanes. — Tableau général du commerce extérieur. Année 1934 (Commerce de la France avec ses colonies et les pays étrangers). Paris, Imprimerie nationale, 1935. Pér. 34
- Ministère des Travaux publics. — Direction des Mines. — Statistique de l’industrie minérale et des appareils à vapeur en France, en Algérie, dans les colonies, pays de protectorat et territoires sous mandat français, pour les années 1933 et 1934. 1er fascicule. Paris, Imprimerie nationale, 1935. Pér. 138
- Comité international des Poids et Mesures. — Procès-verbaux des séances. 2e série. Tome XVII. Session de 1935. Paris, Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins (6e), 1935. Pér. 208
- Ministère de l’Agriculture. — Direction de l’Agriculture. — Office de Renseignements agricoles. — Statistique agricole annuelle, 1934. Paris, Imprimerie nationale, 1935. Pér. 242
- Iron and Steel Institute. — Journal. Vol. CXXXII, 1935 (n° II). London, 28. Victoria Street, S. W. 1. Pér. 157
- Iron and Steel Institute. — Carnegie Scholarship Memoirs. Vol. XXIV, 1935. London, 28, Victoria Street, S. W. 1. Pér. 157
- Institution of Civil Engineers. — Vernon-Harcourt Lecture (1933-34) : Canals and canalized rivers, 26 p., 3 fig., I pl. London, Créât George Street, Westminster, S. W. 1.,
- 1934. Pér. 189
- Institution of Civil Engineers. — Institution Lecture to Students (session 1934-35) :
- Modem methods and plant for excavations, 43 p., 27 fig., I pl. London, 1935. Pér. 189
- Institution of Civil Engineers. — Spécial Lecture : The construction of two new canals for inland navigation in the Netherlands, 18 p., 8 fig., I pl. (1935). — Military bridging, 23 p., 14 fig. (1934). — Hydro-électric power development on the Rhine 26 p., 16 fig., II pl. (1935). London. Pér. 189
- Royal Society of New South Wales. — Journal and Proceedings. Vol. LXIV, 1930. Sydney, Science House, Gloucester and Essex Streets. Pér. 29
- Smithsonian Institution. — Annual Report of the Board of Regent, 1934. Washington.
- Pér. 27
- Geological Institution of the University of Upsala. — Bulletin. Vol. XXV. Upsala,
- 1935. Pér. 221
- Koninklijke Akademie van Wetenschappen te Amsterdam. — Proceedings of the Section of Sciences. Vol. XXXVIII, p. 1, 2. Amsterdam, 1935. Pér. 279
- L’agent général, gérant, E. Lemaire.
- BRODA RD ET TAUPIN. — Coulommiers-Paris.
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- 3Se ANNEE.
- A VH IL 1936.
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ CONSEIL D’ADMINISTRATION SÉANCE PUBLIQUE, DU 14 MARS 1936
- Seconde Conférence Carrion.
- Présidence de M. A. Alby, ancien président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Mme Carrion; M. le Docteur Hallion et M. Louis Cuny, collaborateurs de Carrion, et M. Pigeire, descendant de Chaptal, assistent à la séance.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- la Société générale d’Entreprises, 56, rue du Faubourg Saint-Honoré, Paris (8°), présentée par MM. Alby et Matheron;
- la Société industrielle de Gérance et d’Exploitation, 56, rue du Faubourg Saint-Honoré, Paris (8e), présentée par MM. Alby et Matheron;
- M. Massot (Pierre), Ingénieur des Arts et Métiers et des Arts et Manufactures, ingénieur-mécanicien, répétiteur à l’École centrale, 23, boulevard de Magenta, Paris (10e), présenté par MM. Androuin- et Lemaire;
- Mlle François (Marie-Thérèse), docteur ès sciences physiques, chargée de cours à la Faculté de Pharmacie de Nancy, 7, rue des Glacis, à Nancy (Meurthe-et-Moselle), présentée par MM. Perrot, Blondel et Lemaire;
- M. Rolley (Paul) (O. ifc), Ingénieur agronome, Inspecteur général du Génie rural, 15, avenue Sainte-Foy, Neuilly-sur-Seine, présenté par MM. de Fréminville et Hitier.
- M. Alby, président. — J’ai le très vif regret de vous annoncer que le Conseil de la Société d’Encouragement vient de perdre un de ses plus anciens et plus dévoués membres, M. Eugène d’Eichthal, qui faisait partie de notre Commission des Fonds depuis 1891.
- Eugène d’EiCHTHAL s’était spécialisé surtout dans l’étude des sciences économiques et sociales, où il était considéré comme un des maîtres les plus 135e Année. — Avril 1936. t4
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- 210 SECONDE CONFÉRENCE CARRION (l4 MARS 1936). — AVRIL 1936.
- autorisés; en maintes circonstances, il a été appelé à donner des avis aux Pouvoirs publics. Sa réputation était mondiale. Sa disparition est une grande perte pour le corps social.
- Eugène d’Eichthal était né à Paris le 3 novembre 1844. Il était le fils de Gustave d’Eichthal, un de ces Saints-Simoniens, inconnus des jeunes générations, mais qui furent des précurseurs en matière de questions économiques, sociales, industrielles et coloniales. C’était un écrivain apprécié, comme l’avait été son père.
- En 1905, succédant à Henri Germain, il entrait à l’Académie des Sciences morales et politiques dans la Section d’Economie politique. Il était devenu le doyen de cette compagnie.
- Son expérience, autant que la qualité de ses ouvrages, lui valut, en 1912, d’être choisi pour diriger l’Ecole libre des Sciences politiques.
- On sait comment cet établissement d’enseignement supérieur prit, grâce à lui, un essor nouveau et devint une pépinière d’où sont sortis des hommes d’état, des diplomates, des financiers, originaires de tous les pays, aussi distingués par leur culture théorique que par leurs connaissances pratiques. Au cours d’une enquête sur les grandes écoles, faite il y a quelques années, on reconnut que cet établissement était le mieux conçu, car on y enseigne tout autant aux élèves le désir d’apprendre, de poursuivre des études parleurs propres moyens et de se perfectionner que les matières du programme, qui sont d’ailleurs tenues constamment à jour.
- M. Eugène d’Eichthal fut appelé aussi à présider la Société d’Etudes économiques, la Société Franklin, et, en 1917, l’Académie des Sciences morales.
- Il fut en outre le vice-président du conseil d’administration de la Compagnie des chemins de fer du Midi, de la Société d’Economie politique, et il appartenait, à des titres divers, au conseil du Musée social et à divers organismes où il rendit les services les plus grands tant par ses conseils éclairés et judicieux que par son action personnelle.
- Son activité est attestée par le nombre de ses ouvrages, dont la bibliographie forme près d’une centaine de numéros.
- Il avait débuté, en 1871, par une brochure sur Les grèves et les conseils d'arbitrage en Angleterre. Les questions sociales sollicitent alors sa curiosité; il leur consacre des études qui s’intitulent : Les coalitions de patrons et d’ouvriers; Les lois sur le travail des enfants dans les manufactures', Du travail des femmes; Le projet de loi sur l’arbitrage industriel.
- Il s’était déjà orienté alors vers le domaine plus spécifiquement économique, avec une brochure sur La théorie du salaire et le socialisme, quand il publia un important ouvrage, Socialisme, communisme, collectivisme, dont
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- SECONDE CONFÉRENCE CARRION (l4 MARS 1936).
- 211
- la seconde édition, parue en 1901, fut couronnée par l’Académie des Sciences morales et politiques, qui lui décerna le prix Chevallier.
- Dans les années qui suivirent, il donna encore : Souveraineté du peuple et gouvernement; Alexis de Tocqueville et la démocratie libérale; Socialisme et problèmes sociaux; La solidarité sociale et ses nouvelles formules; Guerres et paix internationales ; Quelques âmes d'élite.
- A la psychologie appartient un petit volume qui date de 1920 : La mémoire et son rôle dans nos conceptions.
- Tout en suivant de près l’actualité — il étudiait par exemple, en 1901, un projet de loi de M. Millerand sur l’arbitrage et la grève obligatoire, et, pendant la guerre, il écrivait sur les évaluations du coût de la guerre et sur les alliances et la guerre économique — il fit œuvre d’historien en éditant, par exemple : les lettres de Carlyle à son père, ou les souvenirs d’une ex-saint-simonienne; en évoquant la candidature de Frédéric List à un concours de l’Institut ou en consacrant un travail à l’économie politique de Stendhal.
- Il convient d’ajouter qu’Eugène d’Eichthal était aussi poète et musicien. Dès 1892, il avait publié le Rythme dans la versification française’, en 1900, il avait traduit en vers Y Iphigénie en Tauride de Gœthe ; il composa des sonnets qu’il recueillit sous les titres de Pensées et souvenirs; A la musique', Italie et Méditerranée. Il écrivit encore d’autres poèmes rassemblés dans deux ouvrages intitulés : Enfants et In memoriam.
- En collaboration avec M. Reinach, il traduisit Les problèmes musicaux d'Aristote et des poèmes de Bacchylide; il édita les Mélanges de critique biblique, de son père, et ses mémoires sur la langue grecque.
- Voici comment M. Henri Truchy, président de l’Académie des Sciences morales et politiques, annonça le décès de son collègue :
- « Je n’entreprendrai pas d’analyser son œuvre écrite. Elle étonne par sa « variété ; elle charme par tout ce qui se révèle de culture fine et profonde. « Eugène d’Eichthal a été un grand bourgeois libéral, de cette race que le « dix-neuvième siècle avait formée et dont les circonstances de notre époque « ne permettent plus, je le crains, le renouvellement; race engendrée par la « rencontre, en quelques familles, d’une assise matérielle assez solidement « assurée pour permettre les loisirs de l’esprit, et d’une culture assez vaste « pour donner des vues sur une grande partie du savoir humain. Hommes de « cabinet, mais tournés vers la vie et propres à l’action, non pas savants spécia-« lisés ou techniciens enfermés dans leur technique, mais esprits capables « de faire le tour de choses très diverses et d’en comprendre le sens; de tels « hommes ont été la fleur jaillie au sommet de la bourgeoisie française. « Eugène d’Eichthal a été l’un d’eux ; nous saluons en lui le représentant d’une
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- SECONDE CONFÉRENCE CARRiON (14 MARS 1936). — AVRIL 1936.
- « classe sociale qui, jusqu’à la croisée des deux siècles, a été intimement et « brillamment mêlée à notre histoire nationale et qui, même dans une très « large mesure, a fait cette histoire. »
- A la Commission des Fonds de notre Société, nous conserverons pieusement le souvenir d’un collègue dont l’assiduité ne s’est jamais démentie pendant plus de quarante années : jusqu’à ces dernières semaines il venait assister à nos séances; il nous y apportait des conseils éclairés; il participait allègrement à l’activité de la Société, et je puis rappeler ici le vil intérêt qu’il a pris à la manifestation du 2G octobre dernier en l’honneur des frères Lumière.
- Nous adressons nos très vives condoléances aux lilles de notre regretté collègue, Mmes Marcel Guérin et Paul Alfassa, et à leurs enfants.
- M. Alby, président. — Madame, Cher Maître, Mesdames, Messieurs. C’est la seconde fois que je vois à mes côtés, me trouvant à cette place, Mme Carrion et notre collègue Louis Lumière, la fidèle compagne d’un grand bienfaiteur de notre Société et le maître qui a si puissamment illustré nos réunions.
- Ce n’est pas tout à fait l’effet du hasard si cette rencontre se produit car tous les événements s’enchaînent.
- C’est le jour même où nous avons inauguré la plaque commémorant la première présentation en public du cinématographe que j’exprimai à notre collègue Louis Lumière le souhait de voir son illustre frère Auguste se charger de la seconde Conférence Carrion, car l’exposé de son œuvre paraissait correspondre exactement à la destination de cette conférence.
- Quelques jours plus tard, notre collègue nous apportait l’acquiescement de son frère et notre Commission du Bulletin l’accueillait avec joie.
- C’est donc aujourd’hui pour nous une nouvelle journée de fête où viennent se confondre les noms évocateurs de souvenirs particulièrement chers aux membres de notre Société.
- Nous avons parmi nous, ce soir, un descendant direct du grand Chaptal M. Pigeire, Ingénieur des Arts et Manufactures, à qui je tiens à adresser des remerciements pour l’obligeant concours que Mgr Chaptal et lui ont donné à nos recherches afin d’obtenir un moulage du buste de notre premier président qui ligure aujourd’hui pour la première fois dans notre salle, en face du buste du grand Dumas. J’adresse aussi des remerciements à M. Magne, notre collègue du Conseil, qui nous a prêté son concours pour l’aménagement des bustes.
- L’état de santé de M. Auguste Lumière ne lui permet pas d’envisager les fatigues d’un long déplacement : il ne lui est donc pas possible de venir nous
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- SECONDE CONFÉRENCE CARRION (l4 MARS 1936).
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- dire lui-même la conférence qu’il a préparée; mais il a chargé de cette mission son collaborateur direct, M. le docteur Paul Vigne, Directeur du Bureau d’Hygièue de la Ville de Lyon, à qui je donne la parole.
- Le Docteur Paul Vigne, directeur du Bureau d’Hygiène de la mile de Lyon. — M. le Président, Mesdames, Messieurs, Je suis infiniment touché et je vous remercie de l’accueil si aimable que je reçois ici. Mes premières paroles, devant cet auditoire d’élite, seront naturellement pour présenter les excuses et les regrets de M. Auguste Lumière, retenu par une douloureuse affection, qui lui interdit, depuis de nombreuses années, les longs déplacements.
- Je dois aussi m’excuser moi-même, pour avoir accepté — je ne dirai pas de remplacer, on ne remplace pas M. Auguste Lumière — mais de prendre la parole en son nom. J’espère, toutefois, que vous voudrez bien m’accorder votre indulgence, puisque mon rôle se bornera à vous faire entendre la parole du Maître éminent, avec lequel j’ai l’insigne honneur de collaborer depuis plus de trente ans.
- Dans cette conférence, écrite de sa main, M. Auguste Lumière, va dresser lui-même, devant vous, le bilan des principales réalisations pratiques issues de ses géniales conceptions. Il vous dira comment il est parvenu à introduire des directives nouvelles dans le domaine des sciences biologiques et médicales au prix d’efforts persévérants et de discussions souvent ardentes et ardues, dont les échos sont, sans doute, arrivés déjà jusqu’à vous.
- Voici donc les propres paroles de M. Auguste Lumière{1).
- M. Alby, président. — Je suis sûr d’être l’interprète de toute l’assemblée en priant M. le docteur Vigne de remercier M. Auguste Lumière de la magnifique conférence qu’il a bien voulu préparer pour la Société d’Encouragement, et en lui adressant les plus vives félicitations pour la manière splendide dont il s’est acquitté de la mission de nous la faire connaître.
- Nous n’en avons pas perdu une syllabe, et l’intérêt s’est maintenu pendant toute la durée de la lecture. Je ne sais ce que nous devons admirer le plus de la clarté de l’exposition, de la simplicité avec laquelle M. Auguste Lumière a résolu un problème extraordinairement délicat de recherches biologiques et de l’importance des résultats déjà acquis et des espérances qu’il entrevoit. Nous ne pouvons que souhaiter que le succès continue à couronner ses efforts et que ses efforts durent encore longtemps pour l’amélioration du sort de l’humanité souffrante.
- La séance est levée à 18 h. 30 m.
- (1) Voir plus loin, à la page 214 du présent numéro, le texte de la conférence de M. Auguste Lumière, intitulée Quelques aperçus concernant la thérapeutique de l'avenir.
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — AVRIL 4936 (p. 214).
- QUELQUES APERÇUS CONCERNANT LA THÉRAPEUTIQUE DE L’AVENIR
- par M. Auguste Lumière,
- correspondant de l’Académie des Sciences et de l’Académie de Médecine.
- En prenant la parole dans cette enceinte, le premier devoir aussi impérieux qu’agréable qui nous incombe, est d’exprimer notre profonde gratitude aux animateurs de la Société d’Eucouragement pour l’Industrie nationale, qui n’ont cessé, depuis de bien longues années, de s’intéresser à nos travaux.
- Déjà en 1904, il y a 32 ans, alors que nous n’étions encore, mon frère et moi, que de jeunes industriels, ne nous ont-ils pas fait l’insigne honneur de nous décerner leur plus haute récompense, le Grand Prix du marquis d’Argenteuil, et, tout récemment une plaque commémorative était apposée dans cette salle, pour rappeler la première séance de projections cinématographiques faite en public à Paris, ici même, par mon frère Louis, en 1895.
- Aujourd’hui, c’est encore un nouveau gage d’estime qu’ils nous ont accordé, en nous demandant d’exposer, à leur tribune, les résultats de nos plus récentes recherches.
- Notre qualité de vieil industriel, pendant plus de 40 années attaché à la direction d’une entreprise que nous avons créée en France, constituait-elle un titre suffisant pour autoriser un renégat de l’industrie, à aborder ici un problème qui s’écarte essentiellement du cadre des préoccupations habituelles de la Société d’Encoura-gement ?
- La réponse est douteuse et nous nous excusons de cette dérogation, en souhaitant que l’hospitalité que nous recevons, dans cette maison, ne soit pas une trop grande imprudence de la part de ceux qui ont bien voulu nous l’offrir.
- C’est seulement quand l’heure de la retraite eut sonné pour nous que nos aspirations, endiguées jusque-là par les exigences de la vie industrielle, ont pu prendre leur libre cours, et c’est seulement aussi à partir de ce moment que nous avons poursuivi, avec une persévérante ardeur, l’étude de questions biologiques dont l’une des principales fera l’objet de cette causerie.
- Nous nous proposons de jeter un regard sur les possibilités d’avenir de la thérapeutique, possibilités ouvertes par la théorie colloïdale de la vie et de la maladie, qui nous a conduit à une conception nouvelle de la médecine humorale.
- Mais, auparavant, nous devons faire le point, en précisant l’état du problème médical, tel qu’il se présentait avant nos investigations, et tel qu’il est encore exposé, aujourd’hui, dans les traités classiques.
- I. — LES PRINCIPAUX OBJECTIES DE LA MEDECINE : PRÉVENIR ET GUÉRIR.
- Dans quels buts décrit-on, avec tant de soins, les maladies les plus diverses et cherche-t-on à les classer? Pourquoi étudie-t-on leurs formes variées, leur évolution, les conditions dans lesquelles elles éclatent, leurs facteurs favorisants ou empêchants, leurs causes directes ou indirectes, etc...?
- Tous ces travaux ont comme aboutissement pratique l’hygiène et la thérapeu-
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- tique, c’est-à-dire l’étude des moyens de lutte contre la maladie : l’hygiène cherchant à éviter les causes et la thérapeutique consistant à en combattre les effets, quand elle s’est déclarée.
- Arrêtons-nous quelques instants en jetant un coup d’œil d’ensemble sur les résultats globaux obtenus à la suite des investigations innombrables accumulées
- Auguste Lumière,
- correspondant de l’Académie des Sciences et de l’Académie de Médecine, né à Besançon le 19 octobre 1862.
- depuis les siècles les plus reculés jusqu’à nos jours, en vue de combattre les maux physiques dont l’humanité est affligée. Etablissons, en un mot, le bilan final de nos acquisitions, dans ces deux branches salvatrices de la médecine : l’hygiène et la thérapeutique.
- a. — l’hygiène. — Nous trouvons dans l’augmentation considérable delà durée moyenne de la vie humaine, un critérium certainement fidèle de la valeur des méthodes prophylactiques créées par les médecins.
- D’après certains auteurs latins, en effet, la durée moyenne de la vie ne dépassait pas 18 ans, chez les Romains au temps des Césars, et cette estimation semble confirmée par l’étude des taxes de pensions et des inscriptions relevées sur les pierres tombales de l’époque.
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- APERÇUS SUR LA THÉRAPEUTIQUE DE L’AVENIR. — AVRIL 193G.
- En France, il y a 200 ans, la longévité moyenne était de 28 à 29 ans seulement; immédiatement avant 1789, elle n’était encore que de 32 ans; elle atteint 37 ans entre 1800 et 1823, puis 40 ans en 1830 pour dépasser 46 ans en 1911 ; actuellement, dans la plupart des contrées de l’Europe, elle dépasse 30 ans.
- Nous avons procédé à un contrôle, d’après les données de la mortalité à Lyon, en 1933, et nous arrivons à cette remarquable constatation que, si on élimine les nourrissons qui succombent dans les premières semaines de leur existence et en tout cas avant d’avoir atteint un an, la durée moyenne de la vie atteint 57 ans! En comprenant, dans la statistique, les décès au-dessous d’un an, cette durée dépasse encore 53 ans.
- Cet accroissement considérable de la longévité moyenne est dû, pour la plus grande part, aux progrès de l’hygiène, qui a su triompher des épidémies effroyables, telles que la peste, le choléra, le typhus, dont les ravages se sont exercés, de par le monde, depuis l’antiquité et le moyen âge jusqu’au siècle dernier.
- Dans les temps historiques, les plus meurtrières ont été la peste d’Athènes, 500 ans avant notre ère, celles de Rome aux ne et me siècles, celle, dite de Justinien, au vie et au vne siècle; mais nous possédons sur les grands fléaux du moyen âge des documents plus précis.
- Après avoir dévasté l’Asie, en tuant 23 millions d’habitants, la peste fait son apparition en Europe le 1er novembre 1347 et fait 25 millions de victimes. La peste, la variole et la fièvre typhoïde frappent mortellement plus du quart de la population parisienne en 1418 (80000 sur 300 000 habitants). Vers 1660, en 4 années, l’Europe perd 77 millions d’individus, du fait des maladies contagieuses et épidémiques. Ce sont ensuite les pestes de Milan et de Londres en 1655, celle de Marseille en 1720.
- Puis, c’est le choléra qui, parti de Jessore vers 1817, envahit la Perse, la Syrie, l’Arabie, franchit la mer Caspienne, pénètre à Astrakhan et à Orenbourg: continuant sa course, il atteint Moscou en 1830, la Pologne en 1831 ; il gagne l’Allemagne par Hambourg, puis l’Angleterre et bientôt l’Amérique. La France est, à son tour, envahie par la terrible vague épidémique qui entre à Calais en 1832, ravage 52 départements, où elle fait 100 000 victimes.
- On déplore un retour offensif du fléau en 1849, plus terrible encore; par la suite, une agression atténuée se produit de nouveau en 1866, tandis qu’une dernière ébauche d’invasion se dessine en 1892, mais échoue, grâce aux mesures prophylactiques enfin efficaces, dictées par une connaissance plus complète de l’affection.
- La vaccination de Jenner a, d’autre part, vaincu la variole, alors que d’autres méthodes vaccinales, dues au génie de Pasteur et aux médecins de son école, sont venues limiter, dans des proportions considérables, les méfaits des autres maladies épidémiques ou des infections.
- Par ailleurs, les méthodes des hygiénistes modernes, appliquées à la première enfance, ont considérablement réduit le taux de la mortalité infantile : l’effroyable hécatombe des nourrissons qui avait sévi de tous temps, a maintenant cessé; elle contribue à prolonger largement la durée moyenne de la vie.
- En définitive, les progrès de la science médicale, dans le domaine de l’hygiène, c’est-a-dire de la préservation de l’individu contre la maladie, ont été véritablement
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- merveilleux. Peut-on en dire autant de l’art de guérir? C’est ce que nous allons examiner.
- B. — LA THÉRAPEUTIQUE DES MALADIES AIGUËS OU LÉSIONNELLES. — Les possibilités de la thérapeutique sont éminemment variables suivant la nature des affections qu’on lui demande de guérir : ces affections peuvent être, en effet, lésionnelles ou fonctionnelles. Lorsqu’elles dépendent de lésions définitives des organes, il est évident que le médecin est désarmé ; il ne peut pas faire que ces lésions n’existent pas, et son intervention ne peut s’exercer qu’en cherchant à en atténuer les symptômes morbides, au moyen de palliatifs.
- D’autre part, le praticien est tout aussi impuissant, en général, quand il se trouve aux prises avec des maladies aiguës : une rougeole, une scarlatine, une fièvre typhoïde dépassent les ressources du thérapeute qui, comme dans les cas précédents, en est réduit à recourir à la médication palliative. Il faut que ces maladies suivent leur cours, que nul agent ne peut suspendre. Tout au plus peut-on soulager parfois les malades en les aidant à supporter les phases les plus pénibles de ces affections.
- Cette carence de la médecine avait conduit l’un des plus éminents pathologistes du siècle dernier, Trousseau, à émettre sur la thérapeutique une opinion bien décevante. Cet auteur, dont l’esprit d’observation remarquable fait encore l’admiration de nos contemporains, lorsqu’ils relisent ses cliniques magistrales, avait débuté dans le professorat par l’enseignement de la thérapeutique, puis fut chargé de la chaire de clinique médicale de l’Hôtel-Dieu de Paris, la plus réputée, sans doute, des Facultés européennes.
- Après avoir rempli cette dernière mission pendant 13 ans et après 33 ans de services universitaires, Trousseau, trouvant trop lourde la charge qui lui incombait, mais ne voulant pas encore prendre sa retraite, demanda à reprendre son enseignement de la thérapeutique et fit, à l’occasion de la réouverture de son cours, une nouvelle leçon inaugurale, dans laquelle il plaida en faveur de la médecine expectante, faisant ressortir que, fort souvent, les malades guérissent spontanément et même parfois non par mais malgré les traitements qui leur sont appliqués.
- « Je fus étrangement surpris, dit-il, de guérir si facilement mes malades par « diverses médications que j’employais contre la phlegmatia alba dolens. Je finis par « me demander si un aussi grand bonheur ne tenait pas à ce que la maladie avait peu « de gravité. En conséquence, l’année suivante, je me suis mis à faire de la méde-« cine d’expectation; je dois confesser ici que mes malades guérirent plus vite et « mieux, car ils n’eurent pas à guérir de la thérapeutipue mise en œuvre, théra-« peutique qui était quelquefois violente, périlleuse et entraînait une faiblesse que « les malades avaient quelque peine à surmonter.
- « J’en dirai autant de l’érysipèle de la face; on le considérait comme une maladie « redoutable. Eh bien! dans l'espace de trois ans, dans 57 cas d’érysipèle, je ne « perdis qu’un seul malade. Il en est encore de même de l’angine phlegmoneuse qui « guérit malgré nous et guérit même un peu plus vite que quand on applique des « sangsues ».
- Il ajoute alors : « Rester immobile devant l’affection du malade et la douleur de « la famille, ce serait une cruauté de la part'du médecin; ce pourrait être aussi « quelquefois un danger pour lui. C’est ainsi que, malgré lui, le médecin se laisse « aller à prescrire des remèdes. Je ne m’en plains pas si ce médecin ne fait, en défi-
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- « nitive, que de la médecine de consolation, s’il se contente de ramener la tran-« quillité dans l’esprit d’une mère qui l’implore, tout en sauvegardant sa situation, « ce qui lui est toujours permis. Mais si ce médecin donne un remède et que, le « malade étant guéri trois ou quatre jours après, il attribue à ce remède la guérison « à laquelle le remède n’a pas pris part, voilà ce dont je me plains. »
- Cependant Trousseau se garde de généraliser et de prétendre que tous les agents thérapeutiques sont invariablement inopérants; mais il n’en est pas moins vrai qu’à la suite de ses allégations et en raison même de la notoriété de leur auteur, une vague de pessimisme stérilisant semble avoir déferlé sur l’esprit des médecins, non seulement de France, mais du monde entier.
- Nous en avons maintes fois recueilli l’écho, au début de notre carrière, en entendant les lamentations des médecins devant l’impuissance de leurs thérapeutiques, auxquelles certains en arrivaient, comme Trousseau, à dénier toute efficacité. Ce manque de confiance, dans cette branche capitale de l’art de guérir, a engendré un néfaste découragement, en ce qui regarde la lutte contre la maladie et la recherche scientifique dans ce domaine.
- Nombre de médecins ne se sont plus guère attachés qu’à la description et au classement des manifestatious morbides et ont porté leur attention sur l’anatomie pathologique, l’histologie, l’étiologie, la pathogénie et la prophylaxie des affections qu’ils étudiaient, se préoccupant fort peu des moyens de les combattre, qui importent cependant, pour le malade, beaucoup plus que toutes ces investigations.
- Malgré ces sentiments négatifs,il faut reconnaître que l’impuissance de la thérapeutique était loin d’être aussi complète qu’auraient pu le faire supposer les affirmations de Trousseau. D’ailleurs, depuis cette époque, des perfectionnements nombreux ont été apportés aux agents et aux méthodes, alors en honneur.
- Les traitements de la syphilis en sont une première preuve. Sans être toujours absolument efficaces, ils assurent, tout au moins, la disparition des accidents causés par l’infection. Certains médicaments tels que les iodures alcalins, le salicylate de sodium, les antiseptiques, les toniques cardiaques, avec la digitale en particulier, les antithermiques et analgésiques, certains agents physiques, rayons X, radium, rayons ultra-violets, ondes courtes, etc., ont, à leur actif, des succès incontestables.
- Il n'en reste pas moins exact que l’impuissance du praticien se montre trop souvent absolue, notamment dans les cancers arrivés à un certain degré de leur évolution, dans les sarcomes, les lymphosarcomes, les leucémies, les lymphadénies, la maladie de Hodgkin, dans toutes les circonstances où les accidents pathologiques relèvent de lésions organiques irréparables.
- On ne peut davantage compter sur les médicaments pour interrompre le cours des affections aiguës, comme les fièvres éruptives de l’enfance, la pneumonie, la fièvre typhoïde, etc., dont l’évolution se poursuit sans qu’aucune thérapeutique soit capable de l’arrêter.
- Les médicaments peuvent bien parfois atténuer les souffrances des malades, mais ils sont sans effets véritablement curatifs sur les processus pathologiques aigus.
- Les cas dans lesquels la tuberculose et principalement la phtisie évoluent, en dépit de tous les traitements, sont innombrables et l’homme de l’art se trouve encore ici désarmé.
- En résumé, les insuccès ou tout au moins les grandes insuffisances de la théra-
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- peutique des maladies aiguës ou lésionnelles ont justifié, dans une large mesure, les appréciations péjoratives de Trousseau.
- G. — LA THÉRAPEUTIQUE DES MALADIES CHRONIQUES FONCTIONNELLES. — Ce que
- nous venons d’exposer, à propos des affections aiguës et lésionnelles, pouvait aussi, jusqu’à ces dernières années, s’appliquer à nombre de maladies chroniques fonctionnelles. La faillite des méthodes curatives dans les affections ne comportant pas de lésions organiques définitives, renforçait encore l’opinion médicale dans le même sens.
- Asthmatiques, migraineux, rhumatisants, sujets atteints de dermatoses rebelles, etc., étaient, jusqu’ici, trop souvent condamnés à subir, pendant de longues années, les angoisses et les souffrances que leur imposaient les états pathologiques dont ils étaient atteints, sans que les méthodes de traitements classiques appliquées à ces affections réussissent à les soulager.
- Nous sommes particulièrement bien placé pour constater, en effet, combien on rencontre, par exemple, de malheureux asthmatiques qui suffoquent depuis 10, 20, -40 ans et même depuis plus longtemps, sans avoir trouvé, auprès des thérapeutes, l’apaisement à leurs maux.
- Rakeman n’a-t-il pas écrit : « En dépit de toutes les tentatives les plus modernes : « désensibilisation, radiothérapie de la rate et des champs pulmonaires, en dépit « des améliorations parfois obtenues, quand on suit pendant quelques années des « asthmatiques, on arrive à cette conclusion un peu décourageante : Lorsqu’on est « asthmatique, c’est pour le restant de sa vie. »
- Les méthodes de traitement classiques étaient donc, la plupart du temps, bien peu opérantes, aussi bien dans le cas des maladies lésionnelles et des maladies aiguës que dans celui des affections chroniques fonctionnelles, quand nous avons attribué la cause prochaine de ces dernières à certaines modifications humorales, jusque-là insoupçonnées. Cette découverte nous permettait dès lors, non seulement d’instituer de nouvelles thérapeutiques efficaces contre ces affections, mais encore d’expliquer nombre de phénomènes pathologiques restés antérieurement impénétrables. Nous avons fait revivre la théorie humorale qui, sans fondements scientifiques, avait été complètement abandonnée de nos jours. L’histoire de cette résurrection mérite d’être résumée.
- d. — l’humorisme des temps passés, les raisons de son abandon. — Les altérations accidentelles qui peuvent survenir dans la constitution des liquides humoraux sont-elles la cause ou l’une des causes prochaines des états pathologiques? Dans l’affirmative, quelles sont ces altérations et comment peut-on y remédier? Tels sont les problèmes qu’il convient d’aborder, en premier lieu.
- Mais, avant de nous y attacher, nous devons définir ce que l’on entend par humeurs. Les humeurs sont les liquides extra-cellulaires de l’organisme, formant la portion fluide du sang circulant, le plasma, dans lequel les éléments figurés du sang, comme les globules rouges et blancs, sont en suspension, puis, tous les liquides interstitiels, lacunaires ou autres qui baignent ou entourent les tissus et les organes.
- Gomment sont-elles constituées et d’où viennent-elles? Ce sont là des questions de la plus haute importance et qui n’ont reçu encore que des réponses incomplètes. Nous savons cependant qu’elles renferment des matières albuminoïdes, comme les
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- serines et les globulines, des composés organiques, comme l’urée et les sucres, des lipoïdes, sortes de matières grasses, comme la cholestérine, la lécithine, des sels, principalement de sodium, de potassium et de calcium, etc., tous ces corps étant en dissolution dans le milieu humoral aqueux.
- Toutes ces substances ont pour origine les matériaux tirés de l’alimentation qui sont élaborés et profondément modifiés et transformés par le jeu des cellules dans les phénomènes de la nutrition.
- Et nous voici en présence d’une énigme biologique bien troublante : Pourquoi la composition des cellules et des humeurs qui constituent l’être vivant est-elle si constante?
- Comment peut-il se faire que, parmi l’infinie variété des aliments ingérés, l’être vivant choisisse exclusivement ceux qui sont nécessaires à la constitution de l’individu, en rejetant tous les autres, pour aboutir à cette merveilleuse constance de composition des humeurs et des tissus chez les sujets normaux et en bonne santé. C’est là l’un des plus impénétrables mystères de la biologie.
- Cependant, si, par suite de circonstances diverses, quelques adultérations viennent à se produire dans la constitution des liquides humoraux, ces troubles peuvent-ils devenir la cause ou l’une des causes prochaines de la maladie?
- Ce problème capital a fait l’objet d’innombrables travaux et d’interminables controverses, au cours des siècles passés.
- La théorie humorale se perd dans la nuit des temps; bien avant Hippocrate, les Hébreux et les Egyptiens associaient, dans l’art de guérir, les pratiques superstitieuses à un humorisme sans fondement.
- Nous n’entreprendrons pas de relater, ne fût-ce que sommairement, les vicissitudes de cette thèse, au cours des siècles passés.
- Après des alternatives de vogue et de défaveur, après de longues périodes pendant lesquelles les humeurs peccantes étaient incriminées dans la genèse des maladies, après des luttes interminables entre les solidistes, qui voulaient ne considérer les lésions organiques que comme causes des états pathologiques, et les humoristes, qui rapportaient ces états aux perturbations des liquides de l’économie, l’opinion médicale finit par se cristalliser, dans les temps modernes, en abandonnant complètement le point de vue de ces derniers.
- En fin de compte, l’attention des biologistes s’est portée uniquement sur les altérations des éléments anatomiques et ce triomphe de l’anatomo-pathologie s’est encore affirmé avec l’avènement de la microbiologie et aussi sous l’impulsion de certains auteurs étrangers comme R. Virchow, en Allemagne, et Hebra, en Autriche.
- C’est ainsi qu’un solidisme rigoureusement exclusif arriva à dominer la pathologie. La théorie humorale, ballotée pendant des millénaires, sombra dans le plus complet oubli ; on n’en trouve plus aucune trace dans les traités les plus récents.
- Une nouvelle question s’impose alors à nos réflexions : Pourquoi la théorie humorale a-t-elle été ainsi abandonnée? La raison en est fort simple, comme on va le voir : les ressources merveilleuses de la science analytique moderne ont permis de préciser la composition des liquides humoraux et d’étudier tous les changements, toutes les perturbations qu’ils sont susceptibles de présenter. On a mesuré leur pH, leur viscosité, leur tension superficielle, leur indice réfractométrique ; on a dosé leurs éléments constitutifs : sels, lipoïdes, urée, pigments, glucose, protéines
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- diverses, diastases et tous les produits organiques; on décèle les substances étrangères à la constitution habituelle de ces liquides et on détermine l’écart entre le taux de tous ces éléments et les proportions normales.
- Toutes les anomalies qui ont pu ainsi être observées sont considérées, à l’heure actuelle et à juste raison, comme la conséquence de troubles apportés dans les phénomènes de la nutrition : ce sont des effets et non des causes.
- L’étude de ces variations peut rendre des services incontestables, en ce qui regarde le diagnostic et la pathogénie des maladies, mais on a cessé de leur attribuer un rôle dans la genèse des symptômes morbides. Ce ne sont nullement ces changements accidentels survenus dans la composition des humeurs qui sont la cause déterminante de la maladie et nous en avons une preuve péremptoire dans le lait suivant : Si, par certains artifices, par des injections intraveineuses notamment, nous cherchons à reproduire des altérations humorales semblables et même plus importantes que celles qui résultent des dysfonctions vitales, si nous parvenons à modifier les constantes physiques du plasma sanguin, pH, viscosité, tension superficielle, conductibilité électrique, indice réfractométrique, ainsi que la teneur en sels, lipoïdes, sucres, albumines diverses, etc., en dépassant même les taux extrêmes relevés dans les analyses les plus anormales, nous ne réussirons à engendrer aucune maladie ; ces modifications expérimentales pourront bien provoquer parfois quelques légers troubles passagers, mais elles ne reproduiront jamais les symptômes caractéristiques des affections aiguës ou chroniques et l’organisme aura d’ailleurs tôt fait de se débarrasser des matériaux anormaux et de corriger automatiquement les changements qu’on aura pu faire subir expérimentalement à la composition des humeurs.
- Ces constatations ont démontré aux pathologistes que les variations les plus importantes relevées dans le taux des constituants des liquides organiques ou des substances qu’on pouvait y rencontrer accidentellement, n étaient pour rien dans la création des états morbides.
- De là à conclure que ce n’était pas dans les humeurs qu’il fallait chercher la cause des maladies, il n’y avait qu’un pas que les médecins ont franchi en abandonnant de la façon la plus complète toutes les anciennes théories humorales.
- e. — la renaissance de l’humorisme. — Pour attribuer rationnellement un rôle à l’altération des humeurs dans la création des états pathologiques, il faut prouver qu’il existe, à un moment donné, dans les masses liquidiennes circulantes ou imprégnant l’organisme, certains éléments capables, par leur seule présence, d’occasionner tous les symptômes qui caractérisent les maladies.
- Or, nous avons précisément dépisté l’agent qui forme le corps du délit, celui qui, apparaissant dans les liquides humoraux, constitue effectivement la cause prochaine et directe de maintes affections. C’est notre théorie colloïdale de la vie et de la maladie qui nous a conduit à la solution du problème. Voici de quelle manière.
- Après avoir remarqué que la plus grande partie des matériaux formant les êtres vivants est constituée par des substances qui sont dans un état particulier, appelé colloïdal, nous nous sommes demandé ce qu’il advenait quand les structures moléculaires qui caractérisent cet état colloïdal venaient à être détruites. Or, l’état colloïdal ne cesse d’exister que par un seul processus : par précipitation, par floculation, par formation d’éléments solides insolubles dans le milieu.
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- Aussi longtemps que l’architecture colloïdale subsiste, il n’y a pas de production de floculats, et nous avons été amené alors à rechercher quels pouvaient être les effets de la production de ces précipitations dans les liquides organiques.
- Quand le chimiste, dans son laboratoire, met en présence des substances dissoutes, il arrive très souvent que leur interaction donne lieu à des précipités; il se fait des corps insolubles. Or, on ne peut admettre que, parmi les matériaux qui viennent à se mélanger au sang, dans les phénomènes de la digestion et de l’absorption des corps ingérés, ou par d’autres processus dont il sera question plus loin, il ne s’en trouve pas parfois qui se comportent de la même manière, c’est-à-dire qui produisent des précipitations dans le torrent circulatoire.
- Il est hors de doute que des particules solides prennent naissance quelquefois dans le plasma sanguin circulant, quand certaines circonstances se trouvent réalisées et nul, avant nous, n’avait songé à les incriminer dans la genèse des troubles pathologiques. Rien n’est plus facile, d’ailleurs, que de se rendre compte de leurs effets et de leur nocivité.
- Prenons une substance quelconque, insoluble dans le milieu humoral et d’une inertie chimique complète, telle qu’un précipité très fin de sulfate de baryum; si cette préparation, mise en suspension dans du sérum physiologique, est introduite dans les veines d’un animal, elle produira des désordres plus ou moins graves, suivant les conditions de dose, de forme du précipité, de rapidité de l’injection, désordres qui pourront même amener la mort de l’animal. Si la préparation est injectée avec ménagement, elle provoque d’abord un prurit d’une grande intensité, l’animal se gratte avec frénésie, puis un hoquet survient généralement, la pression artérielle s’abaisse la plupart du temps d’une façon considérable, des phénomènes congestifs surgissent, qui peuvent entraîner des hémorragies viscérales, dans tous les organes, mais principalement au niveau de l’intestin et du rein, qui s’accompagnent de vomissements, de diarrhée, de paralysies, de troubles de l’équilibre ou de convulsions. Les rythmes respiratoires et circulatoires sont altérés à des degrés divers, la chute de la tension sanguine pouvant déterminer le coma et la mort.
- On sait que le jeu régulier et normal du cœur et des poumons et le merveilleux équilibre qui préside aux fonctions vitales sont assurés par le système nerveux sympathique qui les commande et les contrôle. Or, la présence, dans la masse sanguine, d’un simple précipité, dépourvu de toute aptitude à réagir chimiquement, suffit à bouleverser complètement cet admirable équilibre fonctionnel qui caractérise l’état de santé de l’être vivant.
- C’est en agissant mécaniquement, par frottement, sur les terminaisons des filets sympathiques aboutissant dans les tuniques internes des vaisseaux que les précipités perturbent ainsi profondément l’action régulatrice du réseau nerveux sympathique. Constatons que toutes ces manifestations, déclenchées de la sorte par les précipités, sont identiques aux grands symptômes des maladies aiguës : prurit, hoquet, vomissements, diarrhée, congestion, hémorragie, paralysies, convulsions, troubles de la respiration et de la circulation, sont des accidents communs aux affections aiguës et à l’irritation du sympathique par les floculats.
- N’est-on pas alors autorisé à attribuer tous ces symptômes morbides à la présence de particules solides dans la circulation? Cette hypothèse devient une certitude quand on constate que les causes des maladies aiguës sont précisément celles dans lesquelles il se fait des précipitations sanguines.
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- On a pu prouver, par exemple, que, dans les infections, les germes pathogènes sécrétaient des toxines qui donnent des précipités avec le sérum; dans les intoxications, les substances nocives sont aussi celles qui entraînent la formation d’éléments solides dans le plasma circulant.
- Nous avons aussi démontré que, dans l’anaphylaxie, ce sont encore des floculations humorales qui engendrent les chocs et les désordres observés.
- Dans les traumatismes graves, les écrasements de tissus, le mélange des colloïdes tissulaires et plasmatiques donne également lieu à des précipitations qui sont la cause immédiate des accidents de choc parfois mortels.
- Tous ces processus ont été, de notre part, l’objet d’études approfondies qui ne laissent aucun doute sur le rôle joué par les floculats dans la production des symptômes pathologiques.
- Nous n’envisageons pas ici l’importance de la floculation lorsqu’elle porte sur les colloïdes des cellules et des tissus. Rappelons seulement qu’elle entraîne la mort de ces éléments et qu’elle est à la base des lésions organiques.
- Ces considérations nous ont conduit à énoncer l’aphorisme capital qui domine notre théorie colloïdale de la vie et de la maladie :
- « L’état colloïdal conditionne la vie, la destruction de cet état, c'est-à-dire la floculation, détermine la maladie et la mort. »
- Nous trouvons dans ce grand principe, à notre avis le plu£ important de toute la pathologie, et auquel nul n’avait prêté attention avant nous, le fait fondamental sur lequel la médecine humorale trouve enfin son point d’appui.
- Les causes humorales des maladies ne sont point où les pathologistes les avaient cherchées avant nos travaux. Ce ne sont ni les variations dans les proportions de leurs composants, ni l’apparition dans le sang de substances anormales qui interviennent principalement pour déclencher les processus morbides, mais bien la destruction de l’état colloïdal des matériaux plasmatiques, c’est-à-dire la formation de précipités, de particules solides dans les liquides de l’organisme.
- C’est grâce à ces considérations, basées sur l’expérience scientifique rigoureuse, que nous assistons à la renaissance de la médecine humorale dont les conséquences thérapeutiques sont incalculables.
- Avant de les exposer, nous devons expliquer, d’après ces nouvelles données, le mécanisme pathogénique des affections chroniques non lésionnelles pour le traitement desquelles la méthode humorale apporte un incomparable concours.
- F. — LES RAPPORTS DES MALADIES CHRONIQUES FONCTIONNELLES AVEC LA FLOCULATION des humeurs. — Nous avons vu que les précipités qui se forment ou que l’on introduit dans la circulation sont capables de dérégler toutes les fonctions organiques commandées par le système nerveux sympathique; cependant, pour que les désordres qui en sont la conséquence apparaissent, il faut que l’attaque des terminaisons nerveuses endovasculaires des nerfs gris sympathiques soit suffisamment violente, c’est-à-dire qu’il faut que l’agression, par les particules solides, soit brusque et que la floculation soit assez abondante. A ce prix, les chocs ou les symptômes cardinaux des affections aiguës surviennent à coup sûr.
- Mais si les floculations se produisent lentement, si les éléments solides sont relativement peu nombreux, si leur forme et leur consistance sont impuissantes à pro-
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- voquer ce dérèglement soudain des équilibres vitaux, les précipités plus discrets, plus rares, moins agressifs, n’auraient-ils aucune influence morbifique?
- Aussi longtemps que les organes irrigués par le courant sanguin sont normaux et souples, les floculations restreintes peuvent traverser les tissus et les organes sans occasionner le moindre désordre, mais si certains territoires sont adultérés par des lésions, telles que la sclérose, par exemple, ou s’ils sont, pour une raison quelconque, le siège d’une hypersensibilité anormale, l’irritation par les précipités, en ces points, se traduira par des symptômes pathologiques locaux.
- C’est ainsi que tel sujet présentant, au niveau de son appareil broncho-pulmonaire, une sensibilité excessive et anormale, fera un accès d’asthme au moment où les floculats prendront naissance dans le sang; chez tel autre individu, dont une zone de l’écorce cérébrale sera suffisamment irritable, pourra faire une crise d’épilepsie, sous la môme influence; chez tel autre encore, dont la glande thyroïde aura été le siège de lésions antérieures qui auront accru sa susceptibilité pour les excitations, les précipités pourraient être le point de départ d’un goitre exophtalmique, etc....
- Dans tous ces cas, ce sont encore les floculats qui sont la cause des crises, des poussées, des manifestations caractérisant les affections chroniques.
- Supprimer les facteurs de précipitation plasmatique, rendre les colloïdes des liquides organiques plus stables, plus résistants aux agents de désorganisation, tels sont les objectifs de la médecine humorale; mais, avant d’aborder l’étude des moyens à opposer à la floculation, nous devons montrer que notre thèse permet d’expliquer nombre de phénomènes de première importance qui étaient complètement impénétrables antérieurement.
- G. — LA THÉORIE SOLIDISTE EST INCAPABLE D’EXPLIQUER LA NATURE DE LA MALADIE. LA MÉDECINE HUMORALE LA FAIT COMPRENDRE. — Les biologistes ne paraissent pas s’être souciés de certains faits de haute importance, qui dominent la médecine et qui, cependant, sont demeurés inaperçus depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, sans doute parce que ces faits se reproduisent constamment et que l’esprit ne se fixe guère sur les événements qui se reproduisent sans cesse.
- On est tellement habitué à ces phénomènes qu’on n’a pas l’idée d’en rechercher les raisons, ni même de les remarquer.
- 1° Personne n’avait fait observer jusqu’ici la singularité de cette constatation qu’une cause unique est susceptible, suivant les sujets, de déclencher des troubles essentiellement différents.
- Sous l’influence d’une intoxication, par exemple, voici un sujet qui va tout à coup présenter une crise d’astlime, alors que l’absorption du même toxique, dans les mêmes conditions, déterminera, chez un autre individu, une dermatose rebelle; un troisième, intoxiqué de la même manière, verra surgir des crises d’épilepsie; un quatrième, toujours sous l’action de la même cause toxique, sera atteint de troubles intestinaux persistants, ou d’un début de maladie de Basedow.
- En un mot, une cause pathogène, quelle qu’elle soit, pourra provoquer, suivant les sujets qui la subissent, des affections les plus disparates qui ne paraissent, au premier examen, n’avoir aucune relation entre elles, et c’est en vain que nous chercherions l’explication de cette énigme dans les traités, qui n’en font pas mention.
- Notre conception humorale éclaire vivement ces phénomènes : la cause univoque
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- considérée, le toxique, donne naissance à un agent excitateur commun : le floculat, lequel réagit à son tour différemment sur chaque individu, selon les hypersensibilités locales, pour provoquer des accidents particuliers à chaque malade;
- 2° Autre problème, non moins troublant : Une autre affection peut faire son apparition sous l’influence de causes entièrement distinctes et n’ayant aucun lien apparent entre elles.
- C’est ainsi que, dans le cas du syndrome asthmatique, par exemple, les crises surgiront, chez certains malades, à la suite d’une intoxication, comme nous l’avons vu plus haut, alors que, chez d’autres sujets, les mêmes troubles se produiront consécutivement à une infection ou à une dysfonction organique; pour nombre de ces malades, c’est l’anaphylaxie qui devra être incriminée, ou une émotion violente, etc....
- Et nous expliquons facilement cette disparité en remarquant que toutes ces causes sont celles qui entraînent la production de floculats;
- 3° Nous ne sommes point au bout des énigmes du même ordre : un même procédé thérapeutique s’appliquera avec succès à des manifestations pathologiques entièrement distinctes.
- L’hyposulfite de magnésum, en injections sous-cutanées et intraveineuses, triomphera tantôt d’accès aslhmatiformes, tantôt d’un zona, tantôt d’une dermatose, etc., parce que ce sont des précipitations humorales qui sont responsables des accidents dans tous les cas et que le médicament unique a la propriété d’en éviter la formation ou d’en atténuer les effets.
- 4° Inversement, plusieurs médicaments, apparemment fort différents, vont être capables de guérir un même syndrome ! Parmi ceux-ci, considérons toujours le même, l’asthme; dans certains cas, l’asthmatique bénéficiera de l’autohémolhérapie, d’autres fois d’une médication hépatique ou endocrinienne, ou bien encore d’injections intravasculaires hvposulfitiques, ou d’une désensibilisation antibacillaire; mais, ainsi qu’il sera indiqué plus loin, les résultats les plus complets ne seront obtenus qu’en associant plusieurs de ces moyens d’une surprenante variété. Tout cela s’explique parce que ces divers agents sont ceux qui empêcheront la formation des floculats ou en atténueront les effets quand ils se seront produits;
- 5° Enfin, nous mentionnerons encore un autre ordre de phénomènes qui, comme les précédents, n’a point préoccupé les biologistes : c’est celui qui concerne la similitude singulière de la symptomatologie dans les maladies aiguës : vomissements, diarrhée, congestions, hémorragies, fièvre, troubles respiratoires et circulatoires, sécrétoires, nerveux, digestifs sont communs à tous les grands états aigus, et cette allure similaire des accidents n’avait été ni remarquée, ni expliquée. On la conçoit avec la plus grande facilité avec la notion de l’intervention d’un facteur générateur commun : le floculat plasmatique.
- ii. — l’application de la médecine humorale et ses résultats.
- Le traitement rationnel des affections chroniques occasionnées parla dislocation de certains éléments colloïdaux des humeurs ou par la formation de précipités dans les liquides de l’organisme, exige d’abord la connaissance des causes de ces altérations, de façon à s’appliquer à les faire cesser.
- Or, cette détermination ne peut être effectuée qu’à la suite d’un examen clinique 135e Année. — Avril 1936. 15
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- aussi complet que possible, d’analyses hématologiques, sérologiques, urologiques, spirométriques et radiologiques des malades.
- Il faut dépister les intoxications et auto-intoxications, les infections latentes si fréquentes des appareils respiratoires, digestifs, génitaux ou tissulaires de toutes sortes, les dysfonctions organiques et surtout hépatiques, les états anaphylactiques, les stases, etc., en somme, la cause de tous les facteurs capables d’entraîner la production de floculations humorales et prendre toutes les mesures nécessaires pour les combattre; mais il est une cause principale de précipitation qui dépasse généralement toutes les autres par son importance et sa fréquence : c'est l'instabilité humorale essentielle.
- On ignore encore pour quelles raisons, les humeurs de certains sujets ont une aptitude particulière à floculer sous les moindres influences, en sorte que, pour guérir ces malades, il est indispensable d’arriver à conférer à leurs liquides humoraux fragiles, une plus grande stabilité.
- Ce problème est donc, sans doute, le plus important de la médecine humorale et nous manquons encore de directives pour en poursuivre méthodiquement l’étude, parce que nous ignorons l’essence même de l’instabilité.
- C’est empiriquement que nous avons découvert les propriétés remarquables d’une substance stabilisatrice : l’hyposulfîte de magnésium, qui s’est montré, jusqu’ici, le plus puissant agent susceptible de ramener l’équilibre humoral et d’empêcher les désorganisations colloïdales avec tout le cortège des désordres qu’elles entraînent.
- Un vaste champ d’étude reste ouvert qui conduira, sans doute, à plus de précision dans la détermination des raisons de la fragilité des humeurs et qui permettra vraisemblablement de perfectionner les méthodes que nous avons instituées.
- Cependant, dans l’état où elles se trouvent à l’heure présente, ces méthodes donnent déjà les plus remarquables résultats, à la condition de tenir compte d’une considération capitale : la multiplicité des causes de précipitations humorales, pour un même cas, exige que la thérapeutique qui s’y rapporte soit polyvalente.
- Pour fixer les idées par un exemple concret, considérons un asthmatique, chez lequel nous avons trouvé une tare bacillaire discrète, en même temps que quelques troubles des fonctions du foie, puis de la constipation et une instabilité humorale notoire. Nous ne parviendrons à le guérir qu’en le désensibilisant spécifiquement contre tout état anaphylactique bacillaire, en lui appliquant la médication et le régime qui conviennent aux hépatiques, en régularisant ses fonctions intestinales et en stabilisant ses humeurs. Faute de recourir simultanément à tous ces moyens, nous pourrons bien obtenir quelquefois des améliorations plus ou moins appréciables, mais non la cessation complète des accidents.
- Quoi qu’il en soit, les résultats sont là pour démontrer la valeur de la nouvelle thérapeutique humorale, issue de la théorie colloïdale : c’est par milliers que des sujets atteints d’affections chroniques fonctionnelles ont pu déjà être guéris grâce à nos techniques, alors que ces malades avaient, pour la plupart, épuisé, sans succès, toutes les ressources de la médecine classique.
- Nous ne prétendons pas que toutes ces guérisons soient définitives, car, ainsi que nous l’avons exposé, les affections chroniques comportent souvent un facteur lésionnel, peu important par lui-même et sur lequel il est bien difficile d’intervenir,
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- mais qui demeure silencieux aussi longtemps que les causes humorales déclenchantes ne viennent pas révéler sa présence.
- C’est incontestablement une ère nouvelle qui vient de s’ouvrir pour la thérapie de nombreuses affections : le fait de pouvoir débarrasser les malades, en quelques jours, des misères dont ils étaient affligés depuis de longues années prouve péremptoirement que, dans ces cas, la thérapeutique n’est pas un vain mot; elle devient réellement opérante et les effets constants qu’elle permet d’obtenir la réhabiliteront dans l’avenir, quand les hauts personnages officiels de la médecine auront consenti à descendre de leur tour d’ivoire pour prendre connaissance impartialement de nos travaux et pour les appliquer loyalement.
- La médecine humorale n’est certes pas toute la médecine, tant s’en faut, et nous nous sommes déjà maintes fois expliqué sur ce point; dans toutes les affections lésionnelles où altérations cellulaires et tissulaires commandent la symptomatologie, la médecine solidiste, avec l’anatomie pathologique, conservent tous leurs droits.
- D’autre part, la précipitation humorale n’est que l’élément de déclenchement des accidents pathologiques ; c’est, en quelque sorte, la force qui manifeste ses effets en agissant sur des appareils hypersensibles; la thérapeutique humorale supprime la force excitatrice, mais on ne touche pas à l’hypersensibilité organique qui subsiste toujours et qui pourra apparaître encore si de nouvelles floculations viennent à se produire.
- En définitive, cette thérapeutique humorale ne conduit pas sûrement à la guérison complète et définitive; des récidives peuvent survenir que l’on peut toujours combattre d’ailleurs par les mêmes moyens. Il n’en est pas moins vrai que, grâce aux procédés qu’elle met en œuvre, il a été possible de guérir apparemment depuis plusieurs années un très grand nombre d’asthmatiques, de migraineux, de sujets atteints de rhumatismes, de dermatoses et d’autres affections chroniques rebelles que les thérapeutiques habituelles n’avaient pu réussir à soulager.
- Cependant nous entrons à peine dans l’ère de cette médecine colloïdale qui pose de nouveaux problèmes multiples fort importants. Il n’est pas douteux que des perfectionnements lui seront apportés dans l’avenir et ce sera la tâche de demain.
- LA GRANULOTHÉRAPIE.
- Si les immortelles découvertes de Pasteur ont jeté un jour éclatant sur les processus infectieux, si les innombrables applications de ses découvertes ont constitué un puissant armement pour la lutte contre le microbe, il arrive trop souvent encore que le thérapeute se trouve désarmé en présence de l’invasion de l’organisme par certains germes pathogènes.
- Dans les septicémies, comme la fièvre puerpérale, la gangrène gazeuse, certaines formes de délire aigu, etc., l’emploi des antiseptiques, qui rend de si immenses services dans la plupart des infections locales, demeure encore très fréquemment inefficace.
- L’impuissance des antiseptiques dans certains cas se conçoit d’ailleurs aisément. Le microbe est une cellule vivante au même titre que les cellules constituant les tissus et les organes et les toxiques qui sont assez puissants pour tuer le germe, tuent en général aussi les éléments cellulaires de l’organisme, avec cette différence
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- que ces derniers sont plus fragiles que les microorganismes et succombent à l’action du poison avant les germes eux-mêmes.
- Pour que les substances microbicidcs soient véritablement opérantes, il faudrait qu’elles fussent douées d’une action élective sur l’agent microbien, tout en respectant les matériaux tissulaires du sujet infecté.
- C’est bien dans cette voie que les microbiologistes ont poursuivi leurs investigations et ils ont parfois réussi, dans une certaine mesure, par exemple dans le tra tement de la syphilis; mais il n’en est pas moins vrai que, trop fréquemment, les antiseptiques ne parviennent pas à débarrasser les malades de leurs infections.
- Le problème de l’infection comporte d’ailleurs deux facteurs; l’un d’eux concerne le germe septique et l’autre le terrain sur lequel il prolifère : si le milieu organique est impropre à la culture du microbe, il est évident que l’état infectieux ne pourra s’installer.
- Il est heureux que l’organisme de nombre d’individus soit réfractaire à la pullulation des microbes pathogènes, et l’on sait que cette immunité peut être souvent créée artificiellement par la vaccination.
- Les méthodes de vaccination sont basées sur les phénomènes anaphylactiques; le mécanisme de la protection est ici bien connu et nous sortirions du cadre de cet exposé en reprenant la description des lechniqucs qui la réalisent.
- D’ailleurs, les procédés d’immunisation, dans lesquels on imprègne l’organisme de matières albuminoïdes provenant des germes contre lesquels on veut le vacciner, et qui lui confèrent effectivement une résistance particulière et spécifique à l’infection, ne sont pas toujours efficaces.
- Il existe des espèces microbiennes contre lesquelles la vaccination n’a pu être réalisée par ces moyens.
- Aussi est-ce dans d’autres directions qu’il faut orienter les recherches, en vue de perfectionner les méthodes prophylactiques et, les états infectieux étant établis, c’est également en dehors des produits microbicides qu’il serait intéressant de découvrir des méthodes réellement curatives.
- Une série de faits singuliers, récemment observés, viennent d’orienter nos investigations précisément sur la voie nouvelle qui semble devoir constituer une arme de grande valeur dans la lutte contre les infections.
- Le point de départ réside dans des expériences dues à un médecin de Montréal, Conklin ; cet auteur a constaté, il y a quelques années, que l’on peut impunément injecter dans les veines, une suspension de carbone finement pulvérisé, préparation qui jouit de la remarquable propriété d’augmenter, dans une très large mesure, le pouvoir défensif de l’organisme contre les infections.
- Un autre médecin canadien, le Dr Saint-Jacques, a plus récemment appliqué cette technique à plusieurs centaines de cas d’infections les plus diverses, et a pu se convaincre des remarquables effets de cette anthracothérapie et ses résultats ont été confirmés depuis par de nombreux expérimentateurs.
- Ces constatations soulèvent de multiples problèmes à l’étude desquels nous nous sommes spécialement attaché.
- Quelles sont les conditions de forme et de dimension dans lesquelles les particules en suspension doivent se trouver pour ne déclencher aucun choc et pour être,
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- en même temps, efficaces? Quel est leur sort dans l’organisme? Quel est le mécanisme de leur action? etc., etc....
- Le carbone étant un corps absolument inerte, dépourvu de toute aptitude réactionnelle, il ne peut, par conséquent, agir que d’une façon en quelque sorte mécanique; il semble, a priori, que d’autres subtances. également insolubles, devraient se comporter de la même manière, et effectivement, d’autres précipités de forme convenable, produisent sensiblement les mêmes effets.
- Le Pr. Sabrazès, de Bordeaux, a reproché aux injections de carbone d’avoir l’inconvénient d’encombrer les tissus de particules indélébiles autour desquelles s’établissent de petites lésions de sclérose susceptibles de troubler le jeu normal des organes, et ces considérations nous ont conduit à supposer que l’on pourrait perfectionner le procédé, en remplaçant le carbone par des corps très peu solubles et doués d’une certaine activité chimiothérapique, de façon à associer les effets antiinfectieux observés aux effets médicamenteux plus ou moins spécifiques des substances employées, leur faible solubilité permettant, en outre, leur lente élimination, respectant ainsi l'intégrité organique.
- Nous avons, en somme, généralisé la méthode à laquelle nous avons donné le nom de granulothérapie.
- Indépendamment des résultats fort brillants déjà consignés par le Dr Saint-Jacques, dans des cas d’infections très graves, où les moyens utilisés jusqu’ici s’étaient montrés impuissants, par exemple, dans des cas de fièvre puerpérale sévère, nous avons pu nous-même, contrôler, en collaboration avec le Dr Courjon, la haute valeur du procédé, notamment chez des malades atteintes de délire aigu, qui, avec les anciens traitements, succombaient presque fatalement et qui ont résisté aux phénomènes infectieux caractérisant cette maladie, grâce à la granulothérapie.
- Les observations relevées, à la suite d’un millier d’injections intravasculaires de médicaments insolubles ou extrêmement peu solubles, tend à montrer que cette granulothérapie est appelée à prendre une place importante dans la médecine et à constituer une arme de première importance dans le traitement des affections les plus diverses.
- Mais de nombreux détails de technique demandent encore à être mis au point, et c’est la tâche que nous poursuivons, avec d’autant plus d’activité que les effets observés sont plus remarquables.
- Les résultats des traitements humoraux et la granulothérapie sont de nature à nous faire revenir sur l’opinion péjorative qu’on exprimait trop souvent sur la thérapeutique. Ils doivent encourager les biologistes à continuer et à développer leurs efforts dans les domaines où l’art de guérir est demeuré encore bien impuissant, surtout en ce qui regarde les deux grands fléaux dont l’humanité est affligée : la tuberculose et le cancer,
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOUR. POUR L’INDUSTRIE NATIONALE. — AVRIL 1936 (p. 230).
- L’INDUSTRIE DU LATEX DE CAOUTCHOUC(,)
- par M. Auguste Dutreux, Ingénieur des Arts et Manufactures, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- Dans le court espace de temps assigné à la communication que je vais avoir l’honneur de faire, je n’ai pas la prétention d’épuiser un sujet aussi vaste que celui de l’industrie moderne du latex de caoutchouc, ni de faire l’exposé de toute la partie quelque peu aride de cette industrie, qui relève à la fois de la chimie et de la mécanique, alors que, cependant, un exposé de ce genre serait nécessaire pour faire saisir, dans tous leurs détails, les procédés mis en œuvre pour réaliser les nombreuses applications nouvelles du caoutchouc.
- Mon but, plus modeste, se bornera à résumer les caractéristiques principales de cette industrie. Tout d’abord, qu’est-ce que le latex?
- C’est la matière première du caoutchouc, telle qu’elle provient des arbres et lianes à caoutchouc dont le prototype est YHevea Brasiliensis. Cette matière se présente sous forme d’un liquide ayant l’aspect du lait; sa constitution est celle d’une émulsion de globules microscopiques en suspension, à l’état colloïdal, dans un sérum composé par de l’eau en majeure partie, et, pour le surplus, de sels minéraux et de matières organiques constituant la sève même de la plante.
- J’emprunte au très intéressant ouvrage, extrêmement documenté, que M. Georges Génin a publié sur la Chimie et technologie du latex de caoutchouc, la composition de celui-ci, telle que Faraday l’a donnée, dès 1826, dans des publications anglaises :
- Caoutchouc................................................ 31,70 p. 100
- Cire et matières amères.................................... 7,13 —
- Substances solubles dans l’eau et insolubles dans l’alcool . . 2,90 —
- Albumines solubles......................................... 1,90 —
- Eau, acide acétique et sels............................ 56,37 —
- Des études très nombreuses et très scientifiques ont été faites sur la composition du latex, et ceux que la question intéresse plus particulièrement en trouveront une documentation très étendue dans le livre que je viens de citer.
- Qu’il suffise de dire ici que le latex n’est nullement une solution homogène, mais que les hydrocarbures constituant le caoutchouc proprement dit sont en suspension dans le milieu aqueux, sous forme de particules extrêmement petites, ayant des dimensions d’environ 1 à 10 a, de sorte qu’un centimètre cube peut contenir 200 millions de particules. Elles sont animées d’un mouvement que l’on a essayé de mesurer, et qui paraît se faire à une vitesse d’environ 12 g/sec. On a également établi qu’elles sont chargées d’électricité négative, car, sous l’effet d’un courant continu, elles se déplacent vers l’électrode positive.
- La viscosité du latex varie à peu près de celle du lait écrémé à celle de la crème de consistance épaisse; elle varie d’ailleurs avec les conditions de la récolte et de la conservation.
- La densité est légèrement inférieure à celle de l’eau, mais très voisine de celle-ci, 0,94 environ.
- (1) Communication faite par l’auteur, en séance publique, le 8 février 1936.
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- Toute l’industrie du caoutchouc est basée sur l’utilisation de cette matière si spéciale, qui n’a aucun équivalent et qui doit ses innombrables applications à ses deux propriétés fondamentales, l’élasticité et l'imperméabilité. Ce sont ces propriétés qu’il s’agit de conserver quel que soit le cycle des opérations que le latex initial aura à parcourir.
- Pour bien comprendre la différence entre les deux procédés, l’ancien et le nouveau, on peut imaginer qu’une grande bifurcation se trouve à l'origine même du caoutchouc et que, sur l’une des voies, celui-ci circulera sous forme solide, conditionnant ainsi tous les procédés de l’industrie déjà depuis longtemps connue, et que, sur l’autre, il circulera sous forme liquide jusqu’à son utilisation définitive, suivant des procédés plus nouveaux.
- Dans l’ancien procédé — encore de beaucoup le plus répandu à l’heure actuelle — le latex est coagulé par divers moyens pour être transporté sous forme de crêpes ou de feuilles fumées. C’est donc à l’état solide qu’il arrivera dans les usines où il devra être travaillé mécaniquement et chimiquement, pour aboutir au caoutchouc industriel, qui n’est utilisable qu’après avoir subi l’opération de la vulcanisation par l’effet à chaud du soufre ou d’un composé sulfuré.
- Les opérations préalables à la vulcanisation comportent des lavages, malaxages, cylindrages, etc., qui déchirent et brisent les fibres du caoutchouc, et cela, plus ou moins, au détriment de ses propriétés élastiques initiales.
- Je ne m’étendrai pas sur cette industrie qui vous est déjà connue, et je reviens au latex pour voir de quelle manière on peut le faire bifurquer, sous forme liquide, vers ses applications nouvelles.
- Tel que le latex est récolté, il ne se prête pas au transport, d’autant moins qu’en raison de ses lieux d’origine, les transports sont en général de longue durée, et par suite onéreux.
- Depuis de nombreuses années déjà, des recherches ont été faites en vue d’utiliser industriellement le latex d’hévéa. Les travaux, dans cet ordre d’idées, remontent à la fin du xvme siècle et ont été continués, au début du xixe siècle, surtout par Hancock, qui prit même, dès cette époque, divers brevets intéressants.
- Comme on l’a vu, la teneur en eau du latex naturel est très élevée (plus de 50 p. 100) et sa nature de produit végétal l’expose à des détériorations rapides. Il convient par conséquent de remédier à ces deux défauts.
- Pour éviter le premier, on commence par traiter le latex naturel par différents procédés qui peuvent être la filtration, l’évaporation, l’écrémage ou la centrifugation. Le plus répandu paraît être ce dernier, qui se pratique dans des turbines centrifuges ayant une grande ressemblance avec les écrémeuses servant à séparer la crème du petit lait, et qui tournent à environ 800 ou 900 tours par minute. Ce procédé a été imaginé, ou plus exactement, perfectionné par Utermark.
- Sous l’effet de la centrifugation, le sérum, plus dense, est rejeté vers la périphérie, avec la plupart des impuretés, tandis que les globules colloïdaux de caoutchouc refluent vers le centre et atteignent une concentration d’environ le double de celle du latex initial. Ce procédé de centrifugation permet donc de séparer environ les deux tiers du sérum et a l’avantage sur le procédé d’évaporation, de diminuer sensiblement la proportion des impuretés qui peuvent exercer une influence fâcheuse sur les produits fabriqués.
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- Pour empêcher la détérioration et la coagulation du caoutchouc en suspension dans ce latex, on ajoute de l'ammoniaque en très faible proportion (environ 3 p. 100), ce qui permet de maintenir absolument intactes les propriétés du caoutchouc, et présente l’avantage de pouvoir chasser ultérieurement cet ammoniaque par évaporation, en même temps que l’eau résiduelle.
- L’addition d’ammoniaque, qui se fait généralement à l’état gazeux, est préférable à celle de la soude ou de la potasse caustiques, car ces dernières ne s’évaporent pas et ont une tendance à absorber le gaz carbonique puis l’humidité de l’air. Cet inconvénient est particulièrement net lorsqu’il s’agit de fabriquer des objets qui doivent être imperméables à l’eau ou qui doivent servir d’isolants électriques.
- Le produit ainsi obtenu pourra servir aux applications les plus variées; il sera employé à l’état liquide et ne se solidifiera que dans l’objet fabriqué lui-même et sous la forme définitive de celui-ci.
- C’est en cela que consiste la différence fondamentale avec l’industrie du caoutchouc telle qu’elle s’est développée depuis plus d’un siècle, et dans laquelle on utilise du caoutchouc solide, soit que ce caoutchouc reste toujours à l’état solide, soit qu’il subisse une opération de dissolution dans un solvant approprié.
- Quels que soient les procédés employés dans l’industrie du caoutchouc solide, il est évident que les qualités initiales de ce caoutchouc contenu dans le latex naturel auront été diminuées par le travail mécanique des broyeurs, malaxeurs, laminoirs, etc., dont l’emploi est général dans les usines destinées à cette industrie. Gela est tellement vrai que si l’on travaille un mélange de caoutchouc pendant plusieurs heures sur un malaxeur, on arrive à détruire à peu près toutes ses qualités élastiques et on obtient une matière plastique ressemblant à de la poix. On dit, en termes du métier, que le caoutchouc ainsi travaillé est tué.
- Dans l’industrie nouvelle, basée sur l’utilisation directe du latex liquide, toutes les qualités si exceptionnelles du caoutchouc se maintiennent au contraire à peu près intactes jusque dans le produit fini.
- La concentration du latex et les additions destinées à assurer sa conservation ayant été faites sur les lieux de production, il faut en assurer le transport dans les meilleures conditions de prix de revient et de maintien de la qualité. Les transports lointains et de longue durée ne permettent pas d’envisager l’emploi de récipients en verre ou même seulement en métal émaillé, car ceux-ci seraient à la fois trop coûteux et trop fragiles. Le contact direct du fer, même étamé, entraîne à la fois la détérioration du récipient et l’altération du latex. On tourne la difficulté en employant de préférence des récipients métalliques dans lesquels on a déposé, par évaporation du latex, une pellicule de caoutchouc qui adhère au métal et protège celui-ci ainsi que le liquide à transporter. Certains de ces réservoirs ont la dimension de wagons-citernes, et parfois même ceux-ci servent à transvaser le latex dans des bateaux-citernes qui en assurent le transport à un port maritime ou intérieur sur une voie fluviale.
- Bien entendu, le simple liquide concentré à 60 p. 100, tel qu’il est obtenu par la centrifugation, ne peut se transformer en produits finis sans subir des additions dont les plus importantes sont celles des produits sulfurés destinés à la vulcanisation, et aussi celles des charges conférant à l’article terminé les qualités de dureté, d’élasticité et de résistance mécanique exigées. Enfin, il faut ajouter des antioxy-
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- dants pour retarder la détérioration du caoutchouc par l’air. Tous ces produits doivent être incorporés au latex sans toutefois provoquer sa coagulation prématurée. En effet, il résulte d’études dans les détails desquels il n’est pas possible d’entrer ici, que les particules de caoutchouc, en suspension colloïdale dans le sérum du latex, sont, comme on l’a vu, en perpétuel mouvement et qu’elles sont chargées électriquement. Si, dans ce milieu, on introduit des particules de charge contraire ou des produits pulvérulents à sédimentation rapide, on constate que les particules de caoutchouc s’immobilisent, s’agglomèrent et se séparent du sérum; le caoutchouc coagule et devient inutilisable pour les applications industrielles.
- Pour éviter ces inconvénients, il est nécessaire de disperser au préalable les diverses charges dans de l’eau ammoniacale additionnée de colloïdes protecteurs tels que gélatine, caséine, savon, etc.; et de broyer ces préparations, soit dans des moulins à colloïdes, soit dans des broyeurs à boulets. Dans ces conditions, les additions peuvent être versées dans le latex sans risque de coagulation. Toutefois, l’incorporation de ces charges dans le latex nécessite de très grandes précautions et l’emploi de mélangeurs appropriés pour qu’au cours du malaxage, il ne se produise aucun commencement de coagulation et que, cependant, le mélange devienne absolument homogène.
- Le liquide ainsi obtenu pourra être utilisé suivant une série de procédés des plus variés, tel que : imprégnation, étendage, immersion, moulage, boudinage, pulvérisation, dépôts électrolytiques, etc. Tous ces procédés profitent des qualités fondamentales du latex qui sont de quatre ordres différents :
- 1° Incombustibilité du latex et de ses mélanges;
- 2° Haute teneur en caoutchouc, alliée à une viscosité beaucoup plus faible que celle du caoutchouc dissous dans les solvants ordinaires, tels que le toluène, la benzine, etc;
- 3° Possibilité d’utiliser le latex à la fabrication d’articles en caoutchouc compact ou poreux, après avoir donné sa forme finale à l’objet à fabriquer avant toute solidification ;
- 4° Facilité de produire ainsi des objets qu’il était extrêmement difficile, sinon impossible, de réaliser par l’emploi du caoutchouc solide.
- Le latex, additionné des produits chimiques qu’on y a incorporés comme il a été dit, doit être travaillé avec beaucoup de précautions pour éviter la sédimentation de ces additions. De multiples dispositifs sont utilisés à cet effet, notamment, soit des cuves rotatives, soit des hélices maintenant le latex en mouvement.
- D’autres appareils servent à concentrer le latex et ses charges jusqu’à ce qu’il ait atteint le degré de viscosité nécessaire pour le procédé de fabrication envisagé. Ces appareils à rotation ou à oscillation sont souvent à double enveloppe, de façon qu’on puisse faire circuler un courant de vapeur pour chauffer le mélange et produire l'évaporation nécessaire.
- Voici, très résumés, les différents procédés d’utilisation du latex et les principaux articles obtenus par ces procédés.
- Trempage. — Ce procédé consiste à immerger dans une cuve contenant du latex, l'objet ou le moule que l’on veut recouvrir de caoutchouc, en répétant, au besoin, cette opération à plusieurs reprises jusqu’à ce qu’on ait obtenu l’épaisseur à réaliser.
- Le trempage convient particulièrement pour la fabrication de ballons de jeu, de
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- gants, de sandales de bain, de tétines, etc. Les gants de chirurgiens fabriqués par trempage permettent notamment de réaliser des épaisseurs extrêmement faibles laissant toute la sensibilité aux mains de l’opérateur et, simultanément, ces gants supportent facilement une vingtaine de stérilisations à haute température, alors que les gants ordinaires ne résistent guère qu’à 5 ou 6 stérilisations.
- Tous les objets fabriqués par trempage présentent l’avantage de n’avoir aucune couture ni raccord, étant venus d’une seule pièce. On évite dans ce procédé l’emploi des solvants dangereux, toxiques et inflammables, qui sont utilisés dans le trempage quand on emploie des dissolutions de caoutchouc solide ; et on peut faire la vulcanisation à chaud au lieu de la vulcanisation à froid, par le chlorure de soufre, appliquée aux anciens procédés.
- Pour donner une idée des exigences que l’on peut formuler à l’égard des articles obtenus par trempage, signalons qu’aux États-Unis les spécifications standards des gants de chirurgiens de première qualité doivent être :
- 246 kg/cm2 pour un gant neuf, cette résistance ne devant pas tomber au-dessous de 140 kg/cm2 après séjour de 21 jours dans une étuve à 70°.
- Après dix stérilisations sous 1 kg/cm2 de pression de vapeur, la résistance à l’extension ne doit pas tomber au-dessous de
- Imprégnation ou étendage. — Ce procédé convient surtout aux tissus. Les premiers essais d’application se heurtèrent à des difficultés qui paraissaient insurmontables, car les surfaces obtenues laissaient beaucoup à désirer, et souvent il y avait manque d’adhérence entre le tissu et le caoutchouc.
- La principale difficulté que présente l’imprégnation des tissus par le latex provient de ce que leg particules de caoutchouc qui y sont contenues, quoique de dimensions microscopiques, sont cependant sensiblement plus grandes que les molécules de caoutchouc dissous dans les solvants appropriés. Aussi, la pénétration au cœur du tissu est-elle plus difficile dans le cas du latex, et les particules de caoutchouc ont tendance à se déposer à la surface des fils, le sérum seul pénétrant à l’intérieur. Par contre, la résistance à la flexion des fils ainsi imprégnés a été reconnue supérieure à celle des fils traités par le caoutchouc en solution.
- Il a donc fallu chercher à favoriser l’adhérence du caoutchouc sur la surface extérieure des fils. Dans cet ordre d’idées, on a préparé un nombre considérable de produits chimiques dénommés « agents de mouillage » et dans l’énumération desquels je m’abstiendrai d’entrer. Ils facilitent à la fois la pénétration et l’adhérence du caoutchouc. Un autre procédé, dû à deux chimistes français, MM. Bongrand et Lejeune, permet d’imprégner les fils élémentaires avant l’opération appelée «filage » dans l’industrie textile. Le produit ainsi obtenu paraît réaliser une des meilleures méthodes d’union du textile avec le caoutchouc du latex, et porte le nom de « filastic ».
- On peut également appliquer le latex sur des tissus par les procédés de gommage ou d’étendage sur des machines analogues à celles qui sont utilisées pour les procédés basés sur l’emploi du caoutchouc solide dissous dans des solvants, mais en tenant compte du fait que l’évaporation de l’eau du sérum du latex est moins rapide que celle des solvants habituels, et que, par conséquent, les opérations doivent se faire plus lentement.
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- Un autre procédé d’imprégnation est celai de la pulvérisation par un jet d’air agissant par des buses, comme dans la peinture cellulosique.
- Les procédés d’imprégnation ont notamment trouvé une très large application pour imperméabiliser les tissus et les papiers des sacs d’emballage.
- Boudinage. — Une des applications les plus intéressantes du latex est celle de la fabrication des fils ronds par boudinage, c’est-à-dire par l’écoulement sous pression du latex par des orifices calibrés formant filières, et passage immédiat du fil dans un bain d’acide concentré suivi d’un tunnel sécheur et vulcaniseur. Les fils ainsi obtenus sont d’une finesse et d’une régularité absolument remarquables, puisqu’on réalise des fils jusqu’au n° 125, c’est-à-dire tellement fins qu’il en faut 125 côte à côte pour couvrir un pouce anglais. Gela correspond à 0,2 mm de diamètre avec une tolérance qui ne dépasse pas 5 p. 100, c’est-à-dire qui est de l’ordre de 0,01 mm.
- Ces fils eux-mêmes peuvent être recouverts de gaines en textile, notamment en soie naturelle ou artificielle, en coton, laine, etc. Ils sont connus sous le nom de « lastex » et sont utilisés dans une très grande variété de tissus présentant des qualités de souplesse et de résistance absolument remarquables, sans préjudice de l’élégance des coloris qui peut leur être donnée.
- Dépôts électrolytiques. — Nous avons vu que les particules de caoutchouc en suspension dans le latex sont chargées d’électricité négative et qu’un courant continu précipite ces particules sur l’anode positive. Différents procédés ont été utilisés pour mettre en jeu cette propriété, notamment celui de l’Anode Rubber G0, dans lequel on s’est appliqué à éviter les inconvénients provenant des dégagements gazeux autour de l’anode, car ils peuvent donner lieu à la formation d’un dépôt spongieux.
- Des applications très diverses peuvent être ainsi faites, telles que la protection des métaux, le caoutchoutage des tamis pour diminuer leur usure, l’isolement des fils, etc.
- Caoutchouc poreux. — Le chimiste anglais Schidrowitz, dont les travaux datent de 1914, semble être le premier qui ait réalisé avec le latex la production de caoutchouc poreux à cellules microscopiques.
- Un des procédés les plus répandus pour la fabrication de ce produit est celui qui consiste à agiter le latex dans des batteuses de grandes dimensions, pour obtenir une mousse analogue à du blanc d’œuf battu, après avoir eu soin d’ajouter les produits sulfureux nécessaires pour la vulcanisation et pour la stabilisation de la mousse, tels que le savon ou des produits analogues. Suivant le niveau auquel on fait monter la mousse dans les batteuses, on obtient une densité plus ou moins grande du produit final. Lorsque le degré voulu de densité est atteint, on verse la mousse dans des moules, qui sont disposés de façon à favoriser la cuisson uniforme et qui, généralement, présentent des saillies correspondant à des creux dans 1 objet moulé. Gette cuisson s’opère à l'eau chaude; après quoi, les objets sont essorés et étuvés avant d’être livrés à la consommation.
- Par ces procédés on réalise notamment des coussins, matelas et garnitures de sièges, connus sous le nom de « Dunlopillo », qui présentent des qualités de souplesse et de légèreté remarquables et qui, surtout, conservent presque indéfiniment leurs propriétés. La densité des produits fabriqués varie de 0,1 à 0,5. Ces objets remplacent avantageusement ceux qui sont constitués par du crin, de la laine, avec ou sans ressorts et ont, de plus, la supériorité d’être inhabitables pour la vermine de tout
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- genre. Leur emploi se généralise de plus en plus dans l’industrie automobile, les chemins de fer, l’ameublement, la literie, etc., et chaque jour apporte des applications nouvelles.
- Il ne faut pas confondre ces applications avec ce que l’on appelle communément du caoutchouc spongieux, dans lequel il y a des alvéoles de la dimension de celles d’une éponge naturelle. Dans le nouveau produit, au contraire, les cellules sont très petites mais surtout très régulières, ce qui n’est pas le cas du caoutchouc spongieux. Ces cellules communiquent entre elles par des canaux très étroits, de sorte que les objets sont facilement perméables aux gaz. La fumée d’une cigarette soufflée sur une paroi, traverse un coussin et sort par la paroi opposée. Cette propriété assure notamment l’aération nécessaire d’un matelas et évite le contact désagréable d’une surface en caoutchouc plein qui occasionne des sudations malgré l’interposition du drap de lit. De plus, un matelas de ce genre épouse toutes les formes du corps dont le poids se répartit beaucoup plus uniformément, ce qui évite les escarres des malades obligés de rester alités longtemps.
- Applications diverses. — Le latex se prête à un grand nombre d’autres applications qu’il serait fastidieux d’étudier ici. Qu’il suffise de dire qu’on l’utilise dans la fabrication du papier, notamment pour augmenter sa résistance au pliage, dans celle de la soie artificielle, dans la peinture, les meules abrasives, les garnitures de freins, et dans bien d’autres cas.
- Dans l’exposé que je viens de faire, je n’ai nullement cherché à épuiser un sujet aussi... élastique que celui du latex qui pourrait... s’étendre à l’infini. Encore moins ai-je eu la prétention d’apprendre quoi que ce soit aux éminents spécialistes du caoutchouc dont certains ont bien voulu être parmi mes trop bienveillants auditeurs. J’ai seulement essayé de faire connaître, à ceux qui suivent ces questions de moins près, quelles sont les possibilités énormes que présente l’emploi du latex sous sa forme liquide d’origine.
- Malgré l’ampleur qu’elle a déjà acquise, nous n’en sommes qu’aux débuts de cette industrie nouvelle, et peut-être servira-t-elle un jour à absorber les quantités croissantes de caoutchouc que le monde est apte à produire et qui posent un si redoutable problème pour l’avenir des plantations dans lesquelles, dès à présent, des milliards sont investis.
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- BULL. DË LA SOC. d'eNCOÜR. POUR l’iNDÜSTRIË NATIONALE. — AVRIL 1936 (p. 237).
- L’HYDROGÈNE LOURD, ISOTOPE DE L’HYDROGÈNE, ET L’EAU LOURDE'>
- par M. Georges Champetier, docteur ès sciences, chargé de recherches à l'Institut de Biologie physico-chimique.
- La découverte des isotopes a été d’une importance capitale pour les théories physiques et chimiques. Leur séparation, réalisée depuis peu, ouvre un nouveau chapitre de la chimie.
- L’existence d’un isotope de masse atomique 2 de l’hydrogène fut annoncée, il y a près de quatre ans, par le savant américain Urey (2); ce fut une surprise lorsque l’on apprit, quelques mois après, que cet isotope existe en quantité relativement importante dans l’eau et qu’il suffit d’une électrolyse pour l’isoler.
- Je rappellerai tout d’abord que l’atome d’un élément quelconque peut être considéré comme constitué par un noyau central, chargé positivement, autour duquel gravitent des électrons négatifs. Les électrons sont en nombre tel que leur charge totale compense celle du noyau. C’est dans le noyau formé de particules matérielles, les unes neutres (neutrons), les autres chargées positivement (protons) que se trouve pratiquement concentrée la totalité de la masse de l’atome. Cette masse dépend de la nature de l’élément envisagé.
- Après avoir pensé, avec Mendéléeff, que les propriétés chimiques des éléments sont une fonction de leur masse, les chimistes remarquèrent plus justement que ces propriétés sont sous la dépendance du nombre des électrons planétaires, ou de la valeur absolue de la charge du noyau.
- Cette conception s’affirma par l’étude des transformations radioactives. Il est, en effet, possible d’obtenir plusieurs plombs différant par la masse atomique, mais possédant la même charge du noyau et doués des mêmes propriétés chimiques. D’autres confirmations surgirent lorsque les physiciens de l’école de J.-J. Thomson et d’AsTON (3) montrèrent qu’un grand nombre d’éléments chimiques correspondent à deux ou plusieurs espèces d’atomes, inséparables chimiquement, ayant tous la même charge du noyau, mais des masses différentes.
- Il fut donc convenu de définir l’élément chimique, caractérisé par l’ensemble de ses propriétés, à l’aide du nombre représentant en valeur absolue la charge du noyau. C’est ce que l’on appelle le numéro atomique, déterminable expérimentalement par l’étude des spectres d’émission de rayons X (Moseley).
- Certains éléments chimiques sont simples; tous leurs atomes ont la même masse. D’autres correspondent à des atomes de deux ou plusieurs espèces différenciés par la masse. On dit qu’à ces éléments chimiques correspondent plusieurs isotopes.
- Jusqu’à ces dernières années, tous les essais de séparation des isotopes d’un même élément chimique n’avaient conduit qu’à des résultats insignifiants ou même douteux. Toutes les tentatives basées sur une différence possible de propriétés chimiques avaient échoué — pour des éléments lourds, il est vrai — et l’on ne pensait réussir qu’en utilisant les légères différences de propriétés physiques (vitesse de diffusion ou d’évaporation, différences de points d’ébullition) résultant des masses différentes des noyaux.
- (1) Communication faite par l’auteur, en séance publique, le 22 février 1936.
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- L’iIYDROGÈNE LOURD ET l’eau LOURDE. — AVRIL 1936.
- Il était bien certain que plus l’écart relatif des masses de deux isotopes serait élevé, plus les possibilités de séparation seraient grandes : Une séparation faible, mais effective, avait été obtenue pour le néon, alors que les résultats étaient encore incertains avec le mercure. C’était donc bien pour les éléments légers, et, plus parti-culièremement pour l’hydrogène, que les chances de succès devaient être les plus grandes.
- Toutefois, jusqu’en 1932, l’hydrogène était considéré comme un élément dépourvu d’isotope. Deux physiciens, Birge et Menzel (i), avaient bien suggéré que la présence d’une petite quantité d’un isotope de masse 2, dans l’hydrogène ordinaire de masse 1, permettrait d’expliquer le désaccord entre les chimistes et les physiciens relativement au poids atomique de cet élément. Mais ce n’était qu’une pure hypothèse : aucun fait expérimental n’était venu la confirmer.
- C’est alors que Urey (î) s’attaqua, avec divers collaborateurs, à ce problème fondamental. Non seulement il reconnut l’existence d’un isotope de masse 2 de l’hydrogène, mais encore il indiqua le moyen de l’isoler à l’état pur.
- Cette séparation donnait aux chimistes la possibilité d’étudier comparativement les propriétés de deux isotopes. Ces études montrèrent que la différence de masse des noyaux, et leur différence de constitution, a une répercussion non seulement sur les propriétés physiques des isotopes, mais aussi sur leurs propriétés chimiques; du moins lorsqu’il s’agit d’éléments légers, pour lesquels la différence relative des masses est grande. Les différences de propriétés s’atténuent lorsque l’écart relatif des masses diminue, par suite de l’augmentation de la masse atomique. Elles deviennent imperceptibles lorsqu’il s’agit d’éléments lourds, comme le plomb.
- Les différences de propriétés constatées pour les isotopes des éléments légers conduisent à reviser nos idées sur la notion d’élément. En toute rigueur, l’élément doit être, maintenant, défini à la fois par son numéro atomique et sa masse atomique. Le numéro atomique, à lui seul, ne peut servir qu’à caractériser un ensemble de propriétés chimiques communes à plusieurs isotopes.
- Découverte et isolement de l'isotope de masse 2 de l’hydrogène. — Urey, Brick-wedde et Murrhy® entreprirent la recherche d’un isotope possible d’hydrogène par une étude spectrographique de différentes fractions d’hydrogène obtenues par distillation de l’hydrogène liquide. A cet effet, il photographièrent le spectre atomique de l’hydrogène issu de ces fractions en augmentant le temps de pose jusqu’à faire apparaître les raies supposées du nouvel isotope. En multipliant par 4500 le temps de pose nécessaire à l’obtention des raies atomiques de l’hydrogène ordinaire, les auteurs purent effectivement déceler de nouvelles raies. Leurs positions correspondaient bien à celles que l’on pouvait prévoir pour un isotope de masse 2 de l’hydrogène, leurs intensités variaient suivant les fractions envisagées. En particulier, les raies étaient notablement plus intenses lorsque l’hydrogène provenait de queues de distillation de l’hydrogène liquide, sous très faible pression.
- L’isotope de masse 2 de l’hydrogène était découvert.
- Ce résultat fut confirmé par d’autres S|)Cctrographistes opérant dans le visible, dans l’ultra-violet ou dans l’infra-rouge. L’emploi du spectrographe de masse, utilisant la déviation des ions hydrogène positifs gazeux par un ensemble de deux champs électrique et magnétique, permit une mesure précise de la masse du nouvel élément 2H = 2,0148, en prenant 0 = 16(1H = 1,0081) <5).
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- l’hydrogène lourd, isotope de l’hydrogène, et l’eau lourde. 239
- Cependant, la méthode d’enrichissement par distillation fractionnée de l’hydrogène liquide est peu puissante. Dans les meilleures conditions, en se plaçant au voisinage du point triple, les queues de distillation, ne renferment guère plus de 6 fois d’hydrogène lourd que l’hydrogène initial.
- La méthode, reprise depuis en Hollande, à Leyde, a fourni, à partir de 40 litres d’hydrogène liquide, 2 litres d’hydrogène gazeux renfermant 3 p. 100 de l’isotope lourd (6).
- C’est une constatation de Washburn et Urey(7) qui allait conduire à la mise au point d’une méthode efficace et rapide de concentration. Depuis, elle a fourni des quan -tités considérables de l’isotope lourd de l’hydrogène. Les auteurs précédents remarquèrent que la densité de l’eau extraite d’une cellule électrolytique en service depuis plusieurs années était légèrement supérieure à celle de l’eau ordinaire. Ils pensèrent que l’électrolyse décompose avec des vitesses différentes l’eau ordinaire et l’eau formée à partir des isotopes de l’hydrogène ou de l’oxygène, et que l’accroissement de densité de l’eau résiduelle des bacs était dû à un enrichissement en isotope lourd de l’hydrogène et peut-être aussi en isotope lourd de l’oxygène. La première hypothèse fut justifiée par l’examen au spectrographe de l’hydrogène issu de la décomposition de cette «eau lourde ». Les raies correspondant à l’isotope de l’hydrogène étaient nettement plus intenses que dans l’hydrogène ordinaire.
- La concentration électrolytique de l’eau lourde fut alors reprise par Lewis et ses collaborateurs(8). Ils constatèrent qu’en réduisant à 0,5 cm3, par électrolyse, 20 litres d’une solution aqueuse alcaline d’une vieille cellule électrolytique, l’eau isolée finalement, et soigneusement purifiée, avait une densité de 1,073, correspondant théoriquement à une proportion de 65,7 p. 100 d’hydrogène lourd par rapport à l’hydrogène total qu’elle renfermait.
- Par d’autres opérations, encore plus poussées, ils réussirent à obtenir une très petite quantité d’eau constituée uniquement par l’oxyde 2H20 de l’isotope de masse 2 de l’hydrogène.
- L’électrolyse de l’eau ne détermine d’ailleurs, d’une manière importante, que la concentration de l’isotope lourd de l’hydrogène, et non celle des isotopes lourds de l’oxygène 180 et 170. Il est aisé de le vérifier en décomposant l’eau lourde sur du fer chauffé au rouge et en combinant l’hydrogène libéré avec de l’oxygène ordinaire, sur de l’oxyde de cuivre à haute température. L’eau reformée ne contient alors que l’hydrogène de l’eau initiale, combiné à de l’oxygène ordinaire. Sa densité est égale à celle de l’eau initiale. L’accroissement de densité observé initialement est donc bien dû à la substitution de l’hydrogène lourd à l’hydrogène léger dans l’eau.
- Des laboratoires s’outillèrent aussitôt pour préparer l’eau lourde en quantités importantes et pour en effectuer l’étude. L’industrie se mit, elle-même, bientôt, à cette préparation, et, depuis un peu plus d’un an, l’eau lourde est devenue un produit commercial. Son prix de vente, voisin de 36 fr le gramme, est inférieur à celui de bien d’autres substances chimiques.
- A titre documentaire, je décrirai sommairement l’installation que j’avais montée au laboratoire de M. le Prof. G. Urbain (9), à l’Institut de Biologie physico-chimique (fig. 1 et 2). Elle a fonctionné pendant près d’un an, et, parle traitement de deux tonnes d’eau ordinaire, elle a permis la préparation d’eaux lourdes à diverses concentrations, s’échelonnant entre 1 et 98 p. 100.
- Les électrolyseurs, au nombre de 24, étaient des bacs en tôle d’acier nickelée de
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- 240 l’hYDEOGENE lourd et l’eau LOURDE. — AVRIL 1936.
- 1 500 cm3 de capacité chacun, groupés deux par deux et disposés en série dans une grande cuve parcourue par une circulation d’eau assurant leur refroidissement. Chaque bac servait à la fois de récipient pour l’électrolyte et d’électrode. L’autre électrode était une plaque de nickel repliée en U, distante de 5 mm des grandes parois de chaque bac.
- Les électrolyseurs étaient alimentés par une génératrice à courant continu fournissant 200 A sous 110 Y. La densité de courant utilisée était maintenue à
- Fig. 1. — Electrolyseurs G. Champetier pour la préparatioa de l’eau lourde. Vue d’ensemble.
- 0,4 A/cm2 d’électrode, en réduisant progressivement le courant au cours de l’élec-trolyse, à mesure que le volume de l’électrolyte, et par suite, la surface d’électrode immergée diminuaient.
- L’eau utilisée, au départ, renfermait environ 1/5000 d’eau lourde; elle était additionnée de 2 p. 100 de soude, puis réduite par électrolyse au 1/6 de son volume. La solution était alors siphonnée des bacs et sa concentration en soude ramenée à 2 p. 100. Pour cela, les 5/6 de la solution étaient neutralisés par un courant de gaz carbonique et distillés; l’eau obtenue servait à diluer le 1/6 de solution concentrée non traitée. L’électrolyse était alors reprise, et ainsi de suite. Lorsque la concentration en eau lourde atteignait 4 p. 100, l’électrolyse était continuée dans un électrolyseur cylin-
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- l’hydrogène lourd, isotope de l’hydrogène, et l’eau lourde. 2Î1
- drique refroidi intérieurement et extérieurement par une circulation d’eau. Gomme, à partir de cette concentration en eau lourde, les gaz dégagés par l’électrolyse renferment une proportion importante d’hydrogène lourd, ils étaient recombinés par combustion, et l’eau reformée revenait aux électrolyseurs à une étape du fractionnement correspondant à leur concentration en eau lourde. L’électrolyse était ensuite poursuivie dans des appareils de volume de plus en plus faible jusqu’à avoir de Peau lourde à 98 p. 100.
- Dans ces conditions expérimentales, une réduction de volume de l’électrolyte au 1/6 multiplie sa concentration en eau lourde par un facteur voisin de 4.
- Fig. 2. — Di-lails des électrolyseurs G. Cliaiupetier.
- D’autres auteurs ont utilisé des électrolyseurs de types différents. Ils ont remplacé la soude par de l’acide sulfurique, des sels neutres ou de la baryte. Dans tous les cas, le facteur de séparation des deux hydrogènes — c’est-à-dire le rapport des pourcentages d’hydrogène 1 et 2 dégagés — reste compris, dans les conditions d’application pratique, entre 5 et 6.
- Séparation des hydrogènes par diffusion. — L’électrolyse n’est pas le seul procédé qui permette d’obtenir de l’hydrogène lourd à l’état pur. La vitesse de diffusion d’un gaz à travers une paroi poreuse est en raison inverse de la racine carrée de sa densité. Les isotopes ayant des masses différentes, il y a là une méthode de séparation des isotopes gazeux tout indiquée. Elle a d’ailleurs donné des résultats indiscutables pour le néon, et son efficacité devait être encore plus grande pour la séparation des deux hydrogènes dont les masses sont dans le rapport de 2 à 1.
- Effectivement, plusieurs auteurs ont réussi à concentrer d’une manière importante l’hydrogène lourd en utilisant la diffusion de l’hydrogène ordinaire à travers des parois poreuses ou même des métaux, tels que le palladium chauffé à 400°.
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- La meilleure séparation a été effectuée par Hertz et Harmsen (10) à l’aide d’un appareil constitué par une batterie de 48 diffuseurs en porcelaine poreuse disposés en série. En utilisant, au départ, de l’hydrogène renfermant 1/1000 d’hydrogène lourd, il leur a été possible d’isoler, en 8 heures, 1 cm3 de l’isotope de masse 2. Celui-ci est dans un état de pureté tel qu’examiné spectroscopiquement, il ne permet plus de distinguer la présence de l’isotope ordinaire.
- Depuis, Hertz (tl) a perfectionné son procédé en vue d’accroître son rendement; il se propose de séparer les deux hydrogènes par diffusion dans la vapeur de mercure.
- Nomenclature des isotopes de l'hydrogène. — Jusqu’à ces dernières années, les différences de propriétés constatées pour les isotopes d’un même élément chimique étaient si faibles que les chimistes et les physiciens n’avaient pas éprouvé le besoin de les désigner autrement qu’en adjoignant au nom de l’élément la masse atomique de l’isotope; on disait le chlore-35 et le chlore-37, le néon-20 et le néon-22, et on les formulait 35C1, 37C1, 20Ne, 22Ne. Toutefois, l’isotope lourd de l’hydrogène s’est révélé si différent de l’hydrogène ordinaire, il a donné lieu à la préparation d’un tel nombre de dérivés, que la nécessité s’est imposée de lui attribuer un nom et un symbole particuliers.
- Urey (12) a proposé de réserver le nom d'hydrogène, au mélange isotopique normal, c’est-à-dire à l’hydrogène ordinaire, et de désigner par protium et deutérium, en leur assignant les symboles H et D, les isotopes de masses 1 et 2. Cette dénomination rappelle que le noyau de l’isotope 1 est 1 e proton, et celui de l’isotope 2, le deuton, particules élémentaires jouant un rôle important en physique nucléaire.
- Je préfère, à ces appellations, celles qui ont été suggérées par M. G. Urbain : protohydrogène et deutohydrogène. Elles font plus image et ne conduisent pas à donner un nom essentiellement nouveau à chaque isotope. Ce sont celles que j’adopterai.
- Les composés hydrogénés dans lesquels l’hydrogène ordinaire est remplacé par du deutohydrogène sont habituellement désignés en adjoignant à leur nom le préfixe deuto. Ainsi : C1D est Yacide deutochlorhydrique', ND3, le deutoammoniac. Les composés dans lesquels l’hydrogène ordinaire n’est qu’en partie substitué par du deutohydrogène sont désignés de la manière suivante : NHD2 est l’ammoniac - D2, CüH2D4 est le benzène - D,f. J’adopterai dans la suite toutes ces conventions.
- Propriétés physiques du deutohydrogène et de l'eau lourde. —• Les deux hydrogènes diffèrent par la plupart de leurs propriétés physiques.
- H D
- Température d’ébullition................ — 252°,6 — 249°,4
- Température de fusion................... — 259° — 254°,4
- Les chaleurs de vaporisation, de sublimation et de fusion sont plus élevées pour le deutohydrogène que pour le protohydrogène.
- Les spectres atomiques, visible et ultra-violet, sont différents pour les deux gaz; il en est de même pour les spectres moléculaires. L’étude de ces derniers amontré que, dans les mélanges de proto et de deutohydrogène, existent, à côté des molécules H2 et D2, des molécules mixtes HD. Cela fait donc trois espèces de molécules d’hydrogène.
- Parmi les nombreux dérivés de l’hydrogène lourd, c’est évidemment l’eau lourde qui a été le plus étudiée. Ses propriétés physiques la différencient nettement de l’eau ordinaire et en font une espèce chimique nettement distincte.
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- Densité à 25° ...............
- Point de fusion.....................
- Point d’ébullition (7(>ü mm H g) . . .
- ( 20\
- Indice de rétraction ( n^ j.........
- Température du maximum de densité
- h2o D.0
- 1 1,1079
- 0° + 3°,8
- 100° + 101°,42
- 1,3329 1,3: 282
- 4° ii° ,0
- La viscosité de l’eau lourde est plus grande que celle de l’eau ordinaire. La solubilité des sels y est plus faible : 100 g d’eau lourde dissolvent 30,5 g de chlorure de sodium, alors que l’eau légère en dissout 35,9 g.
- Les spectres Raman des deux eaux sont différents, de même les spectres d’absorption de la lumière infra-rouge de leurs vapeurs. Ils ont permis de mettre en évidence, dans les mélanges d’eaux lourde et légère, l’existence des trois espèces de molécules d’eau que l’on pouvait prévoir : H.,0, D20 et HOD.
- La différence de température d’ébullition est suffisante pour que la séparation partielle de l’eau lourde et de l’eau légère soit possible par distillations fractionnées sur des colonnes à plateaux suffisamment puissantes. Toutefois cette méthode est peu pratique.
- Dosage de Veau lourde. Abondance dans la nature. — Les recherches entreprises pour déterminer la teneur de l’hydrogène en deutohydrogène furent tout d’abord effectuées en comparant l’intensité relative des raies des deux hydrogènes dans leur spectre atomique. Ce procédé est peu précis. L’étude des spectres de masse donna, par la suite, des renseignements bien meilleurs, mais elle nécessite un appareillage compliqué qui n’existe que dans peu de laboratoires.
- Les deux procédés les plus commodes et cependant très précis qui permettent de déterminer la teneur d’une eau en oxyde de deutohydrogène utilisent soit la différence de densité de l’eau lourde et de l’eau légère, soit leur différence d’indice de réfraction. La densité d’une eau peut être déterminée avec une précision atteignant la sixième décimale par diverses méthodes relativement peu compliquées. De même, l’indice de réfraction peut être mesuré avec 7 décimales à l’aide d’un bon interféro-mètre. Il est ainsi possible de déterminer avec exactitude des variations de teneur en eau lourde inférieures au 1/10 000.
- Des mesures précises ont ainsi permis de fixer à 1/5 000 la teneur en eau lourde de l’eau de source, de l’eau de rivière et de l’eau de mer de surface. Par contre, l’eau de mer des grandes profondeurs a une densité supérieure à l’eau de surface de quelques unités de la sixième décimale, ce qui correspond à une séparation naturelle par gravitation, les molécules d’eau les plus lourdes tendant à tomber dans les grands fonds. L’eau de la mer Morte a également une teneur en eau lourde supérieure à l’eau ordinaire, résultant très probablement de la différence des vitesses d’évaporation des deux eaux.
- Les premières quantités d’eau recueillies au cours d’une pluie sont plus lourdes que les suivantes. Par contre, l’eau de neige est plus légère que l’eau normale. Ces variations de teneur en eau lourde sont en accord avec ce que l’on peut attendre d’un enrichissement ou d’un appauvrissement naturel résultant des différences de propriétés physiques des deux eaux isotopiques.
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- L’eau extraite du lait, du sang, de l’urine, de la transpiration des plantes ou de la respiration animale, les eaux issues de la combustion de l’anthracite, et des gaz naturels ont une densité normale et, par suite, la môme teneur en eau lourde que l’eau de source. Toutefois, l’eau extraite de la sève du bois ou des feuilles sèches d’un jeune saule est plus lourde que l’eau normale de 3 à 5 millionnièmes. L’enrichissement doit alors résulter d’une différence de vitesse de diffusion ou d’évaporation au travers des parois cellulaires.
- Il est bien certain que les différences observées sont toujours faibles; néanmoins, elles n’auraient pas pu échapper aux expérimentateurs si on avait pensé plus tôt à les rechercher. Il faut voir dans ce défaut d’observation une conséquence de l’idée préconçue qui faisait considérer l’eau comme une espèce pure, sur la foi d’une purification par distillation ou congélation. Ce n’était qu’un fractionnement insuffisant.
- Les réactions chimiques de l’hydrogène lourd et de ses composés. — L’isolement du deutohydrogène a donné la possibilité de créer un nombre incalculable de substances nouvelles renfermant à la place de l’hydrogène ordinaire son isotope de masse 2. J’ai déjà signalé trois hydrogènes moléculaires : H,, DH et D, et 3 eaux : H20, HOD et D20. Il est possible de prévoir : 4 ammoniacs : NH3, NH2D, !NHD2, ND3; 5 méthanes : CHf, CH3D, CH,D2 CHD3 et CD,h; 10 éthanes, 6 éthylènes. Les possibilités s’accroissent encore pour les carbures élevés ou pour le benzène et ses dérivés dans lesquels on peut faire varier le nombre des atomes d’hydrogène substitués par du deutohydrogène ainsi que leurs positions.
- Beaucoup de ces composés ont déjà été préparés; leurs propriétés physiques sont différentes; les propriétés chimiques diffèrent aussi, mais peu. Le plus grand intérêt de ces composés, partiellement ou totalement deutohydrogénés, est l’étude de leurs spectres d’absorption ou de leurs spectres Raman qui permettra dans un avenir proche de déceler des particularités de structures importantes.
- Températures d'ébullition.
- CNH FH Cl H ML
- 2o°,o 20°,07 8 4°, 9 33°,23
- CND
- FD
- C1D
- ND,
- 26°, 2 18°, 81 81°,4 30°, 7
- Températures de fusion.
- C1H
- CNH
- NH;j
- ch3co2h
- c6h4(N02):
- —114 ,1
- — 14°
- — 77°,8 H--15°, 8
- cd3co2d
- H- 89“
- C1D CND ND3
- ch3co2d
- -h 15°, 75
- C6D4(N02), H- 78°
- — 114
- __12°
- — 74° -h 13°, 4
- 8
- Ce qui différencie surtout nettement les deux hydrogènes, c’est l’inégalité de leurs vitesses de réaction. D’une manière générale, le deutohydrogène et l’eau lourde réagissent plus lentement que l’hydrogène normal et l’eau légère.
- C’est ainsi que la formation directe de Yacide deutochlorhydrique à partir de ses éléments : Cl2-+- D2 — 2 C1D est trois fois plus lente que la réaction analogue avec l’hydrogène ordinaire.
- Il en est de meme de la réaction de formation de Yacide deutobromhydrique. La synthèse directe de l’eau lourde est 2,3 fois plus lente que la réaction de synthèse directe de l’eau légère, à la température de 360 ’, pour des pressions comprises entre 130 et 300 mm de mercure.
- Les hydrogénations catalytiques de l’éthylène, de l’oxyde de carbone, du protoxyde d’azote sont environ deux fois plus lentes, en présence de nickel, avec le deutohydrogène qu’avec le protohydrogène.
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- D’une manière analogue, les réactions effectuées au sein de l’eau lourde sont plus lentes que dans l’eau normale; c’est le cas de la fermentation alcoolique du glucose, de la mutarotation des sucres, de l’hydrolyse des étheis-sels.
- J’ai étudié personnellement les vitesses d’introduction de l’eau lourde et de l’eau légère dans les ions complexes en utilisant la réaction d’hydratation du chlorure chromique en milieu aqueux :
- [Cr(H2())4Cl2]Cl^[Cr(H20)5GljCl2^[Cr(H20)6]Gl3.
- Au sein de l’eau lourde la réaction est trois fois plus lente que la réaction dans l’eau normale (13).
- Une seule réaction a été trouvée jusqu’alors plus rapide dans l’eau lourde que dans l’eau ordinaire : il s’agit de la scission hydrolytique du saccharose en glucose et en lévulose sous l’action des acides: elle est 1,6 fois plus rapide dans l’eau lourde. Par contre, la même scission effectuée sous l’action d’un microorganisme rentre dans la règle et redevient plus rapide dans l’eau normale.
- Hé actions d'échange d'isotopes. — Les recherches sur l’hydrogène lourd ont fait connaître un nouveau type de réaction : il s’agit de la substitution dans une molécule chimique d’un isotope par un autre; dans le cas présent, le remplacement du protohydrogène par le deutohydrogène et vice versa. L’échange peut alors intéresser tous les atomes d’hydrogène de la molécule ou seulement certains, et c’est ce qui en fait, dans de nombreux cas, l’intérêt.
- La plus simple de ces réactions d’échange est la formation des molécules mixtes HD dans les mélanges de proto et de deutohydrogène. C’est une réaction qui met en jeu une énergie très faible. Mais la plus importante des réactions d’échange est celle qui intervient entre le gaz deutohydrogène et l’eau légère, ou entre le gaz protohydrogène et l’eau lourde.
- H20 -h HD HOD -f- H2.
- Cette réaction est extrêmement lente à la température ordinaire, mais elle s’accélère considérablement au contact de surfaces métalliques ou en présence de platine ou de palladium servant de catalyseurs. Sa constante d’équilibre est, à 20°,
- K_jMIHOD]
- — [HsO][HD] ’ '
- Cette réaction est très importante car elle intervient chaque fois que l’on décompose un mélange d’eau lourde et d’eau légère. Elle fait que les gaz dégagés n’ont pas la même teneur en deutohydrogène que l’eau non encore décomposée. L’hydrogène libéré par la décomposition de l’eau cède une partie de son deutohydrogène à l’eau non décomposée en lui enlevant de l’hydrogène léger, si bien que l’eau non décomposée s’enrichit en eau lourde. C’est donc cetle réaction d’échange qui détermine en grande partie, dans plusieurs cas, le fractionnement des isotopes, de l’hydrogène; par exemple, lors de la décomposition de l’eau par les métaux ou par le carbone ou encore dans l’électrolyse de l’eau. Chaque fois que l’équilibre correspondant à cette réaction d’échange peut s’établir, au cours d’une réaction de décomposition de l’eau, le facteur de séparation des deux isotopes est voisin de la constante d’équilibre, c’est-à-dire de 4. Cette réaction d’échange intervient pour améliorer le facteur de séparation dans d’autres réactions comme la décomposition des solutions acides par les métaux. Par contre, dans d'autres cas, comme l’électrolyse, pour
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- lesquelles le facteur de séparation observé est voisin de o ou 6, elle intervient pour diminuer le facteur de séparation réel. Dans l’électrolyse, en elfet, d’autres causes de fractionnement des isotopes de l’hydrogène se superposent à la réaction d’échange, par exemple, la différence de vitesse des ions prolohydrogène et deutohydrogène, leur différence de vitesse de décharge à la cathode et la différence des vitesses de recombinaison des atomes hydrogène pour former les molécules gazeuses.
- La substitution de l’hydrogène lourd à l’hydrogène ordinaire se produit dans un grand nombre d’autres cas; elle a lieu : pour les acides halogènes
- D,-f- 2C1H 2C1D -h LL,
- pour l’ammoniac gazeux, sous l’influence de la lumière ultra-violette, et pour bien d’autres corps.
- Les réactions d’échange des deux hydrogènes s’effectuent dans certains cas avec facilité, par simple dissolution d’un corps hydrogéné dans l’eau lourde. Toutefois, elles n’intéressent pas alors tous les atomes d’hydrogène de la molécule. L’échange se produit dans certains cas pour les atomes d’hydrogène mobiles, tels que les atomes d’hydrogène des fonctions acides, des fonctions alcooliques, de l’acétylène, à la faveur de leur légère ionisation en milieu aqueux. Ainsi, lors de la dissolution du glucose dans l’eau lourde, 6 atomes d’hydrogène sur 12 sont remplacés par du deutohydrogène.
- Dans d’autres cas, l’échange se produit à la faveur d’une forme mobile intermédiaire telle qu’un hydrate en équilibre avec le corps anhydre. C’est ainsi qu’il suffit de faire barboter du gaz ammoniac ordinaire dans de l’eau lourde pour lui enlever peu à peu tout son hydrogène lourd et la transformer en eau légère. Le corps intermédiaire à la faveur duquel l’échange a pu s’effectuer est dans ce cas un hydroxyde d’ammonium formé par le gaz ammoniac et l’eau lourde et qui, en se déshydratant, fournit de l’ammoniac lourd et de l’eau légère. La même réaction a lieu pour les amines et d’autres substances organiques.
- Ces réactions d’échange ont un grand intérêt chimique, car, non seulement elles sont utilisées pour préparer des corps deutohydrogénés, mais elles permettent en outre de déterminer le nombre d’atomes d’hydrogène mobiles, et leur jdace dans une molécule, ou encore de déceler des corps intermédiaires.
- Propriétés biologiques de Veau lourde. — L’eau joue un rôle fondamental dans la vie des êtres organisés comme constituant, comme aliment et parfois comme milieu vital. Quant à l’hydrogène, il entre dans la constitution de tous les produits organiques formant la matière vivante. Aussi, dès l’isolement du deutohydrogène et l’obtention de l’eau lourde, les biologistes se sont demandé quelle pourrait être la répercussion sur la vie, de la substitution de l’isotope de masse 2 à l'hydrogène normal.
- L’idée que l’eau lourde était toxique, fut rapidement rejetée. A des concentrations même importantes, 10 p. 100 par exemple, elle ne détermine aucun trouble vital sensible. Cependant, elle fut considérée comme abiotique, au même titre que l’azote, à la suite des expériences de Taylor, Evking Swing le et Frost U). Ces auteurs constatèrent qu’à l’état pur, (die provoque la mort de certains animaux — poissons d’aquarium, têtards de grenouille, vers plats — en des temps variant de une à 24 heures.
- Toutefois, les études chimiques ont montré que l’addition d’eau lourde, ou même sa substitution totale à l’eau légère, ne modifie surtout que les vitesses des réactions
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- et non leur nature. Il était donc intéressant de reprendre les études précédentes et de rechercher si vraiment l’eau lourde est impropre à entretenir la vie.
- Avec M. Plantefol (15), j’ai étudié l’action de l’eau lourde sur les phénomènes de croissance et sur les phénomènes d’entretien de la vie. Pour l’étude des phénomènes de croissance, nous nous sommes adressés à la germination de grains de pollen de narcisse. Nous avons constaté qu’ils vivent même dans l’eau lourde à 98 p. 100, en particulier, ils se vacuolisent; toutefois, ils ne germent pas dans les mélanges d’eau lourde et d’eau ordinaire dont la concentration en eau lourde dépasse 60 p. 100. Cependant, si l’on prend soin d’ajouter au milieu une petite quantité de sucre, on obtient les germinations même dans l’eau lourde à 98 p. 100; elles sont toutefois moins belles que dans l’eau ordinaire. Les germinations les plus belles sont réalisées dans l’eau lourde à 57 p. 100. Ce résultat tient à ce que les échanges avec le milieu extérieur étant plus lents pour l’eau lourde, le gonflement des grains de pollen est moins rapide. Le nombre de grains éclatés et, par suite, perdus pour la germination, est en conséquence plus faible que dans l’eau ordinaire.
- En ce qui concerne les phénomènes d’entretien, nous les avons étudiés sur les Rotifères et les Tardigrades, animaux microscopiques des mousses. Ils constituent un matériel de choix car ils peuvent subir une dessiccation presque totale puis revenir à la vie lorsqu’ils sont replongés dans l’eau. Nous avons obtenu ces phénomènes de reviviscence, même dans l’eau lourde à 98 p. 100, les animaux restant ensuite en vie. Ainsi, l’eau lourde ne peut pas être considérée comme abiotique, puisqu’elle se prête aux phénomènes de reviviscence. Toutefois, la reviviscence est de moins en moins rapide, et les Rotifères de moins en moins actifs, lorsque la concentration en eau lourde est de plus en plus grande. Ainsi, dans l’eau lourde à 57 p. 100, leurs œufs n’éclosent pas; dans l’eau lourde à 98 p. 100, ils ne pondent pas. On peut au surplus les redessécher et les faire revenir à la vie normale en les plaçant ensuite dans l’eau ordinaire.
- L’eau lourde détermine donc bien les mêmes réactions vitales que l’eau légère, mais leurs vitesses étant différentes, il en résulte des troubles, surtout dans les phénomènes de croissance, que l’organisme supporte d’autant moins bien qu’il est pins complexe.
- A d’autres points de vue, l’emploi de l’eau lourde comme indicateur biologique a permis un certain nombre de constatations intéressantes. Ainsi, en plaçant des poissons dans un aquarium contenant un mélange des deux eaux, et en suivant la variation de concentration de l’eau lourde dans l’aquarium, on a constaté qu’il y a un échange continuel d’eau entre les tissus du poisson et le milieu extérieur ; ces échanges subsistent lors de la mort de l’animal, mais ils sont ralentis.
- La physique nucléaire et le deutohydrogène. — Dans ces dernières années s’est réalisé un des espoirs des anciens chimistes : la transmutation des éléments. Lord Rutherford a réussi, en bombardant les éléments légers par des particules a (noyaux d’hélium) ou par des protons (noyaux d’hydrogène ordinaire) à les transformer en d’autres éléments. Les projectiles se trouvent capturés par les noyaux de l’élément bombardé et en expulsent certains constituants (protons, neutrons, particules a). Ce sont des transmutations de ce genre, dont certaines s’effectuent avec émission d’électrons positifs, qui ont amené M. et Mme Joliot-Curie (1G) à la découverte de nouveaux radioéléments.
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- Los noyaux de deutohydrogène (doutons) ont fourni dos projectiles nouveaux. Accélérés par un champ électrique convenable, ils ont permis de réaliser de nouvelles transmutations. Ainsi, le bombardement des corps carbonés conduit à l’observation de deux types de réaction :
- l’iine : MC -+- jD ----- MC -j- îH —t- y
- fournit un isotope du carbone de masse 13;
- l’autre: MC + fl) =‘fN + fn
- donne un isotope radioactif de l’azote : le radioazole ÇN, qui se détruit en redonnant du carbone i:iC
- ÇN = MC + îc-C
- Le bombardement des cibles de bore provoque la formation de deux isotopes distincts du carbone suivant qu’il s’agit de l’un ou de l’autre isotope du bore
- Mb 4- ÎD = Mc + ,jn H- Y MB + ?D = ','£ +
- Le bombardement des cibles de sodium peut fournir soit du magnésium, soit un isotope du néon, soit un radiosodium :
- i?Na --h ïD = ï AI g' 4- In nNa 4- jD = loNe -n ^He fiNa 4- jD = nNa 4- iH.
- Il reste enfin à connaître la constitution du deuton, noyau de l’hydrogène lourd, particule de masse 2 et de charge 1.
- Les deux types suivants de transmutation, observés lors du bombardement des composés deutohydrogénés par les deutons,
- fl) 4- jD =?H + !H fl) 4- ÎD — Mlle -h
- conduisent à envisager le deuton comme formé par l’union d’un proton et d’un neutron
- ÎD = !H4-Jn.
- Il est à remarquer que la première transmutation conduit à un nouvel isotope de l’hydrogène de masse 3.
- Les antres eaux lourdes. — Les eaux lourdes D.,0 et HOD ne sont pas les seules qui existent dans l’eau normale. On a récemment reconnu dans l’eau l’existence de l’isotope de masse 3 de l’hydrogène. Il forme, par ses combinaisons avec l’oxygène et les isotopes 1 et 2 de l’hydrogène, trois nouvelles eaux lourdes T20, TOHetTOD. Ce nouvel isotope n’existe d’ailleurs qu’en très faible quantité dans l’eau : 1 atome d’hydrogène de masse 3 pour 1 milliard d’atomes d’hydrogène de masse 1. Sa concentration par électrolyse a été entreprise; elle a déjà conduit à des résultats encourageants.
- Mais il peut encore exister bien d’autres eaux lourdes. L’oxygène possède trois isotopes 160, 170 et 180; ce dernier n’est pas très rare : il en existe un atome pour
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- 500 atomes d’oxygène ordinaire 160. Ces deux nouveaux oxygènes, combinés aux hydrogènes 1, 2 et 3, conduisent à de nouvelles eaux lourdes qui existent dans l’eau ordinaire. L’eau lourde H2180 est même plus abondante que l’eau lourde D20, mais sa séparation est beaucoup plus difficile. L’électrolyse n’en détermine qu’un enrichissement très faible. Le facteur de séparation électrolytique des deux oxygènes lfiO et 180 n’est que 1,05, alors qu’il était de 5 à 6 pour les hydrogènes ‘H et 2H ; aussi, jusqu’ici, Blëakney (17), en réduisant par électrolyse 117 litres d’eau à 1 cm1 n’a obtenu qu’un faible enrichissement. Il correspond à une augmentation de la teneur de l’eau en 180 de 10 p. 100. Il ne faut cependant pas désespérer de voir dans un avenir plus ou moins lointain, l’eau super-lourde :îH2180 devenir un produit commercial comme l’est actuellement l’eau lourde D20.
- Je voudrais faire remarquer, pour terminer, combien il est réconfortant de voir que des recherches sur un corps aussi étudié que l’eau peuvent encore fournir matière à des résultats extrêmement originaux. Mais il faut pour cela se dégager des idées habituelles. C’est là le plus difficile, mais aussi le plus passionnant de la recherche scientifique.
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- (7) Washburn et Urey, Proc. Nat. Acad. Sc., 1932, t. 18, p. 496.
- (8) G. N. Lewis et Macdonal, J. Chem. Phys., 1933, t. 1, p. 341.
- (9) G. Champetier, Bull. Soc. Chim., 1935, t. 2, p. 162.
- (10) Hertz, Naturwiss., 1933, t. 21, p. 884; — Harmsen, Hertz et Schutzf., Z. Physik., 1934, t. 90, p. 703.
- (11) Hertz, Z. Physik, 1934, t. 91, p. 810.
- (12) Urey, Murphy et Brickwedde, J. Chem. Phys., 1933, t. 1, p. 512.
- (13) G. Champetier, C. R. Acad. Sc., 1935, t. 201, p. 1118.
- (14) Taylor, Eyring, Swingle et Frost, J. Chem. Phys., 1933, t. 1, p. 751.
- (15) L. Plantefol et G. Champetier, C. R. Acad. Sc., 1935, t, 200, p. 423 et 587.
- (16) F. Joliot et Irène Curie, Radioactivité artificielle, Paris, Hermann et Cie, 1935.
- (17) Selwood, Taylor, Hipple et Bleakney, J. Amer. Chem. Soc., 1935, t. 57, p. 642; — Smith et Wojciechowski, Bur. Stand., J. Research, 1935, t. 15, p. 187.
- Articles et ouvrages généraux.
- G. Darmois, Un nouveau corps simple, le deutérium ou hydrogène lourd, Paris, Hermann et Cie, 1934.
- G. Darmois, L’hydrogène lourd (deutérium) et ses composés {Bull. Soc. Chim., 1935, t. 2, p. 1513).
- A. Farkas, Orthohydrogen, Parahydrogen and Heavy Hydrogen, Carphridge, The Uni-versity Press, 1935.
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- BULL. DE LA SGG. d’eNGOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE.
- AVRIL 1936 (p. 250).
- NOTE D’AGRICULTURE
- Le Nil et la fertilité des sols du Sahara,
- par M. E. Lemaire, agent général de la Société d’Encouragement.
- Il semble qu’il y ait contradiction dans ces deux termes : fertilité et Sahara, car on se représente généralement le Sahara comme une région d’où la vie est totalement absente. Cependant, on sait depuis longtemps qu’il y existe des îlots de verdure et que de petits groupes humains y mènent une vie sédentaire. De même, la noLion d’oasis est familière à tous et on sait que la vallée du Nil, abstraction faite du Delta, dont le climat est méditerranéen, n’est qu’une longue oasis de 1 200 km, où vivent 15 millions d’hommes sur un territoire moins grand que la Belgique.
- Depuis peu, une meilleure connaissance du Sahara et de sa végétation a fait naître des doutes sur sa stérilité. La végétation y est maigre; mais, même dans les parties les plus sèches, elle n’est pas rare ; si elle n’apparaît pas, c’est parce qu’elle s’est adaptée aux conditions désertiques et a pris des formes qui échappent à la vue des observateurs non avertis. Le Sahara n’est donc pas un milieu « azoïque ». On ne croyait cependant pas que ses sols pussent porter d’autre végétation que celle, très maigre, qu’on lui connaît depuis peu : la vie, sous la forme d’organismes inférieurs, y existe en permanence partout, et il suffirait de très peu d’eau pour que des êtres supérieurs pussent y vivre; or, ce peu d’eau se trouve presque partout, soit à l’état sporadique, soit en permanence dans le sous-sol, et il suffit à entretenir la vie de micro-organismes qui sont précisément ceux qui contribuent à la fertilité du sol quand sa structure et ses propriétés physiques et chimiques le permettent, ce qui est ici généralement le cas. C’est ce qui ressort de plusieurs études, parues tout récemment. Ces études, qui se complètent sont, par ordre chronologique :
- Sur la teneur en minéraux des blés égyptiens; — La teneur en minéraux de la nourriture du fellah; — Des causes de la rareté du cancer en Egypte, par le Prof. Dr P. SchrGMPF-Pierron (Bulletin de l’Institut d’Egypte, tome XIV, session 1931-1932, p. 141-187);
- Eludes sur la flore et la végétation du Sahara central, par le Prof. Maire (Mémoires de la Société d’Histoire naturelle de l’Afrique du Nord, n° 3, 1933), analysé par le Dr Hutchinson dans Flora of the Sahara Mountains (Nature, 21 mai s 1936);
- Flood Stage Records of the River Nile, par C. S. Jarvis et Discussion par : H. P. Gillette; — R. W. Davenport, H. E. Hurst, T. H. Means, J. W. Beardsley et J. C. Stevens; —J. W. Sruman (Proceedings of the American Society of Civil Engineers : août 1935, p. 803-821 ; — novembre 1935, p. 1395-1397 ; — décembre 1935, p. 1529-1545; —janvier 1936, p. 106-119);
- Le Nil et son bassin, par le Dr Ed. Imbeaux (Annales des Ponts et Chaussées, septembre 1935, p. 339-379), d’après The Nile Basin, par Hurst et Philipps, directeurs au Ministère des Travaux publics d’Égvpte (Physical Department). 4 forts volumes publiés de 1931 à 1933, par le Gouvernement égyptien;
- Une des causes principales de la rivalité anglo-italienne à propos de l'Abyssinie, par J. Toutain (Bulletin du Syndicat professionnel de la Presse scientifique, septembre-octobre 1935, p. 81-90);
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- Contribution à l'étude de la flore du Tibesti, par le Prof. Maire (Mémoires de l'Académie des Sciences, 62, 1935), analysé par le Dr J. Hutchinson dans Flora of the Sahara Mountains (Nature, 21 mars 1936) ;
- Recherches sur les phénomènes microbiologiques des sols sahariens, par Ch. Kil-lian (Alger) et D. Fehép. (Sopron, Hongrie) (Annales de l'Institut Pasteur, novembre 1935, p. 572-622);
- Etudes sur la faune des protozoaires de quelques sols du Sahara et des hauts plateaux algériens, par L. Varga (Sopron, Hongrie) (Annales de l'Institut Pasteur de janvier 1936, p. 101-123);
- Zur Entstehung der Wüste Sahara, par le Dr Walter Knoche (Forschungen und Fortschritte, du 10 janvier 1936);
- Egypte, don du Nil, par P. Thiéry, directeur des Services agricoles de la Côte d’Or (Journal d'Agriculture pratique des 11, 18 et 25 janvier 1936).
- Lake Tana and the Blue Nile, an Abyssinian Quest, by Major R.-E. Cheesman, un volume de xiv -4-400 pages et 25 figures, 1936. Mac Millan, éditeur, Londres.
- Pour l’ensemble de nos connaissances sur le Sahara, consulter Le Sahara, par E.-F. Gautier, professeur à l’Université d’Alger (Payot, éditeur, Paris, 1928). Enfin, on peut lire avec profit quelques articles ou notes parus dans le présent Bulletin, savoir :
- Le Congrès de la Rose et de l'Oranger (El Goléa, 28-29 janvier 1930), par M. L. Mangin (Bulletin de la Société d'Encouragement d’octobre 1930, p. 669-683);
- La forêt équatoriale africaine, son passé, son présent, son avenir, par L. Lavauden (Bulletin de janvier 1936, p. 34-48).
- Voir encore dans le Bulletin : le compte rendu d’ouvrages sur le Sahara : nos de : juin 1931, p. 424 à 430; janvier 1932, p. 101; juillet 1932, p. 454 455; juillet-août-septembre 1932, p. 517-518); les rapports de MM. L. Mangin et L. Prudhomme relatifs aux récompenses décernées aux artisans de la mise en culture des oasis du Sud algérien (n° de mai 1931, p. 296-300); le compte rendu de la conférence de M. Pierre Ichac sur Les Touareg du Hoggar et leur prochaine disparition (n° de juin 1931, p. 417-418).
- Toutes ces études se complètent, signalent des faits importants, nouveaux ou peu connus, et corrigent un grand nombre d’idées fausses qu’on se fait encore sur le Sahara et même sur le Nil. Nous avons donné un résumé des faits les plus saillants dans le Génie Civil du 1er février 1936 (La fertilité des sols du Sahara, p. 111-114) mais il convient de donner quelques détails sur les conditions spéciales du Nil désertique, sur les travaux du Laboratoire de Biologie désertique de Béni-Ounif, près de Figuig, et sur ceux du Prof. Dr. Schrumpf-Pierron, car les uns et les autres ne semblent pas avoir attiré en France toute l’attention qu’ils méritent. Nous donnerons en outre quelques renseignements complémentaires, fort intéressants, sur les conditions actuelles de la culture en Égypte que le Prof. Schrumpf-Pierron nous a fournis directement.
- Travaux du Laboratoire de Biologie désertique de Béni-Ounif. — Ce laboratoire se prête particulièrement bien aux recherches envisagées car, dans un rayon de 30 km, on trouve presque toutes les variétés de sols sahariens et la pluie y tombe tous les ans quoique en très petite quantité (hauteur annuelle moyenne des pluies, 70 mm) à cause de la proximité de l’Atlas marocain, ce qui permet de mesurer les effets de l’humidité sur la vie microbienne du sol.
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- Les recherches ont porté sur 17 surfaces d’expériences, avec ou sans végétation spontanée, et dont quelques-uns sont ou ont été cultivées. Ces surfaces d’expériences étaient les suivantes : deux dunes, l’une mouvante et l’autre, stabilisée, située au milieu d’une palmeraie; trois regs caillouteux; trois sols argileux dénudés; un sol sablonneux; un sol argilo-sablonneux ; cinq sols argileux dont: un cultivé, un d’une palmeraie dépérissante, le troisième, d’une ancienne palmeraie; enfin deux oasis à sol argileux, l’une non cultivée, l’autre cultivée en orge. Le sol de celte dernière est le seul qui ait été modifié par l’homme.
- L’humidité de ces sols, à l’exclusion de celui de l’oasis cultivée, est comprise entre 0,2 et 1,5 p. 100 en juin, et entre 1,9 et 5,4 p. 100 en avril. Elle ne tombe jamais à zéro.
- La température maxima à la surface du sol est 70°; celle de l’air est inférieure à 50°. En avril, la température du sol à la surface est toujours inférieure de 2 à 5 degrés à celle de l’air.
- La fertilité d’un sol se détermine en mesurant, au laboratoire ou sur place, diverses grandeurs. La principale est la quantité d’acide carbonique dégagée pendant l’unité de temps par l’unité de surface de sol en place; elle est proportionnelle au nombre d’organismes vivants du sol qui sont actifs; pour un sol donné, elle croît avec sa teneur en eau et sa teneur en air (qui mesure sa porosité).
- Tous les sols étudiés ont une fertilité qui varie comme 1 à 10; elle n’est jamais nulle, car tous renferment des microorganismes plus ou moins actifs; ce sont eux en effet qui, s’ils sont actifs, décomposent la matière organique du sol en dégageant de l’acide carbonique. Si la sécheresse est extrême, l'activité des microorganismes reste simplement suspendue : ils ne meurent pas. On a constaté en effet qu’ils résistent à une température comprise entre 50° et 60°. Parmi les microorganismes reconnus, figurent toutes les bactéries indispensables ou utiles à la culture : les bactéries nitrifiantes, dénitrifiantes, fixatrices de l’azote atmosphérique, cellulolytiques et uréoly-tiques; et toutes ont la faculté de donner, comme les champignons, des spores, c’est-à-dire des formes dans lesquelles la vie est suspendue. Il en est de même des algues dont quelques-unes, de plus, peuvent supporter une lumière intense, et aussi des protozoaires. Ces derniers ont été reconnus dans : onze des sols désertiques expérimentés à Béni-Ounif, neuf sols des hauts plateaux algériens et deux sols désertiques de la Libye. Ils existent même dans les sables mouvants.
- Tous ces microorganismes, comme les plantes supérieures, se sont donc adaptés aux conditions extrêmement défavorables du désert : c'est ainsi que les protozoaires sont de deux à cinq fois plus petits que ceux de la même espèce qu’on trouve en Hongrie; dans la zone tempérée, une teneur du sol en eau de 8 à 10 p. 100 leur suffit à peine; au Sahara, quelques espèces se contentent de 1 p. 100 d’eau.
- Les travaux de Béni-Ounif montrent que la limite inférieure de la vie est beaucoup plus basse qu’on ne le supposait. Il suffit d’extrêmement peu d’eau pour que tous ces microorganismes reprennent une vie active, et leur activité est alors considérable car la température est élevée, très souvent voisine de 25°, pour laquelle leur activité est maxima.
- Tous les sols sahariens renferment des matières nutritives : potasse, acide phosphorique, carbone et azote, soit à l’état insoluble, donc non assimilables, soit à l’état soluble dans Beau ou l’acide citrique. La solubilisation des éléments insolubles est effectuée à la fois par les microorganismes du sol et par les racines des
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- plantes. Si les teneurs trouvées pour l’acide phosphorique, la potasse et l’azote solubles sont faibles et insuffisantes pour qu’une culture normale soit possible, la teneur totale de ces mêmes corps est, elle, plus que suffisante : une humidité très faible les solubilise et les rend assimilables; un faible appoint d’humidité dispense donc d’apporter des engrais chimiques, ce qui serait pratiquement impossible au Sahara.
- Le carbonate de chaux est indispensable et il joue un rôle important dans la nitrification, qui ne peut s’effectuer que dans un milieu neutre ou légèrement alcalin. Or, tous les sols étudiés en renferment et même en quantités élevées : de 3,2 à 32 p. 100. Les « sables du désert », qui ne recouvrent d’ailleurs qu’un septième du Sahara, ne sont donc pas exclusivement des sables siliceux.
- L’humus aussi est indispensable : il ameublit les sols compacts et donne de la cohésion aux sols meubles; il retient l’humidité et les matières nutritives solubles, sauf l’azote nitrique. Or tous les sols étudiés, sauf un, renferment de l’humus.
- Enfin, pour aucun des sols étudiés, la constitution physique ne s’oppose à leur mise en culture. Même les dunes renferment du limon ou de l’argile, de 1,9 et 3,9 p. 100, bien que les particules inférieures à 200 a y représentent 71,3 et 75,6 p. 100 du sol; le manque absolu d’argile entraînant une forte perméabilité, on voit que, même les dunes présentent une certaine imperméabilité, donc une aptitude à retenir un peu d’humidité, du moins en profondeur. Les autres sols renferment une proportion beaucoup moindre de particules fines, de 15 à 58 p. 100, ce qui est une condition favorable.
- Cette variété des sols du Sahara s’explique par sa géologie, aujourd’hui très bien connue dans ses grandes lignes, et que l’on commence à bien connaître jusque dans les moindres détails. Sur un immense bloc d’âge primaire, resté en place depuis sa formation et dont seules les parties les plus saillantes ont disparu, pour former un plateau, ou pénéplaine, sont venus se déposer, en couches restées horizontales, des grès et des calcaires secondaires ou tertiaires. Puis, çà et là, ont jailli des roches éruptives récentes qui forment les massifs montagneux d’aujourd’hui et dont les plus élevés atteignent l’altitude de 3 500 m.
- Comme tous les déserts secs des tropiques, le Sahara est une conséquence de la latitude; c’est elle qui, par les vents réguliers qui régnent depuis toujours sur le globe terrestre de part et d’autre de l’équateur, y a déterminé la sécheresse et réduit sa végétation. Si le Sahara est le plus grand des déserts du monde c’est parce que la forme massive de l’Afrique, la configuration des côtes, parallèles à l’équateur, et l’absence de grands massifs montagneux pour arrêter les nuées ont exalté l’influence de la latitude. Cette influence exaltante s’exerce d’ailleurs encore de nos jours sur la forêt tropicale africaine, qui, à l’inverse des autres forêts tropicales, est dans un état instable, et tend à disparaître si la moindre atteinte y est portée par l’homme sans que le remède soit apporté en même temps que le mal. Il n’est pas douteux qu’au moins à une époque géologique, le Sahara était sinon entièrement boisé, du moins couvert de hautes savanes. C’est d’ailleurs un fait assez général que, quand la déforestation commence, elle s’accélère d’elle-même. C’est le cas dans la zone subtropicale du. bassin de la Méditerranée; et s’il subsiste encore des restes de la sylve primitive qui couvrait autrefois toute l’Europe occidentale c’est parce que la forêt y a été domestiquée.
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- Le modelé du Sahara résulte de l’érosion fluviale, localisée mais non négligeable, mais surtout de l’érosion éolienne. Pour 1/7, il est couvert de dunes (ergs) formées par des produits détachés ailleurs et transportés par le vent, et pour 6/7 de plateaux calcaires ou gréseux parsemés de blocs pierreux aux formes arrondies, qui ont été décapés en quelque sorte par les vents chargés de poussière. Ces plateaux sont des hammadas, si les blocs sont énormes, des regs, quand les pierres sont menues et comparables au gravier des allées d’un jardin ; les automobiles y roulent parfaitement.
- Géographie et hydrologie du bassin du Nil. — Bien que depuis la découverte des sources du Nil par Speke et Grant, en 1862, ce fleuve et la régularité de ses crues aient perdu beaucoup de leur mystère, le Nil et son bassin étaient loin d’ètre connus jusque dans ces dernières années. Ils ne le sont pas encore complètement; mais les études récentes dont ils ont fait l’objet ont déjà permis de rectifier bien des erreurs et ont révélé des faits nouveaux. Il n’est pas douteux que des études nouvelles réservent d’autres surprises. Le Nil reste donc, à bien des égards, le fleuve le plus intéressant du monde; aussi des hydrauliciens et des agronomes de tous les pays continuent-ils à l’étudier.
- Le bassin du Nil comprend en réalité trois bassins de caractères bien différents aux points de vue géologique et climatique; ce sont ceux du Nil Bleu, du Nil Blanc et de l’Atbara. Cet ensemble couvre 2 900 000 km'2, soit plus de 5 fois la superficie de la France, et s’étend du 4e degré de latitude Sud au 31° degré de latitude Nord, de sorte que les sources du Nil, à 2 500 m d’altitude, sont plus près du cap de Bonne-Espérance que de la Méditerranée.
- Dans ce bassin, toutes les altitudes (jusqu’à 5120 m au Rouenzori), presque tous les climats et les terrains sont représentés. Ce sont les débris arrachés par l’érosion à ces terrains qui constituent le limon apporté par les crues du fleuve. On rencontre, du Nord au Sud : un plateau crayeux, du Caire à Louqsor, puis un plateau gréseux, d’Ifnou, en aval d’Assouan, jusqu’à Khartoum. Ce plateau est recouvert par endroits de bancs d’argile et de calcaire; des pointements granitiques apparaissent en plusieurs endroits et y provoquent les cataractes bien connues. En Abyssinie et dans la zone des Lacs, on rencontre des terrains sédimentaires mais aussi des roches cristallines et volcaniques.
- Le limon du Nil est donc extrêmement complexe et on comprend qu’il apporte au sol toutes les substances nutritives, et jusqu’aux infiniment petits minéraux, reconnus depuis peu pour être indispensables à la vie normale des plantes et des animaux.
- A l’étiage, l’eau du Nil est jaune pâle. L’eau du Nil Blanc met 22 jours pour aller du lac Albert au confluent du Sobat en crue, et 25 jours à l’étiage; du Sobat à Khartoum, elle met 21 jours en crue, 28 jours à l’étiage. Les crues provoquées par le Nil Blanc et le Sobat sont peu importantes; on ne les annonce pas. Elles apportent d’ailleurs très peu de limon; l’eau du Nil devient verte.
- Il en est tout différemment de la crue provoquée par le Nil Bleu : elle est annoncée. A partir de son confluent, en femps de crue, les eaux mettent 11 jours pour aller jusqu’à Assouan et 6 jours d’Assouan au Caire; ces temps sont doublés à l’étiage. Ces eaux sont rouges; ce sont les plus fécondantes.
- La crue du Nil, au confluent du Nil Bleu, commence vers le 18 juin; elle est d’abord lente (eaux vertes du Nil Blanc) et dure deux à trois semaines; la montée
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- devient plus rapide vers le 15 juillet; ce sont les eaux rouges du Nil Bleu, qui arrivent au Caire vers le l,r août : la crue est maximaau Caire dans le courant de septembre. La décrue se prolonge jusqu’à fin novembre et quelquefois plus tard. On commence les semailles au fur et à mesure que l’eau se retire des terres qu’elle a inondées.
- L’épaisseur des dépôts récents de sable et de limon de la vallée du Nil dans la région désertique (de la Méditerranée à Khartoum à 360 m d’altitude, et qui correspond à un peu plus que l’Egypte ancienne) ne dépasse guère 10 m et atteint exceptionnellement 18 m. C’est cette couche que le fellah cultive depuis des millénaires., et qui s’enrichit tous les ans au moment des crues.
- L’augmentation d’épaisseur de cette couche en fonction du temps est difficile à évaluer ; elle varie d’ailleurs aux différents points de la vallée. Elle est, par siècle, de : 0,10 m (minimum); 0,132 m, dans le Delta; 0,22 m (maximum), à Semna. Le maximum est plus grand que l’abaissement, par érosion, du seuil de la lre cataracte, à 96 km en amont du Caire.
- Un peu en aval du confluent de l’Atbara, dernier affluent du Nil, qui descend du haut plateau d’Abyssinie (altitude moyenne 2000 m), le Nil ne reçoit plus d’eau dans cette partie de son cours. Les Anglais ont construit 9 barrages destinés à assurer en tout temps une irrigation normale en Égypte et dans une partie du Soudan anglo-égyptienfl). Le plus ancien de ces barrages est celui d’Assouan, qui a été surélevé deux fois, en 1909 et en 1922, et qui, prochainement, assurera une retenue d’eau de 5 400xl06 m;!, mais submergera aussi complètement l’île de Philæ; le pied de ses temples, les plus beaux restes de la civilisation gréco-égyptienne et 25 fois centenaires, baigne déjà dans l'eau.
- La construction de ces barrages en vue d’une irrigation régulière qui, comme on le verra plus loin, n’est pas sans inconvénients, peut se justifier pour une autre raison : les crues et le débit du Nil sont loin, en effet, d’avoir la régularité et la constance qu’on leur attribue. Il semble bien qu’il en était de même dans l’ancienne Égypte car, dans ces dernières années, les archéologues ont découvert dans toute la vallée du Nil, plusieurs centaines (jusqu’à 179 à Semna près de la 2e cataracte), de ce qu’on appelle des nilomètres. On a cru pouvoir tirer de leur examen des conclusions sur la périodicité des grandes et des faibles crues et établir leur cycle.
- En réalité, ces nilomètres sont le plus souvent de simples traits gravés dans la paroi des falaises par laquelle se terminent à l’Ouest et à l’Est les plateaux qui portent le nom de chaîne libyque et arabique, bien qu’il s’agisse d’un seul et même plateau dans lequel le Nil a creusé sa vallée. D’autres traits semblables ont été gravés sur les murs de plusieurs monuments et sur la pierre dite de Palerme (actuellement au Musée de Palerme). Ces traits ont été gravés à des dates connues, qui s’étendent depuis 3 500 avant J.-C. jusqu’en 1800; les derniers ont été gravés par les membres de l’Institut d’Égypte qui faisait partie de l’expédition commandée par Bonaparte.
- Mais tous ces traits n’indiquent guère que la hauteur atteinte exceptionnellement
- (1) A vrai dire, l’irrigation n’est pas un fait nouveau en Égypte, mais elle n’a jamais eu l’ampleur que les Anglais lui ont donnée. Hérodote signale qu’en 8oü avant J.-C., on projetait de construire le réservoir du lac Mœris, occupé par le Fayoum actuel, région fertile à 42 m au-dessous du niveau de la mer. Le premier barrage moderne date de 1834; il a été construit en aval du Caire pour irriguer une partie du Delta.
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- par les eaux; et on n’a pu encore en tirer des conclusions certaines sur le débit du fleuve dans l’année qui correspondait à ces traits, et cela pour les raisons suivantes : 1° on a la certitude que quelques traits ont été fraudés pour échapper au fisc ; 2° le lit du fleuve s’est élevé très inégalement par l'apport du limon, comme on l’a vu plus haut.
- Des renseignements plus précis sont donnés par le nilomètre proprement dit, celui du temple de l’île de Roda, près du Caire : c’est une colonne de granit surmontée d’un chapiteau et logée au milieu d’un puits en maçonnerie, dont le fut porte une graduation. On ne sait pas exactement à quelle époque il a été construit; on croit même que le nilomètre actuel en a remplacé un autre; mais on sait que, depuis l’année 640 de notre ère, sauf quelques interruptions de 1450 à 1872, la hauteur des crues y a été relevée, et on sait aussi à quelles surfaces inondées chaque relevé correspondait car l’impôt foncier ne frappait que les propriétaires des surfaces suffisamment mais pas trop inondées, le rendement maximum de l’impôt correspondant à Voua [a, marquée sur le nilomètre. Malheureusement, depuis la publication (en français, par l’Institut d’Egypte) de ces relevés, en 1925. par le prince Omar Toussoun, on s’est aperçu que le nilomètre est fondé sur des alluvions et qu’il s’y enfonce peu à peu suivant une loi inconnue. On n’a pu déduire de ces relevés et de leur plus ou moins grande concordance avec les traits précités gravés ailleurs qu’un aperçu sur 1 : cycle des périodes de grandes et de faibles crues. 11 est possible qu’il y ait un rapport entre la fréquence des taches du soleil et les crues exceptionnelles.
- On n’a de renseignements précis et sûrs que depuis 1890. Il ressort des mesures faites par les Anglais que, depuis 1890 et jusqu’en 1927, à Ouadi-Halfa, à 550 km en amont du barrage d’Assouan, le débit moyen annuel du Nil avarié entre 4 216 nv'/sec, maximum atteint en 1891, et 1610 m:î/sec, minimum atteint en 1913. Le débit peut donc varier presque du simple au triple. On a mesuré aussi, de 1912 à 1926, les volumes d’eau apportés par le Nil Blanc et le Nil Bleu: celui-ci. qui descend de l’Abyssinie, apporte un volume d’eau qui est en moyenne chaque année le double de celui qu’apporte le Nil Blanc, et comme cette eau est la plus fécondante, ces deux constatations peuvent explique]' le vif intérêt que porte le gouvernement anglais au conflit italo-éthiopien. A partir du confluent de l’Atbara. son dernier affluent, et jusqu’à la mer, le débit du Nil diminue peu à peu par l’évaporation et l’irrigation ; son débit moyen par an tombe de 86 à 50 x 109 m:i. La différence mesure donc l’eau évaporée ou absorbée par le sol.
- Ouoi qu’il en soit, jusqu’à présent, on ne peut encore faire aucune prévision à long terme certaine sur l’importance des crues et on doit se contenter d’annoncer l’arrivée des eaux rouges du Nil Bleu sans savoir quel sera leur volume.
- Faits agronomiques constatés dans les oasis et la vallée du Mil. — On a vu que la conclusion à tirer des derniers travaux du Laboratoire de Béni-Ounif est que les sols si divers du Sahara renferment, immobilisés, et inutilisés faute d’humidité, tous les corps organiques, vivants ou morts, et tous les corps minéraux nécessaires à la vie normale des plantes supérieures et, par conséquent, à celle des animaux qui s’en nourrissent. C’est l’eau seule qui est le facteur fertilisant. Il en faut d’ailleurs très peu : à une teneur en eau du sol de 4 p. 100, sous le climat du Sahara, l’activité microbienne est maxima; au-delà, l’activité tend rapidement vers une constante. Cette teneur peut être facilement atteinte dans le sol, à une certaine profondeur, pendant une grande partie de l’année; d’ailleurs, il n’est pas indispensable qu’elle
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- le soit, l’activité microbienne étant encore très grande pour des teneurs en eau beaucoup plus faibles. 11 n’est donc pas nécessaire que l’eau coule à pleins bords dans des rigoles, comme on se l’imagine souvent : c’est un fait d’expérience que dans les oasis, l’eau n’est guère visible qu’aux points d’émergence des sources ou des puits. Dans la vallée du Nil, elle est surabondante assez longtemps encore après que les eaux se sont retirées. Les plantes que le fellah cultive utilisent surtout l’eau emmagasinée dans le sol.
- La conclusion qui ressort des travaux de Béni Ounif concorde avec celle qui a été formulée à l’occasion du Congrès de la Rose et de l’Oranger, tenu à El Goléa en 1930, et avec celle du Prof. Schrumpf-Pierron à propos du Nil. Dans les deux cas, on a en quelque sorte mesuré les effets de l’eau sur les sols désertiques et effectué une contre-épreuve.
- Partout, où, dans le Sahara, on dispose d’un peu d’eau, les plantes poussent avec une vigueur extraordinaire. Or, en maints endroits, les eaux souterraines ne sont pas rares et sont même assez abondantes. C’est vers 1854 qu’on a commencé à forer systématiquement des puits artésiens dans le Sud algérien; ils ont rendu la vigueur à des oasis dépérissantes et permis de créer de nouvelles palmeraies et même des jardins soumis à une culture intensive régulière pendant toute l’année, et cela, sans aucun apport d’engrais chimiques. Le IVl’zab, où les habitants recueillent la moindre trace d’eau superficielle, est une région fertile depuis qu’ils s’y sont installés. Les jardins magnifiques d’El Goléa, qui ne datent que de 35 ans, sont dus à l’initiative d’un M’zabite.
- Quant à la vallée du Nil, voici ce qu’en dit le Prof. Schrumpf-Pierron.
- La composition du sol est la même dans toute la région désertique et elle est pratiquement identique à celle du limon déposé par le fleuve. Contrairement à ce que l’on croit, ce limon n’apporte aucune substance nutritive spéciale et autre que les minéraux que l’eau a simplement mobilisés ou mobilisera ensuite. C’est donc bien l’eau seule qui est l’agent fertilisant. Depuis des millénaires, la terre arable de la vallée a conservé la même composition et la même fertilité, sans recevoir d’autres engrais que celui qui est produit sur place, donc originaire aussi du sol. La densité de la population y est la même qu’au temps dès Pharaons (double de ce qu’elle est en Belgique); le fellah qui cultive cette terre, toujours de la même façon primitive, y mène, aussi depuis des millénaires, la même vie simple et rude, vêtu comme autrefois, ayant conservé le même genre d’habitation, se nourrissant exclusivement des seuls et mêmes végétaux qu’il produit, sans rien importer du dehors. A cet égard, dit le Prof. Schrumpf-Pierron, l’Égypte offre un champ d’expériences unique au monde puisque toutes les conditions y sont restées les mêmes pendant soixante siècles au moins.
- Or, malgré l’uniformité de sa vie, le fellah est resté identique à ce qu’il était autrefois; son type n’a pas changé : il est élancé mais bien musclé, sain, fort, beau ; il conserve toutes ses facultés, physiques et intellectuelles, jusqu'à un âge très avancé ; de plus, il est exempt des maladies qui frappent l’Européen, notamment le cancer et la tuberculose. L’auteur attribue la vigueur et la longévité du fellah à ce qu'il trouve dans ses aliments, et en proportions convenables et suffisantes, toutes les substances nécessaires au bon fonctionnement de l'organisme, notamment le phosphore, la potasse, la magnésie et la chaux. La magnésie ne paraît pas avoir été dosée 135e Année. — Avril 1936. 17
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- à Béni-Ounif, mais on sait que presque tous les calcaires en contiennent, et qu’il en faut très peu à l’organisme.
- Cette conservation du type s’observe aussi chez les animaux. Le chat égyptien, élancé, qu’on trouve actuellement en Égypte est le meme qu’au temps des Pharaons. La tête de vache de la statue de la déesse Hatlior, trouvée à Deir-el-Bahari, statue qui date de 2 500 ans, reproduit exactement, abstraction faite du cornage qui a été stylisé pour les besoins de la statuaire, la tète des vaches qui sont élevées actuellement par le fellah.
- A vrai dire, dans ces dernières années, mais seulement dans quelques régions de la vallée du Nil et du Delta, les conditions ont changé, car c’est surtout pour étendre la culture du cotonnier, ignoré autrefois du fellah, que les Anglais ont exécuté leurs immenses travaux d’irrigation. Or, la cullure intensive du colon, produit d’ailleurs presque entièrement exporté, exige une quantité énorme d’azote, que le seul limon du Nil est impuissant à fournir : elle correspond à 500/600 kg de nitrate de soude par hectare. Aussi l’Égypte importe-t-elle maintenant chaque année 400 000 tonnes de nitrate de soude; elle en consomme ainsi autant que la France. De plus, grâce aux barrages, on substitue déplus en plus l’irrigation à la submersion, presque seule pratiquée depuis des millénaires. On commence à s’apercevoir qu’on a commis là deux erreurs.
- Dans l’irrigation, le mécanisme de mobilisation des éléments fertiles du sol n’est pas le même que dans la submersion, qui n’est que temporaire, mécanisme qui est celui observé dans les oasis et tel qu’il ressort des travaux du Laboratoire de Béni-Ounif. L’expérience a déjà montré qu’on ne peut priver le petit fellah du limon des eaux rouges apportées par le Nil Bleu; sinon, il lui faudrait recourir aux engrais chimiques, ce qu’il ne peut faire. Aussi au barrage d’Assouan, laisse-t-on écouler la première partie de la crue et ne ferme-t-on les vannes qu’à la fin des eaux rouges; on y gagne en outre de ne pas voir le réservoir d’Assouan s’envaser.
- L’emploi du nitrate de soude n’est pas sans inconvénient en Égypte : les sels sodiques, quelle que soit leur origine, sont le seul ennemi du sol égyptien, où ils tendent à s’accumuler. Partout, la teneur en soude du sol augmente avec la profondeur : de 0,03 p. 100 à 30 cm, elle atteint 0,15 p. 100 à 2 m, ce qui interdirait la culture de toute plante à racines profondes si on ne pratiquait le drainage, qui « dessale » le sol. Dans l’Ouest du Delta, où ce drainage est difficile et insuffisant, la soude du nitrate s’ajoute à celle d’origine naturelle, qui, du sous-sol, remonte au sol par capillarité.
- Ce sont en général les grands propriétaires fonciers qui emploient les engrais chimiques : les petits fellahs se contentent le plus souvent de transporter sur leurs terres le limon qu’ils ont extrait des canaux d’irrigation. Ils emploient bien aussi des engrais, mais bien différents du nitrate de soude; ce sont le koufri, un pisé en poudre et un fumier spécial.
- Le koufri est la poussière des villes disparues, formée au cours des siècles par l’accumulation des déchets de la vie des hommes et des animaux domestiques. Mais le koufri devient rare et cher.
- Le pisé est de la poussière de brique crue mêlée de paille menue; il renferme 3 à 10 p. 100 de matières organiques; 0,25 à 0,70 p. 100 d’azote; 1 à 2,75 p. 100 d’acide phosphorique P205, et 0,6 à 2 p. 100 de potasse K20.
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- Le fumier, spécial à l’Égypte et employé depuis des millénaires, est un mélange par parties égales de limon du Nil et de bouse de bovidés.
- De même que les deux derniers engrais, le koufri renferme du nitrate de potasse et non du nitrate de soude; tous trois sont des produits directs ou indirects du sol, tous trois sont des « dons du Nil ».
- Les seuls engrais chimiques admissibles en Égypte, si on veut y développer la culture intensive, sont les phosphates et l’azotate de potasse. Le nitrate de soude, introduit pendant plusieurs années de suite sur la même terre, l’affaiblit progressivement et fait baisser la quantité et la qualité de la récolte. Quelques propriétaires, qui avaient cru pouvoir se passer d’animaux et les remplacer par des moteurs pour produire la force motrice nécessaire aux norias, ont abandonné leurs moteurs et reconstitué leur troupeau, uniquement pour pouvoir se procurer l’engrais animal normal, le seul qui convienne au sol de l’Égypte.
- Il semble donc bien que, sans engrais chimiques, et si on s’en tient aux pratiques d’un empirisme millénaire, qui a fait ses preuves et dont le bien-fondé est prouvé par les recherches les plus récentes, une vie sédentaire, normale et saine soit possible en de nombreuses régions du Sahara, tout comme dans les oasis actuelles et dans la vallée du Nil.
- La possibilité de la mise en culture du Sahara dans ses rapports avec la construction du chemin de fer transsaharien.
- Un membre du Conseil de la Société d’Encouragement, qui désire garder l’anonymat en raison de son grand âge, et qui a fait toute sa carrière dans les chemins de fer, nous a adressé la note suivante que nous nous faisons un plaisir d’insérer.
- [N. D. L. R.]
- M. E. Lemaire vient de présenter un résumé des études poursuivies pendant ces dernières années au Laboratoire de Biologie désertique de Béni-Ounif, près Figuig. Ces études avaient pour objet principal la détermination de la valeur agricole des sols sahariens : elles auraient démontré que la structure de ces sols et leur composition, tant chimique que biologique, sont comparables à celles du sol égyptien et posséderaient, par conséquent, la même fertilité, s’ils pouvaient, comme lui, être sinon largement arrosés du moins rendus moins secs.
- Or, le Sahara a son Nil, le Niger; mais le Niger limite le Sud du grand désert, à 1 600 km au delà des confins méridionaux de l’Afrique du Nord.
- A. — De sa source à son entrée dans la Nigéria anglaise, le Niger traverse une série de territoires français, sur une longueur supérieure à 2 000 km. Cet énorme parcours présente successivement trois aspects très différents :
- 1° de la source à Sansanding, au delà de Ségou. 600 km;
- 2° de Sansanding à Tombouctou.............. 500 —
- 8° de Tombouctou à la Nigéria.............. 1 000 — .
- La région que traverse la première section est devenue une extension directe de notre colonie du Sénégal. Un chemin de fer, à voie métrique, long de 1 350 km,
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- partant de Dakar, atteint le Niger à Koulikoro et sera prolongé sans doute jusqu’à Sansanding, à 200 km au delà.
- De grands travaux d’irrigation, exécutés ou projetés, assureront la culture de cette région très intéressante. Il sera facile d’augmenter la capacité de son chemin de fer, à voie métrique, construit comme une ligne de pénétration; mais elle souffrira longtemps de l’insuffisance sociale de notre colonie du Sénégal.
- La seconde section arrose, ou plutôt inonde, une vaste région semi-lacustre, qui reste encore partiellement submergée après la saison des pluies : l’écoulement du Niger y est gêné par un seuil rocheux qui relève son extrémité aval.
- La troisième section enfin, celle qui limite le Sahara méridional, constitue une magnifique voie fluviale, qui bénéficie, pendant la période sèche, des eaux accumulées dans les marais de la seconde.
- B. — La mise en valeur d’une aussi vaste région n’est possible que si elle peut être entreprise par un centre colonisateur de premier ordre. Or ce centre existe et a déjà donné la preuve de la valeur de son potentiel colonial : c’est l’Afrique française du Nord, peuplée de 14 millions d’habitants (Algérie, 6,6; Tunisie, 2,1; Maroc 5,4 millions.)
- Le Maroc, qui n’a été effectivement occupé qu'après la guerre de 1914-1918, a véritablement étonné le monde par la rapidité de sa transformation; on peut l’expliquer par sa situation sur le bord de l’Océan et par l’action personnelle du maréchal Lyautey, mais aussi par son contact intime avec l’Algérie-Tunisie, qui lui a fourni, avec le bénéfice de son expérience, ses méthodes et son personnel de colonisation.
- Le nouveau centre qui naîtra sur la rive gauche du Niger central ne doit pas être considéré comme une dépendance directe de la France métropolitaine : il doit être logiquement une colonie de notre Afrique du Nord, à laquelle il apportera des richesses complémentaires des siennes, et pour laquelle elle répétera ce que l’Algérie a fait pour le Maroc.
- C. — Le plus grand obstacle à cette orientation, qui s’impose, est le morcellement actuel de l’organisation administrative de notre Afrique du Nord : l’Algérie relève du Ministère de l’Intérieur, la Tunisie et le Maroc relèvent des Affaires étrangères; le Sahara est rattache au Ministère des Colonies.
- L’exécution et l’exploitation du transsaharien devraient être confiées au groupe ferroviaire de l’Algérie et du Maroc. C’est lui qui doit en effectuer l’étude, en diriger les travaux et, plus tard, en assurer l’exploitation. On évitera ainsi les longs tâtonnements dont nous avons longtemps souffert en Algérie; mais on a fini récemment par confier à une seule société, la Compagnie de Chemins de fer P.-L. M., l’exploitation de son réseau, dont la construction et l’exploitation avaient primitivement été réparties entre plusieurs administrations, quelquefois rivales.
- D. — Les questions diverses que soulève la construction du transsaharien ont été confiées à un « Organisme d’Études », que créa une loi du 7 juillet 1928. Un long rapport, publié en 1929 (Imprimerie Paul Dupont, éditeur) a présenté les résultats du travail de son Comité1‘b
- (1) Voir, à ce sujet, Le transsaharien et les difjicullés de la mise en valeur des colonies, par M. F. Blondel, dans le Bulletin de mars 1933, p. 163-178.
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- La conclusion en est très simple : des divers tracés envisagés un a été jugé nettement supérieur aux autres. Il part d’Oujda, à la cote (543), point de jonction des réseaux algérien et marocain, en territoire marocain; il se dirige directement vers le Sud, franchit l’Atlas, à Bou-Arfa, à la cote (1375); puis descend vers Colomb-Béchar (Algérie), s’engage dans la vallée sèche de la Saoura et atteint le grand plateau saharien, à Reggan, à la cote minima du tracé, (204). Il continue ensuite droit au Sud, jusqu’au Niger, avec une altitude intermédiaire maxima de 420 m.
- Une seule déclivité atteint 15 mm/m, au départ d’Oujda; le maximum est ensuite réduit à 10 mm/m jusqu’à Bou-Arfa et à 5 mm/m au delà.
- La première section, d’Oujda à Bou-Arfa, ligne de 320 km, est construite et en service depuis quelques mois pour l’exploitation d’une mine de manganèse. De Bou-Arfa au Niger, rétablissement de la plate-forme n’exigera ni terrassements, ni ouvrages d’art de quelque importance. Les travaux se réduiront donc à l’établissement de la superstructure, dont la plus forte dépense est représentée par la fourniture et la pose des rails et des traverses. Celles-ci d’ailleurs, en raison du climat, doivent être métalliques.
- D. — Tous les rails peuvent provenir de la suppression en France métropolitaine des lignes d’intérêt général dont le trafic est insignifiant et qu’on peut avantageusement remplacer par des exploitations automobiles sur routes. M. Dautry, directeur général des Chemins de fer de l’État, a déclaré, dans des conférences, que le développement des lignes à supprimer sur son seul réseau atteint 3000 km.
- La traverse métallique pour rails à patin est d’un emploi courant dans divers pays, particulièrement en Allemagne. Le réseau d’État français possède plusieurs centaines de kilomètres armés de traverses métalliques avec coussinets, pour rails à double champignon.
- Les progrès réalisés, au cours des dernières années, dans la fabrication de l’acier moulé et dans l’emploi de la soudure autogène, rendent possible, croyons-nous, un type de traverse métallique, armée d’un coussinet très léger, fixé par rivure ou soudure, qui pourrait recevoir indifféremment un rail à patin ou un rail à double champignon. Quel que soit son type, le rail serait fixé uniquement par un coin d’acier élastique de forme ordinaire.
- La pose et l’entretien d’une telle voie n’exigeraient pas d’autre outil que le marteau. Mais un autre avantage, bien plus précieux, serait de donner à la voie, par l'élasticité de l’attache, une facilité de tenue et une douceur que ne pourrait procurer aucun système rigide.
- E. — Traction. — Le seul mode à envisager est la traction par locomotive Diesel-électrique. L’expérience américaine a démontré que des parcours plus longs que celui du transsaharien peuvent être ainsi exploités avec des locomotives de ce type, dont la puissance a été poussée jusqu’à 3600 ch.
- La très grande vitesse ne doit pas être envisagée au transsaharien. Sa présence donnera une telle sécurité à la circulation aérienne que celle-ci assurera certainement les transports rapides des voyageurs et des lettres.
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- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
- par M. Ed. Sauvage, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- La propriété des inventions.
- La grande société anglaise The Institution of Mechanical Engineers vient de publier une note sur les droits que peuvent revendiquer les industriels sur les inventions de leurs employés. L’importance de la question justifie une analyse de cette note.
- En l’absence de toute convention entre employeurs et employés relative à la propriété des inventions de ces derniers, la décision est du ressort des tribunaux. Toutefois, les règles suivantes sont généralement observées.
- L’employeur n’a aucun droit sur une invention totalement étrangère à son industrie.
- Une invention qui peut se rattacher à l’industrie de l’employeur, et même au département de l’employé, mais en restant étrangère à la tâche propre de cet employé, n’appartient pas à l’employeur. Par exemple, un ouvrier conducteur d’une machine, sans être responsable du procédé qu’elle dessert, a toute liberté de prendre un brevet pour une modification de cette machine, modification qui reste étrangère au travail dont il est chargé, bien que s’y rattachant.
- Si l’invention rentre dans le domaine précis du travail de l’employé, elle appartient à l’employeur, qu’elle ait été étudiée pendant les heures de service de l’employé ou en dehors de ces heures. Celui-ci doit exécuter au mieux la tâche qui lui est confiée, et cette tâche comprend, pour le compte de son employeur, les perfectionnements qu’il peut imaginer. Cette règle est généralement appliquée aux conducteurs de travaux, aux dessinateurs.
- Une invention faite lors d’un précédent emploi et relative à la nature de cet emploi peut, dans certains cas, être revendiquée par le premier employeur. On ne peut toutefois empêcher personne d’utiliser l’expérience ainsi que les connaissances loyalement acquises dans un emploi antérieur.
- Quelle que soit la propriété d’une invention, l’inventeur doit prendre part à la demande d’un brevet.
- Lorsqu’un employé est chargé d’un service de recherches, il convient qu’un contrat précis établisse ses droits et ceux de son employeur sur les inventions qu’il peut faire.
- La note anglaise rappelle ensuite les précautions nécessaires pour la validité d’un brevet. Elle insiste sur les difficultés et les dépenses qu’entraîne l’exploitation de la plupart des brevets, et conclut en mettant les inventeurs en garde contre la tendance à s’exagérer la valeur de leurs inventions, et à sous-estimer les frais nécessaires pour les exploiter.
- Un train aérodynamique anglais.
- Le London and Nortli Eastern Railway a mis en service, le 30 septembre 1935, un train rapide aérodynamique entre Londres et Newcastle, train dénommé Silver Jubilee. Le Bulletin de VAssociation internationale du Congrès des Chemins de fer a donné, en décembre 1935, p. 1467, une description détaillée de ce train, dont sont extraites les informations qui suivent.
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- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
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- Le train se compose d’une locomotive du type Pacific avec son tender et de sept voitures. Le poids de la locomotive avec son tender est de 168 t en ordre de marche, avec 22,7 t d’eau et 8 t de houille dans le tender; le poids du train remorqué, un peu variable suivant le chargement, est d’environ 236 t, pour 198 voyageurs.
- Le carénage enveloppe tout l’ensemble, avec jonctions élastiques entre les véhicules. L’avant de la locomotive est muni d’une surface réglée à faible courbure, dont les génératrices sont perpendiculaires aux rails; elle est inclinée de manière que le courant d’air relève la fumée. Latéralement, l’enveloppe de la locomotive descend un peu moins bas que sur la locomotive P.-L.-M. décrite dans le Bulletin de février 1936, p. 129.
- L’arrière de la rame ne porte pas de poupe effilée. Tous les bogies ont deux essieux.
- Les deux premiers véhicules, ainsi que les deux derniers, reposent sur trois bogies, le bogie central étant commun aux deux; les trois véhicules centraux sont jumelés de même avec quatre bogies(1). Les trois premiers véhicules offrent 120 places de 3° classe; les trois derniers, 78 places de lro classe; le véhicule médian est une cuisine. Une ventilation mécanique assure le renouvellement de l’air, chauffé, s’il est nécessaire, et filtré.
- La locomotive Pacific a une grille de 3,83 m2; la surface de chauffe est de 239,33 m2 et celle de surchauffe de 69,67 m2, ces surfaces étant comptées en contact avec l’eau et la vapeur. Le timbre de la chaudière est de 17,6 kg/cm2. Le foyer est en cuivre.
- Le mécanisme comprend trois cylindres de 470 mm de diamètre, avec course de 660 mm; la distribution se fait par tiroirs cylindriques. Le diamètre des roues motrices est de 2,032 m.
- Ce train circule entre Londres et Newcastle, distants de 431 km, avec un horaire de 4 heures dans les deux sens. Il s’arrête deux minutes à Darlington. La ligne présente plusieurs rampes de 5 mm par mètre, et même une de 3,6 mm. Sur la section de 58 km Darlington-Newcastle, par suite de plusieurs ralentissements, la vitesse commerciale est de 87 km/h, tandis qu’elle est de 113 entre Londres et Darlington. La vitesse enregistrée dans un essai s’est élevée à 180 km/h sur une pente.
- Machine Howey.
- Les Annales des Postes, Télégraphes et Téléphones, dans le fascicule de mars 1936, p. 299, donnent (d’après la Technologie de VImprimerie, cahier n° 9, mars 1934), la description de la machine à graver photoélectrique Howey. En partant d’une photographie sur papier, cette machine fournit en quelques minutes une plaque gravée, immédiatement utilisable pour l’impression d’un journal.
- (1) Une rame de trois voitures jumelées, reposant de même sur quatre bogies, construite par le Chemin de fer du Nord, est décrite dans le Génie Civil du 15 mars 1936, p. 261.
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- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
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- Le train se compose d’une locomotive du type Pacific avec son tender et de sept voitures. Le poids de la locomotive avec son tender est de 168 t en ordre de marche, avec 22,7 t d’eau et 8 t de houille dans le tender; le poids du train remorqué,
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- BIBLIOGRAPHIE
- La machine locomotive. Manuel pratique donnant la description des organes et du fonctionnement de la locomotive à l’usage des mécaniciens et des chauffeurs, (üc édition), par Édouard Sauvage, Ingénieur en chef honoraire des Chemins de fer de l’État, lauréat de l’Institut. Un vol. rel. 19x13 cm, de xvi H-478 p., 377 lig. Librairie polytechnique Ch. Béranger, édit., Paris, 15, rue des Saints-Pères. 1935. Index : 621.13
- La 9e édition de La machine locomotive à vapeur de M. Éd. Sauvage, Ingénieur en Chef honoraire des Chemins de fer de l’État, constitue une mise à jour de l’édition de 1926. Le texte de cette dernière édition a été sensiblement conservé : huit chapitres nouveaux sont consacrés aux progrès et perfectionnements apportés depuis cette époque.
- Il paraît opportun de rappeler que, dès l’origine, ce livre a été dédié au personnel de la traction des chemins de fer, et qu’il est peu d’ouvrages qui, tant au point de vue pédagogique qu’au point de vue pratique, aient si complètement atteint leur but. Personnellement c’est par La machine locomotive de M. Sauvage que j’ai été initié aux problèmes de la traction, et j’avoue avec reconnaissance que, chaque fois qu’il m’est arrivé de présenter une question technique, je me suis inspiré de la méthode didactique de M. Sauvage.
- Les chapitres de complément sont conçus et rédigés avec la même clarté que les précédents; comme eux, il ne comportent pas seulement une description de mécanismes ou de dispositifs, mais encore une critique judicieuse qui fait apparaître la philosophie du système.
- Il ne faudrait pas croire que, en raison de sa dédicace, l’ouvrage convienne uniquement au personnel de la traction des chemins de fer. Il est d’une lecture agréable et profitable pour tous les ingénieurs qui s’intéressent, non seulement à la question de la locomotion à vapeur, mais au problème actuel des transports qui détermine l’activité du pays.
- Bien qu’il n’v ait point de calculs compliqués, ils trouveront matière à réflexion en même temps que des résultats pratiques qui sont, en fait, les plus intéressants à connaître. Le chapitre xm, en particulier, les documentera de façon précise sur les caractéristiques et les possibilités des locomotives modernes des différents réseaux. Ils arriveront vraisemblablement à la même conclusion que l’auteur : malgré la concurrence du Diesel et de l’électricité, la locomotive à vapeur n’est pas près de disparaître. La place qu’il lui faut céder à ses rivaux est pour elle un élément de progrès.
- PAUL DUMANOIS.
- Introduction aux études minières coloniales. Publications du Bureau d’Études géologiques et minières coloniales. Un vol. (24x16 cm), de VIII-h 349 p., 24 fîg. — Société d’Éditions géographiques, maritimes et coloniales, édit., 17, rue Jacob, Paris (6e). 1934. Index ; 622 : 325.3 (44)
- Le Bureau d’Études géologiques et minières coloniales vient de publier un volume sous le titre ; Introduction aux études minières coloniales.
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- Ce titre peut sembler curieux; existe-t-il donc des études minières qui soient coloniales et d’autres qui soient métropolitaines? Les méthodes de recherches de mines ne sont-elles donc pas les mêmes dans tous les pays du monde et faut-il une préparation spéciale pour travailler avec fruit dans nos colonies ?
- C’est parce que ce Bureau l’a pensé qu’il a organisé le cycle des conférences contenues dans le volume et qui ont été présentées pendant les hivers 1932-1933 et 1933-1934, au Muséum national d’Histoire naturelle, sous le haut patronage de M. A. Lacroix, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, et avec la collaboration effective de cet éminent savant. M. L. de Launay a d’ailleurs bien voulu s’intéresser, lui aussi, à cet enseignement en donnant la première conférence générale sur Les grands types de gisements.
- En quoi les recherches minières dans nos territoires d’outre-mer diffèrent-elles des recherches effectuées dans la métropole ou dans des pays analogues? La préface de l’ouvrage répond à cette question; on retiendra ici deux idées principales. La première est qu’effectivement, on se heurte à des problèmes spéciaux qui n’ont pas d’équivalent ailleurs : on citera notamment l’énorme couverture de forêts ou de latérite — et un chapitre spécial dû à M. Lacroix est consacré aux latérites — qui oblige à faire appel à un mode spécial de prospection — la prospection des allu-vions — mal connu des prospecteurs ordinaires et pour laquelle un autre chapitre, dû à M. Thiébaut, professeur à l’Institut de Géologie appliquée de Nancy, donne tous les renseignements utiles : faut-il parler également de l’importance exceptionnelle que prend, dans ces pays neufs, la question des transports? M. Maitre-Devallon, Inspecteur général des Travaux publics au Ministère des Colonies, a su le montrer très clairement.
- A côté de ces difficultés spéciales, dues aux conditions géographiques et géologiques, se placent des difficultés d’ordre moral, si l’on peut dire : les mineurs coloniaux, ceux qui vivent dans la brousse, sont le plus souvent isolés; ils ont perdu le contact étroit avec les milieux de la métropole et ils ont du mal à se tenir au courant des méthodes nouvelles de prospection, pour savoir notamment en tirer tout le parti possible; c’est une lacune que l’on a essayé de combler en demandant à quelques spécialistes de parler, soit de la prospection géophysique (M. Schlum-berger), soit des méthodes très récentes d’études des minerais (M. Orcel) ou des charbons (M. Duparque.)
- Beaucoup plus qu’en France ou que dans les pays analogues, le prospecteur colonial doit se préoccuper des problèmes commerciaux : M. Faye en a exposé les grandes lignes. Il doit savoir organiser sa mission, et M. Lecomte, professeur à l’École centrale, a dit comment il fallait faire, et porter notamment toute son attention sur les questions d’hygiène qui ont été exposées si clairement par M. le docteur Noël Bernard, directeur de l’Institut Pasteur d’Indochine, ou sur les rapports avec les indigènes : pour cette dernière question délicate, on s’est adressé à M. Hardy. On pouvait difficilement trouver autorités plus qualifiées.
- La Conférence impériale avait à son programme l’étude des relations franco-coloniales et l’amélioration de ces relations. On s’est posé ce problème à l’avance; et c’est M. Lambert-Ribot, délégué général du Comité des Forges, qui a fait part de ses idées, à ce sujet, pour une grande partie des produits miniers : à la lecture de sa conférence, on verra que le programme des réalisations à effectuer, vues de la manière la plus large, est hardiment [tracé. F. blondel.
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- AVRIL 193<>.
- Les ressources minérales de la France d’outre-mer (Publications du Bureau d’ÉtUDES GÉOLOGIQUES ET MINIÈRES COLONIALES: Tome III : Le zillC, le plomb, l’argent, le cuivre, l’or, les minerais radio-actifs, le mica, les pierres précieuses, substances diverses. Un vol. (24X 16 cm), de 394 p., 27 fig., 1933; — Tome IV : Le phosphate. Un vol. (24 x 16 cm) 207 p., 20 fig., 1935. Société d’Éditions géographiques, maritimes et coloniales, édit., 17, rue Jacob, Paris.
- Index : 622 : 325.3 (44)
- Le Bureau d’Etudes géologiques et minières coloniales s’est proposé de passer en revue, d’une manière détaillée, les ressources minières de la France d’outre-mer. En 1933 et 1934, deux volumes ont été édités, l’un sur le charbon, lautre su lofer et les diverses substances utilisées en sidérurgie. Les tomes III et IV viennent de paraître.
- Le tome III traite du zinc, du plomb, de l’argent, du cuivre, de l’or, des minerais radio-actifs, du mica, des pierres précieuses; on y trouve, en fin d’ouvrage, de courtes monographies sur les substances et métaux secondaires, ainsi que sur les eaux minérales.
- Le zinc et le plomb tiennent une place importante dans l’industrie minière de la France d’outre-mer. F. Blondel met en évidence les caractères généraux des gisements de ces deux métaux dans le monde; il étudie ensuite la nature des gisements des possessions françaises d’outre-mer, les principaux d’entre eux étant l’objet d’une monographie spéciale. A propos des gisements de l’Afrique française du Nord, il examine ceux du bassin méditerranéen. Un chapitre et de nombreuses statistiques sont réservés à la situation de la France au point de vue de son ravitaillement en zinc et en plomb.
- La consommation du cuivre s’est considérablement développée depuis plusieurs années. Elle a marché de pair, notamment, avec la croissance de l’industrie électrique. P. Lion étudie la géologie de ce métal et cite les principaux pays producteurs. En ce qui concerne les colonies françaises, l’auteur s’étend plus spécialement sur les gisements du Moyen Congo. Dans un chapitre spécial, du plus haut intérêt, il fait rhistorique et présente la situation actuelle des marchés mondiaux qu’il termine par une esquisse de la politique française du cuivre.
- P. Delaître montre le caractère géologique de certains gisements aurifères types, choisis parmi les plus courants, avant de décrire ceux des colonies françaises. C’est en employant des méthodes d’exploitation appropriées, qui ont fait leurs preuves depuis 25 ou 30 ans dans des colonies voisines des nôtres — méthodes qu’il passe en revue — et en évitant des innovations souvent coûteuses et stériles que l’on pourra mettre en valeur les gisements aurifères de notre empire d’outre-mer.
- Si les pierres précieuses extraites de nos colonies jouent encore un rôle peu important dans la production minière globale de notre empire d’outre-mer, ce rôle n’est pas négligeable et est susceptible d’accroissement. Ce point de vue, comme l’étude scientifique faite des pierres précieuses, donne le plus vif intérêt au chapitre que leur a consacré le prof. A. Lacroix.
- H. Buttgenbacii présente les minerais radio-actifs et leurs propriétés, leurs principaux gisements et, plus spécialement, ceux du Congo belge.
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- Le tome IV des Ressources minérales de la France d'outre-mer est consacré au phosphate.
- Deux études, d’une haute portée scientifique, traitent des phosphates en général.
- La première est due au Prof. L. Cayeux, qui décrit les manières d’être et le mode de formation des phosphates de chaux sédimentaires. En terminant, M. Cayeux présente une conception nouvelle du mécanisme de la formation des phosphates de chaux sédimentaires, conception qu’il indique comme étant les premiers résultats acquis en toute hypothèse, mais dont les grandes lignes sont déjà arrêtées et peuvent imprimer une orientation nouvelle aux recherches.
- A côté des phosphates de chaux sédimentaires marins, d’autres phosphates, moins importants au point de vue économique, ont malgré tout un vif intérêt scientifique, et le prof. A. Lacroix, dans une seconde étude, en indique la genèse. Ce sont les phosphates des grottes et filons remplis per descensum et les gisements superficiels des îles des mers équatoriales et tropicales.
- La France possède, en Afrique du Nord, une des grandes richesses minérales du monde : les phosphates. Les gîtes en sont situés aux deux extrémités du Moghreb. Ils ont été étudiés, pour le Maroc, par L. Beaugé (dont la mort récente a été vivement ressentie en France, au Maroc et dans tout le monde colonial français) et, pour l’Algérie et la Tunisie, par P. Reufflet. Ces deux auteurs décrivent les principaux gisements exploités ou reconnus, dont la richesse est telle que la date de leur épuisement ne peut être prévue.
- E. Lenhardt dépeint l’organisation industrielle et l’exploitation des phosphates du Maroc par l’Office chérifien des Phosphates, dont les installations sont les plus modernes et les plus puissantes du monde.
- Le marché des phosphates (sources de production et lieux de consommation) avec nombreux tableaux et graphiques, ainsi que les accords récents et les conventions internationales qui ont suivi et qui réglementent ce marché, sont mis en évidence par M. de Bailliencourt-Courcol.
- F. BLONDEL.
- Essai de contribution à l’étude du mouvement général des prix. Recherches sur les variations des prix dans le Gâtinais, du XVIe au XIXe siècle, par Léopold Nottin, Ingénieur A et M.,I.C. F., diplômé de l’École pratique des Hautes Études (Section des Sciences historiques et philologiques). Un vol. 25x16 cm, de xv -+-130 p., graph. — Éditions Domat-Montchrestien, F. Loviton et Cle, 160, rue Saint-Jacques, Paris, 1935. En vente chez l’auteur, 139, boulevard de Grenelle, Paris. Prix, broché : 35 fr. Index : 338 (44)
- L’étude de M. L. Nottin, fortement documentée, présente un intérêt à la fois historique, économique et social. Étendue dans le temps sur quatre siècles, mais appliquée seulement dans l’espace à la portion du territoire français dénommée « Gâtinais » elle nous montre les variations des prix relevés : des biens mobiliers, des biens immobiliers, des services et des salaires, en liaison avec les faits historiques, avec les faits résultant d’événements naturels indépendants de la volonté de l’homme (épidémies, inondations, sécheresses, etc). Dans les faits historiques, en dehors des guerres avec l’étranger, des guerres de religion, des guerres civiles, nous voyons apparaître de
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- AVRIL 1936.
- temps à autre un ordre de faits malheureusement trop connus à notre époque : le « descryt des monayes », la dévaluation en langage plus moderne. Par contre, nous enregistrons avec plus de satisfaction les facilités données aux échanges commerciaux par les améliorations de l’outillage national, en particulier par la mise en service des canaux de Briare, du Loing et d’Orléans.
- La diversité des mesures employées dans le Gâtinais, comme d’ailleurs dans le reste du pays pendant la période considérée, fait l’objet d’un exposé approfondi ; en vue des comparaisons, l’auteur détermine la conversion des monnaies de compte recueillies au cours de son étude en monnaies réelles exprimées en francs de germinal.
- En annexes, plusieurs documents, dont le plus ancien date du 20 mars 1309, illustrent d’exemples curieux l’ensemble du travail.
- En complément, des diagrammes à ordonnées logarithmiques permettent de suivre clairement les mouvements relatifs des variations de prix des matières premières, des denrées, des biens immobiliers, des services, des salaires. Leur examen d’ensembC, fait ressortir un mouvement général de hausse des prix observés dans le Gâtinais, au cours de la période considérée.
- En résumé, établi consciencieusement, présenté avec une rigueur scientifique, le mémoire de M. Léopold Nottin constitue certainement une contribution de haute valeur à l’étude du mouvement général des prix dans notre pays.
- H. SERVONNET.
- Les phénomènes thermiques provoqués par le déplacement relatif d’un solide dans
- un fluide, par M. Edmond Brun, docteur ès sciences, professeur au Lycée Bufîon.
- Publications scientifiques et techniques du Ministère de l’Air. Service des
- Becherches de l’Aéronautique. N° 63 de 1933. Line br. (27x19 cm), de 86 p.,
- 38 fig., tableaux. En vente, à Paris, chez Ed. Blondel La Bougery, 7, rue Saint-
- Lazare, et chez Gauthier-Villars, 33, quai des Grands-Augustins. Index : 333.6
- Les expériences qui ont donné lieu à ce travail ont été effectuées dans le laboratoire dirigé par M. l’Ingénieur de l’Aéronautique Vernotte et avec sa collaboration, sous la haute direction de M. Fabry, membre de l’Institut.
- L’élévation de température d’un corps dans un fluide en mouvement résultant du frottement, a été étudiée expérimentalement par Joule et Kelvin, qui ont émis la théorie de l’arrêt adiabatique conduisant à la proportionnalité de réchauffement au carré de la vitesse, résultat dont le général Grocco a déduit un certain nombre de conséquences intéressantes au point de vue de l’aviation. Des expériences sur radiateurs avaient été précédemment faites par M. Gourdou, et le Centre d’Essais de Villacoublay corrige les températures mesurées au thermomètre, de l’élévation de température due au frottement.
- Le travail de M. Brun, conduit avec une méthode scientifique rigoureuse, apporte aux conclusions théoriques déjà émises et aux essais déjà effectués, une confirmation. Il a permis de déterminer d’une manière plus précise les valeurs expérimentales conduisant à des résultats pratiques et qui, comme c’est le cas pour tous les problèmes de mécanique, ne coïncident pas avec les résultats purement théoriques.
- M. Brun a vérifié que si la loi de proportionnalité de réchauffement au carré de la vitesse et son ordre de grandeur sont bien donnés par la formule de l’arrêt adiabatique, réchauffement est aussi important pour un corps simplement léché par le
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- courant et n’offrant pas la résistance de frottement directe d’un corps baigné dans le fluide. Ce résultat montre l’importance des phénomènes de frottement et de conductibilité thermique dans la couche limite qui s’avère aussi importante au point de vue des phénomènes thermiques que des phénomènes aérodynamiques.
- L’ensemble des résultats obtenus par M. Brun peut se résumer sous la forme suivante :
- Un corps qui se déplace dans l’air s’échauffe proportionnellement au carré de sa vitesse; la valeur de réchauffement varie peu avec la forme du corps et est environ de 4 degrés pour une vitesse de 100 m/sec.
- Pour montrer les conséquences auxquelles paraissent conduire ces résultats, nous citerons l’exemple donné par M. Brun, pour un radiateur maintenu à une température de 80° dans une atmosphère à la température de 20° (altitude 0). La chaleur cédée par le radiateur à l’air augmente en même temps que la vitesse jusqu’à un maximum atteint pour v =z 200 m/sec, puis diminue pour s’annuler à une vitesse de 380 m/sec.
- Au delà de cette vitesse le radiateur absorbe des calories au lieu d’en céder.
- Cet exemple fait apparaître une limite aux possibilités de vitesse permises avec les moteurs actuels. Nous pensons cependant, qu'avant d’extrapoler jusqu’aux conditions du vol stratosphérique, il faudrait avoir la certitude que des phénomènes nouveaux intéressant la viscosité ne peuvent pas modifier ces conclusions.
- Quoi qu’il en soit, le travail de M. Brun présente un intérêt considérable pour les réalisations actuelles en ce qui concerne le calcul des radiateurs d’avions à grande vitesse.
- PAUL DUMANOIS.
- Les procédés employés dans l’industrie contre la déperdition de la chaleur et du froid, par le Doct. Ing. J. S. Cammerer, professeur à l’École technique supérieure de Berlin, traduit d’après l’édition allemande, revu et mis à jour par l’auteur, par O. de Riva- Berni, Ingénieur des Arts et Manufactures. Un vol. rel. (24x17 cm), de xii-h276 p., 91 fig., 71 tables numériques. Librairie polytechnique Ch. Béranger, 15, rue des Saints Pères, Paris (6e), 1934. Index : 621.55/56 -+- 536.2
- Ce traité expose d’une manière résumée une certaine partie des connaissances élémentaires qui existent à l’heure actuelle relativement aux procédés de calorifu-geage employés dans l’industrie, connaissances déjà exposées d’ailleurs depuis plusieurs années dans les ouvrages français analogues. Il se distingue par la présentation de nombreuses tables numériques propres à faciliter les calculs des praticiens.
- Bien que l’on ne trouve dans cet ouvrage aucune méthode originale ou idée nou velle, il faut féliciter le traducteur d’avoir fait connaître une œuvre susceptible d’appeler une fois de plus l’attention des industriels français sur les économies considérables d’exploitation que l’on est en droit d’attendre de l’application des méthodes rationnelles dans le domaine de l’isolation thermique.
- ANDRÉ NESSI.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR i/lNDUSTRIE NATIONALE.
- AVRIL 1936 (p. 270).
- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE EN MARS 1936.
- Guillet (Léon). — Les métaux légers et leurs alliages. Aluminium, magnésium, glucinium, métaux alcalins et alcalino-terreux. Tome I : Historique. Métallurgie. Propriétés. Situations économiques. In-8 (25 x 16) de xm H- 429 p., 267 fig., XIX pi. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1936. 18 554
- Davis (A. H.). — L’acoustique moderne technique et industrielle. 'Traduit de l’anglais par M. Varinois. ln-8 (25 x 16) de xix + 422 p., 104 fig. Paris, Dunod, 1936. 18 555
- Dubrisay (Renéi. — Phénomènes colloïdaux. (Collection Armand Colin, section de physique, n° 185). ln-16 (17 x 11) de 186 p., 27 fig. Paris, Librairie Armand Colin, 103, boulevard Saint-Michel (5e), 1936. 18 556
- Ribaud (G.). — Mesure des températures. (Collection Armand Colin, section de physique, n° 190). In-16 (17x11) de 224 p., 83 fig. Paris, Librairie Armand Colin, 1936.
- 18 557
- Abbatucci (S.). — Les prisonniers de l’opium. In-8 (20 x 14) de 209 p. Paris, L. Fournier, 264, boulevard Saint-Germain (7e). (Don de l’auteur, membre honoraire du Conseil d’Administration). 18 558
- Foley (Docteur II.). — Mœurs et médecine des Touareg de l'Ahaggar. In-8 (24 x 16) de v + 123 p., 10 fig., XXXIX pl. Alger, Imprimerie « La Typo-litho », 23, avenue des Consulats, 1930. (Don de l’auteur). 18 559
- Le Ciiatelier (Henry). — L’enseignement populaire au Danemark. In-4 (27 x 22) de
- 4 p. (Don de l’auteur, membre du Conseil d’Administration). Pièce 13 994
- Dupuy (Eugène), Mellon (Jacques) et Nicolau (Pierre). — Normalisation internationale de l’essai de flexion par choc sur barreaux entaillés. Unification du type de barreau. Étude expérimentale de l’influence de la profondeur d’entaille, (ex Revue de Métallurgie, 1936). In-4 (27 x 21) p. 55-139, 40 fig. (Don de M. Nicolau, membre du Conseil d’Administration). Pièce 13 995
- Parmantier (M. A.). —Le train aérodynamique P.-L.-M. Influence du carénage sur la résistance de l’air, (ex Revue générale des Chemins de fer, décembre 1935). In-4 (30 x 22) de 16 p., 15 fig. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1935. Pièce 13 996
- Rodrigues-Ely (M.). — Les applications de l’électricité au pompage et à l’épuration des eaux. (Association générale des Hygiénistes et Techniciens municipaux. Congrès de Bruxelles). In-8 (21 x 14) de 23 p., 7 fig. Rennes, lmp. de « L’Ouest-Éclair », 38, rue du Pré-Botté, 1935. (Don de l’auteur). Pièce 13 997
- Ducamp (Roger). — Au pays des incendies. La vérité en marche, (ex Revue des Eaux et Forêts, mai 1932). In-8 (23 x 15) p. 380-393, IV pl. Nancy-Paris-Strasbourg, Berger-Levrault. (Don de l’auteur.) Pièce 13 998
- Barbey (A.). — Y a-t-il une question des Maures et de l’Esterel? (ex Bulletin de la Société forestière de Franche-Comté et des provinces de l’Est, mars 1932). In-8 (25 x 16) de 12 p., IV pl. Besançon, lmp. Jacques et Demontrond, 1932. Pièce 13 999
- Mager (Henri). — L’eau H. M. amétallique. Eau dépourvue de toute minéralisalion, de toute pollution, de toute bactérie et dotée de vitamines, (ex Presse thermale et climatique, 15 mars 1936). In-8 (21 X 24) de 8 p. PâriSj 1 Expansion scientificjue 1x<iïïÇtiise? 23, rue du Cherche-Midi. (Don de l'auteur). Pièce 14 000
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- OUVRAGES REÇUS EN MARS 1936.
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- Brandt et fils (23, rue Gavendish, Paris, 19°). — Matériel électrique. Catalogue. Don de « L’Aluminium français », 23 bis, rue Balzac, Paris (8°), membre de la Société :
- L’aluminium et ses alliages. Nouvelle édition. In-8 (23 x 16) de vu+ 118 p., lig. Paris, L’Aluminium français, 1935. 18 560
- L’aluminium dans les industries chimiques, alimentaires et industries connexes. In-8 (22 x 14) de 139 p., fig. Pai'is, Bureau international des Applications de l’Aluminium.
- 18 561
- Travail de l’aluminium et de ses alliages. Les procédés d’assemblages : soudure, rivetage, collage. In-8 (22 x 15) de 77 p., 40 lig. Paris, L’Aluminium français, 1935.
- Pièce 13 972
- Société du Duralumin. — Catalogue général. Notice technique. In-8 (24 x 16) de 75 p., fig. — Album de 121 p., fig. Paris, 23 bis, rue de Balzac (8e), 1934. Pièce 13 973
- L’aluminium et ses alliages dans le matériel de chemins de fer. (ex Revue cle l'Aluminium, 1925 à 1935). In-4 (27 x 23) de Vin + 12 + 59 + 47 p., fig. Paris, L’Aluminium français. Pièce 13 974
- Renseignements pratiques sur l’aluminium et ses alliages. In-4 (28 X 22) de 55 p. (dactylographié). Paris, L’Aluminium français. Pièce 13 975
- La bicyclette d’aujourd’hui. Kilos en moins, kilomètres en plus ou comment le duralumin a rénové le cycle. In-8 (24 x 16) de 16 p., fig. Paris, Société du Duralumin.
- Pièce 13 976
- Pubellier (Marcel). — La protection des alliages légers contre la corrosion. Résumé de la conférence faite au VIe Salon nautique international (Paris, 1931). (ex Revue de l'Aluminium, novembre-décembre 1931). In-4 (27 x 21) de 8 p., 5 flg. Paris, 32, boulevard de la Chapelle (18e). Pièce 13 977
- Dumas (A.) et Kauffmann (R.). — Les alliages légers et le transport des liquides en citernes, (ex Revue de l’Aluminium, mars-avril 1933). In-4 (27 x 21) de 10 p., 18 fig.
- Pièce 13 978
- de Biran (A.). — Les propriétés thermiques de l’aluminium et leurs applications.
- (ex Revue de l’Aluminium, nov.-déc. 1933 et janviei'-février 1934). In-4 (27 x 21) de 38 p., 28 fig. Pièce 13 979
- Chartron (M.). — Étude du réchauffage des barres de duralumin, (ex Revue de l’Aluminium, juillet-août 1934). In-4 (27 x 21) de 12 p., 16 flg. Pièce 13 980
- Roux (J.). — La protection des ouvrages métalliques par la peinture au brai et à l’aluminium, (ex Revue de l'Aluminium, février 1935). In-4 (27 x 21) de 8 p., 12 flg.
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- L’aluminium dans le matériel médical et chirurgical, (ex Revue de l’Aluminium, mars, mai, juillet-août 1935). In-4 (27 x 21) de 44 p., fig. Pièce 13 982
- Bally (J.) et Dumas (A.). — Protection et décoration de l’aluminium et de ses alliages par oxydation anodique. (ex Revue de l’Aluminium, sept.-oct. 1935). In-4 (27 x 21) de 28 p., 30 fig. Pièce 13 983
- Pubellier (Marcel). — Les cages de mines en duralumin, (ex Revue de l’Industrie minérale, 15 février 1932). In-4 (27 x 21) de 11 p., 4 flg. Saint-Étienne, lmp. Théolier, 1932.
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- Pubellier (Marcel). — Le calcul des pièces en duralumin, (ex Arts et Métiers, juin 1933). In-4 (27 x 21) de 27 p., 20 fig. Auxerre, lmp. Tridon-Gallol, 1933. Pièce 13 985
- La peinture à l’aluminium, ln-4 (27 x 21) de 28 p., fig. Paris, Société Studal, 23 bis, rue de Balzac (8e). Pièce 13 986
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- OUVRAGES REÇUS.
- AVRIL 1936.
- L’aluminium dans l’électricité. Calcul mécanique des lignes aériennes, In-4 (27 x 21) de 47 p., 26 lig. Paris, L’Aluminium français. Pièce 13 987
- L’aluminium dans l’électricité. Les barres de connexion en aluminium. In-4 (27 x 21) de 47 p., 26 lig. Paris, L’Aluminium français. Pièce 13 988
- L’aluminium. Fabrication. Applications. Caractéristiques, produits et alliages. In-8 (22 x 21) de 19 p., lig. Paris, L’Aluminium français. Pièce 13 989
- SuhR (Jean). — L’almélec. Conférence faite à la Société française des Electriciens le 30 avril 1927. In-4 (27 x 21) de 12 p., 5 fig. Paris, Revue de l’Aluminium. Pièce 13 990
- Dumas (A.). — La technique des alliages légers de fonderie. Leurs applications dans l’automobile. Conférence faite à la Société des Ingénieurs de l’Automobile le 9 avril 1935. In-4 (27 x 21) de 8 p., 14 lig. Pièce 13 991
- Dumas (A.). — L’aluminium dans le matériel roulant. Conférence faite au Congrès des Métaux légers, à Zurich le 30 avril 1935. (ex L’Allégement dans les Transports. nos 7 à 12, 1935). In-4 (30 x 21) de 20 p., 34 lig. Lucerne (Suisse), lmp. Relier et Co., 11, Raselstrasse.
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- Tatu (H.). — L’emploi de l’aluminium dans le matériel de blanchiment. Conférence faite le 23 septembre 1933 au Congrès de l’Association des Chimisles de l’Industrie textile. (ex Revue générale des Matières colorantes, nov. 1933). In-4 (31 x 24) de 10 p., 8 fig.
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- Stuuau. — Le studio des alliages légers. Catalogue. Paris, 20, rue Réautnur (3e).
- Catalogue
- Association technique de Fonderie. — Annuaire 1935-1936. Paris, 44, rue de Rennes (0e). Pér. 92
- Société amicale des anciens Élèves de l’École nationale supérieure des Mines de Saint-Étienne. — Annuaire, 1936. Saint-Étienne, 19, rue du Grand-Moulin. Pér. 166
- Institut d’Égypte. — Mémoires présentés. Tome XXVII : Les ruminants ceroicornes d’Afrique, par J. Joleaud, <s3 p., 40 lig. Le Caire, 1933. Pér. 32
- L'agent général, gérant.
- E. LEMAIRE.
- 13UODARD ET TAUPIN, Coiiloininiers-Paris.
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- 133e ANNEE.
- MAI 1930.
- BULLETIN
- D’ENCOl] RAREMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE SOLENNELLE DU 28 MARS 1936
- DISTRIBUTION DES RÉCOMPENSES DÉCERNÉES POUR L’ANNÉE 1935 Présidence de M. M. Lacoin, président.
- La séance est ouverte à 16 h. 30 m.
- Le fauteuil présidentiel est occupé par M. M. Lacoin, président ; à ses côtés ont pris place : M. Ch. de Fréminville, secrétaire général, les membres du Conseil, rapporteurs des comités techniques sur la proposition desquels les récompenses ont été accordées, et M. E. Lemaire, agent général. Mme Charles Féry assiste à la séance.
- allocution de m. m. lacoin, président.
- Mesdames, Messieurs, Mes chers Collègues,
- Dans une période aussi troublée, l’examen d’ensemble de la situation économique, dont votre président a le privilège annuel, à l’occasion de cette séance des récompenses, me paraît plus utile que jamais; mais il est particulièrement délicat.
- La situation reste en effet obscure : nul n’a proposé jusqu’ici au problème de la crise une solution qui se soit imposée à l’assentiment de tous. Le pessimisme croissant qui en résulte arrête les énergies de reconstruction, et pousse un nombre de plus en plus grand de Français de tout état et de toute catégorie sociale vers les solutions extrêmes et utopiques, qui ont été, dans dixers pays, l’origine d’expériences sociales mettant en question les principes mêmes de notre civilisation.
- Il importe de voir clair et, tout en constatant franchement nos misères et nos progrès, d’examiner ce qui reste à faire pour arriver à un équilibre comportant pour tous ti'avail et sécurité.
- Trois grands phénomènes dominent la crise en France : un déséquilibre du commerce mondial ; un déséquilibre entre notre agriculture et notre industrie; enfin, un déséquilibre intérieur, plus général et plus complexe, entre les ressources et les dépenses de l’État, la consommation et les moyens de production, entre les prix intérieurs et extérieurs, enfin entre l’activité des organismes responsables de l’intérêt général et celle des groupes représentant les intérêts particuliers.
- Où en sommes-nous dans ces trois plans ?
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- Commerce international. — Dans le domaine du commerce international, comme l’a fait remarquer récemment notre éminent collègue, M. Duchemin à rassemblée annuelle de la Confédération générale de la Production française dont
- 11 est président, les six grands pays industriels (Angleterre, Allemagne, Belgique, États-Unis, France, Suisse), sont revenus, au cours de l’année 1935, à des valeurs de leur commerce international qui sont pratiquement proportionnelles à celles d’avant guerre. Il semble que ceci devrait leur permettre d’arriver à une entente consolidant ce partage, et permettant de s’acheminer vers un accroissement de la valeur absolue des échanges.
- Mais il faut remarquer en contre-partie que si ces grands pays d’exportation industrielle sont revenus à des situations comparables, cela signifie seulementqu’ils ont chacun perdu la même proportion de leur commerce antérieur, et rien ne prouve que cette perte soit destinée à s’atténuer rapidement.
- L’industrialisation des pays qui dépendaient jusqu’ici, pour leurs besoins, de l’industrie des grandes nations exportatrices, s’est en effet très vivement accentuée au cours de la guerre, et se poursuit encore aujourd’hui à une allure très rapide. L’Asie en tète, avec le Japon, la Russie et l’Inde; l’Afrique du Nord, l’Australie, l’Amérique du Sud ; l’Europe centrale, le Canada, créent et développent chez eux les industries de base; et certains de ces pays commencent à intervenir activement par leurs exportations sur le marché du monde. Parallèlement, et pour des raisons spéciales, l’Allemagne et l’Italie travaillent avec une énergie farouche à rendre leur économie indépendante.
- Le débouché mondial des industries de base des nations anciennes tend donc de plus à se restreindre. Du reste, il ne faut pas s’en étonner : il s’agit là d’un phénomène déjà ancien dont l’Angleterre et la France ont constaté le début vers 1870, lorsque l’Allemagne et les États-Unis sont devenus exportateurs de produits industriels.
- 11 faut également remarquer que si la France a gardé sa part de commerce extérieur par rapport aux autres nations exportatrices d’ancienne date, elle n’y est arrivée qu’en intensifiant les échanges avec ses colonies, échanges qui sont passés de
- 12 à 28 p. 100 du total de son commerce extérieur. La part de la France sur le commerce mondial, autre que celui avec ses colonies, s'est réduite ainsi, en fait, de 15 p. 100 par rapport à celle des pays tels que les États-Unis, la Suisse et l’Allemagne, où les colonies ne jouent qu’un rôle nul ou négligeable.
- Déséquilibre entre l’agriculture et l'industrie. — Pour retrouver une activité normale, la France doit donc compter principalement sur son marché intérieur et sur son marché colonial.
- Le marché intérieur devrait se développer ; mais, en fait, il se contracte sous l’effet de la chute grave des prix agricoles qui se sont effondrés tandis que les prix industriels se maintenaient. Ce déséquilibre entre prix industriels et prix agricoles est évidemment absurde dans un pays où l’agriculture est naturellement équilibrée et ne présente ni une spécialisation exagérée ni des excédents de production considérables. Ce déséquilibre résulte de ce que l’agriculture, peu organisée, n’a pu se défendre contre la déflation, comme ont pu le faire les ouvriers des villes, les fonctionnaires, les services publics et la partie de l’industrie qui est protégée ou cartel-lisée.
- Un déséquilibre prolongé de cette nature est catastrophique, car s’il se maintient.
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- il est destiné à réduire indéfiniment l’activité économique du pays, la détresse de l’agriculture se répercutant sur l’activité de l’industrie, et celle-ci, réagissant à son tour, en réduisant ses achats à la culture. L’activité générale tend ainsi vers un minimum d’autant plus bas que le déséquilibre des prix est plus considérable.
- Dans ces derniers mois, les prix agricoles ont manifesté une avance très notable. Il est nécessaire qu’elle s’accentue et se consolide. C’est là évidemment le point sur lequel une action du Gouvernement paraît à la fois relativement plus facile et plus efficace.
- Les autres déséquilibres intérieurs. — Les autres déséquilibres intérieurs qui contribuent à la crise ne manifestent pas encore d’amélioration très sensible, bien qu’on s’approche pour certains d’entre eux du moment où les tensions existantes entraîneront la rupture de certains liens internes de l’économie.
- C’est évidemment le sentiment de ce danger, spécialement dans le plan des finances de l’Etat, qui a provoqué une thésaurisation importante, contribuant à aggraver la crise. C’est également ce sentiment qui a amené le gouvernement de M. Pierre Laval, en 1935, à prendre un certain nombre de mesures extraordinaires, dont les principes sont identiques à ceux des expériences allemande et américaine.
- Ces mesures d’exception, en raison de leur application récente et de leur faible ampleur, n’ont produit jusqu’ici qu’un effet très limité; on a eu tort de s’en étonner. Elles n’en n’ont pas moins inauguré un stade nouveau de la crise française, dans lequel il sera évidemment nécessaire de faire fléchir les règles classiques de l’économie libre, malgré tous les aléas que ces expériences comportent. Ce n’est du reste pas en affectant d’ignorer la difficulté qu’on pourra la résoudre.
- Au cours de l’année écoulée, la concurrence exagérée, due à la surabondance des moyens de production, a persisté, tout en s’atténuant légèrement par lassitude ou entente des concurrents. L’élimination des entreprises en nombre surabondant ne s’effectue que très lentement (elle est encore loin d’être terminée dans certaines branches), de sorte que les réserves des entreprises s’épuisent. Il serait très désirable de favoriser l’absorption des affaires en difficultés plutôt que de maintenir trop longtemps une lutte d’usure dont les entreprises souffrent cruellement.
- Il persiste également un déséquilibre entre le niveau de vie correspondant au progrès de la technique et le développement beaucoup trop rapide du luxe privé ou social pendant la période de prospérité factice qui a précédé la crise. La résorption de ces luxes et des charges qui en résultent s’opère également peu à peu, mais d’une façon très irrégulière et parfois fort lente. Les particuliers et les petits entrepreneurs ont dû s’y adapter sans délai. La divergence entre les prix de gros et ceux de détail s’est, de ce fait, atténuée en 1935, et c’est là un symptôme nettement favorable. Les services d’État et les industries protégées ont effectué également des compressions souvent importantes, mais, en général tout à fait inopérantes malgré leur caractère révolutionnaire, car elles ont été inférieures à la déflation du prix de la vie. Le déséquilibre du budget de l’État et celui des chemins de fer subsistent. II est d’ailleurs certain qu’ils eussent été beaucoup plus réduits si on avait arrêté plus tôt l’effondrement des prix agricoles.
- Il en est de même des prix français, qui restent notablement au-dessus des prix
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- mondiaux, bien que leur différence se soit notablement atténuée en 1935. Mais il est bien évident que si Ton veut rétablir l’équilibre entre les prix industriels et les prix agricoles, ce qui est l’opération la plus urgente, on ne pourra le faire qu’en haussant les prix agricoles et, par répercussion, le prix de la vie. Il ne faut donc pas espérer que le relèvement constaté sur les prix mondiaux au cours de 1935 comble la différence subsistant entre ces prix et les prix français; et ceci est important, car la différence actuelle est suffisante pour amener certains industriels à transférer une partie de leur fabrication à l’étranger et pour détourner de nos ports du Nord des trafics importants. Gela est extrêmement grave et de nature à justifier des mesures exceptionnelles.
- Tenu compte des constatations que nous venons de faire, il semble que l’on approche lentement du but et que la solution technique du problème de la crise économique française ne devrait plus être très difficile. Beaucoup de pays ont à résoudre des problèmes infiniment plus ardus.
- Techniquement, il est certainement possible, en prenant des mesures analogues à celles inaugurées parle Gouvernement au début de 1935, d’établir un programme permettant de supprimer méthodiquement en 3 ou 4 ans le déséquilibre budgétaire. Mais encore faudrait-il donner à un gouvernement stable les pouvoirs nécessaires à la réalisation de ce programme. Ces deux conditions suffiraient à rétablir la confiance, à arrêter la thésaurisation et à provoquer, avec l’abaissement du taux de l’argent à long terme, un vrai essor industriel. Mais l’union qui s’était réalisée à ce sujet au sein du Parlement en 1935 a disparu actuellement, et c’est le point le plus grave de notre situation.
- Au total, l’achèvement du rétablissement des prix agricoles et la restauration immédiate d’une autorité gouvernementale, capable d’appliquer méthodiquement et sainement, même avec des mesures sortant des règles de l’économie classique, un programme de redressement budgétaire sont les conditions essentielles d’un rétablissement économique et le seul moyen d’arrêter une inflation que les opérations financières récentes ont déjà amorcée.
- Je ne doute pas que, devant des décisions pénibles, le jour où elles seront d’une nécessité immédiate, l’unité des Français ne se reforme, comme elle s’est toujours faite au cours de notre histoire contre le danger commun, comme elle se fait actuellement en face des menaces de l’étranger.
- Dans la sphère de notre activité propre, nous pouvons d’ailleurs apporter une contribution à l’oeuvre du redressement de l’économie.
- La séance de ce jour montre une fois de plus que notre premier objectif est toujours de favoriser, en les faisant connaître et en leur distribuant des récompenses, les efforts techniques les plus intéressants, les oeuvres sociales les plus utiles et les vieux collaborateurs fidèles de l’industrie. Nous comptons du reste vous offrir prochainement deux cycles de conférences, consacrées aux réalisations françaises les plus récentes, en matière de synthèse du pétrole et de métallurgie des aciers spéciaux et alliages de construction.
- D’autres problèmes pourraient également solliciter notre activité : développement des relations entre la France et ses colonies; décentralisation de l’industrie pour la rapprocher de l’agriculture; développement des industries rurales; amélioration du crédit aux entreprises moyennes; aide technique et morale aux jeunes
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- ingénieurs que le chômage encourage à débuter dans des emplois manuels; assistance aux écoles d’apprentissage que la crise menace. Ce sont là autant de campagnes que nous voudrions entreprendre si nos moyens le permettaient.
- Si vous voulez nous aider dans cette œuvre, recrutez-nous de nouveaux adhérents. Grâce à leur concours, nous pourrons étendre notre action. A nos lauréats, j’adresse un appel tout spécial. S’ils ne sont pas encore membres de notre Société, nous serons heureux de leur ouvrir nos portes ; s’ils peuvent nous apporter l’adhésion des sociétés dont ils transforment la technique, ils seront également les bienvenus.
- Avant de vous présenter un abrégé de l’activité de notre Société au cours de cette année et de procéder à la distribution des récompenses, laissez-moi offrir un dernier tribut de fidélité à ceux des membres de notre Conseil, hélas! fort nombreux, qui ont disparu cette année.
- A Charles Féry tout d’abord, qui nous a quittés l’an dernier presque à pareille époque, après une admirable vie de science industrielle, et qui, après avoir été pendant de longues années un de nos membres du Conseil les plus actifs et les plus généreusement dévoués, a voulu témoigner, par de là la mort, de son fidèle attachement à notre Société, en nous faisant offrir par Madame Ch. Féry, un prix de 5 000 fr que nous allons décerner dans quelques instants;
- A M. Georges Paulet, membre du conseil depuis 1897, un de nos plus dévoués conseillers ;
- A M. Jacques Lebel, magnifique industriel, qui était venu apporter à votre Comité de Commerce une activité infatigable, tout spécialement consacrée aux œuvres sociales, et dont nous avons eu à déplorer le décès accidentel, en pleine vitalité ;
- A M. Jean Rey, membre de notre Conseil depuis 1919, qui nous a quittés au seuil d’une longue vie de science et d’industrie, couronnée par son entrée à l’Académie des Sciences.
- A Gustave Lyon, membre du Conseil depuis 1897, dont l’esprit débordant d’imagination a parcouru les domaines les plus divers et répandu autour de lui les progrès techniques, l'art et la plus exquise bonté;
- A Georges Wery, notre ancien vice-président, secrétaire général, ancien président de l’Académie d’Agriculture, qui, durant de longues années, apporta à votre Comité d’Agriculture et à toute notre société, le concours le plus large, le plus dévoué, et, en même temps, malgré ses titres éminents, le plus modeste;
- A Pierre Viala, membre du Conseil depuis 1916, de l’Académie des Sciences, dont le nom restera attaché à la reconstitution du vignoble français ;
- Enfin, votre dernier hommage ira à Eugène d’EiCHTHAL, membre de notre Commission des Fonds depuis 45 ans, membre de l’Académie des Sciences morales et politiques, directeur de l’École des Sciences politiques, décédé tout récemment, après une vie consacrée à l’étude des questions sociales et économiques, où il avait acquis une réputation mondiale.
- L’activité de notre Société s’est signalée cette année par plusieurs manifestations qu’il m’est agréable de vous rappeler.
- Notre Société fait partie depuis 1913 de Y Union des Sociétés industrielles de France. Cette Union tient tous les deux ans un congrès dans la région où se trouve
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- le siège social d’une des sociétés adhérentes. C’est à nous qu’incombait l’agréable mais lourde tache d’organiser ce congrès en 1935. Il a eu lieu les 20, 21 et 22 juin et je crois pouvoir affirmer, sans offenser la modestie de M. Alby, qui en a été le principal organisateur, que ce congres a remporté le plus grand succès; quelques-uns de nos collègues et notre personnel administratif y ont contribué grandement aussi. Il convient de les en remercier très chaleureusement. Ils ont réussi ce véritable tour de force, qui a été très apprécié, parce que sans précédent, de publier le compte rendu du congrès moins de six mois après sa clôture.
- Le 23 mars 1935, nous avons donné la îee Conférence Carrion. Cette conférence, qui est annuelle, a été instituée pour perpétuer la mémoire d’Henri Carrion, un des plus grands bienfaiteurs de notre Société et aussi de ses concitoyens. M. Louis Cuny, collaborateur d’Henri Carrion, nous a fait un exposé de son œuvre et des travaux de chimie biologique qui se poursuivent dans la voie qu’il a tracée. La seconde conférence Carrion, tenue il y a deux semaines, n’a pas eu moins de succès que la première ; nous avons entendu exposer les travaux qui ont conduit M. Auguste Lumière à guérir un grand nombre de maladies chroniques par une méthode très générale, basée sur sa théorie de la floculation des humeurs. Nous avons la certitude maintenant que cette conférence attirera tous les ans un grand nombre d’auditeurs car elle s’adresse à l’humanité souffrante.
- Le 26 octobre nous avons inauguré la plaque que vous voyez ici et qui rappelle que, dans cette salle même, il y a 40 ans, le 22 mars 1895, M. Louis Lumière présenta, pour la première fois en public, le cinématographe qu’il venait d’inventer. Cette cérémonie, à laquelle M. Louis Lumière a assisté, a été suivie de la projection et dans les mêmes conditions des mêmes films qu’il avait présentés 40 ans plus tôt dans cette même salle.
- Cette manifestation nous a valu un bienfait nouveau : le don du buste de Chaptal, par un de nos collègues qui tient à garder l’anonymat. De sorte que vous aurez, dorénavant sous les yeux l’image des deux plus glorieux premiers présidents de notre Société.
- Je tiens à rappeler un autre fait : tout récemment on a appris avec étonnement que Beau de Rochas était mort dans la misère; or si ce nom est inconnu du grand public, il n’en est pas moins celui de l’inventeur du cycle à 4 temps qui a fait et fait encore la fortune des constructeurs d’automobiles, et aussi la joie de tous ceux qui tiennent un volant. Or, la seule aide matérielle et morale que Beau de Rochas ait jamais reçue est un prix en espèces de 3 000 fr, que notre Société lui décerna en 1891 pour son cycle à 4 temps. On se propose aujourd’hui d’élever à Paris un monument à la mémoire de Beau de Rochas. Notre Société sera associée à cette commémoration.
- J’ai rappelé ces faits pour vous montrer que notre Société ne se borne pas à récompenser des travaux de science industrielle sensationnels et déjà sanctionnés par la pratique; elle s’efforce aussi de découvrir la valeur technique réelle des nouvelles inventions, et cela sans égard pour la possibilité d’un succès commercial ; elle est donc bien une société d’encouragement et son nom nous oblige à persévérer dans la voie qu’elle a toujours suivie ; elle n’y faillira pas,
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- Les revenus des fondations créées par de nombreux donateurs, et dont notre Société a la gestion, se sont élevés à 81 600 fr en 1935. Sur les fonds qui ne sont pas
- obligatoirement capitalisés nous avons distribué :
- Secours (à une personne).................................... 2 235 fr
- Première annuité et frais de prise de brevet (à 4 personnes). . 3 025 —
- Prix en espèces............................................ 10 850 —
- Allocations diverses, récompenses, publications............ 28 792 —
- Publication de mémoires dans le Bulletin. . .'.............. 4 460 —
- Total..................................... 49 362 fr
- Il convient de signaler que les revenus de nos fondations, qui paraissaient intangibles, ont été amputés de 10 p. 100 à partir de juillet 1935.
- Je crois devoir signaler que 1 e prix Charles Bardy, quinquennal, du montant de 30 000 fr, sera décerné pour la première fois l’année prochaine « à l’auteur d’une découverte ou d’une application intéressante se rapportant à l’industrie chimique et ayant reçu une sanction industrielle ».
- Il convient de signaler aussi que le prix en espèces de 5 000 fr, institué par Mme Féry en souvenir de son mari, est décerné pour la première fois cette année. Je salue ici respectueusement Mme Féry, qui a bien voulu honorer cette réunion de sa présence et à qui j’adresse les très vifs remerciements de notre Société.
- Vous voyez que si, d’une part, le fisc allège de plus en plus le portefeuille de nos fondations, d’autre part, de généreux donateurs viennent augmenter le nombre de ces fondations.
- Malheureusement, aucune compensation de ce genre n’est possible pour nos fonds généraux, dont les revenus, maintenant diminués aussi de 10 p. 100, représentent une part importante des recettes avec lesquelles il faut faire fonctionner nos services et publier notre Bulletin. Depuis longtemps, il ne nous est plus possible de réduire nos dépenses.
- Pour que notre Société continue à jouer le rôle que lui assignent ses statuts et pour qu’elle puisse continuer à gérer ses fondations, il n’y a qu’un moyen, celui que tous mes prédécesseurs à la présidence vous ont signalé et sur lequel je suis, comme eux, obligé d’insister : augmenter le nombre de nos membres. C’est ce que j’ai déjà fait tout à l’heure.
- L’année dernière, M. Alby vous avait signalé une tendance fâcheuse : notre Bibliothèque paraissait moins fréquentée qu’auparavant. La diminution du nombre de nos lecteurs que nous avions constatée n’a été que passagère : leur nombre est redevenu à peu près le même qu’autrefois, et la qualité de nos lecteurs a augmenté. C’est pour nous une grande satisfaction de constater que nos lecteurs trouvent rapidement le renseignement précis dont ils ont besoin et que souvent ils ont vainement cherché dans d’autres bibliothèques en apparence mieux outillées et pourvues d’une organisation vantée. Il nous reste cependant le regret, faute de fonds, de ne pouvoir faire relier tous les périodiques les plus demandés; nous ne pouvons le faire que pour quelques-uns.
- Je tiens à signaler que notre Bibliothèque est une des seules où le chercheur ne soit pas livré à ses propres moyens et soit aidé dans ses recherches. Il nous arrive
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- môme fréquemment, depuis peu, qu’un renseignement demandé par téléphone soit fourni immédiatemenl.
- Notre Bulletin est le lien le plus solide entre nos membres et notre Conseil. Il reproduit surtout, et souvent très augmenté, le texte des conférences qui ont été données en séance publique. Il s’agit toujours de questions nouvelles ou d’un grand intérêt d’actualité. On y trouve encore, outre les actes de notre Société, des communications d’un intérêt général, qui ont été faites dans nos comités techniques, et des mémoires originaux de science industrielle. Avec les nombreuses notes ou comptes rendus que nous donne surtout M. Sauvage et que nous donnait notre regretté secrétaire général M. Wery, notre Bulletin forme un ensemble non spécialisé, tout à fait conforme à la tradition de notre Société qui, dès le début, s’est intéressée à toutes les branches de la technique. C’est ainsi qu’on a vu dans notre Bulletin des exposés sur l’acoustique architecturale et des théories sur le solfège; on les chercherait vainement ailleurs, car les musiciens et les acousticiens ne disposent pas, que nous sachions, d’un organe spécial. Ces mémoires ont été très appréciés des spécialistes.
- Malgré ses qualités, sa haute tenue et son universalité, notre Bulletin nous a toujours paru plus apprécié à l’étranger qu’en France; mais peut-être n’est-ce là qu’une illusion, puisque nous devons surtout à notre Bulletin un des plus grands bienfaiteurs de notre Société, feu M. Carrion. Nous nous efforcerons donc de lui conserver son caractère. Notre Bulletin n’en reste pas moins le poste le plus chargé de notre budget; aussi remercions-nous très chaleureusement ceux de nos membres qui, par un moyen quelconque, nous aident à le publier. C’est ainsi qu’aujourd’hui, je dois signale]- et remercier la Société Nobel française qui, en reconnaissance de l’attribution de la médaille des vieux ouvriers et contremaîtres que nous allons décerner à deux de ses ouvriers, nous a versé 400 fr pour nous aider à la publication du Bulletin.
- L’appel que j’avais adressé à nos lauréats a été devancé par quelques-uns d’entre eux. Je vous propose donc d’admettre comme nouveaux membres de la Société :
- M. Veli .ay (Eugène), Ing’énieur d’aéronautique, 35, avenue Jacqueminot, Meudon '(Seine-et-Oise), présenté par M. Dumanois;
- M. Galibourg(Jean), docteur ès sciences, Ingénieur des Arts et Manufactures, maître de conférences à l’Ecole centrale des Arts et Manufactures, 1(3, rue Théodule-Ribot, Paris (17e), présenté par M. Guillet;
- M. V allette (Ferdinand), (t&), Ingénieur-chimiste, licencié ès sciences, docteur de FUniversité de Nancy (mention sciences), ingénieur aux Mines de Béthune, à Mazingarbe (Pas-de-Calais), présenté par MM. Pineau et Bihoreau ;
- M. C artro (René), Ingénieur des Arts et Manufactures, Laboratoire des Aciéries électriques d’Ugine (Haute-Savoie), présenté par M. Portevin;
- M. Lepigiie (André), ingénieur de l’Institut agricole d’Algérie, directeur-adjoint de l’Insectarium d’Alger, Jardin d’Essai, Alger, présenté par MM. Vayssière et Lemaire;
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- M. F dernier (Henri), Ingénieur du Conservatoire national des Arts et Métiers, préparateur à l’Ecole nationale supérieure de F Aéronautique, 61, rue Pascal, Paris (13e), présenté par MM. Guillery et Cournot;
- M. Corset (Maurice), (1), Ingénieur des Arts et Métiers, 29, boulevard de Grenelle, Paris (15e), présenté par MM. Androuin et L. Nottin;
- M. Merlin (Charles), (O. 1), Inspecteur général de l’Aéronautique, sous-
- directeur de l’Ecole supérieure nationale de l’Aéronautique, 26, boulevard Victor, Paris (15e), présenté par le Commandant Nicolau et M. Lemaire.
- Les personnes présentées sont nommées membres de la Société d’Encou-ragement.
- Sept de ces huit nouveaux membres sont des lauréats de la Société dont le nom va être proclamé. M. Eugène Delacoste et Mlle M.-Th. François, lauréats aussi, avaient été nommés membres au cours de séances antérieures. A tous ces nouveaux membres, M. Lacoin adresse les très vifs remerciements de la Société.
- M. Lacoin, président, M. Ch. de Fréminville, secrétaire général, et M. E. Lemaire, agent général, procèdent ensuite à la distribution des récompenses décernées par la Société pour l’année 1935. Lecture est donnée des rapports, reproduits ci-après, et présentés à l’appui de ces récompenses.
- La séance est terminée par la projection de trois films d’amateurs présentés par M. Raymond Bricon et M. G. Acher, président et conseiller technique de la Fédération française des Clubs de Cinéma d’Amateurs, fédération à laquelle une médaille de vermeil vient d’être décernée.
- Ces trois films, de 16 mm, auxquels les premières et seconde places de leur catégorie ont été attribuées aux concours internationaux de films d’amateurs de 1934 et de 1935, sont :
- 8000 [Le souffleur de verre), par M. Jacques Lemare;
- Serpents (Capture des petits reptiles dans le Berry), par M. Jean Bernard; Les aventures de M. de la Goujonnière (scénario), par Mlle Suzanne Guimard (Mme Monnier).
- M. Lacoin, président, adresse les très vifs remerciements et les félicitations de la Société d’Encouragement aux auteurs de ces trois films, ainsi qu’à MM. Bricon et Acher, qui ont bien voulu se charger de la tâche de les présenter.
- La séance est levée à 18 h. 30 m.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUH. POUR [/INDUSTRIE NATIONALE. -------
- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES DÉCERNÉES PAR LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT, ANNÉE 1935.
- Grande médaille annuelle.
- La Société d’Encouragement décerne chaque année, sur la proposition d’un des six comités techniques de son Conseil, une grande médaille, portant l’effigie de l’un des plus grands hommes qui ont illustré les sciences ou les arts, aux auteurs, français ou étrangers, des travaux qui ont exercé la plus grande influence sur les progrès de l'industrie française.
- Cette grande médaille, à l’effigie d’Ampère, pour 1935, est décernée, par le Comité des Arts économiques, à M. Ferdinand Vallette.
- Rapport présenté par M. Louis Pineau, au nom du Comité des Arts économiques,
- sur les travaux de M. Ferdinand Vallette sur les synthèses chimiques industrielles et notamment celle de l'essence.
- La question des synthèses chimiques industrielles est à l’ordre du jour, particulièrement en ce qui touche l’hydrogénation de la houille. Il n’est pas de jour où des progrès industriels réalisés dans cette voie à l’étranger ne fassent l’objet des commentaires les plus étendus et les plus élogieux. On peut, à bon droit, être surpris que la contribution apportée par la France à la création et au développement de ces nouvelles industries demeure le plus souvent, au contraire, ignorée ou méconnue.
- Tel est le cas pour l’hydrogénation de la houille. Un procédé français existe, qui a fait toutes ses preuves industrielles, et la comparaison qu’on en peut faire avec lq seid procédé allemand remplissant jusqu’ici cette condition, n’est probablement pas à son désavantage.
- Les progrès sont rapides dans cette branche de la technique, et on peut ajouter que d’autres procédés, également français, sont à la veille de faire leurs preuves industrielles. Il n’en paraît pas moins indispensable de marquer cette étape puisque le moment en est venu.
- M. Ferdinand Vallette, actuellement Ingénieur en chef de la Compagnie des Mines de Béthune, de nationalité française, est né à Sierck (Moselle) le 18 octobre 1882.
- Ancien élève de l’Institut chimique de Nancy, licencié ès sciences, docteur de l’Université de Nancy (mention sciences), M. Vallette est entré à la Compagnie de Béthune, comme ingénieur-chimiste, le 16 avril 1907.
- Mobilisé en août 1914 au 73e régiment d’infanterie, à Béthune, il reprit bientôt son poste d’ingénieur. Par suite de la proximité du front, qui traversait sa concession, la Compagnie de Béthune dut arrêter ses usines constamment bombardées, et M. Vallette entra à la Société d’Alais, Froges et Camargue, qui l’attacha aux usines de Salindres et de Saint-Auban pour les fabrications chimiques de guerre.
- De retour h la Compagnie de Béthune le 1er octobre 1920, M. Vallette eut à résoudre le problème suivant : utiliser au maximum les gaz de fours à coke et les disponibilités en énergie électrique que faisait prévoir l’électrification généralisée
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- des installations de surface. A cette lin, il lui fut demandé d’envisager en première ligne la synthèse de l’ammoniaque et des produits azotés.
- M. Yallette affirma aussitôt le très grand intérêt du procédé imaginé, mais non encore mis au point, par M. Georges Claude, et qui consistait à liquéfier partiellement le gaz de fours à coke pour en retirer l’hydrogène qu’il contient, puis à combiner cet hydrogène avec l’azote de l’air pour obtenir l’ammoniaque synthétique.
- La Compagnie de Béthune conclut une entente avec la société concessionnaire du procédé G. Claude et elle installa, à ses frais, une petite usine d’essai pouvant produire 3 t d’ammoniaque par jour. M. G. Claude et M. Vallette, en étroite collaboration, résolurent toutes les difficultés que présentaient l’épuration du gaz de fours, l’emploi de l’hydrogène à très haute pression et à haute température, le réglage de la réaction catalytique entre l’hydrogène et l’azote. Ce sont ces travaux de recherches qui permirent le développement de la synthèse de l’ammoniaque à partir du gaz de fours à coke, dans les houillères.
- En 1923, le procédé étant techniquement et économiquement au point, la Compagnie de Béthune décida la création d’une usine définitive capable de produire 20 t d’ammoniaque par jour. En 1931, après deux agrandissements successifs, cette usine pouvait produire quotidiennement 80 t d’ammoniaque.
- A cette fabrication, M. Yallette adjoignait bientôt diverses autres synthèses, uniquement dues à son effort personnel.
- Tout d’abord, il eut l’idée de tirer parti de l’éthylène et de l’éthane contenus, à raison de 2 p. 100, dans le gaz de fours à coke et que permettrait d’isoler la liquéfaction partielle de celui-ci. Obtenant ainsi un gaz riche en éthylène et lui appliquant la réaction de Berthelot, M. Vallette réalisa, pour la première fois, la fabrication industrielle de l’alcool éthylique synthétique, accompagnée d’une notable proportion d’éther sulfurique.
- D’autre part, le mélange d’azote et d’hydrogène destiné à la synthèse de l’ammoniaque doit être débarrassé de l’oxyde de carbone provenant des gaz de fours. De cette épuration, M. Vallette réussit à faire une fabrication productive en transformant l’oxyde de carbone en alcool méthylique.
- Susceptible, par lui-même, d’un assez large débouché, l’alcool méthylique peut être aussi le point de départ de diverses synthèses, dont M. Vallette étudia et réalisa la mise en œuvre industrielle : formol, méthylal, trioxyméthylène, hexaméthylène, tétramine.
- En outre, M. Vallette réalisa la fabrication directe, à partir du gaz à l’eau, de l’alcool méthylique de synthèse. Une usine, montée d’après ses réalisations de laboratoire, fonctionne à la Compagnie de Béthune et est capable de produire par jour, 10 t d’alcool méthylique de synthèse.
- Pendant qu’il mettait au point ces procédés, M. Vallette entreprenait une étude de plus longue haleine, celle de l’hydrogénation directe du charbon, pour arriver à la production de carburants synthétiques identiques à l’essence de pétrole.
- Son objectif était de réaliser une fabrication continue, avec le minimum possible de dispositifs mécaniques, en n’employant que des métaux usuels et des appareils de construction courante. Il y réussit pleinement, et, en 1934, une usine d’essai, construite d’après SOS indications, permettait déjà à la Compagnie de
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- Béthune de traiter par jour 5 t de charbon. Ces résultats furent portés à la connaissance de l’Office national des Combustibles liquides et, avec l’appui de cet office, la Compagnie de Béthune constitua, en octobre 1934, la société « Carburants synthétiques des Mines de Béthune » pour la construction et l’exploitation d’une usine capable d’hydrogener 30 t de charbon par jour. Cetle usine, construite en 13 mois, est entrée aujourd’hui en fonctionnement.
- Ingénieur en chef des usines de la Compagnie de Béthune, M. Vallette assume, depuis le lor juillet 1926, la direction de ces usines qui se développent de façon continue.
- Il est ingénieur-conseil : de la société « La Bakélite », de la société M. A. X. E. I. (Machines auxiliaires pour l’Électricité et l’Industrie); de la Société franco-belge d’Ougrée (F. B. O.), directeur technique de la société « Carburants synthétiques des Mines de Béthune ».
- Ses travaux ont donné lieu à la prise des brevets énumérés ci-dessous :
- 1° Procédé de fabrication d’alcool éthylique à partir de l’acide sulfurique (1922);
- 2° Procédé et dispositif de récupération des sous-produits de la distillation de la houille (1923);
- 3° Procédé et dispositif pour l’obtention de l’acide éthylsulfurique (1923);
- 4° Procédé continu de transformation d’acide éthylsulfurique en alcool ou en éther (1924);
- 5° Procédé pour extraire le benzol de ses dissolvants et appareillage permettant sa réalisation (1924);
- 6° Procédé de fabrication d’hydrocarbures liquides à partir de mélanges gazeux contenant de l’éthylène (1926) ;
- 7° Perfectionnements aux procédés de préparation de l’acide éthylsulfurique (1926);
- 8° Catalyseurs pour la synthèse de l’alcool méthylique (1926) ;
- 9° Procédé de fabrication de corps destinés à l’épuration des eaux (1926);
- 10° Procédé de préparation des alcools supérieurs à l’aide des homologues de l’éthylène (1926) ;
- 11° Procédé pour réaliser les synthèses exothermiques sous pression:
- 12° Procédé de fabrication de l’alcool éthylique à partir des gaz de distillation de la houille (1927) ;
- 13° Procédé de décomposition de l’éthane en éthylène (1928);
- 14° Procédé de préparation d’azote, d’oxyde de carbone et d’hydrogène pour la synthèse simultanée de l’ammoniaque et de l’alcool méthylique à partir des gaz de fours à coke (1928) ;
- 15° Procédé de fabrication du formiate de méthyle (30 juillet 1928) ;
- 16° Procédé de préparation d’acides cyclopenténylbarbituriques (5 février 1929);
- 17° Procédé de préparation de dérivés des acides 2-cyclopenténylacétiques substitués (6 mars 1931) ;
- 18° Procédé et dispositif pour l’hydrogénation de la houille et autres composés carbonés (22 juillet 1933) ;
- 19° Perfectionnement aux procédés d’hydrogénation de la houille, des goudrons et des huiles lourdes en général (5 décembre 1933) ;
- 20° Procédé pour la production d’hydrocarbures liquides par hydrogénation des hydrocarbures à point d’ébullition élevé et des huiles lourdes en général (7 décembre 1933) ;
- 21° Procédé pour l’hydrogénation des huiles lourdes et des hydrocarbures liquides en général (13 avril 1934);
- 22° Procédé pour l’hydrogénation des huiles, goudrons et hydrocarbures liquides en général (12 avril 1934);
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- 23° Procédé pour l’hydrogénation des huiles lourdes, goudrons et hydrocarbures lourds en général et produits obtenus (14 juin 1934).
- Les procédés suivants ont en outre été déposés, sous plis cachetés, à l’Académie des Sciences ou à la Société chimique de Fi ance :
- 1° Procédé pour l’extraction du cyclopentadiène contenu dans certains corps tels que benzols récupérés des gaz de la distillation de la houille (29 février 1932) ;
- 2° Procédé de préparation des lactones (21 février 1933);
- 3° Procédé de préparation de dérivés de phénols 2-cyclopenténylés (21 février 1933);
- 4° Nouvelles cétones cyclopenténylées utilisables dans l’industrie des arômes (6 juin 1932).
- Parmi les publications, conférences ou communications dont M. Vallette est l’auteur, on peut citer :
- — Contribution à l’étude des dérivés aal-arylés de benzo-(3|31-furfurane (Thèse de doctorat, 1910) ;
- — Fabrication industrielle de l’alcool synthétique dans les cokeries et usines à gaz ('Chimie et Industrie de mars 1925) ;
- — L’alcool méthylique de synthèse (Communication au Congrès de Chimie industrielle, octobre 1927);
- — L’alcool méthylique de synthèse et son emploi comme carburant (Conférence à la Société de l’Industrie minérale, 6 mars 1927);
- — Utilisation chimique du gaz des fours à coke (Communication au 2e Congrès de Chauffage industriel, novembre 1928);
- — La fabrication des produits chimiques de synthèse dans les mines (Conférence à la Société industrielle du Nord de la France, 29 novembre 1928);
- — Les dérivés de la houille (Conférence à l’École des Arts et Métiers de Lille, 15 mars 1928).
- Tous ces travaux, dont la portée est considérable, ont été exécutés à la Compagnie de Béthune qui, depuis de longues années, a su mettre à la disposition de M. Vallette les moyens nécessaires à l’exécution de ses recherches.
- M. Vallette apparaît comme un des pionniers des synthèses industrielles; dans ce domaine, riche de promesses, il a successivement réussi, après avoir aidé à la mise au point du procédé Claude pour la fabrication de l’ammoniaque, à réaliser industriellement la synthèse de l’alcool éthylique, celle de l’alcool méthylique et enfin l’hydrogénation de la houille pour sa transformation en essence. Il est peu d’ingénieurs qui possèdent à leur actif une telle série de réalisations et qui aient fait progresser à ce point la technique industrielle.
- Tel est le magnifique ensemble d’inventions et de réalisations industrielles, dont on peut espérer qu’il ne fera que s’étendre, et qui s’attache au nom de M. Vallette.
- La Société d’Encouragement est convaincue qu’en décernant à M. Vallette sa plus haute récompense, elle honorera comme il convient ce grand ingénieur français, et qu’elle s’honorera elle-même en consacrant d’éminents travaux et découvertes, trop ignorés dans un moment où le public n’est que trop porté à admirer exclusivement la technique étrangère.
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- Prix Charles Fremont.
- Le Prix Charles Fremont a été fondé par Mlle Fremont en souvenir de son frère, qui était un grand ami de la Société d’Enconragement. Ce prix, en espèces, de 3 000 fr cette année, est destiné à aider un jeune technicien, au début de sa carrière, à poursuivre des travaux de recherches s’ils peuvent être utiles ou glorieux pour la France. Cette fondation peut aussi aider à la publication du Bulletin de la Société d’Encouragementm.
- Le Prix Charles Fremont est décerné à M. Henri Fournier, pour poursuivre ses recherches sur les essais mécaniques par emboutissage des tôles.
- Rapport présenté par M. R. Gijillery et le commandant P. Nigolau, au nom du
- Comité des Arts mécaniques, sur les travaux de M. II enri Fournier sur les essais
- mécaniques par emboutissage des tôles.
- M. Henri Fournier — il était alors Agé de 22 ans — a été chargé en 1930, par notre collègue M. Léon Guillet, d’examiner les conditions d’emploi et la valeur pratique des divers essais mécaniques des tôles et plus spécialement d’un nouvel essai à l’emboutissage imaginé à l’étranger et paraissant, d’après les travaux publiés, présenter, sur les essais habituellement utilisés, l’avantage d’une plus grande sensibilité.
- Afin d’étudier cette question dans son ensemble, M. Fournier a effectué une recherche très complète sur les différents modes d’essais de ces matériaux, à savoir : essais par traction, essais par emboutissage suivant les procédés Persoz ou Erichsen et l’essai à l’emboutissage modifié de Siebel et Pomp, dit K. W. I.; dans ces essais il a examiné systématiquement l’influence des principaux facteurs relatifs tant au processus d’essai qu’à la nature du métal étudié.
- Les conclusions de cet important travail expérimental, dont une partie a fait l’objet d'une publication scientifique et technique du Ministère de l’Air ;2) et qu’il a présenté comme thèse du diplôme d’ingénieur du Conservatoire national des Arts et Métiers, en 1932, ont permis de définir les domaines d’application de ces différentes méthodes d’essais et d’établir les caractéristiques des outillages nécessaires pour leur réalisation dans des conditions optima.
- Au cours de ces travaux, l’auteur a été amené à introduire des coefficients numériques(3Î tenant compte, non seulement de la valeur absolue des résultats, mais aussi de leur dispersion, procédé d évaluation de la sensibilité qu’il a appliqué à d’autres études.
- Enfin, en collaboration avec M. Jean Cournot. M. Fournier a étendu ses recherches à la mise en évidence de la corrosion des tôles par essais mécaniques'G
- (1) L’application du décret-loi de juillet 1935 a réduit le revenu annuel de la Fondation Fremont à 4 500 flancs. Une somme de t 500 francs a été portée au compte du Bulletin.
- (2) Etude sur les essais d’emboutissage des métaux (Publication scientifique et technique du Ministère de l’Air, n" 44, 1934).
- (3) Sur les essais d’emboutissage suivant la méthode Siebel et Pomp (<Comptes rendus, t. 195, 1932, p. 142); — Sur les résultats fournis par les essais d'emboutissage et sur leur relation avec l’essai de traction (Comptes rendus, t. 195, 1932, p. 327).
- (4) Sur la mesure des effets de corrosion par abaissement des caractéristiques d’emboutissage K. W. I. (Comptes rendus, t. 197, 1933, p. 1409 et Revue de Métallurgie, t. 31, 1934, p. 198).
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- 11 a montré, par l’expérience, que l’essai d’emboutissage modifié, dit K. W. I., était un réactif d’une grande sensibilité vis-à-vis de la corrosion intercristalline si redoutable.
- Actuellement, M. Fournier poursuit ses études métallurgiques et recherche particulièrement l’influence des procédés d’élaboration sur les propriétés mécaniques des alliages légers(5).
- L’attribution du Prix Charles Fremontà M. Fournier lui permettra de continuer fructueusement ces travaux et récompensera ses persévérents efforts.
- Il convient de signaler que, dans ses recherches, M. Fournier s’est inspiré des deux points chers au regretté Charles Fremont, à savoir :
- 1° Réalisation de l’essai sollicitant le métal dans des conditions se rapprochant le plus possible de celles de son utilisation industrielle ;
- 2° Élimination, dans les résultats numériques obtenus, de l’action de facteurs arbitraires dus au dispositif employé.
- Prix Charles Féry.
- Madame Charles Féry, en souvenir de son mari, qui fut membre du Comité des Arts économiques, et pour se conformer au désir qu’il lui avait maintes fois exprimé, a mis en 1935, à la disposition de la Société d’Encouragement une somme de 5 000 francs pour récompenser, du Prix Charles Féry, un jeune physicien : 1° ayant déjà exécuté ou sur le point d’achever des travaux intéressants; 2° ayant des charges de famille et à qui la somme rendra service, condition sine quanon.
- Le Prix Charles Féry est décerné à M. Pierre Toulon.
- Rapport présenté par M. Jean Carpentier, au nom du Comité des Arts économiques,
- sur les travaux de physique de M. Pierre Toulon.
- M. Pierre Toulon, âgé de 38 ans et père de trois enfants âgés de 11, 9 et 7 ans, s’occupe depuis une vingtaine d’années de très nombreuses inventions qui portent presque toutes sur des applications industrielles de la physique. La crise économique l’a privé de tous les postes sauf un d’ingénieur-conseil qu’il occupait auprès de plusieurs constructeurs; mais il continue à travailler comme collaborateur libre au Laboratoire de Chimie physique (MM. Perrin et Noetzlin) à la Sorbonne. Soit seul, soit en collaboration avec les ingénieurs de diverses sociétés, il a déposé plus de 70 demandes de brevets. Nous ne citerons que les plus remarquables de ses travaux et de ses recherches, qui touchent à presque toutes les branches de la physique.
- Dans le domaine des tubes à basse pression, M. Pierre Toulon a imaginé un procédé, dit « par déphasage » qui permet, notamment, d’obtenir un contrôle électrostatique et progressif du courant dans les redresseurs à vapeur de mercure. Avec ces appareils, on réalise des relais d’une extrême sensibilité, comme avec les lampes à trois électrodes, mais les puissances contrôlées sont beaucoup plus
- (5) Sur les variations de propriétés mécaniques observées sur un alliage Al-Mg en fonction de Raffinage (Comptes rendus, t. 200, 1935, p. 1398).
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- importantes. M. Toulon a réalisé aussi une cellule photo-électrique utilisant le phénomène de l’émission secondaire pour amplifier le courant des tubes luminescents, notamment pour la télévision.
- Dans le domaine de l’acoustique, M. Toulon a étudié, dès son origine, le haut-parleur électrodynamique, et il en a perfectionné la technique à diverses reprises. 11 a inventé un haut-parleur électrostatique à champ excitateur auxi liaire. Il a conçu un appareil de synthèse des sons par cellule photo-électrique, et un orgue, appelé « cellulophone ». On lui doit un appareil reproducteur du son enregistré sur pellicule cinématographique, aujourd’hui très répandu.
- Dans le domaine de l’optique, il a imaginé : des dispositifs de projection en relief, un cinéma à déroulement continu de la pellicule.
- En électrotechnique, il a étudié : un redresseur de tension basé sur le principe de l’étincelle pilote, des appareils multiplicateurs de phases, des régulateurs de tension, des systèmes de refroidissement des transformateurs, des appareils de soudure électrique.
- En T. S. F., il a étudié : de nouveaux types d’amplificateurs ayant des caractéristiques sélectives spéciales, pour la transmission des images; des montages antiparasites; des systèmes de modulations à grand rendement; des appareils protecteurs contre le vol, et de nombreux perfectionnements aux appareils de télévision portant sur la synchronisation, l’amplification de la lumière.
- Ce court exposé montre que l’ingéniosité de M. Pierre Toulon s’est appliquée aux diverses branches de la physique. L’époque particulièrement pénible que nous traversons n’a pas permis à quelques-unes de ces inventions de se développer comme elles le méritaient et M. Toulon connaît les douloureuses épreuves de l’inventeur que la fatalité oblige à se voir abandonné de ses collaborateurs les plus précieux. C’est seulement dans l’amour de la science qu’il puise l’énergie nécessaire pour poursuivre ses travaux.
- Prix Parmentier.
- Les Exposants de la Classe 50, à l’Exposition universelle de Paris de 1889, ont remis à la Société d’Encouragement, sur l’initiative de M. Aimé Girard, une somme destinée à fonder un prix de 1 000 francs (Prix Parmentier), décerné tous les trois ans pour récompenser des recherches scientifiques ou techniques susceptibles d’améliorer le matériel ou les procédés des usines agricoles et des industries alimentaires. En raison de l’application des décrets-lois de juillet 1935, le montant du prix décerné en 1935 est réduit à 950 francs.
- Le. Prix Parmentier est décerné à M. André Lepigre.
- Rapport présenté par M. Paul Vayssière, au nom du Comité d’Agricullure, sur les travaux de M. André Lkpigiîk sur la désinfection des végétaux et des denrées agricoles.
- Depuis une dizaine d’années, M. André Lepigre, directeur-adjoint de l’Insectarium d’Alger, s’est consacré particulièrement aux recherches sur la désinfection des
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- végétaux et des denrées agricoles. Il porta son activité tant sur l’amélioration du matériel que sur le choix des insecticides susceptibles d’être utilisés.
- Ses études sur l’emploi de l’oxyde d’éthylène sont particulièrement importantes et ont fait l’objet de mémoires très remarqués qui ont paru dans notre Bulletin.
- M. Lepigre s’attacha tout d’abord à préciser le rôle joué par l’adjonction d’anhydride carbonique à l’oxyde d’éthylène. On savait déjà que cet anhydride est un accélérateur chimique de la pénétration des insecticides gazeux dans le système trachéen des insectes, par son pouvoir de maintenir les stigmates ouverts. Il était donc particulièrement indiqué pour constituer avec l’oxyde d’éthylène un mélange ininflammable. Des recherches ont été poursuivies par M. Lepigre à l’Insectarium d’Alger pour préciser les proportions du mélange. Des diagrammes faisant nettement ressortir le pourcentage des trois composants (oxyde d’éthylène, anhydride carbonique, air) ont été imaginés pour remplacer ceux qui étaient préconisés par Jones, dans lesquels la valeur, pour chaque point, de la teneur de l’atmosphère en oxyde d’éthylène, ne ressort pas.
- Dans le cas où il y a impossibilité à employer des mélanges ininflammables, M. Lepigre a obtenu, des constructeurs d’installations de désinfection, l’adjonction d’un dispositif permettant de ne faire tourner la pompe à vide qu’autant que la chemise refroidissante est effectivement alimentée en eau, l’interruption du débit faisant cesser le passage du courant électrique : on évite ainsi toute possibilité de provoquer l’inflammation du mélange d’oxyde d’éthylène et d’air.
- Pour la désinfection des blés stockés, M. Lepigre a mis au point un appareillage, constitué essentiellement par des sondes spéciales facilitant l’introduction, dans les meilleures conditions possibles, à l’intérieur de la masse du grain, le mélange homogène d’oxyde d’éthvlène et de gaz carbonique.
- Il convient d’ajouter que les constructeurs d’installations de désinfection restent en étroit contact avec M. Lepigre, dont les conseils éclairés permettent d’apporter constamment des perfectionnements à leur outillage.
- Médailles Dumas.
- La médaille Dumas a été instituée en 1897, sur l’initiative d’Aimé Girard, en faveur des ouvriers qui, sans quitter les ateliers, se sont peu à peu élevés jusqu au rang de directeur d'usine ou chef d'un service important dans un grand établissement industriel ou agricole.
- La Société d’Encouragement ne décerne en général chaque année qu’une seule médaille Dumas; mais cette année, comme l’année dernière, en raison des mérites exceptionnels de deux des candidats présentés, elle en décerne deux : l’une à M. Eugène Delacoste, l’autre à M. Léon Decaille.
- Rapport présenté par M. Alby, au nom de la Commission des Fonds, sur les titres
- de M. Eugène Delacoste à la Médaille Dumas.
- 11 y a aujourd’hui plus de 50 ans, le 10 août 1885, Eugène Delacoste entrait à la maison Derolland, fabricant de jouets en caoutchouc ayant une maison de vente à Paris, 7, rue Notre-Dame-de-Nazareth, et une usine dans la commune d’Asnières-135e Année. — Mai 1936. 19
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- sur-Oise (Seine-et-Oise) à quelque 35 km au nord de la capitale, dans la vallée d’Oise, au pied de la forêt de Gamelle.
- Il entrait dans cette honorable maison comme petit commis au service des expéditions des marchandises. Gomme il montrait des qualités d’intelligence et d’assiduité, il passait successivement dans tous les services concernant l’expédition des marchandises et leur réception à Paris.
- Après une douzaine d’années, en décembre 1897, il était envoyé à l’usine Derolland à Asnières, où son père dirigeait un atelier, pour y travailler avec lui ; la mort de son père, survenue peu après, le fit placer à la tête de l’atelier de réparations et adjoindre à la direction de l’usine en 1900, usine qui prit en 1905 le double nom de Derolland et B. Delacoste, M. B. Delacoste, frère d’Eugène Delacoste, étant devenu le gendre de M. Derolland.
- La maison, continuant à prospérer, devint, après le décès de M. Derolland, Delacoste et Cie en 1925, et Eugène Delacoste exerça successivement en 1925 les fonctions de directeur de l’importante usine d’Asnières et, de 1928 à 1934, celles de co-gérant delà Société avec son frère, B. Delacoste, décédé récemment.
- L’usine d’Asnières, malgré le temps de crise, occupe 550 ouvriers et la Société maintient sa situation, malgré la dureté de la concurrence, en demeurant à la tête du progrès.
- C’est ainsi qu’elle vient de transformer totalement sa fabrication en substituant aux anciennes méthodes qui consistaient à confectionner les jouets avec des feuilles de caoutchouc apprêté laminées à partir du crêpe, le moulage direct du latex transporté à l’état liquide du pays de production à l’usine. Directeur d’une importante usine, Eugène Delacoste n’a jamais négligé le rôle social du patron. Les ouvriers disposent de 164 jardins, et 52 logements, à prix très modérés, sont mis à leur disposition. Un grand nombre reçoivent des prêts pour achat de maison et trouvent toujours un concours précieux pour l’amélioration de leur habitation. ,
- Bapport présenté par M. E. Lemaire, agent général, au nom du Comité des Constructions et des Beaux-Arts, sur les titres de M. Léon Ducaille à la Médaille Dumas.
- M. Léon Ducaille est entré, en 1897, à l’âge de 13 ans, comme apprenti typographe à l’Imprimerie Paul Brodard, à Coulommiers (Seine-et-Marne), société devenue aujourd’hui Imprimerie Paul Brodard et Ateliers J. Taupin réunis, avec une imprimerie à Coulommiers et des ateliers de brochage et de reliure à Paris.
- M. Ducaille s’est fait remarquer immédiatement par son intelligence, sa conscience professionnelle, son dévouement et le désir de se perfectionner dans son métier. Après avoir occupé divers postes à l’Imprimerie Brodard, demeurant toujours fidèle à la maison de Coulommiers, il est devenu, en raison de ses aptitudes, comptable, prote, puis enfin chef des services administratifs, poste qu’il occupe encore actuellement; il a donc près de 40 années de services dans la même maison. Il convient de signaler que, pendant sa carrière, M Ducaille n’a jamais cessé de s’intéresser aux œuvres sociales et de rendre plus faciles les conditions d’existence de scs camarades, luttant ainsi de toutes ses forces contre leur exode vers la ville tentaculaire qu’est Paris. Aussi, a-t-il été porté par ses pairs à la vice-présidence de la Société mutuelle de l’Imprimerie. Il est titulaire de la croix de guerre, de la Médaille d’honneur du travail, de la médaille d’argent du Cercle de la Librairie et de la médaille d’argent des Œuvres de Prévoyance sociale.
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- Prix Fourcade.
- Les Exposants de la classe 47 (fabrication de produits chimiques) à l’Exposition universelle de Paris de 1878, sur l’initiative et avec la coopération de M. Fourcade, ont fondé, auprès de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, un prix de 1000 fr qui est remis chaque année, en séance solennelle de la Société, à Y ouvrier des exposants de la classe 47 ayant le plus grand nombre d’années consécutives de services dans la même maison. Le montant de ce prix est réduit à 950 francs en 1935, en application du décret-loi de juillet 1935.
- La Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale décerne, pour l’année 1935, le prix Fourcade à M. Arthur Désiré Bridelance, sur rapport de M. E. Lemaire, agent général.
- Né à Saint-André (Nord) le 26 août 1865, M. A. D. Bridelance est entré le 1er novembre 1881, à la vieille usine de La Madeleine-lez-Lille que possèdent les Établissements Kuhlmann, devenus aujourd’hui Compagnie nationale de Matières colorantes et Manufacture de Produits chimiques du Nord réunies. M. Bridelance a donc plus de 54 ans de services ininterrompus dans la même maison.
- M. Bridelance est entré à l’usine de La Madeleine comme ouvrier charpentier, poste qu’il a occupé pendant 20 ans. Jugé digne, par ses qualités professionnelles, de diriger comme contremaître l’atelier où il avait débuté, il n’a cessé de donner pleine satisfaction : il sait non seulement lire un plan et interpréter un croquis, mais aussi organiser parfaitement le travail des ouvriers qui sont sous ses ordres. Il est assidu, dévoué et consciencieux. lia élevé deux enfants, dont un fils, menuisier, âgé aujourd’hui de 50 ans.
- Il convient de remarquer que, comme l’année précédente, c’est encore un ouvrier des Établissements Kuhlmann qui bénéficie du Prix Fourcade. Cette remarque a son importance : elle détruit le préjugé encore trop répandu que les fabriques de produits chimiques sont des établissements malsains ; elle est aussi toute à la louange à la fois des ouvriers français et de ceux qui les dirigent. D’ailleurs, cette remarque ne s’applique pas seulement aux Établissements Kuhlmann mais à d’autres vieilles maisons où les bonnes traditions françaises se sont conservées. Comme les années précédentes, plusieurs candidats avaient en effet concouru cette année pour l’obtention du Prix Fourcade. Les conditions strictes dans lesquelles il doit être décerné obligent malheureusement la Société d’Encouragement à ne retenir qu’un seul candidat.
- Prix Meynot.
- Le prix Meynot, d’une valeur de 1 000 fr, est destiné à récompenser, « un cultivateur, viticulteur ou maraîcher, qui, cultivant son bien ou le bien d’autrui en qua-
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- lité de colon à mi-fruits ou à prix d’argent, avec les bras de sa famille, soit seul soit avec un ouvrier au plus, donnera le meilleur exemple par sa conduite, son assiduité au travail, par l’ordre dans son ménage, et qui, par l'application des meilleures méthodes de culture et de l’outillage le plus perfectionné, aura réalisé les meilleurs résultats de sa petite exploitation ».
- En 1985, le Prix Meynol doit être attribué à un cultivateur de la région du Sud-Est de la France et le montant du prix est réduit à 950 francs, en application du décret-loi de juillet 1985.
- Le prix Meynot est décerné en 1985, par moitié à M. François Brunier. et à M. Charles Fourcade.
- Rapport présenté par M. Louis Tardy, au nom du Comité d’Agriculture sur les
- titres de M. François Prunier et de M. Charles Fourcade au Prix Meynot.
- Après examen des différentes propositions, toutes très intéressantes, qui ont été faites à la Société d'Encouragement, le Comité d’Agriculure, en a retenu deux : celles de M. Prunier et de M. Fourcade. Ce Comité a examiné avec la plus grande attention les titres respectifs de ces deux agriculteurs; ils leur ont paru mériter l’un et l’autre le Prix Meynot.
- Les époux Prunier habitent La Batie-Divisin, canton des Abrels (Isère). Entrés dans la même ferme, ils s’y sont connus et mariés. Ils ont élevé 18 enfants dont 16 encore vivants. Plusieurs sont mariés et établis; quelques-uns restent avec leurs parents pour les aider à l’exploitation d’une propriété de 22 ha. d’une valeur de 70 000 fr environ.
- Celte propriété, achetée à crédit, appartient aujourd’hui en propre aux époux Prunier. Ils l’ont acquise uniquement par leur travail; ils la font entièrement valoir par leurs propres moyens avec le seul concours de leurs enfants.
- M. Brunier est un spécialiste de l’élevage des bovidés et présente à chaque concours agricole de sa région un lot d’animaux remarquables.
- C’est en outre un travailleur opiniâtre, d’une parfaite honorabilité et d’une sobriété exemplaire, vivant en parfaite union dans son ménage. Père de famille sérieux et d’une parfaite moralité, il jouit de l’estime générale de ses concitoyens. M. Prunier est un cultivateur avisé et méritant, tout à fait digne d’intérêt.
- M. Charles Fourcade, cultivateur à Lachamp (Lozère), Agé de 46 ans, est pensionné de guerre avec 30 p. 100 d’invalidité, li est pèn; de 14 enfants tous âgés de moins de 16 ans.
- Il est propriétaire d’un domaine qu’il exploite et qu’il a agrandi progressivement au fur et à mesure que sa famille devenait plus nombreuse. (7e domaine est de 29 ha, et il y a effectué des améliorations qui en ont doublé la valeur. M. Fourcade a pu acheter cette petite ferme en 1920 grâce à un prêt de 20 000 fr du Crédit agricole; il cultive sa petite propriété avec l’aide de sa famille et un seul ouvrier.
- Les renseignements recueillis sur sa moralité sont excellents.
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- Médailles d’or.
- Rapport présenté par M. Paul Dumanois, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur les travaux de M. Eugène Vellay sur la construction des avions et notamment sur leur stabilité.
- Il n’est pas d’industrie dont le développement soit aussi intimement lié au progrès de la technique que l’industrie aéronautique.
- La construction en série d’avions qui ne satisferaient pas à des conditions minima de performances de solidité et de stabilité se traduirait, non seulement par une perte d’argent, mais par une perte de vies humaines.
- On peut dire que la technique intervient de deux manières : d’une part, l’amélioration des profils permet d’obtenir plus de vitesse avec moins de puissance; d’autre part, la solidité de la construction et la stabilité sont des facteurs essentiels de sécurité.
- Pendant très longtemps, on s’est borné à définir la stabilité d’un avion par l’opinion de pilotes d’essais spécialement entraînés. Cette méthode, encore préconisée par certains, est beaucoup trop subjective pour pouvoir donner des résultats identiques à eux-mêmes, l’appréciation étant toujours fonction de l’opérateur.
- En fait, on ne connaît un phénomène que quand on a la possibilité de le chiffrer et c’est le but qui a été poursuivi par la pensée humaine, dans tous les domaines de la connaissance, de rechercher des méthodes permettant de mesurer un phénomène en dehors de toute équation personnelle.
- Certes M. Eugène Vellay a fourni des travaux originaux et personnels sur : le calcul graphique des limites de flambage des poutres comprimées à inertie variable ;
- les vitesses critiques de torsion d’une aile sur la vitesse d’inversion des ailerons; les vitesses dangereuses, pour les ailes sustentatrices; les fabrications de cellules; le calcul des avions;
- la détermination des efforts en vol et des charges à imposer aux chargements des avions.
- Mais c’est par le rôle qu’il a joué dans l’étude de la stabilité des avions, dans la mise en œuvre des méthodes permettant de la chiffrer objectivement qu’il a rendu les services les plus éminents, d’autant que M. E. Vellay, en plus de sa compétence technique, possède cette qualité si précieuse dans un service de contrôle dont les jugements s’opposent parfois aux intérêts privés qu’est le courage civique.
- Par la persévérance avec laquelle il a agi au Centre d’Essais de Villacoublay pour maintenir le culte de la méthode scientifique en matière d’essais d’aviation, M. Vellay a contribué d’une matière efficace et certaine à l’augmentation de la sécurité.
- Dirai-je enfin que, quand il est amené à émettre une critique sur un appareil, M. Vellay a le droit de la faire, car il est de ces ingénieurs nombreux qui considèrent que la technique ne peut se développer qu’avec l’expérience pratique. M. Vellay, comme pilote d’avion, a plus de 400 heures de vols d’essais, au cours desquelles un accident grave en vol de nuit.
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- Rapport présenté par M. Paul Dumanois, au nom du Comité des Arts mécaniques,
- sur les travaux de M. Roger Rrard, sur la construction du navire.
- Comme les années précédentes, l’Association technique maritime et aéronautique a proposé un de ses collaborateurs pour l’attribution d’une récompense de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale. Son choix s’est porté sur M. Roger Brard, Ingénieur du Génie maritime, docteur ès sciences.
- Dès 1929, M. Brard, ingénieur-élève du Génie maritime, a publié un mémoire contenant un exposé d’idées toutes nouvelles sur la géométrie des carènes.
- La même année, M. Brard abordait un problème pratique au sujet de l’action des quilles sur la période de roulis des navires, expliquant le fait que certains navires munis de quilles de roulis ont des roulis plus amples que les mêmes navires sans quille.
- En 1930, M. Brard publiait une étude d’ensemble sur les économies réalisables moyennant des modifications ne nécessitant que des dépenses rapidement amortissables dans rinstallation des appareils moteurs et évaporatoires du navire.
- Depuis 1931, M. Brard a consacré ses recherches aux phénomènes d’écoulement autour des hélices.
- La première étude qu’il a fournie a trait à l’apparition de la cavitation.
- En 1932, il aborde une théorie de l’hélice avec calcul des couples et poussées, détermination des pressions locales et prévision de la cavitation.
- En 1934, et comme conclusion des travaux précédents, M. Brard a présenté une étude mathématique sur les écoulements en régime de cavitation.
- Ce mémoire a été complété, en 1935, par un autre, propre à fournir rapidement la solution du problème des écoulements plans avec cavitation.
- Pour concrétiser la valeur des travaux de M. Brard, nous nous bornerons à signaler que les hélices du Normandie avaient été soumises à cette méthode de calcul et l’on peut dire que M. Brard a une part importante dans les magnifiques performances réalisées par ce navire.
- Dans cet ensemble de travaux on trouve associés une haute culture mathématique et le souci des réalités.
- Rapport présenté par M. Léon Guillet, au nom du Comité des Arts chimiques, sur
- les travaux de métallurgie de M. Jean Galibourg.
- M. Jean Galibourg, Ingénieur des Arts et Manufactures, docteurs ès sciences, maître de conférences à l’Ecole centrale, s’est distingué par de nombreux travaux sur les produits métallurgiques; les premiers datent de 1919. Ses recherches ont porté :
- Sur la thermoélectricité des métaux et alliages (thèse de doctorat, création d’un appareil très simple permettant d’identifier les aciers, que l’industrie utilise). Ce travail lui valut le prix annuel de la Société des Ingénieurs civils de France ;
- Sur le vieillissement des aciers, notamment l’influence du temps et de la tempé-
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- rature après écrouissage par traction, sur les caractéristiques mécaniques des aciers ;
- Sur les moulages en aciers spéciaux et leurs traitements thermiques;
- Sur les essais à chaud et la détermination de la viscosité. C’est là une longue suite de recherches de toute première importance qui ont révélé notamment l’influence considérable de faibles doses de molybdène sur les propriétés à chaud des aciers chrome-nickel ;
- Sur la protection en cémentation (en collaboration avec M. Ballay) et l’emploi d’enduits faciles à déposer;
- Sur le traitement thermique des alliages cuivre-aluminium n’ayant pas de point de transformation (en collaboration avec M. Guillet);
- Sur les criques qui se produisent dans la rectification des pièces cémentées (en collaboration avec MM. Guillet et Beuret);
- Sur la trempe martensitique des fontes.
- Toutes ces études ont fait l’oblet de notes parues dans les Comptes Rendus de l'Académie des Sciences, et de mémoires, parfois très développés, publiés notamment par la Revue de Métallurgie.
- De plus, M. Galibourg a rempli des missions importantes aux Etats-Unis, en Belgique (comme professeur d’échange) et est intervenu très heureusement dans de nombreux congrès, notamment à Liège, et, tout récemment, à Paris où, comme commissaire général-adjoint, il a organisé une très belle exposition d’appareils de contrôle; d’ailleurs, il avait été chargé aux Expositions de l’Aviation de 1928, 1930 et 1932, de présenter des ensembles des méthodes d’essais et des traitements et aussi une rétrospective des appareils de recherches scientifiques qui furent très remarqués.
- Le rôle de M. Galibourg dans les recherches scientifiques et techniques relatives aux produits métallurgiques s’affirme comme de tout premier plan.
- Bapport présenté pa M. J. Loebnitz, au nom du Comité des Arts chimiques, sur les
- travaux de céramique de M. Pierre Brémond.
- M. Pierre Brémond, né à Paris le 19 septembre 1891, est ingénieur-chimiste de l’École de Physique et de Chimie industrielles de la ville de Paris (promotion 1910) ; il a principalement dirigé ses études sur des questions intéressant l’industrie céramique.
- Chimiste en chef de la Manufacture nationale de Sèvres, son rôle concerne le choix des matières premières : contrôle, fabrication des pâtes, couleurs, émaux, surveillance technique des moufles, etc.
- De 1919 à 1928, il a été chef des travaux pratiques à l’École nationale supérieure de Céramique de Sèvres et, depuis 1928, il y est professeur de technologie et de chimie. Durant ces quinze années d’enseignement, portant sur les industries des silicates, M. Brémond a collaboré activement à la réorganisation et à la mise au point des programmes actuels de l’École ainsi qu’à l’organisation des nouveaux laboratoires de chimie, de technologie et de physique industrielle.
- Dans la fabrication des produits céramiques, les matières mises en œuvre, leur façonnage, leur cuisson, les émaux et les couleurs sont autant d’éléments dont la constitution et les variations ne peuvent être définies de façon rigide; la pratique.
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- l'expérience conservent toujours un rôle important, et cependant, celui delà science, dans de semblables matières, s’est fortement- développé. Le secours de celle-ci ne doit pas être envisagé sans tenir compte de foules les autres variables qui se rencontrent et pour lesquelles l'empirisme a permis des réalisations et observations qui ne peuvent être négligées. M. Brémond l’a parfaitement compris dans l’ensemble des éludes, conférences, publications qu’il a laites. Aussi, depuis 1931, l’Institut de Céramique française l’a-t-il chargé de la direction de son laboratoire, où il poursuit des recherches théoriques et pratiques pour les industries de la céramique, de l’émaillerie, de la verrerie, et de l’enseignement donné aux stagiaires (industriels, ingénieurs, techniciens) venant de l’industrie pour se perfectionner, se documenter, ou pour rechercher une amélioration de leurs fabrications.
- En mai 1933, M. B rémond est reçu ingénieur-docteur avec mention très bien pour une thèse sur La pennéabilllé gazeuse des produits céram iques aux diverses températures. Etude théorique et expérimentale de ses lois et de son rôle dans les cuissons. Ses travaux ont fait l’objet de conférences ou communications à divins congrès, savoir : Congrès annuels des Fabricants de Produits céramiques de France 1926. 1928, 1929, 1931, 1933, 1934 et 1933; 1er Congrès de la Porcelaine de Limoges, de 1933; — Congrès du Chauffage Industriel de 1923 et de 1933; — Congrès de. Chimie industrielle de 1931 et de 1934; — Congrès international de la Céramique et de la Verrerie, Milan, 1933.
- D’autres de ses travaux ont paru dans les publications de l’Institut de Céramique ou dans l’organe du Syndicat des Fabricants de Produits céramiques de France.
- Ces études sont le plus souvent poursuivies en prenant une même question ou des questions similaires sous des aspects différents ou des particularités. Ainsi, aux Congrès techniques de la Céramique, M. B rémond a présenté l’étude de la cuisson des produits céramiques vitrifiés (porcelaine ou grès) : en 1926, au moyen de la porosité; en 1931, d’après la mesure des retraits; en 1932, d’après la mesure de leurs densités.
- Des études de M. B rémond ont également paru dans Transactions of the Ceramic Society, en 1930 et en 1933.
- Mais il ne suffit pas de mener à bien des études sur les questions particulières; il importe aussi de permettre de trouver le plus sûrement possible la documentation intéressante. Dans ce but, M. B rémond a établi une classification générale pour les industries de la céramique, de la verrerie, de l’émaillerie, des chaux et ciments, demandée par l’Institut de Céramique. Suivant cette classification générale, qui est décimale, l’I. C. F. publie semestriellement un bulletin de documentation établi d’après les documents et les périodiques réunis à la Bibliothèque de l’Institut de Céramique, à Sèvres, et sa rédaction est confiée à M. Brémond
- En dehors des travaux ainsi publiés, M. Brémond a entrepris, à la Manufacture nationale de Sèvres, des travaux pratiques grâce auxquels il a réalisé, notamment pour certaines fabrications intéressant la défense nationale, des pièces que, jusqu’alors, nous devions nous procurer à l’étranger. Les problèmes qu’il a résolus successivement consistaient en l’obtention de matières de porosité, de perméabilité et parfois de résistivité électrique déterminées, destinées à la filtration de gaz ou à l’électrolyse de nombreux produits. Il en résulte une sécurité plus grande et aussi la possibilité de constituer un approvisionnement.
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- Rapport présenté par M. Henry Le Chatelier, au nom du Comité des Arts
- chimiques, sur les travaux d('.métallurgie de M. Jean Cournot.
- M. Jean Cournot, ancien élève de l’Ecole polytechnique, est né le 16 juillet 1905. Il est actuellement professeur de métallurgie générale à l’École d’Aéronautique et chef des travaux pratiques de métallurgie au Conservatoire national des Arts et Métiers.
- Dès sa sortie de l’École polytechnique, il a consacré toute son activité à des recherches de science métallurgique, qui ont fait l’ojet de nombreuses notes présentées à l’Académie des Sciences. Il s’est particulièrement occupé des propriétés des alliages. Il a étudié l’influence des additions d’étain et de cadmium aux alliages riches en plomb qui servent de métaux antifrictions.
- Au point de vue monétaire, il a poursuivi des recherches sur la coloration des maillechorts ordinaires et spéciaux; il a étudié des alliages complexes d’argent tenant jusqu’à quatre autres constituants : cuivre, zinc, cadmium et nickel; enfin des alliages d’or succédanés du platine.
- En sidérurgie, il a recherché l’influence des additions de molybdène aux aciers et celle des additions de nickel et de chrome aux alliages légers d’aluminium et de magnésium.
- Les propriétés des alliages ne dépendent pas seulement de leur composition chimique, mais encore des conditions de température dans lesquelles ils sont employés et des traitements thermiques qu’ils ont subis antérieurement. Dans ce domaine, M. Cournot a étudié les phénomènes de viscosité à chaud et l’effet des très basses températures. Puis, il a étendu ses recherches : aux déformations et tapures de trempe, au recuit du fer électrolytique et à la trempe de certains alliages binaires d’argent.
- Dans un autre domaine, il a examiné les dépôts chimiques protecteurs de l’aluminium notamment le cadmiage, le chromage et le cobaltage. 11 a été conduit ainsi à étudier la corrosion des différents alliages légers et des aciers inoxydables.
- Au cours de ces diverses études, M. Cournot a été amené à combiner de nouveaux appareils d’essais pour : la métallographie, les propriétés mécaniques, le degré de poli des surfaces et le coefficient de viscosité.
- Pendant l’année 1935, toute son activité s’est concentrée sur l’organisation du Congrès des Mines, de la Métallurgie et de la Géologie appliquée, dont il était le commissaire général. Ce congrès a remporté un très grand succès : 1 700 membres s’y sont fait inscrire et les communications ont été si nombreuses qu’il a fallu subdiviser certaines sections en 7 sous-sections.
- Rapport présenté par M. Albert Portevin, au nom du Comité des Arts chimiques, sur les travaux de métallographie de M. René Castro.
- De tout temps, la présence et le rôle de l’oxygène dans l’acier ont préoccupé les métallurgistes et, par suite, ont provoqué, de la part de ceux d’entre eux qui ont l’esprit scientifique, des recherches en vue de doser cet élément ou de connaître l’état sous lequel il existe dans l’acier : on ne saurait, en effet, émettre à cet égard
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- une opinion sérieuse et motivée sans ces données indispensables. Une série de recherches patientes et persévérantes fut entreprise, vers 1918, notamment par Oberhoffer, ses collaborateurs et ses continuateurs, à Aix-la-Chapelle, pour aboutir, après plus de 10 ans d’études, à une méthode de dosage de l’oxygcne total par réduction dans le vide par le carbone, opération délicate et minutieuse, comportant des précautions comparables à celles de la détermination des poids atomiques.
- En 1932, M. René Castro, Ingénieur des Arts et Manufactures, après s’être initié à la métallographie au laboratoire de l’Ecole centrale, effectua un stage de plus d’un an à Aix-la-Chapelle pour se mettre au courant de ce procédé de dosage. Au bout de quelques mois, il apporte d’emblée des améliorations à cette méthode qui paraissait avoir atteint cependant un haut degré de perfection, améliorations que consacre un mémoire intitulé Zur Sauerstoffbestimmung nach dem Vakuumschmelzverfahren, et paru dans Archiv fïtr Eisenhüttemvesen (VI, 189, 1932-1933).
- De retour en France, il crée, au laboratoire des Aciéries d’Ugine, une installation modèle de dosage d’oxygène total, complétée par celle du dosage de l’oxygène combiné, par diverses méthodes, et il ne cesse d’y apporter des améliorations d’outillage avec dispositifs ingénieux dont nous trouvons des échos ici même par la présentation d’une trompe à mercure à collection entièrement automatique à l’usage des laboratoires de physico-chimie!1). Les derniers perfectionnements qu’il a réalisés, et qui mettent en lumière des qualités d’expérimentateur de premier ordre, doivent faire l’objet d’une publication prochaine, faisant suite à un état actuel complet des méthodes de dosage paru dans la Revue de Métallurgie en 1932 et à une conférence sur le même sujet à la Société de Chimie industrielle en 1934.
- Mais le dosage de l’oxygène total et combiné n’est qu’une des données du problème : il faut connaître les caractères structuraux et morphologiques des inclusions auxquelles cet élément donne naissance, conjointement avec le soufre, dans l’acier, ainsi que l’évolution de ces inclusions au cours de l’élaboration du métal. M. Castro a entrepris, depuis plus de deux ans, une étude morphologique complète des inclusions des produits industriels, en relation avec les conditions de fabrication, et dont une première partie vient d’être présentée au meeting de printemps de VIron and Steel Institute, travail illustré de micrographies qui ont été l’objet des appréciations les plus élogieuses des métallurgistes les plus qualifiés.
- Cela mit M. Castro au courant des derniers perfectionnements de la technique de la micrographie dont il vient d’exposer remarquablement les progrès dans une publication toute récente de la Collection des Actualités scientifiques et techniques de la librairie Hermann.
- Par ailleurs, sa parfaite connaissance de la langue allemande lui a permis de présenter une excellente traduction de l’ouvrage de Schuz et Stotz sur la fonte malléable, qui se trouve être ainsi le premier ouvrage publié en français, consacré spécialement à cette industrie qui a accompli de grands progrès ces dernières années.
- En s’attachant avec succès aux problèmes les plus difficiles de la technique des laboratoires de métallurgie, M. Castro a rendu de signalés services, tout en contribuant, tout particulièrement, au bon renom des métallurgistes français à. l’étranger.
- (1) Voir le Bulletin de mars 1933, p. 187.
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- Rapport présenté par M. Pierre Jolibois, au nom du Comité des Arts chimiques,
- sur les travaux de chimie de M. Georges Champetier.
- Les travaux de M. Georges Champetier, docteur ès sciences physiques, chargé de recherches à l’Institut de Biologie physico-chimique, sont pleinement dignes d’attirer l’attention de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale.
- Les résultats obtenus dans ses études ont montré chez lui, non seulement une vaste culture générale, mais encore une habileté expérimentale remarquable.
- Il a signalé en particulier, dans un travail très personnel, l’identité de toutes les celluloses naturelles au moyen de leur spectre de rayons X. Par le même procédé, il a pu déceler l’existence de nombreux composés d’addition : alcalis-celluloses, hydrates de cellulose, phosphate de cellulose, dont il a donné les formules exactes. L’existence de ces composés a permis d’expliquer très simplement quelques propriétés colloïdales de la cellulose dont l’interprétation n’avait pas été donnée avant les travaux de ce jeune savant.
- Dans un autre ordre d’idées, M. G. Champetier a porté ses efforts sur les composés du deutérium, ou hydrogène lourd, et spécialement sur l’eau lourde (1).
- Il en a réalisé la préparation dans un appareil établi sur ses plans et a pu, de cette manière, déterminer le pouvoir diélectrique et le moment électrique de l’eau lourde.
- Il a constaté que certaines réactions étaient plus lentes au sein de l’eau lourde que dans l’eau ordinaire et a montré, dans les ions complexes, l’échange moléculaire de l’eau lourde avec l’eau légère.
- Au point de vue physiologique, des observations nouvelles ont été faites par lui sur les conditions de vie des végétaux et des animaux inférieurs au sein de l’eau lourde. Il résulte de ses expériences que l’eau lourde semble troubler moins les phénomènes d’entretien que ceux de croissance, mais qu’elle n’est ni toxique ni abiotique, comme on l’avait cru avant lui.
- Il y a lieu de citer également, parmi les travaux de M. Champetier, ses études sur les dérivés organométalliques du fer, sur le spectre des oxydes de cuivre, et ses remarquables articles Niobium et Tantale, du grand traité de chimie minérale de Pascal, et Cellulose et Lichenine, du traité de Grignard.
- Sa grande activité scientifique est doublée de qualités administratives précieuses, grâce auxquelles il dirige, avec une compétence hors de pair, la rédaction du Bulletin de la Société chimique de France.
- Sur le rapport de M. Georges Wery, présenté au nom du Comité d’Agriculture, une médaille d’or est décernée à MM. Henry Girard et Georges Jannin pour leurs recherches sur l'élevage du mouton de rapport en France. (Voir la note de M. G. Wery, sur cette question dans le Bulletin de février 1936, p. 81.)
- (1) Voir à ce sujet, dans le Bulletin de mars 1936, p. 202, le comple rendu de la séance 22 février 1936, au cours de laquelle M. Georges Champetier a traité cette question. Le texte de sa communication a paru dans le Bulletin d’avril 1936, p. 237-249,
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- Rapport présente par M. Georges Risler, au nom du Comité de Commerce, sur
- Vœuore de l’Entiî’aide des Femmes françaises.
- L’action de l’Entr’aide des Femmes françaises se rapproche à divers titres de celles que poursuit l’Union des Femmes de France. Elle mérite également les plus grands encouragemen ts.
- Fondée en 191 7, par Mme Talheimer, l’Entr’aide des Femmes françaises a pour but la création de toutes œuvres d’entraide sociale destinées à protéger la première enfance. Elle a actuellement son siège à Paris, 12, rue Clément Marot (8e).
- Pour remplir le but qu’elle s’est fixé, cette association a organisé des conférences, des cours, créé une école de puériculture. Elle accorde en outre des secours aux mères et entretient plusieurs pouponnières.
- C’est là une œuvre de toute première importance, si l’on songe qu’en 1932, 33 177 enfants de moins d’un an sont morts dans notre pays, victimes, pour la moitié d’entre eux, du logement insalubre, d’une mauvaise alimentation ou de soins défectueux.
- L’Entr’aide des Femmes françaises intervient en particulier pour aider les mères qui, contraintes de travailler, sont obligées de se séparer de leurs enfants. Elle reçoit ceux-ci dans 6 pouponnières créées tant dans dans la banlieue parisienne qu’à Ma rseille et à Saint- Miliiel.
- Elle reçoit ainsi chaque année 800 enfants tandis que 230 mères sont accueillies dans ses pouponnières.
- Elle recueille d’autre part les enfants abandonnés ou orphelins et s’efforce de leur trouver une famille adoptive.
- Chaque année, des cours de puériculture orgànisés par ses soins sont suivis par 130 élèves et 100 stagiaires.
- Depuis sa création jusqu’au 31 décembre 1934. 0 240 enfants ont été recueillis par ce groupement, 2 710 mères ont été aidées, 330 enfants ont été confiés sous ses auspices à des nourrices surveillées. Son service social a renseigné, conseillé et orienté 20 045 mères et jeunes filles.
- Sa section d’adoption familiale a recueilli et confié à des familles adoptives 968 enfants orphelins ou abandonnés.
- Sa section d’enseignement a vu passer : dans ses cours théoriques de puériculture, 1283 élèves; dans ses stages pratiques, 1185; dans son école de gouvernantes, 208.
- 11 y a li eu de souligner qu’il n’existe aucune condition restrictive à l’admission dans les pouponnières de l’Entr’aide des Femmes françaises. L’œuvre s’impose une neutralité absolue au point de vue politique et confessionnel.
- Elle admet des enfants naturels au même titre que les enfants légitimes. Seules, les familles nombreuses jouissent d’un tour de faveur pour l’admission de leurs enfants.
- Une œuvre aussi belle et aussi intelligemment comprise et dirigée mérite d’être soutenue.
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- Rapport présenté par M. Georges Risler, au nom du Comité de Commerce, sur
- l’œuvre de I’Union des Femmes de France.
- La lutte contre les fléaux sociaux et la protection de la santé publique ont toujours rencontré auprès de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale l’intérêt le plus bienveillant et le plus sympathique.
- Parmi les nombreuses associations qui, en France, se sont créées en vue de répondre à cet objet, une place spéciale doit être faite à l’Union des Femmes de France, société d’assistance militaire, familiale et sociale, qui fait partie de la Croix rouge française.
- Fondée en 1881, cette association est actuellement présidée par Mme Barbier H ugo et a son siège 102, boulevard Malesherbes, à Paris. Elle a été reconnue d’utilité publique en 1882. Elle poursuit un triple but :
- 1° préparer et organiser comme auxiliaire du Service de Santé, des moyens de secours à mettre à la disposition des armées françaises de terre et de mer en temps de guerre;
- 2° venir en aide aux victimes de la guerre;
- 3° en temps de paix, aider les victimes des fléaux et désastres publics et coopérer d’une manière permanente à la création et au fonctionnement d’œuvres sociales tendant à améliorer la santé publique.
- Les moyens d’action de l’Association comprennent : des cours et conférences pour la formation de dames infirmières diplômées, d’infirmiers et brancardiers, de dispensaires-écoles et hôpitaux-écoles destinés à compléter l’instruction professionnelle du personnel hospitalier, des maisons de convalescence, enfin des salles dites « Repos du Soldat ».
- En 1934, l’Union des Femmes de France a délivré 245 diplômes supérieurs à des infirmières, 1 298 diplômes simples, 392 certificats d’aides-auxiliaires.
- 21 comités sont autorisés à préparer aux différents diplômes d’Etat.
- L’Association a constitué dans toutes les villes un peu importantes des équipes de brancardiers très bien organisées.
- Elle apporte son concours à la préparation de la défense passive, en prévision d’une guerre aérochimique. Elle collabore également, avec l’Union nationale des Associations de Tourisme, pour les secours aux blessés sur route : 520 postes ont été établis par ses soins.
- Dans le réseau très complet d’œuvres sociales qu’elle a constitué, l’Union des Femmes de France a donné une place de tout premier rang aux œuvres de l’enfance.
- Elle compte actuellement : 62 dispensaires spécialisés, 324 consultations prénatales, de nombreuses consultations de nourrissons, des gouttes de lait, des garderies d’enfants, plusieurs maisons maternelles, des crèches, un sanatorium, 9 preventoria.
- Elle a organisé également, sur différents points du territoire, des cliniques dentaires qui sont très suivies, des cours de gymnastique respiratoire, etc.
- Pour les adultes, elle a créé 41 dispensaires-écoles et 68 dispensaires d’hygiène sociale.
- Les infirmières de l’Union visitent les malades, les pauvres, les malheureux. Elles remplissent le rôle qui leur est assigné en temps de paix avec le dévouement dont elles ont fait preuve au cours de la dernière guerre.
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- L’action de cette belle association n’est d’ailleurs pas limitée uniquement à la métropole. On retrouve ses bienfaits dans la plupart de nos possessions d’outre-mer, et même à l’étranger, où elle compte diverses formations.
- Les résultats obtenus dépassent ce qu’on pouvait espérer et si notre pays a fait quelque progrès au point de vue de l’abaissement de la mortalité, il le doit incontestablement à partie de l’action de l’Union des Femmes de France, qui s’ajoute à celles des autres groupements de la Croix-rouge et aux autres sociétés qui s’intéressent également à l’amélioration des conditions d’hygiène en France.
- Rapport présenté par M. F. Blondel, au nom du Comité de Commerce, sur les
- recherches de Mlle Marie-Thérèse François, sur les corps gras.
- Il est malheureusement encore trop rare en France de voir des recherches de science pure conduire leur auteur à se préoccuper des problèmes pratiques et économiques qui se rattachent à ces études. Telle a été cependant l’évolution des travaux de Mlle Marie-Thérèse François. Partant d’une thèse de doctorat ès sciences, consacrée à la chimie physique et à la chimie organique, à l’occasion de certaines huiles d’animaux marins, elle a peu à peu étendu le champ d’action de son activité. Au laboratoire de M. le Prof. Perrot, dont elle a été chef des travaux pendant 7 années, tout en continuant ses recherches de chimie physique, elle s’est intéressée à un grand nombre de matières premières d’origine végétale, notamment à celles dont dérivent les corps gras, et, en même temps, à ces corps gras eux-mêmes.
- Le laboratoire dont elle avait la charge, ainsi que ses relations familiales l’ont conduite tout naturellement à un examen attentif des produits coloniaux. C’est pourquoi, reprenant une première esquisse réalisée lors de l’Exposition coloniale de 1931, elle a pu présenter dans une conférence très documentée, faite récemment devant notre société n, la position actuelle du ravitaillement de la France en matières premières oléagineuses; ne s’arrêtant pas aux indications sèches de la statistique, elle a décelé les points faibles de ce ravitaillement, en indiquant les remèdes aussi bien économiques que techniques qui permettraient à notre pays de tirer un meilleur parti de ses possessions extérieures. Il est à souhaiter que dans son nouveau poste, la chaire magistrale de matière médicale à la Faculté de Pharmacie de Nancy, elle continue à se placer ainsi au double point de vue de la recherche scientifique et de l’application pratique, notamment coloniale.
- Médailles de vermeil et d’argent.
- Rapport présenté par MM. René Guillery, Jean Fieux et le commandant Pierre Nicolau, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur les titres de M. Aimé Espeut, MM. Charles Bachelet, Eugène Chanvin et Louis Oudin.
- On sait l’importance des progrès que les industries mécaniques et métallurgiques de notre pays doivent au développement des méthodes et appareils de contrôle
- (1) Voir le Bulletin de janvier 1936, p. 57-61, et de février *1936, p. 92-107.
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- auxquels se sont attachés depuis plus d’un siècle les services techniques de la Guerre et de la Marine.
- On sait moins la part prépondérante qui, dans ce domaine, revient aux ouvriers d’élite de ces services, modestes serviteurs de l’Etat, dont bien souvent, dans le cadre nécessairement étroit des règlements, le labeur désintéressé n’a connu d’autre récompense que la fierté de servir toute une vie pour le bien commun et la plus grande gloire de la France.
- Il appartenait à la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale de reconnaître et de proclamer l’importance de la contribution de ces ouvriers, modèles des hautes vertus professionnelles et morales qu’elle se doit d’exalter. Il lui appartenait aussi de récompenser les plus méritants, ceux qui, par leur esprit d’initiative et d’invention, par la continuité et la qualité de leur effort, ont donné la mesure de ce que peut l’habileté manuelle lorsqu’elle est servie par un goût ardent du métier et par une pensée toujours en éveil et agissante, toujours inquiète de faire mieux.
- C’est dans cet esprit que, sur la proposition du Comité des Arts mécaniques, la Société d’Encouragement a décidé d’accorder une médaille de vermeil à M. Aimé Espeut, agent technique de 2e classe en retraite, et une médaille d'argent à : M. Charles Bachelet, chef d’équipe professionnel; M. Eugène Chanvin, forgeur de précision, et M. Louis Oudin, Ingénieur de lre classe des Directions de travaux.
- M. Aimé Espeut, connu par son dynamomètre, encore réglementaire dans la Marine, qui lui a valu en 1913 une médaille d’argent de notre Société, a collaboré aux travaux de M. Charpy, de MM. Charbonnier et Galy Arché, et de M. l’Ingénieur général Malaval, au Laboratoire central de la Marine (devenu Laboratoire central de l’Artillerie navale) de 1893 à 1920. On ne saurait énumérer tous les appareils que cette collaboration a conduit M. Espeut à imaginer et réaliser. Qu’il s’agisse de polir des éprouvettes pour la micrographie, de déterminer une entaille pour les essais de fragilité, d’établir un mouton pour le tarage des crushers, un dispositif pour l’essai de dureté dynamique, un extensomètre pour mesurer la limite élastique, de perfectionner les appareils d’essai, bombes manométriques, appareils crushers, manomètres à piston libre, etc., ou de les adapter aux études en cours, toujours M. Espeut, dont l’esprit inventif ne connaissait pas de repos, a su trouver une solution nouvelle, originale, qui faisait progresser les expériences. Mais il convient d’accorder une mention particulière, en raison de la portée du succès de leur emploi, aux appareillages qu’il a établis pour l’autofrettage des bouches à feu.
- Titulaire d’une lettre de félicitation du Ministre de la Marine pour l’invention d’un lance-flammes pendant la guerre, M. Espeut a enfin reçu tout récemment une récompense qui a sanctionné ses mérites exceptionnels : la croix de chevalier de la Légion d’honneur avec la mention « Inventeur ».
- M. Charles Bachelet, chef d’équipe professionnel, entré à l’Atelier de Précision de la Section technique de l’Artillerie en 1899, en qualité d’ajusteur de précision, a été placé à la tête du laboratoire de contrôle de ce service en 1918. A ce poste de confiance, il a assumé, depuis 17 ans, une part importante de la responsabilité de l’interchangeabilité de nos fabrications d’armement. Tout en demeurant le xigilant gardien des traditions séculaires de l’Atelier de Précision, il a su, non seulement,
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- s’adapter aux plus récents progrès de la métrologie industrielle, mais encore y apporter la contribution de sa longue expérience dos mesures de précision, de son jugement éclairé et de ses qualités professionnelles hors de pair.
- Dans ce domaine ingrat de la métrologie industrielle, encore si peu connu, il n’a cessé d’èlre, pour notre industrie de précision comme aussi pour ses chefs, un conseiller précieux dont les avis ont toujours été écoutés avec fruit.
- M. Eugène Cfianvin, forgeur de précision, entré à la Section technique de l’Artill erie en 1913, lait fonction depuis 1919 de chef d’équipe au Laboratoire d’Essais mécaniques (9, physiques, rattaché aujourd’hui à l’Etablissement central des Fabrications d’Armement. M. Chauvin ne s’est pas seulement révélé expérimentateur remarquable et d’une haute conscience; observateur toujours attentif, il s’est attaché à perfectionner les appareils qu’il utilisait, pour en accroître la sûreté de fonctionnement et la précision. Parmi les nombreuses réalisations auxquelles il a été ainsi conduit, il faut citer : diverses mordaches pour l’essai des textiles et des caoutchoucs; des dispositifs pour les essais d’usure; un appareil pour l’essai de cisaillement des fontes et surtout un extensomètre à miroirs, à tarage direct, qui, par sa sensibilité, sa précision et sa commodité d’emploi, marque un progrès notable sur l’extensomètre classique de Martens et suffirait à lui seul à justifier la récompense qui lui est décernée.
- i\l. Louis Oudin, Ingénieur de lre classe des Directions de travaux au Laboratoire central de l’Artillerie navale, où il a débuté comme ouvrier, est connu non seulement par l’extensomètre de précision qui porte son nom et dont l’emploi généralisé dans les services de la Marine atteste la haute valeur pratique, mais encore par ses travaux de métrologie. Les nombreux perfectionnements qu’il a apportés aux méthodes et aux appareils de mesure industriels sont empreints des fortes disciplines qu’il s’est imposées pour s’élever par son travail et sa valeur morale à un grade qu’il honore et à un poste de choix qu’il occupe avec distinction.
- M. Oudin, en raison de l’importance de ces travaux, a été promu chevalier de la Légion d'Honneur dans des conditions exceptionnelles.
- Médailles de vermeil.
- Rapport présenté par M. Jean Carpentier, au nom du Comité des Arts économiques, sur la collaboration de M. Charles Bonnin, à la construction d'instruments de précision.
- M. Charles Bonnin, qui est né à Paris en 1898, est entré aux Ateliers J. Carpentier, dès l’année 1887, comme dessinateur d’études.
- Depuis cette date et jusqu’à ce jour, c'est-à-dire pendant une période de près d’un demi-siècle, M. Charles Bonnin n’a cessé d’apporter comme ingénieur, aux Ateliers J. Carpentier, la plus distinguée et la plus féconde des collaborations.
- Ses travaux se sont appliqués successivement et avec une éga e compétence aux domaines les plus variés de la fabrication des instruments de précision. 11 nous serait difficile de les rappeler tous, mais il nous faut signaler la part importante
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- prise par M. Bonnin dans la réalisation des appareils balistiques du général Sebert, dans celle du tachéographe Schrader, dans la mise au point des appareils de repérage radiographique dans le corps humain suivant la méthode de M. Contre-moulins, radiographe à l’Hôpital Necker. Une contribution des plus notables fut apportée par M. Bonnin au cours de sa carrière, aux questions relatives à l’optique, en particulier par l’étude des objectifs et de tous les appareils de mesure correspondants ; il collabora de la façon la plus suivie à la création de nombreux appareils photographiques et d’instruments tels que : grands périscopes pour sous-marins, périscopes de tranchée, hyperscopes, et une quantité d’instruments d’observation munis pour la plupart des dispositifs les plus délicats devant être sans cesse perfectionnés pour répondre aux nécessités toujours accrues des services de la Guerre et de la Marine.
- Il faut signaler également d’une façon toute particulière le rôle de premier plan joué par M. Bonnin dans la construction du matériel télégraphique pour laquelle il peut être considéré à juste titre comme un des spécialistes français les plus expérimentés. Ayant collaboré dès le début à l’établissement du télégraphe national conçu par le génial Ingénieur des Télégraphes, Émile Baudot, M. Bonnin n’a cessé depuis lors d’apporter sa part aux plus importants perfectionnements du matériel du télégraphe Baudot et de diriger la construction en série de ce matériel, qui s’est répandu par la suite sur tous les réseaux français et sur la plupart des réseaux des grandes administrations étrangères. La collaboration de M. Bonnin dans ce domaine de la télégraphie s’est également étendue à la réalisation et à la mise au point de bien d’autres appareils télégraphiques des systèmes les plus divers.
- Sa grande expérience, ses connaissances étendues dans la pratique télégraphique, ont appelé dans de nombreuses circonstances, M. Bonnin à siéger à l’étranger dans les réunions des Comités consultatifs Internationaux de Télégraphie.
- Notre Société se devait de marquer les services remarquables rendus par M. Charles Bonnin à l’industrie nationale.
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- Rapport présenté par M. Louis Lumière, au nom du Comité des Constructions et des Beaux-Arts, sur Y activité de la Fédération française des Clubs de Cinéma d'Amateurs.
- La Fédération française des Clubs de Cinéma d’Amateurs, créée en 1933, compte aujourd’hui 16 sociétés de cinéastes, dont la plus ancienne est la Section de Cinéma d’Amateurs de la Société française de Photographie et de Cinématographie, section créée en 1925.
- Tous ces groupements, dont on trouvera la liste plus loin, ont des tendances et des statuts différents, mais ils ont en commun leur parfait désintéressement, qui est leur force, et leur objet : développer et propager l’art cinématographique d’amateurs. Ce but est modeste; il a été largement dépassé : on peut dire que les amateurs ont contribué grandement aux progrès de l’art cinématographique.
- Chaque club tient en général plusieurs réunions par mois : une au moins est consacrée à l’exposé de problèmes techniques, et à la présentation, avec discussion,
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- des nouveaux films des adhérents. Les critiques sont courtoises mais sévères. C’est sans aucun doute à ces exposés techniques et à ces discussions, tout à fait caractéristiques de ces clubs, que l’on doit quelques-uns des progrès réalisés récemment dans l’art de la cinématographie sur films étroits. Dans les autres réunions, on projette ces films devant un public restreint d’invités, parents et amis. Les productions des cinéastes amateurs sont donc peu connues du grand public.
- Les amateurs trouvent aujourd’hui dans le commerce un matériel et des produits spéciaux(1), grâce auxquels leurs dépenses sont aussi réduites que possible; cependant, comme en général ils ne disposent que de peu de temps et de moyens forcément limités, les mises en scène coûteuses, les truquages exagérés et les scénarios longs ou compliqués leur sont presque interdits. Ils doivent donc se contenter le plus souvent des seuls spectacles de la nature, des sujets et des thèmes que leur offre la vie de tous les jours. Ils ont su vaincre ces difficultés car ils savent voir et choisir; ils ont une personnalité que rien ne freine, et ils ont du goût. Aussi ont-il déjà produit des œuvres remarquables, vraiment artistiques dont l’intérêt, l’originalité, la fraîcheur et la beauté des images ne le cèdent en rien à ceux des meilleurs professionnels.
- On ne s’étonnera donc pas que les Français aient remporté presque tous les premiers prix dans les concours internationaux de films d’amateurs.
- Leurs productions se classent, comme celles des professionnels, en films documentaires, instructifs et films de voyages, films en couleurs, de genre, scénarios; ils ont même abordé, avec succès, les films humoristiques, ceux de marionnettes et les dessins animés. Ils n’est pas douteux que quelques-uns de ces films pourraient servir à la propagande touristique.
- Il ne nous est pas possible de faire un choix parmi les nombreux cinéastes amateurs qui méritent d’être cités; d’ailleurs, ils ne recherchent aucune publicité; mais on compte parmi eux de véritables artistes et des techniciens avisés. Nous ne nommerons que M. Raymond Bricon, président et animateur infatigable de la Fédération. Qu’il veuille bien transmettre les félicitations de la Société d’Encoura-gement pour l’Industrie nationale à tous ses dévoués et ardents collaborateurs.
- Le Bureau de la Fédération française des Clubs de Cinéma d’Amateurs, 205 bis, avenue Daumesnil, Paris (12e), est composé comme suit pour l’année 1936 : président : M. Raymond Bricon; vice-président : MM. L. Mugard et G. Acher; secrétaire général : M. Salardon; secrétaire : M. Boudet; trésorier : M. L. Dulieu; conseiller technique : M. Vivié.
- Les sociétés adhérentes à la Fédération au 31 décembre 1935 étaient :
- Société française de Photographie et de Cinématographie (Section de Cinéma d’Amateurs) (Cours de perfectionnement), 51, rue de Clichy, Paris (9e).
- Club des Amateurs Cinéastes en France, 35, boulevard Richard-Lenoir, Paris
- (11e).
- Société de Cinéma d’Amateurs, 62, rue des Marais, Paris (10e).
- Cinamat-Club français (Association pour l’enseignement et le développement de la cinégraphie privée), 126, rue du faubourg Poissonnière, Paris (10e).
- (1) Les films de 9,3 mm et de 16 mm sont les plus employés par les amateurs.
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- L’Ecran mondain, 5, rue Frédéric-Bastiat, Paris (8°).
- Stéréo-Club dionysien (Section de cinéma), 6, place de la Légion d’honneur, Saint-Denis (Seine).
- Association des Cinéastes Amateurs noiséens, 2, boulevard de la République, Noisy-le-Sec (Seine).
- Le Cinaly, 26, rue de la République, Lyon (Rhône). ,
- L’Ecran (Section cinématographique de la Société dauphinoise d’Amateurs photographes), 12, avenue Félix-Viallet, Grenoble (Isère).
- Cinéal (Cinéastes amateurs lyonnais), 14, rue Palais-Grillet, Lyon (Rhône).
- Société photographique de Toulouse (Section de Cinéma), 4, petite rue Sainte-Ursule, Toulouse (Haute-Garonne). ----
- Ciné-Club de la Moselle, 55, rue Chambrière, Metz (Moselle).
- Club des Amateurs Cinéastes catholiques, 12, rue Denis-Papin, Angers (Maine-et-Loire).
- Club photographique Le Matériel téléphonique, 46, quai de Boulogne, à Boulogne-Billancourt (Seine).
- Photo-Club thaonnais, 5, avenue Thiers, Thaon-les-Vosges (Vosges).
- Société havraise de Photographie (Section Cinéma), 18, rue Gustave-Flaubert, Le Havre (Seine-Inférieure).
- U existe depuis six ans un périodique mensuel très vivant, Ciné-amateur (94, rue Saint-Lazare, Paris; M. Pierre Boyer, rédacteur en chef), qui renseigne sur tout le mouvement et les progrès de la cinématographie d’amateurs. Pour la technique, consulter : le chapitre intitulé : « Notions sommaires de cinématographie » dans La technique photographique, par L. P. Clerc (2e édition, P. Monteil, éditeur, Paris), et l’ouvrage intitulé 9,5 et 16, par G. Gronostaysri (de Francia, éditeur, Paris).
- Rapport présenté par M. Joseph Bourdel, au nom du Comité des Constructions et des Beaux-Arts, sur la recherche et la mise au point des progrès actuellement réalisés dans le domaine des Industries graphiques présentés en collaboration par MM. Georges Degaast et Georges Frot.
- M. Georges Degaast, professeur d’enseignement technique du livre, et M. Georges Frot, directeur aux Papeteries Navarre, ayant été frappés de ce qu’une profession aussi diverse dans ses modalités qu’est l’imprimerie n’ait pas fait l’objet d’une étude d’ensemble mettant à la portée de tous, non certes la pratique, mais le principe des méthodes qu’elle emploie, se sont mis à la tâche pour réunir tous les documents qu’on rencontre dans les nombreux ouvrages techniques sur la matière et pour les grouper dans un volume qu’ils viennent de publier sous le titre Les industries graphiques, et qu’ils ont présenté à la Société d’Encouragement.
- Tout le monde se sert de l’imprimerie, mais rares sont ceux qui se font une idée suffisamment exacte et complète des arts et industries graphiques modernes, des procédés d’illustration et de reproduction d’origine plus ou moins récente, tels que la lithographie, la phototypie, l’héliogravure et l’offset.
- D’autre part, les industries graphiques contemporaines utilisent de nombreuses
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- formules de la physique, de la chimie et des autres sciences qu’il faut aller chercher dans les ouvrages spéciaux d’ordre purement scientifique et technique. C’est ce travail qu’ont entrepris les auteurs et qu’ils ont réalisé avec succès, permettant ainsi d’intéresser à ces questions le profane qui désire acquérir des connaissances générales basées sur une documentation scientifique mais qui n’a que faire de la pratique.
- En réunissant cette documentation si copieuse et si complexe, en présentant successivement les divers procédés d’impression, de reproduction ou d’illustration, en réduisant les textes au minimum, mais en les appuyant sur des schémas nombreux, des documents photographiques étudiés, les auteurs nous donnent de la manière la plus synthétique une vaste encyclopédie graphique, encyclopédie vivante, dont il convient de louer la sûreté de l’information et la clarté de l’exposition. Il suffit de parcourir la table des matières pour se rendre compte de l’ampleur et de l’intérêt de l’ouvrage.
- Dans un premier chapitre, consacré à l’histoire de l’écriture et du livre manuscrit et évoquant le souvenir des écrivains d’autrefois, des enlumineurs, des miniaturistes, les auteurs nous font assister à la découverte et à l’évolution de l’imprimerie puis au développement des procédés de reproduction.
- Il était logique de réserver un important chapitre au papier, véhicule de la pensée et support habituel de tous les procédés d’imprimerie. Cette savante étude, qui part de l’examen des propriétés de la cellulose pour nous conduire à la préparation des pâtes (pâtes de chiffons, pâtes de bois, pâtes mécaniques et pâtes chimiques : pâte d’alfa, pâte de paille, etc.) nous fait connaître tous les détails de la fabrication du papier sous toutes ses formes (à la cuve ou mécanique).
- Arrivant aux divers procédés d’impression, les auteurs présentent successivement :
- 1° les procédés en relief (typographie, clichés au trait, simili) ;
- 2° les procédés à plat (lithographie, métallographie, roto-calco ou offset, photo-typie, pochoir);
- 3° les procédés en creux (gravure manuelle, c’est-à-dire : au burin ou en taille douce, à l’eau forte, l’aquatinte et la pointe sèche, le timbrage, l’héliogravure, la rotogravure, etc.).
- Pour chacun de ces procédés, on suit, pas à pas, les principes de la fabrication et les progrès peu à peu réalisés dans chaque branche.
- Si certains procédés en relief, tels que la gravure sur bois n’ont guère varié, il n’en est pas de même des procédés nouveaux à plat ou en creux, comme la lithographie, la roto-calco ou offset, la phototypie, qui se transforment et se développent chaque jour et qui sont appelés à se développer encore davantage dans l’avenir.
- En ce qui concerne la typographie, la composition mécanique, d’origine relativement récente, a pris, avec les machines à composer, tels que la linotype, la typographe, la monotype, elc., un essor qui a permis d’accroître considérablement les moyens rapides de production.
- La question des encres, si importante pour la bonne exécution des tirages en noir et en couleurs, a été traitée par les auteurs avec toute la compétence de techniciens qui ont suivi pas à pas les progrès incessants de la chimie moderne et de l’électrochimie.
- Un dernier chapitre sur l’organisation logique du travail dans les imprimeries
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- et dans les ateliers d’arts graphiques permet de se rendre compte de la nécessité de procéder partout à une juste répartition du travail pour obtenir le meilleur rendement et faciliter en même temps la tâche des collaborateurs et du personnel.
- Rien n’a été oublié ou négligé. Il s’ensuit que cette vaste enquête, scientifiquement poursuivie, consciencieusement réalisée et admirablement présentée, constitue une mise au point de l’état actuel des progrès des industries graphiques, dont le développement se poursuit chaque jour pour le grand bien de la diffusion et du rayonnement de la pensée et du goût français.
- Ce laborieux et savant effort des auteurs de ce beau livre de 325 pages grand in-octavo et abondamment illustré de clichés explicatifs et de spécimens hors texte des divers procédés exposés, méritait de retenir l'attention de la Société d’Encou-ragement.
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- Rapport présenté par M. M. J. Androuin, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur le dispositif de transmission mécanique à distance de M. Maurice Corset.
- M. Maurice Corset a présenté au Comité des Arts mécaniques un dispositif de transmission mécanique à distance qui, tout en pouvant être installé dans un tube cintré, se comporte à peu près de la même manière qu’une simple tige droite guidée, car il peut être utilisé en traction ou en compression, ou alternativement.
- Ce dispositif a été décrit en détail dans le Bulletin de janvier 1936, p. 52. L’ensemble étant bien lubrifié à l’état de neuf, peut fonctionner sans entretien pour une longue durée et pour un grand nombre de manœuvres.
- Ce mode de transmission mécanique, comparé au dispositif dit Rowden et à tous les dispositifs dérivés, réalise un important progrès, du fait qu’il se comporte aussi bien en compression qu’en traction, et qu’il assure dans tous les cas la répétition fidèle des déplacements, sans qu’il soit nécessaire d’y ajouter un ressort de rappel. Le rendement mécanique est élevé, et par conséquent Fusure très faible et l’entretien presque nul.
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- Rapport présenté par M. E. Lemaire, au nom du Comité des Constructions et des Reaux-Arts, sur la collaboration de M. Maurice Guédan, aux travaux de la Société française de Photographie et de Cinématographie.
- Certains organismes doivent en grande partie leur bon fonctionnement à des collaborateurs modestes qui passent quelquefois inaperçus mais dont le rôle est souvent essentiel. C’est une tradition et une obligation morale de la Société d’Endou-ragement pour l’Industrie nationale de rechercher et de récompenser les plus méritants de ces collaborateurs, ceux qui joignent à la conscience professionnelle, l’initiative, l’habileté manuelle, l’amour de leur métier, le désir de le faire progresser. Tel est le cas pour M. Guédan.
- M. Maurice Guédan, né à Paris, le 8 octobre 1883, est entré à l’âge de 14 ans à la Société française de Photographie, présenté par ses parents. Embauché pour faire des courses, il s’intéressa tout de suite aux travaux nombreux et variés de la Société de Photographie et aux nouveautés que les inventeurs y présentent au cours
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- de ses séances. 11 s’initia rapidement à la photographie, compléta ses connaissances en mathématiques, en physique et en chimie, et, bientôt, M. Cousin, secrétaire général de la Société, qui l’avait formé, se l’attacha comme préparateur du cours public de photographie qu’il avait créé. Il occupe encore ce poste auprès de M. Auvillain, qui a succédé à M. Cousin comme professeur du cours. Il apporte une conscience et une habileté remarquables dans les manipulations à exécuter devant les auditeurs. Sans ménager son temps ni sa peine, et avec la plus grande bienveillance, il donne de précieux conseils aux débutants. Mais il exerce d’autres fonctions : il collabore avec intelligence et habileté à la conservation des collections de la Société, qui comptent des pièces historiques; il entretient et perfectionne tout l’outillage et, à cet effet, assiste aux séances des différentes sections de la Société de Photographie pour que le fonctionnement des appareils qu’on y présente ne laisse rien à désirer. 11 se tient au courant de toutes les nouveautés.
- La Société de Photographie dispose d’un laboratoire de contrôle du matériel photographique : appareils, obturateurs et objectifs; c’est M. Guédan qui, sous la direction de M. Cousin, exécute les opérations et mesures exigées.
- Enfin, chaque année, la Société expose les meilleures œuvres présentées au Salon international d’Art photographique ; c’est M. Guédan, dont le goût est parfait, qui place les œuvres exposées, tâche délicate car il faut mettre chacune d’elles en valeur sans nuire aux autres, compte tenu de l’éclairage.
- Pendant la guerre de 1914-1918, en raison de ses capacités professionnelles, M. Guédan fut attaché au Laboratoire de l’Atelier de Construction d’Artillerie de Puteaux, où, à la satisfaction de ses chefs, il exécuta notamment les microphotographies que comportaient le contrôle des métaux, les nouvelles fabrications et la mesure de l’usure des pièces d’artillerie, ainsi qu’en témoigne M. Albert Portevin, membre du Conseil, sous les ordres de qui M, Guédan a travaillé à Puteaux.
- Rapport présenté par M. Henry René d’Allemagne, au nom du Comité des Constructions et des Beaux-Arts, sur Yœuvre radiophonique de M. Maurice Vinot.
- Dans un mémoire fort bien fait qui ne comprend pas moins de quarante pages. M. Maurice Vinot expose les titres qu’il a à la reconnaissance du public pour l’œuvre radiophonique qu’il a inlassablement accomplie pendant treize années.
- Tout d’abord, M. Vinot reproduit les déclarations des sommités du monde de la radio, déclarations au cours desquelles il est salué comme un grand précurseur.
- Un court extrait de la biographie de M. Vinot nous apprend qu’il fit ses éludes en Angleterre et dirigea plusieurs sociétés industrielles, tant en France qu’en Italie, où il séjourna pendant huit ans. Pendant la guerre de 1914-1918, il fut placé dans une usine métallurgique à titre d’ingénieur de la fabrication.
- M. Vinot fut directeur du poste de Radiola, plus tard Radio-Paris, de 1922 à 1928, tant comme directeur effectif que comme conseil.
- L’œuvre de M. Vinot se caractérise par une contribution importante au développement du mode nouveau d’expression de la pensée qu’est la radiophonie dans tous les domaines, et principalement dans la littérature, la presse et le théâtre. Nombreuses sont les œuvres littéraires de M. Vinot et quelques-unes furent couronnées par l’Académie française.
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- Nous citerons notamment Maremoto, Great Guignol, Crépuscule napolitain, Séance à l'Académie des Inscriptions et B elles-Lettres en la future année 3992; enfin, il publia le Théâtre radiophonique, également couronné par l’Académie française.
- En 1923, le Sous-Secrétaire d’État à l’Enseignement technique s’exprime ainsi : « En lisant, il y a un an déjà, les documents dont vous êtes l’auteur, j’ai eu l’impression de parcourir des pages de Jules Verne ou de Wells. »
- En avril 1922, M. Vinot créait une radio-gazette dénommée Paris informations sans fil.
- En 1923, commencent les causeries religieuses. Dans un journal de Barcelone, El Liberal, apparaît le 9 octobre 1923, sous la signature de M. Calderon, l’entrefilet suivant. « Nous avons prévu le lundi un pasteur protestant, le mardi un prêtre catholique, le mercredi un rabin, le jeudi un prêtre bouddhiste, qui viendront parler devant le micro.... Ceux que cela n’intéresse pas n’ont qu’à changer de longueur d’onde ou bien éteindre leurs lampes. »
- Dans une note du 11 novembre 1926, sur les avantages de la T. S. F. pour combattre la surdité, il dit : « Ce n’est pas une propriété particulière de la T. S. F. qui permet aux sourds de mieux entendre les émissions radiophoniques. Cette meilleure audition est due à l’amplification des sons au moyen de lampes thermo-ioniques. On a fait observer que l’audition du théâtrophone présente une certaine supériorité sur l’audition directe. Elle est due à la position du microphone qui est situé entre l’orchestre et les artistes. En effet, dans une salle de théâtre, l’orchestre constitue pour l’auditeur une sorte d’écran qui affecte obligatoirement la voix des artistes et empêche la perception de certaines nuances. »
- C’est M. Vinot qui, le premier, le 18 novembre 1926, propose de frapper d’une taxe tous les appareils de radiophonie, taxe comparable à celle qui frappe les pianos.
- Dès la fin de l’année 1926, M. Vinot prévoit la télévision mais fait observer qu’en raison de l’état actuel de la science, on ne peut transmettre parla télévision les pièces d’un théâtre avec l’éclairage normal d’un théâtre. Il avait vu juste puisqu’au cours d’essais de télévision récents on dut recourir à des procédés extrêmement puissants pour éclairer les sujets, afin que leur image pût être transmise.
- En 1934 et en 1935, M. Vinot a présenté, notamment au service de la radiodifusion de l’Etat, plusieurs suggestions dont nous ne retiendrons que les suivantes : Création d’archives de la radiophonie; — Création d’un institut national de radiodiffusion ; — Création d’un laboratoire pour l’enregistrement des oeuvres radiodiffusées ; — Radiotransmission de l’heure à partir de l’Observatoire de Paris, ce qui est réalisé depuis trois ans; — Création d’un office des suggestions. Il ne faut pas oublier en effet que quelques grands progrès accomplis dernièrement ont été puisés dans les recherches d’amateurs qui, à l’origine, montaient eux-mêmes leurs récepteurs.
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- Médailles de bronze décernées aux contremaîtres et aux ouvriers des établissements industriels et des exploitations agricoles.
- Rapport présenté par M. Charles de Fréminville, secrétaire général.
- La Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, dès 1846, résolut de décerner des médailles aux contremaîtres et aux ouvriers que de longs et loyaux ser-
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- vices désignent à ses suffrages. Le succès de l’industrie repose en effet sur une collaboration à laquelle prennent part, non seulement des savants, des chercheurs, des ingénieurs, mais aussi l’ouvrier. Il lui a donc paru tout naturel que ce dernier ne lut pas oublié dans les récompenses que la Société décerne annuellement, et que le concours qu’il apporte à la prospérité nationale fût ainsi reconnu.
- La récompense consiste en une médaille de bronze. Sa valeur tient donc surtout à l’autorité qui émane des actes de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale.
- Ce sont les chefs d’établissements qui, chaque année, nous présentent ceux de leurs collaborateurs qu’ils jugent dignes d’être récompensés.
- Le nombre des candidats dépasse toujours sensiblement celui des médailles que nous pouvons accorder; aussi sommes-nous obligés de faire une sélection sévère. Si elle rehausse la valeur de la récompense, elle nous laisse le regret de ne pouvoir la donner à beaucoup de sujets qui en seraient dignes. Nos lauréats pourront en être d’autant plus fiers. Notre choix est toujours difficile. Nous le basons surtout sur la durée des services, mais ce n’est là pour nous qu’une indication, et nous faisons entrer en ligne de compte : l’âge, la conduite, l’habileté, l’initiative dont le candidat a fait preuve dans l’exercice de son métier. Nous attachons une importance particulière à sa situation de famille, à l’âge et au nombre des enfants. J’ajouterai que l’examen des notes qui nous sont remises font de plus en plus constater que ces loyaux serviteurs de l’entreprise s’attachent souvent à prêter leurs concours aux œuvres d’intérêt général et qu’en cela encore, ils honorent leur profession d’ouvrier.
- Malgré le mérite des sujets, les nécessités budgétaires nous obligent à limiter notre choix plus que nous ne le voudrions cependant. Grâce au concours que nous avons reçus de quelques industriels, nous avons pu cette année porter le nombre des lauréats à vingt-six. Nous espérons que notre appel à ce concours et dans un but si conforme à l’intérêt général, continuera à être entendu et que nous pourrons ainsi augmenter le nombre des lauréats.
- Messieurs, en vous décernant la médaille destinée aux contremaîtres et aux ouvriers des établissements industriels et des exploitations agricoles, la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale a conscience de récompenser les dignes représentants de l’une des forces les plus vives du pays. C’est, un honneur pour elle de proclamer vos noms dans sa séance solennelle.
- Liste des contremaîtres et ouvriers à qui est décernée la médaille de bronze en 1935.
- Imprimerie Paul Brodard et Ateliers Joseph Taupin réunis, à Coulommiers (Seine-et-Marne) :
- Louis Chériot, chef correcteur-tierceur;
- Mme Pierret, compositrice et correctrice.
- Société Nobel française, 67, boulevard Haussmann, Paris (8') :
- Usine de La Rivière Saint-Sauveur (Calvados) :
- M. Jules Thevenard, chef de bureau;
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- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES DÉCERNÉES EN 1935.
- Usine de Paulilles(Pyrénées-Orientales):
- Pierre Héren, ouvrier.
- Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine et d’Homécourt, 12, rue de La Rochefoucauld, Paris (9e) :
- Usine de Saint-Chamond (Loire) :
- J. C. Linossier, traceur;
- François Moreau, tourneur.
- Usine d’Assailly-Lorette (Loire) :
- Joanny Ollagnier, portier ;
- Louis Bellemine, ajusteur.
- Chemins de fer de Paris a Lyon et a la Méditerranée, Service du Matériel et de la Traction, 20, boulevard Diderot, Paris (12e) :
- Ateliers d’Oullins (Rhône) :
- Baptiste Martin, contremaître adjoint;
- Claude Guy, chef de brigade;
- Emile Morel, ajusteur ;
- Pierre Trouilloud, tourneur.
- MM. Ch. Lorilleux et Cie, 16, rue Suger, Paris (6e) :
- Guillaume Helck, broyeur;
- Auguste Weyland, contremaître;
- Raoul Ciiarruaud, livreur;
- Henri Delestre, contremaître;
- Victor Cuvinot, ouvrier;
- René Blateau, manœuvre spécialisé;
- Alphonse Dumery, manœuvre spécialisé.
- Établissements Kuhlmann, 11, rue de la Baume, Paris (8e) :
- Usine de Villiers-Saint-Paul (Oise) :
- Mme Vve Dumont, concierge;
- Amédée Héron, surveillant de fabrication;
- Gaston Drouard, chef du Service des Matières premières.
- Usine de Loos (Nord) :
- Arthur Werquin, chef de quai;
- Richard Tuypens, surveillant de fabrication ;
- Julien Delagherie, ouvrier;
- Arthur Delepierre, ouvrier.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — MAI 1936 (p. 314).
- LISTE DES RÉCOMPENSES DÉCERNÉES LE 28 MARS 1936 POUR L’ANNÉE 1933
- Lauréats. Rapporteurs. Objets.
- Grande médaille.
- Ferdinand Vallette. L. Pineau. Essence synthétique.
- Prix Charles Fremont.
- Henri Fournier. P. Nicolau. Essai des tôles.
- Prix Charles Féry.
- Pierre Toulon. J. Carpentier. Prix Parmentier. Physique.
- André Lepigre. P. Vayssière. Médailles Dumas. Désinfection des végétaux.
- Eugène Delacoste. A. Alby.
- Léon Ducaille. E. Lemaire.
- Prix Fourcade.
- A. D. Rridelance. E. Lemaire. Industrie chimique.
- M. et Mme François Brunier. Charles Fourcade. Prix Meynot. | L. Tardy. Petite culture.
- Médailles d’or.
- Eugène Yellay. P. Dumanois. Stabilité des avions.
- Roger Brard. P. Dumanois. Constructions navales.
- Jean Galibourg. L. Guillet. Métallurgie.
- Pierre Brémond. J. Lœbnitz. Céramique.
- René Castro. A. Portevin. Métallographie.
- Georges Champetier. P. Jolibois. Chimie.
- Henry Girard. Georges Jannin. i G. Wery. Mouton de rapport.
- Entr’aide des Femmes françaises. G. Risler. Œuvres sociales.
- Union des Femmes de France. G. Risler. Œuvres sociales.
- Mlle Marie-Thérèse François. F. Blondel. Oléagineux.
- Médailles de vermeil.
- Aimé Espeut. < R. Guillery, J. Fieux ( et Nicolau. | Essais mécaniques.
- Charles Bonnin. J. Carpentier. Optique, télégraphie.
- Fédération française des Clubs de Louis Lumière. Art cinématographique.
- Cinéma d’amateurs.
- Georges Degaast. Georges Frot. | J. Bourdel. Industries graphiques.
- Médailles d’argent.
- Charles Bachelet. Eugène Chanvin. Louis Oudin. ) R. Guillery, J. Fieux \ et P. Nicolau. ! Instruments de précision. < Instruments de précision. ( Métrologie.
- Maurice Corset. M. J. Androuin. Transmission mécanique.
- Maurice Guédan. E. Lemaire. Photographie, cinématogra-
- phie.
- Maurice Vinot. H. R. d’Allemagne. Radiophonie,
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR L’INDUSTRIE NATIONALE. — MAI 1936 (p. 315).
- LA PROPRIÉTÉ RURALE
- (Conférences faites à l’Institut national agronomique) (1)
- (Paris, 12 février-11 mars 1936).
- L’Institut national agronomique et l’Association amicale des Anciens Élèves de cet institut ont organisé une série de conférences publiques sur la propriété rurale, qui ont eu lieu du 12 février au 11 mars 1936, dans le grand amphithéâtre de l’Institut national agronomique, 16, rue Claude-Bernard, Paris (5e). En raison de l’intérêt de ces conférences, qui ont été suivies par un public nombreux et ont remporté un très vif succès, nous en donnons ci-après un compte rendu détaillé.
- (N. D. L. R..)
- La propriété rurale. Introduction
- par M. Pierre de Monicault, Ingénieur agronome, président de l’Académie d’Agriculture.
- Présidence de M. Cathala, député, ministre de l’Agriculture.
- M. de Monicault expose la raison pour laquelle l’Association des Ingénieurs agronomes a choisi la propriété rurale comme sujet des conférences de 1936. Ce sujet peut paraître périmé à quelques-uns, mais c’est à tort, car il y a lieu de réagir contre la mentalité, trop générale à notre époque, d’accepter les idées sans les discuter et de se borner à étudier les détails.
- Le but de l’enseignement supérieur est, au contraire, d’employer la critique à découvrir l’intérêt général dans l’avenir.
- Certes, il est dangereux de se livrer à des anticipations où l’imagination a le rôle prépondérant, mais il n’en est pas moins nécessaire d’oser remonter certains courants si l’on a la conviction fondée sur des raisonnements qu’on vit actuellement dans l’erreur.
- Or, l’idée de propriété, commune à toutes les civilisations, a constamment évolué. On a connu successivement : la propriété des chefs de tribus, la propriété religieuse (habous), la propriété de famille et la propriété personnelle. De nos jours, la propriété personnelle est attaquée par le marxisme. Faut-il la remplacer par autre chose? et par quoi? Quels inconvénients peuvent en résulter?
- La propriété est attaquée par le marxisme, non pas en elle-même mais comme conséquence de la position prise par les socialistes contre le capital pour le travail.
- Au cours des dernières années, sans position doctrinale, l’idée de propriété a été effritée par des lois d’exception (restrictions du droit de propriété, fermages, appellations d’origine, expropriations, etc.). On veut croire que cette législation n’aura pas de lendemain.
- Un dernier aspect à envisager est que l’idée de propriété a été transportée sur le terrain mouvant de la production, parfois même par les partisans de la doctrine marxiste, ce qui ne laisse pas que d’étonner un peu. On a assisté alors, comme consé-
- (1) Le texte in extenso de ces cinq conférences formera un volume qui sera publié par l’Association amicale des anciens Elèves de l’Institut national agronomique, 5, quai Voltaire, Paris (7e) à laquelle il convient de s’adresser pour se procurer l’ouvrage.
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- LA PROPRIÉTÉ RURALE. — MAI 1936.
- quence, à la naissance d’idées analogues dans d’autres milieux : propriété commerciale, propriété littéraire, propriété artistique.
- Quand on étudie l’évolution de l’idée de propriété, on s’aperçoit qu’aucune documentation sérieuse n’existe sur l’aspect rural de la propriété et que, si au point de vue de la production, c’est le commerce qui a dicté les lois, au point de vue socialiste, c’est de l’industrie que procèdent les applications de doctrines à l’agriculture.
- Certains voient une analogie entre le capital et la main-d’œuvre dans l’industrie et dans l’agriculture. M. de Monicau.lt s’élève contre cette conception et recherche dans quelle mesure il est possible de comparei l’industrie et l’agriculture.
- Le propriétaire rural ne peut êt econsidéré comme un capitaliste. Dans l’industrie, il y a disproportion entre le capital immobilier et le capital d’exploitation; en agriculture, ces deux capitaux ont une importance assez comparable. Le propriétaire a rarement les moyens d’exploiter son bien et l’exploitant qui dispose d’un certain capital mobilier ne possède pas la terre. Le propriétaire et l’exploitant ont donc besoin l’un de l’autre.
- A ce point de vue, M. de Monicault montre le rôle indispensable que jouent les propriétaires en agriculture. Ils ont une fonction sociale à rempli]-. C’est pourquoi la terre n’est pas un placement pour ceux qui ne peuvent pas la remplir (mineurs, notaires).
- L’étatisme, si développé soit-il depuis quelques années, n’a pas empiété sur la propriété agricole, et si l’État a augmenté son capital « forêts », il n’y a eu aucune acquisition, ni aucune main-mise sur la propriété agricole, telle qu’on la conçoit en général, c’est-à-dire comprenant, avec les terres, les immeubles nécessaires peur abriter l’exploitant et le matériel agricole.
- Le propriétaire rural est une personne indispensable comme l’exploitant, mais qui doit être adaptée à sa fonction. Il y a une mystique du propriétaire comme il y a une mystique de l’exploitant.
- L’idée de coopérative qui, après un rapide développement, paraît subir une période de rec assement, ne s’est pas appliquée à la propriété, et l’exploitation seule a fait l’objet de ses efforts. C’est une preuve que les rôles du propriétaire et de l’exploitant sont différents. La présence du propriétaire est nécessaire pour qu’il puisse se contenter du faible revenu de son capital et supporter les très lourdes charges qui grèvent son entretien, son renouvellement et sa contribution aux frais de l’Etat et des communes.
- Le propriétaire est donc amené à aider le fermier. Une nouvelle formule de métayage est à trouver car personne ne voudra plus apporter le petit capital nécessaire à l’exploitation des terres de moyenne étendue.
- Le conférencier insiste sur la nécessité, pour le propriétaire rural, d’une tradition et d’une éducation. La tradition transmise par la famille est la meilleure. Les mutations trop fréquentes, conséquence des lois successorales, en détruisent les bons effets.
- Quant à l’éducation, elle peut être assurée sous des formes très différentes; l’important est qu’elle soit conçue de telle sorte que les élèves qui l’ont reçue en gardent une assez forte impression pour qu’elle porte ses fruits dans l’avenir.
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- La propriété rurale en France,
- par M. Pierre Caziot, Ingénieur agronome, membre de l’Académie d’Agriculture.
- Présidence de M. Lucien Romier, président de la Société d'Êconomie nationale, membre de
- l’Académie d’Agriculture.
- Introduction. Répartition de la propriété. — M. Caziot rappelle la grande place qu’occupe ragriculture dans l’économie nationale. En 1914, la valeur des propriétés rurales atteignait le 1/4 de la fortune totale du pays, et la moitié du territoire était cultivée par des propriétaires ruraux dont le nombre représentait les 2/3 des exploitants.
- Malheureusement il n'existe sur ce sujet aucune statistique récente. Celle des Contributions indirectes n’indiquait que le nombre des cotes foncières, soit 13 000 000 environ, en 1913; on a cru pouvoir en déduire l’existence de 7 500 000 propriétaires dont 3,5 à 4 millions de ruraux.
- En 1884, on comptait : 2 800 000 propriétés de 1 à 10 ha; 585 000 propriétés de 10 à 40 ha; 131 000 propriétés de 40 à 100 ha; 61 000 propriétés de plus de 100 ha.
- La petite et la moyenne propriété atteignaient 98 p. 100 en nombre et 64 p. 100 en superficie, la grande, 2 p. 100 en nombre et 36 p. 100 en superficie; mais cette dernière comprend les bois et les landes.
- Dans le classement, on admet qu’une propriété paysanne est inférieure à 40 ha; mais ce chiffre est trop absolu car 40 ha constituent une très grande propriété en viticulture. On peut dire sans risquer d’erreur grossière qu’en France il y a 2/3 de propriétés paysannes.
- Divisions culturales. — Elles ne coïncident pas avec la division de la propriété. C’est ainsi qu’en Bretagne, on trouve de grandes propriétés et de petites exploitations, alors qu’en Ile-de-France, de grandes exploitations englobent plusieurs petites et moyennes propriétés.
- D’après l’enquête de 1892, il y avait 5 700 000 exploitations dont 1000 000 de moins de 1 ha, auxquelles on ne peut reconnaître un caractère véritablement agricole.
- Les exploitations de 10 à 40 lia atteignaient 20,5 p. 100 en nombre et 30,8 p. 100 en superficie; celles de plus de 40 ha,4 p. 100 en nombre et 44 p. 100 en superficie.
- On peut dire que 99 p. 100 des cultivateurs paysans exploitent 72 p. 100 du territoire, alors qu’il n’y a pas plus de 1 p. 100 de grands exploitants sur 28 p. 100 du territoire. Cette constatation permet de rectifier cette assertion assez fréquente que les grandes associations agricoles ne représentent guère que les grands exploitants.
- Les résultats d’une nouvelle enquête faite par le Ministère de l’Agriculture sont en cours de dépouillement.. Bien qu’ils ne soient pas encore publiés on a pu constater, néammoins, une sensible diminution portant sur les très petites exploitations de moins de 1 ha, une diminution moins accentuée sur celles de 1 à 10 ha, une augmentation sur celles de 10 à 40 ha et peu de variation pour les autres.
- Depuis 40 ans on assiste à une diminution d°s exploitations villageoises; elle est due à plusieurs causes : l’abandon des campagnes, le déficit des naissances, et à ce
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- que les 2/3 des morts de la guerre élaientdes paysans. Le nombre des chefs d’exploitations a diminué de plus de 1509 000 depuis la guerre. C’est un drame véritable pour notre agriculture.
- Le trafic sur les dommages de guerre s’est exercé presque exclusivement au profit des villes : des villages de la Lorraine et de la Champagne ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Un peu partout, on a reconstruit des fermes plus étendues : une ferme de 1 000 ha à la Yille-aux-Bois a remplacé un petit village de 30 cultivateurs. C’est là une transformation dangereuse au point de vue social.
- Organisation cadastrale. — Notre cadastre est médiocre, surtout si on le compare à ceux qui existent en Suisse, en Allemagne, en Alsace-Lorraine, en Tunisie ou au Maroc. Ce n’est chez nous qu’un document fiscal.
- En 1824 un projet de Code fiscal fut élaboré, puis abandonné. La Commission extra-parlementaire du Cadastre fonctionna de 1891 à 1902 et décida en principe la création des livres fonciers. Ses efforts sont restés vains. Actuellement, on revise très lentement le cadastre mais dans le cadre de l’ancien, sans aucune orientation vers un livre foncier; si bien qu’encore actuellement l’échange des consentements ne rend la vente effective que sur les actes.
- les deux types d’exploitation. — Exploitations et propriétés morcelées dans les régions calcaires. — Ce type se rencontre en Lorraine, en Champagne, en Bourgogne, en Beauce, dans la Limagne et dans le Nord de la France. L’unité rurale est le village; c’est un groupement cultural artificiel. Les parcelles sont disséminées parfois très loin. Ce type tend d’ailleurs à disparaître : assez souvent se produit le remembrement par dépeuplement. On délaisse les terres par trop éloignées des villages.
- Exploitations et propriétés groupées et closes dans les autres régions. — Ce type se rencontre dans tout l’Ouest (Normandie, Bretagne) dans le Berry, le Nivernais, le Bourbonnais, la Bresse et les Bombes, ainsi que dans une partie du Sud-Ouest. L’unité culturale est la ferme, la métairie, le bordage. Au centre est le bourg, habité par des non cultivateurs qui sont des artisans ruraux et des rentiers. Quelquefois, de petits hameaux sont répartis dans la campagne. Les grandes propriétés sont en général constituées par plusieurs exploitations groupées autour de la maison de maître. Ce type d’exploitation se maintient beaucoup mieux que le premier.
- La propriété collective. — Les laboureurs français ont lutté pendant des siècles pour se libérer des obligations communautaires auxquelles ils étaient soumis au moyen âge : vaine pâture, nombreux terrains communaux, interdiction de clore. L’individualisme s’est développé, ce qui explique les difficultés qu’a rencontrées le mouvement syndicaliste, car le paysan français est resté au stade ancien du « par-tageux » et ne se rallie pas au marxisme.
- D’ailleurs, en général, notre pays, ne se prête guère aux grandes exploitations collectives comme en Russie. Il faudrait détruire des centaines de milliers d’exploitations et asservir la nature. L’effort humain, si grand soit-il, doit se plier aux nécessités imposées par la nature.
- La valeur de la terre.—- Elle subit actuellement une baisse considérable. En 1879 la valeur de la terre française atteignait 95 milliards; on ne reverra plus ce chiffre.
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- Vers 1880-1900, une baisse sensible se produit. En 1913, la valeur de la propriété rurale était évaluée à 65 milliards de francs or. Actuellement, par suite de circonstances économiques et de la fiscalité, la valeur est inférieure à la moitié de ce qu’elle était en 1914. On peut l’évaluer à environ 160 milliards de francs papier.
- La crise agricole a provoqué la baisse des revenus fonciers, a entraîné des abandons de ferme, et rendu incertaine la perception des fermages. Le pouvoir d’achat des acquéreurs éventuels a été considérablement diminué, tant dans les villes que dans les campagnes, et cela, surtout pour les grandes propriétés.
- Les impôts. — Les impôts cédulaires atteignent 12 p. 100 du revenu. Souvent les centimes additionnels les doublent. M. Caziot cite un domaine de 140 ha, compre-nantun petit château, qui, la municipalité étant communiste, paie 55 000 fr d’impôts. Le propriétaire est devenu le fermier de sa terre avec un très lourd fermage.
- Les biens ruraux ne peuvent pas être dissimulés au fisc et sont souvent taxés pour des valeurs dépassant leur valeur réelle. D’autre part, les propriétaires ruraux éprouvent de très grandes difficultés à emprunter des fonds. Le Crédit foncier les prête bien, mais à 8 p. 100, ce qui est beaucoup trop onéreux.
- Variations selon les régions. — Dans certaines régions, la valeur des propriétés s’est à peu près maintenue (Bretagne, Flandre, Normandie) c’est-à-dire là où la population agricole est dense, laborieuse, en état d’acheter de petites parcelles ; mais, dans d’autres (vallée de la Garonne), la valeur diminue sans cesse en raison du dépeuplement et de la mévente, malgré les avantages naturels de la terre et du climat. Dans des pays voisins comme le Béarn et le Rouergue, les valeurs se maintiennent mieux. D’une manière générale, les petites parcelles se vendent bien et les grandes mal.
- Il convient de distinguer deux valeurs pour la terre, celle de capitalisation et celle d’exploitation. Cette dernière se maintient, mais la valeur de capitalisation a sensiblement baissé; ce mode de placement est délaissé parce que son rapport est peu élevé et décroît constamment. D’ailleurs, on tient compte beaucoup plus maintenant, de l’état des bâtimentts et des possibilités d’accès en raison des grandes difficultés d’entretien.
- Les châteaux sont devenus invendables. A Pontchartrain, un château historique, avec parc de 118 ha, ferme de 200 ha et forêt de 500 ha, a été vendu 2 800 000 fr en 1888; après restauration du château, le domaine a été vendu 2 750000 fr en 1934, et encore le château et le parc n’étaient-ils comptés que pour mémoire. On peut se demander si ces grands domaines et ces belles demeures ne sont pas appelés à disparaître (1).
- Les vignes. — A la valeur de la terre s’ajoute, pour les vignes, celle des plantations. Jusqu’en 1930, dans le Languedoc et le Roussillon, la prospérité était extraordinaire. On a payé l’hectare jusqu’à 100000 fr. Les grands domaines viticoles sont actuellement ruinés par le blocage et la distillation obligatoire. Le Bordelais est dans une situation encore plus difficile en raison du prix de revient élevé de certains grands vins qui atteint 10 à 12 fr le litre, et de l’impossibilité de les exporter. Le vignoble
- (1) On peut signaler, à ce sujet, l’œuvre de « La Demeure historique» qui s'efforce de sauver de la ruine ce genre d’immeubles. Son objet, son fonctionnement et les premiers résultats qu’elle a obtenus ont été exposés, par M. E. Lemaire, dans le Bulletin de février 1936, p. 108-1L0.
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- girondin semble condamné; déjà, les propriétés y sont invendables. La Champagne souffre autant, la Bourgogne sensiblement moins.
- Les bois. — 6 000 000 ha appartiennent à des particuliers. Jusqu’en 1930, les bois d’œuvre (sapins, peupliers) se vendirent à des prix très élevés (au coefficient 10). Actuellement, ces prix ne sont plus qu’au coefficient 1,5 ou 2. Les taillis ne valent plus rien. Dans les taillis sous futaie, on ne fait état que de la futaie !1).
- La baisse de valeur des grandes propriétés. — Dans son ensemble, la valeur actuelle de la propriété rurale est comprise entre 1,5 et 3 fois sa valeur d’avant guerre. Il y a baisse d’environ 50 p. 100. Cette baisse est traduite par le mouvement d’affaires des études de notaire, dont les revenus baissent parfois considérablement. On achète moins de terre car on se rend compte qu’elle subit, elle aussi, les conséquences des manipulations monétaires, qui, enfin de compte, ne profitent qu’à l’Etat. On ne peut pas prévoir une amélioration prochaine, surtout pour les grandes propriétés, en raison des lourdes charges fiscales et d’entretien. Le Code hache, les propriétés. Le paiement des droits de succession est quelquefois impossible.
- Si, en 1789, la grande propriété s’est à peu près maintenue (surtout dans l’Ouest), les biens nationaux ayant gardé presque tous leur intégrité après avoir changé de propriétaires, elle tend à diminuer et à disparaître. Ici, les changements sont très lents : les grands domaines se sont constitués aux xvi®, xvne et xviii® siècles, soit pendant 300 ans; au xv® siècle, les petits propriétaires fonciers étaient plus nombreux qu’au moment de la Révolution. Le mouvement signalé sera considérablement freiné s’il y a une reprise des affaires industrielles et commerciales, car c’est presque toujours de la ville que viennent les acheteurs de grands domaines.
- En résumé, trois facteurs dominants sont à considérer : la crise économique, la moins grave; la pression fiscale, qui est trop démagogique, et la diminution des populations rurales ; c’est le facteur dominant, car c’est au village que sont les sources profondes de la nation. Kipling a dit : « La vraie force de la France, c’est son sol. A la semelle des 3/5 des Français, on trouve les traces de la bonne glèbe natale. Tous d’ailleurs rendent à la terre un véritable culte ».
- M. Lucien Romier dit que ce qui a peut-être le plus fait baisser la valeur de la terre, c’est l’habitude qu’ont prise les paysans d’investir leur argent en titres mobiliers, dont la valeur a beaucoup baissé. La terre est restée chère là où le paysan, plus fruste, n’a pas acheté de valeurs mobilières. Il convient cependant de ne pas terminer sur une note pessimiste. La grande propriété pourra se maintenir; sa valeur est indépendante de la capacité d’achat des paysans; elle vaut ce que la paie l’homme des villes, qui recommencera à acheter quand la reprise des affaires s’accentuera.
- (1) La Société française des Amis des Arbres (siège social, 9, rue Génégaud, Paris, 6e) fondée en 1891, s’efforce : par la propagande, des récompenses honorifiques et par des subventions, fournies par le produit des jeux, de remédier au déboisement. Voir, au sujet des dangers du déboisement, les nombreux articles de M. Sagot-Lesage parus dans le Bulletin.
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- La grande propriété rurale en Europe et son évolution au XXe siècle,
- par M. Roger Picard, professeur à la Faculté de Droit de Paris, membre du Conseil national économique.
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- Présidence de M. Aimé Berthoi), sénateur, ancien ministre.
- introduction. — M. Picard, se plaçant tour à tour au point de vue de l’étendue, de l’importance des travaux du sol, ainsi qu’au point de vue social, définit la grande propriété en l’opposant à la propriété paysanne. Il distingue quatre types de propriétés :
- Grande propriété exploitée par le propriétaire ou par un gérant. — C’est une entreprise capitaliste, qui se caractérise : par l’importance des sommes investies, par l’emploi d’une main-d’œuvre salariée, et par la production d’un revenu indépendant du travail du propriétaire lui-même. Ce propriétaire peut d’ailleurs être absentéiste : c’est alors un simple capitaliste, qui recherche le profit net le plus élevé possible. C’est cette recherche qui a amené les propriétaires absentéistes anglais à transformer leurs terres à blé en herbages et à pratiquer ainsi ce qu’on a appelé « l’expropriation du paysan par le mouton ». Par contre, lorsque le propriétaire réside dans ses terres, fatalement, il s’intéresse au sol, prend de l’autorité sur les ouvriers qu’il fait travailler et joue alors un rôle social important.
- Propriété exploitée par une association. — Le plus souvent, le propriétaire se lie avec un exploitant par un contrat de métayage ou de fermage. L’association peut parfois prendre la forme d’une coopérative de production. En France, cette forme a existé très anciennement dans le Jura.
- Petite propriété paysanne. — C’est la propriété qui permet à la famille paysanne de vivre et qui lui donne assez de travail pour occuper chacun de ses membres.
- Petite parcelle. — Ici, le propriétaire ne peut pas tirer de sa propriété de quoi faire vivre sa famille. Il est alors obligé de louer son travail au dehors.
- Ces quatre formes de propriétés coexistent dans tous les pays mais leur importance relative y est très variable.
- évolution de la propriété en Europe au xxe siècle. — Dans tous les pays européens, on constate, depuis 1850, une réduction de la grande propriété en faveur de la petite propriété paysanne. Quelles sont les causes de cette évolution?
- Causes sociales. — C’est le caractère politique et social du problème qui a donné l’élan à la lutte des peuples contre la grande propriété. Les idées de souveraineté politique et de propriété foncière, autrefois liées, se dissocient au cours des siècles. En France, Richelieu achève le triomphe de la souveraineté nationale aux dépens de la puissance des seigneurs féodaux, puissance fondée sur l’étendue des propriétés foncières. Le mouvement s’étendit jusqu’au paysan et aboutit en 1793 à l’abolition des droits féodaux. Dans d’autres pays, ce mouvement n’a pris fin qu’au début du xx® siècle.
- 135• Année — Mai 1936.
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- La cause première des réformes agraires a été politique : le mouvement a commencé par l’émancipation des travailleurs ruraux; ensuite, s’est posé le problème économique de la répartition. En étudiant le côté social du problème agraire, on voit se former la démocratie paysanne, fondée sur la famille qui vit du sol et pour le sol.
- Causes économiques. — Le recul de la grande propriété est aussi dû à l’action de forces économiques. En période de prospérité, le prix des produits du sol est élevé : le propriétaire est lié à ses fermiers par des contrats de longue durée et touche donc des fermages dévalorisés. Les paysans riches sont prêts à acheter la terre qu’ils cultivent. Le propriétaire est tenté par des placements plus avantageux : il vend donc sa terre.
- En période de crise, le grand propriétaire ne peut pas faire au sol les avances qu’il faudrait car les frais de main-d’œuvre deviennent écrasants. C’est la petite propriété qui résiste le mieux à la crise. Le grand propriétaire est donc amené à abandonner un placement qui n’est plus rémunérateur, et il vend ses terres au paysan.
- Causes techniques. — La loi des rendements non proportionnels laisse prévoir qu’on rencontrera en agriculture une limite à l’extension des capitaux investis. Le machinisme, indispensable à la grande exploitation, a une influence très limitée sur la propriété paysanne. Le facteur prédominant est biologique. D’ailleurs, par l’association, les petits exploitants arrivent à profiter des avantages de la grande exploitation sans en subir les inconvénients.
- Intensification de la production. — Au lendemain de la guerre, la crainte de la famine a poussé à rechercher une forte production. On pense que l’exploitation par le petit propriétaire paysan est celle qui, au total, fournit le plus de produits.
- Crainte du communisme. — Pour enrayer le mouvement communiste, on donne des terres aux soldats démobilisés. Cette évolution est générale en Europe. Tous les pays qui connaissent la petite propriété paysanne ont fait des efforts pour la développer et, partout où elle était inconnue, on a cherché à la créer. C’est un besoin fondamental des populations rurales contemporaines.
- LA RÉALISATION, LES RÉFORMES AGRAIRES EN EUROPE.
- L’évolution vers la propriété paysanne s’est traduite par des mouvements plus ou moins violents qui se sont déroulés principalement entre 1919 et 1930. Ce mouvement continue encore dans certains pays. A cet égard, on peut classer les pays européens en deux grandes catégories :
- 1° Pays à évolution lente, sans réforme agraire proprement dite. Après la guerre, le problème s’est résolu sans qu’il fût nécessaire de prendre des mesures violentes ;
- 2° Pays à réforme agraire. Les mesures prises diffèrent suivant les buts à atteindre. Les buts principaux sont : la lutte pour la création de petites propriétés ; la lutte contre certains grands propriétaires (par exemple les étrangers, les spéculateurs); la lutte contre toutes les grandes propriétés sans distinction ; la lutte contre toute propriété individuelle.
- Dans le premier groupe on trouve l’Angleterre, la France, la Suisse, la Hollande.
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- pays A réforme lente. — Angleterre. — Jusqu’au xvi® siècle, on y rencontre deux types de propriété : les manoirs des seigneurs féodaux et les communautés de villages, véritables propriétés collectives. Aux xviii® et xixe siècles, se forment de grandes propriétés par le système des enclosures. C’est l’aristocratie politique ou commerciale qui possède la terre : ainsi naissent de grandes propriétés d’origine moderne et non féodale.
- Des modifications profondes en découlent : la répartition des villages se modifie, la nature des cultures aussi. La formation des grandes propriétés dépeuple les campagnes ; l’élevage se développe, car il demande peu de main-d’œuvre. La grande propriété se maintient alors, par suite des lois en vigueur (dévolution des biens fonciers à l’aîné de la famille) et aussi, parce que les propriétaires s’occupent personnellement de leurs terres. Cependant, dans la seconde moitié du xixe siècle, on s’effraye de la dépopulation des campagnes. Les lois sur les « allotments » et les « small holdings » cherchent à modifier la répartition de la propriété.
- En Irlande, la campagne des 3 F (Fair rent, Free sale, Fixity of tenure) tend à améliorer la situation du fermier. Actuellement, les 7/8 du sol anglais sont constitués par de grandes propriétés et 1/8 seulement par de toutes petites.
- France. — La petite propriété paysanne existe depuis longtemps en France. Des historiens russes ont constaté que, dès le second tiers du xvme siècle, la paysannerie possédait 1/4 du territoire. Mais le paysan, même propriétaire, manquait de liberté : des édits réglementaient les cultures, la date des récoltes, la vente des produits; les travailleurs ruraux étaient astreints à des servitudes personnelles et à des redevances pécuniaires. Leur émancipation se poursuit à partir de la nuit du 4 août jusqu’à la Convention, qui abolit toute redevance d’origine féodale (1793).
- La phase de la répartition suit celle de l’émancipation : la vente des biens nationaux se poursuit jusqu’en 1815. Les biens de l’Église et les biens des émigrés sont le plus souvent achetés par les paysans qui les cultivent. Au cours du xixe siècle, ce mouvement d’achat des terres par le paysan se poursuit de façon continue, mais plus ou moins rapidement.
- Sous le second Empire, les produits agricoles atteignent des prix élevés; les paysans riches achètent beaucoup de terre. De 1919 à 1930, on assiste à un mouvement des hypothèques et à une nouvelle vague d’achat de terre par le paysan.
- Actuellement, 1/3 du territoire français est occupé par la moyenne propriété paysanne, celle qui peut faire vivre une famille de façon indépendante; 1/3 est composé de grandes propriétés (comprenant notamment les biens d’Étatetles biens communaux), et 1/3 est formé de très petites propriétés. En France, la question agraire ne s’est donc pas posée comme dans les pays du second groupe.
- pays a réforme agraire. — Dans ces pays, la situation politique et sociale était tout autre que chez nous; c’est ainsi que le régime féodal a subsisté jusqu’en 1848 dans les pays danubiens et jusqu’en 1918 dans les pays baltes. La réforme agraire était devenue inévitable; elle a présenté plusieurs phases :
- 1° Inventaire des biens à exproprier. Cet inventaire donna lieu à des opérations cadastrales ayant pour but de reconnaître la grande propriété pour la rendre aussitôt aliénable ;
- 2° Expropriation. Suivant les pays, certaines atténuations furent apportées à cette mesure. On laissa parfois au propriétaire son château et quelques terres;
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- 3° Partage. Les attributaires furent souvent les soldats démobilisés. Certaines conditions de compétence technique furent parfois exigées;
- 4° Indemnisation des propriétaires. Les États se substituèrent aux paysans : les propriétaires reçurent des rentes gagées par des redevances annuelles dues par les paysans; mais ceux-ci ne purent pas en assurer le paiement et on dut les exonérer sous peine de les voir quitter la terre;
- 5° Maintien des petites propriétés créées. Elles furent déclarées inaliénables pendant un certain temps ;
- 6° Élaboration d’une législation connexe complétant la réforme et organisant, notamment, le crédit rural. Ce problème du crédit est particulièrement important dans les pays balkaniques.
- Un dernier type de réforme agraire consiste à transférer la propriété à une collectivité. Le maréchal Bugeaud, en Algérie, avait essayé cette méthode : ses soldats avaient reçu des terres qu’ils devaient exploiter en commun : au bout de quelques années, ils réclamèrent le partage. En Palestine, actuellement, le mouvement sioniste organise des exploitations collectives. On trouve en Italie le mode d’exploitation par fermage collectif. Mais ce n’est qu’en U.R.S.S. qu’on peut voir ces principes appliqués d’une façon générale.
- En Russie, au xix° siècle, les 2/3 des terres étaient possédés par les nobles; le reste était sous le régime des « mirs ». Des lots de terres et de maisons étaient répartis, par tirages au sort périodiques, entre les chefs de famille. Les paysans qui cultivaient les domaines des nobles étaient astreints à des servitudes. En 1903, Stolipine fait une tentative pour constituer des petites propriétés individuelles, mais, n’osant pas prendre des terres aux nobles, il accomplit cette réforme aux dépens des mirs. Cet essai n’aboutit pas.
- La révolution de 1917 est basée sur les principes de Karl Marx : le sol, les bâtiments, les instruments et le bétail sont la propriété de l’État. L’application passe par trois phases :
- 1917-1922, phase du communisme de choc. — Les principes sont appliqués strictement : l’État a la propriété de tout le sol russe; il a le monopole de l’exploitation et du commerce. Les exploitations agricoles sont mises sous forme de « sovkhoz » (régies d’État) ou de « kolkhoz » (exploitations collectives rappelant les mirs);
- 1922-1928, phase de la N.E.P. — Par suite des nombreuses révoltes au cours de la phase précédente, on se dirige vers un régime plus libre : on revoit des propriétés privées, pas individuelles sans doute, mais familiales, comme au temps des mirs;
- Depuis 1928, on revient, à la première phase. Un grand effort de collectivisation est fait sur le secteur rural. On revient à la direction complète de l’agriculture par le Gouvernement. Les kolkhoz se multiplient (7 000 ont été créés en 1933; ils comprennent un million de chefs de famille). Par contre, on ne cherche pas à augmenter le nombre des sovkhoz.
- En février 1935, une nouvelle constitution rurale rend certaines libertés au paysan membre du kolkhoz : il peut être propriétaire de son izba, d’une ou deux têtes de gros ou de petit bétail, de sa volaille. De plus, la propriété de l’association sur les terres qu’elle cultive est nettement établie : les limites du kolkhoz ne peuvent pas être réduites. Dans ces conditions, le paysan supporte que le kolkhoz ait des obligations vis-à-vis de l’État (fourniture obligatoire d’une fraction déterminée des produits).
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- conclusion. — Dans tous les pays d’Europe, les forces économiques et sociales tendent à supprimer la grande propriété au profit de la propriété paysanne. La petite propriété est le meilleur support de l’indépendance des États et de la stabilité sociale des populations.
- M. Picard termine son exposé par ces mots de Disraëli : « La petite propriété paysanne défie à la fois les démagogues et les despotes ». M. Aimé Berthod signale l’importance du facteur politique et social dans la question agraire. Au point de vue économique, il insiste sur la gravité du problème du crédit agricole dans les Balkans : les taux d’intérêt pratiqués par le Crédit agricole français sont bien plus bas que dans les pays centraux. Il s’élève contre l’unification des produits : la France doit rester le pays de la variété et des produits de qualité supérieure.
- La propriété rurale en Afrique du Nord.
- par M. Pierre Berthault, Ingénieur agricole, commissaire du Crédit foncier de Paris près le Crédit foncier de Tunisie.
- Présidence de M. Lebeau, gouverneur général de l’Algérie.
- L’Afrique du Nord joue un rôle important dans les échanges avec la France et participe pour une part non négligeable à l’activité économique mondiale. Avant l’occupation française, la vie commerciale de l’Afrique du Nord était très faible. Moins d’un siècle après, le volume des opérations avait quintuplé. Ce progrès a été réalisé grâce, sans doute, à l’ensemble de l’organisation politique et économique; mais c’est surtout à la propriété rurale qu’est dû l’accroissement des échanges en Afrique du Nord.
- Régime des terres. — Avant l’administration française, les terres berbères étaient divisées en deux catégories : les terres « melk », qui représentaient la propriété individuelle, et les terres « arch », la propriété collective.
- La transmission de la propriété individuelle était difficile. Lorsqu’il y avait contestation des droits, la preuve devait être faite par témoins. Il existait tout un réseau de dispositions propres au droit coranique. Les terres grevées par les « habous », sortes d’hypothèques occultes, atteignaient par leur étendue plus de la moitié de l’ensemble de la propriété individuelle.
- Cet état de fait ne permettait que très difficilement la pénétration française et l’implantation de colons en terre africaine; l’intervention officielle des Pouvoirs publics a été nécessaire.
- méthode de colonisation. — Les méthodes de francisation de la terre en Algérie par la législation ont été sans cesse remaniées au xixe siècle et au xxe siècle en Tunisie et au Maroc, par la formule plus moderne et plus souple des livres fonciers.
- Algérie. — La colonisation algérienne s’effectua par une sorte de tâtonnements* Immédiatement après l’occupation, on distribua aux soldats des parcelles de terre de faible étendue. Après la révolution de 1848 et sous le second Empire, on accorda de grandes concessions; la 3e République revint à la formule d’une colonisation plus démocratique.
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- Tunisie. — La colonisation est restée libre jusqu’en 1914, le Ministère des Affaires étrangères n’étant pas favorable à l'intervention officielle. Elle a été surtout réalisée par les fils de la grande bourgeoisie, qui venaient chercher en Tunisie une occupation active. L’action du Protectorat ne s’exerce que pour la colonisation du Sud.
- Mais la population française implantée en territoire tunisien était très peu nombreuse en comparaison de la population italienne. En 1911, on comptait 46 000 colons français pour 84 000 italiens. Les Pouvoirs publics se rendirent compte qu’une intervention devenait nécessaire pour constituer la propriété rurale française. On accorda aux colons de grandes facilités de crédit pour favoriser le peuplement français.
- Maroc. — Le Maroc devait s’inspirer largement des expériences faites dans les pays voisins. L’œuvre était délicate : on ne pouvait pas exproprier l’indigène et faire passer tout un peuple du régime de la propriété communautaire à celui de la propriété individuelle. On adopta la formule de la moyenne colonisation, en concédant des domaines de 200 à 230 ha. D’une façon générale, la colonisation officielle a eu moins d’importance au Maroc qu’en Algérie.
- Comparaison entre la propriété indigène et la propriété européenne. — La propriété européenne s’est adaptée rapidement aux conditions économiques et culturales; on y constate surtout une colonisation de cadres tandis que la propriété indigène reste, dans l’ensemble, une propriété paysanne.
- L’islamisme confère aux indigènes des besoins différents de ceux des Européens : l’indigène vit de peu; sa propriété peut n’avoir qu’une étendue très faible; ses immobilisations, ses frais généraux sont réduits; ses rendements, qui seraient pour l’Européen des rendements de famine, sont suffisants pour le faire vivre. La propriété indigène a une supériorité qui s’affirme à l’encontre de la propriété européenne, principalement lorsque le cours des denrées agricoles est bas; l’indigène peut alors continuer à subsister tandis que l’Européen ne résiste pas.
- La culture de terres fertiles est la seule condition de la pénétration française si on veut que la propriété européenne conserve son rôle et sa place dans la hiérarchie et ne se ravale pas au niveau de la propriété indigène.
- Le désir de Bugeaud et de la 3° République eût été de faire de la colonisation paysanne; mais, si les lots sont très petits, l’échec des colons est inévitable. Un Français ne petit pas se contenter du train de vie mené par un indigène : le fellah s’accommode d’un rendement de 4 qu de blé par hectare; le Français ne le peut pas. C’est pourquoi on voit disparaître en maints endroits la petite propriété rurale française alors que la propriété indigène subsiste.
- L’Administration a raison d’exiger des colons qui veulent s’installer un minimum de capitaux : elle indique ainsi que le colon n’est pas l’élément paysan et que son rôle est celui d’un chef.
- La propriété paysanne indigène, dont l’exploitation s’exerce dans le cadre familial, constitue la grande majorité; 60 p. 100 des indigènes sont de petits propriétaires. Ils peuvent s’installer dans les zones riches comme dans les régions pauvres des hauts plateaux. De leur exploitation, ils retirent la plupart des produits nécessaires à leur subsistance : ils n’ont pour ainsi dire rien à acheter au dehors. Au contraire, le colon ne produit que peu de ce dont il a besoin ; étant spécialisé, si des calamités s’abattent sur son exploitation, il y résiste difficilement, et si trois
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- années déficitaires se succèdent, il est obligé d’abandonner sa terre. C’est ainsi qu’on a vu un mouvement de rachat des terres des colons par les indigènes.
- En définitive, c’est le système de la grande colonisation et de la concentration de la propriété qui s’est implanté en Afrique du Nord. Ce sont les colons à la tête de la grande propriété qui ont introduit des cultures nouvelles et leur méthodes. C’est par la grande propriété qu’un peuplement national a pu vraiment s’implanter en Afrique du Nord.
- Exploitation de propriétés par des sociétés. — Bien souvent les grands domaines sont exploités par des sociétés anonymes qui en sont propriétaires. Ce système s’est très largement répandu en Afrique du Nord alors qu’en France il n’existe pas. Ces sociétés pouvaient en effet passer des marchés pour l’achat des terres et du matériel dans des conditions beaucoup plus favorables que les particuliers. Elles possédaient parfois d’assez forts capitaux pour n’avoir pas besoin de faire appel au concours financier de l’Etat ou des établissements de crédit.
- Rôle du crédit dans la colonisation. — En dehors des propriétés appartenant à des sociétés, les domaines sont toujours grevés d’hypothèques parce que les achats n’ont pas été réglés au comptant. Les colons étaient obligés d’emprunter pour s’installer; c’est pourquoi le crédit a joué un grand rôle dans la colonisation.
- Les banques d’émission ont été les principaux organismes dispensateurs des fonds nécessaires. Le Crédit foncier de France a aussi facilité l’installation des colons, puis, le Crédit foncier d’Algérie, à son tour, a prêté largement à long terme. Le crédit agricole, dont l’origine remonte en Algérie à 1901, a contribué dans une grande mesure à la colonisation.
- Valeur de la terre. — Cet afflux de capitaux a profondément modifié la valeur foncière de la terre. La propriété nord-africaine s’est équipée complètement; elle a acheté du matériel; elle a créé de grandes plantations de vignes et d’oliviers; elle a construit de grands bâtiments pour loger les récoltes. D’autre part, des routes et des lignes de chemin de fer ont été aménagées qui ont donné une plus-value à la terre. Toutefois, ces aménagements nouveaux ont beaucoup plus augmenté le potentiel terrien et la rentabilité de la terre qu'ils n’ont vraiment accru la valeur vénale de ces biens; elle ne peut être fixée qu’assez théoriquement par suite de l’inexistence d’un marché réel. Cependant, il est possible de chiffrer d’une façon générale la valeur de la propriété. Depuis 20 ans, elle a beaucoup plus augmenté qu’en France, le coefficient de hausse étant de l’ordre de 7 à 9 par rapport aux chiffres d’avant guerre, alors que, dans la métropole, il n’est que de 2,5 ou de 3. Avant guerre, le prix de vente moyen de l’hectare était d’environ 400 fr; en 1934, il était de 2 650 fr. A l’heure actuelle, le prix de l’hectare est au coefficient 10; il a atteint le coefficient 14 en 1931.
- Cette hausse est due à l’importance des capitaux qui, depuis 20 ans, ont été investis, et comme ces capitaux, ainsi qu’il a été dit, ont été empruntés et ne sont pas des capitaux d’épargne, si on examine la situation de près, on constate que la valeur de la terre n’a pas augmenté de façon à correspondre au chiffre des capitaux investis. C’est pourquoi le crédit, qui a déterminé la valeur de la propriété, est cause, à l’heure actuelle, du malaise général.
- De 1925 à 1932, les colons ont tellement emprunté que le prix des denrées a
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- atteint des cours très élevés; l’huile, par exemple, se vendait à un prix quintuple de ce qu’il est aujourd’hui ; le blé s’est vendu jusqu’à 200 fr le quintal !
- En Algérie, le crédit agricole a largement prêté aux colons, et a parfois même consenti des prêts à court terme pour permettre d’acquérir des propriétés. Les prêts du Crédit foncier, bien qu’à plus longue échéance, se remboursent en 5 ans.
- Dette hypothécaire. — La dette hypothécaire globale s’élevait en 1934 à environ 3 700 millions et, en ce qui concerne le Crédit foncier, à 1 711 millions. 20 p. 100 de la valeur de la propriété rurale sont grevés d’hypothèques; cet endettement est le double de celui de la métropole. Toutefois, ces chiffres ne doivent pas paraître anormaux : pour des pays jeunes et qui ont besoin de s’équiper, c’est un signe d’énergie et de vitalité.
- conclusions. — L’Afrique du Nord a trop rapidement développé et industrialisé ses cultures. Elle a voulu brûler les étapes; elle s’aperçoit maintenant des erreurs commises; elle voit qu’il faut agir prudemment, et se rend compte des conséquences d’un crédit trop largement dispensé. Elle comprend enfin la nécessité de respecter les engagements. D’autre part, le colon, avant de se spécialiser dans une culture déterminée, doit s’efforcer de subsister autant que possible par ses propres moyens.
- A l’heure actuelle, la situation de la propriété rurale est difficile; aussi l’Afrique du Nord s'e tourne-t-elle vers la métropole pour lui demander son aide, bien qu’elle sache qu’elle doit fournir le principal effort. Elle cherche à assurer l’écoulement de ses produits sans nuire aux intérêts des agriculteurs métropolitains et essaie notamment de développer des cultures complémentaires de celles de la France.
- Il serait désirable qu’en France on s’inspirât de la politique impérialiste pratiquée par l’Angleterre à l’égard de ses colonies. Nous devrions acheter davantage à l’Afrique du Nord, qui, d’ailleurs, actuellement, poursuit une politique de haute qualité pour les produits qu’elle exporte.
- La petite propriété rurale en Europe et les réformes agraires,
- par M. Fudakowski, membre de l’Académie d’Agriculture, président de l’Union générale des Associations agricoles de Pologne et de la Société centrale d’Agriculture.
- Présidence de M. de Vogüé, membre de l’Académie d’Agriculture, président de la Commission internationale d’Agriculture.
- Les problèmes de la petite propriété rurale et des réformes agraires sont extrêmement complexes. Ces questions n’ayant pas encore été étudiées à fond ni d’une façon méthodique, et certaines réformes, même, n’étant pas défini tivement terminées, il apparaît peu facile de mesurer l’ampleur de leurs effets économiques, sociaux ou politiques.
- L’idée maîtresse qui domine ces réformes a varié selon les pays et ne fut jamais simple. On a cherché soit à créer le plus grand nombre possible de petites propriétés en morcelant les grands domaines, soit à anéantir le principe même de la propriété privée pour établir le collectivisme.
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- Le problème apparaît tout aussi vaste et complexe si l’on cherche à déterminer les raisons de ces réformes. On ne peut d’ailleurs s’empêcher de remarquer qu’elles ont toutes eu lieu presque en même temps, peu de temps après la guerre. Ce ne fut pas l’effet d’un hasard, mais bien parce que les démobilisés revinrent meurtris et aigris à leurs foyers. Le partage des grandes propriétés sembla alors nécessaire, aussi bien pour satisfaire au principe égalitaire, né de la Révolution française, que pour aider aux intérêts économiques de la nation. Dans l'Est et le centre de l’Europe, ce courant en faveur de la petite propriété s’expliquait par le besoin, dans certains cas, de renforcer l’élément national, ou même, comme en Allemagne, conformément au programme national-socialiste, par l’intention de former ou de relever le caractère paysan. En Russie, la réforme tendit au contraire à détruire jusqu’à la psychologie du propriétaire.
- Si l’on cherche à définir exactement ce que représente cette notion de la petite propriété, on arrive à conclure qu’aucun critère ne paraît assez net pour l’expliquer à lui seul : les dimensions d’une petite propriété varient selon les pays et selon les régions : I, 10, 50 ou 100 ha, et même 200 ha, comme en Sibérie avant guerre. Les critères économiques et sociaux ne sont pas plus précis.
- Toute étude de la question de la petite propriété se heurte donc à une relativité qui empêche de résoudre le problème. D’ailleurs, en cette matière, on ne saurait, rien établir de définitif, puisque ce qu’on étudie est, et sera toujours, le résultat d’une collaboration entre deux éléments, l’un, immuable, la terre, et l’autre, mobile, l’homme.
- Dans ce problème de la petite propriété rurale, il n’y a cependant pas que des vérités relatives : une vérité au moins est bien établie; elle concerne la notion de propriétaire. En effet, il cultive son bien avec intérêt, tout en subissant l’influence continue de la terre, tandis que le salarié travaille à l’usine et ne sera jamais qu’un prolétaire.
- L’aspect le plus intéressant du problème se trouve précisément dans cette union de l’homme avec le sol, facteur essentiel dans la formation de la nation. Les petits propriétaires ruraux peuvent être considérés comme des éléments prépondérants de la vie économique, sociale et morale, et aussi de la civilisation, au point que, s’il arrive à une nation de se détacher de la terre, il y a de grandes chances pour qu’elle retourne à son état grégaire.
- En se référant à une étude allemande parue récemment sur l’expérience russe, M. Fudakowski insiste sur les résultats de la collectivisation et de l’étatisation de la propriété rurale.
- En Russie, le système de la propriété paysanne a été ébranlé parce que l’idée était d’augmenter la production et d’aider à l’émancipation de l’homme par le développement du machinisme.
- La propriété privée avait été d’abord reconnue à titre viager; mais, dès 1928, un plan nouveau prévoit une socialisation plus complète des campagnes. Le programme fut exécuté avec une incroyable rapidité : des maisons communes furent organisées et les demeures familiales furent détruites ; des « brigadiers » se virent conférer le pouvoir de diriger et de commander. Tout ce programme révèle la seule préoccupation de servir la collectivité. Mais, aujourd’hui, les foyers paysans ne sont plus unis comme autrefois et il n’y a plus de familles nombreuses. Beaucoup de ruraux ont émigré vers les villes, et ceux qui restent se détachent de la terre. Pour eux, le
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- NOTE DE CHIMIE BIOLOGIQUE.
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- passé est sans valeur, et l’avenir est aux mains de l’État. Ils ne ressentent plus le besoin d’être prudents et de constituer des réserves puisque l’État se charge de tout. Une réforme a été réalisée, mais aux dépens de l’individu et de la petite propriété rurale.
- Une des causes de la crise mondiale actuelle est la méfiance générale : les hommes se méfient des hommes et des choses; ils ont perdu la foi dans la stabilité. Étrangers à tout ce qui touche la morale, ils ont pris l’habitude de n’envisager que le côté matériel : ils ont défié le progrès et ils ne reconnaissent qu’un miracle, celui de l’invention. On crée bien une âme collective pour gagner le monde, mais on perd les hommes. Or peut-on détruire les humains au nom de l’humanité?
- NOTE DE CHIMIE BIOLOGIQUE
- par M. E. Lemaire, agent général de la Société d'Encouragement.
- La cure de l’anémie par l’ingestion de foie de mammifères.
- Une des plus récentes et des plus solides acquisitions de l’organothérapie est la guérison de l’anémie par l’ingestion de foie de mammifères. Elle est la conséquence des recherches du physiologiste américain G. H. Whipple, qui, pour ses travaux sur cette question, a reçu le Prix Nobel. La méthode a été très étudiée aux États-Unis par de nombreux médecins ou physiologistes, mais elle est encore mal connue en France, où on en a fait des applications maladroites qui ont nui à sa réputation et ont empêché que son emploi s’étendît. Aussi convient-il de signaler plusieurs études parues récemment et destinées à remettre la question au point; ce sont notamment :
- trois mémoires parus dans le Bulletin de la Société d’Hygiène alimentaire (n° 5/6, 1935), savoir : De l’aliment au médicament ; la méthode de Whipple, par Suzanne Dejust; — Etude de l’effet de la congélation sur les organes hématopoïétiques, par A. Arthus; — Régénération sanguine par divers extraits organothérapiques à base de foie, avec une étude de l’action de la congélation des organes, par A. Arthus, Marguerite Lourau et Germaine Silvestre de Sacy;
- un mémoire, paru dans Nature (de Londres) du 8 février 1936, The Liver Prin-ciple Active in Pernicious Anæmia, par le Dr Ch. G. Ungley.
- Voici l’essentiel de ces mémoires.
- Le foie de bœuf, de mouton, de porc, de veau, pris, sous une forme quelconque, à raison de 200 à 300 g par jour, provoque une augmentation de 90 à 100 g d’hémoglobine au bout de deux semaines. Cette action hématopoïétique est exercée aussi, mais elle est un peu moins forte, par le rognon et la rate de bœuf et de porc, le gésier et le foie de poulet; l’action est moins marquée pour le cœur de bœuf. Parmi les composés réputés pour combattre l’anémie, ceux du fer sont quelquefois assez actifs, mais ceux de l’arsenic sont pratiquement inertes. Certains sels de cuivre sont actifs aussi, mais peu.
- Les abricots et les pêches, pris à raison de 200 g par jour, font augmenter la quantité totale d’hémoglobine contenue dans le sang de 40 à 50 g au bout de deux semaines. Il est préférable de les ingérer crus. La plupart des légumes agissent de
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- même façon, mais les plantes à chlorophylle, tels que les épinards et le chou, sont inertes.
- L’ingestion des cendres minérales obtenues par incinération du foie exerce la même action, mais elle est environ deux fois moindre. Il en est de même pour les fruits.
- Comme dans le cas de toute ingestion d’un aliment en vue d’exercer une action thérapeutique, les effets ne sont perceptibles qu’au bout d’un temps assez long, d’où la nécessité de ne doser l’hémoglobine du sang qu’après deux semaines au moins d’ingestion non interrompue.
- Quand l’animal anémié est soumis au régime du foie, l’organisme emmagasine, surtout dans le foie, des substances de composition voisine de celle de l’hémoglobine, mais celle-ci n’apparaît dans le sang qu’au bout de plusieurs jours.
- En France, la thérapeutique par le « régime au foie », appelée en Europe méthode de Whipple, et aux Etats-Unis, méthode de Minot-Murphy, a été signalée pour la première fois par W. Aïtov et Lœwy dans La Presse médicale d’avril 1927, mais elle a été mal comprise; les discussions auxquelles a donné lieu son application ont conduit à reconnaître au foie de veau exclusivement la propriété de fabriquer de l’hémoglobine. Tl est certain qu’il possède cette propriété, mais à un degré beaucoup moindre que le foie de bœuf. Comme il est d’une ingestion plus agréable et d’une digestion plus facile, on lui avait donné la préférence, d’où les mécomptes qui souvent ont fait abandonner la méthode. D’ailleurs, à un moment, la demande en foie de veau s’étant fortement accrue et son prix s’étant élevé, les anémiés ne pouvaient en ingérer des quantités suffisantes pour que les bons effets fussent sensibles.
- 11 est vrai, cependant, que l’ingestion prolongée du foie de bœuf, le plus actif et le meilleur marché, présente des difficultés pratiques : dégoût, non-digestihilité, ingestion simultanée, mais inutile, d’une quantité considérable de tissus conjonctifs, de protéides et de graisses (lipides) pouvant d’ailleurs, à la longue, provoquer des intoxications; aussi a-t-on cherché, et réussi, à préparer, à l’état de poudre, un extrait déprotéiné et délipidé qui contient tout le principe hémopoïétique à une concentration élevée; 3 g de cet extrait correspondent à 100 g de foie de bœuf cru.
- On n’a pas encore réussi à isoler le principe actif du foie, mais on sait qu'il est soluble dans l’eau et dans l’alcool à 80° ; qu’il n’est pas détruit quand il est soumis pendant 3 heures à une température de 120° ; qu’il garde toutes ses propriétés, même quand il a été conservé pendant plusieurs semaines par le froid. Il est précipité de sa solution aqueuse par l’éther et l’acétone; il est très riche en azote, plus que les protéides, mais ne renferme pas de fer; il ne contient pas de vitamines B, contrairement à ce qu’on croyait tout d’abord. C’est très probablement un polypeptide.
- Le « régime au foie » est efficace dans presque toutes les formes de l’anémie et notamment dans l’anémie tropicale. Les travaux sur le régime au foie ont démontré que l’anémie n’est jamais due à la présence des toxines hémolytiques dans l’organisme. Le régime de tous les anémiques doit être riche en foie de mammifères (90 à 240 g par jour), et comprendre en abondance des fruits et des légumes frais. Il doit être pauvre en graisses et assez riche en protéines.
- Il résulte des travaux du Dr Ungley que la régénération du sang est due à l’action de deux corps : l’un, interne, toujours présent dans le suc gastrique
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- normal; l’autre, externe, qui se trouve dans un grand nombre d’aliments et notamment dans le foie ingéré. En réagissant l’un sur l’autre, ces deux corps forment un composé qui est absorbé dans l’intestin, passe dans divers organes mais surtout dans le foie et, peu à peu, s’y transforme en hémoglobine. C’est très probablement dans la portion de l’intestin voisine de l’estomac, où les sucs sont neutres, que ce composé se forme. On sait qu’il est détruit in vitro s’il est soumis pendant une heure à 70/80°, et au bout de 5 minutes à 100°. Le premier corps peut manquer, notamment dans la maladie d’Addison; c’est probablement une protéine ayant les caractères d’une diastase; elle paraît difficile à isoler du suc gastrique; elle est facilement détruite par la chaleur.
- Voici, très résumée, la méthode expérimentale employée par Whipple. Le chien est pris comme animal d’expérience et, par la saignée, on provoque chez lui une anémie expérimentale brutale.
- îTe série d'expériences (1920). — On détermine le volume total du sang, sa teneur en hémoglobine, et on y dénombre les globules blancs et rouges. On retire à l’animal, par ponction dans la veine jugulaire, 1/4 du volume total de son sang; on en retire autant 24 heures plus tard. Pendant les deux premiers jours, et aussi pendant le troisième (sans ponction), on soumet l’animal au régime du pain et du lait. Le quatrième jour, on procède aux mesures du sang précitées pour connaître le degré d’anémie atteint. Si elle est insuffisante, on pratique une ou plusieurs nouvelles saignées. L’anémie voulue étant atteinte, l’animal est soumis h différents régimes alimentaires et on procède une fois par semaine aux trois mesures précitées. On peut ainsi déterminer l’action des différents aliments par l’augmentation de la quantité d’hémoglobine contenue dans la totalité du sang.
- 2e série d'expériences (1921). — Au cours de la première série d’expériences, Whipple constata que l’animal possède dans son organisme une certaine réserve qui lui permet de fabriquer de l’hémoglobine sans qu’elle provienne des aliments ingérés au cours de l’expérience. Pour éliminer ce facteur, l’animal est maintenu constamment en état d’anémie grave.
- Le taux d’hémoglobine chez le chien est, mesuré par la méthode de Palmer, de 120 à 150 p. 100. Par des saignées répétées, on l’amène à 40 ou 50 p. 100 et on le maintient constant en soumettant l’animal à un régime tel que, tout en restant en bonne santé, la ration qu’il reçoit (ration basale) ne lui fournisse que juste l’hémoglobine et les globules rouges produits par son organisme pour remplacer l’hémoglobine et les globules rouges « usés » dans l’organisme. Whipple et Ashley ont constaté que, pour maintenir le même taux d’hémoglobine pendant une semaine, la ration basale devait fournir à l’animal de quoi en fabriquer 11 grammes par jour.
- La ration basale étant connue (deux formules ont été établies), on anémie l’animal de façon à abaisser son hémoglobine de 50 p. 100, et on le maintient dans cet état en lui fournissant une des deux rations basales. Ayant ainsi stabilisé l’anémie, on soumet l’animal à divers régimes alimentaires. En procédant aux mesures précitées toutes les semaines, on détermine exactement la quantité d’hémoglofuite fabriquée pendant cette semaine sous l’influence de telle ou telle alimentation,
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUII. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — MAI 1936 (p. 333).
- RÉFLEXIONS DE M. ERNEST MERCIER SUR LA RUSSIE SOVIÉTIQUE
- Compte rendu de la conférence faite par M. E. Mercier, le 29 janvier 1936, au Centre polytechnicien d’Études économiques (X Crise),
- par M. Maurice Lacoin, président de la Société d1 Encouragement.
- La conférence faite par M. Ernest Mercier au Centre polytechnicien d’Études économiques, à la suite de son voyage en Russie, a soulevé trop d’intérêt et a apporté une appréciation de la situation russe trop remarquablement objective, pour que nous n’en donnions pas ici le compte rendu sommaire.
- L’exposé de M. Mercier est consacré à peu près dans son entier à l’examen des résultats de l’expérience russe. Il s’y ajoute deux conclusions très sommaires. L’une est en faveur de la reprise des relations économiques avec la Russie, avec garantie partielle du gouvernement français pour les exportations françaises. M. Mercier montre à ce sujet que cette exportation a toute chance d’être réglée correctement avec l’U.R.S.S., et que, si la France n’accepte pas une offre de la Russie, d’autres pays, et spécialement l’Allemagne, en profiteront.
- La seconde conclusion est en faveur du pacte franco-soviétique. Cette dernière conclusion soulève des questions de politique intérieure et extérieure extrêmement délicates. Nous laisserons de côté, dans ce qui va suivre, ces deux conclusions, en nous bornant à résumer, en le citant abondamment, le très remarquable exposé économique de M. Ernest Mercier.
- Résultats industriels. — Voici ce que M. Mercier a constaté dans les usines :
- « Dans les usines de construction de matériel électrique de Moscou, l’activité moyenne des ouvriers paraissait plutôt légèrement supérieure à celle de leurs congénères parisiens. »
- « La qualité du travail était des plus honorables, équivalente sensiblement à celle d’une usine occidentale moyenne. »
- « Un matériel compliqué et assez délicat, celui des locomotives électriques des grands réseaux, est construit d’une manière tout à fait régulière et courante. Les types paraissent bien étudiés et adaptés au réseau sur lequel doivent circuler les machines; l’absence de tunnels, en particulier, donne beaucoup de liberté en ce qui touche le gabarit. »
- « Parallèlement, l’électrification des trains progresse très rapidement. Le programme de l’année 1936 comprend l’équipement de S 000 km de lignes à électrifier. »
- « Des résultats équivalents, en ce qui touche la qualité, paraissent obtenus, dans la même région, dans les usines fabriquant les machines-outils, notamment dans l’usine spécialisée dans la fabrication des tours-revolvers. »
- « De même, en ce qui concerne le matériel automobile, on indique que les voitures (type Ford) qui sortent actuellement peuvent rouler environ 2 000 heures avant leur première révision. »
- « Par voie de conséquence, la circulation automobile est très rapidement croissante. A certaines heures, il est déjà presque malaisé de traverser à pied les grandes artères. »
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- La situation du chemin de fer paraît satisfaisante sur certaines lignes, très médiocre sur d’autres. *
- « La Russie se heurte ici à deux difficultés considérables. La première tient à la nature du sol, le plus souvent constitué par une épaisse couche de terre végétale qui nécessite des transports de ballast extraordinaires, rend l’entretien des voies très difficile et limite considérablement la charge de sécurité par essieu; la deuxième provient de la peine extrême qu’on éprouve à former des cadres de mécaniciens suffisants en nombre et en qualité; de là, la fréquence catastrophique des accidents, qui dépasseraient plusieurs dizaines de milliers par an. »
- Et M. Mercier conclut ainsi :
- « En somme, ces résultats peuvent paraître, dans leur ensemble, satisfaisants. Ils appellent cependant deux remarques dans deux sens divergents. »
- « En premier lieu, il faut se rappeler que la révolution date de 18 ans, que l’effort constructif sérieux des Soviets a réellement commencé voici plus de 10 ans, et qu’il a coûté des sacrifices considérables. Que, dans ces conditions, la Russie ait produit, dans les différents domaines de l’activité industrielle, des réalisations importantes, quoique encore inférieures naturellement à celles que peuvent montrer les autres pays européens, même nouvellement venus à l’industrialisation, ne présente pas en soi de quoi susciter un grand émerveillement, chez qui est accoutumé à réfléchir. »
- « Quoi qu’il en soit, il semble que, dès aujourd’hui, la Russie soit arrivée à transformer en ouvriers véritables, sinon uniformément qualifiés, une dizaine de millions de paysans des deux sexes, qui, ajoutés aux quelque 5 millions d’ouvriers préexistants, constituent une population de travailleurs industriels d’environ 15 millions d’âmes. »
- « La Russie a formé les cadres de contremaîtres et de techniciens nécessaires pour diriger cette masse, sinon d’une manière parfaite, du moins assez efficacement pour pouvoir renoncer à faire appel plus longtemps aux spécialistes étrangers, autrement que pour le montage et la mise en marche des équipements neufs. La plupart des techniciens étrangers ont été renvoyés chez eux. »
- Pour M. Mercier, les réalisations industrielles du premier Plan quinquennal ont été médiocres ; celles du second sont déjà meilleures; enfin, les projets du troisième plan marquent encore un progrès, mêlé d’ailleurs de naïveté, tenant à l’enthousiasme juvénile avec lequel toute la population russe s’enorgueillit de son succès technique. Le progrès déjà réalisé est suffisant pour montrer que le peuple russe est en état d’achever le programme qu’il s’est tracé. De cette conviction naît pour le peuple russe une immense espérance.
- Situation économique des travailleurs. — Le salaire actuel permet à l’ouvrier qualifié de vivre et de s’entretenir, mais avec un pouvoir d’achat infime et très inférieur à celui des manœuvres européens les moins favorisés. Mais il est habitué à ce régime et n’en souffre pas. Au contraire, le manœuvre russe ne peut s’entretenir convenablement malgré ses besoins extrêmemenls réduits. Il est dans un état de sous-alimentation qui, s’il se prolonge, diminuera progressivement sa vitalité.
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- Voici comment M. E. Mercier caractérise cette situation.
- « Une des conséquences sociales les plus frappantes et les plus poignantes de ces différentiations a été la séparation, visible presque partout, de la population en deux éléments d’aspect extrêmement différencié : celui qui vit, parfois assez strictement mais qui est tout de même à l’abri de tout besoin immédiat trop criant, et libéré de tout souci d’avenir ; et celui qui ne vit qu’au prix d’une perte quotidienne de ses réserves physiques et morales, c’est-à-dire en se dégradant. »
- « Il suffît d’avoir regardé des ouvriers manœuvres, spécialement dans certaines catégories, en particulier les porteurs de certaines gares hors des très grands centres, pour être frappé et bouleversé de la morne désespérance de leurs visages décolorés. C’est un spectacle qu’on ne peut plus oublier quand on porte à l’homme de l’amitié. »
- « Les produits d’usage personnel, autres que la nourriture, c’est-à-dire vêtements, linge, souliers, chapeaux, savon, etc., ne représentent, pour chaque ouvrier qualifié, que 15 à 20 roubles par mois » soit l’équivalent au prix français de 10 à 15 fr; inutile de dire que la situation vestimentaire de la masse ouvrière russe est lamentable.
- Le Gouvernement est ainsi conduit : « D’une part, à établir autour de la Russie une barrière absolue contre toute pénétration d’informations extérieures sur les conditions sociales des travailleurs dans les différents pays; d’autre part, à répandre chez les travailleurs russes des renseignements dont il est Insuffisant de dire qu’ils sont tendancieux, puisqu’ils présentent l’état matériel des ouvriers occidentaux, et notamment français, comme très inférieur à celui des Russes; et, enfin, à compenser les privations de la masse des travailleurs par des distractions multiples, étudiées avec beaucoup d’intelligence et de soin, mais qui, finalement, touchent surtout les jeunes, comme les associations sportives ou culturelles, et laissent les hommes mûrs réellement déshérités. »
- M. E. Mercier montre ensuite que, tout l’effort russe s’étant porté sur les biens de production, la masse des biens de consommation autres que la nourriture a été tout à fait négligée, et que le total de leur production est extrêmement faible. Même en doublant le volume de ces biens de consommation, le bien-être de l’ouvrier russe resterait extrêmement faible. Le seul moyen de l’améliorer notablement est de ramener du personnel ouvrier à la terre et aux fabrications des biens de consommation en réduisant l’activité de réalisation du Plan quinquennal, ou en augmentant le rendement individuel des ouvriers consacrés à ces industries de base. Mais M. E. Mercier ne croit pas qu’on puisse recourir à la première solution, car elle semblerait marquer un recul dans la volonté d’industrialisation des Soviets.
- Cette volonté est si absolue que le gouvernement soviétique n’a pas hésité, dans ces dernières années, à vendre du blé à l’étranger et à laisser mourir de faim plusieurs millions d’hommes plutôt que de compromettre le Plan quinquennal ou de le ralentir.
- Cette même volonté a du reste conduit les dirigeants russes à changer fréquemment leurs méthodes et leurs principes. Ils ont successivement adopté, puis abandonné, la communisation complète des villages, la N.E.P., l’égalité des salaires, etc.
- Sur ce dernier point, en effet, les Soviets ont été amenés à différencier considérablement les salaires pour améliorer le rendement et les cadres. Le budget mensuel d’un manœuvre s’établit ainsi à 90 roubles; celui d’un ouvrier à 140roubles; d’un
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- ouvrier spécialisé de 300 à 400; des ingénieurs, de 400 à 500; des ouvriers exceptionnels de 800 à 1000; des littérateurs à 2 000 roubles et plus; enfin, les as du théâtre et de l’art, à 8 000 roubles et davantage. Les différences de salaires dépassent largement ce qui existe dans la plupart des pays capitalistes.
- On a aussi rétabli le salaire aux pièces et à la prime, les décorations. Enfin, tout récemment, on a établi la taylorisation, mais en la camouflant sous le nom de stakhanovisme, du nom, Stakhanov, du premier « ouvrier de choc »(1).
- Les Soviets s’efforcent également de développer les besoins : on stimule les désirs en rétablissant la possibilité d’acquérir un appartement, une maison; le jour viendra où l’automobile particulière sera admise. Cette évolution tend à reconstituer le foyer et à lui rendre son rôle capital : le droit d’héritage en ligne directe vient d’être rétabli.
- « Tant de transformations, tant de retours en arrière éveilleraient dans l’esprit l’idée d’une sorte de capitulation générale de la puissance, qui, voulant assurer, avant toute chose, la grandeur, la force et la prospérité du nouvel état russe, sacrifierait à ce but concret toute la mystique de ses aspirations idéales. »
- « Ce serait, je crois dit M. E. Mercier, une erreur que de le penser et de s’imaginer que les dirigeants de la Russie ont délibérément orienté leur pays vers une sorte de socialisme étatiste se rapprochant beaucoup de la forme vers laquelle semblent tendre les démocraties occidentales. On remarque que les mots démocratie et suffrage universel reviennent fréquemment sur les lèvres des discoureurs officiels, alors que peu d’années plus tôt ils en étaient honnis ».
- L’impression de M. Mercier est que, néanmoins, dans l’idée des dirigeants russes, « la forme définitive doit continuer à être et sera celle du communisme pur, sans aucune distinction de ressources entre les citoyens, les atténuations actuelles ne constituant que des dérogations provisoires ».
- Pour éviter du reste un retour à une conception capitaliste, au mois de mars 1935, « profitant de l’émotion provoquée par l’assassinat de Kirov, on a purement et simplement râflé 75 000 de ces nouveaux bourgeois pour les expédier en Sibérie, dans des conditions de rapidité telles qu’ils ont dû renoncer à emporter leurs meubles, et même leurs objets personnels, vendus à vil prix sur le péristyle des gares, revendus avec profit à la population par les magasins de l’Etat. »
- M. E. Mercier voit deux grands obstacles techniques au développement du bien-être en Russie : la difficulté de la distribution et celle des transports.il conçoit qu’étant donné la nature du terrain russe, il sera extrêmement onéreux de construire et d’entretenir de nombreuses lignes de chemins de fer et de bonnes routes; qu’on sera obligé de renoncer à copier l’Amérique, en ce qui concerne la fabrication en masse des produits de consommation, et que la Russie devra recourir à de petites industries régionales, disséminées, inspirées des anciens « koustari », d'importance réduite, ou même de caractère artisanal, utilisant les ressources locales en matières premières et en main-d’œuvre, de façon à réduire les transports et à décharger les organismes centraux.
- L’armée est bien munie de matériel, très motorisée; probablement trop. On attire à l’armée l’élite de la jeunesse et l’on profite de ce service militaire pour trans-
- (1) Voir à, ce sujet, Taylorisme, rationalisation et stakhanovisme, par Jules Blain, dans le Génie Civil du li avril 1936, p. 351.
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- former les jeunes gens en militants politiques et économiques. On assure en effet aux anciens militaires une sorte de monopole des postes de direction dans les entreprises industrielles et agricoles.
- Mais la valeur offensive de l’armée est considérablement réduite par l’incapacité où se trouvera la Russie en temps de guerre de ravitailler ses soldats en aliments et en munitions; cela, à la fois faute de routes et de chemins de fer, et aussi par la nécessité de ne pas laisser la population des villes mourir de faim, à la suite du gaspillage de nourriture, inévitable sur le front.
- Cette constatation, remarquons-le en passant, est du reste une des objections les plus graves à la thèse de l’entente franco-soviétique, que M. Mercier préconise comme indispensable pour nous garantir l’appui de la Petite Entente contre une attaque de l’Allemagne.
- Conclusions. — Dans l’ensemble, M. Mercier conclut ainsi son examen de la situation économique et sociale :
- « D’après son aspect extérieur, la foule qui remplit les grandes artères à la cessation du travail et qui s’y promène sans arrêt de 6 heures du soir à minuit, semble plutôt satisfaite et enjouée. Dans cette foule, en particulier les jeunes couples, respirent visiblement la j oie de vivre ; la même impression s’impose quand on examine le public des théâtres et des cinémas. Mais cette foule et ce public ne représentent pas toute la population; il est même évident qu’ils n’en montrent que la fraction la plus heureuse, celle qui possède assez de forces physiques et assez de ressort nerveux pour prendre plaisir à marcher après toute une journée de travail »
- « On n’y rencontre pour ainsi dire pas les éléments vraiment déshérités, — la classe des manœuvres — qu’on ne croise guère dans les rues qu’aux alentours des usines ou dans les tristes quartiers, moins éclairés, plus écartés, où ne vous conduit l’Intourist sous aucun prétexte. On n’y rencontre également qu’un faible pourcentage des véritables ouvriers dont les maisons-casernes se dressent assez loin du centre. Malgré les réserves qu’il en faut bien déduire, l’impression générale est celle d’une acceptation tranquille, allant de la simple joie de vivre des jeunes jusqu’à l’indifférence des plus de 30 ans, avec autour, une frange, d’épaisseur mal définie, de lassitude plus ou moins désespérée. »
- Grâce à la propagande soviétique, le peuple conserve la fierté, « fierté d’appartenir à un pays d’une exceptionnelle étendue, puissant, comblé de richesses naturelles — nationalisme russe —; conviction de marcher à la tête du progrès social, économique et culturel. »
- « Il est cependant une liberté essentiellement nécessaire à l’homme pour s’évader des soucis de la vie, celle du rêve. Or, dans une société tellement automatique, où l’État pourvoit lui-même jusqu’au choix de vos villégiatures quand vous les avez méritées ; où le malheureux, quand il trouve trop dure la vie dans son usine ou son chantier, ne peut plus, comme autrefois, à cause de son passeport intérieur, changer de ville pour varier au moins sa misère, le rêve, dans une telle société, n’a plus guère de pâture, hors la vie sentimentale. »
- « L’État soviétique s’est efforcé de lui rendre un aliment sous la forme collective : par la communication de plans extrêmement étudiés, de documents, de maquettes, d’informations de toute sorte, il excite chez le public un intérêt, passionné si possible, pour les vastes entreprises, les palais colossaux, les larges travaux de voirie, 135e Année. — Mai 1936. 22
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- les immenses canaux, et jusqu’aux détails du Métropolitain, sans oublier l’aviation, et, de fait, en éveillant dans l’esprit de chacun cette conviction que ces merveilles lui appartiennent en propre, l’État soviétique parvient à maintenir un suffisant état d'hypnose pour réintroduire quelque poésie dans ce monde matérialiste. »
- La propagande officielle ne s'e contente pas d’être adroite ou tendancieuse : elle s’installe délibérément dans le mensonge. M. Mercier signale celle qui fait croire au travailleur que toute la science, toute la technique, tous les progrès ont eu la Russie comme berceau — la Russie soviétique bien entendu — pour, de là, se répandre dans le monde; celle qui affirme au travailleur soviétique que la situation matérielle du travailleur occidental est infiniment plus dure que la sienne; celle qui charge les autres régimes de tous les crimes, etc., etc. Enfin, comme si tant d’efforts convergents ne suffisaient pas encore, il existe en outre une répression impitoyable, non pas seulement, comme nous l’avons noté, contre les délits atteignant les intérêts de l’État, les syndicats ou les coopératives, mais simplement contre les manières non orthodoxes de vivre ou de penser, contre celles qui ne sont pas « dans la ligne ». Non seulement le contrôle s’exerce en permanence, par tous les moyens, mais les sanctions en découlent avec une déconcertante énergie et sur une échelle inouïe. »
- « Des informateurs sérieux donnent un total de 3 millions, d’autres davantage, pour les ouvriers envoyés sur les chantiers de travaux publics, où l’on travaille derrière les baïonnettes des troupes spéciales. »
- M. E. Mercier conclut ainsi : « Si l’état actuel de la Russie constitue un incontestable progrès sur le passé de ce pays, il n’en serait aucunement de même pour notre propre pays s’il pouvait y être établi un régime identique. Par la force des choses, un équilibre nouveau se fera entre ses mobiles politiques et sociaux, et ceux des pays avec lesquels elle renouera des relations plus suivies et plus naturelles. » Pour ce qui nous touche, il n’est pas trop tôt pour chercher à dégager les éléments directeurs d’une politique raisonnable, et tâcher de les soustraire aux réflexes irraisonnés des partis pris. »
- «En ce qui concerne, d’abord la Russie elle-même et les intérêts propres du peuple russe dans son ensemble, il apparaît qu’au point où sont actuellement les choses, il est préférable que la Russie achève son expérience, comme elle est, présentement, engagée : tout retour en arrière ou tout changement brutal d’orientation nécessiterait, en effet, de nouveaux bouleversements, de nouveaux sacrifices innombrables, de nouvelles et longues périodes d’adaptation, avec leurs inévitables cruautés. La Russie y perdrait sans doute, en même temps, le bénéfice des résultats matériels si chèrement payés, et qu’elle commence à récolter. »
- « Au point de vue russe encore, mais également au point de vue européen, il semble préférable que les dirigeants actuels de la Russie achèvent eux-mêmes l’œuvre commencée : d’abord, parce qu’ils ont acquis l’expérience et qu’ils ont appris à plier leur dogmatique politique aux nécessités humaines ; ensuite, parce qu’ils constituent, actuellement, la seule élite dont puisse disposer la Russie; que pour pouvoir élaborer une élite de remplacement entièrement nouvelle, à la mesure des difficultés démesurées de la situation, ce pays aura besoin d’années, de beaucoup d’années, et que, dès lors, ce serait fatalement l’Allemagne qui viendrait fournir l’équipe de remplacement. Dans les dispositions actuelles de cette nation, l’Europe n’aurait rien à y gagner, l’Allemagne non plus, d’ailleurs. «
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- S’il nous a paru possible, dans les lignes qui précèdent, de dire l’essentiel de la lumineuse étude de M. Mercier pour ce qui touche la situation actuelle et les premiers résultats de l’expérience russe, par contre, il nous a paru impossible de songer à résumer l’exposé, déjà très raccourci de M. Mercier, concernant les relations économiques et politiques franco-russes. Je ne peux que renvoyer le lecteur à la conférence éditée par le Centre polytechnicien d’Etudes économiques (12, rue de Poitiers, Paris).
- La discussion qui a suivi la conférence de M. Mercier et a porté spécialement sur ces deux questions, a du reste fait intervenir le plus souvent des appréciations subjectives plutôt que des arguments de raison démonstrative.
- Le domaine sur lequel cette discussion s’est développée déborde d’ailleurs celui de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, et je me bornerai, pour terminer cette étude, à rappeler les principales difficultés que soulève, actuellement l’expérience russe.
- Tout d’abord, dans l’ordre purement économique, comme l’indique M. Mercier, l’U. R. S. S. n’a pas encore attaqué sérieusement ni le problème des transports et de la distribution, ni celui du commerce de détail, ni même celui des biens de consommation et de l’artisanat, et c’est bien pour cela que la vie de la population russe est encore si misérable. On peut même se demander si les Soviets n’ont pas mis ainsi la charrue devant les bœufs, comme l’a fait jadis Pierre le Grand, lorsqu’ayant créé une industrie métallurgique, très forte pour l’époque, il fut obligé d’exporter une grande partie de la production de fer qui ne pouvait être consommée sur place. D’autre part, les désastres résultant de la première application des principes soviétiques à l’agriculture ne sont pas encore totalement réparés : si la production agricole a rattrapé récemment celle de 1913, il n’en est pas encore de même pour le cheptel.
- La réussite économique de l’expérience soviétique, tout en comprenant certains résultats remarquables, est donc, dans l’ensemble très relative.
- Tout ce qu’on peut en dire, c’est que les premiers résultats sont suffisants pour que l’expérience puisse continuer avec stabilité, mais en faisant bon marché de la vie de toute une partie delà population russe, qui est déjà à peu près détruite (les classes moyennes), et au prix d’une sous-alimentation dangereuse pour la classe des manœuvres. Jen’hésite pasicià prononcerle mot de classe puisqu’il s’agit d’hommes suivant un régime à part et dont le niveau de vie est sacrifié gravement à la réussite du plan soviétique. Même pour les ouvriers qualifiés, le niveau de vie est tel en Russie que les catégories les plus défavorisées de nos ouvriers n’en voudraient à aucun prix.
- A ce problème économique se superpose d’ailleurs le problème éthique, celui des principes de vie spirituelle et morale de tout un peuple, pour lequel on essaie de remplacer l’idéal classique et chrétien, fondé sur la valeur personnelle de l’homme, par un idéal de masse, subordonnant la personne humaine à la réussite d’un plan général, où domine le matérialisme économique.
- Dans ce domaine, ainsi que le montre M. Mercier, les changements d’attitude sont fréquents; chaque difficulté rencontrée fait rebondir la politique russe dans une direction opposée et fait admettre souvent des solutions identiques à celles que le marxisme a jusqu’ici reprochées au capitalisme.
- Les besoins naturels de l’homme, tels que celui de la famille et de la propriété,
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- 340 LES ESSAIS D’ÉCLAIRAGE EXTÉRIEUR DU CHATEAU DE VERSAILLES. — MAI 1936.
- reprennent le dessus; la religion se maintient malgré toute une organisation puissante faite pour la détruire et y substituer un culte de la réussite et des héros soviétiques. On ne saurait donc parler de réussite dans le domaine spirituel et social; on y est encore dans les tâtonnements de début.
- Tout cela montre que, dans le tableau brossé de main de maître par M. Mercier, il faut éviter d’attacher trop d’importance aux succès partiels du plan soviétique. J’écrivais en 1933 : « 11 est probable que, si l’expérience soviétique dure un temps suffisant, elle arrivera à créer.... sur certains points.... des états de civilisation que ses adversaires auront intérêt à suivre, pour lui faire quelques emprunts. Mais ceci ne préjuge en rien de son avenir comme civilisation susceptible de soutenir et de recréer un peuple tout entier ». L’étude de M. Mercier ne me semble pas démentir cette appréciation; l’expérience continue, sans qu’on puisse apprécier dans quel sens elle évoluera.
- Il m’a semblé indispensable d’appuyer sur cet aspectde la situation, en un moment où, en France, le désarroi causé par la crise porte cmx que la crise touche de plus près, et particulièrement la jeunesse, à suivre facilement les prophètes qui lui font miroiter, dans une copie de l’expérience russe et dans l’abandon des disciplines anciennes, l’avènement d’un âge nouveau.
- COMITÉ DES CONSTRUCTIONS ET DES BEAUX-ARTS (extrait du procès-verbal de la SÉANCE DU 28 AVRIL 1936).
- Les essais d’éclairage extérieur du Château de Versailles.
- L’usage s’est répandu, dans ces dernières années, d’éclairer certains monuments. Dans de nombreux cas, cet éclairage s’imposait presque, car les magasins, les rues et les places étaient de mieux en mieux éclairés et laissaient dans l’ombre au moins la partie supérieure des monuments, qui manquaient en quelque sorte à l’effet général auquel le spectateur est habitué pendant le jour. Tel était le cas à Paris pour la façade de l’Opéra, pour l’Arc de Triomphe de la place de l’Étoile et pour la place de la Concorde. On procéda donc à des éclairages et, le plus souvent, au moyen de puissants projecteurs placés sur le sol et, en général, à une assez faible distance du monument à éclairer. Le résultat qu’on se proposait d’atteindre était obtenu : le monument était mis en valeur, et, tout d’abord, probablement à cause de sa nouveauté, l’effet fut jugé satisfaisant.
- Mais le public devint plus exigeant et bientôt on critiqua ce mode d’éclairage et on fît remarquer qu’en éclairant par le bas au moyen de faisceaux lumineux presque verticaux, l’effet était très différent de celui qu’avait voulu l’architecte, qui avait conçu, et conçoit presque toujours encore, un monument pour être vu éclairé par la lumière du jour, c’est-à-dire de haut en bas, et sous une incidence voisine de celle qui est adoptée pour le tracé des ombres sur les dessins, celle de la diagonale d’un cube ; d’où une tendance nouvelle dans le mode d’éclairage.
- C’est cet éclairage « astral » qui est exclusivement adopté pour mettre en valeur, le soir, les monuments les plus remarquables des grandes villes d Italie.
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- LES ESSAIS D’ÉCLAIRAGE EXTÉRIEUR DU CHATEAU DE VERSAILLES.
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- A Pise, où la cathédrale, le baptistère et la tour penchée sont isolés et bien dégagés, au milieu d’une très grande place que rien d’autre ne vient éclairer, c'est relativement facile, et la seule difficulté a été de recourir à des projecteurs nom-
- breux et très puissants. Il en est de même à Rome, notamment pour l’ensemble constitué par la place de Venise, les grandes avenues qui depuis peu aboutissent à cette place, et le monument dédié à Victor-Emmanuel II. A Florence, où les monu-
- Fig. 2. — Eclairage par projecteurs installés sur les toits.
- ments sont près ou très près des maisons, le problème n’a été qu’en partie résolu; et c’est ainsi que les parties hautes du campanile et de la tour du Palazzo Vecchio ne sont pas suffisamment éclairées. Dans tous les cas, cependant, chacun des monuments se détache suffisamment en clair sur le fond sombre du ciel.
- Il est inutile d’insister sur l'intérêt qu’ont les villes fréquentées par de nombreux touristes à pratiquer cet éclairage : ç’est un attrait de plus.
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- Jusqu’ici on n’avait pas essayé d’appliquer l'éclairage par projecteurs au Château de Versailles. Or, devant la façade tournée vers la ville, s’étend un immense espace vide et, la nuit, cette façade disparaît dans l’ombre. Il était intéressant de savoir quels résultats on obtiendrait en l’éclairant soit par en haut, soit par en bas, car ce mode d’éclairage conserve ses partisans; ils trouvent qu’un effet architectural nouveau, même très différent de celui qu’on a voulu et auquel on n’est pas habitué, peut n’être pas à dédaigner. Ils font remarquer, en outre, que l’éclairage artificiel produit nécessairement un effet différent de celui qu’on observe le jour car le monument se projettera toujours en clair sur un fond sombre, alors que le jour il se projette sur un ciel clair. Dans ces conditions, il importe peu que la lumière vienne d’en bas ou d’en haut : l’important est que l’effet soit satisfaisant.
- Pour résoudre la question, des essais des deux modes d’éclairage ont été effec-
- Fig. 3. — Effet, dit coup de soleil, sur une des ailes du château, obtenu au moyen de projecteurs installés sur les toits de l’autre aile.
- tués le dimanche 23 février 1936. Les photographies des figures 1 à 3 permettent de se rendre compte des effets obtenus : dans les deux cas, on a [réussi à mettre en relief les motifs architecturaux de la façade du palais.
- Les essais ont été effectués à la demande de M. Henry Haye, sénateur, maire de Versailles, qui, depuis longtemps, a apporté de nouveaux embellissements à la ville qu’il administre, et avec l’autorisation de M. Patrice Bonnet, architecte en chef des palais de Versailles et des Trianons.
- Ces éclairages d’essai ont été mis au point par la Compagnie des lampes Mazda, qui a également fourni les projecteurs nécessaires, savoir : 10 projecteurs de 6 kW ; — 1 projecteur de 10 kW ; — 15 projecteurs de 1 kW.
- Les projecteurs à grande puissance (10 et 6 kW) étaient d’un modèle entièrement nouveau. Le système optique de ce type d’appareils comporte des lames de verre argenté dont chacune réfléchit une partie du flux lumineux émis par les lampes. L’ensemble de ces lames est disposé à la manière d’une persienne en avant de la source lumineuse. Les rayons qui iraient se perdre vers l’arrière sont récu-
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- OUVRAGES REÇUS EN AVRIL 1936.
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- pérés par un miroir cylindrique et renvoyés vers l’optique de sortie. Les lampes, qu’elles soient à incandescence ou à luminescence, ont une forme tubulaire; elles ont été spécialement conçues pour l’utilisation de sources lumineuses linéaires.
- Le système de fixation du projecteur employé pour l’éclairage des monuments le rend aisément orientable, ce qui est indispensable pour cette application. L’appareil peut être équipé avec deux lampes tubulaires à incandescence de 3 à 5 kW chacune.
- Le faiscéau lumineux, très étendu en largeur, est compris dans un angle dièdre de faible ouverture, dont l’arête est parallèle à l’axe du réflecteur cylindrique. La délimitation rigoureuse du faisceau rend l’éblouissement impossible pour des observateurs situés hors de la zone directement éclairée.
- Les qualités spéciales du projecteur ont permis d’imiter l’effet dit « coup de soleil » éclairant une des ailes du château par-dessus les toits de l’autre.
- L’installation de Versailles a été réalisée avec le concours des Etablissements G. Bobot, de Versailles, et de la Société Forclum.
- E. L.
- OUVRAGES REÇUS A LA RIBLIOTHÈQUE EN AVRIL 1936
- Soulier ('Alfred). — L’électricité sans algèbre. Cours complet et pratique, accessible à tout le monde. In-12 (18 x 12) de vm+462 p., 164fig. Paris, Librairie Garnier Frères, 6, rue des Saints-Pères (7e). 18 563
- Castro (R.). — Progrès dans la technique de la métallographie microscopique. (Actualités scientifiques et industrielles, 301. Métallurgie et métallographie. Exposés publiés sous la direction de M. Aibert Portevin.) In-8 (25 x 16) de 58 p., 14 fig. Paris, Hermann et Cie, 6, rue de la Sorbonne (5e), 1935. 18 564
- Perignon (Jean). — Théorie et technologie des engrenages. Tome III : Les transmissions par engrenages. In-8 (25 x 16) de vu + 78 p., fig. 446 à 491. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1936. 18 565
- Greffe (Pierre). — Traité des dessins et des modèles. Étude juridique et pratique des lois de 1793-1902 et de 1909 et de la propriété des dessins et des modèles en droit international privé. In-8 (23 x 14) de vm + 322 p. Paris, Rousseau et Gie, 14, rue Soufflot (5e), 1933. 18 566
- Wilm (Walt W.) et Chaplet (A.). — Gaz de guerre et guerre des gaz. Une initiation pour tous aux conditions de la guerre prochaine. In-12 (19 x 12) de 140 p., 18 fig. Paris, J. Danguin, 82 et 84, rue de Richelieu (2e). (Don des auteurs.) 18 567
- Compte rendu des travaux du Premier Congrès de la Technique du Bureau, tenu à Paris en l’ancien hôtel de la Chambre de Commerce, du 23 au 26 mai 1935. In-8 (24 x 16) de 281 p., 81 lig. Paris, Delmas, 7, rue de Madrid (8e), 1936. 18 568
- Association française de Normalisation (AFNOR), 23, îue Notre-Dame-des-Victoires, Paris (2e). — Cahiers des charges unifiés français « U. F. » (mai 1935), Fascicules B 2-2 : Produits céramiques. Tuiles mécaniques. — B 3-2 : Agglomérés pour maçonnerie. — B 6-21 : Pétrole et ses dérivés. Méthodes d’essais U. F. Huiles de graissage. Mesure de la viscosité. — B 6-30 :...Dosage des cendres dans les huiles et graisses. — B 6-31 :. Huiles
- de graissage. Dosage de l’acidité dans les huiles. — B 6-32 : . Teneur en eau des huiles
- (Méthode au xylène saturé d’eau). — B 6-33 : . Température de fusion de la paraffine. —
- F 1-4 (révision) : Profilés. Cornières à boudin. — F 1-8 (révision) : Profilés. Plats à boudin. — F 1-9 : Profilés. Fers spéciaux. — F 1-16 : Carrés en acier. — F 1-17 : Plats en
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- OUVRAGES REÇUS. — MAI 1936.
- acier. — F 1-18 : Larges-plats en acier. — F 1-19 : Feuillards en acier. —^F 7-1 : Aciers rainés pour lames de rtssorts. — Q 1 : Papier. Avant-propos et généralités. — Q 1-1 : Papier. Formats. Tableau des emplois recommandés. — Q 1-2 : Papier. Poids au mètre carré. — Q 1-3 : Papier. Trous de perçage. — Q 1-4 : Papier. Chèques. — R 1-4 -.Boîtes de conserves. Poissons. — R 1-5 : Boîtes de conserves. Poissons. Boîtes rondes pour thons. — U 1 : Symboles. 18 472
- Bureau des Normes de l’Automobile (Chambre syndicale patronale des Fabricants d’accessoires et de pièces détachées d’automobiles, etc., 3, avenue Friedland, Paris (8e). — Normes (juin 1935), BNA 229 : Bouchons filetés, à épaulement. Tête 6 pans (types réduits).
- — BNA 230 : Joints circulaires. Fibre, amiante, métalloplastiques, etc. — BNA 231 : Moyeu arrière pour cycles. Empattement de 120. — (juillet 1935), BNA 232 : Soupapes. Angles, définitions. — (sept. 1935), BNA 233 : Dessins techniques. Formats (principes). — BNA
- 234 : .... Formats {définitions). — BNA 235 : _______ Formats (valeurs). — BNA 236 : .......
- Pliages. — BNA 237 : ........ Perçages des feuilles. — BNA 238 : ....... Cartouche d’inscription. — BNA 239 : ...................................................... Nomenclatures. — (janvier 1936), BNA 94 : Moyeux de roues.
- Fixation par boulons. — BNA 176 : Bougie de 1k mm. Culot, 6 pans, écrou, clef, fil. — BNA 240 : Centres de roues (Fixation par boulons). Fixation sur moyeux. —BNA 241 : Axes de fixation pour roues détachables par boulons. — BNA 242 : Écrous d'axes pour roues détachables par boulons. 17 497
- Comité de Normalisation de la Mécanique (Fédération de la Mécanique, 92, rue de Courcelles, Paris (8e). — Feuilles de normes (décembre 1935), CNI& 3017 : Vis à six
- pans creux. 1° Vis à tête cylindrique. — CNM 3018: .......2° Vis sans tête. — CNM 3019 :
- Clés pour six pans creux. — CNM 6034 : Raccords de mécanique générale. Raccords démontables à portée plane (pour tubes acier ou cuivre). 1° Vis-raccord, mamelons et bague ou
- collet rabattu. Pression nominale PN 10. — CNM 6035 : ....... 2° Écrous-raccords et logement
- taraudé. Pression nominale PN 10. — CNM 6036 : ......... 3° Vue d'ensemble. — CNM 6037 :
- Raccords démontables à portée conique (pour tubes acier ou cuivre). 1° Vis-raccord et mamelon-manchon. Pressions nominales jusqu’à PN 100. — CNM 6038 : .. . 2° Manchon, logement taraudé et bague. Pressions nominales jusqu’à PN 100. — CNM 6039 : ............. 3° Vue
- d’ensemble. — CNM 6040 : Raccords démontables à portée à couteau (pour tubes acier ou
- cuivre). 1° Mamelons doubles. Pressions nominales jusqu’à PN 200. — CNM 6041 : .............
- 2° Écrou-raccord, logement taraudé et extrémité du tube. Pressions nominales jusqu’à PN 200.
- — CNM 6042 : ..... 3° Vue d'ensemble. — CNM 6043 : Bouchons filetés à joint contre épau-
- lement. 1° Bouchons à tête hexagonale (série moyenne). Pressions nominales jusqu’à PN 200.
- — CNM 6044 : ..... 2° Bouchons à six pans creux. Pression nominale PN 10. — CNM 6045 .
- Bouchons coniques au pas du gaz. — Répertoire des Normes CNM (parues jusqu’au 31 décembre 1935). 17 836
- Points de vue modernes sur l’éclairjge des voies publiques et leur relation avec la visibilité (ex Technique moderne, 1er mars 1936). In-8 (24 x 15) de 20 p., 11 fig. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1936. Pièce 14 001
- L'agent général, gérant, LEMAIRE.
- BRODARD ET TAUP1N, Coulommiers-Paris.
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- 135e ANNÉE.
- .Il IN-JUILLET 1030
- BULLETIN
- DE L.4 SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ
- CONSEIL D’ADMINISTRATION
- 1er Cycle de conférences publiques sur la fabrication en France des carburants de synthèse.
- SÉANCE PUBLIQUE DU 2 MAI 1936. en commun avec
- rAssociation française des Techniciens du Pétrole.
- Présidence de M. Maurice Lacoin, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société d’Encouragement et admis séance tenante :
- M. Tissandié (Jean), Ingénieur I. C. A. IM., ingénieur, 60, avenue Jean-Jaurès, Paris (19e), présenté par MM. Durieux et Lemaire;
- M. Malaval (Pierre) (C. O. O), Ingénieur général d’Artillerie navale, 10, rue Sextius-Michel, Paris (15e), présenté par le commandant Nicolau (:membre à vie);
- M. Pérard (Albert) (O. îj$f, $, O. O), sous-directeur du Bureau international des Poids et Mesures, Pavillon de Breteuil, Sèvres (Seine-et-Oise), présenté par le commandant Nicolau.
- M. Lacoin, président de la Société d'Encouragement. — En ouvrant cette séance, je tiens à dire à nos amis les techniciens du pétrole, combien la Société d’Encouragement est heureuse de tenir aujourd’hui, avec leur groupement, la première d’une série de réunions sur la synthèse industrielle de l’essence. Satisfaction double : tout d’abord le plaisir de voir notre société 135e Année. — Juin-Juillet 1936 23
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- COMPTE RENDU DE LA SÉANCE PUBLIQUE DU 2 MAI 1936.
- centenaire travailler en commun avec une des sociétés d’ingénieurs les plus récentes et, sans aucun doute, les plus vivantes, comme j’ai pu le constater récemment au magnifique banquet où j’étais votre invité. Satisfaction également de voir cette collaboration s’engager sur un de ces problèmes de matières premières d’importance nationale, dont notre Société a eu souvent à s’occuper au cours de son histoire.
- L’ombre de Chaptal, notre premier président, que son buste représente ici, pourrait vous dire comment, précisément, le manque de bois, consécutif à l’élevage du mouton, infiniment précieux par sa laine, a amené jadis les Anglais à dépendre de la Russie et de la Suède pour la fabrication du fer, et comment cette situation, inquiétante pour leur indépendance, avait, par réaction, provoqué la mise au point et la généralisation de la fusion du minerai de fer à la houille, déterminant ainsi un développement des houillères anglaises, qu’il faut rapprocher de celui que le succès de l’hydrogénation du charbon pourrait entraîner aujourd’hui pour les houillères françaises.
- Je pourrais vous rappeler également qu’il y a juste un siècle, à l’appel d’un de nos collègues, le grand agriculteur Mathieu de Dombasle, notre Société entamait une croisade en faveur de la protection du sucre de betterave français. L’agriculture et l’industrie sucrières du Nord étaient nées du blocus continental sous la protection de barrières douanières; mais, très vite, le Gouvernement avait sacrifié aux premiers enthousiasmes du libre échange et abaissé les tarifs. L’industrie du sucre français allait mourir. Cette croisade la sauva. De ceci vous pourrez peut-être tirer une leçon pour l’avenir de l’hydrogénation.... Mais j’empiéterais ici sur le domaine de mon collègue, votre très éminent président d’honneur, notre collègue M. Pineau.
- Il va vous indiquer comment se pose le problème de l’hydrogénation de la houille, avant que M. Vallette vous en illustre une solution. Je lui laisse la parole.
- M. Louis Pineau, directeur de l'Office national des Combustibles liquides, membre du Conseilde la Sociétéd'Encouragement, président d'honneur de VAssociation française des Techniciens du Pétrole. — Nous abordons aujourd’hui le premier cycle de conférences publiques sur la fabrication en France des carburants de synthèse. L’initiative de ces conférences revient, à la fois, à la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, la noble et déjà vieille animatrice de l’industrie française, et à l’Association française des Techniciens du Pétrole, qui rassemble les ingénieurs de notre dernière venue parmi les grandes industries nationales.
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- LA FABRICATION EN FRANCE DES CARBURANTS DE SYNTHÈSE.
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- J’ai reçu de M. Lacoin la lourde mais brève tâche de faire à ces conférences une introduction. Je suppose que je dois ce choix à un double titre : celui de membre fidèle et dévoué du Conseil d’Administration de la Société d’Encouragement, et celui de président d’honneur de l’Association française des Techniciens du Pétrole.
- Je vois aussi, dans cette désignation de l’une et l’autre associations, un double symbole.
- D’abord, que rien n’est étranger, à la Société d’Encouragement, des grandes nouveautés susceptibles d’ouvrir à notre industrie un plus large champ d’action, à notre technique des perspectives nouvelles, à la science française de plus vastes horizons.
- Ensuite, qu’il serait injuste et stupide de prêter, comme on l’entend faire trop souvent, à l’industrie du pétrole un sentiment d’hostilité ou une attitude d’autodéfense à l’égard de la technique de l’hydrogénation. Il est remarquable que ce soit précisément l’Association française des Techniciens du Pétrole qui ait résolu, par ces conférences, de faire le bilan et d’entreprendre la mise en valeur auprès du public français des magnifiques résultats obtenus par les savants et ingénieurs français que vous allez entendre.
- Aussi bien n’est-il pas inutile de rappeler que l’hydrogénation trouve sa source même dans notre pays. L’hydrogénation du charbon, en effet, a été réalisée pour la première fois dans le monde, en 1869, par Berthelot, qui, en traitant à 270°, en tube scellé, le charbon par l’acide iodhydrique, obtint 60 p. 100 de produits liquides, composés principalement d’hexane, avec des traces de benzène et d’hydrocarbures saturés supérieurs. Plus tard, ce furent les magnifiques travaux de Sabatier et de ses élèves, qui créèrent une méthode générale d’hydrogénation des matières organiques volatiles, en employant les métaux comme catalyseurs.
- C’est bien, ne manquera-t-on pas de dire; mais il est arrivé de l’hydrogénation ce qu’il advint de bien d’autres inventions françaises, que notre pays laissa échapper et que l’étranger exploita ensuite à son bénéfice. Je le regrette pour ceux de nos compatriotes qui éprouvent trop souvent je ne sais quelle amère satisfaction à faire pareilles constatations. La règle, pour une fois, est en défaut, ou va cesser de l’être. Vous en serez, j’en suis certain, convaincus autant que moi, à l’issue des exposés qui vous seront faits.
- Au surplus n’est-ce pas d’aujourd’hui que datent les premiers efforts accomplis dans cette voie par notre pays.
- C’est dès 1924, avec le concours du Comité central des Houillères de France, du Comité des Forges, du Comité central des Producteurs et Distil-
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- UH
- COMPTE RENDU DE LA SÉANCE PUBLIQUE DU 2 MAI 1936.
- lateurs de Goudrons, des Chambres syndicales de l’Industrie chimique et des compagnies françaises de pétrole, que l’Office national des Combustibles liquides, à peine créé lui-mème, fonde la Société nationale de Recherches sur le Traitement des Combustibles, qui, sous la direction de M. Etienne Audibert, se consacre entièrement aux problèmes des industries de synthèse.
- C’est dès 1926 que l’Oftice national des Combustibles liquides fait inscrire, dans une loi française, une protection qui dépasse celle instituée dans la suite par l’Angleterre et par l’Allemagne, et dont tout le monde s’accorde à proclamer aujourd’hui qu’elle avait été justement calculée.
- C’est encore dès 1920 que M. Ferdinand Vallette fait prendre par la Compagnie des Mines de Béthune ses premiers brevets de catalyseurs pour la synthèse de l’alcool méthylique, qui inaugurent la longue série des magnifiques travaux lui ayant valu tout récemment la Grande Médaille de la Société d’Encouragement.
- Je ne veux pas anticiper sur les conférences qui vont suivre. Je veux laisser aux inventeurs le bénéfice d’exposer eux-mêmes leurs travaux et leurs découvertes. Je veux aussi laisser aux auditeurs qui les entendront le privilège de se faire eux-mêmes une opinion.
- Je ne saurais cependant clore cette introduction sans proclamer ma conviction qu’à l’heure actuelle, dans la technique scientifique et industrielle de l’hydrogénation, la France a acquis son indépendance. Il lui appartient de décider dans quelle mesure notre pays voudra équiper une industrie, qui, pour le moment, reste une industrie chère, à moins qu’elle n’atfecle plus véritablement le caractère d’une industrie de guerre. C’est un problème sur lequel nous n’avons pas ici à prendre position, mais qui n’en est pas moins actuellement posé et qu’il va falloir résoudre.
- Ce que je veux dire aujourd’hui, c’est que la France, grâce aux Vallette, aux Audibert et à quelques autres, est en mesure maintenant de faire librement son choix. Les procédés français ne le cèdent en rien aux procédés étrangers. L’expérimentation industrielle en a été faite dans des conditions qui peuvent remplir nos ingénieurs d’un légitime orgueil. Je ne sache guère d’expérimentations industrielles de cette sorte qui aient pu, même dans le domaine de l’hydrogénation, être mises en route, dans les délais fixés, avec un si entier succès, que celle de Béthune, l’année dernière, et celle deLiévin, cette année même. Au surplus, ce succès n’a-t-il pas peu contribué à inciter les inventeurs de procédés étrangers à vouloir, à leur tour, et, cette fois sans conditions préalables, faire leurs preuves sur le sol français.
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- LA FABRICATION EN FRANCE DES CARBURANTS DE SYNTHÈSE.
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- Nous en sommes là, et il ne me reste, en laissant la parole à M. Vallette, qu’à formuler des vœux pour l’heureux et sain épanouissement de la nouvelle industrie française de l’hydrogénation.
- M. Ferdinand Vallette, Ingénieur en chef des Usines de la Compagnie des Mines de Béthune, fait une communication sur L'hydrogénation de la houille(1).
- M. Lacoin. — Je tiens à remercier très chaleureusement en votre nom M. Vallette pour la remarquable conférence, dans laquelle il nous a exposé la création de l’usine de Béthune, et les résultats de cette première installation. Je ne sais s’il faut davantage admirer l’extrême clarté avec laquelle M. Vallette nous a exposé une question complexe, ou l’admirable sincérité avec laquelle il a bien voulu nous indiquer les points auxquels ses recherches s’étaient arrêtées, les questions restant encore en suspens et les difficultés non encore résolues.
- L’œuvre de M. Vallette et de la Compagnie des Mines de Béthune est une réalisation remarquable, faite modestement et progressivement, avec, à la fois, une extrême simplicité et une grande méthode. Je tiens à féliciter et à remercier l’une et l’autre et à souhaiter à leur initiative un brillant succès.
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
- SÉANCE PUBLIQUE DU 9 MAI 1936 en commun avec
- VAssociation française des Techniciens du Pétrole.
- Présidence de M. Maurice Lacoin, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- M. Lacoin, président de la Société d'Encouragement. — Dans notre séance de samedi dernier, M. Vallette nous exposait les résultats de l’usine créée par la Société des Mines de Béthune; aujourd’hui, M. Audibert, de la Société nationale de Recherches sur le Traitement des Combustibles, va nous exposer le résultat de ses recherches et de ses travaux, en nous parlant de l’usine de Liévin, dont il a dirigé la création et la mise en service.
- (I) Voir dans le présent numéro, page 353, le texte de cette communication, et page 363, le compte rendu de la discussion qui l’a suivie.
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- 350 COMPTE RENDU DE LA SÉANCE PUBLIQUE DU 9 MAI 1936.
- Je n’ai pas besoin de vous présenter M. Audibert. Son nom vous est déjà très amplement connu par les remarquables travaux qui ont signalé son passage au Laboratoire d’Essais du Comité des Houillères, et ses recherches sur les explosions dans les mines. Je lui donne la parole.
- M. Étienne Audibert, directeur de la Société nationale de Recherches sur le Traitement des Combustibles, fait une communication sur L’application de Vhydrogénation à la fabrication de carburants l2>.
- M. Lacoin. — Avant de donner la parole à M. de Boulard, président de l’Association française des Techniciens du Pétrole, je tiens à remercier en votre nom M. Audibert pour la remarquable conférence qu’il vient de nous donner.
- Après la conférence de samedi dernier, de M. Yallette, nous pouvions avoir la pensée que la synthèse de l’essence à partir du charbon était relativement simple. M. Audibert a tout d’abord dissipé les illusions que nous pouvions avoir à ce sujet, en nous montrant la complexité extrême de toutes les réactions qui interviennent dans les différents cycles de l’hydrogénation. Nous avons parcouru avec lui le domaine de la constitution intime de la houille, celui de la dépolymérisation, les réactions qui se passent à la surface des corps infiniment petits et celles qui viennent les troubler en se produisant dans les intervalles qui les séparent, la dislocation et recomposition des différents carbures d’hydrogène et leurs associations complexes, enfin l’instabilité des réactions sur lesquelles on est amené à travailler.
- Mais, dans cette multitude de complications et d’incertitudes, M. Audibert nous a montré comment il est possible de se diriger, sinon toujours avec certitude, du moins avec des probabilités de succès. Enfin, il nous a tout à fait rassurés en nous montrant comment ces théories si complexes l’avaient amené à réaliser presque du premier coup, en tout cas, sans tâtonnements considérables, une usine déjà très importante et susceptible de donner dès à présent une production notable d’essence.
- Je remercie M. Audibert et la Société nationale de Recherches sur le Traitement des Combustibles d’avoir bien voulu nous initier si généreusement et d’une façon aussi éminemment instructive à l’ensemble de ces recherches. Nous y aurons certainement appris beaucoup de choses.
- Permettez-moi également de les féliciter en votre nom du très remarquable succès qui a été le résultat de leurs efforts. Le sujet exposé par M. Audibert est déjà tellement ample qu’une discussion utile ne pourrait en
- (2) Voir à la page 366 du présent numéro le texte de cette communication.
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- LA FABRICATION EN FRANCE DES CARBURANTS DE SYNTHÈSE.
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- sortir sans une préparation méthodique. L’heure est du reste tardive : je donne immédiatement la parole à M. de Boulard, et tiens encore à dire à nos amis les techniciens du pétrole, combien la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale a été heureuse d’inaugurer avec eux, par ces conférences, une collaboration qui ne sera j’espère qu’un commencement.
- M. A. de Boulard, président de VAssociation française des Techniciens du Pétrole. — Avec la conférence de M. Audibert se termine le cycle des réunions publiques, organisées par notre Association française des Techniciens du Pétrole et la Société d’Encouragement, du moins pour la première partie de l’année.
- Nous comptons en effet reprendre ces réunions après la saison d’été et les vacances, car nous pouvons juger, d’après le nombre et la qualité de nos auditeurs, de l’intérêt qu’a suscité notre initiative.
- Au surplus, après un 'bon démarrage, notre jeune association n’entend pas ralentir son activité. Aussi bien, infiniment variés apparaissent les problèmes que suscite le développement de l’usage des engins mécaniques mus par les dérivés du pétrole ou ses succédanés dans toute les manifestations de la vie moderne, en temps de paix et, peut-être plus encore, en temps de guerre.
- Aucun de ces problèmes, pour autant qu’ils touchent à la technique ou à l’économie, ne nous laissera indifférents, et nous comptons faire appel, pour les exposer en public, à des personnalités qualifiées et de compétence éprouvée comme celle de Mi\I. Vallette et Audibert, qui nous ont magistralement dit les efforts français pour résoudre le problème de l’hydrogénation.
- Nous espérons contribuer ainsi à mettre au point des questions qui sont souvent discutées sur la place publique, avec autant de conviction que d’ignorance.
- Qu’il soit bien entendu que notre domaine ne se limite pas au pétrole, mais s’étend à tous les produits ou procédés susceptibles de le remplacer; notre industrie française du pétrole est assez grande et large d’idées pour ne pas voir en eux des concurrents mais des auxiliaires.
- Faut-il même ajouter que nous avons mis une certaine coquetterie à inscrire en tête de notre programme ces conférences sur l’hydrogénation — et même sur l’hydrogénation de la houille —justement parce que c’est peut-être le seul produit susceptible de jouer un rôle dans l’économie à côté du pétrole sur une échelle vraiment industrielle. Je pense évidemment au temps de
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- COMPTE RENDU DE LA SÉANCE PUBLIQUE DU 9 MAI 1936.
- guerre, lorsque les considérations de prix de revient peuvent être reléguées au second plan.
- Vous m’excuserez de m’être un peu écarté de l’objet immédiat de cette conférence pour fixer ainsi les limites de notre programme, ou du moins indiquer la portée de nos intentions.
- Monsieur le Président de la Société d’Encouragement a remercié tout à l’heure M. Audibert de son intéressante et très vivante conférence sur l’hydrogénation. Permettez-moi aussi d’y joindre nos félicitations pour l’œuvre personnelle de M. Audibert, car le conférencier nous a présenté le problème de l’hydrogénation d’une manière si objective, qu’il a omis de nous dire la part de ses propres travaux dans la solution de ce problème. Nous savons d’ailleurs que cette part est grande et qu’au point de vue scientifique même, M. Audibert, loin d’avoir seulement posé le problème comme il l’a dit, l’a déjà sérieusement débrouillé en indiquant des solutions partielles ou des méthodes de résolution.
- Permettez-moi, pour terminer, de remercier M. Lacoin d’avoir bien voulu nous donner une preuve de l’intérêt que la Société d’Encouragement porte à nos travaux, en mettant à notre disposition cette belle salle de conférences.
- La séance est levée à 19 h.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNC. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE.
- JUIN-JUILLET 1936 (p. 353).
- L’HYDROGÉNATION DE LA HOUILLE'»
- par M. Ferdinand Valeette, Ingénieur en chef clés Usines de la Compagnie des Mines de Béthune.
- Je suis très honoré d’avoir à exposer, pour la première fois, et cela à la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, la technique d’une industiie nouvelle concernant l’une des plus importantes transformations de la houille, devant la conduire à la préparation des combustibles liquides. Si on a bien voulu m’attribuer le mérite de cette première réalisation française et si le Conseil de la Société d’Encouragement m’a décerné, à cette occasion, sa plus haute récompense, il ne faut pas oublier que mes recherches ont été largement facilitées par tous les moyens que la Compagnie de Béthune a mis à ma disposition, et surtout par les encouragements bienveillants que j’ai reçus de son directeur général, M. Perilhou, auquel je suis heureux de pouvoir adresser ici un témoignage de reconnaissance.
- Mais la Compagnie de Béthune doit aussi un souvenir particulier àl’Oflîce national des Combustibles liquides; son directeur, M. L. Pineau et le directeur des Services techniques, M. Bihoreau, ont tous deux soutenu nos efforts et souvent dans des circonstances difficiles. C’est à leur collaboration que la Compagnie de Béthune doit son usine d’hydrogénation de la houille, la première de celles qui aient vu le jour en France.
- L’hydrogénation est une industrie toute nouvelle et qui, pour le moment, n’a encore rien de bien scientifique ; elle est la résultante logique de tout un passé sur les traitements divers de la houille, ce qui nous a conduit, à la suite de certaines synthèses, jusqu’à sa transformation en combustibles liquides.
- Afin de pouvoir être utilisés comme carburants dans les moteurs à explosion, les combustibles liquides doivent répondre à certaines exigences parmi lesquelles « le point d’ébullition » est peut-être la principale; il est en effet indispensable que le carburant ait un point d’ébullition suffisamment bas, généralement compris entre 40° et 200°, pour que, de l’état liquide, il passe à l’état de vapeur dans le carburateur; et tous les hydrocarbures qui répondent à cette condition ont reçu le nom d’essence, même si aucune parenté chimique ne les lie entre eux.
- Les essences existent dans certains produits naturels, par exemple dans les pétroles bruts, dans les goudrons, mais elles ne s’y trouvent que dans des proportions limitées, et, une fois extraites de leur milieu, par distillation, il reste un résidu plus lourd, plus ou moins huileux et de moindre valeur, que la nécessité a obligé à transformer en essence. On sait que cette transformation est en partie possible en décomposant par la chaleur les produits lourds : c’est le cracking ; il laisse un dépôt de carbone ou de coke, en donnant un produit qui, étant moins riche en carbone, est, par conséquent, plus léger.
- Le cracking est appliqué couramment aux huiles de pétrole, sur lesquelles il donne des rendements en essence à peu près acceptables; il est encore appliqué à des combustibles solides comme la houille : la distillation de la houille en vase clos donne du coke, des goudrons et du gaz ; mais ici les rendements en produits liquides
- (1) Conférence faite le 2 mai 1936, en séance publique, organisée en commun par la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale et l’Association française des Techniciens du Pétiole.
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- L’HYDROGÉNATION DE LA HOUILLE. — JUIN-JUILLET 1936.
- sont excessivement mauvais, variant de 27 kg à 80 kg par tonne de houille, suivant que la distillation est conduite à haute ou à basse température ; et encore, les goudrons ne contiennent-ils que 50 p. 100 d’huile et 5 p. 100 d’essence; enfin, le cracking appliqué au goudron de houille donne surtout des gaz.
- Le cracking a connu un progrès considérable à partir du jour où il a été fait sous pression et en présence d’hydrogène, l’hydrogène empêchant le dépôt de carbone en se fixant, grâce à la présence d’un catalyseur, sur les débris de la molécule au moment où elle commence à se dissocier. La température du cracking hydrogé-nant, ou, pour simplifier, de « l'hydrogénation », est moins élevée que celle du cracking simple, car il suffit d’atteindre la température à laquelle la molécule commence à se disloquer. Les hydrocarbures liquides ainsi obtenus sont plus ou moins légers suivant la nature des produits à hydrogéner; mais l’hydrogénation peut se répéter plusieurs fois de suite sur les produits issus les uns des autres, jusqu’à obtention de l’essence cherchée.
- L’hydrogénation est une réaction d’ordre général, applicable à la plupart des composés carbonés connus; pour la houille, elle était même connue depuis longtemps puisque Berthelot en est le père ; la première réalisation industrielle est due à Bergius. La réaction en laboratoire est excessivement simple; prenons par exemple un tube en acier spécial et résistant à la pression; introduisons, à l’intérieur, de la houille finement broyée en suspension dans une huile lourde quelconque, et comprimons pardessus de l’hydrogène à une pression de 100 kg. Si maintenant nous chauffons la bouteille vers 450°, par une résistance électrique qui l’entoure, et si, en même temps, nous l’agitons constamment, par un dispositif mécanique lui faisant subir un mouvement alterné de bascule, on constate, après refroidissement, que la pression intérieure est tombée aux environs de 30 kg; il y a donc eu absorption d’hydrogène. Examinons maintenant les produits qui sont à l’intérieur de la bouteille : les uns sont gazeux, les autres liquides. Les gaz sont constitués par un peu d’hydrogène qui n’est pas entré en réaction et par des hydrocarbures de la famille du méthane; le liquide a toutes les apparences d’un goudron de houille; à la distillation il donne toute une gamme de produits dont les points d’ébullition s’échelonnent de 50° à 350° et au-dessus, en laissant un résidu dans lequel on ne retrouve que très peu de carbone libre.
- Sous l’action de la température, de la pression et de l’hydrogène, la houille s’est donc liquéfiée et dissoute à peu près intégralement dans l’huile qui lui servait de support en donnant un goudron dont, par distillation, on peut retirer des huiles; la quantité d’huile ainsi obtenue étant supérieure à celle mise en œuvre pour servir de support à la houille et étant également supérieure, par tonne de houille, à celle que donnerait la distillation du goudron de fours à coke, on dispose d’une réaction dont le principe permet d’envisager la fabrication des carburants.
- Pour résoudre le problème industriellement, il faut donc disposer d’abord d’un appareil capable d’effectuer aisément la réaction facile du laboratoire et qui transformera d’une façon continue la houille en huile ; ensuite, il restera à transformer cette huile en essence.
- Certaines conditions sont, croyons-nous, indispensables à observer pour réussir cette hydrogénation de la houille. Il est d’abord nécessaire d’assurer entre la houille et l’hydrogène un contact très intime, ce contact étant obtenu par une agitation
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- l’hydrogénation de la houille.
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- intense du milieu réagissant; le chauffage doit être progressif, c’est-à-dire que la houille doit arriver dans la zone de température où elle atteint le maximum de vitesse de réaction, non pas brutalement, mais en [tassant par toutes les températures intermédiaires, ayant ainsi le temps de prendre, aux environs de 350°, ce qu’on appelle la fusion pâteuse, cet état lui permettant de se dissoudre en présence d’hv-drogène dans l’huile qui lui sert de support; la température continuant ensuite à s’élever, c’est cette solution qui s’hydrogène à son tour en donnant, d’une part, des huiles légères et, d’autre part, des gaz. Enfin, le régime des températures doit être excessivement stable à quelques degrés près, afin d’éviter la formation de coke. Toutes ces conditions sont réunies dans le dispositif adopté parla Compagnie de Béthune; il a fait l’objet de recherches de laboratoire, d’essais semi-industriels et il fonctionne maintenant industriellement depuis plus de quatre mois.
- Ce dispositif est constitué par un faisceau tubulaire dont les tubes sont réunis les uns aux autres par un tuyau plongeur, absolument comme un flacon laveur de laboratoire; les tubes étant très hauts et ayant un diamètre étroit, l’hydrogène produit, en barbotant, un remous intense de toute la masse. Tout ce faisceau tubulaire est placé dans une cellule du four à coke dont les tubes tapissent les parois. La conduite de la fabrication se fait de la façon suivante.
- La houille finement broyée est mise en suspension, à l’origine, dans une huile lourde qui lui sert de support; ce mélange huile -f- charbon est alors pompé par des pompes qui l’envoient sous la pression de 200 kg dans l’appareil de réaction, où il rencontre, en même temps, un courant d’hydrogène comprimé venant d’un compresseur; la houille arrive progressivement à sa température d’hydrogénation, qui se trouve aux environs de 470°, en passant par toutes les températures intermédiaires qui provoquent, ainsi que nous l’avons dit, un commencement de fusion ainsi que sa dissolution dans l’huile.
- A la sortie du four, les produits sont divisés en trois fractions bien distinctes, cette séparation étant automatique et obtenue facilement par refroidissement étagé et par détente des gaz. Un premier refroidissement vers 300°, toujours sous pression, condense ou sépare tous les produits à haut point d’ébullition, parmi lesquels se trouve, en principe, l’huile qui a servi de support à la houille; ils tombent dans un séparateur; les produits plus légers, et qui se sont formés au cours de la réaction, restent à cette température de 300° à l’état de vapeur dans les gaz; un deuxième refroidissement, à la température ambiante, les condense; ils sont recueillis dans un autre séparateur; enfin, les gaz qui restent sont détendus à la pression atmosphérique; afin de récupérer les essences extra-légères dont ils sont carburés, ils passent sur du charbon actif; après quoi, une partie de ces gaz sert au chauffage des fours et une autre retourne à l’hydrogénation après avoir été mélangée avec de l’hydrogène frais.
- Les produits lourds qui se sont déposés en premier lieu et qui se présentent sous l’aspect de goudron, retournent en tête de la fabrication où ils servent de support à de nouvelles quantités de houille à hydrogénée, la fabrication pouvant ainsi se poursuivre indéfiniment; cependant, ce goudron contient : toutes les cendres de la houille; le catalyseur minéral, si on en a introduit un; du carbone fixe et des hydrocarbures à hauts points d’ébullition. Pour éviter son épaississement progressif, ce qui ne tarderait pas à se produire au bout d’un certain temps, il est nécessaire d’en régénérer constamment une fraction; celle-ci est prélevée sur le circuit pour
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- être envoyée à une petite distillerie qui sépare, d’une part, les huiles, qui retournent comme support de la houille, et, d’autre part, un résidu qui est du brai cendreux.
- L’hydrogénation de la houille, tout compte fait,donne par conséquent : des huiles légères, des essences extra-légères, un résidu qui est du hrai et qui trouvera son utilisation, et des gaz.
- Ce sont les huiles légères et les essences extra-légères qui nous intéressent le plus : ces produits n’existaient pas au préalable; ils se sont donc bien formés au cours de l’opération et ils constituent un premier stade vers le produit final que nous cherchons à obtenir : l’essence.
- La présentation d’un bilan en ce qui concerne cette production d’huile légère, première phase de l’hydrogénation de la houille, offre toutefois quelques difficultés : c’est qu’on traite en réalité un mélange d’huile et de charbon; or une partie de cette huile-support, qui devrait uniquement servir à véhiculer la houille à travers tous les appareils, peut s’hydrogéner aussi et passer à l’état d’huile légère qui sera recueillie avec l’huile légère en provenance de la houille. Afin de fixer les idées, on peut dire qu’à partir de 1000 kg de houille, on peut récupérer 400 kg, 500 kg, 600 kg, 800 kg d’huile légère et même plus, mais nous avons cru observer, et en tout cas la marche actuelle de l’usine nous renseignera à ce sujet, qu’au delà d’une certaine production, il fallait prélever, sur les fractions lourdes de l’huile légère produite, la quantité d’huile-support nécessaire à la marche de l’hydrogénation, à moins d’acheter, ce qui d’ailleurs peut être plus avantageux, de l’huile-support à l’extérieur.
- Pour une production de 400 kg d’huile légère à la tonne de houille, sans consommation d’huile-support ou celle-ci étant restituée, il reste un résidu de brai de 400 kg, et les pertes sont de 200 kg. En insistant sur l’hydrogénation, par exemple par un temps de séjour plus long dans les appareils, la proportion de brai diminue et les rendements augmentent; mais s’il fallait prélever l’huile-support sur la production d’huile légère, le résultat final perdrait une partie de son intérêt, car, en même temps, la capacité de production des appareils d’hydrogénation diminuerait d’autant; or, comme ces appareils sont tout de même assez spéciaux, il est nécessaire d’en tirer, au volume de réaction, le maximum de produits transformables en essence sans avoir de restitution à faire, ou, tout au moins, que celle-ci soit la plus faible possible.
- D’ailleurs, un résidu de brai n’est pas gênant; susceptible d’être utilisé à la préparation de l’hydrogène de la réaction, ce brai a la même valeur que du charbon et, dans un bilan industriel, peut être déduit du poids de la houille passée à l’hydrogénation. Dans ces conditions, le poids de 400 kg d’huile légère brute obtenue par tonne de houille, et qui a été indiqué précédemment, peut être compté sur 1000 — 400 = 600 kg, soit un rendement industriel de 660 kg d’huile légère par tonne de houille consommée.
- Ce rendement de 660 kg d’huile légère à la tonne de houille est vraisemblablement le rendement limite auquel on pourrait arriver en hydrogénant la houille jusqu’au bout, sans résidu de brai, mais on ne saurait l’atteindre sans hydrogéner et consommer en même temps de l’huile-support et produire alors 800, 1000 kg ou plus d’huile légère à la tonne de houille hydrogénée; les appareils d’hydrogénation, dont la production horaire d’huile légère est constante, devraient alors être augmentés en conséquence. Aussi nous croyons qu’une bonne marche consiste à associer
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- l’hydrogénation de la houille.
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- l’hydrogénation de la houille à la production même d’hydrogène, par utilisation, à cet effet, du brai résiduel.
- Caractéristiques des huiles légères. — Les huiles légères issues de l’hydrogénation de la houille sont excessivement fluides; leur densité est comprise entre 0,970 et 0,980; elles distillent entré 40° et 320° et contiennent environ 10 p. 100 de produits solubles dans la soude, constitués en majeure partie par de l’acide phénique et des crésols. On pourra ainsi, par un traitement approprié, retirer de 25 à 30 kg de phénols par tonne de houille hydrogénée, alors que les phénols extraits des goudrons de fours à coke ne représentent qu’une production de 0.270 kg par tonne de houille carbonisée. Ces huiles légères constituent une matière première précieuse, facilement transformable en essence, comme nous le verrons par la suite, et qu’on pourrait comparer dans son traitement ultérieur au pétrole brut, quoiqu’elle en diffère nettement par sa composition chimique,
- Distillation de l’huile légère.— Voici ce que donne l’huile légère à la distillation :
- 0° à 100°........................................ 5,2 p. 100
- 150°....................................... 12,6 p. 100
- 200°....................................... 27,5 p. 100
- 300°...................................... 87,5 p. 100
- Essence extra-légère. — L’essence extra-légère récupérée du charbon actif est
- excessivement volatile; elle a une densité voisine de 0,750 et distille entièrement entre 40° et 150°; un simple raffinage suffit pour la rendre directement utilisable comme carburant. Sa production est loin d’être négligeable car elle représente près de 5 p. 100 de la totalité des huiles légères.
- Brai. — Le brai qui provient, comme nous l’avons vu précédemment, de la partie du goudron résiduel qui est retiré du circuit général pour être envoyé à la distillation, contient toutes les cendres de la houille ainsi que le catalyseur de la réaction. Sa production est excessivement variable; elle suit, mais en sens inverse, le rendement brut en huile légère; c’est que ce brai est encore hydrogénable et s’hydrogénera en même temps que le goudron résiduel si le débit du mélange charbon-h goudron à travers les appareils est suffisamment lent.
- La quantité de carbone fixe contenu dans le brai nous renseigne sur le degré d’hydrogénation de la houille, car tout ce qui n’est pas carbone fixe a été transformé en hydrocarbures; cette quantité de carbone fixe est facile à connaître en traitant le brai (ou le goudron résiduel) par le chloroforme; le chloroforme dissout toutes les huiles et tous les produits d’hydrogénation lourds, laissant comme insolubles les cendres et le carbone. On trouve ainsi de 8 à 12 kg de carbone fixe par 100 kg de houille.
- Ce brai peut être valorisé par différents moyens. Par exemple, en le carbonisant à basse température, il donne du coke utilisable comme combustible et des huiles lourdes qui retourneront au cycle de l’hydrogénation; d’autre part, si, avant de distiller le goudron résiduel, on prend la précaution de le filtrer, et si on ne pousse pas la distillation trop loin, on obtiendra du brai sans cendres et utilisable vraisem-blement à la fabrication des briquettes; enfin, et c’est ce que pour le moment nous faisons, le brai cendreux peut être transformé en coke de gazogène pour la fabrication
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- L’HYDROGÉNATION DE LA HOUILLE. — JUIN-JUILLET 1936.
- de l'hydrogène; à cet effet, il est mélangé à des charbons gras et ce mélange est envoyé à la cokerie.
- Gaz. — Au cours de l’hydrogénation, la formation d’hydrocarbures gazeux est inévitable; ces hydrocarbures, constitués par du méthane, du butane et du propane se retrouvent en grande partie dans les gaz résiduels où ils sont dilués dans l’hydrogène qui n’a pas réagi ; les termes les plus élevés de la série restent dissous dans les huiles ou dans les essences extra-légères, d’où ils pourront être récupérés et valorisés au moment de la distillation de ces huiles. Comme l’hydrogène servant à la réaction n’a pas besoin d’être pur, une partie des gaz résiduels, par suite de leur teneur en hydrogène, peut retourner à l’entrée des appareils, complétée par un appoint d’hydrogène frais; une purge toutefois est indispensable afin d’éviter une concentration trop élevée en ces hydrocarbures, ce qui ne manquerait pas de se produire au bout d’un certain temps; cette purge, dans notre cas, est automatique puisque ce sont les gaz résiduels qui servent au chauffage de la réaction, en allant brûler dans les piédroits des fours.
- La formation d’hydrocarbures gazeux est d’autant plus importante que la température est plus élevée; mais, d’autre part, la vitesse de la réaction augmente aussi avec la température; il est donc nécessaire de trouver un régime de marche ménageant tous les intérêts de façon à obtenir des installations une production d’huile convenable, sans pertes exagérées.
- Consommation d'hydrogène. — L’hydrogène constitue un des facteurs, le plus important, des dépenses ; une partie de l’hydrogène entre en réaction avec la houille pour donner des hydrocarbures liquides ou gazeux, mais une autre partie est perdue dans les gaz avec les purges. La quantité d’hydrogène fixé par la houille elle-même est excessivement variable et, en pratique, dépend avant tout du degré d’hydrogénation auquel on s’arrête. Si on se contente d’une production de 400 kg d’huile par 1 000 kg de houille, la houille absorbe environ 0,600 m3 d’hydrogène par kilogr. ; mais la quantité d’hydrogène à préparer dépendra de son rendement d’utilisation; si celui-ci est de 50 p. 100, c’est, pour le cas précédent, 1,200 m3 d’hydrogène à fabriquer par kilogr. de houille. Enfin, si on rapporte la consommation d’hydrogène au poids d’huile légère produite, ce qui, après tout, est le point capital, il faudra dépenser environ 2,5 m3 d’hydrogène par kilogr. d’huile légère.
- Cette dépense d’hydrogène ne doit pas effrayer car, contrairement à d’autres synthèses, pour lesquelles d’ailleurs la consommation est du même ordre de grandeur, cet hydrogène n’a pas besoin d’être pur et, par conséquent, sa préparation est facile. En pratique, l’hydrogénation est effectuée avec du gaz à l’eau, plus ou moins converti en hydrogène par la vapeur d’eau, et c’est ce gaz qui, après avoir rempli son rôle dans les tubes de réaction, sert à l’entretenir en allant brûler sous les fours. 11 est d’ailleurs possible d’effectuer l’hydrogénation de la houille avec du gaz de fours à coke dont la teneur en hydrogène est de 50 p. 100 seulement.
- Catalyseurs de première hydrogénation. — Nous n’avons pas insisté beaucoup sur l’emploi de catalyseurs pour cette première hydrogénation en phase liquide; c’est qu’en réalité nous n’avons jamais observé jusqu’ici d’une façon bien nette leur influence ; si, pour le moment, nous en mettons un, qui d’ailleurs est peu coûteux, notre intention est bien de le supprimer dans l’avenir ; d’ailleurs, nous ne voyons pas com-
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- l’hydrogénation de la houille.
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- ment un catalyseur, mis à l’état de traces dans un milieu aussi goudronneux, pourrait donner à l’hydrogène des propriétés particulières d’activation ou contribuer à la dissociation de la houille.
- Transformation des huiles légères en essences. — L’hydrogénation directe de la houille vient de donner des huiles légères; il reste maintenant à transformer celles-ci en essence. Cette transformation est obtenue par une deuxième hydrogénation mais effectuée, cette fois-ci, en phase vapeur et en présence d’un catalyseur approprié. Il est cependant inutile d’hydrogéner la totalité de ces huiles qui contiennent déjà, ainsique nous l’avons vu, une fraction qui distille entre 0° et 170° et qui est de l’essence, ainsi que des composés phénoliques dont la récupération est avantageuse;
- Distillation f
- d'huile ^ P-£< iooa
- de goudron
- 2me hydrogénation
- (phase vapeur)
- Charbon f“
- Raffinage des
- hydrogène
- Produits finis
- Produits gazeux Produits liquides
- fabrication!
- d'hydrogène
- Fig. 1. — Schéma de l’hydrogénation de la houille par le procédé employé aux Mines de Béthune.
- aussi ces huiles sont-elles d’abord, par rectification, séparées en trois fractions : une première fraction 0°-170°, qui est de l’essence; une deuxième fraction 170°-220°, qui sera traitée pour la séparation des phénols, mais qu’on peut également hydrogéner, et une troisième fraction 220°-300°, qui est envoyée à l’hydrogénation.
- Cette hydrogénation des huiles a, dans sa conduite, beaucoup de parenté avec les synthèses catalytiques entre gaz et particulièrement avec celle du méthanol ; elle donne lieu à un énorme dégagement de chaleur, la réaction ayant toujours tendance à aller vers son terme ultime qui est le méthane ; par conséquent, parmi les dispositifs qui caractérisent sa réalisation se trouvent au premier plan ceux qui ont pour objet de la limiter au terme choisi, et d’autres concernent la vaporisation de l’huile, ce qui demande quelques précautions spéciales. Le choix du catalyseur joue également un rôle important; ce n’est pas qu’il soit difficile de trouver un catalyseur capable d’effectuer ce travail : il suffit de consulter la littérature pour voir qu’à peu près tous les éléments de la chimie minérale ont été proposés; et, en effet, quel que soit le catalyseur essayé, on n’éprouve jamais d’échec complet. Pratiquement, cependant, il faut que ce catalyseur soit suffisamment actif pour que la réaction ne soit pas trop lente et que, d’autre part, il ne soit pas d’un prix trop onéreux ou alors que, dans ce cas, il soit facilement régénérable; une de ses qualités essentielles sera d’être très poreux.
- Cette hydrogénation des huiles, contrairement à certaines catalyses, n’est pas
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- une réaction d’équilibre : il est possible d’arriver à l’allègement cherché en un seul temps, c’est-à-dire par un seul passage des vapeurs sur le catalyseur; pratiquement, cependant, il faut être moins exigeant et se contenter d’obtenir une transformation en essence de l’ordre de 40 à 50 p. 100, afin d’éviter un dégagement de chaleur trop important. L’essence formée est alors séparée de son milieu par distillation, les résidus retournant à l’hydrogénation.
- Cette deuxième hydrogénation ne se fait d’ailleurs pas sans pertes ; on conçoit aisément qu’on ne puisse limiter la transformation des huiles brutes en essence, c’est-à-dire en hydrocarbures à bas point d’ébullition et encore liquides, sans obtenir en même temps les hydrocarbures immédiatement voisins, mais qui sont gazeux. Ces pertes sous forme de gaz sont de l’ordre de 15 à 20 p. 100. Enfin, cette deuxième hydrogénation consomme également de l’hydrogène, environ 0,350 m3 par kilogr. d’huile légère brute, les gaz résiduels allant rejoindre ceux de la première hydrogénation, soit pour le chauffage des fours, soit pour être recyclés.
- Essence finie. — Et maintenant, il ne reste plus qu’à raffiner l’essence ainsi obtenue au cours des différentes opérations que nous venons d’examiner, afin de la rendre commerciale. Les caractéristiques imposées sont assez sévères en ce qui concerne la présence du soufre et la formation des gommes ; mais l’essence d’hydrogénation s’épure relativement bien, car presque tous les composés organiques sulfurés ont été détruits sous l’effet de la catalyse hydrogénante ; toutefois, sa stabilité exige un traitement oxydant.
- L’essence synthétique de la houille n’a que très peu de ressemblance avec l’essence de pétrole ; elle en diffère, et par ses caractéristiques chimiques, et par ses caractéristiques physiques. Au point de vue chimique, et c’est là sa principale différence avec les pétroles, elle est constituée en majeure partie par des aromatiques de la famille du benzène et des hydroaromatiques. La présence de ces aromatiques et leur formation à la suite d’un cracking hydrogénant donneraient toute vraisemblance aux théories de la constitution de la houille qui veulent que celle-ci soit un carbure cyclique. Les carbures aliphatiques existent également dans l’essence de houille mais se trouvent surtout en tête de la distillation, c’est-à-dire parmi les produits les plus légers; nous n’avons pas trouvé leur présence parmi les produits les plus lourds de l’huile brute et, par conséquent, nous n’avons pu jusqu’ici extraire aucun produit ressemblant aux huiles de graissage. D’ailleurs, la séparation méthodique de chacun des corps qui constituent cette essence demandera une étude de laboratoire assez longue qui, jusqu’ici, n’a pas encore été faite.
- La présence d’aromatiques donne à l’essence de houille une densité assez forte, qui est voisine de 0,840, et lui confère en même temps un indice d’octane élevé, dont on connaît tous les avantages dans les moteurs. Son pouvoir calorifique est de 11 500 cal.
- Hydrogénation de produits divers. — Cette hydrogénation, qui vient de nous conduire de la houille à l’essence, n’est pas seulement applicable, ainsi qu’on le pense, à la houille; mais elle peut être étendue aux combustibles les plus divers, qu’ils soient solides ou liquides, l’hydrogénation devant être effectuée en un ou plusieurs temps suivant que le produit de départ est plus ou moins lourd. Nous l’avons appliquée aux lignites, mazout, goudron de haute et de basse température, huiles de goudron, etc.
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- Le lignite des Bouches-du-Rhône s’hydrogène particulièrement bien, et il offre une particularité, c’est qu’il peut être traité à plus basse température que la houille. Nous attribuons cette hydrogénation facile du lignite à l’oxygène et au soufre dont il est très chargé, l’oxygène réagissant sur l’hydrogène en donnant de l’eau avec un fort dégagement de chaleur aidant au maintien de la réaction, le soufre se transformant en hydrogène sulfuré, puis en sulfure de fer, avec dégagement d’hydrogène naissant au contact du fer que contiennent toujours les cendres, ou ajouté comme catalyseur.
- Consommation de charbon par kilogramme d'essence. Comparaison avec différents carburants synthétiques. — A côté de la houille consommée par sa transformation en essence, il faut encore en consommer d’autres quantités pour produire l’hydrogène, l’énergie électrique et la vapeur. Ainsi que nous l’avons dit, et en valorisant le brai à l’état de charbon, on peut obtenir, dans des conditions normales, 660 kg d’huile brute par tonne de houille; après distillation, seconde hydrogénation et raffinage, il restera 460 kg d’essence, soit une consommation de 2,173 t de houille à a tonne d’essence.
- D’autre part, pour obtenir 1 tonne d’huile brute, il faut 2 300 m3 d’hydrogène, c’est-à-dire 3 300 m3 par tonne d’essence finie. Cet hydrogène, préparé par conversion du gaz à l’eau, demande la gazéification de 2,200 t de coke.
- La dépense de vapeur pour les différents postes de l’usine, conversion du gaz à l’eau, rectification, etc., est d’environ 10 t par tonne d’essence, dont la production demande la combustion de 1 tonne de charbon.
- Enfin l’énergie électrique nécessaire à la compression des gaz et aux services divers de l’usine représente de 3 000 à 4 000 kWh, soit encore 2 t de charbon.
- Le total de ces différents chapitres donne 7,373 kg de houille par kilogramme d’essence; si nous parlons calories, ces 7,373 kg de houille représentent 7,373 kg x 7 300 Cal — 55 312 Cal pour donner sous forme d’essence 11 500 Cal, soit un rendement de 20,75 p. 100. A remarquer qu’actuellement, nous n’en sommes que dans les débuts d’une fabrication nouvelle et qu’avec le temps, ces rendements augmenteront certainement; pour le moment, ils représentent un ordre de grandeur; mais enfin, tels qu’ils sont présentés, ils sont cependant comparables à ceux d’autres synthèses connuès.
- Prenons par exemple la synthèse du méthanol ; on sait que celle-ci est à l’heure actuelle tout à fait au point et que la réaction chimique elle-même s’effectue avec des rendements voisins de 95 p. 100; néanmoins, la production de 1 kg de méthanol demande 2 kg de coke et 2 kWh, c’est-à-dire au total près de 3 kg de combustible. Le méthanol ne faisant que 5 300 Cal, le rendement calorifique industriel s’établit
- à 3^370^°° X100 = 23,5 p. 100.
- Et maintenant, peut-on attendre davantage de la réaction Fischer réalisant la synthèse des hydrocarbures liquides directement à partir de ces mêmes gaz, oxyde de carbone et hydrogène?
- Les réactions conduisant aux alcools et aux hydrocarbures, à partir de ces deux gaz, sont de trois types, à savoir :
- wCO 4- 2wH2 = C"H2n+20 -f- (n — 1) H20 [1]
- wCO -h (2n 1)H2 = C”H2n+2 + wH20 [2]
- 2wCO + (w -h 1) H2 = c,lH2ra+2 -t- wCO2 [3]
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- Toutes ces réactions sont exothermiques et entraînent une perte de calories. En appelant G le pouvoir calorifique du mélange CO H2 employé et G1 celui du pro-
- C1
- duit liquide obtenu, on a toujours — X 100 < 100.
- Ci
- Par exemple, [tour l’alcool méthylique, réaction du type [1],
- CO + 2 H2 = CIP O H
- 68,2 Cal + 2x 69 Cal = 170,8 Cal,
- la valeur théorique de ce rapport est de :
- 170,8
- X 100 = 84
- 206,2
- Pour l’octane, réaction selon le type [2],
- 8 CO + 17 H2 = C8H18 -
- 8 x 68,2 Cal + 17 X 69 Cal = 1 302 Cal,
- 8 H20
- cette valeur théorique est de :
- 1 302 1 718,60
- X 100 = 72.
- D’autre part, alors que la synthèse du méthanol s’effectue avec des rendements chimiques de 95 p. 100, il est bien probable que ceux de la synthèse directe des hydrocarbures utilisables ne dépassent guère 70 p. 100, et alors la comparaison calorifique devient la suivante :
- Rendement calorifique de la synthèse méthanol sur CO et H2 :
- 82x95
- 100
- = 77,90.
- Rendement calorifique de la synthèse des hydrocarbures sur CO et H2 :
- 72x70
- 100
- 50,40.
- Il est vrai que la synthèse Fischer peut se passer de pression; mais l’énergie électrique n’ayant pas obligatoirement son origine dans le charbon, il importe, avant tout, d’obtenir à partir des gaz combinables, oxyde de carbone et hydrogène, qui, eux, sont tributaires de la houille, des rendements calorifiques et chimiques aussi élevés que possible; or, à ce point de vue, la synthèse directe des hydrocarbures ne paraît pas être la mieux placée; en tout cas, à côté de ces synthèses diverses, l’essence d’hydrogénation de la houille fait encore bonne figure.
- Nous avions appris autrefois que la chimie comprenait deux parties principales : l’analyse et la synthèse, et qu’avant de faire une synthèse, il était logique de commencer par l’analyse, tout au moins du produit dont on cherche la reproduction et de la matière première de départ. Nous venons de faire une synthèse d’une essence dont nous ignorons encore la constitution exacte et à partir d’une matière première, la houille, que nous ne connaisons guère mieux. Je m’excuse de cette lacune qui sera sans doute réparée prochainement par des savants de laboratoire, qui contribueront ainsi à perfectionner les procédés d’hydrogénation.
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- DISCUSSION
- (Bien que quelques personnes ayant pris part à la discussion ne se soient pas fait connaître, les questions qu’elles ont posées ont pu être établies en rassemblant les notes et les souvenirs d’autres auditeurs et de M. Vallette. Les personnes inconnues sont désignées par les lettres A, B, C, D, E et F.)
- M. Galliot, directeur du Service des Mines. — Par quelles étapes sont passées les recherches avant d’aboutir à la réalisation industrielle? Y a-t-il eu de nombreux tâtonnements?
- M. Vallette. — La première étape a été évidemment celle du laboratoire pour l’étude de la réaction elle-même; nous avons vu ainsi que la réaction était facile et ne demandait qu’à se faire; cependant, pour nous en convaincre, il a été nécessaire de sortir très vite du domaine du laboratoire afin de pouvoir opérer sur de plus grandes quantités, et c’est ainsi que nous sommes arrivés à concevoir un appareil d’essais qui est devenu par la suite l’appareil industriel. L’appareil d’essais a donné lieu à quelques tâtonnements et, avant d’en avoir un répondant au but à atteindre et marchant d’une façon continue, il a fallu en faire plusieurs de différents types.
- A. — La houille soumise à l’hydrogénation ne doit-elle pas remplir certaines conditions? Toutes les houilles conviennent-elles?
- M. Vallette. — Nous avons travaillé surtout les houilles grasses de la Compagnie de Béthune; nous avons traité également les houilles de Bruay et de Decazeville, qui nous ont donné de bons résultats. Il est probable que tous les charbons très gras conviennent pour l’hydrogénation; il y a peut-être des conditions particulières plus ou moins favorables; nous ne les avons pas encore étudiées.
- B. — Est -ce que toutes les essences synthétiques ont la même valeur d’usage?
- M. Vallette. — Les essences synthétiques, pouvant avoir des caractéristiques physiques et chimiques différentes suivant leur préparation, peuvent se comporter différemment dans les moteurs.
- C. — Peut-on savoir le prix de revient de l’essence synthétique fabriquée à Béthune?
- M. Vallette. — J’ai indiqué les principales consommations : hydrogène, énergie, charbon; les autres dépenses sont semblables à celles de toutes synthèses organiques ; le prix de revient dépendra des usages locaux.
- D. — Quelles propriétés l’huile-support doit-elle posséder? Est-ce que toutes les huiles satisfaisant à une ou deux conditions peuvent convenir?
- M. Vallette. — Nous nous servons d’huile provenant de la distillation du goudron de houille, ou même de goudron.
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- E. — Quelles différences y a-t-il entre votre procédé et celui de Bergius?
- M. Vallette. — Je ne connais pas bien le procédé Bergius; le procédé de la Compagnie de Béthune se caractérise par un dispositif simple, ne comportant que très peu de mécanique, et par des appareils de petites dimensions faciles à trouve)' chez nos métallurgistes.
- M. E. Lemaire. — N’y a-t-il pas concentration des corps sulfurés au cours de la fabrication? Si oui, pourrait-on les séparer?
- M. Vallette. — Nous n’avons jamais observé de concentration spéciale de corps sulfurés dans les produits liquides obtenus; nous n’avons d’ailleurs pas cherché à les séparer car ils sont peu gênants, étant détruits par la seconde hydrogénation.
- M. Gabriel Bertrand. — Que devient le soufre?
- M. Vallette. — Le soufre passe à l'état d’hydrogène sulfuré et va dans les gaz résiduels.
- M. Lacoin. — La réalisation industrielle a-t-elle posé des problèmes spéciaux de métallurgie?
- M. Vallette. — Il faut naturellement des métaux spéciaux pour effectuer l’hydrogénation à haute température; mais, à l’heure actuelle, la composition de ces métaux est connue et, dans notre cas et d’après la conception même de notre procédé, la réalisation des appareils ne souffre aucune difficulté; M. Chevenard a d’ailleurs bien voulu nous guider dans le choix du métal.
- E. — En opérant à des pressions différentes, modifie-t-on les caractères de l'essence ?
- M. Vallette. — C’est peu probable; nous n’avons jamais fait de recherches systématiques à ce sujet.
- F. — L’essence obtenue est-elle antidétonante?
- M. Vallette. — Quant aux résultats que peut donner cette essence comme qualités antidétonantes, M. Dumanois, qui en a effectué les essais, pourrait vous documenter.
- M. Dcmanois. — J’ai toujours considéré que, dans l’état actuel de la question, faire de l’hydrogénation pour produire une essence quelconque était une opération économique fâcheuse, et qu’on ne devait envisager que des installations permettant d’obtenir des produits de qualité supérieure. C’est la thèse du Ministère de l’Air, qui, à ce point de vue, s’est intéressé tout spécialement aux résultats obtenus par Béthune. Il ne m’est pas possible de donner des précisions détaillées; ce que je puis dire c’est que l’essence de Béthune qui nous a été fournie comme échantillon est très intéressante et possède un indice d’octane supérieur à 75.
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- l’hydrogénation de la houille.
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- M. Dumanois. — Avez-vous traité des goudrons de basse température et des lignites?
- M. Vallette. — Nous n’avons pas traité de goudrons de basse température; mais nous n’avons éprouvé aucune difficulté à hydrogéner les lignites; nous avons cru observer que les essences obtenues étaient plus légères.
- M. Louis Pineau. — A la suite de l’exposé de M. Vallette, je crois devoir revenir sur les considérations générales que j’ai développées dans mon introduction à ce cycle de conférences. L’essence d’hydrogénation demeure un produit cher, moins cependant que la plupart des autres carburants nationaux. Mais cette industrie, encore à son début et en pleine évolution, ne tardera pas à abaisser ses prix de revient. D’ores et déjà, elle offre un intérêt primordial, surtout pour la défense nationale.
- A cet égard, le problème à résoudre est, pour l’instant, beaucoup plus un problème de qualité qu’un problème de quantité. L’hydrogénation des houilles et lignites, ou de leurs produits, paraît constituer l’un des rares mais importants moyens de se procurer des essences à haut pouvoir antidétonant, indispensables à l’aviation. L’industrie du pétrole travaille activement à la solution du problème consistant à produire de l’essence-avion à partir de n’importe quel pétrole brut; mais aussi longtemps que ce problème n’aura pas été résolu, il faudra faire appel à l’essence d’hydrogénation, quel que soit son prix.
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- BULL. DE LA SOC. D’ENC. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. —JUIN-JUILLET 1936 (p. 366).
- L'APPLICATION DE L'HYDROGÉNATION A LA FABRICATION DE CARBURANTS(1>.
- par M. Étienne Audibert, directeur de la Société nationale de Recherches sur le Traitement des Combustibles.
- La Compagnie française des Essences synthétiques a mis en exploitation, il y a deux mois, à Liévin (Pas-de-Calais), une usine d’hydrogénation de la houille, qui applique une technique mise au point par la Société nationale de Recherches sur le Traitement des Combustibles. Jusqu’ici la Société nationale avait travaillé dans le silence. Au moment où ses études fournissent la matière de réalisations industrielles, il a paru utile de faire connaître aux ingénieurs qu’elles peuvent intéresser le principe des conclusions qui se dégagent de ses recherches. C’est là l’objet de la présente conférence.
- Je n’y exposerai pas les considérations par lesquelles se justifie l’intérêt que présente, pour la France, la création, sur son territoire, d’usines capables de fabriquer des carburants aux dépens des matières premières dont elle dispose. Je ne décrirai pas davantage l’outillage de la Compagnie française des Essences synthétiques, non plus que la manière dont elle l’exploite : les documents que contiennent à ce sujet les archives de son bureau d’études et de son laboratoire n’ont pas à en sortir. Mon intention est de traiter, d’un point de vue général, le problème de la fabrication des carburants d’hydrogénation, c’est-à-dire d’expliquer, dans la mesure où nos connaissances permettent de le faire, les phénomènes que cette fabrication met en jeu, d’exposer ce que nous avons pu réussir à savoir des lois qui régissent ces phénomènes, enfin, de caractériser le principe de la solution que, sur la base de recherches qui ont été poursuivies pendant plus de dix années, la Société nationale a proposé de donner au problème de la transformation industrielle de la houille en essence, et que la Compagnie française des Essences synthétiques a réalisé. Je traiterai ainsi successivement : des phénomènes d’hydrogénation; — delà technique de l’hydrogénation des liquides; — de l’hydrogénation de la houille; — des principales étapes qu’ont marquées les travaux de la Société nationale.
- I. — LES PHÉNOMÈNES D’HYDROGÉNATION.
- Sauf quelques très rares exceptions, les substances organiques ne se combinent pas à l’hydrogène. On a néanmoins trouvé deux moyens de faire réagir cet élément sur elles; il consistent, l’un, à le mettre en œuvre à l’état naissant, l’autre, à l’activer par un catalyseur.
- Les propriétés que l’hydrogène naissant possède à cet égard ont été découvertes, aux environs de 1865, par Marcelin Berthelot, qui reconnut que les substances organiques, quelles qu’elles soient, fixent de l’hydrogène quand on les chauffe en tube scellé, à 270°, en présence d’une solution d’acide iodhydrique saturée à froid.
- (1) Conférence faite par l’auteur le 9 mai 1936, au cours d’une séance publique organisée en commun par la Société d’Encourageinent et l’Association française des Techniciens du Pétrole.
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- l’application de l’hydrogénation a la fabrication de carburants. 367
- Cette méthode n’a toutefois été imaginée par son auteur que pour destins analytiques et n’a fait l’objet d’aucune application industrielle.
- Une trentaine d’années plus tard, M. Paul Sabatier a trouvé un moyen de faire réagir l’hydrogène sur les gaz et sur les vapeurs organiques qui, tout en étant beaucoup plus simple, réalise des vitesses de réaction plusieurs milliers de fois plus grandes : il comporte la mise au contact d’un catalyseur solide convenablement choisi d’un mélange d’hydrogène et du produit à transformer, ce dernier étant pris à l’état gazeux. Des réactions de trois types différents se développent dans ces conditions, savoir :
- la saturation par l’hydrogène des liaisons multiples de la chaîne carbonée (réactions d’addition) ;
- l’élimination, à l’état de vapeur d’eau, de gaz ammoniac et d’hydrogène sulfuré, des atomes d’oxygène, d’azote et de soufre, entrant dans la composition de la molécule organique (réactions de raffinage);
- la rupture de certaines liaisons C-G de la chaîne carbonée et la saturation par l’hydrogène des valences ainsi libérées (réactions d’hydrogénation destructive).
- La méthode ainsi créée par M. Sabatier a reçu, depuis l’époque où elle a été imaginée, un certain nombre de perfectionnements.
- En 1902, Normann montra qu’on peut réaliser l’hydrogénation des liquides en y faisant simplement barboter un courant d’hydrogène après y avoir mis le catalyseur en suspension. La formule qu’il a ainsi créée, et que l’habitude a été prise de qualifier de « formule de phase liquide », pour la distinguer de la « formule de phase vapeur », imaginée par M. Sabatier, semble, à première vue, n’avoir pas une bien grande originalité; en réalité, Normann, en la suggérant, faisait preuve d’une indépendance d’esprit remarquable, M. Sabatier ayant expressément recommandé d’éviter toute condensation sur le catalyseur du produit àhydrogéner. Son innovation fut en outre lourde de conséquences: non seulement elle a permis de soumettre à l’hydrogénation catalytique les produits organiques trop lourds pour pouvoir être vaporisés, mais elle a été en outre l’origine d’un nouveau progrès important.
- Un catalyseur solide ne peut provoquer la combinaison de deux corps que s’ils forment une phase unique, liquide ou gazeuse. Dans la formule en phase liquide, donc, l’hydrogène qui réagit sur le produit traité est nécessairement à l’état de dissolution dans ce dernier. Cette observation a suggéré à Ipatief l’idée qu’on doit accélérer l’action qu’il exerce en augmentant sa concentration dans la solution, c’est-à-dire en le mettant en œuvre sous une pression supérieure à la pression ordinaire. En le faisant, on a bien enregistré l’accélération attendue, mais on a aussi reconnu que l’emploi d’une forte pression d’hydrogène permet de réaliser les réactions d’hydrogénation à une température très notablement plus élevée qu’on l’avait admis jusqu’alors. La raison pour laquelle il en est ainsi est d’ailleurs bien simple : les réactions dans lesquelles les substances organiques s’engagent quand elles sont en présence d’hydrogène activé par un catalyseur sont toutes exothermiques; l’équilibre qui les limite correspond par conséquent à un rendement d’autant plus faible que la température est plus élevée. Comme la plupart d’entre elles comportent une contraction, une augmentation de la concentration de l’hydrogène s’accompagne d’une augmentation du rendement, susceptible de compenser la diminution consécutive à une élévation de la température.
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- Or, la mise en œuvre de températures élevées permet de réaliser de plus grandes vitesses de transformation; elle a en outre fourni le moyen d’affranchir l’usage des catalyseurs d’hydrogénation d’une restriction qui, à l’origine, opposait à leur emploi industriel un obstacle tout à fait sérieux. Les catalyseurs comme le nickel, le cobalt, le fer, le cuivre, le platine et le palladium, dont l’activité se manifeste à basse température, sont en effet sensibles à l’action toxique de nombreux constituants des produits naturels et en particulier des impuretés sulfurées. Sans doute, l’école de M. Sabatier, qui les a employés, n’ignorait pas que d’autres corps que ces six métaux, et notamment les oxydes d’uranium, de molybdène, de vanadium et de zinc, sont également capables d’activer l’hydrogène; elle ne pouvait toutefois pas les employer parce que leur activité se manifeste seulement à des températures supérieures à celle pour laquelle le système à transformer cesse d’être en équilibre stable quand l’hydrogène est sous les concentrations compatibles avec la pression ordinaire. L’emploi des pressions élevées a ainsi eu pour conséquence de rendre utilisables pour l’hydrogénation toute une série de catalyseurs avec lesquels M. Sabatier et ses élèves n’avaient pu réaliser que des déshydrogénations. Or, les poisons usuels n’affectent pas l’activité de ces catalyseurs de haute température, sans doute, d’ailleurs, pour la simple raison qu’ils travaillent à haute température.
- La création de la technique de phase liquide et la mise en œuvre de pressions d’hydrogène supérieures à la pression ordinaire ont ainsi mis entre nos mains le moyen de faire subir aux produits organiques de toute nature les transformations auxquelles peut donner lieu le développement des trois séries de réactions distinguées tout à l’heure : addition, raffinage et hydrogénation destructive. Or, il suffit de comparer les caractéristiques des combustibles solides et des résidus pétrolifères, d’une part, des carburants, de l’autre, pour reconnaître que, si tant est qu’elle soit possible, la fabrication des seconds aux dépens des premiers comporte nécessairement des réactions de ces trois types. La réalisation de cette fabrication dépend par conséquent de la possibilité d’orienter dans un sens convenable les phénomènes chimiques auxquels donne lieu le traitement par l’hydrogène convenablement activé des produits naturels.susceptibles d’être utilisés comme matières de départ. Pour déterminer ce qu’il en est à cet égard, il convient de caractériser ces phénomènes; dans l’état actuel des connaissances, il n’est pas possible de les définir avec quelque précision et on ne peut que donner une idée qualitative de leur physionomie générale ; c’est là l’objet des développements qui vont suivre. On y considérera d’ailleurs seulement le cas où la température est de l’ordre de 450°; jusqu’à présent, en effet, on n’a pas réussi à fabriquer des carburants par hydrogénation de produits lourds à des températures plus basses.
- Aux environs de 450°, les matières premières de la fabrication des carburants ne sont chimiquement pas stables et éprouvent, du fait même qu’elles y ont été portées, une transformation.
- En l’absence d’hydrogène, cette transformation comporte essentiellement le développement de trois séries de réactions, dont les deux premières ne jouent qu’un rôle accessoire, la troisième étant la plus importante :
- 1° Isomérisations, ne donnant lieu à modification, ni du poids moléculaire, ni de la composition chimique ;
- 2° Polymérisations, comportant une augmentation du poids moléculaire sans
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- modification de la composition chimique, et susceptibles d’affecter seulement des chaînes carbonées incomplètement saturées;
- 3° Ruptures de chaînes carbonées, enfin, affectant, dans les chaînes ouvertes, des liaisons G - G, et, dans les chaînes fermées, des liaisons C - H.
- La rupture d’une liaison G - G dans une chaîne ouverte a pour effet de donner naissance à deux chaînes, l’une et l’autre plus légères, et dont l’ensemble a la même composition élémentaire que la chaîne initiale; elle se marque donc par un allégement. La rupture d’une liaison C - H dans une chaîne fermée donne naissance à de l’hydrogène, d’une part, à un reste non saturé, de l’autre; ce reste apparaît, non pas à l’état libre, mais sous forme de combinaison avec un reste identique ou analogue, résultant de la transformation d’une autre chaîne fermée, ou avec l’une des chaînes incomplètement saturées en présence desquelles il se trouve. Du fait de cette condensation, la chaîne qui a éprouvé la rupture se trouve transformée en une autre, de poids moléculaire plus élevé et plus riche en carbone.
- En définitive donc, les réactions de rupture provoquées par l’élévation de la température comportent, les unes, un allégement, les autres, un alourdissement et un enrichissement en carbone de la matière qui les éprouve. Leur répétition donne par conséquent naissance, d’une part, à des produits de plus en plus légers, d’autre part, à des produits de plus en plus lourds. Ges faits sont bien connus : l’industrie de la fabrication du coke et du gaz et celle du cracking les ont depuis longtemps mis en évidence; si on les a rappelés ici, c’est seulement parce qu’il est utile, pour se rendre compte de ce qui peut se passer en présence d’hydrogène, d’avoir présent à l’esprit le mécanisme suivant lequel ils se produisent.
- Les lois de la thermodynamique permettent de définir les réactions susceptibles de se produire quand des produits organiques sont chauffés au contact d’hydrogène.
- La présence de cet élément est évidemment sans influence sur le développement des réactions d’isomération.
- Elle rend par ailleurs possibles deux séries de transformations qui ne sauraient se produire en dehors d’elle :
- d’une part, des réactions, qu’on peut qualifier de réactions de raffinage, et qui comportent l’élimination des atomes d’oxygène, d’azote et de soufre, avec rupture des chaînes carbonées dans lesquelles ils peuvent être insérés ;
- d’autre part, des réactions d’addition, qui comportent la saturation des chaînes carbonées présentant des liaisons doubles ou multiples.
- L’importance que ces réactions sont susceptibles de prendre dépend d’ailleurs étroitement du rapport de la concentration de l’hydrogène à celle des chaînes carbonées susceptibles de les éprouver : quand la valeur de ce rapport dépasse une limite, dépendant de la température, dont il est une fonction croissante, elles sont pratiquement les seules qui puissent affecter les chaînes ouvertes, et celles-ci cessent d’être exposées à subir les polymérisations, aussi bien que les condensations avec les restes non saturés de la déshydrogénation des chaînes fermées, dont il a été expliqué tout à l’heure que la chaleur suffit à les provoquer; quand cette même condition est satisfaite; les réactions d’addition peuvent également affecter les chaînes fermées; à la vérité, le noyau aromatique n’est transformable en noyau hydroaromatique, quand la température atteint ou dépasse 430°, que pour des valeurs de la concentration relative de l’hydrogène pratiquement irréalisables; mais
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- 370 l’hydrogénation de LA HOUILLE. — JUIN-JUILLET 1936.
- des valeurs très notablement moindres de cette variable permettent la fixation d’hydrogène par les carbures aromatiques à noyaux condensés, et cette réaction est susceptible de jouer un rôle important dans les phénomènes dont on s’occupe ici : elle se produit en effet par échelons successifs, en n’affectant chaque fois que les liaisons d’un même noyau, qu’elle transforme en noyau alicyclique; on verra plus loin que ce noyau peut alors s’ouvrir, ce qu’il n’aurait pas pu faire s’il était demeuré aromatique.
- De leur côté, les réactions de rupture des liaisons G-C, que la chaleur provoque dans les chaînes ouvertes, demeurent possibles en présence d’hydrogène; elles peuvent toutefois donner naissance à des produits saturés et la tendance qu’elles ont à le faire augmente avec le rapport de la concentration de l’hydrogène à la concentration de la chaîne qu’elles affectent.
- Quant aux réactions de rupture des liaisons G-H, que la chaleur provoque dans les chaînes fermées, la présence d’hydrogène est susceptible de modifier profondément les conditions dans lesquelles elles peuvent se produire; à une température donnée, le rendement qui les limite est d’autant moindre que la concentration de l’hydrogène est plus grande et que celle de la chaîne qui les éprouve est plus petite, et, pour chaque température, il existe des valeurs de ces variables pour lesquelles leur développement est pratiquement impossible. Une chaîne fermée alicyclique, qui est ainsi mise dans l’impossibilité de se déshydrogéner, peut d’ailleurs s’ouvrir par rupture de liaisons C-G; par exemple, la tétraline, quand on empêche sa conversion en naphtaline, peut se transformer en homologues du benzène à dix atomes de carbone par molécule.
- Si sommaires qu’elles soient, les indications qui précèdent permettent de caractériser la manière dont on pose, au point de vue chimique, le problème de la fabrication de carburants aux dépens, soit de combustibles solides, soit de produits pétrolifères ne se prêtant pas au cracking.
- Si on chauffe une de ces matières, elle éprouve des transformations dont les unes allègent, tandis que les autres alourdissent ceux de ses constituants qui les subissent.
- Si on la chauffe en présence d’hydrogène, elle s’engage, en principe, dans une réaction analogue. Un choix convenable des conditions dans lesquelles on la place, — c’est-à-dire de la température et des concentrations —, a toutefois pour effet : d’une part, d’empêcher le développement des réactions de polymérisation et des réactions de déshydrogénation suivies de condensation, c’est-à-dire de limiter les transformations que provoque l’action de la chaleur à celles qui s’accompagnent d’un allégement de la matière première, d’autre part, de rendre possible le développement de réactions d’addition, susceptibles d’être suivies de ruptures qui ne se produiraient pas en l’absence d’hydrogène.
- Est -ce à dire que l’ajustement des facteurs physiques suffit à provoquer la transformation en carburant de la matière considérée? L’expérience montre que non : quand un fuel oil est chauffé à sa température de cracking en présence d’hydrogène sous une pression suffisante, il ne sc transforme pas en coke, mais beaucoup de ses constituants demeurent inaltérés et ceux qui s’allègent fournissent une quantité importante de gaz.
- L’intervention d’un catalyseur peut permettre d’améliorer notablement le résultat obtenu et de réaliser la conversion intégrale du fuel oil en produits légers ne comportant qu’une proportion relativement faible de carbures incondensables.
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- Le parti à tirer des facteurs dont on dispose pour orienter l’hydrogénation des produits naturels lourds vers la fabrication de carburants se trouve ainsi défini :
- On doit choisir les variables physiques, — température et concentrations —, de manière à empêcher les réactions indésirables;
- A l’aide du catalyseur, on doit ensuite chercher, d’une part, à déclencher les réactions qui ne se produiraient pas en son absence et auxquelles est subordonné l’allégement de certains constituants de la matière première, d’autre part, à accélérer de préférence, parmi les différentes réactions possibles, celles qui conduisent à des hydrocarbures de poids moléculaire convenable.
- Ces facteurs ne sont d’ailleurs pas indépendants les uns des autres. L’activité du catalyseur varie avec les conditions de température et de concentrations dans lesquelles il travaille. Il faut par conséquent attribuer aux variables qui conditionnent les phénomènes le système de valeurs qui réalise, au total, le résultat le plus avantageux; dans l’état actuel des connaissances, on ne peut le faire que par voie empirique.
- En tout état de cause, les indications qu’on vient de donner suffisent à mettre en évidence l’importance du rôle dévolu au catalyseur. Il convient d’ajouter que, si parfaitement qu’il s’en acquitte, il ne peut pas, dès l’instant qu’on le fait travailler à une température dépassant la température de cracking de la matière traitée, faire obstacle à la formation d’une certaine quantité d’hydrocarbures gazeux. Dans la fabrication des carburants d’hydrogénation, les choses ne se passent en effet pas du tout comme dans les opérations catalytiques usuelles, dans la synthèse de l’ammoniac par exemple : quand on traite un mélange d’hydrogène et d’azote au contact d’un catalyseur de cette synthèse, il n’éprouve pas d’autres transformations que celles qui se produisent dans la couche d’adsorption du catalyseur; quand on hydrogène un fuel oil ou une houille, la matière traitée se transforme au contraire, non seulement à la surface du catalyseur, mais encore en dehors de tout contact avec lui, et le produit qu’on obtient est toujours un mélange des produits de deux séries de réactions, dont les unes sont catalytiques et les autres ne le sont pas. Or, les réactions catalytiques donnent naissance à des carbures gazeux quel que soit le catalyseur employé; donc, l’hydrogénation d’un combustible solide ou d’un résidu pétrolifère comporte un déchet sous forme de perte en gaz. Cette perte grève assez lourdement l’opération, à cause de la forte consommation d’hydrogène que comporte la formation des carbures gazeux; dans le cas de la houille, par exemple, le coefficient d’utilisation de l’hydrogène consommé ne dépasse pas 50 p. 100 quand on réalise la conversion en essence des 3/4 du carbone de la houille.
- Les considérations qui précèdent ont dégagé l’énoncé du problème de l’hydrogénation. Les solutions qui lui ont été données étant toutes empiriques, il est sans intérêt d’exposer comment elles ont été obtenues. Dans ce qui suit, on décrit la technique qui permet de mettre ces solutions en œuvre dans le cas le plus simple, c’est-à-dire quand la matière à hydrogéner est un liquide.
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- II. — LA TEGHNIQUE DE L’HYDROGÉNATION DES LIQUIDES.
- Une installation pour la transformation en carburants de produits liquides lourds, tels que les résidus pét rolifères ou les huiles de goudron provenant de la distillation des combustibles solides, comprend des appareils d’hydrogénation de deux types différents. La matière première, ne pouvant pas être vaporisée, doit en effet obligatoirement être soumise à l’hydrogénation alors qu’elle est à l’état liquide. Ce traitement la transforme en un mélange de carbures gazeux, d’essence et de produits, à l’ensemble desquels l’iiabitude a été prise d’appliquer la dénomination « d'huile moyenne » et qui sont caractérisés par le fait que, tout en étant plus lourds que l’essence, ils sont volatils dans les conditions dans lesquelles ils prennent naissance et ne peuvent, de ce fait, plus être allégés par une hydrogénation en phase liquide. Cette huile moyenne est convertie en essence dans un second appareil travaillant en phase vapeur. La transformation de la matière première comprend de la sorte deux opérations successives, auxquelles on procède dans deux appareils différents : l’une, dite de phase liquide, est appliquée à la matière de départ et est productrice d’huile moyenne, d’essence et de gaz : l’autre, dite de phase vapeur, est appliquée à l’huile moyenne et est productrice d’essence et de gaz.
- Les deux appareils qu’emploie la Compagnie française des Essences synthé tiques sont décrits, et leur fonctionnement est sommairement analysé, dans ce qui suit.
- appareil d’hydrogénation en phase vapeur. — L’appareil d’hydrogénation en phase vapeur est construit et fonctionne comme les tubes utilisés pour la synthèse du gaz ammoniac. Il est essentiellement constitué par une capacité close, dite « chambre de catalyse » ou « volume catalytique », que le catalyseur emplit; des moyens qui seront décrits plus loin y maintiennent une température uniforme T, et les appareils d’alimentation y introduisent de manière continue, sous la pression P, un mélange de gaz hydrogénant et de vapeurs d’huile moyenne; soient H et G les débits respectifs de ces deux fluides, rapportés à l’unité de volume de la chambre de catalyse.
- Les valeurs des concentrations des corps mis en présence dans la chambre à catalyse dépendent, pour une valeur donnée delà teneur en hydrogène du gaz hydro-
- gênant, des valeurs delà pression P qui règne dans la chambre et du rapport — des
- débits des deux fluides. L’expérience montre d’ailleurs que le rapport doit tou-
- h
- jours être notablement supérieur à g, quand on désigne par h la masse d’hydrogène consommée par les réactions que la masse G de matière organique éprouve en traversant l’appareil. Il résulte de là que le fluide sortant de la chambre est constitué par un mélange des produits de transformation de l’huile moyenne et d’hydrogène non utilisé; la séparation des premiers fournit par conséquent de l’hydrogène, qu’on utilise pour une nouvelle opération. La chambre de catalyse de phase vapeur se trouve, de ce fait, insérée dans un circuit fermé d’hydrogène.
- H
- Pour des valeurs données des variables T, P et q, la capacité horaire de produc-
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- tion de l’unité de volume de la chambre de catalyse et la résistance au choc de l’essence produite varient dans le même sens que le débit G, lequel est inversement proportionnel à la durée du séjour que les produits traités font dans l’appareil de catalyse. Il y a toujours avantage à donner à G des valeurs assez élevées pour que le point sec des produits sortant de la chambre soit assez notablement supérieur à celui de l’essence, et à soumettre à un nouveau traitement la fraction lourde de ces produits. La chambre de catalyse de phase vapeur se trouve, de ce fait, insérée dans un circuit fermé de produits organiques.
- appareil d’hydrogénation en phase liquide. — L’appareil de phase liquide est constitué, comme celui de phase vapeur, par une capacité close, dans laquelle règne une température T, que des moyens décrits plus loin maintiennent uniforme, et où les appareils d’alimentation introduisent de manière continue, sous la pression P, un gaz hydrogénant et de la matière première; soient comme précédemment, H et G les débits horaires de ces deux fluides, rapportés à l’unité de volume de la chambre.
- Gomme en phase vapeur, la teneur en hydrogène du gaz hydrogénant, ainsi que
- les valeurs de P et de conditionnent les valeurs des concentrations des consti-
- tuants de la phase liquide, et, pour les mêmes raisons, le tube de phase liquide doit être inséré dans un circuit fermé d’hydrogène.
- Les conditions de fonctionnement du tube de phase liquide ne permettent d’autre part pas de contrôler la durée du séjour que font dans la chambre de catalyse les différents constituants de la matière à transformer : quand l’abaissement du poids moléculaire, auquel donnent lieu les réactions éprouvées par ces corps, a été poussé assez loin, le produit se vaporise en effet et s’échappe dans le courant d’hydrogène qui traverse la chambre ; le temps au bout duquel ce phénomène se produit varie évidemment d’un constituant à l’autre de la matière première.
- De leur côté, les conditions d’emploi du catalyseur sont profondément différentes suivant que la vaporisation dont il vient d’être question affecte la totalité, ou une fraction seulement, de la matière introduite dans la chambre. Dans le premier cas, c’est-à-dire quand tout l'hydrogénat sort de la chambre à l’état de vapeur, le catalyseur se trouve utilisé dans l’appareil de phase liquide de la même manière que dans l’appareil de phase vapeur, en ce sens que la masse qui en est mise en œuvre peut demeurer constamment et invariablement la même. Dans le second cas, c’est-à-dire lorsqu’une fraction seulement de l’hydrogénat quitte la chambre à l’état de vapeur, l’évacuation du surplus à l’état liquide s’accompagne d’un entraînement de catalyseur à l’extérieur de l’appareil. Pour maintenir constante la concentration de ce solide dans la phase liquide, il faut par conséquent en injecter de manière continue; la concentration a dans la matière première, à laquelle cette injection correspond, et la concentration effective p dans la phase liquide satisfont à la relation :
- a = p (1 — v)
- quand on désigne par v le taux de vaporisation. En principe, le catalyseur entraîné par le liquide ne peut pas être récupéré, et la quantité a dont il vientd’êlre question mesure une consommation effective de matière. La formule de marche à vaporisation partielle n’est, de ce fait, praticable qu’avec des catalyseurs dont l’action se fait sentir pour des valeurs extrêmement faibles de la concentration p. L’expérience
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- montre que, s’il en existe qui satisfont à cette condition, la concentration du catalyseur est néanmoins toujours un facteur positif de la vitesse des phénomènes chimiques qu’il provoque dans la phase liquide à son contact; en principe donc, la formule à vaporisation totale donne des résultats plus avantageux que la formule à vaporisation partielle. Il arrive toutefois fréquemment que cette dernière soit imposée par la nature môme des choses : c’est en particulier le cas lorsque la matière première est un combustible solide contenant des cendres; celles-ci ne peuvent être entraînées à l’extérieur que par un courant liquide, et la formule à vaporisation totale est, de ce fait, incompatible avec leur évacuation continue.
- Comme la présente note est plus spécialement consacrée au traitement des combustibles solides, on n’examinera dans ce qui suit que le cas de l’hydrogénation avec vaporisation partielle. Il comporte, pour la fraction de la matière traitée qui ne se vaporise pas, un séjour dans l’appareil dont la durée 6 est définie par l’équation;
- G(1 — v)
- où A désigne la densité de la phase liquide; comme cette phase est constituée par une dispersion d’hydrogène dans un liquide, A varie en sens inverse de la vitesse d’ascension des bulles gazeuses dans le liquide, c’est-à-dire en sens inverse de leurs dimensions.
- Suivant la valeur attribuée à 0, c’est-à-dire suivant la capacité horaire de traitement de l’unité de volume d’appareil, l’hydrogénat contient une proportion plus ou moins élevée, mais qui n’est jamais nulle, de produits dont l’allégement n’a pas été poussé assez loin pour qu’ils puissent être hydrogénés en phase vapeur ; on les sépare de l’huile moyenne et on les soumet à un nouveau traitement, éventuellement après élimination des solides, tels que les cendres, auxquels ils peuvent être mélangés. L’appareil de phase liquide se trouve, de ce fait, inséré dans un circuit fermé à l’intérieur duquel circulent des produits organiques.
- La turbulence de la phase en réaction. — Indépendamment de la température et des concentrations, un autre facteur physique conditionne les phénomènes chimiques dont un appareil d’hydrogénation est le siège : la turbulence dans la phase mise en réaction. Une grande turbulence accélère les échanges entre la phase unique, constituée par l’hydrogène et la substance à hydrogéner, et la couche d’adsorption du catalyseur, en les réalisant par convection et non seulement par diffusion, comme ce serait le cas si l’écoulement des fluides dans la chambre de catalyse était laminaire; elle augmente, de ce fait, l’importance que les réactions orientées par le catalyseur prennent par rapport à celles qui se développent en dehors de toute intervention catalytique. Elle contribue en outre à uniformiser la température dans le volume catalytique. En phase liquide, enfin, elle a pour effet d’empêcher la sédimentation du catalyseur, lequel est alors constitué par une poudre en dispersion, et d’accélérer la dissolution de l’hydrogène.
- En vertu des lois de l’hydrodynamique, un moyen d’augmenter la turbulence consiste à constituer les chambres de catalyse par des cylindres de grande longueur et de petit diamètre plutôt que par des cylindres courts et de gros diamètre. L’expérience montre qu’il est suffisant en phase vapeur mais qu’il n’en est pas de même en phase liquide en raison, évidemment, de la plus grande viscosité du fluide en mouvement : il est par conséquent avantageux, dans ce dernier cas, d’installer dans
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- l’appareil d’hydrogénation un dispositif mécanique réalisant le brassage permanent du liquide qui y est contenu.
- La température dans les chambres à catalyse. — En phase liquide comme en phase vapeur, il importe que la température soit maintenue aussi uniforme que possible dans toute l’étendue de la chambre de catalyse; la moindre variation de ce facteur peut en effet modifier de façon notable les phénomènes chimiques; c’est donc seulement à la condition d’en connaître exactement la valeur qu’on peut contrôler ces derniers de manière satisfaisante.
- Gomme les réactions d’hydrogénation sont toutes exothermiques, et en général assez fortement exothermiques, le problème que pose le réglage de la température dans les chambres de catalyse est d’assurer l’évacuation de la chaleur qui s’y dégage en ne mettant en œuvre que de très faibles différences de température. La solution que la Société nationale lui a donnée est la suivante :
- a) La chambre de catalyse en phase vapeur est constituée par un échangeur de chaleur tubulaire. Le catalyseur est placé à l’intérieur de l’échangeur, et la surface extérieure de ce dernier est refroidie par une circulation de gaz frais, à une température inférieure à celle qui règne dans la chambre;
- b) De son côté, la chambre de catalyse en phase liquide est construite comme un échangeur par mélange, les produits à traiter y étant introduits à une température inférieure à la température de réaction et une agitation convenable étant maintenue dans la masse liquide.
- La permanence du régime. — Pour que son exploitation donne des résultats susceptibles de présenter un intérêt, une unité d’hydrogénation, établie conformément aux indications générales qui viennent d’être données, doit être maintenue en régime aussi rigoureusement permanent que possible. Son fonctionnement est en effet instable, en ce sens que toute perturbation qui se produit, à un moment donné, en un point des chambres à catalyse, tend, sauf interventions extérieures, à s’accentuer et à substituer aux réactions attendues des réactions productrices, soit d’hydrocarbures gazeux, soit de coke, soit simultanément de ces deux substances. Il serait trop long d’analyser les raisons pour lesquelles il en est ainsi, et on se bornera à mentionner le fait sans insister d’ailleurs sur les inconvénients qu’il présente et qui sont évidents.
- Les moyens auxquels il convient d’avoir recours pour éviter ces derniers sont les suivants :
- 1° Les appareils qui assurent la circulation des fluides doivent être établis de manière à fournir une marche permanente et parfaitement régulière ; leur fonctionnement doit être constamment contrôlé et les dispositions doivent être prises pour remédier sans délai à toute défaillance que ce contrôle pourra faire ressortir ;
- 2° La composition chimique et la pression de l’hydrogène des circuits de catalyse, ainsi que la température .à l’intérieur des chambres, doivent faire l’objet d’une surveillance constante, et l’installation doit être organisée de manière à permettre de corriger sans délai les variations qu’il peut leur arriver d’accuser. .
- Les enveloppes des chambres à catalyse. — Les chambres de catalyse sont contenues à l’intérieur d’enveloppes qui supportent la pression de marche. Pour assurer leur fonctionnement thermique dans les conditions qu’on vient d’indiquer, il est évidemment indispensable de contrôler le flux calorifique à travers ces enve-
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- l’hydrogénation de la houille.
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- loppes. Ce contrôle peut être réalisé de deux manières différentes, se différenciant par le fait qu’elles comportent le maintien de l’enveloppe, l’une, à une température peu différente de la température de réaction, l’autre, à une température inférieure à 250°; dans ce qui suit, on les qualifiera respectivement de « formule à enveloppe chaude » et « formule à enveloppe froide ».
- La formule de l’enveloppe chaude consiste essentiellement à placer à l’extérieur les dispositifs decontrôle du flux calorifique centrifuge, dispositifs qui comportent : soit une épaisseur de calorifuge suffisante pour rendre le flux pratiquement indépendant des variations de la température extérieure, soit une gaine, calorifugée extérieurement, et dans laquelle circulent des fumées, dont le débit et la température peuvent être réglés de manière à annuler ce flux.
- La formule de l’enveloppe froide consiste à interposer, entre la chambre de catalyse et son enveloppe, une épaisseur de calorifuge suffisante pour ramener au-dessous de 250° les températures qui s’établissent dans le métal et rendre en même temps le flux à travers ce dernier à peu près indépendant des variations de la température extérieure.
- Pour apprécier les avantages et les inconvénients de chacun de ces systèmes, il faut tenir compte des propriétés suivantes de l’acier :
- 1° A partir de 250°, l’hydrogène exerce sur l’acier ordinaire une action chimique, comportant la réduction de la cémentite en fer, et provoquant une désagrégation du métal qui lui fait rapidement perdre toute résistance mécanique;
- 2° Au-dessous de 230°, les déformations qu’éprouve une pièce en acier dépendent seulement des forces qui lui sont appliquées. Au-dessus de cette température, ces déformations vont en augmentant au fur et à mesure que se prolonge l’action de ces forces; le phénomène est connu sous le nom de « fluage ».
- La formule de l’enveloppe froide peut par conséquent être réalisée avec de l’acier ordinaire; elle conduit toutefois à donner au diamètre intérieur de l’enveloppe une valeur égale à la somme du diamètre de la chambre de catalyse et du double de l’épaisseur du calorifuge.
- La formule de l’enveloppe chaude permet de donner au diamètre intérieur de l’enveloppe une valeur égale au diamètre de la chambre de catalyse. Elle exige toutefois l’emploi d’aciers spéciaux, résistant à l’action corrosive de l’hydrogène et présentant, à la température de réaction, une vitesse de fluage suffisamment faible.
- Malgré que de tels aciers soient connus depuis peu de temps seulement, la Société nationale a jugé préférable d’adopter la formule de l’enveloppe chaude avec gaine de fumées.
- in. — l’hydrogénation de la houille.
- La dépolymérisation de la houille. — Quelques modifications, peu importantes en apparence, suffisent à rendre applicable à la houille et aux combustibles solides la technique dont on vient de définir les caractères essentiels. Sous leur simplicité se dissimule, en réalité, un phénomène dont le rôle est essentiel et sur la nature exacte duquel on ne possède encore que des informations assez sommaires.
- Pour'assurer l’alimentation continue de l’appareil d’hydrogénation, on met la houille, après broyage, en suspension dans une huile et on traite la pâte ainsi
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- obtenue comme on traiterait un résidu pétrolifère ou un goudron. La manipulation de cette pâte ne présente aucune difficulté : les mélanges de houille et d’huile peuvent en effet avoir, à des températures relativement basses, de l’ordre de 80° à 120°, des viscosités assez faibles pour que des pompes assurent leur circulation dans les tuyauteries exactement comme elles le feraient pour des liquides; pour qu’il en soit ainsi, il suffit que la concentration de la houille dans le mélange ne dépasse pas une limite de l’ordre de 30 p. 100. L’expérience montre en effet que la viscosité, à une température donnée, d’une pâte de houille et d’huile est une fonction croissante de la concentration du premier de ces deux constituants, qui, après avoir varié assez lentement avec elle, prend brusquement, quand elle dépasse une certaine limite, des valeurs très élevées, incompatibles avec un écoulement aisé; cette limite, variable avec la nature de la houille et avec celle de l’huile, est en principe, voisine de 30 p. 100.
- En réalité, les choses sont loin d’être aussi simples que pourraient le faire croire les indications qui précèdent, et l’huile d’empâtage ne joue pas seulement le rôle de véhicule dont il vient d’être question : la preuve en est fournie par le fait qu’on peut obtenir des résultats très différents en hydrogénant dans les mêmes conditions une même houille empâtée par des huiles différentes; en principe, les huiles constituées par des carbures aromatiques à noyaux condensés donnent des résultats bien meilleurs que les huiles constituées par des paraffines ou par des naphtènes.
- L’explication du rôle ainsi dévolu à l’huile d’empâtage paraît devoir être cherchée dans les considérations suivantes.
- Bien que leur nature ne soit pas connue, il ne fait aucun doute que les molécules constitutives de la houille soient extrêmement lourdes et que leur poids atteigne, et peut-être même dépasse, des valeurs de l’ordre de 100 000. Comme toutes les substances organiques de poids moléculaire élevé, ce sont des polymères de molécules non saturées beaucoup plus légères; on peut en effet les transformer, sans que leur composition élémentaire accuse aucune variation, en substance à point de fusion relativement bas, — de l’ordre de 300° ou moins, — qui présentent de nombreuses liaisons doubles et dont le poids moléculaire est inférieur à des valeurs de l’ordre de 1000.
- Gomme tous les corps fortement polymérisés, on peut présumer que la houille se dépolymérise sous l’action de la chaleur; cette transformation est très vraisemblablement endothermique, et, par suite, doit pouvoir être poussée d’autant plus loin que la température est plus élevée. Aux températures de 430° environ, qui sont mises en œuvre pour effectuer l’hydrogénation, elle n’est sans doute que très peu avancée; on peut toutefois déplacer l’équilibre qui la limite en transformant, au fur et à mesure qu’il se forme, le corps auquel elle donne naissance, par exemple en saturant ses liaisons multiples. C’est certainement parce que les carbures aromatiques à noyaux condensés possèdent la propriété de donner lieu à une solvatation de ce genre, que MM. Gillet et Pertierra ont réussi à dissoudre la houille dans l’huile anthracénique.
- La dépolymérisation de la houille modifie d’autre part profondément les conditions dans lesquelles elle s’hydrogène : la Société nationale l’a vérifié expérimentalement en étudiant comparativement l’hydrogénation, dans les mêmes conditions et au contact du même catalyseur, d’une part, d’une houille brute, d’autre part, de 135e Année. — Juin-Juillet 1936. 25
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- la même houille préalablement soumise à un traitement dépolymérisant qui avait ramené son poids moléculaire à une valeur inférieure à 3 000 : l’hydrogénation est poussée plus loin dans le second cas que dans le premier, et donne naissance à des produits complètement différents. On n’éprouve d’ailleurs aucune peine à s’expliquer qu’il en soit ainsi : comme cela a déjà été indiqué, un catalyseur solide ne peut agir que sur des corps formant une phase unique, liquide ou gazeuse; la houille s’hydrogène par conséquent en dehors de toute intervention catalytique aussi longtemps qu’elle se trouve à l’état ordinaire; quand sa dépolymérisation a été poussée assez loin pour qu’elle présente un point de fusion inférieur à la température à laquelle on fait agir l’hydrogène sur elle, les réactions dont elle est le siège peuvent au contraire être orientées par le catalyseur.
- 11 est par ailleurs facile de vérifier que l’existence de la relation, qui vient d’être signalée, entre le degré de dépolymérisation de la houille et son aptitude à s’hydro-géner, rend compte du rôle que joue, dans l’hydrogénation de la houille, la nature chimique de l’huile qui l’empâte : il suffit, pour cela, de traiter, dans les mêmes conditions et au contact du même catalyseur, un mélange d’une même houille et de deux huiles différentes, dont l’une exerce une action dépolymérisante, tandis que l’autre en est dépourvue; l’hydrogénation donne, dans le second cas, les mêmes résultats que ceux qu’on obtient en l’absence de catalyseur; il en va tout autrement dans le premier.
- En fin de compte, donc, les considérations qu’on vient de développer conduisent à la notion que, dans l’hydrogénation de la houille, l’efficacité du catalyseur est subordonnée, quelle que soit l’activité que la nature et le mode de préparation de ce corps lui permettent de manifester, à la dépolymérisation préalable de la houille. Cette dépolymérisation se présente ainsi comme le premier terme d'une transformation comportant au moins deux échelons successifs, et sa vitesse doit conditionner celle de tous les phénomènes qui la suivent.
- Il semble par ailleurs que l’aptitude de la houille à se dépolymériser soit en relation avec un autre fait expérimental, dont aucune explication satisfaisante n’a encore été donnée : l’hydrogénation de deux houilles de même composition élémentaire, mais de provenances différentes, peut donner des résultats très différents. Il y a en effet parallélisme entre la manière dont de telles houilles réagissent sur l’hydrogène et celle dont elles se dépolymérisent dans des conditions déterminées.
- La fabrication de l'huile d'empâtage. — Quoi qu’il en soit du rôle dévolu à la dépolymérisation, il est nécessaire, pour hydrogéner la houille dans un appareil susceptible d’un fonctionnement continu, de la mélanger à une huile de qualité convenable. Cette huile éprouve, dans le tube de phase liquide, une transformation analogue à celle que subit la houille elle-même et s’y convertit totalement ou tout au moins pour une très large part, en gaz, essence et huile moyenne; elle est par conséquent récupérée à un état, différent de son état initial, sous lequel elle est impropre à l’empâtage d’une nouvelle charge de solide. En revanche, les produits sortant du tube de phase liquide contiennent, au-dessus de l’huile moyenne, dont le point sec est de 300° à 323°, une huile lourde, dont l’expérience montre que ses propriétés permettent de l’utiliser pour la confection de la pâte. On l’emploie donc pour cet objet.
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- La formule d’hydrogénation avec recyclage de l’huile lourde est toutefois susceptible d’être pratiquée de deux manières différentes, qui sont loin d’être équivalentes.
- Si l’huile lourde se retrouve dans l’hydrogénat en quantité suffisante pour empâter une charge de houille égale à celle qui lui a donné naissance, la fabrication de
- Houille Seche Jfuiit lourde
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- et CurbonisciLion
- Fig. 1. — Schéma des opérations conformément à la formule adoptée par la Société nationale de Recherches sur le Traitement des Combustibles.
- Æ s$ eue e. et g.
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- l’essence ne consomme pas d’autres matières premières que de la houille et de l’hydrogène.
- Dans le cas contraire, elle consomme en outre une huile aromatique, c’est-à-dire un corps, dont un pays comme le nôtre ne produit que des quantités peu importantes et dont la mise en oeuvre aurait par conséquent pour effet de limiter le tonnage d’essence de houille dont les ressources nationales permettent d’envisager la fabrication.
- La Société nationale de Recherches s’est délibérément consacrée à l’étude de la
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- première formule, à l’exclusion de la seconde, dont elle considère qu’elle est beaucoup moins intéressante pour la France. Pour la mettre sur pied, elle a dû trouver le moyen de conduire l’opération de phase liquide de manière telle que, dans l’hy-drogénat fourni par 200 parties de pâte, on trouve, indépendamment de l’essence et de l’huile moyenne, 103 parties d’huile lourde d’empâtage.
- Elle y a réussi par un choix convenable des valeurs attribuées, d’une part, aux facteurs qui conditionnent l’hydrogénation, c’est-à-dire à la température, aux concentrations, et surtout à la nature ainsi qu’au mode d’emploi du catalyseur; d’autre part, aux facteurs qui conditionnent la dépolymérisation; quoique ces facteurs soient encore bien mal déterminés, on a reconnu que certains artifices activent la dépolymérisation et que leur mise en œuvre donne des résultats tout à fait intéressants.
- L’opération qui réalise la formule dont le principe vient d’être indiqué, est représentée schématiquement par le diagramme de la figure 1.
- Sur ce diagramme, le vecteur AB représente la pâle, formée de poids égaux d’huile lourde et de houille sèche et pure; elle contient : des matières minérales AC (cendres et catalyseur); — les matières organiques de la houille CD; — les matières organiques de l’huile DB.
- Le vecteur FG représente l’hydrogénat de phase liquide, dans lequel on distingue : les matières minérales FH, qui ont traversé l’appareil de phase liquide sans éprouver de transformation; — une très petite quantité III de houille non transformée ou incomplètement transformée et demeurée solide; — une quantité IL d’huile lourde, égale à DB, dont le début d’ébullition est peu inférieur à 323° et qui contient la même quantité IK de corps insolubles dans le benzol que l’huile d’empâtage initiale; — l’huile moyenne LM, l’essence MN, de l’eau et des gaz NG.
- Les produits solides FI sont éliminés par centrifugation; l’huile claire provenant de ce traitement est fractionnée en essence, huile moyenne et huile lourde. L’huile lourde est employée à l’empâtage tandis que l’huile moyenne est transformée en essence par hydrogénation à basse température.
- Dans cette formule, l’opération de phase liquide, qui est la plus délicate de la fabrication, doit être réglée de manière à produire une huile lourde qualitativement et quantitativement identique à l’huile d’empâtage, c’est-à-dire sans tenir compte des caractéristiques de l’essence. L’opération de phase vapeur, beaucoup plus simple et d’une conduite beaucoup plus aisée, peut au contraire être réglée en tenant compte des caractéristiques de l’essence produite, et celles-ci sont susceptibles de varier dans d’assez larges limites.
- Résultats. — Les résultats que donne finalement cette manière d’opérer sont les suivants : 1° Le tube de phase liquide traite à peu près 230 gr de houille par litre et par heure. La matière organique de la houille s’y transforme en se répartissant à
- peu près comme suit :
- eau, hydrogène sulfuré, ammoniac........................ 6
- hydrocarbures gazeux................................... 15
- essence................................................ 14
- huile moyenne.......................................... 60
- résidu non transformé................................... 5
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- 2° Le tube de phase vapeur convertit l’huile moyenne en essence avec un rendement pondéral de l’ordre de 85 à 90 p. 100;
- 3° La production totale d’essence par tonne de matière organique de houille est comprise entre 650 et 700 kg. Les caractéristiques de cette essence sont les suivantes :
- Essence de phase Essence de phase liquide (I/o). vapeur (4/5).
- Indice d’iode..................................... 16
- Carbures éthyléniques p. 100..................... 12
- — aromatiques p. 100..................... 40
- — saturés p. 100........................... 48
- Soufre p. 100............................. moins de 0,1
- Gommes actuelles pour 100 cm3............. 25 mg
- Indice d’octane................................... 60
- 2
- »
- 55-70 45-30 0,02 5 mg 70-85
- 4° La fabrication d’une tonne d’essence consomme en moyenne : 1 500 kg de houille et 1 800 m3 d’hydrogène. Le travail de compression de cet hydrogène, soit, à raison de 0,3 kWh/m3, est de 540 kWh; le travail de circulation des fluides paraît être de l’ordre de 100 kWh. La quantité de chaleur consommée est de l’ordre de :
- 6x 10° ^ a- calories. b
- quand on désigne par a le rendement moyen des échangeurs et par b celui des appareils de chauffage ;
- 5° La fabrication de la tonne d’essence s’accompagne de la production de 400 kg environ d’hydrocarbures gazeux, dans la composition desquels entrent 1 000 m3 d’hydrogène, et dont l’oxydation par la vapeur d’eau peut en fournir 2 000.
- Il n’est pas sans intérêt de rapprocher ces données des données théoriques suivantes : les houilles à plus de 15 p. 100 de matières volatiles ont des compositions élémentaires telles que la quantité d’essence qu’il est théoriquement possible de produire par traitement de leur unité de masse est pratiquement indépendante de leur origine, et égale à : 900 kg d’essence à la composition CH, ou 1 000 kg d’essence à la composition CH2, la consommation d’hydrogène par tonne d’essence produite étant de : 35 kg, soit 392 m3, dans le premier cas, et de 103 kg, soit 1154 m3, dans le second.
- IV. — LES ÉTAPES SUCCESSIVES DE LA MISE AU POINT DE LA FORMULE DE LA SOCIETE NATIONALE.
- La Société nationale a d’abord développé ses recherches à l’échelle du laboratoire. Elle a créé dans ce but, à Villers-Saint-Paul (Oise), en 1924, un atelier d’hydrogénation, dont la particularité la plus notable réside sans doute dans le fait qu’il est équipé pour travailler de manière continue : chaque semaine, il est mis en route le lundi à 5 h. et arrêté le samedi à 21 h., et procède, par conséquent, par marches ininterrompues de 136 heures. Il a en effet été reconnu que c’est seulement h la condition d’être organisées de la sorte que les études de laboratoire donnent des résultats susceptibles d’utilisation industrielle. Les expériences discontinues dans des autoclaves, ne comportant pas de circulation, qu’on maintient un certain temps à la
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- température de réaction, sont dénuées de signification. Quant aux essais avec circulation des produits, qui durent seulement 8 ou 10 heures, les régimes permanents dont ils permettent l’établissement sont de trop courte durée pour que leurs caractéristiques puissent faire l’objet de déterminations précises.
- En 1929, une première réalisation à l’échelle semi-industrielle a été entreprise.
- Fig. 2. — Schéma de l’appareillage de phase liquide.
- Avec le concours financier des trois sociétés : Huiles, Goudrons et Dérivés; Carburants et Produits de synthèse, et Compagnie française de Raffinage, la Société nationale a construit, à Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais, une petite usine comportant une unité de phase liquide et une unité de phase vapeur. Elle a été établie suivant le même schéma que l’atelier de Villers-Saint-Paul, mais aune capacité de traitement journalière, non plus de 5 à 6 kg, mais de 3 à 4 t. Cette usine a été mise en marche en 1932 et maintenue en activité jusqu’à la fin de 1934.
- Les enseignements tirés des expériences qui y ont été faites ont servi à établir,
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- en 1933, les plans d’une usine, capable de traiter 50 t de houille par 24 heures, que la Compagnie française des Essences synthétiques a construite à Liévin (Pas-de-Calais), et qui fonctionne depuis deux mois.
- Les deux usines de Vendin-le-Vieil et de Liévin ont, l’une et l’autre, été établies suivant les schémas qui définissent, pour la phase liquide, la figure 2, et, pour la phase vapeur, la figure 3.
- Sur la figure 2 : 1 représente le silo à houille ; 2, le réservoir de stockage de l’huile
- Fig. 3. — Schéma de l’appareillage de phase vapeur.
- lourde; 3, le réservoir de stockage du catalyseur de phase liquide. Ces produits sont mélangés dans l’appareil 4. La pâte ainsi formée est déversée dans le réservoir 5, lequel est inséré dans un circuit fermé, à l’intérieur duquel la pompe auxiliaire 6 maintient la matière en circulation continue. La pompe d’alimentation 7 prélève la pâte sur ce circuit et la refoule sur le tube de phase liquide 9 à travers l’appareil de chauffage 8; le tube de phase liquide reçoit en même temps de l’hydrogène par la tubulure 10. Les produits sortant du tube traversent l’échangeur 11, que parcourt l’hydrogène froid, refoulé, par la pompe de circulation 12, sur l’appareil de chauffage 13. Les produits sortant de l’échangeur traversent deux réfrigérants 14 et 15, auxquels font suite deux séparateurs 16 et 17, qui recueillent les condensats. Les gaz ainsi séparés sont débarrassés, en 18, de l’hydrogène sulfuré, en 19 du méthane, et ramenés par la tubulure 20 à la pompe 12. Le circuit qu’ils parcourent ainsi présente une alimentation d’hydrogène frais 21, et une purge 22.
- Les condensats recueillis en 16 et 17 sont traités dans une colone 23, qui sépare
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- l’essence. L’ensemble de l’huile lourde et de l’huile moyenne est dirigé sur la centrifuge 24 qui sépare : en 25, les produits solides; en 26, l’huile claire. Cette dernière est fractionnée dans la colone 27 ; l’huile moyenne est recueillie en 28; l’huile lourde est ramenée par 29 au récipient 2.
- Sur la figure 3, 1 et 2 représentent les réservoirs de stockage de l’huile à traiter; celle-ci est refoulée, par la pompe 3, à travers l’échangeur 4 et l’appareil de chaulfage 5, dans le tube de phase vapeur 7. La tubulure 6 permet de l’additionner d’hydrogène avant son entrée dans le tube; cet hydrogène est refoulé par la pompe de circulation 9 à travers l’échangeur 8 et l’appareil de chauffage 10. Les produits sortant du tube traversent les échangeurs 4 et 8 et sont refroidis dans le réfrigérant 11. Ceux qui échappent à la condensation sont lavés en 13, 14 et 15 avant d’être repris par la pompe 9; une alimentation en hydrogène frais 16 complète le circuit. Les produits condensés sont rassemblés dans le séparateur 12 et fractionnés par la colonne 17, qui sépare : en 18, l’essence, et en 19, l’huile à recycler, qui est dirigée sur le stockage 1.
- CONCLUSION.
- L’exposé qui précède n’a eu qu’un objet : dégager l’énoncé des problèmes que pose la fabrication des carburants d’hydrogénation.
- Dans l’état actuel des choses, on considère en effet que c’est là la tâche essentielle. La technique qu’applique une usine telle que celle de Liévin ne peut être que provisoire : des perfectionnements, dont certains pourront être très importants, doivent lui être apportés. Ce n’est pas en procédant par voie empirique qu’on les découvrira. Pour réaliser des progrès, il faut essayer d’identifier les phénomènes que l’hydrogénation met en œuvre, d’analyser leur mécanisme et de déterminer le rôle dévolu aux facteurs qui les conditionnent. On n’y réussira qu’à la condition d’avoir énoncé clairement les problèmes à résoudre.
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- bull, de la soc. d’en, pour l’industrie NATIONALE — JUIN-JUILLET 1936 (p. 385).
- CONTRIBUTION A L’ÉTUDE DE LA DÉSINSECTISATION DES GRAINS PAR LE MÉLANGE D’OXYDE D’ÉTHYLÈNE ET D’ACIDE CARBONIQUE.
- Notes sur le bromure de méthyle(*).
- par M. André Lepigre, directeur adjoint de l'Insectarium d’Alger,
- Inspecteur régional du Service de la Défense des Cultures et de VInspection phytopathologique du Gouvernement général de l’Algérie.
- Les divers travaux qui font l’objet de cet exposé ont été réalisés à l’Insectarium d’Alger, laboratoire de recherches du Service de la Défense des Cultures du Gouvernement général de l’Algérie. Ils ont bénéficié du haut patronage ainsi que du bienveillant appui de M. Fabregoule, Directeur des Services économiques, et de M. Delassus, Inspecteur chef de Service de la Défense des Cultures, mon excellent maître depuis dix-sepl ans. C’est grâce à eux et aux ressources et aux facilités qu’ils m’ont fournies que ces premières recherches ont pu aboutir.
- Je tiens en outre à remercier très vivement : M. Audouy, Directeur du département Afrique du Nord de la Société d’EIectro-Ghimie ; — M. Ducellier, professeur d’Agri-culture et Directeur de la Station d’Essais de Semences de l’Institut agricole d’Algérie; — M. Frézal, Inspecteur régional de la Défense des Cultures pour le département d’Oran ; — M. Husson, professeur de technologie à l’Institut agricole d’Algérie; — M. Le Goupils, ingénieur chef de service des Établissements Mallet; — MM. Montagne et Perchereau, chefs des services commercial et technique de la Société L’Air liquide d’Alger; — M. Vérain, professeur de physique industrielle à la Faculté d’Alger.
- Tous, avec une bonne grâce inépuisable, m'ont fourni l’aide agissante, morale ou matérielle, si nécessaire au cours de travaux où la théorie, la pratique et les questions économiques sont constamment et intimement mêlées.
- I. — IMPORTANCE DU STOCKAGE DES GRAINS EN ALGÉRIE.
- Les trois départements algériens, tous trois céréaliculteurs, souffrent actuellement de la même crise de mévente que la métropole. Après avoir, d’année en année, augmenté les emblavures jusqu’à ce que l’indispensable soudure pût être réalisée, la réduction rapide des possibilités de vente a surpris le colon. M. Frézal, Inspecteur régional du Service de la Défense des Cultures, écrivait l’année dernière (l) :
- « Si les blés peuvent s’écouler entièrement entre deux moissons jusqu’en 1932, il « n’en est plus de même à partir de cette date. Une série de récoltes abondantes « dans la métropole provoque de nouvelles perturbations dans le courant des exporta-« tions algériennes. La France possédant des ressources équilibrées avec ses besoins « n’importe plus à la cadence habituelle. D’autre part, la faiblesse des cours « mondiaux interdit l’accès des marchés étrangers. La céréaliculture algérienne entre « dans une période de crise aiguë, de laquelle elle n’est pas encore sortie. L’Admi-
- (*) Le présent mémoire rend compte d’une partie des travaux de l’auteur sur la désinfection des végétaux et des denrées agricoles, travaux pour l’ensemble desquels M. André Lepigre a reçu, en 1935, le Prix Parmentier (Voir le Bulletin de mai 1936, p. 288 et 289).
- (1) Frézal, Rapport présenté aux Journées des Techniciens de l’Agriculture, 25-26 mai 1935.
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- « nistration, pour éviter l’avilissement des cours qui ruinerait une grande partie « de l’œuvre d’une colonisation centenaire, institue, entre autres mesures, le stockage « avec vente échelonnée dont l’application est confiée aux associations agricoles. « Mais la réalisation de cette mesure n’est possible que si un logement important « existe dans le pays.
- « Or, le tonnage des stocks à conserver ne cesse de s’accroître à chaque nouvelle « campagne. La récolte de 1934, particulièrement abondante (11 877 800 qu de blés « durs et tendres pour l’ensemble de l’Algérie) arrive, alors que celle de 1933 n’est « pas complètement écoulée. Enfin, les récoltes actuelles sont sur le point d’être « moissonnées et, d’après les milieux bien informés, il restera le 1er juillet prochain « une quantité importante de grains dont 400 000 qu constitueront les stocks de « sécurité.
- « Malgré ces excédents, on prévoit que la question du logement en Algérie se « posera avec moins d’acuité au cours de la prochaine campagne, non seulement « parce qu’il se confirme de jour en jour que la récolte 1935 sera nettement défici-« taire, mais aussi parce que les capacités des locaux de conservation de grains ont « peu à peu augmenté et atteignent aujourdhui les chiffres suivants :
- Capacité en quintaux par département.
- Alger. Oran. Constantine.
- Docks coopératifs . . . . . 333 500 732 000 437 000
- Banques . . 260 000 395 000 592 000
- Commerce . . 290 000 520 000 505 000
- 883 500 1 647 000 1 534 000
- « En tenant compte élu fait que les producteurs et les meuniers peuvent fournir « en période excédentaire des locaux pour loger environ un million de quintaux de « blé, on peut estimer que la capacité du logement algérien permet d’entreposer « approximativement 5 millions de quintaux de blé.
- « Or, si l’on défalque, de la production normale, la consommation locale, les « blés exportés et les semences, on constate que les quantités à loger sont les
- « suivantes :
- Blé tendre..................... 2 300 000 — 950 000 = 1 350 000 qu
- Blé dur........................ 6 300 000 — 2 875 000 = 3 425 000 —
- soit, au total.......................................... 4 775 000 qu.
- « D’après ces chiffres, l’Algérie serait actuellement pourvue d’un logement un « peu supérieur à ses besoins. Toutefois, en tenant compte que les chiffres indiqués « sont soumis à de sérieuses oscillations, fonction des productions obtenues tant en « France qu’en Algérie, elles-mêmes très variables, ce léger excédent ne peut être « considéré comme superflu. D’autre part, dans un pays à pluies mal réparties et « n’ayant guère, en outre, qu’un seul débouché, tel que l’Afrique du Nord, il est « bon, en cas de récolte abondante, de reporter d’une année sur l’autre une partie « des excédents.
- « En définitive, les trois départements algériens apparaissent assez bien outillés « en vue du stockage de ces grains. »
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- II. — CAUSES ORDINAIRES DE L’ALTÉRATION DES GRAINS.
- Comme il est permis de s’en douter, la conservation de telles quantités n’est pas des plus faciles. Le grain, organisme vivant, contient déjà une certaine quantité d’eau. Celle-ci atteint facilement 10 à 14 p. 100 du poids du grain; assez fréquemment même, on constate des pourcentages plus élevés dans les récoltes faites à la moissonneuse-batteuse. Quant aux blés de la région littorale, ils sont toujours beaucoup plus humides que ceux des Hauts Plateaux, ce qui rend leur conservation plus difficile. Après ensilage, de l’humidité se dégage donc peu à peu des grains! les différences de température, inévitables entre les diverses parties des silos, provoquent la migration de la vapeur d’eau des parties les plus chaudes vers les plus froides où elle se condense. Dans ces régions de concentration, même si l’humidité moyenne du lot ensilé reste dans son ensemble très faible et semble devoir donner toute sécurité, la teneur en eau devient localement assez élevée pour compromettre la bonne conservation du grain. On assiste alors, dans ces zones, à l’apparition de réchauffement, les grains offrant le terrain le plus favorable à l’attaque par les microorganismes, aux réactions biochimiques, au pullulement des insectes, enfin, qui prospèrent dans ce milieu humide, chaud et tranquille, et accélèrent la catastrophe. C’est encore dans ces régions, où se trouvent réalisées les conditions favorables aux phénomènes de germination, fermentation, moisissure, que ces différents modes d’altération du grain donnent tous naissance, secondairement, à un apport d’humidité d’origine chimique. La destruction des matières amylacées, hydrocarbonées, cellulosiques, s’accompagne en effet de la production simultanée d’anhydride carbonique et d’eau. C’est alors que l’on constate une augmentation de la teneur moyenne en humidité de la masse totale du grain, cette augmentation étant d’autant plus forte que, du fait de la destruction de certaines parties du grain, le poids total de matière sur lequel se répartit cette humidité croissante va en diminuant.
- Cette succession de phénomènes, très facile à reproduire expérimentalement, explique certaines constatations anormales au premier abord : celles où l’on a enregistré des altérations de masses qui auraient du se trouver préservées par leur très faible teneur moyenne en humidité.
- C’est également sur le compte de phénomènes de ce genre qu’il faut mettre les observations, souvent trop hâtivement faites, concluant à une soi-disant pénétration de l’humidité de la pluie dans les silos, du côté où la pluie fouette. Pour que des infiltrations aussi importantes aient pu se produire, il faudrait admettre une négligence extraordinaire dans le coulage du béton, telle que l’ouvrage aurait été refusé d’emblée au moment de la prise de possession.
- On comprend beaucoup mieux l’hypothèse d’après laquelle, du côté où la pluie fouette la paroi, le vent, qui la frappe en même temps, provoque une évaporation intense et abaisse beaucoup la température du béton. D’où le phénomène de la migration de l’humidité des zones mieux protégées et chaudes vers la paroi froide.
- Pratiques courantes de la conservation des grains. — Une fois amorcé réchauffement, les causes de destruction se révèlent abondantes, variées, et la nécessité de leur porter remède pose des problèmes toujours coûteux à résoudre. Aussi est-ce bien à la fois contre ce début d’échauffement et les insectes dont il favorise aussitôt
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- l’évolution, que sont dirigées les manipulations du grain : pelletages et manutentions diverses dans les magasins, remontages dans les silos modernes pourvus d’élévateurs. Ces manipulations, malgré leur coût élevé (en raison de la nécessité de les répéter fréquemment) ne suppriment pas la cause des dégâts; elles diminuent bien un peu l’humidité et la température des grains, elles tuent ou éliminent une partie des insectes, mais le dommage n’est que retardé et, dans les silos par exemple, pendant la saison chaude, un remontage mensuel, ou presque, reste pratiquement indispensable pour limiter les dégâts des charançons ou des teignes.
- iit. — l’oxyde d’éthylène dans la lutte contre les insectes des grains.
- La destruction des insectes est un des problèmes agricoles étudiés depuis le plus longtemps; il serait inutile de mentionner, ne fût-ce que pour mémoire, les nombreux procédés ou produits fumigants auxquels on a eu recours.
- Nous voulons seulement préciser aujourd’hui les détails d’application d’un produit déjà connu, le mélange d’oxyde d’éthylène et d’anhydride carbonique.
- Caractères. — Ce gaz est un des plus récents parmi ceux qui jouent aujourd’hui un rôle de premier plan dans la lutte contre les parasites. En 1928, tout à fait indépendamment, Cotton et Roark en Amérique, l’I. G. Farbenindustrie A. G., à Leverkusen, la Maison Th. Golsciimidt A. G., à Essen, et la Société allemande pour la Destruction des Parasites faisaient des essais pour utiliser l’oxyde d’éthylène comme parasiticide(4).
- L’oxyde d’éthylène, GH2—O—CH2 est, à l’état pur, un liquide incolore, très mobile, d’odeur nettement vineuse, éthylique et non désagréable.
- : On l’obtient actuellement par réaction d'une solution de potasse ou de soude sur la monochlorhydrine du glycol ou sur l’hydrochlorure d’éthylène. W. Dominik et J. Bartkiewiczowna ont récemment trouvé que la réaction était meilleure si l’on employait la chaux vive. Ils ont également élaboré deux méthodes de dosage de l’oxyde d’éthylène dont l’une semble particulièrement commode13 hU\
- Il est toutefois très probable que l’avenir soit à la fabrication directe à partir de l’éthylène, par oxydation catalytique de ce dernier. Divers procédés ont été étudiés ou proposés pour la mise en œuvre industrielle de cette réaction, mais aucun ne semble encore absolument au point à ce jour.
- Sa densité est légèrement inférieure à 0,900 à 0°.
- Il est soluble, d’après Cotton et Roark et nos propres recherches, dans tous les solvants organiques usuels, et, ce qui est à la fois un avantage et un inconvénient pour la désinfection, miscible à l’eau en toutes proportions. 11 bout, d’après Frickhinger, à 10°,7. D’après d’autres auteurs, son point d’ébullition va jusqu’à 12° et même 13°,5, mais il est possible que ceux-ci aient fait leurs recherches sur un produit industriel, c’est-à-dire contenant encore quelques impuretés.
- Le point de congélation est — 14°. Mélangé à l’eau à 0°, il semble former avec
- (2) Frickhinger, Gasc in der Schüdlingsbekümpfung, 1933.
- (2 bis) Revue des Produits chimiques, 30 juin 1933, p. 369; Przemysl Chemiczny, t. 18. p. 373-375,, n° 10-12, oct.-déc. 1934.
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- elle un hydrate isomérique avec l’aldéhyde éthylique dont il possède d’ailleurs plusieurs propriétés et ne diffère que par un assemblage moléculaire différent.
- En tube scellé et porté à 100°, il s’unit avec l’eau pour donner le glycol, suivant la réaction :
- CH2—O—GH2 -h H20 = CH2OH—CH2OH.
- La même réaction s’opère, quoique beaucoup plus lentement, aux températures ordinaires.
- Il s’unit également avec tous les composés ayant un atome d’hydrogène libre, tels que l’alcool, l’ammoniaque, les acides. Avec ces derniers, il agit absolument comme le ferait une base puissante.
- En tube scellé, il donne avec MgCl2 :
- 2(C2H40) + MgCl2 + 2 HsO = 2(CHs)OHCl + Mg(OH)2.
- Monochlorhydrine du glycol
- La production de monochlorhydrine du glycol, corps très toxique, présente un intérêt très grand si l’on considère qu’on l’obtient également par les réactions :
- (a) C2H40 + HCl = 2(CH9)0HC1
- {b) C2H40 + NaCl -p H20 = 2(CH2)0HC1 -h NaOH.
- La première réaction est intéressante en raison de la présence d’acide chlorhydrique dans le suc gastrique, la seconde en raison de la présence constante de NaCl dans tous les liquides organiques. NaCl étant en partie hydrolysé, il en résulte l’existence d’HCl libre, qui accentue la réaction.
- La toxicité de la monochlorhydrine du glycol (éthylène chlorhydrine des Américains) vis-à-vis des insectes a été signalée par Russel Lehmann(3). Cette toxicité est toutefois assez difficile à utiliser pratiquement en raison de la faible tension de vapeur de la monochlorhydrine. D’autre part, on constate une tendance à la réversion de la réaction (a) en présence de l’humidité avec libération de HCl, dommageable à la fois aux appareils et aux marchandises fumigées.
- Comme polymères de l’oxyde d’éthylène, on connaît le dioxyéthylène et l’oxyde d’éthylène-éthylidène.
- Le gaz pèserait, d’après la règle normale, 1,971(4) soit par rapport à l’air 1,524.
- Or, d’ essais récemment effectués, cette densité ressort comme un peu plus élevée. Il serait indispensable de la déterminer expérimentalement de façon précise, pour connaître exactement les quantités utilisées lorsque les essais ouïes traitements comportent des dosages effectués au moyen de manomètres ou de gazomètres.
- La solubilité dans la plupart des liquides est très grande. Parmi les nombreux liquides industriels pouvant être employés pour la garde de gazomètres à oxyde d’éthylène (dans la désinfection sous vide), nous n’avons pu retenir que la glycérine qui se sature à environ 6 p. 100 et qu’un chauffage à 40° suffit à libérer de la majeure partie du gaz dissous.
- Le gaz est très avide d’eau; une éprouvette remplie de vapeur d’oxyde d’éthylène
- (3) Expériences de laboratoire avec divers fumigants contre le ver Fil de fer. (J. ofEcon. Entom., N° fl, 10, p. 1 042.)
- (4) G H2 O G H2 44
- v / —-—------------------i (|7|
- 12 4- 2 -+- 16 -t- 12 2 = 44 , 22,32 (volume moléculaire) ’
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- et renversée sur une cuve à eau est très rapidement envahie. Cette avidité vis-à-vis de l’eau, encore augmentée par les basses températures, risque, si l’on n’en tient pas compte lors des opérations de désinfection, de provoquer des déboires s’il s’agit de marchandises à forte humidité. Les accroissements d’efficacité constatés avec une température relativement élevée, 23°, relèvent donc, non seulement d’un accroissement du métabolisme respiratoire des insectes, mais aussi très probablement du fait que, à chaud, les quantités de gaz libre restent plus grandes dans les marchandises fumigées.
- Nos essais nous ont d’ailleurs permis de constater que l’absorption augmente notablement, qu’il s’agisse de tabac, de farine ou de grains, dès que la température tombe seulement de 21° à 20o(;,).
- Quant au glycol, dont de faibles quantités se forment lentement dans les grains traités, par combinaison avec l’eau qu’ils renferment, c’est un produit soluble en toutes proportions dans l’eau et l’alcool éthylique.
- Incolore, inodore, de consistance un peu visqueuse, il a une saveur sucrée et légèrement aromatique. Il ne présente aucune action toxique sur l’homme (0) môme si les aliments en contiennent une forte proportion. Ce dernier cas ne peut d’ailleurs être celui des grains traités à 23 g/m3 (1 m3 == 8 qu de grains) qui ne contiennent plus après traitement, même si tout l’oxyde s’est combiné, que 4 cg environ par kilog. de grains. Cette innocuité absolue est la raison pour laquelle le Ministère de l’Agriculture, sur avis du Conseil supérieur de l’Hygiène, a, par lettre en date du 12 avril 1933, autorisé l’usage de l’oxyde d’éthylène pour la désinfection des figues sèches. Or, celles-ci sont, d’une part, désinfectées à dose beaucoup plus forte (130 g/m3), d’autre part, destinées à être consommées sous la meme forme. Il s’ensuit que le même produit peut, a fortiori, être employé à un dosage moins élevé et pour des grains qui subiront diverses et importantes préparations avant leur consommation.
- Il convient d’insister, tout particulièrement, sur cette question de la légalité de l’emploi des divers gaz, et nous rappelons que, seuls, l'oxyde d'éthylène et l'anhydride sulfureux sont autorisés par la réglementation actuelle.
- Citons, enfin, comme un sérieux inconvénient de l’emploi de l’oxyde d’éthylène seul, sa haute inflammabilité, que Jones !7) et nous-mêmel8) avons déjà étudiée.
- Parmi les nombreuses recherches sur le mécanisme de la toxicité des vapeurs d’oxyde d’éthylène absorbées par respiration, nous mentionnerons surtout celles faites par Flüry. Flury distingue deux phases d’intoxication : une phase primaire, purement narcotique, avec un faible effet d’irritation extérieure locale, et une phase
- (5) Le taux d’absorption (dissolution) croît très vite quand on se rapproche de la température d’ébullition sous la pression considérée. C’est pourquoi si, pour l’oxyde d’éthylène, cette action est déjà assez marquée aux températures ambiantes normales, elle est encore plus sensible pour l’acide cyanhydrique, qui bout à 26°. On travaille donc en général au-dessous de la température d’ébullition de ce dernier fumigant. D’où sa très grande sensibilité à l’action de l’humidité des denrées.
- (6) Il n’en serait pas de même si on l’introduisait par injection dans la circulation. Comme les autres alcools, il a en effet une action toxique ou tout au moins, narcotique. (Voir D. I. Macht et Giu Ching Ting, Am. J. Physiol., 1922, 60, 497.)
- (7) Jones, Atténuation de Vinflammabilité de certains produits pour fumigation au moyen de l’anhydride carbonique (Ind. Eng. Chem., vol. 23, n° 4, p. 394-396).
- (8) Lepigke, Contribution à l’étude de la désinfection des végétaux (Bulletin de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, juillet-août-septeinbre 1934).
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- secondaire, caractérisée par une intoxication générale des cellules. Cette action retardée s’explique par la grande réactivité de l’oxyde d’éthylène, se traduisant par la formation dans l’organisme de substances nocives. On n’a pas encore déterminé si ces substances sont de la nature des aldéhydes, ou s’il s’agit de glycols se formant dans la masse intracellulaire, ces glycols pouvant du reste s’oxyder à leur tour en donnant naissance à de l’acide oxalique (9).
- Cet auteur attache surtout une grande importance à la solubilité de l’oxyde d’éthylène, qui s’oppose à une élimination simple par l’organisme, et considère un séjour prolongé de l’homme dans une atmosphère de 0,025 p. 100 en volume (correspondant à 0,5 g/m3) comme assez dangereux. Kolsch et Lederer sont arrivés à des conclusions semblables : ils attribuent à l’oxyde d’éthylène un caractère nocif assez marqué, et jugent même nécessaire de se protéger contre l’inhalation des vapeurs lors de l’utilisation de l’oxyde d’éthylène comme parasiticide.
- Quant à Frickhinger, il estime qu’il ressort des données expérimentales acquises pendant 4 ans que la fumigation à l’oxyde d’éthylène n’est pas plus dangereuse pour la santé que l’inhalation d’anhydride sulfureux(10).
- Je crois que ces auteurs ont raison, chacun en ce qui le concerne, et la diversité de leurs opinions s’explique tout simplement par la diversité des effets causés, sur chaque individu, par l’oxyde d’éthylène. Par exemple, on a déjà pu constater que les individus les plus sensibles sont ceux qui possèdent une acidité stomacale au-dessus de la moyenne. Personnellement, j’ai respiré fréquemment et longuement des concentrations appréciables du produit pour la double raison que le laboratoire affecté à ces recherches est dans un sous-sol mal ventilé et que, d’autre part, on ne prend jamais en laboratoire les précautions qu’on recommande soigneusement... aux autres. Par contre, un collaborateur qui m’assiste dans les manipulations — gazé de guerre, reconnaissons-le — est extrêmement sensible au gaz et ne peut supporter longtemps une concentration même légère. Quoi qu’il en soit, signalons, au cas où les quantités absorbées par un ouvrier auraient été assez abondantes pour causer des troubles sérieux, que le meilleur antidote actuellement connu est l’émétique; l’application de celui-ci doit être suivie de l’absorption massive de boissons additionnées de bicarbonate de soude.
- Se basant sur les résultats acquis, grâce aux remarquables propriétés insecticides de l’oxyde d’éthylène, des firmes industrielles se sont mises à la fabrication de ce produit; il est livré, en général, en bouteilles d’acier, pur(11) ou additionné d’un produit (stabilisateur?) non volatil, que l’on retrouve après distillation sous forme d’un liquide épais, visqueux et brunâtre. La tension de vapeur de l’oxyde d’éthylène étant relativement faible (0,420 kg/cm2 seulement à 20°, 2 kg/cm2 environ à 40°), les récipients munis d’un tube plongeur reçoivent après remplissage une certaine quantité de GO2 qui augmente la pression et améliore par conséquent la facilité de vidange. Ainsi VEtox (France) et le T. Gas (Allemagne) recevraient-ils 10 p. 100 en poids de CO2 gazeux.
- (9) Cette transformation en acide oxalique reste d’ailleurs des plus problématiques pour la majeure partie des chimistes compétents. L’oxyde d’éthylène dissous dans le sang, s’il s’y transforme en glycol, peut fort bien agir comme toxique sous cette forme sans qu’on ait à mettre en avant l’apparition d’acide oxalique.
- (10) Frickhinger, Gase in der Schâdlingsbekampfung, 1933.
- (11) L’oxyde d’éthylène convenablement préparé se conserve facilement deux ans.
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- L’anhydride n’étant là qu’accessoirement et n’étant éjecté sous forme gazeuse qu’après vidange complète de l’oxyde liquide, ce ne sont donc pas des mélanges, à l’inverse du produit américain, dit carboxgde, qui contient 7,3 fois plus de CO2 liquide que d’oxyde; le carboxyde se soutire sous forme de mélange liquide et les gaz qu’il dégage aussitôt sont ininflammables à la pression atmosphérique. (Ils ne le sont pas, par contre, en vase clos, à certains dosages.)
- Signalons enfin que l’oxyde d’éthylène n’attaque pas les métaux, comme le fait par exemple, la chloropicrine sous forme liquide, propriété essentielle qui rend possibles toutes les méthodes de désinfection décrites dans ce travail.
- IV. — l’acide carbonique.
- a. — ROLE anti-comburant. — Dans les fumigations industrielles et toutes les fois que les conditions opératoires n’excluent pas, d’une manière absolue, la possibilité d’une inflammation de l’atmosphère, l’addition d’acide carbonique est indispensable en raison de Vininflammabilité que sa présence, à certaines doses, confère au mélange d’oxyde d’éthylène et d'air.
- Nous avons établi dans une étude antérieure qu’un mélange homogène comprenant une partie d’oxyde pour 10,25 d’anhydride carbonique était ininflammable (dans les conditions des essais) quels que soient sa proportion et son état de diffusion dans l’air. Mais, en pratique, il est indispensable d’augmenter ce pourcentage afin de donner nue marge de sécurité suffisante. D’abord, les erreurs de pesées ou manométriques, les pertes, peuvent facilement porter sur 3 p. 100 de GO2. Ensuite, il ne faut pas oublier que le mélange, encore non homogénéisé, va se trouver, immédiatement après son introduction, violemment entraîné dans le circuit de brassage. Il y a là production d’électrisations gazeuses par frottement dans les conduites, risques d’étincelles par heurt de parcelles siliceuses sur les parties métalliques. -Enfin, il ne faut pas négliger réchauffement appréciable produit par la compression dans le ventilateur, surtout lorsque l’on travaille par la méthode des sondes qui entraîne (voir ci-après) une perte de charge élevée. Si, par exemple, la contre-pression totale — dépression à l’aspiration et compression au refoulement — atteint seulement 200 g/cm2, réchauffement du gaz refoulé peut atteindre 20 degrés. Pour une température dans le grain de 40°, par exemple, la température du gaz refoulé atteint donc 60°. Or, nos précédents essais sur l’inflammabilité n’ont pas été effectués dans ces conditions (à 17/20° seulement); nous ne pourrions assurer, bien au contraire, que 10,25 fois plus de CO2 que d’oxyde seraient alors suffisants pour assurer la constante ininflammabilité du mélange.
- 11 faut donc, en définitive, se garantir une bonne marge de sécurité en portant le rapport C02/C2H40 de 10,25/1 à 12/1. Aussi, dans les lignes qui suivront, lorsque sera préconisée l’application du mélange à raison de 300 g par mètre cube de grains, devra-t-on lire : une partie d’oxyde d’éthylène, soit 23 g, pour 12 parties de CO2, soit 277 g.
- B. — CHOIX DE LA TECHNIQUE D’iNTRODUCTION DES GAZ EN FONCTION DU ROLE
- anti-comburant du co2. — Nous avons dit que l’adoption du rapport C02/C2H40 = 12/1 présente « une bonne marge de sécurité ». Or, il semblerait que celle-ci fût
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- absolue si l’on s’en tient aux résultats que nous avons obtenus lors de nos précédentes recherches sur l’inflammabilité de mélanges homogènes; mais ce n’est nullement le cas, dans la pratique, où les gaz, introduits successivement, vont créer, dans l’atmosphère à désinfecter, une multitude de concentrations intermédiaires successives, n’atteignant qu’en fin d’homogénéisation une concentration ininflammable.
- Il peut donc apparaître, dans certaines circonstances de l’introduction et pen-
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- Fig. 1. — Courbes se rapportant; atix diverses méthodes d’iiitroduction des gaz.
- dant un laps de temps non chiffrable comme oïl le verra plus loin, des cotiditions où, en présence d’un foyer d’ignition permanent, l'inflammation est théoriquement possible. Ces possibilités d’inflammation varient toutefois grandement suivant les diverses méthodes d’introduction des gaz, mentionnées plus loin et que nous allons étudier préalablement à ce point de vue spécial.
- Pfërnièfe méthode. — Supposons tout d’abord que l’on introduise, pat la base du Silo à désinfectef, la quantité totale du CO2 nécessaire, puis l’oxyde d’éthylène. Les deux couches ne diffusant que lentement entre elles, c’est dans l’oxyde d’éthylène même que nous allons injecter, lors de la mise en route dü ventilateur, de l’air pris à la partie supérieure du silo; les meilleures conditions sont alors réalisées pour obtenir des mélanges inflammables.
- Reprenant le diagramme triangulaire (fig. i) que nous avons publié dans ce Bulletin en septembre 1934, nous marquons tout d’abord le point P qui représente 135e Année. — Juin-Juillet 1936. 26
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- le mélange ternaire après homogénéisation, c’est-à-dire, par mètre cube d’espace
- libre :
- Oxyde d’éthylène : 33 g ou 26,5 1................... 2,63 p. 100
- CO2: 636 g ou 318 1................. 31,8 —
- Air................................................. 65,55 —
- C’est vers ce point P que convergeront les différentes concentrations qui vont successivement se former dans le silo par diffusion et, surtout, par Je brassage du ventilateur. Si l’on considère, en particulier, les points où l’oxyde d’éthylène s’est trouvé, au début de l’opération, en * contact direct avec l’air, nous voyons que la courbe probable suivra d’assez près et longtemps la ligne AC pour ne se redresser que vers la fin, quand se manifeste fortement la diffusion avec le CO2, et atteindre finalement le point P. Cette courbe reste à peu près constamment dans la zone dangereuse.
- Cette méthode d’introduction est donc à rejeter à priori.
- Seconde méthode. — Soit un silo (fig. 2) dans lequel on a introduit successivement, par le bas toujours : 1° une couche de CO2 (AB) en quantité 6 fois supérieure à la quantité totale a d’oxyde; — 2° une couche d’oxyde d’éthylène(BC); — 3° une c couche de CO2 (CD) égale à (AB).
- Dès la mise en route du ventilateur en circuit fermé, nous o avons : 1° une couche (AX) d’air (qui existait déjà); — 2° une couche (DY), d’air également, fournie par le ventilateur qui l’a aspirée dans la couche (AX).
- Les premiers phénomènes de diffusion vont donc se produire : 1° entre l’air et le CO"2, en A et D ; — 2° entre le CO2 Fig. 2. - Introduction et l’oxyde d'éthylène, en B et C.
- des gaz par la mé- Le premier des deux mélanges ne sera évidemment jamais thode du sandwich, inflammable, mais il peut ne pas en être de même du second.
- L’oxyde d’éthylène va tout d’abord diffuser avec le CO2 suivant une ligne très voisine de la droite (AB) du diagramme, puis venant en diffusion avec l’air des couches supérieure et inférieure, l’enrichissement progressif en air provoque un fléchissement de la couche vers C pour atteindre finalement le point P. Là encore, il est bien entendu impossible de tracer une courbe certaine, mais il est probable que celle-ci traverse en MN une partie de la zone de pointe d’inflammabilité.
- Il ne faut toutefois pas s’exagérer le danger possible ainsi mis en évidence. La courbe ainsi tracée n’admet déjà, de toutes façons, qu’une probabilité bien minime. Il faut, pour que le danger apparaisse, qu’à cette probabilité s’en ajoute une autre, celle de l’existence simultanée dans le circuit d’un foyer d’ignition. Rappelons d’ailleurs, à ce propos, que la répartition intime des gaz dans les grains constitue, par suite de l’inertie calorifique relativement considérable des grains, un freinage appréciable des inflammations possibles.
- En outre, on doit tenir compte du fait que le point P du diagramme à atteindre n’est pas, en réalité, où le calcul théorique des doses permet de le placer. L’absorp-
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- tion de l’oxyde par le grain a lieu, en effet, d’abord pendant son introduction, ensuite pendant la durée de l’introduction de la deuxième couche de CO2, enfin pendant le brassage lui-même. La teneur en oxyde se trouve donc certainement assez fortement diminuée et le point P se trouve reporté en un point P', représentant la concentration réelle du mélange en oxyde, compte tenu de l’absorption. C’est donc vers ce point P' que se dirige en réalité la courbe; comme il est placé au-dessous de P, la courbe empiète moins sur la zone dangereuse; peut-être même l’évite-t-elle.
- Cette solution peut donc être considérée comme pratiquement acceptable quoique ne supprimant pas d’une façon rigoureuse, en théorie tout au moins, tout risque d’inflammabilité de la masse gazeuse. Le matériel, pour plus de sécurité, devra donc être choisi en tenant compte de ce fait (matérie antidéflagrant).
- Troisième méthode. — On homogénéise, avant son introduction dans le silo, le mélange d’oxyde d’éthylène et de CO2. On part donc du point S du diagramme (12 fois plus de CO2 que d’oxyde) et, après introduction dans le silo, la dilution progressive du mélange dans l’air donne la droite SP, qui évite constamment la zone critique. Cette solution est techniquement la meilleure ; par contre, elle nécessite l’intervention d’un matériel supplémentaire destiné à recevoir et à homogénéiser les gaz avant leur introduction. Or, le poids et l’encombrement de celui-ci sont malheureusement tels que la méthode devient inapplicable dans les traitements au moyen d’installations mobiles.
- c. — nécessité de son adjonction a l’oxyde d'éthylène. — L’anhydride carbonique joue vis-à-vis des insectes un rôle fort utile comme excitateur des fonctions respiratoires (12\ rôle indiscutablement reconnu à l’heure actuelle par tous les spécialistes des questions de désinfection; son emploi permet de réduire dans des proportions appréciables les doses d’oxyde d’éthylène. Son adjonction rend toutefois, en définitive, le traitement plus coûteux. Si, en effet, au lieu de 300 g de mélange par mètre cube de grain (dont 23 g d’oxyde), nous employons de l’oxyde seul, mais en dose double, la dépense n’est plus que de 0,99 fr au lieu de 1,614 fr(13). Il en résulterait donc une économie de près de 40 p. 100.
- Peut-être, d’autre part, pourrait-on arguer que 45 g d’oxyde d’éthylène par mètre cube de grain, soit environ 22 litres de gaz, ne constituent pas un mélange détonant. C’est une erreur, car ces 22 litres ne seraient pas incorporés à 1 m3 d’air mais seulement à l’air baignant ce mètre cube de grains (430 litres environ) ce qui donne un pourcentage en volume de 5,1 p. 100, hautement explosif. Même travaillerait-on à dose beaucoup plus faible, 16 g/m3, par exemple, comme l’ont fait à un moment les Américains, dose rigoureusement ininflammable après diffusion puisque ne représentant qu’un pourcentage en volume de 1,8 à 1,9 pour l’atmosphère entre grains, encore convient-il de ne pas oublier que la répartition mécanique des vapeurs plus loin exposée, pas plus que la diffusion, ne sont instantanées. Des nuages de gaz pur se forment autour des appareils distributeurs, précisément
- (12) Hazelhoff. Le CO2 accélérateur chimique de la pénétration des insecticides gazeux dans le système trachéen des insectes par son pouvoir de maintenir ouverts les stigmates. (J. of Econ. Entom., oct. 1928, n° 5, p. 790.)
- (13) Nous nous basons sur les prix quai Alger de l’oxyde d’éthylène (22 fr le kilogr.) et de l’anhydride carbonique (4 fr le kilogr.).
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- au moment où les fausses manœuvres, les maladresses et les incidents sont le plus à craindre; la concentration, très grande au début, diminue peu à peu jusqu’à atteindre 82 et 83 p. 100 pour laquelle l’inflammation est possible. En définitive, et malgré l’attrait que présente toujours une économie, il serait déraisonnable de négliger délibérément la grande sécurité que fournit l’adjonction d’anhydride carbonique Nous n’en voulons pour preuve que la faveur avec laquelle a été accueillie la nouvelle méthode dès que le public colon a connu, outre d’autres avantages, l’ininflammabilité du mélange qui lui était proposé.
- d. — formation spontanée du co2 dans les grains. — L’anhydride carbonique existe normalement dans les grains ayant une teneur en eau supérieure à 10 p. 100. Schribaux(13) dit :
- « Des expériences simples montrent qu’un tas de grains dont le pouvoir germinatif est conservé et qui est thermiquement isolé, dégage de la chaleur et de l’anhydride carbonique en même temps que les grains perdent de leur poids. La quantité de GO2 dégagée mesure précisément l’intensité de cette respiration. Si les grains sont tués, il persiste cependant encore un faible dégagement de CO2, preuve qu’une action chimique se superpose aux phénomènes respiratoires (1(i). Ce dégagement est fonction de la température, du taux d’humidité et des conditions d’aération. Lorsque le taux d’humidité tombe au-dessous de 10 p. 100, aucun dégagement ne se produit plus : la vie du grain est suspendue. Dessécher énergiquement le grain et le maintenir à cet état de siccilé est un moyen absolument sûr de conserver ce grain sans quil perde de ses qualités. De 10 à 14 p. 100(l7), les pertes s’élèvent peu à peu mais se maintiennent entre des limites très basses; pratiquement, elles sont négligeables.
- 15/16 p. 100 correspondent au taux d’humidité critique. Si l’on représente par 1 la perte de substance d’un grain à 10/14 p. 100 d’eau, cette perte monte à 10 environ dans le grain à 15/16 p. 100, à 100 environ dans le grain à 20 p. 100 d’eau.
- En conclusion, il ne faut jamais omettre de doser l’eau du grain avant de l’emmagasiner : c’est l’indication fondamentale qui permettra do traiter le grain en magasin d’une façon rationnelle. Pour la température, on conçoit aisément que la combustion lente qui aboutit au dégagement d’anhydride carbonique est d’autant plus active que la température est plus élevée. La courbe indiquant un dégagement de CO2 en fonction de la température se rapproche d’une droite jusqu’à une température de 45° environ(lx); son allure est donc très différente de celle donnant le dégagement de CO2 en fonction du taux d’humidité, laquelle se relève brusquement après 15 p. 100 environ d’humidité.
- Il va de soi que les combustions qui s’opèrent dans le grain sont d’autant [dus actives que l’atmosphère est plus riche en oxygène. C’est ainsi qu’en faisant traverser
- (14) Il ne faut pas oublier d’autre part que, dans certains cas (celui des désinfections à forfait par entrepreneurs spécialistes), le prix du gaz ne constitue qu’une fraction assez minime du prix de revient total de la désinfection.
- (la) E. Schiuiî-VUX, Série de trois conférences, 1912, Édit. Lavauzelle.
- (16) C’est précisément ce que nous avons déjà exposé p. 387.
- (17) C’est précisément dans ces limites que rentrent la plupart des grains d’Algérie.
- (18) Signalons qu’en Algérie, il n’est pas rare de trouver dans le centre des masses, des températures atteignant 50°, 55° et même 60°.
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- un tas de grains par un courant d’air, on « souffle sur le feu » et le grain se détériorerait rapidement si l’action se prolongeait (l9>. Si, on contraire, on place le grain dans une atmosphère confinée, la pression partielle de l’oxygène dans cette atmosphère diminue progressivement par suite de la production de CO2, et les pertes de substances diminuent graduellement. Toutes choses égales d’ailleurs, dans un courant d’air, les pertes sont à peu près 6 fois plus grandes qu’en vase clos. Mais une condition expresse pour que l’on puisse tirer parti de l’influence favorable de l’air confiné est que la teneur en eau du grain ne dépasse pas 14/15 p. 100. A une teneur plus élevée, il y a respiration intra-cellulaire avec production d’alcool et dégagement de CO2. »
- En somme, il est incontestable que, pour des grains rentrés à un degré de sic-cité convenable, l’action du CO2 est favorable.
- Cépède est de cet avis, mais attribue au CO2 une action de retardement de la germination; tout comme pour l'oxyde d’éthylène, celle-ci serait momentanément dissimulée. Au cours de nos essais, nous avons d’ailleurs constaté des résultats qui corroborent cette opinion. Du blé dur Hedba n° 3 possédant un pourcentage de germination normal de 98 p. 100 n’a plus donné dans les délais ordinaires avec une dose de CO2 de 277 g/m3 que 80 p. 100 après 6 jours d’exposition au CO2, 78 p. 100 après 9 jours, 61,5 p. 100 après 14 jours, 52,5 p. 100 après 30 jours.
- Pour le blé tendre {19 bU\ les résultats ont été beaucoup moins nets, et après 30 jours, on constatait encore 94,5 p. 100(20).
- Par contre, pour le riz, Kondo, Matsushima et Okamura(2,) sont beaucoup plus optimistes et relatent que du riz conservé pendant 4 ans dans des récipients de zinc étanches, les uns remplis d’air, les autres de CO2, avait conservé la plénitude de son pouvoir germinatif et de ses éléments nutritifs et était resté aussi riche en vitamine B (antinévritique) que du riz frais. Il était intéressant de souligner cette différence d ; comportement, qui ne tient peut-être qu’à la texture plus vitreuse du grain de riz ou à une siccité plus grande.
- Vayssière (n>, lui, est d’avis que le CO2 seul n’a pas d’action insecticide appréciable; dans une telle atmosphère, les charançons tombent en léthargie: au bout d’un temps très long, ils sont parfaitement capables de revenir à la vie active et de recommencer leurs déprédations.
- En définitive, la présence de CO2 dans les cellules ne tuerait pas les parasites mais ralentirait leur activité, et « endormirait » la faculté germinative sans diminuer toutefois la qualité boulangère (voir les diagrammes des « W » des pâtes provenant de grains traités au CO2 seul (fig. 7, 8 et 9).
- (19) Il s’agit, bien entendu, d’air pris dans l’ambiance, c’est-à-dire relativement chaud et humide.
- (19 bis) Ces résultats procèdent de la même particularité que ceux constatés pour l’oxyde d’éthylène. L’amande du blé tendre, toujours mieux protégée que celle du blé dur, est moins facilement imprégnée par le gaz essayé.
- (20) Analyses aimablement effectuées par M. Ducellier, directeur de la Station d’Essais de Semences de l’Institut agricole.
- (21) lmp. Acad. (Japon), Proc. 5 (1929), n° 3, p. 139.
- (22) Bulletin de la Société des Anciens Élèves de l’Institut agronomique, 30 avril 1930, p. 232.
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- e. — livraison par le gommerce. — L’acide carbonique se trouve dans le commerce, soit sous la forme solide de « glace sèche » (fig. 3), soit sous forme liquide, en bouteilles d’acier de 10, 20 ou 30 kg. Gomme nous le verrons plus loin, c’est cette der-
- Fig. 3. — Pains de <> glace sèche ». On voil, nettement les vapeurs qui s’en dégagent dans le
- courant d’air.
- nière forme qui, dans la pratique, s’est révélée la plus commode pour les manipulations et la moins coûteuse.
- V. — LE mélange acide carbonique-oxyde d’éthylène.
- Il est à remarquer que ce mélange est formé de deux constituants ayant chacun une densité théorique absolue, à l’état gazeux, voisine de 1,97 g par litre. Sans peser beaucoup plus lourd que l’air, cette différence suffît cependant pour qu’il s’accumule, si l’on n’y prend garde, au fond des locaux à désinfecter, laissant les zones supérieures indemnes.
- a. — le « pouvoir de pénétration » des gaz. — Ce mélange présente des propriétés insecticides particulièrement actives et tous les auteurs s’accordent pour louer son « pouvoir de pénétration », plus élevé que celui de l’oxyde d’éthylène seul. Il serait d’ailleurs désirable de savoir au juste ce qu’est exactement ce « pouvoir de pénétration » dont on parle tant et partout mais que personne n’a défini. Il semble bien qu’il n’est que la résultante de causes multiples et je ne crois nullement à son existence comme propriété spéciale de certains gaz.
- Quand on met dans un espace clos 200 g de CO2 par mètre cube, on constate, bien entendu, qu’il a mieux pénétré que ne l’aurait fait C2H40, utilisé à la dose de 20 g/m3. La chose tombe sous le sens et il n’y a nul besoin de faire intervenir un pouvoir de pénétration. HCN, qui se dissout très facilement dans l’eau, pénétrera moins facilement dans une marchandise humide que CS2, qui n’est pas soluble dans les mêmes conditions. Par contre, cette action est renversée si on se trouve en
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- présence d’une denrée riche en matières grasses; mais, comme on emploie couramment pour CS2 des doses de 250 ou 300 g/m3, contre 10 g/m3 pour HCN, on constate que CS2 pénètre plus profondément, et l’on veut voir là la preuve de l’existence du pouvoir de pénétration!
- Si c’est au point de vue gravimétrique que l’on se place, CS2, aux vapeurs beaucoup plus denses que l’air, pénétrera plus facilement dans une marchandise compacte que HCN, dont la densité est très voisine de celle de l’air.
- Le mélange de 23 g d’oxyde d’éthylène et de 277 g de GO2 pénétrera mieux — solubilité mise à part — que 23 g d’oxyde d’éthylène seul, mais pas mieux que 300 g de C2H40 et pas plus mal que 300 g de CO2.
- Si on se trouve dans des circonstances telles que ce soit la seule diffusion qui joue —• travail à la pression atmosphérique sans ventilation, marchandises compact! s ou soigneusement emballées dans une enveloppe poreuse relativement dense — les gaz qui auront le plus fort pouvoir de pénétration seront les plus légers car le coefficient de diffusion est d’autant plus grand que le gaz est moins dense. Tout cela : densité, solubilité dans l’eau et les corps gras, dosages mis en œuvre, toxicité, excitation respiratoire, sont des propriétés connues, chiffrables, pour chacune desquelles on peut mettre, dans chaque cas, en regard du nom du produit visé, une indication précise de grandeur numérique. Pourquoi alors parler de pouvoir de pénétration tant qu’on n’aura pas dit ce qu’il est, comment on le mesure, comment on peut constater qu’un corps a un pouvoir de pénétration deux fois plus grand qu’un autre, etc?
- B. — VALEUR INSECTICIDE DU MÉLANGE. DOSE MINIMA. — Déjà utilisé par les Américains, ceux-ci constituent le mélange tantôt dans la proportion de 1/7,5 (1 partie d’oxyde pour 7,5 d’acide carbonique) tantôt dans celle de 1/10, ce qui tendrait à prouver qu’ils ont reconnu l’insuffisance du premier dosage.
- Ayant envisagé les raisons (ininflammabilité) pour lesquelles nous avons porté cette dose à 1/12, nous allons maintenant examiner ses résultats au point de vue insecticide et constater qu'elle est, là encore, justifiée.
- Toute une série d’essais a été instituée dans le but de déterminer les doses insecticides et les durées d’exposition minima.
- En premier lieu était à fixer le choix de l’insecte sujet. En Algérie, les grains ont particulièrement à souffrir des attaques des espèces suivantes : Tinea granella, Plodia interpunctella, Sitotroga cerealella (Microlépidoptères), Lameophlaeus minutus, Gnathocerus cornutus, Bhizopertha pusilla, Calandra orizae, Tribolium navale (Coléoptères). C’est sur cette dernière espèce, qui se montra la plus résistante à tous ses stades, que les recherches furent conduites.
- Étant donné que l’on travaillait dans un espace rigoureusement clos(23), il convenait d’adopter les doses de CO2 déterminées dans un précédent travail paru dans ce Bulletin et augmentées, par mesure de précaution, d’une unité multiple environ. Le tableau suivant indique les doses et les durées d’exposition nécessaires (aux tempé-
- (23) Ces essais ont été faits en laboratoire, en premier lieu, dans un tank avide et en plaçant les insectes à traiter au centre de masses de grain mesurant 50 cm de dimension minima. Les résultats obtenus par cette technique très sévère se sont montrés tantôt semblables, tantôt inférieurs à ceux que donna ensuite l’application des diverses méthodes exposées dans ce travail.
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- ratures supérieures à 20°) pour obtenir la mortalité totale des insectes enfouis dans le grain.
- Quantité d’oxyde Concentration en oxyde de l’atmosphère Rapport Durée
- (grammes par mètre cube baignant C02 d’exposition
- de grain). les grains (g/m3). C2H40 aux vapeurs.
- 65 soit ... 150 6,3 1 heure
- 54 soit ... 125 8,25 2 h. 30 m
- 43 soit ... 100 10,25 5 h.
- 37 soit ... 85 11,25 6 h. 30 m
- 30 soit ... 70 2,25 8 h.
- Le principe de l’ininflammabilité permettant d’utiliser, au-dessous de ces concentrations en oxyde, des mélanges binaires d’oxyde et d’air sans GO2, on continua par des concentrations en oxyde seul, par mètre cube de grain, de 23, 18, 12 et 8 g. Aucune de ces doses ne donna un résultat complet, même après 48 heures d’exposition (24).
- Ces résultats faisaient déjà ressortir d’assez nette façon le rôle utile joué, aux faibles teneurs en oxyde, par le CO2. Aussi reprit-on la première de ces doses, 23 g/m3 (ou 53 g/m3 d’atmosphère libre), en lui adjoignant 12 fois plus de CO2, dose d’inflammabilité pratique. On obtint la mortalité totale dans tous les essais, par une exposition de 24 heures au maximum, la mort des derniers sujets n’apparaissant toutefois que 4 jours après le traitement. Même une exposition réduite à 6 heures est efficace, mais la mortalité totale est longue à apparaître. Dans ce cas, deux à trois jours après le traitement, les insectes sont déjà moribonds, mais les derniers signes de vie, frémissements des antennes et des pattes, ne disparaissent qu’une quinzaine de jours après le traitement(2K).
- Il était intéressant de vérifier si la dose de CO2 indiquée par Hazelhoff comme excitant le métabolisme respiratoire des Orthoptères — 7 à 10 p. 100 en volume dans l’air, soit 140 à 200 g/m3 d’espace libre — se montrait suffisante pour obtenir des résultats identiques sur des charançons.
- On effectua donc plusieurs essais sans ce soucier des conditions d’ininflammabi-
- (24) Aos résultats diffèrent donc là notablement de ceux des auteurs américains qui auraient obtenu le succès avec 1 livre par 1 000 pieds cubes, ce qui correspond à 16 g/m3.
- (25) On peut considérer que, malgré la « mort à retardement » caractéristique des traitements à l’oxyde d’éthylène, l’observation est facilitée par les faits suivants : Tout d’abord, les résultats sont nettement visibles deux jours après le début du traitement. Les insectes qu’on trouve alors moribonds sont condamnés, et je n’ai jamais vu d’insecte présentant de tels symptômes qui ait ultérieurement repris de la vigueur, comme c’est le cas fréquent pour des anesthésiants (sulfure et tétrachlorure de carbone, acide cyanhydrique, etc). Pour les doses relativement faibles ensuite, comme celle que nous préconisons, les résultats sont acquis, sans être encore visibles, au bout de 24 heures au plus. Traiter plus longtemps ne fait pas apparaître la mort plus rapidement. Pour des doses trop faibles, enfin, le coefficient durée n’a plus aucune importance. Une dose de 12 g/m3, appliquée pendant 6 jours, ne donne aucun résultat. Il faut probablement en voir la raison dans l’absorption totale de ces faibles quantités par le grain.
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- lité avec la même dose d’oxyde (53 g) et 140 à 200 g de GO2 par mètre cube d’atmosphère libre. Les résultats furent intermédiaires entre ceux des essais utilisant 12 fois plus de GO2 et ceux des essais n’en utilisant pas du tout, mais, de toute façon, mauvais, puisqu’on ne parvint à tuer, même au bout de 48 heures d’exposition, que 50 p. 100 environ des insectes.
- Une dernière série de recherches mit encore en évidence le même fait. Nous avons vu sur le tableau ci-dessus qu’une dose de 150 g/m3 (oxyde) d’atmosphère libre, additionnée de 945 g de CO2 (6,3 fois plus) suffit à tuer les insectes en une heure. L’action de la même dose d’oxyde, additionnée de 140 g de GO2 (dose d’Ha-zelhoff), dut persister 5 heures pour donner le même résultat.complet.
- Il convenait donc, toujours sans se préoccuper des conditions d’ininflammabilité, de déterminer la dose de GO2 strictement indispensable pour exciter, dans les circonstances qui nous intéressaient, la respiration et permettre l’absorption par les insectes de la quantité d’oxyde mortelle lorsque ce produit se trouve à la faible concentration de 53 g/m3 en atmosphère libre.
- Des essais précis démontrèrent qu’il est imprudent de descendre au-dessous de 425 g, soit 8 fois plus de GO2. En deçà de cette limite, en effet, et jusqu’à 200 g, on obtient des résultats irréguliers, tantôt bons, tantôt franchement mauvais et que l’on doit probablement attribuer aux caractéristiques de la marchandise dans laquelle sont enfouis les sujets, à l’humidité en particulier (25 bi*K
- Au point de vue pratique, il est évident que l’économie ainsi réalisée (8 fois plus de GO2 que d’oxyde au lieu de 12 fois plus) ne présente pas un grand intérêt. Elle se chiffre, aux cours pratiqués en Algérie, par 0,046 fr environ par quintal et est largement contrebalancée par une augmentation sérieuse des possibilités d’inflammation.
- Se basant sur tout ce qui précède, on peut affirmer qu’une atmosphère contenant 23 g d’oxyde d’éthylène et 276 g de CO2 par mètre cube de grain, soit, pratiquement 300 g de mélange, donne toute sécurité au point de vue insecticide si elle est correctement homogénéisée et rapidement injectée. Quoique, d’autre part, nous ayons assez souvent obtenu de bons résultats avec 250 g (et même 200) du même mélange, il faut remarquer qu’il s’est toujours agi, dans ce cas, de grains relativement secs (11 p. 100) et l’adoption de ces doses par la pratique nous semble imprudente. Les résultats seraient, en effet, irréguliers et varieraient selon les conditions spéciales de chaque opération.
- G. — CORRESPONDANCE ENTRE LES DOSAGES « PAR MÈTRE CUBE DE GRAINS » ET
- « par mètre cube d’espace libre ». — Dans ce qui précède nous avons toujours indiqué les doses « par mètre cube de grains » ou « par mètre cube d’espace libre ». L’absence de cette précision rendrait en effet illusoire la connaissance de la véritable teneur de l’atmosphère à désinfecter en gaz toxique, et nous sommes surpris de constater que cette notion, cependant fort importante, ne semble avoir été jusqu’ici sérieusement prise en considération par aucun expérimentateur.
- (25 bis) Des essais in vitro, entrepris depuis un an et qui seront peut-être achevés en 1937, nous indiquent, au contraire, que, dans ce cas très spécial, la dose optima de GO2 serait comprise entre 400 et 75 g/m3 d’atmosphère libre.
- Nous en rendrons compte dans un travail ultérieur, en tâchant d’expliquer cette contradiction apparente.
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- 11 est clair en effet que, si l’on veut obtenir une concentration gazeuse théoriquement semblable(2,i) dans le volume libre et dans la masse de grains, on doit tenir compte, pour celle-ci, du volume réellement occupé par le grain.
- 11 T., f i r f i f, t i f>.
- Dans 1 m3 de grains, pesant environ 800 kg, sachant que la densité réelle est, en
- (26) Théoriquement, car, comme nous le verrons plus loin, il faut tenir compte des phénomènes d’absorption pratiquement nuis dans les espaces libres, très importants au contraire dans la masse de grains.
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- moyenne, de 1,4, nous avons doue seulement 0,570 m3 réellement occupé parle grain; 430 litres sont le volume offert à la répartition du gaz toxique. Nousn’avons donc pas, entre les grains, une concentration de 300 g de mélange pour 1000 litres mais 300 g pour 430 litres, soit, par mètre cube d’espace entre grains, 697 g, c’est-à-dire 2,3 fois plus environ.
- d. —absorption, adsorption. — Même en tenant compte de cette distinction, et si rigoureuses qu’aient été les pesées affectuées lors de l’introduction des gaz dans unecellule, on constate en outre avec une certaine surprise, si l’inlroduclion a été faite dans la masse même, que la concentration définitive, vérifiée immédiatement après les opérations d’homogénéisation, est liés inférieure, pour l’oxyde
- Diagramme d’absorption obtenu au moyeu du dispositif de la figure 4.
- d’éthylène, à celle que l’on aurait dû théoriquement obtenir. Il s’est produit là un phénomène d’absorption (peut être aussi d’adsorption) phénomène au début très rapide qui a fixé sur les grains mêmes une partie de l’oxyde d’éthylène.
- Fig. 4. — On calcule d’abord à quelle tombée de vide T doit correspondre l’introduction de la dose d’oxyde à étudier. On ouvre Rt et R0. On ferme tous les autres robinets. On crée en A et R un vide correspondant à T, ce que l’on vérifie au moyen du baromètre M2. Puis, après avoir fermé R,, on rétablit en B, grâce à R5, la pression atmosphérique. On met alors en communication A et B. Il subsiste une dépression. Celle-ci est supprimée en jetant dans C, après avoir ouvert R3, une certaine quantité de mercure. Lorsque M2 indique qu’on est arrivé exactement à la pression atmosphérique, on lit en B le niveau Tt. Celui-ci donne le volume de gaz correspondant a la tombée de vide T en A. On refait en A un vide T.
- On referme Rt et R:î. On fait en B, 15 fois de suite, un vide aussi complet que possible (740 mm) en faisant suivre chaque opération d’une introduction d’oxyde d’éthylène jusqu’à la pression atmosphérique. Ces opérations ont pour but de créer en B une atmosphère pratiquement pure d’oxyde d’éthylène.
- On ouvre R3, R4, R2, Rj ; A est alors sous un vide T qui aspire l’oxyde d’éthylène de B et fait monter le mercure dans la branche droite de Mt. Un contact électrique s’établit, met en route les palettes mues par le moteur K. Du mercure est projeté et ruisselle à l’intérieur des parois de O, mais son niveau reste à peu près constant grâce à la cuve de réserve à large surface N. Il tombe en C et fait monter le niveau en B et G. En B, il parvient à remplir tout le volume correspondant d’une part à T, d’autre part à l’absorption qui a eu lieu pendant l’introduction de l’oxyde d’éthylène même. A ce moment, la pression atmosphérique étant rétablie, le contact se coupe en Mj. Le niveau T" observé à ce moment est supérieur au niveau T' et la différence T" — T' indique le nombre de centimètres cubes d’oxyde d’éthylène gazeux absorbés par les grains pendant le remplissage.
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- L’absorption continue ensuite en A, et l’oxyde pur de R est peu à peu consommé. De temps en temps, chaque fois que la dépression atteint t mm, du mercure est débité par le dispositif IvOLN, ce qui se traduit sur la feuille H de l’enregistreur par des échelles dont la forme générale courbe représente l’allure du phénomène.
- Au bout d’un temps variable, l’éprouvette R est entièrement envahie par le mercure. On ferme alors Rx, on ouvre R8 et on recueille, en ouvrant lt7, le mercure de G. Celui-ci, en s’écoulant, crée en R une dépression qui attire l’oxyde pur entreposé dans le gazomètre équilibré D. On vérifie que la pression en R, après avoir atteint le niveau O, est bien égale à la pression atmosphérique. On referme U7 et Rs, on ouvre de nouveau R, et l’appareil est rechargé sans que l’absorption (ou la concentration d’oxyde d’éthylène en A) ail été modifiée plus de quelques secondes. Ce phénomène devant être observé pendant un minimum de 4 ou a semaines, ces brefs arrêts ne présentent en réalité aucune importance.
- Nous avons essayé de mesurer l’ordre de grandeur de ce phénomène (fig. A et 5); mais nos résultats ne nous ont pas encore donné d’indications quantitatives suffisamment régulières pour que nous en donnions ici le compte rendu détaillé.
- Il sera d’ailleurs probablement impossible d’arriver à éliminer toutes les causes perturbatrices des essais, causes qui donnent au détail des courbes une allure assez accidentée. En éliminant la variation de pression atmosphérique même et la variation de température, il reste de multiples autres causes de variations, en apparence incohérentes, dont la plus importante est que l’on s’adresse à de la matière vivante, celle des grains. Ces grains, en effet, dégagent du CO2 et de la vapeur d’eau qui interviennent dans la pression totale mesurée. De plus, comme toute matière végétale, ils sont probablement sensibles à l’action de la lumière si bien que, si on n’opère pas dans l’obscurité totale, on peut avoir des variations notables. Enfin, l’absorption même de l’oxyde d’éthylène suscite peut-être des réactions de défense de la cellule, réactions dont on ne connaît ni la nature, ni l’allure dans le temps.
- Il faut, croyons-nous, poser en principe que le phénomène résulte de la superposition de trois actions au moins : 1° absorption et dissolution dans l’humidité du grain; — 2° décomposition de l’oxvde d’éthylène par l’humidité du grain; — 3° adsorption de l’oxyde d’éthylène par les surfaces libres. Ces trois phénomènes suivent des lois différentes.
- L’adsorption, lorsque le produit à adsorber est effectivement en contact avec la surface adsorbante, est un phénomène pratiquement instantané (à l’échelle de la précision de nos mesures de temps). La dissolution, toujours sous la même réserve, est aussi un phénomène très rapide. Si, pratiquement, ces phénomènes peuvent se produire avec un retard, c’est parce que l’atmosphère qui sature la masse du grain ne se renouvelle que lentement, par diffusion à partir de l’ambiance; ce que l’on mesure pratiquement alors, c’est cette vitesse de diffusion.
- Toutefois, comme nous avons opéré sur des quantités de grain limitées (1 kg), si lente que soit cette diffusion, elle ne pourrait conserver à la courbe une allure aussi inclinée que ce que nous avons obtenu au bout d’une durée supérieure à 150 heures. C’est ce qui nous fait croire que le deuxième phénomène est prédominant, sauf peut-être pendant les 20 à 30 premières heures. Il peut se prolonger très longtemps (en théorie aussi longtemps qu’il y aura de l’eau libre dans le grain) et se ralentit seulement du fait que la teneur du grain en glycol doit augmenter, exerçant une action de freinage sur l’allure de la transformation. Cette transformation en glycol est, eu.
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- effet, lente, et il faut que les quantités d’oxyde dissoutes dans l’humidité s’éliminent d’abord par ce processus avant que d’autres quantités puissent s’y dissoudre pour être transformées à leur tour.
- Il serait intéressant d’effectuer les mêmes recherches sur le comportement des grains dans un milieu d’oxyde d’éthylène pur. La courbe obtenue serait évidemment moins intéressante que celles que nous avons tracées et qui se rapportent à un cas pratique, mais elle fournirait des données théoriques dont on pourrait peut-être tirer parti pour expliquer les courbes obtenues en présence d’un excès d’air.
- e. — influence sur les qualités mécaniques des pAtes. — En vue de déterminer ces répercussions, nous avons opéré avec des quantités de gaz rigoureusement
- nmnn
- Fig. 6. —- Schéma du dispositif utilisé pour traiter les grains au mélange oxyde d’éthylène -4-CO2.
- J, Réservoir réfrigéré d’oxyde d’éthylène liquide; — K, Vaporiseur d’oxyde d’éthylène; — C, Gazomètre équilibré à oxyde d’éthylène; — R, Réservoir mélangeur des doses d’oxyde d’éthylène et d’air; — E, Prise d’air; — G, branchement de la pompe à vide; — Mj. et M2, Manomètres; — A, Tube de verre soudé à la lampe après introduction de la dose; — F, Bouteille de CO2.
- contrôlées. Le dispositif utilisé a été à peu près identique à celui que nous avions construit pour l’étude de l’inflammabilité de l’oxyde d’éthylène et que nous avons représenté schématiquement à la page 515 du Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie nationale de juillet-août-septembre 1934 (fîg. 6).
- On s’est contenté de remplacer la bouteille de combustion des mélanges par des flacons d’une capacité de 2 litres, entièrement emplis de grains, bouchés au liège et paraffinés aussitôt après l’introduction des gaz. M. Husson, professeur de technologie à l’Institut agricole d’Algérie, qui a aimablement procédé ensuite aux études nécessaires, nous a communiqué les considérations et conclusions suivantes :
- « Actuellement, en raison de la surproduction, la meunerie et la semoulerie « attachent une très grande importance aux qualités boulangères des blés tendres et « semoulières des blés durs. Toute opération portant atteinte aux qualités indus-« trielles des blés doit donc être évitée. Toutefois, il convient d’observer que les « facteurs d’appréciation des qualités boulangères ou semoulières des blés ne sont « pas encore entièrement fixés. C’est ainsi que, pendant longtemps, la teneur en « gluten était considérée comme l’indice primordial de la valeur industrielle des
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- « blés. Les remarquables travaux de M. Fleurent ont montré que, s’il est nécessaire « que la teneur en gluten ne s’abaisse pas au-dessous d’un pourcentage convenable, « il n’est nullement indiqué de rechercher de très fortes teneurs en gluten (sauf pour « les blés de force destinés à corriger certains blés qui n’en contiennent pas suf-« fisamment). On n’a aucun intérêt à rechercher, dans la farine panifiable, une « teneur en gluten supérieure à 9,5 p. 100, et, ce qui importe beaucoup plus que « la quantité de gluten, ce sont ses qualités plastiques et élastiques. Or, ces qualités « dépendent essentiellement du rapport existant entre les deux constituants essentiels « du gluten de blé tendre, la gliadine et la glutenine, ce rapport dans une bonne « farine étant voisin de 75 de gliadine pour 25 de glutenine. A la détermination des « proportions relatives de ces deux substances, on a substitué heureusement « l’examen des propriétés mécaniques du gluten, mais il semble préférable d’exa-« miner directement les propriétés mécaniques de la pâte même, en raison des
- Fig. 7. — Influence du traitement sur les qualités mécaniques des pâtes provenant des grains
- traités.
- « influences qu’exercent, sur le gluten, les autres constituants de la farine. Les exten-« simètres et farinographes permettent d’effectuer aisément ces déterminations. Ac-« tuellement, l’extensimètre de Chopin est très répandu en meunerie et, malgré les « justes critiques auxquelles son emploi a donné lieu, il faut néanmoins reconnaître « qu’il permet de se faire une idée assez exacte des aptitudes boulangères des farines « et, par conséquent, des blés dont elles sont issues. C’est pourquoi nous nous « sommes appuyé sur les diagrammes fournis à l’extensimètre de Chopin pour la « comparaison de la valeur boulangère des blés qui nous ont été remis par M. Le-« pigte avant et après traitement par le mélange oxyde d’éthylène et acide carbo « nique. Rappelons simplement que cet appareil permet de déterminer :
- « 1° La ténacité de la pâte représentée par P, pression maximum exprimée en « millimètres d’eau, nécessaire pour obtenir le gonflement d’une éprouvette de « pâte d’épaisseur parfaitement déterminée.
- « 2° L’élasticité, déterminée d’après le volume d’air qui provoque, après gonfîe-« ment de l’éprouvette, la rupture de la pâte : l’indice de gonflement G étant égal à « la racine carrée du volume d’air, exprimé en centimètres cubes, utilisé pour le « gonflement jusqu’au moment de la rupture de l’éprouvette;
- « 3° Le travail de déformation de 1 g de pâte de l’état compact initial jusqu’à « rupture de la lamelle mince, ce travail étant représenté par W 103 ergs.
- « Les essais ont été effectués sur trois blés :
- « 1° Blé tendre Mahon n° 3, provenant du laboratoire d’agriculture de l’Institut « agricole d’Algérie, contenant 11,1 p. 100 de gluten sec, mais à gluten long et un « peu mou et à ténacité et W faibles (fig. 7).
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- Fig. 8. — Influence du traitement sur niques des pâles provenant des £
- les qualités méca-rains traités.
- « 2° Blé dur dit de Boghar, de même provenance, contenant 12 p. 100 de gluten et également à caractéristiques faibles à l’extensimètre (fig. 8).
- « 3° Blé tendre n° 422, mis à notre disposition par M. Lévy, minotier à Maison-Carrée, contenant 12,6 p. 100 de gluten, à ténacité et W forts (blé de force)
- (fig. 9).
- « Signalons, toutefois, que les deux premiers blés avaient subi un traitement antérieur, au paradichlorobenzène.
- « Les déterminations faites par M. Flavien, préparateur au laboratoire de technologie de l’Institut agricole d’Algérie, ont montré que le traitement au mélange oxyde d’éthylène — acide carbonique n’avait eu aucune influence sensible sur la teneur et les propriétés du gluten. Il n’a pas été constaté d’augmentation dans l’acidité des farines, mais plutôt une légère diminution.
- « L’examen comparatif des diagrammes à l’extensimètre sur les pâtes obtenues avec des farines préparées au taux de 50 p. 100 d’extraction, montre que le traitement par le mélange oxyde d’éthylène acide carbonique semble plutôt avoir amélioré les qualités mécaniques des pâtes du Mahon n° 3 et du blé de Boghar, même avec un traitement prolongé, tandis que nous enregistrons une légère diminution sur les caractéristiques du blé 422. Toutefois, étant donnés les écarts possibles dans les déterminations à l’extensimètre, on ne
- peut affirmer que cette différence provient du traitement subi par le blé.
- Fig. 9. — Influence du traitement sur les qualités mécaniques des pâtes provenant des grains traités.
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- « En ce qui concerne l’amélioration constatée pour le blé Mahon n° 3 et pour le blé « de Boghar, il faut également réserver toutes conclusions, ces blés ayant été.
- « comme nous l’avons déjà indiqué plus haut, traités antérieurement au chloryl.
- « En résumé, le traitement par le mélange oxyde d’éthylène— acide carbonique « ne semble donc pas avoir diminué sensiblement la valeur des indices mécaniques « des pâtes ou modifié les propriétés du gluten, contrairement à ce que nous avons « observé pour d’autres insecticides, en particulier pour l’anhydride sulfureux. »
- Outre ces fort intéressantes conclusions, M. Husson émettait l’idée que le dit mélange agit peut-être en provoquant une maturation complémentaite rapide, idée à vérifier en traitant des blés fraîchement récoltés(27).
- Son collaborateur, M. Flavien, a bien voulu ensuite procéder aux recherches nécessaires à la vérification de cette hypothèse.
- Le traitement ayant été effectué 8 jours après la récolte, les grains sont restés un mois exposés aux vapeurs. Les analyses ont, là encore, révélé une légère amélioration du W : 218 au lieu de 206 (témoin) pour du Posa Florence 481, 79 au lieu de 72 pour du Cadet 335.
- L’amélioration n’est pas suffisamment marquée pour permettre de confirmer absolument l’hypothèse émise. M. Flavien, en outre, fait une remarque fort intéressante : à peu près dans tous les cas, le traitement a occasionné une augmentation du gonflement et une diminution de la ténacité, ce qui explique pourquoi le W dépendant de l’un et de l’autre, est, dans son ensemble, peu modifié.
- Celte augmentation de l’indice de gonflement constitue évidemment un avantage sérieux au point de vue de la panification.
- F. — influence sur la faculté germinative. — Quant à la faculté germinative, il est incontestable que le traitement l’altère. M. Ducellier, professeur d’agriculture et directeur de la Station d’Essais de Semences de l’Institut agricole d’Algérie, a bien voulu la contrôler. Les résultats des recherches sont consignés dans le tableau suivant où les doses d’insecticide mises en œuvre sont indiquées par mètre cube de grain.
- Ce qu’il importe tout d’abord de remarquer dans le tableau ci-dessous, c’est une certaine irrégularité dans la décroissance de la faculté germinative en fonction de l’accroissement du séjour sous vapeurs. Il ne faut pas cependant lui attacher une grande importance, les grains ne pouvant constituer un tout à puissance germinative strictement homogène.
- En outre, et surtout, il faut remarquer que le traitement a provoqué une véritable léthargie, déjà reconnue d’ailleurs et signalée dans d’autres circonstances, par J. Nelson Spaeth (i8). Il est actuellement convenu, pour toutes les stations d’essais
- (27) On sait, en effet, que le blé ne possède pas, dès la récolte, toutes ses qualités boulangères et qu’entre autres, les caractéristiques à l’extensimètre, en particulier P et W s’améliorent pendant la conservation : la durée de la période pendant laquelle se produit cette amélioration varie d’ailleurs de 4 à 8 mois et l'amélioration est plus ou moins considérable, allant parfois jusqu’à doubler les caractéristiques observées peu de temps après la récolte.
- (28) A physiological Study of Dormancy in Tilia Seed (Cornell University, Agricultural Experiment Station, Memoir 169, juin 1934).
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- POURCENTAGE DE GERMINATION DES BLÉS TRAITÉS
- C2I140, 70 g. C2H40, 23 g.
- CO2, 158 g. CO2, 277 e\
- Séjour sous vap mr?. ——— ^ ^ —— i
- Blé tendre (U. Blé dur (2). Blé tendre (0. Blé dur (2).
- 13 m 93,5 82
- 30 m . 92 88
- I h . 95 89
- 1 h 15 m 93 89
- 1 h 30 m 90 86
- 1 h 43 m 9 79
- 2h 9) 80,5
- 2 h 30 m 95 79
- 3h 90 13,3 93,7 76
- 6 h 90 14 96 69
- 1 2h 80 2,6 93 86
- 24 h 80,5 1 88 74
- 2 j 83 0 95 70
- 4 j 40 0 94 81,5
- 6 j 10 0 96 71
- 9.j 0 0 95 84
- 14 j 0 0 97,5 80
- 30 j 0 0 92 72
- (1) Blé tondre : Mahon n° 2 ; pourcentage de germination du témoin : 99.
- (2) Blé dur : Iledba n° 3; pourcentage de germination du témoin : 98.
- de semences, que le délai de germination ne doit pas excéder 10 jours; celui-ci a été observé pour les chiffres du tableau précédent. On doit même remarquer que, dans les témoins, l’énergie germinative s’est manifestée assez précocement : la germination était pratiquement terminée dans les six premiers jours, avant d’avoir pu être entravée par un développement anormal de moisissures.
- Dans les échantillons traités, au contraire, la germination ne faisait guère que commencer au bout de ce temps. Les moisissures, Aspergillus niger et Pénicillium glaucum, apparaissaient et leur végétation formait bientôt au-dessus des grains, un feutrage qui parvenait à les cacher entièrement. Etant données les précautions aseptiques prises, il faut estimer qu’on n’avait encore là qu’une image retardée de ce qui aurait dû se passer réellement en terre. En outre, pour beaucoup d’essais, on a constaté que 1 à 5 p. 100 étaient incomplètement germés, ce qui diminue encore la valeur des résultats du tableau. Enfin, chose absolument anormale, on a constaté des germinations au bout de 20 et même 25 jours. Les résultats sont donc en réalité beaucoup plus décevants qu’ils n’apparaissent sur le tableau, pour les dosages 23/277 à employer en pratique. La mise en terre de tels grains serait suivie d’un développement de moisissures assez abondant pour empêcher peut-être toute sortie. En outre, la tenue malingre, souffreteuse des tigelles obtenues ne permettrait pas d’espérer une venue suffisamment vigoureuse des quelques graines échappées aux moisissures.
- Le blé dur semble, davantage que le tendre, être affecté par le traitement. Il faut probablement en attribuer la raison au battage mécanique qu’avaient subi les grains soumis aux essais. En effet, la consistance vitreuse de ces grains ne subit pas sans dommage les chocs violents et répétés de cette opération. Il s’ensuit des fêlures, à peu près invisibles à l’œil nu, suffisantes cependant pour permettre au gaz de par-135e Année. — Juin-Juillet 1936. 27
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- venir jusqu’au germe, lors du traitement ultérieur, et l’endormir ou même le tuer.
- On peut estimer, en définitive, que le traitement des blés de semence par le mélange d'oxyde d'éthylène (23 g) et d'anhydride carbonique (277 g) est impossible. La chose, sauf pour certains spécialistes producteurs de graines, n’a d’ailleurs qu’une importance relative. Les quantités de blé de semence conservées sont toujours assez faibles et, surtout, la durée de leur conservation — 3 à 4 mois en Algérie — ne suffit pas pour que le pourcentage de perte devienne bien appréciable. Importent surtout les blés tendres de meunerie et, pour ceux-ci, le traitement convient parfaitement. Il convient tout autant aux blés durs destinés à la fabrication des pâtes alimentaires; mais on sait que ceux-ci se charançonnent bien moins facilement; il est peu probable que la majorité de ceux-ci ait besoin de la fumigation.
- G. — SUR L’INTERDÉPENDANCE DE LA FACULTÉ GERMINATIVE ET DES QUALITÉS BOULANGÈRES. — Une importante constatation découle des travaux de MM. Ducellier et Husson : malgré une incontestable diminution de l'énergie germinative, le traitement n'a nullement affecté les qualités mécaniques des pâtes.
- Faut-il en conclure à l’infirmation du principe posé par Schribaux(29 que la valeur boulangère n’est conservée que si la faculté germinative n’est pas atteinte? Je ne le crois pas. Il faut remarquer, en effet, que la faculté germinative est suspendue et non détruite et qu’il n’y a, dans cette léthargie des graines, aucune raison pour que leur composition chimique et leurs propriétés physiques soient profondément modifiées.
- Des essais complémentaires s’imposent évidemment encore; par exemple, traiter à des doses beaucoup plus élevées, de façon à parvenir à la mort définitive des semences traitées, et vérifier alors la qualité boulangère. Ces recherches sont dans notre programme.
- h. — action des grains traités sur les animaux. — Des rations(30) données sans ventilation préalable, aussitôt après soutirage des silos dans lesquels avait eu lieu le traitement, ont été diversement accueillies par les bêtes. Sur 14 chevaux,
- , tous les ont acceptées mais l’un a fortement bavé peu après. Sur 12 mulets, 9 seulement les ont acceptées et, sur ceux-ci, l’un a anormalement bavé ensuite.
- Les symptômes ont été exactement les mêmes pour l’orge et pour l’avoine, trempées ou sèches. Quelques jours plus tard, on constatait que les bêtes récalcitrantes refusaient même du grain non traité. Leur méfiance prouvait que leur première répulsion avait persisté. Elle s’explique d’ailleurs assez facilement : il est probable qu’aussitôt après soutirage, le grain a une saveur légèrement piquante provenant du CO2 qui ne s’élimine pas par réaction chimique, comme l’oxyde d’éthylène, mais seulement par ventilation. Ce n’est vrai d’ailleurs qu’autant que CO2 est dissous dans l’humidité du grain et, par conséquent, l’effort est d’autant plus marqué que le grain est plus humide. Cette saveur piquante se dissipe très rapidement par ventilation, et une exposition à l’air d’une ou deux journées suffit pour que des animaux acceptent leur ration sans difficulté.
- En ce qui concerne la bave, par contre, nous ne voyons guère d’explication satis-
- (29) Série de 3 conférences faites à la fin de Tannée 1911 aux Officiers stagiaires de l’Intendance (Revue du Service de VIntendance militaire, février 1912, p. 97-131, Edit. Lavauzelle).
- (30) Les bêtes recevaient par jour trois rations de chacune 2 kg.
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- faisante. Il y a des bêtes qui, dès qu’elles mangent du grain sec, ont cette tendance plus ou moins marquée ; mais le propriétaire des bêtes soumises à l’essai nous a affirmé n’avoir rien remarqué à ce sujet antérieurement.
- S’il ne s’agit pas là d’un phénomène purement subjectif, on ne voit guère par quelle réaction un gaz pourrait provoquer cette abondante salivation, l’oxyde d’éthylène n'étant, en tout cas, aucunement irritant. On ne peut guère croire non plus à un phénomène d’intoxication de la bouche car l’oxyde d’éthylène ne pourrait être dangereux que transformé en monochlorhydrine du glycol (encore en faudrait-il des doses infiniment plus élevées que celles susceptibles de se produire par réaction) ; la salive, étant à réaction basique, est contraire à cette transformation, qui doit se placer plutôt dans les milieux acides, peut-être, par exemple, au contact du suc gastrique. Dans ce cas, si la réaction était totale, on ne trouverait guère que 3 cg de ce produit par kilogr. de matière ingérée, ce qui exclut, à priori, toute possibilité d’une action toxique par cette voie.
- VI. — MODES D’APPLICATION DU TRAITEMENT.
- Le traitement par administration de l’insecticide sous sa forme gazeuse est le seul auquel on puisse s’arrêter actuellement. Son application diffère cependant considérablement selon la nature des locaux ou récipients dans lesquels le grain est entreposé.
- A. — Généralités sur les silos. — Frézal envisage ainsi la question du logement des grains en Algérie :
- « En ce qui concerne les silos, il faut distinguer les silos souterrains et les « silos aériens.
- « Parmi les premiers, le type utilisé couramment par les indigènes est à « rejeter. Creusé à même le tuf, il ne possède aucun revêtement intérieur et, sauf « de rares exceptions, les grains s’y altèrent rapidement, prenant une forte odeur « de fermentation, dite « silosée ».
- « Les silos souterrains parfaitement étanches donnent, par contre, satisfaction. « Le blé y est placé à une température constante assez basse et à l’abri des infiltra-« tions d’eau; de plus, la fumigation peut s’effectuer dans d’excellentes conditions. « Cependant, les manipulations sont difficiles et plus onéreuses encore que dans les « magasins.
- « Les conditions de conservation les plus économiques semblent être réunies « dans les silos aériens. C’est d’ailleurs le type à peu près uniquement employé par « les docks coopératifs.
- « Les plus courants sont constitués d’un bloc de maçonnerie divisé en cellules « de forme parallélipipédique ou trapézoïdale, d’une hauteur allant de 13 à 25 m, « possédant deux ouvertures, l’une à la partie supérieure, l’autre à la partie infé-« rieure, au sommet d’une pyramide renversée appelée mamelle.
- « Ces cellules sont généralement d’une grande contenance, 500 m3, et quelque-« fois plus. Le grain y est entreposé en vrac, déversé par l’ouverture supérieure « grâce à des élévateurs puissants et des courroies transporteuses.
- « Quant aux silos métalliques, ils apparaissent à certains points de vue comme
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- « bien supérieurs aux précédents, et l’on se demande même pourquoi, surtout depuis « que des types isothermiques ont élé réalisés, cette sorte de logement n’est pas plus « répandue qu’elle ne l’est en Algérie.
- « En ce qui concerne la lutte contre les insectes granivores, les silos aériens « présentent des avantages considérables sur les magasins. 11 est, en effet, toujours « possible d’obtenir l’étanchéité des cellules (31). »
- B. — Silos aériens. — Que ceux-ci soient construits en maçonnerie ou métalliques, on n’en peut guère distinguer que deux types, d’après la disposition des cellules.
- Dans le premier, elles se suivent linéairement et sont remplies au moyen de
- Fig. 10. — Dock-silo de Relizane (200 000 qu) à cellules disposées linéairement. Le bâtiment a un
- aspect quadrangulaire et allongé.
- tapis roulants, desservant, par l’intermédiaire d’une manche mobile, l’un quelconque des orifices placés sur son parcours (fîg. 10 et 11). Dans le second, elles sont disposées circulairement et leurs orifices peuvent recevoir le flot de grains grâce à un entonnoir à déversoir excentré, monté sur pivot (fig. 12 et 13) ; c’est le système dit « à revolver ».
- Dans les deux dispositions, les cellules sont à peu près semblables; étroites et hautes, elles ne comportent au plus que quatre orifices, faciles à étancher, l’un de remplissage, l’autre de soutirage, et deux trous d’homme, l’un en haut, l’autre en bas.
- Ces dispositions éminemment favorables peuvent être facilement mises à profit pour les traitements insecticides.
- a) fumigations pratiquées ACTUELLEMENT. — Quel que soit l’insecticide utilisé, celui-ci est, le plus souvent, employé à l’état liquide et simplement versé, en surface du grain, dans des assiettes ou sur quelques sacs vides destinés à éviter l’imbibition
- (31) Frézal, Rapport présenté aux Journées des Techniciens du Gouvernement général de VAlgérie, 25-26 avril 1935.
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- directe. Parfois, mais rarement, on utilise des sondes dans lesquelles on verse l’insecticide liquide, ce qui n’est pas d’ailleurs sans présenter de multiples inconvénients.
- La plupart des produits utilisés étant tous plus lourds que l’air à l’état gazeux (sulfure et tétrachlorure de carbone, chloropicrine(32)), il semblerait que la pénétration peut se faire dans le grain par simple gravité, les vapeurs descendant peu à peu, partie en déplaçant l’air, partie en s’y diffusant, jusqu’au fond du récipient.
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- Courroie, Tra.nSj4orteu-se.
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- Fig. lt. — Remplissage de cellules disposées linéairement.
- L’expérience a prouvé qu’il n’en est rien. La bibliographie américaine fournit de multiples exemples de « ratés » à la base des cuves à grains ou des silos, et de récentes constatations faites par Yaney, Inspecteur régional de la Défense des Cultures, à Constantine, concluent encore dans ce sens.
- Il se forme à la base du récipient, surtout si l’orifice de déchargement est bien étanche, une « poche d’air » qui, également comprimée par le poids du gaz sur toute sa surface, ne remonte plus et ne permet, dès lors, la descente du toxique que par diffusion; on sait combien celle-ci, dans une masse aussi compacte que du grain, est difficile et lente à s’effectuer.
- (32) Densité des vapeurs de sulfure de carbone, CS2.................2,98
- Densité — tétrachlorure de carbone, CCI4...........9,9
- Densité — chloropicrine CC13N02....................7,4
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- b) mélange solide a base de « glace sèche ». — Il importait d’éviter cet écueil, et c’est la raison pour laquelle nous avons expérimenté tout d’abord la méthode préconisée par Russ(33). Russ emploie un mélange solide constitué par de la glace sèche (acide carbonique solide), broyée et imbibée d’oxyde d’éthylène. Cette méthode n’est d’ailleurs applicable qu’aux locaux ou récipients 'possédant une installation de remplissage rapide.
- La glace sèche, que l’on trouve actuellement à Alger, est livrée en pains de 20 kg, départ usine, mesurant environ 60 cm de longueur sur 18 cm de diamètre (fig. 3). Ce produit, très froid (—78°), ne doit évidemment pas être touché par la peau nue ; l’emploi de gants bien isolants et très secs est indispensable pour sa manipulation. Le mélange une fois réalisé, des doses calculées à l’avance sont jetées dans le grain, soit à l’orifice supérieur du silo (fig. 11 et 13), soit, ce qui est souvent plus commode, dans la trémie de base où viennent s’emplir les godets de l’élévateur (34L Quoique en contact direct avec le grain et le métal des godets, le mélange ne s’évapore pas instantanément; les pertes qui se produisent, assez faibles à la vérité, n’affectent guère que la glace sèche du mélange.
- L’oxyde d’éthylène, lui, considérablement refroidi, ne peut plus se volatilise tant qu’il reste encore des quantités appréciables de glace sèche. 11 est donc enfoui dans le grain, sans qu’on ait à en enregistrer de pertes très notables pendant l'élévation et la chute en silo; ces pertes sont évidemment fonction de la température de l’ambiance et du grain des godets de l’élévateur, des hauteurs d’élévation et de chute, du taux de déplacement de l’air par le grain dans la cellule.
- Pratique de la désinfection. — Malgré les nombreux inconvénients que nous semblait présenter, à priori, cette méthode, nous avons tenu à l’expérimenter. Deux essais ont eu lieu en avril 1933, au dock silo de Ténès (département d’Alger) dans des cellules de 3 500 qu, pleines de blé tendre, hautes de 24 m environ (fig. 12). L’élévateur qui les dessert fournit, en régime normal, 232 qu/h. Un relevé de la consommation électrique nous permit, d’autre part de constater que le remplissage
- Fig. 12. — Dock-silo de Ténès (60 000 qu) a cellules disposées circulairement. Le bâtiment a un aspect polygonal.
- (33) Russ, Fumigation à l'oxyde d'éthylène (Ind. and Eng. Chemistry, vol. 22, n° 4, avril 1930).
- (34) Cette pratique ne peut être adoptée que si l’élévateur monte le grain à une vitesse suffisante pour éviter des pertes appréciables.
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- complet d’une cellule exigeait 92,4 kWh environ soit (à 1,70 fr le kilowatt-heure) une dépense de 157 fr environ.
- Le débit de l’élévateur étant de 252 qu/h, le poids du grain en vrac étant de 800 kg/m3, en moyenne, le débit du grain est donc de 252/8 = 31,5 m3/h.
- Pour travailler dans des conditions pratiques, il convenait de prendre des temps de dosage facilement contrôlables : une dose toutes les 5 mn ou toutes les 10 mn par exemple. D’autre part, la couche de grains entreposés dans la cellule entre deux
- Fig. 13.
- Remplissage de cellules disposées circulairement.
- -Au/
- apports de mélange (glace sèche — C2H40) ne doit pas être supérieure à 20 cm pour obtenir une efficacité certaine de l’application.
- 31 5
- En 5 mn, l’élévateur monte —7- = 2,630 m3. La surface en plan de la cellule étant
- 12 r
- 2 63
- de 13 m2, la hauteur de la couche entre deux doses sera de _I_ = 0,20m environ,
- lu
- valeur convenable.
- Détermination et application des doses. — D’après les données antérieures, les doses par mètre cube de grains sont de 300 g. En 5 mn, nous avons vu qu’il passe à l’élévateur 2,63 m3; la dose à ajouter sera donc de 300 x 2,63 = 0, 789 kg soit 800 g.
- En ce qui concerne l’espace libre au-dessus de la masse du grain, bien que normalement les dosages soient d’environ 700 g/m3, on a pu les ramener à 500 g/m3, en raison, d’une part, de l’étanchéité parfaite des hauts de cellules, d’autre part, du fait que les doses étant envoyées en surface du grain peuvent se volatiliser librement
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- sans passer par le grain. Elles ne sont ainsi nullement diminuées par l’absorption, ni l’adsorption, et gardent une valeur insecticide très suffisante.
- La glace sèche est pesée, puis pilée dans une caisse en bois à l’aide d’une dame. On recherche ensuite la quantité de C2H40 à y ajouter, en tenant compte qu’il faut 1/12 d’oxyde d’éthylène en poids. Comme l’oxyde d’éthylène, livré en bouteilles d’acier, est soutiré sous forme liquide, on a converti les mesures en volume d’oxyde
- 11
- d’éthylène, soit =0,0916, coefficient qui a été appliqué au cours des essais.
- On peut également diviser le poids de CO2 par 12 et ajouter 10 p. 100 de ce résultat (densité de l’oxyde d’étliylène = 0,90). Exemple : pour 9 kg de glace sèche.
- il faut (1 -f- 0,10) = 0,750 -J- 0,075 = 0,825 litre.
- On mesure donc dans une éprouvette graduée : 0,825 1 d’oxyde d’éthylène liquide et on le verse dans la glace sèche en brassant le mélange à la pelle. On a commencé, tout d’abord, par jeter, au fond de la cellule vide, 50 g de mélange par mètre carré, soit 650 g au total, de façon à éviter les « ratés » à peu [très inévitables sans cette précaution (35). Puis, après mise en route de l’élévateur, on versait toutes lesSmn, 800 g de ce mélange à l’orifice supérieur du silo. On a peu après reconnu que, la durée de montée d’un godet étant de 6 sec. seulement, les pertes étaient assez faibles pendant ce temps pour qu’i fût permis d’administrer le mélange à la base de l’élévateur, ce qui simplifiait considérablement le travail en permettant d’effectuer toutes les opérations au rez-de-chaussée. Cette dernière solution a donc été adoptée. Lorsqu’il a fallu arrêter le remplissage de la cellule désinfectée, il restait encore dans celle-ci 45 m3 vides. On a alors jeté en surface du grain, à raison de 500 g/m3, 22,5 kg de mélange. On a ensuite soigneusement obturé tous les orifices de la partie supérieure avec du papier collant.
- A noter qu’en fin de traitement, on sentait déjà très nettement l’oxyde d’éthylène à la partie haute du silo.
- Inconvénients de la méthode. — A ce traitement, on peut reprocher tout d’abord un pourcentage de perte en glace sèche tellement exagéré que son adoption n’est possible que pour les silos extrêmement voisins de l’usine de production de la glace sèche. En effet, on a pu constater que, pour un trajet de 200 km et un délai de 25 heures (de l’expédition de l’usine jusqu’au moment de l’utilisation) la perte atteignait environ 30 p. 100, ce qui augmente le prix de revient et rend impossibles des prévisions de dépenses exactes pour une désinfection importante.
- Un tel inconvénient, et d’autres encore, nous ont incité à substituer à cette méthode une autre beaucoup plus commode, celle de l’homogénéisation des gaz, par leur brassage dans la cellule et en circuit fermé.
- (35) Ces ratés, fréquemment constatés en Amérique, s’expliquent très simplement par la vaporisation en premier lieu du GO2, qui déplace par gravité l'air baignant les grains de la couche de fond de la cellule. L’oxyde, ne commençant à se vaporiser qu’après la disparition de la glace sèche, trouve un « culot » de GO2 dans lequel sa pénétration est lente, ce qui lui permet d’être absorbé par les couches voisines au fur et à mesure de sa diffusion. Get écueil est évité en envoyant au fond de la cellule vide une quantité déterminée de mélange et en attendant, comme nous l’avons fait, 4 à 5 mn avant de commencer l’introduction des grains.
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- Toutefois, avant de l’exposer, il convient de signaler une erreur souvent commise aujourd’hui dans la littérature spéciale, erreur que nous-mcme n’avons pas aperçue au début; elle consiste à attribuer au traitement par la glace sèche « un refroidissement appréciable du grain ».
- Sur le supposé refroidissement du grain par la glace sèche. — Nous avons pu déterminer qu’en prenant 0,4 pour valeur moyenne de la chaleur spécifique des grains, les erreurs commises dans les divers cas ne dépassaient pas 10 p. 100. Cette approximation est donc largement suffisante pour le calcul pratique.
- La chaleur de vaporisation de l’anhydride carbonique solide à — 78° est de 142 Cal/kg. Il y faut ajouter les calories nécessaires pour réchauffer le gaz vaporisé, depuis cette température de — 78° jusqu’à la température du grain que nous prendrons conventionnellement égale à 25°. La chaleur spécifique du CO2 gazeux étant, entre — 90° et 0°, à peu près 0,18, la chaleur totale de vaporisation à — 78° et de réchauffement jusqu’à 25° est donc de : 142 H- (103 X 0,18) — 160 Cal/kg. Si l’on ajoute, à 1 m3 de grain pesant 800 kg, une dose de glace sèche pesant 0,277 kg, la quantité de frigories que la vaporisation et le réchauffement jusqu’à 23° de ce poids de glace sèche peuvent fournir pour le refroidissement du blé est de : 0,277 X 160=44 Cal. L’équivalent en eau des 800 kg de grain est de : 800x0,4 = 320 kg. L’abaissement de température de cette masse de 800 kg de grain, par suite de la vaporisation des
- 44
- 277 g de CO2 est donc de = 0,14 degre.
- L'abaissement de température, dans Vensemble, est donc absolument insignifiant; par contre, localement, et si la répartition de la glace sèche n’est pas parfaite, il en sera autrement et un certain nombre de grains pourront être portés à une température voisine de — 78°.
- c) BRASSAGE DES GAZ EN CELLULE PAR CIRCUIT FERMÉ. — Le procédé de l’iiomo-généisation des gaz par leur brassage dans la cellule et en circuit fermé a déjà été préconisé par Frickhinger dans son remarquable ouvrage Gase in der Schàdlingsbe-kàmpfung, et nous n’avons guère fait que le mettre au point pratiquement.
- Perméabilité des masses de grains. — Le procédé est basé sur l’incroyable perméabilité de la masse de grains qui, quelle que soit sa hauteur, 15, 20 et même 30 m, se laisse traverser par les gaz sous la plus faible pression (35 bis).
- Dans certains cas seulement, fort heureusement exceptionnels, il faudra tenir compte d’une perméabilité diminuée par le fait d’une attaque violente de moisissures et de charançons. Cette diminution, la plupart du temps locale, peut provenir de l’accumulation, à certains niveaux, dans les interstices des grains, des déjections des charançons ou d’un feutrage d’origine mycélienne. (Dans ces ruines, les charançons se ménagent de véritables galeries qui leur servent à se déplacer.) La moisissure et la fermentation, activées par la présence des insectes, provoquent alors la formation de blocs compacts et humides à peu près impénétrables aux gaz en circulation forcée. La chose est d’autant plus regrettable que c’est précisément dans ces parties (jue l’action insecticide (ou refroidissante) serait la plus utile. En pareil
- (35 bis) Voir plus loin, p. 4-46, une étude détaillée sur cette question : Note sur la résistance des grains à la circulation forcée des gaz.
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- cas, il serait indispensable de procéder, avant le traitement, à un soutirage partiel du silo, de façon à provoquer l'effondrement et la dislocation de ces masses.
- Mais, il est rare de rencontrer des circonstances aussi défavorables, le propriétaire n’avant aucun intérêt à attendre, pour appliquer le traitement, que les dégâts soient devenus aussi graves et presque irrémédiables.
- Dans des grains normaux, ou récemment attaqués, la circulation est facile et le refoulement d’un gaz à la base d’une colonne de grains de 30 m de hauteur n’a donc nul besoin d’être effectué à une pression en rapport avec celle qu’exerce cette colonne. Nous avons obtenu d’excellents résultats avec une pression de moins de 500 mm d’eau, et nous verrons plus loin que cette pression était beaucoup plus élevée qu’il n’était nécessaire.
- Les grains, en effet, ne constituent nullement un fluide : ils ménagent entre eux des canaux de section irrégulière se ramifiant à l’infini. Les formes tortueuses de ces canaux ne peuvent guère que freiner le passage des gaz injectés et ce freinage est évidemment d'autant plus faible que la surface de distribution du gaz à la base de la masse de grains est plus grande. Les expériences ci-dessous mettent ce principe en évidence.
- Un autoclave de 1.230 m3 ayant été mis sous un vide de 650 mm, fut branché sur un tuyau de 6 mm de diamètre intérieur, terminé par un cylindre de 80 mm de diamètre intérieur, long de 1,50 m. Là rentrée d’air ayant été établie par ce cylindre, un vide de 50 mm fut établi dans l’autoclave au bout de 16 mn. 15 sec. Le cylindre fut ensuite rempli de grains tassés; la même opération dura alors 5 p. 100 de temps de plus que la précédente, ce qui indique un freinage absolument insignifiant (A, fig. 14). Ce freinage devient, par contre, extrêmement important si l’orifice de passage libre des gaz est égal à la surface de diffusion des gaz dans les grains, ce qu’on a ainsi démontré
- Renouvelant l’essai précédent, mais avec une tuyauterie de section uniforme, 20 mm sur tout son parcours, nous constatons que la même tombée de vide de 650 à 50 mm, demande 1 mn. 45 sec. en l’absence de grains. Au contraire, pleine de grains tassés sur 1,50 m de longueur, elle dure 26 mn., soit presque 15 fois plus (B, fig. 14).
- Dans le premier essai, le débouché du tube de 6 mm était muni d’une « cigarette » faite d’une toile métallique enroulée, du même diamètre et débordant, dans le gros tube, de 20 mm environ. La surface de diffusion du gaz dans le grain n’était donc pas représentée par la section du petit tube (28 mm2), mais par le développement de la surface de la « cigarette », soit 387 mm2.
- De ce premier essai, bien que les conditions en soient différentes de ce qui doit se passer dans un silo, on peut tirer des conclusions pratiques intéressantes.
- En effet, on a fait passer environ 1 m3 d’air en un quart d’heure environ par un tube de 1/2 dm2 de section, bourré de grains sur 1,50 m de longueur; 1000litres en un quart d’heure donnent 4 m3/h pour une section de 0,5 dm2, soit, pour une section de 20 m2, courante dans les silos, 16000 m3. Pendant le quart d’heure en question, la pression moyenne sous laquelle s’est fait l’écoulement était environ de 0,5 atm et la perte de charge due à la présence du grain représentait 5 p. 100 de 0,5 atm, soit 0,025 atm ou 250 mm d’eau. Mais, si on ne demande qu’un débit de 1000 m3/h dans le même silo, la vitesse sera réduite dans la proportion de 16000 à 1000 et la perte de charge, pour une même épaisseur de grain, sera réduite dans la propor-
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- tion de : — - ; soit, sensiblement, ramenée de 250 à 1, ce qui donne une perte de
- 1000 1X30
- charge, pour un silo de 30 m de hauteur, de ^ ^ , soit 20 mm d’eau.
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- Fig. 14. — Diagrammes représentant le freinage exercé par les grains sur les courants de gaz.
- La conclusion est que, en raison des minimes pertes de charge à prévoir, deux conditions principales sont à réunir pour permettre un circuit aussi rapide que possible des gaz dans le silo :
- 1° créer une surface de distribution du gaz dans le grain aussi grande que pos-
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- 2° le matériel aspirant et refoulant n’a nul besoin do créer une forte contre-pression; 200 mm d’eau suffisent. Par contre, il faut rechercher des débits aussi
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- Fig. 1.1. — Installation fixe Mallet pour cellules de silos des docks d’Oran.
- (Contrairement à ce qui est indiqué sur ce dessin, l’adduction des <ja: ne si. fait pas sur la tuyauterie d’aspiration, mais par le bas de la cellule, c’esl-ù-din par lu tuyauterie de refoulement.)
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- considérables que possiblel3li) et s’attacher à éviter les pertes de charge. Cette dernière condition est, comme nous le verrons plus loin, particulièrement difficile à réaliser dans les installations mobiles où les gaz sont distribués par sondes mobiles.
- Fig. 16. — Mano-déleudeur de CO2 à grande puissance (type L’Air liquide).
- Par contre, les meilleures conditions sont facilement réunies lorsqu’il s’agit d’équiper de façon fixe les cellules d’un silo.
- (36). On voit que, pour satisfaire à cette condition, deux sortes de ventilateurs seulement sont à envisager :
- 1° Ventilateurs hélicoïdes à centre plein. Ceux-ci toutefois ne dépassant guère 20 mm de pression d’eau, ce serait insuffisant dans la plupart des cas;
- 2° Turbo-ventilateurs, où la pression est engendrée par la force centrifuge du gaz traversant un rotor qui tourne dans un carter à profil spécial. Ces appareils donnent des pressions courantes de 200 à 300 min d’eau, et leur consommation en énergie est faible. C’est ce type que nous croyons le plus recommandable.
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- Fig. 17. — Yaporiseur d’oxyde d’éthylène Mallet pour installation fixe.
- O, Réservoir d’oxyde ; — G, Réservoir à glycérine du thermosiphon T chauffé par une résistance immergée G; — Rlt R2, Ajutages de chargement en oxyde par échange d’atmosphère; — N, Niveau; — S, Évacuation du gaz.
- Matériel nécessaire à la désinfection des cellules. — Le matériel, disposé selon la figure 15, comporte :
- 1° Un vaporiseur spécial à grand débit N pour CO2 liquide;
- 2° Un vaporiseur L pour l’oxyde d’éthylène;
- 3° Un mélangeur de gaz K ;
- 4° Un groupe électro-ventilateur I ;
- 5° Deux collecteurs, l’un d’aspiration G, l’autre, de refoulement E ;
- 6° Un dispositif diffuseur B, placé au fond de la cellule et dans lequel aboutit la tuyauterie de refoulement.
- 1° Le vaporiseur-détendeur à CO2, mis au point par la Société l’Air liquide, s’est révélé très pratique (fîg. 16). L’ancien dispositif utilisé au cours de nos premiers essais (batterie de bouteilles de CO2 munies chacune d’un mano-détendeur particulier) a dû être complètement abandonné en raison d’un givrage extrêmement rapide amenant des interruptions fréquentes et une réduction très notable de la vitesse de l’écoulement gazeux. Le nouveau dispositif débite facilement 200 kg de CO2 par heure, ce qui est pratiquement suffisant dans toutes les circonstances.
- 2° Le vaporiseur à oxyde d’étliylène (fig. 17) peut être muni en outre d’un dispositif permettant le dosage par lecture directe, ce qui facilite les manipulations. Il doit évidemment tenir compte du fait que le gaz qu’il vaporise est inflammable et engendre des pressions qui, par chauffage, atteignent et dépassent rapidement 3 kg/cm2.
- 3° Le mélangeur, sans être absolument indispensable (voir p. 395), est cependant utile si l’on tient à éliminer absolument tout risque d’inflammabilité temporaire. 11 est réalisable de diverses manières. Sur la figure 15, par exemple, il est représenté par un réservoir où, les deux gaz à mélanger ayant été successivement introduits sous pression, un dispositif spécial de brassage en permet ultérieurement l’homogénéisation. Il pourrait être également constitué par un gazomètre; mais cette solution n’est applicable que pour de très petites cellules, en raison des volumes de gaz élevés (à la pression atmosphérique) exigés par la désinfection,37).
- (37) Nous avons aussi envisagé l’utilisation de dispositifs analogues aux carburateurs; mais ces appareils ne semblent guère jusqu’ici devoir donner satisfaction.
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- 4° Le groupe électro-ventilateur comprend un ventilateur centrifuge à débit aussi élevé que possible : 300,1 000 rn3/b ou même davantage, et, comme nous l’avons vu, à faible pression. Un tel ventilateur ne consomme pas beaucoup d’énergie motrice : 2 à 5 ch (4,5 ch pour un débit de 2 880 m3/h avec certains types).
- 5° Les collecteurs causeront d’autant moins de perte de charge que leur diamètre sera plus fort. Il y aura souvent avantage à adopter un diamètre supérieur à celui des tubulures du ventilateur.
- 6° Le dispositif diffuseur devra, comme nous l’avons exposé plus haut, présenter la plus large surface de diffusion. Cette condition respectée, les constructeurs peuvent choisir tel type qui leur semblera le plus pratique et le plus économique. Le type Mallet (fig. 13) est constitué par une sorte de larmier placé au fond et autour des parois de la cellule. C’est dans ce larmier, dans lequel les grains ne peuvent remonter lors du remplissage, que débouche la tuyauterie de refoulement.
- Pratique de la désinfection dans les installations fixes. — Il convient tout d’abord d’étancher au mieux les orifices de la cellule à désinfecter en laissant toutefois un dégagement pour laisser l'air de la partie supérieure de la cellule s’échapper quand les gaz seront introduits par la base du silo. Sitôt cette introduction terminée, ce dégagement sera, bien entendu, obturé.
- Supposons tout d’abord que l’installation ne comporte pas de mélangeur d’acide carbonique et d’oxyde d’éthylène. Il convient, comme nous l’avons indiqué p. 394 (seconde méthode), d’introduire le CO2 en deux fractions égales, l’une avant, l’autre après l’oxyde d’éthylène.
- Si nous disposons au contraire d’un réservoir, sous pression par exemple, nous chargeons tout d’abord celui-ci en C2H40 et CO2. S’il doit être chargé à 5 kg/cm2, la pression de l’oxyde seul doit en atteindre le 1/13, soit 0, 385 kg/cm2(38).
- On atteint ensuite la pression totale en introduisant le GO2. Puis le brasseur de gaz est mis en route; il homogénéise le mélange en quelques secondes. On a donc alors un gaz mixte dans le réservoir. La pression totale étant de 5 kg/cm2, la pression partielle de l’oxyde dans le mélange n’est que de 5/13 atm, soit environ 0,4 atm. Pour cette pression réduite, la température de condensation de l’oxyde est sensiblement de — 10°, ce qui donne toute sécurité.
- Branchant alors le réservoir sur la cellule à désinfecter, on y introduit le gaz à une vitesse modérée. Une introduction trop rapide pourrait créer dans la cellule une certaine surpression et, surtout, on risquerait, par une détente brutale du gaz dans le grain, d’y recondenser partiellement l’oxyde d’éthylène.
- Le ventilateur est alors mis en route, créant une surpression à la base et une dépression en haut du silo, ce qui provoque le mouvement ascensionnel.
- Là encore, on constate l’intérêt essentiel qui s’attache à disposer d’un ventilateur à grand débit permettant d’opérer rapidement, en raison de l’hygroscopicité de l’oxyde d’éthylène. L’insecticide risquerait, en cas d’ascension trop lente, d’être absorbé à
- (38) Il ne faut pas négliger le fait, assez important en pratique, que les gaz à emmagasiner se compriment davantage que des gaz parfaits et, par conséquent, sous une pression de 3 kg/cm2 (6 atm), leur volume est inférieur au 1/6 de leur volume à la pression atmosphérique. L’adjonction d’un enregistreur de pression au réservoir de gaz permet d’assurer le contrôle des quantités introduites.
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- masure par les couches inférieures du grain, et il ne parviendrait dans les couches supérieures et dans le volume libre qu’à des concentrations trop faibles pour conserver une toxicité suffisante.
- Le ventilateur doit fonctionner aussi longtemps qu’il est nécessaire pour homogénéiser convenablement l’atmosphère de la cellule; 5 ou 6 circuits du gaz sont à notre avis suffisants; mais il n’y a aucun inconvénient, au contraire, à augmenter ce nombre. Dans une cellule de 3 500 qu par exemple, qui contient environ 200 rn;i de mélange gazeux, si le ventilateur débite 1 000 m3/h, il suffira de le faire tourner une heure, deux au maximum.
- Au cas où la cellule est incomplètement remplie, il faut évidemment faire tourner le ventilateur plus longtemps puisqu’elle contient davantage de gaz. Pour un même débit du ventilateur, la vitesse d’ascension dans la partie vide est plus faible que dans la partie pleine mais, dans celle-ci, elle reste la même que si toute la cellule était pleine. Le taux d’absorption reste donc semblable pour les grains. D’autre part, l’absorption ne se faisant que d’une façon négligeable par les parois de la cellule, la diminution locale de la vitesse ascensionnelle n’a pas d’importance pratique. La même soufflerie convient donc aux cellules pleines, à demi pleines et vides.
- Sitôt terminé le brassage des gaz, on arrête le ventilateur.
- La cellule traitée est soigneusement close et on laisse agir les gaz 24 à 48 heures. On peut ensuite évacuer le CO2 de la cellule (il ne reste que très peu d’oxyde d’éthylène) en le refoulant avec de l’air pris à l’extérieur; mais il n’y a aucun inconvénient à l’y laisser. Le même matériel peut encore être utilisé pour la ventilation de la cellule au moyen d’air, conditionné ou non. Dans ces cas, le ou les orifices supérieurs de la cellule restent ouverts pour permettre l’évacuation de l’humidité entraînée.
- Installation mobile. Installation fixe. — Malgré son apparente complication, une telle installation peut être mobile, c’est-à-dire appartenir à des entrepreneurs qui vont de silo en silo procéder aux opérations. Leur matériel doit se composer de : 1 groupe (fig. 18) comportant : le ventilateur, le vaporiseur d’oxyde d’éthylène, le détendeur de CO2, et 1 jeu de tuyaux souples et de vannes.
- Ces spécialistes ne pouvant, en raison de l’encombrement, utiliser un mélangeur préalable de gaz, doivent introduire le CO2, comme nous l’avons montré, en deux fractions égales, avant et après l’oxyde d’éthylène.
- L’installation peut aussi être fixe; cette solution est à tous points de vue la plus avantageuse pour les silos importants.
- Avantages de la méthode du brassage des gaz en circuit fermé. — Quel que soit le prix de revient de première installation, celui-ci est largement justifié par les avantages suivants :
- 1° L’étanchéité étant convenablement réalisée, aucune perte de gaz n’est à craindre (les 30 p. 100 de perte constatés avec la glace sèche disparaissent intégralement);
- 2‘‘ Les émanations susceptibles d’incommoder les ouvriers ne sont plus à craindre pendant ni après les opérations(30). D’autre part, le fait de pouvoir, après
- (39) Celte particularité représente un grand avantage sur les autres gaz préconisés à ce jour : sulfure et tétrachlorure de carbone, etc.
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- la désinfection, évacuer le GO2 (40) constitue une opération hygiénique (qui serait impossible si l’on s’adressait à un entrepreneur; celui-ci a besoin, sitôt terminées les opérations, de récupérer son matériel pour le faire travailler sur d’autres chantiers) ;
- 3° Même si la cellule n’a pas été ventilée après la désinfection, au bout de quelques jours elle ne contient plus de doses appréciables d’oxyde d’éthylène et on peut y faire descendre un ouvrier après avoir pris seulement les précautions d’usage pour déceler les quantités de GO2 qui y restent(41).
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- A â.
- Fig. 18. — Groupe pour entrepreneur spécialiste (Type Montagné).
- A, Moteur; — B, Pompe; — C, Yaporiseur à CO2; — D, Vaporiseur à oxyde d’éthylène; — E, détenteur de CO2; — F, Clarinette de distribution des gaz.
- (40) On a songé à utiliser le GO2 d une cellule désinfectée en le transférant dans une autre à désinfecter. Cette pratique est, à notre avis, sans intérêt en raison des nombreux inconvénients de son application; ils ne seraient pas compensés par une économie suffisante et l’opération serait plus compliquée et moins précise.
- (41) Surtout il ne faut pas descendre préalablement une bougie allumée dans la cellule : on négligerait un danger très réel et connu, dans les mines, sous le nom de « coup de poussière », dans les minoteries, sous le nom de « coup de farine ». Dans un silo, en effet, surtout s’il est charançonné, les parois peuvent être tapissées de farine très ténue et très combustible (comme toutes les matières végétales sèches et pulvérulentes) qui provient des déjections et du .travail des parasites. Un courant d’air, un ébranlement quelconque, peuvent mettre en suspension dans l’air cette poudre qui forme alors des nuages, non seulement inflammables, mais explosifs.
- Rappelons en outre qu’il y a plus de 40 ans, on a fait fonctionner un moteur à explosion dans lequel l’air était carburé à la farine. C’est la raison pour laquelle il est fréquent que l’incendie d’un moulin s’accompagne d’explosions destructrices.
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- Ces précautions sont élémentaires, et l’une d’entre elles consiste dans l’emploi d’un dispositif avec tube de caoutchouc souple et petite pompe à main (pompe de bicyclette modifiée) permettant d’effectuer dans le local désinfecté une prise d’air à environ un mètre au-dessus de la surface du grain.
- Le gaz prélevé est analysé, soit dans l’appareil d’Orsat, ou encore, plus simplement, à l’aide d’une burette du type Georges Claude. Le réactif employé est la potasse caustique à l’alcool, qui donne des résultats suffisants. La lecture des graduations de la burette Georges Claude donne les teneurs en pour cent d’acide carbonique dans le volume de gaz analysé;
- 4° Les économies de courant électrique sur le procédé de la glace sèche sont considérables. Celui-ci exige en effet le transvasement d’une cellule à une autre de toute la quantité de grains à désinfecter. Dans le nouveau procédé, au contraire, il suffit de marcher au maximum 2 heures avec un ventilateur mû par un moteur beaucoup plus faible (2 à 5 ch) que celui des élévateurs (15 à 50 ch), et, si toutes les cellules sont équipées, aucun transvasement n’est à effectuer. Le principe de la « cellule de fumigation spéciale » est, à ce point de vue, une hérésie économique (voir p. 441). Ce principe implique en effet, deux transvasements et nous savons combien ceux-ci sont coûteux.
- A titre de comparaison, signalons que la désinfection d’un silo de 61 000 qu, couloirs de manutention, cages d’élévateurs et paliers compris, s’élève, sans la
- main-d’œuvre :
- avec le procédé de la glace sèche, à............... 18907,20 fr
- avec le CO2 liquide (circuit gazeux) à............. 12 775,00 — (42)
- 5° Le procédé de la glace sèche implique l’introduction dans les grains des résidus non volatils qu’il est impossible d’éliminer complètement de la fabrication industrielle : l’huile pour la glace sèche et, pour l’oxyde d’éthylène, le résidu déjà mentionné. Il est évidemment préférable de ne pas l’incorporer aux grains et c’est là l’avantage de la vaporisation préalable : les résidus restent en grande partie au fond des appareils de distillation;
- 6° La suppression des remontages évite le grave inconvénient pratique de la décantation des grains par couches de densités différentes. Les praticiens savent, en effet, qu’au bout de plusieurs transvasements, la densité du blé n’est plus homogène sur toute la hauteur de la colonne de grains. Pour une densité initiale uniforme de 80 kg/hl, on trouve alors, à la base des silos, une densité de 81 et même davantage, cet accroissement étant compensé par une diminution correspondante en haut du silo. Il arrive assez souvent, pour cette raison, que les acheteurs qui ont passé marché pour une densité de 80 kg/hl minimum refusent de prendre livraison des « hauts de silos » qui ne satisfont plus à cette condition.
- d) adaptation du matériel a l’aération des grains. — L’installation à poste fixe d’un tel matériel permet la ventilation des grains à peu de frais. Celle-ci est normalement opérée par remontage et transvasement des grains d’une cellule à une autre; mais il faut remarquer que cette coûteuse méthode n’élimine nullement la chaleur ni l’humidité, souvent considérable, des parois.
- (42) Prévisions de dépenses par nos soins pour le dock-silo de Ténès en avril 1935.
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- D'autre part, combien se préoccupent, avant cette opération, de vérifier d’abord l’état hygrométrique de l’air? Cet oubli conduit souvent à un résultat diamétralement opposé : le grain, exposé à l’air libre pendant une durée variable avec l’installation, se charge d’une nouvelle quantité d’eau au lieu de s’assécher. L’injection d’air sec dans la cellule supprime cet inconvénient.
- Cet « air sec » ne doit, en aucun cas, être pris à l’extérieur caron injecterait ainsi dans les grains de nouvelles quantités d’oxygène qui en hâteraient le vieillissement. Le mieux est, au moyen du matériel utilisé pour le circuit des gaz insecticides, de faire passer l'air de la cellule dans un circuit comportant une installation de dessiccation. Cette dessiccation ne peut guère être avantageusement obtenue par la ponce sulfurique, le chlorure de calcium ou le gel de silice.
- Schribaux dit (p. 397) que des pertes en poids assez notables peuvent être enregistrées dans les grains si, déjà échauffés, ils sont placés dans un courant d’air. (Il entend évidemment un courant d’air pris dans l’ambiance.) L’injection d’air à la température ambiante, même desséché, et même provenant de la cellule, donnerait donc un mauvais résultat puisque cet air, circulant entre les grains, permettrait, pendant un certain temps au moins, la continuation des phénomènes chimiques qui les détériorent. Si, au contraire, l’air en circuit est desséché par réfrigération, ces phénomènes sont considérablement ralentis, la température moyenne est abaissée et une certaine quantité d’eau est entraînée.
- Il ne faut cependant pas s’exagérer l’importance de la déshydratation qui pourrait en résulter pour le grain et espérer ainsi ramener en très peu de temps à une teneur en eau raisonnable du grain anormalement humide. 11 faudrait plusieurs heures. Supposons que 3 000 qu entreposés à 14 p. 100 d’humidité soient parvenus, dans une cellule, à la température de 45° estimée dangereuse(i2 bis\ Si l’on refoule de l’air (primitivement réfrigéré à 5°, donc partiellement desséché par condensation) à la base de la cellule, il traverse la masse de grains, se réchauffe en se chargeant presque jusqu’à saturation de la vapeur d’eau qu’il peut recevoir à cette température et s’échappe par les orifices supérieurs. Réchauffé à 45° par conséquent, chaque mètre cube d’air peut se charger d’environ 75 g d’eau. Une installation débitant 1000 m3/h (43), enlève donc, en une journée : 0,075x1000x24 = 1800 kg d’eau sur les 42 t que contient la masse, ce qui revient à dire qu’elle a abaissé la teneur en eau du grain de 0,60 p. 100 en la ramenant de 14 à 13,4 p. 100. (Ces chiffres sont certainement supérieurs à la réalité, les calculs ne tenant aucun compte de la porosité des parois du silo, réservoir d’eau qui a tôt fait de rétablir un équilibre hygrométrique).
- La lenteur relative de cet assèchement prouve qu’il faut surtout attendre de cette méthode un refroidissement temporaire du grain, d’obtention plus commode et bien moins coûteuse que par remontage._
- Quant à l’abaissement de température, il provient de deux sources : d’une part,
- (42 bis) A ce sujet, on ne peut que regretter que la plupart des cellules de silos ne soient pas munies, en divers points, de dispositifs thermométriques permettant de déceler les échauffements dès leur apparition en un point quelconque de la masse.
- (43) Rien ne s’oppose techniquement à la réalisation d’installations deux et même trois fois plus puissantes. L’industrie, ayant adopté notre point de vue, met actuellement au point l’étude d’installations capables de fournir 100 000 à 120 OOOfrigories-heure.
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- des échanges thermiques entre le grain et l’air injecté, et, d'autre part et surtout, de l’évaporation de l’eau entraînée.
- En reprenant le même exemple que précédemment, on constate que les 24 000 m3 d’air à 5° débités en 24 heures absorbent, pour atteindre la température du grain (45°) : 24 000 X 0,3 (45 — 5) = 288 000 Cal, ce qui abaisse la température du
- . , 288 000 ' . i , T,, . • U - , i aaa i ,,
- grain de : - ^ —---—— =2,4 degres. L évaporation simultanée des 1 800 kg d eau
- ° 300 000x0,4 0 4
- absorbe bien davantage : 1 800x571
- 1 027 800
- :u)=l 027 800 Cal, ce qui abaisse la température du grain de : —8,5 degrés environ, soit un abaissement de
- température total de 11 degrés environ, évidemment appréciable, mais qui peut être rapidement regagné par réchauffement des grains si ceux-ci, réellement trop humides, continuent à fermenter (i5).
- Ce calcul, purement théorique, ne tient pas compte de la capacité calorimétrique des parois du silo, capacité qui n’est pas négligeable et peut probablement absorber 10 à 20 p. 100 des frigories fournies.
- Un grand avantage de cette méthode, sur le traitement thermique dans la cellule même, réside dans ce fait qu’on n’assiste là à aucune migration importante de l’humidité comme nous allons l’exposer. L’air froid, en effet, arrivant à la base du silo ne se charge que d’une faible quantité de vapeur d’eau. S’échauffant de plus en plus à mesure de sa pénétration dans les couches supérieures, il ne se sature jamais d’humidité qu’autant que le lui permet la température à cette couche. En bref, il se réchauffe toujours et ne trouve à aucun moment une zone de refroidissement où il puisse déposer l’excès d’humidité qu’il contiendrait alors, phénomène obligatoire lorsque, à l’inverse, on injecte de l’air chaud. Le seul risque possible est que la dessiccation du grain peut être un peu plus poussée dans les couches inférieures du silo, c’est-à-dire que la densité du grain peut être plus forte en haut qu’en bas. U ne faudra donc pas procéder à cette opération peu de temps avant la livraison, mais la faire au contraire assez tôt, de manière à permettre à l’équilibre hygrométrique de se rétablir. On parvient par cette méthode à un résultat contraire de celui signalé page 35 de l’épreuve : densité plus forte en bas qu’en haut.
- Traitement thermique des grains dans les cellules mêmes. — On a pensé à refouler dans la cellule de l’air pris à l’extérieur et réchauffé. Ce serait là une dangereuse erreur. Voici pourquoi. Comme nous l’avons vu, on peut considérer que la chaleur spécifique moyenne des grains de blé est d’environ 0,4, c’est-à-dire qu’il faut pour échauffer de 1 degré un kilogramme de blé 0,4 Cal. En d’autres termes, « l’équivalent en eau » de 1 kg de blé est de 0,4 kg. De même, l’équivalent en eau de 1 m3 d’air est de 0,3 kg.
- Si le grain est traversé sur une grande épaisseur par le courant d’air, par exemple dans une cellule de 24 m de hauteur contenant 3 500 qu, la masse de grains s’échauffera de proche en proche, en commençant par la tranche par où entre l’air, la
- (44) Chaleur de vaporisation de l’eau à 45°.
- (45) Dans cette circonstance, à moins de multiplier et de prolonger les injections d’air froid et sec, il n’est guère d’autre remède que de recourir, malgré ses inconvénients, au traitement thermique en appareils spéciaux (à ruissellement).
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- tranche par laquelle il sortira restant jusqu’à la fin de l’opération à une température voisine de sa température initiale.
- Dans ce cas, pendant la presque totalité de l’opération, l’air arrivant à 65°, par exemple, sortira à une température très voisine de la température admise comme température initiale du blé, soit 25°. D’autre part, la tranche d’entrée d’air, puis, peu à peu, les suivantes, seront portées à la température d’arrivée de l’air, soit 65°.
- Dans ces conditions, l’air se refroidissant de 65° à 25° pendant que le blé s’échauffe de 25° à 65°, la quantité d’air nécessaire doit représenter un équivalent de chaleur en eau égal à l’équivalent de chaleur en eau du grain traité, c’est-à-dire que
- pour 3 500 qu de blé, il faudra : 350 000X^-^ = 466 555 m3 d’air.
- U, o
- Pour tenir compte des inévitables pertes par rayonnement et de la chaleur dépensée pour échauffer les parois, on peut admettre une consommation minima de 525 000 m3 d’air, soit 1 500 m3/t. Ce nombre reste le même si on veut porter le grain à toute autre température, soit 60°, en utilisant de l’air porté à 60°, ou à peine plus haut.
- Dans la pratique, le traitement thermique du grain se heurte à trois écueils :
- 1° Tout d’abord, la difficulté matérielle de produire et d’utiliser sans pertes considérables des quantités d’air chaud aussi énormes ;
- 2° Si on fait tourner l’air en cycle fermé, il y a migration de l’humidité du grain des parties de la masse déjà chaudes vers les parties encore froides. Il se produit ainsi une dessiccation des couches d’entrée, dessiccation qui peut être très poussée si le tas de grains est profond. Cela n’a, pour ces couches superficielles, d’autre inconvénient qu’une diminution temporaire du poids à l’hectolitre correspondant au taux de dessiccation. Par contre, l’humidité migrante détrempe les régions moins chaudes, soit la tranche de sortie, les parois et les zones avoisinantes. Le grain, dans ces régions, s’alourdit et devient rapidement la proie des moisissures que le traitement thermique effectué dans ces conditions ne réussit jamais à tuer; - _
- 3° Si on fait passer l’air en une seule fois à travers la masse, en l’évacuant ensuite, cette action reste encore très sensible. On constate alors une dessiccation sur la totalité de là masse, dessiccation qui correspond évidemment à une perte de poids et que l’on doit soigneusement suivre si l’on veut éviter une diminution du poids de la quantité initiale ensilée. Il importe, en effet, dans le cas de docks coopératifs, par exemple, que ces organismes conservent le poids initial et ne le diminuent pas. Peu de clients en admettraient la raison, ayant plutôt l’habitude de voir leurs grains « prendre du poids », c’est-à-dire s’humidifier en dock. C’est, d’ailleurs, cette raison qui a paralysé aux États-Unis le développement du traitement thermique, sauf pour la semence, où, seul, importe le nombre de grains : là, si le traitement est convenablement effectué, il ne diminue pas le pourcentage germinatif et on retrouve dans la quantité initiale, devenue plus légère, le même nombre de germes vivants.
- Ce qu’il convient de remarquer, c’est qu’il est très difficile dans ces traitements de déterminer exactement la perte d’eau qu’ils occasionneront. Elle variera, selon de multiples circonstances, de 3.à 6 p. 100 en poids. Elle variera dans de moins grandes limites en volume, mais existera toujours néanmoins, la dessiccation s’accompagnant d’une légère contraction du grain.
- L’ouvrier chargé de l’exécution aura donc toujours à craindre l’un des deux cas suivants : ou il desséchera trop, ce qui provoquera des inconvénients commerciaux;
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- ou il ne desséchera pas assez et alors, la masse, ayant reçu des calories supplémentaires, se trouvera dans des conditions plus mauvaises encore, favorisant le développement des moisissures, des insectes et l’oxydation des grains.
- En pratique, l’utilisation de l’air chaud, pour toutes les raisons ci-dessus(4C), ne peut donc avoir lieu dans les cellules des silos mêmes. Il est indispensable de traiter avant ensilage et, de préférence, dans des appareils à ruissellement spéciaux dont le commerce fournit à l’heure actuelle d’excellents modèles. Ceux-ci permettent un facile contrôle de la dessiccation réalisée et le grain a le temps de se refroidir avant endockage.
- G. — Silos souterrains. — Dans les silos souterrains, la technique de désinfection doit être envisagée tout autrement. En premier lieu, l’absence complète de tout moyen de remplissage mécanique rapide oblige à rejeter absolument l’emploi du mélange à base de glace sèche. En second lieu, ces silos, appartenant en majorité à des indigènes, n’auront jamais reçu avant leur remplissage un dispositif permettant de refouler, par le bas, les gaz insecticides. Ce dispositif ne peut être réalisé qu’ensuite, soit par l’intéressé, soit, plutôt, par un entrepreneur au moyen de la méthode dite « des sondes ». Cette méthode est exposée en détail un peu plus loin (voir p. 433); nous ne signalerons ici qu’une particularité de l’emploi des sondes dans les silos souterrains. Ceux-ci ne peuvent, en effet, être traités s’ils sont pleins; les hommes doivent disposer, entre la surface de grains et le plafond, d’une hauteur minima de 1,50 m pour y manœuvrer et pouvoir enfoncer verticalement leurs sondes. Si le silo est plein, il convient donc de le vider partiellement; on le remplit de nouveau après avoir mis les sondes en place. Le traitement est effectué ensuite comme il est indiqué pour les cuves à grains et les vracs en ceintures de sacs.
- D. — Désinfection des grains en vrac dans les récipients autres que les silos aériens. — a. — généralités. — Frézal considère ainsi le logement algérien : « Celui-ci est constitué essentiellement de magasins et de silos. Dans les « magasins, les grains sont entreposés en vrac, en piles de sacs ou encore suivant « une conception mixte, c’est-à-dire en vracs emprisonnés à l’intérieur d’une bar-« rière circulaire de sacs pleins.
- « En général, les magasins construits en murs épais et hydrofuges élevés sur un « sol sec permettent une conservation convenable des blés. De nombreux praticiens « les préfèrent même aux silos aériens. Ils affirment que les altérations dues à « réchauffement et aux granivores sont moins à craindre.
- « Il est certain que, dans les magasins, les différents lots généralement séparés « les uns des autres et constituant des tas d’une hauteur presque toujours inférieure « à 4 m, peuvent être facilement maintenus à l’abri des condensations d’eau. D’autre « part, les blés entreposés ayant été exposés pendant plusieurs semaines au fort « soleil de l’été sont dans un état de siccité très avancé et souvent inférieur à la « limite reconnue nécessaire à leur maintien en parfait état de conservation.
- « Cependant, les risques d’altération ne sont pas complètement écartés. Des « échaufîements et des dommages dus aux insectes peuvent se produire.
- (46) Ces inconvénients ne se retrouvent pas, bien au contraire, dans le traitement au moyen de l’air desséché par refroidissement.
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- « Les manœuvres de conservation courantes qu’on leur oppose (pelletages pério-« diques, criblages à la main) entraînent des frais très élevés atteignant pour chaque « manipulation 0,50 fr et même 0,75 fr par quintal de grains.
- « A l’intérieur des magasins, il est indispensable de carreler, plafonner, crépir « les murs et arrondir tous les angles afin de faciliter les fumigations et les prénet-« toyages. Enfin, les vracs ou les piles de sacs, au lieu de reposer à même le sol, « devraient être établis sur des planchers hauts de 10 à 15 cm et à une certaine dis-« tance des murs. L’aération de la masse des grains serait ainsi activée et la chasse « d’une catégorie de déprédateurs redoutables, les rongeurs, facilitée ».
- On peut donc, pour le cas qui nous intéresse, résumer ainsi la question :
- a) Les cuves à grains peuvent être couvertes d’un plafond étanche ou facile à étancher, ce qui rend facile l’estimation du volume libre à désinfecter;
- b) Elles peuvent se trouver non couvertes, dans de grands magasins dont la désinfection entière est à réaliser aussitôt après. Dans ce cas, leur toit doit se trouver préalablement bâché U7). La cuve à grains est désinfectée par le procédé des sondes multiples exposé plus loin. Le magasin proprement dit reçoit ensuite les doses insecticides que l’on brasse au moyen de ventilateurs antidéflagrants;
- c) Le cas des cuves à grains mobiles constituées par des ceintures de sacs pleins, à l’intérieur desquelles on verse le grain en vrac, est semblable au précédent.
- b. — doses. — Les doses à employer sont :
- Pour les vracs, par mètre cube de grain :
- Oxyde d’éthylène......................
- Acide carbonique......................
- Pour les sacs, par mètre cube réellement occupé (= 8 qu
- j v Oxyde d’éthylène......................
- f Acide carbonique................... .
- jj t Oxyde d’éthylène......................
- ( Acide carbonique......................
- Pour le volume libre, par mètre cube :
- j ( Oxyde d’éthylène......................
- ( Acide carbonique......................
- jj ( Oxyde d’éthylène......................
- ( Acide carbonique......................
- 23 g 277 g de grain) : 23 g 277 g 23 g 190 g
- 53 g 637 g 53 g 435 g
- Les formules I sont employées dans le cas de récipients ou locaux fermant hermétiquement et ne laissant aucune issue aux gaz en cas de surpression locale.
- Les formules II, plus économiques, sont à retenir dans les circonstances où, en
- (47) La location d’une bâche de 7 m x 5 m revient à environ 1,50 fr par jour. Le prix de cette opération n’est donc pas prohibitif. Dans certains cas, toutefois, le propriétaire hésite devant l’augmentation de dépense assez considérable que représente pour lui la désinfection de la totalité du magasin et préfère limiter l’opération au seul volume occupé par les grains. (Étant donné que les charançons grimpent aux murs, une recontamination rapide s’ensuivra et il faudra s’attendre à renouveler l’opération au bout d’un temps plus ou moins long). Dans ce cas, le bâchage se fait donc directement au-dessus du grain et des sondes après avoir eu soin de balayer, recueillir et détruire tous les charançons que l’on a pu capturer hors des grains.
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- cas de surpression interne, les gaz trouveraient aussitôt une issue largement suffisante pour s’échapper (toiture non étanche simplement bâchée).
- c. — matériel. — Celui-ci comprend essentiellement :
- 1° des sondes de 20 mm de diamètre, munies d’une spire hélicoïdale rapportée à leuT extrémité et percées de trous de 2 mm de diamètre ou de fentes de 2 mm de largeur. Si on craint que les fentes n’alfaiblissent trop la sonde et qu’on préfère les trous, on doit donner à ceux-ci un profil spécial (fig. 19) tel qu’ils ne puissent être obturés, même si un grain de blé vient s’appliquer exactement dans leur axe. Ces trous ou ces fentes doivent être aussi nombreux que possible de façon à éviter les
- Coupe AB.
- Fig. 19. — Détails de construction des sondes.
- pertes de charge considérables dont nous avons plus haut signalé l’importance dans l’étude des dispositifs fixes pour silos.
- La sonde ayant 20 mm de diamètre extérieur, soit environ 150 mm2 de section intérieure, doit, en pratique, pour tenir compte des pertes de charge, comporter une surface de distribution totale, en trous ou en fentes, de 2 000 à 2 500 mm2 au moins (10 à 15 fois supérieure à celle de la section de la sonde). Chaque sonde sera donc perforée de 650 à 850 trous ou d’un nombre de fentes variable avec la longueur de celles-ci.
- Les sondes, longues de 1,50 m, peuvent être allongées autant qu’il est nécessaire par le moyen de tronçons de 1,50 m également, raccordés aux sondes et entre eux, jusqu’à obtention de la longueur nécessaire. Ces tronçons, dans leur partie immergée.dans le grain, reçoivent eux-mêmes des perforations analogues à celles des sondes ;
- 2° Un turbo-ventilateur, de débit suffisant pour alimenter largement les sondes(i8 > Sur la branche de refoulement, ce ventilateur comporte en outre une manche de grand diamètre destinée à refouler directement les gaz en haut de la partie libre du silo ;
- 3° Un vaporiseur d’oxyde d’éthylène branché sur la branche de refoulement. Celui-ci, évidemment, doit, en raison même de la nature mobile de l’installation, être aussi transportable que possible, tout en assurant la volatilisation rapide de
- (48) Il ne faudra évidemment pas négliger, dans le calcul du débit du ventilateur, le fait qu’il aura à brasser par moments d’abord, presque constamment ensuite, des mélanges gazeux de densité plus élevée que l’air et, par conséquent, moins fluides.
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- quantités importantes d’oxyde. C’est ce qui fait que les calories nécessaires doivent être accumulées dans de l’eau chaude, le vaporiseur fonctionnant ensuite suivant le principe du bain-marie.
- En principe, l’ébullition de l’oxyde d’éthylène se faisant, sous la pression atmosphérique, à 10°5, il suffirait de disposer dans le bain-marie d’eau à 40° ou 50° la perte de charge à l’écoulement des vapeurs à travers le grain devant être très faible avec des appareils, bien étudiés. Mais, comme on doit compter, d’une part, sur la possibilité d’une obstruction accidentelle des organes d’injection dans la masse, et d’autre part, sur l’utilisation, par inadvertance, d’eau à une température supérieure à 40° ou 50°, on doit, pour pouvoir employer le vaporiseur avec une marge de sécurité admissible, se placer dans le cas le plus défavorable, c’est-à-dire dans celui où le bain-marie étant alimenté avec de l’eau à 100°, l’écoulement des vapeurs se trouverait interrompu et la pression interne monterait à la tension de vapeur de l’oxyde d’éthylène à cette température.
- L’adjonction de soupapes n’est qu’un palliatif, car ces organes ne sont considérés comme donnant une certaine sécurité qu’à condition d’en monter un groupe de deux sur l’appareil intéressé, et d’être l’objet d’un entretien et d’une surveillance sérieux.
- La tension de vapeur développée par l’oxyde d’éthylène étant d’environ 15 atm, on voit que ces appareils doivent être de construction robuste.
- Ils doivent comporter une surface d’échange suffisante pour que la transmission des calories, entre l’eau de chauffage et le liquide qu’il s’agit de vaporiser, s’effectue à une allure suffisamment rapide. Il faut, en plus, que cette surface d’échange reste mouillée par les deux fluides dans sa plus grande partie, jusque vers la fin de la vaporisation de l’oxyde d’éthylène. (Sinon on s’expose à voir la vaporisation se ralentir excessivement en fin d’opération, parce que, simultanément, la température de l’eau du bain-marie s’abaisse, la surface d’échange diminue, et le point d’ébullition de l'oxyde d’éthylène se relève un peu du fait de la concentration, dans les dernières parties restantes, des impuretés les moins volatiles.)
- En dernier lieu, il est nécessaire que le dispositif permette le renouvellement automatique, constant et rapide de la pellicule d’eau qui est en contact immédiat avec la surface d’échange. Autrement cette pellicule se refroidit beaucoup plus vite que la masse moyenne de l’eau du bain-marie, et, si elle n’est pas remplacée aussitôt par d’autres molécules plus chaudes, l’appareil « s’endort » et il faut brasser l’eau de chauffage pour l’activer de nouveau.
- La combinaison de ces diverses exigences nous amène à concevoir le meilleur vaporiseur comme un récipient cylindrique à axe vertical (fig. 20), assez aplati, à fonds un peu bombés pour tenir la pression d’épreuve, mais en réduisant cette courbure des fonds au minimum. Dans ce récipient, éprouvé à 15 ou mieux 18 kg/cm2, est disposé, au voisinage du fond inférieur, et même au contact immédiat de ce dernier, un serpentin E J S à spirale plate, en tuyau de petit diamètre et à spires presque juxtaposées. Dans ce serpentin, on fait écouler l’eau de chauffage, pendant tout le temps de la vaporisation, en réglant le débit de manière que l’eau sorte du serpentin à une température d’au moins 25°. Ce dispositif a l’avantage de réduire au minimum la quantité d’oxyde d’éthylène nécessaire pour mouiller effectivement la surface d’échange, et d’assurer le mouvement constant de l’eau de chauffage au contact de cette même surface.
- Le vaporiseur comporte en outre un bouchon R pour son remplissage. La quan-
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- Kig. 20. — Vaporiseur portatif d’oxyde d’éthylène, type Mallet.
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- tité à introduire peut être mesurée à l’extérieur par transvasement. On peut aussi munir le dispositif d’un flotteur intérieur F, supportant, par l’intermédiaire d’une tige non magnétique, un aimant droit M. Ce dernier se déplace dans un doigt de gant tubulaire D en laiton mince (vu son faible diamètre, ce doigt de gant peut résister à une pression élevée avec une paroi mince) et entraîne, à travers la paroi de laiton, dans ses déplacements verticaux, un anneau en fer doux V fermant le circuit magnétique de l’aimant. Ce dispositif de niveau est rigoureusement à l’abri des ennuis
- Fig. 21. — Schéma de l’installation mobile pour la désinfection des cuves à grains.
- que provoque, avec un gaz toxique, la rupture accidentelle d’un tube de niveau en verre ;
- 4° Un détendeur vaporiseur de CO2 à grand débit. Plus que jamais, dans ce cas, il est indispensable d’avoir une vaporisation rapide du CO2. La méthode du « sandwich » que l’on est obligé d’employer, faute de réservoir mélangeur, exige une vaporisation très rapide de la deuxième dose de CO2. Faute de quoi, l’oxyde d’éthylène déjà introduit, stagnant dans les couches inférieures, risquerait à la longue d’être absorbé par celles-ci ;
- 5° Les tuyauteries souples, vannes et raccords nécessaires pour permettre l’aspiration, le refoulement et l’alimentation en gaz.
- d. — pratique de la désinfection. — Après avoir vérifié la non-obturation des trous des sondes, on enfonce les sondes dans le grain, en les plaçant aussi près que possible des parois, si celles-ci sont en maçonnerie, à 80 cm environ si elles sont constituées par des ceintures de sacs. Deux rangées sont disposées face à face (fig. 21), parallèlement à la grande longueur de l’amas de grain. Entre deux sondes de la
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- meme rangée, la distance ne doit pas excéder 1,25 à 1,50 m. Les deux rangées ne doivent pas être séparées par un intervalle de plus de 6 m. Dans le cas où cette distance se trouverait dépassée, on installe 3 rangées de sondes : 2 refoulantes, au long des parois, une aspirante entre elles (comportant un nombre de sondes double) (fîg. 22).
- Dans le cas exceptionnel où un nombre de rangées plus élevé devra être installé, disposer celles-ci de telle sorte que la distance de rangée à rangée n’excède pas 6 m et placer, le long des parois, les sondes refoulantes, s’il s’agit de cuves cimentées, les sondes aspirantes, s’il s’agit de vracs maintenus par des ceintures de sacs.
- Fig. 22. — Disposition des sondes dans une cuve à grains.
- Les sondes sont ensuite reliées par des tuyaux flexibles BL et AK aux clarinettes de refoulement et d’aspiration de la pompe (fig. 21). Le local est étanché aussi parfaitement que possible, surtout dans les parties basses (suif ou chiffons suifés s’il s’agit de cuves munies d’un orifice de vidange). On laisse dans le haut un petit orifice pour le dégagement de l’air déplacé par l’introduction des gaz.
- Par la clarinette et les sondes de refoulement, on introduit alors la moitié de la dose de CO2, la pression étant réglée à 3 kg/cm2. Si on ne dispose que des mano-détendeurs ordinaires du commerce, ceux-ci givrent avec une telle facilité qu’il est nécessaire de se munir à l’avance de plusieurs jeux (la solution qui consiste à employer des bouteilles de 10 kg munies chacune d’un manodétendeur de façon à répartir autant que possible le travail de détente n’est qu’assez rarement pratique en raison de l’augmentation des frais de transport et de location des bouteilles). La meilleure solution, tant pratique qu’économique, consiste à brancher les bouteilles, I, vanne en bas, sur le manodétendeur unique à grande paissance déjà cité dans la désinfection des cellules de silos (fig. 16 et 21).
- Au cas où l’on ne doit vider que partiellement l’une des bouteilles, celle-ci est placée sur bascule et vidangée dans'cette position. Sitôt terminée l’introduction de
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- la première demi-dose, les bouteilles ou le manodétendeur unique sont remplacés par le vaporiseur H. Celui-ci est rempli de la dose d’oxyde d’éthylène liquide nécessaire, évaluée par pesée sur bascule (bouteille G) ou par vision directe (siphons gradués pour les petites quantités). Pendant le remplissage, le gaz s’échappant du vaporiseur part donc dans les sondes de refoulement. Le vaporiseur est ensuite chauffé; quand l’oxyde d’éthylène est entièrement vaporisé, la pression tombe à zéro, et on s’assure pratiquement que le vaporiseur est bien vidé en en fermant la vanne d’échappement (si celui-ci contient encore de l’oxyde, la pression remonte). Puis celui-ci est débranché et, plus tard, vidé du résidu de la distillation. On envoie aussitôt la seconde demi-dose de CO2, et on bouche l’orifice ménagé au début pour l'échappement de l’air. Le ventilateur F est mis en route; créant un mouvement horizontal dans la masse de grain D, des sondes refoulantes aux sondes aspirantes. Cette opération dure assez pour permettre une dizaine de circuits de l’air contenu dans le grain. On débranche ensuite les sondes de refoulement et on les place, elles aussi, sur la distribution d’aspiration; la clarinette de refoulement est isolée par la vanne spéciale V. C’est à ce moment que, si l’on n’opère pas en local plafonné, mais, par exemple, à l’air libre dans un vaste entrepôt, on recouvre le vrac de bâches reposant directement sur les sondes ou sur un châssis de fortune. Les gaz sont ensuite refoulés au moyen d’une manche unique C, mais de grand diamètre(49) à la partie supérieure du volume libre. Le ventilateur crée donc alors un mouvement vertical, le gaz pompé par les sondes étant rejeté en haut du local et aspiré de nouveau par les sondes. Ce mouvement vertical dure, lui aussi, assez longtemps pour permettre une dizaine de circuits de l’air contenu dans le grain et dans le volume libre.
- Il ne reste plus ensuite, après avoir arrêté le ventilateur, qu’à débrancher les flexibles de la clarinette d’aspiration, les jeter dans le récipient à grains, et étancher au mieux.
- Le temps de désinfection écoulé (24 ou 48 heures), on récupère les sondes et les flexibles. Si l’opération a été faite correctement, le volume libre sent encore fortement l’oxyde d’éthylène mais l’orifice de vidange inferieur, s’il y en a, ne doit dégager aucune odeur.
- E. — AMÉNAGEMENT DES LOCAUX DESTINÉS A RECEVOIR DES GRAINS EN VRAC. — DailS tout ce qui précède, nous n’avons considéré que le cas concret, tel qu’il se présente couramment, d’une masse de vrac plus ou moins considérable commençant à se cha-rançonner et pour laquelle le propriétaire est obligé d’envisager, à Vimproviste, la désinfection.
- Avec un peu de prévoyance, le propriétaire pourrait considérablement faciliter les opérations; il leur donnerait, en tout cas, davantage de sécurité encore. Il suffirait qu’il disposât, à même le sol de la cuve à grains, soit des drains très simples constitués par 3 planches dont la section forme un U renversé, soit un faux plancher maintenu à quelques centimètres du sol et dont les interstices constitueraient d’excellents orifices de diffusion. Un tuyau vertical, dont une ouverture débouche à l’air libre et l’autre entre le faux plancher et le sol, permettrait, le cas échéant, de brancher la manche de refoulement des gaz du ventilateur. Les gaz se trouvant alors
- (49) Égal au diamètre de l’orifice de refoulement du ventilateur.
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- parfaitement répartis sous toute la surface du grain, il suffirait de créer le mouvement vertical ascendant pour assurer leur répartition parfaite.
- Les sondes deviendraient évidemment inutiles puisqu’elles seraient remplacées par une installation meilleure à tous les points de vue, y compris et surtout celui des pertes de charge.
- F. — ventilation des vracs. — Remarquons que ce procédé, tout comme celui appliqué aux silos aériens, permet, en dehors du traitement, la ventilation sans remontage des grains. Son adoption par les propriétaires permettrait de faire disparaître les odeurs « de silo », « de moisi », « de bateau ». La chose sera cependant rarement réalisée en pratique, en vue de la ventilation seule, car le propriétaire, dans la plupart des cas, reculera ou bien devant l’achat du matériel nécessaire ou devant les prix que lui demanderont les entrepreneurs, prix qui ne pourront guère être inférieurs, pour une ventilation seule, à ceux qui sont pratiqués pour une désinfection normale.
- E. — Désinfection des magasins et des grains en sacs. — La désinfection des vracs doit être immédiatement suivie, lorsqu’il est possible, de la désinfection des espaces libres du magasin, c’est-à-dire de tout l’espace non occupé à partir de la toiture. Un bâchage extérieur de celle-ci s’impose dans la plupart des cas, sinon on est obligé de renouveler le traitement au bout de peu de temps. Les calandres, en effet, par leur habitude de déambuler le long des murs, souvent à grande hauteur, les Tribolium, par leur régime polyphage, qui leur permet de vivre en quantités dans les poussières accumulées dans la superstructure du bâtiment, vont, en grande partie, échapper au traitement et la recontamination suivra de peu. Dans le cas d’un stockage prolongé, ce que nous devons malheureusement envisager, on aura donc procédé à une opération inutile. Ce n’est que si la vente est imminente que le traitement sous bâche peut s’admettre, à condition encore que cette vente ait lieu en vue de la mouture. Dans la plupart des cas, et surtout si les magasins sont bien remplis, on doit procéder au bâchage extérieur de la toiture.
- Les frais supplémentaires ainsi occasionnés sont absolument insignifiants eu égard au total, et vouloir les éviter serait d’avance enlever à la désinfection la plus grande partie de son intérêt. On n’insistera jamais assez sur ce point, et tout propriétaire devra exiger, soit de son personnel s’il opère lui-même, soit de l’entrepreneur auquel il se sera adressé, l’étanchement aussi parfait que possible du local à désinfecter. Il va sans dire que les précautions ordinaires seront prises également en ce qui concerne les diverses ouvertures et les fissures. Ces orifices seront obturés, de l’extérieur de préférence, par des chiffons tassés ou des bandes de papier collées.
- Les sacs représentent la grande difficulté de la désinfection; plusieurs solutions peuvent être envisagées selon le matériel dont on dispose; mais, dans les deux cas, ils doivent être disposés de façon spéciale.
- 1° Brassage de l'atmosphère par ventilateurs. — Il est indispensable d’empiler les sacs en les croisant, en « murs » de 2 m d’épaisseur au plus; on ménage ainsi, entre ceux-ci, des allées où l’air chargé d’insecticide et brassé par les ventilateurs passe librement.
- Tous les produits auxquels on s’est adressé jusqu’ici sont plus lourds que l’air, t l’oxyde d’éthylène, dont nous préconisons l’emploi aujourd’hui, est dans le même
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- cas. De nombreux échecs n’ont pas eu d’autre cause que la sous-estimation de l’importance de cette particularité. Au cours de nombreux essais, nous avons toujours constaté que, même en distribuant les vapeurs en haut des locaux, celles-ci « coulent » vers le fond, dans un air tranquille, sans se diffuser de façon convenable. (Pour des gaz lourds, à indice de réfraction élevé, comme le sulfure de carbone, on les voit même.) Le même phénomène se produit pour l’oxyde d’éthylène et l’acide carbonique, beaucoup moins denses cependant. Il est indispensable, après avoir injecté les produits, d’assurer un brassage général de l’air du local au moyen de ventilateurs antidéflagrants. La meilleure disposition a été réalisée en plaçant un ventilateur par angle de bâtiment. Trois ou cinq, ou davantage, selon la longueur du magasin, dirigés obliquement de haut en bas vers les parois, assurent la circulation dans un sens. Un autre est dirigé lui aussi de haut en bas, mais il coupe en quelque sorte le circuit en dirigeant le gaz qu’il déplace vers le centre du bâtiment (fig. 23).
- Avec un tel dispositif, il devient indifférent d’introduire les gaz par le haut ou par le bas, les ventilateurs se chargeant de leur homogénéisation ultérieure.
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- Fig. 23. — Disposition des ventilateurs brasseurs d’air pour la désinfection d’un magasin.
- Contrairement à ce qu’on pourrait croire au premier abord, les ventilateurs ne doivent pas être arrêtés au bout d’une heure ou deux, après avoir assuré l’homogénéité du milieu gazeux.
- D’abord, elle est assez difficile à obtenir, entre les piles de sacs par exemple; ensuite, et surtout,
- des essais précis nous ont prouvé que si la pénétration du gaz dans le grain est considérablement favorisée par un courant d’air, elle devient presque nulle dès qu’il disparaît. Elle ne s’opère plus que par diffusion simple dans l’air qui imbibe le grain. Lorsqu’on opère avec l’oxyde d’éthylène, très hygroscopique et d’absorption facile, on constate que la lenteur de la pénétration par diffusion permet aux couches superficielles de grains d’absorber tout le gaz; il n’y pénètre plus qu’à faibles doses, nettement insuffisantes pour jouer un rôle insecticide. Il convient donc de laisser les ventilateurs en route pendant toute la durée de la désinfection.
- 2° Brassage de Vatmosphère par turbo-ventilateurs. — Ce matériel présente l’avantage de pouvoir fonctionner soit avec le courant électrique, soit avec un moteur à explosion. A défaut de ventilateurs on peut donc l’utiliser dans le cas où le magasin n’est pas électrifié. Placé à l’extérieur, il est muni de deux tuyaux lui permettant d’aspirer au ras du sol les gaz qui s’y trouvent à forte concentration et de les refouler à la partie supérieure du magasin. Il crée ainsi un brassage que l’on a intérêt, par une orientation judicieuse du tuyau de refoulement, à rendre aussi parfait que possible. Il est bien évident toutefois que le brassage ainsi réalisé sera moins vigoureux que celui obtenu par plusieurs ventilateurs.
- Mais la possession d’un tel matériel, pourvu que l’on prenne la peine de procéder à une manipulation préalable des sacs, doit permettre d’obtenir des résultats meilleurs et plus rapides qu’avec des ventilateurs.
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- La technique est la suivante : les sacs sont disposés en^deux murs parallèles, aussi épais qu’il est utile et aussi rapprochés qu’on le veut, pourvu qu’iljsubsiste sûrement entre les deux rangs un espace libre de deux ou trois décimètres. On forme ainsi, entre les deux rangées, un mince carneau de répartition que l’on ferme à chaque bout par un mur perpendiculaire aux précédents. A la partie supérieure, l’espace vide est fermé par des sacs mis à cheval et soutenus par quelques madriers. En un point, l’enceinte continue ainsi réalisée est traversée par le tuyau de refoulement du turbo aspirant d’autre part dans la pièce, autour de l’enceinte (des sacs. Les gaz désin-
- Fig. 24 — Modes de disposition des sacs désinfectés par la méthode du turbo-ventilateur.
- (P, Turbo-ventilateur; — A, Tuyau d’aspiration; — R, Tuyau de refoulement;
- FP, Faux planchers.)
- sectisants sont ainsi forcés de circuler en cycle fermé, en traversant obligatoirement à chaque circuit l’enceinte de sacs (fïg. 24, croquis A).
- Il est évidemment avantageux de disposer les sacs d’une façon aussi serrée que possible, pour que les passages subsistant obligatoirement entre sacs non avachis ne représentent pas, par rapport au passage à travers les sacs, une voie de moindre résistance d’une trop grande importance relative.
- De nombreuses modalités d’application s’appuyant sur le même principe sont encore possibles; le croquis B (fîg. 24) représente la charge de sacs d’une chambre disposée en deux massifs creux, dans l’un desquels le ventilateur aspire, tandis qu’il souffle dans l’autre. Les massifs creux peuvent aussi, à chacune de leurs extrémités, être fermés en les appuyant contre deux parois opposées, au lieu de les fermer par des murs de sacs en bout.
- Enfin, la circulation peut aussi être provoquée dans le sens vertical si les sacs
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- sont chargés en couche continue sur un faux plancher permettant l’introduction par dessous des gaz (on se retrouve dans un des cas précédemment étudiés pour le traitement des vracs) (fig. 24, G).
- On peut même éviter le faux plancher en disposant le tuyau d’amenée sur le sol au milieu des sacs de la première couche, mais, dans ce cas, il faut prendre quelques précautions spéciales. Il convient en effet, en posant cette première couche et les deux ou trois suivantes, de laisser entre les sacs des vides constituant, après chargement des couches supérieures, des canaux anastomosés entre eux et qui constitueront un système de drains facilitant le passage des gaz ou vapeurs dans la masse.
- F. — Cellules de fumigation spéciales. — Dans certains cas, ces cellules peuvent être nécessaires. Le principe consiste essentiellement à soumettre le grain,
- Fig. 25. — Chambre de maçonnerie pour la désinfection des grains par circuit forcé des gaz.
- P, Porte; — Y, Vanne de vidange partielle; — D, Collecteur d’aspiration; — G, Collecteurs de refoulement; — R, Trou d’homme; — S, Soupape; — T, Turbo-ventilateur; — A, Aspiration d’air pur pour chasser les gaz de la chambre après désinfection; — CO2, Dispositif de distillation du CO2; — C2H40, Dispositif de distillation de l’oxyde d’éthylène.
- soit à mesure de son arrivée au dock, soit, en totalité, pendant le stockage, soit encore, au moment de la livraison, à l’action des vapeurs insecticides dans une cellule spécialement construite à cet effet. Celle-ci peut être en maçonnerie et avoir l’aspect de la figure 25, ou, mieux, métallique, en forme de double tronc de cône par exemple (fig. 26). L’application présente cependant des inconvénients :
- 1° Elle nécessite une nouvelle et assez considérable immobilisation de fonds pour la construction de la chambre et, le cas échéant, l’installation de tapis roulants ;
- 2” Elle augmente les frais de manutention pour les magasins ordinaires; par contre, dans les docks-silos, ces frais sont peu importants si l’on se contente d’aménager à cet effet l’une des cellules;
- 3° Le remplissage d’une cellule de silo durant, selon sa contenance, d’une demi-journée à 2 jours, et celui d’un magasin un temps fort long (plusieurs semaines), il est à craindre qu’une recontamination n’ait lieu pendant ce délai qui suppose un assez grand nombre d’heures d’arrêt du travail ;
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- 4° Elle exige une désinfection 'préalable et complète des locaux d'entreposage ou de la cellule vide. Or, les doses à employer sont, comme nous l’avons vu, plus importantes, donc plus coûteuses par mètre cube vide que par mètre cube rempli de grains. Même avec les dites doses, étant donné, d’une part, que tous les gaz à bon marché dont l’emploi peut être envisagé (anhydride carbonique, chloropicrine, etc.) sont de 1,5 à 5,7 fois plus lourds que l’air, que, d’autre part, ni les cellules, ni les magasins ne possèdent l’équipement pour assurer une homogénéisation convenable
- Vl
- Fig. 26. — Chambre métallique pour la désinfection des grains par circuit forcé des gaz.
- Ri, R2, Larmiers dilïuseurs circulaires ; — Y4, V2, Vannes de remplissage et de vidange.
- Le reste de l’appareillage est semblable à celui qui est représenté sur la figure 25.
- des gaz en hauteur (50), il est à craindre que les vapeurs ne restent stratifiées vers le bas, rendant illusoire la désinsectisation des parties supérieures.
- Quant au brossage des parois, en remplacement de cette opération, on ne peut compter sur son efficacité certaine et, surtout, absolue. (Les œufs de Tribolium sont solidement collés contre tous les supports fixes possibles.)
- En conclusion, on constate qu’en fin d’opération, le traitement des grains d’une part, en chambre spéciale, et celui des locaux ou cellules vides, d’autre part, auront coûté beaucoup plus que celui d’une désinfection ordinaire en cellule.
- Le traitement en fumigatorium spécial avant stockage n’est donc pas avanta-
- (50) Sauf dans le sas où l’on emploie la chloropicrine, très corrosive vis-à-vis des métaux, cet inconvénient peut être supprimé par l’emploi de ventilateurs placés dans les angles des locaux à désinfecter et dirigés obliquement.
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- geux dans la plupart des cas si l’on tient à éviter une recontamination ultérieure. 11 peut l’être, par contre, pour les grains en sacs attendant l’embarquement et disposés sur terre-pleins. Ceux-ci, en effet, quoi qu’on en pense, sont très irrégulièrement désinsectisés par n’importe quel produit si l’opération a lieu sur place et sous bâche.
- G. — Prix de revient de la désinfection. — Il varie considérablement avec la nature des locaux à désinfecter et les quantités de marchandises qu’ils abritent. On peut poser en principe que la désinfection est d'autant plus coûteuse que le local contient moins de marchandise. Nous avons déjà exposé pourquoi; s’il faut 23 g d’oxyde par mètre cube de grain, il en faut davantage par mètre cube de volume libre, 2,3 fois plus exactement, soit, pratiquement 30 g.
- La prévision des dépenses en gaz nécessaires à une désinfection s’effectue sur les bases suivantes, valables pour l’Algérie et aux cours actuels.
- On connaît toujours le tonnage du grain entreposé. Le nombre de quintaux divisé par 8 donne le nombre de mètres cubes de grain. Ce volume est soustrait du volume total du magasin, facilement calculable, pour donner le nombre de mètres cubes de volume libre. Nous comptons l'oxyde d’éthylène à 22 fr, l’acide carbonique à 4 fr le kilogramme.
- 1 m3 de grain en vrac exige :
- Oxyde d’éthylène . . . 0,023 kg soit 0,506 fr
- Acide carbonique . . . 0,277 — — 1,108 —
- Total 1,614 fr
- 1 m3 de grain en sacs exige :
- j Oxyde d’éthylène ( Acide carbonique . . . 0,023 kg soit 0,506 fr
- . . . 0,277 — — 1,108 —
- Total 1,614 fr
- jj ( Oxyde d’éthylène ^ Acide carbonique . . . 0,023 kg soit 0,506 fr
- . . . 0,177 — — 0,760 —
- Total 1,266 fr
- 1 m3 d’espace vide exige :
- j f Oxyde d’éthylène f Acide carbonique . . . 0,050 kg soit 1,10 fr
- . . . 0,637 — — 2,55 —
- Total 3,65 fr
- jj { Oxyde d’éthylène ( Acide carbonique . . . 0,050 kg soit 1,10 fr
- . . . 0,435 — — 1,74 —
- Total 2,84 fr
- Nous appuyant sur ces données, plusieurs exemples vont faire ressortir l’intérêt qui s’attache au remplissage aussi parfait que possible des locaux à traiter.
- désinfection en cellule de silo. — Soit une cellule de 450 m3, présentant une capacité utile de 3 500 qu (437,5 m3) et un volume inutilisable dans le haut de 12,5 m3.
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- 1er cas : la cellule est pleine. — La dépanse en gaz à prévoir par l’emploi des
- formules I est la suivante :
- Pour le grain : 437 m3 à 1,614 fr....................... 703,30 fr
- Pour le vide : 12,3 m3 à 3,63 fr........................ 45,60 —
- Total........................................... 750,90 fr
- Prix de la désinfection par quintal..................... 0,215 fr
- 2e cas : la cellule ne contient que 1 000 qu. Il faut :
- Pour le grain : 125 ni3 à 1,614 fr................... 201,75 fr
- Pour le vide : 325 m3 à 3,65 fr...................... 1 186,25 —
- Total.......................... 1 388,00 fr
- Prix de la désinfection par quintal : 1,388 fr, soit 6 fois plus cher que dans le premier cas.
- désinfection en magasin. — Soit un magasin d’un cubage total de 4 500 m3(5t
- qui contient.
- 1er cas :
- Plusieurs cuves à grain contenant au total............... 2 000 qu
- En sacs...................... ........................... 9 000 —
- La toiture est bâchée extérieurement.
- La dépense de gaz à prévoir est la suivante :
- Vrac : 2 000 qu........... soit 250 m3 à 1,614 fr 403,50 fr
- Sacs : 9 000 —............ soit 1125 m3 à 1,266 fr 1 424,25 —
- Vide : 4 500 —1 375 qu. . soit 3 125 m3 à 2,84 fr 8 875,00 —
- Total...................... 10 702,75 fr
- Prix de la désinfection par quintal : 0,97 fr.
- Si l’on considère les frais secondaires considérables qu’il faut encore envisager : salaires, transport, achat ou amortissement de matériel, bâchage, etc... qui s’ajoutent à ce prix, on peut estimer que celui-ci, dans ce cas, est à peu près prohibitif s'2).
- 2e cas : Le magasin contient :
- Plusieurs cuves à grains contenant au total.............. lOOOOqu
- En sacs................................................ 7 000 —
- La dépense de gaz à prévoir, calculée sur les mêmes données que ci-dessus, atteint 9 869,25 fr.
- Prix de la désinfection par quintal : 0,58 fr.
- L’opération devient commercialement possible.
- Ce qu’il faut en somme retenir de ce double exemple, c’est :
- 1° L’impossibilité de chiffrer le prix de revient du quintal d’une façon générale. Les prévisions ne sont possibles que si on connaît au moins la nature et le cubage
- (51) Ces exemples ont été pris parmi des cas concrets.
- (52) Ce prix [aurait été encore plus élevé si l’on avait considéré un magasin plafonné bien étanche, exigeant la mise en œuvre des formules II, beaucoup plus riches en CO2.
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- total des récipients à grain, les quantités de grain qui les occupent, le mode d’entreposage ;
- 2° La nécessité absolue, sous peine de frais exagérés lors de la désinfection, de proportionner les quantités de grain à entreposer au logement ou vice versa. Le remplissage doit être aussi complet que possible, mais on n’aura toutefois pas omis de ménager les cheminements nécessaires à une bonne répartition du gaz.
- VII. — LE TARARAGE, COMPLÉMENT INDISPENSABLE DE LA DESINFECTION.
- Les esprits non prévenus ont trop tendance, lorsqu’ils ont reconnu la valeur d’une méthode, à la considérer comme une panacée souveraine; les propriétaires doivent se garder de tomber dans ce travers. Si la désinfection, en effet, tue les insectes à tous leurs stades, elle n’en élimine pas les cadavres. Nous avons là un problème totalement différent de la désinsectisation des figues et des dattes, actuellement organisée d’une façon extensive en Algérie. Les vers de ces fruits, peu après leur mort, jaunissent, brunissent, puis se réduisent à l’état d’une pellicule ambrée ou brunâtre, peu visible et non répugnante. Les charançons adultes, au contraire, ne changent nullement de couleur ni de volume après leur mort; tout au plus, quelques-uns, complètement desséchés, se brisent-ils. Le vendeur, présentant la marchandise simplement désinsectisée, ne pourra éviter la naissance, dans l’esprit de l’acheteur, d’un sentiment de méfiance causé par les cadavres et les grains perforés. Le tararage reste donc indispensable soit peu après la désinfection (en prenant toutes précautions pour éviter une recontamination) soit, ce qui nous semble bien préférable, avant sa mise en vente.
- Le tararage est d’ailleurs une opération à laquelle les intéressés sont parfaitement accoutumés, et ils accepteront facilement de procéder à cette dernière opération, complément indispensable de la désinfection.
- VIII. — MÊME EN CHANGEANT LES GAZ EMPLOYÉS,
- LE MÊME MATÉRIEL RESTE INDISPENSABLE.
- Dans toute étude économique, il faut envisager la question de l’amortissement. Dans les deux cas suivants, le propriétaire a, en effet, le devoir de s’en préoccuper. S’il opte pour une installation fixe du silo, il faut compter qu’elle lui reviendra à environ 30 000 fr, augmentés de 2 000 fr environ par cellule (réseau de tuyauteries et vannes, dispositif de répartition des gaz dans les cellules). S’il s’adresse à un entrepreneur, il paiera dans le prix convenu l’amortissement du matériel que celui-ci se sera procuré.
- L’amortissement, semble-t-il, sera donc annuellement d’autant plus fort que les recherches nouvelles feront craindre l’apparition d’un nouveau gaz offrant des avantages supérieurs à ceux du mélange oxyde d’éthylène-anhydride carbonique. Et il faut bien s’y attendre : l’inépuisable arsenal chimique moderne pourrait bien nous offrir demain un produit à bon marché, ininflammable, présentant une complète innocuité vis-à-vis de l’homme, de la qualité boulangère, de la faculté germinative.
- Dans ce cas, le matériel actuel ne va-t-il pas devenir, du jour au lendemain, inu-
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- tilisable? Non, car, tout d’abord, quel que soit le gaz employé, l’obstacle à la diffusion présenté par le grain restera énorme et l’établissement du circuit forcé, soit par circuit extérieur pour les silos, soit par sondes pour les vracs, ne pourra être supprimé.
- D’autre part, sauf le cas peu probable (et peu pratique) où le gaz devrait être obtenu par réaction, il se trouvera, soit comprimé, soit liquéfié dans des emballages de transport. Le réchauffeur vaporiseur ou le détendeur restera indispensable; tout au plus devra-t-on changer la nature du liquide qui forme volant de chaleur.
- IX. — RÉSISTANCE DES MASSES DE GRAIN A LA CIRCULATION FORCÉE DES GAZ.
- L’étude expérimentale de ce problème, indispensable à l’établissement des principes directeurs du choix et de la construction du matériel, a été faite en utilisant l’appareil suivant.
- La substance à essayer a été chargée par écoulement simple et sans chercher à la rendre plus compacte par aucun procédé de tassement dans un tube en forme d’U, consistant en deux branches verticales d’un peu plus de 1 m, raccordées à leur partie inférieure par un double coude de manière à ne constituer aucun tronçon horizontal où aurait pu subsister un vide. A la partie supérieure, vide de grain, de chaque branche, un petit tube était branché, et raccordé aux deux extrémités d’un manomètre à eau (fig. 27).
- Le passage du gaz, dans le cas de l’air, était provoqué en aspirant ce dernier à travers le grain au moyen d’une trompe à eau branchée sur une des extrémités du tube en U, la variation du débit étant obtenue en ouvrant plus ou moins le robinet de réglage intercalé entre la trompe et le tube en U, l’alimentation de la trompe en eau se faisant en régime constant. Dans le cas de gaz autres que l’air et disponibles sous une certaine pression, l’usage de la trompe n’était plus nécessaire, le réservoir à gaz étant branché sur une des extrémités du tube en U, et le réglage du débit étant obtenu par étranglement d’un robinet intercalé dans la tuyauterie de branchement.
- La quantité de gaz ayant traversé effectivement le tube en U dans un temps donné était mesurée au moyen d’un compteur sensible aux petits débits et intercalé dans la canalisation de gaz.
- La mesure de la quantité de gaz écoulé se faisait sur une durée d’une minute après établissement du régime régulier d’écoulement.
- La hauteur de grain traversée était, suivant les cas, de 1,50 m à 2 m (longueur totale développée du grain dans les deux branches droites et la partie coudée), sauf dans le cas de la semoule et du tapioca, où, en raison de la résistance beaucoup plus grande opposée par ces substances au passage du gaz, on s’est contenté de faire traverser la matière à essayer par le gaz sous une hauteur beaucoup plus faible.
- Dans tous les cas où la hauteur traversée était comprise entre 1,50 m et 2 m, les piquages du manomètre débouchant dans le tube en U très près de la surface libre du grain, la perte de charge supplémentaire par écoulement du gaz dans la partie libre du tube entre la surface du grain et le débouché des piquages mano-métriques était absolument insignifiante par rapport à la perte de charge à travers la denrée à étudier.
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- Dans le cas des semoules et tapioca, la hauteur libre dans le tube en U au-dessus du grain était un peu plus importante, mais, en raison de la résistance beaucoup plus importante opposée par ces denrées au passage du gaz, la perte de charge par
- Fig. 27. — Dispositif utilisé pour la mesure des pertes de charge des gaz traversant sous pression une masse de grains.
- circulation du gaz dans la partie libre du tube était encore très au-dessous du degré de précision des mesures faites sur la perte de charge totale.
- On a tenu également, dans ces essais, à se rendre compte de Yinfluence des parois, étant donné qu’au contact des parois limitant l’espace dans lequel le grain est chargé, il existe une zone où la disposition des grains au-dessus les uns des autres
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- ne doit pas être en moyenne la même qu’au centre de la masse. Cette différence est caractérisée par l’existence, au contact de la paroi, d’une surface verticale qui ne coupe aucun grain. On peut supposer à bon droit que cette région contiguë à la paroi doit constituer, pour la circulation verticale des gaz, une zone de résistance minimum.
- Pour mettre cette influence en évidence, on a répété, pour certaines denrées, les essais en employant successivement des tubes en U d’un diamètre différent : 33 mm dans un cas, 60 mm dans l’autre. En effet, quand le diamètre augmente, le rapport de la circonférence à la surface d’une section transversale va en diminuant, d’où il s’ensuit que l’influence perturbatrice relative de la zone de moindre résistance que constituent les parois doit aller aussi en diminuant. Si donc, dans les deux cas, on calcule pour une même vitesse linéaire de passage du gaz et pour une môme denrée, la perte de charge par unité de longueur traversée et si on trouve une valeur égale à l’ordre de précision des expériences près, on est en droit de conclure que, pour ces sections et pour la denrée considérée, l’influence perturbatrice des parois est négligeable.
- Il est évident, d’autre part, que le diamètre minimum pour lequel on peut considérer comme négligeable l’influence des parois varie dans le même sens que la dimension moyenne des grains et il est raisonnable d’assurer qu’il varie proportionnellement à cette dimension moyenne.
- Résultats des essais. — Ils sont donnés par les tableaux I à VII et par les courbes des figures 28, 29, 30 et 31, qui traduisent les données numériques des tableaux.
- Comme on le constate par l’examen de ces documents, les essais ont porté sur toute une gamme de produits se classant comme suit par ordre de finesse croissante : fèves, haricots, maïs, lentilles, blé, riz, tapioca, semoule.
- Dans les tableaux, on a fait figurer, d’une part, les résultats bruts des essais, d’autre part, ces résultats ayant subi une certaine élaboration pour les rendre plus facilement comparables, cette élaboration se traduisant par la mise en évidence de :
- 1° La vitesse apparente par seconde. C’est la vitesse du gaz dans la section libre du tube, de même diamètre que la partie où est chargé le grain, mais au-dessus de la surface libre du grain. La vitesse effective de circulation dans le grain, variant d’un point à l’autre en grandeur et en direction, est, en moyenne, de beaucoup supérieure à la vitesse apparente. Dans les problèmes pratiques, on a à considérer encore une autre grandeur, la vitesse moyenne longitudinale, qui est égale au quotient de la vitesse apparente par le rapport entre le volume total des vides existant entre les grains et le volume total occupé par les grains, vides intercalaires compris ;
- 2° La perte de charge par unité de longueur traversée, pour une denrée déterminée et une vitesse apparente donnée. On ne s’est préoccupé dans ces essais, ni de la vitesse effective (pour le contrôle de la valeur moyenne de laquelle on ne connaît pas de procédé), ni de la vitesse moyenne longitudinale, dont le calcul exige la connaissance du taux de remplissage de la denrée considérée, ou rapport de l’espace effectivement occupé par la matière solide à l’espace total occupé, vides intercalaires compris.
- En dehors de leur valeur documentaire propre, les résultats obtenus permettent de dégager certaines conclusions générales qu’il est utile de mettre en évidence en
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- vue de l’éventualité d’une extension de ces résultats à des cas autres et notablement différents de ceux qui ont été étudiés.
- a) Lorsque la vitesse apparente ou les dimensions des grains constitutifs de la denrée étudiée vont en diminuant, la loi de variation de la perte de charge par unité de longueur y, en fonction de la vitesse apparente#, tend à deveniruneloi de simple proportionnalité et l’on a, pour les vitesses très faibles et pour les matières finement divisées, des formules du genre : y = A#, où A est un coefficient qui varie avec la grosseur des grains, leur forme, la densité du gaz, sa viscosité, etc.
- Fig. 28. — Courbe des pertes de charge d’un courant gazeux traversant une masse de blé.
- Cette allure du phénomène, lorsqu’il s’agit de l’écoulement du gaz à travers une matière très finement divisée, s’expliquerait facilement en considérant que l’on se trouve à peu près dans le cas de l’écoulement d’un gaz à travers un tube capillaire qui suit une loi analogue. Dans ce cas, le coefficient A, toutes choses égales d’ailleurs, devrait varier proportionnellement à la viscosité du gaz considéré et serait à peu près indépendant de la densité de ce dernier.
- b) Lorsque la dimension des grains, ou la vitesse de circulation du gaz va en augmentant, la relation, entre la perte de charge par unité de longueur y et la vitesse apparente x, tend à prendre la forme : y = a xb où le coefficient a varie avec la grosseur du grain, sa forme et la nature du gaz employé, et où l’exposant semble avoir, dans presque tous les cas étudiés, une valeur peu variable et toujours voisine de 1,40, les écarts constatés par rapporta cette valeur étant de l’ordre de la précision des expériences.
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- c) L’influence perturbatrice des parois par la création d’une zone de moindre résistance devient négligeable dès que le diamètre du tube atteint une valeur de 8 à 10 fois supérieure à la dimension moyenne des granules. Ainsi, pour un tube de 33 mm de diamètre, on obtient une valeur tout à fait voisine pour la perte de charge par unité de longueur, pour une vitesse donnée, suivant que l’on opère dans le tube de 33 mm ou dans le tube de 60 mm, si l’on opère avec du blé. On note déjà un écart appréciable entre les deux chiffres correspondants lorsqu’on substitue les lentilles au blé.
- De cette constatation, on peut conclure que, dans une cellule de silo remplie de grain, la quantité de gaz « drainée » le long des parois (ou le long d’un tube plongeant dans le grain) est tout à fait insignifiante par rapport à la quantité de gaz traversant la masse de grain et que cette dérivation latérale ne perturbe pas d’une façon mesurable le régime de circulation du gaz à travers le grain.
- Il convient de se rendre compte des valeurs de la vitesse apparente auxquelles on aura affaire dans les cas concrets à traiter. Si on considère une cellule remplie de grains sur 15 m de hauteur et si on veut que l’air remplissant les intervalles entre les grains soit renouvelé 8 fois par heure, il faudra que cet air parcoure verticalement, par heure, 8x15 = 120 m. Ceci correspond à la vitesse moyenne longitudinale, mais, si on considère que, dans le blé, l’air ne remplit que les 43/100 de l’espace total, la vitesse apparente sera les 43/100 de la vitesse moyenne longitudinale.
- Comme les chiffres indiqués ci-dessus conduisent, pour cette dernière, à une valeur de 3,3 cm/sec, la vitesse apparente correspondante ne sera que de 1,42 cm/sec.
- Tableau I. — Blé (fig. 28).
- 1° Tube de 33 mm de diamètre (intérieur). — Longueur totale traversée, 2 m; — Section transversale du tube, 8,55 cm2 ; — Gaz, air.
- VALEURS MESURÉES DIRECTEMENT VALEURS CALCULÉES
- Débit relové a compteur. (1/mn) Perte de charge totale, (mm d’eau) X Vitesse apparente du gaz. (cm/sec) y Perte de charge (mm d’eau par mètre)
- 0,6 5 1,175 2,5
- 1,4 10 2,74 5
- 2,3 20 4,5 10
- 3,4 30 6,65 15
- 4 40 7,8 20
- 5,2 50 10,2 25
- 5,8 60 11,3 30
- 6,8 80 13,3 40
- 8,2 100 16,1 50
- 10 135 19,6 67,5
- 11,2 155 21,9 77,5
- 12,2 175 23,9 87,5
- 13 200 25,5 100
- 15 235 29,3 117,5
- 16 260 31,4 130
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- 2° Tube de 60 mm de diamètre; — Longueur totale traversée, 1,80 m; — Section transversale du tube, 28,27 cm2; — Gaz, air.
- VALEURS MESURÉES DIRECTEMENT VALEURS CALCULÉES
- Débit relevé Perte X Vitesse apparente y
- au compteur. de charge totale. du gaz. Perte de charge
- (l/mn) (mm d’eau) (cm/see) (mm d’eau par mètre).
- 3,5 5 2,08 2,77
- 5 10 2,98 5,55
- 8,2 20 4,75 11,1
- 11,2 30 6,65 16,65
- 14 40 8,32 22,2
- 17,2 55 10,2 31
- Noie I. — On constate qu’à part la dernière valeur du tableau dont la divergence
- s’explique parce que, soit le compteur, soit la trompe à eau étaient à bout de leur
- puissance, toutes les valeurs de a; et de y définissent des points qui, à très peu de chose près, se trouvent sur la même courbe que les points correspondant à la première partie
- du tableau.
- Note II. — La variation de y en fonction de x est représentée d’une façon très
- satisfaisante et sur toute l’étendue de la courbe par la formule : y /pi ,41
- Tableau IL — Riz (fîg. 29).
- Tube de 33 mm de diamètre; — Section transversale du tube, 8,55 cm2; — Longueur totale traversée, 1,80 m; — Température ambiante, environ 25°; — Gaz, air.
- VALEURS MESURÉES DIRECTEMENT VALEURS CALCULÉES
- Débit relevé Perte X Vitesse apparente y
- au compteur de charge totale du gaz Perte de charge
- (I/mn). (mm d’eau). (cm/sec). (mm d’eau par mètre).
- 0,4 5 0,78 2.78
- 0,7 10 1,365 5,56
- M 20 2,730 11,11
- 2 30 3,90 16,67
- 2,5 40 4,87 22,22
- 3 50 5,85 27,78
- 5,3 100 10,33 55,56
- 6,6 125 12,85 69,44
- 7,3 150 14,20 83,33
- 8 175 15,60 97,22
- 9 200 17,55 111,11
- 11 250 21,40 132,89
- 12 300 23,40 166,67
- Note. — Pour les faibles vitesses, on trouve, à peu de chose près, une variation proportionnelle des grandeurs x et y.
- Au fur et à mesure que la vitesse croît, la relation entre x et y s’écarte de plus en
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- plus de la proportionnalité simple et, pour les vitesses les plus élevées, on trouve que la variation de y est beaucoup mieux représentée par la formule y = axb.
- Ainsi, entre les vitesses apparentes de 14,20 cm/sec et de 23,40 cm/sec, la courbe représentative est très approximativement représentée par cette formule si on y fait :
- a = 2,07 b — 1,392
- Le riz constitue donc, dans la gamme des vitesses mises en œuvre, une denrée intermédiaire entre les substances telles que semoule et tapioca, pour lesquelles la perte de charge varie en proportion directe de la vitesse, et les substances plus grossières, du blé aux fèves, pour lesquelles la variation de y en fonction de x suit une loi exponentielle, où l’exposant de x est voisin de 1,40.
- Tableau III. — Maïs (fig. 29).
- 1° Tube de 33 mm de diamètre; — Section transversale, 8,55 cm2; — Longueur traversée, 2 m.
- VALEURS MESURÉES DIRECTEMENT VALEURS CALCULÉES
- Débit relevé au compteur (l/mn). Perle de charge totale (mm d’eau). X Vitesse apparente du gaz (cm/sec). y Perte de charge (mm d’eau par mètre).
- 1,4 5 2,74 2,5
- 2,2 10 4,3 5
- 4,4 20 8,6 10
- 5,7 30 11,15 15
- 7,4 40 14,5 20
- 8,6 50 16,8 25
- 10,8 75 21,2 37,5
- 13,2 100 25,9 50
- 15,4 125 30,1 62,5
- 16,0 135 31,4 67,5
- 2° Tube de 60mm de diamètre; — Section transversale, 28,27 cm2; —Longueur
- traversée, 1,75 m.
- VALEURS MESURÉES DIRECTEMENT VALEURS CALCULÉES
- Débit relevé au compteur (l/mn). Perte de charge totale, (mm d’eau). X Vitesse apparente du gaz (cm/sec). y Perte de charge (mm d’eau par mètre).
- 4 5 2,38 2,86
- 7,4 10 4,39 5,71
- 12,2 20 7,25 11,42
- 15,8 30 9,4 17,13
- 17,4 35 12,1 20
- Note. — Les mesures soulignées sont suspectes, le compteur travaillant à sa puissance limite et son exactitude devenant douteuse dans ces conditions.
- En reportant sur un même graphique les points définis par les différentes valeurs
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-
-
-
- LA DÉSINFECTION DES GRAINS.
- 453
- de x et de ?/, on constate que la courbe obtenue pour le tube de 60 mm de diamètre est sensiblement différente de celle obtenue pour le tube de 33 mm. Il s’ensuit que l’influence perturbatrice des parois doit être, dans le premier cas, assez sensible. Les valeurs de x et de y obtenues en partant des essais faits sur le tube de 60 mm conduisent à une courbe représentant sensiblement la fonction y = 0,727 x xL40 sauf dans le voisi-
- Fig. 29. — Courbes des pertes de charge d’un courant gazeux traversant une masse de riz, de mais
- ou de tapioca.
- nage de l’origine. Toutefois, le nombre de points de la courbe est trop faible pour que l’on puisse calculer avec certitude les coefficients et l’exposant numérique.
- Tableau IV. — Tapioca (fig. 29).
- Tube de 33 mm de diamètre ; — Section transversale du tube, 8,55 cm2 ; — Longueur traversée, 1,50 m.
- VALEURS MESURÉES DIRECTEMENT VALEURS CALCULÉES
- Débit relevé Perte X Vitesse apparente y
- au compteur de charge totale du gaz Perte de charge
- (1/mn). (mm d’eau). (cm/sec). (mm d’eau par mètre).
- 0,25 5 0,489 3,33
- 0,55 10 ,077 6,66
- 0,7 15 1,364 10
- 1,1 20 2,156 13,33
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- VALEURS MESURÉES DIRECTEMENT VALEURS CALCULÉES
- X
- Débit relevé au compteur (l/mm). Perte de charge totale (mm d’eau). Vitesse apparente du gaz (cm/sec). y Perte de charge (mm d’eau par mètre).
- 1,3 25 2,548 16,67
- 1,5 30 2,941 20
- 2 40 3,917 26,67
- 2,3 50 4,509 33,33
- 3,4 75 6,666 50
- 4,5 100 8,823 66
- 5,4 125 10,58 83,3
- 6,4 150 12,43 100
- 7,3 175 14,31 116,7
- 8,4 200 16,47 133,3
- 9,3 230 18,23 153,3
- 10,6 280 20,78 186,7
- Note. — La courbe tracée au moyen des valeurs de x et de y calculées ci-dessus est
- voisine d’une droite vers son origine, a une incurvation peu prononcée sur la majeure partie de son tracé et s’incurve seulement d’une façon marquée pour les valeurs les plus élevées de la vitesse apparente.
- Tableau V. — Lentilles (fig. 30).
- 1° Tube de 33 mm de diamètre ; — Section transversale du tube, 8,55 cm2 ; gueur travérsée, 2 m.
- VALEURS MESURÉES DIRECTEMENT VALEURS CALCULÉES
- Lon-
- Débit relevé au compteur (1/mn). Perte de charge totale (mm d’eau). Vitesse apparente du gaz (cm/sec). y Perte de ch (mm d’eau par
- 1,1 5 2,14 2,5
- 2 10 3,9 5
- 3,4 20 6,6 10
- 4,3 30 8,2 15
- 5,4 40 10,5 20
- 6,1 50 11,9 25
- 8 75 15,6 37,5
- 9,6 100 18,7 50
- 11,2 125 21,8 62,5
- 13 155 25,3 77,5
- 14 175 27,2 87
- 16 220 31,4 110
- 2° Tube de 60 mm de diamètre; — Section transversale du tube, 28,27 cm2; — Longueur traversée, 1,70 m.
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-
-
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- 455
- VALEURS MESURÉES DIRECTEMENT VALEURS CALCULÉES
- Débit relevé au compteur (1/mn). Perte de charge totale (mm d’eau). X Vitesse apparente du gaz (cm/sec). y. Perte de charge (mm d’eau par mètre).
- 2,5 5 1,47 2,95
- 5 10 2,95 5,9
- 8,4 20 4,95 11,8
- 11,4 30 6,7 17,7
- 13,8 40 8,1 23,5
- 17 55 10 32,4
- Note. — Les points correspondant aux essais faits avec le tube de 60 mm de diamètre ne sont pas sur la même courbe que ceux correspondant aux essais avec le tube de 33 mm.
- Fig. 30. — Courbes des pertes de charge d’uu courant gazeux traversant une masse de lentilles, de
- haricots ou de fèves.
- Dans le premier cas, les pertes de charge sont nettement plus fortes pour une même vitesse apparente. C’est donc qu’avec le tube de 33 mm, l’influence perturbatrice de la surface de moindfe résistance constituée par la paroi est relativement importante.
- La courbe obtenue avec le tube de 60 mm est représentée d’une façon assez satisfaisante par la formule y — 1,28 æ1.38.
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- Tableau VI. — Fèves et Haricots (fig. 30).
- Tube de 60 mm de diamètre; —Section transversale du tube, 28,27 cm2; Longueur traversée, 1,80 m ; — Gaz, air.
- VALEURS MESURÉES DIRECTEMENT VALEURS CALCULÉES
- Débit, relevé au compteur (1/mn). Perte de charge totale (mm d’eau.) X Vitesse apparente du gaz (cm/sec.) y Perte de charge (mm d’eau par mètre).
- 1° Fèves.
- 8 3 4,70 1,66
- 12,4 5 7,30 2,77
- 17,6 9 10,45 5
- 2° Haricots.
- 7,2 5 4,24 2,77
- 11 10 6,5 5,55
- 16,6 20 9,8 11,11
- Note. — Pour ces deux denrées, les chiffres ci-dessus sont seulement donnés à Litre indicatif car, même dans le tube de 60 mm, l’influence perturbatrice de la paroi doit être relativement importante et les pertes de charge que l’on observerait par unité de longueur en pleine masse homogène seraient certainement supérieures aux chiffres indiqués. Ces valeurs sont toutefois intéressantes, comme donnant l’ordre de grandeur de la résistance de ces denrées à la circulation des gaz.
- Tableau VII. — Semoule (fig. 31).
- 1° Tube de 33 mm de diamètre; — Section transversale, 8,55 cm2; — Longueur totale traversée, 1 m; — Gaz, air.
- VALEURS MESURÉES DIRECTEMENT VALEURS CALCULÉES
- Débit relevé au compteur (1/mn) Perte de charge totale (mm d’eau). X Vitesse apparente du gaz (cm/sec). y Perte de charge (mm d’eau par mètre).
- 0,04 10 0,08 10
- 0,23 50 0,47 50
- 0,40 115 0,78 115
- 0,80 203 1,56 203
- 1 290 1,95 290
- 2° Tube de 60 mm de diamètre; — Section transversale, 28,27 cm2; — Longueur totale traversée, 0,35 m; — Gaz, air.
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-
-
- LA DÉSINFECTION DES GRAINS.
- 457
- VALEURS MESURÉES DIRECTEMENT VALEURS CALCULÉES
- Débit relevé au compteur (I/mn). Perte de charge totale (mm d’eau). X Vitesse apparente du gaz (cm/sec). y Perte de charge (mm d’eau par mètre),
- 0,1 5 0,06 14
- 0,7 20 0,41 57
- 1,5 50 0,88 143
- 3,4 100 2 285
- 5,1 150 3 430
- 6,5 200 3,85 570
- 9,2 300 (?) 5,4 800 (?)
- Note. — La courbe tracée en utilisant aussi bien les résultats obtenus avec le tube de 60 mm que ceux obtenus avec le tube de 33 mm montre très nettement la proportion-
- Fig. 31. — Courbe des pertes de charge d’un courant gazeux traversant une masse de semoule.
- nalité entre la vitesse et la perte de charge par unité de longueur. On peut admettre, pour la relation qui lie ces deux grandeurs, la formule y — 145 x.
- Les résultats énoncés ci-dessus montrent que, au point de vue de la résistance au passage du gaz, la semoule n’est comparable à aucun des produits précédemment étudiés, même aux tapiocas, et que des précautions spéciales devront être prises toutes les fois qu’on aura à résoudre un problème mettant en jeu, non seulement la résistance au passage du gaz de la semoule, mais même la pénétration de cette dernière par le gaz sous une forme quelconque.
- conclusion. — Les résultats énoncés ci-dessus sont extrêmement instructifs, non seulement en ce qui concerne le brassage des gaz par ventilateur, mais aussi en ce qui concerne d’autres difficultés, rencontrées dans la désinfection en autoclave sous vide. En voici un exemple.
- Supposons un ballot de semoule ayant une forme sphérique et un diamètre de 1359 Année. — Juin-Juillet 1936. 30
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- LA DÉSINFECTION DES GRAINS. — JUIN-JUILLET 1936.
- 50 cm. Supposons qu’on l’ait soumis, avant rentrée du gaz, à un vide de 670 mm pour une pression extérieure de 760 mm. La pression résiduaire étant environ le 1/8 de la pression ambiante, l’air résiduaire à basse pression imprégnant la semoule au moment où commence l’introduction du gaz toxique se rassemblera au centre du ballot sous la forme d’une sphère ayant un diamètre qui est, par rapport au diamètre du ballot, dans la proportion de ^8 à 1, c’est-à-dire de 2 à 1. Cette sphère d’air pur aura donc un diamètre de 25 cm.
- La force qui tend à provoquer l’ascension de cette bulle d’air pur à travers la semoule est égale à la différence de pression entre deux colonnes gazeuses de 25 cm de hauteur, dont l’une est constituée par de l’air pur, et l’autre par le mélange gazeux introduit après coup dans l’autoclave. La densité de l’air étant de 1, celle de CO2 -j- G2H40 étant 1,5, et le poids spécifique de l’air, en nombre rond de 1,3 g/l, on constate qu’un mélange contenant 300 g de CO2-l- C2H40 par mètre cube contient 150 1 de ce mélange (du poids spécifique de 2 g/l) et 850 1 d’air. Le poids du litre de ce mélange sera de (0,850 X 1,3)-t-(0,150 x 2) soit 1,405. La pression exercée par 1 m d’air est de 1,3 mm d’eau, celle exercée par 1 m du mélange défini ci-dessus de 1,405 mm d’eau, et la pression différentielle entre les deux colonnes est 1,405 — 1,3 ou, en nombre rond, 0,1 mm. Pour une colonne gazeuse de 25 cm seulement, la pression différentielle motrice sera de 0,025 mm d’eau. Si on veut évaluer la vitesse avec laquelle s’élèvera, à travers la semoule, la bulle d’air pur sous cette force, on n’a qu’à appliquer la formule y = 145 x.
- 0 025
- Pour y = 0,025 mm x ==~145' ~00017cm/sec.
- Pratiquement, cela veut dire que la stagnation est complète, la vitesse d’ascension n’étant que de 6 mm/h.
- Une étude de ce genre permet de tirer des conclusions intéressantes en ce qui concerne, par exemple, les dispositifs permettant de traiter les semoules en vrac.
- X. — UN NOUVEAU GAZ POSSIBLE, LE BROMURE DE MÉTHYLE.
- A. — caractères. — Le bromure de méthyle, CH3Br, a une densité à l’état liquide de 1,732; son poids par mètre cube de gaz est de 4,20 kg. Ce liquide, incolore, bouillant à 4°, dégage très rapidement, aux températures ordinaires, des vapeurs dont l’odeur, peu persistante, rappelle celle du chloroforme. A l’état liquide, il est pratiquement insoluble dans l’eau.
- C’est un produit industriel de fabrication courante, vendu en bouteilles d’acier, qui présente le grand avantage d’être ininflammable et même anticomburant dans les circonstances pratiques (33). C’est à ce titre, d’ailleurs, qu’il entre dans la composition de certains liquides extincteurs. Toutefois, comme il n’est guère utilisé que dans ce but, les industriels qui le produisent ne se sont pas attachés à le débarrasser de certaines impuretés considérées comme non préjudiciables à cet emploi très spécial. Le produit pur est très coûteux.
- (53) Toutefois, en présence d’une étincelle et mis en présence d’oxygène pur, il fai L facilement explosion (Kohn-Abrest, in litt, 1935).
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- LA DÉSINFECTION DES GRAINS.
- 459
- b. — ACTION insecticide. — Le Goupils (34) a le premier signalé son efficacité sur les parasites des grains. C'est, en effet, un excellent insecticide, et nous n’avons trouvé, à la dose de 50 g/m3, pour une durée d’exposition de 90 mn, aucun insecte, à quelque stade que ce soit, capable de survivre. Son action, fort différente de celle du sulfure de carbone, se rapproche plutôt de celle de l’oxyde d’éthylène, c’est-à-dire qu’elle est nettement toxique et non narcotique : jamais nous n’avons vu un insecte, rendu immobile par son action, revenir à la vie, comme c’est le cas fréquent pour le sulfure et le tétrachlorure de carbone, l’acide cyanhydrique, etc.
- De Francolini (ÎS5) a récemment publié quelques recherches fort intéressantes sur son action insecticide vis-à-vis de Calandra gvanaria et Sitophilus orizae ; il conclut qu’une dose de 10 g/m3 provoque en 24 heures la mortalité complète des insectes traités, à tous les stades. Ces conclusions ne peuvent toutefois encore être transposées telles quelles dans la pratique en raison de diverses circonstances.
- Tout d’abord, il a opéré in vitro et dans des conditions telles que l’absorption par le grain n’a pu se réaliser comme dans la pratique. Ensuite et surtout, aucun dispositif n’était prévu pour homogénéiser l’atmosphère, ce qui est fort important en raison de la densité du gaz. Enfin, il ne semble pas avoir tenu compte, dans le calcul de la concentration en gaz de l’atmosphère, du volume réellement occupé par le grain. Ce qui revient à dire, si De Francolini a travaillé sur des échantillons de volume négli-
- 10
- geable, que la concentration mortelle par mètre cube de gram est de —— = 4,35 g
- 2,3
- environ, ce qui rend la méthode fort intéressante. Cet auteur poursuit d’ailleurs ses recherches et il se pourrait qu’il parvînt à des résultats très encourageants.
- c. — action sur l’homme. — Son action sur l’homme et les animaux supérieurs est assez discutée. Selon certains auteurs, sa toxicité ne serait guère supérieure à celle des anesthésiants ordinaires, tels que le chloroforme ou le chlorure d’éthyle. Au contraire, Sayers, Yant, Thomas, et Berger (56) l’ayant expérimentée sur des cobayes, la tiennent pour sérieuse, supérieure à celle des chlorures d’éthyle et de méthyle et même du bromure d’éthyle(87). Les symptômes sont : l’excitation, une perte rapide de l’équilibre, l’inaptitude à la marche, l’agitation des jambes. A très faible concentration, pour de longues durées, on constate : de la faiblesse, un pouls rapide, une respiration rapide et saccadée avec râle et, dans certains cas, exsudât en mousse par les narines. Quant à la pathologie, elle se caractérise par de la congestion, de l’hémorragie, de l’œdème des poumons et des lésions du système vasculaire. Une exposition de longue durée à très faible concentration finit par provoquer des modifications de dégénérescence dans la plupart des organes.
- Ces auteurs signalent enfin que le bromure de méthyle ne possède pas de propriété d’avertissement suffisantes pour donner l’alarme si on s’expose inconsciem-
- (54) Le Goupils, Les propriétés insecticides du bromure de méthyle (Rev. Path. vég. et Ent. agr.) XIX, 4, p. 169-172.)
- (55) De Francolini, L'emploi du bromure de méthyle pour le traitement des graines de semence. Rev., de Path. vég. et d’Ent. agr., t. XXII, janv. 1935).
- (56) Health Hazards of new Réfrigération Methods (Ice and Refrig., août 1929, p. 83.)
- (57) Ce travail est en grande partie inspiré de l’étude de Kohn-Abrest, Étude des toxicités comparées du bromure de méthyle et du tétrachlorure de carbone, travail qui conclut à une toxicité du CH3Br quatre fois plus grande.
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- ment à ses vapeurs(58). J’ai moi-même, bien involontairement, vérifié la véracité de cette affirmation, un jour où une bouteille de ce produit s’était trouvée mal rebouchée : j’ai pu constater, non sans une sérieuse alerte, la « perte de l’équilibre » dont ils font mention. Cet inconvénient peut toutefois être facilement évité par l’adjonction au produit d’un « avertisseur » quelconque, gaz fortement odorant et formant, si possible avec le bromure de méthyle, un mélange azéotropique.
- D. — DÉCOMPOSITION EN ACIDE BROMHYDRIQUE DANS LES MARCHANDISES TRAITEES. — Ce qu’il convient de savoir, c’est si le nouvel insecticide peut être employé sans danger pour les comestibles, fruits secs ou grains.
- M. Kohn-Abrest, directeur du Laboratoire de Toxicologie de Paris(59) a bien voulu nous donner son opinion sur ce sujet : « Ce produit ne paraît pas toujours « commercialement très défini; les échantillons que j’ai examinés présentaient entre « eux des différences assez sensibles. Il faudrait donc, avant tout, disposer d’un « produit parfaitement défini. Le bromure de méthyle du commerce, contrairement « aux indications bibliographiques, est assez soluble dans l’eau; c’est ainsi que j’ai « constaté qu’un litre d’eau à 18° en pouvait dissoudre 6 à 10 g. Il est très facilement « saponifié. Ces quelques indications sont de nature à faire craindre que, lorsqu’on « fera agir des vapeurs de bromure de méthyle sur des marchandises plus ou moins « hydratées, il y ait fixation notable de bromure de méthyle par l’eau de ces « marchandises, et consécutivement, décomposition en acide bromhydrique ».
- Nous avons pu constater, pour des tabacs en particulier, le bien fondé de ces remarques. Les cigarettes traitées présentaient à la combustion une saveur piquante et une altération du goût si marquée que les dégustateurs spécialistes auxquels j’avais demandé leur avis, repoussèrent à priori l’idée de tout traitement au moyen de ce gaz.
- Il serait intéressant de vérifier de très près et par des essais multiples, l’action de ce gaz sur les grains et, particulièrement, les quantités qui en peuvent être retenues après fumigation.
- Cette solubilité maximum dans l’eau, indiquée par Kohn-Abrest, correspond à une atmosphère de gaz pur, soit 4,200 kg/m3. Or, les quantités solubles sont dans la proportion des teneurs dans l’atmosphère qui surmonte le liquide (loi de Raoult).
- Si on introduit dans du grain 1 m3 de gaz contenant 10 g de bromure (dose de
- 10 X 10
- Francolmi), nous constatons que cette solubilité n’est plus que de ^ = 23,8 mg.
- Or, 1 m3 de grain ne contient que 430 1 d’air et, par conséquent, il ne peut fixer
- 23,8 x 430 JAC1„ . , ,
- au maximum que : — --- = 10,25 mg environ, soit, par kilogramme de
- grain, 0,013 mg.
- Même en admettant que tout ce bromure dissous dans l’humidité des grains se transforme entièrement, par hydrolyse et saponification, en acide bromhydrique(60),
- (58) Kohn-Abrest, pour toutes ces raisons et à cause de ses effets à retardement, le qualifie de « toxique insidieux ».
- (39) In litt, 3 juin 1933.
- (60) Suivant la réaction : CH3Br-|-H20= H Br-t-CH30H. De Francolini a démontré, dans la même revue (p. 11) combien la tranformation était inférieure en quantité aux chiffres théoriques.
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- LA DÉSINFECTION DES GRAINS.
- 461
- on constate que les grains ne pourraient plus contenir, par kilogramme, que 13 X 10~3 mg, dose qui rend improbable l’hypothèse d’une action toxique sur le consommateur.
- Ce qui écarte peut-être beaucoup ce calcul de la réalité, c’est que le produit commercial peut contenir déjà, à la suite, soit d’une rectification insuffisante, soit d’un stockage prolongé, une certaine quantité d’acide bromhydrique. Dans ce cas, les risques sont beaucoup plus grands et il faudrait peut-être revenir à la production sur les lieux d’emploi du bromure de méthyle par la réaction de l’acide méthyl-sulfurique sur le bromure de sodium. Il est toutefois peu probable que la législation autorise ultérieurement l’emploi de ce produit pour le traitement des grains de consommation.
- e. — influence sur les qualités mécaniques des pates. — Nous manquons encore de résultats précis et suffisamment nombreux pour pouvoir déterminer l’action du bromure sur les qualités boulangères. De Francolini, toutefois, a déjà signalé que le traitement à la dose de 120 g de bromure par mètre cube d’atmosphère (probablement), a fait tomber le W d’un blé tendre de 67 à 59,5. Il serait désirable de préciser la réaction de différentes variétés de grains possédant des W plus élevés, à la dose pratique.
- F. — influence sur la faculté germinative. — Elle est sérieusement atténuée à la dose de 60 g par mètre cube d’atmosphère. Sur du blé tendre Mahon (n° 57, Ducellier) ayant un pourcentage de germination normal de 98, nous avons obtenu, comme pourcentages de germination(61) :
- après 3 heures d’exposition................... 96 p. 100
- — 6 — — ................ 95 —
- — 24 — — ................ 81 —
- — 2 jours — ............ 54,5 —
- — 6 — — ................ 42,5 —
- — 14 — — ................ 33,5 —
- A la dose de 55 g agissant 24 heures, de Francolini trouve que la faculté germinative tombe, pour le blé tendre, de 97 à 91 p. 100. Pour le blé dur, et comme il fallait s’y attendre, d’après les particularités signalées à la p. 409, la diminution est beaucoup plus sensible, de 93 à 75 p. 100. En outre, de même que pour l’oxyde d’éthylène, la durée de la germination est prolongée.
- Il est regrettable que les recherches de Francolini n’aient pas porté, en conservant la même dose, sur des durées plus longues d’exposition aux vapeurs. Le colon, en effet, n’a pas toujours le temps ni les moyens de procéder à une ventilation parfaite du grain exactement 24 heures après le traitement ; qu’il prolonge cette action seulement de 24 heures, la faculté germinative sera gravement compromise. Il faut retenir des premières recherches entreprises que le bromure de méthyle présente un intérêt certain au point de vue insecticide, mais que, en ce qui concerne particu-
- (61) Analyses effectuées par la Station d’Essais de Semences de l’Institut agricole d’Algérie, mars 1935.
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- fièrement les grains, des recherches précises sont indispensables pour déterminer le parti qui peut en être tiré.
- Quant à son emploi pour les grains destinés à la mouture, il ne devra être proposé à l’approbation du Comité d’Hygiène et de l’Académie de Médecine qu’après de nombreux essais et seulement après qu’on aura constaté son innocuité absolue vis-à-vis de la qualité boulangère et de la santé du consommateur.
- XI. — CONCLUSIONS.
- La désinfection des stocks de grains constitue un problème techniquement assez facile à résoudre. Nul doute que l’on ne puisse changer un jour la nature de l’agent toxique ; l’arsenal chimique est assez bien outillé pour que des améliorations notables soient encore possibles à ce point de vue. Quant au matériel, bien que son prix apparaisse comme la pierre d’achoppement dans d’assez nombreux cas, on ne peut se dissimuler son absolue nécessité. Quel que soit le gaz employé, lourd ou léger, il sera toujours indispensable. Aussi peut-on sans crainte envisager son installation à poste fixe dans les locaux spécialisés, silos particuliers ou coopératifs. Ceux-ci ont à effectuer, durant la saison chaude, assez d’opérations de désinfection et de ventilation pour l’amortir rapidement.
- Ce n’est pas le cas, par contre, pour les producteurs ou les commerçants qui ont rarement à entreposer des quantités supérieures à 5000 ou 10 000 qu. Ils ont alors avantage à s’adresser à des entrepreneurs spécialistes(62) pourvus d’installations mobiles, traitant à forfait et sous le contrôle du service de la Défense des Cultures.
- La désinfection est alors un peu plus coûteuse que si l’intéressé opère lui-même ; mais il s’épargne ainsi tout souci et, surtout, l’immobilisation d’un capital relativement considérable.
- (62) Rappelons que des organisations similaires existent déjà depuis près d’une dizaine d’années en Algérie où elles s’adonnent à la fumigation des orangers par l’acide cyanhydrique. Chargé de contrôler leurs résultats, nous avons assisté à l’amélioration progressive de leurs méthodes qui sont parvenues aujourd’hui à une perfection pratique très satisfaisante.
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- BULL. DE LA SOC. ü’eNCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE.—JUIN-JUIL. 1936 (p. 463).
- La Galerie d'Agriculture du Musée du Conservatoire national des Arts et Métiers, #
- par M. Ed. Sauvage, membre du Conseil de la Société d'Encouragement.
- La galerie d’agriculture du Conservatoire des Arts et Métiers vient d’être transformée; ses belles collections ont été récemment enrichies par des dons nombreux.
- Dans cette galerie sont largement représentés : les outils et appareils pour le travail de la terre ; les instruments pour les récoltes, pour leurs transports, pour la préparation et la conservation des produits agricoles. On y voit également des installations de dessèchement et d’irrigation, des constructions agricoles, l’exploitation des forêts, le matériel pour l’emploi des animaux. La très importante industrie laitière y figure. Quelques séries, et notamment celle consacrée à l’apiculture, demandent à être complétées ; on en peut dire autant de l’aviculture.
- Les principaux dons récents au Musée sont les suivants :
- Sous-soleuse 513, avec crampons continus et un boulet de 80. (Don de la Société des Charrues Fondeur);
- Charrue Brabant sur un socle de chêne (Don des Établissements Magnier-Bedu) ;
- Faucheuse n° 14, sur faux brancards et plateau de chêne (Don des Établissements Dollé) ;
- Herse angulaire pliante et réglable en largeur de travail avec mancherons pliants (Don des Établissements A. Millon et Cie) ;
- Trieur n° 4, série B, à double effet (Don de M. Émile Marot);
- Nettoyeur rotatif simple, pour céréales, système Thiébaut (Don de M. Huchez);
- Houe bineuse avec socle de bois (Don de M. Jean Gobet) ;
- Moteur à essence marque « Bernard Moteurs », type W 2, sur brouette automatique (Don des Établissements « Bernard Moteurs ») ;
- Pulvérisateur sur roues « Ondine » (Don des Établissements Vermorel) ;
- Pulvérisateur portatif, type « Lancefor » (Don des Établissements Caruelle) ;
- Modèle réduit de tarare-trieur « E. Salmon » (Don de l'Atelier de Construction Tarare-E. Salmon);
- Une série d’organes de machines agricoles (Don de la Société française de Matériel agricole et industriel) ;
- Une lieuse modèle A de 1,50 m (Don de M. C. Pézenot).
- Étant données l’extrême importance et la grande variété du matériel agricole, ainsi que les nombreuses industries qui se rattachent à l’agriculture, une extension de la galerie est à prévoir. Le terrain se prête à la construction d’une annexe.
- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE EN MAI 1936
- Préfecture du Département de la Seine. — Direction de l’Hygiène du Travail et de la Prévoyance sociale. — Annales des Services techniques d’hygiène de la Ville de Paris, publiées sous la direction du Préfet delà Seine. T. XVI. Comptes rendus des travaux en 193U. Paris, Gauthier-Villars, 55,’quai des Grands-Augustins (6e), 1935. Pér. 188
- Institut national agronomique (Ministère de l’Agriculture). — Annales. Tome XXVII. Alençon, lmp. Alençonnaise, 1935. Pér. 20
- Comité électrométallurgique de France. — Annuaire 1936. Paris, 2, rue de la Baume (8e). Pér. 92
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- OUVRAGES REÇUS.
- JUIN-JUILLET 1936.
- Société des Ingénieurs civils de France. — Annuaire de 1936. Paris, 19, rue Blanche (9e). Pér. 313
- Direction générale des Douanes. — Tableau général de la navigation maritime. (Navigation internationale, cabotage français et effectif de la marine marchande). Année 1934. Paris, Imprimerie nationale, 1936. Pér. 34
- Société vaudoise des Sciences naturelles. — Mémoires, n° 36 (Vol. 5, n° 5) : Contribution à l’auto-vaccinothéraphie, par V. Badoux et P. Kouchakoff, p. 135-225. Lausanne. F. Rouge et Cie, 1936. Pér. 209
- Institution of Mechanical Engineers. — Proceedings. Vol. 130, 1935 (april-oct.), London, Storey’s Gâte, St. James’s Park, S. W. 1. Pér. 114
- Iron and Steel Institute. — Spécial Report, nos 9a (supplément to Spécial Report n° 9) : Sixth report on the heterogeneity of Steel ingots, 70 p. — 10a (supplément to Spécial Report n° 10) : Waste-heat boilers in open-hearth practice, 63 p. — 11 : The workof the corrosion Committee, 27 p., IV pl. — 12 : The work of the heterogineity of Steel ingots Com-mittee, 43 p. London, 28, Victoria Street, S. W. 1., 1936. Pér. 157
- Bureau of American Ethnology. — 51st Annual Report, 1933-1934. — 52d Annual Report, 1934-1935. Washington. Pér. 25
- Smithsonian Institution. — Report on the progress and condition of the United States National Muséum fortthe year ended June 30, 1935. Washington, 1936. Pér. 27 Bureau of Standards (Washington). — Miscellaneous Publications, M121 (superseding Circulai’ C 47) : Units of weight and measure (United Stades customary and metric). Définitions and tables of équivalents, 68 p. (1936). — 129 : Report of the Twenty-fourth National Conférence on weights and measures, Washington, D. C., June 2, 3, 4 and 5, 1931, 182 p.,
- 7 fig. (1931). — 131 : Annual report of the director of the Bureau of Standards, June 30,
- 1931, 50 p. (1931). — 132 : Properties of fîber building boards, 14 p. (1931). — M 152 (supersedes M 94) : Scienlific and technical positions in the National Bureau of Standards, 19 p. (1935). — M 153 (supersedes Miscellaneous Publication M 134) : Visitors’ Manual of the National Bureau of Standards, 15 p. (1935). Pér. 61
- Bureau of Standards (Washington). — Circulars, 393 : Reclaimedrubbee, 22 p. (1931). — 394 : Design of gas burners for domestic use, 25 p. (1931). — C 398 : Standard samples issued or in préparation by theNational Bureau of Standards, 11 p. (1935). —• 405 : Standards for gas service, 258 p., 27 fig. (1934). — C 406 : Standard time throughout the world, 24 p. (1935). Pér. 61
- Bureau of Standards (Washington). — Building and Housing Publication, BH 16 : The préparation of zoning ordinances, 28 p. (1931). Pér. 61
- Bureau of Standards (Washington). — Commercial Standard, CS 28-32 : Cotton fabric tents, tarpaulins and covres, 11 p. (1931). — CS 29-31 : Staple seats for water-closet bowls,
- 8 p. (1931). — CS 31-31 : Red cedar shingles, 16 p. (1931). — CS 34-31 : Bag, case and
- strap leather, 7 p. (1931). Pér. 61
- L'agent général, gérant, E. LEMAIRE.
- BRODARD ET TAUPIN, Coulommiers-Paris.
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- 135e ANNEE.
- AOUT-SEPTEMBRE 1936.
- BULLETIN
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ
- 1° Rapport présenté par M. Gornu-Thenard, au nom de la Commission des Fonds, sur les comptes de l’exercice 1934.
- Messieurs,
- Après avoir examiné les comptes de l’exercice 1934, la Commission des Fonds, conformément à l’article 31 de vos statuts, a établi son rapport, qu’elle m’a chargé de vous soumettre aujourd’hui.
- Yoici, dans l’ordre accoutumé, les observations principales qu’elle a à vous présenter :
- 1« PARTIE : FONDS GÉNÉRAUX
- RECETTES
- fr C
- 1° Cotisations annuelles des membres ordinaires de la
- Société................. 49.759,52
- 2° Arrérages et intérêts
- divers ......................... 74.059,28
- 3° Subvention du Ministère
- de l’Agriculture.......... 699,50
- 4° Recettes diverses. . . . 430,55
- 5° Recettes d’ordre .... 1.370,85
- 6° Prélèvement sur la Réserve .......................... 23.291,95
- Total des recettes .... 149-611,65
- DÉPENSES
- fr c
- 1° Bulletin et autres publications de la Société (excédent de dépenses) ........ 38.714,00
- 2° Service de la Bibliothèque ....................... 10.023,50
- 3° Frais d’administration . 72.989,50
- 4° Immeubles (excédent de
- dépenses).................... 20.295,05
- 5° Conférences............ 1.118,75
- 6° Pension............. . 3.600,00
- 7° Allocation à la Réserve . 1.500,00
- 8° Dépenses d’ordre. . . . 1.370,85
- Total des dépenses .... 149.611,65
- Les conditions générales, qui ont prévalu, au cours de l’exercice 1934, se sont montrées plus défavorables encore que les précédentes. Pour ce qui est du Bulletin, et autres publications de votre Société, par exemple, l’excédent 135e Année. — Août-Septembre 1936. 31
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- BILAN AU 31 DÉCEMBRE 1934.
- ACTIF
- fr c fr c
- PASSIF
- fr
- c
- Immeuble, 44, rue de Rennes.....................
- Immeuble, 15, rue Saint-Benoît..................
- Portefeuille de la Société (valeur d’achat). . . . Portefeuille des fondations (valeur d’achat) . . . Portefeuille du Fonds d’accroissement (fondation
- Jollivet) (valeur d’achat)....................
- Portefeuille commun (valeur d’achat)............
- Caisse, siège social............................
- Chèques postaux.................................
- Compagnie algérienne............................
- Comptoir d’Escompte.............................
- Débiteurs divers................................
- Fondation Osmond................................
- Table décennale.................................
- Subvention du Fonds Loutreuil...................
- Réserve de la Société...........................
- 600.000 » 141.452,50 2.184.967,36 1.571.568,58
- 340.414,55
- 3.660,40
- 3.525,18
- 30.778,95
- 5.042,92
- 110,54 1.295 » 497,50 ( 24.636,58 '
- 2.926.419,86
- 1.911.983,13 4.249,66
- 43.007,45 82.492,35 26.539,62
- .994.692,07
- Total de l’actif
- Valeurs mobilières et immobilières appartenant à la Société. 2.926.419,86
- Valeurs des fondations........................ 1.911.983,13
- Fondation Argenteuil................................ i2.044,18 !
- Bapst (secours)............................. 2.019,80 j
- — Bapst (recherches)........................... 4.008,85 i
- — Christofle..................................... 916,20 ;
- — Galitzine................................... 1.216,77 s
- — Carré.......................................... 231,43
- — Fauler......................................... 341,45
- — Legrand...................................... 1.220,31
- — Christofle et Bouilhet....................... 1.702,86
- — de Milly...................................... 355,89
- — Baccarat....................................... 690,17
- — Menier......................................... 324,36
- — Roy.......................................... 4.760,20
- — Baude........................................ 4.785,05
- — Giffard........................................ 827,43
- — Meynot......................................... 747,45
- — Melsens........................................ 336,19
- — Classe 50 (1867) (Savalle-Thenard) . . . 991,62 j
- — — 50 (1889) (Parmentier).............. 1.975,30 \
- — — 51 (1889)............................. 824,04 / 97.303,79
- — — 21 (1889)............................. 239,13
- — — 63 (1889)........................... 1.540,64 i
- _ — 65 (1900)............................. 138,45
- — de Salverte................................... 164,74
- — Armengaud....................................... 93,75
- — Danton......................................... 755,87
- — Massion...................................... 8.756,23
- — Robin.......................................... 687,06
- — Bourdon....................................... 1.600 »
- Souscriptions perpétuelles et à vie.................... 7.185,09
- Fragilité des aciers................................ 2.581 » |
- Dons spéciaux..................................... . 503 »
- Souscriptions au Sanatorium universitaire de Leysin. 500 »
- Legs Farcot............................................. 3.627,14
- Fonds Fremont............................................. 196,47 |
- Legs Richard........................................... 1.003,75
- — Letort............................................ 3.591,55
- - Bardy............................................ 13.776,95 ;
- Legs Carrion.......................................... 10.043,42
- Créditeurs divers........................................ 58.985,29
- Total du passif....................... 4.994.692,07
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. EXERCICE 1934. 467
- des dépenses sur les recettes n’a pu être ramené à 38.714 fr. qu’en faisant
- appel :
- à la Fondation Giffard pour...................... 1.200,00 fr
- — Bapst 2 —....................... 2.410,90 —
- — Fauler —......................... 500,00 —
- — Legrand —....................... 1.500,00 —
- — de Milly —......................... 500,00 —
- et au Fonds Fremont.............................. 1.500,00 —
- soit, au total, pour................. 7.610,90 fr
- L’entretien de vos immeubles et la remise en état du chauffage central ont exigé des travaux importants; de leur côté, les contributions se sont maintenues à un chiffre élevé, dépassant 20.000 fr.
- Cependant, comme vous pouvez le constater, les compressions réalisées antérieurement, en ce qui concerne les frais d’administration, la Bibliothèque, etc., n’ont pas été détendues; mais les recettes se sont, de nouveau, sensiblement amenuisées. C’est ainsi que les cotisations annuelles se présentent, d’un exercice à l’autre, en diminution de 5.000 fr, que les arrérages et intérêts divers sont en moins-value de plus de 3.000 fr, etc.
- De sorte que, pour réaliser l’équilibre des Fonds généraux, votre Conseil est amené à vous proposer de prélever sur la Réserve une somme de 23.291 fr, 95.
- 2e PARTIE : FONDS SPÉCIAUX ET FONDATIONS Vous noterez avec satisfaction les inscriptions, comme membres à vie, au cours de l’année 1934, de : MM. Henri Lafosse et Alfred Monnier, déjà membres ordinaires; de M. le Général Dumas, de M. le Colonel Bertin, de MM. R. Widemann, Ch. Dufraisse, L.-J. Rouzet et A. Pereire.
- Nous éviterons, cette année encore, la dépense relative à la publication détaillée des comptes des divers Fonds spéciaux et Fondations : la lecture du Bilan vous renseignera suffisamment sur l’emploi des sommes correspondantes. Signalons toutefois que les portefeuilles commun et individuels des Fonds généraux et des Fondations se composaient, le 31 décembre 1934, de :
- 121.543,50 fr de rentes françaises des différents types et de 934 obligations de chemins de fer, P. T. T. et emprunts coloniaux.
- Enfin, sur les revenus des Fondations, il a été prélevé, en 1934, les sommes suivantes :
- 1« Prix.................................................... 6.500,00 fr
- 2° Médailles aux contremaîtres et vieux ouvriers........... 5.000,00 —
- 3° Subventions et brevets d’invention...................... 19.960,40 —
- 4° Subventions aux auteurs de mémoires parus dans^le Bulletin. 5.352,50 —
- 5° Secours................................................. 750,00 —
- Ensemble
- 37.562,90 fr
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- 468 ÉTAT FINANCIER RE LA SOCIÉTÉ. EXERCICE 1934. — AOUT-SEPT. 1936.
- L’examen des écritures auquel nous nous sommes livré et les sondages que nous avons effectués ont fait ressortir la parfaite tenue de votre comptabilité; nous vous proposons donc d’accepter les comptes qui vous sont soumis. Nous ne manquerons pas, en terminant, d’adresser, de votre part, aux membres de votre Bureau, l’expression de nos remerciements très sincères, pour le dévouement si actif et si éclairé avec lequel ils ont présidé à la gestion de votre Société, dans des conditions que les circonstances rendent chaque jour plus difficile. Le Rapporteur,
- Lu et approuvé en assemblée générale, le 6 juin 1986. cornu-thenard.
- 2° Rapport des Censeurs
- sur les comptes de la Société pour l'exercice 1934, présenté par l’un d’eux, M. A. Alby.
- L’examen des comptes pour l’année 1934 permet d’en constater la sincérité et l’exactitude. Le rapport de M. Cornu-Thenard fait ressortir l’état financier de notre Société.
- Après deux exercices qui se sont clôturés en équilibre, nous voyons reparaître en 1934 un important déficit.
- Le compte de la réserve, que les versements des arrérages du fond Jol-livet pendant trois années, votés par le Conseil, avaient allégé dans une très forte proportion, va se trouver grevé à nouveau. Ces versements devront être prolongés pour une nouvelle période au moins d’égale importance avant que ce compte puisse devenir créditeur, et l’époque où les arrérages pourront être utilisés pour des objets réclamés avec raison depuis longtemps, tels que la publication de la table décennale, se trouve d’autant reculée.
- Les données déjà fournies au Conseil sur les résultats de l’année 1935 et le projet de budget de l’exercice en cours ne laissent aucune illusion à cet égard, les difficultés résultant delà diminution des recettes se combinant avec de lourdes charges pour l’entretien des immeubles.
- La trésorerie, qui a été depuis quelques années facilement assurée, grâce aux importantes rentrées provenant des dernières fondations recueillies, va se trouver amaigrie lorsque arrivera l’échéance de la remise des prix correspondant à la volonté des fondateurs.
- Nous ne doutons pas que la vigilance toujours en éveil de la Commission des Fonds ne trouve les moyens efficaces de résoudre ce problème et d’enrayer la montée un peu inquiétante des dépenses de l’entretien des immeubles.
- Sous le bénéfice de ces observations, nous vous proposons d’adopter les comptes tels qu’ils vous sont présentés et nous adressons à votre Conseil, ainsi qu’à ses collaborateurs, les remerciements les plus vifs pour le dévouement qu’ils montrent dans l’exécution d’une fâche difficile.
- Lu et approuvé en assemblée générale, le 6 juin 1986. Uun des Censeurs,
- A. ALBY.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR l’iNDUST. NATION. — AOUT-SEPT. 1936 (p. 469).
- LES GAMMES DE VITESSES DES MACHINES-OUTILS
- par M. Pierre Massot, Ingénieur des Arts et Métiers et des Arts et Manufactures.
- 1. Objet et division de cette étude. — Les machines-outils qui procèdent par enlèvement de copeaux ont deux mécanismes de variation de vitesses permettant de modifier le mouvement relatif de l’outil et de la pièce, et de réaliser ainsi l’allure économique, c’est-à-dire celle qui correspond à la plus petite durée d’usinage lorsque sont donnés les divers facteurs entrant enjeu : profondeur de passe, forme et nature de l’outil et de la pièce, précision du travail, etc. Ces mécanismes déterminent, l’un, la vitesse de l’arbre qui commande la coupe, l’autre la vitesse de l’arbre qui commande l’avance.
- Sauf de rares exceptions, les variations ne sont pas continues et les vitesses angulaires, obtenues en nombre limité, constituent la gamme des vitesses de coupe et la gamme des vitesses d’avance de la machine considérée.
- Une vitesse déterminée ne figurera pas, le plus souvent, parmi les échelons de ces gammes et sera remplacée, alors, par la vitesse réalisable immédiatement inférieure, d’où perte de temps par rapport à l’allure économique.
- Cette perte de temps dépend du nombre et de la distribution des vitesses ; mais il faut tenir compte des inconvénients d’une trop grande complication des mécanismes de variation de vitesses. Pratiquement, on adoptera un compromis entre ces deux ordres d’idée : suivant la nature des applications, on diminuera le temps perdu par suite de la discontinuité de la gamme, en employant des dispositifs compliqués, ou bien, on simplifiera ces dispositifs en acceptant une perte de temps plus considérable.
- Nous nous proposons d’étudier les gammes de vitesses de ce double point de vue : économie de temps et simplicité des mécanismes, et de donner les indications propres à faciliter la détermination de la série de vitesses la plus avantageuse dans chaque cas particulier.
- Dans la première partie, A, nous évaluerons le temps perdu à l’aide du rendement de la gamme, notion que nous croyons nouvelle, et nous traiterons des gammes à rendement maximum. Dans la seconde partie, B, nous examinerons les gammes usuellement employées. Dans la troisième, C, nous définirons la gamme optimum, qui a le plus grand rendement compatible avec une complication mécanique donnée. Dans la quatrième, D, nous comparerons ces diverses espèces de gammes du point de vue pratique. Enfin, une conclusion résumera les principaux points acquis au cours de cette étude.
- A. — GAMMES A RENDEMENT MAXIMUM.
- 2. Définition du rendement d'une gamme de vitesses. — Considérons une gamme de n vitesses qui sont, par ordre croissant, w1, «2, ... co„, et soit w la vitesse limite,
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-
- 470 GAMMES DE VITESSES DES MACHINES-OUTILS. — AOUT-SEPTEMBRE 1936.
- supérieure à wn, que l’on convient de pouvoir remplacer, à l’usinage, par oPosons :
- UU-) UU r, IU
- Tj = —“, r, = , ... rn — —, r :
- <», " <’), I0n
- ?V‘, . .. rn
- [1]
- f\, r2 .. . rn sont les raisons des divers intervalles et r est l’étendue de la gamme.
- Soit un travail d’usinage dont on a fixé toutes les conditions moins une, à savoir la vitesse de coupe, ou d’avance, à prendre dans la série ci-dessus. L’allure économique sera caractérisée par la vitesse économique x et le temps d’usinage t. Si x est inférieur à co2 et au moins égal à an, le travail est exécuté à la vitesse oq, dans un temps T. On a :
- Le rapport o est la fraction du temps T réellement employé, qui suffirait à l’exécution du travail à l’allure économique; on peut l’appeler rendement de la gamme relatif à la vitesse économique x. T (1-p) est le temps perdu à cause de la discontinuité de la gamme.
- Toute vitesse économique inférieure à o>3 et au moins égale à o>2, est remplacée
- par w2; le rendement dans le second intervalle est donc : p — —!. Ainsi de suite
- x
- pour les autres intervalles.
- Soient t', t", t'", ... les durées de divers travaux lorsqu’on peut réaliser pour chacun d’eux la vitesse économique, et T', T", T'", ... les durées de ces mêmes travaux exécutés aux vitesses de remplacement fournies par la gamme. Le rendement pour l’ensemble de ces travaux sera :
- t'
- f G- t'" -+-...
- T' -h T" -h Y" -b
- Si l’on envisage la totalité des travaux effectués par l’ensemble des machines ayant la même gamme, on arrive à la notion du rendement général de cette gamme :
- ST
- [2]
- C’est le rapport du temps total ££, nécessaire pour exécuter l’ensemble de ces travaux en régime économique (1), au temps total £T, nécessité par l’emploi de la gamme.
- Si T et T'sont les durées d’une même opération accomplie successivement à l’aide
- T '
- de deux gammes différentes, de rendements p et p', on aura, en moyenne : — = ^ . Le
- ^ P
- rendement est donc un coefficient d’efficacité qui permet de classer les gammes du point de vue économique; il est égal à 1 lorsque la variation de vitesse est continue.
- 3. Loi de probabilité des vitesses économiques. — Hors le cas d’une machine strictement spécialisée, on ne sait rien a priori des divers travaux qu’exécutera une
- (1) Le régime économique est obtenu avec un mécanisme à variation continue de vitesse, qui permet de réaliser, pour chaque opération d’usinage, la vitesse économique correspondante.
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-
-
- GAMMES DE VITESSES DES MACHINES-OUTILS.
- 471
- machine étudiée, sinon qu’ils seront compris entre certaines limites de vitesse, de puissance et d’encombrement. Le rendement d’une gamme ne peut se déterminer qu’à l’aide d’hypothèses faites sur la vitesse et la durée des travaux probables, dans la période d’activité totale, non seulement d’une machine, mais de toutes les machines d’un même type, afin que les cas soient très nombreux et très variés.
- Plaçons-nous en régime économique, c’est-à-dire supposons la vitesse économique constamment réalisée. Admettons d’abord que les vitesses économiques rencontrées soient en nombre fini : xv a?2, ... xq, régulièrement distribuées entre les vitesses limites de la gamme, co1 et w, de façon à former une progression arithmétique de raison A a?. Soit (fig. 1) xl = <o1 = OAt, x2 = OA2... xq = OAg,
- <o = OA; appelons f15 t2, ... tq les durées totales des travaux respectivement exécutés aux vitesses xv x2, . .. xq, et portons, en ordonnées, les longueurs yt = A.B,, y2 = A2B2, ... proportionnelles à ces durées et telles que : tt = yl A x,t2 = y2 A x, .... La durée totale de l’ensemble des travaux est :
- = (ih + y% + • • • y<i)^x-
- Revenons au cas où la vitesse économique varie continûment de w1 à a), en faisant Ax = dx. Les points B,,
- B2, ... Bg forment une courbe continue d’équation y = f{x). La durée totale des travaux effectués à la vitesse x est :
- t — f(x)dx, [3]
- et pour l’ensemble des travaux possibles, on a :
- Ht= f f(x)dx. [4]
- eA'>i
- Fig. 1. — Loi de probabilité des vitesses économiques (voir 3).
- La probabilité pour qu’une heure de travail prise au hasard, en régime économique, corresponde à une vitesse x, est donc, d’après [3] et [4] :
- Px --
- f(x) dx J* f(x) dx
- [5]
- Dans l’étendue de la gamme, cette probabilité est proportionnelle à f{x), qui sera la loi de probabilité des vitesses économiques.
- 4. Valeur du rendement d'une gamme. — En régime économique, la durée totale des travaux accomplis à la vitesse x est donnée par [3]. Si x est compris dans le 1er intervalle de la gamme, ces travaux seront exécutés à la vitesse de remplacement (o^, et dureront le temps :
- T = t— = —xf(x)dx.
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- 472 GAMMES DE VITESSES DES MACHINES-OUTILS. — AOUT-SEPTEMBRE 1936.
- Pour tous les travaux correspondant à des vitesses économiques comprises dans le même intervalle, le temps d’usinage sera :
- En considérant tous les intervalles de la gamme, on obtient la durée totale de tous les travaux possibles :
- Le rendement général de la gamme est, d’après [2], [4] et [61 :
- 5. Rendement maximum. — On peut toujours augmenter le rendement d’une gamme en rapprochant ses limites et w, et en augmentant le nombre de vitesses n. Le rendement maximum n’a de signification que si w et n sont constants. D’après [7], le rendement est alors fonction de n — 1 variables indépendantes : (o2, (o3, ... con; les conditions du maximum sont données par les dérivées partielles de p, égalées à zéro. On obtient n — 1 relations récurrentes :
- Ces équations définissent les n —1 vitesses intermédiaires de la gamme à rendement maximum, de limites w, et w. On voit que toute gamme formée par des vitesses consécutives prises dans la série déterminée par [8] est aussi à rendement maximum.
- Appelons oo0 le terme qui précède <o1 de par la loi de récurrence des relations [8], posons r0 = ^1, portons ces relations ainsi complétées dans [7] et faisons apparaître
- wo
- les raisons r0, ru ... rn; nous obtenons la valeur maximum du rendement :
- f(x) dx
- Pmax
- • [9]
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- GAMMES DE VITESSES DES MACHINES-OUTILS.
- 473
- 6. Gammes à rendement maximum lorsque f(x) = xa. — Nous supposerons, dans tout ce qui suit, que la loi de probabilité, définie en 3, est de la forme :
- f(x) = xa. [lü]
- a est entier ou fractionnaire, positif, nul ou négatif.
- Cette forme présente assez de variété pour traduire assez bien la fonction f(x) lorsque cette fonction varie toujours dans le même sens dans toute l’étendue de la gamme; de plus, elle conduit à des calculs simples. Si f(x) croissait depuis x= <o, jusqu’à x = Q, pour décroître ensuite jusqu’à x = m, on pourrait la représenter à l’aide de la fonction : dans la région de croissance, et de la fonction : Q“ x?
- dans la région de décroissance, a étant positif et p négatif.
- Les relations [8] et [10] donnent, en fonction des raisons, sauf si — — 2, cas vu en 8 :
- 1 H- a -4- rf+a 2-h a
- 1 -t- a -t- rl+a 2+ a
- 1 + Ü + r:+%
- »n-4 =
- 2 H- a
- [11]
- Les relations [11] et la relation [1] (r = rlr2... rn) déterminent les raisons des intervalles de la gamme à rendement maximum, en fonction de l’étendue r et du nombre de vitesses n. Les limites de la gamme n’interviennent que par leur rap-
- port r = —.
- CO,
- 7. Rendement maximum lorsque f(x) = xa. — Exprimons toutes les vitesses en fonction de <o, ; la relation [4] devient :
- S t — co[
- l-fa
- 7*i+“ — y
- [12]
- De plus, les relations [11] portées dans [6], donnent, après simplification :
- -iV
- Tn___________ 1-j-a •
- 1 = <*>1
- il-f R|i ______ ,
- [13]
- d’où, pour le rendement, la forme simple :
- 4* a_
- P™ x ~ ri+«rn — V()‘ M
- Ces relations sont en défaut si a = — 1, cas vu en 9 ,
- n et co, étant donnés, T" est uniquement fonction de r; en vue de la partie C, cherchons sa dérivée; nous obtenons finalement :
- (Tî)r = coî+ara?v [15]
- Y:"
- w% ^
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- 474 GAMMES DE VITESSES DES MACHINES-OUTILS. — AOUT-SEPTEMBRE 1936.
- 8. leF cas d’exception : a = — 2. — Les relations [12] à [15] conviennent, mais les relations [11] sont remplacées par :
- r0 = 1 + Loge, j i\ = 1 -h Logr., I
- .............. • [16]
- r„_, = 1 + Logrn \ rl X >\ X . . . rn = r }
- 9. 2nd cas d’exception :a = —-1. Gammes usuelles. — Les relations [11] s’appliquent et donnent le résultat simple :
- 1
- r0 = ri = r„ = . .. r„ = rn . [17]
- Les relations [12] à [15] sont en défaut; pour la suite, la valeur du rendement seule importe; la relation [14] est ici remplacée par :
- pmax
- Logr n(rl — 1)
- Logrt
- [18]
- Les vitesses sont en progression géométrique et le rendement d’un intervalle quelconque est égal à celui de la gamme.
- Nous appellerons gammes usuelles, celles dont les vitesses sont en progression géométrique, car elles sont constamment utilisées sur les machines-outils, pour des raisons examinées dans la partie B, et étrangères à toute considération sur le rendement. Donc :
- La gamme usuelle coïncide avec la gamme à rendement maximum, lorsque, en régime économique, la probabilité pour qu’une heure de travail, prise au hasard,
- 1
- corresponde à une vitesse x, est proportionnelle à —.
- Portons sur un axe des longueurs y = Log x, depuis Log w, jusqu’à Logco; la probabilité pour qu’un point, pris au hasard entre ces limites, ait un y donné, est
- 1
- proportionnelle à dy — — . On retrouve la loi de probabilité ci-dessus. Les logarithmes des vitesses également probables, c’est-à-dire correspondant à des travaux d’égale durée en régime économique, sont en progression arithmétique et ces vitesses sont en progression géométrique. Donc :
- La gamme usuelle, dont les vitesses sont en progression géométrique, coïncide avec la gamme à rendement maximum, lorsque les vitesses économiques également probables sont supposées distribuées en progression géométrique dans toute l’étendue de la gamme.
- 10. Cas particulier : ct = 0. — Si la loi de probabilité des vitesses économiques est f(x) = x° = 1, la probabilité pour qu’une heure de travail, prise au hasard en régime économique, corresponde à une vitesse x, est la même quel que soit x, entre Wj et » ; c’est la probabilité pour qu’un point pris au hasard sur un segment de longueur co — aq, ait une abscisse donnée comprise entre w, et w. Donc :
- Lorsque, dans la loi de probabilité des vitesses économiques, a = 0, les vitesses économiques également probables sont supposées distribuées en progression arithmétique dans toute l'étendue de la gamme.
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- GAMMES DE VITESSES DES MACHINES-OUTILS.
- -475
- Les formules [11] et [14] deviennent respectivement
- 1 -t- r\
- 2
- 1 -+- r\
- 2
- [19]
- 1,1 1 2 rtr2 ... rn = r
- P max
- V--- 1
- rrn — r0
- [20]
- Ce cas particulier conduit à des calculs relativement simples et sa loi de probabilité, plus plausible que celle des gammes usuelles, paraît donner à a la valeur moyenne résultant des diverses hypothèses acceptables. Les applications numériques de la partie D seront faites dans ce cas-là.
- Les raisons r15 r2 ... rn se déduisent facilement de l’une d’elles. Si on exprime toutes les raisons en fonction de rn, la dernière des relations [19] est de degré 2”-l en r„.
- Pour w = 2, on a : r2
- Pour w^>3, les calculs sont laborieux; il vaut mieux user de tables spéciales permettant de trouver par interpolation les logarithmes des raisons cherchées. On établira facilement ces tables en posant :
- ^n = tgcp„,
- 2 cos2©,,
- 1
- 2cos2cp,;
- ^5?»—2’ etc.,
- et en calculant quelques gammes suffisamment étendues et convenablement enchevêtrées.
- B. — GAMMES USUELLES.
- 11. Erreur relative sur la vitesse économique. — Les gammes usuelles, dont les vitesses sont en progression géométrique, sont à rendement maximum lorsque a = — 1 (voir 9) ; elles ont aussi la propriété suivante.
- Soit ü^, w2, deux vitesses consécutives d’une gamme usuelle de raison rx ; en
- remplaçant leur moyenne arithmétique : 101 ~]j~ ("2, soit par oq, soit par w2, on commet,
- fp _
- au signe près, la même erreur relative : e = ----, constante pour les divers inter-
- valles de la gamme.
- Considérons la progression géométrique formée par les vitesses de la gamme : Wj, w2, ... (vn, complétées par le terme w0 qui précède w,, et par le terme wn+i
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- 476 GAMMES DE VITESSES DES MACHINES-OUTILS. — AOUT-SEPTEMBRE 1936.
- qui suit o)n. Prenons pour limites d’utilisation de la gamme les vitesses O
- et co =
- En remplaçant une vitesse quelconque comprise entre ü et w,
- par la vitesse de la gamme la plus voisine, on commet une erreur relative dont la
- r.
- Si on intercale entre Û et w. n termes
- valeur absolue est au plus égale à e_
- & ri +1
- différant en totalité ou en partie de aq, co2, ... wn, il y aura au moins un intervalle dans lequel l’erreur relative passera par une valeur absolue supérieure à
- —----j-. Donc :
- r, -+-1
- La gamme de n vitesses qui rend minimum la plus grande erreur relative commise sur les vitesses économiques comprises entre deux limites données Q et <o, est une
- gamme usuelle de raison rl = (— et dont la première et la dernière vitesses sont :
- — Q-
- 2r\
- ri
- , et (O,j = co
- 1 -I- ï\
- L’erreur relative, par excès ou par défaut, sera au
- plus égale, dans chaque intervalle, à
- ... TV
- ri-hl
- Si l’on veut que l’erreur relative soit toujours par défaut, il faut faire :
- core=—; le maximum de l’erreur relative est alors e = ^---------------
- n r,
- Si l’on veut que la plus grande erreur relative par excès soit une fraction X de la
- plus grande erreur relative par défaut, il faut faire :
- >i = ûri-* x v*
- X
- 5 wn w
- X r± H- X
- La plus grande erreur relative par défaut est alors
- n — 1 r i + X
- ; celle par excès
- est : X-?1
- riH-X
- 12. Avantages pratiques des gammes usuelles. — L’emploi général des gammes usuelles n’est pas dû à la propriété de rendement maximum lorsque f (x) = x~l (voir 9), car cette hypothèse n’est guère plausible et, de plus, la notion de rendement définie en 2 ne paraît pas avoir été signalée avant cette étude.
- Cet usage général n’est pas non plus justifié par la propriété de rendre minimum la plus grande erreur relative commise sur la vitesse économique (voir 11), car il importe pratiquement de réduire le temps total d’usinage et non d’approcher plus ou moins la vitesse économique dans quelques cas particuliers.
- Mais les gammes usuelles, faciles à calculer et obtenues aisément avec peu d’organes, offrent des avantages pratiques : bon marché, rendement mécanique élevé, faible encombrement, facilité de construction et de manipulation, qui les ont imposées indépendamment de toute considération théorique sur la répartition des vitesses réalisées.
- Pour étudier les gammes usuelles, nous distinguerons plusieurs modes de réalisation :
- 1° Lorsque le passage d’une vitesse à l’autre doit être rapide, même au prix d’une
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- GAMMES DE VITESSES DES MACHINES-OUTILS.
- 477
- certaine complication mécanique, on emploie des dispositifs bien connus tels que : poulies à gradins, harnais, trains balladeurs, « Norton », clavettes mobiles,... etc. Toutes les roues et poulies nécessaires font partie de la machine, et on obtient une vitesse particulière en accouplant les organes utiles et en désaccouplant les organes inutiles, par le simple déplacement de leviers de manœuvre. Nous désignerons de pareilles dispositions sous le nom général de boites de vitesses (13, 14, 15);
- 2° Lorsque la rapidité de manœuvre importe peu et qu’il faut surtout simplifier les mécanismes, ceux-ci se réduisent à quelques arbres en bout desquels on dispose, pour chaque vitesse de la gamme, des roues dentées et des poulies convenablement choisies dans une collection indépendante de la machine. Chaque changement d’allure nécessite le démontage et le montage d’un certain nombre d’organes. Nous appellerons assortiment de roues ce mode de réalisation et nous distinguerons deux cas suivant que les axes des arbres intermédiaires sont fixes (16) ou mobiles (18).
- 13. Boîtes de vitesses. —
- Soit (fïg. 2) A, l’arbre moteur initial à vitesse constante. Le nombre, n, de vitesses de la gamme est quelquefois assez petit pour être obtenu directement sur un arbre B, sans arbres intermédiaires. Nous dirons alors que la boîte de vitesses se réduit au mécanisme élémentaire représenté schématiquement par les couples d’organes atB1? ^B^, ... ftnBjï*
- Lorsque n est trop grand, on le décompose en un produit de facteurs au plus égaux au nombre de vitesses réalisable avec un seul mécanisme élémentaire, et on associe plusieurs de ces mécanismes de la manière classique suivante.
- Soit n — klm; on étendra facilement ce qui suit à un nombre quelconque de facteurs. Entre l’arbre moteur A (fig. 2) et un premier arbre intermédiaire B, on dispose un mécanisme élémentaire (couples afii, a2B2 ...) donnant à B, 4 vitesses en progression géométrique de raison rr Un second mécanisme élémentaire (couples b fii, bfi2, ... ) est tel qu’une même vitesse de B donne à un second intermédiaire C, les vitesses en progression géométrique de raison rf. Enfin un troisième mécanisme élémentaire (couples CiD15 c2D2, ...) permet de donner à l’arbre récepteur D, pour une même vitesse de G, m vitesses en progression géométrique de raison r\l. Sur la figure 2, k = A,l = 3, m= 2. En associant de toutes les façons possibles, les couples des divers mécanismes élémentaires, on obtient sur l’arbre D, n vitesses en progression géométrique de raison rx.
- Le nombre de vitesses, n, ou capacité du mécanisme, est égal au produit klm, alors que le nombre de couples d’organes, qui peut mesurer la complication du mécanisme (voir 25), n’est égal qu’à la somme k-\- l-+-m. Cette propriété explique
- .D
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- 478 GAMMES DE VITESSES DES MACHINES-OUTILS. — AOUT-SEPTEMBRE 1936.
- la facilité de réalisation des gammes usuelles, mais elle n’appartient pas exclusivement à cette sorte de gamme (voir 19).
- Les dispositifs du genre « Norton » réduisent encore la complication, car ils ne nécessitent pas un couple d’organes distincts pour chaque vitesse.
- La disposition, dite du « harnais » (fîg. 3), consiste à faire coïncider les axes géométriques des arbres B et D. En général, B est tubulaire et entoure D ; les k vitesses reçues par B peuvent être transmises à D par accouplement direct de ces arbres. La capacité du mécanisme est portée à klm -f- k vitesses ; de plus, les k grandes vitesses
- laissent en repos les 2° et 3e mécanismes élémentaires, d’où atténuation des vibrations et augmentation du rendement mécanique.
- (T
- D
- 14. Choix des facteurs k, l, m, d’une boîte de vitesses. — L’étendue r et le nombre des vitesses n étant donnés, les facteurs k, l, m seront déterminés d’après les considérations suivantes :
- 1° On facilite la réalisation des mécanismes élémentaires, considérés séparément, en réduisant le nombre de vitesses de chacun d’eux; mais cela augmente le nombre de ces mécanismes et, par suite, le nombre des arbres intermédiaires, les pertes par frottement et l’erreur finalement obtenue sur la vitesse (voir 28);
- 2° Abstraction faite de ce que k, l, m, sont entiers, la complication k -f-1 -f- m est
- i
- minimum lorsque k = l = m = n5 ; plus généralement, dans le cas de p facteurs, la
- i
- complication est minimum si chacun d’eux est égal h ne. Ne fixons pas p a priori, le minimum minimorum de la complication a lieu lorsque= Logn; chaque facteur
- est alors égal à n L°sn— e = 2,718 ... et la complication devient : e Logn.
- Ces résultats sont inutilisables puisque p, k, l, m, seraient irrationnels, mais ils permettent de choisir les nombres entiers les plus voisins et de réduire ainsi la complication des mécanismes.
- 3° Il est prudent de prévoir que toute la puissance disponible sera transmise à l’arbre récepteur à tous les régimes; les organes travaillent alors à puissance constante et à vitesse variable. Si le rapport des vitesses extrêmes prises par un même organe est trop grand, il se peut que les dimensions déterminées par les conditions de résistance à la petite vitesse, soient incompatibles avec la bonne marche à la grande vitesse, à cause des vibrations et des forces d’inertie.
- Soient, a, b, c, les raisons respectives, provisoirement indéterminées, des gammes usuelles obtenues en considérant isolément et successivement le 1er, le 2e, et le 3e mécanisme élémentaire. Les organes du premier mécanisme travaillent à vitesse constante. Les vitesses extrêmes d’un organe du 2d mécanisme sont dans le rapport et ce rapport devient ak—lbl~l si on considère le 3e mécanisme. On réduira
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- GAMMES DE VITESSES DES MACHINES-OUTILS.
- 479
- ces rapports en diminuant a, b, k, l. En ce qui concerne a et è, il faut que les raisons a, è, c, aillent en croissant quand on s’éloigne de l’arbre moteur; on doit donc faire, comme il a été dit en 13 : a = ri, b = rJ, c = r\l.
- Le rapport des vitesses extrêmes devient rf~l pour un organe du 2e mécanisme et r/*-1 pour un organe du 3e mécanisme; il convient donc de réduire k et l, et par suite d’augmenter m ; mais, si m est trop grand, on rencontre l’inconvénient suivant;
- 4° Désignons les diamètres primitifs des roues par les symboles qui désignent ces roues sur la figure 2. Le 3e mécanisme élémentaire, pris isolément, donne m vitesses en progression géométrique de raison rf ; on a donc, en considérant le premier et le dernier des couples de ce mécanisme :
- /•TV ”
- C»> v x Ul -rkl{m—1 ) _ r
- Dm C,
- [Sur la figure 2, m = 2].
- Le bon fonctionnement impose une limite supérieure X, variable avec le cas considéré, du rapport du plus grand au plus petit des diamètres primitifs de deux roues
- conjuguées. On doit donc avoir : x — ^X2.
- D m Ci
- m—4
- On ne peut satisfaire à cette condition que si X^r 2m ; dans le cas de l’égalité, il n’y a qu’une solution :
- = =
- D c
- ^ vi
- Cette valeur croît avec m; il faudra parfois diminuer m, et par suite augmenter
- m—i
- k et l, afin de rendre r 2m au plus égal à X. Par exemple, si r= 72, on a :
- pour m = 2, pour m = 3, pour m = 4, pour m = 6,
- X> 72* = 2,91.... X>72^ = 4,15.... X>72g = 4,97....
- S
- X>7212 = 5,94....
- Dans quelques cas, les dernières valeurs de X peuvent être inacceptables.
- 15. Réduction du nombre de roues des boites de vitesses. — La disposition usuelle décrite en 13 peut être simplifiée du fait qu’une même roue peut appartenir à des mécanismes élémentaires différents. Ainsi, sans grand changement à la figure 2, on peut réunir en un même organe les roues B4 et bv ainsi que les roues C3 et ct. La simplification peut être poussée beaucoup plus loin.
- Considérons le mécanisme élémentaire reliant lës arbres A et B (fig. 4); il donne 6 vitesses à B pour une même vitesse de A. Si le même symbole désigne une roue et son diamètre primitif, et si ri est la raison de la gamme, on posera :
- a\ — \ ^
- R — ’ B. _ A ’ R — ÀrG R
- B
- B,
- B,
- a/4)
- — Af
- Be
- 4» B. 4*
- L’utilisation courante du mécanisme donne à B, pour une vitesse o> de l’arbre A, la gamme usuelle de 6 vitesses : wX, wXr^ . ;. wXr4.
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- 480 GAMMES DE VITESSES DES MACHINES-OUTILS. — AOUT-SEPTEMBRE 1936.
- 1° Supposons, toute difficulté de réalisation mise à part, que l’on puisse disposer les roues av Bn B6, a6, de façon à faire un premier train démultiplicateur de raison :
- ~^-X—5 = -4, qui commandera le groupe
- H n rr* A o j
- Ü1 a6 ' 1
- de roues rendues solidaires : a2, a3, av as. L’embrayage successif des couples a2B2, a3B3, a4B4, a3B5, donne alors à l’arbre B, les quatre vitesses :
- A
- (OÀ
- r\
- CüX
- r\
- (OA
- r\
- CoX
- Tl
- B
- Fig. 4. — Simplification des boîtes de vitesses (voir 15).
- 2° Disposons ensuite les roues a2B2,
- B5a5, de façon à former un second train
- ,, . . a, B„ 1
- demultiplicateur de raison tt- X — = ,
- Ij2 fl5 îy
- qui sera commandé par le premier train formé ci-dessus et commandera le groupe des roues rendues solidaires, a3, a4. L’embrayage successif des couples a3A3, a4A4, donnera alors, à l’arbre B, les deux vitesses (O A (oX
- On obtient donc une gamme usuelle de 12 vitesses, de raison r,, avec 6 couples de roues seulement.
- Le procédé peut facilement être étendu à un nombre x de couples. Si x est
- /ar-t-1'
- a? (a? H- 2)
- impair, la gamme a : 1 des vitesses est : 2 -+- 4
- vitesses; si x est pair, le nombre
- 6
- Une telle disposition est susceptible de réalisation pratique; mais, dans la plupart des cas, il est préférable d’augmenter le nombre des roues et d’introduire des axes intermédiaires, afin de simplifier les mécanismes d’accouplement des roues.
- 16. Assortiment de roues à axes intermédiaires fixes. — La disposition mécanique est des plus simples. Dans le cas de la figure 5, il y a un seul arbre intermédiaire I entre l’arbre moteur M, à vitesse constante o>, et l’arbre récepteur R, qui doit recevoir n vitesses. Deux couples de roues dentées tels que P et Q, pris dans un assortiment d’engrenages et montés en bout des arbres, assurent la transmission du mouvement.
- On peut déterminer de bien des manières les roues de l’assortiment, mais voici un procédé général, remarquable par les nombreuses vitesses qu’il permet d’obtenir avec peu de roues.
- rV Lv
- M i B
- Fig. 5. — Assortiment de roues (voir 16).
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- GAMMES DE VITESSES DES MACHINES-OUTILS.
- 481
- Soit Ti la raison de la gamme, et j le nombre total de couples de roues; on pose, en nombres entiers positifs: j = k-\-l. On établit k couples Pt, ... Pfc, pouvant relier les arbres M et I à la façon du couple P (fig. 5). Si on prend la raison d’un couple égale au rapport du plus grand diamètre primitif au plus petit, les raisons pv ... pk des couples précédents seront déterminées par les relations :
- & = & = JPJl — r Pi Pt "’P*-1
- kl—k+l Pi —Ti 2
- [20]
- Puis, on établit l couples Q15 ... Qz, pouvant relier les arbres I et R à la façon du couple Q (fig. 5) et dont les raisons qly ... qt satisfont aux relations :
- i h Ltl
- & = ... -2*- =rkj qi=pkrî = rl 2. [21]
- 9i 9ï 9i-1
- On démontre facilement qu’en associant, de toutes les façons possibles, un couple du premier groupe avec un couple du second, on obtient 4kl vitesses en
- 1 4
- i~2kl , 2kî~ ?
- progression géométrique, de raison rv depuis wr'i jusqu’à tor4 ; w est la moyenne géométrique de deux vitesses à égale distance, par le rang, des vitesses extrêmes. L’étendue de la gamme est r= r\kl.
- Vérifions si la plus grande raison d’un couple, qh est inférieure à la limite
- k3±=l
- admissible, X (voir 14, 4°); qi — fi , où, en fonction de l’étendue de la gamme,
- 3/—1
- 7l = rw<X.
- 13
- qi croît avec /, lorsque r est donné, mais reste compris entre rl et 7*8.
- Si le nombre total de couples, j, est pair, le nombre de vitesses, n — 4M, est
- maximum et égal à p quand k = l=^~. Si j est impair, n est maximum et égal à
- 1 + l
- p — l,quandA: = Z-hl='z—-—
- Dans ce qui précède, l’arbre intermédiaire I peut être à des distances inégales des arbres M et R, mais si ces distances sont égales, on peut associer deux couples du premier groupe : P,, P2, P3, ... Pfe, ou deux couples du second : Qi> Qa» • • • Ô*-
- On vérifie que l’on obtient ainsi 2 (3Æ-J-2Z—6) nouvelles vitesses qui forment, avec les vitesses voisines de la gamme usuelle précédemment obtenue, des inter-
- i
- valles de raison r\. Le rendement de la gamme irrégulière ainsi formée est nettement supérieur à celui de la gamme usuelle de 4 A: / vitesses.
- Le module peut varier d’un couple à l’autre, car une roue donnée engrène toujours avec la même roue.
- Il paraît inutile d’employer plus d’un arbre intermédiaire, car un assortiment de 12 couples (k = l = 6) suffit à la réalisation d’une gamme usuelle de 144 vitesses, avec 48 vitesses intercalaires. La pratique la plus exigeante n’en demande jamais davantage.
- Cette disposition, remarquablement simple et robuste, ne met enjeu qu’un train 135e Année. — Août-Septembre 1936. 32
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- 482 GAMMES DE VITESSES DES MACHINES-OUTILS. — AOUT-SEPTEMBRE 1936.
- de quatre roues ; le rendement mécanique est élevé et les masses en mouvement sont faibles, d’où démarrage et arrêt rapides.
- dût- d&dso
- ile>ndy&{ dbe^Xt) <de<j
- 'LikeJÀzt)
- yujjvdA&i
- AjOuAÀ
- nM^antei
- eu C-
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- YItyvJIhjl- àjt>
- ^tc4 A£>4jueA
- 'Wb&VJbtX 'me^G/vXe. /Tl^yyJ^&À dut. à*A*Xo à*ÂAXXA*à
- Tableau I (voir 16 et 17). — Gamme usuelle de 48 vitesses, de raison rt, obtenue avec 7 couples de roues et un axe intermédiaire fixe; Vitesse de l’arbre moteur = 1 ;
- ’ f ~ ’ ‘ ’ 9 ~1
- Raison des couples : — — rt 3 ; ^ = r\5 ; — a b c
- Z5 • 14. r‘ ’ d
- 17. Exemple d’un assortiment de roues, avec un axe intermédiaire fixe. — Proposons-nous de former une gamme usuelle de raison rx, et de 48 vitesses à l’aide de 7 couples de roues : k = 4, 1 = 3, n = 48.
- Soient : 1°, A, B, C, D, les nombres de dents des grandes roues et a, b, c, d, les nombres de dents des petites roues des couples Pi} P2, P3, P4; 2°, E, F, G, les
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- GAMMES DE VITESSES DES MACHINES-OUTILS.
- 483
- nombres de dents des grandes roues et e, f, g, les nombres de dents des petites roues des couples Qt, Q2, Q3. De ce qui précède, on déduit :
- A
- Pi = ~
- 2V
- b - n ’
- p 3=7=^’“;
- D
- p*=d=r1.
- E
- cb = -
- r*\
- f/, = Ç: 9
- Ajü /IMul (HemJyu. xiA' V&niZ Hûalœ, dU/ vtteMiA Ujmdut
- a d u£ al^ r 6 alt 49
- 5 d a (Vl{ alf 21 a'
- . Ci (VI i W? 0.1* af 3f $ JL
- , d a Cüll al* al* 1 al* 31 Àr
- G a a ouf al* al^ ai'3 39 X
- a a Cil, al* aij S4 Àt
- a a al* j ai 1 m; aA,* 4T al4 «ï
- 7 a Ci. a a ai* ai* al* alr 1 j3 ai a^9 39 al y SJ 9S À1
- Tableau //(voir 78). —Assortiments de roues propres à donner des gammes usuelles, de raison rl, avec un seul axe intermédiaire mobile. a, plus petit nombre de dents; X, rapport limite du plus grand nombre de dents au plus petit.
- La somme des rayons primitifs d’un couple du premier groupe est égale à la distance des arbres M et I, et la somme des rayons primitifs d’un couple du second groupe est égale à la distance des arbres I et R.
- On choisit pour nombres de dents, les nombres entiers satisfaisant au plus près aux conditions ci-dessus; ici, le module peut varier d’un couple à l’autre, pourvu que les conditions de résistance soient satisfaites.
- Le mode de formation des 48 vitesses est donné par le tableau I, la vitesse de l’arbre moteur y est supposée égale à 1. L’étendue de la gamme est r = r'f. Si X est le rapport limite des diamètres primitifs d’un même couple (voir 14, 4°), la plus
- G
- grande étendue de la gamme aura lieu pour X = — = rf et prendra la valeur r =rX3.
- Le tableau I indique, en outre, précédées d’un tiret, les 18 vitesses supplémentaires obtenues par l’association de deux couples d’un même groupe lorsque l’arbre I est à égale distance des arbres M et R.
- 18. Assortiment de roues avec axes intermédiaires mobiles. — Dans la disposition précédente, une roue ne peut engrener qu’avec la roue déterminée par la distance
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- 484 GAMMES DE VITESSES DES MACHINES-OUTILS. — AOUT-SEPTEMBRE 1936.
- des axes. Si l’arbre I (flg. 5) est mobile de façon que ses distances aux axes M et R, puissent varier arbitrairement, on peut conjuguer deux roues quelconques à condition qu’il y ait un seul module pour tout l’assortiment. C’est la disposition dite « tête de cheval ». On peut alors utiliser tous les trains formés avec les roues de l’assortiment, prises deux à deux, ou quatre à quatre. Le montage des trains de quatre roues est toujours possible si l’arbre intermédiaire porte la plus petite roue menante et la plus petite roue menée. Lorsque le train choisi n’a que
- Ÿ-tte'ùAeô \ 'Ylomfriej cità > de d&nià
- a a- ci e
- ci /
- ti 3T CL CL ù €-
- h 0» &
- W' CL
- cl a c d kW
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- CL IL-
- { t
- CL (V k =v 24 1
- 'men-eed ’Yibt^ieâ
- *7Xcnrftsb&A dut, JbtsnXkî
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- Yittààei mZua jietiteô Jful 1 Tl cdieô a 'm&tuxcnJtià ch denU sotoeô ,mC/rveeà
- y t . "23 1 1 'C d / f
- -22 t 1 a d
- S f CL a e f
- d
- CL d d a
- CL d df
- CL CL * t LO 41 1
- w8 = l CL d + f
- «, - \ CL /„
- w. = CL y -V
- II 3* -4L $ k-v
- tü = K11 12 1 / CR = V* 36 1
- 'YïLeneuibeô Vi-te&ieà
- /XLcrrrJb\e4-* dütà Ae, HOU^i jduâ tyucvudeâ
- Tableau III (voir 18). — Gamme usuelle de 47 vitesses,
- de raison rt, obtenue avec 7 roues et i axe intermédiaire mobile;
- Vitesse de l’arbre moteur = 1 ;
- Nombre de dents des roues : a] a\ c = ar\; d = ar\\ e = ar\; f=ar\"; g = arf.
- deux roues, la roue menante, montée sur M, entraîne la roue menée, montée sur R, par l’intermédiaire d’une roue quelconque montée sur I, qui n’influe pas sur la valeur absolue de la raison du train, mais assure toujours le même signe à cette raison.
- Le nombre de vitesses possibles, avec un même nombre de roues, est bien plus considérable que dans le cas précédent (voir 16). Par contre, à chaque changement de vitesse, il faut régler la position de l’arbre I afin d’assurer l’engrènement correct; de plus, le guidage de cet arbre est moins bien assuré et peut être insuffisant si les efforts et les vitesses sont élevés.
- Il paraît difficile de donner une règle générale analogue à celle de 16, pour la détermination des roues d’un pareil assortiment. Les exemples du tableau II, limités
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- GAMMES DE VITESSES DES MACHINES-OUTILS.
- 485
- à des assortiments de 5, 6 et 7 roues, montrent bien les ressources de ce procédé et suffisent largement aux besoins de la pratique. Sur ce tableau, les nombres de dents des roues sont exprimés en fonction du plus petit d’entre eux, a, et de la raison, rv de la gamme, mais on les arrondit au nombre entier le plus voisin; la vitesse de l’arbre moteur est égale à 1.
- On remarquera que, pour un même nombre de roues et uné même valeur de X, la raison et l’étendue maxima varient en sens inverse du nombre des vitesses. Ainsi, avec X = 4 et 7 roues, les trois derniers exemples du tableau II donnent :
- gamme de 47 vitesses, rimax = 1,097, rmax = 77
- gamme de 57 vitesses, rimax = 1,076, rmax — 64
- gamme de 95 vitesses, rimax = 1,036, rmax = 29,3.
- A titre d’exemple, le tableau III donne le mode de formation de la gamme de 47 vitesses ; pour simplifier les écritures, on a posé :
- c = arl, d = ari, e = ar], /=arf, g = arf.
- Les exposants de ri sont : 0,0, 2, 4, 7, 14, 15; le problème revient à former 0 et les 47 premiers nombres, soit par la différence de deux exposants (trains de deux roues), soit en retranchant de la somme de deux exposants, la somme de deux autres (trains de quatre roues).
- G. — GAMMES OPTIMA.
- 19. Définition de la gamme optimum. — Reprenons la disposition de la figure 1, décrite en 13, pour montrer le mode de réalisation des gammes usuelles; mais disposons les mécanismes élémentaires de manière que chacun d’eux, pris isolément, donne des vitesses, non plus en progression géométrique, mais distribuées suivant une loi quelconque, provisoirement indéterminée.
- Soient : at, a2, ... au~i, les raisons des intervalles des k vitesses, prises dans l’ordre croissant, obtenues avec le mécanisme établi entre les arbres A et B ; bt, b2, ... les raisons relatives aux l vitesses du mécanisme établi entre B et G; ct, c2, ... cm_1? les raisons relatives aux m vitesses du mécanisme établi entre G et D.
- Posons : a — axa^ ... ak-i, b = b J... bi_i, c = ... cm_r
- Supposons, pour réduire les variations de couple et de vitesse sur un même organe (voir 14, 3°), que bL, bs, ... bi-i soient plus grands que a, et que c1? c2, ... cm-1 soient plus grands que axb.
- La combinaison des mécanismes susdits donnera, à l’arbre D, n = klm vitesses dont le mode de formation est indiqué par le tableau IV dans le cas de n = 27, k = l = m = 3. La disposition mécanique est identiquement celle d’une boîte de vitesses propre à réaliser la gamme usuelle de n vitesses. Les vitesses limites w1 etw étant données, ainsi que les facteurs k, l, m, les vitesses intermédiaires dépendent de k-\-l -\-m — 3 variables indépendantes qui sont les raisons des mécanismes élémentaires. Parmi toutes lés valeurs possibles de ces variables, il y a un groupe qui rend maximum le rendement et qui définit la gamme optimum.
- Le rendement de la gamme optimum est inférieur à celui de la gamme à rendement maximum dont les vitesses intermédiaires ne sont assujetties à aucune condition a priori et dépendent de klm — 1 variables indépendantes (voir 5).
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- 486 GAMMES DE VITESSES DES MACHINES-OUTILS. — AOUT-SEPTEMBRE 1936.
- Les gammes optimum et usuelle s’obtiennent avec la même boîte de vitesses, laquelle est la plus simple possible pour des facteurs h, l, m, donnés, donc :
- La gamme optimum a le rendement maximum compatible avec une disposition imposée de la boîte de vitesses.
- üU
- &Â
- a- a * ct
- ~ 4 J>
- Tableau IV (voir 19). — Gamme optimum de 27 vitesses, obtenue avec trois mécanismes élémentaires.
- 20. Relations entre les raisons du premier mécanisme élémentaire. — La gamme du tableau IV contient 9 groupes de trois vitesses : on à <o3, coi à o>6, ... (o25 à o>27, qui ont les mêmes raisons ai et a2, et, par suite, le même rendement. Supposons fixes les vitesses extrêmes de ces groupes : co3, ... co2s, <o27; quelles que soient les
- valeurs données à ces vitesses, toute augmentation du rendement commun de ces groupes, obtenue par un meilleur choix des vitesses intermédiaires : o)2, o)s, ... w26, entraînera une augmentation du rendement de la gamme de 27 vitesses. Lorsque cette gamme sera optimum, les groupes de vitesses ci-dessus formeront autant de gammes à rendement maximum; les raisons du premier mécanisme élémentaire seront reliées par les relations [11], caractéristiques du rendement maximum, qui prennent ici la forme :
- l + a + a\+a
- ao~ 2-4-oc
- 1 -f- a -+- a2+K
- 1 H- a + a|+a
- ak-1 =--------------
- 2 + a
- ata2 • * • ' ci
- Il faut excepter le cas : a — — 2, envisagé en 22.
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- GAMMES DE VITESSES DES MACHINES-OUTILS.
- 487
- 21. Calcul d'une gamme optimum, dans le cas de deux mécanismes élémentaires. — Reprenons les notations adoptées en 19. Soient r l’étendue et n le nombre de vitesses de la gamme : av a,, ... les raisons des intervalles des k vitesses du premier mécanisme, avec a = a^2 ... a.k-i] bt, b2, ... è/_+, les raisons des intervalles des l vitesses du second mécanisme. Le mode de formation des vitesses est indiqué par les deux premières colonnes du tableau IY, lorsque k = 1 = 3.
- La gamme comprendra, dans le cas général, l groupes de k vitesses : o)4 à o)ft, (oft+1 à (û2k, ... <x>{i_i)k+i à i»ik, identiques à un facteur près et dont les raisons (voir 20) satisfont aux relations [22], Les durées totales probables d’usinage dans l’étendue de ces groupes seront, d’après [13] :
- T k—1 ____ l+a<
- 11 = OJj
- — «n
- 'y 2 k—1 _
- 1 Zc+1 —
- i+a a ak—{ an
- W/c+1 -----7—---------
- (Z—1,/i+l
- î+r* a
- J(Z—1 )Ar-4-l
- 1+a
- ak—i
- 1 -h a
- Évaluons maintenant les durées probables totales de l’usinage dans les l intervalles complémentaires de la gamme : o)*o)*+i, o^o^+i, ..., o)^o). On a :
- Q)fc Mik P>Zfc
- 0)1 0)fcH_i U>yi_i)k+i
- et l’on obtient (voir 4) :
- o>*ff — (at»iY+a T _^t+i — («o+i)'2+a T _ 0)2+g — (ao),/-i,/t+i)2'^ (2 + a) uo)j ’ (2 + a) ao)fc+i (2 + a) a(o^_^k+i
- Des relations précédentes, on tire la durée totale probable d’usinage dans tous les intervalles de la gamme, de 1 à Ik :
- Tf =
- al+0-ak-\ — a0 a1+°L
- 1
- 2
- A-H* JA+1
- *(Z—l)+l)
- a{ 2
- 2+a }k+1
- !)""*” K1 2k+’
- A2+a
- 0)fe+l
- 0)(Z—1)ZZ+1
- Les conditions du minimum de Tf, qui correspond au rendement maximum, s’obtiennent en annulant les dérivées partielles prises par rapport aux l variables indépendantes a, o)ft+1, o)2*+1, ... o\i_i)k+l.
- Les dérivées prises par rapport aux vitesses, donneront, en fonction des raisons bt, b2, ... bt_ 1, du second mécanisme, les relations récurrentes (sauf pour a =— 2, voir 22) :
- b0
- bi
- (2 -h q)aa0 - (aa,,)2+“ + b^+a
- 2 + a
- (2 + a )aa0 — (aak)2+« + bt+a
- 2 + a
- ôz-.
- (2 + a)flfln — (flfflt)2+g + b]+a
- 2 + a
- [23].
- r =bib2...bi
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- 488 GAMMES DE VITESSES DES MACHINES-OUTILS. — AOUT-SEPTEMBRE 1936.
- D’après [13] et [15], on peut écrire, en prenant la dérivée par rapport à a :
- yl-4-a/
- Ü “Üjc—i — d0
- 1 -h a
- a «/,-_!.
- Si on cherche ensuite la dérivée de Tf par rapport à a, on obtient, après simplification :
- {aakf^[ï -b b\+« + (M*)1+“ + • • • (Ma - •
- — ^i+a H- {bib2)i+ab.i ~b • • • ip\b2.. .bi)l+abi. [24]
- Les relations [22], [23] et [24] permettent le calcul des raisons des deux mécanismes élémentaires et, par suite, celui des vitesses de la gamme optimum, en fonction de l’étendue r et des nombres de vitesses k et l des deux mécanismes.
- La valeur du rendement p — —, s’écrit, après simplification :
- a{rx+a — 1)
- [25]
- 22. Cas d’exception : a = doivent être remplacées par :
- r1™ Oi — b0
- 2. — Les formules [22] à [24] sont en défaut et
- = 1 -L Log al ) = 1 -b Log a2 I
- «»-! = 1 + Log ak \ a apx2 ... ak—i )
- b0 = aa0 -4- Log bi — Log aak bl = aa0 -h Log b2 — Log aak
- [26]
- bi-
- aa0 -b Log bi — Log aak
- [27]
- Ma... bi 1 d_
- 1^2
- r i i
- Log aak I 1 H- -—b 7—r-b
- L bi 6,ô2
- La formule [25] convient et prend la forme :
- __a(r — 1)
- 1
- M2 ... bi-i_| Log bt
- " bib2... bi-t
- rbn
- [28]
- [29]
- 23. Cas particulier : <x — 0. — Comme pour les gammes à rendement maximum (voir ÎO), les applications numériques de la partie D seront faites dans le cas a = 0, pour les raisons données en 10. Les formules [22] à [251 deviennent alors :
- a\
- Ok-p
- ak
- [30]
- 2
- Cl 1 d\_d^ • • ,
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- GAMMES DE VITESSES DES MACHINES-OUTILS.
- 489
- bu-
- i—,
- 2aa„ — (aakf -f- b\
- 2
- 2ggn — {aakf -1- 6*
- 2
- (qg/c)2 [1 + 6162
- r = M2 ... ô,
- (6A...6<_1)] = ftï-hMÎ + 6A«-
- q(r — 1)
- [31]
- {bfiïb,...bl_l)b\[VÏ\
- [33]
- 24. Gammes optima dans le cas de plus de deux mécanismes élémentaires. — En s’aidant des résultats obtenus dans le cas de deux mécanismes et en suivant une marche analogue à celle qui est indiquée en 21, on déterminerait la gamme optimum réalisée avec une boîte de vitesses à trois mécanismes élémentaires. De proche en proche, on traiterait un cas quelconque. Mais les calculs se compliquent rapidement et n’apportent pas une augmentation appréciable du rendement. Pratiquement, la solution approchée suivante est préférable.
- On détermine les raisons des mécanismes autres que les deux premiers, comme s’il s’agissait d’une gamme usuelle. Avec la disposition décrite en 19, n — klm, et on a :
- p
- C\ — c2 — ... cm—i — r m .
- Les autres raisons sont calculées (voir 20 et 21) de façon à réaliser avec les deux premiers mécanismes élémentaires, une gamme optimum de k l vitesses et d’étendue
- ri. La gamme totale de n vitesses sera formée par la juxtaposition de m gammes optima, de kl vitesses, identiques à un facteur près, et son rendement sera égal à celui de ces m gammes.
- On simplifie encore en calculant les raisons de tous les mécanismes, sauf le premier, comme dans le cas d’une gamme usuelle :
- j_
- Ci — c2= ... cm-i = rm
- 1
- bj = b2= ... bu-i = riïi.
- Les raisons du premier mécanisme seront celles d’une gamme à rendement
- 1 ’
- maximum de k vitesses et d’étendue rl l . La gamme de n vitesses formée par la juxtaposition de Im gammes à rendement maximum, identiques à un facteur près, aura le rendement commun à ces Im gammes.
- D'. — CONSIDÉRATIONS PRATIQUES.
- 25. Les gammes de vitesses du point de vue pratique. — Il convient maintenant d’examiner si les mécanismes nécessaires à la réalisation de la gamme choisie, possèdent à un degré suffisant certaines qualités pratiques : faible prix de revient,
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- 490 GAMMES DE VITESSES DES MACHINES-OUTILS. — AOUT-SEPTEMBRE 1936.
- encombrement réduit, robustesse, résistance à l’usure, sécurité de fonctionnement, rendement mécanique élevé, facilité d’entretien et de manipulation.
- Ces qualités varient, en général, en sens inverse du nombre des organes, mais dépendent aussi de la forme de ces organes, de leur agencement, des moyens employés à leur fabrication. De plus, l’importance relative de ces qualités varie avec chaque cas particulier. La valeur pratique des mécanismes ne se prête pas à une définition générale précise. Mais, comme il s’agit ici de dispositifs dont la constitution est analogue, le nombre des organes, ou complication mécanique (voir 13), fournit une première approximation de la valeur pratique de ces dispositifs comparés entre eux.
- Considérons des séries de vitesses couvrant la même étendue r; entre des gammes
- de même rendement, nous choisirons celle qui est obtenue avec les mécanismes de moindre complication ; entre des mécanismes d’égale complication, nous choisirons celui qui réalise la gamme de meilleur rendement. Le nombre de vitesses réalisées n’interviendra pas dans le choix.
- Les boîtes de vitesses pour gammes usuelles, qui conviennent aussi aux gammes optima, ont été étudiées dans la partie B ; voici comment il faut les agencer dans le cas de gammes à rendement maximum.
- Les raisons varient d’un
- intervalle à l’autre et il est rare qu’une raison soit le produit de plusieurs autres ; on devra décomposer le nombre de vitesses n, non plus en un produit, mais en une somme : n = k-\-l-hm-f- ... et associer des mécanismes élémentaires donnant respectivement k, l, m ... vitesses. Voici un exemple (fig. 6) avec n = 12, k = l = 6.
- Fig. 6. — Schéma de boîte de vitesses pour gamme optimum (voir 25).
- L’arbre moteur A transmet directement 6 vitesses à l’arbre récepteur D, à l’aide du mécanisme élémentaire formé par les couples de roues A1} A2, ... A6, et, par le couple P, actionne l’arbre intermédiaire B. Ce dernier communique, au moyen d’un second mécanisme (couples Bn B2 ... B6), 6 vitesses à l’arbre intermédiaire C, lesquelles sont transmises à l’arbre récepteur D par le couple Q. La complication, ou nombre de couples, est k -h l -t- 2 = 14. Si un 3e mécanisme de m vitesses était nécessaire (n = k -h / -h m), il faudrait ajouter m H- 2 couples. On voit que la complication devient rapidement prohibitive.
- Si l’on emploie un assortiment de roues (voir 16 et 18), la complication d’un train particulier est indépendante de la série de vitesses, mais la gamme usuelle exigera un nombre total de roues bien plus faible.
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-
- GAMMES DE VITESSES DES MACHINES-OUTILS.
- 491
- 26. Comparaison des diverses gammes. — Lorsque la loi de probabilité des vitesses économiques est de la forme f(x) = xa, avec a différent de — l, le rende-
- /tcu4&n (M Icl,
- ot- -£ ot - -1 Ot- O ot= i ot- 2.
- o, 9] 1 0,9 J1 *,V1 0,971 C971
- 0 9 J/ T / <? 9 J/ 9 o/ 9i/ 3 ô/ 99 2. 'àt94l
- 4 ~ 9 ot 91 g of9lG o/ 919 0 9/2 / 0 9to /
- 23- 4 2Go ot S 9 3 o 999 o 88 r / a 98 1 / °,*?ï
- 1' 0 i H ot g l, s ot 92 9 0 ?2 1 / 0 9/3 !
- 2^ _ Z o o o ose 3 OGGJ 0’f Ch3 0 621 /
- Tableau V (voir 26). —• Rendement des gammes usuelles.
- ment de la gamme usuelle cesse d’être maximum; il devient, d’après la relation [8], dans laquelle on fait :
- (Jt)0 (l)g
- Q>, ü)2
- a r]+a — 1
- 1 -h a ?^+a — 1 ’ ri — 1
- avec
- avec <x — — 2.
- ri WV
- Le tableau V donne la valeur de ce rendement pour les valeurs entières de a,
- j ' fi.ou.4oni
- au "J** /
- }V-
- s 4 g
- 2.0 & 4
- . \a= 1, y jf e
- w- O J 3 :T '' \a= i,s?9
- i) se J * ' '
- * / U_- i.hCS
- i, o S r ' y
- r 7 ' / W=
- fo- !T6. 3 3 i *
- * U - 1tiC
- lois- /r3J/ r r '
- 8 '
- KU *?,**>'
- Yïte4ieJ
- i zJt,Ji 7 Ï^4K 1JSS
- J U = 1Jt 3 2 Jt 99, 5 0
- H- nojo / ie W - 1 21 0 «U s 5 7 2 9
- «V 7 8£ &6 J «- - 1 192 6/9, S 2
- H- il/, Ci ÏSFJi J 11- )V \a * 1,176 1193 683 6 8 1 WJ
- 297 69 / /r 1,162 92521
- Ï9T^ 3* 2J 9- k= S°1, 21
- «v* 391, 2 p 49} 19 Il U v» c^. 1,14/4 1,13 5 2S= 980^0 lo 53 82 4
- } V *, " *
- 1,10e
- K-
- Tableau VI (voir 26). — Gamme à rendement maximum (a = 0) ayant servi au calcul des tableauxlYII et YIIL
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- i92 GAMMES DE VITESSES DES MACHINES-OUTILS. — AOUT-SEPTEMBRE 1936.
- de —2 à -4- 2, et pour quelques valeurs de ri variant de 1,06 à 2. Le rendement varie en sens inverse de i\ et de a, mais, pour ^^1,06, il est pratiquement indépendant de a.
- En choisissant convenablement oj, limite supérieure d’utilisation de la gamme usuelle, sans modifier les vitesses réalisées un, o>2, ... wn, on peut augmenter légèrement
- étendue tommuxyt de?) Çeusnxneà a taùl- nmx Çcuïirrteô WsuddCeà Çcunmeô ubixOdOefr-
- rjomltë de- vriteôâeto ftADLÜ)On£ Vovt- taB&axcVI ffeiulanmt Ipmbte Ae, Vittodeô Tlailyotv j^ertfiemenfc ï|oml>œ de {[au-Oon? Piendemenk
- ZO,87 5 L, à Isf 0,739 5 1,836 0,705 6 1,659 0,751
- 19,05 6 Zt G- Zg 0,765 6 1,75 A 0,716 7 1,618 0,764
- 38,80 7 Zt à Zy 0,786 7 1,686 0,744 9 1,501 0,799
- 50,16 8 (7,80A 8 1,631 0,760 10 1,479 0,806
- 63,15 9 \ a % (7,810 9 1,535 0,771 11 1,413 0,819
- 7 7/Z 10 à. Z)0 0,835 1 0 1,546 0,786 14 1,365 0,846
- 111,13 11 4 à £-/*, 0,864 11 1,481 OJ05 18 1,300 0,870
- 9,75 6 Z3à z8 0,817 6 ,1,461 0,813 7 1,384 0,839
- 11,15 7 Zj à, Zg 0,8 Ad 7 1,450 0,813 8 1,368 0,344
- 15,09 8 à Zi0 0,850 8 1,404 0,831 10 1,311 0,866
- 1 8,16 9 Z} â.Zit 0,860 9 1,381 0,840 11 1,174 0,879
- 11,76 10 % à- lit 0,868 10 1,361 0,847 11 1,193 0,871
- 19,77 11 13 a.Zllf 0,883 11 1,311 (7,359 15 1,154 0,887
- AA,31 15 à l'a 0,899 15 1,188 0,874 18 1,109 0,905
- 61,95 18 I3 « 't'zo 0,913 18 1^58 0,885 14 1,181 0,917
- 75,17 10 0,919 10 1,141 0,391 3 0 1,155 0,918
- 106,36 IA ^3 à. lx6 0,930 IA 1,115 0,903 36 1,13.8 0,936
- Tableau VII(voir 26). — Gammes à rendement maximum et gammes usuelles (a = 0). le rendement dans le cas de a g — 1. Si a > — 1, on prendra — < rl ; si a < — 1, on
- W„
- prendra — > i\ ; mais le calcul est très compliqué, le gain très faible et l’intérêt pra-
- W)1
- tique nul.
- Nous allons comparer, du point de vue du rendement et de la complication mécanique, quelques gammes usuelles, optima et à rendement maximum, dans le cas particulier où a = 0 (voir 10 et 23).
- Le tableau YI donne les vitesses (ou des nombres proportionnels) et les raisons
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-
- GAMMES DE VITESSES DES MACHINES-OUTILS.
- 493
- des intervalles d’une gamme à rendement maximum particulière. Les gammes à rendement maximum spécifiées aux tableaux VII et VIII sont formées par des vitesses consécutives de la gamme du tableau VI.
- Une même ligne du tableau VII porte les caractéristiques de trois gammes de même étendue. Les colonnes 2, 3 et 4 définissent celle à rendement maximum ; les colonnes 5, 6 et 7 sont relatives à la gamme usuelle qui a même nombre de vitesses que la précédente; les colonnes 8, 9 et 10 caractérisent la gamme usuelle dont le rendement est légèrement supérieur, ou égal, à celui de la gamme à rendement maximum.
- Le tableau VIII permet de comparer quelques gammes optima et usuelles, dans le cas de boîtes de vitesses à deux mécanismes élémentaires.
- tite44eé . -Jtaùüàcnà — fei/i. CcJjêtaiL' Jfi Âeuiion. SfyutemeJt, o<- O
- 7* 1èo £x3 Il ~ G x Z 8 - fxi \ \ 'u * \ \-, iAj / * S, 23 2 O / il er t Iflo / 7JJ 9 OS-9^9 J* o,m Ojol ip$oe <*/* v/* o^9 o/ 9o2 o,es1
- Tableau VIII (voir 26). — Gammes optima et gammes usuelles (œ = 0).
- De l’examen de ces tableaux, on conclut :
- 1° Lorsqu’on emploie un assortiment de roues (voir 16 et 18), il est facile de réaliser une gamme usuelle dont la raison soit voisine de 1,06, et dont le rendement (voir tableau V) soit, à peu près, de 0,971, pour les diverses lois de probabilité admissibles. Cette gamme est donc préférable à toute autre, car elle exige bien moins de roues, et l’intérêt pratique d’un meilleur rendement est bien douteux (voir 30) ;
- 2° Lorsqu’on emploie une boîte de vitesses à un seul mécanisme élémentaire, la complication, indépendante de la répartition des vitesses, est, en général, d’un couple de roues ou de poulies par vitesse. La gamme à rendement maximum a alors l’avantage du meilleur rendement, d’autant plus marqué que l’étendue est plus grande et que le nombre de vitesses est plus petit (Tableau VII);
- 3° Lorsque la boîte de vitesses a plusieurs mécanismes élémentaires, la gamme à rendement maximum n’a plus d’intérêt pratique, car la gamme usuelle (voir Tableau VII) aura un rendement au moins égal pour une complication mécanique moindre. Mais la gamme optimum est encore préférable (Tableau VIII).
- La comparaison ci-dessus est faite dans l’hypothèse a = 0. L’écart en faveur de la gamme optimum, ou à rendement maximum, augmente à mesure que a s’écarte davantage, en plus ou eh moins, de — 1.
- 27. Solution générale par assortiment de roues. — Cherchons le plus grand nombre de vitesses, en progression géométrique ou non, que l’on peut obtenir avec un assortiment de roues à axes mobiles (voir 18).
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- Deux trains d’engrenages seront dits distincts s’ils diffèrent au moins par une roue menante ou par une roue menée. Donnons aux roues de l’assortiment des nombres de dents premiers entre eux; c’est là une condition suffisante, non nécessaire, mais plus facile à vérifier et à énoncer qu’une autre condition moins restrictive. Deux trains distincts auront des raisons différentes et le nombre de vitesses possibles est alors égal au nombre de trains distincts que l’on peut former avec l’assortiment.
- Soient h le nombre total de roues, 2$ le nombre maximum de roues d’un train particulier (g—1 arbres intermédiaires). La raison ne change pas si on permute entre elles, d’une part, les roues menantes, d’autre part, les roues menées. Les groupes possibles de g roues menantes sont donnés par les combinaisons de h roues prises g à g; leur nombre est Ci. A chacun de ces groupes, on peut associer Cl~g groupes de roues menées. Il y a donc Cix Ci_g trains distincts de 2 g roues.
- Mais on peut aussi former des trains de 2, 4, 6, ... 2 (g — 1) roues, en disposant sur les arbres intermédiaires non utilisés, des roues quelconques, à la fois menantes et menées. En définitive, avec h roues et g — 1 axes intermédiaires mobiles, le nombre de vitesses possibles est :
- N — C\ x C*_i -4- C/lC/i_2 -+-. no nu • • XX/(-
- Si h — 12 et g — 2, ...N — 3102;
- si h = 12 et g = 3, ... N = 21 582 ;
- si h = 20 et g = 2, .. . N = 29 450.
- Les vitesses ainsi obtenues sont si nombreuses que, malgré leur distribution irrégulière (l’étendue de la gamme est rarement supérieure à 100), le rendement sera très voisin de 1, pour toute loi de probabilité des vitesses économiques. Pratiquement, il suffit d’un seul arbre intermédiaire, g 2.
- La vitesse de l’arbre moteur est ici la moyenne géométrique des vitesses de l’arbre conduit qui, par le rang, sont également éloignées des vitesses extrêmes de cet arbre.
- La détermination rapide des roues propres à approcher le plus possible, par défaut, une vitesse économique donnée, exige des tables indiquant la composition et la raison de tous les trains possibles. L’établissement de ces tables est particulièrement laborieux à cause du grand nombre de ces trains.
- 28. Remarque sur le calcul des poulies et des engrenages. — Le rapport exact des vitesses angulaires de deux arbres reliés par une courroie sans fin n’est pas égal au rapport inverse des diamètres des poulies. L’allongement de la courroie provoque un glissement fonctionnel, assez difficile à évaluer à cause de la valeur incertaine du module d’élasticité. De plus, l’épaisseur de la courroie et le bombé de la jante rendent malaisée la détermination du diamètre effectif de chaque poulie. Il y a toujours quelque incertitude sur la vitesse réelle de l’arbre conduit.
- Une roue dentée a un nombre entier de dents et son module, pris dans la série usuelle, doit satisfaire aux conditions de résistance; il s’ensuit que les nombres de dents d’un couple de roues sont rarement dans le rapport exact qu’on veut obtenir.
- Chaque couple de poulies, ou d’engrenages, introduit donc une certaine erreur. Lorsque la transmission est compliquée, la somme des erreurs relatives, sur l’arbre récepteur, peut être telle que la vitesse réalisée soit plus proche de l’échelon voisin
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- de la gamme que de l’échelon qu’elle est censée représenter. Plus le nombre de couples agissant simultanément sera grand, plus il faudra apporter de soin au calcul de la raison réelle de chaque couple.
- 29. Choix d'une gamme de vitesses. — On choisira la gamme de vitesses à adopter, en mettant en parallèle l’avantage d’un meilleur rendement et les inconvénients d’une trop grande complication mécanique. De ce point de vue, on distinguera deux catégories de machines :
- 1° Les machines d’un emploi général, qui exécutent des travaux très divers, à des allures très différentes, fréquemment modifiées. Elles possèdent, outre les mécanismes de coupe et d’avance, de nombreux organes, et leurs gammes de vitesses sont assez étendues. Au temps d’usinage proprement dit, s’ajoute le temps, quelquefois plus important, du réglage de la machine et de la mise en place de la pièce; l’allure économique perd ici une partie de son intérêt. L’emploi de boîtes de vitesses est tout indiqué pour diminuer le temps de réglage ; il convient donc de simplifier leurs mécanismes en réduisant le nombre de vitesses, au détriment du rendement de la gamme, sans que toutefois ce rendement descende au-dessous de 0,80;
- 2° Les machines spéciales, qui opèrent entre des limites de vitesses et de puissance plus resserrées, sur de grandes séries de pièces. Les réglages se font à de longs intervalles et la mise en place de la pièce est facilitée par des montages appropriés. Le temps d’enlèvement des copeaux est le facteur principal qu’il importe de réduire en améliorant le rendement des gammes qui ne devrait pas être inférieur à 0,90. La complication mécanique, introduite par l’accroissement du nombre des vitesses, est rendue acceptable par la faible étendue des gammes et par la simplicité des autres parties de la machine. Très souvent, les boîtes de vitesses seront avantageusement remplacées par des assortiments de roues dont les inconvénients sont ici bien atténués par la rareté des changements d’allure et amplement compensés par leurs avantages (voir 16 et 18).
- Enfin, on facilite dans tous les cas l’établissement et l’usage des fiches de fabrication, en rendant aussi uniformes que possible les gammes de vitesses des machines-outils d’un même atelier, afin que la détermination des vitesses de coupe et d’avance ne nécessite pas de nombreux tableaux, barêmes ou graphiques, et que les résultats obtenus en prévision de l’emploi d’une machine déterminée puissent servir si le travail est exécuté sur une autre machine.
- 30. Choix de la raison des gammes usuelles. — On tiendra compte des observations faites en 29, en déterminant, comme il suit, les raisons des diverses gammes usuelles.
- On établit une progression géométrique <d, cor,, ... wr’j, telle que o> et wr’* soient la plus petite et la plus grande des vitesses dont on puisse avoir besoin, et que rl soit la plus petite raison à envisager pratiquement. Suivant le genre de la machine étudiée et l’importance relative attribuée à la simplicité des mécanismes et au rendement de la gamme, cette dernière sera formée, soit par des termes consécutifs de la progression, soit par un certain nombre de ces termes pris de deux en deux : w, co (o r\ ..., ou de trois en trois, w, w r\, w r\, ... etc. Enfin, suivant la nature des travaux que la machine aura à exécuter, le groupe de vitesses choisi sera plus ou moins étendu et plus ou moins rapproché de l’une ou l’autre des vitesses limites m etw r*”.
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- Les travaux de Renard et d’Androuin ont mis en évidence les avantages pratiques i L 1
- de la raison r1 = 23, très voisine de 1010, de 7tset de 0,4 k. Pour bénéficier de ces
- avantages et tenir compte des considérations ci-dessus, nous proposons de faire 1
- rt = 212 = 1,0595, ce qui correspond à un rendement de 0,971, pour toutes les valeurs de a variant de —2 à+ 2 (voir tableau V). Il ne paraît pas qu’une raison inférieure présente un intérêt pratique, car l’allure économique dépend des vitesses de coupe et d’avance; en associant judicieusement les deux vitesses adoptées (2), on rendra le plus souvent le rendement de l’ensemble des deux gammes supérieur au
- rendement de l’une d’elles prise séparément.
- A. 1
- On adoptera les raisons 2i2= 1,0595 et 2ë = 1,122, si l’on utilise des assorti-
- 4 1 1
- ments de roues, et les raisons 2®= 1,122; 24 = 1,189 et 25 = 1,260, si l’on emploie des boîtes de vitesses. Les faibles raisons seront choisies, dans les deux cas, lorsque le rendement aura plus d’importance que la simplicité des mécanismes et vice versa.
- i
- Exceptionnellement, on prendra 22 = 1,414, lorsqu’il conviendra de simplifier à l’extrême la boîte de vitesses.
- Si une puissance entière de 2 est commune à ces diverses gammes, toutes les puissances entières de 2 le seront aussi, ce qui simplifie le calcul et les applications.
- RÉSUMÉ ET CONCLUSION.
- 31. Gammes à rendement maximum. — La discontinuité des gammes de vitesses des machines-outils entraîne une augmentation de la durée de l’usinage, puisque la vitesse économique doit être remplacée par la vitesse réalisable immédiatement inférieure. Le rendement d’une gamme (2) permet d’apprécier la valeur moyenne de cette perte de temps : c’est le rapport du temps nécessaire pour exécuter, en régime économique, l’ensemble des travaux probables, au temps réellement employé lorsqu’on n’emploie que les vitesses de la gamme. Les durées moyennes des mêmes opérations effectuées en utilisant successivement deux gammes différentes, sont dans le rapport inverse des rendements de ces gammes.
- La limite inférieure d’utilisation d’une gamme coïncide avec sa plus petite vitesse, et la limite supérieure est la plus grande vitesse économique que l’on convient de pouvoir remplacer par la plus grande vitesse réalisable. Le rendement (4) dépend des limites, de la distribution des vitesses et de la loi de probabilité des vitesses économiques (3).
- Si l’on se donne cette loi de probabilité, ainsi que les limites et le nombre de vitesses, il existe une gamme dont le rendement est maximum (5).
- Nous avons déterminé les gammes à rendement maximum dans le cas où la loi de probabilité est de la forme f(x) = a?a, x étant la vitesse économique et a un exposant, entier ou fractionnaire, positif, nul ou négatif (6, 7, 8, 9).
- Lorsque a = — 1, les vitesses économiques également probables sont supposées distribuées en progression géométrique et les vitesses de la gamme à rendement
- (2) Voir, à ce sujet, P. Massot, La taille des métaux et la forme des outils, p. 36 à 40 (Dunod, éditeur, Paris).
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- maximum forment aussi une progression géométrique dont fait partie la vitesse limite supérieure. On retrouve, dans ce cas, la gamme usuelle, généralement adoptée par la pratique (9).
- Lorsque a = 0, hypothèse assez plausible et qui simplifie les calculs, les vitesses économiques également probables sont supposées distribuées en progression arithmétique (10).
- 32. Gammes usuelles. — La gamme usuelle a encore la propriété, lorsque sont donnés le nombre de vitesses et l’étendue, de rendre minimum la plus grande erreur relative possible, en plus ou en moins, sur la vitesse économique {11).
- L’emploi général des gammes usuelles n’est pas justifié par les deux propriétés ci-dessus, dont l’intérêt pratique est douteux, mais par la simplicité des mécanismes qui permettent leur réalisation (12). Parmi ces mécanismes nous distinguerons :
- 1° les boites de vitesses, avec lesquelles on obtient très rapidement les divers échelons de la gamme. Le nombre de ces échelons doit être un produit de facteurs peu élevés, et, lorsqu’il est trop grand, il conduit à une complication mécanique prohibitive (13, 14 et 15);
- 2° les assortiments de roues à axes fixes, qui donnent très simplement un grand nombre de vitesses; ils nécessitent, à chaque changement d’allure, le démontage et le montage de la plupart des organes (16 et 17) ; ces dispositils sont peu coûteux, robustes et d’un rendement mécanique élevé ;
- 3° les assortiments de roues à axes intermédiaires mobiles, plus avantageux que les précédents quant au nombre de vitesses obtenues, mais moins robustes et d’une manipulation plus longue (18).
- 33. Gammes optima. — La gamme optimum est celle qui a le rendement maximum compatible avec une disposition donnée de boîte de vitesses (19). Sa détermination exacte conduit à d’assez longs calculs (20 à 23) et doit être remplacée par une solution approchée lorsqu’il faut plus de deux mécanismes élémentaires (24).
- 34. Considérations pratiques. — Du point de vue des applications, il faut considérer non seulement le rendement de la gamme, mais aussi la complication mécanique des dispositifs qu’elle nécessite (25). On arrive alors aux conclusions suivantes (26) :
- Il convient d’adopter la gamme usuelle lorsqu’on emploie un assortiment de roues, la gamme à rendement maximum dans le cas d’une boîte de vitesses à un seul mécanisme élémentaire, et la gamme optimum si cette boîte a plusieurs mécanismes élémentaires ;
- Les assortiments de roues à axes intermédiaires mobiles se prêtent à de si nombreuses combinaisons que la gamme irrégulière formée par toutes les vitesses possibles avec un assortiment donné sera préférable à la gamme à rendement maximum obtenue avec le même nombre de roues. Toutefois, la table des vitesses sera laborieuse à dresser (27);
- Il est difficile de réaliser exactement un rapport de transmission donné, à l’aide d’une courroie sans fin, ou d’un couple d’engrenages; lorsque la chaîne cinématique est compliquée, les erreurs partielles, en s’accumulant sur l’arbre conduit, peuvent 135e Année. — Août-Septembre 1936. 33
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- rendre les raisons des intervalles de la gamme réalisée très différentes des raisons théoriques (28) ;
- Les machines d’un emploi général seront munies de boîtes de vitesses et le nombre de vitesses sera réduit, le cas échéant, au détriment du rendement de la gamme, afin de simplifier les mécanismes. Les machines spéciales demandent, au contraire, des gammes de meilleur rendement, que l’on obtiendra facilement par l’emploi d’assortiments de roues. Dans tous les cas, il y a intérêt à unifier les gammes de vitesses des diverses machines-outils (29).
- On peut unifier les gammes usuelles de la manière suivante :
- Soit une progression géométrique de raison r = 212 = 1,0595 et suffisamment étendue ; on forme les diverses gammes nécessaires par des termes de cette progression, pris à la suite, ou de deux en deux, ou de trois en trois, ou de quatre en quatre, les puissances entières de 2 étant communes à toutes les gammes. Les
- £ 1
- gammes réalisées avec des assortiments de roues auront pour raison : r™ ou r°;
- i i i
- celles obtenues avec des boîtes de vitesses auront pour raison : r6, rl, r3, et excep-
- i
- tionnellement r2. Dans l’un et l’autre cas, la raison sera prise d’autant plus faible que le rendement aura plus d’importance par rapport à la simplicité (30).
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NAT. —AOUT-SEPT. 1936 (p. 499).
- RÉACTIONS RAPIDES PAR LAITIERS1.
- par M. René Perrin, directeur général des Aciéries d’Ugine.
- Je suis particulièrement heureux de faire cette conférence sous la présidence d’un très grand homme de science, mon ancien maître et notre maître à tous, M. Henry Le Chatelier, qui a donné à notre génération un très bel exemple de méthode et de probité scientifiques. Je me réjouis de ce privilège d’avoir avec lui un lien de plus, puisque je compte son fils, François, au nombre de mes collaborateurs les plus précieux.
- Qu’il me soit permis également de remercier ici de tout cœur M. Léon Guillet et M. Portevin de l’aide morale inestimable qu’ils m’ont apportée. Ils n’ont pas hésité à proclamer, dès le début de nos entreprises, leur foi dans-l’intérêt de nos nouvelles méthodes, sans souci des critiques que cette attitude pouvait leur valoir. Au milieu des difficultés où se débat inévitablement celui qui cherche à faire œuvre nouvelle, au milieu du scepticisme qu’il rencontre, témoignages et encouragements sont un grand réconfort, surtout lorsqu’ils émanent de telles personnalités scientifiques, et je me devais de leur rendre publiquement ce témoignage de reconnaissance. Je crois pouvoir le faire dès maintenant puisque nos procédés sont en exploitation industrielle continue — pour différents produits — et ont fait ainsi leurs preuves techniques et économiques.
- Ce serait également ingratitude de ma part que de ne pas reconnaître les précieux encouragements que j’ai reçus de nombre de savants ou techniciens étrangers.
- J’ai déjà eu, à différentes reprises, l’occasion de dégager les principes essentiels de ces procédés, d’exposer en détail le mécanisme des réactions des laitiers sur les métaux. J’ai précisé ainsi que l’on pouvait arriver à des vitesses de réaction extraordinairement grandes, à condition de provoquer, par un effet de force vive, un entraînement du laitier au sein du métal, une émulsion, effet qui a inspiré à des techniciens anglais la qualification expressive et juste de cocktail process. Pour ne point lasser mon auditoire par la répétition indéfinie de mêmes idées, je me permettrai d’en faire aujourd’hui une présentation succincte, quelque peu différente de celles que j’ai exposées jusqu’ici et peut-être plus parlante à l’esprit de chacun.
- Étudions le rendement que peut permettre d’atteindre une opération de versement d’un métal sur un laitier, non en équilibre avec lui, et faisons varier certains facteurs ; car il est bien évident que ce versement peut être effectué selon des modes différents, au même titre que le versement du vin dans l’eau par exemple.
- Partons du principe insuffisamment affirmé jusqu’ici et même quelquefois discuté que les vitesses propres des réactions entre corps hors d’équilibre aux hautes températures sont extrêmement grandes et que la durée de ces réactions n’est donc pas conditionnée par leur vitesse propre, mais bien par leur mode d’exécution. Ainsi, si l’on met en contact, à haute température, un laitier et un métal hors d’équilibre, on peut dire que le rendement total de l’opération sera d’autant plus grand que, d’une part, la surface de contact entre ces deux corps sera plus grande, et.
- (1) Conférence faite par l’auteur en séance publique le 16 mai 1936.
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- 300 RÉACTIONS RAPIDES PAR LAITIERS. — AOUT-SEPTEMBRE 1936.
- d’autre part, que ce contact sera maintenu plus longtemps. Il en résulte que le rendement variera parallèlement dans l’ensemble à la valeur de l’intégrale J' Sdt,
- S étant la surface et i, le temps total de ce contact.
- J’ai dit « dans l’ensemble » car il est bien évident qu’intervient la plus ou moins grande lenteur des diffusions au sein du métal et au sein du laitier, et ces diffusions sont influencées par la forme des volumes intéressés. Il ne peut donc s’agir, en l’occurrence, que d’une première approximation de l’étude d’un phénomène complexe et qui se refuse, comme nombre d’autres, à toute mise en équations.
- Admettons néanmoins ce principe, et supposons que nous coulions aune vitesse déterminée, un poids déterminé de métal dans un poids déterminé de laitier en un jet supposé circulaire de rayon r et faisons croître progressivement la dimension r. Que devrait-il normalement se passer, s’il n’y avait jamais que l’action prévisible de contact de la surface extérieure du jet avec le laitier qu’il traverse? La surface S de
- contact est proportionnelle à r, la durée de la coulée est inversement proportionnelle au débit, donc à la section du jet, c’est-à-dire à r2.
- Il en résulte que le rendement devrait varier dans un sens inversement proportionnel à r et que la façon la plus efficace de procéder à la coulée devrait consister à verser le métal, en jet aussi mince que possible, à effectuer une véritable filtration.
- A la limite, le rendement serait égal à 100 p. 100 pour une valeur infinie de l’intégrale correspondant à un versement infiniment lent, en un jet infiniment mince. S’il n’y avait pas d’autres considérations, la courbe du rendement en fonction de r aurait donc une allure hyperbolique asymptote à l’axe des x (A, fig. 1). Mais en outre, l’augmentation de la durée de coulée se traduit par un contact plus prolongé des deux réactifs dans le récipient, la poche, par exemple, d’où une nouvelle raison d’augmentation de l’efficacité de la coulée « en filtration ». La superposition de ces deux causes doit donc logiquement conduire à une courbe située encore nettement en dessous de la courbe précédente (B, fig. 1).
- Le raisonnement confirme ainsi ce qui vient d’ailleurs instinctivement à l’esprit : pour obtenir le meilleur rendement possible d’une telle opération, il faut chercher à augmenter le temps de ce contact par versement aussi lent que possible du métal sur le laitier.
- Mais si nous nous reportons aux résultats contrôlés que nous avons obtenus dans nos études, que constatons-nous, sinon que, à condition d’obtenir un choc puissant du métal sur le laitier, le résultat est tout autre : par un versement violent, on atteint au contraire régulièrement des rendements vraiment excellents — des chiffres le
- Fig. I et 2.
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- prouveront tout à l’heure — si bien que, dans la réalité, la courbe n’est nullement celle que je viens de figurer, mais a approximativement la forme de la courbe G (fig. 2). Avec un brassage très violent, on se rapproche à nouveau du rendement 100 p. 100. Théoriquement, il est donc possible d’arriver à un rendement remarquable d’une opération de métal sur laitier, par deux modes opératoires extrêmes, les modes intermédiaires étant à proscrire. Je dis théoriquement, car le mode par filtration peut donner et donne sur de très petites opérations en laboratoire de bons résultats, mais est inutilisable, de par sa longueur excessive, pour des tonnages industriels, si bien qu’il ne reste finalement qu’une solution pratique, le brassage violent par choc, « schlagartige » selon l’expression employée en Allemagne, pour caractériser nos procédés.
- Il est tout spécialement remarquable que, malgré l’importance que l’on devait
- légitimement attribuer a priori au facteur temps dans l’intégrale J* S dt, les valeurs
- les plus grandes pratiques de cette intégrale sont atteintes avec de très faibles valeurs de t.
- Avant d’interpréter ces faits, je veux encore insister sur un point fondamental. Je ne parle pas ici d’expériences intéressantes faites pour la satisfaction de l’esprit. Je parle de procédés industriels. Or, dire procédés industriels implique des conditions supplémentaires absolument nécessaires : la régularité dans le résultat, un prix de revient minimum, donc avec le minimum de réactifs. Cette dernière exigence impose de choisir son mode parmi ceux qui conduisent à un rendement élevé; mais ce n’est pas suffisant. Si, pour fixer les idées, par une réaction bien connue, nous choisissons la déphosphoration de l’acier, le problème industriel n’a jamais été limité au fait d’abaisser, pour le plaisir de l’abaisser, la teneur en phosphore : il a toujours été et est encore, à partir d’une teneur en phosphore déterminée, d’arriver à coup sûr, avec une proportion infime d’échecs et, de préférence sans aucun échec, à une teneur en phosphore plus basse qu’une certaine limite déterminée, d’ailleurs toujours beaucoup plus faible que la teneur initiale. Cette double exigence industrielle conduit inévitablement à cette conclusion : il faut se placer dans une zone de la courbe correspondant à un rendement élevé, mais où, en même temps, la pente de la courbe soit faible pour que les variations, inévitables dans la pratique, des conditions opératoires n’aient pas d’influence sensible sur le rendement.
- Je ne crains pas d’affirmer que seule la zone du brassage violent répond à ce double critérium, et que seule, en résumé, elle est susceptible d’applications industrielles dignes de ce nom.
- Revenons maintenant au mécanisme du phénomène : les courbes que j’ai tracées font ressortir à l’évidence que, pour que les résultats pratiques s’écartent de façon aussi considérable de ceux que peut faire prévoir le raisonnement, il faut qu’il y ait superposition d’un phénomène nouveau et que le schéma donné du jet de métal traversant la couche de laitier ne corresponde plus, dans la zone où nous nous sommes placés, au mécanisme réel. Il est impossible de concevoir d’autres phénomènes que la multiplication considérable de la surface de contact, ce qui entraîne l’existence d’une véritable émulsion, car l’expérience prouve que le simple renouvellement des surfaces de contact du laitier et du métal par agitation, même vigoureux, conduit à des durées de réaction infiniment plus grandes.
- Il m’a été dit à maintes reprises : « Vous parlez de la création d’une émulsion,
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- mais comment pouvez-vous en affirmer l’existence, puisque vous n’avez pu l’observer? »
- Il m’est très aisé de répondre. Tout d’abord, chacun peut vérifier à la température ordinaire, avec des liquides colorés de densités nettement différentes, l’existence de phénomènes entièrement parallèles et qui illustrent le mécanisme à haute température; la seule différence est que les densités de tels liquides restent malgré tout plus voisines que celles des métaux et des laitiers, et qu’il est beaucoup plus facile d’arriver à la formation de l’émulsion. J’ajouterai que, dans des opérations effectuées avec une violence particulièrement grande, on voit apparaître du métal en surface, ce qui illustre bien le fait de l’entraînement du laitier au sein du métal.
- Enfin je répondrai : l’existence de l’émulsion est affirmée par les résultats. Nul physicien moderne ne s’étonnera d’une telle preuve, car nous n’en sommes plus à ne croire que ce que nous pouvons observer directement. Personne, que je sache, n’a vu de ses yeux les protons ou les neutrons.
- Mon raisonnement précédent montre que la comparaison des durées nécessaires pour obtenir, selon des procédés différents, avec de mêmes quantités de métal et de laitier de même nature, un même résultat, donne une mesure approximative du rapport des surfaces de contact dans ces procédés. Nous avons pu, dans des cas particuliers, procéder à cette comparaison des durées. Elle fait ressortir, dans le cas du « cocktail process », des surfaces de contact plusieurs centaines de fois plus grandes que dans les fours.
- Si nous remarquons, en outre, que la totalité du laitier ne peut pas être à chaque instant entraînée et divisée dans le métal, nous conclurons que, pour la partie intéressée à cet instant t, l’ordre de grandeur de la multiplication des surfaces de contact atteint un coefficient voisin de 1000. Cela n’a rien à voir avec un renouvellement des surfaces de contact, avec une agitation. Libre à certains de penser qu’ils ont travaillé dans le même sens que moi, en agitant, avec des ringards, métal et laitier dans leurs fours; je l’ai fait à différentes reprises et je n’ai jamais constaté d’autres résultats pratiques que l’augmentation de la consommation des ringards et de la fatigue des ouvriers.
- L’intervention de l’effet de force vive conduit en des temps extrêmement courts à des résultats que je n’hésite pas à qualifier d’extraordinaires; il me reste à le prouver.
- Je veux simplement laisser parler les chiffres et je donnerai à dessein, car je le crois préférable, des chiffres tirés d’expériences qui, la première exceptée, car elle n’a plus qu’un intérêt spéculatif et non pratique, n’ont pas été faites par moi et dont certaines ont été réalisées dans des pays étrangers. Je ne donnerai que quelques exemples caractéristiques sur un certain nombre de réactions choisies :
- Enlèvement de l’oxygène de l’acier par laitier seul, sans aucune addition, fûfce de manganèse : baisse de la teneur en oxygène de 0,08 à moins de 0,01 p. 100;
- Enlèvement du phosphore de l’acier : teneurs initiales voisines de 0,270 p. 100; teneurs finales entre 0,035 et 0,040 p. 100;
- Épuration du cuivre : enlèvement, en une opération, de 5 p. 100 environ de soufre, plomb, zinc, étain et fer;
- Enlèvement du silicium dans des ferros-alliages : teneurs de départs, 4 à 8 p. 100 ; teneurs finales, inférieures à 0,1;
- Pour ce même enlèvement du silicium : teneurs de départ, 45 à 50 p. 100 de
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- silicium; teneurs finales, environ 0,5 p. 100. Ces derniers chiffres font apparaître l’abaissement quasi instantané de la teneur de silicium dans le rapport de 100 à 1, et il est à remarquer, en outre, que l’opération s’accompagne d’une augmentation de 75 p. 100 environ du poids du métal aux dépens du laitier.
- Tous ces résultats ont été obtenus sur des tonnages industriels et la durée des opérations a toujours été de l’ordre de la minute et même, dans un cas, de 20 secondes environ.
- Il semble que ces réalisations permettent de parler de résultats vraiment nouveaux, d’un changement radical dans l’ordre de grandeur de la durée des réactions et justifient du même coup la notion d’émulsion.
- Le simple examen de ces chiffres met également en évidence un fait nouveau : par l’utilisation judicieuse de ce principe de réaction par effet de force vive, il est possible de réaliser des durées d’opération qui ne dépendent pratiquement pas de la quantité du ou des. éléments à enlever du métal ou à y introduire, et ceci dans des limites extrêmement larges, fait en sens opposé de tout ce qui est connu en métallurgie. Mais il importe de déterminer correctement la nature et la quantité des réactifs à utiliser. J’emploie à dessein ce terme de réactifs, emprunté au laboratoire, car c’est bien de chimie qu’il s’agit. Comme je l’ai déjà dit, le problème est ramené, pour chaque cas particulier, à la découverte des lois d’équilibre. Je ne puis pas dire que cette détermination soit toujours chose aisée, car le nombre des variables, surtout pour la composition du laitier, est grand, et l’on est conduit à rechercher d’abord une première solution simple, quitte à la perfectionner progressivement par variation d’un seul facteur.
- Il serait certes très intéressant de pouvoir utiliser des données déjà connues sur les équilibres, mais, hélas! force est bien de reconnaître qu’elles ne peuvent apporter le plus généralement que des indications qualitatives, à l’exclusion de données quantitatives. Les résultats publiés à la suite d’observations faites dans des fours industriels ne peuvent guère servir. J’ai eu, à maintes reprises, l’occasion d’effectuer un brassage violent simplement entre le métal fondu dans un four et le laitier qui le surnage; l’expérience m’a toujours prouvé qu’il y avait une modification très importante des analyses des deux éléments après le brassage; je dis très importante puisque, par exemple, des teneurs de l’ordre de 2 p. 100 du silicium dans le métal du four étaient ramenées à des traces ou presque. Gela illustre le risque d’erreur que comporte l’extrapolation aux réactions par brassage violent des données numériques extraites d’expériences en fours.
- Des études de laboratoire faites sur de petites quantités, où le rapprochement de l’équilibre est facile, seraient susceptibles de donner des renseignements plus précis. Ces expériences se heurtent malheureusement à des difficultés très réelles; les compositions de laitiers qu’il est possible d’étudier sont très restreintes, ne fût-ce que du fait de. l’influence des revêtements. Nombre de travaux ont été entièrement faussés de ce fait.
- Je dois cependant citer, pour l’étude de la désoxydation de l’acier, les belles expériences de Korber, quoiqu’elles n’embrassent encore qu’un domaine restreint des laitiers acides. Ces essais, très remarquablement conduits, ont eu au moins le mérite de détruire bien des notions fausses généralement admises, publiées ou enseignées, sur les effets de désoxydation des laitiers acides. Ils ont montré l’inexactitude de calculs publiés sur l’équilibre des laitiers acides et de l’acier qui, pour
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- certains, étaient presque devenus parole d’évangile et qui n’avaient que le tort de partir d’hypothèses.
- Ces essais montrent aussi que, le plus généralement, les laitiers acides des opérations métallurgiques ne sont pas désoxydants par rapport au métal qu’ils recouvrent, mais sont simplement moins oxydants que les laitiers basiques, à égale teneur en oxyde de fer, ce que nos propres expériences avaient aussi prouvé.
- Mais quel que soit l’intérêt puissant d’études telles que celles de Kôrber, elles restent encore très limitées et je puis dire que, pour la mise au point de réactions nouvelles par le procédé par choc, la seule possibilité est de s’inspirer du qualitatif connu ou soupçonné, d’essayer, puis de fabriquer, pour atteindre par approximations successives, le quantitatif.
- Je parlais déjà, il y a trois ans, dans l’étude que j’ai publiée dans la Revue, de Métallurgie, de cet intérêt de l’étude des réactions d’équilibre pour l’application industrielle de nos procédés. Cela m’ayant donné l’occasion de me reporter à cet article, j’ai eu la curiosité de le relire et de le confronter avec mes idées actuelles sur les mêmes questions : je n’approuve plus tout ce que j’ai écrit. Mes conceptions ont changé, des espoirs se sont évanouis; en contre-partie, des possibilités nouvelles sont apparues et ont conduit à des réalisations. Je ne puis me livrer au petit jeu de le corriger ligne par ligne, devant vous, mais je trouve loyal de vous faire au moins deux aveux
- J'avais cru, tout d’abord, à l’époque, à la suite de premiers essais encourageants, qu’ildevait être possible, grâce à l’emploi de laitiers désoxydants spéciaux, de fabriquer des aciers à teneurs très basses en oxygène total, sans réintroduire du même coup, ou tout au moins en n’introduisant que de très faibles quantités de silicium. Je dois econnaître que je n’ai pas réussi, et force m’est bien encore d’admettre dans l’acier, la présence de ce silicium, au surplus peu gênant, tout au moins à mon avis.
- En second lieu, j’avais conçu un beau cycle fermé théorique, et, là encore, à la suite de premiers essais favorables. Dans une première opération, l’acier était désoxydé par le laitier acide qui s’enrichissait de ce fait en oxydes de fer et de manganèse, tandis que l’acier voyait croître sa teneur en silicium. Une addition supplémentaire de silicium dans l’acier, suivie d’un deuxième brassage, devait permettre, par renversement de l’équilibre, de régénérer le laitier par le silicium, par réduction des oxydes de fer et de manganèse, et de ramener à sa composition initiale ce laitier ainsi prêt pour une deuxième opération. C’était très séduisant; aussi me suis-je laissé aller à l’écrire; j’ai eu tort, car si la réalisation reste toujours possible en théorie, économiquement elle est à proscrire.
- Il y a à cela une première raison tout à fait terre à terre : si parfaitement que l’on décrasse un bain d’acier pour extraire le premier laitier, il est presque impossible de ne pas en conserver une certaine quantité. Celle-ci se mélange au laitier acide, en modifie sa composition de façon irréversible, ce qui interdit la marche pure en cycle fermé.
- On pourrait encore concevoir de corriger la composition par certaines additions et d’utiliser un cycle à peu près fermé.
- 11 me serait facile d’exposer le raisonnement théorique basé sur l’étude expérimentale des équilibres des teneurs en oxydes de fer et de manganèse et de la silice du laitier avec les teneurs en silicium et manganèse de l’acier, mais je craindrais de vous imposer cet exposé à la fois aride et long; j’en donnerai simplement le résultat :
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- on peut montrer ainsi que, pour obtenir des analyses finales de l’acier qui soient conformes aux normes usuelles, il serait nécessaire d’effectuer la désoxydation avec des laitiers contenant des teneurs d’oxyde de fer, faibles encore, mais très nettement supérieures à celles que nous utilisons dans la pratique; mais alors, pour obtenir néanmoins un effet de désoxydation suffisant, il faudrait mettre en jeu de très grandes quantités de laitier, ce qui n’est pas intéressant.
- Nous avons préféré nous orienter dans une voie opposée, en cherchant à utiliser des quantités de laitier les plus faibles possibles, quitte à remplacer chaque fois une quantité plus importante du laitier. Comme nous avons réussi dans cette voie, ce problème de la régénération, qui m’a tant préoccupé, perdait la plus grande partie de son intérêt; nous n’avons pas insisté et j’ai renoncé au cycle fermé.
- Je tenais à déclarer ainsi que ce que j’avais appelé la « conception synthétique finale de notre méthode de désoxydation de l’acier », loin d’être la conception finale, comme je l’avais présumé trop tôt, était au contraire abandonnée, et, je crois, sans retour.
- Par contre, à la fin de cet article, j’insistais sur le fait que nos méthodes « réduisaient à un extrême incompressible l’intervention du facteur humain de l’habileté des opérateurs en ramenant les processus métallurgiques à des processus analogues à ceux qu’emploie l’industrie chimique ». et M. Léon Guillet, dans sa préface, avait bien voulu déclarer que la voie du progrès lui paraissait être dans un tel sens. Je ne soupçonnais pas, à cette époque, leur véritable portée et le développement rapide que devaient prendre dans une telle direction, nos procédés à Ugine, ainsi que je l’ai exposé dans une communication au récent Congrès des Mines et de la Métallurgie.
- Depuis trois ans, et de par les travaux des savants étrangers et plus encore de par nos propres études, nous avons beaucoup appris touchant la captivante énigme des propriétés de l’acier; nous apprenons encore tous les jours et nous nous rendons compte qu’il reste encore infiniment plus à apprendre.
- Ces travaux ont été poursuivis à Ugine, avec mes collaborateurs que je devrais citer tous, mais parmi lesquels je me fais un devoir de nommer spécialement Jolivet pour les recherches, Dingeon pour la mise au point en aciérie, pour leur rendre la part qui leur est due; les réflexions que je vais vous livrer sont le fruit de cette collaboration intime.
- Je suis conduit à croire que l’aciérie s’orientera de plus en plus vers des conceptions chimiques; à la base de la fabrication d’aciers à propriétés physiques, dans le sens le plus général de ce terme, déterminées, il y a la fabrication d’un acier liquide de composition chimique déterminée dans tous ses éléments, y compris ceux que l’on n’a pas l’habitude de doser jusqu’ici ou que l’on ne sait pas encore doser exactement. Ce ne sont pas les matières premières de départ qui importent, comme on l’a souvent dit et le redit encore, c’est avant tout cette composition totale qui comprend non seulement ce que j’appellerai l’analyse visible, c’est-à-dire les teneurs des éléments habituellement dosés, mais également ce que l’on peut appeler l’analyse invisible, tout au moins provisoirement.
- Bien entendu, les conditions de la coulée, les formes des lingots, l’histoire complète mécanique et thermique du métal jusqu’au produit fini, jouent également un rôle très important. Mais cette histoire elle-même retentit différemment suivant la composition chimique totale de départ. La longue suite de réactions et çristalli-
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- sations dans l’état solide, qui accompagne cette histoire, suite dans laquelle on ne peut plus, à proprement parler, saisir des états stables, mais seulement des étapes d’une évolution continue, est influencée à chaque instant par l’analyse invisible, avec une intensité plus ou moins importante selon les nuances d’acier, l’analyse visible et les traitements opérés, mais toujours réelle.
- L’importante notion de la grosseur du grain de Mac-Quaid-Ehn, du grain size, mise en évidence par les savants d’outre-Atlantique, ne me paraît être elle-même qu’une conséquence, importante certes, mais qu’il ne faut considérer que comme une conséquence et non comme une cause : elle n’est qu’un aspect incomplet d’une question beaucoup plus complexe et ne résume pas à elle seule, loin de là, toute la question des propriétés de l’acier.
- La régularité de la fabrication étant en aciérie, comme partout, le but essentiel à atteindre, il y a un intérêt majeur à ce que cette composition chimique totale soit elle-même très régulière.
- Mais cette étude microchimique de l’acier fait apparaître cette constatation surprenante que de grandes variations de propriétés sont souvent dues à des doses d’éléments que je n’hésite pas à qualifier d’homéopathiques.
- La fabrication, dans de bonnes conditions de prix de revient, de différents aciers avec une telle précision et à coup sûr, arrive à dépasser, dans beaucoup de cas, les capacités de l’homme de la plateforme qui ne peut plus compter en pareille matière sur le secours des essais rapides, dosages ou autres; les possibilités humaines ont des limites, d’où la conclusion toute naturelle de la recherche de l’automaticité. Je puis, dans tous les cas, affirmer, par une large expérience industrielle, que celte automaticité est particulièrement apte à donner la solution d’un tel problème. Elle nous a permis de réaliser une précision, une régularité ainsi que l’obtention de résultats que nous étions et sommes encore incapables d’atteindre autrement, bien que connaissant le but à atteindre.
- Ce sont ces conséquences tangibles de tous les jours qui m’autorisent à penser que nous avons effectivement réalisé une méthode vraiment nouvelle de fabrication des aciers, et que cette méthode présente un intérêt.
- On peut légitimement se laisser aller à regretter cette nouvelle intervention de l’automaticité dans un domaine où la fabrication était souvent un véritable art, je parle ici de nos propres fabrications d’Ugine. Je comprends ce point de vue, mais je pense que le progrès réel, durable, est à ce prix. Je me suis permis d’employer le mot durable, connaissant trop par expérience combien il est difficile en aciérie finie, de faire vraiment du durable. Ce n’est qu’en s’incorporant sous forme d’habitudes, nombre de notions, de méthodes, de pensées et de réflexes laborieusement acquis, que la personnalité humaine peut progresser. L’automaticité grandissante en aciérie permet, elle aussi, d’aller plus avant, de rechercher des causes encore inconnues, par séparation des facteurs, de serrer de plus près le problème, et l’intérêt de ces études compense, à mon sens, largement, pour tout esprit curieux, les satisfactions professionnelles de chaque jour qui peuvent être perdues.
- Quel est le but de l’aciériste, sinon de pouvoir fabriquer à volonté et régulièrement le métal approprié à chaque usage, usages différents impliquant le plus souvent des qualités différentes. J’ai dit à dessein des qualités. Je serais en effet heureux que soit reléguée au nombre des vieilles notions, cette notion vague de la « qualité de l’acier » qu’un chacun, quand on l’interroge, ne peut arriver à définir
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- exactement, et que l’on a cherché à encadrer par des essais divers et multipliés, quelquefois sans rapport avec ce que l’on recherche. Il n’y a pas « une qualité » en général de l’acier; il n’y a qu’une ou des qualités appropriées à chaque usage.
- Le langage métallurgique devrait sortir d’une imprécision à laquelle il a été condamné jusqu’ici. Jadis, on avait tendance à tout rapporter à la désoxydation; quand un utilisateur obtenait de piètres résultats avec un acier pour un usage quelconque, fût-ce la soudabilité, il avait coutume de dire : « C’est un acier de mauvaise qualité; il est mal désoxydé ». Nous savons maintenant que si l’oxygène est un facteur important de la composition totale, et auquel il faut laisser sa place, il est loin d’être le seul, et que, pour un même usage, deux aciers de même analyse visible, de même teneur totale en oxygène peuvent donner des résultats très différents; la composition totale elle-même n’est pas tout. Le doute scientifique croît et s’affirme sur l’importance trop générale attribuée, faute de connaissances suffisantes, dans beaucoup de cas, à l’oxygène, au soufre, au phosphore, aux inclusions, etc. Ce doute est déjà un grand progrès en lui-même et suggère le désir de connaître davantage, mais il ne suffit pas.
- Nous avons été conduit à aborder l’étude de l’influence de la composition totale des aciers et de leur transformation sur leurs différentes qualités à l’usage et en fonction de chaque usage. Nous n’avons encore qu’abordé cette étude, qui est inépuisable, d’autant plus qu’il y a autant de cas particuliers que de nuances, ou tout au moins de groupes de nuances, mais ce me paraît être un problème fondamental et nous avons déjà beaucoup appris.
- Je ne voudrais pas abandonner un sujet aussi vaste et que je n’ai fait qu’effleurer sans dégager nettement une idée que j’estime importante et propre à inspirer des réflexions. Au fur et à mesure que nous progressons dans cette connaissance des causes, nous saisissons de plus en plus clairement que la recherche du maximum de certaines caractéristiques physiques, ce terme étant toujours employé dans son sens le plus large, a, dans un grand nombre de cas, comme corollaire, l’abaissement d’autres caractéristiques à ce même état, ou des mêmes caractéristiques à d’autres états. Autrement dit, à mon sens, il n’existe pas dans des cas très nombreux, pour une analyse visible déterminée, d’acier qui puisse réunir le maximum de toutes les caractéristiques à tous les états d’emploi et pour tous les usages. La recherche de la quintessence pour une propriété retentit sur d’autres qui peuvent être quelquefois beaucoup plus utiles : il importe d’éviter de tomber de Gharybde en Scylla. Une tendance fort naturelle et continue depuis de longues années veut que l’on cherche à atteindre la qualité de l’acier à l’emploi par des essais de réception de plus en plus nombreux et variés que l’on superpose, avec parfois aggravation des conditions d’antan.
- Rien de plus légitime, mais pour les raisons que je viens d’exposer, il m’apparaît qu’en pareille matière la prudence s’impose; je ne fais pas ici le plaidoyer pro domo d’un aciériste : je me permets simplement d’attirer l’attention de tous, car tous n’ont en vue que l’intérêt général, sur l’incapacité où tous sont encore dans la plupart des cas de répondre avec certitude aux deux questions fondamentales suivantes :
- 1° Quelles sont les relations entre la tenue des pièces en service et les essais quantitatifs ou qualitatifs par lesquels on cherche à définir les qualités des aciers destinés à fabriquer ces pièces?
- 2° Quelles répercussions peut entraîner sur d’autres propriétés la recherche de
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- l’obtention d’un résultat minimum pour certaines caractéristiques à un certain état de l’acier, surtout lorsque l’on tend à élever ce minimum?
- Il nous faut bien avouer une ignorance encore très grande. Pour nous, dans notre modeste sphère, avec nos moyens limités, nous cherchons à augmenter nos connaissances dans ces deux domaines, mais il reste beaucoup à faire. J’indiquerai simplement à titre d’exemple, que nous fabriquons intentionnellement, pour certains usages, de manière courante, par nos nouveaux procédés, des aciers qui auraient été impitoyablement rebutés par nous, il y a deux ans seulement, en vertu de nos cahiers des charges intérieurs.
- Je suis persuadé que vous conclurez avec moi, de ce rapide aperçu, qu’en métallurgie comme en toute science, la progression de la connaissance fait apparaître plus encore l’exiguïté de cette même connaissance acquise.
- L’enseignement, que le souci de clarté oblige à simplifier artificiellement, peut parfois laisser l’impression aux jeunes générations d’élèves, comme il me l’avait laissée autrefois, que tout ou presque tout est connu dans le domaine de l’acier et de sa fabrication; mais en réalité, que d’énigmes encore, et quel immense champ de recherches. M. Portevin n’a-t-il pas senti le besoin, tout récemment, d’attirer, par une brillante conférence, l’attention des métallurgistes français sur la théorie atomique et les possibilités qu’elle paraît ouvrir; il se rend ainsi parfaitement compte que, pour aller plus avant dans la connaissance, il faudra sans doute avoir recours prochainement à des moyens d’investigation nouveaux, générateurs de progrès. Comme tant d’autres sciences, par des voies différentes, encore inégalement explorées, l'étude de l’acier s’achemine vers l’infîniment petit.
- Par un penchant tout naturel, je me suis laissé aller à des considérations générales sur l’acier, que le titre de ma conférence ne laissait pas prévoir. Ayant à parler devant vous de nos procédés de brassage avec laitiers, je vous ai exposé brièvement quelques-uns des enseignements que nous y avons puisés, et j’espère ainsi ne m’être pas trop écarté de mon sujet.
- Revenons à ce sujet. Une question peut être légitimement posée et m’a été posée. Quelle extension envisagez-vous, pour ces procédés, en dehors de la désoxydation et de la déphosphoration de l’acier? Des exemples que je vous ai cités tout à l’heure vous ont déjà fait apparaître d’autres domaines d’application. Je n’hésiterai pas à donner mon opinion personnelle sur la réponse à la question posée; bien entendu étant mienne, elle doit être, a priori, trop optimiste, mais je la donnerai néanmoins. Comme je l’ai dit tout à l’heure, l’expérience prouve que, dans un four, métal et laitier ne sont pas en équilibre. Si je me place donc, à un point de vue purement théorique, il apparaît certain que, toutes les fois que la réaction du laitier sur le métal est désirable, un brassage violent doit permettre et de gagner du temps et d’améliorer le rendement de la réaction, sous la réserve que la réaction n’implique pas un grand dégagement gazeux, sinon elle deviendrait explosive et dangereuse. Par contre, un tel brassage est à rejeter quand la réaction du laitier sur le métal est indésirable; j’ai déjà eu l’occasion de dire que ce cas est beaucoup moins rare qu’on ne le croit en général; exemple, la désoxydation de l’acier.
- Pour des réactions semblables, il faut avoir recours à des laitiers spéciaux fondus à part et judicieusement composés.
- Est -ce à dire que le brassage doive se généraliser pour toutes les opérations où une action effective du laitier sur le métal est à rechercher, cas très nombreux dans
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- la pratique. Malgré mon optimisme, je n’irai pas jusqu’à l’affirmer : ce n’est pas que la complication entraînée par l’exécution du brassage soit grande, une fois bien acquise la pratique opératoire. Mais il faut tenir compte des installations et des habitudes existantes, des sujétions propres à chaque métallurgie et enfin des considérations de prix de revient, en particulier de l’importance plus ou moins grande de l’économie que peuvent entraîner gain de temps et meilleur rendement. Je dirai simplement que le nombre des applications qui paraissent mériter une étude précise est déjà largement suffisant pour notre propre activité : certaines sont déjà nées, d’autres vont naître, d’autres encore sont au stade des recherches, et je ne pense pas que le sujet soit près d’être épuisé. Ce n’est pas sans une certaine satisfaction que j’ai appris que le Bureau of Mines américain, ayant à déterminer le programme des recherches scientifiques le plus intéressant pour la métallurgie de la fonte et de l’acier vient de fixer son choix sur l’étude des émulsions de métal et de laitier.
- J’ai été conduit, il y a quelque temps, à me poser une autre question. L’expérience prouve que, à très haute température, donc dans des conditions opératoires difficiles, nous avons pu réaliser des réactions tellement rapides qu’elles peuvent presque être qualifiées d’instantanées entre des liquides de densités très différentes, grâce à la création d’une émulsion par effet de force vive, et dans ces réactions, nous sommes arrivés à éliminer des teneurs en éléments allant jusqu’à 50 p. 100.
- Dès lors, n’est-il pas évident que des réactions tout aussi rapides peuvent être obtenues, quelle que soit l’ampleur des variations d’analyse que l’on recherche, à des températures plus basses, entre des matériaux de densités beaucoup plus voisines. Cela revient à dire : n’y a-t-il pas des cas, où l’industrie chimique pourrait trouver avantage à s’inspirer de telles solutipns? Un savant étranger me faisait remarquer récemment que l’introduction des agitateurs dans l’industrie chimique avait correspondu à un progrès très réel. Mais surtout lorsque l’on s’adresse à de grands volumes, je ne pense pas qu’il soit possible d’obtenir avec des agitations, quelle qu’elles soient, des vitesses de réaction aussi élevées que celles que peut réaliser un « cocktail process »; je crois en outre qu’un tel procédé est celui qui permettrait toujours le rendement maximum, le rapprochement le plus grand de l’équilibre. La recherche de tels résultats est-elle vraiment intéressante et importante dans l’industrie chimique? Il ne m’appartient pas de le dire : je puis simplement affirmer, par l’expérience acquise en métallurgie, que la réalisation doit être aisée et peu onéreuse.
- Je serais simplement très heureux si la métallurgie, qui n’est, à tout prendre, qu’une branche de la chimie et qui a reçu d’elle une aide précieuse, pouvait lui apporter à son tour, dans ses conceptions, un concours si modeste soit-il.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NAT. — AOUT-SEPT. 1936 (p. 510).
- LA NITRURATION DES ACIERS ET DES FONTES(1)
- par M. André Babinet, ancien Ingénieur au Corps des Mines,
- Ingénieur aux Aciéries Aubert et Durai Frères.
- La nitruration est un procédé de durcissement superficiel applicable à certains aciers spéciaux et à des fontes spéciales.
- Il est à peine utile de souligner l’intérêt que présente le problème du durcissement superficiel des métaux ferreux; on sait, en effet, qu’il n’est pas possible de donner à une pièce en acier, dans toute sa masse, une très grande dureté obtenue par trempe sans qu’elle présente une fragilité excessive la rendant impropre aux usages mécaniques. Lorsqu’on désire fabriquer une pièce qui présente à cœur des propriétés mécaniques intéressantes et en surface une très grande dureté, on est donc conduit à utiliser un procédé de durcissement superficiel.
- Le procédé classique de durcissement superficiel des aciers — le seul pratiquement utilisé sur une grande échelle avant la découverte de la nitruration — est la cémentation. Il consiste à incorporer, par traitement à haute température au milieu d’un agent carburant, du carbone à la surface d’une pièce fabriquée en acier doux. La pièce est ensuite trempée; la couche superficielle, grâce à sa teneur élevée en carbone, acquiert par trempe une dureté élevée, alors que le cœur en acier doux conserve une résilience et un allongement satisfaisants.
- La nitruration est, elle aussi, une cémentation au sens le plus général du mot; l’agent qui pénètre à la surface du métal est ici l’azote; nous verrons, au cours de cet exposé, que le mode d’incorporation et les qualités propres de la couche dure obtenue différencient très nettement la nitruration de la cémentation classique au carbone.
- HISTORIQUE DE LA NITRURATION.
- Il est connu, depuis longtemps, que l’azote, dans les aciers ordinaires, constitue une impureté; mais, jusqu'aux travaux de Fry, en 1920-1921, on n’avait pas établi d’une façon certaine la nature de divers composés du fer et de l’azote. Fry étudia d’abord l’action de l’ammoniaque sur le fer pur ; il établit l’existence de deux composés définis : le nitrure Fe2N, contenant 11,1 p. 100 d’azote; le nitrure Fe4N, contenant 5,6 p. 100 d’azote, et d’une solution solide, contenant un très faible pourcentage d’azote.
- L’ensemble de ces observations lui permit d’établir le diagramme fer-azote (fig. 1) montrant la formation, à la température de 580°, d’un eutectoïde entre le nitrure Fe4N et la solution solide. Fry donna à cet eutectoïde le nom de « braunite » en l’honneur de Braun dont les travaux avaient fourni les premières données au sujet de l’action de l’azote sur le fer.
- Suivant que le fer est soumis à l’action d’un courant de gaz ammoniac à une
- (1) Conférence faite par l’auteur, en séance publique, le 16 mai 1936.
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- LA NITRURATION DES ACIERS ET DES FONTES.
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- température supérieure ou inférieure à la température eutectoïdique, la nature de la couche superficielle nitrurée est nettement différente.
- Fry étudia ensuite l’action du gaz ammoniac sur différents aciers spéciaux. Il constata que, pour certains d’entre eux, notamment ceux qui contiennent du chrome et de l’aluminium (corps dont les nitrures sont particulièrement stables), le phénomène change d’allure. La pénétration de l’azote se trouve limitée à une profondeur moindre, n’atteignant pas le millimètre. Alors que, dans le cas du fer, la couche nitrurée est constituée par des nitrures fragiles répartis dans la ferrite et ne possède pas une dureté intéressante, l’azote est ici absorbé en majeure partie sous
- Rrri-Ie avec diigucSes de nitrures
- ferrite avec eutectoîde Fe.C.N”
- FuUctoïde fe.C.if
- CoucfLe de nitrures
- 250“ 300° 350° # 400° 450° 500° 550° 600° 650° 700° 750°
- Te/np érôt /ares de niêruràiài orz
- Fig. 1. — Différents éléments en présence dans l’acier au carbone nitruré.
- forme de solution solide et la couche superficielle est extrêmement dure. L’expérience a montré qu’elle possède en outre diverses autres propriétés que nous allons examiner.
- LES PROPRIÉTÉS DE L’ACIER NITRURÉ.
- Dureté. — La dureté des aciers ordinaires cémentés et trempés est de l’ordre de 800 à 850 Brinell. Celle des aciers nitrurés dépasse largement ce nombre. Elle est en général mesurée — comme nous le verrons plus loin à propos des appareils de contrôle — au moyen d’appareils à pointe de diamant.
- Dans l’échelle Brinell-Vickers, qui constitue le prolongement de l’échelle Brinell (fig. 2), la dureté superficielle, après nitruration, des aciers classiques au chrome-aluminium, atteint 1150 à 1 200.
- Elle décroît régulièrement à mesure qu’on s’éloigne de la surface; l’allure de la courbe dureté-profondeur montre que la décroissance est très progressive jusqu’à l’âme de la pièce avec laquelle la couche nitrurée se trouve par conséquent solidement liée.
- On remarquera que la dureté de la couche passe par un maximum à quelques centièmes de millimètre de la surface ; cette couche superficielle un peu moins dure ne présente pratiquement aucun inconvénient.
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- 512 LA NITRURATION DES ACIERS ET DES FONTES. — AOUT-SEPTEMBRE 1936.
- Absence de déformation. — L’opération de nitruration s’eiFectuc nécessairement à une température inférieure à celle de la transformation eutectoïdique; pratiquement, elle se fait à 500° environ. Le chauffage des pièces à cette température modérée ne provoque pas de déformation appréciable, si l’on a soin de ne soumettre à la nitruration que des pièces sans tension. Après l’opération aucune trempe n’est nécessaire; le refroidissement a lieu lentement et également sans déformation.
- L’absorption d’azote provoque, il est vrai, un léger gonflement, mais ce gonflement — qui est de l’ordre de 0,02 mm, même pour des nitrurations prolongées, — peut, dans la plupart des cas, être négligé. Les modifications qui en résultent sont plus importantes pour les pièces annulaires ou les pièces minces que pour les
- 1 200
- 1 100
- 1 000
- 0 1 234-5678
- Profondeur en dixièmes de millimètre ACIER L.K..3 traité pour 125 kgnitruré 70 heures ACIER L.K.6 . .. 70k
- Fig. 2. — Variation de la durelé en différents points de la couche nitrurée en fonction de leur profondeur.
- pièces pleines. Il est en général aisé de les prévoir et de les atténuer par certaines précautions particulières. C’est ainsi que, dans le cas d’une pièce annulaire, on aura toujours avantage à ne nitrurer que l’une des faces, si les deux ne sont pas travaillantes; dans le cas d’une règle plate, il sera préférable, au contraire, de nitrurer partout, pour que le gonflement soit symétrique et que la règle ne se cintre pas.
- Nous reviendrons, à propos des processus de fabrication des pièces nitrurées, sur les précautions à prendre pour que celles-ci soient sans tension au moment de l’opération.
- Conservation de la dureté à chaud. — Si l’on chauffe une pièce nitrurée, même pendant un temps prolongé, à une température pouvant aller jusqu’aux environs de 500°, après refroidissement, la pièce retrouve sa dureté initiale. L’acier nitruré se différencie très nettement à ce point de vue de l’acier cémenté et trempé, dont la perte de dureté est notable dès que le chauffage atteint 200°. La figure 3 montre les duretés d’un acier nitruré et d’un acier cémenté après chauffage pendant 24 heures à diverses températures. On voit que la courbe relative à l’acier nitruré commence seulement à s’infléchir légèrement pour les températures voisines de 500°.
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- Cette propriété est très importante car elle diminue les risques de grippage pour toutes les pièces qui sont susceptibles de subir un certain échauffement en service,
- Inoxydabilité. — La couche nitrurée présente une résistance notable à la corrosion.
- On sait que le problème des aciers inoxydables est fort complexe. D’une façon générale, les aciers dont la résistance aux agents corrosifs est la meilleure sont des aciers à caractéristiques mécaniques peu élevées : le type de ces métaux, l’acier 18/8 (18 p. 100 de chrome et 8 p. 100 de nickel) a une charge de rupture de 65 kg/mm2 environ à l’état d’emploi, et cette charge de rupture ne peut être augmentée que par
- 500
- 20° 100° 200° 300’ 400° 500*
- Températures de chauffage
- ' ---- Acier nitruré ^ maintenus pendant 24hà la
- ----Acier nickel-chrome j température portée en abscisses.
- cémenté trempé '
- Fig. 3. —Duretés comparées à chaud d’un acier nitruré et du même acier cémenté et trempé.
- écrouissage. Les aciers à 13 p. 100 de chrome, qui sont susceptibles de durcir énergiquement par trempe (lames de couteaux, par exemple) ne résistent qu’à un nombre beaucoup plus limité de réactifs. L’acier nitruré constitue une solution intéressante toutes les fois qu’une très grande dureté doit être alliée à une bonne tenue à la corrosion par l’air humide, l’eau douce, la vapeur d’eau à haute température. L’eau de mer elle-même l’attaque beaucoup plus lentement que les aciers ordinaires.
- Dilférents essais effectués par M. L. Guillet ont mis cette propriété en évidence; c’est ainsi qu’après un mois de séjour dans l’air saturé de vapeur d’eau à froid, la perte de poids a été deux fois moins grande pour des éprouvettes en acier nitruré que pour des éprouvettes en acier cémenté.
- D’autres expériences faites par Hengstenberg ont montré que l’acier nitruré se comportait bien sous l’action alternée de l’eau et de l’air, ainsi que de la vapeur d’eau mélangée d’air.
- Hengstenberg a également mis en évidence la différence de potentiel électrolytique entre l’acier nitruré et le même métal non nitruré. Des éprouvettes nitrurées plongées dans une solution de sulfate de cuivre restent blanches, alors que des éprouvettes non nitrurées sont cuivrées. Si l’on prend une éprouvette nitrurée dont 135e Année. — Août-Septembre 1936. 34
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- on meule la surface en biseau d’angle très faible, de façon que les différents points d’une ligne de plus grande pente du biseau correspondent aux différentes profondeurs de la couche nitrurée, et qu’on renouvelle l’expérience, on constate que l’éprouvette ne se cuivre pas dans toute la partie qui correspond à une épaisseur nitrurée de plus de 0,35 mm. L’expérience peut être faite en déposant des gouttes de solution de sulfate de cuivre sur la partie meulée en biseau : les gouttes ne laissent aucune trace dans toute la zone où l’épaisseur nitrurée est de plus de 0,35 mm. Ce dernier mode expérimental élimine les causes d’erreur qui pourraient provenir de formation de couples entre les parties nilrurées et non nitrurées.
- Résistance à l’usure. Qualités de frottement. — L’acier nitruré résiste très bien à l’usure et présente, même à chaud, d’excellentes qualités de frottement. Des mesures de coefficients de frottement ont été faites dans des conditions particulièrement sévères, à des températures variant de 135° à 220°, les surfaces frottantes étant simplement usinées, non polies et sans aucune lubrification. On a trouvé dans ces conditions :
- Nature du frottement.
- Acier nitruré sur acier nitruré.....................
- Acier nitruré sur fonte.............................
- Acier nitruré sur bronze spécial au nickel . .
- Température.
- 220°
- 220°
- 135°
- Coefficient de frottement.
- 0,23
- 0,27
- 0,095
- La Westinghouse Electric C°, aux États-Unis, a fait des essais sur la résistance de divers aciers à l’érosion par des gouttelettes d’eau frappant le métal à grande vitesse. Les éprouvettes étaient montées sur un disque pouvant tourner à 20 000 tours par minute, avec une vitesse périphérique de 400 m/sec; elles coupaient à chaque tour un jet d’eau sous pression. Jusqu’à la vitesse de 200 à 250 m/sec, l’érosion était pratiquement la même pour tous les aciers essayés; mais, au delà de la vitesse de 260 m/sec, l’érosion s’accentue lentement sur l’acier nitruré et très rapidement sur tous les autres.
- Résistance à la fatigue. — On sait l’importance qu’a prise en ces dernières années la notion de « limite de fatigue ». Certaines pièces soumises à des efforts alternés arrivent à se rompre par la succession des efforts sans que la charge à laquelle elles sont soumises ait cependant jamais atteint la charge de rupture.
- Les ruptures de fatigue se produisent en général par suite d’une fissure qui s’agrandit à chaque effort nouveau. De telles fissures s’amorcent beaucoup plus aisément au voisinage d’entailles trop aiguës ou même de simples défauts de surface tels que rayures. L’expérience montre que des pièces soigneusement polies, donc sans défauts de surface, résistent mieux à la fatigue que des éprouvettes simplement usinées.
- La limite de fatigue d’un acier de nitruration, traité par trempe et revenu pour une résistance d’environ 100 kg/mm2, atteint 57 kg/mm2, alors qu’elle est seulement de 43 kg/mm2 sur le même métal ayant subi le même traitement thermique mais non nitruré. En outre, la présence d’entailles sur les barreaux avant nitruration n’a que peu d’influence sur la limite de fatigue, alors qu’elle diminue fortement la
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- limite de fatigue des aciers non nitrurés. Gomme, dans la pratique, les ruptures de fatigue s’amorcent en général sur des rayures ou défauts de surface, tels que de simples défauts d’usinage, ce dernier point est très important.
- L’OPÉRATION DE NITRURATION.
- L’agent actif de nitruration est l’azote naissant; en théorie, tout composé azoté susceptible de libérer de l’azote au contact des pièces à durcir pourrait donc être utilisé. Dans la pratique, les raisons de commodité, de régularité et d’économie concordent en faveur de l’emploi du gaz ammoniac. L’opération de nitruration con-
- Fig. 4. — Fours électriques de nitruration.
- siste donc à soumettre les pièces à l’action d’un courant de gaz ammoniac, à la température de 500° environ, dans des conditions telles que le gaz baigne régulièrement les pièces. Le gaz ammoniac se décompose partiellement en azote et en hydrogène. Une partie de l’azote est absorbée par le métal; l’hydrogène et l’azote non absorbés, et l’ammoniaque non décomposé sont évacués.
- Les pièces sont placées dans une cuve métallique comportant un dispositif d’arrivée et un dispositif d’évacuation des gaz.
- On choisit en général, pour la construction des cuves, un acier austénitique à haute teneur en nickel et en chrome, qui permet d’assurer un service très prolongé.
- Comme le mélange gazeux azote H- hydrogène a une densité deux fois moindre que celle du gaz ammoniac, l’arrivée de gaz frais se fait par le bas de la cuve et l’évacuation par le haut.
- En dehors du dispositif d’arrivée et de sortie des gaz, la cuve porte en outre un tube borgne destiné à recevoir un pyromètre pour le contrôle de la température.
- La fermeture est assurée par un couvercle de même métal que la cuve; le cou-
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- vercle est boulonné sur les bords de la cuve, avec interposition d’un joint spécial pour assurer une étanchéité parfaite.
- La disposition des pièces dans la cuve ne nécessite pas de précautions très particulières; il est toutefois recommandable de répartir le chargement de façon aussi homogène que possible, afin de faciliter une bonne répartition des gaz. S’il y a lieu, on sépare les pièces les unes des autres par des grillages de nickel.
- les fours de nitruration. — Les fours de nitruration doivent posséder deux qualités principales : assurer un chauffage parfaitement homogène pour des températures de l’ordre de 500°; offrir une souplesse de marche suffisante pour pouvoir assurer une montée en température suffisamment rapide, suivie d’un maintien en température pendant un temps prolongé.
- Les fours les mieux adaptés à ces conditions sont les fours électriques (fig. 4). Ils doivent être spécialement étudiés pour la nitruration; en effet, l’obligation de ménager dans le fond du four des trous pour le passage des tubes portés par la cuve, crée une perturbation dans le régime de chauffe qu’il est nécessaire de corriger. 11 est indispensable que les fours soient aussi bien calorifugés que possible, pour réduire la puissance nécessaire au maintien delà température après que celle-ci est atteinte. Dans le cas général où les fours sont alimentés par du courant triphasé, on utilise le montage en étoile et le montage en triangle pour réaliser deux régimes de chauffe : le « gros chauffage », pour monter en température; le « petit chauffage », pour la maintenir. Les fours sont aussi munis, suivant leur importance, d’un régulateur automatique de température à une, deux ou trois directions.
- Deux lignes de galets en fonte montés sur la sole reçoivent le plateau porte-cuve et facilitent les manœuvres d’entrée et de sortie. Il existe actuellement plusieurs modèles « standard » de fours de nitruration. Les dimensions utiles et les charges moyennes de cuves qu’ils sont susceptibles de chauffer sont les suivantes :
- Type de four.
- 00 T 000 3 C 6 C
- Dimensions utiles de la cuve ( nu. Charge moyenne
- Lonijueur. Largeur. Hauteur. d’une cuve (kg).
- 0,600 0,350 0,240 90
- 1,200 0,520 0,370 300
- 1,600 1,200 0,450 1500
- 3,200 1,200 0,450 3 000
- On a également construit des fours constitués par une cloche chauffante qui vient recouvrir le plateau où sont placées les pièces. L’ammoniaque circule dans l’intérieur de la cloche; un joint de paraffine assure l’étanchéité.
- la protection contre la nitruration. — Il est très souvent nécessaire de protéger contre le durcissement certaines parties des pièces que l’on nitrure, soit parce que ces parties doivent subir ensuite un usinage, soit parce qu’en raison de leur forme, ces parties risqueraient de devenir fragiles (arêtes vives, parties très minces), soit pour réduire encore les faibles déformations possibles (pièces annulaires).
- La protection se fait très simplement par étamage. Si la forme des pièces s’y prête, on opère par trempage ; sinon on peut appliquer l’étain au fer à souder. On peut enfin appliquer sur les parties à protéger une peinture constituée par de l’étain avec un liant à base de silicate de soude.
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- la durée de la nitruration. — La durée est très variable suivant la nature de la pièce et la profondeur de nitruration que l’on désire obtenir. Pour de petites pièces minces, on se contente de faire une nitruration de quelques heures; pour la plupart des cas, la durée est de 50 à 65 heures.
- On peut admettre qu’une nitruration de 10 heures donne une couche nitrurée de 0,1 mm d’épaisseur; une nitruration de65 heures donne 0,5 mm d’épaisseur environ. Le temps est mesuré, bien entendu, à partir du moment où la température de 510° est atteinte. Si, en cours d’opération, un accident tel que : avarie du four ou panne de courant électrique, vient à provoquer une chute de température, l’opération peut continuer sans inconvénient quand la marche normale est rétablie; il suffît de ne pas faire entrer dans le décompte du temps de nitruration la période pendant laquelle la température est tombée au-dessous de 510°.
- contrôlé dés résultats. — Les résultats sont contrôlés, pour l’ensemble d’une charge, au moyen d’éprouvettes-témoins placées en différents points de la cuve et que l’on casse ensuite pour les examiner au laboratoire et vérifier la profondeur de nitruration.
- Pour le contrôle de la dureté nous avons vu qu’on utilisait des machines à pointe de diamant. La pointe est appliquée sous faible charge (de 10 à 150 kg suivant les cas et les types de machines) à la surface du métal. Dans les machines du type Yickers, on mesure les dimensions de l’empreinte et la dureté se définit, comme dans la méthode Brinell, par le rapport de la charge à la surface de l’empreinte. L’échelle Vickers est donc, comme nous l’avons dit plus haut, un prolongement de l’échelle Brinell, ce qui justifie l’expression couramment employée : « dureté Bri-nell-Vickers ».
- L’aspect plus ou moins écaillé de l’empreinte du diamant permet également un contrôle de fragilité.
- LES ACIERS SPÉCIAUX POUR NITRURATION.
- Les aciers spéciaux à employer pour la fabrication de pièces destinées à êtrenitru-rées doivent remplir deux conditions :
- a) ils doivent contenir les éléments permettant d’obtenir une couche nitrurée très dure, tenace et bien amalgamée au cœur du métal;
- b) ils doivent être susceptibles d’acquérir par traitement thermique des caractéristiques (charge de rupture, limite élastique, allongement et résilience) satisfaisantes pour les usages mécaniques auxquels les pièces sont destinées; et ce traitement thermique doit comporter obligatoirement, après trempe, un revenu à 500° au minimum, puisque l’opération de nitruration constitue elle-même un revenu prolongé à cette température.
- La première condition conduit à incorporer, dans les aciers de nitruration, du chrome et de l’aluminium. Ces deux métaux sont en effet ceux qui favorisent le plus le durcissement; la présence de l’aluminium, eu particulier, permet d’atteindre les duretés très élevés : 1100 à 1 200 Brinell-Vickers, que nous avons mentionnées plus haut.
- On a constaté, dans la pratique, qu’il n’était pas intéressant d’augmenter la teneur en aluminium beaucoup au delà de 1 p. 100; quant à la teneur en chrome, l’expérience l’a fixée à 1,5 — 2 p. 100.
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- Les premiers aciers industriels de nitruration ont donc été des aciers au chrome-aluminium contenant 1,5 à 2 p. 100 de chrome et environ 1 p. 100 d’aluminium. On futconduit, au bout de peu de temps, et principalement à la suite des recherches de M. Guillet, à ajouter une petite quantité de molybdène. Cette addition améliore les caractéristiques mécaniques et supprime l’inconvénient de la perte de résilience que subissaient, par chauffage prolongé à 500°, les aciers au chrome-aluminium sans molybdène.
- Nuances classiques L. K. — La teneur en carbone est fixée suivant la résistance plus ou moins grande que l’on désire donner au métal sous la couche nitrurée; pratiquement, elle n’a pas d’influence sur la dureté de celle-ci. Dans le groupe des aciers classiques de nitruration au chrome-aluminium-molybdène (groupe L.K.) les indices L.K.l — L.K.3 — L.K.5. — etc. correspondent à différents teneurs en carbone. En choisissant convenablement la nuance et le traitement thermique (revenu plus ou moins poussé), ou peut ainsi fabriquer en acier de nitruration des pièces dont la charge de rupture sous couche variera de 70 à 135 kg/mm2. Dans les cas les plus courants, on se tient aux environs de 90 à 100 kg/mm2; l’ensemble des caractéristiques sous couche est alors approximativement le suivant (cas de l’acier L.K.5 trempé à l’eau à 900°, revenu à 625°).
- Charge de rupture ... 90 kg/mm2 I Allongement................. 16 p. 100
- Limite élastisque ... 76 kg/mm2 J Résilience.................. 16 kgm
- Nuances spéciales R.K. — V.K. — G.K. — La variété croissante des applications de l’acier nitruré a conduit à la mise au point de nuances mieux adaptées à certains cas particuliers, tels que les pièces soumises à des chocs, où il est nécessaire que la couche nitrurée soit particulièrement tenace et peu fragile, sans que la dureté maxima soit indispensable. La teneur en aluminium de ces nuances spéciales est moindre que celle de la nuance L. K.
- La dureté obtenue après nitruration est approximativement la suivante :
- Aciers du groupe R.K. : 1 000 à 1050 Vickers-Brinell
- — — Y.K. : 900 à 950 — —
- — — G.K. : 800 — —
- La ténacité de la couche nitrurée varie en sens inverse de la dureté.
- Les aciers austénitiques. — La nitruration des aciers austénitiques est un problème resté longtemps sans solution satisfaisante.
- On sait que le caractère général de ces aciers est une grande passivité chimique, se traduisant par une résistance plus ou moins grande à la corrosion.
- Cette passivité se manifeste également à l’égard de la nitruration. Si l’on essaie de nitrurer une éprouvette d’acier austénitique dans les conditions ordinaires, elle reste douce, à part quelques points durcis accidentellement. Il semble que l’hypothèse de la formation d’un « film protecteur » très mince, qui a été émise pour expliquer la résistance de ces aciers à la corrosion, puisse également expliquer leur résistance à la pénétration par l’azote.
- On a essayé de vaincre celte résistance en nitrurant à des températures très j usqu’à 800° ou 900°); mais les couches nitrurées obtenues à haute tempé-
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- rature sont peu dures, fragiles et irrégulières; la solution devait être cherchée dans une autre voie.
- Aujourd’hui on a trouvé un traitement chimique spécial de la surface qui, sans attaquer celle-ci, supprime la passivité et permet d’obtenir, après nitruration, une dureté superficielle de 1100 à 1200 Vickers-Brinell, c’est-à-dire aussi élevée que celle des aciers classiques de nitruration les plus durs.
- Il faut noter d’ailleurs que la nitruration provoque une certaine diminution de la résistance des aciers austénitiques à la corrosion. Elle rend néanmoins de grands services dans des cas particuliers comme la nitruration des tiges de soupapes.
- PROCESSUS DE FABRICATION d’üNE PIÈCE NITRURÉE.
- Le processus variera évidemment suivant la nature de la pièce mais il est possible de donner quelques règles générales qui doivent toujours être observées :
- a) La pièce doit avoir subi un traitement thermique correct, par trempe et revenu, le revenu étant réglé suivant la résistance que l’on désire. Il ne faut jamais soumettre à la nitruration un métal simplement recuit, même si celui-ci était jugé suffisant au point de vue de ses caractéristiques mécaniques. La structure du métal recuit est en effet impropre à l’obtention d’une couche nitruréecorrecte;
- b) La surface calaminée et plus ou moins décarburée par le traitement thermique doit être enlevée par usinage. Dans certains cas spéciaux où le métal est traité pour une résistance élevée et où la reprise d’usinage est difficile, on peut se contenter d’un simple sablage; mais ce sont des cas particuliers, et il faut alors choisir convenablement la nuance de métal et prendre des précautions spéciales pour éviter la détérioration de la surface en cours de traitement thermique;
- c) La pièce doit être sans tension au moment où elle est soumise à la nitruration. On sait que les opérations de forgeage et de trempe créent des tensions à l’intérieur du métal; l’usinage lui-même peut provoquer un écrouissage dont l’effet n’est pas négligeable. Si ces tensions existaient encore au moment de la nilruration, leur libération pourrait entraîner des déformations très importantes.
- On supprime les tensions par un revenu prolongé à la température de 500° environ. Dans un grand nombre de cas où il s’agit de pièces de forme simple, on pourra se contenter de les usiner dans une barre d’acier ayant subi au préalable le traitement thermique définitif; dans les cas plus complexes, l’usinage se fera en deux stades : ébauchage sur métal recuit, en laissant une surépaisseur convenable, suivi de traitement thermique et stabilisation; finition de l’usinage.
- Après nitruration, la plupart du temps les pièces peuvent être utilisées sans rectification, telles qu’elles sortent de la cuve. Quand des tolérances très sévères sont exigées, on peut prévoir une légère rectification après nitruration; cette rectification ne doit pas dépasser en général 0,1 mm.
- LES APPLICATIONS DE L’ACIER NITRURÉ.
- Les applications se sont largement développées ces dernières années et touchent à des domaines très divers. Elles concernent, d’une façon générale, des pièces travaillant à l’usure et sont d’autant plus intéressantes qu’il s’agit de pièces de forme plus délicate ou compliquée, difficile à réaliser par un autre moyen.
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- Dans Y industrie automobile et aéronautique, on peut citer la fabrication bien connue des chemises de cylindres ; cette application a même été connue du grand public à la suite de raids célèbres tels que celui de Gostes et Bellonte au-dessus de l’Atlantique. On fabrique également des plateaux d'embrayage, des couronnes de pont arrière, des arbres à cames, des axes de pistons, des vilebrequins, etc. Certaines de ces pièces, comme les couronnes de pont arrière, lorsqu’elles sont fabriquées en acier nitruré, présentent un fini qu’ii n’est pas possible d’atteindre par une autre méthode. L’absence de toute déformation permet en effet de réaliser des couronnes dont le fonctionnement est très silencieux. Pour certaines des pièces mentionnées ci-dessus, telles que les arbres à cames, il est indiqué de choisir une des nuances
- Fig. 5. — Tampon de vériflcnlion en acier nitruré. Fig. 0. — Chemise de distribution
- de locomotive à piston-valve, en acier nitruré.
- spéciales dont nous avons parlé plus haut, donnant une couche nitrurée très tenace et un peu moins dure; la résistance à l’usure obtenue dans ces conditions est encore très supérieure à celle d’un arbre à cames cémenté.
- Dans Y industrie mécanique, beaucoup de pièces de machines-outils travaillant à l’usure sont fabriquées en acier nitruré. On l’emploie également pour les broches de tours, les pince-barres de machines automatiques; pour les mors et mandrins de tours, ainsi que pour les tampons et calibres de vérification.
- Dans la construction de matériel de chemins de fer, on peut citer la fabrication en acier nitruré de flasques intérieurs et extérieurs des coulisses; de rappliques de glissières; de rochels d'arbres de freins et cliquets des rochets; de pistons haute et basse pression.
- Dans Yindustrie minière, beaucoup de pièces subissent une forte usure par suite des poussières de charbon dans lesquelles elles travaillent. L’acier nitruré est utilisé pour des bagues et douilles de divers appareils tels que convoyeurs, appareils de lavage, etc.
- Les moules pour agglomérés de charbon en acier nitruré ont permis non seulement d’assurer une durée de service plus grande qu’avec les moules en acier spécial
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- traité, mais encore d’obtenir pour les agglomérés une surface plus nette et plus brillante.
- Nous citerons également une application très intéressante dans l’industrie des sous-produits de la houille; ce sont les pistons plongeurs pour la synthèse de l’ammoniaque. Ces pistons doivent présenter une surface très dure et polie pour que l’appareil ait une étanchéité parfaite malgré les hautes pressions en jeu. Des pistons de diamètres allant jusqu’à 135 mm ont été fournis à diverses firmes et ont
- Fig. 7. — Moyeu porte-hélice en acier nitruré. Fig. 8. — Moule à caoutchouc en acier nitruré.
- dépassé 15 000 heures de service alors qu’une durée de 10 000 heures était déjà considérée comme très satisfaisante.
- Dans l'industrie textile, on fabrique en acier nitruré des anneaux de filature, des pièces porte-ailettes, des couronnes de machines pour bonneterie. Pour tous les appareils travaillant dans l’eau ou au contact de produits bruts tels que laine mal dégraissée, la combinaison de deux propriétés de l’acier nitruré : grande résistance à l’usure et inoxydabilité, permet d’en attendre des services intéressants. Il est en effet important pour beaucoup de pièces d’éviter qu’elles ne se rouillent peridarlt l’arrêt de chaque fin de semaine, exigeant ainsi un nettoyage minutieux avant chaque remise en route.
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- Calandres de machines à sécher les tissus : les cylindres de ces calandres doivent conserver leur poli pour ne pas détériorer les tissus et ne pas rouiller pour éviter de les tacher. On utilise avec succès l’acier nitruré; les cylindres ainsi fabriqués atteignent jusqu’à 500 mm de diamètre et plus de 3 m de longueur.
- Les trois propriétés principales de l’acier nitruré (dureté, inoxydabilité, conservation de la dureté à chaud) trouvent leur utilisation dans la fabrication de pièces pour vannes et détendeurs de vapeur à haute température. Dans le cas particulier des tiges de clapets, la généralisation de l’emploi de la vapeur surchauffée à haute pression rend les conditions de travail de ces pièces particulièrement sévères au point de vue du frottement, de sorte que l’emploi des aciers austénitiques donne lieu à des grippages fréquents. L’expérience confirme qu’avec l’acier nitruré, ce risque est complètement éliminé. D’autre part, en ce qui concerne les détendeurs, l’emploi de l’acier nitruré permet de leur donner une grande sensibilité grâce au coefficient de frottement minime résultant de la grande dureté et de l’excellent poli que l’on peut obtenir.
- Parmi les autres applications, on peut, encore citer les moules à bakélite et les moules à caoutchouc ; l’acier nitruré se prête particulièrement bien à la réalisation des dessins très fins qui ornent beaucoup de pièces en caoutchouc et il donne à celui-ci une surface lisse et brillante.
- Les figures 5 à 8 représentent quelques pièces typiques en acier nitruré.
- LA FONTE NITRURÉE.
- L’idée d’étendre la nitruration au domaine des fontes vient naturellement à l’esprit. Néanmoins, les résultats intéressants obtenus avec la nitruration des aciers spéciaux ne permettent pas de conclure, par simple analogie, que la nitruration de la fonte peut se faire dans les mêmes conditions. Bien au contraire : si l’on nitruré des aciers au chrome-aluminium à teneur en carbone croissante, on constate qu’au delà de la teneur de 0,7 p. 100 environ, la dureté de la couche nitrurée diminue quelque peu. Effectivement, une longue mise^au point fut nécessaire pour arriver à nitrurer la fonte dans des conditions industrielles. De nombreuses études ont été faites à ce sujet, notamment en France par MM. Guillet et Ballay.
- La mise au point a porté non seulement sur la composition des fontes spéciales à utiliser, mais encore sur le mode d’élaboration et le traitement thermique susceptibles de donner la structure la plus favorable. Le problème est maintenant résolu d’une façon satisfaisante : on utilise des fontes spéciales au chrome-aluminium, à teneur en carbone et en silicium relativement basse. Bien que la nitruration de ces fontes spéciales coulées au sable soit parfaitement, réalisable, on obtient une structure plus favorable au moyen du procédé de centrifugation.
- La fonte liquide est versée dans un moule tournant à grande vitesse; elle est appliquée par la force centrifuge sur les parois et se solidifie en une masse à structure serrée. La structure est ensuite homogénéisée par traitement thermique de façon à obtenir une graphitisation fine et uniforme.
- Par nitruration, on obtient avec ces fontes spéciales une dureté Vickers-Brinell qui peut atteindre 900 alors que les fontes ordinaires pour blocs-moteurs d’automobiles ont une dureté Brinell de 200. En outre, les qualités mécaniques, sous couche nitrurée, de ces fontes spéciales sont par elles-mêmes intéressantes : après traitement thermique et avant nitruration, la dureté Brinell est d’environ 300,
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- LA NITRURATION DES ACIERS ET DES FONTES.
- 523
- La fine division du graphite favorise l’adhérence du film d’huile, et la lubrification des pièces en fonte nitrurée ne demande pas de précautions particulières.
- Les applications industrielles de la fonte nitrurée ont jusqu’ici principalement porté sur : les chemises de moteurs à explosion, les cylindres de moteurs Diesel, les distributeurs hydrauliques, toutes pièces qui se prêtent parfaitement à la fabrication par centrifugation. Les machines utilisées actuellement permettent de fabriquer des tubes de très petites dimensions, tels que des guides de soupapes. Le diamètre maximum qu’il est possible d’atteindre dépend de la longueur; on réalise actuellement des pièces atteignant jusqu’à 800 mm de diamètre et un poids de 150 kg.
- Il est intéressant de noter que la fabrication par centrifugation n’est pas limitée strictement aux pièces de révolution : on peut prévoir des bossages ou autre dyssy-métries assez importantes.
- HYPOTHÈSE SUR LE MÉCANISME DU DURCISSEMENT PAR NITRURATION.
- Les belles recherches qui ont abouti à la découverte de la nitruration ont mis en lumière les conditions expérimentales dans lesquelles devait se faire l’opération et permis de déterminer les aciers spéciaux qu’il était nécessaire d’employer; mais elles n’ont pas, à l’époque, apporté d’éléments décisifs permettant d’établir des hypothèses sur le mécanisme théorique du durcissement.
- Sans nous étendre sur les théories considérées actuellement comme plausibles, signalons succinctement que la question a été reprise par Fry il y a quelques années, et rattachée par lui aux récentes hypothèses de Ludwik sur la dureté des métaux en général.
- Ludwik, s’appuyant sur la théorie de la structure réticulaire des métaux, admet que la dureté résulte d’un « blocage des plans du glissement » du réseau atomique du métal. Ce blocage peut être provoqué par la présence de corps étrangers venant se loger dans les intervalles du réseau atomique et l’on conçoit qu’il existe une répartition et des dimensions optima de ces corps étrangers correspondant aux blocages les plus énergiques et par suite au maximum de dureté. Ludwik rattache à cette théorie l’explication du durcissement par cémentation ainsi que l’explication du durcissement par précipitation secondaire de certains aciers comme les aciers rapides.
- Dans le cas de la nitruration, les nitrures de chrome et d’aluminium seraient les éléments qui, se trouvant aux dimensions et à l’état de dispersion critique voulus, viendraient « bloquer les plans de glissement » et provoquer ainsi le durcissement considérable que l’expérience a permis de constater. Ces nitrures ne sont pas solubles dans la ferrite et c’est le nitrure de fer Fe4N, plus soluble, qui sert de véhicule à l’azote. La grande stabilité chimique de ces nitrures (les nitrures d’aluminium se décomposent seulement à 1100°) expliquerait la remarquable aptitude de l’acier nitruré à conserver sa dureté à température élevée.
- Quoi qu’il en soit de cette ingénieuse explication, elle ouvre une voie intéressante aux recherches théoriques sur la nitruration. Dans le domaine pratique, le champ des applications possibles est loin d’être encore épuisé : il ne semble pas exagéré de prévoir que ce procédé de durcissement, grâce aux avantages qui lui sont propres, verra se poursuivre le développement constaté régulièrement ces dernières années.
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- 524 LA NITRURATION DES ACIERS ET DES FONTES. — AOUT-SEPTEMBRE 1936.
- DISCUSSION
- M. Androuin. — A-t-ou fait des progrès dans la protection contre la nitruration pour les parues d’une pièce qu’on ne veut pas durcir? Il y a peu de temps encore, l’étamage de ces parties ne donnait pas toujours des résultats ti*ès sûrs; les réserves étaient alors partiellement nitrurées, et l’on ne pouvait plus les travailler à l’outil, ce qui a souvent fait renoncer à la nitruration.
- M. Iîabinet. — On y a réussi parfaitement, sinon la nitruration ne se serait pas développée aussi rapidement qu’elle l’a fait dans ces dernières années.
- Il est vrai que le cuivrage n’a donné aucun résultat; mais l’étamage par trempage donne de très bons résultats et parfaitement constants, même lorsqu’il reste à faire un usinage important, comme dans le cas des cylindres à ailettes.
- Si la forme de la pièce ne se prête pas au trempage, on emploie une peinture à base d’étain. S’il arrive que, par suite d’une mauvaise exécution de la protection, les parties réservées ont quelque peu durci, on peut essayer de les usiner avec des outils en carbure de tungstène.
- M. Androuin. — N’a-t-on pas essayé l’étamage par électrolyse?
- M. Babinet. — Si; il donne des résultats équivalents au trempage. C’est une question de prix ou de commodité qui fait choisir l’un ou l’autre de ces deux moyens de protection.
- M. Androuin. — Dans le cas de pièces de grande précision, le gonflement et les déformations ne sont pas négligeables ; peut-on recourir à la nitruration quand la rectification à la meule est pratiquement impossible?
- M. B ABINET. — Il y a d es cas où, évidemment, les déformations peuvent dépasser les tolérances. On peutalors faire une rectification en s’efforçant de ne pas enlever plus d’un dixième de millimètre. Souvent un simple rodage suffit.
- M. P. Nicolau. — La nitruration est l’un des moyens qui permettent de juxtaposer sur un même élément des propriétés mécaniques qu’en l’état actuel de nos connaissances (ainsi que le faisaient observer très justement M. D umanois et M. Perrin) il n’est pas possible de réaliser simultanément dans un même acier homogène. Il est intéressant de rechercher jusqu’à quel point on peut ainsi juxtaposer des propriétés tenues actuellement pour contradictoires. Peut-on, notamment, nitrurer un acier dans lequel se trouvent exacerbées dans la sous-couche les propriétés inverses de celles que procure la nitruration? Par exemple, nitrurer un acier à 13 p. 100 de manganèse?
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- LA NITRURATION DES ACIERS ET DES FONTES,
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- M. Babinet. — D’après certains essais de laboratoire, ce métal se prête assez bien an durcissement par nitruration, comme d’autres aciers austéni-tiques; toutefois, à ma connaissance, il n’existe pas d’application industrielle.
- M. F ieux. — A-t-on appliqué la nitruration à la fabrication des billes? Dans beaucoup de cas, notamment pour certains roulements d’appareils de bord, dont le graissage n’est pas toujours bien assuré, il y aurait intérêt, semble-t-il, à utiliser des billes nitrurées, qui devraient être relativement rebelles à la corrosion et résistantes à l’usure.
- M. Babinet. — La nitruration est peu indiquée, d’une façon générale, pour les pièces qui travaillent sous de fortes pressions superficielles ; en outre une très grande dureté a toujours comme contre-partie une certaine tendance à l’écaillage en cas de chocs. Pour ces deux raisons, la nitruration des billes doit être déconseillée. Certains essais ont été faits et, comme il était à prévoir, ils n’ont pas donné de résultats encourageants.
- M. P. Nicolau. — A-t-on mesuré le module d’élasticité de la couche nitrurée? Evidemment ce n’est pas facile.
- M. Babinet. — Pas à ma connaissance.
- M. P. Nicolau. — Cependant, on doit pouvoir le faire sur de très petites éprouvettes, par la méthode de M. Le Rolland.
- M. Babinet. — Il faudrait, semble-t-il, pour que la méthode de M. Le Rolland donne des résultats corrects, que l’éprouvettte soit nitrurée à cœur, de sorte qu’elle devrait être très mince; la méthode paraît donc difficile à appliquer, d’autant plus que, même nitrurée à cœur, l’éprouvette aurait tout de même une dureté décroissante entre les faces et la partie centrale.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR u’iNDUS. NATIONALE
- AOUT-SEPT. 1936 (p. 526).
- ÉTAT ACTUEL DES ALLIAGES LÉGERS ET ULTRA-LÉGERS.
- LES ALLIAGES DE GLUCINIUM^
- par M. Marcel Ballay, docteur ès sciences, chef de travaux de métallurgie à VÉcole nationale supérieure de l'Aéronautique.
- Considérations économiques. — Il existe une quinzaine de corps simples solides, de densité inférieure à 3. Si. de leur liste, on supprime les corps ayant une grande affinité pour l’air ou l’eau dès la température ordinaire, comme les métaux alcalins ou le phosphore, et à très bas point de fusion, il ne subsiste guère que les suivants, dans l’ordre des nombres atomiques :
- Nombre atomique. Éléments. Densité.
- 4 Glucinium 1,94
- 12 Magnésium 1,74
- 13 Aluminium 2,58
- 14 Silicium 2,19
- Encore le silicium est-il trop fragile pour être employé en construction à l’état pur ou dans des alliages où il serait prépondérant. Il ne reste donc que le glucinium, le magnésium et l’aluminium pour servir de base à des alliages très légers.
- Ces trois métaux ont un intérêt économique très différent. L’aluminium et le magnésium sont des produits industriels depuis plusieurs dizaines d’années déjà. L’aluminium occupe dans la métallurgie économique une place dont on ne se rend pas toujours compte, venant en cinquème ligne comme tonnage (fer excepté), bien avant l’étain. Si, comme nous l’avons fait dans le tableau suivant, on porte les consommations en volumes, on voit que l’aluminium serre de près le plomb.
- Consommation mondiale en 1935.
- En tonnes métriques. En métrés cubes.
- Cuivre.......................... 1 588 600 176 500
- Plomb............................. 1460 000 129 200
- Zinc............................ 1 340 000 188 000
- Aluminium......................... 269 000 104 200
- Étain.............................. 150 400 20 600
- A l’heure actuelle, l’importance économique du glucinium, bien que nettement croissante, est encore très restreinte. Pour fixer les idées, on peut comparer les chiffres de la consommation française pour 1935, en poids et en valeur. Dans le tableau qui suit nous avons pris comme unité la consommation de glucinium.
- (1) Conférence faite par l’auteur, le 23 mai 1936, en séance publique de la Société d’Encou-ragement.
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- LES ALLIAGES LÉGERS, ULTRA-LÉGERS ET AU GLUCINIUM.
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- Consommations relatives en France pour 1935 des trois métaux légers : Al, Mg et Gl.
- En tonnage. Valeur en francs.
- Glucinium..................... 1 1
- Magnésium.......................... 7 500 50
- Aluminium.......................... 170 000 800
- Le nombre d’alliages à haute teneur en aluminium ou en magnésium est très grand aujourd’hui; leurs propriétés et leurs applications ont été souvent décrites dans les détails et on trouvera aisément d’excellentes monographies sur les alliages légers et ultra-légers. Dans cette communication, nous voudrions seulement rappeler les caractères principaux des divers groupes d’alliages, montrer leur évolution et les tendances actuelles, tout en précisant leur importance économique relative, mais en laissant de côté les applications.
- Nous nous étendrons un peu sur les alliages de glucinium, beaucoup moins connus, quoique ce métal ne ligure pas à l’heure actuelle dans les alliages légers mais surtout dans des alliages lourds, riches en cuivre. Certains alliages de glucinium ont des propriétés très remarquables que seul le prix élevé du glucinium empêche d’utiliser jusqu’ici. D’autres alliages sont déjà industriels et il ne fait pas de doute que certains autres le seront demain. Il s’attache de plus un intérêt scientifique particulier à divers alliages de glucinium par la netteté et l’amplitude des phénomènes de durcissement structural auxquels ils sont sujets.
- I. — ALUMINIUM ET ALLIAGES LÉGERS.
- aluminium. — Sans entrer dans un exposé historique que ne permet pas le cadre de cette communication, il faut cependant rappeler le rôle de la France dans la métallurgie de l’aluminium, par ses gisements de bauxite et les savants français, Sainte-Glaire Deville, Minet, Héroult, dont les travaux ont permis la fabrication industrielle du métal.
- En 1855 l’aluminium valait 1250 fr le kilogramme. En 1885, alors qu’on utilisait encore le procédé de réduction par le sodium de Sainte-Glaire Deville, le prix était tombé à 78 fr et la production mondiale était de 13 t. Le procédé électrolytique d’Héroult, encore utilisé à l’heure actuelle, fut exploité en 1886. En 1900, la production mondiale était de 7 800 t et le prix n’était plus que 2,50 fr. Il varie actuellement entre 9,5 fr et 10 fr suivant la pureté, pour l’aluminium titrant de 98 à 99,7 p. 100.
- La consommation mondiale d’aluminium en 1935 a été de 269 000 t, la France entrant dans ce total pour 17 000 tavec une production de 22 000 t.
- L’aluminium existe dans le commerce sous les formes : 98-99 p. 100, utilisé surtout en fonderie; 99-99,5 p. 100, pour la plupart des emplois, et 99,5-99,7 p. 100, quelquefois même 99,8, pour le métal utilisé dans l’industrie électrique ou chimique.
- La méthode de fabrication consiste toujours à électrolyser un mélange fondu d’alumine et de cryolithe. Un métal plus pur encore peut être obtenu par raffinage électrolytique de l’aluminium commercial qui est engagé à l’anode dans un alliage alumiuium-cuivre. Le procédé a été rendu industriel, en 1922, par Hoopes. La Compagnie Alais, Froges et Camargue exploite en France un procédé un peu différent
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- de celui de Hoopes(4). Le raffinage électrolytique permet d’obtenir un métal titrant 99,99 p. 100 dont la conductibilité est égale à 65,2 p. 100 de celle du cuivre. Sur tôle recuite, cet alliage donne : R = 5 kg/mm2, A = 50 à 60 p. 100. Son prix est environ double de celui de l’aluminium commercial à 99,5 p. 100, soit 18 à 20frie kilogramme.
- L’aluminium extra-pur est aujourd’hui un produit industriel utilisé pour la fabrication de papiers d’emballage, de feuilles minces isolantes (alfol) et d’objets à protéger ou à isoler électrolytiquement par oxydation anodiquc; la pellicule d’alumine réalisée ainsi est particulièrement homogènedans le cas d’aluminium extra-pur.
- alliages légers. — Les alliages légers, c’est-à dire les alliages à haute teneur en aluminium, de densité inférieure à 3, peuvent être divisés en deux groupes principaux pour la clarté de notre exposé : 1° les alliages corroyés, c’est-à-dire ayant subi une déformation plastique après coulée, par forgea ge, filage à la presse ou laminage à chaud; 2° les alliages de fonderie utilisés à l’état coulé.
- Certains alliages corroyés ou moulés se prêtent à un traitement thermique durcissant, différent du recuit que l’on fait subir aux produits déformés à froid pour détruire ou atténuer l’écrouissage. Ce traitement, qui a reçu des noms divers : durcissement structural, vieillissement, etc., consiste en une trempe suivie d’un revenu à la température ambiante ou à des températures légèrement supérieures; le durcissement s’effectue au cours du revenu. L’alliage type est le duralumin, relativement mou après trempe, facilement déformable aussitôt après, mais qui durcit par séjour à la température ordinaire en 48-96 heures.
- Alliages corroyés. — Nous avons rassemblé dans le Tableau I les compositions et caractéristiques mécaniques des principaux alliages légers, de même que les noms commerciaux des types les plus connus.
- Tous ces alliages ne sont pas également utilisés. Voici quelques indications sur les raisons qui en guident le choix.
- a) Les alliages du type duralumin sont de beaucoup les plus employés. Découverts en 1903, par Wilm, et mis au point jusqu’en 191:1, la théorie de leur traitement thermique a été donnée par Merica. Le durcissement est en relation avec la précipitation de fines particules de Mg2Si et d’APCu; il semble cependant que le durcissement maximum précède le moment où des méthodes physiques permettent de mettre en évidence cette précipitation.
- Le duralumin et ses dérivés offrent, parmi les alliages légers, la plus grande valeur du rapport résistance/densité, soit environ 45/2,8 = 16. Pour une densité égale au tiers de celle de l’acier doux, il possède la plupart des caractéristiques mécaniques de ce dernier. Il faut cependant noter que la limite de fatigue et surtout la résilience sont plus faibles :
- Duralumin Acier doux trempé et vieilli. normalisé.
- Charge de rupture à la traction R. . (kg/mm2). 40 40
- Limite élastique à la traction E. . . (kg/mm2). 25 26
- Allongement de traction A . . . . (p. 100). 20 35
- Résilience Mesnager pM (kgm/cm2). <5 > 25
- Limite de fatigue f (kgm/mm2). 12,5 23
- (2) R. Gapeau, Étude sur la fabrication, les propriétés et les emplois de l’aluminium raffiné (Congrès international des Mines, de la Métallurgie et de la Géologie appliquée, Paris, 1935, Rapports officiels. Section de Métallurgie, p. 85).
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- 135e Année: — Août-Septembre 1936.
- T art,f,att I. — Composition et caractéristiques mécaniques des principaux alliages légers (état corroyé).
- LIMITE DE FATIGUE *
- NOM COMMERCIAL COMPOSITION ÉTAT R E A Pm
- (p. 10ü) (kg/mm2) (kg/mm2) p. 100 (kgm/cm2 ) f l
- (kgm/mm2) R
- Aluminium extra-pur Al = 99 Laminé, recuit 3 h à 350°. 5,5** 55 à 60
- Ecroui (laminé ou étiré), 16 14 5
- Aluminium 99-99,5. ........ Al = 99 à 99,5 Corroyé et recuit. 8 4 35
- Filé. 15,5 12 10 6-5 0,42
- En moy. Gu = 4 (3,5-4,5) Recuit. 20-25 10-15 16-22 2-5
- Duralumin — Mg = 0,5 (0,4-0,8) — Si = 0,4 (0,2-0,6) — Mn = 0,5(0,4-1,0) Alliages à plus haute teneur Trempé, vieilli. Trempé, écroui, vieilli. 38-44 39,5 45-52 25-30 27,5 35-45 16-24 13,5 3-10 2-5 2-5 12,4 0,31
- Duralumin à haute résistance . . Superduralumin, Avial, etc. . . . en Si que le duralumin,! i ou additionnés de Fe, Ni,( Trempé et vieilli. 50 à 54 35 à 38,5 10
- Cr, etc.
- Almélec Mg = 0,6-0,7 Si =0,5 • Trempé, écroui, revenu (fils). 36 26 6
- Almasilium Mg = 0,9 Si =1,3 Recuit 380°. Trempé 490°, vieilli. 11-12 18-19 6-7 11-12 28-30 27-26
- Trempé 530°, vieilli. 26-28 14-18 20-22
- Studal Mn = 1,25 Ecroui. 25 22 6
- Mg= 1,0 Recuit.- 18 12 18
- Alumag, Hydronalium, Duralinox. Mg = 6,5 Mg =9,0 Recuit. Recuit. 32-34 40 19-21 25-27 26-28 27-30
- — Filé, 40 21,8 30 11,5 0,29
- Védal Duralumin recouvert d’aluminium pur. Trempé, vieilli, 40 24 16
- (*) Les limites de fatigue, déterminées sur éprouvettes de flexion rotative, sont empruntées à Cazaud (Les essais de fatigue des métaux; communication présentée
- au VIIe Congrès international de Métallurgie, Paris, octobre 1935). Nous avons reporté dans le tableau les c aractéristiques de traction: obtenues réellement sur le
- métal même, essayé à la fatigue. (**) Gadeau, loc, cit.
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- LËS ALLIAGES LEGERS, ULTRA-LEGERS ET AU GLÜCINIUM,
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- 530 LES ALLIAGES LEGERS, ULTRA-LEGERS ET AU GLUCINIUM.—AOUT-SEPT. 1936.
- b) Les alliages du type Almélec sont utilisés comme conducteurs électriques. Convenablement traités, pour amener le constituant Mg2Si dans un état de dispersion favorable, et écrouis, ils offrent une bonne conductibilité jointe à une charge de rupture élevée. Le traitement mécanique et thermique qu’ils subissent convient surtout aux fils ;
- c) Les Almasiliums contiennent aussi le constituant Mg2Si. Si leurs caractéristiques n’atteignent pas celles des duralumins, ils sont, par contre, plus faciles à déformer à froid, même après traitement thermique complet;
- d) Les alliages au manganèse et au magnésium (Studal) ne subissent pas de traitement thermique. Ne contenant pas de cuivre, leur résistance à la corrosion est meilleure. Ils sont employés en décoration lorsqu’on peut se contenter d’une charge
- de rupture moyenne. On les remplace quelquefois par les Almasiliums ;
- c) Le Védal a été créé pour remplacer le duralumin lorsqu’on veut des résistances mécaniques voisines avec cependant une meilleure résistance à la corrosion. C’est un « plaqué», constitué de duralumin recouvert d’aluminium pur sur ses deux faces. Ses applications sont limitées à quelques constructions marines ou aéronautiques ;
- /') Les alliages aluminium-magnésium avaient été employés il y a longtemps sous le nom de magnalium. Depuis quelques années, ils ont fait l’objet de recherches intéressantes qui ont précisé leurs propriétés, facilité leur fabrication et conduit à la création des alliages contenant de 6 à 10 p. 100 de magnésium : Hydronalium, Alumag, Duralinox.
- La figure 1 représente le diagramme aluminium-magnésium. On voit qu’il existe, au voisinage de l’aluminium, une zone étendue de solution solide dont la limite n’est pas encore fixée avec certitude à la température ordinaire, mais que l’on sait être voisine de 6 p. 100 de magnésium. On peut admettre que, jusqu’à 7,5-8 p. 100 de magnésium, le traitement n’a d’autre influence sur ces alliages que l’effet banal d’adoucissement des produits écrouis. Cela n’est pas rigoureusement vrai, mais constitue une approximation suffisante pour les traitements courants. La trempe à l’air et la trempe à l’eau, par exemple d’un alliage à 7 p. 100 de magnésium, donnent des résultats identiques.
- Au delà de 8 p. 100 de magnésium, l’alliage refroidi lentement ou revenu après trempe, contient le constituant p en éléments plus ou moins divisés. Des revenus prolongés à 150° et 200° sur alliages trempés donnent des précipitations qui influent notablement sur les propriétés mécaniques. En fait, les alliages aluminium-magnésium courants se divisent en deux groupes contenant respectivement 6,5 et 8,5 à
- Dtugrammr binaire Al/Mg.
- f d’après Merica.
- Fig. 1. — Diagramme binaire aluminium-magnésium.
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- 9 p. 100 de magnésium. Ceux du premier groupe, moins chargés en magnésium, se travaillent mieux et paraissent en pratique les plus intéressants.
- Peu sensibles au traitement lhermique, les alliages aluminium-magnésium conviennent bien pour la soudure; leur résistance à la corrosion est bonne, surtout s’ils sont fabriqués avec des métaux suffisamment purs (Chaudron); à ces deux points de vue ils sont préférables aux duralumins. Leur résistance mécanique est cependant plus faible.
- La figure 2 donne schématiquement la résistance à la traction des deux principaux alliages légers résistants, duralumin et almasilium, à l’état adouci et à l’état traité. Nous y avons porté aussi l’aluminium pur et l’alliage à 7 p. 100 de magnésium pour lequel la résistance n’est pas influencée sensiblement par la vitesse de refroidissement.
- Alliages de fonderie. — Il existe pour la fonderie un nombre d’alliages plus grand encore que pour l’emploi à l’état laminé, filé ou forgé.
- Nous avons rassemblé dans le Tableau II les principaux types d’alliages pour moulages.
- Un alliage donnant à l’état coulé de bonnes caractéristiques mécaniques sur des éprouvettes moulées dans des conditions déterminées n’est pas nécessairement un bon alliage de fonderie. Il faut encore qu’il se prête bien à la fabrication de pièces compliquées, ce qui exige à la fois une bonne coulabilité et peu d’aptitude aux criques, aux porosités, etc.
- Les alliages à 8 et 12 p. 100de cuivre se coulent bien mais leur propriétés mécaniques sont médiocres. Malgré cela, l’alliage à 8 p. 100 de cuivre est encore celui dont on coule la plus grande quantité.
- Les alliages au silicium ont d’excellentes propriétés de fonderie. Les alliages voisins de l’eutectique, à 12-13 p. 100 de silicium, permettent d’obtenir sains les moulages les plus compliqués; mais, élaborés sans précautions spéciales, leurs propriétés mécaniques sont peu intéressantes, le silicium étant réparti en grains grossiers. Pacz eut l’idée d’affiner ces alliages en les fondant sous des flux de sels alcalins; dans ces conditions, il se forme à la solidification un eutectique très fin, résistant, et susceptible de déformation plastique avant rupture : c’est l’Alpax, que l’on peut obtenir également en ajoutant du sodium à l’alliage brut. Actuellement, d’ailleurs, on combine l’action des sels alcalins et celle du sodium.
- L’addition de titane à certains alliages, particulièrement à ceux contenant du cuivre, leur confère une cristallisation plus fine, ce qui est intéressant à divers points de vue: les propriétés mécaniques sont déjà meilleures à l’état brut de coulée
- Duralumin
- Fig. 2. — Résistances comparées, à la traction, du duralumin, de l’aluminium et de l’alliage à 7 p. 100 de magnésium, à l’état recuit et à l’état traité.
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- Tableau II. — Principaux alliages d’aluminium pour moulages.
- 532 LES ALLIAGES LEGERS, ULTRA-LEGERS ET AU GLUCINIUM.—AOÜT-SEPT. 1936.
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- mais surtout le traitement thermique est rendu plus facile. On conçoit aisément que la dissolution des particules d’AP Gu soit plus facile et exige un temps plus court si les particules sont fines. L’alliage AP 33 résulte de cette observation; on trouve également du titane dans les alliages de la série RR.
- On emploie aussi en fonderie des alliages aluminium-magnésium, analogues à ceux que nous avons mentionnés plus haut, pour leür bonne résistance à la corrosion par l’eau de mer. Le traitement thermique agit favora-blament sur les alliages contenant plus de 7 p. 100 de magnésium.
- Le nickel constitue une addition très utile aux alliages devant travailler à chaud, pourleS pistons de moteurs d’aviation, par exemple. Le meilleur alliage, pour sa dureté à chaud, est l’alliage Y, contenant 4 p. 100 de cuivre, 2 p. 100 de nickel et 1,5 p. 100 de magnésium (fig. 3 et 4). Sa coulabilité peut être améliorée en forçant le pourcentage de silicium. Le traitement thermique optimum comprend une trempe suivie d’un revenu vers 100° -150°.
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- LES ALLIAGES LÉGERS, ULTRA-LÉGERS ET AU GLUCINIUM.
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- L’alliage Y est souvent employé aujourd’hui pour les culasses et les pistons forgés
- Outre le nickel et le titane, les alliages RR contiennent du magnésium, du fer avec des teneurs en silicium allant de 1,25 à 2,20 p. 100 pour les alliages de fonderie.
- Pour les pistons de moteurs d’automobiles, des alliages plus simples sont utilisés, par exemple les alliages à 10 p. 100 de cuivre et 0,3 et 0,4 p. 100 de magnésium qui subissent, comme l’ont proposé Guillet et Galibourg pour les alliages au cuivre, un traitement thermique de trempe et de revenu, la trempe étant quelquefois supprimée pour les pièces coulées en coquille.
- Les traitements thermiques s’appliquent aujourd’hui à de nombreuses pièces moulées, notamment à des Alpax spéciaux contenant 0,3 p. 100 de magnésium et 0,5 p. 100 de manganèse; on élève ainsi les caractéristiques
- mécaniques sans modifier les intéressantes propriétés de fonderie de ces alliages.
- à la traction à chaud de différents alliages légers coulés.
- O A OQ.
- Température
- Fig. 4. — Dureté Brinell à chaud de quelques alliages d’aluminium coulés, d’après A. J. Lyon.
- corrosion. — Nous ne pouvons résumer ici les travaux considérables qui ont été faits sur la corrosion et la protection des alliages légers contre la corrosion. En France, notamment, de nombreux et importants travaux ont été publiés sous l’égide
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- 534 LES ALLIAGES LÉGERS, ULTRA-LÉGERS ET AU GLUCINIUM.—AOUT-SEPT. 1936.
- de la Commission de Corrosion des Produits métallurgiques intéressant l’Aéronautique que préside M. l’Ingénieur général Grard. Mentionnons seulement : le développement de la protection anodique et des méthodes de protection chimiques, les études sur les phénomènes d’auloprotection, sur les essais de corrosion et notamment la répercussion de la corrosion sur les propriétés mécaniques.
- il.
- LE MAGNESIUM ET LES ALLIAGES ULTRA-LEGERS.
- Tout comme l’aluminium, le magnésium est obtenu par électrolyse ignée; le constituant essentiel de l’électrolyte est le chlorure de magnésium anhydre. On
- 7 obtient ainsi un métal dont la pureté dépasse le plus souvent 99,5 p. 100.
- Le magnésium commercial peut être raffiné par sublimation dans le vide par la méthode mise au point par Chaudron et Hérenguel, qui permet d’atteindre une pureté de 99,995 p. 100. Toutefois, on ne pourrait comparer ce magnésium très pur, produit de laboratoire actuellement, à l’aluminium raffiné par électrolyse, qui a déjà des emplois industriels.
- La France a produit et consommé en 1935 de 700 à 800 tonnes de magnésium. Le prix de ce métal est actuellement d’environ 14 fr le kilogramme ; en 1929, il valait encore 40 fr. Comme produit industriel, le magnésium est un métal jeune, n’ayant été utilisé pratiquement que vers 1908.
- Le magnésium pur, de même que la plupart des alliages ultra-légers (d^2,0), est malléable à chaud et à froid, mais exige des précautions spéciales pour être déformé; les vitesses de déformation au laminage, au filage et au forgeage, sont bien plus faibles que pour les alliages d’aluminium en général. Ce caractère paraît en relation avec le type de réseau cristallin du magnésium (3).
- Voici les caractéristiques habituellement obtenues sur le magnésium pur courant:
- R (kgjmm-). E {kgjmrri1). A(p. 100).
- Brut de coulée........... 9 à 12 3 4 à 6
- Forgé ou filé............ 18 à 22 12 à 15 7 à 12
- Cazaud(i) donne comme limite de fatigue 7,1 kgm/mm2 pour un magnésium filé ayant comme caractéristiques de traction :
- R = 22,8 E = 15,8 A = 7,5.
- Fig.
- dans le magnésium à différents auteurs.
- — Solubilité de l’aluminium 'état solide, d’après
- (3) Schmidt (Zeit. für Metallkande, XXV, 1933, p. 229-236).
- (4) Cazaud, loc. cit.
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- LES ALLIAGES LÉGERS, ULTRA-LÉGERS ET AU GLUCINIUM. 535
- En pratique, on utilise surtout à l’état corroyé un alliage à 1,5 p. 100 de manganèse donnant, par exemple, sur tôles laminées : R = 24 et A =12.
- La résistance à la corrosion du magnésium el des alliages ultra-légers est très médiocre dans l’ensemble. Le manganèse et l’aluminium ont une action favorable sur la résistance à la corrosion. L’explication du rôle du manganèse est encore discutée. L’aluminium est en solution dans le magnésium (fîg. 5) et concourt à
- 1100°^
- , Liquide
- S00°-
- eut. F
- Fig. 6. — Diagramme d’équilibre des alliages magnésium-cuivre.
- augmenter l’effet protecteur du film produit par la corrosion. Le cuivre est très peu soluble dans le magnésium à l’état solide; les alliages magnésium-cuivre contiennent le composé CuMg2 (fîg. 6) qui a une action néfaste sur la tenue à la corrosion de l’alliage. Dans les alliages ternaires contenant de l’aluminium on trouve la combinaison Mg2 Al3 Cu2 dont l’effet est analogue(5) (fîg. 7).
- Ces considérations expliquent que les alliages ultra-légers utilisés en pratique
- (5) P, Bastien (Revue de Métallgrgie, 1933-30, p. 478-501 et 528-542).
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- contiennent seulement, ajouté au magnésium, de l’aluminium ou du zinc, ce dernier métal donnant aussi une solu tion solide étendue du côté du magnésium (fîg. 8). Les alliages contenant du cuivre sont considérés actuellement comme trop corro-dables pour être utilisés dans la plupart des cas, malgré certaines propriétés intéressantes et, notamment, leur conductibilité thermique élevée, en relation avec le peu de solubilité à l’état solide du cuivre dans le magnésium.
- Plus de 80 p. 100 du magnésium employé pur ou en alliages l’est sous forme de
- rp(MguAI3hMfAÏ3£tf (3 phases)
- fl (Mgk A!3) (Zphases)
- Fig. 7. — Angle du magnésium dans le diagramme ternaire Mg-AI-Cu, montrant le nombre
- de phases en présence (Bastien).
- pièces moulées. Les alliages de fonderie se divisent en deux classes dont les propriétés principales figurent dans le Tableau III.
- a) Alliages magnésium-aluminium, contenant le plus souvent de 4 à 6 p. 100 d’aluminium; on les appelle souvent Dow-métal. Ils sont actuellement beaucoup moins employés que les suivants ;
- b) Alliages magnésium-aluminium-zinc, l’aluminium y étant généralement inférieur à 10 p. 100 et le zinc compris entre 0,5 et 4 p. 100. Ce sont les Électrons. On a utilisé parfois des alliages ne contenant que du zinc outre le magnésium, mais ils sont peu employés actuellement.
- Dans le Tableau III nous avons porté également les caractéristiques des alliages filés, de même que les propriétés de quelques alliages contenant du cuivre.
- La fonderie des alliages ultra-légers est assez délicate, mais de grands progrès techniques ont été faits durant ces dernières années quant aux flux nécessaires pour
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- protéger et affiner les alliages pendant la fusion, aux sables utilisés et à la technique du moulage. Rappelons que l’on ajoute aux sables de moulage du soufre ou de l’acide borique pour éviter l’action de l’humidité et les défauts qui en résulteraient.
- Le traitement thermique n’a été jusqu’ici qu’assez peu appliqué aux alliages de magnésium ; certains cependant peuvent en subir les effets. La solubilité de l’aluminium dans le magnésium varie de façon importante avec la température; il en est de même pour les alliages magnésium-zinc au delà d’une certaine teneur en zinc : les alliages aluminium-magnésium et les Electrons peuvent donc subir un durcissement structural. Ce traitement, appliqué depuis plusieurs années en Allemagne et aux États-Unis, commence à être utilisé en France. Il ne semble pas toutefois qu’on ait obtenu des résultats aussi intéressants que sur les alliages légers.
- Divers procédés ont été proposés pour protéger le magnésinm et ses alliages contre la corrosion. Les plus intéressants consistent à créer à la surface du métal une fine pellicule protectrice produite par un agent oxydant,
- chromate ou dichromate. La pellicule formée peut aider à l’accrochage d’un vernis ou enduit gras protecteur. Mentionnons aussi les films produits par immersion dans des solutions contenant de l’acide sélénieux.
- Fig. 8.
- Solubilité du
- zinc dans le magnésium à l’étatsolide, d’après différents auteurs.
- Tableau III. — Composition et caractéristiques mécaniques des alliages ultra-légers.
- COMPOSITION P. 100 /
- ÉTAT R E A A
- Al Zn Cu (kg/mm1) (Jcg/mip») (p. 100} (Br[nell) (kgm/mm1)
- 3 Filé**. 25,5 17 16 11
- ( Coulé en sable. 15-17 4-5 45
- 4 à 6 * < Coulé en coquille. 16-18 5-8 55
- ( Filé. 27-29 15-18 50
- 9 Filé**. 29,2 20,8 12 12,4
- * t Coulé en sable. 17-20 4-6 45
- 4 3 ) Coulé en coquille. 20-23 6-10 55
- 3 * t Coulé en sable. 12-14 4 49
- 3 } Coulé en coquille. 23-25 15-16 50
- . 1 Coulé en sable. 12-14 2-3 60
- 3 } Filé. 25-26 8 60
- 6 6 Filé**. 25,4 19,5 9 12,5
- (*) P. Bastien (Technique moderne, 1935-27, p. 708).
- ) R. Cazaud (Revue de Métallurgie, 1936-33, Mémoires, p. 169).
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- Le magnésium et ses alliages sont utilisés surtout en construction aéronautique pour des bâtis de moteurs, pistons, corps de carburateurs, hélices d’avions, roues d’avions, trains et roues d’atterrissage. Les véhicules automobiles en font aussi un certain usage, mais beaucoup moins étendu, sous forme de roues de camions, de bâtis et de culasses de moteurs Diesel, par exemple.
- III. — LES ALLIAGES DE GLUCINIUM.
- Les minerais de glucinium sont assez abondants mais très dispersés; le glucinium est plus répandu dans la nature que le cuivre, le plomb et le zinc. Du béryl, silicate double de glucinium et d’aluminium, on doit extraire tout d’abord la glu-cine. Le glucinium ayant une grande affinité pour l’oxygène, la réduction de la glu-cine est laborieuse. Gela explique le prix élevé du glucinium qui fut d’abord produit par réduction du chlorure de glucinium par le potassium en 1828, suivant un procédé analogue à celui qui donna l’aluminium vers la même époque.
- La France a quelques gisements de béryl près de Limoges et près d’Autun. Madagascar possède des gisements importants; certains minerais contiennent jusqu’à 12 p. 100 de glucine.
- Le glucinium est produit aujourd’hui par électrolyse de l’oxyfluorure de glucinium — c’est le procédé allemand — ou par des méthodes spéciales de réduction (procédé d’Alais, Froges et Camargue) sur lesquelles rien de précis n’a été publié.
- Il existe actuellement trois producteurs de glucinium : l’Heraeus Vakuum Schmelze A.-G. (liliale de Siemens) en Allemagne; la Béryllium Corporation (licenciée de Siemens) aux Etats-Unis; la Compagnie Alais, Froges et Camargue en France.
- Le prix du glucinium est actuellement très élevé; en France, il est de l’ordre de 2 000 fr le kilogramme alors qu’en Allemagne il atteint 3 000 fr. Aux États-Unis, le prix du glucinium ne serait que de 1000 fr; mais on n’a pas de renseignements précis sur ce point.
- La consommation mondiale de glucinium en 1933 n’a probablement pas dépassé une tonne. Pour la France, elle a été d’environ 100 kg, la presque totalité allant dans les bronzes au glucinium ou cupro-gluciniums qui en contiennent environ 2,5 p. 100.
- La consommation est en progression très nette : la vente de glucinium en France, pendant le premier trimestre de 1936 aurait dépassé celle de l’année 1935 tout entière.
- Les propriétés du glucinium pur sont encore imparfaitement connues. Si on est fixé sur sa densité, 1,84, son point de fusion, 1 278°, et sur diverses autres propriétés physiques, on connaît mal ses propriétés mécaniques, c’est-à-dire les caractéristiques qui intéressent le plus le métallurgiste. On admet aujourd’hui que le glucinium ne peut être laminé, étiré ou forgé, à la température ordinaire, mais qu’il est déformable à chaud. Certains pensent que cette condamnation du glucinium, quant à sa malléabilité à froid, n’est pas définitive et que les résultats pourraient être tout à fait différents si nous avions à notre disposition du glucinium vraiment pur, sans oxyde interposé. Rappelons que le module d’élasticité du glucinium doit être voisin de 30 000, c’est-à-dire supérieur à celui des aciers et que cette caractéristique
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- LES ALLIAGES LÉGERS, ULTRA-LÉGERS ET AU GLUCINIUM.
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- serait d’un grand intérêt en construction (densité voisine du magnésium et module six fois plus élevé).
- Le magnésium et le glucinium ne sont miscibles en aucune proportion; par contre, le glucinium s’allie bien à l’aluminium; mais l’addition à l’aluminium de faibles quantités de glucinium ne présente pas d’intérêt pratique. Les résultats sont les mêmes lorsque le glucinium est ajouté en petites quantités aux alliages légers à haute résistance. Jusqu’ici seules les faibles additions que permet le prix élevé du glucinium ont été sérieusement étudiées et lorsqu’on dit que les alliages légers au glucinium ne présentent pas d’intérêt, on entend simplement que l’on n’a trouvé aucun alliage à haute teneur en glucinium ayant des propriétés remarquables. Pratiquement, les alliages riches en glucinium n’ont pas encore été explorés en raison de leur prix trop élevé.
- Avec beaucoup de métaux lourds communs, à haut point de fusion : fer, nickel, cobalt, cuivre, le glucinium jouit de cette
- curieuse propriété de donner lieu au phénomème de durcissement structural avec une intensité toute particulière et cette propriété se conserve dans les alliages que donnent entre eux les métaux
- Fig. 9. — Diagramme d’équilibre thermique des alliages cuivre-glucinium, d’après Masing et Pocher.
- lourds; le glucinium est un élément durcissant intense pour de nombreux produits métallurgiques.
- La plus grande partie du glucinium produit actuellement est utilisée à la fabrication des cupro-gluciniums ou bronzes au glucicium. L’alliage courant contient de 2,3 à 2,5 p. 100 de glucinium.
- La figure 9 reproduit la partie riche en cuivre du diagramme cuivre-glucinium. A 800°, le cuivre peut dissoudre environ 2,4 p. 100 de glucinium alors que la limite de solubilité à 30.0° doit
- être voisine de 0,7 p. 100. Après trempe à 800°, l’alliage est à l’état doux; il possède de grands allongements avec de basses charges de rupture, limites élastiques et duretés. Si on le réchauffe à 320° pendant 4 heures, la charge de rupture augmente considérablement, les allongements baissant cependant beaucoup. La
- Fig. 10. — Variation des propriétés d’un bronze à 2,3 p. 100 de glucinium trempé, en fonction de la température de revenu (Gadeau).
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- figure 10 reproduit, d’après Gadeau, l’influence du revenu à diverses températures sur les caractéristiques d’un cupro-glucinium à 2,32 p. 100 de glucinium. Cazaud a trouvé une limite de fatigue de 31 kgm/mm2 pour un bronze au glucinium trempé à l’huile à 800° et revenu à 300° dont les caractéristiques mécaniques étaient :
- R
- 127 A =
- E
- 315
- 113
- pM
- A = 3,5 7,2.
- Les bronzes au glucinium sont utilisés à l’état coulé, laminé, tréfilé et forgé. Comme principales applications, on peut mentionner des ressorts pour l’horlogerie et pour appareils enregistreurs, des outils ne faisant pas d’étincelles et des organes de construction mécanique, lorsqu’on veut des pièces aussi dures que des aciers trempés et revenus mais cependant moins corrodables.
- Les bronzes au glucinium ont sensiblement la résistance à la corrosion du cuivre pur ; d’autre part, la température de durcissement maximum est relativement basse, 300°-320°. Il peut être intéressant d’utiliser des alliages moins corrodables encore et ayant de meilleures propriétés
- Fig. 11. — Diagramme d’équilibre thermique des alliages nickel-glucinium, d’après Masing et Dahl.
- £» 310
- Fig. 12. — Variation de la dureté d’uq alliage nickel-glucinium à 1,7 p. 100 de glucinium en fonction de la durée de revenu à diverses températures.
- mécaniques à chaud. Les alliages nickel-glucinium, cuivre-nickel-glucinium, nickel-chrome-glucinium offrent à ces points de vue d’intéressantes possibilités qui n’ont été que très peu mises à profit jusqu’ici.
- Le diagramme nickel-glucinium est donné par la figure 11. A 1 000°, le nickel
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- LËS ALLtAGES LÉGERS, ULTRA-LEGERS Et AU GLÜCINIUM. 841
- dissout environ 2 p. 100 de glucinium et la solubilité est coiisidérablement moindre vers 500° En fait, les alliages à 2 p. 100 de glucinium, trempés vers 1 000°, durcissent considérablement par revenu vers 450°, la dureté Brinell passant de 140 pour l’état trempé à 420 pour un revenu de 15 heures à 450° (fîg. 12).
- On s’est demandé s’il n’était pas possible de trouver des alliages ayant des propriétés analogues à celles des bronzes aü glucinium mais en contenant une moindre proportion. Les cupro-nickels au glucinium donnent des résultats intéressants.
- Fig'. LL — Solubilité du glucinium dans les cuprb-iiickèls à la température du solidus,
- d’après Masing et Pocher.
- Masing et Pocher ont indiqué que la solubilité du glucinium à la température du solidus était beaucoup moindre pour les cupro-nickels que pour lés deux métaux purs, cuivre et nickel. La courbe de solubilité tracée d’après les auteurs allemands, a la forme donnée par la figure 13. Cette courbe n’indique évidemment pas l’intensité du durcissement possible, qui dépend en particulier de la variation de solubilité avec la température. Les alliages à 30 p. 100 de cuivre et 70 p. 100 de nickel durcissent de façon intense avec 1 p. 100 de glucinium seulement. Nous avons porté dans le Tableau IV quelques-uns des résultats que nous avons obtenus dans une étude d’ensemble des cupro-nickels au glucinium. On voit que le durcissement est beaucoup plus intense, à même teneur en glucinium, pour les alliages du groupe Ni = 70, Cu = 30, quë pour ceux de la série Ni = 30, Cu = 70.
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- Tableau IV. — Composition et caractéristiques mécaniques des cupro-nickels au glucinium.
- N° Cu Ni G! DURETÉ BRINELL 1 Brut de coulée. CHARGE DE 750 K Trempé à l’eau à 10°-25°. 1 g; bille de 5 mm) Trempé et revenu une heure à 500°.
- 932 29,17 70,2 0,83 74 143 317
- 933 28,67 69,3 1,04 222 159 357
- 934 • 28,17 69,4 1,54 260 193 396
- 933 67,37 30,8 1,05 171 148 279
- 936 6(5,26 30,5 2,36 166 167 266
- 941 6,73 89,8 2,48 320 213 473
- G6 ~ o,8 o
- — $o
- ÿm? t/ao° Soo° 6 oo°
- Temp^ds revenu uprès trempe è 10ZS1
- Fig. 14. — Propriétés mécaniques du cupro-nickel au glucinium pour différentes températures de revenu après trempe à l’eau à 1 023°.
- Voici quelques résultats d’essais mécaniques obtenus sur un cupro-nickel au glucinium (Cu = 29, Ni = 69,7, G1 = 0,81) laminé, après des revenus à diverses températures (fig. 14).
- R E A s A
- Trempé à l’eau à 1025° 44 23,8 16,6 38 130
- — , revenu à 425° pendant 1 heure . 89,5 61,1 16,6 19,3 270
- — , — 460° — 96,0 75,5 6,6 8,7 310
- — , — 500° — 94,0 75,8 5,8 8,7 315
- Avec une composition analogue, sur fil trempé, écroui et revenu, on peut Qbtenir :
- R = 146 E = 137 A = 12.
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- LES ALLIAGES LÉGERS, ULTRA-LEGERS ET AU GLUCINIUM. 543
- Il semble que les cupro-nickels au glucinium, dont la fabrication industrielle est actuellement à l’étude, doivent trouver des applications intéressantes.
- Kroll a étudié toute une série d’alliages à haute teneur en fer. Les aciers au glucinium ne contenant pas .d’autres éléments spéciaux peuvent durcir par revenu après trempe lorsque la teneur en glucinium atteint 2,5 p 100, mais les alliages sont fragiles et cristallisent en grains grossiers. En présence de nickel, ce dernier inconvénient est évité et il suffit de 1 p. 100 de glucinium pour obtenir un durcissement important. Un acier à 6,5 p. 100 de nickel et 1 p. 100 de glucinium (G < 0,10)
- donne :
- à l’état recuit à 900°...................................... A = 245
- après trempe à l’huile à 1 100°............................. A = 380
- vieilli à 450° après trempe.................................. A = 622
- En présence de chrome, on obtient des résultats du même ordre.
- Plus récemment, Dickenson et Hatfield (6), ont étudié l’influence du glucinium sur les aciers courants : au carbone, au nickel et au nickel-chrome. Ils ont conclu que, dans les limites de leurs essais, l’addition de glucinium à ces aciers ne présentait pas d’intérêt. Il nous semble que si cette opinion paraît justifiée pour les aciers étudiés par les deux auteurs anglais, il serait imprudent de l’étendre à tous les aciers tant que l’on n’aura pas étudié en détail les propriétés des aciers modifiés par durcissement structural. Il est possible, en effet, que ces propriétés diffèrent, pour une même dureté, de celles que l’on obtient par trempe martensitique suivie d’un revenu. Nous extrayons les chiffres qui suivent du travail de Dickenson et Hatfield; ils montrent clairement qu’un revenu à haute température, 600°, n’abaisse pas sensiblement la dureté d’un acier au nickel-chrome du type demi-dur, contenant 1 p. 100 de glucinium alors que le même revenu sur un acier courant fait tomber la dureté de 200 unités.
- A (Vickers).
- C = 0,33 C = 0,37 Ni = 3,71 Ni = 3,48 Cr = 0,80 Cr = 0,80 G1 = 0 GH = 0,90
- Trempé à l’huile à 850°............................. 486 557
- — — revenu à 300°.................. 468 598
- — — — 420°. 362 683
- — — — 460°.................. 356 732
- — — — 500°.................. 311 727
- — — — 550°.................. 312 613
- — — — 600°.................. 288 519
- Il y a là une différence importante dans le comportement des deux lypes d’acier.
- Divers auteurs allemands ont étudié l’action du glucinium sur les alliages nickel-chrome-fer du type Ni = 65, Cr = 15, Fe = 20. Ces alliages sont employés pour leur bonne résistance à de nombreuses actions corrosives et le glucinium leur apporte la possibilité de durcissement structural sans influer beaucoup sur la résistance à la corrosion.
- (6) Journal of the Iron and Steel Inslitute, 1933, 128, p. 165-192.
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- 5M LES ALLIAGES LÉGËRSj ULTRA-LEGERS ET AU GLÜCINIÜM.—AOÜT-SEPT. 1936.
- Il faut mentionner aussi les travaux de Laissus (7) sur la cémentation des aciers et des fontes par le glucinium; en particulier, la cémentation de produits carburés donne Une dureté superficielle énorme qui pourrait atteindre 1 500. Cette dureté semble due à une combinaison de fer, de carbone et de glucinium; en ajoutant de petites quantités de glucinium à des alliages Fe-C contenant de 3 à 4 p. 100 de carbone, nous avons constaté également l’existence d’une cémentite complexe très dure(8).
- On peut se demander quel sera l’avenir du glucinium. Les applications de cet intéressant métal dépendent évidemment de son prix et le prix est fonction de l’importance du marché. L’aluminium a valu 1 250 fr le kilogramme ; il coûte actuellement moins de 10 fr. En 1922, le kilogramme de glucinium valait un million de francs, en 1930 un peu plus de 5 000 fr; nous avons dit plus haut que son cours actuel en France était voisin de 2 000 fr et on estime que, pour une consommation annuelle de 100 t, il tomberait à 500 fr.
- Si l’on connaît à l’heure actuelle de nombreux alliages susceptibles de durcissement structural, on ne connaît pas de corps purs capables de produire ce phénomène avec la même intensité et dans d’aussi nombreux cas que le glucinium. Pendant très longtemps l’acier a été le seul alliage qu’un traitement thermique pût faire passer d’une dureté de 200 à l’état recuit à une dureté de plus de 600 après trempe. Le glucinium a permis d’obtenir des durcissements analogues sur le fer, le nickel, le cobalt et les alliages de ces métaux, permettant de combiner la dureté de l’acier trempé aux propriétés caractéristiques, résistance à la corrosion notamment, des métaux non ferreux. Au point de vue scientifique, l’intérêt du glucinium est indiscutable; du point de vue économique, sans attacher une importance excessive à l’histoire de l’aluminium que l’on pourrait être tenté de prendre comme exemple, ce que l’on sait déjà des propriétés des alliages de glucinium nous apparaît plein de promesses.
- (7) Laissus, Thèse de doctorat, Paris, 1935.
- (8) M. Ballay (Comptes rendus, 1935, 201, p. 1124).
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- BULL. DÉ LA SOC. d’eNCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. —AOUT-SEPT. 1936(p. 54S).
- LES TENDANCES ACTUELLES DES ACIERS SPÉCIAUX »
- par M. Jean Galibourg, Ingénieur des Arts et Manufactures, docteur ès sciences, maître de conférences à l’École centrale des Arts et Manufactures.
- avant-propos. — Les aciers spéciaux sont vieux comme le monde. De temps en temps, la terre recueille au passage de petites masses d’aciers au nickel disséminées dans l’espace, sous forme de fers météoriques.
- 11 fallut cependant attendre le xixe siècle pour que l’on songeât à incorporer au fer ou à l’acier, depuis longtemps élaborés par gros tonnages, des éléments autres que le carbone. C’est seulement à la fin du même siècle que les aciers spéciaux furent utilisés industriellement.
- Quels furent les initiateurs? Comme pour la plupart des inventions, l’origine se perd en ramifications multiples et, sans doute, pour la plupart méconnues. Quelques noms émergent cependant : celui de Faraday, qui, après avoir essayé d allier le fer à l’or, à l’argent, au rhodium, et après avoir fabriqué des aciers au nickel et au chrome, publia en 1821 une importante étude intitulée « Alliages d aciers » ; celui des Mushet père et fils, inventeurs, vers 1870, du premier acier auto-trempant, au tungstène; de Brustlein (1875) pour les aciers au chrome; de Marbeau, de Duma>, de Guillaume pour les aciers au nickel; d’Hadfîeld (1878-1882) pour les aciers à haute teneur en manganèse et les aciers au silicium; de Taylor (1900) pour les aciers au chrome-tungstène.
- Mais on ne vit clair dans cette question, apparemment fort complexe, des aciers spéciaux, que le jour où Léon Guillet publia les résultats de ses etudes systématiques sur la structure des aciers au nickel, au manganèse, au chrome, au silicium, au vanadium, au molybdène, au tungstène. L’examen micrographique montrait que les structures de ces aciers, de natures si diverses, pouvaient se ramener à un très petit nombre de types bien définis.
- Il convient de rappeler que ces travaux, devenus classiques, furent publiés dès 1903 dans 1 e Bulletin de la Société d?Encouragement pour VIndustrie nationale (‘1 2).
- Depuis lors, les aciers ont pris dans l’industrie un développement considérable. Après avoir rendu à la construction mécanique les services les plus étendus, augmenté, dans des proportions inespérées, la puissance produite ou absorbée par kilogramme de machine, et contribué pour une large part à la réalisation des engins les plus modernes, autos et avions, les aciers spéciaux s’implantent actuellement dans la construction métallique. Au récent Congrès international des Mines, de la Métallurgie et de la Géologie appliquée, sir Robert Hadfield a pu affirmer que, sur une production mondiale de quelque 80 millions de tonnes d acier, 6 a 8 millions de tonnes étaient représentés par des aciers spéciaux. Ces chiffrent disent mieux encore l’ampleur des services rendus par les aciers spéciaux, si l’on tient compte de ce que l’acier spécial remplace 3 à 5 fois son poids d’acier ordinaire.
- (1) Communication faite en séance publique par l’auteur le 23 mai 1936.
- (2) L. Guillet, Bulletin de la Société d'Encouragement pour l’Industrie nationale : Métallographie des aciers au nickel (n° de mai 1903, p. 658); — Nouvelles recherches sur les aciers au nickel (n° d’août 1903, p. 208); — Les aciers au manganèse (n° d’octobre 1903, p. 421).
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- Nous essaierons d’indiquer pour chacune de ces deux branches de l’industrie, construction métallique et construction mécanique, les principales tendances qui dominent l’effort incessant de création de nouveaux aciers spéciaux, en passant une revue rapide des caractéristiques essentielles des principaux aciers les plus récemment mis au point, et en montrant comment ils essaient de répondre aux préoccupations du moment.
- I. — ACIERS SPÉCIAUX PLUS PARTICULIÈREMENT DESTINÉS A LA CONSTRUCTION MÉTALLIQUE
- Récemment encore, les aciers ordinaires, après avoir supplanté le fer, étaient seuls utilisés dans la construction métallique. Les calculs de résistance des constructions et les devis étaient établis en tenant compte des caractéristiques faibles et du prix bas du métal. Ces deux facteurs principaux fixaient également la limite des possibilités d’exécution et la limite inférieure du poids des éléments de la construction.
- Mais, sous la poussée des exigences des constructeurs, ce régime est en voie de modification profonde. Une nouvelle orientation très nette se dessine, imposant l’emploi de matériaux de qualité supérieure. Le constructeur demande des matériaux plus légers et plus durables, donc, deux tendances bien caractérisées : 1° vers l’allégement; 2° vers l’augmentation de la durée par une meilleure résistance aux efforts mécaniques ou à la corrosion.
- Pour satisfaire ces deux tendances, plusieurs moyens sont mis en œuvre; on peut agir :
- en augmentant la résistance mécanique aux efforts statiques ou dynamiques simples, et aux efforts statiques ou dynamiques répétés;
- en réduisant le nombre et le poids des assemblages, par l’emploi d’aciers à haute résistance soudables, ou par l’emploi d’aciers moulés spéciaux, ce qui permet de réaliser des ensembles plus rigides que par rivets ou boulons;
- en remplaçant l’acier ordinaire par des aciers résistant à la corrosion.
- Augmentation de la résistance mécanique. — Les aciers de construction métallique avaient initialement une charge de rupture à la traction R de 40 à 48 kg/mm2 avec une limite élastique E de 25 à 30 kg/mm2. Comment augmenter la résistance de ce métal ?
- En construction mécanique, on dispose de deux moyens : 1° Modification de la composition chimique du métal, 2° Traitement thermique ou mécanique.
- Il convient de remarquer tout d’abord que si le traitement mécanique, dénommé écrouissage, est applicable ici, par laminage à froid, martelage ou étirage, l’accroissement de R et de E est obtenu au prix d’une réduction sensible des allongements et de la résilience. En outre, le changement de propriétés provoqué par l’écrouissage est souvent suivi de modifications en fonction du temps, qui peuvent encore réduire considérablement les allongements et la résilience.
- Le traitement thermique est théoriquement applicable. Il n’est véritablement efficace que sur des aciers de composition convenable, contenant soit du carbone en quantité suffisante, soit des éléments spéciaux. D’autre part, si le traitement thermique est réellement effectué, dans des ateliers spécialisés pour la trempe des pièces
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- LES TENDANCES ACTUELLES DES ACIERS SPECIAUX.
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- de grandes dimensions telles que les canons, les blindages, les tôles et profilés en alliages légers et, depuis quelques années, les tôles d’aciers inoxydables, cette opération demeure d’exécution difficile et coûteuse pour les profilés de grandes dimensions. Dans l’état actuel des choses, la trempe, le revenu et le redressage grèvent exagérément le prix de revient des aciers de construction.
- Enfin, la simple augmentation de la teneur en carbone relève, il est vrai, la charge de rupture et la limite élastique des aciers ordinaires recuits, normalisés ou bruts de forge. Toutefois, l’élévation de la limite élastique est moins rapide que celle de la charge de la rupture. Sur la figure 1(3) 4, on a porté en abscisses les charges de rupture à la traction et en ordonnées les limites élastiques et les allongements correspondants, pris sur un certain nombre de documents publiés ou déterminés par des essais spécialement exécutés à cette intention.
- Toutes les valeurs des limites élastiques se répartissent autour de la ligne E E' inclinée sur l’horizontale d’un angle inférieur à 45°. Les valeurs moyennes des limites élastiques croissent donc linéairement en fonction des charges de rupture, mais moins vite que celles-ci. Les allongements diminuent assez vite, suivant le tracé de la ligne moyenne A A'.
- D’autre part, la résilience prend des valeurs faibles quand la teneur en carbone augmente.
- Les points rapportés sur le diagramme de la figure 2 indiquent en ordonnées les résiliences Mesnager en fonction de la charge de rupture, portée en abscisses, d’après un assez grand nombre de documents (i). Pour chaque valeur de la charge de rupture, la résilience s’échelonne entre un minimum et un maximum (ligne M M') de plus en plus faibles au fur et à mesure que la charge de rupture augmente.
- On sait d’ailleurs que les aciers durs pour rails de chemin de fer, à 65 — 80 kg/mm2 de charge de rupture, ont des allongements de l’ordre de 8 à 12 p. 100, avec une résilience souvent inférieure à 1 kgm. Pour les bandages de chemin de fer à 70 — 90 kg/mm2 de charge de rupture, on a récemment réussi à fixer à 2 kgm seulement le minimum imposé pour la résilience.
- Afin d’augmenter sensiblement et sans danger la charge de rupture et, plus spécialement, la limite élastique des aciers de construction, il n’a pas été jusqu’à pré-
- (3) J. Galibourg, Mémoire présenté au Congrès international des Mines, de la Métallurgie et de la Géologie appliquée, Liège, juin 1930 (Revue de Métallurgie, XXXVIII, p. 30-39, et 85-92, 1931).
- (4) J. Galibourg, loc. cit.
- E(kg:mm£) A%
- 20 40 60 80 100
- R(kg:mnn^
- Fig. 1. — Variation de la limite élastique E et de rallongement A en fonction de la charge de rupture par traction R dans les aciers ordinaires.
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- sent trouvé de meilleur moyen qu’une modification importante de la composition chimique, par addition d’éléments spéciaux convenablement choisis. En général, ces éléments d’addition produisent deux effets :
- 1° Relèvement de la limite élastique du métal à l’état recuit ou similaire, par rapport à la limite élastique d’un acier ordinaire au carbone, de même dureté ou de même charge de rupture;
- 2° Réduction de la vitesse critique de trempe, c’est-à-dire augmentation de l’aptitude à la trempe : le refroidissement à l’air après chauffage au-dessus de A3 produit une trempe plus ou moins accentuée suivant la nature des éléments d’addition et
- leur teneur. La charge de rupture et la limite élastique apparente sont relevées de ce fait avec de faibles déformations de trempe puisque le refroidissement est peu rapide.
- Actuellement, une tendance se fait jour : les phénomènes de durcissement par précipitation à température modérée, appelé aussi durcissement structural ou trempe structurale, ont fait l’objet d’études récentes. On s’est aperçu à la fois de leur généralité et du parti qu’on pouvait en tirer pour augmenter la résistance des métaux, plus particulièrement des aciers, par un traitement thermique à température modérée, sans action sensible sur la déformation. Le façonnage et l’usinage sont effectués sur le métal ayant subi un traitement de mise en solution solide du constituant soluble à chaud. Le revenu durcissant est applicable en définitive sur la pièce terminée. Les aciers passibles du durcissement par précipitation constituent un appoint intéressant pour la métallurgie du proche avenir.
- Réduction du nombre et du poids des assemblages par l'emploi d'aciers à haute résistance soudables. — La soudure des aciers de construction métallique à haute résistance présente un intérêt tout particulier du fait que l’on a recours à eux, soit pour diminuer le poids, et par conséquent les épaisseurs à résistance égale, soit pour augmenter la charge supportée à poids égal.
- Si les. dispositions prises conduisent à un amincissement de tôles ou de laminés, la rivure ou les assemblages par boulons peuvent devenir délicats et provoquer des efforts locaux inégaux, imprévisibles, exagérés. La soudure y remédie.
- Si les charges et les sections ont été calculées de façon à admettre par unité de section un taux de fatigue élevé, les assemblages par boulons et rivets nécessitent encore une attention particulière et, de plus, dans les pièces comprimées, le flambage doit être prévenu. La rigidité des éléments prend alors une importance parti-
- Fig. 2. — Variation de la résilience p sur éprouvettes Mesnager en fonction de la charge de rupture par traction R dans les aciers ordinaires.
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- culière. La soudure permet de rendre plus rigides les points d’assemblage ou de fixer des raidisseurs, en des points quelconques, sans affaiblir les éléments principaux, par des trous de rivets ou de boulons.
- Dans la soudure des aciers à haute résistance deux écueils sont à éviter. En premier lieu, la soudure à l’arc ou au chalumeau s’opère par fusion du métal. De ce fait, le joint est constituée par une bande d’acier moulé, brut de coulée, avec, de part et d’autre de la soudure, une bande d’acier forgé qui a été portée à une température plus ou moins élevée et refroidie d’autant plus lentement que la zone chauffée par l’opération de soudure était plus importante.
- Dans la zone fondue, la diminution de résistance, résultant du passage d’un métal forgé à un métal fondu, peut être réduite par une surépaisseur de métal. En dehors de cette zone fondue, l’opération de soudure constitue elle-même un traitement thermique dont l’effet peut se traduire, suivant la nature de l’acier et les conditions réalisées, par un revenu, un recuit, une normalisation, une trempe à l’air ou une trempe énergique par diffusion de la chaleur dans le métal froid avoisinant. Si l’acier a préalablement subi un traitement thermique, il y a des chances pour qu’il se trouve profondément altéré par le chauffage autour de la soudure. D’autre part, un traitement thermique après soudure est généralement impossible parce que les ensembles soudés sont le plus souvent trop encombrants pour entrer dans ces fours et trop sujets à des déformations par chauffage.
- On est donc amené à n’envisager l’opération de soudure au chalumeau ou à l’arc que sur des aciers recuits ou normalisés.
- En second lieu, la composition de l’acier doit être choisie de façon à éviter l’apparition de criques dans le métal fondu. L’expérience a démontré que l’une des conditions essentielles, pour éviter ce défaut dans les aciers de construction étudiés jusqu’à présent, était une teneur en carbone faible, inférieure à 0,20 p. 100.
- Un problème particulier concernant la soudabilité s’est posé à propos des aciers inoxydables. La résistance mécanique de la liaison réalisée n’était pas directement en cause, mais la résistance à la corrosion du métal dans la région du joint nécessite une attention spéciale. Dans l’opération de soudure par points, la question a été résolue par un réglage très précis de l’intensité et de la durée de passage du courant. Dans la soudure au chalumeau, diverses solutions ont été adoptées. Nous y reviendront plus loin.
- Réduction du nombre et du poids des assemblages par l’emploi d’aciers à hante résistance moulés. — La pièce emboutie, plus légère que la pièce formée de tôles planes ou cintrées et de profilés assemblés, est aussi plus rigide. La pièce moulée peut être conçue plus rigide encore parce que le moulage permet de réaliser des éléments pourvus de nervures, de bossages, de parties rentrantes, qui nécessiteraient l’assemblage de plusieurs pièces embouties.
- Depuis dix ans, un grand progrès a été accompli. La pièce moulée a perdu son caractère obligatoire d’élément lourd. On a perfectionné les conditions de moulage et remplacé l’acier ordinaire par des aciers spéciaux.
- 11 est intéressant de noter que les aciers spéciaux, les plus intéressants pour pièces moulées, sont à l’heure actuelle des aciers assez (et parfois fortement) chargés en éléments autres que le carbone. Une place toute spéciale doit être réservée à
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- l’acier Hadfield à 13 p. 100 de manganèse, depuis longtemps et universellement réputé pour ses remarquables propriétés de résistance à l’usure.
- Pour les aciers moulés do construction, une particularité est à signaler. Quand on a recours aux aciers spéciaux, on a tout avantage à tirer le bénéfice maximum de ces additions, généralement coûteuses. C’est pourquoi, autant que possible, ces aciers sont utilisés après traitement thermique. C’est par trempe martensitique, suivie de revenu, qu’on obtient les qualités les plus recherchées pour les éléments de construction : limite élastique élevée avec allongement et résilience optima. Or la pièce moulée se prête mal au refroidissement rapide dans un liquide de trempe énergique. Les formes rentrantes et les différences d’épaisseurs s’opposent à un arrosage régulier, contrôlé, condition indispensable pour assurer une trempe uniforme en évitant les tapures ou les déformations excessives. C’est pourquoi, enjambant résolument les faibles teneurs en éléments d’addition, les aciers moulés spéciaux, ont tout de suite été des aciers à teneurs assez élevées en éléments additionnels (nickel, chrome et molybdène) pour acquérir la propriété de trempe à l’air. De ce fait, la majeure partie des difficultés du traitement ont été résolues. Les pièces sont généralement trempées à l’air et revenues en fonction des caractéristiques demandées qui peuvent varier entre :
- R = 90 à 170 kg/mm2 E = 75 à 140 —
- A= 6 à 16 p. 100 pUK = 3,5 à 9 kgm/cm2.
- L’emploi de tels aciers permet de réaliser, par rapport à l’acier moulé ordinaire, des gains de poids de 15 à 50 p. 100.
- Résistance à la corrosion. — Parmi tous les avantages à attendre de la résistance à la corrosion, les deux principaux concernent : l’abaissement des frais d’entretien et la diminution du poids mort, car on peut réduire et souvent supprimer les surépaisseurs prévues pour une plus longue durée.
- Les aciers inoxydables, à 13 p. 100 de chrome, en usage depuis une vingtaine d’années, et ceux dont le prototype contient 18 p. 100 de chrome et 8 p. 100 de nickel, ont apporté au problème de la corrosion des aciers une solution étonnante, inespérée. Si l’on veut bien envisager le problème de la corrosion comme une question ne comportant pas de réponse générale, mais admettant une série de solutions particulières, on peut dire qu’en de nombreux cas, la résistance à la corrosion des aciers de ce type est parfaite.
- En raison de leur forte teneur en éléments spéciaux, chrome et nickel principalement, l’emploi de ces aciers entraîne une dépense de premier établissement assez élevée. C’est pourquoi le problème a été abordé d’autre part sous une incidence tout à fait différente. Renonçant à la résistance absolue à la corrosion, on a pensé se contenter d’une résistance simplement améliorée par rapport à celle des aciers ordinaires, par des moyens peu onéreux ne comportant pas d’additions massives d’éléments spéciaux coûteux. Les solutions adoptées sont de deux sortes : emploi d’aciers de très grande pureté ou incorporation de faibles teneurs d’éléments tels que le cuivre.
- Les aciers de cette catégorie ont trouvé dans la construction métallique de nombreuses et importantes applications. Étant donnée la confusion, trop souvent commise, il est utile de bien spécifier que, dans les circonstances où leur emploi est
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- indiqué, ces aciers durent plus longtemps que des aciers ordinaires; mais ils se rouillent à l’air ou dans l’eau quand ils sont nus, tandis que les aciers réellement inoxydables du type Cr = 18 p. 100, Ni = 8 p. 100 peuvent garder indéfiniment leur aspect brillant, poli, d’origine. Les aciers purs, du type fer Armco, ouïes aciers au cuivre, parfois dénommés semi-inoxydables, sont utilisables dans les constructions métalliques en remplacement des aciers ordinaires pour charpentes, grands réservoirs ou wagons, dont la protection contre la rouille est complétée par les revêtements de peintures ou d’enduits.
- Par contre, les aciers inoxydables du type 18/8 sont utilisés au mieux, dans la construction des appareils pour l’industrie chimique ou l’alimentation, pour l’ornementation de l’habitation, les constructions légères, avions ou voitures de chemins de fer rapides, où le métal restant à nu, doit demeurer intact.
- PRINCIPAUX TYPES NOUVEAUX D’ACIERS DE CONSTRUCTION MÉTALLIQUE RÉPONDANT AUX PRÉOCCUPATIONS PRÉCÉDENTES.
- Cette revue serait très incomplète si nous ne rappelions l’existence de deux catégories d’aciers qui, pour des raisons différentes, l’un pour sa résistance à la corrosion, l’autre parce qu’il fut l’un des premiers aciers de construction métallique mis au point, se rattachent à la série des aciers spéciaux : le fer Armco et les aciers au silicium.
- fer armco. — Cet acier, par l’absence d’éléments étrangers, se rapproche du fer pur. Il renferme : C = 0,011 p. 100; — Mn = 0,017 p. 100; Si = traces; — S = 0,032 p. 100 ; — P = 0,05 p. 100.
- Il contient moius d’impuretés que le produit commercial appelé fer. Sa dureté, sa charge de rupture et sa limite élastique sont peu élevées. Il donne en moyenne : R = 30 kg/mm2 ; — E = 18 kg/mm2 ; — A = 30 p. 100 ; — A = 85 à 100.
- Il résiste sensiblement mieux que l’acier ordinaire aux intempéries et aux agents corrosifs légèrement acides.
- aciers au silicium. — Ces aciers, de nuance dure, ont pour composition la plus courante : C = 0,45 à 0,65 p. 100; — Mn = 0,40 à 0,80 p. 100; — Si = 1,5 à 2,5 p. 100.
- Ils donnent, à l’état recuit : R = 75 à 85 kg/mm2; — E = 47 à 53 kg/mm2; — A = 21 à 15 p. 100; — Résilience Mesnager : en long, 5 kgm/cm2; en travers, < 1 kgm/cm2.
- L’utilisation des aciers de ce type, ou d’aciers à teneurs en silicium plus faibles (1 p. 100 environ) ne s’est pas généralisée dans les constructions métalliques bien qu’ils possèdent une limite élastique assez élevée (5). Ceci paraît tenir à deux raisons : leur faible résilience dans le sens perpendiculaire au laminage et la présence de défauts de surface (6).
- aciers au cuivre. — Influence du cuivre sur la corrosion. — L’action du cuivre sur la résistance à la corrosion a fait l’objet de recherches particulièrement étendues
- (5) L’acier dit « au silicium » dont sont constituées certaines parties d’ouvrages d’art aux États-Unis est un acier à C = 0,35 p. 100; — Si = 0,30 p. 100; — Mn == 0,80 p. 100.
- (6) Ces mêmes aciers sont utilisés depuis longtemps, mais à l’état trempé et revenu, pour ressorts et pièces diverses de mécanique.
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- et d’importantes réalisations pratiques dont la tenne en service fut surveillée.
- Les recherches, effectuées en Angleterre, en Amérique et en Allemagne, en service ou au laboratoire, in vitro ou dans des conditions voisines des conditions d’emploi, ont été consignées dans de volumineux rapports, dont il est difficile de donner un abrégé étant donné l’énorme variété des conditions expérimentales. Ces résultats sont parfois contradictoires. Cependant, il semble y avoir concordance
- 1000
- sol. sol FerY — C
- sol. sol.
- Fer oc
- sol.sol. Ferctf-Cu + Cu
- Cu °/c
- Fig. 3. — Diagramme thermique des alliages fer-cuivre au voisinage du fer pur.
- sur un point : le cuivre, aux doses voisines de 0,4 p. 100, améliore la résistance à la corrosion par l’atmosphère et par les eaux acides. L’amélioration se traduit par une réduction de la vitesse d’attaque de 20 à 50 p. 100. Elle est peu sensible dans l’eau de mer, les eaux de ville et de mines.
- Influence du cuivre sur le durcissement par précipitation. — Le diagramme fer-cuivre (fig. 3), établi par Salimen et complété par Nehl, Bucholtz et Koster, comporte au voisinage du fer pur une solution solide Fe-Gu, dont la concentration maximum en cuivre varie de 0,4 p. 100, pour t = 400°, à 3,4 p. 100 pour t = 800°. De cette variation de la solubilité en fonction de la température, il résulte qu’un
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- LES TENDANCES ACTUELLES DES ACIERS SPÉCIAUX.
- acier ,contenait, par exemple, 1 p. 100 de cuivre est formé d’une solution solide homogène entre 680° et 850° et laisse précipiter du cuivre, au refroidissement, à partir de 680°, Trempé entre 680° et 850°, il reste au moins sursaturé de cuivre; mais la précipitation s’effectue suivant le processus habituel du « vieillissement », ou durcissement par précipitation, ou durcissement structural, quand on réchauffe au delà de .100" après trempe.
- Acier au cuivre seul.. —Pour l’acier au cuivre seul, généralement de nuance extradouce, la teneur optima en cuivre la plus répandue est de 0,4 à 0,5 p. 100. Il contient ; G = 0,09 à 0,15 p. 100; — Si = 0,06 à 0,012 p. 100; —Mn = 0,40 à 0,60 p. 100;— Cu = 0,40 à 0,50 p. 100; — S -f- P < 0,025 p. 100.
- Les caractéristiques mécaniques sont les suivantes : R = 40 à 46 kg/mm2 ; — J£ = 24 kg/mm2; — A = 22p. 100; — p Mesnager ^ 22 kgm/cm2.
- Aciers au chrome-cuivre. — Pour bénéficier de la résistance à la corrosion du cuivre, en, relevant la limi te élastique et la charge de rupture, les aciers'au chrome-cuivre ont été créés. Voici leur composition type : G =0,10à 0,30 p. 100; — Mn = 0.35 à 0,90 p. 100; — S <0,05 p. 100; — P < 0,05 p. 100; — Cr = 0,30à 0,60 p. 100; — Cu = 0,40 à 0,90 p. 100.
- Tableau I. — Caractéristiques mécaniques des aciers au chrome-cuivre sur produits laminés :
- CHARGE LIMITE ÉLASTIQUE ALLONGEMENT RÉSILIENCE p (kgm/cm2)
- rupture jkg/mm2) ^P-^00 ' tôles ^ ' profi
- (kg/mm2) - > Tôles Profilés Tôles Profilés UF Mesnager UF Mesnager
- 42-48 22-27 28 25 28 9-11 10-12 14-16 15-17
- 48-55 ' 27-31 32 20-24 25 7-9 8-10 12-14 13-15
- 55-65 31-36 36 18-21 22 5-7 . 6-8 10-12 11-13
- Tous ces; aciers sont facilement soudables à l’arc électrique ou au chalumeau. Les éprouvettes soudées cassent, par traction, hors soudure.
- j Les aciers au uhrome-cuivre contenant plus de 0,4 p. 100 de cuivre sont en voie de fournir la solution de problèmes particuliers tels que le traitement homogène des pièces de forte section sans recours à des aciers à forte pénétration de trempe, ou le traitement thermique dès tôles, avec de faibles déformations.
- Lu effet, nous avons dit plus haut que le cuivre, au delà de 0,4 p. 100, donnait lieu au phénomène de durcissement par précipitation. Il suffit d’un refroidissement à la vitesse de 100 degrés à l’heure dans l’intervalle de 680°-615° pour maintenir le cuivre en solution. Un refroidissement à l’air (normalisation) suffit dans la plupart des cas pour obtenir cette vitesse de refroidissement au centre des pièces jusqu’à 600 mm de diamètre. Un révenu de 4 heures à 500° produit la précipitation optimum modifiant les caractéristiques comme l’indique le Tableau II(7).
- (7) D’après les résultats préseulés par Faure au Congrès international des Mines, de la Métallurgie et de la Géologie appliquée, Paris, 1935.
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- Tableau II. — Caractéristiques mécaniques d'aciers au chrome-cuivre et au nickel-cuivre contenant plus de 0,4 p. 100 de cuivre.
- APRÈS NORMALISATION APRÈS REVENU 4 HEURES A 500°
- TENEUR P. 1 OU .______- . -----. _____-- —____________________
- ""cii "" Cr Ni R E A Puf R E A Puf
- (kg/mm 2) (kg/mm2) p. 100 (kgm/cm2) (kg/min- !) (kg/mm2) p . 100 (k gm/cm2;
- 0,17 0,7 0,35 — 51,4 32 29 15 58 41,5 22 11
- 0,20 0,9 0,45 — 56 37 26 14 65 48 20 8
- 0,28 1,0 0,52 — 66 46 22 13 76,5 58 17 6
- 0,24 0,94 0,4 56 37 29 14,5 66 50 25 8
- Acier au cuivre-molybdène. — Acier extra-doux au cuivre-molybdène, dont la principale caractéristique est la résistance à la corrosion; il est réalisé en deux nuances I et II :
- Teneurs en éléments.
- I G =0,04 p. 100 environ l P < 0,02 p. 100 . J S < 0,02 p. 100 j Mn = 0,07 à + 0,15 p. 100 ! Mo =0,07 à --h 0,12 p. 100 ! Cu = 0,45 p. 100 environ
- I G = 0,04 p. 100 environ P = 0,02 p. 100 S = 0,02 p. 100 Mn = 0,20 à 0,25 p. 100 Mo = 0,07 à 0,12 p. 100 \ Cu = 0,5 p. 100 environ
- aciers A haute limite élastique soudables. — Les aciers au chrome-cuivre examinés précédemment entrent dans cette catégorie ; mais des compositions assez différentes ont été mises au point et des progrès continuels sont acquis dans ce domaine où l’on recherche principalement la plus haute limite élastique compatible avec l’aptitude à la soudure et la meilleure résistance de la soudure. Ges aciers sont parfois désignés H L E S. Nous citons notamment :
- Caractéristiques mécaniques.
- R = 32-40 kg/mm2
- E = 20 —
- A = 30 à 35 p. 100
- i 15à20ksrm/cm2enlonff o Mesnager < 1A , . „ & .
- 1 (10 a 15 — —travers
- R — 36 à 42 kg/mm2
- E = 22 —
- A = 30 à 35 p. 100
- ,, \ 15à20k2,m/cm2enlarge
- P Mesnager < .A, B
- 1 n (lOalo — —travers
- Acier au manganèse-chrome-molybdène.
- Teneurs en éléments. G =0,16 à 0,20 p. 100 Si =0,15 à 0,25 p. 100 S < 0,03 p. 100 P < 0,03 p. 100 Mn = 1,3 à 1,6 p. 100 Mo = 0,20 à 0,30 p. 100 Gr =0,35 à 0,55 p. 100
- Caractéristiques mécaniques. R = 58 à 67 kg/mm2 E = 40 à 50 —
- A > 18 p. 100 p > 6 kgm/cm2 en travers
- Le traitement comporte une normalisation à 850° et un revenu entre 850° et 700°.
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- LES TENDANCES ACTUELLES DES ACIERS SPÉCIAUX.
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- Acier au manganèse-vanadium.
- G = 0,16 à 0,20 p. 100 Si =0,15 à 0,25 p. 100 S < 0,03 p. 100 P < 0,03 p. 100 M n = 1,3 à 1,6 p. 100 Va = 0,05 à 0,10 p. 100
- R = 58 à 67 kg/mm2 E = 40 à 50 —
- A > 18 p. 100 pÜK > 6 kgm/cm2 en travers
- On voit qu’il a les mêmes caractéristiques mécaniques que le précédent, mais elles sont obtenues sans revenu après normalisation à 850°.
- Acier au nickel-cuivre. — Divers types d’aciers au nickel-cuivre sont préconisés.
- G = 0,09 p. 100 Si = 0,09 —
- Gu = 0,72 —
- Ni = 3,07 —
- Brut de laminage. R 64,4 kg/mm2
- E 49,5 —
- A 20,7 p. 100
- p M îsnager 26,5 kgm/cm2
- Normalisé à 900°. 65 kg/mm2 48 —
- 23 p. 100 36 kgm/cm2 16,5 —
- On tendrait actuellement vers une composition voisine de 1 p. 100 de cuivre et 1 p. 100 de nickel, spécialement appropriée à la construction métallique et d’élaboration particulièrement facile pour l’aciérie.
- Aciers au nickel-chrome. — Ges aciers, qui bénéficient de la longue expérience acquise depuis des années concernant leur élaboration et leur mise en œuvre, restent parmi les plus fermes et fidèles soutiens de la construction. C’est à eux qu’on a recours pour s’assurer les meilleures conditions d’emploi.
- Comme acier soudable à 60 kg/mm2 de charge de rupture moyenne, les constructions navales s’orientent actuellement vers un acier :
- G <0,22 p. 100 Si <0,30 —
- S <0,03 —
- P < 0,04 —
- Mn < 0,70 —
- Ni > 1,80 —
- Cr = 0,60
- minimum
- R = 58*67 kg/mm2
- E >34 —
- A >22 p. 100
- puF > 6 kgm/cm2 en travers
- Une meilleure limite élastique est obtenue avec un acier au nickel-chrome-molybdène :
- G <0,20 p. 100 Si <0,30 —
- S <0,03 —
- P <0,04- — Mn = 0,70 —
- Ni =1,50 —
- Cr =0,60 —
- Mo = 0,20 —
- R = 58 à 67 kg/mm2 E >40 —
- A > 20 p. 100 p > 6 kgm/cm2 en travers
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- AOUT-SEPT. 1936.
- Des limites élastiques plus élevées encore sont obtenues, toujours sur aciers sou-dables avec :
- C <0,22 p. 100 Si <0,30 —
- S < 0,03 —
- P < 0,04 —
- Ni > 3 —
- Cr < 0,6 —
- Mo < 0,20 —
- R z= 68 à 77 kg/mm2 E >-47 —.
- A > 16 p. 100 P > 6 kgm/cm2 en travers
- Tous ces aciers à haute limite élastique sont caractérisés par un rapport — de 0,65
- ri
- E
- à 0,75, tandis que les aciers au carbone de même charge de rupture ont un rapport — de 0,55 à 0,60 (voir fig. 1).
- II. — ACIERS INOXYDABLES.
- Les aciers incorrodables, dits « inoxydables », sont un des exemples les plus marquants des progrès de la métallurgie au cours des vingt dernières années. L’emploi de ces aciers tend à se développer intensément, en raison des commodités et de la sécurité qu’ils apportent.
- Dans cette revue rapide des caractères principaux de l’évolution présente des aciers spéciaux, il serait impossible et inopportun d’examiner en détail ces aciers sur lesquels de volumineuses études ont été publiées sans épuiser le sujet, encore bien imparfaitement connu.
- Rappelons seulement que les aciers inoxydables utilisés à l’heure actuelle contiennent, comme éléments essentiels, du nickel et du chrome, seuls ou associés, et accessoirement, pour des fins diverses, du tungstène, du silicium, du titane, du colombium (ou niobium).
- Le chrome donne à l’acier la résistance aux éléments acides oxydants et le nickel, la résistance aux éléments acides réducteurs. Le molybdène, le tungstène et le silicium influent sur la résistance à la corrosion dans le sens indiqué par la résistance de ces éléments purs eux-mêmes aux agents corrodants : le molybdène améliore la résistance à l’acide chlorhydrique, le tungstène à l’acide chlorhydrique et à l’acide sulfurique, le silicium aux agents oxydanls.
- Les aciers inoxydables peuvent actuellement être classés en trois types d’importance très inégale.
- 1° Les aciers au nickel seul, les premiers en date mais d’un emploi limité :
- a) l’acier à 25 p. 100 de nickel, austénilique, totalement amagnétique, résistant à l’eau de mer;
- b) l’acier à 35 p. 100 de nickel, austénitique, résistant bien à l’acide sulfurique et à l’eau de mer et de très faible dilatabilité.
- 2° Les aciers au chrome seul, divisés eux-mêmes en trois catégories :
- a) l’acier inoxydable extra-doux au chrome, dénommé à l’étranger, fer inoxydable (stainless iron). Il contient 11,5 cà 14 p. 100 de chrome et une très faible teneur en
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- carbone (0,1 p. 100). On l’emploie pour des produits devant subir un important façonnage à froid et soumis à des actions corrosives modérées par l’acide nitrique, l’atmosphère, l’eau, la vapeur;
- b) l’acier inoxydable au chrome à 11-16 p. 100 de chrome et 0,35-0,65 p. 100 de carbone, utilisé après trempe martensitique et possédant, sous cet état ou après léger revenu, une dureté, une limite élastique et une charge de rupture élevées, qui le désignent pour les instruments tranchants et les pièces mécaniques soumises à des efforts importants ;
- c) l’acier inoxydable à haute teneur en chrome, appelé aussi acier ferritique au chrome ou ferrite au chrome (chrornium iron), dont la teneur en chrome (16 à
- Fig. 4. — Macrographie d’une portion de soudure électrique, par points, de deux tôles superposées en acier inoxydable.
- (L’échantillon est examiné après attaque macrographique suivant une coupe perpendiculaire aux surfaces des tôles jointes. La partie grise, en forme de fuseau, au centre et à droite, à cheval sur les deux tôles, est la portion fondue commune aux deux tôles et formant la jonction.)
- 28 p. 100) est assez élevée et la teneur en carbone assez faible pour que la transformation fer a fer y soit supprimée; métal résistant particulièrement bien aux flammes chargées de gaz sulfureux ou sulfhydrique.
- Tous ces aciers au chrome sont passibles d’un rapide grossissement du grain par recuit après écrouissage ou par chauffage prolongé à haute température, prohibant la soudure à l’arc ou au chalumeau. Les ferrites au chrome, dépourvues de transformation a y, ne sont pas régénérables par traitement thermique.
- 3° Les aciers austénitiques au chrome-nickel, dont le prototype est l’acier à 18 p. 100 de chrome et 8 p. 100 de nickel. Ce sont, de beaucoup, les plus importants en raison du tonnage produit et de la variété de leurs applications.
- Étant donné le prix élevé de l’alliage et sa résistance parfaite à la corrosion dans les conditions où son emploi est indiqué, on a tout intérêt à l’utiliser à l’état de tôles ou feuillards de faibles épaisseurs, ce qui conduit à réaliser les assemblages par soudure. Mais on sait que, dans la zone réchauffée au voisinage des soudures,
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- 558 les tendances actuelles des ACIERS SPÉCIAUX. — AOUT-SEPT. 1936.
- principalement dans la zone 650°-750°, la précipitation de carbures prédispose le métal à la fragilité et à la corrosion(8). On s’est donc ingénié à combattre cette précipitation, soit en réduisant dans toute la mesure la teneur en carbone (si possible au-dessous de 0,02 p. 100, ou tout au moins au-dessous de 0,07 p. 100), soit, et de façon plus pratique, par des additions d’éléments tels que le titane et le colombium, qui, plus avides de carbone que le chrome, forcent le carbone à précipiter sous une autre forme que le carbure de chrome, sans appauvrir en chrome la solution solide dans le voisinage, ou qui forment dans l’austénite une autre phase, ferritique, dans laquelle se rassemblent, sans danger pour la corrosion, les carbures précipités.
- La soudure par résistance électrique des aciers austénitiques du type Gr = 18 p. 100, Ni = 8 p. 100 a, d’autre part, pour des motifs analogues, nécessité une mise au point. On sait que, dans les soudures des tôles par résistance, la liaison s’opère par fusion d’une petite portion de métal de chacune des tôles, de part et d’autre de la surface de réparation. Un réglage très précis des intensités et durées de passage de courant a permis de localiser la zone fondue de façon que la précipitation de carbures, génératrice de corrosion, n’atteigne pas les faces externes des tôles exposées aux agents corrodants (fîg. 4).
- La construction métallique offre aux aciers spéciaux un vaste domaine d’applications encore inexploré; c’est de ce côté que les tendances actuelles de ces aciers ont le champ le plus libre. C’est pourquoi nous développons plus particulièrement ce chapitre.
- III. — LES ACIEISS SPÉCIAUX PLUS PARTICULIÈREMENT DESTINES A LA CONSTRUCTION MÉCANIQUE.
- La mise au point des divers types d’aciers spéciaux actuellement en usage dans la construction mécanique est le fruit d’une longue expérience en service et des efforts combinés des aciéries et des laboratoires au cours des 35 dernières années au moins. Cependant, bien des particularités de ces aciers restent imparfaitement connues. Des progrès peuvent être accomplis dans la connaissance de leurs propriétés et dans la façon de les utiliser. Il semble néanmoins que, pour la plupart des emplois tenus jusqu’à présent par eux, on soit parvenu à des résultats qu’il serait difficile de surpasser. On ne discerne pas nettement la direction d’où pourront surgir des progrès importants.
- Nous allons essayer toutefois de dégager quelques tendances, concernant beaucoup moins la nature même des aciers, leur composition que les conditions générales d’utilisation.
- réduction a un petit nombre des types d’aoieiis. — On peut concevoir une infinie variété de compositions d’aciers spéciaux, et l’on pourrait sans doute découvrir, pour chacune de ces compositions, des particularités n’appartenant qu’à elle seule. Mais une telle abondance de variétés est sans intérêt pratique. La tendance est très
- (8) 11 convient de noter, toutefois, que les températures provoquant la fragilité et celles qui provoquent la corrosion ne coïncident pas nécessairement.
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- LES TENDANCES ACTUELLES DES ACIERS SPÉCIAUX.
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- nettement à la simplification par classement en un peLit nombre de catégories d’aciers, pour lesquelles on peut établir des spécifications types.
- Pour que la construction mécanique trouve dans ces diverses classes d’aciers spéciaux, tout ce qui lui est nécessaire afin de réaliser les conceptions des bureaux d’études, il suffit que ceux-ci prévoient, pour chacune des caractéristiques mécaniques dont ils ont besoin, des marges assez grandes.
- En France, pour les aciers au nickel et au nickel-chrome, en usage depuis des années dans des emplois extrêmement divers et étendus, l’épreuve du temps s’est traduite par la consécration de catégories bien tranchées. Leurs caractéristiques chimiques et mécaniques principales sont condensées dans le Tableau III.
- Voici les principaux types d’aciers spéciaux de la construction mécanique en France :
- A. — acier au nickel. — Acier extra-doux à 2 p. 100 de nickel; — acier doux à 3 p. 100 de nickel; — acier doux à 5-6 p. 100 de nickel.
- B. — acier au nickel-molybdène. — Acier doux au nickel-molybdène.
- G. — acier au nickel-chrome (et molybdène) :
- . , . . . ( Ni = 3 p. 100; — Cr = 0,75 p. 100;
- aciers au nickel-chrome doux j Ni = 5 100; _ Cr = l,50 p. 100;
- aciers au nickel-chrome demi-durs : à base teneur au nickel; — nuance douce; — nuance normale; — nuance dure;
- acier au nickel-chrome auto-trempant.
- D. — acier au chrome-molybdène : acier au chrome-molybdène de cémentation; — acier au chrome-molybdène demi-dur; — acier au chrome-molybdène dur.
- E. — acier au chrome : acier dur au chrome pour roulement à billes.
- F. — aciers au silicium : acier dur à 2 p. 100 de silicium.
- Nous avons laissé, en dehors de cette classification, des aciers fort importants mais dont l’emploi est limité à des usages très spéciaux comme : les aciers austé-nitiques à haute teneur en manganèse ou à haute teneur en nickel et chrome; les aciers résistant à chaud ; les aciers inoxydables et les aciers nitrurés.
- aciers de « qualité ». — Il ne suffit pas d’ajouter des éléments spéciaux à un acier quelconque pour lui conférer des caractéristiques supérieures. Les caractéristiques mécaniques d’un acier spécial, tout comme celles d’un acier ordinaire, sont fonction à la fois de la composition chimique, du traitement thermique et du soin apporté à l’élaboration, fonction notamment des défauts physiques plus ou moins nombreux et nocifs. Il importe peu de relever les caractéristiques intrinsèques du métal par des additions d’éléments spéciaux si les soufflures, les inclusions, les retas-sures intercristallines, etc., sont assez abondantes pour détruire, au moins en partie, la cohésion du métal. On conçoit que plus les caractéristiques mécaniques recherchées sont élevées, plus il convient de soigner l’élaboration du métal.
- L’attention tend à se porter chaque jour davantage sur une série de conditions complémentaires, dont la réalisation devient nécessaire pour satisfaire les exigences de la fabrication de notre époque. En dehors des défauts physiques cités ci-dessus,
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- 560 LES TENDANCES ACTUELLES DES ACIERS SPECIAUX.
- AOUT-SE PT. 1936.
- Tableau III. — Principaux types
- NATURE DE L’ACIER
- COMPOSITION CHIMIQUE
- (Teneurs p. 100).
- a l’état recuit
- c Ni Cr Mo R (kg/mm2) E (kg/mm2) . ^ ! - > ' o O Pur (*) (kgm/cm2) A (Dureté Brincll.)
- Acier à 2 p. 100 de nickel. <0,15 1,8 à 2,5 <0,25 — 38 à 43 28 à 35 28 à 32 18 à 27 121 à 143
- Acier à 3 p. 100 de nickel. <0,15 2,75 à 3,5 <0,25 — 45 à 60 25 à 30 20 à 25 — 131 à 175
- Acier à 5-6 p. 100 de nickel <0,20 4 à 7 < 0,23 47 à 75 38 à 60 20 à 28 — 135 à 230
- Acier au nickel-molyb- \ dène / <0,20 <0,15 1,5 à 2 3,75 à 4,25 < 0,25 < 0,25 — moy. 50 moy. 80 moy. 45 moy. 64 moy. 19 moy. 15 — moy. 150 moy. 230
- Acier doux à 3 p. 160 de l nickel et 0,75 p. 100 de { chrome / ' <0,18 2,5 à 3,75 0,5 à 1,0 0 ou <0,15 50 à 60 35 à 45 22 à 26 14 à 17 143 à 170
- Acier doux à 5 p. 100 de nickel et 1,5 p. 100 de chrome <0,20 4 à 6 0,75 à.2 0 ou < 0,13 07 à 85 55 à 65 13 à 15 — 210 à 240
- Acier demi-dur au nickel-chrome à basse teneur en nickel 0,35 à 0,45 1,4 à 1,8 0,7 à 1,0 — 00 à 70 36 à 44 15 à 22 — 180 à 220
- i Acier demi-dur au nickel-chrome, nuance douce. ) j 0,20 à 0,28 2,5 à 3,0 0,3 à 0,8 0 ou <0,15 60 à 65 40 à 43 19 à 21 9 à il 175 à 190
- Acier demi-dur au nickel-chrome, nuance nor-
- male................ 0,23 à 0,35 2,3 à 3,5 0,6 à 1,3 0 ou <0,15 60 à 70 40 à 43 18 à 20 — 170 à 200
- Acier demi-dur au nickel-
- chrome, nuance dure . 0,33 à 0,6 2,3 à 3,5 0,6 à 1,3 0 ou < 0,13 63 à 75 42 à 48 18 à 20 — 180 à 200
- Acier aulo-trempant au
- nickel-chrome....... <0,40 <3,5 <1,20 0ou0,18à0,35 — — — 228
- (*) Éprouvette prélevée en long dans le métal forgé.
- on peut citer dans cet ordre d’idées : la réglementation de la grosseur du grain du métal, la résistance au vieillissement et à la fragilité de revenu. A la suite de nombreuses recherches, les métallurgistes sont parvenus à se rendre maîtres de ces facteurs complémentaires. La grosseur du grain, dont dépend la pénétration de trempe, est réglée par la teneur en aluminium, la résistance au vieillissement, par la façon de calmer le métal en cours d’élaboration, la fragilité de revenu par des additions de molybdène.
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- LES TENDANCES ACTUELLES DES ACIERS SPÉCIAUX.
- 5 (il
- d'aciers au nickel et au nickel-chrome.
- CARACTÉRISTIQUES mécaniques
- après trempe et reven;u dans les conditions d'emploi les plus courantes
- Température do revenu. R (kg/mms) E (kg/mm2) A (p. 100) Pvi O (kgm/cm*) A (Dureté Brincll)
- sans revenu 35 à 70 — 20 à 25 18 à 25 145 à 195
- sans revenu 80 à 130 70 à 115 8 à 14 6,5 à 11 moy. 95
- sans revenu 110 à 130 moy. 100 moy. 16 moy. 6 moy. 230
- sans revenu sans revenu moy. 103 moy. 125 moy. 74 moy. 110 moy. 12 moy. 8 — moy. 290 moy. 380
- sans revenu revenu à 500° — 630° 90 à 130 70 à 100 80 à 110 60 à 90 8 à 15 18 à 26 7 à 11 9 à 21 310 à 387 228 à 302
- sans revenu 110 à 140 100 à 120 8 à il 6 a 8 330 à 430
- revenu à 200° revenu à 650° — 675° 160 à 180 80 à 90 140 à 150 63 à 75 5 à 7 13 à 15 4 à 5 8 à 13 490 à 540 230 à 280
- revenu à 600° — 630° 85 — 95 75 à 85 13 à 20 8 à 14 190 à 230
- revenu à 650° 85 à 95 76 a 85 14 à 17 9 à 13 230 à 270
- revenu à 630° 95 à 103 80 à 93 12 à 16 17 à 10 270 à 320
- sans revenu 170 à 190 — 7 à 10 2 à 5 430 à 600
- EMPLOIS
- Pièces cémentées soumises à des chocs violents.
- Pièces cémentées soumises à des chocs violents et de résistance élevée sous couche cémentée.
- Pièces massives, cémentées ou non, soumises à des efforts statiques ou dynamiques très importants.
- Pièces de grande dureté sur couche cémentée et de résistance élevée sous couche cémentée.
- Pièces cémentées de résistance élevée sous couche cémentée, ou pièces non cémentées pouvant être utilisées après trempe sans revenu.
- Pièces de résistance élevée, soumises à des chocs violents.
- Pièces massives, cémentées ou non, soumises à des efforts statiques ou dynamiques très importants.
- Pièces frottantes.
- Toutes pièces mécaniques soumises à des efforts importants.
- A l’état recuit ou normalisé : profilé à I haute résistance.
- 5 A l’état trempé et revenu : pièces sou-V mises à des efforts dynamiques impor-) tants.
- Toutes pièces soumises à des efforts statiques et dynamiques importants.
- Pièces frottantes.
- Toutes pièces massives traitées à cœur, minimum de déformation de trempe.
- EXTENSION DES ACIERS SPÉCIAUX A LA GROSSE CONSTRUCTION MÉCANIQUE. — C’est depuis peu que les aciers spéciaux sont entrés en fonctions dans la grosse construction mécanique II semble que la principale raison de la lenteur de leur développement, dans ce domaine, provienne de ce fait que, dans les pièces massives, l’un des facteurs primordiaux est la pénétration de trempe. Comme il a été dit plus haut, il y a intérêt, lorsqu’on introduit, dans un acier, des éléments spéciaux coûteux, à en tirer le parti maximum. On améliore peu les caractéristiques par simple addition 135e Année. — Août-Septembre 1936. 37
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- AOUT-SEPT. 1936.
- d éléments spéciaux sans traitement thermique comprenant une trempe martensi-tique complète avec ou sans revenu. Afin de réaliser une vitesse critique de trempe assez réduite pour que le traitement efficace ne s’arrête pas à quelques millimètres de la surface des pièces massives, il faut des teneurs assez élevées en éléments spéciaux. Les aciers deviennent alors sensiblement plus coûteux que les aciers ordinaires et les constructeurs hésitent à engager des dépenses de cet ordre. Il y a là une difficulté, un pas à franchir. On conçoit que, pour des pièces généralement importantes, de fort tonnage, une telle décision, sans possibilité de solution intermédiaire, mérite réflexion et expériences préalables.
- Il a bi en fallu néanmoins résoudre des-problèmes immédiats d’allégement ou
- 0 10 20 30 :t(i -_'0 10 0
- Distances à la surface en mm.
- Acier dur au carbone 1( = 72 kg.
- Courbe de pénétration de Trempe.
- I .Trempe à l'eau 850° - 2. Trempe a l'eau 850" - revenu 550“.
- 3. Trempe â l'huile
- Fig. 5. — Détermination de la pénétration de trempe (Tua acier dur au carbone, suivant la nature du liquide de trempe.
- (Duretés Brinell mesurées sur la section droite d’un rondin de 75 mm de diamètre. La dureté diminue rapidement à partir de la surface.)
- Distances a la surface en mm.
- Acier auto-trempant au Ni-Cr.
- Courbe de pénétration de Trempe.
- 1. Trempe à l'air <S50° - 2. Trempe à l'air 850* - revenu 550*.
- Fig. 6. — Détermination de la pénétration de trempe d’un acier auto-trempant au nickel-chrome trempé à l’air et revenu.
- (La dureté csl constante dans toute l’épaisseur du rondin de 73 mm de diamètre.)
- d’augmentation de puissance massique, et les aciers spéciaux ont été mis à contribution sur le matériel roulant des chemins de fer, les appareils moteurs des centrales électriques et des navires, etc. La tendance est principalement à l’utilisation d’aciers représentant une résilience très élevée, comme les aciers doux au nickel, pour les pièces soumises à des chocs violents, ou à l’emploi d’aciers possédant une pénétration de trempe assez forte, comme les aciers spéciaux demi-durs et même auto-trem-pants (fig. 5 et 6).
- DÉLIMITATION DU CHAMP d’üTILISATION DE CHAQUE TYPE D’ACIER. — La réduction du nombre de types d’aciers a pour premier résultat de faire apparaître chacun d’eux avec des caractères mieux tranchés. De ce fait, il est plus facile de délimiter le champ d’application de chaque type, de façon à l’utiliser au mieux avec son caractère propre.
- Nous passerons rapidement en revue les principales catégories d’aciers spéciaux énumérés ci-dessus, en mettant uniquement en relief leur caractère distinctif essentiel.
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- LES TENDANCES ACTUELLES DES ACIERS SPÉCIAUX.
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- Aciers au nickel. — L’acier extra-doux à 2 p. 100 de nickel est caractérisé par ce fait qu’une pièce cémentée peut être régénérée à coup sûr, par trempe au-dessus du point de transformation le plus élevé de l’acier à faible teneur en carbone, constituant l’âme de la pièce. La pratique montre que la régénération est irréalisable avec un acier extra-doux ordinaire si la couche cémentée dépasse une épaisseur donnée, assez faible d’ailleurs (fîg. 7 et 8).
- L’acier doux à 3 p. 100 de nickel n’a pas besoin de trempe de régénération après
- Fig. 7. — Types de cassures de barreaux d’acier cémentés, trempés sans régénération (température de trempe trop basse.)
- 1, cassure par flexion statique : cassure partiellement à grains, partiellement à nerf.
- 2, cassure par flexion et par choc : entièrement à grains.
- Fig. 8. — Types de cassures de barreaux d’acier cémentés, trempés avec régénération (température de trempe assez élevée) :
- 3, cassure par flexion statique : entièrement à nerf.
- 4, cassure par flexion et par choc : entièrement à nerf.
- cémentation ; la trempe de dureté de la couche cémentée suffit pour assurer un grain fin au cœur de. la pièce.
- Les aciers doux à 5-6 p. 100 de nickel se recommandent pour les pièces nécessitant une résistance élevée du métal sous couche cémentée et une grande résistance au choc de l’ensemble de la pièce.
- Acier au nickel-molybdène. — Cet acier possède une très grande dureté superficielle sur couche cémentée et une résistance assez élevée sous couche. Il convient tout particulièrement pour les pièces soumises au frottement de roulement.
- Aciers au nickel-chrome. — Les aciers au nickel-chrome doux donnent, après cémentation et simple trempe de dureté à l’huile, des pièces résistant au frottement sous de grands efforts d’écrasement. Woodvine a montré par un diagramme schématique (fig. 9) l’importance des rôles relatifs de la résistance sous couche cémentée et de l’épaisseur de la couche.
- Par exemple, dans une pièce cémentée soumise à la flexion, l’effort dans chaque
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- fibre croît proportionnellement à la distance de cette fibre à l’axe neutre de la pièce (droite OA), tandis que la résistance du métal passe brusquement, sous la couche cémentée, d’une valeur très élevée à une valeur nettement inférieure (ligne brisée GQPB). Le point le plus faible de l’ensemble couche cémentée-âme de la pièce est situé immédiatement au-dessous de la couche cémentée. Si la ligne brisée GQPB reste entièrement à droite de la ligne OA, la pièce résiste à l’effort appliqué. Si, par contre, la droite GQ, figurant la résistance du métal du cœur de la pièce, était plus à gauche, la droite OA couperait la ligne GQPB : la résistance du métal au point Q serait inférieure à la charge appliquée; la rupture pourrait s’amorcer en ce point. On a observé un phénomène de ce genre sur les cassures de pièces cémentées,
- rompues par efforts répétés.
- Le schéma représenté sur la figure 9 met en relief l’intérêt des aciers présentant une résistance élevée sous couche cémentée.
- Le meilleur équilibre entre les caractéristiques mécaniques principales, limite élastique et résilience, est réalisé par les aciers au nickel-chrome demi-durs, dont il existe plusieurs nuances :
- a) Acier au nickel-chrome, demi-dur, à basse teneur en nickel, d’un prix inférieur aux suivants, dont il garde néanmoins les caractéristiques essentielles;
- b) Acier au nickel-chrome, de nuance douce, caractérisé par une résilience élevée, même après trempe, sans revenu;
- c) Acier au nickel-chrome, de nuance normale et de nuance dure, dont les caractéristiques mécaniques peuvent être amenées, par le réglage du revenu après trempe, à des valeurs satisfaisant les conditions les plus diverses exigées pour Ja grande majorité des pièces mécaniques non cémentées.
- L’acier au nickel-chrome auto-trempant, possède une vitesse critique de trempe assez faible pour qu’un refroidissement à l’air réalise la trempe martensitique jusqu’au centre des pièces les plus massives, d’où résultent une faible déformation et une grande pénétration de trempe (fig. 6).
- Aciers au chrome-molybdène. — Les aciers au chrome-molybdène de cémentation, demi-durs et durs, grâce à leur prix de revient avantageux, favorisent l’introduction des aciers spéciaux dans les industries où les aciers ordinaires ne parviennent plus à satisfaire les exigences des constructeurs. On les utilise parallèlement aux aciers nickel-chrome de mêmes nuances lorsqu’une résilience élevée n’est pas posée comme condition essentielle.
- couche t cemenlee
- * coeur
- 10 20 30
- Efforl ou Résistance
- Fig. 9. — Diagramme schématique de Woodvine montrant la relation entre l’effort maximum appliqué (droite OA) sur chaque fibre d’une pièce soumise à un effort de flexion, et la résistance du métal (ligne brisée GQPB) dans les mômes libres, en fonction de la distance à l’axe neutre.
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- Avec l’acier dur au chrome, on obtient, pa trempe dans le corps des pièces et en surface, les duretés les plus grandes et la meilleure résistance à l’écrasement.
- L’acier dur à 2 p. 100 de silicium, doué d’un « travers » accusé, est d’emploi courant pour les ressorts de natures diverses exigeant une limite élastique élevée.
- aciers résistant aux températures élevées. — Les applications mettant à l’épreuve la résistance à chaud des aciers sont de natures assez diverses et appellent des solutions multiples.
- Le tranchant des outils de coupe doit rester dur pour résister à l’usure et à l’écrasement, bien qu’il soit porté à des températures de 500° et 600°, températures auxquelles la plupart des aciers trempés s’adoucissent fortement par revenu. La solution consiste à utiliser des aciers austénitiques au chrome-tungstène, ou, plus récemment, au cobalt-chrome-tungstène; ces austénites, dures par elles-mêmes à chaud, sont à transformation martensitique retardée, de sorte qu’elles constituent une réserve de martensite plus dure quand l’élévation de température transforme par ailleurs en sorbite une partie de la martensite déjà formée(9).
- Les soupapes et sièges de clapets de moteurs à explosion sont portés en temps normal ou accidentellement à des températures de l’ordre de 700°. Le métal doit, dans ces conditions, résister à des chocs répétés et à des variations de température fréquentes. Deux tendances sont en présence : emploi d’acier à teneur assez élevée en silicium et en chrome (Cr = 10 à 15 p. 100 ; Si = 2 à 3 p. 100) pour que le point de transformation fer a«=±fer y ne soit pas traversé lors des chauffages et refroidissements successifs ; et, pour les cas plus difficiles, emploi d’aciers formés de solutions solides austénitiques réversibles, ferro-nickels durcis par des additions de chrome et de tungstène (Ni = 15 à 30 p. 100; Cr = 10 à 15 p. 100; Tu = 2 à 6 p. 100).
- Pour les pièces métalliques soumises à l’action des flammes et, dans l’industrie chimique, pour les appareils de synthèse ou de cracking, le problème de la résistance mécanique se complique de la résistance à la corrosion. Les aciers résistant aux agents corrodants ont la propriété de se recouvrir de résidus de la corrosion, principalement d’oxydes, peu perméables à ces mêmes agents; ces aciers contiennent du chrome, de l’aluminium, du silicium principalement.
- Enfin, pour les appareils modernes de production et d’utilisation de la vapeur travaillant à des températures de plus en plus élevées atteignant fréquemment des valeurs de l’ordre de 400° à 500°, la détermination des caractéristiques mécaniques, aux températures d’emploi, est un problème capital dont les constructeurs et les métallurgistes se préoccupaient depuis longtemps. Mais c’est depuis une quinzaine d’années seulement que le problème a été résolument abordé de divers côtés. L’étude delà résistance mécanique à chaud présentait de multiples difficultés qui sont actuellement surmontées : difficultés d’appareillage et difficultés d’interprétalion des résultats.
- Les difficultés d’appareillage résidaient principalement dans la précision des dispositifs de maintien et de mesure des températures. Le besoin créant l’organe,
- (9) Une autre solution est donnée par les alliages aux carbures de tungstène, de tantale, etc., agglomérés, insensibles à ces températures. Les mêmes alliages agglomérés trouvent des emplois pour les pièces de machines travaillant à chaud, comme les billes pour machines d’essais de dureté à température élevée.
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- en très peu de temps, la précision des régulateurs de température a atteint 2/10 de degré.
- On sait qu’une éprouvette, soumise à la température ordinaire à un effort de traction déterminé, subit un allongement qui se stabilise, apparemment du moins, à une valeur qui est fonction de l’état du métal et de l’effort appliqué. Si la môme opération est effectuée à chaud, l’allongement instantané, qui suit immédiatement l’application delà charge, est prolongé par un allongement progressif, continu, en fonction du temps. En première analyse, la vitesse d’écoulement ou de « finage » est une fonction exponentielle soit de la température, soit de la charge.
- Récemment, un Comité français, groupant autour du Centre d’Etudes du Bureau Véritas, des représentants des aciéries, des transformateurs et des utilisateurs, a établi une spécification pour l’exécution et l’interprétation des essais de traction à chaud. Cette spécification a un caractère provisoire afin de pouvoir être modifiée ultérieurement en fonction des progrès de la technique; mais, dès à présent, elle crée une unité de vues et de méthodes entre tous ceux qui ont à se préoccuper de la résistance des métaux à chaud.
- La charge prise comme paramètre, pour exprimer la façon dont se comporte le métal à la température considérée, est la charge qui donne une vitesse d’écoulement moyenne de 5 X KL6 p. 100 (ou 5 X 10~4) par heure entre la 25e et la 35e heure après le début de l’application de la charge.
- Au cours des dix dernières années, avant l’établissement de cette spécification, toute récente, on a procédé à un grand nombre de déterminations de courbes d’écoulement à chaud sur des aciers existant déjà ou sur des aciers étudiés spécialement en tenant compte des premières constatations. Dès le début des essais à chaud, le molybdène s’est révélé comme un élément particulièrement efficace. Dans l’état actuel des choses, les trois aciers spéciaux les plus fréquemment en usage sont, par ordre croissant de résistance : l’acier au chrome-molybdène à basse teneur, (Cr = 0,5 p. 100; — Mo = 0,5 p. 100); — l’acier au chrome-molybdène à 5 p. 100 de chrome (Cr = 5 p. 100; —Mo = 0,5 p. 100), qui possède, en plus de la résistance mécanique du précédent, une bonne résistance à l’oxydation; — et l’acier au nickel-chrome-molybdène (Ni = 3 p. 100; —Cr = 0,75 p. 100; —Mo = 0,3 p. 100).
- L’une des difficultés que soulève la résistance à chaud des aciers est la variation, avec le temps, de l’état physique du métal en service, sous l’action simultanée de l’effort appliqué et du chauffage prolongé. On tend aujourd’hui à rechercher des métaux susceptibles de durcissement par précipitation, ou durcissement structural, lors d’un chauffage prolongé aux températures d’emploi, 400° à 600°, suivant le processus décrit ici à propos des aciers au cuivre. Pour les températures supérieures à 600°, les ferro-nickels complexes, au chrome, à l’aluminium, au molybdène, au titane, donnant lieu à ce phénomène de vieillissement, sont appelés à un développement certain.
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- CONCLUSIONS.
- Les aciers spéciaux, suivant une loi inéluctable, pénètrent progressivement dans toutes les branches de la construction et prennent une part active à leurs progrès, qu’ils suivent, favorisent et souvent provoquent. Dans l’obligation de satisfaire des exigences d’autant plus variées et pressantes qu’ils ont déjà rendu des services étendus, les aciers spéciaux sont soumis à de multiples influences, auxquelles il faut ajouter la somme considérable d’efforts journellement consacrée par les aciéries, les laboratoires métallurgiques, les ateliers, à la recherche de formules et de conditions d’emploi mieux adaptées aux besoins du moment et à ceux de demain.
- Pour résumer, cependant, en quelques mots les principales tendances du moment, on peut dire qu’elles concernent plus spécialement l’allégement, la durée et cet élément inappréciable dont la recherche obstinée constitue peut-être le meilleur moyen, à la disposition de l’industrie, pou vaincre les difficultés actuelles, la qualité.
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ CONSEIL D’ADMINISTRATION SÉANCE PUBLIQUE DU 16 MAI 1936 Présidence de M. Dumanois, vice-président.
- La séance est ouverte à 16 h. 30 m.
- M. P. Dumanois, vice-président. — M. Lacoin, notre président, retenu loin de Paris aujourd’hui, s’excuse de ne pouvoir présider cette réunion, et m’a demandé de le remplacer.
- Je ne ferai pas de discours. Vous attendez impatiemment le moment d’entendre M. Henry Le Chatelier, dont le nom en France, comme à l’étranger, évoque toutes les méthodes de la métallurgie moderne, dont il fut le grand initiateur.
- M. H. Le Chatelier a bien voulu nous faire l’honneur de préfacer le cycle des quatre conférences sur les récents progrès de la métallurgie que, fidèle à ses traditions, la Société d’Encouragement donne aujourd’hui. La parole est à M. H. Le Chatelier, qui prononce les paroles suivantes.
- INTRODUCTION,
- par M. Henry Le Chatelier, membre de l'Institut et du Conseil de la Société d'Encouragement.
- Je m’excuse, en prenant la parole au début de cette réunion, de retarder le moment où vous aurez le plaisir d’entendre les communications de MM. Perrin et Babinet. Elles seront plus intéressantes que les souvenirs lointains d’un ancien membre dn Conseil de la Société d’Encouragement. Je me suis incliné devant le désir de notre président M. Lacoin, qui m’a demandé de rappeler à nos jeunes auditeurs la part prise, il y a quarante ans, par notre société dans l’institution des premières recherches systématiques de science métallurgique, et de vous expliquer qu’en organisant les conférences actuelles nous n’avons fait que renouer une vieille tradition.
- Le développement inouï de l’industrie au xixe siècle, et en particulier celui do la métallurgie, a été la conséquence directe du progrès des sciences expérimentales, mais cette influence s’est exercée par deux voies différentes. Les industriels ont d’abord utilisé dans leurs usines certains outils de travail, certaines méthodes de mesures et d’essais créés par les savants de métier; puis, ultérieurement, ils se sont mis eux-mêmes à faire de la science industrielle, c’est-à-dire à appliquer aux problèmes de l’atelier les méthodes de recherches inaugurées par les savants dans leurs
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- laboratoires. Un long intervalle de temps, plus d’un demi-siècle, s’est d’ailleurs écoulé entre ces deux modes d’intervention de la science dans l’industrie.
- Pour la métallurgie, le premier progrès réalisé a été l’institution de méthodes d’essais mécaniques des métaux, qui permettent d’en apprécier avec précision la qualité. Le développement de ces méthodes a été progressif; il est résulté des travaux de Buffon, de Réaumur, de Coulomb, de Kirkaldy et d’autres chercheurs. Un second progrès, plus important encore mais plus tardif, a été la conséquence de la découverte de méthodes permettant d’évaluer les deux facteurs principaux dont dépendent les qualités mécaniques : composition chimique et structure.
- L’analyse chimique s’est brusquement développée après les travaux de Lavoisier, en 1780. Elle découle immédiatement des deux lois de conservation de la masse et des éléments. Un siècle plus tard, la structure physique des métaux a pu être précisée par les méthodes de la métallographie microscopique, dues au savant anglais Sorby, en 1860, et mises au point 30 ans plus tard par notre compatriote Osmond. Enfin la régularisation des procédés de fabrication devint possible par la découverte des procédés de mesure des températures élevées. Imaginés vers 1830 par Antoine Becquerel, ils ne furent effectivement réalisés que 50 ans plus tard.
- Ces méthodes de mesures dues aux savants furent d’abord utilisées dans les usines pour régulariser les procédés de fabrication découverts au cours des siècles passés, à la suite de longs tâtonnements empiriques. Gela permit d’augmenter les rendements et de diminuer les prix de revient, mais sans créer de nouveaux produits, ni de nouvelles méthodes de travail.
- La science industrielle, au contraire, a pour objet l’étude, faite au laboratoire avec les méthodes de mesure les plus précises, des opérations ou produits de l’industrie, dans le but de les perfectionner et d’en découvrir de nouveaux. Quelques chercheurs isolés se lancèrent les premiers dans cette voie. On peut d’abord citer Sainte-Glaire Deville, qui étudia la métallurgie des métaux de la famille du platine et créa vers 1860 celle de l’aluminium. Peu après, un de ses disciples, le colonel Caron, étudiait la désulfuration des aciers par le manganèse et la cémentation du fer. En 1870, un riche métallurgiste anglais, sir Lotliian Bell, monta un haut fourneau expérimental pour y étudier la réduction des minerais de fer et découvrit à cette occasion la dissociation de l’oxyde de carbone en charbon solide et acide carbonique. Peu après, sir Robert Hadfield commença ses études systématiques sur l’effet de l’addition au fer de différents autres métaux. Il découvrit ainsi l’acier au manganèse, remarquable par sa résistance à l’usure, et l’acier au silicium, employé aujourd’hui pour les tôles de dynamos, en raison de sa faible hystérésis magnétique. Mais toutes ces études étaient restées sporadiques, partant peu nombreuses et sans liaison entre elles.
- Enfin, en 1880, MM. Osmond et Werth commencèrent leurs célèbres recherches sur la constitution des aciers. Ils précisèrent l’existence et la nature de leurs transformations; ils signalèrent leur structure cellulaire et les modifications de cette structure sous l’influence des traitements thermiques. C’est à cette époque que la Société d’Encouragement commença à s’intéresser aux recherches de science métallurgique. Elle publia dans son Bulletin les travaux d’Osmond et demanda à sir Robert Austen, directeur de la Monnaie royale de Londres, de venir lui faire une conférence sur les recherches poursuivies parallèlement en Angleterre sur le
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- même sujet. Elle décerna en 1893 à ces deux savants l’un de ses grands prix.
- Elle décida alors, pour donner une impulsion systématique à ces recherches de science industrielle, d’organiser une équipe de travailleurs, auxquels elle demanda de concentrer tous leurs efforts vers la connaissance des propriétés des alliages métalliques. Elle mit à leur disposition des ressources importantes, soit prélevées sur ses revenus personnels, soit sollicitées auprès des grands groupements industriels, particulièrement les six compagnies de chemins de fer français, les Forges et Aciéries de la Marine, la Compagnie de Cliâtillon-Commentry, la Société des Métaux et des industriels belges : Solvay et la Société asturienne. Les principaux collaborateurs de cette œuvre furent M. Charpy, dont les études sur les laitons, sur les métaux antifriction et sur les propriétés des alliages à chaud sont restées classiques; — M. Henri Gautier, qui détermina les courbes de fusibilité d’un grand nombre d’alliages — enün, Mme Pierre Curie, qui fit une étude systématique des propriétés magnétiques des aciers, qui amenèrent des progrès importants dans la fabrication des aimants.
- Les recherches ainsi faites furent réunies dans un volume intitulé Les alliages métalliques, qui eut un grand succès et fut consulté ensuite par tous les chercheurs engagés dans la même voie. Il est depuis longtemps épuisé. Une fois cette question des alliages un peu débrouillée, la Société d’Encouragement s’attacha à un autre problème, alors à l’ordre du jour, celui de « la fragilité des aciers » et elle publia encore un important volume sur ce sujet.
- Ensuite, depuis 1900, les recherches de cette nature devinrent tellement nombreuses que la Société d’Encouragement dut renoncer à les suivre et à les subventionner. De tous côtés se créèrent en France de nouveaux centres de recherches. Le premier et le plus important se constitua autour de M. Léon Guillet, aujourd’hui directeur de l’Ecole centrale. Ses principaux collaborateurs furent MM. Portevin, Durand, Galibourg, Bastien, Ballay, etc. Puis M. Chevenard introduisit dans ces études l’emploi systématique des appareils enregistreurs. Enfin, les grandes aciéries suivirent le mouvement et installèrent des laboratoires de recherches, particulièrement Le Creusot, Châtillon-Commentry, Fourchambault-Decazeville, Ugine. Ce sont des travaux faits dans cette dernière usine sous sa direction, que M. Perrin va vous entretenir ce soir. Il vous montrera combien ces études scientifiques conduisent à des résultats industriels importants.
- Vous verrez en même temps comment prennent naissance les inventions industrielles. On se figure souvent qu’elles résultent de la découverte de nouveaux phénomènes; il n’en est rien. Les phénomènes naturels sont au total peu nombreux et nous en connaissons le plus grand nombre. Mais les combinaisons de ces phénomènes deux à deux, trois à trois, etc., sont innombrables; elles sont le point de départ du plus grand nombre des inventions.
- Dans le cas de l’affinage des aciers, les facteurs en jeu sont au nombre de quatre : la température nécessaire à la fusion du métal et du laitier; la composition chimique de ce laitier, dont dépendent les réactions d’affinage; l’étendue des surfaces de contact entre le métal et le laitier; enfin le temps pendant lequel ce contact se maintient. Au four Martin, on affine la fonte pour la transformer en acier. Gela demande six heures environ; l’opération est lente parce que les surfaces de contact sont relativement faibles. Dans la cornue Bessemer, la même opération se fait en un
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- quart d’heure, grâce à l’agitation produite par le courant d’air, qui, en divisant le métal, augmente et renouvelle les surfaces de contact. M. Perrin est parvenu à pousser plus loin cet affinage par une opération dont la durée est de l’ordre d’une minute. Il a dû pour cela agir sur tous les facteurs en jeu, en s’aidant des diverses méthodes de mesure que la science a mises à la disposition des métallurgistes. C’est là un exemple très intéressant de l’application des méthodes scientifiques de travail dans l’industrie.
- M. René Perrin, directeur général des Aciéries d’Ugine, fait une communication sur les Réactiàns rapides par laitiers (1).
- M. Dumanois, vice-président. — Je serai votre interprète en remerciant M. R. Perrin de l’exposé si lumineux qu’il a fait des progrès de la métallurgie et des méthodes modernes que les Aciéries d’Ugine et lui-même ont contribué à créer.
- M. Perrin s’excusait presque des considérations philosophiques qu’il avait été amené à formuler; elles comportent cependant des enseignements qu’il convient de souligner.
- Je crois, en effet, qu’il est important d’insister sur le fait de l’interpénétration des qualités d’un métal ou d’un alliage et sur l’impossibilité de conclure d’une façon formelle d’essais partiels, effectués au laboratoire, à la résistance qu’auront réellement les pièces en service.
- Quelles que soient les possibilités des nouveaux alliages, elles ne sont pas infinies et l’exaspération d’une de leurs qualités ne peut être obtenue qu’au détriment des autres. Cela explique bien des mécomptes de certains usagers, qui, obnubilés par une qualité nouvelle, ont perdu de vue l’équilibre qui doit exister entre toutes les qualités nécessaires en pratique pour l’utilisation envisagée. Une telle exagération, en dehors de l’augmentation du prix de revient auquel elle peut conduire, par suite de rebuts, a, comme conséquence finale, de donner des produits de mauvaise qualité.
- M. André Babinet, ancien Ingénieur au Corps des Mines, fait une communication sur La nitruration des aciers et des fontes(2).
- M. Dumanois, vice-président. — La communication que vous venez d’entendre constitue un véritable précis technologique de l’état actuel de la nitruration. La documentation précise qui nous a été donnée ne pouvait être puisée à de meilleures sources, puisque M. Rabinetest ingénieur aux Aciéries
- (1) Voir le texte in extenso de cette communication dans le présent numéro du Bulletin, page 499.
- (2) Voir le texte in extenso de cette communication et le compte rendu de la discussion qui l’a suivie dans le présent numéro du Bulletin, page 510.
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- des Ancizes (Puy-de-Dôme) de MM. Aubert et Duval Frères, qui se sont spécialisés dans la nitruration. Au nom de notre Société, j’adresse mes très vifs remerciements à M. Babinet.
- Avant de lever la séance je tiens à exprimer à M. Henry Le Chatelier notre profonde déférence et notre respectueuse reconnaissance pour avoir bien voulu assister à cette séance et apporter à nos conférences la consécration de son autorité.
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
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- Présidence de M. M. Lacoin, président.
- La séance est ouverte à 16 h. 30 m.
- M. Lacoin, président. — J’ai le très vif regret de vous annoncer la mort dmn des membres les plus sympathiques de notre Conseil, M. Marcel Deniau, emporté en quelques jours par la poliomyélite, dans toute sa vigueur, à l’âge de 47 ans.
- M. Marcel Deniau était Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées. Aussitôt après la guerre, il fut chargé de la remise en état du Canal du Nord et de la reconstruction de Cambrai.
- En 1920, il entrait au Service technique de la Ville de Paris où il fut chargé de la section Est de la Voie publique (10e, 11e, 15e, et 20e arrondissements) et de la régie du funiculaire de Belleville. Le 15 août 1922, il passait au service du Métropolitain, chef de la 1re section. Le 8 février 1927, il prenait la direction du service de l’exploitation et de la construction des égouts et des collecteurs.
- Le 16 novembre 1931, il était nommé Inspecteur général adjoint des Travaux de Paris et chargé de diriger le Service des Vais de Loire. Ce projet, qui doit permettre d’amener à Paris, chaque jour, un million de mètres cubes d’eaux prélevées dans la nappe phréatique des sables de Loire, comporte des travaux très importants, barrages, réservoirs, captages, aqueducs, siphons, pour le passage sous la Loire et dans les vallées, et doit entraîner une dépense d’environ deux milliards. Ces travaux sont en cours d’exécution. M. Deniau, tant au service du Métropolitain qu’au service des égouts, a construit des souterrains et a acquis une compétence particulière dans la technique de ces ouvrages.
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- Par ailleurs, M. Deniau a poursuivi des recherches sur le béton en place, tel qu’on l’obtient dans les conditions habituelles des chantiers; ces recherches l’ont conduit à imaginer un nouveau procédé de serrage du béton, connu sous le nom de « pervibration ». Sur le rapport de notre regretté président Mesnager, notre Société lui avait décerné une médaille d’or pour cette invention, qui permet de réaliser de grandes économies tout en augmentant considérablement les qualités du béton. Ce procédé est aujourd’hui employé sur tous les grands chantiers de travaux publics, tant à l’étranger qu’en France.
- Notre collègue était un esprit curieux, qui s’intéressait à de nombreuses questions n’ayant souvent que des rapports très lointains avec les préoccupations de sa profession. C’est ainsi que lorsqu’il a été terrassé par la maladie, il mettait au point un nouveau procédé de tir contre les avions.
- Notre collègue était chevalier de la Légion d’honneur et titulaire de la croix de guerre.
- Entré au Conseil de la Société d’Enoouragement en 1934, Marcel Deniau a toujours pris une part extrêmement active à tous ses travaux. C’est un excellent collaborateur qui disparaît.
- Nous adressons nos très vives condoléances à Mme Deniau et à ses quatre jeunes enfants.
- M. Marcel Ballay, docteur ès sciences, chef de travaux de métallurgie à l’Ecole nationale supérieure de l’Aéronautique, fait une communication sur Y État actuel des alliages légers et extra-légers. Les alliages de glucinium {i).
- M. Jean Galibourg, Ingénieur des Arts et Manufactures, docteur ès sciences, maître de conférences à l’Ecole centrale des Arts et Manufactures, fait ensuite une communication sur Les tendances actuelles des aciers spéciaux (2).
- M. I jACOIN, président, adresse les remerciements de la Société aux deux conférenciers.
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
- (1) Voir à la page 520 du présent numéro, le texte in extenso de cette communication.
- (2) Voir à la page 545 du présent numéro, le texte in eüienso de cette communication.
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- AOUT-SEPTEMBRE 4936.
- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE DU 6 JUIN 1936.
- Présidence de M. Lacoin, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Il est donné lecture d’un rapport présenté par M. Cornu-Thenard, au nom de la Commission des Fonds, sur l’exercice financier de l’année 1934 (l).
- Ce rapport, mis aux voix, est approuvé à l’unanimité.
- Lecture est donnée du rapport présenté par M. Alby, au nom des Censeurs, sur l’exercice financier de l’exercice 1934 (2).
- Ce rapport, mis aux voix, est approuvé à l’unanimité.
- M. Lacoin, président. — J’ai le très vif regret de vous annoncer la mort de notre très sympathique collègue du Conseil, M. Charles de Fréminville, décédé à l’âge de 79 ans dans la nuit du 2 au 3 juin.
- Charles de Fréminville était né à Lorient le 15 août 1856; il était issu, par son père, d’une vieille famille bourguignonne et, par sa mère, d’une famille bretonne; depuis 1680, dans les deux branches, on compte de très nombreux serviteurs du pays : des magistrats, des ingénieurs, des économistes et des marins.
- Sorti en 1878 de l’École centrale des Arts et Manufactures, de Fréminville fut pendant vingt ans ingénieur du matériel à la Compagnie des Chemins de fer de Paris à Orléans, où il avait débuté comme stagiaire sur les locomotives de ce réseau, ainsi qu’il était d’usage à l’époque. Le P. O. ayant commandé un certain nombre de locomotives en Angleterre, c’est Charles de Fréminville qui fut envoyé dans ce pays pour y suivre la construction de ces machines, et c’est de là que datent les relations très étendues qu’il n’a cessé d’entretenir avec les industries mécaniques anglaises, puis américaines, qu’il connaissait à fond. Rentré en France, après avoir étudié l’organisation du travail en Angleterre, il fut envoyé aux Etats-Unis pour y étudier les questions relatives à l’outillage et aux locomotives.
- Au moment où il rentrait de ce voyage, le préfet de l’Eure venait d’être assassiné dans un train de l’Ouest, et la presse réclamait la construction immédiate de voitures à couloir, semblables aux voitures américaines. L’ingénieur en chef de la Compagnie d’Orléans, Ernest Polonceau, ayant pris connaissance de la documentation rapportée par de Fréminville sur le
- (1) Voir le texte de ce rapport à la page 465 du présent numéro.
- (2) Voir le texte de ce rapport à la page 468 du présent numéro.
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- matériel américain, le nomma chef de la section des voitures au Service du Matériel, avec mission d’étudier un matériel nouveau à couloir.
- Tout en s’inspirant du matériel américain, il établit un projet présentant des dispositions originales, qui fut adopté. C’est de cette époque que datent les voitures à couloir du P. O., à parois métalliques formant, avec le châssis, poutre de résistance, voitures dont le type se répandit sur plusieurs réseaux, et attira l’attention des ingénieurs américains qui étudiaient à ce moment l’emploi exclusif de l’acier pour la construction des voitures à voyageurs. Sur ce point, de Fréminville fut un précurseur.
- En 1898, de Fréminville devint directeur technique de la Société Panhard et Levassor. Il eut alors à résoudre un problème important, celui du choix des métaux les plus appropriés pour la construction des voitures automobiles. A ce moment, on augmentait la puissance des moteurs, qui passa en peu de temps de 4 ch à 16 ch, sans que, cependant, on augmentât les dimensions des mécanismes de transmission établis en acier au carbone, le seul métal qui, à cette époque, était d’un usage courant dans la construction mécanique.
- La métallurgie produisait bien, depuis peu, un certain nombre de métaux paraissant posséder des caractéristiques mécaniques remarquables, mais les propriétés de ces métaux étaient encore très mal connues et les usages auxquels ils pouvaient convenir étaient encore à trouver.
- A ce moment, Charles de Fréminville suivait les séances de l’Association française des Méthodes d’essai à laquelle M. Henry Le Chatelier venait de donner une grande impulsion. La question à l’ordre du jour était celle de la fragilité des métaux, question toute nouvelle, que Considère venait de soulever, et qui avait provoqué la construction d’appareils d’essai au choc que Ch. de Fréminville put utiliser pour ses recherches. Il procéda au classement des pièces d’automobiles en trois catégories, à chacune desquelles devaient être affectés des métaux différents : pièces pouvant à la rigueur se déformer, mais ne devant se rompre dans aucun cas, par exemple les leviers de direction; pièces dont la résistance, tout en restant considérable, peut admettre une légère déformation ; enfin, pièces de haute résistance, ne devant se rompre que sous l’action d’efforts excessifs et tout à fait anormaux, mais ne devant se déformer en aucun cas, par exemple les engrenages.
- C’est au cours de ces études que Charles de Fréminville fut le premier à discerner l’importance de l’emploi de l’acier au nickel-chrome pour certains organes des automobiles.
- A partir de cette époque, son effort technique se porta tout entier sur cette question de la fragilité et se manifesta par de nombreuses conférences et des
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- publications variées. Citons : Application de Vessai au choc au choix des matériaux servant à la construction des organes de machines, conférence datant de 1903; — Influence des vibrations sur les phénomènes de fragilité; — Caractères des vibrations accompagnant le choc déduits de l'examen des cassures; — Mesure de la dureté par rebondissement de billes. Sur la question du choix des métaux, Charles de Fréminville fut encore un précurseur.
- Un mémoire intitulé IJ éclatement (Recherches sur la fragilité), publié dans la Revue de Métallurgie de septembre 1914, résume les idées de Charles de Fréminville sur la fragilité des métaux et d’autres corps; il a servi à l’enseignement de ces matières à l’Ecole des Mines et dans d’autres établissements. Il convient de mentionner que, dans ce mémoire, il a discuté d’une façon complexe les conditions d’équilibre du verre incassable.
- Au début de la guerre, de Fréminville eut à s’occuper de la fabrication et de là trempe des projectiles. Cette dernière opération, pratiquée jusque-là suides aciers de provenances très diverses, et dont l’état d’équilibre interne était inconnu, donnait lieu à de graves mécomptes, se traduisant par des ruptures à la trempe extrêmement nombreuses et soulevant des problèmes nouveaux à la solution desquels il contribua, guidé par l’examen des cassures. Les résultats qu’il obtint le furent d’une façon un peu empirique, mais ils étaient extrêmement encourageants (du jour au lendemain les ruptures tombèrent de 80 p. 100 à 3 p. 100); il les communiqua immédiatement à M. Henry Le Chatelier qui en fit une étude scientifique et établit une technique précise pour la normalisation des aciers. C’est ainsi que les quelques remarques qu’il fit alors devinrent le point de départ d’un traitement qui, depuis, s’est généralisé.
- En 1915, on lui demanda de réorganiser les Chantiers de Penhoët à Saint-Nazaire; il y fit une très belle application des méthodes de Taylor. A la lin de la guerre, il remplit le même rôle aux Etablissements Schneider dont il resta ingénieur-conseil, et y réussit aussi parfaitement. La guerre finie, il fut appelé à renflouer de nombreux établissements industriels dont la prospérité était compromise faute d’une bonne organisation.
- L’œuvre de Fréminville dans le domaine de l’organisation scientifique du travail industriel est considérable. Elle restera son principal titre de gloire. C’est au cours de l’un de ses cinq voyages d’études aux Etats-Unis, que, sur la présentation de M. Henry Le Chatelier, il eut l’occasion de faire connaissance avec Taylor et d’étudier sur place les résultats que donnait le taylorisme.
- Charles de Fréminville n’a cessé de multiplier les conférences et les mémoires destinés à exposer sa manière d’envisager les idées de Taylor, ne perdant pas une occasion d’insister sur l’importance du « facteur humain ».
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- Sur cette question il a publié de nombreux et importants mémoires et a fait de nombreuses conférences à notre Société.
- Pendant douze ans, il a professé le cours d’organisation scientifique du travail à l’Ecole des Hautes Etudes commerciales; il a également fait un cours de même naturë pendant de longues années aux intendants militaires. •
- Vers 1923-1924, se forma le groupement français qui porte le nom de Comité national de l’Organisation française (C. N. O. F.). Charles de Fréminville en devint bientôt le président, puis, comme tel, fut nommé président du Comité international de l’Organisation scientifique du Travail. Ces quelques faits ne marquent que des étapes de l’œuvre de Charles de Fréminville dans le domaine de l’organisation scientifique du travail. Mais ce que je voudrais parvenir à vous faire comprendre, c’est le rôle éminent qu’il a joué dans le développement du taylorisme en France.
- Si notre éminent collègue, Henry Le Chatelier, prit pour tâche de faire connaître et aimer les ouvrages et les doctrines de Taylor, Charles de Fréminville eut pour rôle d’assurer la pénétration et la vulgarisation en France de l’œuvre pratique de Taylor et de ses disciples. Ayant connu Taylor et les plus éminents de ses disciples, membre, dès les débuts, de la Taylor Society, il était pour ainsi dire le correspondant en France des Américains et il le devint bientôt ensuite de tous ceux qui, en Europe, pratiquaient et prêchaient l’OPgânisation scientifique du travail. Traduisant, dans les revues et les ouvrages qui lui arrivaient des Etats-Unis, les pages les plus intéressantes, il lés dactylographiait lui-même et il les communiquait ensuite, non seulement à ses amis mais aussi à tous ceux, aux jeunes notamment, qui, comme moi, venaient faire appel à son expérience. Nul ne saura quelle a été la profondeur de cette action directe, discrète, efficace et persévérante que de Fréminville a exercée sur toute une génération.
- Une particularité qui mérite de retenir l’attention c’est qu’en étudiant l’œuvre de tous les grands économistes, des créateurs de richesses et de prospérité, Ch. de Fréminville avait trouvé des précurseurs de Taylor, et, parmi les Français, il citait le plus souvent Colbert, Yauban, Perronnet et Brongniart.
- Charles de Fréminville était membre d’honneur de T American Society of Mechanical Engineers et de T American Management Association.
- La Société des Ingénieurs civils de France l’appela à sa présidence en 1934.
- Charles de. Fréminville était chevalier de la Légion d’honneur et de l’Ordre du Lion-Blanc de Tchécoslovaquie, membre du Comité d’Organisation scientifique de Pologne, et. de la Commission des services d’achats et des prix de
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- revient au Ministère des Postes et Télégraphes. Il avait été membre du Conseil d’administration de l’École centrale des Arts et Manufactures.
- Ch. de Fréminville entra au Conseil de la Société d’Encouragement en 1916, dans le Comité des Arts mécaniques, dont il n’a jamais cessé d’être un des membres les plus actifs et les plus dévoués. Dès le début, il fut le principal collaborateur du regretté Léon Lindet, alors président de notre Société, dans l’œuvre intitulée : « Les efforts de l’industrie française pendant la guerre », œuvre qui avait pour objet de faire connaître au grand public comment certaines productions dont les Allemands s’étaient fait une sorte de monopole étaient assurées par l’industrie française. Ce fut l’occasion de nombreuses conférences et de plusieurs expositions sensationnelles tenues dans notre hôtel et de nombreux mémoires qu’on retrouvera dans notre Bulletin.
- En 1925, ses collègues du Conseil lui confiaient les fonctions de secrétaire général, fonctions qu’il exerça à la satisfaction de tous jusqu’à sa dernière heure. Quoique déjà affaibli par la maladie qui devait l’emporter, se sentant un peu mieux, il avait tenu à assister à notre distribution solennelle des récompenses qui s’est tenue le 28 mars dernier.
- On trouvera dans notre Bulletin plus d’une centaine de mémoires, de rapports, de comptes rendus d’ouvrages signés de son nom.
- Si l’on veut chercher quelle fut la cause de l’influence profonde que Ch. de Fréminvile a eue au cours de sa longue carrière et de la sympathie qu’il inspirait dans les milieux les plus divers, on la trouve, non seulement dans sa compétence et sa haute probité intellectuelle, mais aussi dans son caractère. Charles de Fréminville doit rester pour nous un exemple de vie. De goûts simples, d’une bienveillance extrême, dévoué sans limites, il charmait en outre par l’agrément de son commerce, par sa conversation émaillée de souvenirs personnels, d’exemples vécus et d’idées profondément originales. Je me souviens encore de la délicieuse journée pendant laquelle je fus son hôte, à Saint-Nazaire, lorsqu’il accomplissait cette tâche extraordinaire, surhumaine, de distribuer jour par jour, heure par heure, le travail des ouvriers dans chacun des compartiments d’un grand navire sur cale.
- Mais le trait le plus marqué de son caractère fut la modestie. Ilne recherchait, ni les honneurs, ni les sinécures, toujours prêt à rendre service, même à ceux qui ne lui en témoignaient guère de reconnaissance. Lorsqu’après le Congrès international de l’Organisation scientifique du Travail de 1929, ses collègues du Bureau du Comité national de l’Organisation française allèrent présenter au Président de la République les membres étrangers du Congrès, je fus chargé par eux de demander au Président la promotion de Charles de Fré-
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- minville dans la Légion d’honneur. M. Gaston Doumergue me répondit :
- « De quoi s’agit-il? d’une rosette? Elle est accordée d’avance. » Je fus obligé de lui dire qu’il ne s’agissait que d’un simple ruban.
- Cette anecdote suffît à vous montrer combien, au cours de sa belle carrière, Charles de Fréminville songea toujours aux autres et jamais à lui. La satisfaction de faire le bien et de répandre la joie autour de lui lui suffisait; il était toute joie lui-même, et le sourire illuminait constamment son visage plein de bonté. Quand, par hasard, à bout d’arguments, il n’avait pas réussi à rallier à ses idées un adversaire du taylorisme, il avait un sourire très doux et il disait : « Réfléchissez; vous changerez peut-être d’avis. » A la veille de sa mort, l’un de nous l’a encore trouvé, aimable, souriant et empressé.
- La vie de Charles de Fréminville fut d’une dignité éminente. Nous perdons en lui le plus fidèle et le plus dévoué des collaborateurs, le plus sûr des amis.
- Charles de Fréminville laisse une nombreuse descendance; il nous a dit un jour, qu’à l’occasion d’une fête de famille, il avait rassemblé autour de lui jusqu’à soixante-dix des siens.
- Nous adressons à Mme de Fréminville et à son admirable famille, à ses enfants, et à ses nombreux petits-enfants et arrière-petits-enfants, nos très vifs regrets et notre très profonde sympathie pour la perte douloureuse qu’ils viennent de faire ; nous serions heureux si l’expression de notre grande admiration pour le patriarche qui les a quittés pouvait adoucir l’amerture de leur deuil.
- M. Bernard Decaux, ancien élève de l’Ecole polytechnique, ingénieur au Laboratoire national de Radioélectricité, fait une communication sur Les applications de la T. S. F. en haute montagne.
- Comme en mer et dans les régions désertiques, la T. S. F. peut rendre de grands services en haute montagne car il est pratiquement impossible d’y installer des lignes téléphoniques ; d’ailleurs, en cas d’avalanches et de mauvais temps, elles sont souvent mises hors service. Dans la haute montagne, les distances à franchir sont relativement courtes, de l’ordre d’une dizaine de kilomètres. Il s’agit surtout, en effet, de relier les refuges à l’agglomération la plus proche de la vallée, pour permettre de porter rapidement des secours en cas d’accident, ou pour donner des renseignements météorologiques. Cette préoccupation est justifiée par le nombre toujours croissant de ceux qui pratiquent l’alpinisme. Les observatoires de grande altitude pourraient d’ailleurs bénéficier des installations de T. S. F.
- Il n’en subsiste pas moins des difficultés assez grandes; elles sont dues, les unes à la configuration et à la géologie du terrain, les autres à la nécessité d’employer un matériel radiotéléphonique robuste, suffisamment puissant, pouvant être utilisé par
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- n’importe qui, que l’on dispose ou non du courant, et très léger, surtout si ce matériel doit être emporté par une caravane. ; , *,
- La liaison refuge-vallée doit comporter un dispositif d’appel. Etant donné la difficulté de réaliser un émetteur et un récepteur eu fonctionnement simultané, l’exploitation doit s’opérer en alternat; l’alimentation, faute de courant aux refuges, doit se faire par piles ou accumulateurs secs. L’antenne doit être basse.
- L’étude du problème, déjà abordée sur ondes très courtes, par MM. Mesny et Beauvais dans le Dauphiné, par M. Ritz dans la région d’Annecy, par la Radiotélégraphie militaire et la Radiodiffusion, a été reprise en 1932, à la demande du Club alpin français, avec le concours du Laboratoire central de Radioélectricité, par M. Decaux qui a opéré dans le massif du mont Blanc, avec la collaboration de deux radioélectriciens très bons alpinistes : Mlle Montagne et le capitaine Yarret.
- Malgré plusieurs périodes de mauvais temps, la campagne de 1933 avait donné des résultats encourageants avec des appareils d’essais et de recherches spécialement étudiés pour le choix des longueurs d’onde les plus convenables; les études ont été reprises en 1934 avec des appareils de recherches, plus perfectionnés, et des appareils d’exploitation qui ont donné satisfaction : on peut donc pratiquement obtenir les liaisons radiotéléphoniques désirées.
- Le récepteur portatif d’étude réalisé en 1932-1933 pesait 6 kg et pouvait fonctionner sur 4 gammes d’ondes échelonnées de 35 à 1 800 m. Celui de 1934 tenait dans la poche latérale du sac alpin ; il pouvait fonctionner sur ondes échelonnées de 25 à 1900 m et quelquefois sans support d’antenne; il pesait 2 kg. Depuis, de récents perfectionnements apportés aux organes des appareils de T. S. F., ont permis de construire des émetteurs-récepteurs qui ne pèsent que 1 500 g et qui peuvent être facilement emportés par une caravane ; elle pourrait donc se tenir en liaison constante avec le refuge le plus proche. Il est probable qu’on pourra abaisser leur poids à 1 kg.
- Voici quelques-unes des constatations faites. Les hautes murailles rocheuses ne constituent des obstacles très gênants pour la propagation des ondes courtes que si elles sont très près d’un des postes. Les glaciers paraissent être sans influence. Les ondes ne se propagent pas nécessairement dans le plan vertical qui passe par les deux postes : elles choisissent le chemin le plus court et le moins courbé, et, si une vallée large et régulière contourne l’obstacle, elles la suivent. Il semble que sur les trajets frisant les croupes boisées l’absorption soit notable.
- Les ondes longues sont utilisables presque partout : dans le cas de visibilité directe entre les deux postes, les ondes très courtes donnent déjà une solution parfaite. Il reste à étudier l’emploi des ondes de quelques mètres.
- On a pu tracer, pour l’onde de 1 000 m, les courbes « équichamp » pour tout le massif montagneux situé autour de Chamonix, grâce aux relevés faits en une quinzaine de stations. L’avant-projet du réseau qu’on pourrait établir autour de Chamonix montre qu’avec du matériel normal et une puissance de moins de 100 W, les refuges les plus défavorisés seraient atteints. Une meilleure solution consisterait à avoir deux centres : l’un au Montenvers, avec relais au Couvercle pour atteindre le Requin, refuge très défavorisé (le Montenvers dispose d’ailleurs du courant, du téléphone et du chemin de fer); l’autre à Argentière; Tête-Rousse serait facilemeut relié, soit à Chamonix, soit à Argentière. ;;
- En ce qui concerne les liaisons d’exploitation (émetteur-récepteur aux centrés ét
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- aux refuges), le matériel existe ; il est simple et robuste; il pourra bientôt être expérimenté, afin de savoir comment il se comporte dans les dures conditions d’emploi, étant donnés les installations et le personnel dont on dispose. Un des obstacles à cette exploitation est le tarif des taxes importantes dues en principe à l’Administration des P. T. T.
- Il convient de signaler que le Club alpin italien a annoncé l’équipement radioélectrique prochain de tous ses refuges et que l’industrie italienne construit déjà le matériel nécessaire à cet équipement. ' E. L.
- La communication de M. Decaux est suivie d’une discussion à laquelle prennent part : M. A. QueyrAS, chef du Service de la Montagne au Touring Clpb de France, et membre du Comité des travaux en montagne du Club alpin français; M. Ed. Sauvage, qui fut président du Club alpin français, Mù Lacoin et M. Lemaire (1).
- M. Lacoin, président, adresse ses vifs remerciements à M. Ducaux pour sa très intéressante communication, et espère qu’il voudra en donner, pour notre Bulletin, le texte in extenso, complété, si possible, par les résultats obtenus au cours des essais qu’il se propose de faire cet été. Il le félicite, lui et ses collaborateurs, de leur courage et de leur persévérance, et il souhaite que, grâce à la publicité qui sera donnée à ses travaux par notre Bulletin, le Club alpin français et le Touring Club de France, l’Administration des P. T. T. lui prête son concours. Notre pays pourra ainsi être doté, comme les refuges italiens, du matériel de T. S. F. nécessaire pour la haute montagne.
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
- (1) On trouvera dans un prochain numéro du Bulletin, le texte in extenso de la communication de M. Decaux et le compte rendu de la discussion.
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- OUVRAGES REÇUS. — AOUT-SEPTEMBRE 1936.
- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE EN JUIN ET JUILLET 1936
- Brun (E.) et Jockey (E.). — Chaleur. Classes de mathématiques spéciales. In-8 (24 x 16) de 488 p., 224 fig. Paris, F. Lanore, 48, rue d’Assas (6e), 1936. 18568
- Suarnet (André). — Le franc-travail opposé au franc-or ou la révolution-minute. In-12 (19 x 12) de 84 p. Bischwiller (Bas-Rhin), Éditions de l’Échangiste universel, 1936.
- 18569
- Van Mieghf.m (Jacques). — Prévision du temps par l’analyse des cartes météorologiques. (Institut belge de Recherches radioscientiflques, volume VI). In-8 (23 x 16) de 138 p., 36 fig., X pl. Paris, Gauthier-Villars et Cie, 53, quai des Grands-Augustins (6e), 1936. 18570
- Année polaire internationale 1932-1933. Participation française. Tome I : Introduction. Magnétisme terrestre. Aurores polaires. Ozone atmosphérique. Rayons cosmiques. In-4 (33 x 25) de 413 p., fig. Pari®, Gauthier-Villars, 1936. 18571
- Comité français de l’Éclairage et du Chauffage. Section du Chauffage. — Rapport n° 3 du 4e Comité du Chauffage : Tables de calcul pour le chauffage intermittent. Rapport élaboré par le Comité technique de l’Industrie du Chauffage et de la Ventilation. In-8 (27 x 18) de 76 p., 4 fig. Paris, Comité technique de l’Industrie du Chauffage et de la Ventilation, 7, rue du Quatre-Septembre (2e), 1935. 18572
- Collection de Publications mécaniques. (Éditions de « La Machine moderne »). In-8 (22 x 15). — Nos 6 : La coulée des métaux sous pression, par L.-J. Gouttier, 79 p., 23 fig. (1935). — 8 : Les meules et leurs emplois, 47 p., 18 fig. — 9 : La rectification et les machines à rectifier, 59 p., 51 fig. — 10 : Le rodage, par J.-J. Bidon, 96 p., 71 fig. — 11 : Le polissage, par J.-J. Bidon, 55 p., 49 fig. Paris, Éditions de « La Machine moderne », 15, rue Bleue (9e). 16688
- Guillet (Léon). — Oui, mes enfants, la vie est belle, lorsque... In-12 (19 x 12) de 255 p. Paris, Librairie Plon, 8, rue Garancière (6e), 1936. {Don de l’auteur, membre du Conseil d’Administration). 18573
- Monnier (Alfred). — Étude sur l’efficacité des projecteurs au travers d’atmosphères non limpides. In-8 (25 x 16) de xii + 141 p., 49 fig. Paris, Sauvion et Lelièvre, 25, rue Vernier (17e), 1936. (Don de l’auteur, membre de la Société). 18574
- La propriété rurale. Conférences organisées par l’Institut national agronomique et l’Association amicale de ses anciens Élèves. In-8 (25 x 16) de 199 p. Paris, Librairie de l’Institut national agronomique, 58, rue Claude-Bernard (5e), 1936. 18575
- Satet (Robert). — Le contrôle bubgétaire. Prévisions commerciales, industrielles, financières et comptables pour la direction rationnelle des affaires. In-8 (25 x 16) dexx-j-330 p., 104 fig. Paris, Delmas, 7, rue de Madrid (8e), 1936. 18576
- Bureau de Normalisation de l’Automobile. (Chambre syndicale des Fabricants d’accessoires et pièces détachées d’automobiles, etc., 3, avenue Friedland, Paris (8e). — Feuilles de normes, BNA 56 (mai 36) : Segments d’arrêt (extérieurs) pour roulements ou pièces de diamètre extérieur E. — BNA 59 (mai 36) : Roulements à billes. Tolérances, valeurs. — BNA 223 (mai 36) : Buttée à billes. Tolérances sur diamètres et hauteurs. — BNA 243 (mars 36) : Fentes de vis. Sections des lames de tournevis. — BNA 244 (mai 36) : Allumeur [petit modèle de 20 mm). Allumage par batterie. — BNA 245 (avr. 36) : Pédaliers vélo. Bouts d’axe et œil de manivelle. — BNA 246 (fév. 36) : Filetage conique (dit « pas du gaz » ) pour tubes et raccords. — BNA 247 (fév. 36) : Bouchons filetés coniques, pas du gaz. — BNA 248 (fév. 36) : Tuyauteries. Mamelons doubles, cylindro-coniques, pjur raccords bicône. — BNA 249 (fév. 36) : Bouchons filetés à épaulemenl à six pans creux. Types légers (faibles pressions). — BNA 250 (juin 36) : Clés pour six pans creux. Barres six pans coudées. — BNA 251 (mars 36) : Vis à six pans creux. Vis sans tête. 17497
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- OUVRAGES REÇUS EN JUIN ET JUILLET 1936.
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- Tongas (Ph.). — Une détermination graphique du volume spécifique et de la chaleur totale de la vapeur d’eau surchauffée (ex Revue générale des Chemins de fer, mai 1936). In-4 (30 x 21) de 11 p. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1936. (Don de Vautëur).
- Pièce 14002
- Vugnon (M.). — Vocabulaire du ciment et de la chaux, en trois langues : anglais, allemand, français. In-4 (32 x 24) de 46 p. Paris, Revue des Matériaux de construction et des Travaux publics, 148, boulevai’d Magenta (10e), 1936. Pièce 14003
- Languepin (J.-E.). — L’oxy-coupage et la soudure autogène dans la construction du matériel de soudure électrique par résistance. In-4 (30 x 21) de 11 p., 9 fîg. (Don de Vauteur, membre de la Société). Pièce 14004
- Chan (M.). — Conditions à imposer au cuivre rouge pour foyers de locomotives (ex Revue générale des Chemins de fer, mai 1936). In-4 (30 x 21) de 8 p., 7 ûg. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1936. (Don de la Cie des Chemins de fer de Paris-Lyon-Méditerranée, membre de la Société). Pièce 14005
- Dubreuil (H.) et Lugrin (J.-P.). — L’organisation scientifique d’une fabrique de oonserves alimentaires : Les Établissements Géo à Paris (ex Revue internationale du Travail, vol. XXXIII, n° 4, avril 1936). In-8 (24 x 16) de 40 p. Genève, Bureau international du Travail, 1936. (Don de M. J.-P. Lugrin). Pièce 14006
- Chambre de Commerce de Paris. — Compte rendu des travaux. Année 1935. Tome I : Commissions d’études ; Tome II : Commissions administratives. Paris, Librairies-Imprimeries réunies, 7, rue Saint-Benoît (6e), 1936. Pér. 148
- Comité des Travaux historiques et scientifiques. — Comptes rendus du Congrès des Sociétés savantes de Paris et des départements tenu à Paris en 1935. Section des Sciences. Paris, Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins (6e), 1936. Pér. 26 Mémorial des Poudres, publié par les soins du Service des Poudres, avec l’autorisation du Ministre de la Guerre. Tome XXVI, 4e fascicule (1934-1935). Pa'is, Les Presses universitaires de France, 49, boulevard Saint-Michel (5e). Pér. 223
- Société amicale de secours des anciens Élèves de l’École Polytechnique. — Annuaire 1936. Paris, 21, rue Descartes (5e). Pér. 281
- Ministère des Travaux publics. — Recueil de lois, ordonnances, décrets, règlements et circulaires concernant les services dépendant du Ministère des Travaux publics. — Table générale analytique et chronologique du Recueil : Nomenclature des matières de la Table générale analytique. — Table générale analytique et chronologique du Recueil : Tome I, lie à 5e section de la nomenclature. Paris, Imprimerie nationale, 1936.
- Pér. 144
- Société française des Électriciens. — Annuaire 1936-1937. Malakoff (Seine), 8 à 14, avenue Pierre-Larousse. Pér. 39
- Ministère de l’Air. — Publications scientifiques et techniques, nos 65 : Turbulence et frottement turbulent. Théorie de Karman, par Ch. Sadron, 65 p., 21 fig. (1935). — 66 : Contribution à l’étude des hexanes et de quelques carbures d'hydrogène, par André Maman, 55 p., 11 fig. (1935). — 67 : Phénomènes dans les fluides tournants, par H. Bouasse, 226 p., 98 fig. (1935). — 74 : Étude des écoulements irrotationnels dans l’espace à trois dimensions (suite des Publications nos 3 et 13), par A. Alayrac, 117 p. (1935). — 75 : Le magnésium dans les constructions aéronautiques, par R. de Fleury, 112 p., 61 fig. (1935). — 76 : Étude expérimentale sur la stabilité transversale des avions, par Émile Duchêne, 95 p., 34 fig. (1935). — 77 : Influence des caractéristiques atmosphériques sur la puissance des moteurs à
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- OUVRAGES REÇUS.
- AOUT-SEPTEMBRE 1936.
- explosion, par M.Serruys et Tchang Te-Lou, 33 p., 19 fig. (1933). — 78 : Contribution à l'étude de l’explosion des mélanges hydrocarburés. par Yvon Laure, 64 p., 45 fig. (1935). — 79 : Balance aérodynamique permettant le tracé continu des polaires. — Effets singuliers provenant de très légères modifications de structure du vent. — Contribution expérimentale à l’aérodynamique du cylindre et à l'étude du phénomène de Magnus, par A. Lafay, 49 p., 18 fig. (1935). 80. : Recherches sur les propriétés diélectriques du caoutchouc, par J. Granier, 55 p., 25 fig. (1935). — 81 : Les constituants de la rouille, par André Girard, 72 p., 49 fig. (1935). — 82 : L’etat passif des métaux. Étude de la passivité du nickef par Louis Colombier, 95 p., 11 fig. (1935). — 83 : Sur le couple des roulements à billes, par Marcel DelEosse, 64 p., 35 fig. (1936). — 84 : Recherches des contraintes dans les poutres de hauteurs variables, pur Y.-A. Nicolsky, 55 p., 24 fig. (1936), — 85 : Observations sur le laminage des alliages magnésium-aluminium, par Mlle L. Doussin et Fernand Fournier, 22 p., 15 fig., XII pi. (1936). — 86 : Recherches sur les cellules biplanes rigides d’envergure infinie, par Miroslav Nénadovitch, 101 p., 66 tig.; CXLYI pl. (1936). Paris, Ed. Blondel La Rougery, 7, rue Saint-Lazare (9e) ; Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins (6e). Pér. 117
- Société des Sciences naturelles du Maroc. — Mémoires, n° XLI (15 septembre 1935) : Mémoire annuel consacré à la physique du globe et à la météorologie au Maroc, année 1933, publié par les soins du lieutenant de vaisseau Georges Roux, 147 p., fig. Rabat, Institut scientifique chérifien; Paris, Émile Larose, 11, rue Yictor-Cousin (5e); Londres, Janson et Sons, 44, Great Russell Street, W.C.l. Pér. 469
- Institut d’Égypte. — Bulletin. Tome XVII, session 1934-1935 (2e fascicule). — Tome XVIII, session 1935-1936 (1er fascicule). Le Caire. Pér. 32
- Institution of Civil Engineers. — Minutes of Proceedings. Vol. 239, 1934-35 (part 1). London, Great George Street, Westminster, S. W. 1. Pér. 189
- Austràlian and New Zealand Association for the Advancement of Science. — Report of the 22d Meeting, Melbourne, 1935. Sydney (New South Wales), 157-161, Gloucester Street. Pér. 51
- L'agent général, gérant. E. LEMAIRE.
- BRODARD ET TAUPIN, Coulommiers-Paris.
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- 133® (VNNEÇL
- QCTOBBE-NOVEMBBE 1»30.
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOIHUGEMENT
- POUR ï/INDUSTRIE NATIONALE
- LA QUALIFICATION DES MÉTAUX EN TÔLES MINCES PAR LES ESSAIS D’EMBOUTISSAGE**)
- par M. Henri Fournier, Ingénieur du Conservatoire national des Arts et Métiers.
- Les métaux en tôles son t habituellement essayés : a) à la traction ; — b) à l’emboutissage à l’aide du dispositif de Persoz.
- L’essai de traction, et notamment la mesure de l’allongement, qu’il est important de connaître pour beaucoup d’applications, devient difficile à exécuter correctement sur une tôle mince.
- Quant à l’essai d’emboutissage imaginé par Persoz en 1903, et aujourd’hui introduit dans les cahiers des charges officiels, il présente l’inconvénient des essais comparatifs, c’est-à-dire que les chiffres obtenus, charge ou profondeur d’emboutissage, ne mettent pas en évidence une grandeur spécifique du métal étudié, mais sont aussi fonction de son épaisseur et des dimensions de l’outillage d’essai; de sorte que ses résultats ne sont pas directement applicables par l’utilisateur qui doit déduire les valeurs convenables à exiger, d’expériences préliminaires.
- A la demande de notre maître, M. Léon Guillet, nous avons pris comme sujet de thèse du diplôme d’ingénieur du Conservatoire national des Arts et Métiers*1*, l’étude des différentes méthodes d’essai à l’emboutissage et principalement celle du procédé imaginé par Siebel et Pomp au Kaiser Wilhelm Institut de Dusseldorf, qui, d'après les travaux originaux publiés1**, paraissait échapper en partie à cette critique.
- Nous avons aussi recherché si les résultats de l’essai de Persoz ne pouvaient pas être rattachés à ceux d’un essai plus simple comme celui de traction. Nous résumons ci-après ce travail.
- les différents essais d’emboutissage. — Emboutissage Persoz. — Cet essai consiste à emboutir au moyen d’un poinçon hémisphérique, de diamètre çt - 2.0 mm,
- la tôle serrée entre deux mordaches laissant libre un espace central de diamètre b = 50 mm (fig- 1), jusqu’à ce qu’une crique apparaisse sur le métal embouti.
- (*) La Société d’Ën,cou.ragement a décerné le 28 mars 1036 à M. Henri Fournier le prix Charles Fremont pour lui permettre de poursuivre ses recherches sur les essais mécaniques par emboutissage des tôles. ... k-fb)
- (1) H. Fournier, Étude sur les essais d’emboutissage des métaux. (Publication scientifique et technique du Ministère de l’Air, n° 44. 1934.)
- (2) Siebel et Pomp, Mitteilungen aus dem K. W. I. fur Eisenforschung, t. il, 1929, n° 18, p. 287 et t. 12, 1930, n° 9, p. 115; — Stahl und Eisen, t. 52, 1929, p. 1866.
- J. Cournot, Sur une nouvelle méthode d'essais des tôles à l'epiboutissage (Revue de Métallurgie, t. 28, 1931, p. 254.)
- 135e Année. — Octobre-Novembre 1936.
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- 886 ÈSSAÎS DËS TOLËS MlNGËS A l’ëMBOUÎISSAOË. — OCT.-NOV. 1936.
- On mesure dans cet essai : la charge C supportée par la tôle, et la profondeur d’emboutissage f, ou flèche, au moment de la rupture.
- Emboutissage Erichsen.
- Dans cet essai (fig. 1), adopté par la normalisation
- allemande, on emboutit encore la tôle à l’aide d’un poinçon hémisphérique de diamètre a = 20 mm ; mais le diamètre libre entre mor-daches n’est plus que b = 27 mm (fig. 1). On mesure la charge maximum G', et la flèche
- Fig. 1. — Schéma de l’essai d’emboulissage Persoz et Erichsen.
- t
- Mordache
- supérieure
- Fig. 2. — Schéma de l’essai d’emboutissage Siebel et Poinp.
- Essai Siebel et Pomp, ou K. W. I. — Dans cette méthode (fig. 2), un flan de tôle, percé d’un trou circulaire central et serré entre deux mordaches, est embouti par un poinçon plat, bien graissé au suif, possédant un arrondi permettant le glissement du métal, et une cheville de centrage du trou de l’éprouvette
- (fig* 2).
- On exerce ainsi une véritable traction radiale qui provoque l’agrandissement du trou, la tôle prenant finalement l’aspect de la figure 3.
- On arrête l’essai lorsqu’une ou plusieurs criques apparaissent sur la circonférence du trou agrandi. On mesure la charge maximum atteinte C, la flèche f, et le diamètre final d' du trou.
- Si l’on désigne par : e, le diamètre du poinçon, on
- l’épaisseur de la tôle; d, le diamètre initial du trou; D, définit les grandeurs suivantes :
- a) la charge RK de rupture à l’emboutissage, donnée par l’expression
- G
- RE:
- e(D -t- e — d)
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- 587
- ESSAIS DES TOLES MINCES A L’EMBOUTISSAGE.
- qui est le quotient de la charge maximum par la section utile de l’éprouvette et est exprimée en kilogrammes par millimètre carré;
- b) l’allongement d’emboutissage AK, exprimant en pour cent l’agrandissement relatif du trou
- Ak = X 100. d
- Cette grandeur AE est la caractéristique capitale donnée par l’essai.
- Essai sous pression d’huile. — Imaginé par Jovignot(3) 4, cet essai a été étudié systématiquement en Angleterre au National Physical Laboratory(i).
- Dans cet essai (fig. 4), la déformation de la tôle est produite par pression d’huile ; on mesure la flèche f qui indique la profondeur de la calotte sphérique formée et la charge au moment de la rupture.
- L’essai définit un coefficient d’emboutissage A donné par :
- A = C,
- c*
- c étant le diamètre de la mor-
- dache de serrage. Fig. 4.— Schéma de l’essai sous pression d’huile.
- Essai A. E. G. — Utilisé
- en Angleterre, il consiste à emboutir une éprouvette de tôle par un poinçon plat de 40 mm de diamètre possédant un arrondi de 5 mm, l’éprouvette étant maintenue par une mordache circulaire de 50 mm.
- étude systémai ? de l’essai k. w. i. (fig. 2). — Nous avons recherché les conditions les plus favorables pour exécuter cet essai en faisant varier successivement tous ses facteurs, savoir :
- les facteurs secondaires (A): mode de perçage du trou; —vitesse de l’essai; — état de la surface de l’éprouvette ; -— graissage;
- les dimensions des outils (B), c’est-à-dire : le diamètre du trou d ; — le diamètre D
- du poinçon ou, plus exactement, le rapport — du diamètre du trou au diamètre du
- poinçon ; — l’arrondi rp du poinçon ; — l’arrondi rm de la mordache. Les conclusions de cette étude sont les suivantes (5) :
- (3) Jovignot, Comptes rendus, t. 190, 1930, p. 1299.
- (4) Gough et Hankins, Recherches *ur les essais de matériaux utilisés dans les opérations d'emboutissage avec renseignements spéciaux sur l’essai au fluide comprimé (Journal of the Royal Aeronautical Society, t. 39, n° 299, novembre 1933).
- (5) H. Fourniek, Sur les essais d'emboutissage suivant la méthode Siebel et Pomp (Comptes rendus, t. 195, 1932, p. 142).
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- 588 ESSAIS DES TOLES MINCES A L’EMBOUTISSAGE. — OCT.-NOV. 1936.
- Le mode de perçage du trou est la seule variable du groupe (A) ayant une influence marquée. Il importe que l’usinage de ce trou soit particulièrement soigné; la meilleure manière de l’obtenir est de le percer au foret à quelques dixièmes de millimètre de la cote finale, les éprouvettes de même nature étant serrées entre deux plaques épaisses, et à le terminer à l’aide d’un alésoir convenablement affûté.
- La vitesse d’emboutissage n’a que peu d’influence dans les limites entre lesquelles nous avons opéré (de 6 à 24 mm de profondeur d’emboutissage par minute).
- La nature de la surface du métal essayé (polie ou rugueuse) intervient peu si la partie travaillante du poinçon est bien graissée au suif. C’est l’examen de la courbe reliant les efforts aux flèches qui permet l’étude des paramètres du groupe (B). L’allure de cette courbe est généralement analogue à celle de la courbe de traction (efforts-allongements). Ici le jeu des différents facteurs permet de faire varier la pente de la branche montante de la courbe, la position du point maximum, c’est-à-dire la valeur de C, la position du point de rupture, c’est-à-dire la flèche /', et, par suite, l’allongement AK p. 100 qui suit une loi semblable.
- Nous avons ainsi déterminé les outillages optima utilisables avec différents métaux. C’est l’allongement du métal examiné qui doit déterminer le choix de l’outil à utiliser.
- Le tableau I indique les dimensions de ces outillages.
- Tableau I. — Valeurs données en millimètres.
- MÉTAUX A ALLONGE-
- MÉTAUX A ALLONGEMENTS SUPÉRIEURS A 40 P. 100
- MÉTAUX A ALLONGEMENTS INFÉRIEURS A '20 P. 100
- d’épaisseur jusqu’à :
- 1 mm
- SENSIBILITÉ DES ESSAIS d’ëMBOUTISSAGE ET DE TRACTION SUR TOLES. — Sensibilité à déceler la grosseur du grain. — Four comparer les divers essais nous les avons appliqués d’une part à un métal recuit, d’autre part au même'"métal surchauffé (5).
- Soit a la valeur d’une propriété P du métal dans un état A, et b celle de la même propriété du métal dans un autre état B. On pourra prendre comme critère de différentiation des deux états par la propriété P
- a — b i
- a —------X 100.
- a
- Si les mesures de a et de b sont entachées d’erreurs da et db, l’erreur commise sur a sera
- , 4^1
- a' a — b
- a
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- ESSAIS DES TOLES MINCES A L’EMBOUTISSAGE. 589
- Nous avons également pris <r' comme critère de la valeur de la méthode de mesure.
- . Tableau II. — Aluminium à 99,5 p. 100; tôles de 1 mm d'épaisseur.
- SIEBEL PERSOZ ERICHSEN TRACTION
- - f Ae p. 100 re Chp /r ChE 4 A p. 100 R
- Recuit 7,9 70 22 380 14,7 400 10,5 44 8.3
- Surchauffé. 7,2 56 23 380 14,2 400 10,1 26 8,9
- <7 8,8 20 4,5 — 3,4 — 3,8 40 7
- <r' 0,07 0.29 0,03 — 0,02 — 0,02 0,45 0,00
- 1 ~
- Il ressort, de l’examen des résultats dont nous reproduisons au Tableau II ceux qui ont été obtenus pour l’aluminium, que la méthode d’emboutissage Siebel et Pomp a une sensibilité supérieure à celle des méthodes Persoz et Erichsen quand elle est appliquée à des métaux à grands allongements et que l’on veut mettre en vue deux états voisins d’un même métal.
- Sensibilité à déceler les corrosions intercristallines. — Le même procédé de détermination de la sensibilité a été appliqué à différents métaux avant et après corrosion!6), l’état A étant ici l’état non corrodé et l’état B celui qu’on obtient après corrosion au brouillard salin pendant deux mois dans de l’eau de mer artificielle, dans les conditions préconisées par la Sous-Commission de l’Aéronautique.
- Le Tableau III indique les coefficients a et <r' relatifs aux essais d’emboutissage Siebel et Pomp et Persoz pour quelques métaux examinés.
- On notera la sensibilité remarquable de l’essai K. W. I. pour déceler l’altération du laiton et du duralumin, alliages qui subissent la corrosion intercristalline dans les solutions salées.
- possibilités d’emploi des différents essais sur toles. — Pour étudier ces possibilités nous avons examiné l’influence du taux d’écrouissage de différents métaux et alliages industriels sur les caractéristiques enregistrées dans les méthodes d’essai d’emboutissage Siebel et Pomp, Persoz et Erichsen, et nous avons examiné parallèlement les caractéristiques de traction de ces produits écrouis.
- Il nous a paru intéressant aussi de chercher s’il existe une relation entre l’épaisseur du métal et ses caractéristiques d’emboutissage.
- Nos essais ont porté sur un acier demi-dur, un acier austénitique 18-8, un laiton 67-33, de l’aluminium commercial 99 p. 100, du duralumin et du magnésium.
- Nous avons utilisé pour effectuer les essais par la méthode Siebel et Pomp les outillages optima déterminés pour les métaux recuits suivant le Tableau I.
- Les trois méthodes d’essai donnent la même décroissance des flèches quand le taux d’écrouissage augmente quelle que soit la nature du métal.
- (6) J. Cournot bt H. Fournier, Sur la mesure des effets de corrosion par abaissement des caracté-risliquesd’emboutissage (Comptes rendus, t. 197, 1933, p. 1409, et Revue de Métallurgie, t. 31, 1934, p. 198).
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- 590 ESSAIS DES TOLES MINCES A L’EMBOUTISSAGE
- OCT.-NOV. 1936
- Tableau III.
- Mesure de la corrosion. Méthode de mesure envisagée.
- K. W. I. PERSOZ
- MÉTAUX Gh. Rupt. Re ae p. 100 f Chp flp
- Fer Armco <x . . . . 9,9 25,8 15 18,2 6
- a' . . . 0,11 0,28 0,18 1,17 0,13
- Acier inoxydable 18/8 <j ... . — 0,5 — 2,20 — 1,10 2,8 — 2,9
- (7f , 0,00 0,00 0,00 0,00 0.00
- Ferro-nicke! à 34 p. 100 a ... . 6,09 — 10.5 — 1,4 10 10,4
- a' . . . 0,04 0,02 0,00 0,07 0,09
- Duralumin <j . . . . 53,2 54,9 32.9 17,9 16,9
- a' . . . , 1,18 0,79 0,64 0,16 0,19
- Métal Monel <r ... . 1,32 11,8 4.7 7,9 9,5
- <t' ... . 0,00 0,05 0,02 0,15 0,23
- Laiton 67-33 a ... . 0,37 14,06 9,8 0,32 4,12
- <7' . ... 0,00 0,11 0,08 0,00 0,03
- L’allongement d’emboutissage K. W. I. décroît aussi quand l’écrouissage croît; les variations de charge de rupture à l’emboutissage sont irrégulières. Le Tableau IV donne quelques résultats relatifs à l’aluminium et au laiton 67-33.
- Tableau IV. — Influence de l'état du métal sur les résultats des essais d'emboutissage et de traction.
- SIEBEL ET POMP PERSOZ ERICHSEN TRACTION
- MÉTAL TRAITEMENT — — —
- f ae p. 100 Re fV c,. fE CE A p. 100 R
- Aluminium. 10/10 Recuit. 7,8 68 22 14,8 380 10,9 420 45 8,5
- Écroui 40 p.100. 4,8 28 27 11,1 390 9 430 14 12
- — 400 — 3,5 13 29 9,4 410 7,5 460 4 16
- 20/10 Recuit. 10,8 102 24 17,1 840 12,3 910 42 8,5
- Écroui 40 p. 100. 7,9 55 28 14,4 790 11,6 910 18 10
- — 400 — 4,3 — — 12,2 1 100 10 1 210 6 16
- Laiton 67-33. 20/10 Recuit. 17,4 109 79 21,8 3 620 14,4 4 090 69 29
- Écroui 40 p. 100. 11,7 51 127 11,7 3 400 10 3 950 22 43
- — 100 — 4,8 — — 5,9 1 710 4,7 2 070 11 55
- 30/10 Recuit. 17,4 102 85 22,5 5 640 15,9 6 100 65 31
- Écroui 40 p. 100. 15,2 84 116 14,2 4 790 11,5 5 850 35 37
- — 100 — 4,9 — — 7,4 3 140 6,7 3 820 10 55
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- ESSAIS DES TOLES MINCES A L’EMBOUTISSAGE.
- 591
- RELATION ENTRE LES ESSAIS D'EMBOUTISSAGE ET LES ESSAIS DE TRACTION*7'. —
- Essai (Pemboutissage Siebel et Pomp. — Les auteurs ont proposé pour déduire de cet essai la résistance à la rupture par traction R, la relation :
- H =
- Rk
- 7T
- 1 c
- tc ^ e(D e — d)
- [1]
- Ainsi que le montre la première ligne du Tableau V, cette relation n’est en fait qu’approximative. Suivant l’état et l’épaisseur du métal elle est plus ou moins exactement vérifiée.
- Si l’on construit la surface
- /(R, RK, e) = 0,
- on doit obtenir un plan passant par l’axe des épaisseurs si la relation [1] est vérifiée quels que soient l’état et l’épaisseur du métal.
- Tableau Y. — Relation entre les essais d’emboutissage et de traction.
- ACIER ORDINAIRE 10/10 ACIER INOXYDABLE 10/10 LAITON 20/10 ALUMINIUM 10/10 DURALUMIN 10/10
- ‘
- Recuit 850° Écroui 20 p. 100 Écroui 100 p. 100 Trempé 1 050° Écroui 30 p. 100 Recuit Écroui 10 p. 100 Écroui 100 p. 100 Recuit Écroui 40 p. 100 Écroui 400 p. 100 Recuit O •— O O . cT À ^ O Écroui 50 p. 100
- -p- (Siebel et P.). 0,43 0,89 0,31 0,38 0,37 0,34 ? 0,39 0,45 0,54 0,57 0,80 0,80
- K (Persoz). . . 2,9 2,5 2,3 3.2 3 2,75 2,8 2,6 3,1 2,9 2,7 3 2,6 2 5
- K/ (Erichsen). . 4,0 3,6 3,6 5,2 4,3 4,7 4,4 4,4 4,6 3,9 3,8 4,3 3,4 3,4
- Nous avons observé que, pratiquement, cette surface se rapproche assez du plan théorique pour les métaux à grands allongements à l’état recuit, mais s’en écarte beaucoup, au contraire, dans le cas de métaux à allongements inférieurs à 30 p. 100. On constate alors, pour une valeur donnée de l’épaisseur e, que la fonction RE = /‘(R) passe par un maximum ou est même constamment décroissante, cela étant dû à ce que l’outillage d’essai convenable pour le métal recnit ne l’est plus pour le métal écroui, qui possède une résistance élevée et un faible allongement.
- Essais Persoz ou Erichsen. — Nous avons cherché à établir une relation analogue pour ces essais.
- Une expression exacte serait compliquée et inapplicable pratiquement; cependant, en faisant plusieurs hypothèses simplificatrices, on peut arriver à une formule empirique approchée
- R = ——-pour l’essai Persoz K ef
- ou
- R = ——- pour l’essai Erichsen,
- K'e f
- (7) H. Fournier, Sur les résultats fournis par les essais d'emboutissage et sur leurs relations avec l'essai de traction (Comptes rendus, t- 195, 1032, p. 327),
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- 59£ ESSAIS DES TOLES MINCES A L’EMBOUTISSAGE. OCT.-NOV. 1936.
- K et K' étant sensiblement des constantes ainsi que le montre les valeurs indiquées au Tableau Y.
- Essais sous pression d'huile. — L’auteur indique la formule
- R =
- Pr 2e
- r étant le rayon de la calotte sphérique formée, grandeur liée à la flèche f par l’expression
- r~ 8f
- conclusions. — Nous avons montré dans celte série de recherches : que l’essai Siebel et Pomp est plus sensible que les essais Persoz ou Erichsen pour l’étude des métaux à très grands allongements. De plus, il est intéressant pour chiffrer une petite diminution de propriétés ainsi que nous l’avons vérifié expérimentalement dans le cas de la surchauffe et de la corrosion intercristalline; les essais Persoz ou Erichsen sont au contraire préférables pour l’étude des métaux à allongements moyens, en particulier poiir déterminer la variation de leurs propriétés en fonction des traitements mécaniques ou thermiques ; la relation avec l’essai de traction indiquée par les auteurs du procédé K. W. I. n’est qu’approximative. Nous avons montré qu’une relation analogue existait dans le cas des essais Persoz ou Erichsen. Bien que ces relations ne soient pas vérifiées en toute rigueur, elles permettent, néanmoins, d’étendre désormais le champ d’application des méthodes d’essais dont nous venons de parler.
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- BULL. DE LA SOC, ü’eNCOUR. POUR L’iNDUSTRIË NATIONALE. — OCT.-NOV, 4936 (p. 593) =
- LÉS MALADIES DES MÉTAUX, ÉPIDÉMIES ET CONTAGIONS*»
- par M. le professeur Auguste Hollard, chargé de l'enseignement théorique et pratique de l’électrochimie à l’École de Physique et de Chimie industrielles, ancien chef du Laboratoire central de la Compagnie française des Métaux.
- Les métaux sont affligés de maladies, tout comme les êtres vivants. Voilà Une déclaration qui, si elle est confirmée, pourrait bien faire tomber la barrière que ndus avons dressée entre le règne minéral et le règne vivant. Pourtant, quand nous ndus trouvons en face d’un rocher, d’une plante, d’un animal, nous classons, d’emblée et presque sans réflexion : le rocher dans le règne inanimé, la plante et l’animal dans le règne Vivant, parce que nous ne trouvons aucune ressemblance entre ce bloc de pierre, témoin immuable de siècles innombrables, et cette plante, qui grandit lentement, s’épanouit, puis se flétrit, ou ce chien qui gambade, court après sa nourriture et meurt au bout de quelques années.
- Ces catégories irréductibles, au travers desquelles nous voyons la nature, pou fraient bien n’exister que dans notre esprit, et Une science moins superficielle les englober dans une même famille vivante.
- Nous allons découvrir, en effet, dans les corps minéraux, de nombreuses manifestations de la vie. Les pierres et les métaux nous paraissent immuables et inertes à côté du monde vivant. En réalité, sous cette apparence de mort, nous reconnaîtrons toute une organisation d’éléments qui se déplacent pour former des figures parfaitement définies, des groupements appropriés aux réactions provoquées par le milieu extérieur. Nous assisterons, au sein des corps minéraux, à toute une évolution dont la durée, très variable, peut atteindre de nombreux siècles jusqu’à ce que la matière épuisée finisse pour tomber dans le sommeil éternel.
- mouvements moléculaires internes. — Avant de parler de la vie des métaux, fixons notre attention sur leS molécules qui les constituent. Ces molécules sont mobiles; elles peuvent diffuser, même à travers la matière solide. Nous savons déjà que si oh Versé doucement du vin rouge sür de l’eaü, on obtient la superposition des deux liquides, mais qu’au bout de très peu de temps il y a mélange, par suite de la diffusion d’un milieu dans l’autre. Vous savez également que, dans la fabrication de l’acier, des barres de fer plongées dans de la poussière de charbon se laissent peu à peu pénétrer pàr ce métalloïde. De même si, comme l’a fait Robert Austen, on superposé un disque d’or à un cylindre de plomb, âu bout de quelques semaines de côntàct, de l’or sè sera disséminé jusqu’à l’extrémité du cylindre de plomb. Austen opérait dans l’eau bouillante. Spring, en serrant un disque de cuivre contre un disque d’étain, a obtenu, de part et d’autre de la surface de séparation, une couche de bronze réunissant les deux métaux; il y a donc eu pénétration réciproque des deux métaux. J’ai eu, moi-même, à examiner, il y a quelques années, un tube de plomb qui avait été doublé intérieurement d’étain pur. Ce tube était utilisé par un
- (1) Conférence faite par l’auteur en séance publique, le 26 mai 1934.
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- brasseur, qui avait voulu faire l’économie d’un conduit en étain pur, pour faire monter sa bière de sa cave à son comptoir. Au bout de quelques mois d’usage tous ses clients furent empoisonnés. C’est alors que je fus appelé à examiner le tube : l’analyse me révéla que de nombreuses molécules du plomb extérieur avaient traversé l’étain intérieur et, de là, avaient passé dans la bière.
- Cette mobilité des molécules va nous permettre d’assister à des réactions qui nous rappelleront singulièrement les phénomènes de la vie. Le martelage d’un métal, sa compression entre les deux cylindres du laminoir qui l’amène à l’état de feuille, la réduction de ce métal à l’état de fil par le passage à la filière, donnent des propriétés nouvelles à ce métal; celui-ci est dit écroui. Il a perdu sa souplesse, il ne s’allonge plus facilement sous les efforts de traction. Par contre, il est devenu très dur et capable de résister à de très grands efforts mécaniques. Ce changement de propriétés est accompagné d’un changement de texture visible au microscope.
- Voici la photographie (fig. 1), prise au microscope, de la texture d’un laiton à 67 p. 100 de cuivre, avant l’écrouissage; vous y voyez les facettes différemment éclairées de nombreux cristaux. Ce métal se plie facilement. Voici la photographie (fig. 2) du même alliage après écrouissage; les cristaux ont disparu et sont remplacés par une
- masse granuleuse. Le métal est devenu dur et résiste aux pliages.
- Cet état d’écrouissage est, pour le métal, le point de départ de toute une évolution. Au bout d’un temps plus ou moins long, qui peut atteindre plusieurs siècles, les molécules se sont groupées en cristaux, d’abord très petits, puis plus grands, dont la croissance s’arrêtera lorsque le métal aura fini d’évoluer; il sera alors arrivé au terme de sa carrière. On peut hâter cette évolution et provoquer en quelque sorte la fin violente du métal en le chauffant à une température suffisamment élevée, inférieure cependant à son point de fusion. C’est l’opération du recuit. On revient à l’aspect de la figure 1.
- Au cours de ce chauffage, l’influence du recuit ne se manifeste pas avant la température de 250°. Jusque-là, la structure de l’alliage ne se modifie pas. Mais il devient nettement cristallisé, avec des cristaux encore très petits, pour des recuits effectués au-dessus de 250°; en même temps sa résistance à la traction diminue rapidement et son pouvoir d’allongement augmente d’autant plus que la température s’élève. Un recuit complet n’est obtenu que vers 800° et les cristaux sont alors très grands.
- Mais ce n’est pas encore la mort définitive ; car un nouvel écrouissage fait repasser le métal à l’état de masse granuleuse et son évolution recommence lentement, à moins que nous la précipitions encore en chauffant l’alliage. Et cette
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- série d’opérations peut être continué#, mais non pas indéfiniment; au moins pour ce qui concerne le nickel auquel j’ai fait subir, le nickel étant à l’état de planche de 40 mm d’épaisseur, quatre écrouissages alternant avec quatre recuits, ce qui a réduit l’épaisseur du métal à 1,2 mm. A partir du deuxième recuit, la planche de nickel, qui avait une texture nettement cristalline, a conservé cet aspect malgré des compressions énormes entre les cylindres d’un puissant laminoir, et ces compressions ne modifiaient plus les propriétés mécaniques du nickel.
- Nous avions affaire à un métal incapable de réagir, à un métal complètement mort.
- Cette vie des métaux a joué plus d’un vilain tour aux industriels.
- Des barres de métaux écrouis à froid se sont spontanément fendues et ouvertes dans les magasins où elles reposaient depuis plusieurs années. Les barres ainsi altérées étaient en laiton, en bronze d’étain, en bronze d’aluminuim, en acier à forte teneur en nickel, etc. Tous ces alliages étaient inégalement écrouis au centre et à la périphérie de la barre. Lors de leur étirage, les couches superficielles du métal, plus comprimées que le reste du métal, par suite du frottement de la filière, avaient été retenues par cellè-ci alors que le noyau était étiré plus énergiquement. De là des vitesses différentes dans l’évolution de ces deux parties, des poussées et des compressions intérieures et, comme conséquence, la déchirure fatale. Celle-ci peut être provoquée sur les alliages écrouis par l’humidité, par la chaleur ou par des agents corrosifs.
- (Test ainsi que dans les Indes, les douilles de cartouches se fendent surtout pendant la saison humide; de là le nom de « season cracking », ou fissuration saisonnière, donné à ce phénomène, qui n’a pas été observé seulement dans les Indes, mais aussi chez nous (i).
- Des objets — comme tes lampes à pétrole — préparés avec du laiton en feuilles fortement laminées (à 62,5 p. 100 de cuivre) présentent, eux aussi, après quelque temps d’usage, des fentes et des trous, surtout dans les appartements chauffés, alors qu’ils restent indemnes dans une atmosphère froide(3).
- Une chute brusque de la pression atmosphérique peut provoquer la rupture des ressorts des chronomètres.
- Des barres de bronze d’aluminium, restées une dizaine de jours dans l’eau de la Seine qui avait débordé jusque dans les magasins de l’usine où je travaillais, se sont fendues sur une grande partie de la longueur. Il est vrai que c’était à Saint-Denis, pas loin de l’embouchure du grand égout collecteur.
- Des tôles d’alumimium, plongées dans l’eau ordinaire, présentèrent, au bout de quelques semaines d’immersion, des boursouflures recouvertes d’efflorescences blanchâtres et, finalement, leurs arêtes éclatèrent partiellement. Ces mêmes tôles
- (2) E. Heyn, The Journal of the Institute of Metals, XII, 3-37 (1914).
- (3) E. Cohen, Revue générale des Sciences, p. 323 ss. (1910).
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- recuites et immergées dans la même eau ne s’altérèrent plus (fig. 3 : Heyn, loc. cit.), la chaleur ayant annulé les efforts internes.
- D’une façon générale, au-delà d’une température limite, variable pour chaque métal ou alliage, les tensions funestes dues à l’écrouissage à froid disparaissent^ Et même à une température très inférieure à cette température limite, on arrive à diminuer d’une façon remarquable l’intensité des tensions internes.
- Les métaux écrouis à froid peuvent encore se fissurer sous l’influence du gaz carbonique, des vapeurs ammoniacales, sulfureuses, si leur action est suffisamment prolongée(4).
- Sans attendre l’apparition des craquelures, on peut les provoquer, hâter leur venue en affaiblissant la résistance de la couche externe de l’alliage écroui. A cet effet, il suffit d’amalgamer cette couche externe, ce qui diminue sa résistance ; on débride ainsi la partie interne qui peut alors cristalliser en augmentant de volume, et les fissures apparaissent aussitôt.
- Voici des expériences(5) qui mettent en valeur la pression considérable exercée par le noyau d’une barre de laiton écrouie sur la périphérie et par celle-ci sur le noyau. Une barre de laiton (Cu= 57,8 p. 100; — Zn — 40,8 p. 100; — Pb == 1,35 p. 100) est étirée à froid jusqu’à ce que son diamètre initial de 28 mm se soit réduit à 25 mm. Cette barre, ainsi écrouie mais non fissurée, est partagée en plusieurs barreaux qui ont servi à autant d’expériences :
- Un premier barreau est plongé dans une solution de nitrate de mercure; 10 minutes après l’immersion, la barre se fissure avec un bruit aigu, par suite de la pression énorme exercée par le noyau sur la périphérie affaiblie par le mercure.
- Une seconde expérience peut rendre évidente la pression exercée par la partie superficielle de la barre; on prend un deuxième barreau (de la même barre étirée) qu’on force intérieurement suivant son axe de façon à l’évider sur un diamètre de 16 mm. Par cette opération, on supprime, au moins partiellement, les tensions internes : les pressions externes subsistant seules, compriment le barreau dont le diamètre extérieur se rétrécit, en conséquence, de 2,5 mm. Après quoi, le barreau est plongé dans le bain de nitrate de mercure sans manifester la moindre fissure.
- Dans une troisième expérience, on prend un troisième barreau et on le dégrossit extérieurement par la lime ou par le tour jusqu’à ce que son diamètre diminue de 15 mm; le métal peut alors se dilater sans contrainte, et si on plonge le barreau dans un bain de nitrate de mercure, on ne constate plus ni craquelures ni fissures.
- Enfin, dans une quatrième expérience, un quatrième barreau — provenant toujours de la même barre étirée — est chauffé à 100° au moins pendant 3 heures; on le plonge ensuite dans une solution de nitrate de mercure ; ce bain ne provoque pas la moindre fissure, la chaleur ayant équilibré les tensions ou les ayant annulées.
- métaux purs. — Si nous passons des alliages aux métaux purs, nous verrons que ces métaux peuvent subir, dans leurs propriétés physiques, d’importantes modifications, passer par des états allotropiques, véritables maladies où, parfois, le métal perd toute consistance.
- (4) E. Heyn, loc. cit.
- (5) E. Heyn, The Journal of the Institute of Metals, XII, 3-37 (1914).
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- Étain (6). — L’étain est sujet à deux maladies, maladies contagieuses, modifiant profondément ses propriétés physiques; l’une de ces maladies est produite parla chaleur, l’autre par le froid.
- L’étain écroui (étain laminé, papier d’étain) est un métal écrasé, dans un état instable, en voie de cristallisation. Cette cristallisation est provoquée par la chaleur sous l’influence de laquelle le métal devient rugueux et perd toute solidité. Si l’on touche du métal sain laminé ou une feuille de fer-blanc avec un germe d’étain cristallisé, l’étain sain ne tarde pas à prendre la forme cristalline et l’aspect rugueux. Cette maladie d'écrouissage a été appelée « Forcierkrankheit » par von Hasslinger, qui a été le premier à la signaler. Cette maladie ne doit pas être confondue avec la peste de l’étain que nous examinerons tout à l’heure. Il n’y a pas que la chaleur qui produise la Forcierkrankheit. Une feuille d’étain ou de fer-blanc, décapée sur un de ses points par de l’acide chlorhydrique additionné d’un peu de chlorate de potasse, se recouvre en cet endroit de fins cristaux : c’est le moiré métallique bien connu. Ce moiré, bien lavé à l’eau et séché avec un papier' buvard, a toutes les propriétés de l’étain cristallisé. Il fait cristalliser immédiatement toute feuille d’étain laminé qui le touche intimement.
- Une autre maladie de l’étain, beaucoup plus connue que la précédente, est également contagieuse; elle a été appelée par Cohen, qui l’a beaucoup étudiée, la peste de Vétain. Elle se produit sous l’influence du froid. L’étain blanc devient gris, perd son brillant et sa consistance; sa densité passe de 7,3 à 5,8, c’est dire qu’il augmente de volume; il est en état de foisonnement. Au moindre choc, il se réduit en une fine poussière de cristaux gris dont les plus petits se répandent dans l’atmosphère; si bien que tous les objets en étain situés dans son voisinage sont atteints par ces germes et passent, à leur tour, à l’état d’étain gris pulvérulent. C’est ainsi qu’en Russie, sur des capotes de soldats, des boutons d’étain, devenus gris sous l’influence du froid, ont empoisonné les boutons de tout un régiment. Si, par malheur, un uniforme contaminé était transporté dans un quartier indemne, on y constatait de nombreux cas de cette maladie. Le même phénomène s’est produit sur des tuyaux d’orgue en étain ; il a suffi d’un tuyau malade pour que tous les tuyaux sains subissent le même sort, c’est-à-dire tombent en poussière. L’étain devient gris d’autant plus rapidement que le froid est plus intense. La transformation est presque instantanée à — 48°, qui est la température optima de transformation ; elle est très lente aux approches de -j- 18° et ne se produit plus du tout au-dessus de cette température, qui est ce qu’on appelle la température critique de l’étain. Pour éviter la peste de l’étain, il suffit de maintenir les objets en étain à une température supérieure à la température critique de 18°. Au-dessus de cette température, l’étain reste blanc ; au-dessous, il est à l’état instable et tend à se convertir en étain gris. Cette transformation est accompagnée d’un dégagement de chaleur (532 cal par atome-gramme).
- L’étain était déjà connu en l’année 3 000 avant Jésus-Christ, époque à laquelle il entrait déjà dans la composition des bronzes. Si l’on ne trouve pas en Eurore d’objets en étain plus anciens que l’ère chrétienne, c’est qu’ils ont eu le temps de passer à l’état d’étain gris, qu’ils sont tombés en poussière et que, dans cet état de division,
- (6) E. Cohen, loc. cit.
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- ils se sont oxydés sous forme de poudre blanche d’oxyde d’étain. On a retrouvé néanmoins une médaille d’étain qui devait être assez épaisse, datant du moyen âge ou peut-être de l’époque romaine, en étain pur, mais complètement recouverte d’oxyde d’étain. En Égypte, dans un caveau où la température n’a pas dû tomber au-dessous de 18°, on a retrouvé, sur une momie, une feuille d’étain (exempte de plomb) datant de 600 ans avant J.-G. environ.
- On connaît heureusement des remèdes préventifs contre la peste de l’étain. En alliant l’étain avec un millième de bismuth ou d’antimoine, la vitesse de transformation de l’étain blanc en étain gris se trouve très diminuée. Si la proportion de bismuth ou d’antimoine dépasse 5 millièmes, la peste est définitivement enrayée et ne se produit plus, même aux très grands froids. Avec ces proportions, le bismuth et l’antimoine n’empêchent pas les feuilles d’étain de très bien se laminer. Ce n’est qu’avec 1 p. 100 de ces métaux additionnels que la feuille commence à se denteler sérieusement sur les bords(7). Le cadmium, le plomb, le zinc, le cuivre et l’argent retardent aussi la peste, mais avec moins d’efficacité.
- C’est parce qu’il tient 5 p. 100 de plomb qu’un vase en étain, datant de 350 avant J.-C. et exhumé en Angleterre, a pu se conserver jusqu’à nos jours. Ce vase, rendu très fragile par son état de cristallisation avancée, est au British Muséum ; il n’est pas entier.
- Plomb. — Le plomb, lui aussi, affecte des états allotropiques différents qui peuvent le rendre fragile. Une feuille de plomb, plongée trois semaines durant dans une solution d’acétate de plomb acidifiée par de l’acide nitrique, change de structure : des cristaux apparaissent, le plomb devient gris foncé, il perd de sa malléabilité et de sa fermeté. La partie foncée, une fois séchée, tombe en poussière quand on la frotte entre les doigts. Une lame de plomb inoculée avec cette poussière et mise dans la même solution devient rapidement cassante (Heller).
- Une autre maladie peut atteindre le plomb, mais par un tout autre processus. En 1926, une fabrique allemande expédia dans le Sud-Ouest de l’Asie des câbles enveloppés de plomb pur et enroulés sur des tambours. Après un voyage comprenant une traversée de 8 semaines, quelques petits trajets en chemin de fer et 450 km de parcours en montagne dans des voitures très primitives, non suspendues, les câbles arrivèrent complètement inutilisables : le plomb était fendu sur toute sa longueur. Ce sont les trépidations du voyage, surtout à travers les montagnes, qui ont provoqué la modification du plomb(8) 9.
- On a pu reproduire ces fissures sur des éprouvettes de plomb qu’on a soumises à 2 000 efforts alternés de ± 62 kg/cm2 à ± 27 kg/cm2. Les éprouvettes ne subirent aucun changement permanent de longueur mais elles se criblèrent de craquelures développées le long des joints entre les cristaux(y).
- La chaleur également peut effectuer la transformation, rapidement au-dessus de 100° et d’autant plus lentement qu’on s’approche de 50°, qui est la température critique de transformation, au-dessous de laquelle le changement ne se fait plus. On a vu des toits de chambres de plomb cristalliser à la longue parce qu’ils avaient été exposés à des températures supérieures à 50° sous l’action des rayons du soleil. On peut
- (7) Tammann, Zeitschrift far Melallkunde, juillet 1932, p. 254.
- (8) Haehnel, Zeitschrift für Metatllcunde, 12 décembre 1927.
- (9) S. Beckinsai.e et M. Waterhouse, Institute of Metals (1928).
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- rendre le plomb trois ou quatre fois plus résistant aux trépidations en l’alliant avec 0,5 p. 100 de cadmium (,0).
- Antimoine. — L’antimoine présente, lui aussi, deux états allotropiques : un état stable et un état instable, celui-ci obtenu en électrolysant du trichlorure d’antimoine dans de l’acide chlorhydrique entre une anode d’antimoine et une cathode de platine sur laquelle se forme un dépôt brillant d’antimoine. Ce métal est instable; il tend à se transformer en antimoine stable, ce qui pourra nécessiter des mois ou même des années, à moins qu’on ne gratte ou frappe le métal : aussitôt, l’endroit touché explose, transmet la maladie au reste du métal qui tombe en poussière avec dégagement de chaleur. L’antimoine électrolytique contient toujours du trichlorure d’antimoine (au moins 3 p. 100) et sa densité varie de 5,26 à 6,3, alors que la densité de l’antimoine stable est de 6,7.
- Nous arrêtons là notre liste des métaux sujets à des changements allotropiques, bien qu’elle s’étende à beaucoup d’autres métaux (cadmium, bismuth, argent). Tous ces métaux sont susceptibles de se modifier en passant par deux ou trois états allotropiques, ce qui suppose un équilibre instable et des transformations souvent accompagnées d’une variation notable de volume, avec la désagrégation du métal.
- Un métal n’est donc jamais complètement défini; et, en particulier, ce qu’on appelle ses constantes physiques (chaleur spécifique, densité, propriétés mécaniques) sont peu constantes. Nous l’avons vu pour l’étain et l’antimoine et nous le savions déjà pour le carbone qui, à l’état de diamant, a une densité de 3,5 et à l’état de graphite une densité de 2,3.
- verre. — Quittons un moment les métaux pour faire une petite digression en faveur du verre. Car le verre, lui aussi, est le théâtre de modifications très importantes dues à sa constitution et à sa mauvaise conductibilité pour la chaleur. Quand le verre passe de l’état fondu à l’état solide, la surface, quelle qu’elle soit, de l’objet fabriqué, se solidifie la première et se trempe facilement, alors que la masse interne, restée liquide, est continuellement le siège de cristallisations spontanées, de variations de coloration, de dévitrifications partielles. Voilà pourquoi les verres anciens ont une teinte blanchâtre et semblent comme embués. La masse interne des objets en verre, en perpétuelle surfusion, est comprimée, comme bridée par la surface trempée qui l’emprisonne; elle est donc incapable d’obéir aux lois de sa dilatation et de sa contraction. Cela explique pourquoi les glaces se brisent si souvent spontanément dans les magasins des verriers; pourquoi les thermomètres changent de capacité, nécessitant des vérifications fréquentes dans leur graduation.
- On peut augmenter la stabilité du verre par le recuit : on réchauffe l’objet en verre jusqu’à une température aussi élevée que possible; on la maintient constante un certain temps, puis on laisse refroidir lentement. Mais on peut obtenir le même résultat à basse température en produisant des successions d’échauffements et de refroidissements lents. On arrive ainsi à un certain équilibre dans la masse du verre, même avec des oscillations très faibles de température. (Marchis.)
- réactions mécaniques. — Revenons aux métaux. La facilité qu’ont les molécules de pouvoir se déplacer permet aux métaux de réagir, de se défendre contre les causes
- (10) Haehnel, loc. cit.; — S. Beckinsale et H. Waterhouse, loc. cil.
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- de destruction qui surviennent; il y a là une adaptation au milieu qui rappelle les procédés des plantes et des animaux.
- On prépare une tige cylindrique en laiton de 1 cm2 de section en vue de vérifier les propriétés mécaniques d’un lot important de cet alliage. On soumet cette tige à une traction progressive qui l’allonge en diminuant son diamètre. Lorsque cet effort atteint 4 000 kg soit 40 kg/mm2, la barre s’est allongée de près de la moitié de sa longueur et un étranglement se produit en un point de la barre ; c’est là que la rupture va se produire; mais on arrête la traction avant la rupture. Dégrossissons cette barre au tour, de manière à diminuer son diamètre jusqu’à faire disparaître la partie étranglée. Après cela, soumettons cette barre à une nouvelle traction jusqu’à la rompre, la rupture ne se produira pas à la place du premier étranglement mais au-dessus ou au-dessous. La partie malade s’est cicatrisée : elle est devenue plus dure et plus résistante que le reste de la barre.
- Celte lutte pour la conservation du métal est encore plus active pou ries aciers au nickel. L’étranglement qui se produit en un point de la barre étirée est suivi d’un renforcement immédiat en cet endroit, une nouvelle striction se dessine un peu plus loin, mais elle s’arrête par suite du durcissement qui affermit la barre en ce nouveau point faible et le phénomène se répète jusqu’à ce que la barre se soit renforcée sur toute sa longueur. L’alliage, qui au début était relativement mou, est devenu très dur et, de plus, magnétique.
- Un autre exemple de réaction des métaux contre les influences extérieures est le durcissement superficiel des rails de chemin de fer sous l’influence du patinage des roues.
- Rails d’acier(ll). — Le blocage des freins entraîne, pour le rail, une friction énergique de très courte durée, accompagnée d’une grande élévation de température; celle-ci affecte seulement une couche très mince, de 1/10 à 1/5 mm d’épaisseur à la surface du rail. A la suite de cet échauffement, un refroidissement brusque, dû à la conduction du rail, détermine la trempe de cette pellicule qui devient ainsi très dure. La masse du rail, plus ductile que cette pellicule trempée, cède et s’élargit sous la pression du train jusqu’à s’échapper en fortes saillies latérales. Mais la couche trempée, beaucoup plus dure et non ductile, ne pouvant s’étaler simultanément, se déchire et se couvre de criques (tig. 4 et 5). On voit sur la figure 5, qui est à faible grossissement, les fissures qui suivent les grains d'impureté. Si la masse du rail n’est pas fragile les couches sous-jacentes à la surface trempée ne sont pas affectées (fig. 6, en haut). Si cette masse est fragile, au contraire, les fentes se continuent à l’intérieur du rail, en cheminant par les points faibles c’est-à-dire par les grains d’impuretés (fig. 6).
- Entre deux traverses, le rail est alternativement tendu et détendu sous la charge du train. Aussi les fissures s’ouvrent-elles et se ferment-elles alternativement comme des soufflets, tout en s’allongeant à l’intérieur du rail sur plusieurs millimètres et même sur plusieurs centimètres, si bien que le rail finit par se rompre. Ce défaut, très grave, n’est pas toujours facile à déceler parce que le roulement du train écrase les bords des fissures et les rend invisibles. Le déraillement du rapide Bordeaux-Paris, le 25 mars 1925, a été causé par la rupture en 21 morceaux d’un rail craquelé.
- (H) Ch. Fremont, Mémoires technologiques; passim. (Les jigures qui suivent sont empruntées au même auteur, sauf les figures 12 et 17.) — M. 11. Yitteau, Revue de Métallurgie, septembre et «octobre 1927.
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- Voici la reproduction (fig. 7) d’une autre sorte de défaut. Lorsque les roues d’une locomotive, au lieu de. tourner en avançant, tournent sur place, la chaleur
- Fig. 4.
- produite par leur frottement sur le rail amènera fusion superficielle, comme on le voit sur la figure 7.
- Les fissures ne partent pas toujours de la surface de roulement du rail : il y a
- Fig. 5.
- des fissures internes qui ne se traduisent par aucun indice (fig. 8). De 1911 à 1925, ce genre de défaut a causé aux États-Unis plus de 15 000 ruptures de rails et plusieurs accidents très graves dont celui de Victoria (27 octobre *1925) où on a compté 135e Année. — Octobre-Novembre 1936. 40
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- 28 tués et 73 blessés. L’origine de ces fissures internes remonte à la fabrication du rail. Au cours de son refroidissement dans la lingotière, l’acier peut affecter un retrait; il se creuse; c’est ce qu’on appelle le phénomène de la retassure. Ce creux a généralement la forme d’un cône dont la base se trouve au sommet du lingot. Si celui-ci n’a pas été suffisamment chuté, c’est-à-dire coupé assez bas pour être sans
- Fig. 6.
- retassure, on retrouve après laminage le creux ou le vide réduit à une fissure ou même à une poche. La poche se produit quand les gaz qui remplissaient le vide n’ont pu s’échapper; le laminage ayant réduit leur volume, les gaz se trouvent comprimés, mais ils se détendent aussitôt que cette compression disparaît, c’est-à-dire à la sortie du laminoir. Repoussant les parois peu épaisses et molles, parce que très chaudes, du rail, ils provoquent les cloques qu’on voit sur la figure 9.
- Les fissures internes peuvent encore être dues aux phénomènes de la ségrégation : les corps étrangers au fer (sulfures, phosphures, etc.) qui abaissent son point de
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- fusion s’accumulent dans les régions solidifiées les dernières. Leur répartition finale est influencée par la température de coulée, et par l'agitation provoquée par la sortie des gaz. La ségrégation peut se condenser en un noyau central distinct du métal sain (fig. 10) ; autour de ce noyau des traînées de trous et de fissures (fig. 10),
- Fig. 7.
- facilitent le décollement du noyau central (fig. 10). Voici une figure (fig. 11) où l’on voit une fente provoquée par le choc des véhicules quand ils roulent sur des rails.
- Fig. 8.
- Cette fente passe par le milieu de plusieurs noyaux d’impuretés (ségrégation).
- Les rails ségrégés en se rompant ont occasionné des accidents graves. Une ou plusieurs fissures se développent à partir des points de ségrégations ou d’inclusions et déterminent une déchirure initiale du métal. Sous l’effet du passage du train, le rail se tend et se détend alternativement et, simultanément, les parois de la déchirure s’ouvrent et se ferment; puis, tandis que la déchirure s’agrandit, le défaut du
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- rail prend l’aspect caractéristique qui a fait donner à ce genre de maladies le nom de « taches ovales argentées » (fig. 12, cliché Cushing).
- Fig. 10.
- Une autre cause de détérioration des rails est la corrosion. Elle est provoquée par la présence d’inclusions non métalliques répandues sur la surface du rail. En
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- présence d’humidité, de fumées corrosives (surtout dans les tunnels où les gaz sulfureux et carbonique abondent), ces inclusions, moins attaquables que l’acier du rail,
- Fig.' il.
- constituent les pôles positifs d’une pile dont l’acier qui les entoure est l’autre pôle plus attaquable (fig. 13). Cette corrosion qui se traduit par une surface couverte de
- petits cratères, réduit la surface de contact du rail avec les roues, et cette surface réduite s’use rapidement.
- Maintenant que nous connaissons les causes des déraillements, voyons si on peut les éviter.
- Pour remplacer les rails malades, on peut penser à mobiliser une armée de spé-
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- cialistes qui, toute la journée, seraient occupés à examiner la voie, rail par rail. Heureusement la Compagnie Sperry, de Chicago, a trouvé un procédé plus expédient parce qu’il est automatique. Un wagon est muni d’une batterie d’accumulateurs qui fait passer un courant électrique sur le rail entre deux brosses métalliques dépen-
- Fig. 13.
- dant du wagon et qui frottent le rail tandis qu’avance le wagon. Les deux brosses sont séparées par une distance fixe, 2 m par exemple. Le courant électrique traverse ainsi ces 2 m de rail et se ferme, dans le wagon, sur un galvanomètre, indicateur du
- Fig. 14.
- courant. Si les deux brosses viennent à embrasser un rail fissuré ou crevassé, aussitôt le courant électrique faiblit, l’aiguille du galvanomètre dévie et peut, par exemple déclencher, en même temps, l’ouverture d’un réservoir de peinture qui envoie un jet de couleur §ur le rail contaminé. Il suffit alors de parcourir la voie et de remplacer les
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- Fia;. 15.
- rails teintés. Une voiture Sperry est en service sur le New York Central Railroad depuis septembre 1931 (Railway Age du 30 janvier 1932).
- D’une façon générale, pour empêcher les accidents, il faut n’utiliser que des rails non fragiles, c’est-à-dire en acier pur homogène. Il faut éviter le refroidissement brusque du rail au sortir du laminoir sous peine de tremper l’extérieur du rail alors que l’intérieur, qui conserve
- longtemps sa chaleur, ne se trempe pas. De ' • ... . .
- là des tensions internes qui peuvent à la ' * t
- longue provoquer des catastrophes. Cette . - *
- trempe des rails est évitée par leur refroi- **
- dissement lent : à la sortie du laminoir, le . . J
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- à des fours spéciaux. On peut aussi prati- ' . *
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- tionnés, avec des quantités d’eau détermi- •*-•**"; rmf,
- nées, suivis d’un revenu, c’est-à-dire d’un . ' V '•.*».
- recuit partiel.
- Voici encore des photographies de câbles, où l’on voit des ségrégations dangereuses pour la solidité du câble (fig. 14) ; ce sont autant de points faibles et autant de causes de fissures. La figure 15 montre un fil d’acier de 2 mm de diamètre traversé par une fissure interne qui s’étend sur la moitié du diamètre. Le métal est criblé de petits grains de scorie et la fissure paraît avoir cheminé de grain à grain sous l’influence des vibrations déterminées par le tréfilage; or, ce fil n’a pas encore servi et il est destiné à la construction d’un aéroplane!
- Essais d'endurance. — Un mot, pour finir, sur les essais d’endurance auxquels on soumet les métaux et les alliages. Pendant trop longtemps on a qualifié les métaux en les soumettant à des essais de traction, de dureté, de résistance au choc. Ces essais se sont montrés tout à fait insuffisants. Il y a, en effet, peu d’organes métalliques qui
- n’aient à supporter que des efforts continus et de direction constante. Dans la plupart des cas, les métaux ont à subir des efforts discontinus, répétés, de sens différents, des chocs et des percussions qui se succèdent. Bien souvent, des pièces que le calcul avaient indiquées comme travaillant au-dessous de leur limite élastique se sont déformées ou rompues en service après avoir subi un grand nombre d’efforts successifs dont un seul n’aurait eu aucun effet sensible. Un défaut microscopique provoqué par une impureté ou une irrégularité de la matière ne rend le métal fragile que sous des sollicitations mécaniques répétées qui étendent progressivement la failure primitivement invisible. « La figure 16 montre, selon Fremont, la nais-
- Fig. 16.
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- LES MALADIES DES MÉTAUX. — OCTOBRE-NOVEMBRE 1936.
- sance, la propagation et l’élargissement d’une fissure interne provoquée par de petits chocs répétés, assez faibles pour ne pas déformer le métal sain, mais suffisants pour créer des fissures passant par les points faibles, c’est-à-dire par les grains d’impureté. » Sous ces efforts répétés, la pièce se rompt le plus souvent brutalement sans déformation préalable (fig. 17, cliché R. Wagner).
- Il a donc fallu inaugurer des méthodes d’essai ayant pour but de soumettre les matériaux « à la fatigue », en leur appliquant des efforts répétés, inférieurs à la
- limite élastique, dont aucun séparément ne laissât de traces permanentes et d’enregistrer la façon dont ces matériaux « endurent » ces efforts répétés. Ce sont les « essais d’endurance ».’
- Le principe n’est, pas nouveau puisque Wôhler s’en préoccupait déjà en 1866. Depuis, le problème a été repris par de nombreux savants : Gough, Rawdon, Breuil,- Boudouard, Fremont, A. et L. Guillet, H. Le Ghatelier, Cazaud, Moore, Kommers, etc. On a imaginé, pour ces mesures, un grand nombre de machines opérant par tensions et compressions, par torsions alternées, par chocs répétés, par tractions combinées à des torsions, etc.
- Je m’arrête, bien que le sujet ne soit pas épuisé. Nous avons appris qu’en face d’un métal malade, on peut porter un diagnostic et même apporter des remèdes. Cette science médicale sera beaucoup plus avancée quand on pourra connaître le tempérament du métal, c’est-à-dire la nature et la proportion de ses modifications allotropiques qui, elles-mêmes, dépendent de son âge, de son histoire et même de sa préhistoire, à savoir des détails de sa fabrication. C’est ce que la science ne saurait tarder à nous apprendre.
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOUR. POUR L’iNDUS. NAT. — OCTOBRE-NOVEMBRE 1936 (p. 609).
- SOLUTIONS NOUVELLES A QUELQUES PROBLÈMES DE TRACTION ÉLECTRIQUE1*,
- par M. Albert Erb, Ingénieur des Arts et Manufactures.
- La traction électrique, qui prend à l’origine son énergie électrique sous forme de courant haute tension, la transforme dans des sous-stations sous la forme de courant continu (1500-750 Y), en alimente des rails électriques et des caténaires, afin de l’utiliser pour la traction, l’éclairage et le chauffage des véhicules, offre des problèmes multiples aux solutions variées.
- Ce sont quelques solutions nouvelles à une dizaine de ces problèmes qui font l’objet du présent exposé.
- Abordons d’abord le problème de l’énergie sous sa forme de haute tension, en examinant le réseau de câbles haute tension de la banlieue parisienne du réseau de l’État, cas complexe par l’importance de cette banlieue aux ramifications multiples.
- Réseau de câbles haute tension de la banlieue parisienne du réseau de l'Etat (fig. 1). — Le courant à très haute tension (60 000 Y) est fourni par l’Union d’Élec-tricité (U. D. E.) à deux postes de livraison dits Usines : Usine Nord, à Nanterre, et Usine Sud, à Issy. La tension y est abaissée à 15 000 V. Puis, de ces postes de livraison, par ses propres moyens, le Réseau de l’État envoie l’énergie électrique par un réseau de câbles à 13 sous-stations principales et quelques sous-stations secondaires. Citons pour la ligne de Saint-Germain : Cardinet, Asnières, La Garenne, Chatou, Saint-Germain ; pour la ligne de Versailles rive droite : Cardinet, Asnières, Suresnes, Saint-Cloud, Porchefontaine; pour la ligne de Versailles rive gauche : Champ-de-Mars, Meudon, Porchefontaine (fig. 1). Entre les postes et les sous-sta-tions, toutes les liaisons par câbles haute tension sont doubles, de façon à pouvoir parer à toute indisponibilité de l’un des câbles.
- Un mode classique d’exploitation d’un tel réseau de câbles consiste à ne mettre en service, sous tension, que l’un des deux câbles de chaque liaison, de sorte que le second câble se trouve en réserve, hors tension, mais prêt cependant à être mis en service en peu de temps, si le premier câble devient indisponible pour une raison quelconque.
- Un autre mode d’exploitation, actuellement expérimenté avec succès, consiste à utiliser simultanément tous les câbles, en les mettant en charge, soit sur les postes « Traction », soit les postes « Force et Éclairage ». Il présente les avantages suivants :
- 1° une avarie de câble n’intéresse qu’un nombre restreint d’usagers : les incidents Traction n’ont pas de répercussion sur l’alimentation Force et Éclairage, et réciproquement ;
- 2° il a été possible de réaliser une alimentation « panachée » des sous-stations d’une même ligne, par exemple, pour Saint-Lazare-Saint-Germain, on trouve successivement Cardinet sur Usine Nord, Asnières sur Usine Sud, La Garenne sur
- (1) Communication faite par l’auteur à la Société d’Encouragement le 25 avril 1936.
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- (510 PROBLÈMES DE TRACTION ÉLECTRIQUE. — OCTOBRE-NOVEMBRE 1936.
- Usine Nord, Chatou sur Usine Sud, Saint-Germain sur Usine Nord. Dans ces conditions, un arrêt total de l’une des usines est sans répercussion notable sur la traction ;
- 3° les changements de câbles sont immédiats puisqu’ils sont tous sous tension, et on est immédiatement averti d’une avarie ;
- 4° il a été possible, partant d’une situation de base immuable, de prévoir tous les
- Si tuai ion Norm&le.
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- Usine. 5ub
- Champ de f^ars .Ouest-Ceinlure
- 1. — Schéma du réseau des câbles à haute tension de la banlieue parisienne du Réseau de l’État.
- incidents possibles et d’établir des consignes relatives aux mesures à prendre ; en particulier des liaisons de secours entre les deux usines peuvent être obtenues en un temps très réduit.
- Le courant haute tension arrivant aux sous-stations y est tranformé en courant continu (par transformateurs alimentant des commutatrices ou des redresseurs). Ce courant est envoyé sur une barre omnibus, puis sur des feeders d’alimentation de voie.
- La solution classique pour la protection du matériel contre les surcharges et les courts-circuits consiste à prévoir des disjonctions par maxima de courant, tant des disjoncteurs de feeders que des disjoncteurs de machine. Ce procédé a l’inconvénient, avec les très grandes variations de charge dues aux rames automotrices, de ne pas permettre une sélectivité suffisante entre les deux catégories de disjoncteurs
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- PROBLÈMES DE TRACTION ÉLECTRIQUE.
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- et de limiter arbitrairement la puissance maximum débitée par chaque feeder. Or, toute disjonction due à une perturbation de trafic ne peut qu’aggraver cette perturbation puisqu’elle prive de courant les rames au moment précis où elles en auraient le plus besoin.
- Fonctionnement des disjoncteurs. — La solution proposée consiste à supprimer les disjonctions par maxima instantanés des feeders, afin de permettre à ceux-ci de fournir du courant autant que les besoins occasionnels de la traction l’exigent. La protection du matériel peut alors être assurée comme suit :
- 1° des relais d’intensité relatifs aux machines permettent de mettre en service en temps voulu un nombre suffisant de machines, de façon à pouvoir disposer de toute l’énergie nécessaire;
- 2° au cas où on atteint la limite de la puissance disponible, le relais de l’intensité machine provoque l’ouverture en cascade des disjoncteurs de feeders, jusqu’à ce que l’intensité soit ramenée à une valeur acceptable (il convient d’examiner par cas d’espèce la priorité d’alimentation à donner aux divers disjoncteurs);
- 3° la protection contre les courts-circuits en ligne est assurée par des relais spéciaux, dits détecteurs de courts-circuits, actionnant les disjoncteurs de feeder.
- Dispositif détecteur de court-circuit (Constructeur,
- Compagnie des Compteurs) (fig. 2). — On utilise le fait que la variation d’intensité due à un court-circuit est plus élevée que les variations d’intensité dues aux courants de traction normaux.
- Le dispositif comprend quatre bobines montées sur le même circuit magnétique et branchées entre elles en pont de Wheastone. Deux bobines, aux flux opposés, se comportent en résistance, tandis que deux autres bobines, aux flux additionnels, se comportent en réactance. Une diagonale du pont est reliée à un shunt de la ligne à protéger, tandis que l’autre diagonale est reliée à un relais d’intensité. En régime stabilisé, aucun courant ne parcourt le relais; mais, si une variation se produit, les bobines, réagissant différemment vis-à-vis des variations de courant, provoquent momentanément dans le relais un courant proportionnel à l’importance de la variation du courant principal.
- On ne peut pas rétablir le courant sur la voie tant que le court-circuit n’a pas été supprimé. Une méthode classique pour localiser le court-circuit consiste à faire faire des reconnaissances de voie par le personnel, procédé évidemment long et aléatoire selon les circonstances. Voici une nouvelle solution.
- Repérage des courts-circuits en ligne (Dispositif réalisé par les Ateliers Richard-de Roumefort). — Le procédé consiste à faire une mesure électrique depuis la sous-station même. A cet effet, on alimente le court-circuit, sous la tension de service mais par l’intermédiaire d’une résistance de protection, à la fois par le rail voie paire et par le rail voie impaire, ces deux rails étant au préalable reliés ensemble dans l’autre sous-station pendant le court instant de la mesure.
- Fig. 2. — Dispositif détecteur de court-circuit.
- A, shunt; — R, résistances; — S, inductances; — U, relais d’intensité.
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- Il est possible en effet de déduire, de la mesure du rapport des intensités qui circulent à ce moment dans les deux rails, la résistance électrique du rail entre la sous-station et le court-circuit, donc la distance en kilomètres de celui-ci.
- Avec le dispositif des Ateliers Richard-de Roumefort, la simple fermeture d’un interrupteur permet de lire immédiatement sur un appareil approprié la distance de
- la sous-station au court-circuit.
- Le courant électrique arrive aux frotteurs (ou aux pantographes) des automotrices et y est utilisé selon les besoins de la traction, déterminés eux-mêmes par les nécessités de l’exploitation. La solution classique consiste à opérer automatiquement le démarrage des rames automotrices, l’accélération étant fixée définitivement par un relais d’intensité qui détermine la puissance absorbée. Cette solution est-elle la meilleure? Voyons à ce propos comment s’opère le trafic.
- Sur toutes les lignes (métro ou banlieue), l’affluence des voyageurs est essentiellement variable selon les heures de la journée et le sens du trafic. Or, quand le trafic augmente, on constate :
- 1° une augmentation de la durée des arrêts (pour la descente et la montée des voyageurs) ;
- 2° une diminution de l’accélération due à l’augmentation de charge;
- 3° une diminution de la vitesse due à la charge et aux baisses de tension en ligne.
- Tous ces facteurs agissent dans le sens d’une diminution de la vitesse commerciale, précisément au moment où il conviendrait d’augmenter le débit de la ligne. On est donc tenté d’agir sur l’un au moins des trois facteurs : c’est l’accélération qui paraît se présenter le mieux à ce point de vue.
- Accélérateur d'automotrice électrique (fig. 3). — Au lieu de fixer définitivement l’effort de traction par un réglage immuable du relais d’intensité, on rend ce réglage modifiable à distance et à volonté par un enroulement auxiliaire. On a alors le moyen de réaliser en toutes circonstances, l’accélération maximum, compatible avec la puissance des sous-stations. Autrement dit, on pourra régler l’accélération selon les conditions de lieu (importance des sous-stations, nombre de machines disponibles, état du rail, etc.).
- Un procédé pour obtenir ce résultat consiste à alimenter les bobines auxiliaires des relais sous une tension contrôlée par un voltmètre. Si alors on envoie dans les bobines, pour une même indication du voltmètre, une tension proportionnelle à la
- .'Réolaoe cU laccc lé ration.
- Si 6u.ri.Kdr.
- • cVidr.
- Fig. 3. — Vue extérieure de l’accélérateur d’automotrice électrique.
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- PROBLÈMES DE TRACTION ÉLECTRIQUE.
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- charge en voyageurs (fig. -4), on a le moyen d’obtenir une accélération qui ne dépendra plus de la charge; on pourra même, et c’était l’objet de nos recherches, adopter un coefficient de proportionnalité tel que l’accélération soit d’autant plus élevée que la charge des voyageurs sera plus forte.
- Un accélérateur des Ateliers Richard-de Rou-mefort permet d’obtenir toutes accélérations optima, à l’aide de deux manettes à la disposition du conducteur; il suffit à celui-ci de mettre la première manette sur l’indication de charge; la deuxième manette lui permet alors d’amener l’aiguille indicatrice sur le repère de l’accélérateur, prescrit au livret de marche ou par des poteaux indicateurs.
- * *
- Fig. 4. — Schéma de l’accélérateur d’automotrice électrique.
- P, potentiomètre; — R, résistance; — V, indicateur d’accélération.
- disjoncteurs
- Le courant électrique est distribué aux différents circuits de l’automotrice par l’intermédiaire d’organes de protection ou fusibles. Les fusibles à cartouches, d’un faible prix, constituent une protection généralement efficace. On peut cependant rechercher leur amélioration sur les points suivants : augmentation de la capacité de coupure sur des courts-circuits violents, diminution de réchauffement en régime permanent, contrôle visuel du fonctionnement.
- Fusible cartouche perfectionné (fig. 5). — Il est constitué par une cartouche ordinaire et un tube intérieur, ouvert aux extrémités, autour duquel est enroulé (dans de la silice) le fil fusible ordinaire.
- Un fil auxiliaire visible, de grande résistivité et de faible section, apparaît dans le tube interne. Dans ces conditions le fonctionnement est le suivant :
- 1° En cas d’intensité normale, la ventilation se fait par le tube intérieur formant cheminée, ce qui évite tout échauffement incommode de la cartouche et procure une grande fidélité de fonctionnement;
- 2° En cas de surintensité anormale, le fil fusible, en fondant, provoque la fusion obligatoire du fil auxiliaire, rendant ainsi visible le fonctionnement;
- 3° En cas de court-circuit violent, le tube intérieur cède, protégeant la cartouche contre toute explosion.
- L’extinction de l’arc provoqué par la fusion du gros fil hélicoïdal est immédiate car le champ magnétique qui se crée à ce moment enfonce les spires dans la matière inerte.
- L’extinction de l’arc, peu important d’ailleurs, provoqué par la fusion du fil auxiliaire est volontairement bruyante mais sans danger par le soufflage intense qui se produit dans le tube.
- En résumé, le fusible se caractérise par : un faible encombrement, un faible échauffement en service normal, une parfaite régularité des
- Fig. 5. — Fusible-cartouche perfectionné.
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- caractéristiques, une puissance de coupure illimitée, sans danger d’explosion, un avertissement sonore et visuel du fonctionnement.
- Examinons l’éclairage. Le procédé le plus économique consiste évidemment à
- Automotrice
- Remorque
- Moteurs* Compresseurs,Ûauÿicft
- Corrtactcur. . C.
- T&ohinc- -ôhun t
- liem interrupteur bipo/o/re
- Fig. 6. — Dispositif supprimant les extinctions de l’éclairage.
- l’alimenter par le 3e rail (ou la caténaire); mais, à chaque coupure du 3e rail, où les frotteurs de l’automotrice ne sont plus en prise, on constate une extinction. Ces extinctions sont nombreuses à la sortie d’une gare importante à cause des aiguillages qui nécessitent de fréquentes coupures du rail. Une solution à ce problème apparaît opportune, tant d’ailleurs au point de vue des circuits de contrôle de la traction qu’au point de vue des circuits d’éclairage.
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- Dispositif supprimant les extinctions d’éclairage dans le cas d'alimentation par 3e rail (Appareillage Cougnard) (fig. 6). — Une intercommunication par fil omnibus est établie entre toutes les voitures de la rame, et ce fil est alimenté simultanément par tous les frotteurs en prise; il suffit donc qu’un seul frotteur de la rame soit en prise pour que ce fil soit sous tension. Les circuits d’éclairage et de contrôle sont branchés directement sur ce fil. Un dispositif spécial est nécessaire pour empêcher ce fil d’alimenter les moteurs de traction de l’automotrice en coupure et tous autres appareils qui provoqueraient un appel de courant excessif. Ce résultat est obtenu :
- 1° en protégeant de façon permanente le fil omnibus x par des résistances R qui limitent en toutes circonstances le courant circulant dans le fil omnibus;
- 2° en utilisant un relais comportant : a) une bobine shunt d’enclenchement, alimentée par les frotteurs de l’automotrice intéressée ; d) une bobine série qui peut provoquer le déclenchement à retour de courant.
- Dans ces conditions, le relais peut laisser passer une intensité aussi élevée qu’il est nécessaire vers le fil omnibus (frotteurs en prise sur le 3e rail), mais, au contraire, s’ouvre dès que le courant venant de ce fil prend une valeur supérieure au point de réglage (frotteurs non en prise).
- Grâce à ce dispositif, les automotrices, au lieu de n’avoir que des alimentations particulières, ont au contraire un fil d’intercommunication toujours sous tension, ce qui donne évidemment des possibilités nouvelles, tant en ce qui concerne le contrôle-traction qu’en ce qui concerne les auxiliaires.
- *• *
- chauffage. — La régulation manuelle n’a jamais donné de bons résultats, car le volume d’air à réchauffer est relativement faible et les facteurs qui agissent sur le refroidissement de la voiture sont nombreux et variables : température extérieure, affluence de voyageurs, vitesse du train, étanchéité des portes, etc. Une régulation automatique est nécessaire, tant du point de vue du confort que de celui de l’économie en courant électrique. La réalisation de cette régulation, quand il s’agit de chauffage direct par radiateurs, est d’ailleurs très simple : un thermostat contrôle la température de la voiture et actionne en temps opportun un contacteur d’alimentation des circuits de chauffage. L’expérience faite pendant plusieurs hivers sur les 400 automotrices et remorques de la banlieue du Réseau de l’État ont confirmé les avantages escomptés.
- Résultats obtenus par la régulation automatique du chauffage direct par radiateurs (fig. 7). — 1° L’automaticité maintenant la température de la voiture à une valeur optimum, sans variations sensibles pour les voyageurs, évite tout chauffage exagéré ou insuffisant;
- 2° Pour un hiver moyen, le coût du chauffage électrique des rames de la banlieue du réseau de l’État est de l’ordre de 2 millions de francs; la dépense augmente de 250000 fr chaque fois qu’on augmente de un degré la température moyenne des voitures pendant un hiver. On conçoit dans- ces conditions qu’il soit intéressant de régler le chauffage à un degré près. En fait, seule l’automaticité permet de se tenir au plus près de la température limite (inférieure) acceptée par les voyageurs. La pratique prouve que, pour la banlieue, cette limite est de l’ordre de 12°;
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- 3° Une autre raison de confort est que, quelle que soit la température extérieure, tous les radiateurs de la voiture concourent au chauffage, en prenant un échauffement d’autant moins fort que la température extérieure est plus élevée. On évite ainsi l’impression désagréable des bouffées d’air chaud quand le froid extérieur est modéré ;
- 4° La réalisation de l’automaticité n’exige qu’un appareillage simple (un thermostat et un contacteur) dont le prix est comparable et peut même être inférieur à celui de l’appareillage nécessaire pour une régulation manuelle.
- Le thermostat utilisé sur les 400 voitures de la banlieue de l’État est construit
- Fig. 7. —Régulation automatique du chauffage électrique d’une automotrice par radiateurs directs. Diagramme enregistré le 20 février 1932 dans la voiture 23 103, de la ligne de Paris à Versailles rive droite.
- par les Ateliers Carpentier et suivant un principe qui a été exposé dans le Bulletin de la Société d’Encouragement pour l'Industrie nationale de juin 1931. (Un « manostat », utilisant le même dispositif mécanique d’amplification à rupture brusque est actuellement construit.)
- Examinons maintenant comment se présente le problème de la régulation du chauffage dans le cas d’emploi de l’air pulsé. Cette régulation doit être sensible, ne provoquer que des variations de températures entre des limites assez étroites et être d’un fonctionnement sûr, car une perturbation dans le réglage se ferait immédiatement sentir de façon intolérable pour les voyageurs. La principale fonction de l’air pulsé étant d’assurer l’aération du véhicule, cette condition détermine le débit d’air optimum qui doit être fixé ainsi à une valeur uniforme, le chauffage étant assuré par une température adéquate de l’air à son arrivée.
- Mode de régulation proposé pour la régulation du chauffage par air pulsé (fig. 8). — L’air pulsé traverse une batterie de chauffe R qui doit être réglée pour fournir à cet air une énergie calorifique propre à assurer une température agréable dans la voiture. L’énergie calorifique doit être plus ou moins importante selon : a) la température extérieure; b) un ensemble de facteurs tels que la vitesse du train, l’affluence des voyageurs, etc.
- Pour une température extérieure donnée (a) (fig. 9), les facteurs ci-dessus (b)
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- Fio. 8. — Régulation du chauffage par air pulsé.
- R, batterie de chauffe; — S, thermostats différentiels; — T, thermostat atmosphérique.
- déterminent dans les conditions du moment la valeur particulière (c) de la température dé l’air pulsé, susceptible de fixer la température de la voiture à sa valeur optimum. En pratique, cette valeur C sera toujours comprise entre deux valeurs limites C't et C'2, l’une, limite supérieure, correspondant au cas où tous les facteurs (b) agissent dans un sens défavorable, l’autre, limite inférieure, relative au cas où tous les dits facteurs agissent dans un sens favorable.
- En définitive, on établira un graphique donnant, en fonction delà température a, la limite supérieure Ci et la limite inférieure C2, qu’il convient d’envisager pour la température de l’air pulsé.
- On peut alors concevoir une régulation de chauffage de l’air pulsé qui consiste à donner à celui-ci une température C, si la voiture n’est pas assez chaude, et une température C2 si la voiture est assez chaude, chacun de ces réglages étant assuré de faire varier la température de la voiture dans le sens opportun.
- Pour obtenir un tel résultat, il suffit de contrôler la température de l’air pulsé par deux thermostats Bj et B2, constitués de telle sorte que leur point de réglage Ct ou C2 varie automatiquement selon la température extérieure, conformément aux indications du graphique ; dans ces conditions, le thermostat T aura pour
- mission de mettre en service le thermostat si la voiture n’est pas assez chaude et le thermostat B, si elle est assez chaude. •
- Résultats. — 1° La valeur de la température de l’air pulsé sera toujours voisine de celle qui maintiendrait dans la voiture une température constante. La température de la voiture ne peut donc varier que lentement (c’est une condition de confort), ce qui donne au thermostat T tout le temps nécessaire pour qu’il agisse avec une grande sensibilité;
- 2° On évite toute variation désagréable de la température de l’air pulsé, car elle ne peut osciller qu’entre deux limites relativement voisines Ci et C2 ;
- 3° La température de l’air pulsé est d’autant plus élevée que l’air extérieur est plus froid, ce qui est pne condition du confort ;
- 4° Une seule batterie de chauffe suffit,
- pourvu que son inertie calorifique permette aux thermostats B d’agir à une cadence raisonnable;
- 135e Année. — Octobre-Novembre 1936. 41
- Fig. £L — Chauffage des automotrices électriques.
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- 5° Un défaut de fonctionnement de l’un des trois thermostats ne provoque qu’une faible perturbation dans la régulation, car le réglage s’effectue alors soit à la température soit à la température C2, valeurs suffisamment voisines de la température optimum, car elles tiennent compte du facteur b prédominant.
- alimentation des lavabos en EAU chaude. — L’hiver pose aussi la question de l’alimentation des lavabos en eau chaude. Le problème apparaît bien résolu si on peut avoir de l’eau toujours tiède, à volonté, mais en quantité contrôlée pour obvier à la non-fermeture des robinets par les voyageurs.
- Robinet doseur thermostatique pour lavabo (constructeur, Société auxiliaire d’Entreprises électriques). — Ce robinet comporte deux orifices d’amenée d’eau : l’un pour l’eau chaude (20Ü-10G°), l’autre pour l’eau froide (0°-20°). Il suffit d’appuyer une fois sur la poignée pour obtenir automatiquement un jet d’eau tiède à 20°, jusqu’à concurrence d’un demi-litre; en renouvelant l’opération si nécessaire, on obtient de nouveau un demi-litre à 20° et ainsi de suite. Voici les avantages de ce robinet : possibilité d’utilisation directe du jet, les deux mains étant libres; l’eau est toujours à une température convenable; absence de gaspillage puisque le jet s’arrête automatiquement; suppression d’arrivées intempestives d’eau bouillante.
- chauffage des automotrices a moteur thermique. — Le procédé le plus économique pour chauffer ces automotrices est celui qui consiste à utiliser les calories évacuées dans l’eau des radiateurs et par les gaz d’échappement. Mais la chaleur ainsi disponible est fonction de la charge du moteur pour les besoins de la traction du véhicule et peut ne pas être en rapport avec les besoins du chauffage; de plus, le chauffage préalable à la mise en service est impossible par ce procédé.
- Utilisation d'un frein électro-dynamique (fig. 9). — Ces freins sont constitués par un rotor en fer, qui se déplace à grande vitesse devant des inducteurs; les courants de Foucault engendrés dans le rotor transforment l’énergie mécanique fournie pour l’entraînement du rotor en énergie calorifique.
- Le moyen proposé consiste à faire entraîner par le moteur un frein électrodynamique. Dans ces conditions, l’énergie du carburant est transformée dans le moteur en énergie calorifique (qui se retrouve en grande partie dans l’eau du radiateur et dans les gaz d’échappement) et en énergie mécanique; celle-ci est directement transformée en chaleur par le frein. Il suffit alors, pour assurer un bon chauffage, de coordonner les trois apports de chaleur par l’eau, par les gaz et par le frein, la résultante étant pratiquement réglée par l’excitation électrique du frein.
- Le procédé consiste à utiliser de l’air pulsé qui s’échauffe successivement dans le frein, dans un premier échangeur en relation avec les gaz d’échappement, et dans un deuxième échangeur en relation avec l’eau du radiateur. La régulation se fait à l’aide d’un by-pass, intéressant les deux échangeurs et dont la vanne est commandée par thermostats. Le thermostat Tt contrôle la température de la voiture
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- et le thermostat T2 la température de l’air pulsé. Le frein, en dehors de son emploi pour obtenir l’arrêt du véhicule, n’est excité que si la charge du moteur pour la traction ne procure pas un nombre suffisant de calories.
- Ce procédé de chauffage possède les avantages suivants : possibilité de chauffage préalable à la mise en service; récupération des calories de l’eau de refroidissement et des gaz d’échappement; utilisation au chauffage de l’énergie de freinage du véhicule, le frein étant normalement utilisable pour obtenir l’arrêt; l’air pulsé, sortant de l’échangeur E, alimenté en eau dont la température est inférieure à 80°, n’atteint jamais de température excessive; à la mise en route, l’air pulsé, véhiculant des calories entre les échangeurs E, et E2, permet d’obtenir rapidement une température de l’eau de refroidissement la plus favorable à la bonne marche du moteur; la construction d’un frein électrodynamique offre toutes garanties de robustesse et permet des surcharges accidentelles notables.
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- EMPLOI D’UN EXTENSOMÈTRE DIFFÉRENTIEL POUR LA MESURE DES TENSIONS DANS LA PAROI D’UN TUYAU
- ONDULÉ DROIT.
- par M. Henri de Leiris, Ingénieur principal du Génie maritime.
- I. — INTRODUCTION.
- 1. — On demande à toute construction qu’en chacune de ses parties elle présente une sécurité complète en service, tout en exigeant pour sa réalisation la moindre quantité de matière. Pour satisfaire à cette double condition, le constructeur doit connaître avec une suffisante exactitude la répartition des tensions dans les divers éléments de sa construction, et, notamment, pour chacun de ces éléments, la position du point dangereux et les valeurs des tensions principales en ce point.
- 2. — Dans la plupart des cas, la théorie est impuissante à fournir ces indications, et seule l’expérience, c’est-à-dire la mesure des tensions qui régnent effectivement dans l’élément en un ou plusieurs de ses points, permet de les obtenir. En général, on détermine ces tensions, en des points de la surface seulement, à partir des dilatations locales que le métal subit autour de chacun des points considérés, lorsqu’on applique à l’élément des efforts extérieurs proportionnels à ceux auxquels on se propose de le soumettre en service.
- 3. — Il n’entre pas dans le cadre de cette étude de passer en revue les divers appareils qui peuvent, dans les cas usuels, permettre la mesure de ces dilatations locales. On se propose seulement d’attirer, à l’occasion d’un problème particulier, l’attention sur une méthode expérimentale qui est de nature, dans certains cas difficiles, à permettre l’emploi de tels appareils alors qu’à première vue, des appareils de caractéristiques tout à fait spéciales et, à vrai dire, difficilement réalisables en l’état actuel de la technique, auraient paru nécessaires.
- ii. — objet de l’étude.
- 4. — Lorsqu’on étudie la distribution des tensions dans la paroi interne d’un tuyau ondulé soumis à une pression intérieure’1’, on est conduit à penser que, selon toute vraisemblance, les points dangereux d’un tel tuyau se trouvent sur sa paroi dans les plans équatoriaux des ondes. Une telle conclusion ne peut malheureusement pas être soumise au contrôle direct de l’expérience, faute de moyens adéquats de mesure des tensions en de tels points.
- Sans doute, la difficulté d’accès à ces points constitue-t-elle dans le cas présent le principal obstacle; mais sur un tuyau ondulé, même la surface extérieure est trop tourmentée pour que les moyens usuels permettent de déterminer les tensions qui y régnent. Sur cette surface, en effet, les points les plus intéressants se trouvent
- (1) H. de Leiris, Emploi de tubes non lisses sur les tuyautages de vapeur. (Bulletin de l’Association technique maritime et aéronautique, n° 36, 11)32.)
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- au sommet des ondes puisque c’est là qu’apparaissent les premières déformations permanentes. Et au sommet des ondes, la courbure est telle qu’un tensomètre de longueur de base usuelle, soit de 10 mm au minimum, ne peut être monté que dans la direction transversale.
- 5. — Certains expérimentateurs (Preuss, par exemple) ont, à vrai dire, déjà réalisé des appareils de mesure des déformations sur base de l’ordre de quelques millimètres. Toutefois, ces appareils, où l’amplification nécessaire est obtenue par voie optique, paraissent de maniement très délicat et leur installation sur une surface à forte courbure bien aléatoire.
- D’autres, parmi lesquels il faut citer surtout Ruhl et Fischer, ont tourné la difficulté des mesures d’allongement sur petites bases en utilisant des appareils à base normale, mais de longueur réglable entre certaines limites. On détermine alors la variation de longueur d’une petite base en mesurant la différence des variations de longueur de deux bases limitées d’une part à un point fixe et d’autre part aux extrémités de la petite base.
- En l’état actuel des choses, c’est en définitive cette méthode différentielle qui, pour la mesure des déformations sur petites bases, nous a paru présenter la meilleure sécurité d’application, parce qu’elle s’accommode de l’emploi d’appareils d’une très grande fidélité comme les tensomètres à amplification purement mécanique avec articulations montées sur couteaux. Nous avons donc fait établir un tensomètre de ce principe, qui diffère du type normal seulement en ce que son couteau habituellement fixe devient réglable en position : on déplace ce couteau au moyen d’un mouvement micrométrique qui, entre certaines limites, permet de donner à la base de l’appareil n’importe quelle valeur à moins de 0,01 mm près “2).
- 6. — Les expériences relatées ci-après ont eu pour principal objet de vérifier qu’en pratique, un tel appareil est suffisamment précis pour l’étude des tuyaux ondulés. Accessoirement, elles permettent quelques conclusions particulières, concernant le tuyau essayé.
- III. — DESCRIPTION DES EXPÉRIENCES.
- essais préliminaires. — 7. — D’une manière générale, la méthode différentielle suppose que les deux grandes bases, dont la différence constitue la petite base à étudier, ont une extrémité commune. Or, le réglage de la longueur de base du tensomètre utilisé ne peut se faire que lorsque l’appareil n’est pas en place sur l’élément à étudier. Il est donc nécessaire de pouvoir, après ce réglage, le replacer de manière que l’un de ses couteaux reprenne exactement sa position antérieure.
- Le dispositif adopté à cet effet comporte une pièce solidaire de l’élément à étudier et terminée par un biseau. Contre ce biseau on vient faire porter le couteau mobile qui est le plus dégagé des deux couteaux du tensomètre, et qui, bien entendu, est bloqué au cours de cette opération.
- 8. — Pour contrôler la précision de la mise en place effectuée dans ces conditions, on a répété 20 fois cette opération, avec 6 longueurs de base différentes, et on a
- (2) Cet appareil, de construction Huggenberger, à Zurich, a été décrit avec quelque détail dans la Schxoeizerische Baazeitang, vol. 104-, n° 7, p, 07-69, 18 août 1934.
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- mesuré chaque fois la distance entre une butée solidaire du biseau et le bâti du tenso-mètre. On a trouvé :
- 2 fois une distance de 0,35 mm 5 — — 0,36 mm
- 7 — — 0,37 mm
- 4 — — 0,38 mm
- 2 — — 0,39 mm
- On voit que la distance mesurée présente autour d’une valeur moyenne de 0,37 mm des variations qui peuvent atteindre 0,02 mm en plus ou en moins.
- 9. — Les variations en moins paraissent imputables à l’insuffisante rigueur du blocage du couteau mobile. On constate, en effet, souvent, quand on efface le dispositif de blocage, un retour en arrière de l’aiguille du tensomètre : la base réelle est donc alors plus courte que la base prévue et cela d’une quantité qui ne dépasse qu’exceptionnellement 0,02 mm.
- Ce raccourcissement ne peut provenir que d’un léger mouvement du couteau mobile, par suite du contact du biseau. Ce mouvement explique que le bâti du tensomètre se rapproche de la butée fixe.
- 10. — Les variations en plus ont une cause différente puisqu’on n’a pas observé, au déblocage, de mouvement en avant de l’aiguille. Elles paraissent imputables à l’imperfection du portage du couteau mobile contre le biseau, c’est-à-dire à l’existence d’un certain jeu entre l’un et l’autré.
- édude d’un tuyau ondulé droit. — 11. — Les caractéristiques du tuyau étudié sont données en détail dans l’appendice.
- 12. — Le tuyau est disposé horizontalement et rempli d’eau. La pression est produite par un groupe d’essai hydraulique avec régulateur qui maintient rigoureusement cette pression à la valeur pour laquelle il est réglé.
- 13. — On se propose en premier lieu de déterminer les tensions principales au sommet d’une onde. Par raison de symétrie, ces tensions sont l’une dans le plan équatorial, l’autre dans le plan méridien de l’onde. On les calcule à partir des déformations locales dans ces deux plans.
- 14. — Appareils de mesure. — Pour mesurer la déformation au sommet de l’onde dans le plan équatorial, il n’est pas besoin de la méthode différentielle. Le diamètre extérieur au sommet de l’onde étant de 136 mm environ, une corde de 10 mm ne sous-tend, en effet, qu’un arc de moins de 10 grades, dont la longueur ne dépasse celle de la corde que d’une quantité de l’ordre du 1/1000 de cette corde, soit 0,01 mm. Cette différence est de l’ordre de l’erreur qui peut être faite sur la position des couteaux d’un tensomètre. Il est donc licite, dans le cas présent, d’opérer sur base de 10 mm en assimilant la variation de longueur de l’arc à celle de sa corde.
- L’appareil employé est un tensomètre Huggenberger, type F, de 10 mm de longueur de base, et dont le coefficient d’amplification est de l’ordre de 2 000. Sa
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- tenue sur le tuyau se fait sans difficultés spéciales, au moyen d’une équerre, d’un porte-fil et d’un fil chargé de poids à ses deux extrémités.
- 15. — Pour mesurer la déformation au sommet de l’onde dans le plan méridien, la méthode différentielle est au contraire indispensable. Le rayon de courbure de la méridienne au sommet de l’onde est en effet seulement de 7 mm, soit environ 9 fois moindre que le rayon extérieur du tuyau au même point. Dans ces conditions, il paraît désirable que la base de mesure ne dépasse pas la longueur de 2 mm, pour laquelle la différence entre corde et arc atteint déjà près de 4/1000 (0,008 mm).
- L’appareil employé est un tensomètre Huggenberger, type A, à base différentielle réglable, de 35 à 40 mm, et dont le coefficient d’amplification est de l’ordre de 1 000. Sa tenue sur le tuyau se fait sans difficultés spéciales au moyen d’un cadre de tringles, portant sur la paroi dans l’intervalle entre deux ondes.
- 16. — On a placé également à mi-distance entre deux ondes et dans le sens transversal un tensomètre Huggenberger, type F, de 10 mm de longueur de base. Sa tenue sur le tuyau a été un peu plus difficile que celle de l’appareil de même type placé au sommet d’une onde. L’effort qui appuie le tensomètre sur le tuyau doit, en effet, par suite de la forme de ce tuyau, être appliqué ici à une distance plus grande de la surface sur laquelle portent les couteaux. Néanmoins un portage convenable a pu être assuré au cours des expériences.
- Exécution des essais. — 17. — Afin de limiter le nombre des expériences, les trois tensomètres ont été disposés simultanément sur le tuyau. Il résulte de là que les deux appareils destinés à la détermination des tensions au sommet des ondes ne pouvaient être placés au même point. Ils sont montés sur deux ondes immédiatement voisines, qui, géométriquement, peuvent être considérées comme identiques. L’homogénéité de l’acier qui constitue le tuyau étant d’ailleurs satisfaisante (c/‘. Appendice), on est en droit de traiter les déformations indiquées par les deux appareils comme si elles avaient été observées au même point.
- Des raisons d’encombrement ont, d’autre part, conduit à placer le troisième tensomètre à quelque distance des deux précédents.
- 18. — Dans tous les essais, le couteau mobile du tensomètre différentiel porte sur une même onde, exactement à son sommet. Il y bute contre le biseau terminal d’une pièce qui, quatre ondes plus loin, est tenue sur le tuyau.
- Le couteau fixe réglable porte sur l’onde qui suit la précédente à l’opposé de la pièce en biseau. L’écart entre les sommets des deux ondes étant d’environ 37,2 mm, les longueurs de base pour lesquelles le tensomètre a été successivement réglé sont de 36,2 et 38,2 mm. En fait, par suite de l’effet signalé (6), les longueurs de base effectives ont été de 36,18 et 38,2 mm.
- Par suite de la courbure au sommet de l’onde, ces deux bases, et la base différentielle, ne sont d’ailleurs pas portées par une même droite, mais forment un triangle très aplati. Si l’on admet que le profil de l’onde à son sommet est une circonférence de 7 mm de rayon et que les positions du couteau fixe réglable sont symétriques par rapport au plan équatorial, la résolution du triangle des trois bases permet de calculer pour la base différentielle une longueur de 2,0205 mm. La différence entre ce résultat et celui qu’on aurait obtenu par simple soustraction des longueurs
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- de base du tensomètre est négligeable, ce qui tient à ce que l’arc sous-tendu par la base différentielle est relativement petit (18,4 grades!. La différence entre la longueur de cet arc et celle de la base différentielle est d’ailleurs seulement de 3,5 p. 1 000.
- Il en résulte qu’il est licite de calculer l’allongement de l’arc limité par les deux positions du couteau fixe réglable en faisant simplement la différence des allongements mesurés sur les deux longueurs de base du tensomctre différentiel.
- 19. — On doit éviter tout glissement des couteaux sur la paroi du tuyau. Poyr y parvenir, on frappe légèrement le bâti du tensomètre, de sorte que les arêtes vives des couteaux forment, dans le métal du tuyau, de fines empreintes.
- La largeur de ces empreintes à la surface du tuyau ne dépasse pas 0,1 mm. L’angle du couteau étant voisin de 60° et l’arrondi de son arête de rayon très faible, l’incertitude sur la position du point de la paroi avec laquelle le couteau est en contact reste de l’ordre du 1/100 mm. D’autre part, le fond de l’empreinte se trouve au plus à 0,08 mm environ au-dessous de la surface, ce qui correspond à 1,5 p. 100 environ de l’épaisseur de la paroi au sommet de l’onde; l’erreur correspondante, difficile à chiffrer, paraît devoir être du même ordre de grandeur.
- En résumé, les erreurs à attendre du fait des approximations indiquées (15) d’une part, et des empreintes des couteaux des tensomètres d’autre part, ne dépassent pas 5 p. 100 au total.
- 20. — La montée en pression a été faite par paliers espacés de 5,5 kg/cm2 jusqu’au maximum de 49,5 kg/cm2.
- Pour le tensomètre à base différentielle, les déformations à mesurer dépassaient la graduation, et il a été nécessaire, au palier de 27,5 kg/cm2, de ramener l’aiguille au zéro pour pouvoir poursuivre les lectures.
- Après chaque montée en pression, on a vérifié que le retour de la pression au zéro ramenait les aiguilles des tensomètres à leur position initiale. On n’a tenu compte d’aucun relevé pour lequel l’écart avec cette position, après retour de la pression au zéro, fût supérieur à 0,3. Cette dernière valeur n’a elle-même été atteinte qu’avec le tensomètre différentiel pour lequel le retour en arrière de l’aiguille constitue une source d’erreurs supplémentaires.
- Pour les tensomètres placés au sommet de l’onde, on a fait la moyenne des résultats relevés pendant la montée en pression au cours de deux essais concordants.
- Pour le tensomètre placé à mi-distance entre deux ondes, dont (21) les indications ne pouvaient, en tout état de cause, fournir sur la valeur des tensions que des conclusions approximatives, on s’est contenté des relevés faits pendant un seul essai.
- Résultats obtenus. — 21. — Les résultats ainsi définis sont représentés graphiquement par les points de la figure ci-jointe.
- On voit que ceux de ces points qui correspondent aux relevés faits avec le tensomètre différentiel sur l’une ou l’autre des bases utilisées ne s’écartent jamais de plus de 0,5 mm d’une droite moyenne. A l’échelle du graphique, l’écart de 0,5 mm ne correspond qu’à un déplacement de 0,2 mm environ de l’aiguille du tensomètre devant sa graduation, déplacement qui est ainsi de l’ordre des erreurs de lecture. Les relevés peuvent donc être considérés comme très réguliers.
- De même les points qui correspondent aux relevés faits avec le tensomètre de
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- 10 mm de base au sommet de l’onde ne s’écartent jamais de plus de 1,3 mm d’une droite moyenne, ce qui ne correspond qu’à un déplacement de l’aiguille du tenso-mètre de 0,1 mm, donc moindre encore que le précédent. Cette réduction paraît à rapprocher du fait que, pour ce tensomètrc, il n’a pas été nécessaire de ramener en arrière l’aiguille au cours de l’expérience, manœuvre qui entraîne nécessairement une certaine erreur.
- Pour le tensomètre placé entre deux oiides, l’écart maximum avec la droite
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- Fig. 1.
- moyenne correspond à un déplacement de 0,2 mm; mais il convient de rappeler que, pour ce tensomètre, les résultats à partir desquels les points ont été portés ont été obtenus au cours d’une seule série d’essais au lieu d’être, comme dans les autres cas, la moyenne de deux séries concordantes de relevés.
- D’après les droites moyennes tracées sur le graphique, on trouve les valeurs suivantes pour le déplacement des aiguilles des tensomètres lorsque la pression passe de zéro à 49,5 kg/cm2.
- Tensomètre différentiel.
- Sur base de 36,18 mm . Sur base de 38,2 mm
- 73,7 è dans le sens 74,5 ) des allongements.
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- Tensomètres sur base de 10 mm
- Au sommet de l’onde Entre les deux ondes
- dans le sens des des raccourcissements, dans le sens des allongements
- 22. — Les tensomètres ont été étalonnés à l'issue des expériences, au moyen d’un banc spécial d’étalonnage permettant la comparaison avec un optimèlre Zeiss. Pour ces opérations, les appareils étaient placés verticalement, leur position au cours des expériences ayant toujours été très voisine de la verticale. L’étalonnage a été fait dans chaque cas pour le sens de déplacement de l’aiguille observé au cours des essais. Les résultats obtenus sont les suivants :
- pour le tensomètre différentiel, une division correspond à 1/1 200 mm.
- pour les autres tensomètres, une division correspond à 1/1 920 mm (tensomètre placé au sommet de l’onde) et à 1/1900 mm (tensomètre placé entre deux ondes.)
- Il en résulte que les déplacements d’aiguille indiqués (18) correspondent aux allongements ou raccourcissements absolus suivants :
- Tensomètre différentiel.
- Sur base de 38,2 mm............... 0,06208 mm ( allon?em®‘s-
- Tensomètres sur base de 10 mm.
- Au sommet de l’onde............... 0,00081 mm (raccourcissement).
- Entre deux ondes.................. 0,00416 mm (allongement).
- Comme on l’a indiqué (15), on prendra pour valeur de la variation absolue de longueur de la base différentielle la différence entre les deux premiers des chiffres ci-dessus. Cette variation est donc un raccourcissement de 0,00100 mm.
- Calcul des tensions. — 23. — Au sommet de l’onde, l’état de tension étant double et les directions principales respectivement contenues dans le plan méridien et le plan équatorial, les tensions principales vt dans le plan méridien et v2 dans le plan équatorial, sont données par les formules :
- ( Vl~ g8a)
- / V* = Ï^I78(82-+-ff8|)
- où E est le module d’élasticité, n le coefficient de Poisson, 8t et o2 les déformations relatives locales au point considéré respectivement dans le plan méridien et dans le plan équatorial.
- D’essais antérieurs (cf. Appendice), il résulte que E = 20 000 kg/mm2.
- De mesure plus délicate, le coefficient a n’a pas été déterminé par l’expérience : on le suppose égal à 0,3. Il y a d’ailleurs lieu de noter qu’au moins pour ce qui concerne la plus élevée des tensions principales, une erreur relative donnée sur la valeur
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- de <T n’entraîne qu’une erreur relative beaucoup moindre sur la valeur de la tension.
- Restent les déformations relatives locales. Dans le plan équatorial la déformation est uniforme sur toute la circonférence du tuyau. Elle peut donc être mesurée rigoureusement sur un arc de longueur quelconque et en particulier sur celui qui est sous-tendu par une corde de 10 mm, ou avec une suffisante approximation (11) sur cette corde elle-même. Dans une section droite voisine du plan équatorial, la déformation en surface est également uniforme sur toute la circonférence, mais elle a une valeur différente de celle qui caractérise le plan équatorial. Or les couteaux des tensomètres employés ont une largeur relativement importante par rapport aux dimensions de l’onde. Il en résulte que bien que leurs arêtes soient courbes de manière à porter plutôt vers le milieu de leur longueur, le tensomètre placé dans le plan équatorial indiquera probablement non pas exactement la déformation de l’arc d’équateur, mais une moyenne des déformations des arcs parallèles à celui-ci et compris dans toute une zone qui l’encadre. A défaut de tout renseignement sur la loi de variation des tensions à la surface de l’onde, l’erreur qui résulte de cette circonstance ne peut être chiffrée. Toutefois, les tensions, et par suite les déformations, étant par raison de symétrie stationnaires au sommet de l’onde, l’erreur en question peut vraisemblablement être négligée en première approximation. En définitive, la déformation relative o2 sera prise égale à :
- 0,00081
- 10
- 81 x 10-6
- ERe sera affectée du signe —, puisqu’il s’agit d’un raccourcissement.
- Dans le plan méridien, la déformation n’est pas constante le long de l’arc, mais, comme on l'a dit ci-dessus, elle est stationnaire au sommet de l’onde. Donc la déformation du sommet présentera avec la déformation moyenne d’un arc fini, mais suffisamment court, encadrant le sommet, une différence relativement faible, qu’il n’est toutefois pas possible d’apprécier. Le développement total d’une onde étant de 50 mm environ, on considérera cette différence comme négligeable pour un arc de 2 mm. D’autre part, la largeur des couteaux ne peut ici entraîner aucune erreur. Compte tenu des approximations indiquées (15), la déformation relative ot sera prise égale à :
- 0,00100
- 2,02
- = 495 x 10-6.
- Elle sera affectée du signe —, puisqu’il s’agit d’un raccourcissement.
- On trouve alors que et v2 sont des compressions respectivement égales à 11,4 et 5 kg/mm2.
- 24. — Les formules rappelées (20) ne peuvent être exactement appliquées pour le calcul des tensions à mi-distance entre deux ondes, puisqu’en ce point on n’a placé de tensomètre que dans la direction transversale. En faisant les mêmes approximations qu’en (20), on déduit des indications de cet appareil que o2 est un allongement égal à :
- 60,0041
- 10
- 416 X10-6.
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- Or est une traction puisqu’elle résulte de la superposition de l’effet de la pression et de celui de la flexion de l’onde qui, au point considéré, se traduisent tous deux par des tensions de traction. Il en résulte que v2 est au moins égal à Eo2, soit 8,3 kg/mm2. D’autre part, si v1 et v2 était égaux, leur commune valeur serait de 11,9 kg/mm2. Ces chiffres donnent une idée de l’ordre de grandeur de v2.
- Comparaison avec les résultats d'essais antérieurs. — 25. — Comme indiqué dans l’appendice, on avait déjà effectué sur le même tronçon de tuyau des essais de mise en pression. Au cours de ces essais, on avait mesuré, d’une part le coefficient d’allongement élastique moyen du tuyau sous l’effet de la pression, d’autre part la pression limite élastique de l’ensemble du tuyau.
- Le coefficient d’allongement élastique moyen sous l’effet de la pression a été trouvé égal à 33,5 x 10"°/kg/cm2. Les indications du tensomètre différentiel permettent de calculer le coefficient d’allongement relatif à la portion de tuyau comprise entre les plans équatoriaux des deux ondes intéressées. Ce coefficient est égal à :
- 1 v ^ 0,06308 x 0,06208 2X 37,19
- X
- 1
- 49,5
- = 34 x 10“fi/kg/cm2.
- Compte tenu des irrégularités d’exécution du tuyau, l’accord des deux valeurs doit être considéré comme très satisfaisant.
- 26. — La comparaison est beaucoup plus délicate pour ce qui concerne la pression limite élastique.
- En premier lieu, cette pression elle-même n’a été déterminée aux essais antérieurs que par tracé de la courbe des dilatations en fonction des pressions, et, le coude de cette courbe étant peu accusé, la détermination est assez incertaine.
- D’autre part, la limite élastique du tuyau pris dans son ensemble në dépend que de celle de l’onde la plus faible, qui, comme on l’indique dans l’appèndice, n’est très vaisemblablement pas Lune de celles sur lesquelles ont porté les mesures de tensions; on doit donc s’attendre à trouver par ces mesures des résultats plus optimistes que par la méthode de la limite élastique d’ensemble.
- Enfin, les mesures de tensions n’ont pu être faites au point dangereux de Tonde, puisque ce point se trouve vraisemblablement sur la surface intérieure du tuyau au droit du sommet de l’onde. On doit donc chercher à déduire les tensions au point dangereux de celles qui ont été mesurées de l’autre côté de la paroi du tuyau, ce qui ne peut se faire sans hypothèse sur la répartition des tensions dans la paroi. A défaut de tout renseignement sur cette répartition, nous admettrons qu’au sommet de l’onde :
- la tension v,, dans la direction longitudinale, est la résultante d’une traction uni-PD
- forme (P, pression en kg/cm2; D, diamètre intérieur au sommet de l’onde,
- soit 126,2 mm; e, épaisseur de la paroi au sommet de l’onde soit 5,4 mm), et d’une tension de flexion de l’onde qui atteint, sur les surfaces extérieure et intérieure, la même valeur absolue, mais qui est une compression sur la première, et une traction sur la deuxième ;
- la tension v2, dans la direction transversale, est uniforme.
- On trouve alors aisément que sous la pression de 49,5 kg/cm2, les tensions au point dangereux sont une traction de 17 kg/mm2 dans la direction longitudinale;
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- et une compression de 5 kg/ mm2 dans la direction transversale. La traction simple équivalente dans l’hypothèse de Coulomb est donc de 22 kg/ mm2.
- Les expériences approfondies de Coor (3) ont montré que cette hypothèse est bien vérifiée par l’expérience, en ce que, pour un même genre de distribution des tensions, les valeurs des tensions principales à la limite d’élasticité correspondent à une valeur constante de la traction simple équivalente, telle que la définit cette hypothèse. Toutefois, cette valeur dépend du genre de distribution des tensions. Par exemple, pour un acier à 0,21 p. 100 de carbone, Cook a trouvé, lorsque l’état de tension est triple, double ou simple mais non uniforme, des valeurs supérieures d’environ 10 p. 100 à celle qu’on obtient en traction simple uniforme. La limite d’élasticité à la traction simple uniforme, mesurée sur le métal du tuyau qui nous intéresse, étant de 23,3 kg/mm2, on peut admettre que ce tuyau atteindra sa pression limite élastique lorsque la traction simple équivalente suivant Coulomb sera d’environ 23,4 kg/cm2. Une traction simple équivalente de 22 kg/cm2 correspondant à la pression de 49,3 kg/cm2, la limite d’élasticité doit donc être atteinte pour une pression de 57 kg/cm2. En fait, d’une part, nous avons bien constaté que la pression de 49,5 kg/cm2 se trouvait encore dans le domaine élastique, d’autre part, les relevés antérieurs permettent de placer la pression limite élastique légèrement au-dessus de 50 kg/cm2.
- Compte tenu des erreurs propres aux mesures, et surtout des hypothèses faites pour passer des tensions réellement mesurées à celles qui régnent au point dangereux, l’accord des deux séries d'essais peut être considéré comme très satisfaisant.
- IV. — CONCLUSIONS GÉNÉRALES.
- 27. — Les expériences qui viennent d’être décrites ont été exécutées dans des conditions qui peuvent être considérées comme relativement défavorables à la précision de la méthode différentielle. En effet, d’une part l’allongement à mesurer était particulièrement faible (0,001 mm), les tensions au point étudié restant obligatoirement modérées, tant à cause de la limite d’élasticité peu élevée de l’acier extradoux du tuyau, que du fait que le point dangereux de l’onde se trouvait en une autre région. D’autre part, la dilatabilité particulière du tuyau ondulé faisait, au contraire, porter les déterminations effectuées avee le tensomètre à base différentielle sur des allongements relativement très importants (plus de 0,06 mm), ce qui augmentait les erreurs possibles, notamment du fait du retour en arrière de l’aiguille de l’appareil.
- Ces expériences constituaient donc une épreuve très sérieuse pour la méthode différentielle. Le fait que des résultats satisfaisants aient pu être obtenus montre que, les précautions indispensables étant prises, on peut employer cette méthode avec fruit.
- APPENDICE
- CARACTÉRISTIQUES PRINCIPALES DU TUYAU ONDULÉ DROIT ÉTUDIÉ AU MOYEN DE l’eXTENSOMÈTRE DIFFÉRENTIEL.
- Le tuyau ondulé étudié a été fabriqué à partir d’un tuyau lisse droit étiré à froid ayant pour diamètres nominaux intérieur et extérieur 100 et 109,6 mm.
- (3) G. Cook, The elastic lirait of metals exposed to triaxial stress (Proc. Roy. Soc., septembre 1932).
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- 630 TENSIONS DANS UN TUYAU ONDULÉ DROIT. — OCTOBRE-NOVEMBRE 1936.
- Pour le formage de chaque onde, on chauffe le tuyau sur une largeur d’environ 50 mm au moyen d’un four annulaire spécial. Lorsque la température voulue est atteinte, on forme l’onde en refoulant le tuyau suivant son axe. L’écartement des sections droites du tuyau lisse, qui deviennent les plans équatoriaux des ondes du tuyau ondulé, est, en principe, de 62 mm et le refoulement qui donne naissance à chaque onde de 23,75 mm, soit près de 40 p. 100 de la distance précédente. L’écartement des ondes sur le tuyau ondulé est ainsi, en principe, de 38,25 mm. En réalité, l’écartement des ondes varie quelque peu autour de cette valeur : c’est ainsi que les ondes étudiées dans la note qui précède n’étaient écartées que de 37,2 mm. D’essais antérieurs effectués sur le tuyau on peut retenir que : le diamètre intérieur du tuyau est de 99,5 mm environ entre les ondes et de 126,5 mm environ au sommet des ondes;
- l’épaisseur de la paroi est de 4,8 mm environ entre les ondes et de 5,4 mm environ au sommet des ondes ;
- enfin, l’homogénéité est très satisfaisante.
- D’autre part, sur une éprouvette de traction prélevée dans le tuyau on a relevé les caractéristiques suivantes :
- Module d’élasticité........................... 20000 kg/mm2
- Limite d’élasticité à 0,2 p. 100 ............. 23,3 kg/mm2
- Résistance.................................... 40,0 kg/mm2
- Allongement ................................. 28,5 p. 100.
- La mesure de la rigidité du tuyau a été exécutée par la méthode des pendules sympathiques Le Rolland. Pour une longueur de tuyau de 2,07 m, la rigidité est de 1,93 kg/mm, ce qui correspond à un assouplissement du tuyau par l’ondulation de 8.
- Un tronçon d’environ 1,40 m a subi ensuite un essai sous pression intérieure qui a été poussé jusqu’à dépasser nettement la limite d’élasticité. Cet essai a permis de déterminer :
- le coefficient de dilatation sous l’effet de la pression (33,5 X 10-6/kg/cm2) ;
- la pression limite élastique qui peut être estimée légèrement supérieure à 50 kg/cm2.
- A l’issue de ces essais, la longueur totale du tuyau dépasse de 2 p. 100 sa longueur initiale. Les déformations ne semblent d’ailleurs pas uniformément distribuées. Certaines portions du tuyau ont, de toute évidence, beaucoup travaillé; l’écartement des ondes y atteint parfois 42 mm. Ailleurs, au contraire, les déformations paraissent moindres. Bien que la pression maximum atteinte (115 kg/cm2) ait été très supérieure à la pression limite élastique, ces dernières régions conservent ainsi une forme très voisine de leur forme initiale, l’étalement des ondes correspondantes dans la direction de l’axe sous l’effet de la pression étant sensiblement inférieur aux 3/100 du refoulement par lequel l’onde a été formée. Des nouvelles expériences peuvent donc valablement être exécutées sur de telles ondes : c’est parmi elles qu’ont été choisies celles sur lesquelles ont porté les mesures de tensions qui font l’objet de la note précédente.
- Au préalable, on a éliminé, par une opération de recuit, les effets de l’écrouissage, si minime soit-il, subi par ces ondes.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR L’iNDUS. NAT. —OCTOBRE-NOVEMBRE 1936 (p. 631).
- L’ÉPURATION DES EAUX D’ALIMENTATION DES CHAUDIÈRES ET L'ÉLIMINATION DES TARTRES PAR L’EMPLOI DES DÉTARTRANTS (1)
- par M. J. Bigeon, ingénieur I.C.T.
- La lutte contre l’entartrage des générateurs de vapeur et la poursuite des moyens de les débarrasser du tartre, une fois celui-ci formé, sont aussi vieilles en date que la première application de la vapeur.
- Toutefois, l’importance du problème s’est encore accTu'e avec l’emploi de plus en plus fréquent des hautes pressions, favorables au rendement thermodynamique de la machine à vapeur, et surtout avec l’élévation des productions horaires de vapeur par mètre carré de surface de chauffe, pratique permettant une amélioration sensible du rendement thermique des chaudières, en même temps qu’une plus grande souplesse des installations.
- Les timbres de 40 à 70 kg (39,2 à 68,6 hpz) sont maintenant très fréquents et, en ce qui concerne les débits de vapeur, outre l’évaporateur courant produisant 40/50 kg/h.ni2, on construit actuellement des générateurs capables d’une production de 500 kg de vapeur par mètre carré de surface de chauffe et par heure, ce qui représente une transmission de chaleur de plus de 250 000 cal/m2
- Des conditions aussi dures exigent un état des parois internes de la surface de chauffe tel qu’avec la plupart des eaux, les procédés classiques d’épuration et de détartrage sont défaillants.
- Les innovations des 15 dernières années en matière de traitement, soit des eaux d’alimentation des chaudières, soit de leurs parois internes répondent donc à une nécessité impérieuse.
- INCONVÉNIENTS DE L’ALIMENTATION DES CHAUDIÈRES EN EAU NATURELLE (RÉSUMÉ). — Les eaux naturelles employées dans l’industrie sont toujours plus ou moins minéralisées. Les substances minérales contenues dans ces eaux sont la cause des inscrustations, ou tartres, qui se déposent sur les parois des chaudières si l’on n’y remédie pas.
- La silice colloïdale des eaux provenant de terrains primitifs ou primaires donne des agglomérats généralement poreux. Il en est de même des bicarbonates et carbonates de chaux et de magnésie. Les silicates donnent au contraire des tartres très denses mais très mauvais conducteurs de la chaleur. Le sulfate de chaux donne aussi des tartres denses d’anhydrite, en microcristaux enchevêtrés ou en longues aiguilles parallèles.
- Le chlorure de magnésium introduit dans les chaudières marines par les fuites des condenseurs donne, en se décomposant de l’acide chlorhydrique qui corrode les tôles.
- (1) Communication faite par l’auteur à la Société des Ingénieurs civils de France le 24 janvier 1936.
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- Le principal inconvénient des incrustations est la diminution de la conductibilité des surfaces de chauffe, d’où : une dépense de combustible supérieure pour obtenir un même débit de vapeur; des déformations et des déchirures par coups de feu; des éclatements par effet de caléfaction. De plus, les obstructions partielles modifient la circulation de l’eau et augmentent la tendance au primage.
- Les auteurs ne sont pas d'accord sur l’augmentation de la consommation de charbon, à vaporisation égale, en fonction de l’épaisseur moyenne du tartre dans une chaudière. D’après les constructeurs, elle serait de 7 à 10 p. 100 par millimètre d’épaisseur; d’après des essais exécutés en Allemagne, parla Reichsbahn, à Gdttingen, elle ne serait que de 1 à 3 p. 100.
- ÉPURATION DES EAUX D’ALIMENTATION DES CHAUDIÈRES (RÉSUMÉ). — Pour éviter le tartre et ses inconvénients, on peut chercher à débarrasser l’eau des matières incrustantes avant son introduction dans la chaudière. Il existe pour cela des procédés physiques et des procédés chimiques.
- Distillation. — On a cru pendant longtemps que les très hautes pressions et les régimes de vaporisation intensifs ne pourraient s’accommoder que de l’eau distillée. La distillation, procédé de choix, a cependant l’inconvénient d’être coûteuse; aussi ne l’applique-t-on que lorsque la plus grande partie des eaux condensées revient à l’alimentation des chaudières. On ne distille alors que l’eau d’appoint. L’appareil distillateur s’entartre évidemment; mais la chaudière elle-même n’est pas à l’abri de tout entartrage, par suite aussi des défauts d’étanchéité du condenseur.
- La distillation pratiquée sans une très grande attention et même certaines précautions spéciales n’est donc pas une assurance certaine contre l’entartrage des générateurs.
- Permutation. — Ce procédé consiste à filtrer l’eau sur des zéolithes dont la composition peut être représentée par la formule A1203.2Si02. Na20.6II“0 ; les sels incrustants leur cèdent leur calcium pour se transformer en sels sodiques, non incrustants.
- En raison de son prix, comme la distillation, la permutation ne peut être utilisée à adoucir la totalité de l’eau d’alimentation, mais seulement à traiter l’eau d’appoint lorsque l’eau condensée retourne à la chaudière. Son défaut le plus sérieux est de laisser dans l’eau une dureté de 0,4 degré hydrotimétrique ; elle ne dispense donc pas d’une épuration complémentaire ou du détartrage périodique.
- Epuration chimique. — Les procédés classiques d’épuration chimique sont bien connus. Ils consistent essentiellement dans l’emploi des réactifs suivants : chaux et carbonate de soude, ou carbonate de soude, avec purge continue, pour les eaux calcaires et peu magnésiennes; soude caustique et carbonate de soude pour les eaux calcaires très magnésiennes.
- Ils peuvent être résumés par les résultats suivants :
- G03Ca. C03H2—>- C03Ca4- H20 4- CO2;
- C03Ca.C03H2 4- Ca(OH)2 —>- 2C03Ca h- 2H20 ;
- SOCa + C03Na2 —> C03Ca 4- S04Na2;
- : MgGl2 -t- 2NaOH—> Mg(OH)2 -h 2NaCl;
- H20 -f- 4MgCl2 -f- 4C03Na2—>- 3G03Mg,Mg(0H)2 4- CO2 4- HNaCl.
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- Tous ces procédés donnent une eau épurée qui conserve en solution 17 à 19 mg de C03Ca par litre, et une petite quantité de magnésie lorsque l’eau brute en contenait suffisamment. Une telle eau a encore au moins 1,3 degré hydrotimétrique et reste incrustante. En outre, elle renferme un excès d’alcalinité, nécessaire en raison de la loi de l’action de masse, mais impuissant à empêcher l’entartrage et entraînant un inconvénient grave, la fragilité caustique, localisée aux rivures. C’est ce dernier inconvénient qui a incité récemment certains constructeurs de chaudières à substituer à la rivure la soudure électrique.
- Le phosphate trisodique, récalif d'épuration répondant aux exigences des chaufferies modernes. — Il existe cependant un réactif d’épuration chimique, répondant aux exigences des chaudières modernes.
- Hall en Amérique, Letellier et Sunder en France(3) (ces derniers dès 1925), ont, les premiers, fait connaître les avantages de l’épuration de l’eau d’alimentation des chaudières par le phosphate trisodique.
- Si le carbonate de soude laisse toujours au moins 1°,5 de dureté, le phosphate de soude abaisse le degré hydrotimétrique au voisinage de 0°, et cela, par suite de l’insolubilité presque absolue des phosphates basiques de chaux et de magnésie formés.
- Quels que soient les sels de chaux et de magnésie préexistants dans l’eau, on admet que le phosphate intervient suivant une réaction du type :
- 4 PONa3 -+- 4 S04Ca 2 H20 —^(PO*)2Ca3.Ca(OH)2 + 2 PO'NaHI + 4 S04Na2.
- Entartrage yar S04C
- 0 io 20 30 40 im-
- pression régnant dans /a chaudière
- Fig. 1. — I, Fragilité caustique; — II, Entartrage par S04Ca; — III, Fragilité caustique et entartrage par S04Ca.
- On constate en effet, si on emploie la quantité théorique de phosphate trisodique, qu’il reste en solution un phosphate alcalin dont le pH correspond à celui du disodique, P04Na2H.
- Cette remarque a incité certains auteurs à préconiser, dans les cas où l’on épure au phosphate trisodique seul, l’adjonction à ce réactif de chaux ou de soude caustique, afin de créer un milieu suffisamment alcalin pour éviter la formation du phosphate disodique et utiliser ainsi au mieux les ions phosphoriques. Le phosphate trisodique a aussi la propriété de protéger les tôles de chaudières contre la corrosion par l’oxygène dissous dans l’eau ou par les produits de décomposition du chlorure de magnésium et des matières organiques (acides humiques et autres). Enfin le phosphate trisodique supprime le danger de la fragilité caustique.
- Parr et Straub4) avaient montré que la fragilité caustique pouvait être évitée en maintenant dans l’eau épurée une teneur en sulfate de soude suffisante, fonction de la teneur en carbonate de soude et de la pression. D’après ces auteurs, le rapport poids de CO3
- poids de SO4 courbe AB (fig. 1) 135e Année,
- devait être toujours inférieur à une limite déterminée par la
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- Malheureusement, Hall trouva qu’étant donnée la dureté résiduaire de 1°,5, il y avait lieu de maintenir ce rapport au-dessus d’une certaine valeur, également fonction de la pression, pour éviter la cristallisation de SOCa (loi d’action de masse) sur les parois. La courbe de Hall, CD, coupant celle de Parr en un point M d’abscisse correspondant à 20 atm, il est clair qu’au-dessus de cette pression il faut subir l’entartrage par SO4 Ca ou courir le danger de la fragilité caustique.
- Dans l’épuration au phosphate trisodique, le risque de fragilité caustique est supprimé parce que la concentration de l’eau en ions Ca++ est suffisamment abaissée pour que l’on puisse, quelle que soit la pression, maintenir le rapport Hall au-dessus de la courbe CD.
- Comment réaliser l’épuration au phosphate trisodique? Dans les chaufferies à grande production de vapeur et utilisant un gros appoint d’eau à dureté permanente dépassant 10 degrés hydrotimétriques on aura intérêt à recourir à une épuration préalable classique très peu coûteuse, chaux et carbonate de soude ou carbonate de soude seul, suivant la composition des sels dissous, et à parachever cette épuration au moyen du phosphate trisodique. Même dans le cas d’une dureté permanente élevée, on peut avoir avantage, dans les grandes chaufferies si le pourcentage de l’eau d’appoint est très faible, et dans les petites installations sans retour d’eau condensée, à épurer au phosphate trisodique seul, pour éviter l’amortissement excessif d’une double batterie d’épuration.
- Dans la généralité des cas, avant de monter l’épuration d’une chaufferie où tout est à créer, il est bon, connaissant la dureté de l’eau, d’établir le bilan des frais d’amortissement, d’entretien probable, de consommation de réactifs et de main-d’œuvre :
- 1° d’une épuration classique préalable, suivie d’une épuration complémentaire au phosphate;
- 2° d’une épuration au phosphate seul.
- Le prix de revient du mètre cube d’eau épurée décidera le choix du procédé à adopter.
- Lorsqu’on se trouve en présence d’une épuration classique existante et fonctionnant correctement, il faut la conserver. On parfait l’épuration au phosphate, en l’injectant directement dans la chaudière, si l’épuration préalable donne une eau à moins de 3 degrés hydrotimétriques, ce qui est toujours possible à chaud. Si cette eau dépasse 3°, le traitement au phosphate aura lieu dans un nouvel épurateur-décanteur.
- Voici les précautions particulières à observer dans le cas d’une épuration par le phosphate trisodique.
- Stumper (5) prescrit que la capacité du récipient doit être au moins le double de celle correspondant au débit horaire et que la vitesse de circulation de l’eau dans l’épurateur doit atteindre au plus 1 mm/sec. La température doit être au minimum de 70°. Le phosphate trisodique est introduit en solution à 5 ou 10 p. 100 en même temps que l’eau à traiter et le plus près possible de l’injecteur de vapeur de réchauffage.
- Dans le cas d’une épuration classique préalable, calco-sodique par exemple, si on ne peut injecter le phosphate directement en chaudière, un épurateur spécial pour ce réactif est absolument nécessaire, car il faut éviter de mettre le phosphate trisodique dans l’épurateur où précipite le carbonate de chaux. En effet, l’eau dans
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- laquelle décante le précipité de C03Ca en retient une petite quantité en dissolution. Si l’on ajoutait du P04Na3, comme le phosphate basique de calcium est beaucoup moins soluble que le C03Ca, on aurait :
- 4 C03Ca + 4 P04Na3 +2H20 —^ (P04)2Ca3.Ca(0H)2 + 2 P04Na2H + 4 C03Na2.
- L’eau de l’épurateur, ainsi désaturée en C03Ca, en redissoudrait aux dépens du précipité qu’elle contient et la réaction ci-dessus continuerait à se produire, en entraînant une consommation inutile de phosphate trisodique.
- Dans le cas fréquent où l’eau brute a une dureté permanente faible (10°) et une dureté temporaire notable, il y a avantage à employer le phosphate trisodique seul avec purge continue et retour des purges à l’épuration, comme le préconise la Che-mische Fabrik Budenheim (6). En effet, si la réaction du phosphate trisodique sur les sulfates ne laisse échapper rien d’intéressant dans les purges, il n’en est pas de même dans le cas d’une forte dureté bicarbonatée : il se forme alors, aux dépens des carbonate et bicarbonate de chaux, du carbonate de soude, d’où, en chaudière, une alcalinité dont il est intéressant de récupérer une partie.
- On a vu que la distillation et la permutation donnent une eau imparfaitement épurée. Le phosphate trisodique, injecté directement en chaudière, trouve dans ces deux cas une application tout indiquée.
- En définitive, le phosphate trisodique doit être considéré comme le seul réactif d’épuration permettant une marche indéfinie sans la plus légère formation de tartre, avec n’importe quelle eau et n’importe quel type de chaudière. Il est aussi le seul qui élimine totalement la silice par adsorption dans les précipités de phosphates basiques (7). Il ne complique nullement le contrôle chimique de l’épuration, car il existe des méthodes permettant de déterminer avec une approximation suffisante la teneur de l’excès de phosphate trisodique en chaudière en moins de 10mn(8).
- l’élimination des incrustations. — L’élimination des tartres par le procédé mécanique, dit molettage, est, avec les chaudières modernes à faisceaux de tubes curvilignes, inefficace et dangereux. Par suite des coincements inévitables, il y a friction des molettes contre les parois des tubes qui peuvent se perforer. M. Kammerer, Ingénieur en chef de l’Association des Propriétaires d’Appareils à vapeur d’Alsace-Lorraine, a conclu, d’un grand nombre d’observations, que les stries laissées par le molettage sur les tôles facilitent l’accrochage des boues et accélèrent ainsi la formation sur les parois d’amorces de cristallisations.
- Élimination des tartres par dissolution chimique. — L’élimination des tartres par leur dissolution chimique peut se défendre si elle peut être faite à une cadence telle que l’épaisseur maximum de dépôt tolérée n’entraîne pas une diminution excessive de la conductibilité des parois. En effet, on évite ainsi les incidents de coups de feu, à tous les degrés, et la consommation de combustible est très voisine de celle qui serait réalisée avec des surfaces de chauffe maintenues constamment propres.
- La première condition est donc que les dépôts adhérents ne se produisent pas avec une rapidité telle qu’il faille procéder au détartrage trop fréquemment, car cette dissolution chimique implique l’arrêt de la chaudière et son refroidissement. La fréquence permise est donc un cas d’espèce, et, après avoir déterminé ce facteur fréquence en ménageant une marge de sécurité raisonnable, il faudra voir s’il est
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- compatible avec la bonne marche de l’exploitation. On mettra ensuite en regard, d’une part le coût du détartrage chimique, qui n’entraîne aucune immobilisation, et, d’autre part, ce que coûtera l’épuration chimique de l’eau ou tout autre procédé préventif, efficace et sûr.
- La deuxième condition est que le tartre soit de composition telle qu’il puisse être dissous ou désagrégé en totalité par le détartrant que l’on a en vue.
- Enfin une troisième condition, évidente, est qu’il faut s’assurer que l’on peut compter sur un détartrant sans danger pour la chaudière.
- Détartrants. — Les détartrants pour nettoyage des surfaces de chauffe sont à base d’acide chlorhydrique. De nombreux exploitants utilisent même, pour détartrer leur chaudière ou ses accessoires, de l’acide chlorhydrique ordinaire plus ou moins dilué. En admettant que cette pratique ne soit pas très dangereuse pour la sécurité, il faut reconnaître qu’elle est de nature à inspirer quelque inquiétude puisque l’acide chlorhydrique dilué attaque le fer à froid. Aussi ce détartrage tend-il, heureusement, à se raréfier de plus en plus, d’autant plus qu’il existe actuellement des acides, rendus passifs vis-à-vis des métaux, ou détartrants, qui sont stables et dissolvent les tartres complètement et rapidement, comme l’acide chlorhydrique ordinaire.
- On est parvenu à ce résultat en dissolvant dans l’acide chlorhydrique des complexes capables de former par adsorption à la surface des métaux, et non à la surface du tartre, une pellicule protectrice. La formation d’une pellicule par adsorption résulte de l’affinité préférentielle d’une surface pour certains radicaux d’une molécule, possédant soit des valences libres, soit des fonctions actives, et constituant de véritables pôles d’attraction.
- C’est ainsi qu’une huile minérale de la série forménique est moins apte à former, sur une surface métallique à lubrifier, un film continu et surtout tenace qu’un acide gras à longue chaîne, parce que les groupes carboxyles de l’acide gras ont de l’affinité pour le métal, alors que la molécule d’huile forménique n’en possède aucune. Avec certains détartrants, la pellicule protectrice formée sur la surface de chauffe au cours du détartrage subsiste encore après 10 jours à un mois d’exploitation, suivant le régime, s’opposant à tout dépôt de tartre pendant ce laps de temps. La fréquence du détartrage est diminuée d’autant par rapport à ce qu’elle est lorsqu’on emploie d’autres détartrants.
- Un détartrant doit être stable, c’est-à-dire ne pas perdre avec le temps sa passivité à l’égard des métaux. Ses constituants ne doivent donc être ni volatils, ni oxydables à l’air, ni encore susceptibles de précipiter à la longue.
- Les substances qui peuvent être ajoutées à l’acide chlorhydrique comme passi-vants sont très nombreuses. Mentionnons, dans le domaine de la chimie minérale, le chlorure d’étain (2 p. 100), et, parmi les substances organiques : la colle d’os (0,6 p. 100), les tanins, la thiourée (0,1 g par litre), la rhodamine.
- La dissolution et la désagrégation d’un tartre seront d’autant plus faciles et rapides qu’il sera plus riche en carbonates. Il n’y a pas de règle fixe, quant à la teneur minimum en carbonate d’un tartre, pour qu’il soit éliminable par un détartrant. Il faut se garder de conclure à l’impossibilité de l’opération d’après une analyse ou même d’après un essai d’attaque effectué au laboratoire. En grand, lorsqu’on a soin de provoquer une circulation assez rapide du liquide, on arrive très bien à désagréger des tartres pauvres en carbonates.
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- On sait d’ailleurs que la solubilité du sulfate de chaux est plus grande dans l’acide chlorhydrique dilué que dans l’eau. Alors qu’elle est à peine de 2 g/l dans l’eau pure, à la température ordinaire, nous avons trouvé dans l’acide chlorhydrique à différentes concentrations, après 24 heures de contact :
- Concentration en HCl. Sj4Ca par litre.
- 5 fois normal................................. 12,57 g
- 3 — ......................... 16,34 —
- Normal........................................ 12,93 —
- 1/2 normal..................................... 9,23 —
- Quant aux silicates, si la silice libérée en surface est balayée au fur et à mesure par un fort courant de liquide, ils peuvent être attaqués à cœur.
- Pour réaliser en grand le détartrage on s’attachera donc à créer, au moyen d’une pompe, une circulation assez rapide pour ajouter à l’action chimique du détartrant une action mécanique susceptible de suppléer à l’effort d’expansion du gaz carbonique dégagé sur les parties peu solubles ou insolubles. Cette circulation aura en outre pour effet d’activer la dissolution des parties légèrement solubles, et, par conséquent, de désagréger les incrustations.
- Un perfectionnement récent de la technique du détartrage consiste à injecter dans le liquide de l’air comprimé, de préférence par pulsations, ce qui peut être réalisé en remplaçant la pompe par une trompe à air. Cette opération, outre qu’elle produit une agitation meilleure que la circulation par pompe : accélère le dégagement du gaz carbonique, augmentant ainsi son effet mécanique; débarrasse, par un véritable phénomène de flottation, le tartre non encore attaqué des particules insolubles libérées par la dissolution des carbonates; enfin, provoque des vibrations favorables à la désagrégation des insolubles. On a pu, grâce à cet artifice, étendre efficacement le détartrage acide aux chaudières marines dont les incrustations riches en oxychlorure de magnésium étaient restées jusque-là rebelles à l’action des détartrants. Ce résultat est d’autant plus appréciable que l’épuration chimique est difficilement praticable sur les navires et que la distillation, qui n’exempte pas de l’entartrage les chaudières et surtout les appareils distillatoires, ou « chaudières martyres », est un pis aller.
- La concentration d’emploi des détartrants est dans la plupart des cas de 1 molécule-gramme d’acide chlorhydrique par litre : cette concentration permet de terminer un détartrage en moins de 24 heures.
- Avant d’employer un détartrant, on peut désirer connaître son action sur le métal des parois de l’appareil à détartrer. L’essai, très facile, sera fait en double, d’une part avec détartrant amené à la concentration d’emploi, d’autre part avec de l’acide chlorhydrique ordinaire à la même concentration. L’essai exige que l’on opère sur des éprouvettes de métal identique à celui que l’on veut détartrer, parfaitement décapées au jet de sable, 48 heures au moins avant l’essai, pour éliminer les tensions créées par le sablage.
- Il faut se garder de conclure que la chaudière perdra le même nombre de grammes au mètre carré que l’éprouvette ainsi essayée, car, dans l’essai de laboratoire, le détartrant conserve pratiquement la même concentration en acide pendant 24 heures,
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- tandis que dans la chaudière deux causes viennent rendre la dissolution du métal beaucoup plus faible :
- 1° la concentration en acide du détartrant diminue progressivement à mesure qu’il dissout le tartre ;
- 2Û la surface du métal enrobée par le tartre n’est découverte que graduellement et ne se trouve tout à fait à nu, au contact du détartrant, que pendant les derniers instants du détartrage.
- Avec un détartrant convenable on trouve, après dilution, une attaque qui correspondrait à la disparition d’une épaisseur uniforme de tartre d’environ 1 g en 24 heures; mais il s’agit là d’une limite supérieure qui n’est jamais atteinte en pratique.
- A la suite d’une série de mesures de corrosion effectuées sur des éprouvettes traitées par ce détartrant et soumises ensuite à des essais d’emboutissage, le Bureau Véritas a conclu qu’il n’altérait pas sensiblement les qualités mécaniques.
- BIBLIOGRAPHIE
- (2) Delanghe, Le Génie Civil, T. CV, n° 5, p. 101-107, 4 août 1934.
- (3) Letellier et Sunder, Chimie et Industrie, 16 sept. 1926.
- (4) Parr, Bull. University of Illinois, 94, 1917.
- (5) Stumper, Speisewasserpflege, Springer, éditeur, Berlin, 1931.
- (6) Budenheim, Mainz, brevets français n° 717 231, du 18 mai 1931 et n° 737 466, du 23 mai 1932.
- (7) Mengele, Vom Wasser, T.V, 1931.
- (8) V. Tabakoff, Industrie chimique, n° 238, p. 806, novembre 1933.
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- BULL. DE LA SOC. ü’enCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NAT. — OCT.-NOV. 1936 (p. 639).
- LA STABILITÉ DES AVIONS Note rectificative sur la stabilité transversale,
- par M. Eugène Vellay, Ingénieur de l'Aéronautique.
- Dans la conférence que j’ai faite le 25 janvier 1936, à la Société d’Encourage-ment (voir son texte dans le Bulletin de mars 1936, p. 145 à 174) j’ai été amené à commettre une erreur dans l’interprétation de certains résultats en considérant comme négligeables des quantités qui ne le sont pas.
- L’expérience a montré en effet que, pour des fuselages et des surfaces verticales de queue semblables, on améliore souvent la stabilité des avions à ailes basses en diminuant les surfaces verticales de queue et celle des avions à ailes hautes en augmentant au contraire ces surfaces.
- J’avais cru trouver une explication de ce phénomène dans la différence de position des axes principaux d’inertie. Cette conclusion résultait du fait que j’avais négligé certaines quantités (en particulier les quantités que j’avais appelées £,, £2 et £ page 164) à la fois parce qu’elles me paraissaient de valeur faible et parce qu’on ne possède pas de renseignements expérimentaux sur ces quantités. En réalité, ces quantités ne sont pas négligeables, et si on les introduit dans le calcul, on trouve que la quantité A4 ne peut pas changer de signe lorsque l’orientation des axes principaux d’inertie varie.
- L’explication du phénomène indiqué plus haut doit être recherchée, soit dans une interaction entre le fuselage et l’aile, soit dans la variation en hauteur du centre de gravité.
- Certains passages du texte de ma conférence doivent donc être modifiés (plus dans la forme que dans le fond). Le bas de la page 165 (8e avant-dernière ligne) et le début de la page 166 jusqu’à la 9e ligne doivent être remplacés par :
- « Si l’on considère les coefficients Ce et Cn des moments aérodynamiques autour d’axes passant par le centre de gravité, l’un étant parallèle à la vitesse, l’autre perpendiculaire, on peut écrire :
- avec
- H-' =
- /
- V
- A4 = K fX—T- + V --T
- V dj J
- K, PMV b’*
- Q2 R|Ri
- (A = p.' -b |x" v = v -b v"
- do ^
- n /Jn . sinoc-b— Czcosa
- Czcosa , [dCz ^ \ 4b
- 2
- \ di
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- do
- lr sina H—~ Cz COS a Lrcosa . Iq dCx\ 4b
- 2
- di y
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- « Les quantités g!’ et v" sont dues à l’influence des vitesses de rotation sur le fuselage et les surfaces verticales de queue. »
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- 640 STABILITÉ TRANSVERSALE DES AVIONS. — OCTOBRE-NOVEMBRE 1936.
- Il est facile de voir qu’entre la portance nulle et la portance maximum v est en général positif et g négatif.
- Deux cas se présentent :
- 3 Cw
- 1° Le rapport croît plus vite que le rapport------lorsqu’on avance le centrage
- ‘\7
- ou lorsqu’on augmente les dimensions des surfaces verticales de queue (cas fréquent dans les avions à ailes basses) ;
- 2° Le résultat contraire se produit (cas fréquents dans les avions à ailes hautes).
- Page 167, les 6e, 7e et 8e lignes doivent être remplacées par :
- « Il en est de même d’une variation des rayons de giration et d’une variation de l’orientation des axes principaux d’inertie. »
- Page 167, le paragraphe 4° doit être remplacé par :
- « 4° Déformation du planeur. — Il est difficile de prévoir sans un calcul assez long l’influence des déformations de la voilure. Cependant, en ce qui concerne le fuselage, les déformations agissent sur la stabilité dans le même sens qu’une diminution des surfaces verticales de queue. Il en sera de même de l’élasticité de la commande de direction ».
- Page 172, les lignes 25, 26, 27 et 28 doivent être remplacées par :
- « La question ne se pose pas en général pour les avions à ailes hautes; mais, dans le cas de certains avions à ailes basses, il y a lieu d’étudier le problème avec soin ».
- Il convient de signaler qu’il est facile de voir en vol dans quel sens il faut modifier les dimensions des surfaces verticales de queue. Il suffît d’effectuer les essais de stabilité transversale à deux centrages différents. Le fait d’avancer le centrage agit pratiquement sur la stabilité transversale dans le même sens qu’une augmentation des surfaces verticales de queue. Dans certains cas, on trouve que cette variation de centrage n’a aucune influence sur la stabilité. Pour améliorer la
- stabilité, il faut alors agir sur^^, c’est-à-dire donner en général du dièdre à la
- voilure.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NAT. — OCT.-NOV. 1936 (p. 641).
- L’ASSOCIATION FRANÇAISE DU FROID
- par M. Ed. Sauvage, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- L’Association française du Froid vient de publier une notice illustrée sur « son origine, son but, son organisation, son action de 1908 à 1936 ».
- Les applications du froid, de plus en plus nombreuses à la suite des travaux et de la grandiose expérience de Charles Tellier en 1876, prirent une telle extension qu’elles finirent par donner lieu à un grand congrès international, tenu à Paris en 1908, avec des délégués de 41 nations et plus de 2 000 participants.
- Ce congrès fut suivi de la création de l’Association internationale du Froid et de l’Association française du Froid, celle-ci sous la présidence de M. André Lebon, avec M. de Loverdo comme secrétaire général.
- Dès 1909, l’Association française publie un journal, la Revue générale du Froid, titre qu’il porte encore après avoir été, de 1920 à 1935, Revue générale du Froid et des Industries frigorifiques.
- M. André Lebon recevant, en 1928, le titre de président d’honneur-fondateur, M. J.-H. Ricard devient le président effectif de l’Association.
- Dès son origine, l’Association reconnut l’utilité d’un enseignement; aussi créa-t-elle une école, délivrant des diplômes et des certificats; en outre, elle fit ouvrir des cours pratiques au Havre.
- Par la suite, l’école initiale devint École supérieure du Froid industriel, reconnue par l’État (décret du 5 mars 1927), et rattachée à l’École spéciale des Travaux publics.
- En 1912t le conseil d’administration de l’Association, désirant fêter la nomination de Charles Tellier dans la Légion d’honneur, lance une souscription internationale qui eut un grand succès et publie une élégante brochure A la gloire de Charles Tellier, père du froid.
- De 1914 à 1918, l’Association travaille au ravitaillement des troupes et de la population civile.
- Afin de renforcer l’action de l’Association internationale du Froid de 1908, en lui donnant une consécration officielle sous le contrôle des gouvernements, une conférence internationale, tenue à Paris en 1919, la transforma en Institut international du Froid, définitivement organisé par une nouvelle conférence réunissant les délégués de 42 nations, et placé, jusqu’en septembre 1933, sous la direction de M. Barrier, secrétaire général de l’Association française.
- En 1920, une Commission permanente du Froid est constituée au Ministère de l’Agriculture, et l’Association française du Froid est reconnue d’utilité publique.
- Ses études et ses démarches sont incessantes, notamment : la lutte contre la prétention de transformer en une opération d’accaparement l’entreposage frigorifique; la détermination des caractéristiques des produits dénommés frais et des produits conservés ; l’étude de l’organisation et de la tarification des transports ; les
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- L’ASSOCIATION FRANÇAISE DU FROID. — OCTOBRE-NOVEMBRE 1936.
- règlements généraux de l’entreposage frigorifique, établis de concert avec le Syndicat général de l’Industrie frigorifique.
- Surtout elle cherche à faire comprendre à la masse aveuglée des consommateurs que le froid ne sert pas uniquement à prolonger la conservation des denrées périssables, mais qu’il est le plus sûr moyen d’en assurer constamment la qualité.
- En 1926, elle encourage, poursuit et subventionne des expériences sur les applications du froid en cidrerie et en pomologie, sur la congélation du poisson, sur la conservation des œufs.
- Elle participe en 1931 à l’Exposition coloniale, et, en 1933, insiste auprès des Pouvoirs publics sur la nécessité absolue de maintenir en bon état de service les installations frigorifiques des navires et des ports.
- En 1933, intervention dans la préparation des décisions officielles relatives à l’organisation du marché de la viande, ainsi qu’à la construction et à l’aménagement des abattoirs coopératifs.
- Plusieurs congrès internationaux ont suivi celui de Paris en 1908, savoir : à Vienne, en 1910; à Chicago, en 1913; à Londres, en 1924; à Rome, en 1928; à Buenos Aires, en 1932; à La Haye, en 1936.
- En outre, des Congrès nationaux ont étudié les industries du froid : à Lyon en 1909; à Toulouse, en 1912; à Lorient, en 1920; à Strasbourg, en 1924; à Paris, en 1931.
- Enfin l’Association prépare, pour l’Exposition internationale de 1937, dans un magnifique palais international du froid, une classe spéciale dénommée « Production et toutes applications du froid ».
- Le résumé rapide et incomplet qui précède montre quelle a été, depuis sa création, l’activité de l’Association. Ses nouveaux statuts, approuvés par un récent décret, indiquent comment s’exerce son action, et mentionnent notamment les points suivants : Organisation d’un office de renseignements; Réunion de congrès nationaux; Publications; Organisation et subvention de réunions, voyages, expositions; Constitution d’une bibliothèque; Prix, diplômes, médailles, facilités de travail; Subventions pour services à la cause du froid ; Surveillance et contrôle de l’Ecole supérieure du Froid industriel et des cours du Havre, avec attribution de bourses, prix, diplômes, certificats ; Interventions et démarches auprès des Pouvoirs publics et de diverses administrations.
- M. le président Ricard, au Congrès de 1931, a signalé comme il suit les progrès obtenus grâce à l’Association française du Froid : « Progrès réels, progrès qui sont d’autant plus méritoires que beaucoup de ceux qui en furent les artisans eurent à se heurter à l’indifférence, si ce n’est à une certaine hostilité. »
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE. — OCT.-NOV. 1936 (p. 643).
- APPLICATIONS DE LA T. S. F. EN HAUTE MONTAGNE (1)
- par M. Bernard Decaux, ancien élève de l’École polytechnique, ingénieur au Laboratoire national cle Radioélectricité.
- Généralités. — Comme en mer et dans les régions désertiques, la T. S. F. peut rendre en montagne de grands services; ici comme là, en effet, impossibilité de tendre des lignes téléphoniques, isolement, difficultés de déplacement.... Dans le cas qui nous occupe, les distances à parcourir restent très réduites, une dizaine de kilomètres au maximum; mais le terrain se montre particulièrement défavorable à la propagation; des obstacles considérables obligent les ondes à prendre des chemins détournés, et créent des absorptions notables. De plus, les difficultés d’alimentation électrique en haute montagne amènent à envisager des puissances d’émission très faibles et des récepteurs simplifiés.
- De nombreuses recherches ont déjà été faites sur la propagation dans les régions montagneuses. Rappelons les expériences sur ondes très courtes effectuées en Dauphiné par MM. Mesny et Beauvais; les essais de M. Ritz dans la région d’Annecy. Ces études avaient montré la possibilité d’assurer des liaisons avec un matériel minime, tant que des obstacles ne s’interposaient pas entre les postes à relier.
- La Radiotélégraphie militaire n’a pas négligé ce problème. Il se complique dans ce cas particulier des difficultés de transport du matériel, qui doit être spécialement léger et robuste.
- Toujours en quête de reportages sensationnels, les services de radiodiffusion ont depuis longtemps employé les ondes courtes pour relier le microphone ambulant a la plus proche ligne téléphonique. Il a donc paru naturel d’appliquer ce système à la diffusion des événements importants, touristiques ou sportifs, se déroulant dans les hautes altitudes. En France,' le poste de Lyon-la-Doua, disposant de moyens étendus et situé à proximité des régions alpestres, a tenté avec succès une série de diffusions de ce genre. Le 15 juin 1932, les stations du Réseau d’État retransmirent les impressions d’une caravane arrivée au sommet du mont Rlanc (4 807 m) ; la liaison avec Chamonix (12 km à vue directe) fut réalisée sur une longueur d’ondes de 80 m avec une puissance de 5 W. Des diffusions analogues ont été souvent effectuées en Allemagne, Autriche, Italie.
- Après ces exploits passagers, examinons l’utilisation permanente de la T. S. F. en altitude. Le développement constant de l’alpinisme a eu pour effet de multiplier en haute montagne les refuges servant aux grimpeurs de bases de départ pour les ascensions et d’abris en cas d’intempéries. Or, les refuges sont généralement situés à 3 ou 4 heures de marche, parfois difficile, des lieux « civilisés » les plus proches ; les communications avec la vallée sont donc précaires et longues. A la multiplication des ascensions est malheureusement liée la multiplication des accidents graves. Dans bien des cas, la vie des victimes dépend de la rapidité des secours, qui ne peuvent être organisés que lorsque la vallée est avertie de l’accident. Si le refuge qui l’apprend pouvait le signaler électriquement, quel gain de temps ! Indépendamment de ces circonstances tragiques, il y aurait souvent avantage à posséder une liaison
- (1) Conférence faite par l’auteur en séance publique de la Société d’Encouragement le 6 juin 1936.
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- rapide avec la vallée ou un autre refuge : pour signaler le départ d’une caravane et s’enquérir de son sort; demander du ravitaillement ou une aide quelconque ; échanger en temps utile des renseignements météorologiques, etc. De même, les observatoires de haute altitude seraient très avantageusement reliés aux vallées.
- Or les liaisons par fil sont généralement impossibles. Leur établissement est de toute façon fort onéreux, étant donné les difficultés d’installation. Mais la plupart du temps, les ravages du vent et des avalanches, le poids du givre, interrompraient constamment les lignes.
- Seule la radioélectricité fournit une solution pratique au problème, la télégraphie optique ne donnant que des résultats aléatoires, et seulement dans le cas rare de visibilité directe.
- Divers essais ont été entrepris dans ce sens, en particulier en Autriche, Suisse, Italie, France ; nous nous étendrons tout à l’heure plus longuement sur les recherches françaises. En Suisse, des expériences réalisées par MM. Brocher et Rœsgen, en particulier dans le massif des Dents du Midi, ont fourni d’excellentes liaisons avec un matériel très réduit, sur des ondes de l’ordre de 80 m. Une liaison permanente avec un refuge doit être expérimentée cet été. L’observatoire italien du mont Rose (4 559 m) est relié par radiotéléphonie en permanence à l’observatoire du Col d’Olen (2 871 m), distant de 6,3 km, sur ondes de 5 m avec appel automatique dans le sens descendant. Il n’y a aucun obstacle interposé. Récemment, le Club alpin italien (C.A.I.) annonçait l’équipement radiotéléphonique de tous ses refuges, et l’industrie italienne construit déjà du matériel approprié.
- Les ondes favorables dépendent essentiellement des circonstances. La topographie et la géologie semblent jouer un grand rôle dans la propagation des ondes en montagne. En première approximation, l’on peut dire que les ondes courtes ne sont utilisables que lorsque les deux postes sont visibles l’un de l’autre; la longueur d’onde doit croître de plus en plus au fur et à mesure que les obstacles sont plus importants. Pratiquement, il existe des cas où ces derniers restent insurmontables avec les puissances admissibles. Le point principal concernant les obstacles semble la courbure des trajets possibles, qu’ils soient dans le plan vertical (c’est alors le « site du masque » vu du poste qui intervient, et non pas seulement sa hauteur) ou qu’ils soient grossièrement horizontaux (cas des vallées courbes).
- Etudes du Laboratoire national de Radioélectricité (L. N. R.). — En 1932, le Club alpin français (C. A. F.), intéressé par les possibilités d’emploi de la T. S. F. dans les refuges, me demandait de présenter au Congrès international d’Alpinisme un court rapport d’ensemble sur ce sujet. L’année suivante, à la demande du C. A. F., M. Gutton, directeur du L. N. R., voulut bien me charger d’entreprendre, à l’occasion de la construction du nouveau refuge du Jardin d’Argentière, l’étude de sa liaison avec l’hôtel de Lognan. Cette étude, assez approfondie, permit de dégrossir la question et de voir clair pour des recherches ultérieures; l’expérience acquise sur le matériel d’essais et l’appareillage d’exploitation se montra fort utile.
- J’ai eu l’heureuse chance de trouver, pour m’aider dans cette tâche un peu spéciale, deux radioélectriciens joignant à leurs connaissances techniques l’expérience et l’entraînement des bons alpinistes, Mlle Montagne et le capitaine Varret.
- Examinons d’abord les problèmes de principe que posent les études préliminaires et l’exploitation d’une liaison refuge-vallée. Pour la recherche des ondes et
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- puissances à envisager, il est nécessaire de disposer dans la vallée d’un petit émetteur à plusieurs ondes relativement léger et alimenté par des batteries restreintes (à défaut de secteur); la téléphonie est utile, mais l’essai en entretenues pures peut suffire. L’exploration du champ se fait au moyen d’un petit récepteur emporté dans le sac alpin; les qualités primordiales de cet appareil sont la légèreté et le peu d’encombrement. Il doit fonctionner sur une toute petite antenne et sans prise de terre, la mise en station et le pliage étant aussi courts que possible.
- En ce qui concerne le matériel d’exploitation, le principe essentiel consiste à réaliser des appareils pouvant être manœuvrés par n’importe qui, les gardiens de refuges n’ayant généralement aucune formation technique. Donc simplicité et robustesse. De plus, réception sûre et protégée des brouillages. La liaison dans le sens refuge-vallée doit comporter un dispositif d’appel. Etant donné la difficulté de réaliser un émetteur et un récepteur en fonctionnement simultané, l’exploitation s’opère en alternat. L’alimentation devient un problème très ardu dans les hautes régions; on en est réduit aux piles et petits accumulateurs secs, ou aux groupes électrogènes. La réalisation des antennes demande également diverses précautions; elles doivent supporter un vent considérable, du givre très souvent; les perturbations orageuses sont fréquentes, d’où l’emploi d’antennes basses.
- Parlons d’abord du récepteur portatif d’étude. En suivant les principes généraux exposés plus haut, j’avais réalisé en 1932-1933 une valise dont les dimensions atteignaient 25x35x 12 cm; poids 6 kg, y compris batteries, casque et câble d’antenne. L’antenne était constituée par un fil d’environ 10 m, soutenue au besoin par une canne à pêche (fractionnée en 4 éléments) haubanée et fixée sur le piolet (hauteur totale 3 m); un contrepoids égal était posé sur le sol.
- Ce récepteur se révéla à l’usage d’un fonctionnement satisfaisant, mais d’un encombrement et d’un poids trop importants. Pour la campagne de 1934, un appareil plus perfectionné fut étudié en détail. Les dimensions adoptées furent celles d’une poche latérale de sac alpin : 27 X10 X 7 cm. Chauffage par une pile « ménage » ; à la plaque, 7 piles de lampe de poche petit modèle. Bobinages amovibles, fournissant 5 gammes : 25-50 m, 50-120 m, 250-700 m, 700-1 900 m, 2 300-2600 m. Tous les organes furent réduits : rhéostat extrat-plat, transformateur spécial, casque allégé, etc. Un shunt variable sur le casque permet de mesurer grosso modo l’intensité de réception; coffret en tôle d’aluminium soudée, très robuste malgré sa légèreté, Au total, le poids n’est que de 2 kg.
- Le résultat s’est montré parfait, la sensibilité étant accrue par l’amélioration des bobinages et du montage. Dans bien des cas, on put abandonner le support d’antenne et se contenter d’accrocher le câble isolé au piolet (hauteur 1 m). Cependant, pour l’étude du champ, on utilise toujours la même antenne.
- Différents accessoires furent également étudiés, entre autres un ondemètre « de poche » (75 x 105 X 65 mm, 230 g) qui couvre 5 gammes de 6 mà 4 500 m avec une précision de 2 à 3 p. 100. Une minuscule boîte de contrôle à 5 sensibilités (50x75x25 mm, 180 g) permettait de vérifier les tensions et courants employés.
- Des diverses expériences on peut tirer quelques enseignements pour la réalisation de récepteurs légers. Tout d’abord, les lampes à 2 V sont actuellement d’un usage courant et permettent de réduire à l’extrême la batterie de chauffage (2 éléments de lampe torche ou un petit accumulateur pour lampe de poche) ; de plus, leurs dimensions sont extrêmement petites et elles ne sont pas microphoniques.
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- Depuis quelque temps, ont apparu des piles minuscules (pour radio-sondes par exemple). En définitive, on a un gain très appréciable. L’apparition des bobinages à noyau magnétique et des isolants sans pertes permet d’envisager d’autres perfectionnements. Enfin, l’emploi d’alliages de magnésium peut fournir un allègement
- intéressant du coffret. Tout cela permettrait soit d’alléger notablement l’appareil, soit d’améliorer son rendement.
- Emetteur d’essais. — Dans l’essai prévu pour 1933, le poste de « vallée », situé déjà à 2 000 m, ne disposait d’aucun courant; il fallut donc envisager l’alimentation par batteries : accumulateurs et piles secs. On réalisa ainsi un émetteur aussi simple que possible, avec tensions faibles et consommation réduites. Les deux gammes obtenues s’étendaient autour de 50 et de 1 000 m. La lampe oscillatrice absorbait environ 70 mA sous 250 V. L’antenne, fixée entre un toit et un arbre éloigné, avait une longueur utile d’environ 35 m; connexion de terre sur la canalisation d’eau.
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- Les essais de 1934 devant s’effectuer à partir de localités disposant de courant alternatif, il parut avantageux de réaliser du matériel alimenté par le réseau. Par raison de simplicité, l’émetteur d’essai reproduisait exactement l’émetteur définitif prévu pour Argentière et dont nous parlerons plus loin, muni d’un manipulateur automatique. La mise en marche et l’arrêt étaient commandés par un simple interrupteur, pouvant être manœuvré par une personne quelconque.
- Essais de 1933. — Les premières recherches avaient, comme nous le disions plus haut, pour but la liaison entre l’hôtel de Lognan (2 000 m) et le nouveau refuge du Jardin d’Argentière (2 800 m). Ces deux points, situés l’un et l’autre au bord du glacier d’Argentière (massif du mont Blanc), sont distants d’environ 4,7 km. Il n’y a pas visibilité entre eux ; un bombement du glacier et une moraine forment un obstacle sérieux mais assez éloigné des deux postes pour que la courbure du trajet possible soit relativement douce et régulière. En plan, la vallée glaciaire est sensiblement droite, bordée par de très hautes parois.
- Une première série d’essais eut lieu au début de juillet. Diverses difficultés d’ordre pratique, d’ailleurs retrouvées dans chaque série d’essais, en rendirent les résultats presque nuis : indisponibilité des mulets destinés au transport du matériel, arrêts du manipulateur automatique, etc. Enfin, le mauvais temps interdit l’accès du glacier; et les jours disponibles étant écoulés, il fallut remettre à plus tard la suite des expériences.
- Le résultat, pour décevant qu’il fût, n’était pas entièrement inutile; un essai de réception générale, effectué à l’emplacement du nouveau refuge (encore au début de sa construction) montra que l’on y recevait de façon très satisfaisante les émissions de toutes longueurs d’ondes. Il est à noter que la réception dans la vallée, à Argentière même, est nettement défectueuse.
- Au début d’août, reprenant les essais, je pus explorer la propagation entre les deux points prévus, en faisant de nombreuses stations. Presque tout de suite, derrière le premier obstacle, je perdis le contact sur ondes courtes; la réception sur ondes longues restait confortable, avec une décroissance normale. Vers le milieu du trajet, sur la moraine des Rognons dominant le glacier, réception des ondes courtes tout à coup très puissante; ensuite, comme avant, impossible de les entendre. Les ondes longues, par contre, s’affaiblirent lentement et normalement. Au refuge même (achevé cette fois), elles restaient puissantes. La possibilité de la liaison était donc démontrée et la puissance nécessaire restait acceptable.
- Au début de septembre, au moment de l’inauguration du refuge, j’apportai un matériel complet de liaison bilatérale. Au refuge fut installé un ensemble en coffret, alimentation basse tension fournie par la batterie d’accumulateurs et le groupe électrogène à 24 V du refuge (c’est en effet le premier refuge doté de l’éclairage électrique); un petit convertisseur 24/400 V pour la plaque d’émission. Un fil d’environ 30 m, tendu entre le pignon du refuge et un rocher, constituait l’antenne ; prise de terre sur la canalisation d’eau (tuyau métallique d’environ 230 m souvent plus élevé que l’antenne).
- Dès le premier essai, une liaison bilatérale téléphonique fut obtenue sans difficulté et se répéta pendant plusieurs séances. Audition plus forte qu’une réception normale de téléphone à fil, malgré des parasites violents et l’état provisoire du matériel (Lognan utilisait les maquettes précédentes).
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- Ce point étant bien acquis, je pus poursuivre l’exploration du champ en opérant en sens inverse : descendant avec le récepteur portatif jusqu’à Argentière (1200 m), je pus effectuer une huitaine de stations. L’audition décrût assez rapidement au-dessous de Lognan, le flanc de la montagne formant écran ; mais, en arrivant dans la vallée, s’éloignant du masque, l’audition crut à nouveau et à Argentière même (7,3 km environ), elle était à peine plus faible qu’à Lognan. Ainsi, la liaison directe entre Argentière et le refuge se montrait parfaitement réalisable.
- Grâce à ces résultats, il devenait possible d’étudier un avant-projet de réalisation. En voici les grandes lignes :
- Longueur d’ondes adoptée, 1 000 m; puissance plaque, 40 W environ;
- Installation au refuge : alimentation, basse tension directe sur courant 24 V, haute tension par groupe convertisseur. Antenne de 30 m, entre le toit du refuge et un bloc de rocher sur la pente au-dessus du refuge. Terre, aux tuyauteries d’eau. Poste émetteur-récepteur combiné, alimentation 24-600 V continu;
- Installation à Argentière (l’hôtel de Lognan ne possède pas de courant) : alimentation, réseau local alternatif. Emetteur et récepteur avec sonnerie d’appel; alimentation, 120 V, 30 p/s.
- Essais de 1934. — Au mois de juillet 1934, le matériel nécessaire à une exploitation régulière était réalisé, conformément aux principes généraux exposés plus haut. Nous le décrirons en détail, car il est susceptible d’adaptation immédiate aux autres liaisons envisagées.
- Les émetteurs possèdent une seule lampe pentode remplissant 3 rôles simultanés, oscillation, amplification, modulation, présentant l’avantage d’une stabilité remarquable et d’une grande simplicité. Les circuits oscillants possèdent des inductances montées sur stéatite et des condensateurs isolés au quartz, ne pouvant être manœuvrés qu’avec un outil spécial (en règle générale aucun ajustage n’est fait par l’opérateur, la mise au point étant réalisée à l’avance). Un tube à néon indique le bon fonctionnement de l’émetteur.
- L’appel est réalisé, dans le sens refuge-vallée seulement, en modulant l’émission avec un vibrateur à lame accordée par une fréquence basse. Le récepteur de vallée (en fonctionnement permanent) attaque une lampe amplificatrice à circuit résonnant et un relais à lame vibrante accordée sur la fréquence de modulation. Le relais actionne une sonnerie.
- Le poste du refuge contient en un seul bloc l’émetteur et le récepteur avec commutateur émission-réception, bouton d’appel et microphone fixé au coffret. Le chauffage des lampes et la tension de plaque du récepteur utilisent le réseau de 24 V ; un convertisseur tournant 24/600 V fournit la tension anodique. Un petit tableau de démarrage porte des interrupteurs et des fusibles.
- Le poste de vallée comprend un émetteur et un récepteur séparés, contenant chacun son alimentation sur le secteur alternatif de 120 Y. Le coffret émetteur porte le microphone et le commutateur émission-réception ; le coffret récepteur (continuellement allumé) contient le relais d’appel, qu’un commutateur supprime pour la conversation.
- Les appareils sont renfermés dans des coffrets métalliques ne laissant sortir ni bornes ni boutons de réglage. Les quelques organes d’ajustage ne peuvent se
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- manœuvrer qu’avec une clef spéciale et en ouvrant la boîte. Les canalisations sont également connectées à l’intérieur.
- Tout le matériel, appareils, canalisations, antennes, etc. fut transporté à Argen-tière dans les premiers jours d’août. La partie destinée au refuge y fut montée (à dos d’homme bien entendu). Mais on s'aperçut qu’Argentière ne disposait de courant que de nuit, aussi invraisemblable que cela puisse paraître dans un pays de houille
- Fig. 2. — Fiinotlour-rôcepteur destiné au refuge d'Argentièie.
- blanche. Quand le glacier fut redevenu praticable, nous descendîmes dans la vallée. Il ne fallait plus espérer installer les appareils à Argentière cette année. Rien ne pouvait plus être fait sans une longue préparation et des modifications de matériel. Je décidai donc de remettre ces essais à plus tard, pour pouvoir liquider l’étude de la liaison de Haute-Maurienne.
- Essais de Bonneval-sur-Arc. — La section lyonnaise du C. A. F. m’avait en effet demandé d’étudier une liaison entre le chalet-hôtel de Bonneval-sur-Arc (1850 m) et le chalet-hôtel de Carro (2 780 m); la distance en ligne droite atteint environ 7,5 km, mais une croupe montagneuse assez abrupte domine Bonneval dans la direction du refuge; d’autres obstacles moins importants s’échelonnent sur le trajet. Cependant, en plan, la vallée de l’Arc, assez large, présente une courbure légère et régulière.
- 135e Année. — Octobre-Novembre 1936. 4-2
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- Tout laissait prévoir qu’une solution analogue à celle d’Argentière fournirait de bons résultats. Le chalet-hôtel de Bonneval dispose de courant triphasé 120 Y, 50 p/s et possède le téléphone qui le relie d’ailleurs aussi au chalet des Evettes. La liaison par fil pourrait être également envisagée avec le Carro, mais les difficultés financières de l’entreprise sont considérables. Le refuge du Carro ne possède aucune source de courant; il est accessible par un sentier muletier.
- Pour faire des essais de propagation, il suffisait d’installer un émetteur à Bonneval, alimenté par le secteur, et de l’écouter, le long du sentier, avec le récepteur portatif. L’émetteur fut monté dans l’hôtel, avec une antenne unifilaire de 20 m, tendue entre les deux bâtiments; prise de terre sur les canalisations d’eau. La longueur d’ondes choisie, par analogie avec Argentière, fut de 1000 m.
- Les essais furent sans histoire, le beau temps favorisant le déplacement ; la réception se maintint, au cours de 5 stations successives, excellente jusqu’au refuge meme.
- L’avant-projet de réalisation peut donc s’établir ainsi :
- Longueur d’ondes adoptée, 1 000 m. Puissance plaque, 40 W environ;
- Installation au refuge : petit groupe électrogène à essence ; alternateur 120 Y, 50 p/s. Antenne de 50 m entre le toit du refuge et un potelet sur une moraine. Câbles deterre. Poste émetteur-récepteur combiné; alimentation, courant alternatif;
- Installation à Bonneval : alimentation, une phase du réseau alternatif triphasé. Émetteur et récepteur avec sonnerie d’appel; alimentation, 120 V, 50 p/s.
- Autres liaisons. — Indépendamment de ces deux cas concrets, on peut examiner de nombreuses autres communications. La région de Chamonix, si développée au point de vue alpin, présente à cet égard des exemples intéressants.
- En particulier, l’observatoire Vallot, installé à 4350 m, à proximité du sommet du mont Blanc, reçoit souvent des missions scientifiques et il y aurait grand intérêt à le relier téléphoniquement avec Chamonix, où se trouve un observatoire conjugué. Distance en ligne droite environ 10 km; aucun obstacle ne se trouve entre les deux points. C’est là un cas typique d’emploi d’ondes de quelques mètres.
- Avec des ondes de 3 à 4 m, une puissance appliquée de quelques watts suffira pour obtenir une liaison confortable; rien n’empêche d’ailleurs de l’améliorer en dirigeant grossièrement le rayonnement au moyen de rideaux sommaires. Dans le cas envisagé, les petites dimensions des aériens permettent de les réaliser de façon très rigide et robuste, ce qui est particulièrement intéressant en prévision d’intempéries d’une violence toute spéciale. Un autre avantage de ces ondes réside dans la facilité avec laquelle ou peut réaliser le trafic en duplex, la séparation des deux ondes s’obtenant aisément (à part l’augmentation de puissance absorbée). L’ensemble se présenterait donc tout à fait sous les apparences d’un téléphone ordinaire : appel par sonnerie, combiné téléphonique, etc. Sur des ondes normales, les difficultés techniques de séparation seraient insurmontables avec les moyens matériels admissibles.
- Les refuges du massif et du mont Blanc sont presque tous invisibles de la vallée; aucun point de la vallée n’est donc vraiment favorisé pour leur être relié.
- En septembre 1934, disposant du matériel d’essais utilisé à Bonneval et du matériel transporté à Argentière au mois d’août, je pus étudier expérimentalement les conditions de réalisation d’un réseau centré sur Chamonix et tracer une ébauche de carte de propagation dans le massif.
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- C’est en effet là que se trouvent réunis les organismes les plus importants de la région : moyens de transport, guides, section du C. A. F., syndicat d’initiative, secours médicaux, etc. Chacun des refuges communiquerait directement avec ce centre et, par relais, avec les autres refuges.
- Grâce à l’obligeance de la Section de Chamonix du C. A. F., je pus installer, dans le grenier du chalet qu’elle possède près de la gare, un émetteur automatique, dont l’émission fut écoutée en de très nombreux points.
- Nous entreprîmes donc l’exploration méthodique du champ, en direction des diffé-
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- Fig. 3. — Coupes de terrain de diverses liaisons étudiées.
- rents refuges, du Sud au Nord. Le premier visité fut le nouveau refuge de Tête-Rousse (doté d’un éclairage à 24 V) qui devait être inauguré le surlendemain. Situé à 3 167 m, au pied de l’aiguille du Goûter, il constitue le point de départ le plus pratique pour l’ascension du mont Blanc; si l’on ne voit pas Chamonix du refuge, placé sur une plateforme rocheuse dont l’extrémité tombe à pic sur la vallée, il ne s’en faut que de quelques mètres. On peut donc présumer qu’une liaison sur ondes très courtes serait possible. Quoi qu'il en soit, la réception de l’émission de 1 000 m, pour une distance d’environ 8,6 km, fut tonitruante; la réception générale est d’ailleurs excellente au refuge, extrêmement dégagé, sauf sur son versant Sud-Est. Plusieurs écoutes effectuées sur le trajet entre la station du chemin de fer de Bionnassay (2 700 m) et Tête-Rousse montrèrent l’effet d’écran des crêtes rocheuses.
- Essuyant au retour une violente chute de neige, nous rejoignîmes Chamonix
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- pour gagner le lendemain le Montenvers afin d’atteindre les refuges du Requin (2 516 m), de Leschaux (2 650 m) et du Couvercle (2 690 m). Situés chacun au bord d’un des trois grands glaciers (Géant, Leschaux, Talèfre) qui forment par leur réunion la célèbre Mer de Glace, ils sont séparés de Chamonix par d’énormes murailles rocheuses (aiguilles de Chamonix, aiguille du Moine,...). Celles-ci constituent d’importants obstacles à la propagation. Nous pûmes le vérifier en faisant diverses stations sur la Mer de Glace et le glacier du Géant, où la réception, quoique nette, fut extrêmement faible. Elle devint un peu meilleure au pied du refuge du Requin, la réception générale restant d’ailleurs médiocre. Le temps devenant menaçant, nous rejoignîmes directement le refuge du Couvercle; comme nous y arrivions commença une tempête de neige qui dura toute la soirée et toute la nuit. Les essais de réception purent néanmoins être faits, dans des conditions peu favorables : intensité des signaux très faible.
- Le lendemain, temps superbe, nous gagnons le refuge de Leschaux, pour étudier les conditions générales de réception; c’était en effet dimanche et l’émetteur de Chamonix devait rester muet. Cette réception se montra moyenne, nettement meilleure que dans les stations de la veille. Le refuge de Leschaux est en effet mieux dégagé vers la vallée que les deux autres, se trouvant dans l’axe de la Mer de Glace.
- Le quatrième jour des essais, nous rejoignons le refuge d’Argentière en suivant progressivement la propagation entre Chamonix et le Jardin. Tant que nous restons sur le flanc de la vallée, malgré les bois et la mauvaise disposition de l’antenne, la réception reste satisfaisante. Mais, quand nous tournons à Lognan pour prendre la vallée glaciaire (perpendiculaire à l’autre), l’effet d’écran de la chaîne de l’aiguille Verte se fait sentir : l’intensité baisse et tombe à la limite de netteté quand nous arrivons au refuge d’Argentière. La distance à Chamonix est de 10,5 km, mais le plan vertical joignant les deux points passe par l’aiguille Carrée (3 716 m) sur l’arête de l’aiguille Verte. Cet obstacle considérable ne peut guère être contourné, l’arête se prolongeant de façon très importante.
- Le lendemain, autres réceptions et descente à Lognan. Enfin, nous traversons le glacier d’Argentière et longeons à nouveau la vallée de l’Arve en remontant jusqu’à sa source pour gagner le refuge Albert Ier, au bord du glacier du Tour. En débouchant dans la vallée, nous retrouvons l’émission, mais elle n’est pas très forte, car le rayonnement frôle des croupes très boisées. Au contraire, dès que nous atteignons l’axe de la vallée, malgré une distance dépassant 10 km, l’intensité monte au maximum. Au refuge même (2 800 m), avec une distance de 12 km, la réception est très forte; les obstacles sont assez importants mais leur « site » reste relativement faible et les parcours détournés sont favorables. La réception générale est extraordinaire ; le refuge est en effet très dégagé sauf au Nord-Est.
- En nous aidant des résultats trouvés dans des cas analogues, nous pouvons ainsi tracer pour l’onde de 1 000 m des courbes « équichamp » dans le massif autour de Chamonix; elles sont évidemment extrêmement grossières et ne peuvent donner qu’une idée d’ensemble de la propagation. Nous les avons graduées en unités arbitraires, représentant l’intensité de réception obtenue (Rl à R9). Il est possible d’en tirer quelques conclusions générales confirmant ce que nous citions au début. Les hautes murailles montagneuses constituent des obstacles très gênants ; cependant, si elles ne sont pas trop près d’un des postes, c’est-à-dire si l’angle sous lequel on les voit
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- de ce poste n’est pas trop grand, les ondes peuvent les surmonter, quelle que soit leur hauteur (cas d’Albert Ier). Au contraire, une paroi s’élevant juste contre un poste (cas du Requin et du Couvercle) forme un écran presque complet. Les glaciers ne semblent pas avoir d’influence; la réception à leur surface ne diffère guère de celle que l’on obtient sur le rocher. Il est d’ailleurs difficile de déterminer a priori leur
- Fig. 4. — Carte des études dans le massif du mont Blanc. Courbes * équi-champ ».
- aotion : la glace sèche est un isolant, mais un glacier est une éponge contenant beaucoup d’eau!
- La planimétrie a également beaucoup d’importance. Certainement les ondes ne se propagent pas spécialement dans le plan vertical joignant les deux postes, mais choisissent le chemin le plus court et le moins courbé. Si une vallée large et régulière contourne l’obstacle, elle constitue un trajet utilisable (cas du Carro). Enfin, il semble que les trajets frisant des croupes boisées subissent une absorption très notable.
- Cette série d’essais permet également d’établir l’avant-projet du réseau de Cha-monix. De sérieuses difficultés se rencontreraient, semble-t-il, dans l’établissement
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- d’un réseau à point central unique, étant donné la configuration compartimentée du massif. Une solution plus sûre serait obtenue en séparant le réseau entre deux centres. L’un au Montenvers desservirait assez facilement Leschaux et le Couvercle et, par relais de ce dernier, le Requin; les distances sont réduites de moitié, le Requin et le Couvercle ne sont espacés entre eux que de 4 km à vue directe. Le Montenvers dispose de courant, téléphone et chemin de fer. L’autre centre serait à Argentière, desservant aisément le Jardin et le refuge Albert Ier.
- Réception des prévisions météorologiques. — Indépendamment de la liaison des refuges à la vallée, il serait très facile de doter des refuges de récepteurs simplifiés, sans réglage, permettant au casque la réception exclusive d’une station diffusant des prévisions météorologiques. Il n’y aurait aucune difficulté à obtenir du Service de la Radiodiffusion d’introduire dans ses programmes des prévisions spéciales.
- Conclusions. — L’emploi de la radiotéléphonie pour les communications avec les refuges de haute montagne est donc parfaitement pratique. Nous venons de voir les conditions topographiques qui interviennent. D’une façon générale, les ondes longues sont utilisables presque partout, à condition d’adopter une puissance suffisante. Dans le cas de visibilité directe, les ondes très courtes donnent une solution parfaite; il n’est d’ailleurs pas prouvé qu’elles ne puissent réussir dans d’autres cas : certaines observations faites par divers expérimentateurs semblent indiquer des propagations incurvées. Nous nous proposons d’entreprendre dès que possible des essais en ce sens avec des ondes de quelques mètres. Le matériel nécessaire serait particulièrement réduit, les puissances restant infimes; des lampes miniature et des piles minuscules permettraient de réaliser des appareils émetteurs-récepteurs pesant environ 1 kg tout compris. De tels appareils pourraient rendre de grands services comme postes portatifs pour des caravanes, en particulier pour les secours.
- En ce qui concerne les liaisons d’exploitation, comme nous le signalions, du matériel existe; et nous espérons que les circonstances permettront de le mettre bientôt en expérimentation réelle.
- DISCUSSION
- M. Sauvage. — Est-ce que l’hôtel du Montenvers n’est pas ouvert en permanence pendant toute la saison des sports d’hiver? Si, comme je le crois, c’est le cas, cela faciliterait les installations de T. S. F.
- M. Decaux. — Cet hôtel doit en effet être ouvert en permanence l’hiver.
- M. Lacoin. — Est-ce qu’il n’y a pas déjà des observatoires reliés par T. S. F. à la vallée?
- M. Decaux. — Si, celui du pic du Midi; de même, celui du puy de Dôme, qui fonctionne sur onde de 6 m. Quant à l’Observatoire Yallot, près du sommet du mont Blanc, il n’a pas encore la T. S. F., mais aucune difficulté technique ne s’oppose à une liaison directe avec Chamonix.
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- M. H. Queyras, chef du Service de la Montagne au Touring Cdub de France. — Je crois devoir signaler un article de la Revue du Club alpin italien, paru dans le numéro d’avril 1936, qui mentionne l’installation de la radiotéléphonie dans certains refuges de montagne. Cet article contient, en outre, un exposé de la question et la photographie d’un modèle du poste émetteur utilisé. Nos voisins italiens nous ont donc devancés dans l’application de ce moyen de communication.
- M. Queyras nous a envoyé quelques jours après la communication de M. Decaux, copie de l’article mentionné, extrait de la Revue mensuelle du Club alpin italien (n° d’avril 1936). Nous la reproduisons ci-après :
- liaison radiophonique pour refuges. — L’inauguration, le 22 lévrier 1936, de la liaison radiophonique entre le « Grand Refuge Bosi », sur les monts Piana et Prince Humbert, avec Misurina et les trois cimes du Lavaredo, marque le commencement d’un réseau de liaisons radiophoniques entre refuges que le Club alpin italien (C. A. I.) a décidé d’établir.
- Ce réseau est aussi le premier installé en Europe par une société d’alpinisme en faveur de ses sociétaires.
- Après de nombreuses expériences, il fut établi que le moyen le plus sûr de sauvegarder la vie des alpinistes en danger était d’établir une liaison rapide entre le refuge où ils peuvent se trouver et la vallée (au lieu de secours).
- Cette liaison permet, en outre, à l’alpiniste de s’informer de l’état du temps et de l’enneigement, et facilite la tâche du service d’informations météorologiques du C. A. I.
- En haute montagne, le téléphone est d’un fonctionnement assez irrégulier et son installation est coûteuse et difficile; il est d’ailleurs très peu répandu actuellement.
- La radio semblait présenter la solution la plus logique; mais la nécessité de faire fonctionner la station avec une source d’énergie propre et d’assurer son autonomie pendant plusieurs mois imposait l’adoption d’une station de petite puissance pouvant être confiée à un personnel non spécialisé.
- Nous avons donc créé un type d’appareil sùr, d’une grande facilité de fonctionnement, que n’importe qui peut utiliser.
- Voici comment est équipé le poste mis en service à la Misurina; dès les premiers essais, il a donné des résultats pleinement satisfaisants.
- Il y a deux types de postes, ceux qui disposent du courant (postes de la vallée) et ceux qui n’en disposent pas (postes des refuges en montagne).
- Les postes de T. S. F. des refuges en montagne sont alimentés par une batterie sèche contenue dans une boîte d’un poids total de 10 kg. Il est possible de faire fonctionner ce poste pendant 100 heures pratiquement pendant au moins six mois. Le renouvellement des piles est très facile et peut être confié à n’importe qui; il s’effectue en quelques minutes. Le prix des piles de rechange est minime (moins de 100 lires) ; ce renouvellement des piles est la seule manœuvre nécessaire.
- Le poste est contenu dans un coffre métallique de petites dimensions (20 x 20 x 22 cm) et d’un poids de 3 kg; il peut être fixé à un mur du refuge.
- Le poste possède deux lampes qui fonctionnent chacune à leur tour comme émetteur et récepteur, puis un crochet auquel est suspendu le micro-téléphone, comme dans une installation téléphonique ordinaire.
- En décrochant le micro-téléphone, on met en marche automatiquement le poste et, au même instant, une sonnette d’appel tinte au poste de la vallée.
- Il n’est pas nécessaire d’attendre que le poste de la vallée réponde pour commencer à envoyer son message. La seule différence avec le téléphone à fil est qu’il se produit un tremblement sur le micro-téléphone lorsqu’on désire parler et non premièrement à l’écouteur.
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- Aucune autre manœuvre n’esl nécessaire pendant la communication; celle-ci finie, il suffit de raccrocher l’appareil.
- Le poste de la vallée est installé à peu près de la même façon, sauf qu’il fonctionne sur le courant alternatif du réseau de distribution et n’a pas besoin de batterie de piles et de dispositif pour les renouveler. Ce poste contient le dispositif automatique, déjà mentionné (sonnerie), constitué par un relais très sensible mis sur le circuit récepteur de façon que lorsque la station émettrice entre en fonction, elle actionne une sonnette locale.
- Le poste peut être construit pour fonctionner sur onde ultra-courte (7 m) ou courte db — ?0 m). Cette dernière longueur d'onde est utilisée de préférence lorsque le poste n’est pas visible des autres postes.
- La plus grande longueur pour laquelle la communication est assurée est de 10 km, ce qui permet à la grande majorité des refuges alpins d’être réunis à la vallée.
- Cette organisation peut être utilisée pour fournir tous renseignements concernant les courses en montagne, par exemple lors des concours de skis. Dans ce cas, on monte au poste fonctionnant sur onde ultra-courte une antenne d’un peu plus d’un mètre, ce qui ne prend que quelques secondes11'.
- M. D égaux. — Si je suis bien informe, des postes de T. S. F. seront installés cet été dans les Alpes italiennes, suisses et autrichiennes, notamment dans les Dolomites. Evidemment, nous sommes en retard; mais, comme je l’ai dit, le matériel que nous avons étudié est parfaitement au point; il pourra être facilement construit et installé, dès que les questions financières et fiscales seront réglées.
- M. Lemaire. — Il semble que l’organisation prévue en France et celle qui est déjà réalisée en Italie ne visent que l’alpinisme d’été. Les accidents en haute montagne, quoique en général moins graves en hiver qu’en été. sont cependant plus nombreux. N’a-t-op rien prévu pour les sports d’hiver?
- M. Decaux. — La liaison des refuges gardés en hiver ne présenterait pas de difficultés spéciales.
- M. Lemaire. — Jusqu’ici le choix de l’emplacement des refuges et des abris semble n’avoir été dicté que par des raisons de commodité et de sécurité. Quand c’était possible, on s’est souvent mis à l’abri justement près d’une de ces parois qui constituent sinon un obstacle du moins une gêne à la propagation des ondes. Est-ce que dans l’avenir, pour le choix de nouveaux refuges à construire, il ne faudra pas aussi tenir compte de la possibilité d’entretenir facilement des liaisons radioté-léphoniques avec les agglomérations de la vallée? Autrement dit, faut-il sacrifier un peu la cômmodifé et la sécurité de rabri ôü surcharger l’alpiniste?
- . ’ M . .B ECA U X . — I l serait certainement intéressant d’étudier la propagation des ondes dans la région envisagée et de faire intervenir les caractéristiques radioélectriques des emplacements, dans leur choix, concurremment avec les autres conditions.
- (1)11 convient ici de signaler-que-lé-Club alpin italien travaille en liaison avec les autorités militaires :ét que le - matériel radiotéléphonique décrit ci-dessu<, est le -même que celui qui-a été Utilisé pendant la guerre italo-éthiopienne. (N. D. L. R.)
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- BULL. DE LA SOC. D ENCOUR. POUR L INDUS. NAT.
- OCTOBRE-NOVEMBRE 1936 (p. 057).
- BIBLIOGRAPHIE
- Prosper Enfantin et les grandes entreprises du XIXe siècle, par Henry-René D’Allemagne, archiviste-paléographe, bibliothécaire honoraire à la Bibliothèque de l’Arsenal; préface de P. Malapert, professeur honoraire de philosophie au Lycée Louis-le-Grand. Un vol. relié (26 X 34 cm) de 223 pages, avec 48 gravures hors texte, dont 12 en couleurs. Paris, 1935, Librairie Gründ, édit. Prix, 150 fr.
- Index : 335.2
- Cet ouvrage suit et complète celui du même auteur, Les Saint-Simoniens, que nous avons analysé dans le Bulletin de mai 1930, p. 428. Il est conçu dans le même esprit et édité avec le même luxe; ses nombreuses illustrations sont toutes des reproductions de documents originaux de l’époque, et l’auteur, pour l’écrire, a continué à utiliser surtout le fonds saint-simonien de la Bibliothèque de l’Arsenal. Rappelons que le premier ouvrage était un court exposé de la doctrine des Saint-Simoniens, qui est à l’origine de toute l’idéologie sociale du xixe siècle, et une histoire anecdotique de la vie de membres de cette secte fameuse.
- C’est des idées saint-simoniennes que sont nés le positivisme d’Auguste Comte et toutes les formes actuelles du socialisme, si on en détache les idées religieuses et l’humanitarisme dont était imprégné le saint-simonisme et qui, peut-être, contribuèrent à le discréditer tout autant que certaines de ses extravagances. Par sa nouveauté, tout au moins, la doctrine saint-simonienne dut avoir quelque retentissement dans le grand public puisque Balzac y fait allusion à plusieurs reprises dans L’illustre Gaudissart.
- Il n’en reste pas moins, ce que l’on sait moins, que les Saint-Simoniens glorifiaient le travail manuel, donnaient une importance considérable à l’organisation industrielle, et qu’ils ont prévu et étudié de grandes œuvres et de grands travaux dont la plupart ont été réalisés depuis : crédit bancaire, crédit intellectuel, chemins de fer, colonisation, construction du canal de Suez, irrigation de la vallée du Nil, désarmement général, Société des Nations et États-Unis d’Europe. A vrai dire, les études en vue de réalisations industrielles sont surtout l’œuvre de quelques Saint-Simoniens isolés, ou formés en petits groupes après leur dispersion, qui fut la conséquence du procès en cours d’assises des 27-28 août 1832 qui les y condamna. Prosper Enfantin, le nouvel ouvrage, est surtout consacré à celles de ces études auxquelles collabora, après la dispersion, celui qui avait été « le Père Enfantin » c’est-à-dire, sinon le dieu de la secte saint-simonienne, du moins le directeur spirituel de « ses enfants », et qui le resta jusqu’à sa mort pour la plupart d’entre eux.
- Enfantin, comme tous les Saint-Simoniens, était un esprit cultivé. Né à Paris, en 1796, il était entré en 1813, à l’École polytechnique, et, en 1814, comme élève de cette école, il avait pris part, spontanément, avec ses camarades, à la défense de la capitale contre les Alliés. La faillite de son père l’obligea à donner sa démission. Pendant les Cent Jours, il fut attaché à l’armée des Alpes, mais, la campagne finie, il abandonna définitivement la carrière des armes et se plaça, à Romans, chez un parent, négociant en vins, chez qui, il fît d’abord toutes les besognes, et de qui, il devint le voyageur, ce qui lui permit de parcourir la Suisse, l’Allemagne et la Hollande ; malgré toute son activité, il y « trouva plus d’amis que de pratiques ». En 1820, traversant la Suisse, il y retrouvé un de ses anciens camarades de l’École
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- BIBLIOGRAPHIE.
- OCTOBRE-NOVEMBRE 1930.
- polytechnique, Pichard, alors occupé de travaux philosophiques et économiques, avec qui il entretient ensuite une correspondance suivie sur les questions politiques et sociales. En 1821, il s’associe à un Français, banquier à Saint-Pétersbourg, « pour chercher dans une modeste aisance un moyen d'indépendance ». A Saint-Pétersbourg, il se lie avec d’anciens Polytechniciens, qui y étaient alors en mission, et qui se réunissaient un jour par semaine pour discuter de questions philosophiques et économiques ; il lit alors les économistes.
- En 1823. Enfantin rentre en France; il retrouve Olinde Rodrigues, son ancien maître d’études au Lycée Napoléon, devenu fervent disciple de Saint-Simon et qui le rallie à ses idées. Avec 38 autres disciples, bientôt réduits à 28 par suite de divergences d’opinions, il met en pratique ses idées au « Temple de Ménilmontant », petite communauté, où, prêchant par l’exemple, les Saint-Simoniens, mènent la vie telle qu’ils la conçoivent dans la société future. Telle est l’origine de la secte saint-simo nienne militante, dont Enfantin fut « le Père », et le resta jusqu’à sa mort.
- Après la condamnation d’août 1832, Enfantin, dans la prison de Sainte-Pélagie, abdique toute autorité sur ses disciples et laisse à chacun d’eux le soin de propager librement le saint-simonisme. A sa sortie de prison, il cherche pendant plusieurs années la voie qu’il devra suivre, refuse diverses situations qui lui sont offertes dans l’industrie, et le 18 août 1839, accepte enfin, mais sans enthousiasme, de faire partie de la Commission scientifique de l’Algérie. Auparavant, en 1833 et 1834, une mission de Saint-Simoniens, dont Enfantin faisait partie, était déjà allée en Orient, à Constantinople, à Smyrne, en Syrie et en Egypte. Son programme, déjà préparé par Enfantin et ses co-prisonniers à Sainte-Pélagie, avait pour objet de rechercher comment la France pouvait exercer son œuvre civilisatrice en Orient. Il semble bien qu’alors, leur préoccupation ait été de chercher à mettre leurs idées en pratique dans des pays neufs et où ils n’auraient pas eu à lutter contre l’incrédulité et les railleries de leurs concitoyens. Enfantin remplit consciencieusement sa mission en Algérie, mais en se préoccupant bien plus des problèmes politiques et administratifs et des réalisations pratiques que des questions purement scientifiques dont la mission était aussi chargée. Il devait persévérer dans cette voie.
- Après avoir parcouru l’Algérie pendant un an, Enfantin expose ses conceptions sur la mise en valeur de la nouvelle colonie dans un volume in-8° de plus de 300 pages, Colonisation de l'Algérie; il y montre la nécessité d’y introduire des Européens, agriculteurs et industriels, et la propriété collective, le régime foncier français y étant incompatible avec le régime algérien; il envisage l’organisation militaire de la colonie (soldats laboureurs, compagnies de discipline), la création d’une école normale coloniale et d’un Institut scientifique d’Algérie, analogue à celui qu’avait créé Bonaparte en Égypte. Il convient de rappeler qu’à cette époque (1843) depuis 12 ans, on discutait âprement en France sur l’utilité de conserver l’Algérie et sur la façon de l’occuper.
- Les suggestions d’Enfantin ne furent pas prises en considération par le Gouvernement. Sans abandonner les spéculations philosophiques, politiques et sociales, qu’il expose dans La oie éternelle, La science de l'homme, et dans son projet de crédit intellectuel, il oriente alors presque toute son activité vers les réalisations industrielles. Deux d’entre elles sont de première importance et font l’objet de la majeure partie de l’ouvrage de M. D’Allemagne : la constitution d’un réseau de chemins de fer français et le percement de l’isthme de Suez.
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- Dès 1831, les Saints-Simoniens avaient exposé un vaste projet de réseau des chemins de fer européens, qui a été en presque totalité réalisé dans la suite. Pendant 12 ans, comme représentant d’un Comité lyonnais, Enfantin travaille à coordonner les efforts des compagnies de chemins de fer récemment créées et aboutit enfin à leur fusion en une seule société, la Compagnie du P. L. M., dont il devient administrateur en 1856.
- Déjà en 1833, à peine débarqué en Égypte, Enfantin songeait à faire communiquer la Méditerranée et la mer Rouge par un canal qui devait consacrer l’union de l’Orient et de l’Occident. Le projet qu’il avait établi avec ses disciples ne fut pas accepté par Méhémet-Ali. En 1846, Enfantin réussit cependant à fonder une Société d’études pour le canal de Suez, composée d’ingénieurs français, anglais et autrichiens, dont les travaux furent de la plus haute importance.
- La principale objection qu’on opposait à la construction du canal était la différence de niveau entre les deux mers. En 1799, les savants qui accompagnaient Bonaparte, l’avaient trouvée égale à 8,75 m; la Société, grâce aux nivellements de Bourdaloue, montra qu’elle n’était que de 0,80 m, ce qui a été vérifié depuis.
- Enfantin était entré en rapports avec de Lesseps, mais n’ayant pas trouvé en lui le collaborateur qu’il espérait, les deux hommes cessèrent bientôt de s’entendre; et, quand de Lesseps eut obtenu en 1854 la concession de la construction du canal, il oublia ceux qui lui en avaient suggéré l’idée et avaient démontré la possibilité et l’utilité de sa construction : ils n’eurent aucune place dans la compagnie. Enfantin, d’abord profondément attristé par cette ingratitude, s’en consola vite. « Il importe peu, écrivit-il, que le vieux Prosper Enfantin — il avait alors près de 60 ans — et ses enfants aient subi une déception; mais il importe que le canal soit percé, et il le sera. Et c’est pourquoi je remercie Lesseps et le bénis. »
- Parmi les autres entreprises industrielles dont Enfantin s’occupa, on peut citer : la fondation delà Société des Mines (de fer) de Privas, en 1845, qui n’eut qu’une existence éphémère; l’exploitation des forêts algériennes (1845), dont la concession fut refusée, et la création de sociétés de colonisation en Algérie, qui ne reçurent pas du Gouvernement l’appui dont elles avaient besoin.
- En 1853, Enfantin prend part à la fondation de la Compagnie générale des Eaux de Lyon, dont il devient l’administrateur en 1853; à Lyon, il organise les moyens de transport en commun de la ville et prépare le rachat des ponts à péage comme un moyen de réunir à la ville Les Brotteaux et La Guillotière, qui n’étaient que des villages.
- Enfantin a aussi établi le programme du crédit foncier; mais s’il eut la joie de le voir réalisé en 1852, ce ne fut pas tout à fait comme il l’avait conçu.
- Le 23 août 1864, Enfantin fut frappé d’une congestion cérébrale dont il mourut le 31 août. Il avait gardé toute son activité physique et intellectuelle jusqu’à sa dernière heure. 11 fut enterré au Père-Lachaise, tout près de Saint-Simon et d’Olinde Rodrigues.
- L’ouvrage de M. D'Allemagne se termine par deux chapitres, l’un sur les derniers Saint-Simoniens, ceux qui ont survécu à Enfantin, l’autre, très curieux, sur la vie intime d’Enfantin. La lecture de tout l’ouvrage est très émouvante. Les Saints-Simoniens étaient non seulement très intelligents, mais aussi foncièrement honnêtes et désintéressés; leur croyance était sincère, leur foi ardente, et ils avaient le courage de leurs idées; leur dévouement à la chose publique et leur désir d’améliorer le sort
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- des classes pauvres ne sont pas douteux; s’ils concevaient que, sans enthousiasme et un peu de lyrisme, on n’entreprend pas de grandes choses, ils ne manquaient cependant pas de sens pratique : ils ont été des précurseurs et leurs utopies sont devenues ou sont en train de devenir des réalités. La grande figure de Prosper Enfantin ne peut inspirer que l’admiration, la sympathie et le respect; l’homme méritait bien le culte que ses disciples lui ont rendu, et que M. D’Allemagne vient de rendre à sa mémoire en lui consacrant ce bel ouvrage.
- Après Prosper Enfantin, nous avons lu un ouvrage récent qui a fait quelque bruit car il est plein de faits et d’idées et, de surcroît, très courageux et d’une lecture passionnante. 11 s’agit de L'homme, cet inconnu, par le Dr Alexis Carrel. L’auteur, sauf erreur, est un Français, émigré depuis longtemps aux Etats-Unis, où il s’est fait remarquer surtout par des travaux de chirurgie originaux. 11 s’élève contre les méfaits de ce qu’il appelle notre « civilisation technologique »; elle serait désordonnée, ne répondrait pas aux besoins réels de l’homme et serait loin de le conduire à la santé et au bonheur. Il est curieux de constater que, dans son programme de rénovation de l’homme, problème devenu très difficile mais non insoluble, on retrouve quelques-unes des idées que les Saints-Simoniens ont émises et essayé de mettre en pratique il y a plus de cent ans. e. lemaire.
- La chimie au laboratoire et à l’usine, dans la nature et dans la vie, par Marcel Boll, agrégé de l’Université, docteur ès sciences, professeur de chimie générale à l’Ecole des Hautes Études commerciales. Un vol. (20x14 cm), de 298 p., 250 fig., 20 tableaux, 2 index. Librairie Larousse, éditeur, 13 à 21, rue Montparnasse et 114 boul. Raspail, Paris (6e), 1935. Prix, br., 15 fr. Index : 54 + 66
- L’auteur, lauréat de la Société d’Encouragement, consacre une grande partie de son activité à la rédaction d’ouvrages d’enseignement de la physique et de la chimie, ou d’ouvrages de vulgarisation qui traitent des questions scientifiques ou techniques les plus diverses. Le présent ouvrage appartient à cette seconde catégorie, bien que, pour être assimilées, les questions qu’il traite supposent acquises quelques notions qui font partie du programme de l’enseiguement secondaire et même de l’enseignement supérieur. Ce n’est donc pas à proprement parler un ouvrage de vulgarisation, et il nous paraît devoir s’adresser de préférence aux personnes cultivées qui désirent vraiment s’initier, grâce à un petit effort, aux acquisitions les plus récentes de la chimie, et que l’on ne trouve guère exposées toutes ensemble dans des ouvrages d’enseignement. L’énumération des chapitres et quelques commentaires donneront une idée de la façon dont l’ouvrage est conçu. Ces chapitres s’enchaînent et le non initié doit les lire dans l’ordre de leur présentation, car l’auteur les renvoie fréquemment à des chapitres antérieurs, supposés déjà lus.
- Les corps purs, objet propre de la chimie; — Les corps simples; — Les éléments (distinction entre ceux-ci et les corps simples); — Les corpuscules correspondant à chaque élément et leur présence dans les corps purs (équations chimiques; la chimie, science quantitative); — Structure des éléments et architecture des corps purs (structure des atomes et des molécules, isotopes, complexes, radicaux électrovalents et radicaux covalents); — L’énergie chimique, sa production et son utilisation (nature électrique de l’affinité chimique); — L’air et le feu; — L’eau et la voie humide (ionisation, acidoalcalinité et notation pH, éthérification et saponi-
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- fication, oxydoréduction et notation rH); — Essais, analyses, expertises; — Vitesse de réaction et catalyse (catalyseurs et stabilisateurs) ; — Les synthèses chimiques (fixation des gaz de l’air, engrais, matières colorantes et teinture, parfums et saveurs, remèdes, poisons et stupéfiants, gaz de combat); — L’état colloïdal (micelles, suspensions, émulsions, verres, faïences, ciments); —Les confins de la chimie (chimie organique, la chimie et la vie, diastases, hormones, vitamines).
- Les explications du texte, claires et extrêmement concises, sont complétées, souvent sous forme de notes de bas de page, par des renseignements sur des applications, des développements, des exemples, des interprétations, le mécanisme d’une action, des précisions d’ordre mathématique.
- Les figures, très nombreuses et toutes au trait, ont été spécialement dessinées; elles comportent des écritures, des légendes explicatives et leur échelle, de sorte que, le plus souvent, elles se suffisent à elles-mêmes et font faire connaissance avec de nombreux appareils de laboratoire ou industriels.
- L’ouvrage se termine par : un court chapitre sur les transmutations et les dématérialisations; une liste des principaux artisans de la chimie avec indication de leurs travaux; des références bibliographiques; deux tableaux des caractères principaux des éléments et des composés chimiques les plus importants; enfin, un index alphabétique des matières. Une des particularités de l’ouvrage est l’importance que donne l’auteur aux nombres destinés à fixer l’ordre de grandeur des phénomènes.
- E. L.
- Dictionnaire de la chimie et de ses applications, par Clément Duval, docteur ès sciences physiques, Raimonde Duval, docteur ès sciences physiques, et Roger Dolique, docteur ès sciences physiques, pharmacien. Préface de H. Luc, directeur général de l’Enseignement technique. Un vol. (19x14 cm) xxxii-t- 747 pages de chacune deux colonnes. Hermann etCle, éditeurs, 6 rue de la Sorbonne, Paris, 1935, Prix, broché, 70 fr. Index : 54-1-66 (03)
- Ce dictionnaire donne à leur ordre alphabétique, non seulement tous les corps simples et composés, purs ou non, de la chimie minérale et organique, avec leurs synonymes et leur formule de constitution, développée le cas échéant, mais aussi : les groupements fonctionnels et les radicaux tels que carboxyle, hydroxyle; les préfixes et les suffixes, comme hypo- et -ane; les opérations, comme substitution, sulfonation; les termes généraux, substantifs et adjectifs, de groupes et les fonctions chimiques; les espèces minérales; les appareils de laboratoire ou industriels comme perce-bouchons, convertisseur; les réactifs complexes (Esbach, Nessler); les méthodes et essais, tels que celui du slump-test d’Abrams, et la méthode de Kjeldahl; les produits industriels, comme porcelaine, etc.
- La facilité des recherches que procure cette richesse est encore accrue par les renseignements donnés au début de l’ouvrage. Ce sont : des indications pour s’en servir; une liste des abréviations qui y sont employées et des tableaux qui y figurent; les principales constantes employées en chimie minérale; les principaux médicaments désignés habituellement par un numéro ; l’alphabet grec avec les notations conventionnelles où il figure; enfin, un chapitre, intitulé « Nomenclature », qui donne l’ensemble des règles, symboles et vocables destinés à représenter les corps et à prononcer leur nom. e. l.
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- Chimie si minéralogie (Chimie et minéralogie), par C. I. Istrati et G. G. Longinescu. 16me édition mise à jour par G. G. Longinescu, professeur de chimie minérale à l’Université de Bucarest, membre correspondant de l’Académie roumaine. Un vol. (20x13 cm), de vin 4-503 p., 171 fîg. et 24 portraits. Nationala-Ciornei S. A., éditeur. Bucarest, 1935. Index : 54 4-549
- Cet ouvrage est la 16e édition d’un traité de chimie, classique depuis longtemps en Roumanie, et dont une des premières éditions a eu l’honneur d’une traduction française quelques années avant 1914. Depuis la mort, en 1918, d’Istrati. qui fut élève et collaborateur de Ramsay, Friedel et Moissan, son collaborateur, le prof. Longinescu, membre de la Société d’Eneouragement, a remis seul l’ouvrage à jour dans ses éditions successives, en lui conservant les caractères qu’il avait dès l’origine et qui ont contribué à son succès.
- L’ouvrage s’adresse aux élèves de l’enseignement secondaire et des écoles commerciales ou normales de Roumanie. Il a donc un caractère à la fois scientifique et pratique; aussi les applications industrielles y trouvent-elles place mais sans développement excessif, et ce sont tout naturellement les grandes industries de la Roumanie qui y ont reçu un certain développement (pétrole, or, sel gemme).
- La méthode didactique adoptée est celle qui a été préconisée par quelques professeurs, désireux de faire aimer la matière qu’ils enseignent, et qui consiste à expliquer les phénomènes chimiques et à signaler leurs applications au fur et à mesure que l’occasion s’en présente en étudiant successivement, dans un certain ordre, les corps simples et leurs principaux composés : on s’achemine ainsi progressivement vers les théories générales, qui ne sont exposées que lorsqu’on peut les étayer sur un nombre suffisant de faits ou d’opérations connues et de phénomènes simples étudiés antérieurement.
- C’est de cette façon que, dans l’ouvrage de M. Longinescu, sont définis ou expliqués successivement, à propos : de l'hydrogène : les corps simples et la diffusion; — de l’oxygène : les oxydes, l’oxydation, les moteurs à explosion, la soudure autogène, les réductions, la synthèse, l’allotropie; — de l’eau : la distillation, la dissolution, la valence, les masses atomiques et moléculaires et les lois fondamentales qui régissent les combinaisons; — du sel marin : la minéralogie, la cristallographie, la salification; — à propos des halogènes, l’électrolyse, et, à la fin des métalloïdes, la thermochimie; —à propos du carbonate de calcium, la lithographie et la chromolithographie; — de l’argent, la photographie, la photogravure; — des aluns, l’isomorphisme; — des platinoïdes, la catalyse; — de la cellulose, la fabrication des poudres sans fumée, de la soie artificielle, du papier et la conservation des bois; — de l’acide tartrique, la stéréoisomérie ; — du tannin, la fabrication du cuir.
- L’étude d’un corps commence toujours par un court alinéa sur son importance pratique et se termine, le cas échéant, par sa minéralogie, les caractères et la description de ses formes cristallines. La chimie minérale se termine par la classification de Mendéléiev, la dissociation, l’ionisation, la radioactivité, les isotopes, les transmutations et la transformation de la matière en énerg’ie et vice versa,
- De nombreuses expériences, très démonstratives et d’exécution facile, sont décrites; elles sont accompagnées de l’indication des précautions à prendre si elles peuvent être dangereuses.
- La chimie organique occupe 154 pages de l’ouvrage; abstraction faite des applications, elle comporte un peu plus que ce qu’il faut en savoir pour la com-
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- prendre et qui peut s’enseigner en 12 leçons, selon la boutade de Grimaux. Elle se termine par les fermentations, la conservation des aliments et les gaz de combat. Malgré son volume réduit, l’ouvrage fait connaître des notions ou des faits assez nouveaux; nous citerons, outre ceux qui ont été mentionnés plus haut : l’hydrogène lourd et l’eau lourde, la structure des atomes, les protons et l’électron, les gaz rares de l’atmosphère.
- Une particularité de l’ouvrage est de donner, à la fin. une courte biographie des principaux artisans de la chimie, ainsi que leur portrait. k. l.
- Les phénomènes périodiques de la chimie. Les périodicités de structure, par
- Suzanne Yeil, docteur ès sciences, chef de travaux à l’École des Hautes Études. Une brochure (25 X 17 cm) de 39 p., 3 fig. et 7 planches hors texte. Hermann et Gle, éditeurs, 6, rue de la Sorbonne, Paris (6e). Prix, broché, 7 fr. Index : 541.
- Les structures périodiques n’ont fait l’objet d’une étude systématique que lorsqu’en 1896, Liesegang eut découvert la périodicité de la précipitation du dichro-mate de potassium par l’azotate d’argent, avec la formation des anneaux qui portent son nom et qui en est la conséquence. Aujourd’hui, les travaux de cette sorte sont nombreux, car la périodicité de structure est un phénomène général en chimie et semble l’être aussi en géologie et en biologie (strates des terrains, stries des agates, des coquilles, des racines). C’est un bref exposé, clair et précis, des résultats, acquis et les problèmes soulevés qui font l’objet de la présente brochure.
- L’expérience de Liesegang consiste à déposer une goutte d’une solution aqueuse concentrée d’azotate d’argent sur une couche de gélatine imprégnée de dichromate de potassium, étalée sur une plaque de verre : le précipité rouge de chromate d’argent, se forme autour de la goutte en anneaux concentriques de plus en plus espacés; exceptionnellement, c’est une spirale. L’état de la gélatine n’est pas sans influence sur le phénomène, mais sa présence n’est pas indispensable.
- On observe des précipitations périodiques du même genre avec d’autres sels d’argent et des composés du cuivre, du mercure, du plomb, de l’or, du fer, du nickel, du cobalt, du chrome, du manganèse, du cadmium, du magnésium et des métaux alcalino-terreux. De même, des réactions entre composés organiques, la diffusion entre liquides, l’évaporation et la solidification sont quelquefois rythmées. e. l.
- Notes on the History of ancient Roads and their Construction (Notes sur l'histoire des routes d'autrefois et sur leur construction), par R. J. Forbes — 3fi volume des Archæologisch-historische bijdragen publiés par les soins de la Fondation Allard Pierson, de l’Université d’Amsterdam. Un volume relié (27 X 19 cm) de 182 p., 35 fig. et 4 planches hors texte, 1934. N. V. Noord-Hollandsche Uitgevers-Maatschappij, Amsterdam. Index : 625.7-8
- M. Allard Pierson a créé, auprès de l’Université d’Amsterdam, une fondation qui porte son nom et dont un des objets, en dehors de l’aide apportée aux études personnelles d’archéologie et d’histoire, est de publier des ouvrages originaux ressortissant à ces sciences. Le soin de cette publication est confié actuellement à MM. Snijder, Cohen et Frankfort, tous trois professeurs à l’Archæologisch-Historische Institut de l’Université d’Amsterdam. L’ouvrage de M. Forbes, bien qu’il ne soit pas étudiant de cet institut, est le troisième de cette série de publi-
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- cations; il a été édité grâce au concours de la Bataasl'sche Petroleum Maatschappij, de La Haye, au laboratoire de laquelle M. Forbesest chimiste.
- L’auteur, frappé du très petit nombre d’ouvrages existants sur les moyens employés par les anciens pour construire et entretenir leurs routes, et des erreurs historiques qui se sont glissées dans les rares ouvrages modernes qui en parlent, a entrepris une enquête systématique sur la question. Il se défend de l’avoir épuisée : il n’a cherché, dit-il, qu’à en donner une vue d’ensemble aussi exacte que possible et à réfuter les erreurs qui ont été souvent commises, les unes par les ingénieurs, ignorants de la préhistoire, les autres par les préhistoriens et les historiens, plus ignorants encore de la technique, des matériaux et des moyens dont les anciens disposaient. L’archéologie et la préhistoire commencent à prendre rang parmi les sciences exactes, grâce à une méthode qui a été déjà très fructueuse; elle consiste, d’une part, à étudier de façon critique ce qui reste des constructions et des monuments anciens, d’autre part, à comparer ces restes à ce que construisaient, il y a peu de temps encore, les peuples primitifs, sauvages et barbares, compte tenu du facteur humain et du facteur géographique ; l’un et l’autre ont toujours déterminé le mode de construction le plus rationnel dans une région pour répondre à des besoins donnés. Mais c’est seulement au xve siècle qu’on a commencé à construire des routes aussi solides et aussi rationnelles que celles des Romains. Les ingénieurs du temps présent peuvent donc quelquefois tirer quelque enseignement des ouvrages du passé, tels que les décrit M. Forbes dans son ouvrage; ses dessins expliquent le mode de construction employé dans les différents cas et les raisons pour lesquelles un type de route a été adopté plutôt qu’un autre, et cela, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours.
- Voici les titres de quelques-uns des chapitres de l’ouvrage.
- Origine et caractères des routes préhistoriques en Europe occidentale; les alignements; — Les routes (les premières datent de l’âge du bronze) en rondins en Europe (elles sont encore employées en Amérique et en Latvie) ; les routes en pierres plates. — Les routes, rues et voies dans l’Egypte ancienne, la Palestine, la Syrie la Perse et l’Inde anciennes; — Les routes à joints d’asphalte de la Mésopotamie;
- Les routes grecques; — L’évolution des voies romaines, empierrées, pavées, en béton, en pays plat ou montagneux, des différentes provinces de l’Empire; — Les rues des villes romaines.
- Une très importante bibliographie complète chaque chapitre. L’ouvrage se termine par une vue d’ensemble sur l’évolution de la route dans les différents pays ; elle est donnée sous la forme de tableaux chronologiques qui couvrent la période comprise entre 3 500 ans environ avant Jésus-Chrit (invention de la roue dans l’Inde) et l’année 383 de notre ère. Ils indiquent les différents types de routes construites à la même époque : dans le Nord-Ouest de l’Europe; en Italie et à Malte; en Crète et en Grèce; en Égypte et en Palestine; en Asie mineure, en Mésopotamie et en Perse; dans l’Inde. De nombreux problèmes technico-historiques relatifs à la construction des routes anciennes ne sont pas encore résolus; l’auteur espère que, grâce à son étude, si on découvre de nouveaux vestiges de routes anciennes, on comprendra l’intérêt de ces découvertes et on conduira les fouilles de telle sorte que ces problèmes puissent être résolus. e. l.
- L'agent général, gérant, e. lemaire.
- BRODARD ET TAUPIN, Coulommiers-Pari«,
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- 138e ANNÉE.
- DÉCEMBRE 1936
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- LA 3e CONFÉRENCE PATRONALE DE L’APPRENTISSAGE
- (Paris, 6 et 7 mai 1936)
- par M. H. Servonnet, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- Au lendemain de la première Conférence patronale de l’Apprentissage, tenue à Paris en décembre 1925, avait été constitué, sous les auspices de la Confédération générale de la Production française, le Comité central interprofessionnel de l’Apprentissage. En 1928, ce Comité organisa une deuxième Conférence patronale de l’Apprentissage pour mettre en lumière l’activité du patronat français en matière d’apprentissage et d’enseignement technique, et encourager un nouveau développement de cette activité
- Depuis, est survenue la crise mondiale qui a soulevé de nouveaux et graves problèmes en ce qui concerne la formation du personnel des entreprises. C’est en vue de les examiner, d’en rechercher les solutions, que s’est réunie, les 6 et 7 mai dernier, la troisième Conférence patronale de l’Apprentissage. L’apprentissage artisanal; le certificat d’aptitudes professionnelles et le brevet professionnel; la taxe d’apprentissage; l’enseignement ménager; l’orientation, le reclassement et la formation professionnelle des chômeurs; le régime des écoles professionnelles privées; l’organisation générale de l’enseignement technique, telles sont les questions qui figuraient au programme des travaux de cette Conférence patronale dont la séance d’ouverture fut présidée par M. Dalbouze, président de la Chambre de Commerce de Paris, et la séance de clôture par notre collègue, M. Duchemin, président de la Confédération générale de la Production française, en présence de M. Luc, Directeur général de l’Enseignement technique. L’ensemble des questions portées à l’ordre du jour avait fait l’objet d’un questionnaire soumis au préalable aux principaux groupements patronaux et aux Chambres de Commerce.
- Nous résumons ci-après les divers problèmes étudiés en indiquant pour chacun d’eux les conclusions et les vœux.
- 1° Apprentissage artisanal. — Rapporteur, M. Griner, délégué général adjoint de la Fédération nationale du Bâtiment et des Travaux publics.
- Le Comité central interprofessionnel de l’Apprentissage avait posé la question suivante :
- « Estimez-vous utile, pour le développement de l’apprentissage, que l’on crée, à côté de l’organisation actuelle de l’apprentissage et des cours professionnels, un apprentissage artisanal et des œuvres d’apprentissage artisanales? »
- La majorité des réponses reçues, tout en reconnaissant la nécessité de l’appren-135e Année. — Décembre 1936. 44
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- f>66 3e CONFÉRENCE PATRONALE DE L’APPRENTISSAGE (PARIS, 6-7 MAI 1936). v .
- tissage dans les métiers artisanaux, concluent à l’inopportunité, à l’inutilité, voire au danger de créer, pour ces métiers, une réglementation et une organisation distinctes de la réglementation et de l’organisation générales. D’autre part, le limais 1936, sans tenir compte de l’avis des organisations professionnelles intéressées, la Chambre des Députés a volé une proposition de loi « portant organisation de l’apprentissage dans les entreprises artisanales ». Le rapporteur a attiré l’attention de la Conférence sur la gravité de cette proposition de loi qui, en provoquant l’organisation par les Chambres de Métiers d’écoles et de cours professionnels spéciaux à l’artisanat, aboutirait, dans bien des cas, pour une même formation professionnelle, à de doubles emplois onéreux et inutiles.
- La Conférence a estimé qu’une étude approfondie des répercussions de la législation projetée sur l’organisation des professions et le développement rationnel de l’enseignement technique devrait être entreprise avant que le Sénat se prononce; elle a demandé en conséquence que le Conseil économique soit saisi et procède, en accord avec la Direction générale de l’Enseignement technique, à une enquête auprès des Sections professionnelles créées parla loi du 19 mars 1936.
- 2° Le certificat d'aptitudes professionnelles et le brevet professionnel. — Rapporteur, M. Loebnitz, président d’honneur du Syndicat des Fabricants de Produits céramiques en France.
- Le Rapporteur s’est attaché à montrer l’intérêt que continue de présenter pour les travailleurs, malgré le développement du machinisme, une instruction technique complète. Pour éviter une trop grande spécialisation, nuisible aux intérêts des ouvriers, il préconise la réduction du nombre des certificats professionnels et la consécration par ceux-ci des connaissances utilisables dans les diverses branches d’un même métier. Il demande, par ailleurs, que les programmes soient révisés pour éviter les grandes différences que l’on constate entre diverses professions dans les difficultés qu’ils présentent.
- Quant au brevet professionnel, il doit permettre de reconnaître le compagnon complet, connaissant l’ensemble de son métier, tant au point de vue pratique que technique, et susceptible, par suite, d’accéder à la maîtrise. La Conférence, d’accord avec le Rapporteur, estime que le brevet professionnel ne doit être décerné qu’aux candidats justifiant, en même temps que de plusieurs années de pratique, du certificat d’aptitudes professionnelles, ou, pour certaines professions, d’une formation générale au moins équivalente. Il y aurait lieu d’établir, à bref délai, les programmes des brevets professionnels dans le plus grand nombre des professions et de les uniformiser autant que possible pour toute la France.
- 3° La taxe d'apprentissage. — Rapporteur, M. Servonnet, Ingénieur en chef adjoint honoraire des Chemins de fer du Nord.
- À deux reprises différentes, en 1934, le régime actuel de la taxe d’apprentissage a été mis en question par le Ministre des Finances; une première fois en vue de la ç-uppression des exonérations, une seconde fois en vue de la suppression même de la taxe. En grande majorité, les organisations intéressées sont opposées à l’une et l’autre mesure. Les exonérations constituent une juste compensation des sacrifices opnsentis par les industriels en faveur de la formation professionnelle, soit à l’intérieur de leurs établissements, soit par l’intermédiaire d’œuvres d’apprentissage ou d’enseignement technique. D’autre part, la taxe s’est révélée une animatrice.puis-
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- santé de l’initiative privée et elle a établi une collaboration féconde avec les Pouvoirs publics.
- ; En ce qui concerne les modalités actuelles d’application de la taxe d’apprentissage et du régime des exonérations, la Conférence a été d’accord avec le Rapporteur pour reconnaître que les difficultés ayant pu exister au début de l’application de la loi étaient en grande partie aplanies grâce à un mutuel effort de compréhension, Elle a simplement exprimé le vœu que l’appréciation de la qualité des œuvres privées; soit toujours faite avec libéralité, en tenant compte des résultats obtenus, qu’il soit procédé à un nouvel examen des conditions particulières de la formation profes-sionnelle à l’intérieur de certaines industries, afin de leur étendre le bénéfice des exonérations admises dans d’autres industries. Elle a demandé également que l’unification de la jurisprudence soit autant que possible poursuivie dans les divers comités départementaux.
- 4° Enseignement ménager. — Rapporteur : Mlle de Robien, directrice de l’Office familial ménager.
- Mlle de Robien précise le but de l’enseignement ménager et les conditions de son succès. Elle montre qu’il doit avoir pour objet de réadapter la femme aux fins normales de son activité en développant sa personnalité et ses facultés d'observation, de réflexion et de raisonnement, mais qu’il doit aussi être familial, étant donné la place de la femme au foyer et l’influence qu’elle doit y exercer. Il doit, en conséquence, s’adresser, non seulement aux enfants, mais aussi aux adultes et aux mères de famille, voire même aux jeunes garçons.
- Avant tout, l’enseignement ménager doit être pratique et utiliser des méthodes vivantes. Il doit être adapté aux milieux et aux âges des élèves. Le rôle des professeurs est donc délicat et complexe; leur formation pédagogique doit être très complète.
- Étant donné l’intérêt qui s’attache au développement d’un enseignement destiné à permettre à la femme d’occuper dans la famille ouvrière la place éminente qui lui revient, la Conférence a été d’avis que les chefs d’entreprise devaient engager leur personnel à suivre les cours d’enseignement ménager, et qu’une propagande devait être faite auprès des familles pour leur faire comprendre l’utilité de cet enseigne-mont et obtenir d’elles qu’elles y envoient leurs enfants.
- 5° La formation professionnelle et le chômage des jeunes. — Rapporteur,: M. Pluyette, directeur à l’Union des Industries métallurgiques et minières.
- Enseignement technique et chômage des jeunes, formation professionnelle des chômeurs adultes, telle était la double question à traiter. U y a moins de jeunes gens désœuvrés en France que dans d’autres pays, mais le problème n’est pas moins préoccupant en raison des effets particulièrement démoralisants de l’oisiveté pour la jeunesse.
- - On a d’abord pensé aux cours professionnels pour arracher les enfants au chômage ; mais les prescriptions édictées à cet effet ont été peu suivies. A Paris, le Comité pour la Formation professionnelle des jeunes Chômeurs a cherché la solution du problème dans la création d’ateliers d’apprentissage qui donnent des résultats fort intéressants malgré les difficultés de réalisation.
- D’autre part, l’apprentissage à l’intérieur des entreprises constitue également un moyen de soustraire les jeunes gens au chômage. Les efforts faits dans les profes-
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- sions qui ont organisé un apprentissage méthodique et complet doivent donc continuer à être soutenus et développés.
- En ce qui concerne le reclassement des chômeurs adultes, le Rapporteur s’est demandé si on ne pourrait pas remplacer les trop nombreux étrangers qui travaillent dans nos usines par des Français chômeurs. Il faudrait pour cela pouvoir remédier à l’insuffisance professionnelle de nombreux Français, insuffisance résultant de la guerre et de la période de prospérité d’après guerre. Malheureusement, le nombre des chômeurs rééducables est faible. Les résultats limités des tentatives de relèvement du niveau professionnel d’un certain nombre de chômeurs ne doivent cependant pas faire abandonner les initiatives qui ont été prises.
- 6° L'organisation générale de Venseignement technique. Le Conseil supérieur de l’Enseignement technique. Les comités départementaux de l’Enseignement technique. L’Inspection de l'Enseignement technique. — Rapporteur, M. Duhamel, délégué du Bureau du Comité central des Houillères de France.
- Le rattachement delà Direction générale de l’Enseignement technique au Ministère de l’Éducation nationale n’a pas eu pour conséquence, comme on avait pu le craindre, de diminuer l’indépendance de cet enseignement vis-à-vis des autres cultures intellectuelles. L’organisation du Conseil supérieur de l’Enseignement technique continue à ne pas répondre entièrement aux vœux des groupements patronaux, qui désirent un renforcement de la représentation des éléments économiques.
- D’une manière générale, le fonctionnement des Comités départementaux, en ce qui concerne la taxe d’apprentissage, paraît donner satisfaction. Le Rapporteur leur demande cependant de motiver leurs décisions d’une façon plus précise, en tenant compte des avis de la Commission permanente du Conseil supérieur de l’Enseignement technique.
- 7° Le régime des écoles professionnelles privées. — Rapporteur, M. Boutry, président du Comité de l’Apprentissage delà Première Région économique.
- Dans ces dernières années, le contrôle des établissements privés d’enseignement technique a été renforcé par la Direction générale de l’Enseignement technique, en vue d’empêcher que les familles ne soient victimes de véritables abus de confiance de la part de directeurs d’établissements qui ne donneraient aux jeunes élèves qu’un enseignement insuffisant. Par contre, le récent projet de loi interdisant aux écoles techniques privées de délivrer des diplômes ou certificats de fins d’études appelle de sérieuses réserves. S’il y a lieu de mettre fin à des pratiques mercantiles, il serait excessif de ne permettre aux établissements sérieux que la délivrance de certificats de présence, sans appréciation, sans classement. Cette méthode, préjudiciable aux élèves, préjudiciable aux chefs d’entreprise, mettrait les écoles privées dans une situation d’infériorité inacceptable vis-à-vis de l’enseignement public. La Conférence a estimé avec le Rapporteur qu’il suffisait de rechercher les garanties supplémentaires à exiger des écoles techniques privées délivrant des diplômes. Une commission, comprenant des représentants de l’Administration, des chefs d’entreprises, du personnel des écoles privées et des sociétés d’anciens élèves de ces écoles, pourrait vérifier si les conditions imposées sont remplies et se prononcer sur les demandes qui seraient présentées. 11 convient certes d’empêcher la délivrance de diplômes frelatés, mais il ne faut pas supprimer le stimulant que constitue le diplôme pour les élèves des établissements sérieux.
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- BULL. DE LA SOC. ü’eNCOUR. POUR L INDUSTRIE NATIONALE. — DÉCEMBRE 1936 (p. 609).
- LE MICROFILM APPLIQUÉ A LA DOCUMENTATION SCIENTIFIQUE.
- Photomicrocopies et microthèques
- par L. de Saint Rat, assistant au Laboratoire de Chimie biologique de la Faculté des Sciences de Paris.
- La reproduction photographique sur film, ou photomicrographie, est incontestablement le procédé de documentation scientifique le plus moderne, le [dus pratique et le plus économique. Il a le grand avantage de fournir une image parfaitement fidèle de tous documents, manuscrits ou imprimés, ainsi que des figures, plans, schémas qui les illustrent.
- La possibilité d’utiliser dans la majorité des cas le négatif pour la lecture augmente encore notablement la rapidité et l’économie de ce procédé.
- L’application de la photomicrographie sur film à la documentation a été envisagée sous ses principaux aspects au Congrès international de Documentation de Paris, en 1935, et nous nous bornerons à rappeler partiellement les conclusions du rapport des délégués des neuf nations qui y étaient représentées.
- « Le microfilm constitue l’un des meilleurs moyens de rendre effective la coopération intellectuelle et d’assurer la réalisation du réseau universel de la documentation'1'.
- C’est en 1907, dix ans à peine après la naissance du cinématographe des frères Lumière, qu’un professeur belge, Robert B. Goldschmidt, signalait l’intérêt du film comme support de documentation. Dans le Journal des Brevets publié à Bruxelles, il envisageait alors, en collaboration avec Paul Otlet_2), les différentes applications du microfilm pour la reproduction, la conservation des documents, l’édition d’ouvrages, la documentation, la bibliographie.
- Depuis, de nouveaux horizons se sont ouverts et l’on pourrait même se demander, en se souvenant des microgrammes utilisés par Dagron, pendant le siège de Paris en 1870-1871, si le microfilm ne trouverait pas encore aujourd’hui une application intéressante pour le courrier par avion.
- A l’origine, l’idée de Robert B. Goldschmidt ne rencontra guère le succès qu’elle méritait et l’on peut dire que pendant trente années, en dehors de quelques essais isolés1 2 (3), le microfilm fut presque oublié. Aujourd’hui, l’Amérique nous oblige à nous souvenir qu’il est né sur notre vieux continent, et nous démontre expérimentalement les avantages que l’on peut en tirer pour la documentation.
- En effet, la première tentative officielle d’organisation d’un service public de documentation scientifique sur film vient d’être réalisée à Washington où, sous l’impulsion du Science Service, avec la collaboration scientifique du Dr Draeger et de A. Seidell, on a inauguré l’année dernière, dans le Department of Agriculture,
- (1) L’utilisation du film comme support de documentation. Symposium. Paris, mars 1935, p. 63; Office Int. de Chimie, Paris.
- (2) R. B. Goldschmidt et P. Otlet, Journ. des Brevets, Bruxelles, 1907, n° 1.
- (3) En Belgique, le microfilm est officiellement employé pour la copie des brevets d’invention et des archives d’état civil.
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- le premier « Bibliofîlm Service »(4) 5 dont le succès fut tout de suite prodigieux, car quelques mois après sa fondation, ce service avait déjà filmé 300000 pages de texte.
- Le British Muséum et la Bibliothèque nationale de Paris songeraient également à organiser des services de microfilms pour la reproduction ou l’édition sur film, de manuscrits, livres rares, estampes, ayant un caractère documentaire ou bibliographique^1 .
- La documentation sur film, accueillie avec empressement par les savants des États-Unis, rencontre cependant en France une certaine opposition et soulève quelques objections. Les trois principales sont : 1° la fragilité du film et l’incertitude de sa conservation; 2° la complication de la lecture à la loupe ou par projection; 3° la complexité du classement des documents sur film.
- En ce qui concerne la première de ces objections, nous pourrions répondre, avec L. Bendikson(6), que les microgrammes de Dagron sont encore, malgré leur âge, en bon état. Or, depuis 65 ans, l’industrie du fdm cinématographique a fait d’immenses progrès, et des améliorations assez considérables ont été obtenues dans la préparation des émulsions et des supports pour que nous soyons en droit d’espérer encore mieux de nos films actuels.
- Le film, comme le papier et le livre, a ses maladies et ses ennemis, et si, à défaut d’expérience assez prolongée nous ne pouvons être assurés de sa conservation indéfinie, nous ne devons cependant pas oublier que la longévité des clichés dépend beaucoup du soin apporté à leur traitement au cours des opérations de développe-ment, de fixage et de lavage.
- Cette restriction faite, nous ne croyons pas trop nous avancer en soutenant que les conditions favorables à la bonne conservation des films ne paraissent pas plus difficiles à réaliser que celles qu’exige le papier imprimé.
- Quant à la fragilité du film, il est malgré tout rassurant de penser que les films qui circulent dans nos salles de cinéma résistent au cours de leur carrière à des causes autrement destructrices que celles qu’auront jamais à supporter les microphotocopies les plus manipulées.
- De plus, ne perdons pas de vue que l’essentiel de notre but est de faciliter la tâche du chercheur, en mettant à sa disposition, sous une forme pratique, les documents originaux les plus rares et les plus difficiles à consulter.
- Dant cet esprit, le microfilm est beaucoup plus un instrument de travail immédiat qu’un objet de collection, et la durée de sa conservation devient un facteur relativement secondaire ; d’ailleurs, la facilité de tirage des films et la modicité de leur prix de revient favorisent le renouvellement régulier des microfilms détériorés.
- Évidemment, la lecture à la loupe ou par projection trouble nos habitudes, mais nous pensons qu’il y a là surtout une question d’entraînement, et cette objection disparaîtra lorsque nous disposerons d’un appareil d’agrandissement simple et confortable, nos sens étant, ainsique ledit Dubreuil, plus que notre esprit, capables d’une adaptation rapide(7). Signalons même, à l’avantage de la photomicrographie, que la lecture des microfilms reproduisant des manuscrits embrouillés et décolorés
- (4) Documentation Division of Science Service, Washington, Document 117, 1935, p, 1,
- (5) Leroy, Symposium, Paris, 31 mars 1935, p. 15, Off. Int. Gbim. Paris,
- (6) Bendikson, Inst. Int. Doc., VIII, 1936, fasc. I.
- (7) Dubreuil, Nouveaux standards, p. 139, Grasset, édit.
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- est infiniment moins pénible que celle des originaux, par suite de l’augmentation du contraste.
- Quant au classement des microfilms, il ne nous paraît pas davantage incompaü lible avec nos méthodes habituelles de bibliographie, ainsi que nous le montrerons à la fin de cet exposé. , j '
- Tous ces griefs apparaissent largement compensés par les avantages réels, pratiques et économiques, du microfilm. Aussi sommes-nous persuadé qu’il constitue un très grand progrès et que, même sans propagande, il réussira à s’imposer au plus sceptique de ses adversaires.
- La vulgarisation du microfilm de documentation scientifique est, en définitive, conditionnée par deux facteurs primordiaux : 1° la possibilité de se procurer, dans toute bibliothèque ou centre de documentation, des microfilms à un prix abordable; 2° le perfectionnement des machines à lire les microfilms.
- On a, habituellement, tendance à considérer le second de ces facteurs comme le plus important. Sans chercher à discuter la valeur de cet argument, nous estimons qu’il est au moins aussi important de mettre à la disposition des bibliothèques et des centres de documentation un appareil de photomicrocopie robuste, de maniement facile et surtout peu coûteux. Avec les encouragements et l’appui bienveillant de M. le Prof. Gabriel Bertrand, membre de l’Institut, nous croyons avoir atteint ce but.
- Appareil S. R. S. pour la photographie sur film. -— La photomicrocopie des textes peut évidemment se faire plus ou moins commodément avec différents appareils photographiques d’amateurs utilisant des films de formats variés : Leica, Recordack, etc...(8h
- De tous les modèles spéciaux, le plus perfectionné semble être, jusqu’à maintenant, celui du Dr Draeger(9), utilisé par le Bibliofilm Service de Washington, qui permet de photographier 1 000 à 1 500 pages par heure.
- A la fin de 1935, A. Seidell eut l’idée de réaliser un appareil de prise de vue simple et assez économique pour être mis à la disposition de toute bibliothèque. Très rapidement, il aboutit à la construction d’un modèle donnant des résultats encourageants; mais, obligé de rentrer aux États-Unis, il dut nous confier le soin d’en terminer la mise au point, ce qui nous a conduit, après de longs essais et de multiples tâtonnements, à la construction d’un prototype original répondant pleinement aux conditions fixées.
- L’appareil utilise le film normal de 35 mm et comporte cinq parties principales (fîg. 1 et 2) :
- 1° Un solide plateau de bois horizontal, monté sur trois vis calantes, supportant une colonne à crémaillère ;
- 2° Un support en T, formant gouttière dans laquelle peut s’encastrer la chambre. Le déplacement vertical de ce support le long de la colonne est commandé par un volant solidaire d’un jeu de pignons. Cette disposition a le grand avantage de reqdre la chambre entièrement indépendante du support et de l’objectif, ce qui facilité grandement les manipulations dans la chambre noire. . ,if
- „(8) Gillot, Symposium, Paris, mars 1933, p. 41; — A. Seidell, Symposium, Paris, mars 1933, p. 48. '
- (9) A. Seidell, Chemical Education, vol. 12, 1933, p. 413,
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- 3° L’objectif, fixé sur un tube porte-objectif à monture hélicoïdale portant les repères de mise au point (10). Le piston du déclencheur est fixé sur le support en T par un dispositif à rotule permettant l’escamotage à volonté du déclencheur pour la réserve des intervalles sur la bande ;
- 4° Un magasin, constitué par une boîte en aluminium de 285x210x65 mm,
- Fig' 1. — Appareil en ordre de marche.
- Légende commune aux figures 1 et 2.
- 1, Plateau en bois portant les repères de format; — 2, Support en T avec son volant de commande; — 3, Objectif et obturateur; — 4, Magasin; — 5, Ecran supportant la lampe à vapeur de mercure; — 6, Dispositif d’aplatissement commandé par pédale; — 7, Piston du déclencheur; — 8. Compteur d’images; — 9, Levier avec tringle commandant successivement le déclenchement et l’avance du film; — 10, Dispositif d’allumage de la lampe à vapeur de mercure.
- portant, à sa face inférieure, une fenêtre de 24 X 35 mm, dont l’ouverture est commandée par un volet à glissière. Le film est maintenu parfaitement plan au niveau de la fenêtre par un dispositif d’appui en acier inoxydable poli. La pellicule est
- (10) Nous avons utilisé avec de bons résultats des objectifs Berthiot : Flor 50 mm, ouverture 3,6 et Boyer : Béryl 50 mm, ouverture, 6,8.
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- entraînée par un débiteur de 5 images, commandé par un levier. Tout le mécanisme de commande du mouvement se trouve à l’extérieur de la boîte. Le levier est solidaire d’un rochet à 3 dents, entraîné par un cliquet; l’axe de cet ensemb e est terminé par une vis sans fin calée sur le compteur d’images.
- L’abaissement du levier commande l’ouverture de l’obturateur en venant, à lin
- Fig. 2. — Statif, avec support de la chambre et du dispositif d’éclairage. Le magasin repose sur le socle montrant sur sa face avant le volet fermant la fenêtre.
- de course, presser sur le piston du déclencheur. Le retour au repos provoque, par le jeu d’un cliquet, l’avancement du film de la longueur d’une image. Grâce à ce dispositif, la superposition accidentelle de deux images est complètement impossible ;
- 5° L’éclairage uniforme de l’objet est obtenu par une lampe à vapeur de mercure fixée sous le support en T. Le tube, de forme rectangulaire, est protégé par un écran métallique portant, au centre, une ouverture dans l’axe de laquelle se trouve l’objectif. L’emploi de l’éclairage à vapeur de mercure pour la photographie des impressions, noir sur blanc, présente d’importants avantages; étant donné notamment la
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- grande sensibilité des émulsions aux radiations bleues et violettes émises par cette source lumineuse, on augmente avantageusement le contraste des clichés tout en réduisant notablement le temps de pose, qui ne dépasse pas normalement 0,1 sec s Cette durée doit exceptionnellement être augmentée lorsqu’on se trouve en présence de textes anciens dont le papier est jauni et l’encre décolorée (u).
- La diminution du temps de pose a pour conséquence immédiate l’augmentation de la cadence de tirage, qui n’est plus alors pratiquement limitée que par la vitesse à laquelle l’opérateur peut tourner les pages du livre relié. Ce travail pourrait d’ailleurs être encore facilité par un dispositif automatique ;
- 6° Quant au dispositif d’aplatissement, il s’impose surtout pour la photographie de documents inclus dans les ouvrages reliés, ce qui est le cas le plus fréquent. Il est simplement constitué par deux lourdes règles métalliques parallèles pouvant se relever rapidement au moyen d’une commande à pédale. On évite ainsi l’emploi d’une plaque de verre, qui provoque toujours des reflets. Il est évidemment toujours difficile, avec les livres épais, de supprimer la courbure du texte au voisinage du dos; mais, pratiquement, cette déformation n’est pas plus gênante pour la lecture des microfilms qu’elle ne l’est pour celle du livre.
- En principe, dans la conception de cet appareil, nous avons cherché à simplifier au maximum les manœuvres, en rendant la mise au point semi-automatique. Dans cette intention, nous avons groupé les formats courants des livres et publications scientifiques en quatre séries, définies chacune par un rectangle tracé sur le socle horizontal. A chacune correspond un indice. Pour la mise au point, l’opérateur n’a qu’à repérer l’indice correspondant au format de l’ouvrage à photographier et à régler ensuite le support et l’objectif sur les mêmes chiffres. Normalement, on photographie une page double par image, exception faite, cependant, pour les textes de grand format ou pour les impressions très fines. On a intérêt alors à ne prendre qu’une page à la fois.
- Avec notre appareil, le tirage des négatifs peut être exécuté avec un succès assuré, sans aucune hésitation, ni apprentissage, par un opérateur n’ayant que des notions sommaires de photographie^2'.
- Le développement et le fixage se font à température constante, dans un temps qui est toujours le même.
- Lecture des microfilms. — La lecture des clichés, négatifs ou positifs, 24 X 35 mm, nécessite l’emploi d’un instrument donnant une image agrandie au moins 5 à 10 fois, loupe ou lanterne de projection. Le système optique de ces instruments doit pouvoir couvrir au moins la surface d’une page de microtexte et être suffisamment parfait pour ne pas donner une image déformée des caractères du texte.
- M. Seidell a réussi à construire une loupe, avec monture en matière moulée, qui réalise assez bien ces conditions et présente l’avantage d’être à la fois légère,
- (11) L’emploi de filtres colorés peut, dans certains cas, notamment pour la reproduction de documents en couleur, rendre de grands services (voir, à ce sujet, les intéressantes éludes de Amy dans Documentation, 1934, n° 23, p. 63, et de E. Rüst, C. R. 9e Congrès Int. Phologr. Sc. et Appl., Paris, 1933, p. 768.
- (12) Il est entendu que nous ne voulons parler que d’impressions noir sur blanc; pour la reproduction de documents en couleur, enluminures, miniatures, les facteurs de succès sont infiniment plus complexes, et il faut, presque pour chaque cas, choisir soigneusement l’émulsion et étudier l’éclairage.
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- maniable et peu coûteuse. Cet appareil doit surtout rendre de grands services pour la recherche et le classement des microphotocopies et pour la lecture d’articles relativement courts (fig. 3).
- En ce qui concerne la lecture par projection, qui sera toujours moins fatigante que la lecture à la loüpe, il reste encore, à notre connaissance, à construire un appareil de lecture confortable et peu coûteux. Dans un récent article, M. Bargillat faisait l’éloge d’un prototype construit par Molier(13). Récemment, M. Watson Davis, directeur du Science Service, nous assurait que les constructeurs américains avaient résolu Ce problème. A notre avis, même l’imperfection actuelle de nos machines à lire n’est pas une raison suffisante pour retarder plus longtemps la diffusion du microfilm. Une plus grande dispersion du microfilm ne peut que hâter la mise au point d’un appareil à lire, en suscitant l’ingéniosité des amateurs de microfilms.
- Classement des microfilms. .— Au déb it de cet article, nous avons signalé les
- Fig. 3. — Loupe de A. Seidell,
- objections soulevées par le mode de classement des microfilms. Ce problème est, évidemment, lié à celui du tirage et de la lecture.
- Les microcopies se présentent généralement en bandes de longueur variable, selon l’importance du texte qu’elles reproduisent. Pour leur classement, on utilise habituellement, soit de petits étuis de métal ou de carton, de diamètre variable selon le métrage à loger, soit encore, pour les petites longueurs, de simples enveloppes. Au point de vue pratique, on peut reprocher aux étuis de nécessiter une organisation tout à fait particulière pour leur classement.
- La présentation des films en bandes de longueur constante rangées dans une pochette-fiche nous paraît présenter sur les autres systèmes de sérieux avantages. Le négatif est découpé en tronçons de 20 cm, portant chacun 5 images correspondant à 5 ou 10 pages de texte, qui sont logés dans des fiches spéciales. Chaque extrémité de cette bande se termine par un blanc de 15 mm environ. C’est pour faciliter ce travail que nous avons fixé le déclencheur sur un dispositif pratique d’escamotage.
- Les fiches, en bristol de 215 x 140 mm, portent, au recto, trois gouttières parallèles de 38 mm de largeur, fermées par une feuille transparente d’acétate de cellulose, Chaque gouttière peut ainsi recevoir une bande de 20 cm et une seule fiche Correspond donc à 15-30 pages de texte. Au verso de la fiche, on inscrit la réfé^
- (13) A. Bargillat, Inst. Int. Doc., vol. VII, 1936, fasc. Ba I.
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- rence de l’article, selon la notation classique, et la fiche ainsi constituée peut être rangée sans difficulté dans un classeur normal ou intercalée dans un dossier.
- Pour les micro-livres, comportant plusieurs centaines de pages, nous croyons également plus pratique, afin de réduire l’encombrement de la microthèque, de ranger les bandes, numérotées photographiquement, dans un petit encartage spécial de dimensions fixes; une boîte en forme de micro-livre de 7 ou 8 mm d’épaisseur peut facilement contenir 200 pages de texte photographié sur film.
- Cette présentation en bandes de petites longueurs a peut-être l’inconvénient d’exiger du lecteur plus de soin et d’altenlion au cours de la consultation et du rangement des documents filmés, afin d'éviter la perte de quelque tronçon. Cet inconvénient peut être réduit en prenant toujours la précaution de numéroter chaque bande photographiquement d’une manière très apparente(14). Le tronçonnage présente encore pour l’opérateur un autre avantage : si, au cours du travail, il se produit un accident, il n’a jamais qu’un nombre très réduit de clichés à recommencer.
- L’importance du microfilm pour la documentation scientifique n’apparaîtra pleinement que le jour où il ne sera plus une curiosité de bibliophile. Les critiques qui lui sont actuellement opposées sont trop fragiles pour devoir retarder plus longtemps son adoption par nos bibliothèques et nos centres de documentation. L’accueil réservé qu’il reçoit nous paraît, souvent, être beaucoup plus d’origine budgétaire que pratique. Les crédits généralement modestes de nos établissements de recherches scientifiques et de nos bibliothèques imposent à leurs directeurs des soucis constants d’économie. Sans vouloir user du paradoxe, disons que c’est peut-être une raison de plus pour utiliser le microfilm. Nous sommes, en effet, convaincu que l’organisation d’un service de microfilms ne doit pas constituer une charge supplémentaire. En effet, l’achat de l’appareil de photographie et l’aménagement du laboratoire ne nécessitent qu’une mise de fonds peu importante. Quant aux dépenses d’exploitation et d’amortissement, elles doivent être rapidement couvertes par les recettes, même en appliquant un tarif extrêmement modeste(13). D’ailleurs, il est vraisemblable que si, pour une bibliothèque importante, on dressait la statistique des ouvrages rares détériorés, perdus ou même volés, il apparaîtrait que les dépenses qu’impose chaque année leur remplacement suffirait à compenser, en partie, les frais d’installation d’un service de microfilms. La communication d’ouvrages épuisés, de documents précieux pourrait alors être supprimée sans inconvénient et remplacée par la consultation sur place de microfilms ou par la vente de reproductions sur film.
- Grâce à la généralisation de la photomicrocopie dans nos bibliothèques et nos centres de documentation et à la constitution de m icrothèques, enrichies par échanges entre les établissements nationaux et étrangers, nous pouvons espérer que le microfilm permettra de réaliser pleinement les vœux émis au Congrès de Paris, à savoir, la dissémination de la science, l’élargissement de la coopération intellectuelle et la réalisation d’un vaste programme de documentation internationale.
- (14) Nous avons l’habitude de répéter, en tête de chaque tronçon, le nom du journal ou du livre, l’année, le tome et la page. Ces indications, en caractères lisibles à l’œil nu, sont accompagnées d’un numéro d’ordre des bandes.
- (13) A. Seidell, Science, 1934, t. 80, p. 70-72 et 1933, t. 81, p. 174-170.
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- BULL. DE LA SGG. d’eNCOUFL POUR L’iNDUSTRIE NAT. — DÉCEMBRE 1936 (p. 677).
- L’OXYGÈNE DANS L ACIER (*)
- par M. René Castro, Ingénieur des Arts et Manufactures, ingénieur aux Laboratoires des Aciéries électriques d’Ugine.
- L’oxygène a depuis fort longtemps été considéré comme responsable de nombreux défauts de l’acier ou bien d’insuflisances de propriétés ne pouvant être uniquement expliqués par l’analyse courante ou les conditions de traitement thermique et mécanique.
- Il était et est encore courant d’entendre dire « tel acier a des propriétés insuffisantes parce qu’il est mal désoxydé », les propriétés en question pouvant d’ailleurs être extrêmement diverses, et allant de la résistance à la corrosion à la soudabilité en passant par les propriétés magnétiques.
- Aussi a-t-on suivi avec intérêt le développement des méthodes de dosage de cet élément, dont le perfectionnement progressif^ pouvait permettre d’aborder cette fois-ci le problème du point de vue quantitatif.
- Ayant été, il y a six ans, chargé de m'occuper de cette question, j’y ai depuis presque exclusivement consacré mon activité, tout d'abord dans les laboratoires allemands spécialisés2), puis au laboratoire des Aciéries électriques d’Ugine(3). C’est pourquoi je me permets aujourd’hui de l’exposer devant vous.
- Avant d’entrer davantage dans le détail de la discussion de l’état actuel de nos connaissances concernant l’influence de l’oxygène sur les propriétés de l’acier, il semble indispensable d’énumérer brièvement les formes sous lesquelles cet oxygène peut exister dans ce métal, et jusqu’à quel point la technique analytique actuelle permet de les atteindre.
- Laissant de côté l’oxygène renfermé sous formes de combinaisons gazeuses dans les soufflures, nous ne considérons que le cas d’un acier compact, exempt de ces défauts. L’oxygène peut alors être présent dans le métal :
- a) soit sous forme d’inclusions, particules non métalliques dont les dimensions varient entre quelques millimètres et moins d’un micron, limite inférieure observable au microscope. Ces inclusions sont constituées par des combinaisons ou solutions solides complexes, vitreuses ou cristallisées, des oxydes (et éventuellement des sulfures), du fer et de ses éléments d’accompagnement tels que le manganèse, le silicium, l’aluminium, le chrome, etc. ;
- b) soit sous forme dissoute, c’est-à-dire à l’état de solution solide fer-oxygène ou fer-oxydule de fer.
- Les méthodes analytiques nous fournissent à l’heure actuelle, moyennant un appareillage approprié et une technique opératoire rigoureuse :
- a) l’oxygène total de l’acier, c’est-à-dire la somme de l’oxygène éventuellement
- (*) Communication faite par l’auteur en séance publique le 24 octobre 1936.
- (1) IL Castro A. et Portevin, Reo. Mét. Mém. XXIX, 414-21. 419-69, 492-506, 553-64 (1932); — R. Castro, Chimie et Industrie, XXXI n° 3 (1934); — R. Castro, Congrès international pour l’Essai des Matériaux. Mémoires, Londres, 1937.
- (2) O. Meyer et R. Castro, Arch. Eisenhüttenwes, YI, 189 (1932).
- (3) R. Castro et A. Portevin, Arch. Eisenhüttenwes, IX, 555 (1936).
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- 678 L'OXYGÈNE DANS l’acier. — DÉCEMBRE 1936.
- dissous et de l’oxygène combiné sous forme d’inclusions, avec une précision de l’ordre de 0,001 p. 100;
- b) l’oxygène des inclusions seul, sous réserve que ces inclusions soient suffisamment acides, c’est-à-dire riches en silice el en alumine, avec une précision analogue.
- On voit donc que l’oxygène dissous n’est pas directement accessible à l’analyse. Il le serait indirectement en principe en faisant la différence oxygène total —oxygène des oxydes. Mais nous venons de voir que l’oxygène des oxydes n’est analytiquement atteint que dans le cas où les inclusions sont suffisamment riches en alumine ou en silice, c’est-à-dire quand il a été ajouté à l’acier des quantités suffisantes d’éléments qui, ayant pour l’oxygène une affinité énergique comme le silicium et l’aluminium, tendent à fixer entièrement celui-ci sous forme d’inclusions sans en laisser subsister en solution. De fait, dans ce dernier cas, l’oxygène total est égal à l’oxygène des oxydes aux erreurs analytiques près, erreurs qui sont faibles, comme nous venons de le voir.
- La détermination directe de la solubilité de l’oxygène dans le fer solide s’est toujours heurtée à des difficultés expérimentales considérables sur le détail desquelles il serait trop long de revenir. On peut signaler, parmi celles-ci, que, dans le cas de la détermination de la limite de solubilité par des essais de diffusion et par suite de la faible vitesse de cette dernière, il se produit des concentrations locales provoquant la précipitation prématurée d’oxydes libres avant que la saturation ne soit atteinte dans le volume de l’éprouvette.
- Les limites de solubilité indiquées par les différents auteurs ont d’ailleurs régulièrement décru en fonction des perfectionnements de la technique opératoire. On est à peu près d’accord aujourd’hui pour estimer que cette solubilité est, pour le fer pur, extrêmement faible à la température ambiante (de l’ordre de quelques cent millièmes) et qu’elle s’élève un peu avec la température; d’autre part, cette solubilité paraît être encore abaissée en présence des éléments d’accompagnement du fer, et en particulier du carbone.
- Qu’une certaine solubilité de l’oxygène dans le fer existe, tout au moins à température relativement élevée, semble indiscutable : il serait impossible en son absence de pouvoir expliquer certains phénomènes ayant lieu pendant l’oxydation à chaud du fer et de ses alliages, à savoir la précipitation de particules d’oxydes à une certaine distance de la surface du métal. Cette précipitation a lieu même dans le cas d’aciers à fortes teneurs en éléments avides d’oxygène, tels que l'aluminium d). La présence de ces éléments ne serait donc pas suffisante pour empêcher la diffusion de l’oxygène à l’intérieur du métal à haute température, donc pour en annuler la solubilité.
- PROPRIÉTÉS DE L’ACIER .EN RELATION AVEC L’OXYGÈNE DISSOUS.
- Avant d’aller plus loin, il ne faut pas omettre de poser en tête de ce chapitre un point d’interrogation. D’après ce qui précède, les hypothèses que l’ont peut faire quant à l’influence de l’oxygène dissous ne pourront être étayées qu’indirectement et d’une façon relative, par exemple : ;
- • , Ç
- (4) Portevin, Pretet et Jolivet, Rev. Mét. Mém. XXXI» 229, (1934).
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- l’oxygène dans l’acier.
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- a) par l’examen de l’influence de l’addition d’éléments pour lesquels on suppose qu’ils modifient la solubilité de l’oxygène, et en tenant compte de l’action propre de ces éléments sur les propriétés envisagées;
- b) en enrichissant ou appauvrissant un acier donné en oxygène total par divers moyens, et en supposant, ce qui est douteux et qu’il n’est d’ailleurs pas possible de prouver directement, que la quantité d’oxygène dissous croît en même temps que la quantité d’oxygène total.
- Il faudra donc, pour tout ce qui concerne l’oxygène dissous, interpréter avec le doute scientifique. Il arrive en effet souvent que l’oubli des faits expérimentaux ayant suscité une hypothèse, ainsi que la répétition fréquente de celle-ci, conduisent à sa transformation en certitude.
- Les phénomènes pour lesquels l’oxygène dissous a été considéré comme une cause déterminante, ou tout au moins comme un facteur de variation, étant très nombreux, nous nous limiterons à quelques-uns d’entre eux, dont l’étude a fourni des bases expérimentales suffisantes pour permettre la discussion.
- anormalité. — L’anormalité des aciers est une des questions qui ont le plus préoccupé les métallurgistes pendant ces quinze dernières années. Ayant été suscitée par des observations d’ordre pratique(5), son étude n’est passée dans le domaine de. l’investigation scientifique qu’assez tard, ce qui fait qu’elle a tout d’abord été entachée de nombreuses confusions, aussi bien en ce qui concerne les définitions qu’en ce qui concerne les causes.
- Un acier dit « anormal » a tout d’abord été défini comme donnant naissance, par cémentation dans des conditions bien déterminées, à un réseau de cémentite pro-eutectoïde à mailles petites, irrégulières, interrompues et bordées d’une large bandé de ferrite, et à une cémentite perlitique plus ou moins coalescée; par opposition à l’acier dit « normal », présentant dans les mêmes conditions un réseau de cémentite d’épaisseur régulière, ininterrompu et à mailles plus grandes, ainsi qu’une perlite bien lamellaire. Au point de vue pratique, un acier anormal, présentant un pouvoir trempant plus faible qu’un acier normal, peut conduire à l’obtention superficielle de plages incomplètement trempées.
- Les très nombreuses études ultérieures ont montré que cette définition était incorrecte, car elle n’est en réalité que le résultat de deux caractères de l’acier, caractères souvent concurrents, mais en principe distincts; il est convenu de distinguer aujourd’hui entre :
- à) l’anormalité proprement dite, ou anormalité de structure, résultant d’une vitesse de diffusion élevée du carbone, c’est-à-dire d’un pouvoir de coalescence rapide de la cémentite ;
- b) l’aptitude au grain fin, résultant d’un retard relatif à l’accroissement des dimem sions des grains de l’austénite de la partie cémentée du métal en fonction de la température et du temps.
- Ayant constaté dans les débuts de l’étude de ce problème une concordance entre l’obtention d’aciers anormaux et certains procédés d’élaboration et de désoxydation, on avait attribué à l’oxygène un rôle prépondérant. Cette opinion semblait étayée
- (5) Ehn, Journ. Ir. and St. Institute, GV, 157, (1922) ; — Mac Quaid et Ehn, Trans. A.I.M.E., LXVII, 341-91, (1922).
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- d’autre part par des expériences de laboratoire consistant par exemple en la fusion de faibles quantités de fer pur avec des additions croissantes d’oxyde de fer, la structure de cémentation de ces coulées étant d’autant plus anormale que les teneurs en oxygène total du métal étaient plus élevées.
- L’oxygène était donc considéré comme le principal et même comme le seul facteur responsable de l’anormalité des aciers, et on avait échafaudé des théories plus ou moins complexes, et souvent contradictoires, pour expliquer l’influence de cet élément. Gela, jusqu’au jour où il fut possible d’établir que les aciers ou fers extrêmement purs(C), à teneurs en oxygène total voisines de la limite inférieure d’analyse, étaient susceptibles de présenter une anormalité très marquée ; par réaction, naquit une nouvelle théorie par laquelle l’oxygène n’avait plus aucun rôle et où l’anormalité était uniquement provoquée par la plus ou moins grande pureté locale du métal et l’absence d’éléments augmentant son pouvoir trempant.
- Les recherches de ces dernières années, principalement effectuées en Amérique (8), ont montré que si ces deux hypothèses, basées chacune sur des résultats expérimentaux nets, pouvaient difficilement, prises isolément, s’accorder avec l’ensemble des faits : elles n’étaient pas incompatibles et étaient susceptibles de constituer deux causes distinctes de l’anormalité.
- On admet donc maintenant :
- ) que l’anormalité proprement dite et l’aptitude au grain fin sont deux phénomènes distincts, qui peuvent exister indépendamment l’un de l’autre et ne semblent pas nécessairement justiciables des mêmes causes. Au début, on les a confondus parce qu’ils sont souvent concomitants et qu’ils ont sur certaines propriétés pratiques d’utilisation, comme le pouvoir trempant, des effets analogues. Ces propriétés ne sont d’ailleurs susceptibles d’être définies que dans des conditions bien précisées de traitement thermique et mécanique, car elles peuvent varier de façon continue avec ces conditions;
- ) que les processus d’élaboration pour lesquels ou peut penser que l’oxygène dissous est augmenté, c’est-à-dire par accroissement de la quantité d’oxygène total en l’absence de quantités importantes d’éléments avides d’oxygène (Si, Mn) tendent à accroître l’anormalité dans un grand nombre de cas, mais non dans tous. Dans le même ordre d’idées, et cette fois pour un même acier, les procédés de cémentation oxydants (cémentation par l’oxyde de carbone), lesquels augmentent la teneur en oxygène total de l’acier, donnent naissance à des structures toujours plus anormales que les procédés de cémentation réducteurs (cémentation par les hydrocarbures), pour lesquels, au contraire, la teneur en oxygène total tend à baisserl9) ;
- c) que l’anormalité peut également être le fait d’aciers très purs ou bien contenant d’autres éléments favorisant la diffusion du carbone dans le fer; ces éléments relèvent en général ce point de transformation et diminuent le pouvoir trempant;
- d) une des hypothèses émises pour expliquer l’aptitude au grain fin est que l’inhibition de la croissance du grain austénitique pendant la cémentation est due à des particules très dispersées d’oxydes freinant le déplacement des limites cristallines; cette hypothèse, assez séduisante et concordant assez bien avec les faits, n’a pu être expérimentalement prouvée que dans un cas tout à fait exceptionnel(9). Les
- (7) Duftschmid et Boudremont, St. u. Eisen, LI, 1813-16. (1931).
- (8) Grossmann, Trans. A. S. S. T., XVIII, 601. (1930); — Bain, Trans. A. S. S. T., XX, 383, (1932).
- (9) Bain, Loc. cit.
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- oxydes très divisés en question, inaccessibles à l’observation microscopique, pourraient, soit exister dans le métal avant cémentation, soit y être formés par l’action oxydante du milieu cémentant sur un élément métallique dissous dans l’acier et particulièrement avide d’oxygène. Le principal fondement de cette théorie réside, en elfet, dans l’observation indirecte suivante. Ce sont surtout les aciers contenant à l’état dissous des éléments tels que l’aluminium, le zirconium, le titane, le vanadium, etc, qui sont susceptibles de présenter, par cémentation ultérieure, une aptitude au grain fin. Ces éléments ont la propriété commune, en addition à l’acier liquide oxydé, de donner naissance à des oxydes divisés (alumine par exemple). Il faut toutefois souligner que cette observation n’a que la valeur toute relative d’un raisonnement par analogie, car l’alumine ainsi formée, microscopiquement visible, et facilement atteinte par l’analyse, ne présente aucune relation quantitative avec la grosseur de grain de l’acier toutes les fois que l’aluminium ajouté a été entièrement scorifîé et qu’il n’en subsiste plus à l’état dissous.
- De ce qui précède il résulte que, non seulement l’ensemble des phénomènes initialement désigné sous le nom d’anormalité est très complexe, mais que ses causes ne le sont pas moins, et que, si l’oxygène peut être supposé avec quelque vraisemblance, mais toutefois sans preuves directes, être l’une d’elles, son action spécifique peut très fréquemment ne pas être prépondérante et être masquée par celle des autres facteurs.
- durcissement structural. — Les phénomènes de durcissement structural des aciers doux sont connus depuis fort longtemps. Toutefois, une certaine confusion a régné dans leur étude jusqu’à ces dernières années pour des raisons analogues à celles signalées dans le cas de l’anormalité, à savoir la multiplicité des causes et la multiplicité des effets. Il m’est tout d’abord nécessaire de faire un bref exposé de la nature des phénomènes de durcissement structural, qui, quoique incomplet, pourra servir de base à la discussion du rôle que peut y jouer l’oxygène.
- Une condition nécessaire pour provoquer le durcissement structural des aciers doux est l’existence d’éléments possédant dans la ferrite une solubilité croissante avec la température. Parmi les éléments répondant à cette condition, trois d’entre eux ont particulièrement attiré l’attention des expérimentateurs; ce sont : le carbone, l’azote et l’oxygène.
- Il est convenu de distinguer aujourd’hui, pour l’acier, deux durcissements structuraux types, dont les effets peuvent être souvent expérimentalement isolés les uns des autres.
- 1° Le durcissement structural après trempe. — On sait que si l’on trempe un acier doux au-dessous de son point de transformation, puis que l’on laisse « vieillir » cet acier à la température ambiante ou à des températures de revenu relativement basses, on constate la modification en fonction du temps de toute une série de ses propriétés, ces modifications n’étant d’ailleurs pas simultanées. Pour ne prendre que les plus étudiées d’entre elles, qui sont la dureté et la fragilité, celles-ci commencent par croître, passent par un maximum, puis décroissent; les maxima observés sont d’autant moins élevés et plus rapidement atteints que la température de vieillissement est plus élevée. Si cette température est au contraire suffisamment basse, le maximum peut ne pas être dépassé ni même atteint au bout de temps très longs.
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- On admet, principalement par analogie avec d’autres alliages non ferreux pour lesquels le phénomène a pu être analysé avec plus de précision, que ce durcissement est provoqué par l’accumulation d’atomes de l’élément maintenu en solution sursaturée par trempe, en certains points du réseau du corps de base, suivie de la précipitation de particules submicroscopiques de cet élément. Ces concentrations locales ou ces particules très divisées, que l’on suppose uniformément réparties, bloqueraient les plans de glissement des cristaux de ferrite, et, amenant de ce fait une diminution de la capacité de déformation du métal, en élèvent la dureté et la fragilité.
- La diminution puis la disparition du durcissement structural par augmentation de la température et du temps de vieillissement proviendrait de la diminution du nombre de ces particules du fait de leur coalescence progressive jusqu’à des dimensions qui, seulement alors, deviennent perceptibles au microscope.
- Une des caractéristiques essentielles de ce type de durcissement structural de l’acier doux consiste justement en une grande sensibilité à ces variations de la température de vieillissement, une élévation relativement faible de celle-ci en faisant rapidement disparaître les effets. L’élément précipitant semble donc avoir un pouvoir de coalescence, c’est-à-dire une diffusibilité dans le fer a, croissant rapidement avec la température.
- C’est en effet le cas pour le carbone, par exemple, susceptible de précipiter à l’état de cémentite très divisée ; ce l’est peut-être également, mais à un degré moindre, pour l’azote, mais ce ne semble pas l’être pour l’oxygène, pour lequel l’expérience montre qu’il diffuse extrêmement peu dans le fer aux températures envisagées.
- De fait, les essais tentés pour mettre en évidence un durcissement structural après trempe dû à l’oxygène ont donné en général des résultats négatifs :
- a) soit que l’on ait opéré sur du fer très pur (,0) oxydé à la fusion et pratiquement exempt d’éléments d’accompagnement;
- b) soit que l’on ait au contraire opéré sur des aciers doux, industriels ou non (11) pour lesquels le durcissement observé pouvait être uniquement imputable au carbone ou à l’azote qu’ils contiennent toujours.
- Le durcissement structural après déformation. — Ce second type est observable par vieillissement d’aciers doux auxquels on a fait subir après trempe un léger écrouissage. Les variations de dureté et de fragilité présentent en fonction de la température et du temps de vieillissement une allure qualitativement analogue à celles ayant lieu après trempe simple.
- Les causes de ce durcissement, plus obscures et plus mal connues que les premières, semblent pouvoir être également rapportées à une précipitation, cette fois préférentiellement localisée aux limites cristallines et dans les plans de glissement des cristaux déformés.
- Le durcissement obtenu est ici beaucoup plus stable et nécessite des élévations de la température et de la durée du vieillissement plus élevées que dans le cas précédent avant de s’atténuer; cela tendrait à faire penser (lî) que l’élément précipitant
- (10) Davenport et Bain, Trans. A. S. M., XXIII, 1047, (1935).
- (11) Was.müht et Eilender, Arch. Eisenhixttenwes, III, 639 (1929-1930); — Eilender, Fry et Gottwald, St. u. Eis., LIV, 554 (1934): — Herty et Danjloff, Min. Met. Investig., Bulletin n° 66, (1934).
- (12) Davenport et Bain, Loc. cit.
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- possédé un pouvoir de coalescence, c’est-à-dire une diffusibilité plus faible que pour le carbone, ce qui est le cas pour l’azote et particulièrement pour l’oxygène.
- L’argument qui, en plus du raisonnement précédent et à défaut de preuves directes, militait jusqu’ici en faveur de l’oxygène est le suivant. Le maximum d’aptitude au durcissement structural après déformation est en général observé sur les aciers non calmés, lesquels contiennent souvent des quantités considérables d’oxygène. D’autre part, l’addition de désoxydants(13), tels que l’aluminium, le vanadium, etc., agit sur les effets de ce durcissement dans le même sens qu’une augmentation notable de la température et du temps de vieillissement, c’est-à-dire en rend les manifestations moins intenses, plus prématurées et plus passagères à la température ambiante, ou même les empêche complètement. En admettant une précipitation d’oxydes comme responsable du durcissement structural, l’action d’une addition d’aluminium, par exemple, pouvait être expliquée par fixation de l’oxygène dissous sous forme d’alumine insoluble.
- Mais il faut noter que le recours à l’oxygène n’était pas indispensable pour expliquer l’action des désoxydants. L’étude de l’anormalité a en effet montré que l’aluminium, par exemple, est susceptible d’augmenter la diffusibilité du carbone, c’est-à-dire le pouvoir de coalescence de la cémentite dans le fer a, et il est fort possible qu’il en soit de même pour l’azote, élément de la même famille, dont l’action sur le durcissement structural après déformation a pu, cette fois directement, être mise en évidence. On peut également penser que, de même que pour l’oxygène, l’aluminium fixe l’azote dissous sous forme de nitrures insolubles.
- Il ne restait donc, avant de pouvoir infirmer ou confirmer le rôle éventuel de l’oxygène, qu’à tenter d’en isoler les effets vis-à-vis des autres éléments précipitables dont l’action est déjà connue. C’est ce qui semble avoir été récemment réalisé aussi bien en Allemagne qu’en Amérique. Les expériences effectuées ont consisté :
- a) d’une part, en la préparation de fer très pur, à teneurs en carbone et en azote inferieures à la limite d’analyse (t* et enrichis à divers degrés en oxygène par oxydation à l’état liquide; pour ces alliages, l’effet de durcissement obtenu a été croissant avec la teneur en oxygène total;
- b) d’autre part, en la comparaison d’échantillons de fer également très pur et fondus dans des conditions identiques, les uns en atmosphère d’oxygène, les autres en atmosphère réductrice d’hydrogène es). Les premiers échantillons ont présenté un durcissement structural après déformation, peu intense mais net, alors que les seconds restaient insensibles.
- De l’ensemble de ce faisceau expérimental résultent des conclusions analogues à celles que l’on a pu tirer de l’étude de l’anormalité, à savoir :
- a) que l’oxygène seul dans le fer pur semble susceptible de provoquer un durcissement structural après déformation;
- b) que, quand l’oxygène est accompagné d’autres éléments, ce qui est le cas de tous les aciers industriels, son influence propre semble plus sujette à discussion et surtout très difficile à dégager nettement de celle des autres facteurs. On sait d’ailleurs, en particulier par l’étude de l’influence du carbone et de l’azote sur les phénomènes de durcissement structural après trempe, que la présence simultanée de
- (13) Ellender, Fry et Gottwald, Loc. cit.; — Herty et Daniloff, Loc.cit.
- (14) Schmidt, Arch. Eisenhüttenwes., VIII, 263, (1934-1935).
- (15) Davenport et Bain, Loc. cit.
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- ces deux corps modifie entièrement les conditions de précipitation de chacun d’eux pris isolément; l’influence résultante de la présence de plusieurs éléments précipitants, en particulier de l’oxygène, ne peut donc se déduire de la somme de leurs influences individuelles.
- Le problème du durcissement structural après déformation paraît donc nécessiter encore une étude très approfondie; en ce qui concerne l’oxygène, cette étude est rendue très difficile du fait que le facteur éventuellement agissant, l’oxygène dissous, échappe jusqu’ici à l’analyse.
- rouverain des aciers doux. — Le rouverain des aciers doux est caractérisé, lors des opérations de forgeage à chaud, par l’existence de deux zones de fragilité intercristalline, l’une, appelée fragilité au rouge, axée autour de 1 000° environ, l’autre, appelée fragilité au blanc, située vers 1300°. Ces deux zones peuvent d’ailleurs, suivant leur pins ou moins grande extension, se chevaucher pour amener une fragilité persistante au-dessus d’une certaine température.
- Le soufre et l’oxygène ont été depuis longtemps considérés comme responsables de ce défaut, et cela, bien avant que le dosage de ce dernier élément fût possible. Depuis, l’influence d’autres éléments tels que le cuivre et l’arsenic, intentionnellement ou involontairement ajoutés, a été d’ailleurs vérifiée.
- Il a été fait de nombreux essais destinés à mettre en relation le rouverain et l’oxygène; ils ont fourni des résultats très confus, d’une part, à cause de l’imperfection des méthodes de dosage utilisées, et, d’autre part, parce que le type d’essai adopté pour caractériser la fragilité était très variable d’un expérimentateur à l’auti e; or, on sait, par exemple, que la vitesse de déformation a sur les résultats de l’essai une influence considérable.
- Les rares tentatives à caractère quantitatif et systématique 161 ont montré que, sur des aciers intentionnellement enrichis en oxygène et à analyse constante, il existait une variation parallèle entre le rouverain et la teneur en oxygène. Cet oxygène était d’ailleurs le plus souvent déterminé par la méthode très imparfaite de réduction par l’hydrogène, laquelle fournit, avec une approximation toute relative, la somme de l’oxygène dissous et de l’oxygène combiné au fer et au manganèse. Par contre, l’oxygène présent sous forme de silice ou d’alumine, parfois concurremment déterminé, ne semblait pas avoir une influence.
- Il faut toutefois remarquer que, dans ce genre d’essais, les quantités d’oxygène présentes dans le métal synthétique sont considérablement plus élevées que celles rencontrées dans la pratique, et que ces résultats ne sont pas susceptibles d’utilisation directe.
- On sait par ailleurs que le manganèse tend à diminuer les effets du soufre sur le rouverain. Une règle purement empirique, basée sur les observations delà pratique, fixe même dans certaines aciéries le rapport Mn/S nécessaire pour éviter le rouverain. Gomme on a aussi constaté que l’augmentation des teneurs en manganèse tend à rendre forgeables des aciers fortement oxydés, on a tenté de rechercher, aussi bien par des essais de laboratoire que par des essais pratiques, une relation analogue entre ces deux éléments; mais les résultats publiés à ce sujet n’ont aucune concordance.
- Le mécanisme de la fragilité à chaud est encore très obscur. Pour des teneurs
- (16) Niedenthal, Arch. Eisenhüttenwes, III, 79-97 (1929); — Fell, Arch. Eisenhültenwes, IV, 393-400 (1931).
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- élevées en soufre, cette fragilité peut être expliquée par l’affaiblissement de la cohésion intercristalline dû au réseau de sulfure de fer micrographiquement visible; l’effet du manganèse se traduit alors par une désorganisation de ce réseau sous forme de globules de sulfure de manganèse plus ou moins dispersés et également moins fusibles. Mais si, en l’absence de manganèse, la teneur en soufre est suffisamment faible pour que le réseau de sulfures n’apparaisse plus, quoique lerouve-rain subsiste, cette explication perd sa valeur objective.
- Il en est de même pour l’oxygène : quelle que soit sa quantité, les oxydes n’affectent jamais la forme réticulaire, et l’hypothèse commode d’un dépôt submicroscopique diminuant à chaud la cohésion intergranulaire de l’agrégat cristallin reste invérifiable.
- On peut retenir de ceci que l’oxygène est, dans certains cas, susceptible de provoquer la fragilité au rouge de l’acier, sans que la forme sous laquelle il est actif ait pu être précisée.
- Dans la pratique, plutôt que la présence de soufre et d’oxygène, c’est l’absence d’éléments comme le manganèse, etégalement le titane ou le zirconium, qui semble conditionner la présence du rouverain.
- C’est ainsi que MM. Portevin, Prétet et de Lacombe (17) ont pu mettre en évidence une zone de fragilité au rouge nettement marquée sur des aciers à bas manganèse (Mn—:0,010 p. 100) ne contenant que de faibles teneurs en soufre (S = 0,018 p. 100) et en oxygène (0 = 0,012 p. 100), ce dernier exclusivement présent sous forme d’alumine. L’augmentation du soufre et de certaines formes de l’oxygène semble élever la teneur minimum en manganèse permettant le forgeage, sans que l’on ait pu connaître le mécanisme de ce phénomène.
- MAGROSTRUGTURE RÉVÉLÉE PAR LES RÉACTIFS CUIVRIQUES. — On Sait que dès 1918,(18) Henry LeChatelieretBogitch furent amenés, par une série d’expériences, à penser que l’image macrostructurale obtenue au moyen du réactif cuivrique de Stead était uniquement due à la ségrégation dendritique de l’oxygène dissous, à l’exclusion Mes autres éléments tels que le phosphore. Le cuivre précipité lors de l’attaque se déposerait sur les axes des dendrites relativement pauvres et non sur les intervalles interdendritiques, relativement riches en oxygène dissous. On a même pensé que cette attaque pouvait être susceptible de caractériser l’état d’oxydation du métal, la netteté de l’image croissant jusqu’à atteinte de la saturation en oxygène dissous, puis diminuant brusquement une fois cette saturation dépassée, par suite de l’apparition d’une phase supplémentaire, constituée par les inclusions d’oxyde.
- Les recherches qui ont suivi la publication du travail de Le Ghatelier et Bogitch, dont certaines sont toutes récentes, aboutirent à une confirmation du rôle de l’oxygène dissous (19). C’est ainsi que la pénétration intercristalline et intracristalline de l’oxygène par diffusion, lors d’une oxydation à chaud, peut être rendue visible par l’action du réactif cuivrique. Mais, d’autre part, il a été montré (-0) que d’autres éléments que l’oxvgène peuvent également avoir une action analogue, en particulier le soufre et le phosphore (19j (20).
- (17) Portevin, Prétet, et de Lacombe, Rev. Mét., Mém. XXXIII, 119 (1936).
- (18) H. Le Chatelier et Bogitch, Rev. Mét., Mém. XVI, 129 (1919).
- (19) Stead, Journ. Ir. St. Inst., GUI, 261-275, (1920); — Whiteley, Journ. Ir. and St. Inst., GXXXI, 181, (1935).
- (20) Whiteley, Joarn. Ir. St. Inst., GUI, 277-289 (1921).
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- Revenons sur la caractérisation de l’état d’oxydation de l’acier par la netteté de l’image dendritique. Je puis signaler que des aciers contenant des quantités importantes d’aluminium, et pour lesquels la solubilité de l’oxygène à la température ambiante peut être considérée comme négligeable, sont susceptibles de présenter des images dendritiques très nettes par cuivrage. Il en est de même de certains aciers durs ordinaires dont la teneur en oxygène total, teneur donc supérieure à celle en oxygène dissous, est de l’ordre de 0,001 p. 100, limite de la précision de l’analyse. La même netteté d’attaque est enfin observable sur des aciers pour lesquels cette teneur en oxygène total, en présence de très nombreuses inclusions, est plus de 50 fois supérieure. L’attaque cuivrique ne semble donc pas pouvoir renseigner sur l’état global d’oxydation (oxygène dissous -h oxygène des inclusions) de l’acier. Elle met seulement en évidence la répartition hétérogène d’un grand nombre d’éléments en solution, l’oxygène n’étant que l’un d’eux.
- *
- * *
- De ce qui précède et également de l’étude d’autres propriétés dont l’exposé dépasserait le cadre de cette communication, on peut retenir ceci :
- Une longue suite d’observations de la pratique a conduit à soupçonner l’influence de l’oxygène en solution dans l’acier sur les phénomènes que nous venons de décrire. Les essais d’isolement de ce facteur par des expériences de laboratoire ont généralement confirmé cette opinion, quoique les résultats obtenus aient manqué de constance.
- La recherche expérimentale a rencontré et rencontre encore des difficultés considérables, non seulement du fait que l’oxygène soluble est inaccessible à l’analyse, mais également parce que les manifestations immédiates de sa présence échappent à nos moyens actuels d’investigation (examen micrographique, rœntgenographique et essais physiques). Mais la transposition des résultats du laboratoire dans le plan pratique s’est révélée à peu près impossible, principalement parce que l’oxygène dissous ne semble pas posséder jusqu’ici d’action spécifique, c’est-à-dire qu’aucune des propriétés de l’acier ne semble en dépendre de façon sûrement exclusive.
- PROPRIÉTÉS EN RELATION AVEC LES INCLUSIONS.
- Les usagers de l’acier ont fréquemment eu l’occasion d’apercevoir, lors de l’examen de pièces rompues en service, des amas de matière non métallique de dimensions macroscopiques, dont la présence sur la surface de cassure de ces pièces pouvait permettre avec vraisemblance de les considérer comme la cause de la rupture. Il en est de même lors de certains essais mécaniques d’aciers présentant accidentellement des caractéristiques anormalement basses, et pour lesquels de tels amas constituent localement une diminution de la section de l’éprouvette d’essai, ou bien ont un effet d’entaille marqué.
- Quant à l’observation, également fréquente, dans les aciers mi-durs laminés et dans les conditions de traitements thermiques et mécaniques particuliers, du dépôt préférentiel de la ferrite autour de traînées d’inclusions, donnant ainsi naissance à la structure dite rubanée ou en bandes, elle a aussi pu faire croire que les inclusions
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- étaient le facteur prépondérant ou même exclusif de cette structure ainsi que des mauvaises caractéristiques en travers concurremment constatées.
- S’écartant alors des résultats de l’observation pure par une interprétation et une généralisation prématurées, et d’autant plus dogmatiques qu’elles étaient moins justiciables du contrôle expérimental, la croyance en le rôle néfaste des inclusions s’est souvent étendue à toutes les catégories de celle-ci, sans distinction de formes, de dimensions, de nature ou de répartition. 11 est inutile de dire que cette conception simplifiée, pour ne pas dire simpliste, a le plus souvent abouti à des absurdités.
- Actuellement, en possession de moyens analytiques et d’observation qui permettent, à l’encontre de ce qui se passe pour l’oxygène dissous, de caractériser les inclusions, en nature et en quantité, de façon plus satisfaisante, on pouvait s’attendre à les mettre en relation de façon très nette avec ce qu’il est convenu d’appeler la « qualité » de l’acier. L’expérience a montré que cette relation est loin d’être simple.
- Certaines conditions d’élaboration conduisent en effet, concurremment à la persistance dans le métal de quantités importantes d’inclusions, et à des propriétés mécaniques insuffisantes. Toutefois, il n’a pas été possible d’établir une relation de cause à effet entre ces deux phénomènes. Un exemple plus précis illustrera ce manque de relation directe. Dans certains lingots d’acier de grande dimension, l’étude analytique et micrographique a montré que l’oxygène total et les inclusions subissent une ségrégation majeure souvent importante, et telle que les teneurs en oxygène total peuvent varier suivant les points du lingot dans des proportions allant de 1 à 20 et davantage. Il est néanmoins fréquent de constater qu’entre ces différents points, les variations de caractéristiques mécaniques sontde l’ordre de grandeur de la dispersion des mesures.
- Il n’est donc pas étonnant que, dans le domaine de la fabrication courante et en présence de quantités moyennes ou faibles d’inclusions, il n’ait pas été possible de préciser clairement la relation entre les teneurs en oxygène total ou en inclusions et les propriétés mécaniques du métal. Les rares recherches systématiques publiées à ce sujet et portant sur de grands nombres d’essais, ont montré que si l’influence spécifique des inclusions pouvait être soupçonnée, il était le plus souvent impossible de la dégager nettement de celle d’un facteur ou d’un ensemble de facteurs ni définis ni mesurables.
- On voit donc que les conclusions provisoires de l’étude spécifique de l’influence des différentes formes de l’oxygène semblent partiellement en contradiction avec les résultats incontestables de la pratique des aciéries, laquelle montre que des aciers présentant dans certaines phases de l’élaboration des caractères appelés « de désoxydation » inférieurs à la normale, conduisent à des propriétés insuffisantes. Cette contradiction n’est en réalité qu’apparente et provient d’une interprétation trop restreinte et trop absolue de la signification attribuée au terme de « désoxydation ».
- La désoxydation est en effet une suite d’opérations complexes, mise au point par l’expérience ou l’observation pratique, qui se poursuit jusqu’à la solidification du lingot. La diminution de la teneur en oxygène du métal liquide en est un des résultats. Mais, du fait du terme choisi pour désigner cette suite d’opérations, on a été amené à croire que ce résultat était le seul atteint et représentait le seul but à
- (21) Kinzei. et Crafts, Techn. Pub. A. I. M. E., nos 402 et 436 (1930 et 1931).
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- atteindre. C’est ainsi, par exemple, que le rôle attribué aux désoxydants a été le plus souvent un rôle passif de fixation et d’élimination de l’oxygène dissous dans l’acier liquide, alors qu’il semble bien prouvé aujourd’hui que, tout au moins certains d’entre eux, jouent vis-à-vis des propriétés du métal un rôle actif spécifique, même aux faibles concentrations.
- L’étude directe de l’influence de l’oxygène ou des inclusions subsistant dans le métal solidifié, si elle a permis de lever en grande partie cette confusion, n’a fait, dans la plupart des cas, que reporter la connaissance des solutions du problème de la qualité.
- Comme le signalait récemment ici même M. Perrin(22), les tendances actuelles de l’aciérie conduisent à rechercher la fabrication d’acier liquide à composition chimique totale déterminée, composition qui comprend l’analyse « visible », relative aux éléments que l’on sait doser, et l’analyse « invisible », relative aux éléments que l’on n’atteint pas encore. L’oxygène n’est passé de la seconde catégorie dans la première que depuis peu de temps. L’obtention dans le métal liquide de teneurs relativement basses en cet élément, teneurs variables d’ailleurs avec le procédé d’élaboration, reste indiscutablement, non l’unique but à atteindre, mais un des principaux critères indicatifs d’une fabrication régulière et satisfaisante. Une fois ce résultat atteint, il semble inutile, de même que dans le cas du soufre et du phosphore, d’essayer de diminuer indéfiniment ces teneurs.
- L’étude du problème de la qualité paraît d’autre part devoir être poursuivie aujourd’hui par l’analyse la plus approchée possible des processus physico-chimiques, cinétiques ou d’équilibre, ayant lieu pendant l’élaboration et la solidification ultérieure du métal. A cet effet, les méthodes de recherche qualitatives et quantitatives relatives à l’oxygène et aux inclusions sont d’un secours précieux, mais ne doivent de ce fait être considérées que comme des moyens d’étude, et non comme des moyens de contrôle des propriétés du métal solide. L’expérience a en effet montré que les perturbations provoquées dans ce dernier par une désoxydation insuffisante ou incorrecte de l’acier liquide sont loin de se traduire par des variations parallèles des teneurs en oxygène de l’acier solidifié. Il faut espérer que l’avenir permettra de préciser plus exactement les limites du rôle joué par l’oxygène sous ses différentes formes, rôle dont la complexité a semblé paradoxalement s’accroître au fur et à mesure que se sont perfectionnés nos moyens d’investigation.
- DISCUSSION
- M. Lacoin, président, en donnant la parole à M. Portevin, pour l’ouverture de la discussion, fait remarquer combien la conférence de M. Castro illustre la nécessité et les difficultés de cette recherche méthodique des causes des incidents de fabrication industriels, et rentre ainsi dans le cadre des études dont notre regretté collègue, Henry Le Chatelier, dont l’éloge vient d’être prononcé(23), a été toute sa vie le promoteur.
- (22) Bail. Soc. Brut., CXXXV, 505 (1936).
- (23; Voir le présent numéro, p. 730.
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- M. A. Portevin. — Le rôle des recherches scientifiques n’est pas seulement de découvrir de nouveaux phénomènes ou de nouveaux matériaux, mais aussi de préciser et de reviser les connaissances existantes; cette dernière tâche est plus difficile et plus ingrate : plus difficile, car il faut faire mieux que ses devanciers, plus ingrate; parce que l’on n’a pas la satisfaction de découvrir des territoires inexplorés et parce que, en rectifiant les opinions admises, on risque de récolter, en général, plus de critiques que de compliments, plus d’opposition que de sympathie; ceci surtout si le problème est d’importance.
- Or, celui abordé par M. Castro est non seulement à l’ordre du jour mais il est encore de tous les temps depuis qu’il y a des métallurgistes et qui discutent. Si nous avons encouragé M. Castro à l’exposer, c’est que celui-ci satisfaisait pleinement à la condition, à mon avis indispensable pour parler d’une question si importante : s’y être consacré pendant des années en y apportant une part expérimentale de valeur.
- La mise au point des méthodes de dosage, condition essentielle à toute étude scientifique de l’influence d’un élément, s’est poursuivie pendant de nombreuses années, notamment en Allemagne à Aix-la-Chapelle; c’est là qu’il y a six ans, M. Castro fut envoyé pour s’initier pendant plus d’un an; de suite, il a amélioré la méthode et il n’a cessé depuis d’y apporter des perfectionnements dont les derniers sont consacrés dans une publication faite cette année en Allemagne même; pendant toute cette période, il a dirigé les dosages qui se sont poursuivis sans interruption dans l’installation modèle, créée par lui au laboratoire des Aciéries électriques d’Ugine.
- C’est qu’il s’agit d’une opération de dosage de haute précision, atteignant le 1/100 000, et encore cette valeur de l’oxygène total est-elle de l’ordre de grandeur des teneurs dans les aciers extra-durs et, à plus forte raison, dans les produits plus carburés; c’est dire que, pour ces derniers, les variations éventuelles sont, en l’état actuel des meilleures techniques opératoires, malheureusement encore de l’ordre de grandeur des erreurs expérimentales.
- Aussi ne devons-nous pas nous étonner de l’instabilité des données numériques publiées; c’est ainsi que la teneur admise pour l’oxygène dissous a rétrogradé dans le temps de quelques centièmes à quelques cent millièmes, soit mille fois moins, et il ne s’agit ici que de fer pur.
- Tout ce que l’on sait, c’est que dans les aciers courants, les teneurs en oxygène total dépassent toujours la saturation en oxygène dissous à l’état solide, et l’on ne voit pas comment on peut agir méthodiquement sur ce facteur, condition cependant essentielle à toute expérimentation scientifique. C’est une illusion d’accroître dans ce but, comme l’ont fait certains, la teneur en oxygène total, puisque cela revient à ajouter du sel à une solution saturée, pensant ainsi accroître la concentration de cette solution.
- La solubilité de l’oxygène dans l’acier solide ne paraît donc devoir être mise en évidence qu’indirectement, en faisant appel à des phénomènes différentiels : hétérogénéité de solidification ou ségrégation dendritique et, inversement, diffusion à l’état solide de cet élément.
- D’où l’intérêt de l’étude des attaques cuivriques dont l’image a précisément pour origine la ségrégation dendritique; mais le phénomène apparaît complexe, ne permettant aucune appréciation quantitative : si, en l’absence de tout autre élément d’addition au fer, là netteté de l’image croît avec la teneur en oxygène total, cela n’a lieu que jusqu’à une certaine teneur, et il est probable que d’autres éléments,
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- tels que le phosphore, agissent de même. Ce sont les différences de concentration résultant de phénomènes d’origine cinétique et non la concentration totale, donnée statique, qui agissent, et puisque ces différences proviennent de la diffusion, n’oublions pas que divers auteurs ont menLionné l’influence énorme de faibles teneurs en d’autres éléments sur la vitesse de diffusion d’un élément déterminé.
- On peut remarquer d’autre part que l’image obtenue par attaque cuivrique des aciers ne devient nette que lorsque la teneur en carbone dépasse 0,3 p. 100, ce qui n’est pas une constatation en faveur de la teneur en oxygène et justifierait une autre explication : avec l’élévation de teneur en carbone disparaît la solidification primaire à l’état a (autrefois état 8) du fer, de sorte que l’image serait nette quand les dendrites de la solution y se forment directement à partir du liquide et non lorsque cette solution y prend naissance par réaction péritectique, ce qui doit brouiller la cristallisation primaire, origine de l’image dendritique.
- Avec juste raison, M. Castro a porté son examen notamment sur deux phénomènes d’observation relativement récents ou dont l’intérêt n’a été que récemment mis en lumière :
- 1° l’anormalité et la grosseur du grain y;
- 2° les modifications de propriété s’opérant lentement aux températures ordinaires et que l’on désigne sous le nom de « vieillissement ».
- Dès que l’intérêt de ces phénomènes fut reconnu, immédiatement l’oxygène, facteur non contrôlé et même parfois non mesurable, comme il vient d’être dit, a été mis en cause et rendu responsable. Presque toujours on a échafaudé des théories ou, plus exactement, on a mis en avant des hypothèses en se basant sur des observations grossièrement qualitatives de facteurs indirects. Ce n’est pas l’oxygène, facteur mis en cause, que l’on faisait varier, mais le procédé de fabrication ou le mode de désoxydation et on concluait à l’influence de l’oxygène, voire même de l’oxygène en solution solide.
- Qu’est-il arrivé? C’est que l’étude sérieuse, consciencieuse et scientifique vient de nous montrer que, non seulement l’oxygène n’était pas le seul facteur en cause, mais que, dans certains cas, ce n’était pas l’oxygène qui était probablement le facteur essentiel, mais le désoxydant qui agissait, soit directement par sa présence dans le métal, soit indirectement par les produits de désoxydation auxquels il avait donné naissance; il n’y a qu’à se reporter au rôle du vanadium, de l’aluminium, du titane ou du zirconium sur la grosseur du grain, du manganèse, du titane et du zirconium sur le rouverain.
- D’autre part, M. Castro a abordé avec non moins de minutie l’étude des inclusions de l’acier et y a apporté une très importante contribution en ce qui concerne leur identification micrographique et leur relation avec diverses conditions d’élaboration. Quant au rôle joué par ces inclusions et le cortège de ferrite (ce qui à proprement parler constitue les veines ou nuances de l’acier) il y aurait également lieu de procéder maintenant à des sondages directs pour être renseigné sur l’altération locale réelle des propriétés mécaniques locales, en ayant recours aux micro-éprouvettes et aux micro-machines que M. Chevenard vous a présentées il y a quelque temps ici même.
- N’oublions pas que les inclusions oxydées sont toujours présentes dans tous les aciers industriels : c’est une conséquence de cet état de saturation des oxydes en solution dans un métal solide,
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- Ce qui est particulièrement à souligner, c’est la constatation citée de l’insensibilité relative des propriétés mécaniques par rapport aux variations relativement importantes de la teneur en oxygène total dans l’étendue d’un même lingot(24).
- En outre, comme l’a dit M. Castro, si, dans le cas plutôt théorique de fer pur, on arrive à quelques résultats positifs concernant l’influence de l’oxygène sur ces phénomènes, le cas beaucoup plus complexe du fer technique, c’est-à-dire des aciers industriels, apparaît loin d’être assimilable à celui du fer pur. Autrement dit, les conclusions positives gardent un caractère théorique. Il faut donc être très prudent, multiplier les expériences, faire appel à toutes les techniques les plus précises dans l’étude de ces problèmes, et surtout, il faut apporter une grande attention à la dispersion des résultats expérimentaux, dispersion qui doit être toujours nettement inférieure aux variations constatées servant de base aux conclusions.
- La recherche des causes de tels phénomènes, qui préoccupent directement l’industrie, devient de plus en plus difficile et exige des techniques d’étude de très haute qualité. A cet égard, les travaux de M. Castro s’alignent avec les plus importantes des récentes études publiées à l’étranger, notamment en Amérique et en Allemagne. Il ne faut pas oublier que, depuis la publication de l’état actuel de ce problème de l’oxygène dans les aciers, que nous avions établie en 1932, c’est-à-dire il y a moins de 5 ans, plus d’une trentaine de publications de valeur ont paru à l’étranger. Il est très heureux pour nous que les travaux de M. Castro puissent ainsi être mis en parallèle avec les meilleures recherches poursuivies à l’extérieur.
- En terminant, nous voyons qu’il y a lieu de faire appel de plus en plus au doute méthodique et aux strictes disciplines scientifiques lorsqu’il s’agit d’énoncer des conclusions concernant l’oxydation des aciers. Il ne faut tenir compte que des faits positifs bien vérifiés et non des opinions; en science, l’opinion ne compte pas; ce ne peut être qu’une suggestion pour l’étude ou une hypothèse de départ pour un travail.
- Mais, à côté de ces résultats, très précieux quoique d’allure négative, on peut aussi citer des conséquences heureuses positives de ces dosages d’oxygène; ils ont en effet été un guide indispensable dans la mise au point des nouvelles méthodes d’élaboration de l’acier, en permettant de suivre, cette fois, d’une manière réelle et sûre, des variations de l’état d’oxydation du bain métallique; à cet égard, ils ont rendu des services inappréciables.
- M. P. Chevenard. — En rappelant combien on connaît mal encore l’influence des inclusions sur les propriétés d’une pièce d’acier, M. Poi tevin vient de faire allusion à l’intérêt des méthodes d’exploration micromécanique, qui permettent l’étude du métal au voisinage immédiat des inclusions. Il me donne l’occasion de signaler un cas où cette exploration a révélé une influence beaucoup moins nocive qu’il ne semblait de prime abord.
- Un arbre de navire pesant près de 30 t, en acier traité pour une ténacité de 60 kg/mm2, renfermait de grosses inclusions à l’extrémité correspondant au pied du lingot. Toutes les observations indiquaient le caractère exogène des inclusions, mécaniquement entraînées lors de la coulée : débouchage trop rapide du four Martin;
- (24) Cette variation de teneurs en oxygène résulte du phénomène général de ségrégation majeure à la solidification du lingot et il est à remarquer que la ségrégation de l’oxygène ne concorde pas avec celle du soufre (voir A. Portevin, Mêlai Progress, mars 1936, p. 65, et le Génie Civil du 7 novembre 1936, p. 404.
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- localisations des inclusions au pied du lingot et dans la zone périphérique; aspect micrographique et macrographique de l’acier dans leur Aroisinage. Les inclusions de nature plastique étaient étirées en filaments par le forgeage ; pour les plus grosses, la longueur atteignait 1 cm, et le diamètre 1 à 1,5 mm.
- L’étude a été faite au laboratoire d’Imphy. On a d’abord prélevé des éprouvettes de microcisaillement, cylindres de 1,5 mm de diamètre et de quelques centimètres de longueur; quelques-unes ont été prises en long, les autres en travers, mais toutes étaient tangentes à une inclusion. Au moyen de la micromachine décrite ici même, il y a près de deux ans, ces éprouvettes ont été cisaillées en tronçons de 1,5 mm de longueur, l’appareil enregistrant chaque fois le diagramme « effort-enfoncement du couteau ». L’élaboration des diagrammes ainsi obtenus a conduit à évaluer les caractéristiques de cisaillement : limite élastique, résistance, allongement. Ainsi s’est trouvée réalisée une exploration quasi ponctuelle, puisque chaque essai caractérisait les propriétés moyennes d’un volume de 3 mm3 seulement.
- D’un bout à l’autre de chaque éprouvette et d’une éprouvette à l’autre, les résultats ont été trouvés remarquablement constants. Ainsi se trouvait confirmée l’absence des grandes-veines de ferrite, cortège habituel des scories endogènes ou ségrégées, comme on en trouve au cœur des gros lingots.
- Des résultats beaucoup plus nets devaient être fournis par des essais de micro-torsion alternée. Les éprouvettes, de 4 mm de diamètre dans leur partie utile, étaient soumises à des vibrations de torsion, au moyen d’un dispositif d’entretien électromagnétique assez analogue à celui d’une sonnerie électrique. La fréquence et l’amplitude étaient les mêmes pour toutes les éprouvettes ; l’amplitude était réglée de manière à provoquer la rupture en quelques heures (4 à 10) des éprouvettes normales, prélevées dans les zones profondes saines, c’est-à-dire exemptes de grosses inclusions.
- Dans la zone superficielle à inclusions, très facilement repérable grâce à la macrographie, on a prélevé deux sortes d’éprouvettes : les unes étaient tangentes à une inclusion, mais entièrement saines ; les autres, après usinage, renfermaient encore l’inclusion affleurant à la surface : cette inclusion jouait ainsi un rôle d’entaille, à fond arrondi, il est vrai. Or, les durées ont été, en moyenne, supérieures à celle des éprouvettes normales. Un chiffre supérieur à 100 heures a été observé pour une éprouvette tangente à une inclusion; d’autres ayant des inclusions bien visibles à leur surface, ont duré plus de 15 heures.
- L’explication de cette anomalie est fournie par l’examen macrographique et micrographique. Dans la zone à inclusions, l’acier a une structure beaucoup plus fine que dans la zone normale : les globules de scories, en effet, ont joué le rôle d’amorces de cristallisation, et cet affinage de la structure primaire a eu, finalement, un effet favorable sensiblement plus important que l’effet défavorable de cavité.
- D’autres expériences, effectuées sur un acier de même nuance, ont cherché à mettre en évidence : 1° l’influence des très petites inclusions laissées dans l’acier par les désoxydants; 2° l’action de rayures longitudinales. Elles ont été faites par M. Bonzel, à l’aide de l’excellente machine qu’il a construite, aux Etablissements Bohin, pour les essais de torsions alternées : les éprouvettes étaient des fils de 3 mm de diamètre. L’effet des petites inclusions a été reconnu de l’ordre des erreurs d’expérience. Il en a été de même pour des rayures longitudinales, profondes de 1/100 mm. Pour des rayures profondes de 1/10 mm, l’effet était de l’ordre de 2 p. 100. Finalement, d’après nos expériences, les inclusions grosses et petites et les entailles
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- longitudinales peu profondes ont relativement peu d’influence sur la résistance aux torsions alternées d’un acier relativement doux (60 kg/mm2). La sensibilité d’un acier plus dur serait certainement plus grande.
- Ainsi, à mesure que les méthodes d’essai se perfectionnent, on voit se préciser l’influence, longtemps mystérieuse, de certains facteurs, autrefois non mesurables, et auxquels il était commode d’attribuer les incidents ou les accidents : hydrogène, azote, oxygène, tensions internes, etc. Et puisque je viens de parler de tensions internes, permettez-moi de rappeler un souvenir.
- Pendant la guerre, on attribuait la rupture de certaines pièces délicates, vilebrequins de moteurs d’avions par exemple, à l’existence de tensions internes, résidus des tensions dues au forgeage. Pour les faire disparaître, on conseillait des recuits de plusieurs heures au delà de 900°. Ces traitements étaient longs, coûteux, et le métal courait des risques de brûlures. Ces chauffes prolongées étaient-elles vraiment nécessaires pour détruire les tensions internes?
- Pour résoudre le problème, nous avons institué à Imphy, dès 1917, des essais de viscosité. A partir des courbes « allongement-temps » enregistrées, sous charge et à température constantes, on a pu calculer la durée de relaxation, temps nécessaire pour réduire une tension initiale dans une proportion donnée. Et voici les résultats pour un acier nickel-chrome de construction : à 700°, une durée de recuit de 40 sec suffit pour ramener à la valeur négligeable de 1 kg/mm2 une tension initiale de 10 kg/mm2. Au delà de 900°, cette durée eût été de quelques dixièmes de seconde seulement. Les recuits prolongés étaient donc inutiles.
- Le problème ainsi résolu était facile, car les phénomènes de relaxation se prêtent aisément à l’expérience. En s’attaquant aux problèmes beaucoup plus délicats des effets de l’oxygène dans les aciers, M. Castro a fait preuve d’un courage dont je tiens à le féliciter. Il convient aussi de le remercier des résultats déjà importants qu’il vient de nous exposer : l’ingéniosité, l’esprit de méthode, l’habileté expérimentale, l’érudition dont il vient de nous donner la preuve font espérer, à bref délai, de nouveaux résultats du plus haut intérêt pour les aciéristes.
- M. P. Nicolau. — En somme, vos essais tendent à montrer que, comme en thérapeutique, un poison peut avoir un effet bienfaisant... à condition, je pense, d’être administré en doses assez faibles, sinon homéopathiques.
- Comme on peut craindre surtout, suivant des idées assez répandues, le développement progressif de fissurations à partir de micro-inclusions, sous l’effet de variations périodiques d’efforts, il serait très utile de poursuivre les essais, très intéressants, de fatigue sur petites éprouvettes entaillées, que vous avez institués.
- M. A. Portevin. — En admettant que l’assimilation des inclusions aux entailles soit complètement légitime, les résultats que l’on obtiendrait ne concerneraient que les inclusions épidermiques et non les inclusions internes, et il faut remarquer à cet égard qu ) la pureté et la propreté de l’acier sont en général plus grandes en surface, notamment dans les aciers non calmés.
- Mais ce mode d’appréciation comporte une part d’hypothèse et est encore indirect; pourquoi ne pas s’en rapporter à l’expérimentation et à l’observation directes pour porter un jugement sur le rôle des inclusions, ce que l’on peut concevoir maintenant, avec les progrès dans nos moyens d’investigation.
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- ÊULL. DE LA SOC. ü’eNCOUR. POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
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- L'ACTIVITÉ DU COMITÉ NATIONAL DES BOIS COLONIAUX EN 1935 1
- par M. J. Collardet, Ingénieur-agronome, directeur technique du Comité national des Bois coloniaux.
- L’année 1935 qui s’étail ouverte sur des perspectives assez favorables pour le commerce des bois coloniaux n’aura pas vu ces bonnes dispositions se maintenir.
- L’an dernier, un certain optimisme avait prévalu sur le marché dès la fin de 1934 entraînant une reprise qui devait s’affirmer durant le premier semestre 1935, lorsque de graves difficultés financières avec l’Allemagne vinrent brusquement renverser la situation.
- Il fallut faire face par des moyens improvisés à de nouvelles menaces de surproduction et de dépréciation, tout en défendant pied à pied la place prise par les bois coloniaux dans le commerce international. Notre président, le général Mes-simy, nous apportait dans cette lutte l’appui de sa haute autorité lorsqu’il disparut subitement. Ce décès prématuré, douloureusement ressenti dans tous les milieux coloniaux, fut particulièrement sensible aux exploitants forestiers qui avaient toujours trouvé en lui un défenseur éclairé et ardent.
- Le marasme des affaires, la concurrence des bois étrangers ou des matériaux de remplacement menaçaient de restreindre aussi les débouchés intérieurs. Notre Comité s’est donc employé, par une active propagande auprès des collectivités, des grandes adrninislrations et de tous les consommateurs, à élargir les utilisations des essences coloniales en les faisant mieux connaître.
- Dans cette œuvre de longue haleine, pour laquelle les groupements syndicaux intéressés nous appportent un entier concours, nous avons déjà obtenu des résultats encourageants. Notre documentation scientifique et technique permet, en effet, d’éviter à ceux qui nous consultent bien des échecs et des tâtonnements.
- Aussi voit-on les essences coloniales se substituer chaque jour dans de nouveaux emplois à certaines espèces étrangères jusque-là jugées irremplaçables.
- Ces progrès sont malheureusement plus lents pour les utilisations les plus courantes où la question de prix l’emporte trop souvent sur celle de la qualité. En même temps que l’éducation des consommateurs, à laquelle nous nous consacrons du reste, il faut obtenir par tous les moyens un nouvel et sensible abaissement des prix de revient.
- Dans les quelques pages qui vont suivre, nous nous proposons de résumer l’activité des principales colonies productrices durant l’année 1935, d’examiner les débouchés qui leur restent ouverts et les perspectives d’avenir de ces marchés. Nous déterminerons ainsi l’orientation qu’il convient de donner aux exploitations pour obtenir une amélioration durable ou, tout au moins, une stabilité relative du commerce des bois coloniaux.
- Enfin nous rendrons compte de l’action de notre groupement, de ses travaux et de son fonctionnement.
- (1) Rapport présent ; à l’assemblée générale du Comité national des Bois t-oloniaux, le 6 juillet 1936 (Actes et comptes rendus de l’Association Colonies-Sciences de sept.-oct. 1936, p, 137-154).
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- l’activité du comité national des bois coloniaux en 1935.
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- la production forestière coloniale en 1935. — La persistance du marasme économique en France, la difficulté des règlements monétaires ou les complications diplomatiques avec certains pays étrangers, qui dominèrent l’année 1935, devaient avoir leur répercussion sur notre production forestière coloniale. Celle-ci, pour l’ensemble des trois possessions africaines, s’inscrit en légère régression par rapport à l’année précédente, comme l’indiquent les statistiques d’exportations ci-dessous :
- 1935 1934
- Côte d’ivoire.................... 48 864 t 44 755 t
- Cameroun......................... 35 775.— 48 543 —
- Gabon........................... 346 704 — 354 452 —
- Total.................... 431343 t 447 750 t
- La Côte d’ivoire est donc seule à avoir exporté davantage en 1935 qu’en 1934. Elle le doit, d’une part, aux allègements fiscaux enfin consentis par l’Administration, d’autre part à des achats plus importants pour compte étranger.
- A l’exception du makoré, les bois d’ébénisterie ont été cependant moins demandés que l’année précédente; l’accroissement notable des exportations d’acajou vers l’Amérique (4- 2 250 t), qui paraît d’heureux présage, n’a pas suffi à compenser la réserve du marché anglais.
- Au contraire, les expéditions de bois communs se sont fortement accrues, surtout grâce à des achats importants de samba par l’Italie, que l’application des sanctions est malheureusement venue interrompre.
- Malgré les difficultés d’embarquement dont se plaignent à bon droit les scieurs, les envois de bois débités se sont fortement développés (1123 t de plus qu’en 1934, soit 4-43 p. 100). On s’en réjouira d’autant plus que cette progression s’accompagne d’une réelle amélioration du sciage et de la présentation.
- Le brusque recul des exportations du Cameroun, pour impressionnant qu’il soit, n’a, au fond, rien d’alarmant. Il faut bien convenir que la production de ce territoire s’était anormalement enflée en 1934 aux seuls dépens de la Côte d’ivoire : on la voit revenir sensiblement à son niveau antérieur à la suite des mesures prises dans cette dernière colonie pour faire cesser une concurrence dont nous dénoncions l’an dernier l’injustice et les dangers.
- Si les charges qui pèsent sur les coupeurs dans les deux territoires sont redevenues à peu près équivalentes, les exploitations du Cameroun demeurent néanmoins favorisées au point de vue des facilités de transport et d’embarquement; aussi leur activité reste, malgré tout, assez satisfaisante, avec une production qui représente encore 70 p. 100 de celle des meilleures années ayant précédé la crise, contre moins de 50 p. 100 pour la Côte d’ivoire.
- La forte diminution constatée l’an dernier a atteint presque toutes les essences, mais surtout le sapelli, dont il a été expédié 3 676 t de moins qu’en 1934, et l’iroko (3 154 t).
- On note, cependant, une légère progression dans les sorties d’azobé et de bois d’ébénisterie débités, et de modestes mais intéressantes expéditions de bois merrains.
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- LES BOIS COLONIAUX* — DÉCEMBRE 1936.
- Le Gabon a de nouveau traversé, en 1935, une période critique. Malgré la lenteur des règlements monétaires avec l’Allemagne, les exportations d’okoumé s’étaient normalement développées pendant le premier semestre, lorsque la dénonciation du clearing franco-allemand, à la date du 31 juillet, est venue jeter une grave perturbation dans le marché. Une réduction massive des contingents s’imposait d’urgence. Fixée à 30 p. 100, avec l’assentiment des coupeurs et immédiatement appliquée par le Gouvernement, elle a permis de redresser la situation, non sans avoir amené un profond désarroi dans les entreprises forestières gabonaises, qui, selon leur importance, durent fermer de nombreux chantiers, ou même subir un arrêt total.
- La production s’est trouvée ainsi ramenée à 346 704 t dont 324 522 d’okoumé, soit, pour cette essence, environ 9 000 t de moins qu’en 1934. Nous reprendrons plus loin, avec quelque détail, l’étude du marché de l’okoumé.
- Observons maintenant que si le noyer d’Afrique a, lui aussi, été délaissé (—1 443 t), l’acajou et les bois d’ébénisterie divers, les traverses et surtout les bois débités se sont inscrits en réelle progression.
- Enfin, dans nos autres colonies forestières, les symptômes de reprise apparus l’an dernier ne se sont point vérifiés et les exploitations ont connu un marasme complet. Les exportations de bois semblent, d’après les statistiques provisoires, se stabiliser en léger recul sur l’année 1934, et cette stagnation est particulièrement déceArante pour une colonie telle que la Guyane qui pourrait et devrait tirer d’importantes ressources de sa forêt.
- 1935 1934
- Indochine....................... 15 220 t 17 605 t
- Madagascar...................... 856 — 900 —
- Guyane.......................... 308 — 548 —
- Par suite de la dévaluation des monnaies, l’Indochine ne trouve plus en Extrême-Orient que des débouchés restreints et se tourne de plus en plus vers les marchés de la métropole ou de l’Afrique du Nord. Ses exportations de teck se ressentent particulièrement de l’élimination du bois dans les constructions navales et de la concurrence des producteurs siamois et néerlandais.
- Madagascar exporte toujours des bois communs vers l’Ile Maurice et La Réunion et certains bois odorants vers les Indes anglaises, mais ses palissandres et ses ébènes sont actuellement délaissés pour d’autres provenances.
- De ce rapide exposé, on retiendra que la situation des exploitations forestières coloniales reste particulièrement délicate et incertaine, bien que leur production corresponde sensiblement aux besoins actuels. Aussi importe-t-il, non seulement d’assurer le maintien de cet équilibre, mais encore d’être en mesure de parer à des menaces exceptionnellement graves, telles que la fermeture subite du marché allemand.
- Nous estimons donc qu’il serait tout à fait imprudent, tant que la situation internationale ne se sera pas éclaircie, de renoncer au contingentement, ou de l’élargir notablement.
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- Quelques réserves qu’appellent les mesures d’économie dirigée, il faut bien reconnaître qu’en ce qui concerne l’okoumé, l’expérience a été concluante. Autant par son effet moral que par la réduction effective des envois, le contingentement de l’abatage a sauvé cette fois encore le marché d’un effondrement dont il ne se serait pas relevé. Le Gouvernement du Gabon ne doit pas se laisser impressionner par les récriminations individuelles de certains coupeurs, souvent mal informés delà situation en Europe; le contingentement répond à l’intérêt général de la colonie et des exploitants. En très grande majorité ceux-ci seront d’accord pour demander son maintien.
- L’exemple du Gabon incitera les Gouvernements de la Côte d’ivoire et du* Cameroun à s’entendre pour faire cesser une concurrence désastreuse par une limitation mutuelle de leur production. Nous avons toujours soutenu que cette initiative devait revenir aux exploitants eux-mêmes, l’Administration se bornant à faire respecter les engagements souscrits.
- Mais si l’opportunité d’une limitation de la production pour certaines essences d’ébénisterie n’apparaît guère discutable, ses modalités et son application soulèvent maintes difficultés et, il faut le dire, de légitimes inquiétudes.
- Quelles sont les essences produites dans les deux territoires dont il conviendrait de réglementer l’exportation? Sur quelles années de référence ou à quel prorata établir les contingents? Limitation de 1’abalage ou de l’exportation? Autant de questions qui méritent une étude approfondie et sur lesquelles nous réservons notre opinion.
- Le contingentement de la production constitue sans doute une arme à double tranchant dans le cas de bois d’ébénisterie qui ne sont pas, comme l’okoumé, pratiquement irremplaçables, mais, au contraire, soumis à des questions de mode. Pourtant la revalorisation d’essences aussi dépréciées que l’acajou n’entraînerait pas forcément, maints exemples le prouvent, une réduction de leur consommation. Cela se produirait-il qu’il y aurait plutôt lieu ne s’en féliciter pour l’avenir de la forêt, si du moins l’exploitation de ces essences laissait, quelques bénéfices aux coupeurs et les conduisait à rechercher la qualité plutôt que le tonnage.
- Quoi qu’il en soit, la persistance de la crise, en limitant à l’extrême les débouchés offerts aux bois d’ébénisterie, doit inciter de plus en plus les coupeurs à se tourner vers les essences communes, et ceux qui disposent d’une scierie, vers la production de bois débités. Les efforts faits dans ce sens portent déjà leurs fruits, mais un nouvel abaissement des prix de revient de ces essences communes doit être recherché dans une exploitation plus méthodique de la forêt, portant simultanément sur un nombre suffisant d’espèces utilisables en Europe, que nous nous efforçons du vulgariser.
- A ce point de vue, l’émulation entre coupeurs reste indispensable, et nous estimons que ce serait une erreur de soumettre au contingentement des bois de menuiserie et des bois d’œuvre, dont la production et la consommation s’accroîtraient considérablement pour peu que leur prix de vente fût abaissé.
- les débouchés a l’étranger. — Si, malgré les barrières douanières et les difficultés diplomatiques ou financières que nous signalions plus haut, nos possessions forestières africaines ont pu maintenir en 1935 leurs exportations de bois vers les 135e Année. — Décembre 1936. 46
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- pays étrangers à un niveau équivalant sensiblement à celui de l’année précédente, elles ont rencontré sur ces marchés la concurrence toujours plus active des colonies voisines, auxquelles elles durent encore céder du terrain.
- L’Allemagne demeure sans doute leur principal client, mais la dénonciation du traité commercial et du clearing franco-allemand à fin juillet dernier, en arrêtant pratiquement toute importation pendant plusieurs mois, a réduit de 13 000 t les envois d’okoumé, réduction en partie compensée, il est vrai, par une meilleure demande pour les acajous et les bois communs, notamment pour le limbo, dont on note une première expédition dè 1 200 t.
- Cette situation paradoxale, puisqu’au même moment les dérouleurs et fabricants de contreplaqués allemands étaient sur le point de manquer de matière première, devait favoriser les producteurs de la Guinée espagnole, qui purent, non seulement maintenir leurs expéditions en profitant de cours plus favorables, mais encore passer des contrats pou la totalité de leur production de 1936. Celle-ci représente, dès maintenant, environ 40 p. 100 des achats allemands d’okoumé, et la marge de prix entre les provenances françaises et espagnoles s’est singulièrement restreinte par suite de l’amélioration indiscutable de qualité que nos concurrents ont apportée à leurs envois.
- De son côté, le Congo belge s’est assuré, lui aussi, une place sur le marché allemand en développant fortement ses expéditions de limbo, qui ont atteint 14 500 t. Le Cabinda portugais en a, lui-même, fourni un millier de tonnes. En attirant l’attention sur le succès considérable que cette essence rencontre en Allemagne, nous espérons que les exploitants du Moyen Congo français, qui se sont laissé distancer, sauront profiter de ce nouvel et intéressant débouché.
- L’Italie, qui avait dès 1934 contingenté ses importations de bois, s’est néanmoins montrée un client intéressant, en particulier pour la Côte d’ivoire, où elle a, avons-nous dit, effectué d’importants achats de samba. L’application des sanctions économiques a naturellement, depuis la fin de l’année dernière, arrêté toute expédition.
- Le développement de la production forestière en Nigeria et en Gold Coast, et sa politique impériale amèneront fatalement la Grande-Bretagne à se désintéresser de nos acajous; aussi observe-t-on un nouveau et sérieux ralentissement des achats pour compte anglais.
- Au contraire, les envois vers les Etats-Unis sont en nette reprise, en partie grâce aux efforts de la Mahogany Association, qui a réussi à faire admettre que l’acajou d’Afrique était un acajou véritable et non un quelconque succédané.
- S’il est peu de changements en ce qui concerne les autres pays destinataires, on se réjouira de la progression du commerce intercolonial. Les expéditions de la Côte d’ivoire et du Gabon vers nos autres territoires africains ont en effet doublé dans l’espace d’une année.
- les importations de bois en France, part des colonies. — Examinons maintenant, à l’aide des statistiques d’importation, la place prise par les bois coloniaux sur le marché métropolitain :
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- Étranger. Colonies. P. 100 colonial.
- Bois exotiques . . 49 505 t 41 396 t 45,5 p. 100 contre 46,3 p. 100 en 1934
- — communs. . 960 064 t 163 552 t 14,5 p. 100 contre 11 p. 100 en 1934
- Total . . 1009 569 t 204 9481 16,8 p. 100 contre 13,4 p. 100 en 1934
- L’année 1935 a été marquée par une très forte diminution des importations totales de bois en France (près de 315 000 t de moins qu’en 1934), due aussi bien à la sous-consommation intérieure qu’au ralentissement des échanges internationaux et aux mesures de protection prises en faveur de la production forestière métropolitaine.
- Les importations coloniales n’ont pas échappé à ces influences déprimantes et s’inscrivent elles-mêmes en recul de plus de 10 0001, recul qui, du reste, porte à peu près uniquement sur la catégorie des bois dits « exotiques », comprenant les bois fins, tinctoriaux, tannants ou odorants.
- Pour ne considérer que les bois fins d’ébénisterie, nos colonies et l’étranger nous ont respectivement fourni 41 310 et 19 372 t en 1935, contre 50 927 et 21 370 t l’année précédente. Ces chiffres indiquent non seulement une sérieuse diminution de tonnage, due au marasme qui sévit dans les industries de l’ameublement et de la décoration, mais aussi un léger fléchissement du pourcentage colonial (68,2 p. 100 au lieu de 70,5 p. 100) qu’il faut sans doute attribuer à la vogue persistante de certaines essences : noyer, érable moucheté, etc., ou de certaines variétés d’ébènes et de palissandres dont nos colonies ne sont pas productrices.
- Au poste des bois communs, les importations en provenance des colonies demeurent à peu près inchangées (164 000 t); mais, par suite de la réduction massive des arrivages étrangers, elles représentent un pourcentage notablement plus élevé qu’en 1934 (14,5 p. 100 au lieu de 11 p. 100).
- Au total, la part coloniale dans nos importations de bois passe ainsi de 13,4 à 16,8 p. 100. Nous pourrions nous féliciter de cette nouvelle progression et de l’allègement corrélatif de notre balance commerciale avec l’étranger si un examen plus approfondi des statistiques ne faisait ressortir ce qu’elle a d’artificiel. En fait, elle résulte surtout du déroutement vers les ports français, pendant l’été dernier, de 20 000 à 30 000 t d’okoumé normalement destinées à l’Allemagne, et qui y furent d’ailleurs acheminées au début de cette année.
- Au demeurant, les besoins français en okoumé ne paraissent point s’être accrus, tandis que les importations d’autres essences coloniales communes fléchissaient de près de 14 000 t.
- Tout compte fait, la métropole s’est montrée moins bonne cliente que les années précédentes pour les bois coloniaux, aussi bien communs que d’ébénisterie. Nous n’v voyons d’autre raison qu’une consommation ligneuse toujours plus restreinte, car les essences coloniales conquièrent chaque jour de nouveaux emplois sur les bois étrangers.
- perspectives et orientation du marché. — La présente conjoncture économique et la tension des rapports internationaux n’offrent évidemment pas des perspectives bien favorables pour l’exploitation forestière coloniale durant les pro-
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- chains mois. Les difficultés qui ont ralenti les exportations vers l’étranger ne disparaîtront sans doute point de sitôt, et les débouchés métropolitains tendront à se rétrécir encore.
- On conçoit que, dans ces conditions, le marché se montre des plus réservés. Cependant, son orientation, qui dépend pour beaucoup de facteurs moraux, peut se modifier avec une extrême rapidité, dans un sens comme dans l’autre. On peut en conséquence espérer une heureuse détente aux moindres symptômes de reprise, ou craindre une débâcle si de nouvelles menaces se faisaient jour. Nous ne saurions donc trop recommander aux coupeurs une prudente expectative, tout accroissement inconsidéré des expéditions risquant de provoquer un effondrement des cours.
- C’est pour les bois d’ébénisterie et de placage que la situation semble la moins propice. Leur consommation reste forcément très limitée et il faudrait à la fois un sursaut d’activité dans les industries de luxe et un revirement profond de la mode pour que ces espèces coloniales retrouvent la place qu’elles occupaient autrefois dans nos importations.
- Les variétés figurées mises à part, l’acajou d’Afrique apparaît de plus en plus comme un bois commun en raison de son prix très bas, mais il n’a pas vu pour cela ses utilisations s’élargir notablement, le nom d’acajou demeurant pour chacun synonyme de bois précieux. Il nous semble que les producteurs, en restreignant leurs envois, pourraient obtenir un relèvement sensible des cours, réellement misérables eu egard à la valeur de ce bois, et s’assurer une marge bénéficiaire sans trop perdre de leurs débouchés.
- Quoi qu’il en soit, il y a lieu de vulgariser l’emploi de l’acajou d’Afrique dans la menuiserie de bâtiment, en trouvant au besoin pour lui un mode de présentation ou des procédés de finition plus conformes an goût moderne.
- Pour les bois d’œuvre, les perspectives seraient un peu plus favorables, surtout si le Gouvernement devait reprendre les programmes de grands travaux en imposant l’emploi exclusif de matières premières françaises.
- Le remplacement obligatoire des bois étrangers par des espèces métropolitaines ou coloniales, dans les cahiers des charges des Administrations, a bien été prévu; mais il nous faut reconnaître que cette mesure n’a pas provoqué l’augmentation escomptée de la demande pour les bois d’œuvre coloniaux. Les services publics semblent en effet insuffisamment renseignés quant aux possibilités que leur offrent ces essences, ou hésitent encore à les expérimenter. Nous nous appliquons constamment à les documenter et à les guider vers ce choix.
- Cependant nos efforts de vulgarisation ne porteront de fruits et l’utilisation des bois communs ne pourra s’étendre que si les questions de prix, de présentation et d’approvisionnement sont en même temps résolues de manière satisfaisante. En particulier, la marge existant entre les cours des essences coloniales et des bois indigènes ou étrangers d’emploi similaire reste encore trop considérable. Toute mesure tendant à restreindre cet écart aurait immédiatement les répercussions les plus favorables.
- A cet égard, la généralisation du débitage des bois communs à la colonie, que nous n’avons cessé de préconiser, constitue une amélioration indiscutable, dont de nombreux coupeurs se font maintenant les pionniers. En évitant le transport d’une proportion importante de déchets et en réduisant les risques d’altération, l’expédi-
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- tion de bois débités doit permettre une diminution sensible du prix de revient, et partant du prix de vente, et apporter aux utilisateurs des facilités et une sécurité accrues.
- Malgré tout, c’est Y okoumé, bois de déroulage idéal, qui, longtemps encore, demeurera l’essence coloniale la plus demandée, et nous examinerons, pour terminer, l’état de ce marché, qui présentement inspire de vives inquiétudes.
- On sait qu’une nouvelle réduction de 30 p. 100 du contingent primitif, réclamée par la grande majorité des coupeurs, avait permis de faire face à la situation créée par la dénonciation de l’accord commercial franco-allemand, et de maintenir sensiblement les cours à leur niveau antérieur, malgré l’accumulation des stocks dans les ports français ou allemands.
- Décidée en pleine campagne d’abatage, cette mesure avait évidemment apporté une sérieuse perturbation dans la vie des exploitations gabonaises, aussi le Gouvernement de l’A. E. F., avait-il pris certaines dispositions de détail destinées à réduire cette gêne, telles que la fixation semestrielle des contingents, qui pouvaient ainsi être plus facilement remaniés en cours d’année pour s’adapter aux nécessités du moment. En outre, un contingent spécial de 12 000 t était réservé pour venir en aide à certaines petites entreprises qui se seraient vues dans l’obligation de fermer, en raison de la modicité du tonnage qui leur restait alloué.
- L’ancien compte de clearing étant en voie d’apurement, on pouvait ainsi attendre sans trop de crainte l’adoption d’un autre modus vivendi avec l’Allemagne, et l’octroi de nouvelles autorisations de paiement, jusqu’ici très parcimonieusement accordées.
- Malheureusement, d’après les informations qui nous parviennent au moment de faire imprimer ce rapport, il semble que tout le problème de la défense de l’okoumé se trouve remis en question à la suite de décisions nouvelles du Gouvernement général de l’A. E. F. Ce dernier, en présence des doléances de certains coupeurs, et aussi sur la foi de renseignements qui ne paraissent pas avoir été suffisamment vérifiés, a décidé d’accorder diverses dérogations qui augmentent fortement la production annuelle. Allant plus loin encore, il a autorisé, par arrêté du 13 mai 1936, le dépôt de nouvelles demandes de permis de coupe par les postulants qui justifieraient de capitaux suffisants, ou de permis de pieds, sans aucune restriction. Finalement, il aurait aboli la réduction provisoire de 30 p. 100, et envisagerait le retour à la liberté complète (2).
- On conçoit qu’étant donnée la situation actuelle, ces mesures fassent peser de graves menaces sur le marché de l’okoumé. En effet, il est à prévoir qu’il y aura à la fin de juin 1936, dans les ports allemands, plus de 100 000 t de bois dont la vente ne deviendra effective que moyennant l’octroi d’un permis d’importer, délivré par le Bureau allemand de Contrôle des Importations de Bois.
- Il est à craindre qu’un affaissement des cours, éventualité presque certaine si les exportations augmentaient dès maintenant, ne provoque, de la part du Gouvernement du Reich, le refus d’autorisations de paiement pour les lots entreposés, puisque l’industrie allemande pourrait se procurer la même matière à des conditions plus avantageuses. On ne doit pas non plus oublier que ces bois ont, pour la
- (2) Ces mesures ont été heureusement rapportées depuis la publication de ce rapport.
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- plupart, fait l’objet d’avances de la part des établissements bancaires et qu’il en résulterait des difficultés inextricables pour les coupeurs s’ils ne pouvaient être réalisés aux cours actuels.
- Dans ces conditions, on ne saurait trop conseiller aux exploitants de ne pas abuser de la liberté qui leur serait ainsi rendue : le sort du marché est entre leurs mains. Il faut du reste prévoir que les banques spécialisées se refuseraient à leur consentir d’aussi larges facilités de crédit et d’escompte si la production devait s’enfler de façon désordonnée. Le Gouvernement de l’A. E. F., se verrait alors contraint d’intervenir à nouveau par une limitation des exportations, qu’il serait même sage de prévoir dès maintenant et que l’on pourrait, d’après les besoins actuels, fixer à 100 000 t pour le deuxième semestre 1936.
- Pour notre part, nous estimons que le contingentement à l’abatage, qui assurait en même temps une meilleure utilisation des bois exploités et évitait le saccage des peuplements, n’aurait pas dû être abandonné de sitôt.
- travaux et interventions. — Fidèle à son rôle, le Comité national des Bois coloniaux a dû s’employer, durant l’année écoulée, à défendre la production forestière de nos possessions, le commerce de leurs bois et les industries consommatrices contre toutes sortes d’attaques.
- On sait que le groupe forestier parlementaire, cédant à des préoccupations d’ordre électoral, n’avait pas hésité à réclamer dès 1934, le contingentement des importations de bois coloniaux en France, établissant ainsi la plus odieuse discrimination entre exploitants français de la métropole et des colonies.
- Grâce à l’énergique intervention de notre président, ce danger fut écarté et nous pûmes démontrer que les essences coloniales, loin de concurrencer la production indigène, constituaient au contraire un réel stimulant et un important facteur de renouveau pour les industries du bois.
- Mais s’il n’est plus question de contingentement, nous voyons encore périodiquement divers organismes métropolitains proposer des mesures qui, en définitive, se traduisent toutes par une restriction des débouchés ouverts aux bois de nos colonies. De telles prétentions sont en opposition formelle avec la notion d’empire qui a pris corps lors de la Conférence économique de la France métropolitaine et d’outre-mer et avec la politique qu’elle impose.
- Tant que nous resterons importateurs de bois étrangers, il ne peut être question de limiter les entrées de produits forestiers coloniaux, et l’économie fermée, à laquelle les circonstances nous contraignent, exige que nous réservions au contraire, dans toute la mesure possible, nos achats de matières premières à nos territoires d’outre-mer.
- Certains, pris d’une subite sollicitude pour l’avenir des forêts coloniales, n’en demanderont pas moins une limitation sévère de l’abatage et de l’exportation, en faisant habilement état des craintes émises ici même quant à 1’appauvrissement des massifs boisés. L’opinion publique risque malheureusement de se laisser prendre à ces raisonnements spécieux. Il ne sera donc pas inutile de préciser que si la possibilité annuelle des zones ouvertes à l’exploitation a pu être parfois dépassée pour quelques essences comme l’okoumé et l’acajou, les peuplements coloniaux n’en restent pas moins capables de fournir , sans risque d’épuisement, des quantités
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- beaucoup plus considérables de bois divers, susceptibles de trouver emploi en Europe.
- Si l’on considère que pour une superficie accessible au moins triple, les peuplements de la Côte occidentale d’Afrique ne fournissent pas même le dixième du tonnage produit par la forêt métropolitaine, on sera bien forcé d’admettre que, quelle que soit la relative pauvreté de la sylve tropicale, son exploitation demeure bien imparfaite.
- Un inventaire précis du matériel sur pied, ou, tout au moins, des sondages répétés, permettraient seuls de déterminer les possibilités des massifs et d’arrêter une politique forestière pour chaque territoire. Aussi avons-nous réclamé avec insistance la création de services forestiers autonomes dans les colonies où ils n’existaient pas encore et leur renforcement en personnel et en moyens, partout où la nécessité s’en faisait sentir.
- Ces vœux ont reçu satisfaction dans une large mesure et l’un des premiers soins de M. le Gouverneur général Reste en arrivant à la colonie, a été d’organiser un Service des Eaux et Forêts dont il a compris le rôle essentiel pour l’économie de notre Afrique équatoriale. Les buts et attributions du Service, définis par arrêté du 15 mai 1936, comprennent en particulier : la prospection méthodique des richesses forestières, la protection, l’enrichissement et l’aménagement des massifs boisés, la création de réserves, de stations de recherches et d’expériences, l’intensification et le contrôle de l’exploitation, le partage des terres en zones boisées et en zones de culture. La colonie est divisée en sept circonscriptions forestières, placées chacune sous le contrôle d’un inspecteur.
- Nous espérons que cette nouvelle organisation et la reprise du recrutement libéreront une partie du personnel expérimenté, déjà stationné dans la colonie, des taches purement administratives qui lui incombent actuellement, et lui permettront de se consacrer plus activement aux études ou aux travaux proprement forestiers.
- Agissant en liaison étroite avec le Service des Bois coloniaux, nous nous sommes préoccupés de faire compléter les textes douaniers régissant l’importation en France des bois ou placages manufacturés dans nos possessions d’outre-mer. Nous avons obtenu qu’ils soient admis en franchise au lieu d’acquitter, comme précédemment, les droits du tarif minimum.
- Dans le même ordre d’idées, nous avons eu la satisfaction de voir l’Administration des Douanes adopter intégralement le projet de reclassement des bois établi par notre Comité. Entrée en vigueur le 7 décembre 1935, cette nouvelle classification, basée sur une connaissance plus précise des espèces importées, tient compte non plus tant de la provenance que de la valeur propre de chaque bois et des emplois auxquels il correspond. Sans gêner en rien le commerce des essences précieuses, qui demeure libre, elle fait rentrer dans la catégorie des bois communs, soumise aux contingentements et droits de douane, certaines essences étrangères qui, bénéficiant jusqu’ici d’une assimilation erronée, concurrençaient dangereusement notre production indigène et coloniale.
- Nous nous employons présentement à obtenir des grands réseaux de chemins de fer une révision parallèle de leurs tarifs de transport et l’extension à toutes les essences coloniales communes du régime appliqué aux bois indigènes. Cette assi-
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- milation n’est encore admise que pour quelques espèces nominativement désignées ; aussi l’utilisation des autres bois communs se trouve-t-elle entravée de façon tout arbitraire par des frais de transport manifestement trop élevés.
- Soucieux d’éviter toute rivalité anormale entre les exploitants forestiers d’un même territoire, nous avons, à la suite des protestations quasi unanimes des coupeurs de la Côte d’ivoire, obtenu le retrait de l’autorisation accordée à certains chantiers frontaliers de sortir leurs produits par la colonie britannique voisine. Ces bois ayant ainsi changé de nationalité étaient en effet dispensés de tous droits à leur importation en Angleterre où ils contribuaient à avilir les cours.
- Avec le concours du Service des Bois coloniaux, des services forestiers locaux et de certains laboratoires spécialisés, nous avons continué à rassembler une importante documentation scientifique et technique sur les essences coloniales, dont nous faisons profiter non seulement nos adhérents, mais encore tous les utilisateurs qui nous demandent conseil.
- En raison de leur nombre et leur variété, la plus grande précision est indispensable dans la désignation des essences coloniales. Aussi avons-nous établi, à la demande de l’Association française de Normalisation, une nomenclature-type qui a été soumise à l’enquête publique et sera prochainement rendue officielle. Ce document indique, outre la dénomination normale des espèces les plus couramment exploitées, leurs autres noms commerciaux, leur identité botanique, leurs caractéristiques et emplois principaux. Nous espérons, en le diffusant largement, mettre fin aux confusions qui régnent encore dans le commerce des bois coloniaux et faire tomber en désuétude certaines appellations impropres qui n’ont causé que des déboires.
- Enfin nous nous sommes préoccupés de la défense de Y acajou d'Afrique, tant dans l’industrie française du meuble que sur le marché américain. On sait que divers succédanés, ou des bois communs simplement teints et maquillés, sont trop souvent présentés comme acajou véritable et viennent se substituer aux Khaya africains dont les prix sont pourtant parfaitement accessibles. En liaison avec les groupements corporatifs de l’ameublement nous étudions actuellement les moyens de faire cesser ces pratiques frauduleuses.
- Ayant appris également que la United States Fédéral Trade Commission envisagerait de retirer aux Khaya le droit de porter le nom d’acajou (mahogany), pour le réserver aux seuls Sivietenia américains, nous sommes entrés en rapport avec l’organisme qui a pris en main la défense des acajous africains et lui avons fourni les arguments de son plaidoyer. Nous avons tout lieu de croire que cette menace, lourde de conséquences, pourra ainsi être écartée.
- propagande. — Grâce aux efforts méritoires des chambres syndicales iptéresJ sées, nous avons pu, malgré les difficultés présentes, recueillir pour la propagande en faveur des bois coloniaux, des fonds, sans doute bien insuffisants, mais qui nous ont du moins permis de ne pas interrompre notre action.
- Film. —- Présenté dans sa version définitive les 21 et 23 juin 1935, au cours de deux séances auxquelles assistaient de nombreuses personnalités de la corporation, le film La symphonie des bois, réalisé sous nos auspices, a été accueilli très favota-
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- blement. Malgré un retard indépendant de notre volonté, dû au souci qu’avaient les cinéastes de lui ménager une brillante carrière, ce film a déjà fait l’objet de nombreux passages en Belgique, et sa distribution en France doit s’effectuer incessamment.
- De notre côté, nous ne négligions pas sa diffusion et, dans les limites qui nous étaient imposées par le contrat passé avec les réalisateurs, nous nous sommes efforcés de le présenter en séances privées à l’occasion de manifestations coloniales ou commerciales. La cinémathèque du Musée des Colonies et certaines maisons ont en outre acquis des copies, dont une doit demeurer en Angleterre.
- Au cours de la longue carrière que nous souhaitons lui voir parcourir, et par l’intérêt qu’il suscitera de la part des spectateurs, ce film doit servir utilement à la défense du bois, si injustement décrié, et plus spécialement mettre en vedette nos bois coloniaux français. ?
- Publications. — Cette année encore, nous avons dû nous abstenir, à notre grand regret, de reprendre la publication des fiches de vulgarisation dont les premières séries avaient rencontré un si vif succès. Notre Comité a pu toutefois faire éditer les deux conférences prononcées par MM. Fréchet et Michon, lors de l’assemblée générale de l’année dernière. Ces deux causeries si documentées furent largement diffusées et de nombreux extraits en ont été publiés par différents journaux cors poratifs.
- Nous n’avons négligé, d’autre part, aucune occasion de faire parler des bois coloniaux dans la grande presse, en fournissant les éléments de plusieurs articles*
- Enfin, notre Association a fait éditer une plaquette de propagande dont le texte avait été rédigé par M. Jean Méniaud, chef du Service des Bois coloniaux de l’Institut d’Agronomie de la France d’Outre-Mer. Grâce à de nombreuses souscriptions de négociants et d’industriels qui ont bien voulu s’associera notre effort,Je tirage a pu être porté à 20000 exemplaires, et nous ne doutons pas de l’heureux effet qu’aura sa diffusion auprès des consommateurs. ;
- Largement distribuée lors du Salon de la France d’Outre-Mer, elle a été signalée, en outre, à l’attention de tous les menuisiers et ébénistes par la voie de la presse spécialisée, ce qui nous a valu un important mouvement de demandes et de multiples questions relatives à l’utilisation des bois coloniaux.
- Expositions. — L’année 1935 a été marquée par deux importantes manifestations consacrées aux matières premières coloniales. f
- L’une eut lieu au mois de mai, à l’occasion de la Foire de Paris. S’inspirant de* là Conférence impériale, qui venait de clore ses assises, les dirigeants de cette grande foire annuelle avaient songé à réserver un vaste hall pour la présentation dés richesses naturelles de nos possessions extérieures. Grâce à leur obligeance, nous avons pu disposer d’un magnifique emplacement où fut réalisée une synthèse des principales utilisations de nos bois coloniaux : ameublement, décoration, menuiserie, constructions navales, tabletterie, etc.
- Au mois de novembre s’ouvrait, au Grand Palais, le Premier Salon de la France d’Outre-Mer, organisé sous le patronage du Ministère des Colonies. Là encore, nous avons, avec le concours des chambres syndicales et de quelques sociétés, présenté dans un vaste stand un échantillonnage complet des essences à vulgariser. A côté des bois bruts figurant sous forme de planches, plateaux, traverses, furent
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- exposés de magnifiques panneaux de placage qui retinrent spécialement l’attention des visiteurs. Ces panneaux avaient été réalisés par les groupements professionnels parisiens des bois d’ébénisterie ou de l’ameublement et offerts au Musée Industriel des Bois de la Ville de Paris, à l’aménagement duquel nous avons du reste largement contribué. Nous remercions à nouveau M. Demorlaine, Inspecteur général des Eaux et Forêts, Conservateur en chef des Promenades, de les avoir obligeamment prêtés.
- Parallèlement à ces formes de propagande, le Comité national des Bois coloniaux a donné satisfaction aux demandes de renseignements, toujours plus nombreuses; il a également fait parvenir tous les échantillons réclamés ainsi que les listes d’adresses des fournisseurs d’essences coloniales.
- Profitant des récents décrets qui interdisent l’emploi de matières étrangères dans les travaux réalisés pour le compte des collectivités, nous avons envoyé la plaquette Bois coloniaux à la majorité des architectes français. De même, nous nous sommes efforcés de faire prévoir par les services techniques de l’Exposition de 1937, un emploi aussi large que possible des différentes espèces coloniales.
- Ainsi, nous pensons avoir rempli aussi complètement que possible le rôle qui nous est dévolu, étant donnés notre personnel restreint et nos moyens limités. A cet égard, la domiciliation à notre siège social du secrétariat administratif de la Chambre syndicale des Producteurs de Bois coloniaux africains permettra une centralisation, avantageuse pour tous, des sources de documentation sur les questions forestières coloniales.
- Dans cette période troublée et devant les graves menaces qui pèsent sur le marché des bois coloniaux, il faut que chacun se persuade que l’union n’est plus seulement un devoir mais une nécessité. Aussi, nous comptons que notre Comité, qui groupe déjà tous les syndicats en cause, trouvera, dans de plus nombreuses adhésions individuelles, les moyens de défendre avec une force accrue les intérêts vitaux dont il a la charge.
- NOTE BIBLIOGRAPHIQUE
- Parmi les notices, toutes intéressantes, contenues dans le Bulletin des Associations françaises de Propriétaires d'Appareils à vapeur de janvier 1936, nous signalerons particulièrement : deux études sur les bouchons fusibles des générateurs de vapeur, par MM. A. Delagour et V. Kammerer, et un exposé de l'œuvre de James Watt, par M. V. Kemmerer. Le même bulletin rappelle le danger de l’emploi de la tourbe comme matière inerte de garnissage des réservoirs d’acétylène dissous.
- e. s.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNGOUR. POUR L’iNDUSTRIE NAT. ----- DÉCEMBRE 1936 (p. 707).
- LA NORMALISATION DES RÉACTIFS POUR ANALYSE (,)
- La Société de Chimie industrielle vient d’attirer à nouveau l’attention des chimistes sur les possibilités de normaliser dans le domaine du laboratoire; il est intéressant d’examiner où en est, à ce point de vue, la question des réactifs.
- Il convient tout d’abord de présenter une objection qui pourrait rendre inutile toute controverse sur le sujet. N’existe-t-il pas déjà des spécifications bien établies auxquelles on puisse se référer lorsqu’on désire vérifier la pureté de tel ou tel réactif ?
- Supposons pour un instant que nous sommes en période d’examen ; des candidats en pharmacie sont interrogés en même temps que ceux de chimie analytique ; les deux examinateurs s’avisent de poser une question qui est à peu près la même.
- On demande au candidat en pharmacie : « Pouvez-vous indiquer les caractéristiques de pureté exigibles pour l’acide chlorhydrique pharmaceutique? » Bien qu’un peu surpris, le candidat en pharmacie répond avec assurance : « L’acide chlorhydrique pharmaceutique doit répondre aux spécifications du Codex; en particulier, il doit... etc. etc. » On demande au candidat de chimie analytique : « Pourriez-vous donner les caractéristiques exigibles pour l’acide chlorhydrique utilisé en analyse? » Le plus souvent, il ne sait que répondre, ou croit s’en tirer en répondant : « L’acide chlorhydrique pour analyses doit être chimiquement pur. » Le candidat s’est engagé dans une impasse : la définition et la valeur du terme « pur » accolé au nom du produit chimique. Si on amorçait une discussion sur ce sujet — mais elle se prolongerait — on pourrait la résumer d’avance en reprenant l’appréciation que formulait déjà, en 1888, le Dr Krauch, dans la préface de son premier ouvrage sur les essais des réactifs.
- « L’auteur fit surtout observer que les qualificatifs ordinaires de « purissime, pur et épuré » étaient loin de suffire à qualifier un produit; il demanda que les stipulations et les prétentions légitimes de l’acheteur correspondissent à une plus sûre garantie de pureté que celle comprise sous ces désignations. »
- Ces termes ont cependant survécu à toutes les critiques; on les retrouve aujourd’hui, traduits en toutes langues, dans la plupart des catalogues de produits chimiques sans explication sur leur signification.
- La question des réactifs et produits pour recherches serait résolue si on pouvait obtenir des espèces chimiques rigoureusement pures et correspondant à la formule théorique, donc sans aucune trace d’impureté ; de tels produits seraient d’un usage universel. Mais la notion de pureté en matière de produits chimiques est très relative. Elle dépend essentiel ement, soit de la constante physique envisagée, soit des impuretés recherchées, soit des méthodes utilisées et de la précision demandée pour telle ou telle détermination analytique ou physico-chimique. D’autre part, tous les chimistes ayant quelque pratique de l’emploi des substances « très pures » savent qu’un produit « chimiquement pur » est une rareté de laboratoire, préparé très exceptionnellement et sans aucune préoccupation de prix de revient, en vue de travaux tout à fait spéciaux et de haute précision.
- (1) Extrait d’une conférence faite par M. F. Martin, docteur ès sciences, à la Maison de la Chimie (Centre de Perfectionnement technique.)
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- Même lorsqu’il s’agit de produits courants, on note des divergences très grandes entre les valeurs données par les auteurs pour une constante physique. Des travaux récents d’auteurs sérieux donnent, par exemple, pour la température d’ébullition de l’éther éthylique, des valeurs qui varient de 34°0 à 34°8; pour l’acétone, de 55°8 à 56°5; pour la température de congélation du bromoforme, de 7°6 à 9°2.
- Dans le domaine minéral, la purification peut souvent être plus facilement poussée très loin, et certains fabricants ont mis en vente, à des prix abordables, quelques produits très purs. Ce sont là cependant des exceptions et, envisagée de façon plus pratique, la question des réactifs pour analyse se pose assez différemment.
- Historique de la normalisation des réactifs. — C’est au Dr Krauch, chimiste chez Merck, à Darmstadt, qu’est dû le premier ouvrage important sur la question, « Prü-fung der chemischen Reagenzien auf Reinheit, paru en 1888, révisé en 1891(2) et en 1896, et qui a servi de base à presque tous les travaux suivants. Dès 1888, Merck offrait des produits garantis conformes aux essais du Dr Krauch ; en 1905, il publiait, sous le même titre que Krauch, un ouvrage qui n’était guère que sa répétition; en 1912, 1922 et 1931, Merck en donne de nouvelles éditions où apparaissent de nouveaux produits, notamment les indicateurs. Tous les essais qui figurent dans ces ouvrages ne sont que « qualitatifs » en ce qui concerne la recherche des impuretés. Jusqu’à présent Merck n’est pas entré dans la voie de la garantie chiffrée.
- Une publication analogue à celle de Merck est celle d’Edm. White, Analytical Reagents Standards and Tests, parue en 1911, pour le compte delà Hopkin and Williams Ltd, de Londres. Les essais sont, là aussi, qualitatifs et analogues à ceux de Krauch.
- Avant la guerre, un grand effort de normalisation a été fait dans les laboratoires des fabricants, en dehors des travaux d’une commission nommée par la Société chimique italienne, qui fit paraître en 1909 des Essais (qualitatifs) sur les produits chimiques pour analyses et pour les usages scientifiques, par F. Muraro et B.-L. Vanzetti.
- Pendant la guerre de 1914-1918, il fallut trouver les réactifs pour analyse qui jusqu’alors étaient surtout fournis par l’Allemagne ; en 1915, une commission de chimistes anglais, nommée par l’Institute of Chemistry et la Society of Public Ana-lysts, dressa une liste de réactifs (environ 90) avec les essais auxquels ils devaient satisfaire. Néanmoins, un certain relâchement se produisit dans la qualité des réactifs , ce qui eut pour résultat, dès 1920, d’attirer à nouveau l’attention sur la pureté à exiger pour ces produits. Ce fut alors une véritable éclosion de publications diverses. Mais, la précision de plus en plus grande des travaux et des méthodes de travail exigeait autre chose qu’une garantie qualitative, et de nombreuses maisons, américaines surtout, commencèrent à vendre des réactifs avec « analyse de garantie chiffrée » indiquant, non pas la teneur réelle en impuretés, mais leur maximum toléré.
- Parmi ces travaux on peut citer ceux de :
- Baker et Adamson {General Chemical Co) à Easton (Méthodes d’essais non publiées) ;
- (2) Édition traduite en français en 1898, avec additions nombreuses, par J. Delaitre.
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- J. T. Baker, à Phillipsburg, New Jersey; essais parus dans Chemist Analysis, journal de la société précitée ;
- Powers Weightman Rosengarten (essais non publiés) ;
- Mallinkrodt Chemicals Works (Essais parus dans Mallinkrodt Red Book)',
- Schering-Kahlbaum A. G. (Essais non publiés);
- Merck et C°, à Rahway (New Jersey) qui garantit ses réactifs en conformité avec les essais publiés par B. Murray sous le titre Standards and Tests for Reagents and Chemicals.
- L’ouvrage de B. Murray, paru en 1920, a été revu et augmenté en 1927; ce travail important, qui compte environ 450 produits, a été effectué pour la plus grande partie dans les laboratoires de Merck et C°, à Rahway.
- La plupart des essais décrits sont la traduction en anglais de ceux de Merck, mais l'auteur a exprimé en chiffres la quantité d'impureté correspondant à chacun des anciens essais purements qualitatifs. On conçoit que, pour arriver à ce résultat, l’auteur a dû se livrer à un travail expérimental consid irable.
- A signaler encore The B. D. H. Book of A. R. Standards. Il s’agit ici d’essais qualitatifs, publiés en 1926 par la British Drug Houses Ltd, de Londres, et inspirés des publications anglaises antérieures.
- Parallèlement aux efforts des fabricants, plusieurs sociétés scientifiques s’attaquèrent dès 1920 au problème de la définition des réactifs, et c’est grâce à l’initiative de la Société de Chimie industrielle que fut créée en 1921 la première commission française chargée d’étudier la question; cette commission, présidée par M. Kling, réunit les représentants des principales maisons françaises; M. Camille Poulenc et M. Valeur y apportèrent notamment la collaboration des Etablissements Poulenc Frères et, au Congrès de 1922, la Commission proposa l’adoption de types analytiques pour 43 réactifs courants ; les résultats de cette collaboration furent tangibles : aujourd’hui encore, très nombreux sont les chimistes qui utilisent couramment les produits dits « Type Congrès 1922 ».
- Cependant, ce n’était là qu’une ébauche, bien incomplète si on la compare aux essais de Murray, par exemple, qui parurent à la même époque; elle eût mérité d’être poursuivie. La question fut reprise quelques années plus tard sous une autre forme qui n’a pas jusqu’à présent donné d’aussi bons résultats pratiques.
- En effet, à la même époque, en 1921, l’American Chemical Society fondait un comité d’études des réactifs garantis, qui entreprit la définition des réactifs sous la forme d’exigences chiffrées très précises; ce comité publie encore actuellement, dans Industrial and Engineering Chemistry, sous la rubrique : Recommended Spécifications for Analytical Reagent Chemicals, des listes de réactifs avec chiffres et modes opératoires détaillés. Ce travail, complètement original quant à la méthode suivie, est d’une grande importance, non seulement par sa précision, mais aussi parce que les spécifications qu’il a fixées ont été admises en principe par la Commission des Produits pour Recherches de VUnion internationale de Chimie pure et appliquée.
- En effet, à la 8e Conférence internationale de Chimie pure et appliquée, une commission fut chargée de se mettre en rapport avec les correspondants des divers pays pour rétablissement d’un Codex international des réactifs, et, tout spécialement, d’examiner les essais fixés les années précédentes par le Comité d’Études de l’Ame-rican Chemical Society. Cette commission traduisit en français les premières publi-
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- cations (1925 et 1926) de l’American Chemical Society, et vérifia les essais imposés; après rapport de M. Kling, ces spécifications furent adoptées.
- Malgré tout l’intérêt que présentent ces spécifications, le Codex international des Réactifs n’est pas encore entré dans le domaine de la pratique : toutes les firmes industrielles, américaines ou autres, vendent leurs réactifs conformément à des essais ou analyses-types établis par leurs propres soins, et souvent bien différents des spécifications de l’American Chemical Society; les usagers eux-mêmes, soit qu’ils ignorent ces spécifications, soit plutôt qu’ils fassent confiance à la garantie donnée par les vendeurs, se montrent assez peu soucieux d’imposer à leurs fournisseurs les conditions exigées par l’Union internationale de Chimie. On se trouve bien actuellement en présence de spécifications unifiées élaborées par des organismes scientifiques et adoptées par l’Union internationale de Chimie; mais elles sont restées jusqu’à présent dans le domaine théorique, parce que les firmes productrices se retranchent derrière leur propre garantie, souvent bien suffisante d’ailleurs pour les travaux d’analyse courants. M. Martin, avec la collaboration de chimistes dont quelques-uns ont plus de vingt et même trente années d’expérience du contrôle des produits purs, et après de très nombreux essais comparatifs, a élaboré, pour la Société Prolabo, un index comportant des garanties chiffrées pour plus de 200 réactifs dits R. P. ; et s’il s’est inspiré très largement de la méthode suivie par le Comité d’Etudes des Réactifs Standards, il n'en a pas adopté les textes à la lettre. Un examen des principales difficultés qui s’opposent à la définition rigoureuse des réactifs et à la normalisation des essais en donne les raisons.
- La question des réactifs pour l’analyse se pose en effet comme suit. A défaut de produits parfaits mais trop chers, il suffit d’obtenir, pour le plus grand nombre des réactifs d’usage courant dans les laboratoires, une pureté suffisante et constante, mais sans exagération de prix. Il faut donc choisir et se limiter; mais on peut alors se demander : Quels produits faut-il normaliser? Quelles impuretés faut-il tolérer? Quelles limites de tolérance faut-il fixer? Quelles méthodes de recherche et de dosage faut-il adopter? Comment faire admettre à la fois par les usagers et les fabricants telles normes plutôt que telles autres?
- Pour mieux faire ressortir les difficultés du problème il suffit de rappeler que, jusqu’à ce jour, il n’a pas été possible d’établir ni de faire admettre un codex international des médicaments, si ce n’est en ce qui concerne quelques produits toxiques. Il convient même d’ajouter que les textes des pharmacopées, qui ont force de loi et s’appliquent souvent à des produits utilisés soit en pharmacie soit en analyse, constituent eux-mêmes par leurs divergences un sérieux obstacle à l’unification des essais.
- Parmi les produits extrêmement nombreux pouvant être utilisés comme réactifs, il est nécessaire de choisir et de ne conserver, en vue de leur normalisation, que ceux qui sont d’un usage réellement intéressant, et ne présentent pas toutefois trop de difficultés de préparation, de purification et de conservation. Il convient d’insister sur la conservation, car un grand nombre de réclamations sont dues à ce qu’un produit, reconnu bon au contrôle de réception chez le fabricant, est souvent altéré au moment de l’emploi.
- Sans parler de certains composés minéraux comme le chlorure ferreux, l’acide iodhydrique, de solutions telles que celles de SH2 et de SO2, il faut agir avec circonspection pour un grand nombre de réactifs organiques préconisés dans telle ou
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- telle recherche analytique, mais souvent mal connus et de conservation trop délicate.
- Pour les impuretés à rechercher ou à tolérer, on sera guidé en premier lieu par la destination du réactif. Pour certains produits, d’usage bien déterminé, il n’y a pas d’hésitation possible (recherche de l’azote dans l’alliage Dewarda, du manganèse et du carbone dans le tétraoxyde de bismuth), tandis que pour la plupart de ceux qui servent à de multiples analyses, on devra déceler toutes les impuretés courantes.
- Dans ce cas, suivant la qualité des matières premières et le procédé de préparation ou de purification employés, le fabricant exercera sa surveillance sur la présence de telle impureté plutôt que de telle autre; bien souvent il s’imposera donc, non seulement de satisfaire aux exigences fixées pour l’emploi d’un réactif, mais d’autres essais, dans le but d’assurer une qualité constante à ses produits, ou même d’en rehausser la valeur par rapport aux produits concurrents.
- Si l’on veut fixer des limites pour les impuretés^ tolérées, on constate que les divergences s’accentuent d’une publication à l’autre dans les annales de la normalisation, parce que les points de vue scientifique et pratique ne sont pas les mêmes. Les tolérances à admettre sont fonction du travail effectué et de la précision recherchée. La tolérance en arsenic dans le zinc pour recherche de l’arsenic sera pratiquement nulle ; pour le même réactif, ce sera au contraire la teneur en matière réduisant le permanganate de potasse qui intéressera le chimiste effectuant des dosages de fer. La limite désirée sera celle qui n’oblige pas à effectuer des essais-témoins et à introduire dans les calculs des corrections tenant compte des impuretés du réactif.
- Certaines réactions qualitatives sont si sensibles qu’elles pourraient faire douter de la pureté d’un réactif alors qu’il est parfaitement utilisable. C’est le cas pour la recherche de l’ion chlore par le nitrate d’argent en solution nitrique; une solution diluée contenant 0,5xl0^6 d’ion CI, soit 0,5 mg par litre, donne un louche presque immédiat par addition de nitrate d’argent. Pourtant, il est d’usage courant d’exiger qu’une solution au 1/10 de tel réactif ne donne pas de louche par le nitrate d’argent, ce qui correspond à moins de 5 X 10~6 d’ion Cl dans le produit en question. Or, on ne trouve sur le marché ni de la soude ni de la potasse répondant à cette condition; les plus pures contiennent de 20 à 40xl0~6 d’ion Cl, et cette pureté est bien suffisante, car si on emploie par exemple 50 g de potasse au cours d’un dosage de chlore, la correction n’est que de 0,20 mg; sur une prise d’essai correspondant à 200 mg de chlore, le décalage est de l’ordre du millième.
- On voit par conséquent qu’en imposant à la légère un simple essai qualitatif à l’aide d’une réaction sensible, ou plus généralement, un essai trop dur et mal choisi, on pourra obliger le producteur à un travail considérable, pour un résultat pratique souvent médiocre. Voici un autre exemple. L’obtention du cyanure de potassium très pur conduit facilement à un prix de revient égal à cinq fois celui du cyanure de potassium à 96 p. 100; ce dernier est pourtant utilisable dans la plupart des cas.
- Tout en mettant au premier pian la question de qualité, le fabricant ne peut pas oublier la question du prix de revient, et il se trouve dans l’obligation de réduire au minimum le nombre des opérations de purification. 11 est donc nécessaire, pour fixer de justes limites dans l’établissement des normes des réactifs, de tenir compte des possibilités techniques et surtout de faire appel à l’expérience des praticiens. C’est là une des principales causes de l’insuccès des tentatives de normalisation effectuées en dehors de la collaboration des firmes productrices.
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- Le point essentiel du problème envisagé est la comparaison des diverses méthodes applicables aux essais de normalisation. C’est ainsi que, pour examiner un échantillon d’acide nitrique au point de vue de sa teneur en acide . ulfurique on peut opérer de plusieurs façons :
- 1° Essai Merck (Darmstadt). — 10 cm3 d’acide nitrique sont dilu-'s avec 90 cm3 d’eau et additionnés d’une solution de chlorure de baryum; après 15 heures de repos, il ne doit pas se former de précipité. C’est là une méthode qualitative pure et simple; on peut, comme l’a fait, Murray, déterminer expérimentalement à quelle limite d’impureté correspond un tel essai, et obtenir ainsi des indications intéressantes, mais cependant presque toujours sujettes à caution. Approximativement, l’essai ci-dessus correspond à une teneur en S04H2 inférieure à 150 X 10~6, soit 150 mg par litre.
- ? 2° Essai du Comité des Réactifs de l’American Chemical Society (adopté par l’Union internationale de Chimie). — Ajouter 0,01 g de carbonate de sodium à 18 cm3 d’acide et évaporer à siccité; reprendre par l’eau, filtrer et amener à un volume de 10 cm3 dans un tube à essais. Ajouter 1 cm3 d’acide chlorhydrique (1 vol. d’acide fort pour 20 cm3), et 1 cm3 d’une solution à 10 p. 100 de chlorure de baryum. Le trouble produit au bout de 10 minutes ne doit pas être plus grand que celui qui est obtenu dans un volume égal d’eau distillée contenant 0,01 g de carbonate de sodium neutralisé avec de l’acide chlorhydrique, 0,05 mg de sulfate (SO4) ainsi que les quantités d’acide chlorhydrique et de CPBa employées avec l’échantillon. Cet essai correspond à une tolérance de 0,0002 p. 100 en ion SO4. C’est la méthode appelée semi-quantitative, ou méthode par comparaison néphélométrique.
- 3° Essai du Congrès de 1922. — Ajouter à 35 g d’acide nitrique 0,1 g de carbonate de sodium, évaporer à sec; dissoudre le résidu dans 50 cm3 d’eau; ajouter 2 cm3 de chlorure de baryum w/10 et laisser reposer 24 heures: le précipité observé ne doit pas peser plus de 0,5 mg. C’est la méthode quantitative : elle exige que l’on prenne toutes les précautions nécessaires pour éviter les contaminations et pour effectuer une pesée rigoureuse.
- Si l’on ajoute que le Codex peut demander un essai différent, et que certains clients exigeants imposent un mode opératoire spécial, on voit que le chimiste chargé de contrôler un réactif ne saura comment établir une fiche analytique-type.
- En résumé, on dispose donc de trois méthodes, qualitative, comparative et quantitative. Aujourd’hui, la première est devenue insuffisante. La méthode quantitative, nécessaire dans certains cas seulement, oblige à un travail considérable et ne pourrait être confiée qu’à de très habiles chimistes, et, l’expérience montre que, le plus souvent, elle ne conduit pas à de meilleurs résultats que la méthode par comparaison de l’American Chemical Society. D’ailleurs, celle-ci n’est pas simple : il suffit de comparer les deux essais ci-dessus, ceux de Merck et du Comité des Réactifs, pour constater que l’essai par comparaison est beaucoup plus long et plus délicat que l’essai purement qualitatif. Pour un même produit, l’analyse effectuée suivant la méthode qualitative est simple, très rapide, alors que la Comission des Réactifs impose des essais qui comportent des pesées et des mesures nombreuses, d’où une analyse beaucoup plus coûteuse. Ceux qui préconisent ces essais n’ont pas suffisamment envisagé la possibilité de leur application pratique dans les laboratoires des firmes industrielles, toujours soucieuses de ne pas trop augmenter les prix de revient.
- C’est la raison principale pour laquelle les spécifications de l’American Chemical
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- Society seront difficilement admises par les fabricants. Si, au laboratoire, on devait contrôler tous les lots de produits pour analyse en suivant à la lettre les modes opératoires imposés par le Comité des Réactifs garantis, on n’aboutirait pas, car une analyse de contrôle de ce genre ne peut pas être exécutée sur des lots trop importants si l’on veut lui conserver toute sa valeur.
- Aussi est-ce à la méthode comparative qu’on doit donner la préférence. L’obligation de travailler en série a amené à la simplifier sans nuire cependant à la valeur du contrôle effectué; et on est ainsi arrivé à établir des modes opératoires rapides et conduisant à d’excellents résultats à condition toutefois qu’ils soient confiés à des chimistes ou aides-chimistes à la fois consciencieux et quelque peu expérimentés. Aussi, dans les analyses-types établies pour les réactifs R. P. de la Société Prolabo, retrouve-t-on l’esprit de la Commission des Réactifs.
- Ces analyses comportent deux sortes de chiffres; les uns sont exprimés de la façon habituelle, en « pour cent », par exemple : Résidu non volatil... moins de 0,002 p. 100; les autres sont exprimés généralement en nombres entiers suivis de la lettre m. Exemple, SO4... 20 m, la lettre m signifiant 10-6.
- Dans le premier cas, il s’agit d’une détermination quantitative, effectuée par les méthodes analytiques rigoureuses, telles que pesée et titrage volumétrique. Dans le second cas, la détermination est faite par la méthode rapide, dite de comparaison (néphélométrique ou colorimétrique) dans laquelle on effectue la même réaction parallèlement sur la solution du produit examiné et sur une solution titrée de l’impureté recherchée. La teneur limite est exprimée en parties par million, soit en milligrammes par kilogramme (quelquefois en milligrammes par litre) ; c’est ce qu’indique la lettre m. Les impuretés sont exprimées en « ions » correspondants, comme : SOpour sulfates; Cl pour chlorures; PO4 pour phosphates; Fe pour fer.
- Voici comment on a établi une analyse du type R. P.
- Ammonium nitrate R. P.
- Identité............................. N03NH4 : P. M. 80,05
- Aspect............................ aiguilles incolores
- Odeur............................ nulle
- Résidu fixe . ................... 0,005 p. 100 max. (alcalis)
- Solution aqueuse à 20 p. 100 (Aspect
- et coloration).................. limpide, incolore
- Métaux lourds (Pb)............... 0
- Fe............................... 0,5 m
- Ba............................... 0
- SO4.............................. 15 m
- Cl............................... 2 m
- PO4.............................. o
- CNS.............................. 0
- L’inversion Ammonium nitrate, au lieu de nitrate ou d’azotate d’ammonium, permet de réunir, par ordre alphabétique par exemple, tous les sels d’un même métal, et la dénomination est la même que dans beaucoup de langues étrangères. L’analyse-type proprement dite comporte :
- Vexamen d’identité, qu’il ne faut jamais négliger;
- l'aspect et l'odeur du produit examiné. Il y aurait beaucoup à dire sur le mode 135e Année. — Décembre 1936. 47
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- de présentation, notamment en ce qui concerne la finesse des poudres et la grosseur des cristaux, et ce serait une erreur de croire, par exemple, que les gros cristaux correspondent à une plus grande pureté : le plus souvent c’est le contraire.
- Résidu fixe : On pèse 10 g du produit dans une capsule de platine tarée; on chauffe progressivement, on calcine modérément; le résidu doit être à peine visible et impesable; il est d’usage courant, d’après Merck et sa pharmacopée, d’admettre que impesable équivaut à moins de 0,5 mg.
- Aspect de la solution aqueuse : On dissout 20 g dans environ 60 cm3 d’eau chaude, et on complète le volume à 100 cm3. On obtient une solution A, de dilution 5, dont 10 cm3 correspondent à 2 g de produit. On opérera toujours ainsi pour effec-luer les solutions, sauf indication contraire.
- La solution obtenue doit être limpide ; on ne doit pouvoir y observer que quelques fib res. Au cas où il existe un insoluble, on filtre, on sèche à 100°-110° et on pèse ; poids maximum : 0,5 mg, soit 0,0025 p. 100.
- La solution doit être incolore. Le terme incolore devrait signifier comparable à de l’eau distillée. Pratiquement, aucune solution n’y correspond rigoureusement. On prendra comme limite une solution d’iode n/40000, soit 0,5 cm3 d’iode n/200 dans 100 cm3 d’eau. On compare dans des tubes de verre incolore, à fond plat, de 20 cm de diamètre, d’environ 30 cm de hauteur, gradués en centimètres et non pas en centimètres cubes.
- Métaux lourds (Pb) : A 10 cm3 de solution A, on ajoute 10 cm3 de solution saturée de SH2; on ne doit observer ni louche ni changement de teinte. Cet essai est négatif quand le produit contient moins de 5 m de Pb. Cependant, dans les analyses-types, on trouvera le terme O, qui est admis, chaque fois que l’essai comporte un résultat négatif.
- Fer : On ajoute à la solution précédente 2 cm3 d’NH3 pure à 20 p. 100; la coloration verte éventuelle ne devra pas être plus forte que celle qui est donnée par 10 cm3 de solution contenant 0,lxi0~° d’ion Fe (3) plus 10 cm3 de solution de SH2 et 2 cm3 de NH3 à 20 p. 100.
- Baryum : A 10 cm3 de solution A, on ajoute 5 cm3 d’acide sulfurique à 10 p. 100; pas de précipité au bout d’une heure.
- Sulfates : A 10 cm3 de solution A, on ajoute 5 cm3 de solution de chlorure de baryum à 10 p. 100 et 5 cm3 d’acide chlorhydrique à 10 p. 100. Le louche éventuel ne devra pas être plus fort que celui qui est donné par 10 cm3 d’une solution à 3 m d’ion SO4 (0,6 cm3 de S04H2 n/1000 dans 10 cm3 d’eau) additionnés de 5 cm3 de chlorure de baryum à 10 p. 100 et de 5 cm3 de C1H à 10 p. 100.
- Chlorures : A 10 cm3 de solution A, on ajoute 5 cm3 de N03Ag w/10 et 5 cm3 d’acide nitrique à 20 p. 100. Le louche éventuel ne devra pas être plus fort que celui qui est donné par 10 cm3 de solution à 0,4 m d’ion Cl additionnés des mêmes réactifs. 1 cm3 de C1H n/1000 dans 90 cm3 d’eau donne une solution contenant 0,4 m d’ion CL
- Phosphates : A 10 cm3 de solution A, on ajoute 5 cm3 de N03H pur (rf=:l,33) et 20 cm3 de réactif nitromolybdique ; on chauffe à 60°. Pas de précipité jaune après repos d’une heure.
- CNS (sulfocyanures) : A 10 cm3 de solution A, on ajoute 5 cm3 d’acide chlorhy-
- (3) Ou obtient cette solution en diluant à 10 cm3, 0,1 cm3 d’une solution aqueuse contenant par litre 0,060 g d’alun de fer (soit 10 m de fer).
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- drique à 10 p. 100 et une goutte de solution de chlorure ferrique à 10 p. 100. Pas de coloration rouge ou rose.
- Ces essais diffèrent peu de ceux de la Commission des Réactifs; cependant ils sont beaucoup plus rapides. Ainsi, au lieu de peser, pour chaque essai 1, 2, 3... ou 5 g, on part d’une solution-mère de dilution déterminée, dont on n’a plus qu’à mesurer des volumes. D’autre part, pour préparer les témoins de comparaison, on utilise des solutions relativement concentrées en impuretés (qui se conservent mieux) et dont on prélève les petites quantités à l’aide de burettes graduées en vingtièmes de centimètre cube.
- De cette façon, on peut non seulement effectuer un essai limité, mais aussi faire un dosage approximatif rapide d’impureté, en augmentant ou diminuant la quantité de solution-témoin jusqu’à l’obtention d’un louche ou d’une coloration identique pour la solution à essayer et le témoin additionnés des mêmes réactifs. On opère d’une façon limitative pour l’essai d’un lot de produit fabriqué couramment, et d’une façon quantitative, lorsqu’on examine un échantillon nouveau ou deux échantillons différents que l’on veut comparer.
- On n’a donc pas créé de méthodes nouvelles ; on s’est borné à adapter celles qui existaient aux nécessités du travail en série, mais sans diminuer leur précision, et cela montre que. dans les essais de normalisation, la difficulté n’est pas seulement dans le choix des méthodes, mais aussi dans la mise au point de tous les détails des modes opératoires.
- Or, on sait que si deux chimistes, mis en présence d’un même problème analytique, adoptent volontiers la même méthode générale de travail, il est bien rare qu’ils soient d’accord sur son application tant qu’ils n’ont pas examiné ensemble les difficultés et les possibilités de son amélioration ou de sa simplification.
- Les diverses tentatives de normalisation des réactifs effectuées jusqu’à présent marquent entre elles des divergences notables qui, actuellement, rendent difficile l’unification des conditions à imposer à ces produits; et l’examen des difficultés, d’ordre scientifique ou pratique, que l’on rencontre dans l’établissement de normes rigoureusement définies et quantitatives, montre combien le problème est délicat. Toutefois, il n’est pas insoluble et la normalisation des réactifs pour analyse peut être obtenue promptement par la collaboration des usagers et des fabricants, à condition de tenir compte de ce que l’usager a besoin de connaître les caractéristiques précises des réactifs qu’il emploie, et de ce que le fabricant doit pouvoir baser ses préparations et son contrôle sur des exigences admissibles et des essais relativement simples, qui ne grèvent pas inutilement ses prix de revient.
- Ce sont ces considérations qui ont conduit les Sociétés Rhône-Poulenc et Prolabo à établir, en prenant comme point de départ les spécifications de la Commission des Réactifs garantis un Index de réactifs, qui ne comporte que les analyses-types, c’est-à-dire les garanties chiffrées de chacun des réactifs R. P.
- Dans une communication que faisait, en 1923, l’un des membres dirigeants du Comité des Réactifs garantis, sur les progrès et l’emploi des réactifs standards, W. D. Collins disait : « Il y a quelques années, le Comité des Réactifs garantis a essayé d’obtenir, des membres de T American Chemical Society, communication de leurs constatations personnelles sur les réactifs ne donnant pas satisfaction; mais les exemples qui parvinrent à la connaissance du Comité furent si peu nombreux que, n’ëût été leur propre expérience, les membres du Comité auraient pu croire
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- qu’aucun réactif de qualité insuffisante n’était fabriqué ni vendu aux États-Unis. » La réalité était malheureusement tout autre : personne, ou presque, n’examinait les réactifs qu’il achetait. Cette constatation prouve que les chimistes ne doivent pas laisser croire à leurs meilleurs fournisseurs qu’ils ne fabriquent jamais ni ne vendent des produits de qualité médiocre : la préparation industrielle de produits de qualité parfaitement constante est assez délicate pour que de temps à autre ne se produise pas quelque défaillance. Malgré le barrage que peut être un laboratoire de contrôle analytique où les chimistes n’ont d’autre souci que leur travail de vérification et d’autre guide que leur conscience professionnelle, ils doivent essayer eux-mêmes ou faire essayer, au moins de temps en temps, les réactifs qu’ils reçoivent, et ne pas manquer de formuler des critiques si elles sont justifiées. Seule cette collaboration permettra de perfectionner et d’amplifier l’œuvre du Congrès de Marseille de 1922, d’établir et défaire adopter progressivement et définitivement, par les usagers et les fabricants, des spécifications quantitatives précises et de les étendre à un nombre de réactifs de plus en plus grand.
- Un train aérodynamique anglais.
- Le Bulletin d’avril 1936, p. 262, a fait connaître le train rapide dénommé Silver Jubilee, qui fonctionne entre Londres et Newcastle. Dans son adresse inaugurale à VInstitution of Mechanical Bngineers, Sir H. Nigel Gresley, président de cette société, a donné d’intéressants détails sur la première année de service de ce train, du 30 septembre 1935 au 30 septembre 1936, train circulant sur la ligne dont il est ingénieur.
- Avec 5 trajets aller et retour par semaine, le train a parcouru en un an 215 000 km et transporté environ 68 000 voyageurs. C’est une moyenne de 130 places occupées sur 198. La dépense directe (personnel, matières) a été de 2 sh. 6 pence par mille, pour une recette de 13 sh. 11 pence. La recette provient, pour 12000 livres, d’un supplément de 5 sh. en lre classe et 3 sh. en 3e, perçu sur tous les voyageurs.
- On a relevé, comme il suit, les vitesses et les puissances transmises par le crochet du tender. Ces puissances sont évaluées en chevaux anglais, valant 76 kgm/sec. Comme il s’agit de nombres arrondis, les voici non convertis.
- La plus grande vitesse enregistrée a été de 145 km/h.
- Un dynamomètre de 321 (de 1016 kg ; même observation que pour les puissances) ajouté au train de 220 t (train vide), a relevé les nombres qui sui\ent :
- En palier, 129 km/h, 400 ch au crochet du tender. Sur rampe de 5 mm/m, 1000 à 1 200 ch, auxquels il convient d’ajouter 300 ch pour le poids de la locomotive, et 350 pour sa résistance propre; au total 1750.
- Sur la rampe la plus forte, assez longue, de 10,8 mm/m, vitesse minima, 109 km/h et 1 460 ch au crochet du tender, plus 600 pour le poids de la locomotive et 400 à 500 pour sa résistance, au total 2 500 à 2 600 ch.
- Pendant ce service d’une année, une seule fois la locomotive a dû être remplacée encours de route. Les dispositions du train, avec la locomotive, pour atténuer la résistance de l’air, sont jugées très satisfaisantes.
- Ces résultats sont encourageants; toutefois Sir Nigel Gresley fait remarquer que, sur les lignes très chargées, les marches extra-rapides sont souvent difficiles à tracer. E. s.
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NAT. — DÉCEMBRE i 936 (p. 717).
- SOCIÉTÉ INDUSTRIELLE DE ROUEN
- Distribution solennelle de récompenses (Rouen, 10 mai 1936.)
- par M. Ed. Sauvage, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- Pour la onzième fois la Société industrielle de Rouen a célébré sa grande fête annuelle, par la distribution solennelle de récompenses aux collaborateurs de l’industrie et du commerce, c’est-à-dire aux ouvriers et employés de tous grades des établissements industriels et commerciaux.
- La cérémonie était présidée par M. François Graux, préfet de la Seine-inférieure. L’excellente harmonie des établissements Kuhlmann, d’Oissel, lui prêta son agréable concours.
- Les allocutions, très applaudies, de M. François Graux et de M. Louis Gros, président de la Société industrielle, insistèrent sur l’heureux esprit de collaboration de l’ensemble du personnel industriel, dont une des marques est la stabilité de ce personnel. Cette situation fait honneur aussi bien aux employés qu’aux employeurs.
- Parfaitement organisée, comme d’habitude, par M. d’Anjou, secrétaire de la Société, et par les jeunes gens et jeunes filles qui l’assistaient, la distribution des récompenses à plus de 400 lauréats se déroula avec rapidité et dans un ordre admirable.
- A la distribution des récompenses de la Société industrielle de Rouen était jointe celle de médailles et de diplômes donnés par diverses institutions.
- En premier lieu, ce furent les médailles de travail de l’Etat : 12 médailles de vermeil, pour 50 années de services, et 87 médailles d’argent, pour 30 années de services. Les titulaires de ces médailles comprennent 41 dames.
- Des médailles d’honneur furent ensuite offertes au nom des chemins de fer desservant Rouen : 59 pour les Chemins de fer de l’État, et 14 pour la Compagnie des Chemins de fer du Nord.
- Vint ensuite la remise de 25 médailles d’or et de 70 médailles de vermeil attribuées par la Société industrielle pour un minimum de 40 et de 30 années de services ininterrompus dans le même établissement. Parmi les titulaires des médailles d’or se trouvent M. Rouillot, directeur de l’exploitation des tramways de Rouen, et M. Delarue, voyageur, avec 51 ans de services.
- 11 médailles d’argent grand module furent ensuite distribuées par la Société industrielle pour services exceptionnels. Les motifs de ces récompenses sont tous intéressants, ainsi qu’on en peut juger par les extraits qui suivent, choisis quelque peu au hasard :
- Heckbour (Marcel), contremaître, 15 ans de services : Contremaître de haute classe, s’est distingué par son dévouement au travail et au développement des ateliers placés sous sa conduite. S’est dévoué particulièrement pour la formation d’apprentis, devenus de bons spécialistes;
- Van Hauvermat (Charles), chef comptable, 18 ans de services : Chef du service de la comptabilité, a toujours apporté un entier dévouement dans son travail. Son
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- SOCIÉTÉ INDUSTRIELLE DE ROUEN. — DÉCEMBRE 1936.
- active expérience a contribué, dans la marche administrative et sociale de l’usine, à de réelles améliorations;
- Jacob (Michel), directeur de l’usine d’Anfreville-la-Mivoie : A su, par son travail opiniâtre, son intelligence avertie, et sa volonté tenace, gravir rapidement tous les échelons de la hiérarchie industrielle. Parti de débuts très modestes aux Usines Michelin, est arrivé à la direction de l’importante usine d’Anfreville-la-Mivoie delà Société Electro-Câble, où il donne la mesure de ses hautes qualités d’organisateur et de chef, réalisateur ingénieux de fabrications nouvelles, surmontant les plus graves difficultés par sa persévérance et sa ténacité dans l’effort, et ne cessant de témoigner à son personnel une émouvante sollicitude ;
- Coche (Ernest), chef d’atelier, 20 ans de services : Employé en qualité de contremaître de chaudronnerie en cuivre, chez Philippon et Cie, à Paris, de janvier 1899 à mai 1914. Entré aux Hauts Fourneaux de Rouen, le 25 février 1916, pour y exercer la même profession. A rempli dans cet établissement pendant plusieurs années les fonctions de chef d’atelier de l’Ecole d’Apprentissage et donné à tous points de vue l’exemple du plus parfait dévouement ;
- Malbesin (Joseph), chef de fabrication, 20 ans de services : A fait ses débuts professionnels en 1896, aux cokeries des Mines de Lens. Mobilisé, le 27 mars 1916, aux Hauts Fourneaux de Rouen, à Grand-Quévilly, en qualité de chef de fabrication, à la cokerie. Dans ce service important et délicat, a fait preuve en toutes circonstances d’une rare conscience et d’un absolu dévouement tant au point de vue moral que professionnel.
- Le personnel de l’Association normande pour prévenir les accidents du travail reçut : une médaille d’argent grand module, offerte par la Société industrielle de Rouen, une Médaille d’Argent offerte au nom du Département par M. le Préfet de la Seine-Inférieure, une plaquette offerte par la Ville de Rouen, une Médaille d’Argent offerte par M. George Métayer, député de la Seine-Inférieure, maire de Rouen, et 5 médailles de bronze de cette Association.
- Des diplômes de certificats d’aptitude professionnelle furent remis à des auditeurs des cours d’aides-chimistes de la Société industrielle de Rouen, professés à l’Institut chimique de Rouen.
- Les lauréats ayant obtenu le certificat de filature, ainsi que ceux ayant le certificat de tissage, furent ensuite proclamés au nom des cours de filature et de tissage de l’Institut chimique de Rouen.
- La cérémonie se termina par la remise de 84 médailles d’argent de la Société industrielle, attribuées pour un minimum de 20 années de services ininterrompus dans le même établissement.
- A la suite de cette belle cérémonie, la Société industrielle a convié à un déjeuner ses invités ainsi que le Président. A cette occasion, la médaille de la Société fut remise à des membres qui en faisaient partie depuis 50 ans ; M. Louis Gros prononça des paroles aimables pour tous les invités, et la plus grande cordialité régna pendant toute la réunion.
- Le palmarès de la distribution est déposé à la Ribliothèque de la Société d’Encou-ragement (pièce n° 13 671).
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- BULL. DE LA SOC. D ENCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NAT. — DÉCEMBRE 1936 (p. 719).
- L’ACTIVITÉ DES STATIONS FRANÇAISES DE DÉSINFECTION DES VÉGÉTAUX, DE 1934 A 1936
- par M. Paul Vayssière, membre du Conseil de la Société d'Encouragement.
- Le 16 avril 1929, à Rome, la France apposa sa signature1* à la Convention internationale pour la Protection des Végétaux par laquelle elle s’engageait, ainsi que 23 autres nations, à « prendre les mesures législatives et administratives nécessaires « en vue d’assurer une action commune et efficace contre l’introduction et l’extension des maladies et des ennemis des végétaux ». Parmi ces mesures, une des plus importantes, qui fut envisagée pour compléter l’inspection phytosanitaire, fut la création, en certains ports ou points frontières, de stations de désinfection susceptibles d’être, pour les inspecteurs, de précieux auxiliaires. M. Lesage, alors Directeur de l’Agriculture, comprit toute l’importance de l’inspection phytosanitaire à l’importation, au point de vue international, et projeta de créer autour de notre territoire un réseau de postes d’inspection à chacun desquels devait être adjointe une station de désinfection. Par suite de circonstances indépendantes de sa volonté il ne put réaliser, avant sa soudaine disparition, l’œuvre qu’il avait entreprise et qui est demeurée inachevée. Trois stations d’inspection et de désinfection furent seules installées dans les ports de Bordeaux, Le Havre et Marseille. Elles furent toutes trois équipées selon les principes de la désinfection à l’aide de vapeurs toxiques diverses et sous vide partiel, seule méthode susceptible d’allier une efficacité et une sécurité absolues.
- Nous avons déjà exposé ici même en détail ce principe en 1934 -, année au cours de laquelle les trois stations entrèrent en service. Il est opportun, après deux années de fonctionnement, de résumer l’œuvre accomplie par le personnel de ces organismes, dont futilité a pu paraître contestable à quelques esprits.
- Organisation des stations. — Les stations de Bordeaux et du Havre disposent chacune de deux autoclaves cylindriques et horizontaux, mesurant respectivement 2,30 m de diamètre et 14,68 m de longueur (capacité environ 73 m3) et 2,50 m de diamètre et 5,63 m de longueur (capacité environ 29 m3). Celle de Marseille a trois autoclaves de 10, 20 et 50 m3 de capacité. Tout l’appareillage de désinfection a été fourni, à fonds perdus, par le Ministère de l’Agriculture, tandis que le Port autonome, pour Bordeaux et Le Havre, et la Chambre de Commerce pour Marseille installaient les bâtiments nécessaires, dont la construction est amortie par le prélèvement d’une taxe sur les opérations effectuées. L’exploitation est confiée à un concessionnaire, sur le nom duquel l’accord doit être fait entre l’organisme local responsable et le Ministère de l’Agriculture qui s’engage à affecter à la Station un agent qualifié du Service de la Défense des Végétaux chargé du contrôle des désinfections opérées en conformité avec les règlements en vigueur.
- Insecticides. — Lors de leur mise en route, les Stations furent équipées pour utiliser les vapeurs toxiques obtenues indifféremment par réaction chimique telles
- (1) La délégation française était constituée par MM. Lesage et Saulnier pour la métropole, et M. Vayssière pour l’Indochine.
- (2) Les stations de désinfection des végétaux sous vide partiel, Bulletin de la Société d’’Encouragement pour l'Industrie Nationale, avril 1934, p. 295-308.
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- que celles de l’acide cyanhydrique (Bordeaux et Le Havre), et par évaporation telles que l’oxyde d’éthylène, le sulfure de carbone ou le bromure de méthyle.
- Le Directeur de l’Agriculture adressa aux trois chefs de station des instructions précises dans lesquelles étaient prévues la plupart des désinfections susceptibles d’être faites, avec indication des vapeurs à utiliser, la dose de toxique, la durée de l’exposition, les précautions à prendre. Ces données provenaient essentiellement de renseignements obtenus de services étrangers(3), mais également, en particulier pour l’oxyde d’éthylène, d’expériences poursuivies à mon laboratoire avec la collaboration de M. Stroumillo.
- L’acide cyanhydrique jouait un rôle de premier plan dans le programme établi; on l’emploie en effet sur une très grande échelle aux Etats-Unis, ses vapeurs ayant le grand avantage, aux doses insecticides habituelles, de ne pas altérer les fruits dont le traitement était en 1934 une des principales préoccupations. Aussi, dans chaque cas où son emploi fut jugé nécessaire, nos chefs de station l’ont toujours utilisé. Nous nous en portons garant, bien qu’on ait pu faire courir le bruit, qu’étant donnée la toxicité des vapeurs cyanhydriques, nos stations n’opéraient que des simulacres de traitement; enfin, un jour, le Conseil supérieur d’Hygiène(i) fut alerté et demanda, par l’entremise du Ministère de la Santé publique, au Ministère de l’Agriculture de ne plus autoriser dans nos stations l’emploi de ces vapeurs. Il fut rappelé en outre que le gaz sulfureux et l’oxyde d’éthylène étaient les deux seuls insecticides autorisés par les hygiénistes. Nous reviendrons ultérieurement sur cette question, fort discutable à tous points de vue, et retiendrons seulement la décision de principe qui entraîna des modifications profondes dans l’organisation technique des stations. Disons seulement que plusieurs sortes de fruits résistent parfaitement aux doses insecticides d’acide cyanhydrique, mais pas du tout au contact des vapeurs d’oxyde d’éthylène et encore moins du gaz sulfureux, qui est d’ailleurs à rejeter d’une façon définitive pour diverses raisons.
- Trafic des stations. — Les opérations de désinfections qui sont effectuées dans les stations de nos grands ports procèdent de deux points de départ : les unes sont la conséquence de la réglementation phytosanitaire de la France ou des autres pays : ce sont les désinfections « obligatoires » ; les autres sont demandées par des industriels, des commerçants, des agriculteurs qui désirent recevoir dans leurs établissements, ou mettre sur le marché, des produits indemnes d’insectes (5).
- Dans la première catégorie, ce sont les fruits frais importés des deux Amériques, d’Afrique du Sud, d’Australie et de la Nouvelle-Zélande qui constituent le plus fort tonnage, leur désinfection étant exigée dès qu’ils sont reconnus, au cours des inspections, infestés par le Pou de San José (Aonidiella perniciosa). Plus de 10 0001
- (3) Je remercie en particulier mes excellents amis Sasscer et Mackie, des Services entomologiques des États-Unis, de la documentation qu’ils m’ont fournie à cette époque.
- (4) Il est regrettable qu’une commission compétente du Conseil supérieur d’Hygiène n’ait pas cru devoir se rendre à une de ces stations; elle aurait constaté la quasi-impossibilité d’intoxication, soit du personnel, soit du voisinage. Elle aurait prélevé des fruits soumis aux vapeurs toxiques; par analyse et par dégustation, elle se serait rendue à l’évidence que ces traitements sous vide partiel, même par les vapeurs cyanhydriques, sont sans danger pour les consommateurs. D’ailleurs, les Américains nous envoient des tabacs, cigares, cigarettes, soumis à un tel traitement, et personne, à notre connaissance, n’a songé à le leur reprocher.
- (5) Il convient de rappeler à ce sujet que les dattes et les figues sèches algériennes dont les emballages portent le labelle « Algeria » de l’Office algérien d’Aelion économique et touristique (O. F. A. L. A. C.) ont été désinfectées dans de telles conditions et présentent ainsi une garantie supplémentaire au point de vue commercial.
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- de fruits ont ainsi traversé les autoclaves phytosanitaires, dont plus de 9 000 t pour la seule station du Havre. Les autres désinfections obligatoires furent celles de bulbes de Lis du Japon (60 t) susceptibles de véhiculer des insectes exotiques dangereux tels que Popilia japonica. Des balles de coton (42 t), destinées à La Martinique, et des paillons de bouteilles, exportées au Chili, passèrent aussi dans nos stations.
- Dans les désinfections volontaires, ce sont les grains, les légumes secs et les semoules qui constituèrent le plus gros contingent, soit environ 15 000 t, dont 10 866 de semoules à la station de Marseille.
- Si le chiffre des désinfections prévues par les règlements n’a pas sensiblement varié d’une année à l’autre, étant fonction lui-même du contingentement total des importations de fruits, il n’en est pas de même des désinfections privées, dont le tonnage progressif s’est nettement précisé de 1934 à 1936, passant successivement de 300 t la première année, à 2 200 la seconde et enfin à 12 500 pour les 8 premiers mois de 1936. Cela prouve que le public se rend compte maintenant de l’intérêt économique et commercial que présentent des denrées garanties sans parasites.
- Recherches poursuivies dans les stations de désinfection. — Dès que les stations furent équipées, il fut décidé que les agents spécialisés du Service de la Défense des Végétaux, chargés de la direction ou du contrôle des opérations industrielles, consacreraient une partie de leur temps à des recherches destinées à améliorer la technique préconisée jusqu’alors, étant bien entendu qu’il s’agissait de travaux qui ne pouvaient être poursuivis dans les autres laboratoires du Ministère de l’Agriculture. Dans ce but, un programme détaillé des recherches à entreprendre fut établi pour l’ensemble des trois stations, en tenant compte, dans leur répartition, de la situation géographique de chaque établissement, le trafic de chacun des ports et les besoins de la région voisine étant particuliers et ne devant pas être perdus de vue.
- Mais comme on l’a vu, il fut nécessaire, à la suite d’instructions ministérielles, d’adapter d’extrême urgence l’emploi de l’oxyde d’éthylène aux désinfections faites jusqu’alors avec d’autres produits tels que l’acide cyanhydrique et le sulfure de carbone. Les résultats positifs, mais fragmentaires, obtenus à notre laboratoire avec la collaboration de M. Stroumillo, permirent de ne pas interrompre les opérations de désinfection commerciale tout en les restreignant à certaines denrées dont nous avions contrôlé la résistance aux vapeurs de cet insecticide.
- Tandis qu’au Havre, M. Barge s’efforçait de préciser l’action de l’oxyde d’éthylène sur les fruits frais et les Cochenilles, M. Dupoux, à Bordeaux, orientait ses observations sur la résistance des Pommes de terre et du Doryphore, et enfin, à Marseille, M. Macary s’intéressait plus particulièrement aux fruits secs et à leurs insectes.
- La quantité considérable de fruits, surtout de Pommes, introduits de l’étranger sur notre territoire, nécessitait l’existence, aux points d’entrée, d’un contrôle sanitaire rigoureux. M. Barge s’attacha donc à établir d’une façon incontestable que les opérations industrielles de désinfection, effectuées suivant la technique prescrite lors de la mise en route des traitements par l’oxyde d’éthylène, donnaient toute garantie dans la destruction complète des insectes dont il fallait préserver nos cultures fruitières.
- Il y avait, même dans certains milieux scientifiques, une trop grande incrédulité, pour qu’un travailleur aussi consciencieux que M. Barge ne poursuivît pas, jusqu’à la réussite complète, la démonstration de l’efficacité absolue de l’oxvde d’éthylène
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- contre Aonidiella perniciosa. Il s’efforça tout d’abord de préciser le critère permettant de certifier la mort de la Cochenille sous son bouclier protecteur. Celui qui lui parut irréfutable fut l’observation, sous le binoculaire, de tous les insectes débarrassés de leur bouclier : ceux qui sont vivants manifestent des mouvements internes (en particulier contractions des muscles de la base du rostre) ou externes (balancement du corps, oscillations du rostre) ; les Cochenilles mortes sont ou desséchées ou turgescentes; mais alors, à l’examen prolongé, ne présentent aucun mouvement.
- Les nombreux essais furent opérés avec l’oxyde d’éthylène suivant la technique et à la dose prescrites à la suite de nos expériences personnelles : vide initial, 635 mm ; introduction simultanée d’air et d’oxyde d’éthylène à raison de 100 g d’oxyde d’éthylène par mètre cube d’atmosphère; durée du contact, sous un vide de 50 mm, une heure et demie à deux heures et demie, suivant la température; 1er vide de rinçage égal au vide initial, soit 635 mm; second vide de 500 mm. L’examen des fruits porteurs de Cochenilles, traités ou témoins, fut effectué 3 ou 4 semaines après le traitement. Il permit ainsi de constater que ce dernier offre une garantie absolue : aucun insecte ne fut trouvé vivant sur les fruits traités, tandis que sur les témoins se trouvaient plus de 50 p. 100 à'Aonidiella présentant tous les caractères de la vie.
- Il est intéressant de noter que, dans plusieurs lots de fruits traités, il existait, à côté du Pou de San José, des spécimens souvent nombreux d’Aspidiotus forbesi Johns., insecte dont il faut surveiller l’introduction dans nos vergers avec autant de vigilance que celle du précédent. L’opération, en ce qui le concerne, fut tout aussi concluante, ainsi qu’en font foi les comptages effectués par M. Barge et ses collaborateurs MM. Cabane et Dupoux.
- A Bordeaux, M. Dupoux poursuivit ses recherches sous la direction de M. Bru-neteau qui a bien voulu s’intéresser personnellement à la question. Un appareillage très ingénieux fut d’abord mis au point, pour permettre la réalisation de dosages précis des gaz toxiques(6) à l’intérieur des autoclaves. Il sera bon que chacune des stations puisse l’employer afin d’uniformiser, dans la mesure du possible, les méthodes de recherches.
- La Gironde étant le centre des études sur le Doryphore, M. Dupoux fut prié de préciser l’action de l’oxyde d’éthylène sur cet insecte et sur les tubercules de Pomme de terre. Bien que les résultats ne soient pas définitifs, il paraît acquis, après de nombreux essais effectués avec des doses différentes d’oxyde d’éthylène, que la désinfection des tubercules est obtenue par l’action, pendant une heure, d’une dose de 30 g d’oxyde d’éthylène par mètre cube (sans addition d’acide carbonique) sous un vide d’exposition de 50 mm, après un vide initial de 700 mm. Les recherches ont porté sur les variétés de Pommes de terre suivantes : Saucisse d’Oran, Fin de Siècle, Esterlingen(7), Fluck ronde jaune et Early rose; elles furent également effectuées à des dates convenablement choisies pour opérer sur des tubercules à maturité différente. Nous insistons sur les observations de M. Dupoux qui doivent faciliter les exportations de Pommes de terre vers les pays désirant se protéger contre l’introduction du Doryphore (8).
- (6) Une note spéciale sera publiée par MM. Bruneteau et Dupoux.
- (7) Des recherches doivent être reprises en ce qui concerne cette variété qui parait très sensible à l’action des vapeurs d’oxyde d’éthylène.
- (8) On ne saurait trop appuyer sur la nécessité pour ces pays de reviser leur législation phytosanitaire conformément aux garanties sanitaires qui leur sont offertes par l’existence des stations de désinfection.
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- De nombreux essais furent, en outre, poursuivis sur l’action de l’oxyde d’éthylène sans addition de gaz carbonique, sur divers insectes communs dans les denrées emmagasinées et sur les Doryphores : les adultes de Calandra oryzae, B rue h us obtectus, Tribolium navale, Sylvanus surinamensis, Leptinotarsa decemlineata, meurent en moins de 15 heures à la suite d’une exposition d’une heure à une atmosphère contenant 50 g d’oxyde d’éthylène par mètre cube. La mort des larves de Doryphore survient dans les mêmes conditions avec une dose de 40 g/m3 ou au bout de 24 heures, avec une dose de 15 g/m3.
- De tels résultats sont susceptibles d’entraîner des modifications intéressantes dans la technique des désinfections, en permettant d’envisager une réduction des doses d’oxyde d’éthylène. Mais auparavant, des recherches méthodiques doivent être poursuivies sur l’action de cet insecticide sur les divers stades d’évolution des mêmes insectes dans les conditions de la pratique : par exemple, dans le cas des insectes se trouvant à l’intérieur des grains ou autres produits ensachés.
- A Marseille, l’attention de M. Macary se porta principalement sur la désinfection des légumes secs et des grains. Quand on assiste, dans nos ports, aux arrivages de riz et surtout de maïs on est étonné de l’infestation inimaginable de ces denrées par les Charançons. Il semble inconcevable que les importateurs n’exigent pas de leurs fournisseurs et des armateurs, également responsables, la livraison de grains relativement exempts d’insectes. Évidemment, les Charançons des grains (Calandra granaria et C. oryzae) existent sur tout le territoire delà France(9), mais quand on voit le degré de contamination massive de certains lots exotiques, il apparaît que la désinfection — actuellement facultative — devrait être imposée par l’Administration, car il s’agit en effet de la protection des stocks en magasins qui constituent une richesse nationale. Grâce aux interventions multiples de M. Macary, bon nombre d’importateurs marseillais l’ont compris et confient leurs grains à la station de désinfection avant leur emmagasinage(,0).
- Des essais poursuivis à Marseille, il ressort que les insectes parasites des grains et légumes secs (Calandra, Bruchus, Tribolium, Sylvanus, Loemophleus, etc..., quel que soit leur stade d’évolution, sont tués, à une température ambiante de 16 à 24°, après une exposition de deux heures dans une atmosphère de 120 g d’oxyde d’éthylène par mètre cube, ou de 6 heures avec seulement 100 g d’insecticide, sous un vide d’exposition de 60 mm, précédé d’un vide initial de 700 mm.
- S’il s’agit de semoules ou de farines, c’est-à-dire de denrées plus compactes, il y a intérêt à porter la durée de contact à un minimum de 4 heures. Dans chaque cas, on incorporait aux vapeurs d’oxyde d’éthylène environ 200 g de gaz carbonique auquel on attribue une action favorable en maintenant en activité le métabolisme des insectes au cours du traitement. L’intoxication serait ainsi plus rapide(11); mais des
- (9) J’insiste sur le fait, récemment contesté, que le « Charançon du Riz (C. oryzae) est un parasite très important du Blé.
- (10) La seule objection à la généralisation d’une telle pratique réside dans les frais de camionnage et de manutention; elle n’est pas irréfutable.
- (11) De grandes précisions ont été apportées dernièrement sur la question du traitement industriel des grains stockés, à l’aide d’un mélange d’oxyde d’éthylène et de gaz carbonique, par M. Lepigre (Bull. Soc. Enc. Ind. Nat., juin-juillet, 1936). D’après cet auteur, le mélange insecticide idéal à employer pour la destruction, en 24 heures, des insectes existant dans les stocks de grains est composé de 23 g d’oxyde d’éthylène et 277 g de gaz carbonique, par mètre cube réellement occupé; mais il faut qu’il soit correctement homogénéisé et rapidement injecté.
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- recherches devraient être poursuivies, dans cet ordre d’idées, afin de préciser ce qui est exact dans cette affirmation, admise, peut-être trop hâtivement, par les auteurs et les expérimentateurs.
- Des recherches sont actuellement en cours, tant à notre laboratoire qu’à la station de Marseille afin de préciser les conditions optima de désinfection par l’oxyde d’éthylène des châtaignes et des noix. Ce produit a donné par ailleurs des résultats intéressants à M. Barge dans la destruction des Acariens (Tyroglyphes) qui envahissent les fruits secs, emmagasinés dans des conditions défectueuses. Bien qu’en présence d’un excès d’humidité et à une basse température (8 à 10°), les essais furent concluants par l’emploi d’un mélange de 1 volume d’oxyde d’éthylène et de 6 volumes de gaz carbonique par mètre cube d’atmosphère, après un vide initial de 700 mm et pour une durée d’exposition de 16 à 18 heures(1'2'.
- Enfin, d’autres recherches poursuivies au Havre ont trait à la désinfection des bulbes de Lis importés du Japon, qui peuvent véhiculer de nombreux parasites, Insectes et Acariens en particulier, n’appartenant pas à la faune de notre pays. L’oxyde d’éthylène dut être rejeté à la suite d’essais effectués à notre laboratoire qui avaient fait ressortir l’action nocive de ce produit sur la végétation ultérieure de ces plantes. M. Barge fut alors contraint de s’en tenir à l’utilisation de l’acide cyanhydrique, après que les bulbes eurent été débarrassés de la fine terre japonaise ayant servi à leur emballage. Une dose de 10 g de cyanure de sodium a donné toute satisfaction, le vide initial étant de 635 mm et la durée du traitement de 90 minutes.
- Conclusion. — En résumé, les stations de désinfection, convenablement outillées comme celles de nos trois grands ports, doivent être considérées comme des rouages indispensables de l’économie actuelle et future du pays. L’accueil fait par le public, dont les demandes de traitements privés ont progressé de façon constante au cours de ces dernières années, en est une preuve incontestable.
- Grâce à elles et à leur développement numérique éventuel, le Ministre de l’Agriculture pourra envisager une réglementation plus souple à l’importation, et satisfaire, à l’exportation, aux exigences des pays étrangers. Nous avons exposé notre point de vue à ce sujet dans de nombreuses notes antérieures et nous insistons tout particulièrement sur ces conséquences logiques et rationnelles de l’existence d’un excellent service d’inspection phytosanitaire, indispensable dans un pays, comme le nôtre, où l’agriculture est la première richesse nationale.
- Il est agréable de souligner que les premières et multiples difficultés, inhérentes aux créations nouvelles, ont été surmontées, dans les trois stations, par le personnel scientifique qui a réussi par son dévouement à annihiler les mauvais effets du scepticisme auquel se heurtent les innovations.
- De l’ensemble du travail de M. Lepigre, il ressort que le traitement des grains stockés par l’oxyde d’éthylène parait appelé à remplacer tous les autres procédés chimiques préconisés jusqu’à ce jour dont la plupart, y compris la chloropicrine, sont d’ailleurs interdits par la législation phytosanitaire actuelle.
- (12) Il est incontestable que le traitement rationnel contre les Acariens reste, quand on a l’outillage nécessaire, la dessiccation des denrées, par exemple par un courant d’air chaud, afin qu’en magasin de stockage l’humidité soit inférieure à 12 p. 100, pourcentage au-dessous duquel ces animaux ne peuvent vivre et surtout se multiplier.
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- NOTE BIBLIOGRAPHIQUE
- Les Annales d'Hygiène publique, industrielle et sociale d’octobre renferment une note, très intéressante, sur les intoxications par l'oxyde de carbone, de M. Kohn Abrest, Directeur du Laboratoire de Toxicologie de la Préfecture de Police.
- Sur 100 affaires d’empoisonnements mortels qui déclenchent l’action judiciaire et dont le Laboratoire a à connaître, environ 25 cas sont dus à l’oxyde de carbone (soit 50 en 1935 à Paris). Leur nombre est de plusieurs centaines pour toute la France et il croît tous les ans; comme les accidents du travail et les suicides par le gaz de ville n’entrent dans le total que pour moins d’un tiers, on peut dire qu’à Paris seulement 40 à 45 personnes par an meurent empoisonnées par l’oxyde de carbone ; et cela à cause de l’emploi de plus en plus fréquent de poêles à combustion lente, c’est-à-dire incomplète, dégageant ou pouvant dégager de l’oxyde de carbone. Ces accidents se reproduisent avec une étonnante régularité chaque année, au retour de l’hiver, quand on rallume les feux.
- M. Kohn Abrest met en garde les usagers de poêles à combustion lente; ils peuvent être mal conçus, mal entretenus, et mal installés, dans des cheminées, qui peuvent elles-mêmes être défectueuses ou mal installées. La plupart de ces cheminées ont été et sont d’ailleurs encore conçues pour brûler du charbon ou du coke sur des grilles ou du bois sur des chenêts, c’est-à-dire en produisant un fort tirage.
- Quant aux poêles à combustion lente, même bien conçus et bien conduits, c’est-à-dire conformément aux prescriptions du constructeur, comme ils ne provoquent qu’un faible tirage, à moins d’être le siège d’une combustion vive, ce qui est toujours possible, ils peuvent donner lieu à des refoulements de gaz de la combustion parleurs conduit de fumée; on en connaît quelques causes; mais il y en a d’autres, mal connues et contre lesquelles on ne peut rien.
- L’intoxication aiguë par l’oxyde de carbone est accompagnée d’une anesthésie générale et d’un coma plus ou moins longs : l’intoxiqué ne se rappelle aucun des faits qui ont précédé sa perte de connaissance. Aux mêmes concentrations dans l’air, les gens en plein travail sont intoxiqués 4 fois plus vite que ceux qui sont au repos.
- L’empoisonnement aigu par l’oxyde de carbone est pris souvent pour une intoxication alimentaire : par exemple, on trouve les membres d’une même famille inanimés autour d’une table garnie; en cas de doute, il faut appeler Police-Secours, en spécifiant de quoi il s’agit; ce sont les sapeurs-pompiers de Paris, très au courant de ces sortes d’intoxications, qui viennent, munis des appareils nécessaires pour porter les premiers soins. Donnés intelligemment et à temps, ils provoquent quelquefois de véritables résurrections.
- On sait que le composé que donne l’oxyde de carbone avec l’hémoglobine du sang est beaucoup plus stable que celui qu’elle forme avec l’oxygène; néanmoins, la réaction, est régie par la loi d’action de masse et est réversible; d’où la thérapeutique, nécessaire et suffisante, de l’intoxication oxycarbonée, qui consiste à faire arriver au contact du sang, par les poumons, une atmosphère riche en oxygène. Le masque des docteurs Legendre et Nicloux, en service chez les sapeurs-pompiers de Paris, réalise ces conditions.
- M. Kohn Abrest passe en revue les causes qui peuvent donner lieu à la production ou au refoulement de l’oxyde de carbone dans une pièce habitée ; il énonce les précautions, toutes nécessaires, mais dont aucune, seule, n’est suffisante, pour éviter l'intoxication oxycarbonée. e. l.
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ CONSEIL D’ADMINISTRATION
- SÉANCE PUBLIQUE DU 24 OCTOBRE 1936 Présidence de M. M. Lacoin, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- M. Frot (Georges), (#) industriel, 14, rue des Pyramides, Paris (lor), présenté par M. C. Rlétry et M. Bourdel;
- M. Rallu (Tony), (ijfc, .0. H), Ingénieur agronome, professeur à l’Institut national agronomique, directeur de la Station centrale d’Essais de Machines du Ministère de l’Agriculture, 2, avenue de Saint-Mandé, Paris (12e), présenté par M. Hitier et M. Schribaux.
- M. Painvin (Georges-Jean) (0. ^), Ingénieur en chef hors classe du Corps des Mines, vice-président et administrateur-délégué de la Société d’Electro-chimie, d’Électrométallurgie et ses Aciérées électriques d’Ugine, 36, rue Michel-Ange, Paris (16e), présenté par M. Léon Guillet.
- M. Bergeron (Louis) (^,11), Ingénieur des Arts et Métiers et des Arts et Manufactures, professeur à l’École centrale des Arts et Manufactures, 14, boulevard Ornano, Paris (18e), présenté par M. Fieux.
- M. Mesnager (Jacques) (I), ancien élève de l’Ecole polytechnique et de l’École nationale des Ponts et Chaussées, ingénieur-conseil, professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, 182, rue de Rivoli (1er), présenté par M. Magne.
- MM. Frot et Ballu sont lauréats de la Société d’Encouragement.
- M. Lacoin, président. —J’ai le très vif regret de vous annoncer que notre Société a perdu trois membres de son Conseil depuis la dernière séance publique : M. Louis Blériot, décédé le 1er août; le professeur Frédéric Bordas, décédé le 11 septembre, et M. Henry Le Chatèlier, décédé le 17 septembre.
- Louis Blériot était un des membres de notre Conseil les plus connus du grand public; car c’est lui qui, le premier, traversa la Manche en avion le 23 juillet 1909 et cet exploit eut un retentissement considérable dans le monde
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- entier. Louis Blériot a succombé le 1er août des suites d’une maladie de cœur dont il souffrait depuis plusieurs années et qui donnait les plus vives inquiétudes à son entourage. Malgré son mauvais état de santé, il avait accepté de faire partie de notre Conseil, en 1934, à la suite de la manifestation organisée cette même année à l’Ecole centrale pour célébrer un triple anniversaire : le cinquantenaire du transfert de cette école à son emplacement actuel; celui de la mort de J.-B. Dumas, un des principaux fondateurs de cette école, et le 25e anniversaire de la première traversée de la Manche en avion. On trouvera le compte rendu détaillé de cette manifestation dans le Bulletin de janvier 1935, p. 42 à 58.
- Louis Blériot faisait partie de notre Comité de Commerce.
- Né à Cambrai, le 1er juillet 1872, Louis Blériot se destina dès sa jeunesse à l’Ecole centrale des Arts et Manufactures d’où il sortit ingénieur diplômé en 1895.
- Attiré par l’automobile, il se ht tout d’abord connaître comme constructeurs de phares et d’accessoires, et créa la Société Blériot-Phares.
- A l’Exposition de 1900, il voit l’appareil d’Ader; il l’étudie et, dès lors, sa voie est tracée : il construira une machine volante plus lourde que l’air. Encouragé par Archdeacon, l’apôtre de tous les sports et en particulier de l’aviation qui était à ses débuts, dès 1901, il construit un premier engin à ailes battantes qu’il ne réussit pas à faire voler. Puis en 1903, il s’oriente définitivement vers le monoplan; il en construit de divers modèles qu’il monte lui-même et que, peu à peu, il perfectionne. Il consacre presque toute sa fortune à ces essais et, plusieurs fois, il est victime d’accidents graves. D’année en année, sa maîtrise s’affirme.
- En 1906, premier essai mémorable avec Gabriel Voisin sur un planeur remorqué par canot automobile. En 1907, il effectue ses premières envolées à bord de monoplans sur les terrains de Bagatelle et d’Issy-les-Moulineaux, et, le 17 septembre 1907, il vole sur une distance de 184 m. Le 31 octobre 1908, avec le Blériot VIII bis, il effectue le premier voyage aérien en circuit fermé (Toury-Arthenay et retour, en Beauce) avec escales en pleins champs. Le 13 juillet 1909, il gagne le Prix du voyage Etampes-Chevilly avec le Blériot XL Quelques jours après, enfin, le 25 juillet, souffrant encore d’une brûlure à la jambe reçue au cours de son dernier vol, il franchit le Pas-de-Calais entre Calais et Douvres en 37 minutes sur le même appareil, à moteur Anzani de 25 ch.
- La traversée de la Manche a marqué une date importante de l’histoire de l’aéronautique ; elle fit prévoir les possibilités futures de l’aviation, provoqua des recherches qui aboutirent rapidement à des progrès considérables. La construction des avions devint à la fois une science et une industrie.
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- Dès 1909, Louis Blériot développe son industrie et organise dans ses usines de Levallois-Perret la construction en série de ses monoplans avec lesquels Chavez, Pégoud, Leblanc et Garros enlèvent de nombreux records.
- Pendant la guerre, cette organisation permit à la Société Spad, dont il était président, de fournir aux armées 18 avions de combat par jour. La guerre finie, Blériot se consacra à la construction de nouveaux types d’avions de grande puissance, notamment pour le tourisme et les transports.
- G’est des ateliers de Blériot que sortirent le Joseph-Le Brix, détenteur d’un record mondial, et le Santos-Dumont, qui effectua régulièrement les premières traversées de l’Atlantique Sud.
- Louis Blériot fut lauréat avec Gabriel Voisin, en 1909, du prix Osiris. Il fut le premier titulaire du brevet de pilote. Il était membre du Conseil d’administration de l’Aéro-Club, président d’honneur de la Chambre syndicale des Industries aéronautiques.
- Il avait été fait chevalier de la Légion d’honneur quatre jours avant la traversée de la Manche; il était commandeur de cet ordre et aussi grand dignitaire de plusieurs ordres étrangers.
- Nous adressons nos très vives condoléances à Mme Louis Blériot et à ses enfants, ainsi qu’à M. André Blériot, frère de notre regretté collègue.
- Avec le professeur Frédéric Bordas, décédé le 11 septembre, disparaît l’un des plus anciens membres de notre Conseil.
- Né au Pecq le 1er janvier 1860, Bordas quitta la France dès sa plus jeune enfance pour l’Ile Maurice, où il fit ses premières études et où il resta jusqu’à l’âge de 18 ans; c’est là qu’il prit goût aux études d’agronomie, d’hygiène et de pathologie. Il compléta ses études à l’Université de Cambridge en Angleterre, puis entra à l’Institut agronomique de Paris d’où il sortit diplômé en 1883. Y étant élève, il prépara son doctorat en médecine qu’il obtint la même année; il n’exerça jamais et se consacra aussitôt à des travaux de laboratoire, notamment de chimie.
- Il travailla d’abord sous la direstion de Brouardel, puis, en 1888, avec Ogier, dans son laboratoire de toxicologie; en 1894, il entra au Laboratoire municipal dont il devint le sous-directeur en 1896. Les nombreux travaux, notamment sur les fraudes et falsifications des denrées alimentaires, qu’il y fit avec Girard, le firent désigner, en 1903, comme directeur du Laboratoire des Douanes et de la Garantie du Ministère des Finances, poste qu’il occupa jusqu’à sa retraite en 1932. L’œuvre qu’il y poursuivit avec ses collaborateurs, fit de ce laboratoire un organisme dont l’autorité fut bientôt universellement reconnue; l’organisation du service de la répression des fraudes et des falsi-
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- fications et la loi du 1er août 1905, sur cette répression, sont aussi son œuvre et celle de son collaborateur Elugène Roux.
- A partir de ce moment, l’hygiène publique, industrielle et sociale devient la grande préoccupation du Dr Bordas. En 1903, il est nommé Inspecteur général adjoint des Services techniques d’hygiène à la Préfecture de Police et, en 1915, Inspecteur général de ce service. Là, il est amené à se préoccuper plus particulièrement de la protection des nouveau-nés et de l’enfance.
- En 1904, il avait été nommé professeur suppléant au Collège de France où, en 1913, il dirigea le laboratoire d’hydrologie et de climatologie, matières dont il organisa l’enseignement.
- Depuis 1907, le Dr Bordas faisait partie du Conseil supérieur d’Hygiène publique et du Comité consultatif des Arts et Manufactures qui le chargèrent de nombreux rapports sur le lait, les eaux potables, le traitement des eaux usées et des ordures ménagères, la toxicologie, l’hygiène industrielle, les fumées. C’est lui qui, pendant la guerre, en qualité de médecin principal, organisa le service sanitaire et la désinfection dans le camp retranché de Paris, et cela tout en continuant à diriger le laboratoire des Douanes où il eut à s’occuper de l’importante question de notre approvisionnement en combustibles liquides. De même, pendant la guerre, il organisa la désinfection sur le front, et notamment l’incinération des cadavres d’animaux et des déchets putrescibles de toute sorte.
- Bordas a été un des fondateurs de la Société des Experts-Chimistes et, avec Eugène Roux, des Annales des Falsifications et des Fraudes, de la Société d’Hygiène publique, industrielle et sociale, des Annales, organe de cette Société, et aussi de l’Institut national d’Orientation professionnelle.
- Les travaux scientifiques du Dr Bordas sont extrêmement nombreux; ils ont fait l’objet de communications aux corps savants, et la plupart des méthodes d’analyse qu’il a instituées sont aujourd’hui officielles. Ces travaux lui valurent de nombreux prix et distinctions honorifiques, françaises et étrangères. Il était commandeur de la Légion d’honneur depuis 1911.
- Le Dr Bordas était entré au Conseil de la Société d’Encouragement en 1909; il faisait partie du Comité des Arts économiques, qui a l’hygiène industrielle dans ses attributions. Il en devint le président en 1933. Il a été aussi vice-président de notre Société.
- A la Société d’Encouragement, notre collègue s’est signalé par de nombreux rapports, notes et interventions sur des questions d’hygiène. Nous n’en signalerons que trois : la suppression des fumées et des poussières, l’épuration des eaux résiduaires industrielles, et le traitement des eaux d’égout; cette dernière question a fait l’objet d’une étude approfondie, résumée dans un /35e Année. — Décembre 1936. 48
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- mémoire paru en 1916 et intitulé : La désintégration de la matière organique par protéolyse microbienne, qui a valu à leurs auteurs, MM. Bordas et Bruère, le prix Gréant de l’Académie des Sciences.
- Les deux premiers problèmes, surtout celui des eaux résiduaires industrielles, sont encore extrêmement difficiles en raison surtout de leur diversité et de leur complexité. En effet, les services d’hygiène prescrivent bien aux industriels de ne pas envoyer dans l’atmosphère où les fleuves des gaz ou des produits dangereux, en indiquant, rarement d’ailleurs, le degré de souillure qui ne doit pas être dépassé; mais ils ne donnent aucun renseignement sur les moyens à employer pour obtenir ce résultat. Le Dr Bordas aurait désiré qu’on fît une grande enquête auprès des industriels ayant obtenu des résultats satisfaisant l’Administration, pour en tirer des conclusions générales s’appliquant à chaque espèce d’industrie. C’était là une oeuvre de longue haleine, extrêmement difficile mais qu’il faudra bien se résoudre à entreprendre un jour.
- Il est remarquable que le Dr Bordas, toutes les fois qu’il a pu intervenir pour formuler des règles aux industriels, s’est toujours préoccupé des moyens d’y satisfaire et de prévoir les modifications ou exceptions que l’on serait amené à y apporter dans l’avenir pour tenir compte des progrès de la technique et de l’hygiène.
- Partout où il a passé, le Dr Bordas a laissé le souvenir d’un homme d’une grande bonté, bienveillant et dont les conseils éclairés étaient toujours justes et fructueux.
- Nous adressons à Mme Bordas, à ses enfants et à ses petits-enfants l’expression de nos plus vifs regrets et de notre sympathie.
- M. Lacoin, président, prononce ensuite les paroles suivantes :
- MES CHERS COLLÈGUES,
- Au cours des vacances, notre Société a été frappée d’un deuil qui touche également la France et le monde scientifique tout entier : celui d’Henry Le Chatelier. Je n’essaierai pas de vous retracer toute l’œuvre scientifique qui a rempli chez Henry Le Chatelier une carrière de plus de soixante ans. Je voudrais seulement aujourd’hui, en reprenant avec vous un résumé des travaux qu’il a entrepris sous l’égide de notre Société, et de ceux où il nous a apporté son inappréciable collaboration, dégager, pour ceux de nos collègues qui ne l’ont pas connu et pour ceux qui nous suivront, quelques traits principaux de cette grande figure, une des plus belles de celles qui illustrent notre Compagnie. Faire rayonner les principes qui faisaient sa force, sa valeur et sa fierté, n’est-ce pas également rendre, à lui et aux siens, l'hommage qu’il eût préféré, s’il n’eût été, d’une façon absolue, ennemi de toute pompe.
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- A ceux qui Adouciraient admirer de plus près cette grande figure, je conseille de relire la plaquette de son cinquantenaire scientifique célébré en 1922. Au cours des remerciements qu’il adressait à ses amis et à ses admirateurs, pour leur hommage et pour la création de la Fondation Henry Le Chatelier de Recherches industrielles, il leur exposa, avec toute la franchise qui le caractérisait, les principes qui avaient gouverné sa vie scientifique et dirigé toute sa carrière. Aucun document ne donne mieux l’idée de ce que furent chez Henry Le Chatelier l’homme et le savant.
- Entré en 1869 à l’École polytechnique et sorti dans le Corps des Mines, il quitte l’École des Mines en 1873; il y revient quatre ans après comme professeur de chimie générale. 11 est membre de notre Société en 1884, et dès 1885, nous trouvons dans nos archives la trace de ses interventions. Cette collaboration se traduit, au cours des 50 années qui vont suivre, par les entreprises les plus importantes de notre Société; et, sans interruption, elle se manifestait encore cette année par un discours ouvrant notre série de séances sur les progrès de la métallurgie.
- Membre du Comité des Arts chimiques en 1885, président de la Société en 1904, il n’a cessé, malgré les charges éminentes que lui apportaient ses travaux scientifiques, ses cours à l’Ecole des Mines, au Collège de France, à la Sorbonne, et les relations scientifiques que lui imposait sa renommée internationale, de nous apporter le concours le plus dévoué et le plus modeste. Ce fut pour moi un vrai étonnement de voir, en 1918, Henry Le Chatelier se charger de préparer personnellement le programme de physique des jeunes gens mobilisés pour lesquels la Société avait bien voulu créer, sur ma proposition, à la fin de la guerre, le Comité du Retour aux Études techniques.
- La carrière scientifique d’Henry Le Chatelier fut extrêmement rapide. Nommé en 1877 professeur à l’Ecole nationale des Mines, il publiait déjà en 1888, dans les Annales des Mines, un mémoire sur les équilibres chimiques, qui faisait de lui le rénovateur ce la chimie minérale.
- Comme il l’indiquait dans son introduction, en rappelant les études anciennes sur les réactions inccmplètes, les réactions ainsi limitées étaient connues en nombre faible, et étaient considérées comme des exceptions. Sainte-Claire Deville avait entrevu la généralité de ce fait, et avait affirmé qu’au lieu d’être une exception elles étaient la règle, et il donne les principes qui pouvaient conduire à la connaissancedes lois réglant ces équilibres. Mais l’étude de ces lois avait été pratiquement laissée de côté. Les découvrir par des recherches expérimentales, telle fut la première œuvre de Le Chatelier; et, lorsqu’il publia ces lois en 1888, il s’empressa de montrer qu’elles touchaient toutes les fabrications industrielles; en particulier, qu’une petite expérience de laboratoire fondée sur ces lois aurait évité aux Anglais des constructions de hauts four-
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- neauxmal proportionnés. Il avait ainsi parfaitement mesuré l’énorme influence que la connaissance de ces lois allait exercer sur la plupart des industries.
- Loin du reste de s’attribuer le mérite exclusif de cette vraie révolution, il racontait souvent comment certaines conversations avec des chimistes étrangers l’avaient parfois amené à trouver la solution de l’un de ces problèmes complexes, que ses expériences posaient, et qu’il n’avait pas encore pu intégrer dans une loi d’ensemble.
- Nommé professeur de chimie minérale au Collège de France en 1888, il remplaçait Henri Moissan en 1907 à l’Académie des Sciences ; et, dans ses deux laboratoires de l’École des Mines et de la Sorbonne, les élèves se pressaient, recherchant la direction d’un maître qui orientait leurs travaux, tout en suscitant leurs initiatives, et inventant, au jour le jour, les procédés de mesure et les instruments nécessaires à l’aboutissement des études souvent fort ardues qu’il leur confiait.
- Ces succès étincelants ne l’empêchèrent d’ailleurs pas d’exercer au sein même de notre société une action féconde. En voici les traces les plus palpables :
- En 1888, rapporteur des prix à décerner pour l’étude expérimentale des propriétés physiques des métaux, il fait attribuer le prix à Osmond pour ses recherches sur la constitution et les points de transformation et de recuit des aciers, qui seront la base ultérieure de toute la technique du traitement et de l’emploi des aciers dans l’industrie. Tout en approuvant ces travaux, il n’hésite pas à les critiquer : il en dégage des principes et propose d’étendre ces recherches aux alliages de cuivre.
- En 1890, c’est un rapport sur la création de l’industrie du ciment de laitier, grâce à une granulation des laitiers par trempe, qui permet à la matière de se vitrifier sans cristalliser, malgré son caractère basique.
- En 1892, note sur la température des foyers industriels dans laquelle il montre quels progrès ses deux inventions récentes, le pyromètre thermo-électrique à platine rhodié et son pyromètre optique, font réaliser dans la connaissance des hautes températures.
- Parmi ces progrès, il nous suffira de citer:
- l’établissement des points de fusion et de transformation des aciers et l’élimination de certaines théories sur la constitution des aciers;
- la mise au point de la fabrication de la fonte au Bessemer;
- le relevé des températures de coulée dans les cornues, dans les poches, dans les lingotières;
- l’étude des échanges de chaleur et des températures de réaction dans les fours Siemens-Martin, dans les fours à creuset, dans les récupérateurs et les gazogènes ;
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- enfin, le contrôle par les températures des opérations des marteaux-pilons et des laminoirs.
- C’est, en résumé, à toute la métallurgie que ces deux appareils venaient apporter la possibilité de mesures précises et avec elles de progrès.
- En 1893, Henry Le Chatelier propose à la Société l’attribution d’un prix à Robert Austen montrant qu’alors que la France paraissait laisser de côté les travaux d’Osmond, Austen avait su, à la fois, les continuer, les faire connaître au monde et faire appliquer leurs conclusions dans l’industrie anglaise. Il montre en même temps le rôle joué par l’Iron and Steel ïnstitute et l’Institute of Mechanical Engineers, et met en évidence l’influence considérable sur les propriétés mécaniques des métaux, de l’introduction de faibles quantités d’autres métaux.
- Ces travaux terminent une première phase de l’action d’Henry Le Chatelier dans notre Société. On y trouve déjà la trace la plus nette de l’orientation future de l’activité qu’il provoquera dans notre Société et les raisons de son prestigieux rayonnement.
- Henry Le Chatelier est avant tout un savant qui s’est fait de la méthode scientifique une règle de travail et de vie, et pour qui la recherche méthodique des relations et l’analyse des faits industriels est la source de la science et du progrès de l’industrie. Il s’attaque spécialement à toutes les opérations industrielles qui vivent encore de routine : fabrication des aciers et alliages, métallurgie, laitiers, verres et réfractaires, et, pour les rénover, il invente ou développe les études des métaux, de leur résistance électrique, des forces électro-motrices de dissolution, des points de transformation et la métal-lographie microscopique. Tel va être le champ principal de ses efforts, le champ vers lequel il dirigera les travaux de ses élèves.
- Développer la science par l’analyse des pratiques et des incidents industriels, développer la technique industrielle par des études scientifiques de laboratoire, établir une liaison intime entre le laboratoire de hautes études et l’industrie, tel sera le programme d’action de toute sa vie. Vous me permettrez de signaler combien ce programme concorde avec celui de notre Société, avec celui des deux hommes qui l’ont incarnée dans les débuts : Chaptal et Jean-Baptiste Dumas.
- Comme il faut à l’industrie et à la science des ingénieurs et des savants, Henry Le Chatelier en étudiera également la formation et sera l’introducteur et l’apôtre en France des principes d’organisation scientifique du travail de Taylor, et de toutes les réformes de l’enseignement. Il ouvrira également ses portes et son laboratoire à tous les jeunes qui ont besoin de conseils, qui veulent orienter leur vie vers un travail scientifique ou un progrès matériel ou social; et à tous, sur un ton, à la fois très simple, très amical et rude par
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- sa franchise directe, il donne un conseil, un seul, celui de la méthode scientifique et de la recherche patiente, humble et sincère, des faits et de la vérité.
- A la suite de cette phase préliminaire, au cours de laquelle Henry Le Cha-telier entraîne le Conseil de la Société vers des encouragements plus précis aux recherches scientifiques, surgissent rapidement des résultats importants, que la Société d’Encouragement publie sous forme de volumes tirés à part, renfermant les résultats de ces recherches nouvelles, et la réimpression de quelques études antérieures, permettant ainsi aux techniciens de trouver en un volume les derniers progrès de la science industrielle qui les intéresse.
- En 1896, c’est le rapport de la Commission des Alliages, créée en 1893, et renfermant sept rapports et huit annexes, signés de Charpy, Gautier, Austen, Osmond, Mme Curie, Moozeboom, Guillaume, Carnot et Goûtai et d’Henry Le Chatelier lui-même.
- En 1896 également, commencent à paraître les résultats des recherches sur la céramique, qui donnent lieu, en 1906, à un ensemble de mémoires extrêmement importants, comprenant trente rapports traitant les principaux aspects de la céramique scientifique, depuis l’inventaire géologique et chimique des argiles de France jusqu’à la technique de la céramique, à la mesure des hautes températures et à l’enseignement scientifique de la céramique à l’étranger. Nous y retrouvons les noms des principaux disciples de Le Chatelier, dont beaucoup sont nos collègues.
- Les recherches subventionnées par notre Société avaient du reste été codifiées sur la proposition d’Henry Le Chatelier, et subordonnées à trois conditions : l’approbation d’un programme de recherches préliminaires, la surveillance des recherches par deux membres du Conseil, et, avant le paiement de la seconde partie de la subvention, l’établissement du rapport définitif. Ces conditions sont devenues réglementaires dans notre Société.
- A peu près à la même époque, l’enseignement d’Henry Le Chatelier fut mis à la disposition du public, en quelques ouvrages fondamentaux qui ont pris place dans les classiques de la science.
- Ce furent, en 1903, les Leçons sur le carbone, en 1912, Le chauffage industriel, qui était en fait l’épanouissement de son cours de métallurgie générale à l’Ecole des Mines; enfin, en 1914 Silice et silicates, qui, ainsi qu’il l’annonçait dans sa préface, apportait la lumière dans un domaine jusque-là méprise et généralement ignoré, bien qu’il représente plus des neuf dixièmes de la croûte terrestre.
- Chacun de ces livres comportait en effet une préface, annonçant le but des travaux auquel l’ouvrage était consacré, et constituant une sorte de message aux chercheurs et aux savants; message précieux, car c’est là qu’on retrouve le mieux ses idées, ses méthodes, son idéal.
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- Et, dans notre Société aussi, c’est principalement à une propagande en laveur de toutes les idées qui faisaient sa force, et qui lui étaient chères, qu’il consacre dorénavant sa collaboration à nos travaux.
- En 1904, en nous apportant le compte rendu du Congrès de l’Iron and Steel Institute, il rappelle l’influence qu’ont eue sur sa carrière les études de Lothian Bell, et définit ce que doit être l’éducation technique. C’est pour lui « l’étude de la nature réelle » telle que l’ont comprise Lavoisier, Fresnel, Sadi-Carnot et Kelvin. Et il lance en même temps l’idée d’études scientifiques internationales en commun sous l’impulsion des industries de l’Angleterre, de la France, des Etats-Unis, de l’Allemagne et de la Suède.
- Dans son premier discours présidentiel d’assemblée générale, en janvier 1905, il pose le principe que « Toute vérité est utile et bonne à dire », et, reprenant l’histoire de notre Société, montrant les sommets et les creux de son évolution, il propose de tourner spécialement son activité du côté des recherches scientifiques industrielles.
- En 1915, dans une note sur Le rôle de la science dans la lutte contre Vindustrie allemande, il donne les résultats d’une enquête faite par la Société, et montre la nécessité d’une alliance entre la science et l’industrie, pour suivre l’évolution qui réserve les succès aux usines munies de laboratoires et de savants. Il y critique la place prépondérante accordée en France aux sciences abstraites au détriment des sciences expérimentales, et préconise une réforme de la formation des ingénieurs.
- En 1916, autre note sur La science dans ses rapports avec le développement économique du pays, combattant le scepticisme de l’industrie française à l’égard du laboratoire et de la science. Enfin, en 1926, il nous donne une note sur La lutte contre le gaspillage, organisée en Amérique, au cours de laquelle il établit un schéma, plein de sympathie, du développement scientifique dans l’industrie américaine, en préfaçant une traduction, faite par notre agent général, M. Lemaire, sur le programme d’action du président Hoover, Elimination of waste, la suppression du gaspillage.
- Mais, parmi ces manifestations en faveur de l’introduction de la méthode scientifique dans la vie économique et sociale, il faut faire une place très spéciale à sa campagne en faveur du taylorisme.
- En compagnie de notre regretté collègue de Fréminville, qu’il avait présenté lui-même à Taylor, sans se douter peut-être qu’il orientait ainsi toute la fin de la carrière de son ami, il expose en 1914, en séance publique, les principes de la taylorisation. Il montre comment ces principes s’appuient sur des bases scientifiques et combien ce mouvement, loin d’être pour l’ouvrier une menace, doit lui apporter un progrès économique et social.
- La Berne de Métallurgie, née ici, en 1903, des œuvres d’Henry
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- Le Chatelier parce que notre Bulletin n’arrivait plus à suffire aux études à publier, célébrera dans un numéro spécial les travaux scientifiques de son créateur. De même, le groupement L'organisa'ion française consacrera un travail spécial à l’œuvre d’Henry Le Chatelier et de Fréminville, dans le domaine de 1’organisation scientifique du travail. Je me bornerai donc ici à peindre l’attitude que Le Chatelier eut à l’égard du mouvement taylo-risant. Il ne cessa de l’encourager, de le présenter au public français, de le suivre, de le dégager de ses formules parfois trop routinières ou matérielles, pour lui rappeler ses bases scientifiques, et, par ses écrits, il fut un des plus ardents propagateurs du taylorisme en France.
- Mais dans ce mouvement, ce qui le séduisait c’était moins l’aspect administratif correspondant à la division et à la répartition du travail, que la préparation technique qui profite de la division du travail pour étudier scientifiquement les opérations industrielles, analyser, supprimer les pertes de matières et de temps, et améliorer, par une étude approfondie, les procédés de fabrication et l’outillage. Il y voyait une application universelle de la recherche scientifique mise au service de l’industrie, une formule d’éducation pour la masse des ingénieurs, des contre-maîtres et des ouvriers, enfin, une méthode permettant de dégager la vérité et d’atténuer ainsi les discussions entre ouvriers et patrons.
- En dehors de ces œuvres principales, à quelle œuvre de science et de progrès industriels Henry Le Chatelier n’a-t-il pas collaboré! Association internationale des Méthodes d’essai des Matériaux, dont il fut l’introducteur en France; amélioration et réorganisation des études classiques, etc, partout il apporta son concours à la fois ferme, franc et modeste. Notre Comité des Arts chimiques a tenu à rappeler spécialement sa longue collaboration, par une note qui sera reproduite dans notre Bulletin (1).
- Mes chers Collègues, les faits que je vous ai apportés ici vous ont montré l’homme et le savant à l’œuvre. Que puis-je ajouter à ce langage des faits qui fut toujours son langage préféré? J’ajouterai seulement que, dans sa nombreuse et brillante famille, à laquelle j’apporte à nouveau l’hommage ému de nos condoléances, son action fut également celle d’un homme éminent par l’intelligence, le dévouement et le cœur. A la veille de sa mort, il cherchait encore à éveiller dans l’esprit de ses petits-enfants qui l’entouraient, l’esprit de science, d’énergie, de discipline et de sincérité. Appuyé sur sa foi scientifique et sur sa foi chrétienne, il avait attendu la mort sans crainte, et elle vint le chercher sans que son intelligence, sa lucidité et son dévouement aient jamais subi l’atteinte de la vieillesse.
- (1) Voir p. 738 du présent numéro.
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- Henry Le Chatelier restera une de nos gloires; il peut être l’orgueil de sa famille. Que ce soit une consolation pour sa veuve, et pour ses enfants et petits-enfants. Sa vie est une des plus précieuses leçons qui puissent être proposées à la jeunesse de notre pays. J’espère que bientôt, quand tous ses innombrables disciples, fils de son esprit, auront pu apporter à ses amis les témoignages détaillés de son action rayonnante et de son inaltérable dévouement, il nous sera permis de dresser à Henry Le Chatelier, tout au moins sous la forme d’une histoire de sa vie, un monument où tous ceux qui l’ont connu
- et aimé auront la surprise de le trouver plus grand encore qu’ils ne croyaient,
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- et la joie de le faire revivre en le proposant à l’imitation de la postérité.
- M. Lacoin, président. — J’ai le très vif plaisir de vous annoncer la promotion de deux de nos collègues du Conseil dans l’ordre de la Légion d’honneur : M. Georges Risler, président de notre Comité de Commerce, qui a dans ses attributions les œuvres sociales, a été promu grand croix; et M. Marcel Magne, président de notre Comité des Constructions et des Beaux-Arts, a été promu commandeur.
- Nous adressons à ces deux collègues, nos très vives félicitations.
- M. Lacoin, président, présente M. René Castro en rappelant qu’il a déjà fait une communication à la Société sur le dosage des gaz dans les métaux et alliages (2) et que, l’an dernier, elle lui a décerné une récompense pour ses études sur l’oxygène dans les aciers, sujet dont il va nous entretenir. Il annonce que la discussion sera dirigée par M. Portevin.
- M. René Castro, Ingénieur des Arts et Manufactures, ingénieur aux Laboratoires des Aciéries électriques d’Ugine (Savoie), fait une communication sur L’oxygène dans l’acier (3'.
- M. Lacoin, président, remercie M. Castro et MM. Portevin et Chevenard ainsi que le colonel Nicolan qui ont bien voulu collaborer à la discussion. Il exprime le vœu qu’une conférence sur le même sujet se renouvellera le jour où toutes les incertitudes et les hypothèses que nous ont signalées MM. ( Castro et Portevin auront fait place à des connaissances précises.
- La séance est levée à 18 h. 30 ra.
- (2) La trompe à mercure, à collection et à fonctionnement automatique, que M. Castro a imaginée pour recueillir, en vue de leur dopage, les gaz dégagés par les aciers quand ils sont fondus dans le vide, a été décrite par lui dans le Bulletin de mars 1933, p. 187-194.
- (3) Voir à la page 677 du présent numéro, le texte in extenso de cette communication et le compte rendu de la discussion qui l’a suivie.
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- COMITÉ DES ARTS CHIMIQUES
- EXTRAIT DU PROCÈS-VERBAL DE LA SEANCE DU 13 OCTOBRE 1936
- M. L. Bâclé, président du Comité, en ouvrant la séance, prononce les paroles suivantes :
- MES CHERS COLLÈGUES,
- Vous connaissez le deuil cruel qui est venu frapper la Société d’Encouragement, et spécialement notre Comité, par la mort de notre vénéré Président d’honneur, Henry Le Chatelier, qui a succombé au cours du mois dernier, et je suis certain d’interpréter vos sentiments unanimes, en disant toute la peine que nous éprouvons de la perte de cet éminent collègue qui honorait si hautement la science française.
- Je n’ai pas besoin de rappeler devant vous l’autorité incontestée qu’il s’était acquise dans le monde scientifique et industriel, à la fois comme savant, comme professeur et comme ingénieur, et qui nous rendait si fiers de pouvoir le compter dans nos rangs.
- Comme savant, nous pouvons dire en effet que son nom restera inscrit dans l’histoire de la science, à côté des noms glorieux des principaux auteurs des grandes découvertes et des lois qu’elle a pu formuler, car il est l’un des fondateurs de cette science en formation de la mécanique chimique, pour laquelle il a découvert les deux grandes lois, qui portent son nom, sur les relations respectives des facteurs de l’équilibre chimique et les déplacements dont ils sont susceptibles.
- Comme professeur, il a enseigné successivement à l’École nationale supérieure des Mines, au Collège de France et à la Sorbonne, et, dans ces chaires de haute science, il a formé de nombreux élèves à qui il a su inspirer le véritable esprit de recherches scientifiques, en leur apprenant à distinguer systématiquement tous les facteurs en présence dans la réaction étudiée, de façon à pouvoir déterminer l’action propre de chacun d’eux, appliquant en cela la méthode analytique préconisée par Descartes. Tous ses élèves ont trouvé en lui un protecteur et un ami, et surtout l’animateur avisé, sachant les diriger à leurs débuts, si bien que nombre d’entre eux sont devenus des maîtres à leur tour.
- Comme ingénieur, Henry Le Chatelier a su imposer également sa maîtrise, non seulement dans la science chimique à laquelle il s’était spécialement attaché, mais aussi dans les ordres d’activité les plus divers, en montrant toute la fécondité des résultats qu’on peut attendre de l’application des connaissances scientifiques pour éclairer et faire progresser la technique industrielle.
- Là encore, il s’est révélé comme un maître dont l’autorité s’est imposée non seulement en France, mais aussi dans les autres pays industriels, et tous les corps savants, notre Académie des Sciences comme les académies étrangères, les grandes associations techniques et industrielles, ont tenu à honneur de le compter dans leurs rangs comme membre effectif ou président d’honneur. Il était Grand Officier de la Légion d’honneur et il serait beaucoup trop long de rappeler ici les nombreuses distinctions étrangères qui lui ont été conférées et dont l’éclat rejaillit sur la science française.
- Tous les corps savants dont il a fait partie rappelleront, chacun pour leur compte, la collaboration qu’il leur a apportée, le lustre qui en est rejailli sur leurs travaux; mais il nous sera permis de dire que notre Société d’Encouragement pour l’Indus-
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- C. DES A. CHIMIQUES. — SÉANCE DU U3 OCTOBRE 1936 : HENRY LE CHATELIER. 739
- Lrie nationale, et spécialement notre Comité des Arts chimiques, était de sa part l’objet d’une prédilection particulière; il en faisait partie depuis 51 ans comme membre actif ou président, apportant toujours la plus grande assiduité dans l’assistance à nos séances qui tiraient souvent leur principal intérêt de son intervention. Il en était en effet le véritable animateur, et, comme dans sa vaste intelligence il s’intéressait à toutes les formes de l’activité industrielle, il savait toujours apporter dans l’étude des questions les plus variées, telles que l’actualité nous les posait, un avis éclairé dont les spécialistes eux-mêmes reconnaissaient la justesse et le bien-fondé.
- C’est le plus souvent à son initiative que sont dues la plupart des mesures prises au cours deces 50 années par la Société, sur la proposition de notre Comité, pour susciter, par l’attribution de subventions appropriées, les études et les travaux des chercheurs et les orienter dans les directions répondant le mieux aux besoins de l’industrie.
- Cette préoccupation d’apporter à l’industrie une aide éclairée par la science, inspirait déjà M. Henry LeChatelier lorsqu’il participait aux travaux de la Commission constituée en 1891 au Ministère des Travaux publics, en vue de l’unification des méthodes d’essai des matériaux de construction, et, s’il m’est permis de faire appel à mes souvenirs de secrétaire général de cette commission, je puis dire qu’il y faisait l’admiration de ses collègues comme étant le seul capable de traiter, avec la même compétence, les questions intéressant les ciments comme les métaux et leurs alliages.
- Pressentant déjà l’importance capitale que les aciers spéciaux allaient sans doute prendre dans l’avenir, il orienta alors sur ce sujet les travaux de notre Comité, et ces études formèrent le point de départ de la création de fa Revue de Métallurgie, fondée par lui en 1904, et qui est devenue peu à peu, en France et à l’étranger, l’organe le plus autorisé de cette grande industrie sous sa direction si bien continuée par notre savant collègue M. L. Guillet.
- Je mentionnerai également ses études sur le taylorisme comme autre exemple de l’intérêt que portait M. Henry Le Chatelier sur les questions industrielles les plus variées; mais il serait trop long de rappeler ici les nombreuses initiatives que notre Société a prises sur son inspiration pour répondre à tous les besoins de l’industrie, et qui ont contribué pour une si large part à maintenir son prestige. A ce titre, il nous apparaît bien comme le digne successeur du grand savant Jean-Baptiste Dumas qui présida aux destinées de notre Société pendant plus de 40 années et qui, lui aussi, s’attacha à provoquer les progrès des techniques industrielles en les éclairant par la science et conféra ainsi à notre Société une autorité unanimement reconnue.
- En exprimant aujourd’hui tous les regrets que nous inspire la disparition du savant éminent qu’était Henry Le Chatelier, nous ne saurions oublier ses hautes qualités morales, son désintéressement admirable, sa bienveillance envers les jeunes qui ne sollicitaient jamais en vain son appui, la simplicité de son accueil, la cordialité de ses relations qui nous le rendaient particulièrement cher; et, pour ma part, je ne me rappelle pas sans émotion le bienveillant intérêt qu’il m’a toujours témoigné.
- Qu’il nous soit donc permis d’exprimer à la digne compagne qui a partagé sa vie, et à ses enfants, la part bien vive que nous prenons tousàleur deuil, espérant qu’ils trouveront quelque consolation dans leur foi chrétienne et dans la pensée que le souvenir de ce grand savant ne saurait périr puisque son nom glorieux restera inscrit dans les annales de notre Société et dans l’histoire de la science, comme il l’est déjà dans les cœurs de tous ceux qui ont eu le privilège de le connaître et l’apprécier.
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- DÉCEMBRE 1936.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les grands réseaux de chemins de fer français, année 1935, par R. Godfernaux. Une br. 18x12 cm, de 40 p. Dunod, édit., 92, rue Bonaparte, Paris (6e), 1935.
- Index : 385 (44)
- M. Godfernaux continue l’intéressante publication qu’il a donnée précédemment (Voir Bulletins de 1934, p. 448. et de 1935, p. 603) relativement à l’exploitation des chemins de fer français. On y trouve condensés de très nombreux renseignements, qui exigeraient pour la plupart de longues recherches.
- Une introduction expose clairement les remarquables efforts des réseaux pour adapter leurs services aux besoins tout en réduisant les déficits d’exploitation, malheureusement encore très grands.
- La brochure se trouve à la Bibliothèque de la Société (pièce n° 13 853)
- e. s.
- La géologie et les mines des vieilles plateformes, par F. Blondel, Ingénieur en chef des Mines. Société d’Editions géographiques, maritimes et coloniales, édit., 17, rue Jacob, Paris, 1936. Un vol. 24 >< 16 cm, de 303 p., 59 fig. Prix, broché : 36 fr. Index : 55 -+- 622
- La moitié environ de la surface terrestre émergée correspond à des régions très anciennement consolidées, que les géologues désignent fréquemment sous le nom de vieilles plateformes.
- De telles zones présentent des traits géologiques communs dus à cette ancienneté de la consolidation. Leur analyse, peu développée par la géologie classique, parce que l’Europe occidentale ne se trouve pas dans une telle zone, intéresse au contraire, au plus haut point les géologues coloniaux français car l’Afrique presque tout entière appartient aux vieilles plateformes. On conçoit donc qu’une série des conférences organisées par le Bureau d’Études géologiques et minières coloniales au Muséum de Paris ait été consacrée à ce sujet et ce sont ces conférences qui viennent d’être éditées en un volume sous le titre La géologie et les mines des vieilles plateformes.
- L’auteur, F. Blondel, commence par définir provisoirement les vieilles plateformes comme étant des zones stabilisées depuis le début du Cambrien. Il passe ensuite en revue les pays correspondant approximativement à cette définition : Canada et centre des États-Unis, péninsule Scandinave et Russie d’Europe, Sibérie centrale, Nord de la Chine, Amérique du Sud, Afrique et Madagascar, Inde britannique, Australie occidentale, Antarctide. Cette analyse permet de préciser les caractères géologiques communs, de distinguer des séries telles que le socle cristallin, métamorphique et plissé, et la série de couverture, non métamorphique et horizontale. Les problèmes du métamorphisme, des conditions de sédimentation des terrains continentaux, de la tectonique spéciale des vieilles plateformes, etc... sont successivement abordés. Ce qui conduit d’ailleurs à assouplir la définition du début et de montrer qu’entre les diverses vieilles plateformes existent des différences très marquées dans la rigidité, différences qui sont le trait distinctif entre les zones étudiées : l’Afrique, notamment, est la plus éloignée de la rigidité absolue.
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- BIBLIOGRAPHIE. — DÉCEMBRE 1936.
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- Si l’on admet que la minéralisation d’un pays est liée, dans son ensemble, aux caractères géologiques généraux, on est conduit à penser que les minéralisations des diverses vieilles plateformes doivent posséder des traits communs. Pour les mettre en évidence d’une manière claire, l’auteur utilise une méthode qu’il a déjà appliquée antérieurement pour les gisements de zinc et de plomb, et qui consiste à rechercher les proportions relatives des productions minières, en ne donnant d’ailleurs aux chiffres ainsi obtenus qu’une signification qualitative et en leur appliquant certains tempéraments. La méthode semble très efficace, car non seulement elle met bien en évidence des caractères communs, mais même elle souligne certaines nuances entre les ressources minérales des divers pays étudiés, ou entre les séries qui ont été distinguées par l’analyse géologique.
- On peut espérer que les géologues accueilleront avec intérêt et bienveillance cet essai qui, par le fait même qu’il s’attaquait à un sujet à la fois très neuf et très vaste, doit contenir de nombreuses lacunes et erreurs. En tout cas, il apportera à ceux qui explorent les régions encore peu connues de l’Afrique française un faisceau d’éléments jusqu’ici épars dans de très nombreuses publications spécialisées et les engagera à examiner de plus près certains problèmes particuliers à ces terres lointaines.
- F. BLONDEL.
- Congrès international des Mines, de la Métallurgie et de la Géologie appliquée
- (7e session), Communications présentées à la section de Géologie appliquée.
- Section de (iéologie appliquée, 2 tonies de 27 x 20 cm, 1088 p., lig., 13, rue de
- Bourgogne, Paris, 1936. Prix des deux tomes brochés, 120fr.(l). index : 55 : 063
- Les communications présentées à la Section de Géologie appliquée du Congrès international des Mines, de la Métallurgie et de la Géologie appliquée, pour la septième Session, tenue à Paris en octobre 1935, ont été réunies en deux gros volumes in-4° de 1100 pages au total.
- Quelques chiffres montreront d’abord l’étendue de la documentation contenue dans ces volumes : les 127 communications émanent de 120 auteurs ; en dehors de 27 d’entre elles, qui ont trait à des généralités, les autres se rapportent à 32 pays différents. En raison de la réunion du Congrès à Paris, la France est naturellement plus abondamment étudiée, avec 33 communications. Mais les 67 autres articles sont répartis comme suit : Europe (sauf la France), 26 communications pour 12 pays; Afrique, 29 communications pour 11 pays; Amérique, 5 communications pour 4 pays; Asie, 6 communications pour 3 pays; Oceanie, 1 communication. On se rend compte par ces chiffres qu’il s’agit bien d’une documentation internationale.
- Par les sous-sections, qui avaient été proposées aux auteurs, on avait essayé également de couvrir l’ensemble du domaine de la géologie appliquée, en ne se limitant pas aux seuls gisements minéraux. Ces sous-sections étaient les suivantes : gisements d’origine magmatique (24 communications); gisements d’origine sédi-mentaire (17); pétrole (19); géologie appliquée aux travaux publics (5); géologie
- (1) Les deux tomes (qui ne se vendent pas séparément) sont fournis au prix de 120 i'r brochés (130 fr franco pour la France et les colonies françaises, 140 l'r franco pour les autres pays) sur demande adressée au Secrétariat de la Section de Géologie appliquée, 13, rue de Bourgogne, Paris (7e), qui enverra gratuitement la table des matières a toute personne qui en exprimera le désir.
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- 742 OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE EN AOUT, SEPTEMBRE ET OCTOBRE 1936.
- appliquée à l’agriculture (5); hydrologie (26); géophysique (10); enseignement el instituts de recherches (15); enfin, la colonie portugaise du Mozambique a présenté 6 études qui n’ont pas été réparties dans les sous-sections précédentes, de manière à ne pas rompre l’unité de la présentation.
- Il n’est pas possible naturellement d’analyser ici en détail tous les articles contenus dans ces volumes : les chiffres précédents suffisent, à en montrer la richesse. Leurs auteurs ont d’ailleurs une compétence et une notoriété telles que l’on est en présence d’une véritable mise au point des problèmes récents de la géologie appliquée. Aussi ces ouvrages doivent-ils nécessairement se trouver dans les bibliothèques de tous ceux qui sont intéressés à cette science.
- Abondamment illustrés, ces deux forts volumes ont pu cependant être mis en vente à un prix particulièrement bas, eu égard à l’importance de leur contenu, grâce aux généreuses subventions dont le Congrès a bénéficié.
- F. BLONDEL.
- OUVRAGES REÇUS
- A LA BIBLIOTHÈQUE EN AOUT, SEPTEMBRE ET OCTOBRE 1936
- Audibert (Étienne). — Les carburants. lre partie : L’essence, ln-8 (21 X 16) de 181 p., 44 fig. Paris, Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins (6e), 1936. 18577
- Meunier (Louis), et Vaney (Clément), avec la collaboration du Dr P. Chambard, du I)r A. Jamet, du Dr C. Gastellu et de R. Loos. — La tannerie. Élude, préparation et essai des matières premières. Théorie et pratique des différentes méthodes actuelles de tannage. Examen des produits fabriqués. Tome I. In-8 (25 x 16) de 804 p., 115 fig. Paris, Gauthier-Villars, 1936. 18578
- Aldo Dami. — Les nouveaux martyrs. Destin des minorités. In-8 (22x15) de xvm+ 279 p. Paris, Fernand Sorlot, 7, rue Servandoni (6e), 1936. (Don de Vauteur.)
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- Mauduit (A.) et Lamboeuf (C.). — La dynamo. Théorie el construction des machines électriques à courant continu. (Encyclopédie d’électricité industrielle). In-8 (23 x 16) de vi+ 462 p., 190 fig. Paris, J.-B. Baillière et fils, 19, rue flautefeuille (6e), 1936. 18580
- Duval (Clément), Duval (Raymonde) et Dolique (Roger). — Dictionnaire de la chimie pt de ses applications. In-12 (19 x 13) de xxxn + 747 p. Paris, Hermann et Gie, 6, rue de la Sorbonne, Paris (5e), 1935. 18581
- Blondel (F.). — La géologie et les mines des vieilles plateformes. (Publications du Bureau d’Études géologiques et minières coloniales). In-8 (24 x 16) de 303 p., 59 fig. Paris, Société d’Éditions géographiques, maritimes et coloniales, 17, rue Jacob (6e), 1936.
- 18582
- Boll (Marcel). — La chimie au laboratoire et à l’usine, dans la nature et dans la
- vie. In-8 (20 x 14) de 298 p., 250 lig. Paris, Librairie Larousse, 13 à 21, rue Montparnasse (6e), 1935. (Don de l’auteur.) 18583
- Duflos (Paul' . — Outillage. 5e fascicule : Outils de filetage et taraudage. In-8 (27 x 18) de 280 p., 465 fig. Paris, chez l’auteur, 4, rue Sedaine (11e), 1936. (Don de l’auteur.)
- 18516
- Erhart (Henri). — Traité de pédologie. Tome I : Pédologie générale. In-8 (25 x 16) de 260 p., 22 fig., X pl. Strasbourg, Institut pédologique, 2, rue Saint-Georges, 1935. (Don de l’auteur.) 18584
- Agafonoff (V.). — Les sols de France au point de vue pédologique. In-8 (25 x 16)
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- OUVRAGES REÇUS. — DECEMBRE 1936. 743
- de xiii + 154 p., 23 fig., 1 carte. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1936. (Don de l'auteur.) 18585
- Synthèses organiques. (Edition d’ensemble revisée des volumes annuels I-IX.) Traduction française par M. Palfray et M. et Mme Jacques Tréfouel, publiée sous la direction de M.-E. Fourneau, ln-8 (25 x 16) de xn + 510 p. Paris, Masson et Gie, 120, boulevard Saint-Germain (6e), 1935. 18586
- Les laboratoires du bâtiment et des travaux publics, 12, rue Brancion, Paris (XVe). (.L’Entreprise française, novembre 1935). In-4 (31 x 24) de 195 p., fig., 32 pl. Paris, 9, avenue Victoria (4e). (Don de M. Sauvage, membre du Conseil d'Administration.) 18587 Brun (E.) et Jockey (E.). — Chaleur. Classe de mathématiques spéciales. In-8 (24 x 16) de 488 p., 224 fig. Paris, F. Lanore, 48, rue d’Assas (6e), 1936. 18588
- Jacobs (F.). — Memento de l’industrie du caoutchouc. (Accélérateurs. Antioxydants. Colorants. Solvants. Agents divers. Résines, etc.). (Encyclopédie du caoutchouc et des matières plastiques). In-8 (21 x 14) de 444 p. Paris, Société d’Editions techniques Cillard, 49, rue des Vinaigriers (10e). 18589
- Dupont (G.). — Cours de chimie industrielle. Tome III : Métallurgie. In-8 (25 x 16) de 357 p., 161 fig. Paris, Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins (6°), 1936. 18590 Picou (R.-V.). — Les aimants. Calcul et applications. 2° édition. In-8 (25 x 16) de Vin + 123 p., 91 fig. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6°), 1936. 18591
- Boulant (Pierre). — Contribution à l’étude des cendres des charbons du Nord et du Pas-de-Calais. (Thèse présentée à la Faculté des Sciences de l’Université de Lille, pour obtenir le titre de docteur de l’Université de Lille, mention : Sciences). In-8 (27 x 18) de 65 p. (Don de l'auteur.) 18592
- Sisley (P.). — Unification des noms des colorants les plus usuels. In-12 oblong (13 x 21) de 196 p. Paris, Union des producteurs et des consommateurs pour le dévelop pement de l’industrie des matières colorantes en France, 53, rue de Chàteaudun (9e), (Don des Etablissements Kuhlmann, membre de la Société.) 18593
- Abklin (S.). — La technique de l’organisation. In-12 (19 x 12) de 103 p. Paris, chez l’auteur, 6, rue du Sergent-Maginot (16e). (Don de l'auteur.) 18594
- Boutaric (M.-A.). — Contribution à l’étude du pouvoir absorbant de l’atmosphère terrestre. (Thèse présentée à la Faculté des Sciences de Paris, pour obtenir le grade de docteur ès sciences physiques.) In-8 (24 x 16) de 218 p., 49 fig. Paris, Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins (6e), 1918. 18595
- Istrati (C.-I.) si Longinescu (G.-G.). — Chimie si minéralogie. Edifia XVI-a lucrata din nou de G.-G. Longinescu. In-8 (20 x 13) de vin + 504 p., 192 fig. Bucuresfi, Editura « Nationala-Ciornei », 1935. (Don de M. Longinescu, membre de la Société.)
- Exposition universelle et internationale de Bruxelles, 1935. Section française. — Conservatoire national des Arts et Métiers (Ministère de l’Education nationale. — Direction générale de l’Enseignement technique). — Catalogue des objets exposés. In-4 (29 x 23) de xv H- 98 p., XXXIII pl. 18597
- Comité de Normalisation de la Mécanique (92, rue des Courcelles, Paris (8e). — Feuilles de normes (mars 1936), CNM 2009 : Vérification des filetages par calibres à limites. Qualité moyenne (Filetage SI normal). 7° : Tampons filetés « entre » des taraudages. — CNM 2010 : .... 8° : Tampons filetés « n'entre pas » des taraudages. — (juillet 1936), CNM 1307 : Dessins techniques pour industries mécaniques, électriques et connexes. Classification sommaire des dessins. — CNM 1308 : Soudure autogène. Symboles d'alelier sur les dessins (Complément à la norme CNM /!302). — CNM 6046 : Raccords Keyser. Cotes d'interchangeabilité. — CNM 6047 : Lances d’incendie. — CNM 6048 : Raccords à filet rond. 1° : About fileté et écroué. — CNM 6049 : .... 2° : Douille et joint. 17836
- Forbes (R.-J.). — Notes on the history of ancient roads and their construction. In-8 (27 x 18) de xi + 182 p., 35 fig. Amsterdam, N.V. Noord-Hollandsche Uitgevers-Mij., 1934. (Don de l’auteur.) 18598
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- OUVRAGES REÇUS. — AOUT, SEPTEMBRE ET OCTOBRE 1936.
- 3e Conférence patronale de l’Apprentissage, 6 et 7 mai 1936. Rapports présentés. In-4 (30 X 22) 11 fascicules. 18599
- Fëret (R.). — Porosité et perméabilité des bétons, (ex Annales des.Ponts et Chaussées, 1936, 11, n° 1). ln-8 (24 x 16) de 44 p., 12 pl. (Don de l'auteur, membre du Conseil d'Administration.) Pièce 14007
- Boulanger (Henri). — Nous ne connaissons pas les peaux exotiques. In-4 (31 x 21) de 3 p. (dactylographié), 1 échantillon. (Don de l'auteur, membre de la Société.)
- Pièce 14008
- Rouen (J.). — L’ofFensive du 16 avril 1917. ln-8 (27 x 21) de 8 p. Pièce 14009
- Montupet (A.). — Étude sur la solution pratique de la question sociale, ln-8 (21 x 14) de 24 p. Paris, chez l’auteur, 29, avenue de Saint-Mandé (12e). (Don de l'auteur, membre de la Société.) Pièce 14010
- Le tartrosolve (produit Técalémit). In-8 (24 x 16) de 14 p. Paris, Técalémit, 18, rue Brunei (17e;. Pièce 14011
- Caumartin (Jean). — Les principales sources de documentation statistique. In-8 (27 x 18) de 39 p. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1935. (Don de l'auteur.)
- Pièce 14012
- Rouch (J.). — Souvenirs sur Guynemer. (ex Revue Maritime). In-8 (24 x 17) de 25 p. Athènes, lmp. française « Le Progrès », 1, rue Zoodocho-Pighi, 1936. (Don de l'auteur.)
- Pièce 14013
- Erhart (Henri). — La valeur boulangère des blés du département du Bas-Rhin. Possibilité de leur amélioration. (Archives de l'institut pédologique du Bas-Rhin, n° 4, 1934.) In-8 (24 x 16) de 34 p. Strasbourg, Institut pédologique du Bas-Rhin, 2, rue Saint-Reorges. (Don de l'auteur.) Pièce 14014
- EjRHART (Henri). — Der Backwert der Unterelsâssischen Weizen Môglichkeiten ihrer Verbesserung. (Archives de l'institut pédologique du Bas-Rhin, n° 5, 1934.) ln-8 (24 x 16) de 20 p. Strasbourg. (Don de l’auteur.) Pièce 14015
- Congrès international des Mines, de la Métallurgie et de la Géologie appliquée. VII° Session, Paris, 20-26 octobre 1935. (Section des Mines, 2 vol. — Section de Métallurgie, 2 vol. — Section de Géologie appliquée, 2 vol.) (Don de M. Léon Guillet, président du Congrès, membre du Conseil d'Administration.) Pér. 405
- Ministère des Travaux publics. — Direction des Mines. Statistique de lindustrie minérale et des appareils à vapeur en France, en Algérie, dans les colonies, pays de protectorat et territoires sous mandat français, pour les années 1933 et 1934, 2e fascicule : Volume du centenaire. — ... pour l’année 1935. (1er fascicule) Paris, Imprimerie nationale, 27, rue de la Convention (15e), 1936. Pér. 138
- Société de Secours des Amis des Sciences. — Annuaire de 1936. (Compte rendu du 19R exercice et de la 73e séance publique annuelle tenue le 9 juin 1936, à l’Institut Pasteur.) Paris, Cauthier-Villars, 1936. Pér. 151
- Comité des Travaux historiques et scientifiques (Ministère de l’Éducation nationale). — Bulletin de la Section de Géographie. Tome L, année 1935. Paris, Imprimerie nationale; E. Leroux, 108, boulevard Saint-Germain (6e), 1936. Pér. 21
- Comité des Travaux historiques et scientifiques (Ministère de l'Éducation nationale). — Bulletin de la Section des sciences économiques et sociales. Année 1935. (I : Procès-verbaux des séances. — II : Comptes rendus du Congrès des Sociétés savantes). Paris, lmp. nationale, E. Leroux, 1936. Pér. 26
- Association française pour la Protection de la Propriété industrielle. — Bulletin.
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- MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ ADMIS EN 1936.
- 745
- 2G série, n° 29 (1935-1936) : Travaux de l'Association. Paris, 117, boulevard Saint-Germain (6°), 1936. Pér. 320
- Statistique générale de la France (Présidence du Conseil). — Résultats statistiques du recensement général de la population effectué le 8 mars 1931. Tome I, 4e partie : Etat civil de la population active. Paris, Imprimerie nationale, 1936. Pér. 97
- Ministère des Travaux publics. — Recueil de lois, ordonnances, décrets, règlements et circulaires concernant les services dépendants du Ministère des Travaux publics, dressé par les soins de l’Administration centrale. 2e série. Tome XL1I, année 1934. Paris, Imprimerie nationale, 27, rue de ia Convention (15e), 1935. Pér. 144
- Ministère du Travail. — Conseil supérieur du Travail. — 39e session, novembre 1935. Paris, Imprimerie nationale, 1936. Pér. 295
- Société des Sciences naturelles du Maroc. — Mémoires, n° XL1I (31 décembre 1935) : Die Lepidopterenfauna des Grossen Atlas in Marokko und seiner Randgebiete, von Dr H. Zerny, mit Beitragen /on L. Schwingenschuss, 163 p., 4 lig., II pl. — n° XLIII (15 mars 1936) : Contribution à la faune des annélides polychctes du Maroc, par Pierre Fauvel, 143 p., 14 fig. Rabat, Institut scientifique chérifien; Paris, Emile Larose, 11, rue Victor-Cousin (5°); Londres, Janson and sons, 44, Great Russel Street, W. G. 1. Pér. 469
- Institut d'Égypte. — Mémoires présentés. Tome 29 : Contribution à l’étude de la bionomie générale et de Vexploitation de la faune du Canal de Suez, par A. Gruvel, vu -j- 255 p., 62 fig., XXV pl., 12 cartes. Le Caire, 1936. Pér. 32
- Institution of Mechanical Engineers. — Proceedings. Vol. 131, 1935 (nov.-dec.). London, Storey’s Gâte, St James’s Park, S. W. 1. Pér. 114
- LISTE
- DES NOUVEAUX MEMBRES ADMIS PENDANT L’ANNÉE 1936
- A FAIRE PARTIE DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- M. Ballu (Tony) (4fc, 0. fi), Ingénieur agronome, professeur à l’Institut national agronomique, directeur de la Station centrale d’Essais de Machines du Ministère de l’Agriculture, 2, avenue de Saint-Mandé, Paris (12e), présenté par M. Hitier et M. Schribaux (24 octobre 1936).
- M. Bergeron (Louis) (i&), Ingénieur, professeur à l’École centrale des Arts et Manufactures, 14, boulevard Ornano, Paris (18e), présenté par M. Fieux (24 octobre 1936).
- M. Brémond (Pierre, Jean-Louis) (ifc, ü), directeur du Laboratoire de l’Institut de Céramique française, chimiste en chef de la Manufacture nationale de Sèvres, professeur à l’Ecole supérieure de Céramique, 4, Grande-Rue, Sèvres (Seine-et-Oise), présenté par M. Lœbnitz (7 novembre 1936).
- M. Castro (René), Ingénieur des Arts et Manufactures, Laboratoire des Aciéries électriques d’Ugine (Haute-Savoie), présenté par M. Portevin (28 mars 1936).
- M. Corset (Maurice) (55), Ingénieur des Arts et Métiers, 29, boulevard de Grenelle, Paris (15e), présenté par MM. Androuin et L. Nottin (28 mars 1936).
- 136e Année. — Décembre 1936. 49
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- MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ ADMIS EN 1936. — DÉCEMBRE 1936.
- M. Degaast (Georges) I. €1), licencié ès sciences, ingénieur chimiste, ingénieur-conseil et professeur de technique du livre, expert agréé par les Tribunaux, 17, rue de Neuilly, Fontenay-sous-Bois (Seine), présenté par MM. Bourdel et Camille Blétry (12 décembre 1936).
- M. Favre (Edouard) (O. $£), ancien élève de l’Ecole polytechnique, colonel d’Aéronautique de réserve, directeur de l’Association de Documentation, 82, rueTaitbout, Paris (9e), présenté par M. Camille Poulenc (11 janvier 1936).
- M. Fleurent (Robert), architecte diplômé par le Gouvernement, 195, rue de Vaugirard, Paris (15e), présenté par M. Lemaire (25 janvier 1936).
- M. Fournier (Henri), Ingénieur du Conservatoire national des Arts et Métiers, préparateur à l’École nationale supérieure de l’Aéronautique, 61, rue Pascal, Paris (13e), présenté par MM. Guillery et Cournot(28 mars 1936).
- Mlle François (Marie-Thérèse), docteur ès sciences physiques, chargée de cours à la Faculté de Pharmacie de Nancy, 14, rue Bausset, Paris (15e), présentée par MM. Perrot, Blondel et Lemaire (14 mars 1936).
- M. Frot (Georges) (^), industriel, 14, rue des Pyramides, Paris (1er), présenté par M. C. Blétry et M. Bourdel (24 octobre 1936).
- M. Galibourg (Jean), docteur ès sciences, Ingénieur des Arts et Manufactures, maître de conférences à l’École centrale des Arts et Manufactures, 144, rue de Courcelles, Paris (17e), présenté par M. Guillet (28 mars 1936).
- M. Germain (Rodolphe), membre de l’Académie vétérinaire de France, directeur technique, 21, rue des Fontenelles, Sèvres (Seine-et-Oise), présenté par M. Camille Blétry (12 décembre 1936).
- M. Harlé (Henri) (0. ^), ingénieur-constructeur, administrateur-directeur des Anciens Etablissements Sautter-Harlé, 20, avenue de Sufîren, Paris (15e), présenté par M. Alby et M. Henri Garnier (membre à vie) (22 février 1936).
- M. Katel (Élie), ingénieur civil, administrateur délégué et président du Conseil d’administration de la Société anonyme Absorbit, 71, avenue Victor-Emmanuel III, Paris (8e), présenté par M. Carpentier et M. Lemaire (membre à vie) (22 février 1936).
- M. Lafont (Georges), ingénieur civil, secrétaire général de la Chambre syndicale des Ingénieurs, 1, rue Mondétour, Paris (1er), présenté par M. Guy Cudey (8 février 1936).
- M. Lepigre (André), ingénieur de l’Institut agricole d’Algérie, directeur-adjoint de l’Insectarium d’Alger, Jardin d’Essai, Alger (Algérie), présenté par MM. Vayssière et Lemaire (28 mars 1936).
- M. Malaval (Pierre) (C. ifc, I. ||), Ingénieur général d’Artillerie navale, 10, rue Sextius-Michel, Paris (15e), présenté par le commandant Nicolau (membre à vie) (2 mai 1936).
- M. Marsais (Paul) (^), professeur de viticulture à l’Institut national agronomique, rédacteur en chef de la Revue de Viticulture, 188, avenue
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- MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ ADMIS EN 1936.
- Marguerite Renaudin, Clamart (Seine), présenté par M. Hitier et M. Rolley (7 novembre 1936).
- M. Massot (Pierre), Ingénieur des Arts et Métiers et des Arts et Manufactures, ingénieur-mécanicien, répétiteur à l’École centrale, 23, boulevard de Magenta, Paris (10e), présenté par MM. Androuin et Lemaire (14 mars 1936).
- M. Merlin (Charles) (O. 4&, 1), Inspecteur général de l’Aéronautique, sous-directeur de l’Ecole supérieure nationale de l’Aéronautique, 26, boulevard Victor, Paris (15e), présenté par le commandant Nicolau et M. Lemaire (28 mars 1936).
- M. Mesnager (Jacques) (Ü), ancien élève de l’École polytechnique et de l’Ecole nationale des Ponts et Chaussées, ingénieur-conseil, professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, 182, rue de Rivoli, Paris (1er), présenté par M. Magne (24 octobre 1936).
- M. Painvin (Georges, Jean) (O. ijfc), Ingénieur en chef hors classe du Corps des Mines, vice-président et administrateur-délégué de la Société d’Électro-chimie, d’Electrométallurgie et des Aciéries électriques d’Ugine, 36, rue Michel-Ange, Paris (16e), présenté par M. Guillet (24 octobre 1936).
- M. Paisseau (Jean) (^), conseiller du Commerce extérieur de la France, industriel, 53, rue de Châteaudun, Paris (9e), présenté par M. Camille Blétry (12 décembre 1936).
- M. Pérard (Albert) (O. ü, I. P), sous-directeur du Bureau international des Poids et Mesures, Pavillon de Breteuil, Sèvres (Seine-et-Oise), présenté par le commandant Nicolau (2 mai 1936).
- M. Rolley (Paul) (O. $fc), Ingénieur agronome, Inspecteur général du Génie rural, 15, avenue Sainte-Foy, Neuilly-sur-Seine, présenté par MM. de Fréminville et Hitier (14 mars 1936).
- Société générale d’Entreprises, 56, rue du Faubourg Saint-Honoré, Paris (8e), présentée par MM. Alby et Matheron (14 mars 1936).
- Société industrielle de Gérance et d’Exploitation, 56, rue du Faubourg Saint-Honoré, Paris (8e), présentée par MM. Alby et Matheron (14 mars 1936).
- M. Tissandié (Jean), Ingénieur I. C. A. M., ingénieur, 60, avenue Jean-Jaurès, Paris (19e), présenté par MM. Durieux et Lemaire (2 mai 1936).
- M. Vallette (Ferdinand) (&), Ingénieur-chimiste, licencié ès sciences, docteur de l’Université de Nancy (mention sciences), ingénieur aux Mines de Béthune, à Mazingarbe (Pas-de-Calais), présenté par MM. Pineau et Bihoreau (28 mars 1936).
- M. Vellay (Eugène), Ingénieur d’aéronautique, 35, avenue Jacqueminot, Meudon (Seine-et-Oise), présenté par M. Dumanois (28 mars 1936).
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- BULL. DE LA SOC. ü’eNCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NAT. — DÉCEMBRE 1936 (p. 748).
- TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS
- DANS LA CENT T RENTE-C IN QUIÈM E ANNÉE DU BULLETIN (JANVIER-DÉCEMBRE 1 936)
- 135e année.
- Lex nombres en chiffres romains indiquent le ou les mois du cahier. Le nombre en chiffres arabes
- qui les suit indique la page.
- A
- Alby (A.). — Assemblée générale du
- 14 déc. 1935.................I 54
- — Séance publique du 23 mars
- 1936 .................. .IV 209
- — Rapport, au nom de la Commission des Fonds (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), sur les titres de M. Eugène Delacoste à
- la médaille Dumas............V 289
- — Rapport, au nom des Censeurs,
- sur les comptes de la Société pour l’exercice 1934 .......VIII-IX 468
- Allemagne (Henry René d’) — Rapport, au nom du Comité des Constr. et des Beaux-Arts (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), sur l’œuvre radiophonique de M. Maurice VlNOT.......................V 310
- — Prosper Enfantin et les grandes
- entreprises du XIX° siècle. . X-XI 657
- Androuin (M.-J.). — Dispositif de transmission mécanique à distance de M. Maurice Corset.............I 52
- — — Rapport, au nom du Comité
- des Arts méc. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936). . . V 309
- Audibert (Étienne). — Communication sur : L’application de l’hydrogénation à la fabrication des carburants (C. R. de la Séance publ. du 9 mai 1936)..............VI-VII 350
- -----(Mémoire)..............VI-VII 366
- B
- Babinet (André). — Communication sur : La nitruration des aciers et des fontes (Mémoire) . . VIII-IX 510
- -----(C. R. de la séance publ. du
- 16 mai 1936).............VIII-IX 571
- Bâclé (L.). —Hommage à la mémoire d’Henry Le Chatelier (P.-V. de la séance du Comité des Arts chimiques du 13 octobre 1936) . . XII 738 Ballay (Marcel). — Communication sur : l’état actuel des alliages légers et ext a-légers. Les alliages du glucinium (Mémoire). . . VIII-IX 526
- — — (C. R. de la séance publ. du
- 23 mai 1936).............VIII-IX 573
- Bechmann (Lucien). — Note biblio-graphique : La mise en œuvre et
- le serrage du béton........... 1 33
- Berthault (Pierre). — La propriété rurale en Afrique du Nord. Conférence à l’Institut national agronomique ...........................V 325
- Bigeon (J.). — L’épuration des eaux d’alimentation des chaudières et l’élimination des tartres par l’emploi des détartrants .... X-XI 631
- Blondel (F.). — Analyses des Publications du Bureau d’études géologiques et minières coloniales :
- — — Introduction aux études minières
- coloniales................... . IV 264
- — — Les ressources minérales de la
- France doutre-mer...............IV 266
- — Analyse de : Congrès international
- des mines, de la métallurgie et de la géologie appliquée (7e session, 1935). Communications présentées à la Section de géologie appliquée. . . XII 741
- — Rapport, au nom du Comité de
- Commerce (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), sur les recherches de Mlle Marie-Thérèse François sur les corps gras. . V 302
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- TABLE DES AUTEURS MENTIONNÉS EN 1936.
- 749
- — La géologie et les mines des vieilles
- plateformes................XII 740
- Boll (Marcel). — La chimie au laboratoire et à l'usine, dans la nature
- et dans la vie.............X-XI 660
- Bonneville (Louis). —Les locomotions mécaniques. Origines : dates et faits. Préface du baron Walckenaer. II 131
- Bollard (A. de)............VI-VIl 351
- Bourdel (Joseph). — Rapport, au nom du Comité des Construc. et des Beaux-Arts (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), sur la recherche et la mise au point des progrès actuellement réalisés dans le domaine des industries graphiques présentés en collaboration par MM. Georges Degaast et
- Georges Frot.................Y 307
- Brard (Roger). — Voir Dumanois.
- Brémond (Pierre). — Voir Lqebnitz.
- Brun (Edmond). — Les phénomènes thermiques provoqués par le déplacement relatif d'un solide dans un fluide. . IV 268
- G
- Cammerer (J. S.). — Voir Riva-Berni. Carpentier (Jean). — Rapports, au nom du Comité des Arts écon.
- (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936) sur :
- Les travaux de physique de M. Pierre
- Toulon.........................V 287
- La collaboration de M. Charles Bonnin à la construction d’instruments de
- précision......................V 304
- Castro (René). — Communication sur : L’oxygène dans l’acier (Mémoire) .........................XII 677
- — — (Discussion : M. A. Portevin,
- P. Chevenard, P. Nicolau). . XII 688
- — — (C. R. de la séance publ. du
- 24 octobre 1936).............XII 726
- — Voir Portevin.
- Caziot (Pierre). — La propriété rurale en France. Conférence à l’Institut national agronomique.
- V 317
- Champetier (Georges). — Communication sur : L’hydrogène lourd, isotope de l'hydrogène, et l’eau lourde (C. R. de la séance publ. du 22 février 1936)................III 203
- — — (Mémoire)...................IV 237
- — Voir Jolibois.
- Chanter (Lieut.-col.)..............I 53
- Chapelon (André). — Locomotives à grande vitesse à bogie et 4 essieux accouplés compound à 4 cylindres à large circuit de vapeur, haute surchauffe et distribution par soupapes, provenant de ta transformation des locomotives « Pacific » à roues motrices de i,85 m de diamètre, série 4 501 à 4 570 de la Cte d'Orléans.
- I
- Chevenard (P.). — Voir Castro. . .
- Collardet (J.). — L’activité du Comité national des Bois coloniaux en 1935.
- XII 694
- Cornu-Thenard. — Rapport, au nom de la Commission des Fonds, sur les comptes de la Société pour l’exercice 1934 ............VIII-IX 465
- Cournot (Jean). — Voir Le Chatei ier.
- D
- Decaux (Bernard). — Communication sur : Les applications de la T. S. F. en haute montagne (C. R. de l’assemblée génér. du 6 juin 1936)
- VIII-IX 579
- -----(Mémoire) ...... X-XI 643
- Degaast (Georges). — Voir Bourdel.
- Delagour (A.) et Kammerer (V.). —
- Les bouchons fusibles des générateurs de vapeur (Note bibliographique)......................XII 706
- Deniau..........................I 33
- Detoeuf (A.). — Comment réussir.
- III 187
- Dolique (Roger). — Voir Duval.
- Dubrisay (René). — Analyse de : Distillation et rectification, par Gay.
- I 73
- — Communication sur : Les phénomènes superficiels en chimie et
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-
-
- 750
- TABLE DES AUTEURS MENTIONNÉS EN 1930. — DÉCEMBRE 1936.
- leurs applications industrielles (C.
- R. de la séance publ. du 11 janv.
- 1936)......................... Il 121
- Dumanois (Paul). — Analyses de : La machine locomotive, parEd. Sauvage.
- IV 264
- — — Les phénomènes thermiques pro-
- voqués par le déplacement relatif d’un solide dans un fluide, par Edmond Brun.................... IV 268
- — Rapports, au nom du Comité des Arts méc. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), sur les travaux de :
- — — M. Eugène Vellay sur la construction des avions et notamment
- sur leur stabilité............V 293
- — — M. Roger Brard sur la construction du navire .................V 294
- — Séance publique du 16 mai 1936.
- VIII-IX 568
- Dutreux (Auguste). — Communication sur : L’industrie du latex de caoutchouc (C. R. de la séance publ. du 8 février 1936)..............III 195
- — — (Mémoire). ....... IV 230
- Duval (Clément), Duval (Raimonde)
- et Dolique (Roger). — Dictionnaire de la chimie et de ses applications.
- X-XI 661
- E
- Erb (Albert). — Communication sur : Solutions nouvelles à quelques problèmes de traction électrique (Mémoire). . . ..................X-XI 609
- F
- Fieux (Jean). — Voir Guillery.
- Fleurent (Émile). — Analyse de :
- Ville de Paris. Ecole municipale de physique et de chimie industrielles. Cinquante années de science appliquée à l’industrie (1882-1932). . I 71
- Fleurent (Robert). — Communication sur : L’examen de l’acoustique des salles et des dispositifs
- insonores au moyen d’un appareil portatif (Mémoire) ...... II 85
- Fontviolant (Bertrand de). — Résistance des matériaux analytique et graphique. T. III : Systèmes à trois dimensions ; ouvrages en maçonnerie
- et en béton armé..............I 68
- Forbes (R. J.). — Notes on the History of ancient Roads and their Construction. .........................X-XI 663
- Fournier (Henri). — La qualification des métaux en tôles minces par les essais d’emboutissage . : X-XI 585
- François (Marie-Thérèse). — Conférence sur : Le ravitaillement de l’industrie française en matières oléagineuses. Son évolution par rapport à la production mondiale (C. R. de l’Ass. gén. du 14 déc.
- 1935). ........................ I 57
- ----(Mémoire).....................II 92
- — Voir Blondel.
- Fréminvillè (Ch. de). — Analyse de :
- Le bureau moteur, par Maurice Ponthiére.......................I 62
- — Rapport à l’Ass. gén. solenn. du
- 28 mars 1936 sur l’attribution des médailles de bronze décernées aux contremaîtres et aux ouvriers des établissements industriels et des exploitations agricoles .... V 311
- Frot (Georges). —Voir Bourdel. Fudakowski. — La petite propriété rurale en Europe et les réformes agraires ..........................V 328
- G
- Galibourg (Jean). — Communication sur : Les tendances actuelles des aciers spéciaux (Mémoire)
- VIII-IX 545
- ----(G. R. de la séance publ. du
- 23 mai 1936)..............VIII-IX 573
- — Voir Guillet.
- Gay. — Distillation et rectification. I 73
- Gibrat (Robert). — Conférence sur : L’éclairage des routes et la perception des obstacles (Mémoire). I 15
- Girard (Henry) et Jannin (Georges).
- — Le mouton de rapport, ... II 81
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-
-
-
- TABLE DES AUTEURS MENTIONNÉS EN 4 936.
- 751
- Godfernaux (R.). —Les grands réseaux de chemins de fer français, année
- 1935 .........................XII
- Guichard (André). — Le paludisme.
- III 181
- Guillery (René), Fieux (Jean) et Njcolau (Comm* Pierre). — Rapport, au nom du Comité des Arts méc. (G. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), sur les titres de M. Aimé Espeut, MM. Charles Bachelet, Eugène Chanvin et Louis Oudin aux médailles de vermeil et
- d’argent........................Y 302
- Guillery (R.) et Nicolau (Comm1 P.).
- — Rapport, au nom du Comité des Arts méc. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), sur les travaux de M. Henri Fournier sur les essais mécaniques par emboutissage des tôles...............V 286
- Guillet (Léon). — Rapport, au nom du Comité des Arts chim. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du28 mars 1936), sur les travaux de métallurgie de M. Jean Galibourg.................V 294
- H
- Hollard (Auguste). — Conférence sur : Les maladies des métaux. Épidémies et contagions (Mémoire).
- X-XI 593
- J
- Jolibois (Pierre). — Rapport, au nom du Comité des Arts chim. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), sur les travaux de chimie de M. Georges Champetier. ... V 299
- K
- Kammerer (Y.). — L’œuvre de James Watt (Note bibliographique). XII 706 — Voir Delagour.
- L
- Lacoin (Maurice). — Gustave Lyon (1857-1936).......................II 111
- — Compte rendu de la conférence : Réllexions sur la Russie soviétique, faite par M. E. Mercier, le 29 janvier 1936, au Centre polytechnicien d’études économiques (X Crise).
- V 333
- — Assemblée générale du 6 juin 1936.
- VIII-IX 574
- — Assemblée générale solennelle du
- 28 mars 1936. Allocution ... V 273
- Séances publiques du 11 janvier 1936.
- II 116
- — — 25 janvier 1936................II 122
- — — 8 février 1936 .III 193
- — — 22 février 1936 .III 200
- — — 2 mai 1936 ..VI-VII 345
- — — 9 mai 1936 ..VI-VII 349
- -----23 mai 1936. . . . VIII-IX 572
- — — 24 octobre 1936...............XII 726
- Lavauden (Louis). — Conférence sur
- la forêt équatoriale africaine, son passé, son présent, son avenir. I 34
- Le Chatelier (Henry). — Rapport, au nom du Comité des Arts chim.
- C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), sur les travaux de métallurgie de M. Jean Cournot.
- V 297
- — Introduction aux conférences sur les récents progrès de la métallurgie (C. R. de la séance publ. du
- 16 mai 1936)..........VIII-IX 568
- Leiris (Henri de ). — Emploi d’un extensomètre différentiel pour la mesure des tensions dans la paroi d’un tuyau ondulé droit . . X-XI 620
- Lemaire (Eugène). — La demeure historique (Note bibl.)..............II 108
- — Le Nil et la fertilité des sols du
- Sahara (Note d’Agric.) .... IV 250
- — Rapports à l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936 sur :
- les titres de M. Léon Ducaille à la médaille Dumas, au nom du Comité des Constr. et des Beaux-Arts ............................ V 290
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-
-
- 752
- TABLE DES AUTEURS MENTIONNÉS EN 1936. — DÉCEMBRE 1936.
- l'attribution du prix Fourcade à
- M. Arthur Désiré Bridelance. V 291
- la collaboration de M. Maurice Gué dan aux travaux de la Société française de Photographie et de Cinématographie, au nom du Comité des Constr. et des Beaux-Arts. . . V 309
- — La cure de l’anémie par l’ingestion de foie de mammifères (Note
- de Chimie biolog.)...............V 330
- — Les intoxications par l’oxyde de carbone (Note bibliographique).
- XII 725
- — Analyses de : Prosper Enfantin
- et les grandes entreprises du XIXe siècle, par Henry-René d’Al-lemagnk.......................X-XI 657
- ---La chimie au laboratoire et à
- Vusine, dans la nature et dans la vie, par Marcel Bull. . . . X-XI 660
- — — Dictionnaire de la chimie et de ses applications, parClémentDuvAL, Raimonde Duval et Roger Dolique.
- X-XI 661
- —- — Les phénomènes périodiques de la chimie. Les périodicités de structure, par Suzanne Veil. . . X-XI 663
- — — Xotes on the History of ancient Roads and their construction, par
- R. J. Forbes..................X-XI 663
- Lepigre (André). — Contribution à la désinsectisation des grains par le mélange d’oxyde d’éthylène et d’acide carbonique. Notes sur le bromure de méthyle . . . VI-VII 385
- — Voir Yayssière.
- Lc*bnitz (J.). — Rapport, au nom du Comité des Arts chim. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), sur les travaux de céramique de M. Pierre Brémond.................. Y 295
- Lumière (Auguste). — Quelques aperçus concernant la thérapeutique de l’avenir (2nd3 Conférence Carrion).
- IV 214
- Lumière (Louis). — Rapport, au nom du i mmité des Constr. et des Beaux-Arts (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936\ sur l’activité de la Fédération française des Clubs de Cinéma d’Amateurs .... V 305
- M
- Massot (Pierre). — Les gammes de vitesse des machines-outils. . . .
- VIII IX 469
- Mercier (Krnest). — Voir Lacoin.
- Milhiet (P.). — Annuaire des engrais, des produits anticryptogamiques et insecticides et des semences ... I 64
- Monicault (Pierre de). — La propriété rurale. Introduction aux Conférences faites à l’Institut national agronomique.......................V 315
- N
- Nessi (André). — Analyse de : Les procédés employés dans l'industrie contre la déperdition de la chaleur et du froid, par J. S. Cammerer, Trad. de l’allemand, revu et mis à jour, par O. de Riva-Berni.............IV 269
- Nicolau (Pierre). — Voir Castro, Guillery.
- Nottin (Léopold). — Essai de contribution à l’étude du mouvement général des prix. Recherches sur les variations des prix dans le Gâtinais du XVIe au XIXe siècle..............IV 267
- P
- Perrin (René). — Communication sur les : Réactions rapides par laitiers (Mémoire) .... VIII-1X 499
- — — (G. R. de la séance publique du
- 16 mai 1936) ...... VIII-IX 571
- Picard (Roger). — La grande propriété rurale en Europe et son évolution. Conférence à l’Institut national agronomique................V 321
- Pineau (Louis). — Rapport, au nom du Comité des Arts écon. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), sur les travaux de M. Ferdinand Vallette sur les synthèses chimiques industrielles et notamment celle de l’essence................V 282
- — Introduction aux Conférences pu-
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-
-
-
- TABLE DES AUTEURS MENTIONNÉS EN 1936.
- 753
- bliques sur la fabrication en France des carburants de synthèse (G. R. des séances publ. des 2 et 9 mai
- 1936)........................VI-VII 346
- Ponthière (Maurice). — Le bureau moteur. Fonction et organisation des
- bureaux...........................1 62
- Portevin (Albert). —Rapport, au nom du Comité des Arts chim. (G. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), sur les travaux de métallo-graphie de M. René Castro . . V 297
- — Voir Castro.
- R
- Risler (Georges). — Rapports, au nom du Comité de Commerce (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), sur l’œuvre de : l’Entr’aide des Femmes françaises.
- V 300
- l’Union des Femmes de France. V 301 Riva-Berni (O. de). — Traduction de l’allemand de : Les procédés employés dans l'industrie contre la déperdition de la chaleur et du froid, par J. S. Cammerer....................IV 269
- S
- Saint Rat (L. de). — Le microfilm appliqué à la documentation scientifique. Photomicrocopies etmicro-thèques...........................XII 669
- Satet (Robert). — Le service de l’organisation scientifique du travail de l’Union des industries métallurgiques et minières..................I 49
- Sauvage (Édouard). — La machine
- locomotive......................IV 264
- — Analyse de :
- — — Locomotives à grande vitesse à
- bogie et 4 essieux accouplés compound à 4 cylindres à large circuit de vapeur, haute surchauffe et distribution par soupapes, par André Chaperon ...........................I 63
- — Notes bibliographiques :
- — — La maturation des viandes par
- le froid...................... I 53
- — — La propriété des inventions.
- IV 262
- — — Un train aérodynamique anglais .......................... IV 262
- et XII 716
- — — Machine Howey..............IV 263
- — Notes de mécanique :
- — — Modèles de locomotives en
- fonctionnement.................I 74
- — — Tuyères d’échappement des
- locomotives.................. I 75
- ---Machines de Cornouailles . I 77
- ------ Second centenaire de la naissance de James Watt...............I 78
- ---Train aérodynamique de la Cie
- des Chemins de fer P.-L-M. . II 129
- — La galerie d’agriculture du musée du Conservatoire national des Arts
- et Métiers ........ VI-VII 463
- — L’Association française du Froid.
- X-XI 641
- - Société industrielle de Rouen. Distribution solennelle de récompenses (Rouen, 10 mai 1936). XII 717
- Servonnet (Hyacinthe). — Analyses de :
- — Union internationale pour la pro-
- tection de la propriété industrielle, 1883-1933. Sa fondation et son développement .....................I 70
- — — Essai de contribution à l'étude du mouvement général des prix. Recherches sur les variations des prix dans le Gâtinais, du XVIe au XIXe siècle, par Léopold Nottin.
- IV 267
- „ — La 3e Conférence patronale de l’apprentissage (Paris, 6 et 7 mai 1936)............................XII 665
- T
- Tardy (Louis). — Rapport, au nom du Comité d’Agric. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), sur les titres de M. François Brunier et de M. Charles Fourcade au prix Meynot............................V 292
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- 754
- TABLE DES AUTEURS MENTIONNÉS EN 1936.
- DÉCEMBRE 1936.
- V
- Vallette (Ferdinand). — Communication sur : L’hydrogénation de la houille (C. R. de la séance publ. du 2 mai 1936)...................VI-VII 349
- — — (Mémoire).............VI-VII 333
- — — (Discussion)............VI-VII 363
- — Voir Pineau.
- Vaurabourg (C.). — Charles Féry (1865-1935)......................III 175
- Vayssière (Paul). — Rapport, au nom du Comité d’Agric. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), sur les travaux de M. André Lepigre sur la désinfection des végétaux et des denrées agricoles .... V 288
- — L’activité des stations françaises
- de désinfection des végétaux. XII 719
- Veil (Suzanne). — Les phénomènes périodiques de la chimie. Les périodicités de structure............X-XI 663
- Vellay (Eugène). — Communication sur : La stabilité de l’avion (C. R.
- de la séance publ. du 25 janv. 1936).
- II 126
- — — (Mémoires). . . . . . . III 145
- — — (Note rectificative sur la stabilité transversale).........X-XI 639
- — Voir Dumanois.
- Vinot (Maurice). -- Voir Allemagne (Henri René d’).
- w
- Walckenaer. — Voir Bonneville.
- Wery (Georges). — Analyses de : Annuaire des engrais, des produits anticryptogamiques et insecticides et des semences, par P. Milhiet . . I 64
- — L’élevage du mouton de rapport
- et de la crise (Note d’Agric.) . II 81
- — Rapport, au nom du Comité d’A-
- gric. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), sur les recherches de MM. Henry Girard et Georges Jannin sur l’élevage du mouton de rapport en France.............V 299
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-
-
-
- BULL. DE LA SGG. d’eNCOUR. POUR L’INDUSTRIE NAT. — DÉCEMBRE 1936 (p. 755).
- TABLE ALPHABÉTIQUE ET ANALYTIQUE DES MATIÈRES
- CONTENUES DANS LA CENT TRENTE - G1NQUIÈME ANNÉE DU BULLETIN
- (JANVIER-DÉCEMBRE 1936).
- 135® année.
- f.es nombres en chiffres romains indiquent le ou les mois du cahier. Le nombre en chiffres arabes
- qui les suit indique la page.
- A
- Acide carbonique. (Voir Désinsectisation.)
- Acier. L’oxygène dans T — . Communication par René Castro (Mémoire) ..........................XII 677
- ----(Discussion : MM. A. Portevin,
- P. Chevenard, P. Nicolau). . XII 688
- — — (C. R. de la séance publ. du
- 24 octobre 1936)..............XII 726
- — (Voir Métallurgie.)
- Acoustique. Examen de V - des
- salles et des dispositifs insonores au moyen d’un appareil portatif. Communication par Robert Fleurent (Mémoire)...............Il 85
- Administration, Comptes rendus, de la Société d’Encouragement.
- Assemblées générales : 14 déc. 1935 I 54
- ----6 juin 1936 ..........VIII-IX 574
- Assemblée générale solennelle du 28 mars 1936 :
- — Distribution des récompenses
- décernées pour l’année 1935 . V 273
- — Allocution de M. M. Lacoin. . V 273
- — Rapports relatifs aux récompenses ...............................V 282
- Bureau pour 1936 (C. R. de l’Assemblée générale du 14 déc. 1935) . I 61
- Comité des Arts chimiques. Séance du 13 octobre 1936 : Hommage à la mémoire d’Henry Le Chatelier,
- M. L. Bâclé...................XII 738
- Comité des Constructions et des Beaux-Arts. Séance du 28 avril 1936 : Les essais d’éclairage extérieur du château de Versailles. ... V 340
- Conférence Carrion. 2e-------(C. R.
- de la séance publ. du 14 mars 1936).
- IV 209
- Conférences publiques sur la. fabrication en France des carburants de synthèse. 1er cycle. (C. R. des séances publiques des 2 et 9 mai 1936) VI-VII 345
- — Allocution de M. Maurice Lacoin.
- VI-VII 345
- — Introduction par M. Louis Pineau.
- VI-VII 346
- État financier de la Société. Comptes de l’exercice 1934. Rapports présentés au nom :
- 1° de la Commission des Fonds, par M. Cornu-Thenard. . . . VIII-IX 465
- 2° des Censeurs, par M. A. Alby . .
- VIII-IX 468
- Liste des Membres du Conseil df Admi-
- nistration :
- Membres titulaires...............I 3
- Membres honoraires...............I 12
- Membres correspondants .... I 12
- Liste des nouveaux Membres admis, pendant l’année 1936, à faire partie
- de la Société..................XII 745
- Récompenses. Distribution des — décernées pour l’année 1935. . . V 273
- — Rapports relatifs à ces — . . V 282
- — Liste des —...................V 314
- Séances publiques :
- — — 11 janvier 1936...............II 116
- — — 25 janvier 1936...............II 122
- -----8 février 1936 .III 193
- — — 22 février 1936 .III 200
- — — 23 mars 1936 ..............IV 209
- -----2 mai 1936 ..... VI-VII 345
- -----9 mai 1936 ...........VI-VII 349
- -----16 mai 1936...........VIII-IX 568
- -----23 mai 1936..............VIII-IX 572
- -----24 octobre 1936..............XII 726
- Adsorption. (Voir (Chimie.)
- Agriculture. (Voir Conservatoire national des Arts et Métiers.)
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-
- 756 TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES DE 1936. — DÉCEMBRE 1936.
- Alliages légers et extra-légers. (Voir Métallurgie.)
- Analyse. (Voir Réactifs.)
- Anémie. La cure de V — par l’ingestion de foie des mammifères (Note de Chimie biolog.), parE. Lemaire.
- V 330
- Apprentissage. La 3e Conférence patronale de 1’ — (Paris, 6-7 mai 1936), par H. Servonnet. . . XII 666
- Assistance. Rapports, au nom du Comité de Commerce (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), par Georges Risler, sur l’œuvre de : l’Entr’aide des Femmes françaises.
- V 300
- l’Union des Femmes de France . V 301
- Association française du Froid (L’), par
- Ed. Sauvage..................X-Xl 641
- Avion. La stabilité de Y —. Communication par Eugène Vellay (C. R. de la séance publ. du 25 janv.
- 1936)..........................II 126
- -----(Mémoire).................III 145
- -----(Note rectificative sur la stabilité transversale)..............X-XI 639
- — Travaux de M. Eugène Vellay sur la construction des — et notamment sur leur stabilité. Rapport, au nom du Comité des Arts méc.
- (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), par Paul Dumanois.
- V 293
- B
- Béton. La mise en œuvre et le serrage du — (Note bibl.), par Lucien Bechmann....................I 33
- BIBLIOGRAPHIE
- Aéronautique. Les phénomènes thermiques provoqués par le déplacement relatif d'un solide dans un fluide,
- par Edmond Brun................IV 268
- Anticryptogames. (Voir Engrais.)
- Bureaux. Le bureau moteur. Fonction et organisation des —, par Maurice PONTHIÈRE.....................I 62
- Chemins de fer. Les grands réseaux de
- — — — français, année 1935, par R. Godfernaux...................XII 740
- Chimie. La — au laboratoire et à l'usine, dans la nature et dans la vie, par Marcel Boli.................. X-Xl 660
- — Dictionnaire de la — et de ses applications, par Clément Duval, Rai-monde Duval et Roger Dolique .
- X-XI 661
- — Les phénomènes périodiques de la
- —. Les périodicités de structure, par Suzanne Veil ....... X-XI 663
- Chimie industrielle. — (Voir Ville de Paris. )
- Distillation et rectification, par Gay. I 73
- Engrais. Annuaire des —, des produits anticryptogamiques et insecticides et des semences, par P. Milhiet . . I 64
- Géologie. La — et les mines des vieilles plateformes, par F. Blondel . XII 740
- — Congrès international des Mines, de
- la Métallurgie et de la — appliquée (7e Session 1935). Communications présentées à la section de — appliquée ...........................XII 741
- Insecticides (Voir Engrais.)
- Isolation thermique. Les procédés employés dans l'industrie contre la déperdition de la chaleur et du froid. par J. S. Cammerer. Trad. de l’allemand, revu et mis à jour, par O. de Riva-Berni..........................IV 269
- Locomotions mécaniques (Les). Origines : dates et faits, par Louis Bonneville. Préface du baron Wal-CKENAER.............................II 131
- Locomotives. — à grande vitesse à bogie, et 4 essieux accouplés com-pound à 4 cylindres à large circuit de vapeur, haute surchauffe et distribution par soupapes, provenant de la transformation des locomotives « Pacific » à roues motrices de 1,85 m de diamètre, série 4 501 à 4 570 de la Cle d’Orléans, par André Chapelon.......................I 63
- — La machine —, par Ed. Sauvage.
- IV 264
- Mines coloniales. Publications du Bureau d'études géologiques et minières coloniales :
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-
-
- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES DE 1936.
- 757
- -----Introduction aux études minières
- coloniales........................IV 264
- — — Les ressources minérales de la
- France d'outre-mer................IV 266
- Mouton de rapport (Le), par Henry Girard et Georges Jannin. ... II 81
- Physique industrielle. (Voir ville de Paris.)
- Prix. Essai de contribution à l'étude du mouvement général des —. Recherches sur les variations des — dans le Gâtinais, du XVIe au XIXe siècle,
- par Léopold Nottin................IV 267
- Propriété industrielle. Union internationale pour la Protection de la--,
- 1883-1933. Sa fondation et son développement.......................I 70
- Prosper Enfantin et les grandes entreprises du XIXe siècle, par Henry-
- René d’Allemagne................X-XI 657
- Rectification. (Voir Distillation.)
- Résistance des matériaux analytique et graphique. T. II. : Systèmes à trois dimensions ; ouvrages en maçonnerie et en béton armé, par Bertrand de
- Fontviolant........................I 68
- Routes. Notes on the History of ancient Roads and their Construction (Notes sur l’histoire des — d’autrefois et sur leur construction), par
- R. J. Forbes....................X-XI 663
- Semences. (Voir Engrais.)
- Ville de Paris. École municipale de physique et de chimie industrielles. Cinquante années de science appliquée à l’industrie (1882-1932). . I 71
- Bois coloniaux. L’activité du Comité national des — — en 1935, par
- J. COLLARDET ....................XII 694
- Bromure de méthyle. (Voir Désinsectisation.)
- c
- Caoutchouc. (Voir Latex.)
- Capillarité. (Voir Chimie.)
- Carburants. 1er cycle de conférences publiques sur la fabrication en France des — de synthèse. VI-VI 345
- — (Voir Hydrogénation.)
- Céramique. Les travaux de — de M. Pierre Brémond. Rapport, au nom du Comité des Ails chim.
- (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), par J. Lœbnitz. V 295
- Chaudières. (Voir Eaux d'alimentation.)
- Chimie. Les phénomènes superficiels en — et leurs applications industrielles. Communication par René Dübrisay (C. R. de la séance publique du 11 janv. 1936) . . Il 121
- — Les travaux de — de M. Georges Champetier. Rapport, au nom du Comité des Arts chim. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936),
- par Pierre Jolibois............V 299
- Cinéma. L’activité de la Fédération française des Clubs de — d’Ama-teurs. Rapport, au nom du Comité des Constr. et des Beaux-Arts (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), par Louis Lumière.
- V 305
- Conservatoire national des Arts et métiers. La galerie d’agriculture du musée du — — —, par Ed. Sauvage .................. VI-VII 463
- D
- Demeure historique (La) (Note bibl.),
- par E. Lemaire. . .........II 108
- Denrées agricoles. (Voir Désinfection.)
- Désinfection. Travaux de M. André Lepigre sur la — des végétaux et des denrées agricoles. Rapport, au nom du Comité d’Agric. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du28 mars 1936), par Paul Vayssière................ V 288
- — L’activité des stations françaises de désinfection des végétaux de 1934 à 1936, par Paul Vayssière.
- XII 719
- Désinsectisation des grains. Contribution à l’étude de la —--------par le
- mélange d’oxyde d’éthylène et d’acide carbonique. Notes sur le bromure de méthyle, par André Lepigre..................... VI-VII 385
- Détartrants. (Voir Eaux d’alimentation.)
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- 758 TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES DE 1936. — DÉCEMBRE 1936.
- E
- Eaux cl’alimentation. L’épuration des —------------ des chaudières et l’élimi-
- nation des tartres par l’emploi des détartrants, par J. Bigeon . X-XI 631
- Eau lourde. (Voir Hydrogène lourd.)
- Éclairage des routes. L’ — — — et la perception des obstacles. Conférence par Robert Gibrat (Mémoire).
- I 15
- Éclairage extérieur. Les essais d’— — du château de Versailles (P. V. de la séance du 28 avril 1936 du Comité des Constr. et des Beaux-Arts) ............................V 340
- Emboutissage. (Voir Tôles.)
- Essence. (Voir Synthèses chimiques industrielles.)
- Eætensiomètre. (Voir Tensions.)
- F
- Féry (Charles) (1865-1935), par C. Vau-
- RABOURG.......................III 175
- Fontes. (Voir Métallurgie.)
- Forêt équatoriale africaine. La-----,
- son passé, son présent, son avenir. Conférence par Louis Lavauden.
- I 34
- G
- Générateurs de vapeur. Les bouchons
- fusibles des —------, par A. Dela-
- gour et V. Kammerer (Note bibliographique) ................... XII 706
- Glucinium. (Voir Métallurgie.)
- Grains. (Voir Désinsectisation.)
- Gravure. Machine Howey (Note bibl.), par Ed. Sauvage...................IV 263
- H
- Houille. (Voir Hydrogénation.)
- Hydrogénation. L’— de la houille. Communication par Ferdinand Val-lette (C. R. de la séance publ. du 2 mai 1936)...................VI-VII 349
- — — (Mémoire)................VI-VII 353
- ----(Discussion)...............VI-VII 363
- — L’application de 1’— à la fabrication de carburants. Communica-
- tion par Étienne Audibert (C. R. de la séance publ. du 9 mai 1936).
- VI-VII 350
- — — (Mémoire).............VI-VII 366
- Hydrogène lourd. L’----, isotope de
- l’hydrogène, et l’eau lourde. Communication par Georges Champe-tier (C. R. de la séance publ. du
- 22 février 1936).............III 203
- — — (Mémoire)..................IV 237
- I
- Industries graphiques. La recherche et la mise au point des progrès actuellement réalisés dans le domaine des---------présentés en col-
- laboration par M. Georges Degaast et Georges Frot. Rapport, au nom du Comité des Constr. et des Beaux-Arts (C. R. de l'Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), par Joseph Bourdel.................V 307
- Industries métallurgiques et minières.
- (Voir Organisation scientifique du travail.)
- Intoxications (Les) par l’oxyde de carbone (Note bibl.), par E. Lemaire .
- XII 725
- Inventions. La propriété des — (Note bibl.), par Ed. Sauvage ... IV 262
- L
- Laitiers. (Voir Métallurgie.)
- Latex de caoutchouc. 1.'industrie du -------—. Communication par Auguste Dutreux (IL 1t. de la séance publ. du 8 février 1936) ... 111 195
- — — (Mémoire)..................IV 230
- Locomotives. Modèles de — en fonctionnement (Note de mécan.), par
- Ed. Sauvage....................I 74
- — Tuyères d’échappementdes — (Note de Mécan.), par Ed. Sauvage . I 75
- Lyon (Gustave) (1857-1936), par Maurice Lacoin......................II 111
- M
- Machines à vapeur de Cornouailles (Note de mécan.), par Ed. Sauvage .............................I 77
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- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES DE 1936.
- Machines-outils. Les gammes de vitesse des — —, par Pierre Massot.
- VIII-IX 469
- Matières oléagineuses. Le ravitaillement de l’industrie française en
- -----. Son évolution par rapport à
- la production mondiale. Conférence par Marie-Thérèse François (C. ft. de l’Ass. gén. du 14 déc. 1935) . I 57
- — — (Mémoire) . !.............II 92
- Métallographie. Les travaux de — de
- M. René Castro. Rapport, au nom du Comité des Arts chim. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), par Albert Portevin..............V 297
- Métallurgie. Rapports, au nom du Comité des Arts chim. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), sur les travaux de — de :
- — — M. Jean Galibourg, par Léon
- Guillet..........................V 294
- — — M. Jean Gournot, par Henry
- Le Chatelier.....................Y 297
- — Conférences sur les récents progrès delà — (C. R. des séances publ.
- des 16 et 23 mai 1936) VIII-IX 568, 572
- — — Introduction par M. Henry Le
- Chatelier..................VIII-IX 568
- — — Réactions rapides par laitiers. Communication par René Perrin.
- VIII-IX 499, 571
- — — La nitruration des aciers et des fontes. Comm. par André Babinet.
- VIII-IX 510, 571
- -----État actuel des alliages légers
- et extra-légers. Les alliages au glucinium. Comm. par Marcel Bal-lay. ....... VIII-IX 526, 573
- — — Les tendances actuelles des
- aciers spéciaux. Comm. par Jean Galibourg..........VIII-IX 545, 573
- Métaux. Les maladies des —. Épidémies et contagions, par Auguste Hollard..........................X-XI 593
- Microfilm. Le — appliqué à la documentation scientifique. Photomicrocopies et microthèques, par L. de Saint Rat............... . XII 669
- Mouton. L’élevage du — de rapport et la crise (Note d’Agr.), par Georges Wery...............................II 81
- 7511 N
- Navire. Travaux de M. Roger Brard sur la construction du —. Rapport au nom du Comité des Arts méc. '
- (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), par P. Dumanois. V 294
- Nécrologies :
- — M. Gustave Lyon (1857-4936), par
- Maurice Lacoin..............II 111
- — M. Jean Rey. . ............II 118
- — M. Georges Wery...........II 123
- — M. Charles Féry, par C. Vaura-
- bourg.......................III 175
- — M. Pierre Viala...........III 200
- — M. Eugène d’EiCHTHAL... IV 209
- — M. Marcel Deniau. . . . VIII-IX 572
- — M. Charles de Fréminville.
- VIII-IX 574
- — M. Louis Blériot..........XII 726
- — M. Frédéric Bordas........XII 728
- — M. Henry le Chatelier. XII 730, 738
- 0
- Oléagineux. (Voir Matières oléagineuses) .
- Organisation scientifique du travail.
- Le service de Y--------de l’Union
- des Industries métallurgiques et minières, par Robert Satet . . I 49
- Oxyde d’éthylène. (Voir Désinsectisation.)
- P
- Paludisme {Le), par André Guichard.
- III 181
- Physique. Les travaux de — de M. Pierre Toulon. Rapport, au nom du Comité des Arts écon. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936),
- par Jean Carpentier...........V 287
- Propriété rurale. La — — (Confé-
- rences faites à l’Institut national agronomique) (Paris, 12 février-11 mars 1936) :
- — — Introduction, par Pierre de
- Monicault...................V 315
- La-----en France, par P. Caziot. V 317
- La grande — — en Europe et son évolution au xxe siècle, par Roger Picard.........................V 321
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- 760
- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES DE 1936.
- DÉCEMBRE 1936.
- La grande propriété rurale en Afrique du Nord, par Pierre Berthault. V 325 La petite — — en Europe et les réformes agraires, par Fudakowski.
- V 328
- R
- Radiophonie. L’oeuvre radiophonique de M. Maurice Vinot. Rapport, au nom du Comité des Constr. et des Beaux-Arts (C. B. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), par Henry René d’ALLEMAGNE. . Y 310 — Les applications de la T. S. E. en haute montagne. Communication par Bernard Decaux (C. R. de l’ass. génér. du 6 juin 1936). . VIII-IX 579
- -----(Mémoire et Discussion). X-XI 643
- Réactifs pour analyse. La normalisation des —..................... XII 707
- Réussir. Comment—, par A. Detceuf.
- III 187
- Russie soviétique. Compte rendu de la
- conférence : Réflexions sur la--,
- faite par M. Ernest Mercier, le 29 janvier 1936, au Centre polytechnicien d’études économiques (X Grise), par Maurice Lacoin. Y 333
- S
- Sahara. Le Nil et la fertilité des sols du — (Note d’Agric.), par E. Lemaire .......................... IV 250
- Société industrielle de Rouen. Distr. solennelle de réeomp. (Rouen,
- 10 mai 1936), par Ed. Sauvage. XII 717
- Synthèses chimiques industrielles. Travaux de M. Ferdinand Vallette sur
- les-------et notamment celle de
- l’essenae. Rapport, au nom du Comité des Arts écon. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), par Louis Pineau...................V 282
- T
- Tensions. Emploi d’un extensomètre différentiel pour la mesure des —
- dans la paroi d’un tuyau ondulé droit, par Henri de Leiris . X-Xl 620
- Thérapeutique. Quelques aperçus concernant la — de l’avenir par Auguste Lumière...................IV 214
- Tôles. Travaux de M. Henri Fournier sur les essais mécaniques par emboutissage des—. Rapport, au nom des Arts méc. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), par R. Guillery et le commandant P. Nicolau.......................V 286
- — La qualification des métaux en —
- minces par les essais d’emboutissage, par Henri Fournier. . X-XI 585
- Traction électrique. Solutions nouvelles à quelques problèmes de — —. Communication par Albert Erb (Mémoire). ...... X-XI 609
- Train aérodynamique de la Cie des Chemins de fer P.-L.-M. (Note de méc.), par Ed. Sauvage. ... II 129
- — Un------anglais (Notes bibliographiques, par Ed. Sauvage. . IV 262
- et XII 716
- Transmission mécanique à distance. Dispositif de----------de M. Maurice Corset, par M.-J. Androuin. I 52
- — — Rapport, au nom du Comité
- des Arts méc. (G. R. de l’Ass. gén. solenn. du 28 mars 1936), par M.-J. Androuin............... V 309
- T. S. F. (Voir Radiophonie.)
- V
- Végétaux. (Voir Désinfection.)
- Viandes. La maturation des — par le froid (Note bibl.), par Ed. Sauvage.
- I 53
- w
- Watt (James). Second centenaire de
- la naissance de-------(Note de
- Mécan.), par Ed. Sauvage. . . I 78
- — L’œuvre de-------, par V. Kam-
- merer (Note bibliographique). XII 706
- BRODARD ET TAUPIN, Coulommiers-Paris.
- F'agent général, gérant, e. lemaire.
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