Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale
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- BULLETIN
- DE LA
- SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR
- L’INDUSTRIE NATIONALE
- PUBLIÉ
- SOUS LA DIRECTION DES SECRETAIRES GÉNÉRAUX DE LA SOCIÉTÉ
- MM. H. SERVÜNNET ET P. ROLLEY
- 1937
- PA1US
- SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ, U, RUE DE RENNES (6e)
- 1937
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- 13 (U ANNEE.
- .JANYIEli-FÉYItlKK 1937.
- BULLETIN
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- CONSEIL D’ADMINISTRATION
- LISTE DES MEMBRES TITULAIRES ET HONORAIRES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION ET DES MEMBRES CORRESPONDANTS POUR L’ANNÉE 1937
- MEMBRES TITULAIRES Bureau.
- Année
- ttaS Président :
- 1925. — Lacoin (Maurice) (ijfc), Ingénieur principal de la Marine (G. R.), Ingénieur en chef honoraire du Chemin de fer d’Orléans, ingénieur conseil de la Société de Saint-Gobain, 12, boulevard Raspail (7e).
- Vice-présidents :
- 1925. — Dumanois (Paul) (G. €1), Inspecteur général de l’Aéronautique,
- Ingénieur en chef du Génie maritime (G. R.), membre de l’Académie de Marine, membre d’honneur de l’Institution of Petroleum Techuologists 17, rue Darcel, Boulogne-sur-Seine (Seine).
- 1913. — Loebnitz (J.) (G. Üfc), fabricant de faïences artistiques, 4, rue Pierre Levée (11e).
- 1925. — Carpentier (Jean) (%, Ü), administrateur délégué delà Société « Ateliers J. Carpentier », 34, rue Guynemer (6e).
- 1901. — H itier (Henri) (G. ^), Ingénieur agronome, secrétaire perpétuel de l’Académie d’Agriculture, membre du Conseil supérieur de l’Agriculture, secrétaire général honoraire, 6, rue du Général Foy (8°).
- 1933. — Fresslnet (Jean), architecte décorateur, directeur de l’Ecole des Arts appliqués à l’Industrie, 1 1 , rue Dupetit Thouars (3°).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION (1937). — JANVIER-FÉVRIER 1937.
- Année de l'entrée au Conseil.
- 1926.
- 1936.
- 1932.
- 1930.
- 1906.
- 1906.
- 1903.
- 1923.
- 1928.
- 1930.
- 1930.
- 1932.
- Secrétaires généraux :
- Servonnet (Hyacinthe) (>fc, JJ, |J>), Ingénieur des Arts et Manufactures, Ingénieur en chef adjoint honoraire du Chemin de fer du Nord, 3, square de Clignancourt (18e).
- Kolley (Paul) (C. t$£), Ingénieur-agronome, Inspecteur général du Génie rural, 15, avenue Sainte-Foy, Neuilly-sur-Seine (Seine).
- Trésorier :
- Matheron (Jean), ancien Ingénieur des Ponts et Chaussées, administrateur de la Société générale d’Entreprises, 1, place Alphonse Deville (6e).
- Censeurs :
- Caziot (Pierre) (O. 3fc), Ingénieur agronome, membre de l’Académie d’Agriculture, président de la Compagnie des Experts en Estimations immobilières près le Tribunal de la Seine, 1, rue Taitbout (9e).
- Alby (A.) (O. 3fc), ancien Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, président honoraire du Conseil d’administration de la Société générale d’Entreprises, 10, boulevard Flandrin (16e).
- Commission des Fonds.
- Alby (A.) (O. ifc), ancien Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, président honoraire du Conseil d’administration de la Société générale d’Entreprises, président, 10, boulevard Flandrin (16e).
- Lafosse (II.) (O. 4&), membrede l’Académie d’Agriculture, Inspecteur général des Eaux et Forêts, président honoraire, 61, rue de Vaugirard (6e).
- Cornu-Thenard (André) (ifc), ancien Ingénieur des Manufactures de l’Etat, professeur à l’Ecole nationale supérieure des Mines, 6, place Saint-Sulpice (6e).
- Heurteau (Charles) (O. •&, ^), Ingénieur des Mines, président de la Penarroya, administrateur du P. O. et de la Compagnie de Maries, 1, avenue Victor Emmanuel III (8e).
- W atier (Henry (C. ü), Inspecteur général des Ponts et Chaussées,
- ancien conseiller d’Etat, directeur honoraire des Ports maritimes et des Voies navigables, directeur de la Section des Communications et du Transit du Secrétariat général de la Société des Nations, Palais des Nations, à Genève (Suisse).
- Cartault (Paul) (^, I. |Jt, O. H, ®, £), docteur en droit, licencié ès lettres, diplômé de l’Ecole des Sciences politiques, avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de Cassation, 15, rue Duroc (7e).
- Matheron (Jean), ancien Ingénieur des Ponts et Chaussées, admi-
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- CONSEIL D ADMINISTRATION DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT EN 1937.
- D
- Année
- de l’entrée
- au Conseil.
- nistrateur de la Société générale d’Entreprises, 1 place Alphonse Deville (6e).
- 1934. Schweisguth (Charles) (O. Ü), ancien élève de l’École polytech-
- nique, directeur delà Compagnie algérienne, 50, rue d’Anjou (8e).
- 1934. — Pereire (André), administrateur de la Société du Louvre, 115, avenue Henri Martin (16e).
- 1936. — Bouteiller (Paul) (^, ;§, f|), docteur en droit, conseil juridique de la Banque ottomane, 11, rue de Sontay (16e).
- Comité des Arts mécaniques.
- 1891. — Sauvage (O. ^), Inspecteur général des Mines, en retraite, président, 14, rue Eugène Flachat (17e).
- 1898. — Masson (L.) (O. ^), ingénieur civil, directeur en congé hors cadre au Conservatoire des Arts et Métiers, 22, rue Alphonse de Neuville (17e).
- 1900 — Walckenaer (Ch.) (C. ü$£), Inspecteur général des Mines, en retraite, 218, boulevard Saint Germain (7e).
- 1906. — Lecornu (Léon) (C. ^), membre de l’Institut, Inspecteur général des Mines, en retraite, professeur honoraire à l’Ecole polytechnique et à l’Ecole nationale supérieure de l’Aéronautique, 3, rue Gay-Lussac (5e).
- 1913. — Dantzer (James) (O. ^), ingénieur, professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, 17, avenue Sainte-Foy, à Neuilly-sur-Seine (Seine).
- 1918. — Guillery (René) (O. ^), administrateur délégué des Etablissements Malicet et Blin, 11, rue de Belzunce (10e).
- 1922. — Androuin (M. J.) (#, I. #), ingénieur conseil, 44, rue Dombasle (15e).
- 4924. — Sabouret (Victor) (O. ^), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, en retraite, Ingénieur en chef honoraire de la Compagnie du Chemin de fer d’Orléans, 3, square de La Tour Maubourg (7e).
- 1925. — Dumanois (Paul) (C. I. O), Inspecteur général de l’Aéronautique, Ingénieur en chef du Génie maritime (C. R.), membre de l’Académie de Marine, membre d’honneur de l’Institution of Petroleum Technologists 17, rue Darcel, Boulogne-sur-Seine (Seine).
- 1927. — Fieux (Jean) (dfc), ingénieur conseil aux Établissements Schneider, 160, avenue de Suffren (15e).
- 1930. — Brillié (Eugène), Ingénieur des Arts et Manufactures, conseil technique, 111, boulevard Saint-Michel (5e).
- 1932. _ Pernollet (Joseph) (#), Ingénieur des Arts et Manufactures, administrateur-directeur des Établissements E. Vuillaume (Boulon-nerie, Paris et Revigny), 45, rue Manin (19e).
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- UuNSEIL I) ADMINISTRATION ( I 037).
- .1A N YIE R- F K Y R IFR l<,)37.
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- do i onlri't'
- ;m Cmi-mil.
- 1932. — N ICO LA U (Pierre) J, if |), Ingénieur militaire en chef des Fabri cations d’Armement, chef du Service de l’Atelier de Précision au Laboratoire central des Fabrications d’Armement, 69, rue de R en nés (6e).
- 1962. — Epinay (Edmond) (0. ^), Ingénieur des Ponts et Chaussées, en congé H. C., chef du Service de l’Exploitation du P. O.-Midi, 5, rue Jean Carriès (7e).
- 1935. — Jouguet (Emile) (C. ifc), Inspecteur général des Mines, membre de
- l’Académb des Sciences, professeur à l’Ecole polytechnique et à l’Ecole nationale supérieure des Mines, 12, rue Pierre Curie (5e).
- 1936. — Blrgeron (Emis) (A>, 4P), Ingénieur des Arts et Métiers, ingénieur,
- professeur à l’Ecole centrale des Arts et Manufactures, 14, boulevard Ornano (18e).
- Comité des Arts chimiques.
- 1906. — Raclé (0. ^), Ingénieur civil des Mines, ancien président de la
- Société des Ingénieurs civils de France, président, 96, rue de la Victoire (9e).
- 1907. — Guii.let (C. &), membre de l’Institut, professeur au Conservatoire
- national des Arts et Métiers, directeur de l’Ecole centrale des Arts et Manufactures, ancien président de la Société des Ingénieurs civils de France, 1, rue Montgolfier (3e).
- 1908. — Bertrand (Gabriel) (C. >&), membre de l’Institut, de l’Académie
- de Médecine et de l’Académie d’Agriculture, professeur à la Faculté des Sciences et à l’Institut Pasteur, 61, boulevard des
- 1911. — 1913. — 1917. —
- 192). —
- 1927. —
- 1928. —
- Invalides i7e).
- Trillat (A.) (C. ifc), chef de service à l’Institut Pasteur, membre de l’Académie de .Médecine, 28, rue Emile Roux (15e).
- Loebnitz (J.) (C. ifc), fabricant de faïences artistiques, 4, rue Pierre Levée (11e).
- Ciiesneau (Gabriel) (C. ^), Inspecteur général des Mines, directeur honoraire de l’Ecole nationale supérieure des Mines, 17, rue de Bourgogne (7e).
- Charpy (Georges) (0. -&), membre de l’Institut, professeur à l’Ecole polytechnique, 16, rue du Pré aux Clercs (7e).
- Fleurent (C O), professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, membre de l’Académe d’Agriculture, directeur de l’Office des Produits chimiques et pharmaceutiques, 65, route de Croissy, Le Vésinet (Seine-et-Oise).
- Portevin (Abert) (0. ifc), ingénieur et docteur/), c., professeur suppléant de métallurgie à l’Ecole centrale des Arts et Manufactures, professeurà l’École supérieure de Fonderie et à l’Ecole supérieure
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT EN 1937. 7
- Annco de l’enti-ée au Conseil.
- 1928. -
- 1928. -
- 1929. -
- 1930. -
- 1934. -
- 1930. -
- 1936. -
- 1919.
- 1923.
- 1926.
- 1927.
- 1928.
- de Soudure autogène, ancien président de la Société des Ingénieurs civils de France, 21, boulevard de Beauséjour (16°).
- Pascal (Paul) (^), correspondant de l’Institut, professeur à la Sorbonne et à l’Ecole centrale des Arts et Manufactures, Laboratoire de Chimie minérale de la Sorbonne, 1, rue Victor Cousin (3°).
- Waiil (André) (O. iftf, I. f>), professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, 14 bis, boulevard Cotte, Enghien-les-Bains (Seine-et-Oise).
- Jolibois (Pierre) (&, 1), docteur ès sciences physiques, professeur à l’Ecole nationale supérieure des Mines, 1, avenue Sylvestre de Sacy (7e).
- Dubrisay (René) (O. ifc, I. fl), Ingénieur en chef des Manufactures de l’Etat, docteur ès sciences, professeur de chimie générale au Conservatoire national des Arts et Métiers, professeur à l’Ecole polytechnique, 37, rue Vaneau (7e).
- Jossier (Henri) (*fc), Ingénieur des Arts et Manufactures, membre de la Chambre de Commerce de Paris, président de la Chambre syndicale des Cuirs et Peaux de Paris, tanneur, fabricant de cuirs vernis et de cuirs teints, 25, rue de l’Entrepôt (10e).
- Painvin (Georges, Jean) (C. &), Ingénieur en chef H. C. du Corps des Mines, vice-président et administrateur délégué de la Société d’Electrochimie, d’Électrométallurgie et des Aciéries électriques d’Ugiue, 36, rue Michel-Ange (16e).
- Damour (Emilie) (tfc), ingénieur conseil de la Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine et d’Homécourt, professeur honoraire au Conservatoire national des Arts et Métiers, 12, rue de La Rochefoucauld (9e).
- Comité des Arts économiques.
- Delage (Gustave) (O. i^), capitaine de corvette de réserve, président honoraire de la Société Nieuport-Astra, président délégué de la Société anonyme des Etablissements Jaeger, président, 45, rue Cortambert (16e).
- Carpentier (Jean) ($£, Ü), administrateur délégué de la Société « Ateliers J. Carpentier », 34, rue Guynemer (6e).
- Garnier (Maurice) (C. I. f|), Ingénieur général de l’Artillerie navale, directeur de l’Artillerie navale, à Toulon, 5, rue Gimelli, Toulon (Var).
- Pineau (Louis) (C. ifc), directeur de l’Office national des Combustibles liquides, 37, avenue Duquesne (7e).
- Lequeux (llaoul) (#), Ingénieur des Arts et Manufactures, ingénieur constructeur de matériel pour les laboratoires et l’industrie, 64, rue Gay-Lussac (5e).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION (l937). — JANVIER-FÉVRIER 1937.
- Année <lo l'ontrée au Conseil.
- 113 29.
- 1930.
- 1930.
- 1930.
- 1932.
- 1933.
- 1934. 1933.
- 1936.
- 1936.
- 190 J.
- 1905. -1917.
- 1922.
- Gaumont (Léon) (0. ^), président d’honneur de la Chambre syndicale française de la Cinématographie, « Les Tourelles », Sainte-Aï axi me-sur-m er ( Yar).
- Janvier (Marie-Charles) (C. jfc), lieutenant-colonel honoraire d’artillerie, 137, avenue Malakoff (16e).
- Nessi (André) (t^, |,), Ingénieur des Arts et Manufactures, expert près le Tribunal civil de la Seine, ancien gérant des Etablissements Nessi frères et C'°, à Montrouge, constructeurs d’appareils de chauffage par l’eau et la vapeur, 1, avenue du Président Wilson (16e).
- Fabry (Charles) (O. ifc), membre de l’Institut, professeur à la Sorbonne, directeur de l’Institut d’Optique, 150, avenue du Maine (14°).
- Hei .bronner (Paul) (C. ü), docteur ès sciences mathématiques,
- membre de l’Institut, correspondant du Bureau des Longitudes, 94, avenue Kléber (16°).
- Mesny (René) (C. ifc), membre de l’Académie de Marine, professeur à l’Ecole supérieure d’Electricité, à Kersaint-Landunvez (Finistère).
- de Broglie (Maurice) (O. ^), membre de l’Institut, 29, rue de Chateaubriand (8e).
- Bihoreau (Charles) (^, i§), ingénieur, chargé de la direction des Services techniques de l’Office national des Combustibles liquides, 85, boulevard Montparnasse (6e).
- Harlé (Henri)’ (O. ifc), membre de la Chambre de Commerce de Paiis, administrateur-directeur des Anciens Etablissements Sautter-Harlé, 20, avenue de Suffren (7e).
- Chevenard (Pierre) (%t), Ingénieur civil des Mines, directeur scientifique de la Société de Commentry, Fourchambault et Decaze-ville, 39, boulevard Raspail (7e).
- Comité d’Agriculture.
- Hitier (Henri) (C. tfc), Ingénieur agronome, secrétaire perpétuel de l’Académie d’Agriculture, membre du Conseil supérieur de l’Agriculture, secrétaire général honoraire, président, 6, rue du Général Foy (8°).
- Sciiribaux (E.) (C. ifc), Ingénieur agronome, membre de l’Institut et de l’Académie d’Agriculture, 140 bis, rue de Rennes (6e).
- Moussu (G.) (O. ^), membre de l’Institut et de l’Académie d’Agriculture, professeur à l’Institut national agronomique, 1, villa des Epinettes, à Saint-Maurice (Seine).
- Kayser (Edmond) (O. t$£), membre de l’Académie d’Agriculture, docteur ès sciences, directeur honoraire du Laboratoire de Fermentation à l’Institut national agronomique, 9 bisy rue d’Assas (6e).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT EN 1937.
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- Aimée de l'entrée au Conseil.
- 1927.
- 1929.
- 1929. -
- 1929. -
- 1930. -
- 1930. -
- 1932. -1932. -
- 1932. -
- 1930. -1937. -
- Roux (Eugène) (G. O. I. Q, G. î§), docteur ès sciences, directeur honoraire du Ministère de l’Agriculture, 42, rue de Bourgogne (7e).
- Nomblot (Alfred) (C. ifc, C. jg), président de la Chambre d’Agricul-ture de la Seine, membre du Conseil supérieur de l’Agriculture, président de la Société nationale d’IIorticulture de France, horticulteur, 146, Grande Rue, Bourg-la-Reine (Seine).
- Prudhomme (Emile) (O. ijfc), Ingénieur agronome, directeur de l’Institut national d’Agronomie de la France d’Outre-mer, professeur à l’Institut national agronomique et à l’Ecole nationale de la France d’Outre-mer, 10, rue de Fontenay, Nogent-sur-Marne (Seine).
- Rémond (Georges) (^), président honoraire de l’Association générale des Producteurs de Blé, président de la Chambre d’Agriculture de Seine-et-Marne, 60, rue de Vaugirard (6e).
- Alquier (Jules) (O. ^), membre de l’Académie d’Agriculture, directeur de la Station centrale de Recherches sur l’Alimentation du Ministère de l’Agriculture, secrétaire général de la Société scientifique d’Hygiène alimentaire, directeur de l’Institut national agronomique, 16, rue Claude Bernard (5e).
- Caziot (Pierre) (O. i&), Ingénieur agronome, membre de l’Académie d’Agriculture, président de la Compagnie des Experts en Estimations immobilières près le Tribunal de la Seine, 1, rue Taitbout(9e).
- Vayssière (Paul) (^, O. 5), Ingénieur agronome, docteur ès sciences, professeur de zoologie agricole, 2, rue du Val de Grâce (5e).
- Villard (André) (O. ifc, 1, C. §), Ingénieur agricole, membre de l’Académie d’Agriculture, vice-président honoraire de la Chambre syndicale des Constructeurs de Machines agricoles, 59, rue de Prony (17e).
- Tardy (Louis) (C. I. #, C. ü), Ingénieur agronome, licencié ès sciences, membre de l’Académie d’Agriculture, directeur général de la Caisse nationale de Crédit agricole, professeur à l’Institut national agronomique et à l’Institut national d’Agronomie de la France d’outre-mer, 7, avenue de Villars (7e).
- Rolley (Paul) (C. &), Ingénieur agronome, Inspecteur général du Génie rural, 15, avenue Sainte-Foy, Neuilly-sur-Seine (Seine).
- Roger (Louis) (C. i), conseiller d’Etat, vice-président de la
- Société des Agriculteurs de France, président de la Société des Viticulteurs de France, 22, rue de Tocqueville (17e).
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- H) CONSEIL ü'ADMINISTKATInN (J937). — JANVIER-KÉVRI ER 1937.
- Année de rentrée nu Conseil.
- Comité des Constructions et des Beaux-Arts.
- 1919. — Magne (Marcel) (G. t&), professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, membre du Conseil supérieur des Beaux-Arts, président, 34, quai de Béthune (4e).
- 1908. — Hersent (Georges) (C. %), Ingénieur des Arts et Manufactures, 60, rue de Londres (8e).
- 1908. — Bourbee (Joseph) (ü. •&), imprimeur éditeur, ancien juge au Tribunal de Commerce, ancien président du Cercle de la Librairie et du Syndicat des Editeurs, 10, rue Garancière (6e).
- 1908. — D’Ali ^emagne (Henry) (O. t&), archiviste paléographe, bibliothécaire honoraire à la Bibliothèque de l’Arsenal, 30, rue des Mathurins (8e). 1924. — Feret (Bené) (O. ifc), ancien élève de l’Ecole polytechnique, chef du laboratoire des Ponts et Chaussées, à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais).
- 1926. — Lumière (Louis) (G. O. t&), membre de l’Institut, 156, boulevard
- Bineau, Neuilly-sur-Seine (Seine).
- 1927. — Schneider (Charles) (ifc), artiste, maître de verrerie, 79, avenue du
- Chemin de fer, Epinay-sur-Seine (Seine).
- 1927. — Saupique (Georges) (tfc), sculpteur, membre du Jury à l’Exposition des Arts décoratifs de Paris 1925, 105, rue Notre Dame des Champs (6e).
- 1927. — Bechmann (Lucien (O. i§), architecte diplômé par le Gouverne-
- ment, 23, rue du Conseiller Collignon (16e).
- 1930. — Séjourné (Paul) (G. O. -&), membre de l’Institut, Inspecteur général des Ponts et Chaussées, conseil de la Cifi P. L. M., professeur honoraire à l’Ecole nationale des Ponts et Chaussées, 82, rue Notre Dame des Champs (6e).
- 1933. — Fressinet (Jean), architecte décorateur, directeur de l’Ecole des Arts appliqués à l’Industrie, 11, rue Dupetit Thouars (3e).
- 1933. — Freyssinet (Eugène) (O. t^), ancienlngénieurdesPontsetChaussées, ingénieur-conseil, 28, rue Saint-James, Neuilly-sur-Seine (Seine). 1935. — Caquot (Albert) (G. O. tfc, 1), membre de l’Institut, professeur à l’Ecole nationale supérieure des Mines, à l’Ecole nationale des Ponts et Chaussées et à l’Ecole supérieure de l’Aéronautique, 1, rue Beethoven (16e).
- 1935. — Blétry (Camille) (C. i&), ingénieur civil, conseil en propriété
- industrielle, 2, boulevard de Strasbourg (10e).
- 1936. — Mesnager (Jacques) (ü), ancien élève de l’Ecole polytechnique et
- de l’Ecole nationale des Ponts et Chaussées, professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, ingénieur conseil, 182, rue de Rivoli (1er).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOÜRAOEMENT EN OJ37. 11
- Année de rentrée au Conseil.
- 1910.
- 1913.
- 1924.
- 1923.
- 1926.
- 1927.
- 1929.
- 1931.
- 1933.
- 1934.
- 1934.
- 1934.
- 1933.
- Comité de Commerce.
- - Georges-Risler (G. C. ^), membre de l’Institut, président du Musée
- social et de l’Union nationale des Fédérations d’Organismes d’Ha-bitations à bon marché, président, 113, avenue des Champs Elysées (8G).
- - Richemond (Pierre) (C. ^), ancien ingénieur constructeur, président
- du Conseil d’administration du P. O., 49, rue Ampère (17e).
- - Herrenschmidt (Jacques), fabricant de cuirs teints, 186, avenue
- Victor Hugo (16e).
- - Lacoin (Maurice) (^), Ingénieur de la Marine (C. R.), ingénieur
- conseil de la Société de Saint-Gobain, 12, boulevard Raspail (7e).
- - Servonnet (Hyacinthe) (^, J, !>), Ingénieur des Arts et Manufac-
- tures, Ingénieur en chef adjoint honoraire du Chemin de fer du Nord, 3, square de Clignancourt (18e).
- - Hardy (Georges) (O. tfc, ü), ancien élève de l’Ecole normale supé-
- rieure, agrégé de l’Université, docteur ès lettres, ancien directeur de l’Enseignement en Afrique occidentale française et du Maroc, directeur honoraire de l’Ecole coloniale, recteur de l’Académie d’Alger.
- - Chevalier (Auguste) (C. -&), professeur au Muséum national
- d’Histoire naturelle, directeur du Laboratoire d’Agronomie coloniale, chef de la Mission permanente d’Agriculture au Ministère des Colonies, secrétaire général de l’Association Colonies-Sciences, 37, rue Cuvier (3e).
- - Blondel (Fernand) ($r, i), Ingénieur en chef des Mines, secrétaire
- général du Comité d’Etudes minières pour la France d’outremer, président de la Société géologique de France, 13, rue de Bourgogne (7e).
- - Duchemin (René) (C. -&), ingénieur-chimiste, président d’honneur
- de la Confédération générale du Patronat français, président des Etablissements Kuhlmann, 1, rue de Nevers (6e).
- - Garnier (Henri) (O. ^), Ingénieur des Arts et Manufactures, ancien
- président de la Chambre de Commerce de Paris, 20, boulevard de Vaugirard (13e).
- - Lambert-Ribot (Alfred) (O. ^), maître des requêtes honoraire au
- Conseil d’Etat, délégué général du Comité des Forges, 30, rue Las Cases (7e).
- - Dutreux (Auguste) (O. U), Ingénieur des Arts et Manufactures,
- membre de la Chambre de Commerce de Paris, président de la Société des Pneumatiques Dunlop, 74, avenue d’Iéna (16e) .
- - Marlio (Louis) (C. & ), membre de l’Institut, président de la Com-
- pagnie des Chemins de fer de l’Est, 23, rue Balzac (8e).
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- 12
- CONSEIL D’ADMINISTRATION (1937).
- JANVIER-FÉVRIER 1937.
- Année de l’entrée au Conseil.
- 1935. — Tirard (Paul) (G. O. t&), membre de l’Institut, président des
- Chemins de fer du Midi et de la Compagnie Air France, 6, rue Puvis de Chavannes (17e).
- 1936. — Sommier (Edme) (^), raffîneur de sucre, 57, quai d’Orsay (7e).
- 1937. — Olivier (Marcel) (G. O. #), gouverneur général honoraire, membre
- du Conseil de l’ordre de la Légion d’honneur, président de la Compagnie générale transatlantique, 31, avenue Henri-Martin (16°).
- Commission du Bulletin.
- MM. Servonnet et Rolley, secrétaires généraux; Lafosse, Alby, Sauvage, Masson, Bâclé, Chesneau, Delage, Nessi, Hitier, Schribaux, Bourdel, d’Allemagne, Herrenschmidt, Risler.
- Agent général de la Société.
- 1912. — Lemaire (Eugène) (ifc, ü), Ingénieur des Arts et Manufactures, 44, rue de Rennes (6e). — Téléphone : Littré-55-61.
- MEMBRES HONORAIRES DU CONSEIL
- Comité des Arts chimiques.
- 1912. — Delloye (Lucien) (O. ^, *), administrateur de laCie de Saint-Gobain, 102, avenue de Villiers (17e).
- Comité des Arts économiques.
- 1916. — Legouez (Raynald) (C. ^), Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées en retraite, ancien vice-président de la Chambre de Commerce de Paris, 25, rue Molitor (16e).
- 1922. — Breton (Jules), membre de l’Institut, directeur de l’Office des Recherches scientifiques et industrielles et des Inventions, 81 bis, boulevard Soult (12e).
- 1915. — Arnould (Pierre) (O. ^), ingénieur, 15, rue Duguay-Trouin (6e).
- Comité des Constructions et des Beaux-Arts.
- 1911. — Bertrand de Fontviolant (C. &), professeur à l’Ecole centrale des Arts et Manufactures, président d’honneur du Conseil de cette école, Les Acacias, Yaucresson (Seine-et-Oise).
- 1927. — Michel-Schmidt (Maurice) (O. II, Ü, ®), Ingénieur des Arts et Manufactures, 162, avenue de Sufîren (15e).
- 1903. — Maes (Georges) (^), manufacturier, 45, rue de Courcelles (8e).
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- MEMBRES CORRESPONDANTS DU CONSEIL DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT EN 1937. 13
- Année de rentrée au Conseil.
- 1931
- Année de la nomination.
- 1913. —
- 1919. —
- 1906. —
- 1922. —
- 1922. —
- 1922. —
- 1919. —
- Comité de Commerce.
- Abbatucci (Séverin) (O. f), médecin colonel en retraite,
- ancien membre du Conseil supérieur de Santé des Colonies, 35, boulevard Gambetta, Nice (Alpes-Maritimes).
- MEMBRES CORRESPONDANTS
- Comité des Arts mécaniques.
- Correspondant français.
- Schubert (Adrien) (^, ü,tl), Ingénieur des Arts et Manufactures, 6, rue Fourcroy, Paris (17e).
- Comité des Arts chimiques.
- Correspondant français.
- Zuber (Louis), industriel à Rixheim (Haut-Rhin).
- Correspondants étrangers. '
- Hadfield (Sir Robert Abbott), membre de la Royal Society, D. Sc., D. Met., membre correspondant de l’Académie des Sciences de Paris, sleel manufacturer, 22, Carlton House Terrace, London, S. W. 1 (Angleterre).
- Hauser (Enrique), Ingénieur des Mines, membre de l’Académie des Sciences de Madrid, ancien président de la Commission espagnole du Grisou et du Conseil des Mines, ancien professeur chef du Laboratoire de Chimie industrielle de l’École des Mines et du Laboratoire Gomez Pardo, 27, rue Zorrilla, Madrid, 14° (Espagne).
- Sauveur (Albert) (^, f|), ingénieur métallurgiste, membre de la National Academy of Sciences, professeur de métallurgie et de métallographie à l’Université Harvard, Harvard University, Cambridge, Mass. (U. S. A.).
- Mrazec (L.), professeur de minéralogie, directeur du Laboratoire de Minéralogie de l’Université, membre de l’Académie roumaine, boulevard Bratianu, 1, Bucarest (Roumanie).
- Comité des Arts économiques.
- Correspondants français.
- Chauveau (Dr Claude) (^f), sénateur, docteur médecin, 242, boulevard Saint-Germain, Paris (7e).
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION (1937). -— JANVIER-FÉVRIER 1937.
- Année de
- la nomination.
- 1919. — Visseaux (Jacques), industriel, 88 à 92, quai Pierre Seize, Lyon (Rhône).
- Correspondants étrangers.
- 1890. — Elihu-Tiiomsün (O. ifc), A. M. (Yale University) D. Sc. (Harvard Lniversity), Consulting' engineer, electrician, member of Corporation, Mass. Institute of Technology (Cambridge, Mass.), General Electric Company (Lynn, Mass.), 22, Monument Avenue Swampscott, Mass. (U. S. A.).
- 1913. — Guillaume (Charles-Edouard) (G. O. #), correspondant de l’Institut deErance, prix Nobel, physicien, directeur honoraire du Bureau international des Poids et Mesures, 11, avenue de Bellevue, Sèvres (Seine-et-Oise).
- Comité d’Agricultnre.
- Correspondants français.
- 1890. -— Milliau (Ernest) (^, G. O. j§), expert des tribunaux, correspondant de l’Académie d’Agriculture, directeur du Laboratoire d’Essais techniques, 30, rue Sainte, Marseille (Bouches-du-Rhône).
- 1907. — Monicault (Pierre de) (#), Ingénieur agronome, membre de l’Académie d’Agriculture, agriculteur, 91, faubourg Saint-Honoré, Paris (8°), et à Versailleux (Ain).
- 1937. — Cramois (André), Ingénieur A. et M. et E. S. E., diplômé de l’Ecole des Sciences politiques, Inspecteur général à la Caisse nationale de Crédit agricole, 1, rue Oudinot, Paris (7e).
- Comité des Constructions et des Beaux-Arts.
- Correspondant français.
- 1925. — Leineicugel le Cogq (G.) (O. ifc), Ingénieur hydrographe en chef de la Marine de réserve, Les Tilleuls, Châteauneuf-sur-Loire (Loiret).
- Correspondant étranger.
- 1932. — Hannüver (Harald Immanuel), ancien directeur de l’École poly-
- technique royale, 0sterbrogade 106, 0, Copenhague (Danemark).
- Comité de Commerce.
- Correspondant français.
- 1933. — Abbatucci (Séverin) (O. ü, §), médecin colonel en retraite,
- ancien membre du Conseil supérieur de Santé des Colonies, 55, boulevard Gambetta, Nice (Alpes-Maritimes).
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- BULL. DE LA SOC. d’eNGüUR. POUR L’iNDUST. NATION. —.IANV.-FLV. 1937 (p. 15).
- LES PROGRÈS RÉCENTS DANS LA CONSTRUCTION DES IYIACHINES-OUTILS.
- LA MACHINE-OUTIL FRANÇAISE 1
- pur \l. .M.-J. Andhouin. membre du Conseil de la Société d’Encourai/ement.
- Mesdames, Messieurs,
- Avant d’aborder le sujet, je vous dois quelques excuses. D’abord, à cause des omissions auxquelles il m’a fallu me résigner, en raison de ce que la durée normale d’une conférence est vraiment insuffisante pour traiter un sujet aussi vaste.
- J’ai dû m’en tenir, faute de temps, à celles des machines qui travaillent les métaux par taillage.
- Je le regrette d’autant plus que les machines qui travaillent par déformation présentent en ce moment môme un intérêt tout particulier, à cause du rapide développement du travail des métaux en feuilles, en fils et en profils étirés. Je m’excuse donc près de ceux que préoccupe cette très intéressante partie de notre matériel mécanique.
- Je m’excuse aussi, près des quelques spécialistes de la machine-outil qui se trouvent dans cette salle, de passer nécessairement sous silence certains details qui sont pour eux d’un intérêt immédiat.
- Lorsque j’ai signalé ma conférence au Groupement des Constructeurs de Machines-Outils, le secrétariat de ce groupement en a fait part tout de suite aux adhérents. Un grand nombre d’entre eux m’ont aussitôt adressé les descriptions de leurs créations les plus récentes. Je les en remercie, car cela me permet de baser mes affirmations sur des renseignements tout à fait à jour. Qu ils m excusent de ne pas les nommer, et de ne pas énumérer toutes les nouveautés qu’ils ont produites, mais qu’ils veuillent bien comprendre en môme temps que chacun d’eux a sa part de ce que je dirai de leur ensemble.
- * *
- L’expression machine-outil, dans son sens original, entendait se rapporter à l’outillage mû mécaniquement, comme c’est le cas pour l’expression anglaise machine tool. laquelle, à l’origine, s’opposait à hand tool. outil à main.
- Dans le langage technique et commercial d’aujourd’hui, l’expression machine-outil désigne surtout les machines de façonnage employées dans les ateliers de constructions et fabrications mécaniques. Par extension, elle désigne quelques machines auxiliaires de ces mômes ateliers, et aussi des machines diverses de façonnage employées en chaudronnerie, charpenterie métallique, ierronnerie. boulonnerie, etc...
- (1) Conlereure l’ai!*' par l’auteur au I bre 1936.
- nservalnire national dos Arts et Aleliers.
- e 30 déeem-
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- CONSTRUCTION DES MACHINES-OUTILS. — JANVIER-FÉVRIER 1937.
- Le matériel de forge et de fonderie est généralement laissé en dehors de l’appellation machine-outil. 11 en est de même de la machinerie servant au travail des bois, des pierres, etc. Ainsi comprise, l'expression machine-outil correspond à peu près exactement aux expressions équivalentes des principales langues étrangères : Werkzeugmasch-ine, machine tool -.
- *
- * *
- En général, la machine-outil est un peu considérée dans notre pays comme un parent pauvre de la technique. Les hommes de science ne daignent que rarement s’en occuper. Il est exceptionnel qu’il y soit fait allusion dans les ouvrages de haute science. La plupart des revues scientifiques l’ignorent à peu près complètement.
- Tels ingénieurs de grand renom, qui ont produit de remarquables travaux dans d’autres domaines de la technique, comme la thermodynamique, l’hydro-technique et tout ce qui se rapporte aux machines motrices, l’aérotechnique. l’électrotechnique et un grand nombre d’applications industrielles des diverses branches de la physique, ne se sont presque jamais préoccupés de la question des machines-outils. Notre haut enseignement lui-même a subi longtemps les conséquences de cette carence. Peut-être peut-on risquer à cela une explication qui nous ramènerait aux traditions d’autrefois.
- La technique de la machine-outil est en effet fort complexe, en ce sens qu’elle comprend, comme nous le verrons tout à l’heure, un grand nombre de parties qui refusent de se laisser mettre en équation tant que l’ingénieur qui s’en occupe ne possède pas la somme d’habileté manuelle et d’expérience des hommes et des choses, indispensables à l’exercice de son art.
- Or, d’une part, l’acquisition de l’habileté manuelle n’est possible qu’à celui qui accepte d’opérer lui-même. D’autre part, le travail manuel a été pendant longtemps considéré comme étant indigne d’un homme cultivé. Un gentilhomme d’autrefois se serait cru désobligé s’il avait dû, de ses mains, toucher un outil ; la prédilection du roi Louis XVI pour certains menus travaux de serrurerie n’avait pas modifié grand chose à cette manière de voir. On ne peut guère citer qu’une exception : les gentilhommes verriers.
- A cet égard, il y a du mieux. L’ingénieur d’à présent commence à comprendre l’utilité d’être adroit de ses mains, et il y a certainement là un facteur important des progrès dont nous parlerons tout à l’heure.
- Je désire insister tout de suite sur cette vérité, que la technique de la machine-outil est digne en tous points de l’attention des ingénieurs les plus perspicaces. En même temps qu’elle exige la rigueur scientifique, elle fait appel à la connaissance de l'homme sous tous les aspects que présente celui-ci en l’occurrence, qu’il s’agisse de l’ouvrier qui conduit la machine, du client qui l’achète, ou du concurrent plus ou moins agressif avec qui l’ingénieur est en compétition. Jugez-en plutôt.
- (2) Maquina-herramienta (espagnol); macchina-utcnsiie (italien).
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- LES PROGRÈS RÉGENTS DANS LA CONSTRUCTION DES MACHINES-OUTILS. 17
- Une machine-outil rationnelle doit être un produit direct de Y organisation scientifique du travail, cette organisation scientifique étant appliquée d’abord à la construction de la machine par l’ingénieur, puis à son exécution par les agents techniques et les ouvriers de l’usine qui la produit, et à son emploi par les ingénieurs, agents techniques et ouvriers de l’usine où l’on s’en sert. Elle doit répondre pleinément à toutes les conditions de qualité et de rapidité de production en vue desquelles elle est établie. Cela exige qu’elle possède de nombreuses qualités.
- Une machine-outil doit être :
- 1° correcte aux points de vue géométrique et cinématique;
- 2° correcte aussi au point de vue mécanique ;
- 3° rigide, condition nécessaire pour qu’elle puisse être précise;
- 4° rapide, au point de vue de la facilité de sa préparation en vue d’un travail quelconque;
- 5° rapide, au point de vue de l’exécution du travail qu’elle effectue;
- 6° durable, c’est-à-dire apte à se conserver longtemps en bonne condition d’emploi;
- 7° peu coûteuse, pour ne pas grever dans une proportion exagérée le travail auquel on l’emploie;
- 8° facile à entretenir, pour la même raison ;
- 9° peu encombrante, pour ne pas absorber une part trop grande de celles des dépenses indirectes qui sont liées à l’emplacement occupé;
- 10° sûre, c’est-à-dire sans danger pour l’opérateur qui la conduit et pour le personnel en général ;
- 11° non fatigante, c’est-à-dire douce à manœuvrer, celles des manœuvres qui pourraient être fatigantes étant au besoin exécutées mécaniquement;
- 12° commode, c’est-à-dire présenter, à portée de l’ouvrier et sans déplacements inutiles de celui-ci, des organes de manœuvre qui soient bien en main;
- 13° bien protégée contre les fausses manœuvres. Nos amis de langue anglaise emploient, familièrement, pour désigner cette qualité, l’expression fool proof, qui signifie protégé contre l'étourdi, expression dont un bon équivalent français serait le bienvenu ;
- 14° propre, c’est-à-dire non susceptible d’occasionner des projections de liquide d’arrosage ou autre, risquant de salir les vêtements et le visage de l’opérateur ou d’autres personnes ou de salir l’atelier;
- 15° belle.
- L’utilité de cette dernière qualité n’est pas évidente pour tout le monde, car les arts mécaniques ont, comme tous les autres, leurs philistins. Ceux-ci ne manquent jamais de faire remarquer qu’il leur est indifférent qu’une machine soit belle ou non, pourvu qu’elle fonctionne bien. Comme ils peuvent se trouver en situation d’avoir à acheter des machines, il est judicieux de leur rappeler, pour la sauvegarde de leur porte-monnaie, que le souci de l’esthétique est conforme à leur intérêt et qu’il y a une esthétique de la machine comme de toute œuvre d’art.
- La beauté véritable d’une machine ne consiste pas dans une ressemblance, inu-136e Année. — Janvier-février 1937. 2
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- CONSTRUCTION DES MACHINES-OUTILS.
- JANVIER-FEVRIER 1937.
- lile et stupide, à certains détails de l’architecture antique. Cette beauté consiste essentiellement dans une distribution des masses qui composent la machine suivant un tout harmonieux, donnant l’impression que sa construction procède d’une idée d’ensemble bien définie, où chaque élément répond à sa destination conformément aux conditions de résistance; tout cela sans heurts, et surtout sans ces saillies inopportunes qui, sur certaines machines, donnent l’impression que des parties importantes ont dû être ajoutées après coup, parce qu’on les avait oubliées.
- L’ingénieur qui se respecte ne saurait produire une œuvre inesthétique. Lorsqu’une machine possède la beauté, comprise comme il vient d’être dit, c’est que celui qui l’a conçue était suffisamment cultivé pour être capable de lui conférer cette beauté. On peut donc généralement tenir pour certain que le même ingénieur n’a pas manqué de soigner les autres qualités qui viennent d’être mentionnées.
- L’industrie de la machine-outil est très ancienne. Le temps dont nous disposons ce soir est insuffisant pour entreprendre d’en rappeler l’évolution, même dans ses grandes lignes. L’étude de l’évolution de la machine-outil a fait l’objet de beaux travaux; à ceux que la question intéresse, je recommande de consulter celles des œuvres de Charles Fremont qui se rapportent à ses origines lointaines. Ils peuvent aussi consulter avec intérêt les rapports dressés tous les onze ans, à la suite des grandes expositions universelles de Paris, de 1867 à 1900 inclus. Nous nous en tiendrons ce soir à l’exposé, d’ailleurs très sommaire, des progrès les plus récents.
- Plusieurs événements comtemporains ont eu une influence considérable sur le perfectionnement des machines-outils; ce sont notamment :
- 1° le développement extrêmement rapide de l’industrie des Etats-Unis dans ces cinquante dernières années;
- 2° la découverte des aciers à coupe rapide;
- 3° l’amélioration générale des produits métallurgiques qui, en même temps qu’elle posait au constructeur de machines-outils des problèmes nouveaux relatifs au façonnage de ces produits, lui fournissait des ressources nouvelles pour l’amélioration de sa construction. Ces ressources nouvelles ont consisté en aciers à haute résistance, en bronzes et autres matières à coussinets, et surtout en fontes de qualités mieux appropriées, pour lesquelles les progrès de ces dernières années ont été considérables;
- 4° le développement de l’organisation scientifique du travail;
- 3° le développement des transports sur routes et des transports aériens; enfin, tout récemment,
- 6° l’apparition de nouvelles matières à outils pouvant supporter des vitesses de travail très supérieures à celles que permettaient les meilleurs aciers à coupe rapide.
- Ces deux derniers ordres d’événements ne sont d’ailleurs que des aspects par-
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- LES PROGRÈS RÉGENTS DANS LA CONSTRUCTION DES MACHINES-OUTILS. 19
- ticuliers de l’évolution générale des applications de la mécanique dans le sens de l’accroissement de la vitesse 3 4.
- Toutes ces applications ont lait naître, dans l’exécution des éléments de machines, de nombreuses exigences de qualité auxquelles il serait impossible de satisfaire par les seuls moyens du travail manuel, quelle que soit d’ailleurs la somme de temps que l’on consente à dépenser pour cette exécution. Les exemples en sont innombrables; parmi les plus importants, on peut citer le parachèvement des alésages et de leurs contenus, des éléments de roulements, des dentures d’engrenages.
- Les abaissements successifs de la durée de la semaine de travail ont eux-mêmes des répercussions sur l’évolution de la machine-outil, et nous connaissons un grand nombre de cas où, tout en cherchant à éviter Y inflation du machinisme. on a dû nécessairement développer le travail mécanique.
- Revenons sur la question de Y accroissement de la vitesse dans tous les domaines.
- Dans la construction des machines, la vitesse nous pose de nombreux problèmes qui se ramènent tous à la recherche de la meilleure manière, soit de l’utiliser lorsqu’elle est à notre service, soit d’en atténuer les effets lorsqu’elle nous gêne.
- Lorsque la vitesse est à notre service, elle peut nous être utile proportionnellement à sa valeur; il en est ainsi lorsque, pour un effort donné transmis par un organe de machine, elle influence la puissance mise enjeu. Elle peut aussi nous être utile proportionnellement au carré de sa valeur; c’est le cas lorsque nous l’imprimons à des masses dont nous utilisons l’énergie cinétique.
- Lorsque la vitesse nous gêne, elle ne le fait jamais proportionnellement à sa valeur, mais toujours proportionnellement au carré de sa valeur. Toutes les perturbations qui varient avec la vitesse sont dues en effet à l’inertie des organes en mouvement; dans tous les cas, c'est suivant le carré de sa valeur que la vitesse est nocive.
- Pour résoudre les difficultés qui se présentent sous cette forme, il a fallu améliorer de plus en plus la qualité de l’exécution des éléments de machinerie, d’où la nécessité d’employer des machines-outils de plus en plus précises. Cette conférence peut donc être inspirée, comme la précédente par le désir d’augmenter à la fois la qualité et la rapidité.
- Pendant longtemps la machine-outil a progressé lentement. Un tout petit nombre de bons constructeurs conduisaient le mouvement. Les autres les imitaient
- (3) Cf. Société des Ingénieurs civils de France, séance du U décembre 1936.
- (4) Conférence faite par l’auteur le 16 décembre 1936, au Conservatoire national des Arts et Métiers, sur « Les progrès récents dans l’art de travailler les métaux ».
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- CONSTRUCTION DES MACHINES-OUTILS. — JANVIER-FEVRIER J937.
- tant bien que mal. Les imitations étaient souvent maladroites, même lorsque les copies étaient faites, comme nous l’avons vu plusieurs fois, cote pour cote. Certains finauds copiaient des machines réputées bonnes en augmentant légèrement toutes les cotes, et mettaient leur « création >i dans le commerce sous le nom d'article renforcé!
- Cette appréciation plutôt sévère de l’activité des imitateurs ne signifie pas dans notre esprit que chacun doive tout inventer : le progrès consiste en effet, non seulement à mettre en avant de temps en temps des nouveautés remarquables, mais aussi à améliorer sans cesse ce qu’ont fait nos devanciers.
- Nous devons reconnaître que, dans la voie du perfectionnement des machines-outils, l’apport de l’industrie américaine a vraiment été prépondérant. Il en est ainsi depuis longtemps, et c’est seulement dans ces dernières années que la vieille Europe a pu réduire, dans une forte proportion, la distance qui la séparait à cet égard de nos collègues des États-Unis; cela est vrai dans le domaine de la qualité comme dans celui de la rapidité.
- Les États-Unis ont eu une grande avance sur toute l’Europe dans les applications de la technique de l'interchangeabilité. Cette technique n’était pas ignorée dans nos pays; ceux d’entre nous qui étaient capables de l’appliquer possédaient pour cela les connaissances et l’expérience requises; mais ils étaient extrêmement peu nombreux, au point que, dans l’ensemble de l’industrie, on allait jusqu'à en nier la possibilité.
- On façonnait les éléments de machines à des cotes approximatives, en prenant bien soin de faire les éléments contenants trop petits pour être certain qu’ils ne seraient pas trop grands, et les éléments contenus trop gros, pour être certain qu’ils ne seraient pas trop petits. L’ajusteur s’arrangeait du reste, et les délais d’exécution étaient conditionnés surtout par la somme considérable de travail manuel qu’entraînait la construction de toute la machinerie.
- Les exigences récentes dont nous venons de parler ayant rendu nécessaire une meilleure exécution du travail mécanique, il a fallu étendre de plus en plus les applications de la technique de l’interchangeabilité, et mettre la machinerie en condition d’y satisfaire.
- -X-
- Ce préambule a été un peu long, et je m’en excuse, mais cela va nous permettre de rendre plus clair l’exposé des principaux progrès réalisés récemment dans la construction des machines-outils. Nous exposerons ces progrès sous trois aspects : d’abord les progrès d’ordre général ; ensuite les progrès particuliers à certaines sortes de machines; puis une sorte de bilan de ce qu’a été l’apport de la technique française dans cet ensemble.
- *
- * *
- La correction géométrique des machines a été grandement améliorée dans la construction, c'est-à-dire dans l’étude des machines et aussi dans Xexécution.
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- LES PROGRÈS RÉCENTS DANS LA CONSTRUCTION DES MACHINES-OUTILS. 21
- Pour les îuouvcmenls rectilignes, les profils et les moyens de réglage des glissières ont été améliorés. La protection des glissières a reçu, de la part des constructeurs, une attention infiniment plus grande qu’autrefois.
- Pour les rotations, la construction a été plus étudiée, et l’équilibrage dynamique des rotors a été développé.
- Les formes des broches de machines et leur disposition générale dans leurs mécanismes ont été améliorées.
- L’application des roulements à billes, puis des roulements à rouleaux, surtout des roulements à rouleaux coniques, a été développée. Cela n’a pas été réalisé sans difficulté, car les premiers roulements ne répondaient pas aux conditions géométriques requises. Ils ne permettaient pas d’assurer, à une approximation suffisante, la fixité de l’axe de la broche perpendiculairement à sa direction. Ils ne permettaient pas non plus d’assurer d’une manière suffisante la fixité axiale de la broche. Les premiers tours ainsi montés produisaient des pièces dont la forme de la section transversale était trop éloignée du cercle parfait. Lorsqu’on les employait à dresser des faces ou à tailler des filets de vis, le va-et-vient axial de la broche produisait des erreurs exagérées. Il est possible maintenant d’obtenir des roulements dont la précision est acceptable, et l’on trouve à présent de nombreuses broches de tours, de machines à fraiser, de machines à percer, etc., qui tournent sur roulements et donnent satisfaction.
- La broche lisse tournant dans des coussinets n’a pas disparu pour cela. Il y a des applications pour lesquelles elle garde la prédominance. Une grande partie de ces applications se rapportent précisément à des broches qui, nécessairement, tournent vite, comme par exemple des broches porte-meules de machines à rectifier. Les améliorations récentes dans la construction de ces broches mettent en jeu tous les moyens qui s’offrent à l’ingénieur : plus grande dureté superficielle des broches elles-mêmes, meilleur fini de leur surface, meilleur choix du métal des coussinets, et enfin, meilleur système de lubrification.
- A propos de lubrification, mentionnons parmi les progrès récents :
- 1° l’extension du graissage par flot surabondant et continu, avec filtrage de l’huile avant son retour aux coussinets à graisser;
- 2° l’extension du graissage centralisé, c’est-à-dire du système où un distributeur envoie des débits suffisants de lubrifiant à tous les points où c’est exigé;
- 3° l’extension aussi du graissage par pompe à pression à accouplement instantané, l’accouplement se faisant sur des boutons munis d’une fermeture automatique.
- Cette question de la lubrification est devenue extrêmement importante. C’est pourquoi on augmente d’année en armée la place qui lui est faite dans l’enseignement de la technologie de construction.
- Les mécanismes de transmission ont dû être améliorés pour diverses raisons. D’abord, il est généralement nécessaire d’obtenir que la puissance transmise à celui des organes, pièce ou outil, qui se meut à la vitesse de coupe, soit à peu près la même à toutes les allures. Cette condition, et quelques autres, ont conduit
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- 22 CONSTRUCTION DES MACHINES-OUTILS. —
- à l'adoption de mécanismes où la transmission est laite entièrement par engrenages, les modifications d’allures de marche étant effectuées en changeant des rapports de nombres de dents.
- Les perfectionnements récents de ces mécanismes se présentent sous deux formes : celle de la facilité du changement d’allure, et celle de l’amélioration du fonctionnement des engrenages.
- Suivant la nature des machines, les conditions à réaliser pour le changement d’allure de marche sont différentes. Dans certains cas on peut se contenter de démonter les engrenages et d’en mettre d’autres à la place. Il en est ainsi lorsque l’allure de marche peut être conservée sans changement pendant un nombre appréciable de dizaines d’heures, et aussi, dans certains cas, lorsque l’on veut que le conducteur de la machine ne puisse pas en modifier à son gré le régime de marche. Ce mode de changement de vitesse donne lieu à la construction la plus simple, et on le trouve sur de nombreuses machines automatiques.
- Dans d’autres cas, il faut que le changement de vitesse soit possible dans un temps très court; mais on peut accepter que ce changement soit fait quand la machine est au repos ou en marche lente à vide. La réalisation de cette condition a donné lieu à l’application de nombreux dispositifs parmi lesquels on retrouve surtout le déplacement axial des engrenages, qui n’est autre que le populaire train batladeur des automobiles, les accouplements à clabots et l’engrenage basculant. Ce dernier dispositif est peu employé pour la transmission des vitesses, mais il est d’usage fréquent pour la transmission des avances et surtout, dans les tours à fileter, pour le changement de pas.
- Enfin, il est nécessaire, dans certains cas, que le changement soit possible pendant la passe. La réalisation de cette condition a donné lieu à de nombreux dispositifs, parmi lesquels on trouve souvent, isolément ou ensemble, des embrayages à friction et des entraîneurs à sens unique, et quelquefois aussi des embrayages magnétiques.
- Des problèmes analogues se sont posés d’ailleurs pour les changements de vitesse des automobiles, et la machine-outil a bénéficié, dans une certaine mesure, des recherches auxquelles ils ont donné lieu. Cette circonstance a facilité notamment le développement des dispositifs dits « pré-sélecteurs » grâce auxquels l’opérateur prépare d’abord, au moyen d’un ou plusieurs index déplaçables sur des échelles ou sur des cadrans, le rapport de transmission à réaliser, et déclenche ensuite la manœuvre qui réalisera ce rapport.
- Les améliorations apportées aux dispositifs de changement de vitesse ont été mises à profit dans certaines machines plus ou moins automatiques, où le mécanisme qui détermine le rythme général des mouvements déclenche, quand il le faut, les changements de vitesse qui sont nécessaires.
- Tous ces mécanismes ont nécessité l’emploi de roues d’engrenages fonctionnant à des vitesses beaucoup plus élevées que dans les applications antérieures. De tels engrenages, pour être satisfaisants, doivent assurer la continuité du mouvement. c’est-à-dire la constance du rapport de transmission, à une approximation
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- LUS PROGRÈS RECENTS DANS LA CONSTRUCTION DES MACHINES-OUTILS. 23
- beaucoup meilleure qu’autrefois, et nous trouvons là un des nombreux cas où la vitesse est nocive proportionnellement au carré de sa valeur. Heureusement, les engrenages qui fonctionnent mal possèdent un moyen infaillible de nous le faire savoir : ils font du bruit.
- Je ne puis entreprendre ce soir d’expliquer en détail la question des bruits et des sons que produisent les engrenages. Je mentionnerai seulement que, lorsque le dispositif a été bien construit par l’ingénieur et bien exécuté par l’atelier, il peut encore y avoir production de son, mais il n’y a plus production de bruit. Les conditions géométriques à réaliser pour cela sont en principe très simples. Il y en a deux que tout le monde connaît, et sur lesquelles je n’insiste pas : c’est la correction des formes de dents et l’exactitude de la division ; il y en a une troisième, sur laquelle j’insiste parce qu’on n’y pense pas toujours comme il le faudrait : c’est la fixité de l’axe dans le sens perpendiculaire à sa direction.
- Or ces engrenages, pour lesquels les conditions de précision sont très sévères, doivent répondre en même temps à des conditions non moins sévères de limite élastique et de dureté superficielle. Cette dernière condition rend souvent impossible tout façonnage à l’outil après traitement thermique, et rend par conséquent nécessaire le parachèvement par rectification. On peut donc considérer le développement de la rectification des engrenages comme l’un des plus importants parmi les progrès récents dans la construction des machines-outils. On peut d'ailleurs remarquer, à ce propos, un phénomène qui est assez général dans ce domaine : c’est qu’en matière de perfectionnement technique, le constructeur de machines-outils est lui-même le plus exigeant de ses clients.
- Dans l’ordre des perfectionnements généraux, il convient de mentionner que l’industrie de la machine-outil n’a pas manqué de mettre à profit les progrès accomplis dans les applications de Y électricité, de Y air comprimé et des transmissions hydrauliques.
- Le rôle le plus important de l’électrotechnique dans le domaine de la machine-outil a été l’application, qui se généralise rapidement, de la commande individuelle. On connaît généralement plusieurs des avantages réels de cette applica-lion. L’un des plus importants est de libérer l’organisateur d’atelier de la sujétion résultant des positions obligatoires par rapport à des lignes ou à des renvois de transmission.
- Avec des machines à commande individuelle, l’organisateur est libre d’adopter les positions relatives les plus favorables aux facilités de circulation générale et de cheminement des produits dans l’atelier. De plus, en cas d’évolution dans la destination de l’atelier, les machines peuvent être déplacées plus facilement. Cette facilité de déplacement suppose toutefois que la machine soit autonome, c’est-à-dire porte sur son bâti l’équipement électrique absolument complet, prêt à recevoir les fils de ligne.
- En même temps que l’application directe à chaque machine d’un ou de plusieurs moteurs, se sont développés : les commandes par boutons, dont certaines sont rendues automatiques; les systèmes de combinateurs plus ou moins automatiques pour les démarrages ; les changements de sens de marche, et, quelquefois, les
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- changements de vitesse. Enfin, l’électrotechnique est mise à contribution aussi dans les applications d’embrayages magnétiques et d’électro-aimants divers, destinés à accomplir des manœuvres d’organes d’arrêt, ainsi que dans les porte-pièces et appareils divers à adhérence magnétique.
- L’air comprimé a reçu diverses applications dont les plus importantes se rapportent à des dispositifs de serrage de plateaux de tours ou autres porte-pièces, et aussi à des appareils de levage auxiliaires facilitant la mise en place des pièces sur les machines, et leur enlèvement.
- Quant à la transmission hydraulique, elle a reçu de nombreuses applications se rapportant surtout à des commandes d’avancement, à des commandes de déplacement rapide et à des commandes de va-et-vient automatique, dont nous parlerons à propos de certaines machines.
- Parmi les perfectionnements généraux, il y a lieu de faire une place importante au contrôle de qualité et à la normalisation.
- Le contrôle de qualité a toujours été de rigueur chez les très bons fabricants. Nous l’avons nous-même pratiqué, complètement et fermement, aux Etats-Unis et en France depuis plus de 30 ans. Les principes de géométrie déjà appliqués à cette époque n’étaient pas susceptibles d’amélioration, mais de nombreux détails opératoires ont été perfectionnés.
- Les progrès récents à cet égard ont consisté dans la normalisation et surtout dans la diffusion des méthodes de contrôle. Mon éminent collègue allemand, le professeur-docteur-ingénieur G. Schlesinger, a publié à ce sujet des travaux importants accomplis sous sa direction. En France, la question de la normalisation des méthodes de contrôle des machines-outils a été étudiée, à l’instigation des services de la défense nationale, par des ingénieurs que leurs travaux qualifiaient pour cela, et parmi lesquels les producteurs et les usagers étaient bien représentés.
- Ces travaux français, qui ont été publiés par Science et Industrie, paraîtront bientôt en un volume sous la signature de M. l’Ingénieur des Fabrications d’Armement Salmon, qui présidait la commission. L’application de la normalisation aux machines-outils a été poussée très loin. Nous y reviendrons à propos delà contribution de la technique française au progrès des machines-outils.
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- Voyons maintenant les perfectionnements particuliers aux principales sortes de machines-outils.
- D’abord les tours. Le tour ordinaire d’atelier, à charioter et à fileter, est une machine déjà ancienne, puisqu’un manuscrit de Léonard de Vinci fait mention du tour à fileter muni de roues de rechange permettant d’obtenir des pas différents avec une môme vis-mère. Il n’en a pas moins été l’objet, tout récemment, de nombreux perfectionnements.
- D’abord la généralisation, à peu près complète maintenant, des glissières
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- principales prismatiques. En même temps, l’amélioration de la construction de la poupée principale pour répondre aux conditions générales de puissance et de vitesse que nous venons de mentionner. L’adoption de meilleurs mécanismes pour les changements de pas et les changements d’avance, tant dans la partie placée près de la poupée que dans le tablier, et aussi l’amélioration des contre-poupées. Les supports d’outils ont eux-mêmes été perfectionnés.
- Quant aux dispositifs d’arrosage, ils ont été considérablement améliorés à divers points de vue, notamment pour obtenir que le liquide puisse arriver sur l’outil dès la mise en route de la machine. Autrefois, cette condition n’était pas très importante. Elle l’est maintenant, à cause des très grandes vitesses qui sont pratiquées grâce aux outils nouveaux en carbure de tungstène et autres.
- A propos des vitesses de broches, voici quelques chiffres suggestifs. La vitesse maximum d’un tour d’atelier, en tours par minute, est généralement choisie en divisant par la hauteur d’axe un certain nombre caractéristique. Avant l'emploi des aciers à coupe rapide, le nombre caractéristique n’excédait généralement pas 80 000. Dans ces conditions, un tour de 200 mm de hauteur d’axe pouvait tourner au maximum à 400 t/mn.
- Lorsque les aciers à coupe rapide sont apparus, on aurait pu doubler ce chiffre de 80 000. On n’a généralement pas été aussi loin, pour plusieurs raisons.
- D’abord parce qu’il subsistait quelques applications pour lesquelles des vitesses modérées s’imposaient; mais, surtout, parce que la construction des tours, même avec les perfectionnements qu’elle avait reçus un peu après 1900, ne permettait pas d’aller bien loin dans cette voie. Le chiffre de 125 000 est devenu d’usage courant; pour notre tour de 200 mm de hauteur d’axe, cela donnait une vitesse maximum de 640 t/mn. Dans les tours modernes, le chiffre de 250 000 est maintenant d’usage courant. On a d’ailleurs été beaucoup plus loin, et les applications allant jusqu’à 400 000 ne sont déjà plus exceptionnelles. En ce qui concerne les autres tours, on a progressé dans le même sens.
- Une mention spéciale doit être faite à propos des tours automatiques servant au façonnage des pièces moulées ou forgées.
- La nécessité de façonner des matériaux de plus en plus durs a conduit à une modification profonde des méthodes de taillage. Alors qu’autrefois une grande partie des matériaux acceptaient le taillage par lames de forme à grand développement d’arête, une forte proportion des matériaux d’à présent ne s’en accommodent plus, et il a fallu revenir au travail à l’outil simple. Cela a donné naissance à une nouvelle famille de tours automatiques ou semi-automatiques à chariots multiples, qui, à l’heure actuelle, sont encore dans leur période d’évolution rapide.
- Dans la construction des tours à revolver, on a recherché : d’une part, la possibilité du réglage très rapide en vue d’un travail donné, ce qui est le régime de rigueur pour le cas des fabrications en petites séries; d’autre part, la facilité de conduite en vue de l’emploi d’opérateurs spécialisés. Dans ces deux domaines, les progrès ont été considérables.
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- Dans le domaine des machines à percer, on a recherché la précision, la rapidité du travail, la facilité de réglage en vue d’un travail donné, et la maniabilité en général. Les machines à percer modernes possèdent ces qualités et mettent à la disposition des usagers les vitesses et les puissances qu’il faut pour utiliser les possibilités maximum des forets en aciers à coupe rapide, ou même à tranchant rapporté en carbures à coupe très rapide.
- Les machines à aléser ont reçu des améliorations analogues, mais elles ont progressé surtout au point de vue de la précision du travail qu’elles font. La nécessité de bien aléser est en effet comprise beaucoup plus généralement qu’elle ne l’était précédemment, et c’est à ce point de vue que les progrès des machines à aléser, dans ces dix dernières années, ont été les plus importants.
- On trouve d’ailleurs maintenant dans le commerce des machines à aléser de haute précision auxquelles leur parenté d’origine avec la machinerie de l’industrie horlogère a fait étendre le nom de machines à pointer. Dans ces machines, on a soigné, beaucoup plus que cela n’avait été fait jusqu’à présent, la précision de la position des axes. Aussi répondent-elles pleinement aux cas où des espacements précis des axes sont de rigueur. Leur emploi s’est particulièrement développé pour l’alésage des guides de perçage et de nombreux éléments d’outillage de presses et autres, ainsi que pour l’alésage d’éléments divers de machines de précision de toutes sortes, notamment de machines prototypes.
- Dans le domaine du matériel de fraisage, les principaux progrès découlent de l’évolution même du fraisage.
- La fraise d’autrefois, à line denture, avait plus ou moins le caractère de la lime rotative dont elle procédait directement. On comprend mieux maintenant que chaque dent d’une fraise est assimilable, non plus à une dent de lime, mais à un outil. Cet outil doit travailler de la même manière qu’un outil à charioter s’il s’agit de fraisage de face, et de la même manière qu’une lame de forme s’il s’agit de fraisage de profil. Dans les deux cas, il faut offrir à l’outil assez de métal à tailler pour que l’épaisseur du copeau ne descende pas au-dessous du minimum correspondant à sa finesse d’arête, d’où la nécessité d’employer des machines beaucoup plus rigides et puissantes qu’autrefois.
- Dans le cas de la machinerie destinée aux travaux variés, on a recherché l’économie de temps dans la préparation de la machine en vue d’un travail donné, et la facilité de manœuvre.
- Les machines les plus perfectionnées d’à présent sont munies de dispositifs de changement de vitesse avec système pré-sélecteur. Leurs mécanismes de changement d’avance sont également très complets. De plus, des mécanismes de déplacement rapide de la table dans tous les sens évitent à l’opérateur toute fatigue et ramènent au minimum la dépense de temps. Des dispositifs très efficaces ont été prévus aussi en vue de freiner, pour chaque passe, tous ceux des déplacements de table ou autres dont la passe ne comporte pas l’usage.
- Les débrayages automatiques ont aussi été améliorés.
- A part cela, les machines à fraiser de toutes sortes ont bénéficié des perfection-
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- neinents généraux aux machines-outils, dont il a été parlé tout à l'heure. La seule limitation à tous ces perfectionnements réside dans le fait que le coût de fabrication des machines s’en trouve accru, ce qui accroît proportionnellement les frais afférents à leur exploitation.
- Les machines à fraiser spéciales de fabrication ont été perfectionnées elles aussi, et rendues de plus en plus automatiques. Dans certains cas, on a eu recours à la transmission hydraulique pour produire les mouvements d’approche, d’avance et de retour.
- Les machines à tailler les engrenages ont reçu, elles aussi, de nombreux perfectionnements.
- Pour le travail des engrenages cylindriques, les machines travaillant au moyen d’une fraise hélicoïdale en forme de vis sans fin ont gagné du terrain, grâce surtout au perfectionnement du matériel servant à rectifier et à affûter les fraises qu’elles emploient. Les machines où il est fait usage d’un outil Fellows, lequel, comme on le sait, a la forme d’un pignon dont les dents taillent par leur arête terminale, ont aussi progressé.
- Dans les deux cas, les progrès ont porté sur la qualité et sur la rapidité du travail. Pour la qualité, on a amélioré tout ce qui assure la précision des mouvements, et surtout la liaison entre la rotation de l’outil et celle de la pièce en œuvre, liaison dont les jeux et les déformations élastiques ne sont tolérables qu’à des valeurs infinitésimales. La rapidité des machines a été accrue dans la limite que permettent les meilleurs aciers à outils.
- Les machines à tailler où l’outil a la forme d’une crémaillère ont bénéficié aussi des perfectionnements généraux de la machinerie, bien que le développement de leur emploi soit limité à cause des engrenages hélicoïdaux à très grande largeur de denture, qu’elles ne peuvent pas produire facilement.
- Les machines à tailler les engrenages coniques ont été perfectionnées dans le même sens, et l’emploi de celles qui servent à tailler les dentures courbes se développe de plus en plus.
- L’usage des machines de ce genre a été étendu au cas des engrenages hyperboliques, ce qui a donné une solution acceptable au difficile problème des engrenages à grand rendement dont les axes ne se rencontrent pas.
- Dans cette rapide revue, nous ne devons pas oublier non plus les machines à raboter de toutes sortes, notamment les raboteuses, étaux-limeurs et machines à mortaiser, qui ont été améliorées, elles aussi, en précision et en rapidité. Quelques machines de ce genre ont déjà été construites où le mouvement de va-et-vient de l’organe (table ou coulisseau porte-outil) qui se meut à la vitesse de coupe, a été réalisé par transmission hydraulique.
- Les machines à brocher ont été perfectionnées dans le sens de l’amélioration du dispositif de traction de la broche. Le commerce en offre maintenant où la traction est réalisée par transmission hydraulique.
- Quant aux machines à scier, elles ont reçu aussi de nombreux perfectionnements, qui résultent à peu près tous de ce que l’on a compris que toute dent
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- d’une scie est assimilable à une dent de fraise, laquelle est elle-même assimilable à un outil, comme nous l’avons vu,
- Les machines à rectifier ont été considérablement améliorées dans ces dernières années. La plupart des perfectionnements proviennent de ce que l’on a mieux compris le mode d’action des meules. Chacune des arêtes actives d’une meule est en effet constituée par une saillie de grain abrasif, fonctionnant comme un mauvais outil, et ne pouvant tailler convenablement que s’il lui est offert une épaisseur de copeau suffisante, d’où la nécessité de pouvoir travailler par fortes passes tant que la surface à façonner n’est pas arrivée très près de sa cote finale. De plus, il y a toujours intérêt à ce que l’allure de va-et-vient de la pièce devant la meule corresponde à une largeur effective de meule par tour de pièce. Les machines d’autrefois ne pouvaient pas travailler ainsi pour de nombreuses raisons. Elles n’étaient pas assez puissantes pour travailler par fortes passes avec des meules de grande largeur. De plus, elles ne pouvaient pas supporter des allures de va-et-vient suffisamment rapides. Enfin, les meules elles-mêmes n’étaient pas aussi aptes que celles d’à présent à contenir, dans leurs vides intergranulaires extérieurs, les copeaux produits par les arêtes, ou à se débarrasser facilement des grains ayant perdu leur finesse d’arête.
- Les machines à rectifier les plus perfectionnées d’à présent permettent de grandes allures de marche. La transmission hydraulique a été appliquée au va-et-vient de leur table, et c’est certainement là l’application la plus heureuse qui ait été faite de ce mode de transmission. Grâce, en effet, à des distributeurs bien étudiés, le mouvement peut être freiné progressivement à l’approche de la position de fin de course, ce qui évite les à-coups et permet de concilier la précision de position de la table en fin de course et l’allure rapide de va-et-vient. De plus, la machine peut passer presque instantanément du va-et-vient rapide, utilisé pour ébaucher, au va-et-vient plus lent, utilisé pour finir.
- Le dressage des meules, au diamant ou autrement, a été perfectionné.
- Enfin des dispositifs de mesurage plus ou moins automatiques permettent d’amener les pièces à la cote exacte sans qu’il soit toujours nécessaire d’arrêter la machine pour mesurer le diamètre avant la fin du travail.
- Les mêmes perfectionnements ont été étendus aux machines à rectifier intérieurement., et la productivité de ces machines a pu ainsi être décuplée en moins de dix années d’effort de perfectionnement.
- Les machines à rectifier les surfaces fdanes à meules de face ont été perfectionnées, elles aussi, bien que leur emploi reste limité par la condition que chacun des vides intergranulaires extérieurs de la meule puisse contenir la quantité de copeaux produite par le grain d’abrasif dans le plus grand arc ininterrompu suivant lequel ce grain travaille.
- Les dernières venues des machines à rectifier, celles qui servent au travail des filets de vis et des dentures d’engrenages ont elles-mêmes été grandement améliorées, et de nouveaux modèles ont été élaborés. On peut maintenant réaliser
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- par rectification des tarauds, des fraises à dents multiples pour filets de vis, des fraises hélicoïdales à tailler des engrenages, des vis sans fin et des engrenages. Jusqu’à présent, on avait surtout rectifié des dentures d’engrenages cylindriques droits, mais il existe maintenant des machines pour rectifier des engrenages cylindriques hélicoïdaux et aussi pour rectifier des engrenages coniques, même à denture courbe.
- Grâce à ces machines, un grand nombre de constructions, parmi lesquelles celle des mécanismes à engrenages pour machines-outils, ont pu être largement améliorées.
- Dans tout cela, quelle a été la contribution de la technique française? Bien peu de chose, peuvent penser certains, car ici, à cet égard, nous avons fait moins de bruit que de besogne. Or, tout en reconnaissant l’importance, en valeur et en quantité, des travaux dus à nos collègues de l’étranger, nous avons le devoir de ne pas laisser ignorer qu’ici aussi on a travaillé.
- A ce (pi’ont fait les fabricants des Etats-Unis dans tous les domaines de la machine-outil, les industries d’Allemagne et d’Angleterre ont ajouté chacune une contribution importante. Celles de Suède et de Suisse ont apporté aussi une contribution importante, dans le domaine de la qualité. L’Autriche, la Belgique, l’Italie, la Tchécoslovaquie et quelques autres pays ont aussi apporté leur contribution au progrès général. Mais l’industrie française n’est pas restée inactive.
- D’abord, en technique d’interchangeabilité, il ne faut pas oublier que la France, à qui est dû le système métrique, a réalisé le premier ensemble cohérent d’étalons linéaires permettant d’assurer l’interchangeabilité des fabrications faites dans plusieurs ateliers. Cette réalisation est le résultat d’un travail dont la plus grande partie a été faite par la Section technique de l’Artillerie avant 1895, au milieu de difficultés de toutes sortes, dont la prévention des physiciens contre les mesures à contact n’était pas la moindre.
- La normalisation des ajustements, qui vient d’être réalisée, est une œuvre internationale, mais la contribution française y a été considérable.
- Dans le domaine de la machine-outil, l’interchangeabilité n’est pas limitée aux conditions d’ajustement de ses éléments. Les machines-outils de même famille doivent en effet être interchangeables par rapport à tous les appareillages et outillages qu’elles peuvent recevoir; — aux calculs de temps basés sur la connaissance de leurs allures de marche possibles; -aux réflexes des opérateurs qui les conduisent et qui doivent pouvoir, sans hésiter, manœuvrer correctement les organes de commande, même lorsqu’ils changent de machine. Ce sont là des ordres d’idées où l’interchangeabilité n'est réalisable que moyennant une normalisation bien comprise.
- C’est en France qu’ont été élaborées, à peu près entièrement, les normes d’intérêt collectif grâce auxquelles l’interchangeabilité des machines-outils, aux divers points de vue qui viennent d’être cités, peut être entièrement réalisée.
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- C’est en France que sont nés l’application de la série géométrique décimale, dite série de Renard, aux allures de marche des machines-outils, et les moyens de calcul rapide que permet cette application (3).
- C’est aussi en France qu’ont été réalisées de bonnes normalisations d’accessoires de machines telles que sections d’aciers à outils, supports d’outils, etc.
- En ce qui concerne le sens de manœuvre des organes de commande, il existait depuis longtemps, aux États-Unis, une normalisation de fait qui résolvait partiellement la question. Cette normalisation de fait résultait, comme cela a été fait, de ce que certains bons fabricants avaient pris la direction du mouvement et imposaient leurs propres normes, qui, d’ailleurs, étaient en général assez bien étudiées. Mais c’est en France qu’a été réalisée la première normalisation complète et cohérente des sens de manœuvre des organes de commande.
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- Certains types de machines-outils sont des créations françaises, pour lesquelles notre industrie a d’ailleurs conservé la tête du mouvement. C’est le cas, par exemple, des machines à fraiser à broche universellement inclinable.
- Dans le domaine des grosses machines-outils, l’industrie française a produit des types fort intéressants. A cela, il faut ajouter surtout l’elfort considérable de l’industrie française vers l’amélioration de la qualité. Il suffît, pour se rendre compte de ce qu’a dû être cet effort et de ce qu’en sont maintenant les résultats, de se rappeler l’état où en étaient, il y a trente ans, des industries de machines-outils comme celles de Maubeuge ou d’Albert.
- Il m’est arrivé autrefois de constater la médiocrité évidente de certaines machines de ces provenances. Or, ces localités, autrefois si décriées, peuvent maintenant produire, comme tout le reste de l’industrie française, de la machinerie de qualité, répondant entièrement aux conditions de vérification dont je viens de parler.
- Nous devons toutefois reconnaître que nous sommes encore loin de notre but, et que notre apport technique, s’il est considérable en productions de l’intelligence, l’est beaucoup moins dans les domaines où la création exige des moyens matériels puissants. De plus, comme nos fabricants ont dû fournir un grand effort de perfectionnement en pleine période de crise, ils n’ont pu disposer pour cela que de moyens limités. Pour cette raison, on ne reconnaîtra jamais assez le mérite qui leur revient.
- Ce mérite est d’autant plus grand que l’évolution de la machine-outil française s’accomplit dans le sens de l’élévation de la qualité. On ne saurait trop insister sur ce point. Notre pays possède de magnifiques ressources humaines dans le domaine de la qualité. D’autre part, l’évolution présente des conditions économiques dans notre pays tend à nous enlever tout espoir de pouvoir abaisser nos
- (5) Bulletin de la Société d’Encouragement pour VIndustrie nationale, de septembre-octobre 1919, p. 143-134 et p. 177-216, el de novembre-décembre 1919. p. 330-380
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- prix de vente ou même les maintenir. Dans ces conditions, l’industrie française de la machine-outil n’a plus à sa disposition qu’un seul argument commercial : celui de la haute qualité. C’est bien dans ce sens que l’apport technique de l’industrie française se manifeste de plus en plus.
- Il reste néanmoins que, dans un certain nombre de spécialités, la France ne produit pas encore toute la machinerie dont elle a besoin. Parmi ces spécialités il en est, d’ailleurs en tout petit nombre, dont il serait assez risqué d’entreprendre la création en France, vu l’exiguïté du marché. Mais il en est d’autres dont la création s’impose, et notamment celles qui se rapportent à la fabrication même de l’outillage et de la machinerie de précision. Nos insuffisances à cet égard constituent un grave danger pour le cas où le pays aurait à subir une agression comme en 1914.
- Pendant la guerre mondiale 1914-1918, l’insuffisance de notre productivité en machines-outils a eu des conséquences désastreuses. Nous avons dû alors improviser, dans des conditions dont la petite anecdote suivante vous donnera une idée.
- Un chef d’atelier, d’une usine dont j’étais avant la guerre l’ingénieur-conseil, avait été, à la suite d’une blessure, versé dans le service auxiliaire et mis à notre disposition dans une autre usine. A son arrivée, cet homme, après m’avoir dit combien il était heureux de revenir travailler avec moi, me demanda en quoi consisterait son premier travail. Il ajouta : « Il s’agit évidemment de faire des armes ou des projectiles, mais lesquels? ». Je lui répondis : « Non, il s’agit de faire de l’outillage. » « Alors, dit-il, c’est de l’outillage pour faire des armes ou des projectiles. » Non, fut encore ma réponse. — « Mais quoi? » demanda-t-il. Il s’agit de faire de l’outillage devant servir à la fabrication de plusieurs sortes de machines, dont certaines seront employées à faire des projectiles, et certaines autres à faire de l’outillage de fabrication d’armement. Cela se passait à la fin de 1913, alors que la guerre faisait rage depuis plus de 16 mois. Il faut absolument que cela ne puisse pas recommencer.
- M. Albert Caquot, avec toute l’autorité que lui donnait sa situation de directeur général technique de l’Aéronautique, nous a fait, il y a quelques années, à la Fédération de la Mécanique, un exposé de cette question. Ce qu’il en a dit est toujours aussi vrai, et l’existence en France d’une industrie de machines-outils solidement charpentée est une condition nécessaire et très importante de la sécurité du pays.
- Mais direz-vous, quelles mesures y a-t-il lieu de prendre pour cela? Il y en a bien une, à laquelle tout le monde pense : c’est la protection douanière; mais c’est là un remède qui n’est pas toujours meilleur que le mal, et qui a le grave défaut de susciter des représailles. La protection douanière ne doit donc être pratiquée que dans la mesure où des considérations de réciprocité par rapport à d’autres pays la rendent nécessaire.
- Mais il y a toute une série de mesures pour lesquelles nous sommes maîtres chez nous, et dont notre industrie pourrait tirer le plus grand profit. Ce sont des mesures de coordination, ou, pour parler plus généralement, d’organisation. Les
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- constructeurs de machines-outils forment maintenant un groupement cohérent qui est déjà capable, dans certains domaines, d’une action collective efficace, et qui, par Ja suite, fera certainement mieux.
- Du côté des consommateurs, et surtout des grands services publics, le mémo effort d'organisation s’impose. Le trac ail de création n'est possible, en elfet, que si celui qui s’y livre est assuré d un débouché suffisant. Si, dans une année, nous recevons de dix services publics différents ou, connue cela s’est vu, de plusieurs divisions différentes d’un même service public, une demande de proposition pour une machine d’une sorte, dont le projet est fait mais dont la fabrication n’est pas encore lancée, nous devons répondre chacune des dix fois, que nous ne sommes pas en situation d’en entreprendre la fourniture. Si nous pouvions savoir assez tôt que chacun de ces dix services a besoin de la machine et l’achèterait si elle existait, nous n’hésiterions plus un instant à en entreprendre la fabrication.
- Nos débouchés ne sont pas illimités, mais ils existent, et ils sont importants. Il s’agit d’en coordonner l’exploitation. Pour exploiter rationnellement les possibilités de nos marchés français, métropolitain et impérial, il faut d’abord les connaître d’une manière aussi précise que possible, autrement dit en établir une sorte d’inventaire.
- Le groupement des constructeurs doit donc accentuer son action dans ce sens. Cela exige que chacun des adhérents soit pénétré chaque jour davantage de la nécessité de l’action collective, et gouverne ses intérêts particuliers de manière à éviter de les mettre en opposition avec ceux de l’ensemble.
- Il faut pour cela de Vintelligence et surtout de la moralité; mais il doit y avoir chez nous, à ces points de vue, tout ce qui est nécessaire.
- L’établissement d’un inventaire du marché ne peut d’ailleurs être mené à bonne lin que si, à l’effort des producteurs, répondent la bonne volonté et l’esprit de coordination des principaux usagers, l'exemple devant venir des grands services publics.
- Tous les usagers doivent se convaincre que cela est conforme à leurs intérêts. Une entreprise industrielle, ou même une branche d’industrie, ne peut pas être prospère isolément. L’interdépendance des activités économiques est devenue telle que toute insuffisance de moralilé, d'ordre ou de méthode risque d’entraîner à bref délai la misère générale, et, dans le cas qid nous occupe, d’accentuer les dangers extérieurs.
- Il faut donc que, tous, nous soyons unis pour travailler. Et c’est sur cet appel à l'union que je vous adresse à tous, avec mes remerciements pour votre attention, mes meilleurs vœux de prospérité.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR L’iNDUST. NATION. — JANV.-FÉVR. 1937 (p. 33).
- L’ÉLECTRIFICATION RURALE EN FRANCE
- par M. R. Préaud, Directeur clés Eaux et du Génie rural au Ministère de l'Agriculture.
- Parmi les grands travaux d’équipement qui se poursuivent diversement dans tous les états du monde, les questions d’électrification rurale se trouvent plus spécialement orientées et nuancées pour chaque nation d’après des conditions caractéristiques qui sont d’ordre démographique, social, économique et aussi psychologique.
- A ce point de vue, la France a conservé une structure à la fois diversifiée et équilibrée qui peut être esquissée par quelques chiffres. Mais il convient ici de préciser le sens des mots employés. On réserve habituellement le terme « agricole » pour tout ce qui regarde le travail de la terre, les productions du sol, les hommes qui en vivent directement. Le terme de « rural » est plus extensif, et sc rapporte à l’ensemble de la vie locale, qui encadre en quelque sorte la vie proprement agricole, dans les communes où le travail du sol constitue l’activité essentielle. Il est admis pour notre pays que les communes dont la population n’excède pas 3 000 habitants sont des « communes rurales ».
- La situation française est caractérisée par ces faits que la « population rurale » représente .encore 46 ou 47 p. 100 de la population totale, que la « vie rurale » intéresse plus des 4/3 du nombre total des communes et que la valeur de la « production agricole » forme à peu près la moitié du chiffre d’affaires national.
- la situation de base et le problème posé. — Jusqu’à la guerre de 1914-1918, les problèmes de l’électrification rurale n’avaient été abordés en France que sous des aspects de détail : équipement de domaines privés ou organisation de quelques petits secteurs coopératifs par utilisation de stations productrices locales. Il faut souligner toutefois, dans la région méridionale, l’initiative de deux ou trois sociétés industrielles qui, disposant d’excédents d’énergie, avaient commencé l’établissement de réseaux de distribution dans les zones agricoles.
- C’est seulement au retour de la paix, en 1919, qu’un mouvement d opinion s’est dessiné en faveur de l’électrification rurale généralisée. Parmi les courants d’idées qui le préparaient, les tout récents souvenirs de la guerre faisaient ressortir à la fois la part prépondérante que les paysans mobilisés venaient de prendre dans le sacrifice commun et les soucis primordiaux qui venaient de s’attacher aux productions du sol pour le ravitaillement. Par ailleurs, après de longues discussions, le Parlement mettait au point une législation nouvelle sur l’utilisation des
- (1) Communication faite par l’auteur à la 3e Conférence mondiale de l’Énergie (Washington, 7-12 septembre 1936).
- On trouvera, rédigé par M. Pierre Lion, un compte rendu détaillé de cette Conférence mondiale de l’Énergie et du 2e Congrès de la Commission internationale des Grands Barrages, qui s’est tenu à Washington, pendant la môme semaine, dans le Génie civil du 28 novembre 1936, p. 482-486 et du 5 décembre 1936, p. 501-504.
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- forces hydrauliques; on prévoyail, entre autres, des compensations diverses pour les intérêts d’ordre agricole qui pouvaient se trouver lésés du fait de l’équipement des chutes et, d’une manière plus générale, on espérait que la diffusion de l’énergie électrique ainsi produite à bon compte pourrait s’étendre aux régions rurales jusqu’alors dépourvues.
- Quant aux distributions d'énergie électrique alors existantes, en 1919, la situation pouvait se résumer comme suit :
- Par la seule initiative de l’industrie électrique, et à ses seuls frais, se trouvaient déjà pourvues à peu près toutes les villes, les localités des zones industrielles à forte densité de population, ainsique diverses localités des régions montagneuses, au voisinage des usines hydrauliques de production.
- Au total, les distributions intéressaient environ 7 300 communes, soit à peine 20 p. 100 seulement du nombre total des communes françaises. Mais, s’agissant des localités les plus importantes, la population correspondante atteignait 24 millions d’habitants environ, soit 38 p. 100 de la population totale du pays.
- Il esta souligner que, pour les communes alors pourvues d’énergie électrique, la population moyenne s’établissait à 3 200 habitants par commune, tandis que, pour l’ensemble des communes non encore desservies, la population moyenne ne dépassait pas 000 habitants par commune.
- Au moment d’aborder le vaste problème qui restait à résoudre, les tendances générales se manifestaient plus encore d’ordre social que d’ordre économique. Nous voulons dire que l’on n’envisageait pas essentiellement l’équipement technique d’exploitations agricoles. On se préoccupait bien plutôt d’améliorer les conditions générales d’existence et de travail à la campagne et on évoquait volontiers le progrès nécessaire pour tous les villages « qui s’endorment tristement dans la nuit pendant que monte au loin la grande lueur rouge de la ville ».
- Ainsi donc, il s’agissait de généraliser les distributions d’énergie électrique sur tout le territoire. Quant au titre même « d’électrification rurale », il ne se bornait pas à signifier une certaine orientation technique spécialisée pour les besoins agricoles : il correspondait surtout au fait que les zones restant à desservir étaient de caractère rural prépondérant.
- Autrement dit, et pour définir mieux encore les conditions de départ de l’œuvre que nous évoquons, on abordait l’électrification « difficile », c’est-à-dire celle que les initiatives industrielles ne pouvaient suffire à réaliser. Et, conformément à la nature des choses, l’électrification « difficile » était à peu près uniquement l’électrification « rurale ».
- les aspects pratiques des besoins a satisfaire. — U exploitation française est familiale. — C’est un fait essentiel que, dans l’immense majorité des campagnes françaises, l'exploitation agricole est organisée sur la base de l’unité familiale. La petite propriété domine et, à part quelques exceptions connues, notamment dans la région du vignoble méridional, dans la région parisienne et dans le Nord, la grande propriété elle-même, là où elle existe encore, voit son exploitation répartie entre des fermes dont l’étendue est basée sur cette unité.
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- D’une façon générale en France, dire « chef de famille » c’est dire « chef d’exploitation ». La domesticité agricole est fonction de la situation de la famille. Si, par suite du mariage ou de l’établissement de ses enfants, un chef de famille vient à manquer de main-d’œuvre pour son exploitation, il les remplace temporairement par des domestiques jusqu’à ce que d’autres membres de sa famille ou des enfants plus jeunes puissent prendre leur place. Mais ces domestiques agricoles proviennent eux-mêmes le plus souvent de la famille d'un autre chef d’exploitation, où les enfants sont momentanément en surnombre.
- On peut dire qu’il n’est presque pas de Français d’origine, s’adonnant à la profession agricole, qui n’ait pour but de prendre un jour à son compte une exploitation correspondant aux possibilités de main-d’œuvre et de travail de sa famille. Et ce souci d’adapter ses possibilités aux besoins du domaine est si grand que l’on voit souvent une famille passer d'une petite ferme à de plus grandes, à mesure que le nombre des enfants le permet, et revenir en vieillissant à de tout petits domaines, quand les enfants l’ont quittée. Cela se produit même pour des propriétaires exploitants, qui, parfois, préfèrent louer à d’autres le domaine qui leur appartient, trop grand ou trop petit pour leur état familial du moment, pour devenir eux-mêmes locataires d’un autre domaine, plus exactement adapté aux possibilités actuelles de travail de leur famille.
- L'étendue moyenne des domaines. — Cette conception commande l’étendue moyenne de chaque exploitation, qui restera, néanmoins, très variable d’une région à l’autre en raison de la diversité des cultures et de la situation démographique.
- Pour certaines cultures intensives, dans les régions où la natalité est faible, le domaine exploité par une famille peut être très petit tout en exigeant un travail intense. Tel est le cas pour les cultures de primeurs arrosées dans le Midi de la France : 3 ou 4 ha y suffisent pour donner un travail absorbant à une famille de 4 personnes, et, du moins avant la crise, cette famille y trouvait largement assurés sa vie et son avenir.
- Dans les régions à forte natalité, lorsque l’échelonnement varié des cultures extensives permet une heureuse répartition du travail dans le temps, les exploitations familiales sont beaucoup plus étendues. Un domaine harmonieusement composé de terres de cultures et de prairies, sur une surface de 25 ha peut former le lot d’une famille importante. Lorsqu’il s’agit exclusivement d’élevage, le domaine exploité familialement peut atteindre le double de cette étendue.
- Si l’on tient compte de cette situation et aussi de l’extrême diversité des cultures, des climats, des altitudes que l’on rencontre en France, on en conclut qu’il est impossible de ramener la notion de « ferme » à une sorte de commune mesure. Le seul trait commun, sur l’ensemble du territoire, c’est précisément cette souplesse d’adaptation des domaines dont l’étendue varie d’une région à l’autre selon les possibilités du travail familial.
- Il en résulte une caractéristique essentielle pour l’électrification rurale. Dans le cadre de l’unité exploitée, les grands aménagements sont généralement impos-
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- sibles pour le labour ou le traitement des récoltes. On peut le regretter du point de vue technique. Mais le fait social est riche d’avantages.
- Dans chaque domaine, la distribution de l’énergie électrique n’avait donc à être prévue que pour l’éclairage et les usages domestiques, d’une part, et, d’autre part, pour les petits moteurs d’intérieur de ferme actionnant des appareils divers : écrémeuse, baratte, coupe-racines, hache-paille, aplatisseur d’avoine, monte-charge, scie à bûches, pompe à eau, etc. L’expérience a montré que, suivant les régions, il suffisait d’une puissance de 1 à 3 kW, pour satisfaire ces divers besoins.
- Les entreprises collectives. — Les entreprises agricoles qui dépassent le cadre du domaine familial exigent l’organisation de coopératives ou d’associations diverses. Elles groupent des exploitants en nombre très variable mais parfois fort élevé; elles prennent des aspects particuliers selon les problèmes à résoudre.
- Par exemple, dans les régions viticoles du Midi, on a constitué, à peu près dans chaque commune, une cave coopérative, où tous les récoltants apportent et font traiter leur vendange, et où le vin demeure logé jusqu’à la vente. Certaines de ces installations sont importantes et peuvent contenir jusqu’à 40 000 lil de vin.
- En diverses régions de pâturages, telles qu’en Charente, ou dans les zones montagneuses des Alpes et du Jura, la production laitière a été concentrée par village dans des beurreries ou fromageries coopératives. De même, des laiteries coopératives ont été installées pour traiter le lait par stérilisation ou réfrigération en vue de la vente en nature dans les grandes villes; ces dernières organisations rayonnent alors sur un territoire beaucoup plus étendu.
- Dans les régions de terres de labour, on a installé des silos coopératifs pour la conservation des grains, des distilleries coopératives de betteraves, parfois même des moulins à farine coopératifs.
- Dans les pays d’élevage, des abattoirs coopératifs sont organisés pour l’expédition de la viande abattue vers les centres urbains.
- Dans les régions fruitières, enfin, des usines coopératives sont affectées au triage et à la présentation des fruits, puis à leur expédition ou bien à leur conservation par le froid.
- Lorsqu’il s’agit, sur des surfaces plus ou moins étendues, d’améliorer le terroir lui-même par l’irrigation ou par le drainage, les groupements mis enjeu sont d’une nature spéciale : dans les « associations syndicales », se trouvent engagées non pas les personnes, mais bien les parcelles cultivées, en quelques mains qu’elles passent. On en fait ici mention parce que l’élévation d’eau au moyen de pompes à moteur électrique apporte à ces entreprises des solutions particulièrement appréciées.
- Les installations qui viennent d’être citées entraînent la construction de véritables petites usines dont l’emplacement doit être soigneusement choisi, entre autres, pour faciliter leur desserte en énergie électrique; la puissance nécessaire varie généralement de 10 à 20 kW pour les plus petites et de 60 à 80 kW pour les coopératives plus importantes. Seuls, certains projets d’irrigation ou d’assainissement mettent en jeu des puissances sensiblement plus élevées.
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- Le problème du battage des céréales donne lieu à des solutions variables et parfois difficiles. Selon les habitudes locales et selon les possibilités de logement dans les granges ou greniers de chaque exploitation, ou bien le cultivateur possède une petite machine à battre individuelle qui peut être actionnée par un moteur électrique de 3 kW, ou bien on s’adresse à une entreprise de battage, qui possède un matériel puissant et travaille successivement pour les divers cultivateurs. On ne peut envisager des centres de battage parce que les transports seraient trop onéreux pour une récolte encombrante et lourde. Du fait que le matériel de battage doit se déplacer d’une exploitation à l’autre, l’emploi du moteur thermique est encore fréquent : pour alimenter, en effet, le moteur électrique d’une batteuse puissante il faut, selon les cas, installer chez chaque cultivateur une prise de courant spéciale ou bien utiliser des cabines mobiles de transformation. Plusieurs sociétés distributrices d’énergie électrique ont mis au point à cet égard des dispositifs intéressants.
- Quant au labourage électrique, dans l’ensemble de la France il ne peut guère s’accommoder de la division des propriétés et de leur mode d’exploitation. Il reste donc limité aux grandes exploitations de la région du Nord, où d’ailleurs il connaît de très heureuses applications.
- Le village rural. — Les types en sont nombreux et divers. Dans certaines régions, surtout dans celles où le sol est perméable et où les sources sont rares, les habitations des cultivateurs et leurs bâtiments d’exploitation sont groupés au village, en même temps que ceux des artisans et commerçants ruraux.
- Dans d’autres régions, entre autres dans celles où le sol est imperméable et où l’on rencontre des sources nombreuses et dispersées, les habitations et les bâtiments de culture sont répartis sur le territoire et placés au centre des divers domaines. L’agglomération principale du village se réduit alors parfois à quelques bâtiments : la mairie, l’église, l’école, les ateliers des artisans, les boutiques des commerçants et l’indispensable café, où les agriculteurs se réunissent.
- Mais le village rural n’a pas toujours un caractère agricole aussi exclusif. Très exclusifs sont ceux qui, sans être des centres de tourisme, reçoivent pendant certaines saisons les familles de la ville cherchant le repos et l’air pur, notamment au bord de la mer et dans les villages des Alpes, des Pyrénées, du Massif central et des Vosges. Pour recevoir cette clientèle, souvent très modeste, des auberges simples, de petits hôtels, se sont multipliés dans la campagne française.
- Enfin, les coopératives, certaines industries en relation directe avec l’agriculture, des marchés parfois importants, avec toute l’organisation de commerce et de transport qu’ils comportent, viennent augmenter la population active de certaines agglomérations.
- Les besoins en énergie de cette population groupée sont de nature assez variée : éclairage et usages domestiques pour tous les habitants, services municipaux d’éclairage et parfois d’élévat’on d’eau, petites industries agricoles coopératives ou privées, ateliers des artisans ruraux (menuisier, forgeron, mécani-
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- cien, etc.). Pour ces derniers, et sauf dans les bourgs importants, la puissance des moteurs installés ne dépasse guère 3 à 6 kW.
- La renaissance de la petite industrie rurale. — Parmi les possibilités offertes par l’électrification rurale, il en est une qui peut avoir sur la vie des campagnes françaises une influence importante : c’est la décentralisation de certaines industries.
- Le fait est d’autant plus intéressant qu’il peut renouveler un état de choses ancien, dans certaines régions où le « travail à la main » formait un élément notable de prospérité. Le travail à la machine n’avait pu s’installer, faute de moteur, ni au village ni surtout dans la maison familiale.
- Le moteur électrique a restauré les possibilités d’autrefois, et les industries susceptibles de décentralisation en ont déjà fait l’expérience. Non seulement on voit aujourd’hui s’installer dans certains villages des ateliers qui peuvent grouper de 10 à 20 ouvriers, mais l’on trouve aussi en diverses régions le moteur électrique fonctionnant à la ferme, soit pour utiliser les loisirs de l'hiver, soit pour occuper les membres de la famille en surnombre, et l’on revient ainsi, avec des moyens modernisés, au métier qui avait été celui des ancêtres. Chose frappante en effet, ces industries rurales, renaissant après de longues années d’interruption, reparaissent surtout là où elles avaient existé. Les métiers à tisser mus à l’électricité se sont installés dans les fermes de la région de Lyon et de Saint-Étienne, où on les rencontrait autrefois. Le taillage des pierres précieuses à domicile est revenu dans le pays de Gex, au voisinage de la Suisse. La confection des jouets, des brosses et des boutons se développe dans le Beauvaisis; le tournage sur bois dans le Jura, les Vosges, la Savoie, pour la fabrication des pipes, des manches d’outils, des sabots, etc. Ailleurs enfin, des industries nouvelles tendent à s’organiser sous cette forme dispersée.
- Ainsi la population rurale trouve un supplément de ressources et l’unité familiale, si chère à l’agriculteur français, n’en est pas moins amoindrie : le chef de famille peut conserver près de lui, même sur une petite exploitation, des enfants qui, faute d’occupation locale assez rémunératrice, auraient dû partir pour la ville.
- Pour tous ces petits métiers à domicile, il suffit généralement d’un moteur de 1 à 3 kW, comme pour les travaux d’intérieur de ferme.
- Caractéristiques générales. — Après avoir évoqué le tableau complexe des besoins que doit satisfaire en France l’électrification rurale, essayons d’en rassembler les lignes essentielles. Il faut retenir trois aspects :
- C’est d’abord, dans les agglomérations de quelque importance, qui se qualifient de « bourgs », les services municipaux, les commerçants, les artisans ruraux, parfois un hôtel, dont les besoins propres viennent s’ajouter aux besoins élémentaires de la population.
- C’est ensuite, en certains points choisis, des coopératives agricoles, des associations syndicales ou de petites industries diverses qui font un appel plus ou moins important d’énergie.
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- C’est enfin, pour l’immense série des petits domaines parfois complètement dispersés au milieu des camp ignés, des besoins limités à l’éclairage, aux usages domestiques et à l’emploi d’un moteur de i à 3 kW : tel est le caractère dominant de l’électrification rurale, avec toute sa difficulté.
- LES MOYENS D’ACTION MIS EN JEU, LES DISPOSITIONS ADOPTEES ET LEUR ÉVOLUTION. — Dès les premières instructions gouvernementales (octobre 1919) l’électrilication rurale a été définie comme une œuvre de collaboration ; collaboration de l’Etat avec les collectivités locales, collaboration des communes rurales entre elles, collaboration du monde rural avec les industries électriques de la production, de la distribution et de la construction.
- La collaboration de l’Etat répond ici à plusieurs nécessités convergentes et s’appuie d’ailleurs sur de larges précédents. Elle trouve sa justification, non seulement dans le caractère social de l’œuvre entreprise, mais aussi dans l’intérêt direct qui s’attache pour l’Etat au maintien et au développement de l’activité économique dont dépendent en grande partie ses rentrées d’impôts.
- En l’espèce, cette collaboration était indispensable. En effet, dès l’origine, il fut évident que l’exploitation des réseaux ruraux ne serait pas possible si le capital nécessaire à leur établissement devait être entièrement rémunéré par les recettes de vente du courant. Les distributeurs d’énergie ne furent donc appelés à contribuer à ces dépenses que dans une mesure d’autant plus faible que le réseau envisagé était plus difficile à exploiter. Bien souvent même, les réseaux furent entièrement construits sans leur participation.
- Pour réunir les fonds nécessaires à la construction des réseaux, on a fait appel à toutes les collectivités intéressées, Etat, départements, communes, ainsi qu’aux futurs usagers eux-mêmes. Mais, afin que tout se passe dans l’ordre et la sécurité, deux corps d’ingénieurs de l’État, représentant des intérêts d’ordre divers, ont eu la mission d’orienter les entreprises : d’une part, les ingénieurs chargés de l’application des règlements de sécurité et du contrôle général des distributions, d’autre part, les ingénieurs du Génie rural, assujettis à la double formation de l’Institut national agronomique et de l’École supérieure d’Électricité de Paris, chargés de préparer les solutions administratives, financières et techniques les mieux adaptées aux besoins du monde rural.
- Le concours financier de l’État est toujours resté subordonné à la présentation, par le Service du Génie rural, de solutions qui avaient fait l’objet de conférences avec le service du contrôle.
- Ainsi, sans modifier le régime des libertés locales et sans engager des entreprises d’État, l’action de conseil et de collaboration a permis de sauvegarder, dès le début, les tendances raisonnables. Entre autres, on a pu éviter la multiplication des petites usines productrices, qui ne laissaient pas de séduire les communes soucieuses d’indépendance, mais dont la rentabilité n’aurait jamais pu être assurée.
- Dispositions d'ordre administratif. — Sans faire l’historique des modalités administratives qui ont régi les distributions d’énergie en France, il convient
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- d’exposer leur état actuel, c’est-à-dire le cadre dans lequel s’est réalisée l’électrification rurale.
- L’énergie électrique est produite par des usines thermiques jusqu’ici librement construites, ou par des usines hydrauliques que l’Etat concède. Ces dernières sont pourvues d’un cahier des charges qui fixe les tarifs maxima applicables à la vente de l’énergie aux bornes des usines, et qui attribue, en outre, avec des tarifs plus avantageux, certaines quantités d’énergie appelées « réserves », destinées aux entreprises d’électrification difficiles ou à des entreprises agricoles proprement dites.
- De ces usines, et les reliant entre elles, partent des lignes de transport à très haute tension, qui sont concédées par l’État et qu’un cahier des charges astreint à transporter, moyennant un péage déterminé, l’énergie achetée aux bornes des usines par les clients, et notamment par les distributeurs.
- Les lignes de transport livrent l’énergie aux entreprises de distribution proprement dites, qui sont de deux sortes. Les distributions régionales dites « aux services publics », formées de lignes à haute tension (10000 à 65 000 Y), sont concédées par l’État et pourvues d’un cahier des charges qui fixe un prix maximum pour la vente en gros de l’énergie.
- Les distributions locales dites « publiques », qui comportent monopole de la fourniture d’énergie pour l’éclairage, peuvent être exceptionnellement concédées par l’État, mais le sont généralement par les communes sur leur territoire : elles sont pourvues d’un cahier des charges qui fixe le prix maximum de vente au public, en haute et en basse tension, c’est-à-dire le tarif qui intéresse directement l’ensemble de la population.
- Ainsi donc, chaque commune dispose du pouvoir de concéder (ou d’exploiter en régie) la distribution publique de l’énergie sur son territoire; le distributeur choisi, s’il n’est pas lui-même titulaire de la concession régionale de distribution en haute tension, doit, ou bien acheter l’énergie à celle-ci, ou bien se la procurer aux bornes d’une usine, directement ou par l’intermédiaire d’une concession de transport.
- La grande liberté laissée aux communes est un des privilèges auxquels elles tiennent le plus, mais il en résulte un risque évident : les initiatives discordantes des communes actives et bien situées pourraient aggraver les difficultés, sinon entraîner des impossibilités ultérieures, pour l’électrification des communes pauvres et dispersées. Alors qu’un secteur de distribution suffisamment étendu peut mettre en jeu une sorte de moyenne satisfaisante parmi toutes les situations locales, au contraire, le cloisonnement excessif des entreprises les répartit irrémédiablement en bonnes et mauvaises, parfois même très mauvaises.
- C’est pour pallier cet inconvénient que l’on s’est autant que possible efforcé de grouper logiquement les communes en un organisme légal, le syndicat de communes, auquel les communes ont délégué leur pouvoir concédant. La distribution syndicale s’est ainsi étendue à tout un cadre naturel ou, s’il y a lieu, à un cadre dessiné par les lignes électriques préexistantes : les conditions d’exploitation sont devenues admissibles pour cet ensemble, alors qu’elles auraient été très défavorables, sinon prohibitives, pour certaines communes isolées.
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- Les réseaux ruraux ont été placés le plus souvent sous le régime de la concession (93 p. 100 des communes intéressées). Mais il existe aussi des exploitations en régie, qui ont été organisées soit par des communes isolées, soit par des syndicats de communes, soit par des départements. Enfin, dans certains cas, les sociétés exploitantes ont été constituées par les futurs usagers eux-mèmes, selon le principe des coopératives. Mais, en raison de l’obligation qui leur était faite de desservir toute la population et non pas seulement leurs adhérents, elles ont dû adopter une forme spéciale, celle des sociétés d’intérêt collectif agricole.
- Dispositions d’ordre financier. — L’industrie électrique a supporté seule les frais de construction pour les usines de production, pour la plupart des lignes de transport à très haute tension, pour une partie des lignes de distribution aux services publics, enfin pour les réseaux de distribution publique desservant les villes de quelque importance.
- Par contre, les réseaux de distribution publique concédés par les communes rurales, et la partie des réseaux de distribution aux services publics plus spécialement destinés à leur apporter l’énergie, ont dû être établis aux frais des communes et syndicats de communes, parfois avec une participation minime des distributeurs d’énergie, le plus souvent sans aucune participation.
- La charge qui incombait ainsi aux petites communes françaises aurait dépassé de beaucoup leurs facultés contributives si elles n’avaient disposé que de leurs seules ressources.
- Pour limiter leur effort à leurs possibilités réelles, des concours financiers de diverses formes et de diverses origines ont été organisés en leur faveur.
- 1° Concours de l'État. — L’aide apportée s’est manifestée tout d’abord par le concours gratuit des ingénieurs du Génie rural pour l’étude technique et administrative des projets, la préparation des dossiers, la présentation des demandes de subventions et la constitution éventuelle des syndicats de communes.
- Quant à la participation financière de l’Etat, elle s’est exercée sous ces deux formes distinctes :
- Tout d’abord, une subvention proportionnelle aux frais d’établissement des réseaux avec un pourcentage d’autant plus élevé que la dépense par habitant à desservir était plus importante. Le taux en a varié entre 30 et 30 p. 100. 11 ne dépasse plus 40 p. 100 actuellement.
- Ensuite, pour une fraction de la dépense restant à couvrir, un prêt à taux réduit (3 p. 100 d’intérêt) de la Caisse nationale de Crédit agricole. Les communes pouvaient d’ailleurs obtenir une subvention complémentaire de remplacement lorsqu’elles renonçaient à un tel prêt, et c’est en majorité qu’elles ont préféré cette dernière solution.
- 2° Concours des départements. — Leur rôle a été très variable. Les uns, et les plus nombreux, ont organisé des systèmes de subventions s’ajoutant à celles de l’État. D’autres ont cherché seulement à rétablir une certaine égalité entre des zones qui, par les difficultés naturelles ou bien par le développement plus ou moins avancé des réseaux industriels, se trouvaient diversement placées devant
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- les problèmes de l’électrification rurale : les subventions départementales ont alors été réservées à certaines artères d’alimentation pour les régions les plus défavorisées.
- 3° Concours des futurs usagers de la distribution rurale. — Il a été fait appel à ce concours sous trois formes principales :
- a) Les emprunts que les communes ou les syndicats de communes ont dû contracter pour la part de dépenses restant à leur charge ont été émis très souvent auprès des habitants eux-mêmes et les taux d’intérêt ainsi obtenus ont été généralement inferieurs aux taux officiels de l’époque. En raison de l’avantage direct qu’avaient les souscripteurs à la réussite de l’entreprise, en raison du rôle qu’ils conservaient comme électeurs dans la gestion communale garante du service de ces emprunts, les ruraux ont été amenés à contribuer largement par ce moyen à la réussite de l’électrification et ils ont fourni à bon marché une part notable des capitaux nécessaires.
- b) Bien que, grâce à ces emprunts locaux, les charges d’intérêt se soient trouvées moins lourdes qu’avec des emprunts extérieurs, il n’était généralement pas possible de les recouvrer intégralement par la voie des impôts communaux.
- Il fut donc décidé que, en sus du prix perçu par le distributeur pour la fourniture de l’énergie, l’exploitation et l’entretien du réseau, les usagers auraient à verser une certaine « majoration » ou « surtaxe » dont le montant maximum était fixé par accord avec le distributeur et dont le produit réel devait être limité aux besoins du service de l’emprunt. Les communes disposaient ainsi d’une certaine marge de liberté pour répartir leurs charges financières entre les usagers de l’électricité, d’une part, et d’autre part, l’ensemble des contribuables.
- c) Dans certains cas il a pu être demandé, en outre, aux futurs usagers, de participer immédiatement aux dépenses de construction par un versement à fonds perdu, au moment où ils souscrivaient leur première police d’abonnement pour la fourniture de l’énergie. Les communes qui ont pu mettre enjeu ce système ont évidemment rencontré des difficultés de début, mais elles en ont été bien vite et largement récompensées : alors que le sacrifice initial était déjà oublié de ceux qui l’avaient consenti, l’absence de surtaxes et d’impôts qui en était la conséquence plaçait les usagers dans une situation nettement privilégiée par rapport aux communes qui n’avaient pas tenté le même effort.
- Les dispositions financières ont varié quelque peu suivant les régions. Pour l’ensemble de la France, les proportions relatives se trouvent définies dans le tableau suivant :
- a) Ressources constituées à fonds perdus.
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- Subventions de l’État.......................................... 41,60
- Subventions des départements.................................... 7,20
- Subventions des communes....................................... 4,50
- Subventions des habitants intéressés......................... 0,80
- Participation des concessionnaires.......................... 9,40
- Total partiel...................................... 63,50
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- b) Ressources acquises par voie d'emprunts.
- Prêts à taux réduits du Crédit agricole ...................... 8,00
- Emprunts émis localement auprès des habitants intéressés . . 16,50
- Emprunts réalisés auprès d’établissements divers.............. 12,00
- Total partiel........................................ 36,50
- Dispositions d'ordre technique. — Il n’est pas question d’évoquer ici l’ensemble des méthodes suivies pour l’électrification générale; il suffit d’indiquer les quelques questions que la nature propre de l’entreprise obligeait à étudier spécialement. La difficulté consistait à atteindre le plus grand nombre possible de maisons dispersées dans la campagne, en vue de livrer à chacune d’elles la faible puissance que nécessitent l’éclairage, les appareils domestiques et un petit moteur. On s’est efforcé d’aller aussi loin que possible dans cette voie et les considérations sociales en la matière ont primé les considérations économiques.
- Le choix de la tension de distribution a donné lieu à des discussions prolongées.
- Beaucoup de distributeurs désiraient voir généraliser la tension 115/200 V dont ils avaient une longue expérience. D’autres préconisaient l’adoption d’une tension intermédiaire de 1 000 V, avec transformateurs individuels pour les maisons isolées. Pour d’autres enfin (que l’on trouvait audacieux en 1920), la tension 230/400 V paraissait la mieux adaptée aux besoins de l’électrification rurale, tant par l’économie de construction qu’elle assurait que par les possibilités de développement qu’elle offrait dans la distribution. Les techniciens montraient d’ailleurs que, pour les deux types en cause de « basse tension », les dangers d’utilisation restaient du même ordre pourvu que les précautions suffisantes fussent prises dans FaménagemenL des installations.
- De l’expérience acquise semble résulter la conclusion suivante : Pour les régions où toute la population est agglomérée dans des bourgs ou dans des hameaux importants, la tension 115/200 V ne présente pas d’inconvénients et peut suffire à assurer une bonne distribution. Mais partout où les habitations des agriculteurs sont largement dispersées, les avantages de la tension 230/400 Y semblent incontestables.
- Quant à la tension intermédiaire de 1 000 Y, elle a reçu un petit nombre d’applications, d’ailleurs fort intéressantes, mais elle ne s’est pas généralisée.
- En ce qui concerne les modes de construction des réseaux, les efforts du début tendaient surtout à réduire au minimum les frais de premier établissement. On a donc commencé par établir des lignes sur poteaux de bois et des transformateurs aériens sur pylônes; on a même utilisé des conducteurs en fer galvanisé pour certaines lignes à haute tension de très faible débit.
- Mais l’on a reconnu très vite que, dans les régions pauvres, l’exploitation de réseaux ainsi construits serait impossible, parce que les recettes ne permettraient pas d’en assurer l’entretien : l’évolution s’est faite rapidement, dans le domaine de l’électrification rurale, en faveur d’une construction particulièrement solide et durable.
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- Actuellement, le cuivre est le seul métal employé pour les conducteurs. Les lignes à haute et à basse tension, même les moins importantes, sont presque toutes établies sur pylônes en béton armé, ou, plus rarement, sur des poteaux en bois injectés à la créosote dont la durée est très longue. Les transformateurs sont à peu près tous logés dans des cabines en maçonnerie où ils se trouvent bien abrités et où l’appareillage est aisément manœuvrable.
- Enfin des dispositions parfois très onéreuses ont été prises dans certains pays de montagne pour protéger les réseaux contre les accidents dus à la foudre ou contre les dommages dus au givre.
- C’est grâce aux sacrifices ainsi consentis pour la qualité de construction des réseaux ruraux que l’exploitation se trouve assurée dans les régions les plus déshéritées. Il faut d’ailleurs insister sur le fait que, dans la plupart des cas, les exploitants des distributions rurales sont en même temps titulaires de concessions urbaines ou industrielles : les bénéfices plus larges de ces dernières compensent ainsi les difficultés des autres.
- état actuel des réalisations. — Il a été indiqué déjà que, vers les débuts de l’électrification rurale en France, les distributions existantes n’intéressaient que 7 500 communes environ.
- Depuis lors, des distributions ont pu être organisées sans le concours de l’Etat dans 4 700 autres communes.
- Le nombre total des communes, pour la plupart à caractère urbain, qui ont pu réaliser librement leur alimentation en énergie atteint donc environ 12 200. Leur population totale s’élève à 29 600 000 habitants.
- Mais l’électrification était loin d’être complète pour toutes ces communes et l’aide de l’État a dû jouer pour 7 000 d’entre elles, en vue d’étendre les réseaux à la partie rurale de leur territoire : il s’agissait ainsi de 3 100 000 habitants restant à desservir.
- Toutes les autres communes ont demandé l’aide du Ministère de l’Agriculture pour l’électrification de la totalité de leur territoire, et la population ainsi intéressée représente un total de 12 200 000 habitants.
- Sous le double aspect qui vient d’être évoqué, l’électrification rurale intéresse donc en France environ 15 300 000 habitants.
- Pour desservir la totalité de cette population, la dépense globale peut être estimée à près de 10 milliards de francs.
- La réalisation a été généralement poursuivie en deux stades, le premier excluant les parties du territoire les plus coûteuses à atteindre.
- On a pu ainsi desservir rapidement le plus grand nombre, mais ce qui reste actuellement encore en cours d’étude et de réalisation représente par contre le maximum de difficulté.
- Les documents qui suivent permettent de constater la progression de l’électrification rurale au cours de ces dernières années.
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- Situation de Vélectrification générale et de l’électrification rurale au 1er janvier 1936.
- Ensemble des distributions publiques d’énergie électrique fonctionnant au 1er janvier de chaque année (d’après la statistique du Ministre des Travaux publics).
- ANNÉE NOMBRE DE COMMUNES DESSERVIES POURCENTAGE SUR LE NOMBRE TOTAL DES COMMUNES DE LA FRANCE Habitants POPULATIONS TOTALES DES COMMUNES DESSERVIES Habitants POURCENTAGE SUR LA POPULATION TOTALE DE LA FRANCE CARACTÉRISTIQUES VARIABLES ; POPULATION MOYENNE PAR COMMUNE DESSERVIE Habitants
- 1919 7 300 (U <20,00 24 000 000(i) 58,70 3 200
- 1927 18 210 47,90 31 069 023 76,30 1 700
- 1928 21 138 55,60 32 763 197 8C,40 1 550
- 1929 24 468 64,40 34 481 818 84,70 1 400
- 1930 27 033 71,10 35 792 585 87,90 1 320
- 1931 29 590 78,00 38 180 700 91,30 1 290
- 1932 31 705 83,40 39 303 758 94,00 1 240
- 1933 ... 33 567 88,30 40 191 500 96,10 1 190
- 1934 34 642 91,10 40 603 927 97,10 1 170
- 1933 35 433 93,24 40 888 427 97,80 1 150
- 1936 35 763 (2) 94,10(2) 41 083 364 (2) 98,20 O2) 1 140 2)
- (1) Renseignements approximatifs et non officiels. (•2) Chiffre en cours de vérification.
- Progression de Vélectrification rurale. — Les distributions nouvellement mises en service au cours de chaque année ont intéressé successivement :
- ANNÉE NOMBRE DES COMMUNES NOUVELLEMENT DESSERVIES AU COURS DE L’ANNÉE POPULATION TOTALE DE CES COMMUNES Habitants POPULATION MOYENNE PAR COMMUME NOUVELLEMENT DESSERVIE Habitants
- 1927 2 928 1 684 174 575
- 1928 3 330 1 728 621 520
- 1929 2 567 1 310 767 510
- 1930 2 556 2 388 115 935
- 1931 2 114 1 123 058 530
- 1932 1 862 887 842 475
- 1933 1 075 412 426 383
- 1934 791 284 500 359
- 1935 332 194 937(3) 586(3)
- (3) Chiffre en cours de vérification.
- En somme, l’immense majorité des communes françaises est actuellement pourvue d’une distribution d’énergie et n’a plus à envisager que l’électrification des « écarts » les plus difficiles.
- Sur 38 000 communes, il n’en restait plus que 2 239 où aucune distribution n’était encore en service au 1er janvier 1936, et leur population moyenne était seulement de 340 habitants par commune (755 300 habitants au total). Mais l’exten-
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- ÉLECTRIFICATION RURALE. — JANVIER-FÉVRIER 1937.
- sion des réseaux vers les écarts non encore desservis intéresse près de 4 millions d’habitants soit un peu plus du quart de la population rurale précédemment définie. Les travaux correspondants se poursuivent activement malgré la crise économique et financière.
- Evocation des dépenses. — Le montant global des dépenses pour l’ensemble des travaux exécutés et des projets admis par le Ministère de l’Agriculture s’établit actuellement à 7 189 565 000 fr et le total des subventions correspondantes de l’État s’élève à 2 993 900 000 fr. Quant aux prêts à taux réduit de la Caisse nationale de Crédit agricole, ils forment un total de 560 000 000 fr environ.
- Caractéristiques d’établissement. — Les quelques études statistiques qui ont pu être poursuivies font apparaître, pour l’ensemble des distributions rurales en France, les moyennes suivantes : Habitants desservis par kilomètre de ligne (à haute et à basse tension), 36; — Habitants desservis par poste de transformation, 165; — Habitants desservis par unité de puissance (1 kVA) installée dans les postes de transformation, 19.
- En considérant les relations inverses et en rapportant les chiffres à 100 habitants desservis, on constate les moyennes suivantes : 2,8 km de lignes; 0,6 poste de transformation; 5,15 kVA installés dans ces postes. Enfin, sur l’ensemble des longueurs de lignes établies, on trouve environ 42,5 p. 100 de lignes à haute tension contre 57,5 p. 100 de lignes à basse tension.
- QUELQUES RENSEIGNEMENTS SUR LES TARIFS PRATIQUES ET SUR LES RESULTATS d'exploitation. — Il convient ici de rappeler que les réseaux ruraux ont le plus souvent été concédés à des entreprises dont les ressources principales étaient déjà assurées par ailleurs, grâce à une importante clientèle urbaine ou industrielle. Toutefois, un certain nombre d’exploitations ont été constituées en régie; les plus importantes sont celles qui intéressent les départements du Loiret, du Loir-et-Cher, de la Vienne et des Deux-Sèvres.
- Les tarifs de vente de l’énergie en basse tension étaient autrefois exclusivement du type monome, comportant seulement une redevance par kilowatt-heure consommé, avec, le plus souvent un minimum de consommation garantie, ou du type binôme, comportant une prime fixe mensuelle ou annuelle proportionnelle à la puissance souscrite, et en outre une redevance par kilowatt-heure consommé beaucoup moins élevée que celle appliquée dans le cas de tarifs monomes. Des compteurs distincts étaient utilisés pour l’éclairage et pour la petite force motrice agricole.
- Les prix correspondants évalués en tarifs monomes et, y compris les majorations instituées au profit de certaines collectivités concédantes, ont varié entre 1 et 4 fr pour l’éclairage et 0,50 et 2,50 fr pour la force motrice. Toutefois, ils sont restés, dans la plupart des régions, voisins de 2,50 fr/kWh pour l’éclairage, et de 1,50 à 2 fr/kWh pour la petite force motrice. Dans les contrées de montagnes, où les réseaux sont alimentés par de l’énergie d’origine hydraulique, ces tarifs ne s’abaissent guère au-dessous de 1,50 fr pour l’éclairage et de 0,75 fr pour la force.
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- Au cours de ces dernières années, l’action de l’Administration s’est particulièrement exercée en faveur de tarifs judicieusement aménagés en vue de supprimer les compteurs multiples et les minima de consommation qui rebutent la clientèle rurale. C’est ainsi que, dans quelques régions, on a commencé dès 1934, à appliquer des tarifs dégressifs « par tranches », valables avec un seul et même compteur pour l’éclairage, les usages ménagers et la petite force motrice agricole.
- Les résultats d’exploitation des réseaux ruraux sont très variables suivant les régions; ils sont en effets conditionnés par des facteurs tels que l’importance relative de la production agricole et de l’élevage, la concentration ou la dissémination de la population, les conditions locales de vie, les tarifs pratiqués, etc. Au surplus, les caractéristiques d’exploitation ne peuvent se préciser qu’après un certain nombre d’années de service.
- Il est d’ailleurs à peu près impossible en ce domaine de faire apparaître des moyennes significatives, parce qu’elles auraient à combiner les résultats de distributions très diverses, dont la mise en exploitation s’est échelonnée sur une période étendue. Il semble préférable de retenir simplement des renseignements monographiques, formant en quelque sorte des « sondages » pour des régions bien caractérisées.
- C’est dans ces conditions que le tableau ci-après reflète quelques situations actuelles et tient compte de l’évolution dans le temps sur une période qui, pour certains groupements, atteint maintenant une dizaine d’années.
- Les premiers résultats indiqués se rapportent à des régions de culture intensive, où l’on compte de 3 à 6 moteurs électriques par 100 habitants ; la consommation annuelle y atteint généralement 12 à 13 kWh par habitant desservi pour l’éclairage et les usages ménagers, avec un chiffre tout à fait comparable pour la petite force motrice agricole, soit au total 30 kWh et parfois davantage.
- Au contraire, la ligne 7 du tableau caractérise les régions pauvres, à population disséminée, où, malgré une mise en exploitation remontant à plusieurs années, la consommation reste à peu près limitée à l’éclairage et n’atteint pas 10 kWh par habitant desservi.
- Les derniers résultats figurant au tableau se rapportent à une vallée des Alpes où l’on utilise les réserves d’énergie qui ont été instituées au profit des collectivités locales. Les bas tarifs pratiqués, notamment pour la petite force motrice agricole et artisanale (0,73 fr/kWh) et pour le chauffage par accumulation (0,13 fr/kWh) ont contribué au grand développement de la consommation d’énergie, qui atteignait 37 kWh en 1934 et qui mérite d’être signalée.
- Si sommaire qu’elle soit, cette évocation des tarifs et des résultats d’exploitation appelle un bref commentaire. Sans oublier que les tarifs indiqués comprennent les majorations établies au profit des communes pour couvrir les charges financières de premier établissement, il faut souligner l’extrême diversité de ces prix et il faut résumer encore une fois les raisons de cette diversité : éloignement plus ou moins grand des centres de production ou des grandes artères de transport — préexistence ou absence de lignes régionales de répartition —
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- Quelques résultats d'exploitation des réseaux ruraux pendant l'année 1934.
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- i Société d’intérêt collectif agricole de Pithiviers, 1922 40 844 40 200 52 152 11,5 19 100 62 15,9 15,7 31,0 2 567 591 Région de grande culture et
- 90 communes. d’industrie agricole.
- 2 Svndicat intercommuna 1 du San terre (Somme), 41 communes. 1926 12 260 9 280 59 322 11 19 73 65 25 16 50 2 t) y 5 512 Région de grande culture betteravière.
- 3 Régie du Syndical intercommunal d’Électricilé du départ, de la Vienne, 1924 et années suivantes. 174 766 142 300 38 66 37 21 53 21 18,3 4,5 23 855 825 Région de moyenne et petite culture.
- 240 communes.
- 4 Syndical, do Fonlaine-le-î)un (Seine-I nie rien re). 1923 3 938 5 300 51 345 17 17 58 34 14,5 7 30 1 540 513 Région à céréales.
- In communes.
- 5 Syndicat de Varzv (Nièvre), 10 communes. 1928 7 1)00 7 600 42 125 24 24 84 30 12 4 16 689 400 Région d’élevage.
- 0 Syndicat de Nuit.s-Saiut-Georges (Côte-d’Or). Distribution ancienne Extension assez récente. 3 400 3 400 78 226 13 30 58 44 23,4 2,4 32,9 2 580 431 Région viticole (coteaux) et de polyculture en plaine.
- S y n dic nt de P aim p o1 (Cùles-du Nord), 18 communes. 1927 et années suivantes. 33 117 24 000 52 330 70 18 26 18 7,3 0,7 8 4)8 550 Région à population disséminée et à tarifs élevés.
- 8 Régie intercommunalede Sey ssel ( H a u le-S a v o i e), 40 communes. 1922 et années suivantes. 17 504 17 350 33 139 12 23 57 85 31 3 57 1 850 701 Vallée des Alpes. Gourant vendu très bon marché.
- Energie provenant de réserves spéciales aux bornes d’une usine hydraulique.
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- l’ÉLEGTRIFIGATION RURALE EN FRANCE.
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- dispersion plus ou moins accentuée de l’habitai, qui influence les frais d’installation — proportions variables des contributions apportées, tant par les diverses collectivités que par les usagers eux-mêmes, soit à fonds perdu, soit sous forme de prêts à taux réduit, soit enfin par emprunts à des taux usuels.
- Malgré ces justifications, il n’a plus semblé possible à l’heure actuelle de laisser jouer certains prix trop élevés. Les Pouvoirs publics viennent d’intervenir et de fixer, selon les catégories de communes, des prix limites englobant les majorations perçues pour les collectivités. En ce qui concerne les communes rurales, et pour l’éclairage, ces prix limites s’échelonnent de 1,90 à 2,40 fr/kWh.
- conclusions. — L’œuvre est assez bien dessinée maintenant pour être jugée dans ses grandes lignes. L’électrification rurale en France a été traitée comme une entreprise sociale au premier chef. Son but a été d’assurer non seulement aux agriculteurs, mais à tous les habitants des campagnes françaises (dont la plupart sont les fournisseurs ou les clients directs des agriculteurs), les facilités de travail et les commodités d’existence qu’apporte l’électricité. Il est intéressant de constater d’ailleurs que partout, la lumière électrique est attendue d’abord, avec beaucoup plus d’impatience que la force motrice; ce n’est que progressivement que cette dernière s’introduit à son tour dans beaucoup de foyers.
- La lumière a augmenté la gaieté de la maison; l’éclairage public des villages, jadis inconnu, parsème aujourd’hui d’une multitude de points lumineux l’étendue des campagnes françaises; les utilisations domestiques de l’énergie ont simplifié le travail des femmes, souvent plus tentées que les hommes par les commodités de la ville. Ainsi, d’une part, la population rurale a vu diminuer les motifs qui pouvaient l’inciter à quitter la terre. D’autre part, l’électricité, tout en lui donnant des facilités pour son propre travail et pour l’organisation des coopératives, lui apporte en outre des possibilités de ressources nouvelles, telles que le développement du commerce touristique de la décentralisation de certaines industries.
- Grâce à cette situation nouvelle, il est permis d’espérer que va se restreindre la tendance au dépeuplement des campagnes françaises. Il n’en est pas moins vrai que l’électrification rurale a nécessité de grands sacrifices : elle n’a rien eu de commun avec une entreprise capitaliste. Il était en effet bien visible que, si les frais d’exploitation proprement dits pouvaient être payés par les recettes escomptées, il serait impossible de rémunérer l’ensemble des capitaux investis dans la construction des réseaux. Seules seraient couvertes, parmi les charges financières, la part que certains concessionnaires avaient pu assumer, en très faible proportion d’ailleurs, et la part que les communes étaient en mesure de récupérer, soit par l’impôt local, soit par la surtaxe imposée aux usagers. Intervenait donc nécessairement une part de l’Etat et cette part est lourde. Elle se justifie cependant, et de plusieurs façons. En raison même du système fiscal qu’impliquent les circonstances, l’État récupère une grande partie de ses subventions par le jeu des impôts sur les entreprises qui construisent les réseaux ou qui fournissent les matières et les appareils nécessaires, ainsi que sur toutes entreprises annexes telles que les installations intérieures, les ventes et aménagements d’appareils, etc.
- 136e Année. — Janvier-février 1937. 4
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- HISTOIRE DES MACHINES. — JANVIER-FEVRIER 1937.
- Par ailleurs, l’État défend son patrimoine en luttant contre la désertion des campagnes, c’est-à-dire contre un phénomène qui n’est pas moins dangereux pour l’ordre social que pour l’activité économique et la vitalité du pays.
- C’est donc bien dans le sens de l’intérêt le plus général que s’est développée cette collaboration qui, de l’État aux usagers, en passant par les départements, par les communes, et par les industriels de l’électricité a conditionné la part de chacun, et a préparé la réussite d’ensemble devant laquelle nul ne regrette l’effort consenti.
- NOTE BIBLIOGRAPHIQUE
- Quelques ouvrages sur l’histoire des machines,
- par M. Ed. Sauvage, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- L’indication de ces ouvrages ayant été demandée à la Société d’Encourage-ment, nous croyons devoir reproduire ci-après leur liste, car ce renseignement a un caractère d’intérêt général.
- Rühlmann, Allgemeine Maschinenlehre, 2e édition, 5 volumes publiés de 1875 à 1902 (Traité de toutes les sortes de machines);
- Eude, Histoire documentaire de la mécanique française, d’après le Musée cen-tennial de la Mécanique à l’Exposition universelle de Paris, 1900(1 vol. Dunod, édit., 1902). (2539-2540; B. 15 — 6.31.32)
- Spécialement, sur la machine à vapeur :
- Matschoss, Die Entwicklung der Dampfmaschine (2 vol., 1908);
- Arago, Notice historique sur les machines à vapeur, publiée en 1829;
- Thurston et Hirsch, Histoire de la machine à vapeur, 2 vol. 1880;
- Mallet, dans le Bulletin de la Société des Ingénieurs civils de France, en 1908 et 1909. ' (13548; B. 16 — 4.16)
- Sur les machines de Newcomen, Proceedings of the Society of Mechanical Engineers, année 1903, p. 655.
- Armengaud aîné, Traité théorique et pratique des moteurs à vapeur, tomes I, II et atlas, 1862. (B. 15-2H. A. 2687)
- Il convient d’ajouter à cette liste quelques-uns des nombreux mémoires de Charles Fremont sur l’histoire de quelques machines spéciales : Origine du laminoir (mémoire n° 27, 1908); — Origine de Vhorloge à poids (n° 47, 1915); — Origine et évolution de la soufflerie (n° 50, 1917); — Origine et évolution de la poulie, du treuil, de l'engrenage, de la roue de voiture, du palan, etc. (n° 57, 1921); — Origine et évolution des pompes centrifuges (n° 68, 1923); — La serrure, origine et évolution (n° 70, 1924); — La vis (n° 75, 1928).
- Ceux des ouvrages précités qu’on peut consulter à la Bibliothèque de la Société d’Encouragement portent in fine l’indication de la cote qu’il convient de donner en entier à la Bibliothécaire pour qu’elle remette immédiatement l’ouvrage demandé au lecteur. Pour les mémoires de Ch. Fremont, il suffit d’indiquer le titre et le numéro du mémoire.
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- BULL. DELA SOC. D’ENCOUR. POURL’iNDUSTRIENATIONALE.—JANV.-FÉVR.1937(p.51).
- DE L’ESSENCE D’ORIENT A LA NACRE ARTIFICIELLE
- par M. Rodolphe Germain, directeur technique.
- historique. — Sous le nom imagé à'essence d'orient on désigne la matière, brillante, autrefois extraite des seules écailles de l’ablette, qui, incorporée à un liant ou à une laque, donne un enduit dont l’éclat chatoyant rappelle, à s’y méprendre, l'orient de la perle fine.
- On doit à un artisan français du xvme siècle, le patenôtrier Jacquin, la première préparation de cette matière et sa première application aussi.
- Observant la frappante analogie du reflet argenté de l’écaille d’anlette avec l’orient de la perle, il eut l’idée de malaxer les écailles dans une eau alcaline et put ainsi en séparer et en dissocier la pellicule argentée. Il obtint, par ce procédé rudimentaire, une sorte de bouillie brillante qu’il lia avec de la colle animale et qu’il appliqua sur de petites boules de verre.
- C’est ainsi qu’il réalisa la première imitation de la perle fine.
- Une petite industrie artisanale était née qui se perpétua jusqu’au début du siècle, avec peu de modifications essentielles.
- Jean Paisseau, avec la collaboration de son chimiste R. Warcollier, réussit à incorporer l’essence d’orient au collodion et fabriqua ainsi des perles solides, dites inaltérables, constituant un remarquable progrès sur la perle dont l’enduit de gélatine s’effritait rapidement, aussi, prit-il bientôt la première place parmi les fabricants parisiens.
- Après la guerre, l’industrie de la perle imitée connut un prodigieux développement au point de nécessiter la création de véritables usines occupant des milliers d’ouvrières et ouvriers et produisant, par centaines de milliers, des colliers qu’absorbait l’exportation, aux Etats-Unis surtout.
- Cette prospérité fut de peu de durée : l’industrie de la perle, exclusivement parisienne au début, fut bientôt transplantée à l’étranger, aux États-Unis en particulier et enfin au Japon.
- Le Japon fabriqua tant et tant, plutôt mal que bien il est vrai, mais à un prix si bas qu’il inonda bientôt le marché, évinçant en particulier les fabricants français. La perle imitée connut ainsi une défaveur croissante, d’autant que la perle japonaise de culture fut bientôt offerte en telle quantité et à un prix tel qu’elle put concurrencer les belles imitations parisiennes.
- Telle est, en un bref résumé, l’histoire de l’essence d’orient et de sa première et longtemps unique application, la perle imitée.
- caractères et propriétés de l’essence d’orient. — L’essence d’orient était autrefois extraite des seules écailles d’ablette, en raison surtout delà facilité de leur traitement. Mais la plupart des poissons de surface, tant d’eau douce, telle l’ablette, que marins, tels le hareng, la sardine, s’adornent, en leur région ventrale surtout, d’écailles argentées. Ce n’est point là, d’ailleurs, simple parure,
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- LA NACRE ARTIFICIELLE.
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- mais plutôt moyen de défense, véritable « camouflage » naturel. Ce revêtement argenté capte et diffuse la faible lumière ambiante et le ventre du poisson s’en trouve illuminé, au point de se confondre avec le fond clair du ciel pour l’œil du poisson carnassier qui nage en eau plus profonde.
- La structure d’une écaille est simple : un stroma résistant, d’apparence cornée, mais en réalité dérivé du derme et, par conséquent, de nature conjonctive ; c’est une fine lamelle fibreuse ou ostéo-fibreuse, dont chaque face, dans sa partie libre tout au moins, est recouverte d’une mince membrane dérivée de l’épiderme.
- C’est dans ce revêtement épithélial, formé d’une seule couche de larges cellules pavimenteuses, que se situent les cristalloïdes qui constituent le principe actif de l’essence d’orient. Les cristalloïdes sont donc des formations endo-cellu-laires assimilables, par exemple, aux cristaux d’aleurone de certains végétaux.
- De forme générale rectangulaire allongée, étroitement juxtaposés en palissade, ils forment, sur la partie libre de l’écaille, un revêtement continu transformant celle-ci en une sorte de miroir au reflet diffus. Et si, pour certains poissons, le maquereau, le hareng par exemple, au reflet argenté s’ajoute, lorsqu’ils sont vivants, une délicate irisation, c’est que, sans doute, les dimensions des cristalloïdes sont telles que leur assemblage, avec les interstices qui les séparent, constitue un réseau capable de produire la diffraction de la lumière.
- Pour étudier au microscope les cristalloïdes isolés, le dispositif à fond noir avec éclairage latéral est particulièrement indiqué. Les cristalloïdes en suspension dans un liquide, de l’eau par exemple, sont placés entre lame et lamelle sous le microscope ainsi équipé. Entraînés par les courants que produit l’évaporation marginale du liquide, ils se déplacent en basculant et scintillent d’un extraordinaire éclat lorsque la lumière les frappe sous l’angle convenable; ainsi on peut aisément se rendre compte de leur forme que leur transparence rend indistincte à l’examen avec éclairage axial. Chaque cristalloïde se comporte donc à la façon d’un minuscule miroir, réfléchissant intégralement la lumière qui le frappe; il s’agit là d’un phénomène de réflexion totale dont la raison ne peut être que l’indice de réfraction très élevé du cristalloïde.
- Leur forme est en général rectangulaire allongée, avec des extrémités tronquées ou atténuées. Leurs dimensions varient beaucoup, en particulier avec l'espèce dont proviennent les écailles; les cristalloïdes de l’ablette sont parmi les plus grands, ceux du hareng, parmi les plus petits : 3 à 30a de longueur, 1 à ou. de largeur sont les dimensions les plus courantes. Mais toujours leur minceur est extrême; elle est telle que le cristalloïde qui se présente de profil est à peine discernable au microscope. Aussi la tranche des cristalloïdes ne réfléchit-elle pas la lumière et c’est la propriété fondamentale dont il sera tiré parti pour la fabrication de la nacre artificielle.
- Quant à la composition chimique exacte des cristalloïdes, les quelques auteurs qui l’ont étudiée sont d’accord pour estimer qu’il s’agit de guanine pure ou en combinaison minérale; c’est donc, en tout cas, une matière organique, partant, susceptible d’être détruite par les fermentations microbiennes.
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- LA NACRE ARTIFICIELLE.
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- préparation de l’essence d’orient. — Technique ancienne. — Suivant la technique ancienne, les écailles d’ablette étaient malaxées avec de l’eau ammoniacale, dans une baratte en général. Ainsi on détachait la pellicule épidermique qui se disssociait et formait avec l’eau une suspension brillante séparée des écailles par simple tamisage.
- Restait à purifier cette suspension, chargée d’impuretés organiques, mucus, graisse, et aussi de boues minérales. A cet effet, le jus brillant, réparti en carafes d’un litre, était soumis à une longue série de lévigations avec de l’eau ammoniacale chaque fois renouvelée. Cette macération prolongée avait pour effet de dissocier peu à peu les fragments de pellicule épidermique et d’isoler les cristalloïdes.
- Lorsque l’essence d’orient était suffisamment « vieille », au bout de 5à 6 mois de traitement, les cristalloïdes étaient séparés par siphonage des impuretés qui, plus volumineuses ou plus lourdes, se sédimentaient les premières ; et l’essence épurée, répartie en flacons, formait au fond de ceux-ci un dépôt brillant que surmontait une eau à peu près claire. Mais l’ammoniaque est un piètre antiseptique; aussi fallait-il opérer dans une cave fraîche et, durant l’été, exercer une constante surveillance et renouveler l’eau pour éviter que l’essence « tourne », c’est-à-dire disparaisse sous l’action des ferments microbiens. Chaque petit fabricant avait d’ailleurs ses secrets, ses tours de main et opérait en grand mystère; il produisait chaque année, avec les écailles d’ablette achetées à l’automne aux spécialistes allemands, les quelques kilogrammes d’essence d’orient nécessaires à sa fabrication de perle. L’écaille d’ablette coûtait cher; le rendement final était faible : l’essence d’orient était donc une matière éminemment précieuse, aussi, en mener à bien la préparation causait une constant souci.
- Technique nouvelle. — Elle a fait l’objet de brevets accordés à Jean Paisseau dans le monde entier et encore en vigueur dans nombre de pays; aussi devrons-nous et nous nous en excusons, ne point donner de détails trop précis et nous en tenir à l’exposé du principe de la méthode. Celle-ci se déduit de la connaissance exacte de la matière à traiter.
- Le revêtement des écailles est une membrane cellulaire, donc une matière protéique, contenant des inclusions solides : les cristalloïdes. Dissoudre la première pour isoler les seconds, tel est le problème dont la solution théorique apparaît simple. Deux difficultés à résoudre seidement : ne pas attaquer les cristalloïdes, les « décaper » de façon complète. Sont donc rejeter, tout d’abord, tous les réactifs à action chimique brutale, bases ou acides, susceptibles assurément de dissoudre la matière protéique, mais, en même temps, les cristalloïdes; un corps neutre s’impose.
- Une constatation intéressante apporte la solution du problème : les cristalloïdes n’ont aucune affinité pour l’eau, celle-ci se refuse à les mouiller. En effet, si on agite violemment dans un flacon une suspension de cristalloïdes purs dans l’eau distillée, il se produit une floculation qui simule un précipité; les cristalloïdes se sont agglutinés autour des bulles d’air produites par l’agitation et séparés ainsi de l’eau. Pour atteindre le résultat cherché, c’est donc aux détersifs,
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- savons et succédanés, qu’il faut avoir recours; ces corps, comme nous avons pu le reconnaître avant que se généralise leur emploi, agissent en raison de leur influence sur la tension superficielle de l’eau qu’ils rendent apte à mouiller des surfaces sur lesquelles l’eau pure glisse sans adhérer.
- Les écailles sont brassées dans le bain détersif dont la rapidité d’action est encore accrue par un chauffage modéré au bain-marie. Quasi instantanément, les pellicules brillantes se détachent, les cristalloïdes mouillés sont énucléés et isolés à l’état de pureté absolue. Du jus obtenu, les impuretés solides se séparent par sédimentation rapide tandis que les cristalloïdes restent longtemps en suspension. Une centrifugation immédiate du liquide permet de les séparer et, d’emblée, on obtient, sous forme d’une pâte aqueuse d’un brillant métallique éclatant, une essence d’orient d’une absolue pureté. L’incorporation à une faible quantité de collodion suivra, et l’essence d’orient se présente alors sous sa forme moderne de pâte concentrée, facilement miscible aux laques et de conservation assurée.
- Cette fabrication rapide, à l’abri de tout aléa, n’est pas le seul intérêt du procédé. Il permet, en effet, l’emploi comme matières premières de toutes les écailles et les plus communes, les écailles de harengs, jusque-là inutilisées, donnant un produit d’une qualité remarquable. On peut dorénavant envisager une fabrication ndustrielle et M. Jean Paisseau n’hésita pas à installer sur les lieux de pêche mêmes des laboratoires pourvus d’un matériel mécanique spécialement créé ou adapté, qui, avec un personnel réduit, peuvent traiter en un seul jour jusqu’à 4 ou o t d’écailles de harengs. A mesure que s’accroît la production, le prix de revient peut s’abaisser, et l’essence d’orient, qui, en 1918, valait encore 1 000 francs-or le kilogr., se vend aujourd’hui en France moins de 500 de nos francs actuels, prix en réalité très bas si l’on tient compte de son remarquable pouvoir couvrant.
- Mais la simplicité du procédé de fabrication a eu aussi sa conséquence habituelle : le développement de la contrefaçon, sans cesse renaissante à mesure que poursuivie, et d’autant plus dangereuse que, non grevée de frais de brevets et de mise au point, elle peut vendre meilleur marché. Quoi qu’il en soit, les possibilités illimitées de production ont permis tout d’abord l’essor de l’industrie perlière dont on peut évaluer, à 10 000 kg environ, la consommation annuelle d’essence d’orient en France, Allemagne et États-Unis vers 1926, époque de son apogée avant l’entrée en lice du Japon.
- Cet emploi étant malgré tout limité, il était rationnel de chercher, en outre, de nouveaux débouchés susceptibles d’une consommation plus grande que la perle. Aussi, en 1921, avons-nous, avec Jean Paisseau, mis à l’étude le problème de la nacre artificielle.
- La nacre artificielle. — L’idée d’employer l’essence d’orient pour fabriquer une imitation de la nacre ne nous appartient pas, nous le reconnaissons volontiers. Dès 1906, l’Oyonnithe en France, puis Claessen en Allemagne, ont déposé des brevets visant cette fabrication par incorporation d’essence d’orient à une matière transparente, en l’espèce le celluloïd. Ils n’ont pas été suivis de réalisation industrielle pour deux raisons : la pénurie d’essence d’orient et son prix en tout cas trop élevé, et l’imperfection des procédés proposés. Grâce à l’étude que nous
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- avons pu faire de l’essence d’orient et, partant, à l’exacte connaissance de sa nature et des propriétés optiques de ses cristalloïdes, nous nous sommes bien vite rendu compte de l’importance primordiale de l’orientation propre des cristalloïdes inclus dans la masse transparente par rapport à la surface de celle-ci.
- Nous avons pu ainsi définir le principe sur lequel doit être basée une fabrication rationnelle, principe que nous avons dénommé « orientation systématique » et qui a fait l’objet du premier brevet Paisseau en 1923. Pour la facile compréhension de ce principe fondamental, il suffit de se rappeler les caractères morphologiques des cristalloïdes de l’essence d’orient, minuscules paillettes réfléchissant la lumière frappant leur table, mais invisibles lorsqu’elles se présentent de profil, en raison de leur extrême minceur.
- On peut donc poser, ce qui paraît évident maintenant, que :
- l’effet lumineux produit par un cristalloïde d’essence d’orient est fonction de son orientation par rapport au rayon visuel de l’observateur; ou encore,
- si on suppose une infinité de cristalloïdes dispersés dans une matière transparente, seuls seront visibles ceux qui, en raison de leur orientation propre, seront susceptibles de réfléchir la lumière dans la direction de l’œil de l’observateur; pour les autres, tout se passera comme s’ils n’existaient pas.
- Mais, assurément, un cristalloïde isolé n’est pas visible à l’œil nu; pour que l’œil perçoive un reflet, il faut que toute une série de cristalloïdes, semblablement orientés, forment un champ d’une étendue suffisante. Comment réaliser cette orientation uniforme en masse des cristalloïdes dispersés dans une matière transparente? Tel est le problème.
- La solution est simple : il suffit de créer un courant, une veine fluide, un écoulement dans la matière chargée d’essence d’orient et maintenue dans un état de iluidité convenable. Lorsque la matière coule, ses molécules glissent les unes sur les autres avec une vitesse qui diffère d’un point à l’autre, plus grande évidemment suivant l’axe de la veine fluide que sur les limites de celles-ci, en raison des frottements subis. Ce glissement a pour effet de faire basculer les cristalloïdes et de les amener progressivement à s’orienter parallèlement à l’axe de la veine d’écoulement, axe qui, suivant la section de la veine, peut être une ligne ou une surface, un plan par exemple. Ainsi s’orientent, à la surface de l’eau courante d’une rivière, les feuilles allongées du saule poussant sur la rive et que dépouille l’automne. Ainsi s’orientent, en veines traduites à l’œil par des ondes chatoyantes, les cristalloïdes d’une essence d’orient en suspension aqueuse, agitée d’un mouvement tournant dans un flacon.
- Le principe de l'orientation systématique étant ainsi défini et précisé, il reste à exposer la technique de fabrication industrielle d’une matière nacrée. Nous prendrons à cet effet, comme exemple, « la nacrolaque » création de M. Jean Paisseau.
- La nacrolaque est une nacre artificielle dont la base est l’acétate de cellulose plastifié, produit par les Usines chimiques Rhône-Poulenc sous le nom de rhodoïd, c’est-à-dire une matière plastique transparente, comme le celluloïd dont elle a toutes les propriétés, mais non le grave défaut de dangereuse inflammabilité.
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- La fabrication industrielle comporte une suite d’opérations qui sont : l’incorporation de l’essence d’orient; l’orientation systématique en « tapis » ; la réorientation du tapis, pour donner au nacrage un dessin systématisé; la confection du bloc; le tranchage du bloc en feuilles qu’il reste à sécher et à polir.
- L’incorporation de l’essence d’orient se fait dans le malaxeur où est préparé le mélange d’acétate de cellulose et des plastifiants et solvants. La masse chauffée est relativement molle; l’essence d’orient y est versée sous forme de solution, en acétone, d’une pâte spéciale à base d’acétate de cellulose. Fait intéressant, en raison de l’utilisation intégrale de tous les cristalloïdes, conséquence de leur orientation systématique, la proportion d’essence d’orient peut être faible; elle ne dépasse pas 3 g de cristalloïdes pesés secs pour un 1 kg de rhodoïd, charge infime qui permet de conserver à la nacre artificielle une transparence suffisante, tout en lui donnant un éclat aussi intense que celui de la nacre naturelle.
- Lorsque le mélange est devenu homogène, la masse est extraite du malaxeur; elle offre alors une apparence laiteuse, sans éclat; les cristalloïdes y sont dispersés régulièrement, mais en tous sens; ils diffusent donc la lumière en toutes directions. C’est alors qu’intervient l’opération essentielle, l’orientation systé matique.
- La masse, encore chaude, et donc molle, est entassée dans le coffre d’une vaste presse, pouvant contenir 200 kg de matière, munie d’une fente rectiligne longue de 75 cm et large de 1 cm. La presse est fermée, la pression convenable appliquée sur le piston. Aussitôt, la matière s’écoule en une nappe brillante comme une perle : c’est le tapis, élément du bloc futur. Cet éclat de perle révèle l’orientation systématique de tous les cristalloïdes parallèlement au plan axial de la fente, donc de la surface du tapis.
- Il ne s’agit pas en effet d’un simple lissage superficiel; l’orientation existe bien dans toute l’épaisseur du tàpis; pour s’en convaincre, il suffit de pratiquer, dans celui-ci, une coupe parallèle à la surface. Quel qu’en soit le niveau, le même éclat de perle se manifeste. Par contre, sur toute coupe perpendiculaire à la surface, la matière apparaît d’une absolue transparence : les cristalloïdes, se présentant de profil, sont rigoureusement invisibles. Le tapis issu de la presse a donc tous les caractères de la nacre naturelle qui, elle aussi, est sans reflet sur les coupes perpendiculaires à la surface de la coquille.
- Le seul défaut de la nacre artificielle, à ce premier stade, est sa trop grande uniformité, son apparence absolument lisse sans aucun accident, sans aucun vallonnement : c’est de/’orientation à plat. Une deuxième opération, de réorientation systématisée(1) cette fois, a pour but d’y remédier en imprimant au reflet nacré un dessin donnant à l’œil l’impression de relief vallonné caractéristique de la nacro-laque, dessin prédéterminé et variable à l’infini. Pour ce faire, le tapis orienté à plat, issu de la fente et encore chaud, donc plastique, passe immédiatement dans une calandre spéciale dont les cylindres sont hérissés de saillies, de tétons de formes et de répartition convenables pour l’effet désiré. Les saillies s’enfoncent
- (1) Décrite dans un nouveau brevet Jean Paisseau de 1925.
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- dans le tapis, le déprimant profondément, ou le perforant même : il sort de l’appareil bosselé, gaufré.
- On comprend que les saillies de la calandre, en refoulant et étirant la matière plastique, entraînent les cristalloïdes, qui, perdant airsi leur orientation uniforme, prennent une orientation nouvelle parallèle aux bords des dépressions produites, donc plus ou moins oblique par rapport à la surface primitive du tapis. Et on arrive ainsi aux dernières phases de la fabrication qui, elles, ne diffèrent en rien de la technique usuelle.
- Le tapis bosselé est découpé en éléments rectargulaires de 1,50x0,70 m, dimensions exactes de la presse à bloc; puis, ces éléments sont exactement superposés dans le coffre de celle-ci. La presse est chauflée pendant 24 heures, sous pression convenable du piston, ce qui a pour effet de souder, en un bloc homogène et compact, les éléments superposés. Le bloc refroidi est tranché, avec une machine spéciale, en feuilles d’épaisseur convenabb pour la vente. C’est alors qu'apparaît le résultat : chacune des feuilles, quel qu’en soit le niveau dans l’épaisseur du bloc, épais de 30 cm, montre identiquement le même dessin de nacrage, moutonné, ondulé, vallonné, donnant à l’œil une extraordinaire impression de relief qui pousse invinciblement l’observateur à tâtei de la main la surface qu’il s’étonne de sentir, au toucher, lisse et polie. C’est ainsi que les feuilles, même celles dont l’épaisseur réelle ne dépasse pas 0,2 mm, donnent l’illusion d’un relief de plusieurs millimètres. On a là en quelque sorte, la transposition optique, la photographie de la calandre.
- Ce résultat, en apparence assez surprenant, s’explique aisément : malgré l’aplatissement, dans la presse à bloc, du tapis modèle parla calandre, les cristalloïdes n’ont pu reprendre leur position première rniformément parallèle; ils sont restés légèrement obliques par rapport à la surface du tapis et, partant, au plan de section du bloc; et cette inflexion que double, pour l’œil de l’observateur, le jeu de la lumière réfléchie, restitue l’apparence du relief un moment produit par les saillies de la calandre, puis effacé par l’écrasement dans la presse. On comprend donc par quel artifice la matière peut acquérir une richesse, une variété d’effets chatoyants, que présente rarement la nacre naturelle, et quelles ressources indéfinies sont offertes au fabricant pout en varier à volonté le dessin.
- Ainsi se présente la nacrolaque que mit en vedette 'Exposition des Arts décoratifs de Paris, en 1925. Sa vogue s’accentua rapidement et elle obtint la faveur, non seulement des artisans, mais aussi de maints artistes décorateurs. Elle est aujourd’hui devenue matière classique au même titre que l’écaille ou l’ivoire artificiels. Et la Société des Usines chimiques Rhône-Poulenc qui, en 1931, en acquit licence de Jean Paisseau pour la France, continue à le fabriquer parmi les divers types de rhodoïd.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR L’iNDUS. NATION. —JANV.-FÉVR. 1937 (p. 58).
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ
- CONSEIL D’ADMINISTRATION SÉANCE PUBLIQUE DU 7 NOVEMBRE 1930 Présidence de M. L. Bâclé, ancien président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- M. Marsais (Paul) (Ü£), professeur de viticulture à l’Institut national agronomique, rédacteur en chef de la Revue de Viticulture, 188, avenue Marguerite Renaudin, à Clamart (Seine), présenté par MM. Hitier et Rolley (1937);
- M. Brémond (Pierre, Jean-Louis), (!&, i), directeur du Laboratoire de l’Institut de Céramique française, chimiste en chef de la Manufacture nationale de Sèvres, professeur à l’École supérieure de Céramique, 4, Grande-Rue, à Sèvres (S.-et-O.), présenté par M. Loebnitz (1937).
- M. Brémond est lauréat de la Société.
- M. Paul Walter, membre et lauréat de la Société, lui a fait un don de 150 fr pour aider à la publication du Bulletin. M. Bâclé, au nom de la Société, lui adresse ses très vifs remerciements.
- M. Gabriel Bertrand, membre de l’Académie des Sciences, de l’Académie d’Agriculture et du Conseil de la Société d’Encouragement, fait une communication sur La constitution et la conservation du stock de blé, dit de sécurité (,).
- Le stock de blé, dit de sécurité, prévu par la loi du 24 décembre 1934 tendant à l’assainissement du marché du blé, est de 6x 106 qu, au maximum, et devait être constitué par des achats effectués pour moitié aux coopératives bénéficiaires de contrats de stockage et aux producteurs libres.
- L’ampleur de ce stockage, dont a été chargée l’Intendance militaire, a posé de nombreux problèmes nouveaux qui ont été résolus.
- En vrac, le blé ne peut être conservé sans crainte d’échauffement sur plus de 0,80 m ; ainsi stocké il aurait couvert 100 ha; les emplacements de stockage, répartis dans 60 villes groupées en 20 régions, ont été choisis là où l’on a trouvé des locaux disponibles à des prix acceptables; on a été ainsi amené, le plus souvent, à loger le blé dans des sacs de jute pesant 100 kg et disposés sur 12 rangs, en piles ne dépassant pas 100 t et séparées par des vides de 1 m de largeur. Le
- (1) Le texte in extenso de cette communication paraîtra dans le prochain numéro du Bulletin.
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- stock comprenait 5 256 700 qu en sacs, 78 000 en vrac et 180 800 en silos.
- Le blé fourni par les producteurs libres (2 625 200 qu) pesait de 78 à 82 kg/qu ; celui des coopératives (2890 200 qu), était de moins bonne qualité et était souvent à la limite de densité acceptable.
- Pour assurer la conservation du stock, il faut lutter contre l’humidité, les rongeurs et les insectes.
- A l’exception de quelques lots titrant moins de 13 p. 100 d’humidité, les blés en couche et en silo ont tous tendance à s’échauffer et doivent être ventilés par pelletage. Les silos devraient donc être pourvus de dispositifs de séchage artificiel. Les blés en sacs empilés, même à 16 p. 100 d’humidité, ne s’échauffent pas.
- Les magasins qui conviennent le mieux à la conservation en sacs sont ceux dont les parois sont épaisses et dont, par suite, la température reste à peu près constante; les piles de sacs, gardant longtemps leur chaleur, doivent être établies en hiver et non en été. Même des blés ensachés titrant moins de 14 p. 100 d’humidité peuvent s’échauffer quand ils sont gravement atteints par les charançons; leur élévation de température est due au dégagement de chaleur résultant de la respiration des insectes.
- Contre les rongeurs, on peut avec succès employer les chats et les chiens ratiers, la mort aux rats et le virus Pasteur; la chloropicrine, employée contre les insectes, chasse aussi les rongeurs. Les moineaux, plus déprédateurs que les rongeurs, surtout à Paris, obligent à grillager certains magasins.
- La présence d’acariens et d’insectes, surtout les charançons, rend impossible une longue conservation.
- Une commission, instituée par le Ministre de l’Agriculture en avril 1935, après de nombreux essais effectués avec le concours du personnel militaire spécialisé dans le maniement des gaz de combat, a choisi comme insecticide la chloropicrine, ou chloroforme nitré CCPAzO2, liquide mobile, volatil et inflammable dont la vapeur, 6 fois plus dense que l’air, est lacrymogène pour l’homme et les mammifères à des doses de quelques milligrammes par mètre cube d’air. Ce corps, proposé dès 1919 par M. G. Bertrand et essayé dès 1921 comme insecticide, avait déjà donné de bons résultats pour les désinsectisations de toute sorte, notamment en Égypte pour la graine de cotonnier et le blé : il n’altère en rien la valeur alimentaire, les qualités boulangères et le pouvoir germinatif. Il convient à d’autres denrées agricoles parasitées par les insectes.
- La dose à employer est de 9 g par quintal de blé; la durée de contact avec l’atmosphère chargée de vapeur de chloropicrine doit être de 8 à 15 jours, afin que soient détruits les œufs, les larves et les chrysalides.
- L’emploi de la chloropicrine nécessite des magasins d’une étanchéité parfaite (le prix de l’opération est alors d’environ 0,25 fr/qu); à défaut, on peut opérer sous bâches mais en augmentant les doses (0,60 fr/qu). e. l.
- M. Hitier, vice-président. — L’exposé de M. Gabriel Bertrand montre que le problème qui a été posé à l’Intendance n’était pas facile et que ceux
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- qui ont demandé de constituer notre stock de sécurité et ceux qui ont décidé de le faire ne se rendaient probablement pas compte des nombreuses difficultés qu’il faudrait vaincre. C’est grâce au concours de M. G. Bertrand, assisté de l’Intendant général Briolay, qu’une de ces plus grandes difficultés, la protection contre le charançon, a pu être vaincue.
- M. Bâclé, président. — Au nom de notre Société, j’adresse nos très vives félicitations à M . l’Intendant général Briolay, à notre éminent collègue du Comité des Arts chimiques, M. Gabriel Bertrand, et au personnel qui a collaboré à leurs travaux et à leurs essais pour mettre au point le difficile problème de la longue conservation d’un stock de blé considérable; son ampleur dans le temps et dans l’espace n’avait jamais été atteinte, à notre connaissance, ni en France, ni probablement à l’étranger. Nous espérons que M. G. Bertrand voudra bien nous remettre prochainement le texte de son intéressante communication, dont la place est tout indiquée dans notre Bulletin.
- La séance est levée à 18 h. 15 m.
- SÉANCE PUBLIQUE DU 21 NOVEMBRE 1936 Présidence de M. M. Lacoin. président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- MM. H. Servonnet et P. Rolley présentent et analysent quelques-uns des ouvrages entrés récemment dans la Bibliothèque.
- M. Servonnet présente les ouvrages suivants :
- La dynamo. Théorie et construction des machines électriques à courant continu, par A. Mauduit et C. La.mboeuf. (Encyclopédie d’électricité industrielle). Paris, J.-B. Baillière et fils, 19, rue Hautefeuille (6e), 1936;
- Outillage. 5e fascicule : Outils de filetage et taraudage, par Paul Duflos. Paris, chez l’auteur, 4-, rue Sedaine (11e), 1936. (Don de l’auteur);
- Les laboratoires du bâtiment et des travaux publics, 12, rue Brancion, Paris (15e). (L’Entreprise française, novembre 1935). Paris, 9, avenue Victoria (4e). (Don de M. Sauvage, membre du Conseil d’Administration) ;
- Les aimants. Calcul et applications, par B.-V. Picou. 2e édition. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1936);
- La technique de Vorganisation, par S. Abelin. Paris, chez l’auteur, 6, rue du Sergent-Maginot (16e). (Don de l’auteur);
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- Contribution à Vétude du pouvoir absorbant de Vatmosphère terrestre, par M. A. Boutaric. (Thèse présentée à la Faculté des Sciences de Paris, pour obtenir le grade de docteur ès sciences physiques. Paris, Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins (6e), 1918.
- M. Rolley, présente les ouvrages suivants :
- Les carburants. lre partie : L'essence, par Étienne Audibert. Paris, Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins (6e), 1936;
- La tannerie. Etude, préparation et essai des matières premières. Théorie et pratique des différentes méthodes actuelles de tannage. Examen des produits fabriqués, par Louis Meunier et Clément Vaney, avec la collaboration du Dr P. Ciiambart, du Dr A. Jamet, du Dr C. Gastellu et de R. Loos. Tome I. Paris, Gauthier-Villars, 1936;
- Les nouveaux martyrs. Destin des minorités, par Aldo Dami. Paris, Fernand Sorlot, 7, rue Servandoni (6e), 1936. (Don de l’auteur);
- Dictionnaire de la chimie et de ses applications, par Clément Duval, Raymonde Duval et Roger Dolique. Paris, Hermann et Cle, 6, rue de la Sorbonne, Paris (5e), 1935;
- La géologie et les mines des vieilles plateformes, par F. Blondel. (Publications du Bureau d’Etudes géologiques et minières coloniales). Paris, Société d’Éditions géographiques, maritimes et coloniales, 17, rue Jacob (6e), 1936;
- La chimie au laboratoire et à l'usine, dans la nature et dans la vie, par Marcel Boll, Paris, Librairie Larousse, 13 à 21, rue Montparnasse (6e), 1935;
- Synthèses organiques. (Edition d’ensemble revisée des volumes annuels I-IX). Traduction française par M. Palfray et M. et Mme Jacques Tré-fouel, publiée sous la direction de M.-E. Fourneau. Paris, Masson et CIe, 120, boulevard Saint-Germain (6e), 1935;
- Memento de l'industrie du caoutchouc. (Accélérateurs. Antioxydants. Colorants. Solvants. Agents divers. Résines, etc.), par F, Jacobs. (Encyclopédie du caoutchouc et des matières plastiques.) Paris, Société d’EdU tions techniques Cillard, 49, rue des Vinaigriers (10e);
- Cours de chimie industrielle. Tome III : Métallurgie, par G. Dupont. Paris, Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins (6e), 1936;
- Contribution à l'étude des cendres des charbons du Nord et du Pas-de-Calais, par Pierre Boulant. Thèse présentée à la Faculté des Sciences de l’Université de Lille, pour obtenir le titre de docteur de l’Université de Lille, mention : sciences). (Don de l’auteur);
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. ------ .JANVIER-FEVRIER 1937.
- Le thon {germon). Sa pêche et son utilisation sur les côtes françaises de l’Atlantique, par Albert Krebs. Paris, Société d’Editions géographiques, maritimes et coloniales, 17, rue Jacob (6e), 1936. (Don de l’auteur).
- M. Pierre Brémond, directeur du Laboratoire de l’Institut de Céramique française, fait une communication sur La fragilité des produits céramiques et leur rupture lente ou rapide (1).
- A l’inverse des métaux et alliages, les matériaux céramiques et les verres, à condition qu’ils soient sains, c’est-à-dire sans fissures ni soufflures, sont des matières parfaitement élastiques jusqu’à leur rupture par flexion, l’essai étant effectué sur des barreaux prismatiques reposant sur deux appuis. Cette propriété permet d’étudier leur rupture par flexion lente ou par choc rapide, mais non instantané. C’est sous des forces extérieures agissant à peu près de cette façon que les produits céramiques se brisent ou s’ébrèchent à l’usage.
- La méthode expérimentale, simple, préconisée par M. Brémond, permet de déterminer ce qu’il appelle un coefficient de solidité, égal à R2/'E, en fonction de l’énergie de choc par unité de volume de matière, R étant le coefficient de rupture à la flexion, et E, le module d’élasticité de Young. On peut ainsi comparer différents produits ou matières au point de vue de leur solidité à l’usage. E. l.
- MM. Lacoin, Androuin et Fieux prennent part à la discussion.
- La séance est levée à 18 h.
- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE DU 12 DÉCEMBRE 1936 Présidence de M. Lacoin, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- M. Lacoin, président, rappelle que la réunion est une assemblée générale des membres de la Société, assemblée pendant laquelle, conformément aux statuts, il doit être procédé à l’élection des membres du Bureau pour l’année 1937, et à la ratification de la nomination, pendant l’année 1936, de nouveaux membres du Conseil d’administration. Le scrutin sera clos à 17 h. 30 m., ainsi qu’il a été annoncé sur la convocation qui a été adressée aux sociétaires.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- M. Germain (Rodolphe), membre de l’Académie vétérinaire de France,
- (1) Le texte, revu et augmenté, de cette communication paraîtra dans un prochain numéro du Bulletin.
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- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE DU 12 DÉCEMBRE 1936.
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- directeur technique, 21, rue des Fontenelles, Sèvres (Seine-et-Oise), présenté par M. G. Blétry. (1937);
- M. Paisseau (Jean), (^), conseiller du Commerce extérieur de la France, industriel, 53, r. de Châteaudin, Paris (9e), présenté par M. C. Blétry (1937) ;
- M. Degaast (Georges), (&, O. O), licencié ès sciences, Ingénieur-chimiste, expert agréé par les Tribunaux, ingénieur-conseil et professeur de technique du livre, 17, rue de Neuilly, Fontenay-sous-Bois (Seine), présenté par MM. Bourdel et C. Blétry. (1937).
- M. Degaast est lauréat de la Société.
- M. Maurice Gariel, directeur général des Etablissements Neyret-Beylier et Piccard-Pictet (Grenoble), fait une communication sur Quelques progrès récents dans le domaine de Vhydraulique.
- M. Gariel expose comment l’utilisation de deux phénomènes hydrauliques, très anciennement connus, mais inutilisés jusque-là, celui du tourbillon et celui du ressaut, ont permis de créer deux techniques nouvelles d’une extrême importance pour l’avenir de l’hydraulique : celle des turbines-tourbillon et celle des partiteurs de débit et de vannes de réglage automatique pour l’irrigation.
- Les turbines-tourbillon suppriment les directrices et organisent un mouvement tourbillonnaire de l’eau dans la bâche, mouvement réglé à l’aide d’une pale d’entrée agissant sur l’eau sans décollement des filets liquides. L’eau n’est pas, comme dans les autres turbines, astreinte à suivre dans la bâche un itinéraire fixe : elle parcourt des trajectoires spirales dont l’amplitude angulaire peut dépasser une révolution complète et qui peuvent venir se recouvrir comme dans les tourbillons naturels. Suivant l’angle ainsi parcouru entre l’entrée et la sortie de la bâche, l’eau se présente à la sortie avec des angles variables et s’adapte aux différents régimes de la turbine.
- Cette conception toute nouvelle, mise au point dans le laboratoire des Etablissements Neyret-Beylier et Piccard-Pictet, à Beauvert, permet à la fois de supprimer les pertes d’énergie sur les directrices et de réduire le poids des appareils, souvent de plus de la moitié, tout en simplifiant leur construction. Combinée avec des roues à pales orientales, elle réalise un maximum de simplicité. Ce type de turbine s’étend rapidement en France et à l’étranger, avec des puissances croissantes.
- L’utilisation du ressaut a permis au laboratoire de Beauvert et à l’ingénieur qui le dirige, M. Danel, de créer toute une gamme d’appareils automatiques nouveaux, intéressant les canaux et les conduits d’irrigation : partiteurs de débit, réglant, sans truquage possible, le débit d’un canal dérivé, quels que soient les niveaux amont et aval; vannes automatiques, réglant les niveaux amont et aval, ou leur différence. Ces appareils ont permis de résoudre très économiquement des problèmes jusqu’ici insolubles, ou entraînant des dépenses considérables.
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — JANVIER-FÉVRIER 1937.
- Le laboratoire de Beauvert étudie sur modèle réduit les problèmes hydrau-iiq ues les plus variés, en utilisant dans chaque cîis les conditions d’essai que permettent les diverses lois de similitude qui régissent les phénomèmes hydrauliques. M. L.
- M. Danel, qui vient de rentrer d’une mission aux Etats-Unis, indique dans quelles conditions les laboratoires hydrauliques, très importants et très nombreux de ce pays, étudient les graves problèmes que pose son aménagement hydraulique. Il a pu constater personnellement la gravité du problème du ravinement du sol, dans certaines régions où le changement de régime agricole a détruit l’équilibre physique ancien et menace de transformer les anciennes steppes fertiles en déserts de poussière.
- M. Rolley. — Dans quelles limites le partiteur à masque maintient-il le niveau constant?
- M. Gariel. — La constance du débit n’est assurée que pour une assez faible variation du niveau d’amont. Sinon on n’assure qu’un débit quasi-constant, mais qui suffit très largement aux besoins de l’irrigation.
- M. Lacoin, président, félicite M. Gariel et M. Danel d’avoir réussi, avec des moyens très inférieurs à ceux qu’offrent les énormes laboratoires des États-Unis, à mettre au point deux techniques nouvelles, dans lesquelles la France est nettement en avance sur les autres pays. p. R.
- M. Lacoin, président, donne lecture du procès-verbal de dépouillement du scrutin.
- ia Bureau pour 1987.
- Ont voté par correspondance............................... 282 sociétaires
- Ont voté à la séance ....................................... 4 —
- Total.................................... 286 sociétaires
- Bulletins blancs ou nuis..................... 3 —
- Reste...................................... 283 sociétaires
- Ont obtenu :
- comme président M. Lacoin
- ! M. Dumanois .... . . . 280 —
- 1 M. Lœbnitz ... 283 —
- comme vice-présidents . . . 1 M. Carpentier .... J M. Hitier ... 283 — . . . 283 —
- f M. J. Fressinet .... . . . 283 —
- 1 ( M. Jouguet . . . 1 —
- secrétaires généraux. f M. Servonnet ... 282 —
- comme j M. Rolley . . . 283 —
- comme trésorier M. Matheron . . . 283 —
- k M. Gaziot . . . 283 —
- comme censeurs 1 M. Alby . . . 283 —
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- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE DU 12 DÉCEMBRE 1936.
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- En conséquence, le quorum, statutaire de 100 membres votants étant atteint, sont déclarés élus membres du Bureau de la Société pour 1937 :
- Président : M. Lacoin; — Vice-présidents : MM. Dijmanois, Loebnitz, Car-
- pentier, Hitier et J. Fressinet; — Secrétaires généraux : MM. Servonnet et Rolley; — Trésorier : M. Matheron; — Censeurs : MM. Caziot et Alby.
- 2° Nouveaux membres du Conseil.
- Ont voté par correspondance......................... 282 sociétaires
- Ont voté à la séance..................................... 4 —
- Total................................... 286 sociétaires
- Bulletins blancs ou nuis.................. 3 —
- Reste................................... 283 sociétaires
- I MM. Bouteiller............................... 283 voix
- Bergeron............................... 283 —
- i Painvin................................. 282 —
- 1 Damour.................................. 283 —
- Ont obtenu : < Harlé................................... 283 —
- i Chevenard............................... 281 —
- ! Rolley.................................. 283 —
- Mesriager.............................. 283 —
- \ Sommier .... *.......................... 283 —
- En conséquence, le quorum statutaire de 100 membres votants étant atteint, sont déclarés membres du Conseil d’Administration : M. Bouteiller (Commission des Fonds); — M. Bergeron (Comité des Arts mécaniques); — MM. Painvin et Damour (Comité des Arts chimiques) ; — MM. HARLÉet Chevenard (Comité des Arts économiques); — M. Rolley (Comité d’Agriculture); — M. Mesnager (Comité des Constructions et des Beaux-Arts); — M. Sommier (Comité de Commerce).
- Ont signé comme scrutateurs : MM. H. Servonnet et E. Lemaire.
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
- CONSEIL D’ADMINISTRATION
- SÉANCE PUBLIQUE DU 9 JANVIER 1937 Présidence de M. L. Bâclé, ancien président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- M. Bâclé, en ouvrant la séance, prie d’excuser M. Lacoin, président en exercice, qui a été obligé de s’absenter de Paris à l’improviste.
- MM. H. Servonnet et P. Rolley, secrétaires généraux, présentent et analysent des ouvrages entrés récemment à la Bibliothèque.
- 136* Année. — Janvier-février 1937.
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- (56 COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — JANVIER-FÉVRIER 1937.
- M. Servonnet présente les ouvrages suivants :
- La protection du personnel dans les installations électriques, par L. Ker-vran. Paris, Editions de « L’Usine », 13, rue Bleue (9e);
- Influence du frottement sur le fonctionnement des trains épicycloïdaux, par M. P. Massot, (ex Mémoires de la Société des Ingénieurs civils de France, bulletin de juillet-août 1936). Paris, 19, rue Blanche (9e). (Don de l’auteur, membre de la Société) ;
- Sur une expression empirique nouvelle du volume spécifique de la vapeur d'eau surchauffée, par Ph. Tongas (ex Comptes rendus des Séances de h Académie des Sciences, séance du 30 novembre 1936). (Don de l’auteur);
- Séchage des produits hggroscopiques. Adsorption de la vapeur d'eau, par Édouard Ledoux. Paris, Librairie Ch. Béranger, 13, rue des Saints-Pères (6e), 1937;
- M. Rolley présente les ouvrages suivants :
- Carburants de synthèse et de remplacement, par Ch. Bertiielot. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1936;
- Le contrôle analytique dans l'industrie chimique minérale, par A. San-fourche. Paris, Masson et Gle, 120, boulevard Saint-Germain (6e), 1936;
- La conservation par le froid des denrées périssables, par A. Monvoisin. 2e édition. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1936. (Don de l’auteur);
- Les idées modernes sur les carburants, les lubrifiants et la lubrification, à l'usage des automobilistes, aviateurs, armateurs, ingénieurs et industriels, par Horace Havre. Paris, Ch. Béranger, 13, rue des Saints Pères (6e), 1934. (Don de l’auteur, membre de la Société);
- Les équinos, auquenidos y estadistica ganadera de la Prooincia de Chum-bivilcas, par Emilio de la Barrera. Lima, Pérou, 1930. (Don de l’auteur).
- M. F. Bi >ondel, Ingénieur en chef des Mines, vice-président de la Société géologique de France, membre du Conseil de la Société d’Encou-ragement, fait une communication sur Les récents développements des recherches minières en Afrique occidentale française(*).
- M. Blondel rappelle qu’il fît en 1930, dans cette salle même, deux conférences sur l’état, à cette époque, des exploitations minières de la France d’outre-mer et sur leur avenir, montrant leur faible développement dans nos colonies d’Afrique continentale et la nécessité d’y organiser tout d’abord un service de recherches géologiques. Cet appel a été entendu et le résultat s’est fait sentir dans ces quatre
- (1) On trouvera le texte in extenso de cette communication dans un prochain numéro du Bulletin.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 23 JANVIER 1937. 67
- dernières années. En 1925, les exportations minières de T A. O. F., du Cameroun et de l’A. E. F. dépassaient à peine 2 millions de francs ; en 1935, elles ont atteint 70 millions, chiffre qui sera dépassé en 1936.
- C’est l’or, de l’A. O. F. surtout, qui est, de loin, le principal de ces produits; viennent ensuite les minerais d’étain (Cameroun) et le cuivre (A. E. F.), l’ilmé-nite (A. O. F.) et le rutile (Cameroun). Les diamants ont été exportés régulièrement, pour la première fois, à partir de mars 1936.
- Grâce aux recherches effectuées, notamment par des jeunes gens dont on doit admirer le courage, la cartographie géologique a fait de très grand progrès, et, déjà, on ne compte plus seulement sur le hasard et le flair des prospecteurs : on peut maintenant indiquer d’une manière claire les probabilités de trouver telle ou telle substance minérale dans une région déterminée. e. l.
- M. Bâclé, président, remercie M. Blondel de son intéressante conférence et le félicite pour les résultats auxquels on est arrivé, grâce à son initiative et à son activité, qui ne se relâchent jamais, dans l’exploitation minière de nos colonies africaines.
- La séance est levée à 18 h. 30 m.
- SÉANCE PUBLIQUE DU 23 JANVIER d937 Présidence de M. Sauvage, ancien président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- M. Q Uesnel (Pierre), (0.^), Ingénieur des Arts et Manufactures, secrétaire général de la Société de Construction des Batignolles, 11, rue d’Ar-genson, Paris (8e), présenté par M. Lemaire;
- M. O livier (Marcel), (G. 0. 3fc), gouverneur général honoraire, président de la Compagnie générale transatlantique, 31, avenue Henri-Martin, Paris ( 16e), présenté par M. Georges Risler;
- M. Roger (Louis), (C. ^f, i), conseiller d’Etat, président de la Société des Viticulteurs de France, vice-président de la Société des Agriculteurs de France, 22, rue de Tocqueville, Paris (17e), présenté par MM. Hitier et Caziot;
- M. Blanc (Armand), (3fc, ü, !>, ;§), Ingénieur en chef du Génie rural, dii •ecteur de la Station expérimentale d’Hydraulique agricole et de Génie rural, professeur à l’Institut national agronomique, 19, avenue du Maine, Paris (15e), présenté par MM. Hitier et Rolley;
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- 68 COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — JANVIER-FÉVRIER 1937.
- M. Cramois (André), Ingénieur de l’Ecole supérieure d’Electricité, diplômé de l’Ecole des Sciences politiques, Inspecteur général à la Caisse nationale de Crédit agricole, 1, rue Ondinot, Paris (7e), présenté par
- M. Tardy.
- M. Sauvage, président. — M. F. Blondel, notre savant et dévoué collègue du Comité de Commerce vient d’être élu président de la Société géologique de France. Nous lui adressons nos vives félicitations.
- M. Michel-Schmidt, membre honoraire de notre Conseil, a fait don à la Société d’une somme de 100 fr pour l’aider à la publication du Bulletin. Nous lui adressons nos sincères remerciements.
- MM. H. Servonnet et P. Rolley, secrétaires généraux, présentent et analysent des ouvrages entrés récemment dans la Bibliothèque.
- M. Servonnet présente les ouvrages suivants :
- Introduction à l’étude de la métrologie industrielle, par P. Nicolau (ex cience et Industrie, édition « Mécanique », novembre-décembre 1936). Paris, Science et Industrie, 29, rue de Berry (8e). (Don de l’auteur, membre du conseil d’Administration) ;
- Jubilé Louis Lumière, 6 novembre -1985. Paris, Renaissance française;
- U exemple de Bat’ a. La libération des initiatives individuelles dans une entreprise géante, par Hyacinthe Dubreuil, Paris, Bernard Grasset, 61, rue des Saints Pères (6e), 1936;
- Société des Ingénieurs de l’Automobile. — Album de la voiture SIA S places. Paris, 3, avenue Friedland (8e), 1936;
- Documents sur les nouvelles méthodes de soudure autogène oxg-acétylé-nique, par R. Meslier, Paris, Publications de l’Office central de l’Acétylène et de la Soudure autogène, 32, boulevard de la Chapelle (18e);
- Discours et notice, par Emile Picard, Paris, Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins (6e), 1936.
- M. Rolley présente les ouvrages suivants :
- La répartition mondiale des matières premières. Le cas particulier des oléagineux, par Mlle Marie-Thérèse François (Renseignements coloniaux et documents publiés par le Comité de VA frique française et le Comité du Maroc, n° 10. Supplément à L’Afrique française, novembre 1936). Paris, Comité de l’Afrique lrançaise, 21, rue Cassette (6e). (Don de l’auteur, membre de la Société);
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 23 JANVIER 1937. 69
- Dons de M. M. Lenglen :
- Pourquoi, où, quand et comment employer les engrais? par M. Lenglen, 3e édition. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques, 3, rue de Penthièvre (8e), 1933;
- Lavoisier agronome, par M. Lenglen (dactylographié), 1936;
- Annuaire de F élevage français et des produits de l'élevage, publié sous la direction de M. Lenglen. 1931-1935. Paris, Les Éditions documentaires agricoles, 30, rue du Poteau (18e);
- Annuaire des engrais, des produits insecticides et anticryptogamiques et des semences, publié sous la direction de M. Lenglen, {935-1936. Paris, Les Editions documentaires agricoles, 30, rue du Poteau (18e);
- L'avoine paie-t-elle les engrais? par M. Lenglen. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques, 3, rue de Penthièvre (8e) ;
- Faut-il appliquer des engrais à la vigne? par M. Lenglen. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques;
- La fumure rationnelle du chou fourrager, par M. Lenglen. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques;
- Le sarrasin et les engrais, par M. Lenglen. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques;
- Pour développer et améliorer la production de Forge, par M. Lenglen. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques;
- Dois-je employer des engrais pour le blé? par M. Lenglen. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques;
- L'herbe pousse-t-elle toute seule? parM. Lenglen. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques;
- Pour développer et améliorer la production du lin, par MM. J. Lefèvre, P. Labounoux et Lenglen. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques;
- Comment fumer la betterave? par MM. J. Lefèvre et Lenglen. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques ;
- Rôle important et emploi de la chaux en agriculture, par M. Lenglen. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques, 1932;
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — JANVIER-FÉVRIER 1937.
- Les maladies osseuses du bétail, par M. Lenglen. Paris, Imprimerie Lang1, Blanchong’ et Clu, 30, rue du Poteau (18e), 1935;
- Sur Vutilisation des calcaires broyés. Conférence faite à la Société de Chimie industrielle, le 12 décembre 1928, par M. Lenglen. Imprimerie centrale du Nord, 12, rue Lepelletier, Lille, 1932;
- L'évolution de la pratique et de la théorie de l'emploi des engrais à travers les âges, par M. Lenglen. lre partie ; Antiquité (ex Chimie et Industrie, août et septembre 1931). — 2e partie : Du moyen âge au XVIIIe siècle. (ex Chimie et Industrie, mai-juin-juillet 1932). — 3° partie : XVIIe siècle (ex Chimie et Industrie, novembre-décembre 1932 et février 1933). — XVIIIe siècle (ex Chimie et Industrie, novembre-décembre 1933, février-mai-juin-août 1934). Paris, Chimie et Industrie, 28, rue Saint-Dominique (7e) ;
- Le rôle et l'importance de la chaux en agriculture, par M. Lenglen. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques;
- Sur la manière d'acheter les chaux agricoles, par M. Lenglen et E. Durier. Lille, Imprimerie centrale du Nord, 12, rue Lepelletier, 1932;
- La fumure rationnelle de la pomme de terre, par M. Lenglen. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques;
- Comment il faut traiter et améliorer la question de la chaux, par M. Lenglen. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques, 1933;
- Comment il faut traiter la question des amendements magnésiens, par M. Lenglen. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques, 1934;
- La question de l'emploi direct des phosphates minéraux naturels, par M. Lenglen. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques, 1935;
- Bulletin de /’Association française pour l'étude du sol. (M. Lenglen, secrétaire général). — Tome I, nos 1 à 3 (juillet à décembre 1935); Tome II, nos 1 à 3 (mars à octobre 1930). Paris, 3, rue de Penthièvre (8e).
- M. Robert Vaultrin, Conservateur des Eaux et Forêts au Ministère de l’Agriculture, fait une communication sur L'utilisation du bois comme carburant^.
- (1) On trouvera dans un prochain numéro du Bulletin le texte in extenso de cette communication et le compte rendu de la discussion qui l’a suivie.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 23 JANVIER 1937. 71
- L’idée d’utiliser dans un moteur le gaz obtenu par distillation du bois remonte à la fin du xviii® siècle : des 1785, Lebon, l’inventeur du gaz d’éclairage, y songea, et, en 1800, l’appareil était créé; mais dès 1817, la houille ayant remplacé le bois pour la production du gaz d’éclairage, et les progrès dans la production de la force motrice s’étant portés sur la machine à vapeur, il fallut attendre la guerre mondiale pour voir reprendre sérieusement l’utilisation du « gaz des forêts » dans un moteur. Cependant, vers 1900, Max Ringelmann, qui fut membre du Conseil de la Société d’Encouragement) avait songé au gaz « pauvre » de bois pour alimenter les tracteurs agricoles, car l’essence était alors trop coûteuse; en 1905, un gazogène à bois avait aussi été adopté pour les transports sur route en Ecosse, et en 1910, un autobus à gaz de charbon de bois avait été essayé à Paris.
- Vers la fin de la guerre, le Ministère des Inventions fit entreprendre des essais pour poids lourds entre Paris et Rouen : les résultats furent médiocres. Cependant, après la guerre, les progrès furent rapides grâce au concours des ministères intéressés, de l’Automobile-Club de France et de l’Office national des Recherches et des Inventions. En 1928, après un dernier rallye, le problème était entièrement résolu et les camions à gazogène étaient en faveur auprès de l’Armée et même des particuliers, bien que ces derniers fissent quelquefois usage de modèles insuffisamment perfectionnés. Mais, le prix trop élevé du bois, la nécessité d’employer un personnel un peu spécialisé, l’emploi d’un carburant moins propre que l’essence, la difficulté du ravitaillement produisirent un revirement : c’était à l’époque de « prospérité », alors que personne ne regardait à la dépense.
- Dès 1930, la crise mondiale provoqua un nouveau revirement, mais en sens inverse du premier, car le bois de chauffage, surabondant, se vendait à un prix dérisoire, et les industriels étaient contraints d’abaisser leur prix de revient. Une propagande et des rallyes fui ent organisés à nouveau : les deux plus remarquables de ces épreuves furent le rallye international de Paris-Rome, comportant la traversée des Alpes et des Apennins, et le rallye des Landes, au cours duquel on utilisa les résineux alors que, seuls, les feuillus avaient été employés jusque-là. Ce rallye démontra que toutes les essences peuvent convenir.
- On peut produire le gaz des forêts avec : le bois, le charbon de bois et les agglomérés de charbon de bois. On paraît avoir renoncé à ces derniers.
- Le bois doit être sec et en morceaux de 7 cm au plus; il est plus propre que le charbon, mais il est plus encombrant et, à poids égal, il fournit moins de calories, à cause de l’humidité qu’il renferme. Le charbon de bois peut être obtenu par distillation en usine ou par carbonisation en forêt, dans les meules.
- Le gazogène à charbon de bois comporte un épurateur formé d’une couche de coke ou de liège, sur laquelle il se dessèche, et des filtres en toile de coton qui retiennent les poussières.
- Le gaz de bois est plus humide, plus riche en goudrons que le gaz de charbon de bois, mais renferme moins de poussières; pour l’épurer, il suffit de le faire passer à travers de simples chicanes métalliques de plus en plus fines.
- Sur le véhicule, le gazogène et l’épurateur sont disposés symétriquement sur
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — JANVIER-FÉVRIER 1937.
- chacun des deux côtés. Bien entendu, le moteur à essence doit être modifié pour utiliser le gaz des forêts puisque son pouvoir calorifique est moindre que celui de la vapeur d’essence : on peut augmenter soit la cylindrée, soit le taux de compression, ou les deux. Dans ces conditions, le temps moyen du démarrage à froid est de 5,5 minutes sans le secours de l’essence. Aucune panne n’a été constatée au cours des derniers rallyes; la conduite est facile; il n’v a qu’une manette supplémentaire (pour commander le dosage du gaz) mais le chauffeur ne l’actionne qu’une ou deux fois par jour. L’entretien ne demande chaque jour que quelques minutes de plus qu’avec le moteur à essence, et une à deux heures tous les 1 500 km pour un grand nettoyage.
- Les vitesses moyennes et les dépenses ont été les suivantes : pour les voitures de tourisme, 80 km/h (100 km/h au démarrage), 32 kg de bois, valant 6 fr, aux 100 km, et, pour les camions à bois ou au charbon de bois, 50 km/h et 14,65 fr aux 100 km.
- Pour les camions militaires à charbon de bois, dont quelques-uns datant de 9 ans, ayant pris part aux manœuvres de l’été dernier, et ayant parcouru 3000 à 5000 km avant de rentrer à leur parc, la régularité de marche a été excellente : 3 p. 100 seulement des réparations ont été imputées au gazogène, et la dépense a été environ le 1/3 de celle qu’elle aurait été avec l’essence.
- Il convient de signaler, en outre, qu’une automotrice de 210 ch, établie pour 100 voyageurs, a circulé tout récemment entre Paris et Chartres à 100 km/h en dépensant 22,50 fr de charbon de bois aux 100 km, et que trois autres, d’un type un peu plus perfectionné, vont être mises prochainement en service régulier sur le réseau de l’Etat.
- Il y a actuellement en France une surproduction annuelle de 10 millions de stères de bois de feu qui pourraient actionner 60 000 véhicules à gazogène. L’aménagement des forêts et la rotation des coupes n’auraient à subir que des changements insignifiants si la demande s’élevait.
- Pour l’instant, la difficulté est dans le ravitaillement sur route et avec un bois d’humidité constante, condition essentielle pour obtenir des résultats réguliers. Ce double problème est résolu en Rhénanie entre Francfort et Cologne; en France, il y a déjà 4 grands dépôts sur une route nationale, et toutes les grandes routes de la région de l’Est seront ravitaillées au printemps prochain ; on étudie le contrôle de l’humidité du bois distribué. e. l.
- M. Sauvage, président, remercie M. Vaultrin et les personnes, MM. Nicolau, Damour et Gabriel Bertrand, qui ont pris part à la discussion.
- La séance est levée à 18 h. 30 m.
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOUR. POUR u’iNDUST. NATION.
- JANV.-FÉVR. 1937 (p. 73).
- COMITÉ DES ARTS ÉCONOMIQUES
- (EXTRAIT DU PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 12 NOVEMBRE 1936)
- Les chevilles de violon à serrage réglable,
- par M. J. Carpentier, membre du Conseil.
- De nouveaux modèles de chevilles pour instruments à cordes sont souvent présentés à la Société d’Encouragement. Malgré leur ingéniosité quelquefois très grande, il est rare qu’ils puissent retenir l’attention pour les raisons suivantes.
- Il existe depuis fort longtemps des chevilles à serrage réglable ou dont le desserrage est rendu impossible. Celle qui mérite le plus de retenir l’attention est la cheville Rose, dont le principe est bien connu, et qui possède cet avantage sur d’autres modèles, au point de vue esthétique, qu’elle n’apparaît pas sur le violon comme sur ceux qui sont munis de la plupart des autres chevilles à système.
- Toutes les chevilles à serrage réglable sont tombées en désuétude depuis qu’on utilise sur les instruments des chanterelles en acier qu’on règle avec un tendeur sur le cordier.
- Les violons se divisent en trois catégories :
- les beaux instruments, qu’aucun artiste ne tolérerait de voir monter avec des vis, écrous ou autres dispositifs de serrage ;
- les violons moyens, pour lesquels la cheville à système avait autrefois un certain intérêt, mais cet intérêt a bien diminué depuis qu’on se sert de chanterelles en acier ;
- les violons à bon marché, les plus usuels maintenant, pour lesquels le prix du jeu de chevilles atteindrait la moitié du prix de l’instrument, ce qui est prohibitif.
- En sus de ces observations, il faut signaler que les luthiers ont fait de très grands progrès dans le montage des chevilles normales.
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- BULL. DE LA SOC. ü’eNCOUR. POUR l’iNDUST. NATION. — JANV.-FEV. 1937 (p. 74).
- INTÉRÊT PROBABLE DE L’ÉLEVAGE DU MÉRINOS NOIR DANS LES PAYS CHAUDS, D’APRÈS LES OBSERVATIONS DE M. VLADIMIR DE SAGAREFF ET DES PÈRES BLANCS DU DOMAINE DE SAINT-JOSEPH DE THIBAR (TUNISIE).
- Les animaux domestiques ne sont pas très nombreux au Togo, les grands animaux surtout, parce que la mouche tsé tsé s’y trouve en abondance et, avec elle, les trypanosomiases chez les animaux; cependant, certaines espèces résistent, en particulier des moutons, des chèvres et des porcs.
- M. V. de Sagarefï, ingénieur agronome (Etats-Unis), ancien directeur de la Station agricole de Nuatja au Togo, a remarqué, durant ses déplacements ou ses séjours dans nos colonies, que, d’une façon générale, les animaux noirs ou pigmentés résistaient mieux que les animaux dépigmentés, que les moutons et les porcs noirs, en particulier, restaient indemnes de certaines affections qui frappaient et faisaient disparaître les animaux dépigmentés. Rapprochant ces faits d’observations personnelles et de comparaisons variées au cours de déplacements multiples à travers le monde, M. de Sagarefï est arrivé à cette idée « que, là où le soleil colore les humains en noir, il faut, en matière d’élevage, ne pas aller contre la nature, mais, au contraire, donner la préférence aux animaux noirs ».
- Pour ce qui a trait au mouton, il conviendrait de donner la préférence au mérinos noir; parce que nous sommes tributaires de l’étranger pour des sommes considérables en achats de laines mérines, parce qu’il existe encore dans nos colonies des étendues immenses où l’élevage du mouton est l’un des rares élevages possibles, celui du mouton noir ayant plus de chances d’y réussir que tout autre, et parce que l’utilisation de la laine noire n’est qu’un problème technique déjà résolu au point de vue industriel (i).
- Voilà donc le problème entrevu et posé, élevage du mouton noir dans nos colonies. Et c’est alors qu’il y a lieu de se demander :
- 1° Est-il exact que les moutons noirs soient plus résistants que les moutons blancs dans les pays chauds? et pourquoi?
- 2° Y a-t-il réellement intérêt à élever des moutons noirs dans nos colonies?
- La question serait à discuter du point de vue scientifique et aussi du point de vue pratique, s’il y avait lieu; il sera plus simple d’enregistrer purement et simplement ce qui a été obtenu dans cette voie, car si la question paraît nouvelle, elle a été pratiquement résolue, depuis longtemps déjà, sans avoir été étudiée ni discutée scientifiquement au départ. C’est ce qui a été exposé dans un travail tout entier d’expérimentation zootechnique, effectué sur le domaine de Saint-Joseph de Thibar (Tunisie septentrionale) qui appartient aux Pères Blancs.
- Depuis très longtemps, peut-être plus de 30 ans, les Pères Blancs avaient remarqué que les moutons à tête pigmentée, faisant partie de leur troupeau,
- (1) Le mémoire de M. V. de Sagareff, intitulé Mérinos noirs, peut être consulté à la Bibliothèque de la Société d’Encouragement (cote : Pièce 14031).
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- étaient plus résistants à certaines maladies, et en particulier à celle dite du hamra, que les ovins à tête blanche et toison blanche. De là l'idée de constitution d’un troupeau à moutons noirs. C’est en 1911 que fut établi le projet: dès 1915, il n’y avait déjà plus d’animaux à tête blanche à Saint-Joseph de Thibar, et, en 1924, tout le troupeau ne comprenait que des animaux noirs sans une seule exception. Bien qu’il se fût agi d’un domaine de Tunisie, il convient d’ajouter que le troupeau constitué sur cette idée directive le fut exclusivement avec des moutons algériens à queue fine et des mérinos de la Crau.
- Les moutons tunisiens (dits barbarins) sont en effet, pour la grande majorité, des moutons à grosse queue; bon nombre, dans les conditions ordinaires, ont la tête noire et partie de la toison de teinte rousse ; ils ont des qualités et des défauts ; mais, dans la plupart des élevages améliorés, on a cherché à substituer aux barbarins des moutons à queue fine, d’origine française ou algérienne. Le troupeau des Pères Blancs de Saint-Joseph de Thibar fut créé par croisement bilatéral entre brebis algériennes à queue fine avec tête pigmentée et béliers mérinos de la Crau, d’une part, brebis mérinos-crau et béliers algériens à tête pigmentée, d’autre part. Dès les premiers agnelages, le nombre des agneaux à tête colorée fut tout de suite beaucoup plus élevé que celui des agneaux à tête blanche. Puis il arriva cette circonstance favorable assez curieuse : naissance, au domaine de Thibar, d’un agneau mâle mérinos-Crau pur, à toison teinte chocolat foncé sur la totalité du corps, issu d’une brebis mérinos-Crau d’importation. (C’est un phénomène qui se produit encore de temps à autre, paraît-il. même à Bambouillet et dans d’autres troupeaux à laine blanche). Constatons le fait sans en discuter plus longuement. Ce sujet, qui répondait si heureusement au but visé, fut naturellement conservé comme géniteur et devint d’ailleurs unraceur remarquable, transmettant régulièrement sa pigmentation. Par ailleurs, les animaux furent sévèrement sélectionnés au point de vue conformation, précocité, qualité de la laine, poids de la toison, etc; mais tous les sujets à toison blanche, totale ou partielle, furent rigoureusement éliminés; depuis 1924, tous les animaux sont noirs; le pourcentage des naissances avec taches blanches (région frontale ou extrémité de la queue) n’a pas dépassé 5 p. 100, pourcentage diminué d’année en année par élimination rigoureuse de ces agneaux simplement marqués de blanc.
- Au point de vue rusticité et résistance aux maladies, les moutons noirs de Saint-Joseph de Thibar donnent toute satisfaction. Leur résistance à la maladie du hamra, qui représentait autrefois un risque considérable dans la région de Thibar, est absolue : aucun signe de cette affection n’est plus constaté chez les animaux pigmentés. Et pour ce qui est de la laine noire, elle est très recherchée par les femmes indigènes pour la fabrication de certains vêtements ou de certains tapis. D’après les documents qui m’ont été transmis ("2), à Tunis par exemple, les laines blanches de 1935 se sont vendues de 350 à 375 fr les 100 kg et les laines noires de même qualité, de 450 à 475 fr les 100 kg. Il convient enfin de signaler
- (2) Documents transmis par le Directeur du Domaine de Saint-Joseph de Thibar et par le vétérinaire de colonisation de la région.
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- que les béliers noirs améliorés de Thibar sont très recherchés et font prime sur le marché des reproducteurs, en Algérie et Tunisie.
- Pratiquement, le côté économique de l’utilisation du mouton noir en Tunisie paraît donc résolu et une expérience de plus de dix ans n’a fait que confirmer, à tous points de vue, les prévisions du début. Le problème posé par M. de Sagareff a donc reçu sa solution et une solution satisfaisante pour ce qui concerne la Tunisie.
- Mais dira-t-on, quelle est la cause de cette maladie du hamra, dont il est parlé, et pourquoi les moutons noirs en sont-ils indemnes ? Pourquoi, en somme, les moutons noirs se trouvent-ils favorisés dans les pays chauds?
- La maladie du hamra est une affection assez singulière, due à une action nocive des radiations solaires sur l’organisme, action nocive favorisée par une intoxication alimentaire par les millepertuis.
- Dans les pays chauds, sur les terres arides et incultes, les millepertuis se développent parfois en abondance (Hypericum perforation, et cris pion surtout) et résistent vigoureusement à la sécheresse. Lorsque la végétation est abondante dans les terrains de parcours, les moutons délaissent en partie ces plantes; mais, lorsqu’on saison de sécheresse et vers l’automne, les terrains de parcours sont grillés, brûlés, desséchés, ne portent plus que quelques herbes roussies, et celles qui, par exception, ont résisté à la sécheresse et aux radiations, les moutons consomment tout ce qui peut leur offrir une bien maigre subsistance, en particulier les millepertuis. Ces millepertuis contiennent un principe actif, l’hypéricine, qui agit sur la circulation périphérique, qui sensibilise à l’action des radiations solaires les surfaces cutanées dépigmentées et c’est là, en bloc, toute l’explication de l’évolution de la maladie du hamra telle qu’on la conçoit aujourd’hui. Sous l’influence des radiations solaires vives, il se produit des radiodermites plus ou moins graves, qui peuvent aller de l’érythème prurigineux aux œdèmes ordinaires ou purpuriques et l’épidermite simple (analogue à ce que nous appelons le coup de soleil) jusqu’à la nécrose des tissus (oreilles, paupières, lèvres, ailes du nez, joues, etc.). Dans les formes exceptionnellement graves et rapides, il y a troubles nerveux, incoordination des mouvements, perte de la vue, crises convulsives et mort rapide. La mise à l’ombre et à l’abri arrête l’évolution des accidents, mais les malades mettent longtemps à revenir à l’état de santé, et ils ont souvent perdu la plus grande partie de leur valeur commerciale.
- Les principes chimiques sensibilisants passent dans le lait et les agneaux blancs à la mamelle sont aussi sensibles que les adultes.
- Les accidents peuvent être reproduits expérimentalement, soit directement, soit à l’aide d’extraits de plantes sensibilisatrices.
- Chez les animaux à peau pigmentée, la pénétration des radiations actives se trouve modifiée par les pigments, les effets nocifs sont supprimés ou neutralisés; les sujets noirs, ou même simplement à tête et cou noirs, n’en souffrent pas. C’est là une constatation de première importance pour certains pays, en matière d’élevage du mouton. Elle suffit à justifier la conception intuitive de M. de Sagareff et à démontrer la sûreté d’esprit d’observation et de jugement de l’homme qui,
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- depuis de longues années, se trouve à la direction du troupeau du Domaine des Pères Blancs en Tunisie.
- Y a-t-il dans les pays chauds d’autres plantes sensibilisatrices que les millepertuis, qui, d’ailleurs, n’existent pas au delà de certaines régions? C’est bien probable, mais jusqu’ici l’observation n’en a pas été établie.
- En Tunisie, feu notre collègue, Paul Faucon, m’avait souvent parlé des pertes qu’il subissait certaines années par la maladie du hamra.
- En Syrie, deux jeunes vétérinaires, Chaillot et Saunié, ont pu relever, dans ces dernières années, que les pertes qui ne sont en général que de 5 à 7 p. 100 au printemps, pouvaient s’élever parfois à 30 p. 100 en automne, lorsque cet automne est chaud et ensoleillé; les moutons à toison foncée et à tête noire, ou simplement à tête noire, restent indemnes ou ne sont que peu atteints. En Afrique occidentale et même au Tchad, la plupart des vétérinaires qui ont publié le résultat de leurs observations émettent aussi l’opinion, sans d’ailleurs en avoir toujours recherché l’explication, que les moutons noirs, ou à tête noire, sont plus résistants que les moutons à toison blanche.
- Il semble donc bien acquis que, pour les pays chauds, il y a vraiment une expérience à tenter en faveur des moutons noirs, et même, si l’on veut, en faveur des mérinos noirs, à l’exemple de ce qui a été fait en Tunisie.
- Cela veut-il dire que l’on réussira là où le mérinos dépigmenté n’a encore pu s’implanter? Ce serait évidemment aller trop vite et trop loin. Mais il semble bien y avoir, dans l’idée et les faits à l’appui, une chance de plus en faveur de l’implantation du mouton à laine dans les pays chauds. Ce serait une négligence scientifique importante que de ne pas en tenir compte, et c’est pour cela que j’estime qu’il y avait intérêt à parler de cette question. La production des laines en quantités suffisantes pour nos industries de tissage est l’une des plus déficitaires qu’il soit, pour le bon équilibre de la balance commerciale de la France; nos colonies renferment encore des territoires énormes qui ne sauraient être mieux exploités.
- G. Moussu.
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- A la communication qui précède, faite à l’Académie d’Agriculture, le 18 mars 1936, M. Perrot fait observer que la question se pose de la même manière pour les chevaux et qu’elle a fait l’objet de nombreuses observations.
- Au cours de voyages en Tunisie, en 1919 et en 1923, M. Perrot a été lui-même très frappé des effets de la pigmentation : il a constaté qu’un cheval n’était atteint de lésions cutanées qu’aux taches blanches. En réalité, on ne savait pas quelle est exactement la substance sensibilisatrice ou toxique de Hypericum. Malgré des travaux assez récents, on n’est pas suffisamment renseigné sur ces questions. Il faudrait en poursuivre l’étude, car elles sont d’un grand intérêt. Mais les animaux dont l’utilisation serait nécessaire coûtent assez cher et il faudrait mettre des crédits suffisants à la disposition des expérimentateurs.
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- Il convient de rapprocher de ces faits et observations les faits suivants :
- 1° En 1932, M. Henri Boulanger, membre et lauréat de la Société d’Encou-ragement, attirait l’attention de plusieurs sociétés scentifiques et industrielles françaises sur les propriétés et le tannage des peaux des bovidés de Madagascar, dans un volumineux mémoire illustré de nombreux clichés micrographiques intitulé Nous ne connaissons pas les peaux exotiques. A égalité d’épaisseur, les cuirs préparés avec les peaux des bovidés de Madagascar sont beaucoup plus résistants, notamment à la traction, que les cuirs des bovidés d’Europe. Ils sont aussi plus sains (3).
- Dans ce mémoire, l’auteur, démontrait indubitablement que, chez les bovidés des régions équatoriales, vivant sans abri dans la brousse, la contexture de la peau est toute différente de celle des bovidés de nos régions tempérées. Ce fait trouve son explication dans le travail opéré sous l’action des rayons solaires attirant les cellules.
- Le travail de M. Boulanger, apprécié par feu Calmette, qui l’a préfacé, parce qu’il y voyait de précieuses indications méritant d’être approfondies dans l’intérêt de la science médicale, fut, sous ses auspices, présenté a plusieurs groupements scientifiques du pays qui, malheureusement, sans exception, s’en désintéressèrent pour diverses raisons, parmi lesquelles il convient de signaler le prix élevé auquel serait revenue la publication de ce mémoire.
- 2° En 1935, M. Hans Peter Ossent, du Kaiser-Wilhelm Institut für Züchtungs forschung, de Müncheberg/Mark, annonçait (Forschungen und Fortschritte du 20 septembre 1935, p. 353-354) que, grâce à un croisement de truies indigènes avec un sanglier, d’origine russe, du Jardin zoologique de Berlin, il avait réussi à obtenir une nouvelle race de porcs — le Müncheberger Bronze Schwein — immunisée contre la maladie des porcelets, maladie infectieuse analogue à celle des jeunes chiens, mais contre laquelle, à l’inverse de celle-ci, on n’a encore trouvé aucun vaccin. En Allemagne, cette maladie enlève jusqu’à 25 p. 100 des animaux d’une partie dans les semaines qui suivent leur sevrage. Or, l’immunité des rejetons est associée au poil rude et fauve foncé du verrat progéniteur. Il a suffi de garder, pour la reproduction et les croisements successifs, les porcelets qui possédaient ce caractère au maximum. La race est aujourd’hui bien stabilisée, et elle a été améliorée quant aux caractères désirables : précocité, fécondité, facilité et rapidité d’engraissement. La mortalité des porcelets de la race ainsi améliorée était déjà tombée à 5 p. 100 en 1931. Le premier croisement avec le sanglier progéniteur remonte à 1924. [N. D. L. R.]
- (3) Un mémoire original de M. H. Boulanger sur cette question, résumé de son grand mémoire, peut être consulté à la Bibliothèque de la Société d’Encouragement (cote : Pièce 14 008). On y consultera aussi, du même auteur, Notes sur Madagascar et sur les peaux de ses bovidés (Le cuir des 9-10, Tl, 12, 13, 14, 13 et 16-17 octobre 1927) (cote : Pièce 13 2(14). Voir aussi La terre et la vie d’octobre 1933, p. 625 et 626.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR L’iNDUST. NATION. —JANV.-FÉVR. 1937 (p. 79).
- BIBLIOGRAPHIE
- Phénomènes colloïdaux, par M. René Dubrisay, professeur au Conservatoire
- national des Arts et Métiers. Un vol. (17 X 11 cm), de 186 p., 27 fig. Librairie
- Armand Colin, édit., 103, boulevard Saint-Michel, 1936. Prix, br. 10,50 fr.
- Index : 541.1
- On a depuis déjà longtemps reconnu les analogies qui existent entre ce qu’on appelle les solutions colloïdales et certains systèmes hétérogènes tels que les suspensions, les aérosols, les émulsions. Dans les ouvrages français ou traduits, c’est seulement, en général, l’étude des colloïdes proprement dits qui est véritablement développée. Et si l’on veut se documenter sur certains phénomènes qui en dérivent, comme l’adsorption, par exemple, on est obligé de s’adresser à des ouvrages étrangers ou de compulser des mémoires originaux.
- Pénétré de cette idée, il a semblé à M. le Prof. Dubrisay qu’il y avait une lacune à combler et qu’il y aurait un grand intérêt à présenter un ouvrage traitant des phénomènes colloïdaux en général. Point n’est besoin de faire ressortir l’importance que peut présenter un semblable travail dans les domaines les plus divers, soit en chimie théorique pour la catalyse hétérogène, soit, surtout, en chimie expérimentale, pour ce qui a trait à la filtration, ou encore, en chimie industrielle pour ce qui a trait à la fixation des gaz toxiques ou non, à la récupération de solvants volatils, aux phénomènes de teinture, et, on peut ajouter aussi, à la fixation des engrais en agriculture.
- Toutes ces questions font l’objet d’un petit opuscule de 186 pages que M. Dubrisay a divisé en 6 chapitres.
- Les deux premiers chapitres ont trait aux phénomènes superficiels dans les liquides purs et aux phénomènes superficiels dans les solutions. L’auteur, après avoir défini la tension superficielle, décrit la mesure des tensions, leurs variations avec la température, la tension de vapeur des gouttes liquides, le phénomène de l’étalement. Il expose la théorie de Gibbs et donne des considérations générales sur les phénomènes d’adsorption et sur la constitution de la couche adsorbée. Il fait ressortir les applications des mesures de tension superficielle à l’analyse des liquides et montre aussi les applications qu’on en tire pour la préparation des émulsions.
- Les chapitres III et IV ont trait à l’adsorption des gaz par les corps solides et aux phénomènes à la surface de séparation du système solide-liquide. Dans ces chapitres, sont exposées les théories proposées pour l’adsorption des gaz par les solides et diverses questions, concernant la mesure expérimentale, sur l’adsorp-tion, la vitesse d’adsorption, l’adsorption dans les mélanges gazeux et les applications pour le dépoussiérage des gaz, l’humectation d’un solide par un liquide, l’influence de la nature de l’adsorbant sur le phénomène d’adsorption, enfin les suspensions comme la suspension argileuse, etc.
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- Les deux derniers chapitres se rapportent aux colloïdes proprement dits : l’auteur s’est appliqué à exposer aussi succinctement et aussi clairement que possible tout ce qui a trail à la stabilité des solutives colloïdales et à leur coagulation; il termine en donnant quelques indications relatives à la structure des gels et aux études entreprises dans ce domaine par les procédés de la physique moderne.
- Enfin, de nombreuses indications bibliographiques permettent au lecteur de se reporter aux ouvrages spéciaux.
- En résumé, cet ouvrage, dont la rédaction est claire et concise, fait grand honneur à son auteur, et j’estime que le chimiste, le physicien, le biologiste et l’industriel auront désormais sous la main un moyen facile de se renseigner sur tout ce que comporte ce vaste champ de cette partie de la science connu sous le nom de « phénomènes colloïdaux ».
- A. TRILLAT.
- Les sols de France au point de vue pédologique, par V. Agafonoff. Un vol.
- (25 X 16 cm), de xm H-154 p., 23 fïg., 1 carte hors texte. Dunod, édit., 92, rue
- Bonaparte, Paris (6e) 1936. Prix : br., 36; rel., 51 fr. Index : 631.48 (44)
- Familiarisé avec les méttiodes de l’école russe de pédologie, M. V. Agafonoff s’est attaché depuis de nonbreuses années à en faire pénétrer les principes en France.
- Au lieu de n’utiliser, en laboratoire, que des échantillons qui lui auraient été fournis, M. Agafonoff les r recueillis lui-même, parcourant la France en tous sens, en géologue autant qu’en agronome, relevant des profils et collectionnant des échantillons soigneusement repérés à tous points de vue, élargissant un champ d’explorations antérieurement trop limité en surface, et coopérant, ainsi, à une orientation nouvelle de l’étude des sols et au rajeunissement complet de cette étude.
- Une fois en possession de ses collections. M. Agafonoff s’est efforcé de s’en servir pour fixer les zones gïnétiques des types de sols français ; c’est ainsi que la notion de sols zonaux se rdie intimement à la distribution des grandes zones climatiques du globe, et est une des expressions géographiques des plus significatives. Quant aux sols azenaux, leur formation et leur évolution sont étroitement sous l’influence de la roche-mère dont ils dérivent; mais ils dépendent tout autant des conditions géographiques immédiates (variations climatiques locales, situation topographique, micro-relief, hydrographie, etc.). La France, en raison de sa variété géologique et morphologique et aussi de ses oppositions climatiques modérées, tout en rentrant dans le cadre de la distribution des sols zonaux, présente un grand nombre de sous-types azonaux, par suite des conditions lithologiques et morphologiques ainsi que des actions géodynamiques locales.
- Aucune étude régionale de géologie ou de géographie physique ne saurait
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- être complétée aujourd’hui sans un chapitre consacré à l’étude des sols qui couvrent la région et en règlent l’économie.
- Le livre de M. Agafonoff ne peut qu’être très apprécié par les minéralogistes, les agronomes, les géographes et les géologues.
- F. BLONDEL.
- Traité de pédologie : tome I : Pédologie générale, par H. Erhart. Un vol.
- (25x16 cm), de 260 p., 22 fig., X pl. Institut pédologique, éditeur, Strasbourg. 1935. Prix, br. 90 fr. Index : 631.48 H-631.1 -+- 552
- L’attention des géologues et des agronomes doit être spécialement attirée sur Futilité de la pédologie, ou science des sols, indispensable aux progrès de l’agriculture. Cette science touche en effet aux problèmes biologiques, climatologiques et géographiques, et la mise en valeur rationnelle d’un pays agricole ne peut guère se concevoir aujourd’hui sans une étude préalable et constante du sol, non seulement du point de vue chimique, mais aussi de celui de sa genèse et de sa biologie. On doit noter que la France est particulièrement en retard par rapport à d’autres pays pour l’étude des sols de son territoire et de ceux de ses colonies. C’est d’ailleurs pour favoriser le développement de ces études dans cette science que s’est constituée, en 1935, l’Association française pour l’Étude du Sol. Aussi est-on heureux de signaler la publication d’un traité de pédologie par M, H. Erhart. Cet ouvrage, d’une clarté particulièrement remarquable, fournit, sous une forme très condensée, les données essentielles qu’il faut connaître avant d’aborder les études pédologiques.
- Après avoir examiné rapidement quelques données générales, notamment sur l’historique de la pédologie et sur les méthodes d’observation pédologique, l’auteur étudie avec assez de détails les facteurs qui interviennent dans la genèse des sols. Ces facteurs sont de trois ordres : d’une part, la roche sous-jacente, dont l’influence est évidente, mais très souvent tempérée ou même complètement masquée par celle des deux autres facteurs; d’autre part, le climat, qui est souvent prépondérant; et enfin, la végétation elle-même. De plus, il convient de remarquer qu’un sol n’est pas nécessairement stable, qu’il évolue avec le temps et qu’il faut par conséquent tenir compte de son âge.
- Le sol est avant tout une altération de la roche sous-jacente. Il faut donc examiner d’une manière assez précise le mécanisme de cette altération, et l’auteur indique r pidement en quoi consiste l’altération physique et l’altération chimique. Il est alors en mesure de décrire les divers types généraux de sols.
- Cet examen est entrepris en basant les grandes subdivisions sur le climat. C’est ainsi que l’on doit distinguer les sols des régions froides (sols podzoliques, sols de haute montagne), les sols des régions tempérées (Sols arctiques, sols de steppes ou tchernozioms, sols bruns ou Braunerdeu), les sols des régions mé/diterranéennes et subtropicales (terra rossa, sols rouges), les sols des régions arides (sols à carapace) et enfin les sols des régions tropicales (latérites).
- 136e Annee. — Janvier-février 1937. 6
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- BIBLIOGRAPHIE.
- JANVIER-FÉVRIER 1937.
- On remarquera que, dans les descriptions précédentes, certains termes sont d’origine russe, la pédologie étant née en Russie; le mot « podzol », par exemple, se rapporte à des sols qui ressemblent à la cendre et, en général, qui montrent un blanchiment ou une décoloration plus ou moins accentuée des couches superficielles ; le « tchernoziom », au contraire, est un sol noir. Cette description des sols occupe la plus grande partie de l’ouvrage et est faite avec beaucoup de précision. Elle est d’ailleurs illustrée par de très belles coupes en couleurs, qui fixent particulièrement bien les notions décrites dans le texte.
- Ce livre se termine par un chapitre sur la pédologie et la phytogéographie, d’un puissant intérêt pour les agronomes.
- Cet ouvrage mérite une très large diffusion, car il est un des premiers en langue française sur une question qui, soit en allemand, soit en russe, a déjà été exposée dans des traités volumineux.
- F. BLONDEL.
- La conservation par le froid des denrées périssables, par A. Monvoisin, professeur de chimie et de microbiologie appliquées à la conservation des denrées périssables à l’École supérieure de Froid industriel. 2e édit. Un vol., (25x16 cm), de xvii-t-518 p., 188 fig. Dunod, édit., 92, rue Bonaparte, Paris (6e). 1936. Index : 664.8
- Il est démontré depuis longtemps que le froid peut, dans des conditions qui ont été progressivement déterminées et précisées, régulariser, ralentir ou suspendre, temporairement, et pour une durée parfois fort longue, l’évolution de phénomènes physiologiques, chimiques ou biologiques, dont les denrées périssables peuvent être le siège.
- Il y a une soixantaine d’années déjà que Ch. Tellier avait fait entrevoir tous les avantages économiques et les bénéfices pécuniaires qu’il serait possible de retirer de la conservation des viandes par le froid. La solution pratique du problème a été admirablement réalisée par les pays producteurs-exportateurs de viandes (Argentine, Australie, Uruguay, Brésil, Canada, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, etc.) et aussi par certains pays importateurs-consommateurs, l’Angleterre par exemple. L’importance de ce problème n’étant pas la même pour les pays qui, comme la France, sont à la fois producteurs et consommateurs se suffisant à eux-mêmes, il semble logique de penser que c’est là la raison qui a fait que cette industrie du froid, née en France, n’a pris tout son essor qu’à l’étranger, dans les pays directement et immédiatement bénéficiaires.
- Cependant, ce serait une bien grave erreur que d’oublier le rôle capital joué par le commerce et l’utilisation des viandes congelées pour le ravitaillement des armées en campagne durant la guerre 1914-1918. Et ce serait, à mon avis, une autre erreur, non moins grave, que de ne pas suivre les progrès d’expansion de cette industrie, qui, aujourd’hui, s’insinue dans toutes les branches de l’économie sociale.
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- Les applications du froid industriel ne sont plus limitées à la conservation des viandes ni même des denrées périssables : elles représentent une branche des industries agricoles, s’étendent dans le domaine de l’horticulture, de l’hygiène, trouvent leur place dans l’économie ménagère. Dans les pays chauds, on refroidit ou rafraîchit les hôtels, salles de réunion, appartements ou chambres, tout comme chez nous on les chauffe selon les besoins. En Amérique du Nord, il n’est pas d’exploitation agricole importante qui ne possède sa chambre frigorifique, son armoire frigorifique ou son frigidaire ; et les compagnies industrielles s’ingénient, par une savante réclame de propagande directe avec démonstration des installations, à faire adopter les machines et appareils qu’elles offrent au public. On ne saurait les critiquer pour pareille entreprise; mais il est permis, je pense, de regretter que les constructeurs français spécialisés dans l’industrie du froid n’aient pas pris les devants. Il y a tant à faire sous ce rapport pour le commerce et les échanges entre la France métropolitaine et la France d’outre-mer : approvisionnements ou échanges relatifs aux viandes ; beurres et fromages ; volailles et gibiers ; œufs; fleurs et fruits de toutes variétés. Il y a tant de denrées coloniales périssables dont nous manquons, et inversement, tant de produits périssables que nous pourrions exporter régulièrement vers nos possessions d’outre-mer.
- Plus une denrée est fragile et plus son commerce se trouve restreint dans les conditions courantes de la vie; la conservation par le froid permet les échanges à des distances considérables presque sans risques ou avec risques très limités; voilà ce que l’on oublie trop quand on se plaint de la concurrence faite aux produits français sur notre propre marché ; il n’y a, au point de vue de l’organisation, qu’à faire aussi bien ou mieux que l’étranger pour éviter sa concurrence, et ce serait infiniment plus efficace que toutes les mesures administratives limitatives du commerce international.
- Je m’excuse de ces digressions; le livre de M. Monvoisin me les a suggérées; mais il ne traite de la question du froid qu’au point de vue scientifique pur, puisque c’est surtout un livre d’enseignement, reflet de celui qu’il donne à l’Ecole du Froid.
- Ce livre comporte des considérations générales : sur la composition chimique des denrées périssables; sur les modifications apportées par des altérations rapides à la température ordinaire et sur l’influence d’arrêt ou de retardement apportés à ces altérations par l’application du froid suivant des précisions apportées par l’expérience des faits. Toutes lès denrées périssables ne sont pas aptes à bénéficier des mêmes avantages dans des conditions quelconques; pour chacune d’entre elles il y a des précisions qu’il faut connaître. Et c’est la connaissance progressive de tous ces détails qui permettra d’apprécier les avantages et les bienfaits que le froid, dit industriel, peut apporter dans notre économie nationale.
- Que de denrées alimentaires, surtout en viandes, fruits et légumes de toutes catégories et variétés, se perdent encore dans nos campagnes, parce que les marchés de vente sont trop éloignés, parce que les frais de transport sont trop élevés, parce que les quantités individuelles disponibles sont trop faibles pour motiver des envois, alors que le groupement de quelques unités suffirait pour
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- BIBLIOGRAPHIE. — JANVIER-FEVRIER 1937.
- motiver ces envois; parce que, aussi, les conditions d’isolement n’ont pas éveillé les initiatives nécessaires, etc.
- L’électrification des campagnes, qui a réalisé sur la terre de France une magnifique étape de progrès social, doit permettre aujourd’hui aux constructeurs français de l’industrie du froid de pousser à la multiplication des petites installations frigorifiques, ménagères et agricoles; il y va de leur intérêt et de l’intérêt de tous.
- Le livre de M. Monvoisin servira alors de guide pour la bonne application du froid à telle ou telle denrée et permettra d’éviter les mécomptes, car, bien entendu, en toute chose il faut, sinon un apprentissage, du moins une petite éducation.
- G. MOUSSU.
- Le contrôle budgétaire. Précisions commerciales, industrielles, financières et
- comptables pour la direction rationnelle des affaires, par Robert Satet. Un
- vol. (25x16 cm.), xx -+- 330 p., 104 fig. — Bibliographie, p. 283-325.
- Delmas), édit., 7, rue de Madrid, Paris. Prix, br. 40 fr. Index : 658
- Fortement documenté, l’ouvrage de M. Robert Satet tend à démontrer le grand intérêt que présente, pour l’industriel, le commerçant et le financier, l'étude prévisionnelle chiffrée des divers éléments qui constituent le budget d’une entreprise.
- Certes, depuis longtemps, le monde des affaires utilise les prévisions budgétaires; mais il n’y a guère qu’une dizaine d’années que s’est créée, aux États-Unis, sous le nom de « budgetary control », une méthode de précisions industrielles chilfrées, et. en 1930, une Conférence internationale, réunie à Genève, a établi une doctrine cohérente et complète du contrôle budgétaire, qui n’est, au fond, qu’une des formes de l’organisation scientifique du travail.
- Dans la première partie, M. Robert Satet expose la théorie et les principes du contrôle budgétaire; il rappelle la définition adoptée par la Commission de Terminologie de l’Institut d’Organisation commerciale et industrielle; puis par la Chambre de Commerce de Paris :
- « Le contrôle budgétaire, qui s’appuie sur l’examen très exact de tout ce qui « peut s’exprimer par des chiffres dans une entreprise, quelles qu’en soient la « nature, la forme et l’importance, consiste en une analyse rigoureuse des faits « passés, et dans la prévision des faits probables, afin d’établir un programme « rationnel d’action.
- « La caractéristique du contrôle budgétaire est que la comparaison entre la « prévision et l’exécution (comparaison des chiffres qui « devraient être » avec les « chiffres « qui sont ») se fait d’une manière régulière et méthodique, à des « intervalles aussi rapprochés que la nature de l’industrie l’exige.
- « Cette comparaison permet, non seulement de se rendre compte si l’entre-« prise se maintient bien dans la ligne de conduite tracée, mais aussi de modifier « constamment les prévisions selon les expériences récentes. »
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- L’auteur insiste avec raison sur le fait, trop souvent méconnu, que le contrôle budgétaire peut être source de grands profits dans les industries les plus variées, petites ou grandes, fabriquant en série ou sur commande, et il le montre en présentant une série impressionnante d’exemples choisis à dessein très divers, tant au point de vue de la nationalité qu’au point de vue de la nature et de l’importance.
- Il indique les bases essentielles du contrôle budgétaire : établissement de prévisions raisonnées pour toutes les opérations; observation continue des événements et mise à jour des chiffres primitivement admis; rapprochement des prévisions et des résultats obtenus; recherche des causes des écarts constatés ; établissement de prix de revient prévisionnels; possibilité de tenir compte de toutes ces indications pour la conduite raisonnée de la production et de la vente.
- D’une manière générale, les budgets qui correspondent à la vie normale d’une entreprise se classent dans l’ordre logique suivant : budget des ventes; — budget de production; — budget des approvisionnements; — budget des dépenses; — budget d’investissement; — budget de trésorerie; — budget général.
- M. Satet les étudie successivement en détail et détermine les principes du contrôle. Il montre que le contrôle budgétaire implique et entraîne l’organisation méthodique, scientifique et rationnelle de tous les travaux de l’entreprise. Il note — point fort important — que le budget tend de plus en plus à devenir la base de la détermination et du contrôle des crédits accordés par les banques.
- La deuxième partie est consacrée à la présentation de monographies et applications du contrôle budgétaire : en France (tissage de toiles; entreprise lainière; bonneterie; Société anonyme des Hauts Fourneaux, Forges et Aciéries de Denain et d’Anzin; Société Goury et Cie, maîtres de forges; Établissements Amouroux frères, machines agricoles; Société Fmidcau, outillage hydraulique; Électricité de Strasbourg; Imprimeries Delmas, Chapon, Gounouilhou); — en Belgique (Aciéries Valère-Mabille, La Bell Téléphoné Mfg Go); — en Hollande (les usines Javan Nelle, importation de café, cacao et tabac); — aux États-Unis (Perfection Stove Company, appareils de chauffage domestique au mazout; banques importantes de New York, Chicago et Boston ; deux industries du vêtement ; deux entreprises de transports maritimes; plusieurs journaux; des industries de la chaussure; une industrie de la conserve alimentaire; un grand magasin).
- Cette énumération suffit à montrer l’importance des exemples choisis. En particulier, la Société des Hauts Fourneaux, Forges et Aciéries de Denain et d’Anzin note que les méthodes budgétaires, mises au point et perfectionnées, sont devenues tellement souples que si les conditions d’achat de matières premières, par exemple, viennent à se modifier notablement au cours d’une année, il suffit de quelques jours de travail aux employés comptables pour refaire de nouveaux tarifs; elle constate qu’à la faveur des prix de tarif, ses services de vente ont eu un guide sûr pour leurs opérations commerciales, sauf, ajoute-t-elle avec mélancolie, « dans la période abominablement décousue que nous traversons » où la galère des métallurgistes vogue, hélas! à la façon d'un navire sans boussole.
- La bibliographie relative au contrôle budgétaire fait l’objet d’une troisième
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- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES. — JANVIER-LÉVRIER 1937.
- partie; enlin, un document annexe signale l’enquête, actuellement en cours, ouverte par l’Union des Industries métallurgiquesetminières, de la Construction mécanique, électrique et métallique et des Industries qui s’y rattachent, sur la méthode de contrôle budgétaire et ses applications.
- L’ouvrage de M. Satet constitue certainement une contribution fort intéressante à l’étude d’un des plus importants problèmes que pose l’organisation scientifique du travail. Il sera lu avec fruit par tous ceux qui. à un titre quelconque, ont une part d’autorité dans la gestion d'une entreprise.
- H. SERVONNET.
- Los equinos, auquenidos y estadistica ganaderia de la provincia de Chumbi-vilcas (Les équidés et les camélidés. Statistique de leur élevage dans la province de Churnbicilcas). par Emilio de la Barreisa, capitân de Veterinaria de Ejercito, Imprenta C. F. Soutlrwell éditeur, Lima. 1930. Un vol. (25 X 18 cm), de xvin h- 219 p. Prix, 5 soles. Index : 636 (85)
- Cet ouvrage s’occupe plus particulièrement du cheval créole, de son élevage et de son adaptation aux besoins de l’armée et de l’agriculture du Pérou. Le cinquième chapitre est consacré aux camélidés (lamas, alpacas, vigognes, hua-nacos) qui jouent un rôle important au Pérou comme bêtes de somme et comme producteurs de laine.
- Le travail du Capitaine vétérinaire Emilio de la Barrera doit être pour le Pérou une étude fort intéressante; mais au point de vue zootechnique et économique, il n’est guère plus qu’un dénombrement des effectifs des bêtes d’élevage dans les différentes régions du Pérou. C’est probablement tout ce qu’il est possible de faire en pareil cas, et. à cet égard, M. de la Barrera mérite des félicitations. Sous le rapport technique, l’exposé relatif aux maladies parasitaires et infectieuses montre que la situation du Pérou laisse encore à désirer, et on conçoit qu’il ne puisse pas en être autrement d’ici longtemps. Cependant, on trouvera dans cet ouvrage des observations intéressantes sur l’orographie et l’hydrographie de la province de Chumbivilcas (département de Cuzco).
- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
- Le périodique « Mesures »(1).
- Tous les ingénieurs, ainsi que les contremaîtres et, quelquefois même, des ouvriers sont appelés à effectuer des mesures et à contrôler une fabrication pa des lectures, effectuées généralement sur des appareils gradués. Quand ces appareils sont simples, comme le manomètre d’un générateur de vapeur, il n’y a généralement aucune difficulté; mais le contremaître et, plus encore, l’ingénieur
- (1) Rédaction et administration, 9, rue Bleue, Paris (9e).
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- LE PÉRIODIQUE « MESURES ».
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- peuvent aussi avoir à lire et à interpréter plusieurs lectures mesurant les facteurs dont dépend une même fabrication ou le fonctionnement d’une installation compliquée; ils peuvent aussi être appelés à instituer des essais, des méthodes de mesure et de contrôle dans leur usine; si le cas est simple, la solution est vite trouvée; mais s’il est complexe ou tout à fait nouveau, du moins pour celui qui doit résoudre le problème, il peut être entraîné à des recherches très longues, et même infructueuses, et aussi à désirer exécuter certains essais ou employer des appareils de mesure spéciaux. Or, presque toujours, le même problème, ou un problème tout à fait semblable, a déjà été résolu par d’autres, et des méthodes d’essai ou des appareils existent déjà, et qui peuvent rendre le service demandé à un appareil qu’on croyait nouveau. Enfin, une solution du problème, plus élégante ou plus économique que celle qu’on a trouvée, peut déjà avoir été trouvée, auparavant.
- A l’étranger, surtout en Allemagne, aux États-Unis et en Angleterre, il existe depuis longtemps des revues spécialisées qui renseignent les techniciens surtout ce qui se fait de nouveau, ne seraient-ce que des perfectionnements, en matière de mesures, d’essais, de contrôle et de régulation industriels. Une revue semblable manquait en France; elle a été créée en février 1936, après une tentative, couronnée de succès, faite par ses fondateurs sous la forme d’une rubrique dans un autre périodique. Cette nouvelle revue, mensuelle, porte le nom de Mesures. Elle est éditée par le Comité d’Études techniques situé 20, rue Turgot, Paris (9e).
- Nous ne pouvons signaler ici que les principaux articles qui y ont paru depuis son premier numéro. Les voici, classés aussi bien que possible car les sujets sont nombreux et peuvent intéresser des ingénieurs différemment spécialisés :
- 1° En ce qui concerne le chauffage, la ventilation, la climatisation et le séchage : Analyse des gaz par conductibilité thermique, par M. L. Gagnant (février); — Mesure et régulation de l'humidité, par M. J. Vivié (février) ; — Constantes physiques de Veau et de sa vapeur, par M. M. Schwarz (mars) ; — Régulation automatique des températures, par M. J. Vivié (mars, avril et mai); — A propos de l'analyse des gaz (y compris dans l’industrie chimique), par M. L. Gagnant (avril); — Les indicateurs de niveau à distance, par A. Diximier (mai); — Les bilames, parM. J. Faure (août, septembre et octobre) ; — Contrôle et réglage automatique de la chauffe appliqués aux générateurs de vapeur (tout le numéro de novembre est consacré à cette question, ainsi qu’une partie de celui de décembre) ;
- 2° En ce qui concerne la métrologie proprement dite : La pratique des mesures, par M. A. Haucart (avril); —A propos de deux systèmes absolus d'unités, par M. A. Sivade (septembre);
- 3° En ce qui concerne l’électrotechnique : Mesure des fréquences en électricité (février et mars); — L’oscillographe cathodique, appareil universel de mesure, par M. J. Vivié (juin, juillet, août et septembre);
- 4° En ce qui concerne l’hydraulique : Les commandes à distance et automatiques pour vannes et organes d’arrêt et leurs applications (octobre et décembre) ;
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- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES. — JANVIER-FÉVRIER 1937.
- 5° En ce qui concerne l’acoustique : La mesure des bruits (août, septembre et octobre).
- 6° En ce qui concerne la chimie industrielle : Le pH et sa mesure par voie colorimétrique, par M. Déribéré (juin); — Mesure électrométrique du pH, par M. M. Déribéré (juillet).
- Il convient d’ajouter que Mesures donne encore une bibliographie des brevets et des articles traitant des questions de son ressort qui ont été pris ou qui ont paru en France et à l’étranger. Les autres rubriques sont : une Revue de la presse technique, une Chronique des appareils nouveaux, des Schémas de contrôle, des Réponses et conseils, les Récents progrès de la technique étrangère.
- Le Comité de Patronage de Mesures compte treize personnes, techniciens ou savants bien connus, dont deux membres de l’Académie des Sciences, MM. Ch. Fabry et P. Janet. e. l.
- Le périodique « La Radiesthésie scientifique »(1).
- Ce titre est celui d’une revue bimestrielle (le premier numéro est celui de janvier-février 1936) qui est l’organe officiel de l’Association scientifique française de Radiesthésie. Cette association a été fondée par des techniciens et des hommes de science qui se proposent d’étudier par des méthodes rigoureusement scientifiques les phénomènes radiesthésiques. De bons esprits croient en effet à la réalilé et à l’utilité de ces phénomènes, alors que de non moins bons esprits, après avoir effectué des essais et des contrôles, sont restés plus ou moins sceptiques. Rappelons à ce sujet : 1° la vaste enquête, qui a été faite par la Revue du Génie militaire et dont le résultat a paru dans ses numéros de janvier à décembre 1935 de cette revue; — 2° un article de M. Auguste Lumière, qui a rendu compte d’essais contrôlés par lui-même, dans la Revue scientifique du 9 mai 1936; il conclut négativement; — 3° un article de M. Pierre Antoine, Ingénieur des Ponts et Chaussées, paru dans le Génie civil du 16 septembre 1933, dans lequel, sans se prononcer sur la cause du mouvement de la baguette du sourcier, l’auteur montre qu’il est dû à un phénomène de flainbement, dont le mécanisme se prête facilement à l’analyse.
- D’autre part, l’étude des phénomènes radiesthésiques, si elle est féconde, ne pourra l’être qu’en écartant de l’expérimentation tous les sourciers et radiesthésistes qui ne doivent le meilleur de leur succès qu’à une réclame tapageuse, et aussi en éclairant les nombreux sourciers et rabdomanciens de bonne foi qui, pour la plupart, manquent complètement de culture scientifique, bien que pouvant être de très lins observateurs et connaissant quelquefois très bien, quoique par la seule pratique, la géologie et l’hydrologie d’une région. Il convient de les prémunir contre les erreurs qu’ils pourraient commettre et contre les interprétations fausses qu’ils pourraient formuler.
- On conçoit que, dans ces conditions, on trouve maintenant dans le Comité
- (I) Rédaction et administration, 7, rue de la Boule Rouge, Paris (9e),
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- LE PÉRIODIQUE « LA RADIESTHÉSIE SCIENTIFIQUE )).
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- d’honneur de l’association précitée cinq membres de l’Académie des Sciences (MM. Deslandres, d’Arsonval, Gabriel Bertrand, C. Camichel et Lallemand) et des techniciens connus comme MM. Louis Breguet, Dumanois, Dautry, Fortant, Georges Hersent, le regretté docteur Y. Pauchet et le général Hirschauer.
- Nous ne signalerons, parmi les articles parus dans La radiesthésie scientifique jusqu’au n° 6 (novembre-décembre 1936), que ceux de : M. E. Pitois, Ingénieur en chef de l’Aéronautique; M. B. Brard, Ingénieur des Mines; le commandant Gh. Gorceix; MM. G. Voillaume, M. Giraud et le lieut.-col. Henry de France, anciens élèves de l’École polytechnique; le colonel de Marsay; M. P. Vernotte, ancien élève de l’École normale supérieure; les docteurs Nebel, Naret et Mouezy-Eon; M. F. Fournier, chef du Laboratoire des rayons Xau Ministère de l’Air, et M. Cody, Ingénieur E. C. P. On retrouve ici les noms de quelques-uns des personnages qui ont répondu à l’enquête de la Revue du Génie militaire en faveur de la radiesthésie et qui la considèrent comme une science expérimentale, encore à ses débuts mais en progrès rapide, et capable de provoquer une véritable révolution dans l’art de la prospection des terrrains.
- A signaler, dans les derniers numéros, un Petit lexique, à l’usage des radiesthésistes, établi par M. A. Lambert, directeur de la Maison de la Badiesthésie. e. l.
- Les intoxications par l’oxyde de carbone.
- Les intoxications par l’oxyde de carbone sont extrêmement fréquentes, et c’est généralement à l’entrée de l’hiver, au moment où l’on rallume les feux, qu’elles s’observent. Devant la fréquence de plus en plus grande de ces intoxications, M. Kohn Abrest, directeur du Laboratoire de Toxicologie de la Préfecture de Police, rappelle, dans les Annales d'Hygiène publique, industrielle et sociale d’octobre 1936, les précautions que les particuliers doivent prendre pour les éviter. Des mesures ont bien été prises par les services d’hygiène et de police, et ces précautions sont bien portées à la conuaissance du public par voie d’affiches, par la presse d’information et par la radiodiffusion, mais cette propagande est loin d’être suffisante.
- Les statistiques établies par le Laboratoire de Toxicologie précité montrent qu’à Paris, on compte actuellement en moyenne, par an, 30 intoxications mortelles par l’oxyde de carbone (plusieurs centaines pour toute la France) et que, parmi les affaires d’empoisonnement qui sont parvenues à la connaissance de ce laboratoire, c’est-à-dire qui ont déclenché l’action publique, 24,8 p. 100 des empoisonnements mortels survenus de 1931 à 1933 sont dus à l’oxyde de carbone, et 19,7 p. 100 à des alcaloïdes ou à des stupéfiants (morphine, héroïne, cocaïne, véronal, etc.). Or, les morts par l’oxyde de carbone sont presque toutes accidentelles. Bien que le nombre des suicides par les stupéfiants ait augmenté jusqu’en 1934, et que l’emploi du chauffage central se soit généralisé, la proportion des empoisonnements mortels par l’oxyde de carbone a cru régulièrement depuis 1884 : elle était de 6,4 p. 100 de 1884 à 1911, de 12,8 p. 100 de 1912 à 1919, de 17 p. 100 de 1920 à 1930 et de 24,8 p. 100 de 1931 à 1933.
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- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES. — JANVIER-FÉVRIER 1937.
- Sur 363 cas d’empoisonnements mortels par l’oxyde de carbone, 93,3 p. 100 sont dus à des défectuosités ou à une mauvaise installation des appareils de chauffage et des conduits de fumées, ou à des fuites de gaz; 4,3 p. 100 à des suicides par le gaz de ville; 4,1 p. 100 seulement sont des accidents du travail. C’est donc surtout dans les foyers individuels, domestiques, qu’il faut chercher les causes de la formation inopinée de l’oxyde de carbone et de sa non-évacuation par les cheminées. Cette formation est normale et c’est celle que l’on recherche dans les gazogènes industriels; mais les ouvriers qui travaillent autour de ces appareils savent qu’ils peuvent devenir dangereux en cas de mauvais fonctionnement, tandis que, généralement, les particuliers ne se doutent pas de ce danger : ils ne s’inquiètent qu’en cas de fumée ou d’« odeur de charbon »; or, l’oxyde de carbone est complètement inodore; de plus, d’une densité peu différente de celle de l’air, il s’y diffuse très rapidement.
- L’évolution de l’intoxication par l’oxyde de carbone est la suivante : Concentration de l’oxyde de carbone dans l’atmosphère (en volumes). . 1/1000 1/630 1/300 1/200 1/100
- Durécdeséjour(enheures): 8-10 3-4 2-3 1 0,3
- produisant, à la fin de ce l’intoxication la mort la mort la mort la mort, séjour : aiguë
- A des concentrations égales ou inferieures à 10~3, il y a rarement mort par intoxication aiguë, et, s'il s'agit de personnes au repos, on observe : des vertiges, des maux de tète, des nausées, quelquefois des vomissements et une tendance à la syncope au bout de 4 heures, si la concentration est de 4x l0_i; — de la raideur frontale et un léger mal de tète au bout de 6 heures, si la concentration est de 3,3 xlO-4; — de l’anémie, par un séjour prolongé à la concentration de 10 4 ; — on n’observe rien, même par un séjour prolongé, à la concentration de 5 X 10x
- Les mêmes symptômes apparaissent aux mêmes concentrations, mais en 4 fois moins de temps si le sujet est en plein travail.
- Si on fait intervenir ce que M. Kohn Abrest appelle le coefficient d’intoxication oxycarbonée C, qui est le quotient de l’hémoglobine oxycarbonée du sang par son hémoglobine totale, voici pour quelles valeurs de ce coefficient 273 cas de mort ont été constatés à Paris jusqu’à fin février 1936.
- Coefficient d’intoxication C. Nombre de cas. p. 100.
- C > 0,60 100 36,3
- 0,30 < C < 0.60 69 23
- 0,40 < G < 0,30 . 43 13,6
- 0,30 < C < 0,40 18 6,3
- 0,20 < G < 0,30 9 3,2
- 0 < C < 0,20 22 8,0
- G pratiquement nul 14 3,0
- Total 273
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- LES INTOXICATIONS PAR L’OXYDE DE CARBONE.
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- L’absence d’oxyde de carbone dans le sang des victimes, signalée à la dernière ligne de ce tableau, ne prouve donc pas nécessairement qu’il n’y a pas eu intoxication mortelle par ce gaz, puisque pour C = 0, on compte encore 5 p. 100 de cas mortels. L’examen spectrométrique du sang, qui permet d’y doser facilement l’oxyhémoglobine, l’hémoglobine et l’hémoglobine oxvcar-bonée, donne d’ailleurs des résultats douteux si C<0,12. Dans ce cas, il faut opérer sur au moins 20 cm3 de sang et procéder à une manipulation et un dosage compliqués et longs.
- Tous les appareils qui brûlent les combustibles usuels dégagent de l’anhydride carbonique, produit de la combustion complète du carbone, mais qui n’est pas toxique et n’agit que par privation d’oxygène; mais ils dégagent aussi, ou peuvent dégager, normalement ou fortuitement, de l'oxyde de carbone. M. Kohn Abrest les classe d’après leur indice de toxicité I, qui est le rapport du volume de CO au volume de CO-, produits par la combustion.
- Ce sont les poêles à combustion lente, grands producteurs d’oxyde de carbone, surtout quand ils fonctionnent mal ou sont mal installés, qui sont les plus dangereux, car ils n’entretiennent qu’un faible tirage dans les cheminées et ce tirage peut cesser, et même se renverser, pour des causes multiples, dont quelques-unes ne sont pas encore parfaitement connues.
- Les appareils à gaz dont l’indice de toxicité ne dépasse pas 0,01 peuvent être employés dans des locaux ventilés sans qu’il soit nécessaire d’évacuer les produits de la combustion par un conduit spécial. Mais les appareils peuvent se dérégler (fréquemment avec les radiateurs) pour des causes multiples; c’est ainsi qu’avec un réchaud de cuisine, d’un indice normal de 0,008, l’indice 1 peut monter à 0,10 et même à 0,30, valeurs très dangereuses; il suffit pour cela que la flamme, quoique bleue, s’écrase sur une surface qui reste longtemps froide. C’est ce qui arrive fréquemment avec les lessiveuses qui bouillent pendant plusieurs heures; et alors, si on ne dispose pas d’un conduit de fumées spécial dans la buanderie, il faut en tenir la fenêtre toute grande ouverte. En 1933, à Paris, on a enregistré 7 intoxications mortelles provoquées par des lessiveuses chauffées au gaz dans des buanderies non ventilées. (La Société du Gaz de Paris met au point des brûleurs qui n’ont plus l’inconvénient de dégager de l’oxyde de carbone dans ces conditions.)
- Bien entendu, tout ce qui précède s’applique aux autres combustibles gazeux : butane, essence, pétrole. Cette remarque s’applique aussi aux chauffe-bains, qui, en 20 minutes, durée moyenne de la chauffe pour un bain, produisent 12 m3 de gaz irrespirables.
- Les gaz d’échappement des moteurs d’autos et d’avions ont un indice de toxicité voisin de 1, mais pouvant atteindre 2; quoique très toxiques, ils se dégagent dans des conditions telles (en plein air ou dans des garages ou hangars presque toujours bien installés et très ventilés) que l’intoxication est pratiquement improbable. En France, dans les espaces découverts des villes, l’indice I reste en moyenne inférieur à 0,000 03, ce qui correspond à une innocuité pratiquement totale. ,
- E. L.
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- BULL. DE LA SOC. ü’eNCOUR. POUR L’iNDUST. NAT. — JANV.-FÉV. 1937 (p. 92).
- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE EN NOVEMBRE ET DÉCEMBRE 1936 ET EN JANVIER 1937.
- Krebs (Albert). — Le thon (germonU Sa pêche et son utilisation sur les côtes françaises de l’Atlantique. In-8 (25 x 16) de 199 p., 19 fig., XII pl. Paris, Société d’Éditions géographiques, maritimes et coloniales, 17, rue Jacob (6e), 1936. (Don de l’auteur). 18 600
- Bureau des Normes de l’Automobile (Chambre syndicale patronale des Fabricants d’accessoires et de pièces détachées d’automobiles, etc., 3, avenue Friedland (8°). — Album de normes, BNA 1937 (BNA 1 à BNA 252). In-8 (23 X 16). 17 497
- Congrès de la houille blanche, Grenoble-Annecy-Chamonix 7-13 septembre 1902. Compte rendu des travaux du Congrès, des visites industrielles et des excursions. Vol. I, 605 p., fig.; Vol. II, 666 p., fig. Grenoble, Syndicat des Propriétaires et industriels possédant ou exploitant des forces motrices hydrauliques, 2, place du Lycée.
- 18 601-2
- Berthelot (Ch.). — Carburants de synthèse et de remplacement. In-8 (21 x 14) de xn H- 350 p., 47 üg. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6°), 1936. 18 603
- Sanfourche (A.). — Le contrôle analytique dans l’industrie chimique minérale. In-8 (20 x 14) de 547 p., 25 fig. Paris, Masson et Cle, 120, boulevard Saint-Germain (6°), 1936. 18 604
- Keryrax (L.). — La protection du personnel dans les installations électriques.
- In-8 (22 x 14) de 101 p. Paris, Éditions de « L’Usine », 15, rue Bleue (9°). 18 605
- Le doux (Édouard). — Séchage des produits hygroscopiques. Adsorption de la vapeur d’eau. In-8 (25 x 16) de 93 p., 51 üg. Paris, Librairie Ch. Béranger, 15, rue des Saints-Pères (6°), 1937. 18 606
- Monvoisin (A.). — La conservation par le froid des denrées périssables. 2° édition. In-8 (25 x 16) de xvii + 518 p., 188 fig., IV pl. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6°), 1936. (Don de l’auteur). 18 607
- Havre (Horace). — Les idées modernes sur les carburants, les lubrifiants et la lubrification, à l’usage des automobilistes, aviateurs, armateurs, ingénieurs et industriels. In-8 (25 x 16) de vu + 267 p., 28 fig., X pl. Paris, Ch. Béranger, 15, rue des Saints-Pères (6e), 1934. (Don de l’auteur, membre de la Société). 18 608
- de la Barrera (Emilio). — Los equinos, auquenidos y estadistica ganaderiade la Provincia de Chumbivilcas. In-8 (25 x 17) de xvni -j- 220 p., fig. Lima (Pérou), 1930. [Don de l’auteur). 18 609
- Dubreuil (Hyacinthe). — L’exemple de Bat’a. La libération des initiatives individuelles dans une entreprise géante, ln-12 (19 x 12) de 374 p. Paris, Bernard Grasset, 61, rue des Saints-Pères (6e), 1936. 18 610
- Société des Ingénieurs de l’Automobile. — Album de la voiture SIA 2 places. In-4 (27 x 21) de 300 p., fig. Paris, 3, avenue Friedland (8e), 1936. 18 611
- Jubilé Louis Lumière, 6 novembre 1935. In-4 (27 x 22) de 122 p., fig. Paris, Renaissance française. 18 615
- Picard (Émile). — Discours et notices. In-8 (23x14) de vin + 365 p. Paris, Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins (6e), 1936. 18 616
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- OUVRAGES REÇUS EN NOVEMBRE ET DÉCEMBRE 1936 ET EN JANVIER 1937. 93
- Dons de M. M. Lenglen :
- Lenglen (M.). — Pourquoi, où, quand et comment employer les engrais? 3e édition. In-4 (27 x 18) de 285 p. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques, 3, rue de Penthièvre (8e), 1933. 18 612
- Lenglen (M.). — Lavoisier agronome. In-4 (27 x 21) de 77 p. (dactylographié). 1936. 18 613
- Annuaire de l’élevage français et des produits de l’élevage, 1934-1935, publié sous la direction de M. Lenglen. In-4 (27 x 20) de 24 + 68 + 108 -1- 64 + 40 + 44 + 24 -f 44 + 40 + 32 + 44 + 238 p., fig. Paris. Les Éditions documentaires agricoles, 30, rue du Poteau (18e). 18 614
- Annuaire des engrais, des produits insecticides et anticryptogamiques et des semences, 1935-1936, publié sous la direction de M. Lenglen. In-4 (27 x 20) de 88 + 48 + 92 + 16 + 92 + 32 + 12 + 52 + 52 + 72+ 1? p. Paris, Les Éditions documentaires agricoles, 30, rue du Poteau (18°). 18 506
- Lenglen (M.). — L’avoine paye-t-elle les engrais? In-8 (23 x 15) de 16 p. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques, 3, rue de Penthièvre (8e). Pièce 14 028
- Lenglen (M.). — Faut-il appliquer des engrais à la vigne? In-8 (23 x 15) de 22 p. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques. Pièce 14 029
- Lenglen (M.). — La fumure rationnelle du choux fourrager. In-8 (23 x 15) de
- 11 p. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais
- chimiques. Pièce 14 030
- Lenglen (M.). — Le sarrasin et les engrais. In-8 (23 x 15) de 10 p. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques.
- Pièce 14 031
- Lenglen (M.). — Pour développer et améliorer la production de l’orge. In-8
- (23 x 15) de 20 p. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques. Pièce 14 032
- Lenglen (M.). — Dois-je employer des engrais pour le blé? In-8 (23 x 15) de
- 12 p. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais
- chimiques. Pièce 14 033
- Lenglen (M.). — L’herbe pousse-t-elle toute seule? In-8 (23 x 15) de 24 p. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques.
- Pièce 14 034
- Lefèvre (J.), Labounoux (P.) et Lenglen (M.). — Pour développer et améliorer la production du lin. ïn-4 (27 x 19) de 40 p. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques. Pièce 14 035
- Lefèvre (J.) et Lenglen (M.). — Comment fumer la betterave? In-4 (27 x 19) de 32 p. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais
- chimiques. Pièce 14 036
- Lenglen (M.). — Rôle important et emploi de la chaux en agriculture. In-4 (27 x 18) de 32 p. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques, 1932. Pièce 14 037
- Lenglen (M.). — Les maladies osseuses du bétail. In-4 (27 x 19) de 71 p. Paris, lmp. Lang, Blanchong et Gie, 30, rue du Poteau (18e), 1935. Pièce 14 038
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- 94 OUVRAGES REÇUS EN NOVEMBRE ET DÉCEMBRE 1936 ET EN JANVIER 1937.
- Lenglen (M.). — Sur l’utilisation des calcaires broyés. Conférence faite à la Société de Chimie industrielle le 12 décembre 1928. In-4 (28 x 22) de 14 p. Lille, lmp. centrale du Nord, 12, rue Lepelletier, 1932. Pièce 14 039
- Lenglen (M.). — L’évolution de la pratique et de la théorie de l’emploi des engrais à travers les âges. In-4 (28 x 22) lre partie : Antiquité (ex Chimie et Industrie, août et septembre 1931), 18 p. — 2e partie : Du moyen âge au XVIIIe siècle (ex Chimie et Industrie, mai-juin-juillet 1932), 40 p. — 3e partie : XVIIe siècle (ex Chimie et Industrie, novembre-décembre 1932 et février 1933). 20 p. — XVIIIe siècle (ex Chimie et Industrie, novembre-décembre 1933, février-rnai-juin-aoùl 1934), 39 p. Paris, Chimie et Industrie, 28, rue Saint-Dominique (7e). Pièce 14 040
- Lenglen (M.). — Le rôle et l’importance de la chaux en agriculture. In-4 (27 x 21) de 33 p. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques. Pièce 14 041
- Lenglen (M.) et Durier (E.). — Sur la manière d’acheter les chaux agricoles. In-4 (28 x 19) de 8 p. Lille, lmp. centrale du Nord, 12, rue Lepelletier, 1932.
- Pièce 14 042
- Lenglen (M.). — La fumure rationnelle de la pomme de terre. In-12 (19 x 14) de 39 p. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l'emploi des engrais chimiques. Pièce 14 043
- Lenglen (M.). — Comment il faut traiter la question de la chaux. In-4 (27 x 18) de 14 p. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques, 1933. Pièce 14 044
- Lenglen (M.). — Comment il faut traiter la question des amendements magnésiens. In-4 (27 x 18) de 16 p. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques, 1934. Pièce 14 045
- Lenglen (M.). — La question de l’emploi direct des phosphates minéraux naturels. In-4 (27 x 18) de 46 p. Paris, Syndicat national de propagande pour développer l’emploi des engrais chimiques. 1935. Pièce 14 046
- Bulletin de l’Association française pour l’Étude du Sol. (M. Lenglen, secrétaire général). — Tome I, nos 1 à 3 (juillet à décembre 1935). — Tome II, nos 1 à 3 (mars à octobre 1936). Paris, 3, rue de Penthièvre (8e). Pér. 420
- Higinbotham (II.). — Le graphite colloïdal, lubrifiant d’appoint pour les moteurs d’automobiles (ex Institution of Automobile Engine ers, janvier 1935, reproduit dans La Technique automobile et aérienne, 3e trim. 1935). ln-8 (24 x 16) de 16 p., 10 fig. Asnières (Seine), Ane. Elabl. Paul Maury, 7, rue de Normandie. Pièce 14 016
- Le « Starit ». 5 brochures. In-8 (21 x 14). Le traitement préventif au « Starit » des eaux d’alimentation. 4 p., 1 lig. — Le détartrage des installations domestiques par le procédé « Starit » de self-circulation, 8 p., 3 fig. — Le détartrage des appareils industriels par le procédé « Starit ». 12 p., fig. — Considérations sur la formation et l’élimination des tartres, par Roger Mathieu (Bulletin Bituma Stic, n° 1, janvier 1934, 16 p., 2 fig.). — Une nouvelle combinaison chimique, le « Starit », lrc partie : Rapport sur les propriétés du « Starit », par X. Volmar. — 2e partie : Action du a Starit » sur quelques métaux usuels, par J. Grévy (Bulletin Bitumastic, n° 2, février 1934, 19 p., 3 iig-). Paris, Société française Bitumastic, 39, rue du Colisée (8e).
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- Massot (P.). — Les gammes de vitesses des machines-outils (ex Bulletin de la
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- OUVRAGES REÇUS EN NOVEMBRE ET DÉCEMBRE 1936 ET EN JANVIER 1937. 95
- Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, août-septembre 1936). In-4 (27 x21) de 30 p., 6 flg. Paris, Chez l’auteur, 23, boulevard Magenta (10e). (Don de l’auteur, membre de la Société). Pièce 14 018
- Charles de Fréminville, 1856-1936. In-8 (24 x 16) de 3 p. Paris, lmp. Chaix,
- 20, rue Bergère (9e). Pièce 14 019
- Du Bois (Georges). — Les déflegmateurs et condenseurs. Principes et histoire
- (ex Bulletin de l’Association des Gaziers belges, 1936, n° 7). In-4 (31 x 22) de 11 p., 7 fig. Bruxelles, 20, rue Jacques Behr. Pièce 14 020
- Comité français de l’Éclairage et du Chauffage. — Commission internationale de l’Éclairage. — Compte rendu de la 9e session, Berlin et Karlsruhe, du 30 juin au 10 juillet 1935. (Publication n° 68, novembre 1933) (ex Revue générale de l’Électricité, t. XXXVIII, 23 novembre 1933). In-4 (27 x 22) de 12 p. Pièce 14 021
- Rey (Jean). — Un court historique de l’emploi des projecteurs dans la marine marchande, ainsi que pour l’éclairage des canaux. (Communication présentée à la session de mai 1933 de l’Association technique maritime et aéronautique). In-8 (24 x 16) de 9 p., I pl. Pièce 14 022
- Inauguration de la statue de A.-A. Parmentier, 7 juin 1931. (La renaissance de Montdidier). In-8 (24 x 16) de 110 p., flg. Amiens (Somme), lmp. Yvert et Cie, 1933.
- Pièce 14 023
- Widor (Gh.-M.). — Notice sur la vie et les œuvres de Charles Giraud (1851-1932).
- (Institut de France. Académie des Beaux-Arts, séance du 2 décembre 1933). In-4 (29 x 23) de 21 p., I pl. Paris, Firmin-Didot et Cie, 56, rue Jacob (6e), 1933. Pièce 14 024 Ville de Colmar. — Fêtes du Tricentenaire français. — Remise à la ville de Colmar, le 15 septembre 1935, du monument érigé à la gloire de Charles-Xavier Thomas, inventeur de la première machine à calculer, né dans cette ville le 3 mai 1783. (Les Dernières Nouvelles de Strasbourg, 22 septembre 1935). In-4 (33 x 25) de 6 p.
- Pièce 14 025
- Massot (M. P.). — Influence du frottement sur le fonctionnement des trains épi-cycloïdaux (ex Mémoires de la Société des Ingénieurs civils de France, Bulletin de juillet-août 1936). In-8 (24 x 16) de 20 p., 2 flg. Paris, 19, rue Blanche (9e). (Don de l’auteur, membre de la Société). Pièce 14 026
- Tongas (Ph.). — Sur une expression empirique nouvelle du volume spécifique de la vapeur d’eau surchauffée (ex Comptes rendus des Séances de l’Académie des Sciences, séance du 30 novembre 1936). In-4 (27 x 21) de 3 p. (Don de l’auteur).
- Pièce 14 027
- Nicolau (P.). — Introduction à l’étude de la métrologie industrielle (ex Science et Industrie, édition « Mécanique », novembre-décembre 1936). In-4 (31 x 24) de 11 p., 14 flg. Pai’is, Science et Industrie, 29, rue de Berr> (8e). (Don de l’auteur, membre du Conseil d'Administration). Pièce 14 047
- François (Mlle Marie-Thérèse). — La répartition mondiale des matières premières. Le cas particulier des oléagineux. (Renseignements coloniaux et Documents publiés par le Comité de l’Afrique française et le Comité du Maroc, n° 10. Supplément à L’Afrique française, novembre 1936). In-4 (30 x 22) de 8 p. Paris, Comité de l’Afrique française,
- 21, rue Cassette (6e). (Don de l’auteur, membre de la Société). Pièce 14 048
- Meslier (R.). — Documents sur les nouvelles méthodes de soudure autogène
- oxy-acétylénique. In-8 (21 x 13) de 72 p., flg. Paris, Publications de l’Office central de l’Acétylène et de la Soudure autogène, 32, boulevard de la Chapelle (18e).
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- 96 OUVRAGES REÇUS EN NOVEMBRE ET DÉCEMBRE 1936 ET EN JANVIER 1937.
- Chambre syndicale des Fabricants et des Constructeurs de Matériel pour Chemins de Fer et Tramways. — Annuaire 1936-1937. Paris, 7, rue de Madrid (8e).
- Pér. 399
- Comité d’Études minières pour la France d’outre-mer. — Annuaire 1936. Paris, 13, rue de Bourgogne (7e). Pér. 92
- Association technique maritime et aéronautique. — Annuaire 1936. Paris, 7, rue de Madrid (8e). Pér. 480
- Société des Ingénieurs de l’Automobile. — Annuaire 1937. Paris, 3, avenue Friedland (8e). Pér. 518
- Société des Ingénieurs de l’École nationale technique de Strasbourg. — Annuaire 1935-1936. Strasbourg, lmp. H. Huber, 5, rue de Phalsbourg. Pér. 92 Association amicale des anciens Élèves de l’École de Physique et de Chimie industrielles de la Ville de Paris. — Annuaire 1936. Paris, 10, rue Vauquelin (5e).
- Pér. 92
- Association parisienne des Propriétaires d’Appareils a Vapeur (66, rue de Rome, Paris (8e). — Annuaire des usagers d’appareils à vapeurs et d’installations électriques, 1936 (exercice 1935). Paris, Chaleur et Industrie, 5, rue Michel-Ange (16°).
- Pér. 33
- Annuaire Bro-Tau, des auteurs, éditeurs, agents de publicité, imprimeurs, relieurs, brocheurs, libraires, papetiers et des industries connexes. 1936 (9e année). Paris, Brodard et Taupin, 4 et 6, rue Saint-Aman 1 (15e). Pér. 92
- Index generalis. Annuaire général des Universités, Grandes Écoles, Académies, Archives, Bibliothèques, Instituts scientifiques, Jardins botaniques et zoologiques, Musées, Observatoires, Sociétés savantes, publié sous la direction de R. de Montessus de Ballore. 16e année, 1936. Paris, Éditions Spes, 17, rue Soufflot (5e). Pér. 92
- Chambre syndicale des Constructeurs de Navires et de Machines marines. — Annuaire de la construction navale 1936-1937. Paris, 6, rue de Madrid (8e)
- Pér. 91
- Académie des Sciences de l’Institut de France. — Mémoires. 2e série, Tome 62. Paris, Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins (6e), 1936. Pér. 101
- Institution of Civil Engineers. — Charter, Supplémentai Charter, by-laws and Régulations, 1936. London, Créât George Street, Westminster, S. W. 1. Pér. 189 Iron and Steel Instituts. —Journal. Vol. CXXXIII, 1936, no 1. London, 28, Victoria Street, S. W. 1. Pér. 157
- Iron and Steel Institute. — Spécial Report, n° 13 : hth Report of the Corrosion Committee. London, 1936. — n° 15 : 2cl Report of the Steel Casting Research Committee. London, 1936. Pér. 157
- Iron and Steel Institute. — Charter, bye-laws and List of Members and Associates, 1936. London, 1936. Pér. 157
- L'agent général, gérant, LEMAIRE.
- BUODARD ET TAUPIN, Coulommiers-Paris.
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- 136e ANNEE.
- MARS-AVRIL 1937
- BULLETIN
- III; LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE SOLENNELLE DU 13 MARS 1937
- DISTRIBUTION DES RÉCOMPENSES DÉCERNÉES POUR L’ANNÉE 1936 Présidence de M. M. Lacoin, président.
- La séance est ouverte à 16 h. 30 ni.
- Le fauteuil présidentiel est occupé par M. M. Lacoin, président; à ses côtés ont pris place : M. H. Servonnet, secrétaire général, les membres du Conseil, rapporteurs des comités techniques sur la proposition desquels les récompenses ont été accordées, et M. E. Lemaire, agent général.
- ALLOCUTION DE M. M. LACOIN, président.
- Mesdames, Messieurs, mes chers Collègues,
- L’an dernier, en jetant avec vous, comme il est d’usage au début de cette séance consacrée à la distribution de nos récompenses, un regard sur l’année écoulée, je vous parlais du déséquilibre économique inquiétant qui persistait. Je vous indiquais qu’en l'absence de tout plan de redressement économique précis et consistant, le pessimisme croissait, poussant un grand nombre de Français de tous états vers les solutions extrêmes et utopiques, susceptibles de mettre en question les principes mêmes de notre civilisation.
- Depuis un an, l’amélioration très nette de la situation économique mondiale n'a pas empêché l’explosion de l’orage qui s’annonçait. Mais la situation économique a cessé d’être au premier plan des préoccupations : les difficultés sociales conditionnent en première ligne la reprise industrielle.
- A l’anxiété qui résultait d’une insuffisance de réactions devant la crise, a succédé l’inquiétude résultant d’une expérience aventureuse et de difficultés ouvrières prolongées, dont les causes sont souvent mystérieuses. Je vous disais l’an dernier qu’il serait nécessaire de faire fléchir les règles classiques de l’économie libre, malgré les aléas que des expériences de ce genre comportent. Ces prévisions se sont amplement réalisées, et les mesures prises au cours de la législature nouvelle ont été si nombreuses, si importantes et parfois tellement influencées dans des sens divers et souvent contraires par les impatiences populaires, qu’il est fort difficile de prévoir leurs conséquences et de faire le point.
- 136e Année. — Mars-Avril 1937. 7
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- 98 ASSEMBLÉE GÉNÉRALE SOLENNELLE DU 13 MARS 1937. — MARS-AVRIL 1937.
- Nous nous trouvons donc en présence de difficultés sérieuses sans trop savoir où nous allons, et, cependant, il ne manque pas de raisons de confiance. Per-mettez-moi de vous exposer sommairement les unes et les autres.
- La situation économique peut se résumer ainsi : « Une hausse des salaires industriels horaires qui a très largement dépassé les limites que s’étaient données eux-mêmes les dirigeants du syndicalisme, et qui a atteint en moyenne 60 p. 100; la dévaluation du franc; la sem ine de 40 heures, appliquée dans les industries-clefs, sans aucun des délais qui eussent été nécessaires pour éviter à toutes les industries lourdes et à travaux lents des pertes considérables. » Toutes ces mesures ont créé une situation économique qui n’a pas encore atteint son équilibre : les consommations courantes ont été stimulées par les hausses des salaires, mais les industries lourdes, déjà très touchées par la crise, voient leur situation financière très aggravée. Par contre, de très importantes commandes de guerre sontvenues au secours de ces mêmes industries. Les prix agricoles ont été très fortement relevés; le réapprovisionnement du commerce, stimulé par la crainte d’une hausse progressive des prix intérieurs et par l’élévation des prix mondiaux, a donné à certaines branches de l’industrie une activité exceptionnelle, mais temporaire. Sur certains points déjà, on sent un ralentissement qui est de nature à s’accentuer.
- Le déséquilibre des prix avec l’étranger subsiste, malgré la dévaluation du franc, entravant notre industrie d’exportation que cette dévaluation avait un moment stimulée. La hausse des prix agricoles, qui avait également produit un effet heureux, est déjà en grande partie compensée par la hausse très rapide des produits industriels.
- Au total, on peut estimer que les mesures économiques prises depuis un an, parfois saines dans leur principe, ont eu leurs effets utiles annulés par l’exagération des hausses de salaires et par la précipitation des mesures d’ordre social.
- Dans le plan social, la réalisation des contrats collectifs et des congés payés a donné satisfaction à des demandes très légitimes des ouvriers, auxquelles le manque d’organisation patronale et l'exaspération de la concurrence résultant de la crise avaient jusqu’ici empêché de donner satisfaction. On serait même tenté de ne pas regretter les procédés révolutionnaires qui ont été nécessaires pour mettre ainsi de l’ordre dans les salaires, si ces réformes étaient suivies d’un retour définitif à l’ordre et à la discipline, servaient de base à une reprise économique et rétablissaient entre le patronat et les classes ouvrières des relations cordiales et la collaboration nécessaire.
- Le patronat a jugé opportun, dans des moments difficiles, de s’incliner devant des menaces, d/s usurpations de droit et parfois des violences que l’on ne saurait admettre. Il l’a fait pour éviter des réactions plus brutales. Cette attitude lui a d’ailleurs été vigoureusement reprochée par certains de ses membres. Sans prendre parti dans ce débat, je voudrais néanmoins vous montrer que cette attitude n’est pas sans contre-partie favorable.
- Quelque aveugles qu’aient été aux diverses époques de l’histoire les mou-
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- ALLOCUTION DE M. M. LACOIN, PRÉSIDENT.
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- vements populaires, la masse ouvrière et paysanne n’a jamais manqué de comprendre plus ou moins vite les exagérations et les faiblesses de ceux qui excitent ses passions. Aujourd’hui, le calme relatif des discussions entre patrons et ouvriers et les contacts quotidiens qui se sont établis entre leurs représentants pour la négociation des contrats collectifs du travail et à l’occasion d’arbitrages ont rapproché d’une façon souvent extraordinaire des hommes que bien des incompréhensions séparaient. On constate souvent avec surprise les sentiments de cordialité et d’appréciation réciproque qui s’établissent dans les antichambres des ministères ou des préfectures entre les états-majors des patrons et ceux des ouvriers. Hier encore, dans une réunion où j’avais à répondre à un exposé d’un des dirigeants de la C. G. T., je constatais avec plaisir que le syndicalisme français se rend compte de la nécessité pour lui de s’allier aux classes moyennes et en exprimait le désir.
- Actuellement, ce syndicalisme tend à se poser en défenseur de l’intérêt général. Il déclare que les ouvriers ne peuvent réclamer l’amélioration de leur situation que dans le cadre d’une prospérité générale. En fait, on ne constate pas toujours que l’action des cadres ouvriers soit conforme aux principes que leurs dirigeants exposent. Néanmoins, le fait que ces principes sont exposés indique une évolution qui, si elle se confirme, est de nature à faciliter les solutions de la crise économique et sociale actuelle.
- La nomination de délégués dans les usines, grandes et petites, va provoquer à la fois des conflits et des échanges de vues fréquents. Il n’est pas douteux que, si ces conflits ne sont pas utilisés par des influences extrémistes, il sortira de ce contact une compréhension réciproque beaucoup plus large de la part des dirigeants patronaux et ouvriers. Il y a là, à mon avis, un très grand progrès.
- Il faut noter, d’ailleurs, qu’à part de très rares exceptions, les cadres des usines n’ont été l’objet d’aucune hostilité personnelle de la part des ouvriers, que beaucoup de dirigeants connaissent mieux leurs ouvriers, et qu’en contre-partie un grand nombre des représentants des ouvriers ont pris nettement conscience des difficultés du rôle du patronat et des dangers que présentent des interventions violentes de l’Etat et des syndicats ouvriers dans la vie industrielle. Cela ressort tout particulièrement des conversations privées avec ces dirigeants.
- D’autre part, les difficultés sociales et économiques ont provoqué dans le patronat des rapprochements, des collaborations et un désir d’ententes commerciales et techniques, que les difficultés économiques n’avaient pas suffi à provoquer. Un changement d’état d’esprit important s’est produit, qui est d’ailleurs loin d’avoir encore obtenu tous les résultats qu’on devrait en attendre.
- L’essentiel serait que le jour, très proche, où les difficultés économiques nouvelles résultant de la hausse exagérée des salaires et de la semaine de 40 heures, apparaîtront dans l’industrie, la classe ouvrière et la nation tout entière fussent en état de comprendre l’origine de ces difficultés et d’en rechercher le remède, non pas dans des mesures encore plus dangereuses, mais dans une adaptation simple et intelligente à la situation économique sous l’arbitrage de l’opinion des élites.
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- 100 ASSEMBLÉE GÉNÉRALE SOLENNELLE DU 13 MARS 1937. — MARS-AVRIL 1937.
- Vous ne vous étonnerez pas, je pense, si, en présence de ces difficultés, la Société d’Encouragement s’est efforcée de faire une large part, cette année, dans ses récompenses annuelles à ceux qui ont fait des efforts 'pour atténuer la crise sociale. Parmi ces récompenses, j’attire spécialement votre attention sur celles qui sont décernées à M. Ziegel et à M. Pluyette pour l’œuvre qu’ils ont réalisée en créant des centres de sélection et des écoles professionnelles à l’usage des chômeurs. Le premier, avec l’appui des ministères de la Défense nationale, du Ministère du Travail et de l’Enseignement technique, l’autre, comme directeur de l’Union des Industries minières et métallurgiques. Les essais pratiques qu’ils ont faits en recherchant méthodiquement les chômeurs susceptibles de retrouver un métier et du travail, après éducation professionnelle, et en faisant créer ensuite, par des industriels isolés ou par des groupements patronaux, des écoles en faveur de ces chômeurs, ont donné lieu à des conclusions extrêmement intéressantes.
- Il en résul te qu’en France, comme dans beaucoup de pays étrangers, la masse des chômeurs contient une proportion infime d’ouvriers qualifiés. Elle se compose surtout de manœuvres, de malades, de vieillards et d’hommes qui n’ont pas appris à travailler, ni même à comprendre la nécessité du travail, par suite de leur chômage prolougé. Parmi cette masse de chômeurs, c’est tout au plus si 2 à o p. 100 sont susceptibles d’être mis utilement dans une école professionnelle pour y acquérir un métier. Il semble qu’on pourrait arriver à 5 p. 100 si l’on avait les crédits nécessaires pour développer les écoles déjà créées.
- Les écoles fondées en province, sur l’initiative de M. Ziegel, ont déjà établi une méthode de formation des chômeurs et montré que ce problème, réputé au début insoluble par les Pouvoirs publics compétents, peut être en fait résolu, bien qu’au prix de réelles difficultés. La sélection des chômeurs dans des écoles par un séjour d’une dizaine de jours dans des ateliers spécialement disposés à cet effet, a été mise au point par M. Pluyette et par la Direction de l’Enseignement technique. Il ne reste plus qu’à tirer parti de ces expériences en les généralisant, et en profitant, comme M. Ziegel le fait, du désir de décentraliser certaines industries de défense nationale.
- La Société d’Encouragement serait heureuse si les récompenses attribuées à MM. Ziegel et Pluyette pouvaient attirer l’attention sur ces travaux. Elle espère que l’appui moral qu’elle donne à cette œuvre sera de nature à stimuler l’action du Gouvernement et des industriels pour cette résorption du chômage, qui est pratiquement la seule qu’on puisse envisager utilement. Elle se réserve d’ailleurs de reprendre la question avec plus d’ampleur.
- Parmi les récompenses pour des travaux d’ordre social, je mentionnerai spécialement celles qui sont attribuées à M. Robert Garric, fondateur des Equipes sociales, et à M. Marc Sangnier, fondateur en France de l’œuvre des Auberges de la Jeunesse. Enfin, je rappelle que les nombreuses médailles que nous allons distribuer, comme d’usage, à des contremaîtres et ouvriers qui se sont distingués par leurs longs et loyaux services montrent que ces préoccupations sociales n’ont pas
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- depuis cent ans cessé d’être au premier rang- des préoccupations de notre Société.
- Pour ne pas prolonger cette séance outre mesure, nous avons pris la décision de ne donner lecture cette année que des rapports relatifs à la Grande Médaille annuelle de la Société, et au très important prix Bardy, que nous décernons pour la première fois cette année. M. Servonnet, secrétaire général de la Société, vous donnera tout à l’heure un résumé rapide des autres rapports.
- Je ne voudrais pas laisser passer sans mention spéciale la récompense décernée à M. Emile Cohl, qui a été le créateur du dessin animé sur pellicule cinématographique, auquel le cinéma a donné depuis une grande extension (1). Vous allez pouvoir tout à l’heure voir sur notre écran deux des premiers dessins animés, qui ont constitué les débuts de cet art. Vous serez heureux avec moi de féliciter M. Emile Cohl, que nous avons le plaisir de voir au premier rang de cette assemblée avec ses enfants et petits-enfants, et vous estimerez que notre Société reste bien dans sa tradition en récompensant le créateur d’une branche d’industrie qui, si elle est florissante aujourd'hui, ne lui a pas rendu tout ce qu’il lui avait donné. Mais, il en est de même, hélas! pour un grand nombre de précurseurs. Grâce à la générosité de Mlle Fremont et de M. Léon Gaumont, notre collègue du Conseil, une somme de -4 000 fr a pu être jointe au prix honorifique exceptionnel qui est décerné aujourd’hui au Français Emile Cohl, « le père du dessin animé ».
- Au cours de l’année écoulée, notre Société a subi de nombreux deuils. Nous avons perdu onze membres du Conseil, dont cinq membres de l'Institut : Frédéric Bordas, Louis Blériot, Marcel Deniau, Eugène d’EiCHTHAL, Gustave Lyon, Louis Mangin, Jean Rey, Pierre Viala, Georges Wery, Charles de Fré-minville, et Henry Le Chatelier.
- M. Georges Wery et M. Charles de Fréminville furent tous deux des secrétaires généraux infiniment fidèles et dévoués de notre Société; nous leur gardons un souvenir tout spécial. Henry Le Chatelier était un des grands noms de la science française, le créateur de la science industrielle des températures, l’inventeur des lois des équilibres chimiques. Malgré sa position éminente, il avait donné à la Société son concours le plus dévoué. Il fut notre président pendant quelques années. Il restera pour nous et pour nos successeurs un exemple de la plus haute valeur scientifique, intellectuelle et morale. Une grande manifestation est prévue pour honorer sa mémoire le 24 avril 1937, dans le grand amDhithéâtre de la Sorbonne sous la présidence de M. Albert Lebrun. La Société sera heureuse qu’un grand nombre de ses membres y prennent part.
- Permettez-moi de vous rappeler les manifestations les plus importantes de notre activité au cours de l’année écoulée : la seconde Conférence Carrion a été faite par M. Auguste Lumière; un cycle de deux conférences sur les carburants de synthèse a été fait par MM. Vallette et Audirert. Elles seront complétées prochainement par une conférence de M. Michot-Dupont, sur l’utilisation des
- (1) Voir, à ce sujet, à la p. 113, le rapport de M. D'Allemagne, sur les titres d’Émile Cohl a la Médaille Grand Module qui lui est décernée.
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- lignitcs et des tourbes, en vue de l’obtention de carburants. Les 16 et 23 mai a été donné un cycle de quatre conférences sur les progrès récents de la métallurgie.
- Une plaque commémorative sera posée dans notre hôtel en juin, pour rappeler que Beau de Rochas, l’inventeur du cycle à quatre temps qui a permis le développement de l’automobilisme et de l’aéronautique, n’a jamais reçu d’autre aide morale et matérielle que celle de notre Société.
- Les sommes dépensées par la Société au cours de cette année en récompenses, prix, subventions et allocations diverses se sont élevées à 49 477 fr. En raison de la difficulté des temps, nous ne pourrons conserver notre acti\ ité et aider les efforts nécessaires que grâce à nos fondations. Il faudrait donc que les legs et les subventions qui nous sont alloués fussent, de plus en plus larges et nombreux. Ils nous seraient particulièrement utiles, sans parler d’autres services comme celui de la Bibliothèque, pour nous aider à la publication de notre Bulletin ; son prix de revient va être doublé par suite de la hausse générale des salaires, des matières premières et aussi sans doute de nouvelles taxes. Nous adressons donc un appel pressant à tous les industriels et à toutes les grandes sociétés qui pourraient nous aider dans notre tache, devenue de plus en plus difficile. Il y a d’ailleurs un moyen de nous aider qui est à la portée de tous : c’est de devenir membre de notre Société ou d’y amener les personnes que son œuvre peut intéresser et qui, trop souvent l'ignorent et ne savent pas quels services elle peut rendre et aussi quelles injustices du sort elle peut quelquefois contribuer à réparer.
- Cet appel a été entendu par un grand nombre des lauréats que nous allons récompenser aujourd’hui. Je soumets donc à votre approbation l’admission des personnes suivantes :
- M. Lesbrk (Gilbert) (H, §), ingénieur commercial à la Société Commentry, Fourcbambault et Decazeville. 16, boulevard de Latour-Maubourg, Paris (7e), présenté par MM. Portevin et Chevenard;
- M. Dumas (Henri), Ingénieur des Arts et Manufactures, 2. rue Saint-Charles, Versailles (Seinc-et-Oise), présenté par MM. Nessi et Lemaire;
- M. II oxsel (Léon), ingénieur à la Société Commentry, Fourchambault et Decazeville. à Imphy (Nièvre) présenté par MM. Poi tevin et Chevenard;
- M. Demolon (Albert) (O. %), docteur ès sciences, membre de l’Académie d’Agriculture, Inspecteur général des Stations et Laboratoires de Recherches agronomiques au Ministère de l’Agriculture, 9, rue du Docteur-Roux, à Viroflay (Seine-et-Oise), présenté par MM. Lacoin et Hitier;
- M. M okeau Fevbiîe (Henri) (0.0), ingénieur conseil des Chemins de fer de l’Etat, 14, rue Théodore de Banville, Paris (17e). présenté par M. Bechmann;
- M. Doublet (Maurice). Ingénieur des Arts et Métiers, 145. rue de l’Université, Paris (7e), présenté par MM. Androuin et Lemaire ;
- M. Lacroix (Gabriel) (||), professeur a l’Ecole des Arts appliqués, orfèvre-sculpteur, 24, rue Philippe Hecht, Paris (19e), présenté par MM. Magne et J. Fressinet;
- M. Duelos (Paul) ($£, O. 0), ancien industriel et négociant en quincaillerie et
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- outillage, directeur de l’École d’Apprentissage du Commerce de la Quincaillerie, Inspecteur départemental de l’Enseignement technique, 4, rue Sedaine, Paris (11e), présenté par MM. Androuin et Servonnet;
- M. Perrin (René) (ijfc, ^), ancien Ingénieur au Corps des Mines, directeur général des Aciéries électriques d’Ugine, 19, rue François Ier, Paris (8e), présenté par M. Painvin {membre à vie)',
- M. Michot-Dupont (Georges, Francis), ingénieur-chimiste, lauréat de l’Académie des Sciences (prix Darracq 1936) et de l’Office national des Combustibles liquides, à Fontaine-Chaalis (Oise), présenté par MM. Pascal, Bihoreau et Lemaire ;
- M. Pinczon (Jules) (O. i}fc), ingénieur en chef conseil des Chantier et Ateliers de Saint-Nazaire Penhoët, 51, boulevard de l’Océan, Saint-Nazaire (Loire-Inférieure), présenté par M. Lacoin.
- M. Maurice Lenglen (%), chimiste, directeur du Syndicat national de Propagande pour l’Emploi des Engrais, secrétaire général de l’Association française pour l’Étude du Sol, 4, rue de l’Arrivée, à Meudon (Seine-et-Oise), présenté par MM. Scribaux et E. Roux;
- Ces messieurs sont nommés membres de la Société.
- Il convient de signaler que d’autres lauréats de cette année, MM. Rodolphe Germain et Jean Paisseau ont été nommés dans une séance antérieure, ainsi que M. Georges Degaast, lauréat de l'année dernière.
- M. Lacoin, président. — Avant de donner la parole aux rapporteurs et à notre secrétaire général, M. Servonnet, pour procéder à la distribution des récompenses, je dois vous transmettre les excuses de quelques-uns de nos lauréats et aussi de nos collègues du Conseil, retenus en province soit par l’éloignement, soit par leurs occupations.
- Il est procédé ensuite à la distribution des récompenses décernées par la Société d’Encouragement pour l’année 1936. Lecture ou résumé est donné des rapports, reproduits ci-après, présentés à l’appui de ces récompenses.
- La séance est terminée par la projection de quatre dessins animés, deux très anciens et deux tout récents. M. Lemaire, agent générai, signale que cette fin de séance, organisée pour glorifier le précurseur Émile Cohl, lauréat de la Société, a aussi pour objet de montrer les progrès réalisés dans la technique du dessin animé cinématographique, depuis 30 ans; ces dessins animés sont :
- 1° Drame chez les fantoches, 2nd dessin animé, en blanc sur noir d’ÉMiLE Cohl, édité en 1908 par les Établissements Gaumont;
- 2° Joyeux microbes, 3e dessin animé, en blanc sur noir, d’EMiLE Cohl, édité aussi par les Établissements Gaumont, en 1909.
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- Il est rappelé que ces films, qui ont été contre-typés d’après des bandes positives très usagées, ne donnent qu’une idée approchée de la perfection avec laquelle ils ont été présentés au public, lors de leur apparition. Toutefois, ils sont présentés dans les mêmes conditions qu’autrefois, c’est-à-dire au rythme de 16 images par seconde, rythme des anciens films muets, moins rapide que celui qui est exclusivement employé aujourd’hui (24 images par seconde) depuis l’adoption du cinéma sonore.
- Il est rappelé aussi que le Lr dessin animé d’Emile Cohl, Fantasmagorie, dont il n’existait qu’un seul exemplaire dans les archives des Etablissements Gaumont, a été détruit pendant la guerre de 1914-1918 et que personne ne le verra jamais plus.
- Les deux autres dessins animés, récents, sont considérés comme des chefs-d’œuvre du genre. Ce sont :
- 3° Le grand méchant loup, en couleurs et sonore, du maître Walt Disney, édité en 1935. C’est une synthèse heureuse du Petit Chaperon rouge et des Trois petits cochons, adaptée à la chanson du Gros méchant loup, de Frank Churchill, devenue populaire dans le monde entier;
- 4° Sunshine Makers, en couleurs et sonore, édité en 1935, par Van Beuren et distribué par R. K. O. Radio Pictures de Paris, qui l’a prêté gracieusement. On trouve ici le développement d’un thème, la lutte, victorieuse, des bons génies de la lumière et de la joie contre les génies malfaisants de l’obscurité et de la tristesse. L’idée est interprétée avec une verve et une richesse de couleurs extraordinaires.
- Après la présentation de ces quatre dessins animés, qui obtiennent le plus vif succès, l’auditoire est invité à visiter une exposition organisée dans une salle voisine. On y voit, rassemblés, par Al. Lo Duca, grand admirateur d’Emile Cohl, des documents qu’on ne trouve plus guère qu’à la Bibliothèque nationale ou dans les boites des bouquinistes; ce sont : quelques-uns des premiers et des derniers cartons d’Emile Cohl; sa photographie à différentes époques de sa vie; les caricatures qu’il a faites des personnages qui étaient célèbres il y a un demi-siècle ; sa propre caricature par un camarade de la même époque; des exemplaires des Nouveautés cinématographiques des Etablissements Gaumont, annonçant l’édition de films d’Emile Cohl, etc.
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
- (J) On trouvera à la page loi du présent Bulletin un exposé historique et technique du dessin animé et des renseignements détaillés sur l’état actuel de l’industrie dont il fait l’objet.
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOURAG. POUR L’iNDUST. NAT. —MARS-AVRIL 1937 (p. 105).
- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES DÉCERNÉES PAR LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT, ANNÉE 1936.
- Grande Médaille annuelle.
- La Société d’Encouragement décerne chaque année, sut' la proposition de l’un des six comités techniques de son Conseil, une grande médaille portant l’effigie de l’un des plus grands hommes qui ont illustré les arts ou les sciences, aux auteurs, français ou étrangers, des travaux qui ont exercé la plus grande influence sur les progrès de l'industrie française, pendant le cours des six années précédentes.
- Cette grande médaille, à l’effigie de Thénard pour 1936, est décernée, sur la proposition du Comité d’Agriculture, à M. Albert Demolon.
- Rapport présenté par M. Henri Hitier, au nom du Comité d’Agriculture, sur
- l'ensemble des travaux d’agronomie de M. Albert Demolon.
- Ingénieur agronome, sorti de l’Institut national agronomique en 1901, M. Albert Demolon complète d’abord ses études au laboratoire de microbiologie que dirigeait alors notre collègue M. Kayser; en collaboration avec lui, il effectue des travaux qui dénotent aussitôt l’expérimentateur sagace et habile qu’il deviendra bientôt.
- Après concours, en 1909, M. Demolon est nommé directeur de la Station agronomique de l’Aisne, poste qu’il occupe pendant près de vingt ans jusqu’en 1927. Les fonctions de directeur d’une station agronomique aussi importante que celle de l’Aisne semblent devoir laisser, pour des recherches personnelles, bien peu de temps libre à son titulaire. Mais celui qui a la passion de la recherche scientifique sait trouver le moyen de poursuivre des travaux originaux. M. Demolon en est le meilleur exemple : l’esprit toujours en éveil, il saisit toutes les occasions qui lui sont offertes, qu’il suscite au besoin, pour approfondir ses connaissances en chimie agricole, physiologie végétale, biologie. Dans un milieu de culture intensive comme celui de l’Aisne, avec les sols les plus variés, dont des praticiens émérites tendent à tirer des rendements sans cesse plus élevés, ses avis, ses conseils sont chaque jour sollicités, écoutés.
- Les questions qui sont posées à M. Demolon, les réponses qu’il doit y faire le convainquent de la nécessité de reviser bien des notions admises jusque-là sur les propriétés des sols; il se livre en particulier à des recherches sur les limons, ces terres considérées comme les meilleures pour le blé et la betterave. Les propriétés de l’argile colloïdale, l’importance du rôle de cette argile en ce qui concerne la structure physique du sol, son pouvoir adsorbant, sa réaction sont mises par lui en évidence. En même temps, il multiplie des recherches sur la vie microbienne du sol.
- C’est sur l’ensemble des notions nouvelles, dégagées de ses travaux, que
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- M. Demolon s’est appuyé dans sa thèse de doctorat es sciences pour montrer que le sol doit être considéré, non pas comme un simple support mais comme un véritable milieu de culture au sens que les biologistes donnent à ces mots.
- Récemment, à l’Académie des Sciences, notre collègue M. Schribaux a rappelé les nombreux travaux originaux du savant qu’est M. Demolon, « incontestablement aujourd’hui le représentant le plus qualifié de la science du sol ».
- Ce titre aurait certes suffi pour fixer le choix du Comité d’Agriculture et désigner M. Demolon à l’approbation du Conseil de la Société d’Encouragement, pour sa grande médaille annuelle.
- Les travaux de M. Demolon sur le sol sont aujourd’hui classiques. Ses nombreuses publications, ses ouvrages font le plus grand honneur à la science agronomique française.
- Mais qu’il soit permis d’insister sur quelques-unes des applications pratiques pour notre agriculture que M. Demolon a tirées de ses recherches de laboratoire.
- Qu’il s’agisse, par exemple, de la technique même des façons aratoires à donner au sol, M. Demolon a précisé, suivant la nature de ces sols, comment les exécuter pour en assurer la texture la plus favorable à la conservation des propriétés physiques les meilleures.
- Qu’il s’agisse des engrais, il en a indiqué l’emploi le plus économique, alors qu’aujourd’hui encore, leur utilisation, de la part des agriculteurs, reste trop souvent empirique, ou faite sous l’influence de réclames commerciales aussi intéressées qu’habiles.
- Actuellement, nombre de grandes exploitations, ayant remplacé une partie de leurs chevaux et bœufs de trait par des tracteurs, ne produisaient plus assez de fumier pour maintenir la fertilité de leurs terres. M. Demolon et ses collaborateurs du Centre des Recherches agronomiques de Versailles ont mis au point une méthode de fabrication de fumier artificiel, comparable au fumier de ferme, sans l’intervention d’animaux. Les résultats obtenus sont excellents et la fabrication de ce fumier est aujourd’hui entrée dans la pratique de nombre de nos exploitations agricoles; ce qui a permis d’y augmenter, dans tous les cas, la masse de fumier dont l’agriculteur peut disposer pour la fertilisation de ses terres.
- Signalons encore que :
- Le fumier artificiel s’est montré susceptible d’assurer le développement du champignon de couche cultivé uniquement jusqu’alors sur fumier de cheval. M. Demolon et ses collaborateurs ont réussi là où, avant eux, les tentatives faites n’avaient connu que des échecs. L'industrie parisienne du champignon de couche a traversé ces dernières années une crise extrêmement grave, menacée qu’elle était de voir se tarir presque complètement les sources de fumier dont elle avait besoin, par la diminution progressive de la cavalerie des grandes compagnies de transport, menacée qu’elle était encore du fait de la mauvaise composition du fumier produit par des chevaux dans la ration desquels on fait entrer si souvent de la tourbe mélassée. Toute crainte est aujourd’hui disparue.
- Bien autrement source de progrès général en agriculture apparaît la solution
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- que M. Demolon vient d’apporter au fameux problème de la fatigue du sol par les cultures répétées des légumineuses.
- Ce problème, a remarqué M. Schribaux, depuis un siècle, en raison de son importance capitale, a exercé la sagacité des praticiens et des chercheurs de différents pays, problème dont MM. Demolon et Dunez viennent de percer le mystère.
- Dans une série d’expériences méthodiquement poursuivies, M. Demolon a montré, pour la luzerne, que la fatigue est en corrélation avec la production d’un bactériophage qui s’oppose à la symbiose avec le Bacterium radicicola. Le remède a été indiqué : c’est l’inoculation des graines après que le bactériophage a disparu du sol. Dans de nombreuses régions de la France, des expériences faites ont connu un plein succès et, déjà, ces vues nouvelles ont été confirmées en Italie. Elles retiennent actuellement l’attention de la Société américaine d’Agronomie.
- En 1936, les mêmes observations ont pu être étendues par leurs auteurs au trèfle des prés. Il n’est pas douteux qu’elles se vérifieront pour toutes les autres légumineuses. Suivant le mot d’un agronome illustre, les légumineuses sont des plantes merveilleuses dont on ne dira jamais assez de bien. Tout progrès, en effet, réalisé dans la culture des légumineuses, de la luzerne en particulier — on n’a pas assez signalé ce trait particulier — retentit favorablement sur la production agricole tout entière. Où l’on récolte de bonne luzerne, on est assuré de produire beaucoup de bétail, de récolter beaucoup de blé et de betterave, et de les produire à moindres frais.
- Les légumineuses ont plus fait pour l’amélioration des terres au cours du siècle dernier que l’ensemble des engrais chimiques, ne craint pas d’affirmer M. Schribaux; « le seul défaut des légumineuses était que nous n’arrivions pas à en étendre la culture à volonté et à profiter pleinement de leur remarquable propriété d’améliorer les terres au triple point de vue physique, chimique et physiologique ». Il n’en est plus de même aujourd’hui, grâce à MM. Demodon et Dunez. Leur découverte marquera dans l’histoire de l’évolution de la science et de la pratique agricoles au xxe siècle.
- « Les noms de M. Demolon et de son jeune collaborateur y resteront attachés, comme ceux de Schlœsing père et de Müntz demeureront attachés à la découverte du ferment nitrique, et comme ceux d’Hellriegel et Willfarth à la découverte du Bacterium radicicola. »
- M. Demolon est un agronome hors de pair, ayant bien mérité de la science et de la pratique agricoles, par ses recherches, par ses publications et par l’apostolat qu’il a exercé avec tant de bonheur, surtout depuis 1927, depuis que le Ministère de l’Agriculture en a fait un Inspecteur général des Recherches agronomiques. Tels sont, très brièvement résumés, les titres de M. Albert Demolon à l’attribution de la grande Médaille de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale. En 1872, pour la première fois, sur la proposition du Comité d’Agriculture, le Conseil l’attribuait à Boussingault ; il l’attribue aujourd’hui à celui qui suit si brillamment le sillon tracé par ce maître de l’agronomie française.
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- Prix Charles Bardy.
- Rapport présenté par M. Léon Guillet, au nom du Comité des Arts chimiques, sur l’attribution du Prix Charles Bardy à M. René Perrin, pour l’ensemble de ses travaux de métallurgie et notamment sur les réactions rapides par les laitiers.
- Le Comité des Arts chimiques doit faire, pour la première fois, une proposition en vue de décerner le Prix Charles Bardy. Rappelons que ce nouveau prix, fondé par Mme Vve Bardy, doit être décerné, tous les cinq ans, à l’auteur d’une découverte ou d’une application intéressante se rapportant à l'industrie chimique et ayant reçu une sanction industrielle.
- Ce prix en espèces, dont le montant est de 30 000 francs en 1936, est décerné, cette année, pour la première fois.
- Après étude approfondie des différentes candidatures — au nombre de huit — qui s’étaient fait connaître, le Comité des Arts chimiques n’a pas cru pouvoir les retenir et a décidé, à l’unanimité, de présenter M. René Perrin, ancien Ingénieur au Corps des Mines, directeur général des Aciéries de la Société d’Electrochimie, d’Électrométallurgie et des Aciéries électriques d’Ugine.
- M. Perrin est bien connu des membres de la Société d'Encouragement : en mai dernier, il a fait un magnifique exposé du procédé d’élaboration de l’acier qui porte le nom d’Ugine-Perrin et qui, avec ses autres travaux et sa très belle carrière industrielle, le désigne particulièrement pour la haute récompense que le Comité des Arts chimiques est désireux de lui voir attribuer. Rappelons que notre éminent et si regretté collègue Henry Le Chatelier avait tenu à préfacer — par un exposé magistral — l’ensemble des conférences métallurgiques faites en mai 1936.
- Reçu en 1911, à la limite d’àge inférieure, le quinzième à l’École polytechnique et le onzième à l’École normale supérieure, René Perrin choisit l’École polytechnique; il en sort le troisième en juillet 1913, dans le Corps des Mines.
- Tout de suite il est pris par le service militaire; canonnier, puis brigadier et maréchal des logis au 22e régiment d’artillerie, il est nommé sous-lieutenant à la mobilisation, et part au front. Blessé à plusieurs reprises, il est attaché en juin 1916 à la Direction des Forges. C’est donc seulement en 19 L9 que René Perrin entre à l’École des Mines, dont il sort en juillet 1920.
- Aussitôt, la Société d’Ugine demande à M. René Perrin de lui consacrer toute son activité. Il y remplit une très belle carrière : adjoint au directeur des usines d’Ugine, il en devient directeur en 1923 et, depuis 1930, directeur général des aciéries.
- Après avoir développé les services administratifs de la société et les œuvres sociales de l’usine, après s’être spécialement occupé de l’équipement électrique de la vallée de Beaufort, en Savoie, et de l’utilisation du Doron, M. René Perrin
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- crée, à Ugine même, un très important laboratoire, y développe les recherches en vue de l’amélioration de la qualité et de la régularité des fabrications. C’est alors qu’il s’adonne spécialement à l’élaboration de l’acier et est conduit, après de longues et savantes recherches, à la création de ces procédés qui peuvent se résumer de la façon suivante : « brassage violent entre un métal et un laitier préalablement fondus, provoquant des réactions instantanées qui conduisent à l’équilibre et permettent, de ce fait, d’obtenir des produits rigoureusement constants d’une opération à l’autre ».
- L’emploi de ces procédés à Ugine a rendu possibles d’autres perfectionnements importants de l’élaboration de l’acier et a donné la solution de la question très actuelle du réglage de la grosseur du grain.
- D’importantes aciéries étrangères se sont intéressées au procédé et ont pris la décision de l’adopter.
- Les procédés Ugine-Perrin sortent d’ailleurs du cadre de la sidérurgie et ont trouvé leur application dans plusieurs autres branches de la métallurgie.
- M. Perrin a exposé les principes et les conséquences de ces procédés à la Société des Ingénieurs civils (14 octobre 1932), dans la Revue de Métallurgie (janvier et mars 1933), dans la Revue de VIndustrie minérale (juin 1934), au récent Congrès des Mines, de la Métallurgie et de la Géologie appliquée (octobre 1933) et enfin, à notre société (16 mai 1936). Mais ce ne sont pas là les seules publications de M. René Perrin : il a donné différentes notes de géologie, notamment aux Comptes rendus de VAcadémie des Sciences et dans les Annales des Mines.
- C’est à l’un des pionniers de l’industrie française, à l’un de nos ingénieurs les plus hautement appréciés, tant pour sa valeur scientifique et technique que pour sa grande distinction et sa culture générale, à l’auteur d’une des grandes découvertes de l’industrie chimique, qui a reçu la consécration de la pratique en France et à l’étranger, à l'un des bons serviteurs de notre pays que, sur la proposition du Comité des Arts chimiques,-la Société d’Encouragement décerne pour la première fois le prix Charles Bardy en la personne de M. René Perrin.
- Prix Fourcade.
- Les exposants de la classe 47 (fabrication de produits chimiques) à l’Exposition universelle de Paris de 1878, sur l’initiative et avec la coopération de M. Fourcade, ont fondé auprès de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, un prix de 1 000 fr, qui est remis chaque année, en séance solennelle de la Société, à Vouvrier des exposants de la classe 47 ayant le plus grand nombre d'années consécutives dans la même maison. Le montant de ce prix est réduit à 900 fr en 1936, en application du décret-loi de juillet 1933.
- La Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale décerne, pour l’année 1936, le prix Fourcade à M. Gustave Duflot, sur rapport de M. Hyacinthe Servonnet, secrétaire général.
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- Né le 24 mai 1870, M. Duflot est entré le 1er juillet 1882 à l’Usiiie de Wat-trelos (Nord) que possèdent les Établissements Kulilmann, devenus aujourd’hui Compagnie nationale de Matières colorantes et Manufactures de Produits chimiques du Nord réunies. M. Duflot totalise donc plus de 54 ans de services ininterrompus dans la meme maison.
- D’abord employé aux écritures, M. Duflot a su acquérir les connaissances nécessaires pour remplir les fonctions de chimiste, et ses qualités professionnelles l’ont fait désigner ensuite comme contremaître de différentes fabrications. Il a toujours donné des preuves d’une parfaite application au travail et de réelles connaissances techniques dans la conduite des fabrications qui lui ont été confiées. Plusieurs récompenses ont déjà consacré ses mérites : la Médaille de l’Union des Industries chimiques, le prix Édouard Agache en 1925, le diplôme du meilleur ouvrier de France en 1933. Il a élevé deux enfants, l’un, âgé aujourd’hui de 33 ans, l’autre de 27 ans, tous deux occupés aux Établissements Kulilmann.
- Cette année encore, comme les deux années précédentes, le prix Fourcade échoit à un ouvrier des Établissements Kulilmann. Le fait est tout à l’honneur des dirigeants et du personnel de cette vieille Société dont la réputation n’est plus à faire. Comme le faisait observer très justement le rapporteur de l’an dernier, la fabrication des produits chimiques ne semble pas porter atteinte, bien au contraire, à la santé des ouvriers.
- Prix Meynot.
- Rapport présenté par M. Louis Tardy, au nom du Comité d’Agriculture, pour
- l’attribution du prix Mevnot en 1936.
- Le prix Meynot, d’une valeur de 1000 fr (réduite en 1936 à 900 fr en application du décret-loi de juillet 1933) doit être décerne cette année à un cultivateur, viticulteur ou maraîcher d’un département situé dans une région de la France autre que le Sud-Est. Le bénéficiaire doit cultiver son bien ou celui d'autrui en qualité de colon à mi-fruits ou à prix d'argent avec les bras de sa famille, soit seul ou soit avec un ouvrier au plus, avoir donné le meilleur exemple par sa conduite, son assiduité au travail, par l’ordre cle son ménage, et, par Vapplication des meilleures méthodes de culture et de l'outillage le plus perfectionné, avoir réalisé le meilleur résultat dans sa petite exploitation.
- Une enquête sérieuse a permis de constater que la plupart des candidats, qui appartiennent d’ailleurs à des régions très différentes, sont dans l’ensemble très méritants. Ils cultivent en général une petite ou moyenne exploitation, excédant rarement 40 ha, comme propriétaires ou fermiers. Nombreux sont ceux qui ont 8 à 10 enfants; quelques-uns ont même une famille plus importante. Un candidat a élevé 16 enfants et l’autre 17 dont 14 sont encore en vie.
- 18 candidatures d’anciens combattants sont particulièrement intéressantes; ce
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- RAPPORTS RELATIFS AUX RÉCOMPENSES DÉCERNÉES EN 1936.
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- sont des mutilés de guerre ayant pu, par leur travail opiniâtre et leur esprit d’épargne, devenir de petits propriétaires ou petits fermiers, cultivant uniquement leur bien avec « les bras de leur famille ». Le Comité d’Agriculture a proposé deux de ces candidatures qui lui ont paru particulièrement dignes d’intérêt : celles de M. Thimothée et de M. Pinson.
- M. Aimé-Louis Thimothée, âgé de 45 ans, habite Bretagne-d’Armagnac (Gers). Il est pensionné de guerre avec 95 p. 100 d’invalidité à la suite de l’amputation du bras droit. Il est père de 9 enfants dont l’aîné a 20 ans et le plus jeune 4 ans.
- Il exploite une petite propriété rurale de 8,50 ha, qu’il a acquise en 1930 avec le concours du Crédit agricole et la garantie du Département. Un deuxième prêt lui a permis en 1932 d’agrandir sa maison d’habitation afin de pouvoir loger sa nombreuse famille.
- L’exploitation des époux Thimothée n’est pas grande, mais elle est travaillée avec intelligence et compétence. Ils la connaissaient d’ailleurs avant de l’acquérir car ils l’avaient cultivée comme fermiers pendant plusieurs années.
- C’est un ménage uni, laborieux et économe, pouvant être donné en exemple. Malgré ses nombreuses charges et la crise actuelle, il s’est toujours acquitté ponctuellement de toutes ses obligations.
- M. François Pinson, cultivateur à Leinghon en Le Moustoir (Côtes-du-Nord) est âgé de 50 ans. Il est aussi pensionné de guerre, avec une invalidité de 95 p. 100 pour blessures graves au visage et à la jambe droite subies en 1916. La médaille militaire lui a été conférée avec la citation suivante : « Soldat d’une grande bravoure, s’est particulièrement distingué le 22 février 1915 au bois de La Gruerie, où il a été gravement blessé à son poste de combat. » Il est père de 7 enfants vivants, de 11 à 22 ans. Il exploite actuellement une ferme de 12,50 ha avec l’aide de sa famille.
- Les époux Pinson étaient l’un et l’autre domestiques de ferme en 1914. Après son retour de la guerre, M. Pinson a travaillé comme journalier agricole. En 1926, il a contracté un emprunt de 2 000 fr au Crédit agricole pour pouvoir cultiver à son compte 3 ha. Ce prêt a été remboursé en 1928 et, en 1932, un nouvel emprunt de 5 000 fr lui a permis de porter à 12,50 ha l’étendue de son exploitation. Il a remboursé intégralement son emprunt en mars 1935.
- Les renseignements recueillis sur la moralité du ménage Pinson sont excellents : très travailleurs et économes, on les signale comme un bel exemple « de fidélité à la terre natale ».
- Sur la proposition du Comité d’Agriculture, la Société d’Encouragement répartit, en 1936, le Prix Meynot entre MM. Thimothée et Pinson, la moitié de ce prix étant attribuée à chacun d’eux.
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- Médaille Dumas.
- La médaille Dumas a été instituée en 1897, sur l’initiative d’Aimé Girard, en faveur des ouvriers qui, sans quitter les ateliers, se sont peu à peu élevés jusqu au rang de directeur d'usine ou de chef d'un service important dans un grand établissement industriel ou agricole. Le mot ouvrier doit être compris dans son sens le plus large, et, suivant une tradition constante, la Médaille Dumas peut être attribuée à celui qui a débuté comme employé.
- Rapport présenté par M. Pierre Chevlnard, au nom du Comité des Arts économiques, sur les titres de M. Gilbert Lesbre à la Médaille Dumas.
- M. Gilbert Lesbre, né en 1880, est attaché depuis plus de 40 ans aux bureaux de Paris de la Société Commentry-Fourchambault et Decazeville. Engagé le 15 septembre 1896 comme simple employé au service des mines, il passe en 1897 au service des usines, puis devient, en 1907, représentant de la Société pour le rayon de Paris.
- Mobilisé le 2 août 1914 comme adjudant d’infanterie, il reçoit le 14 septembre de la même année une grave blessure, dans des conditions qui lui valent la médaille militaire et la croix de guerre avec trois citations. Réformé en 1915, après avoir subi l’amputation du bras gauche, il reprend, à peine rétabli, son service à la Société Commentry-Fourchambault et Decazeville, et pendant toute la guerre, il contribue à assurer la liaison entre les usines et le Ministère de l’Armement.
- Dès la fin des hostilités, il réorganise la représentation des usines dans le rayon de Paris, l’étend aux provinces recouvrées, installe les stands de la Société à diverses expositions; en 1923, une médaille d’argent, décernée par le Gouvernement belge, le récompense du succès des produits d’Imphy à l’Exposition de Gand. Depuis 1928, il est représentant principal des usines de la Société de Commentry-Fourchambault et Decazeville.
- Pourvu d’une solide instruction générale, mais n’ayant suivi aucune école spéciale, M. Lesbre a su combler les lacunes de sa formation technique grâce à ses qualités d’observation et par un travail acharné. Ayant débuté dans un emploi modeste, il s’est élevé jusqu’à un des postes de chef de service habituellement confiés à des ingénieurs diplômés des grandes écoles, et il s’acquitte de sa tâche avec distinction. Son ingéniosité, son expérience lui font pressentir les applications des produits sidérurgiques nouveaux, et il est, pour les ingénieurs des services techniques, un conseiller commercial très écouté.
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- Médaille grand module.
- Rapport présenté par M. Henry d’Allemagne, au nom du Comité des Constructions et des Beaux-Arts, sur M. Émile Cohl (Émile Courtet), créateur du dessin animé sur 'pellicule cinématographique.
- L’occasion se présente cette année de rendre justice à un des artisans du cinéma sous une des deux formes qui ont conquis définitivement la faveur du public. Il s’agit de celui qu’à l’étranger, où il est beaucoup plus connu que chez nous, on appelle « le père du dessin animé », un Français, Émile Cohl, de son vrai nom Émile Courtet ; il a 80 ans ; il est sans ressources et sans soutien, et aucun moyen ne s’offre plus à lui de se rappeler à la mémoire de ses compatriotes(1).
- La Société d’Encouragement se devait de contribuer à tirer son nom de l’oubli. En effet, c’est dans cette salle même que, le 22 mars 1895, eut lieu la première projection en public de photographies animées, c’est-à-dire de films cinématographiques. présentées par M. Louis Lumière lui-même. La plaque que vous voyez commémore cet événement. Il est remarquable que ce soient trois Français qui ont, l’un, inventé le cinéma, et les deux autres qui ont été les précurseurs des deux formes sous lesquelles il semble s’être fixé, si on fait abstraction du documentaire, qui n’a guère changé depuis 42 ans, de la couleur, du son et du relief; ces deux formes sont le film à grand spectacle et le dessin animé.
- Il est remarquable aussi qu’aucun de ces trois Français, à qui le cinéma doit à peu près tout ce qu’il est devenu, n’a tiré grand profit de son invention ni de ses idées.
- Le créateur du film à grand spectacle, de ce qu’on a appelé d’abord la superproduction, et de sa technique actuelle, avec le studio, tous les truquages et les « gags », en un mot de l’art cinématographique, est Georges Méliès, qui, âgé aujourd’hui de 75 ans, habite, avec sa femme et sa petite-fille, dans le château d'Orly, un appartement mis à sa disposition par la Mutuelle du Cinéma. Il y est au titre de doyen des pionniers du cinéma et de fondateur de la Chambre syndicale des Éditeurs de films(2).
- Émile Cohl, lui, n’est pas à l’abri du besoin.
- Les premières recherches d’Émile Cohl en vue d'utiliser le cinéma pour animer des personnages ou des objets dessinés datent de 1906, soit dix ans environ après l’invention du cinéma. A ce moment, il travaillait pour les Établissements Gaumont; ce sont eux qui projettent en public son premier dessin animé, le premier des dessins animés sur pellicule, Fantasmagorie, le 17 août 1908, à Paris,
- (1) C’est ainsi que dans quatre ouvrages importants écrits par des historiens ou critiques cinégraphiques connus, et qui ont paru en France à l’occasion du 40e anniversaire de l’invention du cinéma, dans trois, on ne cite Émile Cohl qu’incidemment, et, dans le quatrième, on ne le cite même pas. On rapporte que, lorsqu’en 1934, le Consul de France à Los Angeles remit la croix de la Légion d’honneur au maître Walt Disney, celui-ci lui dit qu’il ne l’aurait jamais reçue s’il n’avait été inspiré par les dessins animés d’Émile Cohl.
- (2) Voir, à ce sujet, ce qui est dit à la page 174 du présent Bulletin sur Georges Méliès.
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- au théâtre du Gymnase. C’était une très courte bande de 1 872 images seulement et de 36 m de longueur, en blanc sur noir. D’autres dessins animés de Gohl, édités par Gaumont, sont projetés ensuite : Drame chez les fantoches (20 septembre 1908 ; 80 m de longueur) ; Joyeux microbes (19 avril 1909 ; 102 m)(3) 4 ; Histoire de chapeaux (juillet 1910; 121 m).
- De Paris, ces bandes passèrent aux Etats-Unis où elles furent projetées par les Etablissements Gaumont qui avaient alors un studio à Flushing, dans la banlieue de New York. Elles y furent remarquées et étudiées, image par image, par Windsor Mac Cay, à qui on attribue, à tort, l’invention du dessin animé, parce qu’il sut en tirer parti et lui donner l’essor qu’il a pris aux Etats-Unis tout d’abord, puis dans le monde entier; ce qui explique l’erreur, c’est que Mac Cay créa Gertie, le premier personnage célèbre de dessin animé. Les premières bandes de Mac Cay ne furent projetées en Europe qu’en 1910.
- Voici encore deux autres dessins animés de Cohl : Le travail se fait tout seul et Fantoche, tous deux en blanc sur noir; ceux qui figurent dans la liste qui suit, souvent signés du pseudonyme de « Fantoche », furent coloriés à la main sur la bande positive par Émile Cohl lui-même. Les Établissements Gaumont, dans ceux des numéros de leurs Nouveautés cinématographiques qui ont été publiés de juin 1908 à septembre 1910, annoncent, plus de 60 films de Cohl, qui, d’ailleurs, ne sont pas tous des dessins animés; parmi ces films il convient de citer : H hôtel du silence, Le miracle des roses, A travers les montagnes du Cantal, La vie à rebours, Les allumettes animées, Le cerceau magique, Ni ni c'est fini, Le journal animé, Les frères Boutdebois, Le petit soldat qui devient dieu, Transfigurations, Soyons donc sportifs, La valise diplomatique, Les beaux-arts de Jocko, La lampe qui file, Japon de fantaisie, L'omelette fantastique, L'agent de poche, Le docteur Carnaval, Le grincheux, L'éventail animé, Les locataires d'à côté, Clair de lune espagnol, Modem Ecole, Linge turbulent, Monsieur Clown chez les Lilliputiens, Les Couronnes, Les châteaux de la Loire, Affaires de cœurs, Cadres fleuris, Le binettoscope, Rêve d'enfant, En route, Singeries humaines, Le petit Chantecler, Mobilier fidèle, Les douze travaux d'Hercule, Le peintre néo-impressionniste, Le tout petit Faust, Les quatre petits tailleurs, L'enfance de l'art, Les beaux-arts mystérieux^.
- Les titres mêmes de ces œuvres, toutes remarquables, montrent qu’il s’agit là surtout de films truqués, de transformations, de surprises, de contes merveilleux, de féeries, de marionnettes. Ils datent en effet des débuts de cinéma, lorsque, pour piquer la curiosité des spectateurs, on ne produisait guère que de courtes bandes, de 100 m environ, présentées en intermède dans les fêtes foraines, et dans lesquelles on cherchait surtout à étonner le public, en tirant parti au
- (3) Ces deux dessins animés, le second et le troisième qu’ait produits Émile Cohl, ont été projetés à la fin de la séance solennelle du 13 mars 1937 (Voir p. 1U3 du présent Bulletin).
- (4) On peut quelquefois voiries premiers films de Méliès et les premiers dessins animés de Cohl dans les clubs de cinématographie, tels que le « Cercle du Cinéma », qui ne présente guère que des films classiques, historiques, les « primitifs du cinéma », ayant marqué une époque, et qu’il convient de ne pas laisser tomber dans l’oubli.
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- suprême degré des immenses possibilités qu’offre le cinéma, par exemple, en dévidant le film à rebours.
- Dans ces films et ces dessins animés (on y trouve en germe ou parfaitement développé tout ce qu’on a vu depuis sur l’écran), Émile Gohl se révèle non seulement comme un prestidigitateur habile et d’une imagination féconde, mais aussi comme un fin humoriste, un grand artiste, sachant composer un tableau, et, surtout, comme un poète, épris de beaux paysages, qu’il découvre et sait mettre en valeur.
- Contrairement à beaucoup d’artistes, Émile Colil n’a pas eu une vie très mouvementée. Il n’est pas sans intérêt de la retracer ici brièvement.
- Émile Cohl, de son vrai nom Émile Courtet, est né à Paris, le 4 janvier 1857. Il passe son enfance aux Lilas, où il fait la connaissance de Paul de Kock, alors très âgé, qui paraît avoir contribué beaucoup à développer chez l’enfant le sens du comique. Élève à l’École Turgot pendant le siège de Paris en 1870-1871 et pendant la Commune, il fait l’école buissonnière comme beaucoup de ses camarades attirés par les événements sensationnels de la rue : le goût du dessin se révèle alors chez lui en regardant aux étalages des libraires les nombreuses caricatures qu’a provoquées cette époque troublée.
- En raison de ses dispositions pour le dessin et la composition, ses parents, qui l’avaient tout d’abord destiné au commerce, le placent comme apprenti chez un bijoutier; son apprentissage dure trois ans, pendant lesquels il « croque » tous ses camarades d’atelier. Son patron, bijoutier quelque peu fantaisiste lui aussi, pense à utiliser le jeune Courtet dans une petite salle de théâtre consacrée à la prestidigitation, car c’était l’époque du triomphe de Robert Houdin. Courtet devient donc illusionniste ; mais l’entreprise ne réussit pas.
- A Cherbourg, où il fait son volontariat, il « croque » tout le régiment, y compris son colonel. Ce succès le décide à s’orienter vers la caricature et, en 1878, il devient élève de l’infortuné André Gill. Signalons, en passant, qu’Émile Cohl a voué un culte aux deux hommes qui lui ont révélé sa vocation : l’aimable vieillard qu’était Paul de Kock, et le grand caricaturiste André Gill, qu’il aimait comme un père. C’était la mode, à cette époque, de prendre un pseudonyme, et c’est sous celui d’Émile Cohl qu’Émile Courtet collabore comme dessinateur à plusieurs périodiques : Le Charivari, Les hommes d'aujourd'hui, L’hydropathe, Le Bulletin de vote, Les Chambres comiques. Entre temps, il fait de courtes incursions dans le théâtre.
- Sa collaboration aux périodiques ne s’est pas bornée aux dessins et caricatures : dès son plus jeune âge et pendant 60 ans, Émile Cohl y tint la rubrique des « jeux d’esprit » rébus, devinettes, problèmes, etc., qui étaient en grande faveur auprès de la jeunesse avant qu’elle se fût adonnée aux sports. Il a expliqué lui-même comment la nécessité de toujours créer du nouveau dans ce genre d’exercices prépare merveilleusement l’esprit à imaginer des sujets de dessins animés
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- hautement fantaisistes. Mais l’imagination ne suffit pas : il y faut aussi du goût, de l’art et de l’humour.
- On a vu plus haut qu’Émile Cohl travailla de 1907 à 1911, comme « truqueur » aux Établissements Gaumont. En 1911, il entre chez Pathé; en septembre 1912, il passe au journal Eclair américain, se rend aux États-Unis pour ce journal : aux Ateliers de Fort Lee (État de New Jersey), il produit environ 150 bandes où figure un personnage Snookuns, créé par le dessinateur américain George Mac Manus, personnage devenu Zozor en Europe et Petit Ange en France.
- Cohl revient en France en mai 1914; la guerre et le triomphe du dessin animé américain devaient mettre fin à sa carrière. En 1921, il donne son dernier dessin animé, mais il lui est impossible de trouver un éditeur en France. Il avait alors 65 ans.
- Émile Cohl a créé plus de 300 dessins animés jusqu’en 1921; on a vu que sa production cessa presque complètement quand survint la guerre. 11 avait alors 57 ans; après la guerre, il était trop tard pour refaire sa vie : en 1921, les Américains avaient déjà conquis le marché du dessin animé ;'!; ils le détiennent encore. Et cependant, si sa main tremble bien un peu pour écrire, Émile Cohl, malgré ses 80 ans, peut toujours dessiner et dessine encore : son trait est resté ferme et sûr.
- C’est le Comité des Constructions et des Beaux-Arts qui a proposé de décerner une haute récompense honorifique de la Société d’Encouragement à Émile Cohl.
- Grâce à la générosité de Mlle Fremont, qui a autorisé la Société d’Encouragement à détourner de sa destination primitive une partie des fonds du Prix Charles Fremont qu’elle a créé en souvenir de son frère, et de M. Léon Gaumont, membre du Conseil de la Société, une somme de 4000 fr a pu être jointe au prix honorifique exceptionnel qui est décerné aujourd’hui au Français Émile Cohl « le père du dessin animé ».
- (5) Dans le présent Bulletin, on trouvera p. 131 à 174 : 1° une étude historique sur ce que l’on pourrait appeler les précurseurs du dessin animé, c’est-à-dire le dessin animé avant la photographie et le cinématographe, et 2° l’élat actuel de l’industrie du dessin animé dans le monde et quelques renseignements sur sa technique.
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- Médailles d’or.
- Rapport présenté par M. Paul Dumanois, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur les travaux touchant les constructions navales de M. Jules PlNGZON.
- Comme les années précédentes, l’Association technique, maritime et aéronautique a proposé à notre Société, pour l’attribution d’une récompense, un de ses membres particulièrement qualifié : M. Jules Pinczon, ancien Ingénieur du Génie maritime, Ingénieur en chef conseil de la Société des Chantier et Ateliers de Saint-Nazaire Penhoët.
- M. Pinczon a présenté 4 mémoires :
- en 1898, sur les vibrations d’une machine marine, à propos de laquelle il a introduit l’étude expérimentale sur petit modèle, fournissant une contribution originale sur une question toute nouvelle;
- en 1930, un mémoire sur le calcul direct des longueurs envahissables par l’eau à bord d’un bateau, calcul devant servir à la détermination du compartimentage des navires à passagers. La méthode de tracé imaginée par M. Pinczon est si simple que n’importe quel dessinateur peut, sans préparations spéciale, tracer cette courbe avec beaucoup de précision;
- en 1931, sur l’application de la soudure à l’arc en construction navale, en utilisant un barème de comparaison entre l’assemblage rivé nécessaire et la soudure électrique ;
- enfin, en 1936, sur l’emploi du calcul pour la détermination des échantillons de membrures des grands paquebots et particulièrement du paquebot Normandie, note qui représente une véritable synthèse des procédés de la résistance des matériaux et de la statique graphique appliquées à la construction navale.
- L’intérêt de ces mémoires ne résulte pas seulement de leur valeur intrinsèque, mais surtout du fait qu’ils concrétisent l’expérience pratique d’une brillante carrière d’ingénieur.
- Rapport présenté par M. P. Nicolau sur l’activité de I’Association française de
- Normalisation (A. F. N. O. R.)
- A l’heure où tant de graves problèmes techniques, économiques et sociaux portent notre Société à se pencher avec une sollicitude accrue sur l’industrie française, il était de son devoir de dresser le bilan de l’œuvre de normalisation dont elle a prévu de longue date l’importance capitale et guidé les premiers pas.
- Les normalisateurs français sont groupés depuis 1926 en une association, l’Association française de Normalisation (A. F. N. O. R.), chargée, d’une part, de coordonner leurs travaux et d’en développer l’ampleur, d’autre part, d’assurer
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- leur liaison avec le Comité supérieur de Normalisation, les Pouvoirs publics et les organismes similaires étrangers.
- En dix ans, ils ont réussi à élaborer 1 026 normes touchant les branches les plus diverses de l’industrie : électricité, mécanique, automobile, métallurgie, mines, textiles, alimentation, bâtiment. Dans le même temps, le nombre des bureaux de normalisation chargés de la préparation des normes est passé de 3 à 6.
- Ces chiffres, encore trop modestes en regard de l’œuvre accomplie dans nombre de pays étrangers, ne donnent pas la mesure de l’action de l’A. F. N. O. R. C’est qu’en effet, l’A. F. N. O. R. ne s’est pas contentée d’assumer avec succès la mission, d’ailleurs souvent délicate et ingrate, de coordination, de liaison et de représentation qui lui incombait : elle a su, par une propagande active et pressante, développer dans les milieux scientifiques et industriels cet « esprit de normalisation », indispensable pour la réussite de l’entreprise, auquel le tempérament français a tant de peine à s’adapter.
- Débordant le cadre qui lui avait été assigné, elle n’a pas hésité à pallier l’insuffisance d’organisation de certaines industries devant le prodigieux développement de la normalisation mondiale, en créant elle-même 34 commissions, véritables bureaux de normalisation, dont elle a assuré le fonctionnement, malgré l’insuffisance manifeste de ses ressources.
- Mais, plus encore par la grandeur des difficultés qu’elle a su surmonter, dans le heurt incessant des doctrines, des personnes et des intérêts, que par la qualité et l’importance numérique des résultats qu’elle a obtenus, l’A. F. N. O. R. a bien mérité de l’industrie française.
- En lui décernant une médaille d’or, la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale ne se propose pas seulement de rendre un hommage reconnaissant aux savants et ingénieurs éminents qui successivement l’ont présidée : Rateau, Ulrich, Dalbouze, puis M. Brvlinski; elle entend encore récompenser le dévouement éclairé de son actif directeur général, le général Girardeau, et de son personnel, ainsi que le travail désintéressé de tous ses collaborateurs bénévoles et bureaux de normalisation, dont elle a su faire converger les efforts vers l’intérêt supérieur du pays et le rayonnement du prestige de la technique et de la science françaises à l’étranger.
- Rapport présenté par MM. M. J. Androuin et H. Servonnet, au nom du Comité des Arts mécaniques et du Comité de Commerce, sur l’œuvre d'apprentissage de M. Paul Duflos.
- M. Paul Duflos a remis à la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale l’ensemble des ouvrages qu’il a écrits pour l’usage des cours professionnels de la quincaillerie.
- L’auteur s’est proposé de fournir aux jeunes vendeurs et commis de la quincaillerie les données principales qu’ils doivent posséder pour renseigner utilement les clients sur la construction et les dimensions principales des articles
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- offerts, et, au besoin, pour guider ces clients clans leur choix lorsque, pour le même usage, il existe dans le commerce plusieurs articles répondant approximativement aux conditions exigées.
- Les descriptions y sont présentées avec ordre et méthode. Chacune d’elles ne contient que l’essentiel. Toutes précautions ont été prises pour éviter d’alourdir la rédaction et pour présenter, sous le moindre volume possible, une documentation suffisante.
- Le premier volume traite de la quincaillerie de bâtiment.
- On y trouve, dans un premier chapitre, quelques données sur l’élaboration des produits métallurgiques et des demi-produits.
- Les chapitres suivants traitent des différentes catégories de ferrures et accessoires qui sont d’usage courant dans la construction et l’aménagement des bâtiments d’habitation et autres.
- A ce volume sur la quincaillerie de bâtiment font suite plusieurs fascicules traitant de l’outillage, comme suit :
- 1er Étaux, outils de forge; — 2e La lime; — 3e Outils pour chaudronniers, tôliers, ferblantiers, plombiers, couvreurs et maréchaux; — 4e Outils de perçage, alésage, meulage; — 5e Outils de filetage; tarauds et filières.
- D’autres fascicules, en préparation, traitent respectivement des outils de serrage et des outils de traçage.
- Dans tous ces fascicules, l’auteur a su faire un choix judicieux entre les innombrables articles qui sont dans le commerce, et donner, pour chacun de ceux qq’il a retenus, des descriptions courtes, précises, où il mentionne les emplois et les avantages principaux de chaque système.
- L’auteur s’est documenté d’une manière très complète, et a pu ainsi réaliser de véritables manuels d’enseignement, qui sont « à jour » par rapport à l’évolution de la technique.
- Les exposés ne sont d’ailleurs pas toujours limités aux descriptions pures et simples, et, dans certains cas, l’auteur a su mentionner opportunément quelques détails de l’évolution des outils qu’il décrit.
- La quincaillerie a pu être considérée autrefois comme une branche d’industrie et de commerce relativement routinière. M. Paul Duflos, avec l’accord de ses collègues de la Chambre syndicale du Commerce et de la Fabrication de la Quincaillerie, a réagi vigoureusement contre cet état de choses.
- L’édition des ouvrages cités n’est qu’une partie de l’activité bienfaisante que M. Duflos a exercée pour fonder et mener au succès l’École d’Apprentissage du Commerce et de la Fabrication de Quincaillerie et Outillage.
- L’apostolat de M. Duflos et de ses collègues s’est d’ailleurs manifesté tout récemment par une Exposition des Instruments et Outils d’autrefois, qui a eu lieu en avril 1936 au Musée des Arts décoratifs, et dont le succès a été très grand.
- Une brochure, que M. Duflos a jointe à ses ouvrages, donne le catalogue de cette exposition et relate la visite qu’y ont faite, les 21 et 23 avril 1936, les élèves de l’École et les patrons quincailliers.
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- L’auteur est lui-même un ancien quincaillier, qui a dirigé, de 1908 à 1923. une importante maison de commerce de quincaillerie.
- Depuis 1923, il a consacré la pins grande partie de son activité à l’éducation des jeunes quincailliers. Les institutions, à la création et au développement desquelles il a largement collaboré, sont à citer en exemple aux représentants qualifiés des branches d’industrie et de commerce pour lesquelles l’enseignement professionnel serait encore insuffisant.
- Rapport présenté par M. Albert Portevix, au nom du Comité des Arts chimiques, sur les travaux de métallurgie de M. Jean Hérenguel.
- Une des orientations modernes de la métallurgie est l’obtention de métaux de plus en plus purs, tant pour améliorer la ductilité que la résistance à la corrosion. C’est ainsi qu’on produit industriellement à l’heure actuelle des métaux dont le total des impuretés est inférieur à 1/1 000 et moins, d’où le développement et le perfectionnement des procédés d’épuration chimique ou électrolytique utilisés depuis déjà longtemps. A côté de ces procédés est venue la purification en passant par un composé gazeux, tel que le nickel-carbonyle ou le fer-carbonvle. Mais d’autres méthodes de purification utilisées en chimie, telles que la distillation et la filtration, n’avaient guère été appliquées aux métaux.
- M. Jean Hérenguel, Ingénieur des Arts et Métiers (Lille, 1929), licencié ès sciences, ingénieur-chimiste de l’Institut de Chimie appliquée de Lille, s’est attaché, dans son travail de thèse de doctorat, à réaliser la purification du magnésium industriel en faisant précisément appel à ces procédés.
- Ce travail a été poursuivi de 1931 à 1936 au Laboratoire de Recherches du professeur Chaudron, à une échelle semi-industrielle. Il a eu recours à la sublimation ou à la distillation et à la filtration de la vapeur métallique, la fusion et la coulée du métal condensé s’effectuant ensuite en atmosphère d’argon.
- Mais cette fusion peut aussi s’effectuer sous un flux protecteur et on peut éliminer le chlore du métal brut par « filtration » du métal fondu; cette dernière méthode permet de régénérer le métal altéré par fusion, de sorte que les fusions successives du magnésium, suivies de filtrations correctement faites, conservent au métal sa pureté et ses propriétés mécaniques.
- Ce travail a été sanctionné non seulement par le titre de docteur de l’Université de Lille, accordé à sa thèse avec mention très honorable, mais par la pratique industrielle que M. Hérenguel a ensuite mise au point comme ingénieur au service des Recherches de la Société des Tréfileries et Laminoirs du Havre.
- Ces nouveaux procédés ont apporté une précieuse contribution à l’élaboration industrielle des alliages aluminium-magnésium dont on sait tout l’intérêt au point de vue de la corrosion marine. Ils peuvent être étendus aux métaux volatils et, notamment, ils ont été mis à profit pour l’obtention, par sublimation, du calcium pur, dont les propriétés ont été étudiées par un lauréat de la Société
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- d’Encouragement, M. Paul Bastien. Ils sont d’ailleurs susceptibles de généralisation et d’application à d’autres métaux industriels très intéressants.
- Dans cette suite de recherches scientifiques, aux résultats industriellement féconds, M. Hérenguel a su mettre à profit les connaissances acquises dans le double enseignement qu’il a reçu, technique à l’École des Arts et Métiers, scientifique à l’Université de Lille; il l’a fait de la manière la plus ingénieuse et la plus heureuse pour surmonter les difficultés pratiques de réalisation et d’adaptation industrielles.
- Rapport présenté par M. E. Fleurent, au nom du Comité des Arts chimiques,
- sur le procédé de radiovulcanisation de MM. René Dufour et Henri Leduc.
- MM. René Dufour et Henri Leduc, sortis tous deux en 1911 ingénieurs diplômés de l’École de Physique et de Chimie industrielles de la Ville de Paris, avaient présenté à la Société, pour concourir au prix Bardy, le travail qui fait l’objet du présent rapport. Le prix Bardy ne leur a pas été décerné, mais le travail.de MM. Dufour et Leduc a cependant, vu son importance, retenu l’attention du Comité des Arts chimiques.
- Actuellement, l’application des recherches de MM. Dufour et Leduc s’adresse à la partie si importante de l’industrie du caoutchouc qui concerne la vulcanisation. M. Leduc est un spécialiste de cette industrie à laquelle il a été attaché dans différents établissements. M. Dufour, docteur ès sciences, sous-chef des Travaux pratiques d’Électrochimie à l’École de Physique et de Chimie, membre du Comité de Chimie de l’Office national des Inventions, est bien connu par ses travaux sur les fours électriques à haute fréquence. C’est de la conjonction de leur compétence en ces matières qu’est né leur procédé auquel ils ont donné le nom de « radiovulcanisation ».
- Des premiers essais avaient été faits dans cette voie par M. Leduc, qui soumettait à l’action d’un champ magnétique alternatif à haute fréquence (10 000 à 100000 p/sec) le caoutchouc, non conducteur, additionné, outre les substances habituelles, de charges conductrices sous forme de poudres ou de grenailles.
- Dans ces conditions, ce caoutchouc s’échauffe instantanément d’une manière homogène dans toute sa masse et la vulcanisation est obtenue à une allure de rapidité et de régularité inconnues jusqu’alors. Ce procédé avait attiré l’attention du Syndicat de l’Industrie du Caoutchouc, qui avait attribué à son auteur, pour l’encourager, un prix de 4 000 fr, en 1934.
- Mais son application se heurtait alors à un certain nombre de difficultés dont la principale était que l’obligation d’ajouter au caoutchouc des charges métalliques (poudres ou grenailles), en altérait les qualités et le rendait impropre à beaucoup d’applications. La collaboration intime qui s’est alors établie entre MM. Dufour et Leduc a permis de vaincre cette difficulté d’une manière fort ingénieuse, qui a consisté à remplacer l’effet d’induction magnétique primitivement
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- utilisé par un autre effet (les courants à haute fréquence, qui est celui de réchauffement diélectrique qu’ils produisent. Mais cet effet ne se manifeste avec une grandeur utilisable que pour des fréquences beaucoup plus élevées que celles employées dans la première méthode et exige un appareillage totalement différent, les générateurs nécessaires étant ceux qui produisent des ondes courtes comme celles qui sont utilisées en radiophonie. De là le nom de radiovulcanisation. Pour leurs recherches, MM. Leduc et Dufour ont été aidés par la Compagnie générale de Radiologie, l’Office national des Inventions et la Société industrielle des Téléphones, qui ont mis à leur disposition leurs conseils et leur matériel. En application, le caoutchouc, sans autres charges que celles qu’on a coutume de lui incorporer, est, en principe, simplement placé entre les deux plateaux d’un condensateur soumis à une différence de potentiel alternative de très haute fréquence, de l’ordre de 107 p/sec. Dans ces conditions, le caoutchouc s’échauffe rapidement jusqu’à la température nécessaire à la vulcanisation, sans transmission de chaleur dans la masse, celle-ci se produisant in situ, c’est-à-dire en chaque point de la matière.
- On a une idée de la rapidité de cet échauffement lorsqu’on constate qu’il ne faut pas plus de 30 min pour dégeler à 60-70° un bloc de caoutchouc de 43x45x60 cm qui, par les méthodes actuelles, demande de 2 à 4 jours suivant la température utilisée.
- Le procédé de MM. Dufour et Leduc est couvert en France par les brevets nos 804 595 et 808 612, et déjà appliqué dans les deux principales sociétés qui sont, la Société industrielle des Téléphones et les Établissements Hutchinson. Il est d’une grande souplesse d’utilisation et a déjà permis de résoudre les problèmes suivants : Vulcanisation des cylindres de papeterie et d’imprimerie; — Réchauffage des balles de gomme gelée et plastification; — Vulcanisation des courroies et tissus; — Vulcanisation continue des fils et câbles électriques; — Fabrication des caoutchoucs spongieux et des pneumatiques; — Filage, par thermo-coagulation continue du latex, de fils, bandes, etc..., de sections variées, etc....
- Le procédé de MM. Leduc et Dufour n’est pas seulement applicable au caoutchouc, pour lequel il simplifie l’appareillage, la durée de travail et la main-d’œuvre et diminue, par conséquent, les dépenses afférentes au prix de revient. Il est applicable à toute industrie dans laquelle on doit chauffer des matières mauvaises conductrices de la chaleur sous des épaisseurs importantes. C’est, autrement dit, un mode nouveau de chauffage industriel, d’autant plus original et économique qu’il utilise l’énergie perdue par réchauffement des diélectriques en rendant celui-ci uniforme et assez important pour pouvoir porter les corps qui lui sont soumis aux températures nécessaires à leur transformation.
- Pour toutes ces raisons, sur la proposition du Comité des Arts chimiques, la Société d’Encouragement décerne une médaille d’or à M. Dufour et une autre à M. Leduc.
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- Rapport présenté par M. Paul Pascal, au nom du Comité des Arts chimiques,
- sur le procédé de distillation méthylante de M. Francis Michot-Dupont.
- M. Michot-Dupont, né en 1890 de parents français domiciliés en Angleterre, s’est formé dans ce pays, où il a vécu dans l’entourage de Ramsay et de Perkins. Il est revenu gravement blessé de la guerre et s’est fixé définitivement en France, où il a mené parallèlement des recherches industrielles sur les graisses et des recherches de laboratoire sur les combustibles solides et liquides.
- Ce dernier travail a fini par l’accaparer tout entier et l’a conduit à une méthode de valorisation très remarquable des charbons incomplets, tels que tourbes et lignites. Il a eu le double mérite d’apporter un procédé chimique nouveau et de mettre au point le four approprié à ce traitement. Ces inventions, développées jusqu’à l’étape industrielle, sont maintenant complètement au point; des fours de plusieurs tonnes par jour fonctionnent depuis près d’un an; une unité de 25 tonnes/jour a été mise en place dans une usine du Midi à la fin de 1936.
- M. Michot-Dupont a obtenu la disparition pratiquement totale des composés phénoliques dans les goudrons de lignite ou de tourbe, et leur remplacement par une quantité du même ordre de carbures aromatiques méthylés, grâce à la carbonisation en présence de quelques centièmes de réactifs : acétate de chaux, carbonate de soude, fer divisé. Il accroît en même temps la récolte en goudrons bruts, et parfois de 50 p. 100; il allège ces produits, les fluidifie et les stabilise de façon remarquable.
- Le traitement ultérieur de ces goudrons est grandement facilité par la suppression des émulsions aqueuses, l’inutilité des lavages alcalins et la perte du caractère corrosif des liquides à fractionner.
- D’autre part, en milieu humide et alcalin, le soufre est mobilisé de façon notable dans les gaz, sous forme facilement récupérable, et son départ facilite le raffinage des essences.
- On pourra se faire une idée des améliorations apportées en comparant les résultats de la distillation d’un même lignite, dans le même four, soit qu’on utilisq la carbonisation ordinaire, soit qu’on mette en jeu le procédé Michot-Dupont.
- Voici, par exemple, les rendements, en litres à la tonne, obtenus sur diverses fractions des goudrons :
- Fraction 0-180°. Fraction 180-250°. Au-dessus de 250°.
- Ord. Michot. Ord. Michot. Ord. Michot.
- Lignite du Gard. . . 6,5 21,3 9,5 31,0 55,9 41,9
- Lignite d’Espagne. . 3,6 40,0 11,9 21,2 29,0 28,0
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- De même, l’analyse de la fraction 0-180° donne les pourcentages suivants :
- Carbures aromatiques. Phénols.
- Lignite du Périgord. . . . Ordinaire. . . 65 Michot. 92 Ordinaire. 26,5 Michot. 1
- Lignite d’Espagne .... . . 46 85 19 1
- Lignite tchécoslovaque . . 21 80 40 4
- Après avoir essayé plusieurs des fours actuels, qui sont assez mal adaptés à la méthylation, l’inventeur a imaginé et construit un four continu qui lui a donné satisfaction du premier coup.
- L’appareil se compose essentiellement d’une partie tubulaire en forme d’U horizontal, dont les deux branches se recourbent vers un bac à eau formant joint hydraulique. Ce tube est chauffé par l'extérieur. Une chaîne continue, portant des disques perforés transversaux, est tirée par une roue motrice et assure le transport vers le point chaud de la matière fournie par une trémie doseuse.
- Les produits qui distillent sont localisés au voisinage de l'axe par les disques perforés et ne touchent pas aux parois surchauffées avant d’échapper par une tubulure latérale; le cracking est ainsi supprimé et les parois du four ne présentent aucun dépôt carboné, même après un an de travail. Une deuxième enveloppe tubulaire entoure le tube central et conduit les fumées de l’organe de chauffage; l’ensemble fonctionne ainsi comme un véritable échangeur de température, et il en résulte un bilan thermique excellent qui permettra, le plus souvent, de se contenter des gaz de la distillation pour chauffer l’appareil.
- L’ensemble est extrêmement ramassé, facile à surveiller et à réparer; on sera surpris d’apprendre que le prochain four de 25 tonnes/jour a été mis en place en janvier 1937 dans une usine du Midi de la France et qu’il a traversé la France tout monté, sur un camion de 15 t.
- L’augmentation du rendement en huiles légères et leur déphénolation, parfois totale, sont loin d’être les seules caractéristiques du procédé Micliot-Dupont. A ses avantages quantitatifs s’ajoute une qualification toute nouvelle des diverses fractions, et particulièrement de l’essence, qu’aucun autre procédé ne peutappprter.
- En effet, la méthylation des phénols n’en altère pas la structure, de telle sorte que les produits défavorables de la distillation ordinaire sont remplacés par des carbures aromatiques méthylés, qui forment souvent plus de 80 p. 100 de la fraction essence. Celle-ci est donc susceptible d’être utilisée comme appoint antidétonant, en particulier dans les essences d’aviation, ou encore comme unisseur dans les carburants ternaires à base d’alcool.
- Parmi ces dérivés méthylés, le toluène et le xylène doivent être également considérés comme point de départ d’explosifs de choix : tolite et xylite, et seul un procédé de distillation mélhylante est susceptible de les fournil- en aussi grande quantité. Pour chiffrer l’intérêt du procédé, il suffira de noter que le charbon permet de charger par tonne deux obus de 75 en tolite, alors que certains
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- lignites du Midi ou d’Espagne assureraient, par tonne de combustible humide, la charge de 30 à 40 de ces projectiles, quand on leur applique le procédé Michot-Dupont.
- La distillation méthylante, déjà viable en temps de paix quand on opère à une échelle suffisante, serait d’un intérêt primordial en temps de guerre, tant du point de vue de l’aviation que de l’artillerie.
- Cette étude rapide ne serait pas complète si on n’évoquait, pour finir, la physionomie de l’inventeur, travailleur acharné autant qu’habile, loyal autant que modeste, qui a su soutenir, depuis plus de sept ans, la foi de ses proches et de quelques amis dévoués, en donnant dans ce groupe l’exemple permanent des sacrifices matériels.
- Rapport présenté par M. René Dubrisay, au nom du Comité des Arts chimiques, sur les travaux de M. Charles Rerthelot sur les combustibles solides et liquides.
- M. Charles Berthelot est bien connu par ses recherches et ses ouvrages sur les combustibles. Il s’est acquis dans ces questions une compétence spéciale et une autorité indiscutée.
- Il vient de publier un nouvel ouvrage, intitulé Carburants de synthèse et de remplacement dont la lecture s’impose à tous ceux qui, pour un motif quelconque, s’intéressent à cette question si passionnante et si complexe. Il ne se borne pas à l’exposé des méthodes qui ont permis, soit en France, soit à l’étranger, de préparer l’essence synthétique : il décrit aussi avec la plus grande netteté des procédés actuellement encore à l’essai, et qui consistent à alimenter les véhicules automobiles, soit avec le gaz d’éclairage, contenu dans des bouteilles d’acier, soit avec le gaz de gazogènes solidaires des dits véhicules, c’est-à-dire, en somme, au moyen de combustibles solides. Toutes ces questions sont exposées de la façon la plus complète, non seulement du point de vue chimique, mais également du point de vue de l’utilisation mécanique ; le côté économique est également minutieusement développé.
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- Rapport présenté par M. E. Schribaux, au nom du Comité d’Agriculture, sur les travaux d'agronomie de M. Maurice Lenglen.
- Au cours des 30 dernières années, M. Maurice Lenglen a été l’un des meilleurs artisans des progrès réalisés par l’agriculture française, notamment dans le domaine des engrais, des semences sélectionnées, des aliments du bétail, de la mutualité et de la coopération agricoles.
- En 1905, M. Lenglen fondait dans l’Oise un laboratoire d’analyses. L’activité inlassable du chimiste, doublé d’un agronome, déborda bien vite sur toutes les questions agricoles d’une actualité pressante pour les agriculteurs de la région :
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- organisation des marchés du lait et delà betterave à sucre; syndicats de contrôle de réception betteravière; syndicats d’achats en commun; caisses de crédits, etc. M. Lenglen préside depuis 1925 le Syndicat départemental agricole de l’Oise, qui ne groupe pas moins de 5 000 agriculteurs. L’ouvrage qu’il a publié, en collaboration avec M. Leroux, sur l’agriculture de l’Oise, est une de nos meilleures monographies agricoles départementales. Un prix de l’Institut en a consacré les mérites.
- Le champ d’action de M. Lenglen s’est grandement élargi depuis 1920, depuis qu’il dirige le Syndicat national de Propagande pour développer l’Emploi des Engrais, syndicat dont il est le fondateur. On lui doit également la fondation de l’Association française de la Science du Sol, qui en a fait son secrétaire général.
- Desestrès nombreuses publications, je mentionnerai seulementlcs plus importantes : L'industrie des cyanures (1903); — L'agriculture dans le département de l'Oise (1909); — La culture de la betterave (1912); — Rôle, importance et emploi de la chaux en agriculture (1923); — Pourquoi, oh, quand et comment employer les engrais (deux éditions, 1928 et 1931); — Annuaire des engrais, des aliments du bétail, des insecticides et des anticryptogamiques (deux éditions, 1932 et 1935); — L'évolution de la théorie et de la pratique de l’emploi des engrais à travers les âges.
- Grimaux nous a fait connaître Lavoisier comme chimiste, mais il a laissé l’agronome dans l’ombre. Dans un récent et très remarquable travail, M. Lenglen vient de réparer cet oubli et de démontrer que l’illustre savant fut de beaucoup le plus important des précurseurs de la science agricole moderne.
- Rappport présenté par M. G. Moussu, au nom du Comité d’Agriculture, sur les
- travaux de MM. Emile Pécard et J.-B. Martin sur la tuberculose bovine.
- La tuberculose est l’une des affections graves susceptibles de frapper l’espèce bovine. Ses modalités d’évolution, chez cette espèce, sont assez comparables à celles de la tuberculose humaine et, bien qu’il y ait des différences biologiques incontestables entre les bacilles tuberculeux dits type bovin et type humain, le bacille type bovin peut se rencontrer à l’origine et dans les lésions de certaines manifestations de la tuberculose chez l’espèce humaine. Aussi conçoit-on que l’on se soit depuis longtemps préoccupé de lutter contre la tuberculose bovine, tant pour les pertes causées à l’élevage que pour les dangers possibles résultant de la consommation des produits animaux : viandes, lait, beurre, fromages.
- Mais la lutte antituberculeuse chez l’espèce bovine est, sinon aussi complexe que chez l’espèce humaine, du moins entourée de difficultés telles que la réglementation sanitaire sur la prophylaxie obligatoire, en application de la loi de 1898 sur les maladies contagieuses, a dû être abandonnée après plus de 30 ans d’application comme radicalement inefficace.
- Cette réglementation primitive a été remplacée par les dispositions de la loi du 7 j uillet 1933, mise récemment en application, pour la pratique de ce que l’on
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- a appelé la prophylaxie libre. Nul ne serait en droit, actuellement, de formuler une opinion autorisée sur son efficacité ou son inefficacité possibles avant que l’épreuve du temps ait imposé son jugement; mais il peut être utile et avantageux pour tous de faire connaître ce qui peut être obtenu dans cette lutte antituberculeuse chez l’espèce bovine par des initiatives personnelles, et, en conformité des lois, suivant un plan d’action exécuté avec méthode, précision et persévérance. C’est dans ce but qu’il convient de résumer très brièvement un travail exécuté par M. Pécard, directeur des Services vétérinaires du département d’Indre-et-Loire. Il s’agit d’une entreprise poursuivie pendant plus de dix ans, en plein accord avec des sociétés d’assurances mutuelles contre la mortalité du bétail, dans sa région.
- La tuberculose bovine est disséminée un peu partout en France, plus répandue cependant dans les régions à stabulation permanente ou prolongée, c’est-à-dire là où les animaux séjournent longtemps à l’étable, que dans les régions où ils vivent en plein air.
- Les statistiques générales de saisies pour cause de tuberculose, établies dans les abattoirs des grandes villes, donnent une idée relative de la fréquence de l’affection, mais ne renseignent que bien peu sur sa répartition dans les régions d’élevage. Les statistiques départementales, faisant au contraire connaître le pourcentage des cas de saisies dans les abattoirs et les tueries particulières, permettent davantage de se faire une idée plus exacte de la répartition de la maladie dans une région, bien que les déplacements d’animaux exposent encore à des erreurs d’interprétation. Dans maints départements, certaines régions peuvent être très infectées alors que d’autres le sont fort peu. C’est ainsi que dans le département d’Indre-et-Loire, où la population bovine est représentée par des laitières dans la proportion de 80 p. 100, soumises au régime de la stabulation semi-permanente, la dissémination de la tuberculose bovine offre ce caractère particulier d’être bien plus répandue dans le Sud du département, où il existe des exploitations très infectées, que dans le Nord, pays de culture, où les étables touchées ne sont que peu infectées.
- Le taux des saisies pour cause de tuberculose n’a guère varié de 1923 à 1932, ce qui montre que l’état sanitaire général est resté à peu près le même durant cette période, ce qui s’explique par la difficulté d’application des mesures efficaces sur un plan général, la persévérance dans la surveillance sanitaire étant la condition indispensable du succès : continuité de vues dans l’action.
- Partant de cette idée que les éleveurs ou exploitants faisant partie d’une société d’assurance mutuelle-bétail avaient pour but unique de limiter ou d’éviter les pertes, M. Pécard se proposa de rallier à son projet de lutte contre la tuberculose quelques dirigeants de mutuelles ayant assez d’instruction ou de jugement pour saisir tout l’intérêt qu’il pourrait y avoir à éliminer la tuberculose de leurs étables. Gela n’a l’air de rien, de rallier des dirigeants de mutuelles à un programme clair, précis et sans risques menaçants, et, cependant, l’auteur déclare qu’il ne lui fallut pas moins de quatre années de conférences éducatives, d’articles de vulgarisation dans les journaux régionaux, de distribution de tracts et d’efforts
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- multiples et variés pour rallier l’adhésion de quatre mutuelles seulement à son plan d’action. Ce plan comportait les principes suivants : 1° Aucun animal bovin ne sera admis à l’assurance sans avoir subi au préalable un examen clinique et une épreuve à la tuberculine avec résultats négatifs; — 2Ü Tout le cheptel bovin des mutuelles adhérentes sera retuberculiné tous les ans; — 3" Tous les réagissants à la tuberculine seront isolés et éliminés progressivement vers l’abattoir après utilisation économique; — 4° Toutes les étables infectées seront désinfectées à fond sous la surveillance vétérinaire, et, dans la mesure du possible, soumises à une réfection convenable.
- La mise en application de ces principes ne fut acceptée tout d’abord que par quatre petites mutuelles communales, à l’effectif de 262 tètes en 1923. D’année en année, la contagion du bon exemple se fit sentir et, en 1933, la surveillance sanitaire librement consentie et acceptée s’était étendue progressivement à 18 mutuelles-bétail comptant un effectif de 3 231 têtes.
- Quand on sait avec quelle prudence nos paysans accordent leur confiance à des entreprises de cette nature, alors surtout que la réglementation sanitaire en vigueur à l’époque les épouvantait, on peut juger de la ténacité qu’il a fallu à M. Pécard pour mener à bien son entreprise. Après dix ans d’efforts, il lui est permis de dire avec une certaine fierté que tout l’effectif ancien de ses mutuelles soumises au contrôle sanitaire « est pratiquement indemne de tuberculose ». C’est un résultat auquel on ne peut qu’applaudir et qui suffît à montrer ce que l’on peut obtenir avec de la volonté. Une exception doit être faite, naturellement, pour les dernières mutuelles entrées dans le groupement, puisque les éliminations de sujets atteints ne se font que progressivement, avec le temps, pour n’entraîner que le minimum de pertes. Il faut ajoutera ce bref exposé que M. Pécard a eu la sagesse de ne tenter son expérience que chez les mutuelles-bétail assez peu contaminées pour ne pas exposer à des dépenses excessives et en pure perte en cas d’insuccès. Il n’a d’ailleurs pu la mener à bien cette expérience, l’intervention vétérinaire étant gratuite, qu’avec une subvention annuelle de 13 000 fr, consentie par le Conseil général du département depuis 1923, et une autre subvention, de même valeur, de la Chambre départementale d’Agriculture. Semblable tentative dans des exploitations très infectées l’aurait vraisemblablement, dit-il, exposé à des dépenses considérables que le Département n’aurait pu supporter, ce qui, au point de vue pratique sanitaire, comporte encore un enseignement précieux. C’est pourquoi il convient d’associer à l’œuvre de M. Pécard, M. J.-B. Martin, qui lui a apporté son concours : M. Martin a été directeur des Services agricoles; il est actuellement président de la Chambre d’Agriculture de l’Indre-et-Loire, président des Mutuelles agricoles de ce département, et président de la Fédération des Laiteries coopératives de Touraine.
- Sur la proposition du Comité d’Agriculture. la Société d’Encouragement décerne donc une médaille d’or à M. Pécard et une autre à M. Martin.
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- Rapport présenté par M. G. Moussu, au nom du Comité d’Agriculture, sur les travaux de M. A. Monvoisin sur la conservation des denrées périssables par le froid.
- La conservation des denrées alimentaires périssables est une notion économique qui, en France, n’a pas encore fait son chemin dans tous les milieux où elle mériterait d’être mise à profit, en particulier dans les milieux agricoles. Combien de producteurs savent que l’on peut, sans altération sensible, conserver pendant des jours, des semaines, voire des mois ou des années, des produits tels que fleurs, fruits, légumes, œufs, viandes.
- Et cependant, bien des anciens poilus ont appris, de 1914 à 1918, qu’il était plus agréable de manger d’excellente viande congelée, d’excellente frigo, plutôt que la « viande à soldats », si souvent décriée dans le passé.
- Ils en ont bien retenu que la frigo était d’utilisation courante et rendait à cette époque d’excellents services, sans se douter, bien entendu, qu’il s’agissait parfois de viande frigo conservée telle depuis plusieurs années; mais l’oubli vient vite quand la nécessité ne fait plus loi. Et c’est pour cela qu’en France, l’industrie frigorifique ne prend pas, ou ne prend que très lentement, toute l’extension qu’elle mériterait. Elle n’est pas une nécessité : on la néglige.
- Cependant, que de choses utilisables pour la consommation humaine, que de denrées alimentaires de toutes sortes se perdent encore dans nos campagnes, et qui paieraient, s’il était possible de les utiliser pour le ravitaillement des centres urbains, tout en abaissant le coût de la vie s’il était possible d’en assurer la conservation temporaire ou prolongée.
- Le but du livre classique de M. A. Monvoisin intitulé Le froid et la conservation des denrées périssables est non seulement de faire pénétrer ces idées chez les techniciens de l’industrie du froid, mais aussi et surtout, peut-être, chez tous ceux qui s’intéressent aux progrès de l’avenir économique de notre pays. Tous trouveront dans ce livre des précisions concernant les principales denrées auxquelles l'application du froid peut ouvrir des débouchés commerciaux sensiblement différents de ceux du moment.
- Rapport présenté par M. A. Nessi au nom du Comité des Arts économiques sur les travaux touchant les applications industrielles de la chaleur, de M. Henri Dumas.
- Né en 1874, M. Henri Dumas entre en 1892 à l’École centrale, l’un des premiers de sa promotion et en sort diplômé. Les différents postes qu’il occupe au début de sa carrière industrielle lui permettent de se spécialiser dans l’utilisation de la vapeur, en particulier pour le séchage et l’aérocondensation. En 1912, il entre comme ingénieur aux Établissements Nessi frères et Cie. Quelques années plus tard, il y devient chef des services techniques, fonction qu’il occupe encore aujourd’hui.
- 136e Année. — Mars-Avril 1937.
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- C’est pendant ces 25 dernières années, qui correspondent à une période d’évolution intense de l’industrie du chauffage central et du conditionnement de l’atmosphère des locaux, que M. Dumas peut faire valoir ses brillantes qualités de technicien. Par la création ainsi que par la mise au point d’un grand nombre d’appareils et de dispositifs d’installation, il rend de précieux services à cette industrie, contribue dans une large mesure à son développement. Ses conceptions sont toujours très personnelles, ses réalisations sont élégantes et sûres. Nous citerons en exemple la création des turbines destinées à l’utilisation de l’énergie contenue dans la vapeur à très basse pression des chaudières de chauffage central, dans le but d’accélérer la circulation de l’eau ou de l’air, employés au transport de la chaleur. Dès 1913, une application est faite de ces appareils dans le premier chauffage par îlots exécuté à Paris, pour un important groupe d’immeubles.
- M. Dumas apporte ensuite de nombreux perfectionnements aux appareils de production, de distribution et de réglage automatique de la chaleur. Bien qu’il ne soit pas possible d’en faire ici l’énumération, citons notamment les dispositifs de conduite et de réglage à distance réalisés pour des ensembles importants de bâtiments. Citons également la résolution pratique d’un problème particulièrement difficile : celui du réglage entièrement automatique, hiver comme été, de la température à ± 0°,1 près de salles d’instruments de mesure de précision.
- Les ejforts de cet excellent technicien se portent sur une grande variété d’installations; c’est ainsi qu’il collabore à l’équipement thermique de plusieurs piscines municipales et qu’il fait exécuter un certain nombre d’appareils spéciaux pour le conditionnement de l’air.
- Depuis 1934, il étudie avec ardeur les questions de défense passive. 11 arrive rapidement à la création d’un matériel spécial de ventilation et d’épuration de l’air, qui, après essais concluants, exécutés en présence des autorités officielles qualifiées, permet de réaliser de nombreuses installations.
- La haute conscience professionnelle, comme la modestie de ce remarquable collaborateur, lui ont interdit toute publication de ses travaux personnels, car il les réserve à l’œuvre industrielle à laquelle il s’est dévoué. Son jugement net et précis, comme sa bonne humeur, en font un chef de service exemplaire. Respecté et aimé de tous ceux qui l’entourent, M. Henri Dumas a, pendant une carrière déjà longue, au prix d’un labeur incessant, contribué pour une large part, aussi bien au relèvement social de l’industrie à laquelle il s’est consacré qu’à son progrès technique.
- Rapport présenté par M. Camille Blétry, au nom du Comité des Constructions et des Beaux-Arts, sur la nacrolaque inventée par MM. Rodolphe Germain et Jean Paisseau.
- Donner naissance à une industrie nouvelle par la création d’un produit commercial jusque-là inconnu, telle est la plus parfaite expression d’une invention, quel que soit le domaine dans lequel elle peut, à ses débuts, paraître cantonnée.
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- Cette définition s’applique en tous points aux découvertes qu’ont faites MM. Jean Paisseau et Rodolphe Germain et c’est pourquoi il semble juste que la Société d’Encouragement consacre leur mérite en leurdécernantàchacununemédailled’or.
- Leurs travaux ont porté d’abord sur la fabrication de l’essence d’Orient, produit connu depuis environ un siècle, pour imiter l’orient de la perle fine, puis sur l’incorporation de cette matière dans des substances plastiques de façon à réaliser un produit nouveau par son aspect et ses qualités, vulgarisé depuis quelque 12 ans sous le nom de nacrolaque, et trouvant, dès maintenant, un large emploi dans la décoration des intérieurs, la tabletterie, la carrosserie, l’industrie des matières translucides (vitraux, abat-jour, etc. (1)). De nombreuses usines en France et à l’étranger sont spécialisées dans la fabrication de ce produit et, comme les privilèges légaux des inventeurs sont sur le point d’expirer, il est opportun de rappeler publiquement qu’il s’agit d’une invention française, dont nous allons faire apparaître brièvement l’originalité et les mérites.
- Jusque vers 1920, l’essence d’Orient, qui est une suspension de la matière brillante contenue dans les écailles des ablettes, était fabriquée de façon tout empirique en quantités extrêmement limitées et, par suite, fort coûteuse. Cette fabrication était basée sur une longue macération des écailles dans l’eau ammoniacale. Afin d’éviter la putréfaction et l’évaporation désagréables de l’ammoniaque, elle devait s’effectuer dans des caves fraîches. Nous avons vu de telles installations à bien des reprises avant 1914 : on croyait pénétrer dans des antres d’alchimistes, aux odeurs assez nauséabondes. Il fallait plusieurs mois pour arrivera un produit de qualité assez satisfaisante, et la mauvaise fabrication était la plus fréquente.
- Cela rappelé, M. Paisseau, qui était, dans les années qui précédèrent et suivirent la guerre, le plus important fabricant de perles-imitation, s’adjoignit en 1919 M. Germain, alors professeur aux écoles vétérinaires, spécialiste de l’histologie. Tous deux commencèrent par vérifier et étendre les données assez succinctes que l’on avait alors sur la nature de l’essence d’Orient.
- Ils constatèrent que le « brillant » est formé par des cristaux microscopiques allongés qui sont inclus dans les cellules épithéliales du revêtement des écailles. C’est sur de telles observations que ces chercheurs eurent alors l’idée d’édifier une fabrication entièrement nouvelle : ils firent agir sur l’écaille, non plus de l’eau ammoniacale, qui ne servait guère en réalité que de désinfectant et dissolvant lent, mais un agent ayant des qualités détersives énergiques, tout en ne détruisant pas les cristaux brillants, par exemple la saponine, les savons neutres. Ils eurent l’intuition que de tels agents étaient capables de mettre rapidement à jour les cristaux; après quoi, une rapide action mécanique de séparation, par centrifugation ou autrement, serait susceptible de faire le tri entre la matière orientée et les résidus protéiques. C’est ce que l’expérience leur fit vérifier, et ils réussirent ainsi à substituer à la fabrication si rudimentaire, expliquée ci-dessus, une fabrication simple, rapide, propre et à grand rendement. En outre, ce pro-
- (1) Voir, à la page al du Bulletin de janvier-février 1937, une note détaillée sur la fabrication et les emplois de la nacrolaque.
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- cédé pouvait s’appliquer non seulement au produit de choix qu’était l’écaille d’ablette mais aux écailles de tous les poissons, par exemple aux déchets de harengs, qui constituent un sous-produit jusque-là sans valeur, et abondant, en France même.
- L’essence d’Orient, qui, en 1919, coûtait 1 000 francs-or le kilogramme, peut se fabriquer aujourd’hui pour 500 francs de notre monnaie actuelle. En outre, on ne pouvait en produire alors à peine que quelques centaines de kilogr. par an, tandis qu’à présent, les usines de France et de l’étranger peuvent en livrer des quantités illimitées.
- Ajoutons que, du point de vue purement scientifique, MM. Germain et Paisseau précisèrent leur très belle découverte en montrant que le succès d’une telle opération se rattachait à une diminution de la tension interfaciale eau-écaille; ils furent ainsi les premiers, à notre connaissance, qui attirèrent l’attention sur l’intervention de ce que l’on a appelé par la suite les « agents mouillants », ce qui permet le contact intime entre deux corps hétérogènes; ce n’est que postérieurement à l’invention Germain-Paisseau que l’on trouve l’emploi de ces corps dans une foule d’autres industries, telles que l’apprêt des textiles, les agents antiparasitaires, etc.
- Le résultat de cette première découverte fut donc la mise sur le marché et à bon compte de grandes quantités d’essence d’Orient ayant des qualités toujours comparables. La fabrication des perles-imitation, quelque importante qu’elle fût à cette époque, laissant disponible la plus grande partie de la nouvelle production, MM. Paisseau et Germain songèrent alors à incorporer l’essence d’Orient dans les matières plastiques cellulosiques, dont l’industrie était déjà prospère. Mais quand l’essence d’Orient était mélangée à de telles matières, son éclat disparaissait et le produit résultant était mat, sans aucune chatoyance et, partant, sans attrait. C’est ici que se place la seconde découverte de ces chercheurs.
- Ils décelèrent la cause de ce premier insuccès : les minuscules cristaux se plaçaient dans tous les sens au sein de la matière plastique. Ils pensèrent alors qu’il fallait imposer systématiquement à tous ces cristaux une même orientation par rapport à la surface d’incidence des rayons lumineux; pour cela, ils recoururent à un écoulement de la matière plastique chargée d’essence d’Orient au moment où celle-ci est encore à l’état mou, c’est-à-dire au moment où elle contient encore une quantité suffisante de solvants. Pour créer un tel écoulement, ils indiquèrent plusieurs moyens et, de préférence, le refoulement à travers une filière ayant toute section voulue, afin de produire des plaques, des cylindres, des tubes, etc. Le résultat fut surprenant : tous les cristaux allongés se replacent parallèlement entre eux dans la matière et, quand celle-ci est ensuite solidifiée d’une façon assez brusque, ils conservent leur position orientée, qui donne au produit un aspect nacré remarquable quand on l’observe superficiellement, tandis que, tranché perpendiculairement aux cristaux, il a une apparence absolument mate.
- C’est alors que le produit dénommé nacrolaque put voir le jour quelque
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- temps avant l’Exposition des Arts décoratifs de 1923. Il y fut extrêmement remarqué, obtint un grand prix, et son emploi ne fit que se répandre depuis cette époque. Dans la décoration d’intérieurs ou d’extérieurs, dans la brosserie, dans la fabrication des vitraux et des abat-jour, etc., il a trouvé des applications de plus en plus nombreuses, malgré tous les effets de la crise industrielle. Les produits fabriqués il y a 12 ou 13 ans en toutes colorations sont aussi éclatants qu’au premier jour.
- En France, la grande Société des Usines chimiques Rhône-Poulenc eut le monopole de cette exploitation pour ce qui est de l’acétate de cellulose. En Allemagne, en Angleterre, en Italie, des licences furent encore plus florissantes qu’en France. Le Japon se lança aussi dans une fabrication de ce genre, mais sans profit pour les inventeurs.
- Bref, les découvertes successives de M. Paisseau et Germain ont suscité dans le monde entier une importante exploitation. Les inventeurs réussirent, au cours du temps, à apporter de très intéressants perfectionnements, par exemple pour « mouvementer » l’aspect chatoyant des plaques, pour substituer même à l’essence d’Orient des succédanés encore moins coûteux, etc.
- Une médaille d’or est décernée à M. Germain et une autre à M. Paisseau pour leur belle invention.
- Rapport présenté par M. Lucien Bechmann, au nom du Comité des Constructions et des Beaux-Arts, sur les travaux de M. Henri Moreau Febvre dans le domaine du chauffage et de son réglage automatique.
- Le chauffage est un domaine dans lequel l’ingéniosité des techniciens, stimulée par le besoin toujours grandissant du confort, a réalisé depuis une trentaine d’années des progrès considérables. M. Moreau Febvre, ingénieur-conseil, y a consacré son activité. Après des recherches sur le chauffage à eau chaude pulsée et la réalisation d’un système ingénieux de chauffage d’appartement, il s’est spécialement consacré à l’étude de la régulation automatique. Homme de laboratoire avant tout, il a fait breveter nombre de dispositifs et d’appareils toujours orientés vers l’élimination de la main-d’œuvre, la réalisation d’un réglage et d’une précision de chauffe minutieux, qui ont pour corollaire des économies considérables dans l’exploitation.
- Le régulateur S. P. G.-Moreau (exploité par la Société pour le Perfectionnement de la Chaufferie, -48, rue La Boétie, Paris) est un véritable cerveau infaillible, susceptible de régler n’importe quel chauffage en fonction de toutes conditions générales ou particulières : température extérieure, régime continu ou discontinu, régimes spéciaux de jours ouvrables ou de jours fériés, etc.
- On ne peut faire de meilleur éloge de M. Moreau Febvre qu’en signalant qu’il fut choisi en 1930, par M. Raoul Dautry, comme ingénieur-conseil des Chemins de fer de l’État, et chargé, à ce titre, de missions aussi nombreuses que diverses. Pour n’en citer que deux, nous mentionnerons la modernisation des
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- installations de chauffage de la gare Saint-Lazare, à Paris, et de ses annexes, et le chauffage des wagons.
- A la gare Saint-Lazare, une installation de grande envergure a été réalisée, merveille de précision dans sa complexité, et qui fonctionne sans aucune intervention humaine. Outre le résultat remarquable du point de vue confort, l’économie d’exploitation n’est pas négligeable puisque d’environ 900 000 fr. la dépense annuelle a été ramenée à 360 000 fr.
- Le chauffage des wagons (chauffage et ventilation combinés) réalisé par M. Moreau Febvre est d’une simplicité remarquable et a permis de réaliser une économie d’exploitation de l’ordre de 50 p. 100. Les appareils de régulation si précis sont cependant assez robustes pour fonctionner sans défaillance malgré les cahots et les mouvements parfois assez brusques des véhicules où ils sont placés. Le principe du chauffage des wagons est tout à fait nouveau, et les régulateurs tiennent compte automatiquement de six paramètres : température extérieure, vitesse du véhicule, vent, soleil sur l’une ou l’autre face des wagons, température des parois, apport de calories par les voyageurs.
- Les courbes de température enregistrées démontrent d’ailleurs la perfection des résultats obtenus.
- Tout cela est dû à l’ingéniosité des recherches et à l’excellence des appareils de M. Moreau Febvre dont l’application se répand de plus en plus et qui font honneur à leur inventeur.
- Rapport présenté par M. Jean Fressinet, au nom du Comité des Constructions et des Beaux-Arts, sur la technique du métal repoussé de M. Gabriel Lacroix.
- Lorsqu’on leta, il y a quelques mois, à New York, le cinquantenaire de l’érection de la statue de La liberté éclairant le monde, l’attention du public fut retenue par la technique qui permit de réaliser ce phare monumental.
- Malgré de nombreux articles erronés parus dans la presse, laissant supposer que l’œuvre gigantesque de Bartholdi avait été fondue en bronze, certains journaux, mieux documentés, apprirent à leurs lecteurs qu’en réalité, celte statue était en cuivre repoussé. C’est effectivement à Paris, dans l’atelier de Gaget, quelle fut exécutée en 340 fragments, et ensuite montée sur une charpente métallique due au célèbre ingénieur Eiffel.
- Cette technique du repoussé est très ancienne puisque la plupart des masques des sarcophages égyptiens, entre autres celui de Tout-Ank-Amon, se composent d’une feuille de métal précieux, ébauchée sur une âme de bois ou de bronze. Plus tard, à l’époque de la Renaissance, de grands artistes, tels que Donnatello, Verrochio et Benvenuto Cellini, réalisèrent des œuvres remarquables à l’aide de ce procédé, qui fut également utilisé au siècle dernier pour l’exécution de certaines statues de Frémiet et de Bartholdi.
- Si cette technique n’est pas très employée de nos jours, c’est sans doute à cause des énormes difficultés de réalisation qu'elle présente, car elle a sur le
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- bronze fondu un immense avantage, celui de permettre le placement d’œuvres assez importantes sur des parquets ordinaires non préparés, le métal employé étant mince et, par conséquent, léger.
- Cependant, un artiste contemporain, M. Gabriel Lacroix, élève de Carlus, qui collabora à l’exécution de la statue de La liberté, a eu le courage de continuer à modeler au marteau les métaux à l’aide desquels il réalise ses propres œuvres.
- Après avoir longuement étudié et expérimenté la résistance des métaux, leurs alliages ainsi que les phénomènes de dissociation produits, tant par les vibrations au martelage que par les passages au feu, M. Lacroix est parvenu à exécuter, avec des feuilles de métal laminées industriellement, des bustes et des groupes importants en ronde bosse, sans aucune soudure ou rivetage, et uniquement au marteau, sans l’aide d’une âme en bois ou en bronze.
- Prenant des feuilles de 0,8 mm d’épaisseur et allant jusqu’à 5 m2 de surface, ce technicien adroit étudie d’abord le développement des formes qu’il désire exprimer en volume; puis il parvient, à l’aide d’un long travail de rétreinte exécuté à l’aide de maillets de buis, à obtenir, en refoulant le métal, des épaisseurs allant parfois jusqu’à 2,1 mm pour les parties saillantes ou concaves, dans lesquelles la matière devra supporter un grand effort.
- Semblable aux grands maîtres de la Renaissance que nous avons cités, et qui étaient à la fois orfèvres et statuaires, M. G. Lacroix n’est pas seulement un habile technicien, mais aussi un artiste d’un réel talent : il obtint en 1926 le prix Blumenthal; certaines de ses œuvres figurent au Musée du Luxembourg, au Musée Galbera, sur le paquebot Normandie, et dans des collections particulières.
- M. G. Lacroix a, en outre, le mérite de former actuellement des élèves auxquels il transmet, en même temps que le flambeau artistique, l’amour de la belle et intéressante technique qu’il possède.
- Il a semblé que l’œuvre déjà importante de cet artiste constitue une brillante démonstration des qualités des métaux laminés et des possibilités de leur utilisation artistique, et que, par conséquent, elle devait être récompensée par la Société d’Encouragement.
- Rapport présenté par M. Georges Risler, au nom du Comité de Commerce, sur
- Les Équipes sociales (siège social, 31, rue de Bellechasse, Paris, 7e).
- Les Équipes sociales, fondées par M. Garric en 1921, sont trop connues pour qu’il soit nécessaire de les présenter longuement. Cette association a été créée en vue de mettre en relations, par l’enseignement, les jeunes travailleurs intellectuels et manuels, et de créer entre eux un courant d’échanges d’idées et d’estime réciproque.
- Très rapidement, l’association a été divisée en deux groupes : les équipes sociales de jeunes gens et les équipes sociales de jeunes filles. Par la suite, l’association a créé des équipes sociales de malades et les anciens des sanatoria.
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- Partout où il a été fait appel à leur concours, les Équipes sociales ont créé des cours techniques, des cours complémentaires, des cercles d’études, des séances d’éducation physique. Elles organisent, à l’intention de leurs membres et des sympathisants, des promenades, des visites de musées, etc. Leur action s’est étendue peu à peu au domaine social et, par leurs soins, des colonies de vacances ont été organisées.
- Il n’existe dans le domaine social aucune initiative plus intéressante et plus louable. Jeunes travailleurs intellectuels et manuels se rencontrent au cours de réunions qui constituent le meilleur emploi des loisirs dans un but à la fois d’entr’aide, de progrès intellectuel et moral et de meilleure compréhension réciproque. C’est sur le modèle des Équipes sociales que M. Dautry, directeur général des Chemins de fer de l’État, a conçu sa colonie de vacances de La Meilleraie, où les jeunes ingénieurs vivent au milieu des apprentis des Chemins de fer de l’État qu’ils auront plus tard sous leurs ordres.
- Les Équipes sociales ont déployé un magnifique effort dans une voie qui a déjà fait ses preuves et continuera à développer dans notre pays le progrès, la concorde et la paix sociale.
- Rapport présenté par M. Georges Risler, au nom du Comité de Commerce, sur
- l’œuvre Enfance et Famille.
- L’œuvre Enfance et Famille, qui a son siège 6, rue Clavel, à Paris (19e), a pour objet : le développement de la natalité, la lutte contre la mortalité maternelle et infantile, la défense contre les fléaux sociaux, enfin l’amélioration de la vie familiale par le développement de l’hygiène et du bien-être dans les familles ouvrières.
- Ses moyens d’action sont constitués par des dispensaires, des consultations médicales, des services d’infirmières-visiteuses à domicile, des services d’assistance sociale, un jardin d’enfants, des cours, des réunions, des conférences. Cette œuvre, fondée en 1918, dès la fiû de la guerre, constitue un véritable centre social. Elle rend les plus grands services à la population laborieuse du 19e arrondissement.
- Les présences aux diverses consultations des dispensaires créés par l’œuvre, au cours de l’année 1935, se sont élevées à 24 000. Les visites, effectuées à domicile, dans les familles, par les infirmières-visiteuses, ont dépassé le chiffre de 13 000, et les soins prodigués ont donné lieu à plus de 20 000 interventions. Le service d’assistance a secouru en 1935 plus de 5 000 personnes; 79 placements médicaux ont été effectués par ses soins; enfin 271 enfants ont été envoyés en colonies de vacances, et 4 600 secours ont été distribués. Le budget de l’œuvre atteint près de 800 000 fr.
- Centre familial et d’assistance, l’œuvre Enfance et Famille contribue de la manière la plus profitable à la défense de la famille et à l’amélioration de ses conditions d’existence.
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- Rapport présenté par MM. Maurice Lacoin et Hyacinthe Servonnet, au nom du
- Comité de Commerce, sur Yœuvre sociale accomplie en faveur des jeunes chômeurs et des chômeurs adultes, par MM. Jacques Pluyette et Roland Ziegel.
- Depuis une dizaine d’années, le Comité de Commerce s’est donné pour tâche d’encourager les œuvres de toute nature, officielles ou privées, qui s’intéressent à la jeunesse ouvrière et employée, soit pour perfectionner son instruction professionnelle, soit pour l’aider à occuper sainement et utilement ses loisirs. Cette année, le Comité de Commerce s’est penché également sur le grave problème du chômage, conséquence de la dépression économique qui a sévi si lourdement sur notre pays. Très préoccupant en ce qui concerne les chômeurs adultes, le problème ne l’est pas moins pour les jeunes chômeurs, qui peuvent subir plus facilement les effets démoralisants d’une oisiveté prolongée. En même temps que les Pouvoirs publics, les grands groupements patronaux ont cherché à porter remède aux redoutables répercussions du chômage; des organisations spéciales ont été créées dont les deux principaux promoteurs et animateurs, MM. Jacques Pluyette et Roland Ziegel, ont été distingués par le Comité de Commerce.
- M. J. Pluyette terminait en 1914 ses études de droit; mobilisé dès la déclaration de guerre, il fait toute la campagne; plusieurs blessures, trois citations et la croix de la Légion d’honneur témoignent éloquemment de sa brillante conduite au front. En juin 1919, il donne sa démission d’officier de l’armée active et entre à l’Union des Industries métallurgiques et minières, où ses connaissances en matière juridique et sociale, son autorité, son activité, lui assurent rapidement une situation de premier plan. Il y remplit actuellement les importantes fonctions de directeur de service. Il a dans ses attributions : l’apprentissage et l’enseignement professionnel, les accidents du travail, les maladies professionnelles, l’hygiène et la sécurité dans le travail. Les milieux industriels et commerciaux apprécient vivement ses remarquables études sociales, si fortement documentées, dont ils tirent grand profit.
- Mais M. Pluyette ne se contente pas du travail administratif : il participe aux activités sociales des industries métallurgiques affiliées à l’Union, activités qu’il ne cesse de promouvoir et d’animer. Dans les nombreux groupements où il représente l’Union des Industries métallurgiques et minières, il est très écouté, car il sait convaincre : au contradicteur, il oppose toujours, avec un calme souriant, une argumentation pleine de logique et de bon sens. Il est le délégué de l’Union des Industries métallurgiques et minières dans les congrès nationaux et internationaux; il a participé avec distinction aux Congrès internationaux de l’Enseignement technique, à Rruxelles en 1932, à Barcelone en 1934, à Rome en 1936. En mai dernier, il a été rapporteur, à la 3e Conférence patronale de l’Apprentissage, de deux questions importantes et délicates : la formation professionnelle et le chômage des jeunes, et le problème du reclassement de la main-d’œuvre adulte en chômage; ses rapports ont été très remarqués.
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- C’est d’ailleurs le rapport sur le chômage des jeunes qui a retenu spécialement l’attention du Comité de Commerce; aussi devons-nous souligner maintenant la part prépondérante prise par M. Pluyette dans la lutte entreprise, et, en particulier, dans la création, le fonctionnement et le développement du Comité pour la Formation professionnelle des jeunes Chômeurs, comité fondé sous les auspices de l’Union des Industries métallurgiques et minières, et donl l’éminent président est M. Jules Quantin.
- L’industrie et le commerce de notre pays se trouvent actuellement dans une situation paradoxale que caractérisent trois faits essentiels :
- a) il existe un nombre alarmant de chômeurs en France, et, notamment, de jeunes gens, qui s’habituent à l’oisiveté;
- b) il existe plusieurs centaines de milliers de travailleurs étrangers;
- c) un grand nombre de professions manquent de main-d’œuvre qualifiée.
- Porter remède, autant que possible, à cette situation qui pourrait être la
- source de grandes difficultés dans le cas d’une sérieuse reprise industrielle, par l’étude et la mise en application de toutes les mesures susceptibles d’orienter les jeunes gens en chômage vers un métier déficitaire en main-d’œuvre qualifiée, tel est le but que poursuit le Comité pour la Formation professionnelle des jeunes Chômeurs.
- En collaboration avec le Service de la Main-d’œuvre de la Région parisienne, les comités de patronage d’apprentis des divers arrondissements, la Caisse de Compensation, l’Institut d’Orientation professionnelle. M. Pluyette a rassemblé d’abord une importante documentation précisant les aspects particuliers du chômage des jeunes. Les jeunes chômeurs se classent assez nettement en quatre catégories :
- 1° les jeunes gens qui, à la sortie de l’école primaire, n’ont pu trouver une occupation ;
- 2° ceux qui ont commencé un apprentissage régulier et qui n’ont pu le terminer;
- 3° ceux qui ont terminé un apprentissage régulier;
- 4° enfin, ceux qui ont déjà travaillé dans l’industrie sans être apprentis, autrement dit les jeunes chômeurs manœuvres.
- L’enquête a révélé que, dans les industries des métaux de la région parisienne, il n’y avait pour ainsi dire pas de chômeurs de la seconde et de la troisième catégorie. Ces industries continuant à manquer de main-d’œuvre qualifiée, les jeunes gens y terminent toujours leur apprentissage, et, à son achèvement, sont toujours embauchés.
- Par contre, dans la première catégorie, les jeunes gens qui au sortir de l’école n’ont pas trouve d’emploi, et dans la quatrième, les jeunes chômeurs manœuvres, se sont révélés nombreux: aussi, c’est principalement en leur faveur que s'est exercée l’action de M. Pluyette au sein du Comité pour la Formation professionnelle des jeunes Chômeurs. Avant la création du Comité, dès les premières années de crise, diverses mesures, tendant à l’utilisation des loisirs forcés, avaient été envisagées, en particulier, l’accès des cours professionnels de la loi Astier aux jeunes
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- gens en chômage; mais, d’une manière générale, les cours n’occupant qu’une partie des loisirs, la mesure n’a pas donné les résultats espérés : elle s’est heurtée à l’indifférence des parents et des enfants, et n’a constitué qu’un palliatif insuffisant.
- C’est une autre solution, celle de l’atelier d’apprentissage proprement dit, qui a été envisagée par le Comité pour la Formation professionnelle des jeunes Chômeurs, solution d’application certainement plus difficile, mais susceptible de constituer un véritable remède, et non un simple palliatif. Quatre ateliers ont été ouverts au cours de l’année 1933, grâce à la Direction générale de l’Enseignement primaire de la Seine; l’un, 1 bis, avenue de Taillebourg; l’autre, 14, rue Barbanègre; le troisième, rue Huvghens, le quatrième, à l’École Rachel. Dotés de l’outillage suffisant en étaux, tours, perceuses, etc., ces quatre ateliers peuvent recevoir au total environ 160 jeunes gens. Afin d’accueillir le plus grand nombre possible de jeunes chômeurs, le Comité a décidé de ne garder les jeunes gens qu’une seule année à l’atelier spécial, de leur donner, au cours de cette année, une formation professionnelle suffisante pour leur permettre de trouver ensuite place dans un atelier patronal où ils termineront leur apprentissage; et, pour leur assurer un placement facile, l’atelier spécial les forme en vue d’un métier déficitaire en main-d’œuvre qualifiée, celui d’ajusteur, complété par des notions de tour.
- Les ateliers d’apprentissage créés par le Comité pour la Formation professionnelle des jeunes Chômeurs connaissent un succès justifié; ils fonctionnent à plein, et, malgré les difficultés causées par la faiblesse de l’instruction primaire d’un trop grand nombre d’élèves, les progrès en travail manuel sont satisfaisants. Tous les jeunes gens sortis en 1936 après une année d’instruction professionnelle ont été admis dans des ateliers patronaux en seconde année d’apprentissage, quelquefois même, pour les meilleurs d’entre eux, en troisième année; c’est-à-dire qu’après un ou deux ans de formation professionnelle complémentaire dans l’atelier patronal, tous pourront devenir ouvriers qualifiés. Ces résultats se passent de commentaires.
- Le mouvement a commencé à gagner la province; c’est d’ailleurs sur l’extension de cette heureuse initiative dans les diverses parties de la France où sévit le chômage des jeunes que se portent actuellement les efforts de M. Pluyette.
- L’œuvre entreprise par le Comité pour la Formation professionnelle des jeunes Chômeurs est d’une extrême utilité et d’une haute portée sociale puisqu’elle a pour but d’arracher notre jeunesse ouvrière aux redoutables dangers du désœuvrement. M. Pluyette se donne à cette œuvre avec foi, avec dévouement, avec la plus haute compétence. C'est pourquoi, sur la proposition de son Comité de Commerce, la Société d’Encouragement lui décerne une médaille d’or.
- M. Roland Ziegel, entré à l’École polytechnique en novembre 1918, en sort en 1920 dans les cadres de Génie maritime et suit les cours de l’École d’Appli-cation du Génie maritime jusqu’en mars 1922. Ces fortes études ne lui suffisent pas : déjà orienté vers les questions sociales, il complète ses connaissances techniques par la licence en droit et le diplôme d’études supérieures et d’économie
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- politique. En escadre, de mars 1922 à septembre 1923, il est affecté ensuite à Brest, puis à Cherbourg", dans les Sections d’Ateliers, où il ajoute à sa tâche ardue de technicien les questions relatives à l’apprentissage, dans lesquelles il se révèle organisateur et animateur. En 1928 et 1929, il est détaché au Service des Prestations en nature pour les départements de la Guerre et de la Marine, spécialement chargé des commandes d’outillage en Allemagne. En janvier 1930, il est appelé à la Section de Mobilisation industrielle, à la Direction centrale des Constructions navales, poste de confiance, d’une importance capitale, dans equel il donne toute sa mesure. Ingénieur principal de la Marine en 1930. M. R. Ziegel reçoit en 1934, à 34 ans, la croix de chevalier de la Légion d’honneur, en récompense des services exceptionnels rendus à la défense nationale.
- Dès son arrivée à la Section de Mobilisation industrielle, M. Ziegel se trouve en contact avec les milieux industriels et les grandes administrations, qui apprécient vivement la compétence du jeune ingénieur, sa largeur de vues dans l’examen des questions si complexes que soulève l’utilisation judicieuse de toutes les forces vives de la nation en cas de mobilisation. A différentes reprises, les grands groupements patronaux sollicitent son concours et lui confient la direction d’études économiques pour lesquelles ses vues sur l’ensemble des questions industrielles le désignent tout spécialement. C’est ainsi, par exemple, qu’il est le guide éclairé et écouté de la Commission de Normalisation des Machines-Outils. Aussi, lorsqu’en 1935, les Pouvoirs publics commencent à s’inquiéter des répercussions fâcheuses du chômage industriel sur l’organisation de la défense nationale, M. Ziegel est-il désigné pour l’étude et la mise à exécution des mesures susceptibles d’y porter remède.
- Nous avons évoqué tout à l’heure, à propos du chômage des jeunes, la situation paradoxale qui est à l’origine du problème; mais il s’agit cette fois du chômage de la main-d’œuvre adulte. Il y a en France un grand nombre de chômeurs, et cependant de nombreuses professions manquent de main-d’œuvre qualifiée. Orienter les chômeurs qui en sont capables vers un nouveau métier déficitaire en main-d’œuvre qualifiée, en d’autres termes, reclasser la main-d'œuvre adulte en chômage par une véritable rééducation professionnelle, telle est la tâche ardue et complexe qu’imposent les circonstances économiques.
- En même temps, pour notre pays, les Pouvoirs publics demandent de tenir compte, dans le choix des solutions, d’un plan de décentralisation industrielle tendant, d’une part à faciliter l’établissement, dans certaines régions au Sud de la Loire, d’usines intéressant la défense nationale en leur procurant la main-d’œuvre dont elles ont besoin, d’autre part, à « décongestionner » la région parisienne de ses chômeurs, en procurant à ceux-ci du travail en province.
- Un Comité de Décentralisation industrielle, dont M. Ziegel, délégué des Ministères de la Défense nationale, est véritablement la cheville ouvrière, est constitué en vue de l’organisation en province des centres de formation profession-' nelle de chômeurs prévus par le décret-loi du 30 octobre 1935.
- Deux solutions pouvaient être envisagées : soit constituer les centres de for-
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- mation professionnelle de chômeurs à l’intérieur d’établissements et chantiers industriels, soit les constituer sous forme d’ateliers-écoles, créés spécialement. En fait, les deux solutions ont été retenues.
- 6 centres ont été formés à l’intérieur d’établissements décentralisés : à Châ-teaudun, Etablissements Guillemin, Sergot et Pégard; Optique et Précision de Levallois; — à Beaugency, Etablissements Nessi ; -—à Rochefort, Établissements Lioré et Olivier; — à Châteauroux, Établissements Guinard; — à Clermont-Ferrand, Établissements Olier.
- 3 ateliers-écoles spéciaux pour chômeurs ont été constitués par des groupements professionnels : à Limoges, par la Chambre de Commerce; — à Nantes, par le Syndicat patronal des Constructions mécaniques et navales de la Loire-Inférieure; — à Bordeaux, par le Syndicat patronal de la Métallurgie.
- L’État prend à sa charge, sous forme de subvention, les frais de voyage, d’entretien et de formation. Mais, au préalable, pour éviter des dépenses inutiles, une sélection rigoureuse est effectuée à Paris, de manière à vérifier l’aptitude physique et morale des candidats à recevoir une instruction d’ouvrier qualifié. Ils sont examinés, pendant un stage de huit jours, dans un Centre de Sélection pour la Formation rapide des Chômeurs, administré par le Comité pour la Formation professionnelle des jeunes Chômeurs. Nous trouvons, à cette occasion, MM. Pluyette et Ziegel unis dans une utile collaboration.
- Les opérations du Centre de Sélection ont conduit à des résultats un peu décevants : elles ont montré qu’un pourcentage important de chômeurs adultes, par suite de mauvaises habitudes prises et d’un manque de bonne volonté, était difficilement rééducable. Sur 618 chômeurs examinés, 19 p. 100 seulement ont paru susceptibles de se reclasser. Dans les stages de sélection, les chômeurs qui obtiennent le plus de succès sont généralement ceux qui exerçaient une profession ne se rapportant pas aux industries des métaux. Des ébénistes, des bijoutiers, des graveurs, des garçons bouchers, des pâtissiers, faisant simplement preuve d’attention, d’intelligence et de bonne volonté, se sont montrés susceptibles de faire rapidement de bons ajusteurs ou de bons tourneurs.
- D’une manière générale, les meilleurs sujets ont été recrutés, d’abord parmi les jeunes gens de 20 à 30 ans qui n’ont pas encore été placés, ensuite parmi les ouvriers « en chômage immérité », suivant l’heureuse expression de M. Ziegel : modeleurs en porcelaine, bijoutiers, typographes, ouvriers qui ont été habiles dans leur profession, mais que leur profession ne nourrit plus. Une catégorie fort intéressante est celle des jeunes gens sans emploi qui ont fait des études secondaires; après avoir appris un métier qualifié qui les met en contact avec les réalités ouvrières, ces jeunes gens peuvent rapidement prendre place dans les cadres subalternes et supérieurs de l’industrie.
- La première expérience prescrite par le Ministère du Travail au Comité de Décentralisation industrielle vise la rééducation professionnelle de 300 chômeurs sélectionnés, dont 230 prélevés dans la région parisienne et 250 dans les villes de province où fonctionnent des Centres de formation professionnelle. Jusqu’ici la rééducation, qui demande une année, ne se fait que pour les professions de
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- tourneur et fraiseur, qui sont celles dont le besoin est le plus urgent dans les établissements travaillant pour la défense nationale.
- En novembre 1936, 230 chômeurs étaient en formation dans les centres désignés ci-dessus ; une première promotion de 23 ouvriers qualifiés, anciens chômeurs rééduqués, est sortie en octobre dernier; elle donne' entière satisfaction. Les opérations de sélection se poursuivent activement pour arriver au recrutement total de 500 chômeurs, envisagé comme première étape.
- Pour l’instant, les difficultés de logement et d’entretien ont obligé le Comité à ne faire appel qu’aux célibataires. Pour les retenir en province, M. Ziegel, avec le concours des industries et groupements intéressés, a songé à la bonne utilisation de leurs loisirs : foyers où ils peuvent se réunir le soir; centres de jardinage; cours et conférences; leçons par les camarades cultivés, tout a été mis en œuvre pour rendre le séjour attrayant.
- Ce rapide exposé ne peut donner qu’une faible idée de l’œuvre immense entreprise par M. Ziegel au sein du Comité de Décentralisation industrielle. M. Ziegel s’y consacre avec un dévouement inlassable, sans se laisser rebuter par les difficultés qui surgissent à chaque instant, mais dont il triomphe par sa ténacité, sa persévérance, son esprit d’initiative.
- Ajoutons que M. Ziegel nous a demandé d’appeler l’attention des industriels membres de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale sur le grand intérêt que présenterait la création de nouveaux centres dans toute la France; il sollicite leur bienveillant et généreux concours pour doter les centres de machines-outils inutilisées, de matières premières d’exercice. Nous sommes persuadés que son pressant appel sera entendu.
- Reconnaissant l’importance considérable de l’œuvre sociale accomplie par M. Roland Ziegel en faveur des chômeurs adultes, la Société d’Encouragement, sur la proposition du Comité du Commerce, lui décerne une médaille d’or.
- Médaille de vermeil.
- Rapport présenté par M. Pierre Chevenard, au nom du Comité des Arts économiques, sur l’œuvre d'organisation méthodique du travail industriel, de M. Léon Honsel.
- Les fabrications très difficiles et très variées de l’usine d’Imphy, qui embrassent la quasi-totalité des alliages sidérurgiques, requièrent un outillage complexe précis, et dont le fonctionnement très délicat doit être cependant très sûr. Fours Martin, fours à arc, fours à haute fréquence, laminoirs électriques et à vapeur, presses à forger et pilons, fours de trempe, outils d’ajustage, machines de tréfi-lerie, etc., doivent fonctionner sans défaillance, en un synchronisme harmonieux.
- Tous les appareils doivent être appropriés à leur but, et il a fallu étudier spécialement nombre d’entre eux, en vue de leur application à des fabrications nouvelles. L’arrêt intempestif d’un appareil de levage, l’irrégularité de pression d’une
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- conduite d'eau, la suppression momentanée dé l’énergie électrique, etc., peuvent entraîner de lourdes pertes en faussant l’élaboration d’une coulée ou en faisant manquer un traitement thermique délicat. Le grippement d’un seul rouage de l’usine retentit d’autant plus fâcheusement sur la marche de l’établissement que la fabrication est plus délicate, et les accidents matériels inévitables doivent être réparés au plus tôt. D’où l’importance des travaux d’étude et d’entretien; d’où, aussi, la valeur de la collaboration apportée à Imphy par M. Léon Honsel, chef des services de mécanique et d’entretien.
- Né à Besançon le 1er décembre 1873, Léon Honsel obtient en 1893 le diplôme de l’Ecole des Arts et Métiers de Châlons. Il est admis la même année dans le Corps des Mécaniciens de la Flotte, qu’il quitte en 1898 pour entrer aux usines d’Imphy. Attaché d’abord au bureau de dessin, il devient, en 1902, chef des services de mécanique et d’entretien, tâche à laquelle s’ajoute, en 1923, la direction du bureau d’études.
- La réputation justifiée des fabrications d’Imphy dispense d’insister longuement sur les mérites de M. L. Honsel. Faut-il créer un engin nouveau ou modifier une machine existante en vue d’une fabrication nouvelle, sa culture scientifique étendue, son ingéniosité lui suggèrent la solution sûre et pratique. Survient-il un accident de machine, il sait à la fois trouver un remède rapide et entraîner ses collaborateurs pour faire la réparation dans le moindre temps.
- Arrivé le premier à l’usine qu’il est le dernier à quitter, d’un dévouement à toute épreuve, il veille à tout, et l’extrême rareté des accidents de matériel et de personnes prouve l’efficacité de sa vigilance.
- Médailles d’argent.
- Rapport présenté par M. M.-J. Androuin, au nom du Comité des Arts mécaniques, sur la règle à calculs spéciale pour ressorts hélicoïdaux, de M. Maurice Doublet.
- M. Maurice Doublet a réalisé une règle à calculs spéciale pour la détermination rapide des ressorts hélicoïdaux de traction et de compression.
- Cette règle à calculs consiste en un abaque comportant deux groupes de réseaux logarithmiques. L’un des groupes de réseaux, imprimé sur matière transparente, est déplaçable par rapport à l’autre. L’ensemble est combiné de telle manière que le déplacement permette de faire apparaître instantanément les valeurs cherchées, d’après celles qui sont connues. Les réseaux logarithmiques représentent respectivement : le diamètre moyen, le diamètre du fil, la contrainte maximum admise, la charge maximum correspondante et la flèche par spire.
- L’approximation du calcul ainsi fait est d’autant meilleure que le rapport du diamètre moyen au pas du ressort est plus grand. En pratique courante, elle est toujours acceptable.
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- L’instrument peut rendre de grands services dans les bureaux d’études où l’on a besoin de pouvoir calculer des ressorts sûrement et rapidement. Il est aussi d’une grande utilité pour les fabricants de ressorts, qui peuvent s’en servir, notamment pour s’assurer instantanément que les spécifications des ressorts qui leur sont commandés ont été correctement établies.
- Rapport présenté par M. P. Nicolau, au nom du Comité des Arts mécaniques,
- sur 1 e périodique de métrologie industrielle Mesures.
- La nouvelle revue mensuelle Mesures, créée en février 1936 par M. J. Vivié, Ingénieur civil des Mines, comble une grave lacune de la littérature technique française.
- Placée sous les patronages les plus autorisés, elle apporte à notre industrie, dans une forme agréable, pratique et d’une sobre élégance, une documentation étendue sur tous les domaines de la science qui constitue la substance même de ses progrès, la métrologie.
- Nos fabricants d’appareils de mesure y trouveront un élément d’émulation et une source de rayonnement d’une grande portée pratique!l). La Société d’Encouragement adresse ses félicitations à M. J. Vivié pour son initiative courageuse et féconde.
- Rapport présenté par M. G. Delage, au nom du Comité des Arts économiques, sur l’ouvrage de M. Albert Krebs intitulé, Le thon (germon), sa pêche et son utilisation sur les côtes françaises de VAtlantique.
- Le livre de M. Albert Krebs est d’une lecture attachante et constitue en même temps une étude documentaire importante et qui peut avoir des résultats pratiques. La pêche du thon en effet utilise 6000 marins parmi lesquels se recruteront les meilleurs éléments des équipages de notre Marine, et l’industrie de sa conserve 50000 ouvriers.
- L’auteur a traité son sujet en savant, en industriel et en économiste. Il était d’ailleurs parfaitement qualifié, car s’il a accumulé les diplômes, il a aussi vécu dans le milieu qu’il décrit : fils d’un constructeur de thoniers de Concarneau, il a lui-même pratiqué la grande pêche; il parle de ce qu’il connaît.
- M. Krebs étudie d’abord les caractères biologiques du thon, puis ses lieux d’habitation et ses migrations. Après un intéressant historique, il décrit la pêche actuelle : les engins utilisés, les bateaux aux formes si caractéristiques. Il
- (1) Voir, à la page 8G du Bulletin de janvier-février 1937, une notes détaillée sur les mémoires el renseignements de toute sorte concernant la métrologie industrielle qu’on trouve dans Mesures depuis son apparition.
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- nous fait ensuite assister à une « tournée de pêche » selon l’expression consacrée : rude et hasardeuse entreprise, car, bien qu’elle se pratique durant la belle saison, l’Océan, à 300 milles des côtes, est toujours redoutable pour des embarcations de 20 m de longueur. Puis, nous visitons les ports d’armement : Concarneau, l’ile de Groix, dont la population vit exclusivement de la pèche du thon.
- L’auteur étudie, enfin, l’industrie de la conserve du thon, l’organisation de sa vente, les débouchés.
- Il caractérise la situation actuelle, malheureusement très mauvaise, à cause de la concurrence étrangère et de nos prix élevés ; mais il indique des moyens d’y remédier sans faire appel aux contingentements et à la protection douanière. Il préconise, et avec raison, le perfectionnement de notre outillage de pêche, la motorisation de la flottille, l’utilisation des frigorifiques, etc.
- Grâce à son excellente monographie, M. A. Krebs peut contribuer grandement à la renaissance d’une industrie et d’un commerce jadis prospères et aujourd’hui gravement menacés.
- Rapport présenté par MM. Maurice Lacoin et Hyacinthe Servonnet, au nom du Comité de Commerce, sur la Ligue française pour les Auberges de la Jeunesse16''.
- Les œuvres qui s’occupent spécialement des loisirs de la jeunesse, qui facilitent aux jeunes gens la pratique des sports, la vie en plein air, les séjours à la campagne, dans la forêt, à la montagne, à la mer, qui s’efforcent, en un mot, par tous les moyens, de maintenir notre belle jeunesse de France en parfaite santé physique et morale, sont depuis plusieurs années mises à l’honneur par le Comité de Commerce. C’est une œuvre de cette nature, jeune encore, mais déjà très florissante, la Ligue française pour les Auberges de la Jeunesse, que le Comité de Commerce a distinguée cette année.
- Georges Duhamel, dans la préface d’un de ses livres, écrit : « Comme la France est désirable et diverse, comme elle est mal accessible à l’enfant pauvre. » La rendre plus accessible, tel est le but visé par les fondateurs de la Ligue française pour les Auberges de la Jeunesse. Les statuts le précisent clairement :
- 1° promouvoir la création, en France et dans les colonies, d’auberges de la jeunesse, et venir ainsi en aide aux jeunes gens des deux sexes désireux de voyager, dans l’intérêt de leur santé physique et morale, de leur formation intellectuelle et de la meilleure utilisation de leurs loisirs;
- 2° établir des relations régulières avec les organisations analogues fonctionnant dans d’autres pays, en vue de favoriser les voyages des jeunes Français à l’étranger et des jeunes étrangers en France, et contribuer ainsi au rapprochement des jeunesses des diverses nations.
- (6) Siège social, 34, boulevard Raspail, Paris (7e). 136e Année. — Mars-Avril 1937.
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- Nous devons également citer ces paroles du president-fondateur de cette œuvre, M. Marc Sangnier, qui témoignent mieux encore de l’esprit de la Ligue : « Il faut que les auberges de la jeunesse servent à réunir dans un même épanouissement de vie physique, intellectuelle et morale, tous les jeunes gens de France. Ce qui fera la grandeur et la beauté de nos auberges, c’est qu’elles ne seront ni des auberges bourgeoises, ni des auberges prolétariennes; je dirai même qu’elles ne seront pas simplement des auberges françaises, mais qu’elles seront des auberges humaines, ouvertes à tous les jeunes de tous les pays. »
- Une auberge de la jeunesse est essentiellement un gîte temporaire ou permanent, où, pour une somme modique, les jeunes gens peuvent trouver un abri. On utilise à cet effet un local donné ou prêté gratuitement par un particulier, une association, une municipalité, ou, plus généralement, par les Pouvoirs publics. L’important ensuite est de mettre l’auberge sous l’autorité paternelle et bienveillante d’un « père (ou d’une mère) aubergiste ». qui est chargé d’y assurer la bonne tenue matérielle et morale.
- Les jeunes gens et les jeunes filles ne peuvent être admis en même temps dans la même auberge qu’à la condition que celle-ci soit de nature à comporter deux organisations parfaitement distinctes et séparées.
- L’auberge de la jeunesse n’est pas une entreprise commerciale; aussi la taxe perçue y est-elle la plus réduite possible, 2 fr par nuit pour les moins de 20 ans, qui, en principe, y sont seuls admis.
- Les auberges de la jeunesse paraissent avoir fonctionné de tout temps au Japon, mais sous une autre forme qu’en Europe : les élèves des anciens samouraï, qui étaient les seuls éducateurs avant la Restauration de 1868, devaient consacrer leurs vacances à un tour de pays, à pied. Aujourd’hui, les élèves des écoles et les étudiants des collèges et des universités font de même. Mais, c’est en Allemagne qu’a germé, en 1910, l’idée des auberges de la jeunesse sous sa forme actuelle ; elle s’y est admirablement développée puisque aujourd'hui plus de 2 000 auberges, représentant près de 100 000 lits, reçoivent les jeunes touristes allemands. La Ligue française pour les Auberges de la Jeunesse a été fondée en 1929; en 1930, s’ouvrait à Bierville (Seine-et-Oise) la première auberge de France, l’Epi d’Or. En 1933. 15 auberges et 12 gîtes d’étapes étaient créés. En 1936, 250 auberges couvrent l’ensemble du territoire dans les régions les plus variées, à la mer, à la montagne, dans les centres de sports d’hiver, au voisinage des belles forêts. Cette progression rapide témoigne de la vitalité de la Ligue française des Auberges de la Jeunesse, de l’activité, de la ténacité et du dévouement de ses membres.
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- Médailles de bronze décernées aux contremaîtres et ouvriers des établissements industriels et des exploitations agricoles.
- Rapport présenté par M. Hyacinthe Servonnet, secrétaire général.
- Depuis près d’un siècle, la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale décerne chaque année des médailles aux contremaîtres et ouvriers qui se sont signalés par la durée de leurs services, le zèle, le dévouement et l’intelligence qu’ils ont apportés dans leur travail. La Société a donc reconnu depuis longtemps la part importante que prend le personnel d’exécution dans le succès des entreprises; elle a toujours tenu à mettre à l’honneur les modestes mais précieux collaborateurs que sont les bons contremaîtres et ouvriers. Elle estime qu’elle le doit plus encore en période de dépression économique, car elle sait que ce personnel d’élite, sourd aux vaines agitations, sera le meilleur artisan du redressement.
- Les candidats nous sont désignés par les chefs d’établissements qui sont membres de la Société d’Encouragement; ils sont de plus en plus nombreux, et c’est avec regret que nous nous voyons obligés, comme les années précédentes, d’écarter un certain nombre de candidatures méritantes. Nous considérons l’ancienneté, mais celle-ci ne constitue pas le seul élément d’appréciation : l’âge, la conduite, la valeur morale, l’habileté, les initiatives heureuses, la situation de famille, entrent également en ligne de compte.
- 28 lauréats ont été désignés cette année, dont 9 comptent de 36 à 53 ans de services continus dans la même maison. Nous faisons un pressantappel aux chefs d’entreprises industrielles ou agricoles, adhérents à notre Société, pour qu’ils veuillent bien, par leur généreux concours, nous aider à multiplier ces récompenses. Ce faisant, ils auront montré une fois de plus que, loin de se désintéresser de leur personnel, ils savent reconnaître hautement ses vertus et ses mérites.
- Mesdames et Messieurs, en vous décernant sa médaille, la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale entend récompenser, non seulement vos bons et loyaux services, mais aussi le magnifique exemple que vous donnez à tous ceux qui en sont les témoins. Elle est hère de proclamer vos noms dans sa séance solennelle.
- Liste des contremaîtres et ouvriers à qui est décernée la médaille de bronze en 1936.
- MM. Croiët et Cie (plumes métalliques Blanzy, Poure et Cie), à Boulogne-sur-mer (Pas-de-Calais) ;
- Madame Alice Auguste, emboîteuse.
- Société anonyme de Commentry-Fourchambault et Decazeville, 84 rue d^ Lille, Paris (7e) :
- Aciéries d’Imphy (Nièvre) :
- Maximilien Moreau, chef du bureau des expéditions.
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- Compagnie des Forges de Chatillon, Commentry et Neuves-Maisons, 19, rue de La Rochefoucauld, Paris (9e) :
- Établissements du Nord, à Isbergues (Pas-de-Calais) :
- Camille Burgho, manœuvre spécialisé.
- Houillères d’Aubin (Aveyron) :
- Albert Reménieras, maître-mineur.
- Établissements du Centre, à Montluçon (Allier) :
- Eugène Perchât, ajusteur.
- Houillères de Saint-Éloy-les-Mines (Puy-de-Dôme) :
- Jean-Baptiste Giganon, chef de poste.
- Société Nobel française, 67, boulevard Haussmann, Paris (8e) :
- Usine de La Rivière Saint-Sauveur (Calvados) :
- Albert Letréché, chef d’entretien des constructions ;
- Madame Blanche Yver, ouvrière d’usine.
- Usine d’Ablon (Calvados) :
- Madame Françoise Gudin, ouvrière de fabrication.
- Usine de Paulilles (Pyrénées-Orientales) :
- Bernard Lordan, ouvrier des acides.
- Chemins de fer de Paris a Lyon et a la Méditerranée, Service du Matériel et de la Traction, 20, boulevard Diderot, Paris (12e) :
- Dépôt principal de Laroche (Yonne) :
- Claude Drevet, aide-ouvrier tourneur.
- Ateliers de Machines d’Oullins (Rhône) :
- Edmond Schimillum, sous-chef de brigade;
- Joannès Charlet, chef de brigade.
- Ateliers de Voitures d’Oullins (Rhône) :
- Antoine Magnenan, chef de brigade.
- Ateliers de Voitures de Villeneuve-Saint-Georges (Seine-et-Oise) :
- Gaston Doubly, dit Metz, contremaître principal.
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- LISTE DES RÉCOMPENSES DÉCERNÉES LE 13 MARS 1937.
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- MM. Charles Lorilleux et Cie, 16, rue Suger, Paris (6e) :
- Georges Savary, contremaître;
- Édouard Arnal, livreur;
- Gabriel Fouchard, cuiseur de vernis;
- Auguste Mathieu, manœuvre;
- Auguste Bucaille, manœuvre.
- Établissemants Kuhlmann, 11, rue de La Baume, Paris (8e) :
- Usine de Villers-Saint-Paul (Oise) :
- Camélina Wiotte, contremaître de fabrication;
- Charles Boudoux, ajusteur.
- Usine d’Hennebont (Morbihan) :
- Julien Le Mechec, surveillant de chambres.
- Usine de Loos-lez-Lille (Nord) :
- Julien Forestier, employé;
- Henri Desreumaux, surveillant;
- Joseph Vandionant, peintre.
- LISTE DES RÉCOMPENSES DÉCERNÉES LE 13 MARS 1937 POUR L’ANNÉE 1936.
- Lauréats.
- Rapporteurs.
- Objets.
- Albert Demolon.
- Grande médaille.
- H. Hitier. Agronomie, science du sol.
- René Perrin.
- Prix Charles Bardy.
- L. Guillet. Réactions rapides par laitiers.
- Gustave Duflot.
- Prix Fourcade.
- H. Servonnet. Industrie chimique.
- Prix Meynot.
- A. L. Thimothée. François Pinson.
- L. Tardy. Petite culture.
- Émile Cohl (E. Courtet).
- Médaille grand module.
- H. d’Allemagne. Premiers dessins animés ciné-
- matographiques.
- Gilbert Lesbre.
- Médaille Dumas. P. Chevenard.
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- LISTE DES RÉCOMPENSES DÉCERNÉES EN 1936.
- Jules Pinczon. Médailles d’or. P. Dumanois.
- Association française de Norma- P. Nicolau.
- lisation (AFNOR). Paul Duflos. S M.-J. Androuin
- Jean Hérenguel. ) et II. Servonnet. A. Porlevin.
- René Dufour. ) E. Fleurent.
- André Leduc. \ )
- F. Michot-Dupont. P. Pascal.
- Charles Berthelet. R. Bubrisay.
- Maurice Lenglen. E. Schribaux.
- Émile Pécard. (
- G. Moussu.
- J.-B. Martin. )
- A. Monvoisin. G. Moussu.
- Henri Dumas. A. Nessi.
- Rodolphe Germain. ) C. Blétry.
- Jean Paisseau. \
- H. Moreau Febvre. L. Bechmann.
- Gabriel Lacroix. J. Fressinel.
- <s Les Equipes sociales ». G. Risler.
- v Enfance et Famille ». G. Risler.
- Jacques Pluyette. s M. Lacoin et
- Roland Ziegel. l II. Servonnet.
- Médaille de vermeil.
- Léon Honsel. P. Chevenard.
- Construction navale. Normalisation industrielle.
- Apprentissage de la quincaillerie.
- Métallurgie.
- « Radiovulcanisation ».
- Distillation méthylante. Combustibles.
- Agronomie, engrais chimiques.
- Tuberculinisation des bovins.
- Conservation par le froid. Chauffage central.
- « Nacrolaque ».
- Réglage du chauffage central. Chaudronnerie artistique. Entr'aide sociale.
- OELivres sociales.
- Formation professionnelle et reclassement des chômeurs.
- Organisation du travail.
- Médailles d'argent.
- Maurice Doublet.
- Mesures (périodique).
- Albert Krebs.
- c Ligue française pour les Auberges de la Jeunesse ».
- M.-J.Androuin. Règle à calculer les ressorts. P. Nicolau. Métrologie industrielle.
- G. Delage. Pêche du thon (germon L
- M. Lacoin et
- H. Servonnet.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOURAG. POUR L’iNDUST. NAT. — MARS-AVRIL 1937 (p. 151).
- L’INDUSTRIE DU DESSIN ANIMÉ
- par M. Eugène Lemaire, agent général de la Société d'Encouragement.
- INTRODUCTION.
- Le dessin animé est, avec le film à grand spectacle, appelé au début superproduction'11, une des deux formes du cinématographe qui paraissent avoir conquis définitivement la faveur du public. 11 doit son succès à ce que c’est, avant tout, une œuvre d’art, une interprétation, dans laquelle l’artiste, grâce à des possibilités bien plus grandes que dans le cinéma ordinaire, peut donner libre cours à sa verve et extérioriser sa personnalité. Pour ces raisons, quelques cinéastes prétendent même que le dessin animé est du cinéma « pur ». Gomme il plaît à tous, grands et petits, et que le goût du public s’affine de jour en jour, il faut s’attendre à lui voir prendre un développement toujours plus grand.
- Si on est assez bien renseigné sur la technique du cinéma ordinaire, il n’en est pas de même du dessin animé. Les renseignements bibliographiques sont très rares : à l’étranger, on n’a guère publié que quelques ouvrages ou articles très courts et déjà anciens; en France, à peu près rien d’original n’a encore paru sauf une série d’articles de M. Lo Duca dans Comœdia, parus de février à avril 1936. Cependant, le dessin animé est l’objet d’une véritable industrie et d’un commerce dont le grand public est loin de soupçonner l’importance. C’est pourquoi, à la demande de plusieurs membres du Conseil de la Société d’Encoura-gement, nous avons rédigé l’exposé qui suit; il a simplement pour objet de représenter, autant qu’il est possible, l’état actuel de nos connaissances sur la question.
- Pour la rédaction de cet exposé, nous nous sommes servi de quelques publications et nous avons eu recours à l’obligeance de plusieurs personnes qui ont complété nos renseignements. Nous leur adressons ici nos très vifs remerciements. Parmi les dessins animés remarquables cités, nous n’avons guère retenu que ceux que l’on a pu voir à Paris. Voici nos références :
- M. Léon Gaumont, membre du Conseil de la Société d’Encouragement ; — M. G. M. Lo Duc.v (L'industrie du dessin animé, Génie Civil du 31 octobre 1936) ; — M. Jean Vivié, conseiller technique de la Fédération française des Clubs de Cinéma d’Amateurs, tous deux lauréats de la Société d’Encouragement; — M. G. Michel Goissac, historiographe du cinéma et auteur de l'Histoire du cinématographe, de ses origines jusqu'à nos jours (Cinéopse et Gauthier-Villars éditeurs, Paris, 1925). (On peut consulter cet ouvrage à la Bibliothèque de la Société d’Encouragement : cote 16 992,
- (1) Voir p. 174, l’annexe du présent exposé.
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- l’industrie DU DESSIN ANIMÉ. — MARS-AVRIL 1937.
- B, 13-1, i-2) l2': — M. F,.-Ph. Clerc, lauréat, de la Société d'Encouragemenl [La technique photographique, 2e édition, Montel éditeur, Paris. 1933); — Ciné-Amateur, mensuel, 94, rue Saint-Lazare, Paris, 9e (voir notamment le numéro du 20 novembre 1933, Le dessin animé. Comment Wall Disney fait parler Mickey Mouse, compte rendu de deux interviews avec Walt Disney, à Hollywood et à Paris, de MM. Shaw et Vivié, par M. J. Vivié); — enfin. Emile Coiil.
- HISTORIQUE.
- LES PRÉCURSEURS DU DESSIN ANIMÉ SUR PELLICULE CINÉMATOGRAPHIQUE. — Le cinéma utilise le phénomène physiologique de la persistance des images sur la rétine, phénomène connu des anciens et qu’on a utilisé il y a déjà longtemps dans de nombreux appareils ou jouets qui portaient différents noms mais dont le résultat était essentiellement le même que celui du cinéma : donner l'impression de mouvements continus. Le dessin animé, tel que nous le connaissons aujourd’hui, ne diffère de celui de ces appareils ou jouets que parce que les dessins sont remplacés par des photographies qui peuvent être tirées à un nombre d’exemplaires pratiquement illimité et sont rendues visibles simultanément sur un écran à de très nombreux spectateurs.
- Le dessin animé sur pellicule cinématographique n’est donc pas une invention proprement dite et il ne pouvait faire l'objet d’aucun brevet.
- Nous ne signalerons que ceux de ces appareils qui sont les plus connus et que l’on a considérés quelquefois comme des antériorités du dessin animé cinématographique pour en contester l’originalité.
- Léonard de Vinci (1452-1519) paraît avoir le premier utilisé, dans des appareils, la persistance des images rétiniennes; mais on est mal renseigné sur cette utilisation à cause de la difficulté de déchiffrer ses manuscrits.
- Newton (1642-1727) en a fait usage pour réaliser la synthèse de la lumière blanche, au moyen d’un disque tournant sur lequel les différentes couleurs du spectre solaire occupent des secteurs.
- Voici, parmi les jouets les plus connus, ceux qui, antérieurs à l'invention de la photographie, peuvent être signalés.
- Les toupies éblouissantes (fig. 1). — Elles sont citées, en 1764, par l’abbé Nollet (1700-1770), dans ses Leçons de physique expérimentale, comme connues et fabriquées couramment en France. Ces toupies changent d’aspect quand on les recouvre de cartons diversement colorés.
- (2) Pour l’histoire de la cinématographie et des précurseurs du dessin animé, voir aussi : Entwicklung der Kinotechnik, par Rudolph Tmr.x (V. D. 1. Verlag, G. M. B. M. Berlin NW7, 1936, 90 pfennigs). C’est une petite brochure (3" cahier) (28 p. 11 lig.) des « Abhandlungen und Bcrichte du Deutsehes Muséum. On ne peu! reprocher à cet excellent ouvrage qu’une légère tendance à exagérer la part prise par les Allemands aux progrès de la cinématographie, tendance qui peut d’ailleurs se justifier car il décrit souvent des pièces exposées au Deutsehes Muséum de Munich.
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- Le thaumatrope (de 6auga, merveille, miracle, et tostto), tourner) (fîg. 2 à 5). Imaginé vers 1823 par le Dr Paris, il fut réalisé ensuite sous différentes formes. Il est cité dans La clef de la science, de Brewer et de l’abbé Moigno (6e édition, 1884).
- Le phénakisticope, ou phénakistiscope ou, plus exactement, phénakistoscope, (de cpsvaxtaxtxoç, qui trompe, et cxo-xsio, examiner) (fig. 4), du physicien belge Antoine Plateau (1831). Il fut perfectionné, notamment sous la forme représentée
- Fig. 4. — Phénakislicope de Plateau (1831).
- Fig. 5. — Forme ultérieure du phénakisticope.
- sur la figure 5. Le phénakisticope est cité, mais non décrit, parmi les appareils curieux, tels que le thaumatrope, la roue de Faraday et le kaléidophone, dont les effets sont fondés sur la persistance des images rétiniennes, dans le Traité élémentaire de physique de Ganot (20e édition, 1887); ce mot figure aussi dans le Dictionnaire général, qui est postérieur à 1889, mais non dans le Dictionnaire de Littré. Le phénakisticope fut pendant longtemps un jouet à la mode; Beal, de Greenwich, le perfectionna en 1866, puis plus tard, Molteni, de façon à rendre les images visibles sur un écran en utilisant la lanterne de projection. L’appareil réalisé à cet effet contenait plusieurs des organes de celui qu’on emploie actuellement pour la projection cinématographique, notamment la « croix de Malte » pour obtenir le déroulement.
- Après l’invention de la photographie, on substitua aux dessins exécutés à la main les images photographiques d’un sujet en mouvement prises à des stades successifs de ce mouvement. C’est Jules Duboscq, constructeur d’instruments d’optique à Paris, qui, en 1851, avec le concours de son associé Soleil et de
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- l’abbé Moigno, réalisa ce perfectionnement sous la forme d’un jouet, le bioscope (de (3:oç, vie, et ou stéréofantascope.
- Le théâtre optique, d’Émile Reynaud (1844-1918) — il était agrégé de l’Université — mérite une mention spéciale car il est la synthèse de nombreux dispositifs antérieurs, en comporte de nouveaux, notamment celui des miroirs, imaginé dès 1877 et employé par lui dans son praxinoscope, breveté en 1882.
- Dans le praxinoscope (de 7rpaç-.ç, action, et ^xottew) (fîg. 6), les dessins sont sur une bande de papier disposée à l’intérieur d’une boîte cylindrique, face à son axe, et au centre de laquelle se trouve un prisme dont les faces sont des miroirs plans. L’ensemble peut tourner autour d'un ave commun; si on fait tourner le tout, les spectateurs, qui sont placés autour du cylindre, voient, en regardant vers le centre et dans un môme miroir, les images réfléchies, donc virtuelles, successives des dessins. Le praxinoscope de Reynaud est décrit, mais très incomplètement, dans La clef de la science, ouvrage déjà cité.
- Dans son Théâtre optique (fîg. 7), conçu pour un grand nombre de spectateurs. placés en S. Reynaud utilisait en outre un décor, ou fond fixe, projeté sur l’écran transparent E par une lanterne L; les images du sujet mouvant étaient disposées sur une bande B, passant devant un condensateur C; un système optique A et un miroir M agrandissaient l’image virtuelle et en donnaient une image réelle, renvoyée sur l’écran E. Cette image venait se superposer au décor du fond. On conçoit qu’en agissant, au moyen d’une manivelle, sur les tambours T et T' d’enroulement et de déroulement de la bande, et en déplaçant la bande plus ou moins vite, on pouvait donner aux sujets animés un mouvement d’ensemble en avant et en arrière et même les immobiliser et obtenir ainsi de très beaux effets artistiques, effets rehaussés par le coloriage des images et des fonds et aussi par la musique, Reynaud s’étant assuré le concours d’un compositeur, Gaston Paulin.
- La bande était une sorte de gélatine, le cristalloïde. Reynaud s’aperçut bientôt, que. quand elle atteignait une longueur de pdusieurs mètres, la coïncidence des images successives n’était plus assurée; aussi imagina-t-il de perforer la bande, à la main, en des points équidistants, des goupilles venant s’engager dans les perforations. O11 trouve là, pour la première fois, les perforations qu’on devait utiliser plus tard dans l’appareil de projection cinématographique; quant à la longue bande transparente, elle ne devait être réalisée, elle aussi, qu’une dizaine d’années plus tard, mais en celluloïd, par Eastmann.
- Dans le Théâtre optique, il n’y a presque pas d’organes en mouvement, ni de saccades, et entre les projections de deux images successives, la lumière n’est pas supprimée.
- Le Théâtre optique fut installé au Musée Grévin, à Paris, en 1892; il y remporta un grand succès et fonctionna jusqu’en 1900, donc cinq ans encore après l’apparition du cinéma. Reynaud y donna des « Pantomimes lumineuses » comportant des bandes de 9 mètres, comme Le bon bock, Autour d'une cabine, et surtout son célèbre Pauvre Pierrot, dont la projection durait 10 minutes. Il dessi-
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- naît et coloriait lui-même ses personnages. Bien que la photographie eût permis de remplacer les dessins par des photographies, Reynaud s’en tint longtemps aux dessins qu’il considérait comme plus artistiques. Il n’y recourut qu’en 1894, ce qui lui permit de faire ligurer sur ses bandes des artistes réputés, comme les clowns Footitt et Chocolat, dans Guillaume Tell (1896), et l’acteur Galipaux, dans La première cigarette (1897). Mais il était trop tard : le grand public s’intéressa davantage à la nouveauté qu’était le cinéma et déserta le Théâtre optique.
- On peut voir des spécimens de tous les appareils et jouets qui viennent d’êlre
- Fig. 6.
- Praxinoscope d’Émile Reynaud (1877).
- Fig. 7. — Théâtre optique d’Émile Reynaud, installé au Musée Grévin, à Paris, en 1892 et qui y a fonctionné jusqu’en 1900, soit 5 ans encore après l’invention du cinématographe.
- cités, ou des photographies du Théâtre optique de Reynaud, au musée du Conservatoire national des Arts et Métiers dont, depuis 1927, une section est consacrée aux origines et à l’histoire du cinéma.
- dispositifs utilisant le cinéma antérieurs a Émile cohl. — Il convient aussi de signaler une forme nouvelle des appareils précités et une invention qui se rattachent au dessin animé, toutes deux postérieures au cinéma et qu’elles utilisent.
- La forme nouvelle est une sorte de petit livre dont toutes les pages sont constituées, au recto par exemple, par les images successives d’une bande cinématographique mais sur fond opaque et agrandies : il suffît de faire passer rapidement toutes les pages sous le pouce pour avoir la sensation du mouvement continu; la condition essentielle est que les pages soient bien repérées au brochage.
- Quant à l’invention, elle a fait l’objet d’un brevet pris par M. L. Gaumont, le 9 janvier 1900. Il s’agissait de représenter sur l’écran le développement d’un événement relativement lent, tel qu’une bataille. Sur un plan du champ de
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- bataille, plan qui peut être en relief, on marque les points importants, les batteries d’artillerie, les ouvrages fortifiés, les tranchées, etc. ; les troupes adverses des différentes armes sont représentées, par exemple, par des rectangles en fer doux marqués de caractères ou de signes distinctifs; on les déplace dans l’ordre voulu, et à la vitesse convenable, au moyen d’aimants manœuvrés par des aides placés sous le plan. La caméra, utilisée comme dans le cinéma ordinaire, enregistre les images du plan avec les différentes positions occupées successivement par les rectangles.
- Un premier film de ce genre fut réalisé et projeté à Paris en 1901-1902; il représentait la Bataille de Spion Kop (24 janvier 1900). événement mémorable de la guerre du Transvaal. Les Nouveautés cinématographiques des Etablissements Gaumont du 8 juin 1909 en annoncent un autre, La bataille cV Austerlitz,
- qui mesurait 92 m; par le déplacement des aiguilles sur un cadran, le spectateur savait l’heure de chaque phase de la bataille.
- Depuis, pour obtenir des résultats analogues, on peut encore opérer de même façon : on ajoute, enlève ou déplace à la main, ou par des artifices, certains objets ou organes entre deux prises de vues successives. La méthode ressortit au truquage. On peut réaliser ainsi des films instructifs destinés à mon-
- It'ot1 t\t\r AY^mnlp 1 ac a coq rl lin a
- la technique du dessin animé.
- Fig-. 8. — Cartons extraits du lor et du 2" dessin animé cinématographique d'Emile Cohl, Fantasmagorie (1908) et Drame chez les fantoches (1908).
- 1 ' u' jumoenes (i.wu. PREMIERS DESSINS ANIMES CINE-
- MATOGRAPHIQUES. — Gomme on l’a vu à la page 113 du présent Bulletin, c’est le Français Emile Cohl qui est le créateur
- du dessin animé sur pellicule cinématographique ; ses premiers essais datent de 1906, et le premier de ses dessins animés, Fantasmagorie (lig. 8) fut projeté en public à Paris, le 17 août 1908. Le second dessin de la figure 8 représente un des cartons de Drame chez les fantoches (1908) qui a été projeté le 13 mars 1937 en séance solennelle de la Société d’Encouragement. On voit qu'il s'agit de dessins « primitifs », de personnages et de décors schématisés. 11 ne pouvait en être autrement sous peine de perdre un temps considérable, car Emile Cohl devait dessiner en entier chaque carton. Mais, dès 1911, la technique s’étant perfectionnée, il en produisit à partir de cette date qui ne le cèdent en rien à ceux qui ont été produits aux Etats-Unis aussitôt après la guerre.
- Après Emile Cohl, il faut citer comme avant jalonné les progrès du dessin animé au point de vue soit technique soit artistique :
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- Aux États-Unis : Windsor Mac Cay, qui passe pour le créateur du dessin animé mais dont le premier ne date que de 1910; il s’était procuré un des dessins animés d’Émile Cohl qu’on venait de présenter à New-York, et il l’avait étudié image par image; sur quelques-uns de ses premiers dessins, comme le Dinosaure, il représenta des animaux dits antédiluviens mais fantaisistes, et qui n’avaient rien à voir avec les reconstitutions paléontologiques. Vers 1911, il en produisit de 6 000 et 12 000 images. On lui doit le célèbre Naufrage de la Lusitania (1918), de 25 000 images, qui lui demanda près de deux ans de travail. C’est Mac Cay qui orienta le dessin animé vers la caricature, caractère qu’il a conservé; — l’Australien Pat O’Sullivan, créateur de Félix le Chat (1917); — les trois frères Dave, Max et Lou Fleischer, Autrichiens arrivés tout enfants aux États-Unis et qui y sont demeurés. Max et Dave sont considérés comme des maîtres et de bons techniciens. Max est l’inventeur du transparent, ou cel (1917); — deux autres maîtres : Ub Iwerks, introducteur delà couleur, en 1932, et enfin, Walt Disney.
- En Europe, on peut citer : le Danois Bergdahl, créateur de Captain Grogg ; — l’Anglais Bud Fisher, créateur de Mutt and Jeff (1920); — le Busse Kho-dataïev, auteur de La'boite à musique; — le Suédois O. Jacobson, créateur d'Adamson, type du petit bourgeois infortuné d’après guerre.
- TECHNIQUE DU DESSIN ANIMÉ.
- principe. — Le dessin animé est une suite de dessins dont chacun représente une des phases instantanées de corps en mouvement; ces dessins, projetés agrandis sur l’écran, y reproduisent ce mouvement et paraissent donner la vie à l’être ou à l’objet qui en est animé. Comme on peut ainsi animer les objets inertes ou animés les plus divers et leur conférer les mouvements les plus invraisemblables, l’artiste peut donner libre cours à son imagination.
- Si on fait abstraction de l’accompagnement musical, dont il sera question plus loin, la technique du dessin animé peut se ramener essentiellement à ceci.
- L’artiste exécute à la main, sur des cartes opaques planes, une suite de dessins (cartoons){3) qui ne diffèrent entre eux que par les positions occupées successivement par la partie du dessin qui, à la projection, doit apparaître animée. La caméra C(i) est fixée à distance convenable sur un support S (fig. 9), de façon que son axe optique soit vertical, au-dessus du cartoon D, qui est posé horizontalement sur un autre support S', fixe également, donc toujours à la même distance
- (3) Le cartoon (du français carton, venu de l’italien cartone, augmentatif de carta, papier), a désigné d’abord et désigne encore, en anglais, comme en français carton, l’esquisse d’une fresque, d’un tableau, ou le dessin d’une tapisserie, d’une mosaïque, exécutée par l’artiste et devant être reportée sur un support convenable en vue de l’exécution définitive de l’œuvre. Par extension, ce mot désigne aussi, en anglais, le dessin original exécuté par un caricaturiste sur papier fort, et cette caricature elle-même, une fois reproduite.
- (4) La caméra (par abréviation de l’italien caméra oscura, chambre noire) a d’abord désigné et désigne encore, en anglais, la chambre noire des photographes, et, aujourd’hui, un appareil photographique quelconque. Pour les cinéastes, le mot caméra s’applique exclusivement à l’appareil de prises de vues.
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- de l'objectif. La mise au point, qui doit être très précise, est faite une fois pour toutes, au moyen de crémaillères.
- Les cartoons. numérotés et repérés sur leur support 5' pour que celles de leurs parties qui doivent paraître immobiles coïncident, sont photographiés l'un après l’autre, au moyen de la caméra, sur le fdm vierge qu’elle renferme et qui sera la future bande négative; mais, ici, les images photographiques successives ne sont
- pas prises au rythme ordinaire, comme dans la prise de vues de sujets réels : la caméra est pourvue d’un dis-posi tif comportai! t une roue à rochet. qui interrompt, pendant aussi longtemps qu’on le veut, le déroulement du film, et c’est pendant cette interruption qu’un cartoon est remplacé, à la main, par le cartoon qui le suit16'.
- A la projection, la succession des images sur l’écran doit se faire au rythme de 16 images par seconde pour le cinéma muet et de 24 pour le cinéma sonore. C’est sur ce dernier rythme que sont réglés aujourd’hui tous les appareils de projection, car on ne produit plus de films muets : c’est donc celui qu’il faut adopter pour le dessin animé, qui. lui aussi, est devenu sonore. La figure 9 représente schématiquement un des bancs les plus simples de prise de vues; mais il en existe dans lesquels les cartoons sont placés verticalement, et même qui permettent d'opérer aussi bien dans le sens vertical que dans le sens horizontal.
- Simplifiées comme il vient d’être dit, l’exécution des dessins et la prise de
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- Schéma d’un banc de prise de vues de dessins animés.
- C, caméra; — D, cartoon; — P, P7 projecteurs: -de la caméra; — S7, support des cartoons; — Y cristal recouvrant le cartoon D.
- S, support plaque de
- (5) Les cartoons présentent des perforations qui correspondent à des erirots de leur support. Le même mode de repérage est employé pour l’exécution des cartoons sur la talde à dessin de l’artiste et de ses aides.
- Emile Gohl obtenait le repérage; en utilisant des cartons rectangulaires bien calibrés, piqués sur des pointes aux quatre angles ou dont un angle droit saillant venait s’appliquer exactement dans l’angle droit rentrant d’une équerre d’ouvrier en fer. Son repérage n'était pas toujours parfait, mais c’était à dessein, car Émile Uohl obtenait ainsi un certain « frémissement » du trait, qui, dit-il, contribuait à donner de la vie au sujel.
- Au sujet du repérage, de grande importance dans le dessin animé, voir Edwin George Lutz, Animated Cartoons, New York, 1927, traduit, revu et augmenté par Konrad Wolter, sous le titre Der gezeichnete Film, Halle, 1929. C’est le premier ouvrage technique publié sur le dessin animé.
- (6) Colin Bennet, L’exécution cinématographique des dessins animés (The New Photographer du 14 février 1927.)
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- vues sont à la fois plus faciles et plus difficiles' qu’en cinématographie ordinaire.
- La prise de vues est plus facile parce que les cartoons sont à la même distance de l’objectif et sont éclairés artificiellement avec la même intensité par les projecteurs; le temps de pose est donc toujours le même. Dans la prise de vues de sujets vivants, le temps de pose reste le même aussi ; mais, pour tenir compte des différences d’éclairement du sujet mouvant, éclairement dont l’opérateur n’est pas toujours maître, celui-ci fait varier l’ouverture du diaphragme de l’objectif. Ici, cette ouverture est fixée une fois pour toutes, car la netteté du trait est indispensable.
- On compte 52 images par mètre de film du format normal de 35 mm ; un film d’une longueur de 250 m, dont la projection dure 9 min, exige donc l’exécution de 52x250 = 13 000 cartoons. En admettant qu’on en photographie un toutes les demi-minutes, la prise de vues durera donc plus de 100 heures. Pour diminuer sa durée, on a imaginé et réalisé de nombreux dispositifs cinématiques, notamment des « motocaméras ", dans lesquels l’escamotage des cartoons, empilés les uns sur les autres, est synchronisé avec la prise de vues. Néanmoins, elle reste assez longue; mais sa longueur est beaucoup moindre que celle des autres opérations.
- exécution des dessins. — Bien qu’aujourd’hui on n’exécute plus que des dessins animés en couleurs, ce qui suit s’applique au dessin en noir.
- L’artiste se sert de deux sortes de cartoons : les uns, pour les parties fixes, sont exécutés sur des feuilles opaques; ce sont les fonds; ils représentent généralement le paysage, le décor; les autres sont des feuilles transparentes (cels) de celluloïd ou, mieux, d’acétate de cellulose, qui ne comportent que le dessin des parties mobiles, par exemple un personnage. Le dessin des cels, comme celui des fonds, est exécuté à la plume ou au pinceau, avec de l’encre de Chine, pour le trait, et des couleurs à la gouache, donc opaques, pour les zones colorées.
- Pour la prise de vues, on pose les cels successifs sur le fond, les ergots du support s’engageant dans leurs perforations; comme le trait et les zones colorées du cel sont opaques, ils cachent les parties du fond qu’ils recouvrent; les parties du fond non recouvertes sont donc photographiées par transparence à travers le cel, en même temps que le dessin du cel. Cette manière d’opérer, non seulement évite de dessiner plusieurs fois le même fond — une fois pour toutes suffit pour une même scène — mais encore, elle a l’avantage qu’à la projection, le fond est toujours rendu avec la même intensité. Rien n’empêche d’ailleurs d’intercaler entre le cel supérieur et le fond d’autres cels exécutés au lavis en demi-teinte, à l’encre de Chine, ou avec des couleurs transparentes pour obtenir certains effets(7).
- (7) Pour rester dans le style du dessin animé, le trait doit souvent être assez gros; afin d’éviter les bavures, il est exécuté au recto du cel, et les couleurs, à la gouache ou au lavis, sout appliquées au verso. L’épaisseur des cels est de 0,12 ou de 0,15 cm.
- C’est Earl Hurd, qui, en 1914, imagina l’emploi des cels. Max Fleischer le perfectionna en 1917 en associant un décor de fond aux cels; Émile Reynaud, dès 1892, avait déjà imaginé cette association. Bien entendu, Émile Cohl ne pouvait opérer ainsi et il devait exécuter chacun des cartons en entier. 11 se bornait à décalquer les seules parties fixes, d’où la schématisation des personnages et des décors dans ses tout premiers dessins.
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- techniques spégiales. — En dessin animé, pour obtenir certains effets ou simplifier le travail, on a recours à de nombreuses techniques spéciales. Les nouvelles sont tenues secrètes aussi longtemps que possible. Nous ne citerons que les principales et qui sont, en quelque sorte, du domaine public.
- Travelling. — Le mot travelling (voyage, parcours, déplacement) signifie, en cinématographie ordinaire, toute prise de vues pendant laquelle il y a un déplacement relatif important de la caméra par rapport au sujet mouvant. Si le sujet s’approche ou s’éloigne, en suivant à peu près la direction de l’axe optique de la caméra, il n’y a pas de difficultés, et ce n’est pas à proprement parler un travelling. En dessin animé, la caméra étant, en principe, à la même distance du dessin, on exécute des cels successifs du sujet à une échelle de plus en plus grande s’il se rapproche, de plus en plus petite s’il s’éloigne. L’emploi du pantographe facilite cette exécution. On peut aussi opérer en plaçant la caméra à des distances croissantes ou décroissantes et en mettant au point pour chacune de ces distances; le résultat n’est pas alors tout à fait le même, comme on le verra plus loin, notamment en ce qui concerne le fond. De plus, les imperfections, inévitables, que présente toujours le dessin d’un cel apparaissent s’il s’agit d’un agrandissement. Si on emploie le pantographe, les cels étant distincts et les imperfections ne se répétant pas au même endroit, elles passent inaperçues à la projection.
- Si, le sujet restant sur place, on veut obtenir un effet du même genre en cinématographie ordinaire, l’opérateur s’en approche ou s’en éloigne d’un mouvement rectiligne uniforme (grâce à un chariot sur rails). Mais alors, le champ de la caméra restant le même, il couvre une fraction du fond de plus en plus petite si la caméra se rapproche et les dimensions des objets du fond croissent en même temps que celles du sujet, mais moins vite. C’est l’inverse si la caméra s’éloigne. A la projection, le spectateur averti s’aperçoit qu’il y a eu travelling en voyant apparaître ou disparaître de l’écran les parties du fond voisines du cadre, et cela à mesure que les autres parties paraissent plus petites ou plus grandes. Cet inconvénient ne se présente pas en dessin animé puisque le fond reste toujours à la même distance de la caméra; on exécute donc les mêmes cels que dans le cas précédent.
- Un autre cas de travelling est celui dans lequel le sujet se déplace perpendiculairement à l’axe optique de la caméra, soit horizontalement, par exemple s’il court, soit verticalement s’il tombe. En cinématographie ordinaire, l’opérateur reste en place, et suit le sujet avec sa caméra de façon qu’il reste dans son champ ; le sujet apparaît donc à la projection sur un fond dont les parties contiguës au cadre varient aussi.
- En dessin animé, l’artiste dessine un fond continu sur une longue bande de papier fort qui, à la prise de chaque vue, est déplacée latéralement d’une même longueur par rapport à chacun des cels successifs reproduisant le sujet mouvant. A la projection, celui-ci reste dans le cadre de l’écran et se meut sur place alors que c’est le fond qui défile. Ce déplacement relatif du cel et du fond est donc plus ou moins grand selon que le sujet doit paraître se déplacer plus ou moins
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- vite; dans tous les cas, il doit être rigoureusement constant, sinon, à la projection, le sujet paraît effectuer des glissades en avant ou en arrière.
- Dans le cas d’un travelling de grande durée, pour ne pas dessiner une bande de fond de trop grande longueur, on peut reproduire exactement, en décalquant, à la fin de la bande, le même dessin qu’au commencement et qui s’y raccorde (fond panoramique). C’est donc le même paysage de fond qui se renouvelle à plusieurs reprises sur l’écran; le spectateur ne s’en aperçoit guère, car son atten-
- Fig. 10. — La caravelle de Christophe Colomb, montrant superposées les 40 positions successives qui correspondent au mouvement de tangage (Christophe Colomb, Dessins animés européens).
- tion se porte sur le sujet mouvant; d’ailleurs, on peut faire que si quelques-unes de ses attitudes se renouvellent, elles ne se projettent pas sur une même partie du fond; une bande d’environ 1,50 m suffit généralement.
- C’est Bill Nolan, collaborateur de R. Barré, qui imagina le fond panoramique, et qui l’employa pour la première fois dans Félix le Chat de Pat O’Sul-LIVAN (1917).
- Répétition d'un même mouvement complexe. — Nous ne citerons que le mouvement de tangage d’un navire. Celui de la caravelle, dans Christophe Colomb, s’obtient au moyen d’un même cel que l’on déplace dans son plan au moyen d’une came triangulaire aux sommets et aux côtés arrondis et pourvue d’encoches dont chacune correspond à une position différente. La figure 10 repré-136e Année. — Mars-Avril 1937. 11
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- sente la photographie (les 40 positions du même cel qui résultent d’un tour complet de la came. On l’a obtenue en superposant les images successives du même cel dans ses 40 positions, bien entendu, avant d’y avoir appliqué la couleur, de façon à ne faire apparaître que le trait noir du cel. En combinant le tangage au déplacement du fond panoramique, représentant par exemple un ciel nuageux, on simule en même temps l’avancement du navire.
- Profondeur, relief, flou. — En dessin animé, le travelling permet d’obtenir assez facilement certains effets qui ne peuvent être obtenus que difficilement et par des truquages compliqués en cinématographie ordinaire.
- Au delà d’une certaine distance de la caméra, en cinématographie ordinaire, tous les objets sont au point; ils apparaissent donc sur l’image avec la même netteté : on dit que l’image est plate, sans relief, qu’elle manque de profondeur. C’est exceptionnellement qu’on a une certaine sensation de relief quand des premiers plans se déplacent beaucoup plus vite que l’arrière-plan. Mais, en général, les parties plus ou moins floues, dont, par contraste avec les parties nettes, on peut tirer de si beaux effets artistiques en photographie ordinaire, en sont totalement absentes, à moins de recourir à un truquage.
- On peut conférer au dessin animé le relief et la profondeur qui manquent à l’image cinématographique ordinaire, mais par des artifices qui ne relèvent pas de la technique du dessin animé proprement dit. On connaît quatre de ces artifices; ils sont dus aux frères Fleischer, à Ub Iwerks et à Lucilla Cramer. Il n’en sera pas question ici.
- Erreurs de technique et réduction du nombre des dessins. — Il semble que si l’artiste représente des êtres doués de vie dans la réalité ou des êtres imaginaires, mais qu’on peut rapporter à des êtres vivants connus, il doive connaître leur anatomie, car, sinon, il s’exposerait à leur faire exécuter des mouvements impossibles, soit par leur sens ou leur amplitude, soit par la vitesse instantanée de certaines positions. S’il s’agit, par exemple, du bras exécutant un mouvement alternatif, ses positions extrêmes correspondent à une vitesse instantanée égale à zéro puisque la vitesse change de sens, et la vitesse instantanée est maxima pour une des positions comprises entre les positions extrêmes : il faudra donc un plus grand nombre de cels pour les positions extrêmes que pour les positions intermédiaires l8) si on veut que le mouvement ne paraisse pas invraisemblable.
- Les artistes ne se sont pas toujours préoccupés de ces difficultés; mais, en commettant ce qu’on pourrait appeler des erreurs de technique, ils ont quel-
- (8) L’expérience prouve que, pour celles-ci, et dans certains cas, on peut utiliser le même cel deux ou trois lois de suite; mais il ne faut pas abuser de cette possibilité sous peine de rendre les mouvements saccadés. Ce défaut s’observe surtout sur certains dessins animés obtenus par une division exagérée du travail des aides-dessinateurs. Il s’observe aussi sur les dessins animés consacrés à la publicité, dans lesquels, par économie, on utilise jusqu’à 4 ou 3 fois le même cel simplement décalé, à chaque prise de vue, d’une petite longueur. Les mouvements cessent alors de paraître continus, et s’effectuent par saccades, que l’on peut môme compter. Signalons en outre que, quelquefois, des détails secondaires du sujet mouvant ne sont reproduits que sur un des deux, trois et même quatre cels successifs. On obtient ainsi certains effets.
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- quefois obtenu des effets nouveaux qu’il peut être intéressant de conserver. Il est d’ailleurs toujours possible de corriger un film ou d’exagérer un effet intéressant en y supprimant quelques images ou en en intercalant de nouvelles. Certains artistes ont même profité de cet effet et de la possibilité d’accélérer ou de ralentir les mouvements à volonté, ce qui est très facile en dessin animé, pour donner des allures ou des expressions caractéristiques à un sujet souvent représenté et à lui conférer ainsi une sorte de personnalité, tout comme s’il s’agissait d’un acteur dont le jeu est connu des spectateurs. D’ailleurs, pour obtenir la synchronisation des mouvements et des sons, on est amené à supprimer ou à ajouter des images.
- Quand l’artiste est embarrassé pour reproduire un mouvement, il peut recourir à la cinématographie ordinaire en faisant exécuter ce mouvement par un sujet vivant. Il suffit alors de reproduire sur les cels les positions successives qui figurent sur les images de la bande cinématographique. Cette façon d’opérer ne se justifie guère s’il s’agit d’un sujet fantaisiste ou qui est représenté dans des attitudes qui ne lui sont pas naturelles, par exemple un quadrupède sur ses pattes de derrière, ou se servant de ses pattes comme de mains. En fait, il semble bien qu’on ait rarement recours à ce procédé.
- L’artiste n’exécute pas tous les cels relatifs à un même mouvement : il n’exécute que ceux qui correspondent aux positions extrêmes et à quelques positions intermédiaires jugées indispensables. Ce sont des aides, appelés animateurs aux Etats-Unis, qui exécutent tous les autres; leur travail est assez facile, puisque toutes les positions intermédiaires sont comprises entre des limites bien déterminées, vues par transparence à travers le cel en cours d’exécution.
- En fait, un dessin animé de longueur moyenne, c’est-à-dire d’une durée de projection maxima de 10 min, n’exige pas plus d’une douzaine de fonds et d’une centaine de dessins complets représentant les scènes principales. C’est donc sur une ou deux centaines de dessins complets que doivent s’exercer le talent et la verve de l’artiste.
- accompagnement musical. — Nous ne pouvons indiquer ici que le principe de la synchronisation des mouvements et des sons : les rares descriptions qu’on en a données sont confuses et incompréhensibles, soit parce que le rédacteur n’était pas technicien, soit parce que l’étant, on n’a rien voulu lui révéler des méthodes employées. En fait, ces méthodes présentent des variantes d’un atelier à un autre et chacun les garde secrètes le plus longtemps possible quand elles sont la conséquence de perfectionnements importants. On rapporte même que Walt Disney, lors d’un de ses premiers voyages en Europe, n’a voulu révéler ses méthodes qu’à un prix très élevé, mais aussi que les acquéreurs n’ont pas fait mieux qu’auparavant.
- Principe. — En général, on exécute le dessin sur la musique (9) qui est enregistrée sur une bande distincte; mais on peut faire l’inverse. Cependant, une
- (9) William Garity, The Production of animated Cartoons (The Journal of the Society of Motion Pictures Engineers, vol. XX, n° 4, 1933, p. 309-322).
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- synchronisation parfaite des mouvements et des sons n’est possible que si la composition musicale précède l’exécution des cels : c’est la musique qui détermine le nombre de cels nécessaire pour qu’un mouvement commence et s’achève sur une note déterminée. Pour cela, on se sert d’un métronome battant la seconde. Une noire durant une seconde, chaque noire de la partition correspondra donc à 24 cels, puisque 24 images doivent passer sur l’écran pendant une seconde; une croche correspondra à 12 cels, une double croche à 6, et ainsi de suite. Le nombre de cels augmente dans Yadagio et diminue dans le presto. Malgré cela, une erreur peut être commise ou un décalage peut se produire qui se répéterait dans la suite : on les constate en projetant la bande sur laquelle on a enregistré en même temps les battements du métronome, marqués sur la bande par un trait; on compte le nombre d’images entre deux traits et on supprime ou ajoute des cels pour que leur nombre soit correct(9). Cette façon d’opérer n’entraîne pas à l’exécution d’un film nouveau, car rien n’est plus facile que de supprimer des images ou d’en ajouter de nouvelles; cette opération est courante en cinématographie ordinaire; c’est le découpage et le montage du film (10).
- L’introduction de la sonorité en cinématographie a facilité l’exécution des dessins animés. En effet, elle a obligé à employer la cadence de 24 images par seconde, car, si la cadence de 16 images dans le cinématographe muet est suffisante pour l’œil, elle ne l’est pas pour l’oreille, qui perçoit facilement des différences plus petites que 1/16 sec. Le dessin animé sonore en a profité parce que si la musique est battue en 6/8 par exemple, qui se bat à deux temps et pour laquelle on compte trois croches par temps, on est entraîné à des complications puisque 16 n’est pas divisible par 3. D’ailleurs, la perception des images s’est améliorée aussi : le spectateur n’a plus cette sensation de saccadé qui était assez fréquente autrefois dans le cinématographe muet.
- On peut aussi adapter la musique aux dessins : c’est ce que font les Fleischer, les ateliers soviétiques et les petits ateliers qui produisent des dessins animés pour la publicité. La synchronisation est alors beaucoup plus difficile, mais l’effet artistique peut être sinon meilleur, du moins tout autre. Cependant, pour une production régulière et bien organisée, c’est le premier système qui s’impose.
- L’introduction du son dans le dessin animé date de 1927 ; elle est due à Pat O’Sullivan; elle fut réalisée ensuite par Walt Disney dans son premier Mickey Mouse (septembre 1928). La première de ses Silly Symphonies date de juillet 1929.
- Réalisation pratique de la synchronisation. — Voici, grosso modo, comment on opérerait dans les ateliers de Walt Disney.
- L’artiste créateur, le chef animateur, ici Walt Disney, soumet l’idée de sa saynète à ses principaux collaborateurs, 12 à 20, dans une réunion, où l’on discute le sujet et où on en arrête les grandes lignes, les gags et la musique, les sons, cris, bruits, etc. Walt Disney dessine alors et colorie les scènes principales avec leurs fonds. Chaque scène fait l’objet de deux feuilles d’instruction (timing charts)
- (10) Voir André Vigneau, La technique du dessin animé (Arts et Métiers graphiques, 1934, n° 39, p. 27-28).
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- les unes pour les cels, les autres pour les sons. Les cases de ces feuilles se correspondent à raison d’une case par chaque 1/24 de seconde. Les aides procèdent à l’exécution des cels, dont le nombre est ainsi déterminé, et l’orchestre, avec les assistants, répète la musique et les bruits jusqu’à ce que la durée correspondant à chaque scène ou fraction de scène soit exactement celle qui a été prévue. Après quoi, on enregistre séparément les images et la musique. Pour la mise au point définitive de la synchronisation, on procède comme il a été dit précédemment, en ajoutant ou supprimant des cels.
- On conçoit qu’il est préférable de se régler sur la musique, car elle peut être la cause principale de l’effet produit sur le spectateur. Un grand nombre de dessins animés doivent même leur succès à une mélodie populaire, sur laquelle l’artiste n’a guère fait que broder un dessin; tel est le cas pour les Trois petits cochons, adapté à la chanson du Gros méchant loup, de Frank Churchill.
- Il faut tenir compte aussi de ce que la musique est un mode d’expression international et de ce que le dessin animé, par sa nature même, comporte très peu, ou pas du tout, de sons articulés, de sorte que les films peuvent souvent être projetés tels quels partout dans le monde, et que la question du doublage ne se pose pas. Cependant, si une version, française par exemple, paraît appelée à un plus grand succès que le film original, il faut reprendre toute la synchronisation de quelques-unes de ses parties. Pour les dessins animés de Walt Disney, elle s’effectue dans ses ateliers d’Hollywood, et on s’en aperçoit quelquefois à ce que l’accent du sujet parlant laisse un peu à désirer.
- obtention de la couleur. — C’est surtout le mouvement et le rythme musical qui font l’intérêt du dessin animé ; la couleur n’est qu’un accessoire, et la valeur artistique de la plupart des premiers dessins animés, qui étaient en noir sur blanc et muets, n’était pas inférieure à celle des dessins animés en couleurs d’aujourd’hui. Mais, la concurrence aidant, le public étant devenu de plus en plus exigeant et la cinématographie en couleurs ayant fait de très grands progrès, on ne produit plus guère, sauf peut-être encore en U. R. S. S., que des dessins animés en couleurs. Ici, d’ailleurs, la reproduction fidèle de toutes les nuances n’est pas indispensable : il est même préférable qu’elle ne le soit pas, le dessin animé devant conserver son style. Cela explique que tous les procédés de cinématographie en trichromie ou en dichromie puissent être et sont effectivement employés(11).
- C’est de juillet 1932 que date le premier dessin animé en couleurs; c’était une Silly Symphony de Walt Disney.
- importance économique du dessin animé.
- Sur 98 dessins animés produits pendant l’exercice 1935-1936 dans le monde, 85 l’ont été aux États-Unis et 13 en Europe dont 9 en U. R. S. S. La production
- (II) On trouvera une description des procédés employés actuellement en cinématographie pour obtenir la couleur, dans une étude de MM. H. Socher et von Oven, intitulée Zum Stand der Farben-Kinematographic (Angewandte Cliemie du 13 mars 1937, p. 209-212).
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- mondiale sera certainement supérieure à 120 en 1936-1937, et elle ne fera que croître, car l’offre est loin de satisfaire à la demande.
- Ce sont les États-Unis qui détiennent sinon le monopole de la production, du moins sont, de beaucoup, les plus grands producteurs; ce sont eux qui règlent les prix de location. Ces prix sont conditionnés parle prix de revient du film et par la notoriété de l’artiste producteur.
- Les ateliers de Walt Disney (fig. 11) comptent 200 collaborateurs dont quel-
- Fig. 11. — Vue de l'entrée des ateliers de dessins animés de Walt Disney, à Hollywood.
- ques-uns, spécialisés, sont payés très cher. La plupart des autres ne sont guère que des manœuvres; les uns ne dessinent qu’un bras ou une main sur un cel intermédiaire, ou ne font que calquer ou repasser à l’encre des dessins au crayon; les autres, généralement des femmes, ne font qu’appliquer une seule et même couleur sur une seule partie du cel. C’est presque un travail à la chaîne qu’ils exécutent. On conçoit que, dans ces conditions, Walt Disney puisse produire deux dessins animés par mois.
- Le prix de revient d’un dessin animé de Walt Disney, dont la projection dure 7 à 10 min, est en moyenne de 400 000 fr. Exceptionnellement, des films comme Les trois petits cochons ont coûté plus de deux millions ! Le lor dessin animé d’Émile Cohl, y compris l’installation de la pièce qui lui servait d’atelier aux Établissements Gaumont, n’avait pas coûté 300 fr.
- En 1933-1936, l’industrie américaine du dessin animé a porté sur un fonds de roulement de plus de 250 millions de francs. C’est relativement peu, eu égard aux prix élevés de la main-d’œuvre américaine. Voici pourquoi.
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- En général, le prix de revient est couvert par la location au bout de 3 ou 4 mois, mais certains dessins animés tiennent l’écran pendant plusieurs années. Il en est tout autrement des films ordinaires : en 1933-1936, leur production mondiale a été de 1 700; mais, pour éviter l’encombrement, les sociétés éditrices procèdent à la révision de leur stock tous les trois ans et en éliminent la majeure partie; on va même jusqu’à détruire les bandes négatives des films ordinaires moins de dix ans après l’édition(12). On pourrait citer des milliers de ceux-ci qui ont coûté des millions et qui ont dû être retirés de l’écran quelques jours après leur première présentation au public. Au contraire, un dessin animé, et cependant les États-Unis en produisent qui sont considérés comme médiocres, est presque toujours assuré d’un certain succès, et sa location couvre presque toujours plusieurs fois son prix de revient.
- AUTEURS, ÉDITEURS ET DISTRIBUTEURS DE DESSINS ANIMES.
- Les premiers essais de dessin animé faits en Europe ont été isolés et il n’y a jamais eu d’organisation systématique de leur production; d’ailleurs, la guerre mondiale vint bientôt créer d’autres préoccupations. Il n’en fut pas de même aux États-Unis, où, déjà, avant la guerre, la production du dessin animé avait pris une certaine importance; dès 1917, leur édition était en totalité entre les mains d’un consortium, l’International Feature Syndicate, fondé par W. R. Hearst, qui put lui faire réaliser très vite de grands progrès techniques, et cela, non seulement, grâce à ses puissants moyens d’action, mais aussi à une excellente organisation, due à l’habile direction de G. La Gava.
- De nombreuses sociétés éditrices de films ordinaires s’étant créées après la guerre, la plupart entreprirent aussi la production du dessin animé; d’autres s’y consacrèrent exclusivement; actuellement, elles ont toutes recouvré leur indépendance, se font concurrence et se disputent les meilleurs artistes, dont les plus notoires sont, en fait, absolument indépendants. Quelques-unes ont fusionné.
- états-unis. — Neuf sociétés éditrices se partagent la production américaine.
- — 1° United Artists, qui ont distribué les œuvres de Walt Disney jusqu’au 31 décembre 1936, dans les séries Mickey Mouse et Silly Symphonies (Mélodies niaises). Les Mickey Mouse n’ont cessé de s’améliorer quant à la couleur et à la synchronisation, mais, quant à la verve, les nouveaux ne sont pas toujours supérieurs aux premiers, qui étaient en noir sur blanc et muets.
- (12) Cette destruction du prototype négatif est quelquefois regrettable, car certains films ont marqué une date historique dans l’évolution du cinéma. Un musée d’art moderne, de New York, qui comporte depuis peu une section cinématographique avec une cinémathèque, s’efforce de retrouver ces vieux films, au besoin en contretypant des bandes positives, même si elles ont beaucoup servi. A cet effet, M. J. E. Abbott et Mlle J. Barry, qui se sont consacrés à cette tâche, sont venus en Europe en 1930; grâce à des échanges de bandes positives et de contretypes, avec des groupements qui travaillent dans la même direction, ils ont déjà réussi à trouver un très grand nombre de films que l’on croyait anéantis. Beaucoup des premiers films ont été détruits ou volés en Europe pendant la guerre mondiale. La plus riche cinémathèque du monde est celle de Los Angeles.
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- — 2° Celebrity Production, qui distribue les œuvres d’Ub Iwerks {Le cavalier sans tête; Don Quichotte; Le petit noir Sambo; Les musiciens de Brême, tiré d’un conte des frères Grimm; Le petit agneau de Marie). Ub Iwerks, à l’inverse de Walt Disney, produit très peu — 5 ou 6 bandes par an — car il tient à exécuter lui-même des travaux que Walt Disney confie à des collaborateurs; mais ce sont autant de chefs-d’œuvre. Sa production est très variée.
- Walt Disney, né en 1900, a eu des débuts très modestes. Pendant la guerre mondiale, il était engagé volontaire sur le front français, mais comme simple infirmier, vu son jeune âge. li a suivi les cours de l’Art Institute, de Chicago, en vue de devenir dessinateur de publicité et, si possible, caricaturiste dans les journaux humoristiques. Après avoir végété à New York, en 1923, il part pour Los Angeles avec son frère Roy, qui était employé de banque. Là, tous deux exercent divers petits métiers jusqu’à ce que Walt trouve du travail dans un bureau de dessin pour scénarios. Il se fait remarquer et crée Oswald le Lapin. Il essaye alors de donner un film ordinaire avec une jeune actrice débutante, Alice, dont les exigences le décident à remplacer les acteurs par des personnages imaginaires. Il exécute ainsi son premier dessin animé, Laugh O’Gram en 1921, et, en 1923, avec son frère Roy, sa série cVAlice au pays des merveilles, qui a du succès. Son premier Mickey Mouse (septembre 1923) le lance définitivement et fait sa fortune. En juillet 1929, il donne sa première Silly Symphony. Le succès financier de Walt Disney serait dû à son frère Roy, qui est un homme d’affaires habile et un parfait organisateur û3).
- Ub Iwerks a débuté comme caricaturiste dans les journaux humoristiques. Tout d’abord, sa carrière a été rapide, mais, maintenant et volontairement, il produit peu et il ne dispose pas d’une organisation aussi importante que Walt Disney; cependant, il n’a pas moins de talent ni de verve, et les personnages qu’il a créés sont nombreux et très originaux. On n’est pas d’accord pour savoir auquel des deux revient la paternité de Mickey Mouse. L’idée de créer des bêtes conventionnelles n’était d’ailleurs pas nouvelle puisque Pat O’Sullivan avait créé Félix le Chat dès 1917. On est en droit de supposer que Ub Iwerks a cédé son droit de reproduction aux Disney, car le fait s’est produit, plus tard il est vrai, pour Popeye le Marin, dû à Segar, dessinateur de journaux humoristiques, qui l’avait créé, et qui céda le droit exclusif de son utilisation cinématographique aux frères Fleischer.
- Cette controverse est d’ailleurs sans importance, car Walt Disney a créé des types nouveaux et qui lui appartiennent incontestablement; ils sont parfaitement reconnaissables, bien qu’il s’agisse d’un chien, d’un loup, d’une vache et cl’un hippopotame : chacun d’eux a sa personnalité et porte même un nom, comme les trois premiers : la souris, le canard et l’éléphant. Dans Who killed Cock Robin (Qui a tué le rouge-gorge?), Disney a même réussi ce tour de force de rendre les attitudes, les gestes et les jeux de physionomie d’une étoile du cinéma américain, Mae West, sous les traits d’un oiseau, Jenny Wren, la grasse roitelette. Les types de Disney sont plus connus parce qu’il en tire plus souvent et plus longtemps parti. Ub Iwerks renouvelle davantage les siens et il est à peu près le seul qui, comme dans Le cavalier sans tête, ait représenté des groupes de danseurs dans leurs évolutions, ce qui, dit-on, est extrêmement difficile.
- (13) Arthur Mann, Mickey Mouse Jinancial Career (HarpeFs Magazine, New York, 1934, p. 714-721.)
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- Quant à Max Fleischer, il a créé la séduisante Betty Poop, notre Cendrillon modernisée; avec Popeye, ce sont à peu près les seuls personnages humains du dessin -animé qui tiennent toujours l’écran.
- — 3° Columbia, qui produit les Scrappy Cartoons (Les chercheurs d'or) et les Crazy Kat Cartoons (Goofy gondolas, aventures de Crazy à Venise);
- -— 4° Fox, qui distribue les dessins animés de VEducation Pictures Production : Première neige, Les pompiers, Sauvez mon enfant ;
- — 5° Metro-Goldwyn-Meyer, dont les productions passent pour les meilleures de toutes au point de vue de la couleur {Le poulet perdu), qui a réuni plusieurs producteurs et s’est assuré le concours de nombreux artistes de valeur, travaillant en équipe, sous l’anonymat ou un pseudonyme.
- — 6° Paramount, qui édite les séries Betty Poop Cartoons e,t Popeye Cartoons, des frères Max et Dave Fleischer. A Dave Fleischer on doit la remise à l’écran du personnage Koko le Clown et des Inkwell Imps, qui naissent d’une tache d’encre ;
- — 7° Radio Keith Orpheum, ou R. K. O. Radio Dictures Inc.. R. K. O. passe pour avoir le souci de la perfection, et ses productions sont remarquables à la fois par le dessin, la couleur, un accompagnement musical spécialement composé, la variété et le choix du scénario; c’est souvent le développement d’un thème qui incite à la réflexion. A ce point de vue, les films de R. K. O. peuvent être considérés comme éducatifs. C’est le cas pour Sunshine Makers (voir p. 104 du présent Bulletin). On peut citer de R. K. O., les séries Japanese Lanterns et Parrotville old Folks. R. K. O. a l’exclusivité de la production de Walt Disney depuis le 1er janvier 1937 ;
- — 8° Universal Production, qui distribue les Oswald Cartoons attribués à Walter Lantz et à Walt Disney;
- — 9° Vitaphone, qui donne les Looney Tune Cartoons (Buddy of Légion) et les Merry Mélodies {1 haven’t got a hat, Monsieur et Madame) dues à la collaboration du compositeur Spencer et des dessinateurs Smith, Ben Clopson et I. Carlton.
- u. r. s. s. — La production soviétique vient en seconde ligne par son importance, son originalité et sa valeur artistique. Elle doit alimenter les 40000 et quelques salles de l’Union (3000 ont été sonorisées en 1934!); aussi chaque film est-il tiré à des milliers d’exemplaires. Cette production est au programme des plans quinquennaux. Au début, tous les films étaient tendancieux. Depuis peu, pour des raisons diverses, et les Russes s’étant d’ailleurs lassés de voir vanter les mérites du régime communiste, on en vient peu à peu au film simplement amusant.
- Les premiers dessins animés soviétiques ne s’écartaient guère de ceux des « primitifs » d’il y a 30 ans; on avait même utilisé des dessins d’enfants; déplus, ils étaient peu intelligibles pour les étrangers ; mais les nouveaux peuvent être goûtés des spectateurs de tous les pays. La technique et l’organisation s’inspirent
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- des méthodes américaines (u), comme c’est le cas, d’ailleurs, pour toutes les branches de la production industrielle.
- La production du dessin animé est répartie entre quatre ateliers :
- — 1° Mosfilm, qui a absorbé l’ancien Sovkino en 1929, et qui compte parmi ses collaborateurs, Lucilla Cramer*14), élève des Fleischer; Ptouchko, réalisateur du Nouveau Gulliver (1935), marionnettes dont la technique s’apparente à celle du dessin animé; Khodataïev (Au fond, 1936), inspiré de l’œuvre de Gorki.
- —-2° Goukf (de l’État ukrainien), qui a donné, La Chine en feu et La poste (1929), de Tsékhanovski, et Le petit Samoyède, d’Olga Khodataièva (1931);
- — 3° Miéjrabpomfilm, qui, en 1934, a donné Le petit tsar Dourandaï (lîg. 12)
- Fig. 12. — Cartons extraits de :
- Le petit tsar Dourandaï, dessin animé russe, de Khodataïev (1934).
- en noir, blanc et demi-teintes grises, de O. Soglov, Vano et des sœurs Brumberg, musique d’ALEXANDROFF;
- — 4° Saïouzkino, qui, en 1933, a donné La boîte à musique de Khodataeïv.
- La distribution de tous les films est assurée par un organe unique, le Saïouz-intorgkino.
- L’U. R. S. S. dispose d’une pléiade d’artistes tout à fait remarquables parmi lesquels on peut citer encore Sazonof, Ivanof, Evmenenko, Sontiéev, Khazar-novski, Popov, Dvinski et Atamanov. On doit s’attendre à voir prochainement de beaux dessins animés russes, accessibles à tous puisque les artistes ne sont plus complètement bridés par la nécessité de servir une propagande.
- Danemark. — On n’y connaît que l’atelier de Jorgen Miller, qui a été outillé pour donner 12 dessins animés par an, mais d’où n’est encore sortie qu’une courte série, Les aventures de Christophe Colomb.
- (14) Lucilla Cramer, Tekhnika proïzvodstva moultiplikatsionnikh filmov v’amerikanikh studiakh, (La technique des dessins animés dans les studios américains) Moscou, 1934. Cet ouvrage et celui de Lutz, précité, sont les seuls importants qui, à notre connaissance, aient été publiés jusqu’à présent sur le dessin animé.
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- Italie. — La demande de dessins animés y est considérable. La production s’est bornée à deux films seulement : Notturno (1934) des frères Cerchio, et II prode Anseimo (fig. 13) de Parenti. Cependant, deux sociétés productrices de dessins animés se sont constituées : la Société italiana Cartoni Educativi, de Rohae (S. I. C. E. R.), et les Cartoni animati italiani, de Rome (C. A. I. R.); qetto dernière a entrepris depuis longtemps l’exécution d’un dessin animé gigantesque de Rarbara et Ramalli, inspiré des Aventures de Pinocchio, de Collodi; mais le grand public n’en a encore rien vu. Pinocchio est un personnage, mi-enfant, mi-
- Fig. 13. — Il prode Anseimo, de l’Italien Gino Parenti (1930).
- marionnette, sorti tout entier du cerveau de Collodi et que connaissent bien tous les Italiens et italianisants. Même en Italie, les spécialistes estiment que ce dessin animé, qui doit compter plusde 130000 images et dont la projection durera plus d’une heure, est beaucoup trop long; si amusant soit-il, un dessin animé ne doit pas durer plus de 10 min sous peine d’être fastidieux et même fatigant.
- Allemagne. — On ne paraît pas être encore sorti de la période des essais, sauf pour de très courtes bandes de 50 à 100 m, données gratuitement en récréation au public par des sociétés pour se faire de la réclame sans que, d’ailleurs, dans le dessin animé, on vante les produits de la société qui en fait les frais. En Allemagne ce sont même les seuls dessins animés dont la production soit vraiment organisée. On en a projeté d’excellents à l’occasion des XIe8 Jeux olympiques, mais, des quelque 300 bandes de cette sorte qui ont été produites en 1935-1936, une quarantaine seulement sont considérées comme bonnes par les Allemands
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- eux-mêmes. On peut citer cependant, parmi ces courts dessins animés : Muratti greift ein, de Fischinger, et Le miracle bleu, de Fischerkôsen.
- Les sociétés allemandes productrices sont : Universum Film A.-G. (U. F. A.); Tolirag, de Berlin; Dœring Film, de Dresde; Boehner, de Dresde, et Gaspar-
- Fig. 14. — Alfred le Pingouin, du Français Alain Saint-Ogan (1931).
- Kolor, de Berlin, qui a donné un véritable dessin animé tout à fait remarquable, Composition en bleu, de Fischinger. Cet artiste, aujourd’hui fixé à Hollywood, a été le premier à associer le mouvement de lignes blanches sur fond noir à la
- Fig. 13. — Carton extrait de Christophe Colomb, de Léontina Indelli (Dessins animés européens).
- musique dans une sorte d’harmonie du son, de la forme et du mouvement; c’est du cinéma « abstrait », comme Composition en bleu, où la couleur est un élément de plus qui participe à l’harmonie. Les Allemands, mélomanes et grands producteurs de matières colorantes, se sont attachés particulièrement à une bonne exécution musicale et à un raffinement dans la couleur; ils goûtaient beaucoup les « abstractions » de Fischinger.
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- japon. — Le Japon travaille au dessin animé et on en a vu un excellent en Europe ; mais on ne sait rien de ce qui s’y prépare. Peut-être veut-on inonder le marché mondial de dessins animés qui s’imposent, et les Japonais, ces maîtres incomparables du trait et de l’estampe, nous réservent-ils des surprises.
- France. — Notre pays n’a encore produit que quelques rares dessins animés; l’essai des deux premiers a été malheureux et a peut-être contribué à décourager nos artistes, non pas qu’ils fussent mauvais, — au contraire, on les a jugés excellents — mais parce qu’ils rompaient trop brusquement avec la tradition créée par les Américains. Ces deux dessins animés, qui ont été présentés en 1931, à l’occasion de l’Exposition coloniale, sont : La joie de vivre, de Gross et Hoppin, et Les aventures de Zig et Puce, d’Alain de Saint-Ogan (fîg. 14). Depuis, on ne peut guère citer que les films publicitaires d’André Vignaud. Les Dessins animés européens (D. A. E.), société récemment fondée à Paris, préparent trois dessins animés, dont Christophe Colomb (fig. 15), avec le concours d’artistes français ou étrangers fixés à Paris.
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- On estime que la production mondiale des dessins animés pourrait facilement être décuplée; le nombre de ceux qui n’ont pas été accueillis favorablement du public est infime, et, cependant, les Etats-Unis en ont produit et en produisent encore qui sont considérés comme très médiocres.
- Les Etats-Unis doivent leur succès mondial à un grand nombre d’artistes remarquables dont quelques-uns sont, non seulement des humoristes ingénieux et féconds, mais aussi des poètes; mais il faut reconnaître que, dans ces dernières années, la valeur artistique de quelques nouveaux dessins n’est pas toujours supérieure à celle des premiers, malgré l’appoint de la couleur et du son. Ces dessins sont aussi presque tous conçus dans le même style et manquent peut-être un peu de variété; il semble que les Américains ne veuillent plus s’écarter d’une tradition que le succès a rendue immuable. On pourrait croire que c’est à cause d’une industrialisation poussée trop loin ; mais ce n’est pas le cas : la technique n’a rien de commun avec la valeur artistique, et un mauvais dessin animé sera toujours un mauvais dessin, si perfectionnée que soit la technique. C’est la variété qui manque, et, même aux États-Unis, on commence à se lasser de voir et de revoir toujours les mêmes personnages à l’écran : un referendum organisé en 1935 auprès des écoliers a montré qu’ils préféraient à Mickey, le personnage plus récent qu’est le marin Popeye.
- Dans quel sens le dessin animé évoluera-t-il? Il semble qu’on n’ait guère ou pas du tout tiré parti de ce qui pourrait intéresser le monde entier : contes de fées et des mille et une nuits; histoires merveilleuses, comme L'oiseau bleu de Maeterlinck, récits bibliques, héros d’Homère, contes de Pouchkine, d’Andersen et des frères Grimm, œuvres de Jules Verne et de Wells, personnages imaginaires
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- l’industrie DU DESSIN ANIMÉ. — MARS-AVRIL 1937.
- mais bien vivants que le livre a rendus mondiaux, comme Pantag ruel et Gargantua, don Quichotte, Gulliver, le baron de Crac, Rubezahl, Till Eulenspiegel, le Pinocchio de Collodi, la famille Fenouillard, le sapeur Camcmber et le savant Cosinus, de Christophe (G. Colomb), ou encore le No uni de l’Islandais Svensson.
- Leur représentation sur la scène est pratiquement impossible ou risque de tomber dans le ridicule; ici, le dessin animé s’impose 1:i et devra s’écarter de la caricature. La production en grande série s’en accommoderait certainement. Quoi qu’il en soit, il est certain que le besoin du nouveau commence à se faire sentir; de même, on peut se demander si, avec un sens de l’humour et de l’intérêt différent de celui des Américains, on ne pourrait pas produire des dessins animés d’un genre nouveau, qui auraient peut-être autant de succès que ceux des Américains, tout en coûtant beaucoup moins cher, ce qui est aussi à considérer.
- Si l’art n’a pas de patrie, les artistes d’un même pays ont cependant souvent en commun des caractères qui font de l’art national une réalité (voir les cartons des figures 11 et 15). Il serait intéressant pour tous, artistes comme spectateurs, d’en connaître, sinon les caractères, du moins les manifestations. Le dessin s’y prête mieux que le film ordinaire, où l’on voit trop souvent collaborer des artistes de toutes nationalités. Il est regrettable enfin que ce soit toujours l’un qui dessine le même bras, l’autre, la même jambe ou la même main : on en est arrivé, pour exprimer la joie, la douleur ou la colère chez un même personnage à des mouvements intangibles. Cette façon d’opérer risque de laisser dans l’ombre des collaborateurs qui ont peut-être l’étoffe d’un grand artiste; en fait, dans ces dernières années, aucun grand artiste nouveau ne s’est révélé aux Etats-Unis. On peut prévoir que les progrès nouveaux de la technique et la demande supérieure à l’offre retarderont la promotion du dessin animé, encore dans l’enfance, au rang d’art majeur, comme d’aucuns le prédisent, mais on peut prévoir aussi que ce ne sera plus pour longtemps.
- ANNEXE. — LE FRANÇAIS GEORGES MELIES, CRÉATEUR DE L’ART CINÉMATOGRAPHIQUE.
- Le « grand » film, qui termine généralement le spectacle donné dans les salles publiques de cinéma, est dû, lui aussi, comme le dessin animé, à un Français, Georges Méliès, que le sort n’a pas favorisé beaucoup plus qu'Émile Golil. Avant eux, il n’y avait pas encore de salles de cinéma et on ne produisait guère que de très courtes bandes, destinées aux forains. Quand on donnait une saynète, toujours très simple et courte, les acteurs gesticulaient beaucoup et à dessein. Cette gesticulation est encore accrue quand, aujourd’hui, on donne un de ces films, car les appareils de
- (15) Il convient de remarquer qu’au début, le cinéma était entré dans cette voie avec Georges Méliès, dans son Voyage au Pôle nord et son Voyage dans la lune, dont les images étaient coloriées à la main par Méliès lui-même. Heckrott et Meerson, dans leur studio de Paris, en 1935, ont aussi utilisé Eulenspiegel, devenu notre espiègle, Till aux cheveux roux.
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- projection actuels, conçus pour le cinéma sonore, débitent les images à raison de 24 par seconde, au lieu de 16, comme au temps du cinéma muet.
- Georges Méliès était d’une dextérité, d’une ingéniosité et d’une imagination extraordinaires; il était aussi prestidigitateur et il savait tout faire; c’est lui qui a eu l’idée du studio et de son ulilisation. Le premier studio a été construit en entier de ses propres mains à Montreuil-sous-Bois en octobre 1896, soit 18 mois après l’apparition du cinématographe Lumière (mars 1895). A ce moment, il dirigeait depuis huit ans le Théâtre Robert Houdin, 8, boulevard des Italiens, à Paris(1G). Georges Méliès est l’inventeur des truquages et des gags. Les gags sont de très courtes scènes, imprévues, comiques, non indispensables à l’action, et qui s’y intercalent sans l’interrompre.
- Méliès a consacré toute sa fortune à la réalisation de ses idées; mais il n’y a pas épuisé ses forces car il est encore alerte et c’est un orateur plein de verve et d’entrain. Au moment où il comptait se renflouer avec son Voyage dans la lune (1902) et entreprendre des réalisations nouvelles, ce film merveilleux, qui avait remporté un grand succès en France et à l’étranger, fut contretypé par des maisons américaines qui inondèrent le monde de ses copies et qui s’enrichirent. A cette époque, cette contrefaçon était possible car la législation sur la propriété artistique n’avait pas encore été étendue aux productions cinématographiques.
- De 1895 à 1914, Méliès a tourné 4 000 bandes. Ses premières « superproductions » (jusqu’à 700 m de longueur) ont été projetées, mais quelques-unes écourtées, pour la première fois, à l’Exposition universelle de Paris de 1900.
- Un jour, en 1928, M. Druhot, directeur du Ciné-Journal, retrouve Georges Méliès dans la gare Montparnasse : il vendait des bonbons, du chocolat et des jouets. Quelques Français qui avaient bénéficié de ses idées lui firent fête et essayèrent de réparer dans la mesure du possible l’injustice du sort. Aujourd’hui, Georges Méliès, âgé de 75 ans, est à l’abri du besoin : avec sa femme et sa petite-fille, il habite le château d’Orly, appartenant à la Mutuelle du Cinéma. Il y est au titre de doyen des pionniers du cinéma et de fondateur de la Chambre syndicale des Éditeurs de films.
- (16) G. Méliès dirigea ce théâtre jusqu’en 1923, époque à laquelle il disparut pour permettre le prolongement du boulevard Haussmann jusqu’au carrefour Drouot. Les laboratoires et magasins des films Méliès, connus sous le nom de « Star Films », se trouvaient passage de l’Opéra. Il avait deux studios dans sa propriété de Montreuil-sous-Bois.
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- 1re CONFÉRENCE INTERCOLONIALE DE LA BANANE FRANÇAISE
- (Paris, 25-30 janvier 1937).
- Il y a une dizaine d’années, les bananes consommées en France étaient presque en totalité d’origine étrangère. Aujourd’hui, la situation est renversée et, bien que la consommation de ce fruit ait augmenté notablement, il provient en presque totalité de nos possessions d’outre-mer. Le fait est ignoré du grand public, qui s’attache à certaines qualités de bananes qu’il croit originaires des pays où elles sont réputées pour leur finesse : depuis plusieurs années déjà, nos colonies produisent aussi bien, si ce n’est mieux, que les pays étrangers.
- Le public ignore aussi qu’il existe actuellement 27 navires bananiers français pourvus de chambres frigorifiques et que l’industrie bananière est une branche importante de l’économie nationale. C’est ainsi que les importations de bananes de nos colonies qui, en 1932, n’étaient encore que de 27 000 t, se sont élevées à 120 000 t en 1936 et dépasseront certainement 150 000 t en 1937(1) 2.
- C’est pour combattre ces préjugés et cette ignorance que s’est tenue la lre Conférence intercoloniale de la Banane française, et aussi : 1° pour permettre à tous ceux qui sont intéressés à la culture et au commerce de la banane d’échanger des idées sur la question et de s’entendre sur la façon de concilier certains intérêts particuliers, contradictoires entre eux ou s’opposant quelquefois à l’intérêt général; 2° pour étudier l’important problème de l’ajustement delà production coloniale à la consommation française, et 3° pour étudier la possibilité de trouver des débouchés à l’étranger et de nouvelles utilisations de la banane, afin de faire face à une surproduction éventuelle. C’est pourquoi la conférence était ouverte à tous.
- Contre toute attente, les colonies piQduçtrig&s de bananes : Guinée, Côte d’ivoire, Cameroun, La Guadeloupe, La Martinique, Guyane, étaient toutes représentées par des délégués des planteurs et des gouvernements locaux. De même, de nombreux commerçants importateurs de fruits, ainsi que les représentants des compagnies de navigation des ports intéressés et des compagnies de chemins de fer prirent part aux travaux des commissions d’études.
- La Conférence débuta par une allocution de M. Taudière, président du Comité interprofessionnel bananier (C. I. B.) “2), organisateur de la Conférence, et se termina par une réunion plénière, présidée par M. Moutet, ministre des Colonies. La Conférence comportait une visite du grand port, bananier de Dieppe.
- (1) Dans La Chronique coloniale du 23 janvier 1937, numéro en majeure partie consacré a la banane, on trouvera les articles suivants : Les bananes des colonies françaises, par le médecin-colonel René Le Dentu (étude de diététique et de physiologie alimentaire); —Gourmandises à la banane; — Vassainissement du marché bananier français; — Noire flotte bananière en 1937.
- (2) Siège social, 8, rue de Richelieu, Paris (Ier); secrétaire général, M. Guignard.
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- Pour avoir une idée des travaux de la Conférence, il suffira de donner ci-après, les vœux présentés par les commissions d’études et qui furent adoptés d’un commun accord à la séance plénière de clôture.
- réduction de la taxe spéciale des 15 fr/kg. Loi du 7 janvier 1932. — La Conférence a émis le vœu :
- 1° que la taxe spéciale de 0,15 fr/kg, instituée par la loi du 7 janvier 1932 et perçue sur toutes les importations de bananes, soit réduite à 0,02 fr/kg;
- 2° que la totalité des taxes encaissées en vertu de cette loi soit affectée : a) à la propagande collective en faveur de la banane; — b) au contrôle du conditionnement des bananes à leur arrivée en France;
- 3° que cette propagande et ce contrôle soient organisés par le C. I. B.
- propagande. — La Conférence a proclamé la nécessité d’une propagande professionnelle collective et financée en commun. Elle a émis le vœu que ce financement soit assuré au moyen de la taxe spéciale instituée par la loi du 7 janvier 1932, réduite quant à son taux et limitée quant à son emploi, conformément au vœu précédent.
- UNIFICATION DES ARRÊTÉS ET DES RÈGLES DE CONDITIONNEMENT. — La Conférence a émis le vœu que les arrêtés de conditionnement de la banane actuellement en vigueur dans les diverses colonies soient unifiés le plus rapidement possible, sous la seule réserve que les règles édictées tiennent compte des différentes variétés cultivées dans chaque colonie.
- règles de conditionnement. — En ce qui concerne Tonification des règles de conditionnement, la Conférence a émis les vœux suivants :
- 1° Poids du régime, que le poids minimum soit fixé par les gouverneurs des colonies intéressées, étant entendu, cependant, que, dans aucune colonie, ce poids ne pourra être inférieur : à 8 kg pour les variétés autres que « Gros Michel » et Manéah »; et à 12 kg pour les variétés « Gros Michel » et « Manéah » ;
- 2° Longueur des hampes, que la longueur à laisser à chaque extrémité des régimes soit au maximum de 5 cm pour les régimes emballés et de 10 cm poulies régimes expédiés nus;
- 3° Marquage des bananes, que le marquage soit obligatoire, sauf pour le Cameroun ;
- 4° Emballage, que chaque emballage ne puisse contenir qu’un seul régime; le fait de mettre deux régimes dans un même colis devant être considéré comme une fraude et passible de sanctions;
- 5° Expéditions en mains séparées, que l’expédition en mains séparées soit prohibée.
- contrôle du conditionnement a l’arrivée. — La Conférence a proclamé la nécessité d’un contrôle du conditionnement à l’arrivée en France, chargé non seulement de vérifier la qualité du fruit mais de découvrir les causes des avaries enregistrées, et qui sera en même temps un organe de renseignement. Elle a émis le vœu :
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- 1° que ce contrôle soit exercé par les professionnels intéressés, sous l’égide du G. I. B. ; 2° que les contrôleurs présentés par la Section des Planteurs du C. I. B. auxquels seraient adjoints les représentants des groupements professionnels, soient proposés par le C. I. B. à l’agrément du Ministre des Colonies, qui prononcera leur nomination; 3° que ces contrôleurs soient assermentés.
- coordination des transports (Élargissement du Comité de Coordination créé par le C. I. B.). — La Conférence, reconnaissant les heureux résultats des travaux du Comité de Coordination créé par le C. I. B. en 1935, demande que ce comité soit notamment élargi, par la représentation des Pouvoirs publics, et lui donne mandat de poursuivre l’organisation des transports maritimes et ferroviaires, conformément aux vœux de la Conférence.
- 1° Répartition des arrivages. — A titre d’essai, et pour assurer la régularité des approvisionnements, la Conférence a adopté la répartition suivante, proposée par la Commission des Transports, savoir :
- Dieppe et Rouen . . Antilles. f La Guadeloupe. < La Martinique.
- Manche < Le Havre Colonies d’Afrique. f Guyane. f Cameroun, z Côte d’ivoire.
- Atlantique Nantes et Bordeaux. Guinée. f Guinée.
- Méditerranée Marseille Côte d’ivoire, Gui inée, et, facultative-
- ment, La Guadeloupe.
- renseignements par t. s. F. — La Conférence a retenu une suggestion de M. Bivet, des Chargeurs Béunis, tendant à la création d’un service de renseignements par T. S. F. Ce service passerait chaque soir, vers 21 h. : 1° les cours de la banane pratiqués dans la journée; — 2° la situation des navires bananiers, notamment les retards affectant les horaires; — 3° des renseignements, notamment sur l’utilisation de la banane.
- contingentement. — La Conférence a été unanime à réserver le problème, étant entendu, cependant, que les planteurs sont d’accord pour rechercher, le moment venu, les moyens de remédier à une surproduction éventuelle. A cet effet, mandat a été donné au C. I. B. de centraliser les résultats de la production et les perspectives d’exportation pour la prochaine campagne d’hiver en vue de réunir, dans la première quinzaine de septembre 1937, les délégués mandatés des colonies intéressées ayant les pouvoirs nécessaires pour décider des mesures à prendre, compte tenu de la situation à ce moment.
- nouvelles concessions. — La Conférence a adopté le vœu présenté par les planteurs :
- qu’il ne soit plus accordé de concessions pour de nouvelles plantations dans les colonies non encore exportatrices sur le marché métropolitain;
- qu’il ne soit plus accordé de concessions sur terre française aux étrangers et aux sociétés étrangères.
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- débouchés a l’étranger. — A la demande des producteurs, la Conférence a émis le vœu que :
- à l’occasion de la signature d’accords commerciaux avec les pays étrangers, les Pouvoirs publics réservent une place à la banane coloniale française et consultent à ce sujet les organismes professionnels compétents.
- aménagement des ports. — La Conférence estime qu’il n’y a pas lieu de disperser les efforts et les crédits pour de nouvelles installations, mais recommande de concentrer les uns et les autres en vue de l’amélioration et du perfectionnement des installations actuellement existantes.
- grèves. — La Conférence attire l’attention des Pouvoirs publics sur les inconvénients graves que peuvent causer des grèves, soit à l’embarquement, soit au débarquement d’une denrée aussi périssable que la banane, et leur demande de prévoir toutes mesures utiles pour éviter la perte du fruit.
- NOTE BIBLIOGRAPHIQUE
- par M. Ed. Sauvage, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- Banc d’essais pour locomotives de Vitry-sur-Seine.
- Le magnifique laboratoire installé à Yitry-sur-Seine pour l’essai des locomotives, sous le nom modeste de banc d’essais, a été décrit par M. C. Renevey dans le Bulletin de la Société, en 1934, p. 661.
- Un exemple d’essais récents montre que cette installation est utile au delà de ce qu’on pouvait espérer. Ces essais sont décrits dans la Revue générale des chemins de fer (février 1937).
- Us avaient pour objet la comparaison de deux locomotives des Chemins de fer de l’Est, du même type 2-4-1 (bogie, 4 essieux couplés, essieu porteur), ne différant que par quelques modifications peu visibles de l’extérieur.
- Cette comparaison a mis en évidence l’énorme amélioration donnée par ces modifications. Il suffira des quelques nombres qui suivent pour le faire voir.
- La puissance en chevaux aux jantes des roues motrices a été, aux mêmes allures :
- pour la locomotive initiale, 2 062-2 327-1 769 ch.
- pour la locomotive modifiée, 2 568-2 894-2 320 ch.
- Les consommations de charbon ont été, par cheval-heure, aux jantes :
- pour la locomotive initiale, 1,039-1,088-1,964 kg.
- pour la locomotive modifiée, 0,80-0,86-1,311 kg.
- A l’appréciation en service, toujours un peu incertaine à cause des conditions si variées de la marche, on substitue ainsi l’exacte détermination de la valeur des modifications.
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ CONSEIL D’ADMINISTRATION SÉANCE PUBLIQUE DU 13 FÉVRIER 1937 Présidence de M. Lacoin, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Est présenté pour devenir membre de la Société et admis séance tenante :
- M. Saint-Martin (Jean-Baptiste), (i|), chef de Centre électrique à la Société Nord-Lumière, 164, rue de la Gare, Ermont (Seine-et-Oise), présenté par MM. Birkigt et Rauber.
- M. Lacoin, président. — J’ai le très vif regret de vous annoncer la mort de notre collègue du Conseil, M. Louis Mangin, décédé le 27 janvier à l’âge de 85 ans, après une longue et pénible maladie qui, cependant, ne l’a tenu éloigné de nos travaux que pendant quelques mois.
- Notre collègue avait exprimé la volonté formelle que ses obsèques eussent lieu dans la plus stricte intimité et sans aucun des honneurs auxquels il avait droit; mais c’est un devoir pour nous de rendre ici, aujourd’hui, un hommage très ému et sincère à sa mémoire et d’exprimer les sentiments de reconnaissance dus à un homme pour les immenses services que, durant sa très longue vie, il a rendus à la science et à l’agriculture.
- M. Mangin était membre de l’Académie des Sciences depuis 1909, et membre de l’Académie d’Agriculture depuis 1917, académie qu’il présida en 1928. Il était entré au Conseil de notre Société en 1917; il avait succédé au regretté Léon Lindet à la présidence du Comité d’Agriculture en 1929; il a été vice-président de notre Société, puis son président de 1930 à 1932. Il était grand officier de la Légion d’honneur.
- Mangin était sorti de l’École normale de Cluny en 1873, avec le titre d’agrégé de l’enseignement spécial. Aussitôt, il entra dans l’enseignement secondaire. Professeur de sciences naturelles au lycée de Nancy, il poursuit sa préparation universitaire; agrégé de l’enseignement classique, il est nommé professeur au lycée Louis-le-Grand à Paris, en 1882, et docteur ès sciences l’année suivante, avec une thèse sur « les racines adventives chez les monocotylédones ».
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- Les premiers de ses principaux travaux portent sur l’anatomie et la physiologie végétales, mais son goût pour la chimie le sert puissamment dans l’étude des membranes végétales, qui constitue une des parties essentielles de son œuvre. Il étudie les substances qui accompagnent la cellulose. Par les procédés de la micro-chimie et des colorations sélectives, il distingue dans les membranes, en dehors de la cellulose, des composés pectiques et la callose, rare chez les phanérogames, mais habituelle chez les champignons. Ses travaux apportent une contribution définitive à cette question, qui fut longtemps très discutée et qui était alors fort peu connue.
- En physiologie, Mangin entreprend, en collaboration avec Gaston Bonnier, des expériences sur la respiration, la transpiration et la fonction chlorophyllienne. 11 constate que l’oxygène dégagé par les organes verts ne provient pas seulement de l’acide carbonique. Plus tard, on reconnut qu’il résulte aussi de la réduction des nitrates.
- Longue est la liste des travaux, des recherches que Mangin poursuivit dans les trois grandes branches de la botanique, l’anatomie, la physiologie, la cryptogamie; qu’il nous soit permis de rappeler ici la grande part qu’il prit à la défense de nos cultures dans le domaine de la pathologie végétale, par suite de la compétence qu’il avait acquise en cryptogamie ; études et publications relatives à l’anthracnose de la vigne, au piétin du blé, à l’encre du châtaignier, au rouge du sapin, à l’oïdium du chêne, aux maladies de la betterave, des œillets, des orchidées, à la production de la gomme, à l’intoxication des arbres dans les villes modernes, etc.; ses recherches, faites en commun avec le regretté Viala, sur des causes de maladies et de dépérissement de la vigne, comme la phtiriose, jusque-là inconnues, constatées soit dans les vignobles français, soit dans les vignobles étrangers.
- Si Mangin s’est appliqué avec une telle activité et une telle persévérance à l’étude des champignons parasites, ce n’est pas seulement par la passion pour la recherche scientifique : il y voyait aussi le moyen et le seul, par des recherches de laboratoire, de préciser la nature et l’évolution des parasites et de pouvoir faire connaître les méthodes de lutte les plus efficaces contre ces ennemis de nos cultures.
- Mangin a été un des fondateurs de la phytopathologie et un des grands bienfaiteurs de l’agriculture.
- En 1904, il est appelé au Muséum comme professeur de physique végétale, et il continue à étudier les champignons, substituant dans leur dia-
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- gnose des constatations précises, souvent d’ordre chimique, aux caractères morphologiques peu stables invoqués jusque-là.
- En 1908, il fait connaître une méthode d’analyse des organismes végétaux du plancton, qu’il applique, à la Station maritime de Tatihou, aux pêches de la baie de Saint-Vaast. Après le transfert de la station à Saint-Servan, il obtient le rattachement à cette station du Pourquoi-pas? de Charcot, et il examine les récoltes planctoniques des expéditions de ce navire dans l’Antarctide et le Pacifique.
- En 1920, Mangin est nommé à la direction du Muséum, direction qu’il conservera jusqu’à sa retraite, en 1931. Il obtient du Parlement le vote d’une loi autorisant cet établissement à percevoir une taxe d’entrée, ce qui a permis d’édifier : les bâtiments tout à fait modernes destinés à la singerie, à l’orangerie, à la graineterie; la grande galerie de botanique avec l’aide de la fondation Rockefeller, et le vivarium, créé avec une partie des fonds de la Journée Pasteur.
- Entre temps, la ferme de Chèvreloup, dépendant du domaine de Versailles, est attribuée au Muséum, et un Arboretum y est installé; l’Harmas de Fabre, à Sérignan (Vaucluse), acheté par l’État, est aussi rattaché au Muséum, ainsi que le Musée d’Ethnographie du Trocadéro. De grandes conférences publiques sont données au Muséum avec le concours de la Société des Amis du Muséum dont la fondation est due à son initiative.
- Comme président de la Société d’Acclimatation et grâce à divers concours, Mangin réussit à faire constituer en réserves zoologiques et bolani-ques plusieurs territoires delà France et de l’Algérie, notamment la réserve de Camargue.
- C’est grâce à Mangin que le Muséum a été complètement rénové et qu’il est entré dans une voie nouvelle et féconde, avec des créations remarquables dont la plus connue du grand public est celle du Zoo de Vin-cennes. La volonté de Mangin s’est exercée heureusement sur les Pouvoirs publics pour libérer le Muséum de tutelles administratives stérilisantes et pour lui donner, avec des ressources financières permanentes, les moyens de travail indispensables. Mangin a été un administrateur habile et énergique. On peut dire que c’est grâce à Mangin que le Muséum est entré dans la voie de prospérité que nous lui connaissons aujourd’hui. C’était son enfant, et il en était plus fier que de tous ses travaux scientifiques. Doué d’une grande activité et d’une santé de fer jusqu’en ces derniers temps, on conçoit que sa mise à la retraite lui ait porté un coup terrible;
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- c’est seulement alors qu’il commença à décliner, et, malheureusement, très vite.
- Malgré la grande autorité qu’il exerçait autour de lui, Mangin était un bon maître et il était aimé de tous ceux qui l’approchaient. Sa disparition ne laissera que des regrets à ceux qui ont l’amour du travail, de la recherche et delà science.
- Comme président de la Société d’Encouragement, Mangin orienta ses travaux dans les applications des sciences naturelles, l’agronomie métropolitaine et coloniale, estimant qu’il est judicieux de faire travailler les forces de la nature, qui se renouvellent sans cesse, et de faire appel aux phénomènes vitaux plutôt que de transformer des matières premières inertes qui s’épuisent. En fait, les phénomènes biologiques sont de plus en plus utilisés par l’industrie, sans compter les services qu’ils rendent à l’homme, pour le conserver en état de santé ainsi que les animaux domestiques et les plantes cultivées.
- Nous saluons respectueusement la mémoire de notre vénéré collègue et nous adressons à sa famille nos très vives condoléances.
- M. Lacoin, président. — Je crois devoir aussi vous signaler que M. Charl es-Edouard Guillaume, membre correspondant étranger de notre Conseil (Comité des Arts économiques) a été promu grand officier de la Légion d’honneur, et qu’à l’occasion de cette distinction, une cérémonie intime a eu lieu le 23 janvier au Pavillon de Breteuil, du Bureau international des Poids et Mesures, où notre collègue a travaillé pendant 53 ans et qu’il a dirigé; il en est maintenant directeur honoraire.
- M. Guillaume est suisse, mais il a fait presque toute sa carrière de savant en France; il a reçu en 1920 le Prix Nobel de physique; il est membre correspondant de l’Institut, et il est universellement connu pour ses travaux sur la métrologie, la métallurgie et la chronométrie. C’est lui qui a découvert, ou plutôt inventé, l’invar et l’élinvar.
- Un comité, présidé par M. Vito Volterra, de Rome, président du Comité international des Poids et Mesures, et par M. Alphonse Dunant, ministre de Suisse en France, et réunissant les collègues, collaborateurs et amis de M. Guillaume, français et étrangers, s’est constitué en vue de lui témoigner leur admiration et leur affection, et ils lui ont offert une plaquette à son effigie, due au maître graveur Dammann.
- Cette plaquette, qui rappelle à la fois la carrière scientifique et la vie familiale de M. Guillaume, lui a été remise par M. Dunant, entouré des
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- délégués des corps savants et des grandes associations techniques; la Société d’Encouragement était représentée à cette cérémonie par M. Albert Portevin et M. Pierre Chevenard, membres de son Conseil.
- Nous adressons nos très chaleureuses félicitations à M. Guillaume.
- M. Lacoin, 'président. — J’ai le plaisir de vous annoncer la promotion de deux de nos collègues du Conseil dans l’ordre de la Légion d’honneur : M. Lucien Bechmann (Comité des Constructions et des Beaux-Arts), architecte de la partie française de la Cité universitaire de Paris, a été promu officier; et M. Paul Rolley (Comité d’Agriculture), secrétaire général de notre Société, a été promu commandeur. Nous leur adressons nos très vives félicitations.
- Je vous annonce aussi que M. A. Trillat, notre collègue du Comité des Arts chimiques depuis 1911, chef de service à l’Institut Pasteur de Paris, a été élu membre de l’Académie de Médecine. Il n’est pas médecin.
- Au nom de notre Société, j’adresse mes félicitations à ces trois collègues.
- En payant leur cotisation pour 1937, les Etablissements Kuhlmann ont versé 880 fr pour aider à la publication de notre Bulletin. La Société Nobel française a versé 400 fr pour le même objet, et M. Ed. Sauvage, président de notre Comité des Arts mécaniques, a versé 242,50 fr pour notre Bibliothèque.
- Nous leur adressons nos très vifs remerciements.
- Dans la séance publique du 25 octobre 1930 (voir le Bulletin de novembre 1930, p. 860), notre président d’alors, le regretté Mangin, a signalé qu’un don anonyme de 10 000 fr avait été fait à notre Société, en vue de l’aider à la réalisation d’un vœu exprimé par un de nos anciens collègues disparu. Nous sommes autorisés aujourd’hui par le donateur, notre collègue du Conseil, M. Léon Gaumont, à déclarer que c’est lui qui a fait ce don de 10 000 fr. Nous lui renouvelons nos très vifs remerciements.
- MM. H. Servonnet et P. Rolley, secrétaires généraux, présentent et analysent des ouvrages récemment entrés dans la Bibliothèque.
- M. Servonnet présente les ouvrages suivants :
- Traité de radioélectricité. I : Oscillateurs à haute fréquence. Physiologie des postes émetteurs radiotélégraphiques et radiotéléphoniques, par J. Mercier. Paris, Librairie Delagrave, 15, rue Soufflot (5°), 1937;
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 13 FÉVRIER 1937. 183
- Conférences sur les fours électriques et leurs applications, par Albert Levasseur (Société française des Electriciens. École supérieure d’Electri-cité) (dactylographié). (Don de l’auteur, 32 bis, rue des Plantes, Paris, 14e);
- Les fours électriques et leurs emplois industriels. Cours-conférences, par Albert Levasseur. (Maison de la Chimie. Centre de Perfectionnement technique.) Paris, Centre de Documentation chimique, 28, rue Saint-Dominique (7e) (Don de l’auteur, 32 bis, rue des Plantes, Paris, 14e).
- M. Rolley présente les ouvrages suivants .
- Les maladies du mouton, par G. Moussu. Paris, Vigot Frères, 23, rue de l’Ecole de Médecine (6e), 1923 (Don de l’auteur, membre du Conseil d’Administration) ;
- Les maladies du porc, par G. Moussu, 3e édition. Paris, Vigot frères, 1931 (Don de l’auteur, membre du Conseil d’Administration);
- Fédération départementale des Syndicats de Producteurs de Fruits de l’Ardèche. Congrès méditerranéen du Châtaignier, Aubenas, 25, 26 et 27 octobre 1985. Mémoires et Rapports. Privas, lmp. Lucien Voile ;
- Mérinos noirs, par V. de Sagaroff (dactylographié) (Don de l’auteur).
- Chimie si minéralogie, par C.-I. Istrati et G.-G. Longinescu. Editia XVlI-a lucrata din nou de G.-G. Longinescu. Bucarest, Editura Natio-nala-Ciornei », 1936 (Don de M. G.-G. Longinescu, membre de la Société) ;
- Curs de Chimie neorganica dupa treizeci ani, par G.-G. Longinescu (ex Natura, n° 3 si 4 din 1935). Bucarest, Institutul de Acte grafice « Bucovina », I. E. Toroutin (Don de l’auteur, membre de la Société).
- M. Albert Demolon, Inspecteur général des Stations et Laboratoires de Recherches agronomiques, fait une communication sur La science du sol au service de l'agriculture^.
- La séance est levée à 18 h. 30 m.
- (1) On trouvera le texte in extenso de cette communication et le compte rendu de la discussion qui l’a suivie dans un prochain numéro du Bulletin.
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — MARS-AVRIL 1037.
- SÉANCE PUBLIQUE DU 6 MARS 1937
- 3e Conférence Carrion.
- Présidence de M. Alby, ancien président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Est présenté pour devenir membre de la Société et admis séance tenante :
- M. Moreau-Defarges (Jean), ancien élève de l’Ecole polytechnique, Ingénieur civil des Mines, ingénieur, 45, boulevard Suchet, Paris (16e), présenté par M. Matheron.
- M. Alby, président. — J’ai le très vif regret de vous annoncer la mort de deux membres bien connus de notre Société : M. Leonardo Torres y Quevedo, survenue le 18 décembre, et M. Paul Janet, survenue le 21 février.
- M. T orres y Quevedo, né le 28 décembre 1852, à Santa Cruz de San-tander, était Ingénieur du Corps des Ponts et Chaussées d’Espagne, mais, tout en exerçant ses fonctions, il s’est acquis une réputation mondiale, d’abord pour ses travaux d'aéronautique, qui conduisirent à la construction de plusieurs types successifs de dirigeables, les Astra-Torres, puis, pour ses travaux sur les machines à calculer et, notamment, son joueur d’échecs automatique.
- M. T orres y Quevedo, qui était membre correspondant de notre Conseil (Comité des Arts économiques) depuis 1913, nous avait prêté un concours actif, lorsque notre Société célébra en 1920, le centenaire de l’invention de la première machine à calculer industrielle, par Thomas de Colmar. A cette occasion, il vint d’Espagne nous faire une conférence sur son arithmomètre électromécanique qui remporta un très vif succès et dont on trouvera le texte, accompagné de nombreuses figures, dans le Bulletin de septembre-octobre 1920, p. 588-599.
- M. Torres y Quevedo était membre de l’Académie des Sciences de Madrid, membre correspondant étranger de l’Académie des Sciences de Paris, directeur du Laboratorio de Automatica, de Madrid, institution créée expressément pour lui et qui n’avait d’équivalent nulle part au monde.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 6 MARS 1937. 187
- L’œuvre scientifique qui a rendu Torres célèbre, a un caractère très particulier en ce qu’elle exigeait à la fois une haute culture scientifique et une étourdissante ingéniosité dans la réalisation des conceptions mécaniques les plus originales.
- Dans les machines à calculer, tout d’abord, il substitue aux machines classiques utilisant les chiffres, qu’il qualifie d’arithmétiques, des appareils opérant sur des traits, suivant les principes de la nomographie. Ces machines, dites algébriques, sont réalisées mécaniquement avec une perfection telle qu’elles permettent de traduire une relation analytique, ou même un système quelconque de relations analytiques simultanées. Cette découverte fait l’objet d’un mémoire analysé par Paul Appell devant l’Académie des Sciences en 1901 et inséré dans le Recueil des Savants étrangers.
- Par une combinaison judicieuse d’arithmophores et de fusées sans fin, il donne la solution générale du problème de l’obtention mécanique des racines réelles d’équations algébriques d’un degré quelconque, et il montre qu’il est possible de déterminer, aussi par un procédé mécanique, les modules et les arguments des racines imaginaires de ces équations. Il montre enfin que l’on peut, toujours par une opération purement mécanique, obtenir toute intégrale particulière d’une équation différentielle quelconque répondant à des conditions initiales données.
- Encouragé dans cette voie par le succès des machines arithmétiques, Torres s’attaque alors à la construction d’un calculateur purement automatique, analogue à la machine analytique que Babbage avait conçue mais n’avait pu achever. Il utilise dans ce but les ressources de l’éleitromé-canique et il prouve par des réalisations « qu’il est toujours possible de construire un automate dont tous les actes dépendent de circonstances plus ou moins nombreuses, déterminées par des règles que l’on peut imposer arbitrairement au moment de la construction ».
- Sur ce principe, il construit son joueur d’échecs automatique, qui, dans une fin de partie supposée, cherche à faire échec et mat au roi que manœuvre son partenaire. Il joue impeccablement et, si l’adversaire commet une infraction aux règles du jeu, l’automate l’en avertit en allumant une lampe électrique. S’il récidive, l’automate refuse de continuer à jouer et arrête le mécanisme. « Cet appareil, dit M. Maurice d’Ocagne, confond l’imagination; il procède d’une conception que l’on peut qualifier de géniale et qui ne relève d’aucun précédent. »
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — MARS-AVRIL 1937.
- En 1903, Torres apportait à Paris l’idée du « télékine », destiné à obtenir la commande à distance de tout appareil mécanique en mouvement par les ondes hertziennes. Son premier appareil, construit au Laboratoire de Mécanique de la Faculté des Sciences, fut présenté à l’Académie des Sciences dans sa séance du 3 août. Après une mise au point, il pouvait faire évoluer d’un poste fixe à terre un bateau naviguant en rade de Bilbao. On sait que cette idée fut reprise par nombre de chercheurs, en vue de divers buts, sans que des solutions définitives paraissent avoir été apportées. Torres entrevoyait l’application de son télékine à la manœuvre d’un dirigeable à enveloppe souple, ne comportant dans sa construction aucune pièce rigide, mais dont la rigidité était assurée par une savante disposition de liens intérieurs travaillant tous à la tension. Les dirigeables Astra-Torres suscitèrent des espérances qui s’évanouirent devant les rapides progrès de l’aviation.
- Les éblouissantes réalisations mécaniques de Torres firent passer au second plan ses travaux d’ingénieur éminent. On ne peut négliger cependant son transbordeur funiculaire, constitué par des câbles dont la tension est maintenue constante en toutes circonstances et même en cas de rupture de l’un d’eux. Le système fut appliqué par lui à Saint-Sébastien et sur le Niagara.
- Je crois devoir rappeler que notre regretté collègue, qui maniait notre langue avec une suprême élégance, était un grand ami de la France, et cela n’est pas une pure clause de style, car il vint apporter le concours de ses nombreuses lumières à notre pays pendant toute la durée de la guerre de 1914-1918. C’était un homme bon, tendre et généreux, apportant dans tous les actes de la vie une grandeur simple qui inspirait l’affection et la vénération chez tous ses collaborateurs.
- Nous saluons ici sa mémoire avec respect, reconnaissance et admiration et nous adressons à sa famille nos très vives condoléances.
- M. Paul Janet s’était acquis une réputation mondiale comme électricien, et peut-être plus encore pour son grand talent de professeur.
- Né le 10 janvier 1863, il était entré à l’Ecole normale supérieure en 1883, était agrégé ès sciences physiques en 1886 et nommé aussitôt-maître de conférences de physique à la Faculté des Sciences de Grenoble.
- Comprenant l’intérêt d’un enseignement de l’électricité industrielle au centre d’une région où abondent les forces hydrauliques, et où des installations hydro-électriques importantes avaient déjà été exécutées, M. Janet
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU & MARS 1937. 189
- fait émettre en 1891, par la Faculté des Sciences de Grenoble, un vœu tendant à la création d’une chaire d’électricité industrielle. Sans attendre le résultat de cette démarche administrative, il prend l’électricité industrielle comme sujet d’un cours du soir qui lui a été confié par la municipalité.
- Le succès dépasse toute attente et les locaux sont trop petits pour contenir les auditeurs. Le cours est à peine terminé que la Chambre de Commerce, le Conseil municipal de Grenoble et le Conseil général de l’Isère allouent les subventions nécessaires pour la création d’un cours et d’un laboratoire d’électricité industrielle, qui sont devenus l’Institut électrotechnique de Grenoble. Ces leçons, publiées sous le titre de Premiers principes d'électricité industrielle, constituent une œuvre admirable au point de vue pédagogique, de même que ses Leçons d'électrotechnique générale. Ces deux ouvrages ont acquis une réputation mondiale.
- Paul Janet a été ainsi le créateur et le titulaire de la première chaire d’électrotechnique qui ait été créée en France.
- En 1894, M. Janet est appelé à la Faculté des Sciences de Paris, et, en 1895, il est choisi par la Société française des Electriciens, sur la proposition de Mascart, président de la Commission administrative, comme directeur pour cinq ans du Laboratoire central de l’Electricité, qui datait de 1888, et de l’Ecole supérieure d’Electricité, qui venait d’être fondée.
- C’est dans la direction de ce centre d’études et de documentation que M. Janet devait donner toute la mesure de ses éminentes qualités de savant et d’organisateur. Le mandat de directeur qui lui avait été confié lui fut renouvelé, à chaque échéance, jusqu’à sa mort, et c’est pendant quarante-deux années qu’il a animé, de son souffle et de sa foi dans l’avenir de la technique française de l’électricité, les promotions successives d’élèves de la principale école française d’électricité, à laquelle il a donné un prodigieux essor. Ses anciens élèves se rappellent avec émotion cet incomparable professeur, dont ils ont pu apprécier, outre la clarté de son enseignement, la bienveillance paternelle et la simplicité affable.
- Trois fois lauréat de l’Académie des Sciences, M. Janet avait reçu, en 1913, la grande médaille d’or, à l’effigie d’Ampère, de notre société; en 1919, il est élu membre de l’Académie des Sciences. En 1927, il est président de la Société des Ingénieurs civils de France. En 1929, il reçoit le titre de président d’honneur de la Société française des Electriciens, qui lui décerne, en 1930, sa plus haute récompense, la médaille Mascart.
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- Professeur honoraire à la Sorbonne, M. Janet était, en outre, membre du Conseil supérieur de l’Enseignement technique; il venait d’être appelé à la présidence de la Commission des titres et diplômes d’ingénieur. Rappelons, enfin, qu’il était président de la Commission électrotechnique internationale et président du Comité consultatif d’Electricité des Poids et Mesures. M. Paul Janet était commandeur de la Légion d’honneur.
- Sollicité à plusieurs reprises de faire partie de notre Conseil, à son grand regret, il avait dû toujours refuser en raison de ses nombreuses occupations; mais il est resté un ami fidèle de notre Société aux travaux de laquelle il ne cessa jamais de s’intéresser.
- Nous adressons à Mme Paul Janet et à sa famille, l’expression de nos respectueuses et sincères condoléances.
- M. Alby, président. — J’ai le plaisir de vous annoncer la promotion au grade de commandeur dans l’ordre de la Légion d’honneur de deux de nos collègues du Conseil : M. P. Helbronner (Comité des Arts économiques) et M. A. Chevalier (Comité de Commerce). Au nom de notre Société, je leur adresse mes très vives félicitations.
- M. Alby, président. — Je crois devoir vous rappeler que cette séance est consacrée à la 3e Conférence Carrion que notre Société a instituée, d’accord avec Mme Carrion, qui, grippée, s’excuse de ne pouvoir assister à la séance, en souvenir de son mari, un des plus grands bienfaiteurs de notre Société. Cette conférence, qui a lieu tous les ans avant notre distribution solennelle des récompenses, doit, en principe, porter sur un sujet de chimie biologique, de physiologie, de médecine ou de thérapeutique, questions que Carrion a étudiées pendant sa longue et fructueuse carrière. Ce sont des sujets qui, à première vue, paraissent sortir un peu du cadre des occupations ordinaires de notre Société, mais qui y rentrent cependant, en ce que, en nous entenantaux sujets d’un caractère général, les questions thérapeutiques intéressent les membres de notre Société, puisqu’ils font tous partie, hélas ! de l’humanité souffrante.
- Cette année, nous étant adressés à M. le Dr Martin, directeur de l’Institut Pasteur, nous avons obtenu, grâce à lui, le concours du professeur Levaditi qui veut bien nous parler des ultravirus, à l’étude desquels il a fait faire de très grands progrès.
- Le professeur Dr C. Levaditi, membre de l’Académie de Médecine,
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- COMITÉ D AGRICULTURE (LES PUNAISES DU BLÉ). UH
- professeur à l’Institut Pasteur de Paris, fait une conférence sur Les ultra-virus des maladies humaines et animales, leur comportement et leur naturel.
- M. Alby, président. — Cher Maître, je crois être l’interprète de tout votre auditoire en vous exprimant ses sentiments d’admiration unanimes, comme ses vigoureux applaudissements en témoignent. Recevez nos très chaleureux remerciements pour la magnifique conférence si claire, quoi que vous en disiez, que vous venez de nous faire.
- Vous nous avez introduits dans un monde nouveau dont la plupart des gens soupçonnent à peine l’existence, et vous nous avez montré de quelle puissance est la technique micro biologique, technique bien différente, mais aussi sûre, si ce n’est plus, que celles dont on nous entretient ici, et combien
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- féconde en résultats immédiatement utilisables. Les questions que vous avez traitées ne peuvent laisser personne indifférent puisqu’il s’agit de défendre notre santé, celle de nos bêtes et même aussi celle de nos plantes, contre des maladies nombreuses, dont quelques-unes terribles. J’insiste vivement pour que vous nous donniez, pour notre Bulletin, le texte de votre conférence de façon que nous puissions y retrouver et admirer à nouveau ce que vous nous avez dit d’une façon si lumineuse.
- La séance est levée à 18 h. 30 m.
- COMITÉ D’AGRICULTURE
- (EXTRAIT DU PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 3 MARS 1937)
- Aperçu sur l’importance économique des punaises du blé,
- par M. Paul Vayssière, membre du Conseil de la Société d'Encouragement.
- Le problème des punaises du blé a pris, ces dernières années, une importance due essentiellement à ses répercussions sur les industries de la meunerie et de la boulangerie.
- systématique. — Il n’y a, semble-t-il, que deux groupes de punaises qu’il faille retenir à l’heure actuelle : les Eurygaster, bien reconnaissables à leur aspect de minuscules tortues, de coloration variant du jaune au gris, brun ou noirâtre, et les Ælia, caractérisées par le triangle antérieur formé par la tête et le corselet, et leur teinte générale fauve avec une ligne médiane blanche et des bandes brunâtres longitudinales plus ou moins nettes.
- Ces genres sont représentés, dans chaque région considérée, par des espèces qu’il est très difficile, en général, de distinguer entre elles. Le « Souné » de Syrie, le « Kaurof » du Liban, 1’ « Eraija » de l’Irak, le « Sen » de la Perse sont
- (1) On trouvera, dans un prochain numéro du Bulletin, le texte de cette conférence.
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- COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — MARS-AVRIL 1937.
- Eurygaster integriceps Put. C’est cette même espèce qui ravage, certaines années, les céréales de Russie et du Caucase. Au Maroc, les espèces qui se sont montrées plus particulièrement nuisibles, ces dernières années, sont Ælia triti-ciperda Pomel et Eurygaster austriaca Schrk. En Tunisie, les dégâts considérables observés en 1936 doivent être imputés à Eurygaster maurus L. (Pagliano in litt.) et surtout à Ælia triticiperda, d’après les nombreux échantillons qui m’ont été communiqués (et non Æ. rostrata Bohem.). En Algérie, il s’agirait essentiellement de Æ. cognata Fieb., et enfin, en Alsace, les insectes des deux genres (Ælia et Eurygaster), récoltés dans les blés par M. Méneret, se rapportent à E. hottentotus F., E. maurus F. et Æ. acuminatg.
- On ne saurait trop insister sur la nécessité d’opérer une détermination rigoureusement exacte de toutes les punaises dont on constate les attaques dans les champs de céréales. Une détermination inexacte peut entraîner des erreurs dans l’application des mesures de protection dont l’efficacité sera, de ce fait, amoindrie ou annulée.
- évolution et biologie. — D’une façon générale, les Eurygaster et les Ælia qui ont été étudiés ont une génération par an; toutefois, il a été constaté, au Maroc, que Æ. triticiperda a deux générations, la génération de printemps qui est la plus importante, évoluant du début d’avril à la fin de juin (soit, de la floraison du blé à la maturité des grains). Ce sont les adultes qui hivernent; on les trouve, alors, cachés dans les fissures des sols compacts ou crevassés par la sécheresse.
- plantes-hotes. — Les punaises des genres Ælia et Eurygaster se nourrissent essentiellement aux dépens de divers organes des graminées cultivées ou spontanées. Parmi les céréales, il semble que ce soient le blé, l’orge, le seigle et le maïs qui soient les plus attaqués; l’avoine le serait moins.
- dégâts. — Les punaises des genres Ælia et Eurygaster paraissent devoir, pour leur développement, se nourrir d’une part sur les feuilles ou les tiges, d’autre part, sur les grains des céréales.
- 1° Altération des tiges et des feuilles. — Particulièrement bien étudiées par Malenotti (1931-1933), en Italie, et G. A. Manninger (1933), en Hongrie : dessiccation des organes atteints; mort des jeunes pousses; arrêt du développement des jeunes épis ;
- 2° Altérations des grains. — a) dans leur aspect : zone de la piqûre, déprimée plus ou moins circulairement avec coloration blanche farineuse;
- b) dans leurs caractères physiques et physiologiques : poids et densité abaissés, souvent dans une forte proportion. De même le pouvoir germinatif;
- c) dans leurs caractères histologiques et leur composition : au niveau de la piqûre, chez les grains jeunes, réactions vives intéressant l’albumen et surtout disparition du gluten de la zone atteinte; solubilisation partielle de l’assise protéique voisine, probablement par l’action du liquide salivaire de la punaise.
- 3° Conséquences économiques. — Altération de la valeur boulangère et des pâtes. Le gluten des blés punaisés est un « gluten filant », c’est-à-dire qu’il se
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- COMITÉ D’AGRICULTURE (LES PUNAISES DU BLÉ).
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- caractérise par sa fluidité; les pâtes ne résistent pas au dégagement du gaz carbonique au cours de la fermentation. Les techniciens considèrent que les insectes répandent, au moment de la piqûre, à l’intérieur du grain, des enzymes protéolytiques qui attaquent le gluten et aussi l’amidon.
- Cette action néfaste s’étend, dans une certaine proportion, à la farine qui provient de grains sains et qui se trouve mélangée à celle de grains piqués. De nombreux facteurs, la plupart mal ou pas connus, font varier cette proportion. Il semble que, chez nous « jusqu’à 1,5 ou 2 p. 100 de grains punaisés dans un lot « de blé, il n’y ait pas de danger bien marqué ; que, de 2 à 4 ou 5 p. 100, l’amoin-« drissement puisse être très net, et qu’au delà, il faille s’attendre à des démoli-« tions importantes » (Nuret). Les altérations des pâtes sont dans le même sens que celles des glutens, et elles sont bien mises en évidence par les essais à l’exten-simètre; les diagrammes obtenus sont particulièrement suggestifs à cet égard.
- moyens de lutte. — Ramassage des insectes. — Il doit s’opérer avec le plus grand soin et avec rapidité, entre le réveil des punaises au printemps et la ponte. Il faut l’effectuer sur toute l’étendue des cultures envahies. De nombreux types de collecteurs sont préconisés en Italie et au Maroc.
- Insecticides. — Des résultats satisfaisants ont été obtenus par des pulvérisations, tant de bouillies arsenicales que de bouillies de pétrole.
- Plantes-pièges.
- Abris-pièges.
- Utilisation de variétés hâtives et moissons rapides et précoces.
- répercussions commerciales. — Il faut examiner très soigneusement à l’achat tous les lots de blés, faire des réserves si on constate la présence de blés punaisés. Il faudrait peut-être, dans les marchés, prévoir une clause relative aux blés punaisés, comme il en existe pour les achats effectués par la Suisse en Hongrie.
- répercussions industrielles. — Il faut envisager le nettoyage des lots de blé comprenant plus de 2 p. 100 de grains punaisés. Le conditionnement à haute température semble améliorer les blés altérés par les insectes. Dans certains pays étrangers, on a étudié la possibilité d’ajouter des produits chimiques à la pâte pour annihiler l'action diastasique de la salive des punaises, mais ces recherches ne présentent encore qu’un intérêt théorique.
- BIBLIOGRAPHIE
- (.Bibliographie spéciale à l'action des punaises sur les qualités boulangères du blé. Les références aux travaux étrangers se trouveront dans les articles cités ci-dessous.)
- P. Vayssière, Sur les Punaises du Blé (Bull, des Ane. Élèves. Ec. Franç. Meunerie.
- n° 51, juillet-août 1936, pp. 179-189).
- G. Ménkret, Influence des piqûres de Punaises sur la qualité des Blés (id., ibicl., pp. 190-
- 195).
- M. Matviéieff, Indications fournies par la méthode Pelshenke sur les blés punaisés (id.,
- ibid., pp. 196-197).
- 136e Année. — Mars-Avril 1937.
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- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES.
- MARS-AVRIL 1937.
- J. Fleckinger, Aspect microscopique des grains de Blé punaisés (id., ibicl.. pp. 198-202). M. Cattaneo, Glutens filants dans les Blés de pays hollandais de la récolte 1935 (id., ibid., pp. 202-204).
- R. Geoffroy, Etude des Blés punaisés nord-africain et français (id., ibid,, pp. 205-207). H. Nuret, Étude récapitulative sur les Blés punaisés (id., ibid., pp. 208-217).
- A. Ougrimoff, Essais sur les Blés punaisés (id., n° 54, déc. 1936, pp. 291-307).
- R. Gcillemet, Sur les Punaises des Blés et l’effet de leurs piqûres (C. R. Ac. Sc., sept. 1936, pp. 370-372).
- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
- par M. Ed. Sauvage, membre du Conseil de la Société d’Encouragement.
- Unification des chaînes d'automobiles.
- Devant l’énorme importance des études, pour la construction mécanique, de dimensions normales de plus en plus détaillées, il n’est pas sans intérêt de rappeler les propositions anciennes qui ont préparé le travail actuel. Telle est l’unification des chaînes d’automobiles, faite, en 1898, sur l’initiative du Touring-Glub de France, qui a réuni à cet effet un comité technique dont les travaux ont été publiés en 1898 sous le titre : Unification des chaînes d’automobiles. Cette publication a été résumée dans le Bulletin de notre société, année 1899, p. 3-42.
- Elle donne un rapport de M. Michel Lévy, président du Comité, des observations de MM. Rafer et Benoit, constructeurs, et le tableau de types de chaînes en nombre restreint.
- Le Comité justifie sa proposition comme il suit :
- « Il est désirable d’arriver à l’unification des chaînes en traçant des règles qui puissent guider les constructeurs, sans leur imposer d’entraves gênantes; on évitera ainsi que le choix des dimensions essentielles des chaînes soit arbitraire; il importe que ces dimensions soient exprimées en mesures métriques, à l’exclusion des mesures anglaises.
- « Il est évident que l’emploi du nouveau système unifié ne peut être rendu obligatoire; les constructeurs conservent toute liberté quant à l’emploi de leurs types anciens de chaînes. Ce sont les qualités du nouveau système, s’il répond bien aux besoins de la pratique, qui décideront les constructeurs et les consommateurs à en faire usage de plus en plus fréquemment. »
- Aujourd’hui, les dimensions des chaînes d’automobiles, à rouleaux, sont données par la 3e édition de la Norme 179 du Bureau des Normes de VAutomobile (B. N. A.) Ces dimensions diffèrent de celles qui avaient été proposées en 1898. Elles sont conformes aux normes anglaises, établies en pouces, dont la conversion donne des cotes en centièmes de millimètre.
- Les pignons pour chaînes à rouleaux sont l’objet de la norme 180 B. N. A.
- *
- * *
- Le Bulletin de la Société industrielle de l'Est du 4e trimestre de 1936 donne deux notes intéressantes sur les défectuosités de la production industrielle soviétique et le développement de la production sidérurgique en Russie.
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- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES. •— MARS-AVRIL 1937.
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- Tolérances dans la construction mécanique.
- La détermination des tolérances dans l’exécution des pièces de machines, ainsi que dans les constructions et travaux de tous genres, a une telle importance, qu’on ne saurait trop en répandre la connaissance, autant par des notes sommaires que par des examens approfondis.
- La précision absolue de l’exécution étant impossible, aucune cote ne peut être rigoureusement réalisée. Cette loi inéluctable n’est pas toujours connue, puisqu’on entend parfois parler de cote exacte.
- Les écarts admissibles varient suivant la nature des travaux. C’est surtout pour les ajustements de pièces entre elles qu’ils sont faibles, ces ajustements comportant un jeu ou un serrage, généralement minimes.
- Au contraire, de plus grands écarts sont admissibles pour des pièces qui n’en touchent pas d’autres, telles que des poignées.
- La tolérance correspond non seulement à l’impossibilité de réaliser une dimension donnée, mais aussi aux irrégularités de la fabrication. C’est ainsi qu’un arbre cylindrique n’est pas un cylindre parfait, et ce qu’on peut en appeler le diamètre n’est pas le même dans une section, et d’une section à l’autre.
- La tolérance est admise en plus et en moins, ou seulement en plus ou en moins. Elle conduit à déterminer le logement de la pièce entre deux surfaces limites. Ces limites sont assimilées à des surfaces géométriques, pure conception de l’esprit, mais elles en sont tellement voisines que les écarts en sont négligeables.
- Il est fort important de bien fixer les tolérances, car, trop fortes, elles donnent des ajustements défectueux, et trop faibles, elles entraînent des dépenses inutiles.
- La vérification des pièces se fait avec des calibres, eux-mêmes pièces mécaniques comportant des tolérances, mais beaucoup plus faibles que celles des pièces vérifiées. En outre, on doit tenir compte de l’usure des calibres, résultant de leur emploi.
- Le Comité de Normalisation de la Mécanique a publié, en décembre 1936, 34 feuilles de normes (nos 2 501 à 2 534), fixant des échelles de tolérances pour des séries de pièces de dimensions diverses. Ces échelles sont établies d’après des règles fixées par l’Association internationale de Standardisation dite I. S. A.
- Dans ces échelles, on choisit les tolérances qu’on juge convenables pour chaque travail.
- Pour les pièces lisses, il est prévu 16 valeurs des tolérances, désignées chacune par un numéro de qualité. A titre d’exemple, ces 16 tolérances ont les valeurs suivantes, en microns, pour des pièces de cote nominale supérieure à 30 mm jusqu’à 50 mm : 2-3-4-7-11-16-25-39-62-100-160-250-390-620-1 000-1600. Ces tolérances ne s’appliquent aux pièces qu’à partir de la 5e, pour les arbres, et de la 6e, pour les alésages, d’une exécution plus difficile; les valeurs inférieures sont réservées aux calibres. Les cinq dernières, 250 à 1 600 microns, ne s’appliquent habituellement qu’aux pièces isolées, sans ajustement. Ces cinq dernières sont respectivement égales à 10 fois les cinq qui les précèdent; la même règle s'appliquerait si des tolérances plus grandes étaient utiles.
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- OUVRAGES REÇUS EN FÉVRIER ET MARS 1937.
- La notion de tolérance ne s’applique pas seulement à la construction mécanique, surtout pour l’exécution de pièces interchangeables, mais elle est générale. Notamment toute indication de poids, de température, de durée, de donnée statistique, comporte une tolérance, trop souvent ignorée. L’indication de la tolérance, c’est-à-dire de l’approximation, devrait accompagner la plupart des valeurs numériques.
- Le colonel Graux a publié, dans le Génie Civil du 4 mai 1929, une Etude critique de l’interchangeabilité et de la normalisation des ajustements.
- L’Introduction à l'étude de la métrologie industrielle, par M. l’Ingénieur militaire en chef P. Nicolau, dans Science et Industrie (édition mécanique) de novembre-décembre 1936, est un exposé magistral du progrès des mesures; elle contient un tableau des tolérances fondamentales I. S. A. ed. sauvage.
- OUVRAGES REÇUS A LA RIBLIOTHÈQUE EN FÉVRIER ET MARS 1937.
- Moussu (G.). — Les maladies du mouton. Iu-12 (19 x 12) de 332 p., 111 fig., VIII pl. Paris, Vigot frères, 23, rue de l’École de Médecine (6e), 1923. (Don de Vauteur, membre du Conseil d'Administration.) 18 617
- Moussu (G.). — Les maladies du porc. 3e édition. In-12 (19 X 12) de vin -h 302 p., 96 fig., XII pl. Paris, Vigot frères, 1931. (Don de l'auteur, membre du Conseil d'Administration.) 18 618
- Mercier (J.). — Traité de radioélectricité. I : Oscillateurs à haute fréquence. Physiologie des postes émetteurs radiolélégraphiques et radiotéléphoniques. In-8 (23 x 16) de 358 p., 251 fig. Paris, Librairie Delagrave, 15, rue Soufflol (5e), 1937. 18 619
- Fédération départementale des Syndicats de Producteurs de Fruits de l’Ardèche. — Congrès méditerranéen du châtaignier, Aubenas, 25, 26 et 27 octobre 1935. Mémoires et Rapports. In-8 $5 x 16) de 256 p. Privas, lmp. Lucien Voile. 18 620
- Levasseur (Albert). — Conférences sur les fours électriques et leurs applications. (Société française des Électriciens. — École supérieure d’Electricité). In-4 (30 x 21) de 146 p., fig. (dactylographié). (Don de l’auteur, 32 bis, rue des Plantes, Paris (14e.) 18 621
- Istrati (G. I.) et Longinescu (G. G.) — Chimie si minéralogie. Edifia XVII-lucrata dinn nou de G.-G. Longinescu. In-8 (20 x 13) de vu+ 511 p., 190 fig. Bucarest, Editura « Nationala-Ciornei », 1936. (Don de M. G.-G. Longinescu, membre de la Société). 18 622
- Bureau Veritas. — Conditions techniques du Bureau Veritas pour le matériel non destiné aux constructions navales. IV, 1936. In-8 (23 X 15) de 207 p. Paris, 31, rue Henri-Rochefort (17e). [Don de M. Léon Guillet, membre du Conseil d'Administration). 18 623
- Comité français des Expositions et Comité national des Expositions coloniales (réunis par décret du 10 juin 1925). — Cinquantenaire, 1885-1935. In-4 (29 x 23) de v + 328 p., fig., CX1 pl. 18 424
- Comité de Normalisation de la Mécanique (92, rue de Courcelles, Paris (8e). — Feuilles de Normes (déc. 1936), CNM 2501 : Tolérances de pièces lisses (système ISA) pour dimensions nominales de 1 à 500 mm. Introduction. — CNM 2502 : .... Rappel des
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- bases d'établissement du système. — CNM 2503 : .... Tolérances et usure des calibres à limites. — CNM 2504 : .... Marquage, domaine d'emploi et vérification clés calibres à limites. — CNM 2505 : .... Valeur métrologique des instruments de mesure industriels : définitions. — CNM 2506 : .... Vue d'ensemble des tolérances : 1° alésage des qualités 6 à 11. — CNM 2507 : .... Vue d’ensemble des tolérances : 2° arbres des qualités 5 à 11. — CNM 2508 : .... V ue d'ensemble des tolérances : 3° alésages et arbres des qualités 12 à 16. — CNM 2509 : .... Écarts des alésages de la, qualité 6. — CNM 2510 : .... Écarts des alésages de la qualité 7. — CNM 2511 : .... Écarts des alésages de la qualités„
- — CNM 2512 : .... Écarts des alésages de la qualité 9. — CNM 2513 : ... Écarts des alésages des qualités 10 et 11. — CNM 2514 : .... Écarts des alésages des qualités 12 à 16. — CNM 2515 : .... Écarts des arbres de la qualité 5. — CNM 2516 : .... Écarts des arbres de la qualité 6. — CNM 2517 : .... Écarts des arbres de la qualité 7. —
- CNM 2518 :.... Ecarts des arbres des qualités 8 et 9. — CNM 2519 :........Écarts des arbres
- des qualités 10 et 11. — CNM 2520 : .... Écarts des arbres des qualités 12 à 16. — CNM 2521 : Tolérances de pièces lisses (système ISA) pour dimensions nominales au-delà de 180 mm jusqu’à 500 mm : Ecarts de vérification des alésages des qualités 6 à 8. — CNM 2522 : .... Écarts de vérification des alésages des qualités 9 à 11. —CNM 2523 : .... Écarts de vérification clés alésages des qualités 12 à 16. — CNM 2524 : .... Écarts cle vérification des arbres des qualités 5 à 7. — CNM 2525 : .... Écarts cle vérification clés arbres des qualités 8 à 11. — CNM 2526 : .... Ecarts de vérification des arbres des qualités 12 à 16. — CNM 2527 : Tolérances cle pièces lisses (système ISA) pour dimensions nominales de 1 à 500 mm. Vue d'ensemble du choix cVajustements des normes CNM 2528 à 2532. — CNM 2528 : .... Jeux ou serrages de certains ajustements : 1° avec 116. — CNM 2529 et 2530 : .... Jeux ou serrages de certains ajustements : 2° et 3° avec H7. — CNM 2531 : .... Jeux ou serrages de certains ajustements : 4° avec H8. — CNM 2532 : .... Jeux ou serrages de certains ajustements : 5° avec H8 (suite) et H11. — CNM 2533 : Tolérances cle pièces lisses pour dimensions nominales au1 delà cle 500 mm. Introduction.
- — CNM 2534 : .... Écarts cle base. — CNM 2535 : .... Tolérances des qualités 5 à 8. —
- CNM 2536 : .... Tolérances des qualités 9 à 12. — CNM 2537 : ... . Tolérances des qualités 13 à 16. 17 836
- Union des Syndicats de l’Électricité (54, avenue Marceau, Paris (8°). — Normalisations, spécifications et règles techniques. In-8 (21 x 14). C-26 (1935) : Spécifications pour la fourniture clés tôles entrant dans 1a, construction des circuits magnétiques des machines et appareils électriques, 19 p 7 fig. — 27 (1936) : Spécifications pour la fourniture des vernis isolants gras et des vernis isolants à base cle résines synthétiques, 10 p. — C-30 (1935) : Règles d’établissement des conducteurs isolés au caoutchouc, 09 p. Publication 306 (1930) : Additif aux règles d'établissement des conducteurs isoles au caoutchouc (Publication C-30 de PU. S. E.), 13 p. — C-31 (1935) : Spécifications pour la fourniture clés fils cle, cuivre émaillés, de section circulaire, destinés aux enroulements de machines et cl’appareils électriques, 10 p. — C-32 (1935) : Règles d’établissement des isolateurs, supports, traversées isolées et sectionneurs pour courant alternatif et pour des tensions égales ou supérieures à 1 000 volts, 30 p. — C-33 (1936) : Normalisation clés teintes et signes conventionnels utilisés pour le repérage des conducteurs, 5 p. — C-34 (1936) : Règles d’établissement des moteurs électriques de puissance nominale inférieure ou égale à 600 watts, 32 p. - C-35 (1935) : Règles d’établissement des isolateurs en
- porcelaine, pour lignes électriques suspendues, 24 p. — C-36 (1935) : Règles d’établissement pour isolateurs de lignes, en porcelaine, du type rigide, 21 p. — 38 (1936) : Règles d’établissement du matériel cle pose des canalisations, employé clans les installations de
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- OUVRAGES REÇUS EN FÉVRIER ET MARS 1937.
- première catégorie. Fasc. Il : Moulures en bois, 12 p. — C-39 (1933] : Règles d'établissement des isolateurs en verre, pour lignes électriques suspendues. 23 p. — C-40 (1933) : Règles d’établissement des isolateurs de lignes, en verre, du type rigide, 21 p. — C-41 (1930) : Spécification pour la fourniture des raccords de jonction pour conducteurs de lignes électriques aériennes, 6 p. — C-42 (1930) : Règles d'établissement des dispositifs antiparasites, 25 p., fig. — C-43 (1930) : Normalisation des isolateurs-supports
- d'intérieur pour courant alternatif et pour des tensions comprises entre I 000 et 75 000 volts, d’après leurs charges cl'épreuve à la flexion, 4 p. — 45 (1936) : Règles d’établissement du gros appareillage pour des tensions inférieures à à 500 V, en courant continu et à 1 000 V, en courant alternatif. Fasc. 1 : Appareils destinés à établir et à interrompre des circuits, 73 p. — 47 (1930) : Spécification internationale de l'aluminium-type écroui et de l’aluminium-type recuit, 2 p. — 407 (1934) : Textes officiels relatifs à la protection de la radiodiffusion contre les troubles parasites d’origine industrielle, 21 p. — 1001 (1936) : Liste des publications de l’Union des Syndicats de l’Électricité, 15 p. — 1004 (1936) : Liste des appareils auxquels la marque de qualité U. S. E. est accordée. Appareillage, 78 p. — 1005 (1936) : Liste clés appareils domestiques auxquels la marque de qualité USE-APEL est accordée, 32 p. — 1006 (1936) : Liste des séries de conducteurs auxquelles la marque cle qualité U. S. E. est accordée, 11 p. 18 473
- Levasseur (Albert). — Les fours électriques et leurs emplois industriels Cours-conférences. (Maison de la Chimie. — Centre de perfectionnement technique). In-4 (27 x 21) de 17 p., 6 fig. Paris, Centre de documentation chimique, 28, rue Saint-Dominique (7e). (Don de l'auteur, 32 bis, rue des Plantes, Paris (14e). Pièce 14 050 de Sagareff (V.). — Mérinos noirs. In-4 (27 x 21) de 21 p. (dactylographié).
- Pièce 14 051
- Ministère de l’Agriculture. — Caisse nationale de Crédit agricole. — Rapport sur ie warrantage des produits agricoles pendant l’année 1935. (ex Journal officiel, 27 décembre 1930). In-4 (31 x 24) de 7 p. Paris, 31, quai Voltaire (7e). Pièce 13 681 Ministère de l’Agriculture. — Caisse nationale de Crédit agricole. — Rapport sur les opérations faites par la Caisse nationale de Crédit agricole pendant l’année 1935, en application de la loi du 2 août 1923 facilitant par des avances de l’État la distribution de l’énergie électrique dans les campagnes, (ex Journal officiel, 26 novembre 1936). In-4 (31 x 24) de 4 p. Paris, 31, quai Voltaire (7e), 1936. Pièce 13 696 Ministère de l’Agriculture. — Caisse nationale de Crédit agricole. — Rapport sur les opérations faites par les Caisses régionales de Crédit agricole mutuel pendant l’année 1935 et sur l’application de la loi du 5 août 1920. (ex Journal officiel,
- 26 novembre 1936). In-4 (31 X 24) de 44 p. Paris, 31, quai Voltaire (7e), (1936).
- Pièce 13 697
- Longinescu (G. G.). — Curs de chimie neorganica dupa treizeci de ani. (ex Natura, n° 3 si 4 din 1935). In-8 (25 x 16) de 8 p. Bucuresti, Institutul de Arte grafice « Buco-
- vina », 1. E. Toroutui. (Don de l'auteur, membre de la Société.) Pièce 14 052
- Rousseaux (Eugène). — Le terreau de gadoues. Gadoues fermentées en cellules closes. Composition, propriété, utilisation. In-8 (24 x 15) de 38 p. Paris, Éditions Berger-Levrault, 5, rue Auguste-Comte 16°), 1936. (Don de l'auteur.) Pièce 14 053 Feret (R.). — Une méthode pratique pour fixer la composition des bétons, (ex Génie civil, 14 novembre 1936). In-8 (24 x 15) de 8 p., 2 11g. Paris, Publications du journal « Le Génie civil », 5, rue Jules-Lefebvre (9e), 1936. [Don de l’auteur, membre du Conseil d’Administration.) Pièce 14 054
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- Feret (R.). — Relation entre les résistances à la traction et à la compression des mortiers et bétons, (ex Revue des Matériaux de construction, mars à novembre 1930). In-4 (31 x 24) de 41 p., 110 fig. Paris, Revue des Matériaux de construction et de travaux publics, 148, boulevard Magenta (10°), 1930. (Don de l'auteur, membre du Conseil d’Administration.) Pièce 14 055
- Statistique générale de la France. (Présidence du Conseil). — Résultats statistiques du recensement général de la population effectué le 8 mars 1931. Tome I (5e partie) : Étrangers et naturalisés. Paris, Imprimerie nationale, 1936. Pér. 97
- Ministère de l’Air. — Publications scientifiques et techniques, n°“ 87 : Recherches sur l’influence de l’angle (Couverture d’un ajutage divergent sur l'écoulement à deux dimensions de l'air à travers cet ajutage, par J. Demontis, 64 p., 33 fig. — 88 : Enduits cellulosiques pour toiles d’avions, par J. Grard, 18 p., 8 fig. — 89 : Étude du système antimoine-étain-zinc et contribution à l’étude des antifrictions à base de zinc, par R. Blondel, 78 p., 48 fi g., VI pl. — 90 : Electromètre plan-sphère à suspension bifilaire, par F. Charron, 16 p., 6 fig. — 91 : Etude de la susceptibilité corrosive des métaux par la méthode coloriscopique et par la méthode des éprouvettes minces, par M. Prot et Mlle N. Goldowski, 47 p., 33 fig. — 92 : L’écoulement des fluides au voisinage des points singuliers des obstacles, par L. Sackmann, 99 p., 53 fig. — 93 : Sublimation et distillation du magnésium et du calcium, par J. Hérenguel, 62 p., 25 fig., II pl. — 94 : Étude expérimentale de la combustion clans les moteurs à injections, par R. Duchêne, 17 p., 13 fig. — 95 Contribution à l’étude expérimentale de phénomènes transitoires et de phénomènes périodiques se produisant dans les liquides en mouvement, par E. Crausse, 101 p., 53 fig. Paris, Ed. Blondel LaRougery, 7, rue Saint-Lazare (9e) ; Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins (6e), 1936. Pér. 117
- Ministère de l’Agriculture. — Direction de l’Agriculture. — Office de Renseignements agricoles. — Statistique agricole annuelle, 1935. Paris, Imprimerie nationale, 1936. Pér. 242
- Ministère de l’Agriculture. — Direction de l’Agriculture. — Statistique agricole de la France. Résultats généraux de l’enquête de 1929. Paris, Imprimerie nationale, 1936. Pér. 242
- Association technique maritime et aéronautique. — Bulletin n' 40, session de 1936. Paris, Firmin-Didot et Cia, 56, rue Jacob (6e), 1936. Pér. 480
- Comité des Forges de France. — Annuaire 1936-1937. Paris, 7, rue de Madrid (8e).
- Pér. 86
- Société française de Physique. — Annuaire 1936. Paris, 44, rue de Rennes (6°).
- Pér. 36
- Comité d’Études minières pour la France d’outre-mer. — Rapport présenté à PAssemblée générale du 26 novembre 1936. Paris, 13, rue de Bourgogne (7e).
- Pér. 538
- Bureau d’Études géologiques et minières coloniales. — Rapport sur l’activité du Bureau, 1935-1936. Paris, 13, rue de Bourgogne (7e). Pér. 358
- Institut d’Égypte. — Mémoires présentés. Tome XXX : Les rapports originaux de Larrey à l’armée d’Orient, par M. Paul Pallary, 85 p. — Tome XXXI : Flore libano-syrienne, par J. Thiébaut, lre partie, 175 p. Paris, Le Caire, 1936. Pér. 32
- Institution of Mechanical Engineers. — Proceedings. Vol. 132, 1936 (January-March). — Vol. 133, 1936 (april-nov.). London, Storey’s Gâte, St. James’s Park. S. W. 1.
- Pér. 114
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- OUVRAGES REÇUS EN FÉVRIER ET MARS 1937.
- Iron and Steel [nstitüte. — Journal. Vol. CXX.XIV, 1936, n° II. London, 28, Victoria Street, S. W. 1. Pér. 157
- Department of Scikntific and Industrial Research. — Détérioration of structures of timber, métal, and concrète exposed to action of sea-water (Fifteenth report of the Commiltee of Institution of Civil Engineers). xvi -f 138 p., 133 üg. London, 16 Old Ûueen Street, Westminster, S. W. 1., 1935. Pér. 456
- Institution of Naval Architects. — Transactions. Vol. LXXV1II, 1936. London, 2 Adam Street, Adelphi Terrace, W. C. 2. Pér. 222
- Bureau of American Ethnolooy (Smithsonian Institution). — Bulletin 112 : An introduction to Pawnee archeology, xi-j-122 p., 12 üg., XII pi., 10 cartes (1930). — 113 : The Troyville mounds, Catahoula Parish, Louisiana. 73 p., 15 11 g., XVI pl. (1930). Washington. Pér. 25
- Smithsonian Institution. — Annual Report of the Board of Regents, 1933. Washington, 1935. Pér. 27
- Smithsonian Institution. — Explorations and field-work of the Smithsonian institution in 1935, 80 p.. 85 flg. Washington, 1936. Pér. 27
- New York State Department of Labor. — Annuar Report of the Industrial Commissioner, 1930. Albany, 1931. Pér. 128
- New York State Department of Labor. — Miseellaneous Labor Laws, 1931.
- Pér. 128
- Annali dei Lavori pubblici già Giornale del Genio civile. -- Indice generale analitico, annate 1931-1935. Borna, Stabilimento tipograflco del Cenio civile, via Reggio Emilia, 34. Pér. 508
- Koninkluke Akademie van Wetenschappen te Amsterdam. — Proceedings of the Section of Sciences. Vol. XXXIX, p. I. Amsterdam, 1936. Pér. 279
- National Bureau of Standards (Washington). — Miseellaneous Publications, M 122 : Weights and Measures in Congress, 19 p., I pl. (1936). — M 123 : Production of pressboard front cornstalks, 10 p., 2 fig. (1936). — M 124 : Paper pulp from cereal straws by a modified sulfate process, 12 p., 2 fig. (1956). — M 148 : Séparation of cornstalks into long fibers, pith, and fines, 8 p., 4 üg. (1955). — M 149 : A basis for a performance spécification for womens full-fashioned silk hosiery, 14 p., 2 üg. (1933). — M 151 : Design and construction ol building exits, 76 p., 19 flg. (1935). — M 156 : Report, of the twenty-fifth National Conférence on weights and measures, 145 p.. 10 tig. (1936). Pér. 61
- National Bureau of Standards (Washington). — Circulars, C 407: Standards for paper towels, 7 p., 2 üg. (1935j. —C 408 : Information for the amateur designer of transformera for 2o-to 60-cycle circuits, 25 p., 13 üg. (1935). — C 409 : Production, heat treatment, and properties of iron allô ys, 40 p.. 20 üg. (1936). — C 410 (superseding Circulai’ C 134) : National Standard petroleurn ail tables, 175 p. (1936). — C 411 : Or g unie plastics, 27 p. (1936). Pér. 61
- National Bureau of Standards (Washington). — Supplementary list of publications of the National Bureau of Standards, Januaryl932 to June30, 1936, 24 p. (1936).
- Pér. 61
- L'agent général, gérant, e. lemaire.
- üRODARD ET TAUPIN, Coulomnners-Parü.
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- 136e ANNÉE.
- MAI-JUIN 1937.
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ
- 1° Rapport présenté par M. Cornu-Thenard, au nom de la Commission des Fonds, sur les comptes de l’exercice 1935.
- Messieurs,
- Conformément à l’article 31 de vos statuts, la Commission des Fonds vous présente aujourd’hui son rapport sur les comptes de votre Société pour l’exercice 1933.
- Suivant l’usage, nous examinerons les Fonds généraux avant d’aborder les Fonds spéciaux et Fondations.
- D'e PARTIE : FONDS GÉNÉRAUX
- RECETTES DÉPENSES
- fr c fr c
- 1° Cotisations annuelles des 1° Bulletin et autres publi-
- membres ordinaires de cations de la Société
- la Société 46.826,08 (excédent de dépenses). 7.318,90
- £)f> Arrérages et intérêts di- 2° Service de la Biblio-
- vers 69.726,52 thèque 10.078,65
- 3° Subvention du Ministère 3° Frais d’administration . 70.435,75
- de l’Agriculture .... 649,50 4° Immeubles (excédent de
- 4° Recettes diverses. . . . 209,35 dépenses) ...... 29.388,25
- 5° Recettes d’ordre .... 1.399,20 5° Conférences 1.457,50
- 6° Prélèvement sur la ré- 6° Pension 3.600,00
- serve 6.367,60 7° Allocation à la réserve . 1.500,00
- 8° Dépenses d’ordre. . . . 1.399,20
- Total des recettes. . 125.178,25 Total des dépenses . 125.178,25
- L’exercice 1935 a vu s’aggraver encore, avec les difficultés de l’économie nationale, les conditions particulières à l’activité de notre Société. Les cotisations, d’une année à l’autre, sont en diminution de près de 3 000 fr et les arrérages de 136e Année. — Mai-juin 1937. 14
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- MAI-JUIN 1937.
- 202 ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. EXERCICE 1933 —
- votre portefeuille, composé de rentes sur l’État et d’obligations de chemins de fer, sont réduits de plus de 4 000 fr, du fait de l’amputation instituée par les décrets-lois.
- L’excédent des dépenses relatives au Bulletin ou autres publications de la Société a pu, par un vigoureux effort de compression, être réduit à 35 698,90 fr, contre un chiffre supérieur à 46 000 fr l’année précédente. Grâce à des dons spontanés de certains de vos collègues, que nous remercions chaleureusement ici, à l’abandon de l’indemnité à laquelle il avait droit par un généreux conférencier, à un prélèvement de 2 000 fr sur le legs Carrion, et de 24 000 fr sur diverses Fondations dont voici la liste :
- Fondation Rapst 2 . . . 7.000,00 fr
- — Giffard.... 2.000,00 —
- — Danton . . . 300,00 —
- — Richard . . . 1.953,00 —
- — Fauler. . . . 1.000,00 —
- — Legrand . . . 2.000,00 —
- — de Milly . . . 1.300,00 -
- — Raccarat. . . 300,00 —
- — Meunier . . . 300,00 —
- Fondation Parmentier . 1.000,00 fr
- Roy.... 1.400,00 —
- Raude .... 2.000.00 —
- — Fiasse 63. . . 647,00 —
- — Savalle-The-
- nard . . 300,00 —
- Fonds Fremont.... 1.900,00 —
- Total..... 24.000,00 fr
- Il ne reste à inscrire au débit de ce compte que 7 318,90 fr.
- Les frais d’administration ont été réduits de 2 500 fr en 1935 par rapport
- à 1934.
- Malheureusement, l’exercice sous revue fait ressortir, pour les immeubles, des charges considérables, qui se manifestent par un excédent de dépenses sur les recettes de 29 388,25 fr (contre 20 295,05). A l’hôtel, l’installation du tout à l’égout, la réfection de la toiture et le changement de la chaudière du chauffage central sont des travaux onéreux qu’il n’a pas été possible de différer et au financement desquels les prochains exercices seront appelés à participer (pour 10 000 lien ce qui concerne le chauffage central et 12 000 fr en ce qui concerne le tout à l’égout). Par ailleurs, la maison de la rue Saint-Benoît a nécessité des travaux importants d’entretien, ayant provoqué un décaissement de plus de 9 000 fr en 1935. La remise en état de cet immeuble mettrait en jeu des sommes bien élevées et votre Conseil aura, d’ici peu, à prendre des décisions sérieuses à ce sujet.
- Au total, l’insuffisance du compte que nous vous présentons s’élève à 6 367,60 fr.
- 2e PARTIE : FONDS SPÉCIAUX ET FONDATIONS
- Conformément à la décision que vous avez prise en 1921, nous vous soumettons, à la fin d’une double période quinquennale 1925-1935, un résumé — réduit au minimum dans un but d’économie — des comptes des divers Fonds spéciaux et Fondations.
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. EXERCICE 1935.
- 203
- Souscriptions perpétuelles et à vie.
- Nous avons la satisfaction de porter à votre connaissance que, en 1935, M. Rollet de Plsle, déjà membre ordinaire, s’est inscrit comme membre perpétuel, et M. Georges Hersent, déjà membre ordinaire, comme membre à vie. Le compte, pour les 10 dernières années, se résume alors comme suit :
- Solde créditeur au 31 décembre 1925............ 18,06 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935 ........... 6 193,19 —
- Pendant la période considérée, la Société a encaissé, tant comme souscriptions perpétuelles que comme souscriptions à vie, la somme de 44 100 fr. Les titres souscrits en contre-partie ont été incorporés au portefeuille des Fonds généraux.
- Fonds de réserve.
- La création d’un fonds de réserve a été décidée par le Conseil d’Administra-tion dans sa séance du 2 mars 1901. Ce fonds, qui est alimenté par les excédents éventuels de recettes des Fonds généraux, par le versement de divers arrérages non utilisés et par une annuité régulière de 1 500 fr sur les Fonds généraux, permet de couvrir les déficits lorsqu’il s’en présente.
- Solde créditeur au 31 décembre 1925 .......... 7 385,94 fr
- Solde débiteur au 31 décembre 1935 ........... 17 921,73 —
- Le solde est représenté par des dépôts en banque, ou par des placements temporaires, ou par des avances de caisse.
- Fonds d'accroissement destiné à développer et à perpétuer l'œuvre créée par le comte et la comtesse Jollivet.
- Aux termes d’une délibération du Conseil d’Administration, en date du 9 juillet 1882, une somme de 100 000 fr, prélevée sur le legs du comte et de la comtesse Jollivet, a été mise en réserve dans le but de capitaliser les arrérages pendant 50 ans. Diverses délibérations ultérieures du Conseil ont suspendu la capitalisation et décidé le versement des arrérages au Fonds de réserve de la Société.
- Le portefeuille du Fonds d’accroissement, au 31 décembre 1935, comprend : 8 428 fr de rente 3 % et 2 693,90 fr de rente 4,5 %, 1932, tranche A.
- Grand prix du marquis d'Argenteuil.
- Solde créditeur au 31 décembre 1925 ........... 15637,19 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935 ........... 13 944,18 —
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 2 000 fr de rente 3 %.
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- 204 ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. EXERCICE 1935. — MAI-JUIN 1937.
- Fondation Gifford.
- Solde créditeur au 31 décembre 1923 ......... 3 390,33 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1933 ......... 478,99 —
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 1 949 fr de rente 3 %.
- Fondation Christofle pour Vacquittement des premières annuités de brevets.
- Solde créditeur au 31 décembre 1925 ............ 4 630,05 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935 ............ 450,40 —
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 1 036 fr de rente 3 %.
- Fondation Bapst.
- Pi entière partie :
- Solde créditeur au 31 décembre 1925 ........... 7 223,75 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935 ........... 1 221,74 —
- Seconde partie :
- Solde créditeur au 31 décembre 1925 ........... 8 845,25 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935 ........... 241,41 —
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 4 660 fr de rente 3 % et 300 fr de rente 4 %, 1918.
- Fondation Christofle et Bouilhet (artistes industriels).
- Solde créditeur au 31 décembre 1925 ............ 402,09 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935 ............ 3 093,75-—
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 15 obligations Est 3 %; 4 obligations Midi 2,5%; 8 obligations P.-L.-M. 2,5 % et 246 fr de rente 4 %, 1918.
- Fondation Gilbert, Fondation Lamy, Fondation Osmond.
- Par décision du Conseil d’Administration du 14 mai 1927, les arrérages de ces trois fondations sont incorporés directement à ceux des Fonds généraux, à partir du 1er janvier 1927.
- Fondation Danton.
- Solde créditeur au 31 décembre 1925 ............ 658,84 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935 ............ 488,73 —
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 5 obligations Est 3 %; 1 obligation Midi 2,5 % ; 1 obligation P.-L.-M. 3 %; 6 obligations P.-I.-M. 2,5% et 100 fr de rente 4 %, 1918.
- Fondation Félix Bobin.
- Solde créditeur au 31 décembre 1925 ........... 13 959,35 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935 ........... 743,52 —
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 272 fr de rente, 4% 1918, et 4 612.50 fr de rente 4.5 %, 1932. tranche A.
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. EXERCICE 193o.
- 205
- Fondation Edouard Bourdon.
- Solde créditeur au 31 décembre 1935 .......... 1 240,00 fr
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 1 200 fr de rente 3 %.
- Legs Jules Richard.
- Solde créditeur au 31 décembre 1935 .......... 0,75 fr
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 25 obligations A. E. F. de 1000 fr 4 %, 1931.
- Fondation Charles Fremont.
- Solde créditeur au 31 décembre 1935 .......... 436,47 fr
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 5.000 fr de rente 3 %.
- Legs Carrion.
- Solde créditeur au 31 décembre 1935 .......... 24 438,17 fr
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 15 obligations P. T. T. de 5 000fr 4,5 %, 1929 ; 2 obligations P.-O. de 5 000 fr 5 %, 1933 ; 2 obligations P.-L.-M. de 5 000 fr 5%, 1933; 6 obligations Est de 5 000 fr 5 %, 1933; 20 obligations Midi de 5 000 fr 5 %, 1933; 22 obligations Nord de 5 000 fr 5 %, 1933, et 60 obligations Algérie de 1 000 fr 5 % ,1934.
- Legs Gaston Menier.
- Solde créditeur au 31 décembre 1935 . . . . . 17,00 fr
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 2 300 fr de rente 4 %, 1918.
- Fondation André Massion.
- Solde créditeur au 31 décembre 1925 ........... 5 481,71 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935 ........... 8 204,09 —
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 32 obligations Est 3%; 2 obligations Est 2,5 %; 10 obligations Midi 2,5 %; 2 obligations P.-L.-M. 3 %; 17 obligations P.-L.-M. 2,5 % ; 200 fr de rente 4 %, 1918 et 238,50 fr de rente 4,5 %, 1932, tranche A.
- Fondation Emmanuel Farcot
- Solde créditeur au 31 décembre 1935 .......... 1 777,59 fr
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 15 obligations Midi 2,5 %.
- Fondation Alfred Letort.
- Solde créditeur au 31 décembre 1935 .......... 4 541,55 fr
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 25 obligations A. O. F. de 1000 fr 4%, 1931.
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- MAI-JUIN 1937.
- 206 ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. EXERCICE 1935. —
- Fondation Armengaud (Bourse et grande médaille Michel Perret).
- Solde créditeur au 31 décembre 1925 ............ 35 500,00 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935 ............ 2 268,60 —
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 3 000 fr de rente 3 %.
- Prix de la Classe 47 à fExposition universelle de 1878 et Fondation Fourcade (industrie des produits chimiques).
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 1 000 fr de rente 3 %.
- Fondation Fouler (industrie des cuirs).
- Solde créditeur au 31 décembre 1925 ............ 740,62 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935 ............ 177,23 —
- Portefeuille 31 décembre 1935 : 20 obligations Est 3 % ; 5 obligations Est 2,5 %; 3 obligations Ardennes 3 %; 5 obligations P.-L.-M. 3 %;10 obligations P.-L.-M. 2,5 %; 10 obligations Midi 3 %; 8 obligations Midi 2,5 %; 100 fr de rente4 %, 1918, et 90 fr de rente 4,5 %, 1932, tranche A.
- Fondation Legrand (industrie de la savonnerie).
- Solde créditeur au 31 décembre 1925 ............. 5 079,75 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935 ............. 3 715,08 —
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 34 obligations Est 3 % ; 20 obligations Est 2,5 %; 26 obligations P.-L.-M. 3 %; 3 obligations P.-L.-M. 2,5 %; 9 obligations Midi 2,5%;’ 470 fr de rente 4%, 1918, et 277 fr de rente 4,5%, 1932, tranche A.
- Fondation de Milly (industrie de la stéarine).
- Solde créditeur au 31 décembre 1925 ............ 4 650,75 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935 ............ 1 833,26 —
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 30 obligations Est 3%; 12 obligations Est 2,5%; 12 obligations Midi 2,5%; 7 obligations P.-L.-M. 2,5%; 194 fr de rente 4 %, 1918, et 90 fr de rente 4,5 %, 1932, tranche A.
- Fondation de Baccarat (industrie de la cristallerie).
- Solde créditeur au 31 décembre 1925............. 220,55 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935............. 529,31 —
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 5 obligations Est 3%; 1 obligation Est 2,5%; 3 obligations Midi 2,5%; 1 obligation P.-L.-M. 2,5% et 36 fr de rente 4,5 %, 1932, tranche A.
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. EXERCICE 19311.
- 207
- Fondation Menier (industrie dès arts chimiques).
- Solde créditeur au 31 décembre 1925.............. 255,23 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935.............. 76,49 —
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 2 obligations Est 5%; 7 obligations Est 3%; 2 obligations Est 2,5%; 2 obligations P.-L.-M. 3%; 4 obligations P.-L.-M. 2,5 % et 56 fr de rente 4,5 %, 1932, tranche A.
- Fondation des Exposants de la Classe 51 à VExposition universelle de 1889 (matériel des arts chimiques, de la pharmacie et de la tannerie).
- Solde créditeur au 31 décembre 1925.............. 864,68 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935.............. 1 024,37 —
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 5 obligations Est 3%; 2 obligations Est 2,5 % ; 5 obligations Midi 2,5 % et 80 fr de rente 4 %, 1918.
- Fondation de la Classe 65 à fExposition universelle de 1900 (petite métallurgie).
- Solde créditeur au 31 décembre 1925.............. 419,98 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935.............. 164,82 —
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 3 obligations Est 2,5%.
- Legs Bardg.
- Solde créditeur au 31 décembre 1935.............. 25 740,20 fr
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 12 270 fr de rente 4 %, 1918.
- Fondation Melsens.
- Solde créditeur au 31 décembre 1925 ............. 654,99 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935.............. 653,38 —
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 12 obligations Est 3%; 1 obligation Est 2,5 %; 4 obligations P.-L.-M. 2,5 %; 64 fr de rente 4 %, 1918, et 72 fr de rente 4,5 %, 1932, tranche A.
- Fondation de la princesse Galitzine.
- Solde créditeur au 31 décembre 1925............. 1 112,61 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935............. 2 082,77 —-
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 11 obligations Est 3 % ; 6 obligations Midi 2,5 % ; 5 obligations P.-L.-M. 3 % ; 3 obligations P.-L.-M. 2,5 % et 108 fr de rente 4,5 %, 1932, tranche A.
- Fondation Carré.
- Solde créditeur au 31 décembre 1925............. 1 176,08 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935. .... 810,09 —
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 3 obligations Est 3 % ; 5 obligations Midi 2,5 % et 3 obligations P.-L.-M. 2,5 %.
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- MAI-JUIN 1937.
- 208 ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. EXERCICE 193a. —
- Fondation Meynot.
- Solde créditeur au 31 décembre 1923.............. 7 537,18 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935.............. 4 913,93 —
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 730 fr de rente 3 % ; 4 obligations Est 3 % ; 15 obligations Est 2,5 % ; 6 obligations Midi 2,5 % et 8 obligations P.-L.-M. 2,5%.
- Prix Parmentier, fondé par les Exposants de la Classe 50 à VExposition universelle de 1889 [industries de Valimentation). (Fondation due à l’initiative de M. Aimé Girard.)
- Solde créditeur au 31 décembre 1925............... 2 022,00 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935............... 293,54 —
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 335 fr de rente 3 %
- Fondation de la Classe 50 à VExposition universelle de 1867 (matériel des industries alimentaires). (Fondation due à l’initiative du baron Thénard.)
- Solde créditeur au 31 décembre 1925............... 687,45 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935............... 691,37 —
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 17 obligations Est 3 %.
- Prix de la Classe 65 à VExposition universelle de 1867 [génie civil et architecture). (Fondation due à l’initiative de M. Elphège Baude).
- Solde créditeur au 31 décembre 1925.............. 1803,68 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935.............. 5 524,60 —
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 4 obligations Est 3%; 4 obligations Est 2,5%; 2 obligations Midi 2,5%; 9 obligations P.-L.-M. 2,5%; 160 fr de rente 4 %, 1918, et 67,50 fr de rente 4,5 %, 1932, tranche A.
- Don de la Classe 21 à lExposition universelle de 1889 [industrie des tapis et tissus d’ameublement).
- Solde créditeur au 31 décembre 1925.............. 127,12 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935.............. 250,88 —
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 1 obligation Est 3 %.
- Fondation des Exposants de la Classe 63 à VExposition universelle de 1889 [génie civil, travaux publics et architecture).
- Solde créditeur au 31 décembre 1925.............. 2 409,86 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935.............. 1 133,77 —
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 11 obligations Est 3%; 2 obligations Est 2,5 %; 3 obligations P.-L.-M. 2,5 %; 24 fr de rente h %, 1918, et 45 fr de rente 4,5 %, 1932, tranche A.
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. EXERCICE 4 335.
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- Fondation de Salverte.
- Solde créditeur au 31 décembre 1925 ............. 371,95 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935 ............. 202,08 —
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 29 fr de rente 3 % ; 1 obligation Midi 2,5%.
- Prix de la Classe 27 à l'Exposition universelle de 1867 (industrie cotonnière). (Fondation due à l’initiative de M. Gustave Roy.)
- Solde créditeur au 31 décembre 1925 ............. 0,25 fr
- Solde créditeur au 31 décembre 1935 ............. 4 316,96 —
- Portefeuille au 31 décembre 1935 : 19 obligations Est 3%; 1 obligation Est 2,5%; 3 obligations Midi 2,5%; 547 fr de rente 4%, 1918, et 180 fr de rente 4,5 %, 1932, tranche A.
- Portefeuilles commun et individuels des Fonds généraux et des Fondations.
- Au 31 décembre 1935 ils se composent de 128 843,50 fr de rentes françaises de différents types et de 896 obligations de chemins de fer, P. T. T. et emprunts coloniaux.
- *
- * *
- Enfin l’activité de votre Société, dans le cadre de ses statuts, trouve pour l’année 1935, une expression manifeste dans l’importance de la somme qui a été prélevée sur les revenus des Fondations, pour être distribuée sous forme de prix,
- subventions ou secours; en voici la répartition :
- 1° Prix......................................... 5 850,00 fr
- 2° Médailles aux contremaîtres et ouvriers . . 3 250,00 —
- 3° Subventions et brevets d’invention.......... 27 900,15 —(,)
- 4° Subventions aux auteurs de mémoires parus
- dans le Bulletin........................... 4 360,00 —
- 5° Secours...................................... 2 735,00 —
- Total.............................. 44 095,15 fr
- Nous vous proposons, Messieurs, d’approuver les comptes qui vous sont présentés et d’adresser l’expression de notre très vive gratitude à votre Président, à votre Trésorier, à vos Secrétaires généraux, ainsi qu’à leurs collaborateurs. Tous ont apporté le concours le plus dévoué à une œuvre qui nous est chère et qui, plus que jamais, exige les soins les plus éclairés et les plus virgilants.
- Le Rapporteur, Gornu-Thenard.
- Lu et approuvé en assemblée générale le 24 avril 1937.
- (1) Dont 24 000 fr de subventions au Bulletin.
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- BILAN AU 31 DECEMBRE 1935.
- ACTIF PASSIF
- fr c fr c fr c
- Immeuble, 44, rue de Rennes 600.000 » ; Valeurs mobilières et immobilières appartenant à la Société. 2.926.419,86
- Immeuble, 15, rue Saint-Benoît 141.452,50 2.920.419,80 Valeurs des fondations 1.945.186,79
- Portefeuille de la Société (valeur d’achat). . . . 2.184.967,30 ) Fondation Argenteuil 13.944,18
- Portefeuille des Fondations (valeur d’achat) . . . 1.004.772,24 ) — Gilfard 478,99
- Portefeuille du Fonds d’accroissement (fondation 1.945.186,79 — Chrislofle 450,40
- Jollivet) (valeur d’achat) 340.414,55 S — Bapst 1 (secours) 1.221,74
- Caisse, siège social 10.278,40 — Bapst 11 (recherches) 241,41
- Chèques postaux 3.009,60 (•>7 '>47 un —• Christofle et Bouilhet. 3.093,75
- Compagnie algérienne 38.378,78 Danton 488,73
- Comptoir national d’Escomple 14.981,11 — Félix Robin 743,52
- Fondation Osmond 110,54 — Edouard Bourdon 1.240,00 j
- Subvention du Fonds Loutreuil 497,50 / Legs Jules Richard 0,75
- Table, décennale 1.295,00 Fondation Charles Fremont 430,47
- Réserve 17.921,73 Legs Carrion 24.438,17
- Débiteurs divers 101.016,24 — Gaston Menier 17,00
- Fondation Massion 8.204,09
- — Emmanuel Farcot 1.777,59
- — Alfred Letorl 4.541,55
- — Armengaud 2.268,60
- — Fauler 177,23 1
- — Legrand 3.715,08
- — de Milly 1.833,20 127.498,26
- — de Baccarat 529,31
- — Menier 76,49
- — Classe 51 (1889) 1.024,37 i
- — — 65 (1900) 164,82
- Legs Bardy 25.740,20
- Fondation Me!sens 653,38
- — Galitzine 2.082,77
- — Carré 810,09
- — Meynot 4.913,93
- — Parmentier (classe 50, 1889) 293,54
- — Classe 50 (1867) (Savalle-Thenard) . . 691,37
- — Bande (classe 65, 1867) 5.524,60
- — Classe 21 (1889) 250,88
- — — 63 (1889) 1.133,77
- de Salverte 202,08
- — Roy (classe 27, 1867) 4.316,96
- Fragilité des aciers 2.581,00 ,
- Dons spéciaux 503,00 !
- Souscriptions au Sanatorium universitaire de Leysin 500,00 i
- Souscriptions perpétuelles et à vie 6.193,19 '
- Créditeurs divers 60.590,70
- Total dk l’actif 5.059.695,01 Total nu passif 5.059.695,61
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ. EXERCICE 1935.
- 211
- 2° Rapport des Censeurs sur les comptes de la Société, pour l’exercice 1935, présenté par l’un d’eux, M. A. Alby.
- Ainsi que nous pouvions le signaler dès l’an dernier, l’exercice 1935 a été pour notre Société particulièrement lourd : le rapport de M. Cornu-Thenard en fait très bien ressortir les raisons, sur lesquelles il ne paraît pas nécessaire d’insister après lui. Les comptes n’ont pu être équilibrés que par un prélèvement sur la réserve de 6.367.60 fr.
- Le rapport de M. Cornu-Thenard comprend, cette année, une revue succincte des comptes, spéciaux et fondations. Il ressort de l’examen du compte Réserve que ce compte, créditeur à la fin de l’année 1925 de 7.385,94 fr, se trouve débiteur au 31 décembre 1935 de 17.921,73 fr, malgré les versements successifs des arrérages du fonds Jollivet pendant les années 1932 à 1935. Dans le rapport qu’il a rédigé sur l’exercice 1925, notre regretté collègue de Rousiers, censeur de notre Société à cette époque, faisait remarquer l’exiguité du chiffre du fonds de réserve qu’il trouvait peu en rapport avec les obligations morales de la Société, et il faisait un appel très pressant pour le recrutement de nouveaux membres de la Société.
- Si le recrutement de membres nouveaux reste toujours très difficile, on ne peut pas dire que notre Société n’ait pas reçu de précieux concours, car elle a recueilli dans ces dernières années de très importantes libéralités, notamment de Madame Bardy, de Mademoiselle Fremont, de M. et Madame Carrion, qui ont augmenté son patrimoine d’une manière très appréciable. Ces libéralités n’ont malheureusement pas été faites dans des conditions permettant d’aider de la manière la plus efficace l’œuvre de la Société : leurs auteurs n’imaginaient pas que la situation très prospère de la Société se trouverait, par les conséquences financières de la guerre, profondément atteinte et très diminuée ; nous pensons que l’influence de nos collègues pourrait utilement s’exercer pour obtenir des personnes disposées à donner leur concours à notre Société, de ne pas entourer leurs libéralités de conditions étroites, ne laisant aucune élasticité pour l’emploi des ressources en provenant.
- Nous remarquons qu’au cours de cette décade, la période de capitalisation de 50 années de la Fondation Jollivet, décidée en 1882, est expirée. Rien ne s’oppose donc à la liquidation des résultats de cette période. Il serait possible, après prélèvement des sommes nécessaires pour instituer une nouvelle période cinquantenaire de capitalisation, partant du 1er janvier 1933, de faire à la réserve un important versement qui permettrait de pourvoir aux besoins de l’amélioration de la situation immobilière.
- En terminant ces réflexions, qui nous sont suggérées par l’examen de la situation générale de la Société, nous proposons d’adopter les comptes tels qu’ils vous sont présentés, et nous vous demandons d’adresser à tous les collaborateurs de votre Conseil, en particulier à votre dévoué trésorier, M. Matheron, aux secrétaires généraux et à notre agent général, nos plus vifs remerciements.
- L'un des Censeurs, A. Alby.
- Lu et approuvé en assemblée générale, le 24 avril 1937.
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- BULL. DE LA SOC. R'eNCuUR. POUR l/lNDUS. NATION. — MAI-.! U IN J 937 (p. 212).
- SUR LA CONSTITUTION ET LA CONSERVATION PAR LA CHLOROPICRINE DU STOCK DE BLÉ DIT « DE SÉCURITÉ » ‘>
- par M. Gabriel Bertrand, membre de l’Institut, des Académies de Médecine et d'Agriculture, et du Conseil de la Société d'Encouragement.
- Il y a deux ans, lors de la discussion parlementaire de la loi r2) tendant à l’assainissement du marché du blé, le Gouvernement s’est engagé à constituer, par l'intermédiaire de l'Intendance militaire, un stock de sécurité d’une importance maxima de 6 millions de quintaux.
- Cette loi précisait que « les opérations d'achat devraient porter immédiatement pour moitié sur les blés stockés par les coopératives bénéficiaires de contrats de stockage et pour moitié être réalisées par des achats d’autres blés faits directement aux producteurs ».
- La constitution de ce stock, dont l’ampleur n’avait été jusqu’à ce jour, tout au moins en France, jamais égalée, a mis l’Administration en présence de gros et di fil cil es problèmes. Grâce à la compétence et à l’esprit de décision de M. l’Intendant général Briolay, ces problèmes ont été, comme on le verra dans la suite, heureusement résolus.
- Les coopératives ont fourni 2 890 185 qu.
- Les producteurs 2 625 211 qu.
- Soit, au total, 5 515 396 qu.
- Le Service de l’Intendance savait par expérience que les blés français, dont l’humidité est assez élevée, se conservent plus facilement en sacs que d’une autre manière. Il a donc fallu, tout d’abord ensacher les énormes quantités de grain qui étaient disséminées sur tous les points du Lerritoire; se procurer des sacs, et les répartir entre les divers fournisseurs. L’Intendance en a loué environ 1 800 000 et en a fait confectionner près de 4 000 000. Le prix unitaire de ces sacs, en bonne toile de jute, du poids de 750 g environ, n’a pas dépassé 3 fr. Les transports de ces sacs, à eux seuls, ont nécessité l’emploi d’environ 2 000 wagons.
- Un autre et plus gros problème pour l'Intendance a été de trouver des locaux pour abriter, dans des conditions acceptables, les 6 000 000 environ de quintaux achetés. Force a été de s’adresser à des entreprises de magasinage; on s’est alors trouvé aux prises avec deux préoccupations contradictoires : celle de limiter les surfaces à occuper et celle de ne pas engerber le blé sur une hauteur trop grande, susceptible de nuire à sa conservation.
- Réparti en couches de 0,80 m d’épaisseur, selon la pratique ordinaire du commerce, il aurait fallu une surface de 100 ha de planchers, sans compter les espaces nécessaires aux passages. Mis en sacs disposés en piles de 1 000 qu environ, sur 12 rangs de hauteur, le stock n’aurait plus occupé qu’une surface d’environ
- (1) Conférence, faite en séance publique par l’auteur, le 7 novembre 1936.
- (2) Promulguée le 24 décembre 1934.
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- 50 ha, ce qui représente encore près de 7 fois la surface de la place de la Concorde, à Paris.
- Les emplacements de stockage ont été déterminés, par la force des choses, là où l’on a trouvé de la place à des conditions de prix acceptables. On les a répartis, suivant un plan logiquement établi, dans 60 villes, groupées en 20 régions.
- 100 000 qu ont été transportés des lieux d’achat aux points de stockage par camions, 250 000 par chalands et 5165 396 par chemin de fer dans environ 36 000 wagons.
- En général, les blés livrés ont donné toute satisfaction, tant au point de vue de la qualité intrinsèque que du poids. Le grain fourni par les producteurs libres a été particulièrement apprécié, sa densité atteignant 78, 80 et même 82 kg. Les fournitures faites par les coopératives se sont rapprochées beaucoup plus souvent des conditions minima imposées. Quelques difficultés ont même été rencontrées avec ces dernières dans des régions riveraines de la Manche et de la mer du Nord, ainsi qu’en Bretagne, régions qui produisent, en général, des grains d’une haute teneur en humidité et souvent chargés, surtout dans l’extrême Ouest, d’une proportion exagérée de graines étrangères. Le stock comprenait finalement : 5 256 684 qu en sacs, 77 940 en couches et 180 772 en silos.
- Mais l’Intendance n’était pas au bout de ses difficultés. Il restait maintenant à conserver le stock, à le protéger contre les déprédations.
- Les principaux ennemis contre lesquels il a fallu lutter ont été : l’humidité, les rongeurs et les insectes, en particulier le charançon.
- Contre Yhumidité, on a dû se contenter de donner aux grains le plus d’aération possible : les sacs ont été mis en piles ne dépassant pas 1 000 qu, avec des espaces libres d’environ 1 m entre chaque pile, et pour les blés en vrac la hauteur des couches a été limitée à 1 m.
- A l’exception de quelques lots dont le taux d’humidité était inférieur à 13 p. 100, tous les blés en couches et en silos ont manifesté des tendances à réchauffement, quelle qu’ait été la hauteur des couches, et il a fallu procéder à des pelletages.
- Les blés en sacs, même à 16 p. 100 d’humidité, ont parfaitement résisté à l’échauffement. Lorsque le fait s’est produit en quelques points isolés, l’augmentation de température ne s’est pas propagée dans la masse. La toile et la couche d’air entre les sacs ont servi d’isolants.
- On a constaté que la température s’élevait dans les sacs de blé d’une teneur en eau inférieure à 14 p. 100 lorsqu’ils étaient atteints gravement par les charançons. Ce fait a sa principale origine, à mon sens, dans les phénomènes de combustion respiratoire des insectes. A Amiens, par exemple, des sacs dont la chaleur était sensible à la main ont repris leur température normale aussitôt après la destruction des charançons.
- Contre les rongeurs, les procédés de lutte connus : chats et chiens ratiers, mort aux rats, virus Pasteur, ont été employés par les entrepreneurs de magasi-
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- nage. Les résultats ont été variables et incertains; toutefois, les dégâts ne paraissent pas avoir dépassé 5 p. 100 pour la sacherie, et pour les grains les pertes ont été insignifiantes.
- Les moineaux ont aussi causé quelques ravages, notamment à Paris où l’on a été obligé de faire grillager certains magasins.
- Les pires ennemis à envisager étaient les acariens et les insectes, parmi lesquels l’alucite, la teigne, le Tribolium et surtout le charançon.
- Comme on sait, le mâle et la femelle du charançon (ou calandre) qui ont passé l’hiver dans des recoins, des fentes de murs ou de planchers, s’accouplent dès le mois d’avril. La femelle pénètre ensuite dans les amas de blé et pond un œuf par grain; 45 jours s’écoulent entre l’éclosion de cet and’ et le moment où le nouvel insecte sort du grain infesté. D’après J. Ch. Herpin, les pontes d’une seule femelle peuvent donne)' naissance à plus de 60 000 insectes en une saison. En admettant le poids moyen de 50 mg pour un grain de blé, 60 000 grains attaqués représentent une perte de 5 kg de blé.
- Des moyens divers ont été proposés depuis plus ou moins longtemps pour combattre ce redoutable parasite : le pelletage fréquemment renouvelé, le chauffage, l’asphyxie par le gaz carbonique, l’intoxication par le gaz sulfureux, le sulfure ou le tétrachlorure de carbone, l’acide cyanhydrique, la chloropicrine, etc. Afin de choisir entre ces moyens, d’en étudier l’applicabilité dans les conditions très spéciales devant lesquelles on se trouvait, une commission a été instituée par arrêté du Ministre de l’Agriculture, en date du 29 avril 1935; présidée par M. Brasart, directeur de l’Agriculture, représentant M. le Ministre de l’Agriculture, ou, en son absence, par M. l’Intendant général Briolay. elle comprenait MM. les Professeurs Gabriel Bertrand. Bouvier. Marchai, assistés de MM. Javil-lier, Lesne et Vayssière, et M. le Pharmacien général Moreau.
- Cette Commission a préconisé l’emploi de la chloropicrine, d’après le procédé proposé en 1919 par M. Gabriel Bertrand à la Commission des Applications des Produits chimiques de Guerre à l’Agriculture 3. Ce procédé avait déjà fait l’objet de recherches et d’applications nombreuses. C’est ainsi que MM. Gabriel Bertrand, Brocq-Rousseau et Dassonville l’avaient étudié en détail pour la destruction du charançon et du Tribolium l). Des essais pratiques avaient suivi. C’est ainsi que du maïs traité avait servi de nourriture aux chevaux pendant un mois sans répugnance et sans inconvénient; que du blé, également débarrassé des insectes qui commençaient à l’attaquer, avait été transformé, par les soins de l’Intendance militaire, en farine, puis en pain, et cela sans aucune différence perceptible avec le blé non traité.
- En outre, des opérations plus importantes de désinsectisation des grains avaient été entreprises en 1921-1922, notamment sous la conduite de M. le Pharmacien militaire Piedallu, à Bordeaux, à Sainl-Cvr, à Paris et à Strasbourg, sur
- (3) La chloropicrine, ou nitrocliloroforine, appartient au groupe dos substances que j’ai proposé, en décembre 1914, d'appeler lacrymogènes, en raison de leur action physiologique spéciale, et qui ont clé depuis utilisées pendant la gai erre (voir C. R. Ac. Se., 171, 1920, p. 965).
- (4) a. R. Ac. Se., 109. 1919, pp. N,X(), 1059 et 1428.
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- un ensemble de 35 000 qu de blé charançonrié appartenant au Service de l’Intendance. Elles avaient donné toute satisfaction. Enfin, en 1932, M. Shabetaï, actuellement professeur à l’Institut agricole d’Égypte, avait fait connaître les résultats d’une étude importante sur le traitement du blé et de la graine de coton par la chloropicrine, étude d’après laquelle la destruction des insectes peut être assurée sans nuire à la valeur germinative(5).
- Les opérations de désinsectisation du stock de sécurité ont été exécutées par le Service de l’Intendance, avec le concours du Ministère de la Guerre, qui a fourni la chloropicrine et le personnel spécialisé dans le maniement des gaz asphyxiants(6).
- Ces opérations ont commencé au mois de juin 1935 et ont été poursuivies jusqu’en février 1936. Pendant cette période, 1 390 243 qu de blé ont été traités par la chloropicrine, en 78 opérations effectuées dans 21 centres de stockage. La quantité de chloropicrine employée s’est élevée à 13108 kg, soit, en moyenne, à 9,43 g par quintal de blé traité.
- Selon les circonstances, on a employé quatre modes de traitement, par magasins entiers, sous bâches, en couches et en silos.
- Le traitement sous bâches a été employé lorsqu’une étanchéité suffisante des magasins ne pouvait être obtenue, lorque les magasins abritaient d’autres denrées que le blé, enfin dans un but d’économie, quand le volume occupé par le blé restait au-dessous des 2/3 du volume total. Voici quelques détails sur la manière d’opérer(7).
- traitement en magasins. — Quand le blé est rassemblé en piles de sacs dans des magasins que l’on peut assez facilement rendre étanches aux vapeurs de chloropicrine et que, d’autre part, le grain occupe la totalité ou la presque totalité du magasin, on se trouve dans le cas où le procédé est le plus économique. On s’efforce d’obtenir avant tout une étanchéité aussi complète que possible du local ; cette étanchéité est une condition indispensable.
- On commence par repérer toutes les fissures et tous les trous que l’on bouche avec du plâtre, de la terre glaise ou du mastic, ou bien que l’on recouvre de plusieurs couches de papier soigneusement collées. On ferme les portes et les fenêtres et on les calfeutre avec des bandes de papier collées à la colle de pâte.
- Lorsque le local à traiter est situé directement sous un toit en tuiles, même voligé, ou sous un toit en ardoises ou en tôles, il est nécessaire, pour éviter les
- (5) G. R. Ac. Agric., 19, 1933, p. 76-79, et Lhèse Fac. Sciences Univ. Paris, 1932, Jouve et Cle, édit.
- (6) Pour assurer la réussite de telles opérations sans inconvénient pour le voisinage ou pour les personnes qui les exécutent, il est nécessaire de recourir à des équipes entraînées au port du masque et au maniement de la chloropicrine.
- (7) Je ne reviendrai pas ici sur les caractères de la chloropicrine, ni sur les précautions qu’il faut prendre pour la manipuler. On pourra consulter à ce sujet : Gab. Bertrand, G. R. Ac. Sc., 168, 1919, p. 742; — Gab. Bertrand etMme Rosenblatt, ibicl., p. 911 ; — Gab. Bertrand, Dératisation des navires par la chloropicrine (IIe Conférence intern. et Congrès colonial du Rat et de la Peste, Paris, 7-10 octobre 1931, p. 492-99, Vigot frères, édit. Paris).
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- fuites de chloropicrine par le toit, d’établir au-dessus des piles de sacs un faux plafond, constitué par des bâches ou du papier imperméable (fig. 1). Les bâches, reliées entres elles par leur anneaux, sont fixées, d’une part, aux entraits des fermes, d’autre part, à des chevrons cloués aux murs. Les joints entre les bâches et les murs sont rendus étanches par l’apposition, sur ces joints, de bandes de papier collées à la colle de pâte. L’emploi d’un papier imperméable constitué de deux épaisseurs de papier bisulfité collées ensemble est particu-
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- lièrement recommandé pour la constitution des faux plafonds en raison des facilités de pose qu’il présente.
- Si le local est situé en étage et qu’il possède un plancher en bois non plafonné, il est indispensable d’en assurer l’étanchéité en collant sous ce plancher des bandes de papier recouvrant toute la surface comprise entre les poutres.
- Lorsqu’un bâtiment à plusieurs étages avec planchers en bois est à traiter en entier en une seule opération, il n’est pas nécessaire de procéder au collage de papier sous chacun des planchers. On se contente de bouclier les grosses fissures, s’il y en a, et l’on prend la précaution d’augmenter les doses de chloropicrine dans les étages supérieurs pour tenir compte des fuites par les planchers, fuites qui ont pour effet de diminuer la concentration des vapeurs dans ces étages et de l'augmenter dans les étages inférieurs.
- Enfin, si. malgré toutes les précautions qu’on pourrait prendre, il apparaît
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- impossible d’obtenir, dans un magasin, une étanchéité suffisante, il faut recourir au procédé de traitement sous bâches exposé plus loin.
- Dose de chloropicrine à employer. — En été, quand la température est élevée et que le local à traiter est parfaitement étanche, une dose de 20 g par mètre cube du local à désinsectiser peut suffire. Dans tous les autres cas, il vaut mieux aller jusqu’à 30 g/m3.
- Introduction de la chloropicrine. — Les vapeurs de chloropicrine ayant tendance, en raison de leur forte densité, à s’accumuler dans les parties basses des locaux, l’évaporation doit se faire à la partie supérieure de ces derniers. Cette évaporation ne doit pas être trop rapide, de manière à maintenir un temps notable une forte action parasiticide, assez rapide cependant pour que la concentration de vapeurs dans le local atteigne presque dès le début un effet utile. L’emploi d’appareils Vermorel et d’arrosoirs avec la pomme est à proscrire formellement en raison de l’évaporation trop rapide qui se produit et des dangers d’intoxication qui peuvent en résulter pour les opérateurs.
- Le meilleur procédé consiste à verser la chloropicrine dans des bacs en bois disposés au-dessus des piles de sacs où elle s’évapore progressivement. Ces bacs, constitués avec des planches assemblées par pointes, avec joints lutés au plâtre, doivent présenter une grande surface d’évaporation et la hauteur du liquide dans chacun d’eux ne doit pas dépasser 3 à 6 cm (fig. 2). Leur nombre et leurs dimensions sont à calculer en conséquence.
- L’emploi de pompes pour la répartition de la chloropicrine dans les bacs n’est pas recommandé à cause des fuites possibles et des inconvénients qui en sont la conséquence. Il est préférable de répartir la chloropicrine dans des récipients, des bidons à essence, par exemple, d’une contenance sensiblement égale à la quantité de chloropicrine prévue par bac. On distribue d’avance ces bidons sur les bacs (un par bac), en les faisant reposer sur une planchette, échancrée pour le passage du goulot et posée sur les bords supérieurs du bac (fig. 2). Au moment de l’opération, les hommes de l’équipe enlèvent simultanément les bouchons, au commandement, retournent les bidons et se retirent dès qu’ils ont constaté que le liquide commence à s’écouler. Ils calfeutrent la porte de sortie avec des bandes de papier collées, sans oublier les fentes ni le trou de serrure.
- Les bidons se vident d’eux-mêmes par gravité. On laisse le tout en place pendant une dizaine de jours. Ce procédé de distribution de la chloropicrine a l’avantage d’être très rapide, de doser exactement la quantité à introduire et de présenter le minimum de risque pour les opérateurs.
- Lorsque le nombre des hommes de l’équipe est insuffisant pour ouvrir simultanément tous les bidons de chloropicrine, il convient de commencer par l’ouverture des bidons les plus éloignés de la porte de sortie.
- Il peut être commode, dans certains cas, d’installer au dessus des p iles une série de bacs disposés en cascade, comme on le voit sur la figure 2 et se contenter de verser la chloropicrine dans le bac le plus élevé d’où elle se répandra dans les autres. La hauteur de la planche formant le côté par lequel s’effectuera 136e Année. — Mai-juin 1937. 15
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- récoulement sera calculée de manière à correspondre exacLement à la quantité de liquide qui doit rester dans chaque bac; en outre, ces derniers seront placés bien horizontalement.
- Si la partie supérieure du magasin à désinsectiser est constituée par un plafond percé d’ouvertures convenables, ou susceptible d’être percé sans grand dommage (planchers en bois), on peut verser la chloropicrine de l’étage supérieur à
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- l’aide d’un tuyau de zinc ou de tôle traversant le plancher supérieur et aboutissant au bac. L’opération achevée, les ouvertures du plancher supérieur sont obturées avec du papier collé.
- Ouverture desmagasins. — Après s’être assuré qu’aucune fuite n’est àcraindre, les magasins sont laissés en état pendant une dizaine de jours au moins, pendant lesquels on surveille les alentours pour vérifier qu’aucune fissure ne s’est produite et la boucher le cas échéant.
- Quand la chloropicrine a agi, on décolle le papier autour et à la base des portes et des fenêtres et on les ouvre pour établir un courant d’air dans le local jusqu’à disparition d’odeur suffocante et de picotement des yeux. Dans la plu-
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- part des cas, une aération de quelques heures suffit pour éliminer, à des traces près, les vapeurs de chloropicrine et permet l’accès des magasins, même sans masque. Pendant cette aération, ordinairement il n’y a pas de précaution particulière à prendre dans le voisinage immédiat des locaux, les vapeurs de chloropi-crine qui s’échappent de ces derniers étant à dose insuffisante pour vicier d’une manière nuisible Pair extérieur.
- Constatation des résultats. — Après disparition complète des vapeurs de chloropicrine, il faut faire des sondages dans les piles en prenantdes sacs à différents endroits, prélever sur ces sacs des poignées de grains et les passer au crible à main pour s’assurer que les charançons ont bien été détruits.
- traitement sous baches. — Le mode de traitement sous bâches peut être employé quelles que soient les quantités de blé à traiter.
- Etablissement du dispositif étanche. — Pour constituer au dispositif étanche, recouvrant entièrement le lot à traiter, on édifie autour du lot une charpente légère, constituée par des perches placées debout et fixées au sol par des dés en plâtre, et on les relie à la partie supérieure par des perches ou chevrons disposés horizontalement (fig. 3).
- Sur cette charpente, on tend des bâches, du modèle courant du commerce, enduites à l’huile de lin cuite ou confectionnées avec du tissu très serré, de telle manière qu’elles soient supportées à la fois par la charpente et par des sacs, placés debout sur le sommet des piles, ou par des fils de fer tendus d’une partie à l’autre de la charpente. On ménage, entre le sommet des piles et les bâches, un espace libre de la hauteur d’un sac et l’on y installe les bacs en bois. Sur les cotés, on fait descendre les bâches jusqu’au sol où elles sont plaquées par une bordure de glaise fraîchement humectée. Il faut prendre la précaution de faire descendre les bâches jusqu’au sol et non jusqu’au faux plancher, sans cela les vapeurs de chloropicrine passeraient à travers les interstices des planchers et se répandraient à l’extérieur du dispositif étanche.
- On profite des joints supérieurs des bâches pour installer des tuyaux en tôle qui, aboutissant aux bacs et ressortant à l’extérieur des bâches, serviront de conduits pour l’introduction de la chloropicrine. Pour assurer l’étanchéité du dispositif, on recouvre tous les joints de bandes de papier collées à la colle de pâte; on raccorde également par un collage de papier les tuyaux de tôle aux bâches, de façon à ne laisser aucune fissure par où pourraient passer les vapeurs de chloropicrine.
- Au lieu de bâches, on peut employer du papier imperméable constitué par deux épaisseurs de papier bisulfité collées ensemble.
- L’étanchéité des joints de bâches peut aussi êtreoblenue en repliant l’un dans l’autre les bords de celles-ci et en maintenant le joint ainsi obtenu entre deux lames de bois serrées par des pinces en U munies d’un boulon poêlier (bas de la figure 3).
- Ce procédé, demandant plus de temps et étant plus onéreux que le simple
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- collage des bandes de papier, ne doit être employé qu’exceptionnellement, lorsque le collage de papier sur les bâches ne peut être envisagé.
- Dose de chloropicrine à employer. — 30 g par mètre cube de l’espace enveloppé par le dispositif étanche.
- Introduction de la chloropicrine. — La chloropicrine, préalablement répartie dans des récipients de contenance appropriée, est versée dans les bacs par l’intermédiaire des tuyaux en tôle disposés à cet effet. Après cette opération, l’ouverture extérieure des tuyaux est bouchée avec du papier, posé comme un couvercle et collé sur la surface extérieure du cylindre. La hauteur de la chloropicrine dans les bacs ne doit pas dépasser 3 cm.
- Ouverture des bûches. — Les blés sont laissés sous l’action de la chloropicrine pendant une douzaine de jours. A l’expiration de ce délai, on soulève les bâches pour faire partir le reste des vapeurs de chloropicrine et, après quelques heures, on enlève définitivement les bâches.
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- Observation. — Peu après l’introduction du liquide insecticide dans les bacs, une odeur assez prononcée se dégage alentour, due au passage d’une certaine quantité d’air, chargé de vapeurs de chloropicrine à travers le tissu des bâches. Ces fuites par expansion ne se prolongent d’ailleurs guère au delà d’un ou deux jours et n’entraînent que des perles de vapeur peu importantes. Il est néanmoins prudent, si le traitement sous bâches s’effectue dans un local qui doit rester libre à la circulation, de l’aérer fortement pendant toute la durée du traitement et de n’y pénétrer qu’avec précaution pendant les 24 premières heures au moins qui suivent le début de l’opération.
- traitement des blés en couches. — Les vapeurs de chloropicrine ne pénètrent que très difficilement dans, les couches de blé en raison de l’air retenu entre les
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- grains; aussi est-il nécessaire de faciliter la pénétration des vapeurs par un dispositif d’évacuation de l’air.
- Après réalisation de l’étanchéité des magasins, dans les conditions exposées ci-dessus pour le traitement par magasins entiers, on place dans la couche de blé des tuyaux en tôle uniformément répartis, à raison d’un tuyau tous les 5 à 6 m2 enfoncés sous un angle de 45° environ et dépassant la couche d’une cinquantaine de centimètres (fig. 4 ). L’enfoncement de ces tuyaux est effectué à l’aide d’un piquet en bois d’un diamètre légèrement inférieur au diamètre intérieur du tuyau et emboîté dans ce dernier. Des taquets de bois sont cloués à la partie supérieure du piquet pour former épaulement et entraîner le tuyau dans la couche de blé. Après la mise en place du tuyau, on retire le piquet qui sert à l’enfoncement des autres tuyaux.
- Dose de chloropicrine à employer. — Il convient de ne pas descendre en dessous de 30 g de chloropicrine par mètre cube du volume total du local traité.
- Dispersion de la chloropicrine. — La chloropicrine doit être répandue directement à la surface de la couche de blé et non versée dans des bacs. On divise la
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- quantité totale de chloropicrine à employer dans une série de récipients cà large goulot (carafes en verre par exemple). Ce transvasement doit être effectué à l’air libre, en plaçant les carafes sur le sol, de sorte que les vapeurs de chloropicrine qui se dégagent et s’écoulent vers le bas n’atteignent pas la ligure de 1’opérateur. Les carafes sont ensuite transportées dans le local à traiter et disposées debout sur la couche de blé en les répirtissant convenablement. A partir de la région la plus éloignée de la porte de sortie, le contenu des carafes est répandu sur le tas de blé, aussi uniformément que possible sur les espaces qui séparent une carafe de la suivante et en évitant absolument de faire tomber de la chloropicrine dans les tuyaux d’évacuation d’air.
- Cette opération est faite simultanément par tous les hommes de l’équipe. Elle doit être conduite avec beaucoup de méthode et rapidement pour réduire au minimum le séjour des opérateurs dans l’atmosphère infectée, en évitant cependant toute précipitation qui pourrait nuire à la bonne exécution de l’opération et qui ’ pourrait, de plus, produire l’essoufflement et diminuer ainsi l’efficacité du masque. Quand la chloropicrine a été déversée, les opérateurs sortent immédiatement du local dont la porte est soigneusement calfeutrée avec des bandes de papier collées.
- Le blé est laissé une dizaine de jours sous l’action de la chloropicrine; après quoi, on procède à l'ouverture du magasin dans les conditions exposées plus haut pour le traitement des blés en sacs.
- traitement en silos. — Je ne m’étendrai pas dans ce mémoire sur le traitement par la chloropicrine des grains de blé placés en silos. Ce traitement repose sur les mêmes principes que les traitements en magasins, sous bâches ou en couches, mais il présente des particularités variables avec les types de construction des silos, en particulier selon que ceux-ci permettent ou non la ventilation de la masse de grains qui s’y trouve. L’exposé des tentatives qui ont été faites occuperait une place d’autant plus excessive que la proportion du blé mis en silos n’atteignait pas 3,5 p. 100 du stock et que de nouvelles expériences sont nécessaires pour fixer des règles.
- résultats. — L’importance des lots qui ont été soumis à l’action de la chloropicrine, en une seule opération, a varié de 200 à 130 930 qu. Cette dernière quantité a été traitée avec succès en oclobre 1935 aux Magasins généraux de l’île Saint-Denis. Elle représentait un volume de 29 000 m:! occupant une surface de 3 700 m2, les sacs étant disposés à plat sur 18 rangs de hauteur.
- Au cours des expériences de contrôle qui ont été renouvelées, on a cherché si la chloropicrine avait une action sur le gluten et sur le pouvoir germinatif. Huit échantillons provenant d’un même blé, avant et après traitement, ont été envoyés à 4 laboratoires : le Laboratoire de Chimie alimentaire de l’Inspection générale des Subsistances; le Laboratoire des Blés et Farines du Centre national de Recherches agronomiques de Versailles; le Laboratoire de l’Ecole française de Meunerie et le Laboratoire de Contrôle des Farines de l’Institut national agronomique.
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- Les résultats obtenus à l’extensimètre Chopin n’ont pas montré de différence entre les glutens du blé traité et du blé non traité. Le laboratoire de l’Institut agricole de Toulouse a constaté, d’autre part, cpie la chloropicrine n’a aucun effet nuisible sur le gluten du blé et que ce dernier, apres traitement, a conservé sa valeur boulangère; enfin, que la faculté germinative des grains restait normale après traitement (96,2 p. 100).
- conclusion. — Il résulte des expériences et des observations qui ont été faites sur le stock de sécurité :
- Que les blés en couches et en silos titrant plus de 13 à 14 p. 100 d’humidité ne peuvent être conservés qu’à la condition d’être soumis à des pelletages continuels. Il serait à désirer, pour la bonne conservation de ces blés, que les silos fussent pourvus de « conditionneurs », permettant le séchage artificiel;
- Que les blés en sacs, au contraire, contenant parfois jusqu’à 16 p. 100 d’humidité, se sont conservés sans aucune manutention. Le stockage en sacs paraît donc préférable lorsqu’on doit conserver de grandes quantités de blés français. La seule précaution à prendre est de ne pas constituer un arrimage trop compact, de ne pas dépasser, par exemple, des piles d’une largeur de quatre sacs placés bout à bout, séparées entre elles par des passages de 1 mètre. Il résulte des mêmes opérations et expériences en grand avec le stock de 1935 que les magasins qui conviennent le mieux sont ceux construits en matériaux épais, où la température reste à peu près constante, les variations de la température favorisant des invasions d’insectes plus ou moins graves ;
- Que les masses compactes de blé offrent une résistance considérable à la transmission de la chaleur, et qu’en conséquence les blés transportés en été se conservent moins bien que ceux qui ont voyagé pendant l’hiver; enfin,
- Que la destruction des insectes et des rongeurs par la chloropicrine constitue un procédé radical. L’emploi de ce produit nécessite des magasins dont l’étanchéité soit facile à réaliser. Il permet de débarrasser les grains de tous les parasites sans leur faire subir aucun pelletage, ni aucune manutention, et il est très économique lorsque les locaux s’y prêtent. A défaut de magasins étanches, on peut procéder à la désinsectisation sous bâches, mais, d’une part, il est nécessaire d’augmenter les doses de produit et, d’autre part, la location et l’installation des bâches rendent l’opération sensiblement plus onéreuse. Dans certains centres de stockage où le traitement sous bâches a été opéré, le prix de l’opération est monté à 0,60 fr le quintal, alors qu’il ne dépassait guère 0,25 fr dans des magasins d’une étanchéité certaine.
- Tels sont les principaux enseignements que le Service des Céréales a pu tirer d’une entreprise de stockage qui, jusqu’à ce jour, n’avait jamais été réalisée dans notre pays par une administration publique avec une aussi grande ampleur.
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOUR. POUR L’iNDUS. NATION.
- MAI-JUIN 1937 (p. 224).
- L’ORIENTATION DES ENFANTS A L’ÉCOLE PRIMAIRE VERS LE TRAVAIL MANUEL ET PROFESSIONNEL,
- par M. Hyacinthe Seryonnet, secrétaire général de la Société d'Encouragement.
- La Commission de l’Enseignement et de l’Apprentissage de l’Union des Syndicats de l’Électricité a eu son attention attirée sur la situation des enfants à la sortie de l’école primaire.
- L’enseignement qui leur a été donné au cours de leurs années d’études est uniquement d’ordre général, ce qui a, entre autres conséquences :
- 1° de laisser la plus grande majorité d’entre eux dans l’incapacité de gagner leur vie, en l’absence de toute notion d’un métier manuel ;
- 2° de laisser l’industrie et l’agriculture manquer d’ouvriers et de contremaîtres qualifiés, tandis que les professions dites « intellectuelles » et les cadres d’ingénieurs, par exemple, sont au complet.
- Très frappée de cet état de choses, la Commission a estimé qu’il y avait lieu de réhabiliter le travail manuel en le mettant à l’honneur. Elle s’est prononcée à l’unanimité pour l’adoption du vœu dont on trouvera le texte plus loin et qui a été ratifié par l’assemblée générale de l’Union des Syndicats de l’Électricité le 3 février 1937. L’assemblée générale de l’Union a en outre décidé, en raison de la portée générale de ce vœu, de le faire parvenir à tous les groupements professionnels intéressés afin d’entreprendre une campagne auprès des Pouvoirs publics, en l’espèce la Direction générale de l’Enseignement technique, et d’essayer de faire prévaloir les idées ainsi émises. C’est ainsi que la Société d’Encouragement a été priée de donner son approbation à ce vœu, ce qu’elle a fait le 13 mai 1937.
- VOEU TENDANT A ORIENTER LES ENFANTS VERS LE TRAVAIL MANUEL ET PROFESSIONNEL.
- La Commission de l’Enseignement et de l’Apprentissage, de l’Union des Syndicats de l’Électricité constatant que l’enseignement actuel des écoles primaires ne prépare aucunement à l’exercice, ni même à l’apprentissage, d’une profession d’une part, et constatant qu’il y a pénurie d’ouvriers qualifiés, de contremaîtres et de chefs de chantiers, d’autre part, estime qu’il y a lieu de réagir contre cette tendance en donnant aux enfants, dès leur plus jeune âge, des notions leur permettant de se servir habilement de leur corps (attitudes) et de leurs mains, de se rendre compte de l’ordre de grandeur des objets, d’apprendre à manier les outils usuels de travail manuel, de connaître les éléments du dessin linéaire.
- En un mot, cet enseignement doit avoir pour but de développer chez les enfants, autant qu’il est possible, leur habileté manuelle générale et le goût du travail manuel.
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- ORIENTATION DES ENFANTS VERS LE TRAVAIL MANUEL.
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- Il est important, du point de vue social, d’éviter l’exode des campagnes vers les villes et par conséquent de s’efforcer d’attacher les enfants à leur pays; l’enseignement pratique que nous préconisons devra donc être approprié aux activités locales et régionales aussi bien agricoles qu’artisanales et industrielles, dont l’instituteur devra faire comprendre tout l’intérêt à ses élèves.
- D’autre part, il est essentiel pour l’exercice d’une profession, qu’elle soit manuelle ou intellectuelle, que ceux qui s’y destinent possèdent, d’une façon aussi parfaite que possible, la lecture, l’écriture, le calcul (les quatre règles et la règle de trois); il serait souhaitable qu’un coefficient considérable soit attribué à ces matières à l’examen du certificat d’études primaires; le certificat d’études primaires devrait d’ailleurs constituer la preuve de la possession réelle et durable de ces connaissances, élémentaires, mais fondamentales.
- En définitive, la Commission de l’Enseignement et de l’Apprentissage de l’Union des Syndicats de l’Electricité estime que l’enseignement qui fait suite à l’obtention du certificat d’études primaires doit, tout en consolidant et en développant chez l’enfant les connaissances générales, faire naître en lui le désir d’apprendre à fond la profession vers laquelle il se sent attiré. Ainsi se trouvera préparé dans les meilleures conditions le développement de l’orientation professionnelle.
- * *
- La question soulevée par la Commission de l’Enseignement et de l’Apprentissage de l’Union des Syndicats de l’Electricité a déjà retenu l’attention de nombreux groupements. En particulier, elle a fait l’objet de discussions approfondies : aux Congrès internationaux de l’Enseignement technique (Bruxelles 1932, Barcelone 1934, Borne 1936); au Congrès national d’Orientation professionnelle, qui s’est tenu à Paris les 25, 26 et 27 septembre 1935; elle a été évoquée également à la 3e Conférence patronale de l’Apprentissage, tenue à Paris les 6 et 7 mai 1936. Nous avons donné un compte rendu détaillé des travaux de celte 3e Conférence dans ce Bulletin (n° de décembre 1936, p. 665-668).
- Nous ne pouvons mieux faire que de citer les paroles prononcées à ce sujet, lors de cette troisième Conférence patronale de l’Apprentissage, par M. Pluyette, lauréat et membre de notre Société, dans son rapport sur la formation professionnelle et le chômage des jeunes ; « Nous signalerons comme une grande diffl-« culté de l’instruction professionnelle des jeunes chômeurs, la faiblesse de leur « instruction primaire. Les instructeurs perdent un temps considérable à leur « réapprendre les notions primaires tout à fait élémentaires. Cette faiblesse est » d’autant plus grande que le jeune homme a quitté l’école depuis longtemps et « d’autant plus grave que le jeune homme de 16 à 20 ans ne manifeste aucun « goût pour l’instruction théorique.
- « La prolongation de la scolarité apparaît à cet égard tout à fait désirable « pour réapprendre à l’enfant des notions primaires oubliées ou mal apprises.
- « Il ne faudrait pas cependant que cette prolongation ne soit qu’un simple
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- ORIENTATION VERS LE TRAVAIL MANUEL.
- MAI-JUIN 1937.
- « prolongement des programmes et des méthodes de l’enseignement primaire; « la 14e année devrait être une année de préorientation professionnelle, per-« mettant à l’enfant d’acquérir, au moyen de travaux, très simples, une certaine « dextérité manuelle, en même temps que la notion et le goût du travail manuel. »
- Une proposition, du 15 mars 1936, de \I. Georges Gontenot, conseiller municipal, tendant à l’organisation de l’orientation professionnelle à Paris, aboutit aux mêmes conclusions; elle montre le rôle que peut jouer l’instituteur dans l’initiation des enfants à la vie courante, la préparation qu’il convient de donner au corps enseignant de l’école primaire en vue de cette tâche.
- Enfin, au Congrès national d’Orientation professionnelle tenu à Paris en septembre 1935, étaient posées les deux questions suivantes qui ont une frappante analogie avec celle posée par l’Union des Syndicats de l’Électricité :
- 1° Comment l’école primaire peut-elle préparer l’orientation professionnelle;
- 2° Collaboration entre l’école primaire et l’orientation professionnelle.
- Dans une note établie en vue de ce Congrès, par le Comité de Patronage des Apprentis du 18e arrondissement, il est dit :
- « Principalement dans la dernière année de scolarité, il est bon de chercher « à provoquer chez l’enfant le goût du métier manuel ; cette dernière année, loin « d’être un simple prolongement de culture générale, devrait être un commen-« cernent de formation et de culture professionnelles. La chose sera d’ailleurs « plus aisée lorsque la scolarité aura été prolongée jusqu’à 14 ans. En un mot, « il est utile qu’avant de sortir de l’école primaire, l’enfantait eu l’occasion de « s’exercer à divers travaux manuels (bois, fer-blanc, métaux divers, carton, etc.), « aux croquis et dessins en facilitant l’exécution. Des exercices mettant en lumière « les aptitudes et les dons peuvent provoquer l’éclosion de goûts ignorés, déter-« miner les préférences pour tel ou tel métier. »
- Les remarques qui précèdent montrent que le vœu présenté par l’Union des Syndicats de l’Électricité et tendant à orienter les enfants vers le travail manuel et professionnel est en plein accord avec les études, les propositions, les vœux déjà présentés sur le même sujet par divers groupements. La Société d’Encoura-gement pour l’Industrie nationale l’a donc approuvé et s’y est associée sans réserve.
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOURAG. POUR L’iNDUS. NAT. — MAI-JUIN 1937 (p. 227).
- L’UTILISATION DES LIGNITES ET DES TOURBES EN VUE DE L’OBTENTION DES CARBURANTS1,
- par M. Francis Michot-Dupont, ingénieur-chimiste, lauréat de l'Académie des Sciences (prix Darracq, 1936), de l'Office national des Combustibles liquidis (1937) et de la Société d'Encouragement (1936).
- objet des recherches. — Les essences provenant des pétroles bruts naturels sont indubitablement les plus économiques à produire dans l’état actuel de la technique. Mais les hydrocarbures légers des pétroles naturels se suffisent de moins en moins à eux-mêmes pour le service des moteurs modernes à haute compression des automobiles ou surtout ceux d’aviation; ils ne contiennent que très rarement les hydrocarbures aromatiques nécessaires à la fabrication des explosifs de guerre.
- Je me suis donc proposé d’obtenir par synthèse, à partir des combustibles nationaux les moins coûteux d’extraction, le lignite et la tourbe, une essence principalement composée d’hydrocarbures aromatiques, qui constitue par conséquent, non pas un concurrent mais un adjuvant des produits du pétrole.
- problème A résoudre. — La carbonisation ordinaire des combustibles imparfaits à basse température s’est heurtée à de graves difficultés : rendement faible en goudrons primaires, forte teneur de ces goudrons en constituants phénoliques, taux élevé en soufre, extrême pauvreté en produits légers.
- Les phénols et autres constituants à fonction acide ont une action corrosive sur les appareils de production et de raffinage; ils diminuent le pouvoir calorifique des huiles combustibles, en relèvent exagérément la température d’inflammation et poussent à la résinification et à l’oxydation. Leur élimination par les alcalis laisse subsister ce dernier inconvénient et est d’autant plus onéreuse qu’on ne peut tirer parti de ces corps acides tels qu’on les récupère des lessives.
- Le soufre se trouve sous forme de composés à odeur très désagréable et agressifs vis-à-vis des métaux usuels.
- La proportion des légers dans le goudron est très faible, comme on le verra plus loin.
- Enfin, la valorisation de la fraction lourde du goudron est difficile, car elle se prête mal au cracking courant, comme l’ont signalé Sainte-Claire Deville, Kohlhardt et Fisher ; ce dernier indique même que le rendement du cracking d’un goudron primaire phénolique ne dépasse pas 26 p. 100. Récemment, Dobrianski et Belopolski signalaient que, par cracking d’un goudron de tourbe, on obtenait au plus 3-5 p. 100 d’essence par rapport au goudron brut.
- La fraction lourde peut être hydrogénée, mais l’élimination de l’oxygène des
- (1) Communication faite par l’auteur, en séance publique le 10 avril 1937.
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- MAI-JUIN 1937.
- phénols nécessite une forte dépense d’iiydrogcne et de hantes pressions, comme l’indique Naphtali dans une étude d’ensemble de la question.
- Les considérations qui précèdent ont conduit à ne considérer la distillation d'un goudron primaire de basse température comme justifiée que par la production d’huile créosotée pour la préservation des bois. Dans le cas des lignites, on n'envisage généralement comme but de leur carbonisation que la production du semi-coke; souvent même, on se contente de la combustion complète du lignite cru, pour la production de courant électrique, opération souvent onéreuse par la présence d’une forte teneur en eau, et compliquée par la vitrification des cendres.
- LA DISTILLATION METHYLANTE.
- Mon procédé consiste essentiellement en une distillation à basse température des combustibles additionnés, avant renfournement. de réactifs courants et peu coûteux : acétate de calcium, carbonate de sodium et fer (limaille ou oxyde).
- Il transforme les phénols naissants en carbures substitués aromatiques, améliorant en même temps les rendements en huile, augmentant considérablement la teneur en essence légère et permettant le cracking normal ou l’hydrogénation économique des fractions lourdes devenues exemptes d’éléments oxygénés; tout cela sans appareillage compliqué et coûteux, sans catalyse, sans pression, à la température maxima de 500° dans la masse.
- Le but principal de la carbonisation des lignites et des tourbes devient ainsi la production d’hydrocarbures aromatiques : le semi-coke n’est plus qu’un sous-produit qui ne contribue que pour 15 p. 100 environ à l'actif du bilan d’opération industrielle.
- appareillage d’essai. — Les premiers essais ont été effectués sur des charges de 2 à 8 kg dans une cornue de fonte; on a ensuite utilisé un appareil semi-industriel à cornues de fonte inclinées. Un jeu d’orgue de fer. refroidi à 15° par l’eau courante, condensait la majeure partie des goudrons; les gaz étaient ensuite lavés à l’eau et aux huiles lourdes.
- Plus tard, une grosse cornue, permettant de traiter 200 kg par opération, a donné les mêmes résultats que les dispositifs précédents. Des essais plus étendus ont été conduits dans un four vertical rotatif continu; la déphénolation et les rendements ont été comparables à ceux des opérations discontinues, mais la constitution des produits obtenus était altérée par un cracquage des gaz le long des parois surchauffées.
- Un essai de 50 t de lignite a été conduit dans un four horizontal installé sur un gisement de lignite : la déphénolation a été satisfaisante; la qualité des produits a été excellente, mais le rendement était la moitié environ de celui que nous obtenions en cornues.
- Nous utilisons maintenant un élément de four horizontal continu à circula-
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- tion mécanique, d’une capacité horaire de 120 kg1, de mon invention ; les résultats sont au moins égaux en qualité et en quantité à ceux des appareils de début à marche semi-continue.
- réactifs. — Le combustible solide, après broyage si nécessaire, est additionné de façon homogène d’un sel d’acide gras, par exemple l’acétate de calcium, puis de carbonate de soude. On ajoute de très faibles quantités, de l'ordre de 1/1000, de limaille de fer ou de fonte, ou même d’oxyde de fer.
- Les tout premiers essais de laboratoire, sur quelques centaines de grammes de lignite, avaient nécessité une très forte proportion d’acétate. Il a été tout de suite certain, qu’en opérant sur de plus grandes quantités, 5-8 kg, on pouvait réduire considérablement la proportion d’acétate mis en jeu. On a pu ensuite descendre à 2 p. 100 d’acétate, en ajoutant 1 p. 1000 de fer comme activeur et en rendant le milieu alcalin par le carbonate de soude (2-4 p. 100). Le dosage exact est une question d’espèce. Dans les opérations industrielles, sur 3-20 t/jour par appareil, il apparaît déjà que le pourcentage des réactifs pourra être diminué jusqu’à moins de 1,5 p. 100 d’acétate de chaux gris.
- D’autres sels d’acides gras peuvent être également utilisés; nous en avons fait la preuve en mettant en jeu les propionates et les butyrates dans la distillation d’un lignite de Provence, dont le goudron primaire, qui titre habituellement 50 p. 100 de phénols, n’en contenait plus alors que des traces. Le même relèvement du rendement en goudron et la même fluidification ont été obtenus. Le prix élevé de ces corps en exclut l’emploi. Notons, à ce sujet, que l’acétate de chaux peut être obtenu très économiquement par synthèse, ou par hydrolyse des déchets ligneux.
- fractionnemknt des produits. — Le goudron total est déshydraté et séparé en un « topping » et un produit lourd par une première distillation poussée jusqu’au moment où un cracking se manifeste. Le « topping » a été lui-même fractionné en portions qui ont permis l’identification des divers constituants du goudron.
- L’analyse des fractions a été exécutée par les moyens classiques ; mais, pour caractériser certaines fractions d’un intérêt particulier, comme le benzène ou le toluène, qui sont des composés définis, nous avons recoupé les indications de la distillation par l’essai au sulfate de méthyle, la nitration, la densité et l’indice de réfraction.
- matières premières. — Plus de 40 combustibles ont déjà été étudiés en grand détail : lignites, tourbes, cannel coals, schistes, houilles diverses.
- Lignites. — Tous les lignites, minéralisés, xyloïdes ou humiques, se prêtent à la méthylation, même si la teneur en eau est élevée; une dessiccation préalable, accompagnée de broyage, paraît recommandable pour les lignites xyloïdes résineux imperméables. Pour les lignites humiques, les rendements en goudron
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- condensé sont si faibles que la carbonisation de la plupart d’entre eux n’offre pas pour l’instant d’intérêt pratique.
- Tourbe. — La tourbe, ramenée à 30 p. 100 d’humidité par exposition à l’air, se prête à la méthylation comme les lignites; on y observe de même la disparition des phénols, leur î-emplacement par des aromatiques, le relèvement des rendements en goudron primaire et leur fluidification.
- Schistes. — La teneur en phénols des goudrons primaires obtenus à partir du schiste est habituellement trop faible pour justifier l’utilisation de mon procédé.
- Par contre, les matières spéciales où prédominent les produits organiques d’origine animale, comme la kukersite d’Estonie, ont un goudron où la teneur en phénols dépasse 30 p. 100, et leur méthylation donne naissance à des carbures aromatiques avec accroissement corrélatif de la fraction légère.
- Carmel coal. — Cette matière, perméable et non plastifiante, se prête avantageusement à la méthylation, car elle nécessite la suppression d’un taux élevé de phénols. Un cannel coal anglais a ainsi donné une huile qui ne contenait ni phénols ni soufre.
- Houille. — De nombreux essais de méthylation de la houille ont donné des résultats nettement négatifs, et, pour l’instant, je considère cette matière comme non justiciable de mon procédé.
- résultats des essais de CONTROLE. — 1° Le résultat fondamental est la disparition des éléments phénoliques à tous les degrés de la rectification;
- 2° Les phénols, crésols, xylénols, etc., sont remplacés par toute une gamme d’aromatiques méthylés s’échelonnant tout le long de la courbe de distillation. 11 en résulte une composition du goudron primaire toute différente de celle du goudron ordinaire de distillation à basse température;
- 3° On observe également un relèvement notable du rendement en goudron primaire, qui semble pouvoir être attribué à deux causes principales : apport d’éléments organiques par le réactif, augmentation de la volatilité des huiles, qui facilite le départ immédiat des produits de la carbonisation et évite leur cracking au sein du coke formé ;
- 4° La portion des goudrons distillant sans cracking avant 300° est habituellement accrue ;
- o° La fraction légère distillant avant 180° est considérablement accrue par rapport à celle de la carbonisation usuelle, ainsi qu’on en peut juger par les Tableaux I et II ;
- 6° L’odeur du goudron et son aspect sont profondément modifiés par la méthylation, au profit d’une plus grande facilité de traitement. Concret, ou même solide avec les procédés anciens, le goudron devient butyreux dans la carbonisation avec acétate et franchement liquide quand ce réactif est activé par le fer;
- 7° L’huile lourde qui subsiste, après séparation des légers par topping, est une
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- sorte de gas oil cracquable par les méthodes usuelles, notamment en phase vapeur, tandis que, dans la carbonisation ordinaire, les queues de topping constituent généralement une sorte de brai, acide et difficilement valorisable. Celte fraction lourde peut également être hydrogénée économiquement, puisqu’elle ne contient plus d éléments oxygénés à éliminer par un excès d’hydrogène;
- Fig. I. — Courbes de fractionnement de trois goudrons de lignites, d’origines diverses, obtenues par carbonisation ordinaire (courbes supérieures, en trait interrompu) et par carbonisation méthylaute (courbes inférieures, en trait plein).
- (En abscisses, nombre de centimètres cubes recueillis par 200 cm3 mis en jeu ; — En ordonnées,
- températures.)
- 8° La teneur en soufre diminue dans le goudron; pour une forte part, le soufre organique se transforme en soufre minéral ; les mercaptans et les thiophénols disparaissent;
- 9° Le semi-coke contient naturellement la chaux et la soude apportés par les réactifs (environ 3 p. 100 du poids du lignite) ; leurs effets se contrebalancent en ce qui concerne la fusibilité des cendres ; elles neutralisent les constituants acides des cokes;
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- 10° Le gaz de lignite reste le même avec mon procédé que dans la distillation ordinaire.
- On peut transposer presque intégralement ce qui vient d’être dit aux tourbes, schistes estoniens et cannel coals.
- constitution des produits obtenus. — Pour préciser ces renseignements, nous donnons (fig. 1) les com bes de fractionnement des toppings de trois goudrons de lignites. d'origines diverses (Espagne, Périgord, Basses-Alpes) qui ont été préparés, soit par carbonisation ordinaire (courbes supérieures), soit dans les mêmes conditions à l’aide de mon procédé (courbes inférieures).
- En poussant le fractionnement à l’extrême sur un autre lignite (Gard, région Sud) on a obtenu des courbes de distillation qui, par leurs paliers, indiquent l’existence de quantités notables des carbures suivants : benzène, toluène, xylènes. cumène, triméthylbenzène, cymène et même tétraméthylbenzène.
- D’une façon générale, la récolte en toluène est très abondante. On a signalé que si le toluène fourni par la cokéfaction d’une tonne de houille permet de charger 2 obus de 73, on pourrait, par la méthylation du même poids de lignite, charger au moins 20 de ces projectiles et. dans certains cas. aller jusqu’à 40.
- Deux faits dominent l’étude des produits obtenus par méthylation, c’est l’allègement considérable du goudron et la teneur élevée (souvent supérieure à 83 p. 100) en produits aromatiques, tout le long delà courbe de distillation. Les Tableaux I et II donnent en exemple pour divers lignites : 1° le rendement en litres de la fraction 0-180° par tonne de lignite, avec et sans mon procédé: 2° la composition totale de la fraction 0-180° avec et sans mon procédé.
- Gomme exemples détaillés de la grande différence existant entre les goudrons de carbonisation ordinaire et de méthylation, on peut comparer sur les Tableaux III à V les résultats du fractionnement des toppings de goudrons provenant : d’un lignite du Midi de la France, d’un lignite espagnol et d’une tourbe irlandaise.
- Les fractions lourdes contiennent peu de constituants acides; elles sont de nature nettement paraffinique.
- Un essai de fractionnement par entraînement à la vapeur surchauffée, avec un lignite français a donné comme résultat : Gas oil, 50 p. 100; — Fuel oil, 15 p. 100; — Brai, 30 p. 100.
- Le gaz obtenu par la distillation méthvlante donne des rendements importants en essence légère par scrubbing. Déjà, la distillation ordinaire des lignites permettait de récupérer, à la tonne traitée, 15 à 20 litres de légers par le désessen-ciement des gaz (Milanovitch. thèse, Paris, 1032).
- Une expérience a été faite avec un appareil de scrubbing continu sur un lignite des Basses-Alpes; elle a fourni une essence extrêmement légère et fluide qui a été fractionnée; il est apparu nettement deux portions séparées par une coupure franche entre 65° et 105"; on a reconnu sur la courbe la présence probable d'une forte proportion de pentane et de divers hexanes; dans la seconde portion, de caractère aromatique, on distingue les paliers du toluène, des xylènes et du cymène.
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- Tableau I. — Rendement, en litres, par tonne de lignite.
- Fraction 0° —180°.
- Sans réaction. Avec réaction-
- Périgord................................ 7,00 29,40
- Provence..................................... 3,22 20,83
- Midi......................................... 7,14 30,04
- Espagne I.................................... 3,55 32,00
- Espagne II................................... 3,63 40,04
- Hongrie...................................... 5,12 24,90
- Tchéco-Slovaquie............................. 5,54 31,80
- Italie (xyloïde)............................. 2,00 19,32
- Amérique centrale............................ 4,28 13,40
- Gard (Nord).................................. 6,54 21,32
- Tableau II. — Analyse de la fraction 0°—180°, avec ou sans méthylation
- (teneurs centésimales).
- CARBONISATION ORDINAIRE MÉTHYLATION
- nols. tiques. Saturés, niques, nols. tiques. Saturés, niques.
- Tchéco-Slovaquie. . 32,6 21,3 22,8 23,1 0 93 0 7
- Hongrie............. 40,2 43 11 5,8 0,9 73 18 8
- Espagne II.......... 35,5 21 23,5 20 0,3 64 27,5 8,2
- Espagne III ... . 8 66 14,5 31 0 85,5 0 14,5
- Espagne IV.............. 8 54 12 26 0 87 0 13
- Italie (xyloïde) ... 63 6 6 25 0 90 0 10
- Tableau III. — Lignite I du Midi de la France. Fractionnement des toppings.
- Carbonisation ordinaire. Méthylation.
- Goudron primaire............ 10 p. 100 10,75 p. 100
- Topping.....................51 p. 100= 51 litres 55 p. 100 = 59 litres
- Fractionnement des toppings.
- 10 p. 100............... 170° 119°
- 20 —.................. 186° 126°
- 30 —.................. . 197° 139°
- 40 —............................. 209° 149°
- 50 —............................. 225° 175°
- 60 —............................. 240° 202°
- 68 —.................. 260°
- 70 —.................. 230°
- 76 —.................. 250°
- Résidu...................... 30 p. 100 22 p. 100
- Perte....................... 2 p. 100 2 p. 100
- Essence 0-180°.............. 7,14 litres 30,04 litres
- dont 45 p. 100 de phénols (phénols, 0)
- 136e Année. — Mai-juin 1937. 16
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- 34 OBTENTION DES CARBURANTS A PARTIR DES DIGNITES. ---------- MAI-JUIN 193
- Tableau IV. — Lignite espagnol II. Fractionnement des toppings.
- Carbonisation ordinaire. Méthylation.
- Goudron primaire.......... 4.43 p. 100 9,70 p- 100
- Topping................... 60 p. 100 = 26,7 litres 80]). 100= 77 litres
- Fractionnement du topping.
- 10 p. 100 ............ 176° 148°
- 20 —.............................. 192° 136°
- 30 — 205° 163°
- 40 — 220° 170°
- 50 —.............................. 237° 178°
- 60 — 255° 188u
- 70 — 279° 200°
- 80 — 290° 225°
- 85 — 300°
- 88 — 250°
- Résidu............................. 14,8 p. 100 10 p. 100
- Perte............................... 2 p. 100 2 p. 100
- Essence 0-180°............ 3,63 litres 40,04 litres
- (dont 30p. 100 de phénols) (phénols. 0)
- Tableau V. — 7’ourbe irlandaise séchée à 20 p. 100 d'humidité. Fractionnement des toppings.
- Carbonisation ordinaire. Méthylation.
- Goudron primaire................... 11,5 p. 100 15 p. 100
- Topping...................55]). 100=63,25 litres 55p. 100 = 82,11 litres
- Fractionnement du topping.
- 10 p. 100.............\ 185° 140"
- 20 —.............................. 198" 150"
- 30 — 208° 160"
- 40 — 216° 172°
- 50 — 225° 190°
- 60 — 238° 220°
- 70 — 255° 240°
- 73,5 — 260"
- 80 — ............... 260°
- Résidu............................. 24,5 p. 100 18 p. 100
- Perte..................... 2 p. 100 2 p. 100
- Essence 0-180°............ O 36 litres
- (phénols, 4 p. 100)
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- OBTENTION DES CARBURANTS A PARTIR DES DIGNITES ET DES TOURBES. 235
- ULIL1SATION DES PRODUITS DE LA MÉTHYLATION. — Goudron. — Les portions légères conviennent à la fabrication des explosifs (mélinite, tolite, xylite). Elles sont aussi d’une grande importance pour l’industrie des matières colorantes, qui utilise en partie les produits dérivés du benzène et du toluène. Les xylènes trouvent emploi comme solvants. La production de quantités considérables d’aromatiques lourds (triméthylbenzène, cumène, cymène, tétraméthylbenzène) peut développer cette industrie dans des directions nouvelles.
- Le reste, mélangé aux portions moyennes, trouverait son emploi comme unisseur et indétonant dans les carburants pour les moteurs à explosion. Il semble même que ces produits doivent attirer encore plus l’attention, depuis que des essais effectués par la General Motors Go ont montré que l’indice d’aniline des aromatiques lourds polymélhylés, étbylés et isopropylés est supérieur à celui même du toluène.
- Les portions lourdes du goudron primaire peuvent être, soit utilisées en partie comme indétonants lourds, soit employées au graissage, soit affectées aux moteurs Diesel à marche lente ; on pourrait aussi en extraire la paraffine, qui est abondante et à haut point de fusion. Actuellement, leur utilisation la plus avantageuse paraît être le cracking, qui donnera de 50 à 70 p. 100 d’essence légère, ou l’hydrogénation, qui peut en donner jusqu’à 90 p. 100.
- Brai. — Si l’on briquette le semi-coke, le brai y trouvera son utilisation directe; on peut aussi le dédoubler en cire de lignite et en brai sec pour vernis, isolants, carton bitumé et matériau pour la construction des routes.
- Gaz. — Le gaz peut trouver son emploi dans le chauffage des fours de carbonisation, dans l’alimentation des moteurs, fixes ou mêmes automobiles, dans l’éclairage et le chauffage domestiques suivant les conditions locales. Pour ces divers emplois, il convient de désulfurer le gaz.
- Soufre..— Un des constituants importants du gaz de lignite est l’hydrogène sulfuré, qui dépasse souvent 4 à 5 p. 100 du volume total ; la méthylation tend à augmenter encore cette teneur en mobilisant dans le gaz une partie du soufre qui, autrement, partait avec le semi-coke.
- On sait qu il est possible de retirer le soufre en nature; on peut aussi transformer l’hydrogène sulfuré en anhydride sulfureux et en obtenir, par condensation catalytique, l’anhydride SO3 qui, à son tour, par condensation, donne l’acide sulfurique et l’oléum, le poids d’acide concentré étant environ le triple de celui du soufre mis en jeu.
- Semi-coke. — Son emploi normal est l’agglomération en boulets ou briquettes pour le chauffage domestique ou l’alimentation des foyers industriels. Sa forte teneur en cendres, quand il s’agit de coke de lignite, en fait un combustible de second choix, dont la demande paraît s’accroître par suite des circonstances économiques actuelles. L’infusibilité des cendres résultant de mon procédé rend d’ailleurs l’emploi du semi-coke plus agréable.
- Le semi-coke peut avoir de multiples autres débouchés, par exemple : sa coin-
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- bustion après pulvérisation sous des chaudières, sa transformation en gaz pauvre ou en gaz à l’eau, la production d’hydrogène et d’acide carbonique pour la fabrication de gaz carbonique liquéfié, de neige carbonique, d’explosif pour mines (de Weindcl), etc.
- Certains cokes, notamment ceux de tourbe, ont une porosité exceptionnelle, sont exempts de cendres et s’apparentent aux charbons actifs.
- D’une façon générale, le semi-coke peut servir de base au procédé Fischer pour la production d’essence éthylénique et d’huiles de graissage, ou à la synthèse de l’ammoniac pour la production d’acide nitrique et, indirectement, d’un autre appoint d'acide sulfurique'. On peut estimer qu’un semi-coke de lignite permet la synthèse de 1/5 de son poids d’ammoniac ou 1/10 de son poids d’acide nitrique, sans faire appel à aucune autre matière ou énergie extérieure. Les résidus de celte nouvelle industrie de l'azote fourniraient un appoint considérable en sulfates, puisque le carbone du semi-coke se retrouve à l'état de gaz carbonique concentré dont le contact permet de transformer l’ammoniac en sulfate en utilisant les dépôts naturels de gypse.
- On sait l’intérêt qu’olfrirait l’obtention de ces matières, indispensables aux industries de paix et de guerre, sans avoir besoin de recourir à l’importation des pyrites.
- INDUSTRIALISATION DU PROCEDE.
- La réalisation industrielle des réactions caractéristiques démon procédé et la conservation des produits spéciaux qu’il fournit, exigent des conditions très particulières que l’on peut ainsi définir.
- Il est essentiel d’éviter un cracking des vapeurs d’hydrocarbures au contact des parois surchauifées, sous peine d’obtenir à la condensation, non plus les carbures aromatiques mais les carbures étliyléniques résultant de leur destruction pvro-génée. De plus, il est important d’utiliser les calories produites par la réaction même de pyrogénation, dont une phase importante est de nature exothermique. Il faut encore que l’appareil permette de faire varier l’enlèvement des gaz, afin d’obtenir, d’une part, le meilleur rendement possible en carbures, et d’autre part, la meilleure qualité possible de semi-coke.
- Il importe aussi :
- que le rapport entre la masse du four et la masse de la matière traitée soit aussi petit que possible;
- que le combustible ne soit pas agité et que, pourtant, il progresse;
- que la plus grande masse possible soit mise en œuvre et sous la plus petite couche possible (70 à 90 mm au maximum), à cause de la faible conductibilité de la matière traitée ;
- que la chaleur soit uniformément répartie et progressivement appliquée;
- qu’une légère dépression règne dans l’appareil;
- que sa marche soit automatique et continue.
- J’ai donc imaginé et construit un appareil de carbonisation qui réalise toutes
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- OBTENTION DES CARBURANTS A PARTIR DES LIGNITES ET DES TOURBES. 237
- les conditions que je viens d’énumérer, et qui, travaillant en véritable échangeur de chaleur, présente un rendement thermique exceptionnel.
- FOUR DE CARBONISATION METHYLANTE.
- Les figures 2 à 5 représentent respectivement le four en coupe longitudinale (fîg. 2), vu de front (fîg. 3), vu d’en haut (fîg. 4), et de profil (fîg. 3). L’alimentation est effectuée par la trémie AB et l’évacuation a lieu par la tubulure immergée E; un peu avant la sortie, est le brûleur C.
- Le four d’essai, actuellement en service à mon laboratoire, est tubulaire et d’un diamètre intérieur de 16 cm. Il comporte une partie horizontale F en forme d’U (fîg. 4), dont les deux extrémités se terminent par deux branches verticales D ouvertes dans l’eau (fig. 3), de façon à assurer l’étanchéité du four. Les deux parties droites horizontales ont 2,50 m de longueur et le rayon de la partie courbe est égal à 4 fois le diamètre intérieur du tube.
- Une chaîne, munie de 35 pièces raclantes (fig. 6) et mue par une roue G, de 60 cm de diamètre à 6 étriers, permet le déplacement continu de la matière à carboniser, introduite à l’extrémité froide par un doseur mécanique B et soutirée dans un étouflfoir à gravité E, après passage dans la zone de surchauffe.
- La chaleur est fournie, au voisinage de l’orifice de décharge, par un brûleur C à gaz ou à mazout, dont les flammes circulent, à contre-courant de la matière à distiller, dans une enveloppe calorifugée K, entourant le tube F.
- Par des trous de 4 cm de diamètre, percés au centre des raclettes de propulsion B, les vapeurs produites sont guidées loin des parois surchauffées; on peut faire varier à volonté le point de départ des gaz le long du tube central, afin de régler les échanges entre la matière à distiller et les produits de la distillation. Actuellement, les points de départ éventuels des vapeurs sont situés au voisinage des zones où régnent les températures de 600°, 350° et 150°.
- Le four d’essai a été conduit à la vitesse réduite de 3 t/24 h. Pour cette marche, avec le lignite, grâce à l’échange de chaleur réalisé et aux réactions exothermiques de pyrogénation, la dépense en combustible (gas oil courant) n’a été que de 1 litre/heure. La puissance nécessaire au fonctionnement des organes mobiles n’a été que de 0,5 ch.
- Une chauffe régulière a été tout de suite réalisée et la qualité de l’huile a été telle que nous avons conservé inchangés tous les paramètres de la marche.
- Depuis plus d’un an, et malgré quelques arrêts, le four a fonctionné sans incident. L’étude suivie de ce premier appareil a montré qu’un allongement de la partie horizontale de l’ordre de grandeur d’un mètre permet de porter la capacité à 4 t/24 h. Le chargement et le déchargement devront être automatiques et un seul homme, au besoin aidé d’une équipe volante de mécaniciens, suffira pour assurer le contrôle et la marche de plusieurs appareils; des batteries de telles unités constituent donc un outillage industriel, le tonnage de chaque
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- tube étant d’ailleurs très supérieur à celui des unités des fours multitubulaires de nombreux types, anglais par exemple.
- EK (C
- Fig-. 2 et 3. — Coupe longitudinale et vue en bout du tour à carbonisation méthylante.
- L'accessibilité des tubes étant très grande et leur capacité unitaire étant faible par rapport à l’ensemble des batteries d’une usine, le travail d’entretien pourra
- Fig. 4 et 3. — Plan et vue-coupe latérale du four à carbonisation méthylante.
- Fig. 0.
- Détail des raclettes du four.
- se faire rapidement et sans répercussion sensible sur le tonnage total de la production de l’usine.
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- Par comparaison avec la méthylation en, cornues discontinues, nous avons constaté que le four donne une huile plus abondante, une déphénolation plus complète et une augmentation de la fraction essence, avec tendance à l’accroissement des constituants aromatiques.
- Comme toutes les autres opérations annexes (condensation, fractionnement, scrubbing des gaz, cracking ou hydrogénation des fractions lourdes) sont d’une pratique courante, cet appareil de carbonisation a fait entrer la méthylation dans le stade industriel.
- MÉCANISME CHIMIQUE DU PROCEDE.
- Après des essais spéciaux au laboratoire, le Prof. Pascal représente comme suit les réactions principales qui se produisent à chaud en présence de sels d’acides gras :
- « Il est assez délicat de vouloir dresser une théorie complète du rôle des « réactifs employés. Ils sont en effet susceptibles d’agir, non seulement sur les « produits de la pyrogénation qui forment les goudrons normaux, mais encore « et surtout, sur les constituants initiaux de la matière carbonée, avant toute « pyrogénation, ou au cours de celle-ci. Il ne faut pas oublier non plus que la « production des légers méthylés, qui remplacent les phénols, facilite le départ « des carbures et réduit la pyrogénation, modifiant, par cela même, toute la « gamme des produits extraits. L’étude complète de toutes les réactions possibles « exigerait un temps considérable, d’autant que certaines sont du type réactions « en chaîne.
- « Si on considère par exemple les acétates, il faut se rappeler que leur chauf-« fage au rouge avec de la vapeur conduit à un mélange gazeux complexe, « d’odeur extrêmement piquante, à cause de la présence du cétène CH-CO, « auquel est mêlé du méthane, en particulier :
- 2CH3C02M —^ C03M2 + CH-CO + CH4 H20 + CH3C02M —^ 2CH4 4- C03M2 -4 CO2
- « Le cétène se dissocie d’ailleurs en éthylène et oxyde de carbone, en passant « par l’intermédiaire du radical non saturé CH2, ainsi que l’ont montré Staudinger, « Schmidlin et Bergmann.
- « D’autre part, Vavon a montré que les phénols existent en équilibre avec « leur forme tautomérique quinonique. Fischer et Elsner ont pu, par chauffage « prolongé, combiner l’hydroquinone et le bisulfite de sodium, réaction « caractéristique des cétones et quinones. Le composé formé, de formule « CfiH7 (OH)2 ( S03Na)3, implique l’existence de deux formes tautomères dans « le diphénol qu’est l’hydroquinone.
- « Or les groupes cétoniques ou quinoniques fournissent avec les cétènes, des « (3-lactones, et ces dernières sont facilement décomposées en carbures, avec « perte de gaz carbonique (travaux de Staudinger, Bereza et Einhorn).
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- « On peut transposer ces résultats dans le cas du phénol de la façon suivante, « en admettant que l’on mette enjeu le cétène ordinaire CH2 = CO :
- 1° Tautomérisation. 2° Condensation.
- OH | j OH 0 H2C — CO
- c, / C x c 1 1 . C ; 0
- / \ / \ \ / \
- CH CH CH CH2 CH CH2 CH CH2
- II —i| | || | + CH2 = CO —: >- || |
- CH CH CH CH CH CH CH CH
- ^CH^ XCH^ XCH XCH^
- phénol hémiquinone hémiquinone cétène p-lactone
- 3° Décomposition. 4° Transposition inlramoléculaire.
- H2C — CO CH2 [| CH2 CH3
- /c\ 0 / & , \ /K 'c / V
- CH CH* CH CH2 CH CH2 CH CH
- || | —v C02+ Il Il 1 — > || i
- CH CH CH CH CH CH CH CH
- \CH^ \ CH^ ^CH^ W
- « Il y a donc eu méthylation, soit remplacement du radical OH par le « radical CH3.
- « Ainsi s’explique la disparition presque totale des phénols au prolit d’un « relèvement considérable du rendement en carbures aromatiques polysubstitués, « et la dissimulation des parties moyennes, qui se transforment en doses impor-« tantes de toluène et de xylènes, auxquels s’ajoutent des polyméthylbenzènes et « des méthylpropylbenzènes. Ce sont les dérivés par méthylation des composés « phénoliques, phénols et surtout crésols ou xvlénols, constituants principaux « des goudrons ordinaires de lignite et de tourbe. »
- * *
- Parlant devant une véritable académie de science industrielle, j’ai tenu à lui fournir la preuve que mon procédé n’offre pas seulement un intérêt scientifique, mais qu’il permet aussi l’établissement d’une industrie prospère dès le temps de paix et particulièrement adaptable aux besoins du temps de guerre.
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- DISCUSSION
- M. E. Damour. — J’ai eu l’occasion d’étudier presque tous les lignites français, et d’en déterminer les rendements comparés par distillation à basse température, étude commencée pour un groupe d’industriels français, puis de 1919 à 1924, pour le compte de la Commission interministérielle de Carbonisation du Ministère du Commerce et de l’Industrie. M. Michot-Dupont a-t-il eu connaissance de ces travaux, qui pourraient intéresser l’application de son procédé?
- M. Michot-Dupont. — Je n’ai aucune connaissance de ces travaux.
- M. E. Damour. — La Commission de Carbonisation était présidée par M. le sénateur Lhopiteau et M. l’Inspecteur général des Mines, Walckenaer, vice-président; elle comptait, parmi ses membres les plus actifs, M. le sénateur Barthe, qui s’intéressait spécialement aux lignites. La Commission nous demanda à M. Lalfarguc et à moi-même, de faire des expériences comparatives sur tous les lignites français dont la liste suit : Fuveau, Entrevernes, La Chapelle, Lincel Saint-Martin, Manosque, Yoglans, La Caunette, Laluque, Saint-Paulet, Saint-Lon, Ballancourt, Saint-Vincent, Methamis, Thaninges, Saint-Laurent, L'Audierne, Brugnière, Saint-Ferréol, et des tourbes.
- Le but de ces expériences était de tirer le meilleur parti de ces gisements, soit comme combustibles, soit pour en extraire des goudrons primaires. Les expériences ont été faites par pyrogénation au four Gopaux, dans une cornue verticale, chauffée par une résistance en spirale de nichrome, suivie de traitements fractionnés du distillât.
- Le tableau résumant les résultats de ces distillations à basse température a été remis à la Commission et doit se trouver dans un dossier au Ministère du Commerce; en tout cas, j’en ai gardé toutes les minutes, et je tiens cette documentation personnelle à la disposition de M. Michot-Dupont.
- Après cette première étude de prospection, la Commission de Carbonisation nous demanda de faire, sur un lignite donné (celui des Bouches-du-Bliône) une étude comparative des divers procédés alors en compétition : four électrique, cornue en fonte, four Salerai, four rotatif, etc., ce qui permit d’établir que les rendements sont très différents, même pour des pyrogénations conduites à la même température, et montra qu’aucun procédé n'échappait à un cracking partiel.
- La conclusion de ces travaux fut la constatation regrettable que, dans nos gisements français, le meilleur des rendements était encore trop faible pour justifier une exploitation rémunératrice; et les travaux de la Commission ne tardèrent pas à être suspendus.
- Ce compte rendu de travaux antérieurs, très complet, peut aujourd’hui être mis à contribution et donner plus d’importance et d’intérêt national au procédé Michot-Dupont, capable de rendre la vie à des gisements dont les procédés habituels de carbonisation ne permettraient pas de développer l’exploitation.
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- MAI-JUIN 1937.
- La conférence de ce jour a amplement démontré que le problème a maintenant sa solution, et le procédé est d'autant plus remarquable que l’expérience antérieure a permis de comprendre l’importance des difficultés à vaincre.
- Je suis à la disposilion de la Société d’Encouragement. ainsi que M. Lalïargue, pour communiquer les résultats que nous avons obtenus à l’époque, et qui démontrent toute la valeur d'un procédé capable d'améliorer les rendements.
- M. Miciiot-Di/poxt. — Je remercie très vivement M. Damour de son offre aimable; je serai Liés heureux de consulter cette documentation, d’autant plus que les renseignements sur les essais de carbonisation des lignites français sont assez rares.
- Je crois devoir ajouter que si les fours verticaux, qui étaient utilisés à l’époque des travaux de la Commission, ont donné des déboires, c’est à cause de la chute du combustible et de l'accumulation de chaleur dans ses parties hautes.
- M. Lacoin, président. — Personne ne désirant poser de question à notre conférencier, je me permettrai de lui demander s’il peut nous donner quelques renseignements sur les rendements et les frais d’établissement de son procédé.
- M. M ici io T-L) u pont. — La carbonisation méthylanto, pour être économique, suppose un ordre de grandeur minimum. Cet ordre de grandeur est d’ailleurs inférieur à celui des autres procédés employés pour la fabrication de l’essence synthétique, et il résulte de l’intérêt qu’offre l’utilisation d une installation decrae-king, de préférence en phase vapeur. La plus petite unité commerciale est celle qui correspond au cracking dos lourds produits par une usine de méthylation carbonisant par jour 600 t d’un lignite moyen ; bien entendu, des usines de capacité supérieure donneraient de meilleurs résultats et permettraient l’utilisation d’un atelier d'hydrogénation pour le traitement des lourds.
- Le four unitaire industriel étant de 25 t/jour, on peut en grouper quatre sur uni1 seule batterie de condensation et les placer sous la surveillance d’un homme. Il faudra donc six groupes, ou 24 fours, pour l’usine de 600 l/jour. Cette disposition permet l’entretien et même les réparations sans répercussion sensible sur le rendement total de l’usine.
- M. Lacoin. président. —Quel est le métal utilisé dans la construction du four?
- M. Michot-Di pont. — Il suffit de fonte et d’acier ordinaires, sauf pour les 2 m avoisinant h; brûleur, qui sont à la température maxima de 600° et pour lesquels on emploie de la fonte au chrome FR de Boulogne, qui résiste à 1350-1380°. La chaîne se refroidit dans l’eau; la température maxima à laquelle elle est soumise, et pendant 1,5 min seulement, est de 540-550°. Du reste, te four d’essai de mon laboratoire, qui passe 120 kg/h. est encore à l’état de neuf après de nombreuses journées de travail depuis 18 mois.
- En ce qui concerne les frais d’installation, ils ont été établis comme le montre le tableau suivant :
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- OBTENTION DES CARBURANTS A PARTIR DES LIGNITES ET DES TOURBES 243
- Frais de premier établissement d'une usine de méthylation, traitant 600 t de lignite par jour avec cracking des lourds et agglomération du coke (francs à la date du 31 mai 1936).
- fr fr
- Fours et manutention........................
- Condensation fractionnée . . .
- ^ Scrubbing des gaz.............
- Huile < Raffinage préliminaire ....
- / Redistillation des aromatiques.
- \ Raffinage des aromatiques. . .
- Total partiel, fr..............
- Cracking T. V. P...........................
- Réservoirs pour 15 jours de fabrication . . .
- ! Bâtiments.....................
- Chaudières..................'.
- Usine électrique..............
- Préparation du terrain, etc. . Equipement temporaire. . . .
- tS x r
- Egouts et séparateur..........
- Canalisations d’huile, de gaz, etc
- Camions-citernes..............
- Protection contre incendie. . .
- Total partiel, fr............
- Agglomération du coke (1/3)................
- Imprévus et divers.........................
- Total général, fr. ..... .
- 705 000 510 000 200 000 330 000 120 000 1 865 000
- 550 000 350 000 600 000 200 000 300 000 300 000 250 000 100 000 80 000 2 730 000
- 6 000 000
- 1 865 000
- 2 450 000 300 000
- 2 730 000 500 000 1 155 000 15 000 000
- Le bilan financier a été établi pour un lignite du Gard. Bien entendu, cebilan suppose un prix de vente tel qu’il est pratiqué. Le voici.
- Lignite du Gard.
- Estimation du bénéfice brut par tonne de lignite dans une usine traitant 600 t par jour, avec cracking
- (francs à la date du 31 mai 1936).
- Recettes : fr
- Essence aromatique 0-250° à 2 fr le litre...... 49,26 1 ^
- — — 205-250° à 2 fr — ......... 12,12 1 V 176,38
- Essence de cracking 0-200° à 2 fr — ......... 26,81 1 )
- Goudron de marine à 0,35 fr le kilog . . . 26,00 kg 9,10
- Coke (80 %) -h brai (10 %) à 70 fr la tonne......... 0,450 t 31,50
- 216,98
- A déduire 10 p. 100 sur les essences pour les pertes au raffinage. — 17,64 Total fr....................................................... 199,34
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- Dépenses : fr
- Lignite................................................ 30,00
- Son transport........................................... 2,83
- Main-d’œuvre............................................ 7,58
- Traitements divers...................................... 5
- Réparations, entretien.................................. 6
- Amortissements.......................................... 8,70
- Transports divers. . . 3
- Frais spéciaux de cracking.............................. 4
- Réactifs (20 kg d’acétate, 40 kg de carbonate) .... 28
- Licence méthylation (environ 10 fr/hl)................. 11,25
- Frais généraux.......................................... 2,75
- R rai (40 kg à 0,18 fr/kg).............................. 7,20
- Total.................................... 118,33 118,33
- Rénéfice brut par tonne de lignite...........fr. 81,01
- La majeure partie du soufre est mobilisée dans les gaz provenant de la carbonisation, d’où on peut les extraire économiquement : ce qui paraît devoir couvrir au moins les pertes au raffinage, évaluées ci-dessus à 10 p. 100 des recettes sur les essences.
- M. Rolley. — La méthode est-elle applicable à la tourbe et avec les memes avantages?
- M. Michot-Dupont. — Les résultats obtenus sont tout aussi intéressants avec la tourbe qu’avec le lignite, à condition cpi’elle soit préalablement ramenée à environ 30 p. 100 d’eau totale (eau d’interposition et de constitution).
- Je ci’ois devoir faire remarquer, en passant, que tous les chiffres de rendement qui viennent d’être donnés ont été établis en supposant que la matière première est le lignite cru ou la tourbe à 30 p. 100 d’humidité, et non sur le produit supposé sec comme on le fait quelquefois: en effet on doit utiliser le lignite tel qu’il est extrait et se contenter d’une dessiccation de la tourbe à l’air, car toutes les dessiccations forcées sont coûteuses et risquent en outre de provoquer une oxydation qui modifie les propriétés du lignite et diminue considérablement le rendement. C’est un fait que j’ai constaté fréquemment et dont l’explication n’est pas simple.
- Du reste, on ne sait pas d’où provient l’huile obtenue à la carbonisation; elle ne préexiste certainement pas dans la matière première puisque, si on la traite par des solvants à froid, on n’obtient pas d’huile, mais des résines. Il semble que l’huile se produise pendant la phase de réaction exothermique aux dépens de certains constituants; c’est d’ailleurs pour cela que, dans mon four, j’ai laissé à cette phase toute la liberté possible.
- M. Lacoin, président. — Si donc on rapproche les chiffres que vous avez donnés pour les frais de premier établissement d’une usine de méthylation, et cenx
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- OBTENTION DES CARBURANTS A PARTIR DES LIGNITES ET DES TOURBES. 245
- qui ont été publiés pour les procédés d’hydrogénation et de synthèse à partir du gaz à l’eau, ils ne seraient, par votre procédé, que le tiers ou le quart des autres. Avez-vous fait cette comparaison?
- M. Michot-Dupont. — Nous avons fait cette comparaison pour les principales méthodes de synthèse. A cet effet, nous avons utilisé les publications et études suivantes : Procédé Fischer, Génie Civil du 14 mars 1936 et Chimie et Industrie d’avril 1936; — pour l’hydrogénation : Projet d’hydrogénation directe des lignites des Bouches-du-Rhône; Chimie et Industrie, d’avril 1936; Génie Civil du 25 avril 1936 et du 6 avril 1937; Industrie chimique, de décembre 1935; — pour la méthylation : Études de réalisation industrielle pour les lignites du Minervois et des Bouches-du-Rhône.
- Pour que la comparaison soit valable, nous avons adopté l’ordre de grandeur nécessité par les procédés d’hydrogénation et celui de Fischer, c’est-à-dire en supposant une usine produisant environ 50 000 t d’essence par an. Les prix sont ceux du début de 1936.
- Lignite du Minervois. Frais de premier
- établissement
- Frais Tonnage par tonne
- Qualité de premier d’essence d’essence
- d’essence. établissement. (par an). annuelle.
- (Francs.) (Francs.)
- Méthylation et crackinç des
- lourds aromatique 54 000 000 55 000 981
- Méthylation et hydrogénation des lourds aromatique 70 000 000 58 250 1 200
- Synthèse Fischer Carbonisation et hydrogéna- ordinaire 132 000 000 50 000 2 640
- tion du goudron Hydrogénation directe du — 100 000 000 40 370 2 477
- lignite — 175 000 000 50 000 3 500
- Lignite des Bouches-du-Rhône. Méthylation et cracking des
- lourds aromatique 54 000 000 50 265 1074
- Méthylation et hydrogénation
- des lourds aromatique 70 000 000 53 000 1 320
- Synthèse Fischer Carbonisation et hydrogéna- ordinaire 132 000 000 50 000 2 640
- tion du goudron Hydrogénation directe du — 175 000 000 50 000 3 500
- lignite — 175 000 000 50 000 3 500
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- 246
- NOTE BIBLIOGRAPHIQUE.
- MAI-JUIN 1937.
- M. Lacoin, président. — Il semble que celte comparaison soit extrêmement concluante; et elle est toute en faveur de voire procédé. Je vous remercie très vivement pour votre exposé, si clair et présenté de façon si modeste, et aussi pour les renseignements complémentaires, extrêmement intéressants, que vous avez bien voulu nous donner; ils montrent très nettement l’intérêt de votre procédé.
- NOTE BIBLIOGRAPHIQUE
- La fabrication continue du superphosphate.
- La fabrication continue du superphosphate vient d’être réalisée en Angleterre et en Allemagne. L’appareil anglais, mis au point par la J. and W. Maxwell Co Ltd, est décrit dans Chemical and Metallurgical Engineering de janvier 1937; l’appareil allemand, dit Moritz-Standaert, est décrit dans E‘industrie chimique de mai 1937. Dans les deux cas, on s’est efforcé de réduire la main-d’œuvre au strict minimum.
- L’appareil anglais a pour cave un tore à axe, horizontal, formé d’éléments en fonte assemblés par des boulons, présentant un vide circulaire autour de son diamètre intérieur et tournant autour de son axe, à raison d’un tour en 4 heures. Le mélange de phosphate de chaux et d’acide sulfurique, après malaxage, est versé à la partie inférieure. La prise est terminée au bout de 2 heures quand la masse solide arrive à la partie supérieure, où elle est découpée par un couteau à lames, tournant autour d’un axe horizontal.
- L’appareil allemand comporte une cuve cylindrique en ciment armé, tournant autour de son axe vertical à raison d’un tour en 4 à 10 heures; à l’intérieur est un cylindre concentrique fixe; la cave est constituée par l'espace annulaire compris entre ces deux cylindres; elle est limitée d’un côté par une cloison fixe devant laquelle est versé le mélange de phosphate et d’acide sulfurique; de l’autre côté de cette cloison, la masse, ayant fait prise, est découpée par un couteau à lames tournant autour d’un axe vertical.
- Dans les deux appareils le rapport des vitesses de rotation du couteau et de la cave et le débit du mélange doivent être parfaitement déterminés et constants pour un phosphate et un superphosphate donnés. Selon les dimensions des appareils, leur production est de 3, 10, 20 et 30 l/h. La puissance totale nécessaire (cave, couteau, malaxeur et ventilateur d’aspiration des vapeurs acides) est de l’ordre de 10 ch pour une production de 10 t/h, et la main-d’œuvre est réduite à celle d’un seul homme qui n’a qu’à surveiller les organes en mouvement.
- K. L.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNGOUR. POUR L’iNDUST. NATION.— MAI-JUIN 1937 (p. 247).
- MACHINE DE M. H. VOLLET POUR LES ESSAIS MÉCANIQUES DES LUBRIFIANTS ET DES DIVERS MÉTAUX DE FROTTEMENT.
- par M. Joseph Prévost, Ingénieur clés Arts et Manufactures, physicien au Service des Machines du Laboratoire cl'Essais clu Conservatoire national
- des Arts et Métiers.
- Les phénomènes de frottement sont à la base de la plupart des études et réalisations mécaniques. Tantôt utile dans le freinage et pour assurer l’adhérence des véhicules, le frottement a le plus souvent des effets nuisibles par la résistance qu’il oppose au mouvement relatif des organes des machines.
- Nous ne nous étendrons pas sur les théories les plus diverses par lesquelles on a cherché à expliquer les causes du frottement, depuis Amontons, Coulomb, Morin, pour arriver de nos jours aux conceptions de MM. Brillouin, Hardy et Woog, qui substituent aux théories anciennes de l’irrégularité matérielle des surfaces l’idée de l’irrégularité moléculaire. L’une et l’autre théorie sont d’accord avec la technique, du graissage qui a pour but de séparer les surfaces en mouvement relatif par l’interposition d’un lubrifiant.
- Le graissage a donc un double but :
- 1° étendre sur les surfaces un tapis, dénommé épilamen, de molécules bien adhérentes au métal. Lorsque, dans la phase du graissage dit imparfait, les surfaces approchent du contact immédiat, cette couche est l’ultime rempart contre le grippage;
- 2° maintenir entre les surfaces en mouvement une couche continue dite film, d’épaisseur notable (minimum 0,02 mm) d’un liquide entre les lames duquel s’effectuera le glissement. Dans ce cas, si l’épaisseur du film de lubrifiant est suffisante, l’influence des surfaces disparaît, le graissage est dit parfait.
- Pour permettre au constructeur ou usager des machines de choisir et les métaux et le lubrifiant les mieux appropriés aux problèmes de graissage, on a, depuis quelque cinquante ans, construit un grand nombre de machines d’essais destinées à mesurer les forces de frottement développées par deux surfaces métalliques glissant l’une par rapport à l’autre dans les conditions les plus variées de vitesse, pression et température.
- Les premières machines construites par Thurston, Ingham, Ashcroft, Beau-champ-Tower, Martens, etc., reproduisaient le mécanisme du coussinet. Malheureusement, le jeu de quelques centièmes de millimètre existant nécessairement entre l’arbre et le coussinet, jeu très variable d’ailleurs avec les charges, températures, vitesses, etc., ne permet des mesures précises de frottement que si l’on peut mesurer très exactement ce jeu, ce qui ne semble pas avoir été fait sur ce genre de machines.
- La répartition des pressions unitaires est également très variable sur la périphérie d’un coussinet; or, la pression étant un facteur très important de
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- 248 MACHINE VOLLET A ESSAYER LES LUBRIFIANTS. --------- MAI-.JUÏN 1937.
- variation de la valeur du coefficient de frottement, ce genre di' machines se prête assez difficilement aux études du frottement en fonction de la pression.
- Pour obvier à ces inconvénients, divers expérimentateurs construisirent des machines basées sur le principe de deux disques glissant 1 un sur l'autre; on peut citer, bâties sur celle conception, entre autres les machines de Woodbury, de Tmver.
- Ces machines ne pouvaient guère permettre des mesures précises, car la vitesse allait en croissant de zéro, au centre, jusqu'à la vitesse maximum, à la périphérie; le coefficient de frottement variant aussi avec la vitesse, on ne mesurait ainsi qu’un coefficient moyen.
- Plusieurs constructeurs, tant en Fiance qu’à l’étranger, ont pensé obvier à ces deux défauts, pressions et vitesses variables, en substituant au mécanisme du coussinet, ou du disque plein, celui de [listes annulaires sur lesquelles glissent soit d’autres pistes semblables, soit des frotteurs 1 .
- M. II. VolIet, chef du Service des Ateliers du Laboratoire d’Essais du Conservatoire national des Arts et Métiers, a inventé une machine qui marque un grand progrès sur les autres frictomètres connus, tant à cause de la précision que de l’étendue des mesures possibles.
- Un premier modèle de cette machine a été construit à l’Office national des Recherches scientifiques, industrielles, et des Inventions. Ce prototype a été perfectionné lors de la commande de la machine actuelle par le Laboratoire d’Essais.
- Cette machine est en service au Laboratoire d’Essais. dont le Directeur nous a chargé, en 1935, comme physicien au Service des Machines, d’en faire l'étude pour son application à la détermination des coefficients de frottement et usure des métaux.
- A la demande de M. le Prof. Sauvage, et avec l'autorisation de M. le Directeur du Conservatoire et de la Direction du Laboratoire d’Essais, nous publions quelques résultats de cette élude soit : Description de la machine Vollet et principe de son fonctionnement; — Etude mathématique de la machine; — Etendue des mesures possibles avec la machine et précision des mesures; — Essais effectués au Laboratoire d’Essais à l aide de la machine Vollet; — Nouvelle présentation des résultats des essais mécaniques des lubrifiants et des antifrictions.
- I. — FONCTIONNEMENT ET DESCRIPTION DE LA MACHINE VOLLET.
- principe de la machine. — La machine Vollet (fig. 1) est une machine de froLtement à deux (listes ou couronnes a et à, qui reçoivent un mouvement de rotation de deux arbres concentriques c et p.
- Entre ces deux couronnes est disposé un anneau d, que les forces de frottement agissant sur les deux faces tendent à entraîner dans leur mouvement de rotation.
- (1) Notamment, la machine anglaise de Soullicomhe, présentée au Congrès de Graissage de Strasbourg en 11)31.
- (2) Brevet français n° (155705, Brevet allemand n° 504409.
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- MACHINE VOLLET A ESSAYER LES LUBRIFIANTS ET LES ANTIFRICTIONS. 249
- Cet anneau est fixé dans une cuvette e qui porte deux bras / qui viennent, par des butées g, appuyer sur deux capsules manométriques h, en sorte que l’anneau est en équilibre sous l’action des seuls couples : couple de frottement sur la face supérieure ; — couple de frottement sur la face inférieure ; — et couple de poussée sur les capsules manométriques.
- La charge réglable sur les deux faces de cet anneau est obtenue de la façon suivante :
- A l’aide d’une presse hydraulique i, on exerce une pression en k sur une membrane qui, par l’intermédiaire de la butée à billes l, produit une poussée verticale de haut en bas sur l’arbre commandant la piste supérieure. Cette charge est transmise par l’intermédiaire de l’anneau à la piste inférieure qui a, en plus, à supporter la charge correspondant au poids de la cuvette et de l’anneau intermédiaire.
- Le mouvement de rotation est transmis à l’arbre c par les engrenages r ; l’arbre p reçoit son mouvement de l’arbre c par les organes intermédiaires suivants : un embrayage m, deux taquets de butées t et deux galets n. Ce dispositif permet le déplacement axial nécessité par la poussée de la membrane s’exerçant sur cet arbre.
- DESCRIPTION DE LA MACHINE. — FïS- F — Schéma de la machine Vol 1 et.
- La machine actuellement en service
- au Laboratoire d’Essais, représentée sur les figures 1 et 2, a une hauteur totale de 1,60 m.
- Les principaux organes mécaniques sont enfermés dans un carter o. Le levier d’embrayage q permet d’embrayer l’arbre entraînant la piste inférieure ou ensemble les deux arbres tournant à la même vitesse. Sur chacun de ces arbres, et à la partie supérieure (fig. 1) est fixée une couronne constituée par un métal qui peut être le même, ou différent dans les essais comparatifs d’usure des métaux. Ces deux couronnes sont usinées aux diamètres intérieur de 60 mifi et extérieur de 80 mm (a et b, fig. 1).
- 136e Année. — Mai-juin 1937.
- 17
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- 250 MACHINE VOLLET A ESSAYER LES LUBRIFIANTS. — MAI-JUIN 1937.
- Entre ces deux couronnes est disposé un anneau d, de mêmes diamètres intérieur et extérieur, et portant sur ses deux laces planes des créneaux destinés au passage du lubrifiant (fig. 3).
- Sur la partie supérieure de la machine, un petit volant v actionne le piston primaire de la presse hydraulique destinée à envoyer sous pression de l'eau glycérinée au-dessus de la membrane en k (lig. 1).
- Le lubrifiant est versé goutte à goutte sur l’anneau intermédiaire.
- Un dispositif de chauffage électrique permet d'élever la température du lubrifiant et de l’anneau jusqu’à 200°. Dans ce cas, une double enveloppe placée contre l’anneau intermédiaire permet, soit de maintenir une température constante, soit d’obtenir de très basses températures.
- Les appareils de mesures suivants sont placés sur la machine :
- 1" Un thermomètre, au contact de l’anneau, son réservoir baignant dans l'huile alimentant cet anneau ;
- 2° Un compte-tours et un tachymèlre, permettant de déterminer la vitesse de rotation des pistes;
- 3° Un manomètre, gradué de 0 à 25 kg, destiné à régler la pression exercée sur les pistes par l’intermédiaire de la presse hydraulique ;
- 4° Un manomètre gradué
- de 0 a 500 g, permettant de déterminer la pression exercée dans les capsules manomélriques par les bras solidaires de I anneau. Les indications de ce mano-
- Fij
- Vue (le lii machine YoHel.
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- MACHINE VOLLET A ESSAYER LES LUBRIFIANTS ET LES ANTIFRICTIONS. 251
- mètre sont tarées en couples à l’aide de poids m, placés à l’extrémité d’un bras de levier de 0,250 m (fîg 3).
- '/yy\ ÙpôllJes
- Echancrure»
- pour Je pasiage .
- Ju lubrifiant JTIGulCfUGb
- Fig. 3. — Coupe verticale et plan des pistes a et b et de l’anneau intermédiaire (voir fig. 1).
- (Le plan montre le dispositif adapté à la cuvette porte-anneau pour effectuer le tarage des capsules manométriques.)
- II. — ÉTUDE MATHÉMATIQUE DE LA MACHINE.
- détermination du couple de frottement. — Les surfaces frottantes étant constituées par des couronnes, si nous considérons deux couronnes élémentaires de rayons différents, la surface de ces couronnes n’étant pas la même, la charge et, par suite, le couple de frottement sur chacune d’elle est variable (fig. 3).
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- 252 MACHINE VOLLET A ESSAYER LES LUBRIFIANTS.
- MAI-JUIN 1937.
- Si nous appelons cZM le couple élémentaire de frottement d’une couronne de rayon r et de largeur dr, on a :
- (/M = k %tr dr pHr,
- en appelant k le coefficient de frottement et pu la pression unitaire par centimètre carré
- M = jf ’A 2tt Pu r*dr = 2-kpu |[rs — r:/] [1]
- Si nous appelons P la pression totale exercée sur Tune et l’autre piste en mouvement et p le poids propre de la cuvette portant la piste intermédiaire 6, la charge unitaire sera :
- et
- Pu!
- Pu,
- P
- tt (r: — rf) P -h p
- 7i (îç- - rf)
- sur la piste supérieure, sur la piste inférieure.
- Dans le cas où l’on se sert des deux pistes, on a donc :
- M
- M
- 2
- - tz k \ r'
- 3 L ' -k^
- (2P
- (r'i — ~P)-
- rl)
- Ce couple M est mesuré comme nous l’avons exposé ci-dessus par la pression 9 exercée sur des capsules manométriques à l’extrémité des bras de levier de longueur / ; on a donc (fîg. 3) :
- M = 2© l
- D’autre part, le tarage de ce manomètre est fait en suspendant un poids vs au bout d’un bras de levier de 250 mm; on a donc, en définitive :
- M = 2cp Z = gj 0,250 = ~k—^-^(2P -4- p).
- 3 ri — r\
- DÉTERMINATION DU COEFFICIENT DE FROTTEMENT. — De l’expression précédente on tire :
- k = - 0,250 ro ----— x ~— ---- [21
- 2 4 ,-j: 2P -h p '
- O ! ' " —— 7'**"
- Le coefficient -X 0,250-|-------------------^ étant constant pour des pistes de même rayon,
- 2 v > — v%
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- MACHINE VOLLET A ESSAYER LES LUBRIFIANTS ET LES ANTIFRICTIONS. 253
- DÉTERMINATION DU TRAVAIL ABSORBÉ PAR LES FORCES DE FROTTEMENT. — Pour un nombre n de tours/minute de la machine, ce travail, en kilojoules, est égal à :
- TV = X M = 0,250 x ci kilojoules par seconde.
- DÉTERMINATION DE L’ÉNERGIE PRODUITE SOUS FORME DE CHALEUR PAR LE FROTTEMENT. — De l’expression du nombre de kilojoules par seconde produits, on déduit le nombre de millithermies :
- ou encore
- 2tt n M
- ~6Ô“Il8
- 7i n 0,250 u
- 3Ô 4,-18
- observations. — Calcul de la vitesse linéaire des pistes. — Dans les calculs qui précèdent et pour les déterminations usuelles des coefficients de frottement, nous avons pensé que, en première approximation, étant donnée la faible largeur des anneaux, on pourrait considérer la variation de vitesse suivant le rayon comme négligeable, à condition de calculer la vitesse sur le rayon moyen
- En appelant km le coefficient exact de frottement correspondant à la vitesse V?„ pris sur le rayon moyen Rm, et k le coefficient calculé à l’aide de la formule [1], on a km = k -h {3.
- L’étude complète de cette question comporte un développement qui sortirait du cadre de cet exposé. Les résultats de cette étude permettent de conclure que, pour les pistes usuelles de diamètre 80 mm et de 10 mm de largeur, l’erreur
- relative -J^- est de l’ordre de —. km 1000
- Égalisation de la charge sur les deux faces de l'anneau. — Le poids de la cuvette, support de l’anneau intermédiaire, s’ajoutant, sur la piste inférieure, à la charge appliquée sur la piste supérieure, entraîne une inégalité entre les deux couples de frottement s’exerçant sur l’une et l’autre face (fig. 3).
- Pour des pressions unitaires variant entre 10 et 100 kg/cm2, P varie de 184 kg-force et p a une valeur de 3 kg-force. Cette surcharge de 3 kg-force entre bien dans les calculs (2 P-+-p), mais pour les très faibles charges, elle a l’inconvénient de déterminer une pression unitaire sensiblement plus élevée sur la face inférieure de l’anneau; dans ce cas, le coefficient de frottement calculé est la
- P
- moyenne des coefficients, l’un correspondant à la pression unitaire g et l’autre
- • P -u p
- a la pression —g—•
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- 254 MACHINE VOLLET A ESSAYER LES LUBRIFIANTS.
- MAI-JUIN 1937.
- Pour éviter cet inconvénient, il y a lieu de calculer les échancrures faites sur la lace inférieure de l’anneau de façon que la nouvelle surface S' soit telle que :
- J1
- S'
- ' i' él
- On a aussi :
- S' — S
- .IL
- P
- c’esl-à-dire que si. au cours d’une expérience, on doit faire varier P. on déterminera la valeur S' correspondant à la plus petite valeur de P et l’on n'aura plus à
- p
- changer S' si l’on surcharge p de manière que le rapport p reste constant.
- Abaque pour la détermination du coefficient de frottement. — Nous avons
- construit un abaque (fig. -4) à alignement à trois entrées :
- a, Echelle des graduations du manomètre. étalonné en valeurs du couple;
- b, Echelle des valeurs de 2P + p, charge sur l’ensemble des deux pistes;
- c, Echelle graduée en valeur de k, coefficient de frottement.
- L’alignement du point lu sur l’échelle 2P -h p avec le point lu sur l’échelle des couples donne, sur l’échelle k, la valeur cherchée (fig. 4).
- Exemple : Soit une expérience exécutée sous la pression de 20 kg/cm2; si on a lu sur le manomètre des couples de frottement l’indication 67, on tracera une ligne droite joignant le point 67, lu sur la division at, au point 20, lu sur la division bl ; l’intersection de cette droite avec l’échelle c fera connaître la valeur du coefficient de frottement.
- Fit;. 4. — Attaques donnant le coefficient de frottement pour diverses valeurs de la pression unitaire.
- III. — ETENDUE DES MESURES POSSIBLES.
- Les facteurs principaux mis en évidence actuellement dans les problèmes de frottement sont : la température, la pression, la vitesse, l’épaisseur de la couche lubrifiante interposée entre les surfaces frottantes.
- La machine Vollct permet la mesure des trois facteurs, température, pression, vitesse, dans les conditions suivantes :
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- MACHINE VOLLET A ESSAYER LES LUBRIFIANTS ET LES ANTIFRICTIONS. 255
- Température, entre — 20° et -4-200°; nous l’avons effectivement expérimentée jusqu’à 180°.
- Pression, entre 0,300 et 100 kg“/cm2. Avec des pistes de plus petite surface, on
- pourrait atteindre des pressions plus élevées données par la relation
- 2 000 S
- k8.
- 2 000 kg étant la force maximum exercée par la presse hydraulique, S étant la surface portante de chaque piste. Pour les faibles pressions, on est limité par le poids p de la cuvette qui est de 3 kg1 environ.
- Vitesse. La vitesse peut varier de 0 à 1 700 t/min, ce qui correspond à une variation de la vitesse linéaire de 0 à 6 m /sec.
- Précision et fidélité des mesures. — La précision de la machine dépend, d’une part, de la précision des manomètres placés sur la machine et servant à mesurer les couples et la pression, d’autre part, de la stabilité du couple des forces de frottement.
- L’étude expérimentale que nous avons faite à ce sujet nous a montré que, dans l’état actuel des instruments placés sur la machine, l’erreur relative des
- \ 8
- coefficients de frottement mesurés varie entre et 1000 ' P^usl'eurs expériences
- répétées à des intervalles de plusieurs mois sur la même huile, nous ont montré que la machine est fidèle dans la limite de sa précision.
- IV. — MÉTHODES D’ESSAIS ETUDIEES EN 1936 AU LABORATOIRE D’ESSAIS.
- Essai dit d'endurance, faisant connaître en fonction du temps, la température du lubrifiant et le coefficient de frottement de deux métaux lubrifiés.
- Ces courbes présentent deux tangentes horizontales qui correspondent à la température d’équilibre et au coefficient de frottement à cette température. Cette température de régime dépend d’ailleurs des caractéristiques de la machine fonctionnant comme radiateur des calories apportées par le frottement.
- De ces deux courbes, on peut déduire la courbe du coefficient de frottement en fonction de la température.
- Le graphique de la figure 5 reproduit cet essai classique effectué très correctement à l’aide de la machine Yollet.
- Reproduction des expériences de Goodmann et Stribeck. — Ces expériences ont pour but de maintenir l’huile et les pistes à température constante et de déterminer la valeur du coefficient ou de la force du frottement, soit à vitesse constante en faisant varier la pression, soit à pression constante en faisant varier la vitesse.
- D’après les auteurs précités, chaque expérience permettrait de passer au cours de l’essai par les trois phases de graissage : graissage fluide, graissage onctueux, graissage demi-sec. Au point de vue de l’essai des huiles, cette méthode a l’avantage de permettre de faire une étude complète des propriétés d’une huile d’une
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- 256 MACHINE VOLLET A ESSAYER LES LUBRIFIANTS. ------- MAI-JUIN 1937.
- façon indépendante de la durée de l’essai et des capacités de radiation des calories de la machine (dont dépendent des températures de régime propres à la machine d’essai).
- Ces essais mettent en évidence, pour chaque huile, un minimum de coefficient de frottement. Ce minimum, obtenu vraisemblablement à la limite des phases oncteux et demi-sec, est une caractéristique propre à l’huile, permettant de la comparer utilement à d’autres huiles.
- Terrtpi J'£%périe'nce
- Fig. 5. — Coefficient, de flottement et élévation de température de l’huile et des pistes en fonction du temps.
- Les essais effectués par cette méthode ont été accueillis favorablement par les techniciens de la lubrification (3).
- Essai comportant l'arrêt de l'alimentation en lubrifiant. — Ce genre d’essais a été fait récemment par le National Physical Laboratory pour mettre en évidence l’amélioration de la lubrification par l’apport de graphite colloïdal dans les huiles.
- L’essai consiste à exécuter d’abord la courbe usuelle des coefficients de frot-
- (3) Les expériences faites par les auteurs précités ont mis en évidence un coefficient de frottement minimum invariable avec la vitesse, ne dépendant donc que de la température de l’expérience.
- Avec la machine à piste étudiée, nous avons pu reproduire exactement ces expériences et obtenir un minimum constant pour une température donnée, mais à condition de faire varier le débit d’huile, suivant la vitesse des pistes. En maintenant le débit constant, nous avons obtenu une variation de la valeur de ce minimum et avec les vitesses et avec la température, comme on peut s’en rendre compte sur la figure n° 8.
- Cette remarque permettra une plus facile comparaison du pouvoir lubrifiant d’huiles différentes.
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- MACHINE VOLLET A ESSAYER LES LUBRIFIANTS ET LES ANTIFRICTIONS. 257
- tements en fonction du temps avec une alimentation normale et mesurée, puis à interrompre l’alimentation d’huile et à continuer l’expérience jusqu’au grippage, qui est annoncé par un relèvement rapide de la courbe de frottement.
- L’huile qui permet de conserver le [dus longtemps son pouvoir lubrifiant sera caractérisée par un long palier pouvant s’étendre sur plusieurs heures.
- Les essais ont été faits au Laboratoire d’Essais avec une huile d’olive et des huiles non compoundées; dans certains cas, les paliers ont été de 3 heures; avec certaines huiles graphitées, ces paliers peuvent durer 24 heures (fig. 6).
- éa- -,
- Temps d'Experte-rste.
- Coefficient de frottement et élévation de température de l’huile et des pistes en fonction du temps, avec arrêt du débit de l’huile.
- Les déterminations accessoires donnant des renseignements utiles au cours de ces essais sont les courbes de température et l’importance du débit d’huile avant l’arrêt de l’alimentation.
- Détermination du coefficient de frottement dans la phase onctueuse. — Dans son remarquable ouvrage Contribution à l'étude du graissage, M. le prof. Woog définit ainsi l’onctuosité : « L’onctuosité résulte de l’ensemble des phénomènes « qui, influencés par les surfaces solides, stabilisent une couche lubrifiante et « réduisent le frottement, le graissage n’atteignant jamais dans ce cas la forme « purement hydrodynamique où, seule, intervient la résistance visqueuse. »
- Pour mesurer les coefficients de frottements dynamiques dans la phase onctueuse, M. Woog a employé une couronne en acier cémenté entraînée par un moteur convenablement démultiplié et sur laquelle un frotteur, de 3 mm2 de surface portante, était appliqué par un poids réglable. Cette machine est en réalité une machine à piste unique.
- Il devait être possible de reproduire ces essais de laboratoire avec la machine Vollet; après une série d’essais, nous sommes arrivé au dispositif suivant. Sur la
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- 258 MACHINE VOLLET A ESSAYER LES LUBRIFIANTS.
- MAI-.IIJIN 1937.
- piste intermédiaire, nous disposons des plots, de chacun 2 mm2, uniformément répartis par rapport au rayon moyen et orientés d’une façon dissymétrique. Nous rétablissons la pression unitaire sur les plots de la piste inférieure à la même valeur que sur la piste supérieure en surchargeant de poids la cuvette et en plaçant un plus grand nombre de plots sur la face inférieure de la piste intermédiaire.
- Par cette méthode, nous avons fait des déterminations sur quelques-unes des huiles étudiées par M. Woog et nous avons obtenu sensiblement les mêmes résultats, la différence provenant vraisemblablement du fait que les métaux utilisés et les pressions n’étaient pas les mêmes.
- Coefficients de frottement de quelques huiles étudiées par M. Woog Woog. Laboratoire d’Essais.
- Frotteurs d’acier. Frotteurs en bronze (5) _
- Piste d’acier. Pistes d’acier.
- Pression, 5 kg/cm2. Pression, 20 kg/cm2.
- Vitesse de glissement, 0,00167 m/sec. Vitesse de glissement, 0,0018 m/sec.
- Huile essayée. Coefficients de frottement.
- Queens heaw Red . . . . 0,1431 0,1410
- Cold Test . . . . 0,1370 0,1290
- Machinery n° 1 . . . . 0,1644 0,1640
- Bayonne Engine . . . . 0,1547 0,1400
- F.F.F. Cylinder . . . . 0,1447 0,1529
- A. Gvlinder . . . . 0,1303 0,1358
- Extra LL . . . . 0,1125 0,1276
- Dét errnination du coefficient de frottement statique. — En faisant tomber la courroie et en faisant démarrer très lentement la machine à la main, on peut déterminer le coefficient de frottement statique.
- Essais divers. — Une série de nombreux essais a été faite par une Société de Construction de Distributeurs d’Essence pour déterminer les coefficients de frottement au démarrage avec les carburants les plus divers et en employant des métaux différents.
- Essais d'usure des métaux. — Avec la machine Vollet, ce genre d’essais est exécuté de la façon suivante : la piste intermédiaire est exécutée dans un métal déterminé, les [listes supérieure et inférieure sont usinées dans les deux métaux dont l’usure est à comparer.
- (4) Contribution à Vétude du graissage, p. 226. Delagrave, édit.
- (o) La composition du bronze était p. 100 en poids : cuivre, 82,30; — étain, 6,70; — zinc, 0,10; — plomb, 10,06; — nickel, 0,57.
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- MACHINE VOLLET A ESSAYER LES LUBRIFIANTS ET LES ANTIFRICTIONS. 259
- V. — NOUVELLE PRÉSENTATION DES RÉSULTATS DES ESSAIS MÉCANIQUES SUR LUBRIFIANTS ET MÉTAUX ANTIFRICTION.
- Etant données deux surfaces en mouvement relatif, toutes autres choses étant égales, notamment en ce qui concerne leurs conditions physiques et mécaniques telles que : poli des surfaces, disposition des arrivées de lubrifiant, débit de lubrifiant, les variables principales du problème de graissage sont : la pression, la température, la vitesse de déplacement relatif des surfaces.
- Si nous désignons par :
- k, le coefficient de frottement, suivant la définition de Coulomb,
- p„, la pression unitaire relative d’application d’une surface par rapport à l’autre,
- pUi, une pression unitaire fixe,
- v, la vitesse variable de déplacement relatif des surfaces,
- Cj, une vitesse de déplacement relatif fixe,
- t, la température de l’ensemble, lubrifiant et surfaces, on aura :
- k = f(pu, t, v).
- Les variables dont l’ingénieur peut le plus facilement disposer, soit par construction, soit dans la conduite des machines sont pu et v.
- Nous pensons donc qu’il est intéressant de construire les diagrammes en se donnant successivement des valeurs fixes, soit de v, soit de pu.
- 1° Etude du frottement en partant de vitesses ui, fixes. La fonction
- k — f(Pui C v)
- devient l’équation d’une surface
- k = f{pu, t, Vi).
- Nous aurons autant de surfaces qu’il y aura de vitesses différentes données.
- 2° Étude du frottement en partant de pressions pv, fixes. Nous aurons de même les surfaces
- k = f(pUl, t, v).
- Coordonnées particulières pour la représentation de ces surfaces. — En coordonnées linéaires, ces surfaces ne permettraient pas une interprétation très facile des résultats. Nous avons choisi des coordonnées qui ne paraissent par très cohérentes a priori, mais dont le choix sera justifié par la simplification qu’il apporte et à la représentation et à l’interprétation des résultats.
- a) pour les surfaces k = f(pu. t, ut), coordonnées logarithmiques pourÉetp,,, et linéaires pour t ;
- b) pour les surfaces k = f\v, t, pu), coordonnées logarithmiques pour k et v et toujours linéaires pour t.
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- 260 MACHINE VOLLET A ESSAYER LES LUBRIFIANTS. --------- MAI-JUIN 1937.
- Nous ne pouvons nous étendre sur l’étude des deux catégories de surfaces. Dans ce qui suit nous exposons les résultats de l’étude des surfaces :
- k = f(pn,t,v J.
- Une de ces surfaces est représentée en perspective sur la figure 7. Nous étudierons cette surface en la coupant par des plans isothermes et par des plans isobares.
- Coordonnée» I_o«»riUi
- » n~ 3
- Fig. 7. — Surface caractéristique donnant la valeur du frottement pour une vitesse iq constante. Variables : Logpu et la température.
- efab, surface réglée (plan, en général) représentant le graissage visqueux, ou parfait; —ab, limite du graissage visqueux; — cd, lieu des minima de graissage, limite de la zone de sécurité.
- Etude de la surface caractéristique suivant les plans isothermes (Essais à températures fixes). — Les essais de lubrifiants exécutés à une température constante correspondent à l’intersection de la surface caractéristique ci-dessus définie par des plans isothermes.
- L’interprétation et l’utilisation pratique de ces courbes dans le système spécial de coordonnées choisies sont les suivantes. Si nous appelons :
- y, la vitesse circonférentielle des surfaces glissantes,
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- MACHINE VOLLET A ESSAYER LES LUBRIFIANTS ET LES ANTIFRICTIONS.
- 261
- e, l’épaisseur du film entre ces surfaces,
- S, la surface des pistes, ou segments de coussinets parallèles à la soie de l’arbre,
- k, le coefficient de frottement, suivant la définition de Coulomb,
- F, la force de frottement agissant sur les surfaces.
- [x, le coefficient de viscosité absolue du lubrifiant à la température de l’essai. pu, la pression unitaire, variable dans ce genre d’essai, on a, par définition de la viscosité (loi de Newton);
- F — tx
- Sv'
- D’autre part, la définition suivant Coulomb du coefficient de frottement donne :
- En éliminant F entre ces deux relations, on obtient :
- V S
- Mais, dans le cas de surfaces glissantes parallèles, arbre exactement centré dans le coussinet, pistes, butées, patins parallèles, on démontre aisément que
- est constant(6) dans la phase du graissage parfait, là où peuvent s’appliquer les lois de l’hydrodynamique ; on a donc :
- k = Cte x 1 •
- Pu
- En prenant les logarithmes on a :
- (a) LogÆ H- Logpu — Cte = Logfx -h Logw — Loge.
- Dans le système de coordonnées choisi, où les vapeurs de k et de pu sont reportées sur des échelles logarithmiques, la loi de variation du coefficient de frottement en fonction de la pression sera représentée par une droite tant que le graissage sera parfait, c’est-à-dire que les forces de viscosité seront prépondé-rentes. Effectivement, les expériences faites avec les pistes parallèles de la machine Vollet nous ont donné des droites, très exactement, ce qui, non seulement confirme la théorie, mais aussi prouve la correction des mesures faites avec cette machine.
- (6) L’équation générale de l’hydrodynamique est : a ^ = —, x étant compté, soit sur le rayon,
- d s2 dx
- soit suivant la circonférence des pistes, la pression étant invariable suivant toutes les dp
- directions, — = 0. dx
- On a donc bien, u, étant invariable à température fixe : a — = Cte.
- de
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- Ces droites devraient être inclinées à 45° si le second membre était rigoureusement constant; effectivement, elles ont une inclinaison un peu différente. La mesure du coefficient angulaire de ces droites donne une indication intéressante sur la loi liant l’épaisseur s à la pression pu; g et v sont rigoureusement constants. La relation (a), qui peut s’écrire :
- Logk -h Logpu 4- Loge = Log[xu = Cte
- Les résultats d’expériences donnent avec les cordonnées choisies des droites A B de coefficient angulaire ,8 dont l’équation peut donc s’écrire :
- Log k p Logpu = Cte = G.
- En éliminant Log4 entre ces deux relations, on a :
- Logrp. 4- — 1) Logp„ = Loge -t- Cte
- d’où s = Ajxvpu
- L’interprétation industrielle de ces courbes est la suivante. Pendant la phase de l’essai représentée par une droite, le graissage suit la loi du graissage parfait ou visqueux. Dès que le graissage ne suit plus cette loi et n’est plus lié aux lois de l’hydrodynamique, la fonction k = f (pu, g, e) change ; il y a une discontinuité, dont l’une des principales causes est le passage du régime laminaire au régime turbulent : il y a rapprochement des surfaces dont l’influence croissante se fait graduellement sentir, etc. Les pressions où cette discontinuité apparaît sont les points a, b. Sur la figure 8 nous avons reproduit une série d’essais effectués avec la même huile et à différentes vitesses; les lignes a b sont les projections sur le plan (Log k, Logpu) des lignes de partage des zones réglées correspondant au graissage parfait et des zones de graissage imparfait et onctueux, zones dangereuses, car, aussitôt après, les minima de frottements dont les lieux sont projetés suivant les lignes c d, le coefficient de frottement est très sensible à la moindre surcharge(7).
- Les huiles les plus sûres et présentant le moindre frottement seront les huiles dont les courbes a b et c d seront les plus éloignées du côté des pressions élevées.
- Etude de la surface caractéristique suivant des plans isobares (Essais à pression constante. — Les essais de lubrifiants exécutés à une pression constante et, par suite, à des températures et viscosités variables correspondent à l’intersection de la surface définie antérieurement, Logk = f (Logpu, v, t) par des plans correspondant à des pressions fixes. Nous aurons ainsi un réseau de courbes donnant la variation de k avec la température.
- Ces courbes ne sont plus tracées sur un quadrillage bilogarithmique, mais semi-logarithmique. L’expérience nous ayant montré qu’avec ces coordonnées, la représentation de ces courbes est une droite dans la phase du graissage parfait;
- (7) Il est intéressant de rapprocher ees isothermes, courbes de résistance du film d’huile, des courbes de traction des éprouvettes métalliques, où Ton trouve aussi la droite représentative de la phase des déformations élastiques, puis la courbe des déformations permanentes et la partie rapidement descendante pendant la rupture.
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- cela permettrait de déduire qu’une loi approchée de la viscosité en fonction delà température doit être de la forme (8) : g = aebr+c-
- Cette nouvelle présentation a de grands avantages sur la présentation usuelle des courbes à allure exponentielle :
- 1° facilité d’extrapolation;
- 2° vérification de la bonne exécution des expériences, pour lesquelles il suffit
- points expêrimentauxUtempêrat ure 50.
- (. „ 80°
- u „ 120"
- Fig- 8. — Série d’essais effectués sur la même huile et avec des pistes en acier nitruré glissant sur un anneau intermédiaire en bronze au plomb, le débit d’huile étant le même pour tous les essais.
- Chaque courbe représente un essai effectué à une température et à une vitesse constantes. Les lignes ab sont les lignes de partage du graissage parfait et imparfait.
- Les lignes td sont les lieux des minima de frottement.
- de deux déterminations pour construire la courbe de graissage visqueux; 3° comparaison facile des lubrifiants en fonction de la température;
- 4° plus grande facilité pour trouver le point exact de rencontre de deux courbes ; comme on sait, ce point a une grande importance, soit pour les machines
- (8f_En prenant les logarithmes, on a en effet :
- Log p — fjOg a —F b[ T -F C.^
- ce qui est l’équation d’une droite dans le système de coordonnées semi-logarithmiques LogpéT.
- Fro tte me ni
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- 264 MACHINE VOLLET A ESSAYER LES LUBRIFIANTS. --------- MAI-JUIN 1937.
- où la même huile doit assurer le graissage dans des organismes à des températures très variables (cylindres et vilebrequin des moteurs), ou dans le cas où l’ensemble des organismes à lubrifier subit de grandes variations de température (été, hiver, etc.);
- 5° cette méthode concentre dans la fonction rectiligne l’influence de la visco-
- 0,0 3
- compa raison s des résultats obtenus avec les
- \ piste C D A
- piste S N W
- £ S. N W
- \ \ \ \
- Fig. 9. — Étude des métaux. Comparaison de deux métaux antifriction.
- Tous les essais sont effectués avec le même lubrifiant, chaque courbe représente un essai effectué à une pression et à une vitesse constantes.
- Pour faciliter la comparaison des métaux, les résultats sont groupés sur le tableau de droite.
- sité qui, autrement, masque, par la prépondérance de sa loi exponentielle, l’importance des autres facteurs qui sont mis en évidence sur les graphiques reproduits sur la figure 9, montrant l’influence de métaux différents, la figure 10 montrant l’influence d’huiles différentes.
- Surface caractéristique dans la phase du graissage parfait et imparfait. — On a vu que les isothermes sont des droites sensiblement parallèles, que les isobares sont également des droites; on en déduit que la surface caractéristique dans cette phase est un plan.
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- MACHINE VOLLET A ESSAYER LES LUBRIFIANTS ET LES ANTIFRICTIONS. 265
- Dans la zone de graissage imparfait, c’est-à-dire quand l’épaisseur e devenant très faible, l’influence de la viscosité cède à l’influence des métaux et de l’onctuosité, on a une surface de raccordement avec la ligne G D représentant le lieu des minima de frottement; à notre avis, cette courbe est la caractéristique la plus importante de tous les essais mécaniques de lubrifiants et de métaux antifriction.
- huile n* 1
- huile n° 3
- huile
- température de
- l'hu île
- Fig. 10. — Étude des lubrifiants. Comparaison de quatre huiles.
- Tous les essais sont effectués avec les mêmes pistes (acier nitruré, bronze au plomb) et à la même vitesse de 2 m/sec. Les courbes représentent les essais effectués sur les quatre huiles : à gauche, à la pression de 10 kg/cm2, à droite, à la pression de 30 kg/cm2.
- CONCLUSION.
- Le manque de précision de beaucoup d’entre les machines employées pour les essais de frottement avait détourné de ce genre d’essais certains techniciens de la lubrification.
- 136e Année. — Mai-juin 1937.
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- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES.
- MAI-JUIN 1937.
- 26b
- La machine Yollet, entre antres, par la précision et l’étendue de ses mesures, a permis au Laboratoire d'Essais de présenter un ensemble d’études et de méthodes d’essais qui ont été appréciées par les industriels qui en ont eu connaissance, comme le prouve le grand nombre d’essais effectués sur cette machine depuis le peu de temps qu’elle est en service.
- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
- Soudure des tôles de chaudière.
- La substitution de la soudure à la rivure pour les chaudières de locomotives n’est pas une idée récente. Dans .Le mécanicien conducteur de locomotives, publié en 1881 par G. Richard et L. Bâclé, on lit la mention suivante (p. 39) :
- « On aurait grand avantage à pouvoir remplacer, pour les joints longitudinaux (des chaudières de locomotives), la rivure par la soudure des tôles; mais ce procédé, adopté sur quelques lignes anglaises, ne s’est pas répandu, à cause des difficultés que l’on éprouve à bien souder les tôles, à moins de disposer d’un outillage spécial et coûteux. La soudure serait plus difficile avec les tôles d’acier. »
- Sur la quadrature du cercle.
- Le célèbre problème de la quadrature du cercle est fréquemment considéré par le public, en dehors des mathématiciens, comme important et insoluble. L'importance (pi on y attache provient d’une confusion entre les conceptions de la géométrie pure, qui n’ont aucune existence réelle, et les applications pratiques qu’on en fait.
- Dans cette géométrie appliquée, la surface du cercle se calcule aussi simplement que celle du carré, avec telle approximation qu’on désire, toutefois sans descendre au-dessous d’une limite imposée par la génération même de cette surface. La circonférence qui entoure le cercle est un trait : si finement tracé que soit ce trait, il a une certaine épaisseur, d’où résulte une incertitude sur la grandeur de la surface enveloppée.
- En géométrie pure, le rapport de la longueur de la circonférence à celle du diamètre est donné par un nombre incommensurable. Qu’on essaye de se représenter ce que pourrait être, en réalité, un tel nombre. Les astronomes nous apprennent que nous voyons des astres dont la lumière met un million d’années à nous atteindre. Ecrivons donc ce fameux nombre -, supposé calculé avec assez de décimales, sur une ligne dirigée vers un de ces astres, chaque chiffre occupant un millimètre. Quand nous atteindrons l’origine du million d’années de lumière, nous n'aurons encore rien terminé. Quelle existence pratique peut-on imaginer pour ce nombre colossal de chiffres, voisin de 1021?
- ED. SAUVAGE.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOURAG. POUR L’iNDUS. NAT. — MAI-JUIN 1937 (p. 267).
- LE DÉVELOPPEMENT DES RECHERCHES GÉOLOGIQUES ET MINIÈRES DANS L’AFRIQUE FRANÇAISE
- par M. F. Blondel, Ingénieur en Chef des Mines, membre du Conseil de la Société cVEncouragement.
- En 1930, la Société d’Encouragement m’avait permis d’exposer dans deux conférences 1 (2) l’état des exploitations minières de la France d’outre-mer. J’avais attiré spécialement l’attention sur le faible développement de cette activité dans l’Afrique française : A. O. F., Cameroun, A. E. F. Cet appel a été entendu grâce à l’appui inestimable de la Société; il est juste d’exposer maintenant devant elle les résultats acquis.
- VUE D’ENSEMBLE DU DÉVELOPPEMENT MINIER DE 1929 A 1933.
- Ces résultats se lisent sur les graphiques des figures 1 et 2 : la figure 1 montre l’évolution des exportations minières de 1929 à 1933 pour les trois pays considérés; la figure 2, l’ensemble des exportations des mêmes pays avec quelques indications pour les principaux produits exportés. On peut voir aisément l’énorme progrès accompli de 1929 à 1935 : en 1929, les exportations minières des trois territoires dépassaient à peine 2 millions de francs; en 1935, elles atteignent presque 70 millions et ce chiffre sera dépassé en 1936. Les exportations ont grandi régulièrement, aussi bien pour l’A. O. F. (de 1,7 million en 1929 à 48,6 en 1935) que pour l’A. E. F. (de 0,6 million en 1929 à 13,2 en 1935); le Cameroun, lui, n’apparaît au tableau qu’à une date beaucoup plus récente (1,7 million en 1934 et 4,1 en 1935(3)).
- C’est l’or qui est, de loin, le principal produit exporté (61,2 millions en 1935), mais on peut noter aussi de l’étain (Cameroun), du cuivre (A. E. F.), de l’ilménite (A. O. F.), du rutile (Cameroun). Enfin, les diamants ont fait leur première apparition en 1936; à vrai dire, il y avait eu déjà quelques légères exportations antérieures ; mais la première exportation régulière ne date que de mars 1936. Et ces chiffres et cette analyse ne rendent pas compte de l’effort important de prospection qui est actuellement en cours.
- A quoi doit-on attribuer ce renouveau et cette activité? On a pu dire que
- (1) Conférence faite par l’auteur en séance publique le 9 janvier 1937.
- (2) F. Blondel, L'industrie minière dans les colonies françaises, son présent, son avenir (Paris, Bull. Soc. Encouragement, juillet-août-septembre 1930, p. 603-623).
- (3) Ces chiffres ainsi que les suivants sont ceux des statistiques douanièies : en A. O. F., l’or est compté par les douanes de 12 à 13 fr le gramme; si on admet une valeur de 14,30 fr, plus voisine de la réalité, les exportations minières totales doivent être chiffrées à 74 millions pour 1933, et, pour l’A. O. F., elles ont passé de 1,7 en 1929 à 37,0 en 1935. L’exportation totale de l’or pour l’ensemble des territoires français de l’Afrique, en 1935, serait de 69,6 millions. Enfin, l’or viendrait à égalité du cacao et aurait la seconde place dans les exportations de l’A. O. F. en France.
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- 268 GÉOLOGIE ET MINES EN AFRIQUE FRANÇAISE.
- MAI-JUIN 1937.
- l’accroissement de l’exportation de l’or était une simple conséquence de la crise qui, rendant les autres produits moins rémunérateurs, dirigeait inconsciemment l’attention vers l’or; on a surtout expliqué ainsi le brusque développement des
- Millions
- francs
- 70 _
- 60 _
- 50 ^
- 40 _
- 30 _
- 20 _
- 1 0 _
- 0
- Fig. 1_ Exportations minières
- Cameroun
- A.E.F.
- A.O.F.
- exploitations indigènes de la région de Siguiri (Guinée). Sans nier cette influence, on ne peut pas lui accorder tout le résultat obtenu. Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner la figure 2, qui donne les exportations totales de chacun des
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- RECHERCHES GÉOLOGIQUES ET MINIÈRES EN AFRIQUE FRANÇAISE. 269
- 1000 . millions francs
- Autres produits
- Mine
- Arachide
- A.O.F.
- 200 _ millions
- Autres produits
- ïïins Cami
- hacao ----
- Amandes et huile de palme
- 200 _ millions francs
- Autres produits
- Mine
- Bois
- A.E.F.
- Fig-. 2.- Exportations.
- pays. Ces graphiques montrent que la crise n’a pas évolué dans les colonies comme en France : le point le plus bas est dépassé depuis longtemps et se
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- 270 GÉOLOGIE ET MINES EN AFRIQUE FRANÇAISE. — MAI-JUIN 1937.
- trouve en 1933; les années 1934, 1933 et 1936 sont, pour ces pays, des années de redressement : c’est pendant ces années que l’exploitation de l’or s’est développée largement. L’influence de la crise a pu être psychologique; elle aurait dû cesser à l’heure actuelle si elle avait été seule.
- En fait, ces résultats sont le fruit d’un faisceau de volontés tendues vers un même but, inlassablement recherché par tous les moyens; ce but était celui que j’ai eu la bonne fortune de pouvoir mettre en évidence dans les conférences de 1930 que je rappelais au début ; la nécessité pour la France de mettre en valeur les richesses de son sous-sol colonial; les moyens étaient divers; niais ils supposaient tous une première base essentielle : une plus exacte appréciation des possibilités minières de ces territoires.
- D'une manière générale, en effet, on n’était guidé en 1930 que par la comparaison vague avec les pays étrangers voisins dont on connaissait les richesses minérales et les méthodes d'exploration. Mais on ne pouvait pas, d’une manière claire, indiquer les probabilités de trouver telle ou telle substance dans une région déterminée. Ou soupçonnait simplement que la réponse exigeait une exploration géologique convenable. De telle sorte que, depuis cette date, le travail s’est poursuivi sur deux plans parallèles :
- 1° Étude géologique sur le terrain des formations géologiques et des indices minéraux qu’elles pouvaient renfermer. De toute manière, d’ailleurs, cette construction de la carte géologique était obligatoire à bien d’autres points de vue;
- 2° Recherche des lois pouvant présider à la répartition des gisements minéraux, de manière à tirer des conclusions pratiques des données géologiques recueillies.
- Je vais essayer de dégager rapidement les résultats obtenus dans ces deux directions et montrer que l'on est effectivement sur la bonne voie.
- Je voudrais citer quelques noms associés à ces travaux : la Haute Administration qui en a très bien compris la nécessité et notamment les hauts fonctionnaires du Ministère des Colonies, MM. Maitrc-Devallon, Kellcr, G. Joseph, Masset, ou du Gouvernement général de LA. O. F. ; MM. Garde, Brévié, Launay. Malavoy. Je n’aurai garde d’oublier les appuis extérieurs très nombreux que nous avons heureusement rencontrés et notamment celui du regretté général Messimy, à qui l’on doit spécialement d’avoir pu obtenir du Parlement les crédits nécessaires.
- LE DÉVELOPPEMENT DE LA RECHERCHE GÉOLOGIQUE.
- Comme on vient de le dire, on s’est rendu compte dès le début que l’exploration minière dans ces pays repose essentiellement sur la connaissance géologique ; c’est pourquoi un effort considérable a été tenté dans cette voie. On a compris tout de suite qu’il n’était pas possible de compter sur le hasard et le flair du prospecteur isolé pour la découverte des produits minéraux : les territoires sont trop vastes et les difficultés matérielles trop nombreuses; de toute évidence, il fallait
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- RECHERCHES GÉOLOGIQUES ET MINIÈRES EN AFRIQUE FRANÇAISE. 271
- réduire au préalable les zones à prospecter en détail. C’est ce qui a été très bien admis par les services officiels, notamment depuis 1930. Des crédits relativement importants on été accordés en A. O. F., où un service régulier a été complètement organisé en 1931; au Cameroun et en A. E. F., les moyens matériels dont on a disposé ont été moindres, mais le principe même n’a pas été méconnu.
- Aussi me semble-t-il intéressant de montrer les progrès très importants réalisés, à ce sujet, en Afrique occidentale, progrès qui, parallèlement, ont permis ou facilité l’essor qui a été esquissé plus haut.
- En rendant compte des progrès de l’exploration géologique d’un pays on peut se placer à deux points de vue différents : ou bien on peut mettre en évidence le développement de la cartographie, qui devient de plus en plus précise; ou bien on peut signaler les découvertes d’ordre scientifique. Nous allons rapidement passer en revue l’un et l’autre.
- progrès de la cartographie géologique. — D’une manière générale, dans les territoires français d’outre-mer on a suivi un programme assez systématique qui procède par approximations successives. D’abord on cherche à réaliser, aussi vite que possible, une carte d’ensemble à petite échelle (I/o 000 000 ordinairement). Le résultat est désormais acquis pour tous les territoires français. Ensuite on passe, au moins pour les régions d’accès assez facile, à l’étape du 1/1000000 (quelquefois 1/2 000 000); enfin, on arrive à la fin de cette première exploration en publiant du 1/500 000 (généralement levé au 1/200 000.) Des échelles plus grandes ne se justifient que pour des études de détail ou pour des régions très peuplées.
- En Afrique occidentale, on a toujours, avec plus ou moins de netteté, distingué deux zones : l’une située à moins de 1 500 km.(environ) de la côte et l’autre, plus à l’intérieur. C’est à la première que s’applique le programme complet développé plus haut et réalisé au moyen d’une exploration systématique régulière. La région intérieure, déjà presque désertique, n’a été étudiée au contraire qu’au moyen de collaborateurs plus ou moins bénévoles et sans que, jusqu’à présent, on voie la possibilité de dépasser le stade de la carte géologique d’ensemble à petite échelle. Ces explications générales permettent de mieux comprendre l’évolution des recherches que nous allons examiner en comparant la situation en 1929 et en 1936 (fig. 3 et 4.)
- Zone côtière. — Jusqu’en 1929, l’exploration est due pratiquement aux seuls travaux de H. Hubert qui, au moment de son départ de l’A. O. F-, avait doté celle-ci, pour la zone côtière, après un effort continu et extrêmement méritoire de vingt années, d’un bel ensemble au 1/1 000 000 couvrant presque toute la région envisagée, soit sous forme de feuilles régulières, soit (pour le Dahomey) par une carte attachée à sa thèse. Seuls le Sud de la Guinée et le Togo français étaient en dehors de cet ensemble. Néanmoins, une carte générale au 1/4 090 000, publiée dès 1919 par H. Hubert et couvrant toute l’A. O. F., donnait quelques renseignements sur ces deux régions.
- A partir de 1930, le Service géologique de l’A. O. F., plus largement doté et
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- GÉOLOGIE ET MINES EN AFRIQUE FRANÇAISE. — MAI-JUIN 1937.
- disposant d’une dizaine de géologues, entreprend la préparation de cartes au 1/5 000 001), dont quelques-unes ont été déjà publiées et dont d’autres sont prêtes et en voie de préparation : la figure 4 en montre l’étendue.
- La répartition, en apparence irrégulière, des régions ainsi couvertes répond, en fait, aux deux idées suivantes : commencer par les régions susceptibles. a priori, de contenir des minéralisations intéressantes (or notamment); attaquer
- Fig.3 - Situation des Cartes géologiques eu 1929.
- échelles plus petites
- Possessions étrangères
- l’ensemble du territoire en des points divers, de manière à mettre le plus rapidement enlumièreles problèmes principaux et notamment l’échelle stratigraphique ou les grands phénomènes tectoniques. Désormais, les travaux sont poursuivis de manière à joindre les taches isolées, telles qu’elles apparaissent sur la carte de la figure 4. Cette carte, mieux que toute longue description montre la très grande activité déployée dans ces 5 dernières années.
- Zone intérieure. — En 1929, la géologie de cette zone était connue par la carte d’ensemble à 1/4 000 000 de H. Hubert (1919) et, pour les confins de l’A. E. F., par un bel essai de synthèse au 1/3 000 000 publié en 1928 par Denaeyer.
- Depuis loi s, ces renseignements ont été complétés comme suit : pour la Mauritanie, par les explorations de Jacquet, Monod et Malavoy; pour le Soudan, par ceux de Furon et Pérabaskine (cartes au 1/2 000 000, publiées en 1930) et par les explorations de Monod et Menchikoff pour le Niger, et les confins algériens par les explorations de Monod, Menchikoff, Kilian et Lambert. Je signalerai, en passant, qu’une exploration aérienne m’a permis récemment de corriger quelques contours sur les confins algériens.
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- La feuille 1 de la carte géologique internationale de l’Afrique à l’échelle du 1/3 000000, préparée par le Bureau d’Études géologiques et minières coloniales et dont l’impression est en cours (i) donnera tout le détail pour la région située à l’Ouest du 6° de longitude; pour la région située à l’Est du même méridien, G. Kilian vient de préparer une très belle carte d’ensemble au 1/4 000 000 qui sera publiée très prochainement dans la Chronique des Mines coloniales(5) et
- 'y' Mf
- Fig. 4. Situation des Cartes géologiques en 1936
- 500.000e ou échelles
- 3.000.000e ou échelles plus petites
- Possessions étrangères
- reprise dans la feuille 2 de la carte géologique internationale de l’Afrique, en préparation.
- On voit que là aussi des progrès très importants ont été réalisés.
- progrès d’ordre scientieique. — Il est assez difficile de donner des détails précis des progrès scientifiques réalisés sans entrer dans un exposé complet de la géologie de cette région de l’Afrique. D’une manière générale, on peut dire cependant qu’elle appartient au type des vieilles plates-formes (6) c’est-à-dire à ce groupe de pays, très répandus dans le monde, qui se sont stabilisés, ou mieux figés, dès le début des temps géologiques, soit, pour préciser, dès le début du Cambrien. En fait, il faudrait introduire quelques nuances dans cette notion; mais ces détails nous entraîneraient trop loin.
- On peut distinguer en gros (fîg. 5) deux grandes divisions dans les terrains
- (4) La feuille est publiée depuis avril 1937.
- (5) La carte a été publiée dans la Chronique des mines coloniales du 15 janvier 1937.
- (G) F. Blondel, La géologie et les mines des vieilles plates-formes, Paris, Soc. d’Fdit. géog. mnr. et colon., 1936.
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- de ces pays : a) la première, que l’on peut appeler la Série de base de la vieille plate-forme, est formée de terrains antécambriens, qui ont été plus ou moins fortement plissés et ont subi d’importantes intrusions de roches éruptives : on y voit surtout des gneiss, des terrains plus ou moins métamorphiques et des granités intrusifs; b) la seconde division, à laquelle on peut donner le nom de Série de couverture de la vieille plate-forme, est restée (sauf exceptions locales) horizontale et ne comprend que des terrains sédimentaires ou des épanchements vol-
- caniques (avec de rares intrusions véritables). Dans cette couverture, il convient d’ailleurs de distinguer probablement les terrains relativement récents, à partir du Crétacé. La plupart des terrains de cette couverture sont d’origine continentale; les invasions franchement marines ont été rares.
- Ces données fournies, nous pouvons indiquer les progrès accomplis depuis six ans.
- Tout d’abord, il faut remarquer que le schéma général, tel qu’il avait été présenté par H. Hubert, n’a subi aucune modification profonde. On doit admirer l’œuvre de ce savant, qui a réussi à lui seul à mettre sur pied une synthèse aussi solide de tout un fragment de continent.
- Mais ce schéma s’est précisé et clarifié. On comprend mieux maintenant, grâce aux efforts de tous, mais surtout de C. Kilian, les distinctions essentielles qu’il convient de faire à l’intérieur de tout cet édifice géologique ; on vient d’en dire les grands traits. L’importance des complexes continentaux, notamment, est maintenant clairement comprise : l'Afrique {en dehors de l'Afrique du Nord) est essentiellement un pays de géologie continentale.
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- L’extrême difficulté d’une telle géologie est l’absence de fossiles : seules les séries marines en fournissent, en général. Mais on en a trouvé récemment qui apportent quelques précisions; des Graptolites siluriens ont été découverts en Mauritanie, par Jacquet et Monod, complétant heureusement l’ancienne indication de Guinée due à Sinclair; C. Kilian vient de révéler des organismes d’apparence oolithique, analogues à ceux déjà signalés au Congo français et au Congo belge, qui permettront progressivement de meilleures corrélations; dans le Crétacé ou l’Eocène, enfin, des recherches de Furon, de Pérébaskine et de Lambert permettent de tracer avec plus de précision certains niveaux. Enfin, dans le grand ensemble des « grès horizontaux « de H. Hubert, appartenant à la base de la couverture, des analyses patientes de Baud, Jacquet, Nickles, pour ne citer que quelques noms, mettent peu à peu au point une stratigraphie plus détaillée.
- Les plus grandes difficultés rencontrées correspondent au Précambrien (ou aux terrains de la Série de base, considérés comme précambriens) : le métamorphisme voile beaucoup de traits géologiques dont l’observation est encore rendue plus difficile par l’abondance de la végétation ou de l’altération latéritique dans les régions subdésertiques ou tropicales. Néanmoins, on commence à introduire quelques coupures qui peuvent se mettre en corrélation avec celles qui ont été notées en Gold Coast; de son côté, G. Kilian, en territoire algérien, a révélé des conglomérats qui correspondent évidemment à une discordance notable.
- Dans ces mêmes terrains précambriens, les relations réciproques des masses granitiques et des autres terrains se précisent également. Il apparaît maintenant avec plus de clarté que, dans bien des cas, les gneiss sont des orthogneiss correspondant à des massifs granitiques intrusifs.
- Enfin, la tectonique elle-même a révélé des problèmes nouveaux. Au lieu du schéma simple exposé au début, on commence à noter l’existence entre la Série de base métamorphique et la couverture horizontale, appelée par H. Hubert « grès horizontaux », d’une série plus ou moins fortement plissée, surtout à l’Ouest (région de Kayes) et à l’Est (Nord du Dahomey); elle avait été déjà notée en ce point par H. Hubert. Son rôle et sa position sont encore discutés ; mais le problème est maintenant franchement posé.
- LES POSSIBILITÉS MINIÈRES DE L’AFRIQUE FRANÇAISE.
- Parallèlement à cet énorme travail géologique sur le terrain, on s’est efforcé de dégager peu à peu les lois de la répartition des gisements minéraux; s’il est naturellement toujours aléatoire de formuler des pronostics pour la richesse minière probable d’un pays neuf, il me semble que l’on peut néanmoins ne pas rester dans de simples généralités si l’on veut bien n’accorder qu’une précision relative à une telle tentative. C’est avec cette réserve importante que l’on doit prendre l’exposé qui va suivre.
- Nous allons examiner successivement les différentes substances minérales en distinguant deux grands groupes, suivant que leurs gisements sont, ou non, d’origine sédimentaire.
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- SUBSTANCES DONT L’ORIGINE PREMIÈRE N’EST PAS SÉDIMENTAIRE. — Or. — Je prendrai comme exemple détaillé de l’étude que l’on peut faire, le cas de l’or qui est la substance la plus généralement extraite. Plusieurs raisons expliquent cette extension : en dehors même de la richesse relative du territoire, l’or est, en raison de son prix élevé, le métal le plus facilement exploitable dans les pays neufs où les questions de transport jouent un si grand rôle; enfin, le bon marché de la main-d’œuvre permet la mise en valeur de gisements qui, ailleurs, devraient être délaissés; il y a même à l’heure actuelle une importante extraction indigène en A. O. F. qui ne pourrait pas être réalisée par des moyens européens.
- Suivant les résultats d’une étude détaillée que j’exposerai en détail dans des conférences de cet hiver au Muséum (7), on peut préciser comme suit les lois de répartition des minéralisations dont l’origine première n’est pas sédimentaire.
- 1° Chaque grand type géologique possède une minéralisation spéciale. Ainsi, les Séries de base des vieilles plates-formes, auxquelles appartient la région considérée, sont particulièrement riches en or : il est normal de s’attendre aune extension de gisements aurifères dans de telles contrées ;
- 2° Pour chaque type géologique et pour chaque substance, on peut souvent préciser des conditions géologiques particulières plus favorables. Ainsi, dans le cas présent, on peut dire que la minéralisation aurifère se rencontre principalement dans les terrains situés au voisinage des sommets des masses granitiques intrusives, mais non dans ces masses elles-mêmes. Dans un ordre d’idées parallèle, lorsqu’on recherche des alluvions dérivant de gisements primaires de la catégorie présentement étudiée, on peut souvent donner quelques précisions qui guident la recherche; nous en verrons des exemples dans un instant;
- 3° A l’intérieur de chacune des zones géologiques, et compte tenu des remarques précédentes, les gisements se groupent autour de centres de concentration isolés les uns des autres et même souvent à assez grande distance les uns des autres; pour l’or, cette distance est de l’ordre du millier de kilomètres. Autour de ces centres, la minéralisation se répartit en une sorte d’auréole, généralement peu large (une centaine de kilomètres par exemple); la densité de concentration décroît assez vite à partir du centre. Ces auréoles traduisent, en quelque sorte, l’effet du hasard.
- On peut dire en un certain sens que la répartition est uniforme, à condition de ne considérer que de très vastes espaces (de l’ordre du million de kilomètres carrés), parce que les centres de concentration ne sont pas trop irrégulièrement répartis eux-mêmes; mais, à l’intérieur de régions moins étendues, il n’y a aucune uniformité et la minéralisation est au contraire très discontinue.
- Pour appliquer ces généralités aux territoires français africains il faut d’abord connaître la production actuelle qui, en 1935, a été la suivante (fîg. 6) :
- (7i Ces conférences seront publiées ultérieurement sous le titre : Les gisements minéraux et
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- RECHERCHES GÉOLOGIQUES ET MINIÈRES EN AFRIQUE FRANÇAISE. 277
- A. O. F. (Guinée, Soudan, Côte d’ivoire) . . 3 900 kilogr.
- Sierra Leone................................... 950 —
- Gold Coast. ................................. 11400 —
- Nigeria.................................. 1200 —
- Cameroun........................................ 90 —
- A. E. F. (Oubangni-Chari)...................... 900 —
- Congo belge.............................. 15 300 —
- Soudan anglo-égyptien......................... 300 —
- Kenya. . . . .................................. 700
- Uganda................................... 1800 —
- Environ.......................... 36 600 kilogr.
- Ces chiffres montrent qu’en Afrique occidentale, deux centres aurifères sont en évidence; celui de Siguiri, en Guinée, et celui d’Obuasi, en Gold Coast; il est peu probable qu’il y ait d’autres centres importants, encore inconnus, et la minéralisation doit probablement s’établir à partir des deux centres en diminuant progressivement.
- Au Cameroun, au contraire, il ne paraît pas impossible que la production déjà réalisée corresponde, en fait, à une concentration plus importante dans cette région ou dans des régions voisines.
- Revenant à l’A. O. F., on voit donc que les deux régions les plus minéralisées sont celles de Siguiri-Bougouni et celle du Sud-Est de la Côte d’ivoire. En outre, il faut tenir compte de la répartition relative des gisements en roche (que j’appellerai filons pour simplifier) et des gisements remaniés (que je désignerai sous le nom d’alluvions). Il semble qu’à ce sujet les gisements se présentent de la manière suivante :
- a) Dans la région centrale, située entre Siguiri et Bougouni, on a affaire à un type spécial, auquel on peut donner le nom de gisements remaniés profonds. Ces gisements sont caractérisés par une épaisseur considérable (souvent de l’ordre de 15 m) d’altération superficielle avec une croûte de latérite dure. L’or se trouve à la base de la zone d’altération. Les gisements principaux sont éluvionnaires, mais, au moins en première approximation, ils sont beaucoup moins importants que les précédents (8) ;
- b) En auréole autour de cette zone centrale, se trouvent des gîtes remaniés, beaucoup moins profonds (Satadougou, ancienne Haute-Volta) : l’altération superficielle y est beaucoup moins importante et les gîtes alluvionnaires véritables peut-être plus étendus, notamment dans le Nord de la Côte d’ivoire;
- c) Plus au Sud, le phénomène s’accentue : les alluvions deviennent déplus en plus limitées et les filons plus abondants.
- Ces différences, qui sont d’ailleurs progressives, sont dues probablement à un
- (8) M. Urvoy, à l’occasion de prospections de l’Office du Niaer, a proposé un schéma très intéressant à ce sujet, dont nous ne pouvons malheureusement pas exposer les détails ici, car il est resté jusqu’à présent inédit.
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- double phénomène : d’abord une variation du climat, plus ou moins subdésertique dans la zone centrale et, au contraire, plus tropical dans le Sud; ensuite, un relèvement lent et permanent du continent, progressif aussi du Nord vers le Sud.
- Ces divers types de gisements posent d’ailleurs des problèmes particuliers d’exploitation sur lesquels je ne peux pas entrer ici dans les détails nécessaires, mais sur lesquels on commence à avoir des idées nettes. Je dirai simplement qu’il ressort nettement, à l’heure actuelle, qu’une partie notable des gisements de la zone centrale ne sont pas susceptibles d’être travaillés par des méthodes européennes et qu’il convient de les laisser aux indigènes : lorsqu’on a été convaincu de cette conclusion, on s’est préoccupé d’augmenter, de toutes les manières possibles, cette production indigène; c’est à cette politique consciente que l’on doit une grande partie du développement constaté; mais cette politique ne pouvait être adoptée sans que le problème technique dont je viens d’esquisser les éléments eût été mis au point.
- Par ailleurs, dans les autres régions, de nombreuses prospections ont été entreprises; elles ont conduit notamment à la découverte de la région aurifère du Cameroun, totalement inconnue avant 1931.
- Diamant. — Les productions de diamant, en 1935, ont été les suivantes :
- carats.
- A. O. F. (Guinée)........................
- Sierra Leone................................. 295 000 —
- Gold Coast.................................. 1350 000 —
- Cameroun.................................
- A. E. F. (Oubaugui-Chari)................ :—
- Congo belge................................. 3170 000 —-
- Angola ...................................... 480 000 —
- Environ.......................... 5 300 000 carats.
- J’ai porté, dans la liste précédente, l’A. O. F., le Cameroun, et l’A. E. F.; en fait, ces pays n’ont fourni aucune production en 1935, mais des prospections sérieuses étaient déjà en cours et elles ont conduit, en 1936, à des débuts de production.
- On peut appliquer au cas du diamant des considérations analogues à celles qui ont été largement développées dans le cas de l’or. Elles permettent de penser que la Guinée, d’une part, le Cameroun, de l’autre, ont d’assez grandes chances de production diamantifère. Par ailleurs, dans les régions du Centre de l’Afrique (Cameroun, A. E. F., Congo belge, Angola), le diamant n’est connu que dans des alluvions actuelles, dérivant elles-mêmes d’alluvions beaucoup plus anciennes situées en général à la base d’une série géologique qui fait partie de la couverture de la vieille plate-forme, ce qui élimine d’assez vastes étendues. En Guinée et en Sierra Leone (au Liberia aussi où l’on connaît des indices), les conditions sont différentes : le diamant se trouve au milieu de vastes étendues granitiques et l’origine des alluvions diamantifères reste à déterminer.
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- RECHERCHES GÉOLOGIQUES ET MINIÈRES EN AFRIQUE FRANÇAISE. 279
- Rg.6 -Gisements aurifères
- Katanga
- Rhod.N
- Fîg1. 7- Gisements de cuivre
- Étain, tungstène. — L’étain est fourni, dans cette région, parles pays suivants, en 1935 :
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- Tonnes de métal contenu dans les minerais.
- Nigeria..................................... 6 570
- Cameroun........................................ 290
- Congo belge.................................... 6130
- Uganda.......................................... 390
- 13 380
- Le type géologique de la contrée étudiée n’est pas très favorable à la minéralisation en étain. En outre, on sait depuis longtemps que l’étain ne se rencontre qu’avec des roches éruptives d’une nature bien déterminée, assez acide.
- La minéralisation du Cameroun se présente comme une simple annexe de celle de la Nigeria; on peut penser qu’elle ne sera pas très importante. En revanche, on est étonné de ne rien trouver beaucoup plus à l’Ouest vers la Guinée ou la Côte d’ivoire : jusqu’à présent cependant les recherches n’ont guère révélé d’intrusions acides dans ces pays.
- Avec l’étain, il faut s’attendre, en général, au tungstène qui n’est effectivement produit, et encore en petite quantité, que par la Nigeria (15 t en 1935).
- Cuivre, cobalt, uranium. — La seule production de cuivre des pays étudiés vient du Congo belge (fîg. 7); en 1935, elle était de l’ordre de 110 0001, à laquelle il conviendrait d’ailleurs d’ajouter les 140 000 t de la Rhodésie du Nord, voisine, et qui ne doit pas être séparée, du point de vue géologique.
- Cette énorme accumulation de cuivre est liée à des conditions géologiques particulières (couverture de la vieille plate-forme, ayant subi d’importants plissements (9)), qui ne sont que faiblement réalisées dans notre Congo et dans l’Angola; on peut en déduire, ainsi que je l’ai suggéré dans mon étude sur les vieilles plates-formes, que la concentration en territoire français, bien que se trouvant dans des conditions géologiques analogues, n’est certainement pas de l’importance de celle du Katanga.
- Les autres indices de cuivre connus ailleurs, par exemple en Côte d’ivoire et au Soudan, ne sont pas géologiquement comparables aux précédents. On est encore trop mal renseigné sur ceux de la Côte d’ivoire pour formuler un pronostic; ceux du Soudan ont été effectivement étudiés; ils ne présentent guère d’intérêt.
- Avec le cuivre, se trouvent le cobalt et l’uranium, uniquement exploités au Katanga; les chiffres de production sont mal connus.
- Plomb, argent. —La Nigeria produit une petite quantité de minerai de plomb (800 t de métal contenu en 1935); l’A. E. F. a aussi quelques possibilités de gisement de plomb. Cette minéralisation n’est guère importante dans des régions du type géologique étudié.
- L’argent est plus fréquent; les productions en 1935 ont été les suivantes :
- (9) II peut sembler contradictoire, d’après la définition simplifiée donnée plus haut, de parler de couverture plissée de vieille plate-forme : ce problème mériterait d’être étudié plus en détail; à ce sujet, on renvoie le lecteur à l’ouvrage déjà cité sur les vieilles plates-formes.
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- RECHERCHES GÉOLOGIQUES ET MINIÈRES EN AFRIQUE FRANÇAISE. 281
- Sierra Leone . . Gold Coast . . .
- Nigeria..........
- Congo belge. . .
- Environ.
- 50 kilogr. 360 —
- 4 250 —
- 118 000 —
- 123 000 kilogr.
- La production du Congo belge est lice à celle du cuivre, celle de la Nigeria au plomb. Les autres productions sont d’origine mal connue.
- Titane. — Le minerai de titane n’est produit que dans les territoires français. En 1935 ceux-ci ont exporté :
- A. O. F. (Sénégal)........................... 1 200 tonnes.
- Cameroun..................................... 40 —
- On connaît d’ailleurs d’autres gisements inexploités. Les conditions économiques ont beaucoup d’influence sur l’extraction de ce minerai, dont le prix est assez bas. Aussi est-il difficile, dans un pays aussi neuf que l’Afrique, de formuler quelques prévisions raisonnables sur les possibilités de découverte de gisements importants.
- Manganèse. — Une seule concentration de manganèse : en Gold Coast (430 000 t en 1935). Si l’on admet la thèse développée plus haut à propos de l’or, on doit conclure qu’il est peu probable de découvrir d’autres gisements très importants au voisinage même de la Gold Coast; en revanche, on peut trouver extraordinaire qu’on n’ait pas encore mis en évidence des zones exploitables dans des régions éloignées. En fait, les conditions géologiques de détail favorables à ces concentrations de manganèse sont mal connues et mériteraient d’être étudiées spécialement.
- Platine. — Le platine (et le palladium) est fourni par la Sierra Leone et le Congo belge. La liaison avec les roches éruptives basiques est bien connue; on n’en a pas encore trouvé de traces dans les territoires français.
- Chrome. — Il n’existe aucune production de minerai de chrome dans toute cette région; et d’ailleurs, dans toute l’Afrique, seules la Rhodésie du Sud et l’Union de l’Afrique du Sud fournissent du chrome. Cependant, on connaît d’importants indices au Togo français, dont le prolongement vient d’être découvert dans le Nord du Dahomey. Ces indices mériteraient une prospection détaillée.
- On sait que le chrome est lié à des roches basiques, comme le platine; c’est cette condition géologique qui est prépondérante, car le chrome se trouve aussi bien dans les vieilles plates-formes (Rhodésie du Sud, Union de l’Afrique du Sud, Inde) que dans des zones géologiques beaucoup plus récentes (Grèce, Yougoslavie, Turquie, Nouvelle-Calédonie).
- substances dont l’origine première est sédimentaire. — La répartition de ces substances n’obéit pas aux mêmes lois que celle des précédentes; l’influence du type géologique est beaucoup plus importante; il n’existe pas, semble-t-il, 136e Année. — Mai-juin 1931. 19
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- des centres de concentration comme dans le cas qui vient d’être étudié ; en revanche, les conditions de sédimentation peuvent souvent aider à mettre en lumière les possibilités de gisement.
- Charbon. — La zone africaine étudiée est particulièrement pauvre en charbon. Les seules productions en 1935 sont :
- Nigeria.................................... 260 000 tonnes.
- Congo belge................................ 5 000 •—
- 265 000 tonnes.
- Ces gisements ne se trouvent que dans la partie jeune de la couverture de la vieille plate-forme. 11 est peu probable que l’on trouve des gîtes importants dans l’Afrique française.
- Pétrole. — Aucune production dans toute la région. Les seules zones possibles sont les régions d’àge jurassique ou plus récent. On connaît de vagues indices dans le Sud de la Cote d’ivoire, d’autres beaucoup plus nets en bordure de la côte atlantique, au Cameroun, en A. E. F. (Gabon), en Angola. Des prospections sont en cours dans les territoires français.
- Phosphate. — Il est curieux de constater que les seuls indices connus de phosphate dans ces régions se trouvent, comme les énormes accumulations de l’Afrique du Nord, à la limite du Crétacé et de Tertiaire, ce qui réduit beaucoup les zones exploitables, d’autant plus que la mise en valeur n’est possible que si la vente peut être assurée à une distance assez faible. Aucune production n’est encore réalisée, mais on connaît des gîtes plus ou moins importants. Les premières traces de phosphate signalées ont été celles du centre du Sénégal (Thiès, etc.) : une étude récente a montré qu’il s’agissait plutôt de bauxites phosphatées, non utilisables. En revanche, de vrais phosphates ont été découverts récemment sur les rives du fleuve Sénégal, près de Matam, par un géologue du Service géologique, et au Nord de Gao, près d’In Tassit, par des prospecteurs de l’Office du Niger. Ces gisements sont actuellement à l’étude.
- Fer. — La production de minerai de fer de toute cette contrée vient uniquement de Sierra Leone; elle est récente : les exportations n’ont commencé qu’en 1933 (25 000 t) et se sont rapidement accrues (435 000 t en 1935).
- La répartition des gisements de fer dans ces pays est assez difficile à analyser. Le minerai de fer est, en général, une concentration latéritique superficielle provenant de l’altération de roches qui doivent être elles-mêmes riches en fer. Il faudrait donc étudier d’abord la répartition de ces dernières; en outre, l’altération peut donner des produits très ferrugineux, mais sans valeur marchande, à cause des impuretés qui peuvent être mélangées au fer. Enfin, ces gisements ne sont exploitables que pour l’exportation : ils doivent donc être convenablement placés par rapport à la côte et aux voies de communication.
- On connaît en Afrique française des concentrations plus ou moins importantes; mais l’étude précise de détail reste à faire sur les bases qui viennent d’être indiquées.
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- DÉFENSE SANITAIRE DES VÉGÉTAUX (PARIS, 19 MARS 1937).
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- Aluminium. — Aucune production dans cette région. Les conditions de gisement de la bauxite sont très analogues, pour ces pays, à celles du minerai de fer, à ceci près, bien entendu, qu’il s’agit de concentration d’aluminium au lieu de concentration de fer. On connaît, en Afrique française, quelques points intéressants, mais plus ou moins bien placés du point de vue économique.
- CONCLUSION.
- Faut-il tirer une conclusion? Il me semble qu’elle n’est pas douteuse. Nous commençons maintenant à voir clair sur les possibilités minières de notre Afrique française : ces idées ne résultent pas d’appréciations vagues, mais de données précises, basées sur l’observation et la comparaison d’un grand nombre d’autres exemples et l’étude attentive des conditions locales.
- Ces recherches nécessitent un travail patient, coûteux si l’on veut, encore que les dépenses à envisager soient faibles par rapport aux chiffres auxquels nous sommes accoutumés. Mais les résultats à attendre de ces recherches ne sont pas de simples promesses. La comparaison esquissée au début montre qu’on peut leur faire confiance.
- JOURNÉE DE LA DÉFENSE SANITAIRE DES VÉGÉTAUX
- (Paris, 19 mars 1937)
- par M. E. Lemaire, agent général de la Société d’Encouragement.
- La Journée de la Défense sanitaire des Végétaux s’est tenue au Parc des Expositions de la porte de Versailles, à l’occasion du Concours général agricole; elle a été organisée, comme un premier congrès, ayant même objet, tenu en 1934, par la Ligue nationale de Lutte contre les Ennemis des Cultures (1), ligue dont la création est due au regretté Pierre Viala, qui en fut le premier président. Cette journée a été présidée par M. G. Chappaz, Inspecteur général de l’Agriculture, président de la Ligue.
- Il convient, tout d’abord, de signaler combien sont fructueuses de courtes réunions de ce genre, où l’on ne traite qu’un sujet bien déterminé et limité, et auxquelles un grand nombre de personnes compétentes peuvent facilement prendre part. Huit communications ont été faites; elles ont toutes été suivies de nombreuses demandes de renseignements complémentaires et d’une discussion animée qui ont fait ressortir l’intérêt de certains faits d’ordre général.
- (1) Siège social, à la Maison de l’Agriculture, 129 boulevard Saint-Germain, Paris (0e). Le compte rendu de cetle journée forme une brochure de 48 pages de 15x23 cm. Celui du Congrès de 1934 forme deux volumes d’un ensemble de 300 pages, dont le prix est de 30 fr. On y trouve surtout de nombreux renseignements pratiques sur les produits et les appareils employés dans la lutte contre les ennemis des cultures.
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- DÉFENSE SANITAIRE DES VÉGÉTAUX. — MAI-JUIN 1937.
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- L’année dernière, le grand entomologiste américain Howard jetait le cri d’alarme et montrait la nécessité d’une nouvelle croisade, internationale, une « guerre mondiale contre les insectes, les plus grands ennemis de l’homme ». ennemis communs, contre lesquels tous les pays peuvent s’unir sans arrière-pensée, car l’insecte ne connaît pas nos frontières; il n’est arreté ni parles déserts, ni par les montagnes, ni par les océans. Voici une observation précise récente qui donne une idée du pouvoir de dispersion des insectes par leurs propres moyens et sans que l’homme intervienne pour la faciliter. Du 5 au 13 août 1936, dans la mer du Nord, jusqu’à 250 km de la côte anglaise, MM. Hardy et Milne ont capturé, avec des filets placés à 12 m du pont du George Btigh, ou suspendus à un cerf-volant, à 60-120 m de hauteur, 746 insectes appartenant à six espèces différentes et 6 araignées (Insect, Drift over the North Sea, dans Nature, de Londres, du 20 mars 1937).
- Quant aux méfaits commis par les insectes, ils sont considérables : on n’a pu les évaluer avec quelque précision que pour des territoires assez restreints. C’est ainsi que les dommages causés chaque année aux cultures en France par les parasites sont évalués à 10 milliards de francs, valeur moyenne d’une bonne récolte de blé. Dans ce qui suit nous donnerons un court résumé des mémoires présentés, un bref compte rendu de la discussion qui a suivi leur présentation et quelques-uns des vœux émis par l’assemblée.
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- Les nouveaux produits utilisés dans la défense sanitaire des végétaux, par M. Raucourt, directeur du Laboratoire de Phytopharmacie au Centre de Recherches agronomiques de Versailles. — L’arsenal des produits antiparasitaires s’enrichit tous les jours, et l’agriculteur est souvent embarrassé pour savoir auquel de ces produits il doit donner la préférence. Aussi, dans tous les pays
- civilisés a-t-on entrepris des recherches pour déterminer leur efficacité. M. Rau-
- court donne le résultat de l’ensemble de ces travaux en se limitant aux grandes maladies et aux principaux déprédateurs et pour lesquels des résultats certains ont été obtenus.
- Le principe actif des antiparasitaires est connu; ce sont les ions Cu, Mg, BOL
- F, AsO3, pour les sels de cuivre et de mercure, les borates, les fluorures et les
- arséniates; certains alcaloïdes, comme la nicotine, la quinoléine et leurs homologues, la roténone et les pyréthrines Il importe donc peu que le cuivre, par
- (2) Par contact ou per os, la roténone et les pyréthrines sont des poisons très violents pour tous les animaux à sang froid: elles sont inoffensives pour l’homme et les animaux domestiques. Malheureusement, elles sont assez instables et ne se conservent pas très longtemps.
- La roténone se trouve dans les racines de plusieurs légumineuses : les Derris (ou tuba), Lonchocarpus (ou cubé des hauts plateaux de l’Amérique du Sud) et Tephrosia (haricot à lapin de l’Amérique du Nord). On cultive aujourd’hui les Derris dans la Malaisie, la presqu’île de Malacca, Bornéo et les Philippines. La roténone, des extraits de la racine de derris ou cette racine pulvérisée sont employés couramment depuis plusieurs années aux États-Unis et depuis
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- exemple, soit à l’état de sulfate, de carbonate, d’hydroxyde ou d’oxychlorure, à l’état de bouillie ou en poudre; mais il n’est pas indifférent d’employer l’un ou l’autre de ces composés : il faut qu’il mouille la plante traitée, d’où, quelquefois, l’adjonction d’un mouillant; mais il ne faut pas non plus que ce mouillant facilite trop son ruissellement, notamment sous l’action des pluies, d’où l’adjonction d’adhésifs. Ce sont des corps peu solubles dans l’eau ou qui augmentent sa viscosité.
- Matériel moderne utilisé dans la défense sanitaire des végétaux, par M. Tony Ballu, professeur à l’Institut national agronomique. — Il n’y a pas beaucoup de nouveautés à signaler en ce qui concerne ce matériel, mais M. Tony Ballu se demande si ce n’est pas l’homme qui est le plus grand ennemi des cultures : en augmentant les rendements des plantes par le choix de variétés sélectionnées et par l’apport massif d’engrais chimiques, on rompt l’équilibre de la nature : la plante est moins rustique et résiste moins bien aux parasites, et, de plus, la vie microbienne du sol, facteur important de sa fécondité, est entravée. Peut-être conviendrait-il de s’arrêter dans l’industrialisation de la culture et de rechercher de nouvelles méthodes culturales, plus rationnelles.
- A cet égard, on a fait remarquer que les hauts rendements peuvent appauvrir un sol en ce qu’on appelle maintenant les micro-engrais (Cu, Zn, Mn, Fe, Mg, Ca, B) qui sont indispensables à la plante, se trouvaient naturellement dans le sol et en ont été enlevés par les récoltes. De même, l'introduction d’antiparasitaires, comme celle de certains engrais chimiques, peut aussi entraver les phénomènes biologiques du sol. Des travaux sont en cours sur ces deux importantes questions, comme sur la mesure de l’efficacité des antiparasitaires; malheureusement, en France, les stations expérimentales manquent decrédits et de personnel pour exécuter toutes les recherches nécessaires.
- Après la discussion qui a suivi ces deux rapports, le prof. Perrot a fait adopter le vœu suivant :
- « Que le Comité consultatif de la Défense sanitaire des Végétaux, dont le « fonctionnement régulier est particulièrement désirable, se préoccupe d’établir « un inventaire annuel des recherches et des expériences relatives à la lutte contre « les ennemis des cultures, en vue de les harmoniser. »
- peu en Angleterre, en Allemagne, en Belgique et en Hollande. On commence seulement à Remployer en France, bien qu’on y vende des produits à base de roténone depuis trois ans.
- Au sujet de la roténone, de ses propriétés, des derris et de leur culture, voir :
- II. Guérin, La roténone (L'industrie chimique de décembre 1936, p. 883-885);
- J. Legros, La culture du derris en Extrême-Orient (Revue internationale d’Agriculture, de janvier 1937, p. 1, T-13 T);
- Ein. Tilemans, La roténone, préparation et usages en entomologie appliquée (importante bibliographie) (Bulletin de l'Institut agronomique et des Stations de Recherches de Gembloux, mai 1936, p. 186-203).
- Au sujet des pyréth: ines, voir : E. Perrot, Insecticides et vermicides. Le pyrèthre et ses applications (Bulletin delà Société d'Encouragement, de décembre 1931, p. 709-722).
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- Les méthodes culturales dans leurs rapports avec les traitements, par M. G. Ménard, Ingénieur agronome, Inspecteur de l'Agriculture du Sud-Est. — Ce rapport signale d’abord les nombreux facteurs qui facilitent la dissémination et la pullulation des parasites des végétaux ; ce sont notamment : la facilité des communications (le parasite est transporté sur les plants, les fruits ou les semences par chemin de fer, par bateau et même par automobile et par avion); — la spécialisation des cultures (elle offre en abondance au parasite son aliment préféré); — l’acclimatement des espèces cultivées; — la persistance d’une même culture sur le même terrain ou dans une même région; — la culture contre saison, conséquence de la sélection des variétés cultivées; — les grands rendements, qui, comme la culture contre saison, affaiblissent la plante et la mettent dans un état de moindre résistance.
- Ces facteurs ne font que traduire les manifestations des progrès matériels de l’humanité; et la dissémination et la pullulation des parasites dans le monde civilisé sont une des rançons de ces progrès. Youlût-on y renoncer, le mal est fait et il ne peut que s’étendre. Il faut donc que l’agriculteur s’accommode de ces parasites et, comme, d’autre part, on connaît des moyens de les combattre d’une efficacité éprouvée et dont l’emploi est déjà généralisé, on ne peut plus renoncer à cet emploi, malgré les inconvénients qu’il peut présenter dans de nombreux cas : il faut s’en accommoder aussi. Le problème revient donc à trouver par quels moyens ce résultat peut être obtenu, ce qui exigera des travaux de recherches considérables car le problème est complexe et vaste.
- L’auteur expose, dans la seconde partie de son rapport, un programme méthodique et complet des modifications qu’il faudra nécessairement apporter aux pratiques culturales pour lutter efficacement contre les parasites; ces modifications visent : le travail du sol ; les méthodes de fertilisation et de désinfection du sol; le choix et la préparation des plants et semences; la technique et la conduite des plantations; le choix des variétés ; les méthodes de récolte, de vente et de conservation des produits.
- Au cours de la discussion qui a suivi l’exposé de M. Ménard, M. Foex a montré, en citant plusieurs exemples, que les méthodes culturales doivent tenir compte des mœurs des parasites; ce sont donc ces mœurs qu’il convient avant tout d’étudier et de connaître, si on veut faire œuvre rationnelle et fructueuse. C’est un travail de longue haleine, qui n’a encore été entrepris que dans quelques cas particuliers. Les maladies à virus obligeront à des recherches d’un autre ordre.
- M. Pons dit qu’en ajoutant des micro-engrais aux formules courantes des engrais chimiques ordinaires, il a déjà obtenu des modifications intéressantes en ce qui concerne la couleur des fleurs et la saveur des choux et de la poirée.
- Pour répondre à une demande de M. Girault, sur l’efficacité des composés de certains corps simples (Sr, Li, Mn, Mg, B), M. Foex signale les résultats encourageants obtenus en France et en Nouvelle-Zélande par l’emploi de l’acide borique et des borates dans la lutte contre la maladie du cœur de la betterave et celle du liège des arbres fruitiers. Pour la betterave, il reste à savoir exactement
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- quelle peut être Faction des borates sur les céréales qui suivent la betterave dans l’assolement.
- Le contrôle de Vefficacité des produits utilisés pour la défense sanitaire des végétaux, par M. Robert Régnier, directeur de la Station de Zoologie agricole du Nord-Ouest et du Muséum de Rouen. — Le nombre et la variété des antipara-sitaircs offerts par le commerce posent la question de leur contrôle; il est réalisé aux Etats-Unis et en Australie depuis 1910; il ne l’est pas encore en France, bien qu’il soit réclamé depuis 1923. La difficulté est de l’établir sans léser les intérêts des fabricants, qui, pour la plupart, ont fait des essais longs et coûteux. Une loi du 10 mars 1935, réglementant le commerce des antiparasitaires, exige bien des fabricants la déclaration des principes utiles contenus dans leurs produits et protège les usagers contre les escroqueries, mais elle est insuffisante : il faut aussi qu’ils sachent dans quelle mesure le produit présenté est efficace.
- Il faudrait donc, d’abord, opérer pour cette phytopharmacie, comme pour la pharmacie humaine ou vétérinaire, c’est-à-dire, établir un codex et obliger que, sur toute spécialité, soit indiquée clairement à l’acheteur la composition chimique qualitative et quantitative du produit offert. De plus, des stations agronomiques devraient déterminer, au laboratoire et dans des champs d’expériences, son degré d’efficacité et son mode d’emploi, qui peuvent varier avec le mode de préparation du produit, — il peut rester secret — et aussi avec le sol, le climat et la plante traitée.
- Il y aurait donc à instituer deux contrôles, celui de la composition et celui de l’efficacité. Telle est la conclusion qui ressort de la discussion du rapport de M. Régnier, discussion à laquelle ont pris part MM. Guinier, Vinas, Rondeleux et Desrue et le prof. Perrot. En conséquence, l’assemblée a émis le vœu :
- « Que le Ministre de l’Agriculture prenne toutes dispositions utiles pour que « les services compétents de son département puissent donner officiellement leur « appréciation sur l’efficacité des produits et que les vendeurs de ces produits « aient la faculté de faire état de cette appréciation sur leurs prospectus, circu-« laires et étiquettes; que des mesures soient prescrites par un texte législatif « pour compléter la loi du 10 mars 1935 et par un décret pour régler l’appli-« cation de la loi ainsi complétée.
- M. F. L. Rrancher, secrétaire général de la Ligue, donne lecture du texte de la loi du 10 mars 1935, qui prévoit un règlement d’administration publique pour son application. Il demande que le Ministre de l’Agriculture le publie le plus tôt possible.
- M. Duriez, Inspecteur général de la Répression des Fraudes, informe l’assemblée que le règlement en question sera publié dans quelques semaines.
- U organisation administrative de la défense sanitaire des végétaux, par M. Gondé, Inspecteur de l’Agriculture. — Cette organisation, assez satisfaisante en théorie, laisse à désirer dans la pratique, faute de crédits et d’un personnel suffisant en nombre. Le vœu a été émis :
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- « Que soient créés et occupés dans chaque région agricole, auprès de l’ins-« pection d’agriculture, des postes de spécialistes chargés d’organiser et de sur-« veiller le fonctionnement d’un service de défense sanitaire des végétaux. »
- L'organisation professionnelle de la défense sanitaire des végétaux, par M. Frédou, secrétaire général adjoint de la Ligue. — Les moyens de lutte les plus efficaces étant connus, il faudrait les rendre obligatoires, collectifs et simultanés, sinon dans toute une région, du moins dans un certain district, car le cultivateur disposé à agir emploierait-il le produit qui convient le mieux au sol, au climat et à la plante cultivée, s’il est isolé, ses efforts seront vains : il faut que la lutte soit générale, simultanée et organisée.
- On a signalé qu’à cause de récalcitrants ou faute de simultanéité, certaines cultures, autrefois prospères et très rémunératrices, ont été anéanties en quelques années dans certains districts de la France où elles étaient spécialisées; que l’obligation existe en Suisse, où, il est vrai, les régions homogènes sont mieux délimitées par les montagnes (le traitement est appliqué d’office chez les récalcitrants et à leurs frais) et, dans un ordre d’idées voisin, aussi en Italie, pour la désinfection des magnaneries, et presque partout à l’étranger contre la loque des abeilles. Il en est de même aux États-Unis pour tous les arbres fruitiers.
- En France, la généralisation et l’organisation des traitements se heurtent bien plus à l’insuffisance des crédits et du personnel qu’à la mauvaise volonté des cultivateurs. M. G. Monnet, ministre de l’Agriculture, qui est agriculteur, a assisté à une partie des travaux; il a demandé que les mesures à prendre lui soient indiquées et il a promis que, si draconiennes qu’elles fussent, elles seraient prises.
- Dès maintenant, cependant, un moyen légal s’offre aux cultivateurs de lutter efficacement contre les parasites : c’est la constitution d’un « syndicat de lutte contre les ennemis des cultures » au sein ou non d’un syndicat agricole préexistant. Il peut se procurer à bon compte, à frais communs, un matériel et un personnel pouvant servir dans tout un district et opérer rapidement. Ces syndicats peuvent être subventionnés par l’État, dont le rôle, pour le moment, doit se borner à signaler qu’une région vient d’être infestée et à indiquer quelles sont les mesures à prendre, comme dans le cas du doryphore de la pomme de terre; son personnel s’efforce aussi alors d’enrayer la marche du fléau.
- La fédération de semblables syndicats est possible aussi; généralement son cadre est le département. Elle procure de nouveaux avantages et des moyens d’action plus puissants et plus efficaces. Le rapporteur a signalé l’existence et l’activité d’une semblable fédération dans un département du Nord. Créée en 1935, avec 20 syndicats, elle en comptait 217 à la fin de 1936 : elle publie un bulletin; elle a acheté en commun, en profitant d’une remise de 15 à 25 p. 100 sur les prix : 250 pulvérisateurs à pression et 10 pulvérisateurs à grand travail, et, avec une remise de 10 à 20 p. 100, les produits suivants : 2 625 kg d’oxychlorure de cuivre; 3 050 kg d’arséniate d’alumine; 1 500 kg de borate de soude, 400 kg de chlorate de soude, de l’huile d’anthracène, du maïs empoisonné, de la
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- cuproazotine, etc. On a estimé à 25 000 fr l’économie réalisée par l’ensemble des personnes qui ont eu recours aux services de cette fédération.
- Une douzaine de ces fédérations sont affiliées à la Ligue, qui leur donne tous renseignements utiles, ainsi qu’aux syndicats non fédérés.
- Présentation par M. Paul Marsais, secrétaire général de la Ligue, du Guide pratique pour la Défense sanitaire des Végétaux. — Cet ouvrage, tout récent, a été conçu par Pierre Yiala. Sa réalisation est due à la collaboration de vingt-deux spécialistes. Il s’adresse au cultivateur isolé : par une sorte de méthode dichotomique, comme celle qui est employée dans les flores, il lui permet de déterminer la maladie ou le parasite d’une plante qu’il cultive et de savoir avec précision quels traitements il faut employer pour s’en débarrasser. Cet ouvrage de 300 pages de 12x15 cm, est relié, très bien présenté et il peut se mettre dans la poche. Il est en vente, au prix de 10 fr, au siège de la Ligue.
- Sans être spécialiste, nous avons vérifié personnellement — et notre diagnostic a été confirmé par un spécialiste — que ce petit guide donne bien les résultats qu’il promet; il s’agissait de cas difficiles : maladies complètement inconnues de nous et plantes ornementales, sinon rares, du moins assez peu répandues.
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- Distribution solennelle de récompenses (Rouen, 2 mai 1937),
- par M. Ed. Sauvage, membre du Conseil de la Société d'Encouragement.
- Pour la douzième fois, le 2 mai 1037, la Société industrielle de Rouen a récompensé les ouvriers et employés de tous grades des établissements industriels et commerciaux de la région rouennaise. Devant un nombreux auditoire, M. Luc, Directeur général de l’Enseignement technique, présidait la réunion.
- A l’ouverture de la séance, le président de la Société, M. Cros, remercie le Directeur général de rEnseignement technique, qui a bien voulu la présider, ainsi que les nombreux invités présents, puis il expose le concours donné par la Société industrielle de Rouen aux établissements d’enseignement technique, notamment à l’Institut chimique de Rouen.
- M. Luc réplique par l’éloge du travail, base de la civilisation, en insistant sur la nécessité d’un bon enseignement technique.
- Après ces préliminaires, la distribution des récompenses, parfaitement organisée par le secrétaire de la Société, M. d’Anjou, avec le concours de jeunes auxiliaires, fait défiler dans un ordre parfait plus de 600 lauréats. Outre les médailles d’or, de vermeil et d’argent de la Société industrielle, les récompenses comprennent des médailles de l’Etat pour longs services, des médailles d’honneur des Chemins de fer de l’État et de la Compagnie du Chemin de fer du Nord, dont
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- une ligne aboutit à Rouen, des médailles au personnel dirigeant de l’Association normande pour prévenir les accidents du travail, des diplômes et certificats aux élèves des cours d’aides-cliimistes et des cours de filature et de tissage.
- Au cours de la séance, l’Harmonie des établissements Kuhlmann s’est fait entendre.
- Les motifs des récompenses sont fort intéressants. Il suffira d’en citer quelques uns, choisis au hasard :
- M. Werquin (Victor), directeur de la Sucrerie agricole de Colleville : a organisé totalement l’usine qu’il dirige en y apportant de nombreuses améliorations tant du point de vue technique que du point de vue de la sécurité. Mérite une mention particulière pour la façon rapide avec laquelle cette œuvre a été menée à bien.
- Établissements Forthomme-Alleaume, tissage de coton à Gruchet-le-Valasse :
- M. Legrain (Albert), pareur, 50 ans de services : cinquante ans de travail ininterrompu, travailleur assidu et consciencieux, faisant toujours preuve du meilleur esprit et de la plus parfaite simplicité.
- Mme Monnot (Blanche), tisserande, 50 ans de services : cinquante ans de travail ininterrompu, faisant preuve des plus belles qualités. Conscience, dévouement alliés à la plus grande modestie.
- Roberts Blondel et Cie, industriels à Saint-Léger-du-Bourg-Denis :
- M. Bonduelle (Pierre), chef d’entretien, 7 ans de services : chef d’entretien remarquable, réunissant les plus hautes qualités morales et professionnelles; par son exemple, sa méthode, ses qualités d’organisation et de travail, a su obtenir de son personnel le meilleur rendement. Assurant, en dehors de nombreuses installations nouvelles, le parfait entretien du matériel, a rendu ainsi le plus signalé service à Pétablissement.
- Un déjeuner, offert à ses invités par la Société industrielle, suivit la distribution des récompenses. M. Luc et M. Gros le terminèrent par des allocutions humoristiques.
- La fête de la Société industrielle de Rouen est une preuve réconfortante de la bonne entente de tout le personnel de l’industrie; l’effet doit en sortir des limites où elle s’exerce, car elle est indispensable pour la prospérité de la France.
- Le palmarès de la distribution est déposé à la bibliothèque de la Société d’En-couragement (pièce n° 13671).
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOURAG. POUR L’iNDUSTRIE NAT, —MAI-JUIN 1937 (p. 291).
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ CONSEIL D’ADMINISTRATION SÉANCE PUBLIQUE DE 10 AVRIL 1937 Présidence de M. M. Lacoin, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Sont présentés pour devenir membres de Ja Société et admis séance tenante :
- M. Pluyette (Jacques) (ifc, 1), directeur à l’Union des Industries métallurgiques et minières, 60, avenue Théophile-Gautier, Paris (10e), présenté par M. Lacoin;
- M. Martin (Raymond) (I), ancien élève de l’École polytechnique (20 spéciale), ingénieur au Service des Machines (Matériel et Traction), Exploitation commune P.-O.-Midi, 9, rue du Sahel, Paris (12e), présenté par MM. Moussu, Tardy et Lacoin (membre à vie).
- M. Demorlaine (Joseph) (O. Üfc, I, C. i, O. 0), Inspecteur général des Eaux et Forêts, professeur à l’Institut national agronomique, Conservateur en chef des Promenades de Paris, 1, avenue Bugeaud, Paris (16e), présenté par M. H. Hitier.
- M. Pluy ette est lauréat de la Société d’Encouragement cette année. M. Martin est le fils de M. J.-B. Martin, que notre Société a récompensé deux fois : en 1895 et le 13 mars dernier.
- M. Lacoin, président. — M. Francis Michot-Dupont, que vous allez entendre, est l’inventeur d’un procédé extrêmement original de fabrication d’essence synthétique.
- Si intéressants que soient les procédés français d’hydrogénation déjà en usage, ils emploient comme matière première la houille, c’est-à-dire une matière première dont nous sommes importateurs pour 10 millions de tonnes; de plus, l’hydrogénation ne s’applique encore qu’aux houilles grasses, extraites dans le bassin du Nord, c’est-à-dire dans une région très exposée au feu de l’ennemi en cas de conflit.
- M. Michot-Dupont a pensé qu’il était plus judicieux de s’adresser à des matières premières surabondantes, le lignite et la tourbe, jusqu’ici peu exploitées ou non exploitées du tout, et qu’on trouve en France dans un grand nombre de régions. On avait déjà, et depuis longtemps, recherché
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- 21)2 CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 24 AVRIL 1937.
- une bonne utilisation de ces mauvais combustibles, mais sans aboutir à des procédés économiques.
- Par un artifice extrêmement ingénieux, M. lYlichot-Dupont est arrivé au résultat; et, comme aucun des fours de pyrogénation existants ne se prêtait à l’application de sa méthode, il en a conçu et construit un, d’un type entièrement nouveau, d’où le craquage est absent. Le procédé, mis au point pour l’application industrielle, est viable même en temps de paix. Le mérite de AI. Alichot-Dupont a été reconnu : l’Académie des Sciences lui a décerné en 192(1, le prix Darracq, ex æquo avec A IM. Vallette et Audi-bert; l’Oflice national des Combustibles liquides lui a décerné cette année son grand prix annuel, et notre Société une médaille d’or.
- Je tiens à signaler les conditions exceptionnelles et difficiles dans lesquelles Al. Alichot-Dupont a effectué ses recherches. Il est grand mutilé de guerre; il n’avait aucun laboratoire officiel ou subventionné à sa disposition, et il n’a eu pour le soutenir que la foi qu’il a su inspirer à ses proches et à quelques amis, et cela, pendant plus de sept années de travaux ininterrompus.
- M. Francis AIiciiot-Dupont fait une communication sur son Procédé d'utilisation des liynites et des tourbes en vue de l'obtention de carburants.
- AIAI. L acoin, Da.mour et Rollev prennent part à la discussion (t).
- La séance est levée à 18 h. 80 m.
- ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE DU 24 AV RTE 193 7 Présidence de Al. AL Lacoin. président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- Il est donné lecture d’un rapport présenté par iVl. Cornu-Tiienard, au nom de la Commission des Fonds, sur l’exercice financier de l’année 1935 2). Ce rapport, mis aux voix, est approuvé à l’unanimité.
- Lecture est donnée du rapport présenté par Al. Alby, au nom des Censeurs, sur l’exercice financier de l’année 1935 :3).
- Ce rapport, mis aux voix, est approuvé à l’unanimité.
- (I) Voir, dans le présent, numéro du Bulletin, p. 227-246, le texte de la communication de M. Michot-Dupont et le compterendu de la discussion qui l’a suivie.
- (2) Voir le texte de ce rapport à la page 201 du présent numéro.
- (3) Voir le texte de ce rapport a la page 211 du présent numéro.
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- COMITÉ D’AGRICULTURE. SÉANCE DU 7 AVRIL J937. 293
- M. F. Blondel, Ingénieur en chef des Mines, président de la Société géologique de France, membre du Conseil de la Société d’Encouragement, fait une communication sur La répartition des matières premières dans le monde (t).
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
- COMITE D’AGRICULTURE
- (EXTRAIT du procès-verbal de la SÉANCE DU 7 AVRIL 193')
- L’Institut agricole d’Algérie.
- La profession d’agriculteur constitue une activité indépendante et altrayanle, mais elle exige des connaissances spéciales de plus en plus étendues, au fur et à mesure que se perfectionne la technique agricole, tout particulièrement dans les pays neufs de notre domaine nord-africain.
- A cet égard, l’Institut agricole d'Algérie mérite de retenir l’attention des jeunes gens, des familles et des chefs d’établissements d’instruction. Par son installation et son organisation modernes, à Maison Carrée, près d’Alger, par la haute valeur de son personnel enseignant, par les débouchés nombreux, intéressants et variés, ouverts à ses anciens élèves, par son enseignement très étendu, qui en fait une véritable école de colonisation générale, l’Institut agricole d’Algérie est un établissement d’enseignement supérieur agricole.
- L’enseignement, qui dure deux ans et qui est comparable à celui des écoles nationales d’agriculture, est adapté aux conditions spéciales de l’agriculture en Afrique du Nord. Il comporte, en dehors des cours et des applications, des travaux et des stages pratiques, des excursions et voyages d’études, ce qui permet aux élèves d’acquérir un ensemble de connaissances techniques et professionnelles étendues.
- Cet enseignement s’adresse aux jeunes gens qui ont terminé leurs études secondaires ou primaires supérieures et aux élèves diplômés des écoles professionnelles agricoles d’Algérie, de France ou de l’étranger. L’admission a lieu au concours. Peuvent toutefois être reçus sans concourir les anciens élèves des écoles nationales d’agriculture et ceux qui sont titulaires du brevet supérieur de l’enseignement primaire, du baccalauréat ou du diplôme d’ingénieur horticole.
- Les étudiants disposent à l’Institut agricole d’Algérie du confort moderne, alliant l’utile à l’agréable (cercle, salles de jeux et de lecture, T. S. F., terrains de sports, etc.); ils y jouissent, ainsi qu’il convient à des jeunes gens approchant de leur majorité, d’une large tolérance dans toute la limite compatible avec une discipline strictement indispensable mais de caractère paternel.
- Ouvert aux candidats âgés de 17 ans au moins, le concours d’admission com-
- (1) Le texte de la communication de M. Blondel et le compte rendu de la discussion qui Ta suivie seront donnés dans le prochain numéro du Bulletin.
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- OUVRAGES REÇUS EN AVRIL ET MAI 1937.
- porte cinq épreuves écrites (français, mathématiques, sciences naturelles, physique et chimie, croquis coté) et peut être subi dans les principales villes de France, d’Algérie, des pays de protectorat et autres possessions françaises, ainsi que dans les consulats français en pays étranger. Ce concours a lieu dans la semaine qui précède le 14 juillet. Les demandes d’admission doivent être adressées au Directeur de l’Institut agricole d’Algérie, à Maison Carrée (Alger).
- U U Vit AU ES REÇUS A LA BIBI.IOT II E OIE EN AVRIL ET MAI 1937
- 2e Congrès de la technique du bureau tenu à Paris du 22 au 24 mai 1936. Compte rendu des travaux. In-8 (24 x 13) de 280 p., 22 lig. Paris, Delmas, 7, rue de Madrid (8e), 1937. 18625
- Guide pratique pour la défense sanitaire des végétaux. Maladies principales des plantes cultivées. Leur description, leurs causes, leurs traitements. In-10 (10 x 12) de xii H- 294 p. Paris, Publications de la Ligue nationale de lutte contre tes ennemis des cultures. Maison de l’Agriculture, 129, boulevard Saint-Germain (6e), 1937. 18626
- Grf.net Q,.). — Thermodynamique et métallurgie. In-8 (23 x 16) de xvi + 222 p., 30 lig. Paris, Librairie Ch. Béranger, 13, rue des Saints-Pères (6e), 1937. 18627
- Casacof (Christo). — Étude sur la rationalisation économique. Questions générales d'organisation des activités productives. In-8 (22x14) de 101p. Paris, Imprimerie « Labor », 8, boulevard de Vaugirard (13e), 1934. (Don de l'auteur). 18628
- Dupont (G.). — Cours de chimie industrielle. Tome IV : Industries organiques. In-8 (23 x 16) de 230 p., 77 lig. Paris, Gaulhier-Villars, 33, quai des Grands-Augus-tins (6e), 1937. 18629
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- Tongas (Ph.). — Étude théorique de la marche d’un train. Résolution graphique du cas de la traction avec moteurs à vitesse constante à l'aide d’un nomogramme à points alignés, (ex Hevue générale de l’Électricité, 23 janvier 1937). In-4 (27 x 22) de 8 p., 6 fîg. Paris, Revue générale de l’Électricité, 12, place de Laborde (8e), 1937. (Don de l'auteur). Pièce 14056
- Lavai. (J.). — Un exemple d’organisation d’une entreprise d’installations électriques. (ex Bulletin technique « Informations CEM », édité par la CIe Electro-Mécanique, 12, rue Portalis, Paris (8e). In-4 (27 x 21) de 1 1 p., V pl. Paris, Delmas, 7, rue de Madrid (8e). Pièce 14057
- Hommage à Madame et Monsieur Joliot-Curie, Prix Nobel de Chimie 1935. In-8 (24 x 16) de 38 p., II pl. Paris, Association des anciens Élèves de l’Ecole de Physique et de Chimie de la Ville de Paris, 10, rue Vauquelin (3e). Pièce 14058
- Société française des Électriciens. — Remise de la médaille Mascart à M. le Professeur Arthur-Edwin Kennelly. (Supplément au Bulletin de la Société française des Électriciens, nH 76, 3e série, tome VII). In-4 (27 x 18) de 14 p., I pl. Paris, Société française des Electriciens, 14, avenue Pierre-Larousse, Malakolï (Seine), 1936.
- Pièce 14059
- Cran (M.). — Note sur une explosion de chaudière de locomotive, (ex Revue générale des Chemins de fer, février 1937). In-4 (30 x 21) de 11 p., 14 lig. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1937. (Don de la Oie des Chemins de fer de Paris éi Lyon et à la Méditerranée, membre de la Société. ) Pièce 14060
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- OUVRAGES REÇUS EN AVRIL ET MAI 4937.
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- Antoine (A.). — La distribution de l’énergie. Conférence du 16 mars 1937 au Centre polytechnicien d’études économiques. In-8 (24 x 16) de 52 p. Paris, lmp. Burlet 30, rue Saint-Merri (4e). Pièce 14061
- Damour (Emilio). — Le rôle et la part du charbon pulvérisé dans les chauffages industriels actuels. (Chimie et Industrie, février 1937). In-4 (27 x 21) de 8 p., 2 fig. Paris, 28, rue Saint-Dominique (7e). (Don de l’auteur, membre du Conseil (l’Administration). Pièce 14062
- Pierre Viala : le savant, par Emmanuel Leceainche; — L'agronome, par Henri Hitier; — Le maître, ses disciples et ses collaborateurs, par Paul Marsais; — Le fonctionnaire-, l'ami, par Louis Tardy. (Ilevue de viticulture. 20 février 1936, p. 122 à 134). Par.s, 35, boulevard Saint-Michel (5e). Pièce 14063
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- Comité des Travaux historiques et scientifiques. — Comptes rendus du Congrès des Sociétés savantes de Paris et des départements tenu à Montpellier en 1936. Section des Sciences. Paris, Cauthier-Villars, 55, quai des Grands-Auguslins (6e), 1936. Pér. 26
- Association technique de I’Industrie du Gaz en France. — Compte rendu de l’Assemblée générale. Rapports des Commissions. Communications techniques. Réunions des 8 et 9 octobre 1936, remplaçant le 59e Congrès qui devait avoir lieu du 8 au 13 juin à Nantes. Paris, 21, rue Blanche (9e). Pér. 298
- Agenda Béranger 1937, à l’usage des ingénieurs, architectes, mécaniciens, industriels, entrepreneurs, électriciens, amateurs de T. S. F,, automobilistes et en général de tous les praticiens. Paris, Librairie Ch. Béranger, 15, rue des Saints-Pères (6e).
- Pér. 92
- Direction générale des Douanes. — Tableau général du commerce extérieur. Année 1935. (Commerce de la France avec ses colonies et les pays étrangers). Paris, Imprimerie nationale, 1936. Pér. 34
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- Pér. 157
- Smithsonian Institution. — Annual Report of the Board of Regents, 1935. Washington, 1936. Pér. 27
- Smithsonian Institution. — Report of the United States National Muséum, 1936. Washington, 1937. Pér. 27
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- OUVRAGES REÇUS EN AVRIL ET MAI 1937.
- 29(>
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- - 185 (1934) : G aide to the grading of structural timbers and the détermination of work-ing stresses, 20 p. — 221 (1930) : Soit bloiring and dust storms, 11 p., 0 fig. — 224 i 1930) : Manual preserratiee treatment of icood hy pressure. 123 p.. 30 lig. --229 (1930) : Développement unit signiftcance of the gréai soit groups of the United States. 40 p.. 6 lig.. XII pl. — 231 (1930) : Officiais and organizal ions concerned with irildlife protection. 1930. 16 p. Pér. 410
- L'agent général, gérant,
- LEMAIRE.
- BRODARD ET TAUPIN, Cuulommiers-Pam.
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- 136e ANNEE.
- JUILLET-AOUT 1937.
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- LA FABRICATION DU FUMIER ARTIFICIEL,
- par MM. A. Demolon et H. Burgevin.
- généralités. — Avant Liebig, l’humus était considéré comme la source de la fertilité des terres. On regardait, d’ailleurs à tort, les substances organiques en décomposition comme servant directement à la nutrition des plantes. A partir de 1840, la valeur du fumier fut attribuée uniquement aux éléments minéraux dont il assurait la restitution. Il n’est donc pas surprenant qu’on se soit appliqué à obtenir des produits riches, en particulie à éviter les pertes d’azote dont l’importance avait été mise en évidence et à fixer les règles à observer à cet effet.
- Aujourd’hui, l’économie de la production du fumier se présente sous un jour nouveau. En effet, d’une part le problème de l’azote se trouve résolu par l’apparition et le développement des engrais azotés de synthèse. D’une façon générale, l’emploi des engrais chimiques est venu réduire considérablement le rôle antérieurement nécessaire du fumier dans la restitution au sol des éléments fertilisants. D’autre part, en présence de la réduction, dans la plupart de fermes à céréales, du nombre des animaux, l’abondance des pailles a posé la question de leur utilisation par transformation en fumier, ou, plus exactement, en matière humique, sans l’intervention des animaux.
- L’agriculture s’est toujours préoccupée d’assurer l’humification des matières organiques par la fabrication de composts. Mais c’est seulement en 1892 que l’on trouve la première expérience précise, réalisée par le marquis de Vogue, sur les conseils die Schlœsing, ayant abouti à l’obtention d’un véritable fumier artificiel à partir de la paille et des eaux ammoniacales du gaz.
- Hutchinson et Richards ont fait connaître en 1921 les résultats des recherches poursuivies à Rothamsted sur cette question. Les principes posés par Hutchinson et Richards ont servi de base à un très grand nombre d’essais de fabrication de fumier artificiel à partir de la paille. Nous nous proposons d’exposer ici la technique à laquelle nous avons été conduits à la suite des recherches poursuivies sur cette question au Centre de Recherches agronomiques de Versailles dès 1928.
- Nous envisagerons deux situations : 1° celle de l’humification des pailles en l’absence d’animaux domestiques. C’est la fabrication du fumier artificiel proprement dit; 2° celle où l’on dispose d’une certaine quantité de fumier naturel
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- 298 LA FABRICATION DU FUMIER ARTIFICIEL. — JUILLET-AOUT 1937.
- qu’il s’agit d’augmenter par l’humifîcation des pailles en excédent sur la quantité nécessaire pour les litières. C’est la production du fumier mixte. Voici comment il convient d’opérer :
- FABRICATION DU FUMIER ARTIFICIEL A PARTIR DE LA PAILLE DES CEREALES. — Matières premières. — Toutes les pailles de céréales peuvent être utilisées. La paille de blé, la paille d’avoine sont d’un emploi facile. La paille d’orge se travaille beaucoup plus difficilement. D’autres résidus végétaux de composition voisine de celle des pailles peuvent être traités dans les mêmes conditions. Ce sont en général tous ceux qui peuvent être utilisés comme litières, à la condition qu’ils ne soient pas trop grossiers. C’est ainsi qu’aux colonies, on peut utiliser, surtout pour la fabrication du fumier mixte, comme l’a fait par exemple A. Chauvin en Indochine, les graminées qui croissent dans la savane ou les bas-fonds, en ayant soin, pour les matériaux les plus grossiers, de les couper en vert et assez jeunes. Divers résidus industriels, comme les côtes de tabac, les marcs de raisins, et sans doute les résidus de préparation des textiles, les bagasses de cannes à sucre, etc., sont susceptibles d’êtres utilisés. Les feuilles mortes et certaines sciures de bois comme la sciure de chêne, se montrent, en raison de leur teneur en taunoïdes, beaucoup plus résistantes.
- Mise en route et conduite de l’opération. —- On utilise une plate-forme pourvue d’une fosse à purin de faible capacité (10 m3 pour 400 m2) avec une pompe permettant d’arroser largement.
- On commence par faire un lit de paille d’environ 60 à 80 cm de hauteur. Pour en assurer le mouillage, on effectue au moins trois arrosages successifs, matin, soir et lendemain matin, sur la base de 2 400 litres par tonne de paille, soit 800 litres dans chaque arrosage partiel. Diverses eaux résiduaires peuvent être utilisées avantageusement : vinasses de distillerie, eaux de rouissage, eaux vannes, etc. On tiendra compte de leur composition dans la suite des opérations. On apporte alors en surface un lit de fumier naturel ou provenant d’une opération précédente. Cetle addition n’est pas absolument nécessaire, mais elle facilite beaucoup la mise en route de la fabrication. On répand ensuite, aussi uniformément que possible, en le semant à l’état de poudre, un mélange nutritif approprié sur la base de 4 kg d’azote par 1 000 kg de paille ; on effectue un léger arrosage pour faire pénétrer les produits solubles dans la masse. Au bout d’un à deux jours, on constate l’apparition de zones où la température s’élève. Lorsque celle-ci atteint 50 à 60° dans toute la masse, ce qui peut nécessiter cinq à six jours, on tasse en promenant un animal sur le tas. Si l’on n’a pas cette possibilité, le tassement se trouve assuré à la rigueur par le piétinement de l’ouvrier chargé de l’arrosage. On arrose ensuite copieusement. La température s’abaisse momentanément pour remonter vers 70° au bout de deux ou trois jours.
- On effectue alors un nouveau chargement d’égale épaisseur de paille et on renouvelle la même série d’opérations à l’exception de l’addition de fumier frais. La quantité d’azote ajoutée peut alors être réduite à 2,5 kg par 1 000 kg de paille. Il convient de faire entrer en circulation dans les arrosages le purin qui s’écoule
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- LA FABRICATION DU FUMIER ARTIFICIEL.
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- au début <Je l’opérition, Toutefois, dans une opération bien conduite, la quantité de liquide exsudée est très réduite.
- IJ est utile de protéger les parois contre l’évaporation au moyen de blocs de paille pressée qu’en superpose.
- Mélanges nutritifs. — On pourra utiliser, soit l’un des mélanges I et II, en vue de maintenir le rapport habituel des éléments fertilisants, soit, simplement, l’urée ou la cyanamide iformule III) quand on vise essentiellement la production de matière humique.
- Formule I.
- Sulfate d’ammoniaque- • , 40 kg ( soit, p- i00 kg du mélange :
- Phosphate d'ammoniaque. 30 — < P2QS K2O
- Sulfate de potasse....... 30 — f 14 15 15
- à raison de 18 kg par tonne de paille (28 hg pour le premier chargement).
- Formule IL
- Sulfate d’ammoniaque. . . 50 kg ( soit, p. 100 kg du mélange :
- Phosphate licalcique. . . 30 — < N_ P2Os K2 O
- Sulfate de potasse....... 20 — ( 10 11 10 ’
- à raison de 25 kg par tonne de paille (40 kg pour le premier chargement).
- Formule III.
- Urée. ...................... 5 kg
- ou cyanamide à 20 p. 1.00 d’azote............... 12,5 —,
- par tonne de paille ou tout autre mélange approprié.
- Contrôle de la marche de la fermentation. — Le contrôle de la marche de la fermentation s’effectue d’après la température qu’on relève au moyen d’un thermomètre-pieu logé dans une gouttière pratiquée dans une monture à extrémité effilée. La température doit atteindre environ 65-70° dans la première phase de l’opération et rester ensuite voisine de 50°.
- Un abaissement brusque de la température est l’indice que la matière se dessèche. 11 faut alors arroser pour compenser les pertes importantes par vaporisation. Au bout de deux ou trois jours, la température doit être remontée à peu près à son degré initial.
- Quantité de paille à employer. — La quantité de paille à employer est de 3.00 à 350 kg/m2, en cinq chargements successifs.
- Rendement. — Le rendement en fumier à 80 p. 100 d’humidité peut être fixé à 2,7-2,8 fois le poids de la paille. Ces chiffres permettent d’évaluer la production d’une plate-forme de 100 m2 à environ 1001 en trois mois. Cette quantité serait produite dans le même temps par 50 chevaux. En supposant deux fabrications par an, la production correspondra à la production annuelle de 25 chevaux.
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- bOO LA FABRICATION DU FUMIER ARTIFICIEL. ------ JUILLET-AOUT 1937.
- fabrication du FUMIER mixtf. — Le procédé qui vient d’être décrit convient à la fabrication du fumier artificiel en l’absence d’animaux. A la ferme, les conditions sont généralement différentes, car on dispose le plus souvent d’une certaine quantité de fumier naturel. Il est toujours possible d’augmenter largement la quantité de fumier produite par l’utilisation des pailles sans avoir à craindre d’obtenir un fumier trop pailleux, car les déjections animales renferment une quantité d’azote suffisante pour assurer l’humification de la paille ajoutée.
- Obtention du fumier mixte. — Lorsque la plate-forme est vide, on y apporte une quantité de paille au moins équivalente à celle du fumier d’étable que l’on doit y placer. Cette paille est soumise aux arrosages préalables destinés à l’humi-difîer comme dans le cas précédent. Cette manière de faire est préférable à celle qui consiste à augmenter la quantité de litière car elle évite une double manipulation.
- Lorsque les animaux sont parqués sur la plate-forme à fumier, il est utile de compartimenter celle-ci. Les animaux seront introduits dans un des compartiments au moment où il y aura lieu d’assurer le tassement. On apportera à ce moment une couche de paille isolante qui sera soumise aux arrosages lorsquc les animaux auront été retirés. On répète alors les apports alternatifs de paille et de fumier. Dans cette méthode mixte, tout apport d’azote est inutile.
- conclusions. — L’étude de la décomposition des pailles dans le sol montre que si l’incorporation au sol de la paille est possible sous certaines réserves, il est préférable d’assurer la transformation des pailles en fumier bien décomposé.
- Il est aujourd’hui possible d'accroître la production du fumier par une utilisation plus large des pailles de toutes les céréales. La méthode à la paille seule a pu être utilisée avantageusement dans des cas particuliers. La méthode mixte peut être d’une application beaucoup plus générale. Elle ne saurait être interprétée comme devant conduire à une réduction du cheptel, mais, au contraire, comme un moyen d’accroître sa puissance de production en fumier, notamment dans les régions de culture où le poids des animaux ëst très faible par hectare, avec la meilleure utilisation à la fois des pailles et de l’azote des déjections.
- La valeur du fumier ne saurait être déduite uniquement de la teneur en éléments fertilisants et il convient d’envisager dans le fumier, l’apport des matières humiques dont le rôle est considérable dans la fertilité de beaucoup de sols.
- En vue de supprimer ou de réduire au minimum les pertes d’azote, soit au tas, soit à l’épandage, il est indiqué de ne pas chercher à produire des fumiers riches; il est toujours possible de compenser la pauvreté relative du fumier par l’application directe au sol. en temps opportun, des engrais minéraux appropriés pour la réalisation de la fumure commandée par les circonstances.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR u’iNDUST. NAT. —JUILL.-AOUT 1937 (p. MOI).
- LA RÉPARTITION DES MATIÈRES PREMIÈRES DANS LE MONDE (*)
- par M. F. Blondel (P, Ingénieur en Chef des Mines, membre du Conseil de la Société cVEncouragement.
- Le problème de la répartition des matières premières dans le monde a été soulevé depuis quelque temps avec insistance et meme Apreté, par certaines nations, notamment l’Allemagne, l’Italie et le Japon; ces pays ont utilisé cet argument pour justifier la nécessité de leur accroissement territorial, en particulier sur le plan colonial 2). C’est à cause de son dernier aspect que ce problème s’est imposé à moi; on peut regretter que l’opinion publique française, préoccupée il est vrai par des événements intérieurs qui la touchent plus immédiatement, paraisse se désintéresser de cette question pourtant vitale; on ne peut signaler qu’un petit nombre d’articles français sur ce sujet parmi lesquels on doit noter spécialement ceux de M. L. Durand-Réville (:<); en revanche, le public britannique ou américain a, depuis plusieurs années déjà, porté vivement son attention vers cette question, et les études en langue anglaise sont déjà assez nombreuses (l).
- En quoi consiste exactement ce problème?
- Certains pays se plaignent de ne pas pouvoir se ravitailler en matières premières comme ils le désireraient. On pourrait évidemment répondre que chacun doit vivre selon ses moyens. Mais peut-être cette réponse (qui est cependant probablement la sagesse) risquerait-elle de conduire à des explosions qu’il est préférable d’éviter. De toute manière, il est du plus haut intérêt de chercher à se rendre compte des faits réels qui peuvent plus ou moins justifier ces plaintes et des remèdes que l’on peut envisager à la situation ainsi révélée.
- TENDANCE DES MOUVEMENTS COMMERCIAUX INTERNATIONAUX. LES PRODUITS bruts. — Il est un phénomène que signalent bien des études économiques actuelles. Dans le siècle dernier s’effectuait un mouvement d’échange entre matières premières et produits fabriqués, celles-là venant vers l’Europe et ceux-ci sortant d’Europe, pour la plus grosse part ; mais, plus récemment, les mouvements commerciaux relatifs aux produits fabriqués auraient baissé progressivement.
- (*) Conférence faite par l’auteur le 24 avril 1937, en séance publique de la Société d’Encou-ragement.
- (1) Une analyse détaillée de cette conférence a paru dans L’Usine du 13 mai 1937 et dans le Génie civil du 22 mai 1937. Les chiffres que nous donnons ici ont été améliorés et doivent être préférés.
- (2) Voir, par exemple, Un problème de justice internationale. La répartition des matières et des mandats internationaux, édité (en français) à Rome en 1936, par les soins de la Confédération fasciste des Travailleurs de l’Industrie.
- (3) L. Durand-Réville, Quelques aspects du problème des Colonies (C. R. Soc. écon. polit. Paris, 5 oct., 5 nov. 1936, oü p. 14 tab.)
- (4) Voir notamment, Raw Materials and Colonies (Royal Institute of International Affairs, Londres, avril 1936.)
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- RÉPARTITION DES MATIÈRES PREMIÈRES. — JUILLET-AOUT 1937.
- Ce résultat serait dû à la tendance actuelle de tous les États à s’équiper le plus rapidement possible pour produire sur leur territoire les divers objets fabriqués dont leurs nationaux ont besoin; pour la défense contre l’envahissement des produits étrangers, toutes les armes douanières ont été mises en action : tarifs, contingentements, etc..
- En fait, si l’on prend le cas de la France, cette évolution n’est pas aussi nette qu’on l’entend généralement affirmer. Le graphique 1 donne les pourcentages (en valeurs) des objets fabriqués dans les imports, les exports et l’ensemble du commerce extérieur de la France de 1920 à 1936(5); les changements d’unité monétaire importent peu puisqu’il ne s’agit que de pourcentages. On constate bien une légère baisse dans l’ensemble, mais avec des variations — dont les explications n’ont pas à être recherchées ici — au moins aussi importantes que cette baisse même. Aux exports, la part des produits fabriqués passe de 67 p. 100 en 1921 (maximum) à §6 p. 100 en 1936J; aux imports, elle va de 26 p. 100 en 1920 (maximum) à 15 p. 100 en 1936; dans l’ensemble, elle tombe de 44 p. 100 en 1921 (maximum) à 30 p. 100 en 1936. La baisse est sensible; mais elle est beaucoup moins marquée si l’on compare à 1913; et pourtant à cette époque, on ne parlait guère de ces difficultés :
- France
- Graphique 1.
- Part des produits fabriqués.
- Commerce total de la France (étranger et colonies) en produits fabriqués.
- Exports................. 1913 : 58 p. 100 1936 : 56 p. 100.
- Imports................. 1913 : 20 — 1936 : 15 —
- Ensemble................ 1913 : 37 — 1936 : 30 —
- On peut en conclure, en passant, que notre commerce d’exportation n’a peut-être pas été aussi mal défendu qu’on a l’habitude de le dire.
- Il est vrai qu’il s’agit là du commerce total de la France, aussi bien avec l’étranger qu’avec nos colonies : or, ce dernier est libre et l’on peut penser qu’il a contribué à maintenir les pourcentages plus constants. Si l’on ne considère que le commerce avec l’étranger, on note mieux la baisse envisagée (graphique 1).
- (5) D’après les statistiques mensuelles de la Direction des Douanes de France.
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- RÉPARTITION DES MATIÈRES PREMIÈRES DANS LE MONDE.
- 303
- Commerce extérieur de la France {étranger seulement) en produits fabriqués.
- Imports. Exports.
- 1932.......................... 3,5 p. 100 60,0 p. 100.
- 1936 ......................... 3,7 — 47,6 —
- Il ne faut cependant pas conclure trop vite. Pour l’ensemble de l’Europe, le mouvement est beaucoup moins net (graphique 2) puisque les chiffres sont les suivants :
- Commerce extérieur de l'Europe en produits fabriqués.
- Imports. Exports.
- 1929......................... 27,5 p. 100 59,9 p. 100.
- 1934......................... 24,7 — 62,0 —
- Pour les exportations, le mouvement est même en sens inverse. C’est d’ailleurs ce que l’on constate pour l’Allemagne seule, d’après les chiffres mêmes du Statistisches Jahrbuch (graphique 3) :
- Commerce extérieur de VAllemagne en produits fabriqués.
- Imports. Exports.
- 17,5 p. 100 72,4 p. 100.
- 16,8 — 78,0 —
- Il arrive donc, dans les études économiques, que les faits soient moins nets que les impressions que l’on peut avoir.
- Cependant, dans l’ensemble du monde, le phénomène de l’équipement industriel des pays nouveaux est un fait non douteux; et il est non moins douteux que chaque pays tend à se passer le plus possible de ses voisins. La notion d’autarcie n’est tout de même devenue d’un usage courant que depuis peu d’années.
- Cette évolution va-t-elle continuer dans ce sens? Certains demandent avec insistance le retour à la liberté des échanges; et l’on sait l’enquête dont a été chargé M. van Zeeland par les gouvernements de France et de Grande-Bretagne, en vue d’un établissement de la liberté commerciale entre pays. Les opinions,
- 80%
- 70X
- 50*
- Exports
- 50%
- Imports
- 1928 1930 32 34
- Graphique 2. — Europe : Part des produits fabriqués.
- Exports
- Imports
- 1328 1939 32
- Graphique 3. — Allemagne : Part des produits fabriqués.
- 1928
- 1934
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- 304 RÉPARTITION DES MATIÈRES PREMIÈRES. JUILLET-AOUT 1937.
- à ce sujet, sont bien partagées, et il y a presque une mystique' de la liberté comme une mystique du repliement sur soi-même. Il est peut-être plus exact de penser que la solution la meilleure est entre ces deux extrêmes; la complète liberté des échanges mondiaux n'a d’ailleurs jamais existé, pas plus qu’on n’a pu réellement concevoir l’isolement économique complet d’une nation. On ne peut pas d'ailleurs ne pas être frappé du danger que pourrait créer une liberté non tempérée lorsqu’il s’agit de commerce entre pays ayant des niveaux de vio très différents. Si les mouvements entre les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France peuvent se faire sans risquer probablement d’abaisser le niveau de vie de l’une ou l’autre de ces trois nations, il n’en est pas de même — et on l’a bien vu ces dernières années — lorsqu’il s’agit de relations avec d’autres territoires. Pour cette raison, et aussi longtemps que subsistera ce déséquilibre, on peut penseï- que des restrictions douanières seront maintenues. Ces restrictions porteront d’abord — et probablement de plus en plus — sur les produits fabriqués et. par suite, les mouvements commerciaux auront tendance à se limiter de plus en plus aux matières premières. Même si l’on espère une autre solution, il est tout au moins raisonnable d’agir comme si l’avenir était orienté dans ce sens.
- Les restrictions ainsi envisagées pour les produits fabriqués ne se limiteront probablement pas à ceux-ci ; et il est naturel de penser que les matières premières elles-mêmes seront attaquées; mais, à l’inverse des produits finis, il y a, pour les matières premières, une limite à ces restrictions, limite imposée par la nature elle-même.
- Le caractère essentiel de ces productions est en effet d’être liées à certaines conditions géographiques et cela, non pour des raisons économiques, mais pour des raisons physiques et naturelles, au moins dans l’état actuel de la technique. Cette localisai ion géographique est évidente pour les produits minéraux : on ne peut les extraire que là où ils se trouvent. Si un pays n’a pas de gisements de cuivre, quoi qu’il fasse, il ne pourra pas tirer de cuivre de son sous-sol. Pour être moins stricte, la localisation n’en existe pas moins pour les productions agricoles; commandées par le climat, commandées par la nature des sols, elles ont des aires d’extension, évidemment parfois assez vastes, mais cependant toujours limitées : le caoutchouc ne peut pas se produire dans nos contrées, pas plus que le blé ou la vigne dans les régions polaires. De telle sorte que, aussi bien pour les productions agricoles que pour les productions minérales, chaque pays a des poss -bilités et. en même tempis, des limitations qui sont indépendantes des volontés de ses habitants. Dans ces conditions, aucun pays ne peut se flatter de se passer des autres pour son ravitaillement total en ces substances : même de très grands pays, très bien dotés, comme les Etats-Unis, ne disposent ni de caoutchouc, ni de nickel, ni d’étain.
- On peut donc être assuré que, sauf bouleversement technique imprévu, une circulation de ces productions spéciales ou, comme nous dirons pour simplifier, des produits bruts, subsistera toujours, même si des restrictions douanières très
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- RÉPARTITION DES MATIÈRES PREMIÈRES DANS LE MONDE.
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- sérieuses sont décidées par les différents pays et, a fortiori, si une certaine liberté est rendue aux échanges commerciaux.
- De l’ensemble des considérations qui précèdent, on peut déduire que si l'équilibre économique du monde est possible, il est normal d’envisager qu’il aura tendance à se limiter aux produits bruts seuls, étant entendu que nous désignons sous ces mots toutes les substances dont l’origine a nécessairement une localisation géographique.
- Un tel point de vue est assez différent de celui qui est généralement développé à ce propos. La plupart des personnalités qui ont étudié ces problèmes se sont efforcées de préciser les déficits nationaux pour chacune des différentes substances prises une à une et de voir comment ces déficits pourraient être comblés indépendamment les uns des autres. C’est ainsi que l’on a pu préconiser le développement de telle ou telle production dans nos territoires d’outre-mer, de manière à tenir compte des besoins de la métropole. C’est ainsi également que l’on peut parler de la politique du pétrole, de la politique de l’étain, de la politique du sucre, etc.
- Je crois qu’une telle position ne conduira qu’à soulever des problèmes insolubles. Pour les raisons qui viennent d’être évoquées, il paraît utopique d’espérer que chaque pays puisse trouver un moyen d’assurer, par ses propres moyens, son ravitaillement en tous les produits bruts dont il a besoin. Au contraire, la solution du problème devient moins difficile si, au lieu d’envisager chacune de ces substances séparément, on examine leur ensemble et si l’on recherche les conditions qui permettraient à chacun des pays d’être en équilibre pour cet ensemble; autrement dit si, pour chaque pays, les achats en produits bruts à l’étranger sont payés par des ventes de produits bruts extraits de son sol ou de son sous-sol.
- J’ajouterai tout de suite que ces vues ont besoin d’être nuancées, ainsi que je le ferai plus loin; mais l’exposé serait singulièrement compliqué si l’on introduisait ces détails dès maintenant.
- Telle est l’idée directrice de la présente étude. On peut évidemment la critiquer comme on peut critiquer toutes notions relatives aux données économiques ; cependant, si mon point de départ est bien exact, il ne paraît guère douteux que le monde s’achemine vers des équilibres de cette sorte; et l’on peut craindre que si des conditions sont imposées qui empêchent l’établissement de ces équilibres, on assistera peu à peu à la ruine progressive de l’économie mondiale.
- LA RÉPARTITION MONDIALE DE LA PRODUCTION DE BASE.
- Si l’on adopte notre point de vue, le problème qui se pose est donc de savoir si, à l’heure actuelle, de tels équilibres sont réalisés et, dans le cas contraire, si de tels équilibres peuvent devenir possibles dans l’avenir. On est ainsi conduit à étudier la répartition dans le monde de la production de base.
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- Une telle analyse comporte évidemment beaucoup d’inconnues; néanmoins, il n’est peut-être pas impossible d’avoir des idées à son sujet grâce aux travaux de la Section économique de la Société des Nations. Dans ses ouvrages extrêmement remarquables, intitulés La 'production mondiale et les prix, ainsi que dans certaines autres études apparentées(6), le Service d’Études économiques de la Société des Nations a adopté en effet la subdivision suggérée plus haut en ce qui concerne la production mondiale. Il a distingué la « production de base » du reste de la production. Il a établi ainsi des statistiques dont le détail est naturellement discutable, mais qui sont excellentes pour une première analyse, qui est notre seul but présent.
- L’une des difficultés — parmi beaucoup d’autres — que l’on rencontre dans ce travail est l’absence d’une mesure commune et stable; les monnaies sont difficilement comparables entre elles dans le temps et dans l’espace : c’est une banalité de le constater. J’ai essayé de tourner la difficulté en exprimant le plus possible les éléments de discussion en pourcentages de la valeur totale des produits bruts pour l’année considérée. Cette valeur, exprimée dans une monnaie quelconque, a évidemment beaucoup varié d’une année à l’autre ; mais ces variations expriment beaucoup plus des changements dans le niveau général des prix (et dans les monnaies) que dans la masse totale de la production, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Les statistiques de la Société des Nations ont un indice de cette masse pour le calcul duquel nous renvoyons aux ouvrages originaux, mais qui nous semble tout à fait acceptable(7). En prenant la moyenne de 1925-1929 égale à 100, on voit que, pour la période 1925-1935, le minimum a été atteint en 1925 et 1926, avec 96 (97 en 1932), et le maximum en 1929, avec 106; la variation totale ne dépasse donc pas 10 p. 100. C’est dire que, avec les erreurs forcément nombreuses de tout ce travail, on peut considérer le total de ces productions de base comme sensiblement constant. Quant à sa valeur absolue qui est, elle, éminemment variable, elle était estimée par les études de Genève pour 1930 à 50 milliards de dollars, soit 1 250 millards de francs de cette année.
- Importance relative des divers groupes de produits bruts. — Quelles sont donc les substances que le Service d’Études économiques de la Société des Nations a acceptées pour son examen? Ces substances sont au nombre de 81, groupées de la manière suivante (8'.
- I. Récoltes alimentaires (froment, seigle, riz, pommes de terre, sucre de betterave, sucre de canne).
- (6) Notamment : Annuaire statistique (annuel), Statistiques du Commerce international (annuel), Le commerce international de certaines matières premières, etc... 1935 (publié en 1936).
- (7) L’idee générale consiste à déterminer les valeurs de toutes les substances pour les années envisagées en leur attribuant le prix unitaire qu’elles ont eu dans une année déterminée; l’expérience montre que les résultats sont à peu près indépendants du choix de cette année de base.
- (8) Jusqu’en 1935, les études de Genève ne portaient que sur 66 articles; la liste avait ainsi des lacunes sérieuses; Tétude de 1936 a été élargie et est beaucoup plus complète. On notera aussi que les groupements de 1936 sont différents de ceux des études antérieures; ils sont plus
- normaux.
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- RÉPARTITION DES MATIÈRES PREMIÈRES DANS LE MONDE.
- 307
- IL Récoltes fourragères (orge, avoine, maïs).
- III. Viande (bœuf, veau, porc, etc... mouton, etc.)
- IV. Poisson de mer.
- V. Lait.
- VI. Vin, houblon,
- VII. Café, thé, cacao.
- VIIL Tabac.
- IX. Oléagineux (graines de coton, graines de lin, graine de colza, graines de chanvre, sésame, soja, coprah, arachide, huiles de palme et noix de palme, huile d’olive, huile de baleine).
- X. Textiles (coton, lin, chanvre, chanvre de Manille, sisal, chanvre de Maurice, chanvre de Nouvelle-Zélande, jute, laine de mouton, laine mohair, soie, rayonne, fibres textiles artificielles).
- XI. Caoutchouc.
- XII. Produits du bois (bois tendre, pâte de bois mécanique^ pâte de bois chimique).
- XIII. Combustibles et électricité (houille, lignite, pétrole, gaz naturel, énergie hydroélectrique).
- XIV. Métaux (fonte, acier, cuivre, plomb, zinc, étain, aluminium, nickel, argent, tungstène, molybdène, vanadium, antimoine, cadmium, magnésite, mercure).
- XV. Minéraux non métalliques (ciment, amiante, sel, graphite, mica, soufre, phosphates, guano, nitrate, sels potassiques, scories de déphosphoration).
- Ces groupes sont réunis de deux manières différentes :
- A. Produits agricoles : groupes I à X (rayonne et textiles artificiels non compris);
- B. Produits non agricoles : groupes X (rayonne et textiles artificiels seulement) à XV,
- ou
- a) Denrées alimentaires : groupes I, III, IV, V, VI, VII, VIÏI, IX.
- b) Récoltes fourragères : groupe II.
- c) Matières premières : groupes X à XV.
- Comme on le voit, la liste est très étendue; elle est sans doute incomplète; on pourrait l’augmenter. Notamment on pourrait faire ici la critique que ce total ne comprend pas l’or qui n’est pas, si l’on veut, une matière première, mais qui, néanmoins, pour certains pays (Union de l’Afrique du Sud notamment) est un élément essentiel de l’économie. Certains métaux importants (chrome, manganèse, etc...) manquent. Enfin — et bien qu’il soit délicat de les faire intervenir dans le total — les ressources procurées par le tourisme, qui sont aussi et essentiellement localisées géographiquement, ne sont pas incluses; de cette manière, comme on le verra, certains pays sont, apparemment, très défavorisés.
- C’est sur ces données que nous allons baser notre examen et nous chercherons à voir tout d’abord la répartition de cette production dans le monde.
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- 2.7
- 5.9
- PL
- '///,/
- Il est peut-être iuléressant de se rendre compte de l’importance relative des dilférents groupes qui ont été ainsi adoptés (graphique 4). Cette importance est d’ailleurs peu variable avec les années, môme pendant la crise. Les chiffres qui suivent se rapportent plus spécialement à l’année 1930, mais on trouverait de faibles différences avec les autres années.
- Trois groupes dominent l’ensemble, contribuant chacun à environ 20 p.100 du total; ce sont les récoltes alimentaires (I). la viande (III) et le lait (V). Ces trois groupent totalisent 56,8 p. 100 en 1930. Puis, à peu près égaux chacun à 10p. 100, viennent les récoltes fourragères (II) et les combustibles (XIII).
- On voit donc qu’avec les 5 groupes dont on vient de parler, on a couvert 75 p. 100 de la production mondiale environ, ou plus exactement 76,3 p. 100 en 1930. On comprend que, dans ces conditions, ce soient ces 5 groupes qui commandent la répartition de la production mondiale de base et l’on voit tout de suite l’erreur qui s’attache à toute analyse qui ne porte que sur les produits vraiment industriels, dont la plus grande partie n’est pas comprise dans les 5 groupes prépondérants, de telle sorte que des pays complètement dépourvus de production de matières premières industrielles peuvent être cependant des pays très riches en ce qui concerne la production de base. C’est notamment le cas du Danemark. Ce serait donc fausser tout à fait le tableau qui nous intéresse que de ne pas tenir compte de l’ensemble de la production et de se limiter aux matières premières industrielles proprement dites.
- Donnons encore quelques chiffres pour d’autres groupes : les métaux viennent après les combustibles avec un peu plus de 7 p. 100, les textiles avec un peu moins de 6 p. 100, les oléagineux au voisinage de 3 p. 100 et le reste de toutes les autres productions ne fait pas, au total, 8 p. 100.
- Si l’on réunit ces groupes suivant les catégories adoptées, on trouve les chiffres suivants :
- Autres
- Oléagineux
- Textites
- Métaux
- Combustibles Rec. fourr
- Lait
- Viande
- Rec alitn
- Océanie Afrique Amer latine
- U.R S S
- Asie
- Amer. Nord
- Europe
- Graphiques 4 et
- - Répartition de la production de base.
- Graphique 4 : d’après la nature! des substances (en hachures: produits non agricoles).
- Graphique 5 : d’après les
- continents.
- A. Produits agricoles................................ 78,8 p. 100.
- B. Produits non agricoles............................ 21,2 —
- 100,0 p. 100.
- a) Produits alimentaires.............................. 62,7 p. 100.
- b) Récoltes fourragères............................... 9,3 —
- r) Matières premières ............................... 28,0 —
- 100,0 p. 100.
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- RÉPARTITION DES MATIÈRES PREMIÈRES DANS LE MONDE.
- 309
- On voit, en passant, la part absolument prépondérante des produits agricoles : les 4/5 environ de l’activité mondiale relative aux produits bruts sont consacrés à la production agricole.
- Répartition géographique de la production entre continents. — Quelle est la répartition géographique de cette production? En l’étudiant, on est immédiatement frappé de l’inégalité de cette répartition (graphique 5). L’Europe (sans l’U. R. S. S.) arrive en tète avec plus de 33 p. 100, suivie de près par l’Amérique du Nord, qui fournit un peu plus de 28 p. 100; la troisième place est occupée par l’Asie (sans l’U. R. S. S.) qui s’inscrit avec environ 14 p. 100; ces trois continents contribuent donc aux 3/4 de la production mondiale. L’U. R. S. S. donne 11 p. 100, l’Amérique latine (Amérique Centre et Sud), 8 p. 100, l’Afrique et l’Océanie chacune 2,5 p. 100. Il y a relativement peu de variations d’une année à l’autre : une ou deux unités pour les pourcentages les plus forts; la modification la plus sensible a été une légère diminution progressive de la part de l’Amérique du Nord, reprise en partie par l’Europe et en partie par l’U. R. S. S.
- On peut faire immédiatement remarquer que les chiffres précédents n’ont pas d’autre signification que de montrer la puissance relative des divers continents, mais qu’ils ne donnent aucune indication sur leurs ressources réelles, car on compare à la fois des étendues très inégales et des populations très diversement abondantes : on est donc conduit à examiner la répartition soit par kilomètre carré, soit par habitant.
- Pour ces comparaisons, les chiffres absolus ne sont pas parlants; il a semblé plus frappant de prendre comme unité la moyenne mondiale; de cette manière, les inégalités apparaissent beaucoup plus nettement. Le tableau suivant donne les chiffres correspondants, qui sont traduits dans les graphiques 6 et 7.
- DONNÉES ÉLÉMENTS CALCULÉS
- Production P (monde=lüO)0). Populo tion II (I06j (2). Densité Prod. par Prod. par habitant P/H (mondo=l,00).
- Surface s (10® km2) (2). de population II/S. kilom. carré P/S (mondc = l,00).
- Europe 33,0 5,4 386 71 8,25 1,78
- Amérique du Nord. 28,3 10,0 137 7 1,92 4,23
- Asie 14.2 26,7 1 091 41 0,70 0,26
- U. 1t. S. S 11,3 21,2 147 7 0,70 1,57
- Amérique latine. . 7,7 20,0 127 6 0,49 1,25
- Afrique 2,0 29,1) 145 r> 0,10 0,35 4,90
- Océanie 2,4 8,6 10 i 0,37
- Monde 100,0 132,3 2 043 16 1,00 1,00
- (1) D'après La production mondiale et tes prix, 11K!5-1030 Ucnove, 1106. (Ç) D’après L'Annuaire statistique de la Société des Aations, 1035.
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- 310 RÉPARTITION DES MATIÈRES PREMIÈRES.
- JUILLET-AOUT 1937.
- 0 _
- 8 25
- Pour la répartition par kilomètre carré (graphique 6), la production moyenne était de l’ordre de 10 000 fr en 1930, la production totale étant estimée à 1 300 milliards de francs et la surface totale à 132 X 106 km2. L’Europe fournit, par kilomètre carré, 8,25 fois la moyenne mondiale; et l’Amérique du Nord 1,92; tous les
- autres continents sont au-dessous delà moyenne : l’Asie et l’U.R.S.S. ne donnent que 0,70; l’Amérique latine 0,50, l’Océanie 0,37 et l’Afrique 0,13.
- Ces chiffres montrent l’énorme productivité de l’Europe et, au contraire, les très faibles ressources de l’Afrique. On remarquera qu’à ce point de vue, l’Amérique du Nord n’a pas la supériorité qu’on Moyenne serait tenté de lui attribuer a priori. mondiale Avec certaines atténuations néces-
- a _
- 7 _
- S „
- 5 „
- K _
- 2 _
- Graphique 6.
- Production par kilomètre carré
- 1.92
- ÏÏ7Ü"
- 0,70
- &
- °^9 I 0.37 l-p,io ;
- saires, dont nous verrons quelques-unes bientôt, il apparaît clairement -g <• => o ^ sur le graphique que l’Europe
- est la partie du monde la mieux douée en ressources naturelles de toutes sortes.
- Parmi ces atténuations indispensables se trouve notamment l’importance de la population. Commençons par voir le phénomène en bloc avant de l’examiner un peu en détail.
- La production mondiale moyenne par habitant était en 1930 de l’ordre de 600
- à 700 fr; exprimée en francs, elle a
- « _
- 3 _
- MO
- U 23
- 1,78 1,57 TST Moyenne
- 0.26 mondiale
- TTâTI
- naturellement beaucoup varié depuis (elle est tombée à moins de la moitié), mais cela nous est indifférent ici, puisque nous savons que la variation en quantité est beaucoup plus faible : ce chiffre de 600 à 700 fr est simplement un repère qui nous fixe l’ordre de grandeur. Rapportée à cette moyenne mondiale, la production par habitant de chaque continent est la suivante (graphique 7). Cette fois, c’est l’Océanie qui vient en tête avec 4,90 fois la moyenne mondiale; elle est suivie de près par l'Amérique du Nord avec 4,20 fois; la moyenne mondiale est d’ailleurs dépassée par l’Europe, l’U. R. S, S. et l’Amérique latine : 1,78 pour l’Europe, 1,57 pour l’U. R. S. S., 1,25 pour l’Amérique latine; seules, l’Afrique (0,35) et surtout l’Asie (0,26) sont au-dessous de la moyenne.
- 3
- Graphique 7. — Production par habitant.
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- RÉPARTITION DES MATIÈRES PREMIÈRES DANS LE MONDE.
- 311
- Influence de la densité de population et du machinisme. — De telles différences — et surtout un tel désaccord entre la production par kilomètre carré et la production par habitant — méritent d’être examinées de plus près. On retombe dans un vieux problème classique d’économie politique, mais avec l’avantage d’apporter ici quelques précisions chiffrées pour étayer la discussion. Les économistes ont toujours soutenu — et cela tombe sous le bon sens — qu’il y a une relation entre la densité de la population et la production par kilomètre carré. Si l’on considère d’abord le problème pour un pays déterminé, dont la population serait variable (graphique 8), on conçoit que, lorsque le pays est encore faiblement peuplé, la production par habitant est à peu près indépendante de la densité de la population et, par conséquent, la production par kilomètre carré est proportionnelle à cette densité (9) 10 ; puis — toutes choses égales d’ailleurs — lorsque la densité croît, il arrive un moment où la production par unité de surface atteint son maximum imposé par les conditions naturelles ; c’est le point de saturation. Il en résulte d’ailleurs que, jusqu’à ce point de saturation, la production par habitant doit être à peu près constante ou un peu croissante, puis qu’au delà du point de saturation, elle décroît.
- Mais ce raisonnement théorique n’est valable que a toutes choses égales d’ailleurs »; or, les autres conditions varient d’un pays à l’autre — notamment les richesses propres du sol ou du sous-sol qui conditionnent le maximum, de même que l’équipement ou le machinisme. Ces conditions extérieures peuvent masquer la loi précédente trop simple, à supposer même qu’elle soit vraie. On peut cependant essayer de voir ce que donnent par comparaison les divers pays d’Europe. Les graphiques 9 et 10 donnent la réponse m.
- Le premier (graphique 9) se rapporte à la production par kilomètre carré. Il est très remarquable de constater que les points se placent assez bien sur deux
- (9) Il y a d’ailleurs une relation évidente entre les deux courbes. Si l’on appelle P la production totale du pays considéré, S sa surface, et H sa population, la production par kilomètre carré sera P/S, la production par habitant P/H, et la densité de la population H/S. On a évi-
- , , P P H
- dominent — — — x — •
- S H S
- (10) Voir les chiffres dans le tableau annexe. Les études de la Société des Nations ne donnent pas directement ces chiffres, que nous avons calculés, soit au moyen de ces statistiques mêmes, soit à l’aide de notre documentation personnelle. Pour éearter d’avance toute objection possible, on déclarera bien volontiers que les chiffres utilisés pourraient être aisément critiqués; mais on demandera à ceux qui désireraient les modifier, d’examiner au préalable si les corrections que l’on pourrait faire changeraient le sens des conclusions.
- prod. P
- parkmq. S
- densité H, de popul S
- prod. P
- par hab. H
- densité H
- de popul. S
- P P, H
- 5 HS
- Graphique 8. — Courbes théoriques.
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- 312 RÉPARTITION DES MATIÈRES PREMIÈRES. ------- JUILLET-AOUT 1937.
- courbes. La courbe supérieure comprend : la France, le Danemark, l’Allemagne. le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Belgique. Ce sont les pays riches de l’Europe occidentale. Sauf l’Allemagne qui se plaint de son sort — et c’est un phénomène sur lequel nous reviendrons longuement plus loin — ce groupement correspondant bien à l’idée imprécise que l’on pouvait se Faire de la question. La courbe a sensiblement la forme théorique à laquelle on s’attendait, ce qui semble bien montrer que ces pays sont à peu près comparables quant à leurs ressources naturelles et quant à l’équipement pour la mise en œuvre de ces
- Production/ kmq.
- •France
- Moyenne mondiale
- 100 200 300 habitants/kmq.
- Production par kilomètre carré en fonction de la densité de population (pays d’Europe et parties du monde).
- ressources : leurs différences essentielles tiennent à leur densité de population. On notera tout particulièrement que. dans cette manière de voir, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Belgique, au voisinage de 200 habitants par kilomètre carré, sont à saturation et même au delà; l’Allemagne doit en être très voisine. 11 ne paraît pas qu’il en soit de meme pour la France, qui pourrait supporter une population bien supérieure à celle qu’elle a, sans réduire son train de vie — à condition, naturellement, que ses habitants veuillent bien travailler suffisamment et, en particulier, autant que leurs voisins immédiats.
- La courbe inférieure comprend les autres pays d’Europe et notamment l’Italie. 11 ne paraît guère douteux — et nous le verrons de différentes façons — que l’Italie est moins favorisée par la nature que les pays que l’on vient de citer; on l'appellera qu’on ne peut pas en dire autant de l’Allemagne. Il est d’ailleurs impossible de décider si les pays de la seconde courbe s’y t ouvent placés en
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-
- RÉPARTITION DES MATIÈRES PREMIÈRES DANS LE MONDE.
- 313
- raison d’une certaine infériorité naturelle ou par un manque d’équipement qui réduit la productivité de leurs habitants.
- Ce serait là un examen qui dépasserait singulièrement le cadre de cette étude. On doit cependant noter le cas de la Tchécoslovaquie, qui est franchement entre les deux courbes. On peut aisément penser que cela tient à la dissemblance profonde qui existe entre la Bohême, pays très évolué qui, seul, serait certainement
- Production/habitant.
- 5 4
- ®Am.N.
- 3_
- 2. Dan. 1 — • France • TèS
- 1 * • Eur.r*, , "S— ÜR.S.S. PÎÏa Monde Aut. -a, . • ong. R-U- ~~~ !ÿl. Dp cZT
- Afrique ® ®Asie Suisse Moyenne mondiale
- I ioô 200 ' 300 habitants/kmq.
- Graphique 10. — Production par habitant en fonction de la densité de population (pays d’Europe et parties du monde).
- sur la première courbe, et le restant du pays, moins bien doué et très peu évolué, qui se placerait sans doute sur la seconde courbe (11).
- Le deuxième graphique, qui se rapporte à la production par habitant, (graphique 10) confirme les conclusions du premier. On retrouve encore les deux groupements ; la saturation du Royaume-Uni, des Pays-Bas et de la Belgique est très évidente; l’Italie, sur la seconde courbe, doit être également voisine de ce point. La Tchécoslovaquie occupe encore la même position intermédiaire que sur le premier graphique.
- Nous ne nous faisons pas d’illusions sur l’analyse qui précède, dont beaucoup d’éléments sont discutables ; néanmoins, elle apporte à des vues théoriques, ordi-
- (II) On pourrait également faire quelques remarques sur la place de la Suisse ou de l’Autriche; mais il serait sans doute nécessaire de s’assurer, au préalable, d’une base plus certaine, pour les chiffres utilisés.
- 136e Année. — Juillet-Août 1937. 21
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- nairement étayées sur de seuls raisonnements, une certaine précision non négligeable.
- En prenant ainsi comme référence les résultats donnés par l’Europe, comment se placent les autres continents? On remarque d’abord — ce que l’on sait généralement en gros, mais sans ordinairement en soupçonner tous les écarts, — qu’il y a des différences extrêmement notables entre la densité de population des divers continents. L’Europe et l’Asie sont très comparables avec environ 70 habitants par kilomètre carré pour l’Europe (voisin du chiffre de la France) et de 40 pour l’Asie; mais toutes les autres parties du monde sont beaucoup moins peuplées : 5 à 7 habitants par kilomètre carré pour l’Amérique, l’U. R. S. S. ou l’Afrique, et moins de 2 habitants pour l’Océanie (12).
- Comparons donc d’abord l’Europe et l’Asie : c’est là que la différence est éclatante : l’ensemble de l’Europe se place à peu près dans le second groupe des graphiques européens, mais l’Asie a une productivité extraordinairement plus faible, aussi bien par kilomètre carré que par habitant. Cette différence tient sans doute à beaucoup de causes; mais quelles que soient ces causes, le fait doit rester présent à l’esprit de tous ceux qui se préoccupent de l’avenir : il est invraisemblable que la moitié de la population du monde — 1 milliard d’êtres humains — acceptent très longtemps une situation aussi inférieure, surtout lorsque l’un des peuples de cet ensemble — pourquoi ne pas le nommer, le Japon — est tout disposé à être le chef de cette immense multitude. C’est ce premier point que nous voulions mettre tout particulièrement en évidence; et l’on voit aussi qu’à côté de cette inégalité — dont encore une fois nous ne voulons pas chercher les causes — les petites différences notées à l’intérieur de l’Europe, et qui font pourtant tant de bruit dans le monde, sont relativement négligeables.
- Les autres pays du monde sont, comme on vient de le voir, beaucoup moins peuplés et les points figuratifs sur les graphiques se placent près de l’origine; contrairement à ce que l’on pourrait croire, le point relatif à l’U. R. S. S. n’est pas très discordant avec ceux de l’Europe. L’accord avec l’Amérique latine est moins surprenant(13).
- Le cas de l’Amérique du Nord mérite d’être examiné séparément car il comporte un enseignement. En ce qui concerne la production par kilomètre carré, il est en accord avec les courbes de l’Europe et l’on voit, en passant, que l’Amérique du Nord est extrêmement loin de la saturation de la population et qu’en outre — fait moins évident — sa richesse naturelle n’est pas aussi extraordinaire qu’on le pense d’habitude : elle est du même ordre que celle des pays d’Europe.
- En revanche, en ce qui concerne la production par habitant, le désaccord est manifeste : l’Amérique du Nord donne à chacun de ses habitants beaucoup plus que l’Europe. L’explication n’en est pas très difficile : l’Amérique du Nord a développé très largement une certaine forme de machinisme pour remplacer
- (12) Voir le tableau précédent.
- (13) Le cas de l’Afrique est plus discutable; il manque notamment la production de l’or et de certaines cultures vivrières non recensées.
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- la main-d’œuvre insuffisante. Tous les économistes ont insisté sur les « esclaves mécaniques » que le machinisme met à la disposition de l’homme; mais une mécanisation est incapable d’augmenter la production par kilomètre carré, ce qui est d’ailleurs assez naturel : elle permet simplement de répartir cette production entre un plus petit nombre d’habitants, en donnant à chacun d’eux une plus grande quantité de produits. On voit ainsi l’effet du machinisme d’une manière frappante; on voit aussi qu’il ne peut pas être le remède à la situation des pays voisins de la saturation de la population. Il faut d’ailleurs insister sur le fait qu’il ne s’agit évidemment que du machinisme proprement dit et non des progrès techniques effectifs qui augmentent la productivité d’un pays; cette distinction, essentielle, des effets de l’équipement moderne, n’est peut-être pas mise suffisamment en évidence d’ordinaire.
- Conclusions. —- Il ressort de ce qui précède que l’Europe est manifestement le continent le plus privilégié : ce privilège, elle le doit, en grande partie, au travail et à l’habileté de ses habitants; mais aussi, il serait vain de le nier, elle le doit à un avantage géographique dont on pourrait d’ailleurs trouver aisément le caractère un peu exceptionnel dans une heureuse rencontre de conditions géologiques et de conditions climatiques favorables.
- L’Amérique du Nord n’est pas plus favorisée que l’Europe : si elle donne à ses habitants de plus grandes disponibilités, cela tient à ce que, étant partie d’une population à peu près nulle, elle a consciemment limité cette population à une densité très basse, et elle a compensé le manque de bras par un très grand développement des machines. Cette solution, avantageuse pour elle, n’est pas susceptible de généralisation, car elle supposerait que la population du monde ne soit que la moitié de ce qu’elle est actuellement et, surtout, que les habitants de l’Asie et de l’Europe ne soient que le cinquième de leur nombre présent.
- A l’autre extrémité de l’échelle se place l’Asie particulièrement désavantagée, dans une proportion telle qu’il est impossible qu’elle se maintienne dans cet état inférieur.
- RAVITAILLEMENT DE L’EUROPE EN PRODUITS BRUTS.
- Cependant, en dépit de cette position privilégiée de l’Europe, et surtout celle des pays de l’Europe occidentale, ce continent ne se contente pas de ses propres productions de matières premières ou de substances alimentaires; il tire encore des autres continents un supplément de ravitaillement. L’examen de cette situation va faire apparaître un élément d’instabilité dans la prospérité de l’Europe et montrera que toute notre analyse précédente doit être singulièrement assouplie.
- La situation. — Bien qu’il soit assez difficile de connaître exactement les mouvements commerciaux de matières premières, on peut donner les chiffres suivants pour 1930. L’Europe est le seul continent qui ait une importation nette de ces produits, en désignant par cette expression l’excédent des importations sur les exportations. Tous les autres continents ont une exportation nette.
- Les chiffres des valeurs ayant varié considérablement d’une année à l’autre,
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- là comme précédemment, il est préférable de donner des pourcentages : nous exprimerons donc les importations, ou exportations, nettes de chaque continent en pourcentage de la production mondiale de produits bruts. L’Europe importe ainsi 13 p. 100 du total mondial provenant de (graphique 11) :
- Asie............
- Amérique latine. .
- Afrique..........
- Amérique du Nord
- Océanie.........
- U. R. S. S. . . .
- 5.4 p. 100
- 3,0 —
- 1,8 —
- 1.4 —
- 0,9 —
- 0.7 —
- 13,2 p. 100
- URSS
- Océanie
- Am. N Afrique
- Am.lat
- Asie
- 0.9
- 5.4
- Exports
- prod.fabr
- 16.5
- Prod. bruts
- Par rapport aux productions propres de chaque continent, on doit distinguer deux groupes : un premier constitué par l’Amérique latine (41 p. 100), l’Afrique
- (55 p. 100), l’Asie (30 p. 100), l’Océanie (41 p. 100). où une fraction importante de la production comprise entre le tiers et la moitié est exportée; l’autre groupe, constitué par l’Amérique du Nord (4,5 p. 100) et l’U. R. S. S. (6 p. 100), n’envoie à l’Europe qu’une faible partie de sa production. Quant à l’importance de ces importations pour l’Europe, elle s’exprime par le fait qu’elles représentent 44 p. 100 de sa propre production, qui se trouve ainsi accrue de près de moitié.
- Le problème essentiel qui se pose — malheureusement très difficile à chiffrer exactement — serait de savoir pourquoi l’Europe est obligée à une telle importation. Est-ce pour satisfaire la consommation de ses propres habitants? Dans ce cas, on conçoit que les autres continents exagèrent encore leurs réclamationset protestent vivement contre le tribut exigé par un continent déjà favorisé. N’y a-t-il pas une autre raison, plus subtile peut-être, mais plus impérieuse et, en une certaine façon, plus légitime ?
- Notons que l’Europe doit payer, sous une forme ou une autre, ces importations. Une partie compense l’intérêt des sommes qu’elle a prêtées aux autres continents pour leur équipement ; une autre correspond aux frets maritimes dont
- Imports prod. bruts
- \
- 8.5
- P
- 13.2 ifi
- j
- m
- )
- frets
- 5%
- Graphique 11. — Ravitaillement de l’Europe.
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- une très grosse part est européenne; une troisième, enfin, se paie sous forme d’exportation de produits fabriqués européens; on laisse de côté les autres formes de paiements, en général beaucoup moins importants de continent à continent, telles, par exemple, que le tourisme.
- N’insistons pas sur les paiements d’intérêts qui, au total, sont à l’avantage des pays qui les doivent puisque seuls ces capitaux leur permettent de se développer normalement.
- Restent les frets et les exportations de produits fabriqués. Exprimés de la même manière que les importations ou exportations de matières premières, c’est-à-dire en pourcentages de la production mondiale de ces dernières, on peut les chiffrer comme suit (graphique 11) :
- Frets...........................................
- Exports par l’Europe de produits fabriqués . .
- 5 p. 100 16,5 —
- 21,5 p. 100
- ce qui compense à peu près les 13,2 p. 100 d’importations nettes de produits bruts et les importations de produits fabriqués (9,5 p. 100), la différence s’équilibrant par les autres modes de paiement. D’ailleurs, une partie des frets ou des exportations de produits fabriqués correspond à une consommation effective de matières premières qui doit venir en déduction des importations correspon-dantès; il est difficile de dire dans quelle mesure. Si l’on admet, par exemple 30 p. 100, on voit qu’en définitive, l’Europe ne demande aux autres continents, pour sa consommation propre, qu’environ :
- Produits bruts.......... 7 p. 100 ) par rapport à la production mon-
- Produits fabriqués. . . 9,5 — ) diale de produits bruts,
- ce qui réduit singulièrement la demande des autres pays. On remarquera que ces quantités sont payées, soit par des intérêts de capital, soit par du travail européen exporté, cette dernière forme étant celle contre laquelle cherchent à se défendre tous les pays.
- Les causes de ce ravitaillement. —• Les différences qualitatives entre les divers produits bruts. — Pourquoi l’Europe doit-elle donc importer une quantité aussi grande de matières premières qu’elle retire du marché mondial pour le lui rendre sous forme de produits fabriqués? — ce qui n’accroît pas sa propre consommation de produits bruts, donc, en définitive, son niveau de vie? Ne pourrait-elle pas annuler purement et simplement ce double mouvement? Une analyse plus précise va montrer les raisons de cette situation.
- Pour avoir plus de liberté dans l’exposition, nous prendrons le cas de la France. La France possède en excédent du minerai de fer et il lui manque, par exemple, du pétrole. Ne peut-elle pas, suivant notre analyse du début, qui va se révéler maintenant trop schématique, échanger simplement son minerai de fer
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- contre du pétrole (soit directement, soit par des échanges triangulaires ne portant que sur des produits bruts)? On se rend compte que, même à égalité de valeur, il n’y a pas égalité de qualité, et ici intervient un élément qualitatif difficile à chiffrer : la tonne de pétrole vaut beaucoup plus cher que la tonne de minerai de fer et peut, par conséquent, sans risquer de trop grandes charges, être transportée très loin; tandis que le minerai de fer français, très bon marché, ne peut plus supporter la concurrence à grande distance. Comment les choses vont-elles alors se passer? La France va valoriser son minerai de fer en construisant avec lui des machines qu’elle pourra exporter; mais, pour ce faire, elle a besoin d’importer du charbon à coke qu’elle n’a pas en quantité suffisante. Voilà donc une importation de produit brut, le charbon à coke, qui n’a pour but que de permettre d’une manière acceptable l’exportation d’un autre produit brut en excédent, le minerai de fer. Si l’on voulait arrêter cette importation, uniquement destinée en fait à la réexportation, on empêcherait par le fait même l’échange indirect pétrole-minerai de fer; et tout en avant une ressource potentielle très grande en produit brut, la France devrait réduire son train de vie.
- Cet exemple montre combien les phénomènes économiques sont compliqués dès qu’on veut en comprendre le détail — et encore notre tableau précédent est-il extrêmement schématique — et combien toute tentative d’économie dirigée ou contrôlée est vouée à l’échec le plus complet. Désirable peut-être du point de vue théorique, elle devient néfaste parce qu’aucun cerveau humain n’est capable de saisir l’infinie complexité de la réalité.
- Quoi qu’il en soit, on voit qu’il serait injuste, au moins en partie, de reprocher à l’Europe de demander aux autres continents, déjà plus pauvres qu’elle, de contribuer à son ravitaillement en produits bruts. Cela tient, dans beaucoup de cas, au fait que la richesse de l’Europe en produits bruts, très importante quantitativement, l’est peut-être moins qualitativement, parce qu’elle porte pour une part très sérieuse sur des produits pauvres, charbon, minerai de fer, etc. Mais on ne voit pas comment on pourrait chiffrer cette infériorité qualitative de manière à mieux apprécier la situation.
- Ce sont des difficultés de ce genre qui gênent l’Allemagne actuellement. Quantitativement, ce pays est très avancé. Sa production de produits bruts par tête d’habitant est égale à celle de la France et une des plus fortes de l’Europe. Ses importations nettes de produits bruts sont importantes et, par tête d’habitant, ne sont pas inférieures à celles de la France, de telle sorte que la consommation apparente de produits bruts par habitant est sensiblement la même dans les deux pays. Mais, qualitativement, les différences sont marquées : l’Allemagne dispose surtout de produits bruts moins riches que la France (par exemple peu de froment et, en échange, du seigle ou des pommes de terre). On comprend dans ces conditions que, par un mécanisme du genre de celui indiqué plus haut, elle soit obligée de valoriser sa production brute, ce qui exige pour elle qu’elle puisse importer d’autres matières premières, pétrole, cuivre, etc., qu’elle ne peut payer qu’en exportant son travail, ce dont les autres pays ne veulent plus. C’est en ce
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- sens, mais vraisemblablement en ce sens seulement, que peuvent se justifier ses réclamations actuelles en ce qui concerne son ravitaillement en matières premières. Pour résumer la situation, on peut dire que l’Allemagne est aussi riche que la France quantitativement, mais non qualitativement <U).
- 11 n’empêche que, dans le monde, elle ne peut faire figure de pays pauvre. Il est d’ailleurs facile de montrer que le retour de ses anciennes colonies ne lui permettrait pas de résoudre ce problème. Ce point de vue a déjà été très bien établi par d’autres auteurs et notamment M. Durand-Réville; nous n’y reviendrons pas. Il suffît pour s’en rendre compte de constater que les grands réservoirs de matières premières ne sont pas dans les pays coloniaux (en exceptant de ceux-ci, évidemment, les Dominions britanniques).
- Dès qu’on porte ses regards hors de notre Europe et qu’on revient à cette vue mondiale dont on a donné une esquisse plus haut, il paraît hors de doute que le vrai problème, le problème angoissant, est celui qui a trait à l’Asie. C’est ce que l’Europe devrait faire l’effort loyal de comprendre.
- les remèdes possibles. — Il n’est personne de raisonnable qui puisse penser que le problème sera résolu par une simple répartition des territoires ou des richesses, différente de la répartition actuelle. Même en laissant de côté son caractère purement utopique, le résultat, à le supposer réalisable, serait de peu d’intérêt : certains peuples seraient abaissés, d’autres élevés, mais tous ramenés à une égale médiocrité, Les mêmes arguments, mille fois répétés sur le plan social, sont également valables sur le plan international.
- Nul doute que la solution, s’il y en a une, ne doive se trouver dans un accroissement du total mondial disponible, de manière à fournir à chaque être humain une quantité de produits se rapprochant progressivement du niveau atteint par les nations les plus avancées actuellement. A vrai dire, il n’est pas certain que le but cherché sera atteint psychologiquement et j’y reviendrai tout à l’heure; il n’empêche que si l’on pouvait fournir à l’heure actuelle aux pays les plus déshérités un quantum de produits du même ordre que celui dont disposent les nations de l’Ouest de l’Europe, beaucoup de l'agitation actuelle perdrait, au moins temporairement, sa raison d’être.
- Le problème. — Est-ce possible? La terre est-elle un astre assez généreux pour que, par un travail plus opiniâtre, mieux organisé, elle fournisse une quantité suffisante de ces produits de base dont nous nous occupons? Vieille question et question classique, résolue autrefois beaucoup plus par sentiment que par des faits, et sur laquelle on peut apporter des précisions nouvelles.
- Rappelons les chiffres de tout à l’heure en leur donnant une autre forme. La
- (14) C’esl ce que montre immédiatement l’examen du mouvement commercial de l’Allemagne. Sa plus forte exportation (5,9 p. 100 du total en 1915) est constituée par du charbon, produit pauvre, qui n’est vendu qu’à faible distance; ses principales importations sont : le coton (7 p. 100) les fruits (5,8 p. 100), le pétrole (4,0 p. 100), les oléagineux (3,7 p 100), produits relativement, plus chers et venant presque tous de loin.
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- production par tète d’habitant, dans le monde, en 1930, était en moyenne de 23 dollars; en France et en Allemagne, la consommation apparente 'i:ii était environ (SO dollars; dans le Royaume-Uni et aux États-Unis, d’environ 105 à 110 dollars. Ce qui revient à dire que, pour fournir au monde entier, une consommation de produits de base analogue à celle des pays que l’on vient de citer, il faudrait multiplier la consommation mondiale entre 3 et 4 fois pour avoir le niveau de la France ou de rAllemagne, et 4 à 3 fois pour atteindre celui de l’Angleterre ou des Etats-Unis.
- Cela semble pratiquement impossible dans l’état technique actuel. Pour mieux mettre la difficulté en évidence, précisons-la sur quelques cas particuliers.
- Pour les céréales (blé, orge, seigle, avoine, maïs et riz), la production mondiale était d’environ 230 kg en 1932 et en 1933, de 200 kg en 1934; la consommation des pays cités plus haut a été la suivante, par tête d’habitant :
- France........................................ 490 à 440 kg.
- Allemagne..................................... 375 à 3S5 —
- Grande-Bretagne............................... 290 à 310 —
- On voit qu’il faudrait au moins doubler la production mondiale pour atteindre le niveau de la France.
- Pour le charbon i;i, la production mondiale correspond à une consommation moyenne annuelle de 600 kg par habitant; mais l’Allemagne et la France absorbent entre 1 500 et 2 500 kg, la Grande-Bretagne et les États-Unis, plus de 2 500 kg, soit 3 à 4 fois la moyenne mondiale dans le premier cas, 4 à 5 fois dans le second.
- Pour le pétrole, la consommation mondiale est en moyenne de 110 kg (en pétrole brui); les États-Unis en absorbent plus d’une tonne par habitant. Pour le fer, la consommation de minerai est (en fer contenu), de Tordre de 33 kg; la France, l’Allemagne et les États-Unis en absorbent entre 120 et 150 kg, soit de 4 à 5 fois plus.
- On pourrait poursuivre l’énumération qui deviendrait encore plus frappante pour d’autres produits minéraux. Ce que l’on vient de dire suffit à souligner les données du problème. Celui-ci est-il soluble? Peut-on espérer que, dans l’état actuel des choses et notamment de la technique, on pourra quadrupler ou même simplement tripler la production mondiale?
- Difficultés d'un accroissement de production dans l'état actuel du problème. — C’est peu probable, mais peut-être tout de même discutable en ce qui concerne les produits agricoles. Il reste encore des terres inexploitées, et, par ailleurs, le rendement pourrait être augmenté. Il y a là une discussion pour laquelle je me sens peu qualifié. Il ne me semble pas certain que la quantité de terres cultivables
- (l'i) C'est-à-dire la dilïérence (production -+- importation) — exportation.
- ( Ki) Pour ces produits minéraux, voir : F. Blondel, La répartition mondiale des matières premières minérales (Chron. Mines col.. Paris, 1937, janvier et mois suivants.)
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- mais non cultivées, soit maintenant très grande : si elles existent, ce ne peut être qu’en Afrique ou en Amérique du Sud. L’Asie est surpeuplée, l’Europe est probablement à peu près utilisée au maximum (je laisse de côté les efforts intéressants, mais forcément limités tels que ceux qui ont été tentés en Italie récemment pour valoriser des étendues incultes); l’Amérique du Nord n’a pas laissé en triches de grandes étendues de terres utilisables. L’Afrique et l’Amérique du Sud représentent, il est vrai, le fiers de la surface des terres émergées; mais l’Afrique comprend d’énormes domaines désertiques. Si l’on peut discuter sur l’importance des terres que l’on pourrait encore mettre en valeur, il ne paraît guère douteux qu’elles ne représentent pas le double de celles qui sont actuellement employées. Donc, si l’on veut tripler la production actuelle, il faut de toute façon améliorer les rendements. C’est certainement possible, pour une partie non négligeable des productions actuelles : dans quelle mesure? C’est ce que seuls des techniciens de l’agriculture pourraient apprécier.
- On voit donc que, tout en restant un peut sceptique sur des conclusions trop optimistes, on peut cependant ne pas rejeter a priori l’hypothèse d’une amélioration très notable de la production agricole. Il n’en est malheureusement pas de même de la production minière. Celle-ci a très peu d’élasticité; et non seulement on ne voit aucune possibilité d’accroissement sérieux de cette production, mais même, bien souvent, on a déjà posé la question de l’épuisement des ressources minérales; ces craintes ne sont pas aussi chimériques que le public le suppose. D’ailleurs, il est facile de noter que, dans les périodes de prospérité, alors que la hausse des prix incite les mineurs à produire au maximum, on voit la production mondiale plafonner très rapidement et dépasser avec peine le maximum antérieur. On peut, sans risquer de se tromper, dire qu’il est techniquement impossible de tripler le maximum de la production mondiale minérale.
- Or, il n’est pas douteux que, bien qu’ayant une valeur nettement inférieure à la production agricole, c’est cependant la consommation minérale qui caractérise surtout les civilisations évoluées de l’heure présente. Même en laissant de côté les besoins de guerre et de défense nationale, on peut dire que, ce sont les différences de consommation en houille, en pétrole, en fer, en cuivre, etc... qui distinguent, du point de vue économique, les peuples les plus évolués de ceux qui le sont moins; les chiffres qui précèdent le montrent clairement.
- Ce sont ces diverses raisons : différences dans les possibilités d’extension, différences également dans la consommation, plus étroite localisation géographique, qui font sans doute que les matières premières proprement dites sont l’objet de réclamations plus âpres que les produits alimentaires alors qu’en fait, on pourait concevoir un certain équilibre et un certain échange entre ces deux groupes de produits bruts.
- Quelles conclusions doit-on tirer de cet examen? Sommes-nous dans une impasse, devant un problème rigoureusement insoluble? Il est à peine besoin d’en tirer les conséquences : elles sont de l’actualité quotidienne. Des peuples qui se croient lésés, qui ne disposent pas, pour une raison ou une autre, de potentiels de ravitaillement analogues à ceux de certains pays plus évolués,
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- feront entendre des réclamations de plus en plus graves; et le jour, peu lointain, où ces peuples se sentiront assez forts pour prendre par la force ce qu’ils croient nécessaire à leur vie, ils n’hésiteront pas à le faire. 11 est vain de fermer les yeux sur ce péril ; il est peut-être plus sage de chercher à l’éviter.
- Accroissement de la productivité de l'être humain. — De ce qui précède résulte tout d’abord que la productivité moyenne de l’être humain est très inférieure à ce qu’il faudrait qu’elle fût pour que le niveau général se rapprochât de celui des peuples évolués. Celte productivité dépend des possibilités naturelles : nous venons de voir qu’elles laissent quelque déception ; mais elles dépendent aussi du travail de l’être humain et des moyens mis à sa disposition pour accroître le rendement de ce travail.
- Lorsqu’on se place à notre point de vue, les réductions du temps de travail deviennent tout à fait incompréhensibles; il semble vraiment difficile de concilier une plus grande production avec une diminution du temps de travail de chaque travailleur. Il est vrai que cette idée n’a encore gagné généralement que les peuples les plus évolués; mais son extension aux populations à faible rendement, qui a été déjà décrétée dans certaines possessions coloniales, nous paraît aller à l’encontre de l’intérêt bien compris de ces populations. On nous permettra de ne pas insister davantage sur ce point délicat.
- Quant à l’équipement général qui permet à l’être humain d’accroître son rendement, il faut bien conclure de ce qui précède qu’aucune amélioration n’est possible sans un développement très accentué de cet équipement. Apres la crise si grave que le monde vient de traverser, le fantôme de la surproduction hante tous les esprits; mais on ne se rend pas suffisamment compte, bien que beaucoup l’aient déjà dit, qu’il n’y a eu surproduction que de la part des producteurs déjà très actifs. Il n’y a aucune crainte de surproduction en cherchant à accroître la productivité des peuples les plus défavorisés, car, au contraire, on fera naître ainsi de nouvelles tranches de consommateurs. Pour prendre un exemple déjà souvent cité, en Afrique, une partie importante de la population se trouve comme isolée des marchés mondiaux parce qu’elle ne dispose d’aucune liaison facile : le jour où on lui fournit une telle liaison, on fait apparaître de nouveaux consommateurs. Les travaux d’équipement de nos colonies sont le type de ce qui peut être fait de plus efficace pour améliorer progressivement les conditions du problème. Des travaux comme ceux de l’Office du Niger, qui vont permettre la mise en valeur de zones actuellement improductives, sont tout naturellement dans ce cas; et c’est là leur meilleure et leur plus sûre justification.
- Conclusions : nécessité du développement intensif des recherches scientifiques. — Restent les conditions naturelles. On a vu que, dans l’état actuel de la technique, elles laissent peu d’espoir, du moins pour la production minérale. On ne peut pas échapper à cette pensée que, sans le vouloir sans doute, mais par une conséquence inévitable de son activité, la civilisation occidentale est responsable indirectement de l’état de choses actuel et qu’il est de son devoir strict, en même
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- temps que de son intérêt bien compris, de susciter les découvertes techniques qui permettront un plus grand rendement des ressources naturelles. Il serait injuste de dire qu’elle ne l’a pas fait. On peut cependant se demander si elle a toujours compris le rôle immense et bienfaisant que peuvent jouer pour la pacification du monde les résultats des recherches scientifiques et techniques auxquelles elle ne consacre encore qu’une très faible partie des ressources dont elle dispose. L’augmentation de la productivité humaine réelle —- et non apparente comme celle qui est due au machinisme — ne peut être cherchée que dans les découvertes scientifiques.
- De tels efforts suffiront-ils pour arrêter le danger qui se prépare? On ne voudrait pas être trop pessimiste. On peut bien cependant remarquer que quoi qu’on fasse, on n’empêchera pas les inégalités entre peuples comme entre individus : toute égalisation est une utopie. Lorsqu’on aura réalisé l’amélioration indispensable pour empêcher que des dizaines de milliers d’êtres humains meurent de faim et que des millions d’autres soient sous-alimentés — ce qui est la triste réalité que l’Europe ne connaît pas ou ne veut pas connaître — ces peuples seront ils satisfaits? Où s’arrêter dans l’ascension? L’humanité comprendra-t-elle que son avenir réel n’est pas dans un constant accroissement des biens matériels, mais dans une plus haute et plus large intellectualité.
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- ANNEXE
- DONNÉES STATISTIQUES RELATIVES A L’EUROPE
- DONNÉES ÉLÉMENTS CALCULÉS
- Popu- Densité Production Production
- Produe- Surfaea» S lation II de par ki[oui. carré par habitant
- tion P ( 103 km2) ç2). (1U6 habi- population P/S P/H
- i monde — tants) i.2). H/S. (monde=l,00). (mondent, 00).
- Allemagne 7,36 471 66,2 140 20,7 2,34
- France 3,03 351 41,0 76 12,1 2,53
- Royaume Uni. . . . 4,03 244 46,6 192 22,0 1,82
- Italie 2,82 310 42,2 136 12,0 1,42
- Pologne 2,30 388 33,0 83 8,6 1,59
- Espagne 1,86 303 24,2 48 4,0 1,34
- Roumanie 1,46 205 18,8 64 6,5 1,64
- Tchécoslovaquie . . 1,44 140 15,0 107 13,6 2,03
- Yougoslavie . . . . 1,07 248 14,5 58 5,8 1,35
- Hongrie 0,67 03 8,8 94 9,6 1,64
- Suède 0,64 440 6,2 14 1,0 2,17
- Pays-Bas 0,33 34 8,3 240 21,3 1,37
- Belgique .... 0.31 33 8,6 260 20,2 1,24
- Portugal 0,31 80 7,1 80 7,5 1,30
- Danemark 0,47 43 3,6 83 14,6 2,75
- Grèce 0,44 130 6,6 51 4,5 1,42
- Bulgarie 0,42 103 6,0 58 5,4 1,46
- Autriche 0,38 84 6,7 80 5,3 1,06
- Finlande 0,32 388 3,3 0 1,1 1,90
- Irlande 0,23 60 3,0 43 4,8 1,77
- Norvège 0,17 323 2,9 0 1,1 1,90
- Lithuanie 0,1 7 5(> 2,5 45 4,0 1,46
- Lettonie 0,13 66 1.9 20 3,0 1,64
- Suisse 0,13 4:1 4,1 100 4,1 0,66
- Albanie 0.08 28 1,1 30 4,0 1,64
- Es Ionie 0,08 48 1,1 23 2,3 1,59
- Turquie (T 0,07 24 1,2 50 4.1 1,38
- Autres 168 0,8
- Europe 33,60 5 410 386,4 71 8,25 1,78
- Monde 100,00 132 300 2 043,0 16 1,00 1,00
- (T (’liilTres obtenus en partie à partir des statistiques de la Société des Nations, en partie directement, en partie estimés.
- (2) D'après VAnnuaire statistique de la Société des Nations, 1935.
- (3) Turquie d'Europe seulement.
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- RÉPARTITION DES MATIÈRES PREMIÈRES DANS LE MONDE (DISCUSSION). 325
- DISCUSSION
- M. Lacoin, président. — Je crois tout d’abord devoir féliciter M. Blondel de l’admirable exposé qu’il vient de nous faire. Il a utilisé, d’une manière qui lui est bien personnelle, une documentation, vaste mais encore incomplète, sur un sujet qui, avant lui, nous paraissait très obscur. Grâce à son interprétation, irréprochable et si claire, des statistiques, quelquefois si trompeuses, nous avons maintenant sous les yeux un tableau complet de l’état actuel du ravitaillement en matières premières dans le monde. Sans doute y reste-t-il encore quelques points obscurs, mais c’était inévitable et M. Blondel lui-mème a pris soin de nous en prévenir. En revanche, il a jeté la lumière sur les points les plus importants du problème, et il a soulevé des questions si graves et si brûlantes que vraisemblablement son exposé nous incitera plus à réfléchir qu’à lui poser des questions nouvelles. Néanmoins, je serais très heureux si une discussion ou quelques échanges de vues pouvaient s’engager sur les points principaux de son exposé.
- M. Henri Garnier. — M. Blondel nous a convaincus de l’état d’infériorité matérielle dans lequel se trouve l’Asie par rapport à l’Europe, mais on peut se demande]- si ces deux parties du monde sont comparables : leurs conditions géographiques et climatiques sont très différentes et elles sont beaucoup plus variées en Asie qu’en Europe. De plus, la Chine est caractérisée par une civilisation très ancienne et qui fut brillante. L’état misérable dans lequel elle se trouve actuellement n’est-il pas dû plutôt à l’anarchie dans laquelle elle a fini par sombrer qu’au manque de matières premières?
- D’autre part, est-il possible et désirable de prévoir les mêmes conditions d’existence pour des peuples aussi différents que ceux d’Asie et d’Europe? Il semble que cette diversité subsistera longtemps encore.
- M. Blondel. — Je pense, avec M. Garnie]', et j’ai essayé de le suggérer à la fin de ma conférence, qu’il n’est ni possible, ni désirable de prévoir une uniformité totale sur toute la terre, mais il est facile de se rendre compte, dès qu’on a vécu quelque temps en Extrême-Orient, que les différences éclatantes qui existent entre les niveaux de vie de l’Européen et de l’Asiatique pourront être facilement exploitées par des agitateurs. Sur l’influence de la civilisation ancienne chinoise, je crois pouvoir dire que celle-ci n’a été que l’apanage d’une très petite élite, et il semble bien que l’état misérable de la population a toujours existé.
- M. G. Noachovitch. — M. Blondel a souligné ce fait que si une importante fraction des populations de l’Asie se trouve dans un étal de profonde détresse, ce n’est pas le manque de confort, de loisirs, de satisfactions d’ordres artistique ou intellectuel qui est principalement en cause, mais une insuffisance si marquée en ressources alimentaires que, certaines années, des contrées entières sont ravagées par la famine. — Le problème du ravitaillement en matières premières de ces vastes agglomérations urbaines ou rurales étant celui même de leur subsistance. ce problème ressortit donc essentiellement à une organisation rationnelle
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- de la production agricole, et ceci, avant tout, dans le sens de l’augmentation de la productivité des plantes vivrières et de l’accroissement des surfaces emblavées.
- Étant donnés les résultats, parfois extraordinaires, auxquels la mise en œuvre des données agronomiques modernes — et tout particulièrement de celles qui ont trait à l’amélioration des plantes par les méthodes de la génétique — ont permis d’aboutir, il semble légitime de prévoir que l’extension aux cultures vivrières des procédés d’amélioration actuellement appliqués aux cultures d’exportation, et de ceux présentement en voie d’élaboration, constituera, sinon une garantie suffisante, du moins un sérieux palliatif quant aux risques de toutes natures qui découlent de la densité kilométrique, parfois invraisemblablement élevée, qui est celle de certaines régions de l’Inde, de la Chine et de l’Indochine.
- M. Blondel. — Je suis tout à fait d’accord avec M. Noachovitch, et, ainsi que je l’ai dit à la fin de ma conférence, je ne vois d’autre solution au problème posé, s’il y en a une, que le développement des recherches scientifiques.
- M. Delamarre. — N’y a-t-il pas d’autres raisons que celles que M. Blondel a données pour expliquer que chaque habitant des États-Unis dispose d’une somme de produits bruts beaucoup plus grande que l’Européen et surtout que l’Asiatique? N’a-t-on pas aussi exagéré l’influence du machinisme dans le progrès matériel des États-Unis? La tâche a été relativement facile pour les Américains, car ils se sont trouvés en présence d’un pays neuf, aux richesses naturelles et non touchées, à peine habité, et où l’on ne pouvait compter sur une main-d’œuvre abondante pour exploiter ces richesses. Ils ont donc dû et pu tout de suite employer des machines, sans que, nécessairement, tout au moins au début, ces machines fussent plus perfectionnées que celles qui étaient en usage en Europe à la même époque. Dans le vieux monde, l’application du machinisme ne pouvait être que progressive et très lente, et non générale, puisqu’elle s’est faite dans un milieu déjà très évolué dont on ne pouvait d’un seul coup détruire tout l’outillage en service pour le remplacer par un neuf, plus perfectionné.
- M. Blondel. —Je pense, avec l’orateur, que l’intensification du machinisme aux États-Unis n’est pas la conséquence d’un « plan » voulu, mais le résultat même des conditions naturelles et sociales qui viennent d’être rappelées. J’ai voulu simplement, dans ma conférence, sans rechercher les causes du développement américain du machinisme, montrer les conséquences de ce développement et insister surtout sur le fait que ce développement ne peut pas être envisagé comme une solution au problème général posé, lorsqu’il s’agit de régions déjà surpeuplées.
- M. Lacoin, président. — Je serais heureux de signaler à M. Blondel les deux points suivants sur lesquels il pourra sans doute nous donner un avis.
- L’industrialisation de pays nouveaux, qui doit être la cause principale de leur défaut de matières premières, n’est-elle pas liée à des conditions humaines, à des états sociaux, qui ne se modifient que lentement? Quand on relit l’histoire de l’économie, on constate que, lorsque certains progrès techniques étaient déjà connus, ils ne se sont pas toujours répandus très rapidement, par suite d’une sorte
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- d’hystérésis due aux états sociaux et parfois même religieux des populations. Même, dans la période de progrès techniques la plus active, celle du siècle dernier, l’augmentation du rendement humain n’a guère été que de 1,6 p. 100 par an dans le monde. Puisque M. Blondel a pu fréquenter des populations dont le progrès lui paraît inquiétant pour l’approvisionnement des matières premières, peut-être pourra-t-il nous dire si le progrès technique est destiné à s’y réaliser avec une rapidité égale aux désirs des habitants.
- D’autre part, il ressort également de l’histoire de l’humanité, que les périodes de défaut de matières premières n’ont pas manqué de s’achever par une opération ou une découverte fort heureuse qui a remis la machine industrielle en mouvement; au xve siècle, le lin fut relayé par le coton d’Orient; au xvme siècle, la pénurie de bois, qui a arrêté les progrès de la métallurgie, fut l’occasion du développement de la métallurgie du fer par la houille; enfin, depuis 130 ans. les prix-or du commerce de gros ont varié dans le monde d’une façon extraordinairement faible, montrant que la production d’or et son remplacement par d’autres moyens de paiement ont suivi de très près les besoins des trésoreries. L’avenir ne nous réserve-t-il pas quelque chose d’analogue sans que nous puissions nous en douter? Ceci, tout au moins, pour ceux qui profiteront des leçons de M. Blondel pour ne pas se laisser précéder par d’autres dans l’exploitation de sources nouvelles de matières premières.
- M. Blondel. — Sur le premier point, l’exemple du Japon est une réponse particulièrement claire : l’industrialisation peut s’installer même dans des pays dont l’état social n’a aucun rapport avec le nôtre; il suffît que certaines activités dirigeantes le veuillent expressément. Toutefois, je reconnais qu’il y a des degrés dans ces possibilités, et il est évident que l’industrialisation de l’Asie semble beaucoup plus prochaine que celle de l’Afrique. Sur le second point, je suis heureux de l’occasion que me donne à nouveau M. le Président d’affirmer que ma conclucion finale n’est pas complètement pessimiste; mais je ne vois pas d’autre issue que celle qu’il envisage lui-même, à savoir des découvertes nouvelles. Cependant, il faut remarquer que les découvertes étaient bien plus faciles à réaliser autrefois que maintenant; elles pouvaient être le fruit de recherches individuelles de quelques génies travaillant « avec des bouts de bois et des ficelles », comme on a pu le dire, dans des laboratoires pauvrement équipés. A l’heure actuelle, sauf voies tout à fait imprévisibles, de telles découvertes sont terminées : les progrès scientifiques nouveaux exigent des laboratoires très coûteux et des équipes importantes, donc des crédits élevés : c’est un des points essentiels de ma conclusion. Je suis heureux que M. le Président m’ait donné l’occasion d’insister sur cette idée.
- M. Lacoin, président. — Je remercie M. Blondel des explications qu’il vient de donner et qui complètent sa conférence. Nous espérons qu’il voudra bien nous en donner prochainement le texte pour notre Bulletin, les questions qu’il a soulevées étant de la plus grande actualité et devant être portées à la connaissance de ceux de nos collègues qui n’ont pu assister à cette séance.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POURL’iNDUS. NATIONALE. —JUILL.-AOUT 1937 (p. 328).
- LES DISETTES PÉRIODIQUES DANS LES PAYS DE L’AFRIQUE DU NORD, LEURS CAUSES, LES MOYENS D’Y REMÉDIER
- Au cours d’une communication aussi précise que documentée, faite devant l'assemblée générale de l’Association Colonies-Sciences le 10 juin 1937, M. le général Simon, ancien Directeur des Affaires indigènes du Maroc, a résumé les causes qui provoquent périodiquement en Afrique du Nord des disettes analogues à celle qui y sévit actuellement et étudié les principaux moyens qui permettraient de les atténuer, sinon d’y mettre fin dans l’avenir.
- L’Afrique du Nord qui, autrefois, alimentait en partie Rome, n’a cessé d’exporter des céréales durant les années prospères, notamment pendant la guerre. En ravitaillant ainsi la métropole, le Maroc, en particulier, a épuisé les réserves qu’il conservait pour les années de disette.
- L’irrégularité des pluies a toujours soumis l’Afrique du Nord à des alternatives de prospérité et de misère. En 1868 par exemple, le douzième de la population algérienne environ disparut, victime de la sécheresse.
- Deux années consécutives défavorables, survenant à un moment où la population s’est accrue dans des proportions considérables, ont suffi pour provoquer en Tunisie, en Algérie et surtout au Maroc une situation qui alarme à juste titre les Pouvoirs publics.
- L’opinion, mal informée des choses d’outre-mer, se montre d’autant plus étonnée que nous sortons à peine d’une période de surproduction où l’abondance des céréales constituait presque une calamité pour l’agriculteur.
- M. le général Simon estime que le remède essentiel consiste, dans l’ordre matériel, à fertiliser les terres stériles. Mais cela exige l’adoption d’un programme d’hydraulique, l’utilisation de toute l’eau disponible, la création de stations de pompage ou de puits artésiens, avec toutes les précautions voulues pour ne pas épuiser les nappes souterraines. La transhumance doit aussi être organisée pour assurer l’alimentation et l’abreuvement des troupeaux. Le problème de la transhumance pose celui des terres de parcours, qui n’existent pas toujours en quantité suffisante dans les zones de colonisation. Une entente doit alors intervenir avec les colons, comme en Algérie dans le Tell.
- L’éducation agricole de l’indigène doit être activement poursuivie, particulièrement dans le sens des cultures vivrières. Il y a lieu aussi de développer les coopératives et les sociétés de prévoyance et de créer le bien de famille incessible et insaisissable, tel qu'il existe en Egypte depuis 1912.
- Dans l’ordre moral, il conviendra de faire l’éducation des indigènes pour les amener à utiliser pour le mieux les moyens que nous mettrons à leur disposition.
- Les budgets locaux et les ressources exceptionnelles prévues pour faire face
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- LES DISETTES PÉRIODIQUES EN AFRIQUE DU NORD.
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- à la situation présente ne permettent pas une solution complète. L’heure est venue pour la métropole de prendre à sa charge certaines dépenses impériales dont elle laissait tout le poids à ses possessions.
- De même, la métropole dans ses négociations commerciales, devra tenir compte des intérêts économiques des territoires d’outre-mer dont elle assume la charge et permettre à ceux-ci de vendre leurs produits.
- Bien que l’agriculture soit appelée à conserver en Afrique du Nord une importance essentielle, les salaires gagnés par les ouvriers indigènes dans leur propre pays, dans les pays voisins ou dans la métropole jouent dans l’économie nord-africaine un rôle non négligeable.
- En résumé, M. le général Simon conclut que, parmi les multiples moyens à mettre en œuvre, es uns doivent émaner des autorités locales, les autres du pouvoir central. Aucun d’eux n’est capable d’apporter une solution totale et définitive, mais chacun agira efficacement. 11 convient donc de les appliquer tous ensemble, sans délai et avec continuité.
- Après avoir félicité et remercié M. le général Simon de son exposé, M. Lucien Lamoureux, député, ancien ministre, président de l’Association Colonies-Sciences, ouvre la discussion au sujet de la communication qui vient d’être faite.
- M. Edouard de Warren, ancien député, souligne la nécessité défaire l’éducation technique des indigènes et de leur enseigner de meilleurs procédés de culture.
- M. le général Niessel rappelle, que lorsqu’il commandait le 19e corps d’armée, il a constaté une sous-alimentation très nette chez la plupart des indigènes.
- M. le gouverneur général Carde fait remarquer que l’accroissement de la population indigène en Algérie a coïncidé avec l’extension de la vigne aux dépens des céréales; un grave problème se trouve donc posé.
- M. Roubault estime que la réglementation du pacage est appliquée d’une façon trop stricte en Algérie.
- M. le général de Trentinian se demande si l’excédent de population de l’Afrique du Nord ne pourrait pas être dirigé vers les colonies situées au Sud du Sahara. M. Carde et le Prof. A. Chevalier craignent que le climat de ces territoires ne leur convienne pas.
- M. du Vivier de Streel estime qu’il s’agit en l’espèce du cas particulier d’un problème très général. Les populations de toutes nos colonies s’accroissent, alors qu’il n’existe plus de terres libres aménagées et que les terres cultivées s’appauvrissent de plus en plus; une solution s’impose : aménager les terres en proportion de l’accroissement des populations.
- M. G. de la Motte Saint-Pierre préconise la mise en œuvre simultanée de tous les moyens préconisés et, notamment, du glissement des populations vers les zones fertiles.
- M. Petithuguenin est d’avis qu’il faut tenir compte des conditions locales qui sont très variées : par exemple, au Tonkin, les indigènes ne peuvent pratiquement travailler que 125 jours par an.
- M. le colonel Bernard demande qu’on tienne compte de ce qu’on a fait à 136e Année. — Juillet-Août 1937. 22
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- l’étranger partout où le même problème se posait. Par une organisation serrée, les Anglais ont réussi en grande partie, aux Indes par exemple, à faire disparaître les famines.
- M. Lamoureüx, président, tire la conclusion de cette discussion. Une multitude de moyens peuvent être employés. La proposition de M. le colonel Bernard est judicieuse : elle sera retenue par l’Association Colonies-Sciences et proposée aux Pouvoirs publics. Il s’agit en somme de réunir une documentation aussi large que possible sur les moyens employés dans le monde pour rémédier à des situations analogues à celle dont souffre actuellement l’Afrique du Nord.
- Mais, même quand la question des famines sera résolue, le problème des disettes se posera toujours tant qu’au moyen de l’épargne individuelle ou de l’assurance sociale, on n’aura pas constitué des réserves suffisantes.
- Avant de lever la séance M. le Président met aux voix le vœu suivant, qui est adopté à l’unanimité :
- L’Association Colonies-Sciences considérant que :
- 1° les disettes sévissant actuellement en Afrique du Nord sont la résultante périodique d’un état de choses que la science et la technique sont susceptibles, dans une large mesure, de modifier progressivement à condition qu’un plan d’action approprié soit mis en œuvre et poursuivi sans interruption ;
- 2° le problème dont il s’agit a un caractère mondial et intéresse à des degrés divers toutes nos possessions d’outre-mer,
- émet le vœu :
- 1° que, tout en sauvegardant la nécessaire autorité des hauts fonctionnaires, qui ont la responsabilité des territoires placés sous leur administration ou leur contrôle, une large place soit faite aux services scientifiques ou techniques et que toutes dispositions soient enfin prises dans nos colonies pour assurer leur fonctionnement dans des conditions normales de continuité;
- 2° que. tout en prenant les mesures immédiates nécessaires pour venir en aide aux indigènes nord-africains des Territoires du Sud, on choisisse de préférence des moyens d’action qui empêcheront ou atténueront les disettes dans l’avenir;
- 3° que le projet de Ponds colonial, organisme nécessaire de crédit public, soit rapidement adopté par le Parlement et étendu à toutes nos possessions;
- •4° qu’une documentation soit réunie sur les moyens employés dans certains pays étrangers, notamment aux Indes, pour remédier à des situations analogues.
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- BULL. DE LA SOC. d’ENCOURAG. POUR L’iNDUST. NAT. —JUILL.-AOUT 1937 (p. 331).
- L’ORGANISATION DU PATRONAT FRANÇAIS 1
- par M. G.-J. Gignoux, président de la Confédération générale du Patronat français.
- Mesdames, Messieurs,
- Je suis particulièrement sensible à l’accueil qu’a bien voulu me réserver en votre nom, votre Président et je tiens à lui dire qui si dans la lâche qui m’est incombée par surprise, j’ai trouvé des sympathies et des encouragements dont je suis fort reconnaissant à ceux qui me les ont donnés, la qualité des siens m’inspire une très naturelle et très particulière gratitude.
- Cependant, je ne voudrais pas vous parler exclusivement ni même au principal des efforts que nous poursuivons à la Confédération générale du Patronat français (C. G. P.), car il s’agit d’un problème beaucoup plus vaste, d’un véritable problème de politique générale — en prenant le mot politique dans le sens le plus convenable et le plus décent —; je ne prétends pas non plus apporter ici une formule d’action définitive, car toute formule de cette sorte laisse toujours place à beaucoup d’améliorations; je voudrais simplement parler avec vous des raisons qui rendent cette action tous les jours plus urgente.
- Le problème de l’organisation patronale en France n’est pas un problème récent; c’est une vieille question qui a pris subitement, du fait des événements, une ampleur et une complexité nouvelles.
- Il y a fort longtemps que les professions, les industries ou les commerces ont éprouvé le besoin de se grouper; on pouvait même, jusqu’à une époque récente, distinguer deux sortes de ces organisations, l’une qui avait un caractère officiel, celle des Chambres de Commerce, qui a rendu et rend encore d’éclatants services, encore que, parfois, l’interprétation des gouvernements et ministres en place ait prétendu restreindre leur rôle le plus arbitrairemnt du monde; il est arrivé même qu’on leur ait contesté le droit de s’exprimer sur les questions les plus intéressantes pour l’industrie et le commerce parce qu’elles présentaient des incidences qu’on prétendait extérieures à leur activité propre.
- A côté, existaient depuis longtemps une foule d’associations, d’unions et de syndicats divers, parfois sans grand lien les uns avec les autres, quelquefois aussi sans grande activité interne, l’assemblée générale et le banquet annuel résumant en beaucoup de cas les occasions de rassembler les membres de ces associations; en outre, assez légitimement d’ailleurs, ces groupements se cantonnaient volontiers dans les questions qui intéressaient strictement et directement la profession sans avoir une perception très nette et très immédiate de la solidarité qui pouvait les unir avec d’autres groupements ou associations de même ordre.
- Au lendemain de la guerre, on a assisté à une tentative d’origine gouvernementale, et non pas d’origine corporative ni privée, pour rassembler ces organisations multiples.
- (1) Conférence faite par l’auteur en séance publique le 22 mai 1937. Voir, à la page 390 du présent Bulletin, le compte rendu de cette séance.
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- La guerre a été une grande école et parfois une mauvaise école de centralisation administrative et d’étatisme économique; le môme ministre qui avait eu l’occasion pendant les hostilités d’organiser la mobilisation économique du pays sur une base que les circonstances faisaient nécessairement centralisée, M. Clé-mentel, a pris l’initiative de constituer en 1919 la Confédération générale de la Production française (C. G. P. F.).
- Il y avait évidemment dans son esprit le désir de mettre à la disposition du Gouvernement un élément représentatif de la production et du commerce, non seulement dans un intérêt national mais aussi, il ne faut pas l’oublier, à un point de vue international.
- La création de la Société des Nations et en premier lieu du Bureau international du Travail obligeait chaque gouvernement à avoir une organisation représentative du patronat comme du salariat puisque, comme vous ne l’ignorez pas, les délibérations et les décisions du Bureau international du Travail sont prises sur le mode tripartite. Participent, en etîet. aux débats et aux décisions : un représentant gouvernemental, un représentant ouvrier et un représentant patronal de chaque pays.
- Par conséquent, la Confédération générale de la Production française, centrale patronale, a été constituée en 1919 et elle a vécu dans les circonstances que vous savez jusqu’en 1930. où elle a laissé place, comme nous allons le voir, à la Confédération générale du Patronat français.
- La longue période qui s’est éLendue de 1919 à 1936 a vu des événements économiques nombreux et divers, je dis bien, d’événements économiques et d’événements financiers, car ceux-ci laissaient à l’arrière-plan — et ce fut peut-être une erreur collective — les problèmes sociaux qui, aujourd’hui, dominent tout, quoique à mon sens, très momentanément, car l’économique reprendra ses droits. Quoi qu’il en soit, la C. G. P. F., pendant cette longue période, a eu un rôle considérable à jouer.
- Il n’est pas un grand événement de ces années difficiles auquel elle n’ait été associée, soit indirectement, soit dans la personne de ses éminents présidents, et singulièrement dans la personne du président Duchemin.
- Qu’il s’agisse de la consultation des experts financiers de 1926. en vue de déterminer les règles d’un redressement du pays qui sont exactement celles que e président Poincaré a suivies lorsqu’il a pris le pouvoir, et qui sont encore valables aujourd’hui, qu’il s’agisse des initiatives constantes que nécessita l’évolution complexe de notre politique douanière, qu’il s’agisse de la représentation de l’activité économique française dans les innombrables conférences internationales d’après guerre, dont on peut bien sourire en déclarant qu’elles n’ont pas apporté de grands résultats, mais dont il était tout de môme nécessaire de s’assurer tout d’abord qu’elles ne seraient point nuisibles, à chaque pas. on retrouve la trace de l’activité féconde et informée de la centrale patronale.
- Brusquement, elle s’est trouvée, en juin 1936, au seuil de la grandecrise dont nous ne sommes pas encore actuellement sortis.
- Que de tels événements aient surpris le patronat français, il ne faut pas
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- trop s’eri étonner si l’on veut bien considérer qu’ils ont surpris le pays tout entier et que, au bout de peu de temps, ils ont surpris également un gouvernement, composé cependant de partis qui avaient fait ce qu’il fallait pour que ces événements se produisissent; dans ces conditions, que l’on ait traversé une période d’aspect un peu incohérent et que les événements aient inspiré des décisions rapides, c’est une chose dont, personnellement, je ne me suis jamais beaucoup étonné.
- Tout cela a abouti à la signature des Accords Matignon et la Confédération générale de la Production française a bénéficié à ce moment, je ne dirai pas d’une grande popularité, mais d’une grande notoriété, notamment auprès de beaucoup de gens qui se sont aperçus de son existence et qui eussent mieux fait de s’en apercevoir plus tôt.
- Vous savez dans quelles conditions sont intervenus les accords en question; vous vous rappelez, certes, les événements qui ont suivi les élections de 1936; vous vous rappelez comment ces élections elles-mêmes se firent sur cette idée qu’après de longues années d’économies et de restrictions plus ou moins accentuées, le salut de l’Etat et le salut des citoyens, en même temps que leur commodité, étaient dans la possibilité de faire la politique exactement inverse, dite de réflation : celle-ci, dans le prisme déformant des compétitions électorales, se réduisait à cette affirmation que l’on pouvait faire énormément de choses et les faire tout de suite au mépris des règles de gestion traditionnelles.
- Il est inévitable que des théories d’apparence aussi avantageuse rencontrent un succès facile. Il ne faut pas le moins du monde s’en indigner : en pareil cas, ce n’est pas l’opinion publique qui se trompe que l’on doit critiquer, mais ceux qui la trompent.
- Le résultat a été toutefois une agitation dont le caractère est devenu assez vite pré-révolutionnaire, surtout dans la région parisienne. J’ai dit tout à l’heure que le Gouvernement lui-même avait donné l’impression d’en être surpris et je suis très convaincu qu’il l’a été. C’est dans ces conditions qu’il fit appel aux représentants des groupements patronaux et, plus précisément, à ccr ains d’entre eux.
- Lorsque les Accords Matignon sont venus en discussion devant la Chambre des Députés, un des membres les plus éminents de l’opposition a déclaré que M. Blum avait traité exclusivement avec les 200 familles et les marchands de canons.
- A la vérité, et bien qu’il soit piquant de voir M. Blum aux prises avec une telle accusation, les choses se sont passées d’une manière à la fois beaucoup plus simple et beaucoup moins mystérieuse.
- L’agitation de la région parisienne sévissait surtout dans les grandes usines métallurgiques. Le Président du Conseil a donc convoqué le président des groupements métallurgiques de la région parisienne; un représentant de la fédération nationale métallurgique qui est, en l’espèce, l’Union des Industries métallurgiques et minières; il a convoqué le président de la Confédération générale de la Production française et, je pense, en raison de sa compétence ralione loci, le président de la Chambre de Commerce de Paris.
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- La Confédération générale du Travail (C. G. T.) ayant été convoquée aussi, le Gouvernement a procédé à une manière d’arbitrage, dont il a seul la responsabilité.
- Il en est sorti, selon les méthodes qui président à la conclusion des grands actes politiques en France, c’est-à-dire avec rapidité, les documents que vous savez et que l’on a appelés depuis les Accords Matignon, sans savoir d’ailleurs toujours bien exactement ce qu’ils contenaient. On semble môme ne pas connaître très bien la nature juridique de ces textes puisqu’on a entendu dire ces temps-ci qu’il était question de reconduire les Accords Matignon, formule qui ne signifie proprement rien, attendu que. l’essentiel de ces accords étant passé depuis un an dans les lois d’Etat, il n’est pas question de les reconduire.
- Les Accords Matignon ont comporté, en effet, l’octroi des congés payés —-loi d’État — le système des conventions collectives, non pas, bien entendu les détails de ces conventions collectives, qui ont été négociés depuis lors, mais l’obligation du système des conventions, des délégués et de ce qui s’ensuit; en troisième lieu, un relèvement de salaires, qui était quelque chose de circonstanciel et qui a été suivi, depuis lors, d’autres ajustements sans aucun lien avec les Accords Matignon; ensuite, la loi des 40 heures s’y est ajoutée.
- Si nous considérons une à une ces différentes mesures, abstraction faite, bien entendu, de la loi de 40 heures, qui est un contresens quand elle n’est pas appliquée internationalement, nous nous trouvons en présence de réformes qui consacrent évidemment un progrès social, et dont on peut d’autant moins discuter dans certains cas le bien fondé que l’on n’avait pas attendu ce moment-là pour y penser. Car enfin, si les congés payés représentent, par exemple, la grande pensée de l’été 1936, j’ai eu l’honneur d’appartenir à une Chambre, évidemment réactionnaire, qui les avait votés à l’unanimité en 1931 : s’ils sont restés 5 ans au Sénat sans voir le jour pour être votés ensuite en 3 minutes, l’idée n’en était pas, comme on voit, positivement nouvelle.
- En fait, les difficultés d’application qui se sont présentées, et qui ont été réelles, viennent de l’accumulation de ces réformes dans un court espace de temps et à une période de fin de crise particulièrement mal choisie par les événements, sinon par les hommes, — mal choisie surtout en ce qui concernait les industries petites et moyennes qui ne disposaient pas de trésorerie leur permettant de soutenir le coup, ni de marchés sûrs ou de marchés étendus sur lesquels ils eussent eu quelque chance de récupérer les charges qui leur incombaient.
- Je n’ai pas l’intention de me livrer, bien entendu, à un examen critique des événements de juin : il est encore, je pense, prématuré de le faire et surtout, quand on a eu à son tour l’occasion de se mesurer avec des responsabilités d’ailleurs moindres, on ne songe plus à prononcer certains jugements hâtifs. Trancher avec autorité de ce que l’on aurait fait ou de ce que l’on n’aurait pas fait dans un tel moment est une entreprise singulièrement aventurée; ceux qui ont assumé ces devoirs, à supposer même qu’on puisse discuter leur action, méritent d’abord le respect pour avoir accepté de les remplir.
- Gela dit, on est obligé de reconnaître que les événements, — et c’est pour-
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- l’organisation du patronat français.
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- quoi j’y fais allusion un peu longuement — ont témoigné que l’organisation patronale ne répondait pas, sinon aux nécessités des périodes calmes, du moins aux nécessités des périodes troublées. Cette imperfection d’organisation s’est surtout manifestée sur deux points. Tout d’abord on a dit, et on redit encore, que les signataires de l’Accord Matignon ne représentaient pas la totalité de l’industrie et du commerce français et qu’en conséquence, ils n’avaient pas qualité pour engager la totalité des organismes industriels et la totalité des organismes commerciaux. C’est un fait; mais alors là, c’est un procès extrêmement vaste qu’il conviendrait d’ouvrir, s’il valait la peine d’ouvrir des procès rétrospectifs, car, théoriquement, dans la conception de M. Clémentel, en 1919, la Confédération générale de la Production française comportait un ensemble de groupes qui couvraient plus ou moins l’ensemble de la production et du commerce français. On doit cependant noter qu’ils couvraient davantage l’ensemble de la production que l’ensemble du commerce, et on doit surtout noter qu’en raison de l’extrême dispersion de l’organisation patronale, un très grand nombre de syndicats petits ou grands faisaient partie de la Confédération générale de la Production française sans que cette affiliation se marquât par des relations fréquentes ou, en tout cas, suffisantes pour être réellement efficaces dans les moments difficiles.
- Bien entendu, cela était surtout vrai pour les syndicats, les fédérations ou les groupements les moins évolués ou ceux qui avaient une vie personnelle et une vie corporative moins actives. Il est certain que bien que la Confédération générale de la Production ou ses organismes délibérants aient été réunis par les personnalités qu’avait convoquées le Gouvernement et que ces personnalités n’aient pris aucune décision sans avoir été mandatées par ces organismes qualifiés, l’intérêt très variable que les membres des syndicats ou des groupements patronaux prenaient à la vie de leur syndicat ou de leur groupement a fait très certainement que, le 8 juin au matin, nombre d’industriels et de commerçants, surtout parmi les petits et les moyens, ont appris avec stupeur ce qui leur était arrivé la veille,
- Cela est peut-être une critique à l’usage de l’organisation patronale elle-même ; permettez-moi de dire que c’est aussi une critique à l’égard de beaucoup de ceux d’entre nous qui n’avaient pas assez le sentiment de la nécessité d’une vie syndicale et corporative qui fût, même de loin, analogue à la vie syndicale et corporative ouvrière et que, s’il y a eu tout d’un coup une frénésie de réaction en faveur de l’organisation patronale, il eût peut-être mieux valu que ce zèle fût moins frénétique et qu’il eût commencé plus tôt.
- Par ailleurs, ce défaut d’organisation et surtout de liaison a certainement compliqué en beaucoup de cas l’application des Accords Matignon.
- Je me rappelle toujours comme un fait caractéristique de cette époque, où j’avais le très grand bonheur d’être spectateur et non acteur, la visite d’un quincaillier d’une ville du Centre venu m’expliquer qu’il était obligé de signer avec son personnel un accord stipulant un préavis de six mois pour tout congédiement : mou visiteur dénonçait avec force les Accords Matignon qui l’avaient amené à consentir une telle obligation. C’est un fait, cependant, qu’il n’y a rien
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- de semblable dans ces accords ; seulement, faute de liaison patronale dans beaucoup de régions de France et même à Paris, ceux qui avaient intérêt à maintenir quelque obscurité autour du libellé des engagements pris n’y ont pas manqué.
- Telle est, entre autres, une des raisons pour lesquelles cette aventure a pesé particulièrement sur l’industrie moyenne et le petit et moyen commerce, qui, étant infiniment plus dilués, sont très difficiles à organiser, si bien que des charges qui, déjà, pour eux, étaient intrinsèquement lourdes, ont été aggravées par les modalités d’application,
- A la suite de quoi nous avons entendu un concert de protestations : c’est le réflexe habituel. Puis a commencé une période d’adaptation qui, évidemment, n’est pas encore terminée à l’heure actuelle, quelque désir que l’on ait de la voir achevée.
- La période de réadaptation en ce qui concerne la centrale patronale a surtout consisté à remédier aux inconvénients que je viens de signaler, en améliorant dans la mesure du possible l’organisation et les liaisons.
- C’est à ce moment-là que la Confédération générale de la Production française est devenue Confédération générale du Patronat français : on a pris prétexte immédiatement de ce changement de vocabulaire pour dénoncer une intention spécifiquement offensive.
- En réalité, la centrale patronale tenait à marquer par ce changement d’appellation son désir de se consacrer à la défense de tous les intérêts « patronaux », et non pas seulement à ceux de la « production ».
- En vertu de quoi ont adhéré à ce moment à la Confédération générale du Patronal français d’importantes fédérations commerciales qui lui ont donné un très précieux concours. En même temps, ont été amorcées une série de mesures destinées à assurer au sein de la C. G. P. F. une représentation plus complète de toutes les formes de l’industrie et du commerce, et spécialement des activités moyennes de ces diverses branches.
- Cela, c’est le premier point, mais il ne s’agit là que d’une réforme de cadres. Le problème est beaucoup plus vaste, puisqu’il s’agit en définitive d’amener à la conception de leur solidarité professionnelle tous les patrons français.
- Il n’y a même aucun intérêt à ce que l’organisation centrale fonctionne bien si elle est un corps isolé et si, dans la masse considérable qu’il y a lieu d’articuler et de mettre en mouvement, un zèle pareil n’anime pas les échelons subordonnés.
- Le principe auquel nous sommes fermement attachés et en dehors duquel il ne semble pas pouvoir exister d’organisation patronale solide, est qu’à l’origine, il y a le syndicat primaire, le syndicat professionnel, qui réunit les gens de la même profession, les boulangers, les fîlateurs, les chimistes qui ont des intérêts communs en tant que boulangers, fîlateurs, chimistes; il est donc essentiel qu’à l’heure actuelle — et je me demande quels événements nouveaux il faudra pour que tous en soient persuadés, — tous les industriels et commerçants français fassent partie de leur syndicat professionnel.
- Cela acquis, on voit fréquemment se poser dans le cadre régional des problèmes qui intéressent non plus cette fois le boulanger, le filateur et le chimiste
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- en tant que boulanger, filateur et chimiste, mais en tant que patrons : il y a des intérêts généraux à toutes les professions vivant dans une meme ambiance géographique et, pour ainsi parler, coutumière.
- La France présente une grande diversité d’habitudes, de conditions économiques, politiques ou morales : suivant les régions, les mêmes questions ne se présentent pas partout de la même façon et avec la même intensité ; d’où la nécessité naturelle de les envisager et au besoin de les régler dans le cadre local. Far conséquent, profession et région, ou, si vous voulez, cadre professionnel et cadre interprofessionnel, tels sont les deux axes sur lesquels il est indispensable que repose une organisation patronale.
- Le cadre professionnel, se comprend assez vite; le cadre interprofessionnel se comprend généralement moins vite : ceux qui n’ont pas une grande habitude de l’organisation patronale sont encore parfois pénétrés de la tradition familière à beaucoup de Français que, le débrouillage individuel — si vous me permettez cette expression — ou les combinaisons plus ou moins subtiles peuvent encore arriver à résoudre des problèmes du genre de ceux qui se posent à nous aujourd’hui.
- Je crois qu’il n’y a pas de conception plus périmée. Les problèmes dont il s’agit sont des problèmes collectifs, qu’on le veuille ou non; il faut qu’ils soient réglés de même, c’est-à-dire collectivement. Si on veut descendre du principe aux modestes réalités pratiques, il est trop facile de voir que la solidarité patronale n’est pas seulement un idéal, mais que c’est une réalité inscrite dans les faits; lorsque dans une région, tel industriel ou tel commerçant aborde isolément la discussion d’un contrat collectif pour sa profession, prend une décision, on voit immédiatement cette décision faire du chemin et être immédiatement proposée ou imposée dans des professions voisines qui peuvent être mal placées pour l’accepter. Semblablement, dans le cadre d’une même profession, peut-on voir un industriel et un commerçant particulièrement bien placés accepter des charges ou un régime qu’ils croient inoffensifs, mais qui ne le sera pas pour le petit ou le moyen commerçant ou industriel qui sera à côté de lui et pourra en périr.
- A l’heure actuelle, je ne crois pas qu’il y ait une seule décision d’ordre patronal qui n’engage que celui qui la prend. Je répète donc que la solidarité est un fait général qui doit s’imposer à tous : personne n’a plus le droit de s’engager aujourd’hui avec la pensée qu’il n’engage que lui; c’est un principe élémentaire dans les temps que nous vivons.
- Ainsi apparaît plus absolue que jamais la nécessité de l’organisation patronale que nous essayons de mettre sur pied au milieu de difficultés que signalait tout à l’heure votre Président. Notre activité doit en effet se faire trop souvent défensive — et je vais m’en expliquer tout de suite — ce qui nous laisse peu de temps et peu de méditation pour le travail constructif. D’autre part, l’extrême dispersion des organisations patronales, la nécessité de respecter des traditions qui sont respectables, celle également ne ne pas commencer un travail de construction par une démolition générale, créent des difficultés de coordination dont il ne faut ni s’effrayer ni se scandaliser, car elles sont dans la nature des choses et aussi dans la nature des hommes.
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- Ai-je besoin d’ajouter que sous ces divers aspects notre action se limite en tous cas strictement au plan professionnel, ce qui ne veut pas dire qu’il n’en soit pas d’autres sur lesquels l’activité patronale puisse utilement s’exercer.
- Ceux d’entre vous — et je pense que c’est le plus grand nombre — qui ont la curiosité d’une aussi profitable lecture, ne négligent pas, j’en suis sûr, la dernière page des feuilles communistes ou socialistes. Ils y peuvent dénombrer la masse des réunions qui, dans un seul jour, s’efforcent de répandre les idées de ces partis et, périodiquement, le catalogue des publications de toutes sortes qui prolongent cet effort. Ceux-là se rendent compte de l’effort qu’il reste à faire à l’organisation patronale française pour répondre à ce martellement ininterrompu de l’opinion.
- Seulement, cette tâche est une tâche différente; elle est notamment celle du Comité de Prévoyance et d’Action sociales que préside M. Germain-Martin et avec qui nous entretenons la plus effective collaboration.
- On dit beaucoup que l’organisation patronale telle qu’elle est constituée, telle que les circonstances l’ont créée, est nécessairement une organisation de combat. Il n’y a pas, je pense, d’idée plus fausse que celle-là : nous n’avons jamais admis à aucun moment qu’il y eût intérêt dans ce pays à dresser une Confédération générale du Patronat contre une Confédération générale du Travail, cela pour beaucoup de raisons, dont la première est que nous ne reconnaissons aucune espèce de compétence totalitaire à la C. G. T. Il existe en effet d’autres syndicalismes ouvriers que le syndicalisme cégétiste. Par conséquent, nous ne pensons pas que cette théorie des deux blocs soit un idéal souhaitable et surtout un moyen pratique d’arriver à des résultats satisfaisants pour le pays.
- Sans doute, on nous voit avec fréquence — je suis même obligé de dire en ce moment-ci, avec continuité — prendre des positions de résistance; je pense que les événements l’expliquent suffisamment.
- Lorsque vous cheminez dans la rue et qu’un passant qui vous inspire de bons sentiments vous saute nonobstant à la gorge, il est prudent de le reposer sur le trottoir avant de donner suite à vos intentions bienveillantes. C’est exactement la situation dans laquelle nous nous trouvons fréquemment placés.
- Quand je dis cela, je ne pense pas essentiellement aux revendications matérielles dont l’industriel et le commerçant français ont été l’objet depuis un an. Je sais bien dans quelle situation ces revendications ont mis beaucoup d’entreprises : je sais bien qu’elles posent des problèmes qui peuvent être tragiques pour certaines, mais, malgré tout, une autre catégorie de revendications a pris, surtout depuis quelque temps, une ampleur encore plus grande : je veux parler des revendications dites de structure.
- Ces revendications touchent en réalité au fond même de l’organisation économique et sociale actuelle. Nous ne jugeons pas cette organisation parfaite, ni intangible, et il est toujours possible d’en discuter dans l’ordre et le respect des intérêts en présence. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit : nous nous trouvons en face d’une action de destruction et d’élimination continue et sans répit, dont on ne cache pas d’ailleurs le but et les intentions finales, si bien que nous avons le
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- sentiment que l’évolution à laquelle on nous convie ne sera terminée que lorsqu’elle sera devenue une révolution.
- C’est là un point auquel tout le monde devrait réfléchir loyalement; je pense d’ailleurs que certains spectacles comme ceux qui nous sont offerts à l’Exposition internationale de 1937 sont assez instructifs à cet égard.
- Lorsqu’on aura le temps, c’est-à-dire lorsque l’Exposition sera terminée et d’abord ouverte, on pourra écrire sur le régime du travail qui y est pratiqué quelques chapitres d’histoire sociale véritablement extraordinaires au regard des principes de direction, d’autorité et de gestion générales des entreprises. L’Exposition de 1937 est devenue une sorte de laboratoire permanent de la révolution en marche : l’extension d’un tel régime à toute l’activité économique de la nation serait manifestement mortelle ; il suffit pour s’en convaincre de voir les résultats qui ont été obtenus à tant de frais et avec tant de temps : de telles méthodes industrielles défient à la fois le bon sens, l’équité et l’expérience.
- Nous nous trouvons placés à chaque instant, par exemple en ce qui concerne la liberté d’embaucher, sur des terrains où les organisations patronales ne sont pas en situation de donner le moindre acquiescement sans abdiquer tout de suite et reconnaître qu’elles ont le goût du suicide. Or, nous n’avons aucunement ce goût; pas plus d’ailleurs que celui de défendre exclusivement des intérêts particuliers. Notre idéal, je le répète encore, n’est pas de passer notre vie sur ce que j’appelais tout à l'heure des positions de résistance : nous nous rendons parfaitement compte que notre but essentiel doit être l’organisation professionnelle française. Il n’est pas trop tôt d’y songer, car nous aurons à faire face tôt ou tard à des tâches qui, celles-là, seront d’un caractère réellement constructif.
- On ne peut nier que la crise mondiale, dont nous ne sommes pas encore sortis, ait été essentiellement une crise de désordre. Sans doute, là où il y a crise il y a toujours, en un certain sens, désordre, mais je veux parler ici très précisément du désordre de la production et de la consommation.
- Les images qui ont le plus frappé la foule en ces dernières années représentaient le blé servant à chauffer les locomotives, ou bien le poisson qu’on rejetait à la mer faute de le pouvoir vendre, illustration d’une opposition évidemment inhumaine de l’abondance en certains endroits et de la sous-consommation en d’autres endroits.
- Il existe donc un problème vital de l’organisation économique; dans une large mesure il relève de l’organisation professionnelle et singulièrement de l’organisation patronale. Quand je disais tout à l’heure que nous verrions apparaître le moment où les groupements patronaux seraient en face non pas seulement des problèmes sociaux auxquels ils se heurtent actuellement, mais d’autres problèmes, plus généraux, c’est à celui-là que je pensais tout d’abord.
- Nous sommes ici dans un domaine qui nécessitera la même discipline , la même interpénétration et les mêmes liaisons que l’organisation proprement défensive.
- Nous y rencontrerons de vieilles questions, par exemple celle des ententes industrielles, et tous ceux qui ont été amenés à s’en occuper savent mieux que moi comment elles joignent à l’aspect purement technique un aspect social.
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- Votre Président parlait tout à l’heure de la corporation fasciste : il expliquait que M. Mussolini avait mis quelque douze ans pour trouver l’organisation optima... et il n’est môme peut-être pas sûr qu’il y soit parvenu. Dans les limites des mœurs et des conditions spécifiquement françaises, nous ne pouvons cependant écarter un effort de même ordre si nous voulons éviter le retour de cette crise dont nous espérons bien sortir un jour.
- Ai-je besoin d’ajouter que nous ne voyons pas là un moyen de réaliser une organisation professionnelle à sens unique. Nous ne sommes pas des adversaires du syndicalisme ouvrier; ce qui nous sépare de certains des chefs qui prétendent le représenter, c’est que nous pensons, au contraire, qu’une collaboration est possible avec lui pour mettre fin à la lutte perpétuelle qu’ils prêchent obstinément.
- Le regretté Robert de Jouvenel a écrit quelque part dans La république des camarades qu'il y avait plus de différence entre deux socialistes dont l’un était député et l’autre ne l’était pas, qu’entre un socialiste et un réactionnaire qui sont tous les deux députés. C’est là le meilleur éloge, je pense, encore qu’il soit ironique, du caractère impérieux des rapprochements professionnels. Dans un cadre plus sérieux, il y a entre l’ouvrier et le patron également attachés à leur profession, des liens, non seulement de droit mais de fait, qui, si on sait les mettre en valeur, seraient très certainement un des éléments les plus utiles de la reconstruction nationale.
- Je pense aussi que dans le cadre spécifiquement patronal, il sera nécessaire que des mesures soient prises, je le dis sans la moindre démagogie (car ayant souvent porté la peine de n’en avoir pas assez fait, je suis bien décidé à ne plus en faire jamais) pour éviter les excès d’un certain gigantisme industriel ou commercial, et permettre aux initiatives de moindre importance de naître, de prospérer, de se maintenir, de manière qu’à l’intérieur de la profession, il n'existe pas entre les hommes, que doit réunir l’éminence même de la fonction patronale, des raisons de se déchirer, voire de se supprimer mutuellement si inhumainement.
- Je suis sûr que si l’on admet la confrontation permanente, dans un cadre préparé, des points de vue en présence, on pourrait éviter les frictions nuisibles au régime économique et social que nous voulons non seulement défendre mais améliorer.
- Messieurs, je m’excuse de vous avoir à la fois si gauchement et si confusément exprimé sur quelle base nous pensons que l’organisation patronale peut se fonder à l'heure présente.
- J’ai prononcé tout à l’heure le mot de « force collective ». Le seul problème est aujourd’hui d’organiser ces forces collectives et de les rendre complémentaires au lieu de les opposer.
- Nous ne sommes [dus, je le répète encore, à l’époque des solutions individuelles et égoïstes; nous ne sommes pas non plus nécessairement à l’époque des solutions de classes : je suis sûr que l’avenir est dans des solutions d’ordre national, c’est-à-dire dans celles que vous poursuivez tous.
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- BULL. DU LA SGG. d’eNCOUR. POUR L’iNDUST. NATION.
- JUILL.-AOUT 1937 (p. 341).
- L’ORGANISATION PATRONALE A L’ÉTRANGER (*)
- par M. Pierre Waline, secrétaire général adjoint de l’Union des Industries métallurgiques et minières.
- M. le Président, Mesdames. Messieurs,
- Je remercie beaucoup M. le Président des paroles qu’il vient de prononcer et qui me touchent infiniment; je voudrais tout de suite, pour vous ennuyer le moins longtemps possible, entrer dans le vif du sujet.
- La Société d’Encouragement m’a demandé de vous parler ce soir des organisations patronales à l’étranger. Une première question se pose : qu’entend-on par organisations patronales? Je crois qu’on peut en donner la définition suivante : Ce sont des organisations librement constituées, en général sous la forme de syndicats, pour la défense des intérêts économiques et sociaux des employeurs et pour l’exposé de leurs points de vue.
- Ces organisations s’occupent donc de questions économiques et de questions sociales. Nous verrons tout à l’heure qu’il y a à cet égard bien des distinctions à faire, les unes s’occupant à la fois de ces deux ordres de sujets, d’autres, au contraire, simplement des problèmes sociaux.
- C’est évidemment du point de vue social que la question présente pour nous le plus d’intérêt et d’actualité, parce que. depuis l’an dernier, c’est surtout pour la défense des intérêts patronaux sur le plan social qu’on se préoccupe en France de l’organisation patronale. D’ailleurs, dans les pays anglo-saxons, le mot patron (en allemand Arbeitgeber, en anglais employer) se retrouve plus particulièrement dans le titre des organisations dirigées vers les questions sociales. Mais je prendrai la question dans son ensemble et je vous parlerai donc à la fois des questions économiques et des questions sociales, bien que plus spécialement de ces dernières. Je laisserai complètement de côté les chambres de commerce, car elles sont des organismes qui, à l’étranger comme en France, ont un caractère officiel ou, en tout cas, officieux; je ne vous parlerai donc que des associations ou des syndicats.
- En ce qui concerne le développement historique de ces organisations à l’étranger, je crois qu’on peut faire tout de suite une première constatation, c’est que les organisations dont nous aurons surtout à parler, les organisations patronales centrales, ont été créées après la guerre, ou, dans certains pays, peu de temps avant la guerre.
- C’est essentiellement un phénomène d’après guerre que le développement de l’organisation centrale du patronat. D’ailleurs, en France — M. Gignoux vous l’a dit l’autre jour — la Confédération générale de la Production française,
- (*) Communication faite par l’auteur en séance publique, le 26 mai 1937. Voir le compte rendu de cette séance à la page 396 du présent Bulletin.
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- aujourd’hui Confédération générale du Patronat français (C. G. P.), est née en 1919. Donc la France est dans la ligne générale, bien que, nous le verrons, notre C. G. P. ait eu des ancêtres parmi les confédérations patronales étrangères. Cela ne veut pas dire que l’idée de l’organisation patronale soit une idée venue de l’étranger; deux noms d’hommes aujourd’hui disparus, mais que vous connaissez, — l’un Robert Pinot, l'autre Paul de Rousiers —, nous rappellent que nous n’avons pas été devancés dans l’ordre des idées, si nous l’avons été partiellement dans les faits.
- Le développement de ces organisations est donc surtout un phénomène d’après guerre; il a été influencé par une série de circonstances que je voudrais tout de suite vous énumérer. Nous verrons ensuite, si vous le voulez bien, un certain nombre d’exemples concrets. Faisant donc une entorse à la règle générale qui consiste à exposer les faits et à en tirer ensuite les conclusions, je voudrais vous indiquer tout de suite les facteurs que nous retrouverons dans les différents pays, variant d’ailleurs de coefficient suivant les pays et qui exercent une influence essentielle sur les organisations patronales.
- Il y a, d’abord, le développement de la législation ouvrière et des syndicats ouvriers, mais, surtout, le développement des syndicats ouvriers, avec son corollaire, la généralisation des conventions collectives. Presque partout, nous allons le constater, les organisations patronales se sont développées en fonction de l’activité déployée par les syndicats ouvriers, de leurs effectifs, et comme conséquence naturelle de ce développement des syndicats ouvriers, par suite de la nécessité où se trouvaient les patrons de négocier les conventions collectives qu’exigeaient ces syndicats ouvriers, devenus puissants et actifs. Voilà le fait essentiel, celui qui a eu le plus d’importance et que nous retrouverons à peu près partout.
- Mais, suivant les pays, un certain nombre de faits se sont manifestés qui tiennent à la composition ethnographique de ces pays ou à l’appartenance religieuse de leurs ressortissants. Nous verrons tout à l’heure quelques exemples précis. Je vous indique seulement cette seconde série de phénomènes : suivant que les pays avaient une unité nationale plus ou moins formée, suivant qu’ils étaient plus ou moins divisés au point de vue des appartenances religieuses, il y a eu, dans les organisations patronales, des mouvements assez divers dont nous retrouverons l’expression dans quelques pays.
- Voici une troisième série de faits, l’intervention de l’État. Cela est plus récent, mais je n’ai pas besoin de vous citer de pays pour que vous vous représentiez tout de suite que les organisations patronales ne sont plus partout conformes à la définition que je vous en donnais tout à l’heure, c’est-à-dire des organismes libres. Dans certains pays, l’intervention de l’État a eu pour conséquence d’encadrer ces organisations, qui étaient nées en pleine liberté, dans un système politique, économique et social particulier.
- Enfin, un dernier fait d’après guerre que je dois aussi signaler est la création de l’Organisation internationale du Travail, sœur cadette de la Société des Nations; elle a eu pour effet d’obliger les patrons à s’organiser, et à s’organiser
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- dans des fédérations centrales, là où ils ne l’avaient pas encore fait de leur propre initiative. Ce fait n’a d’ailleurs pas été étranger, chez nous, à la naissance de la Confédération générale de la Production française. Une des raisons pour lesquelles, en 1919, M. Clémentel a incité les fédérations des principales industries à créer un organisme commun, était la nécessité où se trouvait le patronat, à la suite du Traité de Versailles, de désigner un délégué patronal et des conseillers techniques pour représenter à Genève, à la Conférence internationale du Travail, l’ensemble du patronat français, en face des représentants de l’organisation ouvrière la plus représentative. Ce qui s’est passé alors en France se produit aujourd’hui, ou se produira demain dans une série d’autres pays où, par suite de la moindre importance de l’industrie, les patrons étaient restés plus divisés et n’avaient pas cru devoir créer un organisme central.
- Comme conséquence de l’existence de l’Organisation internationale du Travail, de sa Conférence annuelle et de son Bureau permanent, nous avons vu se créer aussi, après la guerre, une organisation internationale patronale. Cette organisation, qui s’appelle l’Organisation internationale des Employeurs industriels, groupe des confédérations où sont représentés, outre l’industrie, le commerce et quelquefois même l’agriculture. Elle a son siège à Bruxelles. Jouant un rôle modeste, mais utile, elle consacre surtout son activité au secrétariat des travaux de Genève et elle n’a pas la même action générale que les grandes fédérations syndicales ouvrières. Elle est en tout cas une conséquence de l’organisation créée par les traités de paix et on ne peut pas dire que les patrons aient, de leur propre initiative, créé une internationale patronale; celle-ci a été le résultat de la décision prise en 1919 de constituer la Conférence internationale du Travail sur une base toute nouvelle, en faisant siéger, à côté des représentants des gouvernements, des représentants des ouvriers et des patrons. C’est donc par la volonté indirecte ou directe des auteurs du traité de paix que les patrons ont été amenés à créer une internationale, qui existe toujours et qui groupe des représentants d’une vingtaine de pays.
- Tels sont, je crois, les faits essentiels que nous allons constater en faisant un tour d’horizon que nous commencerons par l’Europe, et qui va montrer la très grande variété des organisations patronales à l’étranger, par suite de l’incidence plus ou moins profonde des différents phénomènes que je viens d’énumérer.
- Commençons par les pays qu’on appelle les pays du Nord, c’est-à-dire essentiellement les Pays Scandinaves (Danemark, Norvège et Suède) et un quatrième pays, qui n’est pas Scandinave, la Finlande.
- Ce sont en effet ces Pays du Nord qui ont montré le chemin à ceux qui ont été plus lents à suivre dans la voie des conventions collectives. Et ce n’est pas par hasard qu’ils ont été les premiers à créer des organisations patronales centralisées et très développées.
- Dans un article de la Revue des Industries radioélectriques, M. Brenot a justement signalé l’importance de l’organisation patronale de ces pays lorsque, l’année dernière, il a voulu montrer au patronat français la nécessité de s’orga-
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- niser. Nous connaissions bien ces organisations Scandinaves et nous n’avons pas été surpris que le président du Comité d’Action et de Prévoyance sociales ait pensé d’abord aux Pays Scandinaves quand il a voulu présenter aux patrons français un type complet d’organisation patronale.
- Le pays Scandinave, qui. le premier créa une organisation centrale, est le Danemark, et, chose curieuse, c’est le représentant du Danemark dans notre groupe patronal, M. Oersted, qui se trouve être le président de l’Organisation internationale patronale dont je vous parlais tout à l’heure. La Confédération danoise date de 1898; on voit donc que, contrairement à ce que je disais à l’instant, ce n’est pas ici un phénomène d’après guerre.
- La Confédération danoise est née en 1898, et c’est en 1899, l’année suivante, qu’a été conclue avec les syndicats ouvriers du Danemark une convention nationale assez importante dont M. Oersted a donné l’analyse dans l’Europe nouvelle. Cette convention nationale, conclue le 3 septembre 1899, issue d’un conflit général, prescrivait des règles pour les déclarations des lock-outs et des grèves. « Ceux-ci ne peuvent devenir effectifs qu’après deux préavis donnés, l’un 13, l’autre 7 jours au moins avant la cessation du travail. La convention consacre en outre le droit, pour l’employeur, de diriger et de répartir le travail dans son entreprise et d’exiger que les contremaîtres qui agissent en qualité de représentants de la direction demeurent en dehors des organisations ouvrières (1). » Celte question n’est pas non plus sans actualité chez nous.
- Je vous ai lu cette citation un peu longue pour vous montrer que, dès 1899, se posaient, au Danemark, un certain nombre de questions qui se présentent aujourd’hui chez nous; c’est en fonction de l’importance des syndicats ouvriers, de ces conflits, des difficultés que connaissaient déjà les patrons du Danemark, que s’est créée cette première confédération.
- La Norvège a suivi en 1900. La Confédération norvégienne a été créée également, parce que, dans ce pays comme au Danemark, les conventions collectives étaient devenues essentielles dans les relations entre patrons et ouvriers. J’en dirai autant de la Suède dont la confédération est née en 1902.
- Nous constatons donc, en quatre années, la naissance de trois confédérations dans les Pays Scandinaves où les conventions collectives étaient déjà la règle.
- La Finlande se trouve dans une situation assez à part. Elle n’existait pas avant la guerre, et ce n’est qu’en 1918, au moment de la naissance de l’Etat finlandais, qu’ont pu se créer des organisations patronales. Elles n’ont pas eu la même importance que dans les trois Pays Scandinaves, pour la raison qu’en Finlande, les conventions collectives n’étaient, jusqu’à ces dernières années, que peu développées. On en trouvait dans l’imprimerie, mais peu dans les autres industries; l’organisation patronale avait moins d’importance, puisqu’il n’y avait point de conventions collectives à négocier.
- Ainsi, pour les Pays Scandinaves, nous nous trouvons déjà depuis longtemps en présence d’organisations importantes, disciplinées, ayant même une
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- stricte discipline et entretenant de bons rapports avec les syndicats ouvriers.
- Ces trois Pays Scandinaves, ainsi que la Finlande, ont à Bruxelles un bureau commun, justement parce que Bruxelles est le siège de l’organisation internationale patronale. Le président de l’Organisation internationale des Employeurs industriels se trouve être le correspondant à Bruxelles de cette confédération des quatre Pays du Nord.
- Dans les trois Pays Scandinaves, et même en Finlande, les organisations patronales sont spécialisées dans les questions sociales parce qu’il s’agissait essentiellement pour elles de négocier des conventions collectives ; ces confédérations, à compétence purement sociale, ne s’occupent pas de questions économiques. Il y a d’autres organismes parallèles pour traiter les questions économiques. Voilà donc un premier type d’organisation patronale, consacrée uniquement aux négociations des conventions collectives et aux rapports avec les syndicats ouvriers ou avec le personnel, et ne s’occupant pas de questions économiques.
- Nous trouvons le même type d’organisation en Grande-Bretagne; c’est ce pays qui est le plus près, à ce point de vue, des Etats Scandinaves. On y trouve en elfet deux organisations centrales parallèles, comme dans ces pays ; l’une, la Fédération of British Industries, est une sorte de C. G. P. économique, s’occupant de questions commerciales, d’expansion économique, de tarifs douaniers; l’autre, la National Confédération of Employers Organisations, est, au contraire, consacrée uniquement à la discussion des conventions collectives et des questions sociales.
- Cette distinction est si marquée en Grande-Bretagne que, souvent, à Genève, nous avons entendu nos amis anglais répondre qu’ils refusaient de discuter une question parce qu’elle était plus économique que sociale, et déclarer qu’ils étaient dans l’impossibilité de prendre une responsabilité quelconque pour discuter des questions concernant les prix ou la politique économique, parce que ce n’était plus de leur domaine et qu’on empiétait sur le terrain de la Fédération of British Industries. Ils établissaient entre l’activité de la confédération patronale sociale et celle de la confédération patronale économique la même distinction que celle qui avait été instituée par le Traité de Paix entre le Bureau international du Travail et la Conférence du Travail, organismes à caractère social, d’une part, et le Secrétariat ou l’Assemblée de la Société des Nations, d’autre part, qui s’occupent, en dehors des questions politiques, de problèmes économiques, de transports ou douaniers.
- Les Pays Scandinaves et l’Angleterre nous présentent donc des organismes très poussés dans le détail, dans la décentralisation, dans F organisation, groupe" ments qui s’occupent essentiellement de négocier des conventions collectives et qui ne s’occupent pas de problèmes économiques. Trouve-t-on dans d’autres pays des organisations semblables ?
- En Suisse et aux Pays-Bas, il y a également des organisations dédoublées, les unes s’occupant de questions sociales, les autres s’occupant de questions éco-136e Année. — Juillet-Août 1937. 23
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- nomiques; ce sont pourtant des pays où les conventions collectives ne sont pas aussi développées qu’en Grande-Bretagne et en Scandinavie. Pourquoi ce dédoublement, puisque la raison essentielle qui l’avait justifié dans les Pays Scandinaves ne se trouve pas, au moins au même degré, en Suisse et aux Pays-Bas? C’est qu’ici interviennent les circonstances nouvelles que je vous ai signalées. En Suisse, la raison principale de ce dédoublement tient à ce que les deux organisations déjà anciennes qui correspondent à la C. G. P. au point de vue économique, l’Union centrale du Commerce et de l’Industrie, qui groupe la grande et la moyenne industries, et l’Union des Arts et Métiers, qui correspond plutôt à l’artisanat ou à la petite industrie, reçoivent des subventions de l’État et jouent un rôle un peu comparable à certains égards à celui de nos chambres de commerce, si bien qu’il leur a été difficile d’intervenir dans les conflits du travail. Elles peuvent s’occuper dans une certaine mesure des questions sociales au point de vue législatif, mais quand les questions sociales se traduisent par des conflits ou des négociations avec les syndicats ouvriers, il est évidemment plus délicat pour elles d’agir. C’est pourquoi a été créée en 1908, la Confédération des Associations patronales suisses, qui est spécialement chargée de régler les conditions du travail et de suivre les conflits. D’ailleurs, il y a eu en 1922 un accord entre* ces trois confédérations (les deux confédérations économiques et la troisième, qui est sociale) pour se répartir le travail.
- Aux Pays-Bas, c’est le développement de la législation ouvrière, plus que celui des conventions collectives, qui a justifié le dédoublement. En 1899, en effet, le Gouvernement a déposé un projet de loi sur les accidents du travail. A ce moment, les patrons ont reconnu la nécessité d’un organisme commun pour discuter ces questions avec les ouvriers et avec le Gouvernement; on a créé la Confédération des Patrons des Pays-Bas, le Verbond van Nederlandsche Werkgevers, et, en même temps, un organisme qui, lui, s’occupe plus spécialement des conditions du travail et des conflits ouvriers, comme en Suisse, et qui est pour ces questions un bureau de coordination des grandes fédérations professionnelles. Betenons qu’aux Pays-Bas, le dédoublement qui s’est produit avec une certaine complexité a eu pour origine, d’une part, la nécessité d’avoir une organisation qui s’occupe des projets de lois sur les accidents du travail et du reste de la législation, et, d’autre part, un organisme s’occupant des conflits du travail.
- Tout de même, les organisations patronales de a Suisse et des Pays-Bas ne sont pas absolument du même type. Dans ces deux pays, nous sommes en présence de nations divisées au point de vue religieux; mais, alors qu’en Suisse il n’y a aucune incidence de la division religieuse ou confessionnelle sur la composition des organisations patronales, il s’est produit aux Pays-Bas quelque chose de très curieux, que l’on ne trouve guère que là. Suivant qu’ils étaient calvinistes, catholiques ou libres penseurs, les patrons ont créé des organisations différentes. Ainsi, à côté de l’organisation centrale qui groupe le plus grand nombre de patrons, on a vu naître aux Pays-Bas un groupement catholique, qui d’ailleurs s’est lui-même dédoublé en une confédération catholique patronale s’occupant des questions économiques, et une autre s’occupant des questions sociales. On
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- a vu également naître une organisation calviniste, ces diverses organisations correspondant aux partis politiques qui sont représentés au Parlement néerlandais. Pour arriver à une certaine centralisation en vue des discussions de Genève, on a créé à La Haye une section de l’Organisation internationale des Employeurs industriels de Bruxelles, et c’est cette section de l’Internationale patronale qui, aux Pays-Bas, rassemble les représentants des organisations neutres, de l’organisation calviniste et de l’organisation catholique à compétence sociale, pour discuter les questions qu’on traite ensuite au Bureau international du Travail.
- Ainsi, les Pays-Bas et la Suisse nous présentent un type déjà un peu différent d’organisations patronales par rapport aux organisations des Pays Scandinaves. Nous avons vu, là encore, des organisations dédoublées, les unes s’occupant de questions économiques et les autres de questions sociales, mais pas pour les mêmes raisons, puisqu’aux Pays-Bas, la raison ne doit pas en être cherchée dans les conventions collectives. En outre, le fait religieux a amené la création d’organisations parallèles, au-dessus desquelles on a mis une espèce de chapeau artificiel.
- Un troisième type d’organisation, encore plus différent de celle des Pays Scandinaves, est celui qu’on trouve en Belgique et en Tchécoslovaquie. Dans ces deux pays, il n’y a plus le dédoublement précité : il n’y a, comme en France à l’heure aetuelle, qu’une seule organisation centrale qui s’occupe à la fois des questions économiques et des questions sociales. En Belgique, c’est le Comité central industriel, qui date de 1895; en Tchécoslovaquie, c’est la Fédération des Industriels tchécoslovaques, qui est née en 1918-1919.
- En 1919, il y avait à Prague quelques organisations qui restaient de l’ancien Empire austro-hongrois, et qui se trouvaient d’ailleurs avoir leur siège à Prague, parce que l’industrie de l’ancien Empire était concentrée dans une très large mesure sur le territoire de la Tchécoslovaquie actuelle. La Fédération que l’on a fondée en 1918 a groupé ces différentes fédérations professionnelles et d’autres que l’on a créées de toutes pièces.
- En Belgique, on trouve la même situation qu’en Tchécoslovaquie, mais avec cette particularité qu’il y a aussi un mouvement patronal catholique. Toutefois, ce mouvement est plutôt comparable à ce que nous avons en France qu’à ce qui existe aux Pays-Bas. En effet, aux Pays-Bas, l’organisation catholique patronale est sur le même plan que la Confédération neutre. En Belgique, au contraire, la Fédération des patrons catholiques belges ne joue pas de rôle actif à l’extérieur : elle est plutôt une sorte de club d’apostolat, si l’on peut dire, et elle estime que sa mission est remplie quand elle a fait valoir par une brochure, ou par l’intervention de ses représentants au sein du Comité central industriel — organisation générale et neutre — le point de vue des industriels belges catholiques. Cette organisation ne se pose donc pas en concurrente du Comité central industriel.
- En Tchécoslovaquie, le phénomène religieux ne joue aucun rôle, car la population tchécoslovaque est composée essentiellement de catholiques, et le facteur national, qui a joué un rôle considérable dans ce pays, a bloqué tous les
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- Tchèques pur sang quelle que soit leur appartenance religieuse, aussi bien dans les organisations économiques et sociales que sur d’autres terrains.
- Mais on constate en Tchécoslovaquie un phénomène1 nouveau : l’incidence du fait ethnographique. En effet, sur 14 millions d'habitants, il y a dans ce pays 3 à 4 millions d’Allemands, qui ont d’autant plus d’importance au point de vue qui nous intéresse que ce sont presque tous des industriels ou des ouvriers. (Ils habitent les régions périphériques, la Bohême et la Moravie où se trouve concentrée l’industrie tchécoslovaque.) Le résultat est que, bien que les organisations ex-autrichiennes aient eu leur siège à Prague, et aient pu constituer, grâce à l’habileté des chefs de la Tchécoslovaquie, le noyau de la Fédération industrielle tchécoslovaque, il s’est constitué ou il a subsisté, dans les régions périphériques de la Bohême, de la Silésie ou de la Moravie, des organisations patronales allemandes qui ont même une fédération, le Deutscher Hauptverband der Industrie, qui a un bureau économique à Tœplitz-Schonau et un bureau social à Reichen-berg (Libérée).
- Cette Confédération patronale allemande de Tchécoslovaquie est restée pendant quelques années assez jalousement indépendante de la Fédération industrielle tchécoslovaque de Prague. Aujourd’hui, les représentants de celte organisation allemande figurent dans la délégation patronale tchèque à la Conférence internationale du Travail, et les deux organismes entretiennent de bons rapports, la plupart des adhérents de l’organisation allemande faisant partie en même temps de l’organisation centrale de Prague. Néanmoins, on voit qu’en Tchécoslovaquie, intervient le fait national comme est intervenu, aux Pays-Bas, le fait religieux.
- En Belgique et en Tchécoslovaquie, les organisations patronales ne sont plus dédoublées. Comme en France, sauf quelques exceptions, on est en présence de syndicats patronaux qui s’occupent simultanément de questions économiques et sociales.
- Avec ces 8 ou 10 pays, nous avons terminé, ou peu s’en faut, l’examen des organisations patronales librement constituées et maintenues en Europe, car je ne vous parlerai pas des Pays Balkaniques, ni même de la Pologne ou de l’Espagne, où les organisations patronales n’ont pas atteint le même développement que dans ces différents pays. Mais il reste en Europe d’autres pays dont les noms sont dans vos esprits : l’Italie et l’Autriche d’une part, l’Allemagne, d’autre part. Où en est-on dans ces trois pays au point de vue de l’organisation patronale? Si j’ai cité d’abord l’Italie et l’Autriche, c’est qu’elles ont des organisations à certains égards similaires.
- Après la guerre, l’Italie a vu se développer une confédération patronale1, qui a eu pour animateur un homme fort intelligent, M. Olivetti. Il a su créer, en partant de Turin pour s’installer à Rome, un organisme qui a groupé réellement toute l’industrie italienne.
- C’est cette Confédération qui a joué un si grand rôle dès 1920 et 1921, au moment des grandes luttes ouvrières et des occupations d’usines. Là-dessus est
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- arrivée la Révolution fasciste, avec, comme conséquence, la réorganisation économique et sociale, la Charte du Travail, les corporations, etc. Qu’est-il advenu, sous la législation fasciste, de la confédération qui avait été fondée en 1919 par M. Olivetti?
- Le régime fasciste a créé, en utilisant ce qui existait (car la création a surtout consisté dans un étiquetage) 6 confédérations d’employeurs. L’une correspond à l’industrie, les assurances et le théâtre. Une deuxième comprend l’agriculture; une troisième le commerce; une quatrième, les transports maritimes et aériens; une cinquième les transports terrestres, et la sixième les banques. L’artisanat figure dans la première, c’est-à-dire dans la Confédération de l'Industrie, des Assurances et du Théâtre.
- Ces confédérations ont plusieurs caractères assez particuliers à l’Italie. D’abord, elles ne comprennent pas seulement les patrons, les industriels, mais aussi les directeurs et les chefs de service. D’autre part, et c’est là le fait important, s’il n’y a pas à proprement parler en Italie, pour les patrons de même que pour les ouvriers, de syndicalisme obligatoire, ces confédérations ont un véritable monopole de fait. On peut, certes, créer d’autres syndicats que ceux qui portent l’étiquette de « fascistes » (car la Confédération des Industriels a d’abord simplement ajouté l’adjectif « fasciste » à son titre primitif). Il pourrait ainsi exister d’autres confédérations qui prendraient un autre titre. Mais il n’y en a pas, et cela pour une raison bien simple, qui vaut également pour les syndicats ouvriers : le Gouvernement a donné à l’organisation fasciste, patronale ou ouvrière, la reconnaissance légale, c’est-à-dire le monopole de la représentation des intérêts patronaux d’un côté, et ouvriers de l’autre, en particulier pour la conclusion des conventions collectives et pour toute l’activité sociale et ouvrière. En même temps que le monopole de la représentation légale, on a donné à ces organisations le monopole de la perception des cotisations, ce qui n’est pas, évidemment, sans importance. Ces confédérations ont été, par la suite, encadrées dans le système corporatif; mais je dois m’arrêter ici, car on irait très loin, si on voulait engager une étude de ce que sont les rapports des organisations patronales italiennes avec les corporations.
- En Autriche, au point de vue social comme au point de vue politique, il y a, à l’heure actuelle, beaucoup de points communs avec l’Italie, bien que la formule autrichienne soit une formule intermédiaire entre l’italienne et l’allemande.
- En Autriche, les syndicats ouvriers socialistes, qui étaient très puissants, ont été dissous par le Gouvernement en 1934, après la fameuse émeute de Vienne. Le 2 mars 1934, quelques jours après la tentative de coup de force socialiste, le Gouvernement du chancelier Dollfuss prenait une ordonnance créant la Confédération fasciste des Ouvriers et Employés d’Autriche, qui est assez comparable à la Confédération fasciste des Ouvriers italiens. Fin Autriche, comme en Italie, il n’y a pas de syndicalisme obligatoire, mais monopole de représentation. Pour les patrons, on a, par une loi d’octobre 1934, créé l’Industriellenbund, c’est-à-dire la Fédération des Industriels, chargée de représenter les patrons autrichiens, — également avec monopole — pour la négociation des conventions collectives.
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- Donc, ici, même système en principe qu’en Italie, avec cette légère différence qu’en Autriche les artisans sont restés à part et qu’il y a une organisation spéciale pour eux.
- Comme en Italie, l’introduction de ce nouveau régime ne s’est pas traduite, pour les syndicats patronaux, par de grandes modifications de fait. Pour les syndicats ouvriers, cela a été tout différent. Mais, comme les syndicats patronaux n’étaient pas suspects au nouveau régime, en Autriche, on a conservé les organisations existantes, en changeant certains titres et en laissant en place les secrétaires généraux. En somme, consécration et extension de ce qui existait, avec une sorte de monopole de représentation pour les conventions collectives.
- En Allemagne, la situation est tout à fait différente. Les élections du 5 mars 1933, qui ont confirmé la force d’Hitler, qui Font installé définitivement au pouvoir, ont eu pour conséquence immédiate l’occupation des bureaux des syndicats ouvriers socialistes, chrétiens et même démocrates, c’est-à-dire des trois grandes organisations syndicales qui concluaient toutes les conventions collectives avec les syndicats patronaux. En même temps, des commissaires étaient installés auprès d’eux. Tout de suite, d’ailleurs, on a assisté à une course aux ralliements, car les secrétaires de ces syndicats n’étaient pas tous d’un courage et d’une intransigeance absolus, et beaucoup ont cru pouvoir se sauver et conserver leur existence et celle de leurs syndicats en se ralliant au nouveau régime.
- Ils n’ont pas eu de chance, car, dans les mois suivants, les anciennes organisations syndicales ouvrières ont été progressivement, mais complètement éliminées. D’abord, une loi du 4 avril 1933 mettait les syndicats ouvriers qui avaient été déjà constitués depuis un certain temps par les nazis, et qui avaient pris une certaine ampleur, exactement sur le même plan que les trois autres fédérations syndicales, pour la conclusion des conventions collectives. Cette « rectification » allait être suivie peu après, le 2 mai, de la fusion obligatoire des syndicats de différentes tendances en un syndicalisme ouvrier unitaire. Enfin, troisième et dernier événement, le 28 novembre, Hitler publiait un appel indiquant qu’au point où en étaient arrivées les choses, la lutte des classes était un concept qui devait être définitivement banni du vocabulaire allemand, que. dans ces conditions, il ne devait plus y avoir ni syndicats ouvriers, ni lutte de classes, et que tous les Allemands, patrons, ouvriers ou indépendants, devaient se fondre dans une organisation unique, le front du travail.
- Pour les syndicats patronaux, que s’était-il passé?
- L’Allemagne avait été, je crois, avec les Pays Scandinaves, le pays où l’organisation patronale avait été le plus développée, le plus ramifiée, on peut même dire souvent hypertrophiée. Il y avait, comme en Angleterre, deux organisations centrales, l’une pour les questions économiques, l’autre pour les questions sociales (Vereinigung der deutschen Arbeitgeber Verbaende pour les questions sociales, Reichsverband der deutschen Industrie pour les questions économiques). Elles étaient nées toutes les deux, pendant ou après la guerre, de la fusion d’organisations antérieures.
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- Les syndicats patronaux, pour ne parler que de ceux qui s’occupaient plus spécialement des questions sociales, avaient pris un très grand développement. Il y en avait environ 2 000, et on peut dire que, dans toutes les industries, dans toutes les régions d’Allemagne, ces organisations existaient, souvent avec des secrétaires appointés, et qu’elles consacraient une grande part de leur activité à la négociation des conventions collectives. Celles-ci existaient partout. Il y avait donc là une situation très analogue à celle des Pays Scandinaves et de la Grande-Bretagne, les organisations à compétence sociale et les organisations à compétence économique fonctionnant en toute indépendance les unes par rapport aux autres, tout en assurant entre elles une assez étroite collaboration.
- Le 1er avril 1933, quand les syndicats ouvriers virent des commissaires s’installer dans leurs locaux, il se passa évidemment dans les bureaux des syndicats patronaux quelques événements analogues, mais beaucoup moins graves. Il y avait dans ces organisations patronales quelques secrétaires généraux dont le nom, l’apparence ethnique ou les opinions politiques ne plaisaient pas aux dirigeants de l’Allemagne nouvelle. On leur a signifié, par des moyens appropriés, qu’ils devaient démissionner. Ainsi sont parties quelques personnalités très connues, comme le conseiller d’Etat Kastl, qui était secrétaire général de la Confédération économique. Ainsi quelques révolutions de palais se sont traduites par des changements de personnes.
- Au mois de septembre, un second pas a été fait dans la réorganisation des syndicats patronaux par la fusion, sur l’ordre du Gouvernement, des organisations sociales et des organisations économiques. M. Krupp von Bohlen avait été en quelque sorte désigné comme dictateur des syndicats patronaux. Il demanda aux organismes de se simplifier, de se fondre; il n’y aurait plus à l’avenir de syndicats patronaux au sens étroit du mot, c’est-à-dire de ces syndicats patronaux qui ressemblaient beaucoup aux syndicats ouvriers, puisqu’ils avaient pour mission spéciale de négocier les conventions collectives et de défendre les intérêts patronaux contre les intérêts ouvriers dans les conflits. Il n'y aurait plus que des syndicats industriels à compétence à la fois économique et sociale : ce qui paraissait symboliser que la lutte des classes devait disparaître.
- Gela n’a pas encore paru suffisant au Gouvernement et, le mois suivant, les organisations qui subsistaient après l’unification étaient supprimées purement et simplement; les bureaux sociaux, qu’elles avaient conservés, disparaissaient avec elles.
- Ainsi, à la fin de 1933, il n’y avait plus en Allemagne de syndicats ouvriers, il n’y avait plus de syndicats patronaux opposés aux syndicats ouvriers, il n’y avait plus que l’organisation du Front du Travail. Le Front du Travail comporte évidemment des compartiments dans lesquels on retrouve d’une part des patrons, d’autre part des ouvriers. Mais la Charte du Travail allemande, c’est-à-dire la loi du 20 janvier 1934, a supprimé définitivement les conventions collectives et installé. auprès des entreprises, des commissaires chargés de contrôler, au nom de l’État, les accords librement contractés par chaque patron et son personnel.
- Nous avons donc assisté en Allemagne aux phénomènes suivants : d’abord un
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- développement des organisations patronales, plus poussé que n’importe où ailleurs, avec déboublement, plus marqué également qu’ailleurs, pour les questions sociales et pour les questions économiques; puis suppression, par étapes successives, de toute cette organisation, au cours d’une dizaine de mois, par le Gouvernement hitlérien.
- Nous voici arrivés au bout de notre tour d’horizon européen. Hors d’Europe, d’une façon générale, les organisations patronales sont beaucoup moins développées. Il est curieux de constater que, même dans un pays comme les États-Unis, il y a des organisations industrielles et patronales, mais pas, à proprement parler, de confédération patronale puissante, analogue à celles des Pays Scandinaves, d’Angleterre ou de l’Allemagne avant Hitler. On y trouve à la fois une association des industriels (Association of Manufacturers), qui rassemble, semble-t-il, des individualités plutôt que des groupements. On y trouve aussi la Chamber of Commerce, qui ressemble plus à une chambre de commerce qu’à une fédération de syndicats. On y trouve enfin un organisme d’études, le National Industrial Conférence Board, qui fait surtout des statistiques. Mais, à l’heure actuelle, d’après les renseignements que nous possédons, il ne semble pas qu’il y ait aux États-Unis une organisation centrale cohérent*'.
- Quant aux autres pays, qu’il s’agisse des Dominions britanniques, des pays de l’Amérique du Sud, du Japon et des pays d’Asie, le développement des associations patronales y est très inégal. Il y a souvent dans certaines industries, par exemple dans l’armement, dans les mines, dans la métallurgie, dans le textile, des groupements assez puissants. On trouve également des confédérations centrales d’une certaine importance qui envoient tous les ans à Genève des délégués patronaux; mais je ne crois pas qu’il y ait des leçons à tirer de l’étude de ces organisations.
- A Genève, certains pays ne sont pas encore représentés dans le groupe patronal, car ils n’ont pas encore d’organisation patronale centrale. Les délégations à la Conférence du Travail ne sont donc pas toutes complètes. Pourtant, on va peut-être y voir maintenant d’une façon régulière un patron qu’on n’attendait pas : le patron russe. En effet, depuis la Conférence maritime de novembre dernier, l’Etat russe a jugé utile de se faire représenter au sein du groupe patronal par un délégué qui, naturellement, est un commissaire du peuple, c’est-à-dire un fonctionnaire.
- Je voudrais maintenant vous dire quelles conclusions l’on peut tirer de ce tour d’horizon, en considérant d’abord l’extension de ces organisations étrangères, ensuite leur compétence, leur organisation intérieure et leurs moyens d'action.
- Certaines de ces organisations groupent à la fois l’industrie, le commerce, les banques, les assurances, la marine marchande et même l’agriculture. C’est le cas surtout lorsque les pays en question ont des organisations spécialisées pour les questions sociales. Les confédérations à compétence purement sociale sont plus aptes que les autres à englober à la fois l'agriculture, l’industrie et le commerce,
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- puisque c'est sur le terrain économique que les divergences d’intérêts se marquent le plus.
- Je crois que la formule la plus logique et la plus complète est encore celle que nous avons en France, où l’on est parvenu à réunir dans la nouvelle Confédération générale du Patronat français, non seulement l’industrie, qui était déjà assez complètement groupée dans la Confédération générale de la Production française, mais aussi le commerce qui s’y trouvait moins représenté. Notre C. G. P. représente donc à la fois l’industrie, les transports, les banques et la marine marchande; il lui manque seulement l’artisanat (au moins pour une grande partie) et l'agriculture. 11 me parait difficile, dans un pays où la contexture de l’agriculture est si différente de celle de l’industrie, du moins au point de vue social, d’aller plus loin que ce qui a été réalisé par M. Gignoux.
- En Angleterre, il existe une Fédération agricole indépendante qu’on appelle la Fédération des Fermiers, c’est-à-dire des employeurs agricoles. On trouve en Italie une organisation similaire. Dans ces deux pays, il était plus facile de trouver des employés que des patrons agricoles, ce qui n’est pas le cas en France. L’organisation des professions rurales est donc une question d’espèce.
- Mais, même en dehors de l’agriculture, certains pays comme la Belgique, la Tchécoslovaquie, ne sont pas arrivés à grouper dans une confédération centrale cohérente permanente, les différents éléments que rassemble notre G. G. P. On a même été amené, en Tchécoslovaquie, à créer une sorte de club, où se réunis-senl les représentants de la Fédération industrielle et ceux des organisations des autres branches économiques, en vue d’établir une ligne commune pour les questions internationales.
- On peut donc en conclure qu’il n’y a pas de règle générale capable d’indiquer ce qu’on doit faire partout, ou ne pas faire, pour l’organisation d’un groupement patronal.
- En ce qui concerne la compétence, doit-on considérer comme idéale la solution adoptée dans les Pays Scandinaves, en Angleterre et en Allemagne avant Hitler? Faut-il se prononcer pour le dédoublement, au moins pour les confédérations centrales, et, peut-être même pour les organisations subordonnées? La question est délicate. Certes, dans les pays où les conventions collectives sont devenues la règle générale, comme leur négociation absorbe beaucoup de temps et d’activité, on a été entraîné plus ou moins complètement vers ce dédoublement. Toutefois, nos amis belges y sont très hostiles. Le Directeur du Comité central industriel de Belgique, M. Gérard, a souvent condamné comme un non-sens le fait de spécialiser certaines organisations dans les questions économiques et certaines autres dans les questions sociales. C’est un point de vue exactement inverse de celui de nos amis anglais, qui ont compartimenté à l’excès et spécialisé à outrance.
- En France, nous avons un cas particulier dans l’existence de l’Union des Industries métallurgiques et minières, et de l’Union des Syndicats patronaux des Industries textiles. Ces deux fédérations industrielles sont en effet spécialisées (peut-être pas d’après les textes d’une façon absolue, mais réellement en pratique)
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- dans l’étude des questions sociales, ouvrières et fiscales. Elles correspondent donc pour leurs industries à ce que sont dans certains pays les confédérations spécialisées dans les questions sociales.
- En revanche, notre Confédération générale du Patronat conserve une compétence mixte, double; elle correspond à la formule belge ou tchécoslovaque. Depuis les événements de l’année dernière, on a simplement complété son organisation en adjoignant aux anciens services de la Confédération générale de la Production française une section sociale dont s’occupe le baron Petiet, aidé d’un certain nombre de collaborateurs. Cette section fait la liaison entre les fédérations professionnelles et les groupements régionaux, en vue d’établir une certaine unité d’action, spécialement pour la négociation des conventions collectives, la solution des conflits et procédures d’arbitrage. Mon opinion personnelle est que c’est, au fond, la vérité, car le dédoublement systématique de toutes les organisations aurait vraiment beaucoup d’inconvénients et n’est peut-être pas indispensable. Des organisations comme le Comité des Houillères traitent depuis longtemps, à la fois les questions sociales et les questions économiques, et on ne voit vraiment pas la nécessité de les dédoubler, comme cela a été fait dans certains pays étrangers, en établissant une coupure artificielle au sein des organismes existants. En revanche, quand des industries plus diverses, plus disséminées, mais ayant tout de même entre elles des affinités professionnelles, comme c’est le cas pour les industries métallurgiques ou textiles, peuvent constituer et ont constitué des organismes qui s’occupent spécialement de questions sociales, qui ont rendu des services et qui peuvent continuer à en rendre, je crois qu’il y a lieu de les conserver. Le rôle de la Confédération générale du Patronat français, et essentiellement de son service social, doit être d’établir la liaison, d’une part, avec ces fédérations spécialisées, et, d’autre part, avec les grandes fédérations non spécialisées d’autres industries, et aussi d’organiser les industries qui ni', le sont pas du tout.
- La question qui doit ensuite nous préoccuper et qui se lie assez étroitement à la précédente est celle de l’armature intérieure de ces confédérations centrales.
- Partout, on retrouve l’organisation horizontale par groupements régionaux, plus ou moins interprofessionnels, et d’autre part, l’organisation verticale, par groupements nationaux professionnels. Mais, dans presque tous les pays que nous venons de passer en revue, les confédérations centrales analogues à la C. G. P. sont nées de la fusion de plusieurs grandes fédérations professionnelles nationales. La raison en est simple, et l’exemple de la France permet de le comprendre : l’organisation patronale est née avant la guerre, en France, lorsque Robert Pinot, Paul de Rousiers et d’autres créaient quelques-uns de ces groupements professionnels : le Comité des Forges, le Comité des Armateurs, etc. L’organisation patronale s’est d’abord développée dans le sein de telle ou telle industrie, qui présentait une certaine concentration et dans laquelle il était plus facile de coordonner l’action patronale que dans des industries plus dispersées.
- Les confédérations centrales sont donc sorties généralement de la fusion ou du rapprochement de fédérations professionnelles. On a vu souvent ensuite la
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- l’organisation patronale a l’étranger.
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- confédération centrale, ainsi créée par les syndicats professionnels nationaux, fonder elle-même de toutes pièces, d’une façon un peu artificielle, dans les régions, des unions interprofessionnelles. Ces organismes de coordination ont joué un rôle important, quoique secondaire par rapport à celui des fédérations nationales. Ils ont dû établir sur place, entre les groupements appartenant respectivement à différentes fédérations nationales et avec les patrons d’industries moins organisées, des liaisons évidemment nécessaires, en présence des unions ouvrières, qui étaient, elles aussi, organisées à la fois sur le plan vertical et sur le plan horizontal.
- L'armature des organisations patronales est donc constituée à peu près partout à la fois sur le plan vertical et sur le plan horizontal; mais, en général, ce sont les organisations professionnelles nationales qui sont les plus puissantes, môme dans les confédérations spécialisées pour les questions sociales.
- On dit souvent aujourd’hui, dans les milieux patronaux, que les organisations patronales devraient se spécialiser : les organisations professionnelles se spécialiseraient dans les questions économiques et les organisations régionales, plus ou moins interprofessionnelles, se cantonneraient dans les questions sociales. Cela reviendrait, non pas à créer deux organisations parallèles, sur le plan horizontal et sur le plan vertical, mais à dire : les organisations verticales s’occuperont des questions économiques et les organisations horizontales des questions sociales. Je crois que l’expérience des faits ne justifie pas cette thèse, non seulement parce que nous avons besoin des organisations professionnelles au point de vue social pour la discussion des problèmes législatifs, mais aussi parce que, pour la politique ouvrière et la discussion des conventions collectives, il est nécessaire d’établir une discipline à l’intérieur de la profession dans l’ensemble du pays, car les conventions collectives sont tout de même des conventions professionnelles. Cela n’empêche pas d’avoir, en plus, des liaisons régionales, de manière à éviter des incidences désagréables d’une industrie sur une autre. L’Angleterre est le pays où la spécialisation est le plus poussée. Or. dans sa confédération sociale, elle a adopté essentiellement le compartimentage professionnel. En Allemagne, avant Hitler, c’était à peu près la même chose, avec cette différence qu’on avait constitué, dans l’ancienne République de Weimar, des bureaux régionaux de liaison avec Berlin.
- Reste la question des moyens d’action dont disposent toutes ces organisations patronales. Ces moyens d’action, ce sont d’abord des moyens d’argent. C’est, en France, la question à l’ordre du jour; on parle de la contribution de 1 p. 100 des salaires pour subvenir à la caisse de la Confédération patronale, dont l’activité et les services intérieurs ont dû être augmentés, depuis les récents événements et dans l’éventualité de menaces prochaines. A l’étranger, l’organisation patronale a donné à cet égard des exemples que M. Duchemin rappelait souvent à la Confédération générale de la Production française, plusieurs années avant les événements de l’an dernier. Il expliquait aux représentants des différentes industries dans son conseil que 600 000 francs par an c’était vraiment peu, pour une confé-
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- 35G L’ORGANISATION PATRONALE a l’ÉTRANGER. — JUILLET-AOUT 1937.
- dération patronale, alors que des fédérations étrangères disposaient de moyens dix, vingt, ou cinquante fois supérieurs.
- Il est exact que les pays étrangers nous ont, si l’on peut dire, donné l’exemple au point de vue de l’effort qu’ont à s’imposer les patrons en faveur de l’organisation patronale. C’est le cas pour la Scandinavie, et justement le colonel Brenot y faisait allusion dans son étude de l’année dernière. Au Danemark, en Norvège, en Suède, on demande aux employeurs des droits d’entrée et des cotisations annuelles qui souvent sont de l’ordre de 1 p. 100 des salaires et même davantage. En effet, dans ces pays à conventions collectives et à organisations très disciplinées, des grèves se produisent fréquemment, surtout lors du renouvellement des conventions collectives, et sous une forme généralisée. On y a donc créé des caisses assez abondamment pourvues, en vue d’assurer les patrons, dans une certaine mesure, contre les risques des grèves, et de permettre le maintien des organisations patronales en face des syndicats ouvriers dont les ressources sont évidemment assez considérables.
- Mais ce n’est tout de même pas le cas général. En Belgique par exemple, aux Pays-Bas, en Angleterre, je ne crois pas que les organisations patronales disposent de ressources aussi importantes que celles qu’on veut rassembler maintenant en France, — sans doute parce que le besoin s’en fait moins sentir (ceci dit, non pour critiquer ce pourcentage de 1 p. 100, mais pour présenter un tableau objectif).
- En Italie, la cotisation demandée aux employeurs n’est que de l’ordre de 0,30 p. 100 des salaires ; mais les organisations patronales y ont cet avantage de grouper, du moins pour la perception des cotisations, tous les patrons, de même que les syndicats ouvriers, toujours pour la perception des cotisations, groupent tous les ouvriers. Cette cotisation de 0,30 p. 100 représente ainsi une soixantaine de millions de lires, qui sont versées à la C. G. P. italienne et retombent comme une pluie bienfaisante sur tous les syndicats ou fédérations adhérents à cette confédération.
- Enfin, pour jouer le rôle qu’on attend d’elles, les organisations patronales doivent disposer de secrétaires compétents. L’Allemagne avait créé un nom pour ces fonctionnaires privés d’un nouveau genre, Syndikus. Il en existe maintenant dans tous les pays. On en dit quelquefois du bien, souvent beaucoup de mal. Sans doute méritent-ils tantôt l’éloge, tantôt la critique. Leur rôle n’est d’ailleurs pas toujours facile, car il n’est pas seulement de défense, mais de conseil. Ceux qui sont dignes de leurs fonctions savent, tout en ayant à cœur les intérêts de leurs mandats, se placer également au point de vue de l’intérêt général, et ils pensent, en même temps qu’à l’organisation patronale, au pays tout entier.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOURAG. POUR u’iNDUS. NAT. —JUILL.-AOUT 1937 (p. 357).
- INFLUENCE DES HAUSSES DE SALAIRES RÉCENTES SUR LES PRIX DE REVIENT ET SUR LES CONDITIONS ÉCONOMIQUES GÉNÉRALES Ç)
- par M. René Arnaud, directeur des Études économiques cle la Confédération générale du Patronat français.
- En abordant l’étude des conséquences économiques des diverses hausses de salaires qui se sont superposées en France depuis un an, il convient de faire effort pour être aussi objectif que possible. Sans doute, il n’est pas de sujet aussi brûlant, aussi propre à enflammer les passions politiques qui nous divisent. Les uns exaltent ces hausses de salaires comme l’ouverture d’un âge d’or inauguré par le gouvernement du Front populaire. Les autres y voient des hérésies économiques qui ne peuvent mener qu’à une catastrophe. 11 est probable que, comme toujours, la vérité est entre les deux. Mais l’observateur de bonne foi, qui veut obéir plutôt à la raison qu’à la passion, risque fort d’être honni et vilipendé par tout le monde. Il ne doit pas moins s’efforcer d’être juste. Nous disons bien : s’efforcer, car cet observateur lui-même, qui se croit de bonne foi, est peut-être abusé lui aussi par les préjugés, tout comme ses critiques les plus véhéments. Dans notre époque de fronts qui... s’affrontent, de blocs contre blocs, il n’est pas facile de s’abstraire de la lutte et de se placer, comme disait Renan, au point de vue de Sirius.
- LES HAUSSES DE SALAIRES EN FRANCE DE JUIN 1936 A JUIN 1937.
- Rappelons d’abord, en les analysant, les hausses de salaires récentes qui se sont superposées en France.
- La première est celle de Y Accord Matignon, conclu le 7 juin 1936 entre les représentants de la Confédération générale de la Production française, organisme considéré comme le plus représentatif des patrons, et la Confédération générale du Travail, organisme considéré comme le plus représentatif des ouvriers. Il importe de marquer que cet accord a eu un double caractère. Certaines clauses relatives à l’établissement des conventions collectives de travail, à la liberté syndicale, aux délégués ouvriers, ont été librement conclues par les deux parties. Mais la clause relative aux salaires a été Axée après arbitrage du Président du Conseil, qui a été le premier signataire de l’Accord Matignon. Ainsi, ce texte fameux, à côté de son aspect contractuel, a un autre aspect en ce qui concerne les salaires : il s’agit là, sinon d’un décret ou d’un pseudo-décret gouvernemental, du moins d’une sorte de sentence arbitrale imposée par le Chef du Gouvernement aux deux parties en présence.
- En quoi consistait au juste celte première hausse de salaires? Relisons l’article 4 de l’Accord Matignon :
- (*) Communication t'ai U*, en séance publique, par l’auteur, le 3 juin 1937. Voir le compte, rendu de celte séance à la pajre 398 du présent Bulletin.
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- « Les salaires réels pratiqués pour tous les ouvriers à la date du 25 mai 1936 « seront, du jour de la reprise du travail, réajustés suivant une échelle décrois-« santé commençant à 15 p. 100 pour les salaires les moins élevés pour arriver « à 7 p. 100 pour les salaires les plus élevés, le total des salaires de chaque éta-« blissement ne devant, en aucun cas, être augmenté de plus de 12 p. 100. Lesaug-« mentations de salaires consenties depuis la date précitée seront imputées sur les « réajustements ci-dessus définis. Toutefois ces augmentations resteront acquises « pour leur partie excédant les dits réajustements. »
- « Les négociations pour la fixation par contrat collectif de salaires minima « pa régions et par catégories, qui vont s’engager immédiatement, devront « comporter en particulier le réajustement nécessaire des salaires anormalement « bas. »
- « La délégation patronale s’engage à procéder aux réajustements nécessaires « pour maintenir une relation normale entre les appointements des employés et « les salaires. »
- Ainsi la hausse moyenne des salaires prévue à l’Accord Matignon était de 12 p. 100. Cette hausse a fait l’objet de véhémentes critiques de la part de certains patrons. On s’en est pris parfois avec violence aux signataires de l’Accord. Rappelons que le taux a été imposé par l’arbitrage du Chef du Gouvernement. Et faut-il évoquer, en ce jour anniversaire, l’atmosphère prérévolulionnaire qui était celle de Paris, de la banlieue et de plusieurs villes de province au début de juin 1936? Une mystique de revendications sociales, un désir ardent de mieux-être s’étaient développés en France pendant la campagne électorale du printemps de 1936, et cela d’autant plus que, malgré la politique gouvernementale de déflation, les prix montaient depuis septembre 1935. Le succès du Rassemblement populaire aux élections d’avril-mai avait annoncé aux masses la prochaine réalisation de leurs espérances. Quelques semaines se passèrent où l’on ne vit rien venir : fâcheux interrègne dû aux règles constitutionnelles qui maintenaient en fonction une chambre et un gouvernement désormais sans autorité. C’est alors que, sur l’impulsion peut-être de quelques agitateurs assez mystérieux, se développa un gigantesque mouvement de grève avec occupation des lieux de travail, mouvement qui s’étendit comme s’enflamme une traînée de poudre et qui déborda très vite tous ceux — chefs politiques ou chefs syndicalistes — qui auraient pu en prendre le commandement. On peut dire qu’entre le 5 et le 12 juin, la France fut à deux doigts de troubles sanglants qui auraient pu très vite dégénérer en guerre civile et en guerre extérieure. L’Accord Matignon a contribué à détendre cette atmosphère menaçante, et cela, il convient de ne jamais l’oublier. La hausse de salaires de 12 p. 100 du 7 juin 1936 a peut-être sauvé la paix publique en France, — et la paix tout court.
- Mais n’oublions pas que les négociations des conventions collectives devaient comporter en particulier le « réajustement des salaires anormalement bas ». Dans la pensée des signataires de l’Accord, il s'agissait là d’une simple dérogation à la limite des 15 p. 100 ou à la moyenne des 12 p. 100, qui devait s’appliquer à
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- certains salaires ouvriers qu’une concurrence effrénée avait avilis à l’excès. En effet, dans certaines usines acculées à la faillite par une lutte de prix sans merci, il y avait des ouvrières qui ne recevaient qu’un salaire de 1,50 fr l’heure, c’est-à-dire sensiblement inferieur au cours normal de la profession en cause. La clause du réajustement des salaires anormalement bas visait ces cas exceptionnels, et ceux-là seulement. Mais, dans les négociations de conventions collectives instituées à la suite de l’Accord Matignon, on a détourné cette clause de son sens réel pour l’appliquer parfois à toute une profession ou à toute une région. C’est ainsi que, pour plusieurs industries, la hausse réelle des conventions collectives a été de 20 à 30 p. 100 des salaires antérieurs, et non pas des 12 p. 100 prévus à l’Accord Matignon.
- A cette première hausse est venue s'ajouter bientôt celle qu’entraînait la loi du 20 juin 1936, instituant, pour tous les travailleurs, un congé payé minimum de 15 jours par an, dont 12 jours ouvrables. Il n’est pas question de discuter ici le bien-fondé d’une réforme que, d’ailleurs, divers industriels avaient déjà individuellement appliquée chez eux. Nous voulons simplement mesurer le surcroît de charge qu’elle représente. Deux semaines de loisirs payées sur une année de 52 semaines, cela représente mathématiquement un supplément de salaires de 2 p. 50, soit de 4 p. 100. Ce chiffre n’est qu’un minimum, puisqu’il faut y ajouter les frais de matériel supplémentaire acheté parfois pour remplacer la main-d’œuvre manquante, ou, si l’on ferme l’usine ou l’atelier pendant les 15 jours, l’augmentation des frais généraux qui continuent de courir pendant que l’usine ne produit rien. Il ne paraît pas excessif de fixer à 6 p. 100 cette hausse nouvelle.
- Vient ensuite la loi du 21 juin 1936 limitant la durée du travail h 40 heures par semaine, et stipulant que « aucune diminution dans le niveau de vie des travailleurs » ne pourra en résulter. Un exemple simple montrera la hausse de salaires que cette loi représente. Imaginons, pour la simplicité du calcul, le cas d’un ouvrier travaillant 48 heures par semaine, soit 6 journées de 8 heures, au taux de 5 fr l’heure. Le salaire hebdomadaire était donc de 5 X 48, soit 240 fr. En vertu de la loi nouvelle, l’ouvrier doit recevoir ces mêmes 240 fr pour une semaine de 40 heures. Il reçoit donc désormais, comme salaire horaire : 240 : 40, soit 6 fr au lieu de 5 fr. L’augmentation brute est donc ici de 20 p. 100 des salaires. Et comme dans l’application les syndicats ouvriers ont presque toujours exigé et obtenu la formule des 5 journées de 8 heures de travail, on peut dire que la loi de 40 heures équivaut à donner, à côté des 12 jours de congé payé par an, un jour de congé payé supplémentaire par semaine, soit au total 50-b 12 = 62 jours de congé payé par an.
- Enfin la hausse du coût de la vie, consécutive notamment à la dévaluation, a entraîné dans de nombreuses industries, spécialement dans la métallurgie parisienne, de nouvelles demandes d’augmentation de salaires et des relèvements de salaires par sentence arbitrale, bien que ces salaires eussent été fixés pour un an
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- par les conventions collectives de juin 1936. En effet, les arbitres, tout en rappelant sans aucune ironie que les conventions font la loi des parties, ont admis le principe de révisions en cours d'exécution, quand elles sont « justifiées par un changement profond des circonstances ». Ne cherchons pas à voir où pareille conception peut mener, et ce que peut valoir désormais un contrat qui pourra toujours être révisé si les circonstances changent de façon « profonde ». Au surplus, la loi monétaire du 1er octobre 1936, qui consacrait la dévaluation du franc, avait prévu le règlement par arbitrage des différends nés d’une hausse notable du coût de la vie consécutive à la dévaluation.
- C’est dans ces conditions qu’aux hausses précédentes, sont venues s’ajouter à partir de janvier 1937 des hausses nouvelles, par exemple une hausse de 10 p. 100 fixée par la sentence arbitrale de M. le Prof. Oualid pour les industries métallurgiques et mécaniques, cette hausse se décomposant en 8,3 p. 100 sous forme de salaires, et 1,3 p. 100 sous forme d’allocations familiales.
- A ce propos il convient de rappeler les charges accessoires qui accompagnent les salaires : dès que grossit le chiffre du salaire, cette hausse se répercute sur les assurances-accidents, sur les assurances sociales et, éventuellement, sur les allocations familiales. Ces charges sont dans l’ensemble d’environ 10 p. 100, et, par suite, les diverses hausses énumérées ci-dessus sont à majorer chacune de
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- Enfin ces hausses ne s’additionnent pas, mais se multiplient. Il ne suffit pas de dire :
- Hausse en application de l’Accord Matignon et des
- conventions collectives.......................... 20 à 30 p. 100
- Congés payés........................................... 6 —
- Quarante heures....................................... 20 —
- Hausses par sentence arbitrale ....................... 10 —
- Total . ................................... 56 à 66 p. 100
- En fait, les congés payés ont représenté une augmentation de 6 p. 100 non pas des anciens salaires, mais des salaires majorés des conventions collectives; la hausse de 10 p. 100 de la sentence Oualid porte sur les salaires majorés par l’application de la loi de 40 heures.
- On arrive donc à une augmentation plus considérable encore du taux horaire de salaires : au total, et en s’inspirant d’un intéressant travail de M. A. Detoedf paru dans les Nouveaux Cahiers on peut estimer que le prix de l’heure de travail a augmenté, en nombre rond, de mai 1936 à mai 1937 de 72 à 75 p. 100.
- Bien entendu, ce chiffre n’est qu’une moyenne donnée à titre d’indication. Toutes les industries ne sont pas à cet égard sur le même plan. Néanmoins, divers recoupements faits dans des industries diverses permettent de confirmer ce chiffre. En gros, les charges de salaires pour les patrons ont augmenté en un an des trois quarts.
- (1) Nouveaux Cahiers, n° 3, 15 avril 1937. (Librairie Félix Alcan, ION, boulevard Saint-Germain, Paris, 6e.)
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- ESSAI DE DÉTERMINATION DE L’EFFET DE CES HAUSSES SUR LES PRIX DE REVIENT.
- En quelle mesure ces hausses des salaires ont-elles augmenté le prix de revient des marchandises?
- Il n’est pas facile de donner une réponse simple à cette question, car la part des salaires proprement dits varie selon les industries. C’est ainsi que, dans les dépenses d’exploitation d’une mine de charbon, la quote-part de la main-d’œuvre est d’environ 62 p. 100. Dans le textile, elle n'est plus que de 30 p. 100 pour le coton (type courant de calicot écru) et pour les fils de rayonne, et remonte à 40 et 50 p. 100 pour les tissus de laine. Pour les produits chimiques, si nous nous référons à une conférence faite par M. René-P. Duchemin, au poste de la Tour Eiffel(i), le 23 mars 1937, les pourcentages de main-d’œuvre peuvent varier de 20 à 47,5 p. 100.
- Ainsi, la part des salaires varie de 20 à 60 p. 100. Et il serait sans doute très hasardeux de fixer ici une moyenne et de dire que la part des salaires peut être évaluée en général à 40 ou 50 p. 100 du prix de revient.
- D’ailleurs, cela n’est peut-être pas très intéressant. En effet, comment décom-pose-t-on d’ordinaire un prix de revient industriel? Le cadre traditionnel comprend : les matières premières; — les frais de main-d’œuvre; — les frais généraux; — les charges financières.
- L’industriel amené à consentir une augmentation de salaires sera naturellement porté à considérer seulement dans son prix de revient le chapitre des frais de main-d’œuvre. Certains théoriciens feront comme lui. Et ils raisonneront grosso modo comme suit :
- « Sans doute les charges de main-d’œuvre ont augmenté de 75 p. 100. Mais les charges de salaires n’entrent que pour 50 p. 100 dans le prix de revient total (nous prenons 50 p. 100 pour la commodité de l’exposé). Ainsi, l’augmentation des salaires ne portant que sur la moitié du prix de revient, ce prix sera augmenté de la moitié de 75 p. 100, soit de 37,5 p. 100. Les prophètes de mauvais augure ont donc tort d’annoncer des catastrophes, puisque, pour une augmentation de charges de salaires des trois quarts, le prix de revient ne grossira que d’un peu plus d’un tiers. Dès lors, les prix de vente doivent s’enfler beaucoup moins que ne grossissent les salaires. L’ouvrier et l’employé jouissant d’un pouvoir d’achat augmenté pourront consommer davantage. La production en recevra un stimulant nouveau et l’économie française connaîtra enfin la prospérité. »
- Ce raisonnement optimiste est malheureusement à courte vue. L’industriel qui considère seulement son prix de revient et la hausse de ses propres salaires oublie que ses voisins sont logés à la même enseigne que lui. Or, à y regarder de près, on constate que les matières premières et les frais généraux incorporent, eux aussi, une bonne part de main-d’œuvre. Pour la matière première, la chose est évidente. Prenons, par exemple, le minerai de fer, qui se trouve en abondance
- (2) Publiée par La Journée industrielle du 24 mars 1937.
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- en France. En dehors du droit payé à l’État par le concessionnaire de la mine, droit qui n’est guère en moyenne que de 0,30 fr/t, et des charges financières, on peut dire que tout le reste du prix de revient représente des frais de main-d’œuvre, des salaires et traitements : salaires des ouvriers qui extraient le minerai ou qui le transportent, qui sont chargés du boisage ou de l’entretien des galeries, etc. Ainsi, pour tous les industriels qui utilisent comme matière première du minerai de fer, la hausse générale des salaires se reflétera, non pas seulement dans leurs propres frais de main-d’œuvre, mais aussi dans le prix du minerai de fer qui leur est nécessaire.
- Sans doute certaines industries, notamment le textile, utilisent surtout des matières premières exotiques, colon, laine qui ont échappé à ce relèvement général des salaires. Il est vrai. Mais ici, nous savons que la dévaluation est venue augmenter de 43 à 50 p. 100 les prix du coton brut et de la laine brute, sans parler de la hausse mondiale de ces produits. Et si la hausse de la matière première n’est pas imputable ici au relèvement des salaires français, le résultat final n’en est pas moins le même.
- Pour l’industriel de transformation qui emploie comme matière première des produits semi-ouvrés, la part de salaire incorporée est manifeste. Et, bien entendu, les frais de transport représentent dans tous les cas pour une bonne part les salaires du transporteur.
- Venons-en maintenant à cette rubrique vague que l’on appelle : frais géné-raux(3). Elle comporte essentiellement les impôts, les assurances autres que les assurances-accidents, les frais de bureau, les frais de poste et de téléphone, les frais de voyage, les abonnements et cotisations, etc. Il est facile de voir qu’en fait, la plupart de ces rubriques comportent une main-d’œuvre importante, que les frais de cette main-d’œuvre ont augmenté, ne serait-ce que du seul fait de l’application de la loi des 40 heures, et que les frais généraux augmenteront d’autant. L’industriel doit déjà payer plus cher les organes de la presse technique auxquels il est abonné. La cotisation de sa chambre syndicale a dû être relevée. Ses frais de voyage sont plus importants du fait de l’augmentation des notes d’hôtel. Demain, l’État devra augmenter le prix des timbres-poste et peut-être des tarifs téléphoniques, pour payer la main-d’œuvre supplémentaire qu’il faudra embaucher en appliquant les 40 heures dans l’Administration, ou pour améliorer la situation des fonctionnaires des P. T. T. Demain également, l’État devra aug-
- (3) On trouvera, sur la manière d’évaluer, aussi objectivement que possible, l’augmentation du prix de revient résultant de l’augmentation générale des salaires en tenanl compte de son incidence sur les facteurs de la production (matières premières, frais généraux, charges financières) autres que la main-d’œuvre, deux études parues dans le numéro de mai 1937 de l’organe du Centre polytechnicien d'études économiques (X Crise) :
- 1° La part des salaires dans les prix, par M. A. Sauvÿ. L’auteur indique trois méthodes de détermination : la méthode des cascades, la méthode des revenus privés, la méthode d’utilisation des statistiques étrangères. Elles peuvent sinon fournir des chiffres certains, du moins servir à les recouper;
- 2° Essai d'une méthode schématique de détermination du quantum de main-d'œuvre dans un prix de revient (application à l'automobile), par M. Jokoan. [N. D. L. R.J
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- menter ses impôts pour les mêmes raisons générales. Quant aux assurances, puisque l’assurance-incendie, par exemple, a essentiellement pour objet de permettre de reconstruire l’usine en cas de sinistre, il faudra bien augmenter le montant de la police, donc la prime.
- Viennent enfin les charges financières. Ne parlons pas des actionnaires et des obligataires : ils sont taillables et corvéables à merci et, pour un peu, on les oublierait tout à fait. Mais la baisse générale des valeurs en bourse, et par conséquent la hausse du taux moyen d’intérêt, est la réplique inévitable de l’épargne, lassée à la fin par les passations de dividendes. L’industriel qui emprunte doit payer plus cher des capitaux qui hésitaient à s’investir. Que dire enfin de l’amortissement? C’est encore un indice qu’on oublie volontiers. Pourtant ces machines qui tournent dans cette usine, c’est de la main-d’œuvre, de la main-d’œuvre qui s’use. Il faut prévoir, dès maintenant, le remplacement de ce matériel, à notre époque surtout où le progrès technique va si vite, va trop vite au gré de certains. Ne pas réserver dans le prix de revient une part raisonnable pour l’amortissement des machines et des bâtiments, c’est perdre la substance même de l'industrie qui, un jour, se trouvera avec des machines vieillies, des maisons en ruines, dont les corniches tomberont sur la tête des passants, sans capitaux liquides pour se rénover, c’est-à-dire pour payer la main-d’œuvre qui fabriquerait les machines neuves et reconstruirait des bâtiments neufs. Si l’industrie doit alors emprunter, elle devra payer des taux prohibitifs.
- On le voit, les incidences des salaires n’intéressent pas seulement la part proprement dite de la main-d’œuvre dans le prix de revient, mais pour une forte part également les matières premières, les frais généraux, les charges financières. Au fond, tout ou presque tout est main-d’œuvre dans le prix de revient, sauf pour les matières premières importées, — qui, elles, représentent une main-d’œuvre étrangère — et pour les intérêts des capitaux. Le type des frais fixes est sans doute le loyer. Mais ce lover même ne rétribue pas seulement les salaires des ouvriers qui ont jadis construit le bâtiment : il doit aussi servir à rétribuer ceux qui l’entretiennent et ceux qui rebâtiront l’usine quand elle tombera en ruines.
- Dans la conférence à laquelle nous nous sommes déjà référé, M. René Duche-min a cherché à déterminer la part des salaires globaux dans deux prix de revient très différents, choisis l’un dans une industrie qui ne comporte que 20 p. 100 de salaires proprement dits, l’autre dans une industrie qui en comporte 40 p. 100. Il démontre aisément que la part réelle des salaires est dans un cas de 35 p. 100, dans l’autre de 66 p. 100. M. Spinasse, ministre de l’Économie nationale, a estimé au Sénat que les salaires représentaient 66 à 70 p. 100 du coût total de la production française. On peut considérer que ces estimations sont modestes. Si même on s’y tient, si on ne veut pas considérer la main-d’œuvre à laquelle il faudra avoir recours dans un avenir plus ou moins lointain pour le remplacement des machines et la reconstruction des usines, on devra conclure que la part des salaires est des deux tiers au moins du prix de revient, sinon des trois quarts.
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- CONSÉQUENCES SUR l’ÉCONO.MIE INTÉRIEURE ET SUR L’EXPORTATION.
- Quelles sont les conséquences de cette cascade de hausses sur l’économie intérieure?
- La conséquence essentielle est naturellement une hausse générale des prix. Sans doute, dans la montée des prix, faut-il tenir compte du fait que, pour certaines matières premières d’origine étrangère, la dévaluation a augmenté leur valeur en francs français de 45 à 50 p. 100. Il faut 110 fr aujourd’hui pour payer un objet d’une livre sterling qui valait 75 IV avant la dévaluation. Il faut 22,50 fr pour payer l’objet d’un dollar qui valait naguère 15 fr. En outre, les matières premières ont suivi jusqu’à ces dernières semaines un mouvement mondial de hausse. Il n’est pas facile évidemment de distinguer dans la hausse d’un prix donné ce qui est imputable à la dévaluation et à la hausse mondiale et ce qui est l’elfet de la hausse des salaires en France. Il n’en est pas moins vrai que, sauf pour les industries travaillant directement sur des matières premières importées (laine, coton, houille, pétrole, oléagineux, cuivre, peaux, pâtes de cellulose, soie, etc...) l’essentiel de la hausse des prix est dû à la hausse des salaires et à ses effets sur les prix de revient.
- Consultons les indices essentiels de la variation des prix. Les prix de gros d'abord. L’indice générai de la Statistique générale de la France portant sur 45 articles (base 100 en 1914) était de 372 en juin 1936. II est en avril 1937 de 532. La hausse est donc ici de 43 p. 100. L’indice général, plus étendu, portant sur 126 articles, s’est élevé à peu près dans les mêmes proportions : de 46 p. 100. L’indice pondéré des prix de détail de 13 articles de ménage pour Paris s'est élevé dans la même période de 26 p. 100: l’indice, plus étendu, portant sur les prix de détail de 31 articles, s'est élevé également de 25 p. 100. Enfin, l’indice de la dépense d’une famille ouvrière de 4 personnes est passé de 497 à 581, soit une augmentation de 16 à 17 p. 100.
- Une première conclusion s'impose : il est visible que la hausse des salaires ne s'est pas encore inscrite intégralement, tanl s’en faut, dans les prix de revient et les prix de vente. Nous avons vu que celte hausse est de 75 p. 100. Puisque la part du salaire dans les prix de revient est elle-même des deux tiers ou des trois quarts, il est facile de conclure que les prix de revient doivent automatiquement augmenter de 50 à 60 p. 100. Nous n’en sommes pas encore là, encore que les prix de gros subissent déjà une hausse de près de 50 p. 100. Mais l'application de la semaine de 40 heures, avec la hausse mathématique de 20 p. 100 qu’elle comporte, n’est pas encore universelle. D’autre part, beaucoup d’industriels et de commerçants n’ont pas encore relevé leurs prix dans les proportions que justifierait le prix de remplacement de leurs stocks : ils écoulent leur marchandise, soit à l’ancien prix, soit à un prix encore faiblement relevé, et, trop souvent, ils ne se rendent pas compte eux-mêmes qu'ils perdent ainsi la substance même de leur fonds-, puisque, quand ils voudront se réapprovisionner, le capital dont ils disposeront grâce à leurs ventes ne leur permettra plus que d’acheter un nombre
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- moindre d’objets ou d’articles. Enfin, les prix agricoles sont loin d’avoir suivi la hausse des prix industriels. Il faudra bien qu’ils finissent par se mettre à l’alignement. Tout fait donc prévoir une aggravation prochaine de la hausse du prix de la vie en France.
- Demeurera-t-elle inférieure à l’augmentation du pouvoir d’achat? C’est là, on le sait, une des questions vitales que pose l’expérience actuelle. On a voulu que l’ouvrier gagnât plus pour qu’il put dépenser davantage et ainsi stimuler lui-même la production.
- Malheureusement, on peut craindre que la hausse ne finisse par compenser, peut-être par dépasser l’augmentation du pouvoir d’achat. Nous avons dit que la charge des salaires pour les patrons avait augmenté en un an de 75 p. 100. Mais cela ne veut pas dire que les salaires touchés par les ouvriers aient augmenté parallèlement de 75 p. 100. Le point de vue de l’employeur et celui de l'employé ne sont pas les mêmes, et cela du fait de l’application des congés payés et de la semaine de 40 heures. Rappelons qu’avec la formule des 5 journées de 8 heures, l’ouvrier français est aujourd’hui payé 12 jours (congés payés) plus 50 samedis ou lundis, soit 62 jours ouvrables par an, à ne rien faire. Aussi, tandis que le patron doit décaisser 175 fr au lieu de 100 fr, l’ouvrier, lui, reçoit outre les 100 fr de naguère, 30 fr de supplément de l’Accord Matignon et des conventions collectives, et 15 à 20 fr de supplément, grâce aux sentences arbitrales récentes qui ont relevé les salaires : son salaire est donc passé de 100 à 150 seulement, alors que le patron débourse 175 au lieu de 100 : la différence se justifie par les 62 jours de congé payé dont nous avons parlé et où, avec le même salaire, l’ouvrier a des loisirs.
- C'est là ce qu’on peut appeler le drame des 40 heures. Alors que la charge des salaires a augmenté pour le patron de 75 p. 100, le salaire effectif reçu par l’ouvrier n’a augmenté que de 50 p. 100. Or, nous avons vu que la hausse des prix de revient doit être au minimum de 50 p. 100, et qu’elle pourra même être supérieure. Doit-on en venir à cette constatation désolante que les hausses de salaires seront à bref délai compensées et dépassées par les hausses de prix et que l’ouvrier consommateur sortira de l’expérience appauvri en fait? C’est, hélas! à craindre.
- Il y avait un seul moyen d’échapper à cette conséquence : augmenter à force la production et le rendement, dans les délais plus courts qui étaient assignés au travail humain. Or. nous avons vu justement le contraire. Il eut fallu qu’une activité redoublée pendant les 40 heures, un zèle de tous les instants parvinssent à compenser la lacune des 8 heures de loisirs et à produire autant qu’auparavant —-partout où la chose était techniquement possible. Nous sommes loin de compte. De tous les côtés, on a signalé la diminution générale du rendement, accrue par la généralisation du salaire horaire se substituant au travail aux pièces.
- On peut s’en étonner puisqu’après tout, les hausses de salaires auraient du donner à chacun « du cœur à l’ouvrage ». Mais la chose est explicable. D’abord, il a couru depuis quelques années tant de lieux communs sur l’âge de l'abondance, sur le café qu’on brûle dans les locomotives et les poissons qu’on rejette à la mer,
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- qu’un préjuge nouveau s’est créé, et qu’on croit faire œuvre sociale en évitant de surproduire. Et, puis, ce n’est jamais impunément qu’on fait luire à l’homme une époque de facilité, qu’on l’invite à relâcher son effort. Déjà, du temps du repos hebdomadaire, la rentrée du lundi était insupportable à plusieurs, et le rendement du lundi n’était certes pas le meilleur de la semaine. Aujourd’hui, on rentrera avec plus de mauvaise humeur encore après deux jours de bicyclette ou de pêche à la ligne. Si vous détendez les ressorts de l’homme, ils se détendent tous à la fois, et alors il n’est pas facile de restituer son plein rendement à la machine humaine.
- Voilà pourquoi on peut prévoir que les ouvriers et employés, qui devaient dépenser davantage et ainsi stimuler la production, en seront bien empêchés par la hausse des prix si cette hausse n’est pas prévenue par l’augmentation de la production qui répartirait les frais généraux sur un plus grand nombre d’objets et par conséquent tendrait à réduire les prix.
- Bien entendu, si les bénéficiaires désignés de l’expérience ne peuvent en tirer qu’un profit nominal et non réel, on imagine quel sera le sort des autres classes du pays, puisque l’on veut absolument le diviser en classes. Le rentier, le propriétaire, le fonctionnaire à revenus fixes sont naturellement fort gênés par cette hausse des prix puisque eux n’ont reçu aucune augmentation corrélative. Quant au paysan, il peut acheter de moins en moins. Les calculs de M. Jean Dessirier{i) démontrent que le pouvoir d’achat de l’agriculture, qui avait crii régulièrement dans le premier semestre de 1936, n’a cessé de décroître depuis. Us sont confirmés par la Statistique générale de la France, qui démontre que la revalorisation des produits agricoles est loin de suivre la hausse des produits industriels. De mai 1936 à avril 1937, les prix de gros des produits agricoles n’ont augmenté que de 33 p. 100, alors que les prix des produits industriels augmentaient de 61 p. 100. Ce décalage des prix agricoles et des prix industriels explique en une large mesure le fait que la hausse du prix de la vie demeure inférieure aux hausses des salaires. Mais il est évident que l’équilibre devra se rétablir dans l’intérêt même de l’industrie, pour qui l’agriculture est souvent le meilleur client, et voilà un nouveau facteur de hausse des prix en perspective.
- Si maintenant nous en venons à considérer le sort non plus du consommateur, mais du producteur, du patron, et à rechercher quels ont été pour lui les effets des hausses des salaires, une première conséquence saute aux yeux, qu’on ne marque pas toujours suffisamment : la difficulté d’avoir une trésorerie suffisante.
- Songeons au cas du patron qui, en mai 1936 — c’était, hélas! la règle — ne disposait que d’un maigre fonds de roulement. En quelques semaines, le voici contraint de décaisser le supplément des salaires de 15 à 20 p. 100 de l’Accord Matignon, et de payer les 15 jours de congé à ses ouvriers et employés sans avoir pu prévoir ces dépenses nouvelles dans ses prix de catalogue. On imagine
- (4) La conjoncture économique et financière, mai 1937, 17, avenue de la Bourdonnais, Paris (7*).
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- combien a pu être angoissante pour quantité d’entreprises, surtout moyennes et petites, l’approche des jours de paye ou du départ du personnel pour les congés payés. C’est si vrai que le Gouvernement s’en est ému et que la loi du 19 août 1936 est venue accorder des avances aux entreprises, jusqu’à concurrence de 12 p. 100 de leurs salaires. Ces crédits étaient consentis pour 9 mois au total. On s’inquiète actuellement de proroger ce délai, car l’application de la semaine de 40 heures est venue gêner encore davantage la trésorerie de beaucoup, et il est à craindre hélas ! que quantités d’artisans et de petits magasins ne soient réduits bientôt à abandonner la lutte:
- Nous avons déjà dit ailleurs que, par manque de clairvoyance ou par crainte des foudres du Gouvernement, des patrons avaient continué à vendre leurs stocks au prix de mai 1936, sans se soucier du prix des marchandises de remplacement. C’est là sans doute un fait des plus graves, une perte de substance pour le commerçant ou l’industriel qui, avec ses rentrées, ne pourra racheter qu’un nombre réduit d’articles et restreindra d’autant son chiffre d’affaires. On comprend sans doute les considérations politiques et sociales qui ont inspiré la lutte gouvernementale contre la hausse des prix. Mais hélas! l’économie ignore ces considérations sentimentales, et les mathématiques ne s’embarrassent point de psychologie. C’est un fait mathématique que le commerçant qui aura liquidé aux anciens prix, sortira de l’épreuve appauvri, diminué dans ses moyens d’action et peut-être incapable de demeurer dans cette classe moyenne qui est si éprouvée par la tourmente actuelle.
- Enfin, quelle peut être l’incidence de ces hausses de prix sur notre commerce extérieur ?
- Sur notre exportation, l’effet a été immédiat. Alors que c’était un axiome que toute dévaluation donnait un coup de fouet au commerce extérieur, on a constaté que nos exportations, notamment d’objets fabriqués, avaient été pendant les trois mois qui ont suivi la dévaluation, inférieures en tonnage aux chiffres des trois mois de l’année précédente; en milliers de tonnes 243, 231, 217 contre 278, 251 et 229 en 1935.
- Ainsi les acheteurs étrangers boudaient les marchandises françaises, bien que la dévaluation eût baissé brusquement leurs prix de 40 p. 100; malgré ce rabais, ces prix leur paraissaient encore chers.
- En outre, une fièvre d’achats avait suivi la dévaluation sur le marché intérieur, et les industriels négligeaient l’exportation.
- La situation s’est retournée dans les quatre premiers mois de l’année en cours, puisque, toujours en milliers de tonnes, nous avons exporté en janvier 211 contre 194 l’an dernier, en février 210 contre 189, en mars 209 contre 195. en avril 255 contre 182. Cette dernière indication serait spécialement encourageante, s’il n’y fallait voir sans doute le fait qu’on se rabat sur l’exportation faute de vendre à l’intérieur, car la fièvre qui avait suivi la dévaluation est bien tombée. Et aux prix de quels sacrifices peut-on encore exporter?
- Mais, d’autre part, on constate malheureusement depuis quelques mois un
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- signe très grave de la cherté des prix français à l’intérieur : c’est le gonflement des importations, notamment d’objets fabriqués. Dans les quatre premiers mois de l’année leur total a augmenté de 22 p. 100 par rapport à la période correspondante de 1936. On assiste à une véritable invasion du marché français par des produits étrangers moins coûteux. Et, de tous côtés, on crie l’alarme : on demande au Gouvernement de relever les droits dédouané. En quelques semaines, M. Emile Taudière a déposé toute une série de propositions de loi pour protéger les produits les plus divers : ferrocyanure et ferricyanure de potassium ou de sodium, bleu de Prusse, clous d’ameublement et punaises à dessin, joaillerie, bijouterie et orfèvrerie, machines à coudre, bandes en cuir à garnir les chapeaux, tubes, fuseaux, bobines en bois et en carton pour l’industrie textile, locomotives d’usine et wagonnets de terrassement, verrerie et cristallerie, gants de peau, plantes et fleurs, chlorure de sodium, sulfate de baryte, industrie frigorifique, appareils de chauffage, chauffe-bains, caractères d’imprimerie, ancres et chaînes de fer et d’acier, fibre vulcanisée, boutons, métiers à tisser, rubans. De très nombreuses industries : chemiserie, confection pour dames, confection pour hommes, signalent la concurrence à des prix imbattables de la Tchécoslovaquie, de l’Autriche, des Pays-Bas, de la Belgique, de l’Allemagne, tous ces pays offrant leurs marchandises à des prix de 30 à 40 p. 100 moins élevés que les nôtres.
- Fait plus significatif encore : la fabrique lyonnaise de soieries, attachée par tradition aux principes du libéralisme économique, habituée à exporter aux États-Unis, en Amérique du Sud, en Égypte comme en Europe, a été amenée récemment, par la concurrence de prix des étrangers, à demander le contingentement de l’importation des tissus de rayonne, car, à ses yeux, une élévation de droits de douane ne saurait arrêter le flot de l’invasion des produits étrangers. Rien de plus frappant que de voir un des centres où se trouvaient les partisans les plus ardents de la liberté des échanges, demander lui-même la limitation des importations.
- De même la Chambre de Commerce de Roubaix, tout en protestant de sa fidélité à sa doctrine « d’échangiste » et en répétant que la reprise réelle des affaires ne se peut concevoir que « dans le retour à une politique libérale d’échanges internationaux », demande contre les importations massives de textiles étrangers à bas prix une protection temporaire par le contingentement des tissus pour doublures composés de coton et de rayonne.
- Aussi ne peut-on s’étonner que le Gouvernement, tout en affirmant en toute occasion ses convictions libérales en matière économique, vienne de déposer à nouveau un projet de loi pour obtenir du Parlement le pouvoir de modifier par décrets le tarif douanier. On lui prête l’intention de supprimer d’une manière générale les contingentements et d’y substituer des tarifs. Mais s’il veut protéger efficacement les industriels et les ouvriers français contre la concurrence étrangère qui vend à 30 p. 100 de rabais, ne faudra-t-il pas des droits prohibitifs, et le système de la limitation des importations, de cet affreux contingentement dont on a dit trop de mal, ne sera-t-il pas encore le meilleur moyen de protection?
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- CONCLUSION.
- On peut mesurer dès maintenant avec une certaine précision l’elfet des hausses de salaires survenues depuis un an sur l’économie intérieure et sur l’exportation. La charge des salaires s’est accrue pour les patrons de 75 p. 100; elle a augmenté les prix de revient de 50 à 60 p. 100. Mais le pouvoir d’achat des ouvriers n’a été augmenté que de 50 p. 100, celui des agriculteurs et des rentiers ou fonctionnaires à revenu fixe n’a pas augmenté d’autant, tant s’en faut. Ainsi le marché intérieur ne peut recevoir le coup de fouet qu’on avait espéré, du fait même de la diminution de la production et du rendement.
- Quant au commerce extérieur, si l’exportation paraît faire quelques progrès malgré le handicap de ses prix, la production française est de plus en plus menacée par la concurrence étrangère contre laquelle il faudra se défendre.
- Il convient, pour conclure, d’esquisser les conséquences lointaines de cette situation. Relisons avec mélancolie la déclaration franco-anglo-américaine de la nuit du 25 au 26 septembre 1936, nuit de « l’alignement monétaire », euphémisme pudique pour désigner la dévaluation. « Le Gouvernement français, considérant que la stabilité désirable des principales monnaies ne peut être assurée sur des bases solides sans que soit préalablement rétabli un équilibre durable entre les diverses économies, a décidé dans ce but de proposer à son Parlement l’ajustement de sa devise... Le gouvernement français est au surplus convaincu, comme le gouvernement des États-Unis d’Amérique et le gouvernement de la Grande-Bretagne, que le succès de la politique définie ci-dessus est lié au développement du commerce international. »
- Et maintenant voyons en imagination un coin de France tout près de la frontière belge. C’est samedi : l’usine est fermée ; les ouvriers sont partis pour deux jours pêcher à la ligne le long des canaux et des rivières. De l’autre côté de la ligne idéale dont on chercherait en vain la trace dans la géographie, on entend ronronner l’usine belge, où trois équipes se succèdent en 24 heures. Demain, les produits de cette usine belge franchiront notre frontière et coûteront 30 p. 100 moins cher que les nôtres. Croit-on que ce diptyque témoigne de cet équilibre durable entre les diverses économies dont parlait la déclaration tripartite? C’est la France elle-même qui a rompu cet équilibre en accordant généreusement à ses ouvriers des avantages qui la mettent sans doute à l’avant-garde du progrès social, mais qui la laissent en flèche au point de vue économique et l’exposent à tous les périls de la concurrence. Le Japon était le pays où l’on travaillait le plus longtemps et avec les salaires les plus bas. Nous voici à l’autre bout de l’échelle comme une sorte de Japon à rebours, avec les heures les plus courtes et les salaires les plus hauts.
- Car nous ne sommes pas seuls au monde et nous ne pouvons pas légiférer pour l'univers. Puisque cet équilibre des économies est la base même de la stabilité des monnaies, est-il permis de se demander ce que, dans cette aventure, deviendra le franc? Est-il permis de se demander ce que deviendra la France?
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- DISCUSSION
- M. Lacoin, président. — Dans son remarquable exposé, M. Arnaud nous a fait saisir à la fois la complication et la grave simplicité du problème dont nous nous occupons aujourd’hui. Son exposé a été tellement clair et précis qu’on serait tenté de penser qu’il l’a totalement épuisé. Néanmoins, je crois qu’il serait extrêmement intéressant de bénéficier de la présence, dans notre salle, d’un certain nombre de ceux de nos collègues qui ont été constamment mêlés depuis un an à ces difficultés pour qu’ils nous apportent également leur avis, et cet avis me paraît intéressant spécialement sur deux points :
- Le premier point est la question de décalage dans le temps de la hausse des prix d’une industrie à l’autre. Cela est extrêmement important au sujet de la révision des prix de certains marchés.
- Le second point concerne la trésorerie des sociétés. Il est spécialement grave. Si, en effet, dans un assez grand nombre d’industries, dont les produits peuvent se livrer très rapidement après la commande, les répercussions des hausses des prix ont pu être escomptées facilement dans les commandes, par contre, dans certaines autres industries, qui s’occupent de travaux de longue haleine, dont l’étude et la livraison peuvent exiger de un an à 18 mois, par exemple, la hausse du fonds de roulement est extrêmement considérable eu égard au chiffre d’affaires, et ces sociétés sont, en général, déjà lourdement frappées par la hausse des prix sur les commandes antérieures à mai 1936.
- Que peut-on faire pour les aider?
- Sans entrer dans la voie de l’inflation d’une part, et en sauvant tout de même des entreprises dont la situation serait nettement saine, sauf difficultés de trésorerie résultant de l’augmentation du fonds de roulement, on peut chercher un remède à cette situation, pour les petites affaires, dans une sorte d’assurance mutuelle limitée qui aiderait les banques à faire des crédits aux industriels ainsi partiellement garantis par leurs collègues.
- Pour les entreprises plus importantes, ne pourrait-on soit établir une obligation pour les clients de laisser mobiliser leurs obligations de paiement, soit l’allocation d’acomptes fondés sur les cycles de l’opération, tels que : approvisionnement des matières premières, achèvement d’une partie de la construction, etc., ou même, si ces acomptes ne sont pas possibles de la part du client, ne peut-on pas lui substituer la banque, en accord avec ce client, et en donnant à la banque une délégation ou tout au moins un droit de préférence sur les matières approvisionnées et sur les travaux en cours relatifs à la commande qu’elle finance ainsi ?
- M. René Dughemin. — M. le Président, vous me demandez d’intervenir et j’aurais mauvaise grâce à ne pas répondre à votre appel, et, cependant, j’aurais une raison majeure de ne pas le faire : c’est que, ayant eu le précieux privilège d’avoir M. Arnaud comme collaborateur, je sais que, quand il a abordé un sujet,
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- il a été étudié dans ses moindres détails et que, comme disait l’autre : « Tout est dit et l’on vient trop tard... »
- Cependant, puisque vous faites allusion au problème des prix et à la trésorerie des sociétés, laissez-moi vous présenter les quelques observations suivantes :
- En ce qui concerne les prix, on peut dire qu’avant le mois de juin 1936, l’écart entre les prix de gros français et les prix de gros étrangers se comblait peu à peu. Les nouvelles lois sociales, appliquées massivement, ont entraîné un accroissement brutal de cet écart, qui a dû être compensé par la dévaluation monétaire.
- Après la dévaluation monétaire, il y avait égalité entre les prix français et les prix britanniques, par exemple; la France bénéficiait même d’une très légère prime à l’exportation.
- Malheureusement, cette situation n’a pas été durable et l’application de la loi de 40 heures a remis de nouveau l’économie française en un redoutable état d’infériorité.
- Le seul espoir qu’on puisse avoir, c’est que les prix étrangers — qui, on ne saurait le discuter, sont en hausse — s’élèvent plus rapidement que les prix français.
- En ce qui concerne la trésorerie des entreprises, il est bien certain que la dévaluation et la hausse de toutes choses ont eu des conséquences très lourdes pour les fonds de roulement, et, dans de nombreuses industries, on s’est trouvé dans l’obligation de faire appel au concours des banques, ce qui, naturellement, a entraîné des charges nouvelles, que ne connaissent pas le plus grand nombre de nos concurrents étrangers.
- Il est bien certain que vous avez raison, M. le Président, d’envisager les méthodes qui pourraient permettre de faciliter, aux différentes entreprises, la reconstitution de leur fonds de roulement, et, en première ligne, il faudrait obtenir que les avances qui, après les événements de juin 1936, ont été accordées par l’État, puissent être prorogées.
- On a également souvent parlé de la difficulté, en particulier pour les moyennes et petites entreprises, d’escompter leur papier. Je ne crois pas que ce soit exact, et l’on peut affirmer que l’industrie française a toujours trouvé le moyen d’escompter facilement son papier sain.
- Je pourrais, à cet égard, citer de nombreux exemples, où l’on s’était plaint de l’impossibilité d’escompter et où, après enquête, on a constaté qu’il s’agissait de « cavalerie ».
- M. Androuin a remis, après la séance, la note suivante :
- 1° Je crois que M. Arnaud a été plus que modéré lorsqu’il a estimé dans quelle proportion la rémunération de l’activité humaine entre dans le prix de revient industriel et même dans le prix de revient commercial. Toutes les choses matérielles ne valent que par l’activité à laquelle leur production a donné lieu.
- Il en est ainsi de la matière à ouvrer comme de tout le reste, y compris la presque totalité des dépenses indirectes et la propagande commerciale, sauf à
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- tenir compte, comme l’a fait justement M. Arnaud, de ce que la valeur de l’activité incorporée à ce qui est importé a été dépensée hors de France.
- 2° En général l’économie s’accommode mal des variations brusques dans le temps comme dans l’espace.
- L’évolution ne peut être accélérée sans danger que si elle est à peu près simultanée dans les divers pays dont les économies sont liées, et si les répercussions des mesures envisagées, convenablement étudiées, ont été compensées préventivement dans tous les cas où c’est utile.
- Une telle évolution exige un travail collectif considérable, donc l’action incessante d’une élite collaborant dans une atmosphère de concorde. La possibilité d'une telle évolution est donc, en définitive, une question de valeur intellectuelle, et surtout de valeur morale de l’élite.
- Le seul progrès qui puisse être efficace sera celui de l’aptitude des chefs à collaborer, à gouverne]- leurs intérêts particuliers de manière à ne pas les opposer à ceux de l’ensemble, et à choisir comme conducteurs de leurs groupements, ceux d’entre eux dont les qualités morales sont h la hauteur des responsabilités qu’ils doivent assumer.
- Hors de ces conditions de haute moralité, ce ne seraient qu’antagonismes sans issue : citadins contre ruraux; employés contre employeurs; clients contre fournisseurs; agriculture, industrie et commerce en opposition deux à deux des trois manières possibles ; économie impériale contre économie nationale ; guerres de tarifs entre nations; concentration urbaine excessive; risques de chômage et de misère; risques de guerre civile et de guerre étrangère.
- M. Lacoin, président. — Je remercie M. Arnaud de son magistral exposé, si clair et si précis, et M. Duchemin des explications qu’il vient de nous donner.
- Ainsi s’achève le cycle des trois conférences que la Société d’Encouragement a organisées pour éclairer ses membres sur les effets dans le domaine économique des récentes mesures législatives prises en France dans le domaine social. Le texte de ces conférences paraîtra dans un prochain numéro de notre Bulletin ainsi que le compte rendu des discussions qui les ont suivies et qui les complètent sur certains points. Dans le même numéro, on trouvera la conférence de M. Blondel sur la répartition des matières premières dans le monde, problème d’une non moins brûlante actualité et qui est, lui aussi, d’une haute portée économique et sociale.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR L’iNDUS. NAT. — JUILL.-AOUT 1937 (p. 373).
- LA LUTTE CONTRE LES MOUSTIQUES
- Le moustique des fosses d’aisances et les pappataci.
- par M. E. Lemaire, agent général de la Société d'Encouragement.
- Il a longtemps que l’on sait se débarrasser des moustiques puisque certaines régions, tropicales ou subtropicales, qui, autrefois en étaient infestées, en ont été complètement et, semble-t-il, définitivement débarrassées. Tel est le cas pour la zone du canal de Panama, Ismaïlia sur le canal de Suez, pour Cuba, les Antilles, certaines régions du Brésil, Java, Sumatra et les États malais de la presqu’île de Malacca, et aussi, depuis peu, pour une grande partie de notre Sénégal " et pour les anciens marais Pontins, devenus l’Agro Pontino, c’est-à-dire une région vraiment agricole.
- Dans ce cas, la lutte contre les moustiques a été victorieuse parce qu’on se trouvait en présence d’insectes qui propagent des maladies très meurtrières, la fièvre jaune et le paludisme; par suite, on n’a pas hésité à prendre des mesures draconiennes; et c’est parce qu’on les a appliquées, généralisées et contrôlées systématiquement qu’on a réussi.
- Mais, à côté de ces moustiques extrêmement dangereux, il en existe d’autres qui ne sont guère que gênants, bien que, parfois, ils puissent transmettre des infections et aussi certaines affections comme la lymphangite, des abcès, des phlegmons. Or, dans ces dernières années, on a constaté que ces moustiques sont devenus plus nombreux en France et se sont propagés dans des stations climatiques ou balnéaires, où, autrefois, ils étaient inconnus : sur la Côte d'Azur, dans la région côtière du Languedoc, dans les Landes, dans le Nord et l’Est de la France, mais surtout dans la région parisienne. Certaines stations sont à ce point infestées qu’elles sont devenues inhabitables pour les étrangers et même pour les autochtones, et cela quelquefois, non seulement en été, mais aussi pendant la majeure partie de l’année. Ce qui est grave c’est que cette pullulation des moustiques coïncide souvent avec le développement des installations sanitaires : fosses septiques, tout à l'égout, épandage, décantation et épuration des eaux usées. On en verra la raison plus loin. Or, on peut se débarrasser de ces moustiques assez vite, à peu de frais et tout aussi bien que de ceux qui transmettent la fièvre jaune et le paludisme : ce n’est qu’une question de volonté et d’organisation.
- C’est pour se défendre contre cet envahissement par les moustiques banaux que s’est créée, en 1930, la Ligue contre les Moustiques, qui a son siège social à
- (1) On rapporte que, lors de son voyage en Afrique occidentale, M. Moutet, ministre des Colonies, manifesta son étonnement de ne pas rencontrer de moustiques à Dakar, et qu'il exprima le désir de voir le Stegomya fasciata, qui transmet la fièvre jaune. On ne put lui en montrer qu’à l’Institut Pasteur de la ville.
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- la mairie d’Herblay (Seine-et-Oise)(2). Au cours de sa dernière assemblée générale, tenue le 2 mai 1937, à l’Institut Pasteur de Paris, sous la présidence de M. Roubaud, professeur d’entomologie médicale à cet institut, le Dr W. Dufou-geré, secrétaire général de la Ligue, a présenté un rapport dans lequel il a surtout rendu compte des progrès de la lutte contre les moustiques en France. Sa lecture et la discussion qui l’a suivie ont fait connaître quelques faits nouveaux, importants et trop peu connus, que nous allons citer, car ils intéressent à la fois le grand public et tous ceux, ingénieurs, architectes, qui s’occupent d’installations sanitaires, ou qui, comme les maires, doivent assurer l’hygiène et la tranquillité publiques. Il n’est pas indifférent non plus que ceux qui pratiquent le camping sachent où ils doivent dresser leur tente pour que leur sommeil ne soit pas troublé. Enfin, les fermiers et les éleveurs doivent savoir que les moustiques s’attaquent aussi à leurs bêtes, qu’elles affaiblissent par perte de sang et de sommeil, et auxquelles ils peuvent transmettre des maladies, comme la variole aviaire.
- On trouvera de nombreux détails sur les mesures à prendre contre les moustiques dans une petite brochure de vulgarisation du Dr Dufougeré, intitulée : Un fléau qui s'aggrave : les moustiques ; comment s'en débarrasser (42 p. 15 fig. Berger-Levrault, édit. Paris; prix, 2,40 fr). Nous y avons fait de nombreux emprunts, et nous les avons complétés par quelques renseignements tirés d’une communication faite par le Dr J. Legendre, à l’Académie de Médecine le 27 avril 1937, et d’un article qu’il a fait paraître dans La Nature du 1er mai 1937, sur La défense contre le moustique des fosses d’aisances.
- Pour lutter efficacement contre les insectes, il faut bien connaître leurs moeurs ; cela est absolument nécessaire s’il s’agit des parasites des plantes cultivées, mais cette connaissance se réduit pratiquement à peu de chose s’il s’agit des moustiques; malheureusement, ce peu est ignoré de la plupart des intéressés.
- CARACTÈRES ET MOEURS DES MOUSTIQUES PIQUEURS ET SUCEURS. — Les mOUS-tiques de France se rattachent à trois espèces principales qu’il faut savoir distinguer, car ils ne sont pas gênants au même degré. Ces trois espèces sont :
- 1° Le culex. — C’est le cousin vulgaire, domestique, qui « chante » en volant (Culex pipiens); c’est de beaucoup le plus gênant et le plus répandu en France. Il vit au voisinage des habitations humaines, des étables, des écuries, des clapiers.
- (2) Cette ligue édite des tracts de propagande, des affiches et un modèle d'arrêté municipal qui peuvent être apposés dans les communes. Elle encourage toutes les initiatives, publiques ou privées, qui visent le même but qu’elle. Elle fournit gratuitement à ses adhérents tous renseignements utiles pour lutter contre les moustiques. En vue de coordonner la lutte, elle a créé des sections locales en province. On trouvera plus loin, en annexe, le texte de l’affiche qu’elle a éditée, et qui peut être apposée dans toutes les communes de France.
- Signalons que les Etablissements Pathé et Gaumont ont édité des films éducateurs sur la question, et que ces films sont en service régulier dans les écoles de la ville de Lyon.
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- Le jour, il se cache dans les endroits obscurs, dans les placards fermés, sous les meubles ; il ne pique guère que la nuit. En hiver, il se réfugie dans les sous-sols et les caves. Quelques femelles — elles sont plus résistantes que les mâles — y passent toute la saison froide sans prendre de nourriture. Elles en sortent dès les premiers beaux jours pour pondre.
- Le culex a le corps presque parallèle à la surface sur laquelle il est pose. Les œufs, visibles seulement avec une forte loupe, flottent à la surface de l’eau, accolés côte à côte, en radeau.
- Le prof. Roubaud a montré (voir L'insectarium expérimental de l'Institut Pasteur, Revue scientifique du 8 mars 1930, p, 140-146) que le cousin commun n’est pas une espèce simple et qu’il comporte deux races distinctes, qu’il est impossible de différencier par les caractères extérieurs quel que soit le stade de leur existence et qui ne peuvent se distinguer que par leurs réactions biologiques et leurs habitudes : 1° une race de plein air (jardins et campagnes) dont la femelle doit nécessairement hiverner, sans se nourrir, dans des endroits obscurs et froids; quoique fécondée, elle est alors inféconde; 2° une race thermophile, ou « autogène », qui reste active et supporte pendant tout l’hiver les hautes températures entretenues dans les immeubles, et dont la femelle n’a pas besoin nécessairement de se nourrir de sang, donc de piquer; ce sont les larves qui, dans les milieux où elles se développent, accumulent les réserves nécessaires à la femelle pour qu’elle puisse pondre.
- Une variété de culex — peut-être n’est-ce que le cousin autogène? — s’est adaptée à la vie en présence des matières fécales humaines ; on peut le trouver dans les fosses d’aisances et les égouts pendant toute l’année.
- Les culex sont donc surtout des citadins.
- 2° L'anophèle. — Il vit loin des villes et des lieux habités, de préférence dans les bois, quoiqu’on le rencontre aussi dans les étables, écuries et clapiers s’ils sont assez loin des maisons habitées. La nuit, il pénètre dans les maisons pour y piquer les gens endormis; mais, dès le petit jour, il regagne la campagne. C’est un campagnard. On le reconnaît à ce que son corps est presque perpendiculaire à la surface sur laquelle il est posé. Les œufs flottent isolément sur l’eau. C’est un anophèle qui transmet le paludisme. On rencontre des anophèles aux portes mêmes de Paris.
- Le corps des culex et des anophèles mesure 6 à 7 mm de longueur.
- 3° L'aède. — C’est aussi un campagnard ; il habite presque exclusivement les forêts, où il recherche le voisinage des mares (forêt de Fontainebleau), des marais (forêt de Rambouillet), les zones inondées temporairement (Alsace, bords de la Meuse et de la Méditerranée, champs d’épandage surchargés de la région parisienne, bassins filtrants ou de décantation employés pour l’épuration des eaux d’égout), les bras morts des cours d’eau ou leurs rives encombrées de broussailles et de hautes herbes, où l’eau ne circule pas.
- L’aède est de taille un peu plus grande que le culex et l’anophèle; comme le culex, il se tient presque perpendiculairement à la surface d’appui, mais légè-
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- rement arqué avec la convexité tournée vers l’extérieur. Les œufs d’aèdes flottent isolément sur l’eau ; ils sont pourvus d’une coque résistante qui leur permet de résister aux basses températures de l’hiver et, pendant plusieurs mois, à une dessiccation complète. Les aèdes s’accommodent des eaux saumâtres; ils pullulent en Camargue. Le Stegomya de la fièvre jaune est un aède(3).
- Caractères communs aux trois espèces. — 1° la présence d’une trompe fine et allongée, terminée par un dard, avec laquelle l’insecte pique et traverse la peau, déverse une salive venimeuse, qui cause la vive démangeaison, et suce le sang; ce caractère permet de distinguer ces trois moustiques des autres diptères qui leur ressemblent mais qui ne piquent pas;
- 2° seule la femelle pique, car c’est le sang sucé qui permet à ses œufs de mûrir, à l’exception du culex autogène, qui peut s’en passer. On la reconnaît à ce que ses antennes sont plus longues et plus barbues que celles du mâle;
- 3° les femelles pondent dans toutes les eaux stagnantes, pures ou souillées, si peu qu’il y en ait. Deux ou trois jours après la ponte, apparaissent les larves, qui ne peuvent vivre que dans l’eau; elles y montent et descendent avec rapidité et en tourbillonnant, par des mouvements saccadés, venant s’arrêter de temps à autre à la surface pour respirer; elles se nourrissent des fines particules végétales et animales (cas du culex des fosses d’aisances) qui sont en suspension dans l’eau. Hors de l’eau, la larve meurt au bout de quelques heures. A la fin de sa vie aquatique, au cours de laquelle elle a subi plusieurs mues, la larve se transforme en une nymphe (à grosse tête pour le culex) qui, grâce à un flotteur, reste à la surface de l’eau; l’insecte parfait en sort bientôt en prenant immédiatement son vol. Selon la température, il s’écoule 13 à 20 jours (12 jours dans les pays chauds) entre la ponte et l’apparition de l’insecte parfait.
- La ponte d’une femelle de culex est de 100 à 500 œufs (en général 300) et elle pond plusieurs fois pendant la belle saison;
- 4° les moustiques ne s’éloignent guère de plus de quelques centaines de mètres de l’endroit où ils sont nés.
- Les pappataci. — Dans plusieurs régions du Midi de la France, il existe une quatrième espèce de diptères piqueurs et suceurs, d’une famille très voisine de celle des moustiques, qui sont très désagréables, mais, fort heureusement, encore assez peu répandus : ce sont les pappataci (Phlebotomes pappataci Sc.). Leur nom, vulgaire en italien (de pappa, bouillie, mot affectueux qu’on retrouve dans plusieurs noms composés italiens, et de tacere, se taire, car cet insecte ne fait aucun bruit en volant) leur a été donné en Toscane, où ils sont très communs d’avril à octobre, comme, d’ailleurs, dans tout le bassin de la Méditerranée.
- C’est un tout petit insecte, nocturne, de 2 à 3 millimètres de longueur, de couleur fauve, dont tout le corps, thorax, ailes et abdomen, est velu, et qui ne se déplace que par petites envolées. 11 vit toujours au voisinage de son lieu de naissance; il
- (3) Pour les colonies, on trouvera des renseignements détaillés sur la destruction des insectes vecteurs de maladies contagieuses dans Hygiène des installations minières et chantiers coloniaux, par le Dr P. Noël Bernard (Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie nationale de juin 1934, p. 397-410). Voir aussi : Emile Houbaud, La science entomologique aux colonies, son insuffisance et ses besoins (Reçue scientijique du 22 août 1931, p. 491-497).
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- recherche l’obscurité et, pendant le jour, il se. réfugie dans les endroits obscurs, se cache derrière les tentures et les tableaux. Il ne fait aucun bruit en volant.
- Gomme pour les moustiques, seule la femelle pique et elle ne pique guère que la nuit; le jour aussi, cependant, si la pièce est obscure. Durant la piqûre, comme pendant le repos, les ailes sont écartées à 45° du thorax. La succion est rapide; la piqûre est extrêmement douloureuse pour les gens non immunisés qu’elle réveille instantanément en provoquant un prurit insupportable et la formation d’une papule.
- Le mode de reproduction des pappataci est le même que pour les moustiques avec, cependant, quelques différences. Les adultes meurent aussi après la ponte des femelles, en octobre, mais les larves, au lieu d’être aquatiques, vivent dans l’obscurité et sur les matières organiques en décomposition dont l’humidité n’esl pas excessive ; elles y passent tout l’hiver. Il en résulte qu’on les trouve dans les décombres et débris de toute sorte, dans les crevasses des vieux murs en maçonnerie, en pisé ou en pierres sèches; dans les tas de feuilles mortes ou d’ordures ménagères, les dépôts d’immondices et les dépotoirs un peu humides, ou encore, au voisinage des latrines ou dans la terre des pots de fleurs abandonnés. Les larves se nourrissent aussi des déjections des reptiles (lézards) et des arthropodes (insectes, araignées, cloportes, scorpions) qui se réfugient eux-mêmes sous les pierres et dans les fissures de toute sorte. Comme les œufs sont pondus isolément et que les larves sont extrêmement petites, à peine visibles à la loupe, il est pratiquement impossible de les découvrir et leur recherche exige une longue patience.
- destruction des moustiques. — Les indications qui précèdent montrent déjà comment, dans une certaine mesure, on peut éviter les moustiques et comment on peut réussir à les détruire complètement ; c’est surtout en agissant sur les larves.
- Destruction de l’insecte parfait. — La lutte contre l’insecte ailé n’est qu’un pis-aller et elle est assez difficile; mais on doit s’y résoudre quelquefois. Les meilleurs procédés de destruction sont les suivants, par ordre d’efficacité décroissante et de prix de revient croissant :
- — Fumigations à l’anhydride sulfureux : on prépare un mélange de 4 g de salpêtre et de 100 g de soufre en canons concassé assez finement; on arrose d’un peu d’alcool et on allume après avoir bien calfeutré toutes les issues; 5 g du mélange suffisent par mètre cube de local à traiter. Au bout de deux heures, tous les insectes sont tués et on peut aérer. Cette fumigation, souvent difficile pour les pièces habitées et meublées, est recommandée pour les caves, où on doit la faire en février;
- — Fumigations au crésyl, recommandées par le prof. Roubaud. Elles sont applicables partout et n’exigent pas un calfeutrage hermétique; les vapeurs ne sont pas nocives pour l’homme et les animaux. On fait évaporer à feu doux, à raison de 5 g/m3; au bout de quelques heures, tous les insectes sont tués;
- — Fumigations obtenues en évaporant sur un feu doux ou au bain-marie un morceau de camphre sur lequel on a versé un poids égal d’acide phénique cristallisé (acide phénique neige) préalablement fondu à une douce chaleur. Les issues doivent être bien calfeutrées. Ces fumigations sont recommandées par le
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- Bureau d’Hygièue de Versailles (15 g du mélange par mètre cube) et par les Américains, mais à moins forte dose (3,5 g/m3). Le mélange est assez volatil, mais il se conserve, longtemps dans des récipients bien bouchés. Il dégage une odeur agréable, mais peut provoquer des maux de tête chez certaines personnes. Il est inflammable, mais ses vapeurs ne forment pas de mélange explosif avec l’air.
- — Pulvérisations au formol : on emploie la solution aqueuse du commerce à 40 p. 100 de formol. Le calfeutrage est indispensable; l’odeur désagréable du formol persiste assez longtemps, et les muqueuses de certaines personnes en sont irritées ;
- — Pulvérisations de solutions dans des liquides volatils d’insecticides puissants tels que les pyréthriïies, la roténone* l’hexachloréthane, le paradichloro-benzène. L’odeur de ces deux derniers corps est loin d’être désagréable (i)* Ces solutions sont vendues sous des marques commerciales diverses (fîy tox, flit, cobra, itü, etc). On peut les préparer soi-même. On pulvérise ces solutions le soir, après avoir fermé toutes les issues; l’effet n’est pas durable et l’opération doit être renouvelée tous les soirs; si la pulvérisation est insuffissante, l’insecte n’est qu’étourdi et tombe, mais n’est pas tué.
- Moyens d'éviter les insectes parfaits. — Application préalable sur les parties de la peau découvertes pendant le sommeil, d’essence de girofle ou de citronnelle dont l’odeur éloigne les insectes. On trouve chez les pharmaciens des spécialités qui donnent le même résultat. En général, l’effet dure moins longtemps qu’une courte nuit d’été.
- On ne connaît aucune plante possédant une action spécifique pour éloigner sûrement les moustiques, et si les moustiques disparaissent là où on a planté des eucalyptus c’est parce que cette essence pousse très vite et évapore par son feuillage une quantité d’eau considérable, Celle que les racines ont puisée dans le sol; l’eucalyptus ne fait qu’assécher les terrains et c’est ainsi qu’il enlève aux
- (4) Par contact ou per os, la roténone et les pyréthrines sont dès poisons très violents pour tous les animaux à sang froid; elles sont irtoffensivés pour l’homme et les animaux domestiques; Malheureusement, elles sont assez instables et ne se conservent pas très longtemps;
- La roténone se trouve dans les racines de plusieurs légumineuses : les Derris (ou tuba), Lonchocarpus (ou cubé des hauts plaieaux de l’Amérique du Sud) et Tephrûsia (haricot a lapin de l’Amérique du Nord). On cultive aujourd’hui les Derris dans la Malaisie, la presqu’île de Malacca, Bornéo et les Philippines. La roténone, des extraits de la racine de derris ou cette racine pulvérisée sont employés couramment depuis plusieurs années pour combattre les insectes parasités des plantes cultivées aux États-Unis et, depuis peu, en Angleterre, en Allemagne, en Belgique el en Hollande. On commence seulement à les employer en France, bien qu’on y vende des produits à base de roténone depuis trois ans.
- Au sujet de la roténone, de ses propriétés, des derris et de leur culture, voir :
- H. Guérin, La roténone (L’industrie chimique de décembre 1936, p. 883-885);
- J. Legros, La culture du derris en Extrême-Orient (Revue internationale d’Agriculture de janvier 1937, p. 1, T-13 T);
- Em. TiUemans, La roténone, préparation et usages en entomologie appliquée (importante bibliographie) (B illétin de l'Institut agronomique et des Stations de Recherches de Gembloux, mai 1936, p. 186-203).
- Au sujet des pyréthrines, voir : K. Perrot, Insecticides et vermicides. Le pyrèthre et ses applications Bulletin de la Société d’Encouragement de décembre 1931, p. 709-722).
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- moustiques la possibilité de se reproduire. D’ailleurs, il ne s’agit pas d’éloigner lés moustiques, mais de les tuer.
- Les principes actifs des liquides insecticides du commerce employés en pulvérisation sont généralement dissous dans une essence lourde de pétrole, assez volatile, pour que, en fines gouttelettes, elle s’évapore presque instantanément dans l’air, mais assez peu volatile cependant pour que, en assez grande quantité, elle reste liquide pendant plusieurs jours. Dans ce dernier cas, le liquide insecticide peut provoquer des taches sur les vêtements.
- Voici, d’après MM. Howard et Bishopp {Farmer s'Bulletin n° 1570 du United States Department of Agricultare), les meilleurs moyens d’éviter la piqûre des moustiques.
- L’essence de citronnelle est le meilleur des produits capables d’empêcher les moustiques de piquer. Malheureusement, son odeur incommode certaines personnes. La meilleure formule pour son emploi, indiquée par M. Nash, de New York, et vérifiée, est la suivante, donnée en poids : essence de citronnelle, 2; — huile de camphre, 2, — huile de cèdre : 1.
- On verse quelques gouttes de ce mélange sur une serviette et on s’en frotte la face et les mains avant de se coucher, ou bien on suspend cette serviette au-dessus de la tête du lit. Le moyen est insuffisant si la nuit est un peu longue, surtout s’il s’agit de certains moustiques qui ne commencent à piquer qu’au point du jour; il faut alors faire deux applications, au commencement et un peu avant la fin de la nuit. L’évaporation de l’essence de citronnelle est retardée si on la mélange à quatre fois son poids de pétrole lampant ou de lanoline.
- N’importe quelle fumée un peu dense éloigne tous les moustiques, mais alors, presque toujours, elle incommode aussi le dormeur. La poudre de sommités florales de pyrèthre est celle qui convient le mieux à la production de ces fumées. Les principes actifs du pyrèthre, les pyréthrines, disparaissent assez rapidement de la poudre quand elle n’est pas conservée à l’abri de l’air en récipients parfaitement clos; mais une poudre un peu éventée peut encore servir utilement cà la production de fumées insectifuges sinon insecticides. On en fait un petit tas dont on allume le sommet ; il continue à brûler lentement pendant la nuit. On peut aussi humecter la poudre et en mouler de petits cônes qui, après dessiccation, sont allumés comme le tas de poudre, mais brûlent plus régulièrment et avec moins de perte. Des cônes de ce genre sont vendus en Italie. Les moustiques ne sont pas tués par ces fumigations, mais simplement engourdis.
- Ce ne sont pas les pyréthrines qui incommodent le plus le dormeur, ce sont les produits qui les accompagnent dans la fumée; on évite en grande partie ceux-ci en plaçant la poudre ou les cônes sur une fine toile métallique maintenue par un dispositif quelconque au-dessus du verre d’une lampe à pétrole qui, bien entendu, doit brûler toute la nuit, la chambre étant parfaitement close. Il faut brûler 20 g de poudre par mètre cube.
- On peut aussi brûler un mélange de 3 parties en poids de Dalura stramonium (stramoine ou pomme épineuse, famille des Solanées) desséchée et pulvérisée, et de 1 partie de salpêtre, à raison de 9 g du mélange par mètre cube.
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- Ceux qui pratiquent le camping doivent choisir pour dresser leur tente un endroit sec, surélevé, éloigné non seulement des eaux stagnantes mais aussi des groupes d’arbres compacts et importants et des vastes étendues couvertes de hautes herbes; car si les eaux hébergent les larves, la végétation dense abrite les insectes parfaits, et les moustiques, en général, ne voyagent pas à de grandes distances. Une exception notable est celle des moustiques des eaux saumâtres. C'est le cas de la Camargue, où ils sont un véritable fléau.
- Pour détruire les pappataci adultes, on peut recourir aux pulvérisations de liquides à 1 p. 1(10 de crésyl ou de pétrole ou. mieux, aux fumigations reconnues efficaces contre tous les insectes. La nuit, une lumière pas trop vive les attire; aussi, peut-on en prendre un assez grand nombre avec, une lampe-tempête dont le verre a été enduit de vaseline, à laquelle ils restent collés. Pour les éviter, il faut tenir éloignés des habitations les écuries, les étables et les clapiers, où ils se réfugient pendant le jour.
- L’emploi des moustiquaires est pratiquement impossible pendant les fortes chaleurs, car, pour être efficaces, leurs mailles doivent être très petites, et alors, elles empêchent toute circulation d’air. On recommande de s’enduire la peau de pommades odoriférantes ou de placer un sachet de camphre sous l’oreiller ; mais le meilleur moyen d’éloigner les pappataci est de ventiler énergiquement la chambre à coucher, soit naturellement, soit artificiellement, au moyen d’un « panka » ou d’un ventilateur.
- Moyens de calmer Virritation provoquée par la piqûre. — Déposer une gouttelette d’alcali volatil dilué sur le centre de l’enflure, ou y faire légèrement un frottis avec un morceau de bon savon ordinaire humecté d’eau, ou encore employer des pâtes en tubes métalliques qu’on trouve chez les pharmaciens, et qui sont vendues sous des noms divers; elles sont assez chères et plus ou moins efficaces. Si on a été piqué à la main, on peut encore exposer la partie piquée au-dessus du verre d’une lampe à pétrole allumée.
- Destruction des larves. — La destruction des larves est beaucoup plus facile et moins coûteuse que celle de l’insecte parfait, car il suffît d’opérer tous les 8 ou 13 jours, selon les cas; elle est aussi beaucoup plus efficace, car on en détruit un très grand nombre à la fois, et on prépare l’avenir.
- On ne trouve jamais de larves dans les eaux courantes, pas plus que dans les champs d’épandage si cet épandage est bien pratiqué ; seul le « surépandage » est à craindre car, dans ce cas, on déverse, ou dans des champs mal nivelés, ou dans des terres insuffisamment perméables, un volume d’eau d’égout supérieur à celui qu’ils peuvent absorber : il subsiste alors pendant plusieurs jours des flaques d’eau et même de véritables marécages.
- Le problème de la destruction des larves revient tout d’abord à rechercher leurs gîtes : mares, abreuvoirs, marais, étangs, puisards de toute sorte, bassins, réservoirs, citernes, tonneaux d’arrosage, baquets, « canaris » des indigènes en A. O. F., fosses d’aisances et fosses septiques mal closes, gouttières ou chéneaux dénivelés ou engorgés, flaques d’eau sur une terrasse, fossés, ornières, c’est-à-dire toute cavité ou tout récipient, naturel ou artificiel, où l’eau peut séjourner plus d’une semaine; ces gîtes à larves ne sont pas toujours faciles à dépister : une cas-
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- serole, une vieille boîte de conserve, un tesson, de bouteille, où l’eau de pluie a séjourné peuvent suffire; cela explique pourquoi certains dépotoirs sont souvent des gîtes de larves. Les gadoues doivent être ou incinérées ou enfouies.
- On supprimera donc toutes les eaux stagnantes inutiles et évitables ; on videra complètement tous les 8 jours les bassins, réservoirs et tonneaux d’arrosage, et tous les 15 jours les abreuvoirs, qui seront curés; on entretiendra en bon état les gouttières, les chéneaux, les caniveaux et les fossés; on couvrira hermétiquement, au moyen d’une fine toile de laiton (à mailles de 1 mm au plus), les réservoirs d’eau potable et les puits.
- Pour les eaux stagnantes qui ne peuvent être encloses, recouvertes ou évacuées à cause de leur étendue ou pour toute autre raison, on emploiera : les larvicides, qui sont des insecticides, et les asphyxiants, qui sont tous des liquides non volatils, plus légers que l’eau, se répandant en nappe mince à sa surface; ils pénètrent dans les trachées des larves et les empêchent de respirer; elles meurent rapidement asphyxiées.
- Larvicides. — Ce sont :
- — le trioxyméthylène (CH20)3, polymère solide de l’aldéhyde formique ou formol CH20; au contact de l’eau, il se dépolymérise peu à peu en redonnant le formol. Il doit être très pur, sinon il confère à l’eau l’odeur désagréable du formol, et aussi très finement pulvérisé pour pouvoir être absorbé par les larves. On le mélange à un peu d’eau ou, pour les puits, à 50 fois son poids de sable très fin : on introduit le mélange à 0,30 m au moins au-dessous de la surface du liquide, et on agite avec une perche; on s’éloigne, le cas échéant, pour que les larves, qui étaient descendues au fond, remontent à la surface et absorbent en montant les particules de trioxyméthylène. Une heure après le traitement, l’eau peut être bue par l’homme et les animaux : elle n’a plus ni saveur ni odeur. L’action insecticide du formol, comme son action microbicide, est due à ce qu’il « tanne » tous les tissus vivants. La dose est de 10 g de trioxyméthylène par mètre cube d’eau. Le traitement doit être renouvelé tous les 8 jours. D’après le prof. Roubaud, le trioxyméthylène serait surtout efficace contre les anophèles;
- — l’hexachloréthane C2CU. C’est aussi un corps solide, qui se sublime dans l’air à la température ordinaire. Voici son mode d’emploi, récemment proposé par M. Raoul May (Annales de VInstitut Pasteur de septembre 1936); il est basé sur ce que les moustiques adultes sont tués par un séjour de quelques heures dans une atmosphère saturée de vapeur d’hexachloréthane; de même, les larves et les nymphes sont tuées quand l’eau où elles se trouvent est en contact avec une semblable atmosphère; mais, quand l’hexachloréthane est saupoudré sur l’eau, à la surface de laquelle il ne s’étale pas, elles ne sont pas affectées, car elles viennent respirer dans les interstices qui séparent les cristaux flottants.
- Pour créer une atmosphère saturée de vapeur d’hexachloréthane à la surface de l’eau, M. May le mélange à un corps inerte finement broyé, flottant sur l’eau et se répandant facilement à sa surface. C’est le talc qui donne les meilleurs résul-
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- lats. Mais il est pratiquement impossible d’obtenir par simple broyage de l’hexa-chloréthane une poudre impalpable. On y arrive cependant en le dissolvant dans un liquide volatil, le trichloréthylène CHC1 = CCI2 (ce corps et l’hexachloré-thane sont deux sous-produits de la même fabrication); la poudre impalpable obtenue par évaporation du trichloréthylène au cours du broyage est alors intimement mélangée à la moitié de son poids de talc et le mélange est répandu à la surface de l’eau au moyen d’un pulvérisateur ou d’un soufflet. Dans une fabrication industrielle, il conviendrait évidemment de récupérer le solvant.
- L’effet toxique de l’hexachloréthane, employé dans ces conditions, se fait sentir immédiatement : quelle que soit l’espèce, les larves sont presque toutes tuées au bout de deux heures ; il faut une couche un peu plus épaisse pour tuer les nymphes. Un vent fort peut balayer la nappe de poudre : il convient donc d’opérer par temps calme. Pour les surfaces à saupoudrer de l’ordre de 30 m2, la quantité de poudre employée a varié de 4,76 à 5,63 kg par 100 m2 et le temps passé au saupoudrage de 47 à 63 minutes. Les poissons qui mangent les larves et les petits crustacés qui leur servent aussi de nourriture ne sont pas incommodés; les plantes aquatiques de surface non plus.
- — les produits à base de pyréthrines et de roténone; ils sont inofïensifs pour tous les animaux à sang chaud, mais ils ont l’inconvénient de tuer les poissons et les petits crustacés aquatiques dont quelques-uns dévorent les larves ;
- — le vert de Paris, arsénite de cuivre CuHAsCP (ou vert de Scheele, ou vert minéral, ou vert suédois). Il est très efficace, à la fois par son cuivre et par son acide arsénieux ; mais il très vénéneux et il ne peut être employé qu’à bon escient, dans des cas particuliers et par des personnes dûment qualifiées. C’est ainsi qu’il a donné d’excellents résultats en Italie et au Maroc.
- Liquides asphyxiants. — Ce sont ;
- — le pétrole lampant (20 g, soit une cuillerée à soupe, par mètre carré) : toutes les larves sont tuées en moins de 24 heures. Au lieu de pétrole on peut tout aussi bien employer et en mêmes proportions ; une huile moyenne ou lourde de pétrole; le mazout; l’huile de graissage usagée pour automobiles; l’huile moyenne de houille; l’huile de schiste, ordinaire ou mieux phéniquée. Les jardiniers, avec raison, ne veulent pas arroser leur légumes avec l’eau traitée par ces liquides, qui leur confèrent une odeur désagréable; on peut alors employer une huile de table quelconque : d’après le Dr Golombani, l’huile d’olive a donné d’excellents résultats au Maroc.
- On se sert d’un pulvérisateur ou d’un arrosoir et, si la surface à couvrir est grande, on y promène un chiffon imbibé de liquide fixé au bout d’une perche ; on peut encore répandre de la sciure de bois ayant séjourné 24 heures dans le liquide. Le traitement doit être renouvelé tous les 15 jours.
- Les liquides asphyxiants, dit le prof. Roubaud, n’empêchent pas le bon fonctionnement des fosses septiques, qui suppose l’action oxydante de l’air, car la couche mince de liquide asphyxiant est entraînée par la circulation quasi continue
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- du liquide de la fosse; mais il faut renouveler l’opération tous les 8 jours.
- On a fait remarquer que les liquides asphyxiants se répandent souvent assez mal au milieu des broussailles, herbes et algues qui encombrent les bras morts ou les rives de certains cours d’eau, et qu’alors les moustiques femelles s’en écartent pour aller pondre ailleurs. Dans ce cas, le débroussaillement et le faucar-dage des herbes s’imposent, et, permettant à l’eau de circuler, dispensent de l’emploi des liquides asphyxiants.
- Poissons larvivores. — Contrairement à une opinion répandue, tous les poissons ne mangent pas les larves de moustiques ; les seuls à recommander sont :
- — la gambouse, ou gambusie (Gambusia Holbrooki), tout petit poisson extrêmement prolifique, qui a donné d’excellents résultats dans les rizières d’Italie et dans les jardins de la Côte d’Azur; mais il supporte assez mal le climat froid du Nord de la France et de la région parisienne;
- — l’ide mélanote, ou orfe, qui vit en abondance dans la Somme et se reproduit facilement dans l’eau des bassins. C’est surtout avec ce poisson qu’on a peuplé les lacs du Vésinet : il s’y est multiplié abondamment et il a résisté aux froids des derniers hivers (;i).
- — les girardinos, ou millions, efficaces surtout contre les anophèles.
- Bien entendu les liquides asphyxiants ne doivent pas être employés là où il y a des poissons parce qu’ils gênent aussi leur respiration.
- Dans l’Est de la France, on préconise la culture, dans les bassins et les étangs, d’une plante aquatique qui se multiplie facilement, la Char a fœtida : elle tuerait les larves, mais on n’en est pas bien sûr, pas plus que de son action sur les poissons.
- Pour détruire les larves des pappataei, il faut niveler et comprimer, au rouleau ou à la dame, les terres meubles jusqu’à 30 cm des murs des maisons habitées, les bétonner si possible, les goudronner ou les arroser d’huile lourde de pétrole; il faut crépir les murs, en boucher au mortier de ciment les joints et les fissures; il faut démolir complètement les murs en ruines ou en pierres sèches et en porter les décombres au loin.
- ORGANISATION DE LA LUTTE CONTRE LES MOUSTIQUES. ----- La destruction de
- l’insecte parfait est surtout une méthode curative; celle des larves est une méthode préventive, donc bien plus efficace. Par conséquent, c’est à cette dernière qu’il faut donner la préférence ; mais il résulte de ce qui précède qu’on ne peut débarrasser complètement des moustiques un territoire d’une certaine étendue, celui d’une commune ou d’un canton par exemple, que si les moyens reconnus efficaces sont choisis à bon escient, employés partout et en temps voulu : les efforts de quelques individus, disposés à agir, seront pratiquement stériles s’ils sont dispersés. Or, il existe un moyen légal de coordonner les efforts.
- Conformément aux vœux exprimés par le Conseil supérieur d’Hygiène et par la Ligue, la loi du 30 octobre 1933 et un décret rendu par le Ministre de la Santé
- (5) On trouve ces poissons chez plusieurs pisciculteurs parisiens et au Laboratoire d’Entomo-logie médicale du prof. Roubaud, à l’Institut Pasteur de Paris; la gambusie peut être fournie aussi par l’Institut océanographique de Monaco.
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- publique (Règlement sanitaire départemental du 1er avril 1937, Journal officiel du 24 avril 1937), permettent de rendre obligatoires les mesures que nous avons citées. Dans chaque département, le préfet, assisté du directeur des Services d’Hygiène départementale, peut, par un arrêté, imposer ces mesures à telle ou telle commune de son département (6).
- Pour l’application de ces textes, la forme la moins coûteuse et la meilleure, parce qu’elle assure l’unité de direction et le contrôle, consiste à imposer une légère contribution aux habitants de la commune, et à nommer un ou plusieurs gardes sanitaires, expérimentés et assermentés, qui parcourent le territoire, entrent chez les propriétaires récalcitrants ou absents, peuvent dresser procès-verbal portant contravention, indiquent ou prennent eux-mêmes les mesures prescrites ou vérifient qu’elles ont été bien prises. Ces gardes doivent être surtout des éducateurs. Il convient alors que la municipalité fournisse gratuitement aux indigents les ingrédients nécessaires. On évite ainsi de les employer mal à propos, de faire des dépenses inutiles et de mécontenter les contribuables. Ces gardes sanitaires n’ont d’ailleurs à intervenir que de temps en temps et pendant une courte période de l’année.
- Trois communes de la Seine-et-Oise ont nommé un garde sanitaire : Herblay (depuis 1926, la lutte contre les moustiques ne grève le budget communal que de 2 000 francs pour une population de 3 500 habitants), Saint-Cloud et Saint-Germain-en-Laye. Ces communes se sont si bien trouvées de cette organisation que de nombreux habitants ont versé au garde une cotisation volontaire. Malheureusement, surtout dans l’Ile-de-France, si riche en stations estivales, il existe près de certaines agglomérations des territoires étendus appartenant à l’Etat et qui échappent complètement à l’action des maires (forêt de Saint-Germain, parc de Versailles).
- Sous d’autres formes, la lutte a été organisée : dans la Seine, à Pavillon-sous-Bois, Vincennes; — dans la Seine-et-Oise, à Versailles, Carrières-sur-Seine, Croissy-sur-Seine, Maisons-Laffitte, Marnes-la-Coquette, Le Raincy, Sèvres, Sucy-en-Brie, Le Vésinet, Vaucresson; — dans le Bas-Rhin et à Strasbourg (on a agi surtout contre les aèdes); — dans le Rhône, à Lyon (on a agi surtout contre les culex); —dans le Var, à Toulon; — dans les Alpes-Maritimes, à Nice, Grasse, Cannes, et, dans la Charente-Inférieure, à Royan.
- Dans ces communes la lutte est engagée depuis plus ou moins longtemps ; dans quelques-unes, elle a déjà donné d’excellents résultats.
- (6) C’est ainsi que le préfet du Bas-Rhin a pris des arrêtés rendant « les maires responsables de la destruction des moustiques sur les territoires des communes qu’ils administrent » et leur a donné pleins pouvoirs pour poursuivre, conformément aux lois en vigueur, et notamment celles du 5 avril 1884, du 13 février 1902 et du 5 avril 1924, relatives à la santé publique, tous ceux qui ne se conforment pas de bon gré aux mesures prescrites par l’arrêté préfectoral. Les préfets des Alpes-Maritimes et du Rhône ont pris des arrêtés semblables.
- On trouvera le texte, non in extenso mais comparé à l’ancien règlement dit Modèle A, du nouveau Règlement sanitaire départemental dans La technique sanitaire et municipale de juin 1937, p. 130-138. Il vise bien d’autres questions que la lutte contre les moustiques.
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- le moustique stercoraire. — C’est une variété particulièrement agressive du Culex pipiens, qui s’est adapté à la vie larvaire dans les milieux excrémentiels humains.
- C’est le prof. Roubaud qui, le premier, en 1930, a attiré l’attention sur le culex autogène et sur son adaptation biologique aux fosses d’aisances. Le Dr Legendre, qui l’a trouvé en 1931, à La Rochelle, lui a donné le nom de stercoraire. Il le considère comme une création de l’urbanisme moderne. Depuis, sa présence a été signalée dans plusieurs agglomérations : à Rochefort, Le Havre, Lyon, Le Raincy, Pavillon-sous-Rois. Il peut se multiplier dans les maisons pourvues du tout à l’égout au point de les rendre inhabitables pendant presque toute l’année, car il y trouve des conditions éminemment favorables à son existence : une eau pratiquement stagnante et une température constante. Il vit aussi dans les fosses d’aisances ordinaires ou septiques, dans les égouts, les chutes des water-closets, d’où il peut se répandre à l’extérieur si la fermeture des cuvettes est simplement à soupape, et enfin dans le conduit de ventilation par lequel une fosse communique avec l’atmosphère et par lequel il peut entrer et sortir.
- Le Dr Legendre pense qu’on ne peut se débarrasser du moustique stercoraire qu’en le « séquestrant ». Pour cela, il faut que tous les appareils dont le contenu se déverse dans la fosse ou l’égout soient munis d’une garde hydraulique à siphon; tel est le cas pour les urinoirs, la cuvette des cabinets et, le cas échéant, celle des lavabos et des baignoires; dans le cas du tout à l’égout, il faut aussi une garde hydraulique entre l’égout et le conduit collecteur de l’immeuble qui y est branché; de même, entre la fosse septique et le conduit par lequel son effluent se déverse à l’extérieur; enfin, le conduit d’aération de la fosse ou du tuyau de chute doit être recouvert à sa partie supérieure d’une fine toile de laiton ou d’acier inoxydable, et tous les joints des regards des fosses doivent être lu tés hermétiquement par un mortier de plâtre ou de chaux grasse ou peu hydraulique, cela pour qu’il puisse être facilement enlevé, en cas de nécessité.
- C’est l’ensemble de ces précautions que le Dr Legendre appelle la « défense mécanique »; si elle est assurée, dit-il, la défense par les liquides asphyxiants est inutile. Par conséquent, si les moustiques ne disparaissent pas, c’est qu’il existe d’autres gîtes à larves dans le voisinage.
- Cette opinion est aussi celle du Dr Roman, du Rureau municipal d’Hygiène de Lyon, qui assure que le tout à l’égout supprime radicalement les moustiques et qu’il doit remplacer les fosses ordinaires ou septiques partout où cela est possible; en attendant ou en cas d’impossibilité, on doit y verser toutes les semaines, par une cuvette, 5 à 6 litres de mazout ou de pétrole.
- Le Dr Cogné, maire-adjoint du Raincy, est d’un avis opposé car, dans cette ville, le quartier le plus infesté serait celui qui, précisément, possède le tout à l’égout, avec, cependant, toutes les gardes hydrauliques nécessaires; d’après lui, il est beaucoup plus difficile de détruire l’insecte parfait et les larves qui vivent dans les égouts et d’où ils se répandent à l’extérieur, que d’agir sur ceux des fosses ordinaires ou septiques; ce serait donc la condamnation du tout à
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- l’égout. Une observation que nous avons faite permet de concilier ces deux opinions en apparence contradictoires : en cas d’inutilisation prolongée, ce sont les gardes hydrauliques mêmes et le réservoir de chasse qui sont devenus des gîtes à larves pour des moustiques venus du dehors. Ce cas doit être fréquent pour toutes les maisons, les hôtels (les écoles pendant les vacances), et même certaines salles des cliniques et des hôpitaux qui ne sont occupées que pendant une partie de l’année; avant de s’absenter pour plus de 8 jours — cas de ceux, très nombreux maintenant depuis l’institution des congés payés, qui partent en vacances — il convient donc de verser une cuillerée de pétrole dans tous les siphons des appareils dont le contenu est déversé dans une fosse ou à l’égout; de même dans le réservoir de chasse, Cette précaution a été prévue par la Préfecture de la Seine, qui la recommande dans l’affiche qu’elle a fait opposer sur les murs de Paris pour la première fois vers la fin de juin 1937, On trouvera le texte de cette affiche, plus loin, en annexe. Comme on l’a vu, on n’empêche pas ainsi le bon fonctionnement des fosses septiques.
- La destruction certaine et rapide de tous les moustiques est donc possible, facile et peu coûteuse en France, dans une propriété isolée, une agglomération ou une région infestées, mais à condition que la lutte soit organisée, c’est-à-dire collective et contrôlée. Cette destruction organisée s’impose comme une nécessité hygiénique, économique et touristique.
- La fièvre à pappataci. — Les pappataci sont parmi les plus petites des nombreuses espèces de phlébotomes (de 2 à 5 mm de longueur) qui transmettent des maladies propres aux pays tropicaux ou subtropicaux. Tel est, le cas pour les leishmanioses, les unes cutanées, comme le bouton d’Orient, qui est assez dangereux, les autres, viscérales, comme le kala-azar, presque toujours mortel.
- Les pappataci peuvent aussi transmettre une maladie, heureusement bénigne, qui a reçu divers noms, notamment ceux de fièvre des trois jours et de fièvre à phlébotomes noms impropres, d’ailleurs, comme on le verra plus loin — mais qui n’est bien caractérisée que depuis 1909. Aussi, depuis cette époque, l’appelle-t-on partout fièvre à pappataci.
- Ayant 1909, on confondait souvent la fièvre à pappataci avec le début d’un accès de paludisme ou d’une typhoïde, ou encore avec une autre fièvre avec laquelle elle a des points communs, la dengue, dite méditerranéenne, mais qui sévit aussi dans les pays tropicaux et dans d’autres pays subtropicaux que le bassin de la Méditerranée, et qui n’est pas transmise par les pappataci mais par des Stegomya divers.
- La fièvre à pappataci est, elle aussi, particulière aux pays tropicaux et subtropicaux; mais elle se rencontre surtout dans le bassin oriental de la Méditerranée, où elle est nettement saisonnière et où elle apparaît en même temps que les premiers pappataci, c’est-à-dire au printemps; cependant, son aire d’extension est beaucoup
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- moins grande que celle des pappataci ; c’est ainsi qu’en Afrique du Nord, où ces insectes sont fréquents, elle est pratiquement inconnue'7'; en revanche, elle existe en Amérique tropicale, où, cependant, il n’y a pas de pappataci: on admet qu’elle y est transmise par un autre insecte.
- Le pronostic de la fièvre à pappataci est bénin, la mortalité est nulle. Elle guérit presque toujours sans aucun traitement et, si on en applique un, il n’a rien de spécifique. Elle débute brusquement par une forte fièvre, la température s’élevant rapide-dement à 39 ou 40° dans les 48 premières heures, mais dépassant rarement 41°; le maximum est atteint le second jour dans 63 p. 100 des cas; puis, la baisse est rapide et, généralement, la fièvre a cessé dès le quatrième jour, d’où le nom de fièvre des trois jours qui avait été donné à la maladie, bien qu’exceptionnellement elle puisse durer jusqu’à neuf jours. Gomme pour la dengue, la convalescence dure au moins deux semaines, pendant lesquelles on observe une dépression physique et psychique. De même, comme pour la dengue, l’immunité, assez inconstante, est mal éclaircie : au cours d’un même été, elle parait acquise après une première attaque pour 90 p, 100 des malades. Les nouveaux venus dans le pays infecté sont beaucoup plus frappés que les autochtones, qui sont généralement indemnes, sans doute parce qu’ils ont été immunisés par une première attaque pendant leur enfance.
- Pendant les deux ou trois premiers jours de la maladie, on observe de la prostration, de la céphalée et des douleurs musculaires, mais celles-ci moins vives que dans la dengue; à l'inverse de la dengue, il n’y a aucune éruption et le pouls reste régulier, peu accéléré et sans aucun rapport avec la grande intensité de la fièvre. On observe quelquefois des troubles de l’appareil digestif, que l’on peut combattre par le sulfate de magnésie. La quinine est sans effet et contre-indiquée : on doit employer l’aspirine, le pyramidon ou leurs succédanés, ou encore l’opium et alors dès le début. On peut recourir au salicylate de soude pour calmer les douleurs musculaires et, d’une façon générale, aux diurétiques, puis, pendant la convalescence, aux toniques, La médication doit être très modérée, la maladie guérissant sans aucun traitement.
- L’agent pathogène de la fièvre à pappataci est encore inconnu: c’est très probablement un virus filtrant. Les insectes adultes ne vivant que pendant une période assez courte en pays méditerranéen, et, s’ils sont infectés, ne pouvant transmettre la fièvre que s’ils ont pris tin repas de sang, on admet que le virus se conserve d’une année à l’année suivante par les larves qui, en hiver, mangeraient, comme c’est fréquent chez les insectes, les déjections ou les cadavres des adultes infectés de la génération précédente.
- La fièvre à pappataci existe à Malte, où elle paraît avoir été importée d’Orient ; elle y frappe surtout les soldats anglais nouvellement arrivés de la métropole et en stationnement dans file avant leur départ pour l’Orient ou l’Extrême-Orient. En employant les moyens indiqués plus haut pour détruire les gîtes à larves et pour éloigner les insectes adultes, on a réduit la morbidité de 50 p. 100,
- (7) Nous avons observé les pappalaci dans le pays des Gardons, sur le versant méridional des basses Cévennes. Jusqu’à présent, ils n’y sont que gênants.
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- ANNEXE I.
- — AFFICHE APPOSÉE PAR LA PRÉFECTURE DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE.
- Destruction des moustiques.
- Avis.
- La présence des moustiques, signalée chaque été dans divers quartiers, outre l’incommodité qu’elle présente, risque de constituer un danger pour la santé publique en facilitant la propagation des maladies contagieuses.
- Ce danger peut être combattu au moyen de quelques précautions très simples que l’Administration recommande à la population et qui ne peuvent être prises que par elle.
- Les moustiques pondent et éclosent dans les eaux stagnantes. Les bassins de jardins, les tonneaux contenant l’eau destinée aux arrosages, les fosses d’aisances, les réservoirs de toute nature, les siphons des appareils d’évacuation d’eaux usées, les puits inutilisés et même les simples vases abandonnés, soit dans les jardins, soit sur les balcons, soit dans les logements, peuvent constituer des gîtes d’éclosion.
- Dès l’arrivée des chaleurs, il convient donc de prendre les mesures suivantes :
- 1° Vider, tous les huit jours au moins, les bassins existant dans les jardins, les tonneaux contenant de l’eau employée aux arrosages et les réservoirs de toute nature. S’il est impossible d’assurer cette vidange périodique, verser, chaque mois au moins, dans ces bassins ou tonneaux, une certaine quantité de pétrole, à raison d'une cuillerée à soupe par mètre carré de surface;
- 2° Verser dans les fosses d’aisances un litre de pétrole ou d’huile de schiste, additionné d’un litre d’eau, au moins une fois par mois, du 15 juin au 15 novembre ;
- 3° Nettoyer les gouttières, chéneaux, etc. fréquemment et les entretenir constamment de manière à y empêcher toute stagnation d’eau;
- 4° Verser dans les puits inutilisés, qui existent encore en assez grand nombre dans certains immeubles, quelques cuillerées de pétrole;
- Enfin, les personnes qui abandonnent leurs logements pendant l’été sont instamment invitées à prendre, avant leur départ, les précautions ci-après :
- a) S’assurer qu’aucun vase ou débris de vase, boite à conserve hors de service ou tout autre récipient quelconque contenant de l’eau ou susceptible de se remplir d’eau accidentellement, n’est abandonné, soit sur les balcons, soit dans les cours ou jardins, soit dans une partie quelconque de Vappariement ;
- b) Verser, avant de partir, dans les réservoirs de chasse et les siphons des W. C., dans les siphons des éviers de cuisine, les siphons d'évacuation des baignoires., en un mot, dans toutes les entrées d’eaux usées de l’appartement, une petite quantité de pétrole ; une cuillerée à soupe dans les rés°rvoirs de chasse et une cuillerée à café dans les siphons.
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- ANNEXE II. — AFFICHE ÉDITÉE PAH LA LIGUE CONTRE LES MOUSTIQUES.
- Commune de..................
- Lutte contre les moustiques.
- Vous qui vous plaignez d’être victimes des moustiques apprenez à connaître leurs mœurs pour pouvoir détruire vous-mêmes ces insectes.
- 1° Les moustiques ne pondent que dans l’eau stagnante.
- 2° Les moustiques pondent de préférence dans les récipients tels que tonneaux, baquets, réservoirs.
- 3° Les larves de moustiques gîtent dans les gouttières engorgées et dans les chéneaux dénivelés.
- Supprimez toute cause de stagnation d’eau (eaux ménagères, flaques d’eau, vieilles boîtes de conserves, etc.j.
- Couvrez hermétiquement tous vos réservoirs d’eau. Videz et renouvelez, au moins tous les huit jours, l’eau des petits bassins, réservoirs, etc.
- Versez-y du pétrole (20 grammes par mètre carré de surface) si 1 eau n’est pas destinée à l’alimentation. Dans le cas contraire, remplacez le pétrole par 1a. paraffine liquide ou par certains produits à base de pyrèthre ou de trioxyméthylène que vous trouverez dans le commerce.
- Dégorgez gouttières et chéneaux.
- 4° Les moustiques recherchent particulièrement, pour y déposer leurs œufs, les fosses d’aisances.
- 5° Les moustiques adultes se réfugient l’hiver dans les caves et dans les sous-sols.
- (3° Certains poissons, tels Vide mélanote, le gambusia, mangent les larves de moustiques.
- Avec un peu de bonne volonté, aucun gîte de larves ne doit être ignoré; aucun moustique ne doit en éclore.
- Détruire les moustiques en s’attaquant principalement à leurs larves, c’est éliminer les dangers de nombreuses maladies; c’est assurer votre tranquillité; c’est rendre la vie plus agréable dans notre jolie commune.
- Faites donc la guerre aux moustiques, mais faites-la de façon rationnelle, si vous voulez obtenir des résultats pratiques.
- La Ligue contre les Moustiques, dont le siège social est à la mairie d’Herblay (Seine-et-Oise), se fait un plaisir de donner à ses adhérents tous les renseignements complémentaires dont ils peuvent avoir besoin.
- Recouvrez les tuyaux d’évent d’un appareil en zinc ou en poterie recouvert d’un grillage lin en cuivre, non oxydable. Tous les dix jours, très régulièrement, déversez 5 à 6 litres d'huile de bouille dans ces fosses par les sièges des W.-C.
- Pendant l’hiver, faites brûler dans vos caves, après avoir calfeutré les ouvertures, du soufre ou du crésyl. Les vapeurs de ces produits asphyxieront les moustiques, qui, le printemps venu, iraient, pondre leurs œufs dans le voisinage de votre maison.
- Mettez-en dans vos pièces d’eau.
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- BULL. DE LA SOC. ü’eNCOUR. POUR u’iNDUST. NATION. — JUILL.-AOUT. 1937 (p. 390).
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ
- CONSEIL D’ADMINISTRATION
- SÉANCE PUBLIQUE Dtl 22 MAI 1937 Présidence de M. M. LacoiN, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- M. LacoîN, président. — J’ai le très vif regret de vous annoncer la mort de M. Gabriel Chësneau, survenue le 29 avril.
- Né en janvier 1839, sorti de l’École polytechnique (promotion 1877) avec le n° 3, et de l’École nationale supérieure des Mines avec le n° 1, Gabriel Chesneàü, dès son passage par ces écoles, s’est adonné à la chimie et s’est fait remarquer par des travaux de laboratoire.
- Toute sa vie, il s’est occupé de chimie analytique, science à laquelle il a fait faire de très grands progrès, soit en perfectionnant les méthodes d’analysê existantes, soit èn en imaginant de nouvelles quand elles n’étaient pas perfectibles. Ses analyses fermaient à 100 p. 100 d’une façon rigoureuse ou à des différences infimes près, et il n’était pas satisfait tant qu’une méthode ne lui donnait pas ce résultat.
- Après avoir débuté comme Ingénieur ordinaire des Mines à Valenciennes et à Arras, il fut chargé en 1888, soit six ans après sa sortie de l’École des Mines, du cours de chimie générale dans l’enseignement préparatoire de cette école, en remplacement d’Henry Le Chatelier, qui devenait professeur aux cours spéciaux. En 1901, il passa à son tour aux cours spéciaux comme professeur d’analyse chimique minérale, pendant que Le Chatelier inaugurait la chaire de chimie industrielle, Ghesneau devenait en même temps directeur des laboratoires et du Bureau d’essais des Substances minérales.
- Esprit d’une rare précision, travailleur éminemment méthodique et hautement consciencieux, Ghesneau a rendu des services signalés, non seulement en chimie analytique, mais aussi dans l’étude des questions concernant le grisou, les substances explosives et l’exploitation technique des chemins de fer. Il s’est distingué notamment comme secrétaire et,
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 22 MAI 1937. 39i
- plus tard, comme président de la Commission du Grisou. Il créa en 1892 un nouvel indicateur de grisou, connu sous le nom de lampe Chesneau, qui a marqué une étape importante dans les progrès de la grisoumétriè. Lors de l’Exposition universelle de 1900, il reçut un grand prix à titre d’exposant dans le groupe XI, classe 63 (Exploitation des mines).
- Il fut nommé en 1910 sous-directeur de l’Ecole nationale supérieure des Mines, puis le 1er janvier 1918, il en devint directeur. Il a exercé cette haute fonction pendant onze ans, jusqu’à sa retraite qu’il prit en 1929, avec le titre de directeur honoraire.
- Il était commandeur de la Légion d’honneur.
- Comme directeur de l’Ecole des Mines, Chesneau a eu à remplir une tâche particulièrement difficile, car, après la guerre, il lui fallut organiser l’enseignement sans en sacrifier rien d’essentiel et en tenant compte de ce qu’un grand nombre d’élèves, mobilisés, avaient eu leurs études arrêtées par la guerre.
- Outre les importants résultats d’une direction vigilante et avisée, il a laissé derrière lui une création qui est un véritable bienfait pour l’Ecole, celle de la Maison des Mines, située rue Saint-Jacques, où lés élèves de l’Ecole des Mines, auxquels peuvent s’adjoindre ceux d’autres écoles ana* logues (Ponts et Chaussées, etc.) trouvent à bon compte le logement, la nourriture et l’atmosphère morale d’une maison de famille.
- M. Chesneau est entré au Conseil de notre Société en 1917. Il faisait partie du Comité des Arts chimiques, aux séances duquel il assistait assidûment. Il a mis au service de notre Société la grande expérience et la haute autorité qu’il s’était acquises au cours de sa carrière, spécialement dans l’étude des réactions chimiques susceptibles d’applications en métallurgie, dans l’analyse et dans le traitement des minerais et des métaux. Dans cette spécialité, il s’est révélé le digne continuateur de son maître Henry Le Chatelier. Ses interventions se recommandaient toujours par leur caractère judicieux et leur précision. Nous lui devons plusieurs mémoires, des analyses d’ouvrages techniques et de nombreux rapports qu’on trouvera dans notre Bulletin.
- Nous conserverons de Gabriel Chesneau le souvenir d’un collègue extrêmement précieux par ses nombreuses et profondes connaissances et avec qui chacun de nous entretenait les relations les plus cordiales.
- Nous adressons à la famille de notre regretté collègue nos très vives condoléances.
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- M. Lacoin, président. — J’ai le plaisir de vous annoncer que notre collègue du Comité de Commerce, M. Auguste Chevalier, a été élu membre de l’Académie des Sciences le 10 mai. Je crois devoir vous rappeler que M. A. Chevalier, depuis longtemps professeur au Muséum et directeur de son laboratoire d’agronomie coloniale, s’est signalé par ses nombreuses missions dans nos colonies, dont il a fait connaître les ressources végétales, notamment en ce qui concerne les bois de service. Nous adressons nos chaleureuses félicitations à M. Auguste Chevalier.
- MM. II. Seiivonnet et P. Rolley, secrétaires généraux, présentent et analysent des ouvrages entrés récemment dans la Bibliothèque.
- M. S ervonnet présente les ouvrages suivants :
- Bureau Veritas. — Conditions techniques du Bureau Veritas pour le matériel non destiné aux constructions navales. IV, 1986. Paris, 31, rue Henri-Rochefort (17e). (Don de M. L. Guillet, membre du Conseil d’Admi-nistration) ;
- Comité français des Expositions et Comité national des Expositions coloniales (réunis par décret du 10 juin 1925). — Cinquantenaire, 1885-1985 ;
- Sc Congrès de la Technique du Bureau, tenu à Paris du SS au Si mai 1986. Compte rendu des travaux. Paris, Delmas, 7, rue de Madrid (8e), 1937;
- Thermodynamique et métallurgie par L. Grenet. Paris, Librairie Ch. Réranger, 15, rue des Saints-Pères (6e), 1937;
- Etude théorique de la marche d'un train. Bésolution graphique du cas de la traction avec moteurs à vitesse constante à l'aide d'un nomogramme à points alignés, par Pii. Tongas (ex Bevue générale de VElectricité, 23 janvier 1937). Paris, Revue générale de l’Electricité, 12, place de Laborde (8e), 1937. (Don de l’auteur);
- Un exempte d'organisation d une entreprise d'installations électriques, par J. Laval (ex Bulletin technique « Informations CE M », édité parla Cle Electro-Mécanique, 12, rue Portalis, Paris (8e). Paris, Delmas, 7, rue de Madrid (8e);
- Hommage à Madame et Monsieur Joliot-Curie, Prix Nobel de Chimie 1985. Paris, Association des anciens Elèves de l’Ecole de Physique et de Chimie de la V ille de Paris, 10, rue Vauquelin (5e);
- Société française des Electriciens. — Bemise de ta médaille Mascurt
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- à M. le Professeur Arthur-Edwin Kemielly (Supplément au Bulletin de la Société française des Électriciens, n° 76, 5e série, tome VII). Paris, Société française des Electriciens, 14, avenue Pierre-Larousse, Malakofî (Seine), 1936;
- Note sur une explosion de chaudière de locomotive, par M. Ciian (ex Revue générale des Chemins de fer, février 1937). Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1937. (Don de la Clc des Chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, membre de la Société);
- La distribution de Vénergie. Conférence du 16 mars 1937 au Centre polytechnicien d’Etudes économiques, par A. Antoine. Paris, lmp. Burlet, 30, rue Saint-Merri (4e);
- Le rôle et la part du charbon pulvérisé dans les chauffages industriels actuels, par Emilio Damour (Chimie et Industrie, février 1937). Paris, 28, rue Saint-Dominique (7e). (Don de l’auteur, membre du Conseil d’Administration) ;
- Étude sur la rationalisation économique. Questions générales d'organisation des activités productives, par Christo Casacof. Paris, Imprimerie « Labor », 8, boulevard de Vaugirard (15e), 1934. (Don de l’auteur);
- Cours de chimie industrielle, par G. Dupont. Tome IV : Industries organiques. Paris, Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins (6e), 1937.
- M. Rolley, présente les ouvrages suivants :
- Le terreau de gadoues. Gadoues fermentées en cellules closes. Composition, propriété, utilisation, par Eugène Rousseaux. Paris, Editions Berger-Levrault, 5, rue Auguste-Comte (6e), 1936. (Don de l’auteur);
- Une méthode pratique pour fixer la composition des béions, par R. Feret (ex Génie civil, 14 novembre 1936). Paris, Publications du journal « Le Génie civil », 5, rue Jules-Lefebvre (9e), 1936. (Don de l’auteur, membre du Conseil d’Administration) ;
- Relation entre les résistances à la traction et à la compression des mortiers et bétons, par R. Feret (ex Revue des Matériaux de Construction, mars à novembre 1936). Paris, Revue des Matériaux de Construction et de Travaux publics, 148, boulevard Magenta (10e), 1936. (Don de l’auteur, membre du Conseil d’Administration);
- Guide pratique pour la défense sanitaire des végétaux. Maladies principales des plantes cultivées. Leur description, leurs causes, leurs traitements. Paris, Publications de la Ligue nationale de Lutte contre les Ennemis des 136e Année. — Juillet-Août 1937.
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- Cultures, Maison de l’Agriculture, 129, boulevard Saint-Germain (6a ),1937;
- Pierre Viala : Le savant, par Emmanuel Leclainche ; L'agronome, par Henri Hitier; Le maître, ses disciples et ses collaborateurs, par Paul Mar-sais; Le fonctionnaire; l'ami, par Louis Tardy [Revue de viticulture, 20 février 1936. Paris, 35, boulevard Saint-Michel, 5e).
- M. Lacoin, président, s’adressant à M. Gignoux, prononce les paroles qui suivent :
- Monsieur le Président,
- Il est inutile que je vous présente à nos collègues ; il est pourtant légitime que je vous dise le plaisir que nous avons à voir parmi nous aujourd’hui le Président de la Confédération générale du Patronat français, et à entendre de sa bouche un exposé de l’organisation patronale en France.
- La Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, depuis près de 150 ans, s’est donné comme unique but de promouvoir tous les efforts faits pour développer l’industrie française. Les circonstances actuelles l’ont décidée, à consacrer les conférences de ce trimestre aux questions générales qui dominent la situation économique.
- Nous avons eu récemment une conférence de M. Blondel, président de la Société géologique de France et secrétaire général du Comité d’Études minières pour la France d’outre-mer, sur la répartition des matières premières dans le monde. Vous allez nous parler de l’organisation patronale en France. Le 26 mars, M. Waline, secrétaire général adjoint de l’Union des Industries métallurgiques et minières, nous exposera l’organisation patronale à l’étranger. Enfin, M. Arnaud, directeur des Etudes économiques de la Confédération générale du Patronat français, nous entretiendra le 5 juin des répercussions des hausses de salaires et des réductions des heures de travail sur la situation des industries et sur l’exportation.
- Nous pensons ainsi rendre service à tous nos collègues et à tous ceux qui lisent notre Bulletin et, en même temps, appuyer l’action de ceux qui, comme vous, consacrent toute leur activité à organiser et à coordonner les efforts des industriels, les aident à faire face aux circonstances nouvelles, et font comprendre, à la masse des Français, les dangers actuels et la nécessité de la discipline et de l’union. Notre Bulletin fera du reste retentir votre voix dans tous les centres économiques de l’étranger où il est universellement suivi et apprécié.
- Nous sommes très sensibles à l’amabilité avec laquelle vous avez bien voulu venir vous-même nous exposer l’organisation que le patronat français vous a chargé de mettre au point en complétant avec des ressources nouvelles les institutions anciennes, en utilisant les très remarquables organisations qui existent dans certains domaines, en créant tout dans d’autres, et cela, dans les circonstances les plus difficiles.
- Nous ne nous dissimulons pas d’ailleurs que la tâche que vous avez assumée
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- est infiniment lourde. Tous ceux qui ont eu à réorganiser les rouages d’affaires importantes savent combien ce travail est complexe et délicat. Difficultés budgétaires, difficultés des hommes qui ont été habitués à l’indépendance totale et se plient difficilement à une discipline d’entente; variété des différentes branches de l’activité et des diverses catégories d’entreprises grandes et petites, dont les intérêts et les habitudes ne sont pas toujours concordants; coexistence d’organismes syndicaux anciens qui ne répondent à aucun plan d’ensemble et sur lesquels il faut s’appuyer provisoirement en attendant mieux, comme l’a fait Mussolini pendant huit ans ; nécessité de créer dans toutes les régions de la France entre les industries locales un esprit d’entente et une communauté de doctrines sociales et économiques ; enfin, résistance aux attaques extérieures; illusions d’une opinion publique mal renseignée et carence gouvernementale; à tout cela nous avons à faire face.
- Qui pourtant a été mieux préparé que vous à accepter cette énorme tâche? Parmi tous vos nombreux titres, permettez-moi d’en citer quelques-uns, les plus caractéristiques :
- Agrégé et chargé des cours d’économie politique à la Faculté de Droit de Nancy, vous avez depuis longtemps réfléchi à tous les problèmes théoriques que pose la situation patronale actuelle. Secrétaire de la Commission économique de la Conférence de la Paix et ensuite délégué au Comité économique de la Société des Nations, vous avez pu voir de près tous les intérêts économiques qui s’affrontent sur le marché mondial ; secrétaire général de la Conférence économique de la France métropolitaine et d’outre-mer ; conseiller technique de la Présidence du Conseil; sous-secrétaire d’État à l’Économie nationale, vous avez pu scruter toute la complexité de la vie économique française, et vous exercer à rassembler les forces divergentes. Enfin, comme rédacteur en chef, puis directeur de La journée industrielle, comme président de la Fédération des Industriels et Commerçants français, vous avez eu l’occasion d’agir sur la masse de tous les participants à l’industrie française et avez dû à plusieurs reprises assumer des responsabilités, qui, toutes, vous préparaient encore davantage au poste suprême de président de la Confédération générale du Patronat français.
- Toute votre vie vous conduisait donc à cette lourde tâche. Tous ceux qui, dans vos nouvelles fonctions, vous ont approché, ont admiré la liberté et la netteté d’esprit, la cordialité avec laquelle vous avez abordé cet immense travail. Toute l’industrie doit donc vous faire confiance, et nous serons heureux ici, si la conférence d’aujourd’hui peut y contribuer, et apporter à votre effort l’appui d’une société dont l’influence, depuis le début du siècle dernier, a été toujours importante, et parfois prépondérante dans le développement de l’industrie française.
- M. C.-J. Gignoux, président de la Confédération générale du Patronat français, fait une communication sur L'organisation du patronat français{i).
- (1) Voir à la page 331 du présent Bulletin, le texte de cette communication.
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- M. Lacoin, président. — La magnifique conférence de M. Gignoux ne souffre ni discussion, ni commentaires. Je me bornerai donc à le remercier d’avoir bien voulu répondre à notre appel. Notre meilleur remerciement consistera d’ailleurs à appuyer dans les sphères industrielles les principes qu’il nous a exposés, en souhaitant que l’organisation patronale se confirme, se développe et intensifie son action, dirigée vers plus de paix et de justice sociales, et créatrice de progrès économique et commercial.
- La séance est levée à 18 h.
- SÉANCE PUBLKJUE DU 26 MAI 1937 Présidence de M. M. Lacoin. président.
- La séance est ouverte à 21 h.
- M. Lacoin, président. — Nous allons avoir, ce soir, le plaisir d’entendre M. Pierre Waline. Je n’ai guère besoin de vous présenter notre conférencier : la plupart d’entre vous ont lu fréquemment les articles si intéressants qu’il donne dans La journée industrielle. M. Pierre Waline est certainement, à mon avis, et de l’avis de beaucoup de gens qui sont ici ou dans l’industrie, la personne la plus compétente, peut-être la seule compétente en France sur le sujet qu’il va traiter pour nous aujourd’hui : l’organisation patronale à l’étranger.
- Ce sujet, nouveau pour beaucoup d’entre nous, ne l’est pas pour lui, parce qu’il l’a étudié depuis plusieurs années déjà; il a eu l’occasion notamment de publier, il y a 3 ou 6 ans, sur cette même question — qui a fortement évolué depuis — un numéro spécial de L'Europe nouvelle. Fn outre, M. Waline, qui est secrétaire général adjoint de l’Union des Industries métallurgiques et minières, a eu très fréquemment, je dirai presque en permanence, à siéger à Genève à coté des représentants du patronat français et, par conséquent, a pu entrer en relations avec des représentants du patronat de tous les pays et collaborer avec eux. Il connaît leurs règlements, leur organisation, leur tour d’esprit et leur tempérament; par conséquent, nul n’est plus qualifié pour nous exposer ce sujet; c’est pourquoi je le remercie d’être venu et je lui donne la parole.
- M. P ierre \YLyline, secrétaire général adjoint de l’Union des Industries métallurgiques et minières, fait une communication sur L'organisation patronale à l'étranger
- 1) Voir le texte de cette communication à la page 311 du présent Bulletin.
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- M. Lacoin, président. — Je ne crois pas qu’il y ait grand’chose à ajouter à l’exposé, si détaillé et si clair, que M. Waline vient de nous faire sur l’organisation du patronat à l’étranger. Cependant, je serais heureux si quelqu’un pouvait poser quelques questions à M. Waline ou faire quelques remarques sur ce qu’il nous a dit.
- \I. P. Parent, vice-président du Comité centrai des Houillères de France. — Je crois qu’il n’y a pas lieu de poser des questions à M. Waline : on ne peut que le féliciter de la présentation si vivante et si complète qu’il vient de faire, non seulement de l’état actuel des organisations patronales dans les pays étrangers et de leur représentation aux Conférences internationales du Travail de Genève, mais aussi de l’évolution de ces organisations avant et après la guerre. Mais, puisque M. le Président nous invite à faire des remarques, je crois utile de bien préciser qu’en fait, il n’existe pas d’organisation internationale du patronat, comparable, même de loin, à celle qui a été réalisée par les ouvriers.
- L’organisation patronale résulte surtout de l’application du statut du Bureau international du Travail de la Société des Nations qui comporte, pour chaque pays, la constitution, au sein des conférences, d’un groupe patronal et d’un groupe ouvrier, avec, pour chacun de ces groupes, un président et un bureau, faisant des propositions en vue du fonctionnement de la Conférence. Il découle des prises de positions du groupe patronal vis-à-vis des thèses présentées à Genève au nom du groupe ouvrier, des oppositions qui ne facilitent guère les solutions pratiques.
- Le troisième élément, majoritaire, des conférences se compose des délégués gouvernementaux. En règle générale, ce sont des représentants des Ministères du Travail qui, naturellement, sont surtout intéressés par l’aspect de politique sociale.
- Il convient de remarquer que toutes les propositions faites par les groupes ouvriers sont inspirées uniquement de préoccupations d'ordre social, et que les conséquences économiques qui peuvent résulter de ces propositions ne sont guère envisagées.
- En réalité, les questions traitées sont beaucoup plus complexes, le facteur social ne pouvant, pas plus à Genève qu’ailleurs, être disjoint du facteur économique et d’autres facteurs qui interviennent souverainement pour déterminer les possibilités sociales.
- On voit que les Conférences internationales du Travail, telles qu’elles
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- sont organisées, ont un fonctionnement très difficile. M. Waline le sait bien et s’il n’y a pas insisté peut-être suffisamment, c’est que la question ne rentrait pas dans le cadre de son exposé. Je tiens néanmoins à le remercier publiquement de la façon brillante dont il s’est acquitté d’une tâche extrêmement ingrate.
- M. Lacoin, président. — Je remercie très chaleureusement M. Waline de sa lumineuse conférence et M. Parent des compléments si intéressants qu’il y a apportés.
- L’exemple de la diversité des organisations patronales étrangères et des difficultés qn’elles ont eu à surmonter sera extrêmement utile pour inspirer tous ceux qui ont à collaborer au perfectionnement de notre organisation et pour faire prendre patience à ceux qui s’étonnent de voir que ce perfectionnement ne se réalise pas instantanément.
- La séance est levée à 22 h. 20 m.
- SÉANCE PUBLIQUE DU 5 JUIN 1937 Présidence de M. M. Lacoin, président.
- La séance est ouverte à 17 h.
- M. Lacoin, président. -— M. Arnaud va nous exposer les conséquences des récentes hausses de salaires et des récentes modifications dans les conditions du travail sur la situation de l’industrie française.
- Personne n’est mieux qualifié que lui pour nous exposer ce sujet. Ancien élève de l’Ecole normale supérieure (lettres) et agrégé d’histoire, M. Arnaud a été secrétaire général de la Cour d’Arbitrage à la Chambre de Commerce internationale de 1920 à 1933. Il est encore secrétaire général, dans cet organisme, du Comité national français, et il est en même temps, depuis 1933, directeur des Etudes économiques à la Confédération générale de la Production française, puis à la Confédération générale du Patronat français. Il est donc au point central où confluent les renseignements de toutes les industries. La question qu’il va nous traiter est d’une extrême importance pour l’avenir de l’industrie. Je suis persuadé que les renseignements qu’il va nous apporter nous seront du plus grand intérêt.
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- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES.
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- M. René Arnaud, directeur des Études économiques de la Confédération générale du Patronat français, fait une communication sur Vinfluence des hausses de salaires récentes sur les prix de revient et sur les conditions éco nomiq ues généra les.
- MM. Duchemin et Lacoin prennent part à la discussion(1).
- La séance est levée à 18 h. 45 m.
- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
- Création d’un enseignement de la photogrammétrie au Conservatoire national des Arts et Métiers.
- Le Bulletin de la Société d'Encouragement a publié, en octobre 1931, p. 587, un mémoire du général G. Perrier sur L’évolution de la photogrammétrie depuis Laussedat jusqu à l'époque actuelle. Étant donné le champ d’action d’une étonnante étendue qui s’offre à la photogrammétrie, et plus particulièrement à la photogrammétrie aérienne, non seulement dans la métropole, pour la révision de son cadastre, mais dans les colonies, protectorats et pays sous mandat; étant donné, d’autre part, le manque d’ingénieurs compétents pour ces travaux, le général Perrier préconise l’ouverture de cours dans un grand établissement scientifique ou technique, et notamment au Conservatoire des Arts et Métiers.
- Cette indication vient d’être suivie d’effet : un décret du 13 mai 1937 a créé une chaire de photogrammétrie au Conservatoire et M. H. Roussilhe en a été nommé titulaire. M. Roussilhe avait fait le 19 juin 1931, au Conservatoire, une conférence sur Le redressement et la restitution des photographies aériennes dont on trouvera le texte, accompagné de 20 figures, dans le Bulletin de décembre 1931, p. 734-754.
- ed. sauvage.
- La France d’outre-mer.
- La politique de l’eau appliquée à l’Algérie dans ces dernières années s’est traduite par la construction de nouveaux barrages-réservoirs, la transformation de plusieurs de ces anciens ouvrages en vue d’une meilleure utilisation, et la mise en culture irriguée de surfaces importantes qui, jusqu’à présent, avaient été cultivées « à sec » [dry farming des Américains). La question se pose maintenant de tirer le meilleur parti de cette eau, qui revient cher en raison des milliards
- (1) Voir le texte de cette communication et le compte rendu de la discussion qui l’a suivie à la page 357 du présent Bulletin.
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- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES.
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- dépensés pour se la procurer. Dans le Bulletin de la Société des Agriculteurs d'Algérie n° 496, de 1937 (Les incertitudes de l’arrosage dit rationnel et la valeur des méthodes empiriques), M. A. Bastet, professeur de génie rural à l’Institut agricole d’Algérie, et chargé d’y enseigner l’irrigation, montre que le problème est difficile et ne peut cire résolu qu’en faisant appel à la pratique des maraîchers; elle est empirique, mais une expérience plusieurs fois séculaire, et même millénaire, prouve qu’elle donne de bien meilleurs résultats que les méthodes nouvelles, dites rationnelles, fondées sur la mesure des besoins en eau des plantes cultivées et de la porosité de la couche du sol où elles poussent leurs racines.
- Les procédés d’irrigation qu’emploient certains viticulteurs, arboriculteurs ou herbagers algériens sont beaucoup plus empiriques que ceux des maraîchers et ne doivent pas être retenus. Le maraîcher paye son eau très cher, il en use largement mais sans gaspillage, et cela, parce qu’il connaît parfaitement sa terre et ses plantes, prépare topographiquement son sol ; il arrose vite, bien et en temps voulu, sans trop se rendre compte des raisons pour lesquelles il agit, mais sans jamais se tromper : il a le sens de l’arrosage. « On s’instruit beaucoup plus en l’observant qu’en travaillant en bibliothèque. »
- M. Bastet pense que, sur les nouveaux terrains à irriguer, on devrait inviter quelques maraîchers à s’y installer : il y joueraient le rôle d’éducateurs pour leurs voisins, et, auprès d’eux, on pourrrait organiser méthodiquement des expériences, des mesures et des démonstrations de longue haleine, qui permettraient sans doute de dégager, sinon les lois, du moins des règles pour l’irrigation. Gela suppose un travail en équipes dont il convient d’établir le plan sans tarder.
- * *
- Sous le titre Le théâtre indigène et la culture franco-africaine, L'éducation africaine (Bulletin de VEnseignement de l’Afrique occidentale française) a publié à Dakar (1937) un numéro spécial consacré à une initiative curieuse dont les résultats ont pu être appréciés par les Parisiens, grâce à des représentations données à la Comédie des Champs-Elysées les 12 et 17 août.
- Il s’agit de drames, de comédies, de chœurs, donnés en français, dont les auteurs, acteurs, metteurs en scène, costumiers et décorateurs sont les élèves de l’École William-Ponty, de Corée. Cette école forme des instituteurs noirs, recrutés dans toutes les colonies de LA. O. F. Dans la brochure précitée, on expose les raisons pour lesquelles cette initiative a été prise et on reproduit le texte (en français et transcrit, du moins en partie, pour le chant, dans la langue indigène) de 11 de ces œuvres théâtrales. Elles ont toutes pour thèmes des sujets empruntés aux mœurs, coutumes, mythes, légendes, traditions et contes des noirs, et aussi quelques faits historiques, comme l’entrevue de Samory et du capitaine Péroz en 1887.
- Aux débuts de la colonisation, on s’est efforcé avant tout de former des auxiliaires pour l’administration et le commerce; on avait choisi les sujets les plus aptes et on leur avait donné un enseignement semblable à celui de la métropole.
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- Le but a été atteint et les résultats peuvent être considérés comme bons. Aujourd’hui, on s’adresse à la masse tout entière des noirs, à qui on veut procurer une vie meilleure, sans leur imposer nos habitudes, et leur permettre ainsi de développer leurs possibilités propres dans le cadre de leur personnalité.
- L’enseignement qui leur est donné dans les écoles rurales, généralement par des instituteurs noirs formés à Gorée, vise surtout à améliorer leur hygiène, la culture et l’élevage, et à leur inculquer de meilleures habitudes d’ordre et de travail.
- Ce programme doit, autant que possible, respecter non seulement les habitudes locales, souvent fondées sur une longue expérience, mais aussi la langue, les traditions et les arts indigènes. On s’est occupé d’abord des arts « de l’espace », c’est-à-dire le tissage, l’ébénisterie, la sculpture et la joaillerie, qu’on s’efforce de ne pas laisser se corrompre. On s’est occupé ensuite des arts « du temps » moins tangibles, savoir : la musique, la danse et la littérature indigènes ; le théâtre les synthétise et en est la plus haute expression. Il y a d’ailleurs des théâtres indigènes très anciens et un important folklore, riche et varié; de plus, les noirs sont d’excellents conteurs et leur imagination est grande. Il y avait là tout un domaine à sauver et à mettre en valeur, et seuls les noirs cultivés pouvaient aider à l’accomplissement de cette tâche.
- C’est ainsi que, depuis trois ans, les élèves de l’école William-Ponty donnent chaque année, à Dakar, une « fête de l’art indigène », dont seuls, ils ont établi le programme. Ces fêtes ont remporté le plus vif succès.
- En dehors de l’émotion artistique, voici les bienfaits d’ordre pratique que l’expérience a fait reconnaître au théâtre indigène : le respect des traditions, souvent fondées; l’amour du pays natal et une meilleure compréhension de ses besoins; la disparition d’une sorte de puérilité, teintée de vanité, chez ceux qui, pourvus de quelque instruction, croient devoir imiter et s’efforcer d’égaler les blancs en tout, et méprisent leurs frères; le développement du goût et du tact, car le choix des sujets est difficile; la révélation d’aptitudes professionnelles, grâce à une distraction saine et intelligente; une meilleure connaissance du français et de la langue maternelle, si différente des langues de l’Europe occidentale, et dont il faut rendre toutes les nuances sans en trahir l’esprit; l’acquisition d’habitudes d’ordre et de discipline, par le travail en équipes qu’exige le théâtre; enfin, pour les blancs, une meilleure compréhension de la pensée indigène, ce qui est loin d’être négligeable.
- Les œuvres présentées comportent presque toutes des danses et des chœurs.
- Les œuvres qui composaient le spectacle de la première représentation donnée à Paris sont : Mori mori (j’ai vu, j’ai vu), chœur moderne, inspiré aux Nagos de Porto-Novo par la vue du premier avion; Sokamé, drame de la sécheresse au Dahomey (Sokamé est une Iphigénie noire, victime propitiatoire); Les prétendants rivaux : la scène se passe à Bingerville, où se rencontrent toutes les races de la Côte d’ivoire.
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- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES. — JUILLET-AOUT 1937.
- Nous avons assisté à la seconde représentation. Elle a été précédée d’une courte allocution de M. Diran, directeur de l’École William-Ponty, qui a présenté sa troupe, c’est-à-dire ses élèves, et d’un exposé détaillé de M. Labouret, gouverneur des colonies, professeur à l’École nationale de la France d’outre-mer et à l’École nationale des Langues orientales vivantes.
- M. Labouret a raconté comment, alors qu’il était encore jeune administrateur en A. O. F., il eut par hasard, un soir, la révélation des facultés d’observation et des talents d’acteur de ses administrés, puis, comment il apprit, encore par hasard, l’existence d’un véritable théâtre chez les noirs de la Côte d’ivoire. Telles sont les origines du « Théâtre indigène » noir.
- Le second spectacle se composait de :
- Un mariage chez les Mandégnis, en Guinée française. On assiste au marchandage de la dot entre les pères des fiancés et à la cérémonie du mariage;
- Assémien Déhylé, roi du Sanivi, chronique agnie (Côte d’ivoire) en trois tableaux, écrite par M. Bernard Dadié. C’est une véritable épopée, de grande allure, exposant la transmission du pouvoir royal au plus méritant. On y entend un conteur réciter la très belle Légende de la reine Pokou, qui a donné son nom aux Baoulés. L’auteur a un beau talent d’écrivain;
- Les prétendants rivaux, comédie « réaliste », qui terminait déjà la première représentation et qu’on a redonnée sans doute à cause de sa drôlerie et du ridicule dont on y couvre le noir « parvenu ».
- Chaque pièce est accompagnée d’un court prologue, dit par un noir, qui en explique les particularités. Chacune comporte des chants et des danses qui accompagnent les grands événements : mariage, mort, victoire, cérémonies, réjouissances; les chants sont d’une harmonie assez prenante, notamment dans un chant funèbre. La diction est bonne, quelquefois excellente; le jeu est sobre et naturel; les ensembles sont parfaits. Quelques-uns des 30 et quelques acteurs qu’on pouvait voir simultanément sur le plateau ont vraiment un tempérament d’artiste et, comme on dit « brûlent les planches ». Ils pratiquent aussi la commedia del arte, c’est-à-dire improvisent quelque peu. Le spectateur non averti peut apprendre beaucoup de la flore, de la faune, du climat, des mœurs et de la vie en A. O. F.
- Dans la brochure précitée, M. Dadié, auteur de Assémien, a exposé en quelques lignes, sous le titre Mon pays et son théâtre, comment il conçoit le théâtre indigène destiné aux Européens ; il doit être sincère, accessible et non fastidieux, car les noirs ne se lassent jamais de con ter, de chanter et de danser, et, le plus souvent, le sens de leur mimique, des chants et des danses échappe aux spectateurs blancs. Quelques rares Américains, pour justifier leur négrophobie, prétendent encore qu’ « il faut plusieurs générations pour qu’un noir pense blanc ». Mais est-ce désirable, surtout dans le domaine des sentiments? et n’est-ce pas le plus bel éloge qu’on puisse faire de l’œuvre de la France en A. O. F. de voir M. Dadié lui-même confesser que, quoique catholique à deux générations, à la mort d’un des siens, il est encore influencé par la religion de ses ancêtres?
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- La déforestation de Madagascar. — La forêt malgache est en voie de disparition rapide ; depuis 40 ans, les estimations et statistiques montrent que la surface boisée y diminue constamment : 20 X 106 ha en 1895; 12 en 1905; 9 en 1910; 3 en 1927. La superficie de Madagascar étant’ de 59 X 106 ha, son taux de boisement actuel, même en tenant compte de 4 x 106 ha de forêt substituée, est de 5 p. 100 : la « Grande Ile » est donc moins boisée que des pays comme la Grèce qui sont considérés comme les moins boisés du monde. Dans le Bulletin économique du Gouvernement général de Madagascar et dépendances (1er trimestre 1937), M. J. Coudreau, Ingénieur des Eaux et Forêts, étudie cette situation et les remèdes à y apporter (La forêt malgache, son rôle dans l’économie générale du pays, sa conservation, son amélioration.)
- L’auteur définit et caractérise la forêt malgache naturelle (c’est une formation extrêmement fragile) ; puis il étudie ses productions, ce qu’elle pourrait produire ; le rôle qu’elle exerce sur le régime des eaux et sur le charriage des terres par le ruissellement; son importance économique; les agents de sa destruction ; ce sont : les incendies de prairies, qui font disparaître chaque année les jeunes plants de remplacement et la lisière sur environ 5 m de profondeur pour les arbres à feuilles persistantes, et quelquefois de toute la forêt en quelques années pour les arbres à feuilles caduques; le tavy, ou incendie volontaire de la forêt même, pour mettre son terrain en culture, méthode culturale archaïque; les méthodes irrationnelles employées par les concessionnaires d’un permis d’exploiter ou par les indigènes jouissant d’un droit d’usage pour se procurer, aux environs de leurs villages, le bois dont ils ont besoin.
- La seule méthode employée actuellement pour lutter contre la déforestation est la répression; elle est insuffisante : la presque totalité des coupables échappent à la surveillance des agents, qui sont trop peu nombreux et qui doivent être indulgents dans presque tous les cas où le coupable est découvert car il s’agit presque toujours d’un pauvre hère cherchant à gagner sa vie.
- Pour enrayer le déboisement l’auteur propose : de donner à l’indigène des terrains de culture fertiles et des pâturages irrigués de transhumance, dont il apprécie les avantages; de rendre responsable le chef du district, blanc ou indigène, de la conservation de la forêt située sur son territoire ; de réglementer l’exploitation industrielle, pratiquée actuellement comme s’il s’agissait d’une mine, c’est-à-dire en épuisant la forêt.
- L’exécution de ce programme exige notamment : la régularisation du régime des cours d’eau ; la création d’ouvrages de protection passive, la mise en régie par le Service des Forêts des exploitations industrielles; des encouragements à une production rationnelle de la cire, du raphia et d’autres produits qui ne font guère actuellement que l’objet d’une cueillette; la création de peuplements forestiers aux environs des villages. Il faudra passer par trois stades : les études, le classement et l’exécution. Pour quelques parties du programme et en certains points, on a pu déjà entrer dans la voie de la réalisation; les premiers résultats sont bons.
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- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES.
- JUILLET-AOUT 1937.
- Le Bulletin de l’Enseignement publie du Maroc de juin 1937 est consacré à la Semaine pédagogique, qui s’est tenue à Rabat du 23 au 27 mars 1937. Cette semaine, la première du genre au Maroc, a rassemblé de nombreux congressistes venus de toutes les villes du Maroc, d’Algérie, de Tunisie et même de France : professeurs de l’enseignement secondaire, parents d’élèves et personnes s’intéressant à cet enseignement. Elle a été accompagnée d’une exposition de travaux d’élèves, d’ouvrages et de revues scolaires, et elle a comporté : une « boîte aux idées » ouverte à tous, la visite de l’Ecole de fillettes musulmanes de Rabat, une soirée de musique arabe, des auditions de chœurs.
- Voici quelques-unes des communications présentées; toutes ont été suivies de discussions animées : Méthodes nouvelles et bon sens ; Le Foyer scolaire de Rabat; Resoins actuels, tendances nouvelles; Pour une nouvelle culture; Le Service de l’Hygiène scolaire au Maroc; Le travail par équipes; La méthode active dans l’enseignement du dessin, de l’histoire, de la géographie et des sciences physiques; La discipline; La vie à l’internat du Collège Moulay-Youssef, à Rabat; Le cinéma, les projections, le phonographe et la T. S. F. dans l’enseignement; Les problèmes particuliers de l’enseignement secondaire en Afrique du Nord; La méthode naturelle en éducation physique; La collaboration avec les parents d’élèves; Loisirs de l’enfant, de l’adolescent et des jeunes filles.
- 11 résulte de l’examen des questions traitées et discutées qu’il y a vraiment une pédagogie nord-africaine, et cela, pour de puissantes et nombreuses raisons; les principales sont : le recrutement des élèves, très varié, et aussi des professeurs, différent de celui de la métropole, d’où la nécessité d’établir une certaine cohésion entre des éléments aussi disparates ; les modes de vie et besoins différents imposés par les conditions climatiques, sociales et économiques. La Semaine pédagogique a fait ressortir notamment la nécessité : d’octroyer aux chefs d’établissements une liberté plus grande afin que chaque lycée puisse jouir d’une véritable autonomie; de ne nommer à la tête de ces établissements que ceux qui ont des qualités de chef; de créer un cadre d’inspecteurs spéciaux recrutés parmi eux, et d’améliorer la situation matérielle, et quelquefois morale, de presque tous les membres du corps enseignant. On sait, bien que ce ne soit pas dit expressément dans la Semaine pédagogique, qu’au Maroc comme dans toute la France d’outre-mer, ils forment une élite au triple point de vue physique, intellectuel et moral, et cela est vrai aussi bien pour les autochtones que pour ceux qui sont venus de la métropole : ils représentent un capital et une valeur d’avenir qu'il faut pouvoir bien utiliser sans gaspiller.
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- Un Congrès de la Langue française s’est tenu du 27 juin au 4 juillet à Québec, au Canada. Cette manifestation est la seconde du genre; la première remonte à 25 ans. Elle a réuni 10 000 congressistes et elle a remporté le plus grand succès.
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- Le premier jour, devant l’Hôtel-Dieu, M. Patenaude, gouverneur de la Province de Québec, a inauguré une plaque commémorant la fondation par les Français du plus ancien hôpital situé dans le Nord, en 1537. La cérémonie a eu lieu en présence du cardinal Villeneuve, des évêques canadiens et des consuls de France, MM. Turck et Bonnefous. M. Louis Bertrand, délégué de l’Académie française, a prononcé une allocution. Pour commémorer le 3e centenaire de la naissance du Père Marquette, qui découvrit le Mississipi, une palme, offerte par la Mission Cavelier de la Salle, a été déposée, par le Dr Vallée, président du Comité France-Amérique, dans l’Eglise des Saints et Martyrs chrétiens.
- En ouvrant le Congrès, Mgr Maurault, recteur de l’Université de Montréal, a déclaré que le salut de la race canadienne ne serait assuré que par des contacts intellectuels étroits avec la France. Il a ajouté : « Il y a beau temps que nous ne sommes plus colonie de personne. Nous préférons être une province française, toute allégeance politique mise à part. »
- Le lendemain. Lord Tweedsmuir, gouverneur général du Canada, fit un discours en anglais dans lequel il montra que si les Canadiens français restent profondément attachés à la culture française, ils n’en ont pas moins conservé leur loyalisme envers l’Angleterre. « Je pense, a-t-il dit en s’adressant aux délégués canadiens au Congrès, que vous serez d’autant plus loyaux que vous demeurerez fidèles aux traditions françaises. » Puis, s’exprimant en français, Lord Tweedsmuir, aux applaudissements de l’auditoire, souligna que « la langue et la littérature françaises étaient un patrimoine précieux, même pour les Canadiens français ».
- Dans leur grande majorité, les Canadiens français sont « loyalistes » envers l’Angleterre. Une voix pourtant s’est élevée au Congrès de la Langue française pour « constituer un état catholique français avec la plus grande autonomie possible » dans la province de Québec, de façon à « être Français jusqu’aux moelles ». C’est l’abbé Groulx qui a préconisé ce mouvement. Il n’a été suivi, jusqu’à présent, que de quelques jeunes gens de Québec. Il est certain que les Canadiens français doivent lutter contre la désintégration qui s’exerce autour d’eux, surtout par le cinéma, la T. S. F. et le commerce américains, en cherchant en eux-mêmes le moyen de garder leur personnalité.
- L’opinion de la majorité du Congrès a été exprimée par Mgr C. Roy, recteur de l’Université, président du Congrès, qui a déclaré : « Nous sommes des sujets loyaux de Sa Majesté George VI; c’est un fait auquel nous ne pouvons rien changer; mais il faut nous développer selon notre nature et ne pas nous résigner à n’être que la moitié de nous-mêmes. Nous devons redevenir français et, aussi longtemps que des foyers intellectuels n’auront pas donné chez nous ce que les siècles apportèrent à la France, ce serait un suicide national que de ne pas nous en servir. »
- Un banquet a réuni tous les délégués français de Québec et des provinces canadiennes du Manitoba et de l’Alberta, de Belgique, des minorités nord-américaines du Vermont et de la Louisiane, ainsi que les représentants de la Répu-
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- OUVRAGES REÇUS EN JUIN ET JUILLET 1937.
- bliq ue d’Haïti, qui sont venus apporter les gages de leur union spirituelle et de leur attachement à la civilisation française, qui leur est commune à tous.
- On trouvera des renseignements complémentaires sur le Second Congrès de la Langue française dans Paris-Canada des 27 juin et 18 juillet, hebdomadaire publié à Paris (9 et 11, avenue Victor Emmanuel).
- E. LEMAIRE.
- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE EN JUIN ET JUILLET 1937
- Meunier (Louis) et Vaney (Clément) avec la collaboration du Dr P. Chambard, du Dr A. Jamet, du Dr C. Gastellu et de R. Loos. — La tannerie. Étude, préparation et essai des matières premières. Théorie et pratique des différentes méthodes actuelles de tannage. Examen des produits fabriqués. Tome IL In-8 (23 x 16) de iv -j- 342 p., 120 flg. Paris, Gauthier-Villars, 35, quai des Grands-Augustins (6e), 1937. 18630
- Gerbeaux (H.). —- Le remplacement des rivets par la soudure dans la charpente métallique. In-8 (24 x 16) de 133 p., 151 fig. Paris, Institut de Soudure autogène, 32, boulevard de la Chapelle (18e). 18631
- Berthelot (Ch.) avec la collaboration de M. Hot. — Technique et économie nouvelles des carburants de synthèse. In-8 (21 x 14) de xn -J- 371 p., 78 fig. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1937. 18632
- Principes et pratique des essais physiques et chimiques effectués sur les produits pétrolifères par la Direction des services techniques de la Société Pechel-bronn, avec la collaboration de M. Jean Ferraud. In-8 (23 x 16) de xxi 465 p., 128 fig. Paris, Librairie Ch. Béranger, 15, rue des Saints-Pères (6e), 1937. 18633
- Lumière (Auguste). — Quelques travaux complémentaires relatifs à la propagation de la tuberculose. In-8 (22 x 14) de 172 p., 9 fig. Lyon, lmp. Léon Sczanne, 75, rue de la Buire, 1937. (Don de l’auteur, membre de la Société.) 18634
- Jacobs (Léon). — La Société nationale des chemins de fer vicinaux de Belgique. Origine. Développements. Modernisation. Conférence donnée à Paris, en la salle Hoche, sous les auspices de TAssociation française des Amis des Chemins de fer. In-8 (26 X 18) de 47 p., 23 fig. Bruxelles (Belgique), lmp. H. et M. Schaumans, 41, parvis Saint-Gilles, 1937. 18635
- Feret (R.). — Sur la forme et l’état de surface des éléments inertes des bétons.
- (ex Annales de l’Institut technique du Bâtiment et des Travaux publics, 2e année, 1937, n° 2). In-4 (28 X 22) de 15 p., 15 fig. Paris, 100, rue du Cherche-Midi (6e). (Don de l’auteur, membre du Conseil d'Administration.) Pièce 14064
- Ballay (M.). — Alliages résistant à chaud. Causes de détériorations. Les alliages fer-chrome-nickel. (ex Bulletin de la Société royale belge des Ingénieurs et des Industriels, année 1937, n° 3). In-8 (24 x 16) de 43 p., 37 fig. Bruxelles, lmp. F. van Buggenhouldt, 5-9, rue du Marteau. Pièce 14065
- Société industrielle de Rouen. — Distribution solennelle des récompenses aux collaborateurs de l’industrie et du commerce, sous la présidence de M. Luc, directeur général de l’Enseignement technique, le dimanche 2 mai 1937. In-8 (27 x 19) de 48 p. Rouen, lmp. A. Desvages, 58, rue des Carmes, 1937. Pièce 13671
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- La technique des industries du pétrole (Science et Industrie, n° hors série). In-4 (32 x 25) de 208 p., fig. Paris, 29, rue de Berri (8e). Pièce 14066
- Journée de la Défense sanitaire des Végétaux. Paris, 19 mars 1937. In-8 (23 x 15) de 38 p. Paris, Publications de la Ligue nationale de Lutte contre les Ennemis des Cultures, Maison de l’Agriculture, 129, b. SMÏermain (6e). Pièce 14067 Lenglen (M.). — A propos d’une lettre inédite de J.-B. Dumas. In-8 (24 x 15) de 19 p. Paris, Maus, Delhalle et Urban, 93, rue Pelleport (20e), 1937. (Don de l’auteur, membre de la Société.) Pièce 14068
- Frey (Robert), Yovanovitch (Branko) et Burghelle (Jean}. — Composition et genèse probables de quelques terres décolorantes nord-africaines. (Protectorat de la République française au Maroc. — Direction générale des Travaux publics. — Service des Mines et de la Carte géologique. — Notes et Mémoires, n° 38). In-8 (2b x 16) de 65 p., VI pl. Rabat, lmp. officielle, 1936. (Don des auteurs.) Pièce 14069
- Les chemins de fer français (Revue générale des Chemins de fer). In-4 (30 x 21) de 138 p., fig. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e). Pièce 14070
- Ministère de l’Agriculture. — Confédération nationale des Groupements horticoles
- PROFESSIONNELS DE FRANCE. — COMITÉ NATIONAL INTERPROFESSIONNEL POUR L’ORGANISATION
- de la Production et de la Consommation des Fruits et Légumes français. — Les productions horticoles françaises. Rapport général par André Lièvre. In-4 (31 x 24) de 95 p., fig. Paris, Éditions H. Dannaud. Pièce 14071
- Rouch (Commandant J.). — Les actions mutuelles de l'atmosphère et de la mer. — L’influence des éléments atmosphériques sur la surface de la mer. (Annales de h Institut océanographique, T. XVI, F. 4). In-4 (28 x 22) p. 481-520, 33 fig. Paris, Masson et Clc, 120, boul. Saint-Germain (6°), 1936-37. (Don de l’auteur.) Pièce 14072
- Baumann (M. W.). — Échauffement et refroidissement des bouches à feu. (ex Mémorial de l'Artillerie française, t. XV, 1er fasc.). In-8 (25 x 16) p. 145-172, 13 fig. Paris, Paul Beauvelet, 18, rue des Quatre-Fils (3e). (Don de l’auteur.) Pièce 14073 Heure (M.). — Essais de freinage par freins à puissance autovariable effectués par le réseau P. L. M. (ex Revue générale des chemins de fer, 1er mai 1937). In-4 (30 x 21} de 15 p., 15 fig. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1937. (Don de la Compagnie des Chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, membre de la Société.) Pièce 14074 Bastet (A.). — Pour une politique française de l’huile d’olive. In-8 (25 x 16) de 15 p., 4 fig. (Don de l'auteur.) Pièce 14075
- Buhot (René). — La voix de Marey. Histoire de l’invention du cinématographe. lre partie. In-8 (24 x 15) de 57 p., fig. Boulogne (Seine), chez l’auteur, 6, rue Darcel. (Don de l'auteur.) Pièce 14076
- Tongas (Pii.). — Sur une expression empirique nouvelle de la chaleur totale de la vapeur d’eau surchauffée (ex Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences, 10 mai 1937). In-4 (27 x 21) de 3 p. Paris, Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustin s (6e), 1937. (Don de l’auteur.) Pièce 14077
- Jean Rey, 1861-1935. In-4 (29 x 23} de 48 p. II pl. Pièce 14078
- Lumière (Auguste). — L’asthme. Sa pathogénie et son traitement. In-8 (22 x 14) de 42 p. Lyon (Rhônei, Edité par les Laboratoires Lumière, 45, rue Villon. (Don de l’auteur, membre de la Société.) Pièce 14079
- Longinescu (G. G.) et Prundeanu (I. I.). — Analyses gravimétriques complètes par précipitation directe dans des creusets à masse filtrante d’Iéna (ex Bulletin de la Section scientifique clc l'Académie roumaine, Tome XVIII, n° 6-7). In-8 (25 x 17) de s p. Bucarest, 1936. (Don de l’auteur, membre de la Société.) Pièce 14080
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- Ministère re l’Air. — Publications scientifiques et techniques, nos 96 : Nouvelles méthodes de mesures mécaniques, par André Labarthe, 268 p., 283 fi g. (1936). — 97 : Contribution à l'étude de l’allumage et de la combustion dans les moteurs à explosion, par Tciiang Te-Lou, 123 p., 36 fig. (1936). — 98 : Étude expérimentale en régime transitoire du sillage et de la résistance des corps immergés, par Jean Baubiac, 91 p., 45 fig. (1936). — 99 : Application de la spectrograpide Raman à l'analyse des essences minérales, par A. Andant, 60 p., 27 fig. (1936). — 100 : Recherches sur les tourbillons alternés, par Paul Schwarz, 133 p., 58 fig. (1937). Paris, Ed. Blondel La Rougery, 7, rue Saint-Lazare (9e): Gaulhier-Villars, 53, quai des Grands-Augustins (6°). Pér. 117
- Préfecture du Département de la Seine. — Direction de l’Hygiène du Travail et de la Prévoyance sociale. — Annales des Services techniques d’Hygiène de la Ville de Paris, publiées sous la direction du Préfet de la Seine. Tome XVII : Comptes rendus des travaux en 1935. Paris, Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins (6e), 1936. Pér. 188
- Société des anciens Élèves des Écoles nationales d’Arts et Métiers. — Annuaire 1937. Paris, 9 bis, avenue d’Iéna (16e). Pér. 136
- Comité national de l’Organisation française. — Annuaire 1936. Paris. Pér. 519 Direction générale des Douanes. — Tableau général de la navigation maritime. (Navigation internationale, Cabotage français et effectif de la Marine marchande). Année 1935. Paris, lmp. nationale, 1937. Pér. 34
- Société amicale de Secours des anciens Élèves de l’École Polytechnique. — Annuaire 1937. Paris, 21, rue Descartes (3e). Pér. 92
- Annuaire général des ingénieurs diplômés en Belgique par les six grandes Écoles et faisant partie des Associations fédérées, publié par la Fédération des Associations belges d’Ingénieurs (F.A. B.I). Édition 1936. Bruxelles (Belgique), 3, rue ltavenstein. Pér. 92
- Institut d’Égypte — Bulletin. Tome XVIII (2° fascicule). Session 1935-1936. —
- Tome XIX (1er fascicule). Session 1936-1937. Le Caire, 1936-1937. Pér. 32
- Institut d’Égypte. — Mémoires présentés. Tome XXXIV : Missions A. Gruvel dans le Canal de Suez. I. Crustacés, par Th. Monod, 19 p., 11 fig. — Tome XXXV : Missions A. Gruvel dans le Canal de Suez. IL Poissons, par A. Gruvel et P. Chabanaud. 31 p.,
- 29 fig. Le Caire, 1937. Pér. 32
- Institution of Mechanical Engineers. — Proceedings. Vol. 134, 1936 (nov.-déc.). London, Storey’s Gâte, St. James’s Park, S. W. 1. Pér. 114
- National Bureau of Standards (Washington). — Circular, C410 (supplément) : Abridged volume correction table for petroleum oils, 8 p. (1937). — C412 : Silver : its properties and industrial uses, 72 p., 32 fig. (1936). — C413 : Inks, 54 p. (1936). — C414 : American standard spécification for dry cells and batteries, il p. (1937). Pér. 61
- L'agent général, gérant, E. lemaire.
- BRODARD ET TÀUP1N, Couloinmiers-Paris;.
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- 136e ANNEE.
- SEPTEMBlîE-OCTOBRE 1937.
- BULLETIN
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- L’UTILISATION DU BOIS COIVIIYIE CARBURANT1*
- Le gaz des forêts.
- par M. Robert Vaultrin, Conservateur des Eaux et Forêts.
- historique. — Quelles sont les origines du bois carburant? Nous devons remonter, pour les découvrir, à l’un des chercheurs les plus éminents de la fin du xvme siècle, l’Ingénieur des Ponts et Chaussées Lebon. Dès 1785, germait en son esprit l’idée de distiller le bois pour en tirer un gaz combustible.
- Ayant découvert ce que nous appelons aujourd’hui le gaz des forêts, Lebon songea tout de suite à l’utiliser dans un moteur; l’appareil était créé dès 1800, mais l’état de la technique à cette époque et l’avance qu’avait la machine à vapeur ne permirent point d’en tirer des résultats utiles. Comme la houille prit en France, à partir de 1817, la place du bois dans la production du gaz d’éclairage, les travaux de Lebon restèrent sans suite jusqu’au début du siècle suivant.
- C’est en effet vers 1900 que Ringelmann, professeur à l’Institut national agronomique, et qui fut membre du Conseil de la Société d’Encouragement, frappé du coût auquel reviendrait le fonctionnement d’un tracteur agricole à essence, songea au gaz pauvre de bois, pour l’alimenter. En 1905, un gazogène fut adapté aux transports sur route, en Écosse. En 1910, fut essayé à Paris un autobus à gaz de charbon de bois.
- Vers la fin de la guerre, la traction au gaz des forêts fut remise à l’étude sous l’angle de la défense nationale. Le Ministère des Inventions fit entreprendre, entre Paris et Rouen, des essais par des poids lourds, mais avec de médiocres résultats.
- Sitôt la guerre finie se multiplièrent concours et rallyes auxquels les ministères intéressés donnèrent leur appui. Les progrès techniques furent extrêmement rapides; citons, à titre d’exemple, la longueur des parcours imposés lors des concours de l’Office des Recherches et Inventions : elle fut de 120 km en 1922, de 1 400 km en 1923 et de 2 100 km en 1925. C’est à cette époque que l’Automobile Club de France lança son rallye annuel aux carburants nationaux, où les camions étaient pour moitié déjà propulsés par le gaz des forêts.
- Dès 1923, le Ministère de l’Agriculture instaurait ses propres expériences.
- (1) Conférence faite par l’auteur en séance publique le 23 janvier 1937.
- 136e Année. — Septembre-Octobre 1937. 27
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- le gaz des forets.
- SEPTEMBRE-OCTOBRE 1037.
- (’.oimne la |>luparl des appareils fonctionnaient an charbon de bois, il organisa en 1925 le concours de Sénart, destiné à encourager l’emploi des appareils mobiles pour la carbonisation du bois en forêt.
- En 1928, avec l’aide avertie de l’Office national des Recherches et des Inventions et l’appui bienveillant de l’Office national des Combustibles liquides, le Ministère de l’Agriculture organisait l’Exposition de Versailles, au programme bien plus élargi que celui de Sénart. Le matériel présenté concernait : l’exploitation mécanique des bois, la carbonisation et le fonctionnement des gazogènes fixes et automobiles.
- La carburation automobile au gaz des forêts sembla résolue, les camions à gazogène étant en faveur dans l’armée et dans le public, qui, malheureusement, achetait parfois des modèles insuffisamment perfectionnés.
- Bientôt un revirement survint : le prix trop élevé du bois; l’obligation d’employer un personnel un peu spécialisé ; le discrédit créé par l’emploi d’un carburant moins propre que l’essence ; la difficulté du ravitaillement et de la distribution en furent les causes. Quant aux économies réalisées par le gazogène, personne ne s’y arrêtait plus car on était à la période de pléthore où l’industrie pouvait les négliger.
- La cause du gaz des forêts semblait compromise quand survint la crise de 1930, dont nous souffrons encore; le coût des carburants forestiers baissa brusquement; en même temps, les industriels cherchèrent à comprimer leurs prix de revient. C’était l’occasion de démontrer les substantielles économies de carburant qu’ils pouvaient réaliser par l’emploi du gazogène. Le Ministère de l’Agriculture reprit ses efforts. Sous les auspices de l’Automobile Club de France, il organisa un rallye et un concours de voitures de tourisme dotés de prix très importants qui consacrèrent l’entrée de ce véhicule dans le domaine pratique. Il prit, en outre, le parti d’encourager les constructeurs par des achats de véhicules à gazogène de plus en plus nombreux. L’aboutissement de cette politique est que, dorénavant, tous les véhicules acquis par le Service forestier devront fonctionner au gaz des forêts.
- Le Comité de Culture mécanique avait constamment collaboré à la mise en route de la carburation forestière, car les applications du gaz des forêts à l’agriculture l’intéressaient particulièrement. Il fit exécuter une série d'expériences dont une importante partie fut confiée à la Station d'Essais de Machines.
- D'accord avec l’Office national des Combustibles liquides, le Ministre de l’Agriculture obtint le dégrèvement de tous les impôts qui frappaient les véhicules à gazogène. Enfin, il organisa une active propagande comportant tracts, articles de presse, affiches, service de documentation et de renseignements pour le public, et surtout des rallyes accompagnés de conférences, appuyés du concours de l’Automobile Club de France.
- Les plus remarquables de ces rallyes furent les deux derniers : 1° le Rallye international Rome-Paris, comportant la traversée des Apennins et des Alpes, qui démontra les qualités de bon fonctionnement du gazogène en terrain accidenté; 2° Le Rail ve des Landes, au cours duquel tous les carburants utilisés furent
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- tires de bois résineux, alors que seuls les feuillus avaient été employés jusqu’ici dans la carburation.
- les c \ b b chants fohestiehs. — Tontes nos essences forestières sont donc capables d'alimenter le gazogène au moyen du bois de feu qu'elles produisent; elles peuvent lourmr trois sortes de carburants : le bois, le charbon de bois et les agglomérés de charbon de bois.
- Le bois doit être employé sec et divisé en petits fragments de 7 cm au plus, en tous sens. Son avantage est sa propreté; l’un de ses inconvénients est la place qu il occupe à bord du véhicule.
- Le charbon de bois est obtenu, soit par distillation en usine, soit par carbonisation en forêt, dans des meules couvertes de terre ou sous des sortes de cloches, appelées fours métalliques.
- \G aggloméré de charbon de bois, dense, donc peu encombrant, très calori-gène, peu hydrophile mais cher.
- gazogènes. — Gazogène à charbon de bois. — Comme les autres appareils de l'espèce, il comprend quatre organes principaux : le générateur, le refroidisseur, l’épurateur et le mélangeur.
- La partie supérieur*' du générateur constitue un réservoir de charbon de bois. C’est dans la partie inférieure que ce charbon vient se gazéifier. A cet effet, il descend, dans le type du générateur examiné, vers un foyer de terre réfractaire. Mis au contact d'une quantité d’air limitée, le carbone se transforme, dans le foyer, successivement en anhydride carbonique et en oxyde de carbone; l’humidité se décompose en traversant la conclu' de charbon en jgnifioti : l'hydrogène est libéré et l’oxygène forme également de l’oxyde de carbone. Enfin, la cendre passe au travers d’une grille sur laquelle repose le charbon de bois pour s’accumuler dans un cendrier. Suit le faisceau de tubes, exposé au vent de la course, qui forme le refroidisseur des gaz produits par le générateur. Dans l'épurateur, le gaz traverse une conclu1 de coke ou de liège, où il se dessèche, puis des chemises en toile de colon, où il abandonne ses poussières. Enfin, le gaz passe dans un filtre de sécurité en treillis de laiton très tin d’où il sort entièrement propre.
- Parvenu au mélangeur, une arrivée d’air commandée l'additionne de la quantité d’oxygène nécessaire pour former un mélange détonant avec l’oxyde de carbone et l’hydrogène qu'il contient. Malheureusement, l'air admis à l'entrée du gazogène contient de l'azote, gaz neutre auquel vient s'ajouter une petite quantité d’acide carbonique, formée au cours des réactions. Les corps incombustibles rendent le mélange détonant moins riche que s il proxeiiait de I essence. 11 est donc indispensable d'aménager le moteur pour l’emploi du gazogène: à cet effet, on peut augmenter la cylindrée ou élever la compression des gaz au moment de l’explosion des gaz. Un autre procédé consiste à utiliser le secours d’un compresseur. En tout cas. la modification du moteur elfeotuée. le rendement initial est sensiblement rétabli.
- Gazogène à bois. — Sa partie supérieure est uni1 sorte de four métallique dans lequel le bois est transformé en charbon de bois. La partie inférieure est un foyer analogue à celui du gazogène à charbon. Le gaz obtenu contient plus d humidité.
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- de goudrons et moins de poussière que le gaz de charbon de bois; on l’épure à travers de simples chicanes métalliques de plus en plus fines.
- Pour la disposition du gazogène sur les camions, le générateur et l’épurateur sont placés symétriquement de part et d’autre de la cabine de conduite.
- résultats fournis par le gazogène. — On a vu qu’après des débuts difficiles, le gazogène avait fait de grands progrès; où en est-il aujourd’hui? Si on examine les résultats des dernières épreuves civiles et militaires auxquelles le gazogène a pris part, les rallyes de l’Automobile Club et du Ministère de l’Agriculture, elles ont fait ressortir un temps moyen de démarrage à froid de 5 min 29 sec, sans recours à l’essence. Avec l’adjonction d’un gicleur de ralenti, ce temps a été réduit de moitié pour certains véhicules.
- La marche s’effectue avec une régularité égale à celle des voitures à essence : aucune panne pendant les rallyes.
- La conduite du véhicule est devenue facile ; elle n’exige qu’une manette supplémentaire, celle qui commande le mélangeur pour doser les gaz. On l’actionne une ou deux fois par jour seulement.
- L'entretien demande quelques minutes supplémentaires par jour, en dehors d’un nettoyage d’une ou deux heures effectué tous les 1 500 km.
- Les vitesses ont été : pour les voitures de tourisme : 80 km/h en moyenne, ce qui exige une vitesse instantanée de 100 km/h; — pour les camions 50 km/h.
- Cependant, pour obtenir ces vitesses, la dépense en carburant est extrêmement modérée; elle a été, pour les voitures, aux 100 km, de 32 kg de bois valant 6 fr, alors que la dépense d’essence aurait été de 32 fr; pour les camions à bois ou au charbon de bois, 14,65 fr de carburant au lieu de 76 fr; dans les deux cas, moins du 1/5 de la dépense d’essence.
- Les dernières épreuves militaires datent des manœuvres de cet été, auxquelles a pris part un escadron de 140 camions à charbon de bois. Parti de Metz, il s’est rendu au camp de Mailly, à Aix-en-Provence, Castres, Mont-de-Marsan, Bordeaux, Bourges, pour rentrer dans sa garnison après 3.000 km parcourus. Au cours des manœuvres de Mailly, de Manosque et de Castres, il a rendu tous les services demandés à un escadron de camions à essence. Certaines voitures ont effectué jusqu’à 2 000 km supplémentaires au cours de ces opérations.
- La régularité de marche a été excellente : 3 p. 100 seulement des réparations ont été imputées au gazogène. La dépense de carburant n’atteignit pas le tiers de la dépense d’essence qu’elle a supprimée; la proportion aurait été nettement plus faible si les camions, ayant 9 ans de date, n’avaient pas brûlé beaucoup plus de charbon que des camions neufs.
- En un mot, les résultats des performances démontrées au cours des rallyes civils ont été confirmés dans la pratique par l’épreuve militaire de cette année(i).
- (2) Voir, à la page 434 du présent Bulletin, l’emploi du gaz des forêts pour actionner des petits moteurs, fixes ou semi-fixes. A la 3e Conférence internationale d'Utilisation du Bois (Paris, 26-28 juillet 1937), M. Lakgier a étudié les 4 types de combustibles proposés ou employés pour la production du gaz des forêts : le bois cru, le bois torréfié, le charbon de bois et les agglomérés de charbon de bois, et indiqué leurs caractéristiques (Le Génie Civil du 25 septembre 1937, p. 270 et 271). [N. D. L. R.]
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- l’utilisation du bois comme carburant.
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- applications autres que l’automobile. — U agriculture consomme une grande quantité d’énergie. A la ferme, où il faut monter l’eau, souvent assurer l’éclairage, dilacérer la nourriture des animaux, de petits moteurs fixes alimentés par les rémanents de la coupe voisine peuvent être chargés de ces travaux. Aux champs, des machines remorquées par des tracteurs à gazogène apporteront une notable économie à l’exploitant.
- Dans Vindustrie, certaines scieries sont depuis longtemps actionnées par des gazogènes qu’alimentent des déchets de bois. Les Chemins de fer de l’Est ont mis en marche deux centrales électriques dont l’énergie provient d’un moteur à gazogène fonctionnant avec le charbon de bois fourni par les traverses hors d’usage du réseau. Le cheval-heure revient au prix de 0,14 fr.
- Rappelons enfin une récente expérience exécutée par la Compagnie des Chemins de fer de l’Etat. Une automotrice au charbon de bois de 210 ch, établie pour 100 voyageurs, a été mise en route entre Paris et Chartres; elle a fourni une vitesse de plus de 100 km/h, en dépensant, aux 100 km, 75 kg de charbon de bois valant 22,50 fr. Trois autres automotrices ont été commandées par la Compagnie et vont bientôt entrer en service, tandis que les Chemins de fer de l’Est effectuent à leur tour des essais au moyen d’un appareil dérivé du moteur Diesel.
- Le chauffage au bois est actuellement en pleine rénovation; son rendement est devenu remarquable grâce à l’emploi des appareils basés sur la carburation du combustible. Dans un premier temps, le bois est gazéifié par combustion au contact d’une dose d’air limitée; le gaz des forêts produit, mélangé avec une nouvelle quantité d’air, esL alors brûlé en totalité, comme le gaz d’éclairage dans nos réchauds de cuisine. La cuisson des aliments est économiquement réalisée par ces appareils; de même, le chauffage des appartements, chauffage central inclus.
- la carburation forestière et la foret française. — Le bois de feu surabonde dans nos forêts; sur 30 millions de stères qu’elles produisent, plus de 10 millions trouvent difficilement preneur. La mévente du bois de chauffage affecte tous les types de forêts, car tous produisent du bois de feu dont la valeur sur pied est devenue à peu près nulle et parfois négative. Dans une exploitation de futaie, le prix de la coupe est diminué par la présence du bois de chauffage; dans une exploitation de taillis, bien souvent la coupe reste invendue. Si cette mévente atteint toutes les forêts, les plus riches en chauffage sont les plus touchées; or, les forêts françaises produisent en bois de feu :
- Forêts de l’État........................ 2.600.000 stères.
- — des communes..................... 6.400.000 —
- — des particuliers................... 21.000.000 —
- La mévente frappe donc plus durement les communes que l’État, et plus
- cruellement encore les propriétaires particuliers. Voici les conséquences.
- Le budget de l'Etat subit directement des moins-values parce que les coupes domaniales se vendent bon marché. Il est frappé indirectement bien plus encore par l’appauvrissement des autres propriétaires forestiers et des ouvriers du bois devenus piètres contribuables ou chômeurs.
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- Les budgets eonnnuuaux subissent les mêmes effets.
- Les propriétaires purtiridiers se désintéressent de forêts dont le revenu s’est amenuisé ; à la première occasion, elles seront aliénées en vue d’un déboisement, désastreux pour toute la région.
- Les ouvriers forestiers sont mis en chômage puisque' les coupes se vendent difficilement.
- Un seul remède existe : trouver des utilisations nouvelles pour le bois de chauffage. Aucun»' n’est plus efficace que la carburation forestière; en effet, nous avons en France deux millions de véhicules automobiles en circulation dont 400 000 camions, et le nombre de ces automobiles a doublé pendant les 12 dernières années.
- Nos dix millions de stères surproduits permettraient d’actionner environ 60 000 appareils à gazogène; l’importance de notre parc automobile actuel et ses chances de développement donnent à penser que la carburation automobile est capable d’absorber sans heurts les excédents de notre production en bois de feu.
- Il faut, à cet effet, que l’utilisation du bois carburant se répande largement dans le grand public. Qu’on y réussisse et la forêt française sera sauvée.
- La prospérité du marché forestier, la suppression du chômage en forêt réagiront heureusement sur la crise économique. En outre, la consommation du bois comme carburant, diminuera quelque peu les importations d’essence et améliorera par conséquent noir».' balance commerciale. L’emploi massif du bois carburant apportera donc un réel bénéfice à l'économie générale de notre pays.
- LA CARBURATION FORESTIÈRE ET LA DÉFENSE N AT ION AI E. — Il est évident que nos besoins en carburants seront immenses en temps de guerre; qu’observons-nous aujourd’hui déjà? L’Armée motorise ses unités, la Marine se tourne vers la chauffe au mazout, et l’Aviation se développe sans cesse. Les armements de nos voisins donnent, hélas! à penser que ce mouvement n’est pas près de s’amortir. Le pays mobilisé consommera-t-il moins de carburant qu’en temps de paix? Evidemment, un sévère contingentement supprimera tous les transports inutiles à la guerre, mais la mobilisation de notre industrie, en la faisant travaille]' à son plus haut régime, ne couvrira-t-elle pas et au delà ces économies ?
- Quelles seront nos ressources pétrolières en cas d'hostilité? Étudions déjà, pour nous en rendre compte, nos ressources actuelles. Celles de nos gisements pétrolifères sont très limitées : 75 000 t par an, de pétrole naturel, à Pechelbronn. une production négligeable ail leurs. L’hydrogénation de la houille se développe, il est vrai, grâce à nos usines pilotes de Lens et de Liévin : de 25000 I au début de cette année, la production d’essence sera bientôt doublée et peut-être décuplée. Très heureusement, nous avons créé en outre des stocks de produits pétroliers qui nous font disposer d’un appréciable volant pour le cas de disette. Restent les importations qui. pour 1055 ont dépassé 6 700 000 t en brut et raffiné.
- Que deviendraient nos ressources de pi'trole en temps de guerre? Si l’ennemi est notre voisin du Nord-Est, le bassin de Pechelbronn, immédiatement soumis au feu. n»; pourra plus être utilisé. La production d’ess<mce par hvdrogénation de la houille sera facileimmt développée, mais jusqu’à concurrence des quantités
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- de houille disponibles pour cet usage: comme nous sommes dès à présent importateurs, ces quantités seront forcément limitées. Le stockage permettra bien de couvrir quelque temps les besoins en cas de disette, mais ce temps sera forcément très court. Reste l’importation, qui sera notre grande ressource: mais elle ne s’effectuera pas sans déchets alors que notre Hotte pétrolière devra nous apporter son chargement à travers la Méditerrannce. fertile en embûches, ou à travers l’Océan après d’immenses trajets.
- Il nous faut une politique du pétrole, car la Marine. l’Aviation et les transports militaires de la zone de l’avant ne pourront s’en passer. Cependant, le pétrole ne suffira certainement pas à satisfaire tous nos besoins. Il nous faut une politique de succédanés, afin d’assurer les transports des zones de l’arrière et de l’intérieur. On devra faire appel à tous les produits de remplacement viables, pour utiliser la totalité des ressources métropolitaines.
- Parmi les succédanés, le bois de feu présente une efficacité toute particulière. Alors que certains carburants se raréfieront en temps de guerre, parce qu’ils sont aptes à d’autres usages que la carburation (alcool et benzol indispensables à la fabrication des poudres et explosifs), on pourra majorer notre production de carburants forestiers à peu près sans limite, par l’abaissement de l’àge d’exploitation des taillis.
- Le bois, réparti un peu partout en France, n’esl pas à la merci d’une incursion ennemie. Ses dépôts ne peinent être incendiés, tels les dépôts d'essence; comme l'a si parfaitement dit Baudry de Saunier : « Pour le temps de guerre.... « le gaz des forêts, c’est le carburant que l’aviation ennemie ni' peut détruire, le « carburant que le soleil fait constamment << repousser » et repousser dans toutes « les régions du pays à la fois, le carburant à la portée de tous et partout. C’est « le carburant qui nargue l’ennemi. »
- Puisque l’intérieur ne pourra guère compter, en cas d’hostilités, que sur lies succédanés du pétrole, parmi lesquels le gaz des forêts tiendra la place éminente, il faut que les usagers de l’essence sachent dès maintenant que leur ravitaillement en carburant sera très problématique, la guerre venue. Lu conséquence, non seulement leur intérêt immédiat leur recommande les carburants forestiers, comme nous l’avons montré, mais ils risquent de ne pouvoir maintenir l’activité de leur entreprise en cas de guerre. Les usagers de l’essence doivent donc se munir dès à présent d’un certain nombre de véhicules à gazogène afin d’éviter la paralysie de leurs affaires pendant les hostilités.
- Quant aux armées, l’essence en alimentera l’aviation; elle assurera les transports rapides sur terre et tous les mouvements de la zone de l’avant, mais, pour le reste, l’armée devra faire le plus large appel au gaz des forêts. Elle possède déjà quelques centaines de camions à gazogène, mais ce nombre est tout à fait insuffisant pour les services dont il lui faut envisager l’exécution. Bille ne pourra les assurer que par la multiplication des véhicules dans la population civile.
- La réquisition lui permettra d’acquérir les véhicules civils les mieux adaptés à ses besoins. La mobilisation des conducteurs maintiendra à bord des automobiles à gazogène ceux qui sauront eu tirer le meilleur parti. L’entretien d'un
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- courant d’achat de véhicules en temps de paix fournira le pays d’usines de construction nombreuses et puissantes, qui pourront être facilement développées en temps de guerre. Le marché des carburants forestiers, bien achalandé, sera muni dès le temps de paix de stocks commerciaux importants; enfin, l’activité des transactions maintiendra en forêt une main-d’œuvre bûcheronne et charbonnière nombreuse et habile; il sera donc assez facile, dans ces conditions, de multiplier la production des carburants en cas d’hostilités.
- Ce bref aperçu montre les immenses avantages de la multiplication des véhicules à gazogène civils au point de vue militaire.
- En résumé, l’intérêt de l’usager de l’automobile l’incite à l’emploi du gazogène. Pour la forêt française et pour la défense nationale, il faut obtenir un développement massif de l’emploi du gaz des forêts.
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- Qu’avons-nous fait afin d’v parvenir? Pour développer l’emploi du véhicule à gazogène, nous avons obtenu qu’il soit dégrevé de toute taxe. Le Sous-Secrétariat d’État à l’Agriculture a décidé que les automobiles dorénavant achetées par ses services devraient fonctionner au gaz des forêts. Il a passé des commandes d’autobus afin de pouvoir louer un véhicule de ce type aux départements et communes qui désireront l’expérimenter dans leurs transports en commun. 11 a organisé enfin la propagande, pratiqué des expériences et réalisé des concours.
- Pour former des conducteurs et techniciens du gazogène, l’Enseignement technique, sur la demande de l’Agriculture, a ouvert des cours dans nos écoles nationales d’arts et métiers. Le Sous-Secrétariat d’État à l’Agriculture étudie, d’autre part, la création d’une importante école de chauffeurs. Dans l’Armée, le pilotage et l’entretien du gazogène sont enseignés à tous les conducteurs des unités du train d’équipages. Enfin, la fabrication des carburants, amorcée en quelques centres, va être nettement développée et la distribution mise en train par le Sous-Secrétariat d’État à l’Agriculture.
- Les mesures prises depuis quelque temps en France pour favoriser la carburation forestière ne sont pas restées sans effet; nous apprenions par exemple récemment qu’une seule maison avait vendu près de 800 gazogènes pendant l’année 1936. Nous croyons donc pouvoir affirmer que le problème de la carburation forestière tend aujourd’hui vers sa solution dans notre pays.
- DISCUSSION
- M. E. Damour. — La très remarquable conférence de M. le Conservateur des Forêts Vaultrin a su attirer notre attention sur l’importance du problème de la gazéification du bois au point de vue de la défense nationale ; mais à côté de l’utilisation du bois comme carburant, par son emploi en gazogènes, pour les moteurs, comme succédané des essences, il serait sans doute intéressant d’envisager son utilisation pour remplacer la houille dans le chauffage des fours de grande industrie (verrerie, métallurgie) en cas de disette de charbon.
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- l’utilisation du bois gomme carburant.
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- Nous en avons fait l’expérience entre 19,16 et 1922, et, dès cette époque, la technique du gazogène au bois a fait de réels progrès, moins brillants sans doute que ceux que nous venons d’apprendre sur le gazogène pour moteurs, mais dont l’application pourrait être fort utile à la défense nationale, comme elle le fut à la fin de la grande guerre et pendant la période de reconstitution qui a suivi.
- A l’heure actuelle, nous connaissons au moins trois industries d’importance moyenne, utilisant du bois en grumes ou des déchets de bois, en gazogènes, pour tous chauffages y compris de très grands fours; ce sont : Les Islettes, Bayard, Vierzon ; et nous nous demandons si de tels emplois de notre richesse forestière ne devraient pas être encouragés et soutenus, ne fût-ce que pour servir de modèle à d’autres applications en cas de disette de charbon. C’est à la fois un problème de défense nationale et d’exploitation forestière.
- Le Congrès du Bois de Feu, tenu en juillet 1934, à Nancy, auquel nous avons eu l’honneur de collaborer, s’en est occupé. Il serait intéressant de savoir si le problème, rendu très difficile par des questions de prix et de frais de transport du bois, a été suivi après ce Congrès.
- ANNEXE I
- EMPLOI DES CARBURANTS FORESTIERS (DÉCRET-LOI DU 31 AOUT 1937.)
- Art. -1er. — A partir du lor juillet 1939, les services publics, les entreprises ou sociétés de transports publics de personnes ou de marchandises, qui possèdent au moins 10 camions ou autres véhicules automobiles de caractère industriel ou commercial, sont tenus d’utiliser le carburant forestier sur 10 p. 100 au moins de leur matériel roulant.
- Ce pourcentage pourra être augmenté par décret jusqu’à 20 p. 100 dans les dépar-ments dont le conseil général en aura fait la demande.
- La proportion de 10 p. 100 sera déterminée de la manière suivante : de 10 à 15 unités, la transformation portera sur 1 véhicule; de 16 à 23 unités, la transformation portera sur 2 véhicules; de 20 à 35 unités, la transformation portera sur 3 véhicules; et ainsi de suite, les véhicules transformés devant effectuer un service analogue à celui des autres véhicules du transporteur.
- Art. 2. — Le Ministre des Travaux publics pourra autoriser, après avis des conseils généraux des départements intéressés, l’emploi d’une autre force motrice d’origine nationale, à la place de carburants forestiers.
- Art. 3. — Le type des véhicules et des moteurs admis pour satisfaire aux prescriptions des articles F'1' et 2, ainsi que la force motrice utilisée en remplacement des carburants forestiers devront être préalablement agréés par le Ministre des Travaux publics, après avis du Ministre de l’Agriculture et de la Commission centrale des Automobiles. Des dispenses ou des délais pourront être accordés par arrêtés du Ministre des Travaux publics et du Ministre de l’Agriculture, après avis de la Commission centrale des Automobiles.
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- ANNEXE II
- CONSTRUCTEURS 0’AIM‘AREILS AU GAZ DES FORÊTS POUR AUTOMOBILES
- 1° Maison* construisant des véhicules à gazogène.
- a) Charbon de bois. b) Bois.
- Panhard et l.evassor, 19. avenue d’Ivry. Paris i J 3°:.
- Berliel, Yenissieux i Rhône!.
- Camions.
- Voilures el camions.
- 2° Maisons construisant des gazogènes.
- (Ces maisons montent aussi leur gazogène sur des véhicules quelconques.)
- a) Charbon de bois.
- Gohin-Poulenc, b, rue Thiers, Choisy- ) le-Roi (Seine). )
- La Lilloise (Gazogène Sabalier-Decau- ) ville), 1, rue Jules Lefebvre. Paris > (9e). )
- Libault (Gazogène « Gazauto »'), Playny ) (Nièvre). " " )
- Parmentier (Gazogène « Valet »), Élampes (Seine-et-OiseL
- Société
- Vierzonnaise de Construction
- Voilures, camions el tracteurs.
- Voitures, camions et tracteurs.
- Camions et tracteurs. Camions et tracteurs.
- b) Bois.
- c) Bois et. charbon de bois à la fois.
- (Gazogène « Le Moblot »), Vierzon-Forires IC lier).
- Carho-gazéiticalion du Bois (Gazogène C. G. B.), 70, avenue de Sainl-Manclé, Paris il2°).
- Imbert, Sarre-Union ;Bas-Rhim.
- Parmenlier (Gazogène « Valet »), { Hampes i Seine-eM lise :. S
- Ruslic, Montereau Seine-et-Marne;. Société Vierzonnaise de Construction \ (Gazogène « Le Moblot »), Vierzon- > Forges (Cher). )
- / Brandi. RU. boulevard Murat. Paris ji $ (DT;. $
- Camions et tracteurs.
- Camions et tracteurs.
- Camions et tracteurs. Camions et tracteurs. Tracteurs.
- Camions et tracteurs.
- Camions et tracteurs.
- 3" Maisons montant sur des véhiculés de leur marque des gazogènes construits par d’autres maisons.
- Latil. 8, quai du Maréchal Gallieni, ^ Camions et tracteurs;
- Suresnes (Seinei. ) Gazogène Cohin-Poulenc.
- Laurent, 23, avenue de la Porte des ) Camions;
- Ternes, Paris (17e). ) Gazogène Gohin-Poulenc.
- Piller, 24, rue Alibert. Paris (toc. Tracteurs.
- i Voilures, camions et trac-Renault, 8. avenue Emile Zola. Bil- ' leurs;
- laneourt (Seine). i Gazogènes Gohin-Poulenc
- f et Imbert.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NAT.
- SEPT.-OCT. 1937 (p. 419).
- LA TECHNIQUE DU IVIÉTAL EN FEUILLE MODÈLE AU MARTEAU
- par M. Gabriel Lacroix,
- orfèvre-sculpteur, professeur à l'École des Arts appliqués ci VIndustrie.
- Nous n'entreprendrons pas, ici, de faire l’histoire des arts du métal ni de remonter à leur origine. Nous rappellerons que depuis l’époque pharaonique jusqu’à nous, la technique du travail au marteau des métaux en feuilles a traversé les siècles et que les procédés sont restés sensiblement les mêmes : ils utilisent la constitution et les propriétés de la matière travaillée, et notamment son aptitude à l’allongement et à la rétraction. Les marteaux d’acier et les maillets de buis d’aujourd’hui ont peut-être remplacé les galets de pierre dure des premiers artisans, mais la technique est restée soumise aux mêmes lois.
- Le travail au marteau aussi bien pour l’exécution des masques d’or de Tout-Ankh-Amon que pour celle de la statue de la Liberté de Bartholdi s’est toujours décomposé en trois phases : rétreinte, sous-planage et recuit.
- L’épaisseur et l’étendue de la feuille de métal ayant été choisies en tenant compte des dimensions de l’objet à réaliser, la rétreinte, phase principale, est l’opération par laquelle on diminue l’aire de celte feuille plane, dans une direction convenable et qui dépend de la forme à obtenir. Ce travail s’exécute généralement avec des maillets de buis sur des tas d’acier dont le rayon est un peu plus court que le rayon de la pièce, pour les métaux souples (or, argent, cuivre rouge, cuivre demi-rouge ou jaune, etc.) et avec un marteau spécial dans les métaux nerveux (maillechort, nickel, ferro-nickel, etc). Rétreindre, c’est donc réduire ou répartir l’excédent du développement total, retasser le métal sur lui-même et augmenter judicieusement son épaisseur là où une surépaisseur sera nécessaire pour obtenir un creux profond.
- Pour les formes de section ronde ou ovale, destinées à l’orfèvrerie, le travail commence au voisinage du fond pour se prolonger vers la périphérie. Il n’en est pas de même pour le modelage d’une figure, d’un animal en ronde bosse et d’un seul tenant, qui relève de la sculpture directe dans le matériau définitif.
- La phase de rétreinte est la plus importante; c’est celle qui nécessite le plus de soin et d’observation; c’est d’elle que dépend la réussite de l’œuvre, c’est elle qui ménage ou « tue » le métal, c’est d’elle que vient l’irréparable accident. Sous l’action du maillet, à coup mi-portant, le métal s’incline en plissant. Chaque pli doit être résorbé : les molécules, en se resserrant et se chevauchant, laissent par endroits des surépaisseurs dangereuses que le sous-planage a pour but d’égaliser.
- Le sous-planage s’exécute au marteau; c'est un laminage à la main : les coups portants débrident les plis aigus, nivellent les excédents et affermissent les lignes de la première ébauche. Le métal ainsi frappé s’écrouit, perd sa souplesse et sa malléabilité.
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- 420 MODELAGE DU MÉTAL EN FEUILLE. — SEPTEMBRE-OCTOBRE 1937.
- Le recuit, alors, intervient : sur un foyer de coke ou de charbon de bois, ou à l’aide d’un chalumeau à gaz, le métal est porté au rouge sombre : les molécules se détendent et reprennent leur place primitive; après refroidissement, le métal a recouvré, en partie, sa malléabilité.
- Fig. 1. — Otarie (Musée du Luxembourg), 1925-1926.
- Cuivre demi-rouge; — Hauleur, 0,73 m; — Longueur totale de l’animal, 1,10 m.
- L’ensemble de ces trois phases : rétreinte, sous-planage et recuit constitue une passe.
- D’après des observations, faites sur un grand nombre d’ouvrages et basées sur plus de dix années de travail, il est prouvé que le métal en feuille de 0,8 mm ne résiste pas à plus de 45 passes semblables. Passé ce chiffre, sa constitution se modifie, par suite d’un travail interne encore mal connu et on voit apparaître
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- TECHNIQUE DU MÉTAL EN FEUILLE MODELÉ AU MARTEAU.
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- des réseaux de] gerçures, d’abord superficielles et nombreuses, puis gagnant en profondeur, pour faire place à des déchirures qui se multiplient.
- Le travail au marteau appliqué à ’ la statuaire est surtout connu par le « coquillé ». Les masques de Tout-Ankh-Amon et des princes de Mycènes, la
- Fig. 2. — Panthère (collection Zung), 1927. Cuivre demi-rouge; — Hauteur, 0,55 m.
- Minerve de Phidias, le saint Charles Borromée de Cerani, le Vercingétorix de Millet, les Christs de Caradosso et de Cellini, et, plus près de nous, le Lion et la statue de la Liberté de Bartholdi furent exécutés par ce procédé.
- Le coquillé est un estampage à la main sur une âme de bois ou dans un moule à bon creux, en fonte de fer ou en bronze.
- Quand le sculpteur a arrêté son modèle en terre, celui-ci est moulé en plâtre
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- 122 MODELAGE DU MÉTAL F,N FEUILLE.
- SEPTEM BBE-OCT' iBR F I 937.
- ce travail s’exécute par section de dépouille et le nombre en est variable. Toutes ces sections sont ensuite réunies dans une chape. Dans le moule à bon creux, on coule l’épreuve en relief, et, suivant l’importance de l’ouvrage, ce creux ou ce relief est confié au fondeur qui le reproduit en fonte, ou au menuisier qui en fait des gabarits. Le creux de dépouille est préférable pour le « coquillé » parce qu’il donne la forme extérieure définitive; l’épaisseur de la feuille estampée, se trouvant intérieure alors que. sur l’épreuve en relief, l’épaisseur est extérieure, il
- 3" passe. IIe passe.
- •.'ue passe. .'O'- passe.
- Fig. 3. — Le groupe d'ours ea rours d'exéruimn.
- s’ensuit un engraissement de la forme générale et un empâtement dans les détails.
- L’estampage s’effectue en plusieurs passes, par des moyens assez empiriques. La feuille est bridée sur la forme et appliquée en force aux maillets et ciselets de buis jusqu’à ce que tous les points portent: il en résulte un affaiblissement de l’épaisseur; celle-ci amenuisée provoque les déchirures.
- Les sections ainsi embouties sont assemblées par rivlires perdues sur couvre-joints. Aujourd’hui, la soudure autogène simplifie ce travail de montage.
- Les travaux que nous présentons (groupe d’ours, buste) sont exécutés d’une tout autre façon, d’un seul tenant, sans soudure ni rivurc.
- Comme pour tous les travaux de sculpture, le modèle, est d’abord modelé en
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- TECHNIQUE DU AJ ÊTA U EN FEUILLE MODELÉ AU MARTEAU.
- terre, puis moulé en plâtre pour obtenir un.relief qui servira de guide, mais de guide seulement.
- En pierre, l’œuvre serait reproduite, par le praticien, dans un bloc à trois dimensions dont le volume contient les dimensions du modèle; ce travail se ferait à l’aide d'un appareil de mise au point. Dans le procédé qui nous intéresse, la mise au point est impossible puisque nous partons sur deux dimensions seulement.
- Fig'. 4. — Groupe d’Ülrs, IU33-DI34.
- Cuivre demi-rouge; — Hauteur, 0,i)Ü ni; — Longueur, 1,20 m (33e passe).
- longueur et largeur; la troisième, 0,8 mm, est pratiquement inexistante. Pour le groupe d’ours, dont le développement mesure 2,70 m X 1,80 m sur 8/10 mm, c’est un travail à vue, sur une base instable, constamment en mouvement à chaque passe et surtout au cours de la phase de rétreinte.
- Dans le cas d’une œuvre de longue baleine, la première phase de rétreinte doit toujours être très faible et n’ètre que le prétexte d’un sous-planage serré pour briser le réseau moléculaire créé par le laminage.
- Sous le choc provoqué par le maillet ou le marteau, le métal vibre sans cesse, entraînant une déformation générale qu’il faut reprendre sans cesse aussi. Pour les besoins du modelé, celui-ci étant obtenu par la répartition du métal, à vide,
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- 42-4 MODELAGE DU MÉTAL EN FEUILLE
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- et, sans le secours d’une âme de bois ou de bronze, comme dans le coquille, il est nécessaire, d’opérer non plus suivant la formule habituelle, c’est-à-dire de rétreindre d’un point voisin du pins haut relief vers la périphérie, mais, quelque-
- Fig 5. — Portrait de S. L. 1927. Argent 1er titre; — Hauteur, 0,30 m.
- fois, d’un autre point, ou bien en sens contraireùle la périphérie vers l’endroit où le métal est déficitaire, quant au développement ou à l’épaisseur, pour atteindre un point profond.
- Ce qui importe surtout c’est le développement des creux et des reliefs : ceux-ci doivent être obtenus par refoulement ou déplacement et non par emboutissage. Il
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- TECHNIQUE DU MÉTAL EN FEUILLE MODELÉ AU MARTEAU.
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- convient souvent d’augmenter l’épaisseur de pins du double, comme c’est le cas du groupe d’ours dans la partie comprise entre le museau et l’attache des épaules ; toute cette zone fut portée de 0,8 à 2,2 mm. Cette réserve d’épaisseur accumulée semblait a priori nécessaire pour obtenir le creux compris entre le museau et les pattes, et, pour le cas où le calcul du développement se serait révélé inexact; il ne le fut qu’en partie, puisque, sur la réserve. 0,5 mm seulement furent prélevés. L'œuvre réalisée après 35 passes et 21 mois de travail, les points les plus faibles sont restés supérieurs d’au moins 0,1 mm à l’épaisseur initiale.
- Ce procédé de sculpture au marteau exige, non seulement que l’on connaisse parfaitement la technique, mais aussi qu’on sache prévoir la répercussion du travail partiel sur la forme générale, et qu’on connaisse les défauts et les qualités du matériau employé pour pouvoir en profiter opportunément.
- Quant au modelé, c’est à l’artiste qu’il appartient, lorsqu’il dispute la forme à la matière centimètre par centimètre, de s’arrêter lorsque la ligne satisfait son œil, ou de modifier sans crainte son sujet lorsque, pour des raisons d’ordre technique, le métal indique que sa résistance ne permet pas d’aller plus loin.
- Ce procédé demande un temps d’exécution beaucoup plus long que n’importe quel autre procédé de la statuaire et comporte plus de risques. L’accident est toujours à redouter qui anéantira des mois de travail, mais il a l’avantage de créer une œuvre unique qu’il est impossible de reproduire.
- NOTE BIBLIOGRAPHIQUE
- La destruction des mollusques terrestres par l’emploi du méthanal.
- — Le méthanal, ou métaldéhyde, polymère solide de l’aldéhyde éthylique, se trouve dans le commerce en plaquettes, sous le nom de « méta »; depuis quelques années, il sert aux touristes comme combustible portatif. II a la propriété d’attirer et de tuer les limaces, loches et escargots. Le mécanisme de cette double action spécifique, découverte récemment, est encore mal connu.
- M. A. Balaciiovsiu, professeur à l’Ecole d’Agriculture de Grignon, décrit, dans Cultures modernes de juin, le meilleur mode d’emploi du méthanal pour débarrasser les jardins des mollusques parasites.
- On mélange 60 g de poudre de méthanal à 1 kg de son; ce « son métal-déliydé » est déposé en lignes, ou en petits tas, de quelques grammes, distants de 40 cm (à raison de 40 à 50 kg de son métaldéhydé par hectare). Quelques heures plus tard, de nombreuses limaces sont trouvées autour du son métaldéhydé; elles ne tardent pas à mourir, puis à se dessécher. La mort survient quelques heures après le premier contact. Le métaldéhyde, insoluble dans l’eau, conserve son pouvoir attractif pendant plusieurs jours, et, au bout d’une semaine, les jardins qui étaient infestés de limaces en sont débarrassés.
- Le méthanal n’est toxique pour l’homme et les animaux supérieurs qu’à raison de 0,5 g par kilogramme d’animal vivant, et l’empoisonnement n’est possible que par ingestion volontaire et massive. Il faut donc empêcher la volaille de pénétrer dans le jardin pendant la semaine du traitement. e. l.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NAT. — SEPT.-OCT. 1937 (p. 426).
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- par M. Albert Demolon, Inspecteur général clés Stations et Laboratoires de Recherches agronomiques.
- aperçu historique. — A la fin du xvie siècle, Olivier de Serres commençait ainsi le premier chapitre de son Théâtre d'Agriculture : « Le fondement de l’agriculture est la cognoissance du naturel des terroirs que nous voulons cultiver. » Il écrivait un peu plus loin : « Selon que la composition des argiles et sablons s’en trouve bien ou mal faite, les terroirs seront fertiles ou stériles. » Pendant les trois siècles qui suivirent, les agronomes se sont contentés de ces notions fort sommaires et la seule classification des sols est demeurée celle qui les dénommait « terres fortes, légères, franches ». En définitive, pendant toute cette période, le sol fut considéré comme un support et, de ce fait, on ne lui attribua qu’un rôle secondaire.
- C’est à éclaircir le mystère de la nutrition végétale que les efforts des chercheurs se sont attachés avant tout. Déjà, en 1563, Bernard Palissy publiait sa Récepte véritable par laquelle tous les hommes de la France pourront apprendre à multiplier et à augmenter leurs trésors. Il y posait nettement le principe de l’existence des sels minéraux dans la terre et de leur utilité dans l’alimentation de la plante et de la restitution au sol des éléments prélevés par les récoltes. Mais ces vues si justes demeurèrent totalement ignorées pendant plus de trois siècles.
- La situation ne changea que lorsque Liebig (1840), eut érigé en doctrine l’ensemble des faits mis en lumière par Lavoisier, de Saussure, Boussingault, établissant que la plante puise dans le sol des éléments comme l’azote, le phosphore, le potassium, qui, tout en ne constituant quantitativement qu’une faible partie de sa substance, sont néanmoins essentiels à son développement; dès lors, s’ouvrit l’ère des engrais chimiques, au cours de laquelle l’étude du sol eut un aspect uniquement chimique, commandé par la préoccupation d’apprécier sa teneur en éléments utiles aux récoltes. Les résultats obtenus marquèrent assurément un progrès considérable de l’agriculture, et la terre, nourricière des hommes, répondit à leurs désirs de lui voir produire toujours davantage. Néanmoins, l’effort considérable effectué sous un angle trop exclusivement chimique n’aboutit en somme qu’à des résultats partiels faute d’une intelligence suffisante du mécanisme des phénomènes; tant il est vrai que. pour commander à la nature, il faut tout d’abord connaître ses lois.
- l’oeuvre d’eugène risler et de j. j. th. schlqesing. — C’est seulement dans la période récente que l’étude du sol, considéré comme une formation naturelle, c’est-à-dire étudié en lui-même et pour lui-même, esL entrée dans une phase active
- (1) Communication faite en séance publique, par l’auteur, le 13 février 1937.
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- sur la base des concepts nouveaux. Mais, avaût d’aborder ce sujet, je tiens à vous rappeler ce que la science du sol doit à deux savants français. Risler et Schlœsing, qui, dans des domaines différents, furent des initiateurs.
- Eugène Risler (1828-1905). qui créa à l’Institut agronomique l’enseignement de l’agriculture comparée, eut le grand mérite de comprendre la nécessité d’un plan d’ensemble et d’une doctrine dans l’étude du sol. II les trouva dans l’application de la géologie à l’agriculture, qui fut la pensée maîtresse de son œuvre. « Lorsque vous saurez d'où la terre vient, disait il à ses élèves, vous serez bien près de savoir ce qu’elle est ». L’origine de la terre arable devenait ainsi une considération dominante en agronomie; la carte géologique détaillée à grande échelle fut considérée comme la meilleure carte agronomique. Nous verrons tout à l’heure quelles corrections il convient d’apporter à ces vues schématiques, qui ne renferment qu’une partie de la réalité. Ce qui reste intact, c’est la notion, solidement établie par Risler, de la spécialisation nécessaire des systèmes de culture suivant les aptitudes des milieux naturels.
- La seconde figure que je désire évoquer devant vous est celle de J.-J. Th. Schlœsing (1824-1919). Une partie de l’œuvre de Schlœsing, qui, sans être la plus connue aujourd’hui n’en était pas moins profondément originale à l’époque, est celle relative à la constitution physique du sol qu’il fut le premier à approfondir. Sa maîtrise expérimentale et son esprit pénétrant d’analyse le conduisirent à dégager à cet égard un ensemble de principes et de notions nouvelles qu’il sut toujours interpréter avec un jugement sur. C’est ainsi que, le premier, il constata qu’une terre débarrassée de ses parties calcaires et sableuses donne dans l’eau distillée une suspension trouble dont certains éléments de grande ténuité peuvent rester indéfiniment en suspension. Il appela cette fraction d’une manière très heureuse « argile colloïdale ». Toutes les propriétés physico-chimiques en furent indiquées avec netteté; il montra notamment que l’argile colloïdale coagule par addition de faibles quantités d’acide, de sels alcalins et, surtout, alcalino-terreux, et il en souligna le rôle comme ciment dans des termes auxquels il n’y a pour ainsi dire rien à changer aujourd'hui.
- la science du sol actuelle. — Arrivons maintenant à la période récente, où la science du sol a reçu une vive impulsion et où elle a d’ailleurs pu affirmer sa personnalité et conquérir son autonomie.
- Ce qui caractérise cette période c’est, d’une part, le développement de la pédologie, qui fit l’objet ici même d’une conférence de M. Agafonoff en 1928 - et, d’autre part, 1’application au sol de la chimie colloïdale.
- La pédologie, dont nous ne parlerons qu’en agronome, nous a apporté dans l’examen du sol, considéré en lui-même et en place, des vues nouvelles qui, dans leur forme actuelle, sont aujourd'hui partout admises. Elle a substitué, à l’analyse au laboratoire d’échantillons superficiels, un examen plus large et plus expressif de ce que l’on appelle le profil du sol, c’est-à-dire d’une coupe verticale.
- (2) Voirie Bulletin d’aoùl-septembre-octobre 1928, p. 585-002.
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- Ce profil, qui comporte le plus souvent une série d’horizons, fournit l’expression de l’ensemble des processus intervenant dans la formation du sol, c’est-à-dire des transformations subies par les roches-mères et aussi des mouvements de substances liés à la circulation de l’eau. Cet ensemble de phénomènes se trouve intimement lié au climat dont dépend également la végétation, source de la matière organique.
- Si on examine la répartition des sols du monde à petite échelle, on constate qu’ils peuvent être classés en quelques types principaux, indépendants delà nature des roches-mères, et correspondant aux différentes zones climatiques définies par les géographes. Par contre, lorsqu’on se place à plus grande échelle, lorsqu’on examine par exemple les sols de France, les conditions climatiques varient peu. La différenciation des sols est alors fonction, à la fois, de la nature des roches-mères et de toutes les conditions susceptibles de faire varier en nature et en intensité les processus de leur évolution.
- Tout sol présente en effet une évolution continue ; il naît, se développe, se différencie en horizons et, après un stade de maturité, peut faire retour à l’état inerte, avec suppression de toute vie. La durée de cette évolution est relativement longue, eu égard à la durée habituelle de nos observations; néanmoins, ce serait une erreur d’en faire abstraction. Il existe des sols relativement jeunes, comme les terres noires de Limagne, les terres vertes du Roussillon, et d’autres, beaucoup plus anciens, comme nos limons des plateaux. De même, il arrive que l’érosion, en enlevant les couches de surface, a mis à nu, dans une période récente, des roches-mères comme les granités ou la craie, sur lesquels ont ensuite pris naissance des sols évidemment plus jeunes que ceux qui se sont développés au voisinage sur les mêmes roches-mères, mais à une époque plus ancienne et qui sont restés en place. Il est facile de comprendre que c’est surtout pour ces sols jeunes que l’influence de la roche mère apparaît avec le plus de netteté, tandis que cette influence devient de moins en moins prépondérante au fur et à mesure que l’âge du sol augmente; pour les sols évolués, la nature du substratum le cède alors aux conditions climatiques. Cette notion de Yâge des sols est un élément fort utile dans l’interprétation de leurs caractères spécifiques et dans leur classification génétique.
- En France, où les conditions climatiques de température et de pluviométrie sont celles propres à la zone tempérée humide, nos sols appartiennent à la zone dite « podzolique », qui couvre toute l’Europe septentrionale. En quoi consiste cette podzolisation?
- Dans nos régions, où l’évaporation est toujours très inférieure à la hauteur de pluies, les sols drainent, au moins de façon intermittente; ils sont donc, de ce fait, soumis à un lessivage plus ou moins intense. En perdant progressivement leurs bases et surtout leur calcium sous forme de sels solubles, ils évoluent vers l’acidification. Dès lors, migrent, à l’état de suspensions colloïdales, les oxydes de fer et de manganèse, l’argile, la matière humique qui se déposent à un niveau inférieur. Il en résulte la superposition de deux horizons, l’un supérieur A, d’élimination, l’autre inférieur Aa, d’accumulation. L’horizon A se subdivise lui-même
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- en deux; un horizon A', qui présente une coloration foncée due à l’accumulation de l’humus, et un horizon A", situé au-dessous, qui est toujours plus ou moins décoloré et parfois complètement blanchi (comme de la cendre). Ce stade ne s’observe qu’exceptionnellement chez nous pour des sols sableux, c’est-à-dire très perméables, sous couverture forestière agissant par réduction de l’évaporation et en présence d’humus acide, comme celui de résineux ou de bruyères. Ce cas limite se trouve réalisé dans les Landes; nous en avons trouvé d’autres exemples en Bretagne et dans les Vosges. En fait, on peut rencontrer des profils plus ou moins podzoliques un peu partout, par exemple, dans les sols d’argile à silex (doucins des Cliarentes) mais, le plus souvent, les différences entre les horizons sont peu marquées et n’apparaissent qu’à l’analyse.
- Ce processus podzolique correspond à une perte progressive de fertilité, et on conçoit tout l’intérêt qui s’attache pour l’agriculture à lutter contre les conditions qui tendent à la fois à la détérioration de la structure naturelle du sol et à son appauvrissement continu. L’agriculteur, en effet, ne doit pas viser uniquement l’obtention temporaire de hauts rendements; il doit aussi attacher la plus grande importance à la conservation de son sol. Les labours profonds, surtout lorsqu’ils entament l’horizon d’accumulation, représentent notamment un moyen actif d’y contribuer.
- Pratiquement, la plupart de nos sols de France appartiennent à des types de transition éloignés des types extrêmes et relativement peu évolués. Tel est, en particulier, le cas des sols dits « bruns », dans lesquels ne s’observent pas actuellement la différenciation en horizons dont nous venons de parler. Ce sont des sols renfermant toujours une certaine proportion d’argile et qui, bien qu’exempts de carbonate de chaux, ont maintenu leur complexe absorbant saturé de bases et la neutralité de leur réaction : ils sont en équilibre avec le milieu extérieur. La culture a généralement contribué à cet état de choses, d’une part, en réduisant le volume d’eau de drainage et, d’autre part, grâce au retour en surface, sous forme de matière organique, des éléments tirés des couches profondes du sous-sol par certaines plantes. La classification de ces sols très divers nécessite l’association au critérium génétique d’un ensemble d’autres propriétés (constitution mécanique, profondeur, perméabilité, situation, etc.).
- Je ne puis insister ici sur les différents sous-types de sols qu’on rencontre en France; mon but a été surtout d’attirer votre attention sur cette notion qu’un sol peut et doit être examiné sous un angle qui tient compte d’un de ses caractères fondamentaux, représenté par sa dynamique interne.
- J’ajoute que, dans un avenir très prochain, paraîtra la carte des sols de France à 1/1000000. dressée sur ces bases, sous les auspices de l’Association française pour l’Étude du Sol. Cette carte apportera à l’agronomie comparée le plan directeur dont Risler avait compris la nécessité et que la géologie seule ne lui avait fourni qu’incomplètement.
- Passons maintenant aux faits mis en lumière par la chimie des colloïdes. L’état colloïdal, intermédiaire entre celui qui caractérise les roches et celui des solutions,
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- représente un stade de transition très général dans la genèse et l’évolution des sols. Ce sont les colloïdes qui confèrent au sol son caractère de milieu adapté au développement de la vie végétale.
- Les colloïdes minéraux y sont représentés surtout par l’argile et les colloïdes organiques par les matières humiques. Nous sommes sans doute encore mal renseignés aujourd’hui sur la constitution de ces colloïdes. Le mot « argile », par exemple, apparaît comme une expression vague : il existe une infinité d’argiles, représentées par des mélanges d’alumino-silicates, les uns, comme la kaolinite, liés à la dégradation des roches ignées, les autres, comme les montmorillonites, de néoformation, résultant de la précipitation mutuelle, dans des conditions de milieu variables, des colloïdes préformés. De plus, nous savons aujourd’hui que les colloïdes argileux évoluent; voici, par exemple, la matière argileuse obtenue après cinq ans dans l’altération spontanée d’un granité placé en cases lysimé-triques. Ces colloïdes, dont la structure est microcristalline, diffèrent de ceux auxquels la même roche-mère a donné naissance en place au cours des siècles. Ils sont plus riches en silice et en bases. De même, l’argile du lœss diffère de celle qu’on extrait de la terre à briques qui en dérive.
- Quant aux colloïdes humiques, nous connaissons aussi imparfaitement leur constitution. Par contre, nous savons beaucoup mieux comment les colloïdes se comportent dans le sol et il n’est pas excessif d’affirmer que leur étude a complètement rénové nos conceptions antérieures en ce qui concerne le mécanisme des phénomènes dont le sol est le siège. C’est en agissant de façon inconsciente sur les colloïdes que l’agriculteur expérimenté obtient, par le travail du sol, cette structure granuleuse qui assure aux végétaux l’air et l’eau qui leur sont nécessaires. C’est par l’apport de colloïdes humiques, en petites quantités, qu’il peut régénérer une structure devenue trop continue.
- On peut dire que la mécanique chimique des sols relève essentiellement de la chimie colloïdale. C’est, en effet, grâce à ces colloïdes, formant ce qu’on a nommé le complexe absorbant, que le sol emmagasine les éléments minéraux nutritifs nécessaires à la végétation.
- Il est une autre propriété importante des sols, liée à la présence des colloïdes, c’est ce qu’on appelle le pouvoir-tampon, c’est-à-dire l’aptitude à résister aux changements de réaction. C’est ainsi qu’un sol suffisamment argileux dont le complexe absorbant est saturé offre une résistance considérable à l’acidification que les pulvérisations sulfuriques ou la nitrification de fortes fumures ammoniacales provoqueraient dans des sols sableux.
- D’une façon générale, grâce à ses colloïdes, le sol obéit à la loi dite de modération, commune à tous les systèmes naturels comportant des équilibres; il présente donc, en définitive, une grande analogie avec les milieux vivants, et c’est là assurément un aspect nouveau de la nature du sol.
- DEUX EXEMPLES DE L’UTILITE DE LA SCIENCE DU SOL POUR L’AGRICULTURE. — Je voudrais, maintenant, montrer que la science du sol n’a pas seulement évolué au
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- point de vue intellectuel, mais qu’elle est susceptible de servir directement l'agriculture. J’en choisirai deux exemples parmi beaucoup d’autres.
- Le premier concerne l’utilité delà caractérisation des types génétiques de sols. On a beaucoup parlé dans ces derniers temps de la nécessité d’une orientation de la production vers la qualité et on a parfois opposé qualité et quantité en émettant notamment l’opinion que les engrais, en augmentant la production, avaient contribué à en diminuer la qualité. Examinons comment se présente la question. A cet effet, nous schématiserons les faits de la façon suivante.
- plante------------------------>- espèce------------------->- variété
- On voit que la qualité correspond à l'adaptation d’une variété bien choisie à un milieu physique déterminé. Celui-ci (sol -h climat) trouve son expression dans le type génétique, tel que nous l’avons défini précédemment; on conçoit donc tout l’intérêt pratique qui s’attache à l’œuvre cartographique dont j’ai parlé tout à l’heure. L’adaptation variété-milieu physique caractérise un cru, notion qui nous est familière dans certains cas, comme la vigne, mais qui doit de plus en plus être étendue à toutes les cultures, et, tout d’abord, aux cultures fruitières. Il faut d’ailleurs noter que la qualité demeure fonction d’un facteur essentiel qui nous échappe, le caractère de l’année.
- Quant aux engrais, ils représentent un facteur de croissance, intervenant directement dans le rendement, modifiant peu la composition des produits récoltés à maturité comme les grains, davantage celle des récoltes en vert.
- En définitive, qualité et rendement ne sont nullement antagonistes; ils peuvent être associés et devront même l’être de plus en plus dans l’avenir grâce à la coopération de la génétique des sols et de celle des végétaux.
- Mon deuxième exemple sera emprunté à la chimie colloïdale. Vous savez que, dans certains sols calcaires, les végétaux présentent des trou blés physiologiques désignés sous le nom de chlorose et qui sont imputables à l’absence de fer assimilable. L’expérience montre que l’apport au sol de sels solubles de fer, même en quantité massive ne remédie que pendant fort peu de temps à cette carence en raison de l’insolubilisation en milieu alcalin et de l’immobilisation du fer apporté. Or, l’observation des phénomènes naturels montre la formation, sur des roches-mères calcaires, d’une terre rouge, la « terra rossa », dans laquelle le fer a migré de la profondeur vers la surface. Cette migration est rendue possible grâce à la formation de complexes colloïdaux dans lesquels intervient la silice, comme on peut le montrer expérimentalement. Si on introduit dans un tube, en quantités convenables, un hydrosol fer-
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- rique, puis une solution alcaline de silice colloïdale, il se forme, dans ces conditions, un complexe pseudo-soluble non précipitable en milieu alcalin, mais décomposable par exemple sous l’action de l’anhydride carbonique. Sous cette forme, le fer peut traverser une colonne de carbonate de chaux et venir constituer en surface un dépôt analogue à celui de la terra rossa. Ces composés sont susceptibles de se comporter comme une source de fer assimilable par les plantes. Ils sont donc appelés à constituer pour l’agriculture le remède simple et efficace, qui lui a manqué jusqu’ici, contre la chlorose.
- Je pourrais allonger beaucoup la liste de ces explications et montrer en particulier les rapports étroits entre la mécanique chimique du sol et sa fertilisation. J’estime en avoir assez dit et vous avoir convaincus que, dans une période où notre agriculture doit comporter la souplesse nécessaire à des modiücations indispensables, la science du sol, devenue plus compréhensive, peut l’aider puissamment à s’adapter et à mieux produire. La science du sol répond en effet étroitement aux vues formulées avec tant de sagacité par Olivier de Serres dont je parlais en commençant et qui ont gardé toute leur valeur : « La connaissance du naturel des terroirs reste en effet aujourd’hui encore le fondement de l’agricidture. »
- DISGUS S ION
- M. Waton. — H y a une quarantaine d’années, je suivais à l’École des Mines les leçons de savants comme Henry Le Chatelier, les géologues Marcel Bertrand, Cayeux, de Launay, Douvillé, Zeiller, le minéralogiste Mallard, continuateur de Haüv et de Bravais, le chimiste Adolphe Carnot, le mécanicien Sauvage. J’ai connu aussi Schlœsing.
- On avait depuis plusieurs années supprimé le cours d’agriculture, à tort du reste, car la loi minière d’accesssion 1;, heureusement remplacée en France par la loi de concession du 21 avril 1810, subsistait dans de nombreux pays comme l’Angleterre et la Russie, pays où quelques-uns d’entre nous eurent à exercer leur profession, ce qui, comme on le verra plus loin, supjaosait des connaissances agronomiques.
- Nos professeurs nous enseignaient que, pour établir les cartes géologiques, il fallait supposer le sol décapé de toute la terre arable. Mais ils ajoutaient, suivant la théorie d’Eugène Risler, que ces cartes géologiques à grande échelle indiquaient la valeur des terres à cultiver, l’influence des roches-mères étant prédominante.
- Quelques années après, exerçant la profession d’ingénieur missionnaire des forges et des mines (missions en France, Italie, Pologne, Finlande, Russie, Caucase, Oural, Sibérie, Asie centrale transcaspienne), je parcourais l’Europe orien-
- (1) Le propriétaire du sol est celui du sous-sol.
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- taie. Mon ami, le grand géologue Loutoughine l'2) attira mon attention sur des faits que j’avais d’ailleurs déjà observés.
- De l’Océan Pacifique à l’extrémité de l’Asie, jusqu’en Europe, notamment dans le Sud russe, la Roumanie et la Macédoine, s’étendent de l’Est à l’Ouest des zones culturales indépendantes du sous-sol, et à tel point qu’en s’endormant en wagon-lit, on se réveille parfois le lendemain ayant sous les yeux le même paysage que la veille, comme si le train n’avait pas bougé. Ces zones sont : la toundra, désert glacé polaire avec des lichens, des mousses, de rares arbrisseaux; la taïga, forêt vierge; le tchernoziom, terre noire, formé, non par la décomposition des feuilles des arbres des forêts, mais par celle de mousses et d’hépatiques, constituant un engrais naturel, terres ne nécessitant pour produire d’abondantes moissons que des labours superficiels et l’eau des pluies 2 (3), et, enfin, la steppe, le plus souvent herbeuse.
- Quand la théorie des roches-mères, partiellement vraie, notamment dans les climats tempérés comme celui de la France, fut remplacée par celle que vient de nous exposer le conférencier, ce fut, pour beaucoup, un sentiment de stupeur. Heureusement, les connaissances acquises au cours de mes missions m’ont préservé de cette stupeur, car, comme chef d’industrie dans les houillères, forges et mines, j’avais à m’occuper de domaines agricoles de plusieurs milliers d’hectares, et j’ai beaucoup regretté alors la suppression du cours d’agriculture à l’École des Mines. Mes missions m’ont aussi appris ceci, et c’est peut-être là une application assez inattendue de la pédologie, que les révolutions russes de 1903-1906 et de 1917-1918 ont eu une origine agraire. Dès le milieu du xixe siècle, l’immense Russie manquait de terres, j’entends de terres aménagées, car : celles qui sont dues à la seule nature ne suffisaient plus à une population d’accroissement formidable (135 millions en 1916, actuellement, 162 à 165 dans les limites de l’U. R. S. S.).
- Je connais mal les résultats donnés par les sovkhoz et plus mal encore ceux qu’ont donnés les kolkhoz, mais il n’est pas douteux que le gouvernement soviétique a fait de grands efforts pour aménager des terres naturellement fécondes et que si cela avait été fait plus tôt ou si le paysan russe, le krestia-nine — le terme moujik est injurieux — avait eu le savoir, l’esprit d’économie, l’ingéniosité et la capacité de travail de notre admirable paysan français, s’il avait été guidé dans la voie du progrès par des agronomes comme les nôtres et comme il en a aujourd’hui, il est fort probable, et c’est là où je voulais en venir, qu’il n’y aurait pas eu de révolution en Russie.
- (2) Le professeur Loutoughine a établi la carte géologique du bassin du Donetz, d’une étendue comparable à celle d’une grande partie de la France (mais 1 m de charbon sur 100 m de stampe, au lieu de 4 m dans le Nord, le Pas-de-Calais, la Weslphalie). Ces terrains permo-carbonifères (sléphanien) comportent peu de fossiles végétaux dans tes couches de houille, mais des fossiles minéraux caractérisant les étages dans les couches calcaires intermédiaires.
- (3) Si les pluies manquent au printemps et à l’aulomne, c’est la sécheresse, comme en 1840, 1803, 1921, et la famine. C’est le pays d’une lièvre paludéenne très tenace, la fièvre octane, décrite il y a 50 ans par le Dr Dieulafoy, le « général Fièvre », comme on dit en Macédoine.
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- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
- Gazogènes au gaz des forêts pour petits moteurs fixes ou semi-fixes.
- — En Allemagne comme en France, il y a surproduction de bois de feu et l’extraction du pétrole est faible quoique beaucoup moins faible qu’en France. On s’est donc efforcé d’utiliser le gaz des forêts, non seulement dans les moteurs d’automobiles, pour lesquels le ravitaillement sur route n’est pas encore au point partout, mais aussi dans des petits moteurs, fixes ou semi-fixes, d’une puissance minimum de 5 ch. Leur fonctionnement est d’ailleurs encore plus régulier que sur les automobiles. Dans la Zeitschrift des Vereines deutscher Ingenieure du 20 février 1937, M. Kneule donne des renseignements détaillés sur ces gazogènes et ces moteurs.
- Les gazogènes sont conçus sur les mêmes principes que les appareils plus puissants; ils appliquent la gazéification descendante pour le bois, qui dégage du goudron, et la gazéification ascendante pour le charbon de bois. Les gazogènes à bois sont d’ailleurs de beaucoup les plus répandus. Tous ces gazogènes fonctionnent sous l’aspiration du moteur.
- Dans le gazogène Kühne (de 7 à 25 ch), décrit par l’auteur, avec des déchets de bois d’un pouvoir calorifique inférieur de 3 200-3 900 cal/kg, on obtient un gaz d’un pouvoir calorifique de I 290 cal/m3; la consommation est de 1-1,2 kg/ch.h; le pouvoir calorifique inférieur du bois en morceaux étant de 3 500 cal/kg, le gaz a le même pouvoir calorifique, mais la consommation n’est que de 0,8 kg/ch.h. Sur la base de 20 fr les 100 kg de bois en morceaux, le cheval-heure revient à 0,18 fr. Le prix de 20 fr est un prix commercial, non applicable si le bois est approvisionné directement.
- Ce gazogène peut aussi fonctionner au charbon de bois. Son pouvoir calorifique inférieur étant de 7 500 cal/kg, celui du gaz est de 1 340 cal/m3, et la consommation est de 0, 4 kg/ch.h.
- Les moteurs qui utilisent le gaz des forêts sont tous à quatre temps et à simple effet ; leurs constructeurs étant généralement les mêmes que ceux des moteurs Diesel, leurs dispositions rappellent celles de ces moteurs. Le taux de compression est généralement de 8.
- La carburation méthylante parle procédé Michot-Dupont appliquée aux oléagineux coloniaux. — M. Miciiot-Dupont a cherché à appliquer aux oléagineux coloniaux le procédé de la carbonisation méthylante des lignites et des tourbes qu’il a décrit dans le Bulletin de mai-juin 1937, p. 227-216. Il a donné les résultats, très encourageants, des essais qu’il a effectués sur les arachides brutes dans le Bulletin de VAssociation des Chimistes de Sucrerie de mai 1937.
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- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES.
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- Si on carbonise des arachides en coques, on obtient une huile noire, de fluidité moyenne, à forte odeur, de densité élevée (d = 0,950) et très instable, qui s’oxyde et se polymérise, devient pâteuse et alors distille mal. Cette instabilité est due au coke formé, qui est d’une forte réactivité et agit comme catalyseur. En utilisant cette propriété et en additionnant les arachides de différents réactifs alcalins, on augmente le rendement en huile et on améliore sa qualité. Ces réactifs sont à peu près les mêmes que ceux qui ont été employés pour la carbonisation méthylante des lignites et des tourbes. Leur nature et leurs proportions ont varié dans les différents essais. Ce sont : 1° acétate de chaux, 2 p. 100, plus carbonate de soude Solvav, 4 p. 100, et des traces de limaille de fer; — 2° soude caustique, 2 p. 100, plus chaux éteinte, 2 p. 100; — 3° carbonate de soude et chaux vive en proportions telles qu’ils donnent le même pourcentage de soude caustique que dans le mélange précédent. Avec ce dernier mélange, moins cher que les précédents, mais donnant à peu près les mêmes résultats, on obtient une huile beaucoup moins dense (0,880 < d < 0,915) que sans addition de réactifs, et fournissant à la distillation une fraction en essence; de densité 0,816 pouvant atteindre près de la moitié du poids de l’huile brute. Cette essence renferme une proportion notable d’aromatiques. Le résidu de la distillation est un mazout utilisable comme combustible.
- Des essais semi-industriels portant sur un total do 530 kg d’arachides non triées et plus ou moins avariées, ont fourni en moyenne : 39,3 p. 100 d’huile, 20,2 p. 100 de coke et 40,5 p. 100 d’eau et de gaz.
- En faisant varier la composition du mélange soumis à la carbonisation, celle des réactifs et les conditions de la distillation de l’huile brute, on peut obtenir toute une gamme de produits : l’essence; un gaz butane lourd, utilisable dans les pays chauds; le pétrole lampant, consommé par les indigènes; l’huile pour Diesel; le mazout et le coke lui-même, qui est un assez bon combustible. Les gaz, d’un très haut pouvoir calorifique, sont produits en quantité plus que suffisante pour assurer le fonctionnement de l’installation.
- Les nouvelles automotrices des Chemins de fer français. — On peut voir actuellement à l’Exposition des Arts et Techniques de Paris (Section des Transports, Esplanade des Invalides) la plupart des nouvelles automotrices construites pour les grands Réseaux français qui avaient été exposées antérieurement à la gare de l’Est. Ces automotrices sont décrites en détail par M. Henry Martin dans Le Génie ci cil des 7 et 14 août 1937.
- A l'exception des automotrices Bugalti et des michelines, qui sont équipées avec des moteurs à essence, tous ces véhicules sont actionnés par des moteurs Diesel à huile lourde, sauf une automotrice de la Compagnie de l’Est, qui est pourvue d’un moteur à gazogène utilisant un charbon de bois spécial, obtenu par la carbonisation de traverses réformées. Ils sont à transmission ou mécanique on électrique.
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- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES.
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- Les types décrits par Tau leur sont, dans la première catégorie :
- l’automotrice articulée à bissel de la Société Somua, destinée au Réseau P. L. M., à moteur Diesel à 8 cylindres, développant 350 cli à 1 500 tours par minute. Sa vitesse maximum est de 120 km/h;
- l’automotrice de la Société lorraine des anciens Etablissements de Dietrich, à deux bogies moteurs, actionnés chacun par un moteur Diesel à 6 cylindres, développant 130 ch à 1 600 tours par minute. Elle a fourni, sur le Réseau de l’Etat, une vitesse maximum de 120 km/h;
- l’autorail Standard des Aciéries du Nord, en service sur les réseaux du P. O.-Midi, de l’État et P. L. M. Elle est à deux bogies dont un seul moteur; le moteur Diesel est à 8 cylindres, d’une puissance de 280 ch à 1 400 tours par minute. La vitesse maximum do cette automotrice est de 133 km/h;
- l’autorail type Charentaise à gazogène au charbon de bois, de la Compagnie de l’Est, dont on a transformé le moteur Diesel et où le gazogène a pris la place des réservoirs à huile lourde. Le moteur, à 6 cylindres, développe 190/210 ch à 1 100 tours par minute, et consomme 320 g de charbon de bois par cheval-heure. La vitesse maxima est de 80 km/h.
- Les automotrices à transmission électrique décrites sont :
- l’automotrice de la Société nouvelle Decauville aîné, en service sur les lignes des Alpes du Réseau P. L. M. Elle est à adhérence totale, à deux bogies moteurs pourvus chacun d’un moteur Diesel Saurer BZD de 300 ch à 12 cylindres, tournant à 600 ou 1 500 tours par minute. La vitesse normale en palier est de 100 km/h ;
- l’autorail Berliol, à deux bogies, dont un seul moteur à deux moteurs Diesel à 6 cylindres, de chacun 150 ch. La vitesse maximum est de 110 km/h;
- l’automotrice de la Société Corpet, Louvet et CA, du Réseau de l’État, d’une puissance nominale de 500 ch, pouvant recevoir deux voitures remorquées ; elle esta deux bogies dont un moteur, chacun de ses deux essieux étant actionné par un moteur Diesel à 6 cylindres à 4 temps, faisant 600 ou 1 000 tours par minute.
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- L’EMPLOI DES GAZ INSECTICIDES POUR LA DÉSINFECTION DES PLANTES*'
- La désinfection des plantes vertes en chambre close à la pression atmosphérique par le cyanure de calcium.
- par M. A.-L. Lepigre, directeur adjoint de VInsectarium d'Alger,
- Inspecteur régional du Service de la Défense des Cultures et de l'Inspection phytopathologique du Gouvernement général de l’Algérie.
- emploi de l’acide cyanhydrique et du cyanure de calcium. — Considérations générales. — Parmi les nombreux toxiques gazeux utilisés à ce jour par de nombreux expérimentateurs et moi-même, l’acide cyanhydrique semble décidément s’affirmer le plus convenable. Une marge assez grande existe en effet, dans la plupart des cas, aux température et état hygrométrique ordinaires, entre la dose insecticide minima et la dose maxima supportable sans dommage par les plantes vivantes.
- Nos premiers essais furent effectués, voici quelques années déjà, avec la méthode « du pot », ainsi nommée par les Américains parce qu’elle utilise la réaction bien connue de l’acide sulfurique étendu sur les cyanures de potassium ou de sodium dans un récipient de terre vernissée ou de plomb. En raison de la possibilité de formation de composés nitreux, très préjudiciables aux tissus végétaux, le cyanure de potassium fut rejeté a priori et les essais furent poursuivis au seul cyanure de sodium (1>. Durant la période de tâtonnements qui précède toute recherche, nous eûmes des surprises désagréables : quand, dans un cas particulier, nous croyions avoir déterminé au laboratoire la dose et la durée d’application des vapeurs, un essai pratique montrait qu’ils ne convenaient pas.
- L’état hygrométrique et la température étant les mêmes, la résistance des insectes et celle des végétaux ne variant guère entre les individus d’une même espèce, il fallut en conclure que les différences de résultats provenaient uniquement de la transposition du traitement du plan expérimental au plan pratique,
- (*) Voir, parus précédemment, du même auteur :
- Adjonction d’anhydride carbonique à l’oxyde d’éthylène en vue de rendre le mélange ininjlammable, (Bulletin de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, de juillet-août-septembre 1934, pp. 309-323);
- Choix d’une lechnique de vide (Chimie et Industrie, de décembre 1934, vol. XXXII, n° 6);
- Désinsectisation des grains par le mélange d’oxyde d’éthylène et d’acide carbonique. Notes sur le bromure de méthyle (Bulletin de la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, de juin-juillet 1936, pp. 383-462);
- Emploi des mélanges de sulfure et de tétrachlorure de carbone dans la désinfection des grains (Bulletin de l’Association des Anciens Élèves de l’Institut agricole d’Algérie, de décembre 1936).
- (1) La formule employée a été la suivante :
- Solution cyanurée à 37°,o B. (30 g de CNNa pour 50 cm3 d’eau). 4,4 cm3
- Eau.......................................................... 2,442 —
- Acide sulfurique à 60° B..................................... 1,427 —
- Cette formule doit donner, dans les meilleures conditions, 1 g d’acide cyanhydrique libre GNH.
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- les quantités de réactifs mises en œuvre étant beaucoup plus grandes dans le second cas que dans le premier. Des brûlures des tissus, souvent graves, apparaissaient alors que le traitement s’était révélé correct au laboratoire. Il a donc semblé que les quantités d’HGN réellement libéré étaient, toutes proportions gardées, d’autant plus fortes que les quantités de réactifs utilisées étaient plus grandes. Cela s’explique : on sait qu’une bonne réaction implique deux conditions importantes : une agitation continue de la masse en réaction et une température élevée, voisine de 80° si possible.
- Or, la première condition est rarement remplie avec le matériel rudimentaire dont on dispose; mais la seconde l’est d’autant mieux que la masse en réaction est plus grande, car elle se refroidit moins rapidement par rayonnement.
- Des réactions effectuées sur 5 ou 6 g de cyanure n’ont donné, d’après les analyses effectuées par la Faculté des Sciences d’Alger(2), qu’un rendement à peine supérieur à 10 p. 100 du rendement théorique; mais, en opérant sur plus de 100 g le rendement atteint et dépasse 60 p. 100(3).
- Le résidu liquide retient en effet d’autant plus d’HCN dissous qu’il est plus froid; on ne peut faire dégager — et encore n’est-ce qu’en partie— les quantités dissoutes qu’en élevant notablement la température.
- Pour libérer le gaz, nous avons essayé une autre méthode, consistant à soumettre le résidu de la réaction à un violent courant d’air. Par exemple, pour les tanks de désinfection sous vide, on fait barboter l’air de complément dans le liquide résiduaire du générateur; pour la désinfection à la pression atmosphérique, on fait passer sur le résidu, pendant toute la durée des opérations, le courant d’air d’un ventilateur. L’expérience nous a nettement démontré que, si on améliore ainsi les résultats, ils restent encore loin de donner satisfaction. Nous pouvons, à l’appui de cette affirmation, citer le fait suivant.
- Le résidu d’un traitement effectué à la Station d’Alger se trouvant encore dans le générateur, nous fîmes entrer dans un tank, préalablement mis sous vide, de l’air pur passant au travers du dit résidu, jusqu’à rétablissement de la pression atmosphérique dans ce tank. En ouvrant le tank, la concentration d’HCN ainsi obtenue était telle que nous en fûmes gravement incommodé. On voit donc que, même en faisant barboter une forte quantité d’air dans le résidu, celui-ci retient encore une forte proportion d’HCN, libérable par un second barbotage d’air.
- Le principal inconvénient de l’emploi de réactifs liquides réside donc, dans les circonstances où nous opérons actuellement : 1° dans la production très insuffisante d’HCN libre ; 2° dans la méconnaissance de la dose réellement libérée et l’impossibilité pratique de chiffrer les variations de cette dose.
- Le plus simple serait d’employer l’acide cyanhydrique liquéfié. Mais les stocks de ce produit ne pouvant être vérifiés périodiquement, en Algérie, par un chi-
- (2) Les analyses ont porté sur la solution aqueuse d’HCN obtenue en faisant barboter dans de l’eau à 0° l’acide cyanhydrique dégagé.
- (3) Ces chiffres ne sont évidemment valables que pour les conditions de l’expérimentation. Ils sont susceptibles de variations importantes selon la capacité du récipient, la calorifugation de ses parois et, surtout, l’agitation du liquide en réaction.
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- miste, comme il serait nécessaire l), sa manipulation devient extrêmement dangereuse; aussi avons-nous différé son emploi.
- En définitive, nous avons adopté le cyanure de calcium pulvérulent, beaucoup plus cher que les cyanures alcalins; mais ce n’est là qu’une apparence puisque il libère la plus grande partie de l’acide cyanhydrique qu’il contient4 (S). Il nous a toujours donné des résultats réguliers et à des doses bien moindres que celles qui correspondent aux équivalences chimiques.
- Considérant, en effet, les résultats obtenus avec 2,5 g (théoriques) d’acide cyanhydrique dégagés par 14,16 g de cyanure de calcium(6), nous avons répété les essais par la méthode du pot, sans agitation ni chauffage, en prenant les quantités nécessaires, en NaCN, H20 et S04H2, pour obtenir également 2,5 g théoriques (durée d’exposition : 45 minutes).
- L’action toxique s’est montrée notablement inférieure dans ce cas : de très nombreux parasites ont échappé au traitement. Quant au Solarium, Wendlandi, si sensible d’ordinaire, il a été le seul végétal à éprouver quelques brûlures sur le pétiole des feuilles, fort peu apparentes et incomparablement plus légères qu’à la suite d’un traitement au cyanure de calcium avec mousseline.
- Dans la méthode du pot, ce n’est pas par l’accroissement des doses qu’il faut compenser l’insuffisance du rendement, puisque ce rendement varie constamment et dans des proportions considérables, qu’il est impossible d’estimer avec quelque certitude.
- Les recherches doivent donc plutôt s’aiguiller, à notre avis, en ce qui concerne la mise au point de la méthode du pot, vers un matériel et un mode opératoire permettant l’obtention de la libération totale de l’acide cyanhydrique.
- Quoi qu’il en soit, la donnée principale du problème reste la suivante : dès qu’une installation de désinfection à la pression atmosphérique doit produire des quantités différentes d’acide cyanhydrique dans un même générateur, les rendements pratiques de la réaction deviennent très différents : les végétaux courent les risques de brûlures les plus graves et on ne sera jamais assuré de la destruction des parasites.
- (4) L’industrie algérienne ne s’est pas encore intéressée à ce produit, tant pour sa fabrication que pour sa vérification périodique. L’acide cyanhydrique liquide est en effet instable; il se polymérise parfois très rapidement, provoquant l’éclatement des récipients qui le contiennent, et les conséquences d’un tel accident peuvent être, on le devine aisément, fort graves. Il est donc indispensable de procéder périodiquement à une vérification de sa tenue, comme s’en chargent, en Amérique et en Espagne, les usines productrices. Tous les trois mois, ces usines se font retourner les quantités inutilisées par leurs clients, fumigateurs d’orangeries le plus souvent, et ne les remettent en vente que si l’analyse les a trouvées correctes.
- Voir, à ce sujet : Propriétés et emplois de Vacide cyanhydrique liquide (Le Génie civil, 15 avril 1933, p. 359) et La fabrication de l'acide cyanhydrique liquide et son emploi comme insecticide (Le Génie civil, 23 décembre 1933, p. 619-621).
- (5) Le kilogramme de cyanure de sodium valant actuellement 10,50 fr et l’acide sulfurique 0,45 fr le kilogramme, l’acide cyanhydrique reviendrait à environ 17,80 fr.
- Pour obtenir la même quantité d’acide cyanhydrique, il faut 5,7 kg de cyanure de calcium à 17,5 p. 100 valant 8,25 fr, soit une dépense de 47,14 fr, soit presque le triple du prix précédent. Cette proportion, purement théorique, ne s’est nullement vérifiée dans nos essais sur matériel rustique, ce qui rend le coût des deux méthodes sensiblement équivalent.
- (6) Ces doses s’entendent par mètre cube d’espace à désinfecter.
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- emploi du cyanure de calcium. — Agencement des chambres de fumigation et matériel. — L’installation type a été réalisée, sur l’initiative de la Direction des Services économiques du Gouvernement général de l’Algérie, au Jardin d’Essai d’Alger, établissement qui fait de nombreuses expéditions de végétaux. Le plan de la figure ci-jointe en reproduit les caractéristiques essentielles.
- Fig. 1. — Chambres de désinfection des plantes vertes du Jardin d’Essai d’Alger (mai 1936).
- A, Plan; — B, Élévalion (chambres); — C, Élévation (machinerie); — D, Boîte à cyanure.
- 1, Petite chambre; — 2, Grande chambre; — 3, Tuyauterie de refoulement; — 4, Tuyauterie d’aspiration ; — 5, Turbo-ventilateur; — 6, Boîte à cyanure; — 7, Vanne d’entrée d’air pur en fin d’opération (commande à vis); — 8, Vanne d’évacuation de l’atmosphère toxique en fin d’opération (commande par poulie); —• 9, Évacuation des gaz toxiques par ventilateur aspirant; — 10, Écrous à oreilles fixant la plaque d’obturation de l’orifice de chargement de la boîte à cyanure; — 11, Plaque d’obturation de l’orifice de chargement de la boîte à cyanure; — 12, Brosse agitatrice en fils d’acier.
- Les deux chambres sont en maçonnerie épaisse, avantage important puisqu’elles se trouvent ainsi pratiquement calorifugées. La température n’y varie que très peu dans le cours d’une année, ce qui permet d’éviter des différences de dosage correspondant à des différences de température. Crépies et soigneusement lissées intérieurement, elles sont closes par une porte étanche serrée par écrous à oreilles contre le cadre. Des étagères de fer, destinées à recevoir les plantes, sont accotées aux murs et recouvertes de tentures de mousseline. La mousseline a
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- pour but d’empêcher la majeure partie du cyanure en suspension dans l’air de se déposer sur les organes végétaux.
- Le cyanure pulvérulent est introduit dans le circuit du ventilateur centrifuge et projeté dans la chambre de fumigation, suivant un procédé analogue à celui qui est utilisé pour la fumigation des orangers (7). Les plantes logées dans la chambre suffisent à donner très rapidement à son atmosphère la concentration en humidité et acide carbonique nécessaire à la génération d’acide cyanhydrique libre.
- Les essais effectués ont permis de vérifier sans recourir à l’analyse chimique la répartition verticale parfaite des gaz, réalisée dans la chambre grâce au brassage de l’atmosphère par le ventilateur.
- Des plantes particulièrement sensibles (Solanum Wendlandi. Solanées; Asparagus plumosus, Liliacées) placées tous les 30 cm à partir du sol jusqu’à une hauteur de 2,10 m et sévèrement traitées, ont subi, à tous les niveaux, les mêmes brûlures. La répartition horizontale s’est effectuée uniformément aussi au cours des essais. Les manipulations sont réduites au minimum. Une fois la dose de cyanure déterminée, il suffit de confectionner un récipient jaugeur spécial à chaque chambre; la quantité ainsi rapidement mesurée est jetée dans la boîte et il ne reste plus qu’à établir le circuit gazeux en mettant le ventilateur en route : le courant d’air, en même temps qu’il projette et disperse le cyanure dans la chambre, provoque le dégagement de l’acide cyanhydrique et l’homogénéisation rapide de l’atmosphère. Il n’y a donc qu’une seule mesure, au lieu des trois nécessitées par l’emploi des cyanures alcalins. Les dangers que court l’opérateur, les possibilités d’erreurs de toutes sortes sont considérablement réduits; quant aux tuyauteries de plomb, indispensables si l’on opère en faisant agir l’acide sulfurique, elles deviennent inutiles : des tubes d’acier soudé ordinaire conviennent parfaitement. La désinfection opérée, il reste sur le sol de la chambre un résidu à peu près inoffensif, si on le compare à celui des vases où l’on a mis les cyanures alcalins et dont on est souvent embarrassé. Ce résidu doit être balayé aussitôt après l’opération car il est très hygroscopique; il peut être répandu sur la terre sans grand danger.
- Le cyanure employé au cours des essais a été une spécialité commerciale française '8I, titrant 17,3 p. 100 d’acide cyanhydrique. Employé à raison de 14 g/m3, soit 2,3 g d’acide cyanhydrique, le prix de la désinfection revient à environ 0,12 fr par mètre cube.
- Le temps de désinfection écoulé, on procède à l’évacuation de l’acide cyanhydrique au moyen de la vanne de porte et du ventilateur à pales prévu à cet effet au-dessus des chambres. Pratiquement, la durée de la ventilation a été fixée à 30 minutes. Les ouvriers peuvent alors pénétrer dans la chambre et procéder au déchargement des plantes.
- Dans tous les essais relatés ci-dessous, cette durée a été respectée. Il convient
- (7) Signalons à ce sujet le principal inconvénient rencontré en pratique dans l’entretien de ce matériel. Le cyanure pulvérulent est très hygroscopique; il adhère en partie aux parois intérieures des tuyauteries, principalement de refoulement. Il convient donc de démonter ces tubulures assez fréquemment. Ces démontages sont rendus faciles par la disposition, en des points judicieusement choisis, de ['accords à trois pièces du type courant.
- (8) Cette spécialité est un des types « d’électroeyans », fabriqués par la Société d’Électro-Chimie.
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- d’insister sur ce point car il est certain que, l’évacuation des gaz ne se faisant ainsi que progressivement, les sujets traités ont été en réalité soumis à l’action de l’acide cyanhydrique, quoiqu’il des doses décroissantes, plus longtemps qu’il n’est mentionné à la rubrique : Séjour sous vapeurs.
- action sur les végétaux. — Nous nous sommes fait assister, pour l’estimation de cette action, de M. Mauri, chef-multiplicateur du Jardin d’Essai.
- Les traitements intéressant le Tableau I ci-dessous ont été effectués en posant simplement les plantes sur le sol de la chambre; elles étaient recouvertes, à la sortie, d’une fine couche pulvérulente qui y a été laissée jusqu’au moment des observations.
- Le Tableau I fait ressortir les grandes variations de résistance des diverses p antes aux brrilures provoquées par le traitement. Deux végétaux, tout particulièrement, se montrent sensibles, Asparagus plumosus et, plus encore, Solanum Wendlandi.
- Action de la poudre de cyanure adhérant aux feuilles. — D’autres essais furent effectués pour déterminer dans quelle mesure peuvent être néfastes les actions soit de l’acide cyanhydrique gazeux, soit du dépôt pulvérulent de cyanure laissé sur les végétaux. A cet effet, les plantes furent recouvertes d’un voile de fine mousseline, très perméable au gaz, mais empêchant suffisamment la poudre de se déposer. On opéra à la dose de 14 g/m3 pendant 45 min et à 16°.
- Les plantes traitées furent les suivantes : Pittosporum heterophyllum, Hibiscus rosa sinensis, Hibiscus grandiflora, Citrus limonium, Opuntia arborea, Forsythia suspensa, Solanum Wendlandi, Achyrantes Verschaffeltii, Bougainvillea Sande-riana, Persea gratissirna, Ficus elastica, Asparagus sprengeri, Asparagus plumo sus, Dracæna draco, Dracoena indivisa, Kentia forsleriana et Monstera deliciosa.
- On trouva exempts de brûlures : Pittosporum heterophyllum, Hibiscus rosa sinensis et grandiflora, Opuntia arborea, Achgranthes Verschaffeltii, Ficus elastica, Dracoena draco et indivisa, Kentia forsleriana et Monstera deliciosa.
- Des brûlures légères, pratiquement peu importantes, furent constatées sur Forsythia suspensa, Persea gratissirna et Asparagus Sprengeri et plumosus.
- Certaines brûlures sérieuses, mais localisées et n’affectant que les jeunes feuilles, apparurent sur Citrus limonium, Solanum Wendlandi et Bougainvillea Sanderiana.
- La comparaison de ces résultats avec ceux du Tableau I marque nettement l’action néfaste de la poudre sur les organes végétatifs.
- Les trois derniers végétaux cités, complètement brûlés lorsque la poudre les recouvre, n’éprouvent jhus, dans le cas contraire, que des brûlures assez légères ne compromettant nullement la vie de la plante.
- Les très jeunes feuilles seules sont touchées, mais cela, de l’avis même des praticiens, n’est pas très important, car leur repousse est rapide, et, de plus, d’aussi jeunes plantes que celles que nous avons traitées ne sont jamais mises en vente. Même dans ce cas, un autre facteur de protection intervient, celui de l’emballage de paille épais, ordinairement utilisé pour l’expédition des plantes. On constate
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- DESINFECTION DES PLANTES PAR LE CYANURE DE CALCIUM.
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- Tableau I. — Séjour sous vapeurs, 45 minutes; température. 16°.
- DOSE d’élko TROCYAN (g/m3) VÉGÉTAL TRAITÉ FAMILLE ÉTAT sur fc ou ra( jeunes. DES BHÙLUF uilles uettes vieilles. es '!l; sur pousses.
- 8 Piltosporum heterophyllum Pittosporées. absent nulles nulles
- 11 — nulles nulles leg. loc.
- 14 à 28 — — — gr. loc. nulles gr. loc,
- 28 Cerastium glomeratum Caryoplivllées. gr. gén. gr. gén. gr. gén.
- 8 à 28 Hibiscus qrandijlora Malvacées. gr. loc. nulles nulles
- 8 à il Hibiscus rosa sinerisis — gr. loc. nulles nulles
- 14 — — — gr. loc. nulles gr. loc.
- 21 à 28 — — — gr. gén. nulles gr. gén.
- 8 à 11 Oxalis sp? Oxalidées. absent gr. loc. absent
- 14 à 28 gr. gén. gr. loc. absent
- 8 Citrus limonium Rutacées. gr. gén. nulles absent
- 11 — — gr. gén. gr. loc. gr. gen.
- 14 — gr. gen. gr. loc. gr. gen.
- 21 à 28 — — gi • gén. gr. loc. gr. gen.
- 8 à 28 Cerasus capulli Rosacées. nulles nulles nulles
- 8 à 14 Passijlora quadrangularis Passitlorées. nulles nulles nulles
- 21 — leg. loc. nulles nulles
- 28 — — — gr. loc. nulles gr. loc.
- 8 à 11 Cereus passacana Cactées. absent nulles absent
- 14 à 28 Epiphyllum qoertneri — absent nulles absent
- 8 à 11 Opuntia cvlindrica — nulles
- 21 Opuntia arborea — gr. loc. gr. loc. absent
- 28 Opuntia salmiuna — gr. gen.
- 14 Opuntia kleiniae . . • — nulles gr. loc.
- 21 à 28 Opuntia acanthocarpa — nulles leg. loc.
- 8 Forsythia suspensa Oléacéés. lég. loc. nulles nulles
- 11 — gr. loc. nulles gr. loc.
- 14 à 21 — — — gr. loc. nulles gr. gén.
- 28 — — — gr. loc. gr. loc. gr. gen.
- 14 Jasminum sambac — gr. gén. gr. loc. gr. gén.
- 8 Solanum Wendlandi (très jeunes) . . . Solanées. gr. gén. nulles gr. gén.
- Il à 28 — . . . — gr. gén. gr. gen. gr. gen.
- 8 Achyranthes Verschajj'eltii Amarantluieées. nulles nulles lég. loc,
- 11 a 21 — leg. loc. nulles absent
- 28 — gr. loc. nulles gr. gén.
- 11 Bougainvillea Sanderiana Nyclaginées. gr. loc. absent gr. loc.
- 14 à 28 — ”T. gén. nulles gr. gen.
- 8 à 21 Bougainvillea spectabilis V. lateritia . . — gr. gén. nulles gr. gen.
- 28 — — — . . — g i. gén. gr. loc. gr. gen.
- 8 à 11 Persea gratissima (avocatier) Laurinées. gr. loc. nulles gr. loc.
- 14 — — gr. loc. nulles gr. gen.
- 21 a 28 — — — — gr. loc. gr. loc. gr. gén.
- 11 Euphorbia matutinalis Euphorbiacées. gr. gén. gr. gén.
- 8 à 11 Ficus elastica Urtieées. nulles nulles nulles
- 14 à 28 — — gr. loc. gr. loc, nulles
- 8 Ficus roxburgi — gr. loc. nulles nulles
- 14 à 28 — gr. loc. lég. loc. nulles
- 8 à 28 Créas revoluta Cycadées. nulles nulles nulles
- 8 Iledychium flauum Zingibéracées. nulles nulles nulles
- 11 à 14 — lég. loc. nulles absent
- 21 à 28 — — — lég. loc. lég. loc. absent
- 8 à 11 Asparagus sprengeri Lil iacées. lég. loc. nulles gr. gén.
- 14 à 28 — gr. gen. gr. loc, gr- gen.
- 8 Asparagus plumosus — gr. gen. leg. loc. absent
- 11 g i. gén. gr. loc. gr. gen.
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- DÉSINFECTION DES PLANTES.
- SEPTEMBRE-OCTOBRE 1937.
- Tableau I (suite). — Séjour sous vapeurs, 45 minutes; température, 16°.
- ÉTAT nus brülurls(9)
- DOSE — —
- VÉGÉTAL TRAITÉ FAMILLE sur ieuiUes
- ou raquettes sur
- (g/m3). ' —^ pousses.
- jeunes. vieilles.
- 14 à 28 Asparagus plumosus Liliaeées. gr. gén. gr. gén. gr. gén.
- 8 à 28 Dracæna draco — gr. loc. nulles nulles
- 8 à 11 Dracæna indivise — gr. loc. gr. loc. absent
- 14 à 28 — — gr. gén. nulles nulles
- 8 à 11 Yucca gloriosa (jeunes planls) — nulles nulles absent
- 14 à 28 — — — gr. loc. absent absent
- 8 à 21 Kentia forsleriana Palmiers. gr. loc. nulles absen1
- 28 — — — gr. loc. gr. loc. absent
- 8 à 28 Phoenix canariensis — nulles nulles absent
- 8 Monstera deliciosa Aroïdées. O O û gr. loc. absent
- 11 à 28 — .... — gr. loc. gr. loc. absent
- 28 Setaria veriicillata tira minées. lég. loc. nulles absent
- (9) Signification des abréviations : lég. légères ; — gr. = graves ; — loc. = localisées ; — gén.=
- générales; — absent = organe visé absent.
- alors que les brûlures, pratiquement nulles, n’intéressent plus que le pétiole des très jeunes feuilles de Solarium. Les autres plantes essayées ne souffrent en aucune façon.
- Lavage des plantes après traitement. — Bien que ces essais eussent déjà permis de dégager nettement l’influence nocive de la poudre sur les feuilles, il était intéressant de savoir si cette action se produit seulement pendant la fumigation ou si elle se poursuit par suite, soit d’un lent dégagement d’acide cyanhydrique au contact des légions de transpiration des plantes, soit d’une causticité propre au produit.
- Il fut donc procédé à des essais de lavage à grande eau des feuilles aussitôt après la sortie des plantes du fumigatorium. Le traitement consistait encore en une exposition de 45 min à une atmosphère contenant 14 g/m3 soit 2,5 g d’acide cyanhydrique par mètre cube.
- Les plantes essayées, choisies parmi les [dus sensibles, Solarium Wendlandi et Asparagus plumosus, furent traitées sans mousseline par lots de 7 placés à différentes hauteurs de la chambre, de manière à se recouvrir d’une plus ou moins grande quantité de poudre. Les examens pratiqués ultérieurement sur les plantes lavées et non lavées accusèrent des dégâts à peu près semblables. La preuve a été ainsi faite que la poudre n’agit que pendant le court moment qui suit son dépôt sur les organes végétaux et que, par conséquent, le lavage n’apparait pas utile.
- Réduction de la durée du traitement. — Les essais ayant démontré qu’une concentration de 2,5 g/m3 appliquée pendant 45 min donnait des résultats complets, on tenta de réduire cette durée à 35 ou même à 25 min sans protéger les plantes contre le dépôt de la poudre.
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- DÉSINFECTION DES PLANTES PAR LE CYANURE DE CALCIUM. 445
- Dans la majorité des cas, et même pour les durées de 25 min, les brûlures constatées ne furent guère moindres, si bien qu’il n’y a pas intérêt à descendre au-dessous d’une durée de 45 min.
- action sur les insectes et les acariens. —-On rechercha tout d’abord l’effet d’un traitement au cyanure de calcium à diverses concentrations pendant une
- Tableau II;10). — Action sur différents parasites à la température de 15°.
- INSECTE TRAITÉ 1,15 DOSES D'ACID 1,90 E CYANHYDRIg •2,5 un (g/m3; (10 3.7 4,95
- Orthezia insignis M M AI M M
- Aspidiotus hederae A A M A A
- Pseudococcus nipae Y M M M M
- Pseudococcus adonidum V M M M M
- Lecanium oleae Y M M M M
- Lecanium hemisphericum M M M M M
- Chrysomphalus aonidum M M M M M
- Diaspis calyptroïdes. M M M M M
- Mytilaspis citricola M M M M M
- Icerya Purchasi M M M M M
- Pucerons divers A A M M M
- Tétranyque Tisserand V Y M M M
- (10) Signification des abréviations : M = tous les parasites sont morts; parasites encore vivants; — A = parasite visé absent. — V = un ou plusieurs
- durée uniforme de 45 min, suivie d’une ventilation durant 30 min. Les résultats, consignés dans le Tableau II, montrent que l’on ne peut descendre sans danger au-dessous d’une dose de cyanure de 14 g/m3, soit 2,5.g de HCN par mètre cube.
- Le Tableau II montre que les Pseudococcus sont nettement plus résistants, quant au dosage, que les autres Cochenilles. Pour les Araignées rouges (Tétra-nyques), la dose 2,5 g/m3 est un minimum. La durée de 45 min ne peut pas non plus être diminuée.
- Des essais ayant été effectués à dose uniforme de 2,5 g/m3 pendant des durées de 25 et 35 min, on ne tua en 25* min que : Orthezia insignis, Chrysomphalus aonidum, Diaspis calyptroïcles et divers pucerons communs aux plantes ornementales. Pseudococcus nipae et adonidum, Lecanium oleae, Icerya purchasi et le Tétranvque Tisserand échappèrent.
- En 35 min les résultats furent meilleurs, mais on trouva encore vivants quelques peuplements de. Lecanium oleae.
- La durée de 45 min, d’ailleurs consacrée par l’usage, doit donc être conservée pour les plantes non emballées et simplement protégées par une mousseline. Il en est tout autrement lorsqu’un emballage sérieux protège les plantes. Là, plus n’est besoin de mousseline car il constitue lui-même un abri très suffisant contre les poussières. Malheureusement, il constitue en même temps un obstacle sérieux à la pénétration du gaz.
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- DÉSINFECTION DES PLANTES.
- SEPTEMBRE-OCTOBRE 1937.
- L’emballage au cours des essais était en paille de Pennisetum longistylum, couramment employé au Jardin d’Essai d’Alger. Signalons que cette paille était bien sèche car il est certain que l’emploi de paille mouillée ou même simplement humide enlèverait au traitement toute sa valeur insecticide.
- Dans l’emballage ordinaire, les pots sont placés au centre du rembourrage, celui-ci ayant une épaisseur moyenne de 20 cm et minima de 8 cm. Nous avons jugé bon de porter l’épaisseur moyenne à 25 cm, l’épaisseur minima, plus importante, atteignant 20 cm. Les essais, effectués à 16/18% à raison de 14 g/m3, ont démontré que, pour les espèces particulièrement résistantes (Pseudococcus nipæ, Tétranyque Tisserand), des expositions de 45 minutes, 1 heure, 1 heure et 15 minutes étaient insuffisantes, malgré une efficacité déjà très marquée. La mortalité totale ne put être obtenue qu’avec une durée de 1 heure et demie.
- DIRECTIVES POUR LA DÉSINFECTION AU CYANURE DE CALCIUM EN FUMIGATORIUM. — Il résulte des constatations qui précèdent que les consignes données au personnel chargé de la désinfection ont été les suivantes :
- Dosage par mètre cube, 14 g de cyanure de calcium à 17,5 p. 100 de HCN;
- Durée d’exposition : 45 min pour les plantes en pot non abritées ou simplement recouvertes d’une mousseline; 1 heure 30 minutes pour les plantes emballées dans la paille;
- Durée de la ventilation, 30 minutes.
- Recommandations complémentaires : 1° Les plantes ne doivent jamais être traitées quand elles sont mouillées ou humides; —2° La paille des emballages doit être bien sèche; — 3° Le cyanure ne doit pas être touché avec les mains nues.
- Mode opératoire : 1° Le ventilateur de brassage est mis en marche avant d’être mis en communication avec la boîte à cyanure. Les vapeurs d’acide cyanhydrique étant inflammables à haute concentration, il importe en effet que celles-ci ne viennent pas directement an contact des pales du turbo-ventilateur et, surtout, des charbons du moteur ; — 2° Le temps de désinfection écoulé, stopper le ventilateur de brassage et fermer les vannes; — 3° Mettre le ventilateur d’évacuation en route; — 4° Ouvrir les soupapes d’évacuation et d’admission d’air frais; laisser le rinçage s’opérer pendant 30 min; — 5° Ouvrir et vider la chambre, balayer la poudre tombée sur le sol et arrêter l-e ventilateur d’évacuation; — 6° Si l’on tient à laver les plantes aussitôt après leur sortie de la chambre, les laver au jet et très soigneusement. Un lavage imparfait favorise l’apparition des brûlures.
- Remarque. — Il convient d’insister sur ce que la fumigation ne détruit que les insectes fixés sur les parties aériennes des végétaux. Ceux qui sont réfugiés dans la motte, où ils vivent en suçant la sève des racines, ne sont nullement atteints. Même en favorisant la pénétration de l’acide cyanhydrique par l’emploi de la méthode du vide préalable, même en employant des doses considérables (20 g de HCN par mètre cube au lieu de 2,5 g/m3) on n’est jamais parvenu à leur destruction au centre de la motte. Pour la désinfection des plantes en mottes une méthode dont le principe est tout différent est en cours d’étude. Elle a déjà donné de bons résultats.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NAT.
- SEPT.-OCT. 1937 (p. 447).
- LE PROCÈS DES PRISES D’EAU A LA MEUSE, ENTRE LES PAYS-BAS ET LA BELGIQUE, POUR L’ALIMENTATION DU CANAL JULIANA ET DU CANAL ALBERT.
- Arrêt de la Cour permanente de Justice internationale de La Haye,
- par E. Lemaire, agent général de la Société d. Encouragement.
- Le canal Juliana a été construit sur le territoire néerlandais; le canal Albert, en cours d’achèvement, sera situé en entier sur le territoire belge; tous deux s’alimentent à la Meuse, le premier à hauteur de Maastricht(1), le second à Liège. Le gouvernement néerlandais contestait au gouvernement belge le droit d’alimenter le canal Albert comme il l’a fait ou le fera : s’appuyant sur un traité passé entre les deux pays en 1863, il déposa une plainte, le 1er aorit 1936, devant la Cour permanente de Justice internationale de La Haye. Le gouvernement belge souleva, par une demande reconventionnelle, la question de savoir si le canal Juliana et le barrage de Borgharen, qui permet de l’alimenter, étaient eux-mêmes compatibles avec le traité de 1863 "2). Le gouvernement néerlandais ne demandait rien de moins que le comblement de plusieurs sections, achevées ou en cours d’achèvement, du canal Albert, et aussi le comblement du canal joignant le canal Albert au Zuid-Willems vaart, de Lanaeken à Neerhaeren (fîg. 2).
- Les débats et une visite des travaux du canal Albert ont duré du 4 au 21 mai; l’arrêt de la Cour — ses arrêts sont définitifs — a été rendu le 28 juin 1937.
- L’affaire était extrêmement embrouillée, comme le prouvent les considérants du jugement qui, cependant ne sont qu’un résumé très concis des faits; cependant, on peut en conclure que la Belgique sort xdclorieuse d’une situation fâcheuse que les Pays-Bas ont créée, car la Cour a rejeté la demande du gouvernement néerlandais comme non fondée, et a rejeté aussi la demande reconventionnelle du gouvernement belge, qui, par suite de ce rejet, n’avait plus d’objet. Pour ceux qui connaissent les thèses défendues par les deux gouvernements(2), il apparaît nettement que l’arrêt de la Cour clôt un conflit économique entre les deux pays, conflit plusieurs fois séculaire car il remonte à 1648, date du traité de Munster qui, avec celui d’Osuabruck (paix de Westphalie) mit fin à la Guerre de Trente Ans. Depuis, les Hollandais n’ont cessé de lutter pour s’assurer la maîtrise du commerce maritime et fluvial des bassins du Rhin, de la
- (1) Au sujet du tracé, de la construction et des caractéristiques de ces deux canaux, voir, pour le canal Juliana, le Génie civil du 25 septembre 1921», du 12 novembre 1927, du 14 février 1931, du 22 décembre 1934 el du 11 janvier 1930; pour le canal Albert, le Génie civil du 13 mai 1933, du 10 novembre 1934 cL du 28 novembre 1936.
- (2) Les thèses des deux gouvernements, avec commentaires, ont été exposées en détail, et le texte in extenso de l’arrêt, avec ses considérants et de nombreuses cartes, ont été donnés dans La Navigation du Rhin de février, juin et juillet 1937, périodique auquel nous avons emprunté la majeure partie de ce qui suit.
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- 448 LES PRISES d’eau DES CANAUX ALBERT ET JULIANA.
- SEPT.-OCT. 1937.
- Meuse et de l’Escaut, dont ils détiennent les bouches, et les Belges n’ont jamais cessé de lutter pour s’affranchir de la maîtrise des Hollandais sur l’Escaut. Il s’agissait donc, en réalité, d’une rivalité commerciale entre Anvers, d’une part, et Amsterdam et Rotterdam, d'autre part. C’est pourquoi un bref historique est indispensable pour comprendre ce qui s’est passé.
- faits et travaux hydrauliques anciens. — L’entente n’a jamais été parfaite entre les Hollandais et les Belges : quoique également laborieux, tenaces, habiles et jaloux de leurs libertés, leurs origines, leurs caractères, leurs goûts et leurs occultations sont assez différents. La Réforme a accentué ces différences. Seuls, Charles-Quint et Bonaparte réussirent pour un temps à donner un peu d’unité aux deux peuples.
- Charles-Quint, après Pavie (1521), étant devenu maître des Pays-Bas d’alors (à peu près les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et notre département du Nord actuels, plus le comté d’Artois) constitua, en 1556, sous le nom « Les Dix-Sept Provinces » « un tout intangible et indivisible ». Ces Provinces devinrent alors le pays le plus florissant d’Europe. Mais les provinces du Nord, devenues protestantes, et s’étant confédérées par l’Union d’Ulrecht (1579), sous le nom de « Provinces-Unies », s'affranchirent les premières de la domination espagnole et se séparèrent ainsi des provinces méridionales, ou belges, restées catholiques. Le traité de Munster reconnut leur indépendance sous le nom de « République (fédérale) des Provinces-Unies », en même temps que le stadhouder réussissait à faire inclure dans leur territoire les bouches de l’Escaut : c’était la ruine d’Anvers.
- Les provinces belges, restées d’abord espagnoles, sous les noms de Pays-Bas espagnols, ou catholiques, passèrent sous la domination autrichienne par le traité d’Utrecht (1713) et elles durent, à leurs frais, jusqu’en 1785, servir de « barrière » aux Hollandais contre la France, sans obtenir, en compensation, l’ouverture de l’Escaut; de plus, la Hollande et l’Angleterre obtinrent plus tard la dissolution de la « Compagnie d’Ostende pour le Commerce des Indes orientales et occidentales », fondée par l’empereur Charles VI pour dédommager la Belgique de la fermeture de l’Escaut : la mer et l’Escaut restèrent ainsi fermés aux navires flamands jusqu’en 1795.
- La situation fut sur le point de changer après la conquête de la Belgique et de la Hollande par les armées de la République et par l’annexion à la France de la rive gauche du Rhin. Deux ans après le traité de Lunéville (1801), qui reconnaissait ces conquêtes, Bonaparte, alors consul, voulut faire d’Anvers un grand port militaire et le premier port marchand du continent en y détournant une partie du commerce du Rhin parmi canal joignant ce fleuve à l’Escaut. Il fit reprendre les travaux d’un canal, dit Fosse Eugénienne » (fig. 1) contruit en 1626 dans un but militaire, mais dont les travaux avaient été abandonnés en 1628. Le Canal du Nord (fig. 1), conçu par Napoléon, devait partir près de Dusseldorf, traverser la Me use à Venloo, franchir la ligne de partage des eaux à Bocliolt, passer par
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- LE PROCÈS BELGO-NÉERLANDALS DES PRISES D’EAU A LA MEUSE. 449
- Herenthals et aboutir à Anvers. En 1810, quand la Hollande fut annexée àl’Em-pire(3', seules la partie Ouest et la rigole d’aliriientation de Maastricht à Bocholt étaient achevées : les travaux, considérés comme trop coûteux, furent abandonnés.
- Après la chute de Napoléon, la Belgique fut annexée à la Hollande, et Guillaume d’Orange, fils du dernier stadhouder, lut proclamé roi et reconnu, par les traités de Vienne, comme premier souverain d’un nouveau royaume, celui des Pays-Bas, dont la Belgique fit partie et dont elle ne devait se séparer définitivement qu’après son insurrection de 1830.
- travaux hydrauliques exécutés de 1815 a 1863. — Le roi Guillaume Ier utilisa une partie des travaux du Canal du Nord, non pas pour relier le Bhin à l’Escaut, mais pour construire un autre canal, orienté Nord-Sud, au profit des provinces hollandaises. Ce canal, qui porte son nom (Zuid-Willems vaarf) (fig. 1 et 2) fut achevé en 1826. Il part de la Meuse à Maastricht, la prise d’eau se faisant à l’écluse 20, se confond avec la rigole d’alimentation de Bocholt du canal du Nord et un tronçon de ce canal jusqu’à Nederweert, pour aboutir à Crève-Cœur en aval de Bois-le-Duc, sur la basse Meuse. Le Zuid-Willems vaart a joué un grand rôle dans la suite : on voit notamment (fig. 1), par la disposition de ses écluses, que c’est une voie d’eau à courant unique. (Le courant des canaux Albert et Juliana est aussi à sens unique.) Lorsqu’on 1828 la province d’Anvers demanda au roi Guillaume d’achever l’œuvre de Napoléon, le Waterstaat s’y opposa(i).
- Pendant la période troublée de 1830 à 1839, l’autorité militaire néerlandaise interrompit l’alimentation du Zuid-Willems vaart; mais les habitants créèrent une nouvelle prise d’eau à Hocht (écluse 19) qui, après 1839, se trouva en territoire belge.
- En 1849, en vertu d’un traité passé entre les deux pays, un nouveau canal latéral à la Meuse fut construit de Liège à Maastricht pour prolonger vers le Sud le Zuid-Willems vaart qu’il rejoint près de l’écluse 20. Le Zuid-Willems vaart fut alors alimenté par : l’eau du canal Liège-Maastricht et les eaux puisées directement à la Meuse, d’une part à l’écluse 20, d’autre part à Hocht.
- Au début, cette triple alimentation ne souleva aucune difficulté, mais le gouvernement belge ayant construit de nouveaux canaux vers l’Ouest [canaux de la Campine, de Turnhout, de Hasselt et du camp de Bevcrloo (fig. 1)] pour, à la fois, irriguer la Campine et relier Liège à Anvers, il fallut beaucoup d’eau pour les irrigations; de plus, le terrain de la Campine étant très perméable, une fraction importante des eaux ayant traversé le sol s’écoulait par les rivières qui descendent, en coupant la frontière, vers le Brabant néerlandais, où elles provoquaient quel-
- (3) Cette annexion aurait été provoquée par le refus du roi Louis, frère de Napoléon, de sacrifier le commerce hollandais à l’application stricte du Blocus continental.
- (4) Le Waterstaat, créé en 1379, est un ministère propre aux Pays-Bas, avec un corps d’ingénieurs spécialement formés; il s’occupe de tout ce qui a trait, directement ou indirectement, à l’eau de mer ou douce, soit pour s’en servir, soit pour la combattre. Toutes les voies d’eau, navigables ou non, la protection des côtes et des rives, la conquête des terrains sur la mer, la création, la mise en culture et l’entretien des polders, leur drainage, les adductions d’eau, l’évacuation des eaux usées rentrent dans ses attributions.
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- 450 LES PRISES d’eau DES CANAUX ALBERT ET JULIANA.— SEPT.-OCT. 1937.
- quefois des inondations. Les Pays-Bas se plaignaient aussi de ce que la Belgique prenait de l’eau dans ces rivières et en modifiait le régime; d’où un nouveau désaccord. La Belgique construisit alors une rigole d’alimentation r, contournant l’écluse 19, à Hocht; elle recueillit bien ainsi une quantité d’eau suffisante pour les irrigations de la Gampine, mais elle transforma une partie du Zuid-Willems vaart en une rivière à courant rapide sur laquelle la navigation était souvent difficile à la remontée. Les deux gouvernements cherchèrent pendant plus de dix ans à remédier à une situation nuisible aux deux pays et aboutirent enfin à une solution acceptable par le traité de 1863. qui est encore en vigueur.
- En réalité, ce traité se compose de trois parties juridiquement indépendantes bien que signées le même jour et entrées en vigueur le 14 juillet; ces trois traités avaient cependant un lien entre eux : les concessions consenties par l’un ou l’autre des contractants dans un de ces trois traités ne l’eussent pas été sans les concessions consenties par l’autre contractant dans les deux autres traités. La Cour de La Haye n’avait à se prononcer que sur l’application d’un seul de ces trois traités, celui qui visait les eaux de la Meuse, et en se plaçant au seul point de vue du droit, les incidences politiques et économiques de son arrêt devant lui rester étrangères.
- L'enclave cle Maastricht et la Meuse mitoyenne. — De Liège à Maastricht, la Meuse coule dans une vallée profonde entre des falaises de 50 à 70 m de hauteur. En aval de Maastricht, la vallée s’élargit mais est encore dominée à l’Ouest par le plateau de la Gampine belge ; la pente de la Meuse mitoyenne est de 0,40 à 0,43 m/km, et elle ne peut plus être considérée comme navigable, pour les grands chalands, entre Liège et Maastricht, sauf au prix de travaux extrêmement coûteux; elle n’a plus guère d’intérêt aujourd’hui que pour les petits transports locaux qui se contentent d’un faible tirant d’eau depuis que le canal Juliana la remplace et beaucoup mieux. G’est pourquoi, dans cette partie de son cours, la Meuse ne sert plus guère qu’à alimenter des canaux. Son débit est d’ailleurs très variable.
- G’est aussi dans cette partie de son cours qu’elle sert de frontière entre les Pays-Bas et la Belgique, sauf entre Lanaye et Hocht, où, pour des raisons stratégiques, Maastricht étant un point de passage, sinon obligatoire du moins tentant, une « tête de pont » (5) qui a été fortifiée, la frontière a été tracée en 1815 à l’Ouest de la Meuse, en formant une enclave, dite de Maastricht, qui a été une source ininterrompue de difficultés. G’est ainsi que, jusqu’en 1934, pour traverser l’enclave et ses fortifications, le batelier belge devait s’arrêter à quatre postes douaniers, devant sept ponts mobiles, traverser trois écluses, parcourir un tunnel, naviguer dans un chenal à courant assez rapide, étroit, tortueux et encombré, et payer des droits élevés. Cette traversée de 8 km durait parfois 8 jours! Depuis le 16 octobre 1934, date de la mise en service du canal de jonction Lanaeken-
- (3) Maastricht, à K'I m d'altitude, est le Trajcclum superius de l’Itinéraire d’Antonin (Maas Trecht -- Trajectam ad Mosam) par opposition à ULreeht (Ut Trech = Trajectum inferius ou ad Rhenum) sur la route préhistorique, puis sur la grande voie romaine, qui allaient de Bavai à Cologne.
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- Neerhaeren, entre la partie orientale du canal Albert et le Zuid-Willems vaart (fig. 2), cette traversée de l’enclave est évitée.
- traité de 1863. — Toutes les fois que les deux pays ont cherché à s’entendre sur des questions de navigation, les Belges se sont toujours efforcés d’aboutir, par des concessions mutuelles, à un règlement d’ensemble sur tous les points litigieux concernant les voies navigables ; ils étaient et ils sont encore nombreux. Les Néerlandais, au contraire, n’ont jamais voulu résoudre à la fois qu'un seul de ces problèmes. Pour la première fois, en 1863, la procédure belge l’a emporté. C’est ainsi que, par un des trois traités, elle racheta, avec le concours financier des puissances intéressées, la valeur, capitalisée, du péage que, jusque-là, les navires utilisant l’estuaire de l’Escaut devaient payer aux Pays-Bas.
- Le seul des trois traités de 1863 à envisager par la Cour stipulait que l’écluse 19 de Hocht (elle avait été mal construite, fournissait trop peu d’eau, la dénivellation entre les deux biefs étant faible) et sa rigole d’alimentation r seraient démolies et remplacées par l’écluse 19' et la rigole r', toutes deux dans l’enclave, mais en dehors des fortifications; ce qui a été fait. On releva ainsi le plan d’eau du Zuid-Willems vaart, et on diminua la vitesse de son courant, notamment dans la traversée de Maastricht. On améliora aussi la navigation de la Meuse entre Maastricht et Venloo, ce qui paraissait essentiel à cette époque. La Belgique contribuait pour les deux tiers aux dépenses de ces travaux; mais comme elle perdait le contrôle de la distribution d’eau par la disparition des ouvrages de Hocht, les autorités néerlandaises devaient fournir, sous le contrôle belge, au Zuid-Willems vaart, une quantité d’eau minima, déterminée par des règles précises, de laquelle une fraction devait être prélevée à l’écluse 17, à Loozen, par le personnel belge, sous le contrôle néerlandais, pour être envoyée dans la partie néerlandaise du Zuid-Willems vaart.
- travaux récents. — Pendant plusieurs années, sous réserve de quelques modalités d’application introduites par une convention signée en 1873, le traité de 1863 donna satisfaction aux deux parties; mais la mise en exploitation des charbonnages de la Campine belge puis celle des charbonnages du Limbourg néerlandais, et aussi les progrès de la construction navale et de la navigation intérieure(6) vinrent de nouveau tout remettre en question.
- A deux reprises, en 1906 et en 1923, les deux gouvernements cherchèrent à se mettre d’accord. La première fois, les tractations furent interrompues par la guerre de 1914-1918 et non reprises; la seconde fois, on avait établi un projet de traité qui prévoyait la canalisation de la Meuse mitoyenne en aval de Maastricht, mais, en 1927, il fut rejeté par la ire Chambre néerlandaise.
- (6) La navigation rapide par chalands automoteurs ne s’accommode pas des grandes écluses, qui conviennent, au contraire, aux convois de chalands remorqués. Tous les biefs du canal Albert sont pourvus de petites écluses, dites de vitesse, pour les premiers, et de grandes écluses pour les seconds; d’où, au total, une consommation d’eau moindre et une accélération du trafic.
- Voir, pour les grands chalands rhénans, La navigation du Rhin, par J. Rouen dans le Bulletin de la Société d’Encouragement de juillet-août-septembre 1930, p. 531-604.
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- » Pour chalands déplus de OOO^en service •m '» » » » de 600*en const0"
- » » de moins de 600*60 service
- .— Anciens canaux inachevés --Sections d'anciens canaux incorporées dans le canal Albert
- pio'. i. _ Carte des voies navigables belges et néerlandaises en communication avec le canal Juliana et le canal Albert.
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- E. 19 et r, Ancienne écluse 19 cl ancienne rigole de Ilocht, qui servaient à l’alimentation du Zuid-Willems vaart, en territoire belge; démolies en 1863.
- E. 19' et r', Nouvelle écluse 19 et nouvelle rigole servant à l’alimentation du Zuid-Willems vaart; construites en 1863, en territoire néerlandais et ayant remplacé l’écluse 19 et la rigole r situées à Hocht.
- E. 20, Écluse de tète du Zuid-Willems vaart, construite en 1826.
- E. S.-P., Écluse, dite de Saint-Pierre et canal de dérivation, pourchalandsde 1 OOOt; mis en service en 1928.
- B, Barrage, dit de Borgha-ren, sur la Meuse, avec écluse E. Bur, pour chalands de 600 t; mis en service en mars 1929.
- E. Bos, Écluse de Bossche-veld ; mise en service le 21 septembre 1931.
- E. Li, Ecluse double de garde, dite de Limmel, du canal Juliana; mise en service à la lin de 1934. (C’est la dernière écluse (IV) du canal Juliana.)
- E. 6, Dernière écluse du canal latéral de Liège à Maastricht; construite après 1849.
- E. 5, Avant-dernière écluse du canal latéral de Liège à Maastricht.
- E. 4, Antépénultième écluse du canal latéral de Liège à Maastricht; démolie en 1934 et remplacée par l’écluse de Petit-Lanaye E. La.
- EL La, Écluse, dite de Petit-Lanaye, pour chalands de 600 t, remplaçant l’ancienne écluse 4 du canal latéral de Liège à Maastricht depuis le 16 octobre 1934. (C’est à cette date qu’a été mis en service le canal Lanaeken-Neerhaeren joignant la section Lanaye-Briegden du canal Albert au Zuid-Willems vaart.)
- ELg. 2. — ELiclave de Maastricht, montrant les prises d’eau des canaux anciens, du canal Juliana et du canal Albert dans la Meuse.
- Neerhaeren,
- Hocht
- LanaeUei
- E.Li.lV
- Li m mel
- Bosscheveld
- MAASTRICHT
- Sa i nt-,
- E La I
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- C’est alors que les Pays-Bas décidèrent de construire le canal Juliana (lîg>. 2) avec : une prise d’eau à Limmel en aval de la rigole /, un barrage B, dit de Borgharen, sur la Meuse (1929) et une écluse E. Bos, dite de Bosscheveld, entre la Meuse et le Zuid-Willems vaart. Une écluse E. S.-P., dite de Saint-Pierre, avait été construite auparavant (1928) entre la Meuse et le canal de Liège à Maastricht.
- Dans le projet de traité de 1925, le canal Juliana n’avait été prévu que dans sa partie basse, et uniquement en vue de desservir les charbonnages du Limbourg néerlandais; mais, comme il fallait pomper l’eau à Maasbracht et la refouler jusqu’au port charbonnier de Born pour assurer sa navigabilité sans nuire à la navigation de la Meuse mitoyenne, c’est plus tard que le prolongement du canal Juliana vers le Sud, jusqu’à Maastricht, fut décidé. C’est seulement à ce moment que le gouvernement belge exprima au gouvernement néerlandais ses craintes que les travaux projetés ne vinssent modifier le régime delà Meuse mitoyenne et ne fussent contraires au traité de 1863. Il lui fut répondu que le canal Juliana devant être construit entièrement en territoire néerlandais, le traité ne lui était pas applicable. C’est alors que la construction du canal Albert, tel qu’il sera exécuté, fut décidée (1929).
- La construction du canal Albert avait été envisagée dès 1927, aussitôt après le rejet du traité de 1925. Devant être construit sur le territoire belge, la raison donnée pour justifier la construction du canal Juliana paraissait en effet également valable pour le canal Albert; aussi, le gouvernement néerlandais, comprenant sans doute la faiblesse de son argument, appliqua-t-il les dispositions du traité de 1863 qui interdisent l’alimentation des canaux situés en aval de la rigole r' autrement que par cette rigole; et il installa systématiquement des stations de pompage aux écluses du canal Juliana, sauf celle de Limmel qui, normalement, est ouverte, et cela pour ne rien changer au régime de la Meuse, mitoyenne. Il semble qu’ainsi, on ait voulu empêcher les Belges de prendre l’eau de la Meuse à Monsin, près de Liège, pour alimenter le canal Albert; on les accusait, en effet, de vouloir « capter » la Meuse pour l’envoyer dans l’Escaut à Anvers, comme les Néerlandais avaient fait eux-mêmes autrefois, en captant le Rhin pour l’envoyer dans la Meuse à Rotterdam.
- Objets du canal Juliana et du canal Albert. — En amont de Liège et jusqu’à la frontière française, la Meuse a été canalisée il y a déjà trois quarts de siècle. En aval de Liège, jusqu’à Visé , à I frontière néerlandaise, la canalisation n’était que partielle.
- Entre Sedan et Maastricht, la Meuse décrit des méandres dans une vallée profonde qu’elle s’est creusée à travers le plateau ardennais; d’ailleurs, elle ne commence à recevoir des affluents un peu importants qu’un peu en amont de Sedan. Dans cette partie médiane de son cours et jusqu’à Maasbracht, elle est difficilement navigable; elle n’a été rendue telle que par des canaux latéraux et elle ne sert guère qu’à l’alimentation de ces canaux et de canaux de jonction. C’est ainsi que de Maastricht à Maasbracht, elle ne pourrait être rendue navigable pour les grands chalands modernes qu’au prix de travaux extrêmement coûteux. 11 a donc fallu
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- construire des canaux sur la Meuse liante et moyenne pour remédiera l’insuffisance de sa navigabilité.
- Le canal Juliana, mis en service dans toute sa longueur à la lin de 1934, n’avait été prévu, disait-on, que pour desservir les charbonnages du Limbourg néerlandais; effectivement, on n’en construisit tout d’abord que la section septentrionale; mais, en réalité, comme il a été écrit bien des fois, c’était surtout pour détourner vers Rotterdam, parla Meuse canalisée en aval de Maasbracht (fig. 1), le trafic mosan, et notamment celui du Pays liégeois et du Nord-Est de la France, qui, auparavant, était acheminé vers Anvers par des canaux belges déjà anciens et devenus incommodes.
- Le canal Albert, qui n’est pas achevé, a été conçu en riposte au canal Juliana : 1° pour éviter ce détournement, et pour conserver le trafic en Belgique en le dirigeant directement vers Anvers; 2° pour éviter la longue traversée de l’enclave de Maastricht; 3° pour permettre de diriger les charbons de la Gampine belge, d’une part à Anvers, leur port naturel d’exportation, d’autre part, vers le Pays liégeois, grand centre de consommation; 4° pour drainer vers Anvers une partie des charbons du Limbourg néerlandais; 5° pour permettre d’importer par Anvers, pour le Pays liégeois, le Limbourg néerlandais et le bassin d’Aix-la-Chapelle, du minerai de fer, de façon que ces trois grands centres métallurgiques ne soient plus exclusivement tributaires du minerai de fer lorrain.
- Le canal Juliana, d’une longueur totale de 34 km, est sur la rive droite de la Meuse, entre Maastricht (cote 43) et Maasbracht (cote 20,40) (fig. 1) qui, par la Meuse, sont distants de 64 km. Maastricht, avec son faubourg de Wijk, forme une agglomération de 65 000 habitants ; ce n’est pas un très grand centre industriel comme Liège.
- Le canal Albert, qui aura une longueur de 125 km, est tout entier sur le territoire belge, entre Liège (cote 60) et le port d’Anvers (cote 4) qui, par les anciens canaux belges, sont distants de 153 km ; sur ces anciens canaux, on rencontre de nombreuses écluses et de nombreux ponts, qui retardent la navigation; de plus, ces canaux ne sont accessibles qu’aux chalands de 600 t.
- Les deux canaux sont à pente unique; le canal Albert compte 6 écluses, le canal Juliana, 4. Tous deux ont été prévus pour recevoir les grands chalands rhénans de 2 000 tonnes.
- La construction du canal Albert est beaucoup plus difficile que celle du canal Juliana. C’est ainsi qu’à la ligne de partage des eaux des bassins de l’Escaut et de la Meuse, il a fallu creuser une tranchée qu’on a comparée, comme grandeur et difficulté, à celle de la Culebra, sur le canal de Panama.
- Il semble bien que la construction de l’ensemble des ouvrages du canal Juliana soit une infraction au traité de 1863, et d’autant plus que la convention complémentaire de 1873 prévoyait qu’avant toute modification au régime des prises d’eau, le Waterstaal se mettrait d’accord avec le Service belge des Ponts et Chaussées. Comme le gouvernement néerlandais a attendu pour déposer sa plainte que le canal Albert fut presque terminé — il a déjà coûté près de 2 milliards — on peut se demander si, sachant sa cause mauvaise et qu’en déposant sa
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- plainte, il n’avait rien à perdre, le peu qu’il aurait pu gagner constituerait une monnaie d’échange pour résoudre d’autres litiges ou obtenir certains avantages. On verra plus loin que l’arrêt de la Cour a complètement renversé la situation.
- Cependant, les travaux du canal Juliana furent poursuivis et, dès 1930, ceux du canal Albert furent commencés : en 1934, une liaison était établie entre le futur canal Albert et la section belge du Zuid-Willems vaart, de Briegden à Neerhaeren par Lanaeken (fîg. 2).
- arrêt de la cour de la haye. — Conformément à sa procédure traditionnelle, le gouvernement néerlandais s’appuyait sur quelques-uns seulement des articles, du seul des trois traités de 1863 qui était visé, chaque article étant envisagé isolément. Dans sa demande reconventionnelle, le gouvernement belge devait forcément réfuter séparément chacun des arguments néerlandais ainsi présentés; d’ailleurs, il ne présentait ses conclusions qu’ « au cas où, sur certains points, la Cour ne pourrait admettre celles du gouvernement néerlandais ». La Cour a décidé que ces articles formaient un tout indissoluble, dont le seul objet avait été de donner satisfaction aux deux contractants; et c’est ainsi qu’elle a été amenée à rejeter les conclusions des deux parties, celles du gouvernement belge n’ayant plus d’objet puisque celles du gouvernement néerlandais étaient rejetées.
- Grosso modo, le gouvernement néerlandais ne demandait rien de moins que le comblement de quelques-unes des sections du canal Albert et celui du canal de jonction Lanaeken-Neerhaeren, parce que toute l’eau nécessaire aux irrigations et à la navigation sur toutes les voies en aval de Maastricht aurait dû être prise exclusivement à la rigole r', par le Zuid-Willems vaart; et il prétendait qu’il devait veiller à ce qu’il en soit ainsi. Il revendiquait donc une sorte de privilège du contrôle de la distribution de l’eau dans toutes les voies en aval de Maastricht. La Cour ne l’a pas admis : le traité de 1863, a-t-elle dit, a pour objet d’assurer l’irrigation en Belgique et aux Pays-Bas et la navigabilité des voies en aval de Maastricht, notamment du Zuid-Willems vaart, qui les alimente toutes, et sans que la vitesse de son courant soit excessive et sans que l’eau soit insuffisante dans la Meuse mitoyenne. Or, il semble que, par les dispositions qui ont été ou qui seront prises par les deux parties, il en est ou il en sera ainsi. D’ailleurs, la Cour a reconnu à chacune d’elles le droit de faire ce qu’il lui plaît sur son propre territoire et d’utiliser son eau à son gré, tant en amont qu’en aval de Maastricht, pourvu que les conditions sus-dites soient satisfaites, ce qui est le cas.
- Il en résulte que les sections du canal Albert Hasselt-Quaadmechelen et Viersel-Anvers, communes avec des sections des anciens canaux de la Campine, pourront être alimentées par l’eau de la Meuse prise à Monsin près de Liège. D’ailleurs, ces sections, comme les anciens canaux belges, continueront à être alimentées en partie par les rivières belges (le Démer et les deux Nèthes).
- La Cour n’a pas admis qu’en entourant l’enclave par le canal Albert, de Lanaye à Lanaeken, et par le canal de jonction Lanaeken-Neerhaeren qui le relie au Zuid-Willems vaart, la Belgique ait créé une rigole d’alimentation des canaux situés
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- en aval de Maastricht et que l’écluse de Neerhaeren servit à cette alimentation. Elle n’a pas admis non plus que le canal Juliana pût être considéré parla Belgique comme un canal d’alimentation en aval de Maastricht au sens du traité de 1863 qui ne lui est pas applicable, car, bien que situé en aval de Maastricht, sa situation sur la rive droite de la Meuse empêche son alimentation par la rigole r'. située sur la rive gauche. D’ailleurs, il ne porte pas atteinte au régime, qui n’a été établi que pour les seuls canaux situés sur la rive gauche de la Meuse. La Cour a fait remarquer, en effet, que les écluses de Neerhaeren et de Bossche-veld{7) n’ont pas de déversoir et n’envoient, dans le Zuid-Willems vaart, que de l’eau d’éclusage, soit, en moyenne, 1 m3/sec, pour la première, et 2 m3/sec, pour la seconde, ce qui est de l’ordre de grandeur des erreurs que l’on peut commettre dans la mesure du débit de la rigole r . Pour ces deux écluses, la preuve n’a été apportée à la Cour par aucune des deux parties que leur construction ait eu des effets incompatibles avec l’objet du traité de 1863. La Cour les a mises toutes deux hors de cause, bien que l’écluse belge n’ait été construite qu’après l’écluse hollandaise, et, semble-t-il, en riposte à celle-ci.
- Le jugement et l’arrêt rejetant à la fois les conclusions néerlandaises et belges ont été rendus en français par 10 voix contre trois, dont celle du juge néerlandais; encore les deux autres juges dissidents estiment-ils, dans des notes adjointes au texte du jugement, que les écluses de Neerhaeren et de Bosscheveld sont toutes deux incompatibles avec le traité de 1863; de même, l’un d’eux, le juge anglais, et le juge belge (ces deux derniers s’étant ralliés à la majorité) estiment que l’écluse de Borgharen est contraire au traité7 (8). C’est donc, en réalité, à l’unanimité des voix, non belge ni néerlandaise, que la demande néerlandaise a été rejetée.
- effets de l’arrêt rendu par la COUR. — Désormais, les deux gouvernements ont le droit de conserver et d’achever les travaux exécutés ou en cours d’exécution, pourvu que les conditions du traité de 1863 continuent à être satisfaites.
- Le canal Albert suppléera donc, dans une certaine mesure, pour la Belgique, le canal du Rhin à l’Escaut qu’elle désire depuis longtemps; il assurera le trafic entre Anvers, le pays liégeois et toute la haute Meuse en amont de Liège, et cela sans traverser l’enclave de Maastricht, ce qui est déjà possible; enfin, et ceci est loin d’être négligeable dans l’esprit des Belges, il opposera un obstacle sérieux à une invasion par l’Est dans la région particulièrement vulnérable de la frontière belge qu’est la trouée de Maastricht.
- Le commerce de la haute Meuse échappe en partie aux Pays-Bas, qui espéraient le drainer vers Rotterdam; mais ce n’est peut-être que provisoirement, car il existe entre Lanaye et la frontière, à l’entrée de l’enclave, ce que les Belges appellent « le bouchon de Lanaye » (fig. 2). C’est ce qui reste, sur environ 1 600 m
- (7) Le gouvernement néerlandais a essayé de justifier la piise d'eau laite en aval de la rigole r'. La Cour n’a pas admis cette justification.
- (8) On trouvera ces notes, ou leur texte traduit de l’anglais en français, dans La Navigation du Bhin d’août 11)37.
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- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES. — SEPTEMBRE-OCTOBRE 1937.
- de longueur, de l’ancien canal latéral de Liège à Maastricht, tronçon qui n’est praticable, ainsi que l’écluse double de Petit-Lanaye E. La, qu’aux chalands de 600 tonn es, alors que toutes les voies d’eau nouvelles qui rayonnent de Maastricht sont accessibles aux chalands de 2 000 tonnes (fig. 1). Or, la Belgique ne se sert plus de ce tronçon que pour un trafic local insignifiant, et elle n’a aucun intérêt à y faire quoi que ce soit pour permettre au canal Juliana de servir au trafic de la haute et de la moyenne Meuse. Elle a donc là une monnaie d’échange, avec laquelle elle pourra sans doute obtenir satisfaction sur les points litigieux qui divisent encore les deux pays; ce sont notamment : l’écoulement des eaux de la partie Nord de la Flandre; le régime et la nationalité des eaux de l’Escaut maritime, d’un intérêt presque nul pour les Pays-Bas mais vital pour la Belgique; l’agrandissement, ou son remplacement par une plus grande, de l’écluse de Ter-neuzen, au débouché, en territoire néerlandais, du canal de Gand à l’Escaut maritime; et peut-être enfin de meilleures communications entre le Bhin et l’Escaut, car celles qui existent ne sont plus aussi bonnes qu’autrefois par suite des progrès de la navigation.
- L’arrêt de la Cour de La Haye consacre donc, en définitive, le premier échec véritable de la politique néerlandaise à l’égard de la Belgique en ce qui concerne les voies navigables. On paraît l’avoir accepté de bonne grâce. Les Pays-Bas ne gagnent au procès que de pouvoir supprimer le fonctionnement coûteux des stations de pompage établies aux écluses du canal Juliana, mais pourvu, bien entendu, que les conditions relatives au régime de la Meuse mitoyenne et du Zuid-Willems vaart, spécifiées au traité de 1863, soient respectées.
- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
- La distillation de l’eau de mer pour obtenir l’eau potable à bord des navires. — Dans Forschungen und Fortschritte du 20 mai 1937, M. R. Blaum décrit un appareil dislillatoire, mis au point récemment en Allemagne et aux Pays-Bas, qui permet d’obtenir ce résultat dans des conditions très économiques.
- L’eau de mer ne doit pas être portée à une température très supérieure à 128°, sinon elle dépose sur les serpentins de vapeur servant à la chauffer une couche de sels très adhérente qu’il est difficile de détacher et qui diminue la transmission de chaleur. Si on ne dépasse pas 128°. les serpentins peuvent rester en service continu pendant trois ou quatre mois sans être détartrés.
- Dans l’appareil décrit, cette condition est réalisée; en outre, on a évité les variations brusques de pression, tant de la vapeur de chauffe que de celle qui est produite, qui font souvent déborder l’eau en cours de distillation; il y a aussi récupération de la presque totalité de la chaleur apportée par la vapeur de chauffe, qui, d’ailleurs, peut être de la vapeur d’échappement.
- L’eau distillée est aérée; elle reçoit des sels appropriés qui lui donnent de la saveur, car l’eau distillée, bien qu’elle ait entraîné un peu d’eau de mer par primage et se soit salée un peu par l’aération, est encore trop peu minéralisée pour être
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- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES.
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- potable. Avant distribution, un filtre à charbon adsorbant lui enlève l’odeur désagréable qu’elle a pu prendre dans les soutes.
- En général, l’appareil fonctionne d’une façon continue.de sorte que le volume des soutes à eau peut être réduit au strict minimum, et le navire n’a plus besoin de se ravitailler en eau douce dans les ports. L’expérience acquise et les mesures effectuées pendant six mois de fonctionnement sur un paquebot néerlandais faisant un service régulier entre les Pays-Bas et les Indes néerlandaises ont fait ressortir les faits suivants.
- Avant aération et reminéralisation, la teneur en sel marin de l'eau distillée varie de 1 à 2 mg par litre et dépasse deux ou trois fois par jour 3 mg pendant une heure, la production pouvant s’élever jusqu’à 300 m;! par jour. Cette eau, une fois aérée et reminéralisée, est propre à tous les usages (boisson, cuisine, toilette, lavages).
- Par suite de la suppression quasi totale des soutes à eau douce, le chargement du navire en fret payant peut être augmenté d’un dixième. La recette supplémentaire réalisable par l’augmentation du fret transporté représente plus de vingt fois les frais d’exploitation et d’amortissement de l’appareil. Le prix de revient de l’eau distillée est inférieur à celui de l’eau douce prise dans les ports. L’auteur fait remarquer que l’eau douce qu’on trouve dans les ports d’escale laisse très souvent à désirer en qualité ou en quantité; c’est le cas pour plusieurs ports atlantiques de l’Amérique du Sud et ceux d’Extrême-Orient. Cette eau doit d’ailleurs être payée en devises étrangères et exige encore presque toujours une épuration et une stérilisation à bord. On envisage actuellement l’installation de l’appareil sur les cargos mus par moteurs Diesel.
- L’ouverture de la route du col de l’Iseran sur la Route des Alpes. —
- La construction de la « Route des Alpes », fut suggérée en 1909 par M. Léon Auscher, alors président du Comité de Tourisme en Montagne du Touring-Club de France, pour établir, « le long de la frontière italienne, une liaison commode entre le lac de Genève et la Côte d’Azur ». Cette route présentait encore récemment deux lacunes importantes : celle de la route de Bourg-Saint-Maurice à Saint-Gervais par le col du Bonhomme; et celle de Bonneval-sur-Arc, en Maurienne, à Val d’Isère, en Tarcntaisc, par le col de l’Iseran. Cette dernière lacune vient d’être comblée et la nouvelle route a été livrée à la circulation le 10 juillet dernier. Dans Le Génie civil du 21 août, M. Gex, Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, donne des renseignements détaillés sur sa construction, qui a bénéficié de l’expérience acquise dans des cas analogues.
- La nouvelle route, d’une longueur de 29 km (8 km à vol d’oiseau entre les deux points précités) permet d’éviter un détour de 225 km. Elle est la plus haute d’Europe : l’altitude maxima du col est de 2 769 m.
- La pente moyenne est de 6,4 p. 100 sur le versant Isère et 6,9 p. 100 sur le versant Arc. Les rampes maxima ne dépassent pas 8 p. 100 du côté Tarentaise et atteignent à peine 10 p. 100 du côté Maurienne, et encore n’est-ce que sur un très court trajet.
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- La plateforme a 7 m de largeur; les profils en travers types comportent une chaussée de 5 m avec deux accotements de 1 m; l’accotement du côté montagne est accessible à la circulation et il est souvent constitué par un rechargement ordinaire, bitumé par semi-pénétration, ce qui permet de le considérer comme incorporé à la chaussée, portant ainsi sa largeur à 6 m.
- Les travaux n’ont provoqué aucun incident important. La durée annuelle moyenne de travail a été du côté Isère, exposé au Nord, de quatre mois, et, du côté Arc, exposé au Sud, de six mois.
- La route ne devant pas être déneigée l’hiver en raison des nombreuses avalanches qui coupent son tracé, son entretien sera relativement facile, car les routes où la circulation est suspendue dès les premières neiges et où elle ne reprend qu’après la fonte des dernières neiges et après assèchement complet de la chaussée, sont faciles à entretenir si on laisse s’achever l’assèchement avant toute reprise de la circulation. Cependant, il faut veiller à ce que les eaux, très abondantes, provenant de la fusion de la neige, ne ruissellent pas sur la chaussée et à ce qu’elles empruntent les aqueducs qui leur sont réservés. Ceux-ci sont très nombreux et largement ouverts.
- La protection des talus de déblais est difficile car, aux grandes altitudes, la végétation y reprend mal. Cependant, il est possible, dans la majorité des cas, de tenir les talus à 1/1 pour les terres ordinaires. Quand ce n’est pas possible, on construit des petits murs de pied qu’il faut bien se garder de prévoir et qui ne sont établis qu’au fur et à mesure de l’avancement des travaux et seulement en cas de nécessité absolue.
- BIBLIOGRAPHIE
- Comité français des expositions et Comité national des Expositions coloniales,
- réunis par décret du 10 juin 1925. Ouvrage publié par le Comité français
- des Expositions à l’occasion du Cinquantenaire de sa fondation (1885-1935).
- Un vol. rel. 28x23 cm, 328 p., fig., pi. Index: 606.4 (44)
- Luxueusement présenté, fortement documenté et abondamment illustré, l’ouvrage se subdivise en trois parties.
- La première partie donne un historique complet des expositions dans le monde, de 1798 à 1885.
- Nous notons avec intérêt que c’est au moment de la seconde Exposition, celle de l’an IX (1801) que fut fondée définitivement notre Société, dont les premiers adhérents s’étaient déjà rassemblés précédemment en un petit comité fort actif.
- L’auteur le rappelle en ces termes :
- « Pour exciter l’émulation, répandre la lumière, seconder le talent, des savants « et des économistes, sur l’initiative de Delessert et Lasteyrie, fondèrent une « Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale calquée sur le modèle « d’une société qui fonctionnait en Angleterre depuis 1756, Son programme,
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- « approuvé par le Ministre de l’Intérieur Chaptal, qui en fut le premier prési-« dent, était plein de promesses : recueillir les découvertes et inventions, distri-« buer des encouragements ou des gratifications, propager l’instruction, vulga-« riser les découvertes, exécuter et faire connaître les machines ou instruments « utiles pour l’industrie, diriger les essais et expériences des inventeurs, aider « les artisans dans le besoin, rapprocher tous ceux qui s’intéressent au progrès « des arts.
- « Savants, financiers, administrateurs, artisans, inventeurs, s’empressèrent « d’adhérer à l’institution nouvelle qui joua un rôle prépondérant dans l’expan-« sion de l’industrie française. »
- La deuxième partie continue l’historique des expositions dans le monde, depuis 1885, année de la fondation du Comité français des Expositions, jusqu’à 1935.
- La troisième partie comporte une étude approfondie de la réglementation internationale des expositions, de l’organisation et du fonctionnement du Comité français des Expositions.
- Rappelons les noms des personnalités qui présidèrent successivement le Comité français des Expositions : Gustave Sandoz, 1885-1891 ; — Jérôme Thi-bouville-Lamy, 1891-1895; — Alfred Ancelot, 1895-1906; — Émile Dupont, ancien sénateur, 1906-1922; — Jean Amie, sénateur, 1922-1926; — M. Fernand Chapsal, sénateur, ancien ministre, président actuel.
- Chargé de rassembler et de coordonner tous les renseignements utiles, de préparer les cadres industriels des expositions, de réglementer la propriété des œuvres artistiques, littéraires et industrielles, d’organiser les jurys, de surveiller l’attribution des récompenses, le Comité français des Expositions travaille en collaboration intime avec les Pouvoirs publics et en particulier avec le Ministère du Commerce et de l’Industrie. Il est l’intermédiaire naturel entre l’exposant et les services officiels de l’exposition.
- Depuis 1885, il a assuré le succès de la participation française dans près de 80 expositions. Les 450 rapports généraux, de groupes ou de classes, qu’il a inspirés et documentés, retracent les étapes de la vie économique de notre pays pendant cette période d’un demi-siècle.
- L’action du Comité fiançais des Expositions a eu d’ailleurs une haute portée internationale, car elle a provoqué la réunion de plusieurs conférences internationales qui ont abouti à la constitution d’une fédération, à la signature en 1928 de la Convention de Paris, relative aux expositions universelles, et à la création, en 1931, du Bureau international des Expositions, chargé de veiller à l’application de la Convention.
- H. Servonnet.
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- BULL. DE LA SOC. ü’eNCOUR. POUR L’iNDUSTRIE NAT. —- SEPT.-OCT. (p. 462).
- OUVRAGES REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE EN AOÛT ET SEPTEMBRE 1937
- Salmon (Pierre). — Machines-outils. Réception. Vérification. In-4 (32 x 24) de vin —L-151 p., fig. Paris, Editions Henri François, 47 à 51, avenue Philippe-Auguste (11e), 1937. 18636
- Célébration à Lyon du Centenaire de la mort d’André-Marie Ampère, 1836-1936. — Tome II : Compte rendu des journées des 5, 6, 7 et 8 mars 1936. In 4 (27 x 22) p. 253 à 525, fig. Lyon (Rhône), lmp. réunies, 33-35, rue Rachais. 18637
- Gazaud (R.) et Persoz (L.). — La fatigue des métaux. In-8 (25 x 16) de Vin-+-190 p., 121 fig. Paris, Dunod, 92, ne Bonaparte (6e), 1937. 18638
- Should Great Britain go to war for Czechoslovakia? An appeal to British common sense—for the sake of world peace—, by the Slovak Gouncil (London, 1937). In-8 (21 x 14) de 60 p., 2 cartes. Geneva, 10, rue de la Croix-d’Or. 18639
- Roy (René). — Contribution aux recherches économétriques. (Impasses économiques. Exposés publiés sous la direction de Robert Gibrat). (Actualités scientifiques et industrielles, U12.) In-8 (25 x 16) de 47 p. Paris, Hermann et Cie, 6, rue de la Sorbonne, 1936. 18640
- Jarry-Guf.roult (Robert). — Les rapports limites de l’ordre et du libre arbitre dans l’évolution des sociétés humaines. I : Figuration cartésienne du 'ait social. (Dynamique sociale. Exposés publiés sous la direction de Robert J arry-Guérüult.) (Actualités scientifiques et industrielles, 430). In-8 (25x16) de 67 p., 4 fig., II planches. Paris, Hermann et Cie, 1936. 18641
- Ombrédane (André). — Le problème des aptitudes à l’âge scolaire. (Exposés sur la psychobiologie de l’enfant publiés sous la direction de Henri Wallon.) (Actualités scientifiques et industrielles, 439). In-8 (25 x 16)de 59 p. Paris, Hermann et Cie, 1936.
- 18642
- Ombrédane (André), Mme Suares (N.) et Mme Canivet (N.).— Les inadaptés scolaires (Exposés sur la psychobiologie de l’enfant publiés sous la dir ction de Henri Wallon). (Actualités scientifiques et industrielles, 440.) In-8 (25 x 16) de 85 p., 45 fig. Paris, Hermann et Cie, 1936. 18643
- Rodé (Otto). — Organisation rationnelle des entreprises de construction de bâtiments. Traduit de l’allemand par A. Schubert. In-8 (21 x 14) de vm -f- 179 p., 54 fig. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1937. (Don de i\I. A. Schubert, membre correspondant de la Société.) 18644
- Lenglen (M.). — Un aspect peu connu de l’œuvre de J.-B. Boussingault à la Société centrale d’Agriculture (1842-1887), à la Commission d’Enquête sur les Engrais industriels (1864), au Comité d’Hygiène et de Salubrité publique de la Seine (1844-1887). In-8 (25x16) de 190 p., 4 fig., I pl. Beauvais, lmp. centrale administrative, 15, place Ernest-Gérard, 1937. (Don de Fauteur, membre de la Société.) 18645
- Bastet (A.). — Les incertitudes de l’arrosage dit rationnel et la valeur des méthodes empiriques (ex Bulletin de la Société des Agriculteurs d'Algérie, n° 496). In-8 (24 x 16) de 16 p. 1 fig. Alger, lmp. C. Vollot, 1937. (Don de Fauteur).
- Pièce 14081
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- OUVRAGES REÇUS EN AOUT ET SEPTEMBRE 1 937.
- mi
- Chan (M.). — Efforts transversaux exercés sur la voie par les locomotives 221 A
- et 231 D de la Compagnie P. L. M. (ex Revue générale des Chemins de fer, Ie1' juin 1937). In-4 (30 x 21) de 15 p., 5 üg., VI tableaux. Paris, D i .od, 92, rue B naparle (0°), 1937. {Don de la Cie des Chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, membre de la Société.) Pièce 14082
- Gaurert (H.). — Relevé des diagrammes dynamométriques sur les cylindres des locomotives, (ex Revue générale, des Chemins de fer, -1er juillet 1937.) In-4 (30 x 21) de 11 p., 12 fig. Paris, Du ;od, 1937. (Don de la C10 des Chemins de fer de. Paris à Lyon et à la Méditerranée, membre de la Société.) Pièce 14083
- Tourneur (M.). — Les deux locomotives Diesel-électriques à grande vitesse du réseau P. L. M. (ex Revue générale des Chemins de fer, 10‘‘ juillet 1937). In-4 (30 x 21) de 11 p., 10 üg., I pl. Paris, Du ro !, 1937. (Don de la C10 des Chemins de fer de Paris à Lyon et à ta Méditerranée, membre de la Société.) Pièce 14084
- Pépin (L.). — Normalisation des ajustements. Interchangeabilité des pièces mécaniques lisses dans leur montage et leur fonctionnement. Etude pratique à l’usage des Écoles techniques, des Bureaux des études, des S rvices de fabrication et de contrôle. Étude conforme au système de normalisation i ternalionale « ISA » et aux normes « CNM ». Cours de lre, 2e, 3e, 4e années. Tome I : ll’e et 2e années. Préface de M. J. Dupin. In-4 (30 X 21) de 4/ p., 18 üg. 193/. (Don de M. J. Dupin, Inspecteur général de l’Enseignement technique, Caluire-et-Cuire (Rhône.) Pièce 14085
- Le théâtre indigène et la culture franco-africaine. C mpt s rendus de Fêtes annuelles d’art scolaire données ar les élèves de l’École William-Ponly, 1930-1937. (Numéro spécial de L’Éducation africaine, Bulletin de l’Enseignement de l’ A. (J. F., Dakar, 1937.) In-8 (24 x 16) de 115 p., IV pl. Pièce 14086
- Demorlaine (J.). — La pêche dans les lacs parisiens (ex Bulletin de la Société centrale d’Agriculture et de Pêche, avril-juin 1937). In-8 (24 x 16) de 7 p. Clermont (Oise), lmp. Thiron et Cie. Pièce 14087
- Rosenthal (D.). — Principes constructifs et problèmes métallurgiques de la soudure. Conférence faite à la Société des Ingénieurs soudeurs, le 17 juin 1937, suivie des interventions de M. le Colonel N. T. Bei.aiew : Le point de vue du métallographe ; de M. P. Pierard : Le point de vue de l’aciériste dans les problèmes de soudure; et de M. A. Portevin : Problèmes posés et conclusions (ex Bulletin de la Société des Ingénieurs soudeurs). In-8 (24x10) de 36 p., 15 üg. Paris, Société des Ingénieurs soudeurs, 32, boulevard de la Chapelle (18e). Pièce 14088
- Chambre de Commerce de Paris. — Compte rendu des travaux. Année 1936. Tome I : Commissions d'études; Tome II : Commissions administratives. Paris, Librairies-imprimeries réunies, 1937. Pér. 148
- Association amicale des anciens Élèves de l’Institut national agronomique (Ingénieurs agronomes). Promotions 1876 à 1935. — Annuaire. Années 1937-1938. Paris, 5, quai Voltaire (7e). Pér. 92
- Association amicale des anciens Élèves de l’École de Physique et de Chimie industrielles de la Ville de Paris. — Annuaire 1937. Paris, 10, rue Vauquelin (5e).
- Pér. 92
- Société des anciens Élevés des Ecoles d’Arts et Métiers. (Ingénieurs A. etM.). — Annuaire 1937. Paris, 9 bis, avenue d'Iéna (10e). Pér. 136
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- OUVRAGES REÇUS EN AOUT ET SEPTEMBRE 1937.
- Société française des Électriciens. - Annuaire 1937-1938. Malakoff (Seine), 8 à 14, avenue Pierre-Larousse. Pér. 39
- Association technique maritime et aéronautique. — Annuaire 1937. Paris, 7, rue de Madrid (8e). Pér. 298
- Comité des Travaux historiques et scientifiques (Ministère de l’Éducation nationale). — Bulletin de la Section des sciences économiques et sociales. Année 1936. Paris, lmp. nationale; E. Leroux, 28, rue Bonaparte (6e), 1937. Pér. 26
- Mémorial des Poudres, publié par les soins du Service des Poudres, avec l’autorisation du Ministre de la Guerre. — Tome XXVII. Paris, Imprimerie nationale, 1937.
- Pér. 223
- Ministère des Travaux publics. — Bureau de documentation minière. — Statistique de l’industrie minérale et des appareils à vapeur en France, en Algérie, dans les colonies, pays de protectorat et territoires sous mandat français pour
- l’année 1935 (2e fascicule); .. pour l’année 1936 (Ier fascicule). Paris, Imprimerie
- nationale, 1937. Pér. 138
- National Bureau of Standards (Wa hington). — Miscellaneous Publication, M126 : Température interconversion tables (°C°F) and melting points of the Chemical éléments, 4 p. (1937). — M154 : Summary report of National Bureau of Standards Research on préservation of records, 28 p., 4 fig. (1937). — M157 : Report of the twenty-sixth national Conférence on Weights and Measures, Washington, D. C., June 1936, 166 p., 17 flg. (1937). Pér. 61
- Koninklijke AkadE'HE van Wetensciiappen te Amsterdam. — Proceedings of the Section of Sciences. Vol. XXXIX, p. 2. Amsterdam, 1936. Pér. 279
- L'agent général, gérant, e. lemaire.
- BRODARD BT TAUPIN, Coulommiers-Pari?.
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- 13(ie ANNEE.
- NOVEMBRE-DECEMBRE 1937.
- BULLETIN
- DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- LE SECOND CONGRÈS MONDIAL DU PÉTROLE
- (Paris, 14-19 juin 1937)
- par M. F. Blondel, membre du Conseil de la Société d’Encovragement.
- Le caractère particulier du IIe Congrès mondial du Pétrole qui s’est tenu à Paris du 14 au 19 juin 1937 (le premier avait eu lieu à Londres en 1933) est d’avoir été, en quelque sorte, encyclopédique, d’avoir cherché à couvrir tout ce qui se rapporte à ce mot : le pétrole. Qu’on en juge par les têtes de chapitres des comptes rendus généraux qui comprendront 5 gros volumes, formant en tout plus de 3 200 pages :
- lre Section (Géologie, Géophysique, Forage) : Problèmes géologiques généraux; — Études régionales sur l’Europe et les pays extra-européens; — Généralités sur les recherches géophysiques ; — Gravimétrie ; — Magnétométrie ; — Méthodes électriques ; — Méthodes sismiques ; — Problèmes généraux sur le forage; — Force motrice et matériel pour le forage; — Boues de forage; — Exploitation.
- 2e Section (Physique, Chimie, Raffinage) : Paraffine et déparaffinage : Procédés d’analyses divers; — Recherches de laboratoire ; — Carburants et huiles de synthèse; — Raffinage; — Les gaz de pétrole et leur utilisation; — Fuel oils;
- — Terres décolorantes; — Produits routiers; — Altérations; — Raffinage par solvants; — Viscosité et onctuosité.
- 3e Section (Matériel et construction) ; Matériel de forage; — Tuyauteries et canalisations ; — Corrosion ; — Appareils fonctionnant à haute température et a haute pression; — Pertes par évaporation; — Appareils et installations de raffinerie.
- 4e Section (Utilisation) : Matériaux entrant dans la construction des moteurs;
- — Essâi de moteurs à injection; — Mesure des couples moteurs; — Appareils de mesure; — Chauffage aux combustibles liquides; — Revêtements étanches bitumineux; — Étude générale sur les lubrifiants; — Étude de la combustion dans les moteurs; — Spécification et propriétés des combustibles liquides; — Corrosion dans les moteurs due à l’emploi des carburants ; — Détonation ; — Carburants à haut indice d’octane.
- 5e Section (Économie, Statistique) : Archéologie et histoire du pétrole; — Nomenclature du pétrole; — Normalisation, méthodes de mesure et de prélève-136e Année. — Novembre-Décembre 1937. 31
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- 466 IIDd CONGRÈS MONDIAL DU PÉTROLE (JUIN 1937).'— NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1937-
- ment d’échantillons; — Statut juridique du pétrole dans le monde; — Enseignement technique du pétrole dans le monde; — Questions maritimes touchant au pétrole; — Économie du pétrole.
- Cette simple énumération montre l’absolue impossibilité de résumer un pareil travail; elle explique, en outre, que ce Congrès ait attiré une telle affluence (plus de 1 300 congressistes) venant de toutes les nations du monde, même de celles qu’il est rare de voir représentées dans des réunions analogues, en particulier l’Amérique du Sud.
- On voudrait tout de même essayer de dégager quelques idées essentielles. Tout d’abord en ce qui concerne la recherche du pétrole, il semble bien que, les champs actuellement connus ne sont pas encore près d’être épuisés bien que, évidemment, le pétrole soit l’une des substances minérales dont la fin semble la plus proche. En revanche — et ceci paraît être général pour tous les produits miniers — il est bien difficile de découvrir maintenant des zones entièrement nouvelles, ce qui ne veut pas dire qu’il n’en existe pas.
- Si les progrès de la recherche paraissent devoir être lents désormais, ceux du traitement et de l’emploi du pétrole sont constants; on trouve là une opposition qui est d’ailleurs générale à l’heure actuelle : les résultats pratiques des sciences naturelles ne vont pas de pair avec ceux des sciences physiques et chimiques et leurs applications industrielles. C’est, semble-t-il, une loi inéluctable qu’il serait sage de méditer. Pendant le Congrès on ne pouvait pas, aussi, ne pas être frappé justement par l’étendue des problèmes que soulève cette question du pétrole; c’est, sous une forme concrète, la démonstration de l’impossibilité pour un seul esprit de connaître non pas, hélas! l’ensemble des sciences — ce temps est bien révolu — mais même ce qui a trait à une question bien délimitée. Ne peut-on pas craindre que la complexité des connaissances et l’extrême spécialisation qui en est la conséquence ne conduisent un jour à un ralentissement très marqué du progrès humain?
- De toute façon, la conclusion est évidente : désormais, les découvertes ne peuvent se faire qu’avec des moyens matériels puissants et grâce au travail en équipes; et, s’il est vrai que l’amélioration de l’avenir ne peut se trouver que dans un plus grand développement des recherches scientifiques, il faudra que les nations comprennent que ce développement n’est possible qu’à la condition de doter ces recherches sans compter. D’autre part, en ce qui concerne les chercheurs, ceux-ci devront abandonner ce qu’on pourrait appeler la « mentalité du chef-d’œuvre » ou, pour parler plus simplement, le désir exclusif du travail original et individuel.
- Voilà les quelques réflexions suggérées par ce Congrès du Pétrole, qui a été une très belle réussite française et dont on doit féliciter les organisateurs, notamment MM. Pineau, Bihoreau, Filhol et leurs collaborateurs.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR L’iNDUST. NATION.
- — NOV.-DÉC. 1937 (p. 467).
- LES EXPÉDITIONS SOVIÉTIQUES AU PÔLE NORD
- par le capitaine de vaisseau Jules Rouch, membre de l'Académie de Marine, professeur à l'Institut océanographique.
- Le 29 novembre 1935, une foule se pressait dans l’amphithéâtre de l’Institut océanographique de Paris pour entendre un explorateur polaire, le professeur Otto Schmidt.
- La physionomie du professeur, sa haute stature, son visage encadré d’une longue barbe, avaient été popularisés depuis plusieurs mois par de nombreuses photographies publiées dans les journaux illustrés, car il venait de diriger l’expédition du Tchéliouskine, dont les péripéties dramatiques avaient tenu en haleine, pendant longtemps, le monde entier.
- Dans ce décor savant, orné des fresques colorées du peintre Tinayre, qui représentent de façon minutieuse et précise les travaux océanographiques du Prince Albert de Monaco, ce n’était pas seulement du Tchéliouskine que venait parler ce soir le professeur Schmidt. Il venait rappeler les efforts du gouvernement soviétique pour coloniser et exploiter les domaines de l’Extrême-Nord, défendus par la nature hostile aux hommes civilisés.
- La moitié de la côte de l’Océan Glacial faitpartie du territoire de l’U. R. S. S., et le secteur limité par les méridiens des points extrêmes des frontières de l’U. R. S. S. jusqu’au pôle comprend la moitié du bassin polaire. Le professeur Schmidt venait nous dire par quelle suite de travaux tenaces, qui ne faisaient d’ailleurs que continuer, sur une plus grande échelle et sur un plan plus méthodique, ceux de la Russie des tsars, une route maritime avait été ouverte au commerce régulier sur les côtes de la Sibérie septentrionale.
- Le passage du Nord-Est, ce rêve de tant de voyageurs arctiques, depuis Barents et Chancellor, et qui n’avait été parcouru qu’en deux années par la Véga de Nordenskjold en 1878-1879, est maintenant complètement exploré. Des cartes précises en Ont été dressées. Des stations météorologiques et océanographiques permanentes jalonnent la route et envoient leurs avertissements aux navigateurs. De véritables convois de navires de commerce, encadrés et aidés par des brise-glaces, rejoignent la Russie et la Sibérie orientale aux embouchures del’Iénisséi, de la Léna, de l’Indighirka, de la Kolima. Le trafic annuel se chiffre aujourd’hui par plusieurs centaines de mille tonnes (blé, pelleteries, bois de construction). Toute une vaste région, sûre de pouvoir désormais exploiter ses richesses, a été ouverte à la civilisation. •
- UN PLAN QUINQUENNAL POLAIRE.
- Le grand travail scientifique et d’organisation avait commencé en Arctique en 1929, avec le premier plan quinquennal de développement de l’industrie natio-
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- 468 LES EXPÉDITIONS SOVIÉTIQUES DANS L’ARCTIQUE. — NOV.-DÉC. 1937.
- nale. « Tandis que Nansen, Amundsen et Byrd, disait Schmidt, étaient forcés de recueillir les fonds nécessaires pendant des années, en faisant appel à la générosité des initiatives privées, limitées dans leurs ressources, et ne portant pas assez d’intérêt aux affaires de l’Arctique, le gouvernement de l’Union soviétique, maître des ressources du pays, a mis entre les mains des hommes de science tout le matériel nécessaire aux expéditions : laboratoires et appareils, ravitaillement et combustible, brise-glaces et avions. »
- Un réseau de stations scientifiques, couvrant toute la côte et les îles, fut réalisé. Il comprend plus de 50 stations permanentes, dont les plus septentrionales sont celles de la Terre François-Joseph. Trois cent cinquante personnes, hommes et femmes, sont en permanence occupées soit à faire des cartes, soit à recueillir des observations météorologiques et océanographiques, soit à envoyer par T. S. F. des avertissements aux navigateurs sur les possibilités de passage dans les diverses régions. Plusieurs ont déjà hiverné plus de cinq fois. L’explorateur polaire est devenu en Russie soviétique un fonctionnaire pas très différent des autres.
- L’œuvre de ces stations permanentes a été complétée par des expéditions temporaires. Telles furent les expéditions de 1929-1930 du brise-glace Sedov à la Terre François-Joseph et à la Terre du Nord, dont Otto Schmidt fut le chef. Ancien professeur de mathématiques à Kiev, fondateur et rédacteur en chef de la Grande Encyclopédie soviétique en 65 volumes, révolutionnaire agissant, membre actif du parti bolchevique, Schmidt avait acquis une réputation mondiale pour ses voyages dans l'Asie centrale. Dans cette expédition vers la Terre François-Joseph, il était assisté du professeur Samoïlovitch, qui s’est illustré à bord du Krassine dans le sauvetage de Nobile, de Wiese, auquel on doit d’importantes découvertes océanographiques dans la mer polaire, et de Voronine. Le Sedov atteignit la latitude de 82° 14', ce qui était un record.
- « Je ne prévoyais pas alors, écrit Schmidt, combien profondément j’allais m’attacher à l’Arctique, ni que, par la suite, je continuerais à servir ma patrie dans cet étonnant domaine. »
- En 1932, Schmidt, à bord du Sibiriakov, assisté toujours de Wiese et de Voronine, réussit à atteindre le détroit de Béring deux mois et quatre jours après le départ d’Arkhangel. Cet exploit fut accueilli avec enthousiasme dans toute la Russie soviétique, et une nouvelle institution centrale fut créée près du Conseil des Commissaires du peuple : la Direction centrale de la Voie maritime du Nord.
- En 1935, le Sadko retourna dans la partie septentrionale de la mer de Kara, et atteignit la latitude de 82° 41', la plus haute latitude atteinte jusqu’ici par un bateau libre dans les eaux de l’Asie.
- Le* voyage du Tchéliouskine n’a été qu’un chaînon de cette suite d’efforts accomplis depuis 10 ans par la Russie soviétique. S’il n’avait pas été terminé par par une catastrophe, seuls quelques spécialistes auraient connu et célébré son succès.
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- LES EXPÉDITIONS SOVIÉTIQUES AU POLE NORD.
- 469
- EXPÉDITIONS COMMUNISTES.
- Les auditeurs de l’Institut océanographique étaient sans doute attirés aussi, dans cette soirée du 29 novembre 1933, parle mystère qui entoure toujours, dans tous les domaines, la Russie soviétique. Gomment pouvait être organisée — et fonctionner à souhait — une expédition polaire, en respectant les règles établies du régime moscoutaire?
- D’abord, une remarque générale s’impose : c’est que toutes les expédit ons polaires, quelles qu’elles soient, appliquent toujours dans leur organisation des règles communistes. Il n’est pas d’association humaine qui pratique une égalité aussi absolue entre ses différents membres. Non seulement les risques sont les mêmes pour tous, et, les mêmes pour tous, les difficultés inhérentes à la nature même des régions polaires, mais la nourriture, les vêtements, le médiocre confort, tous les travaux matériels sont identiques pour le chef d’expédition et ses compagnons. La hiérarchie existe, mais elle est basée sur la compétence reconnue, la spécialité des travaux, la discipline librement consentie.
- Voici ce qu’écrivait Scott des marins qui l’accompagnaient dans sa première expédition au pôle sud : « Il faut se rappeler qu’ils n’étaient pas soumis au code de discipline navale. Leur manière d’agir ne fut pas dictée par un espoir de récompense. Je crois sincèrement que leur excellente conduite était due à un haut sentiment du devoir, et qu’ils travaillaient simplement pour l’honneur de leur navire, de leur service et de leur pays. Ils ont fait leur devoir sans prétention et sans parade, mais avec une simple honnêteté d’intention produisant les meilleurs résultats. »
- Schmidt parle à peu près dans les mêmes termes de ses camarades, lorsqu’il célèbre le rendement du « collectif » du Tchéliouskine. Et ceux-ci, lorsqu’ils nomment leur chef dans leurs journaux personnels, lui témoignent toujours un respect affectueux et la plus déférente estime. « Si tu ne sais pas quelque chose, écrit un matelot, va le demander à Schmidt, il sait tout. » « Il était le meilleur ami de chacun de nous », écrit un autre.
- Les chefs d’expédition — je pense à Greely, par exemple — qui ont voulu baser leur autorité sur une discipline rigide et sur une réglementation stricte, n’ont abouti le plus souvent qu’à un désastre.
- L’ODYSSÉE DU « TCHÉLIOUSKINE ».
- Le Tchéliouskine avait quitté Mourmansk le 10 août 1932, et allait essayer, au cours d'un seul été, d’atteindre le détroit de Béring.
- Il y avait à bord un personnel disparate. D’abord, l’équipage du navire comprenait 33 hommes, et avait à sa tête le capitaine Voronine. D’une famille de marins de la mer Blanche, Voronine était habitué depuis son enfance à naviguer dans les glaces arctiques.
- « Que faut-il faire pour devenir un bon pilote des glaces? lui demandait-on. »
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- « Faites comme moi. Commencez à huit ans à pécher la morue dans la mer Blanche, le reste viendra tout seul. »
- Puis 29 membres de l’expédition proprement dite, savants, observateurs, journalistes, photographes, artistes, et même un poète, dont le professeur Schmidt est le chef. Un autre groupe était formé par les « Wrangéliens », comme ils appelaient ceux qui allaient hiverner à l’île Wrangel. Enfin, à côté ou au-dessus de tous, comme on voudra, l’adjoint politique Bobrov. Une particularité était la
- présence à bord de nombreuses femmes, une dizaine. Trois de ces femmes font partie du personnel scientifique : une météorologiste, une chimiste et une biologiste^ Les autres accompagnent leurs maris qui vont hiverner à l’île Wrangel. L’une d’elles a une petite fille d’un an. D’ailleurs, plusieurs femmes russes ont déjà hiverné dans les régions arctiques. L’une d’elles, Nina Demmé, a même été le chef de la station météorologique de la Terre du Nord. Et le journal de bord du Tchéliouskine porte cette mention, assez rare dans les journaux de bord d’expédition polaire : « Le 3 août, dans la mer de Kara, à 5 h. 30 m., un enfant du sexe féminin est né aux époux Yassilef, par 73° 46' de latitude nord. L’enfant a reçu le nom de Karina. »
- Betardé par les glaces de la mer de Kara, le Tchéliouskine a pu cependant poursuivre sa route. Pendant plusieurs jours à la fin de septembre, il a été bloqué. A coups d’explosifs, il a réussi à se dégager. Au début d’octobre, il approche du détroit de Béring. Mais, au moment où la victoire paraît assurée, les glaces entourent de nouveau le navire, qui devient le jouet de la dérive. D’abord cette dérive paraît le porter vers la mer de Béring, et l’espoir renaît. Puis le 4 novembre une dérive contraire l’éloigne vers le Nord.
- La pression de la glace augmente. Le Tchéliouskine n’a pas de coque suffisamment solide pour résister. Seul un véritable brise-glaces pourrait franchir pareille banquise. Justement le Litké est dans la mer de Béring. On l’appelle par T. S. F. Il vient. « Mais à mesure que le Litké avançait vers le Nord, le ton hardi et vaillant de ses premiers télégrammes changeait », écrit avec quelque mélancolie Serge Semenov, secrétaire de l’expédition
- Le commandant du Litké signale le 17 novembre que les circonstances font craindre que son navire ne se trouve lui-même en détresse. Le « collectif » du Litké n’était pas à la hauteur de celui du Tchéliouskine. Schmidt réunit un soviet
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- pour prendre une décision : « Laissons-le partir, fut l’avis unanime; dans son état d’esprit actuel, l’équipage du Litké, fatigué par un hivernage pénible, serait incapable de nous sauver. » Et on laissa partir le Litké. C’était l’arrêt de mort du 7 chéliouskine.
- La vie normale continua toutefois à bord. Seuls les chefs de l'expédition, certains qu’il faudrait un jour évacuer le navire, prirent toutes les mesures nécessaires en vue d’un débarquement rapide : on procéda à un regroupement judicieux des vivres, on installa sur la banquise un dépôt important, et surtout on maintint en état auprès du navire une surface d’atterrissage pour les avions, seuls moyens de secours sur lesquels on pouvait compter désormais.
- Tout cela se faisait sans la moindre panique, pas même la moindre inquiétude apparente. Les phonographes continuaient à jouer des airs à la mode, le peintre Rechentnikov et son orchestre exécutaient de bruyantes chansons sur les mandolines. les guitares et les balalaïkas; Schmidt faisait des conférences sur tous les sujets; les moins instruits suivaient des cours d’orthographe et d’arithmétique, et Bobrov, l’adjoint politique, avait organisé « un coin rouge ». où, à l’aide de nombreux messages envoyés par T. S. F. de Moscou, il entretenait le feu sacré de la propagande bolchevique, publiait un journal et exaltait le moral du « collectif ».
- La catastrophe redoutée se produisit le 13 février 1933. par fort vent du Nord, tourmente de neige et — 30° de température. Les pressions des glaces avaient accumulé autour du navire d’énormes toross, suivant l’expression consacrée. « A midi, écrit Schmidt, la crête de glace à bâbord devant bougea et roula sur nous* Les blocs s’escaladaient l’un l’autre, comme les crêtes des vagues marines. La hauteur de ce rempart avait atteint 8 m.»
- Les secousses saccadées se succèdent sans interruption, landis que retentit le fracas de la glace qui se brise en s’accumulant. « Branlebas! Tout le monde sur le pont! ordonne Schmidt. Chacun à son poste pour le débarquement des provisions. »
- Les femmes et les enfants débarquent les premiers et s’installent dans les tentes disposées déjà sur la banquise. Dora Vassiliéva, qui ne croit pas à la perte immédiate du navire, hésite à quitter sa cabine avec sa petite Karina, née à bord du T chéliouskine. Il faut presque la débarquer de force. Tous les hommes se mettent à l’œuvre sans confusion et avec entrain. C’est un remue-ménage général. Chacun s’interroge, tout en courant à son poste et en faisant la chaîne pour débarquer les colis désignés : « Où en sommes-nous? — Le bordage cède. — Quel est l’état du navive? — Désespéré. » La glace, en effet, continue sa lente, son irrésistible offensive, dont Schmidt et Voronine suivent les progrès avec angoisse. Elle s’imprime sur les tôles du bordage qui fléchissent, sans céder encore. Mais elles ne peuvent résister longtemps. Bientôt les rivets sautent et s’éparpillent, les tôles se déchirent, une énorme brèche se produit, par laquelle l’eau se précipite dans la cale, défonçant les cloisons, bousculant et éteignant la chaudière sous pression, qui, par un hasard heureux, ne fait pas explosion. Chassé des cales par l’eau qui les inonde, l’air siffle à travers les manches d’aération.
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- Le débarquement s’effectue rapidement, sans accroc, témoignant des excellentes qualités du « collectif », note Schmidt, malgré le temps sombre et froid et la furieuse tempête de neige. Bientôt l’avant est dans l’eau. Un dernier radio est lancé et le matériel de T. S. F. est débarqué.
- A l’arrière, Schmidt, Voronine et une quinzaine de personnes sont encore à bord, dirigeant les dernières manoeuvres, s’assurant que tout le monde est bien débarqué. L’eau commence à inonder le pont supérieur, fait s’écrouler les superstructures. L’arrière se soulève. Schmidt et Voronine ont juste le temps de sauter sur la glace, mais l'économe Moguilevitch, resté à bord pour surveiller le débarquement des derniers vivres, est malheureusement coincé par des débris et entraîné avec le navire.
- « En arrière! Gare aux remous! » crie Voronine. Les blocs de glace tournoient dans le vide béant creusé par le Tchéliouskine. Un chaos d’épaves surnage. Il est 13 h. 40 m.
- LE SAUVETAGE.
- Le Tchéliouskine n’existe plus et ses hommes sont sur la banquise. L’organisation du campement, qui s’appellera le camp Schmidt, est l’affaire de quelques jours. L’équipage n’a pas perdu sa bonne humeur. On dirait que la catastrophe les amuse. Et, tandis que les uns s’ingénient à sauver parmi les épaves quelques objets utiles — un tonneau plein d’argile, que les sauveteurs avaient cru plein de beurre, donne lieu à de longues plaisanteries — un phonographe tourne déjà sous une tente, et un refrain de Joséphine Baker est repris en chœur par les matelots.
- Une chose est essentielle : rétablir par T. S. F. la communication avec le inonde civilisé. La radiotélégraphiste Krenkel s’v emploie. Le poste récepteur est bientôt monté, et le premier message que l’on reçoit... Mais écoutons Krenkel lui-même :
- « Je mets le rhéostat en action, et j’entends le léger grésillement des lampes. Merveilleux, ça va! Voici la secousse bien connue du générateur. Je tourne le manipulateur. J’entends un poste qui fonctionne. Et voilà l’ironie du destin : 104 personnes sont échouées sur la banquise dans la nuit, au milieu des glaces et de la tourmente de neige, et la première voix qui nous arrive du monde dans notre campement désolé, c’est celle d’un gai fox trot américain! »
- Bientôt on reçoit des indications plus utiles. La station radiotélégraphique du cap Wellenest dirigée par une femme, Luda Chrader, Ludotchka, qui ne cesse d’appeler le Tchéliouskine. Il faudra une douzaine d’heures pour que le poste émetteur du camp Schmidt soit en état de répondre. Pendant ces douze heures le sort de l’expédition tout entière se jouera, car, sans T. S. F. comment appeler et organise]- les secours?
- Enfin Ludotchka réussit à capter les signaux, pourtant de très faible puissance, du camp Schmidt. L’espoir renaît. Schmidt peut rendre compte à Moscou de la situation de ses compagnons, et indiquer la façon de secourir tout son monde.
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- Il n’y avait plus qu’à attendre patiemment, et, en attendant, s’accommoder le mieux possible de cette existence. Les logements furent perfectionnés. Puisque le combustible ne manquait pas, on installa des poêles improvisés qui élevèrent sensiblement la température à l’intérieur des tentes.On construisit des lampes à huile, qui donnèrent assez de lumière et pas trop de fumée. Les vivres étaient abondants. Kopoussov, qui avait remplacé Moguilevitch dans ses fonctions d’économe, en rationnait la distribution suivant l’état du temps, car de la nourriture plus ou moins substantielle dépendait le moral de la troupe, et ce moral avait besoin surtout d’être relevé lorsque le mauvais temps ne permettait pas l’espoir, d’un secours prochain.
- On jouait au football sur la banquise, aux dominos et aux dés sous les tentes. Le personnel scientifique continuait ses observations. Schmidt, intarissable conférencier, fit une suite de conférences sur un sujet à tout le moins inattendu : le matérialisme historique. Et le gouvernement de Moscou ne manquait pas d’envoyer de longues informatious de presse sur tous les événements mondiaux importants et sur le développement du plan quinquennal. Ces messages étaient commentés, discutés.
- « De la patience, camarades ! s’écriait le camarade Bobrov, de la patience et de l’endurance! notre grande patrie ne détache pas de vous son oeil vigilant! » Et les cent hommes reprenaient confiance et s’écriaient : « Nous tiendrons jusqu’au bout! Nous vaincrons! » Et l’on vit cette chose vraiment surprenante : Les naufragés du Tchéliouskine envoyèrent par T. S. F. un message d’encouragement au prolétariat autrichien, victime de je ne sais plus quels sévices!
- Ce n’était pas une petite affaire que l’organisation des secours. Très vite on se rendit compte qu’une caravane de chiens aurait d’énormes difficultés à rejoindre les naufragés et on abandonna ce projet. Quant aux avions, il fallait d’abord les amener à pied d’œuvre, à Wankaren, aérodrome improvisé sur la côte septentrionale de Sibérie. Puis, pour atteindre le camp Schmidt, à deux heures environ de vol de Wankaren, il fallait un temps clair, et des températures pas trop basses pour que les moteurs fonctionnent bien.
- A quatre reprises, Ludotchka annonça le départ des avions, les femmes et. les enfants qui devaient partir gagnèrent l’aérodrome de la banquise, et les quatre fois l’avion dut rebrousser chemin. Le 5 mars enfin, un jeune homme de 23 ans, le pilote Lapedewski, réussit, après plusieurs vols infructueux à trouver le camp et à atterrir. Il repartit aussitôt, en emmenant en une seule fois toutes les femmes et tous les enfants.
- Le départ des femmes et des enfants débarrassait ceux qui restaient d’un énorme souci. Et pour témoigner sa joie, le mécanicien Pogossov, gardien de l’aérodrome, se mit à exécuter sur la glace une danse caucasienne, accompagnée du chœur des spectateurs, qui lançaient leur bonnets en l’air. Décidément le moral du « collectif » était toujours excellent. Il fut rudement atteint, ce moral', quelques jours plus tard, par Schmidt, qui tomba gravement malade.
- Il ne fut plus question alors ni de l’arrivée des avions, ni des vivres, ni de l’état de la banquise, mais simplement de la maladie de Schmidt, qu’on avait
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- installé sous la tente de la T. S. F., la plus chaude et la plus confortable. On ne s’abordait plus que par ces mots : « Gomment va Schmidt? Il a 40° de fièvre ». Et chacun vaquait silencieusement à sa besogne en hochant la tête.
- « Il y avait dans notre campement, écrit un des naufragés dans son langage imagé, une force merveilleuse qui nous reliait tous, qui avait fondu cette centaine d’individus en un monolithe. Cette force s’appelait Schmidt. Et lorsque Schmidt tomba malade, nous en souffrîmes comme d’un malheur personnel. »
- Il fallut attendre le début du mois d’avril pour voir revenir de nouveaux avions, pilotés par Slepnev, Kamanine, Molokov, Yodopianov, Doronine. Chaque fois ils emmenaient cinq ou six hommes, deux d’entre eux se fourrant comme ils pouvaient dans les boîtes à parachutes sous les ailes.
- Schmidt, de plus en plus affaibli, reçut l’ordre de Moscou de partir avant son tour, qui, naturellement, était le dernier. Il était trop malade pour discuter; on l’amena en traîneau sur l’aérodrome, et le II avril l’aviateur Molokov le transporta sur la terre ferme.
- Le 12 avril, il ne restait plus au camp que six hommes : le capitaine Voronine, le mécanicien Pogossov, les deux radiotélégraphistes Krenkel et Ivanov, le quartier-maître Zagovski et Bobrov, l’adjoint politique. Bobrov raconte une scène amusante :
- « Saisis soudain par un accès d’allégresse étrange, Voronine et moi, nous nous mîmes à danser. Ce devait être un spectacle curieux que celui de deux hommes qui n’étaient pas de première jeunesse (nous avions une centaine d’années à nous deux) se trémoussant dans une sarabande populaire, puis s’étreignant et s’embrassant. » Cette allégresse cachait leur inquiétude, à laquelle ils ne voulaient pas penser : si les pressions des glaces bouleversaient leur aérodrome, comme cela était arrivé si souvent, auraient-ils pu, à eux six, le remettre en état? Le lendemain, trois avions pilotés par Kamanine, Molokov et Yodopianov se posèrent une dernière fois sur l’aérodrome. Tout le monde était sauvé, même les chiens.
- La Russie soviétique pouvait se vanter d’avoir accompli un exploit exceptionnel dans les fastes polaires, et on comprend qu’elle ait fêté le retour des naufragés du Tchéliouskine et de leurs sauveteurs avec un enthousiasme par moments délirant.
- LA STATION SOVIETIQUE DU POLE NORD.
- C’est en 1932 que le professeur Schmidt eut l’idée d’établir une station scientifique permanente sur la banquise dans le voisinage immédiat du pôle nord. Il en discuta longuement à bord du brise-glace Sibiriakov lors de son voyage d’Arkhangel au détroit de Béring. En 1934, le sauvetage sensationnel de l’équipage du Tchéliouskine le confirma dans son opinion que la Russie possédait les avions et les aviateurs capables de mener à bien son projet. Dès son retour en Russie il établit un plan détaillé de l’expédition qu’il envisageait : il s’agissait
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- d’atteindre le pôle en avion (ce qui n’était pas difficile puisque Byrd l’avait déjà fait), d’atterrir dans son voisinage sur la glace, d’y laisser quelques hommes qui devaient rester au moins une année, après laquelle ils seraient relevés, toujours en avion, par un nouveau groupe de savants.
- Un des partisans les plus actifs de l’idée du professeur Schmidt fut l’aviateur Vodopianov, un des plus célèbres aviateurs russes, qui avait participé au sauvetage des naufragés du Tchéliouskine. En février 1936, Staline donna son approbation, le Gouvernement prit les dispositions nécessaires pour le mettre le plus tôt possible à exécution. Le Commissariat de l’Industrie lourde reçut l’ordre de construire les avions nécessaires.
- L’île Rodolphe, de la Terre François-Joseph, fut choisie comme point de départ. Elle est située par 8l°40'.
- Au printemps de 1936, Vodopianov et Makotkine y atterrirent, réalisant ainsi la première liaison aérienne de cette terre avec le continent. Ils étudièrent les conditions de la navigation aérienne et construisirent des aérodromes convenables.
- Il s’agissait de transporter au pôle même un poids total de 9 t et 4 hommes. Trois grands avions étaient nécessaires, et on décida d’en avoir en réserve un quatrième. En outre, le groupe polaire aurait à sa disposition des petits avions pour observations météorologiques. Pour réussir, une Fig. 2. — Carte montrant la dérive de la Station
- expédition de cette sorte nécessitait polaire vers le Sud et celle du F ram de Nan-' , ... , sen en 18(.)(>.
- une préparation minutieuse dans tous
- ses détails.
- La station prévue fut montée et complètement équipée dans un champ auprès de Moscou, et les explorateurs y vécurent pendant une semaine, afin d’essayer et de mettre à l’épreuve tout le matériel qu’ils devaient emporter. 11 était important d’avoir le plus de confort possible sous le poids minimum.
- L’habitation principale est une petite maison de 3,70 m de longueur, 2,30 m de largeur et 2 m de hauteur. Sa charpente, très légère, est faite de tubes de duralumin. Elle est parfaitement isolée contre le froid, afin qu’une quantité minime de combustible assure à l’intérieur une chaleur suffisante. Ses doubles parois et son toit sont en tissus caoutchoutés et séparés par des matelas d’air. Une toile goudronnée, des peaux de rennes, puis deux couches de coussins de soie remplis de plume, et enfin une toile goudronnée très solide recouvre le tout. Le plancher
- ’i.OCT.
- WMR OU GROENLAND
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- consiste aussi en coussins caoutchoutés et goudronnés remplis d’air. A l’intérieur, la cabane est tapissée de fourrures de renne.
- Malgré une telle accumulation de revêtements protecteurs, cette petite maison pèse seulement 180 kg, et, dans le cas où la banquise se disloquerait dans son voisinage, 4 hommes peuvent facilement la déplacer sans la démonter. Sa couverture extérieure est de couleur noire, non seulement pour qu’elle puisse facilement être aperçue à distance, mais aussi pour absorber la chaleur du soleil. Il suffit d’un litre et demi de pétrole par jour pour chauffer la cabane et cuire les aliments.
- Les vêtements reçurent aussi une attention toute spéciale. L’expérience des explorateurs précédents parut sujette à révision. On adopta des sous-vêtements de soie, des vestes, des pantalons et des bas de laine, des manteaux de peaux de daim, des bottes en peau, en caoutchouc et en cuir.
- 80 caisses de métal soudé, pesant 43 kg, contiennent chacune la ration d’une semaine pour 4 hommes. Ces vivres sont surtout sous forme concentrée, en cubes de 50 à 60 g. Quelques-uns ont une composition tout à fait nouvelle : par exemple, un biscuit contenant 35 p. 100 de viande de poulet et de bœuf ; un chocolat de goût salé, composé de graines de cacao, de protéines, de graisse et de viande de poulet.
- Les avions sont des monoplans entièrement métalliques, à moteur quadruple, qui ont été entièrement construits en Russie, sur les plans d’ingénieurs russes. La cabine du navigateur, indépendante de celle du pilote, est faite de matériaux non magnétiques, et elle est entièrement transparente, les parois et le plancher étant en verre incassable. Chaque avion possède un poste de T. S. F. assez puissant pour rester en communication avec les stations du continent.
- Le premier problème à résoudre était l’atterrissage au pôle. Il fallait trouver une surface plane de 700 à 800 m2. On décida que, s’il n’était pas possible de trouver au pôle une surface d’atterrissage convenable, l’équipage d’un avion atterrirait comme il pourrait, et préparerait un terrain suffisant pour les deux autres. L’expérience du Tchéliouskine, dont les naufragés eurent pendant plusieurs mois à aménager un terrain d’atterrissage pour les avions de secours, serait mise à profit. Si l’atterrissage se révélait complètement impossible, le personnel et le matériel de l’expédition seraient lâchés en parachute. Les avions étaient munis de bombes spéciales, afin d’éprouver, avant d’atterrir, la solidité de la banquise. En plus des provisions de l’expédition proprement dite, chaque avion emportait trois mois de vivres pour son propre équipage, ainsi que des tentes, sacs de couchage, skis, bateaux pliants, permettant d’attendre du secours en cas d’accidents.
- au pôle. — En mars 1937, les quatre avions atterrirent à la Terre François-Joseph, et les 42 hommes qui devaient partir attendirent les circonstances favorables. Le 4 mai, l’aviateur P. G. Golovine effectua sur un avion léger un vol de reconnaissance jusqu’au pôle, qu’il atteignit en 5 heures, mais d’épais nuages l’empêchèrent de se rendre compte des possibilités d’atterrissage. Le 21 mai, les circonstances météorologiques étaient favorables. A 4 h. 52 m. du matin, Yodo-
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- pianov, pilotant l’avion IV 170, s’envola de File Rodolphe. Il avait à son bord le professeur Schmidt, les quatre hommes qui devaient hiverner au pôle et 3 navigateurs ou mécaniciens; en tout, onze personnes. Les autres avions devaient partir dès qu’ils seraient informés de l’atterrisage du N170.
- A 6 h. l’avion signala qu’il était par 83° 1' à 1 000 m au dessus de la banquise. Une mince couche de nuages floconneux couvrait le ciel. A 8 h. l’avion était par 83° 50', à 2 000 m au-dessus d’une couche assez épaisse de nuages à travers lesquels cependant on apercevait de temps en temps la banquise coupée de chenaux d’eau libre. De 9 h. à 10 h. le brouillard fut assez épais, mais dès que le 88e parallèle fut dépassé, la visibilité devint rapidement meilleure. Au-dessous, c’était toujours l’épaisse banquise, coupée de place en place de longs chenaux. La température était de — 23°.
- Le 89° parallèle fut atteint à 10 h. 30 m. et le pôle Nord à il h. 10 m. Vodo-pianov fit alors descendre son avion jusqu’à 200 m, afin de chercher un endroit convenable pour l’atterrissage. A 11 h. 33 m., il atterrit sans accident sur un floe situé à 20 km environ au delà du pôle, légèrement à l’Ouest du méridien de l’île Rodolphe. Ce floe, d’ailleurs, pouvait parfaitement convenir pour l’établissement de la station polaire. La première étape de l’expédition était heureusement franchie.
- Le 26 mai, l’avion N171, piloté parMolokov, un aviateur qui avait, lui aussi, participé au sauvetage du T’chéliouskine, atterrit à son tour au pôle. Le N 172, piloté par Alexeiev, atterrit le 27. Le IV 169, piloté par Mazuruk, par suite d’une défaillance de son poste de radio, fît une légère erreur de route, et atterrit à 25 milles de la station polaire, qu’il rejoignit trois jours plus tard. Chacun de ces avions transportait de six à huit personnes, parmi lesquelles il y avait quatre correspondants des journaux de Moscou.
- Le groupe qui devait rester au pôle était de quatre hommes : Ivan Papanine, chef du groupe ; E. K. Fiodorov, astronome et chargé du magnétisme terrestre ; E. T. Krenkel, radiotélégraphiste; P. P. Chirchov, océanographe et biologiste.
- Papanine, après avoir pris une part des plus actives à la révolution bolchevik, avait acquis une grande expérience des régions arctiques 'F En 1932, il avait dirigé la station de la Terre François-Joseph, et, la même année, il avait organisé à File Rodolphe le premier hivernage soviétique. En 1934 et 1933, il dirigea la station du cap Tchéliouskine, et en 1936 conduisit une autre expédition à l’île Rodolphe. Il est âgé de 43 ans.
- Fiodorov, le plus jeune membre du groupe, a fait partie en 1932 d’une expédition à la Terre François-Joseph. En 1934-1933, il avait été sous les ordres de Papanine au cap Tchéliouskine.
- Krenkel a passé plus de 12 années dans l’Arctique. Dès 1924, il avait été en Nouvelle-Zemble, et n’a cessé, depuis celte époque, de monter ou de diriger des stations de T. S. F. établies sur les rives de l’Océan glacial. Il a fait partie des
- (i) Friedrich Sieburg a tracé un portrait très intéressant et très nuancé de Papanine dans son livre, Sur un brise-glace soviétique.
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- expéditions du Sibiriakov et du Tchéliouskine, puis a séjourné en 1935-1936 aux îles Serje Kamenev.
- Chirchov a aussi une longue expérience polaire. Il a débuté dans l’Arctique en 1930, en prenant part à une expédition botanique dans la péninsule de Kola, puis, l’année suivante, il a hiverné en Nouvelle-Zemble. Lui aussi a fait partie des expéditions du Sibiriakov et du Tchéliouskine
- La première journée passée au Pôle Nord fut occupée à la construction de la cabane et à la mise en place des instruments scientifiques. On érigea les mâts de la T. S. F., ainsi que l’abri météorologique. Il faisait relativement chaud pour la saison ; le thermomètre marquait — 12°. Un beau soleil brillait, et le vent était faible. Le premier bulletin météorologique fut expédié le 22 mai, et, depuis cette époque, les suivants sont régulièrement transmis 4 fois par jour.
- La station polaire, qui est la 56e station permanente établie dans l’Arctique par le gouvernement soviétique, a pris le nom d’Oupol, c’est-à-dire près du Pôle.
- Dès le 29 mai, le professeur Schmidt pouvait annoncer que la profondeur de l’Océan arctique, à l’endroit de la station, par 89n 41', est de 4 290 m. Entre le 21 et le 29 mai, le floe a dérivé de 45 milles, principalement vers le Sud-Est. Oupol, le 29 mai, était par 89° 15' N. et 43° W. Le floe sur lequel est établie la station a plus de 3 m d’épaisseur et paraît présenter une sécurité suffisante. Toutefois, toutes les précautions ont été prises pour le cas où il se romprait : les vivres et les équipements ont été divisés en 5 parties distinctes et assez éloignées les unes des autres en prévision d’accidents possibles.
- Le professeur Schmidt est retourné à l’île Rodolphe dès que la construction de la station a été terminée. Après le départ de Schmidt, le floe a continué à dériver vers le Sud. Le 18 juillet, il n’était plus qu’à la latitude de 88° 7', où la profondeur de l’Océan est de 4 395 m. La température a dépassé plusieurs fois zéro dans le courant de juillet, et sous les rayons du soleil polaire la banquise s’est couverte d’innombrables trous d’eau. Papanine et ses compagnons ont dû plusieurs fois déplacer les réserves de vivres.
- Dans tout le courant de l’été, la banquise a dérivé vers le Sud à une vitesse beaucoup plus grande qu’il n’était prévu.
- Dès le 21 septembre, la tente noire était par 86° de latitude, et le 1er novembre par 84°. Les froids très vifs du mois d’octobre, où le thermomètre descendit à — 30°, ne diminuèrent pas la vitesse de la dérive, qui continua à la vitesse de 4 à 5 km par jour.
- La carte de la figure 2 montre quelle a été la dérive jusqu’au 12 décembre. Sa direction générale est Nord-Sud avec oscillations à l’Est et à l’Ouest du méridien zéro, la dernière partie de la trajectoire tendant à devenir parallèle à celle du Fram de Nansen en 1896, à la fin de sa dérive. Si la dérive de la Station continue dans la direction qu’elle a prise depuis la fin de novembre (le 12 décembre, la station était par 82° 8' de latitude et à 7° 45' de longitude Ouest), il est possible que les explorateurs abordent par leurs propres moyens sur la côte orientale du Groenland.
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- La profondeur de l’océan Arctique s’est révélée moins grande à mesure que la banquise se déplaçait vers le Sud. Par 86°, elle n’était plus que de 3 700 m, et, par 83° 30', de 3 300 m.
- Les sondages thermométriques ont confirmé les observations de Nansen, tout en les précisant : en profondeur, les explorateurs n’ont pas cessé de trouver une couche de température au-dessus de zéro, atteignant même -h 1°,2, qui révèlent l’existence de ramifications sous-marines du Gulf Stream.
- Les observations magnétiques, les mesures de la pesanteur ont été poursuivies suivant le programme prévu. Sans aucune interruption, les quatre bulletins météorologiques quotidiens ont été envoyés.
- Papanine a fait connaître aussi que, jusqu’au 88e degré au moins, il a aperçu des oiseaux et des ours. L’océan Arctique n’est donc pas le désert absolu que Nansen avait décrit.
- Malheureusement, la rapidité de la dérive, en conduisant les explorateurs vers la mer libre plus rapidement qu’ils ne l’avaient pensé, risque de rendre critique à bref délai leur situation. Qu’ils aient abordé ou non au Groenland, d’après l’expérience du Tchéliouskine, leur sauvetage ne peut être envisagé qu’au début du printemps. Il faut espérer que l’énergie bien connue de Papanine, ainsi que l’esprit de ressources de ses camarades, viendront à bout des difficultés si nombreuses qui vont se présenter, et que cette magnifique expédition ne se terminera pas en catastrophe.
- Sur cette merveilleuse aventure contentons-nous de citer l’appréciation des savants anglais qui rédigent le Polar Record. « L’atterrissage de 11 aviateurs russes au Pôle Nord, le 21 mai 1937, a ouvert une ère nouvelle dans l’exploration polaire. Ceux qui ont conçu et réalisé ce projet audacieux, qui a mis en valeur à la fois leur courage et leur brillant esprit d’organisation, ont droit à l’admiration du monde civilisé. »
- VOLS T R ANS POLAIRES.
- Le premier résultat pratique de l’installation de l’Oupol a été de permettre la traversée aérienne du bassin polaire d’Europe en Amérique.
- Y. Chekalov, pilote. G. P. Baibukov. second pilote, et A. V. Beliakov, navigateur, quittèrent Moscou le 18 juin 1937, et furent forcés d’atterrir à Portland (Orégon) à 380 milles au Nord de leur destination, San Francisco, à cause de la mauvaise visibilité, après un vol qui avait duré 2 jours, 15 heures et 17 minutes. Ils avaient couvert une distance de 5 400 milles. Quand les aviateurs atterrirent à Portland, ils avaient de l’essence pour parcourir encore 750 milles, et ils allèrent à San Francisco dès que le temps s’éclaircit. L’avion avait passé dans le voisinage du pôle le 19 juin à midi.
- Un second vol suivit la même route. Le 12 juillet Mikhaïl Gronov et deux compagnons quittèrent Moscou dans un monoplan du même type, à 1 h. 10 m. du matin. A 13 h. 15 m, ils étaient au Sud-Ouest de la Nouvelle-Zemble. A 3 h., le 13, ils atteignaient le pôle, à l’altitude de 3 000 m. La température était
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- 480 LES EXPÉDITIONS SOVIÉTIQUES DANS i/ARCTlQUE. ------- NOV.-DÉG. 1937.
- de —8°. Au-dessous d’eux il y avait une violente tempête de neige. Quatre heures plus tard, l’avion était à 600 milles du côté américain du pôle.
- Les étapes successives du 13 juillet ont été les suivantes : à 9 h. 25 m., au-dessus de l’île Banks, dans la mer de Beaufort, approximativement à 2 400 milles de San Francisco; à 13 h., au voisinage du Lac du Grand Ours; à 16 h. 35 m., à
- 1 600 milles de San Francisco; à 17 h. 35 m., au-dessus de la Colombie britannique; à 20 h. 20 m., à 400 milles au Nord de la frontière des États-Unis. A minuit la frontière des États-Unis est dépassée.
- . La dernière partie du voyage se fit par brouillard épais; les aviateurs rencontrèrent une série de tempêtes tout le long de la côte d’Amérique. Le 14 juillet, à 6 h., ils étaient aux environs d’Orégon, et 4 heures plus tard ils passèrent au-dessus de San Francisco, faisant route vers Los Angeles. Ayant encore de l’essence, ils continuèrent vers le Sud. A 15 h. 30 m., ils atteignirent San Jacinto (Californie), ayant gagné le record mondial de distance par 6 300 milles en
- 2 jours, 14 heures, 20 minutes.
- Malgré l’échec ultérieur de Levanevski, dont on n’a plus eu de nouvelles, on peut être sûr que l’U. R. S. S. réalisera, comme elle se l’est proposé, la liaison régulière par le Pôle Nord entre la Bussie et les États-Unis. Une des plus belles pages — pour ne pas dire la plus belle — aura été inscrite dans l’histoire polaire.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR L’iNDUS. NATION. —NOV.-DÉC. 1937 (p. 481).
- Édouard SAUVAGE
- (1850-1937)
- par M. Walckenaer, membre du Conseil de la Société d'Encourage ment.
- La Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale vient de faire une perte irréparable en la personne de l’Inspecteur général des Mines Edouard Sauvage, décédé le 29 juillet dans sa 87e année, membre du Conseil d’administration de la Société depuis 1891, c’est-à-dire depuis 46 ans, président du Comité des Arts mécaniques depuis 1925, et qui fut président de la Société de 1927 à 1929.
- Édouard Sauvage avait de qui tenir. Il était fils de Clément Sauvage (1814-1872), Ingénieur en chef des Mines, qui compta avec les Clapeyron, les Perdon-net, les Petiet, les Chaperon, parmi les plus grands ingénieurs ayant concouru au premier développement des chemins de fer. Clément Sauvage a été successivement ingénieur en chef du matériel du chemin de fer de Paris à Lyon (1848-1852), ingénieur en chef du matériel et de la traction du chemin de fer de Paris à Strasbourg (1852-1861), enfin directeur de la Compagnie de l’Est pendant onze ans, de 1861 à sa mort. Il était membre de l’Institut et commandeur de la Légion d’honneur.
- Digne fils d’un tel père, Édouard Sauvage entra à l’École polytechnique en 1869, c’est-à-dire en même temps que Henry Le Chatelier, et il en sortit avec le n° 1. Resté en tête du classement comme élève-ingénieur des Mines, il débuta dans la carrière, suivant un excellent usage aujourd’hui disparu, comme attaché à titre temporaire au Conseil général des Mines (1874-1876). Chargé ensuite du sous-arrondissement minéralogique de Versailles, il fut, en 1878, attaché au cabinet du Ministre des Travaux publics, qui était alors Freycinet, en même temps qu’au Service de surveillance des appareils à vapeur du département de la Seine. Mais il ne tarda pas à s’abstraire des fonctions administratives pour se consacrer à la science de la mécanique et à la technique des machines et du matériel des chemins de fer.
- A la faveur de congés successifs accordés par l’Administration des Travaux publics (libéralisme gouvernemental qui a rendu les plus grands services à la science et à l’industrie), il entra en 1880 au service de la Compagnie des Chemins de fer du Nord comme ingénieur adjoint de l’atelier central de la Compagnie. Onze ans plus tard, il quittait le service de cette compagnie pour celui de la Compagnie de l’Est, puis en 1895, il passait à celle de l’Ouest, en qualité d’ingénieur en chef adjoint du matériel et de la traction ; l’ingénieur en chef était Clé-rault, autre membre du Corps des Mines, son aîné de 6 ans. En 1901, après plus de 20 ans d’activité dans les chemins de fer, il fut nommé ingénieur conseil de la Compagnie de l’Ouest.
- Parallèlement se développait sa carrière de savant et de professeur. En 1888, il est adjoint à Résal, qui occupait la chaire de Construction à l’École supé-/.96e Année. — Novembre-Décembre 1937. 32
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- 482 ÉDOUARD SAUVAGE (1850-1937). — NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1937.
- rieure des Mines, pour donner des leçons spéciales sur la construction des machines. En 1890, son cours devient indépendant de celui de Résal; il prend bientôt le titre général de Cours de Machines. Sauvage a été professeur à l’Ecole supérieure des Mines pendant plus de 30 ans, jusqu’à sa retraite qu’il prit en 1920. Il était officier de la Légion d’honneur depuis 1900 et avait le grade d’inspecteur général des Mines depuis 1912.
- Ce n’est pas seulement l’École supérieure des Mines qui bénéficia de sa compétence, de son érudition et de ses talents. En 1902, après la mort de Joseph Hirsch, il devint professeur du Cours de Mécanique appliquée au Conservatoire national des Arts et Métiers. Il y donna pendant près de trente ans un enseignement parfaitement approprié au caractère de ce grand établissement. Il a professé en outre, pendant de longues années, un cours de machines à vapeur et autres machines thermiques, ainsi que de mécanique automobile, à l’École professionnelle supérieure des Postes et des Télégraphes.
- Il était un remarquable clarificateur d’idées, s’appliquant à ramener les problèmes à des termes aussi nets que possible, n’admettant que les énoncés précis, les raisonnements inattaquables et les conclusions prudentes.
- Ces qualités de son esprit rendirent sa collaboration précieuse dans tous les comités où il fut appelé à siéger, notamment à la Commission centrale des machines à vapeur où, comme pour le Conservatoire des Arts et Métiers, il succéda à Joseph Hirsch.
- A la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale, il a rendu d’inestimables services. Il portait son activité sur tout ce qui pouvait introduire de l’ordre, de la clarté, de la précision dans les travaux industriels. Il se tenait au courant du fonctionnement des services de la Société jusque dans les moindres détails; il s’intéressait particulièrement au Bulletin où l’on trouve plusieurs centaines de notes et de rapports signés de lui, ainsi qu’à la Bibliothèque dont il a été certainement le lecteur le plus assidu, dont il connaissait à merveille les richesses et dont il utilisait toutes les ressources au bénéfice du Bulletin.
- Une mention spéciale est due à une œuvre à laquelle son nom restera attaché : l’unification des filetages.
- Dès son entrée au Conseil, il attire l’attention de la Société sur le désordre des divers systèmes de filetages alors existants ; il propose d’étudier et de promouvoir un) système unique, rationnel, cohérent, fondé sur les mesures métriques. Une Commission dite pour l’Unification des Filetages est alors constituée au sein de la Société. Il en est l’âme. Cette Commission aboutit en avril 1894, et le système qu’elle propose est adopté dès 1895 par le Ministère de la Marine, puis en 1896 par plusieurs réseaux de Chemins de fer français et grandes sociétés industrielles.
- C’est ce système, complété par quelques additions conçues dans le même esprit, que le Congrès international de Zurich adopte, eu octobre 1898, de préférence à tout autre, et auquel il donne le nom de système international S. I. Ce système a été appliqué aussitôt dans toute l’Europe continentale.
- La Commission des Filetages poursuivit ses travaux et étendit l’unification
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- ÉDOUARD SAUVAGE (1850-1937).
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- aux vis de la petite mécanique (1904), c’est-à-dire à celles d’un diamètre inférieur à 6 mm, aux filetag'es des tubes et aux vis horlogères (1909).
- Quand la Commission permanente de Standardisation fut créée en 1918, elle
- Édouard SAUVAGE (1830-1937)
- membre du Conseil de la Société d’Eucouragement depuis 1891, président de cette société de 1927 à 1929.
- adopta le système S. I. pour la grosse et petite mécanique, après de minimes retouches ou additions.
- L’unification des filetages, due à Edouard Sauvage, a été la première des grandes normalisations industriudles qui se sont depuis lors développées avec un succès croissant, après les travaux de l’ancienne Commission permanente de Normalisation, grâce au Bureau de Normalisation de la Fédération de la Méca-
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- nique, à l’Association française de Normalisation (AFNOR), au Comité supérieur de Normalisation du Ministère du Commerce (CSN) et, sur le plan international, à Y International Standards Association (ISA). Sauvage s’est assidûment mêlé à ce mouvement, collaborait à plusieurs commissions d’études de la Fédération de la Mécanique et de l’AFNOR; il était membre du CSN.
- Son dévouement au progrès de l’industrie mécanique française ne s’est jamais ralenti. Cette année même, il avait été unanimement élu président d’une commission mixte, instituée en commun par la Société d'Encouragement et par le Groupe des constructeurs de machines-outils de la Fédération de la Mécanique, pour étudier les moyens de donner une nouvelle impulsion, éminemment désirable, à la construction des machines-outils en France.
- L’esprit d’unification et de méthode, l’horreur de tous les gaspillages de temps, de matière, d’argent, d’effort cérébral, se retrouvent dans tous les travaux réalisés ou dirigés par Sauvage : documentation scientifique et technique, classification, méthodes d’essai des matériaux, etc.
- En matière d’enseignement et de publications, l’une de ses préoccupations constantes était de mettre à la portée du plus grand nombre les questions difficiles ou nouvelles. La rapidité du progrès des arts mécaniques lui a fait, en général, préférer la distribution de ses cours sous forme d’autographie ou la publication fréquente de notes assez brèves, à la composition d’ouvrages visant à être définitifs. Cependant, son traité général de La machine à vapeur, publié en 1896, est un ouvrage didactique, abondamment illustré, qui jalonne une époque. Son livre sur La machine locomotive, remarquablement instructif et riche de documentation sous un petit volume, a obtenu un succès justifié et persistant grâce aux révisions successives qui l’ont périodiquement rajeuni : la première édition de ce précis remonte à 1894, la neuvième est de 1935. C’est dans le même esprit qu’a été conçu le Manuel de la machine à vapeur, publié en 1905 et révisé à deux reprises (3e édition, 1924). En 1901 et 1902, Sauvage a donné aux Annales des Mines, sous la forme de cinq articles successifs, une Revue de la construction des machines en Van 1900. Mentionnons encore Les divers types de moteurs à vapeur, dans l’Encylopédie Léauté (1904); l’étude sur La production et la condensation de la vapeur, dans l’Encyclopédie de Mécanique appliquée (1923). Bien d’autres écrits seraient à citer, tous marqués au coin d’une critique sûre, d’une correction scientifique absolue et d’une sincérité d’appréciation qui reflète le beau caractère de l’auteur.
- L’Académie des Sciences a décerné, en 1913, à Édouard Sauvage, le prix Montyon de mécanique pour l’ensemble de ses travaux.
- A coté de l’ingénieur et du professeur, il y avait chez Sauvage un fervent de la montagne, et ce côté de sa physionomie mérite qu’on s’y arrête. Il fut un alpiniste épris de la beauté des cimes, goûtant les joies de l’effort, d’une hardiesse tranquille, inlassable, dans ses expéditions de chaque été. Entré au Club alpin français dès 1880, délégué de la Section du Mont Blanc à partir de 1896, il accomplit, jusqu’en 1913, toute une série de grandes ascensions : Meije, Mont Blanc, Dent du Géant, Mont Rose, Cervin, Finsteraarhorn, Jungfrau, etc., etc. Élu
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- PIERRE HENRY WATIER (1882-1937).
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- président du Club Alpin en 1912, il le demeura jusqu’en 1919, époque où lui furent décernés le titre de président honoraire et la grande médaille du Club.
- A ces mérites si divers, qui dénotent tant de vigueur d'intelligence et tant de noblesse de pensée, Sauvage joignait les plus attachantes et les plus rares qualités du cœur. Nous ne parlerons que de son affabilité, de sa bienveillance pour ses élèves, de son extrême courtoisie à l’égard des plus humbles collaborateurs, des plus modestes inventeurs, de sa générosité qui valut à la Société d’Encoura-gement de nombreux dons toujours anonymes, et aussi, par son intervention, quelques-unes de ses fondations les plus importantes. Sauvage fut un grand ami de notre Société et de tous ceux qui l’ont approché. Nous adressons à sa famille nos plus vives condoléances.
- Pierre Henry WATIER
- (1882-1937)
- par M. Walckenaer, membre du Conseil de la Société d'Encouragement.
- La Société d’Encouragement a été douloureusement frappée par la mort inattendue, à l’âge de 55 ans, de M. Pierre Henry Watier, Inspecteur général des Ponts et Chaussées, directeur de la Section des Communications et du Transit à la Société des Nations et, dans le Conseil de notre Société, membre de la Commission des Fonds depuis 1930.
- Né le 11 avril 1882, Pierre-Henry Watier était fils d’un Inspecteur des Eaux et Forêts. Entré à l’École polytechnique en 1903 avec le n° 16, il en sortit avec le n° 8. Sa carrière fut sans interruption celle d’un membre éminent du Corps des Ponts et Chaussées, principalement spécialisé dans les questions relatives aux voies de navigation intérieure et aux ports. Après avoir servi dans le grade d’ingénieur ordinaire aux résidences de Nantes et de Rouen, puis interrompu ces fonctions pendant la guerre pour commander au front une compagnie du Génie (il reçut la croix de guerre avec plusieurs citations), il fut appelé en 1920 à Orléans comme Ingénieur en chef (service ordinaire, navigation de la Loire, Service des canaux) puis, en 1922, il passa à la résidence de Paris, au poste d’ingénieur en chef de la Navigation de la Seine.
- Ses qualités exceptionnelles comme technicien et chef de service lui valurent, dès l’année suivante (1923), d’être nommé directeur des Voies navigables et des Ports maritimes au Ministère des Travaux publics. Il fut pendant quatorze ans un directeur éminent, travailleur acharné, puissant organisateur, ayant la maîtrise de sa direction, estimant que les règlements sont faits pour favoriser les réalisations administratives et non l’administration pour s’enliser dans les règlements. Sa franchise d’allure et son indépendance de caractère commandaient autant de sympathie que de respect.
- Il fut, en outre, nommé en 1924 professeur du cours de procédés généraux
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- de construction à l’École des Ponts et Chaussées; il y donna un enseignement extrêmement vivant et documenté, et très apprécié des élèves. Le -cours de Travaux maritimes, dont il fut chargé par la suite, lui donnait autant et plus directement encore l’occasion d’initier les jeunes ingénieurs des Ponts et Chaussées à la spécialité où il était maître.
- Il a laissé, dans les ports maritimes et sur le réseau fluvial français, une œuvre considérable. Inspecteur général et conseiller d’État en service extraordinaire depuis 1927, commandeur de la Légion d’honneur, sa notoriété s’étendait à l’étranger et dans les territoires de la France d’outre-mer, où il rendit d’éminents services.
- Ses fonctions directoriales, exercées avec une ardeur incessante, ne laissèrent pas d’altérer sournoisement sa santé. En 1936, les difficultés administratives qui s’accumulaient ne brisèrent pas son courage, mais lui firent ressentir les premiers symptômes d’une fatigue physique dont il lui fallut tenir compte. Il avait déjà été associé à divers travaux de la Section des Communications et du Transit à la Société des Nations; en janvier 1937, il fut mis complètement à la disposition du Ministre des Affaires étrangères et détaché à la Société des Nations en qualité de directeur de la Section des Communications et du Transit, ainsi que de secrétaire général de la Commission consultative et technique rattachée à cette Section.
- Ce poste, laissé vacant par le décès de M. Haas, comportait de nombreuses études, assurément fort importantes pour le bien général de l’Europe. Watier s’v était mis avec ardeur et se félicitait des collaborateurs de tous les jours qu’il avait trouvés à Genève, lorsqu’un mal d’apparence insignifiante, inopinément aggravé, le conduisit au tombeau le 20 août 1937.
- Trop absorbé par ses hautes fonctions pour pouvoir consacrer beaucoup de son tempjs à la Société d’Encouragement, il n’en était pas moins fidèle à nos travaux, et toujours prêt à nous donner un avis ou une aide. Nous garderons de lui le plus fidèle souvenir et nous exprimons à sa famille notre profonde sympathie.
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOUR. POUR u’iNDUST. NATION. — NOV.-DÉC. 1937 (p. 487).
- L’INDUSTRIE DE LA IVIACHINE-OUTIL, SON ÉVOLUTION RÉCENTE,
- SA SITUATION DANS L’ÉCONOMIE NATIONALE(*)
- par M. Albert Métral, professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers
- et à l'Ecole de l’Air.
- Ce n’est pas sans émotion que je viens d’entendre rappeler les titres éminents de l’ancien doyen du corps enseignant du Conservatoire national des Arts et Métiers, M. le Président Sauvage. Vous me permettrez de m’associer, en mon nom et en celui des Conseils du Conservatoire, à l’hommage qui a été rendu à l’ingénieur, au savant et à l’homme. Jusqu’à son dernier souffle, M. Sauvage n’a cessé d’apporLer au Conservatoire national des Arts et Métiers le concours de son savoir, de son expérience et de son dévouement. Les jeunes professeurs ne peuvent se rappeler sans tristesse la bonté de son accueil et le réconfort de ses entretiens.
- C’est avec une émotion égale que j’ai écouté l’éloge de M. l’Inspecteur général Watier, qui voulait bien m’honorer de son amitié. Je joins mon modeste hommage à celui que lui a rendu M. l’Inspecteur général Walckenaer.
- L’honneur qu’a fait la Société d’Encouragement au délégué général de la Société française des Mécaniciens en me conviant à ouvrir ce soir le cycle de conférences consacrées aux progrès récents et à l’état actuel de la construction des machines-outils, est un honneur redoutable : redoutable d’abord par le sujet, car je ne suis point, en effet, un spécialiste de la machine-outil; tout au plus me suis-je vivement intéressé à son histoire en divers pays. Redoutable aussi du fait des éminents ingénieurs qui, au cours des séances prochaines, développeront pour vous des points particuliers extrêmement importants de cet ensemble considérable que constitue la technique de la machine-outil.
- Ayant cédé à l’amicale insistance des membres de votre Conseil, M. l’Inspecteur général Dumanois, M. l’Ingénieur militaire en chef Nicolau, M. Androuin, M. Pégard, qui sont également mes collègues de la Société française des Mécaniciens, je vais donc vous entretenir de l’industrie de la machine-outil.
- Après la remarquable conférence faite par M. Androuin, le 30 décembre dernier au Conservatoire national des Arts et Métiers et que votre bulletin a fort judicieusement publiée1', il est tout à fait inutile de revenir sur les progrès récents dans la construction des machines-outils que cet auteur a exposés avec sa connaissance si profonde de ces questions.
- (*) Conférence faite par l’auteur le 6 novembre 1937, en séance publique.
- (1) Voir le texte de la conférence de M. Androuin dans le Bulletin de janvier-février 1937, p. 15 à 32.
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- 488 ÉVOLUTION RÉCENTE DE LA MACHINE-OUTIL. — NOV.-DÉC. 1937.
- Je bornerai donc mon étude aux aspects économiques du problème des machines-outils, en débordant nécessairement le cadre national pour envisager l’évolution de cette branche de la construction mécanique dans les trois grands pays industriels, Angleterre, Allemagne, États-Unis. Et sans vouloir anticiper sur les conclusions de ces recherches, laissez-moi dire, dès maintenant, que la France peut éprouver une certaine fierté des efforts poursuivis par son industrie de la machine-outil. Certes, nul n’est prophète en son pays, particulièrement dans le nôtre. Par une tendance incompréhensible en vérité, et qui m’apparaît être encore développée depuis quelque temps, le Français semble, à l’inverse des autres nations, minimiser à plaisir les choses ou les hommes de son pays. Il pousse même l’inconscience jusqu’à se laisser aller à ce travers lorsqu’il voyage à l’étranger. S’il consentait cependant à ouvrir les yeux, mais des yeux impartiaux, il apercevrait en bien des cas sinon la supériorité des réalisations de son pays, tout au moins une honorable équivalence. Et d’ailleurs, en dehors des qualités propres d’une race, il ne peut guère en être autrement : le calcul des probabilités nous apprend, en effet, que l’une des lois fondamentales de l’univers est la loi des grands nombres. Pourquoi nos techniciens seraient-ils donc moins inventifs, moins intelligents, moins créateurs que ceux de nos voisins? La répartition des dons intellectuels paraît être une de ces fonctions qui relèvent le mieux de la loi de Gauss. Reste seulement à vérifier d’une nation à l’autre ce « toutes choses égales d’ailleurs », des mathématiciens, et celui-ci est constitué d'un ensemble de conditions des plus diverses, enseignement technique supérieur, enseignement élémentaire et apprentissage, orientation des spécialistes, organisation industrielle, organisation douanière, etc... sans parler des questions de politique pure.
- Pour la machine-outil, tel spécialiste pourra vous soutenir avec raison la supériorité de tel matériel étranger sur le matériel français correspondant, dette supériorité lui paraîtra encore plus grande si le matériel correspondant n’existe pas chez nous, alors que cette absence peut parfaitement être justifiée sinon imposée par les circonstances. De là à généraliser cette conclusion toute particulière et à proclamer notre infériorité, il n’y a qu’un pas, trop vite franchi. M. Androuin a souvent fait justice de cette opinion erronée : notre étude ne peut que la confirmer. Mais si pareille opinion trouve audience auprès du public non averti, laissez-moi dire qu’involontairement les constructeurs de machines-outils en sont souvent un peu responsables. En proclamant trop volontiers, en dehors des milieux ofliciels. la situation incontestablement pénible de leur industrie, surtout de 1927 à 1935, en soulignant l’impossibilité de recrutement de main-d’œuvre qualifiée nécessaire, ils ont contribué à accréditer cette idée fausse que l’industrie delà machine-outil française était en décadence, et dans l’impossibilité de se relever du fait de circonstances indépendantes de sa volonté. Or, l’examen des industries similaires anglaise, allemande ou américaine montre nettement qu’à des variations près dans l’intensité des effets, les mêmes causes se sont fait sentir dans ces pays industriels.
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- ÉVOLUTION RÉGENTE DE LA MACHINE-OUTIL.
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- LA .MACHINE-OUTIL FACTEUR OE SECURITE NATIONALE ET DE PROSPÉRITÉ ÉCONOMIQUE.
- Combien de fois, Messieurs, dans vos cercles d’ingénieurs, avez-vous entendu répéter « l’industrie de la machine-outil est une industrie-clé », c’est-à-dire, une industrie dont le développement conditionne le potentiel productif d’une nation industrielle, et se révèle indispensable à sa prospérité économique. Je le répéterai cependant aujourd'hui une fois de plus, car cette vérité banale paraît ignorée de quelques industriels, de certains économistes, de la plupart des financiers, enfin de la majorité des hommes politiques. Elle apparaît comme une révélation des dieux en ces périodes d’inquiétude extérieure, qui conduisent les nations au réarmement intensif et instantané et les hommes d’Etat à la recherche des capitaux nécessaires. C’est qu’en effet l’étude sérieuse des conditions de productivité des industries, dites de défense nationale, montre nettement que le rythme de guerre est au rythme de paix comme 20 est à l’unité. Je n’étonnerai personne en rappelant que la vie moyenne d’un avion au cours de la dernière guerre n’était que de quelques heures, et rien ne permet de penser que la cadence de destruction serait inférieure demain au cours d’un conflit entre nations. Des exemples actuels confirment, hélas ! ces constatations statistiques.
- Or, aucun pays, aucune économie nationale ne peut supporter de construire et reconstruire indéfiniment son matériel militaire afin de disposer constamment de forces aussi puissantes que possible, maintenues au plus haut degré instantané d’efficience. Tôt ou tard, une nation, môme menacée, doit choisir entre la masse rapidement démodée et une force instantanément plus faible, mais perpétuellement entretenue par des modernisations renouvelées, cette force étant doublée d’une organisation industrielle disposant d’une prodigieuse rapidité d’expansion. Une étude financière assez facile en vérité montre, par ailleurs, qu’aucune nation n’est en mesure de constituer un approvisionnement total suffisant en matériel de guerre pour lui permettre de soutenir, complètement et sans une production à cadence accélérée en période d’hostilités, une campagne contre une autre nation de puissance sensiblement égale.
- Une claire compréhension des nécessités de sécurité nationale, une saine gestion des deniers de la collectivité conduisent donc nécessairement l’Etat à maintenir l’équipement en machines-outils de toutes ses usines au maximum d’efficacité productive. Le passage du rythme de paix au rythme de guerre ne peut, en effet, s’effectuer, en dehors d’énormes stockages improductifs en machines-outils assez vite périmées, que par la réquisition, au profit des industries de défense nationale, des machines-outils des autres industries pouvant travailler au ralenti en cas de conflit.
- Et c’est ainsi que l’on peut dire que la force réelle d’un pays, en temps de guerre, repose sur une industrie mécanique équipée en temps de paix, dans chacune de ses branches, avec des machines-outils modernes. Toutes les usines peuvent alors être presque instantanément transformées dans le but de satisfaire aux besoins immenses et variés d’une guerre motorisée.
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- 490 ÉVOLUTION RÉCENTE DE LA MACHINE-OUTIL. — NOV.-DÉC. 1937.
- L’histoire de la dernière guerre pourrait avoir laissé de précieux enseignements à ce sujet. On ne saurait trop rappeler que, durant cette période, la France importa, en provenance presque exclusive d’Amérique, 154 320 t de machines-outils pour une valeur d’un milliard de francs-or en chiffres ronds. L’Angleterre elle-même ne devrait pas avoir oublié les difficultés rencontrées par la Section machines-outils du Ministère des Munitions, ni l’effort considérable demandé dès 1915 à cette industrie mécanique anglaise.
- Et cependant, si l’on se reporte aux discours de Sir Thomas Inskip, ministre de la Défense nationale, il paraît bien évident que l’on a découvert à nouveau dans les sphères gouvernementales anglaises, l’importance de la machine-outil et des appareils de vérification et contrôle..
- Montrons que, du fait de l’adoption par l’Amérique de la politique de neutralité, il paraît improbable que la France et même l’Angleterre puissent tirer de ce pays des ressources analogues à celles qui leur furent accordées en 1914-1918.
- Sur le plan purement économique, et en dehors de toute préoccupation de défense nationale, on n’a pas toujours compris, même en Angleterre, que la machine-outil constitue un facteur de base essentiel pour le développement industriel d’un pays.
- Or quoi de plus frappant cependant que le développement industriel américain du xixe siècle, entièrement conditionné par le prodigieux essor de l’industrie de la machine-outil, d’ailleurs admirablement organisée dès l’origine.
- L’Angleterre, bien avant nous, a réalisé la nécessité de ne jamais laisser les ateliers se démoder, les machines-outils s’user avant de les avoir remplacées par des machines à grande production. Cette constatation et les mesures qui en sont découlées sont peut-être la raison profonde de son rapide et incontestable relèvement économique. L’histoire du progrès industriel montre que, pour des raisons d’ailleurs diverses, aucune industrie ne peut considérer qu’elle a atteint à un moment donné une stabilisation définitive. Qu’il soit technique ou sociologique, le progrès est, en fait, de chaque jour. Il impose à l’industriel averti une perpétuelle évolution. Aucune industrie plus que celle de la machine-outil n’est sensible à ces variations, qui sont lentes ou brusques suivant le degré de compréhension du patronat et le degré de prévoyance des gouvernements.
- Economiquement, une machine-outil est démodée lorsqu’une nouvelle machine peut faire le même travail dans un temps beaucoup plus court, permettant un amortissement rapide par l’économie réalisée sur les durées de production. Or, en période de crise économique, et celle que nous vivons est certainement l’une des plus profondes et des plus générales, la tendance première de l’industrie est de stopper tout renouvellement de l’outillage. Parallèlement, l’État, par mesure d’économie, ralentit au maximum la rénovation de ses établissements. Il est instructif de faire les mêmes constatations un peu partout à la surface du globe. En Allemagne, une enquête poursuivie en 1934-1935 permet d’apercevoir que 40 p. 100 environ des moyens de production sont trop anciens. En Angleterre, Lord Melchett dépose à la Chambre haute une proposition de loi reconnaissant la nécessité des phases de réorganisation des industries, imposant l’amélioration du
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- rendement technique, et tendant à l’élimination de la concurrence au sens trop strictement commercial. Nous reviendrons d’ailleurs sur ce dernier point.
- Et même en Amérique, que certains représentent volontiers comme le pays où la modernisation constante est la préoccupation de chaque jour, des rapports officiels, comme celui du brigadier général Tschappat, révèlent des situations paradoxales : ainsi en 1935, à la manufacture d’armes de Springfield, qui eut à la tin du xixe siècle une réelle célébrité, l’àge moyen des machines atteignait 30 ans ; des batteries de fraiseuses remontent à 50 et 70 ans; l’une d’elles a près de 90 ans et 100 machines ont plus de 90 ans. A ce stade, on ne sait plus s’il s’agit d’une manufacture d’armes ou d’un musée d’antiquités! Au Naval Gun Factory, qui est le Ruelle américain, 5,65 p. 100 seulement des machines avaient en 1935 moins de 10 ans ; 60,35 p. 100 étaient vieilles de 11 à 15 ans ; 13,5 p. 100 de 16 à 20 ans ; enfin, 20,5 p. 100 d’entre elles s’étageaient entre 20 et 45 ans. Cependant, il est juste d’ajouter que l’âge moyen des machines-outils dans les industries mécaniques bien gérées, comme la Monarch Machine Tool Company de Sydney (Ohio) par exemple, est voisin de 7 ans.
- Comme le disait en mai dernier, M. Clayton R. Rurt, au 35e Congrès de l’Association nationale des Constructeurs de machines-outils américains : « La prospérité d’un pays repose entièrement sur une industrie forte et prospère de la machine-outil. Toute restriction économique ou politique qui détourne l’attention du constructeur de machines-outils de son rôle primordial de constructeur et de fournisseur de l’équipement industriel, est une entrave au progrès. »
- Mais, puisque l’industrie de la machine-outil est à la base de toutes les fabrications, de celles de paix comme de celles de guerre, sa vie et les moyens de l’assurer sont parmi les problèmes économiques qui doivent préoccuper au premier chef les gouvernements. C’est à l’État et à l’Étal seul, en effet, qu’il appartient de prendre, tant pour le développement économique et social du pays que pour le maintien de son potentiel de sécurité, les mesures indispensables, non pas dans la forme d’une coercition au profit ou au détriment de qui que ce soit, mais dans la collaboration loyale de tous à une œuvre qui doit profiler à tous. En une période troublée par l’accumulation d’imprévoyances sociales invraisemblables et par le heurt- d’idéologies exaspérées dans la disette, il est bien plus facile, certes, de préconiser des solutions issues des extrêmes que de développer avec une modération réfléchie les solutions sorties de recherches poursuivies dans l’isolement des passions partisanes.
- CONDITIONS DU PROCHES DES MACHINES-OUTILS.
- Dans la conférence déjà mentionnée de M. Androuin, vous trouverez développés les traits généraux des grands progrès techniques tenant à la conception générale, à la construction, à l’exécution et au graissage des machines-outils. Je n’y reviendrai que pour insister sur la nécessité des progrès concernant le bruit. On s’imagine trop souvent que la lutte contre le bruit est poursuivie, pour le plus grand bien de l’humanité, dans un but exclusivement physiologique. Ce
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- point de vue, qui est loin d’être négligeable à une époque où nous sommes véritablement poursuivis par le bruit dans les grandes cités, n’est pas le seul qui doive retenir l’attention de l’ingénieur. Tout mécanisme qui n’a pas, comme la crécelle, pour unique objet de faire du bruit, et qui en produit, est un appareil de mauvais rendement. Le bruit est, en effet, tout comme la chaleur, une des des manifestations extérieures sensibles de l’énergie. De même que l’ingénieur doit lutter, pour l’augmentation du rendement, contre les pertes thermiques, de même il doit s’efforcer de réduire au mininum les pertes sonores. Certes, dans l’ensemble complexe d’une machine-outil, le problème présente une certaine difficulté. Elle ne doit pas rebuter le chercheur et le technicien : de leur collaboration résultera une machine silencieuse, donc de plus haut rendement mécanique et humain.
- On pourrait croire qu’une industrie qui ne suffit pas à la demande, et c’est le cas de la machine-outil en période de réarmement intensif, est une industrie en plein progrès. Ce serait une grave erreur. L’expérience montre que l’on ne progresse jamais en période de vaches trop grasses. L’industriel est absorbé par les problèmes d’organisation du travail, d’organisation financière et de sortie du matériel ; il néglige la recherche des besoins industriels nouveaux ; le bureau d’études est presque toujours préoccupé par la résolution des problèmes de série et délaisse les études prototypes. L’euphorie est apparente beaucoup plus que profonde et durable. Il en est de même lors d’une demande trop massive, due à la réorganisation simultanée des industries, ainsi qu’il arrive en période de redressement économique.
- Pour que l’industrie progresse, il est nécessaire qu’elle équilibre son effort à la fois sur la série et sur le prototype. Et cela est vrai de toutes les industries. Il faut, en un mot, établir un programme, non pas un programme sur de longues durées, mais bien sur quatre à cinq années environ. Dans la machine-outil, entre la demande d’un type nouveau et sa sortie sous forme définitive, — et nous entendons par là que la machine est au point ainsi que l’outillage de série — un délai de trois ans nous paraît un minimum. Puisque la machine-outil est tributaire des besoins des autres industries mécaniques, il est donc indispensable qu’elle connaisse, dès leur élaboration, les programmes de renouvellement ou de créations nouvelles de ces industries, que celles-ci soient privées ou nationales. Ce n’est là, en somme, qu’une question de collaboration intime et confiante. Dans le cas de l’industrie privée, il ne s’agit, en fait, que d’un simple problème de gouvernement des entreprises, basé sur des considérations techniques et des possibilités financières.
- L’industrie américaine de l’automobile a trouvé, croyons-nous, la meilleure solution en attachant à ses usines des ingénieurs délégués par les fabricants de machines-outils. Dès qu’un nouveau problème se pose, il est soumis à ce spécialiste soigneusement choisi, qui, vivant dans l’ambiance de l’utilisateur, connaît exactement ses besoins propres, son organisation d’atelier et, pourrait-on ajouter, ses préférences. Il est bien certain qu’en période de stabilisation économique, l’industrie automobile est, en Amérique comme en France d’ailleurs, le plus gros
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- consommateur de machines-outils et, par conséquent, celui qui détermine le progrès.
- Nous dirons, à ce propos, qu’il ne faut pas croire que l’on peut se passer du spécialiste en constituant une documentation aussi complète que l’on puisse imaginer. La documentation est nécessaire sinon indispensable pour éviter au chercheur de perdre son temps dans la résolution d’un problème déjà traité en un autre point du globe; elle devient, par contre, une arme terrible si on l’utilise, comme nous l’avons vu faire, à la manière des anciens formulaires dits d’ingénieurs, fort analogues aux livres de recettes de cuisine. De même que ces ouvrages annihilaient toute tentative de compréhension du problème particulier à résoudre, en limitant l’effort à la recherche de la formule pouvant s’appliquer au cas envisagé, de même l’usage abusif de la documentation tue l’esprit d’invention et de recherche pour aboutir à la copie. Chacun de vous sait fort bien qu’en matière de constructions mécaniques, la copie même servile conduit à des mécomptes graves, car il manque toujours au copiste cette flamme créatrice qui a inspiré l’inventeur et cette expérience durement acquise au milieu des déboires successifs et des mises au point.
- Mais l’État est aussi un consommateur important de machines-outils. Tout comme l’industrie privée, il doit établir ses programmes.
- A cette demande particulièrement simple et croyons-nous logique, on nous opposera le principe sacro-saint de l’annalité budgétaire. Combien de fois avons-nous entendu des ingénieurs des grands Corps de l’État, investis de lourdes responsabilités, se plaindre de cette règle budgétaire, de ce véritable fléau, qui paralyse leurs efforts d’organisation à échéance, tout en les obligeant en fin d’exercice à des passations de commandes pour éviter que les crédits affectés ne tombent en annulation. Il n’est point dans nos intentions de faire ici la critique de l’organisation financière de l’État qui remonte au baron Louis ou à M. de Villèle. Nous n’en avons ni le temps ni la compétence. Mais il nous apparaît que depuis cette époque de nombreux problèmes nouveaux sont nés : l’État est devenu un grand industriel ; s’il veut réussir, il lui faut appliquer à ses affaires la même souplesse administrative qui convient à l’industrie privée. Il s’en trouvera mieux et le pays tout entier avec lui. Ajoutons d’ailleurs que pour le problème qui nous intéresse, un grand progrès serait déjà réalisé si, dans chacun de ses établissements, l’État faisait un inventaire de ses machines-outils par âge et par fonction : il pourrait indiquer aux constructeurs, même sans engagement quelconque de sa part, le résultat de ces recherches. Et l’industriel travaillerait dans son bureau d’études à la création de quelques prototypes de haut rendement; certains même n’hésiteraient plus à construire des machines entièrement conçues et soigneusement étudiées qu’ils n’osent lancer en fabrication. Encore une fois, l’État et l’industrie mécanique tout entière bénéficieraient de cette collaboration : dans bien des circonstances au surplus, nous trouverions ainsi un aliment à notre commerce extérieur.
- Il existe d’ailleurs, à la fin du siècle dernier, un exemple frappant de cette utilité des programmes à longue échéance.
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- Lorsqu’au lendemain de la guerre de 1870, l’Allemagne eut constaté l’insuffisance de ses manufactures impériales d’armes, elle décida leur transformation. C’était l’époque où la renommée de l’Américain Francis Pratt, associé à Amos Whitney, avait gagné le continent européen. Les succès de la firme Pratt and Whitney dans la construction des outils et machines-outils pour armes étaient dus à l’application des principes d’interchangeabilité et à l’utilisation des calibres.
- En 1872 l’Allemagne fit appel à Pratt pour la réorganisation et la modernisation de ses manufactures de Danzig, Spandau et Erfurt. Le programme établi par l’ingénieur-constructeur américain s’étendit sur trois ans. C’est à sa réalisation qu’est due la fortune de la société, et les commandes exécutées permirent à la firme de doubler sans incident le cap plus que difficile de la crise américaine de 1873.
- Une autre condition du progrès, et nous allons paraître bien téméraires, c’est l’élimination de la concurrence, de cette concurrence commerciale mesquine qui conduit une industrie à la ruine. Certes, l’idée de concurrence est indissolublement liée à l’idée même de démocratie ; mais la forme où elle tend à s’exercer de nos jours est précisément contraireaux principes démocratiques, car c’est le plus résistant de par sa puissance financière qui vient à bout de ses concurrents moins fortunés et les amène à capitulation, non sans avoir également subi des dommages dont les répercussions sociales sont particulièrement dangereuses. Or, dans une industrie suffisamment évoluée et qui a dépassé le stade de l’organisation, la concurrence ainsi comprise n’engendre plus la qualité : elle va à son encontre. Elle laisse s’instituer des méthodes hypocrites sinon déloyales, dont l’aboutissement, parfois, hélas ! heureux, influe de façon néfaste par voie d’exemple sur d’autres organisations saines. La seule concurrence admissible, c’est la concurrence technique dans sa forme loyale et honnête, basée sur la recherche des améliorations de production, de fabrication ou de direction. Lorsque les prix ont un trop grand caractère de concurrence, ils ne permettent aucun bénéfice. Or, nous croyons fermement quant à nous à la théorie du profit. Mais il y a un monde entre la théorie du profit du xxe siècle que nous appellerions volontiers le profit à sens unique, et celle du xixe siècle du profit réparti sur le producteur, le travailleur et le consommateur. L’absence de bénéfices détruit l’ambition, ébranle la morale, fait fuir le crédit : elle conduit à des tactiques de ventes plus que discutables; si elle ne provoque pas la faillite avec ses conséquences sociales pour les actionnaires et les ouvriers, elle ne conduit pas à l’amélioration de la condition du travailleur. Or, l’industrie ne peut vivre que dans une saine collaboration de la direction et des ouvriers, dans l’espoir d’une amélioration générale de la condition des uns et des autres : une entreprise de production n’est autre chose qu’une association entre direction et ouvriers; elle ne peut se développer sans cela. Mais pour que cette coopération soit efficiente, elle doit être provoquée et développée par la direction, dans une atmosphère confiante et loyale, la seule qui convienne au xxe siècle entre des hommes honnêtes.
- Or, s’il y a concurrence autre que concurrence technique, elle provient
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- presque toujours ou d’ambitions désordonnées de mégalomanes autocrates, ou de l’individualisme intransigeant des industriels préférant une autonomie absolue avec ses avantages incontestables d’indépendance et ses dangers immenses qu’une crise économique révèle brusquement. Abolition de la concurrence, stabilisation des prix, par l’équilibre raisonnable du prix de vente avec le prix de revient augmenté du bénéfice, est donc synonyme de profession organisée, en régime démocratique ou d’intervention autocratique de l’État en régime dictatorial. Un exemple de ce dernier procédé nous est fourni par le décret du 21 décembre 1934, du haut commissaire allemand aux prix, décret ainsi conçu : « Sera puni de prison et d’une amende sans limitation ou de l’une ou l’autre de « ces peines, quiconque fera un usage déloyal de son crédit ou manquera à ses « engagements envers l’Etat, le personnel de son entreprise ou ses créanciers « pour pouvoir, au détriment de la communauté, offrir des marchandises ou des « services à des prix ne couvrant pas scs frais de production et contraires aux « conditions d’une économie bien gérée. »
- A cette méthode, nous préférons l’organisation démocratique américaine. Les constructeurs de machines-outils sont dans ce pays groupés dans une association nationale. Leurs efforts sont collectifs. Chaque membre apporte un concours absolu à l’association. Dès le début du xixe siècle, d’autre part, l’immensité du marché intérieur, l’extraordinaire et rapide développement économique et industriel de la république fédérale américaine conduisaient les constructeurs de machines-outils à spécialiser leur effort sur un type déterminé : les débouchés étaient suffisants pour faire vivre ces usines. Il en est résulté immédiatement deux conséquences : l’une technique, la recherche de la perfection dans la fabrication du type, et celle des améliorations constantes à apporter à ce type pour satisfaire la clientèle et répondre aux nouveaux emplois que le fabricant s’efforçait lui-même de découvrir. La seconde relève de l’organisation sociale. Tous les industriels américains qui ont laissé un nom dans la mécanique se sont efforcés d’être des chefs d’école, de former des collaborateurs à tous les degrés de la hiérarchie sociale, puis de soutenir ceux d’entre eux qui manifestaient un esprit d’entreprise. C’est ainsi que les sociétés ont été souvent formées grâce à l’appui financier apporté par un chef d’entreprise à ses contremaîtres ou ingénieurs; ces nouvelles sociétés se spécialisaient elles-mêmes aussitôt dans une production de machines différentes de celles réalisées par leur commanditaire. Des liens d’amitié, de reconnaissance et d’estime ont déterminé spontanément une collaboration étroite entre toutes ces sociétés et les comptes rendus de la vieille American Society of Mechanical Engineers montrent à l’évidence que, bien avant la création de ces groupes « d’échanges d’expériences », si développés aux États-Unis, les industriels ne craignaient pas de se communiquer entre eux les résultats expérimentaux ou théoriques obtenus sur des questions intéressant l’ensemble de leur corporation. Ainsi s’élevait le niveau des relations commerciales, s’amélioraient les méthodes de direction et de fabrication, étaient éliminées les pertes de temps et d’argent qui sont la rançon du particularisme, en même temps que s’établissait une meilleure compréhension entre concurrents. L’Association américaine des
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- constructeurs de machines-outils a reconnu depuis longtemps que le l'ait, pour un industriel, de s’annexer des productions pour lesquelles il n’est pas qualifié est une méthode ruineuse, et ses membres se sont engagés à cesser les productions qui s’avèrent non profitables pour les confier à leurs concurrents qualifiés. Ajoutons que ces engagements sont tenus. Ainsi, par la judicieuse répartition des programmes de fabrication, les industriels de la machine-outil collaborent efficacement à l’équilibre de la production et de la consommation, facteur essentiel de la stabilité économique et sociale1'2’.
- Une autre condition de progrès réside évidemment dans la collaboration de la science et de la technique. Ce thème a été trop souvent développé pour que nous jugions utile de le reprendre en détail. Mais il faut reconnaître, en vérité, ainsi que le disait M. Androuin, que la machine-outil est souvent considérée en France comme un parent pauvre de la technique et que les hommes de science la dédaignent volontiers. Nous croyons, quant à nous, que ce dédain est tout à fait apparent et qu’il provient seulement de l’ignorance dans laquelle sont précisément les hommes de science français de l’importance de cette industrie, et de la diversité des problèmes constamment renouvelés qu’elle pose ou désirerait poser à leur sagacité. A la base, pensons-nous, se pose une question d’enseignement qui n’a pas échappé, dès 1932, au Directeur général de l’Enseignement technique, M. E. Labbé, et qui préoccupe son successeur, M.H. Luc. Dès cette époque fut envisagée la création d’un centre d’enseignement technique supérieur, d’une école supérieure de la machine-outil, dotée d’un laboratoire de machines-outils, le tout formant un ensemble analogue à celui de la Technische Hochschule de Charlotten-burg qu’illustrent des spécialistes universellement connus comme les professeurs Schlesinger et Kienzle. Ce projet s’est amplifié depuis, en vue de spécialiser, au sem d’une Ecole supérieure de Mécanique, non seulement des ingénieurs déjà pourvus de diplômes d’études supérieures, mais également des techniciens pour les cadres de maîtrise; car cette question des cadres de maîtrise est, en fait, qu’on le veuille ou non, à la base de tout le problème de la main-d’œuvre. Nous devons tous souhaiter la réussite du projet de M. Luc, et que chacun, dans la limite de nos moyens, apporte sa contribution à sa réussite. Le jour où sera réalisée cette école dont l’enseignement, pour être profitable à la nation, devra être confié à des ingénieurs de haute culture, ayant vécu les problèmes industriels et disposant de laboratoires de recherches, on peut affirmer que la porte qui sépare la science de la technique de la machine-outil sera largement et définitivement ouverte. Des recherches comme celles entreprises sur les états de surface par M. l’Ingénieur en chef Nicolau et son adjoint, M. l’Ingénieur Bensimon, pourront être amplifiées et confiées sous leur direction à des élèves qualifiés. Des études systématiques analogues à celles de Joessel ou de Taylor pourront également être requises. Le Groupe des Constructeurs de Machines-outils, saisi par un de ses adhérents, d’un problème qui dépasse ses possibilités techniques ou plus souvent financières,
- (2) En 1933, le Dr Schœning, président du V. D. I. allemand, signalait qu’à son sens beaucoup trop de constructeurs allemands de machines-outils avaient le même programme de fabrication.
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- s’adressera au laboratoire de l’École en subventionnant une recherche profitable à l’ensemble de ses adhérents.
- Nous ne saurions quitter ce domaine de la collaboration scientifique nécessaire sans reconnaître à l’actif de l’État une part très importante dans les récents progrès intervenus. De même que les services publics, et nous entendons par là les grands corps d’ingénieurs de l’État, ont joué un rôle considérable dans les progrès incontestables réalisés par la sidérurgie, de même ils sont appelés, s’ils veulent bien comprendre leur mission, à rendre de très grands services à la machine-outil. Certains ont pu s’élever contre les exigences qualifiées de draconiennes énoncées par les services publics dans les cahiers des charges des fournitures de l’État. Le recul du temps qui permet déjuger, non sur des impressions mais sur des résultats, montre qu’au cas où ces exigences n’ont pas entendu délibérément sauter les stades intermédiaires dans l’amélioration des qualités des produits, elles ont déterminé un incontestable progrès technique dont a bénéficié l’industrie tout entière. Par la normalisation des conditions de réception, par l’établissement des normes de qualité, demain par la codification de l’interchangeabilité pour les fabrications autres que celles de série, les services publics amélioreront la qualité de chacune des productions industrielles.
- Pour en terminer avec ce chapitre des progrès de la machine-outil, nous dirons qu’à notre sens, ceux-ci doivent être tentés dans quatre domaines différents : le rendement, l’automaticité, la puissance et la précision.
- En ce qui concerne le rendement, nul n’ignore que la découverte, par le Français Brustlein, des aciers à coupe rapide a permis d’accroître la rapidité des machines-outils dans la proportion de 1 à 2,5 environ. L’introduction des outils modernes à coupe rapide, véritables alliages complexes de chrome, tungstène, molybdène, vanadium, permet également à l’outil de supporter des vitesses de travail très supérieures à celles réalisées auparavant. Mais le réglage de la vitesse est alors primordial et le rendement de la machine est déterminé par les conditions d’exécution de chaque travail spécial dans le minimum de temps avec un réglage de vitesses optima. Nous croyons, quant à nous, que les progrès concernant le rendement seront presque exclusivement déterminés par un ensemble de recherches scientifiques délicates sur le mode exact de travail de l’outil et sur les relations qui doivent exister nécessairement entre les qualités physicochimiques, géométriques et cinématiques de l’outil et de la matière à travailler.
- En ce qui concerne Y automaticité, le but doit être de rendre aussi simple que possible l’usage de la machine pour faciliter le travail de l’ouvrier, lui épargner une fatigue inutile, toutes conditions qui constituent des garanties de meilleur rendement et d’exécution plus parfaite. Il est évident, d’autre part, que le rendement est encore augmenté, dans le cas de l’automaticité, par la diminution des temps morts concernant le démarrage ou les passages successifs d’une opération à une autre.
- Enfin, au point de vue social, une automacité plus grande met l’ouvrier à l’abri de certains accidents occasionnés par la fatigue et d’autres qui pourraient provenir d’une fausse manœuvre ou d’une utilisation maladroite de la machine.
- 136e Année. — Novembre-Décembre 1937. 33
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- En préservant l’ouvrier, la commande automatique préserve aussi la machine des avaries de fausse manœuvre.
- Pour la puissance, il s’agit, en définitive, beaucoup plus de questions d’espèce que de principes généraux sur lesquels, d’ailleurs, reviendront les conférenciers auxquels la Société d’Encouragement a fait appel.
- Il me reste un mot à dire de la précision. Celte caractéristique constitue évidemment une preuve de qualité de la machine. Or, au moment où les prix de revient français s’avèrent assez élevés par rapport au niveau moyen des prix mondiaux, il est indispensable que la production française soit indiscutable et indiscutée en qualité : la haute qualité justifie les hauts prix. Au surplus, nous croyons que notre pays, du fait des habitudes et des goûts de ses artisans, est infiniment mieux adapté à la production de qualité qu’à la production de quantité. Mais, pour augmenter la précision dans le domaine de la machine-outil, il est nécessaire de développer le sens de la métrologie et cela, non seulement parmi les ingénieurs, mais encore plus peut-être chez les agents de maîtrise. A l’heure actuelle, dans ce domaine, nous avons comblé notre retard : les acquisitions scientifiques doivent, dès lors, passer sur le plan industriel et technique. Il y a là une œuvre d’intérêt national à laquelle se consacre d’ailleurs avec un dynamisme d’apôtre et un succès croissant, M. l’Ingénieur en chef Nicolau, président du Groupe de la Métrologie de la Société française des Mécaniciens. Les constructeurs de machines-outils ne peuvent que retirer profit d’une collaboration avec cet organisme de travail.
- Après avoir passé en revue à larges traits, et nous nous en excusons, quelques aspects économiques généraux de la machine-outil, nous ferons un tour d’horizon rapide en fixant notre attention sur l’Angleterre, l’Allemagne et l’Amérique.
- EVOLUTION DE L INDUSTRIE DE LA CONSTRUCTION DES MACHINES-OUTILS.
- Angleterre. — Lorsqu’apparut, en 1769, la machine à vapeur de Watt, dernier élément constructif de la chaîne commencée par Denis Papin en 1695, enrichie par Newcomen dès 1705, il devint nécessaire de fabriquer des pièces résistantes, de tracé rigoureux, mais de grandeur jusqu’alors inusitée. C’est à Soho, près de Birmingham, qu’est née modestement, dans les ateliers de Watt, l’industrie de la machine-outil. Elle se développe avec une prodigieuse rapidité grâce aux Rennie, Bramah, Maudslay, Bentham, Brunei, Roberts, Fairbairn, Nasmyth, Whitworth, etc. S’il est exact que d’ingénieux mécaniciens français ont eu le mérite des conceptions théoriques premières, il n’en est pas moins vrai que, dans la machine-outil, tout le travail de création est l’œuvre des mécaniciens anglais. Jusqu’au milieu du xixe siècle, l’Angleterre a trouvé une source de profits considérables dans les travaux et les réalisations de cette pléiade de constructeurs. Mais depuis cette époque, elle perd progressivement son avance, ses fabricants n’apportant pratiquement aucun perfectionnement notable dans l’industrie de la machine-outil. Une concurrence croissante s’élevait ailleurs, de
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- ÉVOLUTION RÉC K NT K DE LA MACHINE-OUTIL.
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- France, d’Allemagne et surtout d’Amérique. On note, par exemple, à l’Exposition universelle de 1900, pour la machine-outil, 140 exposants français. 115 américains, contre 20 allemands et 22 anglais.
- L’elîort demandé à l’industrie de la machine-outil anglaise au cours de la dernière guerre a développé dans cette nation un renouveau d’intérêt justifié
- Tableau I. — Exportations et importations anglaises de machines-outils
- en 1936.
- MACHINES-OUTILS l'DI'K LE TRAVAIL DES METAUX POIDS (tonnes). VA LEUR (livres). VALEUR PAR TONNE (livres).
- Exportation*.
- Tours verticaux 1 823 204 320 184
- Perceuses 1 379 204 314 182
- Rectilieuses 1 434 239 267 180
- Tours 4 696 638 314 143
- Fraiseuses 361 63 268 181
- Etaux limeurs, raboteuses Presses, cisailles 1 327 140 580 106
- 762 39 280 78
- Autres machines 2 194 422 021 192
- 'total 13 888 2 013 964 143
- Importations.
- Tours verticaux 838 136 485 182
- Perceuses 626 141 671 226
- Reclifieuses 2 123 525 863 247
- Tours 4 641 996 502 213
- Fraiseuses 3 003 613 848 204
- Etaux limeurs, raboteuses 609 100 128 164
- Presses, cisailles 2 883 281 421 98
- Machines à scier 233 33 983 150
- Autres machines 4 886 750 130 154
- Total 19 866 3 602 031 181
- d’autre part par l’équipement industriel des Dominions. Si l’on considère les courbes du commerce extérieur de la Grande-Bretagne (fîg. 1), relatives aux machines-outils, on aperçoit nettement jusqu’en 1934 un excédent favorable à la balance commerciale. Mais on observe toutefois la part prépondérante de l’Amérique dans les importations anglaises de machines-outils. Rien n’est plus frappant que des graphiques : aussi donnons-nous (tig. 2 et 3) les courbes mensuelles du commerce extérieur, toujours pour la machine-outil, en 1933 et 193G (en poids et en valeur). Dans le tableau I, nous avons séparé exportations et importations d’après la nature des principaux types de machines. Un brusque revirement saute aux yeux : d’exportateurs de machines-outils, les Anglais sont devenus importateurs. Pourquoi? En fait, deux causes : la crise et le réarmement.
- L’industrie anglaise de la machine-outil ne peut, en effet, malgré un effort immense de ses constructeurs, suffire à la demande de remplacement de l’outillage démodé, demande qui a suivi la campagne de réorganisation industrielle poursuivie avec la collaboration active du Gouvernement. Et cependant, la
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- EVOLUTION REGENTE DE LA MACHINE-OUTIL.
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- Importa tions bar provenance.
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- Commerce extérieur de l’Angleterre des machines-outils.
- vratson,
- pour
- machine-outil anglaise, après avoir beaucoup souffert jusqu’en 1932 de la politique libre-échangiste, qui avait permis de grandes importations de machines allemandes et surtout américaines, avait pu, à l’abri de. la barrière douanière de 20 p. 100 ad valorem, tenter un redressement. Ce redressement fut aidé par l’organisation du crédit à l'exportation qui, de 1929 à 1934, permit à l’Angleterre de travailler avec la Russie, alors que la même organisation avait été rejetée par l’Amérique.
- L’industrie de la machine-outil anglaise travaille à plein depuis deux ans, et pour le marché intérieur presque uniquement. Sa production de 1937 est entièrement absorbée et ses carnets de commandes sont tels que les moindres délais de li-les commandes actuelles, sont de l’ordre de 15 à 18 mois. Cette
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- situation peut d’ailleurs être favorable pour nos constructeurs français. L’Angleterre, en effet, s’adresse à la France pour les machines spéciales de haute précision : nous nous devons de développer ces relations. D’autre part, on ne doit pas ignorer que la taxe de 20 p. 100 ad valorem sur les inachines-outils d’importation est supprimée lorsque l’acheteur peut faire la preuve, soit qu’aucune machine similaire n’existe sur le marché anglais, soit que les délais de livraison des contructeurs anglais sont excessifs en comparaison de ceux des constructeurs étrangers.
- Le marché anglais nous paraît intéressant pour la France, car, à notre sens, la machine-outil anglaise a du travail pour plusieurs années, tant du fait de la modernisation industrielle métropolitaine ou impériale que du réarmement.
- Le tableau II donne une idée de l’effort immense poursuivi sur ce dernier point par la Grande-Bretagne. Depuis
- 19 mois, ainsi que le déclarait hier Sir Thomas Inskip aux Communes, l’Angleterre a construit : 58 usines pour le matériel d’armement, 26 pour l’Amirauté, 17 pour l’armée de terre, 15 pour l’aviation. Citons, en particulier, l’édification de l’Arsenal de Nottingham, qui est le plus grand du monde.
- Fi#
- . a. — Commerce extérieur de l’Angleterre pour machine-nulil. — Années 1933 et 1936 (en valeur).
- Tableau IL — Dépenses de défense nationale en Angleterre (en livres).
- 1938 1934 1935 1936 1937
- Armée Marine Air 33 978 239 30 164 453 17 057 371 39 603 543 56 616 010 17 670 893 44 315 871 64 887 613 27 513 J 83 55 881 000 81 289 000 50 700 000 89 OU 000 108 016 287 88 588 600
- Total Augmentation sur 1932 103 200063 ' 113 890 448 10,35 p. 100 136 918 669 22,98 p. 100 187 870 000 82,04 p. 100 283 615 887 167,07 p. 100
- On conçoit facilement qu’à pareil rythme, ne puisse s’adapter une industrie aussi délicate que celle de la machine-outil. L’Angleterre comptait en 1936 une
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- centaine environ de constructenrs groupés en association : parmi eux, 60 étaient spécialisés dans la machine-outil uniquement. Entreprises d’importance moyenne, les capitaux engagés dans la plupart d’entre elles, étaient de l’ordre de 150 000 livres. La majorité, du fait d’une intelligente organisation corporative (3), était spécialisée dans la fabrication d’un ou deux types de machines.
- Dès 1935, les constructeurs agrandirent leurs ateliers, créèrent des usines, comme la Scottish Machine Tool Corporation, au capital de -400 000 livres ; mais ils se trouvèrent gênés par deux problèmes, celui des matières premières et celui du recrutement de la main-d’œuvre. Le problème des matières premières a été pris en main par le Gouvernement. Celui de la main-d’œuvre est assez spécial pour que l’on s’y arrête un instant. D’une part, le manque d’ouvriers qualifiés a été compensé par le travail de nuit et des heures supplémentaires dans la limite des réglementations en vigueur. D’autre part, l’Angleterre a réussi à donner une extension considérable à l’éducation d’ouvriers nouveaux. Une très large proportion des
- ouvriers spécialistes utilisés aujourd’hui est constituée d’hommes jeunes qui ont été instruits
- JSD
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- X5- -26 S.7 2$ -29 Jo S/ 32. 753 34 33“ 36 4. — Exportations allemandes de machines-outils.
- dans des ateliers renommés, entre 1929 et 1934. L’effort a surtout porté sur l’accroissement en effectifs des instructeurs, et parallèlement sur celui des apprentis.
- Allemagne. — Une situation analogue se retrouve en Allemagne. Elle est bien caractérisée par la courbe des exportations qui marque un fléchissement énorme depuis 1932 (fîg. 4). Cet affaissement a les mêmes causes : modernisation de l’outillage des industries et réarmement. Encore que l’Allemagne soit plus discrète que l’Angleterre ou la France sur ce chapitre, ce n'est un secret pour personne que l’effort poursuivi dans ce domaine est prodigieux. L’industrie de la machine-outil a retrouvé en 1933 son niveau de production de 1913. De 1926 à 1930, ce fut la période de rationalisation méthodique, intensive et onéreuse de l’outillage. La reprise de la machine-outil fut en outre particulièrement favorisée par l’établissement, dès 1928, des crédits d’exportation à long terme, 5 à 10 ans. Et ici on ne peut se dispenser d’une remarque bien curieuse. Avec un certain tapage, l’idéologie politique allemande s’oppose à l’idéologie politique russe. La presse du monde entier est remplie de ces manifestations oratoires. Or, si l’on
- (3) Un exemple de cette organisation est encore fourni par l’accord intervenu en 1935 entre Ci aven Brothers, de Manchester, et William Asquith, de Halifax, la première firme abandonnant la construction de divers modèles de perceuses et aléseuses, la seconde cessant la fabrication de différentes machines pour le matériel de chemins de fer.
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- envisage le commerce extérieur de l’Allemage en machines, que constate-t-on? De 1931 à 1936, le pourcentage de la Russie dans les exportations allemandes
- sur ce chapitre s'établit ainsi :
- 1931 ...... 42,o p. 100
- 1932 ......68 —
- 1933 ..... 37 —
- 1934 55 p. 100
- 1933 ......... 83 —
- 1936 ......... 70 —
- L'idéologie politique s’accorde ici fort bien avec les réalités économiques profitables. Cette observation appelle un complément. Certains ont été surpris de
- 2?c> uX c P^n. ia. q PS
- (USA.)
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- — Indice de travail en Allemagne et indice d’activité aux Etats-Unis de l’industrie de la machine-outil.
- l'attitude plutôt favorable adoptée par l'Allemagne à l’égard de la Chine, malgré le traité germano-nippon : la position politique, encore renforcée par les récentes conversations italo-germano-nippones, ne parait point gêner l’Allemagne pour soutenir certaines protestations chinoises déterminées par le conflit sino-japonais. Tout cela s’explique si l’on apprend que depuis 1935 l’Allemagne a réussi à ravir à l’Angleterre sa place sur le marché chinois. Dans la liste des importateurs en Chine, l’Allemagne arrive, en effet, en troisième position, immédiatement après les États-Unis et le Japon.
- Ces deux observations peuvent chagriner les honnêtes gens qui pensent que les actes économiques doivent s’accorder avec les professions de foi politiques. Elles éclairent d’un jour singulier la mentalité de certains tenants d’une politique intransigeante.
- Quoi qu’il en soit, l’industrie de la machine-outil allemande est en pleine activité : toute la production de 1937 est vendue et la moitié des usines a déjà placé la production du premier semestre 1938. Alors que 34 p. 100 des usines
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- seulement avaient distribué des dividendes pour l’exercice 1933, cette proportion a atteint 73 p. 100 en 1933. Mais ce qui est de beaucoup le plus remarquable, c’est la progression constante et sans heurts de l’indice de travail de l'industrie de la machine-outil allemande exprimé en centièmes de la capacité de production (fîg. 5) : de 30,3 en février 1933, il s’élève progressivement à 43,6 en décembre 1933, à 63 en janvier 1935, à 73,7 en janvier 1936, à 91 en décembre 1936. En mars 1937, il a atteint 92,7 et en juin 94. Pareil résultat n’a pu être obtenu que grâce à une organisation corporative remarquable, que connaissent bien tous ceux qui ont visité la Foire de Leipzig.
- Le seul problème délicat qu’ait dû résoudre l’industrie allemande de la machine-outil est celui de la main-d’œuvre. Ici également, on s’est attaché à la rééducation professionnelle.
- Les principes directeurs sont les suivants : on ne rééduque pas des chômeurs dont l’inactivité a duré plus de 5 ans, et l’on ne prend des hommes qu’entre 25 et 50 ans. L’industriel chargé de la rééducation s’adresse à un organisme officiel de contrôle du chômage; les chômeurs sont désignés, soit au volontariat, soit d’après leur profession d’origine si les volontaires sont en nombre insuffisant. Ils subissent alors un examen psychotechnique très sérieux-. L’instruction chez l’industriel est à la fois théorique, technique et manuelle : pendant celle-ci le chômeur reçoit une allocation supplémentaire pour son habillement, sa nourriture et ses divertissements. De plus, l’Etat accorde à l’industriel une aide financière.
- Dans 1 es ateliers, après une période d’instruction technique en commun, chaque chômeur est affecté à un bon ouvrier, sous la surveillance de moniteurs ayant la charge d’un petit groupe, une dizaine au plus. Nous citerons pour terminer quelques chiffres relatifs à une expérience : sur 161 chômeurs désignés pour une usine, 31 ont échoué aux épreuves psychotechniques, 12 ont abandonné en cours de rééducation, 5 ont été renvoyés, et 31 étaient titulaires de postes permanents après 10 semaines de rééducation. Les chômeurs reconnus aptes à des emplois permanents doivent obligatoirement rester dans l’industrie qui a assuré leur rééducation, cette industrie devant leur assurer par contrat du travail pour une durée minima de cinq mois.
- États-Unis. — Le cas de l’Amérique est plus spécial. I n’esl pas sans intérêt de rappeler comment est née aux États-LTnis l’industrie de la machine-outil, car, dès le milieu du xtxe siècle, l’influence industrielle américaine en Europe s’est fait largement sentir et n’a fait que croître. L’une des raisons principales tient certes à l’étendue du marché américain. Il est incontestable que la construction des machines est particulièrement favorisée dans les contrées ayant non seulement un grand pouvoir d’achat, mais aussi des ressources naturelles conduisant nécessairement aux industries de transformation, enfin de bons moyens de transport.
- (4) Il y a là un domaine d’application particulièrement iinportanl de ces inelhodes que notre collègue, M. le Prof. Laugier, a mis on oeuvre dans diverses industries.
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- L’Angleterre a aussi une grande part dans ce développement, du fait de la politique économique, à la vérité peu prévoyante, qu’elle crut devoir s’imposer vis-à-vis de ses colonies américaines. Jalouse des richesses naturelles de ces pays neufs, qui se manifestaient, en particulier, dans la métropole, par leurs exportations de minerai de fer en provenance de la Virginie et du Maryland, croyant voir une menace sérieuse dans cette abondance de matières premières, la Grande-Bretagne prit comme ligne de conduite de s’opposer au développement industriel de ses propres colonies. Un seul exemple, d’ailleurs caractéristique : en 1785, le Parlement anglais édicte une loi d’une extrême rigueur, comportant des sanctions particulièrement graves, allant jusqu’à la peine de mort, et qui porte, d’une part, interdiction d’émigration à tous les mécaniciens et ouvriers en fer ou acier de Grande-Bretagne, et, d’autre part, interdiction d’exportation de tous modèles, plans ou descriptions de machines-outils. L’effet obtenu fut évidemment tout à fait à l’inverse de celui que l’on recherchait : il en est ainsi de presque toutes les lois qui vont à l'encontre de la logique et des courants économiques naturels. Ces moyens législatifs combinés avec les vexations douanières amenèrent finalement la révolution et l’affranchissement des États-Unis qui mirent fin au contrôle anglais sur le commerce et les manufactures américaines. Déplus, la guerre elle-même ouvrit et développa un important marché pour la fourniture d’armes, de canons et de munitions.
- Libérée en 1789 par le Gouvernement fédéral des vieilles restrictions, placée sous la protection d’une politique douanière efficace, l’industrie manufacturière américaine commença à s’organiser. Elle fut, dès l’origine, grandement favorisée par une production considérable de coton, qui orienta l’activité économique vers l’industrie textile et la construction des machines correspondantes. C’est en 1792 qu’Élie Whitney inventait sa machine à égrener dont l’importance fut décisive pour l’économie des États-Unis.
- A ces causes de développement, il est juste d’ajouter les méthodes scientifiques de travail et l’admirable discipline de collaboration entre industriels, prélude de cette politique des « groupes d’échanges d’expériences » qui permet aux industriels américains de bénéficier dans les moindres délais des résultats obtenus dans tous les domaines par les ingénieurs attachés aux diverses entreprises.
- La période la plus favorable de l’industrie américaine de la machine-outil est celle qui s’échelonne de 1910 à 1918. Avant la guerre mondiale, l’industrie européenne est en plein développement : elle fait un large appel aux machines américaines dont la supériorité à l’époque paraissait très nette. Puis vint la guerre avec ses énormes besoins.
- En 1918, le plein de machines-outils en Europe est fait. Survient le boom intérieur de 1919 : les Américains se désintéressent du marché européen. Les Anglais et les Allemands profitent de cette politique pour reprendre pied sur les marchés étrangers. Lorsque l’Amérique prend conscience du danger, elle ne peut développer une riposte, car c’est précisément à cette époque que se déclenche sa crise intérieure. En même temps, d’ailleurs, s’élève la barrière douanière anglaise et s’établit la politique française des contingentements. Le marché allemand est
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- pratiquement fermé du fait des diffic
- ai 29 3o 31 32, 53 3S 3é
- Exhortations totales (U S. A)
- /9$l 32, 35 34 35" 36
- Commayi3.es «n.Y'é^stï'ôfiS (VS.A)
- Fig. 6. — Exportations et commandes de machines-outils aux Etals-Unis.
- ultés de paiements. Enfin, l’absence d’accord sur les dettes avec la Russie et le refus d’organiser avec ce pays le crédit à l’exportation paralysent ce marché pourtant important.
- La courbe des exportations totales en machines-outils (fig. 6) accuse un fléchissement énorme de 1929 à 1933. Mais en 1935-1936, les exportations ont à nouveau atteint le niveau de 1928-1929. Les raisons en sont multiples. C’est d’abord la modernisation des industries privées et des manufactures d’Etat ; pour ne citer qu’un chiffre, en 1936, il a été passé des commandes d’un montant voisin de 5 millions de dollars par le Ministère de la Guerre; c’est, en second lieu, la demande européenne déterminée par les programmes de réarmement; puis l’organisation du crédit à l’exportation pour la Russie, dont l’extraordinaire équipement industriel absorbe une part prépondérante des exportations; enfin la dévaluation du dollar intervenue au début de 1933.
- Malgré ces circonstances favorables, il faut reconnaître que l’industrie américaine de la machine-outil a été animée de soubresauts violents que caractérisent les chiffres suivants. Le nombre des maisons américaines de machines-outils est
- d'environ 270 : celles-ci ont utilisé
- En 1927 — 1929
- 31.986 ouvriers 47.391 —
- En 1931 — 1933
- 21.262 ouvriers 12.863 —
- pour arriver en 1936 à 60 000 ouvriers environ. Mais, même depuis 1933, la courbe d’activité basée sur l’indice 100 pour 1926, montre des oscillations considérables, fort analogues à celles de la feuille de la température d’un malade en danger. Citons quelques chiffres : en février 1933, 15,2 p. 100: — en août 1933, 57,4 ; — en décembre 1933, 126,2 ; — en avril 1934, 46,5 ; — en mai 1934, 45,9 ; — en janvier 1935, 65,5; — en juillet 1935, 119,8 ; — en août 1935, 125,8; — en septembre 1935, 80; et en janvier 1936, 110,8 p. 100,
- Depuis, l’indice est en ascension croissante : il atteint 200,3 p. 100 en janvier 1937, et 211.6 p.100 en mars.
- Les mêmes difficultés de main-d’œuvre, déjà signalées en Angleterre et en
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- Allemagne, sont apparues aux Etats-Unis lors de la reprise de 1936 dans la machine-outil. En effet, les constructeurs avaient été obligés de suspendre leurs cours d’apprentissage et d’entraînement au moment où leurs usines étaient pratiquement inactives. Un grand effort coopératif a été fait pour l’entraînement des apprentis sous l’égide de l’Association nationale de la machine-outil. Les résultats commencent à se faire sentir, encore que l’on se plaigne du défaut de cadres de maîtrise.
- Deux faits saillants doivent encore être notés : c’est, d’une part, la création en Angleterre de 15 usines filiales, par des constructeurs américains à la suite de l’établissement en 1932 par la Grande-Bretagne de la taxe douanière de 20 p. 100 ad valorem. C’est, d’autre part, le code du New Recovery Act établi en 1934 pour la machine-outil. Son but était d’augmenter le nombre des travailleurs de 12 p. 100 et les salaires de 20 p. 100. Les caractéristiques essentielles en sont les suivantes : le nombre d’heures de travail par semaine est fixé à 40, sauf quelques rares exceptions; il est interdit d’employer des jeunes gens de moins de 16 ans, et d’avoir une proportion d’apprentis supérieurs à 10 p. 100 de l’effectif de l’usine. De plus, le salaire minima est 40 cents par heure.
- Ainsi que nous l’avons déjà signalé, un admirable esprit corporatif règne aux Etats-Unis parmi les constructeurs de machines-outils groupés en association. Les congrès annuels de cette Association sont particulièrement intéressants par les remarquables rapports économiques ou techniques qui y sont présentés; nous ne saurions trop conseiller aux constructeurs français de suivre les comptes rendus de ces assises annuelles. Ils recueilleront ainsi de nombreux renseignements utiles. Au dernier congrès de mai 1937, à Chicago, un des rapports les plus instructifs a été présenté, par le Président de l’Université de Wisconsin, le Dr Glenn Frank, sur les rapports de l’État et des entreprises privées : quatre nations furent officiellement consultées, la Russie, l’Italie l’Allemagne et les États-Unis. Bien que les formes extérieures diffèrent, il existe, en effet, chez tous ces gouvernements nouveaux se livrant à une expérience politique, une tendance très nette à placer les entreprises privées sous la surveillance de l’État et à substituer un pouvoir fortement centralisé aux divers pouvoirs locaux ou aux initiatives privées de tendances opposées.
- « Des fautes ont été commises, dit M. Frank, tant par les chefs d’entreprise à « esprit borné que par les hommes politiques intransigeants. Ces fautes ont « toujours provoqué des mesures destinées à garantir tant bien que mal des béné-« fices aux entreprises commerciales incapables d’en réaliser par leurs propres « moyens. Ces méthodes tendent à stabiliser les prix à des niveaux trop élevés, « de telle sorte que le commerce est incapable de s’adapter aux changements qui « surviennent inévitablement. De plus, elles entraînent des mesures qui tendent « à augmenter les compensations destinées à arrêter la concurrence déloyale, « mais paralysent la concurrence technique loyale des entreprises sérieuses. »
- Et le Dr Frank de conclure : « Sauvegardons, quoi qu’il arrive, les gouver-« nements démocratiques en brisant le joug que les démagogues font peser sur « le jugement de la masse. »
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- France. — Roe dans son ouvrage, English and American Tool Builders, écrit • « Bien que les Français aient été des précurseurs en maints perfectionnements « mécaniques, ils ont toujours montré plus d’aptitudes pour des nouveautés « raffinées et ingénieuses que pour une production commerciale sur une vaste « échelle. Ils ont influencé les autres nations beaucoup plus par leurs idées que « par leur machinerie. »
- Certes, à l’époque où, dans les ateliers de Soho, prenait naissance l’industrie de la machine-outil anglaise, la France était en train de réaliser par un de ces mouvements énergiques mais violents, caractéristiques des ressources que possède son peuple, l’évolution sociale que l’Angleterre poursuivra, sans heurt, par une longue suite de modifications partielles. Sujet des préoccupations intéressées de l’Europe, elle devra, au milieu de ses soucis intérieurs, répondre aux graves nécessités de la défense de son territoire. Puis, désireuse de faire prévaloir parmi les autres peuples ces principes profondément humains au triomphe desquels nombre de ses fils avaient sacrifié leur vie, elle continuera cette croisade jusqu’au jour où l’aigle abattu, la restauration du droit divin, cependant amendé, ramènera dans les monarchies voisines un sentiment de relative et toute personnelle sécurité.
- Aussi, c’est seulement vers 1820 que les ateliers français de constructions mécaniques prennent leur essor. Ils vont aussitôt se garnir de machines-outils anglaises, les seules existantes : c’est ainsi que s’introduisent en France en quantité importante : les tours parallèles de Bramah à support d’outil ou équipage à chariot; les tours parallèles à banc de Fox; les tours automatiques à tailler les grandes vis à filet carré; les alésoirs horizontaux ; les machines à percer verticales.
- Mais la France s’est ressaisie : elle ne peut oublier que c’est sur son territoire que sont apparus dès 1700 ces ingénieux tours en l’air, à pointes et à poupées fixes et mobiles, ces tours à guillocher que les artisans ont si amoureusement décorés, et dont font mention les écrits de De La Hire (1719), de Plumier et Moi in (1719), et de La Condamine (1733). C’est son industrie horlogère qui, avec Japv, dans le Haut-Rhin, a mis en œuvre les outils à fraises tournantes et burins. Aussi, nous assistons, dès 1830, au développement progressif et méthodique de cette industrie à laquelle resteront attachés les noms de Pihet, Galla, Cave, Hallette, de Coster, Ducommun, Barriquand, Steinlen, Huré, Ernault. Dès 1889, les machines-outils françaises vont figurer en bonne place aux expositions internationales. Leurs proportions se sont développées, les combinaisons se sont multipliées, et il est désormais possible d’usiner aux dimensions exactes les plus grosses comme les plus petites pièces que nécessite le progrès de la mécanique' appliquée. Les organes ont été étudiés de manière à rendre les manœuvres sures, faciles, rapides et précises.
- Pendant la guerre mondiale, les usines françaises de machines-outils désorganisées par la mobilisation, puis absorbées par les fabrications d’armes et de munitions, ne livrèrent qu’une infime partie des machines que les industries mécaniques françaises devaient installer en grand nombre et de toute urgence.
- Mais, dès 1919, les constructeurs français se sont mis à l’œuvre pour retrouver
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- leur place sur le marché national. La courbe des importations (fîg. 7) montre qu’ils parvinrent à stopper l’envahissement du marché jusqu’en 1927. Là, une nouvelle phase difficile : elle provenait, d’une part de la politique des prestations en nature qui ouvrait à l’Allemagne des débouchés importants sur notre marché intérieur, et surtout de la convention douanière de 1927, désastreuse pour la machine-outil.
- Il n’existe point en notre pays un brevet de mérite industriel, mais nous pensons que s’il était créé, les constructeurs de machines-outils pourraient
- IJ/f 3jo Xi 2z ^ î> i4 ào 3>t 3z Sî> <3* *35~ 3«>
- hautement le revendiquer. Ils ont faitprenve, en effet, d’un courage considérable, non seulement en poursuivant en pleine crise l’amélioration de tous leurs modèles, mais,'bien plus, en mettant à l’étude et en réalisant avec succès la fabrication de machines qui n’étaient jusqu’alors pas construites en France.
- Tout le problème français de la machine-outil est, en effet, un problème d’organisation. Notre matière grise vaut au moins celle de l’étranger, nos cadres de maîtrise, nos ouvriers sont aussi adroits que ceux des nations industrielles. Nous en avons des preuves dès l’origine de cette industrie.
- L’interchangeabilité qui a fait la fortune des constructeurs américains est née en France avec Yaquette de Gribeauval (1715-1789), premier Inspecteur général de l’Artillerie française. Nous ne pouvons omettre de citer un passage d’une lettre écrite le 30 aoiitl785 par Thomas Jefferson, successeur de Franklin comme ambassadeur des États-Unis en France, et qui fut, de 1801 à 1809, le troisième président delà République fédérale. Nous trouvons, sous sa plume : « Un perfection-« nement a été apporté ici dans la construction des fusils que le Congrès aurait « intérêt à connaître et qu’il doit se proposer d’acquérir à tout moment. Il con-
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- « siste à fabriquer chacune des parties si exactement semblable au modèle qu’on « peut l’employer pour un fusil quelconque du magasin. Le gouvernement fran-« çais a examiné et approuvé la méthode et il a établi une grande fabrique pour « la mettre à exécution. Jusqu’à ce jour, l’inventeur a seulement terminé la « platine du mousquet sur cette base. Il continuera ensuite par le canon, la crosse « et les autres parties sur le même principe. Pensant que cela pouvait être utile « aux Etats-Unis, je me suis rendu chez l’ouvrier. Il me présenta les parties de « 50 platines mises pièce par pièce et rangées dans des cases. J’en mis moi-même « différentes ensemble, prises au hasard comme elles me venaient dans la main « et je les ajustai de la manière la plus parfaite. Les avantages de cette méthode, « lorsque les armes doivent être réparées, sont évidents. »
- Jefferson ne réussit pas comme il l’aurait désiré à faire engager l’inventeur par les Etats-Unis. Pendant plusieurs années, il revint sur la question, notamment auprès de James Monroe. C’est dans cette dernière correspondance que l’on trouve le nom du mécanicien français Blanc : il semble bien que ce soit celui qui dès 1791, proposait, dans un important mémoire présenté à l’Académie des Sciences, la fabrication interchangeable des platines de fusils.
- Sans remonter au xvme siècle, citons l’importante collaboration française à la normalisation internationale des ajustements et aux études d’interchangeabilité des machines-outils, ainsi que la place enviable de la métrologie française dans les réunions internationales.
- Ce qui nous fait défaut, c’est une organisation corporative plus intime, plus confiante, et la compréhension du pouvoir législatif quant à l’importance vitale de cette industrie.
- Certes, de grands efforts ont été réalisés. La création en 1932, au sein de la Fédération de la Mécanique, d’un groupe actif de la machine-outil, la mise en œuvre par ce groupe de trois commissions d’études, technique, douanière et de normalisation, tout cela constitue déjà un ensemble de réalisations remarquables dans un pays où l’individualisme est une loi de race. Mais la vie moderne ne s’accommode plus de l’individualisme industriel, autrement qu’en le spécialisant.
- Il faut aller pins loin : de même que l’industrie de la machine-outil est en droit de demander l’établissement de programmes de renouvellement d’outillage, tant à l’industrie privée qu’à l’État, de même, elle a le devoir de répartir entre ses membres les programmes de fabrication, en les spécialisant à la manière américaine ou allemande. Voilà, croyons-nous, le deuxième stade de l’effort.
- A cette organisation au sein de la profession, se rattache le problème général de la statistique industrielle. Autant il est facile d’obtenir pour les nations étrangères, même secondaires, des renseignements statistiques précis, autant, à moins de travaux ardus et de fort longue durée, parfois d’ailleurs non couronnés de succès, il s’avère impossible d’obtenir chez nous des chiffres. Ainsi, pour les exportations de machines-outils, nous sommes obligés de nous en référer aux douanes : mais la nomenclature douanière ne permet pas beaucoup la sélection; de même, alors qu’il est certain que la machine-outil française a subi les répercussions de la crise, nous ne pouvons tracer sa courbe de maladie et, par suite,
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- app récier de l’opportunité et de la dose des remèdes à appliquer, car il n’existe ni un indice de travail en pourcentage de la capacité de production des usines, ni un indice d’activité en pourcentage du travail réalisé en une période normale. Tous ces renseignements, c’est à la corporation elle-même à les établir, comme cela a lieu en Amérique, en Allemagne, en Angleterre, et ailleurs. Ainsi, dans ces pays, les constructeurs sont contraints de fournir le détail de leur production. Chaque associé du groupe se doit de participer à l’établissement des statistiques. Ajoutons d’ailleurs qu’il favorise ainsi bien souvent la mobilisation industrielle. Le groupe de la machine-outil française n’est certainement pas hostile à de pareilles initiatives. N’est-ce pas lui, en effet, qui proposait pour déterminer les ventes en France et les exportations, de créer la « plaque d’identité » de la machine-outil, à la manière des « numéros d’immatriculation à l’arrondissement minéralogique » des voitures automobiles.
- Toute machine-outil sortant d’une usine française, ou importée, ferait l’objet d’une demande de plaque, adressée au Service de la Mobilisation industrielle; la plaque porterait deux groupes de chiffres : le premier correspondant à sa classification, le second étant le numéro d’ordre dans la catégorie. Ainsi, tout usager étant en principe soumis au recensement annuel, n’aurait qu’à relever les chiffres des plaques de ses machines-outils, à en faire parvenir la liste au Service de la Mobilisation industrielle et celui-ci connaîtrait, année par année, la répartition géographique des machines, leur capacité, leur genre et le nombre dont il pourrait disposer à la mobilisation. De même seraient déterminées exactement les importations et même les exportations, après accord préalable avec les douanes.
- La nécessité de ces statistiques se fait sentir dans toutes les branches de l’activité industrielle nationale, car, pour des spécialités comme celle de la machine-outil, il est parfaitement illusoire de vouloir raisonner en leur appliquant des conclusions résultant des chiffres fournis par les indices économiques globaux du pays tout entier.
- A ces considérations se rattache une remarque tout à fait générale : ce n’est un mystère pour personne que les conférences économiques internationales, pourtant si nombreuses depuis 1919, n’ont pas réalisé les espoirs placés en elles : la preuve, hélas! tangible en est la crise qui sévit sur le monde. L’étude des travaux de ces réunions auxquelles participèrent cependant de remarquables experts, nous permet d’avancer que le problème a été mal posé : de quoi s’agit-il, en définitive, sinon de l’équilibre de la production et de la consommation? Pour le résoudre, que faire, sinon avant toute chose, de connaître, par des statistiques loyales, les capacités moyennes de production et de consommation des pays en présence, et ce, pour un passé récent. On aperçoit, en effet, que les travaux de cette nature se bornent à l’étude du passé et du présent : les déductions pour l’avenir, seuls résultats vraiment intéressants, sentimentales, intuitives, ou déterminées a priori par telle ou telle théorie économique, mais non pas par des déductions logiques. C’est précisément qu’il manque à la base cette documentation statistique, permettant l’application de la statistique mathématique qui, seule, peut suppléer à l’incertitude des raisonnements économiques.
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- Ce qui est vrai dans le domaine des relations de nation à nation garde sa valeur sur les marchés intérieurs. L’organisation d’une industrie ne peut être judicieuse que si l’organisme syndical a déterminé précisément les indices de production et de consommation de ce marché intérieur. La création de la « plaque d’identité » permet l’établissement de ces indices.
- médite
- Répartition géographique de l’industrie française de la machine-outil
- Pareille organisation est rendue encore plus nécessaire du fait des réformes sociales de 1936. En effet, pour que l’ouvrier français augmente son standard de vie que tous les esprits sains reconnaissaient être tombé assez bas, sans qu’il y ait aussitôt accroissement exagéré du coût de la production sur le marché intérieur, il faut indiscutablement réaliser ce qui a été fait ailleurs, en Angleterre notamment, c’est-à-dire introduire un équipement neuf et perfectionné. Les lois sociales entraînent inéluctablement la recherche d’une équivalence de production ;
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- sinon leur bénéfice s évanouira dans la vie chère. Si nous ne tendons pas vers un accroissement de la production par l’augmentation du rendement mécanique et humain, nous irons à l’isolement économique, nous serons définitivement enfermés dans le cycle infernal des prix et des salaires.
- Ce qui compte pour la prospérité des individus d’une même nation, c’est la somme de tous les produits de l’industrie et de l’agriculture; cette somme constitue, en effet, les biens partageables. Comment accroître les possibilités de partage? par une modification de la répartition des richesses? non; car la somme des produits tendra à diminuer, ainsi que certaines expériences l'ont montré, mais bien au contraire, par un accroissement de travail et de production. Or, une administration incapable, un outillage vieux et démodé, des troubles sociaux, un rendement inefficient sont autant de facteurs qui vont à l’encontre de cette augmentation. Ainsi que le proclamait récemment le Président Daladier » nul ne menace les réformes sociales. Mais ce qui pourrait les menacer, c’est que, au lieu de se réaliser dans une atmosphère de joie et d’enthousiasme, elles aient contre elles un jour le ralentissement des métiers, l’atonie de la production, la décadence du travail ». Si le problème du rendement humain relève de la morale sociologique, et, de ce fait, ne peut être traité que par les trois éléments intéressés, gouvernement, patronat et salariat, par contre, le problème du rendement mécanique relève plus spécialement de l'industrie et des pouvoirs publics. Il comporte en effet un aspect technique et un point de vue éducatif en relation directe avec les questions démographiques.
- a question du rendement mécanique, ce n’est, en définitive, que le problème de l’outillage de l’industrie privée ou nationale. Quelle que soit la branche d’activité considérée, on est amené à conclure que la machine-outil joue un rôle primordial dans le niveau de vie et la prospérité humaine en général. En une époque de science, de technologie, de puissance productive » il n’est pas nécessaire, ainsi que l’écrit le grand industriel anglais Sir John Siddelev, de voir des ouvriers condamnés aux salaires les plus bas. car il est bien préférable1 qu'ils puissent jouir de la prospérité qui ne manquerait pas de s’établir si l’on fabriquait des produits de qualité'. » La soluliem évident» n'est autre que la modernisation et l’adaptation de la machine-outil au travail spécialisé élans le cadre, de l’organisation scientifique' de la production. La diminution des heures de travail, et par conséquent celle des heures disponibles d<‘s ouvriers spécialistes déjà trop rares, jointe à l'augmentation du taux horaire du salaire, ne' peut être compensée, si l’on veut tendre vers la stabilité économiepie, que par une augmentation de puissance de l’outillage. Encore faut-il tenir compte, ainsi que nous l’avons dit dès le début de cet exposé, des possibilités financières qui ne doivent pas être séparées des réalités techniques.
- C’est ainsi que dans le domaine de l’aviation, industrie de défense nationale, se pose avant toutes choses la question des matériaux utilisables. L’avion doit-il être en bois ou en métal? Nous avons toujours pensé et soutenu que les appareils petits et moyens porteurs devaient être en bois pour des raisons techniques que nous ne reprendrons pas ici. Nous estimons par ailleurs: que. compte tenu 136s Année. — Aovembre-Décembre 1937. 34
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- du problème des stocks en matières premières (métaux et alliages spéciaux par exemple), il serait éminemment dangereux de s’en tenir exclusivement à la construction métallique. On aperçoit aussitôt que, de cette décision sur le choix des matériaux, dépend Pinvestissement en machines-outils. Pour spécial que soit le cas ainsi envisagé, il n’est cependant pas unique.
- Le problème éducatif, d’autre part, n’est autre que celui de l’apprentissage et de la maîtrise. Ainsi que nous l’avons précisé, l’évolution sociologique implique sinon impose l’évolution de la machine. Mais l’homme est nécessaire pour construire et pour conduire la machine. Dans ces conditions, l’organisation de l’apprentissage, la formation des contremaîtres et chefs d’atelier émérites sont des nécessités vitales. Le patronat, sur le premier point, avait fait un très gros effort Une enquête de 1930 pour l’industrie des métaux révélait un nombre total de 73.339 apprentis répartis dans 331 écoles et 788 cours publics ou privés, ce chiffre correspondait à 7 p. 100 environ de l’ensemble du personnel des industries mécaniques. Or, on admet de façon quasi-universelle qu’une proportion de 5 p. 100 suffit au renouvellement de la main-d’œuvre qualifiée en période stabilisée. Bien que les conclusions de l’enquête sur la production entreprise parle Gouvernement ne soient point connues, nous ne pensons pas que l’on ait recensé, comme en Allemagne pour 1937, 1.800.000 apprentis, ni meme peut-être les 500.000 que ce pays comptait en 1934. Or, du fait des dernières lois sociales, nous avons de plus en plus besoin d’apprentis et même d’excellents apprentis, susceptibles de faire de bons agents de maîtrise. Mais le problème est lié à la question démographique, car la France souffre d’une crise de dénatalité, sa population diminuant à l’heure actuelle de près de 20.000 unités par an f5).
- Pour l’apprentissage, l’Etat doit collaborer avec l’industrie de la même façon qu’il a apporté son concours à l’initiative patronale lorsqu’elle créa en décembre 1934, le « Comité pour la Formation professionnelle des jeunes Chômeurs ». Celui-ci a obtenu certains résultats, en collaboration avec l’Office de placement et la Direction de l’Enseignement primaire de la Seine. Mais l’État n’a pas apporté toujours et aujourd’hui encore de façon suffisante l’attention nécessaire à la formation des apprentis dans ses établissements.
- Il ne faudrait pas, en une période où il augmente de façon considérable ses attributions industrielles, qu’il néglige précisément ce point capital de la formation des apprentis qui lui sont indispensables, et qu’il stérilise les efforts privés en absorbant les jeunes ouvriers formés en dehors de lui pour le besoin des industries non nationalisées.
- Nous faisions allusion à la rééducation des chômeurs : c’est à la suite d’un décret-loi d’octobre 1935 qu’ont été organisés, à la demande du Gouvernement, des Centres de Sélection pour la formation professionnelle rapide des chômeurs. Ces centres, actuellement au nombre, de cinq, sont dirigés par des industriels, dans le cadre régional et professionnel. Ce service, confié à M. l’Ingénieur en chef du Génie maritime Ziegel. a fait déjà un travail utile, notamment en ce qui
- (3) Alors que l’Allemagne, Tltaüe, la Pologne, par exemple, sont excédentaires d’environ 50U.000 âmes chacune par année.
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- concerne la machine-outil, dont le centre est confié à la Direction de M. Pégard. Nous considérons toutefois qu’il ne s’agit là que d’une amorce d’un plan beaucoup plus vaste qui devrait précisément englober l’apprentissage, la maîtrise et la rééducation professionnelle, plan pour lequel la collaboration de l’État et de l’industrie apparaît fondamentale. Dès maintenant, nous pensons qu’à l’exemple des organisations étrangères analogues, il est nécessaire d’introduire dans la réglementation de ces centres une obligation bilatérale d’emploi pour les chômeurs rééduqués et reconnus aptes à une spécialisation : ces ouvriers, rendus à une vie sociale normale, devraient obligatoirement être utilisés dans le cadre de l’industrie dont dépend le centre, avec un contrat de six mois par exemple à moins que cette industrie ne puisse les absorber. Laisser un chômeur rééduqué s’évader à nouveau d’une profession pour devenir un manœuvre même spécialisé c’est stériliser, pour la nation et pour l’individu lui-même, tout l’effort de la rééducation, c’est augmenter par ailleurs les probabilités de le voir à nouveau retomber en chômage.
- Sur le plan de l’apprentissage et de la formation professionnelle, nous ne saurions trop insister sur la nécessité de reviser entièrement les principes de formation et d’enseignement. Dans ce domaine comme dans tout l’enseignement en général, la pédagogie doit évoluer en fonction des réalisations et des besoins. L’enseignement est une chose essentiellement vivante qui ne peut être fixée dans une réglementation immuable. De même que la mécanique n’est plus scolastique, de même que la physique supérieure n’est plus celle du continu mais est devenue quantique et ondulatoire, de même les méthodes utilisées pour l’apprentissage ne doivent plus avoir pour base exclusive le travail manuel à une époque où les principes d’automaticité de la machine-outil et les notions de rendement économique éliminent les assemblages à queue d’aronde ajustés à la main. Il est. par contre, indispensable de placer l’apprenti sur les machines les plus modernes et non sur de vieilles machines, dont seul un ouvrier remarquable pourra tirer le même rendement. Nous ne pouvons développer ici plus avant cette question; nous dirons seulement que les mêmes problèmes doivent être étudiés et de façon particulièrement urgente pour la formation des cadres de maîtrise, où la pénurie, de l’avis unanime, se fait gravement sentir. La situation est particulièrement aiguë dans l’industrie de la machine-outil car la précision s’exprime ici en centièmes de millimètre sinon en millièmes, et l’on conçoit que la fabrication ne peut être assurée que par une main-d’œuvre et une maîtrise hautement qualifiées.
- Or, pour déterminer les vocations, en dehors des goûts individuels, la notion d’intérêt est, légitimement d’ailleurs, essentielle. L’homme qui accepte l’effort d’un apprentissage sérieux, ou celui d’études professionnelles assez longues, doit trouver dans sa rémunération d’ouvrier qualifié la récompense de cet effort loyalement accompli et sanctionné. Malheureusement, la différence entre le traitement de l’ouvrier médiocre ou du manœuvre et celui du bon ouvrier spécialiste tend à devenir insignifiante. Le découragement gagne peu à peu le bon ouvrier et la légende s’établit bientôt qu’il n'y a aucun avantage à posséder une solide formation professionnelle. Il est donc indispensable que le contrat collectif ne
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- fixe pas un prix horaire unique applicable à toutes les catégories d’ouvriers d’une même industrie, car l’on ira aussitôt vers la dégradation de la production et la stérilisation complète de l’économie nationale. Ce qui importe dans le travail. c'est à la fois sa nature et sa qualité : ce sont là les deux éléments de base pour fixer la rémunération.
- C’est ce que traduit M. Calliot, Inspecteur général des Mines, lorsqu’il énonce, dans sa sentence surarbitrale du 29 octobre dernier, « qu’il y va de l’avenir des « industries et spécialement de l’industrie lourde, de laisser subsister la hiérar-« chie établie parmi les travailleurs, et de ne pas amenuiser les avantages relatifs « que possèdent encore les ouvriers spécialistes qui constituent l’ossature même « de l’industrie ». Car, ainsi que l’écrivait Renan : « La véritable égalité consiste « à traiter inégalement ce qui est inégal. »
- Nous n’avons pas envisagé dans ce qui précède l’intervention de l’Etat dans le sens d’une politique de soutien de l’industrie de la machine-outil. Celle-ci pourrait s’exercer, croyons-nous, dans le domaine extérieur comme sur le marché intérieur. Dans le premier cas, il s’agit évidemment de mesures douanières; nous rappelons que les taxes douanières relatives à la machine-outil sont, à l’heure actuelle, de 20 p. 100 en Angleterre, 30 à 40 p. 100 en Amérique, 20 à 33 p. 100 en Italie; il paraît possible d’établir un contrôle limitant l’importation des machines-outils de type existant en France, soit par augmentation des droits de douane, soit cm n'autorisant, comme en Allemagne ou en Angleterre, le paiement en devises étrangères que contre remise d’un certificat du groupe des constructeurs de machines-outils établissant que la machine importée ne peut être fabriquée par l’industrie nationale. Par ailleurs, on peut concevoir, tout comme pour l’industrie automobile française, la création d’une prime au kilogramme de machine exportée fi). ou l’établissement d’une détaxe fiscale.
- Sur le marché intérieur, il s’agit de développer les achats de machines-outils. L’Allemagne a, par le décret-loi du 1er juin 1933, permis aux industriels de déduire de leur revenu imposable les sommes dépensées en achats de machines neuves d’origine allemande, et destinées au renouvellement de leur outillage. Pour pouvoir user de ces facilités, il faut que les nouvelles machines remplacent des machines de même nature jusqu’alors en service dans l’entreprise et que l’achat du matériel nouveau n’aboutisse pas à une réduction du nombre des ouvriers occupés. Enfin, le décret-loi du 13 décembre 1933 a imposé aux bénéficiaires du dégrèvement la destruction effective des machines anciennes, destruction contrôlée par l’Association allemande des marchands de ferraille. Le décret-loi français du 23 août 1937, portant réalisation d’un ensemble de mesures tendant à assurer le redressement économique, s’est inquiété dans son titre II de l’adaptation et de l’amélioration de l’outillage des entreprises industrielles et commerciales. Il prévoit une bonification d’intérêts de 4 p. 100 avec maximum de la moitié des intérêts dus pour les emprunts contractés par l'industrie pour le financement de travaux d’adaptation, d’amélioration ou d’extension de l’outillage
- (0) La prime d'exportation pour l'automobile est de 1,50 fr. par kilogramme.
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- cours de l’école d’organisation scientifique du travail
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- et des moyens de production : le montant total des bonifications annuelles ainsi accordées et payées par le Crédit national ne peut dépasser 35 millions. Mais aucune disposition de ces textes n’impose l'obligation de recourir au matériel français : il y a là une lacune dont il est superliu de souligner la gravité.
- Dans cet exposé, dont nous devons excuser la longueur, nous n’avons cependant pas traité les questions d’organisation par l’État de l’assurance-crédil à l’exportation, ni du projet de « bon d’outillage » conçu par la Fédération de la Mécanique.
- Nous avons voulu en préface aux conférences techniques sur la machine-outil, judicieusement organisées par la Société d’Encouragement et la Société française des Mécaniciens, montrer le rôle fondamental trop souvent ignoré de la machine-outil dans l’économie d’un pays industriel : nous pensons avoir suffisamment attiré l’attention sur la nécessité absolue de l’organisation collective de la profession, dans une atmosphère de parfaite loyauté, de haute moralité et de confiante collaboration.
- Les cours de l’École d’Organisation scientifique du Travail et la collaboration du personnel de cadres.
- La collaboration du personnel de cadres est plus que jamais indispensable. Fille peut être facilitée par l’initiation, aussi large que possible, de ce personnel à tous les problèmes que posent l’organisation et la direction des entreprises.
- C’est le but auquel répond l’École d’Organisation scientifique du Travail, fondée il y a trois ans par le Comité national de l’Organisation française, association à but purement désintéressé, comme l’École elle-même. Cette école, située 57, rue de Babylone, Pans (7e) a organisé, à partir de cette année, des cours par correspondance, la polycopie du texte intégral des leçons permettant aux élèves résidant hors Paris de bénéficier de l’enseignement. Toutes mesures ont été prises pour les associer à la vie de l’École, y compris l’accès au certificat.
- Au texte de chaque leçon sont joints une liste de sujets de travaux personnels conseillés à l’étudiant et des indications bibliographiques qui lui permettront de se procurer les ouvrages utiles ou de les consulter dans la bibliothèque technique la plus proche de son domicile.
- L’enseignement a pour but de préparer à l’exercice de leurs fonctions, conformément aux méthodes de l’organisation scientifique, et de perfectionner les chefs et les agents de toutes entreprises industrielles, commerciales et administratives.
- L’École est particulièrement destinée aux agents de tous ordres délégués par les établissements dont ils font partie en vue de leur faire connaître les méthodes les plus récentes applicables dans leurs services et d’élargir leurs horizons. Elle est ouverte aussi aux jeunes gens et aux personnes déjà engagés dans une profession qui s’inscrivent à titre personnel.
- Le programme est donc établi, d’une part, en vue de l’enseignement des principes généraux d’organisation scientifique du travail (cours obligatoires), d autre
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- part, en vue de l’application de ces principes à chacun des services (cours à option).
- Parmi les cours généraux, on peut citer : principes et définition de l’organisation scientifique du travail ; comptabilité industrielle ; contrôle budgétaire ; étude des temps et pratique du chronométrage.
- Les cours à option comprennent la série organisation industrielle : lancement technique d’une fabrication, aménagement des ateliers, analyse du travail, ateliers de réparation et d’entretien ; la 'série organisation commerciale : problèmes commerciaux, étude du marché, psychologie de la vente^ achats, stocks, magasinage et manutention; la série travail administratif et organisation des bureaux : le secrétariat (personnel, méthodes, classement, courrier), les travaux de bureau et leur outillage (documentation de bureau, facturation, documents et machines comptables, statistiques et machines à statistiques.)
- Des visites d’usines et de bureaux viennent compléter cet enseignement.
- Le nombre d’élèves inscrits a été : pour la première année, 85; pour la seconde, 115; et pour la troisième année, plus de 300 élèves. Ces cours par correspondance peuvent commencer à n’importe quelle époque de l’année.
- ROBERT SATET.
- Ve JOURNÉE INTERNATIONALE DES ALLOCATIONS FAMILIALES
- (Paris, 8 juillet 1937)
- par M. Georges Risler, membre de l’Institut et du Conseil de la Société d'Encouragement.
- Les allocations familiales ont été instituées dans l’industrie privée par MM. Bouchayer et de Romanet dans le département de l’Isère en 1919. Pour la première fois, il en a été question au Congrès de la Natalité tenu à Nancy au cours de cette même année. Elles furent bientôt étendues au département de la Seine grâce à l’initiative de M. Pierre Richemond et de ses collègues de la métallurgie. Elles se développèrent ensuite rapidement dans toute la France à tel point qu’au bout de quelques années, elles touchaient plus de 4,5 millions de personnes et le montant des sommes distribuées chaque année aux pères et mères de famille atteignait 1 700 millions de francs.
- Ces résultats avaient été entièrement obtenus par une organisation purement privée que l’Etat avait ignorée jusque-là. C’est alors qu’apparurent les propositions de lois tendant à rendre obligatoires les allocations familiales. Certains pensaient qu’elles seraient en somme devenues obligatoires en assez peu de temps parce que les patrons qui ne les auraient point accordées à leur personnel auraient été disqualifiés. Us croyaient que l’exemple suffirait à généraliser cette excellente institution.
- Ces idées ne furent pas partagées par la majorité des philanthropes préoccupés de ces questions; il devint évident qu’une loi créant l’obligation serait votée et les libéraux ou anti-étatistes n’eurent plus qu’à s’efforcer d’obtenir qu’au moins il ne soit pas créé, comme pour les assurances sociales, une caisse d’État. Us y réussirent et grâce à eux, la loi prescrivit que tous les industriels et
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- CONGRÈS DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE OUTRE-MER.
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- commerçants ou employeurs seraient obligés de faire partie d’une caisse d’allocations familiales, mais ces caisses restaient libres et n’étaient pas administrées par l’État.
- Ln grand nombre de caisses ont été fondées. Il y a parmi celles-ci plusieurs caisses agricoles. C’est dans cette catégorie cependant que le mouvement s’opère le plus lentement, alors que les besoins sont si importants.
- Un Congrès international des Allocations familiales s'étant tenu pour la première fois cette année à Paris, nous avons pensé que les membres de la Société d’Encouragement seraient heureux d’ètre renseignés sur ses travaux. M. Bonvoisin. Directeur du Comité central des Allocations familiales, a bien voulu nous donner un bref aperçu des questions qui y ont été traitées et des résolutions qui y ont été prises.
- « Pour la première fois, la question des allocations familiales vient d'être traitée dans le cadre international, au cours de Journées d’études organisées par le Comité central des Allocations familiales de France, et qui se sont tenues à Paris à l'occasion de l’Exposition. »
- « Dix nations participaient à cette manifestation, qui a donné lieu notamment à la présentation : i° de rapports sur les régimes légaux d’allocations familiales qui existent en France, en Belgique et en Italie; 2° de communications sur l’état de la question en Suisse, en Hongrie et en Norvège. »
- « Mention a été faite également des réalisations partielles entreprises en matière d’allocations famdiales dans nombre d’autres. »
- M. Bonvoisin a tiré les conclusions d’ensemble de cette confrontation qui ne i-estera pas sans lendemain.
- « Au banquet, des toasts ont été prononcés par : M. GoifFron, président du Comité central des Allocations familiales; M. de Voghel, Directeur général du Ministère du Travail et de la Prévoyance sociale de Belgiq ic; le Docteur Cau, délégué du Ministère des Corporations d’Italie; le Docteur Manthey, secrétaire général du Comité international « Joie et Travail », qui a son siège en Allemagne ; M. Mallarmé, président du Groupe de la Famille de la Chambre des Députés; M. le sénateur Fêlas, secrétaire général du Conseil supérieur de la Natalité, et M. le Délégué du Ministre du Travail. »
- LE CONGRÈS DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE DANS LES TERRITOIRES D’OUTRE-MER (Paris, 21-26 septembre 1937)
- par M. F. Blondel, membre du Conseil de la Société d'Encouragement.
- Fa plupart des congrès servent, en principe, à mettre au point certaines questions scientifiques, industrielles ou autres. Des personnalités qualifiées présentent des rapports; d’autres font des objections, des critiques; et de la confrontation des idées doit sortir une vue plus claire des problèmes envisagés.
- Mais bien peu de congrès ont pour objectif, comme le Congrès de la
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- Recherche scientifique coloniale, d’étudier et de proposer un plan d’organisation, c’est-à-dire de tendre vers la réalisation d’une œuvre constructive. Cette entreprise suppose, en effet, que les problèmes sont déjà suffisamment mûrs pour que la discussion ne reste pas théorique et qu’elle ne s’égare pas dans des considérations générales sans intérêt pratique; elle suppose également que les personnalités intéressées veulent bien faire suffisamment abstraction de leur point de vue particulier et, pourquoi ne pas le dire, un peu égoïste, pour aboutir à des conclusions communes, conformes à l’intérêt général.
- Le Congrès de la Recherche scientifique coloniale a eu la bonne fortune de trouver réunies ces deux conditions. Et c’est pourquoi il a pu faire œuvre utile. Sur l’importance de cette œuvre : l’organisation des recherches scientifiques pour les territoires français d’outre-mer, aussi bien dans ces territoires eux-mêmes que dans la métropole, il est à peine besoin d’insister. L’idée que la mise en valeur de nos colonies suppose avant tout un effort scientifique puissant, va bientôt avoir la chance de devenir banale, et ce n’est pas au moment où ces territoires coloniaux sont si ardemment convoités par d’autres qu’il est nécessaire de rappeler l’intérêt de cette mise en valeur, aussi bien pour les Français de la métropole que pour les indigènes eux-mêmes.
- Le Congrès était présidé par l’éminent secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, M. A. Lacroix, dont l’activité est en grande partie coloniale et qui a été un précurseur de la recherche scientifique coloniale. Sa très grande expérience de toutes ces questions, jointe à son extrême bienveillance, ont puissamment contribué à lui imprimer, du début à la fin, un caractère réalisateur; le Secrétariat général était assuré par M. Henry Hubert, qui, grâce à une heureuse initiative du Ministre actuel des Colonies, M. Marius Moutet, est chargé, depuis peu de temps, rue Oudinot, de la recherche scientifique, désignation dont tout le monde s’est félicité. Cinq sections, ayant chacune à leur tête une personnalité particulièrement qualifiée, correspondaient aux différentes disciplines.
- La première impression générale qui se dégage de ces travaux est que, dans la plupart des cas, il s’agit d’améliorer plutôt que de créer. Ce serait une naïveté de croire que tout est à inventer dans le domaine colonial français : on a, au contraire et très souvent, beaucoup travaillé : témoin cette Bibliographie géologique et minière de la France d’outre-mer, spécialement préparée pour le Congrès et qui a pu relever plus de 9.000 titres de publications pour une seule discipline. Mais, souvent, le travail a été accompli sans trop d’ordre et surtout sans continuité. C’est donc dans la coordination qu’un effort important reste à entreprendre ; et le Congrès a, dans les différents cas, indiqué la forme précise à apporter à cette coordination.
- Il importe de noter que le Ministre des Colonies avait, en quelque sorte, devancé les vœux du Congrès. Un décret, signé pendant le Congrès même, crée auprès du Conseil supérieur de la Recherche scientifique, un Comité d’outre-mer dont le rôle sera essentiellement la coordination souhaitée.
- Encore un Comité dira-t-on! Sans doute ne vaudra-t-il que ce que ceux qui le composent voudront qu’il soit. Mais on serait plutôt tenté de s’étonner, avec
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- CONGRÈS DE L’OUTILLAGE DE LA FRANCE d’oüTRE-MER.
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- d’autres, qu’il ait fallu attendre jusqu’en 1937 pour que soit constitué un organisme chargé, non pas de diriger, mais de coordonner la recherche scientifique coloniale.
- Ce n’est qu’un aspect nouveau du vrai caractère de l’œuvre coloniale française : elle n’a été au début et pendant longtemps qu’une construction de quelques personnalités isolées, fréquemment contre la volonté du peuple français, toujours sans son appui; c’est seulement quand l’œuvre s’est imposée à la fois par sa réussite et par sa nécessité extérieure que la nation en a pris officiellement la charge. Nous devons féliciter le Ministre actuel d’avoir eu le courage d’être celui qui a reconnu aux recherches scientifiques coloniales une existence officielle.
- CONGRÈS DE L'OUTILLAGE PUBLIC ET PRIVÉ DE LA FRANCE D’OUTRE-IVIER (Paris, 5-8 octobre 1937)
- par M. F. Blondel, membre du Comité de la Société d’Encouragement.
- Présidé par M. du Vivier de Streel, le Congrès de l’Outillage public et privé de la France d’outre-mer faisait en quelque sorte le pendant, dans le Mois colonial, du Congrès de la Recherche scientifique. D’ailleurs, dans le discours d’ouverture de la série de ces congrès, le Ministre avait tenu à marquer cette association; ce n’était pas tout à fait le titre de l’Exposition de 1937, mais quelque chose d’approchant : science et technique.
- Pas plus que les autres congrès, celui-ci ne peut se résumer en quelques mots. On n’a évidemment pas fait le tour de toutes les questions se rapportant à l’outillage colonial et l’auteur de ces lignes, à qui on avait fait l’honneur de réserver la présidence de la Section des Mines, serait peut-être involontairement tenté de réserver trop de place aux travaux qu’il a particulièrement suivis.
- Citons donc au hasard quelques-uns des rapports présentés en prévenant bien le lecteur qu’on omettra ainsi de parler d’autres tout aussi importants.
- M. J. Freysselinard, dans Programme général des travaux adaptés aux possibilités et aux besoins actuels, a cherché à ramener dans le cadre des exigences de l’heure le grand programme dressé lors de la Conférence impériale de 1933 et dont l’essentiel est le Fonds colonial, que la patience du Ministre actuel finira bien par obtenir.
- M. B eau s’était chargé de l’importante question de l’enseignement technique agricole. Le développement des colonies repose sur l’évolution technique des indigènes et celle-ci suppose elle-même qu’un enseignement convenable leur sera dispensé.
- Les colonies sont peu pourvues de sources d’énergie; c’est pourquoi il convient de faire appel à toutes; et un rapport très documenté de Mlle M.-Th. François faisait le tour des questions soulevées par le problème de Vutilisation des combustibles et carburants d'origine végétale.
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- XIXe CONGRÈS NATIONAL DE LA NATALITÉ. — NOV.-DÉC. 1937.
- L’équipement des territoires coloniaux n’est possible que si la carte des colonies est établie; nous sommes très en retard à ce sujet; avec l’autorité que lui confère sa longue expérience coloniale, le Colonel Ed. de Martonne a indiqué les améliorations à apporter dans cette réalisation.
- Un très copieux rapport de M. P. Bernard était consacré à Vhydraulique agricole et à la politique économique en Indochine ; à lui seul, ce rapport mériterait un compte rendu, tant par les problèmes qu’il soulève que parles conclusions auxquelles il arrive.
- Signalons encore le très bel exposé de M. Normandin, Directeur des Travaux publics du Maroc, dans lequel il a pu faire connaître les très heureux résultats obtenus dans ce pays au sujet de la coordination du rail et de la route, résultats si satisfaisants que le Maroc peut être présenté comme un modèle à ce sujet.
- Enfin, dans la Section minière, il convient de mettre à part le très complet rapport de M. Migaux sur les recherches de pétrole dans les colonies, rapport qui montre que l’effort à fournir doit être considérable si l’on veut être assuré d’un résultat certain.
- Nous omettons beaucoup d’autres études; on nous en excusera. Cette rapide énumération, à elle seule, montre que ce Congrès de l’Outillage, qui réunissait tant de compétences, a fourni à l’Administration des mises au point précises et des vœux très réfléchis qui doivent lui servir de base dans le travail quotidien de la mise en valeur de l’Empire français.
- XIXe CONGRÈS NATIONAL DE LA NATALITÉ ET DES FAMILLES NOMBREUSES (Montpellier, ler-2 octobre 1937)
- par M. Georges Risler, membre de l'Institut et du Conseil de la Société cl’Encouragement.
- Le 19e Congrès de la Natalité a eu lieu, cette année, à Montpellier, les lei' et 2 octobre.
- Le Congrès a été précédé d’une réunion de propagande, qui s’est tenue à Nîmes, et qui a été suivie, elle-même, d’une manifestation qui, sous le titre de « rassemblement familial », avait attiré, à Béziers, plusieurs milliers de pères de familles habitant la région.
- En ce qui concerne le Congrès proprement dit, trois questions ont retenu, principalement, l’attention des congressistes : la généralisation des allocations familiales, la retraite des vieux travailleurs, la réforme fiscale.
- Au sujet de la première question, il y a eu unanimité pour demander les allocations à la profession et non point à l’État, celui-ci ne devant intervenir que dans deux cas exceptionnels.
- M. Duval Arnould, vice-président du Conseil supérieur de la Natalité, a présenté, en connexion avec la communication de M. Bonvoisin suiT’importance croissante des allocations familiales dans le budget familial, un intéressant rapport sur les initiatives tendant à favoriser le retour de la femme au foyer.
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- cours d’organisation scientifique du travail.
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- Parmi les initiatives signalées, citons notamment le versement d’allocations aux ménages ouvriers qui ne bénéficient que d’un seul salaire.
- En ce qui concerne les retraites aux vieux travailleurs, M. Boverat a montré à quel point il serait inique d’en réserver le bénéfice aux travailleurs sans enfants et de les refuser aux pères de familles nombreuses qui en sont réduits à vivre des subsides qui leur sont versés par leurs enfants, leurs charges de familles les ayant empêché, durant leur existence, de faire des économies.
- En matière fiscale, M. Foucher a exposé les résultats, profondément injustes pour la famille, des réformes fiscales de 1934 et 1936. M. Boverat a fait adopter ensuite les principes directeurs d’une législation fiscale équitable envers les familles, proportionnant l’impôt non point aux ressources du contribuable, suivant le système actuel, mais à sa capacité contributive, compte tenu de ses charges familiales.
- Différents rapports ont été en outre présentés par : M. Jean Guihal, avocat à la Cour d’Appel de Montpellier, sur l’application des allocations familiales à l’agriculture; M. Angla.de, Président de la Fédération des Associations de Familles nombreuses du Languedoc, sur le mouvement familial dans le Midi de la France; M. Marre, assistant de géographie à la Faculté des Lettres de Montpellier, sur la démographie de la Région languedocienne; M. Vieuille sur l’aide sociale à la famille dans quelques pays étrangers; M. André Toulemon, avocat à la Cour d’Appel de Paris, sur le suffrage familial; et M. Chabaud, sur la suppression des octrois et les familles nombreuses.
- Les vœux adoptés par le Congrès sont, pour la plupart, la conclusion des rapports précités. Ils se rapportent : à la généralisation des allocations familiales; aux modalités d’attribution d’une retraite aux vieux travailleurs; aux mesures propres à encourager la présence de la mère au foyer; à la suppression des droits d’octroi; à l’institution du vote familial; à la réforme fiscale; au relèvement delà limite des salaires pour les apprentis dont la famille a droit aux allocations familiales; au report de 16 à 17 ans pour le maintien des allocations d’encouragement national et des allocations familiales professionnelles; enfin à l’institution d’une caisse nationale des allocations familiales pour les services publics.
- Le Congrès a été suivi, comme chaque année, du Congrès des Commissions départementales de la Natalité. En l’absence de M. Georges Risler, membre de l’Institut, président du Musée social, retenu à Paris et empêché de présider ce Congrès, celui-ci s’est tenu sous la présidence de M. Duval Arnould.
- M. le Dr Siredey, ancien président de l’Académie de Médecine, a présenté un très important rapport sur la répression de l’avortement. Ce rapport a fait l’objet d’interventions du Dr Petit, de Niort, du Dr Cauchois, de Rouen, et d’une discussion prolongée du plus haut intérêt.
- Un rapport extrêmement important a été présenté par M. Levas, sénateur d’Ille-et-Vilaine, sur le cinéma, sur l’influence morale qu’il pourrait exercer et qui n’est si souvent pas obtenue, lorsque même des résultats contraires infiniment regrettables ne sont pas la conséquence des mauvais films projetés devant les jeunes gens. L’assistance, nombreuse et attentive comme toujours à ces congrès, n’a pas ménagé ses applaudissements aux deux rapporteurs.
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- BULL. DE LA SOC. D’ENCOURAG. POUR L’INDUSTRIE NAT, — NOV.-DÉC. 1937 (p. 524).
- L’UTILISATION DES COMPTEURS ÉLECTRIQUES POUR LA TOTALISATION DES PRIMES DE TRAVAIL,
- par M. Jean Jarriant, Ingénieur I. E. G.
- Le développement du salaire à primes, pendant et surtout après la guerre, a donné lieu à de nombreuses méthodes d’évaluation de la prime. Beaucoup de ces méthodes sont très remarquables, mais aucune ne peut répondre à tous les cas qui se présentent. En effet, le problème se complique du fait que, dans une même industrie, la méthode qui convient à un grand atelier travaillant en série, ne convient nullement à un atelier où les fabrications sont variées. Dans certains cas, on pourra vérifier le travail de l’ouvrier par des pesées ou des comptages; dans d’autres, ce sera impossible. C’est le cas, en particulier, de la passementerie mécanique et de la fabrication des câbles électriques.
- Dans les industries de ce genre, le personnel surveille un grand nombre d’unités indépendantes, qui sont mises en marche et arrêtées de très nombreuses fois au cours du travail, travail qu’il n’est pas toujours possible de chronométrer d’une manière sûre, parce que la qualité des matières employées, la vitesse de la machine (correspondant au meilleur rendement de l’ouvrière) et d’autres conditions analogues ne peuvent pas toujours être réalisées avec une approximation suffisante. On est donc obligé de se borner à stimuler l’activité de l’ouvrière par des primes qui soient basées sur le nombre d’unités qui fonctionnent en même temps.
- La solution théoriquement idéale serait de mettre un compteur à chaque unité indépendante. Cela se fait dans le tissage. Mais dans les deux cas visés plus haut, le grand nombre d’unités surveillées par la même ouvrière amène une grande complication dans le relevé périodique de tous ces compteurs. Les nombreuses erreurs qui se produisent dans ces calculs longs et fastidieux sont une source d’ennuis pour le personnel de maîtrise et amènent rapidement des conflits avec les ouvrières.
- Un essai de ce genre fut tenté presque aussitôt après la guerre dans une usine dirigée par M. Joseph Jarriant; mais il dut bientôt chercher une autre solution. Après de nombreuses études nous en trouvâmes une, très simple, dans l’emploi de compteurs électriques. Voici sous qu’elle forme elle fut mise au point dès 1927.
- Un compteur électrique est installé au banc de travail de chaque ouvrière. Ce compteur est relié, d’une part à une source de courant et d’autre part à une série d’interrupteurs en nombre égal à celui des broches que surveille l’ouvrière (fig. 1). Les interrupteurs, groupés en dérivation sur la seconde borne du compteur, sont reliés à l’autre pôle de la source par de petites lampes étalonnées, formant autant de résistances égales. Chaque interrupteur est monté près du levier ou de la came d’embrayage, de telle manière que le circuit soit fermé dans la position de marche, et, au contraire, qu’il soit ouvert â l’arrêt.
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- UTILISATION DES COMPTEURS ÉLECTRIQUES POUR TOTALISER LES PRIMES. 525
- Le fonctionnement est le suivant :
- Chaque déplacement du levier d’embrayage A (lig. 2 et 3). ferme un circuit et le compteur débite. Tous les circuits étant en dérivation, le débit est proportionnel au nombre de broches en marche. Le relevé du compteur, ou plutôt la différence entre un relevé et celui de la semaine précédente, sert de base à l’établissement de la prime; il suffit de le multiplier par le coefficient donné par un des barèmes en usage (Rowan, Bayle ou logarithmique) et porté au crédit de l’ouvrière.
- On voit la grande simplification du travail, tant pour l’agent qui relève les
- —tv
- V. I
- Fig. I. — Schéma théorique
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- Compteur
- Lampes
- ( { { { ( .'TZT±±±
- Fig. 2 et 3. — Positions du levier d’embrayage et du contact-équerre à l’arrêt, l’interrupteur étant ouvert (fig. 2), et en marche (fig. 3), l’interrupteur étant fermé.
- A, levier d’embrayage: — B, équerre en cuivre; — C, bloc isolant; — D, bouton et son ressort; — F, second ressort, porté par le bloc isolant; — F, bornes serre-fil ; — G, contacts.
- compteurs que pour les employés de la comptabilité. L’ouvrière, qui voit relever les chiffres et qui possède un double du barème de primes, connaît exactement à l’avance le montant de son salaire. En fait, pendant les six ans que le système a fonctionné, il n’y a jamais eu de réclamations et le personnel ouvrier s’est toujours déclaré satisfait.
- L’objection qui peut se présenter est la crainte de fraude dans le fonctionnement des appareils. Pour les compteurs, la question ne se pose pas puisqu’on peut les plomber. Pour éviter la mise en marche de broches « à vide » afin d’augmenter le débit, nous avions disposé toutes les lampes-résistances sur le devant des machines, à côté du compteur. Les agents de maîtrise qui circulaient dans l’atelier pouvaient d’un seul coup d’œil se rendre compte du nombre de lampes allumées et, en même temps, compter les broches réellement chargées. En fait, il n’y eut jamais de tentative de ce genre.
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- 526 UTILISATION DES COMPTEURS ÉLECTRIQUES. — NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1937.
- Un autre reproche qui peut encore être adressé à la méthode est de totaliser uniformément des travaux souvent variés qui peuvent demander des arrêts plus ou moins longs en cours d’exécution. C’est exact; mais comme l’objet est d’augmenter l’activité de l’ouvrière et qu’il est atteint par un moyen simple, nous n’avons pas cherché à résoudre cet aspect du problème, qui eût pu l’être, d’ailleurs, par une variation plus ou moins grande de la résistance de certains circuits. Mais on serait tombé très probablement dans une complication très grande sans obtenir de résultats très intéressants.
- Quelques modifications de détails touchant la réalisation du procédé, permettront sans doute de lui trouver d’autres applications.
- Disposant, dans les ateliers, de courant continu 110 V, nous lui avions donné la préférence (bien que le système puisse fonctionner avec du matériel pour courant alternatif) parce qu’on trouvait à très bas prix des compteurs d’occasion à courant continu, provenant de secteurs de province qui se transformaient en secteurs alternatifs. Ces compteurs, de petite puissance (2 et 5 A) étaient généralement en bon état et simplement déréglés. Le réglage étant fait de nouveau, on n’a pas eu à y retoucher ensuite. De temps en temps, on intercalait un ampèremètre dans le circuit et on comparait les indications du compteur et celles de l’ampèremètre par la méthode classique (nombre de tours du disque pendant une minute).
- Les lampes étaient de petites lampes à filament de carbone, plus résistantes aux vibrations des machines que des lampes à fil métallique. Leur tableau-support était équipé avec des douilles de porcelaine dont le montage est très rapide.
- Les interrupteurs avaient été pris dans les séries de contacts à équerre qu’on place aux portes d’entrée des magasins. Ce genre de contact n’est en circuit qu’au moment où la porte s’ouvre ou se ferme. Us étaient disposés au-dessous des barres d’embrayage qui repoussaient le bouton semi-circulaire dans la position de marche. La seule précaution à prendre est de bien isoler les contacts du bâti de la machine et de la barre d’embrayage pour éviter les dérivations qui se traduisent par des secousses quand on saisit la barre d’embrayage. Avec une came, le dispositif est à peu près semblable. Il vaut mieux que la poussée du bouton ait lieu latéralement, car, alors, le mouvement est moins brutal. On peut d’ailleurs trouver dans les nombreux catalogues d’appareillage électrique des interrupteurs convenant mieux à tel ou tel cas particulier.
- Ce matériel a fonctionné pendant six années presque sans réparations, qui, d’ailleurs, ont pu être faites sur place par le personnel du petit entretien.
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- BULL. DE LA SOC. d’eNCOUR. POUR l’iNDUS. NATION. — NOV.-DÉC. 1937 (p. 527).
- COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ
- Conférences publiques sur les progrès récents et l’état actuel de la construction des machines-outils.
- CONSEIL D ADMINISTRATION
- SÉANCE PUBLIQUE DU 6 NOVEMBRE 1937 Présidence de M. M. Lacoin, président.
- La séance est ouverte à 16 h. 30 m.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- la Société des Etablissements Rigaud, 8, rue Vivienne, Paris (2e), présentée par M. G. Delage (membre perpétuel)-,
- la Société des Établissements Jauger, 2, rue Baudin, Levallois-Perret, (Seine), présentée par M. G. Delage (membre perpétuel)-,
- la Société l’Accessoire de Précision, 76, rue Gide, Levallois-Perret (Seine), présentée par M. G. Delage (membre perpétuel)-,
- M. P ersonne (Frédéric), ancien élève diplômé du Conservatoire national des Arts et Métiers, Ingénieur diplômé de l’Association française du Froid, ingénieur, 58, rue des Marguettes, Paris (12e), présenté par MM. Sauvage et Lemaire ;
- M. Berr (Raymond) (O. lé), Ingénieur au Corps des Mines, administrateur-délégué des Etablissements Kuhlmann, 5, avenue Elisée-Reclus, Paris (7e), présenté par MM. Guillet et Portevin;
- MM. Kula Frères, entreprise de couverture et plomberie, 23, rue Truffaut, Paris (17e), présentés par M. Bechmann (1938);
- la Compagnie de Béthune, à Bully-les-Mines (Pas-de-Calais), présentée par M. Pineau (1938);
- les Ateliers Otis-Pii-re, 178, rue de Courcelles, Paris (17e), présentés par M. Bechmann (membre perpétuel) ;
- la Compagnie des Phosphates et du Chemin de Fer de Gafsa, 60, rue de la Victoire, Paris (9e), présentée par MM. de Nervo, Bâclé, Lacoin (membre perpétuel).
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- 328 COMPTEE RENDUS DES SE'ANCES. — NOVEMBRE-DECEMBRE d 937.
- M. Lacoin, président, annonce la mort de deux membres du Conseil survenue pendant les vacances : AI. Edouard Sauvage, décédé le 27 juillet, et M. Henry Watier, décédé le 20 août.
- M. Waeckenaer, membre du Comité des Arts mécaniques, dontM. Sauvage était président, rappelle les principales étapes de la longue carrière si bien remplie d’Edouard Sauvage et le rôle considérable qu’il a joué à la Société d’Encouragement dès son entrée au Conseil en 1891.
- C’est lui qui, dès 1891, suggéra à la Société d’étudier et d’établir un système de filetages unique, rationnel et cohérent, ce qui fut fait en 1894. C’est ce système, basé sur de mesures métriques, qui, à quelques additions près, a été adopté en 1898 par le Congrès international de Zurich sous le nom de Système international (S. I.) et employé depuis lors en Europe continentale. C’est la première et l’origine des nombreuses normalisations industrielles qui ont pris un si grand développement dans tous les pays depuis 1918. M. Sauvage était président du Comité des Arts mécaniques et fut président de la Société de 1927 à 1929.
- (On trouvera à la page 481 du présent Bulletin une biographie détaillée d’Edouard Sauvage rédigée par M. Walckenaer.)
- M. Henry Watier faisait partie du Conseil (Commission des Fonds) depuis 1930; depuis 1923, il était directeur des Voies navigables et des Ports maritimes. En janvier 1937, il avait été misa la disposition du Ministère des Affaires étrangères et détaché à la Société des Nations comme directeur de la Section des Communications et du Transit. (Voir sa biographie à la page 483 du présent Bulletin.)
- M. Lacoin adresse les très vives condoléances de la Société à la famille de ces regrettés collègues.
- M. Lacoin, président. —-Je crois devoir vous signaler la promotion dans l’ordre de la Légion de plusieurs de nos collègues du Conseil.
- M. Léon Lecornu (Arts mécaniques) et M. Louis Tardy (Agriculture) ont été promus au grade de grand officier. M. James Dantzer (Arts mécaniques) et M. Charles Fabry (Arts économiques) ont été promus commandeurs.
- Nous leur adressons nos félicitations.
- MM. H. Servonnet et P. Rolley, secrétaires généraux, présentent et analysent quelques-uns des ouvrages entrés dans la Bibliothèque.
- M. Servonnet présente les ouvrages suivants :
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION. — SÉANCE PUBLIQUE DU 6 NOVEMBRE 1937.
- Le remplacement des rivets par la soudure dans la charpente métallique, par H. Gerbeaux. Paris, Institut do Soudure autogène, 32, boulevard de la Chapelle (18e);
- La Société nationale des chemins de fer vicinaux de Belgique. Origine. Développements. Modernisation. Conférence donnée à Paris, en la salle Hoche, sous les auspices de l’Association française des Amis des Chemins de fer, par Léon Jacobs. Bruxelles (Belg ique), lmp. H. etM. Schau-mans, 41, parvis Saint-Gilles, 1937;
- Sur la forme et l'état de surface des éléments inertes des bétons, par B. F eret. (ex Annales de l'Institut technique du Bâtiment et des Travaux publics, 2° année, 1937, n” 2). Paris, 100, rue du Cherche-Midi (0e). (Don de l’auteur, membre du Conseil d’Administration) ;
- A lliage résistant à chaud. Causes de détériorations. Les alliages fer-chrome-nickel, parM. Ballay. (ex Bulletin de la Société royale belge des Ingénieurs et des Industriels, année 1937, n° 3). Bruxelles, lmp. F. van Buggenhouldt, 5-9, rue du Marteau;
- Journée de la Défense sanitaire des Végétaux. Paris, 19 mars 1987. Paris, Publications de la Ligue nationale de lutte contre les ennemis des cultures, Maison de l’Agriculture, 129, boulevard Saint-Germain (0e);
- Les chemins de fer français. (Revue générale des Chemins de fer.) Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (0e);
- Echauffement et refroidissement des bouches à feu, par M. W. Baumann. (ex Mémorial de VArtillerie française, t. XV, 1er fasc.). Paris. Paul Beau-valet, 18, rue des Quatre Fils (3e). (Don de l’auteur);
- E ssais de freinage par freins à puissance autovariable effectués par le réseau P. L. J/., par M. Reure. (ex Revue générale des Chemins de fer, 1er mai 1937). Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (0e), 1937. (Don de la Compagnie des Chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, membre de la Société) ;
- La voix de Marey. Histoire de Iinvention du cinématographe, par Hené Buhot. lre partie. Boulogne (Seine), chez l’auteur, 0, rue Darcel. (Don de l’auteur) ;
- Sur une expression empirique nouvelle de la chaleur totale de la vapeur . d'eau surchauffée, par Ph. Tongas. (ex Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences, 10 mai 1937). Paris, Gauthiers-Villars, 55, quai des Grands-Augustins (0e), 1937. (Don de l’auteur);
- Analyses grammétriques complètes par précipitation directe dans des 136e Année. — Novembre-Décembre 1937. 3a
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- 530 COMPTES RENDUS DES SÉANCES. -------- NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1937.
- creusets à masse filtrante d'Iéna, par G. G. Longinescu et I. I. Prundeanu. (exBulletin de la section scientifique de VAcadémie roumaine, Tomo XVIII, nos 6-7). Bucarest, 1936. (Don d’un des auteurs, membre de la Société);
- Machines-outils. Réception. Vérification, par Pierre Salmon. Paris, Editions Henri François, 47 à 51, avenue Philippe-Auguste (11e), 1937 ;
- Célébration à Lyon du Centenaire de la mort dé André- Marie- Ampère, 4836-4986. Tome II : Compte rendu des journées des 5, 6, 7 et 8 mars 4936, Lyon (llhône), lmp. réunies, 33-35, rue Rachais;
- La fatigue des métaux, par R. Cazaud et L. Persoz. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1937;
- Should Great Britain go to war for Czechoslovakia? An aptpeal to British common sense for the sake of world peace, by the Slovak Council. (London, 1937). Genève, 10, rue de la Croix d’Or;
- Contribution aux recherches économétriques, par René Roy. (Impasses économiques. Exposés publiés sous la direction de Robert Gibrat). (Actualités scientifiques et industrielles, £42). Paris, Hermann et Cie, 6, rue de la Sorbonne, 1936 ;
- Les rapports limités de lordre et du libre arbitre dans Vévolution des sociétés humaines. I : Figuration cartésienne du fait social, par Robert Jarry-Guéroult. (Dynamique sociale. Exposés publiés sous la direction de Robert Jarry-Guéroult). (Actualités scientifiques et industrielles, £30). Paris, Hermann et Cie, 1936 ;
- Le problème des aptitudes à l'âge scolaire, par André Ombredane. (Exposés sur la psychobiologie de l’enfant publiés sous la direction de Henri Wallon). (Actualités scientifiques et industrielles, £89). Paris, Hermann et Cie, 1936;
- Les inadaptés scolaires, par André Ombredane, Mme N. Suares et Mme N. Canivet. (Exposés sur la psychobiologie de l’enfant publiés sous la direction de Henri Wallon). (Actualités scientifiques et industrielles, ££0). Paris, Hermann et Cie, 1936.
- M. Rolley présente les ouvrages suivants :
- Quelques travaux complémentaires relatifs à la propagation de la tuberculose, par Auguste Lumière. Lyon (Rhône), lmp. Léon Sézanne, 75, rue de la Buire, 1937. (Don de l’auteur, membre de la Société);
- L’asthme. G a pathogénie et son traitement, par Auguste Lumière. Lyon (Rhône), édité par les Laboratoires Lumière, 45, rue Villon. (Don de l’auteur, membre de la Société);
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- Pour une politique française de Vhuile d’olive, par A. Bastet. (Don de l’auteur) ;
- Ministère de l’Agriculture. — Confédération nationale des Groupements horticoles professionnels de France. — Comité national interprofessionnel pour l’organisation de la production et de la consommation des fruits et légumes français. — Les productions horticoles françaises. Rapport général par André Lièvre. Paris, Editions H. Dannaud;
- Les actions mutuelles de Vatmosphère et de la mer. — L’influence des éléments atmosphériques sur la surface de la mer, par le Commandant J. Rouen. (Annales de VInstitut océanographique, Tome XIV, F. 4). Paris, Masson et C10, 120, boulevard Saint-Germain (6e), 1936-37. (Don de l’auteur) ;
- A propos d’une lettre inédite de J .-B. Dumas, par M. Lenglen. Paris, Maus, Delhalle et Urban, 93, rue Pelleport (20°), 1937. (Don de l’auteur, membre de la Société);
- La tannerie. Etude, préparation et essai des matières premières. Théorie et pratique des différentes méthodes actuelles de tannage. Examen des produits fabriqués, par Louis Meunier et Clément Vaney, avec la collaboration du Dr P. Chambard, du Dr A. Jamet, du Dr C. Gastellu et de R. Loos. Tome II. Paris, Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins (6e), 1937;
- Technique et économie nouvelles des carburants de synthèse, par Ch. Ber-tiielot avec la collaboration de M. Hot. Paris, Dunod, 92, rue Bonaparte (6e), 1937;
- Composition et genèse probables de quelques terres décolorantes Nord-Africaines, par Robert Frey, Branko Yovanovitch et Jean Burghelle. (Protectorat de la République française au Maroc. — Direction générale des Travaux publics. — Service des Mines et de la Carte géologique. — Notes et Mémoires, n° 38). Rabat, lmp. officielle, 1936. (Don des auteurs);
- Principes et pratique des essais physiques et chimiques effectués sur les produits pétrolifères par la Direction des services techniques de la Société Pechelbronn, avec la collaboration de Jean Ferraud, Paris, Librairie
- Ch. Béranger, 15, rue des Saints-Pères (6e), 1937.
- M. Lacoin, président. — Mes chers Collègues, la Société d’Encoura-gement avait applaudi l’an dernier à l’initiative prise par notre Comité des Arts mécaniques d’organiser une série de conférences sur les progrès récents des machines-outils. Notre regretté collègue Sauvage, qui avait pris la plus grande part à cette initiative et présidé à son organisation, ne sera pas
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- 552 COMPTES RENDUS DES SÉANCES. — N0VEMBRE-l)ÉCEMBUE I9.57.
- là pour nous apporter son expérience et ses conseils. Ces conférences seront néanmoins, par leur origine et leur préparation, une des dernières manifestations de l’activité inlassable, et toujours si désintéressée qu’Edouard Sauvage a apportée depuis de longues années dans sa collaboration à notre Société. Au cours de ces séances sa mémoire sera présente parmi nous.
- Je crois devoir remercier dès maintenant ceux qui, avec Edouard Sauvage, nous ont aidés à organiser ce cycle de conférences : M. Androuin et le colonel Nicolau, nos collègues du Comité des Arts mécaniques; le Groupe des Constructeurs de Machines-Outils de la Fédération de la Mécanique, et son secrétaire M. Garanger; M. Rousseau, du périodique La machine moderne; la Société française des Mécaniciens; le périodique VUsine, et enfin nos conférenciers, qui ont bien voulu accepter la lourde tâche de nous exposer, chacun pour sa spécialité, l’évolution et l’état actuel de la construction des machines-outils.
- Si nous nous sommes limités pour ces conférences aux progrès récents des machines-outils, ce n’est pas que nous laissions de côté, de gaieté de cœur, l’histoire plus lointaine de la machine-outil. Cette histoire serait infiniment suggestive, et capable d’éveiller bien des idées nouvelles.
- Laissez-moi simplement vous en rappeler quelques dates, dans l’espoir que l’un ou l’autre d’entre vous sera tenté de nous retracer cette histoire dans une conférence ultérieure.
- Sans remonter à l’âge de la pierre, qui nous a laissé des outils à forer en silex avec emmanchement carré, nous trouvons, au cours de l’ancien régime, l’âge du bois pour la machine-outil. Toute la carcasse des machines est en bois jusqu’à la fin du xvme siècle. On construit des machines extrêmement importantes : machines de forge, moulins hydrauliques, roues ayant 12 à 15 m de diamètre, des transmissions en bois dépassant 200 m de longueur.
- Mais cette industrie est limitée par le prix du fer, par la dimension et le poids des pièces de bois servant d’arbres principaux, et par le manque de précision d’aussi grosses machines à carcasse en bois.
- La machine-outil entièrement métallique n’a guère commencé que vers 1795, en Angleterre, grâce à l’extension de la filature et du tissage mécaniques du coton qui lui ouvrent un premier marché. Le développement de la filature et du tissage de la laine vient en accroître le domaine.
- Les machines-outils métalliques se développent très rapidement, en s’inspirant d’ailleurs des modèles de très petite dimension qui existaient
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- déjà depuis de très longues années pour l’usinage des pièces d'horlogerie ll). On trouve des tours à charioter, des perceuses, des fraiseuses, des rabots. Puis arrivent les fraiseuses à avance automatique, les machines à cintrer les tôles, les presses et riveuses hydrauliques, les machines à mortaiser, dont les principaux types apparaissent sur le marché avant 1840.
- Cette création des types ne veut pas dire que l’industrie de la machine-outil soit née aussitôt. Le nom même n’en existait pas. Dans La clef de l'industrie d’ARNOUViLLE, publiée en 1825, qui donne un sommaire de tout ce qui a été publié sur la technique industrielle dans le siècle précédent, le chapitre consacré aux machines-outils est intitulé : «Des machines employées dans diverses fabrications ». Le catalogue de l'Exposition de 1823, à Paris, donne seulement trois tours, dont un tour d’art, et quelques machines à Dois.
- Jusque vers 1840, les constructeurs fabriquent eux-mêmes leurs machines-outils; c’est ce qui ressort très nettement de l’enquête sur l’exportation des machines-outils et la fabrication des machines en France, faite au Parlement anglais en 1824.
- Les marchés ne s’ouvrent réellement aux constructeurs de machines-outils qu’avec l’extension de la machine à vapeur, avec son emploi sur les navires, et au moment de la création des premiers chemins de fer.
- Fisciier, dans le premier volume des Beitràge zur Geschichtc der Technik, indique que le développement de la fabrication des machines-outils ne commence pas avant la seconde partie du xixR siècle. Mais tous les types courants sont créés avant cette date, et nous en trouvons la trace dans le Bulletin de notre Société, spécialement à partir de 1830.
- Depuis cette époque, la machine-outil se développe avec une extrême rapidité, et les constructeurs français jouent dans cette phase un rôle important.
- Dans ces dernières années, les applications de l’électricité, de l’hydraulique, de l’air comprimé aux machines-outils ont donné à cette industrie des aptitudes nouvelles et lui ont ouvert ainsi un nouveau domaine. Ces progrès ont simultanément favorisé la grande industrie en permettant le développement de grosses usines concentrées, et aussi l’artisanat, spécialement depuis la création des réseaux de force motrice électrique en met-
- (1) Ceux qui chercheraient quelques renseignements complémentaires sur celte période, en trouveraient, pour le travail de l’horlogerie, dans le traité de Berthocd sur VHistoire delà mesure du temps, publié en 1802.
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- tant en œuvre de nouveaux outils qui prolongent les doigts de l’ouvrier et sont précis, puissants et mobiles.
- C’est ce que vont vous montrer nos diverses conférences. Elles n’ont donc pas seulement un intérêt technique, mais aussi une portée sociale. C’est ce que vous exposera notre premier conférencier M. Métrai.
- Il est peut-être inutile de vous présenter M. Métrai. Bien connu dans tous les milieux qui s’occupent de la mécanique, et qui ont apprécié ses cours au Conservatoire des Arts et Métiers, M. Métrai est ancien élève de l’Ecole polytechnique et de l’Ecole des Mines. Il a participé pendant de longues années déjà, bien qu’il soit encore fort jeune, aux travaux de nos ministères les plus techniques, et spécialement aux travaux du Ministère de l’Air, où il a pu suivre tous les progrès dus aux machines-outils. Il est donc particulièrement qualifié pour vous présenter la question des machines-outils dans son ensemble.
- M. Albert Métral, professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers et à l’Ecole de l’Air, fait une communication sur Vindustrie cle la machine-outil, son évolution récente et sa situation dans l'économie nationale. Il la termine par la présentation d’un film d’enseignement, inédit, sur le tracé des engrenages cylindriques droits, qui a été exécuté par le Service cinématographique du Conservatoire national des Arts et Métiers (1).
- M. Lacoin, ‘président. — M. Métral nous a mis au courant des principes qui régissent l’industrie de la construction des machines-outils et nous a montré, par des exemples, comment elle a évolué en France, en Angleterre, aux Etats-Unis et en Allemagne, ce qui, pour notre pays, comporte un double enseignement et doit nous inciter à réfléchir sur les buts que nos constructeurs devront s’efforcer d’atteindre dans l’avenir.
- Au nom de notre Conseil, je remercie M. Métral de sa conférence et du film intéressant qu’il vient de nous présenter; je suis heureux de lui dire que nous garderons un souvenir très particulier de sa conférence qui constitue une préface tout à fait heureuse de celles qui vont suivre.
- La séance est levée à 19 h
- (1) On trouvera à la page 487 du présent Bulletin le texte in extenso de cette conférence.
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- SÉANCE PUBLIQUE DU 13 NOVEMBRE 1937 Présidence de M. Lacoin, président.
- La séance est ouverte à 16 h. 30 m.
- Sont présentés pour devenir membres de la Société et admis séance tenante :
- M. Baudet (Pierre) (i, $£) ancien élève de l’Ecole polytechnique, ingénieur en constructions métalliques, 131), rue Saussure, Paris (17e), présenté par M. Beclimann (1936);
- les Etablissements Sainrapt et Brice, 3, place Paul Verlaine, Paris ( 13e), présentés par M. Bechmann (membre perpétuel).
- M. I jACOin, président. — M. Pierre Blanchet est bien connu dans les milieux industriels par son œuvre technique. Après avoir travaillé dans divers domaines de la mécanique, il a été l’un des fondateurs de La Télémécanique électrique, société très florissante, et dans laquelle la technique des moyens de transmission a été poussée au plus haut point. Cette technique, qui rend d’éminents services non seulement à l’industrie des machines-outils, mais aussi à toute l’industrie mécanique en France, occupe également une large place à l’étranger.
- A ce titre, la conférence de M. Blanchet est tout particulièrement intéressante. Elle représentera pour nous les idées d’un technicien qui s’est imposé non seulement en France mais aussi à l’étranger.
- M. Pierre Blanciiet, administrateur-délégué de « La télémécanique électrique » fait une communication sur les Applications de l'électrotechnique aux machines-outils.
- L’emploi des moteurs électriques pour commander les machines-outils ne s’est généralisé que depuis la guerre. Actuellement, on tend de plus en plus à munir non seulement chaque machine-outil de son moteur, mais aussi à commander chacun de ses mouvements par un moteur distinct et à centraliser les commandes au poste de travail que le conducteur de la machine occupe normalement.
- La commande individuelle permet :
- 1° de supprimer les lignes d’arbres de transmission et les courroies, et, par suite, d’alléger les charpentes, d’éviter les vibrations et de mieux desservir les machines grâce à l’emploi de ponts roulants, dont l’installation et le fonctionnement ne sont plus gênés par les arbres et les courroies;
- 2° d’éviter de nombreux accidents dus aux courroies;
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- 3° de simplifier l’installation de machines nouvelles;
- 4° de consommer moins d’énergie pour produire un même travail utile;
- 5° d'aérer et de mieux éclairer l’atelier, d’où de meilleures conditions de travail pour les ouvriers et une diminution du nombre des accidents;
- 6° de grouper rationnellement les machines, et par suite, d’éviter les déplacements inutiles des pièces à usiner, et la possibilité d’adopter un nouveau groupement des machines pour répondre à une fabrication nouvelle ;
- 7° d’assurer l’indépendance de chaque machine.
- Tous ces avantages se traduisent en définitive par une augmentation de la productivité de chaque machine et du rendement de toute l’installation.
- L’objection principale opposée à la commande individuelle est de provoquer un abaissement du facteur de puissance ; mais cela n’est vrai que dans certains cas, et encore cette diminution est toujours faible et elle est largement compensée par les avantages précités. Le cas le plus fréquent est celui où la charge des machines est variable et où quelques-unes ne travaillent que par intermittence, et alors, c’est la commande individuelle qui, manifestement, reste la plus avantageuse. Chaque cas doit être étudié séparément en vue d’éviter les marches à vide; pour cela, il faut arrêter le moteur ou le mettre automatiquement hors circuit par le débrayage si, par (exemple, celui-ci s’impose pour obtenir un arrêt rapide.
- Pour éliminer les pertes de marche à vide, il faut choisir un moteur possédant un bon facteur de puissance et dont la puissance nominale soit bien adaptée à la puissance effective qu’il doit développer, donc non inutilement trop puissante, ce qui peut exiger une vérification, très facile d’ailleurs, de la puissance moyenne réellement absorbée par la machine et de la puissance maxima qu’elle absorbe en pointe. Il ne faut pas hésiter alors à remplacer les moteurs que cette vérification a fait reconnaître comme trop puissants.
- La centralisation des commandes permet au conducteur de porter toute son attention sur la pièce en usinage et facilite son montage et son réglage ainsi que celui des outils. La multiplication des moteurs semble se généraliser; elle est surtout avantageuse sur les grosses machines dont les grandes dimensions rendent difficiles les liaisons mécaniques.
- Le conférencier donne des exemples d’application du courant continu et du courant alternatif en montrant leurs avantages et, le cas échéant, leurs inconvénients, notamment en ce qui concerce la facilité des commandes, des changements de vitesse et du freinage des moteurs; il décrit les appareils manœuvres par le conducteur ou par la machine.
- En définitive, toutes les applications de l’électrotechnique aux machines-outils ont eu, et doivent avoir, pour objets : de diminuer la main-d’œuvre et de rendre leur conduite plus facile, plus automatique de façon à permettre l’emploi d’une main-d’œuvre moins spécialisée. Ce dernier résultat se traduit par un progrès social : la décentralisation. e. l.
- MM. Dervoh, G. SoticiN et La coin prennent part à la discussion.
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- M. (L Soucin. — N’v a-t-il pas lieu d’apporter quelques restrictions à l’emploi du courant continu pour obtenir le freinage rapide des moteurs asynchrones à cage d’écureil?
- En effet, pour arrêter un moteur il faut vaincre l’énergie cinétique accumulée dans les masses en mouvement; la rapidité du freinage exigera donc la fourniture d’une puissance antagoniste d’autant plus grande que l’inertie du moteur et de l’organe de machine qu'il entraîne sera plus importante et que les frottements seront plus réduits.
- Or, la résistance du stator d’un moteur à cage est extrêmement faible; par conséquent si on alimente ce stator en courant continu le courant atteindra, d’après la loi d’Ohm, une valeur élevée pour une faible
- tension : I = —.
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- Il est donc, d'ores et déjà, matériellement impossible d’utiliser la source de courant continu, même à 110 V, qui est généralement disponible dans batelier, à moins d’intercaler une résistance, l’intensité correspondant!1 atteignant une valeur absolument inadmissible pour la bonne tenue du moteur. Il devient donc nécessaire d’acheter un groupe convertisseur qui peut d’ailleurs n’ètre qu’un redresseur statique électrolytique ou à oxyde de cuivre.
- En second lieu, même en adoptant une tension continue relativement liasse et dissipant par conséquent une puissance peu élevée ne correspondant pas à l’arrêt très rapide que l’on désire obtenir, le courant atteint quand même une valeur élevée qui peut être dangereuse pour réchauffement du moteur si celui-ci démarre souvent et par conséquent freine de-même.
- A mon avis, ce système ne peut donc s'appliquer que dans des cas très particuliers, où les frottements soid importants et l’inertie des pièces en mouvement faibli1, ou bien encore [tour obtenir un ralentissement.
- M. IfLANCHET. — Pour obtenir un freinage par courant rapide et convenable, il a été constaté dans la pratique, et principalement sur les moteurs de laminoirs, que l’intensité du courant continu à admettre dans le stator devrait être égale à 1 intensité absorbée à pleine charge pur ces moteurs lors de leur alimentation sous courant alternatif. Le freinage est alors extrè-
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- mement rapide et eilicace. Les installations d’auxiliaires de laminoirs de la Société métallurgique de Knutange sont ainsi établies et les résultats obtenus sont excellents.
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- M. G. Soucin. — Il me paraît utile aussi de préciser dans un autre cas particulier l’emploi du courant continu. Il s’agit de l’équipement d’une machine-outil (table de raboteuse par exemple) au moyen d’un groupe convertisseur Ward-Leonard.
- Si on dispose d’une source à courant continu, il ne faut pas l'utiliser pour l’excitation du moteur et de la génératrice sous prétexte de faire l’économie d’une machine (excitatrice). En cas de panne de courant sur cette source, aucun freinage n’est plus possible alors qu’en cas de panne du courant d’alimentation du moteur du groupe Leonard, l’inertie de ce groupe est suffisante pour faire tourner l’excitatrice qui produit encore un courant d’excitation permettant d’obtenir le freinage du moteur et d’éviter que la table ne se renverse si elle est arrivée à bout de course
- M. Blanchet. — Nous connaissons l’application citée pour M. Soucin, et nous avons eu l’occasion de l’appliquer, notamment pour la fourniture d’équipements électriques de raboteuses et pour l’alimentation de mandrins magnétiques sur machines à rectifier en cas de pannes du courant. Nous utilisons alors, soit le groupe convertisseur général, soit de petits groupes à volant pour assurer l’alimentation même si le courant vient à manquer. G’est une excellente solution toutes les fois que l’outil entraîné présente une grande inertie.
- M. G. Soucin, après la conférence, a écrit ce qui suit: « Depuis la conférence j’ai étudié un peu plus à fond le mode de freinage proposé et j’aboutis à une conclusion un peu différente de celle de M. Blanchet.
- Sans vouloir entrer dans le détail du calcul, il m’est facile d’indiquer qu’un moteur à induit en court-circuit absolument normal de 14 ch à 1 300 t/min, triphasé, 220 V, 30 périodes, nécessite un redresseur devant fournir un courant continu de 06 A sous 110 Y pour obtenir un arrêt en 2 secondes, en ne tenant compte uniquement que du PD2 du rotor, sans s’occuper de l’inertie des pièces tournantes de la machine.
- Cette durée de freinage n’a rien d’exagéré pour cette puissance ; la valeur de 96 A n’est évidemment pas dangereuse vis-à-vis de l’appel de courant alternatif au démarrage, mais le prix de ce redresseur avec son transformateur d’alimentation atteint actuellement environ 4 000 fr, ce qui augmente notablement le prix de l’appareillage.
- Ce dispositif n’est pas non plus intéressant pour obtenir le freinage des
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- moteurs à plusieurs vitesses (double ou triple polarité) en raison de la grandeur des carcasses correspondantes (PD2 du rotor trop élevé, conduisant à un courant de valeur dangereuse pour les enroulements).
- Pour ces différentes raisons, ce système particulier, qui était assez répandu dans quelques pays étrangers, en particulier en Amérique et en Allemagne, tend à être remplacé de plus en plus par le freinage à contre-courant, celui-ci étant contrôlé par un petit commutateur fixé sur le second bout d’arbre du moteur et qui élimine l’inconvénient habitjel de cette méthode, qui était le démarrage intempestif du moteur en sens inverse aussitôt après le freinage.
- On reproche aussi au freinage par contre-courant d’être trop brutal et de créer des surtensions; toutefois, puisqu’il s’agit de moteurs à cage, cela n’a qu’une importance relative car le démarrage est lui-même très brutal et les surtensions inexistantes, du fait qu’elles ne peuvent se produire qu’au rotor et que celui-ci est en court-circuit.
- D’ailleurs, pour obtenir un freinage plus doux, il est possible, en inversant les phases, de coupler le moteur en étoile s’il fonctionne en triangle habituellement. Mon avis, strictement personnel, est qu’il est préférable d’employer, pour le freinage des moteurs à induit en court-circuit, le contre-courant chaque fois qu’il est possible de sortir un second bout d’arbre pour pouvoir y monter un interrupteur automatique lié au sens de rotation du moteur; le freinage par contre-courant contrôlé par relais temporisé n’offre pas en effet la même sécurité absolue.
- Dans les autres cas et chaque fois que l’inertie du rotor du moteur et des pièces tournantes ne sera pas trop grande, le freinage par injection de courant continu pourra être utilisé. »
- M. Blanchet. — Il faut tenir compte que les moteurs à cage d’écureuil ou à double cage disposent d’un couple de freinage en contre-courant trop faible pour beaucoup d’applications. Il est cependant évident que, pour utiliser le courant continu, il faut une application suffisamment intéressante pour prévoir un groupe convertisseur pour alimenter le stator des moteurs en basse tension. Il faut évidemment pouvoir amortir l’achat de ce groupe ou d’un redresseur.
- M. Lacoin. — Je remercie, en votre nom, M. Blanchet de sa conférence. Sa précision et sa netteté sont également remarquables, sur un sujet aussi complexe.
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- Ceux qui ont assisté aux débuts des mécanismes asservis, tels que gouvernails de navires, tourelles, se souviennent combien ces appareils étaient délicats et, en général, compliqués et encombrants. Tous ceux qui en ont gardé le souvenir ont pu constater combien les appareils actuels sont condensés, concentrés et robustes, malgré, parfois, une grande complication.
- M. Blanchet a émis l’idée et l’espoir que la transmission électrique de l’énergie permettra de transporter le travail de l’usine au domicile de l’ouvrier. Il y a déjà 30 ou 40 ans qu’on escompte cette évolution. Elle ne paraît pas très nette jusqu’ici. Il serait très intéressant que M. Blanchet nous indique sur quel point on est arrivé effectivement à développer le travail à domicile.
- M. Blan chet. — Malgré les complications administratives qui .s’opposent à la réalisation, l’industrie horlogère applique, depuis très longtemps déjà, le travail à domicile.
- On peut développer le travail à domicile en mettant chez l’ouvrier une machine perfectionnée. Parmi les cas récents de cette manière de faire, on peut signaler les efforts de Peugeot pour décentraliser 1a, fabrication des pièces pour cycles et même pour automobiles; et un cas plus récent, celui de Durand, à Fourchambault, fabricant de réducteurs de vitesse : chez des ouvriers connus dans la région, et qui étaient chômeurs, il vient d’installer une par une, au fur et à mesure de ses disponibilités, des machines perfectionnées dont il fait la location-vente.
- La Télémécanique électrique elle-même a réussi, avec une toute petite usine à Nanterre, à atteindre un chiffre d’affaires très important, en se faisant aider par des artisans travaillant à domicile. Elle a même essayé de faire faire des petits montages à domicile par des ouvriers chargés de famille. Plutôt que d’employer les femmes à l’atelier, on leur permettait d’augmenter les ressources de la famille par un travail à domicile. Il s’agissait de travaux simples, confiés à l’ouvrier qui les emportait chez lui et devait les faire faire à sa femme; travaux de montage par exemple payés aux pièces. La femme pouvait ainsi continuer à s’occuper de ses enfants et de son ménage. Les événements de juin 1936 ne nous ont pas permis de prolonger cette expérience comme nous l’aurions voulu.
- Dans notre métier, nous devons être outillés au mieux de la technique; mais, pour ne pas immobiliser des capitaux trop considérables, l’emboutissage est exécuté par des spécialistes. Il serait trop coûteux d'acheter une machine à emboutir qui ne travaillerait que 5 ou 6 jours par mois. Le
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- travail est exécuté par des artisans spécialistes qui occupent 5 ou 6 ouvriers.
- Ces quelques exemples montrent une tendance très nette à revenir aux métiers, dans le domaine de l’électricité tout au moins.
- M. Lacoin. — Le développement de l’artisanat moderne, différent de l’artisanat ancien par un outillage plus développé et perfectionné, se constate dans d’autres domaines. S’il s’étend, il peut faire espérer une notable décentralisation. Ce sera un très grand progrès social.
- M. Blanciiet. — C’est la machine à vapeur qui a amené la concentration du travail dans les usines; l’électricité doit la réduire, et il faut lutter contre la tendance actuelle qui pousse les ouvriers vers les usines. Ils seraient beaucoup mieux chez eux.
- M. Lacoin, président. — M. Vrolix va nous faire une communication sur les applications de l’hydrotechnique aux machines-outils. Nul n’est plus qualifié que lui pour faire cette communication. Après avoir utilisé les transmissions hydrauliques dans des domaines divers, et notamment dans les automotrices à moteur thermique, M. Vrolix a été amené à l’application de la transmission hydraulique surtout aux machines-outils et aussi à d’autres engins.
- M. A. V ROLix, ingénieur-conseil, fait une communication sur [es Applications de t'hydrotechnique aux machines-outils.
- La commande hydromécanique utilise un fluide, généralement l’huile, qui a été mis sous pression, dans un organe récepteur, pour engendrer automatiquement des mouvements plus ou moins complexes sous des régimes de vitesse et de direction variables. Les engins dans lesquels on n’exerce qu’une poussée dans un seul sens, comme les presses hydrauliques, les vérins et les riveuses, ne répondent pas à cette définition bien que, dans ces dernières années, ils aient largement bénéficié des progrès réalisés en hydromécanique.
- Un équiqement hydromécanique comprend :
- 1° un organe producteur d’huile sous pression. C’est presque exclusivement, depuis cinq ans, une pompe à engrenages équilibrés, réversible, d’un très petit volume, dans laquelle on atteint facilement une pression de 100 kg/cm2 et un rendement volumétrique de 80 p. 100. Ces pompes se prêtent à une variation de débit pratiquement continue, si on en accouple plusieurs en série et de débits étagés, de 5 en 5 1/min par exemple. Cet accouplement est le plus souvent automatique. Ces pompes sont généralement mues par un moteur électrique monté sur un même arbre et avec lequel elles forment bloc;
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- 2° un organe récepteur, qui est généralement un cylindre à mouvement rectiligne ou un moteur rotatif ;
- 3° un régulateur permettant de faire varier mécaniquement, ou automatiquement, le débit de l’huile sous pression;
- 4° des valves commandant les inversions de sens de marche, l’arrêt, les changements de vitesse;
- 5° un limitateur de pression, qui est une véritable soupape de sûreté.
- Le conférencier décrit trois types principaux d’équipement hydromécanique et en donne des exemples ; ils procurent :
- 1° des mouvements rectilignes alternatifs égaux : machines à rectifier, à polir, à débiter le granit;
- 2° des mouvements rectilignes alternatifs inégaux : étaux limeurs, raboteuses, fraiseuses, chariots de tours;
- 3° des mouvements circulaires : entraînement d’une broche de machine-outil, d’où suppression du harnais d’engrenages.
- Le principal avantage de la commande hydromécanique estl’absence de défaillance ; le tour qui a foré les arbres de couche du paquebot Normandie a pu fonctionner continuement pendant 20.000 heures. Elle permet aussi l’arrêt instantané de grandes masses : jusqu’à 30 tonnes pour une machine à raboter par exemple.
- L’équipement hydromécanique ne s’emploie pas seulement sur les machines-outils mais aussi sur des appareils tels que : refouloirs pour la collecte des ordures ménagères, commande de foyers automatiques, soudure des tôles de carrosserie d’automobiles et des rails, machines à gouverner, machines agricoles, bennes preneuses pour travaux de terrassements.
- Dans tous les exemples cités, la conception et la réalisation sont françaises.
- On peut =e faire une idée de l’importance de ces applications par ce fait qu’un seul constructeur français a fourni récemment en un an : 258 pompes génératrices ou réceptrices de différents types pour des pressions de 50 à 120 kg/cm2 et des débits de 10 à 500 1/min; 112 groupes blocs électrohydrauliques; 126 régulateurs et 308 valves.
- E. L.
- M. Lacoin, président. — Dans sa très intéressante communication, M. Vrolix nous a montré les applications d’un système nettement différent de celui que nous a exposé M. Blanchet, et cela à des machines extrêmement diverses. Ces exemples ont été très bien choisis pour nous montrer à quelle variété se prête la transmission hydraulique.
- L’heure est déjà très avancée. Les personnes qui désireraient poser des questions pourraient le faire par écrit; M Yrolix répondrait de même et nous en tiendrions compte dans notre Bulletin.
- Il serait très intéressant que M. Vrolix put nous indiquer les cas où l’hydraulique s’applique de préférence à l’électricité, et nous renseigner sur les rendements obtenus.
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- M. Axdroi'in. — Les techniques exposées par M. Blanchet et Vrolix peuvent, dans un petit nombre de cas, se trouver en concurrence. Lorsqu’il en est ainsi, nous devons nous en réjouir, car de la peut naître une émulation féconde pour leur perfectionnement.
- Chacune d’elles cependant a des particularités qui la rendent pratiquement irremplaçable. C’est ainsi que l’hydrotechnique appliquée aux machines-outils, qui est la dernière venue, a permis de réaliser par exemple, des va-et-vient rapides fonctionnant sans à-coups et ayant des positions de lin de course très précises.
- Ces deux techniques, surtout la seconde, sont jeunes, et il est certain qu’elles se développeront encore.
- M. Lacoin, président. — Je remercie M. Androuiu de son intéressante remarque. Dans ce sens, si quelques-uns de nos auditeurs pouvaient compléter par des exemples particuliers ceux, très intéressants, déjà donnés, la Société d’Encouragement pourrait ainsi indiquer au grand public, qui n'est pas toujours spécialisé, tous les moyens techniques mis à sa disposition.
- Cette collaboration des constructeurs et des usagers procurerait les plus grands avantages aux uns et aux autres. Nous accueillerons et insérerons dans notre Bulletin ce qui nous sera signalé comme intéressant.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Les ressources minérales de la France d’outre-mer : tome Y : Le pétrole, par
- plusieurs auteurs. Un vol. (25x16cm), de 263 p., 37 fig., Publications du
- Bui eau d’Etudes géologiques et minières coloniales. Société d’Editions géographiques, éditeur, Paris. 1937. Prix, br. 45 fr. Index : 553.2
- Le tome V — et dernier — de la série intitulée : Les ressources minérales de la France d’outre-mer vient d’ètre publié parle Bureau d’Etudes géologiques et minières coloniales.
- Parmi les buts qui s'offraient à l'activité de ce Bureau se trouvait notamment un inventaire des connaissances relatives aux ressources minérales de la France d’outre-mer. Un premier examen rapide avait été fait dans l’ouvrage intitulé La (jéologie et les mines de la France d'outre-mer, publié en 1932.
- Dans les années suivantes, de nombreuses conférences publiques au Muséum national d'Hisloire naturelle de Paris ont été consacrées à l'examen plus détaillé des gisements miniers eux-mèmes. Ce sont ces conférences — augmentées et
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- HIBLIÜGHALMI1K. — NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1937.
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- mises au point — qui ontété éditées dans l’ensemble des ouvrages qui constituent la série dont nous nous occupons.
- Le tome premier a été consacré au charbon; il a paru eu 1933. Très étendu naturellement en ce qui concerne l’Indochine, il n’a cependant pas passé sous silence les différentes autres possibilités houillères dans l’Empire français d’outre-mer.
- Le tome II, de 193-4, a été plus particulièrement consacré au fer et à différentes substances minérales utilisées en sidérurgie : le manganèse, le chrome, le nickel, etc.
- Le tome III. de 193a. se rapporte aux autres substances minérales, sauf le phosphate et le pétrole, qui font l’objet des deux derniers tomes. Dans ce tome III, une part importante est réservée au zinc et au plomb, dont les gisements français sont assez abondants, mais toutes les autres substances sont passées en revue et l’on s’est efforcé de n’en oublier aucune.
- Comme on vient de le dire, le tome IV. imprimé en 1935, est entièrement réservé aux phosphates dont on sait l’importance dans l'économie minière de la France d’outre-mer. notamment en Afrique du Nord.
- Enfin, le tome V. qui vient de paraître en 1937, fait l’inventaire des possibilités minières en pétrole.
- Les ouvrages dont on vient de parler sont essentiellement des œuvres de collaboration. On s’est efforcé de faire étudier chaque question par l’auteur qui la connaissait le mieux. Parmi les collaborateurs, on citera les noms suivants : MM. de Baillencourt. A. Beaugé, G. Bétier. P. Bévillard, F. Blondel, H. Butt-genbach, L. Cayeux, P. Chomette, H. de Cizancourt, L. Clariond. P. Delaitre,
- L. Dubertret. J. Filhol, M. G1 asser, L. Guillemot, L. Guillet, A. Lacroix. E. Lenhardt. P. Lion. L. Migaux, L. Neltner. G. Painvin, P. Reufflet et L. Weill.
- Les tomes I à IV ont été déjà analysés dans le Bulletin; c’est pourquoi nous nous contenterons de donner un aperçu sommaire du tome V.
- Celui-ci débute par un rappel des caractères généraux des gisements pétrolifères et des principes généraux sur les recherches des gisements de pétrole dû à
- M. de CizANOOrrt. Le problème du pétrole dans les colonies françaises étant essentiellement, à l'heure actuelle, un problème de prospection, il a paru en effet indispensable de préciser, dès le début de l’ouvrage, les conditions générales de tels gisements. Sans doute il ne pouvait pas être question — dans une place forcément limitée — de donner un traité complet ; on a voulu simplement insister sur certaines particularités essentielles qui sont à la base de tout programme de recherches; ceux qui ont la charge de décider doivent naturellement les connaître, mais le grand public technique et colonial ne devrait pas non plus les ignorer, de manière à juger avec équité les efforts accomplis et apprécier, dans l’état actuel des connaissances, la valeur des indices que Ton a pu déjà relever.
- Après cette introduction importante, les différents pays coloniaux sont examinés successivement. Tout d’abord, le Maroc, dont l’analyse a été confiée à M. L. Migaux. qui était, jusqu'à Tannée dernière, le directeur du Bureau de
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- Recherches et de Participations minières et à qui incombait la responsabilité des recherches. M. Migaux a décrit, avec beaucoup de netteté, les problèmes techniques qui se sont posés aux géologues marocains et les résultats actuellement acquis par des efforts continus et tout particulièrement méritoires dans une région de tectonique difficile.
- M. de Cizancourt examine ensuite les recherches de pétrole en Algérie, en Tunisie, en Afrique équatoriale et à Madagascar. Les fonctions occupées par M. de Cizancourt, les explorations nombreuses qu’il a faites, lui permettaient de parler avec autorité de ces recherches dans les pays d’outre-mer où les indices sont particulièrement évidents.
- Le problème de la Syrie est présenté par M. L. Dubertret, chef du Service des Mines dans ces territoires sous mandat, et qui a été un des initiateurs des recherches récentes.
- Un exposé rapide de ce que l’on connaît en matière de pétrole dans les autres possessions françaises est faite par M. F. Blondel, de manière à compléter ce tableau.
- Bien que l’Iraq ne soit pas une possession française, sa proximité de la Syrie d’une part, le rôle important joué dans le ravitaillement de la France en combustibles liquides par ses gisements d’autre part, ne permettaient pas de passer sous silence les manifestations pétrolières de ce pays. M. de Cizancourt a bien voulu se charger de rédiger un chapitre donnant un résumé bref, mais précis, de la question des recherches de pétrole en Iraq.
- Enfin, M. J. Filhol, de l'Office national des Combustibles liquides, a brossé un tableau économique de la position de la France en matière de pétrole et du marché mondial de cette substance, de manière à bien mettre au point l’importance de cette question.
- Comme on l’a dit au début, avec ce cinquième tome se termine l’ensemble de l’inventaire entrepris par le Bureau d’Études géologiques et minières coloniales en ce qui concerne les ressources minérales de la France d’outre-mer. Il va de soi qu’un tel examen devient très vite périmé et qu’il est nécessaire de le tenir constamment à jour; c’est l’œuvre qui est entreprise notamment par ia Chronique des Mines coloniales, publiée piar ce même Bureau tous les mois. Les données économiques sous la forme de statistiques, les considérations géologiques au moyen d’analyses des publications diverses, permettent de se rendre compte de l'évolution de la situation de la France d’outre-mer en ce qui concerne les gisements minéraux.
- Enfin, depuis cette année, sous la signature de G. Daumain, la Chronique des mines coloniales publie des articles schématiques, mais précis, qui mettent au point la situation de l’industrie minérale dans chacun des pays soumis à l’influence française. On esjière de cette façon avoir comblé une lacune et avoir mieux fait connaître au grand public français, non seulement les très belles réalisations déjà obtenues dans notre empire d’outre-mer, mais aussi les possibilités que celui-ci renferme et qu’un effort continu essaie de mettre au jour.
- F. BLONDEL.
- 136e Année. — Novembre-Décembre 1937.
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- OUVRAGES REGUS EN OCTOBRE ET NOVEMBRE J 937.
- oiü
- OU VRAC. l£S REÇUS A LA BIBLIOTHÈQUE EN OCTOBRE ET NOVEMBRE 1937.
- Tenot (A ). — Leçons de mécanique-physique des fluides. Notions élémentaires, théoriques et expérimentales,, sur les grandeurs physiques concernant l'écoulemenl des fluides, leurs actions de contact (sustentation et traînée), les pertes d’énergie... Première partie, à l’usage des élèves de l’enseignement du second degré moderne et technique. In-8 (21 x 14) de 207 p., 81 lig. Paris, Runod, 92, rue Bonaparte (6e), 1938.
- 18646
- Congrès international de l’Enseignement technique, Rome, 28, 29, 30 décembre 1937. 2e volume : Rapports; déposés, ln-8 (23 x 16) de 1 303 p. Paris, Bureau international de l’Enseignement technique, 2, place de la Bourse. 18647
- Proust (Pierre). — Les variations du prix du blé de 1900 à 1937. (ex Journal de la Société de statistique de Paris, n° 6, juin 1937). In-8 (27 x 19) de 4 p. Paris, Berger-Levrault, 1937. Pièce 14089
- Barret (Emile). — Œnologie pasteurienne et vitaminogène. ln-8 (27 x 18) de 45 p., 5 lig. Paris, 14, rue La Boétie (8e), 1937. Pièce 14090
- Barret (E.). — Le vin vivant et l’eau-de-vie. In-8 (24x16) de 16 p. Paris, 14, rue La Boéti (8e), 1937. Pièce 14091
- François (Mlle Marie-Therèse). - Production de la force motrice aux colonies et plus particulièrement en Afrique française, fn-8 ; 24 x 16) de 30 p. Paris. Association Colonies-Sciences, 16, rue de la Paix (2e), 1937. (Don de l’auteur, membre de la Société).
- Pièce 14092
- François (Mlle M.-Th.). — La production et la consommation du sucre dans le monde, (ex Revue de Botanique appliquée et cl’Agriculture tropicale. n° 191, 1937). In-8 (24 x 13) de 19 p., 3 lig. Paris, Laboratoire d’Agronomie tropicale, 37, rue Cuvier (3e).
- (Don de l’auteur, membre de la Société). Pièce 14093
- Delb (E.). — Comment calculer les temps d’usinage. In-4 (31 x 24) de 32 p., 9 lig., XVII pl. Paris, Desforges, 29, quai des Grands-Augustin- (6e), 1937.
- Pièce 14094
- François (Mlle M.-Th.j. — A propos de la corrosion du cuivre et les divers aspects d’un problème de corrosion. — François (Mlle M.-Th.). — L’huile de bois de Chine et son rôle dans la composition des revêtements anticorrosifs. In-8 (24 x 16) de
- 15 p. (Dons de l’auteur, membre de la Société). Pièce 14095
- Groupe d’Études du Centre urbain souterrain. — L'activité au sous-sol. In-4 (32 x 23) de 168 p., lig. Paris, Éditions Ch. Massin et Cle, 3-1. rue des Écoles (5e).
- Pièce 14096
- Henry Le Chatelier. Discours prononcés à la séance solennelle du 24 avril 1937. In-8 (24 x 18) de 77 p., II pl. Paris, Gauthier-Villars. 55. quai des Grands-Augustins (6e). Pièce 14097
- Rouch (Commandant). — Adrien de Gerlache, marin et explorateur, (ex Bulletin de la Société de Géographie d'Alger et de l’Afrique du Nord). In-8 (24 x 16) de 12 p. Alger, lmp. Baconnier frères. 1937. Pièce 14098
- Mager (Henri). — La méthode radio-physique, ln-8 (22 x 14) de 8 p. Paris, chez l’auteur, 11, rue Bosio (16e), 1937. (Don de l’auteur). Pièce 14099
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- OUVRAGES REÇUS EN OCTOBRE ET NOVEMBRE -I UiîT. 017
- Makasco (Bernardo). — Cinematografia sonora. La regisl razione cinematografica dci suoni. (Monografie de L’Industria). ln-12 (19 x 13) de 90 p., ot lig. Milano, Edi-zione délia rivista « L’Industria », via Spontini, 1936. Pièce 14100
- Warnant (E.) et Rosenthal ft).). — Introduction à l'étude des soudures. (Publication du Laboratoire de connaissan -e des matériaux de l'Université libre de Bruxelles, Bulletin n° 1). In-S (25 x KL de 73 p., 49 lig. Paris, Dunod. 92, rue Bonaparte (0e), 1937. (Don des auteurs). Pièce 14101
- Delaporte (L. René). — Les nouvelles règles des commissariats S. A. et les délits à connaître, ln-8 (21 x 14) de 100 p., Paris, Chambre des Experts comptables E. S. C., 23. rue Notre-Dame des Victoires (2e), 1937. (Don de l'auteuri Pièce 14102
- Association technique maritime et aéronautique. — Bulletin, n° 41, session de 1937. Paris, Firmin-Didot et C'°, 50, rue Jacob (6e), 1937. Pér. 480
- Chambre syndicale des Constructeurs de Navires et de Machines marines. — Annuaire de la Construction navale (Edition 1937-1938). Paris. 7. rue de Madrid (8e). Pér. 91
- Syndicat général de la Construction électrique. — Annuaire 1937. Paris, 54, avenue Marceau (8e). Pér. 90
- Ecole Polytechnique. — Table des matières contenues dans les 34 cahiers de la 2° série (1895-1935) du Journal, suivie d'une table générale par noms d'auteurs. Paris, (iauthier-Villars 55. quai des Grand s-Au g istins (6e C Pér. 281
- Société yaudoise des Sciences naturelles. — Mémoires, n° 38. (Vol. 5, n° 7) : Contribution à Vétude des Crematoyaster paléarctiques, p. 295-317, I pi. — n° 39 (Vol. 3, n° 8) : Nouvelles lois de Valimentation humaine basées sur la leucocytose digestive, p. 319-348. Lausanne, 1937. Pér. 209
- Institut d'Égypte. — Mémoires présentés. Tome XXXII : Les Tcleostéens dgssymétriques du Mokattam inférieur de Tourah, par P. Chabanaud, de 125 p., 19 lig.. IV pi. — Tome XXXIII : l’rodromus faunæ Palestinæ. Essai sur les éléments zoogéographiques et historiques du sud-ouest du sous-règne paléarctique, par F. S. Bodeniieimer, de 286 p. Le Caire, 1937. Pér. 32
- Ministère de l’Air. — Publications scientifiques et techniques, nos 101 : Etude thermique de l'oxydation lente des carbures d'hydrogène, par Mlle S. Estradère. de 58 p., 43 lig. (1937). — 102 : Etude de silencieux pour moteurs d'aviation, par Yves Rocardt et Jean Morlon, de 33 p., 10 tige (1937). — 103 : La combustion détonante dans les moteurs à explosion. Facteurs et incidences d'ordre physique et mécanique. par Max Serruys, de 221 p., 122 fig. (1957). — 104 : Procédé pratique de mesure précise de la vitesse de diffusion des gaz à travers les membranes, par Ch Leroux, de 57 p., 16 fig. (1937). — 105 : Application de l'analyse spectrographique à Pétiole des alliages. par Henri Triché, de 08 p., 29 fig. (1937.) — 106 : Photoélasticimétrie et apsidométrie, par H.-L. Supper, de ni p., 48 fig. (19371. — 107 : Action des basses températures rencontrées en photographie aérienne sur la sensibilité des émulsions, par Maurice Roul-leau, de 83 p., 54 fig. (1937). — 108 : Reclo relies sur l'amélioration des qualités aérodynamiques des profils d'ailes aux grandes vitesses, par Dimitri Riab uciii.nsry, de 131 p., 96 fig.. XVI pi. (1937). — 109 : Recherche de la forme d'équilibre de deux tourbillons cylindriques de densité uniforme et de section fine en rotation uniforme l'un par rapport éi l'autre dans un fluide non visqueux, par J. Rossignol. 33 p. il937) — 110 : Résistance
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- OUVRAGES REÇUS EN OCTOBRE ET NOVEMBRE 1937.
- des sphères en mouvement accéléré dans un fluide, par Jean-Daniel Vagner, 122 p., 52 iig. (1937). — 111 : Contribution à l'étude de la viscosité de l’air et des gaz, par A. Fortier, 74 p., 25 Fig. (1937). — 112 : Phénomènes thermiques provoqués par le déplacement relatif d’un solide dans un fluide, par Edmond Brun, 32 p., 15 Fig. (1937). — 113 : Perfectionnement à l’électromètre bifilaire pour haute tension, par Fernand Charron, 10 p., 5 Fig. (1937). Paris, Ed. Blondel La Rougery, 7, rae Saint-Lazare i_9e) ; Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins (6°;. Pér. 117
- Ministère de l’Air. — Bulletin des Services techniques, n° 76 : Théorie succincte de la navigation astronomique aérienne, par L. Daviot, P. Schnerb et A. Bastien, 26 p., 10 fig., I pi. (1937). Paris, Ed. Blondel La Rougery, 7, rue Saint-Lazare (9°); Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins (6e). Pér. 117
- Institution of Civil Engineers. — Minutes of Proceedings. Vol. 240, 1934-35 (part II). London, S. W, 1., Great George Street, Westminster, 1937. Pér. 189
- Institution of Mechanical Engineers. — Proceedings. Vol. 135, 1937 (January-May). London S. W. 1., Storey’s Gâte, St James’s Park, Pér. 114
- Institution of Naval Architects. — Transactions. Vol. LXXIX, 1937. London W. G. 2., 2, Adam Street, Adelphe Pér. 222
- Royal Society of Edinburgh. — Transactions. Vol. LVIII, part III (session 1935-36). — Vol. LIX, part I (session 1936-37) Edinburgh, 22-24, George Street. Pér. 2
- Iron and Steel Institute. — Journal. Vo!. CXXXV, 1937, n° 1. London S. W. 1, 28, Victoria Street, 1937. Pér. 157
- Iron and Steel Institute. — Spécial Report, n° 18 : Reports upon blast furnace field tests, 98 p., 38 fig. — n° 19 : Foamed blast furnace slag, by T. W. Parker, 32 p., 6 Fig. London, S. W. 1, 20, Victoria Street, 1937. Pér. 157
- Bureau of American Etfinology. — Fifty-third Annual Report, 1935-1936. Washington, Smithsonian Institution, 1937. Pér. 25
- Bureau of American Ethnology. — Bulletin 115 : Journal oj lludolph Friederich Kurz, 382 p., 48 pi. Washington, Smithsonian Institution, 1937. Pér. 25
- Smithsonian Institution. — Publication 3.407 : Explorations and field-work of the Smithsonian Institution in 1936, 100 p., 98 fig. Washington, 1937. Pér. 27
- Smithsonian Miscellaneous Collections. — Vol. 73, n. 8 (pubi. 3 395) : Opinions rendered by the international Commission on zoological nomenclature (Opinion* /24 to 133), 44 p. (1936). — Vol. 95, n. 14 (publ. 3 396) : Morphology of theinsect abdomen. Part. III : The male genitalia, 96 p., 29 fig. (1936); 16 (publ. 3 398) : A 17 th century letter of Gabriel Diaz Vara Calderon, bishop of Cuba, describing the Indians and Inclian missions of Florida, 14 p., 12 pi. (1936); 17 (publ. 3 399) : A new race of the song sparrow from the Appalachian région, 3 p. (1936); 18 ( publ. 3 400) : Two original photographie négatives of Abraham Lincoln, 2 p., 4 pl. (1936); 19 (publ. 3 402) : Cycles inthree-ring widths, 5 p., 1 fig. (1936); 20 (publ. 3 403) : Inactivation of plant growth substance by light, 14 p., 2 pl. (1937); 21 (publ. 3 406) : The depenclence of carbon dioxide assimilation in a higher plant on wave length of radiation, 13 p., 4 fig., 3 pl. (1937); 22 (publ. 3 408) : Third contribution to nomenclature of Cambrian trilobites, 28 p. (1937); 23 (publ. 3 409) : On the corrections to be applied to silver-clisk pyrheliometry, 7 p. (1937) ; 24 (publ. 3 410) : Time course ofphotosynthesis for a h/gher plant, 17p., 10fig.,2pl. (1937) ; 25 (publ. 3 401) : A new actinian, 4 p., 3 fig. (1937); 26 (publ. 3 413) : New species of mysidacid crusta-ceans, 18 p., 10 fig. (1937) ; 27 (publ. 3 439) : A new species of deep-sea fish, Argyrope-lecus Antrorsospinus, of the family Sternoptichiclæ, 5 e., 1 fig. (1937); (publ. 3 415) : Contents. (1937). — Vol. 96, n. 1 (publ. 3 411) : Archeology of St. Lawrence Island,
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- MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ ADMIS EX 1937.
- .'il'.)
- Alaska, 431 j>., 26 lig.. 84 pl. (19371: 2 fpubl. 3 414) : Wave lengths of radiation in the visible spectrum promoting the germination of light-sensitive lettuce seed. 8 p., 2 fi g., 1 pl. (193/ ); 3 (publ. 3 440) : Phototropic response and CU2 assimilation of plants in polarized light. 7 p.. 1 lig. (1937). Washington. Pér. 27
- National Bureau of Standards (Washington). — Miscellaneous Publications M 127 : Permeabilit y of membranes to ivater vapor wilh spécial reference to packaging mater ials, 19 p. (1937) ; M 158 : Evaluation of motion-picture film for permanent records, 5 p., 1 lig. (1937). Pér. 61
- National Bureau of Standards (Washington). — Circular C398 : Standard snmples issued or in préparation b;/ the Xati nal Bureau of Standards, 11 p. (1937); C 101 (supplément) : Physical properlies of materials : I. Strengths and related properties of metals andwood, 7 p. (1937;. Pér. 61
- LISTE
- DES NOUVEAUX MEMBRES ADMIS PENDANT L’ANNÉE 1937
- A FAIRE PARTIE DE LA SOCIÉTÉ d’eNCOURAGEMEXT POUR L’INDUSTRIE NATIONALE
- Ateliers Otis-Pifre, 178, rue de Courcelles, Paris (17e), présentés par M. Bechmann (membre perpétuel) (G novembre 1937).
- M. Baudet (Pierre) (i^, g) ancien élève de l’École polytechnique, ingénieur en constructions métalliques, 139, rue Saussure, Paris (17°), présenté par M. Bechmann (13 novembre 1937).
- M. Berr (Raymond) (O. ifc, g), Ingénieur au Corps des (Mines, administrateur-délégué des Etablissements Kuhlmann, 3, avenue Elisée-Reclus, Paris (7°), présenté par MM. (Juillet et Portevin (G novembre 1937).
- M. Blanc (Armand) (ifc, (g, #, g), Ingénieur en chef du Génie rural, directeur de la Station expérimentale d’IIydraulique agricole et de Génie rural, professeur à l’Institut national agronomique, 19, avenue du Maine, Paris (13e), présenté par MM. Ilitier et Rolley (23 janvier 1937).
- Compagnie de Béthune, à Bully-les-Mines (Pas-de-Calais), présentée par M. Pineau (6 novembre 1937).
- Compagnie des Phosphates et du Chemin de fer de Gafsa, GO, rue de la Victoire, Paris (9e), présentée par MM. de Nervo, Bâclé, Lacoin (membre perpétuel) (G novembre 1937).
- M. Chamois (André), Ingénieur de l’École supérieure d’Électric-ité,
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- 550 MEMBRES RE LA SOCIÉTÉ ADMIS EN 4937. -- NOVEMBRE-DECEMBRE 1937.
- diplômé de l’Ecole des Sciences politiques, Inspecteur général à la Caisse nationale de Crédit agricole, C rue Oudinot, Paris (7°), présenté par M. Tarde (23 janvier 1937).
- M. Dautry (Raoul) (C. ifc), directeur général honoraire des Chemins de fer de l’Etat, 19, rue Casimir-Périer, Paris (7"), présenté par MM. Georges Risler et Lacoiu ( 1 1 décembre 19-17).
- M. De.molon (Albert) (O. i&,) docteur ès sciences, membre de l’Académie d’Agriculture, Inspecteur général des Stations et Laboratoires de Recherches agronomiques au Ministère de l’Agriculture, 9, rue du Docteur-Roux, à Viroflay (Seine-et-Oise), présenté par MM. Lacoin et Ilitier (RI mars 1937).
- M. Demorlaine (Joseph) (O. ,j§, 1. f|, C. D), Inspecteur général des
- Eaux et Forêts en retraite, professeur à l’Institut national agronomique, Conservateur en chef des Promenades de Paris honoraire, 1, avenue Rugeaud, Paris (16°), présenté par M. II. Plitier (10 avril 1937).
- M. D oubcet (Maurice), Ingénieur des Arts et Métiers, 145, rue de l’Université, Paris (7"), présenté par MM. Androuin et Lemaire (13 mars 1937).
- M. Dur lus (Paul) (ej£, L ip), Inspecteur départemental de l’Enseignement technique, ancien industriel et négociant en quincaillerie et outillage, directeur de l’Ecole d’Apprentissage du Commerce de la Quincaillerie, 4, rue Sedaine, Paris (il'), présenté par MM. Androuin et Servonnet (13 mars 1937).
- M. Di amas (Henri), Ingénieur des Arts et Manufactures, 2, rue Saint-Charles, Versailles (Seine-et-Oise), présenté par MM. Nessi et Lemaire (13 mars 1937).
- 4L Durieux (Jean), licencié ès sciences, industriel, 18, rue Pavée, Paris (4e), présenté par M. Lemaire (H décembre 1937).
- Etablissements Sainrapt et Brice, travaux publics, 3, place Paul-Verlaine, Paris (13e), présentés par M. Bechmann (membre perpétuel) (13 novembre 1937).
- M. Honsel (Léon), ingénieur à la Société Commentry, Fourchambault et Decazeville, à Imphy (Nièvre), présenté par MM. Portevin et Chevenard (13 mars 1937).
- MM. Kula Frères, entreprise de couverture et plomberie, 23, rue Truffaut, Paris (17e), présentés par M. Bechmann (6 novembre 1937).
- M. Lai :roi\ (Gabriel) (0), professeur à l’Ecole des Arts appliqués,
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- MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ ADMIS EN 1037. 001
- orlèvre-sculpteur, 2i, rue Philippe-IIecht, Pai'is (H)1'), présenté par MM. M agne et J. Fressinet ( I-S mars 1937).
- M. M aurice Tenglen (^), chimiste, directeur du Syndicat national de Propagande pour 1 Fmploi des Engrais, secrétaire général de l’Association Irancaise pour i Etude du Sol, I, rue de l’Arrivée, à Meudon (Seine-et-Oise), présenté par MM. Scrihaux et E. Poux (13 mars 11)37).
- M. Eesbre (Gilbert) (Y, ÿg ingénieur commercial à la Société Com-mentry, Fourchambault et .Decazeville, 19, boulevard de Latour-Maubourg, Paris (7‘'). présenté par MM. Portevm et Chevenard (13 mars 1937).
- M. M artin (Baymond) (j,), ancien élève de l’Ecole polytechnique (29 spéciale), ingénieur au Service des .Machines (Matériel et Traction), Exploitation commune P.-0.-Midi , 9, rue du Sahel, Paris (12), présenté par MM. Moussu, Tardy et Eacoin (membre à vie) (10 avril 1937).
- M. Mi giiot-Dupont (Georges, Francis), ingénieur-chimiste, lauréat de l’Académie des Sciences (prix Darracq 1939) et de l’OHice national des Gombustihles liquides, à Fontaines-Ehaalis (Oise), présenté par MM. Pascal, Bihoreau et Lemaire (13 mars 1937).
- .M. .Moreau-Defarges (Jean), ancien élève de l’Ecole polytechnique,
- 1 ng< niieur civil des Mimes, ingénieur, lo, boulevard Suchet, Paris (19°), présenté par M. Matheron (9 mars 1937).
- M. M oreau Fevbre (Henri) (1. #), ingénieur conseil des Chemins de 1er de l’Etal, 11, rue Théodore-de-Banville, Paris (17''), présenté par M. Bechmann (13 mars 1937).
- M. Olivier (Marcel) (G. O. $>). gouveruear général honoraire, président de la Compagnie générale transatlantique, 31, avenue Henri-Martin, Paris (19' ), présenté par M. Georges lîisier (23 janvier 1937).
- M. Perrin (Hené) (^, J), ancien Ingénieur au Corps des Mines, directeur général des Aciéries électriques d'Fgiue, 19, rue François-Ier, Paris (8''), présenté par M. Painvin (metnbre à vie) (13 mars 1937).
- M. Personne (Frédéric), ancien élève diplômé du Conservatoire national des Arts et Métiers, Ingénieur diplômé de l’Association irancaise du Froid, ingénieur, .38, rue des Marguettes. Paris ( 12), présenté par MM. Sauvage et Ternaire (9 novembre 1937).
- M. PlNCZ on (Jules) (0. ^), ingénieur en chef conseil des Chantiers et Ateliers de Saint-Nazaire Péuhoët, ol, boulevard de l’Océan. Saint-Nazaire ( Eoire-lnlerieure), présenté par M. Lacoin (13 mars 1937).
- M. Pluyette (Jacques) ($>, |i). directeur à ITnion des Industries
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- 552 MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ ADMIS EN 1937. -- NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1937.
- métallurgiques et minières, 66, avenue Théophile-Gautier, Paris (16e), présenté par M. Lacoin (10 avril 1937).
- M. Quesnel (Pierre) (O. ^), Ingénieur des Arts et Manufactures, secrétaire général de la Société de Constructions des Batignolles, il, rue d’Ar-genson, Paris (8e), présenté par M. Lemaire (23 janvier 1937).
- M. Roger (Louis) (C. # , SI), conseiller d’Etat, président de la Société des Viticulteurs de France, vice-président de la Société des Agriculteurs de France, 22, rue de Tocqueville, Paris (17"), présenté par MM. Hitier et Caziot (23 janvier 1937).
- M. Saint-Martin (Jean-Baptiste) (ij§), chef de Centre électrique à la Société Nord-Lumière, 164, rue de la Gare, Ermont (Seine-et-Oise), présenté par MM. Birkigt et Rauber (13 février 1937).
- Société l’Accessoire de Précision, 76, rue Gide, Levallois-Perret (Seine), présentée par M. G. Delage {membre perpétuel) (6 novembre 1937).
- Société des Etablissements Jaeger, 2, rue Baudin à Levallois-Perret (Seine), présentée par M. G. Delage {membreperpétuel) (6 novembre 1937).
- Société des Etablissements Bigaud, 8, rue Vivienne, Paris (2e), présentée par M. G. Delage {membre perpétuel) (6 novembre 1937).
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- BULL. DE LA SOC. LVENCOURAG. POUR l.’lNDUS. NAT. — NGV.-DEC. 1937 (p. 553).
- TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS DES AUTEURS MENTIONNÉS
- DANS LA CENT TRENTE-SIXIÈME ANNÉE DU BULLETIN ( J A N V1 E R - D É fiEMBRE 1 9 3 7)
- 136' année.
- Les nombres en chiffres romains indiquent le ou les mois du cahier. Le nombre en chiffres arabes
- qui les suit indique la page.
- A
- Agafonoff (V. ). — Les sols de France au point de vue pëdologiqite. I-II 80
- Alby. — Séance publique du 6 mai s 1937. 3e Conférence Carriox . .
- 111-IV 180
- — Rapport des Censeurs sur les
- comptes de la Société pour l'exercice 1935............V-VI 211
- Allemagne (Henry D’). — Rappo'rL au nom du Comité des Conslr. el des Beaux-Arts (C. R. de l'Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), sur Emile Coiil (Emile Courlel), créateur du dessin animé sur pellicule cinématographique . III-IV 113
- Axdrouin (M.-J.). — Conférence sur : Les progrès récents dans la construction des mactiines-outi Is.
- La machine-outil française. I-I.I 15
- — Rapport, au nom du Comité des
- Arts méc. (C. II. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), sur la règle à calculs spéciale pour ressorts hélicoïdaux de M. Maurice Doublet..................III-IV i A3
- Axdrouin (M.-J.) et Servonnet (H.). — Rapport, au nom du Comité des Arts méc. et du Comité de Comm. (C. R. de l'Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), sur l’œuvre d’apprentissage de M. Paul Duflos.............III-IV 118
- Arnaud (René). — Communication sur : L'influence des hausses de salaires récentes sur les prix de revient et sur les conditions économiques générales (Mémoire).
- VII-VIII 357
- — — (C. R. de la séance publ. du
- 5 juin 1937)............VII-VIII 398
- Association française de Normalisation. — Voir Nicolau.
- Auberges de la Jeunesse. — Voir Lacoin.
- B
- Bâclé T-j- " Séances publiques du
- — — 7 novembre 1936 . . . I-II 58
- — — 9 janvier 1937.......I-II 65
- Balachowski (A.)..........IX-X 425
- Barrera (Emilio de la). — Losequi-
- nos, auquenidos y esladistica gana-deria de la provincia de Chumbi-vilcas.....................I-II 86
- Bechmann (Lucien). — Rapport, au nom du Comité des Constr. et des Beaux-Arts (C. R. de l'Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937). ourles travaux de M. Henri Moreau Febvre dans le domaine du chauffage et de son réglage automatique......................III-IV 133
- Berthelot (Charles). — Voir Dubri-say.
- Bertrand (Gabriel). — Communica-
- p.553 - vue 553/567
-
-
-
- 554 TABLE DES AUTEURS MENTIONNÉS EN 1937.— NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1937.
- lion sur : La constitution et la conservation par la chloropicrine du stock de blé, dit de sécurité (G. R. de la séance publ. du 7 nov. 1936)...............I-II 58
- — — (Mémoire)...............V-VI 212
- Blanchet (Pierre). — Communication sur : Les applications de l’é-lectrotechnique aux machines-outils (G. R. de la séance publ.
- du 13 nov. 1937) .... XI-XII 535
- Rlaum (R.). — La distillation de l’eau de mer pour obtenir l’eau potable à bord des navires (Note bibl. )...................... IX-X 458
- Blétry (Camille). — Rapport, au nom du Comité des Constr. et des Reaux-Arts (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), sur la nacrolaque inventée par MM. Rodolphe Germain et Jean Paisseau....................II1-IV 130
- Blondel (F.). — Communication sur : Le développement des recherches géologiques et minières dans' l’Afrique française (C. R. de la séance publ. du 9 janv. 1937)
- I-II 66
- — — (Mémoire)...............V-VI 267
- — Communication sur : La î éparti-tion des matières premières dans le monde (C. R. de l’Ass. gén. du
- 24 avril 1937).............V-VI 293
- ------(Mémoire) .... VII-VI1I 301
- — Le IIe Congrès mondial du Pétrole
- (Paris, 14-19 juin 1937) . XI-XII 465
- — Le Congrès de la Recherche
- scientifique dans les territoires d’oulre-mer (Paris, 21-26 septembre 1937).............. . XI-XII 519
- — Congrès de l’Outillage public et
- privé de la France d’outre-mer (Paris, 5-8 octobre 1937). XI-XII 521
- — Analyses de :
- — — Les sols de France au point de
- vue pédologique, par V. Agafo-NOFF.......................I-II 80
- — Traité de pédologie. T. I : Pédo-
- logie générale, par IL Erhart
- l-II 81
- — — Les ressources minérales de la
- France cVoutre-mer : l. V : Le pétrole..................XI-XII 543
- Roulanger (Henri)............ I-Il 78
- Rrémond (Pierre). — Communication sur : La fragilité des produits céramiques et leur rupture lente ou rapide (C. R. de la séance publique du 21 nov. 1936) . I-II 62
- Burgevin (IJ.). — Voir Demolon . .
- C
- Carpentier (J.). — Les chevilles de violon à serrage réglable (P.-V. de la séance du 12 nov. 1936 du Comité des Arts économiques) .
- I-II 73
- Ciievenard (Pierre). — Rapport, au nom du Comité des Arts écon.
- (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), sur :
- — — Les titres de M. Gilbert Lesbre à la médaille Dumas
- III-1V 112
- — — L’œuvre d’organisation méthodique du travail industriel de
- M. Léon Honsel...........11I-1V 142
- Cizancourt (H. de). —Les ressources minérales de la France d’outremer : t. V : Le pétrole . . XI-XII 544
- Cohl. — Voir d’Allemagne.
- Cornu-Thenard. — Rapport, au nom de la Commission des Fonds, sur les comptes de l’exercice 1935.
- V-VI 201
- J)
- Daumain (G.)................XI-XII 545
- Delage (G.). — Rapport, au nom du Comité des Arts écon. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), sur l’ouvrage de M. Albert Krebs : Le thon (germon), sa
- p.554 - vue 554/567
-
-
-
- TABLE DES AUTEURS MENTIONNES EN 1937.
- 355
- pèche et son utilisation sur les côtes françaises de l'Atlantique .
- III-IV 1 i4
- Demolon (Albert). — Communication sur : La science du sol au service de 1 agriculture (C. R. de la séance publ. du 13 févr. 193 7).
- III-IV 185
- — — (Mémoire)................IX-X 426
- — —. — Voir Hitier.
- Demolon (A.) et Burgevin (H.). —
- La fabrication du fumier artificiel ...................VII-VII1 297
- Doublet. — Voir Androuin.
- Dubertret (L.). — Les ressources minérales de la France d’outremer : t. V : Le pétrole . XI-XII 545
- Dubrisay (René). — Phénomènes colloïdaux....................I-II 79
- — Rapport, au nom du Comité des
- Arts chim. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), sur ies travaux de M. Charles Berthelot sur les combustibles solides et liquides ........ III-IV 125
- Duflos. — Voir Androuin.
- Duflot. — Voir Servonnet.
- Dufour. — Voir Fleurent.
- Dumanois (Paul). — Rapport, au nom du Comité des Arts méc. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), sur les travaux touchant ies constructions navales de M. Jules Pinczon .... III-IV 117
- Dumas. — Voir Nessi.
- E
- Enfance et Famille. — Voir Risler.
- Equipes sociales. — Voir Risler.
- Erhart (IL). — Traité de pédologie.
- T. I : Pédologie générale . . I-II 81
- F
- Filhol (J.). — Les ressources minérales de la France d’outre-mer :
- T. V : Le pétrole .... XI-XII 545
- Fleurent (E.). — Rapport, au nom
- du Comité des Arts chim. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), sur le procédé de radiovulcanisation de MM. René Dufour et Henri Leduc...........III-IV 121
- Fressinet (JeanL — Rapport, au nom du Comité des Constr. et des Beaux-Arts (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), sur la technique du métal repoussé par M. Gabriel Lacroix . . . III-IV 134
- G
- Gariel (Maurice). — Communication sur : Quelques progrès récents dans le domaine de l’hydraulique (C. R. de l’Ass. gén. du 12 déc. 1936) . . I-ÎI 63
- Germain (Rodolphe). — De l’essence d’orient à la nacre artificielle .
- I-II 51
- — —. — Voir Blétry.
- Gex. — L’ouverture de la route du col de l’Iseran sur la Route des Alpes (Note bibl.) .... IX-X 459
- Gignoux (C.-J.). — Communication sur : L’organisation du patronat français. (Mémoire). . VII-VIII 331
- — — (C. R. de la séance publ. du
- 22 mai 1937).............VII-VIII 394
- Guillet (Léon). — Rapport, au nom du Comité des Arts chim. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), sur l’ensemble des travaux de métallurgie et notamment sur les réactions rapides par les laitiers de M. René Perrin. I1I-JV 108
- H
- Hérenguel. —- Voir Porte vin.
- Hitier (Henri). — Rapport, au nom du Comité d’Agri. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), sur l’ensemble des travaux d’agronomie de M. Albert Demolon. .
- III-IV 105
- Honskl. - Voir Chevenard.
- p.555 - vue 555/567
-
-
-
- 556 TABLE DES AUTEURS MENTIONNÉS EN 1937.— NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1937.
- J
- Jarriant (Jean). •— L’utilisation des compteurs électriques pour la totalisation des primes de tra-
- vail ..................XI-XII 524
- K
- Kneüle...................IX-X 434
- Krebs (Albert). — Voir Delage.
- L
- Lacoin(M.). — Séances publiques du
- — — 21 novembre 1936. I-II 60
- — — 13 février 1937. III-IV 180
- 10 avril 1937. V-VI 291
- 22 mai 1937. vii-viii 390
- — — 26 mai 1937. VII-VIII 396
- 5 juin 1937. VII-VIII 398
- — — 6 novembre 1937 . . XI-XII 527
- — — 13 novembre 1937. . XI-XII 535
- — Assemblée générale : 12 déc. 1936.
- i-ii 62
- — — — du 24 avril 1937 . . V-VI 292
- — Assemblée générale solennelle
- du 13 mars 1937. Allocution. . .
- III-IV 99
- Lacoin (Maurice) et Servonnet (Hyacinthe). — Rapports, au nom du Comité de Commerce (C. R. de l’Ass. gén. du 14 mars 1937), sur :
- — — L’œuvre sociale accomplie en faveur des jeunes chômeurs et des chômeurs adultes par MM. Jacques Pluyette et Roland Ziegel.
- III-IV 137
- ------La Ligue française pour les
- Auberges de la Jeunesse . III-IV 145
- Lacroix (Gabriel). — La technique du métal en feuille modelé au marteau....................IX-X 419
- -----. — Voir Fressinet.
- Leduc. — Voir Fleurent.
- Lesbre. — Voir Chevenard.
- Lemaire (Eugène). — .Notes bibliographiques :
- — — Le périodique « Mesures » .
- I-II 86
- —• — Le périodique « La Radiesthésie scientifique -> . . . . I-II 8S
- — — Les intoxications par l’oxyde
- de carbone...............I-IJ 89
- — — La fabrication continue du
- superphosphate..............V-Vl Hit
- — — La destruction des mollus-
- ques terrestres par l’emploi du méthonal.................IX-X 425
- — — Gazogènes au gaz des forêts
- pour petits moteurs fixes ou demi-fixes ................... . IX-X 434
- — — La carburation méthylante
- par le procédé Michot-Dupont appliquée aux oléagineux coloniaux ......................IX-X 434
- — — Les nouvelles automotrices
- descheminsdeferfrançais. IX-X 435
- — L’industrie du dessin animé . .
- III-IV 151
- — — Le Français Georges Méliês,
- créateur de l’art cinématographique ...................III-IV 174
- — Journée de la Défense sanitaire
- des Végétaux (Paris, 19 mars 1937).......................V-VI 283
- — La lutte contre les moustiques.
- Le moustique des fosses d’aisances et les pappataci. VI-VI1I 373
- — La France d’outre-mer (Note
- bibl.)...................VI-VI1I 399
- — Le procès des prises d’eau à la Meuse, entre les Pays-Bas et la Belgique, pour l’alimenfition du canal Juliana et du canal Albert.
- Arrêt de la Cour permanente de Justice internationale de La Haye.
- IX-X 447
- LENGLEN. — SCHRIBAUX.
- Lepigre (A.-L.). — L’emploi des gaz insecticides pour la désinfection des plantes vertes en chambre close à la pression atmosphérique par le cyanure de calcium. IX-X 437
- Levaditi (Prof. Dr C.). — Communication sur : Les ultravirus des
- p.556 - vue 556/567
-
-
-
- TABLE DES AUTEURS MENTIONNÉS EN 1937.
- 557
- maladies humaines et animales, leur comportement et leur nature.
- 3e Conférence Carrion (C. H. de la séance publ. du 3 mars 1937).
- III-IV 190
- M
- Martin (Henry).............1X-X 433
- Martin (J. B.). — Voir Moussu.
- Mesures. — Voir Nicolau.
- Métral (Albert). — Communication sur : L’industrie de la machine-outil, son évolution récente, sa situation dans l’économie nationale (Mémoire).............XI-X1I 487
- — — (C. R. de la séance publ. du
- 0 nov. 1937).............Xl-XII 334
- Michot-Dupont (Francis). — Communication sur : L’utilisation des lignites et des tourbes en vue de l’obtention des carburants (Mémoire)...................... V-YI 227
- - — (C. R, de la séance publ. du
- 10 avril 1937).............V-VI 292
- ----- IX-X 43 i
- -----. — Voir Pascal.
- Migaux (L.). — Les ressources minérales de la France d'outre-mer : t. V : Le pétrole..........XI-XI1 344
- Monvoisin (A.). — La conservation par le froid des denrées périssables.
- I-II 82
- — —. — Voir Moussu.
- Moreau Febvre. — Voir Bechmann.
- Moussu (G.). — Intérêt probable de l’élevage du mérinos noir dans les pays chauds, d’après les observations de M. Vladimir de Saga-relf et des Pères Blancs du domaine de Saint-Joseph de Thibar (Tunisie)....................1-11 74
- — Analyse de : La conservation par le froid des denrées périssables,
- par A. Monvoisin...........I-Il 82
- — Rapports, au nom du Comité d’Agric. (C. R. de l’Ass. gén.
- solenn. du 13 mars 1937). sur les travaux de :
- -----MM. Émile Pécard et J.-R. Martin sur la tuberculose bovine . .
- III-IV 126
- — — M. A. Monvoisin sur la conservation des denrées périssables
- par le froid............ III-IV 129
- N
- Nessi (A.). — Rapport, au nom du Comité des Arts écon. (C. R. de l’Ass.gén.solenn.du 13 marsl937), sur les travaux touchant les applications industrielles de la chaleur, de M. Henri Dumas . . . III-IV 129
- Xicolau (P.). — Rapport sur l’activité de l’Association française de Normalisation (A. F. N. O. R.)
- (G. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937).............III-IV il?
- — Rapport, au nom du Comité des
- Arts méc. (C. II. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), sur le périodique de métrologie industrielle Mesures.......... III-IV 144
- O
- Ossent (Hans Peter).......... I-II 78
- P
- Paisseau. — Voir Blétry.
- Pascal (Paul). — .Rapport, au nom du Comité des Arts chiin.
- (C. R. de l'Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), sur le procédé de distillation méthylante de M. Francis Miciiot-Dupont . . .
- III-IV 123
- Pécard. — Voir Moussu.
- Perrin. — Voir Guillet.
- Perrot........................I-II 77
- Pinczon. — Voir Dumanois.
- Pinson. — Voir Tardy.
- Pluyette. — Voir Lacoin.
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-
-
-
- 558 TABLE DES AUTEURS MENTIONNÉS EN 1937.— NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1937.
- Portevin (Albert). — Rapport, au nom du Comité des Arts chim.
- (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), sur les travaux de métallurgie de M. Jean Hérenguel.
- III-IV 120
- Préaud (R.). — L’électrification rurale en France.................I-II 33
- Prévost (Joseph). — Machine de M. H. Vollet pourles essais mécaniques des lubrifiants et des divers métauxde frottement. V-Vl 247
- R
- Risler (Georges). — Rapports, au nom du Comité de Commerce (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), sur :
- — Les Équipes sociales. III-IV 135
- — L’œuvre Enfance et Famille.
- III-IV 136
- - lre Journée internationale des
- Allocations familiales (Paris,
- 8 juillet 1937) XI-XII 518
- — XIXe Congrès national de la (Natalité et des Familles nombreuses (Montpellier, ter-2 octo-
- bre 1937)..................XI-XII 522
- Rouch (Jules). — Les expéditions soviétiques au Pôle Nord. XI-XII 467
- S
- Satet (Robert). — Le contrôle budgétaire. Prévisions commerciales, industrielles, financières et comptables pour la direction rationnelle des affaires.................. I-11 84
- — Les cours de l’Fcole d’organisation du Travail et la collaboration
- du personnel de cadres . XI-XII 517
- Sauvage (Ed.). — Notes bibliographiques :
- — — Quelques ouvrages sur l'histoire des machines .... I-Il 30
- — — Banc d’essais pour locomo-
- lives de Vitry-sur-Seine . III-IV 179
- — — Unification des chaînes d'automobiles....................III-IV 194
- — — Tolérances dans la construction mécanique...............III-IV 193
- — — Soudure des tôles de chaudière ........................ V-VI 266
- — — Sur la quadrature du cercle.
- Y-VI 266
- — — Création d’un enseignement
- de la photogrammétrie au Conservatoire national des Arts et Métiers.................VII-VIII 399
- — Séance publique du 23 janvier
- 1937 ...................... I-II 67
- — Société industrielle de Rouen. Distribution des récompenses
- (2 mai 1937)................V-VI 289
- Schribaux (E.). — Rapport, au nom du Comité d’Agric. fC. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), sur les travaux d’agronomie de M. Maurice Lenglen.
- III-IV 125
- Servonnet (Hyacinthe). — Rapport sur l’attribution du prix Fourcade à M. Gustave Duflot (C. R. de l’Ass. gén. soienn. du 13 mars 1937)."......................III-IV 109
- — Rapport sur les médailles de
- bronze décernées aux contremaîtres et ouvriers des établissements industriels et des exploitations agricoles (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 193î). III-IV 147
- — L’orientation des enfanls à l’école primaire vers le travail ma-
- n iel et professionnel. . . Y-Vf 224
- — Analyses de :
- Le contrôle budgétaire. Prévisions commerciales, industrielles, financières et comptables pour la direction rationnelle des affaires, par Robert Satet...................I-II 84
- — — Comité français des Expositions et Comité national des Expositions coloniales, réunies par décret du
- 10 juin 1925 ...............IX-X 460
- — Voir Androuin et Lauuin.
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-
-
-
- 559
- TABLE DES AUTEURS
- Tardy (Louis). — Rapport, au nom du Comité d’Agric. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937;. pour l'attribution du prix Meynot en 1930 à M. A.-L. ThimothÉf. et
- à M. F. Pinson.............III-IV I K)
- Thlmothée. — Voir Tardy.
- Trillat (A.). — Analvs ;s de :
- Phénomènes colloïdaux, par René Dubrisay.....................1-11 79
- V
- Vaultrin (Robert). — Communication sur : L’utilisation du bois comme carburant. Le « gaz des forêts » (C. R. de la séance publ.
- du 23 janv. 1937)............I-II 70
- — — (Mémoire) ...... IX-X 409
- Vayssière (Paul). — Aperçu sur l'importance économique des pu-
- MENTIONNÉS EN 1937.
- nuises du blé (P. V. de la séance du 3 mars 1937 du Comité d’Agric.)
- III-IV 191
- Vrolix (A.). — Communication sur les applications de l’hydrotech-nique aux machines-outils (C. R. de la séance publ. du 13nov. 1937 ).
- XI-XII .".41
- W
- Walckenaer. — Edouard Sauvage (1850-1937)................XI-XII 481
- — Pierre Henry Watier (1882-1937).
- XI-XII 485
- Waline (Pierre). —Communication sur : L’organisation patronale à l’étranger (Mémoire) . VII-VIII 341
- -----(C. R. de la séance publ. du
- 26 mai 1937)...........VII-VIII 396
- Z
- ZlF.GEL. — Voir Lacoin.
- p.559 - vue 559/567
-
-
-
- p.560 - vue 560/567
-
-
-
- BULL. DK LA SGG. d’enCOURAG. POUR LTNDUS. NAT. —NOV.-DÉC. 1937 (p. 561).
- TABLE ALPHABÉTIQUE ET ANALYTIQUE DES MATIÈRES
- CONTENUES DANS LA CENT TRENTE-SIXIÈME ANNÉE DU BULLETIN ( J A N VI E R - D É ( E M B R E I 9 3 7 )
- 136e année
- Les nombres en chiffres romains indiquent le ou les mois du cahier. Le nombre en chiffres arabes
- qui les suit indi ue la page.
- A
- Administration, Comptes rendus de la Société d'Encouragement.
- Assemblée générale solennelle du 13 mars 1937 :
- de l'exercice 1935. Rapports présentés au nom :
- 1° de la Commission des Fonds, par M. Cornu-Thenard. . . . V-VI 201 2° des Censeurs, par M. A. Alby .
- y-vi 2i i
- Liste des Membres du Conseil d'Admi-
- — Distribution des récompenses décernées pour Tannée 1936. .
- JI1-1V
- — Allocution de M. .M. Tacoin . .
- I !I-lV
- — Rapports relatifs aux récompenses .....................111-IA
- Assemblées générales : 12 déc. 1936.
- I-II
- — — du 24 avril 1937 ... \ -VI
- Bureau pour 1937. (C. R. de T Assemblée générale du 12 déc. 1936)................* . . . . l-II
- Comité d’Agriculture. Séance du 3 mars 1937 : Aperçu sur
- l’importance économique des punaises du blé, pa • Paul Vays-
- SIÈRE.......................III-IV
- Séance du 7 avril 1937 : L’Institut agricole d’Algérie .... V-\ 1
- Comité des Arts economiques. Séance du 12 nov. 1936 : Les chevilles de violon à seri âge réglable, par J. Carpentier...............I-II
- Conférence Carrion. 3e — — ()C. R. de la séaic* publ. du 6 mars 1937;...........................m-IV
- État financier de la Société. Comptes
- nistration :
- Membres titulaires . . . . I-II 3
- 97 Membres honoraires . . . I-II 12
- Membres correspondants . I-II 13
- 97 Liste des nouveaux Membres admis,
- pendant Tannée 1937, à faire
- 103 partie de la Société. . . Xl-XIl 549
- liéco mpenses. Distribution des —
- 62 décernées pour Tannée 1936. . .
- 292 III-IV 97
- — Rapports relatifs à ces récom-
- penses III-IV 105
- 64 — Liste des — .... III-IV 149
- Séances publiques :
- — — 7 novembre 1936. l-II 58
- 21 novembre 1936. I-Il 00
- 9 janvier 1937. 1 U 65
- 191 23 janvier 1937. I-II 67
- 13 février 1937. III-IV 180
- 293 — — 6 mars 1937. III-IV 186
- 10 avril 1937. V-VI 291
- 22 mai 1937. VII-VIII 390
- — — 26 mai 1937. VH-VIII 396
- 73 — — 5 juin 1937. vn-vni 398
- 6 novembre 1937. XI-XII 527
- — — 13 novembre 1937. XI-XII 535
- 186 Afrique française. Le développe-
- ment des recherches géologiques
- 136e Année. — Novembre-Décembre 1937.
- p.561 - vue 561/567
-
-
-
- XOY.-DEC. 1937.
- 562 TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES DE 1937. —
- et minières dans T — —. Communication par F. Blondel (C.
- R. de la séance publ. du 9 janv.
- 1937)......................I-H 66
- -----(Mémoire)..............Y-VI 267
- Afrique du Aord. Les disettes pério-diquee dans les pays de F — —
- —, leurs causes, les moyens d‘y
- remédier...............VII-VII1 328
- Agriculture. (Voir Sols.)
- Agronomie. Ensemble des travaux d’ — de M. Albert Demolon. Rapport, au nom du Comité d’Agric.
- (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), par Henri Hitier.
- III-IV 105
- — Les travaux d’ — de M. Maurice Lenglen. Rapport, au nom du Comité d'Agrie. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1917), par E. Schribaux .... III-IV 125 Allocations familiales. lre Journée internationale des — — (Paris.
- 8 juillet 1937). par Georges
- Risler...................XI-XI I 518
- Apprentissage. L’œuvre d’ — de M. Paul Duflos. Rapport, au nom du Comité des Arts méc. et du Commerce (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), par M. J. Androuin et H. Servonnkt.
- III-IV 118
- Auberges de la Jeunesse. La I igue française pour les----------. Rap-
- port, au nom du Comité de Commerce (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), par Maurice Lacoin et H. Servon.net. III-IV 145 Automobiles. — Unification des chaînes d’ — (Note bibl.), par Ed. Sauvage..................III-IV
- B
- Banane. lre Conférence intercoloniale de la — française. (Paris,
- 25-30 janv. 1937) .... III-IV 176
- BIBLIOGRAPHIE
- Budget. Le contrôle budgetaire. Prévisions commerciales, industrielles, financières et comptables pour la direction rationnelle des affaires,
- par Robert Satet............I-1I 84
- Colloïdes. Phénomènes colloïdaux.
- par René Rubrisay .... I-[| 79
- Denrées périssables. — (Voir Froid.) Equidés. Los equinos, auquedinos y estadistica ganaderia de la pro-vineix de Chumbivilcas (Les — el les camélidés. Statistique de leur élevage dans la province de Chuin-bivilcas),parEmilio de la Barrera.
- I-H 86
- Expositions. Comité français des — et Comité nationnal des — coloniales, réunis par décret du
- 10 juin 1925 ............... 1X-X 460
- Froicl. La conservation par le — des denrées périssables, par A. Mon-
- Vüisin........................III
- Pédologie. — Traité de —. T. I : Pédologie générale, par IL Erhart LII 81
- Pétrole. Les ressources minérales de la France d'outre-mer : I. V :
- Le pétrole ................XI-XII 543
- Sols. Les — de France au point de vue pédologique, par V. Agafonoff .
- I-II 80
- — (Voir Pédologie.)
- Blé) La constitution et la conservation par la chloropicrine du stock de —, dit « de sécurité ». Communication par Gabriel Bertrand (C. R. de la séance publ. du 7 nov. 1936)................... l-II 58
- — — (Mémoire).................V-VI 212
- Bois. L’utilisation du — comme
- carburant. Le « gaz des forêts ». Communication par Robert Vaul-trin (C. R. de la séance publ. du 23 janv. 1937 ................I-H
- 70
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- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES de 1937.
- •>(>•)
- -----i Mt'moi rei...........IX-X 409
- — — Annexe I : emploi dos carburants loresliers. I>éciel-l<>i du
- 31 août 1937 ............IX-X 417
- — — Annexe II : Lonstrueleii 1 s
- d appareils au gaz des forêts pour automobiles..................1A-X 4-Js
- c
- Canal Juliana et canal Albert. (Voir Pi ‘ises d'eau à la Meuse.)
- Carburants. È'ulilisation desligniles et des tourbes en. vue de l'obtention des —. Communication par Francis Michot-Dupoxt (Mémoire)........................ Y-YI 227
- — — (C. R. de la séance puld. du
- 10 avril 1937)...............Y-YI 292
- — (Voir Bois).
- Céramique. La fragilité des produits — et leur rupture lente ou rap:de. Communication par Pierre Brémoxd ,C. R. de la sé .nce puld. du 21 nov. 1930) . . . J-II 62
- Chaleur. Travaux touchant les applications de la —de M. Henri Dumas. Rapport, au nom du Comité des Arts écon (C. R. de l'Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937). p r A. Nessi ... 1II-1Y 129
- Chaudière. Soudure des tôles de —
- i.Xote bibl.), par Ed. Sauvage. Y-Yl 200
- Chauffage. Travaux de M. Henri Moreau Feisvre dans le domaine du — et de son réglage automatique. Rapport, au nom du Comi té des Constr. et des Beaux-Arts (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 4 9371, par Lucien Beurmann . . . .................Ill-i Y 133
- Chemins de fer. Les nouvelles automotrices des — — — français (Note bibl.), par E. Lemaire. l.\-\ 435
- Chloropicrine. (Voir Blé.)
- Chômeurs. L'œuvre sociale accomplie en faveur des jeunes - et des — adultes par MM. Jacques
- Pluyette et Roland Ziegkl. Rapport. an nom du Comité de Commerce ;C. R. d l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937 . par Maurice Lauoin et H. Skryoxxet . III-IV 137 C i n ém atog raph ie.{ Y oi r Dess i n a nimé.) Colonies. (Voir Territoires d’outremer.)
- Combustibles. Travaux de M. Charles Berthelot sur les — solides et liquides. Rapport, au nom du Comité des Arts chim.
- (C. R. de l'Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), par René Dubrisay.
- III-IV 125
- Compteurs électriques. L’utilisation
- des------pour la totalisation des
- primes de travail, par Jean Jar-
- riant....................XI-XI I 524
- Construction mécanique. Tolérances dans la — — (Note bibl.), par
- Ed. Sauvage..............III-IV 195
- Constructions navales. Travaux touchant les--------de M. Jules Pixc-
- zon. Rapport, au nom du Comité; des Arts méc. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), par
- Paul Dumaxois............III-IV 117
- Cyanure de calcium. (Voir Insecticides.)
- D
- Dessin animé. M. Emile Cohl (Émile Courte!), créateur du — — sur pellicule cinématographique. Rapport, au nom du Comité des Constr. et des Beaux-Arts (C. R. de l'Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), par Henry d’ALEK-
- M GXE....................IH-IV 113
- — L'industrie du — —, par Eugène Lemaire...............III-IV loi
- Disettes périodiques. (Voir Afrique du A’ord.)
- Distillation mclhylante. Procédé de —
- — de M. Francis Michot-Dupoxt. Rapport, au nom du Comité des
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- 504 TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES DE 193/. — NOV.-DÉC. 1937.
- Arts chim. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), par Paul Pascal...............I1I-IV 123
- II
- Eau de mer. La distillation de 1! —
- — — pour obtenir l’eau potable à bord des navires, par R. Blaum (Note bibl.)...................1X-X 458
- École d'Organisation scientifique du
- Travail. Les cours de 1’-----------
- et la collaboration du personnel de cadres, par Robert Satet . .
- XI-XI1 517
- Électrification rurale. L’ — — en France, par R. Préaud. . I-II 33
- Élevage du mouton. (Voir Mérinos noir.)
- Enfance et Famille. L’œuvre----------.
- Rapport, au nom du Comité de Commerce (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), par Georges Risler...............III-IV 136
- Équipes sociales. Les------. Rapport,
- au nom du Comité de Commerce (C. R. de 1 Ass. gén. solenn. du 13 marsl937), par GeoreesRiSLER.
- III-IV 135
- Essence d’Orient. De L — — à la nacre artificielle, par Rodolphe Germain..........................I-II 51
- G
- Gazogènes au gaz des forêts pour petits moteurs, lises ou semi-fixes (Note bibl.), par E. Lemaire.
- IX-X 434
- — (Voir Bois.)
- Géologie. (Voir Afrique française.)
- H
- Hydraulique. Quelques progrès récents dans le domaine de 1’ —. Communication par Maurice Ga-riel (C. R. de l’Ass. gén. du 12 déc. 1936)..................I-ll 63
- I
- Insecticides. L’emploi des gaz — pour la désinfection des plantes. La désinfection des plantes vertes en chambre close à la pression atmosphérique par le cyanure de calcium, par A.-L. Li PiGRE. IX-X 437
- Institut agricole d'Algérie (L’) (P. V. de la séance du 7 avril 1937 du Comité d’Agric.)...............V-VI 293
- Intoxications. Les — par l’oxyde de carbone (Note bibl.), par E. Lemaire..........................I-ll 89
- L
- 199
- Lignites. (Voir Carburants.) Locomotives. Banc d’essais pour — de Vitry-sur-Seine (Note bibl.), par Ed. Sauvage .... III-IV Lubrifiants. Machine de M. IL Vollet pour les essais mécaniques des — et des divers métaux de frotle-ment, par Joseph Prévost. V-VI
- 179
- F
- Familles nombreuses. (Voir Natalité.)
- France d'outre-mer (La) (Note bibl.).
- par E. Lemaire .... VII-VI1I Froid. Travaux de M. A. Monvoisix sur la conservation des denrées périssables par le —. Rapport, au nom du Comité d’Agric. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), par G. Moussu . . III-IV 129
- Fumier artificiel. La fabrication du
- ----, par A. Demolon et H. Bur-
- üevix,.................VII-VIII 297
- M
- Machines. Quelques ouvrages sur l’histoire des — (Note bibl.), par Ed. Sauvage...................I-II 50
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-
- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES DE 1937.
- 565
- Machines-outils. Les progrès récents
- dans la construction des-----. La
- machine-outil française. Conférence par M.-J. Androuin . I-11 15
- — L’industrie de la------. son évo-
- lution récente, sa situation dans l’économie nationale. Communication par Albert Métral (Mé-
- moire) .................XI-XII 487
- — — (C. R. de la séance publ. du
- 0 nov. 1937).............XI-X11 534
- — Applications de i’électro technique aux . Communication
- par Pierre Blanchet (C. R. de la séance publ. du 13 nov. 1937). .
- XI-XII 535
- — — Applications de l’h^drotech-
- nique aux ----. Communication
- par A. Vrolix (C. R. de la séance publ. du 13 nov. 1937). . XI-XII 541
- Matières premières. La répartition des-------dans le monde. Commu-
- nication par F. Blondel (C. R. de l’Ass. gén. du 24 avril 1937). V-VI 293
- -----(Mémoire) .... VII-VIII 301
- Mérinos noir. Intérêt probable de
- l’élevage du-----dans les pays
- chauds, d’après les observations de M. Vladimir de Sagareff et des Pères Blancs du domaine de Saint-Joseph de Thiba- (Tunisie),
- par G. Moussu..............I-II 74
- Mesures. Le périodique « — » (Xote bibl.), par E. Lemaire . . . I-II 86
- Métal. La technique du — repoussé de M. Gabriel Lacroix. Rapport, au nom du Comité des Constr. et des Beaux-Arts (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), par Jean Fressinet . . . III-IV 134
- — La technique du — en feuille
- modelé au marteau, par Gabriel Lacroix....................1X-X 419
- Métallurgie. Travaux de — et notamment sur les réactions rapides par les laitiers de M. René Perrin. Rapport, au nom du Comité des Arts chim. (C. R. de l’Ass. gén.
- solenn. du 13 mars 1937), par Léon Guillet.............III-IV 108
- — Travaux de — de M. Jean Héren-GUrL. Rapport, au nom du Comité des Arts chim. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), par Albert Portevin. . . III-IV 120
- Méthanal. (Voir Mollusques.)
- Métrologie industrielle. Le périodique de---------Mesures. Rapport,
- au nom du Comité des Arts méc.
- (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), par P. Nicolau. .
- III-IV 144
- Mines. (Voir Afrique française.)
- Mollusques. La destruction des — terrestres par l’emploi du méthanal (Note bibl.), par E. Lemaire .
- IX-X 425
- Moustiques. La lutte contre les —.
- Le — des fosses d’aisances et les pappataci, par E. Lemaire . . .
- VII-VIII 373
- N
- Nacre artificielle. (Voir Essence d’Orient.)
- Nacrolaque. La — inventée par MM. Rodolphe Germain et Jean Paisseau. Rapport, au nom du Comité des Constr. et des Beaux-Arts (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), par Camille Blétry........................III-IV 130
- Natalité. XIXe Congrès national de la — et des Familles nombreuses (Montpellier, 1-2 octobre 1937), par Georges Risler . . . XI-XII 522
- Nécrologies :
- — M. Louis Mangin. . . . III-IV 180
- — M. Leonardo Torres y Quevedo.
- III-IV 186
- — M. Paul Janet.................III-IV 188
- — M. Gabriel Chesneau . VII-VIII 390
- — M. Édouard Sauvage (1850-1937),
- par Walckenaer . XI-XII 481. 528
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- 566 TABLE ALPHABÉTIQUE DES
- — M. Pierre Henry Watier (Ds82-
- 1937), par Walckknaer..........
- Xl-Xl l 48"»,
- Normalisation. L'activité de l’Association française de — (A. F. .\. O. IL). Rapport par P. Nicolau (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937).............I1I-IV
- O
- Oléagineux coloniaux. La carburation méthylante par le procédé MichoL-Dupont appliquée aux —
- — (Note bibl.), par E. Lemaire .
- IX-X
- Orientation professionnelle. (Voir Travail manuel.)
- Oxyde de carbone. (Voir Intoxications.)
- P
- Patronat. L’organisation du — français. Communication parC.-J.Gi-gnoux (Mémoire) . . . VII-VIII
- — — (C. R. de la séance publique du 22 mai 1937; . . . VII-VIII
- — L’organisation patronale à l’étranger. Communication par Pierre Waline (Mémoire)....
- VU-VI 11
- — — (C. R. de la séance publique du 26 mai 1937). . . . VII-VIII
- Pétrole. Le IIe Congrès mondial du
- — (Paris, 14-19 juin 1937), par
- F. Blondel..............XI-X11
- Photogrammctrie. Création d’un enseignement de la — au Conservatoire national des Arts et Métiers (Note bibl.), par Ed. Sauvage . .
- VII-VIII
- Plantes. (Voir Insecticides.)
- Pôle Nord. Les expéditions soviétiques au — —, par Jules Rouch.
- XI-XII
- Primes de travail. (Voir Compteurs électriques.)
- S DE 1937- — NOV.-DÉG. 1937.
- Prises d'eau à la Meuse. Le procès des — — — —, entre les Pays-Bas et la Belgique, pour l’alimentation du canal Juliana et du canal Albert. Arrêt de la Cour permanente de Justice internationale de La Haye, par E. Lemure . .
- IX-X 447
- Punaises du blé. Aperçu sur l’impor-
- tance économique des — — (P. V. de la séance du 3 mars 1937 du Comité d’Agric.), par Paul Vayssière ........... III-IV 191
- Q
- Quadrature du cercle. Sur la — —
- — (Note bib!.), par Ed. Sauvage.
- V-VI 266
- R
- Radiesthésie. Le périodique La — scientifique (Note bibl.), par
- E. Lemaire..................l-II 88
- Radiovulcanisation. Procédé de — de MM. René Dufour et Henri Leduc. Rapport, au nom du Comité des Arts chim. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937', par
- E. Fleurent...............III-IV 121
- Règle à calculs. La-------spéciale
- pour ressorts hélicoïdaux de M. Maurice Doublet. Rapport, au nom du Comité des Arts méc.
- (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), par M.-J. Androuin.
- III-IV 143
- Roule du Col de l Iseran. L’ouverture de la — - — sur la route des Alpes (Note bibl.), par C.ex . . .
- IX-X 459
- S
- Salaires. Influence des hausses de
- — récentes sur les prix de revient et sur les conditions économiques
- MATIÈRE:
- 528
- 117
- 434
- 331
- 394
- 341
- 396
- 465
- 399
- 467
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-
- TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES DE 1937.
- 567
- générales. Communication par René Arnaud (Mémoire). YII-YII1 357
- — — (C. R. de la séance publ. du
- o juin 1937)............VI1-VIII 398
- Société industrielle de Rouen. Distribution des récompenses (2 mai 1937), par Ed. Sauvage. .
- V-Yl 289
- Sol. La science du — au service de l’agriculture. Communication par Albert Demolon (C. R. de la séance publ. du 13 févr. 1937). . III-IY 185
- — — (Mémoire)............IX-X 426
- Superphosphate. La fabrication continue du — (Note bibl.), par
- E. Lemaire...............Y-YI 246
- T
- Territoires d'outre-mer. Le Congrès de la Recherche scientifique dans les Territoires d’outre-mer (Paris, 21-26 septembre 1937), par
- F. Blondel.............XI-XII 519
- — Congrès de l’OuLillage public et privé de la France d’outre-mer (Paris, 5-8 octobre 1937), par
- F. Blondel.................XI-XII 521
- Thon. Le — (germon), sa pêche et son utilisation sur les côtes françaises de l’Atlantique, par M. Albert Krebs. Rapport, au nom du Comité des Arts écon. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), par G. Delage . . ITt-IY 144
- Tourbes. (Voir Carburants.)
- Travail industriel. L’œuvre d’organisation méthodique du----------de
- M. Léon Honsel. Rapport, au nom du Comité des Arts écon. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937). par Pierre Chevenard . .
- I1I-IV 142
- — (Voir École d'organisation.)
- Travail manuel. L’orientation des enfants à l’école primaire vers le — — et professionnel, par Hyacinthe Servonnet .... Y-YI 224 Tuberculose bovine. Travaux de MM.
- Emile Pécard et J.-B. Martin sur la — —. Rapport, au nom du Comité d'Agric. (C. R. de l’Ass. gén. solenn. du 13 mars 1937), par G. Moussu...........III-IY 126
- U
- Ultravirus. Les — des maladies humaines et animales, leur comportement et leur na ture. 3e Conférence Carrion. Communication par le prof. Dr C. Levaditi (C. R. de la séance publ. du 6 mars 1937).......................Ill-IY 190
- V
- Végétaux. Journée de la Défense sanitaire des — (Paris. 19 mars 1937), par E. Lemaire . . Y-YI 283
- Violon. Les chevilles de — à serrage réglable, par J. Carpentier (P.-Y. de la séance du 12 nov. 1936 du Comité des Arts économiques,!.
- I-ll 73
- L'agent general, gérant, e. llmaire.
- BRODARD ET TAUPIN, Coulommiers-Paris.
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