Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale
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- BULLETIN
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR
- L’INDUSTRIE NATIONALE,
- PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION
- DES SECRÉTAIRES DE LA SOCIÉTÉ,
- MM. COMBES ET PELIGOT ,
- MEMBRES DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES.
- SOIXANTE-QUATRIÈME ANNÉE.
- DEUXIÈME SÉRIE.—TOME XII.
- La Société a été reconnue comme établissement d’utilité publique par ordonnance royale
- du *1 avril *8*4.
- iparn,
- MADAME VEUVE BOUCHARD-HUZARI),
- IMPRIMEUR DE LA SOCIÉTÉ ,
- RUE DE l/ÉPERON-SAINT-ANDRÉ-DES-ARTS, 5.
- S. E. I. N.
- Bibliothèque
- BSPI-64
- 1865
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- SECRÉTARIAT DE LA SOCIÉTÉ.
- Communications, dépôts, renseignements, abonnements au Bulletin, tous les jours, de midi à quatre heures.
- RÉDACTION DU BULLETIN.
- Renseignements, tous les jours, de deux à cinq heures.
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- 64* ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOME XII. — Janvier 1865.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- LISTE DES MEMBRES TITULAIRES, DES ADJOINTS ET DES MEMBRES HONORAIRES, ARRÊTÉE DANS LA SEANCE DU 28 DECEMBRE 1884.
- Bureau.
- Année de l’entrée au Conseil.
- Président.
- 1829. MM. Domas (G. C. ^), sénateur, membre de l’Académie des sciences, etc., rue de Grenelle-Saint-Germain, 42.
- Vice-présidents.
- 1833. — Le baron A. Ségdier (O. •*$£), avocat à la cour impériale, membre de l’Académie des sciences, etc., rue Garancière, 11.
- 1828. — Darblay aîné (O. J$£), membre de la Société impériale et centrale d’agriculture, rue de Lille, 74.
- Vice-présidents adjoints.
- 1844. — Balard (C. $*), membre de l’Académie des sciences, professeur de chimie à l’École polytechnique et à la Faculté des sciences, rue de l’Ouest, 72.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- A
- Année de Tentrée au Conseil.
- 4847. —
- 4831. —
- 4845. —
- 1839. — 4836. —
- 4857. —
- 1843. — 4850, —
- 1823. —
- 4842. —
- 1849. —
- 1854. —
- 4854. — 1862. — 1864. —
- 1864. —
- Baude (O. inspecteur général des ponts et chaussées, rue Royale-Saint-Honoré, 13.
- Amédée-Durand (^), ingénieur-mécanicien, membre de la Société impériale et centrale d'agriculture, rue de l’Abbaye-Saint-Germain, 10.
- Secrétaire..
- Le baron Charles Dupin (G. O. ^), sénateur, membre de l’Académie des sciences, rue du Bac, 24.
- Secrétaires adjoints.
- Combes (C. ^), membre de l’Académie des sciences, inspecteur général des mines, directeur de l’École impériale des mines, rue d’Enfer, 30.
- Peligot (E.) (O. J$£), membre de l’Académie des sciences, vérificateur des essais à la Monnaie, professeur au Conservatoire impérial des arts et métiers, quai Conti, 11.
- Trésorier.
- Le Tavernier, notaire honoraire, rue Louis-le-Grand, 28.
- Censeurs.
- De Valois (O. ife), régent de la banque de France, rue Joubert, 31.
- Laboulaye (Ch.) , ancien élève de l’École polytechnique, rue Ma-
- dame, 40.
- Commission des fonds.
- Membres titulaires.
- Michelin (Hardouin) (•$£), conseiller référendaire honoraire à la cour des comptes, rue Saint-Dominique-Saint-Germain, 28.
- Le comte B. de Mony-Colchen (^), conseiller référendaire à la cour des comptes, rue Chauchat, 14.
- Le baron E. de Ladoucette (O. ^), député au corps législatif, rue Saint-Lazare. 58.
- Godard-Desmarets administrateur de la compagnie des verreries et cristalleries de Baccarat, à Baccarat; à Paris, cité Bergère, 1.
- Hurteaux(J^), docteur en médecine, rue du Bac, 86.
- Lorin, propriétaire, rue du Bac, 77.
- Fauler membre de la Chambre de commerce de Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, 101.
- Legrand, ancien négociant, vice-secrétaire de la Société des amis des sciences, rue Bergère, 26.
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- Année de l'entrée au Conseil.
- CONSEIL D’ADMINISTRATION.
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- 4829. — 1831. — 1840. — 4847. — 1847. —
- 1850. —
- 1850. —
- 1851. — 4855. —
- 4855. —
- 1855. —
- 1859. — 4864. —
- 4824. — 1827. —
- 1830. —
- 4840. —
- Comité des arts mécaniques.
- Membres titulaires.
- Benoit (^f), ingénieur civil, ancien constructeur de machines, capitaine d’état-major en retraite, rue Cassette, 20.
- Amédée-Durand (^), ingénieur-mécanicien, membre de la Société impériale et centrale d’agriculture, rue de l’Abbaye-Saint-Germain, 10.
- Calla (#}, ingénieur-mécanicien, membre de la Chambre de commerce de Paris, rue Lafavette, 11.
- Baude (O. inspecteur général des ponts et chaussées, rue Royale-Saint-Honoré, 13.
- Alcan (j$£), ingénieur civil, professeur au Conservatoire impérial des arts et métiers, rue du Faubourg-Poissonnière, 98.
- Duméry, ingénieur-mécanicien, rue du Monceau, 8.
- Pihet (Eugène), ancien constructeur-mécanicien, rue Neuve-Popincourt, 3.
- Callon ($0, ingénieur en chef, professeur à l’École des mines, rue de Condé,24.
- Froment (O. ^), ingénieur en instruments de précision, rue Notre-Dame-des-Champs, 85.
- Membres adjoints.
- Tresca (^), sous-directeur du Conservatoire impérial des arts et métiers, rue Saint-Martin, 292.
- Phillips (^), ingénieur des mines, professeur à l’École centrale, avenue des Champs-Élysées, 115.
- Cave aîné (^), ingénieur-mécanicien, place Lafayette, 114.
- Bois (Victor), ingénieur civil, rue de Turin, 15.
- Comité des arts chimiques.
- Membres titulaires.
- Gaultier de Claubry (O. ^), professeur à l’École de pharmacie, membre de l’Académie impériale de médecine, rue des Fossés-Saint-Victor, 45.
- Payen (C. membre de l’Académie des sciences, secrétaire perpétuel de la Société impériale et centrale d’agriculture, etc., rue Saint-Martin, 292, et à Paris-Grenelle, rue Violet, 77.
- Bussy (O. •$£), membre de l’Académie des sciences, de l’Académie impériale de médecine, directeur de l’École de pharmacie, rue du Faubourg-Saint-Denis, 188.
- Frémy (O. membre de l’Académie des sciences, professeur de chimie à l’École polytechnique et au Muséum d’histoire naturelle, rue Cuvier, 33.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION.
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- Année e l’entrée au Conseil.
- 1844. —
- 1844. —
- 1846. —
- 1847. —
- 1851. — 1851. — 1851. — 1851. —
- 1832. — 1840. —
- 1840. —
- 1840. —
- 1840. —
- 1856. —
- 1856. —
- 1856. —
- 1859. —
- Balard (C. membre de l’Académie des sciences, professeur de chimie à l’École polytechnique et à la Faculté des sciences, rue de l’Ouest, 72.
- Cahours (O. examinateur des élèves de l’École impériale polytechnique, essayeur à la Monnaie, quaiConti, 11.
- Le baron Thénard (P.) (j&), membre de l’Académie des sciences, membre du conseil général de la Côte-d’Or, place Saint-Sulpice, 6.
- Lerlanc (Félix) ($t), répétiteur à l’École impériale polytechnique et à l’École centrale, vérificateur de l’éclairage municipal, rue de la Vieille-Estrapade, 9.
- Membres adjoints.
- Barral (O. ^), ancien élève de l’École polytechnique, membre de la Société impériale et centrale d’agriculture, rue Notre-Dame-des-Champs, 82.
- Barreswil (%), professeur de chimie, membre du comité des arts et manufactures, rue Saint-Florentin, 16.
- Jacquelain, licencié ès sciences physiques, préparateur à l’École centrale, rue Soufflot, 10.
- Salvétat (%), chef des travaux chimiques à la Manufacture impériale de porcelaines, professeur à l’École centrale des arts et manufactures, à la manufacture de porcelaines de Sèvres (Seine-et-Oise).
- Comité des arts économiques.
- Membres titulaires.
- Herpin, docteur en médecine, rue Taranne, 7.
- Le baron E. de Silvestre, ancien élève de l’École polytechnique, rue de Ver-neuil, 33.
- Becquerel (E.) ($0, membre de l’Académie des sciences, professeur au Conservatoire impérial des arts et métiers, rue Cuvier, 57.
- Priestley (Ch.), répétiteur à l’École centrale des arts et manufactures, rue Saint-Gilles, 17, au Marais.
- Silbermann aîné ($<), conservateur des collections du Conservatoire impérial des arts et métiers, rue Saint-Martin, 292.
- Lissajous (^) , professeur de physique au lycée Saint-Louis, rue Saint-Placide, 60.
- Trélat (%), architecte, professeur au Conservatoire impérial des arts et métiers, rue de la Tour-d’Auvergne, 37.
- Le comte du Moncel (Th.) (^), ingénieur électricien de l’Administration des lignes télégraphiques, rue de Hambourg, 7.
- Duchesne (^), docteur en médecine, membre du Conseil d’hygiène publique et de salubrité, rue d’Assas, 1.
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- Année de Tentrte an Conseil.
- CONSEIL D ADMINISTRATION.
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- 1852. —
- 1860. — 1861. —
- 1861. —
- 1862. — 1862. —
- 1864. —
- 1828. — 1844. — 1846. —
- 1849. — 1851. —
- 1856. —
- 1856. —
- 1863. —
- 1864. —
- 1852. —
- Membres adjoints.
- Clerget ($t), receveur principal des douanes, au Havre (Seine-Inférieure), et à Paris, rue de l’Université, 25.
- Molinos (Léon) (^), ingénieur-architecte, rue Blanche, 46.
- Le Roux, répétiteur de physique à l’École impériale polytechnique, rue de Braque, 4.
- Jamin (^0, professeur de physique à la Faculté des sciences et à l’École impériale polytechnique, rue Soufflot, 24.
- Peligot (Henri), ingénieur, rue Bleue, 5.
- De Luynes (Victor), ancien professeur de chimie et de physique, rue Madame, 44.
- Blanchet (-^), ancien élève de l’École impériale polytechnique, ancien membre du tribunal de commerce, rne d’Hauteville, 26.
- Comité d’agriculture.
- Membres titulaires.
- Huzard (O. ^), membre de la Société impériale et centrale d’agriculture, de l’Académie de médecine et du Conseil de salubrité, rue de l’Éperon, 5.
- Darblay aîné (O. ^), membre de la Société impériale et centrale d’agriculture, rue de Lille, 74.
- Moll ($t), membre de la Société impériale et centrale d’agriculture, professeur au Conservatoire des arts et métiers, à Vaujours, près Livry (Seine-et-Oise), et rue Saint-Martin, 292.
- Brongaiart (A.) (C. ^), membre de l’Académie des sciences, professeur au Muséum d’histoire naturelle, rue Cuvier, 57.
- Dailly (Ad.) (^), membre de la Société impériale et centrale d’agriculture, rue Pigalle, 6.
- Mangon (Hervé) (^), ingénieur des ponts et chaussées, professeur à l’École impériale des ponts et chaussées et au Conservatoire impérial des arts et métiers, rue de Grenelle-Saint-Germain, 42.
- Bourgeois (-^), membre de la Société impériale et centrale d’agriculture, au Perray, près Rambouillet (Seine-et-Oise).
- Boitel (^), inspecteur général de l’agriculture, rue Madame, 34.
- Chatin ($$), professeur à l’École de pharmacie, rue de Rennes, 11 ter.
- Membre adjoint.
- Jourdier, propriétaire-cultivateur, membre de sociétés d’agriculture, rue de Gravelle, 2, à Versailles (Seine-et-Oise) ; et à Paris, rue du Faubourg-Montmartre, 10.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- Année de l'entrée an Conseil.
- 1844. —
- 1844. — 1846. —
- 1846. — 1852. —
- 1856. —
- 1858. —
- 1864. —
- 1864. —
- 1825. —
- 1854. —
- 1845. —
- 1846. —
- 1840. —
- 1805. —
- 1824. —
- 1823. —
- Comité de commerce.
- Membres titulaires.
- Gaulthier de Rumilly ($0, ancien conseiller d’État, à Fleury, près d’Amiens (Somme).
- Chapelle (-$£), ingénieur-mécanicien, boulevard Beaumarchais, 102.
- Biétry (O. $0, manufacturier, président du Conseil des prud’hommes, boulevard des Capucines, 41.
- Delessert (B.) (•$£), banquier, rue Montmartre, 176.
- Julien (O. *&), directeur du commerce intérieur au Ministère de l’agriculture, du commerce et des travaux publics, rue de Varenne, 78 bis.
- Block (Maurice), membre de plusieurs académies, rue de l’Assomption, 23, à Auteuil-Paris.
- Rondot (Natalis) (O. délégué de la Chambre de commerce de Lyon, rue Meslay, 24.
- Lavollée (•?$£), administrateur delà Compagnie générale des omnibus, grande rue de Passy, 80.
- Milliet (Gratien) (^), manufacturier, rue Boursault, 14.
- MEMBRES HONORAIRES.
- Trésorier.
- Agasse ($£), notaire honoraire, rue du Bac, 86.
- Commission des fonds.
- Mimerel (C. $<), de Roubaix, sénateur, rue de la Ferme-des-Mathurins, 30.
- Comité des arts mécaniques.
- Kerris (•*}£), ingénieur de la marine, à Toulon (Var).
- Feray (E.) (O. %)} manufacturier, ancien membre du Conseil général des manufactures, à Essonne (Seine-et-Oise).
- Le Chatelier (O. ^), ingénieur en chef au corps impérial des mines, rue de Vaugirard, 63.
- Comité des arts chimiques.
- Boullay (O. ^), docteur ès sciences, membre de l’Aeadémie impériale de médecine, rue Bourdaloue, 7.
- Comité des arts économiques.
- Pouillet (O. membre de l’Académie des sciences, rue Saint-Louis, 97, au Marais.
- Comité de commerce.
- Delessert (F.) (O. $0, membre de l’Académie des sciences, rue Montmartre, 176.
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- ORGUES.
- ORGUES.
- Rapport fait par M. Liss.vjous, au nom des comités des arts économiques et mécaniques, et de la commission des beaux-arts appliqués à l'industrie, sur le grand Orgue de Saint-Sulpice, à Paris, reconstruit par M. Aristide Cavaillé-Coll, rue de Vaugirard, 94 et 96.
- Messieurs, le Conseil de la Société a été saisi, à plusieurs reprises, par M. Cavaillé-Coll, de diverses communications relatives à des perfectionnements importants introduits par lui dans la facture des orgues d’église. Vos comités ont dû attendre, pour se prononcer, que l’expérience ait décidé sur la valeur pratique de quelques-unes de ces inventions. Aujourd’hui l’épreuve est complète, et le grand orgue de Saint-Sulpice, soumis par M. Cavaillé à notre examen, nous offre, dans un ensemble monumental, le type le plus complet des progrès réalisés par cet artiste dans la construction des orgues. Vos comités, après avoir suivi ce travail dans ses diverses phases, ont pu constater la réussite complète du facteur. Une expérience de plus d’une année a consacré le succès des mécanismes nouveaux introduits par lui dans son instrument, et nous pouvons, aujourd’hui, vous apporter avec confiance le résultat de notre appréciation.
- L’orgue de Saint-Sulpice, construit dans le courant du siècle dernier par le célèbre Cliquot et inauguré le 17 mai 1781, avait été lobjet de diverses restaurations, lorsque M. Cavaillé fut chargé, en 1857, de remettre cet instrument au niveau des progrès les plus récents accomplis dans la facture. M. Cavaillé, au lieu de se borner à une simple restauration, comprit qu’il n’atteindrait le but que par une reconstruction complète. 11 ne conserva donc de 1 ancien instrument que les matériaux, c’est-à-dire les sommiers et les tuyaux. Mais les sommiers, modifiés dans leur distribution, ne diffèrent aujourd’hui des sommiers neufs que par les avantages incontestables résultant de l’emploi d’un bois âgé de trois quarts de siècle. Les tuyaux, par suite du changement de diapason, ont dû être modifiés dans leurs proportions, remis en harmonie, et, si le métal qui les compose est encore l’alliage fondu par Cliquot, la voix qu’ils font entendre est l’œuvre de M. Cavaillé-Coll. La disposition intérieure de l’orgue a été également modifiée de fond en comble; il ne reste donc de l’ancien instrument que quelques Tome XII. — 64e année, 2e série. — Janvier 1865. 2
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- ORGUES.
- matériaux habilement mis en œuvre, et le souvenir du succès mérité que cet orgue obtint lors de sa première inauguration.
- Parmi les problèmes qu’offre la construction d’un orgue d’église, un des plus difficiles à résoudre est celui qui consiste à disposer, dans un espace relativement restreint, les organes nombreux et variés de cette gigantesque machine, de façon qu’on puisse la visiter sans difficultés, porter remède aux dérangements qu’un mécanisme aussi compliqué est exposé à subir. Ce problème, M. Cavaillé-Coll l’a résolu à Saint-Sulpice de la façon la plus heureuse.
- Au lieu de concentrer tous les organes de l’instrument dans la partie inférieure du buffet, comme on l’avait fait auparavant, il les a répartis méthodiquement dans toute la hauteur, et, pour gagner encore de l’espace, ila même utilisé le dessus du buffet, où il a placé la boite du récit expressif, qui renferme à elle seule vingt-deux jeux. L’instrument a été divisé par des planchers intermédiaires en sept étages distincts, depuis le sol de la tribune jusqu’à la voûte de l’église. Parmi ces étages, le troisième, le cinquième et le septième sont affectés à la partie acoustique de l’instrument, c’est-à-dire aux sommiers portant les tuyaux ; les étages intermédiaires et les deux étages inférieurs sont occupés par les mécanismes moteurs et les diverses parties de la soufflerie. C’est grâce à ces dispositions que M. Cavaillé a pu faire tenir à l’aise un instrument de cent jeux dans un buffet construit primitivement pour soixante-quatre , dont plusieurs n’occupaient pas toute l’étendue du clavier, et y ajouter encore un nombre considérable de mécanismes nouveaux, tout en conservant, dans tout l’instrument, un ordre parfait et un accès facile, conditions si nécessaires à son entretien et à sa conservation. M. Cavaillé a même pu trouver place, dans le grand buffet, pour dix-huit jeux qui occupaient primilivement le buffet de positif où sont placés aujourd’hui les claviers.
- M. Cavaillé a employé dans cet orgue les perfectionnements qu’il avait déjà appliqués dans des instruments antérieurs, et notamment dans l’orgue de Saint-Vincent-de-Paul, examiné en 1854 par le comité des arts mécaniques (M. Calla, rapporteur) (1 ) : ainsi la soufflerie présente plusieurs pressions de vent, variant de 10 à 15 centimètres ; les basses et les dessus de l’instru-trument, dans chaque jeu, sont alimentés par l’air à des pressions différentes, seul moyen d’avoir à la fois la rondeur dans les basses et le mordant
- (1) Voir Bulletin de 1854, 2e série, t. I, p. 329,
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- ORGUES.
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- dans les dessus. Les sommiers sont à double laie avec soupapes de distribution du vent mues par des pédales de combinaison, ce qui permet de faire parler les jeux de fond et les jeux d’anches séparément ou ensemble sans qu.e leur sonorité soit altérée. Les jeux harmoniques, introduits par M. Cavaillé dans la facture moderne, sont largement représentés dans cet orgue ; enfin on y trouve l’application la plus étendue de tous les procédés dont M. Cavaillé a enrichi l’art du facteur et qu’il a depuis longtemps livrés au domaine public. Mais ce que nous avons surtout à signaler, ce sont les moyens nouveaux dont ce facteur a fait usage dans cet instrument, et d’abord la règle pratique employée par lui pour déterminer les proportions exactes de chaque jeu, règle dont il a fait usage depuis assez longtemps avant de la publier.
- Dans les anciennes orgues, les tuyaux étaient coupés d’abord à une certaine longueur, d’après des diapasons établis expérimentalement, puis ensuite, pour les mettre au ton, il fallait les raccourcir petit à petit jusqu’à l’accord exact, et, comme, d’ailleurs, ils avaient été préalablement embouchés de façon à parler d’une manière satisfaisante, ce travail nouveau en modifiait les proportions et en altérait le timbre, l’accordeur faisait le reste, et il résultait de là une inégalité de timbre souvent choquante, surtout quand ce travail de patience était exécuté par un ouvrier négligent ou inexpérimenté.
- M. Cavaillé a donné à la coupe des tuyaux une précision telle que ce travail est réduit à une œuvre purement mécanique, qu’un simple apprenti peut exécuter avec la règle, le compas et la scie. Pour comprendre le principe de cette méthode, il est nécessaire d’entrer ici dans quelques détails d’acoustique. Les travaux de Daniel Bernouiili ont établi la relation qui existe entre la longueur d’un tuyau, le nombre de vibrations du son qu’il doit rendre, et la vitesse de propagation du son dans le gaz au sein duquel le tuyau doit parler. Cette longueur, pour un tuyau ouvert aux deux bouts, est égale à la vitesse du son divisée par le nombre de vibrations simples exécutées dans une seconde par le tuyau. Cette loi, très-sensiblement vraie pour un tuyau embouché à plein orifice, comme, par exemple, un tube dans lequel on souffle à distance, ou qu’on inet en vibration en choquant brusquement son orifice avec la paume de la main, devient inexacte dans un tuyau à bouche tel qu’on les emploie dans les orgues. L’orifice inférieur, étant masqué en partie par le pied du tuyau, celui-ci rend un son plus grave que le son déduit de la loi de Bernouiili; donc, si on veut l’accorder
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- ORGUES.
- au ton voulu, il ne faut pas lui donner pour longueur le quotient de la vitesse du son par le nombre de vibrations, quotient qui n’est autre que la longueur d’onde simple correspondant au son donné, mais il faut diminuer cette longueur d’une certaine quantité. C’est là une correction inévitable, que la connaissance la plus élémentaire des lois de l’acoustique ferait prévoir, si l’expérience ne la constatait de la façon la plus évidente, mais dont la pratique seule peut donner dans chaque cas la valeur exacte.
- Cette correction doit, en effet, dépendre de la forme de la section donnée au tuyau, de la disposition de l’embouchure, de la pression du vent, et paraît donc, à priori, devoir être assez compliquée. Divers expérimentateurs, et notamment Wertheim et Masson, ont fait, sur ce sujet, des études intéressantes, mais qui n’ont pas donné de résultat dont la facture ait pu tirer parti. M. Cavaillé-Coll, se restreignant exclusivement aux conditions de la pratique, a donné une règle qui n’est évidemment applicable qu’aux tuyaux d’orgue, tels qu’on les construit aujourd’hui, embouchés de façon à parler nettement sous les pressions de vent en usage. Mais cette règle, par cela même qu’elle ne s’applique qu’aux seuls cas réalisés dans la facture des orgues, est d’une simplicité extrême, et d’une application facile. Voici en quoi elle consiste : de la longueur calculée par la règle de Bernouilli, on retranche, dans le cas de tuyaux à section rectangulaire, le double de la profondeur du tuyau, et, dans le cas des tuyaux cylindriques, les 5/3 du diamètre. Ainsi coupé, le tuyau est si près du ton, qu’il est à peine nécessaire de le retoucher à l’aide de l’accordoir ou des oreilles. Pour le cas des tuyaux bouchés, on prend, au lieu de la longueur d’onde simple, la demi-longueur d’onde correspondant au son du tuyau.
- M. Cavaillé a également apporté dans la construction des tuyaux ouverts une modification importante, qui a l’avantage d’en rendre le son plus puissant, l’accord sur place plus commode, plus fixe, et d’éviter les déformations que la pression de l’ancien accordoir faisait parfois subir aux tuyaux eux-mêmes.
- On avait reconnu, antérieurement, que la sonorité des tuyaux ouverts est notablement modifiée quand on perce, à une petite distance de l’ouverture supérieure, un trou d’un diamètre à peu près égal au tiers du diamètre du tuyau. Celte modification de timbre fit imaginer un jeu nouveau, qui fut même importé en France, pour la première fois, dans l’orgue de Saint-Sulpice, sous le nom de kéraulophone. L’origine du premier emploi de ce moyen pour modifier le timbre des tuyaux n’est pas nettement établie. 11
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- ORGUES.
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- y a longtemps, du reste, que l’influence des ouvertures latérales sur le timbre des tuyaux a été constatée sur les tuyaux de montre, dont on raccourcit la colonne d’air par des ouvertures intérieures, qui laissent à la partie visible du tuyau la longueur exigée par l’architecture du buffet. Mais l’application d’un trou unique pratiqué à une petite distance de l’extrémité, à la manière du premier trou de la flûte, est due probablement à MM. Marcussen et Reuter, facteurs à Apenrade, en Danemark. C’est sur leur indication que M. Walker, célèbre facteur allemand, l’a appliqué, et il a transmis ces indications à MM. Batz et Witte, facteurs du roi en Hollande, qui en ont fait usage pour les jeux de gambe et salicional, dès l’année 1848. M. Hill, de son côté, transmit à M. Cavaillé, dès 1846, le diapason d’un jeu de cette nature qu’il appelait hohlflœte. Ce moyen était donc connu des facteurs.
- On avait même employé, au lieu d’un simple trou, une ouverture rectangulaire ; au lieu de détacher complètement la lame de métal qu’il fallait enlever au tuyau, on se contentait de la séparer sur trois côtés seulement, et de la rouler de manière à la rabattre extérieurement en forme de bourrelet cylindrique sur le côté horizontal inférieur. De cette manière, en déroulant ou en roulant le bourrelet d’une très-petite quantité, il devenait facile de masquer ou démasquer la base de l’ouverture, et de modifier, dans les limites nécessaires, l’accord primitif du tuyau. Seulement, pour que ce moyen donnât des résultats satisfaisants, il fallait déterminer avec grande précision la position et les dimensions exactes de l’ouverture.
- C’est en cela que consiste la part personnelle de M. Cavaillé, et elle est d’autant plus importante qu’elle a permis de généraliser ce moyen, et de l’appliquer à tous les jeux, sans en modifier, outre mesure, le timbre, et en leur donnant plus de mordant, de puissance et de netteté dans l’articulation.
- La règle adoptée par M. Cavaillé est analogue à celle que nous avons citée plus haut pour les tuyaux ouverts simplement à l’extrémité. Cette règle consiste, dans le cas des tuyaux cylindriques, à donner au corps du tuyau la longueur exacte de l’onde diminuée des 2/3 du diamètre, puis à prendre, à partir de l’extrémité, une distance égale au diamètre; on a ainsi le point de départ de l’ouverture, que l’on étend dans le sens de la longueur du tuyau à une distance égale aux 2/3 du diamètre, sur une largeur égale à 1 /3 seulement.
- Les règles pratiques données par M. Cavaillé-Coll pour la construction de
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- ces diverses sortes de tuyaux se vérifient avec une exactitude parfaite, aussi bien que celles qu’il a données pour la construction des tuyaux harmoniques. Cette dernière consiste, selon qu’on veut avoir le premier, le deuxième ou le troisième harmonique, à prendre deux, trois, quatre fois la longueur d’onde, à retrancher sur cette longueur totale 5/3 du diamètre, on a ainsi la longueur exacte du corps des tuyaux. On prend ensuite, à partir du bout ouvert, une distance égale à la longueur d’onde, et on perce en ce point un très-petit trou qui suffit pour faire sortir le son harmonique voulu, si d’ailleurs la hauteur de la bouche correspond au son que l’on doit avoir.
- Toutes ces règles pratiques permettent d’arriver, de la façon la plus sûre et la plus rapide, à un accord satisfaisant pour tous les jeux, et l’exactitude de ces divers moyens est vérifiée par la pratique quotidienne des ateliers de M. Cavaillé-Coll. Indépendamment des expériences faites devant le Conseil de la Société, en séance publique, votre rapporteur a suivi l’application de ces principes à la mise au ton de l’orgue de l’Opéra, lors de la réforme du diapason, et il a pu constater que les tuyaux coupés par un simple apprenti étaient sensiblement d’accord, et n’avaient à subir, pour la mise en harmonie, qu’un travail d’égalisation rapide exécuté par une main habile.
- C’est par l’emploi de ces divers moyens, joints à ceux déjà en usage, que M. Cavaillé est arrivé à donner aux jeux de l’orgue de Saint-Sulpice cette égalité et cette bonne harmonie qui le caractérisent. L’emploi d’une soufflerie considérable, dont les divers organes sont distribués dans les différents étages de l’orgue, permet de satisfaire à toutes les exigences de l’exécution. Cette soufflerie, composée de six grands réservoirs alimentaires et de treize réservoirs régulateurs placés sous les sommiers, contient, en effet, 30,000 litres d’air, et est alimentée par cinq couples de pompes pouvant fournir 500 litres par seconde.
- Ce n’est pas seulement dans la partie acoustique de l’orgue que M. Cavaillé s’est distingué. C’est surtout dans la partie mécanique que nous voyons figurer pour la première fois une innovation hardie dont le succès ne pouvait être constaté que par une expérience journalière d’une durée suffisante; nous voulons parler des nouveaux moteurs pneumatiques à l’aide desquels se produit, dans l’orgue de Saint-Sulpice, le mouvement des registres. Lorsque M. Cavaillé fut chargé de la reconstruction de cet instrument, il résolut de déplacer le clavier enfoui sous le buffet d’orgue, et d’obtenir, en supprimant le buffet du positif, la place nécessaire pour disposer en avant de l’instrument un de ces systèmes de clavier en console, d’où l’organiste a le
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- double avantage d’entendre ce qu’il exécute et de voir ce que les besoins du service divin lui imposent de faire. Le résultat eût été plus complet à ce dernier point de vue si des exigences architecturales sur lesquelles il ne nous est pas permis de nous prononcer n’eussent déterminé, jusqu’à présent, le maintien de l’enveloppe extérieure appartenant à l’ancien buffet de positif. Quoi qu’il en soit, l’installation du meuble des claviers présentait des difficultés de tout genre. Comment, en effet, disposer à portée de l’organiste cent registres de tirage, et en outre trouver, tant dans l’intérieur du meuble que sous l’épaisseur du plancher, la place de toutes les transmissions correspondant aux^cinq claviers, aux cent dix-huit registres, aux vingt pédales de combinaison que l’orgue devait présenter? De toutes ces difficultés, la plus grande était de mettre les registres à portée de l’organiste sans masquer la partie supérieure des claviers, qui devait rester libre dans toute son étendue. Pour vaincre cette difficulté, M. Cavaillé a imaginé d’appliquer au mouvement des registres un principe analogue à celui du levier pneumatique, inventé par M. Barker pour alléger la résistance des claviers. Le mécanisme Barker consiste dans l’emploi d’un soufflet moteur interposé entre la touche et la soupape que le doigt de l’organiste posé sur la touche doit faire mouvoir, afin de faire parler telle ou telle série de tuyaux. Ce soufflet, mis en relation avec la soufflerie par . un porte-vent et une soupape spéciale sur laquelle agit la touche, se gonfle et exerce un effort suffisant pour vaincre la résistance de la soupape placée dans le sommier. Ce n’est donc pas sur cette soupape à large surface que s’exerce l’effort du doigt de l’organiste, mais bien sur la petite soupape alimentaire placée dans le soufflet moteur.
- Chaque touche du clavier a ainsi son soufflet moteur placé quelque part, et l’ensemble de tous ces petits moteurs distincts, groupés habilement dans un petit espace, constitue cette machine à laquelle, malgré les perfectionnements que M. Cavaillé y a apportés, on a conservé avec raison le nom de machine Barker. Il est bien évident qu’en interposant un organe analogue entre le bouton de registre sur lequel l’organiste agit, et le registre qu’il doit déplacer, malgré des frottements considérables, on réduira considérablement la part du travail mécanique réservée à l’organiste, en empruntant ce même travail aux dépens de la soufflerie, c’est-à-dire à la force physique du souffleur. C’est là une pensée éminemment heureuse que de soulager l’organiste de tout le travail que l’on peut, sans inconvénient, mettre à la charge d’un manœuvre, et de réduire, autant que possible, ses efforts à ce qui est du domaine de l’art.
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- Cette pensée a dû germer dans la tête de plus d’un facteur, et l’application d’une double machine Barker, l’une pour tirer, l’autre pour pousser les registres, était trop naturellement indiquée pour ne pas avoir été proposée ou tentée par divers facteurs. Il a été fait à ce sujet divers essais en Angleterre par M. Hill et M. Willis. M. Martin, de Provins, a également proposé, dans un brevet, l’application du levier pneumatique au mouvement des registres; mais ce qui appartient à M. Cavaillé, c’est d’avoir réalisé cette pensée au moyen d’un moteur à double effet, d’une disposition spéciale, approprié de la façon ia plus heureuse au service de l’orgue et au mouvement des registres, c’est de ne pas être resté dans le domaine des projets ou des épreuves imparfaites, et d’avoir fait de son procédé personnel une expérience sérieuse et décisive. Nous croyons donc que, malgré les prétentions soulevées à cet égard, il n’existe, entre les moteurs pneumatiques de M. Cavaillé et la machine Barker appliquée au clavier, aucun intermédiaire dont il y ail lieu de tenir compte.
- L’appareil de M. Cavaillé se compose d’une boîte ou laie horizontale divisée en trois compartiments par deux cloisons intermédiaires. Au-dessus et au-dessous de cette laie sont deux petits réservoirs à plis parallèles dont les tables sont solidaires, de telle sorte que l’un d’eux ne peut s’ouvrir sans que l’autre se ferme, et réciproquement. Des trois compartiments de la laie, le compartiment intermédiaire communique seul avec la soufflerie, les compartiments extrêmes communiquent avec l’air extérieur ou avec l’un des deux réservoirs. Une tige horizontale traverse la laie de part en part dans le sens perpendiculaire aux cloisons et passe à travers quatre ouvertures pratiquées sur les parois des divers compartiments et situées sur une même ligne droite. Cette tige porte quatre bouchons coniques ou soupapes, dont deux à l’intérieur du compartiment central et deux au dehors des compartiments extrêmes. Ces bouchons sont réglés de telle sorte que, quand la tige est poussée à fond dans un sens, le vent passe du compartiment intermédiaire dans l’un des compartiments extrêmes, et de là dans le premier réservoir, tandis que l’autre communique avec l’air par le deuxième compartiment extrême; quand la tige est poussée à fond dans l’autre sens, c’est le deuxième réservoir qui reçoit le vent et le premier qui le perd. Un système de levier articulé transmet l’action du moteur au registre, et un système de tringles de tirage transmet l’action du bouton de registre à la tige qui porte les soupapes.
- Il résulte de là un certain nombre d’avantages que nous allons énumérer:
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- d’abord la course des boutons de registre est réduite à 2 ou 3 centimètres , puisque le travail mécanique qu’ils ont à effectuer est très-faible ; secondement, au lieu de ces pièces résistantes et d’une forte section qui transmettent l’action delà main de l’organiste aux registres, on n’a plus besoin que de minces vergettes de bois, sortes de rubans flexibles contre-tendus par des ressorts, qui, en raison de leur faible section, se groupent en faisceaux étroits, et passent facilement à travers les interstices de l’orgue. Aussi M. Cavaillé a-t-il pu maintenir dans des limites raisonnables les dimensions du meuble de clavier, et disposer les cent dix-huit boutons de registre qu’il présente sur cinq rangées étagées concentriquement en amphithéâtre sur deux quarts de cercle placés à droite et à gauche, à portée de la main de l’organiste. Quant aux moteurs eux-mêmes, dont le nombre est égal à celui des registres, M. Cavaillé les a groupés en séries correspondantes à chaque sommier, et disposés à l’étage immédiatement inférieur, de façon à rendre leur action aussi directe que possible. De plus, le porte-vent qui amène l’air comprimé dans une même série de moteurs correspondant à un même clavier est muni d’une soupape d’admission que l’on ouvre ou que l’on ferme à l’aide d’un bouton de registre spécial. Cette disposition, qui a pour but d’éviter les pertes inévitables de vent qui pourraient se produire par les soupapes des moteurs, a l’avantage de fournir un système de registre de combinaison tout à fait nouveau dans l’orgue. En effet, quand le vent n’est pas admis dans les moteurs, on peut manœuvrer impunément les boutons des registres ; les soufflets moteurs conservent leur position, et le registre ne fait aucun mouvement. Mais vient-on à tirer le registre de combinaison qui lance le vent dans les séries des moteurs, immédiatement tous ceux dont les boutons sont tirés fonctionnent pour ouvrir les registres correspondants, si ceux-ci ne le sont pas encore ; et ceux dont les boutons sont repoussés exécutent la manœuvre inverse, si les registres correspondants ne sont pas fermés. On peut donc, quand un certain nombre de jeux fonctionnent dans l’orgue, refermer les boutons de combinaison, puis repousser les registres tirés et en tirer d’autres, de manière à préparer une combinaison nouvelle de jeux ; l'ancienne combinaison continue à fonctionner tant que les boutons des registres de combinaison ne sont pas tirés; mais, dès qu’on les lire, le changement préparé s’opère, et cette substitution, aussi rapide qu’inattendue, se fait à la volonté de l’organiste, par la manœuvre d’un seul registre à chaque clavier.
- Il y a là toute une série de ressources nouvelles offertes aux organistes.
- Tome XII. — 61e année. 2e série. — Janvier 1865. 3
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- î/ habile organiste de Saint-Sulpice, M. Lefébure-Wély, en a fait ressortir tous les avantages aux yeux des comités, avec autant d’empressement que de talent.
- Notre tâche se termine ici, Messieurs, car votre rapporteur n’a pas à vous rappeler tous les moyens déjà connus, toutes les dispositions ingénieuses que M. Cavaillé emploie depuis longtemps dans ses orgues, et qui ont donné à tous ses travaux un caractère de supériorité incontestable. Cependant nous croyons, avant de conclure, devoir encore attirer votre attention sur les difficultés considérables que présentait à M. Cavaillé un buffet dont la disposition est aussi peu favorable que possible à la libre émission des sons. On ne peut s’empêcher, en voyant la multiplicité des jeux de cet orgue, leur puissante articulation, de regretter qu’un si bel instrument soit étouffé dans un meuble fermé qui ne laisse issue aux ondes sonores que par les faibles interstices des tuyaux de la montre. D’épais entablements, des frises surbaissées, d’énormes colonnes à large base, à vaste chapiteau, et jusqu’à des statues gigantesques groupées comme à dessein devant la base conique des tuyaux de montre, là où le son a un peu plus d’espace pour sortir; tout, dans la décoration extérieure de cet orgue, semble avoir été conçu dans le but de nuire, autant que possible, à l’effet acoustique de l’instrument. C’est donc un mérite de plus, de la part de M. Cavaillé, d’avoir triomphé sur un terrain aussi ingrat. Votre rapporteur a été témoin, comme membre de la commission chargée de surveiller la restauration de l’orgue de Saint-Sulpice, des efforts tentés par ce facteur pour obtenir que l’architecture du buffet fût améliorée au point de vue acoustique; mais on a craint de toucher en quoi que ce soit à l’œuvre peu heureuse de l’architecte Chalgrin.
- Il était difficile de mieux justifier ce que don Bedos écrivait il y a près d’un siècle, dans son célèbre Traité :
- « Lorsqu’on veut, dit-il, faire construire un orgue, on est dans l’usage, surtout en certaines villes, de s’adresser premièrement à un architecte, que l’on charge de construire la tribune, de donner le dessin de l’orgue, d’en faire faire les buffets et de les mettre en place. On appelle ensuite un facteur d’orgues qui, malgré un nombre d’inconvénients qu’il trouve dans un local déjà fait et auxquels il n’est pas possible de remédier, du moins sans dépense souvent importante, est obligé de construire l’instrument le moins mal qu’il peut, selon la disposition et les dimensions qu’il a plu à l’architecte de donner au local et au buffet. »
- Ces paroles sont malheureusement encore vraies de nos jours, et, si vos
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- comités insistent sur ce point, c’est qu’ils ont pu s’assurer, dans l’orgue de Saint-Sulpice, de tout le préjudice porté à l’art musical par les exigences de l’architecture, toutes les fois que les architectes n’ont pas le courage, j’allais presque dire le bon sens, de subordonner, dans le plus merveilleux des instruments de musique, l’élément décoratif à l’élément acoustique.
- En résumé, Messieurs, vos comités n’hésitent pas à reconnaître que l’orgue de Saint-Sulpice est un chef-d’œuvre de dispositions intérieures, un modèle sous le rapport de la puissance de la distinction et de la variété des timbres. Dans cet immense travail, toutes les difficultés ont été vaincues avec autant d’habileté que de bonheur. Vos comités sont heureux que cette belle création leur ail permis de rendre une seconde fois hommage au talent bien connu d’un artiste qui porte si haut la réputation de la facture française. Ils vous proposent donc :
- 1° D’adresser à M. Aristide Cavaillé les félicitations du Conseil pour son beau travail, et de le remercier de ses intéressantes communications ;
- 2° D’insérer le présent rapport au Bulletin, avec la description détaillée et les dessins de l’orgue de Saint-Sulpice.
- Approuvé en séance, le 15 juillet 1863.
- Signé Lissajous , rapporteur.
- LÉGENDE EXPLICATIVE DES PLANCHES 310, 311, 312 et 313 REPRÉSENTANT LE GRAND ORGUE DE SAINT-SULPICE RECONSTRUIT PAR M. A. CAVAILLÉ-COLL.
- Dans cette description on n’a indiqué que les parties les plus importantes du mécanisme et des organes.
- Les lettres d’une planche n’ont aucun rapport de désignation avec celles d’une autre planche 5 enfin l’échelle est la même pour les planches 311, 312, 313, et se trouve sur la planche 312.
- Planche 310.
- Celte planche contient le squelette des différents plans de l’orgue pris au niveau de chaque étage.
- Fig. 1. Plan partiel de l’orgue, pris au niveau du plancher de la tribune.
- Fig. 2. Plan partiel du premier étage, où se trouve le mécanisme du grand chœur, du grand orgue et des pédales.
- Fig. 3. Pian partiel du deuxième étage, où sont placés les sommiers du grand chœur, du grand orgue et des pédales.
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- Fig. 4. Plan partiel du troisième étage, où est installé le mécanisme du positif et des bombardes.
- Fig. 5. Plan partiel du quatrième étage, renfermant les sommiers du positif et des bombardes.
- Fig. 6. Plan partiel du cinquième étage, où se trouvent le mécanisme du récit expressif et celui du sommier de la trompette à forte pression.
- Fig. 7. Plan du sixième étage contenant les sommiers du grand récit expressif.
- Fig. 1 et 2. A, plan du meuble où sont placés les cinq claviers et le pédalier de l’instrument ; ces cinq claviers sont disposés en retraite les uns au-dessus des autres.
- Ce plan indique également les boutons de registres au nombre de 118, et dont l’agencement amphithéâtral les met plus facilement à portée des mains de l’organiste; les têtes de ces boutons sont, d’ailleurs, coloriées par séries de différentes nuances, ce qui en facilite encore la recherche.
- B, siège permettant à l’artiste de se placer au centre des claviers, d’où il peut faire mouvoir tout le mécanisme de l’instrument.
- Fig. 1. C, section horizontale de l’un des quatre grands réservoirs à air placés à la base de l’orgue.
- D, sommier spécial pour la grosse flûte de 16 pieds de la pédale, dont les tuyaux sont placés horizontalement.
- E, demi-plan de la machine pneumatique du premier clavier, où viennent s’accoupler les autres claviers séparément ou en combinaisons variées.
- E', têtes des pédales motrices sur lesquelles agissent les souffleurs.
- Fig. 2. F, demi-plan de la machine spéciale du premier clavier correspondant au grand chœur.
- G, demi-plan de la machine spéciale du deuxième clavier du grand orgue.
- H H, appareil des nouveaux moteurs pneumatiques pour le tirage des registres du grand orgue et du grand chœur.
- 11, mécanisme des moteurs pneumatiques des registres de la pédale.
- K K, mécanisme des leviers pneumatiques de la pédale.
- L, L, sommiers de pédales, côté de l’ut.
- Fig. 3. M, M, sommiers du grand orgue et du grand chœur, côté de l’ut dièse.
- N, N, sommiers de pédales, côté de l’ut dièse.
- O, O, O, etc., sections horizontales des grands tuyaux de basse principale de 32 pieds; on en voit une pareille série, figure 4.
- O', demi-plan d’un réservoir d’air à forte pression, destiné à alimenter les moteurs pneumatiques des claviers et des registres.
- Fig. 4. P, demi-plan de la machine pneumatique du troisième clavier de bombardes.
- Q, demi-plan de la machine pneumatique du quatrième clavier du positif.
- R R, appareil des moteurs pneumatiques des registres du clavier de bombardes.
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- S S, mécanisme des moteurs pneumatiques du positif.
- T, sections horizontales des colonnes du buffet, également visibles, fig. 3.
- U, sections horizontales des tuyaux de montre.
- Y, piédestaux des statues placées au devant des tuyaux (1).
- Fig. 5. W, W, sommiers de bombardes, côté de l’ut dièse.
- X, X, sommiers du positif, côté de l’ut dièse.
- Fig. 6. Y, demi-plan delà machine pneumatique du clavier de récit.
- Z Z, appareil des moteurs pneumatiques pour les registres du récit.
- , moitié du sommier de la trompette à forte pression.
- , régulateur de pression de cette trompette.
- c, régulateur de pression du clavier de bombardes.
- Fig. 7. d, d, d, sommiers du grand récit expressif. e ë ë e, contour delà boite expressive à double paroi. e' e', division des lames de la jalousie mécanique.
- f, f, f, sections horizontales des grands tuyaux du principal de 32 pieds.
- g, g, g, g, sections horizontales des grands tuyaux de la bombarde de 32 pieds.
- Planche 311.
- Fig. 1. Section verticale passant par l’axe de l’orgue perpendiculairement à sa largeur, et comprenant la tribune, les premier et second étages.
- Fig. 2. Demi-section verticale des mêmes étages passant également par l’axe, mais faite par un plan perpendiculaire à celui de la figure 1. Cette demi-section est celle du côté droit en regardant la face extérieure de l’orgue.
- Ces deux figures correspondent aux plans des figures 1, 2 et 3 de la planche 310.
- A, représente les cinq claviers, le pédalier et leur mécanisme.
- Le premier clavier ou clavier inférieur est ce qu’on nomme le clavier du grand chœur; on peut y accoupler les effets des quatre autres claviers séparément ou suivant toutes les combinaisons possibles ;
- Le second clavier, placé immédiatement au-dessus, correspond au grand orgue;
- Le troisième clavier correspond au clavier de bombardes;
- Le quatrième est le clavier du positif;
- Enfin le cinquième est le clavier du récit expressif.
- Tous ces claviers sont complets ; ils comprennent l’étendue de quatre octaves et une quinte d’ut à sol, soit 56 notes.
- (1) M. Cavaillé-Coll fait remarquer que la seule inspection de ces énormes boiseries suffit pour faire comprendre l’obstacle que cette épaisse muraille de bois oppose à la libre propagation des sons de l’instrument.
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- B, clavier de pédales ; il est de forme allemande, et contient deux octaves et demie d’étendue, d’ut à fa (30 notes).
- Br, mécanisme transmettant le mouvement du pédalier aux machines pneumatiques des sommiers de pédales.
- C, C', etc., pédales de combinaisons, disposées au-dessus du pédalier précédent; elles sont au nombre de vingt.
- Ü', mécanisme transmettant le mouvement des registres aux moteurs pneumatiques correspondants.
- D (fig. 1 et 2), machine pneumatique du premier clavier sur laquelle viennent s’accoupler tous les autres claviers; elle est désignée par la lettre E sur la figure 1 de la planche 310.
- E, machine spéciale du grand chœur, désignée par F sur la figure 2, planche 310.
- F, machine spéciale du grand orgue (sur la figure 2, planche 310, elle est désignée par G).
- G, G', deux des quatre grands réservoirs de l’intérieur de l’orgue (l’un deux est indiqué en C, figure 1, planche 310).
- H, H', leviers articulés ordinaires destinés à maintenir l’égalité d’angle des plis, indispensable à l’égalité de pression qui doit exister dans toutes les positions des réservoirs.
- I, P, grands parallélogrammes articulés, reliés deux à deux par une tige transversale se maintenant constamment dans le plan méridien du réservoir et destinés à maintenir le parallélisme des tables mobiles de ces réservoirs. Ce système, dû à M. Cavailié-Coll, a été appliqué pour la première fois par lui au grand orgue de Saint-Denis, et exposé en 1839.
- J représente l’un des moteurs pneumatiques pour le mouvement des registres du grand orgue (désigné par H, pî. 310, fig. 2).
- J' est l’un des moteurs pneumatiques des registres de la pédale (voir en I, fig. 2, pl. 310).
- L’examen de la coupe de l’un de ces appareils indique la double fonction de ce nouveau genre de moteur, qui agit alternativement dans les deux sens, suivant la position des soupapes, comme le fait le piston d’une machine à vapeur.
- K K K, système de leviers articulés établis au-dessus des moteurs J (fig. 2, pl. 311), et auxquels sont réunies par des maillons les tables des soufflets moteurs; ces leviers ont à la fois pour fonction de régler le parallélisme de ces tables et de transmettre l’action motrice au registre par l’intermédiaire du levier double KG
- L, sommier du grand orgue (côté de l’ut) divisé en quatre parties.
- M est l’un des sommiers de pédales, côté de l’ut (voir N pour le côté de l’ut dièse, fig. 3, pl. 310).
- M', petit moteur pneumatique appliqué aux premières notes de la basse pour vaincre la résistance des grandes soupapes.
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- N, sommier spécial de la pédale de flûte de 16, placée horizontalement dans la base de l’orgue.
- O O', sommier du grand orgue et du grand chœur (désigné par M, fig. 3, pl. 310); O est la laie des jeux de fond du grand orgue; O' est celle des jeux d’anches composant le grand chœur. Sur cette dernière se trouvent les jeux de mutation, les pleins-jeux et les cornets.
- P, escalier conduisant au premier étage.
- La ligne ponctuée I, II, qui traverse la partie supérieure de la planche 311 clans toute sa largeur, est une ligne de repère qui se rapporte à la ligne I, 11 placée au bas de la planche 312.
- Planche 312.
- Fig. 1. Section verticale faisant suite à celle de la figure 1 de la planche 31 î et comprenant les troisième et quatrième étages de l’orgue.
- Fig 2. Demi-section verticale des mêmes étages faisant également suite à celle de la figure 2 de la planche précédente.
- Ces deux figures correspondent aux figures 4 et 5 de la planche 310.
- A, sommier du positif (désigné par X, fig. 5, pl. 310).
- B, sommier de bombardes (voir AV sur la fig. 5, pl. 310).
- Dans la figure 2, planche 312, B indique le sommier de bombardes du côté de Fut.
- C, machine pneumatique du clavier du positif (c’est Q sur la fig. 4, pl. 310).
- D (fig. 1 et 2, pl. 312), machine pneumatique du clavier de bombardes (c’est P sur la fig. 4, pl. 310).
- E, appareil des moteurs pneumatiques des registres du positif (voir S, fig. 4, pl. 310).
- F, moteurs pneumatiques des registres du clavier de bombardes (voir R, fig. 4, pl. 310).
- Les autres détails s’expliquent par leur correspondance avec ceux de la planche 311, en ayant soin d’assembler les deux planches suivant leur ligne commune de répété ï, II qui est le repère horizontal.
- Pour le repère vertical, les figures 1 des deux planches doivent s’assembler suivant les vergettes de tirage désignées par les chiffres 1-2; quant aux figures 2, leur repère vertical se trouve être l’axe vertical même des cadres des deux planches.
- Planche 313.
- Fig. 1. Section verticale faisant suite à celle de la figure 1 de la planche 312 m comprenant les cinquième et six;ème étages.
- Fig. 2. Demi-section verticale des mêmes étages, faisant également suite à celle de la figure 2 de la planche précédente.
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- ARTS MÉCANIQUES.
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- Ces deux figures correspondent aux figures 6 et 7 de la planche 310.
- A, sommiers du récit expressif (il est désigné par ddd> fig. 7, pl. 310).
- B, boîte expressive à double paroi (voir ee'e'e, fig. 7, pl. 310).
- C, régulateurs de la pression du vent pour l’alimentation du récit expressif.
- D, machine pneumatique du clavier de récit (voir Y sur la fig. 6, pl. 310).
- E, moteurs pneumatiques des registres du récit expressif (c’est Z sur la fig. 6,
- pl. 310).
- F, sommier de la trompette à forte pression agissant par le clavier de récit (voir a, fig. 0, pl. 310).
- G, G', H, H', etc , représentent la partie supérieure des basses de 32 pieds des plus
- grands jeux de l’orgue, de la principale basse et de la contre-bombarde, également
- toutes deux de 32 pieds (voir fff et g g g g, fig. 7, pl. 310).
- Cette planche se superpose à la planche 312 au moyen de la ligne commune de repère horizontal, III, IV, et-en mettant en prolongement l’un de l’autre les axes verticaux des cadres de ces deux planches. (M.)
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Benoît, au nom du comité des arts mécaniques, sur me règle a dessiner des courbes, présentée par M. Legey, d Athis-Mons ( Seine-et-Oise ).
- Messieurs, votre comité des arts mécaniques a examiné la règle à dessiner des courbes que M. Legey vous a présentée. Cet instrument est fort simple ; il se compose d’un râteau entre les dents duquel un ressort d’acier qui en est le second élément peut serpenter de mille manières. A l’une des extrémités de ce ressort est fixée une petite pièce en cuivre percée d’un trou cylindrique parallèle à son plat et perpendiculaire à sa longueur, dans lequel on engage une quelconque des dents du râteau pour donner un point d’appui à ce bout du ressort.
- Pour retenir l’autre bout libre du ressort et l’empêcher de glisser contre la dent du râteau où l’on veut terminer la courbe, M. Legey emploie un coulant à frottement, ayant deux gorges opposées parallèles, et par l’une desquelles on fait embrasser cette dernière dent du râteau, de manière à s’opposer ainsi soit au tirage, soit à la poussée du ressort.
- On conçoit que l’on peut, comme le dit l’inventeur, faire décrire à ce ressort des courbes plus ou moins voisines de la spirale et des sections coniques,
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- ARTS MÉCANIQUES.
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- ainsi que des courbes à inflexion et en forme de 8, très-variées, Il est clair, d’ailleurs, qu’en prenant note de la dent du râteau d’où part la courbe, de celle qui résiste à la poussée ou au tirage du ressort, du point de ce dernier où le coulant est placé, et enfin des intervalles des dents dans lesquels les passages du ressort s’effectuent, il sera possible de reproduire, au besoin, toute courbe formée, et même de produire la courbe qui en est le retournement, soit à droite, soit à gauche.
- Dans le but de faciliter cette notation, les dents du râteau, fichées à un écartement de 2 centimètres, sont affectées d’un numéro d’ordre, et le ressort présente des divisions espacées de 5 centimètres, à partir du bout servant de départ à la courbe et à la graduation dont elles sont accompagnées.
- On voit que la règle de M. Legey diffère entièrement des règles flexibles qui, à l’aide de vis de rappel et de vis de buttement, servent à relever une courbe passant par un certain nombre de points donnés sur une surface plane. Son objet est tout autre, quoiqu’il soit possible, dans son emploi comme cherche, de modifier plus-ou moins la courbure des diverses parties du ressort au moyen de petites cales ou arcs-boutants s’appuyant soit sur le râteau, soit sur d’autres parties du ressort lui-même.
- Il est, d’ailleurs, évident que cet instrument peut être construit de toute grandeur, en utilisant des bouts de ressorts de pendules et de montres, hors de service pour l’horlogerie, mais dont l’élasticité n’a pas été altérée par des déformations ou autres causes extérieures. Cette circonstance, qui doit en assurer le bon marché, donne à M. Legey l’espoir de le voir utilement remplacer « ces courbes en bois que l’on nomme pistolets. »
- Votre comité croit que l’instrument dont je viens d’avoir l’honneur de vous entretenir n’est pas sans utilité, et qu’il sera d’un bon usage lorsque l’inventeur en aura convenablement modifié le coulant, afin qu’il n’écarte pas, soit du râteau, soit du papier sur lequel on dessine, l’endroit de la rive du ressort où ce coulant est placé. Comme cette amélioration est, d’ailleurs, d’une réalisation facile, je suis chargé de vous proposer, Messieurs, 1° de remercier M. Legey de sa communication, 2° d’approuver sa règle à dessiner des courbes, 3° de publier ce rapport dans votre Bulletin.
- Signé Benoît, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 13 juillet 1864.
- Tome XII. — 64e année. 2e série.
- Janvier 1865.
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- Rapport fait par M. Barreswil, au nom du comité des arts chimiques, sur un procédé rapide pour éclaircir les tuyaux de plumes, présenté par M. Hélouis, 49, rue Meslay (l).
- Les bouts de plumes, dont on fait les cure-dents et les pinceaux, sont naturellement opaques; on les éclaircit, ou, comme on dit, on les dégraisse par un procédé fort simple pratiqué d’abord en Hollande, et que pour cette raison on appelle le hollandage. Ce procédé consiste à laisser les plumes à la cave pendant vingt-quatre heures ou plus, selon la grosseur ou la dureté, et à les soumettre, pendant un temps très-court, à l’effet d’une température qui varie de 120 à 130 degrés. Les plumes, pendant leur séjour à la cave, se sont ramollies en prenant de l’humidité. L’ouvrier chargé de les préparer les pique dans le sable chaud et les retire presque aussitôt, les racle avec un couteau de corne ; on les essuie avec un chiffon. Ainsi préparées, les plumes deviennent transparentes.
- Cet effet de l’action de la température me paraît consister en une hydratation et non en un dégraissage, attendu que la plume ne s’éclaircit pas par une immersion, même très-prolongée, dans les dissolvants ordinaires des corps gras, et quelle ne s’éclaircit pas non plus quand on ne la soumet pas préalablement à l’action amollissante de l’air humide de la cave. On peut, d’ailleurs, remplacer le séjour de vingt-quatre heures à la cave par un séjour de quelques heures dans l’eau.
- Quelques fabricants éclaircissent les bouts de plumes par la simple ébullition dans l’eau; après une ébullition de deux heures et demie, la plume devient complètement claire par la dessiccation. L’expérience a été répétée par votre rapporteur. Il faut avoir soin, pour obtenir de bons résultats, d’opérer dans un vase de porcelaine ou de fonte émaillé avec soin, at-
- (1) Le nom de M. Hélouis est déjà connu dans l’industrie : M. Hélouis père, mort il y a peu d’années, a fondé un établissement important pour la restauration des passementeries, épaulettes, broderies et galons en or et en argent; M. Hélouis fils remplit les fonctions de préparateur à l’École municipale Turgot.
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- tendu que la plus petite trace de métal colore la plume à cause de la présence du soufre. Ce procédé simple est employé surtout pour la plume à cure-dents ou à pinceaux.
- Enfin on met aussi en œuvre, mais d’une manière exceptionnelle, le procédé suivant décrit dans le Dictionnaire du commerce.
- On suspend les plumes dans un vase à étroite ouverture, et qui est en partie rempli d’eau, de telle sorte que les pointes des tuyaux effleurent le niveau du liquide ; on couvre le vase, et on fait bouillir l’eau pendant quatre heures consécutives. On enlève alors les plumes, qui sont tout à fait ramollies; on en extrait la moelle, on les frotte avec un chiffon de laine, et on les soumet à une chaleur modérée. Le jour suivant, elles ont repris de la consistance et sont devenues transparentes.
- M. Hélouis a eu l’heureuse idée de soumettre les plumes à l’action de la vapeur sous pression ; son appareil consiste en un vase cylindrique susceptible d’être hermétiquement fermé, dans lequel on superpose des paniers d’osier contenant les tuyaux de plumes. Un robinet placé à la partie inférieure permet de faire échapper l’eau de condensation ; un tuyau amène la vapeur d’une chaudière à pression ; une soupape de sûreté complète le système. L’opération dure une heure au plus; les plumes essuyées, au sortir de l’appareil, sont prêtes à servir.
- L’avantage principal de ce procédé gît dans la célérité et la propreté.
- Pour faire comprendre l’intérêt qui peut s’attacher à cette question, il faut dire que la quantité de plumes employées pour les pinceaux est très-considérable, qu’il y a des plumes très-chères valant de 0f,50 c. la pièce celles de cygne, à 5 fr. celles d’aigle, et que le fabricant trouve économie et sûreté à exécuter chez lui l’opération proprement et promptement, ainsi que lui permet de le faire l’adoption du moyen de M. Hélouis.
- Le rapporteur a assisté û deux expériences qui ont eu un plein succès ; les plumes ont été éclaircies en une heure sans qu’il ait été besoin de les faire séjourner à la cave. Aujourd’hui l’appareil est en marche chez MM. Pitet et Lydie, fabricants de pinceaux et de brosses à peindre, les plus considérables en ce genre, qui font de ces articles un commerce de plus d’un million de francs.
- Des expériences faites en petit dans son laboratoire, au moyen des tubes appropriés, ont montré à votre rapporteur que l’action de la vapeur sur la plume est spécialement efficace. Trois plumes ont été enfermées dans des tubes de verre scellés : l’une, sèche, était dans un tube sec ; la seconde
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- était dans un tube contenant un peu d’eau qui ne mouillait pas la plume ; la troisième était plongée dans l’eau. Les trois tubes ont été chauffés pendant un quart d’heure, à la température de 115 degrés, dans un bain de paraffine. Au bout de ce temps, la plume sèche n’avait subi aucune modification ; celle enfermée dans l’atmosphère de vapeur s’était éclaircie ; enfin celle plongée dans l’eau était devenue tout à fait opaque, elle s’était épaissie, et l’eau qui la baignait était devenue louche et infecte, chargée de suif hydrate d’ammoniaque.
- Une plume mise à boullir dans l’eau, à l’air libre, pendant le même temps, n’a pas présenté la plus petite modification ; cette expérience, facile à répéter, donne pleinement raison au procédé de M. Hélouis.
- Votre comité des arts chimiques, appréciant l’avantage des résultats obtenus, a l’honneur de vous proposer de remercier M. Hélouis de sa communication et d’insérer le présent rapport dans le Bulletin.
- Signé Barreswil, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 10 août 1864.
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- SUR LA CONSERVATION DES BOIS, PAR M. MELSENS.
- (Résumé de deux notes publiées par l'auteur dans les Bulletins de VAcadémie royale
- de Belgique.)
- M. Melsens, occupé, depuis 184-5, du problème si important de la conservation des bois, a publié, à deux reprises différentes, les résultats de ses recherches dans les Bulletins de l'Académie royale de Belgique. Sa première note (août 184-8), ayant trait surtout à la conservation des billes ou bois enfouis, contenait un certain nombre de points principaux qu’il ne sera pas inutile de rapporter ici, et qui peuvent se résumer de la manière suivante :
- « 1° En suivant les principes que l’auteur pose, tout porte à croire que les essences communes, bouleau, hêtre, charme, etc., injectées soit partiellement, soit complé^ tement, serviront toujours pour les usages des'chemins de fer ; que les billes, ainsi
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- préparées, remplaceront avec avantage le chêne, qui commence à manquer sur les marchés, et qui, du reste, s’injecte mal par la plupart des procédés.
- « 2° Toutes les substances fixes, insolubles dans l’eau, inaltérables par l’air et l’humidité, fusibles à une température qui ne dépasse pas celle à laquelle les bois se détériorent, goudrons, bitumes, cires, huiles fixes, colophane, etc., ou leur mélange, sont les plus convenables.
- « 3° Lorsqu’on injecte une bille en alternant les effets des chauffes et des refroidissements, on peut la pénétrer complètement ou partiellement par des substances conservatrices ; il est toujours convenable de finir par des substances solides à la température ordinaire, afin qu’elles puissent boucher tous les méats les plus exposés à l’air et à l’humidité.
- « 4° Lorsqu’on se contente d’injections partielles, qui sont assez souvent suffisantes, il faut absolument maintenir l’intégrité de la bille, c’est-à-dire qu’elle doit avoir reçu, avant d’être injectée, la forme complète sous laquelle elle servira.
- « 5° Quand l’injection n’est que partielle, elle se fait toujours dans le même sens, de la même manière , en un mot elle suit le même chemin que la détérioration ; de façon que, lorsque celle-ci commencera, elle devra d’abord passer par-dessus les portions injectées et conservées avant d’arriver au bois à détériorer.
- « 6° L’injection s’obtient aisément par ces procédés très-simples : employer la chaleur comme dissolvant des matières conservatrices ; se servir, comme force mécanique, de la condensation de la vapeur d’eau produite à une température élevée. Dans beaucoup de cas, la chaleur perdue des fours à coke pourrait s’utiliser.
- « 7° Quand on carbonise des billes pour les conserver, il faut encore, et surtout dans ce cas, qu’elles aient reçu leur forme définitive. En carbonisant dans des goudrons ou des matières analogues, le goudron bouche tous les pores du bois; la carbonisation pure et simple laisse tout l’intérieur des billes accessible à l’air et à l’humidité. •
- « 8° Les billes détériorées de nos chemins de fer n’ont, on peut le dire, aucune valeur quand elles sont mises hors de service, tandis qu’une bille hors de service, mais injectée de goudron, servirait comme bois à brûler; sa valeur augmenterait en raison de toute la valeur vénale du goudron qu’elle renferme.
- « 9° Un grand avantage de l’injection par les matières goudronneuses consiste dans l’emploi qu’on peut faire de bois en grume, équarris, verts, desséchés, ou ayant subi des préparations quelconques. J’ai même injecté des bois en voie de détérioration. »
- Dans sa seconde note, qui est récente, M. Melsens rappelle les points qui viennent d’être énumérés et cite à l’appui de ses observations : que des blocs de bois de 0œ,40 de long sur 0m,25 de diamètre, préparés par iui depuis plus de vingt ans suivant les conditions recommandées, sont encore aujourd’hui dans un excellent état de conservation, après avoir été soumis d’une manière permanente aux causes les plus favo-
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- râbles à leur détérioration. Des faits pareils, dit-il, méritent d’attirer l’attention sérieuse des administrations de chemins de fer. L’Administration belge a expérimenté une douzaine de procédés; mais les travaux d’une commission spéciale, nommée en vue de déterminer l’état de conservation des billes ayant reçu des préparations destinées à en prolonger la durée, « ont eu pour effet d’engager l’Administration à s’en tenir « exclusivement, dans l’avenir, k l’usage 1° des billes de chêne à l’état naturel, « ou dont l’aubier aurait été soumis à la préparation des huiles créosotées du système « Bethel; 2° des billes de hêtre ou de sapin rouge préparées d’après ce même « procédé. *
- M. Melsens regrette que l’on ne trouve pas, dans le compte rendu des opérations de chemins de fer, les motifs qui ont engagé l’Administration à renoncer à l’application du procédé Boucherie dès 1859; si les motifs de l’abandon étaient donnés, les expérimentateurs auraient des guides pratiques certains, et apprécieraient parfaitement les écueils qu’ils doivent chercher à éviter dans l’avenir.
- La question d’argent est, du reste, assez importante. En effet, dans les trois dernières années, il a été mis hors de service, en Belgique, une moyenne d’environ 140,000 billes; en 1860 et 1862, le nombre de billes remplacées s’élevait à plus de 150,000, de façon que l’on n’exagérera pas en disant que, dans l’avenir, le remplacement portera sur 150,000 billes qui, à raison de 5 francs, constituent une dépense annuelle de 750,000 francs. Dans cette estimation, il ne s’agit, bien entendu, que de l’état actuel des voies ferrées, qui ne renferment encore qu’un bon tiers de billes préservées; ces chiffres changeront nécessairement, à mesure que le nombre de billes préservées augmentera. Quoi qu’il en soit, le remplacement total, en Belgique, depuis 1839 jusqu’à 1862 inclusivement, a porté sur 1,849,781 billes,
- dont 1,081,000 à 5 fr. représentent................. 5,405,000 fr.
- et 768,000 à 3f,75 — .................. 2,885,000
- Soit une dépense totale, en nombres ronds...... 8,290,000 fr.
- Cela posé, M. Melsens examine une série de questions que nous allons résumer.
- Marche du goudron lorsqu’il pénètre dans du bois. — L’auteur a fait ses observations sur de petits blocs de bois d’essences différentes (peuplier, hêtre, sapin, charme), et ayant 0m,25 environ de longueur sur 0m,04 à 0m,06 d’épaisseur. Les ayant fendus après les avoir soumis à une préparation plus ou moins complète, il a constaté, dans les uns, que le goudron qui pénètre dans la masse ligneuse suit parfaitement les contours et les sinuosités des fibres longitudinales, qu’il remplit presque complètement dans certains blocs, tandis que dans d’autres, qui n’ont reçu qu’une préparation incomplète, très-suffisante cependant dans beaucoup de cas, il est accu-
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- inulé à toutes les sections transversales, bouchant ainsi les méats qui donnent accès aux agents de détérioration.
- Dans de plus gros blocs de hêtre et de bois blanc, M. Melsens a remarqué de larges stries dans lesquelles le goudron n’a pas pénétré; et cependant, après toutes les circonstances de détérioration auxquelles ces blocs ont été exposés, on retrouve le bois parfaitement sain à une très-faible profondeur.
- Une recommandation importante, et qu’on ne saurait trop répéter, c’est que, dans la préparation industrielle, il sera toujours nécessaire ou très-avantageux de donner au bois la forme sous laquelle il devra servir ; les entailles des coussinets, les ouvertures pratiquées pour le passage des chevilles qui les fixent, tout doit être fait avant l’injection.
- Marche des gaz humides dans le chêne. — Le bois de chêne, mais non l’aubier, prend, sous l’influence du gaz ammoniac, et assez rapidement, une coloration intense; c’est là un fait remarquable, que M. Payen a signalé il y a déjà longtemps à propos d’observations faites dans les fabriques de carbonate de plomb (Annales de chimie et de physique, t. XVI, p. 231) (1).
- M. Melsens s’est servi de cette coloration pour montrer les conditions principales
- (1) A deux reprises différentes, M. Melsens a fait autrefois, à ce sujet, des communications à la Société d’encouragement (voir lre série, t. XLVI, p. 448, et XLVII, p. 666). Nous rappellerons l’expérience suivante qu’il a indiquée : on écrit en gros caractères un nom sur une tête de chêne, en employant pour faire les lettres un vernis épais de colophane et d’essence de térébenthine qu’on applique à chaud. On place le côté écrit du bois au-dessus d’un vase au fond duquel il y a de l’ammoniaque liquide, et qui se trouve presque hermétiquement bouché par le bois. Le gaz ammoniac agit sur toute la portion du bois qui entoure les lettres, et pénètre dans le bois qu’il colore; mais il entre à plusieurs centimètres de bas en haut, tandis qu’il ne fait qu’un très-court trajet de droite à gauche. En opérant ainsi, les lettres qui sont réservées par le vernis paraissent en blanc. En enlevant successivement des tranches, on retrouve donc le nom écrit en blanc dans l’intérieur du bois, car l’action de l’ammoniaque a bruni toutes les fibres qui entourent les lettres. Lorsque, au contraire, on réserve par du vernis toute la portion de bois qui entoure les lettres, le nom se trouve écrit en noir ou en brun foncé.
- M. Melsens s’est servi de cette curieuse propriété de l’ammoniaque pour indiquer un procédé servant à vieillir le chêne et imiter les meubles antiques ; ce procédé est généralement adopté dans son principe, mais on ne l’applique pas toujours convenablement.
- . A cet égard il fait remarquer comment les faits qui paraissent les plus éloignés se rapprochent dans les applications de la chimie : La simple observation du mode de coloration des fibres du chêne par l’ammoniaque conduit à poser certains principes de là détérioration du bois à l’usage des chemins de fer; elle amène ensuite à la donnée de l’imitation des meubles antiques ; elle montre à l’agriculteur comment il doit éviter trois pertes, l’ammoniaque qui est un engrais, la détérioration des harnais qui est une perte d’argent, l’insalubrité des écuries où on perd de l'ammoniaque, cause de maladie du bétail; elle enseigne enfin quels écueils il faut éviter dans l’industrie si importante de la tannerie.
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- qu’il faut réaliser pour maintenir une bille dans un bon état de conservation, alors qu’elle a été soumise à des procédés d’injection qui ne remplissent pas les vides du bois d’une façon complète et dans toute son étendue. Il a remarqué que cette coloration, résultat de l’action du gaz ammoniac et de l’air humide, se produit toujours dans le même sens que les détériorations observées sur les billes détériorées qu’on enlève aux voies ferrées. Cette expérience permet donc de déterminer avec facilité les portions de billes qu’on a le plus d’intérêt à préserver, c’est-à-dire les méats qui permettent à l’air et à l’humidité de pénétrer.
- Marche générale de la détérioration dans les bois. — Quelle que soit l’essence du bois, la pourriture, soit sèche, soit humide, marche vite et loin dans le sens de la croissance, tandis que ses progrès sont très-lents et peu considérables dans le sens des rayons médullaires. Souvent les têtes des billes sont pourries alors que leur pourtour est encore sensiblement intact. M. Melsens a vu souvent des billes complètement fendues par la pourriture dans le prolongement des trous des chevilles, quand le bois juxtaposé était encore parfaitement sain. Lorsque les billes ne sont pas fendues, on remarque, pour les essences communes, une traînée plus ou moins longue en voie de décomposition. Quand l’observation porte sur du chêne, les fibres qui se trouvent dans le prolongement des chevilles sont parfois teintées en noir, le composé soluble de fer, émprunté à la cheville, rencontrant alors dans le chêne assez de tanin pour former de l’encre. Toutes les blessures, traits de scie, coups de hache, qui occasionnent une solution de continuité dans les vaisseaux allongés, deviennent des causes de pourriture rapide.
- Le goudron de gaz préserve le bois aussi efficacement que les huiles lourdes crèo-solées. — En se reportant aux blocs de bois de 0m,40 de long sur 0m,25 de diamètre préparés par ses procédés et conservés depuis si longtemps, M. Melsens pense que leur état prouve suffisamment les propriétés heureuses du goudron en nature; ces bois ont dû, nécessairement, laisser échapper les produits volatils, mais ils conservent encore, après une longue période, des produits goudronneux dont la nature a fait l’objet des recherches de M. Rottier, auteur d’un travail sur la conservation des bois.
- M. Melsens rappelle les travaux récents de M. Frédéric Kuhlmann sur l’emploi du goudron dans la conservation des matériaux de construction (1). M. Kuhlmann a fait voir, en effet, que le goudron et mieux le brai, l’acide stéarique, etc., peuvent se substituer à l’eau dans le plâtre, et que cette substitution, bien que résultant d’une action purement physique, est si intime, que les dissolvants, tels que l’éther et la benzine, n’enlèvent qu’incomplétement le brai aux cristaux de plâtre.
- D’après cela, M. Melsens estime que l’action de la chaleur dans la pénétration,
- (1) Comptes rendus des séances de VAcadémie des sciences, t. LVI, juin 1863, p. 1066.
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- exécutée comme il l’a proposé, doit produire quelque chose d’analogue, car M. Rot-tier n’a pu décolorer par l’éther de minces copeaux de bois injectés, qui conservent encore aujourd’hui une couleur d’un brun foncé. Il ajoute qu’il serait curieux d’étudier comment se comporteraient, sous le point de vue de la conservation pour les constructions maritimes et pour les mines, les bois injectés de soufre seul ou de soufre fondu dans du brai. On voit que, si le problème de la conservation des bois est une question qu’on peut mettre au premier rang parmi les questions les plus importantes d’économie publique (Dumas), il n’est pas moins vrai que le problème est loin d’avoir reçu une solution complète.
- Une bille de bois devrait pouvoir résister aussi longtemps qu’une momie.
- Essences sur lesquelles les procédés d’injection réussissent le mieux. — Les procédés d’injection proposés par l’auteur, dès 1845, ne réussissent pas bien sur toutes les essences. Voici, en général, ce qui a été observé en employant indifféremment des blocs de bois en grume, équarris, verts, desséchés et même en voie de détérioration : l’aune, le bouleau-, le charme, le hêtre et le saule s’imprègnent avec facilité et parfaitement ; le sapin résiste parfois à une imprégnation complète, les couches du centre de l’arbre restant blanches; le tremble et le chêne offrent une très-grande résistance à l’imprégnation.
- Il est arrivé souvent, pour le chêne, de voir l’aubier ou les dernières couches complètement injectés, quand dans les aulres le goudron n’a pénétré que de quelques millimètres; et cependant des blocs si peu pénétrés n’absorbaient l’eau qu’avec la plus grande difficulté et n’en absorbaient que très-peu.
- Des portions parfois assez considérables de bois résistent à l’injection, et cependant leur détérioration est arrêtée par suite de l’enduit goudronneux solide qui bouche les méats sur une certaine longueur, et qui soustrait les fibres ligneuses se trouvant dans leur prolongement aux agents de destruction.
- Quantités de goudron que les bois peuvent absorber. Effets d’injections peu profondes. — D’après l’essence, d’après la perfection du résultat, les bois complètement et parfaitement remplis de goudron en ont absorbé de 30 à 50 pour 100 de leur poids, pris à l’état sec, tel qu’on l’obtient en le desséchant à 140° C. dans le vide.
- Ces chiffres, déduits d’expériences nombreuses, paraîtront, dit l’auteur, entraîner à des frais considérables; mais une injection aussi complète ne lui semble pas indispensable pour la plupart des usages auxquels les bois préservés sont destinés, et entre autres pour l’usage des biffes de chemins de fer, car rien n’empêcherait de leur faire subir une nouvelle préparation lorsqu’elles seraient en voie de détérioration.
- Des expériences faites sur cinquante échantillons d’essences différentes (chêne, sapin, hêtre, charme et peuplier), ayant environ 0m,30 de longueur sur 0m,07 de largeur et 0m,05 de hauteur, ont permis à M. Melsens de croire que des injections, même très-peu profondes, mais produites à chaud avec des goudrons, agiraient avec efficacité. Le temps de l’immersion dans les bains préservateurs a varié de 5 à 15 minutes; Tome XII. — 64e année. 2® série. — Janvier 1865. 5
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- les matières employées consistaient en goudron ordinaire de gaz, goudron de’gaz débar rassé des produits les plus volatils, brai, huile; parfois de la colophane était ajoutée à ces matières. Au sortir du bain chaud, les blocs étaient plongés dans du goudron liquide et froid; en général, pour finir, on les chauffait pendant quelques instants dans le bain chaud en vue de les dessécher.
- Quani aux essences différentes, la moyenne d’absorption et de perte se fait dans l’ordre suivant : c’est le chêne qui absorbe et perd le moins; vient ensuite le sapin, puis le hêtre et le bois blanc qui varient assez souvent, et enfin le charme.
- Quoiqu’il en soit, dit en terminant M. Melsens, il résulte de ces expériences que des injections très-superficielles amènent un changement notable dans l’absorption et la perte d’humidité, et qu’il pourrait être utile de faire une série d’expériences basées sur ce principe, sur des billes enfouies, préservées par des procédés qui sont sans action chimique proprement dite et soumises aux causes chimiques de détérioration, abstraction faite des causes mécaniques. Ces injections peu profondes, faites à chaud avec des matières qui sont solides à la température ordinaire, doivent être distinguées des simples goudronnages à la brosse. De quelque façon qu’on opère dans le goudronnage, à moins de précautions particulières difficiles à prendre lorsqu’on opère industriellement, on est toujours exposé à laisser subsister une très-mince couche d’eau entre la fibre ligneuse et le goudron, ainsi que l’indique une expérience familière; on sait, en effet, qu’un filtre mouillé par l’eau ne laisse pas passer l’huile, et réciproquement.
- Conclusions. —On peut injecter, en tout ou en partie, des blocs de bois en grume, secs, humides, équarris, travaillés, ayant été préparés par des sels et même en voie de pourriture, en employant la condensation de la vapeur d’eau et la pression atmosphérique comme force mécanique, et en utilisant la chaleur comme force dissolvant ou liquéfiant les matières préservatrices.
- Les bois peuvent être entièrement ou partiellement imprégnés, et dans les deux cas ils résistent plus ou moins aux agents qui les altèrent.
- La matière préservatrice qu’on injecte suit toujours le chemin que la détérioration prend dans les bois qui s’altèrent spontanément.
- La carbonisation superficielle est plus efficace quand elle se fait par l’intermédiaire des matières goudronneuses, etc., que lorsqu’on se contente de porter le bois en nature à une température qui en désorganise une partie.
- Lorsqu’on ne produit qu’une injection peu profonde, il est indispensable que le bois ait reçu, avant la préparation préservatrice, la forme complète sous laquelle il doit être utilisé.
- Une bille qui serait complètement pénétrée de goudron, de brai, etc., aurait une existence très-longue, sinon indéfinie, si elle n’était soumise qu’aux agents ordinaires chimiques; mais il y aura lieu de tenir compte des causes mécaniques.
- (M.)
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- FAITS POUR SERVIR A L’HISTOIRE TECHNIQUE DE i/ARSENIC, PAR M. J. GIRARDIN (1).
- I. — Analyse dune pâte arsenicale, employée dans l’Amérique du Sud, pour la conservation des peaux.
- Un négociant-armateur du Havre, qui fait venir de Buenos-Ayres de grandes quantités de peaux brutes de buffles, de taureaux, de vaches, de chevaux, de moutons, etc., articles de commerce qui portent les noms fort impropres de cuirs salés et de cuirs salés secs en poils, m’a prié, il y a quelques années, de lui faire connaître la nature d’une pâte employée dans cette partie de l’Amérique du Sud pour préserver les peaux de la corruption et de l’attaque des insectes.
- Cette pâte, dit-il, est préparée et vendue par un pharmacien de Buenos-Ayres sous le nom de poison spécifique pour les cuirs. Pour s’en servir, on la délaye dans l’eau.
- Tantôt les peaux fraîches sont mises à tremper dans de vastes cuves contenant la liqueur préservatrice, puis étendues en plein air pour être desséchées. Dans ce cas, la dissolution se prépare avec 1 kilogramme de pâte pour 257 litres d'eau.
- Tantôt on ne mouille les peaux que du côté de la chair, et alors la solution qu’on étend à la brosse est plus concentrée, puisqu’on n’emploie que 139 litres d’eau par kilogramme de pâte.
- Celle-ci, telle qu’elle a été apportée de Buenos-Ayres, est d’un brun-violet. Elle n’est qu’imparfaitement soluble dans l’eau $ il reste en suspension une poudre fine colorée. Sur les charbons ardents, elle répand une forte odeur arsenicale et elle émet des vapeurs blanches qui, condensées sur un pavillon d’entonnoir, y forment une couche pulvérulente qu’il est facile de reconnaître pour de l’acide arsénieux pur.
- Voici la moyenne de plusieurs analyses de cette pâte :
- Pâte humide Pâte desséchée
- telle qu’elle est vendue. à -f 100».
- Eau . 20,45 »
- Acide arsénieux 70,82 89,00
- Sulfate de soude 3,60 3,77
- Chlorure de sodium 1,75 2,19
- Argile ferrugineuse avec carbonate de chaux et matières
- organiques 3,38 5,04
- 100,00 100,00
- (1) Extrait des Mémoires de la Société impériale des sciences, de Vagriculture et des arts de Lille, année 1864.
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- Il est probable que l’inventeur de ce poison spécifique mélange les substances pré cédentes sous les poids suivants :
- Acide arsénieux.................................... 89
- Sulfate de soude. .................................. 4
- Sel marin. ....................................... 2 :
- Argile pour colorer................................. 5
- La pâte de Buenos-Ayres est donc, comme on le voit, une composition fort dangereuse à préparer et à appliquer sur les peaux. Les ouvriers, s’ils ont des. coupures ou des déchirures aux mains, peuvent absorber assez d’acide arsénieux pour s’empoisonner. En outre, la solution arsenicale, en se desséchant à la surface des peaux, y laisse une poudre fine qui se répand dans l’air lorsqu’on les remue violemment lors de l’emmagasinage et des transports. Or cette poussière, en s’introduisant dans les organes respiratoires, peut déterminer des accidents toxiques et même la mort.
- D’un autre côté, lorsque les tanneurs européens mettent les peaux en œuvre, la première chose qu’ils font, c’est de les immerger et maintenir pendant plus ou moins de temps dans des ruisseaux ou des rivières afin de les ramollir : elles se dépouillent ainsi de toutes les matières qui les imprègnent, en introduisant dans les eaux un principe éminemment délétère, qui fait périr les poissons et exerce sur les hommes une influence plus ou moins désastreuse.
- Sous tous les rapports, il serait donc à désirer qu’on renonçât, dans l’Amérique du Sud, à l’emploi d’un agent conservateur aussi dangereux. Dans l’intérêt de la salubrité publique, le gouvernement français devrait frapper d’interdiction à la frontière les peaux et cuirs préparés à l’arsenic.
- L’industrie mérite assurément toutes les sympathies, mais la santé des hommes est trop précieuse pour qu’ou n’hésite pas à restreindre de plus en plus le nombre des procédés ou des agents qui peuvent la compromettre. Que d’accidents, de morts et de crimes ne sont pas dus aux divers composés arsenicaux qui circulent dans les ateliers comme matières premières de certains arts !
- II. — Inconvénients de la présence de l’acide arsénieux dans l’arsèniate acide de potasse employé par les indienneurs.. . , .
- Dans la fabrication des indiennes, on donne le nom de réserves à des substances qui ont la propriété de préserver de l’action du bain . colorant, et spécialement des bleus de cuve, les parties de la toile sur lesquelles elles sont appliquées. On désigne, en outre, sous le nom de lapis, les indiennes qui offrent sur un fond bleu des dessins colorés en rouge, en jaune, en vert, en noir, etc. Pour ce genre d’indiennes à nuances riches et variées, qu’on abandonne peu à peu à cause de son prix élevé, on fait usage de réserves mordancées et rongeantes, et la base de ces réserves est généralement l’ar-séniate acide ou bi-arséniate de potasse.
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- Ce sel est préparé en grand dans les fabriques de produits chimiques par la calcination, dans des cylindres de fonte, de parties égales de nitre et d’acide arsénieux. Après la calcination au rouge, la matière retirée des cylindres est dissoute dans l’eau. La liqueur donne par l’évaporation des plaques blanches translucides, formées par un assemblage de prismes à quatre pans terminés par des pointements à quatre faces. C’est sous cette apparence que le bi-arséniale de potasse est livré au commerce.
- Lorsque le nitre n’est pas en suffisante quantité, ou lorsque la calcination n’a pas été portée assez loin, il arrive parfois que le sel qu’on obtient est mélangé d’acide arsénieux qui, faute d’oxygène, n’a pu être converti en acide arsénique. La présence de cet acide arsénieux est fort souvent nuisible, surtout lorsqu’on applique l’arséniate acide de potasse à la préparation des réserves.
- En effet, comme je m’en suis assuré, l’acide arsénieux possède la propriété de réduire par la voie humide plusieurs des oxydes métalliques des dernières sections, soit à un degré d’oxydation inférieur, soit même à l’état métallique. Cette propriété est surtout très-marquée avec le bi-oxyde de cuivre, le bi-oxyde de mercure, l’oxyde d’argent. La désoxygénation de ceux-ci est bien plus facile et plus prompte avec l’arsénite de potasse ; l’oxyde cuivrique devient oxyde cuivreux, les oxydes de mercure et d’argent sont ramenés à l’état métallique, et l’acide arsénieux se transforme toujours en acide arsénique.
- Les chlorures de mercure sont également réduits par l’acide arsénieux, et cette réduction est singulièrement facilitée lorsqu’il est associé au bi-arséniate de potasse qui, en favorisant sa dissolution, le présente dans un état de plus grande division. L’arséniate acide de potasse pur n’a aucune action sur une solution de chloride de mercure ; mais, pour peu qu’il contienne de l’acide arsénieux en mélange, il trouble aussitôt la liqueur et détermine un précipité noirâtre de mercure métallique.
- J’ai constaté ces faits, il y a déjà longtemps, dans la circonstance suivante : un de mes anciens élèves, M. Henri Pimont, fabricant d’indiennes à Rouen, vint un jour me faire part que, depuis quelque temps, il ne pouvait plus obtenir de bonnes réserves pour ses genres lapis. Il préparait sa réserve de la manière suivante :
- 10k,000 arséniate acide de potasse,
- 2\500 bichlorure de mercure ;
- 24 pots (48 litres) d’eau tiède.
- Après dissolution, il ajoutait :
- 7k,500 de carbonate de potasse ;
- 0k,500 de sel ammoniac.
- Au lieu d’avoir une liqueur claire comme autrefois, il obtenait depuis quelque temps un précipité grisâtre et la réserve ne pouvait plus servir.
- Ayant su de M. H. Pimont qu’il employait toujours les mêmes matières, à l’excep-
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- tion de Parséniate de potasse dont il venait de recevoir une nouvelle livraison, et que l’apparition des accidents coïncidait avec l’emploi du nouveau sel, j’examinai celui-ci et j’j reconnus bientôt la présence d’une proportion notable d’acide arsénieux. Le me ileur moyen de faire cette constatation, c’est de traiter le bi-arséniate réduit en poudre fine par de l’alcool fort qui ne dissout que l’acide arsénieux. La liqueur alcoolique, réduite au tiers de son volume et étendue d’eau, donne, avec le sulfate de cuivre ammoniacal, un beau précipité vert, et avec les autres réactifs bien connus, de l’acide arsénieux, toutes les réactions distinctives de ce corps.
- C’était donc l’acide arsénieux contenu dans Parséniate acide de potasse employé, qui réduisait une grande partie du chloride de mercure qu’on mélangeait avec lui. Cette impureté du sel, uniquement due à un vice de fabrication et non à un mélange frauduleux, donna lieu à des contestations devant le tribunal de Rouen ; mais le procès fut terminé amiablement, le fabricant qui avait livré Parséniate ayant consenti à reprendre sa livraison et à tenir compte à M. H. Pimont des pertes que celui-ci avait éprouvées.
- Les fabricants d’indiennes feraient donc bien, avant d’accepter un arséniate de potasse, de s’assurer qu’il est exempt d’acide arsénieux, afin d’éviter les embarras dont M. H. Pimont a été victime.
- III. — Solubilité deX acide arsénieux dans l’alcool.
- La recherche de l’acide arsénieux dans le bi-arséniate de potasse du commerce m’a conduit à reconnaître que cet acide est plus soluble dans l’alcool que dans l’eau. La solubilité, toutefois, varie beaucoup avec le titre de l’alcool. En opérant sur l’acide arsénieux pulvérulent du commerce, c’est-à-dire sur la variété opaque, voici les résul-
- tats que j’ai obtenus :
- 100 parties d’alcool à 56° centésim. dissolvent.
- — à 79» —
- — à 86° —
- — à 100° —
- A la température de +15°. , 1,680 1,430 0,714 0,025
- A la température de l’ébullition. 4,895 4,551 3,197 3,402
- L’acide vitreux est moins soluble à la température de + 15° que l’acide opaque, mais il offre ceci de particulier, qu’il est d’autant plus soluble dans l’alcool que ce dernier renferme moins d’eau ; en voici la preuve :
- A la température de -f-15°.
- 100 parties d’alcool à 56» dissolvent........... 0,504
- — à 79° — 0,540
- — à 84° — 0,565
- — à 88° — 0,717
- — à 100° — 1,060
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- IV. —Procédé pour la préparation de Vacide arsénique.
- Scheele, le premier, en 1775, découvrit l’acide arsénique et l’obtint, soit en dissolvant l’acide arsénieux dans l’acide muriatique oxygéné liquide (chlore), soit en recevant celui-ci sous forme de gaz dans la solution du premier (1).
- Gay-Lussac, dans des temps plus rapprochés de nous, s’est servi avec bonheur de la même réaction pour déterminer la force des chlorures de chaux du commerce, et son nouveau procédé de chlorométrie, publié en 1835 (2), repose entièrement sur cette conversion de l’acide arsénieux et du chlore en acides arsénique et chlorhydrique.
- Un second fait d’oxydation de l’acide arsénieux, connu depuis longtemps, consiste dans la réaction de l’acide azotique sur lui. Scheele s’en est encore servi pour obtenir l’acide arsénique $ seulement, pour rendre la réaction plus active, il dissolvait à l’avance l’acide arsénieux dans l’acide muriatique et ajoutait l’acide azotique à cette dissolution. C’est ce procédé de Scheele, modifié par Bucholz, qu’on suit toujours dans les laboratoires. Cependant il est plus long et moins commode que celui qui consiste à employer le chlore. En étudiant comparativement ces procédés, voici ce que j’ai constaté :
- Si l’on fait passer du chlore gazeux dans de l’eau tenant en suspension une notable quantité d’acide arsénieux en poudre fine, celui-ci se dissout peu à peu dans le liquide, et au bout d’un temps suffisant tout a disparu. La liqueur claire ne contient plus que de l’acide arsénique mélangé d’acide chlorhydrique. Par l’évaporation dans une capsule de porcelaine, on obtint une masse d’acide arsénique très-pur, ne retenant aucune trace d’acide arsénieux, et dont le poids représente, à quelques millimètres près, celui de l’acide arsénieux employé.
- Comme, en raison de la cohésion de la poudre arsenicale, la dissolution de celle-ci est encore un peu lente à s’effectuer, et que d’ailleurs on perd une grande quantité de chlore, il est préférable de saturer à l’ébullition de l’acide chlorhydrique pur d’acide arsénieux, et de faire passer dans la dissolution encore chaude un courant de chlore. On cesse le dégagement lorsqu’une petite quantité de la liqueur, après avoir été neutralisée par la potasse, ne colore plus en vert la solution de bichromate de potasse. On distille alors dans une cornue pour recueillir la majeure partie de l’acide chlorhydrique, et on achève la concentration de la liqueur sirupeuse dans une capsule de porcelaine.
- Ce procédé, moins coûteux, de plus facile exécution que le procédé ordinaire des laboratoires, permet de préparer, en fort peu de temps, une bien plus grande quantité d’acide arsénique à la fois: je le recommande aux fabricants de produits chimiques.
- V. —Action réductrice de l’acide arsénieux.
- L’acide arsénieux exerce une action réductrice ou désoxygénante sur une infinité
- (1) Mémoires de Scheele, I, p. 130.
- (2) Annales de chimie et de physique, t. LX, p. 225.
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- de composés, et dès 1837 j’ai montré dans mes cours le parti qu’on en pouvait tirer pour l’analyse qualitative dans une foule de circonstances.
- Déjà, en 1817, Brugnalelli avait constaté que la solution d’acide arsénieux décolore la dissolution azurée d’iodure d’amidon (1).
- J’ai reconnu que, cette même solution versée dans la dissolution d’acide iodique,en précipite l’iode en poudre brune, mais qu’elle n’a aucune action sur l’iodate de potasse.
- En dissolvant de l’iodure de potassium dans une solution saturée d’acide arsénieux, il se produit un précipité blanc insoluble, d’une extrême ténuité, d’un toucher très-doux et qui s’attache facilement aux doigts.
- L’acide arsénieux décolore les sels rouges de manganèse, les manganales et permanganates alcalins, et il se forme de l’arséniate de protoxyde de manganèse. La réaction marche plus vite avec les arsénites alcalins.
- La dissolution d’acide arsénieux et celle de l’arsénite de potasse ou de soude, versées dans la solution du bichromate de potasse, la font d’abord passer au jaune, puis au vert d’herbe et y déterminent ensuite un précipité vert abondant, qui consiste en oxyde de chrome.
- La réaction s’opère beaucoup plus rapidement en versant les dissolutions arsénieuses dans la solution bouillante de bichromate. L’oxyde de chrome hydraté qui se produit est volumineux, d’un vert très-riche, et toute la liqueur se prend, par lerefroi-dissement, en une masse gélatineuse. On a beaucoup de peine à dépouiller cet hydrate, par des lavages, du chromate neutre et de l’arséniate de potasse qu’il retient entre ses particules. Par la dessiccation, il donne une poudre d’un vert sale peu intense.
- La réduction du chromate neutre de potasse est plus lente à s’effectuer que celle du bichromate. L’oxyde de chrome isolé est d’un vert très-riche tant qu’il est hydraté; desséché, il est d’un vert brunâtre.
- Dans son Traité d'analyse chimique (2), M. le docteur Mohr signale l’action réductrice de l’acide arsénieux, surtout quand il est combiné à la soude, et décrit l’action si sensible qu’il exerce sur l'iodure d’amidon. Il montre qu’on peut avantageusement se servir d’une dissolution titrée d’arsénite de soude pour doser l’iode, de même qu’une solution titrée d’iode peut permettre le dosage exact de l’acide arsénieux. Partant de là, ces deux dissolutions normales décimes deviennent dans ses mains la liqueur d’épreuve pour le dosage du chlore, du brome, du cyanogène, du soufre, de l’étain, de l’acide chromique, et des oxydes de manganèse, de cobalt, de nickel, de cérium et d’antimoine.
- (1) Journal de pharmacie, t. III, p. 335, 1817.
- (2) Traité d’analyse chimique à Vaide de liqueurs titrées, par Frédéric Mohr, traduit de l’allemand par M. Forthomme, professeur de physique et de chimie au lycée de Nancy, 1857; 1 vol. ui-8% Paris, Mellier.
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- CHIMIE MÉTALLURGIQUE.
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- Le livre si instructif du docteur Mohr me dispense de relater plus au long les faits analogues que j’avais observés il y a longtemps, mais que j’ai négligé de publier.
- ‘ CHIMIE MÉTALLURGIQUE.
- RECHERCHES SUR LA CÉMENTATION DU FER.
- (Résumé des communications faites à VAcadémie des sciences, par MM. Fréd. Margueritte et H. Caron.)
- On n’a pas oublié la discussion qui s’est élevée en 1860 et 1861, au sein de l'Académie des sciences, au sujet de la composition chimique des fontes et des aciers, discussion qui a donné lieu à de nombreux mémoires (1) et à laquelle ont pris part plusieurs chimistes, parmi lesquels MM. E. Fremy, H. Caron, Boussingault, Gruner, Mène, Bouis, etc. Aujourd’hui la question vient d’être soulevée de nouveau à propos d’une communication faite, il y a quelques mois, par M. Fréd. Margueritte sur la carburation du fer; nous allons, comme nous l’avons déjà fait, résumer le débat qui, cette fois, s’est passé entre MM. Margueritte et H. Caron.
- Dans sa première communication (2), M. Margueritte, sans vouloir discuter toutes les opinions qui se sont déjà produites au sujet de la théorie de la carburation du fer, se propose simplement de rechercher si le carbone se combine avec le fer directement par contact, par cémentation. Rappelant, à cet égard, les expériences de Guyton-Morveau (3), il indique que son but est de démontrer que le fer se carbure, se convertit en fonte quand on le chauffe au contact du charbon, et se transforme aussi en acier sans l’intervention de l’azote. L’opération, dit-il, a été ainsi disposée :
- « On a préparé, avec du zinc distillé et de l’acide sulfurique pur, de l’hydrogène, qui a été purifié et desséché avec le plus grand soin par les moyens indiqués par MM. Dumas et Sainte-Claire Deville, c’est-à-dire que le gaz traversait successivement des appareils renfermant de l’acétate de plomb, du sulfate d’argent, de la pierre ponce imbibée de potasse, d’acide sulfurique froid, après avoir passé à travers de la mousse de platine chauffée au rouge sombre.
- (1) Voir Bulletin de 1860, t. VII, p. 686, 688 et 725, et t. VIII, 1861, p. 289, 343, 351, 711, 714 et 721.
- (2) Comptes rendus., t. LIX, p. 139.
- (3) Ann. Chim. et Phys., t. L1I, p. 424.
- Tome XII. — 64e année. 2e série. —
- Janvier 18155.
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- « L’hydrogène ainsi purifié et desséché était dirigé dans un tube de porcelaine doublement vernissé, dont l’imperméabilité absolue a été démontrée et qui était chauffé à une température capable de déterminer la fusion de la fonte. Dans le tube était une petite nacelle de porcelaine, sur les bords de laquelle reposait une lame très-mince de fer qui avait été préalablement et longtemps chauffée à température convenable dans le courant d’hydrogène, afin de lui faire perdre son soufre et son azote.
- « Sur la lame de fer on a placé un diamant qui avait été légèrement rougi, on a fait passer à froid le courant d’hydrogène pendant plusieurs heures pour purger l’appareil d’air, c’est-à-dire d’oxygène et d’azote. On a élevé ensuite rapidement la température qui a été portée et maintenue au rouge vif pendant quelque temps. Le tube a été ensuite retiré du fourneau, et refroidi en restant en communication avec le courant d’hydrogène.
- « On a trouvé que le diamant avait, sur la lame de fer, fait un trou comme à l’emporte-pièce, et qu’il était tombé dans la nacelle à côté d’un petit globule de fonte. »
- Deux autres expériences analogues ont été faites, soit avec cinq diamants, soit avec un diamant plus gros, et ont donné les mêmes résultats. Enfin, dans le but de produire de l’acier, il a été procédé à une quatrième expérience :
- « On a fait passer le courant d’hydrogène sur un fil de fer de 0m,0015 de diamètre, dont la moitié était noyée dans la poudre grossière de diamant contenue dans une nacelle de platine (1). La partie du fil plongeant dans la poussière de diamant a été cémentée, l’autre partie ne l’a pas été et est restée insensible à la trempe. »
- M. Margueritte a répété cette dernière opération en se plaçant dans les mêmes conditions, mais en remplaçant la poussière de diamant par de la plombagine et du charbon de sucre longtemps calciné au sein d’un courant d’hydrogène. Il a obtenu tantôt, à une température élevée, des globules de fonte, et tantôt, à une température plus basse, de l’acier très-dur et d’un grain très-fin. A cet égard, il fait remarquer, conformément à une observation de M. Berthelot, que, si l’hydrogène avait pu former de l’acétylène ou tout autre composé carburé, la totalité du fil de fer eût dû être cémentée.
- Afin de démontrer l’action directement carburatrice de l’oxyde de carbone sur le fer, M. Margueritte a procédé à l’expérience suivante (2) :
- « On s’est d’abord attaché à mettre le fer qu’il s’agissait d’aciérer à l’abri de toute influence étrangère, en le plaçant dans un tube de porcelaine verni à l’intérieur et à l’extérieur.
- (1) On a concassé, dans un mortier d’acier, plusieurs diamants de belle qualité, et on a fait bouillir la poudre obtenue dans l’acide azotique pour la débarrasser des parcelles métalliques qui pouvaient la souiller, et elle a été légèrement rougie,
- (2) Comptes rendus, t. L1X, p. 185.
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- « L’oxyde de carbone employé provenait de la décomposition de l’acide oxalique pur par de l’acide sulfurique également pur. Ce gaz était séparé de l’acide carbonique qui l’accompagne en traversant plusieurs flacons remplis d’une lessive de potasse, à la suite desquels se trouvait une dissolution de baryte qui ne devait pas se troubler.
- « L’oxyde de carbone, ne conservant plus trace d’acide carbonique, cheminait à travers des tubes renfermant de la potasse, puis de la pierre ponce imbibée d’acide sulfurique, d’où il sortait absolument pur et sec pour entrer dans le tube de porcelaine chauffé au rouge vif. Le fer soumis au courant de gaz était en fil fin qui avait été soigneusement décapé.
- « Au bout de deux heures de calcination, l’aciération était complète, et pendant tout le temps de l’expérience il s’était dégagé de l’acide carbonique. Le fer avait donc décomposé l’oxyde de carbone ; en acquérant toutes les propriétés de l’acier, il avait fixé du carbone en augmentant de poids et éliminé de l’oxygène qui avait produit de l’acide carbonique. »
- Voulant ensuite s’assurer si, comme l’a dit il y a quelque temps M. Caron, l’aciération ne dépendrait pas de la quantité de silicium que renferme le fer et si, par conséquent, elle ne serait pas nulle lorsque le fer est pur, M. Margueritte a analysé avec soin le fer sur lequel il avait opéré. Sur 10gr,29 de ce fer il n’a obtenu que 0gr,009 de silice dont le silicium, en décomposant l’oxyde de carbone, n’aurait pu faire déposer que 0,00035 de carbone, tandis que ce dépôt s’est élevé jusqu’à 0,0048 en ne considérant que l’augmentation de poids. Il conclut donc de là que le silicium n’ayant eu sur la cémentation qu’une part presque insignifiante, on doit admettre qu’il y a réaction directe entre l’oxyde de carbone et le fer. Il a, du reste, pour plus de sûreté, répété l’expérience en opérant, cette fois, sur du fer pur préparé d’après les indications de M. Peligot, au moyen de l’oxalate de fer chauffé dans un courant d’hydrogène; lgr,318 de ce fer, après trois heures de calcination en présence de l’oxyde de carbone, se sont augmentés de 0gr,0035, et il s’est constamment dégagé de l’acide carbonique. D’après cela, la cémentation du fer par l’oxyde de carbone ne paraît pas douteuse à M. Margueritte.
- Quant à l’influence de l’azote, l’auteur démontre qu’elle n’est pas indispensable à la production ni à la constitution de l’acier, et pour cela il opère la cémentation sur du fer réduit en lames excessivement minces et purifié de l’azote qu’il pourrait contenir, en le soumettant, pendant longtemps et à une température convenable, à un courant d’hydrogène, suivant la méthode indiquée par M. Fremy.
- M. Caron partage depuis longtemps l’opinion de M. Margueritte au sujet de l’azote, dont la présence ne lui semble pas indispensable à la cémentation ; mais, à l’égard de l’oxyde de carbone, il prétend qu’industriellement il ne cémente pas, c’est-à-dire que
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- dans la cémentation industrielle il n’a d’action que par certaines impuretés du fer, le silicium entre autres (1).
- « Je prends, dit-il, du peroxyde de fer obtenu au moyen de l’oxalate de fer pur cal ciné longtemps à l’air, mais à la plus basse température possible (2), et je le traite par l’oxyde de carbone. Si la température à laquelle on opère est élevée, c’est-à-dire portée au rouge ou au-dessus, le fer réduit à l’état métallique n’absorbe pas de carbone; si, au contraire, la température est aussi basse que possible (température insuffisante pour ramollir le verre), l’oxyde de carbone est décomposé, par le fer déjà réduit, en charbon qui se fixe et en acide carbonique qui s’échappe. »
- Suivant M. Caron, cette décomposition semble n’avoir pas de limite. C’est ainsi qu’il a trouvé que 700 grammes de fer provenant de 1 gramme d’oxyde de fer réduit par l’hydrogène pesaient, après six heures successives de chauffage dans l’oxyde de carbone, 3S‘,170, c’est-à-dire avaient augmenté de 2gr,470. Il fait remarquer que cette augmentation de poids n’est pas entièrement due à la présence du carbone, et qu’il s’y trouve un peu d’oxygène ou peut-être de l’oxyde de carbone, ainsi qu’il s’en est assuré par des expériences.
- « J’ai dit, poursuit M. Caron, qu’au rouge et sous l’influence de l’oxyde de carbone il n’y avait pas absorption de carbone par le fer. Dans la pratique, ce n’est pas rigoureusement exact; voici pourquoi : lorsqu’on soumet le fer à l’action de l’oxyde de carbone, on commence par remplir l’appareil de ce gaz et on chauffe ensuite -, puis, lorsqu’on juge à propos d’arrêter l’opération, on laisse la matière se refroidir dans un courant du même gaz. Or il est facile de comprendre que, soit au commencement, soit à la fin, le fer se trouve exposé quelque temps à l’action de l’oxyde de carbone, à une température bien inférieure au rouge et à laquelle la décomposition du gaz peut se produire. C’est de là que viennent les traces de carbone qu’on trouve dans le fer traité au rouge ; mais ces traces n’augmentent pas par un traitement plus prolongé, et on peut même les éviter en chauffant d’abord la matière et en laissant refroidir ensuite dans un courant de gaz inerte. »
- D’après cela, M. Caron n’hésite pas à déclarer que le produit obtenu par M. Margueritte n’est pas de l’acier, mais bien du fer incomplètement aciéré $ la petitesse des échantillons sur lesquels ce dernier a opéré peut l’avoir trompé sur les vraies propriétés du métal. Du reste, il ne croit pas que M. Margueritte ait pris des précautions suffisantes pour s’assurer de l’absence de l’oxygène libre dans l’oxyde de carbone qu’il a préparé; il eût dû compléter la série de ses vases épurateurs par un tube renfermant do la pierre ponce imbibée de pyrogallate de potasse.
- (1) Comptes rendus, t. L1X, p. 333.
- (2) Cet oxyde, lorsqu’on a eu soin de le dessécher convenablement avant de le peser, donne, après réduction dans l’hydrogène, exactement la quantité de fer que le calcul y indique.
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- En résumé, M. Caron pense toujours que, dans la cémentation industrielle qui se fait au rouge, on ne peut considérer l’oxyde de carbone comme un agent de cémentation utile; mais la propriété singulière que possède le gaz de se décomposer à basse température en présence du fer explique suffisamment, suivant lui, la divergence d’opinions qui existe entre les chimistes qui se sont occupés de cette question.
- Aux assertions de M. Caron, M. Margueritte répond (1) :
- « On a fait passer à une température élevée, dans un tube de porcelaine doublement vernissé, un courant d’oxyde de carbone complètement purifié et desséché. Après trois heures de dégagement, la présence de l’acide carbonique était presque insensible. On a introduit alors dans le tube deux fils de fer de 0m,0015 de diamètre, préalablement traités par l’hydrogène. Immédiatement l’acide carbonique s’est dégagé et a continué à se produire avec une certaine abondance, pendant trois heures de calcination, après lesquelles les fils ont été complètement cémentés. Lorsque les fils de fer ont été retirés, la production de l’acide carbonique est redevenue insignifiante. »
- Selon l’auteur, cette épreuve plusieurs fois répétée est la réfutation complète des objections de M. Caron, car elle démontre que l’oxyde de carbone est décomposé par le fer à haute température, et qu’il peut transformer celui-ci en acier. M. Margueritte maintient donc ses conclusions qui sont absolument contraires à celles de MM. Saun-derson et Caron. M. Saunderson a prétendu que le charbon pur ne cémente pas, et M. Caron a dit que dans la pratique les cyanures seuls cémentent (2). Or M. Margueritte croit avoir suffisamment démontré que le carbone pur (diamant), ainsi que l’oxyde de carbone peuvent transformer le fer en acier, et qu’ils doivent certainement compter parmi les éléments de la cémentation industrielle.
- M. Margueritte, reprend M. Caron (3), prétend, d’après ses expériences, que des trois éléments qui concourent à la transformation du fer, charbon, oxyde de carbone et cyanures alcalins, ce sont les deux premiers qui sont les plus actifs dans la cémentation; eh bien, lui, au contraire, démontre que leur action est insignifiante et regardée comme nulle par les industriels, et pour y arriver il lui suffira de rappeler un fait observé chaque jour dans les aciéries. On sait, en effet, que le charbon qui a servi à faire une cémentation ne peut plus être employé dans une deuxième opération, parce qu’il a presque complètement perdu ses propriétés carburantes. Pourquoi la cémentation ne se produit-elle plus avec ce charbon, le contact du charbon et du fer existant toujours et l’atmosphère de la caisse étant toujours capable de fournir de l’oxyde de
- (1) Comptes rendus, t. LIX, p. 518.
- (2) Bulletin de 1861, 2e série, t. VIII, p. 712.
- (3) Comptes rendus, t. LIX, p. 613.
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- carbone? C’est que ni l’un ni l’autre de ces éléments n’est utile ; c’est nécessairement parce que les alcalis ont été entraînés dans la première opération, et que leur absence empêche les cyanures de se produire. Pour le démontrer, on n’a qu’à imbiber ce charbon inactif d’une solution alcaline pour lui rendre aussitôt sa force et son activité comme agent de cémentation. On voit donc que ce sont les cyanures alcalins qui seuls agissent efficacement, et auxquels on doit attribuer presque entièrement la carburation du fer; les autres éléments sont tout au plus des accessoires et ne sauraient compter dans les opérations industrielles.
- Après avoir, comme une autre preuve à l’appui de son opinion, rappelé le procédé de feu M. Chenot, qui consiste à traiter par l’oxyde de carbone le minerai de fer porté au rouge, et qui donne seulement une éponge de fer non aciéreuse, M. Caron cite encore les faits suivants :
- « Deux barres de mêmes dimensions (1 centimètre carré sur 30 centimètres de long) ont été extraites d’un morceau de fer reconnu préalablement très-propre à la cémentation. L’une de ces barres, placée au milieu de cément ordinaire, dans un tube échauffé au rouge, a été maintenue pendant douze heures à cette température. L’autre barre a été chauffée pendant le même temps et dans les mêmes conditions, mais dans un tube de porcelaine où elle était soumise à l’action du gaz oxyde de carbone. Ces deux opérations terminées, les deux barres ont été légèrement martelées au petit rouge, afin de rendre plus visihle le grain de l’acier et de détruire les effets d’une chaleur prolongée; elles ont été ensuite trempées toutes les deux de la même manière.
- « La première barre (cémentée au charbon), placée dans un étau, a été cassée nettement par le premier coup de marteau; elle offrait à l’œil une cémentation très-belle, dont la profondeur variait entre 2 et 3 millimètres; elle était inattaquable à la lime. La dernière barre (chauffée dans l’oxyde de carbone), placée dans les mêmes conditions, a pu être complètement repliée sur elle-même (à froid) sans être entièrement brisée au point de courbure. Dans l’arrachement qui s’est produit en cet endroit, l’œil armé d’une loupe n’a pu déceler aucune trace de cémentation. La lime attaquait facilement le métal, ce qui indiquait l’absence de toute cémentation, même superficielle. »
- Que le contact du fer et du charbon produise une faible cémentation ; que l’oxyde de carbone ait une légère action carburante dans certaines circonstances, M. Caron ne le conteste ni ne l’affirme pour le moment; mais il répète que, dans la pratique, ces agents de carburation sont insignifiants, et, s’ils méritent d’être comptés, c’est parmi les moins actifs et les moins utiles de la cémentation industrielle. Il croit, du reste, que, pour s’en convaincre, M. Margueritte n’a qu’à répéter ses propres expériences sur des échantillons de fer assez forts pour pouvoir être forgés et subir les essais qu’on a l’habitude de faire quand on veut reconnaître la nature et la qualité des aciers.
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- Mais M. Margueritte revient avec de nouveaux arguments (1), déclarant la théorie de M. Caron trop exclusive, et ne trouvant pas dans ses expériences la preuve catégorique que l’oxyde de carbone au rouge n’agit pas sur le fer, en un mot qu’à cette température, sous l’influence de ce gaz, la cémentation est impossible. Comme il croit qu’en dehors de toutes considérations pratiques la question de savoir si le charbon pur et l’oxyde de carbone cémentent le fer peut être expérimentalement résolue, il apporte à l’appui de son opinion ces nouveaux faits :
- « On a chauffé simultanément, pendant trois heures, à des températures croissantes, dans un courant d’oxyde de carbone, du fer pur divisé (de l’oxalate), ce même fer préalablement aggloméré en présence de l’hydrogène, à une très-forte chaleur, puis des fils de fer du commerce de diverses provenances (2). »
- e 'S- MODE DE CHAUFFAGE et FER PUR AUGMENTATION de poids. PROPORTION pour 100 de carbone acquis. FILS DE FER.
- -S TEMPÉRATURE. divisé. aggloméré. Fer divisé* Fer aggloméré. Fer divisé* Fer aggloméré*
- 1 Grille à gaz; température capable de ramollir et de fondre le verre; cerise gr- gr. sr*
- 2 naissant Fourneau sans dôme; porte du cendrier à moitié fermée; chauffage au charbon 1,239 0,664 0,083 0,010 6,6 1,5 Cémentation complète.
- 3 de bois; cerise clair Même fourneau sans dôme ; porte ouverte ; chauffage au charbon de bois; orange 2,439 1,424 0,160 0,014 6,55 0,98 6,9 1000 5,1 Id.
- 4 foncé (fusion de l’argent).. Même fourneau muni de son dôme; chauffage au coke; orange clair ( fusion du 2,482 1 : 0,938 0,030 0,0065 1,21 ld. /Gros fils de 1 0m,0035com-
- cuivre ) i 0,982 » 0,005 » ÏÜÔÔ plétementcé-[ mentés. 1
- M. Margueritte indique que, d’après ces expériences, on peut suivre pas à pas l’action de l’oxyde de carbone sur le fer, et constater qu’aux températures qui se produisent nécessairement dans les caisses de cémentation le fer pur se carbure en même temps que le fer du commerce se cémente, preuve que l’affinité entre le fer et l’oxyde de carbone est directe et indépendante de la présence du silicium ou de toute autre impureté. Il maintient donc rigoureusement ses premières conclusions, c’est-à-dire que le charbon pur et l’oxyde de carbone cémentent le fer, et que dans la pratique les cyanures ne le cémentent pas seuls.
- (1) Comptes rendus, t. L1X, p. 726.
- (2) Dans tous les cas le fer a été échauffé et refroidi dans un courant d’hydrogène.
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- Cela posé, il reprend un par un et discute les arguments exposés plus haut par M. Caron (pages 45 et 46) :
- Ainsi il n’est pas exact que les industriels regardent comme nulle l’action du charbon et de l’oxyde de carbone, car ils ont l’habitude, pour éviter une cémentation trop rapide et irrégulière, de mettre le fer en contact, non avec du charbon en poudre seul, mais avec du charbon en poudre mélangé de charbon concassé, précaution qui serait inutile si le charbon était inactif, car la quantité de cyanures serait la même, qu’il fût en gros ou en petits morceaux.
- Il n’est pas exact que la cémentation ne puisse plus se faire avec du charbon ayant déjà servi ; elle se produit encore, mais elle est moins active à la même température, en sorte qu’il serait toujours possible d’aciérer le fer en augmentant la division du cément et la température ou le temps de calcination ; or ce remède aurait l’inconvénient d’élever les prix de fabrication et, par conséquent, on a renoncé à ce mode d’opération.
- Ce n’est pas à la volatilisation exclusive des alcalis et, par suite, à l’absence des cyanures qu’on doit attribuer la moindre efficacité du charbon qui a déjà servi. C’est, au con • traire, 1° au changement d’état du charbon, qui sous l’influence de la chaleur, ainsi que l’a dit M. Dumas (Traité de chimie, t. IV, p. 715), devient plus cohésif, par cela même moins apte à la combinaison et donne, lieu à une plus grande proportion d’acide carbonique, qui devient une entrave à l’aciération ; 2° c’est ensuite au départ des gaz carbonés qui se dégagent du charbon, et dont la proportion a été constatée par M. Ber-thier, M. Bunsen, et par M. Caron lui-même.
- S’il suffisait de rapporter les alcalis volatilisés pour rendre au cément ses qualités perdues, les fabricants d’acier auraient le moyen, en ajoutant des cendres, de rétablir la complète efficacité du charbon ordinaire; cependant ils ne peuvent régénérer indéfiniment le cément au moyen de cette addition, dont l’emploi est fort ancien du reste, et ils continuent à faire usage du charbon neuf.
- Si, dans l’expérience du procédé Chenot, l’éponge de fer produite par M. Caron ne contenait pas de carbone, c’est que l’action de l’oxyde de carbone n’a pas été assez prolongée, et, si elle en contenait, c’est que, malgré le borax, ce carbone a été brûlé.
- Enfin, quant à l’épreuve faite par M. Caron sur un barreau de fer qui n’aurait présenté aucune trace de cémentation après douze heures de chauffage dans un courant d’oxyde de carbone, M. Margueritte ne peut s’expliquer ce fait que par l’emploi d’une température défavorable ou d’un courant trop lent d’oxyde de carbone, car lui, de son côté, affirme qu’après six heures l’oxyde de carbone (1) a cémenté complètement des fils
- (1) M. Margueritte s’est attaché à opérer à la température considérée dans l’industrie comme la plus convenable, c’est-à-dire à celle qui peut déterminer la fusion du cuivre. Il a aussi employé l’oxyde de carbone provenant de la décomposition de l’acide carbonique sur du charbon de sucre longtemps chauffé à une haute .température.
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- de fer de 0m,0035 de diamètre, et jusqu’à une profondeur de 0m,0015 un barreau de 0m,006 d’épaisseur. Avec du charbon de sucre calciné pendant douze heures à une forte chaleur et finement pulvérisé, il a pu en dix heures cémenter presque à cœur un barreau de fer de 0m,006 de côté, et complétement^des fils de 0m,0035 de diamètre. Le même charbon, à une température plus élevée, en six heures a converti en fonte par cémentation un barreau semblable,
- « La température et le temps de la calcination, conclut M. Margueritte, ont donc une très-grande influence sur les résultats, et ils démontrent une fois de plus l’action carburante du charbon pur sur le fer. »
- Jusqu’ici, on le voit, les deux adversaires n’ont fait aucun pas l’un vers l’autre, et chacun reste ferme dans sa théorie (1). Poursuivons donc l’analyse de leurs arguments et voyons maintenant la réponse de M. Caron.
- M. Caron, à l’appui de son opinion, rapporte plusieurs expériences de M. le docteur Percy, dont la compétence ne saurait être mise en doute, expériences qui ont démontré en 1859 l’inaction de l’oxyde de carbone sur le fer (2). En présence de résultats aussi contradictoires que ceux de MM. Margueritte et Percy, et dont la réalité ne peut être mise en doute par lui, M. Caron se voit dans la nécessité d’admettre que de part et d’autre les expériences n’ont pas été faites dans les mêmes conditions, et dès lors il ne s’arrête plus que sur un point capital, celui de savoir si, dans la cémentation industrielle, l’oxyde de carbone agit suivant la théorie de M. Margueritte, ou bien s’il n’a pas d’influence sensible comme il l’affirme avec M. Percy. Il va donc faire voir que jusqu’ici le charbon ne saurait être considéré comme cémentant le fer par contact immédiat à la température des cémentations, et dans ce but il cite deux expériences de M. Percy qui lui paraissent extrêmement concluantes :
- Deux lames de fer décapées sont placées à distance l’une de l’autre dans deux tubes de verre de Bohême communicants. La première lame est enfouie dans du charbon de sucre chauffé préalablement au rouge faible, la deuxième est isolée. Chacune des
- fl) Afin de n'omettre aucune phase de cette intéressante discussion, nous devons noter ici une courte communication adressée parM. Jullien et relatant une expérience de cémentation qu'il fit en 1858 avec du graphite naturel d’Allemagne, alors qu’il était directeur de l’aciérie de Loretle. M. Jullien explique que cette expérience a parfaitement réussi, et que l’acier qu’il a obtenu ne différait en rien de celui qui provenait des caisses ordinaires de cémentation. Il affirme donc, avec M. Margueritte contre M. Caron, que le carbone seul cémente, mais il cesse d’être d’accord avec le premier au sujet de l’oxyde de carbone dont il regarde l’action comme nulle sur le fer, et il ajoute que, si M. Marguerite a obtenu de l’acier et non du fer brûlé en faisant passer un courant de ce gaz sur du fer chauffé au rouge, cela provenait de ce que l'oxyde de carbone qu’il a employé contenait, comme le gaz d’éclairage, du carbone en dissolution.
- (2) Comptes rendus, LIX, p. 953.
- Tome XII. — 64e année. 2e série. — Janvier 1865. 7
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- lames Gst placée entre deux tampons d amiante, destines à empêcher tout transport mécanique de charbon. L’appareil est traversé par un courant d’hydrogène, qui passe d’abord sur la lame entourée de charbon et ensuite sur la lame isolée. On chauffe les tubes au rouge pendant plusieurs'heures, su moyen d’une lampe à becs de gaz, et au bout de ce temps on reconnaît que l’une et l’autre lame sont cémentées.
- Dans une autre expérience, M. Percy, en conservant les mêmes dispositions, substitue au charbon de suère légèrement calciné le même charbon chauffé préalablement à une température voisine de la fusion du fer. Dans ce cas il n’y a aciération ni à distance, ni par contact. M. Percy, pour expliquer ces faits, se demande si le charbon calciné longtemps, mais seulement au rouge, ne conserve pas encore des hydrogènes carbonés, ou bien si l’hydrogène, en passant sur le charbon, n’a pu former une combinaison analogue; ces deux hypothèses lui semblent également difficiles à admettre.
- « Quelle que soit l’explication de ce phénomène, dit M. Garon, il me semble démontré, pour le présent, que le charbon ne cémente le fer au contact que lorsqu’il le cémente en même temps à distance; autrement dit, la cémentation est toujours produite jusqu’ici par un gaz carboné, et rien ne prouve qu’elle soit due au seul contact du charbon.
- « Lorsqu’au lieu d’opérer au rouge on élève la température jusqu’au point de fusion de la fonte ou de l’acier, l’état du charbon et le degré de calcination qu’il a subi deviennent à peu près indifférents. Si le charbon a été mis en excès, on obtient de la fonte qui se rassemble en culot. Si le charbon a été mis en proportion suffisamment faible, c’est alors de l’acier qui se produit. Mais il semble falloir, pour cela, que la température soit plus que suffisante pour liquéfier le composé qui doit se former. Ce n’est plus alors de l’aciération par cémentation.
- «Ainsi donc, lorsqu’on veut cémenter le fer, il est nécessaire de connaître la température à laquelle le charbon a été soumis et surtout sa composition, car, seul ou calciné, il est impuissant à produire la cémentation. C’est pour cette raison que les expériences d’aciération faites avec le diamant, tout en ayant un grand intérêt scientifique, ne me paraissent avoir aucune portée sous le rapport industriel. Pour pouvoir conclure quelque chose de ces expériences, il faudrait savoir si le diamant doit être assimilé à du charbon produit à haute ou à basse température, ou même si ses propriétés physiques ne l’éloignent pas également de l’un et de l’autre. Nous ne possédons, à cet égard, aucune donnée qui permette de se prononcer avec connaissance de cause. »
- Enfin M. Margueritte a répondu une dernière fois à M. Caron (1). Il prétend que celui-ci essaye de soutenir son opinion par diverses interprétations, et qu’à la place
- (i) Comptes rendus, LIX, p. 1043.
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- d’expériences précises, contradictoires, il produit des arguments qui ne sauraient prévaloir contre des résultats rigoureusement constatés. Si M. Percy, que cite M. Caron, n’a pas obtenu de cémentation par l’oxyde de carbone, c’est que la température n’était pas convenable ou que le courant de gaz était trop lent (deux tiers de litre environ en trois heures), et que l’acide carbonique, par sa présence, empêchait l’aciération. Du reste, la remarquable expérience par laquelle M. H. Sainte-Claire Deville a dissocié et résolu l’oxyde de carbone en ses éléments, carbone et oxygène, par la simple calcination, fait comprendre comment ce gaz peut, à une température moins élevée, être décomposé par l’affinité du fer.
- «M. Caron cite encore deux faits observés par M. Percy, mais qui, suivant moi, sont contraires à son hypothèse. Ainsi,
- « 1° Du charbon de sucre, préalablement chauffé au rouge faible, a cémenté le fer au contact et à distance.
- « 2° Le même charbon, chauffé à une température voisine de celle de la fusion du fer, n’a cémenté ni au contact ni à distance.
- « Ces deux opérations ont été faites à la grille à gaz.
- « Le premier résultat représente la cémentation ordinaire, avec cette différence qu’il a été obtenu en l’absence complète des cyanures. Le charbon, n’ayant été que légèrement calciné, était l’analogue de celui des caisses de cémentation; sauf les alcalis des cendres, il contenait les mêmes éléments et il était dans le même état. Il y a eu cémentation par les hydrogènes carbonés et aussi par le contact, car M. Caron a oublié de dire que, dans toutes les expériences faites par M. Percy, il y a toujours eu cémentation beaucoup plus grande sur le fer plongé dans le charbon. L’augmentation de poids a pu s’élever pour celui-ci jusqu’à 1,280 pour 100, tandis que pour le fer cémenté à distance elle n’a été que de 0,251 pour 100, différence considérable qui ne peut être attribuée exclusivement à ce que l’une des lames était plus rapprochée que l’autre de la source des hydrogènes carbonés.
- « Le deuxième résultat se conçoit aisément, et confirme l’explication que j’ai donnée de l’influence de la calcination sur l’activité du charbon dans la cémentation. Le charbon employé a été chauffé jusqu’au point de fusion du fer. A cette chaleur excessive, il s’est modifié de telle sorte qu’à une température infiniment plus basse, c’est-à-dire à la grille à gaz, il a été, comme il devait être, sans action sensible sur le fer.
- « Ainsi les faits que M. Caron emprunte à M. Percy prouvent, au contraire, 1° que du charbon légèrement calciné et absolument exempt d’alcali cémente le fer au contact et à distance, sans l’intervention des cyanures; 2° que le même charbon, isolément chauffé, ne peut plus aciérer le fer, à une température très-inférieure à celle de sa calcination préalable. »
- M. Margueritte ajoute que, si, malgré toutes ces preuves, M. Caron n’en continue pas moins à conclure que le charbon qui cémente contient toujours des hydrogènes carbonés, que la cémentation est impossible par le contact seul du charbon et qu’elle
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- s’accomplit exclusivement par un gaz carburé, sa conclusion est invraisemblable et n’est nullement démontrée par l’expérience, car M. Percy lui-même n’a pas voulu la tirer de ses recherches.
- M. Caron prétend que l’expérience de cémentation par la poussière de diamant n’a aucune portée sous le rapport industriel, parce qu’on ne sait s’il faut assimiler le diamant à du charbon produit h haute ou basse température; mais l’état physique du diamant importe peu, puisque, comme le charbon de bois, il est actif et que comme lui il cémente.
- M. Margueritte croit donc avoir répondu aux principales objections qui lui ont été faites, pour montrer qu'elles n’infirment en rien ses expériences. L’action aciérante de l’oxyde de carbone et du charbon sur le fer étant démontrée scientifiquement, est-il possible d’admettre qu’industriellement, dans les caisses de cémentation, ces deux agents aient des propriétés différentes de celles qu’ils ont dans les appareils de laboratoire?
- M. Margueritte fait remarquer, en terminant, que l’action aciérante des cyanures n’est pas cequ’il y a de nouveau dans les idées de M. Caron, et que cette action, connue depuis fort longtemps dans les ateliers, a déjà été utilisée dans l’industrie par MM. de Ruolz et de Fontenay. Comme le charbon contient des carbonates alcalins et que, dans les caisses de cémentation, il y a l’azote indispensable à la formation des cyanures, M. Caron a conclu que ces cyanures devaient nécessairement se produire et qu’en y réfléchissant ce devait être par eux seuls que s’accomplissait la cémentation industrielle. Mais M. Margueritte trouve que cette théorie n’est basée que sur une vraisemblance, et que M. Caron n’a encore établi, par l’expérience, ni la réalité de la formation des cyanures, ni leur quantité, ni leur action exclusive dans les caisses de cémentation. (M.)-
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- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Analyse d'un mordant de fer pour la teinture, par Hf. Fr. Stolba, de Prague. — L’auteur a eu dernièrement l’occasion d’analyser un mordant qui se trouve en grande quantité dans le commerce sous le nom de nitrate de fer, qui est préparé dans une fabrique de Silésie, et qui se distingue par sa bonté et son prix peu élevé (13 fr. 60 environ les 100 kil.).
- Ce mordant est un liquide épais, rouge-brun foncé, pesant spécifiquement 1,557; lorsqu’on l’expose longtemps au refroidissement produit par la glace, il se prend en
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- une masse saline jaune, qui reste solide à l’air et ne redevient liquide que quand on la chauffe de nouveau.
- L’analyse chimique a donné, pour 100 parties :
- Oxyde de fer (sesquioxyde).................20—64
- Acide sulfurique...........................22—13
- Acide nitrique......................... 1—30
- Chlore..................................... 5—24
- Pour doser l’acide nitrique, on a étendu, avec de l’eau chaude, une quantité déterminée de ce mordant, et l’on a précipité l’oxyde avec un excès de potasse. Le dépôt, composé d’oxyde de fer retenant de la potasse et de sels basiques de fer, a été un peu lavé dans un filtre avec de l’eau chaude et dissous dans la quantité seulement suffisante d’acide chlorhydrique; puis on a précipité la solution avec de l’ammoniaque et bien lavé le résidu resté dans le filtre. Le liquide ammoniacal donné par la filtration a été réuni au premier liquide obtenu à l’aide de la potasse; on a ajouté encore un peu de potasse caustique pure, et l’on a fait évaporer le tout dans une capsule de porcelaine. L’ammoniaque, remplacée dans sa combinaison par la potasse, s’est vaporisée graduellement, et la solution chaude en a enfin été complètement exempte, ainsi que l’ont démontré des essais partiels. La solution potassique alcaline a été alors exactement saturée avec du bichromate de potasse pur, puis évaporée à siccité, et exposée dans un creuset de platine à un bain d’air chauffé à 200° centigrades environ, jusqu'à ce que le poids du résidu n’éprouvât plus aucune variation.
- Alors on a dosé la quantité d’acide nitrique par la méthode de M. Persoz, en faisant fondre le résidu avec le double de son poids de bichromate de potasse et en calculant cette quantité d’après la diminution du poids.
- La seconde précipitation par l’ammoniaque avait pour but de faire entrer dans la solution un peu d’acide nitrique resté en combinaison avec le précipité d’oxyde de fer.
- D’après les constatations de l’analyse, le sulfate de fer forme la principale partie de ce mordant. Si l’on évalue l’oxyde de fer en protoxyde, 18-57 parties de cet oxyde exigeront 20-64 parties d’acide sulfurique pour former du sulfate de protoxyde de fer. Or le mordant contient 22-13 de cet acide, ce qui s’accorde assez bien avec le calcul.
- Il est donc très-vraisemblable que, pour fabriquer cette matière, on emploie le sulfate de protoxyde de fer, ce qui explique le petit excès d’acide sulfurique trouvé, puisque ce sel de fer, préparé en grand, contient toujours un peu d’acide sulfurique libre.
- La quantité du chlore est trop considérable pour que l’on puisse la regarder comme un accident fortuit, résultant de la présence d’un peu d’acide chlorhydrique ou de chlore dans l’acide nitrique employé pour oxyder le fer. Ce chlore doit avoir été introduit à dessein, sous forme d’acide chlorhydrique, dans le mélange.
- La quantité d’acide nitrique est, au contraire, fort petite, et l’on peut supposer que
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- la proportion employée de cet acide est seulement à peu près suffisante pour peroxyder le fer.
- Pour déterminer la forme des combinaisons qui constituent ce mordant, l’auteur en a fait le calcul d’après les quantités données par l’analyse et d’après les propriétés des principes constituants trouvés. Il en conclut que ce mordant contient :
- Sulfate neutre de sesqui-oxyde de fer (Fes03,3S03)..... 36—88
- Chloride de fer (Fe’Ci*)............................... 7—98
- Nitrate basique de sesqui-oxyde de fer (Fa* 03,N0S).... 3—22
- 48—08
- Eau.................. 51—92
- 100— »
- Pour obtenir, avec du sulfate de protoxyde de fer, du sulfate neutre de sesqui-oxyde, on doit ajouter une quantité convenable d’acide sulfurique, ou bien enlever au sulfate de protoxyde une certaine quantité de fer, par l’addition d’un autre corps. C’est évidemment dans cette vue quel’on ajoute de l’acide chlorhydrique qui, moins cher que l’acide sulfurique, donne du chloride de fer propre aussi à servir de mordant.
- Des essais de synthèse, fondés sur ces principes, n’ont paru d’abord donner que des résultats contradictoires, parce que les solutions obtenues, bien que possédant la même densité et la même consistance, n’étaient que d’un brun jaunâtre, au lieu d’affecter une couleur d’un rouge-brun foncé.
- Mais l’auteur a reconnu, depuis, qu’il suffit de laisser reposer longtemps ou, mieux encore, de filtrer le liquide, pour obtenir exactement la même nuance, en en séparant une petite quantité d’un sel basique de fer, dont la couleur jaune masque la véritable nuance du mélange.
- Voici comment il a procédé :
- Il a pris 3 parties en poids de sulfate de protoxyde de fer et y a ajouté 1 partie d’acide chlorhydrique liquide, à 1,111 de densité, qui a dissous 1 partie de sulfate de fer et a produit un abaissement notable de température (10° centigrades). Il a fait ensuite chauffer le tout et y a ajouté, pendant l’ébullition, peu à peu, de l’acide azotique à 1,38 de densité, jusqu’à la cessation du dégagement de l’oxyde d’azote; alors il a évaporé le liquide jusqu’à la densité demandée, puis il l’a filtré. Le mélange ainsi obtenu avait les mêmes propriétés et présentait la même composition que le mordant analysé. (Dinglers Polylechnisches Journal.)
- Préparation du vernis élastique noir pour les cuirs, par 91. le docteur Wiederhold, de Cassel. — On ne trouve, dans les ouvrages techniques sur la préparation des vernis propres à la fabrication des cuirs et des peaux, que des données rares et incomplètes. Ordinairement, les recettes sont fondées sur la disso-
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- lution d’une résine telle que le copal, le mastic, l’asphalte, etc., dans l’huile de lin siccative; mais les enduits résineux ainsi composés ne possèdent pas, à beaucoup près, le brillant et la souplesse du vernis bleu qui, dans la fabrication des cuirs vernis, les a si complètement et si justement remplacés. La fabrication de ce vernis est, d’ailleurs, aussi simple qu’elle est intéressante au point de vue scientifique. Comme l’auteur n’a pas connaissance qu’elle ait été publiée dans les ouvrages spéciaux, il croit rendre un service en la décrivant, sous la réserve, toutefois, de quelques détails qui constituent des secrets de fabrique.
- . On prépare le vernis bleu en faisant bouillir de l’huile de lin avec du bleu de Prusse, et c’est probablement de là que ce vernis a reçu son nom. L’huile de lin prend ainsi une couleur d’un brun très-foncé, laisse dégager plusieurs gaz et devient plus épaisse. On continue l’ébullition jusqu’à ce que le vernis ait pris toute la consistance -que l’expérience fait juger nécessaire, puis on laisse refroidir et l’on attend que le résidu sê soit déposé. Le liquide surnageant est aussitôt employé à enduire les cuirs, que l’on porte dans une étuve chauffée de 30 à 38° C.; le vernis y prend la fermeté et le brillant que l’on connaît.
- Si, pour mieux apprécier les phénomènes chimiques qui se passent dans ce procédé, on analyse le résidu, on trouve qu’il se compose d’une résine soluble dans l’essence ,de térébenthine et qui contient encore, sans altération, le bleu de Prusse employé. En effet, l’essence de térébenthine dissout toute la résine de ce résidu, et laisse le bleu de Prusse pur et non dissous. Il paraît donc se produire ici une action catalytique, par suite de laquelle il se forme, parmi les autres éléments constitutifs de l’huile de lin, un corps qui, à la température de 30 à 38° centigrades, se change en une véritable résine. Cette résine artificielle non-seulement présente une grande analogie avec les résines naturelles, mais encore les surpasse d’une manière remarquable par plusieurs propriétés importantes. [Ibid.)
- Sur une matière propre à remplacer les chiffons dans la fabrication du papier, par M. Schinz, chimiste, à Odessa. — On sait que, depuis plusieurs années, l’industrie s’est activement efforcée de remplacer, au moins en partie, les chiffons dans la fabrication du papier, mais que des essais innombrables, pour ainsi dire, n’ont conduit qu’à des résultats peu satisfaisants. Le sparte, la paille, le mais et le bois sont seuls un peu employés en grand et sont cependant encore bien loin de pouvoir remplacer les chiffons fins dans la confection du beau papier à écrire ou du papier à lettres. Tout au plus peut-on, en les mélangeant, en introduire une certaine proportion dans le papier pour l’écriture ou l’impression, que le sparte et la paille rendent, toutefois, sonore et cassant, et que le maïs rend transparent et dépourvu de corps.
- L’auteur, s’appuyant sur de nombreux essais exécutés en grand et sur l’opinion de praticiens compétents, croit pouvoir proposer une matière qui, par son abondance et par sa qualité, paraît susceptible de fournir une ressource très-importante.
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- La Typha angustifolia et la Typha latifolia, YArundo donax et le Phragmites com-munis, qui croissent en quantités énormes sur les bords de plusieurs rivières, comme le bas Danube, le Dniester, le Bug et le Dnieper, sont employés comme combustibles ou même abandonnés, sur les lieux, à la putréfaction. Les tiges de ces plantes qui n’arrivent pas à la floraison (c’est-à-dire 80 ou 90 pour 100 de la masse totale) se composent de feuilles superposées formant des cônes de lm,50 à 2“,40 de hauteur, dont le diamètre atteint de 0m,025 à 0m,050 près du pied. Ces feuilles molles, très-peu siliceuses, mais très-riches en filaments, dépourvues de nœuds, étant traitées à chaud par les alcalis, donnent une pulpe très-pure, que l’auteur regarde comme pouvant être livrée à la machine à papier, sans avoir été raffinée dans les piles, et comme pouvant même être employée, sans chiffon, à la fabrication des papiers les plus fins et les plus beaux.
- On opère très-facilement et très-promptement; et, [comparativement au traitement des chiffons, l’économie du temps et du travail est d’environ moitié. Le papier obtenu est très-souple et très-doux, ce qui le rend très-supérieur à ceux que l’on fabrique avec les autres plantes. Les premiers échantillons, préparés en grand, ont été envoyés en Angleterre, où ils ont été très-bien accueillis, et M. Cowan, d’Êdimbourg, entre autres, en a fait l’essai avec beaucoup de succès.
- Les expériences en grand sur ce sujet ont été exécutées dans l’usine de M. 0. Fritten, de Cherson.
- Les matières brutes y étaient reçues à raison de 1 franc environ par 100 kilos. Après en avoir trié les tiges une à une et avoir séparé celles qui, en fleurissant, étaient devenues dures et ligneuses, on coupait, avec un hache-paille, celles que l’on avait choisies, et on les réduisait en fragments de 0m,007 de longueur environ, puis on les plaçait dans une grande pile à cylindre, construite exprès dans cette vue, et semblable à celle qui est représentée dans la Chimie industrielle de M. Payen. Cette pile recevait environ 500 kilog. de matière hachée. On la remplissait alors à moité avec une lessive de soude à 15° Baumé, on la fermait, on mettait le cylindre en action et l’on prolongeait le travail pendant trois heures, sous la pression de trois atmosphères. On faisait alors passer la lessive dans un réservoir, on ouvrait la pile et on laissait descendre la pâte sur un tamis en fil de fer, où elle s’égouttait. On la reprenait ensuite, afin d’en extraire le plus possible de liquide par une forte pression; puis, après l’avoir placée dans des paniers en toile métallique, on la plongeait dans une rivière, d’où on la retirait parfaitement pure, au bout d’une heure; on la séchait alors pour l’emballer. Les frais du travail étaient d’environ 25 centimes par 100 kilos; mais on aurait pu les réduire beaucoup en employant des lessives très-faibles et de la vapeur surchauffée. Le cylindre pouvait faire quatre opérations en vingt-quatre heures. Avec de la vapeur surchauffée ou une pression plus forte, on aurait facilement fait six opérations au lieu de quatre.
- Le blanchiment pour les échantillons demandés incolores était opéré avec une solu-
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- tion de chlorure de chaux, à laquelle on ajoutait un peu d’acide; il durait environ deux heures.
- Les filaments se subdivisent beaucoup pendant le blanchiment et donnent une masse fort semblable à la pâte de chiffon.
- On peut très-bien employer la matière proposée à la fabrication du papier d’emballage sans la blanchir, parce qu’elle sort de la pile assez fine pour cet usage et qu’elle possède naturellement une belle couleur.
- La plante hachée donne environ 30 à 40 pour 100 de pâte. (Ibid.)
- Fabrication des bottes et des souliers dans l’Amérique du Nord. —
- La guerre civile, qui ravage l’Amérique septentrionale, a tellement accru la demande des bottes et des souliers, que le travail à la main a bientôt cessé d’y suffire, et que l’on a dû recourir aux machines. Il existe, par exemple, à New-York, une grande manufacture de ce genre, où l’on peut fabriquer, chaque jour, 500 paires de bottes, par les procédés que nous allons décrire :
- Les cuirs, pour les tiges et les empeignes, sont d’abord étirés, essayés et triés selon l’usage auquel ils sont destinés. On les taille alors avec des emporte-pièce de différentes formes, puis on les classe et on les range. On les coud ensuite mécaniquement et on les dispose à recevoir les semelles.
- Les cuirs, employés pour ce dernier emploi, sont d’abord amollis dans l’eau, puis, après les avoir laissés égoutter, on les coupe, à l’aide de machines, en bandes un peu plus larges que les semelles qu’ils doivent servir à confectionner. Ces bandes sont ensuite débitées transversalement et réduites en rectangles de dimensions convenables.
- Après qu’on les a fait sécher suffisamment, on les lamine entre deux planches de métal, et on les soumet ainsi à une très-forte pression dans un laminoir. On se dispense par là du martelage manuel, et en comprimant puissamment le tissu du cuir on en augmente beaucoup la résistance. On taille ensuite chaque semelle par un seul coup d’un emporte-pièce qui, à chaque fois qu’il descend, subit un léger changement de position, en vertu duquel il frappe alternativement une semelle pour le pied droit et une semelle pour le pied gauche. On débite de la même manière les talons. Les tranches, les angles des semelles sont ensuite ébauchés et polis avec une petite machine à émoudre, animée d’un mouvement rapide. Une autre machine imprime des sillons marquant les rangées de points. Les deux semelles sont alors fixées sur une forme et cousues avec l’empeigne au moyen d’une machine de Makay. Il y a aussi des semelles doubles que l’on cloue avec des pointes en cuivre, à l’aide d’une machine spéciale qui découpe ces pointes dans de la planche mince de cuivre, perce les trous dans le cuir et y enfonce les pointes qu’elle vient de tailler. Les talons et les fers sont, en outre, fixés à la main par des pointes en bois. Enfin on doucit et l’on polit mécaniquement les tranches des semelles. La force motrice, dans cette fabrique, est four-Tome XII. — 64e année. 2e série. — Janvier 1865. 8
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- nie par une machine à air chaud de M. Roper. (Breslauer Gewerbéblatt et Dinglers polytechnisches Journal.)
- Moyen de fabriquer un cuir artificiel; par M. le docteur A. Rabe. —
- Le procédé consiste, en substance, à prendre une solution de collodion, à la verser sur une surface plane, à la parcheminer par la méthode ordinaire, en la passant dans l’acide sulfurique, à l’animaliser avec une solution chaude de gélatine, enfin à la traiter par du tanin ou de l’alun dissous dans l’eau.
- M. Rabe préfère la méthode suivante pour préparer le collodion :
- On verse dans un grand vase en grès 20 kilog. d’acide sulfurique ordinaire du commerce, 9 kilog. d’azotate de potasse réduit en poudre grossière, et l’on mêle le tout avec une spatule. Dix minutes après, on ajoute 1 kilog. de coton divisé en masses de la grosseur du poing, et l’on remue soigneusement le tout. On laisse le coton baigner dans le liquide, jusqu’à ce que les échantillons que l’on en tire, bien lavés dans l’eau et bien pressés, se dissolvent facilement et complètement dans un mélange de deux parties d’éther et d’une partie d’alcool. Alors on retire tout le coton, et, après l’avoir lavé dans l’eau assez pour qu’il ne rougisse plus le papier de tournesol, on le presse dans une toile et on le fait tremper, pendant vingt-quatre heures, dans l’alcool, qui devient jaunâtre, tandis que le coton recouvre, au contraire, une blancheur complète. On fait alors sortir l’alcool, en pressant de nouveau, dans un linge, le coton-poudre obtenu, et l’on dissout ce produit dans un mélange de deux parties d’alcool et de dix-huit parties d’éther. Dans l’été, dix minutes suffisent pour transformer le coton ordinaire en coton-poudre, mais, dans l’hiver, il faut chauffer légèrement le mélange d’acide sulfurique et de nitrate de potasse, parce qu’autrement il se formerait un précipité de bisulfate de potasse, surmonté d’un liquide épais. L’alcool que l’on mêle avec l’éther doit peser spécifiquement 0,730 et être de première qualité. Il va sans dire qu’il faut opérer avec beaucoup de précaution, surtout lorsque le coton-poudre, à l’état explosif, n’est pas encore mêlé avec l’éther.
- La solution de collodion ainsi préparée doit être versée sur une surface unie de la grandeur que l’on veut donner au cuir artificiel ; on laisse ensuite le liquide s’épaissir jusqu’à ce qu’il ressemble à une feuille de papier, que l’on trempe dans un bain d’acide sulfurique étendu de son volume d’eau, et dont la température ne doit pas excéder 15° centigrades. On laisse la feuille tremper dans l’acide, pendant cinq à vingt secondes, selon son épaisseur; on la plonge ensuite dans de l’ammoniaque liquide faible, et enfin on la lave bien dans l’eau.
- L’opération que nous venons de décrire présente des difficultés pour les personnes qui n’en ont pas l’habitude, mais on peut acquérir par quelques essais l’expérience suffisante, surtout en consultant les ouvrages spéciaux. Il est nécessaire que les feuilles de collodion ne soient pas trop épaisses, autrement elles ne se transformeraient pas jusqu’à leur centre en parchemin artificiel. Si l’on veut préparer un cuir d’une cer-
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- taine épaisseur, il faut enduire d’une solution de colle forte les feuilles dont la réunion doit donner l’assemblage proposé, les placer l’une sur l’autre et les mettre en presse. Selon que l’on veut obtenir plus ou moins de qualité, on doit employer des solutions plus ou moins fortes de colle, et même, pour les plus belles qualités, substituer l’albumine à la colle.
- Les produits ainsi fabriqués ressemblent, sous beaucoup de rapports, à la peau des animaux et peuvent être tannés soit avec l’écorce, soit avec l’alun. L’auteur, toutefois, n’a pas encore essayé les procédés des chamoiseurs, mais il croit qu’on en obtiendrait aussi de bons résultats.
- Lorsqu’on veut fabriquer des cuirs artificiels de couleur, on peut teindre les feuilles de collodion avant de les transformer en parchemin, mais on peut aussi attendre qu’elles soient terminées et tannées. Ce cuir artificiel peut très-bien recevoir la laque.
- En résumé, chacune des parties du procédé réclame beaucoup d’attention et surtout d’habitude. Sous ces conditions, on peut être sûr de fabriquer toujours un produit de bonne qualité qui ne le cède en rien au cuir naturel, si ce n’est qu’il est imperméable à l’air. Dans une fabrique montée sur une grande échelle, on obtiendrait ce produit à très-bon marché. On pourrait y employer les plus basses qualités de coton, pourvu qu’elles fussent exemptes de matières étrangères, mais l’économie exigerait évidemment que l’on condensât et que l’on recueillît l’alcool et l’éther employés. (.Neueste Erfindungen et Dingler's polytechnisches Journal.)
- Fabrication de» enclumes, par M. Brooman. — Indépendamment de leur prix élevé, les enclumes ordinaires ont souvent le grand inconvénient de présenter de graves défauts de soudure entre la table en acier qui les couvre, et la masse en fer dont leur corps est formé. M. Brooman s’est efforcé d’y obvier de la manière suivante, et d’obtenir des enclumes composées de deux masses métalliques différentes ne formant qu’un même corps. On dispose le moule de telle sorte que, lors de la coulée, la table d’acier se trouve en bas et repose sur une plaque de fer. On verse alors assez d’acier en fusion pour donner à la table l’épaisseur que l’on désire ; puis aussitôt, et pendant que les dernières portions de l’acier coulent encore dans le moule, on verse par une autre ouverture la fonte liquide. Après avoir ainsi introduit simultanément la quantité des deux métaux que l’on juge convenable, on ne laisse plus couler que de la fonte jusqu’à ce que le moule soit entièrement plein. Dès que l’enclume a pris assez de consistance, on la démoule et l’on se sert, pour la travailler, de la chaleur qu’elle conserve encore. On martèle donc la table pour en dégrossir la surface, puis on la dresse et on la termine comme à l’ordinaire. (Deutsche Industrie Zeitung, et Dingler's polytechnisches Journal.)
- Dalles en laitiers de hauts fourneaux au coke, fabriquées à l’usine de Konigghütte, en Prusse. —On reçoit, dans un chariot en fer sur le fond du-
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- quel on a étendu une couche de sable, une quantité suffisante de laitier un peu verdâtre; on brasse bien la masse, et dès que, tout en laissant dégager du gaz, elle est arrivée à la consistance de pâte, on la transporte dans des formes en fonte. Avant qu’elle ait eu le temps de s’y solidifier, on la bat afin de la tasser et de favoriser le dégagement des gaz qui tendent à s’échapper. Les dalles encore rouges sont ensuite portées, au nombre de 1,000 au moins, dans des fours où on les couvre de charbon en poudre et où on les cuit avec précaution pendant trois ou quatre jours, pour en dépolir la surface vitreuse, la rendre semblable à celle de la pierre et pour augmenter la solidité de la masse. Le millier de ces dalles, de 0m,310 de longueur, 0m,094 de largeur et 0m,170 d’épaisseur, se vend, sur les lieux, 37 fr. 50. Dans l’usine de Kœniginn Marienhütte, près de Zwickau, on mêle au laitier du poussier de coke au lieu de sable. (Ministerielle preussische Zeitschrift et Dinglers polytechnisches Journal.)
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- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 11 janvier 1865.
- Présidence de M. de Valois, censeur.
- Correspondance. — M. Wynen, à Montrouge. — Système de conservation des viandes et des poissons. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- M. Dupont, à Boulogne-sur-Mer. — Envoi de différents mémoires et documents pour le concours de 1865 sur la fabrication des ciments. (Renvoi à la commission spéciale.)
- M. Franceschi, rue Mademoiselle, à Grenelle-Paris. — Système de frein applicable aux chemins de fer. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Caron, rue de Lyon, 7. — Nouvelle tondeuse rotative pour les chevaux. (Renvoi au comité d’agriculture.)
- M. Achard, rue de Provence, 72. — Application d’un système d’embrayage électrique au service des chemins de fer. (Renvoi aux comités des arts mécaniques et économiques.)
- M. Verslraet, chimiste, à Lyon. — Deuxième note sur la fabrication du carbonate de soude. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- M. Sacc, à Barcelone. —Envoi d’échantillons d’étoffes traitées par un nouveau mordant de son invention. (Renvoi au même comité.)
- M. Morin, rue Séguier, 14. — Thermomètre-vigie, appareil électrique avertisseur
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- d’une température trop élevée ou trop basse dans un lieu donné. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. le Président informe le Conseil de la mort de Mme Pielte, membre de la Société, veuve de l’éditeur du Journal des fabricants de papier.
- Les secrétaires de la Société royale de géographie de Londres envoient le 33e volume du journal de cette Société.
- MM. Haudouin et Soulié, ingénieurs civils à Paris, demandent l’examen de l’ouvrage qu’ils viennent de publier et qui a pour titre, Le pétrole, ses gisements, son exploitation, son traitement industriel, ses produits dérivés, ses applications à Véclat rage et au chauffage. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Tresca, membre du Conseil, communique un mémoire de M. Molard, ingénieur-mécanicien à Lunéville et membre de la Société, sur les machines à rotation directe du système à disque. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- Rapports des comités. — M. Tresca lit un rapport, au nom du comité des arts mécaniques, sur un système de compteur à eau de M. Antoine Clément. (Adoption et insertion au Bulletin, avec dessin.)
- M. le baron de Silvestre fait, au nom de la commission des beaux-arts appliqués à l’industrie, un rapport verbal sur une réclamation de M. Gilbert, fabricant de crayons à Givet. Cette réclamation a été adressée à M. le Président de la Société en faveur de l’industrie française des crayons en général, et aussi dans l’intérêt de la propre fabrication de M. Gilbert, à la suite d’un rapport fait par la commission des beaux-arts appliqués à l’industrie, le A mai 1864, sur l’application du graphite de Sibérie à la confection des crayons.
- La commission, à qui la lettre de M. Gilbert a été renvoyée, rappelle au Conseil qu’elle s’était uniquement proposé, dans son rapport, de mettre en relief l’importance de la découverte de M. Alibert, au point de vue de la fabrication des crayons, sans établir aucun parallèle entre nos diverses fabriques nationales, non plus qu’entre les fabriques françaises et celles de l’étranger.
- La réclamation que fait aujourd’hui M. Gilbert ne saurait donc être prise en considération, sans nécessiter, de la part de celte commission, un nouveau travail d’ensemble assez étendu et qu’elle n’a pas à entreprendre. Au reste, la commission des beaux-arts, ajoute M. de Silvestre, se plaît à rendre justice à la persévérance et à l’habileté de M. Gilbert, dont les produits jouissent depuis longtemps d’une réputation et d’une faveur méritées.
- Le rapport de M. de Silvestre est approuvé.
- M. Boitel lit, au nom du comité d’agriculture, un rapport sur une note de M. Bre-teaux relative à l’évaporation du soufre substituée à l’emploi de la fleur de soufre dans le traitement de la maladie de la vigne.
- M. le rapporteur propose de remercier l’auteur de £a communication, en l’invitant à continuer ses essais sur une plus grande échelle et à en rendre compte à la Société.-
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- Le rapport est approuvé.
- Communications. — M. du Moncel présente un nouveau système d’électro-aimant imaginé par M. Carlier, dans lequel le fil de l’hélice magnétisante est complètement dépourvu de couverture isolante. M. du Moncel entre dans des détails circonstanciés sur les expériences qu’il a faites avec ces électro-aimants et en faitressortir les avantages qui sont : économie considérable dans le prix de fabrication, force plus que doublée dans certaines conditions, suppression de l’extra-courant si nuisible aux effets électromagnétiques, et possibilité d’avoir le fil de l’hélice coupé en plusieurs endroits sans subir de détérioration. Une expérience est faite devant la Société avec deux très-petits électro-aimants semblables, n’ayant qu’une seule rangée de spires : l’un, ayant pour hélice du fil découvert, a soutenu, sous l’influence d’un élément Bunsen, 2 kilog. 1/2, tandis que l’autre, muni de fil recouvert de soie, n'a pu soutenir 1 kilog. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Tremblay, ancien officier de marine, expose à la Société les moyens qu’il croit propres à résoudre les deux problèmes suivants, savoir : 1° atterrir avec une montgolfière sur un point et à un moment donnés ; 2° voyager dans l’air avec une vitesse suffisante pour se diriger.
- M. Tremblay communique également le plan d’organisation d’une société de sauvetage pour les naufragés, qui fonctionne depuis l’année dernière. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Kessler, chimiste, après quelques considérations sur l’importance et sur l’avenir de la sucrerie agricole, donne la description des procédés employés dans la sucrerie qu’il a établie à Brie-Comle-Robert (Seine-et-Marne). Il termine en établissant le compte de revient d’une production donnée de sucre de betterave par le système qu’il a imaginé et fait ressortir les avantages de cette fabrication. (Renvoi aux comités des arts chimiques et d’agriculture.)
- Nominations. — Sont nommés membres de la Société :
- MM. Carties-Bresson, négociant;
- Lantelme, ancien négociant;
- Champion, chimiste;
- Lallemand, fabricant de bougies à Besançon ;
- Reignier, dessinateur-compositeur, à Lyon ;
- Rochaz, propriétaire de mines de zinc et de cuivre.
- Séance du 25 janvier \ 865.
- Présidence de M. Dumas.
- Correspondance. — S. Exc. M. le Ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics adresse deux exemplaires du n° 9 du Catalogue des brevets d'invention pris dans l'année 1864.
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- Mœe veuve Audouin, rue des Petites-Écuries, 13. — Recherches sur l’application de la glu marine, et excellents résultats obtenus de cette application, notamment en ce qui concerne la conservation des bois. (Renvoi au comité d’agriculture.)
- M. Moidin, rue Saint-Antoine, 90. — Projet de façade d’une église, d’après un style d’architecture qui est propre à l’auteur. (Renvoi à la commission des beaux-arts appliqués à l’industrie.)
- M. Journeil, banquier, à Château-Gontier. — Projet d’établissement d’une bourse de commerce dans le palais de l’industrie. (Renvoi au comité de commerce.)
- M. Lontin, rue Mouffetard, 195. — Serrure électrique pour coffres-forts et portes cochères, ayant l’apparence extérieure d’une serrure ordinaire. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. le secrétaire général de la Société académique des sciences, arts et belles-lettres de Saint-Quentin demande l’échange du Bulletin avec les publications de cette Société. (Renvoi à la commission du Bulletin.)
- M. le Président de la Société d’agriculture du Cher transmet la circulaire que cette Société adresse aux sociétés d’agriculture de France sur la question du livret des ouvriers ruraux. (Renvoi au comité d’agriculture.)
- M. le Président communique :
- 1° Une lettre de M. Toulze, à Paris, relative à la construction d’un frein de chemin de fer. M. Dumas recommande cette affaire à tout l’intérêt de la Société. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- 2° Un mémoire de M. Chenot sur la fabrication directe, continue, automatique du fer et de l’acier au haut fourneau, sous forme de pièces ou loupes d’un poids illimité. (Renvoi aux comités des arts chimiques et mécaniques.)
- 3° Un travail de M. de Baralle, à Cambray, intitulé, Tableau synoptique et statistique des compagnies houillères du Nord et du Pas-de-Calais en 1864, avec la carte de toutes les concessions. (Renvoi au comité de commerce.)
- 4° Une lettre de M. Delalot, relative à son système pour diviser la lumière électrique. M. Dumas invite le comité des arts économiques à constater, autant qu’il sera possible, l’existence des résultats annoncés, afin de reconnaître si la Société peut accorder à M. Delalot l’appui dont il a besoin pour continuer ses travaux.
- Rapports des comités. — M. le comte du Moncel lit, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur les fusées de mine de MM. Gaiffe et Comte. (Insertion au Bulletin, avec dessin.)
- Communications. — M. Victor Bois, membre du Conseil, fait une communication au sujet d’une disposition adoptée par M. A. Beyer, ingénieur-mécanicien, rue de la Fidélité, 4, dans la distribution des machines à vapeur, et à laquelle il donne le nom de tiroir équilibré par la pression atmosphérique.
- Il a appliqué cette disposition, depuis cinq ou six mois, à un cylindre déjà existant dans les ateliers de M, Piver, et il en a obtenu des résultats très-bons. L'introduction
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- a :ieu dans l’inlérieur même de Ja coquille, par l'orifice où se trouve habituellement la sortie. La coquille est serrée au moyen d’une bague en caoutchouc logée dans un support en fonte, et assure l’adhérence du tiroir sur son siège de friction.
- Quand il s’agit d’un cylindre neuf, l’auteur compte sur la pression atmosphérique, additionnée d’un ressort calculé en conséquence, et sur une surface extérieure dépassant de beaucoup la surface en communication avec la vapeur, de manière à assurer l’adhérence et à prévenir les fuites. M. Victor Bois, qui n’a pas eu le temps de prendre une connaissance suffisante de ce système, ne se dissimule pas que, pour en donner une idée plus complète, il faudrait se livrer à une plus longue étude, et il demande au Conseil le renvoi des dessins et dispositions au comité compétent.
- M. le baron Séguier fait observer que le système des tiroirs équilibrés n’est pas nouveau; qu’il y en a un grand nombre dans l’industrie depuis longues années. Il cite, entre autres, celui de M. Mazeline, du Havre, et il demande si c’est à titre d’invention que le tiroir équilibré est présenté à la Société.
- M. Victor Bois, revenant sur les explications qu’il vient de donner, fait observer qu’il a eu le soin, pendant le cours de sa communication, d’employer le mot de disposition et non celui d’invention originale 5 on peut être breveté pour une disposition pratique avantageuse, et c’est surtout au point de vue de la simplicité et des avantages résultant de ce que ce tiroir marche sans stuffing-box, que l’étude de ce système mérite l’attention de la Société. M. Victor Bois ajoute que cette disposition comporte l’application de plusieurs systèmes de détente, et qu’il en a sous les yeux un exemple. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Dumas, à l’occasion d’un procédé de purification des eaux par la chaux, an noncé comme nouveau dans l’annuaire du Cosmos, rappelle que ce procédé est connu depuis bien longtemps. Il a fait, il y a un grand nombre d’années, des expériences au moyen desquelles il enlevait, par la chaux, le carbonate de chaux que les eaux tiennent en dissolution. Un brevet pris pour ce procédé n’aurait donc aucune valeur; il est bon de prémunir le public à ce sujet.
- M. Peligot ajoute que ce procédé de purification des eaux par la chaux était employé, avant l’année 1854, dans la raffinerie de M. Numa Grar, à Valenciennes.
- M. Gaultier de Claubry cite les expériences faites par Darcet pour décomposer, par le carbonate de soude, les sels calcaires des eaux : lui-même en 1845 a employé ce procédé qui est très-connu.
- Nominations de membres.— MM. Bogé et Millet, constructeurs-mécaniciens; Hauzeur [Jules), directeur de la compagnie royale asturienne, à Liège; Brandt (Joseph), opticien du roi, à Bruxelles.
- PARIS. — IMPRIMERIE DE Mme V« BOUCHARD-HUZARD, HUE DE L’ÉPERON, 5. — 1865.
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- Ci ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOME XII. — Février I8C5.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- CONSEIL D'ADMINISTRATION.
- DÉCISION RELATIVE A LA NOMINATION DE MEMBRES ADJOINTS.
- Conformément à l’arrêté pris le 16 janvier 1855,
- M. Lorin entendu, dans la séance publique du 8 février 1865, pour la commission des fonds,
- Le Conseil, après délibération, a décidé que cette commission était autorisée à présenter une liste de candidats pour la nomination de deux membres adjoints.
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- Rapport fait par M. le baron de Silvestre, au nom du comité des arts économiques, sur un nouveau procédé appliqué a la consolidation et au moulage des substances friables organiques ou autres, par M. Stahl, rue Saint-Louis-en-l’Ile, 3.
- Messieurs, vous vous rappelez les services que M. Stahl a rendus jusqu’ici à l’art du moulage, particulièrement en ce qui concerne son application à l’élude des sciences naturelles. Vous n’avez pas oublié non plus que, à l’uti-Tome XII. — 64* année. 2* série. — Février 1865. 9
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- 66 ARTS ÉCONOMIQUES.
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- lité toujours croissante de ses découvertes, vous avez témoigné aussi un intérêt toujours plus grand, en décernant successivement à leur auteur vos médailles de bronze, d’argent et de platine. Depuis la dernière récompense dont vous l’avez honoré, consistant en un rappel de médaille de platine, M. Stahl, autant par amour pour son état que pour continuer à mériter vos suffrages, n’a pas cessé de travailler à faire progresser l’art du moulage dans ses applications les plus importantes. ^
- On sait que, depuis quelques années, l’attention du monde savant s’est justement fixée sur les découvertes paléontologiques qui ont eu lieu tant en France que dans plusieurs autres contrées du globe. La quantité de fossiles trouvés jusqu’à ce jour, appartenant à des êtres qui ont vécu avant les temps historiques, est considérable et offre naturellement à la science un intérêt puissant. Malheureusement l’état de vétusté et de détérioration où se trouvent souvent ces corps, en raison de la nature des terrains qui les renferment, ne permet que bien rarement de les extraire sans les réduire en de nombreux fragments, ou de les transporter sans de notables dommages, ou enfin de les conserver de manière à pouvoir être livrés à l’étude. De tels inconvénients ont, plus d’une fois, excité de vifs regrets chez les savants qui se livrent avec tant de zèle et de fruit à des recherches aussi intéressantes que minutieuses et pénibles. Il devenait donc de la plus grande utilité de trouver un moyen non-seulement d’extraire de leurs terrains des pièces qui se présentent si souvent à l’état friable et même pulvérulent, mais encore de les rendre susceptibles d’être maniées et commodément étudiées. Or c’est ce que vient de faire M. Stahl.
- Sur la demande de M. Lartet, ce paléontologiste infatigable, aujourd’hui vice-président de la Société géologique de France, M. Stahl est parvenu à solidifier plusieurs échantillons de fossiles friables qui ont pu être envoyés en Angleterre et qui en sont revenus dans le plus parfait état de conservation; M. Stahl a pu soustraire aussi à une inévitable destruction une quantité de pièces fossiles précieuses provenant des fouilles faites par M. Lartet dans les cavernes du Périgord, et sur plusieurs desquelles se trouvent des figures d’animaux, d’espèces depuis longtemps éteintes dans nos climats, et qui sont tracées ou taillées par les mains d’une race contemporaine et primitive. M. le docteur Prunerbey, le savant président de la Société d’anthropologie de France, doit aussi à M. Stahl d’avoir pu conserver un grand nombre de pièces anatomiques fossiles, aussi rares que précieuses pour la science.
- _ Le procédé employé parM. Stahl pour obtenir ces heureux résultats n’est
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- remarquable que par son extrême simplicité. Tant qu’il s’est agi uniquement de consolider les pièces, même les plus friables, et sans altération dans leurs formes, M. Stahl a employé une dissolution de colle forte dans l’eau bouillante, moyen qui a complètement réussi. Mais aux yeux des savants, et pour les besoins de l’étude, le problème n’était encore qu’imparfaitement résolu. Il était alors nécessaire de conserver les pièces, ainsi consolidées, à l’abri de l’humidité, et vu l’impossibilité, reconnue par M. Stahl lui-même, d’en opérer le moulage, on devait renoncer à l’avantage de pouvoir les étudier avec fruit, comme aussi de les reproduire et de les propager.
- Pour répondre aux instances réitérées de MM. Larlet et Prunerbey, et des savants professeurs du muséum d’histoire naturelle, M. Stahl se livra longtemps et vainement à de nouvelles recherches, et ce fut au moment de renoncer qu’il imagina de faire emploi du blanc de baleine pur, ou, suivant les circonstances, mélangé avec une certaine proportion de résine-colophane. Cette idée appliquée lui réussit au delà de ses espérances. Non-seulement il parvint à consolider les échantillons fossiles les plus friables, mais même à en obtenir, par le moulage, les représentations les plus minutieusement fidèles, lesquelles, désormais garanties de la destruction, pouvaient être envoyées et livrées à l’étude, dans toutes les parties du monde.
- Voici comment opère M. Stahl. Si la pièce à consolider est friable, mais compacte, il lui suffit d’appliquer, à l’aide d’un pinceau, le blanc de baleine bouillant sur la surface de la pièce qui l’absorbe. Si elle est friable et poreuse, il ajoute une partie de colophane à quatre parties de blanc de baleine, et applique la matière en fusion également à l’aide du pinceau. Quelquefois, quand la nature de l’échantillon le permet, il plonge plus ou moins rapidement le fossile dans le liquide bouillant. Dans tous les cas, la pièce conserve exactement sa forme première, sans retrait ni gonflement, et peut être livrée au moulage immédiatement après le refroidissement.
- Vous avez, Messieurs, sous les yeux, plusieurs substances très-fragiles, ou en poudre, ou solubles, telles que du sucre, du sel de table, de la poudre de grès ou de mica, de la craie de Meudon, et plusieurs échantillons de fossiles friables que M. Stahl a consolidés et moulés au moyen de son procédé nouveau.
- Il était aussi d’un grand intérêt de pouvoir solidifier les fossiles, au moment où, dans les fouilles, ils apparaissent à l’air, souvent imprégnés de l’humidité du sol qui les renferme, et où ils courent risque, à cause de leur fragilité et quelquefois de leur ténuité extrême, de se réduire en poussière au moindre
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- contact et d’être ainsi perdus pour l’explorateur. La méthode de M. Stahl répond encore à ce besoin. Pourtant une difficulté s’opposa d’abord, dans ce dernier cas, à l’emploi du procédé. Lorsque les fossiles se rencontraient tout imprégnés de l’humidité du sol, le mélange bouillant se figeait presque instantanément à leur surface sans pénétrer dans leur tissu. Pour lever cet obstacle, M. Stahl eut l’idée de promener, plus ou moins près de la pièce, un tampon de linge imbibé d’alcool enflammé , de telle sorte que la surface du fossile, en s’échauffant modérément,-absorbait le mélange solidifiant, et que la pièce pouvait être aisément dégagée.
- M. Stahl avait préalablement pensé à appliquer la stéarine à la consolidation des fossiles, mais cette substance joint à l’inconvénient de se figer instantanément sur la surface du fossile celui d’exiger, pour son absorption par le corps, le concours d’une température très-élevée qui peut causer la dégradation et même la destruction de la pièce qu’on a intérêt à conserver.
- Messieurs, votre comité des arts économiques ne peut mieux terminer son rapport qu’en vous donnant lecture de deux notes écrites par MM. Lartet et Prunerbey, qui vous feront connaître, en peu de mots, toutç l’importance que la science attache au nouveau procédé de M. Stahl.
- « Je déclare que l’emploi du blanc de baleine, dans les conditions où il est appliqué par M. Stahl, a pour effet incontestable de consolider immédiatement les ossements fossiles les plus fragiles, et même de solidifier leur tissu réticulaire interne, lorsqu’il est devenu friable par vétusté.
- « Un autre résultat de l’emploi du blanc de baleine est de prévenir le fendillement par retrait de dessiccation , qui se produit, à la longue, sur les os qui, pendant leur fossilification, ont longtemps séjourné dans un terrain humide.
- « Outre l’avantage de pouvoir manier, sans crainte de détériorations, les objets ainsi pénétrés par le blanc de baleine, on obtient, par ce même procédé, la faculté de pouvoir les soumettre aux opérations les plus compliquées du moulage ; et sous ce rapport encore l’invention de M. Stahl est une véritable conquête pour la science, par la facilité qu’elle procure de pouvoir propager à l’infini des moyens d’étude et de comparaison plus directs que ceux obtenus par de simples représentations graphiques.
- « 13 janvier 1865. E. Lartet. »
- « J’atteste que le procédé de M. Stahl a déjà rendu des services éminents à l’anthropologie. Grâce à lui, les parties les plus délicates du squelette humain, atteintes de vétusté, sont maintenant conservées et ont subi le moulage sans aucune détérioration.
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- Les avantages qui en résulteront à l’avenir sont incalculables. En effet, les questions les plus saisissantes de la paléontologie humaine ne pourraient recevoir leur solution sans la conservation des pièces anatomiques dans leur intégrité. Quand on considère en même temps la rareté de pareils objets, on est en droit de se demander si cette partie de la science qui nous touche de si près pourrait jamais être assise sur une base solide sans le secours de l’art dont M. Stahl vient de prouver toute l’efficacité.
- « Paris, le 15 janvier 1865. DT Prunerbey. »
- Par suite du présent rapport et des deux notes qui viennent d’être lues, le comité des arts économiques a l’honneur de vous proposer, Messieurs, de remercier M. Stahl de sa très-intéressante communication, et d’insérer le présent rapport dans le Bulletin, ainsi que les deux notes qui vous ont été communiquées à la suite et à l’appui du rapport.
- Baron de Silvestre, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 22 février 1865.
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- Rapport fait par M. Henri Peligot , au nom du comité des arts économiques, sur les appareils de chauffage présentés par M. Greffin, fumiste à Man-vieux (Calvados).
- Messieurs, vous avez renvoyé à votre comité des arts économiques l’examen des appareils de chauffage présentés par M. Greffin, fumiste à Man-vieux (Calvados) ; j’ai l’honneur de vous rendre compte des résultats de cet examen.
- Les appareils de M. Greffin sont de deux sortes :
- Les uns ont pour objet d’augmenter la chaleur répandue par les cheminées de cuisines ou d’appartements, au moyen de pièces de fonte intérieures, à enveloppes doubles ou multiples, dans lesquelles circule l’air qui s’échauffe au contact des surfaces métalliques léchées par la flamme du foyer et est rejeté dans la pièce par des bouches de chaleur.
- Les autres ont pour but de se débarrasser de la fumée qui se produit sous
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- J action du vent s’engouffrant dans les tuyaux. Ils ont un intérêt tout spécial dans la contrée qu’habite l’inventeur, dans laquelle les vents de mer sont d’une grande violence.
- Votre comité n’a pu se rendre compte, de visu, de l’effet produit par les appareils de M. Greffin; mais il a reconnu, par l’examen des dessins qui lui ont été soumis, que l’inventeur avait fait de grands efforts pour atteindre le but qu’il s’était donné, et cela au moyen de dispositions souvent ingénieuses et d’une application facile.
- M. Greffin a, en outre, fait passer sous les yeux du comité un grand nombre de certificats de propriétaires chez lesquels il a installé ses appareils, et tous déclarent être parfaitement satisfaits de leur fonctionnement, tant à cause de l’augmentation considérable de chaleur qu’ils en obtiennent que par suite de la suppression de la fumée dans les pièces qui en étaient infectées.
- Désireux d’encourager les efforts de M. Greffin, votre comité vous propose, en conséquence, de le remercier de sa communication et d’insérer le présent rapport au Bulletin.
- Signé Henri Peligot, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 22 février 1865.
- BIBLIOGRAPHIE.
- Rapport fait par M. Huzard, au nom du comité d’agriculture, sur un ouvrage
- de M. l'abbé Tounissoux (1).
- Messieurs, vous avez renvoyé à l’examen du comité d’agriculture un ouvrage dont M. l’abbé Tounissoux vous a fait hommage, et qui est intitulé : Ne fuyons pas les campagnes.
- Ce n’est point un ouvrage d’agriculture, c’est une œuvre qui traite d’un point d’économie publique.
- Le livre est divisé en deux parties.
- (1) Paris, ehez Guillaumin, rue Richelieu, et chez Lecoffre, rue Bonaparte.
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- Dans la première, l’auteur montre que la religion, la morale, l’esprit de famille, par conséquent l’ordre social, ont tout à gagner au séjour des populations rurales dans les lieux qui les ont vues naître ; l’agriculture est elle-même intéressée à ce séjour, le renchérissement de la main-d’œuvre empêchant le cultivateur peu aisé de faire des améliorations patentes pour tous. L’auteur fait ensuite un parallèle de la vie de l’ouvrier de la campagne et de la vie de l’ouvrier de la grande ville ; il montre que le premier, en gagnant moins, est souvent plus à l’aise et surtout plus heureux. L’auteur s’occupe aussi de ces fils de petits propriétaires ruraux, qui abandonnent les propriétés de leurs pères pour devenir employés, et il montre que, pour quelques-uns qui arrivent à la fortune et à la célébrité, le plus grand nombre reste dans une position très-médiocre, peu agréable à la ville; tandis que l’exploitation de l’héritage paternel ou l’exploitation d’une ferme leur aurait donné une position heureuse, et même lucrative, avec une agriculture mieux entendue, aidée des capitaux peu considérables.
- Dans la seconde partie, l’auteur cherche le remède.
- En se rendant compte des causes qui attirent, dans les villes, les populations rurales ouvrières, telles que l’espérance d’un meilleur salaire, et, en cas de malheur, les secours des institutions de bienfaisance, trois mesures, selon lui, sont à employer. La première est de s’occuper de l’éducation morale du paysan ; la deuxième, de multiplier, dans les campagnes, les améliorations de toutes sortes; la troisième, de doter les chefs-lieux de canton de ces institutions de bienfaisance qui viennent au secours des classes pauvres, et qu’on a créées presque exclusivement dans les villes.
- Vous voyez de suite, par cet exposé des mesures que l’auteur indique, où il tend à arriver : 1° à une éducation primaire morale plus efficace, et à ce sujet il conseille la multiplication des bibliothèques rurales qui, très-rares encore, ont si bien justifié leur institution; 1° à l’extension des travaux d’amélioration dans les campagnes, où ces travaux seraient si productifs, et où ils serviraient à fixer les populations ouvrières. C’est même dans ce but qu’il voudrait que les grandes usines fussent reléguées et dispersées dans les campagnes. Il ne fait pas assez attention que les grandes usines sont souvent solidaires les unes des autres ; que leur isolement augmenterait souvent leurs frais de toutes sortes, et qu’il y a, pour beaucoup de ces usines, des localisations forcées.—Quant à la troisième mesure, celle de la création d’institutions de bienfaisance, si elle est plus facile dans les villes, c’est une raison pour que la société tout entière et les hommes de bonne volonté en particulier
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- emploient toutes leurs forces à créer ces institutions dans les campagnes, ces sociétés de secours mutuels surtout, qui sont une émanation de Dieu dans la société chrétienne.
- Il termine son ouvrage en appelant à l’aide le gouvernement pour une décentralisation aussi étendue que T unité gouvernementale le permet, et ensuite toutes les influences locales ; celles de l’instituteur, du maire, du cnré et de tous les particuliers. Il invite surtout les grands propriétaires à ne point abandonner les campagnes, à y séjourner la plus grande partie de l’année et, par ce moyen, s’y créer une influence protectrice, une autorité morale, qu’ils ne peuvent avoir dans les villes, et qui les mettront à même d'introduire dans les campagnes les améliorations dont elles sont susceptibles.
- Le livre de M. Tounissoux est un bon livre ; les économistes l’approuveront, je le pense dans beaucoup de points. Il sera lu avec intérêt par toutes personnes qui sont appelées à jouir du maintien de l’ordre social, et par celles qui s’intéressent plus particulièrement aux mesures propres à améliorer le sort des classes ouvrières.
- Nous avons l’honneur de vous proposer de remercier l’auteur et d’insérer le présent rapport au Bulletin.
- Signé Huzard , rapporteur.
- Approuvé en séance, le 28 décembre 1864.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Victor Bois, au nom du comité des arts mécaniques, sur des dispositions adoptées dans les sucreries, par M. F. Legal, mécanicien à Nantes.
- Messieurs, votre comité des arts mécaniques m’a chargé de vous rendre compte de certaines dispositions de détail adoptées dans l’établissement des sucreries-raffineries par M. F. Legal, constructeur à Nantes.
- Ces dispositions ont principalement pour but l’économie de la manutention dans le service de ces usines.
- En premier lieu, M. Legal se propose, comme le font un très-grand nombre
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- de constructeurs, d’installer les appareils à cuire dans le vide à la partie supérieure des raffineries, pour permettre l’empli à tous les étages par l’écoulement naturel des produits à travers des conduits partant de l’appareil à cuire et aboutissant aux divers étages de la raffinerie, depuis le premier jusqu’au dernier. On comprend qu’en branchant des tubulures sur ce conduit et en disposant convenablement des valves on peut distribuer les jus cuits et les sirops dans les cristallisoirs, les formes et les lits de pains. Pour maintenir à une température convenable les jus circulant dans le conduit, celui-ci a une enveloppe dans laquelle on introduit de la vapeur à une pression inférieure à celle de l’atmosphère; mais il faut éviter le vide avec soin, aussi bien que l’excès de pression. Il ne serait peut-être pas superflu d’avoir une petite soupape et un reniflard. Les valves d’empli sont des papillons en cuivre, dont le siège en caoutchouc doit produire une fermeture parfaitement étanche. Cette disposition générale, adoptée par M. Legal, doit éviter considérablement de main-d’œuvre et diminuer, dans une grande proportion, les pertes et les déchets de matières.
- Sans doute, cette idée de mettre l’appareil à cuire dans le vide à la partie supérieure de l’usine n’est pas nouvelle, mais elle mérite d’être encouragée, parce que, si elle n’a pas été plus souvent appliquée, il faut l’attribuer à la nature particulière d’esprit des ouvriers cuiseurs sur lesquels repose une grande responsabilité, et qui ont contracté des manies qu’il est difficile de vaincre.
- La seconde disposition présentée par M. Legal consiste dans ce qu’il appelle un empli locomobile, destiné à éviter la main-d’œuvre si pénible aux ouvriers, et la perte des matières si dommageable aux patrons. Cette disposition est très-simple. Dans les raffineries, les formes et lits de pains sont placés, soit longitudinalement sur deux ou plusieurs rangs, soit suivant une surface rectangulaire ou carrée. Qu’on imagine un bassin métallique monté sur quatre roues à gorge; ce bassin, ayant la largeur de la surface des lits de pains, est surmonté d’une ouverture par laquelle on charge le sucre fondu, et qu’on ferme ensuite par un couvercle. On établit, de chaque côté du bâti contenant les lits de pains, dans le sens de sa plus grande longueur, deux rails taillés en biseau, boulonnés ou vissés, sur lesquels roulent les quatre roues à gorge du bassin transformé ainsi en chariot mobile. Sur la face antérieure de ce bassin sont ménagées autant d’ouvertures qu’il y a de formes en largeur sur le bâti, et chaque ouverture est munie d’une vanne mise en mouvement par une crémaillère et un pignon calé sur un arbre de couche, qu’on fait
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- tourner au moyen de roues à manettes mises à la disposition de l’ouvrier. Le bassin est à double fond, pour permettre l’introduction de la vapeur destinée à maintenir le sucre fondu à une température convenable.
- On comprend qu’avec un appareil semblable l’empli des formes se fait de la manière la plus simple. On promène le bassin, préalablement rempli de sucre fondu, sur les rails, jusqu’à ce qu’il se trouve au-dessus de la première rangée des formes; on ouvre les vannes, on remplit ainsi la première rangée ; on forme les vannes, on passe à la rangée suivante et ainsi de suite, jusqu’à la dernière.
- Il sera bon d’avoir un moyen de régulariser l’écoulement du sirop par chacune des ouvertures, indépendamment les unes des autres, parce qu’il faut prévoir non-seulement l’inégalité du débit ou les engorgements, mais encore la différence de capacité des formes.
- Sous la réserve de ces observations, votre comité des arts mécaniques est d’avis de remercier M. Legal de ses communications, de l’engager à faire connaître à la Société les résultats obtenus par l’expérience pratique, et d’ordonner l’insertion du présent rapport au Bulletin.
- Signé Victor Bois, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 15 juin 1864.
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- mort de m. froment, membre du conseil de la société d’encouragement.
- Le Conseil delà Société vient encore de perdre l’un de ses membres les plus distingués. M. Gustave Froment, qu’une grave maladie empêchait, depuis quelque temps, de prendre part aux travaux du Comité des arts mécaniques dont il faisait partie depuis 1855, a succombé alors qu’il avait 50 ans à peine et qu’il était dans toute la force de son génie.
- Un grand concours de savants et d’industriels assistait à ses funérailles qui ont eu lieu le 13 février 1865. Des discours ont été prononcés sur sa tombe par M. le baron Séguier, au nom de la Société d’encouragement; par M. Combes, également au nom du Conseil de la Société, ainsi qu’au nom du
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- Comité consultatif des arts et manufactures; par M. Tresca enfin, au nom du Conseil de perfectionnement du Conservatoire impérial des arts et métiers. Voici ces discours dans l’ordre où ils ont été prononcés :
- Discours de M. Combes.
- « Messieurs,
- « Au nom du Conseil de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, auquel M. Froment appartenait depuis un grand nombre d’années, je viens rendre un dernier hommage à la mémoire du savant modeste, de l’artiste éminent qui a contribué, pour une large part, aux progrès des sciences physiques, en les dotant d’instruments de mesure, dont la précision dépasse tout ce qui était connu avant lui. Il suffirait à la gloire de M. Froment d’avoir exécuté, avec une rectitude et une précision qui ont assuré la réussite des expériences, les parties les plus délicates des appareils, au moyen desquels MM. Fizeau et Léon Foucault sont parvenus, chacun de leur côté, à rendre sensible et à mesurer la prodigieuse vitesse de la lumière, le premier dans un parcours de deux fois la distance de Suresnes à Montmartre,le second dans un trajet de 20 mètres seulement de longueur. M. Froment, aussitôt après le succès de la belle expériencede M. Fizeau, fut chargé, par une commission de l’Académiedes sciences, que présidait l’illustre Arago, de construire, aux frais de l'Académie, un appareil destiné à la répéter sur une distance plus grande et en prenant toutes les précautions nécessaires pour assurer au résultat le plus grand degré d’exactitude possible. Cet appareil complet existe dans les ateliers du collègue dont nous déplorons la perte ; il faut espérer que l’expérience n’aura été qu’ajournée.
- « Les savants de toutes les nations qui ont essayé de perfectionner les appareils de télégraphie, ou d’appliquer l’électricité à d’autres mécanismes industriels, réclamaient le concours de M. Froment qui ne leur était jamais refusé. Il en a été ainsi pour le métier à tisser de M. Bonelli, pour le télégraphe Caselli, pour une liseuse de M. François Durand et pour une foule d’autres appareils; tout le monde sait que, dans des travaux du genre de ceux dont nous venons de parler, l’artiste qui exécute n’a pas seulement le mérite d’une exécution extrêmement difficile, mais que toujours une partie de l’invention lui appartient et souvent la plus importante.
- « M. Froment apportait dans les délibérations du Comité des arts mécaniques et du Conseil de la Société d’encouragement, avec la douceur et la modestie qui ne l’abandonnaient jamais, cette sûreté et celte finesse de jugement fruit de son expérience, de ses réflexions et des connaissances exactes qu’il avait acquises à l’École polytechnique; ses camarades de jeunesse m’ont souvent dit que, dès lors, il manifestait un goût prononcé pour les combinaisons mécaniques délicates. Il est resté fidèle à cette vocation et le succès le plus éclatant a récompensé sa persévérance. On peut dire aussi de
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- M. Froment que son talent était on ne peut mieux approprié au temps où il a vécu, temps où la précision et la rigueur des observations sont poussées plus loin qu’elles ne l’ont été à aucune autre époque. Aussi sa mort prématurée laissera-t-elle de longs regrets aux savants illustres dont il a été le collaborateur, et de ce nombre sont nos physiciens les plus éminents; elle laisse dans les rangs du Conseil de la Société d’encouragement un vide qu’il sera bien difficile de remplir.
- « Il y a quelques semaines à peine, M. Froment était appelé, sur la proposition du Ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics, à faire partie du Comité consultatif des arts et manufactures. Il avait accueilli avec joie la nouvelle de cette nomination, hommage spontanément rendu par un Ministre éclairé à son talent et à son caractère. Hélas ! son espoir et le nôtre ont été cruellement déçus. Les membres du Comité, qui appréciaient à sa juste valeur l’utilité du précieux concours de M. Froment, n’ont jamais eu le bonheur de le voir siéger parmi eux. J’exprime ici leurs profonds regrets, et j’adresse, en leur nom, un solennel et dernier adieu à notre cher et regretté collègue. Adieu, cher Froment ! »
- Discours de M. Tresca.
- « Messieurs,
- « Je viens, au nom du Conseil de perfectionnement du Conservatoire impérial des arts et métiers, payer son tribut de regrets à la mémoire de notre bien-aimé collègue, Gustave Froment.
- « Craignant d’être retenu auprès du Ministre, M. le général Morin, qui cependant est venu nous rejoindre, n’a pu, comme il se l’était proposé, se charger de ce soin, et en me donnant la mission de le remplacer dans cette pénible circonstance, il a pensé sans doute que mes vieilles relations d’étroite amitié avec Froment me permettraient de vous retracer quelques-uns des détails de sa vie.
- « J’ai, en effet, ce triste privilège sur nos autres collègues d’être, plus encore qu’eux, frappé dans mes affections par le douloureux événement qui nous réunit.
- « En 1833, nous étions ensemble au collège, assis l’un à côté de l’autre sur le même banc -, nous avons fait ensemble toutes nos études de mathématiques, et lorsque Froment recevait, au concours général de la Sorbonne, la consécration de ses premiers succès dans les sciences physiques, ces succès je les partageais avec lui. Camarades à l’École polytechnique, nous nous sommes retrouvés, sans jamais nous être perdus de vue, au Comité des arts mécaniques de la Société d’encouragement, dans les jurys de nos grandes Expositions, et jusque dans le Conseil du Conservatoire, où il m’a été donné de voir accepter son nom, déjà bien connu, aussitôt que je l’avais prononcé. Et cette étroite communauté de carrière, combien elle me rappelle de communautés de sentiments et d’appréciation sur toutes choses !
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- « Je ne pouvais donc, quoi qu’il m’en coûte, me refuser à vous retracer cette vie si laborieuse et si utile.
- « Mais la carrière de Froment, vous la connaissez tous comme moi ; son entrée à l’Ecole polytechnique fut reculée par l’exécution qu’il voulait poursuivre de sa première machine électro-motrice. Il l’avait terminée avant de savoir que Jacobi avait déjà réalisé la même idée. Dès sa sortie de l’École, il faisait connaître à l’Association philosophique de Manchester, où il étudiait les grandes constructions mécaniques, ses essais sur la fixation des images de la chambre obscure, dix mois avant que l’immortelle découverte de Daguerre ne fût rendue publique.
- « Ces dispositions naturelles d’investigation, excitées par l’instruction polytechnique, consolidées plus tard par un véritable apprentissage chez Gambey, devaient suivre Froment dans toute sa carrière.
- « Vous jugerez de son habileté manuelle, lorsque vous saurez qu’il se jouait de cette opération, réputée pour miraculeuse, de fendre, dans toute sa longueur, un cheveu en quatre ou de percer un trou de foret d’un bout à l’autre d’une aiguille à coudre. C’est lui qui a exécuté, de ses propres mains, cette machine charmante qui, à son commandement, mais sans aucune surveillance extérieure, divise exactement le millimètre en mille parties égales. Pour l’Exposition de 1851, il avait écrit, dans un cercle de ce même diamètre, les armes et la devise de l’Angleterre en caractères microscopiques vraiment parfaits.
- « Ces détails ne sont pas puérils, car ce parti pris de vaincre toutes les difficultés, cet amour de la perfection qu’il portait sur toutes choses, ont conduit Froment à des œuvres bien autrement importantes et à l’exécution de cet atelier modèle , doté, pour chaque emploi spécial, de ces bijoux mécaniques dans lesquels aucun détail n’a été négligé.
- « A l’occasion du prix de 50,000 fr. décerné, l’année dernière, au nom de l’Empereur, M. le Ministre de l’instruction publique s’exprimait ainsi :
- « La commission m’a prié, par l’organe de son président, de signaler à la bien-« veillance de l’Empereur M. Froment, qui n’a cessé de consacrer honorablement son « temps et sa fortune à la poursuite et à la réalisation de toutes les idées relatives aux
- mécanismes électriques, et qui, par ses conceptions ingénieuses et par la parfaite « exécution de ses appareils, s’est acquis la reconnaissance universelle des savants, des « artistes et des inventeurs. »
- « Aucun éloge funèbre ne saurait rien ajouter à cet éloge qui a précédé la mort de six mois. La peinture est parfaitement exacte. Elle montre bien notre camarade s’occupant sans relâche de ses nombreuses inventions, de ses moteurs électriques, de ses télégraphes, de ses compteurs, de ses machines à diviser, de ses appareils de comparaison, de ses instruments d’optique. Elle laisse voir sa coopération dans les belles expériences de M. Fizeau et de M. Foucault, de M. Lissajous et de tant d’autres. Elle signale son dévouement désintéressé lorsqu’il s’occupe du métier Bonelli, ou des télé-
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- graphes les plus modernes, pour lesquels, qu’ils s’appellent du nom du professeur Hughes ou du nom de l’abbé Caselli, l’intervention de l’éminent constructeur était indispensable.
- « Aussi quelle confiance, nous devons même dire quelle reconnaissance, de la part de ceux dont il suivait les intérêts plus encore que les siens propres !
- « Froment construisait, depuis longtemps, toutes les boussoles de la Marine qu’il avait ramenées à un type unique. L’Administration des télégraphes avait exceptionnellement établi un fil spécial pour correspondre à toute heure avec lui.
- « Jamais autant de patience (elle était inépuisable) n’a été aussi libéralement mise au service de l’esprit d’invention.
- « Jamais autant d’habileté manuelle n’a été jointe à une connaissance plus intime des nécessités pratiques.
- « Jamais autant de savoir n’a été uni à autant de modestie.
- « Mais n’offensons pas celte modestie, même après la perte que nous avons faite. S’il était encore au milieu de nous, il se troublerait, comme il avait coutume de le faire, des éloges les plus mérités. Pensons plutôt à ce qui occuperait notre ami si sa présence pouvait être autre chose désormais qu’une triste et trompeuse illusion.
- « Demandons-nous ce que vont devenir ces précieux instruments qui l’ont si exclusivement occupé, et qui sont, avec le souvenir de son caractère bon, loyal et sympathique, tout ce qui nous reste de lui.
- « Ces merveilles ne doivent pas être perdues pour la France ; une parole célèbre a dit déjà qu’elles constituaient un véritable Conservatoire.
- « L’Empereur, qui, dans plusieurs occasions, s’est intéressé aux travaux de Froment, et qui a visité ces magnifiques ateliers, privés aujourd’hui de leur direction, ne laissera pas périr son œuvre, car il s’y trouve des pièces capitales auxquelles Froment a su donner une parcelle de son intelligence et qu’il a dotées, avec une rare perfection,d’une vie automatique, qui est comme une émanation de la sienne : elles sont inséparables, désormais, de l’histoire scientifique et industrielle de notre âge.
- « L’espoir que nous osons exprimer à cet égard doit être, s’il nous entend, notre meilleur adieu à notre excellent camarade. Adieu, Froment ! »
- Discours de M. le baron Séguicr.
- « Messieurs,
- « C’est au nom du Comité des arts mécaniques de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale que j’élève en ce moment la voix pour adresser un dernier adieu à celui qui a été l’un des membres les plus éclairés, les plus zélés, les plus consciencieux de ce Comité.
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- NÉCROLOGIE.
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- « Prodigue de toutes les facultés dont Dieu l’avait largement doté, généreux de ce temps dont la durée vient d’être pour lui restreinte, Gustave Froment se plaisait au milieu de ses confrères à étudier, discuter, juger ces nombreuses conceptions dont le Comité des arts mécaniques de la Société est incessamment saisi. Avec quel discernement il savait apercevoir, au milieu des obscurités qui environnent le germe de la plupart des inventions, l’idée susceptible d’être féconde ; et comme par son expérience personnelle il évitait aux inventeurs ces tâtonnements qui retardent, quand ils n’arrêtent pas complètement, la production d’une œuvre utile ! Avec quelle impartialité il savait reconnaître le mérite d’une pensée I Avec quelle générosité il s’effacait après avoir donné des conseils qui souvent équivalaient à un nouvel enfantement !
- « Oh 1 oui, vous tous hommes de science dont il a compris la pensée à peine émise, dont il a facilité les travaux en mettant en vos mains ces instruments perfectionnés qui vous ont permis de prouver que vos conceptions scientifiques étaient bien des vérités, joignez vos témoignages à ma voix et proclamons tous ensemble que celui dont l’âme va au ciel, dont la dépouille mortelle est en ce moment sous nos yeux, était un privilégié de Dieu, doté de celte intelligence exceptionnelle que les hommes appellent le génie.
- « Oui, Froment, ton front modeste était marqué de la divine étincelle, et, malgré tes soins pour fuir les éloges, toutes tes œuvres resteront pour montrer qu’en toi se trouvaient réunies la puissance de l’esprit pour concevoir, l’habileté des mains pour exécuter. Artiste accompli, tes profondes connaissances théoriques te permettaient d’exécuter d’emblée les mécanismes les plus difficiles, et la simplicité des moyens par toi choisis n’était égalée que par la perfection de leur mise en œuvre.
- « Elève de cette grande École où se complètent les fortes études qui ouvrent les carrières publiques, au lieu de faire ton choix et de parcourir brillamment l’une d’elles, tu as mis ton génie au service de toutes. Tu aurais pu être officier d’artillerie et te servir glorieusement du canon, tu as préféré construire l’instrument qui mesure la vitesse de ses projectiles ! Tu aurais pu être ingénieur des ponts et chaussées ou des mines, tu as mieux aimé apporter la perfection dans les instruments géodésiques qui servent à préparer les grands travaux 1 Tu aurais pu entrer dans le génie maritime, tu as voulu construire pour lui ces puissants dynamomètres qui mesurent la force des machines marines, ces boussoles perfectionnées sur lesquelles l’influence du métal des coques des navires en fer est savamment neutralisée par des applications de cette science physique que tu as si bien servie.
- « Froment, ce sera ce télégraphe électrique que lu as doté de tant de perfectionnements qui apprendra au monde que la France vient de perdre un de ses enfants de génie ; c’est lui qui redira l’empressement de tes nombreux amis autour de ton cercueil, la douleur de leur âme, les larmes qui coulent de leurs yeux !
- « Froment, ta modestie a fait son temps, le moment de la justice pour toi est arrivé I Que dis-je? il a commencé le jour où ton Souverain, voulant juger par lui-même du
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- mérite de tes œuvres, a honoré de sa présence cet atelier où tu as su, pendant des heures entières, captiver cet esprit préoccupé des destinées du monde !
- « Adieu, Froment I ta mémoire vivra autant que les sciences auxquelles tu as consacré ta vie 1 ! Adieu ! I ! »
- MACHINES A VAPEUR.
- RAPPORT ADRESSÉ A L’EMPEREUR PAR SON EXC. M. LE MINISTRE DE L’AGRICULTURE, DU
- COMMERCE ET DES TRAVAUX PUBLICS, SUR LA FABRICATION ET L’ÉTABLISSEMENT DES
- MACHINES ET CHAUDIÈRES A VAPEUR.
- Sire ,
- Dans le grand travail de révision auquel, d’après les ordres de Votre Majesté, ont dû être soumis les divers règlements qui régissent l’industrie, les machines à vapeur ne pouvaient être oubliées. La vapeur est aujourd’hui l’agent presque universel de l’industrie. A l’exception des usines établies sur des cours d’eau, il n’y en a en quelque sorte pas une seule qui n’ait la vapeur pour force motrice, et, en dehors des établissements industriels proprement dits, nous la retrouverons donnant le mouvement aux vaisseaux de guerre et de commerce, ainsi qu’aux locomotives des chemins de fer. Chaque jour augmente le nombre des machines à vapeur existant en France. En 1850, il y en avait 6,832; en 1863, le nombre s’en élevait à 22,516, représentant une force de 617,890 chevaux-vapeur, ou de 1,853,670 chevaux de trait, ou encore de 12,975,690 hommes de peine, c’est-à-dire supérieure à celle de tous les hommes en état de travailler qui existent dans le pays.
- La vapeur est donc, ainsi qu’on l’a dit si justement, une puissance de premier ordre; mais on doit reconnaître que c’est une puissance qui a ses dangers, et qu’on ne doit en faire usage qu’avec certaines précautions, dont l’oubli peut occasionner les plus funestes conséquences.
- On s’explique donc qu’à l’époque où la machine à vapeur était encore peu connue, et le nombre des hommes en état de la conduire peu considérable, l’on ait assujetti l’emploi de ces machines à des prescriptions nombreuses et sévères, de nature à prévenir les accidents : c’est ainsi que, dès l’année 1810, elle a été rangée parmi les établissements insalubres et incommodes; c’est ainsi que plus tard, et sous l’impression d’accidents qui avaient coûté la vie à un grand nombre de personnes, ont été successivement rendues, en 1823, 1828, 1829 et 1830, diverses ordonnances déterminant les mesures de sûreté auxquelles devait être subordonné l’emploi de la vapeur, et, en dernier lieu, l’ordonnance du 22 mai 1843, qui régit encore aujour-
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- d’hui la matière, et qui a constitué un véritable progrès sur les règlements antérieurs.
- Mais le temps a marché ; l’industrie de la construction des machines a fait les plus remarquables progrès; la vapeur s’applique aujourd’hui dans une foule de circonstances où l’on ne supposait pas qu’elle dût jamais trouver sa place. Les appareils destinés à la recevoir se transforment de mille manières, en raison des usages variés auxquels ils sont destinés; les matériaux eux-mêmes, dont les appareils sont formés, se fabriquent de nos jours dans des conditions de qualité et de prix auxquelles on n’avait pas encore atteint; enfin les ouvriers propres à la conduite des machines sont plus expérimentés et plus nombreux ; de là résulte que l’Administration, pour suivre l’industrie dans ses progrès, a dû, usant de la faculté que le règlement lui-même lui conférait, accorder certaines dérogations aux conditions de sûreté que ce règlement prescrivait.
- Mais ces concessions limitées et partielles étaient devenues insuffisantes, et chaque jour révélait l’utilité de modifications essentielles dans les règlements actuels; ces modifications ont été mises à l’étude; l’Administration a ouvert sur toute la surface de l’Empire une vaste enquête; les ingénieurs chargés de la surveillance, les préfets, les constructeurs, les industriels ont été consultés. Les résultats de cette enquête ont été analysés et discutés avec le soin le plus scrupuleux par la Commission centrale des machines à vapeur, instituée près de mon département. A la suite de délibérations approfondies, cette Commission a proposé un règlement nouveau qui dégage l’industrie d’entraves devenues inutiles. Le conseil d’Etat a adopté ce nouveau règlement, et je viens, à mon tour, Sire, le soumettre avec confiance à la haute sanction de Votre Majesté, après y avoir introduit, sous son inspiration directe, quelques modifications de détail destinées aie rendre encore plus simple et plus libéral.
- Qu’il me soit permis d’indiquer, en peu de mois, à Votre Majesté les points principaux sur lesquels le nouveau règlement diffère du règlement actuel.
- Aujourd’hui, toutes les pièces, en quelque sorte, d’une machine à vapeur sont réglementées : non-seulement les chaudières et les tubes dans lesquels la vapeur se produit sont soumis à des épreuves pour constater la résistance du métal dont ils se composent, mais encore toutes les pièces qui sont destinées seulement à contenir la vapeur produite, les cylindres en fonte des machines, les enveloppes même de ces cylindres, doivent subir ces épreuves : pour le fer, l’acier ou le cuivre, l’épreuve est du triple de la pression à laquelle la vapeur doit fonctionner ; pour la fonte, cetle épreuve atteint jusqu’au quintuple.
- Ce n’est pas tout : le constructeur, quel que soit le métal qu’il doive employer, que ce soit du fer de qualité ordinaire ou de l’acier le plus solide, est assujetti à des conditions d’épaisseur dans lesquelles il doit obligatoirement se renfermer ; en un mot, il n’a, pour ainsi dire, aucune liberté dans le choix des matériaux qu’il emploie, dans l’agencement des pièces qui doivent composer la machine, et si, depuis longtemps Tome XII. — 64e année. 2e série. — Février 1865. 11
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- déjà, l’Administration n’avait, ainsi que je l’ai dit déjà, tempéré la rigueur des règlements, l’industrie eût été paralysée dans son essor, au grand préjudice de l’intérêt général.
- La machine est construite ; elle a été vérifiée dans ses parties essentielles; sa chaudière, ses cylindres ont été éprouvés et poinçonnés par les ingénieurs chargés de la surveillance; ces ingénieurs ont constaté qu’elle est munie de tous les appareils de sûreté prescrits par les règlements : il s’agit maintenant d’en faire emploi, et c’est alors que commence une nouvelle série de formalités.
- Les machines à vapeur sont rangées, je l’ai dit, parmi les établissements insalubres et incommodes; elles ne peuvent, dès lors, être autorisées qu’après une enquête dans laquelle sont entendus les intéressés; à la suite de l’enquête, les ingénieurs se rendent sur les lieux, le plan à la main, pour constater si les conditions d’emplacement et de distance soit aux habitations voisines, soit à la voie publique, sont observées ; sur leur rapport enfin, l’autorisation est accordée, s’il y a lieu, par un arrêté du préfet, qui détermine les mesures de détails auxquelles le permissionnaire est tenu de se conformer.
- Ajoutons que les arrêtés pris par les préfets peuvent être attaqués par les tiers devant la juridiction contentieuse, et l’on verra de suite combien la législation actuelle, par les pertes de temps qu’elle impose à l’industrie, lui apporte de gêne et de préjudice.
- Sans doute, si ce mécanisme compliqué était nécessaire pour garantir la sécurité publique, comme il pouvait l’être il y a peu d’années encore, il faudrait s’y résigner ; mais aujourd’hui la machine à vapeur est tellement entrée dans les habitudes et dans les nécessités de l’industrie, qu’on peut, sans inconvénient pour l’intérêt général, supprimer plusieurs des obligations préventives qui ont été jusqu’ici imposées aux industriels.
- C’est dans cet ordre d’idées qu’a été couçu le règlement nouveau : il maintient l’épreuve pour les chaudières, mais il la supprime pour les cylindres et autres pièces accessoires ; de plus, il réduit l’épreuve au double de la pression effective de la vapeur dans la chaudière, tandis qu’elle est triple aujourd’hui de celte pression, et en outre, au delà d’une pression de six atmosphères, il admet que la charge d’épreuve ne dépasse dans aucun cas le double de cette pression.
- Quant à l’exécution même de la chaudière, à la nature et à la qualité des matériaux employés, à l’épaisseur des parois, elles seront laissées désormais à la disposition du constructeur, sous sa responsabilité.
- En ce qui concerne les machines elles-mêmes, elles seront à l’avenir dispensées de l’autorisation préalable, en d’autres termes elles seront déclassées comme établissements insalubres et incommodes ; il suffira d’une simple déclaration faite au préfet du département : le règlement lui-même détermine les conditions diverses auxquelles le propriétaire est tenu de se conformer, et chacun dès lors, pourvu qu’il exécute ces
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- conditions, est en droit d’établir chez lui une machine à vapeur sans avoir besoin de réclamer un arrêté préfectoral qui ne pouvait, malgré toute la célérité possible, intervenir le plus souvent qu’après un délai de plusieurs mois.
- Enfin les conditions mêmes imposées d’une manière générale aux propriétaires d’appareils à vapeur offrent de notables adoucissements sur la situation actuelle.
- Dans le régime en vigueur, les chaudières sont divisées, au point de vue des dangers qu’elles peuvent présenter pour le voisinage, en plusieurs catégories, qu’on obtient en multipliant leur capacité totale par le chiffre de la pression de la vapeur dans leur intérieur. La première catégorie comprend les chaudières dans lesquelles le produit de la capacité par la tension excède 15 ; la seconde, celles où le produit varie entre 7 et 15; la troisième, celles où il varie de 3 à 7, et la quatrième enfin, celles où il n’excède pas 3.
- Les chaudières de première catégorie ne peuvent être établies dans aucune maison d’habitation ni dans aucun atelier, sauf, par exception, pour un atelier, dans le cas où la chaleur des foyers de cet atelier pourrait être utilisée au chauffage des chaudières.
- Toutes les fois qu’il y a moins de 10 mètres de distance entre une chaudière de première catégorie et les maisons d’habitation ou la voie publique, il faut construire un mur de défense de 1 mètre au moins d’épaisseur, dont le préfet règle la longueur et la hauteur pour chaque cas particulier. Ce magistrat détermine en même temps, s’il y a lieu, la direction de l’axe de la chaudière.
- Pour les chaudières de seconde catégorie, elles ne peuvent être placées dans un atelier que lorsque cet atelier ne fait pas partie d’une maison d’habitation ou d’une fabrique à plusieurs étages : si elles sont à moins de 5 mètres de distance, soit des maisons d’habitation, soit de la voie publique, il y a là encore l’obligation du mur de défense de 1 mètre d’épaisseur, sans préjudice des autres conditions à régler par le préfet comme pour les chaudières de première catégorie.
- Les chaudières de la troisième catégorie ne peuvent être également placées dans un atelier que lorsque cet atelier ne fait pas partie d’une maison d’habftation, mais le mur de défense n’est pas exigé.
- Enfin, pour les chaudières de quatrième catégorie, elles ne sont assujetties à aucune restriction spéciale qui mérite d’être mentionnée.
- Dans le nouveau règlement, l’interdiction d’établir une chaudière de première catégorie dans une maison d’habitation est maintenue, mais elle ne subsiste plus pour les ateliers qu’autant qu’ils sont surmontés d’étages, et on ne considérera pas comme un étage au-dessus de l’emplacement de la chaudière une construction légère dans laquelle ne se fera aucune élaboration exigeant la présence d'employés ou d’ouvriers à poste fixe.
- Pour ces mêmes chaudières, le nouveau règlement décide d’une manière absolue qu’on no pourra les établir à moins de 3 mètres de distance d’une maison d’habita-
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- Si
- tion appartenant à des tiers, mais il ne stipule rien pour la voie publique, et de plus, au delà de 3 mètres, il ne prescrit la construction d’un mur de défense que dans certains cas où la sûreté du voisinage est plus spécialement intéressée.
- Au delà de 10 mètres, l’établissement des chaudières de première catégorie n’est plus assujetti à aucune condition particulière.
- Les chaudières de seconde catégorie pourront être désormais placées dans l’intérieur de tout atelier, et sans aucune condition de mur de défense, pourvu que l’atelier ne fasse pas partie d’une maison habitée par d’autres que le manufacturier, sa famille, ses employés, ouvriers ou serviteurs.
- Les chaudières de troisième catégorie enfin peuvent être établies dans un atelier quelconque, même faisant partie d’une maison habitée par des tiers.
- Il suffit, sans doute, Sire, du simple énoncé qui précède pour montrer toute l’étendue de la liberté que le nouveau règlement laisse à l’industriel ; il n’aura plus à subir ces longs délais qu’exige toujours, quoi qu’on fasse, une instruction administrative ; il trouvera dans le règlement lui-même les conditions qu’il doit remplir, et l’exé-cution lui en sera laissée sous sa responsabilité et sous la réserve d’une simple déclaration à faire au préfet ; il était impossible d’aller plus loin sans abandonner cet autre intérêt que le Gouvernement ne doit jamais négliger, celui de la sécurité publique.
- Quant aux détails du règlement en lui-même, j’ai peu de chose à en dire : il se divise en quatre titres.
- Le premier traite des épreuves auxquelles les chaudières devront être soumises ; il indique comment ces épreuves devront se faire et quelle en sera la charge.
- Il définit, en outre, les divers appareils de sûreté dont les chaudières devront être munies (art. 5 à 9).
- Ces appareils ne diffèrent pas, quant à leur nature, de ceux qui sont en usage aujourd’hui 5 mais, tandis que le règlement actuel en fixait les dimensions, les détails d’exécution et d’emploi de la manière la plus minutieuse, le règlement nouveau se borne à indiquer, au moins pour la plupart de ces appareils, les conditions générales auxquelles ils doivent satisfaire, et laisse l’industriel libre de les construire, disposer et employer comme il voudra, pourvu que le but auquel ils doivent satisfaire soit atteint.
- Le titre II règle la forme et les conditions de la déclaration à faire par celui qui veut établir à demeure une chaudière à vapeur. Cette déclaration, faite au préfet (art. 10), doit contenir les indications nécessaires pour permettre à l’autorité et aux ingénieurs chargés de la surveillance de constater si les chaudières sont toujours dans les conditions réglementaires ; ces indications ne se rapportent, d’ailleurs, qu’à des faits que le propriétaire ne peut pas ignorer et, par suite, il lui sera toujours facile de les fournir.
- Le titre II règle également les conditions que doit remplir toute chaudière à vapeur vis-à-vis du voisinage, et c’est là évidemment la partie la plus importante du nouveau
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- règlement, puisque c’est elle qui doit faire, par des dispositions générales applicables à tous les cas, ce que faisait dans chaque cas particulier l’arrêté du préfet, en vue de sauvegarder la sécurité publique et les intérêts des propriétés voisines de machines à vapeur.
- J’ai, d’ailleurs, dans la première partie de ce rapport, indiqué les conditions spéciales applicables aux chaudières de chaque catégorie, et je n’ai plus besoin d’y revenir ici.
- Qu’il me soit permis seulement de signaler à Votre Majesté la disposition (art. 18) d’après laquelle les conditions d’emplacement fixées par le règlement cessent d’être obligatoires lorsque les tiers intéressés renoncent à s’en prévaloir, et celle (art. 19) qui oblige à munir les chaudières de toute catégorie d’un appareil fumivore d’une capacité suffisante. L’inconvénient delà fumée est celui qui est le plus incommode aux voisins, et depuis assez longtemps déjà l’Administration est dans l’usage de prescrire, à tous ceux qui veulent établir des machines à vapeur, de brûler la fumée de leurs foyers ; il existe aujourd’hui divers appareils qui réalisent, au moins d’une manière approximative et à peu de frais, ce grand avantage ; il est juste d’en faire jouir le public d’une manière générale, au moment où l’on accorde à l’industrie des facilités aussi larges que celles qui doivent résulter du nouveau règlement.
- Il paraît équitable toutefois d’accorder un certain délai pour se mettre en règle, quant à l’emploi d’un appareil fumivore, aux propriétaires de chaudières à vapeur auxquels cette condition n’aura pas été imposée par leur acte d’autorisation ; un ‘ paragraphe spécial est ajouté à cet effet à l’article 19 ; le délai qu’il concède aux usiniers est de six mois.
- Le titre III énonce les dispositions auxquelles doivent satisfaire les machines loco-mobiles et les machines locomotives. Les prescriptions qui concernent les Iocomobiles ne diffèrent pas sensiblement de celles qui sont édictées par les règlements actuels, et, quant aux locomotives, on se réfère purement et simplement aux règlements d’administration publique qui règlent les conditions de la circulation de ces machines sur les chemins de fer. [I est seulement ajouté, à l’article relatif aux locomotives, un paragraphe qui prévoit lecas où elles viendraient ultérieurement à'circuler sur les routes de terre; ce cas échéant, les conditions de cette circulation seraient fixées par un règlement spécial.
- Le titre IV enfin désigne les fonctionnaires et agents de divers ordres qui seront chargés de la surveillance des chaudières à vapeur ; il indique les mesures à observer en cas d’accident, de telle façon que la justice puisse être ainsi à même de constater à qui doit en remonter la responsabilité.
- Telles sont, Sire, les dispositions principales de la nouvelle réglementation qui me paraît devoir être adoptée pour les chaudières à vapeur : elles ouvrent pour l’industrie une ère de liberté et de progrès, tout en satisfaisant dans la mesure du nécessaire à ce qu’exige la sûreté publique, et je prie d’ailleurs Votre Majesté de vouloir bien remar-
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- quer que ces dispositions ne concernent que les chaudières autres que celles qui sont placées sur des bateaux. Pour ces dernières, il pourra y avoir lieu, sans doute, de modifier en quelques points les règlements actuels, mais, à raison de la destination principale des bateaux à vapeur, qui est le transport des personnes, et de la gravité des accidents dont, par là même, ils peuvent être le théâtre, il est impossible de ne pas les astreindre à des mesures de précautions spéciales. Tout ce qui les concerne doit donc faire l’objet d’un examen particulier, dont j’aurai ultérieurement à placer les résultats sous les yeux de Votre Majesté.
- Je suis, avec un profond respect,
- Sire,
- De Voire Majesté
- Le très-humble et très-obéissant serviteur et fidèle sujet,
- Le ministre de Vagriculture, du commerce et des travaux publics,
- Armand Béhic.
- DÉCRET.
- NAPOLEON,
- Par la grâce de Dieu et la volonté nationale, Empereur des Français,
- A tous présents et à venir, salut :
- Sur le rapport de notre Ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics ;
- Vu l’ordonnance royale du 22 mai 1843, relative aux machines et chaudières à vapeur autres que celles qui sont placées sur des bateaux ;
- Vu les rapports de la Commission centrale des machines à vapeur établie près du ministère de l’agriculture, du commerce et des travaux publics ;
- Notre conseil d’État entendu,
- Avons décrété et décrétons ce qui suit :
- Art. 1er. Sont soumises aux formalités et aux mesures prescrites par le présent décret les chaudières fermées destinées à produire la vapeur, autres que celles qui sont placées à bord des bateaux.
- TITRE I.
- Dispositions relatives à la fabrication, à la vente et à Vusage des chaudières ferme'es
- destinées à produire la vapeur.
- Art. 2. Aucune chaudière neuve ou ayant déjà servi ne peut être livrée par celui qui l’a construite, réparée ou vendue, qu’après avoir subi l’épreuve prescrite ci-après.
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- Cette épreuve est faite chez le constructeur ou chez le vendeur, sur sa demande, sous la direction des ingénieurs des mines ou, à leur défaut, des ingénieurs des ponts chaussées ou les agents sous leurs ordres.
- Les épreuves des chaudières venant de l’étranger sont faites, avant la mise en service, au lieu désigné par le destinataire dans sa demande.
- Art. 3. L’épreuve consiste à soumettre la chaudière à une pression effective double de celle qui ne doit pas être dépassée dans le service, toutes les fois que celle-ci est comprise entre un demi-kilogramme et 6 kilogrammes par centimètre carré inclusivement.
- La surcharge d’épreuve est constante et égale à un demi-kilogramme par centimètre carré pour les pressions inférieures, et à 6 kilogrammes par centimètre carré pour les pressions supérieures aux limites ci-dessus.
- L’épreuve est faite par pression hydraulique.
- La pression est maintenue pendant le temps nécessaire à l’examen de toutes les parties de la chaudière.
- Art. 4. Après qu’une chaudière ou partie de chaudière a été éprouvée avec succès, il y est apposé un timbre indiquant, en kilogrammes par centimètre carré, la pression effective que la vapeur ne doit pas dépasser. Les timbres sont placés de manière à être toujours apparents après la mise en place de la chaudière.
- Ils sont poinçonnés par l’agent chargé d’assister à l’épreuve.
- Art. 5. Chaque chaudière est munie de deux soupapes de sûreté, chargées de manière à laisser la vapeur s’écouler avant que sa pression effective atteigne ou tout au moins dès qu’elle atteint la limite maximum indiquée par le timbre dont il est fait mention à l’article précédent.
- Chacune des soupapes offre une section suffisante pour maintenir à elle seule, quelle que soit l’activité du feu, la vapeur dans la chaudière à un degré de pression qui n’excède dans aucun cas la limite ci-dessus.
- Le constructeur est libre de répartir, s’il le préfère, la section totale d’écoulement nécessaire des deux soupapes réglementaires entre un plus grand nombre de soupapes.
- Art. 6. Toute chaudière est munie d’un manomètre en bon état, placé en vue du chauffeur, disposé et gradué de manière à indiquer la pression effective de la vapeur dans la chaudière. Une ligne très-apparente marque sur l’échelle le point que l’index ne doit pas dépasser.
- Un seul manomètre peut servir pour plusieurs chaudières ayant un réservoir de vapeur commun.
- Art. 7. Toute chaudière est munie d’un appareil d’alimentation d’une puissance suffisante et d’un effet certain.
- Art. 8. Le niveau que l’eau doit avoir habituellement dans chaque chaudière doit
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- dépasser de 1 décimètre au moins la partie la plus élevée des carneaux, tubes ou conduits de la flamme et de la fumée dans le fourneau.
- Ce niveau est indiqué par une ligne tracée d’une manière très-apparente sur les parties extérieures de la chaudière et sur le parement du fourneau.
- La prescription énoncée au paragraphe 1er du présent article ne s’applique point :
- 1° Aux surchaufïeurs de vapeur distincts de la chaudière ;
- 2° A des surfaces relativement peu étendues et placées de manière à ne jamais rougir, même lorsque le feu est poussé à son maximum d’activité, telles que la partie supérieure des plaques tubulaires des boîtes à fumée dans les chaudières de locomotives, ou encore telles que les tubes ou parties de cheminées qui traversent le réservoir de vapeur, en envoyant directement à la cheminée principale les produits de la combustion 5
- 3° Aux générateurs dits à production de vapeur instantanée, et à tous autres qui contiennent une trop petite quantité d’eau pour qu’une rupture puisse être dangereuse.
- Le Ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics peut, en outre, sur le rapport des ingénieurs et l’avis du préfet, accorder dispense de ladite prescription dans tous les cas où, à raison soit de la forme ou de la faible dimension des générateurs, soit de la position spéciale des pièces contenant de la vapeur, il serait reconnu que la dispense ne peut pas avoir d’inconvénients.
- Art. 9. Chaque chaudière est munie de deux appareils indicateurs du niveau de l’eau, indépendants l’un de l’autre et placés en vue du chauffeur.
- L’un de ces deux indicateurs est un tube en verre, disposé de manière à pouvoir être facilement nettoyé et remplacé au besoin.
- TITRE II.
- Dispositions relatives à rétablissement des chaudières à vapeur placées à demeure.
- Art. 10. Les chaudières à vapeur destinées à être employées à demeure ne peuvent être établies qu’après une déclaration au préfet du département. Cette déclaration est enregistrée à sa date. Il en est donné acte.
- Art. 11. La déclaration fait connaître :
- 1° Le nom et le domicile du vendeur des chaudières ou leur origine j
- 2° La commune et le lieu précis où elles sont établies ;
- 3° Leur forme, leur capacité et leur surface de chauffe ;
- 4° Le numéro du timbre exprimant, en kilogrammes par centimètre carré, la pression effective maximum sous laquelle elles doivent fonctionner;
- 5° Enfin le genre d’industrie et l’usage auxquels elles sont destinées.
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- Art. 12. Les chaudières sont distinguées en trois catégories.
- Cette classification est basée sur la capacité de la chaudière et sur la tension de la vapeur.
- On exprime en mètres cubes la capacité de la chaudière avec ses tubes bouilleurs ou réchauffeurs, mais sans y comprendre les surchauffeurs de vapeur ; on multiplie ce nombre par le numéro du timbre augmenté d’une unité. Les chaudières sont de la première catégorie quand le produit est plus grand que 15 5 dans la deuxième, si ce même produit surpasse 5 et n’excède pas 15; dans la troisième, s’il n’excède pas 5.
- Si plusieurs chaudières doivent fonctionner ensemble dans un même emplacement, et si elles ont entre elles une communication quelconque, directe ou indirecte, on prend, pour former le produit comme il vient d’être dit, la somme des capacités de ces chaudières.
- Art. 13. Les chaudières comprises dans la première catégorie doivent être établies en dehors de toute maison et de tout atelier surmonté d’étages.
- N’est point considérée comme un étage au-dessus de l’emplacement d’une chaudière une construction légère, dans laquelle les matières ne sont l’objet d’aucune élaboration nécessitant la présence d’employés ou ouvriers travaillant à poste fixe.
- Dans ce cas, le local ainsi utilisé est séparé des ateliers contigus par un mur ne présentant que les passages nécessaires pour le service.
- Art. 14. Il est interdit de placer une chaudière de première catégorie à moins de 3 mètres de distance du mur d’une maison d’habitation appartenant à des tiers.
- Si la distance de la chaudière à la maison est plus grande que 3 mètres et moindre que 10 mètres, la chaudière doit être généralement installée de façon que son axe longitudinal prolongé ne rencontre pas le mur de ladite maison, ou que, s’il le rencontre, l’angle compris entre cet axe et le plan du mur soit inférieur au sixième d’un angle droit.
- Dans le cas où la chaudière n’est pas installée dans les conditions ci-dessus, la maison doit être garantie par un mur de défense.
- Ce mur, en bonne et solide maçonnerie, a 1 mètre au moins d’épaisseur en couronne. Il est distinct du parement du fourneau de la chaudière et du mur de la maison voisine, et est séparé de chacun d’eux par un intervalle libre de 0m,30 de largeur au moins.
- Sa hauteur dépasse de 1 mètre la partie la plus élevée du corps de la chaudière, quand il est à une distance de celle-ci comprise entre 0m,30 et 3 mètres. Si la distance est plus grande que 3 mètres, l’excédant de hauteur est augmenté en proportion de la distance, sans toutefois excéder 20 mètres.
- Enfin la situation et la longueur du mur sont combinées de manière à couvrir la maison voisine dans toutes les parties qui se trouvent à la fois au-dessous de la crête Tome XII. — 64e année. 2e série. — Février 1865. 12
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- dudit mur, d’après la hauteur filée ci-dessus, et à une distance moindre que 10 métrés d’un point quelconque de la chaudière.
- L’établissement d’une chaudière de première catégorie à la distance de 10 mètres ou plus des maisons d’habitation n’est assujetti à aucune condition particulière.
- Les distances de 3 mètres et de 10 mètres fixées ci-dessus sont réduites respectivement à lm,50 et 5 mètres, lorsque la chaudière est enterrée de façon que la partie supérieure de ladite chaudière se trouve à 1 mètre au moins en contre-bas du sol, du côté de la maison voisine.
- Art. 15. Les chaudières comprises dans la deuxième catégorie peuvent être placées dans l’intérieur de tout atelier, pourvu que l’atelier ne fasse pas partie d’une maison habitée par des personnes autres que le manufacturier, sa famille et ses employés, ouvriers et serviteurs.
- Art. 16. Les chaudières de troisième catégorie peuvent être établies dans un atelier quelconque, même lorsqu’il fait partie d’une maison habitée par des tiers.
- Art. 17. Les fourneaux des chaudières comprises dans la deuxième et la troisième catégorie sont entièrement séparés des maisons d’habitation appartenant à des tiers ; l’espace vide est de 1 mètre pour les chaudières de la deuxième catégorie, et de 0m,50 pour les chaudières de la troisième.
- Art. 18. Les conditions d’emplacement établies par les art. 14 et 17 ci-dessus cessent d’être obligatoires, lorsque les tiers intéressés renoncent à s’en prévaloir.
- Art. 19. Le foyer des chaudières de toute catégorie doit brûler sa fumée.
- Un délai de six mois est accordé pour l’exécution de la disposition qui précède aux propriétaires de chaudières auxquels l’obligation de brûler leur fumée n’a point été imposée par l’acte d’autorisation.
- Art. 20. Si, postérieurement à l’établissement d’une chaudière, un terrain contigu vient à être affecté à la construction d’une maison d’habitation, le propriétaire de ladite maison a le droit d’exiger l’exécution des mesures prescrites par les art. 14 et 17 ci-dessus, comme si la maison eût été construite avant l’établissement de la chaudière.
- Art. 21. Indépendamment des mesures générales de sûreté prescrites au titre I4r de la déclaration prévue par les art. 10 et 11 du titre II, les chaudières à vapeur fonctionnant dans l’intérieur des mines sont soumises aux conditions spéciales fixées par les lois et règlements concernant l’exploitation des mines.
- TITRE III.
- Dispositions relatives aux chaudières des machines locomobiles el locomotives.
- Art. 22. Sont considérées comme locomobiles les machines à vapeur qui peuvent être transportées facilement d’un lieu dans un autre, n’exigent aucune construction
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- pour fonctionner sur un point donné, et ne sont effectivement employées que d’une manière temporaire à chaque station.
- Art. 23. Les chaudières des machines locomobiles sont soumises aux mêmes épreuves et munies des mêmes appareils de sûreté que les générateurs établis à demeure; toutefois elles peuvent n’avoir qu’un seul tube indicateur du niveau de l’eau en verre. Elles portent, en outre, une plaque sur laquelle sont gravés, en lettres très-apparentes, le nom du propriétaire, son domicile et un numéro d’ordre, si le propriétaire en possède plusieurs.
- Elles sont l’objet d’une déclaration adressée au préfet du département où est le domicile du propriétaire de la machine.
- Art. 24. Aucune locomobile ne peut être employée sur une propriété particulière à moins de 5 mètres de tout bâtiment d’habitation et de tout amas découvert de matières inflammables appartenant à des tiers, sans le consentement formel de ceux-ci.
- Le fonctionnement des locomobiles sur la voie publique est régi par les règlements de police locaux.
- Art. 25. Les machines à vapeur locomotives sont celles qui, sur terre, travaillent en même temps qu’elles se déplacent par leur propre force.
- Art. 26. Les dispositions de l’article 23 sont applicables aux chaudières des machines locomotives.
- Art. 27. La circulation des locomotives sur les chemins de fer a lieu dans les conditions déterminées par des règlements d’administration publique.
- Un règlement spécial fixera, s'il y a lieu, les conditions relatives à la circulation des locomotives sur les routes autres que les chemins de fer.
- TITRE IV.
- Dispositions générales.
- Art. 28. Les ingénieurs des mines, ou à leur défaut les ingénieurs des ponts et chaussées, ainsi que les agents sous leurs ordres commissionnés à cet effet, sont chargés, sous la direction des préfets et avec le concours des autorités locales, de la surveillance relative à l’exécution des mesures prescrites par le présent décret.
- Art. 29. Les contraventions au présent règlement sont constatées, poursuivies et réprimées conformément à la loi du 21 juillet 1856, sans préjudice de la responsabilité civile que les contrevenants peuvent encourir aux termes des art. 1382 et suivants du code Napoléon.
- Art. 30. En cas d’accident ayant occasionné la mort ou des blessures graves, le propriétaire ou le chef de l’établissement doit prévenir immédiatement l’autorité chargée de la police locale et l’ingénieur chargé de la surveillance.
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- L’autorité chargée de la police locale se transporte sur les lieux et dresse un proeès-verbal qui est transmis au préfet et au procureur impérial.
- L’ingénieur chargé de la surveillance se rend également sur les lieux dans le plus bref délai, pour visiter les chaudières, en constater l’état et rechercher les causes de l’accident. Il adresse sur le tout un rapport au préfet et un procès-verbal au procureur impérial.
- En cas d’explosion, les constructions ne doivent point être réparées et les fragments de la chaudière rompue ne doivent point être déplacés ou dénaturés avant la clôture du procès-verbal de l’ingénieur.
- Art. 31. Les chaudières qui dépendent des services spéciaux de l’Etat sont surveillées par les fonctionnaires et agents de ces services.
- Leur établissement reste assujetti à la déclaration prévue par l’article 10 et à toutes les conditions d’emplacement et autres qui peuvent intéresser les tiers.
- Art. 32. Les conditions d’emplacement prescrites pour les chaudières à demeure par le présent décret ne sont point applicables aux chaudières pour l’établissement desquelles il aura été satisfait à l’ordonnance royale du 22 mai 1843.
- Art. 33. Les attributions conférées aux préfets des départements par le présent décret sont exercées par le préfet de police dans toute l’étendue de son ressort.
- Art. 34. L’ordonnance royale du 22 mai 1843, relative aux machines et chaudières à vapeur autres que celles qui sont placées sur des bateaux, est rapportée.
- Art. 35. Notre Ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics est chargé de l’exécution du présent décret, qui sera inséré au Bulletin des lois.
- Fait au palais des Tuileries, le 25 janvier 1865.
- NAPOLÉON.
- Par l’Empereur :
- Le Ministre de V agriculture, du commerce et des travaux publics,
- Armand Béhic.
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- UNE VISITE A LA FABRIQUE DE CREUSETS DE PLOMBAGINE DE BATTERSEA (ANGLETERRE),
- PAR M. J. C. BROUGH.
- L’usage des creusets pour la fonte et l’affinage des métaux doit, remonter à la période primitive où l’homme a commencé à remplacer sa hache de pierre par des outils en bronze. Les pots de fusion de cette époque étaient, sans doute, faits d’une
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- argile plastique infusible, et à cet égard il n’y a aucune raison de supposer qu’ils différaient beaucoup des creusets en terre dont on se sert ordinairement aujourd’hui dans nos fonderies.
- On peut dire que, depuis dix siècles au moins, le creuset a joué un rôle important parmi les instruments dont la science a fait usage pour la conquête de ses découvertes. Ayant constamment servi aux premiers alchimistes, il peut être, en effet, considéré comme le berceau de la chimie expérimentale (1).
- Aujourd’hui la consommation des creusets est considérable et les variétés en sont nombreuses; ils sont employés par les affineurs d’or et d’argent, par les fondeurs de bronze, de cuivre, de zinc et de fonte malléable, par les fabricants d’acier, par les essayeurs et enfin par tous les chimistes praticiens. On leur donne des formes et des dimensions variées, et la matière qui les compose dépend du but auquel ils sont destinés. C’est ainsi que, pour les très-hautes températures qu’exigent certaines expériences chimiques, on les fait en platine, en porcelaine ou en chaux ; tandis que, pour les opérations métallurgiques ordinaires, l’argile et la plombagine sont les matériaux qui servent à leur confection. C’est de ce dernier genre de creusets que nous avons à nous occuper.
- A ne considérer le creuset que par sa forme, on pourrait le prendre, au premier abord, pour un article de poterie ordinaire.Et cependant comment se fait-il que les bons fabricants soient en nombre si restreint? La raison en est dans les qualités exceptionnelles que le creuset doit posséder pour subir victorieusement l’épreuve du feu, qualités qu’on ne parvient à lui donner qu’en satisfaisant à certaines conditions toujours difficiles à remplir. Il doit supporter les hautes températures, non-seulement sans se fondre, mais même sans se ramollir d’une manière sensible; il ne doit pas être exposé à se briser ni à s’écailler, lorsqu’on le saisit avec des pinces; il doit enfin résister, en quelque sorte, à l’action chimique qu’exercent toujours les cendres du combustible. Mais ce n’est pas tout encore, et il est des circonstances où il faut qu’il supporte l’influence corrosive et pénétrante de certaines matières, telles que, par exemple, l’oxyde de plomb fondu. Enfin il est nécessaire tantôt qu’il puisse subir, sans se fendre, de brusques changements de température, comme d’être plongé, pendant qu’il est froid, dans un fourneau chauffé presque au rouge blanc, et tantôt qu’il supporte une chaleur graduellement croissante jusqu’à un degré excessivement élevé. Il va sans dire qu’une même espèce de creusets ne saurait réunir à la fois toutes ces qualités; il y a donc, pour plusieurs d’entre elles, des spécialités dont on doit tenir compte, suivant les conditions d’emploi dans lesquelles on se trouve.
- Parmi les produits de ce genre qui présentent les meilleures garanties, on doit citer
- (i) Le mot creuset, du latin crux, crucis, rappelle cette pratique des alchimistes qui consistait, en signe de protection, à mettre une croix sur l’ustensile dont ils se servaient le plus souvent.
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- les creusets de plombagine brevetés, de la compagnie de Battersea [patent plumbago crucible Company). Ces creusets, quelle que soit leur dimension, supportent admirablement les changements de température les plus brusques; ils peuvent être employés plusieurs fois, et leur paroi intérieure est tellement unie, qu’on n’a jamais à craindre, dans une opération, de voir s’y attacher quelque particule métallique. Le prix d’achat en est, il est vrai, assez élevé, car la plombagine est une matière première qui est chère; mais, si l’on considère qu’ils peuvent servir à un grand nombre de fusions, on comprendra qu’en réalité ils sont encore plus économiques que les creusets de terre ordinaires. D’ailleurs ceux-ci présentent de nombreux inconvénients. Comme l’argile réfractaire subit un retrait considérable, lorsqu’elle est exposée à une température élevée, on ne peut l’employer seule à la confection des creusets de grande dimension ; aussi, pour contre-balancer, en quelque sorte, les effets de ce retrait, est-on obligé de préparer un mélange, dans lequel on fait entrer quelque matière très-siliceuse ou du coke, dont l’addition a pour effet d’empêcher le creuset de se fendre moins facilement. C’est ainsi que sont faits les grands creusets de Stourbridge, dont les fondeurs de bronze de Birmingham font un si grand usage; il en est de même de ceux qui proviennent du Cornouailles ou de la Hesse. Les creusets de plombagine leur sont donc incontestablement supérieurs, et ils doivent cette supériorité à ce fait que la plombagine est la plus infusible de toutes les substances connues et qu’elle peut être mélangée, de la manière la plus intime, avec l’argile, sans faire perdre à celle-ci aucune de ses qualités plastiques.
- Avant de décrire les travaux de la fabrique de Battersea, il ne sera peut-être pas inutile de dire quelques mots de la plombagine, ou plutôt du graphite,dénomination plus correcte que la première. On se rappelle que, trompés par l’éclat métallique remarquable de cette substance, les minéralogistes de l’ancienne école l’avaient classée parmi les métaux, et aujourd’hui (en dehors de la science, il est vrai) il est encore bien des gens qui la désignent sous le nom de mine de plomb [black lead). Il est même quelques dictionnaires qui la définissent comme un carbure de fer, d’après l’opinion formulée dans le principe par quelques chimistes, qu’elle était un composé de carbone et de fer. Mais aujourd’hui on est revenu sur cette erreur, et l’on a reconnu que, bien que le fer existât généralement dans la substance, on ne devait pas plus le considérer comme un élément essentiel de sa constitution que la silice et l’alumine quelle renferme également ; ces trois éléments étrangers, qu’on y rencontre dans des proportions variables et qui ne s’y trouvent même pas toujours à la fois, n’y existent qu’à l’état de simple mélange et non de combinaison chimique. Le graphite, ainsi que de nombreuses expériences l’ont prouvé, n’est autre que du carbone, cette curieuse substance, véritable Protée, qui affecte des formes si variées, qui tantôt est diamant ou simple anthracite, et tantôt apparaît sous les formes artificielles et plus vulgaires de charbon de bois, de coke ou même de noir de fumée. Le docteur Wood a analysé plusieurs échantillons du graphite qu’on emploie à Battersea. L’un d’eux a accusé
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- plus de 98 p. 100 de carbone pur, le reste se composant de silice avec quelques traces de fer et d’alumine; d’autres ont donné 95 p. 100 et même un peu moins.
- La variété des formes du carbone est attestée par le graphite lui-même, qu’on rencontre parfois à l’état cristallisé et parfois à l’état amorphe. Le premier se présente ordinairement sous forme d’une masse lamellaire ou granulaire et plus rarement en tables hexagonales; on le tire principalement de Ceylan, où il existe empâté dans une roche quartzeuse; on le rencontre également près de la baie de Morton, en Australie, dans les Etats de New-York et du Massachussets, et en Sibérie (1). Le graphite amorphe constitue cette variété à laquelle on donne ordinairement les noms de plombagine et de mine de plomb ; il est beaucoup moins dur que le graphite cristallisé et, pour cette raison , laisse sur le papier une empreinte plus noire. Autrefois c’étaient les mines de Borowdale, dans le Cumberland, qui le fournissaient presque exclusivement à l’industrie; mais, aujourd’hui que ces mines sont, pour ainsi dire, épuisées, la majeure partie de celui que l’on consomme en Angleterre provient de l’Allemagne, et principalement de Griesbach, près de Passau.
- Tous les graphites ne conviennent pas également bien à la fabrication des creusets, en raison de la plus ou moins grande proportion de fer qu’ils renferment. Celui de Sibérie, par exemple, est trop ferrugineux, et, bien que l’usine de Battersea puisse le purifier par un procédé qui lui est particulier, elle trouve néanmoins plus avantageux de n’employer que le graphite de Ceylan, qui, sous ce rapport, est beaucoup plus pur.
- Les deux variétés de graphite sont employées à l’usine de Battersea ; la variété cristalline sert à la confection des Creusets, et la variété amorphe à la préparation des poudres à polir. La consommation énorme qu’on y fait du graphite de Ceylan a influé d’une manière extraordinaire sur le prix de cette matière première, qui, de 250 fr. la tonne qu’il était au début, s’est élevé à plus du double. Sur les lieux de production, l’exploitation est très-active, et les travaux d’extraction se développent constamment malgré la lourde redevance (royalty) de 17 fr. 50 par tonne, qu’on est obligé de payer à Colombo Cutcherry. Les produits de cette redevance, pour 1862 et 1863, donneront une idée de l’accroissement énorme qu’a pris la demande dans cette courte période.
- 1862. 1863. Augmentation.
- Province de l’Ouest.............. 11,805* 40 31,812* 70 20,007f 30
- Province du Sud.................. 2,803 30 7,060 50 4,257 20
- 14,608* 70 38,873* 20 24,264* 50
- En 1862, on a exporté de Ceylan près de 2,077 tonnes de graphite, sur lesquelles l’Angleterre, à elle seule, en a reçu 1,763 ; quant à 1863, les chiffres officiels ne sont
- (1) On se rappelle que le Bulletin de 1864 (t. XI, p. 129) a parlé du graphite de Sibérie et des mines de Marinski, découvertes et exploitées par M. Alibert sur le rocher de Batougol. (M.)
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- pas encore connus. Sur cette quantité, l’usine de Battersea en absorbe une bonne part.
- Pénétrons maintenant dans cette usine et voyons les travaux qui s’y accomplissent :
- Nous commençons par visiter les magasins d’approvisionnement, où nous trouvons environ 2,000 barils de matière première, d’une capacité variant de 200 à 250 kilog. Nous comparons deux morceaux de graphite de provenances différentes : l’un est dur, couleur gris de fer, et provient de Ceylan ; l’autre, terne, noir et friable, représente la variété d’Allemagne ; il est onctueux au toucher et s’écrase facilement entre les doigts. En quittant les magasins nous donnons un coup d’œil, en passant, au moteur de la fabrique. C’est une machine à vapeur horizontale de la force de 25 chevaux, commandant tous les appareils chargés d’accomplir les détails de la fabrication qui peuvent, on quelque sorte , se passer de la main de l’ouvrier.
- De là nous passons à l’atelier de broyage, qui contient plusieurs espèces de meules destinées à broyer et à mélanger les matières premières servant à la confection des creusets. Ici l’argile sèche est écrasée, là c’est le graphite, et à côté se trouve un des malaxeurs qui les reçoit tous deux pour les pétrir. Le graphite écrasé passe dans des tamis de différentes grosseurs, et celui qui est en poudre est enlevé par un monte-charge mécanique jusqu’à l’étage au-dessus, où il passe dans des espèces de blutoirs ayant de l’analogie avec le blutoir à farine. L’un de ces blutoirs est muni d’un tamis en soie très-fine, et est destiné à préparer cette poudre de plombagine qu’on emploie pour lubrifier les axes de machines.
- Nous montons à l’étage supérieur et nous pénétrons dans l’atelier spécial des mélanges. Tout autour sont disposées de larges cases, contenant séparément des argiles et des plombagines en poudre de différentes qualités. On mélange ces poudres pour en faire ce qu’on appelle en terme de métier le métal, et la qualité des creusets dépend des proportions dans lesquelles le mélange a été effectué ; il va sans dire que ces proportions sont tenues entièrement secrètes. L’opération faite, on verse sur le tout une certaine quantité d’eau, et on laisse les matières s’imbiber pendant quelque temps; puis on les passe au malaxeur qui en fait une pâte, et cette pâte est ensuite débitée en blocs qu’on emmagasine dans une chambre spéciale, où on les abandonne pendant plusieurs semaines.
- En sortant de cet atelier nous visitons celui des tourneurs, où la pâte est façonnée en creusets. N’était la couleur sombre du lieu, on se croirait dans un vaste atelier de poterie ordinaire. Çà et là sont des tours mis en mouvement par le moteur de l’usine, et d’une construction assez rudimentaire.Voici comment on procède : l’ouvrier prend une quantité voulue de pâte ou métal et la soumet au pétrissage (wedging), c’est-à-dire la coupe en deux morceaux qu’il frappe l’un contre l’autre de toute la force de ses bras jusqu’à parfaite plasticité de la matière. Cela fait, il la jette sur le disque de son tour, et, pendant la rotation, il commence à la façonner avec ses mains humides, de manière à lui donner une forme conique plus ou moins régulière, mais en la pétris-
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- sant toujours pour en chasser les bulles d’air qu’elle peut renfermer. Enfin peu à peu le creuset prend forme, et, de grossier qu’il apparaît d’abord, il ne tarde pas, sous des mains habiles, à se régulariser tout à fait. Au moyen de deux simples fils métalliques placés d’une manière fixe, l’un à une certaine hauteur déterminée au-dessus de son disque, et l’autre de côté, le tourneur a deux guides ou repères qui lui permettent, tant que cela est nécessaire, de produire des creusets parfaitement identiques de forme et de dimension. En outre des articles faits à la main, l’usine de Battersea en fabrique quelques autres, soit par moulage, soit au moyen d’outils à modeler ; c’est ainsi qu’entre autres nous avons vu travailler à une large bassine ayant lm,50 sur 0m,30, et destinée à un fondeur de zinc français.
- Les creusets terminés sont portés au séchoir, où on les laisse jusqu’au moment où ils doivent être soumis à la cuisson ; c’est la chaleur perdue de l’un des fours qui fournit au séchoir la température nécessaire. Les creusets restent là jusqu’à parfaite dessiccation ; ils n’en sortent que lorsqu’on s’est assuré qu’ils rendent, sous le choc du doigt, un son métallique parfaitement clair.
- Quant aux fours, ils ne diffèrent guère des fours à poterie ordinaires. Les creusets et autres articles y sont placés dans des cazettes [seggars) en terre réfractaire, empilées les unes sur les autres. L’emploi des cazettes a pour but de protéger les objets soumis à la cuisson contre l’action de l’air, qui, à une haute température, aurait l'inconvénient d’en blanchir les parois extérieures et, par conséquent, d’en modifier l’aspect. Grâce à cette précaution, ils sortent du four exactement tels qu’ils y sont entrés. Après détournement, on les porte soit aux magasins, soit au bureau d’expédition. Pour l’emballage on se sert, ordinairement, de vieux barils à sucre, parce qu’ils ont l’avantage d’être solides, peu coûteux et qu’on peut toujours s’en procurer en quantité suffisante. Pendant notre visite nous avons vu trente de ces barils prêts à partir pour Vienne, et 150 caisses pleines de creusets en destination pour l'Italie. Ces seules expéditions suffisent pour indiquer l’importance des opérations que fait l’usine de Battersea.
- Notons qu’en parcourant les magasins nous avous vu, entre autres curiosités, un creuset de plombagine fabriqué pour la monnaie royale, et destiné à fondre une quantité d’argent de près de 272 kilogr. A côté s’en trouvait un autre d’une capacité plus grande encore, et commandé pour fondre à la fois plus de 360 kilog. de zinc pour recouvrir les projectiles Armstrong. Ces produits sont, il est vrai, exceptionnels, car l’usine fabrique en bien plus grande quantité ceux de moyenne dimension pour la fusion de l’or, de l’argent, du cuivre, etc. Chaque creuset est numéroté d’après sa capacité ; ainsi le numéro 1 est pour un kilog., le numéro 2 pour 2 kilog., et ainsi de suite.
- Mais la fabrication de Battersea n’est pas limitée aux seuls creusets de plombagine: elle comprend encore ceux en terre réfractaire dont les ateliers, que nous avons aussi visités, sont situés de l’autre côté de la cour de l’usine. On fait là également toutes les dimensions, depuis les plus grandes, qu’on façonne au tour, jusqu’aux plus petites, Tome XII. — 6ia année. 2e série. — Février 1865. 13
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- qu’on obtient au moyen de mandrins en buis; ces derniers sont particulièrement remarquables et peuvent facilement marcher de pair avec les produits similaires du continent. Il faut surtout mentionner les creusets désignés sous le nom de white fluxingpols (1), dans lesquels l’usine excelle, et qui sont remarquables tant par leurs qualités réfractaires que par la manière dont ils se comportent en présence des flux les plus actifs. Enfin on trouve là encore tous les articles de laboratoire, tels que capsules, moufles et fourneaux pour essayeurs, dentistes, etc., etc.
- Nous avons dit plus haut que la totalité du graphite que reçoit l’usine de Batlersea ne servait pas à la confection des creusets, et qu’une partie était destinée à la préparation de la poudre à polir, ou mine de plomb ordinaire, qu’on emploie dans les usages domestiques. En Angleterre surtout, la consommatiou de celte poudre est très-grande, en raison des nombreux appareils en fonte dont on se sert, dans toutes les maisons, pour brûler la houille, et qu’on ne saurait tenir propres et luisants qu’à la condition de les frotter avec de la plombagine, qui a l’avantage, en même temps, de les préserver de la rouille. L’usine fournit au commerce plusieurs sortes de poudres de différents prix. Les qualités dépendent uniquement des propriétés physiques de la matière première, car, au point de vue chimique, elles sont absolument les mêmes. Plus le graphite est doux et onctueux, conditions qu’on ne rencontre que dans les variétés amorphes, meilleure est la poudre qu’il fournit. Il y a donc un triage important à faire avant toute préparation, et ce travail ne peut être confié qu’à des mains expérimentées, seules capables de bien distinguer les morceaux de graphite doux, onctueux, susceptibles d’un beau poli, de ceux qui sont durs, pierreux, et auxquels les ouvriers donnent le nom de gruffs (aigres).
- La préparation des poudres comprend trois opérations : le broyage, le tamisage et l’empaquetage. Le broyage se fait au moyen de grosses meules mues par la vapeur. La matière broyée est ensuite enlevée par un monte-charge mécanique qui l’apporte à l’étage supérieur, où elle est tamisée et soumise au blutoir dont nous avons déjà parié. Quant à l’empaquetage, il se fait pour les petites quantités de SO gr. et au-dessus, dans des papiers dont la couleur varie suivant la qualité; pour les quantités plus fortes, on emploie des boîtes en bois et en fer-blanc. Ce travail est exécuté par des enfants, qui s’en acquittent avec une rapidité merveilleuse.
- Enfin on prépare encore, pour le commerce, de la plombagine en pains ou briquettes ; celte préparation se fait simplement en comprimant la poudre, au moyen de petites machines analogues aux machines à briques; deux appareils de ce genre sont continuellement en fonction.
- En résumé, l’usine de Battersea est organisée avec une grande intelligence, et la situation des ouvriers y est réglée sur le modèle des meilleurs établissements du pays ;
- (!) Littéralement pois de fusion blancs.
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- il existe, en effet, entre eux, une société de prévoyance (workmen s provident club), dont la sollicitude va même jusqu’à payer les amendes que leur inflige parfois le règlement des ateliers. (The Technologist.) (M.)
- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- RAPPORT ADRESSÉ A L’EMPEREUR PAR S. EXC. M. LE MINISTRE DE U’AGRICULTURE, DU
- COMMERCE ET DES TRAVAUX PUBLICS, CONCERNANT LA NOMINATION DE LA COMMISSION
- SUPÉRIEURE D’ORGANISATION DE L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1867.
- Sire,
- Conformément aux ordres de Votre Majesté, j’ai eu l’honneur de prévenir S. A. I. Msr le Prince Napoléon que le moment était venu de prendre la présidence d’une commission qui sera chargée de mettre à exécution le décret du 22 juin 1863, instituant pour 1867 une Exposition universelle. J’ai prié Son Altesse Impériale de vouloir bien me communiquer les vues générales que pouvait lui suggérer l’expérience acquise en 1855 et en 1862, puis de faire discuter par une réunion d’hommes compétents les premières questions qu’une telle entreprise soulève. Je viens soumettre à Votre Majesté les conclusions qui se déduisent de ces études préparatoires.
- Le point de départ devant se trouver dans une bonne organisation financière, je me suis reporté aux résultats constatés à cet égard, pour les deux Expositions de Londres et pour celle de Paris.
- A Londres, en 1851, comme en 1862, l’initiative est venue d’une compagnie qui a constitué un capital de garantie, à l’aide duquel on a obtenu de la banque d’Angleterre, à un taux modique d’intérêt, tous les fonds nécessaires.
- La compagnie de 1851 a fait une construction temporaire, offrant une surface couverte de planches (rez-de-chaussée et premier étage) de 71,000 mètres carrés. Elle a obtenu une recette de 12,700,000 fr. et réalisé un bénéfice de 5,300,000 fr.
- La compagnie de 1862 a fait une construction de 120,000 mètres carrés, dont une partie devait être permanente. La recette qu’elle a obtenue, complétée par une allocation de 250,000 fr. fournie par l’entrepreneur, a strictement suffi à couvrir une dépense totale de 1,500,000 fr.
- A Paris, en 1855, l’État, en se chargeant de l’entreprise, a dû faire 68,000 mètres carrés de constructions temporaires pour compléter les 47,000 mètres carrés du palais permanent, bâti par une compagnie. Il a obtenu une recette de 3,200,000 fr., et subi une perte de 8,100,000 fr. Il a dû ultérieurement consacrer au rachat du palais une somme de 11 millions de francs. La dépense totale, montant à 21 millions de francs, est couverte en partie par la possession du palais de l’Industrie.
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- En présence de ces faits, je me suis d’abord demandé s’il y a lieu d’adopter, pour la future Exposition, le régime des compagnies qui a déjà permis, en Angleterre, de faire deux Expositions avec profit ou sans perte-, mais j’ai été bientôt amené, par les motifs énoncés ci-après, à conclure négativement.
- En Angleterre, le public paye volontiers des prix élevés pour se procurer des moyens d’instruction ou pour visiter des établissements consacrés à l’art et à la science. Ainsi, à Londres, en 1862, on a obtenu de six millions de visiteurs une recette de 10,200,000 fr., produits à peu près également, d’un côté par le tarif minimum d’entrée de 1 fr. 25, de l’autre par des abonnements à des tarifs d’entrée variant de 3 fr. 10 à 25 fr. En France, jusqu’à ces derniers temps, le public était peu enclin à supporter ce genre de charges. Ainsi, à Paris, en 1855, quatre millions six cent mille visiteurs ont seulement payé 3,200,000 fr.; les entrées à 20 cent, et à 1 fr. ont produit 2,600,000 fr., tandis que les abonnements et les entrées à 2 fr. et à 5 fr. n’ont donné que 600,000 fr. Assurément, on peut attendre de meilleurs résultats en 1867 : la paix sera plus féconde que la guerre qui régnait en 1855 ; on ne retombera pas dans les erreurs d’un tarif défectueux ; enfin on pourra mieux compter sur la faveur du public, si une administration habile inaugure ponctuellement au jour convenu le palais de l’Exposition ; si elle résout le problème d’y classer dans un ordre utile et attrayant tous les produits de l’art et de l’industrie; si surtout elle y représente le travail de toutes les contrées du globe plus complètement qu’on ne l’a fait aux solennités précédentes. Cependant il semble prudent de prévoir que, même dans ces conditions, on n’arrivera pas à Paris, en 4867, aux recettes réalisées à Londres en 1851 et en 1862.
- Le succès financier de 1851 a été obtenu dans des circonstances qui, évidemment, ne se reproduiront plus. On a pu alors satisfaire, avec une construction de 71,000 mètres carrés, aux demandes des exposants, tandis qu’en 1862 une surface de 120,000 mètres carrés a été insuffisante, au point que les exposants français ont à peine reçu la moitié de l’espace qui leur était nécessaire. Les exigences des exposants de toutes les nations ont donc augmenté, en même temps que la curiosité du public restait stationnaire. Ces deux tendances donnent lieu de prévoir un déficit considérable dans toutes les futures Expositions ; et il semble que le moyen de l’atténuer, en 1867, consistera surtout à développer les branches d’exposition qui augmenteront la recette dans une proportion plus forte que la dépense. Pour atteindre ce but, il y aura lieu vraisemblablement de porter la surface couverte à 140,000 mètres carrés.
- A Londres, la recette principale produite par les entrées a été complétée par divers prélèvements faits au profit de la compagnie sur les entrepreneurs des restaurants, des catalogues et de sept autres services de moindre importance. En 1862, par exemple, ces recettes accessoires se sont élevées à 1 million. Je ne pense pas qu’en 1867, plus qu’en 1855, il convienne de recourir à ces moyens financiers : ceux-ci ne rentrent guère dans nos traditions. En organisant des monopoles, ils créent de mauvais ser-
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- vices; ils mécontentent, par conséquent, le public, et nuisent à la principale recette. Ces sortes d’impôts pèsent, d’ailleurs, en partie sur les exposants ou sur leurs représentants habituels; et il semble peu judicieux dégrever ainsi beaucoup de personnes qu’il importe d’attirer à ces grands concours, et qui s’imposent souvent, par un pur sentiment de patriotisme, les charges considérables qui en résultent.
- A Londres, aux deux Expositions précédentes, on n’a décerné aux exposanls que des récompenses sans valeur intrinsèque. En France, depuis l’origine des Expositions, on a toujours joint aux médailles de bronze des médailles d’or et d’argent. Je pense qu’il y a lieu de persévérer dans cette coutume; j’aperçois même qu’il convient d’aug menter la somme consacrée aux récompenses données sous d’autres formes.
- En me fondant sur ces considérations, je prévois que l’exposition de 1867 pourra exiger une dépense de 18 millions. J’ajoute que les éventualités défavorables qui peuvent survenir dans ces sortes d’entreprises ne semblent pas pouvoir porter cette dépense au delà de 20 millions. Quant aux recettes, elles s’élèveront vraisemblablement de 7 à 9 millions. J’en conclus que l’entreprise pourra donner un déficit de 12 millions.
- Ces évaluations ne sauraient varier sensiblement selon qu’on les applique à une entreprise toute privée, ou à une Exposition faite avec l’attache et sous la haute direction du Gouvernement. Aucune compagnie, n’ayant d’autre mobile que la spéculation, ne se proposerait donc pour entreprendre l’Exposition universelle de 1867, à moins d’être garantie contre des pertes inévitables par une subvention directe ou indirecte au moins égale au déficit prévu. Ainsi, au point de vue financier, l’État n’aurait rien à gagner à se dessaisir de toute influence dans la préparation et dans la conduite de l’opération. Peut-être pourrait-on dire que le caractère d’intérêt public qui motive la participation du Trésor public aux dépenses que cette opération entraîne ne permet pas au Gouvernement de s’en désintéresser ; et d'ailleurs, il est permis de douter que cet abandon profitât à l’éclat, à l’utilité et au succès de l’Exposition.
- D’un autre côté, il n’y a rien d’exagéré à admettre qu’en suivant le système d’administration adopté par la France en 1862, c’est-à-dire en maintenant fermement l’unité d’action et l’énergie des contrôles, on pourra, cette fois encore, réaliser de notables améliorations sur les prévisions du budget.
- L’utilité des Expositions a été clairement démontrée par les considérations développées dans le rapport que mon prédécesseur a eu l’honneur de soumettre à l’Empereur à l’appui du décret du 22 juin 1863. En me référant à ces considérations, je trouve que l’État et la ville de Paris ont un intérêt suffisant à la réalisation de la pensée de Votre Majesté pour justifier leur participation à la dépense au moyen d’une subvention.
- Cette subvention, limitée à 12 millions de francs, serait répartie par portions égales entre le Trésor et la Ville qui, au moyen de cette allocation, seraient dégagés de toute responsabilité si l’entreprise venait à entraîner des mécomptes. M. le Préfet de la
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- Seine, que j’ai consulté sur ce point, n’hésite pas à penser que le Conseil municipal de Paris, qu’on trouve toujours disposé aux choses utiles et généreuses, ne déclinerait pas cette participation.
- Quant au surplus des frais, évalués à 6 ou 8 millions, ils seraient couverts par les recettes provenant des droits d’entrée, et, en cas d’insuffisance, par la garantie d’une société qui serait formée à cet effet sous les auspices de la Commission impériale.
- Dans le cas où le montant des recettes réalisées, comparé avec le surplus des dépenses faites au delà des 12 millions de subvention accordés par l’Etat et par la Ville, laisserait une plus-value, ce bénéfice, dû à la faveur du public et à la bonne administration de l’affaire, serait attribué par parts égales à l’État, à la ville de Paris et à la société de garantie.
- Par ce procédé, Sire, l’industrie et le commerce, qui sont appelés à contribuer à l'éclat de cette solennité et à en recueillir les avantages, se trouveraient en même temps mêlés et intéressés, dans la seule mesure que comportent encore les habitudes de notre pays, à son organisation, et aux chances heureuses ou adverses qu’elle peut offrir au point de vue financier.
- Ce serait à la fois un premier pas fait dans la voie de l’initiative parcourue par nos voisins avec tant de fermeté et de succès, et un hommage rendu à l’esprit d’association.
- La conséquence naturelle de cette organisation serait de donner à la société de garantie, dans la gestion et la surveillance de l’organisation, une part proportionnée à son intérêt.
- La Commission impériale pourrait donc se composer, en outre de son Président et des Ministres que leurs attributions appellent à y siéger, de quarante et une personnes choisies par l’Empereur parmi les notabilités compétentes de l’État et de la ville de Paris, et de dix-neuf personnes qui seraient ultérieurement désignées par la société de garantie, par la voie de l’élection et suivant le mode qui aura été reconnu le plus praticable.
- On augmentera les chances de succès des futures Expositions en adjoignant chaque fois, au pouvoir dirigeant, des personnes possédant la tradition des Expositions faites antérieurement en d’autres pays. L’Angleterre étant la seule nation étrangère qui, jusqu’à présent, ait abordé ces sortes d’entreprises, je propose à Votre Majesté de comprendre trois Anglais dans le personnel de la Commission impériale.
- Si Votre Majesté approuve les conclusions de ce rapport, je la prie de vouloir bien signer le décret ci-annexé.
- Je suis, avec le plus profond respect,
- Sire,
- De Votre Majesté
- Le très-humble, très-obéissant serviteur et fidèle sujet.
- Le Ministre de Vagriculture, du commerce et des travaux publics,
- Armand Béhic.
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- DÉCRET.
- NAPOLÉON ,
- Par la grâce de Dieu et la volonté nationale, Empereur des Français,,
- A tous présents et à venir, salut :
- Sur la proposition de notre Ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics ;
- Vu notre décret en date du 22 juin 1863, portant qu’il sera ouvert à Paris, le 1er mai 1867, une Exposition universelle des produits agricoles et industriels;
- Vu notre décret en date de ce jour, portant qu’une Exposition universelle des beaux-arts s’ouvrira à Paris, le 1er mai 1867, en même temps que l’Exposition agricole et industrielle,
- Avons décrété et décrétons ce qui suit :
- Art. 1er. L’Exposition universelle des produits de l’agriculture, de l’industrie et des beaux-arts est placée sous la direction et la surveillance d’une Commission qui sera présidée par notre bien-aimé cousin, le prince Napoléon.
- Art. 2. Sont nommés membres de cette Commission :
- Son Exc. le Ministre d’État ;
- Son Exc. le Ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics;
- Son Exc. le Ministre de notre Maison et des beaux-arts ;
- MM.
- Barbier, conseiller d’État, directeur général des douanes et des contributions indirectes ;
- Son Exc. M. Baroche, garde des sceaux, Ministre de la justice et des cultes;
- Élie de Beaumont, sénateur, membre de l’Institut;
- Boittelle, préfet de police ;
- Michel Chevalier, sénateur, membre de l’Institut ;
- R. Cobden, membre de la Chambre des communes en Angleterre ;
- Lord Cowley, ambassadeur de Sa Majesté Britannique à Paris ;
- Denière, ancien président du Tribunal de commerce, secrétaire de la Chambre de commerce, membre du Conseil municipal de Paris;
- Denion du Pin, administrateur des Messageries impériales;
- Devinck, ancien député, ancien président du Tribunal de commerce, membre du Conseil municipal de Paris ;
- Jean Dolfus, manufacturier ;
- Arles Dufour, membre de la Chambre de commerce de Lyon ;
- Dumas, sénateur, président du Conseil municipal de Paris;
- Dupuy de Lôme, conseiller d’État, directeur des constructions navales;
- Favé, colonel d’artillerie, aide de camp de l’Empereur ;
- Le général Fleury, aide de camp de l’Empereur, directeur général des Haras;
- Son Exc. M. Fould, Ministre des finances;
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- fOi
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- Frérny, gouverneur du Crédit foncier;
- Garnier, négociant en métaux, membre du Conseil municipal de Paris;
- Gervais de Caen, directeur de l’École de commerce ;
- Gouin, membre de la Chambre de commerce, constructeur de machines, membre du Conseil municipal de Paris;
- Lord Grandville, président du Conseil de la reine d’Angleterre ;
- Baron Haussmann, sénateur, préfet de la Seine;
- Herbet, conseiller d’Etat, directeur des consulats et affaires commerciales;
- Ingres, membre de l’Institut;
- La Roncière le Noury, contre-amiral, directeur au Ministère de la marine,
- Marquis de Lavalette, sénateur;
- Lebaudy, raffîneur, membre du Conseil municipal de Paris ;
- Lefuel, membre de l’Institut;
- Le Play, conseiller d’État;
- Son Exc. le duc de Morny, président du Corps législatif ;
- Son Exc. M. Magne, membre du Conseil privé ;
- Onfroy, ancien manufacturier, membre du Conseil municipal de Paris;
- Ozenne, conseiller d’État, directeur du commerce extérieur ;
- Le président de la Chambre de commerce de Paris;
- Le président du Tribunal de commerce de Paris ;
- Schneider, vice-précident du Corps législatif;
- Thouvenel, sénateur.
- La Commission sera ultérieurement portée au nombre de soixante membres, en outre de son président, du Ministre d’État, du Ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics, et du Ministre de notre Maison et des beaux-arts.
- Art. 3. En cas d’absence de S. A. I. Monseigneur le prince Napoléon, la Commission sera présidée par le Ministre d’État ou par l’un des deux Ministres de l’agriculture, du commerce et des travaux publics, et de notre Maison et des beaux-arts.
- Art. h. M. Le Play est nommé commissaire général.
- Art. 5. M. de Chancourtois, ingénieur en chef des mines, est nommé secrétaire. Art. 6. Notre Ministre d’État, notre Ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics, et le Ministre de notre Maison et des beaux-arts, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent décret.
- Fait au palais des Tuileries, le 1er février 1865.
- NAPOLÉON.
- Par l’Empereur :
- Le Ministre de /’agriculture, du commerce et des travaux publics,
- Armand Béhic.
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- ARTS CHIMIQUES.
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- ARTS CHIMIQUES.
- DE L’ANALYSE DU LAIT, PAR MM. E. MILLON ET A. COMMAILLE.
- « Procédé d'analyse. — Il nous est impossible de conserver aucun doute sur la nécessité d’ajouter préalablement un volume d’eau connu au lait qu’on soumet à l’analyse; sans cette précaution, la séparation des matières albuminoïdes devient une opération lente, laborieuse et souvent impraticable. On mesure donc 20 centimètres cubes de lait, on les étend de quatre volumes d’eau, puis on y verse cinq ou six gouttes d’acide acétique à 10 degrés. On agite, pour bien opérer le mélange, et immédiatement se fait un coagulum, nageant librement dans la masse du liquide.
- « Le coagulum fournit le dosage du beurre et de la caséine.
- « Le liquide sert à déterminer l’albumine, la lactoprotéine, le sucre de lait et les sels.
- « On jette le coagulum sur un filtre, à travers lequel passe rapidement le liquide que l’on met de côté.
- « Le coagulum est lavé trois ou quatre fois, sur le filtre même, avec le moins d’eau possible, parce que celle-ci dissoudrait des traces de caséine ; on fait succéder à l’eau distillée de l’eau alcoolisée marquant 40 degrés à l’alcoomètre centésimal, et tout le liquide de lavage, alcoolique ou non, est rejeté.
- « Le contact de l’eau alcoolisée contracte le coagulum et permet de l’enlever du filtre étalé, sans la moindre perte.
- « Coagulum. —Beurre et caséine. —Le coagulum, détaché du filtre, est épongé dans du papier buvard, puis bien délayé dans de l’alcool anhydre ; le tout est jeté sur un filtre; le liquide écoulé est remplacé par de l’éther, lequel est additionné de 1/10 d’alcool absolu, et l’on continue les lavages avec ce mélange, tant qu’on entraîne de la matière grasse. On reconnaît que celle-ci est bien enlevée, quand le liquide éthéré qui grimpe en dehors de la douille de l’entonnoir s’évapore sans laisser la moindre trace de résidu graisseux. L’addition d’un peu d’alcool dans l’éther a pour but d’empêcher l’écoulement trop rapide de ce liquide et, par suite, de prolonger son contact avec la matière du caséum.
- « Beurre. — Les liqueurs alcooliques et éthérées sont réunies dans une capsule de verre tarée ; la chaleur du bain-marie suffit pour chasser le liquide, et le beurre est pesé.
- « Caséine. — Le résidu non dissous par l’alcool anhydre et l’éther est entièrement constitué par la caséine que contenaient les 20 centimètres cubes de lait coagulé par
- Tome XII. — 64e année. 2e série. — Février 1865. 14
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- l’acide acétique ; l’évaporation rapide de l’éther qui mouille ce coagulum livre, au bout de quelques minutes, une caséine d’un blanc pur, sèche, pulvérulente, et que l’on pèse sans la moindre difficulté.
- « Dans le lait de vache, nous n’avons pas observé de grands écarts pour le poids de caséine, malgré les diversités de race et de régime ; le poids de cette substance a varié seulement de.33e„50 à 36e,83 par litre.
- « La caséine est sans contredit le principe dont la proportion varie le moins dans la composition du lait, et ce fait acquiert de l’importance si l’on considère combien il serait difficile d’imiter les propriétés de cette matière et de la remplacer dans le lait par quelque addition frauduleuse.
- « Petit-lait. — Albumine, lactoprotéine, sucre de lait, cendres. — On fait trois portions du petit-lait que la filtration a séparé du coagulum ; l’une sert à déterminer l’albumine et la lactoprotéine, l’autre le sucre de lait, et la dernière portion les cendres.
- « Albumine. — On prélève de 35 à 40 centimètres cubes sur la masse du petit-lait étendu, et l’on porte ce liquide à l’ébullition dans un petit ballon de verre que l’on agite continuellement, afin d’empêcher le coagulum albumineux produit par la chaleur de s’attacher aux parois. Dès que la liqueur bout, on la jette sur un filtre et l’albumine coagulée est lavée d’abord à l’eau, puis à l’alcool, enfin à l’éther : on étale le filtre et le coagulum s’enlève d’une seule pièce ; on le dépose dans un verre de montre taré, où il se dessèche à la vapeur de l’eau bouillante en un temps très-court.
- « En opérant comme nous venons de l’indiquer, nous avons trouvé que le lait de vache contenait,en moyenne, 5&r,25 d’albumineparlitre ; celui de chèvre, 6er,43 j celui d’ânesse, llgr,83; et enfin celui de femme, 0&r,88.
- « Lactoprotéine.—Le petit-lait, bouilli et séparé de l’albumine, est réuni aux eaux de lavage de la même opération ; on verse dans ce liquide deux ou trois gouttes de nitrate mercurique, préparé avec toutes les précautions que nous avons indiquées dans une précédente communication. La matière protéique se combine à un équivalent d’oxyde de mercure HgO, en formant un précipité qui se redissoudrait dans un excès de sel mercuriel ou même d’acide azotique. Celte combinaison est recueillie, lavée une fois avec de l’eau acidulée au centième par de l’acide nitrique, puis à l’eau pure, tant que l’hydrogène sulfuré y produit une coloration, puis encore à l’alcool et finalement avec un peu d’éther. Le produit se sèche alors très-facilement, on le pèse et on en retranche 20 p. 100 d’oxyde de mercure : le reste donne le poids de la lactoprotéine. *
- « Sucre de lait. — Dans la deuxième portion du petit-lait, on dose le sucre de lait en employant la méthode de M. Barreswil : cette méthode est si usitée aujourd’hui, qu’il serait oiseux de la décrire.
- « Pour déterminer la valeur de la liqueur cupro-potassique, nous avons mis le plus grand soin à préparer et à purifier le sucre de lait. Nous exprimerons son pouvoir ré-
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- ducteur par 137,5, nombre déduit d’essais très-nombreux; en d’autres termes, nous admettons que 137,5 de sucre de lait réduisent exactement le même volume de liqueur de Barreswil que 100 de sucre de canne.
- « Six analyses de lait de vache nous ont donné une moyenne de 44gr,24 de sucre de lait par litre, avec un écart de 4lsr,64 à 48gr,56 pour les deux extrêmes.
- « Cendres. — La troisième portion de petit-lait doit représenter un volume de 25 centimètres cubes environ : on l’évapore dans une capsule de platine tarée, en chauffant d’abord à feu nu, pour les 3/4 du liquide; mais on termine l’évaporation au bain-marie. Lorsque le poids du résidu ne varie plus, dans deux pesées successives, on le calcine sur une lampe d’alcool et l’on obtient les cendres. L’incinération faite dans les conditions précédentes n’offre aucune difficulté.
- « Nous avons recherché si la caséine et le beurre entraînaient assez de matière saline pour qu’il fût nécessaire d’en tenir compte; mais leur combustion ne laisse pas un poids de sel appréciable.
- « Nous ferons remarquer que le résidu provenant de l’évaporation du petit-lait contient, avant l’incinération, indépendamment de l’albumine, de la lactoproléine, du sucre de lait et des cendres, divers acides organiques dont on peut apprécier le poids par différence, puisque tous les principes coexistants ont été déterminés par une opération spéciale : nous n’avons pas cherché à les évaluer autrement.
- « Parfum du lait. — L’agitation du lait frais avec trois ou quatre volumes de sulfure de carbone pur nous a fait découvrir un curieux résultat : le sulfure s’est séparé, par le repos des deux liquides, sans avoir dissous le beurre, mais il s’est chargé de la matière aromatique. En le laissant évaporer spontanément, il donne un résidu onctueux, presque impondérable, qui possède au plus haut degré l’arome contenu dans l’aliment de l’animal producteur de lait. Généralement, c’est un parfum suave de fourrage; mais quelquefois aussi c’est une odeur désagréable due à l’ingestion de plantes nauséabondes, ou bien une odeur de ranci, due aux avaries de l’aliment,
- « Le lait de vache est le seul qui présente cette particularité; celui de chèvre, par exemple, ne laisse pas déceler la nature de l’alimentation; le léger résidu que ce lait abandonne au sulfure de carbone est complètement dépourvu d’odeur; du moins, c’est jusqu’ici ce que nous avons constamment observé.
- « Couleur du lait. — Un autre caractère propre au lait de vache se manifeste lorsqu’on opère la séparation du beurre dans le lactobulyromètre : la matière grasse qui vient nager, dans le tube d’essai, à la surface du liquide, est toujours colorée en jaune ; nous n’avons pas une seule exception à ce fait, qui cependant pourrait dépendre du mode d’alimentation. Mais il n’est pas moins constant qu’avec les laits de chèvre, de brebis, de femme et d’ânesse nous avons toujours isolé un beurre parfaitement incolore. »
- ( Comptes rendus de Y Académie des sciences. )
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- CHIMIE MÉTALLURGIQUE.
- CHIMIE MÉTALLURGIQUE.
- EFFETS DU WOLFRAM SUR LES FONTES D’ARTILLERIE PAR M. LE GUEN, CHEF
- d’escadron d’artillerie.
- La proposition d’appliquer à l’artillerie les fontes wolframées (1) avait soulevé des doutes de diverse nature qu’il importait d’éclaircir.
- Le métal employé dans mes essais précédents se composant entièrement ou en partie de fontes au coke, on objecta que l’amélioration obtenue pourrait bien ne pas se reproduire avec des fontes au charbon de bois. Les premières, souvent souillées de matières étrangères et nuisibles, telles que le soufre et le phosphore, avaient pu s’épurer sous l’action du wolfram, mais cet effet d’épuration serait nul ou insensible sur des fontes au charbon de bois beaucoup plus pures et plus tenaces, comme le sont celles d’artillerie ; et, dans ce c^s, il n’y avait pas lieu de leur appliquer le procédé proposé.
- Une série de nouvelles expériences que j’ai faites dans le courant de 1864, à la fonderie de la Marine à Nevers, a eu pour résultat de résoudre cette objection, et quelques autres dont il sera parlé plus loin.
- Les essais suivants ont porté uniquement sur des fontes au charbon de bois, dont la première, provenant de Raveau (Nièvre), était grise, d’un grain fin et d’excellente qualité. Les épreuves devaient avoir lieu à la poudre sur des projectiles creux qu’on ferait éclater. Afin de se soustraire aux défauts qu’on peut rencontrer dans les objets venus de fonte et aux inégalités d’épaisseur, il fut résolu de les couler pleins, avec masselotte, de les forer ensuite et de les tourner à l’extérieur, de manière à leur donner le même vide intérieur, les mêmes épaisseurs, et à faire disparaître les défauts de coulée. Ces projectiles étaient des cylindres de 20 millimètres d’épaisseur aux parois et de 25 au culot, le vide intérieur avait 260 millimètres de longueur et 86 de diamètre ; vers la partie ouverte le cylindre était plus épais et taraudé pour y visser un obturateur en fer forgé. L’obturateur, percé en son centre d’une lumière pour passer la mèche destinée à enflammer la poudre, s’évidait à sa partie inférieure, afin que les gaz de la poudre, pressant les bords amincis de ce couvercle contre les parois du projectile, servissent à le fermer plus hermétiquement. Il fallait 80 kilogrammes de fonte pour couler chaque cylindre, mais après la séparation de la masselotte et l’achèvement du travail le poids se réduisait à 25k,50.
- Huit boulets furent ainsi fabriqués, quatre en fonte pure, le reste en même fonte
- (lj Voir Bulletin de 1864, 2* série, t. XI, p. 120.
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- CHIMIE MÉTALLURGIQUE.
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- additionnée de wolfram. Pour rendre la comparaison plus exacte, on l’établit entre des boulets faits avec de la fonte prise en parties égales dans les mêmes gueuses. A cet effet, on les numérota de 1 à 4, les mêmes numéros devant être comparés entre eux. La fusion eut lieu successivement pour chacun au moyen de deux creusets en plombagine de la capacité de 50 kilogrammes, les fourneaux n’en admettant que deux en même temps. Les 80 kilogrammes se répartissaient également entre l’un et l’autre.
- Nous nous sommes servis du minerai de Zinnwald acheté en roche 5 je le fis pulvériser et passer à un tamis assez fin, opération qui en sépara une certaine quantité de quartz. Pour le reste, on se conforma à peu près aux procédés suivis à Brest. La proportion de wolfram était de 1,75 pour 100 dans les nos 1 et 2, et de 2 pour 100 dans les nos 3 et 4 ; pour ce dernier, le mélange resta un peu plus longtemps en fusion.
- En alésant et en tournant les cylindres, on a trouvé que la fonte alliée était plus dure, plus serrée, et qu’elle s’égrenait moins.
- Les épreuves se firent en commençant par une charge de poudre inférieure à celle qui pouvait briser le projectile. Après chaque coup l’on retirait l’obturateur, le cylindre était mis un peu à refroidir, on nettoyait l’intérieur avec soin, l’on y versait une plus grande charge de poudre, et l’on continuait ainsi jusqu’à l'éclatement du boulet. La supériorité appartint constamment à la fonte alliée, et dans celle-ci la plus grande résistance fut celle du n° 4. Ce fait s’explique par l’état du minerai, qui, n’étant pas réduit, exige un temps assez long avant que le tungstène puisse se combiner. L’augmentation de résistance pour ce dernier fut d’environ un sixième, quantité bien inférieure à ce que j’avais obtenu dans les expériences de Brest où elle s’éleva presque au tiers. On peut en inférer qu’une grande part de l’action du wolfram sur les fontes au coke appartient, en effet, à l’épuration.
- Les causes de la différence entre les résistances des cylindres donnèrent lieu à des avis opposés. Je l’attribuais à la combinaison du tungstène, mais l’opinion de quelques personnes était que ce métal avait dû disparaître dans les scories, à cause de sa densité beaucoup plus considérable, et qu’il n’en restait pas dans les projectiles. Une analyse faite à l’École des mines sur des fragments des nos 1 et 4 dissipa ces doutes, en constatant la présence de 0,36 de tungstène pour 100 dans le premier et de 0,55 pour 100 dans le second ; ce qui prouve en même temps que la force s’était accrue avec la quantité de tungstène. Néanmoins, par suite de la réduction incomplète du minerai, plus de la moitié du métal avait été scorifiée, et il semble que, sous ce rapport, l’usage du wolfram réduit doive être préférable. Malgré l’analyse, on continua à penser que l’amélioration était due plutôt aux brassages, à la différence de durée de fusion, et aussi à la décarburation exercée par le wolfram. C’était, en un mot, une affaire de nuance ; et avec des fontes bien choisies, amenées à la nuance qui donnerait le maximum de résistance, l’addition du wolfram deviendrait peut-être inefficace, sinon nuisible.
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- CHIMIE MÉTALLURGIQUE.
- En conséquence, des essais furent entrepris dans ce but. On choisit des fontes fortes ou d’artillerie de Nevers et de Ruelle, ainsi appelées parce qu’elles sont destinées à la fabrication des bouches à feu après avoir été éprouvées. Pour que tout fût égal de part et d’autre, on dut pratiquer à chaque opération le même nombre de brassages et donner la même durée de fusion. Le directeur de la fonderie appliqua ses soins à composer les fontes pures de manière à leur donner la plus grande force possible. Celle de Nevers résulte du mélange de deux autres fontes qui existent dans cet établissement; celle de Ruelle s’y trouve en gueuses toutes préparées. Plusieurs cylindres furent coulés avec chacune des deux, travaillés et éprouvés comme précédemment. Le métal en était légèrement truité, très-beau, d’un grain fin et homogène. Celle de Ruelle, la plus forte probablement des fontes françaises de première fusion, l’emporta de beaucoup. On fit alors varier les composantes de l’autre, et l’on y ajouta de la fonte de Nevers de seconde fusion, tout à fait truitée et provenant d’un canon de 8. Sans égaler celle de Ruelle, la résistance augmenta notablement, et cette composition paraissant bonne fut adoptée pour voir ce qu’y produirait l’introduction du wolfram.
- Le minerai que j’ai employé cette fois venait de Limoges, d’où il avait été reçu en poudre et réduit, c’est-à-dire contenant du tungstène métallique, des carbures de fer et de manganèse, plus un peu de silice et de charbon. Trois cylindres furent faits avec la composition précédente, additionnée de 1 1/2, 2 et 2 1/2 de wolfram p. 100. Je l’ajoutai après la fusion complète de la fonte, et laissai le mélange une demi-heure à l’action du feu. Les épreuves montrèrent que la ténacité avait augmenté avec la dose du minerai 5 la fonte de Nevers s’était améliorée au point de dépasser celle de Ruelle. On éleva alors la quantité de fonte de seconde fusion pour obtenir une nuance plus claire, mais ces tentatives ne réussirent point à donner des résultats égaux à ceux du wolfram, et les efforts se tournèrent vers la fonte de Ruelle.
- Le même procédé servit à en varier la nuance. On effectua les mélanges d’abord avec des fragments du canon déjà employé, puis avec de la fonte de seconde fusion de Ruelle, en poussant ces additions jusqu’au point où elles cessaient d’être avantageuses. On coulait ensuite d’autres cylindres avec les mêmes compositions auxquelles j'ajoutais du wolfram. En les travaillant on remarqua que dans ces derniers la fonte était plus dure, mais homogène, le grain plus fin et plus serré, les filets du taraudage plus nets ; leur résistance l’emporta aussi toujours dans les épreuves.
- Le wolfram exerce donc une action spéciale, indépendante de la nuance ou de la décarburation, et due à son alliage avec la fonte. Le but cherché était atteint, il n’avait pas été de connaître le maximum de ténacité qu’il était possible d’obtenir. Quant à l’augmentation de résistance, avec la dose de 2 1/2 pour 100, elle a été d’un septième environ sur les fontes composées de Ruelle pur. Ce résultat n’est pas à dédaigner si l’on fait attention qu’il s’agit de la plus résistante de nos fontes.
- (Annales de chimie et de physique.)
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- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Analyse des gaz renfermés dans les caisses de cémentation, par M. là. Cailletet. — « En examinant les nombreuses expériences qui ont été entreprises pour expliquer la conversion du fer en acier, j’ai pensé qu’il ne serait peut-être pas sans intérêt d’étudier au point de vue chimique les phénomènes qui s’accomplissent dans les caisses de cémentation.
- « En effet, dans ces appareils, les réactions s’opèrent sur une vaste échelle, et les corps actifs qui peuvent échapper aux recherches du laboratoire sont saisis avec facilité.
- « Après divers essais entrepris aux forges de Drambon (Côte-d’Or), grâce à l’obligeance de MM. Guenard et comp., je me suis bientôt aperçu qu’il était indispensable de rendre mes expériences complètement indépendantes des exigences d’une opération industrielle, et j’ai été amené à faire établir dans nos usines une caisse à cémenter qui, par son installation spéciale, me laissait entièrement maître de l’opération. Cette caisse est en fonte mince, d’un volume de 359 litres environ. Au milieu de sa paroi antérieure et afin de pouvoir recueillir les gaz qui se dégagent pendant la cémentation, j’ai fait pratiquer une ouverture dans laquelle est mastiqué un tube de porcelaine.
- « Une des extrémités de ce tube plonge d’environ 40 centimètres dans la caisse, tandis que l’extrémité située hors du fourneau est réunie à un tube de verre par un obturateur métallique scellé au mastic. Les gaz traversent ensuite un appareil à boules et vont se rassembler dans un aspirateur de forme spéciale, où ils sont recueillis pour l’analyse.
- « Dans les nombreuses expériences que j’ai faites, la caisse à cémenter contenait environ 300 kilogrammes de fer fin, affiné au bois et forgé en barres de i centimètre d’épaisseur. Les barres étaient disposées en lits horizontaux séparés entre eux par du charbon de bois broyé, dont les plus gros fragments pouvaient passer dans des mailles carrées de 2 centimètres de côté.
- «. Le charbon se composait d’un mélange de i/3 chêne et 2/3 essences diverses, tel qu’on l’emploie dans plusieurs hauts fourneaux de la Côte-d’Or.
- « La caisse était fermée par de la terre réfractaire fortement tassée au moyen d’un pilon., ainsi que cela se fait dans les aciéries.
- « Cinq heures après la mise à feu, on a fait fonctionner l’aspirateur; les gaz recueillis ont été analysés par la méthode si simple et si précise donnée par M. Peligot.
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- « Voici la composition du mélange gazeux recueilli après huit heures de chauffe :
- Moyenne de deux analyses.
- Acide carbonique........................ 20,06
- Oxyde de carbone........................ 15,55
- Hydrogène............................... 26,60
- Azote................................... 37,79
- 100,00
- « La température de l’appareil n’était pas alors assez élevée, et quelques fils de fer minces, placés comme témoins, n’étaient pas encore cémentés, même superficiellement. Après seize heures, le charbon contenu dans la caisse était porté au rouge clair.
- « La moyenne de la composition des gaz recueillis était :
- Après 32 heures Après 60 heures
- de chauffe. de chauffe.
- Hydrogène 39,80 37,76
- Oxyde de carbone 15,30 16,32
- Acide carbonique 00,00 00,00
- Azote 44,90 45,92
- 100,00 100,00
- « Le fourneau a été alors abandonné à lui-même et s’est refroidi lentement ; à l’ouverture de la caisse, le fer a été trouvé fortement cémenté, et deux tubes de fer aplatis et soudés aux extrémités s’étaient gonflés en condensant des gaz dans leur intérieur.
- « Plusieurs lames de tôle épaisse, recouvertes de terre réfractaire afin d’empêcher le contact du métal avec le charbon, étaient également aciérées.
- « L’eau contenue dans l’appareil à boules, et qui avait servi à laver 70 litres de gaz aspirés pendant l’opération, était légèrement jaunie, peut-être par du goudron provenant des fragments de bois incomplètement carbonisés. L’analyse de cette eau ne constatait aucune trace de cyanure, l’examen des tubes n’indiquait pas non plus la présence de cyanures volatils. » ( Comptes rendus de l'Académie des sciences.)
- Mort de 191. J. Beaumont NTeilson, inventeur «1e l’emploi de l’air cliaud dans les liants fourneaux. — Il vient de mourir, en Angleterre, un ingénieur, M. J. Beaumont Neilson, qui a joué un rôle important dans l’histoire des progrès que le xix* siècle a vus s’accomplir dans l’industrie sidérurgique; on sait que c’est à lui qu’est due l’idée de remplacer l’air froid par de l’air chaud, dans les hauts fourneaux.
- « C’est en 1828, dit M. Fairbairn , dans son ouvrage sur le fer, que M. Neilson prit
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- une patente pour une « application perfectionnée de l’air destiné à produire de I.» « chaleur dans les forges et hauts fourneaux qui exigent une soufflerie quelconque. » Le but que se proposait cet ingénieur était de faire passer le vent dans des récipients convenables, où il se chauffait avant d’entrer dans le fourneau.
- « Comme il arrive presque toujours en pareil cas, cette invention fît lentement son chemin. En effet, tantôt retardé par les difficultés pratiques que rencontrent à leur début tous les procédés nouveaux, tantôt entravé par les préjugés qui commencent par repousser indistinctement toute innovation, le procédé de M. Neilson fut plus d’une fois sur le point d’être abandonné. Mais, en revanche, si les débuts ont été lents et le résultat des premiers essais peu important, on peut dire qu’aujourd’hui l’emploi de l’air chaud est adopté dans la plupart des usines de la Grande-Bretagne et du continent, ainsi que dans un grand nombre d’autres établissements de l’Europe et de l’Amérique. »
- L’invention de M. Neilson a produit une véritable révolution économique dans l’industrie du fer et a, par conséquent, contribué, dans une large part, à augmenter les sources de richesse et de bien-être des populations. Pendant la période qui s’est écoulée depuis 1828, c’est-à-dire pendant trente-six ans, la région ouest de l’Ecosse a particulièrement profité des avantages de celte innovation,qui a contribué à développer l’exploitation de ses richesses minérales. C’est ainsi que le produit des hauts fourneaux, qui n’était, en 1828, que de 29,000 tonnes anglaises par année, s’est élevé, en 1864, au chiffre de 1,160,000 ; en même temps, le prix de la tonne de fonte, qui était, à cette première époque, de 175 fr. environ, est descendu, dans ces derniers temps, jusqu’à 71 fr.50. C’est en 1842 que la patente de M. Neilson a pris fin, mais on peut dire que, déjà avant cette date, l’emploi de l’air chaud avait reçu, dans les procédés métallurgiques, des applications étendues qui ont pénétré jusque dans l’Inde.
- M. Neilson, né en 1792 à Shetlleson, près Glascow, avait pris place au premier rang parmi les ingénieurs-mécaniciens de l’Angleterre.
- (Journal of the Society of arts.)
- Préparation des allumettes chimiques sans phosphore, par M. Hjerpe et par M. H. Poltzer.— Voici, d’après M. Hjerpe, la composition de la pâte de ses allumettes :
- Chlorate de potasse......................... de 4 à 6 parties.
- Bichromate de potasse................................ 2 —
- Oxyde de fer........................................ 2 —
- Colle forte.......................................... 3 —
- On peut remplacer l’oxyde de fer par de l’oxyde de plomb ou de manganèse. Ces allumettes ne s’enflamment que sur un frottoir spécial, enduit de la pâte suivante : Tome XII. — 64* année. 2* série. — Février 1865. 15
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- Sulfure d’antimoine.............................. 20 parties.
- Bichromate de potasse............................ 2 à 4 —
- Oxyde de fer, de plomb ou de manganèse........... 4 à 6 —
- Poudre de verre.................................. 2 —
- Colle forte ou gomme............................. 2 à 3 —
- Le docteur H. Poltzer indique cette autre composition : on prend une dissolution de sulfate de cuivre, dont on fait deux parts égales, puis l’on sursature l’une de ces parts avec de l’ammoniaque et l’autre avec de l’hydrosalfite de soude. On opère ensuite le mélange et on remue vivement; il se dépose alors une poudre de couleur violette qui, suivant l’auteur, est un composé d’acide hyposulfureux avec des oxydes de cuivre, de soude et d’ammoniaque. L’addition de chlorate de potasse à cette poudre produit un mélange qui détone sous le choc du marteau et qui, frotté dans un mortier, s’enflamme et brûle comme la poudre à canon, en laissant un résidu noir.
- Telle est la composition que M. Poltzer propose pour les allumettes. Sa poudre n’est pas soluble dans l’eau et son mélange avec le chlorate de potasse n’absorbe pas l’humidité. Ce mélange peut être même fait avec du chlorate humide et de la gomme liquide, puis être séché en toute sécurité jusqu’à 50° C. et même au-dessus. Il prend feu lorsqu’on le frotte sur une surface rugueuse, et développe assez de chaleur pour enflammer le soufre dont le bout des allumettes est enduit.
- La seule difficulté que l’auteur signale dans sa préparation, c’est de lui donner une cohésion suffisante; ainsi, en l’appliquant sur le bois, il a remarqué qu’elle ne résistait que difficilement au frottement, qui la faisait s’écailler et tomber en morceaux. Il ne doute pas cependant qu’un fabricant expérimenté ne trouve facilement un remède à ce défaut.
- Les proportions que l’auteur a essayées sont de 1 partie de la poudre et 2 parties de chlorate de potasse qu’il a mélangées dans un tamis, et dont il a fait une pâte au moyen d’une addition de gomme liquide dans laquelle il a introduit une petite quantité de poudre de verre. Pour le reste, il a opéré comme on le fait pour toutes les allumettes. (Chemical News.)
- Sur quelques nouvelles compositions de poudres de mine. — Dans ces derniers temps, on a fait en Angleterre différentes recherches en vue d’arriver à la composition d’une poudre de mine moins chère et en même temps plus efficace que celle dont on se sert ordinairement. C’est d’abord M. Nobel qui prétend qu’en humectant la poudre ordinaire avec de la nitroglycérine on triple son pouvoir explosif, tout en diminuant le bruit de l’explosion.
- Une usine a essayé de remplacer dans la composition le nitrate de potasse par celui de soude, et a réalisé une économie d’un tiers sur le prix de fabrication; malheur
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- reusement celte poudre a le défaut d’être déliquescente, ce qui nécessite des soins spéciaux pour sa conservation.
- Dans un autre essai, on a remplacé le charbon par du tan épuisé et augmenté l’activité du mélange par l’addition d’une petite quantité de chlorate de potasse. Cette composition passe pour avoir une grande puissance de destruction, et son prix est à peu près égal à celui de la poudre qui contient du nitrate de soude.
- Dans certaines mines du comté de Devon, près Tavislock, on a récemment essayé une poudre qui présente cette particularité, qu’elle est formée d’éléments dont on fait deux parts, et que chacune de ces deux parts, prise, isolément, n’est pas explosive par elle-même. Ce n’est qu’au moment de s’en servir qu’on fait, dans les trous de mine mêmes, un mélange en proportions définies et qu’on obtient l’effet voulu. La composition de ce mélange a été, jusqu’ici, tenue secrète, mais il est probable que l’une des parts doit renfermer quelque matière charbonneuse, et l’autre quelque agent capable de produire rapidement de l’oxygène, comme du nitrate ou du chlorate de potasse.
- Enfin, à la demande de lord Kinnaird, président de la Commission des mines, on a fait, dans les exploitations de Doleoath, ainsi que dans quelques autres, une série d’expériences avec la poudre-coton fabriquée par le procédé autrichien (1); les résultats ont été très-satisfaisants sous le rapport du pouvoir explosif, en même temps qu’on a constaté l’absence de toute trace visible de fumée. (The quarterly Journal of science.)
- Sur l’industrie des chapeaux de paille d'Italie. — Le sol toscan est le seul en Italie qui puisse produire de la paille fine pour chapeaux. Des essais ont été souvent tentés dans les Marches, les Romagnes et le pays de Naples, mais ils n’ont jamais pu complètement réussir. C’est que, indépendamment de la nature du sol, bien des conditions atmosphériques sont nécessaires à la culture et à la préparation de la paille à tresser. En Toscane même, les environs de Florence sont les seuls qui produisent de la paille d’une finesse et d’une beauté supérieures. Cette paille provient d’un blé d’une qualité particulière, dont les tiges n’ont jamais plus de 0m,35 à 0m,40 de hauteur, et dont les grains, assez peu nombreux d’ailleurs, servent uniquement à la reproduction de la plante.
- Lorsque le blé est mûr, il est arraché avec soin, égrené et lié en petites bottes d’une poignée de paille à peu près. Les petites liasses sont alors ouvertes en éventail et exposées au soleil et à la rosée, au bord des rivières et sur les prés, de manière à faire blanchir un peu la paille. C’est là une opération très-délicate et qui demande beaucoup de soins, une grande surveillance et surtout une saison favorable. Un coup de soleil, un
- (lj Voir Bulletin de 1863, 2® série, t. X, p. 317.
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- peu d’humidité peuvent amener des taches ineffaçables, rendre la paille cassante ou enfin la gâter d’une manière quelconque. La paille est ensuite triée, assortie, puis taillée à une certaine longueur et vendue aux femmes qui font métier de la tresser. Dans ce pays, toute femme du peuple est tresseuse de paille, et souvent les plus beaux chapeaux, les plus fins, ceux du tissu le plus régulier sont portés par des paysannes qui les ont faits elles-mêmes et ne les céderaient à aucun prix ; les chapeaux des femmes du peuple sont cependant, en général, de finesse moyenne.
- La tresse une fois confectionnée, et c’est souvent le travail de six à huit mois ou même d’un an, vient un autre travail non moins difficile, non moins long, le cousage du chapeau. Il faut, en effet, que le chapeau semble fabriqué d’une seule pièce, et cette opération demande un soin, une patience, une habileté que sont loin de posséder au même degré toutes les femmes qui s’y livrent. Enfin le chapeau terminé a, s’il est fin, de quatre-vingts à cent soixante tours, tous les chapeaux ayant, du reste, la même dimension et leur finesse se comptant au nombre de tours. Les plus fins sont, comme on sait, d’une régularité et d’une perfection admirables. Voici quelques chiffres relatifs à cette industrie, qui est une des plus importantes de la Toscane :
- La production des environs de Florence est évaluée à 100,000 tresses et 519,000 chapeaux. Certaines localités, comme Empoli, ne comptent pas moins de 4,000 ouvrières. Dans d’autres, fort rares il est vrai, les hommes mêmes s’occupent de ce travail. Ainsi Sesto donne 60,000 tresses, fabriquées par 115 hommes et 1,695 femmes. La tresse a une longueur de 58 mètres. Les documents officiels permettent d’évaluer comme suit la valeur annuelle des tresses, chapeaux et ouvrages en paille de la Toscane :
- Chapeaux de paille........................ 5,781,000 fr.
- Tresses de paille......................... 4,282,200 —
- Paille à chapeaux........................... 135,000 —
- Autres ouvrages en paille................... 455,800 —
- 10,654,000 fr.
- Le triage et l’appareillage de la paille se font à Empoli, dans la province de Florence, qui y occupe un millier de femmes.
- La fabrication des torsades de paille pour envelopper les fiaschi et les terzini (bouteilles du pays) est une industrie propre aux campagnes, et dont s’occupent surtout les femmes. Ces bouteilles sont des ballons en verre extrêmement mince, et qui ne pourraient faire qu’un usage fort limité sans les torsades dont elles sont enveloppées jusqu’au goulot; un bout de torsade qui dépasse sert, en outre, à suspendre le fiasco à un clou. On fabrique ce genre de tresse dans toutes les localités de la Toscane, et surtout dans celles qui avoisinent les verreries. Ce sont presque toujours des torsades de paille assez commune, excepté aux environs de Lucques, où les terzini (tiers de fiaschi), dans lesquels on transporte l’huile de cette localité aux États-Unis, sont entourés de
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- tresses de paille blanche et bouchés avec un gland en paille. Le terzetto (environ 1/2 litre) plein d’huile de Lucques se vend en Amérique une piastre forte (5 fr. 40).
- On fabrique également des ouvrages en jonc ou corbeilles en forme de sacs, qui servent à renfermer les olives avant de les mettre au pressoir. Cette industrie occupe 1,600 femmes dans la campagne de Pise. [Annales du commerce extérieur.)
- Analyse des produits de la combustion de la poudre à canon. —
- M. Karoliy a pris de la poudre de chasse et de la poudre à canon ordinaire employée par le gouvernement autrichien ; il en a déterminé l’explosion sous une pression de 1 atmosphère 1/2 et a trouvé par l’analyse les produits suivant :
- I. II.
- Poudre de chasse. Poudre à cane* ordinaire*
- Sulfate de potasse 36,17 36,95
- Carbonate de potasse 20,78 19,40
- Hydrosulfite de potasse 1,77 2,85
- Sulfure de potassium 0,11
- Carbone 2,60 2,57
- Soufre 1,16 4,69
- Sesquicarbonate d’ammoniaque 2,66 2,68
- Azote 10,06 9,77
- Acide carbonique 21,79 17,39
- Oxyde de carbone 1,47 2,64
- Hydrogène 0,14 0,11
- Hydrogène sulfuré 0,23 0,27
- Gaz des marais 0,49 0,40
- Perte 0,68 0,17
- 100,00 100,00
- Un gramme de chacune de ces poudres dans les conditions d’explosion ci-dessus a produit les volumes de gaz suivants, sous une pression de 1 mètre de mercure :
- Poudre 1.................................. 206,91 cent, cubes.
- Poudre II................................. 226,59 —
- M. Karoliy indique qu’avec de la poudre à gros grains la proportion d’hydrogène et de gaz des marais produits peut s’élever aussi haut que 20 pour 100; et que dans ce cas les gaz déterminés par l’explosion peuvent être ensuite enflammés au moyen d’une bougie et brûler avec flamme. Il fait remarquer que parmi les phénomènes de la chimie il n’en est peut-être pas de plus curieux que cette production instantanée de tant de corps divers parla réaction réciproque du soufre, du salpêtre et du charbon.
- (The practical Mechanic’s Journal.)
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- Sur l'emploi de l'huile de pétrole comme combustible dans les chaudières à vapeur, par ]»I. H. Paul. — On a fait grand bruit, en Amérique et en Angleterre, au sujet de plusieurs expériences entreprises en vue de substituer l’huile de pétrole à la houille pour le chauffage des chaudières à vapeur (1). Comme il arrive toujours au début de certaines inventions, l’enthousiasme a été grand et n’a pas manqué de prédire une prochaine révolution dans la marine. Mais M. H. Paul s’est livré à une étude sérieuse de la question, et il démontre que les appréciations du public sont totalement erronées.
- On a comparé les deux combustibles au point de vue de la navigation. On a d’abord dit qu’un des principaux avantages de l’huile de pétrole serait d’occuper moins de place que la houille et qu’il en résulterait pour les bâtiments la possibilité, avec un même volume du nouveau combustible, de naviguer sans faire relâche pendant trois fois plus de temps qu’auparavant. On a ajouté ensuite qu’on pourrait, sur beaucoup de points, ne plus avoir de dépôts de charbon, et qu’enfin le nouveau système dispensait de l’emploi des chauffeurs, qui pourraient être alors supprimés.
- Or, d’après les expériences et les calculs qu’il a faits en se basant sur les pesanteurs spécifiques des deux combustibles, sur leur composition chimique et sur leurs pouvoirs calorifiques respectifs, M. Paul a trouvé que les espaces occupés par des quantités d’huile de pétrole et de houille capables de développer une même quantité de chaleur étaient seulement dans le rapport de 1 à 1,6. En présence d’une différence aussi faible, il ne voit donc pas un avantage réel, au point de vue de l’arrimage, à remplacer la houille dans l’approvisionnement des bâtiments à vapeur; il n’en voit guère plus sous le rapport de l’effet utile lui-même, puisque les pouvoirs.calorifiques de poids égaux des deux combustibles sont comme 1,02 (houille) est à 1,50 (pétrole). En revanche, les inconvénients d’une semblable substitution seraient nombreux. Le prix de l’huile de pétrole varie, en Angleterre, de 375 à 500 fr. la tonne de 1,015 kilog., tandis que le charbon qu’on emploie pour la navigation à vapeur peut être obtenu sur toutes les côtes de l’Angleterre à moins de 25 fr. Même en admettant les circonstances les plus favorables, l’auteur trouve que les prix de quantités de chaleur égales fournies de part et d’autre seraient encore dans le rapport de 3,75 à 1. Il convient également de faire la part du plus ou moins de sécurité, et dans ce cas l’emploi de l’huile de pétrole demanderait de sérieuses réflexions en raison de sa nature inflammable. Un chargement semblable nécessiterait à bord l’emploi d’un réservoir hermétique, et encore ne serait-on pas complètement à l’abri des explosions. Et que n'aurait-on pas à redouter sur un navire de guerre approvisionné de la sorte, si, pendant un combat, un boulet venait à se faire jour à travers le réservoir et déterminait l’écoulement de l’huile à proximité de la chaudière?
- (1) Voir Bulletin de 1862, 2e série, t. IX, p. 442.
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- Toutes ces considérations bien pesées, M. Paul n’hésite pas à déclarer qu’on s’est fait illusion en supposant que la houille allait céder la place à l’huile de pétrole comme combustible, surtout à une époque où le prix de cette dernière tend chaque jour à s’élever. (The Artizan.)
- Aménagement du Gpeat-Eastern pour recevoir le nouveau câble transatlantique. — Le Great-Eastern ou Leviathan (1), ce fameux navire dont la fortune a subi tant de phases malheureuses, vient de passer provisoirement au service de la Compagnie du télégraphe transatlantique, qui doit l’employer à porter le nouveau câble destiné à relier l’Angleterre avec l’Amérique. En ce moment il est au mouillage dans la Medway, à une petite distance en dessous de Chatham, point choisi comme le plus favorable pour le mettre à l’abri des mauvais temps, et en même temps pour faciliter le chargement du câble qui doit venir par la Tamise. On s’occupe activement à bord des travaux d’aménagement, et en premier lieu des énormes réservoirs dans lesquels le câble doit être logé, de manière à pouvoir être filé facilement. En raison de leur énorme dimension, ils ont nécessité, à l’intérieur du bâtiment, la suppression de plusieurs passages ainsi que l’enlèvement de deux ponts ; ces suppressions, faites à l’avant et à l’arrière, règnentsur presque toute la longueur de l’œuvre, sans cependant gêner en rien les machines auxquelles on n’a pas touché.
- Ces réservoirs, au nombre de trois, sont construits entièrement en fer, au moyen de plaques qui ont 5/8 de pouce d’épaisseur (0m,015) pour la partie inférieure, et seulement 1/2 pouce (0m,0125) pour le haut ; l’assemblage en est fait bord à bord avec recouvrement du joint par une bande de fer, rivée de manière à réaliser une étanchéité qui est rendue indispensable parla nécessité où l’on sera de conserver dans l’eau chaque portion du câble jusqu’au moment où on en devra faire l’immersion.
- Le plus grand réservoir doit être placé à l’arrière du navire, et occuper l’emplacement réservé autrefois au salon de 2e classe ; il a 58 pieds (17m,40) de diamètre sur 20 pieds 6 pouces (6m,15) de hauteur, et sa capacité est calculée pour contenir une longueur de câble de 817 milles. Le second réservoir ou réservoir du milieu a presque les mêmes dimensions et doit recevoir à peu près la même longueur de câble, soit 803 milles. Enfin le troisième, ou réservoir d’avant, mesure, en diamètre, 51 pieds (15m,30) pour une hauteur égale à celle des deux autres, et contiendra 633 milles de câble ; c’est le seul qui soit complètement terminé.
- Le surcroît de charge, déterminé par cette énorme quantité de câble destinée à être emmagasinée à bord, nécessitera certains travaux de consolidation. Ainsi le pont sur lequel les réservoirs seront placés sera renforcé par un système de poutres et d’équerres,
- (lj Voir Bulletins de la 2e série, t. V, p. 707, i. VIII, p. 371, et t. X, p. 434.
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- et les réservoirs eux-mêmes seront munis de contre-fiches, capables de permettre à leurs parois de résister aux pressions latérales que le câble ne manquera pas d’exercer sur elles. La surveillance de ces dispositions, qui ne sont pas les moins importantes, est confiée à l’ingénieur de la compagnie, M. Canning, lequel est chargé de diriger l’aménagement du navire et doit apporter, dans cette difficile entreprise, l’expérience qu’il a acquise dans la conduite de la pose du premier câble transatlantique.
- Les trois longueurs de câble mentionnées ci-dessus représentent donc un développement total de 2,253 milles; mais on est dans l’intention, pour parer aux événements, d’en avoir à bord plusieurs milles de plus, soit en tout 2,400. Sur cette quantité, le tiers est déjà prêt à l’usine de MM. Glass, Elliot et comp., de Greenwich, qui en confectionne, en moyenne, un mille par semaine. Le premier envoi doit être fait prochainement aLuGreat-Eastern^et l’un des navires de guerre de Chatham a reçu mission de prêter aide à cette expédition. Voici quelques détails sur la confection du câble, qui diffère de celui qu’on a échoué en 1858:
- Il se compose d’un conducteur formé de sept fils de cuivre, réunis en un seul toron d’un diamètre de 0m,0036; ce toron, dont chaque mille marin (lkiIom-,85) pèse 135k,90, est noyé dans une pâte connue sous le nom de composition Chatterton (l).Dans l’ancien câble il y avait également un faisceau de sept fils conducteurs, mais le poids du mille n’en était que de 48k,15. Aujourd’hui l’enveloppe isolante est formée, comme autrefois,degutta-percha,mais il y en a quatre couches alternant avec pareil nombre de couches de la composition Chatterton. Le poids de cette enveloppe est de 181k,20 par mille, tandis que dans le premier câble il n’était quedell7k,45. Le diamètre du noyau est de 0m,0116, et la circonférence de 0m,0364. La garniture extérieure du câble se compose de dix fils de fer du calibre anglais n° 13, fabriqués avec le métal homogène de Webster et Horsfall, et enroulés en hélices. Chacun d’eux est entouré de cinq torons de fil de Manille enduits d’une composition préservatrice spéciale, et le tout est enfin recouvert d’une garniture de chanvre ordinaire enduit également de la même composition préservatrice. Les choses sont calculées pour que ce nouveau câble offre plus du double de la résistance du premier, et, quant à la vitesse de transmission, on espère qu’elle sera de huit à douze mots par minute.
- On compte que les préparatifs demanderont jusqu’au mois de juin prochain, époque à laquelle le Greal-Eastern pourra quitter la Medway, et profiter alors de la saison la plus favorable pour échouer son précieux chargement. (The practical Mechanic's Journal.)
- (1) Il est à regretter que le Practical Mechanic’s Journal, d’où cette notice est extraite, n’ait pas indiqué les éléments qui forment cette composition. (R.)
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- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 8 février 1865.
- Présidence de M. le sénateur Dumas, Président.
- Correspondance. — S. Exc. M. le Ministre de Vagriculture, du commerce et des travaux publics envoie deux exemplaires du n° 10 du Catalogue des brevets d’invention pris dans Vannée 1864.
- S. Exc. M. le maréchal Ministre de la guerre adresse le tableau de la situation des établissements français dans l’Algérie pour 1863.
- M. Thirion, ingénieur civil, membre de la Société, boulevard Beaumarchais, 95. — Ouvrage intitulé : Tablettes de l'inventeur et du breveté et tableau réunissant les cinq tableaux qui accompagnent cet ouvrage. M. Thirion offre, en outre, son intervention gratuite pour la prise des brevets accordés par la Société. (Renvoi au comité de commerce.)
- M. Chapel, chimiste, rue de Charonne, 119. —Procédé pour la conservation des viandes fraîches et pour éviter le piqué des salaisons de viandes de porc. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Barré, à la Rochelle. — Perfectionnements apportés, au point de vue de l’hygiène, dans la fabrication des chaussures. (Renvoi au même comité.)
- M. Jendraud, bijoutier, rue de Charonne, 14. — Nouveaux procédés pour la fabrication de la bijouterie. Demande l’appui de la Société pour la propagation de son invention. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Tajan, membre de la Société, à Bayonne. — Outil pour le rhabillage des meules. Recommande, en outre, à l’intérêt de la Société les procédés de maçonnerie du sieur Broquedis, entrepreneur à Bayonne. (Renvoi aux comités des arts mécaniques et économiques.)
- M. Vernel, à Orange. — Pile électrique économique dont le corps oxydant est le sulfate de chaux humide. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- MM. Durand [Émile) et Montgaillard, faubourg Montmartre, 72. — Procédé propre à vérifier l’étanchéité des appareils à gaz et à découvrir avec la plus grande facilité les fuites qui y existent. (Renvoi au même comité.)
- M. Mirecki, passage du Commerce, 30. — Nouveau système de presses à hélice spiroïdale, destinées à réduire le volume des objets très-compressibles, tels que le foin, la laine, etc. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- Tome XII. — 6Ae année. 2# série. — Février 1865.
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- M. Rainceîin, rue des Cinq-Moulins, 4. — Nouveau système de locomotive à Irois cylindres. (Renvoi au même comité.)
- MM. Leplay et Cuisinier, rue de Belzunce, 14. — Mémoire sur les difficultés signalées dans la fabrication du sucre de betteraves par suite de fermentations et de cuites difficiles ou impossibles et sur la description d’un nouveau procédé ayant pour but de faire disparaître ces difficultés et de supprimer l’emploi du noir animal en grains dans cette fabrication. (Renvoi aux comités des arts chimiques et d’agriculture.)
- M. Cabanis, chef de bureau au Ministère de la maison de l’Empereur et des beaux-arts. — Mémoire sur la murine, matière textile propre à remplacer le coton ou à prendre rang entre le coton et la soie. (Renvoi au comité d’agriculture.)
- M. Stéphan Hacq, rue de Rennes, 21. — Appareil d’induction électro-magnétique à double extra-courant, à courants induits séparés et redressés, à commutateurs et à bobine induite fractionnée. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Payen, membre du Conseil, fait hommage à la Société de la 4e édition de son ouvrage intitulé : Précis historique et pratique des substances alimentaires.
- M. Mosselman, membre de la Société, adresse à la Société son almanach du chau-lage et des engrais humains naturels pour l’année 1865.
- Rapports des comités. — M. Boitel lit un rapport, au nom du comité d’agriculture, sur les trieuses de M. Pelissard, de Dijon.
- Après quelques observations de M. Duchesne et de M. le baron Thénard, le Conseil ajourne à statuer sur ces trieuses jusqu’à ce que des expériences comparatives aient pu être faites. M. Boitel est prié de s’entendre à ce sujet avec M. le baron Thénard.
- M. Combes lit un rapport, au nom du comité des arts mécaniques, sur la lampe de sûreté présentée par M. Olanier de Saint-Étienne. M. Combes propose de remercier M. Olanier de sa communication et d’insérer le rapport au Bulletin avec une figure de la lampe. Ce rapport est approuvé.
- M. Dumas pense qu’il serait utile de signaler dans cette lampe deux parties, l’une indispensable pour les mines, l’autre qui pourrait être simplifiée de manière à la rendre propre aux usages domestiques et à en faciliter l’application, notamment dans les magasins à huiles et essences volatiles.
- M. Combes fait observer que le Conseil d’hygiène du département de la Seine a recommandé ce genre de lampes, qu’on en construit à Paris d’assez simples au prix de 8 à 10 francs, et qu’il est difficile de les établir à meilleur marché. On a ainsi répondu au vœu de M. le Président.
- M. Deleuil, membre de la Société, fait connaître qu’il vend des lampes de sûreté au prix de 7 francs.
- M. Dumas insiste sur son observation et sur l’utilité d’avoir des lampes peu coûteuses et d’un maniement facile. Il est indispensable de prévenir les marchands de la responsabilité qu’ils encourent, s’ils ne se servent pas de lampes propres à éviter les accidents. Il y a certains quartiers de Paris où toutes les maisons ont de l’huile de
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- pétrole; le maniement de cette huile et de la benzine rend donc nécessaire l’emploi des lampes de sûreté; mais il le répète, elles doivent être très-simples et peu coûteuses.
- M. Laboulaye lit un rapport, au nom du comité des arts mécaniques, sur les améliorations apportées par M. Voirin aux presses mécaniques employées pour l’imprimerie et la lithographie.
- M. Laboulaye propose de remercier M. Voirin de son intéressante communication et d’insérer son rapport au Bulletin, avec les dessins de la presse lithographique et des systèmes nouveaux qu’il a adoptés aux presses lithographiques.
- Ce rapport est approuvé.
- M. Lorin lit un rapport, au nom de la commission des fonds, pour demander l’autorisation de présenter deux membres adjoints après l’accomplissement des formalités prescrites par la délibération du Conseil de la Société en date du 16 janvier 1855.
- Cette autorisation est accordée et sera publiée dans deux numéros successifs du Bulletin.
- M. le baron Séyuier fait connaître à la Société que la santé de M. Froment, membre du Conseil, donne les plus vives inquiétudes; il désire qu’on informe la famille de toute la part que le Conseil d’administration de la Société prend à sa douloureuse préoccupation.
- Séance du 22 février 1865.
- Présidence de M. le sénateur Dumas, Président.
- Correspondance. — M. Gay, rue de Grenelle-Saint-Honoré, 5. — Machine dite Perforateur discoïde, destinée au percement des tunnels et des puits, ainsi qu'à l’extraction et au sciage des pierres. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Toulze, rue de Rivoli. — Modèle de Frein pour chemins de fer. (Renvoi au même comité.)
- M. Dumas, rue Affre, 20. — Instrument nommé Hypsogoniomètre, qui permet de faire, en une seule station, toutes les opérations qui s’exécutent séparément au moyen du niveau, du graphomètre, etc. (Renvoi au même comité.)
- M. Lascomeres, rue Saint-Étienne-du-Mont, 47. — Nouveau système de chauffage applicable à la vie domestique. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Mauban, rue Saint-Severin, 4. — Systèmes â? éprouvettes alcoométriques et thermométriques indiquant le poids et la température de l’alcool. (Renvoi au même comité.)
- M. Boesch, à Strasbourg. — 1° Nouvelles espèces de Substances cotonneuses produites par l’Alsace. (Renvoi au comité d’agriculture.) — 2° Procédé pour la gravure instantanée du verre doublé. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- M. le baron de Cartier, à Auderghem (Belgique). — Demande un rapport complé-
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- mentaire ayant pour objet de constater la bonté, la solidité et l’économie du rouge de fer dit Minium de fer d’Auderghem. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- M. Schwartz, chancelier du consulat général d’Autriche à Paris, membre de la Société, envoie les derniers volumes du Bulletin de l’industrie de Vienne, ainsi que ceux de la Société des ingénieurs de la même ville.
- M. Alexandre, fabricant de plumes métalliques, rue Mauconseil, 12, informe M. le Président qu’il a l’intention de fonder à ses frais un prix de 1,500 fr., qui.sera décerné par la Société à l’auteur de la meilleure’encre à écrire pour plumes métalliques. M. Alexandre énonce en même temps qu’il est prêt à déposer cette somme entre les mains du trésorier de la Société.
- M. le Président, tout en s’associant à la pensée de M. Alexandre, pense qu’il est convenable, avant d’accepter sa généreuse proposition, de la renvoyer aux comités des arts chimiques et économiques, en les priant d’en faire l’objet d’un rapport pour la prochaine séance.
- MM. les Secrétaires déposent sur le bureau un grand nombre de publications périodiques et d’ouvrages reçus depuis la dernière séance et notamment :
- Mémoire sur un nouveau mode de chargement des pièces d'artillerie, par M. Lucien Rarchaert.
- Notice sur le four à cornue du système Brisson.
- Transactions de la Société royale d’Edimbourg. — Session 1863-1864.
- Notice sur les instruments de précision construits par M. Salleron, 4e partie. — Pesanteur, hydrostatique, calorique, mécanique.
- M. le Président communique au Conseil un mémoire de M. Charles Lauth, Sur l'application du Noir d'aniline à l'impression des étoffes. De nombreux échantillons sont joints à ce mémoire. En faisant ressortir l’importance de cette communication, M. Dumas ajoute que le Noir d'aniline pourrait peut-être être employé à fabriquer des encres sans action sur les métaux, et qu’il serait difficile d’altérer par les agents généralement employés pour falsifier les écritures. A ces différents points de vue, cette question se rattache au prix proposé par M. Alexandre. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- Fondation d’une caisse des artistes industriels. — M. le Président donne lecture d’une lettre par laquelle M. Paul Christofle annonce que, dans le but de secourir une infortune digne d’intérêt, il a fondé avec M. Bouilhet une caisse des artistes industriels. Cette fondation, à laquelle se sont associés MM. Chocquel, Barbedienne, Durenne, Desfossés et Karth, Rousseau, Barbezat, Hébert fils, Walmez, Duboux et Dager, Pleyel, Wolfif et comp., G. Grohé, Guynet, compte aujourd’hui un capital de 3,000 francs, que M. Christofle tient à la disposition de la Société pour être administré par elle. L’intérêt de cette somme, selon le désir des fondateurs, devra être employé en faveur de la personne citée dans sa lettre; M. Christofle annonce, du reste, qu’il donnera tous ses soins à la continuation de cette souscription.
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- M. le Président adresse, tant en son nom qu’au nom du Conseil de la Société, des remercîments à M. Christofle présent à la séance, en l’assurant de toutes les sympathies de la Société pour cette fondation dont elle accepte avec empressement l’administration.
- M. le Président annonce, en outre, que M. Chardon-Lagache met un lit à la disposition de la Société dans la maison de retraite qu’il a fondée à Auteuil.
- Notification du décès de M. Froment. — «Avant de continuer l’ordre du jour, «dit M. le Président, je crois être l’interprète des sentiments du Conseil en « payant un nouveau tribut de regrets à l’un de nos collègues dont la mort « prématurée enlève à la science un des hommes qui ont le plus fait pour elle. « Le Conseil de la Société a été représenté aux obsèques de M. Froment par « MM. Séguiery Combes et Tresca, qui ont fait ressortir, dans les discours qu’ils « ont prononcés, la grande science et le génie inventif de notre regrettable « collègue.
- « Je remercie, au nom du Conseil, MM. Séguier, Combes et Tresca d’avoir si digne-« ment interprété les sentiments de la Société à l’occasion de cette perte douloureuse « qui prive ie Conseil et l’industrie française de l’un de ses plus éminents représente tants; leurs discours seront insérés dans le Bulletin. » (Voir plus haut, p. 74.)
- Rapports des comités. — Procédé de moulage. — M. le baron de Silvestre lit, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur un nouveau procédé appliqué par M. Stahl à la consolidation et au moulage des substances friables organiques ou autres.
- M. de Silvestre propose de remercier M. Stahl de son intéressante communication et d’ordonner l’insertion du rapport au Bulletin.
- Ce rapport est approuvé.
- Ouvrage sur le Pétrole. — M. Duchesne rend compte, au nom du même comité, d’un ouvrage sur le pétrole, publié par MM. Soulié et Audouin, ingénieurs civils.
- M. Duchesne propose de remercier MM. Audouin et Soulié de l’envoi de leur ouvrage et d’insérer au Bulletin un extrait de son rapport.
- M. le Président fait observer que le pétrole n’offre pas pour l’éclairage public les dangers qu’il présente pour les usages domestiques. Toutes les compagnies de chemins de fer en font usage aujourd’hui, ainsi que des usines et de grands établissements qui achètent en gros, et évitent ainsi le mélange opéré souvent pour la vente au détail des huiles légères avec les huiles qui ont subi une bonne distillation. Il n’y a donc pas lieu d’appliquer, dans ces circonstances, les restrictions dont parle le rapport.
- M. Combes appuie ces observations; l’usage de l’huile de pétrole demande les plus grandes précautions pour les usages domestiques, mais il est très-économique. Quant à son usage pour l’éclairage public et pour celui des grands établissements, il ne présente pas d’inconvénients.
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- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
- M. Duchesne est prié de modifier son rapport dans le sens des observations qui précèdent. Le rapport est renvoyé à la commission du Bulletin.
- Ouvrage intitulé la Plante. — M. Chatin fait un rapport verbal sur l’ouvrage de M. Grimard, intitulé la Plante, et qui est, en réalité, un traité général de botanique. (Renvoi à la commission du Bulletin.)
- Ventilation des fosses d'aisances. — M. Peligot (Henri) lit, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur les appareils destinés à la ventilation des fosses d’aisances, présentés par M. Toussaint-Lemaître, architecte.
- M. Peligot propose de remercier M. Toussaint-Lemaître de sa communication et d’insérer le rapport au Bulletin avec les dessins et la légende de l’un de ces appareils.
- Ce rapport est approuvé.
- Appareils de chauffage. — Le même membre lit, au nom du même comité, un rapport sur des appareils de chauffage présentés par M. Greffin.
- M. Peligot propose de remercier M. Greffin de sa communication et d’insérer son rapport au Bulletin.
- Ce rapport est approuvé (voir plus haut, p. 69).
- Les Inventeurs et les Inventions.— M. Lavollêe rend compte, au nom du comité du commerce, d’un ouvrage publié par M. E. With, ingénieur civil, sous le litre, les Inventeurs et les Inventions.
- M. Lavollêe propose de remercier M. With de sa communication.
- M. le Président félicite M. Lavollêe du soin avec lequel il a analysé cet ouvrage, qui peut mettre sur la voie d’une publication plus sérieuse encore, conçue avec discernement et exécutée avec un soin digne de son objet, et qui donnerait la biographie des véritables inventeurs, avec la description sommaire de leurs inventions.
- Tourne-scie. — M. Benoît lit, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur un tourne-scie ou outil destiné à donner la voie aux lames des scies à débiter les bois de toute sorte, présenté par M. Plagnol.
- M. Benoît propose d’approuver cet instrument et d’insérer son rapport au Bulletin, avec un dessin sur bois.
- Ce rapport est approuvé.
- Nomination de membres. — M. Mathieu, ingénieur au chemin de fer du Midi.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
- La Société d’encouragement a reçu, dans les séances des II, 25 janvier, 8 et 22 février, les ouvrages dont les titres suivent :
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- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
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- Ouvrages offerts à la Société.
- Annales de l’agriculture française. N°24, 1864, et nos 1, 2,. 1865.
- Annuaire de la Société météorologique de France. Feuill. 14 à 21.— (Bulletin des séanefi.) T. 12.
- Annales télégraphiques. Novembre, décembre 1864 ; janvier, février 1865.
- Annales du commerce extérieur. Décembre 1864 et janvier 1865.
- Annuaire des engrais, parM. Rohart. Livr. lia 12.
- Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse. Septembre, octobre, novembre 1864.
- Bulletin de la Société française de photographie. N° 12, t. X, et n° 1, t. XI.
- Bulletin mensuel de la Société protectrice des animaux. N° 12, t. X.
- Bulletin de la Société industrielle d’Amiens. N° 1.
- Bulletin des séances de la Société impériale et centrale d’agriculture de France. N" 2.
- Bulletin du comice agricole de l’arrondissement de Saint-Quentin. Année 1864.
- Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des sciences. Nos 26, 27, 1864, et m» 1 à 7, 1865, 1er semestre.
- Courrier des sciences (le), par M. Victor Meunier. Nos 1 à 8.
- Catalogue des brevets d’invention pour 1864. N051 à 8.
- Cultivateur de la Champagne (le). Janvier.
- Génie industriel (le), par MM. Armengaud. Janvier, février.
- Invention (1’), par M. Desnos-Gardissàl. Janvier.
- Journal d’agriculture pratique. N081 à 3.
- Journal des fabricants de sucre. NoS 39 à 45.
- Journal d’éducation populaire. Novembre, décembre.
- Journal de l’éclairage au gaz. Nos 19 à 22.
- Journal des inventeurs. Janvier, février.
- Journal des fabricants de papiers. N°* 1 à 4.
- Journal de la Société impériale et centrale d’horticulture. Décembre 1864 et janvier 1865.
- Journal d’agriculture de la Côte-d’Or. Janvier à août 1864.
- La Lumière. Nos 1 à 3.
- Mondes (les), par M. l’abbé Moigno. Livr. 18 de 1864 et livr. 1 à 7.
- Moniteur scientifique (le), par le docteur Quesneville. Livr. 193 à 194.
- Mémoires de la Société d’agriculture, commerce, sciences et arts du département de la Marne. Année 1864.
- Propriété industrielle (la). NoS 768 à 773.
- Presse scientifique des deux mondes (la). N081 à 4.
- Revue agricole, industrielle, etc., de Valenciennes. Octobre, novembre.
- Revue générale de l’agriculture et des travaux publics, par M. César Daly. N08 9, 10.
- Revue universelle des mines, de la métallurgie, etc., sous la direction de M. Ch. de Cuyper. Novembre et décembre 1864.
- Société des ingénieurs civils. Séances des 6, 20 janvier et 3 février.
- Technologiste (le), par MM. Malepeyre et Vasserot. Janvier et février.
- American Artizan. N0’ 33 à 40.
- Bulletin de l’industrie de Vienne. Année 1864.
- Journal of the royal geographical Society (the). Vol. 33.
- Journal of the Society of arts (the). Nos 672 à 679.
- Journal of the Franklin institute (the). Décembre, janvier.
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- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
- Newton’s London Journal. Janvier, février.
- Polytechnisches Journal von Dingler. Nos 1006 à Photogràphic Journal. N0’ 153 à 154.
- Philosophical Transactions of the royal Society of London. lre et 2* parties du vol. 154. Proceedings of the royal Society. N*s 68, 69.
- Bevista de obras publicas. NoS 1 à 4. A5o XIII.
- Societa reale di Napoli. Fasc° il, 12, 1864, et 1* de 1865.
- Transactions of the royal Society of Edinburgh. Vol. XXIII, partie IIIe, 1863-1864.
- L'île d’Elbe et ses mines de fer. Souvenirs de voyage, par M. L. Simonin. Br.
- Mémoire sur un nouveau mode de chargement des pièces d'artillerie, par M. Lucien Rarchaert. Br. Notice sur le fourneau à cornues du système Brisson. Br.
- Précis théorique des substances alimentaires et des moyens de les améliorer, de les conserver et d’en reconnaître les altérations, par M. A. Payen. 1 vol. in-8% 4e édition, Paris, Hachette et comp., libr.-édit.
- Tableau de la situation des établissements français dans l’Algérie, 1863. — 1 vol. in-4°.
- Abonnements.
- Journal des économistes. Janvier et février.
- The Chemical News. Nos 263 à 269.
- The Mechanic’s Magazine. Décembre.
- The Artizan. Janvier.
- The practical Mechanic’s Journal. Janvier.
- The quarterly Journal of science. Janvier.
- The Teclmologist. Janvier, février.
- ERRATUM.
- Dans le Bulletin de janvier dernier il s’est commis, dans la liste des membres du Conseil, une erreur et un oubli qu’il importe de réparer.
- Au comité des arts chimiques, page 5, l'adresse de M. Bussy est rue de l’Arbalète, 21, et non rue du Faubourg-Saint-Denis, 188.
- Après M. Bussy doit venir :
- M. Chevallier (O. ^), membre de l’Académie impériale de médecine, professeur à l’École de pharmacie, rue du Faubourg-Saint-Denis, 188.
- PARIS. — IMPRIMERIE DR MADAME YBUYB BOUCHARD-HUZARD, RUE DE l’ÉPBROI», 5. — 1865.
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- 64» ANNÉE. DEUXIÈME SERIE. TOME XII. — Mars 1865.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- DÉCISION RELATIVE A LA NOMINATION DE MEMBRES ADJOINTS.
- Conformément à l’arrêté pris le 16 janvier 1855,
- M. Lorin entendu, dans la séance publique du 8 février 1865, pour la commission des fonds,
- Le Conseil, après délibération, a décidé que cette commission était autorisée à présenter une liste de candidats pour la nomination de deux membres adjoints.
- ARTS CHIMIQUES.
- Rapport fait par M. Barreswil, au nom du comité des arts chimiques, sur
- UN NOUVEAU PROCÉDÉ POUR LA FABRICATION DE LA CÉRUSE , présenté et
- appliqué par M. Ozouf, à Vusine de Saint-Denis (Seine),
- Messieurs, Berzélius, dans son Traité de chimie, t. IV, p. 292, édition de 1831, résume ainsi le procédé français de la fabrication de la céruse :
- « On fait arriver un courant d’acide carbonique dans le sous-acétate de plomb dissous dans l’eau; l’acide carbonique est fourni par un feu de Tome XII. — 6Te année. 29 série. — Mars 1865. 17
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- ARTS CHIMIQUES.
- charbon ; le sous-acétate se décompose en grande partie ; il se précipite du carbonate plombique ; l’acétate qui reste est macéré de nouveau avec l’oxyde plombique, et le sous-sel, ainsi obtenu, est décomposé derechef par l’acide carbonique.
- « C’est Thénard qui a proposé le premier cette méthode et Roard qui l’a exécutée en grand. »
- L’usine de Roard (primitivement Roard et Bréchoz) a été fondée vers le commencement du siècle; elle a reçu, dès 1819, sa première médaille d’or, et est aujourd’hui dirigée par le petit-fils de Roard, M. Orsat, ancien élève de l’École polytechnique.
- Une seconde fabrique de céruse française a été fondée à Tours; elle a été récompensée, dès 1837, en les personnes de MM. Pallu père et fils, ses créateurs. La Société d’encouragement s’est fait rendre compte du travail de cette usine, dont M. Pallu fils est encore le plus important propriétaire ; elle a accordé une haute récompense à la société Delaunay et comp., successeurs de Pallu et comp., et remplacée aujourd’hui par la maison Bruzon et comp.
- L’octroi de cette récompense était basé sur le mérite de l’application, au procédé Thénard, d’un système de fabrication continue.
- La fabrication de M. Ozouf, qui est l’objet de ce rapport, est, comme chez les précédents, conforme au texte de Berzélius, elle est conforme à la pensée de Thénard; toutefois elle présente des particularités très-importantes qui distinguent le procédé Ozouf de ceux qui, comme celui-ci, trouvent également leur description exacte dans le texte de Berzélius.
- Ce qui constitue l’invention de M. Ozouf, c’est 1° son mode de précipitation du carbonate, lequel exige l’emploi de l’acide carbonique pur; 2° la composition du produit.
- Pour obtenir l’acide carbonique pur, M. Ozouf a tenté l’emploi de tous les moyens que la théorie indique; mais, en fait, il met en œuvre dans son atelier un procédé tout à fait nouveau comme application industrielle et des plus intéressants.
- Ce procédé aurait pu être l’objet d’une communication spéciale; en effet, l’acide carbonique pur peut être appliqué à divers usages, aussi bien qu’à la fabrication de la céruse ; déjà l’inventeur se réserve de l’employer à la saturation de la chaux dans les jus déféqués. On pourrait l’utiliser pour la préparation du carbonate de soude, selon le procédé que MM. Schlœsing et Rolland ont amené à un aussi haut point de perfection, et dont MM. Margueritte et de
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- ARTS CHIMIQUES.
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- Sourdeval viennent encore de simplifier les conditions pratiques, en appliquant à l’extraction du carbonate d’ammoniaque le matériel de rectification de l’alcool. M. Ozouf pense également utiliser l’acide carbonique à divers emplois que conseille la thérapeutique.
- Avant d’exposer le mode de fabrication de la céruse, je crois devoir exposer avec détails la description de ce mode nouveau de préparation de l’acide carbonique pur.
- C’est la combustion du charbon qui donne l’acide carbonique. Les gaz d’un foyer spécial ( sorte de poêle brûlant du coke) sont, après refroidissement dans un cylindre intermédiaire où ils sontlavés, aspirés par une pompe, puis refoulés dans une série de vastes récipients en tôle, contenant une dissolution froide de carbonate de soude à 9 degrés Baumé. Le liquide, sans cesse renouvelé, chemine d’un vase dans l’autre ; lorsqu’il sort du dernier récipient, le sel qu’il renferme n’est plus du carbonate, mais est devenu du bicarbonate de soude ; les gaz étrangers, azote, oxyde de carbone, s’échappent dans l’air.
- La dissolution de bicarbonate de soude, qui se déverse dans un bac, est reprise par une pompe et introduite dans un cylindre où elle est portée à la température de 100 degrés ; dans ces conditions, elle abandonne son excès d’acide carbonique, et elle redevient dissolution de carbonate apte, lorsqu’elle aura été refroidie, à rentrer dans la circulation pour servir de nouveau comme dissolvant de l’acide carbonique.
- Le calorique que la dissolution chauffée restitue en se refroidissant sert, pour une partie, à élever la température du surplus du liquide qui n’a pas encore subi la décomposition. L’acide carbonique isolé est refroidi et conduit dans un gazomètre.
- En se dégageant, ce gaz entraîne beaucoup de vapeur d’eau ; celle-ci est condensée au passage, et elle rejoint la dissolution décomposée, afin que la densité de ce liquide ne soit pas modifiée par l’évaporation.
- Il résulte, de ce qui vient d’être dit, que l’acide carbonique produit par la combustion du charbon est absorbé par le carbonate de soude (qui devient bicarbonate), et ensuite restitué par le bicarbonate (qui redevient carbonate).
- Cette réaction est connue, mais le procédé industriel me paraît nouveau, et il a paru tel à votre comité des arts chimiques ; il est des plus intéressants à suivre, et M. Ozouf l’a représenté dans une série de dessins (déposés sur le bureau).
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- La fabrication de la céruse, chez M. Ozouf, demande les réactifs ordinairement employés, et la préparation de ces réactifs ne présente, dans son usine, rien de particulier.
- L’acétate de plomb s’obtient, au début, au moyen de l’acide acétique, puis régulièrement au moyen de l’acétate régénéré. On remplace avec de l’acide acétique les pertes inévitables. M. Ozouf ne prépare pas, jusqu’ici du moins, le minium ainsi que font les autres fabricants ; mais il y sera conduit afin de produire le massicot, attendu que la litharge dont il se sert est de moins en moins abondante depuis l’adoption du procédé Pattinson pour le traitement du plomb.
- L’ingénieux fabricant tente, pour cette fabrication, l’emploi du vieux plomb ; s’il réussit, il aura rendu un service de plus. Il est d’une sage économie de destiner à la préparation des composés chimiques les métaux devenus hors d’usage, et qui ne retournent à la consommation qu’avec de médiocres qualités.
- Il convenait de signaler, dans la préparation de l’acétate basique, la manière dont, chez M. Ozouf, on vide les barils de litharge, sans que la moindre poussière puisse affecter l’ouvrier ; le baril, en effet, n’est ouvert que sous une fermeture hydraulique.
- La précipitation de la céruse est l’opération la plus intéressante du système. L’acétate basique est dirigé dans un vase cylindrique mis en rapport avec le gazomètre; le liquide est agité par un agitateur à palettes. L’absorption du gaz se fait aussitôt et avec une rapidité extrême. On suit l’opération pas à pas, en examinant une échelle sur laquelle se meut un petit cordon portant un index; cet index s’élève à mesure que le gazomètre descend : on juge ainsi, à toutinslant, du débit de l’acide carbonique, et on peut (M. Ozouf insiste avec raison sur cet avantage très-sérieux de son procédé) proportionner d’une manière exacte l’acide carbonique à l’acétate basique que l’on emploie, et dont on a déterminé le volume et vérifié le degré.
- La précipitation faite, le liquide trouble est envoyé dans un bac où il est abandonné à la décantation ; après dépôt, l’acétate regénéré est renvoyé sur delà litharge, comme dans le procédé de Clichy.
- La céruse décantée est soumise à un premier lavage, et pour celte opération M. Ozouf emploie de l’eau purifiée par un peu d’acétate de plomb.
- Lors du dernier lavage, le peu d’acétate de plomb qui reste dans le liquide est précipité par le carbonate de soude. La quantité de ce réactif est jugée
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- suffisante lorsqu’une goutte d’une dissolution d’iodure de potassium, versée sur un peu de céruse décantée, ne produit plus de coloration.
- M. Ozouf insiste sur les bons effets que produit cet emploi du carbonate de soude ; il pense que sa céruse en est meilleure, et que l’opération est insalubre; il y a évidemment cet avantage de n’écouler que des eaux exemptes de plomb, mais on ne saurait, je pense, considérer cette précaution comme importante au moins quant à la qualité du produit, attendu que la céruse façon Hollande contient le plus souvent un peu d’acétate de plomb, et qu’elle est le type des céruses.
- La pâte décantée est mise à égoutter dans des paniers doublés de sacs, puis mise en presse, et enfin étuvée. Dans toute cette série de manipulations faites avec soin dans des ateliers vastes et bien aérés, l'ouvrier est encore trop exposé au contact de la céruse, et très-certainement M. Ozouf, si bien secondé par son associé M. Gruintgens, ne manquera pas de trouver les moyens de modifier cette partie du travail, qui est déjà, chez lui, aussi parfaite que partout ailleurs. Déjà, pour une certaine quantité de sa fabrication, M. Ozouf a essayé le broyage à l’huile de la céruse en pâte humide.
- Ce procédé a été décrit lors du rapport sur l’usine de Tours ; l’opération marche très-bien, l’huile chasse l’eau d’une manière merveilleuse. Toutefois il y a encore quelque défaveur sur le produit ainsi broyé, et il faut trouver quelque nouveau tour de main pour assurer le départ absolu de l’eau, dont une très-faible quantité reste en émulsion dans la masse.
- La majeure partie de la céruse fabriquée est séchée avant broyage ; au sortir de l’étuve, elle est broyée, tamisée, embarillée, etc. Ce travail complexe n’est pas le moins méritant dans la manufacture de M. Ozouf.
- Un appareil automatique est servi par un ouvrier dont le rôle se borne à prendre la céruse sur des plaques venant de l’étuve et à la poser dans les godets d’une chaîne qui l’emportent vers le moulin. La céruse, broyée et blutée, revient, au moyen d’une vis d’Archimède, vers un baril dans lequel, par un mécanisme des plus ingénieux, elle est disposée et tassée régulièrement; une sonnette indique le moment où le baril est plein.
- L’ouvrier qui conduit cette dernière partie de la fabrication est un peu plus exposé que les autres, mais il est muni d’un masque, et, quand l’organisation sera complète, il sera, autant que possible, à l’abri ; ce qui n’empêchera pas, cependant, qu’il y aura toujours à faire des vœux pour que le broyage à l’huile de la pâte molle se perfectionne assez pour rendre inutile la dessiccation de la céruse.
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- Chez M. Ozouf, les précautions les plus grandes sont prises dans l’intérêt de l’hygiène des ouvriers : on remarque un lavabo où chacun a sa place ; le savon noir est à la disposition de chacun. Des bains vont être installés dans l’établissement. Votre comité a reçu de ces honorables fabricants l’assurance qu'un double vestiaire serait construit; l’un recevrait le costume d’atelier, l’autre préserverait les vêtements de ville. Cette mesure, adoptée dans une fabrique belge, produit le meilleur résultat.
- Il a été dit, dans le cours de ce rapport, que M. Ozouf insistait principalement sur un point de sa fabrication, selon lui, et avec raison, le plus important, à savoir que l’acide carbonique pouvait être proportionné au volume et à la composition de l’acétate de plomb ; de telle manière, qu’on pouvait obtenir la céruse de la composition que l’on désire. J’ajoute que M. Ozouf s’attache à donner à son produit la composition reconnue à la céruse dite de Hollande.
- L’analyse d’un échantillon remis par M. Ozouf a donné :
- Acide carbonique.................. 12,576
- Eau................................ 1,992
- Oxyde de plomb.................... 85,132
- 100,000
- Les bonnes céruses façon Hollande donnent des résultats dans le même sens ; ces nombres correspondent à la formule,
- 3 (Pt 0, CO5}, Vb 0, HO.
- Cette conformité de composition de la céruse de M. Ozouf avec la céruse de façon hollandaise me parait être un argument excellent en faveur de la qualité du produit. Je me hâte de dire que les fabricants de céruse procédé Thénard pourraient, en modifiant légèrement leurs procédés, donner à leur blanc une même composition. Je n’hésiterai pas à leur conseiller d’en agir ainsi. Il est positif que, si un blanc de plomb se rapprochant du carbonate neutre donne un meilleur rendement en poids, il est loin de donner un aussi bon rendement en usage que le carbonate basique représenté par la céruse façon Hollande.
- Votre comité des arts chimiques, appréciant tout le mérite de M. Ozouf ; considérant son procédé de fabrication de l’acide carbonique comme une nouvelle application industrielle des données de la science, réalisée de
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- la manière la plus heureuse et la plus intelligente ; appréciant ce mode de précipitation de la céruse qui permet de graduer les quantités de réactifs à mettre en œuvre ; tenant compte à M. Ozouf du très-remarquable agencement de son usine, des efforts bien entendus qu’il a faits pour en améliorer les diverses opérations au point de vue de la simplicité de la main-d’œuvre et au profit de l’hygiène, a l’honneur de vous proposer de remercier M. Ozouf de sa communication, et de décider l’insertion, au Bulletin, du présent rapport avec dessin et légende explicative.
- Signé Barreswil, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 10 août 1864.
- LÉGENDE DE LA PLANCHE 314 REPRÉSENTANT L’ENSEMBLE DES APPAREILS POUR LA FABRICATION DE LA CÉRUSE, PAR M. OZOUF.
- Dans cette planche on a dû grouper les appareils les uns à côté des autres pour l’intelligence des différentes opérations.
- La figure 1 et la figure 2 représentent une élévation et une coupe partielles des différents appareils ; ces deux figures doivent se faire suite, ainsi que l’indiquent les arrachements qui terminent l’une et commencent l’autre.
- Préparation de Vacide carbonique pur (fig. 1).
- A, fourneau dans lequel on opère la combustion du charbon qui donne l’acide carbonique; il est en briques réfractaires et garni d’une enveloppe en tôle; il est important d’en charger le foyer d’une manière convenable et en proportion de la quantité d’air introduite, afin d’avoir une production maxima d’acide carbonique.
- B, cylindre à eau courante, dans lequel viennent se refroidir et se laver les gaz produits dans le fourneau A.
- C, tuyau amenant les gaz du fourneau A dans le cylindre B.
- D, tube introduisant l’eau dans le cylindre B.
- E, pompe à air aspirant les gaz lavés, et les refoulant par un tuyau dans le récipient E'; la capacité du cylindre de cette pompe doit être telle que la quantité d’air nécessaire à la production maxima d’acide carbonique soit appelée dans le foyer.
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- E', récipient recevant les gaz refroidis avant leur passage dans le cylindre F, et pouvant desservir à la fois plusieurs pompes de refoulement ; il sert en même temps à recueillir l’eau qui est souvent entraînée avec les gaz hors du cylindre B.
- F, cylindres horizontaux en tôle contenant une dissolution froide de carbonate de soude à 9 degrés Baumé, laquelle est destinée à absorber l’acide carbonique des gaz arrivant du récipient E'. Ces cylindres sont en relation les uns avec les autres, au moyen de tuyaux recourbés faisant communiquer la partie supérieure de l’un avec la partie inférieure du suivant, et ainsi de suite ; en outre, ils sont munis, ainsi que l’indique le premier vu en coupe, d’agitateurs à ailes dont les axes sont mis en mouvement au moyen de courroies commandées par un arbre de couche.
- G, cheminée ou tuyau d’échappement placé sur le dernier cylindre F, et donnant issue dans l’air aux gaz non absorbés par la dissolution alcaline.
- H, bac en bois recevant la dissolution alcaline, qui y arrive à l’état de bicarbonate après avoir successivement parcouru tous les cylindres saturateurs F.
- I, P, corps de pompe jumeaux montés sur une même colonne, et fonctionnant alternativement; l’un I prend la solution de bicarbonate de soude dans le bac H, et la refoule dans le cylindre de construction tubulaire J; l’autre P reprend la solution après qu’elle est redevenue basique, c’est-à-dire après qu’elle a perdu son excès d’acide carbonique sous l’influence d’une chaleur de 100° (opération qui va être expliquée), et la renvoie dans le premier cylindre saturateur F.
- J, cylindre de construction tubulaire, surmontant un autre cylindre J'de plus grand diamètre, avec lequel il communique seulement par ses tubes verticaux.
- K, tuyau de refoulement de la pompe I, amenant la solution de bicarbonate entre les tubes du cylindre J.
- K', tuyau de refoulement de la pompe P, ramenant au premier cylindre F la dissolution redevenue alcaline.
- L, tuyau recourbé, placé extérieurement au cylindre J et y rentrant par son extrémité supérieure terminée en pomme d’arrosoir; la solution de bicarbonate, amenée par le tuyau K entre les tubes du cylindre J, arrive peu à peu dans le tuyau L qui la déverse en pluie dans les tubes et l’envoie dans le cylindre de plus grand diamètre J'.
- M, récipient dit vase séparateur, communiquant vers le bas avec le cylindre J' et contenant un serpentin dans lequel on fait circuler un courant de vapeur ; c’est en passant du cylindre J' dans le vase M que le bicarbonate, chauffé à 100 degrés par la vapeur du serpentin, se décompose et abandonne son excès d’acide carbonique ainsi que de la vapeur d’eau, qui s’élèvent à la partie supérieure du récipient et passent dans le tuyau N.
- N, tuyau recourbé joignant la partie supérieure du vase séparateur avec celle du cylindre J' et amenant dans ce dernier l’acide carbonique et la vapeur d’eau, qui montent alors dans les tubes du cylindre J et s’y refroidissent au contact de la pluie qu’ils rencontrent.
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- O, serpentin entouré d’un courant d’eau froide, dans lequel l’acide carbonique etla vapeur d’eau arrivent au sortir du cylindre J et finissent, l’un par s’y refroidir, et l’autre par se condenser.
- P, petit récipient cylindrique, dans lequel arrivent l’acide carbonique refroidi et l’eau de condensation sortant du serpentin 0.
- Q, gazomètre servant à emmagasiner l’acide carbonique sortant du récipient P.
- R, serpentin placé dans une cuve à eau froide, entre la pompe I' et le vase séparateur M, et communiquant avec la partie inférieure de ce vase qui y envoie se refroidir la dissolution, après qu’elle a perdu son acide carbonique, pour de là être refoulée, comme on l’a dit, dans le premier cylindre suturateur F, par le moyen de la pompe I'.
- S, tuyau mettant en communication le petit récipient P avec le tuyau d’aspiration de la pompe P, de manière à restituer à la liqueur redevenue basique l’eau de condensation qu’elle a perdue, et par conséquent à ramener sa densité au même point.
- Fabrication de la céruse (fig. 2).
- T, cylindre fermé, dans lequel s’opère la réaction de l’acide carbonique sur l’acétate basique de plomb ; il est muni intérieurement d’un agitateur à palettes, dont l’axe horizontal est mis en mouvement par une courroie passant sur l’arbre de couche.
- U, tuyau amenant au cylindre T l’acide carbonique du gazomètre Q.
- V, pompe puisant l’acétate basique pour l’envoyer au cylindre T.
- W, tuyau conduisant dans le cylindre T l’acétate basique aspiré par la pompe Y.
- X, cuve en bois garnie intérieurement de toile caoutchoutée et recevant l’acétate régénéré par la production du carbonate de plomb, ainsi que la litharge qu’on y ajoute pour produire de nouveau de l’acétate basique.
- Y, arbre vertical en fer cuivré, sur lequel est montée une hélice dans l’intérieur de la cuve X, pour favoriser par sa rotation l’action de l’acétate sur la litharge; le mouvement est donné à cet arbre au moyen de deux roues d’angle et d’une courroie commandée également par l’arbre de couche.
- Z, échelle indicatrice de la dépense du gazomètre.
- a, cordon passant sur des poulies de renvoi, et reliant l’index de l’échelle Z à la cloche du gazomètre.
- b, cuve en bois recevant le produit de l’opération qui s’est effectuée dans le cylindre T; ce produit n’est autre que de l’acétate régénéré et du carbonate de plomb hydraté. A l’intérieur de cette cuve sont des râteaux montés sur un axe vertical en fer cuivré, mis en mouvement de la même manière que l’axe Y de la cuve X.
- c, tuyau ramenant l’acétate régénéré de la cuve b dans la cuve X.
- d, pompe placée de l’autre côté du bâti de la pompe V, et aspirant l’acétate régénéré par le tuyau c; ces deux pompes sont mues par la même courroie.
- Tome XII. — 64* année. 2e série. — Mars 1865.
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- e, autre cuve en bois munie de râteaux comme la cuve b, et recevant le carbonate de plomb sortant de celte dernière après un premier lavage. Dans cette seconde cuve la céruse est soumise à un second lavage, et traitée par du carbonate de soude pour en séparer les dernières traces d’acétate de plomb qui auraient pu être entraînées.
- La figure 2 représente une disposition essayée avec succès par M. Ozouf pour sécher la céruse d’une manière continue, et supprimer alors le travail de l’égouttage dans les sacs, celui de la presse hydraulique, ainsi que le séjour à l’étuve et le blutage. Voici celle disposition :
- f, cylindre chauffé intérieurement par un courant de gaz d’éclairage.
- g, trémie dans laquelle on fait arriver la céruse, et où elle est constamment remuée et mise en contact avec le cylindre f par un petit agitateur animé d’un mouvement rectiligne alternatif.
- Un couteau placé contre le cylindre, dans la trémie, détache la céruse qui s’est séchée pendant une révolution, et la fait tomber sur un plan incliné où on la prend pour l’embariller. Le cylindre et la trémie sont renfermés dans un bâtiment muni d’une cheminée d’appel.
- h est une pompe placée entre le cylindre T et la cuve &, et qu’on met en communication avec le gazomètre dans le cas où cette cuve ne serait pas placée comme dans là figure, c’est-à-dire se trouverait en contre-haut du cylindre T. En effet dans ce dernier cas l’écoulement ne pouvant se faire naturellement du cylindre T dans la cuve 6, il est nécessaire d’établir dans le cylindre une pression capable de déterminer cet écoulement, et c’est dans ce but que la pompe h va chercher directement du gaz au gazomètre. (M.)
- STATISTIQUE.
- Rapport fait par M. Maurice Block, au nom du comité de commerce, sur un
- TABLEAU SYNOPTIQUE ET STATISTIQUE DES COMPAGNIES HOUILLERES DU NORD
- et du Pas-DE-Calais en 1864, dressé par M. Alphonse de Baralle, à Cambrai.
- M. Alphonse de Baralle, membre de la Société d’encouragement, a soumis au Conseil un Tableau synoptique et statistique des compagnies houillères du Nord et du Pas-de-Calais en 1864. Ce travail consiste : 1° en un tableau synoptique assez développé, puisqu’il compte plus de trente colonnes de chiffres ou de renseignements, et 2° en un fragment de carte géographique indiquant, sur une assez grande échelle, la situation et l’étendue des conces-
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- sions houillères, ainsi que la topographie des puits eu exploitation ou en creusement.
- Chacune des deux parties du travail que nous examinons a son utilité, son mérite particulier.
- Le tableau nous donne, avec la concision d’une formule mathématique, à la fois l’histoire et la situation actuelle des 26 compagnies qui exploitent les houillères du Nord et du Pas-de-Calais. Nous y voyons que la première houillère a été établie à Anzin en 4 717; que la compagnie qui tire son nom de cette localité a eu sept autres concessions, en tout huit jusqu’en 1840; qu’elle est restée unique dans le nord de la France jusqu’en 1774, où la compagnie d’Àniche a commencé ses travaux; qu’aucune nouvelle société d’exploitation ne s’est constituée dans cette contrée, durant le long espace de temps qui sépare 1774 de 4832, mais que, depuis lors, les houillères se sont multipliées dans une progression assez rapide.
- D’autres colonnes du même tableau nous font connaître que le capital émis par la compagnie d’Anzin est de 28,800,000 fr. ; que le capital de Thiven-celles est de 5 millions ; les capitaux des compagnies de Carvin, Douvrin, Vicoigne, de 4 millions chacune, et que les autres compagnies sont constituées avec des fonds de 3, 2 et 1 million seulement; enfin que l’ensemble des capitaux émis pour cette seule industrie dépasse 75 millions de francs.
- Si cette somme est considérable, nous avons aussi la satisfaction de constater qu’elle a été fructueusement employée. En effet, la comparaison de la valeur nominale des actions avec leur cote fait ressortir que, sur 26 compagnies, 5 seulement ont vu leurs litres baisser au-dessous du pair, tandis que les autres sont dans une prospérité telle, que les actions de quelques-unes d’entre elles ont septuplé et même décuplé de valeur.
- Il n’est pas sans intérêt de faire remarquer que, parmi ces mêmes 26 compagnies, 46 ont émis des titres nominatifs, une seule des actions au porteur et 9 des actions à la fois nominatives et au porteur.
- L’auteur du tableau, parmi tant d’autres renseignements que nous sommes obligé de passer sous silence, n’a pas omis de donner la production de chaque houillère. Celle d’Anzin, on le sait, est la plus considérable dans le Nord. Ses 25 puits donnent annuellement 10,500,000 hectolitres de charbon. Viennent après, Aniche avec 3,750,000 hect., Vicoigne avec 2,700,000 heet., Lens avec 2,247,000 hect., et les autres selon une échelle descendante.
- La carte des concessions houillères, placée au bas du tableau dont on vient de donner une idée, a été tracée sur une assez grande échelle. Elle nous fait
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- clairement connaître l’étendue et la situation des concessions ; elle nous permet de saisir d’un coup d’œil la direction de la veine carbonifère, la distance de chaque puits à l’une des nombreuses voies de communication de cette riche contrée. Nous regrettons seulement que les limites des arrondissements n’aient pas été marquées ; celles des départements ne le sont peut-être pas d’une manière assez tranchée.
- Somme toute, le travail de M. Alphonse de Baralle, en supposant exacts les renseignements qu’il donne, est très-utile et mérite d’être encouragé. Il serait fort désirable qu’il fût étendu à l’ensemble de la France ; l’auteur aurait seulement à examiner s’il convient de maintenir la forme de grands tableaux synoptiques, ou s’il y a lieu de préférer un format plus maniable et d’un plus facile classement dans les bibliothèques.
- En résumé, le comité du commerce a l’honneur de vous proposer, Messieurs, de vouloir bien remercier M. Alphonse de Baralle, et de décider l’insertion du présent rapport dans le Bulletin de la Société.
- Signé Maurice Block, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 22 mars 1865.
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- NOTE SUR UN AVANT-PROJET DE M. A. BARRAULT, ANCIEN INGÉNIEUR EN CHEF DU PALAIS DE L’INDUSTRIE, POUR L’EMPLACEMENT DE L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1867, PAR M, BAUDE,
- Membre du comité des arts mécaniques (1).
- Messieurs, nous ne sommes pas très-éloignés du temps où il deviendra nécessaire de s’occuper de l’emplacement qui devra recevoir, à Paris, l’Exposition universelle de 1867. Il est bon que l’opinion publique soit éclairée par la discussion avant que le Gouvernement ait à prendre une décision dans une question aussi importante. Elle intéresse tout le monde : le fabricant, le marchand,
- (lj Communication faite dans la séance du 16 novembre 1864.
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- le consommateur. Nous espérons donc que vous ne jugerez pas comme par trop prématurée la communication que nousavoDs l’honneur de vous faire sur un avant-projet dont M. Barrault, ingénieur civil, désire faire connaître les dispositions principales à la Société d’encouragement.
- Quelques journaux ont déjà cité, d’une manière inexacte, l’idée de M. Barrault de placer les salles de l’Exposition sur un plancher au-dessus de la Seine, en communication avec le palais de l’Industrie qui serait utilisé. Mais ce projet a besoin de quelques développements pour qu’on puisse juger, en connaissance de cause, une proposition qui peut paraître, au premier abord, ou bizarre ou impraticable.
- Les Expositions des produits de l’industrie française remontent à l’année 1798. Des baraques construites à la hâte, plus tard les salles ou la cour du Louvre suffisaient pour recevoir les produits des quelques centaines d’exposants qui se présentaient. C’est seulement en 1834 que le nombre toujours croissant des industriels qui exposent oblige à faire des constructions nouvelles sur la place de la Concorde, où l’on couvre une superficie qui dépasse un hectare.
- En 1839, 1844, 1849, le grand carré des Champs-Elysées suffit encore aux constructions provisoires qui doivent abriter les produits français, où ils trouvent, en dernier lieu, un espace couvert de 24,400m2.
- A notre première Exposition universelle, le palais de l’Industrie des Champs-Elysées devint tout à fait insuffisant pour remplir l’objet qui avait motivé sa construction.
- La superficie, étage compris, est de..................................................... 49,000m2
- II a fallu y ajouter le bâtiment du Panorama et celle longue et étroite galerie du quai de la Conférence, dont vous n’avez pas oublié l’insuffisance et l’étroitesse, soit. . 48,000
- Les hangars annexés en différents points avaient une superficie de....................... 13,000
- Ü0,000“2
- Or, l’Exposition universelle de 1855 avait reçu les envois de 20,000 exposants.
- L’Exposition de Londres avait, en 1862, une superficie occupée de 125,000“2, y compris l’espace réservé aux beaux-arls. Ce n’est certainement pas tomber dans l’exagération que de prévoir que l’Exposition de 1864 exigera 14 hectares de surface couverte, plus les dégagements indispensables pour promenades, buffets, etc. Or, où trouver 14 ou 15 hectares disponibles dans Paris, à portée d’un public qui recherche essentiellement ce que l’on est convenu d’appeler le beau quartier ?
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- • EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1867,
- Le seul espace découvert que nous puissions trouver est le champ de Mars qui représente, entre les avenues au quai qui le bordent, une superficie de 36 hectares. Mais la position est tout à fait excentrique, en dehors de nos habitudes parisiennes, au centre d’un quartier que les étrangers ne fréquentent pas. Le champ de Mars est d’ailleurs indispensable à une garnison nombreuse, dont on ne saurait supprimer, pendant une année, les promenades ou les exercices. Que reste-t-il donc, à moins qu’on ne sorte de l’enceinte fortifiée de Paris ?
- En présence de ces difficultés, M. Barrault, pour utiliser le palais de l’Industrie, si bien placé comme situation, entouré de jardins, de promenades, avec des abords si faciles, a songé à compléter un espace restreint par l’espace presque indéfini que lui présente la Seine, à 200 mètres de distance.
- Le projet consisterait donc à réunir par une galerie, sans avoir à couper un arbre des Champs-Élysées, le palais de l’Industrie à la Seine, et à couvrir le fleuve d’un plancher qui laisserait, sous ses poutres inférieures , une hauteur de 8 mètres pour le passagedes bateaux. Ce plancher aurait une longueurd’en-viron 400 mètres en amont du pont des Invalides, et une largeur de 150 mètres; il respecterait les quais latéraux de la rive droite et de la rive gauche.
- M. Barrault engloberait dans l’enceinte de l’Exposition le jardin Musard, le restaurant Ledoyen, le Panorama, pour offrir au public, fatigué par quelques heures de visite, ce repos ou ces distractions qu’on trouve dans des promenades en plein air, trop négligées dans les Expositions précédentes.
- Comme question de dépense, M. Barrault arrive aux résultats suivants : >
- Il distingue, dans les Expositions, deux natures de bâtiments. Ceux qui reçoivent les produits manufacturiers d’une certaine valeur, et où l’on recherche les dispositions monumentales ou tout au moins un certain luxe d’aménagement à l’intérieur ; les autres constructions doivent être d’un ordre inférieur pour abriter les produits plus grossiers, les matières premières, les machines, etc., etc.
- Si on avait à construire toute l’Exposition sur un sol réglé, on dépenserait :
- 50,000“* premier type, à 150........... 7,500,000 fr.
- 70,000 deuxième type, à 70. ....... .............;...... 4,900,000
- 12,400,000 fr.
- Tandis qu’en utilisant le palais de l'Industrie on économise la première dépense, puisqu’il nous donne cette superficie à constructions coûteuses pour 49,000m2, et qu’il nous reste seulement alors à faire :
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- 71,000“*, constructions du deuxième type, à 70. . :....... 4,970,000 fr.
- 60,000mi de plancher sur la Seine, à 65.................. 3,900,000
- 8,870,000 fr.
- II y aurait donc encore une économie d’environ 3,500,000 fr. à utiliser ainsi le palais de l’Industrie (1).
- Voilà les dispositions du projet que nous livrons à vos méditations : nous ne saurions les discuter par avance, laissant ce soin à vous, Messieurs, bien plus compétents que moi en matière d’Exposition.
- Toutefois nous vous demanderons, en terminant, de dire quelques mots, au point de vue de l’ingénieur, sur ce pont gigantesque par son étendue, quoique très-simple dans sa construction, ou sur le plancher de 350 à 400 mètres de longueur qui doit couvrir la Seine.
- M. Barrault a supposé que la grande halle serait divisée dans sa largeur par des colonnes laissant entre elles, alternativement, des espaces ou travées de 10 et 25 mètres de largeur. Ces colonnes reposent sur des palées qui divisent symétriquement la largeur de la Seine. C’est un espace très-suffisant pour la navigation que 24 mètres de passage libre.
- En formant des appuis par quatre pieux reliés , espacés d’ailleurs de 10 mètres, suivant le courant du fleuve, M. Barrault trouve que, en admettant une charge éventuelle de 400 kilogr. par mètre carré et 200 kilogr. pour le poids du plancher et de la construction, il ne fait supporter à chacun des pieux de 33 centimètres d’équarrissage que 25 kilogr. par centimètre carré. Cela n’a effectivement rien d’exagéré comme résistance du bois, et l’on peut dire qu’il n’y a rien d’anormal à faire supporter de pareilles charges à des charpentes qui ont 7 à 8 mètres de hauteur au-dessus de l’étiage, à la condition de moiser fortement non-seulement les quatre pieux qui forment l’élément de l’appui, mais de relier ces groupes dans toute la longueur du plancher. C’est ce que n’a pas manqué de faire l’habile ingénieur dont nous exposons
- (1) Nous prenons ces chiffres comme terme général de comparaison. On voit par le dessin joint à cette note que M. Barrault occupe les espaces suivants :
- Superficie du palais de l’Industrie, premier étage compris................... 49,200®1 2
- Galerie de jonction, avec étage................................................... 6,000
- Galerie du Cours-la-Reine et de l’avenue parallèle........................... 5,540
- Bâtiment sur la Seine............................................................ 55,400
- Surface totale couverte....................................................... 116,140
- Il y aurait dans l’enceinte de l’Exposition, sans les étages, 198,600m2.
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- sommairement le projet. On peut dire que les palées longitudinales, espacées de 10 mètres, sont montées de telle façon qu’elles forment une sorte de pile de même largeur sur toute la longueur de la construction. C’est seulement une pile de 360 à 400 mètres de longueur, à travers laquelle l’eau a son courant. D’après M. Barrault, le prix du mètre carré de plancher doit revenir de 60 à 70 francs.
- Il est inutile d’entrer dans le détail des poutres armées qui relient les palées transversalement à la rivière, des poutrelles longitudinales de même système de construction qui les croisent, enfin des solives qui reposent sur ces poutrelles et qui reçoivent le plancher proprement dit à recouvrement oblique. On conçoit au premier abord, avec un peu d’habitude du calcul des résistances des charpentes, que tout cet agencement ne présente aucune difficulté.
- Nous en dirons autant des brise-glace qui devront, à l’amont, protéger les datées du tunnel. De débouché n’étant pas diminué, les bois de support étant garantis, la continuité des pilotis ne rend pas la situation plus mauvaise qu’elle ne le serait dans un pont ordinaire.
- L’obligation de ne porter aucune atteinte à la navigation de la Seine a naturellement préoccupé M. Barrault. A la remonte, le très-petit nombre de bateaux qui peuvent encore être halés par des chevaux continueront leur marche sans difficulté. Mais il n’en est pas ainsi pour les bateaux toueurs, dont les machines à vapeur mettent en mouvement les treuils sur lesquels s’enroule la chaîne qui repose au fond de la rivière. M. Barrault pense que la fumée des cheminées des bateaux ne saurait pénétrer à travers un plancher bien jointif, sous le courant d’air qui tendrait à la dissiper le long du fleuve ; que d’ailleurs on pourrait profiter des colonnes creuses qui supportent le bâtiment pour en faire autant de cheminées d’appel.
- Ce moyen est ingénieux sans doute, mais il ne saurait prévaloir contre les craintes d’incendie, même chimériques, que le tirage des cheminées pourrait inspirer au public.
- Tous ces inconvénients seraient dissipés en établissant à l’amont du tunnel, sur pilotis, une machine à vapeur fixe qui enroulerait sur un treuil un câble remorqueur, et qu’on redescendrait à l’aval pour l’attacher à de nouveaux bateaux. On abaisserait alors les cheminées, et les remorqueurs ne reprendraient leurs fonctions qu’à l’amont des bâtiments de l’Exposition.
- La navigation serait donc satisfaite ou au moins continuée sans interruption : il n’en résulterait qu’une dépense peu importante, trop faible même pour qu’il soit nécessaire de la faire sortir de la somme à valoir.
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- L’idée de M. Barrault en a déjà suggéré d’autres ; celle, par exemple, de traverser simplement la Seine par un pont continuant la galerie transversale qui s’arrête au quai de la Conférence, et d’aboutir au premier étage de bâtiments qu’on établirait sur l’esplanade des Invalides. Elle offre, nous dit le Journal des travaux publics, auquel nous empruntons cette imitation du projet de M. Barrault, 4,800 mètres de superficie. Ce moyen de conserver le bâtiment de l’industrie a l’inconvénient grave de fatiguer le visiteur par de longues promenades, et nous trouvons que c’est déjà beaucoup que les 200 mètres de M. Barrault pour gagner la galerie de la Seine. Que serait-ce s’il fallait doubler cette distance ? C’est aussi un inconvénient de séparer deux quartiers comme ceux du champ de Mars et des Invalides, et de barrer, pour ainsi dire, les rues de Grenelle et Saint-Dominique.
- A côté du public, il est bien juste de se préoccuper un peu des savants, des industriels si nombreux qui composent nos laborieux jurys des Expositions internationales. Les bâtiments dispersés, éloignés les accablent de fatigue et consument leur temps d’une façon très-préjudiciable à leurs travaux.il leur faut un point de réunion central, d’où ils puissent rayonner vers les différentes galeries, dans ces visites matinales si fréquentes, où ils forment leur opinion sur les produits présentés. Il y a dans le projet de M. Barrault, sur le quai de la Conférence, une place qui remplit parfaitement ces conditions. Éloigner de 200 mètres la galerie des machines, c’est peut-être abuser des pas et des fatigues du jury international.
- Nous vous laissons donc, Messieurs, en face du difficile problème de l’emplacement de l’Exposition universelle de 1867. Ne semble-t-il pas que si on veut conserver le palais de l’Industrie, profiter de ses magnifiques abords, de son admirable position de quartier, il faut habituer le public à une idée qu’au premier abord on est disposé à traiter d’excentrique?
- Le plan et le profil de l’avant-projet de M. Barrault, que nous mettons sous vos yeux, me semblent propres à faire revenir sur cette opinion.
- LÉGENDE DE LA PLANCHE 315 REPRÉSENTANT LE PROJET DE M. BARRAULT POUR L’EMPLACEMENT DE L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1867.
- Fig. 2. Section verticale suivant la ligne brisée l, II de la figure 2.
- Fig. 2. Plan général du projet.
- Tome XII. — 6i8 année. 2e série. — Mars 1865 19
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- ABC DEF, enceinte de l’Exposition englobant le concert des Champs-Élysées, le Diorama et le restaurant Ledoyen, qui est désigné parla lettre G.
- . HH, II, galeries annexes disposées parallèlement au plancher placé sur la Seine, et venant se raccorder au coude formé par la grande galerie de jonction.
- J, emplacement pour un restaurant près du concert des Champs-Élysées.
- K, emplacement affecté aux machines en mouvement.
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- MÉMOIRE SUR LE GISEMENT DE CHLORURE DE POTASSIUM DE STASSFURT-ANHALT,
- PAR M. E. FUCHS, INGÉNIEUR AU CORPS IMPÉRIAL DES MINES (PL. 316).
- La découverte, faite il y a cinq ans environ, d’une formation puissante de sels de potasse à Stassfurt, près de Magdebourg (Prusse), et à Anhalt-Bâremberg dans le petit-duché contigu, a donné à ces deux noms un retentissement européen. La science, et plus encore les industries qui consomment ou produisent des sels de potasse, ont tourné leurs regards vers ce petit point jusqu’alors obscur de l’Allemagne, et que sont venus visiter depuis des chimistes et des ingénieurs de tous les pays de l’Europe.
- Dès le mois de mars 1863, la direction des salines de l’Est résolut de faire étudier les circonstances géologiques du bassin de Stassfurt, et les conditions techniques et économiques de son exploitation industrielle, dans le but d’appliquer, s’il y avait lieu, les résultatsde cette étude aux gisements français. Elle voulut bien me confier cette mission, et je rédigeai le présent mémoire dans le courant d’avril de la même année. Depuis cette époque, plusieurs importantes publications ont été faites sur le même sujet, et j’ai dû, pour rester à la hauteur des notices allemandes, compléter mon travail par quelques renseignements tirés du mémoire de M. le docteur Reichardt et de l’excellent travail de M. Bischof, le directeur actuel de la saline prussienne. Je dois également remercier MM. OEhmler et Von Derschau, directeur et ingénieur de la mine, à l’époque de ma visite, pour les facilités qu’ils m’ont accordées pendant mon séjour à Stassfurt, et mon collègue M. Nivoit, pour l’obligeance avec laquelle il a mis à ma disposition les notes de son récent voyage au gisement salin.
- CHAPITRE I.
- CONSTITUTION GÉOLOGIQUE ET MINÉRALOGIQUE DU GISEMENT.
- I. — Situation et limites du bassin.
- La formation saline, à laquelle se rattachent les couches de Stassfurt-Anhalt, est
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- située à la partie inférieure d’un vaste dépôt de trias s’étendant au sud et à l’ouest de Magdebourg.
- Ce dépôt est partagé par le Hartz en deux bassins principaux : celui de la Thuringe, où l’on trouve surtout les marnes irisées et le muschelkalk, et celui de Magdebourg-Halberstadt dont nous avons à nous occuper plus spécialement ; il est formé principalement de grès à grains lins, de calcaires et de schistes bitumineux, regardés par la plupart des géologues comme les équivalents du grès bigarré. Les couches de Stassfurt-Anhalt sont à la base de ces derniers, et forment ainsi les assises inférieures de la formation triasique.
- Quelques géologues pourtant n’adoptent point cette manière de voir, et pensent, au contraire, que les schistes imprégnés de bitume, qui sont superposés au gisement salin et au milieu desquels on trouve un calcaire grenu également bitumineux, appelé rog-genstein (pierre d’avoine), doivent être rattachés à la formation permienne, et sont assimilables à ces assises argilo-schisteuses qui recouvrent le zechstein près d’Eisenacb et que l’on considère comme étant l’équivalent du grès des Vosges.
- Cette discussion d’ailleurs n’a qu’un intérêt tout à fait secondaire, la limite du trias et du terrain permien étant, dans presque tout le nord de l’Allemagne, avant tout une question théorique et les deux formations reposant, en général, l’une sur l’autre sans discordance de stratification.
- Quoi qu’il en soit, les limites du bassin de Magdebourg-Halberstadt, jusque et y compris la formation de Stàssfurt, peuvent être définies comme il suit :
- Au sud, le zechstein, proprement dit, qui affleure aux environs de Walbeck, vers l’ouest, jusqu’à Grôbzig, et de là au nord-ouest, jusqu’aux environs de Magdebourg, la grauvacke; du nord-ouest au nord-est, entre Magdebourg et Schônheim, la vallée de l’Elbe ; enfin, vers le sud, l’éruption porpbyrique à quelques kilomètres de Stàssfurt.
- Cette dernière paraît avoir donné au bassin la forme qu’il affecte actuellement, car, en dépassant sa ligne d’affleurement, on retrouve vers Bimsdorf, Wohlsdorf et Krüchern les couches permiennes avec un prolongement inverse de celui qu’elles affectent dans le bassin même.
- Vers le milieu du plus grand diamètre de la courbe, sensiblement elliptique, formée par ces divers affleurements, c’est-à-dire vers le centre du bassin même, les couches ont subi un relèvement considérable, et aux environs d’Egeln, au point où on pourrait supposer les formations anciennes recouvertes d’une épaisseur maximum de terrain tertiaire, on retrouve les affleurements du grès bigarré et même du gypse sous-jacent.
- Outre ce relèvement principal, le bassin paraît présenter plusieurs ondulations accidentelles, mais la présence des formations modernes rend en général leur- observation directe difficile, sinon impossible; nous verrons, dans un instant, que les travaux de la mine ont permis de constater l’existence de l’une d’elles entre Stàssfurt et Anhalt-Bàremberg.
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- La présence de nombreuses sources salées et les affleurements de gypse et d’anhy-drite, qui occupent ordinairement la partie inférieure des dépôts de sel gemme, avaient depuis longtemps révélé l’existence de grandes formations salines dans cette partie du bord de l’Allemagne ; les nombreux sondages exécutés depuis quarante ans environ ont confirmé, en les précisant, ces inductions théoriques, et montré que le sel forme plusieurs couches distinctes et se rencontre à plusieurs niveaux géologiques. Dans le bassin de la Thuringe on le trouve dans le zechstein et le muschelkalk (Artern et Erfurt) ; dans celui de Magdebourg il est à la base du grès bigarré, où son allure et sa puissance sont encore peu connues, et où il forme au moins deux gisements distincts, comme le montrent les résultats différents obtenus dans les travaux de SchÔningen, Schônebeck, Stassfurt et Anhalt.
- Toutes ces considérations sont résumées dans la coupe (fig. 1 de la planche 316} due h M. Bischof, et qui représente la section nord-sud de l’ensemble du bassin.
- II.—Travaux de recherche.
- Les travaux de recherche commencèrent à Stassfurt en 1839; ils avaient pour but d’atteindre une couche de sel exploitée par voie de dissolution à Schônebeck, et dont la Soole, prise aux sondages 4,6 et 8 (fig. 1) (*), et analysée par M. Steinbeck, présentait la composition suivante :
- Sondage 4. Sondage 6. Sondage 8.
- Chlorure de sodium........ 22,212 \ 25,371 } 24,628 \
- Chlorure de potassium.. . . 0,476 1 0,421 1 0,451 1
- Chlorure de magnésium. . . 0,140 j 23,335 » \ 26,437 0,754 j 26,444
- Sulfate de magnésie....... 0,117 J 0,305 i 0,245 (
- Sulfate de chaux.......... 0,390' 0,340 ) 0,366 /
- Eau....................... 76,665 73,563 73,556
- 100,000 100,000 400,000
- L’existence d’une source salée voisine de Stassfurt permettait d’espérer que la couche de sel se prolongeait jusqu’à ce dernier point, situé à 17 kilomètres seulement au sud des exploitations, et l’on entreprit un sondage pour vérifier l’exactitude de cette supposition.
- Yoici quels furent les résultats de ce travail :
- Sondage de Stassfurt.
- 0 — 26 pieds. Alluvions et cailloux roulés.
- 26 — 170 Argiles rouges micacées.
- 170 — 172 Calcaire gris avec calcaire grenu (roggenstein).
- (*J Nouvelle preuve de la similitude des formations permienne et triasique.
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- 172 — 307 pieds. Argiles ronges avec grès et calcaires rouges.
- 307 — 315 Grès rouge et calcaire gris.
- 315 — 365 • Grès rouge.
- 365 — 370 Argile rouge.
- 370 — 407 Grès rougeâtre.
- 407 — 425 Argiles bleues imprégnées de sel gemme.
- 425 — 431 Calcaire gris.
- 431 — 465 Argile bleuâtre.
- 465 — 510 Grès rouges avec sels de soude.
- 510 — 584 Argiles rouges micacées avec traces de gypse.
- 584 — 592 Gypse blanc (Fraueneis).
- 592 — 650 Grès rouge avec traces de gypse et grès compacte.
- 650 — 789 Anhydrite rayonnée gris et gypse.
- 789 — 820 Argiles grises imprégnées de sel et de gypse.
- 820 —1024 Sels de potasse, de soude et de magnésie.
- Les résultats de la dernière période du sondage, qui annonçaient la présence des sels de potasse, ne furent point accueillis comme ils le seraient aujourd’hui dans des circonstances analogues. Ils révélaient, en effet, un gisement dont la nature était différente de celui de SchÔnebeck, et qui ne répondait pas aux espérances qu’on avait fondées sur lui. Bien plus, on a été plusieurs fois sur le point de renoncer au fonçage, en voyant la proportion de sel contenue dans l’eau saturée (soole) sortant du trou de sonde diminuer à mesure que l’on s’enfoncait. Les eaux retirées vers la fin du travail ne renfermaient plus, en effet, que 16 pour 100 d'un sel présentant la composition suivante :
- Chlorure de sodium................................ 17,15
- Chlorure de potassium.............................. 7,10
- Chlorure de magnésium............................. 62,95
- Sulfate de magnésie............................... 12,80
- 100,00
- Mais comme, d’autre part, les carottes de sondage provenant de la partie inférieure étaient bien du chlorure de sodium sans mélange, on en conclut que la couche de sels impurs n’occupait que la partie supérieure du gisement, et l’on se décida à commencer le fonçage des puits.
- A la même époque à peu près, on faisait un sondage voisin du précédent à Anhalt-Bâremberg, qui donnait, dans l’ensemble, des résultats analogues à ceux obtenus à Stassfurt; les principales différences consistaient, d’après la coupe qu’en donne M. le docteur Reichardt :
- 1° Dans l’absence de la formation du grès bigarré, et la présence du gypse immédiatement au-dessous des terrains modernes ;
- 2° Dans le relèvement notable de la formation saline;
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- 3* Dans l’existence, au-dessus de la couche correspondante à celle de Stassfurt, et entre deux assises d’argiles salifères, d’une deuxième formation saline beaucoup moins puissante, mais présentant les mêmes alternances de sel gemme et de sels déliquescents.
- Cette couche, si le relevé du sondage est exact, ne possède d’ailleurs que de faibles dimensions, ou se compose de lambeaux interrompus, car elle ne paraît pas avoir été retrouvée dans les travaux ultérieurs.
- Le fonçage de deux puits, Manteuffel P' et Von der Heydt P (fîg. 4) à Stassfurt (1853-1857), et peu après de deux autres à Anhalt, dissipa toutes les incertitudes qui pouvaient encore exister sur la constitution du gisement salin, et révéla l’existence d’une couche de sels de potasse destinée à devenir l’objet principal de l’exploitation future. Nous donnons ici la coupe de l’un des puits d’Anhalt et celle du puits Manteuffel à Stassfurt. Le deuxième puits d’Anhalt a donné des résultats identiques au premier, et le puits Von der Heydt ne diffère de celui de Manteuffel que par quelques variations de puissance tout à fait insignifiantes, et une petite irrégularité dans la forme de la couche d’argile qui sépare les deux assises de gypse et d’anhydrite.
- PUITS MANTEUFFEL. PUITS d’aNHALT.
- Puissance* Profondeur. Puissance. Profondeur*
- Alluvions. — Diluvium Grès bigarré, représenté par des attenances de grès rougeâtres, gris et bleuâtres, d’argiles et schistes argileux, de roggenstein et de calcaire compacte gris (hornkalk). L’inclinaison varie de 28° à 42°, le minimum correspon- 9ra 9m 'Jm *Jiu
- dant aux calcaires, le maximum aux argiles Couche irrégulière de schistes argileux rougeâtres avec filets de gypse fibreux, puis anhydrite et gypse fibreux massif (fraueneisj avec de petites veines argileuses à la 192 201 )) »
- partie inférieure Argiles grises bitumineuses imprégnées de chlorure de 61 265 124 131
- sodium, de chlorure de potassium et de gypse 7 272 29 160
- Sels de potasse, de soude et de magnésie 52 324 47 207
- Sel gemme (non traversé). 30 354 27 234
- Il était donc bien démontré qu’il existait à Stassfurt et à Anhalt une formation saline différente de celle qui avait été le but primitif des travaux, et située tout à fait à la base du grès bigarré, au-dessous du roggenkalk; elle occupe ainsi un niveau géologique inférieur à celui de la couche cherchée et peut, par conséquent, se trouver au-dessous de cette dernière à Schônebeck.
- Sa direction est nord 8° ouest; son inclinaison varie de 25 à 37 degrés environ à Stassfurt, et atteint 40 et même 44 degrés à Anhalt. Mais entre ces deux points il doit y avoir une région où cette inclinaison diminue, et peut-être même disparaît
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- entièrement. En effet, les deux mines sont distantes l’une de l’autre de 1,410“ environ, et la ligne qui les joint fait un angle de 22° 30' vers l’ouest avec la direction de la couche (fig. 2) ; les puits d’Anhalt sont donc en retrait de ceux de Stassfurl dans le sens de l’inclinaison de la couche de 1240mXsin. 22°30', soit de 475m. Or, si dans toute la zone comprise entre les deux mines, les couches conservaient une pente moyenne de 30° seulement, le relèvement qui en résulterait à Anhalt serait de 475mXsin. 30°, soit de 237m,50; les couches de sel seraient donc à 100“ seulement de la surface et affleureraient à une distance de 200m environ de ce dernier point. Or la formation d’anhydrite seule arrive au jour à Anhalt, et le sel s’y trouve encore à une profondeur supérieure à 200m, ce qui nécessite entre ce point elStassfurt, soit une faille, soit uneon-dulation dans la direction des couches. La première hypothèse est peu enharmonie avec la constitution du reste du bassin, où l’on n’a point eu jusqu’à présent l’occasion d’observer l’existence de lignes de fracture avec surfaces de gisement. Les petits plissements, si fréquents à l’intérieur de la mine, prouvent, au contraire, que le gisement salin présente une plasticité comparable à celle des schistes, et que les soulèvements ultérieurs y ont produit non des failles, mais des ondulations d’ensemble et des repliements de détail. L’observation directe d’une pente de 20® seulement, à l’est de Stassfurt, a confirmé cette manière de voir, et nous l’avons résumée dans la coupe théorique représentée par la fig. 3.
- Il nous reste un mot à dire sur l’étendue de la formation saline. En ne considérant que la portion du bassin située au sud du relèvement d’Egeln, qui présente de fréquents affleurements d’anhydrite, de tous les points de laquelle s’échappent des sources salées, et sous laquelle nous pouvons, par suite, supposer une couche à peu près continue de sel, nous arrivons à une superficie horizontale qui n’a pas moins de 450 kilomètres carrés. Mais ce chiffre ne donne qu’une indication d’une valeur toute secon-daire pour le gisement de potasse.
- Il est probable, en effet, que la plupart des sources connues proviennent du prolongement de la couche de Schônebeck située, comme on sait, à un niveau géologique plus élevé, et qui manque à Stassfurt, soit à cause de sa discontinuité, soit plutôt par suite du relèvement général du terrain.
- La formation saline, surmontée des sels déliquescents, peut donc avoir des limites différentes de celles du bassin sud, et il nous paraît,en effet, probable qu’elle représente un phénomène local beaucoup plus restreint que ce dernier ; mais il n’est pas impossible non plus qu’elle se prolonge à de grandes distances, et se retrouve au-dessous de la couche de Schônebeck, qui aurait alors pour représentants à Stassfurt le gypse et l’anhydrite superposés aux argiles salifères. Quoi qu’il en soit de ces appréciations théoriques, la seule petite portion voisine de Stassfurt-Anhalt suffit pour assurer à l’exploitation des sels de potasse un avenir que l’on peut considérer, industriellement, comme illimité.
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- CHAPITRE II.
- ÉTUDE DÉTAILLÉE DU GISEMENT SALIN.
- I. — Description des éléments qui le composent.
- Ainsi que nous venons de le voir, on arrêta le fonçage à Stassfurt en plein sel gemme, à une profondeur de 350m à peu près, et, après avoir réuni les puits par quatre galeries de niveau équidistantes, qui servent aujourd’hui de paliers pour les réservoirs de l’épuisement, on commença une galerie à travers banc, à 2m environ au-dessus du fond du puits Von der Heydt.
- La portion de cette galerie dirigée vers le nord est restée constamment dans le sel gemme, sans que, sur toute la longueur du parcours, ce dernier ait sensiblement changé d’aspect ou de composition ; la branche sud, au contraire, allant vers le toit, a rencontré ce dernier à 150mdu puits Manteuffel, après avoir recoupé, dans un ordre inverse de celui du fonçage, la série des sels qui constituent le gisement.
- Ces derniers se réduisent à peu près à six substances principales, savoir : du sel gemme avec des filets minces cl réguliers à'anhydritej un chlorure de sodium impur, légèrement magnésien et déliquescent, auquel on donne le nom à'Abraum salz; une sulfate de magnésie nommé Kieserite; un chlorure double de potassium et de magnésium appelé Carnallite; un chlorure double de calcium et de magnésium nommé Tachydrite; enfin une variété de boracite désignée sous le nom deStassfurtitej il faut y ajouter quelques substances jouant un rôle tout à fait secondaire, telles que laSylvine (chlorure de potassium), la Polyhalite (sulfate de potasse de chaux et de magnésie) et des traces de brome, de cæsium et de rubidium.
- Nous allons exposer succinctement le résultat des principales études dont ces corps ont été l’objet.
- A. Sel gemme et anhydrite.
- Le sel gemme est de beaucoup l’élément le plus important du gisement de Stassfurt ; les galeries à travers banc l’ont recoupé sur une épaisseur correspondant à unepuissance normale voisine de 200“, sans que rien fasse encore supposer le voisinage du mur de la couche, que les évaluations de quelques géologues supposent éloignée de plus de 300m encore.
- Dans toute la portion explorée, le sel présente une grande homogénéité d’aspect et de composition. A part quelques colorations accidentelles et toutes locales, dues à des matières bitumineuses ou à des traces d’oxyde de fer, il est presque entièrement incolore, généralement transparent et d’un blanc de neige après pulvérisation. Il se trouve rarement en cristaux isolés bien nets, mais il présente dans son ensemble une texture franchement cristalline, et est facilement clivable en petit, suivant les faces du cube. En grand, cette dernière propriété, qui serait très précieuse pour l’abatage, disparaît
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- complètement, et il en est de même des indices de stratification, dont l’extrême régularité n’est accusée que par les filets minces de matières étrangères et spécialement d’anhydrite sur lesquels nous reviendrons dans un instant.
- La densité du sel compacte est 2,16, celle du sel cristallin 2,20 ; sa composition est indiquée par les analyses suivantes, faites par MM. Rammelsberg (a) Rendemann et Scholz (6, c, d).
- a b c d
- Chlorure de sodium 97,55 98,73 98,42 98,72
- Chlorure de magnésium. . . . tr. 0,24 0,24
- Chlorure de potassium tr. tr. tr.
- Chlorure de calcium tr. 0,53 0,04
- Sulfate de potasse 1,01 » » »
- Sulfate de soude 0,43 » » »
- Sulfate de magnésie 0,23 » » ))
- Sulfate de chaux 0,48 0,27 0,99 0,35
- 99,70 99,00 100,18 99,35
- Ces analyses montrent l'extrême pureté de ce sel ; malgré cela, il est impropre aux usages domestiques, parce qu’il est mélangé à de petites veines d’anhydrite que l’on a séparées pour l’analyse, mais dont on ne peut se débarrasser industriellement dans l’exploitation.
- Ces veines, dont l’épaisseur atteint 7 millimètres au plus, jouent un rôle considérable dans le massif de sel gemme; intercalées régulièrement dans le dernier, elles en dessinent, ainsi que nous l’avons déjà dit, les surfaces de stratification, et le découpent en bandes ayant 3 à 16 (en moyenne 9) centimètres d’épaisseur normale.
- La surface supérieure de ces veines est lisse et unie, leur surface inférieure, au contraire, inégale et rugueuse, et il s’en sépare même de petits rameaux qui traversent irrégulièrement le sel gemme sous-jacent.
- Elles sont constituées par de petits cristaux de sulfate de chaux anhydre, cimentés par du chlorure de sodium que l’on peut en séparer par dissolution dans l’alcool étendu. L’anhydrite spongieuse restante forme, d’après M. Bischof, en moyenne, les 44 centièmes du poids total.
- En calculant, d’après cela, la proportion de ce corps renfermé dans le massif salin, on trouve environ 4 pour 100, résultat vérifié par la composition moyenne du sel gemme après triage.
- Ces cordons d’anhydrite se retrouvent avec les mêmes caractères, sauf une régularité moindre, et une plus grande pauvreté en sel, dans le bassin d’Erfurt; ils ont été remarqués depuis longtemps par les ouvriers, qui leur ont donné le nom de Jahrringe (anneaux d’années), dénomination expressive, impliquant une hypothèse géogénique sur laquelle nous reviendrons plus tard.
- Tome XII. — 64e année. 2e série. — Mars 1865.
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- Enfin mentionnons encore dans le sel gemme la présence de petites bulles, visibles, à l’œil nu, d’un gaz qui paraît également remplir les fissures et les cavités accidentelles des couches, et qui se trouve surtout dans les sels déliquescents, à la partie supérieure du gisement. Analysé par M. Bischof, ce gaz a présenté en volume la composition
- suivante :
- Hydrogène carboné...................................... 8b
- Acide carbonique........................................ 3
- Air atmosphérique..................................... 12
- 100
- Sa présence, comme celle de l’anhydrile, est d’une grande importance pour l’étude de la formation du bassin.
- B. Sei gemme impur (Abraum salz).— Polyhalile.
- VAbraum salz (sel de rebut) n’est pas un composé défini ; il ne diffère du sel gemme pur, auquel il passe par transitions insensibles, que par la présence d’un peu de chlorure de magnésium, substitué moléculairement au chlorure de sodium, et dont la proportion croît, en allant vers le toit, de 0,40 à 3,20 p. 100. Ses caractères distinctifs sont : une saveur amère et une légère déliquescence dues au sel de magnésie et croissant avec lui, un éclat gras, parfois un peu nacré ; enfin une transparence et une cristallinité moindres que celles du sel gemme pur. Comme dans ce dernier, la stratification y est indiquée par de petites couches d’anhydrite de 2,5 à 3 centimètres de puissance moyenne ; seulement, à mesure que l’on s’élève dans le gisement, le sulfate de chaux simple est accompagné, puis remplacé avec les mêmes particularités de structure, par un composé plus complexe, la polyhalile, sulfate multiple de chaux, de potasse et de magnésie.
- Ce sel, ayant une densité de 2,70, un éclat mat et une couleur gris clair, présente la composition suivante :
- Sulfate de chaux......................................... 42,64
- Sulfate de magnésie....................................... 19,76
- Sulfate de potasse....................................... 27,90
- Eau....................................................... 5,75
- Chlorure de sodium (accidenté)............................ 3,49
- 99,54
- Ces chiffres correspondent à la formüle connue de la polyhalile cristallisée :
- 2 Ca O SCE + MgO SO -J- KO SO3 2HO.
- Réunie à l’anhydrile, la polyhaliîe représente à peu près 7,30 p. 100 de la masse
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- totale du sel impur qui renferme alors, en moyenne, seulement 91*92 p. 100 de chlorure de sodium.
- Dans cet état, le sel ne peut plus être consommé même par les animaux, et devient également impropre à la fabrication de la soude artificielle. Aussi n’est-il l’objet d’aucune exploitation dans la mine, et utilise-t-on pour remblais les faibles quantités de cette substance abattues par le percement des galeries de roulage.
- C. Kieserite.
- La kieserite (sulfate de magnésie hydraté) est une substance amorphe, d’un blanc grisâtre, demi-transparente, et qui se trouble et s’altère promptement à l’air, en se transformant partiellement en carbonate. Elle est toujours mélangée dans le gisement à une petite proportion de chlorure de magnésium, qui lui communique une déliquescence qu’elle ne possède pas à l’état de pureté.
- Mise en présence de l’eau, elle s’hydrate, puis se dissout lentement (après agitation prolongée pendant plusieurs jours) dans la proportion de 40,9 de sel pour 100 parties d’eau à 18° 3/4.
- Entièrement débarrassée des chlorures imprégnants et de l’eau qu’ils tendent toujours à absorber, elle a pour composition, d’après M. Bischof :
- . Oxygène.
- Acide sulfurique 58,07 34,83
- Oxyde de magnésium 29,03 11,61
- Eau 12,90 11,61
- 100,00
- Ces chiffres correspondent à la formule
- S O’ M</0 + HO.
- La kieserite forme, dans les parties supérieures du gisement, de petites couches continues et régulièrement stratifiées, mais en général plus épaisses (3 à 35 centimètres) et moins symétriquement intercalées que les cordons d’anhydrite et de polylialite.
- Elle était jusqu’à ces derniers temps sans emploi, et doit toujours être séparée des sels de potasse, d’abord approximativement par un triage à la main soigné dans l’intérieur de la mine, ensuite d’une manière plus complète à l’usine par voie de dissolution.
- D. Carnatlile. — Sylvine.
- La carnallite (chlorure double de potassium et de magnésium) est, après le sel gemme, l’élément le plus abondant de la formation saline; sa richesse en potassium
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- en fait la substance essentielle du gisement, celle qui a reçu jusqu’à ce jour les plus nombreuses et les plus importantes applications industrielles.
- Elle a été été étudiée et analysée, pour la première fois, par M. Henri Rose, qui en signala aussitôt l’importance, et fît apprécier ainsi à sa véritable valeur le gisement, si peu estimé jusqu’alors, des sels déliquescents.
- Trois échantillons de sel pur, dont deux (a et 6), de couleur rouge, et un troisième (c), d’un gris pâle presque transparent, lui donnèrent :
- a b c
- Chlorure de potassium 24,27 24,27 27,43
- Chlorure de calcium 2,62 3,01 »
- Chlorure de sodium 5,10 4,55 0,23
- Chlorure de magnésium 31,46 30,51 35,03
- Sulfate de chaux 0,84 1,16 1,14
- Oxyde de fer 0,14 0,14 »
- Eau et pertes 35,57 36,36 36,17
- 100,00 100,00 100,00
- Depuis lors la carnallite a été l’objet de nombreuses éludes; nous mettrons en parallèle, avec les analyses précédentes, celles des substances que l’on obtient industriellement dans l’exploitation, savoir : a, le sel exceptionnellement riche provenant des couches épaisses de carnallite, b, le sel de bonne qualité obtenu par triage à la main dans la mine.
- a b
- Chlorure de potassium 21,80 19,73
- Chlorure de sodium 7,95 15,67
- Chlorure de magnésium 29,53 27,70
- Sulfate de potasse Silicate de magnésie et d’alumine, sable et acide 10,20 10,10
- borique 1,20 0,15
- Carbonate de magnésie » 1,50
- Eau et perles 29,32 25,15
- 100,00 100,00
- Enfin signalons l’analyse faite, pour obtenir la composition théorique du sel, par
- M. Reichardt, sur un échantillon très-pur, à peine coloré en rose pâle, et d’une trans-
- parence presque parfaite : Expérience. Calcul.
- Potassium 9,458 » . , . .
- Sodium (accidentel). 2 359 1 ^olassilim équivalent. 13,441 14,068
- Magnésium 8,588 8,884
- Chlore 38,459 38,234
- Eau et pertes. . . . 41,136 38,814
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- Ces chiffres correspondent à la formule
- KCi + ZMgCl + 12HO.
- La carnallite est donc un chlorure double de potassium et de magnésium hydraté, dans lequel une petite fraction du potassium peut être remplacée par du sodium.
- Son aspect extérieur offre beaucoup d’analogies avec celui du sel gemme; comme ce dernier, elle cristallise dans le premier système, est transparente et incolore à l’état de pureté parfaite, présente la texture grenue ou cristalline, et est entièrement et facilement soluble dans l’eau ; elle s’en distingue par un éclat un peu moins vitreux, un clivage beaucoup moins net, une solubilité plus grande, et surtout une extrême déliquescence. Quelques minutes d’exposition à l’air suffisent pour en humecter la surface; une heure ou deux pour en faire suinter une quantité notable de liquide. Mise en présence d’une quantité d’eau insuffisante pour la dissolution complète, elle se dédouble presque exactement en donnant les chlorures simples de potassium et de magnésium, dont le dernier seul se dissout.
- La carnallite est l’élément principal de la partie supérieure du gisement salin ; elle y forme, comme toutes les substances qui le composent, des assises d’épaisseur variable, parfaitement stratifiées, alternant avec des couches généralement moins puissantes de sel gemme et de kieserite.
- Ces assises sont elles-mêmes subdivisées en petits lits réguliers, présentant des colorations diverses, mais toujours uniformes pour chacun d’eux : on en trouve quelquefois, mais rarement, qui sont presque entièrement incolores ; d’autres sont colorés en gris bleuâtre par un peu de matières bitumineuses, mais le plus grand nombre est teinté en rose ou même en rouge assez intense par de l’oxyde de fer. Ce dernier se trouve intercalé dans la masse, en écailles extrêmement minces, qui paraissent alignées suivant des surfaces planes, et donnent au sel un aspect irisé comparable à celui de l’aventu-rine. Séparé par lavage, il présente, au microscope, la forme de petites tables rhom-biques ou hexagonales, difficilement solubles dans les acides, ayant une densité de 3,15 et une coloration qui varie du jaune-brun au rouge vif. M. Bischof paraît admettre que cet oxyde s’est formé à l’état d’hydrate, et qu’il a perdu lentement son eau de combinaison sous l’influence du temps.
- Comme produit accessoire intercalé dans la carnallite, citons encore la sylvine, chlorure de potassium pur, qui se trouve surtout à Anhalt, où il forme des rognons dont le poids atteint quelquefois 3 kilogr.
- Cette substance n’était guère connue jusqu’ici, que comme produit volcanique au Vésuve, et comme rareté minéralogique dans les mines du Salzkammergut; elle paraît avoir été produite, en grande partie, postérieurement à la formation du bassin.
- On observe, en effet, que, chaque fois qu’on abandonne longtemps à l’air, soit dans la mine, soit surtout dans les usines, une quantité notable de carnallite, il y a absorption de l’humidité atmosphérique par le sel déliquescent, dédoublement de ce
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- dernier, dissolution incessante de chlorure de magnésium dans la petite quantité d’eau condensée, enrichissement croissant de la partie supérieure en sel de potasse, et finalement production de sylvine.
- Ces réactions expliquent la fréquence plus grande de la sylvine dans la mine d’Anhalt, et, en général, la richesse supérieure de cette dernière en chlorure de potassium. Elle est située, en effet, à un niveau topographique beaucoup plus élevé que celle de Stassfurt, où, par contre, la magnésie se trouve en plus forte proportion.
- A l’appui de ces considérations, nous mentionnerons l’analyse d’une eau d’infiltration d’un débit faible, mais constant, que l’on a rencontrée dans la galerie qui longe le toit de la formation saline, et qui a évidemment pour effet de transporter le magnésium, parallèlement à la stratification, vers les points où les sels déliquescents se rencontrent à une plus grande profondeur.
- Sulfate de chaux. ....... 1,517 »
- Sulfate de magnésie 0,031 »
- Sulfate de soude 0,06
- Chlorure de potassium 0,427 »
- Chlorure de sodium 3,691 2,47
- Chlorure de magnésium. . . . . . 24,370 32,50
- Bromure de magnésium. . . . 0,581 0,04
- Eau et pertes . . 69,383 64,93
- 100,000 100,00
- E. Tachydrite.
- La tachydrite (chlorure double de calcium et de magnésium) est un corps d’une déliquescence extrême, dont la couleur varie du jaune de cire au jaune de miel, et qui, bien que toujours amorphe, présente deux faces de clivage assez nettes.
- C’est la plus soluble de toutes les substances qui composent le gisement, et 100 parties d’eau suffisent pour en dissoudre 160 de sel à 18° 3/4. Celte dissolution semble accompagnée d’une combinaison partielle des deux éléments, car, même en présence de quatre fois son poids d’eau, la tachydrite donne une élévation de température de 7“ 1/4 5 la sylvine, la carnallite et le sel gemme développent, dans les mêmes circonstances, des abaissements de température respectifs de 11° 1/2, 1° 3/4 et 2°.
- La tachydrite se présente sous forme de petites veines minces et rares intercalées dans la carnallite et la kieserite, à la partie supérieure du gisement, et spécialement à une distance de 10-15 mètres du toit.
- Analysée par M. Rammelsberg, elle a donné
- Observé. Calculé.
- Calcium 7,46 7,79
- Magnésium ...... 9,51 9,29
- Chlore. 40,34 41,16
- Eau et pertes 42,69 41,76
- 100,00
- 100,00
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- J 59
- Ces chiffres répondent à la formule
- Ca Cl + 2Mg Cl + 12HO
- et montrent que la tachydriteest un sel entièrement analogue à la carnallite, dont elle ne diffère que par la substitution du calcium au potassium. C’est, jusqu’ici, une curiosité minéralogique.
- F. Siassfurlile.
- La siassfurlile (variété de boracite) est une substance blanche d’un éclat très-vif au sortir de la mine, mais qui se ternit et devient mat au contact de l’air, d’une densité qui varie de 2,91 (Reichardl) à 2,67 (Bischof), d’une dureté comprise entre 4 et 5, et d’une cassure tantôt unie, tantôt écailleuse. Elle paraît entièrement amorphe à l’œil nu, mais au microscope on voit qu’elle est formée par l’agglomération de petits cristaux prismatiques 5 elle est presque entièrement insoluble dans l’eau, mais la carnallite à .aquelle elle est mélangée, et surtout le chlorure de magnésium dont elle est imprégnée, dans une proportion de 5 à 15 p. 100 (le minimum correspondant à Anhalt, le maximum à Stassfurl), lui communiquent une déliquescence presquejaussi grande que celle de la tachydrite. Cette dernière circonstance apporte des difficultés très-grandes h son analyse, et est la cause des divergences existant entre les formules que lui donnent les différents chimistes.
- M. Ludwig considère le chlorure de magnésium hydraté que l’on y découvre comme faisant tout entier partie intégrante de la substance ; M. Sievert et Heintz pensent qu’outre le chlorure combiné il y a une forte proportion de chlorure mélangé que l’an peut enlever par lavage, et font la séparation de telle sorte qu’il reste une boracite hydratée ; enfin M. Bischof obtient, par lavages prolongés et dessiccation à 100°, un sel entièrement anhydre, identique à la boracite de Lunebourg, dont la stassfurtite ne serait alors qu’une variété dimorphe.
- Voici les analyses sur lesquelles ces chimistes basent leurs opinions respectives :
- Ludwig. Heintz et Sievert. Bischof.
- Borate de magnésie 82,34 87,61 89,39
- Chlorure de magnésium 11,73 10,42 10,61
- Eau 5,93 1,97 »
- 100,00 100,00 100,00
- Ces chiffres correspondent aux trois formules :
- MM. Ludwig.............. 5 (3 M^O, 4 BoO3 + HO) + 3 (MgCl -p HO);
- Heintz et Sievert. . . 2(3MÿO, 4Bo O’) + M^ Cf + HO;
- Bischoff........... 2 (3 MgO, 4 Bo O5] + Mg CL
- La stassfurtite se présente, dans les parties supérieures du gisement, sous deux aspects bien distincts : tantôt elle forme de petites couches très-minces régulièrement stra-
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- tifiées, mais peu continues; tantôt, et bien plus souvent, elle affecte la forme de rognons ou de boules sensiblement sphériques ayant de 3 à 30 centimètres de diamètre. Ces boules sont rarement homogènes et massives ; elles sont, au contraire, généralement creuses et remplies d’un noyau concentrique de carnallile, qui lui-même est quelquefois découpé en petits segments par des feuillets minces et parallèles de boracite. Elle présentent alors dans leur cassure un aspect extrêmement pittoresque, dû autant à leur forme qu’au contraste entre le blanc vif de la stassfurtite, et la nuance rosée avec transparence parfaite de la carnallite.
- Comme la tachydrite, la stassfurtite est jusqu’à présent une curiosité minéralogique sans emploi. On compte cependant en tirer parti pour la fabrication du borax, et déjà plusieurs offres ont été faites dans ce sens à la direction des salines ; mais le peu de régularité dans l’apparition de cette substance, et sa faible production annuelle dans la mine (10 tonnes au plus) n’ont pas permis, jusqu’à présent, de donner suite à ces propositions.
- Nous aurons à revenir plus tard sur le mode de formation de la stassfurtite, dont la présence fournit un renseignement précieux sur l’origine du gisement salin tout entier. *
- II. — Groupement des divers sels dans le gisement.
- Les différentes substances que nous venons de décrire forment, ainsi que nous l’avons fait observer plusieurs fois déjà, des couches stratifiées, parfaitement régulières dans leur forme, leur direction, leur puissance et leur composition, et dont les variations se réduisent à quelques changements accidentels dans les épaisseurs et à des plissements de détail embrassant 5 à 6 mètres au plus.
- Elles se succèdent également dans un ordre déterminé, qui permet de les réunir en quatre groupes principaux, définis plutôt par leur allure moyenne que par leurs limites, et de diviser ainsi le gisement en quatre zones correspondantes :
- Première zone. — Groupe du sel gemme pur.
- La première zone comprend toute la formation du sel gemme pur, qui occupe la partie inférieure et de beaucoup la plus considérable du gisement. Elle ne renferme que du chlorure de sodium avec des filets minces et réguliers d’anhydrite formant les quatre centièmes de la masse totale. Sa puissance est encore inconnue, la plus grande épaisseur normale traversée jusqu’ici (automne 1864), sans indice aucun de l’approche du mur, étant 150 mètres.
- Deuxième zone.—Groupe du sel gemme magnésien{Abraum salz).
- La deuxième zone embrasse la formation du sel gemme magnésien [Âbraum salz), qui se distingue assez nettement du sel gemme pur (auquel il passe par transition
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- insensible), dès qu’il renferme 0,5 p. 100 de chlorure de magnésium. Il présente alors une déliquescence et une saveur amère qui font renoncer à son exploitation, et fixent ainsi pratiquement à cette zone une limite inférieure nettement tranchée.
- Les filets d’anhydrite sont accompagnés, puis remplacés par des cordons de poly-halite, qui elle-même diminue de nouveau à la partie supérieure de la zone, pour faire place aux premières couches de kieserite.
- En prenant pour limite supérieure les points où la kieserite se substitue à la polyha-lite, et où le sel gemme a acquis sa teneur maximum en magnésium, on arrive, pour cette deuxième zone, à une puissance normale de 30 mètres environ.
- D’après le docteur Steinbeck, les divers éléments qui la composent y sont groupés de la manière suivante :
- Depuis la limite inférieure jusqu’à 40 pieds Chlorure de sodium» Anhydrite* Polyhalite. Chlorure de magnésium,
- (comptés parallèlement à la galerie).. . 92,10 1,47 6,05 0,38
- Id. de 40 pieds à 80. . . 90,32 )) 8,97 0,61
- Id. 80 — 120. . . 91,77 0,12 6,74 1,37
- Id. 120 — 160. . . 90,48 1,08 6,15 2,29
- Id. 160 — 200. . . 91,21 0,64 5,23 2,92
- En moyenne 91,20 0,66 6,63 1,51
- Troisième zone. — Groupe de la kieserite.
- Cette zone, qui forme en quelque sorte la transition entre les deux groupes encaissants, présente une constitution assez complexe. A sa partie inférieure on observe encore un peu de sel gemme magnésien, mais l’importance de ce dernier diminue rapidement, et l’ori retrouve des veines de chlorure de sodium pur, le magnésium étant condensé surtout dans la kieserite, dont l’importance augmente rapidement. Bientôt apparaît la carnallite, d’abord mélangée aux autres sels de manière à constituer un composé homogène renfermant :
- Carnallite................ 44,4 soit 1 équivalent.
- Kieserite................... 25,1 2 —
- Anhydrite................. 30,5 3 —
- puis isolée, et formant des couches dont le nombre et l’épaisseur vont rapidement en croissant. Vers le milieu de cette zone, la kieserite acquiert son importance maximum, et l’on en trouve, à 56 mètres du toit, une couche de 40 centimètres environ. Au delà de ce point elle diminue de nouveau, et avec elle aussi le sel gemme dont elle est presque toujours entourée. Enfin, à la partie supérieure apparaît la stassfurlite, d’abord en petites veines discontinues de 1 à 3 centimètres, puis en rognons sphériques généralement zonés. ... .V -
- Tome XII. — 64“ année. 2* série. — Mars 1865.
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- La composition moyenne de ce groupe peut être définie approximativement de la manière suivante :
- Partie inférieure. Partie supérieure. Moyenne.
- Carnallite et chlorure de magnésium. 5 45 16
- Sel gemme et abraum salz . 85 36 65
- Kieserite. 10 18 17
- Anhydrite 3 1 2
- Stassfurtite.. , » 0,3 0,1
- A la partie supérieure, cette zone passe insensiblement à la suivante, dont elle ne se distingue guère que par une différence dans la proportion des éléments qui la composent j aussi, faute de ligne de démarcation lithologique, nous lui donnerons comme limite celle que l’on assigne à l’exploitation, cette dernière étant concentrée tout entière dans le groupe suivant. Cette hypothèse donne à la troisième zone une épaisseur normale de 25 mètres environ.
- Quatrième zone.— Groupe de la carnallite.
- Ce groupe, étant le siège de l’exploitation des sels de potasse, est celui qui présente l’intérêt industriel le plus puissant. Il n’est pas moins remarquable au point de vue minéralogique, car on y rencontre la presque totalité des sels qui composent le gisement : la carnallite, le sel gemme, la kieserite, la tachydrite, la stassfurtite et la sylvine.
- Ces substances y présentent les caractères suivants :
- La carnallite est de beaucoup l’élément dominant, et affecte la forme de couches d’une épaisseur croissante, généralement rouges à la partie inférieure de la zone, et grises vers le toit. A 18 mètres de ce dernier, on en trouve une qui n’a pas moins de 2 mètres d’épaisseur ; c’est la plus puissante de tout le groupe.
- Les autres sels jouent un rôle secondaire :
- Le sel gemme est en bandes minces, pures, incolores et transparentes ayant quelques centimètres seulement de puissance.
- La kieserite, enclavée tantôt dans la carnallite, tantôt dans le sel gemme, ne dépasse plus guère 6-8 centimètres, et diminue graduellement à mesure qu’on s’élève dans le gisement.
- La stassfurtite ne se rencontre plus qu’exceptionnellement en couches, et affecte surtout la forme de boules généralement disposées en zones.
- La tachydrite se présente en petits filets minces, rares et discontinus de 1 à 2 centimètres au plus, et presque entièrement condensés dans les parties tout à fait voisines du toit.
- Enfin la sylvine forme, tout à fait à la partie supérieure, quelques rognons de faibles dimensions, plus fréquente à Anhalt qu’à Stassfurt.
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- Nous obtenons ainsi pour la composition moyenne de la quatrième zone :
- Carnallite et chlorure de magnésium....................... 60
- Sel gemme. . ..............................;............. 25
- Kieserite................................................. 15
- Stassfurtite et tachydrite................................ 0,1
- Enfin, d'après ce qui précède, le gisement tout entier, limité aux portions explorées jusqu’à ce jour, peut être défini à Stassfurt de la manière suivante :
- Constitution géologique» Épaisseur en mètres.
- Sel gemme......................... . 174,5
- Anhydrite et polyhalite............. 8,2
- Carnallite et chlorure de magnésium................................. 19,0
- Kieserite................... 8,5
- Stassfurtite et tachydrite.......... 0,04
- Composition chimique.
- Chlorure de sodium......... 85,82
- Sulfate de chaux.............. 4,88
- Sulfate de magnésie......... 4,70
- Sulfate de potasse. ....... 0,40
- Chlorure de magnésium.. . . . 2,52
- Chlorure de potassium......... 1,67
- Chlorure de calcium et borate de magnésie...................... 0,02
- 100,00
- CHAPITRE III.
- EXPLOITATION DU GISEMENT SALIN.
- I. — Mode d’exploitation. — Abatage.
- Nous venons de voir que l’exploitation du gisement de Stassfurt était concentrée tout entière dans les deux zones extrêmes de la formation saline, correspondant, l’une au sel gemme pur, l’autre à la partie la plus riche en carnallite.
- Grâce à la grande régularité d’allure des différentes couches qui les composent, on a pu employer, dans ces deux zones, un mode de travail sensiblement uniforme, d’une simplicité extrême, et qui se réduit, jusqu’à ce jour, à un traçage régulier, installé à un niveau unique.
- Profitant, en effet, de la puissance exceptionnelle et de l’inclinaison du gisement, on a relié les deux puits Manleuffel et Von der Heydt par une galerie située à 350 mètres environ au-dessous de la surface du sol, et se dirigeant horizontalement à travers banc, de manière à recouper le champ d’exploitation du sel gemme par la branche allant vers l’est, et celui de la carnallite par le rameau occidental. La première a été arrêtée, sans avoir atteint le mur de la formation saline, à 240 mètres du puits Von der Heydt, l’autre a rencontré les argiles schisteuses du toit à 75 mètres environ du puits Manleuffel. A ce niveau, les sels impurs constituant les zones centrales inexploitées se trouvent dans le voisinage même des puits, et marquent ainsi une délimitation nette entre les deux champs de travail : celui du sel gemme est relégué à la droite, celui de la carnallite à la gauche des puits qui les mettent en relation avec le jour,
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- L’exploitation du sel gemme est de beaucoup la plus régulière; elle est encadrée par une série de galeries d’allongement, dirigées à peu près N. S, et dont deux seulement sont exécutées jusqu’à ce jour : la première, située à 36 mètres du puits Von der Heydt, a une longueur de 280 mètres; la seconde, placée 120 mètres plus loin, présente un développement beaucoup moindre. On en percera une troisième, lorsque la galerie à . travers banc aura préalablement atteint une longueur suffisante pour permettre de l’installer à 120 mètres de la seconde.
- Dans la carnallite on a exécuté un traçage analogue, et recoupé le massif des sels déliquescents par deux galeries d’allongement moins régulières que les précédentes, et situées, l’une au toit même de la couche, l’autre à 30 mètres environ de ce dernier. Elles ont atteint chacune un développement de près de 400 mètres aujourd’hui, et sont poussées activement à leurs deux extrémités. .
- Les grands massifs, délimités dans les deux champs de travail par ce premier traçage, sont ensuite recoupés par une série de galeries d’abatage, entre lesquelles on réserve des piliers solides. Ces galeries avaient, dans l’origine, 6 mètres de largeur seulement et les piliers 8. Bientôt on adopta, dans le sel gemme, des dimensions inverses, et tout récemment on donna, à quelques-unes d’entre elles, une largeur trois fois plus grande, en abattant le massif qui séparait deux galeries contiguës, sans qu’il soit résulté de cette augmentation aucun inconvénient pour la solidité du toit.
- Dans la carnallite, la résistance beaucoup moindre des sels déliquescents oblige à maintenir à peu près les dimensions primitives, et, aujourd’hui encore, on donne aux piliers qui vont jusqu’à la limite du gisement la forme de trapèzes ayant 8 mètres d’épaisseur à la partie voisine du toit et 6 vers la galerie de roulage ; les galeries d’abatage ont les dimensions inverses, 6 mètres au toit et 8 à l’autre extrémité.
- Ces nombres impliquent par eux-mêmes l’absence de tout boisage dans l’intérieur de la mine.
- Le percement de toutes ces galeries s’exécute d’une manière uniforme, en pratiquant d’abord, dans l’axe du travail projeté, un petit boyau d’un mètre de large sur 2 de haut, et en élargissant ensuite ce dernier en une seule fois jusqu’aux dimensions normales-, l’abatage, dans le sens de la hauteur, se fait par gradins renversés dans le sel gemme, par gradins droits dans la carnallite, différence qui provient de la position de la galerie de roulage dans cette dernière, et qui est sans influence sensible sur le prix de revient.
- Pendant un certain temps, on avait le projet de modifier ce mode de travail, et de dépiler entièrement la zone, relativement étroite, où la carnallite exploitable était concentrée. Le traçage aurait alors été entièrement supprimé, et tout le sel compris entre deux galeries de roulage enlevé à l’aide de trois chantiers, simultanément en activité, et en retrait les uns sur les autres dans le sens de l’épaisseur. Des remblais, fournis par le sel impur et les rebuts du triage, seraient venus combler les vides de l’exploitation. Mais un effôndrement, suivi d’infiltrations, qui s’est produit dans la galerie de roulage
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- relativement étroite qui longe le toit, et qui a nécessité un boisage très-solide, a montré que les sels déliquescents et les schistes superposés n’offraient pas une solidité suffisante pour permettre cette innovation, et le dépilage a été provisoirement ajourné.
- Le travail lui-même ne présente, dans la carnallite comme dans le sel gemme, aucune particularité digne d’être mentionnée, si ce n’est peut-être une régularité rarement réalisable dans les exploitations de ce genre.
- Il se fait tout entier à la poudre.; les lignes de stratification ne paraissent avoir aucune influence sur la direction des coups de mine, dont la longueur varie de 0m,35 à 1 mètre et même au delà. La quantité de poudre consommée a été, en moyenne, pendant le mois de janvier 1863, de 1 kil. pour trois tonnes de sel abattu ; son acquisition est tout entière aux frais des ouvriers, ainsi que l’entretien de leurs outils.
- Tous les travaux sopt entrepris à forfait; les prix moyens, pendant le mois de jan-
- vier 1863, ont été :
- Thalers* Fr.
- Dans le sel gemme. . . 15 1/2 par lachter cube en petites galeries, soit. 7,25 par m3.
- Id. .. 3 1/2 — en gradins (renversés). . 2,55 —
- Dans la carnallite. . . . 10 1/2 — en petites galeries. . . . 4,95 —
- Id. ..5 1/3 — en gradins droits 2,65 —
- II. — Triage, roulage, extraction.
- Le triage se fait à l’intérieur de la mine même ; il n’a qu’une faible importance pour le sel gemme, mais doit être extrêmement soigné pour la carnallite. Aussi le nombre d’ouvriers employés à ce travail, dans les deux champs d’exploitation, varie-t-il dans le rapport de 1 à 3 pour une même quantité de sel extrait. Les parties abandonnées restent dans les galeries et sont utilisées, le cas échéant, comme remblais ; elles s’élèvent, dans les sels déliquescents, à Stassfurt au tiers, à Anhalt au cinquième seulement des matières abattues, et contiennent encore, en moyenne, de 7 à 8 p. 100 de chlorure de potassium.
- Le sel trié renferme alors 0,65, 0,70 de son poids environ de carnallite pure, ce qui lui donne, à Stassfurt, une richesse moyenne de 15 à 18 p. 100, et à Anhalt de 17 à 20 p. 100 en chlorure de potassium.
- Le transport intérieur se fait dans des waggons mobiles autour d’un axe vertical comme les chiens de mine, et pouvant contenir 650 kil. ; toutes les galeries de roulage sont munies de rails écartés de 0m,80, et ont une pente de 1/150 vers le puits Man-teuffel.
- Le nombre total des ouvriers employés dans la mine était de 251 en janvier 1863 : ils se répartissaient de la manière suivante :
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- ART DES MINÉS.
- Ouvrier* employés.
- Dans les chantiers d’abatage du sel gemme................................... 82
- — de la carnallite.............................. 36
- Dans les petites galeries (sel gemme et carnallite).......................... 20
- Au triage du sel gemme.................................... 22
- — de la carnallite. .............................................. 30
- A l’entretien des galeries ( rails, etc.). ........................... 13
- Au roulage et à la recette intérieure. . . ............................. 45
- Aux pompes............................................................ 3
- 251
- Ils restent dix heures dans la mine, entrent et sortent par des bennes guidées, placées dans un compartiment du puits d’épuisement, et mues par une machine spéciale de 30 chevaux.
- On leur garantit une paye journalière de 16 ngr, soit 2 fr. La plupart d’entre eux gagnent 20 à 25 ngr, soit 2 fr. 50 à 3 fr., et même davantage.
- Extraction.— L’extraction se fait par le puits Manleuffel dans des waggons en tôle, placés par groupes de deux dans des cages doubles, guidées; munies de parachutes à excentriques, et reçues au jour à deux places d’accrochage 'correspondantes, situées verticalement à 2 mètres l’une de l’autre. Les câbles sont très-soignés ; ils ont une âme en chanvre et sont à 24 brins en fil de fer de première qualité, goudronnés isolément.
- La machine d’extraction, forte de 150 chevaux, est horizontale, à détente, mais sans condensation.
- Les vastes dimensions des galeries permettent de ne pas subordonner l’extraction à l’abatage ; ce fait est d’une grande importance pour la carnallite, qui, vu son extrême déliquescence, ne pourrait pas être conservée en magasin, tandis qu’elle peut séjourner sans trop d’inconvénients quelques jours dans la mine.
- On n’en extrait donc, chaque jour, que rigoureusement la quantité correspondant à la consommation des usines ; la proportion de sel gemme extraite est déterminée par cette même condition, et diminue par suite à mesure que l’exploitation se développe.
- Voici quelques chiffres qui feront comprendre l’importance de cette extraction :
- Carnallite. Sel gemme.
- Année 1861 4,350 tonnes. 5,150 tonnes.
- Année 1862......... 17,250 — »
- Janvier 1863 3,290 — »
- Année 1863, tout entière. . 40.000 — 42,500 —
- Premier trimestre 1864. . . 15,000 — »
- Dans le duché d’Anbalt, où les conditions géologiques des gisements et l’installation de la mine reproduisent, presque trait pour trait, celles de Stassfurt, la production de
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- la carnallite s’est accrue plus rapidement encore : elle a atteint 18,000 tonnes dans le premier trimestre 1864, tandis que celle du sel gemme; limitée par la consommation du petit-duché, est restée sensiblement constante, et s’élève annuellement à 1,500 tonnes environ seulement.
- La production totale des deux mines, pendant l’année 1864, a été :
- Carnallite.., . . .............. 125,000 tonnes.
- Sel gemme....................... 50,000 —
- III. — Épuisement. — Aérage.
- L’épuisement ne joue, à Stassfurt, qu’un rôle tout à fait secondaire, le volume des eaux d’infiltration dans la mine ne s’élevant pas au-dessus de 0“3,3 par minute; malgré cela, on a installé, pour la sécurité de la mine, sur le puits Yon der Heydt, une belle machine d’épuisement à simple effet, à traction directe et à haute pression, de la force de 200 chevaux. Elle ne fonctionne que pendant quelques heures chaque nuit, et amène les eaux à l’étage supérieur des pompes ; de là elles sont élevées au jour par une petite machine installée sur un puits spécial (Hülfschacht, P", fig. 4).
- Vaérage n’a également qu’une importance tout à fait secondaire ; on a simplement établi, au-dessus d’une des grandes galeries d’allongement, un petit boyau servant au retour de l’air; celui-ci entre alors dans la mine par le puits d’extraction et en ressort par le puits d’épuisement, après avoir circulé à travers les travaux. Les appréhensions, fort légères d’ailleurs, causées pendant quelque temps par le faible dégagement du gaz hydro-carburé dont nous avons parlé plus haut, et qui se rencontrait surtout dans la zone des sels déliquescents, se sont promptement dissipées, et l’aérage de la mine suffit pour en assurer, sous ce rapport, la parfaite salubrité.
- Le nombre des ouvriers employés, en 1863, aux travaux du jour était de 53,
- répartis comme il suit :
- Machinistes............................ 12
- Chauffeurs.............................. 8
- Rouleurs et receveurs. ................ 21
- Menuisiers, forgerons, etc....... 10
- 51
- Le nombre total des ouvriers de la mine était donc de 304; il a peu varié depuis cette époque.
- CHAPITRE IV.
- PRÉPARATION MÉCANIQUE DES MATIÈRES EXTRAITES.
- I. — Sel gemme.
- Le sel gemme subit, au sortir de la mine, une préparation mécanique extrêmement
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- l'«8
- simple. Une partie est livrée au commerce, telle qu’elle sort de la mine, à l’état de blocs, qui sont directement déversés, à la recette même, dans les waggons du chemin de fer de Magdebourg ; tout le reste, et c’est de beaucoup la plus forte fraction, subit, avant d’être vendu, un broyage plus ou moins énergique.
- Cette opération est effectuée dans des broyeurs verticaux en fer, dont la construction est identique à celle des moulins à café, et qui peuvent traiter par heure, chacun 1 tonne 25 environ de sel.
- Au sortir de ces appareils, qui sont installés au niveau de la recette, le sel passe sous des meules ordinaires en pierre, à axe vertical, situées à l’étage inférieur, et qui l’amènent à un degré de finesse variable avec les usages auxquels il est destiné.
- En 1863, 4 broyeurs et 8 meules suffisaient pour le traitement du sel fourni par l’exploitation ; depuis cette époque on a ajouté encore un broyeur et deux meules, en sorte que, dans l’état actuel, l’atelier peut suffire à une consommation annuelle (305 jours) de 50,000 tonnes.
- Le sel ainsi produit n’est point pur ; il renferme, comme nous l’avons vu, 95,5 de chlorure de sodium, et 4,5 environ d’anhydrite que l’on ne peut enlever par triage à la main. Si nous comparons ces chiffres à ceux queM. Heine indique pour la richesse en chlorure de sodium du sel obtenu par évaporation dans les diverses salines du même bassin, savoir :
- Durrenberg. ...... . 95,79 pour 100,
- Halle.................... 95,81 —
- Schônebeck.. . ..... 95,40 — J
- Artern. ......... 94,81 —
- Nous voyons que le sel broyé de Stassfurt possède à peu près la richesse moyenne de ceux obtenus par évaporation. Malgré cela, à prix égal (car le gouvernement prussien vend au même taux les sels de toute provenance), les populations manifestent à l’emploi du sel gemme, pour les usages domestiques, une répugnance à peu près invincible.
- M. Bischof explique cette répugnance en faisant observer que le sel gemme ayant une densité supérieure à celle du produit de l’évaporation, et l’estimation de la quantité du sel qu’il faut ajouter aux aliments se faisant toujours au volume, la substitution du sel naturel au sel artificiel provoque, dans les traditions culinaires, des troubles auxquels la partie intéressée ne veut pas se résigner. Nous pensons plutôt que la cause, si toutefois elle existe, se trouve dans le fait que la substance étrangère, mélangée au sel gemme deStassfurt, est de l’anhydrite pure, plus riche en chaux et beaucoup moins soluble que le gypse, et qui laisse, comme nous avons pu nous en convaincre nous-même, un résidu léger, mais appréciable sur la langue. ,
- Quoi qu’il en soit, on a cherché à se débarrasser mécaniquement de l’anhydrite, en projetant, à l’aide d’un puissant jet d’air, le sel broyé dans une chambre de 30 mètres de longueur. Un espérait que le dépôt des matières s’effectuerait, par ordre de densité, à
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- des distances différentes de l’orifice du soufflet, et qu’ainsi le sel gemme et l’anhydrite seraient séparés, au moins approximativement. Malheureusement, l’expérience a montré qu’une longueur de 30 mètres était insuffisante pour opérer la séparation désirée, et les essais furent provisoirement abandonnés. On se proposait, lors de mon séjour à Stassfurt, de les recommencer dans une chambre de plus grande dimension, mais on ne paraît pas avoir donné suite à ce projet.
- En revanche, on effectue, chaque fois que cela est possible, un triage à la main plus soigné, et l’on réserve pour les usages domestiques la plus grande partie du sel plus pur ainsi obtenu. Mais, quoique ce dernier ne renferme plus que 1 p. 100 environ d’anhydrite, il éprouve encore, sans doute à cause du motif indiqué par M. Bischof, de grandes difficultés à se faire accepter par les habitants, et sa consommation ne représente pas le 30e de celle du royaume. Aussi la plus grande partie de la production du sel gemme de Stassfurt est-elle destinée à deux autres usages, pour lesquels le gouvernement consent à le livrer presque à prix coûtant : la consommatien des animaux et la fabrication du sulfate de.soude.
- Lé sel destiné à la consommation des animaux est mélangé avec 0,5 p. 100 d’oxyde de fer, et une quantité égale de poussier de charbon, qui ont pour but d’empêcher les habitants de profiter de son bas prix et de s’en servir pour les usages domestiques. Mais ces précautions sont, à ce qu’il paraît, insuffisantes pour prévenir la fraude, et il y aurait, peut-être, lieu de leur ajouter celle qui a pleinement réussi dans le Salzkam-mergut du Tyrol, et qui consiste dans l’addition de 0.25 p. 100 de racine de gentiane. Cette substance présente, en effet, l’avantage d’être à la fois saine et d’un goût agréable pour les animaux, tandis que son amertume la rend complètement impropre à entrer dans l’alimentation humaine.
- Le sel ainsi préparé est vendu, tantôt simplement broyé, tantôt aggloméré en pains cylindriques percés, suivant leur axe, d’un trou qui sert à les fixer à une lige plantée dans le sol de l’étable. Ces pains, qui pèsent 4 kiiog. et qui portent la dénomination expressive de lecksteine (pierre à lécher), se répandent de plus en plus, et le chiffre moyen de leur vente annuelle avait déjà dépassé un demi-million en 1862.
- Quant au sel destiné à l’industrie, on ne lui fait subir aucune préparation ultérieure ; on le livre aux usines tantôt broyé, tantôt en fragments irréguliers, tels qu’ils sortent de la mine, tantôt, pour répondre à certaines commandes spéciales, à l’état de sel de choix (krystallsah) obtenu, comme nous l’avons dit, par un triage à la main plus soigné.
- Pour terminer ce qui est relatif au sel gemme, nous empruntons au travail de M. Bischof quelques données statistiques sur le placement industriel des divers produits dont nous venons de parler.
- Avant l’année 1851, la production annuelle du sel gemme n’était, enPrusse, que de 107,000 tonnes environ, tandis que la consommation, pour les seuls usages domestiques, dépassait 128,000 tonnes (7k,7 par habitant), d’où il résultait une importationde Tome XII. — 648 année. 2ô série. — Mars 1865. 22
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- près de 50,000 tonnes de sels étrangers. Depuis la découverte et l’exploitation du gisement de Stassfurt, la production s’est élevée à plus de 175,000 tonnés, si bien que non-sèulement la Prusse s’est affranchie, à cet égard, complètement de l’importation étrangère, mais qu’elle a même exporté, dans les deux dernières années, des quantités considérables de sel dans le Schleswig-Holstein et en Hollande, et tout récemment en Angleterre.
- Les différentes variétés de sel gemme, livrées annuellement à la consommation et à l’industrie par le gisement de Stassfurt, peuvent s’échelonner comme il suit, en prenant comme base la production moyenne pendant les trois années 1861-1863 :
- Sel destiné aux usages domestiques. ....................... 4,750 tonnes.
- — à la nourriture des animaux..................... 9,765 —
- — aux fabriques de soude et autres. ............. 27,945 —
- Soit, en tout...................... 42,460 tonnes.
- Cette répartition s’explique, non-seulement par la répugnance des populations à l’emploi du sel gemme, mais encore par le bas prix auquel le gouvernement prussien consent à abandonner ces deux derniers produits.
- En effet, d’après un renseignement oral qui nous a été fourni lors de notre visite à la mine (et qui doit être un peu exagéré, car il serait difficile de croire à un bénéfice aussi minime), le prix de revient s’élève pour le sel en blocs à 2 ngr. 5 pf. par quintal de 50 kil., soit 6 fr. 04 par tonne, tandis que les prix de vente étaient, alors comme maintenant, officiellement fixés de la manière suivante :
- Hgr Pf
- Fr.
- Sel gemme ordinaire, en blocs...................
- — broyé....................
- Sel gemme de choix (krystallsalz), en blocs. . .
- — broyé......................
- Sel pour les animaux, broyé.....................
- — en pains cylindriques
- (leckstein)...........
- Sel de choix, broyé pour les usages domestiques, 3 th....................................
- 2 6 3 »
- 5 10
- 6 6 8 »
- 11 6
- 3 »
- le quintal de 50 kil., soit 6,25 par tonne.
- — 7,50 —
- — 14,75 —
- — 18,75 —
- — 20,00 —
- — 31,25 —
- — 237,50 —
- La disproportion complète de ce dernier chiffre avec les précédents s’explique par le monopole de l’État, pour qui,comme dans presque tous les pays d’Europe, lavènte du sel constitue une source importante de revenus.
- II. — Carnallite.
- La carnallite subit, en général, avant d’être livrée aux usines, une préparation mécanique analogueà celle du sel gemme ; seulement, comme elle est destinée àêtre dissoute, la finesse de son grain a une importance beaucoup moindre, et le second broyage devient
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- inutile. L’atelier est alors réduit à un seul étage, dans lequel sont installés, aujourd’hui, sept broyeurs en fer de 0m,40 de diamètre, analogues à ceux du sel gemme, et pouvant traiter chacun 30 tonnes en 24 heures ; soit, tous ensemble : 63,000 tonnes environ par an, chiffre peu supérieur à la production actuelle.
- Quelques usines, entre autres celle de M. Grüneberg, la plus importante de toutes celles de Stassfurt, consomment même le sel dans l’état où il sort de la mine, ce qui diminue encore l’importance du broyage.
- Le sel broyé, rapidement chargé dans des waggons, est envoyé aux usines où sa grande déliquescence oblige à le soumettre immédiatement aux traitements ultérieurs qui en font un produit marchand. Une prise d’essai, faite chaque jour à l’instant de l’emballage, permet d’en déterminer la richesse en chlorure de potassium; on a trouvé pour cette dernière, dans la deuxième quinzaine de janvier 1863, successivement : 16, 15, 14, 16, 15, 16, 16, 17, 18, 19, 17, 18, 18 et 16 p. 100; soit, en moyenne,
- 16,5 p. 100.
- D’ailleurs la composition moyenne des 125,000 tonnes de carnallite livrée en 1864 aux usines par les deux mines de Stassfurt et d’Anhalt a été :
- Chlorure de potassium. Chlorure de sodium.. . Chlorure de magnésium Sulfate de magnésie. . Eau. ..............
- 17.5 (15 à 20)
- 22,0
- 23.5 9,0
- 28,0
- 100,0
- Nous ne possédons point de données précises sur le prix de revient de la carnallite. Le renseignement oral que nous avons reçu à Stassfurt le faisait varier, pour 1863, de 3 ngr. 6 pf. à 4 ngr. par quintal de 50 kil., soit de 8 fr. 75 à 10 fr. par tonne.
- En essayant de l’établir directement d’après les éléments qui le composent, on arrive
- au résultat suivant :
- Fr.
- Abatage, 0“,75 à 2f,90, en moyenne.................. 2,20
- Triage, et transport des rebuts..................... 3,00
- Extraction et entretien. . . ..........0,80
- 6,00
- A ce chiffre il faut ajouter tous les frais généraux et de surveillance, qui nous sont inconnus, et qui feraient arriver à un total peu inférieur à celui que nous venons d’indiquer.
- Quant au prix de vente, il varie avec la richesse en chlorure de potassium. On considère comme sel riche celui où cette dernière est égale ou supérieure à 18 p. 400, et comme sel ordinaire celui dont la teneur moyenne s’abaisse à 15 p. 100. Ces deux catégories étaient livrées aux usines en 1863 aux conditions suivantes ;
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- Ngr Ff . . Fr.
- Sel riche, en blocs............ 8 6 le quintal de 50 kil., soit, 21,25 la tonne.
- — broyé....................... 93 — 23,15 — •
- Sel ordinaire, broyé.............. . 7 .» — 17,30 —
- D’après ces chiffres, le bénéfice moyen du gouvernement prussien aurait été de 10-12 fr. par tonne de carnallite.
- Ces prix furent maintenus jusqu’au commencement de l’année courante, où un premier rabais de 2 fr. à peu près eut lieu; les derniers renseignements que nous recevons de Stassfurt mentionnent une nouvelle diminution et annoncent que le gouvernement prussien, d’accord avec celui du duché d’Anhalt, consentira sous peu à fixer comme suit le prix de vente :
- Sel moyen en blocs 5 ngr. le quintal de 50 kil., soit 12 fr. 50 la tonne.
- Son bénéfice moyen serait alors de 3-4 fr. seulement par tonne.
- CHAPITRE Y.
- TRAITEMENT, INDUSTRIEL DE LA CARNALLITE.
- La forte proportion de magnésium contenue, dans la carnallite ne permet l’utilisation directe de cette dernière que dans des cas extrêmement rares ; aussi la presque totalité du sel fourni par les mines est-elle transformée immédiatement en chlorure de potassium pur, dans dix-huit usines groupées autour des deux centres d’exploitation, et reliées à ces derniers par des chemins de fer, qui établissent une communication directe entre l’atelier de broyage et les chaudières de dissolution.
- Le traitement industriel de la carnallite, fort simple en théorie, présente de grandes analogies avec celui qui sert à extraire le' chlorure de potassium des eaux-mères des marais salants. Il est basé uniquement sur la différence de solubilité des divers élé-ments qui constituent le sel livré aux usines, et comprend les opérations suivantes :
- 1° Une dissolution à chaud de la carnallite, qui sépare principalement le sulfate de magnésie et le chlorure de sodium ; . ,
- 2° Une cristallisation.lente, par évaporation et refroidissement, qui précipite des eaux-mères une partie du chlorure de potassium;
- 3° Une concentration des eaux-mères par la chaleur, suivie d’une seconde précipitation de chlorure de potassium par évaporation et refroidissement;
- 4° Un traitement analogue des nouvelles eaux-mères, qui abandonnent, par refroidissement, de la carnallite artificielle, dont on extrait encore du chloruré de potassium par dissolution et cristallisation5
- 5° Un enrichissement par lavages des chlorures précipités, suivis du séchage èt de l’embarillage des sels marchands ainsi obtenus.
- A ces opérations principales, il faut ajouter toutes celles qui permettent d’utiliser les
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- produits accessoires, et qui, loujours variables d’une usine à l’autre, prennent une importance croissante avec l’énergie de la concurrence.
- L’ensemble de ce traitement présente dans l’application deux types principaux, dont la différence, sensible surtout dans les premières opérations, provient de ce que dans l’une on opère sur du sel broyé, tandis que dans l’autre on traite le sel en blocs, tel qu’il sort de la mine.
- La première méthode a pour avantages : une plus grande régularité dans le travail, une main-d’œuvre moindre et une meilleure utilisation des matières premières ; mais elle exige un outillage plus compliqué, et par suite une installation et un entretien plus dispendieux. Elle est employée dans quelques-uns des établissements de Stassfurt, et dans la grande usine Douglas, dans le duché d’Anhalt.
- La seconde est moins coûteuse comme installation et entretien ; elle économise les frais de broyage, mais entraîne une plus grande main-d’œuvre et une utilisation moins parfaite des matières traitées. Ce dernier inconvénient diminue avec l’avilissement du prix de la carnallite; aussi, bien que jusqu’à ce jour on n’ait pas constaté de différence sérieuse en faveur de l’une ou de l’autre de ces deux méthodes, c’est la seconde qui tend à prévaloir à Stassfurt, et qui est employée en particulier dans l’usine de MM. Vorster et Grüneberg, une des plus anciennes et des plus importantes de tout le district salin. D’ailleurs, comme nous l’avons déjà dit, les deux méthodes donnent lieu aux mêmes séries d’opérations, n’entraînent que des modifications de détail et peuvent être comprises dans une description commune. Celle que l’on va lire se rapporte surtout aux usines Douglas et Grüneberg, et les renseignements sur lesquels elle s’appuie sont dus en grande partie aux obligeantes communications de M.Nivoitet de M. Grüneberg lui-même.
- I. — Dissolution de la carnallite.
- La carnallite, amenée dans des waggons fermés jusqu’en face du massif des cuves en fonte où s’opère sa dissolution, est introduite dans ces dernières aussi rapidement que possible, après son déchargement. Aussitôt après, on ajoute au sel les 3/4 environ de son poids d’une eau provenant d’une des opérations subséquentes, et chargée de chlorure de sodium et d’un peu de chlorure de potassium; en même temps on fait arriver dans la cuve, par un tube annulaire placé à l’intérieur de cette dernière, un jet de vapeur à 120°.
- Dans l’usine Grüneberg, les cuves de dissolution n’ont que 6 pieds sur 4, et contiennent 2‘,5 seulement de carnallite; elles sont ouvertes et un ouvrier est occupé à remuer les matières pour en activer la dissolution.
- Dans l’usine Douglas, les cuves sont plus vastes et peuvent contenir 20 tonnes de sel à la fois (fig. 5, 6, 7). De plus, la grande homogénéité du sel broyé qu’on y traite
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- permet de substituer, au mélange à la main, un brassage mécanique, effectué à l’aide d’un arbre en fer, muni de palettes C et placé dans l’axe de la cuve.
- Cette dernière peut alors être fermée, ce qui permet de mieux concentrer la chaleur ; on ouvre seulement à la partie supérieure un robinet r pour la sortie de la vapeur en excès.
- L’agitation du bain dure trois heures, après lesquelles on laisse reposer la dissolution pendant deux jours; au bout de ce temps l’eau est entièrement saturée de chlorures de potassium et de magnésium, et marque 32° à l’aréomètre de Baumé. A ce moment, le robinet r étant fermé, on en ouvre un autre r', placé à la partie inférieure de la cuve, et la pression de la vapeur fait passer la dissolution à travers un siphon s, dans l’atelier de cristallisation.
- Le résidu, qui s’élève environ au tiers de la charge primitive, est traité diversement suivant les usines. Dans le principe, il était directement rejeté dans quelques-uns des établissements de Stassfurt; aujourd’hui il est, en général, soumis une deuxième et même une troisième fois à un traitement analogue, la dernière dissolution étant alors faite avec de l’eau pure.
- Le résidu final présente une composition qui varie nécessairement avec la nature de la carnallite et le mode de lavage. Il est toujours un peu plus riche en potassium quand on traite le sel non broyé, et l’on peut admettre qu’il renferme, en moyenne, les éléments suivants :
- Biscliof. Grüneberg.
- Sulfate de magnésie, avec un peu de sulfate de chaux. 33,9 30 à 35
- Chlorure de sodium............................... 54,1 50 à 55
- Chlorure de potassium................................ 3,1 5
- Chlorure de magnésium................................ 3,0 5
- Eau.................................................. 5,6 5
- Résidu insoluble dans l’eau.......................... 0,3 »
- 100,0 100
- Cette substance a été longtemps sans emploi ; dans les premiers temps on la faisait disparaître on la jetant à la rivière, plus tard on a été obligé de l’accumuler autour des usines, où elle commence à former des haldes de plus en plus embarrassantes.
- Mais comme son abandon donnait naissance à une perte,en chlorure de potassium, de i à 1,5 p. 100 du poids total de ,1a carnallite dissoute, soit de 5 à 7,50 p. 100 du chlorure de potassium quelle renfermait, on a commencé dans ces derniers temps, à l’usine Grüneberg, à l’utiliser pour la préparation du sel de Glauber. On dissout pour cela le résidu dans de l’eau à 40° cent., et on soumet la liqueur, pendant la nuit, au froid atmosphérique. Il se dépose, surtout en hiver, une proportion abondante de sel de Glauber, elles eaux-mères sont définitivement rejetées.
- Cette fabrication paraît avoir de bons résultats, mais le peu de débouchés de son pro-
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- duit ne permettra jamais de lui donner une extension suffisante pour l’utilisation complète des résidus du lavage.
- II. — Cristallisation et lavage.
- A leur sortie des chaudières de dissolution, les eaux-mères, qui renferment des chlorures de potassium, de magnésium, de sodium et de très-faibles quantités de sulfate de magnésie, sont reçues dans les cristallisoirs, grandes cuves cylindriques en bois ou en tôle, ayant lm,00 à im,20 de diamètre sur 1“,50 à lm,90 de hauteur. Elles s’y refroidissent lentement, et bientôt il se forme, le long des parois et sur le fond des cuves, un dépôt abondant, composé principalement de chlorure de potassium mélange d’un peu de chlorure de sodium, et fortement imprégné de chlorure de magnésium. On a remarqué une différence entre les sels qui se précipitent au fond de la cuve et ceux qui s’attachent le long des parois. Les premiers sont les plus impurs, et ne renferment guère cfbe 55 à 60 p. 100 de chlorure de potassium, tandis que la teneur des seconds s’élève à près de 70 p. 100.
- Au bout de quatre jours, le dépôt de sel s’élève à 7,5 p. 100 environ du poids de la carnallite, soumise à la dissolution, soit à 1,500 kilog. à l’usine Douglas. Les eaux-mères, qui renferment encore des quantités notables de chlorure de potassium, sont alors décantées à l’aide de siphons et conduites, tantôt dans le réservoir des eaux à évaporer, tantôt directement dans les chaudières où se fait cette évaporation.
- Quant au sel des cristallisoirs, il est amené à une teneur de 80 p. 400 par des lavages à l’eau pure. L’opération se fait dans des caisses en tôle à fond incliné. Au bout d’une heure de séjour sur les sels, l’eau s’est chargée de la plus grande quantité de chlorure de magnésium imprégnant, et d’un peu de chlorure de potassium et de sodium ; on la laisse alors couler par un robinet placé au bas de la cuve et on la recueille avec les eaux-mères précédentes.
- Un seul lavage suffit pour amener à 80 p. 100 le chlorure impur provenant des parois des cristallisoirs; il en faut deux pour celui qui vient du fond; on ajoute à ce dernier la petite quantité de sel qui se dépose, pendant le refroidissement, dans le réservoirdes eaux à évaporer. D’ailleurs, il paraît y avoir intérêt aujourd’hui, pour les fabricants, à augmenter la richesse de leurs produits, et à livrer au commerce du sel renfermant 85 et même 87 p. 100 de chlorure de potassium pur. Il ne semble pas qu’il y ait avantage à pousser l’enrichissement au delà de cette teneur, qui, du reste, est encore exceptionnelle à Stassfurt, la plus grande partie des sels vendus étant à 80 p. 100 seulement.
- III. — Traitement des premières eaux-mères,
- La concentration des eaux-mères de la cristallisation et du lavage se fait dans des
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- chaudières variables déformés et de dimensions, et chauffées tantôt à feu nu, tantôt par des courants de vapeur circulant à travers la dissolution.
- Chaudières à feu nu. — L’évaporation, dans les chaudières à feu nu, présente différents types suivant les usines. Dans l’établissement appartenant à une compagnie anglaise que nous avons visité, la concentration avait lieu dans deux grandes chaudières chauffées presque entièrement par les flammes perdues des générateurs placés dans l’atelier contigu. Elle durait deux jours, au bout desquels les eaux-mères, ramenées par des pompes dans les cristallisoirs, donnaient une nouvelle quantité de chlorure de potassium, un peu moins pur que le précédent, et qu’on amenait par lavages à la teneur normale. Les eaux-mères appauvries étaient, d’après ce que l’on nous a assuré, directement jetées à la rivière. Si ce renseignement est exact, il devait résulter de cette opération une perte en chlorure de potassium, d’une valeur bien supérieure à l’économie faite sur la main-d’œuvre et le combustible.
- Dans l’usine de M. Grüneberg, on effectue la concentration dans de petites chaudières en tôle de 2 mètres cubes seulement, chauffées à feu nu, et on soumet lffs eaux^ mères de la deuxième cristallisation à un traitement ultérieur, dont nous parlerons en détail dans un instant.
- Enfin, dans d’autres usines, on emploie simultanément des chaudières de 6 à 8 mètres, chauffées par les flammes perdues, où le tiers des eaux est partiellement concentré, et d’autres plus grandes, de 16 mètres environ, chauffées directement, et dans lesquelles toutes les eaux sont définitivement amenées à la concentration nécessaire pour la cristallisation.
- Le combustible employé est du lignite, qui provient d’une exploitation voisine, faite à ciel ouvert, et dont le prix est extrêmement bas (5 fr. 70 c. la tonne) ; mais, comme il brûle assez difficilement, on est obligé de lui ajouter 1/13 à 1/10 de son poids de houille, qui revient à 16 fr. la tonne, livré à l’usine.
- Pour éviter de chauffer directement le fond de la chaudière, sur lequel se fait, pen-nant la concentration, un abondant dépôt de chlorure de sodium, les flammes passent dans des carneaux C placés latéralement (fig. 8); outre cette précaution, un ouvrier est obligé de remuer constamment le bain avec des râbles, pour empêcher que le sel ne se dépose sur les parois.
- On continue la concentration pendant 50 heures environ, jusqu’à ce que le liquide soit réduit à peu près aux 2/3 de son volume, et marque 32 degrés à l’aréomètre de Baumé; d’ailleurs, pour que la chaudière reste toujours pleine, on remplace la portion évaporée par une quantité équivalente de liquide, fourni par l’eau-mère, déjà partiellement concentrée dans les réservoirs chauffés par les flammes perdues. Grâce à cette combinaison, la consommation du combustible n’est que de 1,250 kilog. de lignite et 125 kilog. de houille pour la concentration de 22 mètres cubes d’eau-mère, ce qui donne la proportion assez élevée de 5^15 d’eau vaporisée par kilogramme de charbon. Quand l’opération est achevée, on fait écouler par les robinets R et R'd’une
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- part les eaux-mères, qui vont aux crislallisoirs, et de l’autre le sel qui s’est déposé pendant la concentration, et qui renferme 60 65 p. 100 de chlorure de sodium, 6 p. 100 de chlorure de potassium, et 30 p. 100 d’un sulfate double de potasse et de magnésie :
- KO SO3 + 2MgO SO3 + 6HO.
- Chaudières chauffées par un courant de vapeur.—Dans quelques usines, pour éviter les frais de main-d’œuvre occasionnés par le râblage, on a remplacé le chauffage à feu nu par un système de quatre tubes, T (fig. 9), parallèles au grand côté de la chaudière, dans lesquels circule un courant de vapeur. Ces tubes, après avoir traversé le bain dans toute sa longueur, viennent s’ouvrir dans un double fond u, d’où la vapeur s’échappe par un tube T' situé à l’extrémité antérieure. La concentration est poussée au même point qu’auparavant; elle s’effectue beaucoup plus rapidement, et les 5 mètres cubes, que renfermait la chaudière au commencement, sont réduits en moins de quatre heures à 3m3,40 environ. Le dépôt du sel se fait librement; on l’enlève à la fin de l’opération seulement par un robinet situé à la partie inférieure; il contient, comme précédemment, le sulfate double et une grande partie du chlorure de sodium dissous, mais il ne renferme que 3 p. 100 de chlorure de potassium.
- La comparaison de ces deux méthodes est assez délicate ; l’économie de main-d’œuvre dans la seconde compense à peu près la plus grande consommation de combustible, et leur valeur relative dépend surtout du traitement ultérieur du sel précipité.
- Quand on cherche à en extraire le chlorure de potassium par lavage, il y a intérêt à ce que ce dernier soit en faible proportion dans le mélange, la perte par les résidus augmentant avec la teneur.
- Dans ce cas les eaux de lavage, saturées de chlorure de sodium et renfermant les 3/4 environ des sels de potasse contenus dans le dépôt,servent, ainsi que nous l’avons dit en commençant, à la première dissolution de carnallite, et l’on ne rejette que le résidu insoluble, composé de sulfate de magnésie, de chlorure de sodium et de 1-2 p. 100 de chlorure de potassium.
- Mais depuis quelque temps on utilise ce dépôt d’une manière bien plus avantageuse, en le livrant comme engrais à l’agriculture : il y a alors, au contraire, tout avantage à favoriser l’accroissement de sa teneur en potasse, et dans ce cas le chauffage à feu nu doit être évidemment préféré.
- Quant aux liqueurs concentrées, elles sont ramenées par les pompes dans les cristallisons, où elles donnent, par refroidissement :
- 1° Une nouvelle quantité de chlorure de potassium, un peu moins pur que le premier (50-60 p. 100) et qui a besoin de deux à trois lavages pour être amené à la teneur de 80 p. 100 ;
- 2° De nouvelles eaux-mères qui subissent un traitement analogue aux précédentes.
- Tome XII. — 64* année. T série. — Mars 1865.
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- IV et Y. — Traitement des secondes eaux-mères et de la carnallite artificielle; lavage, séchage et embarillage du sel marchand.
- Les eaux-mères de la seconde cristallisation sont concentrées comme les premières et donnent lieu, pendant cette opération, à des dépôts analogues aux précédents ; seulement, comme on désire cette fois enlever par la cristallisation suivante tout le potassium des liqueurs soumises à la concentration, celte dernière est poussée jusqu’à 35° Baumë, circonstance qui augmente un peu la richesse du dépôt en chlorure de potassium. Dans l’usine Grüneberg, celte richesse est assez grande pour qu’en réunissant le sel au précédent on obtienne un mélange dont la teneur en potasse s’élève à 10 p. 100. Dans cet état il fournit un excellent engrais, et M. Grüneberg estime que, dans le courant de l’année 1865, sa consommation ne s’élèvera pas à moins de 2,000 à 2,500 tonnes.
- Les deuxièmes eaux-mères sont encore ramenées, après leur concentration, dans les crislallisoirs, où on les laisse reposer pendant quatre à cinq jours cette fois; elles abandonnent alors par refroidissement la presque totalité du chlorure de potassium qu’elles renfermaient, mais, comme elles sont très-riches en magnésium, le dépôt n’a plus lieu à l’état de chlorure simple, et il se forme, sur les parois des cuves, de beaux cristaux de carnallite artificielle. Les liqueurs décantées ne renferment plus que 1/2 à 1 p. 100 de potassium, et sont jetées à la rivière.
- Le traitement de la carnallite artificielle est analogue à celui du produit naturel ; mais, à cause de l’absence presque complète de sels insolubles, il est à la fois plus simple et beaucoup plus rapide.
- La dissolution se fait dans des cuves plus petites, renfermant trois tonnes de sel seulement; elle est achevée au bout de trois heures, et après deux autres heures de repos, la liqueur est amenée de nouveau dans les cristallisoirs.
- Comme elle ne* renferme plus qu’une très-petite quantité de chlorure de sodium, le chlorure de potassium qui se dépose dans les cuves est beaucoup plus pur que le premier, et ne renferme plus que du chlorure de magnésium, que l’on peut enlever en grande partie par des lavages. On arrive ainsi facilement à avoir un sel renfermant 85 à 90 p. 100 de chlorure de potassium. Comme pour le produit de la première cristallisation, il ne paraît pas y avoir avantage à l’enrichir au delà de celle limite.
- Quant aux eaux-mères de cette dernière opération, elles renferment, suivant M. Bischof :
- Sulfate de magnésie......................... 2,5
- Chlorure de sodium...................... . 0,2
- Chlorure de potassium....................... 2,3
- Chlorure de magnésium...................... 30,2
- Eau. .................................. 64,8
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- Elles sont provisoirement encore rejetées, mais on fait, en ce moment, des essais pour en retirer les sels de magnésie dont on fait usage dans le commerce.
- Le chlorure de potassium lavé est rapidement séché, tantôt (usine de M. Grüne-berg) dans un four à réverbère, où il subit une véritable calcination, tantôt sur la sole métallique d’une chambre chauffée par des tuyaux dans lesquels passent les produits de combustion du lignite, comme cela a lieu à l’usine de M. Douglas.
- Dans cette dernière on traite simultanément six tonnes de sel qui sont desséchées en vingt-quatre heures, ce qui exige une consommation de 600 kilog. de lignite et une main-d’œuvre de deux journées.
- Après la dessiccation, le sel est concassé, criblé, embarillé dans des tonneaux en sapin, pouvant en contenir 500 kilog. environ, puis chargé, à l’usine même, dans les waggons du chemin de fer de Magdebourg, qui le transportent aux différents marchés de l’Europe.
- VE — Produits accessoires. — Consistance des usines. — Prix de renient et de vente.
- D’après ce qui précède, on voit que les opérations qui produisent le chlorure de potassium, très-simples en théorie, présentent, en pratique, d’assez grandes complications. Ces dernières tendent plutôt à augmenter qu’à diminuer, la concurrence fiévreuse des dix-huit usines rivales ne permettant plus de négliger les sources de bénéfices même les plus minimes, et d’abandonner, comme on le faisait dans le principe, des matières d’où l’on peut encore retirer un produit marchand, même avec un très-faible avantage. Sous ce rapport, il reste certainement bien des perfectionnements à réaliser, car, dans l’état actuel de la fabrication, les pertes en chlorure de potassium s’élèvent encore au tiers de la quantité totale de ce corps contenu dans la carnallite soumise au traitement.
- Aussi l’utilisation des produits accessoires est-elle devenue le but de tous les perfectionnements, et la source la plus féconde des bénéfices de la fabrication. C’est également à cet ordre d’idées, qu’il faut rattacher les essais, faits dans deux usines à Stassfurl, pour tirer parti de la kieserite abandonnée jusqu’ici à l’intérieur de la mine. L’une d’elles ne paraît être sortie de la période d’études que pour renoncer à la fabrication ; l’autre, celle de MM. Voster et Grüneberg est arrivée depuis peu à transformer, à l’aide du chlorure de potassium qu’elle produit, le sulfate de magnésie de la kieserite en sulfate de potasse à 95 p. 100. Cette fabrication, qui s’effectue par voie humide et dont les détails sont tenus secrets, est fondée sur la réaction suivante :
- KCZ + 2MgCl + 3S03Mtf0 = K0S03 + 2M^0S03 + 3MgCl.
- Le sulfate double est transformé par lavages en sulfate simple destiné à servir d’engrais, comme le dépôt des chaudières de concentration. C’est un important progrès qui contribuera, dans une large mesure, à étendre la prospérité et l’influence de
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- l’usine qui est arrivée à le réaliser, et plus tard, sans doute, celles du district salin tout entier.
- Pour donner une idée de l’importance des usines traitant la carnallite de Stassfurt et d’Anhalt, nous donnons ici un petit tableau résumant les principaux renseignements que nous avons pu recueillir sur la consistance de trois d’entre elles.
- USINE ANGLAISE à Stassfurt. 1863 USINE GRÜNEBERG. 1864 USINE DOUGLAS. 1864
- Frais de premier établissement 1 160,000 fr. Carnallite traitée par jour 40 tonnes. Nombre d’ouvriers ! 36 Chaudières de dissolution ! 2 grandes. Cristallisons ' 36 Combustible brûlé ( Lignite j 12 tonnes. dans un jour. I Houille 1 1 — Chaudières de concentration ! 2 grandes. Séchoirs 1 » Pertes j Près de 40 p. 100 » 50 tonnes. 45 13 petites. 70 40 tonnes. 3 — 8 petites et 1 citerne. 1 four à réverbère. 33-38 p. 100. 200,000 fr. 40 tonnes. 40 2 grandes et 1 petite, de 60 à 70. » J> 2grandesà feu nu,là vapeur et 1 citerne; une chambre. 33-34 p. 100.
- En outre, toutes ces usines renferment des chaudières à vapeur pour la dissolution, des pompes, des caisses à laver le sel et une ou plusieurs petites machines à vapeur. Il faut remarquer aussi que l’utilisation directe des dépôts de la concentration réduit de près de 4 p. 100 les pertes de l’usine Grüneberg, et les ramène ainsi à être peu différentes de celles de l’usine Douglas.
- Comme disposition générale, l’usine anglaise forme un carré de 40 mètres environ de côté, et subdivisé en quatre ateliers juxtaposés et correspondant : le premier à la dissolution, le deuxième à la cristallisation, le troisième à la concentration, et le quatrième à la production de la vapeur. L’installation de l’usine Grüneberg nous est inconnue, et celle de l’usine Douglas est indiquée par le petit croquis représenté par la figure 10 (1).
- Ajoutons enfin que la production totale des usines de Stassfurt et d’Anhalt s’est élevée, en 1864, à 16,500 tonnes de chlorure de potassium à 80 p. 100.
- Prix de revient. Nous ne possédons point de données suffisantes pour établir, d’une manière complète, le prix de revient du sel fabriqué. Les renseignements que nous avons entre les mains, soit sur l’usine Douglas, soit sur celle de la compagnie anglaise, font arriver à un chiffre supérieur au cours de ce produit pendant l’année 1864.
- (IJ Légende de la figure 10 :
- A, atelier de dissolution. — B, bureau.— G, citernes des eaux à évaporer.— D, laboratoire. — E, concassage et embarillage. — F, écurie. — G, générateur. — H, chaudière à vapeur. — L, atelier de cristallisation et de lavage. — K, chaudière à feu nu. — S, séchage.
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- . Dans l’usine de M. Grüueberg les frais se répartissaient de la manière suivante en mars.1865 :
- Matières premières : 750 kil. de sel moyen en bloc, à 6,5 ngr. le quintal, rr.
- soit 16f,25 la tonne.................................................. 12,10
- Frais de fabrication..................................................... 8,45
- Frais généraux et intérêts............................................. . 2,00
- Prix de revient de 100 kil. de chlorure de potassium à 80 p. 100.... 22,55
- Mais nous ne connaissons pas le détail de ces chiffres, et, pour en donner une idée, nous devons nous borner à l’évaluation approximative du prix de revient actuel des 100 kilog. de chlorure de potassium à 80 p. 100 dans une usine placée à peu près dans les conditions de celle de MM. Yorster et Grüneberg, c’est-à-dire traitant 40 à 50 tonnes de carnallite par jour, et ayant coûté 200,000 fr. de premier établissement. Nous admettrons également, comme prix de revient de la carnallite, celui que font entrevoir les dernières nouvelles de Stassfurt, et qui sert déjà de base aux spéculations commerciales.
- fr.
- Carnallite à 17 p. 100, 750 kil. à 12 fr. la tonne. . . . Main-d’œuvre, 1 jour 25 à 3 fr 3,75 | 9,00 (perte 33 p. 100).
- „ , , t 0‘,5 de lignite, à 5f,70 la tonne. . . Combustible. { .A,.. , , . , 1 40 kil. de houille a 16 fr. la tonne. . 2,85 7
- 0,65 ) 8,55
- Transports intérieurs et emballage (1) 0,80 \
- Frais généraux, réparations, surveillance Intérêt du capital engagé, compté à 10 p. 100 pour 0,50 J
- l’immeuble et à 15 p. 100 pour l’outillage................ 2,00
- Prix de revient actuel des 100 kil. de chlorure de potassium à 80 p. 100. 19,55
- Prix de vente.—En regard de ces chiffres, mettons les prix de vente. Au commencement de 1863, les 100 kilog. de chlorure de potassium à 80 p. 100 valaient encore, à Stassfurt même, plus de 40 fr. ; mais ce prix, qui, malgré son élévation, suffisait déjà pour repousser l’importation étrangère, ne put tenir devant la concurrence, et dans le premier mois de l’année courante il s’était abaissé à Hambourg, qui est l’entrepôt de l’exportation, à 33 fr. déjà, ce qui le mettait à 29 fr. à peu près à Stassfurt, et à Paris à 35 fr. 30, le transport entre ces deux localités étant de 6 fr. 30, décom-posables comme il suit : Stassfurt-Hambourg, 3 fr. 80 ; Hambourg-Dunkerque, 2 fr. 50; Dunkerque-Paris, 50 cent.
- Au commencement de mars, une nouvelle baisse s’est fait sentir, et deux offres furent faites simultanément à la direction des poudres et salpêtres, à Paris, l’une à raison de
- (1) Dans ce chiffre nous comprenons la moitié de la valeur du tonneau qui sert à transporter le sel et qui revient à 4 fr. 50 pour 500 kil., soit 0f,45.
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- NOTICES INDUSTRIELLES.
- 33 fr. 90, l’aulre de 31 fr. seulement les 100 kilog., à 80 p. 100, livrés à Paris. Elles correspondaient à la première diminution accordée par le gouvernement prussien.
- Enfin, au moment où nous écrivons ces lignes, la réduction définitive annoncée par le gouvernement prussien dans le prix de vente de la carnallite vient de provoquer une offre de livraison à Paris, à raison de 25 fr., soit de 18 fr. 70 à Stassfurt.
- Ce chiffre, qui est inférieur à celui que nous avons établi directement, ne s’explique que par l’abandon de l’amortissement, ou par l’existence de bénéfices résultant des produits accessoires; il ne peut, par suite, être maintenu que par les usines où l'utilisation des dernières a pris un sérieux développement.
- Dans ces conditions, le chlorure de potassium de Stassfurt nous paraît destiné à rendre, dans un bref délai, toute concurrence impossible, et à alimenter, à peu près seul, les principaux marchés de l’Europe.
- (La fin au prochain cahier.)
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Cartes cadastrales populaires en Angleterre. — On s’occupe, en ce moment, en Angleterre, de lever la carte du territoire 9ur trois échelles différentes :
- 1° A l’échelle de 2,500 environ pour servir à l’établissement de l’impôt et a la délimitation des héritages $
- 2° A l’échelle de 10,000 environ pour les opérations militaires et les travaux publics ;
- 3" A l’échelle de 63,300, ce qui donne une véritable carte topographique dans des conditions analogues à la carte du dépôt de la Guerre.
- Après que la triangulation de troisième ordre a donné la position de tous les objets remarquables d’une contrée (clochers, arbres isolés, etc.), des arpenteurs retournent sur le terrain pour relever avec la chaîne, qui est le plus simple des instruments topographiques,- les détails de tous ces petits triangles que forment les signaux géodésiques. Les distances, ainsi mesurées et inscrites sur un carnet, sont vérifiées par des procédés très-simples, puis réparties sur le canevas qu’on a préparé. Le dessin en est fait à l’encre lithographique. On inscrit en même temps, avec des timbres préparés à l’avance, les indications qui se présentent le plus fréquemment, et tout ce travail est si simple, qu’il peut être fait par des jeunes gens. Il ne reste au dessinateur qu’à introduire des détails spéciaux qui réclament une main exercée ; ensuite la feuille est décalquée sur une
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- NOTICES INDUSTRIELLES.
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- planche de zinc, ce métal ayant sur la pierre lithographique l’avantage du bon marché et de la légèreté. Ôn en tire autant d’épreuves qu’il est nécessaire. Voilà donc le plan cadastral établi, lithographié et mis à la disposition de tous les propriétaires intéressés qui veulent l’acheter, et qui peuvent aussi se procurer des plans de leurs propriétés à très-bon marché, ce qui est déjà une amélioration notable; tandis que la feuille du cadastre français n’ayant pas été reproduite pour l’impression, on ne peut s’en procurer une copie qu’avec des frais assez considérables, et encore le plan cadastral ne fait pas titre en France.
- On comprend combien l’établissement du cadastre anglais l’emportera sur celui du cadastre français pour l’utilité générale et pour l’avantage de tous les propriétaires du sol. (Bulletin du comice agricole de Sainl-Quenlin.)
- Sur la révivlftaation du noir animal, par JH. Henry IVKedloek. —
- On sait que la principale source de dépense dans les raffineries de sucre provient de l’emploi du noir animal, auquel il importerait de pouvoir, après chaque opération, conserver ses propriétés décolorantes. M. Henry Medlock s’est occupé de cette question et l’a traitée sous les trois points de vue suivants : 1° composition des os et du noir animal ; 2° propriétés décolorantes du noir et causes qui produisent son inertie; 3° moyens de lui restituer sa puissance d’absorption et de décoloration.
- 1° Composition des os et du noir animal. Les os, ainsi que le savent tous les ana'o mistes, sont un composé solide formé principalement de phosphate de chaux et d’os-séine, qui n’est autre que de la gélatine modifiée. Le phosphate de chaux ou partie solide est la réunion d’un nombre infini de cellules pour ainsi dire microscopiques, lesquelles sont remplies par l’osséine et reliées les unes aux autres comme par un ciment. La composition des os débarrassés, par l’ébullition, de toute la matière grasse adhérente est celle-ci :
- Phosphate de chaux. .
- Carbonate de chaux. .
- Phosphate de magnésie
- Autres sels.........
- Osséine.............
- 100,0
- Si l’on met une certaine quantité d’os dans une cornue hermétiquement fermée et qu’on les soumette à la chaleur, l’osséine se décompose et laisse dégager des huiles et des produits ammoniacaux qu’on recueille et utilise dans l’industrie. Ce qui reste dans la cornue est toujours un corps de structure cellulaire, mais qui est devenu excessivement poreux, chaque cellule et chaque pore étant recouverts d’une couche mince de charbon en poudre très-fine, lequel provient de la décomposition de l’osséine.
- Les raisons purement chimiques pour lesquelles le noir animal poreux possède scs
- 63,1 pour 100.
- 1.4 -2,1 -
- 2.4 —
- 31,0 —
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- m
- NOTICES INDUSTRIELLES.
- curieuses propriétés de décoloration et d’absorption forment un sujet que l’auteur croit inutile d’aborder pour le moment, et qu’il se réserve de traiter plus tard.
- 2° Propriétés décolorantes du noir et causes qui produisent son inertie. Tout raffi-neur de sucre sait bien que le noir qu’il emploie ne tarde pas à perdre son action décolorante sur les sirops. Comment expliquer ce phénomène? On l’a d’abord attribué à ce fait, que les grains de carbone se recouvrent d’albumine et de matières mucilagi-neuses contenues dans le sucre brut et perdent ainsi, en grande partie, leur porosité ; mais ce n’estpas tout, et la principale raison, c’est la présence de la chaux, qui bouche rapidement les pores du carbone, et ne peut être éliminée dans les procédés ordinaires de révivification, bien que ces procédés fassent disparaître les matières mucilagineuses.
- 3° Moyens de restituer au noir animal sa puissance d'absorption et de décoloration. Lorsque le noir cesse de décolorer, on le lave ordinairement avec de l’eau chaude pour éliminer le sirop qui y adhère, et on le calcine de nouveau en vase clos dans le but de carboniser les matières colorantes qu’il a enlevées aux sirops. Cette opération lui rend jusqu’à un certain point son pouvoir décolorant ; mais, après chaque nouvelle calcination qu’on lui fait subir, il perd de plus en plus de son activité jusqu’au moment où il devient entièrement inerte, à moins qu’on n’ait le soin, après chaque calcination, de le mélanger avec une certaine quantité de noir nouveau.
- Un autre traitement qu’on emploie souvent aussi consiste à détruire les matières organiques en mettant le noir dans l’eau et en laissant, pendant plusieurs jours, la fermentation se produire, puis en décantant la liqueur et en la remplaçant par de l’eau nouvelle additionnée de 1/4 à 1/2 p. 100 d’acide chlorhydrique. Le peu d’acide acétique qui s’est formé et l’acide chlorhydrique ajouté dissolvent une petite proportion de chaux, et produisent ainsi un résultat favorable. Malheureusement ce résultat n’est obtenu qu’aux dépens de la constitution même de la matière, car le phosphate de chaux se trouve lui-même attaqué par les acides, et il se produit dans le noir beaucoup de poussière et de déchet.
- Cela posé, voici une nouvelle méthode de révivification proposée par M. Edward Beanes, et appliquée déjà avec beaucoup de succès par les fabricants de sucre de Cuba :
- Un chimiste allemand, bien connu par ses travaux, Corenwinder, a posé l’axiome suivant, résultat de nombreuses expériences \ à savoir que «le pouvoir décolorant du noir employé dans les raffineries est corrélatif de son pouvoir d’absorption de la chaux ; » ce qui signifie que plus les pores du noir sont obstrués par la chaux, et plus le pouvoir décolorant est faible. C’est en partant de cette donnée que M. Edward Beanes a cherché le moyen d’éliminer la chaux, sans attaquer la constitution de la substance elle-même. Il a trouvé que le noir qui a déjà servi, lorsqu’il est parfaitement sec et chaud, absorbe en quantité et avec une grande avidité l’acide chlorhydrique gazeux sec ; cet acide, mis en présence de la chaux, se combine avec elle et forme un chlorure de calcium soluble. On ajoute ensuite une certaine quantité de noir non traité pour àbsoiber l’excédant d’acide, et l’on n’a plus alors qu’à laver pour éliminer le
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- chlorure de calcium, ce qui ne demande que quelques heures, après quoi on recalcine le noir comme à l’ordinaire, et l’on obtient un produit au moins aussi actif que dans le principe. (The Chemical News.)
- Importance relative des principaux bassins houillers connus. —La
- géologie du globe est aujourd’hui assez avancée pour que l’on puisse considérer comme reconnus tous les bassins houillers non recouverts par des terrains postérieurs. Les bassins dont on a pu connaître les affleurements ont même été suivis sous les terrains qui les recouvrent jusqu’à des distances souvent considérables. Il ne reste donc plus à découvrir que les bassins houillers que l’on pourrait supposer entièrement enfouis sous les terrains postérieurs, et dont aucun indice n’aurait pu faire supposer l’existence.
- Les terrains houillers ont été mis en exploitation presque partout où ils sont connus, et ces exploitations se sont développées en proportion de leur richesse d’abord et en second lieu en raison de leur position commerciale. La richesse doit être à cet égard placée en première ligne, car l’industrie actuelle n’a guère laissé, sans manufactures, sans consommations locales et sans voies de communication, des bassins offrant des couches de houille puissantes, de bonne qualité et d’une exploitation facile.
- Pour apprécier l’importance relative des bassins houillers connus, on a donc à tenir compte à la fois de leur surface et de leur production ; or voici des chiffres qui donneront une idée approximative de ces deux éléments :
- Surface des bassins» Production annuelle.
- Iles Britanniques. . . 1,570,000 hectares. 86,000,000 tonnes
- France........... . 350,000 — 10,000,000 —
- Belgique............ 150,000 — 10,000,000 —
- Prusse, Saxe........ 300,000 — 12,000,000 —
- Autriche, Bohême. . 120,000 — 2,500,000 —
- Espagne............. 150,000 — 400,000 —
- Amérique du Nord. . 30,000,000 — 20,000,000 —
- On voit, d’après ce tableau, que la production de la houille est loin d’être en rapport avec l’étendue des terrains qui la renferment. La raison en est dans ce fait qu’un vaste terrain houiller peut se trouver très-pauvre en combustible, ou même à peu près stérile, tandis que d’autres, beaucoup plus circonscrits, peuvent renfermer des couches nombreuses et puissantes. Ainsi, en considérant, par exemple, la France, on voit que le bassin de la Loire, qui a une étendue inférieure à 25,000 hectares, c’est-à dire qui ne représente que la seizième partie des terrains houillers du pays,fournit cependant à lui seul .2,800,000 tonnes, soit plus du quart de la production totale de tout le territoire. Par contre, on voit les bassins houillers de l’Amérique du Nord, qui représentent 30,000,000 d’hectares, et parmi lesquels se trouve celui du Canada dont la stérilité est à peu près complète sur une étendue qui est d’environ la cinquième partie de la totalité du territoire houiller; la production de 20,000,000 de tonnes, portée Tome XII. — 64® année. 2® série. — Mars 1865. 2i
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- fiu. tableau ci-dessus, est concentrée dans les bassins de la Pensylvame et des monts Alleghanys. (Situation de l’industrie houillère en 1864, par M. Am. Burat.)
- Exposition internationale d’industrie en Portugal.— Cette année, qui doit voir s’ouvrir l’Exposition de Dublin, va offrir en même temps,en Portugal, une autre arène où tous les pays sont appelés à concourir. Voici quelques détails sur cette dernière Exposition, dont l’ouverture doit se faire le 21 août dans le palais de cristal de Porto.
- La classification des produits est réglée d’après celle des Expositions analogues, c’est-à-dire qu’elle comprendra quatre grandes divisions (1° matières premières et transformations immédiates, 2° machines, 3° produits manufacturés, 4° beaux-arts), lesquelles divisions comprendront à leur tour quarante-cinq classes.
- Au palais principal seront jointes différentes annexes, parmi lesquelles celle des machines, qui sera la plus importante-, si bien que l’espace total affecté à l’Exposition comprendra une superficie de 86,650 pieds carrés (7,798 mètres carrés).
- Le règlement publié par la commission de l’Exposition ressemble, à peu de chose près, à tous les règlements adoptés dans les solennités de ce genre. Entre autres dispositions on remarque celles-ci :
- Tous les exposants devront spécifier s’ils sont inventeurs, fabricants ou importateurs des articles qu’ils adresseront à la commission.
- Dans la section des beaux-arts, aucun exposant ne pourra obtenir de récompense qu’autant qu’il sera l’auteur de l’objet qu’il aura exposé.
- Afin de rendre l’Exposition plus complète et de lui donner plus d’attrait, il a été décidé qu’on tiendrait en même temps, du 5 au 13 octobre, une Exposition agricole pour laquelle un jury spécial sera formé.
- Les récompenses se composeront de médailles et de certificats de mérite, et le jury chargé de statuer sera formé, partie de membres nommés par le Conseil et partie de membres choisis parmi les exposants étrangers.
- Les envois seront reçus du 15 mai au 31 juillet; à partir de cette dernière date, toute expédition sera rigoureusement refusée. (Journal of the Society of arts.)
- Production métallurgique en Russie. — La production métallurgique de la Russie se répartit de la manière suivante :
- 1° L’Oural, c’est-à-dire la partie de celte grande chaîne mQntagneuse et ses ramifications qui s’étendent dans les gouvernements de Perm, Orenbourg, Vialka, Vdogda, Kazan et Samara, donnent de l’or argentifère, du platine, du cuivre et du fer;
- 2° La contrée de l’Altaï fournit principalement de l’or, de l’argent et du cuivre;
- 3° La province de Nertchinsk avec les exploitations de la Sibérie orientale, le pays au delà du lac Baïkal et la contrée traversée par le fleuve Amour, produisent principalement de l’or et de l’argent -,
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- 4° Le gouvernement d’Olorietz. avec les lacs et les marais qui couvrent la contrée environnante, donne d’immenses quantités de fer;
- 5° Le pays qui s’étend à l’est de Moscou renferme des gisements assez considérables de minerai de fer d’excellente qualité, mais le développement de l’industrie métallurgique s’y trouve arrêté par le manque de combustible;
- 6° Enfin les provinces du Don sont également riches en gisements de fer et de houille, dont l’exploitation ne se fait encore que sur une échelle assez restreinte et par l’État seulement.
- Les exploitations en activité, tant à l’État qu’aux particuliers, embrassent une superficie totale de 48,330,229 dessiatines (48,840,775 hectares), dont le tiers environ est couvert de bois. Les travaux des mines occupent, d’après le dernier recensement, une population de 551,000 âmes, dont 160,000 paysans dépendant des usines de l’État. Dans ces chiffres n’entrent pas les travailleurs libres, qui d’ailleurs sont peu nombreux.
- Le nombre total des exploitations et des usines en activité était, en 1859, de 224, dont 185 appartenant à des particuliers et 39 à l’État ou au Cabinet impérial.
- On trouvera, dans le tableau ci-dessous, un aperçu de la production métallique pour les années 1859, 1860 et 1861. Nous réduisons en kilogrammes les évaluations originales qui sont données dans les documents officiels en pouds, livres et zolotniks (1).
- MÉTAUX ET MÉTAUX OUTRÉS. ANNÉE 18S9. ANNÉE 1860. ANNÉE 1861.
- Kilog. Kilog. Kilog.
- Or 25255,06 23871,90 23850,10
- Platine 914,50 1007,10 1724,60
- Argent 17757,50 17532,50 15862,20
- Cuivre 5238962,80 5171063,75 4601808,40
- Plomb. 1050695,10 881547,95 811436,90
- Fonte de fer 286650000,00 2976921674,30 286056826,70
- Fer 199149399,50 183584436,35 162138867,00
- Acier 1589269,50 1049918,00 1380929,90
- Acier fondu 545813,15 556866,50
- Fonte ouvrée 26636049,35 23284518,75
- Fer ouvré. 56346213,50 6312117,30 5349497,00
- Projectiles de guerre 3777975,50 1485225,70
- Cuivre ouvré » 7764,10 4956,75
- Bouches à feu )) 1869902,80 1158442,70
- La production de l’année 1859 représente une somme totale de 47,295,604 roubles, dont 20,635,584 pour la valeur de l’or. Les documents russes ne fournissent pas d’évaluation analogue pour les années 1860 et 1861. Les chiffres qui figurent au tableau précédent ne concernent que la Russie proprement dite, à l’exclusion du royaume de Pologne et du grand-duché de Finlande, qui ont chacun leur administration distincte.
- (1) 1 poud = 40 livres = 3840 zolotniks = 16k,38.
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- En outre, l’exploitation des gisements houillers a donné :
- En 1859, houille................... 3,459 tonnes.
- En 1860, houille et anthracite..... 131,040 —
- En 1861, id. ...... 196,560 —
- (Annales des Mines.)
- méthode de cuivrage des navires en fer, par m. le capitaine Warren.—
- Ce mode de cuivrage, qui a été imaginé par M. le capitaine Warren pour prévenir toute action galvanique entre les métaux, est aujourd’hui en pratique à Dundée, dans les chantiers de MM. Brown et Simpson, constructeurs de navires en fer. Voici sommairement en quoi il consiste :
- La partie de la carcasse destinée à être recouverte de cuivre doit être d’abord parfaitement nettoyée, et, lorsqu’elle est sèche, on l’enduit entièrement d’un certain vernis qui s’applique à chaud. Par-dessus ce vernis on place alors la matière isolante de M. Warren, laquelle consiste en une espèce de feutre en feuilles de 1/4 de pouce d’épaisseur (0m,006). Pour assujettir ce feutre on en recouvre la surface inférieure de glu marine, puis on l’applique fortement au moyen d’une pression mécanique, en ayant soin de disposer les bords en recouvrement les uns des autres pour assurer l’isolement complet du fer. Le feutre bien assujetti, on l’enduit également, par-dessus, de la même glu marine, et c’est alors seulement qu’on vient placer les feuilles de cuivre, après les avoir préalablement enduites de vernis et les avoir munies, sur leurs bords mis en recouvrement, de petits trous destinés au passage des rivets. (Journal of the Franklin institute.)
- Sur l’oxydation du caoutchouc, par m. J. Spiller. — Tel est le titre d’une communication que l’auteur a faite récemment devant la Société chimique de Londres.
- M. Spiller a commencé d’abord par rappeler qu’il y avait quatre ans que M. le docteur A. W. Hofmann avait exposé, dans la même enceinte, le résultat de ses investigations au sujet des altérations que subit la gutta-percha sous l’influence de l’air atmosphérique, principalement dans les climats chauds. De ces investigations, appliquées aux fils télégraphiques de l’Inde, est résultée la preuve que les détériorations éprouvées par la matière isolante étaient le résultat d’une oxydation graduelle
- C’est d’après cet ordre d’idées que M. Spiller a examiné comment le caoutchouc se comportait dans les mêmes circonstances, et l’occasion de constater la même altération lui a été fournie par un article de commerce dont on fait grand usage en Angleterre pour emballer les objets destinés à l’exportation et qui craignent l’humidité, c’est-à-dire par le feutre imperméable breveté (patent water proof fell). Cet article d’emballage, dont le bon marché fait la vogue, se vend en feuilles ayant une grande longueur et une largeur de 1 yard environ (0m,914). Autant que l’auteur a pu le distinguer, sa
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- préparation consiste à prendre du coton en laine, à le noyer dans une pâte liquide de caoutchouc dissous dans de l’huile de naphte ou dans tout autre dissolvant, à soumettre ensuite le produit à l’évaporation et à le laminer entre des cylindres.
- Il y a environ six ans, M. Spiller acheta plusieurs échantillons de ce feutre et s’en servit utilement pour la photographie. Quelques-uns n’ayant pas servi furent laissés de côté, lorsque dernièrement une occasion de les reprendre s’étant présentée vint révéler que la matière avait perdu sa force, sa compacité et son imperméabilité. Cela étant, il a pris un morceau de feutre neuf et un morceau de feutre vieux, puis les a soumis de part et d’autre au même traitement, consistant à enlever le caoutchouc par un dissolvant, à évaporer ensuite et à examiner la nature de la pellicule laissée par l’évaporation. Or voici les résultats qu’il a obtenus : le feutre neuf a donné un flocon de coton d’un très-beau blanc, et la solution évaporée a laissé une pellicule de caoutchouc pur,parfaitement élastique; pour le feutre vieux, au contraire, le coton n’avait plus sa blancheur, et la solution a fourni une espèce de résine ou matière cassante, d’un jaune brun, ayant une grande analogie avec de la laque en écaille; traitée à chaud par l’alcool, cette résine s’est dissoute en laissant une petite quantité de caoutchouc non altéré.
- 74 grains de résine (4g,80) ayant été obtenus de 1 pied carré (0m2,09) de feutre, M. Spiller en a préparé une assez grande quantité pour être à mêmé de l’étudier, et il lui a reconnu les caractères suivants : elle est facilement soluble dans l’alcool, surtout à chaud, ainsi que dans l’acide benzoïque, le chloroforme et l’esprit-de-bois. Les alcalis la dissolvent également bien, et l’on peut de nouveau la précipiter en neutralisant la solution par un acide convenable. Au contraire, elle ne semble pas se dissoudre dans l’éther d’une manière appréciable, non plus que dans le bisulfure de carbone ou l’essence de térébenthine. Comme le caoutchouc, elle blanchit par immersion dans un bain d’ammoniaque étendu d’eau. Elle fond à une température inférieure à celle à laquelle l’eau entre en ébullition, et, lorsqu’on la chauffe fortement dans une cornue, elle laisse dégager une huile couleur d’ambre, d’une odeur empyreuma-tique assez agréable, ainsi qu’une certaine quantité d’eau dont la présence indique bien que la matière contenait de l’oxygène. A la température ordinaire, elle est extrêmement cassante, si bien qu’on ne saurait la réduire en poudre dans un mortier ouvert sans risquer d’en perdre une certaine quantité. Enfin, lorsqu’on la frotte avec de la soie, elle développe de l’électricité.
- Une analyse faite par combustion avec de l’oxyde de cuivre a donné les proportions centésimales suivantes :
- Carbone....................... 64,00
- Hydrogène...................... 8,46
- Oxygène....................... 27,54
- 100,00
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- Ëfl comparant ces chiffrés i ceux donnés par M. Hofmann pour de la gutta-perèha altérée (carbone, 62,79; hydrogène, 9,29; oxygène, 27,92), M. Spillef s’est demandé s’il n’y avait pas lieu de penser que, en agissant à la longue sur le caoutchouc, l'oxygène de Pair ne produisait pas quelque phénomène analogue à celui qui donne liéü à la formation des résiliés provenant des huiles essentielles et autres hydrocarbures.
- [The mêchanic's Magazine.)
- (M.)
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- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 8 mars 1865.
- Présidence de M. le sénateur Dumas, président.
- Correspondais. — M. Davmst, rue des Bourdonnais, 8. — Nouveau système de métier à tisser. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Uccianiy professeur de mathématiques, à Ajaccio.— Nouveau système de chemin de fer et considérations générales sur les locomotives. (Renvoi au même comité.)
- M, le docteur Wahùt h Nice* — Notes, 1° sur un propulseur horizontal caché, pour navires à vapeur ; 2° sur l'application de l’eau pulvérisée à la production de la vapeur destinée à alimenter les machines. (Renvoi au même comité.)
- M. Hertè Mangon, membre du Conseil, envoie une note rédigée par un anonyme sur l’application de la magnésie à la fabrication des engrais. (Renvoi au comité d’agriculture.)
- MM. Monduit et Béchctf rue Saint-Nicolas-d’Antin, 42, invitent les membres de la Société à visiter leurs ateliers, où quelques travaux d’art en plomberie sont en cours d’exécution. (Reiivoi à la commission des beaux-arts appliqués à l’industrie.)
- MM. Cresmll et eomp.> rue Malher, 12. — Fabrication de miroirs au moyen de la métallisation du platine sur le verre. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- Nécrologie. — M. le Président informe la Société du décès de MM. Montai, facteur de pianos, et Perrelet, horloger de S. M. l’Empereur, membres de la Société, connus par d’importants travaux dans leur industrie.
- M. le Président communique au Conseil le' mémoire dé M. Caron, capitaine d’artillerie, sur la composition chimique des aciers. M. le Président fait ressortir l’importance de cette publication en ce qui concerne, au point de vue pratique, la constitution
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- et la préparation des aciers. Le mémoire de M. Caron peut donc être utile aux industriels, et M. Dumas le recommande, à ce titre, à l’attention de U commission du Bulletin.
- M. le Président dépose, en outre, un mémoire de M. John Morgan, professeur d'anatomie au collège royal de chirurgie de Dublin, sur un nouveau Procédé four la conservation des viandes alimentaires. M. le Président avait l’intention de proposer un sujet de prix pour la conservation de ja viande, en évitant l’action fâcheuse de la saumure sur la constitution de cette substance alimentaire, On sait, en effet, que la viande laissée dans la saumure perd une très grande quantité de ses qualités nutritives. C’est à ce résultat qu’ii faut attribuer, en partie, les maladies telles que le scorbut. Le programme de prix auquel avait pensé M. le Président paraît avoir été réalisé par M. Morgan» lequel procède par injection, au moyen d’une dissolution saline dans laquelle domine le sel de potasse. Ce procédé, qui conserve à la viande sa partie nutritive, agit avec une grande rapidité et occasionne une faible dépense.
- Rapports des comités, —- Électro-aimant à fil nu. M. le comte du Moncel lit un rapport, au nom du comité des arts économiques, sur les électro-aimants à fil uu de M. Car lier.
- M. du Moncel propose de remercier M. Cartier de sa communication et d’insérer son rapport au Bulletin.
- Ce rapport est approuvé.
- Pria: Alexandre pour la fabrication de l'encre.— M- Payenf au nom des comités des arts chimiques et économiques, lit un rapport sur la proposition, faite par M. Alexandre, de fonder un prix pour la préparation d’uue encre qui n’attaquerait pas les plumes métalliques et qui conserverait les écritures. Ce prix, de la valeur de 1,500 fr., serait décerné par la Société.
- La commission est d’avis qu’il y a lieu d’adopter cette proposition.
- Le rapport de Ifi. Payen, et le programme des prix dont il est également donné lecture, sont approuvés.
- Communications,M. Lis&ajous, membre du Conseil, remet une lettre par laquelle M. Rudolph Kœnig, constructeur d’instruments d’acoustique, à Paris, demande que la Société veuille bien examiner l’ensemble des instruments qu’il fabrique. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Lavollêe, membre du Conseil, donne lecture de quelques extraits d’une note sur le transport des bestiaux par chemins de fer, concernant principalement la consommation de Paris. (Renvoi à la commission du Bulletin.)
- M. Barreswil, membre du Conseil, présente, au nom de M. Albert Schlumberger, des concrétions arrondies, sortes de calculs, qui ont pris naissance dans des tuyaux où circulait de la vapeur d’eau ; il demande le renvoi, à la commission du Bulletin, de la note de M. Schlumberger sur cel incident de la fabrication.
- Le même membre présente, de la part de H. J* B. Bmüièrer éditeur, le Traité des
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- parfums de M. Piesse, en demandant qu’il soit fait un rapport verbal sur cet ouvrage. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- M. Fowey, de Bruxelles, adresse, par l’entremise de M. Barreswil, divers spécimens de Photolithographie par transport, sur pierre, de l’épreuve positive sur papier. L’auteur désirerait que sa communication fût renvoyée à l’examen d’un comité. Il est à la disposition de la Société et offre de venir répéter devant elle les expériences dont il adresse la description. (Renvoi à la commission des beaux-arts appliqués à l’industrie.) r M. du Moncel, membre du Conseil, présente, au nom de M. E. Duchemin (à Chalou), une nouvelle pile du modèle de Bunsen, dans laquelle l’acide nitrique est remplacé par du perchlorure de fer, et l’eau acidulée par de l’eau salée. La force électro-motrice de cette pile est représentée par 9640, alors que celle de Daniell est représentée par 5973, celle à sulfate de mercure par 8192 et celle de Bunsen par 11123. La résistance de la nouvelle pile est, d’ailleurs, la même que celle de l’élément Daniell. Elle peut faire marcher facilement un appareil de Ruhmkorff pendant deux jours.
- M. du Moncel présente encore, au nom de M. Lequesne, de Rouen, un commutateur propre à grouper instantanément les piles, en tension, en quantité ou en séries, suivant les conditions des expériences. Cet appareil, ingénieusement combiné et très-bien exécuté, est d’une manipulation très-facile et ne coûte pas plus de 170 fr. pour une pile de 24 éléments.
- Enfin, M. du Moncel présente, au nom de M. Serrin, un commutateur particulier propre aux expériences de lumière électrique, et, au nom de M. Gaiffe, une machine de Ruhmkorff microscopique. Cette machine, avec cinq tubes de Geissler, reproduisant les principales expériences auxquelles elle peut servir et les accessoires nécessaires, tels que réophores, excitateurs, support des tubes, pile et boîte renfermant le tout, peut être livrée, à la vente en détail, au prix de 40 francs. Des expériences sont faites devant la Société et montrent la puissance relative de ce petit instrument, dont la bobine n’a que 6 centimètres de longueur sur 2 centimètres 1/2 de diamètre. La machine elle-même ne coûte, dans le commerce, que 18 fr. Grâce à ce genre de fabrication, la machine de Ruhmkorff pourra être mise entre les mains de la jeunesse comme un jouet instructif.
- Ces diverses communications sont renvoyées au comité des arts économiques.
- Nomination de membres. — M. Maubec (Eugène), savonnier, à Elbeuf.
- PARIS. — IMPRIMERIE DE MADAME VEUVE BÔUCHARDrHUZARD, RUE DE l'ÉPERON, 5. — 1865.
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- 64° ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOME XII. — Avril 1805.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- DÉCISION RELATIVE A LA NOMINATION DE MEMBRES ADJOINTS.
- Conformément à l’arrêté pris le 16 janvier 1855,
- M. Natalis Rondot entendu, dans la séance publique du 19 avril 1865, pour le comité de commerce,
- Le Conseil, après délibération, a autorisé ce comité à présenter une liste de candidats pour la nomination de deux membres adjoints.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Benoît, au nom du comité des arts mécaniques, sur des perfectionnements apportés aux timbres ou cachets tournant et s’encrant seuls, par M. Risbourg, mécanicien, rue de Lagny, 9, à Paris-Vincennes.
- Messieurs, votre comité des arts mécaniques m’a chargé de vous rendre compte de l’examen que vous lui avez donné mission de faire, d’un timbre ou cachet tournant s’encrant seul, que M. Risbourg, mécanicien, a soumis à l’appréciation de la Société.
- Tome XII. — 64e année. 2a série. — Avril 1865.
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- ARTS MÉCANIQUES.
- Les perfectionnements que cet inventeur s’est proposés ont eu pour objet : 1° de produire un instrument fonctionnant d’une manière régulière, lors même qu’il n’est pas présenté bien normalement à la surface qui doit recevoir l’empreinte ; d’obtenir des empreintes bicolores par le même cachet ; 3° enfin de déterminer le retournement du cachet proprement dit, par le moyen d’un mécanisme simple, exempt d’engrenages, et de pièces trop sujettes à l’usure et à des dérangements.
- Comme il serait certainement difficile de comprendre, sans quelques figures à l’appui, la description un peu longue des diverses dispositions mécaniques imaginées par M. Risbourg pour remplir son programme, votre rapporteur, en mettant sous les yeux du Conseil le cachet dont il s’agit et le brevet d’invention dont il a été l’objet, doit se borner à lui dire que toutes les parliesde l’instrument en ont été très-bien combinées ; que le mécanisme produisant le retournement du cachet proprementdit, composé d’une goupille pouvantglisser dans un œil pratiqué transversalement à une petite bielle motrice, et dont une extrémité parcourt successivement une gorge ovoïde et une rainure intermédiaire existant dans un disque fixe, tandis que son autre bout agit sur les flancs d’une rainure droite pratiquée suivant un des diamètres d’un disque mobile parallèle au précédent et faisant corps avec ce cachet proprement dit, ce qui l’oblige à tourner sur son axe, a été trouvé d’une très-ingénieuse simplicité. Les propositions du comité sont, en conséquence,
- 1° De remercier M. Risbourg de son intéressante communication ;
- %° D’approuver le timbre ou cachet tournant et s’encrant seul, qu’il vous a présenté;
- h° D’ordonner l’insertion du présent rapport dans votre Bulletin ;
- 4° De faire dessiner et graver, d’après l’instrument de M. Risbourg, les figures nécessaires pour accompagner la description que votre rapporteur en a rédigée pour le Bulletin.
- Signé Benoît, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 13 juillet 1864.
- DESCRIPTION BU TIMBRE OU CACHET TOURNANT, S’ENCRANT SEUL ET DONNANT DES EMPREINTES DE DEUX COULEURS, INVENTÉ PAR M. RISBOURG (PL. 317).
- Le Timbre à cachet tournant, s’encrant seul et donnant des empreintes de deux
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- couleurs, que je vais décrire, inventé par M. Risbourg, mécanicien, est représenté par les cinq figures occupant le haut de la planche 317. Les fig. 4 et 2 en sont les projections sur le plan de symétrie qu’il possède, et sur un plan croisant ce dernier à angles droits, suivant l’axe général de l’instrument ; elles sont dessinées de demi-grandeur naturelle. La fig. 3 représente une coupe du timbre, grandeur d’exécution. Les fig. k et 5, tracées à une échelle double de cette grandeur, représentent une vue intérieure et une coupe de la partie la plus curieuse du mécanisme.
- Le cachet, proprement dit, est composé de deux parties ou cuvettes A, A', cylindriques, rendues solidaires par un collier A, divisible en deux parties qui embrassent la gorge qu’elles présentent, et dans le creux de chacune desquelles un bloc cylindrique d’acier est logé. C’est sur l’extrémité extérieure de chaque bloc, qui les désaffleure un peu, qu’est gravée en relief l’empreinte à imprimer. L’ensemble de ces quatre pièces, dont les axes de figure se confondent en un seul, est maintenu à distance de Pencrier-tampon E, dans une sorte d’anneau a, par les pointes de deux vis opposées 6, b, qui poussent les deux parties du collier A contre le cachet, auquel elles permettent de s’incliner légèrement sur le plan général de cet anneau.
- Celui-ci est placé entre les bras B,B d’une espèce de chape métallique B B' B, où il est retenu par deux tourillons c, c', qui le traversent suivant une même direction perpendiculaire à celle des axes des vis 6, b mentionnées, et avec lequel ils sont goupillés. Ces tourillons c, c' peuvent tourner dans des trous cylindriques, ayant le même axe et le même diamètre, pratiqués vers les extrémités des bras B, B, ainsi que les fig. 1 et 3 le représentent. Et comme un des bouts de ces tourillons se loge, avec un certain jeu, dans des trous un peu plus grands, ménagés dans le collier A, il résulte de celte disposition que lorsqu’on presse l’instrument, comme à l’ordinaire, contre une surface plane, en le tenant par son manche de boisC, dont l’axe se confond avec celui de la queue cylindrique B' de la chape, le bout du cachet qui dépasse l’extrémité des bras B, B de celle-ci s’applique très-exactement contre ce plan, bien que l’axe commun du manche C et de la chape B B'B le croise quelque peu obliquement.
- L’inventeur procède de la manière suivante à l’encrage du cachet, soit avec une, soit avec deux encres de couleur différente. Un fourreau F, destiné à protéger un encrier cylindrique, à tampon mobile E, qui s’y loge et en sort tour à tour avec son enveloppe D, est fixé à demeure entre le haut des bras de la chape. L’encrier à tampon E se trouve ainsi placé entre le manche C et le cachet AA', et comme sa surface en regard de ce dernier est formée d’un feutre perméable à l’encre qu’il contient, pour servir ainsi de tampon encreur, on conçoit que, lorsque leur contact s’effectuera, comme il sera bientôt expliqué, le bout supérieur du cachet, opposé à celui qui donne à ce moment son empreinte, sera encré et mis en état de donner la sienne à son tour.
- L’encre est introduite dans l’encrier par un petit trou latéral e, que l’on bouche ensuite avec une vis dont la tête reste engagée dans un trou un peu plus grand, pratiqué
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- en face, dans l’enveloppe D; où l’encrier à tampon peut ainsi se déplacer quelque peu, pour bien s’appliquer contre le haut du cachet à encrer. Pour produire des empreintes de deux couleurs à la fois; on divise l’intérieur de l’encrier E en deux parties, par une cloison cylindrique ou d’autre forme, et l’on ménage pour chacune d’elles un trou particulier pour l’introduction de l’encre qu’elle doit contenir.
- Voici par quelles dispositions l’inventeur obtient simultanément l’encrage de l’un des bouts du cachet et l’impression de l’empreinte fournie par son autre bout : la queue B' de la chape B B' B, formée d’un cylindre creux, métallique, est ajustée à glissement dans un tube cylindrique f, fixé à demeure dans un trou de même forme pratiqué dans l’axe du manche C; la queue G de l’enveloppe D de l’écritoire est également cylindrique et prolongée par une tige à épaulement H, qui occupe l’intérieur de la queue B', et dont l’extrémité supérieure est vissée à demeure au manche même de l’instrument, avec lequel elle fait corps.
- L’ajustement de ces pièces est fait de telle sorte qu’un ressort à boudin v, ouvert et compris entre le dessous de l’épaulement inférieur de la tige H et un rebord ménagé intérieurement par une pièce de jonction intermédiaire #, au bas de la queue B' de la chape, maintient naturellement ces pièces dans une position relative telle, que l’encrier E est alors logé dans le fourreau F, avec interposition d’une bague en caoutchouc I, comme les fig. 1 et 2 le représentent, et que sa face inférieure, servant de tampon, est à une distance du bout A' du cachet, suffisante pour que celui-ci puisse, sans en être empêché, faire une demi-révolution autour des tourillons c, c’ de l’anneau dans lequel il est maintenu.
- Cela étant, on conçoit que si, après avoir approché le bout inférieur A du cachet d’une surface plane, on exerce une pression sur le manche C, le ressort à boudin intérieur v et la bague I cèdent à l’effort jusqu’à ce que le tampon de l’écritoire, qui fait corps avec le manche C, atteigne le bout supérieur A' du cachet, qui reçoit alors la pression en s’encrant, et qui la transmet à la surface sur laquelle on l’appuie, en y déposant l’empreinte du bout inférieur A du cachet préalablement encré. Dès qu’on cesse de presser sur le manche de l’instrument, le ressort intérieur v se débande, et, prenant son appui sous l’épaulement même de la tige H de l’encrier, vissée au manche C, repousse le système delà chapeBB'B et du cachet proprement dit AA',jusqu’à ce que le fourreau F ait embrassé l’encrier E et son enveloppe D. C’est en vertu de ce mouvement, et pendant qu’il s’opère, que ce cachet effectue sa demi-révolution autour des tourillons c, c' de l’anneau a qui le maintient.
- Le mécanisme au moyen duquel M.Risbourg transmet, au cachet proprement dit, ce mouvement de conversion dérivé de la détente du ressort à boudin v, renfermé dans le manche, est très-simple et très-ingénieux ; et, comme il n’est composé que de quatre petites pièces en acier trempé, on voit qu’il est peu susceptible d’usure et de dérangement. Ces pièces sont renfermées dans une sorte de petite boîte y , adaptée au dehors de l’un des bras de la chape, comme le font voir les fig. 1 et 4 : les fig. 4 et 5
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- sont des coupes de celte boite, dessinées aune échelle double de sa grandeur naturelle. Elles consistent en une sorte de petit disque k, ayant le même axe que l’un des tourillons c de l’anneau a, par lequel le cachet est maintenu dans la chape, faisant corps et mobile avec lui. Sur la face plane de ce disque est creusée en ligne droite, parallèlement à l’axe du cachet, une rainure Z, dont le fond se relève vers seé deux bouts, où elle est ainsi moins profonde.
- Le fond opposé de la boîte / est aussi en acier, et présente une gorge tnnop, fig. 4,do forme ovoïde, dont l’axe de symétrie occupe une position fixe, parallèle à la longueur de l’instrument, et dont le boutn, où la courbure est la plus forte, est tourné à l’opposé du manche. Cette gorge mnop a partout la même largeur et la même profondeur, et est croisée à son autre bout par une rainure qpn, dirigée suivant son axe. La petite portion q de cette rainure, située hors de l’ovoïde, constitue une sorte de gare, et son autre portion pn, existant dans l’espace embrassé par la gorge ovoïde, a pour fond un plan incliné parlant du fond de la gorge en p, pour atteindre en n le bord de la partie la plus courbée de celte gorge. On voit ainsi que, quand l’instrument est au repos, ou que la goupille i est logée dans la gare q, la rainure en ligne droite l du disque A: du cachet proprement dit, qui forme l’autre fond mobile de la petite boîte, est exactement parallèle à la rainure fixe pn.
- Dans l’intérieur de celte petite boîte / se trouve un des bouts d’une troisième pièce d’acier, sorte de petite bielle r, placée le long de l’un des bras de la chape, et qui y pénètre par une ouverture s, pratiquée à sa périphérie. Cette bielle est traversée, à frottement doux, par une simple goupille i, constituant la quatrième pièce du mécanisme, dirigée parallèlement à l’axe, des tourillons c, c' du cachet, et dont une des extrémités est toujours logée dans la rainure l du disque k du tourillon c, et dont l’autre extrémité se loge tour à tour dans la gare q, dans la rainure en plan incliné pn opposée, et dans les parties nmp, nop de la gorge ovale qui règne tout à l’entour.
- Vers l’extrémité extérieure de la bielle r est pratiquée une lumière allongée n, dans laquelle passe un goujon à bouton g, vissé dans l’oreille d de l’enveloppe D de l’encrier et se mouvant avec lui. On conçoit que celte bielle restera au repos, durant tout le temps que le goujon g en parcourra la lumière u, et que ce ne sera que lorsqu’il en aura atteint les bouts, que la bielle pourra participer à son mouvement et le transmettra à la goupille d’acier i, engagée dans la gare q, dans la rainurepmn, ou dans les gorgespon du fond fixe de la petite boîte. On conçoit encore que la bielle r étant poussée, tant que sa goupille d’acier parcourra la gare q ou la rainure à plan incliné pn dudit fond fixe de la boîte, la rainure l du disque k du cachet n’étant pressée d’aucun côté par cette goupille, ce disque et le cachet resteront au repos, et que, si l’on continue à pousser j'a bielle jusqu’à ce que le bout de sa goupille i ait parcouru tout le plan inclinépn, celle-ci peut obéir alors à l’action du relèvement du fond de la rainure l du disque A, qui la déplace dans le sens de sa propre longueur, pour l’engager en n dans le bas de la gorge en ovale fixe mnop.
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- Il est clair que les pièces du mécanisme resteront dans cet état, tant que la pression sur le manche, et par suite celle du cachet sur la surface à timbrer, persistera, et que, dès que l’on retirera l’instrument, le ressort à boudin v placé à l’intérieur du manche rappellera la bielle r dont la goupille t, étant empêchée de repasser dans la rainure à plan incliné pn d’où elle est sortie, est forcément obligée de suivre l’une ou l’autre des deux parties no ou nm de la gorge ovoïde fixe mnop, dans laquelle une de ses extrémités est engagée. Cette goupille étant ainsi écartée latéralement de la rainure pn, et par conséquent aussi de la rainure l du disque mobile k du cachet, agit contre l’un ou l’autre de ses flancs, en un point plus ou moins éloigné de l’axe de ce disque, et le fait ainsi tourner avec le cachet, jusqu’à ce quelle soit arrivée au point mort p de la gorge ovale mnop, où se trouve placée la gare q, dans laquelle l’action du ressort à boudin v la force à se loger près de l’origine de la rainure pn, en plan incliné fixe. La conversion du cachet étant achevée, cette rainure pn et celle l du disque k sont redevenues parallèles, et l’instrument se trouve disposé comme il l'était au commencement de l’opération décrite, que l’on peut ainsi répéter indéfiniment.
- Si l’on considère tout ce qu’il y a de très-ingénieux dans la simplicité des moyens mécaniques décrits, imaginés par M. Risbourg pour atteindre le but qu’il s’était proposé, on peut espérer qu’ils recevront, sans doute, d’autres applications dans la pratique. Benoît.
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- Rapport fait par M. Benoît, au nom du comité des arts mécaniques, sur les trigonomètre et théodolite de M. le major Richard.
- Messieurs, M. Richard, major au 47e régiment de ligne, admettant comme un fait que, dans les opérations de géométrie souterraine, la lecture des verniers est très-difficile à faire, parce que dans les galeries des mines on est mal éclairé, et soumis à certains autres inconvénients ; que l’observation d’un angle avec les instruments en usage exige un temps relativement considérable, et qu’on ne peut en obtenir l’amplitude qu’à une demi-minute ou un tiers de minute près, s’est proposé de combiner « un instrument qui, ne « dépassant guère un ancien pied de roi dans toutes ses dimensions, don-« nera les angles à une seconde près sans verniers, sans verres grossissants « et qui fera lire les angles avec autant de facilité qu’on lit l’heure sur un « chronomètre. Sa construction , dit-il encore, n’offre aucune difficulté « sérieuse, car, après tout, ce ne sera que la plus simple des horloges. »
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- L’inventeur a fait exécuter un spécimen fonctionnant de son instrument, et vous en a soumis un dessin accompagné d’un mémoire explicatif très-clairement rédigé, que vous avez renvoyés à l’examen de votre comité des arts mécaniques. Ce comité m’a chargé de décrire sommairement cette invention, dans le rapport dont j’ai l’honneur de vous donner lecture, et de vous faire connaître aussi l’appréciation qu’il en a faite.
- L’instrument de M. le major Richard se place, comme tous ceux employés dans la géométrie pratique, sur un trépied où l’on peut donner à son limbe les deux positions horizontale et verticale, selon que l’exigent les opérations à effectuer.
- Il se compose, en dernière analyse, 1° d’une couple de disques liés entre eux par quatre entreloises ou colonnettes d’égale hauteur, et dont l’inférieur est fixé sur une tablette de bois carrée ;
- 2° D’une lunette ou alidade pouvant tourner autour de l’axe commun des disques, soit dans un plan qui leur est parallèle, soit dans un cône ayant le même axe ;
- 3° D’un mécanisme placé entre les disques, et formé de deux jeux de roues d’engrenage cylindriques et de deux aiguilles indicatrices.
- A la surface du disque supérieur qui constitue le Limbe ou Cadran de l’instrument, et dans le voisinage de ses bords, sont tracées deux circonférences de cercle concentriques. La grande, de 14 centimètres de rayon, est divisée en soixante parties de 6 degrés chacune, dont la graduation, 0, 6, 12, 18, 24, 30, 36, 42... 342, 348, 354, 360, est écrite comme s’il s’agissait d’indiquer les degrés sexagésimaux. La petite circonférence, de 12 centimètres de rayon, est divisée en 360 parties, qui doivent représenter chacune une minute de degré, et par conséquent ensemble 6 degrés : leur graduation écrite de 10 en 10, à partir du zéro qui est placé sur le même rayon que celui de la grande circonférence, marche dans le même sens, et est ainsi, 0, 10', 20', 30', 40', 50'; 1°, 10', 20', 30', 40', 50'; 2°, 10', 20', etc.
- La lunette alidade peut se mouvoir d’une certaine quantité dans un plan vertical, autour de deux petits tourillons dont elle est munie, et qui sont reçus dans les montants d’une fourchette fixée au haut d’un petit arbre dont l’axe se confond avec celui des disques qui lui servent de collier et de crapaudine pour le maintenir dans ses mouvements de rotation. Quand on fait tourner la lunette en agissant sur une grande molette fixée sur cet arbre, au-dessous de la fourchette, la plus grande des deux aiguilles, fixée
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- aussi à cet arDre, subit le même déplacement angulaire, et son extrémité indique, sur la grande circonférence du cadran, dans quel groupe de 6 degrés l’axe de la lunette aura été amené.
- La roue du premier jeu d’engrenages établi sous le cadran fait corps avec le même petit arbre central, pivot de la lunette alidade. Elle mène un petit pignon fixé sur un axe particulier, parallèle au sien, et auquel une autre roue cylindrique est fixée. Cette seconde roue engrène un second pignon faisant corps avec un manchon qui embrasse l’arbre central à son passage dans le corps du cadran, sur lequel il fait saillie avec épaulement, pour y être maintenu et pour y être muni, à demeure, de la plus courte des aiguilles mentionnées, laquelle est ainsi située au-dessous de la plus longue et fournit ses indications sur la petite circonférence du cadran.
- Comme les diamètres des deux jeux de roues adoptés par M. Richard sont 0m,070, 0m,007, 0m,066, 0m,01l, on voit que, pour un tour entier fait par la lunette ou la longue aiguille dite des degrés, la petite aiguille
- dite des minutes en effectuera
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- ou 60, ou qu’elle tournera 60 fois
- plus vite. Il faut conclure de là que, pendant que l’aiguille des degrés parcourra un groupe de 6 degrés, celle des minutes décrira les 360 parties de la petite circonférence du cadran qui représentent 360', ou les 6 degrés du groupe. Ainsi, toutes les fois que l’aiguille des degrés s’arrêtera sur un des points de division de la grande circonférence du cadran, l’aiguille des minutes se placera sur le zéro de la graduation de la petite circonférence de ce cadran : par conséquent, cette aiguille des minutes donnera toujours le nombre de degrés et minutes à ajouter aux groupes de 6 degrés parcourus par la grande aiguille, pour avoir l’amplitude de l’angle quelle aura décrit, lorsqu’elle s’arrêtera dans l’intervalle des points gradués, de la circonférence des groupes de degrés.
- Les détails qui précèdent prouvent que M. le major Richard a résolu théoriquement le problème qu’il s’était proposé, à savoir, de donner aux instruments de géométrie pratique la propriété d’indiquer l’amplitude des angles observés, à la manière dont les chronomètres indiquent la durée du temps ; mais, comme il n’a pas considéré la différence importante qui existe entre ces deux genres d’instruments, résultant de ce que Yalidadedes premiers est déplacée par l'observateur, tantôt à droite, tantôt à gauche, tandis que le mécanisme des chronomètres marche toujours dans le même sens, sous Faction
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- incessante de ressorts ou de poids, la solution proposée est bien loin d’approcher de l’exactitude que procure l’emploi de la très-simple, très-précieuse et très-ingénieuse invention du géomètre Vernier.
- En effet, les indications des verniers, que l’on peut construire aussi sensibles que l’on veut, ont toute la précision mathématique, et celles données par le mécanisme décrit sont altérées par toute Vinfluence des temps perdus des deux jeux de roues d’engrenage dont il est composé. Or, si l’on représente par R, R' les rayons des deux roues, par r, r' les rayons des deux pignons et par f la longueur de l’aiguille des minutes du mécanisme, en désignant par x et y les petits arcs des cercles primitifs de ces engrenages, qui y mesurent les temps perdus, on établit facilement que leur influence sur l’arc parcouru par l’extrémité de cette aiguille des minutes est exprimée par la formule
- % + y j • En introduisant dans cette formule les dimensions des
- engrenages et de l’aiguille, mentionnées, et en supposant les temps perdus a?, y égaux entre eux, on trouve que le retard de l’extrémité de l’aiguille, lorsqu’on fait mouvoir l’alidade dans le sens des graduations du cadran, peut atteindre un arc égal à 114x; de sorte que, en ne supposant même les temps perdus que d’un dixième de millimètre, ce retard serait de 11,4 millimètres correspondant à 5,44 minutes de degrés. Telle est l’erreur d’indication de l’amplitude des angles observés, à laquelle on s’expose, en se servant des instruments construits d’après le système proposé par M. Richard.
- En conséquence de tous les détails qui précèdent, votre comité des arts mécaniques pense que, bien que, pour les opérations de géométrie pratique qui exigent une certaine précision, on doive toujours préférer les instruments à vernier à ceux à minuterie, la Société ne doit pas rester indifférente aux efforts faits par M. Richard pour simplifier la lecture des amplitudes des angles observés sur le terrain, dans certaines circonstances exceptionnelles ; et, comme la solution du problème énoncé est nouvelle et théoriquement bonne, je suis chargé de vous proposer, Messieurs,
- 1° De remercier M. le major Richard de sa communication ;
- 2° De faire déposer dans vos archives les dessins et le mémoire qu’il vous a adressés, afin qu’on puisse les y consulter, au besoin ;
- 3° D’ordonner l’insertion du présent rapport dans votre Bulletin.
- Signé Benoît, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 4 mai 1864.
- Tome XII. — 64e année. 2e série. — Avril 1865.
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- arts mécaniques!
- Rapport fait par M. Cavé, au nom du comité des arts mécaniques, sur le
- frein permanent de MM. Tanney et Maîtrejean, rue des Fossès-du-Temple,
- 37, à Paris.
- Messieurs, MM. Tanney et Maîtrejean, témoins de l’accident arrivé dans le temps au cirque Napoléon, par suite de la rupture de l’engrenage d’un treuil qui supportait le lustre, accident qui fit malheureusement plusieurs blessés, ont cherché, par une combinaison mécanique, à éviter le retour de pareils malheurs. Dans ce but, ils ont imaginé un frein qu’ils ont fait breveter sous le nom de préservateur permanent, et qui est entièrement indépendant de la roue du treuil auquel il est appliqué, de telle sorte que, si cette roue venait à se rompre, le poids resterait suspendu.
- Ce frein se compose d’une roue à rochet fixée sur l’arbre du treuil. De chaque côté, et sur le même arbre, se trouvent deux croisillons mobiles qui, réunis au-dessus de la roue à rochet, forment une autre roue d’un plus grand diamètre, entourée d’un cercle en acier dont la circonférence n’est pas fermée.
- Ce cercle, qui constitue le frein proprement dit, et qui est garni intérieurement de coins en bois, est fixé, par l’un de ses bouts, au bâti du treuil ; par l’autre, il tient à la tête d’un levier portant un pas de vis très-allongé. Cela étant, il suffit de faire faire un demi-tour au levier pour serrer ou desserrer la roue de grand diamètre, qui devient alors fixe ou mobile sur l’arbre du treuil; dans ce dernier cas, l’arbre du treuil peut tourner à volonté avec la roue à rochet dans l’intérieur de la grande roue, ou roue du frein. Entre cette roue et la roue à rochet est un espace libre dans lequel se trouvent logés deux linguets ou cliquets, destinés à agir sur cette dernière roue, de telle sorte que, s’il arrivait une rupture soit à la roue, soit à la manivelle, ou s’il se faisait une fausse manœuvre, le poids resterait suspendu par suite de leur action.
- On sait que les treuils ordinaires employés dans l’industrie ont également des linguets chargés d’opérer dans le même sens ; mais ici, dans l’appareil de MM. Tanney et Maîtrejean, il y a cet avantage qu’on peut descendre le fardeau sans être obligé de tenir les linguets levés. D’ailleurs,
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- la présence de ces linguets n’est pas un surcroît de précaution inutile, car il ne serait pas prudent de laisser un lustre suspendu à un frein dont le serrage est très-limité, et qui peut, à un moment donné, mal fonctionner par suite d’usure ou par toute autre cause. Il vaut donc mieux laisser à un treuil ses linguets, mais on peut y ajouter pour plus de sécurité le frein de MM. Tanney et Maîlrejean.
- Ainsi appliqué, ce frein peut donc servir dans beaucoup de circonstances, et pour ce motif le comité a l’honneur de vous proposer, Messieurs, de remercier MM. Tanney et Maîtrejean de leur communication et d’insérer le présent rapport au Bulletin avec un dessin de l’appareil.
- Signé Cave, rapporteur.
- Approuvé en séance, le  mai 1864.
- LÉGENDE DU FREIN PERMANENT DE MM. TANNEY ET MAÎTREJEAN (PL. 317).
- Fig. 6. Vue de profil d’un treuil ordinaire, muni du frein permanent.
- Fig. 7. Vue de face, représentant le frein coupé par un plan vertical passant par l’axe de rotation du treuil.
- Dans la première figure, le frein est au repos; dans la seconde, il est serré.
- À, roue à rochet calée sur l’axe du treuil, en dehors du bâti.
- B, B, croisillons placés sur le même axe du treuil, de chaque côté de la roue A; fis sont réunis par des boulons et forment une couronne entièrement folle sur l’axe, laquelle couronne est munie, comme une poulie, d’une gorge faisant corps avec l’un des croisillons.
- C, C, cliquets fixés à l’intérieur des croisillons, et agissant sur la roue à rochet; constamment sollicités par des lames de ressort, ils servent à rendre la couronne B B solidaire de la roue à rochet, et par conséquent à la faire participer au mouvement du treuil.
- D, lame d’acier garnie intérieurement de coins en bois et entourant la gorge de la couronne B B, sur laquelle elle agit par pression, comme un frein ; l’une de ses extrémités est fixée au bâti du treuil.
- E, tige horizontale, filetée, à pas très-allongé, à laquelle est fixée l’autre extrémité de la lame d’acier D, et dont le mouvement de translation par rotation produit le serrage ou le desserrage du frein.
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- F, oreille venue de fonte avec le bâti, et contenant un écrou prisonnier dans lequel se meut la tige E.
- G, levier à contre-poids servant à produire le mouvement de la tige E; le contrepoids peut être déplacé à volonté.
- H, arrêt servant de repos au levier G lorsqu’il est relevé, c’est-à-dire lorsque le
- frein est desserré. (M.)
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Duméry, au nom du comité des éarts mécaniques, sur
- un broyeur concasseur présenté par M. Merckelbagh, rue de la Ville-
- VÉvêque, 61.
- Messieurs, votre comité des arts mécaniques m’a chargé de vous rendre compte d’un broyeur concasseur présenté par M. Merckelbagh.
- Cette machine, destinée à toutes les matières susceptibles de se réduire en poudre par concassage, telles que plâtre, ciment, charbons de mouleurs, etc., etc., se distingue de toutes celles qui l’ont précédée par un assemblage très-judicieux de différents moyens impuissants ou au moins incomplets lorsqu’ils sont employés isolément et qui se complètent et s’améliorent réciproquement par leur application simultanée.
- Dans la mouture des céréales, les meules commencent par opérer sur le grain une pression progressive qui tend d’abord à l’ouvrir, à le dérouler, puis à l’aplatir, et enfin, une fois aplati, à exercer sur la pellicule corticale une sorte de râpage méthodique tendant à enlever de l’écorce toutes les parties utiles qui y sont adhérentes.
- Pour les matières pulvérulentes, telles que le plâtre, le ciment, le grès, etc., il en est autrement ; l’opération ne change pas de nature à ses différents degrés d’avancement : c’est toujours, et à tous les moments, un concassage dont les produits sont plus ou moins ténus, plus ou moins abondants, mais ce n’est toujours qu’un concassage.
- Pénétré de cette différence radicale, et bien convaincu que la pulvérisation est le moyen vrai, M. Merckelbagh ne considéra plus la mouture, appliquée
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- aux matières pulvérulentes, que comme un accessoire et chercha quels pourraient être les moyens les plus efficaces d’opérer un concassage rationnel, c’est-à-dire satisfaisant, en même temps, à la double condition de la quantité et de la qualité.
- Ses observations l’ont alors conduit à reconnaître que la meule verticale, roulant dans une auge circulaire et écrasant les matières sur son champ, était le plus énergique de tous les procédés, parce que l’action de la pesanteur s’exerce constamment sur une tangente qui doit inévitablement faire porter le poids entier de la meule sur chacune des aspérités qui se présentent à elle, mais il reconnut, en même temps, que la manière dont ce procédé a été appliqué jusqu’ici s’était toujours opposée à ce qu’on atteignît le maximum d’effet utile.
- Voici le raisonnement que s’est fait M. Merckelhagh :
- Si des matières d’inégales grosseurs sont placées indifféremment et indistinctement sous une meule roulant circulairement dans une auge, la meule agira efficacement sur les plus gros morceaux, qu’elle écrasera, s’ils ne sont pas assez gros pour résister à son poids, et épargnera les petits qui seront garantis par la poussière des gros.
- Si, pour atteindre les plus petits morceaux, l’on fait faire à la meule plusieurs révolutions sur les mêmes matières, elle se trouvera agir sur un mélange de matières pulvérisées formant un amalgame préservateur des matières que la meule n’a pas atteintes au premier tour, et l’opération, conduite ainsi, pourra se prolonger indéfiniment sans donner un travail complet; au contraire, s’est dit M. Merckelhagh, si l’on pouvait alimenter la meule verticale de matières uniformes de grosseur et constamment débarrassées des matières fines qui s’opposent au rapprochement complet de la meule contre l’auge, on devrait arriver à la véritable solution du problème, c’est-à-dire au maximum de travail dans un temps donné, quoiqu’en obtenant des produits d’une ténuité parfaite.
- Voyons maintenant comment procède M. Merckelhagh pour arriver à ce résultat : les matières sont soumises à un concasseur ou moulin à noix conique analogue, sur plus grande échelle, à la noix d’un moulin à café vertical. Ce moulin réduit les matières en morceaux sinon uniformes, au moins ne dépassant pas certaines dimensions. Mais, comme le concassage produit en même temps la pulvérisation d’une notable partie des matières concassées et que, si l’on soumettait le tout à l’écrasement par la meule verticale, la poussière comprimée ferait obstacle, ainsi que cela vient d’être dit, à l’écrasement des
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- grains à réduire, M. Merckelbagh fait subir aux produits concassés un criblage après lequel seulement il soumet la grenaille à la meule.
- Le travail devient donc celui-ci :
- Concassage avec le moulin à noix ;
- Tamisage des produits ;
- Écrasage, par la meule verticale, de la grenaille du tamisage ;
- Tamisage nouveau des produits sortant de la meule verticale ;
- Enfin remise, sous cette meule, des parties trop grosses pour le tamis, et ainsi de suite.
- Ces différentes opérations donneraient lieu, on le comprend facilement, à des manutentions très-nombreuses et, par suite, très-coûteuses, si elles étaient exécutées par des instruments séparés, c’est-à-dire indépendants les uns des autres; aussi M. Merckelbagh, après avoir reconnu les causes d’infériorité de chacun d’eux employés isolément, a-t-il songé, en les réunissant, à leur faire produire le maximum d’effet utile, et il a, ainsi, construit une machine tout à fait originale et dont les promesses très-séduisantes doivent certainement être réalisées par une bonne exécution.
- M. Merckelbagh réunit ces trois instruments autour d’un axe vertical qui les entraîne dans son mouvement giratoire, exactement comme les chevaux de bois des fêtes publiques.
- Indépendamment de ce trajet circulaire dans l’espace, chacun d’eux est doué du mouvement qui lui est propre, de manière à pouvoir travailler, en se déplaçant, aussi bien que s’il était fixe ; de là il résulte :
- 1° Que le concasseur à noix prépare le travail, c’est-à-dire opère un premier dégrossi dont il parsème l’auge circulaire au-dessus de laquelle il se promène ;
- 2° Que le ramasseur relève tout ce que produit le moulin, le projette contre le tamis central, qui laisse passer le fin et rejette dans l’auge"toute la grenaille que la meule, à son tour, vient écraser.
- Avec cette disposition tout le service de la machine se réduit à jeter les matières dans le moulin concasseur au fur et à mesure qu’il passe devant l’ouvrier qui dirige la machine.
- Quant au mouvement à imprimer à chacun de ces organes,
- La meule verticale doit sa rotation propre au contact de sa circonférence au fond de l’auge circulaire ;
- Les deux autres, le moulin concasseur et le ramasseur, dont les axes sont, chacun, garnis d’un pignon, doivent leur mouvement de rotation à. la mise
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- en prise de ces pignons avec deux roues dentées fixes : l’une à angle droit pour l’axe horizontal du ramasseur, l’autfe cylindrique pour l’axe vertical du concasseur.
- On conçoit, en effet, que, si autour d’un engrenage immobile on fait courir un pignon engrenant avec lui, le pignon et l’axe qui le porte prendront un mouvement de rotation indépendant du mouvement de translation circulaire, exactement comme des satellites autour de leur planète.
- Ajoutons que le tamis contre lequel le ramasseur projette les matières est tout simplement un cône en toile métallique qui a sa base appuyée sur le bord intérieur de l’auge circulaire et dont le sommet, légèrement tronqué, enveloppe l’arbre central.
- Tout ce qui passe au travers des mailles ne reparaît plus et tout ce qui est trop gros pour elles revient naturellement dans l’auge pour y subir de nouveau l’action de la meule verticale.
- Pour assurer les bonnes fonctions du tamis, M. Merckelbagh le compose de plusieurs segments verticaux auxquels il imprime un mouvement de trépidation ayant pour but de détacher tout ce qui pourrait avoir de la tendance à obstruer les mailles du tamis.
- La machine que nous avons visitée est exécutée en demi-grandeur; elle a quelques porte à faux qui exigeront qu’elle soit construite très-rustiquement, mais son auteur nous parait assez habile praticien pour que sa machine définitive puisse présenter à cet égard toute espèce de garantie.
- Vous le voyez, Messieurs, la machine soumise à votre appréciation par M. Merckelbagh est le résultat d’une application très-judicieuse des conditions les plus méthodiques dans lesquelles on puisse exécuter le broyage de matières pulvérulentes.
- Il y a, sous ce rapport, un véritable progrès réalisé, aussi avons-nous l’honneur de proposer au Conseil, au nom du comité des arts mécaniques, de remercier M. Merckelbagh de son intéressante communication, d’ordonner l’insertion du présent rapport dans le Bulletin de la Société, avec les dessins qui l’accompagnent, et d’en mettre cinq cents exemplaires à la disposition du présentateur.
- Signé Duméry, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 13 juillet 1864.
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- LÉGENDE DE LA PLANCHE 318 REPRÉSENTANT L’APPAREIL BROYEUR-CONCASSEUR
- DE M. MERCKELBAGH.
- Fig. 1. Elévation de l’appareil avec section verticale du concasseur.
- Fig. 2. Vue en dessus, prise au niveau du plan horizontal tangent à la meule.
- A, aie principal de l’appareil.
- B, B', roues d’angle transmettant à l’axe A le mouvement de l’arbre de commande horizontal.
- C, charpente supportant la commande, ainsi que le manchon dans lequel tourne l’axe A.
- D, manchon fixé à la charpente C et dans lequel tourne l’axe A.
- E, disque fixé à l’axe A et tournant avec lui en entraînant la meule, le concasseur et le ramasseur, lesquels sont disposés, par rapport à cet axe, suivant des rayons faisant entre eux des angles de 120 degrés.
- F, axe de la meule, retenu dans une rainure du disque E, et pouvant osciller dans un plan vertical autour de son point d’attache près de l’axe A (voir le ponctué de la fig. 1), de manière à se soulever avec la meule lorsque celle-ci rencontre, dans son parcours, des morceaux à broyer de trop grosse dimension.
- G, meule verticale montée sur l’axe F, comme une roue sur un essieu, et tournant sur cet axe à mesure qu’il est entraîné dans le mouvement de rotation du disque E.
- H, barre horizontale fixée au disque E, et supportant le concasseur au moyen d’un étrier qui sert à l’entraîner dans le mouvement giratoire du disque.
- I, concasseur ou moulin à noix conique, dans lequel sont jetées, au début, les matières à broyer.
- J, axe du concasseur tournant sur lui-même et opérant le concassage, en même temps que le concasseur lui-même tourne autour du manchon D; cet axe est maintenu par la barre H au moyen d’un collier.
- K, axe du ramasseur, relié au disque E avec lequel il tourne, et accomplissant en même temps sur lui-même un mouvement de rotation; cette double fonction est obtenue au moyen d’un noyau intérieur qui est fixe et qui tient au disque, et d’un manchon qui tourne sur lui-même en entraînant le ramasseur.
- L, hexagone vertical en fonte, fixé à l’axe K, et portant les écopes ou augets M, ramassant tout ce qui sort du moulin I; des taquets fixés extérieurement sur les joues de ces augets les font basculer lorsqu’ils sont arrivés au sommet de leur course ascendante, et leur font déverser leur contenu sur un plan incliné N.
- N, plan incliné recevant le contenu des augets M, et le conduisant sur le tamis conique O.
- O, tamis conique au centre duquel tourne l’axe A qui, au moyen d’une came et d’un
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- galet disposés intérieurement, lui imprime des secousses intermittentes destinées à empêcher les mailles de se boucher.
- P, auge circulaire dans laquelle l’axe A entraîne la meule, le concasseur et le ra-masseur, tout en permettant à chacun d’eux d’accomplir le mouvement de rotation qui lui est propre.
- Q, pignon calé sur le manchon D, et fixe comme lui.
- R, roue dentée calée sur l’axe du moulin I et engrenant avec le pignon Q, qui détermine ainsi le mouvement de rotation de cet axe sur lui-même.
- S, T, roues d’angle déterminant le mouvement de rotation vertical du ramasseur; la première est calée sur le manchon D et est fixe, tandis que la seconde, calée sur le manchon de l’axe K, tourne avec lui.
- U (fig. 2). est une barre indiquant la disposition d’un manège, dans le cas où l’on voudrait faire fonctionner l’appareil avec un cheval.
- On a dit plus haut que la barre H et les axes F et K faisaient entre eux des angles de 120 degrés; cette disposition est, en effet, celle du plan, et si elle n’a pas été indiquée sur la figure 1, c’est qu’elle eût entraîné la projection oblique de la meule.
- (M.)
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- MÉMOIRE SUR LE GISEMENT DE CHLORURE DE POTASSIUM DE STASSFURT-ANHALT, PAR M. FUCHS, INGÉNIEUR DES MINES (suite et fin) (1).
- CHAPITRE YI.
- APPLICATION INDUSTRIELLE ET AGRONOMIQUE DU CHLORURE DE POTASSIUM ET DES PRODUITS ACCESSOIRES DE SA FABRICATION.
- I. — Sources et emplois industriels des sels de potasse.
- Si la présence du sel gemme à Stassfurt a exercé une grande influence sur le mouvement commercial du chlorure de sodium en Prusse, la découverte des chlorures déliquescents, à la partie supérieure du gisement, a produit une véritable révolution dans l’industrie des sels de potasse de l’Europe entière.
- (1) Voir Bulletin de mars 1865, p. 146.
- Tome XII. — 64e année. 2e série. — Avril 1865.
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- Jusqu’à cette découverte, en effet, les sources de production de la potasse étaient extrêmement restreintes, et se réduisaient à peu près aux trois suivantes :
- 1° Le sulfate de potasse et le chlorure de potassium, retirés des eaux-mères des salines ou des marais salants, et des cendres des plantes marines, parmi lesquelles il faut citer en première ligne les varechs.
- 2° L'azotate de potasse, provenant du lavage des terres chargées simultanément de matières azotées et de carbonates alcalins (grottes de Ceylan et de Hongrie; — terre végétale du Bengale).
- 3° Le carbonate de potasse, extrait par lessivage des cendres de ,bois et autres matières végétales (Russie,— Hongrie, — Amérique) et du résidu de la fabrication de l’alcool à l’aide des mélasses de betteraves (Schiempekohle).
- La première de ces trois sources, seule, est sensiblement constante et va même en se développant légèrement avec les progrès et les besoins de la consommation.
- La seconde fait dépendre l’industrie de la potasse en Europe, de l’importation étrangère; la troisième, autrefois la plus importante de toutes, diminue sensiblement et ira toujours en s’affaiblissant à l’avenir.
- Il est vrai que, dans ces derniers temps, on a préconisé, comme nouvelle et importante source de potasse, le désuintage des laines de brebis; il existe, en effet, à Reims, une industrie fondée sur cette opération, et livrant au commerce du carbonate dépotasse fort estimé à cause de sa pureté ; mais, outre que ce produit est d’un prix élevé, (80 fr. les 100 kil. en 1864), les limites extrêmement restreintes de sa fabrication ne permettent de lui donner qu’un très-petit nombre d’applications.
- Une toison fournit, en effet, 300 grammes à peu près de suint desséché, composé de :
- Gr.
- Sulfate de potasse................ 7,5 soit pour 100 2,5
- Carbonate de potasse............ 133,5 — 44,5
- Chlorure de potasse............... 9,0 — 3,0
- Matières organiques............. 150,0 — 50,0
- 300,0 100,0
- Elle donne donc, en moyenne, 150 grammes de sels de potasse, et comme le nombre des brebis, dont on pourrait soumettre la laine au désuintage, s’élève annuellement, en France, à six millions au plus, la quantité maximum de sels de potasse, que l’on pourrait retirer de cette opération, atteindrait à peine, par an, 900 tonnes, soit le vingtième seulement de la production actuelle des usines de Stassfurt. Mais l’importance de cette fabrication est encore réduite par l’usage, de plus en plus répandu en France, de parquer les brebis, car cette coutume appauvrit les laines en suint, et restitue au sol, par contact, une partie des sels de potasse qui lui avaient été primitivement enlevés.
- Les sources de potasse étaient donc, jusqu’à ces derniers temps, essentiellement limitées ; mais il en était tout autrement de la consommation de cette dernière qui allait,
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- et va, encore, journellement en augmentant; aussi, comme les verreries, la teinturerie, la photographie, les fabriques de produits chimiques, la médecine et, par-dessus tout, la fabrication de la poudre se réunissaient pour en absorber des quantités croissantes, à tous les états de combinaison possibles, on ne parvenait à maintenir l’équilibre, entre la production et les exigences de la consommation, qu’en enlevant, chaque année, à l’agriculture une quantité croissante de matières premières chargées de potasse, qui lui étaient autrefois réservées.
- Un pareil état devait amener tôt ou tard une crise agronomique, dont, comme nous le verrons dans un instant, les premiers symptômes se faisaient déjà sentir en plusieurs points de l’Europe.
- La découverte d’un gisement de sels de potasse, présentant des dimensions qui sont de nature à calmer les prévisions des esprits les plus alarmistes, est venue donner une nouvelle face à la question et transformer le problème de la recherche des matières premières, en celui de l’utilisation industrielle des substances que le gisement est en état de fournir en si grande abondance, pendant une période que les calculs ne peuvent atteindre.
- Or, comme nous l’avons vu, la potasse se trouve dans le gisement à l’état de chlorure double de potassium et de magnésium, lui-même mélangé, par l’exploitation, au chlorure de sodium et au sulfate de magnésie voisins; et, d’autre part, le traitement industriel que subit la carnallite ne fait qu’isoler le chlorure de potassium, en le séparant des substances avec lesquelles il était combiné ou mélangé.
- Il reste donc à extraire du chlorure les sels qui ont une application commerciale, et principalement l’azotate, le sulfate et le carbonate de potasse.
- La première de ces trois transformations est depuis longtemps usitée dans les briques de salpêtre; elle s’effectue par la double décomposition de l’azotate de soude et du chlorure de potassium qui, mis en présence dans une liqueur chaude et concentrée, donnent du chlorure de sodium moins soluble qui se précipite, et une eau-mère chargée d’azotate de potasse que l’on fait cristalliser.
- Aussi est-ce à la production du salpêtre, lui-même destiné à la fabrication de la poudre à tirer, qu’a été employée d’abord la plus grande partie du sel obtenu à Stassfurt; mais ce débouché est devenu promptement insuffisant pour consommer la production toujours croissante des usines, car ces dernières eussent pu fournir, en 1864, la quantité de salpêtre nécessaire à la fabrication de 25,000 tonnes de poudre.
- Le second de ces problèmes n’est résolu que depuis très-peu de temps, par le procédé mentionné plus haut, à l’aide duquel MM. Forster et Grüneberg transforment, par double décomposition, la kieserite et le chlorure de potassium en chlorure de magnésium et sulfate de potasse.
- Quant à la transformation directe du chlorure en carbonate, malgré les primes offertes par le gouvernement prussien, elle n’a pas encore reçu jusqu’à ce jour de solution
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- industrielle; elle a d’ailleurs une importance moindre que les problèmes précédents, une des trois grandes sources de potasse, mentionnées plus haut, ayant le carbonate pour produit direct, et ce dernier s’extrayant, en outre, facilement du sulfate, par le procédé de M. Leblanc. Les deux transformations actuellement connues suffisent donc pour donner un développement rapide à l’exploitation et à la fabrication du sel à Stass-furt; aussi, tandis qu’en 1863 encore, le Zollverein était obligé de demander à l’importation étrangère 8,200 tonnes de potasse, qu’il n’obtenait qu’à des conditions fort onéreuses, le mouvement inverse se produit aujourd’hui, et nous avons vu, au commencement de cette année, le chlorure de potassium prussien apparaître sur le marché de Paris, et y faire une concurrence énergique aux produits indigènes.
- II. — Utilisation des produits deStassfurt pour l’agriculture (I).
- A. — Substances minérales enlevées par la culture. — Épuisement du sol.
- Quelque grands que soient les avantages que l’industrie a recueillis de la découverte du gisement de Stassfurt, leur importance s’efface devant ceux qui en résultent, et surtout qui en résulteront pour l’agriculture. Nous avons vu, en effet, que c’était à la condition d’enlever à cette dernière, impuissante à soutenir la concurrence, les sels de potasse dont elle avait de plus en plus besoin, que l’industrie était parvenue à satisfaire jusqu’à ce jour aux exigences croissantes de la consommation. C’est donc à l’agriculture surtout que revient le bénéfice de la découverte de cette nouvelle et puissante source de sels dépotasse; réciproquement, c’est elle qui fournit aux produits des usines de Stassfurt un placement à peu près illimité, et qui assure ainsi, pour un avenir, dont les prévisions industrielles ne peuvent entrevoir la fin, et dans une mesure sans cesse croissante, la prospérité des exploitations salines.
- Les végétaux, en effet, exigent pour leur développement, outre les matières azotées, un certain nombre de substances minérales, en proportions variables d’une espèce à l’autre, mais constantes pour une espèce donnée, au point que chaque écart correspond à un état maladif de la plante sur laquelle on l’a observé.
- Les récoltes enlèvent donc, chaque année, à la terre une quantité plus ou moins grande de matières minérales dont les principales sont : la potasse, l’acide phospho-rique, la magnésie, la soude, la silice et l’acide sulfurique. L’analyse des cendres des végétaux produits permet d’estimer l’importance de la perte qui en résulte pour le sol,
- (1) Une grande partie des renseignements contenus dans ce paragraphe est empruntée à une communication faite récemment par M. Grüneberg à la Société agronomique de Cologne.
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- et voici quelques chiffres qui en montrent la valeur au point de vue des sels de potasse, les seuls qui nous intéressent directement.
- M. le docteur Frühling a constaté, en 1863, qu’une récolte de betteraves enlevait, par arpent (1) de terre médiocre, 30,5 kilog. de potasse et 5 kilog. d’acide phosphorique, et MM. Pincus et Brettschneider ont trouvé que, dans les terres de bonne qualité, donnant une récolte abondante, la quantité de potasse soustraite s’élevait à 72 kilog., dont 22 dans les parties vertes et 50 dans les racines.
- Or la proportion de sels alcalins renfermés dans le sol, à un état où les plantes peuvent les absorber, est toujours très-restreinte, quand même l’analyse chimique en révèle de grandes quantités, soit dans la terre végétale, soit dans le sous-sol.
- Cette circonstance se présente surtout pour les terrains formés de roches feldspa-thiques ou de leurs débris, et provient de ce que les substances alcalines s’y trouvent engagées dans des combinaisons insolubles, dont les racines ne peuvent les extraire au profit des végétaux.
- Les agents atmosphériques produisent, il est vrai, à la longue, la décomposition de ces roches, et en séparent des sels alcalins solubles, et par suite assimilables par les plantes; mais cette action est extrêmement lente, et si, dans les temps anciens, on pouvait l’utiliser, en laissant le sol en jachère une année sur deux, il ne peut plus en être ainsi de nos jours, où l’augmentation et la concentration croissantes de la population dans les centres industriels exigent impérieusement une culture ininterrompue. Il résulte donc de cette dernière un enlèvement incessant de matières salines assimilables, et par suite une diminution correspondante de la puissance productive du sol auquel elle est appliquée sans restitution.
- Voici quelques observations qui donneront une idée de l’importance de cet épuisement pour le trèfle et la betterave, qui, avec le tabac, sont les végétaux dans la constitution desquels il entre le plus de sels alcalins.
- En premier lieu, M. de Rimpan a constaté qu’un sol de bonne qualité, renfermant, sur 100,000 parties en poids, 13,4 de potasse et 8,5 de soude, ne contenait plus, au bout de quelques années de culture ininterrompue de trèfle, que 3 parties du premier et 5,5 du second de ces deux alcalis, et ne pouvait plus produire qu’une récolte médiocre d’un trèfle de qualité inférieure. D’autre part, les terres noires des steppes de la Russie, dont la fertilité en céréales a une réputation européenne (2), et qui renferment, dans la couche traversée par les racines, près de 1,000 fois la quantité de potasse nécessaire à une récolte de betteraves, sont tellement épuisées par trois années
- (1) Un arpent prussien vaut 25ares,53.
- (2) Une des causes de cette fertilité extraordinaire se trouve dans ce fait que, dans la culture du blé, la plus grande partie des substances minérales est absorbée par la paille et est, par suite, restituée au sol, soit directement par l’abandon de cette dernière après la moisson, soit indirectement par l’intermédiaire du fumier.
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- consécutives de cette culture, qu’elles deviennent impuissantes à fournir, au bout de ce temps, une moisson rémunératrice.
- Mais ce n’est pas tout : non-seulement la quantité des produits diminue à mesure que l’épuisement du sol en matières minérales augmente, leur qualité subit une altération plus grande encore peut-être. Les travaux de M. Grouven ont, en effet, montré que, si la cendre d’un trèfle de bonne qualité renfermait 32,5 à 37,8 p. 100 de potasse, celle du trèfle malade, produit par un sol épuisé, n’en contenait que 3,32, c’est-à-dire la dixième partie seulement.
- Des observations analogues ont été faites sur les betteraves, et l’analyse de leurs cendres a donné les résultats suivants :
- Proportion p. 100 de substances minérales renfermée dans les cendres de betteraves
- De bonne qualité* Un peu gâtées. Malades et pourries.
- Potasse. .............. 30,50 CO 26,78 19,00
- Soude................... 2,23 0,73 0,42
- Magnésie................ . 1,70 0,73 0,43
- Enfin, M. Liebig, par une série d’expériences du même genre, a été amené à conclure que les maladies de la vigne, de la pomme de terre et du mûrier, dont la dernière a eu les conséquences les plus funestes pour la culture des vers à soie dans la Lombardie et le midi de la France, doivent être attribuées à la même cause, à l’appauvrissement du sol en phosphore et surtout en alcalis.
- Enfin cet épuisement paraît avoir également pour effet de ralentir la croissance des plantes qui ont besoin d’alcalis pour leur développement. Sur un sol, dans lequel la potasse abonde, les betteraves acquièrent plus rapidement la quantité maximum de matières sucrées dont elles sont susceptibles, quoique cette dernière soit beaucoup plus grande que dans un sol appauvri. La vigne aussi mûrit plus tôt dans les terrains riches en alcalis, et, sur deux sols identiques, ce seront les raisins dans la composition desquels il entre moins de potasse, qui arriveront les derniers à la maturité, tout en renfermant une proportion moindre de matière sucrée.
- On voit donc qu’il existe toute une série de végétaux dont le développement exige, outre les matières azotées et le phosphore, des alcalis et particulièrement de la potasse, à l’état soluble, dans le sol qui doit les produire, et dont la culture devient, par suite, promptement impossible, si l’on ne restitue régulièrement à la terre les sels enlevés par les récoltes précédentes.
- B. — Engrais minéraux. — Guano. — Sels de potasse.
- La nécessité de restituer au sol les substances absorbées par la culture est naturelle-
- (1) Dans des sols naturellement ou artificiellement enrichis en potasse, cette teneur s’élève jusqu’à 40 p. 100.
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- ment d’autant plus impérieuse, que cette dernière a été pratiquée plus longtemps et a pu produire un épuisement plus considérable; aussi la question des engrais, qui, dans les temps anciens, ou sur des sols encore vierges, n’avait qu’une importance secondaire, est-elle devenue, aujourd’hui, le problème fondamental de l’agronomie moderne, et l’un des éléments les plus importants de sa prospérité future.
- La solution la plus ancienne, la plus répandue et la plus rapprochée de celle qui satisferait pleinement au problème est l’engrais au fumier de ferme. — Combiné avec un labourage tantôt profond, tantôt superficiel, et avec la culture de plantes à longues racines, telles que la luzerne, qui ramènent à la surface les substances minérales assimilables renfermées dans les couches profondes, il donne, surtout pour les céréales, d’excellents résultats ; il fournit, en effet, au sol, outre les matières azotées, une proportion notable de sels alcalins, renfermés simultanément dans l’engrais et dans la paille, et dont les derniers représentent, à eux seuls, la presque totalité des substances salines enlevées par la récolte précédente.
- Malheureusement sa production n’est pas toujours suffisante, et il existe bien des pays en Europe, où l’ancien précepte agronomique, que chaque ferme doit produire le fumier dont elle a besoin, est complètement en défaut aujourd’hui. De plus, pour les cultures très-épuisantes en matières salines, telles que le tabac, le trèfle et surtout.les betteraves, il ne fournit pas une restitution suffisante, et exige l’emploi simultané d’engrais minéraux, dont les plus simples sont les résidus mêmes de la récolte précédente, ou les détritus de la fabrication ultérieure des produits auxquels elle donne naissance.
- C’est ainsi que, dans la plus grande partie du nord de la France, par exemple, on utilise avantageusement comme engrais, pour la culture des betteraves, conjointement avec le fumier de ferme, tantôt les pulpes elles-mêmes, après l’extraction du jus pour la fabrication du sucre, tantôt, et plus souvent, les résidus calcinés de la distillation pour alcool des mélasses provenant de l’opération précédente (1).
- Mais cet usage n’est pas général, et dans bien des contrées du nord de l’Allemagne et de l’Angleterre il tend à diminuer encore. Les demandes croissantes des sels de potasse ont, en effet, provoqué, dans ces derniers temps, une hausse sensible dans le prix de ces résidus, et l’agriculteur trouve, par suite, souvent un bénéfice immédiat plus considérable à s’en défaire au profit de l’industrie, qui les transforme en sulfate et carbonate de potasse.
- L’emploi du marc de raisin, comme engrais pour la vigne, n’est pas d’un usage plus répandu, et possède d’ailleurs une efficacité moindre; la plus grande partie de la potasse enlevée par la récolte se retrouve, en effet, dans létartre brut, qui se dépose pen-
- (1) Pour donner une idée de l’importance que peut atteindre la production de ces derniers, nous rappellerons que, pour les seuls environs de Magdebourg, elle s’élève annuellement à plus de 4,500 tonnes.
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- dant la fermentation, et qui sert à la production industrielle de tous les composés de l’acide tartrique.
- On a donc été amené depuis longtemps à chercher d’autres engrais minéraux ; parmi les matières employées jusqu’ici il faut citer, en première ligne, les substances phosphatées minérales et animales, telles que l’apatite de Kragerô (Norvège), les nodules de phosphate de chaux fossile de la craie, les cendres d’os et surtout le guano. Toutes ces substances sont, en effet, des stimulants énergiques, et commencent par donner d’excellents résultats, quoiqu’elles ne restituent directement au sol qu’une faible partie des substances minérales nécessaires au développement des plantes, et que les éléments qui les composent s’y trouvent avec des proportions entièrement différentes de celles qu’elles affectent dans les végétaux.
- Le tableau suivant montre, par exemple, quedans le guano la proportion de magnésie ne s’élève pas au quinzième, et celle de potasse pas au centième des quantités respectives de ces corps, qui correspondent, en moyenne, à un même poids de phosphore dans les plantes, et que les deux engrais phosphatés ne renferment ni sulfates, ni chlorures, ni silicates, toutes substances qui jouent un rôle important dans l’organisme végétal.
- Pomme Marc
- Cendres Bette-
- Guano. d’os. rave. Blé. Fois. Navette. de Trèfle. Tabac. de
- terre. raisin •
- Potasse 1,5 » 52 30 40 24 57 36 26 65
- Chaux 34,0 22 2 4 6 10 0,8 22 39,5 3,3
- Magnésie 2,5 » 4 12 6 10 2,5 4 9,6 4,7
- Acide phosphorique 41,0 27 12 45 36 36 16,6 6 1,4 16,5
- Rapport de la potasse à
- l’acide phosphorique.... 0,037 0 4,3 0,67 1,11 0,67 3,43 6 18,6 3,93
- Rapport de la magnésie à
- l’acide phosphorique.... 0,061 0 0,33 0,267 0,167 0,167 0,15 0,67 6,86 0,29
- Si donc, malgré celte discordance, les engrais phosphatés produisent d’abord de belles récoltes, et semblent résoudre le problème de la culture intensive, c’est que non-seulement ils apportent aux végétaux leurs propres éléments, mais ils agissent encore énergiquement sur le sol et y transforment en matières assimilables les substances salines nécessaires au développement de la plante. Comme dans le commencement surtout cette action est très-énergique, et que le sol semble donner et donne, en effet, plus qu’il ne reçoit, les engrais phosphatés, et particulièrement le guano, ont acquis une réputation plus qu’européenne, et constituent, presque à la surface du monde entier, un des éléments principaux de l’agronomie moderne.
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- m
- Malheureusement leur emploi exclusif ne permet pas à l’état de choses prospère, auquel ils ont donné naissance, de se maintenir longtemps, et il arrive bientôt un moment où le sol, ayant fourni tout ce qu’il renfermait d’éléments susceptibles de former, avec leurs éléments, des substances assimilables par les végétaux, devient, même avec de nouvelles et fortes additions de ces engrais, incapable de se prêter à la culture intensive. Aussi a-t-on fait, en Saxe, en Bohême, dans le duché de Bade et dans certaines parties de l’Angleterre, la triste expérience que des terres qui, pendant une série d’années, avaient donné, grâce au guano, d’abondantes moissons de betteraves, perdaient presque subitement cette fertilité artificielle, pour ne plus fournir que des récoltes maigres de betteraves peu sucrées.
- Les engrais phosphatés sont donc incapables de communiquer, par eux-mêmes, au sol une fertilité puissante et continue, et pour prévenir l’épuisement rapide que leur usage entraîne, il faut leur ajouter les autres sels nécessaires à la plante, et particulièrement la potasse, la soude et la magnésie.
- Jusqu’à ces derniers temps, les alcalis, dont le prix était assez bas pour pouvoir être acquis par l’agriculture, étaient peu nombreux et se réduisaient aux cendres de bois (spécialement employés en Belgique), aux déchets de la fabrication de la potasse, et à quelques produits d’un emploi plus circonscrit encore (1). Il y avait donc là une lacune grave, que les exigences croissantes de l’industrie augmentaient chaque jour, et dont une nouvelle et puissante source de potasse pouvait seule arrêter les funestes conséquences.
- Les sels déliquescents de la formation de Stassfurt-Anhalt sont venus répondre à ce besoin, dans une mesure qu’il eût été difficile d’espérer avant leur découverte, et l’agriculture s’empara, avec une avidité qu’explique l’importance qu’ils avaient pour elle, des produits fournis par l’exploitation du gisement salin.
- On essaya d’abord d’utiliser directement la carnallite elle-même ; mais, comme on pouvait s’y allendre, la présence du chlorure de magnésium rendit son emploi plutôt nuisible que bienfaisant, et l’expérience d’une seule année suffit pour y faire complètement renoncer.
- Il fallut donc avoir recours aux produits des usines, au chlorure et, mieux encore, au sulfate de potasse. Mais, malgré la baisse de prix provoquée par le développement de leur fabrication, ces sels sont encore trop chers pour que l’agriculture puisse les disputer à l’industrie. De plus, leur grande pureté, loin de compenser l’élévation de leur
- (1) Aux environs d’Aix-la-Chapelle, par exemple, l’emploi des résidus du balayage de la ville, conjointement avec l’engrais de ferme, a permis d’utiliser, pour la culture de la pomme de terre, des terrains sableux, presque dépourvus de terre végétale et à sous-sol argileux; à l’aide d’une fumure énergique, on est arrivé à obtenir régulièrement de belles récoltes, et, grâce aux matières salines apportées par les balayures, les pommes de terre produites n’ont, jusqu’à présent, jamais été atteintes de maladie.
- Tome XII. — 64e année. 2e série. — Avril 1865.
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- prix, est, au contraire, plutôt préjudiciable à leur emploi agronomique; car, comme nous l’avons vu, cette dernière exige des engrais complexes, renfermant simultanément le chlore, la silice, l’acide sulfurique, la potasse, la soude et la magnésie.
- Or ces conditions sont réalisées, dans une mesure plus ou moins parfaite, par deux des produits secondaires de la fabrication du chlorure de potassium et du sulfate de potasse dans les usines de Stassfurt, et en particulier dans celle de MM. Vorster et Grüneberg.
- Le premier, qui entre dans le commerce sous le nom de sel de potasse ou de sulfate de potasse (Kalisalz oder sogenanntes Schwefelsaures Kali), provient du dépôt qui se forme pendant la concentration des eaux-mères, et qui renferme, comme nous l’avons vu plus haut, du chlorure de sodium et des sulfates de potasse et de magnésie; comme, d’autre part, MM.Yorster et Grüneberg fabriquent également du sulfate de potasse pur, dont la préparation donne lieu à une série de produits intermédiaires, il leur est possible de réaliser très-économiquement un sel présentant la composition suivante :
- Sulfate de potasse................... 15
- Sulfate de magnésie.................. 30
- Chlorure de sodium................... 45
- Eau.................................. 10
- 100
- A cet état, ce produit renferme autant de potasse que les cendres de sapin, et deux fois autant que celles du bois de hêtre, et une quantité de magnésie trois à quatre fois plus forte que celle de la moyenne des cendres de bois. En revanche, il diffère aussi de ces dernières, par sa teneur élevée en chlorure de sodium, qui est loin de contribuer aussi énergiquement que les autres éléments de l’engrais au développement de la vie végétale ; néanmoins celte substance n’est en aucune façon nuisible à la culture des plantes exigeant des engrais minéraux, car à Stassfurt, par exemple, où le sol en est tellement imprégné, qu’il se recouvre souvent d’efflorescences salines, la teneur en sucre des betteraves ne le cède en rien à celle des autres districts de l’Allemagne du nord.
- Celte indifférence tient à ce que la plus grande partie du chlorure de sodium est sans action chimique sur le sol, reste dans le sillon à l’état de simple mélange avec la terre végétale, dont elle augmente la porosité, et est complètement enlevée par les eaux pluviales. Quant à la faible fraction qui est absorbée, elle exerce une influence salutaire à cause de la propriété qu’elle possède de dissoudre et, par suite, de rendre assimilables par les végétaux 1,5 p. 100 de phosphate calcaire et 6,2 p. 100 de phosphate ammoniaco-magnésien.
- La forte teneur en magnésium de l’engrais de MM. Yorster et Grüneberg n’est pas indifférente non plus. Ce corps, en effet, entre dans la constitution de la plupart des
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- végétaux, et paraît se concentrer surtout dans leurs graines; dans les céréales, par exemple, sa proportion y atteint le tiers, et dans la navette la moitié de celle de la potasse. Il présente, en outre, l’avantage de fixer, chaque fois que l’on mélange le fumier de ferme, en tas, aveG l’engrais minéral complexe, alcalin et phosphaté, les combinaisons ammoniacales du premier, sous forme de sel double, non volatil, soluble dans les liqueurs neutres ou chargées d’acide carbonique, c’est-à-dire d’empêcher leur volatilisation, de les conserver sans perte pour la culture, et de les livrer à cette dernière, à un état où elles sont complètement et facilement assimilables par elle.
- On voit donc que le sel de potasse réunit la plupart des conditions que doit remplir un engrais minéral; on a constaté expérimentalement que, pour en obtenir le maximum d’effet utile, il fallait le mélanger, suivant les cultures, avec 1/2 à 1/5 de son poids de guano, de cendre d’os, le livrer au sol, de préférence en automne, dans la proportion de 600 à 800 kilog. au plus par hectare, et faire précéder son emploi d’un labourage profond. L’énergie avec laquelle le sol absorbe le sel de potasse est, en effet, telle, que, sans cette dernière précaution, celui-ci serait arrêté et fixé par les couches superficielles et ne pourrait que très-lentement parvenir jusqu’à la profondeur des racines.
- Employé dans les conditions favorables que je viens d’indiquer, cet engrais fournil d’excellents résultats, surtout pour la culture d’automne, et c’est lui qui a reçu, jusqu’à ce jour, les applications les plus nombreuses et les mieux étudiées.
- Sa production est extrêmement abondante, car les dépôts de la concentration, qui servent à le fabriquer, égalent en quantité le chlorure de potassium qui est l’objet final du traitement. L’usine de MM. Vorster et Grüneberg seule en fournit 2,000 tonnes environ par an, et les livre au prix de 22 Ngrs. le quintal de 50 kilog., soit 55 fr. 50 la tonne, pris à Kalk près de Deutz (Cologne).
- La deuxième substance servant d’engrais minéral se relire d’un produit accessoire de la fabrication du sulfate de potasse au moyen de la kieserile; elle présente sur la précédente l’avantage de ne pas renfermer, comme elle, un grand excès de chlorure de sodium, mais elle contient, en revanche, une forte proportion de matières inertes.
- Son mode de préparation nous est inconnu; sa composition moyenne peut être fixée comme il suit :
- Sulfate de potasse............................. 15 à 20
- Chlorure de sodium............................. 10 à 15
- Sulfate de magnésie............................ 14
- Gypse.......................................... 24
- Argile, oxyde de fer, silice................... 26
- Ce sel est livré au commerce, à l’état broyé, sous le nom d'engrais de potasse à raison de 24 Ngrs. le quintal de 50 kilog., soit de 60 fr. la tonne pris à Kalk.
- Les circonstances dans lesquelles son emploi donne les meilleurs résultats sont à peu
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- no
- près les mêmes que celles que nous venons d’indiquer; seulement, à cause de sa faible teneur en sel gemme, d’où résulte une action plus rapide et plus énergique, on peut élever à d,000 etmêmel,200kilog. la quantité de cet engrais enfouie dans un hectare, et en même temps le réserver pour la culture printanière.
- €. — Résultats obtenus. — Conclusions.
- L’emploi agronomique des sels de potasse, et surtout celui des produits de Stassfurt sont encore trop récents pour que l’on puisse formuler d’une manière précise l’étendue des avantages que l’agriculture pourra en retirer. Néanmoins, les expériences déjà faites sont si importantes, les résultats obtenus si décisifs, que l’on peut, dès aujourd’hui, pressentir la portée du rôle que ces engrais sont appelés à jouer dans l’avenir.
- C’est à M. Liebig que l’on doit les recherches les plus anciennes et les essais les plus nombreux; nous ne citerons que ceux qu’il a faits, en 1863, dans le jardin botanique de Munich.
- Trois caisses de très-grandes dimensions furent remplies de terre végétale tourbeuse, qui venait de donner une très-belle récolte d’orge. La première ne fut point fumée, la seconde reçut, comme engrais, du phosphate, sulfate et carbonate d’ammoniaque, et la troisième un mélange complexe renfermant de l’acide phosphorique, de la potasse, de la soude et du gypse. Le but principal de l’expérience étant la recherche de la cause de la maladie chez la pomme de terre, on planta cette dernière dans les trois caisses, et l’on obtint les résultats suivants :
- CAISSE N° 1. CAISSE N® 2. CAISSE N" 3.
- Parties vertes...........
- Pommes de terre..........
- Rendement calculé en pommes de terre par hectare......
- Sans fumier.
- 1837 parties. 2520 —
- 140 quint, mét.
- Engrais
- ammoniacal.
- 3589 parties. 3062 —
- 168 quint, mét.
- Engrais à la potasse et au phosphore.
- 2780 parties. 7201 —
- 400 quint, mét.
- L’engrais simultané au phosphore et à la potasse avait donc triplé la fertilité du sol. Mais ce n’est pas tout 5 les tubercules obtenus dans les deux premières caisses furent atteints de la maladie; ceux de la troisième, au contraire, restèrent parfaitement sains, et se conservèrent sans présenter aucune trace d’altération.
- Si nous mettons en parallèle avec cette expérience, celles mentionnées plus haut, de M. de Rimpan sur la même culture, de M. Grouven sur le trèfle et de M. Kohne sur les betteraves, nous voyons que, dans un grand nombre de cas, les engrais minéraux -sont un remède énergique et radical contre les maladies dont les végétaux sont
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- atteints, et dont il faut précisément chercher la cause dans l’épuisement du sol en sels de potasse.
- Mais les expériences les plus sérieuses, et en même temps les plus concluantes sur l’influence de l’engrais à la potasse, sont celles qui sont faites depuis deux ans sur les vastes champs de betteraves dépendants de la fabrique de sucre de Waldau.
- Voici d’abord le tableau résumé des résultats obtenus en 1863.
- Comparaison des résultats obtenus par les divers engrais phosphatés et le sel de
- potasse (1863).
- N°s Betteraves Teneur Quantité Frais
- Engrais phosphaté en de de
- des par arpent. par du suc obtenue l’engrais
- parcelles. hectare. de betteraves. par hectare. par hectare.
- Kilogrammes. Quintaux Pour 100. Quintaux Fr.
- métriques. métriques.
- î a 300 9,01 27,40 ))
- u » 364 10,92 39,96 »
- 2 75 guano 320 368 11,42 32,56 112,50
- 9.5 gnano
- 3 100 hyperphosphate. 10,8u 36,52 112,50
- 8 83 baker-guano.... 25 guano du Pérou. 332 12,45 41,16 112,50
- 12 225 cendres de bois. 308 12,90 39,48 101,20
- 14 180 sel de potasse... 328 13,47 44,20 30,00
- OBSERVATIONS.
- Les parcelles soumises à l’essai étaient en terre de bonne qualité, servant depuis quelque temps à la culture de la betterave, mais sans qu’il y eût encore aucun indice d’épuisement.
- LesTécoltes antérieures avaient été :
- 1861. Trèfle, puis fumure éner-
- gique.
- 1862. Sarrasin.
- Cette première série d’expériences montrait que l’emploi du sel de potasse comme engrais pour la culture des betteraves présentait de grands avantages sur celui du guano, mais elle n’était pas aussi concluante qu’on eût pu le croire au premier abord, parce que le sel de potasse avait été enfoui dans un sol qui avait déjà fréquemment été fumé au guano, et que par suite les résultats obtenus ne pouvaient pas être attribués exclusivement à l’influence de l’engrais alcalin.
- On fit donc une nouvelle série d’essais l’année suivante, pour étudier d’une manière plus précise l’augmentation de rendement due à la présence du sel de potasse.
- Les parcelles furent toutes fumées au guano, puis chacune d’elles fut divisée en deux parties, dont l’une seulement reçut un surplus de sel de potasse, en poids à peu près égal à celui de l’engrais phosphaté. — Les résultats obtenus sont consignés dans le tableau suivant :
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- IL — Influence de l'addition des sels dépotasse aux engrais phosphatés (1864).
- « FRAIS
- PROPORTION 3 suppUmen-
- DÉSIGNATION ENGRAIS S 3 de *8 , si occasionnés
- CULTURE matière sucrée O fc 3_0 par le sel
- phosphaté a* g Û« de potasse
- des •8 & dans FÜ ,• J OBSERVATIONS.
- antérieure* par CO 1 100 parties S * _o H 3 càq « §:§
- CHAMP*. hectare. de suc 3 “0 ’ <3 *0 4 2 0.0 2 3 a •»
- des betteraves. £ A 3 u
- B-ë
- Kilog. quint. Fr.
- kilog. mit. kilog. Fr.
- Mittel- 300 hyperphosphate. 0 12,83 32,00 » » » Le sel de potasse a été
- streuzer-feld. sarrasin. 200 16,20 40,40 840 8,8 1,05 compté à raison de 4f,375 le quintal métrique, composé de : prix d’achat à l’usine de
- 0 13,17 38,88 » » » Stassfurt 3,75
- 200 15,25 Transport 0,625
- Kammerbold- 4,375
- Trift n# 5... nrgA.... finiann 14,45 La quantité de betteraves
- 200 14,24 }36,44 356 8,8 2,60 obtenue par hectare étant sensiblement constante et
- 200 14,45 égale à 252 quintaux métriques environ.
- Warthe orge.... 500 hyperphosphate. 0 13,30 33,20 » » »
- 200 14,38 35,92 272 8,8 3,20
- Bullerstedt... 300 guano ! 0 14,14 36,00 » » »
- ’ 200 15,65 39,08 308 22,0 7,50
- Ces expériences montrent que l’emploi simultané du guano et des sels de potasse comme engrais a pour effet principal d’augmenter la quantité de sucre contenue dans les betteraves; et en attendant que des essais plus nombreux, entrepris en cemomentdans tout le nord de l’Allemagne, viennent confirmer ces chiffres, et donner leur sanction définitive aux résultats qu’ils proclament, nous pouvons, dès à présent, en résumant ce qui précède, formuler les conclusions suivantes :
- 1° Il y a un avantage sérieux et un Intérêt réel pour l’agriculture à employer, conjointement avec le guano, les sels de potasse comme engrais, chaque fois que l’on cultive, d’une manière continue, des plantes absorbant beaucoup d’alcalis, telles que le tabac, la betterave, la vigne, les pommes de terre, la navette et, à un degré moindre, toutes les céréales.
- 2° La potasse contribue énergiquement à la formation des hydrocarbures dans les végétaux; elle augmente la proportion de sucre dans les betteraves et celle de la matière amylacée dans les pommes de terre.
- 3° Son emploi est un remède rapide et sûr contre les maladies dont sont atteints aujourd’hui la plupart des végétaux qui ont besoin de potasse pour leur développement.
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- ART DES MINES.
- 223
- 4° La magnésie joue un rôle analogue, quoique moins important; elle se concentre surtout dans les graines, et sa présence est nécessaire dans les sols produisant des céréales. Employée conjointement avec le guano, elle a également pour avantage de transformer les composés ammoniacaux de l’engrais de ferme en sels fixes, solubles dans les liqueurs carbonatées.
- 5° Les deux substances connues sous le nom de sel de potasse (kalisalz) et d'engrais de potasse (kalidünger) que l’on obtient comme produits accessoires de la fabrication du chlorure de potassium et du sulfate de potasse, au moyen de la carnallite et de la kieserite de Stassfurt, réalisent assez bien les conditions exigées pour la composition d’un engrais rationnel, surtout quand ils sont employés, le premier en automne, le second au printemps; de plus, leur prix est assez modeste pour permettre à l’agriculteur d’en faire^une consommation régulière.
- 6° Sauf le cas d’un sol particulièrement riche en matières phosphatées, l’engrais minéral le plus complet est celui qui est formé par un mélange de guano et de sel de potasse, dans des proportions variables avec la culture, et égales, dans chaque cas particulier, à celles qui sont réalisées par l’assimilation végétale.
- CHAPITRE VIL
- CONSIDÉRATIONS GÉOLOGIQUES SUR L’ORIGINE DU BASSIN DE STASSFURT.
- 1. — Ancienne théorie. — Formation des salines par simple évaporation
- d’un lac salé.
- On attribue généralement aux dépôts salins une origine exclusivement sédimentaire, et on les considère comme étant le résidu de l’évaporation lente de mers intérieures, séparées des océans, dont elles faisaient primitivement partie, par quelque grande dénivellation géologique, et dans lesquelles l’affluence des eaux douces, après le soulèvement, était insuffisante pour compenser les pertes par évaporation.
- La découverte du gisement de Stassfurt semblait d’abord apporter un nouvel argument à l’appui de cette théorie, en fournissant l’exemple d’un bassin où l’évaporation avait produit, non-seulement une concentration et une précipitation partielles, mais une dessiccation entière et, par suite, un dépôt complet de toutes les substances que renferment les eaux de la mer.
- Les sels déliquescents, en effet, que l’on trouve à la partie supérieure du bassin de Stassfurt, présentent de grandes analogies avec ceux que l’on obtient, soit dans le traitement des eaux-mères des marais salants, d’après le procédé de M. Balard, soit, plus en petit, dans l’évaporation lente de l’eau de la mer au laboratoire.
- Ces deux opérations donnent des résultats semblables qui peuvent se résumer dans le tableau suivant :
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- ART DES MINES.
- 2U
- Indication de l’aréomètre de Baumé. Volumes du liquide.
- Degrés. 3 à 5 1000
- 7 700?
- 15 200
- 18 à 22 ))
- 22 à 24 »
- 25 112
- 26 100
- 28 50
- 28 à 31 30
- 32 24
- 34 à 36 16,7
- 40 »
- RÉACTIONS ET COMPOSITION DES DÉPÔTS.
- OBSERVATIONS.
- Cette première période correspond, comme allure générale, à la zone inférieure de Stassfurt-Quand la liqueur est amenée à un yolume de 66° environ, elle renferme :
- Potassium........ 1.70
- Sodium........ 6.75
- Magnésium....... 7.23
- Chlore.......... 25.87
- Brome............ 1.59
- Acide sulfurique. 7.63 Eau............ 47.71
- 98.48
- La différence, 1,52, de cette somme à 100 représente le tiers de l’oxygène de l’acide sulfurique , c’est - à - dire l’oxygène de la base unie à cet acide.
- &Eau de mer naturelle.
- "Dépôt de carbonate de chaux et d’oxyde de fer hydraté (Fe2O1 -f- 3 HO).
- Première apparition du gypse ( C a 0 S O1 +
- 2 H 0 ).
- Dépôt abondant de gypse ; à chaud, formation de schlot. Sulfate double de chaux et de soude.
- Alternances de gypse et de petites quantités de sel gemme.
- Fin du dépôt du gypse.
- Précipitation abondante de chlorure de sodium pur.
- Chlorure de sodium, avec 1 à 2 p. 100 de sulfate de magnésie hydraté (MgOSO’-l-7 H 0 ), surtout à froid.
- Dépôts variables avec la température : à froid (la nuit), il se forme surtout dui sulfate de magnésie ; aune température Jg^rje anai0gue à h deuxième zone de StassfUrt. supérieure à 20° (le jour), principalement/ du chlorure de sodium mélangé à un peu de chlorure de magnésium.
- A froid, précipitation du sel mï&fe, mélange, en parties égales, de chlorure de sodium et ae sulfate de magnésie.
- Produits complexes et toujours variables avec la température et composés principalement :
- 1° D’uu sulfate double de potasse et de magnésie (S0! KOSO’MgO-f 6H0 ) inconnu à Stassfurt ;
- 2° D’un chlorure double de magnésium et de potassium (KCl-j-2MgCl + 12 HO) identique à la carnallite;
- 3° De sel gemme ;
- 4° D’un peu de sulfate de magnésie.
- En poids, ce dépôt, pris dans son en-j semble, se compose à peu près de :
- Sulfate de potasse......... 13
- Sulfate de magnésie........ 28
- Chlorure de sodium......... 17
- Chlorure de potassium..... 12
- Chlorure de magnésium..... 8
- Eau........................ 17
- Ce dépôt répond à peu près aux dernières zoues de Stassfurt.
- 100
- 1
- !Le chlorure de magnésium n’existe, à Stassfurt, qu’à l’état d’imprégnation dans la tachydrite et
- stas?furtite iles autres n’y °at p*s encore ete
- 1
- observés-
- Ce tableau montre qu’il existe de grandes analogies entre les phénomènes qui se produisent au laboratoire et dans l’industrie, et ceux que la nature a réalisés sur une vaste échelle, dans la formation des gisements salins, et en particulier de celui de Stassfurt. Aussi pouvons-nous, dès à présent, conclure que ce dernier est le produit de l’évaporation d’un bassin fermé; mais ici s’arrêtent les analogies. L’étude que nous
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-
-
-
- ART DES MINES.
- 225
- avons faite des produits deStassfurt nous signale, entre eux et ceux des marais salants et du laboratoire, des divergences d’allure et de composition qui ne permettent pas de rendre l’assimilation complète, et de conclure que le bassin évaporé était simplement un lac salé ou une mer intérieure.
- Nous observons, en effet, dans le bassin de Stassfurt,
- 1° La substitution du sulfate de chaux anhydre au gypse, et celle de la kieserite mo-nohydratée au sulfate de magnésie à 7 équivalents d’eau ;
- 2° Les alternances régulières d’anbydrile et de sel gemme, dans toute la partie inférieure du gisement;
- 3° La présence de la boracite (stassfurtite) et de l’oxyde de fer anhydre dans les zones supérieures et celle du chlorure de calcium (tachydrite) superposé aux dépôts sulfatés et voisin de ces derniers.
- M. Reichardt, partisan déclaré de l’évaporation et un des premiers qui aient donné sur Stassfurt une notice complète, a essayé de lever les difficultés qu’entraîne pour sa théorie l’absence de l’eau dans quelques-uns des sels de Stassfurt, et a émis l’hypothèse que l’anhydrite et la kieserite avaient dû être primitivement déposées à l’état de gypse et de sulfate à 7 équivalents d’eau, et que leur déshydratation n’avait eu lieu que plus tard par l’action absorbante des sels déliquescents superposés lors de la précipitation de ces derniers.
- Cette explication est complètement inadmissible ; d’abord, les sels déliquescents, se déposant au sein d’un liquide, trouvaient naturellement dans ce dernier toute l’eau qui devait entrer dans leur constitution; en second lieu, ils sont à plus de 150 mètres au-dessus descouches inférieures connues d’anhydrite ; et enfin ils sont séparés de ces dernières par du chlorure de sodium, substance entièrement dépourvue d’eau, et à travers laquelle leur action absorbante ne pouvait en aucune façon s’exercer.
- Mais ce n’est pas tout. Aux divergences chimiques entre les sels du bassin et ceux; de l’évaporation de l’eau de mer, vient s’ajouter une difficulté physique, dont on ne s’était point préoccupé d’abord, et que M. Reichardt ne mentionne pas, quoiqu’elle soit aussi sérieuse que celle qu’il a essayé de résoudre. Cette difficulté résulte de la profondeur qu’il faudrait supposer au bassin d’eau de mer, capable de produire par sa dessiccation un gisement aussi puissant que celui de Stassfurt. En parlant, en effet, de la salure moyenne des mers actuelles (1), on voit que, pour une épaisseur de de dépôt salin, il ne faut pas moins d’un mètre de hauteur d’eau évaporée; on arriverait donc, pour la mer qui eût produit la seule portion aujourd’hui connue du gise-
- (1) On est autorisé à faire cette hypothèse parce qu'une partie des mollusques existant dans les mers anciennes appartiennent à des genres qui vivent de nos jours et qui ne peuvent supporter des salures notahlement différentes de celle des mers actuelles. M. de Baer a constaté, par exemple, dans les marais de la mer Caspienne, que, lorsque la proportion de sel s’élevait de 3,5 à 6, toute vie animale disparaissait à l’intérieur des eaux.
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- ment de Stassfurt, à une profondeur supérieure à 20,000 mètres, c’est-à-dire égale à la dénivellation qui existe aujourd’hui entre les cimes de l’Himalaya et le fond de l’océan Pacifique. Or cette profondeur, ou, ce qui revient au même, la surélévation correspondante des rives au-dessus du fond du bassin, n’est constatée ni topographiquement ni géologiquement. Bien plus, son existence même est impossible à priori, car elle eût entraîné nécessairement celle de cours d’eau importants et réguliers, dont la présence est inconciliable avec l’idée d’une évaporation complète.
- II. — Théorie de M. Bischof. Études de M. de Baer sur la mer Caspienne.
- Frappé des difficultés que nous venons de signaler, M. Bischof a courageusement renoncé à l’ancienne théorie, et l’a remplacée par une explication plus conforme à la constitution topographique et géologique du bassin.
- Se basant sur le fait qu’il existe, de nos jours encore, en Russie (1), en Sibérie, en Palestine (2), des sources et des rivières qui, traversant des terrains salifères, apportent et concentrent dans des lacs intérieurs le sel qu’elles entraînent par dissolution, il attribue une origine analogue au gisement dont nous nous occupons, et pense que ce dernier s’est formé dans un lac intérieur séparé accidentellement de l’Océan par un phénomène de soulèvement, et alimenté soit par un canal de communication avec la mer, soit par des ruisseaux enlevant des matières solubles à des montagnes de sels avoisinantes.
- La première de ces hypothèses n’est qu’indiquée, dans le mémoire de M. Bischof; la seconde, au contraire, est développée avec soin, et c’est à elle que se rattachent plus spécialement toutes les explications ultérieures.
- La nature du dépôt était réglée par les conditions atmosphériques, et variait avec les saisons. Pendant les époques froides et humides, le sulfate de chaux se déposait seul, tandis que le sel gemme se concentrait, pour se précipiter à son tour dans les périodes chaudes et sèches qui les suivaient, et pendant lesquelles l’évaporation était plus active et le débit des ruisseaux moins considérable.
- Les sels de magnésie, facilement solubles, restaient dans les eaux-mères, ou, s’ils étaient partiellement déposés, étaient dissous de nouveau avec la croûte superficielle, dans la période humide suivante. Ce phénomène, répété tous les ans, a donné les couches alternatives de sel gemme et de sulfate de chaux, qui constituent la zone inférieure du gisement (B).
- (1) Le Charisacka, qui se jette dans le lac salé d’Elton.
- (2) Le Jourdain, qui se rend dans la mer Morte.
- (3) La dénomination de Jahrringe, donnée par les mineurs aux petites couches d’anhydrite, correspond exactement à cette théorie.
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- Peu à peu les eaux cessèrent d’arriver dans le bassin, soit qu’elles aient, en effet, diminué, soit, plutôt, qu’elles aient été forcées de prendre un autre cours, par suite d’une dénivellation accidentelle ; à partir de ce moment, les eaux-mères, soumises à une évaporation incessante, donnèrent, par des réactions analogues à celles dont nous avons parlé plus haut, toute la série des sels déliquescents superposés au sel gemme.
- Cette première partie de la théorie de M. Bischof est d’autant plus remarquable, que les deux hypothèses qui la composent sont simultanément réalisées dans le bassin de la mer Caspienne : il faut ajouter, d’ailleurs, que c’est la seconde, celle sur laquelle M. Bischof insiste le moins, qui joue de beaucoup le rôle le plus important.
- On sait, en effet, d’une manière positive aujourd’hui, que la mer Caspienne, la mer Noire et le lac d’Aral étaient autrefois réunis en une seule vaste mer intérieure, et que leur séparation remonte à la fin des périodes géologiques, peu avant et peut-être même après l’apparition de l’homme sur la terre.
- Cette séparation a eu pour conséquences l’abaissement insensible du niveau des eaux de la mer Caspienne et, grâce à l’évaporation active que la température tropicale des étés entraîne dans ces contrées, la concentration des eaux dans une série de marais salés, la dessiccation lente d’un grand nombre d’entre eux, et finalement la formation de véritables steppes salifères au nord et à l’ouest de la mer Caspienne.
- Les bouches occidentales du Volga, les rares petits filets d’eau, désignés sous le nom de limans, qui traversent ces déserts, s’y chargent, par la démolition lente des falaises argilo-sableuses encaissant leur cours, de substances salines, qu’elles amènent, tantôt dans les lacs et les marais, assez alimentés pour résister à l’évaporation, tantôt dans la mer Caspienne elle-même. Grâce à cet apport incessant, les premiers se saturent lentement, et finissent par déposer le sel, sous forme de croûtes cristallines, au fond de leurs eaux.
- Cet ensemble de faits correspond exactement à l’hypothèse fondamentale de M. Bischof, et il faut certainement en tenir compte dans l’étude des gisements salins; mais, dans les temps géologiques, comme dans la mer Caspienne, leur importance a toujours dû être beaucoup moindre que celle des phénomènes qui se passent dans les petits bassins d’évaporation, reliés soit à la mer elle-même,soit au grand lac intérieur, et qu’il nous reste à décrire maintenant.
- Au premier abord, il semblerait que la mer Caspienne, qui reçoit la plus grande partie des ruisseaux salés, doive subir un enrichissement analogue à celui des marais, et la salure de ses eaux aller graduellement en augmentant. Il n’en est rien pourtant, et l’étude des coquilles, dont la nature et la dimension, pour une espèce donnée, sont en rapport avec la proportion de sel renfermée dans les eaux-mères, a permis de constater que non-seulement cette proportion ne s’était pas accrue depuis la séparation des mers, mais que même la valeur moyenne qu’elle présente dans ce vaste bassin a subi une diminution très-notable qui se continue encore de nos jours.
- Comment cette décroissance et la contradiction apparente quelle entraîne peu-
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- vent-elles s’expliquer? Telle est la question à laquelle les beaux travaux de M. de Baer (1) sont venus répondre d’une manière aussi simple que satisfaisante.
- La mer Caspienne se divise, en effet, en trois parties distinctes; celle du nord, très-étendue en superficie, n’est en quelque sorte que le prolongement du désert sableux, qui en forme les bords. Elle est peu profonde, et reçoit, outre les petits ruisseaux salés venant des steppes, des quantités énormes d’eau, apportées par le Yolga, le Tereck et l’Oural. Aussi sa salure moyenne n’est-elle que de 15 à 16 dix-millièmes, c’est-à-dire le vingtième seulement de celle de l’Océan.
- Les deux autres parties, situées au sud de cet immense marais que les alluvions fluviales tendent incessamment à combler, forment la véritable mer Caspienne. Elles sont séparées par la péninsule d’Apchéron ou de Bakou, qui s’avance très-loin dans la mer, et y projette une longue série de bancs de sable, qui trouvent leurs prolongements dans d’autres bas-fonds se rattachant à la rive opposée. Ces deux bassins présentent de grandes analogies dans leur constitution topographique, mais diffèrent essentiellement par leurs conditions climatériques.
- Celui du sud, partiellement abrité des vents du nord par le Caucase, fréquemment arrosé de pluies, a des bords fertiles et reçoit de nombreux cours d’eau ; celui du nord, au contraire, aride, exposé aux seuls vents desséchants du nord et de l’est, et à des températures qui varient depuis — 40° jusqu’à -f- 40° , est soumis à une évaporation abondante, que viennent compenser les eaux amenées dans les deux autres bassins.
- li en résulte vers la partie centrale, de la mer Caspienne, un mouvement général de concentration, qui se traduit par des courants réguliers et continus. Ces courants, sensibles surtout vers les rivages, ont pour effet d’accumuler, devant chaque anse, chaque baie de ce vaste littoral, de petites dunes de sable, qui en rétrécissent l’entrée, et finissent par ne plus laisser subsister qu’un étroit canal entre la mer et le golfe transformé en lagune. Grâce au voisinage du désert aride et brûlant des steppes, l’évaporation est extrêmement rapide le long des côtes, et il s’établit bientôt, dans le petit canal de communication, un courant régulier, qui amène incessamment de nouvelles eaux et, par suite, de nouvelles quantités de sel dans la lagune : ce dernier s’y accumule comme dans les marais deslimans, en sature les eaux, et finit par en recouvrir le fond d’un dépôt cristallin.
- Qu’une sécheresse exceptionnelle abaisse la surface de la lagune au-dessous du lit toujours peu profond du petit canal, ou qu’une tempête vienne à combler ce dernier, la nappe d’eau finira par se dessécher complètement, laissant à sa place une croûte de sel plus ou moins épaisse.
- (1) Caspische Studien (Études sur la mer Caspienne), par M. de Baer. Saint-Petersburg, 1854-
- 1860.
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- Ces réservoirs salins peuvent s’observer tout autour de la mer Caspienne, mais surtout dans la partie située au-dessus de la presqu’île de Bakou. Ils affectent tous les degrés de concentration, et M. de Baer les a trouvés tous réunis près de la citadelle de Novo-Petrowsk, dans une ancienne baie, aujourd’hui subdivisée en une foule de petits bassins.
- L’un d’eux n’est pas encore entièrement séparé de la mer, dont il reçoit toujours les eaux, et n’a déposé qu’un peu de sel sur ses rives ; un autre plus concentré, mais non encore desséché, a le fond couvert d’une croûte cristalline; un autre enfin, complètement évaporé, a déjà enfoui, sous les sables apportés par les vents, les couches de sel qu’il avait déposées,et a formé ainsi un véritable gisement salin.
- Mais le plus remarquable et de beaucoup le plus vaste de ces golfes est le Karaboghaz (gouffre noir), qui réunissait autrefois le lac d’Aral à la mer Caspienne, et qui aujourd’hui ne communique plus avec cette dernière que par un canal étroit, ayant 150 mètres de large à peine, dans sa partie la plus rétrécie. Le fond de ce détroit se relève lentement vers l’intérieur de la baie, si bien qu’à l’entrée de celle-ci il forme une large barre dont la plus faible profondeur est de 5 pieds seulement.
- Un courant constant, dont la vitesse varie, suivant le vent, depuis un nœud et demi jusqu’à quatre nœuds à l’heure, porte incessamment les eaux de la mer dans ce vaste gouffre, sur lequel, jusqu’à ces derniers temps, aucune embarcation n’avait osé s’aventurer. Le mouvement régulier de ce fleuve d’eau salée, se déversant sans relâche, à travers de sombres écueils, dans un golfe sans issue, a frappé tous les peuples qui ont vécu ou passé sur ces rives inhospitalières et les remplissait autrefois d’une terreur superstitieuse (1). Aujourd’hui nous ne devons plus y voir qu’une conséquence naturelle de l’évaporation puissante qui se fait à la surface de cette immense nappe d’eau, dont ni les ruisseaux, ni les sources, ni les eaux du ciel ne viennent combler le déficit incessant.
- Le Karaboghaz est donc un vaste réservoir de concentration, où viennent s’accumuler chaque jour, en supposant au courant une vitesse moyenne de 3 nœuds à l’heure, 350,000 tonnes de sel, si bien qu’aujourd’hui, malgré son étendue, ce lac immense est à peu près saturé, que toute vie animale y a cessé, que les végétaux mêmes ont disparu de ses bords, et que déjà le sel commence à se déposer sur le fond.
- Toute celte série de phénomènes se reproduisant sans relâche depuis la séparation des mers se répétera jusqu’à ce qu’une surélévation accidentelle de la barre vienne à fermer l’entrée du canal; alors, l’évaporation continuant, le lac disparaîtra rapidement, et il ne restera plus qu’un vaste champ de sel, entrecoupé, dans les parties basses, de marais qui eux-mêmes finiront sans doute par disparaître. Si, au con-
- tl) Peut-être, suivant l’ingénieusé remarque de M. E. Reclus, qui a fait connaître en France les travaux de M. de Baer, faut-il voir dans ces faits l’explication de ces gouffres souterrains qui, suivant Aristote, réunissaient le Pont-Euxin à la mer d’Hyrcanie.
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- traire, la communication avec la mer persiste, le mouvement enrichissant lui-même conservera sa puissance actuelle, et se poursuivra jusqu’à ce que le bassin tout entier soit comblé, formant ainsi une saline, dont la puissance et l’étendue égaleront et dépasseront même celles des gisements que nous ont légués les périodes géologiques.
- Si de plus, dans ce dernier cas, aucun mouvement du sol ne vient enlever les dernières eaux-mères, et si enfin, après le dépôt complet des sels, des argiles protectrices vien-nent les garantir contre des lavages ultérieurs, leur couche supérieure sera composée de sels de potasse et de magnésie, analogues à ceux qui forment les dernières zones de Stassfurt.
- Le résultat final de l’ensemble des phénomènes que nous venons de décrire présente donc de grandes analogies avec les gîtes de sel des périodes géologiques, et, s’ils ne correspondent aujourd’hui qu’à un nombre de faits extrêmement restreint, réduit peut-être même au seul exemple que nous venons de citer, il devait en être tout autrement dans les périodes anciennes, où les oscillations du sol étaient fréquentes et les changements dans la forme des bassins extrêmement nombreux.
- Aussi pensons-nous que ces phénomènes ont joué un rôle important dans la formation des gisements salins, et qu’ils rendent parfaitement compte des diverses circonstances qui caractérisent l’allure d’un grand nombre d’entre eux. Les alternances si fréquentes de schistes et d’argiles salifères avec le sel lui-même, la présence presque constante d’une quantité notable de sulfate de chaux mélangé au chlorure de sodium, la puissance considérable et la forme lenticulaire de certains amas de sel gemme, trouvent une explication satisfaisante dans le cycle de phénomènes observés dans le bassin de la mer Caspienne, et qui peuvent se résumer ainsi :
- Oscillation du sol, isolant de l’Océan une mer intérieure ;
- Dessiccation des parties basses de celle-ci et formation de marais et de steppes salifères ;
- Lavage de ces steppes par les cours d’eau qui les traversent, au profit de la portion subsistante du grand lac, ou des marais environnants ;
- Accumulation incessante d’eau et de sel dans les bassins d’évaporation qui entourent ces derniers, et finalement dépôt de sel sur le fond de ces derniers.
- Cette théorie peut-elle s’étendre à tous les gisements salins, et en particulier est-elle susceptible d’être complétée par les explications spéciales qu’exigent les particularités que présente la partie supérieure de celui de Stassfurt? C’est ce que M. Bischof a essayé de montrer dans la deuxième partie de sa théorie.
- Nous savons, en effet, que les divergences consistent en ce que les composés salins, obtenus par l’évaporation lente ou rapide des eaux de la mer, sont plus hydratés que ceux que l’on rencontre à Stassfurt, et que quelques-uns d’entre eux sont remplacés par d’autres, dont on ne trouve pas de traces dans les eaux des mers actuelles.
- Or, d’après ce qui précède, on voit que M. Bischof est amené par sa théorie à ad-
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- mettre, comme M. Reichardt, que les différents sels du gisement se sont déposés avec la proportion d’eau normale, à une température de 50 degrés environ (1); mais il donne une toute autre cause à leur déshydratation ultérieure, et il admet que cette dernière est due à un échauffement accidentel, qui aurait porté la formation saline tout entière à une température peu supérieure à 100 degrés. Une pareille température est, en effet, sans action sur la carnallite et la tachydrite (qui commencent à perdre leur eau, la première à 120 degrés et la seconde à 160 degrés seulement), et elle suffit, selon lui, à la déshydratation du gypse et à la transformation du sulfate de magnésie ordinaire en kieserite. Ces dernières assertions ne sont point conformes aux indications fournies par les traités de chimie, qui élèvent à 120 et 150 degrés les températures nécessaires aux transformations correspondantes; mais M. Bischof pense que la contradiction n’est qu’apparente et qu’elle disparaît tout à fait par la remarque que, même dans les laboratoires, la déshydratation commence à 100 degrés déjà, et que, dans le gisement, cette température a pu suffire pour la rendre complète, son action étant puissamment renforcée par celle du temps extrêmement long pendant lequel elle s’est exercée. C’est également au temps que M. Bischof attribue la déshydratation de l’oxyde de fer, qui se trouve en paillettes rhombiques dans la carnallite. Enfin il pense que la pression à laquelle se sont précipités les divers sels a dû exercer une grande influence sur leur composition, quoique d’autre part il constate que les cristaux de sulfate de chaux qui se déposent sur les appareils de sondage à une profondeur de 600 mètres, c’est-à-dire à une pression voisine de 60 atmosphères, présentent la forme et la composition du gypse et non celles de l’anhydrite.
- Quant à la tachydrite et à la stassfurtite, leur formation ne trouve pas de place dans cet ordre d’idées : aussi M. Bischof n’en parle-t-il qu’incidemment, lors de la description de ces substances, et attribue-t-il à la seconde, la seule dont il se préoccupe, une origine différente de celle du reste du bassin, et analogue au phénomène qui produit aujourd’hui l’acide borique dans les suffioni de Toscane.
- Cette théorie, beaucoup plus complète que celle de M. Reichardt, n’est pourtant pas à l’abri de toute objection. Sans parler des nombreuses difficultés de détail qu’entraînent ces hypothèses, souvent contradictoires, sur l’influence du temps et de la pression, la nécessité d’invoquer, pour expliquer la présence de la boracite, des dislocations posté-
- (1) Cette température élevée est nécessaire pour expliquer l’évaporation énergique que suppose la théorie de M. Bischof, puisque d’après celle-ci, l’épaisseur d’une couche de sel gemme comprise entre deux filets d’anhydrite, augmentée de celui des deux sur lequel elle repose, est le résultat de l’évaporation d'une seule année. Or, cette épaisseur de sel correspond à une hauteur d’eau saturée de 2m,60 à peu près, hauteur à laquelle il faut ajouter celle apportée par les eaux pluviales. Une évaporation aussi énergique suppose, comme le fait remarquer M. Bischof lui-même, des conditions climatériques qui sont à peine réalisées aujourd’hui dans les régions équatoriales.
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- Heures au dépôt des trois premières zones, et dont on ne retrouve pas de traces dans ce gisement; l’absence de toute interprétation relative à l’existence de la tachydrite après le dépôt de sulfate de magnésie ; enfin et surtout, la difficulté d’expliquer comment et par où a pu s’échapper l’eau du gypse, alors qu’au contraire la netteté des couches de sel gemme et la régularité de leur superposition aux filets d’anhydrite sont incompatibles avec les perturbations qu’eût nécessairement entraînées le passage de l’eau provenant du gypse sous-jacent, tout cela ne nous permet pas de considérer la théorie de M. Bischof comme une solution définitive du problème de l’origine du gisement de Stassfurt.
- Le problème subsiste donc, et'nous allons, en terminant, sinon en donner la solution complète, au moins indiquer quelques-uns des éléments qui la composent et qui ressortent de l’étude que nous venons de faire.
- III. — Solution mixte. Formation des dépôts salins par l'action combinée des émanations et de la sédimentation.
- Les théories de MM. Reichardt et Bischof prouvent surabondamment que, quelque large que soit la part faite à l’action sédimentaire dans la formation des dépôts salins, cette action est impuissante à expliquer complètement l’origine de certains d’entre eux, et qu’il faut lui ajouter l’influence des forces éruptives. Essayons donc de nous rendre compte de l’action de ces dernières.
- On sait depuis longtemps que les émanations volcaniques présentent, outre la vapeur d’eau, comme éléments principaux, les chlorures alcalins et métalliques, le soufre avec quelques-uns de ses produits volatils, et enfin des hydrocarbures divers, depuis les gaz les plus légers jusqu’au pétrole et au bitume. Ces trois séries de corps se présentent dans l’ordre dans lequel nous venons de les citer, à partir du centre de l’éruption, sauf le chlorure de sodium, qui se trouve à la fois avec les premiers et les derniers produits. Près du cratère, il tapisse les fentes, accompagné du chlorure de potassium ; dans son voisinage, se trouve le chlorure de fer, qui par son contact avec l’air, au milieu de gaz chauds, abondamment chargés de vapeur d’eau, possède la propriété remarquable de se transformer en fer oligiste, c’est-à-dire en oxyde anhydre. — A l’autre extrémité de l’activité volcanique, le chlorure de sodium se retrouve en grande abondance dans les éruptions boueuses, connues sous le nom de salzes et dans le voisinage immédiat des produits sulfurés et hydrocarburés.
- Cette dernière association est si constante et si remarquable, qu’elle avait déjà frappé les peuples dans la plus haute antiquité, et que les plus anciennes descriptions connues des grands phénomènes volcaniques représentent ces derniers comme des pluies de bitume, de soufre et de sel.
- Mais ce n’est pas tout : le phénomène que l’on peut observer, en petit, dans des produits d’une seule éruption, se retrouve sur une plus grande échelle, autour de tous
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- ies grands centres volcaniques. Nous n’avons qu’à citer les solfatares de Pouzzoles, au pied du Vésuve, celles qui entourent le cratère éteint du mont Àlbane, dans les États pontificaux, et le Karaboghaz lui-même, situé en face de Bakou, c’est-à-dire d’un point, où le dégagement des hydrocarbures est si abondant, que la mer Caspienne se couvre parfois d’une couche de pétrole tout le long du rivage, et que M. de Baer a pu y faire construire un phare, dont les feux étaient alimentés par les seules émanations du sol (1).
- Faisant encore un pas en avant, M. de Chaneourtois (2), dans son remarquable travail sur la distribution des gîtes de produits hydrocarburés, a montré que ces derniers étaient distribués sur un nombre très-restreint de grands cercles, presque tous compris dans le système pentagonal de M. de Beaumont. Or, ces cercles relèvent sur leur parcours non-seulement les principaux gîtes connus de pétrole, de bitume, de naphte, etc., ainsi que les accidents topographiques qui dérivent immédiatement des champs de fracture, tels que les cours des grands fleuves, mais encore et surtout un grand nombre de gisements de sel et de soufre. Ils établissent ainsi, sur une vaste échelle, la liaison que l’on observe en petit dans les phénomènes volcaniques, et, comme les faits d’aligement, qu’ils révèlent, n’ont leur raison d’être que dans l’existence de fissures de l’écorce terrestre, ils rattachent à des phénomènes de soulèvement connexes et les réservoirs de substances hydrocarburées et une partie des dépôts salins.
- Pour ne citer, par exemple, que les cercles relatifs aux points qui nous intéressent plus spécialement, celui qui limite la dépression infra-océanienne de la mer Caspienne, va de Bakou au désert salé de la Perse, en sort par la province de Kirman renommée par ses sources bitumineuses, passe au milieu des Maldives, sort de l’isthme de Tehuantepec par le volcan de Tuxtla, rencontre en Virginie les salines de Salzverk, longe les rides des Àlleghanys dans la région carbonifère de Pitlsbourg, s’appuie sur un coude du Saint-Laurent, rase le cap Farwell, passe aux Færoé et revient en Europe par Christiania, le lac Venern, l’île de Gotbland et le cours moyen de la Duna.
- Un deuxième cercle, très-voisin, passant par la source et l’embouchure du Volga, suit la rive de la mer Caspienne au nord du Karaboghaz, rencontre le lac salé du Séistan, les Maldives, les bouches du Mississipi (que l’on sait marquées par des salzes), longe le cours moyen de l’Alabama etduTennessée, traverse les régions de l’Ohio et de l’AIleghany, où se trouvent les principales sources d’huile (Mecca et Oilcreeck), le district de Julianehaab (Groenland) où sont des sources thermales, et finalement les fumerolles de Reykholar et la soufrière du Krafla (Islande), dont les épanchements bitumineux recouvrent souvent de nappes enflammées le lac Myvatn.
- (1) Ce phare a été renversé par une explosion produite par l'excès de gaz inflammable qui remplissait toute la construction.
- (2) Application du réseau pentagonal à la coordination des sources de pétrole et des dépôts bitumineux. (Comptes rendus de VAcadémie des sciences, 17 et 26 août, 2 novembre 1863.J
- Tome XII. — 64e année. 2e série. — Avril 1865. 30
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- Enfin deux faisceaux parallèles entre eux et à un grand cercle très-remarquable (1) caractérisé par l’Amazone, le haut Danube et l’Oural comprennent les points suivants : le premier embrasse les gisements de houille et de mercure des Asturies et le cours du Mincio, les arkoses et les schistes bitumineux du lias à Avallon, les gîtes de bitume et de fer de l’Alsace, les salines de Bayreuth, Joachimsthal (filons métallifères), Carlsbad, Tœplitz, les lacs des marais de Pinsk, c’est-à-dire la ligne de séparation des eaux de la Baltique et de la mer Noire ; le second, contigu et un peu plus au nord, relève les gypses parisiens, le Stahlberg en Prusse, les gîtes métallifères du pays de Siegen et le gisement de Stassfurt.
- Nous sommes donc naturellement amenés à penser que les phénomènes éruptifs ont joué un grand rôle dans l’origine d’un certain nombre de gisements salins, et à regarder ces derniers, au moins partiellement, comme des produits d’émanations souterraines. Mais la grande difficulté consiste à limiter cette influence, et à montrer dans quelle mesure son action s’est combinée avec celle de la sédimentation.
- Pour le gisement du Stassfurt, M. Bischof ne la fait intervenir que pendant la dernière période du dépôt, et la restreint à la production de la stassfurtite, et à l’élévation de température nécessaire pour la déshydratation des sels.
- Nous avons vu les difficultés qui naissent de cette hypothèse, et nous n’hésitons pas à dire que, pour les faire disparaître, il faut donner à l’action éruptive une part bien plus large et l’étendre à toutes les périodes de la formation du gisement. Ces dernières peuvent alors se résumer de la manière suivante :
- A la suite d’une dislocation de l’écorce terrestre, des émanations, sous forme de gaz et de sources thermales, arrivent dans un bassin fermé, occupé par un lac ou mieux par une lagune d’eau salée. L’épanchement a lieu comme on le voit aujourd’hui encore dans les salzes, tantôt par les bords, tantôt par le fond même du bassin (2), et leur premier effet est d’élever la température de ce dernier, et d’y apporter des matières boueuses, analogues aux salbandes des filons et provenant de la décomposition des roches sur leur passage. Quant aux substances salines qu’elles tiennent en dissolution, elles sont nécessairement très-variables, et se confondent très-souvent dans les dépôts, avec celles qui se trouvaient primitivement dans les eaux du bassin.
- L’examen des argiles salifères et, en particulier, l’étude des marnes irisées, qui correspondent à la grande époque de formation des gisements de sels, montrent, d’ailleurs, qu’en général ces substances ont dû être très-nombreuses, et comprendre, outre les chlorures et les sulfates alcalins et alcalino-terreux, une grande partie des minéraux habituels des filons, tels que les oxydes et les sulfures métalliques, et plus particulièrement ceux de
- (1) Ce cercle est un trapézoédrique (TmT) du réseau pentagonal, les précédents passent par les deux points H de ce réseau, situés l’un près de Tehuantepee, l’autre dans la mer des Indes.
- (2) A Stassfurt, la position de la boracite semble prouver que les émanations ont eu lieu plutôt par le fond.
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- fer et de cuivre (1). Quoi qu’il en soit, grâce à cette arrivée incessante de vapeurs et d’eaux chaudes, la température du bassin s’élève rapidement ; une évaporation abondante et quelquefois même une ébullition ontlieu, etla précipitation des sels commence. Le dépôt est naturellement d’abord du sulfate de chaux, à un état qui varie avec la température. Nous avons constaté nous-même, qu’en chauffant à 150° au plus, dans un tube de verre fermé à la lampe, une dissolution saturée de sulfate de chaux, ce dernier se précipitait sous forme de petites aiguilles prismatiques, qui, après dessiccation à une température voisine de 100°, ne renfermaient plus d’eau combinée et étaient par conséquent formées d’anhydrite pure. A des températures inférieures, on obtiendrait, sans doute, un mélange d’anhydrite et de gypse, tel qu’il est réalisé dans la grande formation superposée au gîte de Stassfurt, enfin, à une température encore plus basse, du gypse pur.
- Ces dépôts, qu’ils soient ou non surmontés d’une couche de chlorure de sodium, présentent souvent des épaisseurs telles, que, pour expliquer leur formation par voie d’évaporation, il faudrait, ici encore, supposer des profondeurs de mer tout à fait inadmissibles. Comme, d’autre part, on ne peut pas invoquer en leur faveur le cycle des phénomènes du Karaboghaz, puisqu’ils seraient entremêlés de dépôts de sel marin, et qu’enfin on les retrouve à toutes les époques géologiques, dans des terrains d’argiles bariolées, analogues aux marnes irisées, et portant, comme ces dernières, l’empreinte d’émanations métallifères (2), nous croyons être simplement l’interprèle de l’opinion de tous les géologues, en attribuant à ces dépôts de gypse et d’anhydrite une origine franchement éruptive.
- Pour ne citer qu’un seul exemple, nous rappellerons que l’étude de certains bombements observés au contact des gypses du trias lorrain, avait amené M. Elie de Beaumont à conclure, il y a plus de vingt ans déjà, que ces gypses avaient été primitivement déposés à l’état d’anhydrite et que, par suite a la production de ces substances n’était pas tout à fait étrangère aux feux souterrains (3). »
- Après la précipitation du sulfate de chaux, qui se trouve enfoui, à Stassfurt, à des profondeurs encore inconnues, commence, dans les conditions de concentration indiquées plus haut, le dépôt du chlorure de sodium. Les alternances de ce sel avec l’an-hydrite et les particularités caractéristiques des filets de ce dernier s’expliquent par des intermittences dans l’arrivée des sources, et par la corrosion que produisent les eaux nouvelles non encore saturées. D’ailleurs, l’évaporation active, qu’entraîne la
- (1) Nous avons eu occasion d’observer ce fait particulièrement dans la vallée Trompia (province de Brescia, Lombardie), où les marnes irisées sont représentées par des argiles et des schistes bariolés, recoupés par des veinules nombreuses et irrégulières de pyrite de fer et de cuivre.
- (2) Nous citerons, comme exemple, les gypses de Montmartre, situés dans les marnes vertes»
- (3) Explication de la Carte géologique de la France, tome II, page 93.
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- température élevée du basssin, rend parfaitement possible la coexistence des phénomènes dont nous parlons, avec ceux que nous avons décrits dans la mer Caspienne, et il serait extrêmement intéressant de rechercher si, dans le Karaboghaz lui-même, les phénomènes d’émanation ne sont pas révélés par la composition des eaux, et spécialement par leur teneur en produits hydrocarburés.
- Cette première période correspond à la zone inférieure de Stassfurt.
- Peu à peu, le débit des sources diminue, et les liqueurs se concentrent de plus en plus. Quand la température est très-élevée, comme à Stassfurt, il n’y a pas de période nette pour le dépôt du sulfate de magnésie, mais, au contraire, formation d’un schlot analogue à celui que l’on obtient par l’ébullition des eaux des salines, et formé d’un sulfate double de chaux et d’un alcali, la soude ou la potasse. Le premier prédomine dans l’évaporation industrielle, la seconde se trouve seule unie à la chaux dans le gisement de Stassfurt (1), et y forme la polyhallite, dont les dépôts, essentiellement variables avec la température, sont à la fois plus épais et moins réguliers que ceux de l’anhydrite pure. Quant à la magnésie, elle commence à se déposer, en proportion croissante avec la concentration, à l’état de chlorure de magnésium imprégnant 1r s précipités.
- C’est la seconde zone de Stassfurt.
- A partir de ce moment, il n’est plus possible de donner une description générale du phénomène, les moindres divergences dans l’allure des émanations suffisant pour y introduire des modifications profondes, et même pour en changer complètement les résultats. Comme d’ailleurs on ne connaît, jusqu’aujourd’hui, que le seul gisement de Stassfurt, dans lequel l’évaporation ait pu atteindre, sans interruption, un tel degré d’avancement, c’est de ce dernier seulement que nous parlerons, en retraçant les dernières phases de la formation du dépôt salin.
- Pendant la période suivante, l’activité éruptive s’étant considérablement ralentie à Stassfurt, les eaux-mères se concentrent et se refroidissent rapidement. Bientôt la température est assez basse pour donner lieu aux réactions inverses de celles qui avaient produit le schlot potassique, et le sulfate de magnésie apparaît. D’ailleurs, comme à chaque redoublement d’activité dans les émanations, la température est de nouveau élevée et la concentration diminuée, le sel magnésien se précipite avec un équivalent d’eau seulement (kieserite), et son dépôt alterne d’abord avec celui de la polyhallite ; mais cette dernière disparaît peu à peu ainsi que le chlorure de magnésium imprégnant, et les liqueurs sont alors assez concentrées, pour que le chlorure double de potassium et de magnésium commence à se déposer, en proportions rapidement croissantes, sous forme de carnallite. Les variations d’épaisseur et les alternances de cette
- (1) Cette différence, tout à fait secondaire d’ailleurs, n’a encore été ni expliquée, ni même signalée jusqu’ici.
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- dernière avec les autres sels s’expliquent facilement par l’intermittence persistante des phénomènes d’émanation (1).
- C’est la troisième zone de la formation prussienne.
- Enfin, pendant la dernière période de l’évaporation (quatrième zone du gisement de Stassfurt), les émanations subissent des changements de composition remarquables. Tandis que les sels alcalins, chlorures et sulfates, diminuent de plus en plus, les produits hydrocarburés, jusque-là peu importants, augmentent d’une manière sensible, et restent partiellement emprisonnés dans les dépôts sous forme de gaz ou d’enduits bitumineux (2).
- D’autre part, il apparaît des substances nouvelles que leur composition chimique empêche de considérer comme des produits de concentration.
- Ce sont d’abord les sels de fer, précipités entre les feuillets de la carnallite, en petites paillettes, rhombiques d’oxyde anhydre (3), dont la formation doit être attribuée à la température à laquelle les dégagements gazeux portaient à ce moment les eaux-mères. C’est ce que nous avons essayé de montrer par les expériences suivantes, dans lesquelles nous avons cherché à nous rapprocher, autant que possible, des conditions probables du dépôt.
- Pour cela, nous avons dissous 500 gr. environ de carnallite rouge, séparé, par filtration, l’oxyde de fer et une partie des sels moins solubles, et divisé la dissolution filtrée en plusieurs parties. Sachant d’ailleurs, par les expériences de M. Rivot (4), que l’état d’hydratation de l’oxyde de fer, déposé dans les liqueurs alcalines, dépendait essentiellement des conditions dans lesquelles s’effectuait sa précipitation, et que, suivant la température et la nature des réactifs, on obtenait, en restant au-dessous de i’ébullition, les trois hydrates, Fe1 203 4, 3 HO, — 2Fe203, 3 HO, — Fe203,H0, mais jamais l’oxyde anhydre, nous avons de suite opéré à haute température, et soumis l’une de ces parties, après addition de sulfate de protoxyde de fer, à une rapide évaporation à sec; mais, quoique la température d’ébullition se soit élevée graduellement depuis 110 jusqu’à 127 degrés, nous n’avons obtenu, dans le dépôt, que l’hydrate ordinaire Fe2 O3, 3 HO.
- (1) Nous devons indiquer encore, pour être complet, un fait dont aucune théorie n’a encore rendu compte : l’absence du sulfate double de potasse et de magnésie, qui se produit toujours avant la carnallite, dans l’évaporation industrielle des eaux salées, quelles que soient leur provenance et les conditions de température dans lesquelles on effectue l’évaporation.
- (2) L’absence complète de ces empreintes végétales, qui caractérisent les argiles bitumineuses introduites mécaniquement dans les bassins salés, n’autorise point à attribuer à ces hydrocarbures une origine différente de celle que nous leur supposons.
- (3) La présence de ce corps n’est pas spéciale au seul gisement de Stassfurt, car dans un échantillon de sel gemme de Dieuze, nous avons observé de petits cristaux écailleux de fer oligiste, parfaitement discernables à l’œil nu, et tapissant l’intérieur d’une cavité géodique.
- (4) Docimasie, tome III, p. 333 et 334.
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- Il importait donc de réaliser des températures encore plus élevées, et, pour cela, une deuxième partie a été introduite, avec un peu de sulfate de fer, dans un tube fermé, lui-même placé dans un bain d’huile chauffé d’abord à 140, puis à 150 degrés. A cette dernière température, il s’est formé, en plusieurs points des parois du tube, un dépôt semi-cristallin, translucide, d’un rouge vif, et qui, même au bout de plusieurs jours, ne s’est plus redissous dans la liqueur acide surnageante.
- Ce précipité présentait donc tous les caractères de l’oxyde anhydre.
- Dans une troisième série d’expériences, nous avons remplacé le sulfate par le perchlorure, et nous avons obtenu des résultats identiques; mais il fallait pour cela élever la température jusqu’à 180 degrés environ, condition que l’on ne peut guère supposer avoir été réalisée lors de la formation du gisement salin.
- Nous regrettons d’ailleurs que, dans l’un et l’autre cas, la quantité d’oxyde de fer produite ait été trop faible pour permettre de constater directement l’absence d’eau combinée; mais les expériences précédentes suffisent pour l’établir, et la seconde d’entre elles fixe en même temps, à l’élévation de température nécessaire à la formation du dépôt, une valeur identique à celle qu’exige, comme nous l’avons vu, la précipitation de l’anhydrile.
- La deuxième substance nouvelle, introduite dans les eaux-mères, est une émanation analogue aux suffioni de Toscane, un dégagement bulleux de gaz et d’acide borique.
- Ce dernier, pénétrant à une haute température dans les eaux-mères fortement magnésiennes, se précipite à l’état de stassfurtite (sel double de borate de magnésie et de chlorure de magnésium), entraîne, à l’état de mélange ou d’imprégnation, une partie des sels renfermés dans les liqueurs ambiantes, et particulièrement du chlorure de magnésium, et emprisonne} à l’intérieur de son dépôt, qui, à cause de la rapidité de la précipitation, généralement a conservé la forme sphérique, des masses cristallines de carnallite d’une extrême pureté.
- Enfin vient la tachydrite, chlorure double de calcium et de potassium, dont l’apparition a dû être postérieure au dépôt complet des matières sulfatées primitivement contenues dans les liqueurs ou apportées par les émanations. Grâce à sa grande solubilité, cette substance s’accumule dans les eaux avec le chlorure de magnésium, et le dépôt complet de ces deux sels n’a lieu qu’aprèsla précipitation de tous les autres, par l’évaporation à sec du bassin tout entier.
- Il n’existe à Stassfurt que peu de traces de cette dernière phase, si tant est que les phénomènes qui la composent aient jamais pu s’accomplir jusqu’au bout ; les mouvements du sol qui l’ont suivie, et peut-être interrompue, ayant amené dans le bassin des quantités considérables d’eaux boueuses, superficielles ou souterraines, qui ont redissous la presque totalité des sels auxquels cette période avait donné naissance. Heureusement les argiles, dont ces nouvelles eaux étaient chargées, formèrent assez rapidement un manteau protecteur au-dessus du dépôt salin encore intact, pour qu’une partie
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- du chlorure de calcium ait pu échapper à la dissolution et être conservée, comme nous l’avons vu, dans les parties boueuses voisines du toit.
- D’ailleurs, ce mouvement du sol lui-même, loin d’arrêter complètement le phénomène de l’émanation des matières salines, semble au contraire lui avoir donné une intensité nouvelle : il suffit, pour le montrer, de rappeler la puissante formation de gypse et d’anhydrite qui surmonte les schistes argileux du toit, et, plus encore (si le sondage indiqué par M. Reichardt est exact), la deuxième formation salifère qui reproduit exactement, quoique sur une échelle moindre, les accidents qui caractérisent l’allure de la première, et qui est intercalée à Ànhalt, entre celle-ci et les dépôts gyp-seux superposés.
- On voit donc que l’hypothèse que nous avons faite sur l’origine éruptive des dépôts salins rend compte de la plupart des particularités que présente leur allure, et, s’il reste encore des divergences de détails qui ne permettent pas de considérer la solution comme complète, au moins celle-ci est-elle débarrassée des difficultés principales, que l’action sédimentaire seule était impuissante à résoudre.
- Ce n’est d’ailleurs pas là un fait isolé, et, dans la plupart des phénomènes où la sédimentation a joué un grand rôle, elle n’a presque jamais été que la cause seconde, venant compléter l’action des forces éruptives et des émanations qui l’avaient précédée.
- Les dépôts de sédimentations mécaniques, grès et argiles, ne s’expliquent que par de grands mouvements d’eau, et par l’apparition soudaine de hautes falaises contre lesquelles les flots venaient se briser, c’est-à-dire par des phénomènes de soulèvement; les dépôts de précipitation chimique, marnes et calcaires, présupposent, dans les eaux qui les ont déposés, des substances que la mer n’a jamais pu contenir à l’état normal, et qui avaient dû y être introduites sous la forme de sources, c’est-à-dire par des émanations souterraines.
- Les gisements salins, qui, pendant longtemps, semblaient être le résultat de la seule sédimentation, ne font donc que rentrer dans la loi générale, enayant, euxaussi, une origine mixte; ils prouvent une fois de plus que si la géologie veut être autre chose qu’une simple description des faits, et remonter à l’origine des phénomènes qu’elle retrace, elle doit entrer franchement dans la voie de l’étude des forces éruptives, qu’ont si largement ouverte les beaux travaux de M. Élie de Beaumont.
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- NOTE SUR LE TRANSPORT DES BESTIAUX PAR CHEMINS DE FER.
- I. — Importance de la question.
- Le transport des bestiaux a pris sur tous les chemins de fer un développement qui
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- n’avait pas été prévu dès l’origine, et les questions qui se rattachent à ce mode de transport doivent être considérées comme ayant une importance considérable pour la solution du problème de la viande à bon marché.
- En étendant chaque jour davantage le rayon d’approvisionnement des villes et des grands centres, les chemins de fer combattent la tendance au renchérissement produit par le développement de la consommation de la viande; non-seulement ils amènent directement, sur les marchés, des animaux qui peuvent être livrés immédiatement à la consommation, mais, par la facilité de déplacement qu’ils procurent, ils permettent aux propriétaires de bestiaux maigres de conduire leurs animaux dans des régions où l’engraissement peut s’obtenir à bon marché et de transformer ainsi en animaux propres à l’alimentation des bêtes presque sans valeur autrefois; nous donnerons, dans la présente note, des exemples de ces transports d’animaux maigres, dont l’importance s’accroît chaque année.
- Les chemins de fer ont également permis l’importation du bétail étranger sur une échelle considérable, importation qui n’a eu aucune des conséquences fâcheuses annoncées par les partisans du système protecteur, et qui fournit à la consommation du pays une part importante.
- Enfin les chemins de fer ont donné naissance à un transport pour ainsi dire inconnu avant eux, celui des viandes abattues; chaque jour, le chemin de fer de l’Est amène à Paris plusieurs centaines de kilogrammes de viandes de choix (filets de bœuf) recueillies par des courtiers dans les villes de la Suisse allemande, et ce commerce s’étendra certainement à d’autres pays producteurs.
- Les chemins de fer ont donc déjà rendu à notre pays de grands services dans la question de la viande à bon marché, et ils en rendront de bien plus grands encore lorsque l’on aura pris l’habitude de se servir directement des facilités qu’ils procurent, sans passer par des intermédiaires, qui souvent bénéficient de différences considérables perdues pour le producteur ou le consommateur. Cette hésitation à faire soi-même ses affaires explique des anomalies qui se présentent fréquemment dans des localités très-rapprochées, et, sans elle, on n’expliquerait pas comment la différence entre le prix d’une même denrée sur deux marchés est souvent très-supérieure à la valeur du transport à payer pour aller d’un marché sur l’autre.
- II.—Prix fixés par le cahier des charges pour le transport des bestiaux, et transports
- par tarifs généraux.
- Les prix fixés par l’article 42 du cahier des charges commun à toutes les grandes
- compagnies sont les suivants :
- Petite vitesse, par tête et par kilomètre :
- Bœufs, vaches, taureaux, chevaux, mulets et bêtes de trait. 0,10
- Veaux et porcs.................................... 0,04
- Moutons, brebis, agneaux et chèvres............... 0,02
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- Pour la grande vitesse, c’esl-à-dire lorsque les animaux sont, sur la demande des expéditeurs, transportés par les trains de voyageurs ou à la vitesse de ces trains, les prix ci-dessus sont doublés ; ils sont, en outre, augmentés de l’impôt du dixième et s’élèvent, en définitive, par tête et par kilomètre, à :
- Bœufs, vaches, taureaux, chevaux, mulets, etc........ 0,2240
- Veaux et porcs....................................... 0,0896
- Moutons, brebis, agneaux et chèvres.................. 0,0448
- Les frais accessoires d’enregistrement, de chargement et de déchargement fixés, chaque année, par le Ministre des travaux publics, sur la proposition des compagnies, sont les suivants pour la grande comme pour la petite vitesse :
- Enregistrement, par expédition.............................. 0,10
- Bœufs, vaches, taureaux, chevaux, etc., par tête........ 1,00
- Veaux et porcs, par tête.................................... 0,40
- Moutons, brebis, etc...................................... 0,20
- Tarifs généraux grande et petite vitesse. — Toutes les compagnies appliquent les bases qui viennent d’être indiquées pour les transports effectués par tarifs généraux, c’est-à-dire par tarifs applicables à tout le réseau dont elles sont concessionnaires, sans conditions exceptionnelles de vitesse ou de limitation du nombre des animaux; on conçoit, en effet, que, chargées de transporter un animal isolé, bœuf, veau, porc ou mouton, les compagnies prennent, pour effectuer un transport de cette nature, le maximum des taxes qu’elles sont autorisées à percevoir; il n’en est plus de même, lorsque les animaux sont présentés en bandes pouvant occuper plusieurs waggons, ou lorsque les expéditeurs consentent à exonérer la compagnie d’une partie de la responsabilité qui incombe d’une manière générale au transporteur; ces considérations ont donné naissance aux tarifs spéciaux qui existent sur toutes les lignes et dont nous analyserons les principaux, en considérant successivement la grande et la petite vitesse et, pour chacune de ces vitesses, la nature des animaux transportés.
- III. — Transport des animaux par tarifs spèciaux de grande vitesse.
- 1° Chevaux. — Nous avons dit que le tarif général pour le transport d’un cheval
- était :
- Par kilomètre, en grande vitesse, impôt compris........ 0,224
- — en petite vitesse................................ 0,10
- Les compagnies de Paris à Lyon et à la Méditerranée, de Paris à Orléans, du Midi et de l’Ouest, n’ont pas pensé qu’il y eût lieu, sur leur réseau, de modifier les taxes Tome XII. — 64® année. 2e série. — Avril 1865. 31
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- générales, et, sauf pour les chevaux de course dont nous parlerons à part, elles n’ont formulé aucun tarif spécial pour le transport des chevaux en grande vitesse.
- Les compagnies du Nord et de l’Est ont, au contraire, accordé des réductions pour ces transports, savoir :
- 1° Sur le chemin de fer du Nord :
- Pour un waggon de 6 chevaux ou mulets appartenant au même propriétaire, par kilomètre.................................................................fr. 1 10
- Pour un waggon de 3 chevaux appartenant au même propriétaire, par kilomètre......................................................................... 0 53
- Prix exceptionnels :
- De chacune des gares de Boulogne, Calais, Dunkerque, Valenciennes et Erquelines à Paris, et réciproquement :
- Pour un cheval................................. 50,00
- Pour trois chevaux............................. 125,00
- 2° Sur le chemin de fer de l’Est :
- Pour un waggon-écurie de 3 chevaux ou mulets, par kilomètre............ 0 55
- Pour une expédition de 4 à 6 chevaux, par kilomètre et par écurie....... 0 44*
- Pour une expédition de 9 chevaux et plus, par kilomètre et par écurie. . . 0 33
- C’est-à-dire que, si on emploie 3 écuries, le prix demandé par la compagnie de l’Est pour les transports en grande vitesse est, à l’impôt près, celui fixé par le cahier des charges pour les transports en petite vitesse.
- Les compagnies du Nord et de l’Est accordent, en outre, des facilités pour le transport des palefreniers qui accompagnent les chevaux.
- Sur le Nord un permis à l’aller est accordé à tout palefrenier accompagnant au moins 6 chevaux.
- Sur l’Est, le permis à l’aller est accordé à tout palefrenier accompagnant au moins 2 chevaux; à l’aller et au retour pour tout palefrenier accompagnant 3 chevaux.
- Ces faveurs peuvent paraître considérables; la compagnie de l’Est ne s’est décidée à les concéder que parce que les accidents sont très-rares dans les écuries qui contiennent un palefrenier, dont la parole et les soins empêchent les chevaux de prendre peur et de s’agiter dans les boxes; dans les écuries où les animaux sont isolés, les accidents atteignent quelquefois une extrême gravité.
- 2° Chevaux de course. — La question de la valeur des chevaux remis aux compagnies de chemins de fer a surtout été débattue au sujet du transport des chevaux de course; une transaction est intervenue à cet égard entre les compagnies et la Société d’encouragement pour l’amélioration de la race chevaline en France (Jockey-Club). Aux termes de celte transaction, formulée dans le recueil des tarifs de presque toutes les compagnies, les chevaux désignés par le secrétaire de la Société d’encouragement
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- sont transportés à moitié prix, mais l’absence de toute responsabilité de la part des compagnies est formellement stipulée ; il est, en outre, accordé une réduction de 50 p. 100, tant à l’aller qu’au retour, aux conducteurs des chevaux de course à raison d’un conducteur par cheval.
- 3° Étalons des haras impériaux.—La réduction de 50 p. 100 sur les prix de transport a été également consentie par les compagnies pour les étalons expédiés par l’administration des haras impériaux, ainsi que pour les conducteurs qui les accompagnent, mais sous réserve de l’absence de toute responsabilité.
- Appliqués depuis deux ans environ, ces tarifs réduits remplissent le but en vue duquel ils ont été créés, et ils n’ont à notre connaissance donné lieu à aucun incident digne d’être noté.
- 4° Bestiaux de toute nature.—Ainsi que nous l’avons dit pour les chevaux, les compagnies de Paris à Lyon et à la Méditerranée, de Paris à Orléans, du Midi et de l’Ouest, n’ont pas jugé nécessaire de faire des tarifs spéciaux de grande vitesse pour le transport des bœufs et vaches, veaux, porcs et moutons.
- Les compagnies de l’Est et du Nord ont maintenu un tarif pour cette nature de transports, et qui est fixé sur ces deux réseaux à 1 fr. 10 par waggon complet et par kilomètre.
- Les expéditeurs ont le droit de charger dans un waggon le nombre de têtes que bon leur semblera au delà du nombre ci-après fixé, mais la compagnie sera affranchie de toute responsabilité pour les risques et périls qui pourraient résulter en cours de transport de cet excès de chargement :
- 5 bœufs, vaches ou taureaux;
- 14 veaux ou porcs;
- 25 moutons, brebis, agneaux ou chèvres.
- Ces tarifs spéciaux de grande vitesse sont peu appliqués.
- IV. — Transport des animaux par tarifs spéciaux de petite vitesse.
- Les compagnies n’ont pas suivi des règles uniformes pour l’établissement des tarifs spéciaux de petite vitesse relatifs au transport des chevaux et des autres animaux, et il ne pouvait en être autrement. Chaque compagnie, en effet, avait à donner satisfaction à des intérêts très-divers, et se trouvait en présence d’habitudes locales très-différentes; chacune d’elles a donc été conduite à offrir au commerce des tarifs basés, tantôt sur le nombre des animaux, tantôt sur la capacité du waggon; elles ont eu, en même temps, à examiner attentivement la configuration du réseau dont elles étaient concessionnaires, et à tenir compte de ce que, les animaux étant des colis qui se déplacent, les expéditeurs pouvaient, par un léger parcours à pied, éviter un détour souvent considérable en chemin de fer; de là des tarifs établis par section de ligne ou
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- par zones, un certain nombre de gares demandant le même prix total pour une même destination; de là également des prix fermes par tête ou par waggon pour un parcours déterminé.
- Le nombre, la nature et l’importance des marchés aux bestiaux existants, sur chaque réseau, ont encore motivé un nombre considérable de prix et de conditions que stipulent les livrets des tarifs spéciaux de chaque compagnie. Entreprendre une comparaison détaillée de tous ces prix serait entreprendre un travail aussi compliqué que nu dans les conclusions à en tirer; nous nous contenterons d’indiquer les dispositions principales adoptées par chaque compagnie.
- 1° Chevaux. — Les compagnies de l’Est, du Nord et du Midi ont adopté le système de la taxation par waggon complet ; les deux premières demandent, par waggon et par kilomètre. ........................................................... 0f,50
- Le Midi, pour les parcours inférieurs à 100 kilom...................... 0f,60
- pour les parcours au delà..................................... 0f,50
- La compagnie du Nord, pour favoriser les expéditions au départ de Paris et des gares situées entre Paris, Beauvais et Oeil, accorde, pour les parcours supérieurs à 100 kilom., une taxe, par waggon et par kilomètre, de..................... 0f,35
- La compagnie de l’Ouest a préféré la taxe par tête à la taxe par waggon, et sur son réseau les chevaux payent :
- Quand ils empruntent un parcours d’un certain nombre de lignes désignées, par
- tête et par kilomètre..................................................... 0f,08
- Quand ils passent d’une de ces lignes à une autre......................0f,06
- Enfin l’importance du commerce de chevaux sur le réseau de l’Ouest a conduit la compagnie à fixer un certain nombre de prix fermes par cheval. Nous citerons :
- Chartres à Paris-Vaugirard Le Mans —
- Laval —
- Rennes —
- Guingamp —
- F.
- 6,50
- 14,50
- 21,00
- 25,00
- 30,00
- Les compagnies de Paris à Lyon et à la Méditerranée, et de Paris à Orléans, n’ont pas établi de tarifs spéciaux pour le transport des chevaux en petite vitesse.
- 2° Bœufs, vaches et taureaux. — Les compagnies du Nord, de l’Est et du Midi ont
- adopté la taxe par waggon complet et par kilomètre. .................. 0f,50
- Pour les parcours inférieurs à 100 kilom., le Midi demande....................0f,60
- Pour les parcours en remonte au départ de Paris et des gares situées entre Beauvais et Creil, le Nord pour les parcours supérieurs à 100 kilom. demande. . 0f,35
- Pour éviter les parcours à pied, la compagnie de l’Est a établi des zones dans les-
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- quelles une grande partie de la longueur des embranchements n’est pas comptée, nous citerons :
- Commercy........
- Tout............
- Nancy...........
- Pont-à-Mousson. .
- Haguenau........
- Bischwiller.....
- Wissembourg.. . .
- Strasbourg......
- Erstein.........
- En supposant 7 bœufs par waggon, ces prix représentent 19 fr. 30 et 21 fr. 40 par tête pour des parcours d’environ 350 et 500 kilom.
- Dans le système des waggons complets, les expéditeurs ont le droit de faire entrer dans les waggons autant d’animaux qu’ils croient pouvoir le faire, mais à leurs risques et périls.
- La compagnie de Paris à Lyon et à la Méditerranée a adopté le système de la taxation par tête 5 elle perçoit sur toutes les sections de son réseau, pour les bœufs, vaches, taureaux, poulains, ânes et mulets, par tête et par kilomètre.................0f,05
- On admet 6 bœufs par waggon, mais les expéditeurs peuvent augmenter ce nombre à leurs risques et périls, sans payer plus cher que pour six bœufs.
- La compagnie de Paris à Orléans, dont le trafic en bestiaux est considérable, a adopté la taxe par tête, mais en spécifiant en même temps l’obligation de présenter une bande de 6 bœufs au moins; elle perçoit alors, par tête et par kilomètre :
- Pour les parcours de moins de 50 kil................ 0,09
- Pour les parcours supérieurs à 50 kil............... 0,07
- 8 bœufs maigres, 8 vaches bretonnes et 8 petits bœufs bretons sont taxés comme 6 bœufs ordinaires.
- La compagnie d’Orléans a établi, en outre, un grand nombre de prix fermes; nous citerons :
- à Paris-la Villette, 135f,00 par waggon complet.
- à Paris-la Villette, 150f,00 id.
- Orléans à Paris-Ivry ou Choisy.......... 9,00 par tête.
- Blois — 15,00 —
- Saumur — 15,50 —
- Angers — 16,00 —
- Le Mans — 16,00 —
- Moulins — 16,00 —
- Brives — 30,00 —
- Enfin la compagnie de l’Ouest a adopté des prix kilométriques de 0f,05, 0f,04 et
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- 0f,03 par tête, selon le parcours, sur une même ligne ou sur des lignes différentes de son réseau, avec un minimum de perception de 2f,00 par animal.
- Elle a adopté également des prix fermes pour un grand nombre de destinations, telles que Paris ou Poissy, Versailles, Angers, le Havre et Dieppe; nous citerons :
- Lisieux à Poissy, Caen — Saint-Lô — Valognes — Cherbourg —
- F.
- 165 kil. 6,75
- 213 kil. 8,75
- 288 kil. 12,75
- 317 kil. 14,50
- 345 kil. 15,00
- 3° Veaux et porcs.— Les compagnies du Nord, de l’Est et du Midi ont adopté, pour le transport des veaux et porcs, le même système de waggons complets et les mêmes prix que pour les bœufs, vaches et taureaux ; la compagnie de l’Est a adopté également les mêmes taxes exceptionnelles pour certains parcours; nous ne pouvons que renvoyer aux renseignements donnés dans le paragraphe précédent.
- La compagnie de Paris à Lyon et à la Méditerranée perçoit, par tête et par kilomètre.......................................................................... 0f,02
- Elle admet dans chaque waggon quinze animaux, mais les expéditeurs peuvent augmenter ce nombre, sans payer plus cher que pour quinze animaux.
- La compagnie d’Orléans, comme nous l’avons indiqué pour les bœufs, applique le prix, par tête et par kilomètre, mais seulement pour les bandes supérieures à vingt animaux,
- Pour les parcours inférieurs à 75 kilomètres................................ 0f,03
- Avec minimum de perception de........................................... lr,20
- Pour les parcours supérieurs à 75 kilomètres. . .......................... 0f,02
- Avec minimum de taxe de................................................. 2f,25
- Les porcs maigres destinés à l’engraissement, amenés par bandes de quarante au moins, payent par tête et par kilomètre......................................0f,01
- Enfin des prix fermes sont stipulés pour un certain nombre de destinations, telles que Paris, Choisy, Bordeaux et Périgueux.
- La compagnie de l’Ouest perçoit également des taxes par tête et par kilomètre :
- Pour les parcours effectués en partie sur une ligne, en partie sur une autre. 0f,02
- Pour les parcours effectués sur des lignes désignées...................... 0f,03
- Enfin des prix fermes sont indiqués pour des mouvements exceptionnels.
- 4° Moutons et chèvres. — Nous retrouvons encore le double système de la taxe au waggon et de la taxe par tête.
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- Ul
- Chemin de fer du Nord.
- Taxe par waggon à un plancher, et par kilomètre. . . 0,35
- — à deux planchers................ 0,50
- Chemin de fer de l’Est.
- Taxe par waggon à un plancher................ 0,30
- La compagnie de l’Est a supprimé, en 1862, l’emploi des waggons à deux planchers ou bergeries ; elle a été guidée dans cette suppression par deux motifs principaux : d’une part, les animaux manquaient d’air; d’autre part, un grand nombre de gares ne présentaient pas des dispositions convenables pour l'accès facile du second plancher; la spécialisation des waggons présente d’ailleurs, à notre avis, de grands inconvénients; quand une bergerie a servi à porter des moutons, elle reste inutilisée pour d’autres transports, tandis qu’après une expédition de moutons un waggon ordinaire peut être mis en service pour ainsi dire immédiatement (1).
- Chemin de fer du Midi.
- Parcours inférieurs à 100 kil.......................... 0,45
- Parcours supérieurs à 100 kil.......................... 0,40
- Pour l’approvisionnement de Paris , la compagnie de l’Est a accordé des réductions de prix qui correspondent à la suppression du parcours sur la plupart des embranchements greffés sur les lignes principales.
- La compagnie de Paris à Lyon et à la Méditerranée perçoit, par tête et par kilomètre.................................................................... 0f,005
- Elle admet dans chaque waggon quarante moutons; mais les expéditeurs peuvent augmenter ce nombre, sans payer plus cher que pour quarante moutons.
- (1) Voici les prix perçus par la compagnie de l’Est, par waggon contenant 50, 55 et jusqu’à 60 moutons, suivant la taille de ces animaux :
- Strasbourg à la Villette 501 kil. fr. c. 140,20
- Wendenheim — 492 — 137,75
- Sarrebourg — 431 — 120,70
- Frouard — 343 — 96,05
- Blesmes — 216 — 60,50
- Châlons-sur-Marne — 171 — 47,90
- Ces tarifs sont kilométriques et non différentiels en raison des distances parcourues. Leur taux est de 0f,28 par waggon et par kilomètre ; mais les parcours sur les embranchements de Wissem-bourg à Wendenheim, de Forbach à Frouard et de Chaumont à Blesmes ne sont pas comptés.
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- STATISTIQUE COMMERCIALE.
- US
- La compagnie d’Orléans perçoit, par tête et par kilomètre.............. (P,005
- pour les bandes de soixante moutons au moins (1).
- La compagnie indique également des prix fermes pour un certain nombre de parcours de son réseau (2).
- Enfin la compagnie de l’Ouest stipule les prix ci-après :
- Par tête et par kilomètre, pour les parcours effectués sur des lignes désignées. 0f,008
- Par tête et par kilomètre, pour des parcours effectués en partie sur une ligne, en partie sur une autre................'..................................... 0f,006
- Des prix fermes sont également indiqués pour des mouvements exceptionnels.
- ^ V. — Animaux envoyés aux concours agricoles.
- Les concours agricoles ont pris, depuis quelques années, un grand développement en France5 toutes les compagnies ont accordé une réduction de 50 p. 100 sur les prix des tarifs généraux de grande et de petite vitesse, pour tous les animaux envoyés aux concours agricoles; ces réductions sont valables à l’aller et au retour ; la seule formalité à remplir par les expéditeurs est de présenter, à la gare du départ, la lettre délivrée par le ministère de l’agriculture, du commerce et des travaux publics, pour l’admission au concours.
- YI. — Durée du parcours pour le transport des bestiaux.
- Les délais fixés par les règlements ministériels, pour le transport des animaux, sont ceux fixés pour le transport des marchandises.
- En grande vitesse, les animaux doivent être expédiés par le premier train de voyageurs contenant des voitures de toutes classes, pourvu qu’ils aient été présentés à l’enregistrement, trois heures au moins avant l’heure réglementaire du départ du train.
- En petite vitesse, les animaux doivent être expédiés dans le jour qui suivra celui de leur remise, et la durée du trajet est réglée à raison de vingt-quatre heures par fraction indivisible de 125 kilom. Enfin la livraison au destinataire doit s’effectuer dans le jour qui suit celui de l’arrivée effective en gare.
- Appliquées à des distances de 4 à 500 kilomètres, ces règles donnent aux com pagnies six à sept jours pour effectuer le transport des animaux, mais, sur aucun
- (1) En admettant qu’un waggon contienne 60 moutons, le tarif de 0f,005 par tête équivaut à celui de 0f,30 par waggon et par kilomètre.
- (2) Voici deux exemples de ces tarifs :
- De Vierzon à Ivry.............. 179 kil. 54 fr., soit 0f,3O par waggon et par kilomètre.
- De Cbâteauroux à Ivry.......... 262 — 60 — 0f,23 —
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- réseau, ces règles ne sont en vigueur; elles ne demeurent dans les tarifs que pour maintenir le droit des compagnies et répondre aux prétentions formulées, quand des retards involontaires se produisent dans le transport (1).
- VII. — Importance des transports de bestiaux effectués par les diverses compagnies et
- prix moyens.
- La diversité des bases employées par les compagnies; pour les taxes de transport de bestiaux rend très-difficiles l’établissement et la comparaison des nombres d’animaux; les compagnies qui taxent à la tête peuvent seules donner des chiffres exacts; les compagnies qui taxent au waggon sont obligées de faire des hypothèses sur le nombre des animaux contenus dans ces waggons et qui varient généralement :
- Pour les bœufs et vaches, entre...................... 6 et 9
- Pour les veaux et porcs, entre...................... 16 et 30
- Pour les moutons, entre............................. 30 et 60
- Nous n’avons pu remonter pour toutes les compagnies à un grand nombre d’années, ni donner pour chacune de ces compagnies les mêmes renseignements; nous pensons cependant que les chiffres suivants, extraits des comptes rendus officiels, présenteront un certain intérêt.
- (1) Les délais actuels de transport en petite vitesse seront vraisemblablement modifiés et diminués, au moins sur les lignes principales aboutissant à Paris.
- En fait, chaque compagnie a organisé des trains de bestiaux très-rapides :
- 1# Compagnie de l’Est.
- Quatre trains de bestiaux par semaine. — Strasbourg à Paris. — Durée moyenne du trajet, 21 heures.
- 2° Compagnie de Paris à Lyon et à la Méditerranée.
- Deux trains réguliers par semaine. — Longueur du trajet, 316 kilom. pour Dijon, et 347 kilom. pour Saint-Germain-des-Fossés. — Durées du trajet, 16 heures et 21 heures 30 minutes.
- 3° Compagnie de l’Ouest.
- Moyenne par semaine des trains de bestiaux.
- POINTS NOMBRE de trains. DURÉE moyenne du trajet.
- de départ. de destination.
- heures.
- 3
- Le Hans.... 3 13
- Mézidon-Mesnil j V t inH 2
- Mauser et Lisieux S 3
- Bueiî __ 1 t 2 1/2
- 1 J
- Tome XII. — 64e année. 2e série. — Avril 1865. 32
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- TABLEAU rècapitidatif\du nombre d'animaux transportés, en 1863, sur les six
- grands réseaux français.
- CHEMINS DE FER. BŒUFS, VACHES, TAUREAUX.
- Lyon 101,058
- Midi. 28,040
- Ouest 248,743
- Orléans 143,105
- Est 81,642
- Nord 60,186
- Totaux 662,774
- TOTAUX
- VEAUX ET PORCS. MOUTONS. PAR RÉSEAU.
- 262,123 587,948 951,129
- 106,318 199,663 334,021
- V. 78,208 P. 179,047 302,299 808,297
- V. 33,906 P. 280,951 325,549 783,511
- 215,480 457,936 755,058
- 194,544 258,541 513,271
- 1,350,577 2,131,936 4,145,287
- Ces nombres sont considérables et montrent l’importance des transports de bestiaux sur le réseau français. Nous n’avons pas cru devoir faire la comparaison des prix moyens sur chaque réseau, parce qu’il nous manque un élément important et capital, la longueur du parcours effectué. Sans faire cette comparaison, on peut faire observer que ces prix sont faibles sur chaque réseau, et conclure que toutes les compagnies, loin de percevoir les taxes insérées dans leurs cahiers de charges, ont fait d’énormes abaissements et contribué, dans la plus large proportion, à l’accroissement de cette partie de la fortune publique.
- VIII. — Tentatives faites par la compagnie de l’Est pour amener en France du bétail
- de Hongrie.
- Le chemin de fer de Munich à Vienne a été livré à l’exploitation au mois d’août 1860 et a complété une ligne non interrompue de Paris à Baziasch sur le Danube, aux frontières de l’Autriche et des principautés danubiennes.
- Cette ligne de 1,120 kilom. de longueur totale traverse, de Pesth à Baziasch, les plaines de la Hongrie, sur lesquelles paissent d’innombrables troupeaux de bœufs, de porcs et de moutons, qui peuvent donner lieu à un commerce d’exportation très-considérable. Ce commerce existe déjà dans la direction de Hambourg sur un parcours de 1,286 kilom., de Pesth à Hambourg; la compagnie de l’Est a pensé qu’il était possible d’en créer un semblable dans la direction de la France, et elle a fait, pour y parvenir, de nombreux efforts, paralysés au moins en partie jusqu’à ce jour par des causes accidentelles et qui disparaîtront certainement. Ces causes sont :
- Les variations rapides du change en Autriche;
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- La grande épizootie de 1862, épizootie qui a conduit plusieurs gouvernements allemands à interdire le transport des bestiaux provenant du Danube;
- La sécheresse extraordinaire de 1863, qui a causé la mort d’une grande quantité de bétail en Hongrie et en Autriche.
- Si ces faits exceptionnels ne se reproduisent pas, il existe entre le prix des animaux, sur le marché de Pesth et sur le marché de Paris, un écart qui pourra déterminer des échanges entre ces deux points.
- Le prix des bœufs, sur le marché de Poissy, varie entre. . . 55 et 65 fr. les 50 kil.
- A Peslh, les prix varient entre. .......................... 40 et 50 fr. les 50 kil.
- Il y a donc habituellement un écart de................... 15 fr. par 50 kil.
- Or, la compagnie de l’Est, de concert avec les chemins allemands, a établi des tarifs au départ de Vienne et de Pesth pour Paris, à raison de 72 fr. par tête, de Pesth à Paris (pour des expéditions de seize waggons); en supposant un bœuf de 400 kilog., le prix par tête représente 9 fr. par 50 kilog., ce qui laisse un écart de 6 fr. par quin • tal, suffisant peut-être pour rendre possible une opération commerciale (1). Elle a, du reste, déjà été tentée, et plusieurs expéditions par trains Complets ont eu lieu de Vienne à Paris. La durée de ces trains est de quatre-vingt-cinq heures, soit trois jours et demi, et rien n’a fait supposer une souffrance exceptionnelle infligée aux animaux.
- Pour les porcs, le prix des 50 kil., à Poissy, varie entre................... 68 et 78 fr.
- A Pesth, entre.............................................................. 47 et 52 fr.
- L’écart est donc de........................................................ 21 à 26 fr.
- et il explique l’énorme exportation qui, de la Hongrie, se dirige sur l’Angleterre par Hambourg.
- Si l’exportation des bœufs et des porcs de Hongrie pour la France ne se fait pas encore directement, elle pourra se faire indirectement, en ce sens que les bœufs de cette provenance commencent à arriver dans le Wurtemberg, dans le pays de Bade, dans la Bavière et dans la Prusse rhénane, où les acheteurs français peuvent se présenter plus facilement qu’en Autriche et en Hongrie.
- M. de Knapp, ministre des finances de Wurtemberg, trop tôt enlevé à son pays, avait, dès l’ouverture du chemin de Munich à Vienne, compris tout l’avenir que ce commerce pouvait assurer à son pays, et favorisé toutes les mesures destinées à le créer. Il existe, en effet, dans le Wurtemberg,de très-nombreuses fabriques de sucre de betteraves, dont les pulpes conviennent à l’engraissement des bestiaux maigres. Après un séjour de quelques mois dans le Wurtemberg, les bœufs pourront être dirigés sur les marchés français, et l’exportation s’effectuerait en deux étapes.
- En ce qui concerne les porcs de la Hongrie et de la Servie, l’exportation a été tentée sous une autre forme, celle des viandes salées. Les résultats obtenus sont encore très-faibles; l’esprit d’entreprise est pour ainsi dire nul dans toutes lés contrées traversées
- (1) Cela ne paraît pas toutefois devoir constituer une concurrence importante pour les éleveurs français.
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- par le Danube au-dessous de Pesth, et des affaires un peu importantes ne pourront être organisées qu’à l’aide de capitaux étrangers, et surtout qu’avec l’aide du temps.
- Pour les moutons, l’importation, en France, des animaux de la Hongrie et de la Moravie n’est plus à l’état d’étude, et depuis quelques mois ces transports se font avec une grande régularité. La gare de Strasbourg, dans l’intervalle compris entre le 1er avril et le 1er octobre 1864, a reçu 39,504 moutons en provenance de Pesth, de Belgrade et de divers autres points de la Moravie et de la Servie, et destinés uniquement au marché de Poissy.
- Ces animaux arrivent à Kehl par chemin de fer; ils font à pied le trajet entre Kehl et Strasbourg, et arrivent dans cette gare par bandes de 1,500 à 1,800 têtes. Certaines expéditions se sont élevées à 3,600 têtes. Ces moutons sont plus petits que les moutons de la Bavière et du Wurtemberg; les waggons ordinaires peuvent en recevoir 60 tondus ou 55 en laine; le prix moyen du transport de Strasbourg à Paris varie entre 2 fr. 30 et 2 fr. 55 par tête (1).
- IX. — Importation des bestiaux en France.
- Le tableau ci-après montre l’importance des importations et des exportations en France pendant les quatre dernières années ; les chemins de fer doivent être considérés comme l’instrument le plus actif de ce commerce, et, en ce qui concerne les moutons, la presque totalité de l’importation s’effectue par les lignes du chemin de fer de l’Est.
- ANNÉES. BŒUFS, VACHES, TAUREAUX. VEAUX ET PORCS. MOUTONS.
- IMPO RTATIONS.
- 1861 116,525 207,132 555,744
- 1862 118,239 255,128 546,21#
- 1863 126,430 254,760 647,088
- 186# 126,785 203,020 * 775,579
- EXPORTATIONS.
- 1861 31,476 53,285 51,36#
- 1862 34,940 48,103 52,351
- 1863 32,561 40,780 73,558
- 186# 27,762 80,374 85,860 “
- * Dont 80,381 cochons de lait. En 1863, il y en avait eu 121,765, et, en 1862, 108,971.
- ** Dont moitié pour l’Espagne et 1/4 pour l’Angleterre.
- (1) Cela revient, à très-peu près, au prix de 140 fr. par waggon complet déjà indiqué.
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- Kilog.
- Importations de viande fraîche de boucherie en 1864. 1,086,030
- de viandes salées (lard compris).......... 2,653,388
- de gibier, volaille, tortues................ 803,922
- d’œufs.....................................3,201,165
- Kilog.
- exportations. 196,912
- — 5,147,694
- — 1,330,405
- — 22,616,552
- 7,744,505 — 29,291,563
- X. — Quantités de bestiaux amenés par tous les chemins de fer à Paris.
- En discutant dernièrement avec la ville de Paris les conditions du raccordement du chemin de fer de ceinture avec le nouveau marché aux bestiaux, les compagnies ont réuni les documents relatifs à la quantité de bestiaux amenés par chacune d’elles à Paris et formé le tableau ci-après des arrivages du 1er décembre 1862 au 1er décembre 1863.
- CHEMINS DE FER. NOMBRE DE WAGGONS DE ENSEMBLE.
- Bœufs et vaches. Veaux et porcs. Moutons.
- Orléans 18,558 7,734 4,934 31,226
- Ouest 11,094 7,365 950 19,409
- Est 1,766 1,542 7,750 11,058
- Nord 2,584 2,047 4,493 9,124
- Lyon-Méditerranée 4,157 1,490 2,570 8,217
- Totaux 38,159 20,178 20,697 79,034
- En supposant, par waggon, les moyennes 20
- ci-contre 7 40 »
- On a pour la vente faite sur les marchés de Paris 267,113 403,560 827,880 1,497,553
- Cette énorme quantité de 1,500,000 têtes n’est pas consommée par la ville de Paris; un certain nombre de localités viennent s’approvisionner sur les marchés de Poissy et de Sceaux, et les facilités offertes par les chemins de fer augmenteront encore l’importance de ces réexpéditions.
- XI. — Questions diverses.
- 1° Transport des viandes abattues, du gibier, etc. — Le commerce des viandes abattues ordinaires n’a pas sur le chemin de l’Est une très-grande importance ; il ne dépasse pas en moyenne 5,000 kilogrammes par jour provenant, pour 25 p. 100, des
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- STATISTIQUE COMMERCIALE.
- stations comprises entre Châlons et Paris; pour 75 p. 100, des stations comprises entre Troyes et Provins. Ces expéditions se composent principalement de veaux; elles payent 28 centimes par tonne et par kilomètre, soit :
- De Châlons à Paris. De Troyes à Paris. , De Provins à Paris.
- 173 kil. 50,50
- 167 kil. 48,35
- 95 kil. 28,20
- par 1,000 kilogr., frais de manutention compris (1).
- Le commerce des viandes de luxe se développe, au contraire, d’une manière notable sur le réseau des lignes de l’Est; les gares de Strasbourg et de Bâle remettent, chaque jour, aux trains rapides 2,000 à 2,500 kilogr. de filets de bœuf provenant du grand-duché de Bade et de la Suisse allemande; les prix de transport sont les suivants :
- Bâle à Paris........ 524 kil.
- Strasbourg à Paris......... 502 kil.
- Wissembourg à Paris........ 548 kil.
- F.
- 14215 I ^6S kilogr., frais de
- ’ ( manutention compris.
- iDD)U5 /
- Enfin le transport du gibier a pris, sur les mêmes lignes, une importance exceptionnelle. Pendant la saison annuelle du transport du gibier, les gares de Strasbourg, de Wissembourg et de Forbach reçoivent des quantités considérables de chevreuils et de lièvres tués soit dans les îles du Rhin, soit dans les plaines boisées de la Hesse et du Palatinat.
- Pendant l’hiver de 1863-64, les expéditions reçues par ces trois gares se sont élevées à 1,200,000 kilogrammes.
- Dans certains jours, elles comprenaient. .... 30,000 kilogr.
- 6,000 lièvres, pesant ensemble.................... 20,000 —
- 500 chevreuils, id. ............................ 10,000 —
- Nous ne parlons pas des expéditions faites à des particuliers par différentes gares du réseau; nous ne notons que les expéditions destinées au marché de Paris.
- Ce commerce doit se développer encore; on a tenté, l’année dernière, des expéditions de faisans de Bohême sur Paris, et, dès que les chemins allemands se décideront à donner de la vitesse, le succès est assuré.
- (1) Les frais de manutention sont de lf,60 par 1,000 kilogr. Ils sont perçus, comme le tarif de 0f,28, par fraction indivisible de 10 kilogr. Il n’est fait aucune déduction pour les poids des paniers et linges; mais les uns et les autres sont retournés, sans frais, au lieu d’expédition. Les transports au tarif de 0f,28, sur les quatre lignes de Lyon, du Nord, d’Orléans et de l’Est, ont lieu en grande vitesse, c’est-à-dire à la vitesse des trains omnibus de voyageurs. La compagnie d’Orléans exige un poids minimum de 500 kilogr. pour l’application de ce tarif ; les trois autres compagnies appliquent la taxe à partir de 50 kilogr.
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- La compagnie de l’Est a pris également des mesures particulières pour la livraison rapide de tous ces objets aux halles et marchés; amenés à Paris entre 4 heures et 5 heures 30 minutes du matin, tous les paniers de gibier sont livrés à la halle avant 7 heures du matin.
- L’octroi de Pariâ a bien voulu nous donner le chiffre moyen journalier des arrivages en 1864, à chacune des grandes gares de Paris; le tableau ci-après montre que le trafic des compagnies se divise en deux groupes :
- (Gare Saint-Lazare, grande vitesse. . . 3,113 j
- Montparnasse, grande vitesse.......... 200 >
- Yaugirard, petite vitesse............. 8,500 J
- Orléans, grande vitesse..............................................
- ( Viande abattue, ordinaire. 8,730 i
- Est, gr. vitesse, j Filets de bœuf........................ 2,022 f
- Lyon, grande vitesse.................................................
- Nord, grande vitesse.................................................
- K. il.
- 11,813
- 11,500
- 10,752
- 2,511
- 2,028
- Moyenne des arrivages par chaque jour de 1864
- 38,604
- Orléans et l’Ouest amènent principalement des quartiers de bœuf ou de vache; le trafic des autres chemins se compose presque exclusivement de veaux.
- Les filets de bœuf amenés par le chemin de l’Est proviennent de la Suisse allemande et du grand-duché de Bade :
- En 1863.............................. 602,615 kilog.
- En 1864.............................. 738,030 —
- Ces marchandises sont camionnées à domicile chez deux ou trois négociants, qui en réexpédient une partie sur l’Angleterre. On peut, par conséquent, transporter, de Saint-Gall et de Zurich à Londres, de la viande convenablement emballée.
- Presque toutes les viandes abattues vont au marché à la criée; quelques bouchers, mais en très-petit nombre, se font adresser directement la viande à domicile.
- Le développement du transport des viandes abattues est retardé par deux causes distinctes :
- 1° Les bouchers détaillants de Paris ne trouvent pas auprès des vendeurs de province le crédit et les facilités de payement qui leur sont donnés, soit par les caisses spéciales organisées près des marchés de Paris, soit par les gros bouchers dits chevillards;
- (1) La compagnie de l’Ouest a deux tarifs pour le transport des viandes abattues.
- 1° Tarif de la grande vitesse, 0f,40 par tonne et par kilomètre, plus lf,60 de frais accessoires. C’est le tarif légal et habituel de la messagerie.
- 2* Tarif de la petite vitesse, 0f,16 par tonne et par kilomètre, plus lf,50 de frais de manutention.
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- STATISTIQUE COMMERCIALE.
- 2° La viande abattue en province n’est pas préparée comme le consommateur désire l’avoir à Paris; entre deux animaux de même qualité dépecés, l’un en province par un boucher inhabile, l’autre à Paris par un boucher habile, le marché à la criée donne un écart de 0 fr. 15 c. à 0 fr. 20 c. par kilogramme.
- Les cultivateurs ne peuvent donc tuer les animaux dans les fermes, et ils sont obligés de s’adresser aux bouchers des localités les plus voisines.
- Malgré ces difficultés, nous pensons que le transport des viandes abattues ira en croissant; des relations s’établissent et s’établiront de plus en plus entre les bouchers de Paris et les bouchers de province, et sur le chemin de fer de l’Est le rayon d’expédition va toujours en croissant ; ainsi les bouchers de Saverne, d’Hochfelden, de Strasbourg commencent à diriger sur Paris des quartiers de bœuf ou de vache, tandis qu’il y a peu d’années ce commerce ne dépassait pas un rayon de 150 à 160 kilomètres.
- 2° Facilités offertes par les chemins de fer pour l'engraissement des bestiaux maigres. —En parlant du transport des bestiaux maigres de la Hongrie sur la France, nous avons dit qu’on avait songé à les arrêter dans le Wurtemberg pour les engraisser avec les pulpes des distilleries agricoles. Le chemin de l’Est présente un exemple de ces transports; les bœufs de la partie nord de la Franche-Comté se dirigent maintenant sur le nord de la France par Chaumont, Reims et Laon, etc.; après quelques mois d’engraissement, ils contribuent, pour une part digne d’être notée, à l’alimentation des populations du Nord et du Pas-de-Calais.
- Commencé en 1861, ce mouvement a donné les résultats suivants :
- Années. Nombre. Recettes de la compagnie, F.
- 1861 4,410 57,574,75
- 1862 5,452 75,443,20
- 1863 5,827 78,512,00
- Un mouvement semblable s’effectue de la Bourgogne sur les départements de Seine-et-Marne et Seine-et-Oise, qui, il y a quelques années, n’employaient pas un bœuf à la culture, et en emploient aujourd’hui un assez grand nombre.
- (R.)
- PARIS. — IMPRIMERIE DE MADAME TEDTE BODCHARD-HUZARD, RUE DE l’ÉPERON, 5.
- 1865.
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- 64e ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOME XII. — Haï 1863.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- DÉCISION RELATIVE A LA NOMINATION DE MEMBRES ADJOINTS.
- Conformément à l’arrêté pris le 16 janvier 1855,
- M. Natalis Rondot entendu, dans la séance publique du 19 avril 1865, pour le comité de commerce,
- Le Conseil, après délibération, a autorisé ce comité à présenter une liste de candidats pour la nomination de deux membres adjoints.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Baude, au nom du comité des arts mécaniques, sur un appareil concasseur de pierres de M. Ducourneau jeune, boulevard Morland, 6, à Paris.
- Messieurs, nous venons vous rendre compte de l’examen que nous avons fait d’une machine dite mortier concasseur, inventée par M. Ducourneau jeune, afin de réduire en fragments convenables, quant à la grosseur, les matériaux qui forment les chaussées d’empierrement. A l’exécution de cet instrument se lie, dans la pensée de M. Ducourneau, ce qu’il appelle un bé-Tome XII. — 64* année. 2e série. — Mai 1865. 33
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- ARTS MÉCANIQUES.
- ton plastique pour dallages, enduits, moulages, où il substitue les grains concassés de la pierre au sable ordinaire.
- L’empierrement, qui constitue la plus grande partie des 37,000 kilomètres de nos routes impériales, se développe de plus en plus, à mesure que se perfectionnent nos voies départementales et vicinales : tous les devis réguliers de construction ou d’entretien n’admettent pas les pierres qui ne passent pas, en tout sens, dans un anneau de 6 centimètres de diamètre, et Ton conçoit toute l’importance d’un bon cassage, soit pour l’obtenir à bas prix, soit pour maintenir Tuniformité dans la grosseur des matériaux. Mais le cas-sage à la main n’a rien d’anormal, si l’on considère que les routes traversent des champs où la pierre est, pour ainsi dire, cueillie, ou qu’elles côtoient de petites carrières que les recherches des ingénieurs tendent à multiplier, afin d’éviter les longs transports. On emploie à ce cassage des enfants, des femmes, des vieillards trop faibles pour les travaux agricoles, ou des ouvriers que l’hiver laisse inoccupés. L’éparpillement du travail justifie cette main-d’œuvre, et l’on s’explique que la recherche d’une machine à casser la pierre, toujours lourde à transporter, n’ait pas éveillé l’esprit d’invention de ceux qui constituent, à divers degrés, le service des ponts et chaussées.
- Cette indifférence n’a plus d’excuses, lorsque la consommation de la pierre se concentre, que l’approvisionnement se répartit par grandes masses et que le cassage s’opère sur le lieu même de l’extraction, où les matériaux abondent.
- Les rues de la ville de Paris contenaient, dans l’ancien mur d’octroi, à la fin de 1861, une superficie d’un million de mètres carrés de chaussées d’empierrement, et l’approvisionnement qu’elles consomment est de près de 100,000 mètres cubes. Avec des matériaux dont la dureté est la qualité première, avec un cassage qui coûte souvent de 5 à 8 fr. le mètre cube, de quelle utilité ne serait pas l’invention d’une bonne machine à concasser !
- M. Ducourneau a-t-il résolu ce difficile problème ? Vous en jugerez tout à l’heure, mais nous ne saurions l’affirmer, car ce qui reste aujourd’hui des machines de M. Ducourneau, par suite de circonstances que nous n’avons pas à apprécier, n’est pas en état de fonctionner d’une manière régulière. Il se propose, d’ailleurs, d’ajouter à ces essais de nombreux perfectionnements.
- Lorsqu’on casse des cailloux à la main, il se produit une certaine quantité de détritus, variable, sans doute, avec la qualité des matériaux et l’habileté de l’ouvrier, mais qu’on évalue à 1/7 environ du volume primitif. On a remarqué que, dans les matériaux cassés par une action mécanique, ce volume
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- augmentait sensiblement. Cet inconvénient ne saurait être évité avec le mortier concasseur de M. Ducourneau ; mais l’abondance du détritus ne l'effraye pas, parce qu’il en trouve l’emploi dans des chaussées, trottoirs, qu’il construit suivant une méthode qui lui est propre.
- La machine de M. Ducourneau se compose de trois marteaux fixés, par leurs manches et un œil intérieur, sur un axe horizontal. Une auge grillée est devant eux, et abaissés alternativement par des cames et relevés instantanément par les ressorts, ils retombent sur des cailloux amenés, dans l’auge, par des manœuvres.
- La came, en abaissant les marteaux par une action tangentielle, fait tourner, par l’arrière du manche, une espèce de bobine sur laquelle s’enroulent deux cordes fixées à l’extrémité d’un ressort. Quand la came s’échappe, la détente des ressorts s’ajoute à la pesanteur pour accélérer le mouvement de jet du marteau. Ces ressorts, en forme d’arc de cercle, sont ajustés par le milieu de l’arc sur la semelle du bâti du mortier concasseur.
- Lorsque les matériaux ont subi le choc des marteaux, ils sont remontés vers des cylindres dits purgeurs, qui dans leur rotation laissent tomber, suivant les écartements des grilles, les fragments de la pierre cassée. Ces matériaux sont ainsi séparés par groupes, c’est-à-dire en détritus et par grosseurs de 0m,02, 0m,04: et 0m,06; ce qui est plus gros s’échappe par le bout, non fermé, du cylindre et est reporté sur la grille à concasser.
- Telles sont les dispositions principales du mortier concasseur, qui n’avàit point ses purgeurs lorsqu’il a été exécuté. Cette machine échappera-t-elle, plus que d’autres, aux difficultés qui ont fait abandonner jusqu’ici les essais peu nombreux d’instruments pour casser les cailloux ? U y a toujours, dans ces appareils, une cause incessante de destruction ; c’est l’ébranlement, dans les bâtis, produit par des chocs sans cesse répétés. Ici le ressort n’amortit rien, puisque sa détente vient s’ajouter à l’action du choc; ces ressorts, qui sont tendus avec une lenteur calculée, qui se détendent avec une grande rapidité, résisteront-ils longtemps à ces mouvements variés et même désordonnés? On ne saurait dire encore que l’expérience a prononcé.
- Au lieu de suivre M. Ducourneau dans les considérations assez étendues auxquelles il se livre sur les chaussées d’empierrement, nous chercherons à faire comprendre ce qu’il appelle sa méthode en donnant la composition d’un béton qu’il veut appliquer sur le sol destiné à recevoir une circulation très-active.
- Il commence par établir une première couche de 0“,30 d’épaisseur en
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- terre sablonneuse ; après l’avoir damée à la hie, il pose une couché de béton de 0m,10, formée de cailloux concassés à la grosseur de 0m,041/2 à 0m,06 de diamètre, agglomérés par une gangue de ciment romain qui entre pour \ /3 dans le volume du béton ; une deuxième couche de béton de même épaisseur surmonte celle-là ; plus ténus, les matériaux de 0“,025 à 0m,045 d’épaisseur sont liés par du ciment de Portland. Ce béton comprimé est recouvert d’une couche de 0m,0l à 0m,02 de détritus.
- Ces compositions ne sont pas données d’une manière absolue par M. Du-courneau et, sans le prendre à partie sur un amalgame dont le succès pourrait ainsi être contesté, nous disons que son principe est de construire les chaussées avec des matériaux toujours petits, mais qui se superposent par couches minces, de la base à la surface, avec des cailloux de plus en plus réduits par le cassage.
- Nous ne voulons pas nous étendre ici sur l’application beaucoup plus pratique qui a été faite d’un emploi de béton dans les Champs-Élysées, d’après un système mis en œuvre dans le Jura par M. Monnet, ingénieur des ponts et chaussées, attaché au département. Ces bétons sont plutôt destinés aux routes qu’aux rues et boulevards, et il nous paraît juste de ne pas accepter les critiques de M. Ducourneau sur le mode d’entretien, à Paris, des chaussées d’empierrement les plus fréquentées.
- On estime la fatigue d’une route par le nombre de chevaux attelés ou de colliers qui l’ont parcourue. La marche du piéton n’altère pas la route; la fatigue de celle-ci est proportionnelle à la charge de la voiture ou, si l’on veut, au nombre de chevaux qui la tirent. Un chemin ordinaire est réputé fréquenté quand il donne journellement passage à trois cents colliers.
- A Paris, le nombre des colliers est, en moyenne, de quinze mille par jour dans la rue Royale et aux Champs-Élysées ; il monte jusqu’à vingt mille entre la Madeleine et la Bastille : sur les quais de la Tournelle et de Monte-bello, il est encore de huit mille, et sur les empierrements les moins fréquentés il ne descend pas au-dessous de mille.
- La moyenne de la consommation par année est de 0m,08 d’épaisseur, c’est-à-dire que l’entretien emploie, dans moins de quatre ans, une épaisseur égale à celle de la totalité de la chaussée.
- On doit en conclure qu’avec une circulation pareille on n’est pas absolument maître du mode d’entretien, et qu’un emploi-béton, pour nous servir de l’expression consacrée, n’a pas le temps de se consolider. En outre, avec une consommation qui, parfois, est double de la moyenne indiquée, il
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- faut rechercher les matériaux les plus résistants, et n’employer de détritus que pour faciliter leur prise. Au delà, le détritus rendra la chaussée molle et boueuse.
- L’entretien consiste, sur ces chaussées exceptionnelles, à laisser user l’empierrement sur le tiers de la hauteur : on entreprend alors un rechargement sur la demi-largeur; on y passe ensuite le rouleau, en mouillant les cailloux si le temps est sec, et on favorise la prise en jetant à la pelle des détritus purgés. Quand ce travail est fini, on livre cette portion de chaussée à la circulation, et on recommence sur l’autre moitié.
- On n’a pas encore trouvé à faire mieux pour l’entretien de chaussées couvertes de voitures à tout instant du jour, et où il n’est pas possible de maintenir des cantonniers ne permanence.
- Il nous reste peu de chose à dire, Messieurs, sur le béton plastique proprement dit de M. Ducourneau. Ces bétons, pour lesquels il est breveté, consistent dans l’emploi de petits matériaux formant un corps où il remplace le sable, qui n’est pas une liaison, par des détritus de différentes espèces, et même par des ciments, tels que ceux de Boulogne et autres. M. Ducourneau en a fait des applications diverses au couvent de l’Abbaye-aux-Bois, aux constructions neuves de la caisse des dépôts et consignations pour dallages, gargouilles, etc., etc.
- Pour en revenir à la machine à casser les cailloux, il n’est pas douteux que par son intermédiaire, quelle que soit, d’ailleurs, la nature des matériaux en usage dans les grands centres de population, on ne puisse obtenir un cassage plus économique qu’à la main. Nous ne pouvons confirmer, faute d’expériences, les assertions de M. Ducourneau, qui évalue cette économie au tiers delà dépense : l’emploi d’une bonne locomobile y prendra la meilleure part.
- Votre comité, considérant qu’il y a un intérêt public à favoriser l’invention d’une bonne machine à casser, que le modèle produit par M. Ducourneau est un premier essai, estime qu’il y a lieu de remercier cet inventeur de sa communication, et de faire insérer dans le Bulletin de la Société le présent rapport, en l’accompagnant d’un croquis du mortier concasseur.
- Signé Baude, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 20 avril 1864.
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- LÉGENDE DE LA PLANCHE 319 REPRÉSENTANT L’APPAREIL CONCASSEUR DE M. DUCOURNEAU.
- Fig. 1. Vue de profil de la machine.
- Fig. 2. Vue de bout prise en arrière des marteaux.
- Fig. 3. Vue en dessus.
- Fig. 4. Section verticale suivant la ligne XY de la figure 3.
- A, A, bâtis de la machine.
- B, arbre horizontal sur lequel sont fixées les cames.
- C, cames faisant mouvoir les marteaux.
- D, D, poulie motrice et poulie folle placées sur l’arbre des cames.
- E, volant.
- F, marteaux, au nombre de trois, chargés de concasser la pierre, et mis en mou vement par les cames C qui agissent dans le sens de la flèche, fig. 1.
- G, poulies calées sur un axe horizontal ; chacune d’elles est composée de deux mâchoires fortement boulonnées, au centre desquelles est fixée, d’une manière rigide, la queue d’un marteau.
- H, ressorts correspondant à chaque poulie, et fixés sur la semelle des bâtis par le milieu de l’arc concave qu’ils décrivent.
- I, 1, chaînes, au nombre de deux pour chaque poulie, accrochées, d’une part aux extrémités des ressorts H, et d’autre part en dessus et en dessous des poulies; chacune de ces chaînes est munie d’un anneau de tension, qui permet d’augmenter à volonté le bandage des ressorts.
- Il résulte de cette disposition que, lorsque l’arbre à cames vient à tourner dans le sens indiqué par la flèche, chaque marteau est abaissé successivement par une came; en même temps chaque poulie décrit un angle de rotation dans le sens de l’autre flèche, et produit, sur le ressort correspondant, une tension qui dure tout le temps que la came reste en contact avec la queue du marteau; aussitôt que la came échappe, le marteau frappe son coup, et la force du choc est alors augmentée par l’action du ressort qui se détend.
- J, mortier, ou caisse en fonte, où se fait le concassage des matériaux; il est entouré déjoués en tôle indiquées en ponctué sur la figure 1.
- K, grille par où tombent les matériaux concassés.
- L, plans inclinés où roulent les matériaux concassés.
- M, ouvertures par lesquelles les matériaux sortent de la caisse J.
- N; enclume en acier sur laquelle les marteaux opèrent le concassage.
- (M.)
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- LAMPES DE SÛRETÉ.
- Rapport fait par M. Ch. Combes, au nom du comité des arts mécaniques, sur une lampe de sûreté disposée de manière que l'enlèvement de la toile métallique soit nécessairement précédé par l'extinction de la mèche, par M. Olanier, passage de l'Industrie, 3, à Paris.
- M. Olanier de Saint-Étienne (Loire) a présenté à la Société une lampe de sûreté pourvue d’un mécanisme qui détermine l’extinction de la mèche avant l’enlèvement du cylindre de gaze métallique qui l’entoure, et empêche la communication de la flamme entre l’intérieur de la lampe et l’atmosphère inflammable extérieure. Le moyen imaginé par M. Olanier se distingue des dispositifs assez nombreux, conçus en vue du même résultat, que vous avez eus à examiner (1), depuis quelques années, par sa simplicité et la certitude avec laquelle il produit l’effet désiré. Yoici en quoi il consiste :
- Un éteignoir, ayant la forme d’un petit disque circulaire garni d’un rebord emboîtant le porte-mèche, est fixé à l’extrémité d’une tige mobile autour d’un axe horizontal porté par deux petits montants en cuivre ou en fer, fixés près de la circonférence du disque circulaire fermant en dessus le réservoir d’huile, et dont le porte-mèche occupe le centre. Cette tige se prolonge au delà de l’axe par un appendice court qui se relève à peu près d’équerre à son extrémité, de manière à former une sorte de cran. Une languette métallique, suspendue à un axe horizontal occupant le milieu du chapeau qui réunit les deux montants à leur partie supérieure, vient, lorsqu’elle est amenée à la position verticale, appuyer par son extrémité inférieure sur ce cran, et maintient ainsi soulevé l’éteignoir, dont la tige forme alors un petit angle avec le plan vertical. Si l’on écarte la languette à droite ou à gauche, la tige, entraînée par le poids de l’éteignoir et poussée par une lame faisant ressort, fixée entre les deux montants, bascule, et l’éteignoir vient coiffer la mèche de la lampe.
- Pendant qu’on garnit celle-ci et qu’on l’allume, l’éteignoir est soulevé et la languette appuie sur le cran de sa tige. On applique l’enveloppe en toile métallique, fixée par le bas, sur le contour d'une virole en métal qui emboîte
- (1) Voir la lampe Dubrulle, 2e série, t. II, p. 449, et la lampe Lermusiaux, t. IX, p. 155.
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- un anneau cylindrique vertical faisant saillie sur le dessus du réservoir d’huile. Ce dernier anneau porte sur son contour deux petits taquets saillants, situés aux extrémités du diamètre contenu dans le même plan vertical que la tige de l’éteignoir. La virole de la toile métallique est entaillée intérieurement aux deux extrémités d’un diamètre, de façon que ces entailles s’ajustent sur les deux petits taquets qu’elles laissent passer, afin que le plan inférieur de la virole s’applique exactement sur le bord du réservoir d’huile, en dehors de la saillie cylindrique. Les deux petits taquets saillants correspondent alors à une gouttière annulaire creusée dans la virole immédiatement au-dessus des entailles, de sorte qu’il suffit de faire tourner un peu la virole sur le réservoir, soit à droite, soit à gauche, pour que la virole et la toile métallique se trouvent fixées au réservoir par une sorte d’emmanchement à baïonnette. Mais un peu au-dessus de la gouttière annulaire où se trouvent engagés les taquets, à une hauteur de très-peu supérieure à celle de l’extrémité de la languette et du cran de la tige de l’éteignoir sur lequel elle appuie, la virole porte à l’intérieur une saillie circulaire entaillée seulement de manière à laisser passer, en les emboîtant de près, les deux petits montants de l’axe autour duquel bascule la tige de l’éteignoir, et au-dessus de cette saillie de part et d’autre de l’entaille, deux petits taquets saillants, dont l’un, dans le mouvement de rotation qu’on a imprimé à la virole, vient pousser la languette et dégager le cran de la tige de l’éteignoir; celui-ci ne tombe pas cependant, parce que le cran, lorsque la languette qui le maintient est repoussée, se trouve au même instant engagé sous la saillie circulaire de la virole ; la lampe reste donc allumée. Mais, pour l’ouvrir de nouveau et enlever la toile métallique, il faudra tourner la virole sur le réservoir de manière à amener les taquets fixés au cylindre en saillie sur celui-ci, en face des entailles respectives qui doivent leur correspondre dans le bord inférieur de la gouttière annulaire de la virole. En même temps l’appendice de la tige de l’é-teignoir correspondra à l’entaille ménagée dans la saillie supérieure sous laquelle était engagé le cran qui termine cet appendice, et l’éteignoir, poussé par l’action de la lame faisant ressort, retombera nécessairement sur la mèche, qui sera ainsi éteinte avant que la toile métallique soit enlevée.
- Il faut ajouter que la lampe, une fois garnie de sa toile métallique, est enfermée dans une cage à quatre montants, dont la partie inférieure, de forme cylindrique, emboîte le réservoir de la lampe, et qui est assujettie par une bride inférieure à ressort qu’on ne peut détacher qu’au moyen d’une clef ordinaire. La cage est ajustée à la lampe de manière à presser la virole delà
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- loile métallique contre le dessus du réservoir. Le frottement suffit pour empêcher la virole de prendre, sans la volonté de l’ouvrier, un mouvement de rotation qui pourrait déterminer l’extinction accidentelle de la lampe, sans qu’on eût l’intention de l’ouvrir.
- Le système de fermeture de la lampe de sûreté présenté par M. Olanier est à la fois très-sûr et d’une grande simplicité ; il fonctionnera certainement très-bien, pourvu que les taquets soient convenablement placés, ce qui est sans difficulté, et qu’on ait soin de les remplacer s’ils venaient à s’user.
- Votre comité des arts mécaniques a l’honneur, Messieurs, de vous proposer de remercier M. Olanier de sa communication et d’ordonner l’insertion du présent rapport dans votre Bulletin, avec une figure de la lampe de sûreté.
- Signé Combes, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 8 février 1865.
- LÉGENDE EXPLICATIVE DE LA LAMPE DE SÛRETÉ DE M. OLANIER.
- Fig. 1. Vue complète de la lampe (voir p. 266).
- Fig. 2. Élévation partielle, à une plus grande échelle, de la lampe débarrassée de sa cage, avec section de la virole qui porte la coiffe en toile métallique ; dans celte figure l’éteignoir est levé.
- Fig. 3. Vue en dessus de la lampe et de la virole, représentant l’éteignoir abattu.
- , réservoir d’huile (fig. 2 et 3).
- , porte-mèche, avec ouverture pour le passage de la tige qui sert à moucher et à élever la mèche.
- c, tige servant de mouchette, comme dans toutes les lampes de sûreté ordinaires.]
- d, éteignoir à bascule, formé d’un disque circulaire, garni intérieurement d’un rebord destiné, lors du rabattement, à emboîter le porte-mèche ; ce disque est porté par un levier, oscillant autour d’un axe horizontal et muni, à son extrémité, d’une encoche servant à maintenir l’éteignoir levé.
- e, petit chevalet métallique, fixé verticalement sur le couvercle du réservoir a, et entre les montants duquel se trouve l’axe de rotation du levier qui porte l’éteignoir.
- f, languette métallique, placée derrière et contre le chevalet, et oscillant autour d’un axe horizontal, dont la direction est perpendiculaire à celle de l’axe du levier de l’é-teignoir; la pointe de cette languette se place dans l’encoche du levier de l’éteignoir pour maintenir celui-ci relevé.
- Tome XII. — 64e année. 2e série. — Mai 1865,
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- La figure 2 indique en ponctué une lame de ressort fixée entre les montants du chevalet, et appuyant sur le levier de l’éteignoir lorsqu’il est levé, de manière à le solliciter à tomber dès que la languette / échappe de l’encoche.
- ïig.2
- a-
- g, virole portant la coiffe en toile métallique qui s’applique sur la lampe.
- h, anneau faisant saillie sur le dessus du réservoir d’huile, et sur lequel s’emboîte la virole g.
- t,i, petits taquets saillants portés par l’anneau/i, et disposés aux extrémités du diamètre contenu dans le plan vertical qui passe par l’axe de rotation de la languette /*; ce sont ces taquets qui, lorsqu’on veut coiffer la lampe, doivent pénétrer dans deux ouvertures correspondantes de la virole g (fig. 2) et s’insérer, par rotation, dans une gouttière ou rainure annulaire de cette virole, de manière à réaliser le contact des surfaces obturatrices.
- j, saillie ou nervure circulaire placée à l’intérieur de la virole g, et présentant, comme l’indique la figure 3, une solution de continuité capable de laisser la place aux deux montants du chevalet e ; c’est sous celte saillie qu’est maintenue la queue de l’étei-
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- gnoir lorsque la languette a échappé du cran, jusqu’au moment où, en tournant la virole, le chevalet vient se présenter devant la solution de continuité de cette virole.
- k, kt autres taquets faisant saillie, comme deux petites dents, de chaque côté de la solution de continuité de la nervure / (flg. 2); ils font partie de la virole g, se dirigent vers le porte-mèche suivant des rayons de la circonférence, et sont destinés, soit qu’on tourne cette virole à droite ou à gauche pour enlever la coiffe, à dégager la languette f du cran du levier de l’éteignoir. C’est seulement au moment où le chevalet est ramené en face de la solution de continuité de la nervure /, que les taquets i, i viennent se présenter aux ouvertures de la rainure dans laquelle ils sont entrés et que la lampe peut être décoiffée; mais alors la queue du levier n’étant plus maintenue par la nervure, l’éteignoir d est tombé un instant auparavant sur la mèche et a éteint la lampe.
- I (fig. 1), manchon emboîtant la lampe lorsqu’elle est garnie de la toile métallique.
- m, chapeau portant l’anneau de suspension de la lampe, et relié au manchon l par quatre tringles verticales.
- n, bride articulée à ressort, fermant au moyen d’une clef et servant à retenir la lampe dans le manchon /.
- o, petite boîte faisant corps avec le manchon et dans laquelle vient se verrouiller la bride n, qui ne peut plus être alors dégagée qu’au moyen de la clef.
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- Rapport fait par M. Victor Bois, au nom du comité des arts mécaniques, sur la machine perfectionnée a peser les tablettes de chocolat, présentée par M. Méric, à Madrid.
- Messieurs, M. Méric, directeur-gérant de la compagnie coloniale de Madrid, a présenté à la Société d’encouragement les plans et descriptions des perfectionnements apportés par sa compagnie à la machine inventée par M. Abraham aîné, d’Amiens, pour le pesage des tablettes de chocolat. Ces perfectionnements, qui sont brevetés en Espagne, ne sont pas protégés en France par un brevet, et MM. Méric et comp. prient la Société d’encouragement d’en agréer l’hommage.
- Sans que cette proposition puisse être acceptée par la Société, votre comité des arts mécaniques a pensé qu’il pouvait être utile à cette industrie spéciale
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- de la fabrication du chocolat de connaître les améliorations apportées dans un pays voisin, et il m’a chargé de les décrire pour les publier ensuite dans le Bulletin de la Société.
- Les machines destinées au pesage et au débit en tablettes des chocolats en fabrication ne sont pas nouvelles; elles ont fait l’objet d’un assez grand nombre de brevets, et MM. Méric et comp. n’ont pas la prétention d’en avoir inventé les dispositions générales; c’est sur les détails et sur leur amélioration que se sont particulièrement portées leurs éludes.
- Ils ont obtenu
- \° Une plus grande homogénéité dans la pâte,
- 2° Une plus grande exactitude dans le poids des tablettes,
- 3° Une plus grande célérité dans l’exécution du travail.
- Pour obtenir le premier résultat, ils ont introduit un nouvel organe dans l’entonnoir débitant la pâte. MM. Méric et comp. ont remarqué, comme tous les fabricants, que les procédés habituellement employés avaient l’inconvénient de diminuer la densité des pâtes en en divisant les molécules, en y introduisant même des vésicules d’air qui, entre autres défauts, présentent celui de précipiter l’altération du chocolat. Pour combattre ces inconvénients, MM. Méric et comp. introduisent dans l’entonnoir débitant la pâte une hélice verticale à tige articulée ; c’est un véritable malaxeur, tournant verticalement, mélangeant la pâte, chassant l’air par la compression dans tous les sens avec une force égale et continue et agissant sur tous les points à la fois, de sorte que la pâte, au moment de son passage dans la machine, est aussi homogène que possible ; l’hélice est articulée pour pouvoir être facilement changée quand on change de pâte.
- Pour obtenir le second résultat, c’est-à-dire l’égalité de poids de chaque tablette, MM. Méric et comp. ont adopté une forme particulière d’excentrique. Au moment où la pâte sort de l’entonnoir, elle tombe dans les moules ou boîtes dont la capacité peut être augmentée ou diminuée par leur élévation ou leur abaissement par rapport à une plate-forme tournant circu-lairement ; l’excentrique adopté par la compagnie coloniale est à deux ailes ressemblant assez à un excentrique en cceur ; cet excentrique est monté sur un support, et ce support est muni, à son extrémité, d’un ressort d’acier terminé par un petit couteau qui glisse contre les côtés de l’excentrique, détache la tablette et la sépare de celui-ci sans qu’aucune parcelle reste attachée à l’excentrique et la laisse sur la table voisine.
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- Enfin, pour obtenir le troisième avantage qu’ils recherchaient, c est-à-dire la célérité, MM. Méric et comp. ont apporté à la machine deM. Abraham aîné une assez grande amélioration en simplifiant les mouvements, en diminuant les engrenages, les pignons, et en diminuant les frottements de telle sorte qu’ils prétendent obtenir par heure 1,200 tablettes de 0k,225, soit 270 kilog. par heure, soit 2,970 kilog. dans une journée de H heures, sans que nous ayons pu vérifier le résultat, la machine fonctionnant à Madrid.
- Il nous semble qu’il suffisait de signaler ces améliorations à l’industrie pour en favoriser l’application que le breveté offre généreusement à ses concitoyens, et votre comité des arts mécaniques m’a chargé de vous proposer de remercier MM. Méric et comp. de leur intéressante communication et d’ordonner l’insertion du présent rapport dans le Bulletin de la Société d’encouragement.
- Signé Victor Bois, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 22 mars 1865.
- CHEMINS DE FER.
- Rapport fait par M. Baude, au nom du comité des arts mécaniques, sur un système de bagues en fonte destiné à être appliqué à la voie Vignole et inventé par M. Desbrière, ingénieur civil, rue de Provence 3 68, à Paris.
- Vous savez, Messieurs, que nos voies de fer françaises sont partagées en deux systèmes : les voies à rails à double champignon portés sur coussinets, et les voies à rails Vignole dont le patin repose directement sur la traverse en bois. Dans ce classement général, nous mettons de côté une multitude de systèmes intermédiaires qui, à certains points de vue, peuvent avoir leurs avantages, mais qui n’ont été employés qu’accidentellement.
- Nous ne voulons pas, au sujet du rapport que votre comité des arts mécaniques nous a chargé de vous présenter, établir en détail en quoi ces deux systèmes de voies diffèrent entre eux, ou en quoi consistent leurs avantages et leurs inconvénients réciproques ; cependant nous devons en dire quelques mots, tant pour fixer l’état de perfection actuel des voies ferrées que pour
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- CHEMINS DE FER.
- faire mieux apprécier dans quelles circonstances les bagues de M. l’ingénieur Desbrière peuvent venir au secours de cerlainesp arties défectueuses de la voie. Nous dirons tout de suite que leur objet principal est de lier le rail à la traverse en bois qui le supporte, de manière à moins fatiguer cette dernière et à permettre de substituer l’emploi de bois tendres aux bois durs dont la valeur s’est sensiblement accrue.
- Toutes les voies sont aujourd’hui éclissées : la voie à double champignon, dont nous donnons les coupes (planche 320), ont des éclisses à mâchoires (1 ) sur lesquelles porte le rail lui-même et qui servent à le fixer sur la traverse de joint : elles dispensent donc de mettre en porte à faux l’assemblage bout à bout de deux rails, et de modifier la position des traverses dans les sections de voies qu’on veut éclisser.
- Les portées de l’éclisse sont fixées à la traverse de joint par deux tire-fonds de chaque côté du rail, soit quatre tire-fonds par traverse. On ne les pose point de chaque côté, face à face, de manière qu’ils ne s’interposent pas, tous les deux à la fois, entre les mêmes fibres du bois.
- Pour les supports intermédiaires, le rail à double champignon repose sur un coussinet en fonte fixé à la traverse par deux tire-fonds seulement. Bien qu’ii en résulte une main-d’œuvre un peu plus coûteuse, quelques ingénieurs croient devoir substituer le tire-fond à la simple chevillette.
- On donne à l’axe du rail une inclinaison sur la verticale de 1/20 à l’intérieur de la voie, dans le but de mieux ajuster le rail à la surface conique des jantes des roues des machines et waggons. Cette inclinaison est prise sur le bois de la traverse, lorsqu’on en fait le sabotage.
- Les rails ont généralement une longueur de 6 mètres, que la force des laminoirs permet de leur donner facilement ; l’espacement de l’axe de la traverse de joint à la traverse qui l’avoisine étant de 0,80, la distance d’axe en axe des cinq traverses intermédiaires entre elles reste de 1m,10 en moyenne.
- Telles sont les dispositions générales d’une voie à double champignon, et l’on voit tout de suite que les bagues de M. Desbrière ne lui sont pas applicables.
- La voie Vignole semble, depuis quelques années, gagner, en France, sur
- (1) Les éclisses à mâchoires ont été imaginées par MM. les ingénieurs Goschler et Grenier; elles sont particulièrement employées sur les chemins de fer de l’Est, de l’Ouest et de Lyon à la Méditerranée.
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- la voie à double champignon et se substituer à celle-ci. Ce rail, qui repose sur les traverses par un large patin, a la même surface de roulement dans son champignon supérieur, et 1 millimètre 1/2 ou 2 de moins d’épaisseur vers le milieu de sa hauteur. Sur les traverses intermédiaires, le patin repose sur le bois entaillé, auquel il est lié par deux crampons ou par deux tire-fonds. Les deux bouts de rails sont assemblés sur la traverse de joint au moyen d’une platine en tôle percée de quatre trous pour recevoir les attaches. Les rails sont liés par des éclisses, le vrai perfectionnement de nos voies de fer.
- L’inclinaison du rail sur la verticale, vers l’intérieur de la voie, est aussi de 1 /20 de sa hauteur.
- Ces rails, et par suite tout leur système d’assemblage sur les traverses, sont soumis à deux actions par les véhicules qu’ils supportent : une force verticale qui tend à arracher la chevillette, lorsque les roues de la machine occupent le milieu entre deux portées; en second lieu, une force horizontale qui déforme une voie mal assujettie, lorsque dans les courbes la force centrifuge tend à faire échapper le waggon par la tangente, ou que, même dans les lignes droites, un train un peu long et mal attelé prend un mouvement de lacet.
- Nous croyons que ces mouvements, surtout le premier, n’ont pas des résultantes aussi considérables que celles auxquelles M. Desbrière parvient par le calcul. Selon nous, il a exagéré un peu le poids qui charge deux roues jumelles des locomotives. On peut difficilement admettre le partage qu’il fait, à l’angle de la traverse, entre les moments de la résistance à l’arrachage et de la pression sur le rail. Si le rail ne fléchit pas, et c’est le cas ordinaire, on a tout simplement une pression sur un point d’appui. S’il en était autrement, aucune de nos voies ne résisterait au parcours de quelques trains, et, Dieu merci, l’expérience démontre le contraire.
- Aussi n’est-ce pas pour des voies à traverses en chêne, ou en hêtre bien préparé par les procédés Boucherie, que M. Desbrière a imaginé ses bagues en fonte placées sous le rail et traversées par les crampons : il les applique aux traverses de sapin ou bois tendres dont les fibres ne résisteraient pas longtemps dans les voies ordinaires que nous venons de décrire.
- Sous le rail Yignole, M. Desbrière place en partie une bague en fonte qui est traversée, comme nous le disions, par le crampon de la traverse. Cette bague a O1”,036 de hauteur et 0m,054 de diamètre; elle est logée dans un évidement entaillé dans le bois de la traverse et porte sous le rail dans une partie coupée sur 0m,013 de flèche. La partie pleine soutient le crampon qui
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- se loge lui-même dans le patin du rail où un emporte-pièce a créé un évidement pour arrêter, comme dans les voies ordinaires, le mouvement de translation du rail dans le sens de la marche du train. Au lieu d’avoir un fond plat, le culot de la bague est formé par une petite calotte sphérique de 0m,009 de hauteur. Dans les traverses de joint, la bague est double, de manière à laisser 0m,04 d’intervalle entre les deux crampons qui se trouvent sur la ligne longitudinale.
- On voit que l’objet de cette bague est de soustraire les fibres supérieures du bois de la traverse à l’écrasement que tend à produire un crampon sollicité par des efforts latéraux.
- En réduisant la hauteur donnée à l’adhérence entre les parois du Irou et le crampon lui-même, la bague n’en rend pas l’arrachage plus facile; cet arrachage ne se produit, en effet, que par la destruction des fibres du bois, et ici, au contraire, elle les protège.
- M. Desbrière a démontré, par des expériences répétées et directes, que la résistance des fibres du bois tendre à l’écrasement des crampons était double environ, avec des bagues, de ce qu’elle était lorsque les crampons sont simplement implantés dans le bois.
- 11 n’est pas inutile de préciser comment les expériences ont été faites.
- Deux traverses ont été appliquées, à plat, l’une contre l’autre et enveloppées, à frottement doux, par un collier qui était invariablement attaché à des points fixes. Ce collier appuyait sur les têtes de deux crampons, enfoncés dans les traverses, par l’intermédiaire de deux pièces de fer. Lorsque le piston d’une presse hydraulique pressait les deux traverses en sens inverse de la résistance du collier, la pression se reportait sur les crampons et tendait à déchirer les fibres du bois, comme peut le faire une pression exercée sur un rail solidaire du crampon.
- Ce n’est pas précisément la reproduction des coups répétés qui fatigue une traverse dans le roulement des trains sur une voie, mais on obtient cependant aussi l’expression exacte de la résistance des fibres à l’action des chevillettes ou des crampons.
- Les traverses en bois de pin sur lesquelles on a opéré, lorsque le crampon était simplement implanté clans le bois, ont donné pour résistance des deux
- traverses réunies................. .......... 3,131 kilogrammes.
- Par conséquent, pour une traverse. . .... 1,566 —
- C’est-à-dire que, sous ces pressions, les fibres du bois, derrière le crampon, commençaient à s’écraser.
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- Lorsqu’on a muni tes crampons de bagues, dans tes mêmes circonstances, on a eu tes résultats suivants :
- Les deux traverses réunies ont supporté. . . 6,653 kilog.
- Par suite, pour une traverse.................. 3,326 —
- II résulte donc que l’addition de la bague a doublé la résistance de la traverse.
- Avec du bois de sapin, la résistance a été de 1,566 kil. sans bague, et de 2,679 kil. avec la bague.
- La résistance du chêne a été, sans bague, de 2,479 kil.
- On n’a point fait d’expérience sur 1e chêne avec des crampons munis de bagues. Cette tentative. aurait, en effet, faussé la pensée de M. Desbrière. Son but n’est pas de consolider le chêne qui, par lui-même, a des fibres assez résistantes pour supporter tes efforts ordinaires des véhicules sur les rails, mais de rendre tes bois tendres propres à être substitués au chêne. Lorsque, à raison de circonstances particulières, des voies à traverses en chêne ont été déformées, au lieu d’ajouter des bagues qui ne rempliraient qu’incomplétemenl le but qu’on se propose, il est beaucoup plus simple et plus sûr de doubler les crampons. C’est ce que l’inventeur des bagues ne conteste pas, et ce ne saurait être une objection à son système, applicable uniquement à des bois tendres sur lesquels ne tiendraient pas longtemps de simples crampons, même doublés.
- La bague ne complique pas la pose des voies, parce qu’elle arrive sur le chantier d’emploi déjà en place dans sa traverse. En effet, après que la traverse a été entaillée, on y perce les trous des crampons, en se guidant au moyen d’un gabarit. Le trou dans lequel on enfonce l’extrémité de la tarière sert de guide pour préparer l’espace destiné au logement de la bague. L’approfondissement est marqué par l’affleurement du dessus de la lame de la tarière sur la surface de l’entaille. La forme de la tarière est telle, qu’elle donne au bois la figure d’une calotte sphérique. Cette disposition de détail a pour objet de laisser un plus long contact au crampon et au bois, ce qui reste de hauteur à la bague étant parfaitement suffisant par les pressions réciproques qui se transmettent de la bague au bois.
- M. Desbrière remarque que sa bague, en mettant le bois à l’abri des actions destructives du crampon, dont tes efforts sont concentrés dans tes parties voisines de la tête, permet d’allonger ses dimensions dans le sens de la
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- résistance* Nous ne contestons pas; cependant nous avons toujours vu donner aux crampons des voies ordinaires des formes rectangulaires; les formes carrées ont été probablement réservées aux crampons des bois de sapin.
- Les bagues, bien que M. Desbrière semble préférer le crampon comme attache au tire-fond, peuvent recevoir les uns et les autres. Quant à nous, il nous semble que l’expérience n’a pas encore prononcé d’une manière suffisante entre ces deux genres d’attache : les avantages et les inconvénients réciproques semblent se balancer.
- Les prix des bois de chêne ou de hêtre injectés sont assez variables sur nos lignes de chemins de fer, suivant qu’elles traversent des contrées plus ou moins boisées. Ces prix varient de 5 fr. à 8 fr. par traverse, ce qui fait revenir le stère de 50 fr. à 80 fr.; car les traverses cubent, en général, 1 dixième de mètre. Or, le prix d’une traverse en bois de peuplier n’est pas de plus de 2 fr. 50 c.; si on y ajoute 75 c. pour sa préparation au sulfate de cuivre, et 25 c. pour la fourniture et la pose de la bague, on arrive à livrer des traverses au prix de 3 fr. 50 c., c’est-à-dire moitié moins que le prix de celles dont on fait usage sur nos grandes lignes.
- Ces chiffres démontrent toute l’importance du procédé de M. Desbrière, s’il parvient, comme il y a lieu de l’espérer, à donner aux traverses de bois tendre une durée et une résistance à peu près égales à celles du chêne.
- Les bagues ont été employées sur la voie unique qui réunit Alger à Blidah, sur 50 kilomètres de longueur. 11 y a là des courbes de 500 mètres de rayon et des pentes de 14 millimètres par mètre. La pose de la voie remonte au mois de juin 1862. Celle-ci a donc deux années d’existence, et paraît être dans les meilleures conditions.
- La compagnie du chemin de fer du Médoc a traité avec M. Desbrière pour l’application des bagues sur toute l’étendue du chemin ; soit, aux 100 kilomètres qui séparent Bordeaux du Verdon. Les traverses en bois de pin reviendront toutes posées à 3 fr. 50 c.
- Votre comité, en présence des tentatives déjà réalisées par M. Desbrière, pour diminuer le prix des traverses à une époque où, les grandes lignes étant construites, il importe tant de réduire l’estimation kilométrique de nos lignes secondaires, estime que son invention est digne de la sérieuse attention des constructeurs.
- Il vous propose, en conséquence, de remercier M. Desbrière de son inté-
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- ressante communication, et de faire insérer le présent rapport dans le Bulletin de la Société, avec les dessins qui l’accompagnent.
- Signé Baude, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 30 novembre 1864.
- LÉGENDE DE LA PLANCHE 320 REPRÉSENTANT LES BAGUES EN FONTE IMAGINÉES
- PAR M. DESBRIÈRE.
- Fig. 1. Section transversale d’un rail Vignole posé avec les bagues Desbrière.
- Fig. 2. Section verticale et plan d’une bague simple.
- Fig. 3. Section verticale et plan d’une bague double pour traverse de joint.
- Fig. h. Élévations d’un crampon dans deux plans perpendiculaires.
- Fig. 5. Section transversale d’un rail Vignole indiquant le sabotage sur traverse intermédiaire.
- Fig 6. Rail à double champignon serré dans un coussinet en fonte, fixé à la traverse par deux tire-fonds.
- Fig. 7. Plan du coussinet et des tire-fonds.
- Fig. 8. Section transversale d’un rail Vignole éclissé indiquant le sabotage sur traverse de joint.
- Fig. 9. Section transversale d’un rail à double champignon avec éclisse à mâchoires sur traverse de joint.
- Fig. 10. Plan et section horizontale partiels de la voie à double champignon éclissée.
- GARGOUSSES.
- Rapport fait par M. Salvétat, au nam du comité des arts chnnigues, sur les gargousses proposées par M. Gras, pharmacien en chef honoraire des hospices civils à Toulon [Var).
- Messieurs, M. Gras, pharmacien en chef des hospices civils à Toulon, a soumis à l’examen de votre Société des gargousses faites en matière animale, d’une composition différente de celle des gargousses ordinaires.
- Le comité des arts chimiques a été saisi de cet examen.
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- Tout le monde connaît les causes des explosions accidentelles de la charge de poudre dans les bouches à feu pendant le tir, soit durant une bataille, soit durant l’exercice.
- S’il reste dans le canon un point quelconque de la gargousse en ignition, la nouvelle charge que repousse le refouloir produit un courant d’air, lorsque la lumière est incomplètement bouchée, courant analogue à celui que déterminerait le piston dans une pompe manœuvrant à sec ; il en résulte une plus grande énergie dans la combustion, énergie telle que la nouvelle charge peut s’enflammer.
- Que la lumière soit complètement bouchée, le courant d’air sera moins actif, mais la compression force le gaz à s’échapper entre la charge et les parois de la bouche à feu. Bien que l’air soit moins propre alors à propager l’ignition, la combustion se trouve activée lors du passage de la charge et l’explosion peut encore avoir lieu.
- Dans tous les cas, l’inflammation se produit lorsque la gargousse laisse des points en ignition dans l’intérieur de l’arme. 11 y a donc intérêt à composer ces gargousses en matières ne laissant pas de résidus enflammés. M. Gras s’est proposé ce problème, et de nombreuses expériences ont démontré qu’il a parfaitement réussi.
- Si l’on prend des vessies de bœuf ou de mouton, soit encore des peaux de lapin ne contenant plus de poils, et qu’on les mette tremper au moins pendant vingt-quatre heures dans un mélange d’eau et de chaux vive (12 litres d’eau et 500 grammes de chaux vive), on peut les retirer avec un appareil en bois, les allonger en les laissant environ une heure sur le moule, et les mettre en forme sur un mandrin particulier en bois brisé recouvert d’un linge. Après une exposition d’environ douze heures à la chaleur du soleil, la gargousse est faite.
- On peut employer à la même fabrication tous les viscères essentiels à la vie des animaux domestiques, tels que gros intestins, intestin grêle, vessie, etc., enfin tous les tissus organiques.
- En rapprochant les qualités désirées des caractères de ces enveloppes, on admet sans peine qu’ils soient propres à l’usage auquel on les destine, vu leur résistance à la combustion, et l’on peut comprendre facilement qu’ils entrent prochainement dans la fabrication des objets de pyrotechnie.
- Le parchemin, matière la plus propre à cet usage, est d’un prix trop élevé; les tissus de laine» la flanelle, la serge sont employés, mais, outre leur prix assez coûteux, ces matières ont l’inconvénient de tamiser la poudre, et de
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- devenir ainsi la cause de nombreux accidents. D’ailleurs elles sont souvent altérées par fraude ou négligence par l’introduction de quelques filaments de chanvre ou de lin, qui peuvent occasionner l’inflammation de la nouvelle charge, même après qu'au préalable on les a trempés dans une dissolution de gélatine et de phosphate d’ammoniaque.
- La bourre de soie est d’un prix trop élevé.
- Le papier-parchemin, d’origine animale, a paru satisfaire à toutes les conditions d’économie et de sûreté, pourvu qu’il soit entièrement soluble dans la potasse caustique en dissolution et cependant beaucoup d’accidents ont encore eu lieu par son emploi.
- M. Gras aura donc rendu par ses recherches un important service à l’humanité, s’il évite à l’artilleur à sa pièce, les dangers de l’explosion avant qu’il ait pu retirer le refouloir de la pièce chargée.
- Votre rapporteur a tenu bonne note des avis que lui ont transmis plusieurs officiers de marine et d’artillerie; il a dû se renseigner auprès des hommes compétents, qui lui ont remis des rapports officiels constatant, d’après des expériences faites à bord du Montebello par M. Giquel-Détouches, commandant ce vaisseau, la supériorité de ces gargousses.
- Plusieurs gargousses système Gras ont été tirées :
- 40 avec le canon rayé de 30;
- 8 avec les canons de 30 et 36.
- A chaque coup la pièce était écouvillonnée avec soin et les résidus recueillis.
- Pour les canons rayés de 30, l’ensemble des 4 0 coups a donné 6S,8 de résidu.
- Pour les canons de 30 et 36 on a trouvé pour les 8 coups 10 gr. de cendres pour une épaisseur convenable de la gargousse.
- Les gargousses réglementaires ont donné dans les circonstances analogues :
- Pour canon rayé de 30, 61 gr. pour 10 coups;
- Pour canon de 30 et 36, 176 gr. pour 10 coups.
- Les résidus sont donc moindres et dans une proportion très-sensible avec les gargousses Gras. Jamais une trace de feu n’a paru quand l’écouvillon ramenait les culots.
- En laissant tomber de plus de 4 mètre de hauteur des gargousses chargées moitié sable et moitié sciure de bois, en employant les charges à 4/2, au 4/4, au 4 /6, agissant comparativement avec les gargousses Gras et les gargousses
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- BIBLIOGRAPHIE.
- réglementaires, il a été constaté qùe les gargousses Gras étaient de beaucoup supérieures aux gargousses en papier-parchemin.
- Toutes les expériences faites jusqu’à ce jour prouvent que la composition Gras résiste parfaitement, sous notre latitude, aux alternances de chaleur sèche et d’humidité.
- Le prix de revient de chaque gargousse est seulement de 45 centimes et le temps employé pour les faire ne dépasse pas celui qu’exige la manipulation des gargousses ordinaires faites avec le papier-parchemin.
- Il nous a paru, Messieurs, que les travaux de M. Gras étaient très-sérieux, et que vous voudriez bien remercier l’auteur de sa communication. L’emploi nouveau des matières animales trouvé par M. Gras satisfait à des besoins impérieux, qui deviennent de premier ordre, quand on les considère au point de vue de l'humanité.
- Non-seulement l’usage des gargousses cessera d’être dangereux, mais encore on peut faire entrer les matières animales dans d’autres fabrications, comme celle, par exemple, des tuyaux-amorces, qu’on a faits jusqu’à présent au moyen des plumes d’oie. Elle remplacera de même quelques usages du parchemin ; son imperméabilité pourrait la rendre utile dans la confection de certains articles d’habillement.
- Votre comité vous propose d’adresser des remercîments à M. Gras pour l’envoi de sa lettre et de voter l’insertion du présent rapport dans le Bulletin de la Société.
- Signé Salvétat, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 22 mars 4865.
- BIBLIOGRAPHIE.
- Rapport fait par M. Duchesnk, au nom du comité des arts économiques, sur un ouvrage intitulé le Pétrole, présenté par les auteurs MM. Soulié et Haudouin, ingénieurs civils (4).
- Messieurs, vous avez chargé votre comité des arts économiques de vous
- (1) Chez E, Lacroix, libraire-éditeur. Paris, 1865.
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- rendre compte d’un ouvrage sur le Pétrole, fait par MM. Soulié et Haudouin, ingénieurs civils.
- Presque tout ce que la science possède jusqu’à ce jour de documents sur cette question, ce volume les renferme. Il est bien entendu que la question n’a été traitée par les auteurs qu’au point de vue purement industriel ; le côté médical de la question, c’est-à-dire les applications de ce produit à la médecine ont été, et avec juste raison, mises de côté comme trop en dehors de leur sujet et de leur compétence. Mais, sans vouloir traiter cette question au point de vue des applications médicales, de l’hygiène et de la salubrité, les auteurs auraient pu au moins indiquer les thèses et mémoires qui ont traité ce sujet intéressant (1).
- Après avoir parlé de l’origine du pétrole, de ses gisements, de sa composition chimique, après avoir montré que les anciens déjà connaissaient ce produit qui paraît être presque de notre époque, les auteurs font connaître l’opération de l’extraction du pétrole.
- On trouve dans cet article les données les plus certaines sur le forage des puits et sur la partie mécanique de cette opération ; la question économique est elle-même très-convenablement traitée.
- Après avoir dit quelle était la composition du pétrole brut, chacun des produits est pris et étudié à part, et ici nous ferons aux auteurs une objection sur une espèce de critique qu’ils adressent à la distillation parla vapeur surchauffée. Ils ne croient pas ce mode opératoire économique; c’est, nous le croyons, une erreur, et tous les établissements de distillation qui se forment emploient maintenant ce procédé avantageux qui ne produit aucun des accidents que paraissent craindre les auteurs. Ils cherchent, dans plusieurs passages de cet ouvrage, à réhabiliter le pétrole du Canada et à le tirer en quelque sorte de l’espèce de dépréciation dans laquelle il est tombé. Ils disent que le produit peut être désinfecté par la distillation. Le contraire est tellement vrai, que dans certaines fabriques, que nous pourrions citer, le conseil de salubrité a été obligé de proscrire l’usage de cette variété de pétrole à cause de l’odeur infecte qu’elle répandait lors de sa distillation, odeur qui rendait insupportable le séjour dans les habitations mêmes des usines. Après avoir donné quelques bons conseils de prudence contre l’incendie, les
- (1) Étude d’hygiène. Des liquides employés dans l'éclairage artificiel, par le docteur Léon Duchesne. Thèse, 1864.
- Rapport sur l’éclairage à l’huile de pétrole, par le docteur Constantin Paul. Br. in-8°, 1864.
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- auteurs proposent d’établir dans les distilleries un petit laboratoire d’essai. C’est une excellente idée qui mérite d’être mise à exécution.
- Nous aurions voulu que ce livre, très-intéressant et que tous les fabricants d’huile de pétrole devront posséder et lire, contînt, sans aucune omission, les règles imposées par le conseil de salubrité pour l’établissement des usines et des dépôts affectés à la vente de ce produit.
- Les auteurs disent que l’usage du pétrole prend des proportions toujours croissantes, et ils espèrent que sous peu les waggons seront en France, comme cela se pratique déjà en Allemagne, éclairés avec cette huile.
- Si on peut craindre les mélanges très-inflammables qui se vendent sous le nom d’huile de pétrole aux petits consommateurs, cette falsification serait moins facile dans des ventes faites à de grandes compagnies de chemins de fer, et ce produit pourrait être utilisé pour l’éclairage de la voie en des endroits très-ventilés. Cependant l’emploi de l’huile de pétrole pour l’éclairage des waggons exigera beaucoup de prudence; il peut avoir, dans ce cas, des inconvénients.
- L’usage habituel de cette huile demande de grandes précautions; on ne saurait donc trop recommander l’emploi des lampes de sûreté lorsqu’on doit pénétrer dans les chambres où elle est déposée en quantité assez notable.
- Le transport de l’huile de pétrole dans des touries en métal, comme cela est recommandé par les auteurs et comme cela se pratique actuellement, est de toute nécessité.
- En résumé, le pétrole est un produit presque nouveau, industriellemen parlant. Sa consommation peut prendre un accroissement énorme d’ici à quelques années, si les fabricants, et surtout les débitants, ne livrent pas aux consommateurs des huiles falsifiées, et évitent ainsi de reproduire les accidents graves qu’on a déjà à déplorer. L’ouvrage soumis à notre examen est le résultat de la collaboration de deux jeunes auteurs qui ont voulu traiter des premiers un sujet si important ; ils ne tarderont sans doute pas à le compléter à l’aide de documents nouveaux. Pour conclure, nous dirons que l’ouvrage de MM. Soulié et Haudouin est déjà très-intéressant et résume l’état actuel de la science au point de vue industriel. Il sera lu avec intérêt, non-seulement par les fabricants de pétrole, mais encore par les consommateurs et par toutes les personnes qui s’occupent de science.
- Nous venons donc vous proposer
- 4° De remercier MM. Soulié et Haudouin de l’envoi qu’ils vous ont fait de leur ouvrage;
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- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- m
- 2° De déposer honorablement leur travail dans la bibliothèque de la Société ;
- 3° D’insérer au Bulletin un extrait de ce rapport verbal.
- Signé Duchesne, rapporteur. Approuvé en séance, le 22 février 1865.
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1862.
- RAPPORT SUR LES PRODUITS CHIMIQUES INDUSTRIELS (CLASSE II, SECTION A), PAR M. A. W. HOFMANN, PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ CHIMIQUE DE LONDRES.
- {Suite de l'extrait.) (1)
- PHOSPHORE.
- Après avoir démontré que le phosphore est une des substances les plus largement répandues dans les trois règnes de la nature (animal, minéral et végétal), l’auteur esquisse rapidement l’histoire de cette substance, depuis l’époque (1669) où Brandt, alchimiste de Hambourg, en fit accidentellement la découverte en distillant de l’urine avec du charbon en poudre. Il montre que, depuis cette époque, le phosphore a été l’objet de recherches incessantes de la part des savants, qui se sont appliqués à étudier sa nature, ses propriétés, ses sources et ses procédés de préparation. Le succès a couronné leurs efforts, et la magnifique découverte, faite à notre époque, de l’application et de l’utilisation de cette substance pour obtenir, à volonté et notamment par le simple frottement, du feu et de la lumière, n’a pas peu contribué à donner une impulsion puissante à sa fabrication. Cette fabrication a pris, en effet, dans ces dernières années, une telle extension, qu’elle peut être rangée, à juste titre, parmi les industries les plus importantes.
- « Exactement un siècle après la découverte du phosphore, Gahn démontra, en 1769, que cet élément était un des principes constituants des os. Scheele, six années plus tard, mit à profit cette observation, pour fonder sur elle le procédé suivant de préparation : après avoir calciné à blanc les os, il les fit dissoudre dans l’acide nitrique faible par une digestion prolongée pendant plusieurs jours; de la solution ainsi obtenue, il précipita la chaux par l’addition d’acide sulfurique; évaporant ensuite la liqueur filtrée et enlevant soigneusement une nouvelle quantité de sulfate
- (1) Voir Bulletins de 1863, 2e série, t. X, p. 478, 346, 672, et de 1864, t. XI, p. 163, 350 et 670.
- Tome XII. — 64e année. 2a série. — Mai 1865. 36
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- EXPOSITION UNIVERSELLE.
- de chaux qui se déposait pendant cette évaporation, il obtint enfin un liquide sirupeux qui, mélangé à du charbon en poudre et soumis à la distillation ignée, fournit le phosphore libre.
- « Ce procédé, publié pour la première fois, en 1775, dans la Gazette salutaire de Bouillon, fut simplifié plus tard par Nicolas et Pelletier (1), qui décomposèrent directement par l’acide sulfurique étendu les os calcinés et pulvérisés. Les quantités de phosphore préparées, d’après ce procédé, n’étaient guère considérables; un grand nombre de chimistes français et allemands, tels que Chaptal, Crell, Richter et autres, s’efforcèrent de trouver des méthodes plus économiques de préparation ; mais toutes ces méthodes ressemblaient, en principe, à celle de Nicolas et Pelletier, et n’en différaient que par les proportions d’os et d’acide sulfurique employées.
- « Fourcroy et Yauquelin (2) déterminèrent enfin les proportions exactes d’acide sulfurique indispensables pour la décomposition complète du phosphate de chaux des os, et purent, par conséquent, indiquer le procédé le plus avantageux pour la préparation du phosphore.
- « Plus tard, d’autres méthodes ont été indiquées par plusieurs chimistes, entre autres par Berzélius (3) et par Wœhler (4) ; mais, quoique reposant sur des réactions chimiques très-simples, elles ont toutes présenté des difficultés pratiques, qui en ont empêché l’adoption dans la fabrication industrielle. »
- Fabrication moderne et applications du phosphore.
- Procédé de Nicolas et Pelletier. — Jusqu’à ce jour l’expérience a démontré la supériorité de ce procédé, qui continue à être employé, sauf quelques légères modifications provoquées par des découvertes récentes. « Il consiste, en principe, dans la réduction du phosphate monocalcique par le carbone. Les os calcinés, qui constituent la matière première de la fabrication du phosphore, étant formés essentiellement de phosphate tricalcique, il devient nécessaire de commencer par convertir ce phosphate neutre en sel acide ; c’est ce qui s’effectue au moyen de l’acide sulfurique, qui enlève de la chaux au phosphate tricalcique.
- « En supposant que le produit de la calcination des os soit uniquement formé de phosphate tricalcique, la réaction peut être ainsi représentée :
- Ca3P04 + H1 2S04 = Ca H2 PO4 + Ca* S(X
- « La solution acide de phosphate monocalcique étant chauffée et concentrée jusqu’à
- (1) Nicolas et Pelletier, Journal de Physique, XI et XXV11I.
- (2) Fourcroy et|Vauquelin, Journal de Pharmacie, T, n° 9.
- (3) Berzélius, Journal Chim. Phys., III, 30.
- (4) Wœhler, Poggendt Ann. Phys., XVII, 178.
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- consistance sirupeuse, la petite quantité de phosphate tricalcique qui se sépare étant éliminée et le résidu calciné au rouge, l’eau basique du phosphate acide de chaux se dégage, et il reste un résidu de mélaphosphate de calcium (phosphate monocalcique). Ce sel est mélangé avec du charbon de bois, et le tout est chauffé à une température très-élevée. Alors il y a production de phosphore, par suite de la réduction, par le charbon, d’une quantité d’acide phosphorique telle qu’il se reproduit du phosphate tricalcique, c’est-à-dire absolument le même composé qui a servi de point de départ aux réactions successives.
- 3CaP03 + C3=Ca3P0<+5C0 + P2.
- « Les détails relatifs aux différentes opérations indiquées ici varient jusqu’à un certain point, suivant les conditions industrielles particulières de chaque fabrique; mais, quant aux bases fondamentales de l’opération, la fabrication du phosphore peut se résumer en quatre phases qui sont :
- « 1° Calcination des os;
- « 2° Décomposition, par l’acide sulfurique, après pulvérisation, des cendres d’os résultant de la calcination, et mélange de la solution concentrée avec du charbon de bois (préparation de la masse)',
- « 3° Distillation du phosphore dans des fours à galères;
- * 4° Purification, emmagasinage et empaquetage du phosphore.
- « D’après le calcul, le rendement donné par cette méthode devrait s’élever à 11 pour 100 du poids des os calcinés, et en effet on l’obtient là où les opérations sont exécutées avec beaucoup de soins; mais, d’un autre côté, les frais de la distillation comprenant la grande consommation de combustible, les pertes résultant de casses fréquentes des cornues en terre s’élèvent à près de la moitié de la dépense totale.
- « Quoique ces inconvénients aient constamment excité l’attention et la sollicitude des manufacturiers, il a été impossible jusqu’ici d’y remédier. Les progrès dans la fabrication réalisés dans ces vingt dernières années ont presque uniquement été limités à des perfectionnements dans les procédés de purification. »
- D’un autre côté, les manufacturiers se sont toujours efforcés, par l’emploi rationnel des produits secondaires, de diminuer les perles inévitables qu’entraîne la fabrication. Contrairement à ce qui se passait autrefois, ils ont soin de nos jours, non-seulement de recueillir tous les produits utilisables qu’on peut tirer de la matière première, mais encore de préparer eux-mêmes les réactifs nécessaires pour en extraire le phosphore. L’opération est généralement conduite comme suit :
- « Les os frais sont d’abord débarrassés de la matière grasse, en les faisant bouillir avec de l’eau et enlevant ou décantant la graisse liquide qui surnage. Les os dégraissés sont ensuite traités de l’une ou de l’autre des deux manières suivantes : tantôt on extrait la matière gélatineuse au moyen de la vapeur surchauffée, et la substance
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- terreuse insoluble restant comme résidu, après avoir été séchée et calcinée, est employée à la fabrication dn phosphore ; tantôt on fait digérer, et l’on épuise les os par l’acide chlorhydrique étendu et froid. La substance cartilagineuse qui ne se dissout pas dans ces conditions est utilisée pour la préparation de la gélatine. La solution chlorhydrique acide des os est à son tour précipitée par un lait de chaux, ou mieux par du carbonate d’ammoniaque brut. Le phosphate tricalcique ainsi obtenu, après avoir été calciné au rouge, est prêt à être employé à la préparation de phosphore. »
- Une autre manière d’opérer consiste à soumettre les os frais à la distillation sèche ; il en résulte des sels ammoniacaux et du noir animal qu’on utilise d’abord dans les raffineries de sucre, et qui retourne ensuite dans les fabriques de phosphore lorsqu’il a perdu son activité.
- Procédé de M. Cary-Mantrand. — « Lorsqu’on expose un mélange d’os calcinés et de charbon de bois porté au rouge à l’action d’un courant d’acide chlorhydrique gazeux, tout le phosphore contenu dans les os est, d’après M. Cary-Mantrand, rendu libre; la réaction qui se produit est représentée par cette équation :
- Ca3P04 + C4 + 3HC/ = 3CaCJ+4C0+ H3 + P.
- « Voici le procédé que M. Cary-Mantrand a basé sur cette réaction, et qu’il a fait breveter en France et en Angleterre (1) :
- « Les os entiers et calcinés à blanc sont traités par l’acide chlorhydrique concentré, jusqu’à ce qu’ils soient convertis en une espèce de pâte, laquelle est mélangée ensuite avec du charbon de bois pulvérisé en quantité suffisante pour s’emparer de tout l’oxygène de l’acide phosphorique, et former de l’oxyde de carbone. On fait évaporer ce mélange jusqu’à siccité, et on l’introduit dans des cornues en terre réfractaire, recouvertes intérieurement d’un vernis et disposées horizontalement dans lin fourneau à réverbère. Ces cornues sont remplies aux trois quarts, et leurs deux extrémités ouvertes sont en communication, l’une avec un appareil dégageant de l’acide chlorhydrique, et l’autre avec une allonge en cuivre, plongeant dans un récipient contenant de l’eau. Aussitôt que leur température est suffisamment élevée, on y fait passer le courant d’acide chlorhydrique ; il se forme alors du chlorure de calcium, et l’acide phosphorique, réduit par le charbon, laisse dégager des vapeurs de phosphore et d’oxydede carbone. Lespremières viennent se condenser dans l’eau du réservoir, qui absorbe en même temps l’excès d’acide chlorhydrique gazeux. Dès qu’il ne se dégage plus d’oxyde de carbone, l’opération est terminée. Ce qui reste dans les cornues se compose de charbon et de chlorure de calcium, qu’on peut ensuite décomposer par l’acide sulfurique afin de rendre libre l’acide chlorhydrique, qui servira alors pour
- (1) Cary-Mantrand, Comptes rendus, 1854, p. 864; patente n° 1166, 25 mai 1854.
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- l’opération suivante ; quant à l’eau du réservoir, qui est rendue acide par l’acide chlorhydrique en excès, elle sert à désagréger une nouvelle quantité d’os calcinés.
- « Suivant M. Cary-Mnntrand, on peut aussi employer les os calcinés en poudre, auxquels on mélange du charbon pulvérisé, et qu’on expose directement à l’action du gaz chlorhydrique ; mais, en exécutant le procédé indiqué, il est plus économique d’utiliser la solution acide provenant de la condensation du gaz chlorhydrique dans l’eau du réservoir, et d’épargner, par là, les frais de pulvérisation des os calcinés. »
- Procédé de M. Hugo-Fleck (1). — La méthode proposée par M. Fleck est basée, d’une part sur la solubilité du phosphate tricalcique dans l’acide chlorhydrique, et d’autre part sur la possibilité de le séparer de cette solution acide sous la forme de phosphate acide de chaux. Nous ne reproduisons pas la description qu’en donne M. Hofmann, parce que des détails complets ont déjà été donnés au Bulletin (2e série, t. IV, 1857, p. 812).
- Purification du phosphore.—Pour enlever au phosphore brut ses impuretés (oxydes de phosphore, phosphore rouge amorphe, etc.), on opérait autrefois soit par filtration mécanique, soit par pression à travers une peau, soit enfin par une nouvelledistillation ; mais ces trois méihodes présentaient des inconvénients, qui font qu’aujourd’hui la plupart des fabriques emploient le procédé indiqué par M. Wœhler. Ce procédé, qui a l’avantage d’être économique, consiste à ajouter au phosphore brut fondu un mélange de bichromate de potasse et diacide sulfurique. Le phosphore rouge paraît s’oxyder le premier; les impuretés se rendent à la surface sous forme d’écume, et le phosphore pur, parfaitement incolore et transparent, reste au fond du vase.
- Le rapporteur cite encore la méthode de purification de Reich, qui consiste dans l’ébullition du phosphore brut avec une solution de potasse ou de soude caustique ; mais elle ne paraît pas avoir été adoptée par la pratique, quoiqu’elle ait la réputation de fournir un produit très-pur.
- Moulage, emballage et emmagasinage du phosphore. — La méthode de moulage primitive si dangereuse, qui consistait à aspirer le phosphore liquide avec la bouche dans des tubes de verre, a été partout remplacée par l’appareil si ingénieux inventé par M. Seubert (2). Cependant un certain nombre de manufacturiers se dispensent de l’opération un peu longue et fastidieuse du moulage en baguettes, et livrent le phosphore au commerce en gâteaux de la forme des vases dans lesquels on les expédie, et qu’ils remplissent le plus complètement possible. Cette méthode diminue les frais de l’emballage et du transport.
- M. Hofmann dit quelques mots des précautions spéciales qu’exigent l’emballage et
- (IJ Hugo-Fleck, Ferbessertes Ferfahren der Phosphor-fabrication, Leipzig, 1855. (2) Seubert, Ann. Chim. Phys., XLIX, 346.
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- l’emmagasinage du phosphore en raison de son extrême inflammabilité, et de l’influence détériorante qu’exerce sur lui la lumière. Il ajoute que M. C. Kessler propose de l'emballer dans des barils ou fûts en bois; on les remplit d’eau (à laquelle on a ajouté un peu d’alcool pour en empêcher la congélation pendant les froids de l’hiver), on les recouvre ensuite de poix, puis on les roule dans de la paille hachée pour les en recouvrir uniformément; enfin on les entoure d’une toile d’emballage grossière; 150 à 200 kilogr. de phosphore doivent pouvoir être emballés de cette manière avec sécurité et économie.
- Développement de la fabrication du phosphore. — C’est l’industrie des allumettes chimiques qui absorbe le plus de phosphore. Cette industrie a plus d’importance sur le continent (surtout en Allemagne) qu’en Angleterre (1).
- On se fera une idée de l’importance de la fabrication en considérant l’usine de MM. Coignet de Lyon, qui ne produit pas moins de 7,000 kilogr. de phosphore par mois. En Angleterre, l’une des fabriques les plus importantes est celle de MM. Al-bright et Wilson à Oldbury.
- Le prix du phosphore est maintenant très-bas. De 10 ducats et demi l’once qu’il était en 1730, il est d’abord descendu, en 1838, à 25 fr. le kilogr., et n’est plus aujourd’hui que de 5f,50 le kilogr.
- Phosphore amorphe.
- Histoire de la naissance du phosphore amorphe. — « C’est à l’illustre Berzélius que l’on est redevable des premières indications sur cette modification remarquable du phosphore ; c’est lui qui, le premier, observa que le phosphore ordinaire, sous l’influence de la lumière colorée, acquiert une teinte rouge et perd en même temps la propriété de luire dans l’obscurité, sans que son poids en soit altéré. Plus tard, en 1844, M. Emile Kopp (2), en préparant de l’éther iodhydrique, par le traitement de l’alcool au moyeu d’iode et de phosphore, remarqua la formation de la modification rouge du phosphore, qu’il décrivit comme amorphe, insipide et inodore, extrêmement peu oxydable à la température ordinaire et même à la chaleur du bain-marie, et pouvant de nouveau repasser à l’état de phosphore ordinaire par la distillation sèche. Ces résultats furent confirmés par Berzélius (3) et par Marchand (4). »
- M. Hofmann renvoie, pour cette partie de l’historique, à un mémoire de M. Nicklès (Journal de Pharmacie et de Chimie, 1862, p. 389), ainsi qu’au travail publié en 1848 par M. le professeur Schrœlter dans les Annales de Poggendorf (LXXXI, p. 276) ; mais
- (1) Voir Bulletin Soc. encour., 2e série, t. IX, 1862, p. 50.
- (2j Kopp fE.), Comptes rendus, XV11I, 871.
- (3) Berzélius, Rapport annuel, 1846, p. 435.
- (4) Marchand, Journal für praktische Chemie, 1844, XXXIII, 182.
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- il fait remarquer que, lorsque ce dernier annonça la curieuse modification du phosphore, il n’en est pas moins constant que cette modification avait été antérieurement indiquée par M. Kopp à une époque où elle avait passé, pour ainsi dire, inaperçue, parce qu’elle se trouvait relatée dans un mémoire sur un sujet, en apparence, tout à fait différent. A cette époque, M. Schrœtter fit connaître que le phosphore rouge pouvait être préparé avec le phosphore ordinaire, non-seulement par l’action de la lumière, mais plus rapidement en exposant ce dernier pendant quarante ou cinquante heures dans une atmosphère exempte d’oxygène, à une température voisine de son point d’ébullition.
- Propriétés chimiques. — « Les propriétés chimiques du phosphore rouge amorphe diffèrent tellement de celles du phosphore ordinaire, qu’elles lui donnent l’apparence d’une substance tout à fait différente. Le phosphore rouge se trouve ordinairement sous forme de morceaux irréguliers, cassants, facilement friables, ayant une cassure conchoïde et présentant toutes les nuances, depuis le rouge carmin jusqu’au rouge-brun foncé; il ne prend pas feu à l’air, ni par friction, ni par percussion ; il ne luit pas dans l’obscurité, et est considéré comme inaltérable à l’air à la température ordinaire (1). On peut le broyer avec d’autres substances, telles que le nitre, le sucre, etc., sans provoquer de détonation. Il ne prend pas feu à l’air avant d’avoir atteint une température de 240° C. Il est, en outre, à peu près insoluble dans les dissolvants du phosphore ordinaire, tels que le sulfure de carbone, l’huile de schiste, le pétrole, etc. ; enfin il ne possède pas la volatilité du phosphore ordinaire. »
- M. Hofmann fait remarquer que c’est à ces propriétés qu’il doit d’être inoffensif, et que sa découverte a été accueillie avec le plus haut intérêt par ceux qui, comme les fabricants d’allumettes chimiques, emploient le phosphore ordinaire et exposent sans cesse leurs ouvriers aux influences toxiques de ce dernier, qui engendre cette terrible maladie de l’os de la mâchoire inférieure, connue sous le nom de phospho-nècrose.
- Fabrication et purification du phosphore amorphe.— Le rapporteur attribue le mérite de l'établissement de la fabrication du phosphore amorphe à M. A. Albright, de Birmingham, qui, en prenant une patente en 1851, a complètement décrit l’appareil maintenant employé pour cette transformation. Le procédé de M. Albright a été décrit
- (1) D’après les observations de Personne (Comptes rendus, XLV, 113), le phosphore amorphe s’oxyde lentement à l’air, en donnant naissance à un liquide acide renfermant de l’acide phospho-rique et de l’acide phosphoreux ; cette oxydation paraît être favorisée par la présence de l’humidité. Des observations semblables ont été publiées par feu le docteur George Wilson (Pharm. Journ 1858, XVII, 410). Des expériences faites par le rapporteur sur du phosphore amorphe du commerce lui ont permis de constater la véracité de ces faits.
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- dans le Bulletin de la Société d’encouragement (2e série, t. VII, p. 560), en sorte que nous n’avons pas besoin d’y revenir (1).
- Différents procédés ont été proposés pour purifier le phosphore amorphe, c’est-à-dire pour le débarrasser de la petite quantité de phosphore ordinaire qu’il contient encore après une première préparation. Le premier qu’on a employé dans l’origine consistait dans la digestion du phosphore rouge brut avec du bisulfure de carbone; mais ce moyen présentait assez de danger, à cause de la grande masse de liquide si éminemment inflammable qu’il fallait employer (2). Pour obvier à ce grave inconvénient, M. E. Nicklès (3) a proposé d’humecter simplement le phosphore amorphe avec du bisulfure de carbone, et de délayer ensuite le tout dans un liquide d’une densité moindre que celle du phosphore amorphe (2,106), mais plus grande que celle d’une solution de phosphore ordinaire (1,83) dans le bisulfure de carbone. Une solution de chlorure de calcium de 1,26 à 1,38, pesanteur spécifique (30 à 40° B.), remplit parfaitement ce but. En chauffant le mélange, le bisulfure de carbone chargé de phosphore ordinaire remonte à la surface du liquide et peut être facilement enlevé.
- M. Coignet (4), en 1859, a fait connaître qu’il soumettait le phosphore rouge brut à l’action d’une solution de soude caustique bouillante, qui dissout le phosphore ordinaire en le convertissant en hypophosphite de sodium soluble, avec dégagement de gaz hydrogène phosphoré; dès que ce dégagement a cessé, on lave le résidu pulvérulent avec de l’eau et on le fait sécher.
- Emploi et prix du phosphore amorphe. — La substitution du phosphore amorphe au phosphore ordinaire a eu et a encore à lutter contre des difficultés inat~ tendues.
- MM. Albright et Wilson ont informé le Jury que, depuis onze ans qu’ils ont commencé leur fabrication, ils n’ont pas produit plus de 5 tonnes de phosphore amorphe. Au contraire, MM. Coignet produisent davantage; ils ont établi qu’un seul de leurs appareils était capable de transformer à la fois plusieurs quintaux de phosphore ordinaire.
- Quant au prix, il est, en Angleterre, de 5 fr. la livre (soit un peu plus de 11 fr. le kilogr.).
- FABRICATION DES ALLUMETTES CHIMIQUES.
- Partie historique antérieure à 1855 et progrès accomplis depuis cette époque. —
- (1) On peut également consulter le Dingler's Poîylechn. Journ., CXXIV, 271, ainsi que Richardson et Watts, Technologie chimique, t. I, part. iv.
- (2) M. E. Kopp ajoute que le bisulfure de carbone chargé de phosphore devient quelquefois spontanément inflammable à l’air.
- (3) Nicklès (E.), Journ. Pharm. (3], XXIX, 334.
- (4) Coignet, Précis de Chimie industrielle de Payen, II, 551.
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- Pour tous les détails historiques, le rapporteur renvoie au rapport sur l’Exposition de i851 (1), ainsi qu’au travail de M. le professeur Stass, qui figure dans le rapport officiel de l’Exposition de 1855 (2). Il fait remarquer l’immense extension qu’a prise la fabrication des allumettes chimiques préparées avec le phosphore ordinaire, et signale les fabricants autrichiens, comme se distinguant de tous les autres par l’excellence et l’élégance de forme de leurs produits. La prompte inflammabilité de leurs allumettes, leur combustion régulière, l’absence de détonations, de projections de matières enflammées et de l’odeur si désagréable de l’acide sulfureux les ont fait considérer, à juste titre, comme les plus commodes et les plus parfaites de toutes celles en usage (3).
- Perfectionnements dans les procédés.— «Un perfectionnement important dans la préparation des allumettes à friction consiste à réduire au minimum la proportion de phosphore qui entre dans la masse inflammable, résultat auquel on parvient en amenant la substance à un état de division extrême. De cette manière la fabrication est rendue plus économique, et l’odeur si désagréable du phosphore est bien moins sensible lorsqu’on allume les allumettes.
- « Pour obtenir cet état de division, une bonne méthode est celle du professeur R. Wagner (4), récemment recommandée par M. C. Walger, et qui consiste à préparer la masse inflammable avec du phosphore dissous dans du bisulfure de carbone. Cette méthode a l’avantage, non-seulement de réaliser une division moléculaire parfaite du phosphore, mais encore, et ce qui est plus important, de permettre de préparer la masse sans l’emploi de la chaleur. D’après les recherches auxquelles il s’est livré à cet égard, M. E. Mack (5) établit qu’à l’aide de ce simple artifice on arrive à réduire la proportion de phosphore à 1/300 de celle qu’on emploie ordinairement. Le prix peu élevé auquel on obtient aujourd’hui le bisulfure de carbone doit favoriser l’adoption de la méthode de M. Wagner, qu’on ne saurait, par conséquent, trop recommander à l’attention des fabricants.
- a MM. C. Puscher (6) et Th. Reinsch (7) ont, de leur côté, proposé de substituer au
- (1) Rapport des Jurys. Rapport sur la classe, XXIX; fabrications diverses, par W. de la Rue et A. W. Hofmann. Y. Allumettes chimiques, p. 632.
- (2) Rapport du Jury international, I, 507.
- (3) Voy., sur la composition des allumettes chimiques anglaises et allemandes et sur la statistique de leur fabrication en Europe, l’article déjà cité plus haut, publié au Bulletin de la Société d’encouragement, t. IX, 2e série, p. 50. (M.)
- (4) Wagner's Jahresber, I (1855), 503.
- (5) Mack, Ferhandlungen des Fereins für Naturkunde in Presburg, 1858, 1, 17.
- (6) Puscher, Dingl. Polyt. Journ., CLVI, 214. Voir également Bulletin Société d’encour., 2e série, VII, 632.
- (7) Reinsch, Fürther Gewerbezeitung, 1856, p. 56.
- Tome XII. — 64* année. 2e série. — Mai 1865.
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- phosphore pur le sulfure de phosphore (PS) ; mais c’est à l’expérience à prononcer sur la valeur de cette substitution.
- Allumettes anhygrométriques. — « Autrefois, pour garantir, autant que possible, les allumettes chimiques contre l’humidité de l’air, on les enduisait, d’après Preshel, d’uné couche de vernis. Récemment, M. I. Ginsky (1) a proposé, pour atteindre le même but, d’en recouvrir les têtes avec une couche mince de sulfure de plomb, en les plongeant dans une solution étendue d’acétate ou de nitrate de plomb et les exposant, à l’état humide, à l’action de l’hydrogène sulfuré. C’est ce genre d’allumettes qu’on trouve dans le commerce sous la dénomination impropre d’allumettes galvanisées (galvanized lucifers).
- Allumettes dépourvues de soufre. — « Les efforts tentés pour éviter, autant que possible, l’emploi du soufre, jusqu’ici employé pour communiquer au bois la combustion déterminée par la masse inflammable, constituent une autre phase de progrès dans la fabrication. Dans le principe, ce fut pour les allumettes les plus chères qu’on remplaça le soufre par de la cire, de l’acide stéarique ou de la résine -, mais, récemment, celte substitution s’est étendue aux qualités ordinaires, et surtout à celles qu’on fait en Allemagne.
- Allumettes de paraffine de Letchford. — « Les allumettes brevetées en Angleterre au nom de Letchford (2), et dans lesquelles les substances dont nous venons de parler sont remplacées par de la paraffine ou de l’huile de paraffine, méritent une mention spéciale. Elles se distinguent par la régularité de leur combustion et par leur bon marché; mais, comme presque toutes les allumettes en bois de fabrication anglaise, leur forme manque d’élégance.
- Prix réduit actuel des allumettes chimiques.— «Dans ces derniers temps, le prix des allumettes a baissé d’une manière extraordinaire. C’est ainsi qu’à Vienne (Autriche), par exemple, une boîte de 50 paquets (chaque paquet étant de 70 allumettes, soit en tout 3,500) ne coûte que 35 kreuzers, ce qui met le 100 d’allumettes à 1 kreuzer ou environ 1 farthing (0f,0242), et ces allumettes sont aussi bonnes que celles de forme élégante.
- Fusées de Bode. — « Parmi les formes si variées d’allumettes faites avec le phosphore ordinaire, on remarquait, à l’Exposition, de petites boîtes portatives, fort élégantes et ingénieusement combinées, contenant de l’amadou chimique. Dans ces petits appareils provenant de la fabrique de M. F. M. Bode, la composition inflammable, qui est celle des allumettes ordinaires, est divisée en grains de la grosseur d’un grain de millet, et chacun d’eux est disposé* de telle sorte qu’il suffit d’une simple friction pour mettre le feu à la fusée. Comme ces fusées ne donnent pas de
- (1) Ginsky, Dingl. Polyt. Journ., CLVI, 399.
- (2) Letchford (R. M.), patente m 1338, 29 mai 1861.
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- flamme, elles ne peuvent servir qu’aux fumeurs, auxquels elles offrent l’avantage de ne jamais rater, même au milieu du vent et de la pluie, avantage qui doit en favoriser la consommation. »
- Reproches adressés aux allumettes chimiques ordinaires. — L’emploi du phosphore ordinaire pour la fabrication des allumettes soulève de nombreuses objections, au point de vue des dangers auxquels cet emploi donne lieu. M. Hofmann entre, à cet égard, dans des considérations ayant pour but de rappeler les nombreux cas d’incendie (1) et d’empoisonnement qui se sont présentés depuis que l’emploi de ces allumettes s’est généralisé, et, quant à la fabrication, il rappelle que le maniement du phosphore est éminemment dangereux pour tous les ouvriers, même pour ceux qui ne sont chargés que de la mise en boîtes.
- Allumettes au phosphore amorphe ou phosphore rouge. — « La découverte du phosphore amorphe semblait offrir un moyen facile de remédier aux inconvénients résultant de la fabrication et de l’emploi des allumettes à pâte de phosphore ordinaire. Déjà, en 4850, plusieurs fabricants avaient fait des allumettes dans lesquelles le phosphore amorphe était substitué dans la pâte au phosphore ordinaire, et l’on se rappelle que MM. Dixon fils et compagnie, de Manchester (2), en avaient envoyé des échantillons à l’Exposition universelle de 18515 mais, accueilli avec défaveur par le public, ce nouveau genre d’allumettes ne larda pas à disparaître du marché. On leur reprochait de n’être pas assez facilement inflammables, et surtout de cracher en brûlant.
- Allumettes à frottoir de phosphore amorphe. — « Cherchant à obvier aux inconvénients qu’on avait reprochés aux nouvelles allumettes, M. Preshel, de Vienne, se servit de l’idée que M. Bœttger avait émise en 1848, et qui consistait à préparer des allumettes à friction ne pouvant prendre feu que lorsqu’on les frottait sur une surface préparée d’une manière spéciale. En 1854, M. Preshel commença à répandre des allumettes de ce genre, ne contenant aucune espèce de phosphore, mais renfermées dans une boîte munie extérieurement de frottoirs préparés avec du phosphore amorphe; l’Exposition universelle de Paris, qui eut lieu l’année suivante, en présentait plusieurs échantillons provenant, non-seulement de sa fabrique, mais encore de celles de M. Furth de Schüttenhofen et de M. Lundstrom, de Jœnkœping. Ces allumettes, quoique exemptes de tous les inconvénients reprochés à celles qui contiennent du phosphore ordinaire, ne prenaient feu ni aussi facilement, ni aussi sûrement que les autres ; leur combustion était moins calme et plus bruyante ; en outre, les
- (1) Voir au Bulletin de la Société d’encour2e série, t. X, p. 145, le rapport adressé au Sénat par M. Dumas sur une pétition des compagnies d’assurances, relative à une demande d’interdiction de la fabrication des allumettes chimiques à pâte de phosphore ordinaire. (M.)
- (2) Rapports des Jurys, p. 45 et 635.
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- frottoirs ayant une tendance à devenir humides finissaient par perdre leur activité avant que la provision d’allumettes ne fût épuisée.
- « Accoutumé aux allumettes chimiques ordinaires, qui prennent si facilement feu sur une surface rude quelconque, le public ne pouvait se décider à adopter les allumettes nouvelles, et les fabricants dont nous avons parlé furent contraints, malgré toute leur habileté, de renoncer au perfectionnement qu’ils avaient tenté.
- « Cependant les défauts qu’on reprochait au nouveau genre d’allumettes n’étaient pas assez grands pour rendre leur exclusion définitive, et l’on devait espérer pouvoir y remédier en perfectionnant à la fois et l’allumette elle-même et le frottoir. Tel est le but qu’ont poursuivi, dans ces cinq dernières années, plusieurs fabricants français, et, grâce à des efforts persévérants, ils sont parvenus à populariser, jusqu’à un certain point, le genre d’allumettesdont nous nous occupons. De ce nombre sont MM. Coignet frères et compagnie, de Lyon, dont nous avons déjà cité l’importante fabrication de phosphore amorphe, et qui préparent, d’après le système Bœttger, d’excellentes allumettes, vendues sous le nom d'allumettes hygiéniques desûreté au phosphore amorphe.
- « Ajoutons que, déjà en 1855, des allumettes de ce genre, vendues dans de petites boîtes en bois, sortaient des fabriques de MM. Sebold de Durlach et Rapp de Baden-Baden, et qu’il s’en faisait un assez grand commerce en Suisse.
- « Enfin, en Angleterre, MM. Bryant et May (1) ont pris des patentes pour la fabrication des allumettes d’après le système Bœttger.
- Allumettes androgynes. — « Sous cette dénomination, MM. Devilliers et C. Dale-magne (2) ont présenté, en 1859, des allumettes au phosphore amorphe qui peuvent être rangées, en quelque sorte, entre les allumettes précédentes à frottoir spécial et les allumettes chimiques ordinaires. L’allumette androgyne porte, à l’une de ses extrémités, de la pâte au chlorate de potasse sans phosphore, tandis que l’autre est enduite de phosphore amorphe et représente, par conséquent, le frottoir. Il suit de là que, pour s’en servir, on doit casser l’allumette en réservant la plus longue queue au bout qui porte le chlorate de potasse, puis frotter les deux extrémités l’une contre l’autre. Cette variété d’allumettes ne figurait pas à l’Exposition de 1862, et il ne paraît pas qu’elle ait été prise en considération. »
- Allumettes instantanées d’Achleilner. — M. L. Achleilner de Salzbourg (Allemagne) s’est également occupé d’allumettes au phosphore amorphe. Celles qu’il avait exposées, et qui étaient en boîtes, présentaient cette ingénieuse particularité qu’il suf-
- fi) May (F.), patente n° 1854, 15 août 1855.
- (2) Devilliers et Dalemagne, Technologis le, décembre 1859, p. 140, et Bullet. Soc. Encour., 2« série, t. V, 302; VI, 670, et X, 253.
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- fisait de tirer brusquement une allumette de la boîte pour qu’elle prît feu. Ce résultat est dû à un artifice du frottoir intérieur, lequel se compose d’un papier enduit de phosphore amorphe et roulé en spirale, de manière que les allumettes prises entre les spires sont soumises au frottement dès qu’on les retire de leur position. Le rapporteur décrit assez longuement cette invention que ce simple énoncé suffit pour faire comprendre.
- Avenir des allumettes au phosphore amorphe. — Dans l’état actuel de la question, M. Hofmann estime que les résultats déjà réalisés par MM. Coignet, Achleitner et autres démontrent la possibilité de l’emploi du phosphore amorphe, à la condition de favoriser son inflammation par le contact de matières plus riches en oxygène que l’air atmosphérique, comme, par exemple, avec le chlorate de potasse. Sans doute, le phosphore amorphe n’est pas facile à enflammer par la chaleur seule, mais ce n’est pas une raison pour en conclure que les allumettes dans la préparation desquelles il entrerait devraient prendre feu difficilement, si, commelefont espérer les renseignements fournis par M. le professeur Schrœlter, il ne suffit que de bien proportionner les éléments de la pâte, et surtout de donner à ces proportions une uniformité invariable.
- Allumettes chimiques sans phosphore. — En terminant, le rapporteur cite plusieurs essais de fabrication d’allumettes dans lesquelles le phosphore n’entre d’aucune manière, et entre autres ceux de MM. Hochstœlter (1), Luz (2), Canouil (3), Yaudaux etPai-gnon (4), Rimmer, Günther, etc. Bien que ces essais n’aient pas encore été suivis de résultats pratiques, M. Hofmann, s’appuyant d’expériences sérieuses faites dans celte voie par M. Wiederhold (5), fait ressortir toute l’importance qui s’attache à celte question. En effet, la suppression de l’emploi du phosphore ferait disparaître tous les inconvénients et tous les dangers signalés, en même temps qu’elle permettrait d’affecter à l’agriculture l’énorme quantité d’os qu’absorbe la fabrication d’un produit aussi répandu que celui-là.
- PRODUITS MINÉRAUX DIVERS.
- Substituts des sels à bouser (cow-dung substitutes).
- « On sait parfaitement que les tissus de calicot, après avoir reçu l’impression des mordants, avoir été séchés entre des rouleaux chauffés à la vapeur et être restés éten-
- (1) Hochstœtter, Génie industriel, mars 1857, p. 124.
- (2) Luz, Wurtemberg Gewerb., 1858, n° 43.
- (3) Canouil, Compt. rend., XLVII, 1268; Génie industriel, 1859, p. 51, et Bullet. Soc. Encour., 2e série, t. V, 518, et YI, 671.
- (4) Paignon, Précis de Chimie industr. de Payen, t. II, p. 738.
- (5) Wiederhold, Préparation d’allumettes avec du chlorure de potassium et de l’hyposulfite de plomb, Dingl. Polyt. Journ., CLXI, 221, 268 ; CLXIII, 203, 269.
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- dus pendant un ou deux jours pour arriver au point convenable (to âge comme on dit en anglais), ont encore besoin de passer à travers un bain de bouse ou d’être soumis à quelque traitement équivalent pour terminer leur mordançage et les rendre aptes à passer à la cuve à teindre. Le bousage est une de ces pratiques empiriques que l’enfance de l’art a pu faire excuser, mais qui doit disparaître dès que la science est venue faire la lumière dans les procédés industriels.
- « La bouse de vache peut être considérée, en moyenne, comme formée à peu près de 70 p. 100 d’eau et de 25 p. 100 de fibre végétale (inerte pour le teinturier); les 5 p. 100 qui restent, et qui agissent d’une manière plus ou moins active dans l’opération du bousage, se composent de matières salines et organiques, c’est-à-dire : 1° des éléments qui entrent dans la composition des cendres de la nourriture de l’animal, soit des sulfates alcalins et terreux, des carbonates, chlorures et silicates, avec environ 0,5 p. 100 de phosphate de chaux; 2° des produits organiques, matières grasses, albumineuses, résineuses, etc. Le tout forme un mélange complexe et variable, dont l’action sur les mordants n’a pu encore être expliquée d’une manière nette et certaine. »
- Le rapporteur, cherchant à expliquer l’effet produit par la bouse sur les mordants, fait remarquer que ce qui tend encore à augmenter l’incertitude, c’est la composition variable de cette bouse, dont la nature varie nécessairement non-seulement avec la nourriture, mais encore avec la santé de l’animal qui la fournit. Suivant MM. Walter Crurn, Scheurer-Keslner et d’autres chimistes, les oxydes basiques des mordants seraient sujets à éprouver une transformation allotropique qui leur ferait perdre toute affinité pour les matières colorantes, et cette transformation serait empêchée (sans qu’on puisse se l’expliquer) par l’opération du bousage.
- « Quoi qu’il en soit des avantages que présente le bousage, il n’en est pas moins vrai qu’il a l’inconvénient de communiquer aux mordants une teinté vert-jaunâtre assez prononcée pour altérer la pureté et le brillant des couleurs, surtout lorsqu’il s’agit de nuances délicates.
- « C’est pour obvier à cet inconvénient, ainsi que pour arriver à des résultats moins incertains et plus réguliers, qu’on a cherché, dans ces derniers temps, à remplacer la bouse par d’autres matières, telles, par exemple, que les bains de son, qui, dans quelques cas, ont parfaitement réussi, mais ont l’inconvénient de coûter beaucoup plus cher que la bouse.
- « Depuis 1850 on a employé, sur une assez grande échelle, un mélange de phosphates obtenus par la calcination des os avec ou sans addition d’une petite quantité de gélatine, destinée à remplacer l’albumine de la bouse; MM. Mercer, Prince et Blytb semblent être les premiers qui se soient occupés de cette application. Ils préparent le mélange en traitant les os calcinés par de l’acide sulfurique étendu, séparant par filtration le précipité de sulfate de chaux, puis saturant la liqueur obtenue par du carbonate de soude et évaporant presque à siccité les sels solubles et insolubles qui en résultent. Si l’on veut faire usage de gélatine, elle doit être exempte de graisse, et
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- c’est immédiatement au moment de l’emploi qu’on l’ajoute à la liqueur contenant les sels dissous et en suspension ; celte liqueur doit être chauffée jusqu’à 60 ou 70# C. On peut remplacer la gélatine par de l’arséniate de soude ou de l’arséniate de chaux de précipitation récente. Le mélange peut être employé soit à l’état de bain dans lequel on plonge les tissus, soit à l’état de pâte dont on les recouvre pendant quelque temps (1).
- En 1851 on a proposé de substituer à la bouse le verre soluble, et l’année suivante on a commencé à en faire l’application. Mais au début on a rencontré quelques difficultés, provenant de sa composition variable et de l’excès d’alcali qu’il renfermait toujours. C’étaient surtout les mordants d’alumine qui se trouvaient le plus affectés de cet excès d’alcali, qui, en dissolvant l’alumine, diminuait l’action du mordant dans une proportion assez forte pour rendre les teintes peu intenses, et leur donner un aspect râpé. On doit à M. Higgin, ainsi qu’à quelques autres, d’être parvenus à faire disparaître cet inconvénient, en neutralisant l’excès d’alcali par des acides convenables, donnant lieu à des combinaisons salines qui provoquèrent une précipitation abondante de silice ou de silicates.
- « Aujourd’hui, l’emploi du silicate de soude, soit seul, soit mélangé avec de l’arsé-niate ou phosphate de soude ou de chaux, pour précipiter et fixer les mordants sur les tissus, s’est généralisé. Ce substitut de la bouse, se recommandant à la fois par son bas prix et par sa propreté, a fini par remplacer presque tous les autres sels à bouser. Il agit en fixant le mordant à l’état de silicate basique, produisant des teintes très-belles et très-stables (2). »
- Arséniate de soude.
- Lorsqu’il s’est agi des composés de chrome, dont il a été parlé dans un des précédents chapitres, le rapporteur a mentionné les efforts si louables faits par plusieurs chimistes en vue de remplacer le vert de Schweinfurt, dont les propriétés éminemment toxiques n’ont malheureusement pas empêché la consommation de se développer sur
- (1) En 1853 (28 décembre), M. John Barnes a pris, en Angleterre, une patente également pour l’emploi du phosphate de chaux des os en remplacement de la bouse de vache; voici comment il opérait : il prenait de l’acide chlorhydrique du commerce et il y plongeait des os autant qu’il pouvait en être dissous; la saturation devait être terminée en deux jours, quatre au plus. Il enlevait les matières grasses qui surnageaient, ajoutait à la dissolution chlorhydrique du carbonate de soude, de la potasse ou de l’ammoniaque, jusqu’à ce qu’elle devînt très-légèrement alcaline au papier de tournesol, et c’est dans cet état qu’il faisait l’emploi de celte préparation. [Bulletin Soc. Encour., 2‘ série, t. II, p. 54.) (M.)
- (2) Voir les mémoires de M. Bolley (Schweizerisches Gewerb., 1854, p. 130) et de M. Grune (Dingl. Polytechn. Journ., CXL, p. 287) sur l’emploi du verre soluble comme sel à bouser. Le rapporteur indique, d’après M. Bolley, que c’est avec le silicate alcalin le plus neutre possible qu’il faut opérer pour obtenir les meilleurs résultats.
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- une large échelle. Le résultat de ces efforts a déjà été de retirer de la circulation une quantité considérable d’arsenic, et il est à espérer que cette amélioration ne fera qu’augmenter, quand on connaîtra mieux tous les succédanés produits par la chimie, tels que le vert de Gnignet et autres. Néanmoins, dans ces dix dernières années, l’emploi des compositions arsenicales n’a pas diminué, témoin l’emploi de l’acide arsénique dans la préparation du rouge d’aniline, dont il sera question plus loin, et dans celle de l’arséniate de soude, qui entre comme élément dans un des sels à bouser cités plus haut.
- « La méthode ordinaire employée pour préparer l’arséniate de soude consiste à fondre de l’acide arsénieux anhydre avec du nitrate de soude. Comme un équivalent de nitrate contient assez d’oxygène pour oxyder une molécule d’acide arsénieux anhydre, on nepourraitobtenir, de cette manière, un arséniate neutre sanssacrifier une quantité considérable de nitrate; aussi a-t-on soin d’ajouter toujours une certaine proportion de soude caustique. Néanmoins on a reconnu que cette méthode donnait lieu à une perte importante d’acide arsénieux anhydre, qui se volatilise avant que le sel ne se forme.
- « Pour éviter cette perte, M. Higgin, de Manchester (1), ne commence l’oxydation qu’après la transformation de l’acide arsénieux anhydre en un composé salin. Dans ce but, l’acide arsénieux est dissous dans la soude caustique, puis l’arséniate de soude ainsi formé est mélangé avec le nitrate de soude et le mélange chauffé au four à réverbère. Le chauffage est continué jusqu’à ce que la masse ait atteint un degré de siccité complet; mais pendant l’opération il se dégage d’abord de l’ammoniaque, puis de l’oxyde nitrique. Grâce à cette modification, non-seulement on évite, paraît-il, toute volatilisation d’acide arsénieux, mais encore on réalise une économie de nitrate de soude, l’air atmosphérique qui passe dans le fourneau à réverbère fournissant une partie de l’oxygène nécessaire à la transformation * de l’acide arsénieux en acide arsénique.
- « Une méthode différente et plus économique d’obtenir de l’arséniate de soude consiste à substituer l’acide arsénieux anhydre à l’acide sulfurique, pour chasser l’acide nitrique du nitrate de soude employé dans la fabrication de l’acide sulfurique. Au moyen de cet artifice, l’arséniate alcalin est obtenu comme un sous-produit au lieu du bisulfate de soude ordinairement obtenu. Le grand et seul défaut de cette méthode est que l’acide sulfurique ainsi produit a des tendances à devenir arsenical, ce qui ne permet de l’employer que dans certaines classes d’opérations communes.
- « La consommation de l’arséniate de soude est très-considérable, si l’on en juge seu lement par la quantité qu’on fabrique dans le sud du Lancashire, laquelle ne s’élève pas à moins de 10 à 12 tonnes par semaine. »
- (1) Sur les progrès récents? etc., p. 117.
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- Stanmte de soude (1).
- « Depuis qu’il a été présenté pour la première fois par M. James Young à l’Exposition de 1851 (2), le stannate de soude n’a pas cessé d’être employé sur une large échelle pour préparer les calicots imprimés avec les couleurs'vapeur. La fusion du minerai d’étain avec le nitrate de soude constitue toujours le procédé de préparation le plus fréquemment employé. Les imprimeurs trouvent utile d’associer au stannate de soude une petite proportion (5 p. 100) d’arséniate de soude. Ils prétendent que l’oxyde d’étain qui se dépose sur la fibre se trouve, de cette manière, en étal de mieux résister à l’action de l’acide sulfurique, à travers lequel doivent passer les tissus dans une période suivante de l’opération.
- a M. Higgin, de Manchester (3), utilise, en outre, dans la fabrication du stannate de soude, l’étain des déchets ou rognures provenant de la fabrication du fer-blanc. Lorsqu’on traite du fer étamé par de l’acide chlorhydrique, le fer, étant le plus électropositif des deux métaux, se trouve attaqué de préférence; mais, si on mélange l’acide chlorhydrique avec une certaine quantité de nitrate de soude, il se forme une espèce d’eau régale qui attaque, au contraire, l’étain plus rapidement que le fer. Il se forme du tétrachlorure d’étain (chlorure stannique), et la solution contient en même temps des chlorures de sodium et d’ammonium.
- 2Src+10HCJ + NaN03 = 2SnCJ4 + NaCZ + IRNCi + 3 H1 20.
- « En présence d’un excès d’étain, le chlorure stannique se transforme en chlorure stanneux, en même temps qu’une petite quantité de fer, qui se dissout invariablement, se trouve réduite à l’état de protoxyde. C’est alors que la séparation des deux métaux s’effectue au moyen du carbonate de chaux (craie), qui précipite l’étain à l’état d’oxyde stanneux pendant que le fer reste en solution. L’oxyde stanneux est ensuite converti en stannate de soude par la méthode de fusion ordinaire avec de la soude et du nitrate de soude.
- «c Les rognures de fer, débarrassées de l’étain qui les recouvrait, sont employées à précipiter le cuivre de ses solutions salines. »
- Cœruleum.
- a Les arts sont redevables à MM. Rowney et compagnie d’un nouveau bleu minéral, employé aussi bien dans la peinture à l’huile que dans la peinture à l’aquarelle,
- (1) Bulletin Société Encourag., 2e série, 1.1, p. 413.
- (2) Rapports des Jurys, p. 41.
- (3) Sur les progrès récents, etc., p. 119.
- Tome XII. — 64e année. 2e série. — Mai 1865.
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- et auquel ils ont donné le nom de cœruleum (1). La composition de ce nouveau bleu, qui est essentiellement un stannatede cobalt (Co1 20, SwO2), a été analysée par M. Bleck-rode (2), qui donne les chiffres suivants :
- Peroxyde d’étain............................... 49,66
- Protoxyde de cobalt............................ 18,66
- Sulfate de chaux, silice....................... 31,68
- 100,00
- « D’après cett» analyse, le rapport du peroxyde d’étain au protoxyde de cobalt est comme 4 est à 3, et M. Bleckrode est porté à attribuer au cæruleum la formule 3 (Co20, SwO2) SwO2. Reste à savoir maintenant si les autres éléments constituants doivent être considérés comme n’étant pas essentiels. Si l’on en juge d'après sa composition, le cæruleum est très:probablement préparé en calcinant un mélange de sulfate de cobalt, de peroxyde d’étain et de chaux vive ; ou peut-être un sel de cobalt est-il précipité par du stannate de soude, ce stannate de cobalt étant ensuite mélangé avec du sulfate d’étain et de la chaux, puis le tout soumis à la calcination, après avoir eu bien soin d’employer le protoxyde de cobalt et de peroxyde d’étain dans les proportions de 3 équivalents pour 4.
- « Le cæruleum est un bleu de couleur claire avec une légère teinte verdâtre. Il ne s’altère ni à l’air, ni à la lumière, ni au contact des acides et alcalis à la température ordinaire*, mais il est attaqué par les acides bouillants. Il a la propriété de bien couvrir et de conserver le même aspect à la lumière artificielle, qualité qui lui assigne une valeur particulière comparativement aux autres bleus qui, dans les mêmes circonstances, prennent une teinte violette. »
- Couleur rose (pink colour).
- « Une autre matière colorante, comparativement nouvelle, dans la composition de laquelle le peroxyde d’étain ou acide stannique entre largement, est la substance connue dans le commerce sous le nom de pink colour. Jusqu’ici on l’a exclusivement employée sur la porcelaine et sur la terre cuite ; mais, en raison de son inaltérabilité et de son pouvoir tinctorial, il est probable qu’on trouvera à en faire l’application dans la peinture à l’huile et à l’aquarelle. La nuance qu’elle possède, et qui résulte de la combinaison du peroxyde d’étain avec l’oxyde de chrome, est celle d’un rose rouge brillant, ayant de l’analogie avec la laque de garance. Voici sa préparation :
- « A un mélange de peroxyde d’étain, de craie et de sable quartzeux on ajoute en-
- (1) Mechanic’s Magazine, mai 1860, p. 304.
- (2) Bleckrode, Repert. Chim. appl., 1861, p. 13.
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- viron 4/40 en poids de ehromate de potasse; on sèche, pulvérise et calcine le tout dans un creuset jusqu’au rouge intense. Après refroidissement, la masse frittée est réduite en poudre, et cette poudre calcinée de nouveau ; après quoi on pulvérise une dernière fois, puis il ne reste plus qu’à laver et sécher le produit. »
- Sulfate de fer (1).
- « On sait que dans la fabrication de l’alun on obtient, comme sous-produit, de grandes quantités de sulfate de fer, l’action de l’air atmosphérique produisant l’oxydation des pyrites contenues dans le schiste alumineux, c’est-à-dire transformant en sulfate le sulfure de fer. Cette source de production étant insuffisante pour répondre à l’énorme consommation qui s’en fait, on a dû songer à produire directement le sulfate de fer, et c’est dans ce but que différentes méthodes ont été imaginées.
- « En France, on opère par l’oxydation lente d’une terre noire provenant de Picardie, ou encore en traitant les rognures de fer par de l’acide sulfurique étendu (Balard). Dans le Lancashire(2) on fabrique, par semaine, 80 tonnes environ de sulfate de fer, en favorisant l’oxydation des pyrites de fer provenant de certaines couches de houille. Ces minerais, désignés, dans le pays, sous le nom de coal brasses (bronze de houille), sont empilés en larges tas, qu’on arrose de temps en temps. L’absorption lente de l’oxygène détermine la formation d’un sulfate de fer neutre et d’acide sulfurique libre, qu’on convertit également en sulfate par une digestion sur des rognures de fer qu’on ajoute. Le sulfate de fer, ainsi produit, est purifié par cristallisation; quant aux eaux-mères, elles donnent une qualité inférieure de ce même sel mélangé alors avec du sulfate d’alumine. »
- Sels de cuivre.
- « A côté du procédé ordinaire de fabrication du vitriol bleu, qui consiste à traiter par l’acide sulfurique du cuivre oxydé dans un four à réverbère, plusieurs procédés nouveaux se sont produits.
- « Quelques minerais, schistes, grès, etc., qui contiennent une très-faible proportion de cuivre à l’état de carbonate ou d’arséniate, sont épuisés au moyen de l’acide sulfurique ; on va même jusqu’à traiter ainsi, avec un certain avantage, des minerais dont la teneur ne s’élève pas à plus de 1,25 p. 100. En faisant évaporer la solution, on obtient des cristaux de sulfate de cuivre. Les eaux-mères, ou même, comme cela a lieu plus fréquemment, toute la liqueur est soumise à l’évaporation dans un fourneau, dont la sole, en briques, est chauffée par-dessous. En chauffant fortement, on produit le dégagement de l’acide sulfurique, dont les vapeurs sont reçues dans les chambres
- (lj Bulletin Société Encourag., 1860, 2e série, t. VII, p. 701. (2j Bulletin id. 1863 id. t. X, p. 488.
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- de plomb d’une fabrique de ce même acide. II reste alors un oxyde impur dont le cuivre est extrait.
- « La température à laquelle le sulfate de cuivre est entièrement décomposé étant plutôt élevée, les fabricants trouvent convenable de favoriser la décomposition par l’addition d’une petite quantité de charbon. Le soufre se dégage alors à l’état d’acide sulfureux qui, naturellement, se trouve mélangé à de l’acide carbonique ; mais ce dernier acide ne semble pas nuire à la transformation du premier, lors de son arrivée dans les chambres de plomb.
- « Lorsqu’il s’agit d’un minerai dans lequel le cuivre est à l’état de sulfure, M. W. Henderson le réduit en poudre fine et le grille avec du sel ordinaire, puis il condense, dans un four à coke, les vapeurs de chlorure de cuivre ; la liqueur qui s’écoule est ensuite précipitée au moyen du fer métallique. Quant au résidu de la matière grillée, il contient du sulfate de soude qu’on obtient par un lavage à l’eau, et qu’on fait cristalliser. C’est la même méthode qu’on applique au résidu cuprifère des pyrites de fer employées à la fabrication de l’acide sulfurique (voir le chapitre sur l’acide sulfurique) (1).
- « Le rapporteur a déjà eu l’occasion de mentionner que l’acide chlorhydrique est aujourd’hui employé, sur une large échelle, pour traiter les minerais de cuivre pauvres (voir le chapitre sur l’acide chlorhydrique) (2). »
- DÉSINFECTANTS.
- « Le terme de désinfectant est employé pour désigner certaine classe de composés capables de rendre plus ou moins complètement inodores, et par conséquent (ainsi qu’on le suppose) inoffensifs, les détritus organiques qui sont en voie de décomposition. »
- Ici le rapporteur examine les différents genres de décomposition organique : décomposition avec accès continuel d’air (érémacausie, combustion), et décomposition avec accès limité d’air (fermentation, putréfaction). Il rappelle, à l’égard de la fermentation, les théories chimique et vitale qui sont encore en présence, et qui ont donné lieu à des débats retentissants. Enfin, à propos des principes contagieux et des miasmes dont la nature réelle reste encore indéterminée, il examine le côté sanitaire de la question, et citant les fléaux anciens et modernes, parmi lesquels le choléra asiatique, il énumère les circonstances favorisant le développement des épidémies. Parmi ces causes, il fait remarquer que l’une des plus importantes et des mieux constatées, c’est l’accumulation des matières fécales en putréfaction dans les fosses d’aisances fixes et dans les égouts semi-stagnants, situés au-dessous et à l’entour des
- (1) Voir Bulletin de 1863, 2e série, t. X, p. 478.
- (2) Voir id. id. p. 672.
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- maisons encombrées par les populations urbaines. Au nombre des remèdes proposés, il en est deux qui se trouvent en présence : l’un comprend des mesures radicales, consistant à expulser immédiatement, par un courant d’eau, toute matière putrescible au moment de sa production, et à la conduire loin de la ville pour la convertir en engrais; l’autre n’a trait qu’à des moyens palliatifs, c’est-à-dire à l’emploi des désinfectants. On sait que c’est le premier des remèdes qui a prévalu dans ces derniers temps en Angleterre, malgré les dépenses considérables qu’il entraîne ; mais, en attendant que son application puisse être complète, l’emploi des désinfectants n’en est pas moins nécessaire pour conjurer les épidémies, et c’est en raison des services qu’ils peuvent rendre que M. Hofmann pense qu’il n’est pas sans utilité de passer en revue ceux qui figuraient à l’Exposition de 1862.
- Principales classes de désinfectants. — M. Hofmann classe les désinfectants en trois catégories qui sont : les fixants [fxativé], les antiseptiques et les oxydants.
- Désinfectants fixants. — Ainsi que leur nom l’indique, ils opèrent en se combinant avec les produits volatils nuisibles de la putréfaction, de manière à les empêcher, en se dégageant, de vicier l’atmosphère.
- Dans cette catégorie sont compris les sels métalliques (fer, zinc, plomb et cuivre en combinaisons variables avec les acides sulfurique, nitrique et avec le chlore), qui forment la base de tant de désinfectants brevetés. Ces sels agissent principalement sur les produits gazeux les plus délétères de la putréfaction, c’est-à-dire sur l’hydrogène sulfuré, sur les sulfures d’ammonium et ses homologues; néanmoins leurs réactions diffèrent suivant la nature du sel employé. C’est ainsi, par exemple, que le chlorure de zinc (désigné sous le nom de désinfectant Burnelt), ne réagit pas sur l’hydrogène sulfuré libre, mais il décompose le sulfure d’ammonium ainsi que les sulfures homologues, en formant du sulfure de zinc et du chlorure d’ammonium ou de ses homologues.
- Le perchlorure de fer (Fe2C/3) décompose également l’hydrogène sulfuré libre et l’hydrogène sulfuré combiné, en mettant dans les deux cas du soufre en liberté.
- Les sulfates métalliques décomposent les sulfures ammoniacaux et leurs analogues, et fixent le soufre qu’ils déplacent en favorisant sa combinaison avec les bases métalliques du désinfectant. Quelques-uns de ces sels, comme le sulfate de cuivre par exemple, décomposent également l’hydrogène sulfuré libre avec formation de sulfure métallique et d’eau. C’est ainsi qu’agit le désinfectant Lanaudé (mélange de sulfates de zinc et de cuivre). Mais l’introduction de l’acide sulfurique dans les matières en putréfaction est considérée comme ayant de très-grands inconvénients, sur lesquels insiste avec raison M. le docteur Medlock dans un mémoire qu’il a récemment publié. Les sulfates, par suite de la désoxydation produite, sont convertis en sulfures, ce qui oblige à procéder à une nouvelle opération de désinfection.
- Les nitrates métalliques, celui de plomb par exemple (désinfectant Ledoyen), ne donnent pas lieu à une objection aussi sérieuse. Leurs réactions, sous d’autres rap-
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- ports, ressemblent à celles des sulfates métalliques; mais leur prix élevé est un obstacle sérieux à leur emploi.
- «c Dans les limites assignées ci-dessus et en ayant égard aux objections qui viennent d’être signalées, les sels métalliques peuvent être employés comme désinfectants. Mais les matières en putréfaction dégagent, outre les combinaisons du soufre avec l’hydrogène et l’ammonium (ou ses homologues), des émanations organiques délétères, sur lesquelles les désinfectants métalliques sont sans action. En outre, ces sels métalliques ne réagissent que sur les produits sulfurés et ammoniacaux déjà tout formés, de manière que, après avoir ainsi rendu parfaitement inodores en apparence les matières en putréfaction, la décomposition peut reprendre et provoquer un nouveau dégagement de gaz délétères qui nécessitent une seconde application de sels métalliques. Enfin le soufre, l’ammonium, etc., déjà fixés, restent toujours dans la masse et peuvent reprendre leur caractère de volatilité et de fétidité : l’hydrogène sulfuré par le contact avec un acide, l’ammoniaque et ses congénères, en présence d’une substance alcaline.
- « En conséquence, cette classe de désinfectants, bien que se recommandant par son bon marché relatif, ne peut être considérée comme rendant inodores, d’une manière parfaite ou permanente, les matières qui sont en voie de putréfaction. »
- Les désinfectants métalliques sont néanmoins précieux dans les cas où de grandes masses d’immondices en putréfaction doivent être rendues inodores économiquement et pour un temps limité, et c’est à ce point de vue qu’ils ont été recommandés par le rapporteur ainsi que par M. le docteur Frankland, lorsqu’ils furent chargés tous deux, il y a peu d'années, par le Conseil des travaux de la métropole [Metropolitan board of Works), d’examiner les nombreux désinfectants proposés pour remédier aux émanations délétères produites par l’écoulement du produit des égoutsde Londres dans la Tamise (1). Dans ce cas, la masse sur laquelle il fallait opérer chaque jour était si considérable, qu’il n’y avait moyen d’employer qu’un désinfectant d’un bon marché excessif; d’un autre côté, il n’était indispensable de maintenir l’inodorité que le temps nécessaire pour permettre aux immondices de descendre la Tamise dans une condition inoffensive jusqu’à son embouchure dans la mer, où évidemment le renouvellement de la putréfaction et de ses émanations devenait imperceptible et de la plus entière innocuité.
- Désinfectants antiseptiques.— Ce genre de désinfectants diffère considérablement des précédents dans leur mode d’action. Au lieu de permettre à la putréfaction de s’opérer, et d’empêcher le dégagement de ses produits fétides, ils ont la propriété d’arrêter plus ou moins complètement la décomposition elle-même.
- « La nature et le mode d’action de cette classe de désinfectants ne sont qu’imparfai-
- (1) Report on ihe deodorization of sewage, etc. (Rapport sur la désinfection du produit des égouts, par le docteur Hofmann et le docteur Frankland, présenté le 12 août 1859.)
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- tement compris, et chacun de ceux qui s’en sont occupés les explique suivant sa manière d’envisager l’acte même de la putréfaction. Les antiseptiques appartiennent pour la plupart, à la classe des 'produits empyreumatiques, c’est-à-dire des composés engendrés pendant la distillation sèche et destructive des produits organiques tels que le bois, le goudron, et autres substances semblables. En brûlant du bois comme combustible, de petites quantités de produits empyreumatiques sont distillées, s’élèvent avec la fumée, et communiquent à cette dernière sa propriété bien connue de préserver les matières animales de la corruption. »
- Dans la combustion lente du tabac, de semblables produits antiseptiques sont sans doute engendrés et accompagnent les fumées de nicotine si agréables à certaines constitutions et si nuisibles à d’autres. Le rapporteur fait remarquer que, sous ce rapport,la fumée du tabac pourrait bien être de quelque utilité provisoire, tout aussi bien pour l’homme de la civilisation la plus raffinée que pour le sauvage de la nature la plus inculte, chez lequel il est curieux de voir cette bizarre coutume également répandue.
- En résumé, les produits empyreumatiques, qui distillent avec l’acide pyroligneux, sont la cause de l’effet extraordinaire de cet acide, qui, empêche de se corrompre des aliments de nature animale sur lesquels on n’a fait qu’en passer une légère couche avec une simple barbe de plume.
- « Dans la distillation sèche, soit du goudron de gaz pour la production de composés éclairants ou lubrifiants, soit d’hydrocarbures utilisables pour la fabrication de matières colorantes (dont il sera question plus loin), des produits secondaires impurs de nature goudronneuse prennent naissance, et renferment alors des quantités notables de composés empyreumatiques jouissant de propriétés antiseptiques très-énergiques. Dans cet état goudronneux impur, ces liqueurs sont à très-bas prix et, depuis quelques années, elles constituent des désinfectants parfaitement utilisables, que le commerce vend sous les noms d'acide carbolique, acide phénique, créosote, etc. L’acide carbolique liquide et un mélange de carbolate de calcium sec et de sulfite demagnésium sontpréparésdans le même but, et vendus en grandes quantités parla maison Mac Dougal etcomp., de Manchester. En prenant de l’acide carbolique impur à 8pencele gallon (soit un peu plus de 0f,17 le litre), et en en mélangeant une quantité égale à la capacité d’un verre à vin avec un peu de chaux vive qu’on met dans un baquet, on obtient un désinfectant qui, jeté dans une fosse d’aisances infecte, en atténue notablement la mauvaise odeur. Un mélange pulvérulent de carbolate et de sulfite terreux répandu dans les lieux d’aisances, dans des écuries chargées d’urine, dans des étables à porcs ou dans tout autre endroit infect, purifie l’air d’une manière sensible. Enfin l’acide carbolique liquide a été également employé pour désinfecter les liqueurs organiques putrescibles que certaines usines envoient à la rivière, ainsi que les produits fétides des égouts dont plusieurs villes se débarrassent en les dirigeant dans des cours d’eau. »
- Quant au mode d’action de cet acide, M. Hofmann le regarde comme aussi indé-
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- terminé que celui de tous les autres antiseptiques en général. À propos de l’influence antiseptique de certaines substances, il rappelle accidentellement celle du sel, du sucre, de l’alcool, du vinaigre, ainsi que d’autres agents employés pour préparer les conserves alimentaires, mais il a soin de faire remarquer que, dans sa signification ordinaire, le terme de désinfectant ne saurait s’appliquer à ces substances, dont il n’y a par conséquent pas lieu de s’occuper ici.
- Désinfectants oxydants. — Les désinfectants oxydants peuvent être considérés comme tenant le milieu entre les deux catégories de désinfectants qui viennent d’être examinés. Ils n’arrêtent pas la décomposition comme les antiseptiques, mais ils en changent le caractère; ils n’empêchent pas le dégagement des produits volatils comme les désinfectants fixants, mais ils les rendent comparativement inoffensifs, en les assimilant, sous le rapport du caractère, aux produits de la décomposition lente, et en rendant cette décomposition beaucoup plus rapide qu’elle n’a lieu naturellement par suite de l’abondance d’oxygène qu’ils fournissent. Cet oxygène convertit rapidement en acides le soufre et le phosphore présents ; en même temps et de la même manière, il minéralisé entièrement et d’une manière permanente tous les autres éléments de la matière putride, ou en voie de le devenir. L’action de ce genre de désinfectants, une fois complète, est par conséquent définitive, qualité qui les fait regarder comme des désinfectants beaucoup plus parfaits et permanents que les sels métalliques, l’acide car-bolique, etc.; mais en revanche ils sont beaucoup plus chers.
- Parmi les désinfectants oxydants, les uns, tels que le charbon de tourbe, se présentent sous forme de masse volumineuse, poreuse et solide ; d’autres, tels que les gaz sulfureux et nitreux, sont volatils; d’autres enfin, comme les manganates et les bypermanganates, sont des sels solubles qu’on emploie de préférence à l'état liquide.
- Désinfectants oxydants 'poreux. — « Ces désinfectants sont employés avec le plus de succès dans les réservoirs qui contiennent des matières putrescibles sous la forme la plus solide, comme, par exemple, les fosses d’aisances. Ils agissent en vertu de leur porosité, de leur pouvoir absorbant pour les gaz, et, en raison de l’action oxydante particulière qu’ils tiennent de ce pouvoir absorbant. Dans les fosses de Manchester qui reçoivent les matières fécales, ainsi que les cendres et les escarbilles produites chaque jour dans les cours des maisons, fosses auxquelles on donne le nom de middensteads, on remarque que ces cendres et escarbilles contribuent d’une manière considérable à atténuer l’odeur des matières fécales. La terre elle-même jouit d’une semblable propriété, ainsi que le démontre la pratique des inhumations. L’addition d’une tonne de charbon de tourbe sur deux tonnes de matières fécales peut être regardée comme suffisante pour enterrer en quelque sorte ces dernières. »
- M. Hofmann compare l’action absorbante et oxydante du charbon de tourbe, de la terre et autres désinfectants poreux à celle de l’éponge de platine dans la lampe de Dœbereiner, avec cette différence cependant que l’action de l’éponge est plus intense et plus rapide ; on sait que cette éponge, qui retient dans ses pores une grande quan-
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- tité d’oxygène, absorbe également de l’hydrogène au moment où le jet de ce gaz est dirigé sur elle, et qu’il en résulte une combinaison des deux gaz avec production de chaleur suffisante pour enflammer l’hydrogène. Cependant le pouvoir désinfectant de la terre a des limites, comme le prouvent certains cimetières trop encombrés qui laissent dégager de fortes émanations. Il en est de même pour le charbon de tourbe, en sorte qu’à moins de cas spéciaux on peut dire qu’en raison de leur volume, de leur prix d’achat et de transport il est douteux que les désinfectants poreux puissent être l’objet d’applications permanentes et sur grande échelle, comme, par exemple, pour les matières fécales des villes.
- Filtres à air poreux. —Comme filtres à air, les désinfectants poreux, et particulièrement le charbon de bois, ont une efficacité permanente très-réelle. M. Hofmann constate que c’est à M. le docteur Stenhouse qu’on est redevable de l’idée première de faire servir le charbon de bois à cet usage. Il entre à cet égard dans des détails que nous pouvons nous dispenser de répéter ici, parce qu’ils ont déjà été donnés au Bulletin. On trouvera, en effet, dans le t. VIII (1861), la traduction d’un mémoire de M. Stenhouse, relatif à l’emploi du charbon de bois comme filtre à air pour la ventilation des égouts, mémoire adressé sous forme de lettre au Lord-maire de Londres (1).
- Désinfectants oxydants volatils. — Parmi les désinfectants de cette nature, les principaux sont l’acide sulfureux, l’acide nitreux et le chlore, mais leur emploi soulève des objections, dont l’une des plus importantes est qu’ils exercent tous une action plus ou moins funeste sur les organes de la respiration. C’est, en outre, ajoute le rapporteur, un procédé en quelque sorte irrationnel que de laisser se produire et se dégager des émanations délétères pour les poursuivre ensuite et les détruire pour ainsi dire au vol, lorsqu’il est, au contraire, bien plus pratique d’attaquer le mal dans son foyer même au moyen des désinfectants salins solubles dont il va être question.
- Emploi de sels solubles comme désinfectants oxydants; manganates et hypermanga-nates alcalins. — Les divers désinfectants oxydants appartenant à ce groupe peuvent être surtout représentés par les manganates et les hypermanganates alcalins, que M. H. B. Condy (2) a été le premier à fabriquer en grand.
- Contrairement au chlorure de chaux et aux hypochlorites alcalins qui agissent indirectement, les manganates et hypermanganates ont l’avantage d’exercer leur action oxydante d’une manière directe, car ils cèdent une partie de leur propre oxygène aux éléments combustibles des matières putrescibles. Les manganates cèdent 1/4 et les hypermanganates jusqu’aux 3/8 de leur oxygène ; dans les deux cas, du peroxyde de manganèse se précipite et la base alcaline reste en solution à l’état de carbonate.
- Leur efficacité comme désinfectants et leurs applications moins importantes. — Le
- (1) Voir Bulletin de 1856, 2S série, t. III, p. 56, et t. VIII (1861), p. 107
- (2) Condy (H. B.), patente n° 1798, 7 juillet 1856.
- Tome XII. — 64e année. 2e série. — Mai 1865.
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- rapporteur a eu fréquemment l’occasion de constater l’efficacité de ces sels comme désinfectants. Des eaux provenant de marais stagnants, fortement chargées de matières organiques à l’état de putréfaction complète et répandant l’odeur la plus repoussante, ont été instantanément désinfectées par une quantité comparativement très-petite d’hypermanganate, ou même de manganate de potassium ou de sodium. Dès que le précipité brun de peroxyde de manganèse se fut déposé, le liquide devint parfaitement clair et incolore, et accusa d’une manière permanente toute absence d’odeur et de goût choquants. Quelques-unes de ces mêmes eaux, traitées abondamment par les sels métalliques ordinairement employés, avaient conservé leur teinte. L’action du chlorure de chaux employé dans le même but fut également rapide et permanente; mais, bien qu’ayant entièrement perdu leur odeur putride primitive, les eaux traitées par les composés chlorés conservent une faible odeur particulière, due probablement à du chlorure d’azote engendré par l’action du chlore iibre sur les composés ammoniacaux.
- oc Pour débarrasser les eaux de rivière et autres de principes ammoniacaux, les man-ganates et hypermanganates se recommandent particulièrement, parce que leur coloration particulière disparaît au fur et à mesure qu’ils agissent comme oxydants. Par l’affaiblissement de la couleur (qui est vert-émeraude dans le cas d’un manganate et pourpre dans celui d’un hypermanganale), l’opérateur peut suivre les progrès de l’oxydation et graduer ses additions de sels avec la plus grande exactitude. Par une manipulation attentive, il peut débarrasser entièrement l’eau de toute impureté organique en n’y introduisant en échange qu’une minime quantité d’un carbonate alcalin, addition qui, loin d’être un inconvénient, est au contraire plutôt avantageuse, surtout lorsqu’il s’agit d’eaux dures qui, par ce moyen, sont rendues plus douces.
- « L’innocuité des manganates et hypermanganates les rend applicables dans un grand nombre de cas où les désinfectants ordinaires avaient rarement pu, jusqu’ici, être utilisés. C’est ainsi qu’on peut les employer à désinfecter toutes les parties d’un corps vivant (désinfection de l’haleine, désinfection des plaies, des ulcères, etc.). Les services qu’ils peuvent rendre aux organismes végétaux soumis à l’action de la rouille, ainsi qu’à d’autres influences pernicieuses, ne sont pas moins importants. On peut également les employer avec avantage à la purification des provisions qui commencent à se gâter. Enfin il peut être intéressant pour les fumeurs d’apprendre qu’en se rinçant la bouche avec une solution étendue d’hypermanganate de sodium ils peuvent se débarrasser presque instantanément de toute trace d’odeur du tabac. Parmi les nombreuses applications de moindre importance de ces sels, M. Condy propose leur emploi aux dégustateurs de vins, pour se rafraîchir le palais pendant l’exercice de leurs importantes fonctions. Enfin on dit qu’ils calment l’irritation causée par les piqûres de moucherons et autres insectes encore plus désagréables.
- Prépàràtion, — « Pour les laboratoires, on prépare généralement l’hypermanga-nate potassique, parce qu’il cristallise mieux que l’hypermanganate de soude et, par
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- conséquent, est plus facile à purifier. Au contraire, pour les applications industrielles où la question du bon marché doit passer avant tout, on emploie toujours le manganate et l’hypermanganate de sodium. M. Condy prépare simplement le premier en mélangeant de la soude caustique avec du peroxyde de manganèse en poudre fine, et exposant ensuite le tout dans des récipients peu profonds à une chaleur rouge-sombre, maintenue pendant quarante-huit heures. Les proportions qu’il emploie sont de 1 1/2 tonne de soude, renduecaustique à la manière ordinaire pour 350 kilog. de peroxyde de manganèse. Le produit résultant est traité par une quantité d’eau suffisante pour convertir (au moins en partie) le manganate en hypermanganate, et la solution est ensuite concentrée par évaporation ou amenée jusqu’à siccité. Dans quelques cas, M. Condy transforme le manganate en hypermanganate en ajoutant de l’acide sulfurique. En évaporant la solution, il se forme des cristaux de sulfate de soude qu’on enlève, puis on continue à pousser l’évaporation jusqu’à siccité. » (M.)
- (La suite prochainement.)
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Machine à exploiter la houille. — On a expérimenté dernièrement, dans la raine de houille de Kippax, près de Leeds, une intéressante machine inventée par MM. Lock, Warrington, Carrelt et Marshall, et destinée à remplacer avec avantage le travail du mineur.
- Ici ce n’est plus l’air comprimé qui agit, comme dans quelques machines récemment imaginées; c’est l’eau qui sert de moteur et qui, envoyée, au moyen de tuyaux de 1,50 pouce de diamètre (0m,037), par un petit moteur installé au bas du puits, agit avec une pression de 150 livres par pouce carré (10k,50 par cent, carré) sur une série d’outils tranchants faisant fonction de pics, et disposés de manière à prendre un mouvement alternatif.
- L’expérience a eu lieu dans la couche d’Allerlon , dont l’épaisseur de 5 pieds 6 pouces (lm,65) est divisée par un lit stérile de 3 pouces (0m,075). La machine, montée sur quatre roues, était placée sur le chemin de fer servant au roulage intérieur, et elle a exécuté le travail le plus pénible du mineur, c’est-à-dire qu’elle a fait, en une passe, une rainure parfaitement rectiligne et d’une profondeur égale sur tous les points; enfin, après un travail consécutif de 2 heures 49 minutes, elle a fait une fouille ayant pour dimensions 22 yards et 2 pieds (20m,40) sur 3 pieds 3 pouces (0“,985) et 3 pouces (0m,075).
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- NOTICES INDUSTRIELLES.
- La machine est entièrement automatique dans tous ses mouvements; elle est solidement construite et sans aucune complication d’organes. Son service peut être fait par un seul homme, qui n’a rien autre chose à faire qu’à commander le mouvement et l’arrêt. En outre de l’économie de main-d’œuvre qu’elle réalise, elle a l’avantage de ne pas faire autant de menu que dans le travail à la main. La pression de l’eau qui sert de moteur peut être augmentée à volonté et dirigée sur un point quelconque de la mine, pourvu que le développement des tuyaux soit suffisamment grand.
- Cette expérience a tellement satisfait les propriétaires de la mine, qu’ils se disposent à faire construire plusieurs machines de ce genre. ( M.)
- (Journal of the Franklin instituiez)
- Méthode pour essayer la pureté de l’arrow-root, par 91. Altiers. —
- Les petits grains des diverses fécules affectent, comme on le sait, des formes particulières qui permettent à un œil exercé et bien armé d’un instrument grossissant de reconnaître avec assez de certitude la plante d’où ils proviennent. Mais si l’on mêle ensemble plusieurs sortes de fécule, ce qui arrive fréquemment dans le commerce pour celle de Maranta (arrow-root), la difficulté d’en faire la distinction devient beaucoup plus grande. L’auteur a donc été heureux de trouver un moyen sûr pour découvrir le mélange de la fécule de pomme de terre ou de l’amidon avec celle de l’arrow-root.
- On prend une partie de celte fécule pure, et on la mêle avec trois parties d’une liqueur d’épreuve composée de deux parties d’acide chlorhydrique à 1,120 de densité et d’une partie d’eau distillée. On agite, à la température ordinaire, pendant environ trois minutes, le mélange qui ne doit pas subir d’altération si l’arrow-root n’est pas sophistiquée.
- L’amidon de froment, au contraire, soumis à un semblable traitement, se change d’abord en une masse gélatineuse, transparente, qui ne tarde pas à devenir plus fluide et qui n’est autre que de la dextrine. La fécule de pomme de terre produit le même effet, si ce n’est que la solution qui se forme exhale une odeur caractéristique bien connue. Cette odeur n’est pas, comme on l’a dit, propre seulement à la vieille fécule de pomme de terre, mais elle appartient aussi à la fécule la plus fraîche, séchée même à l’air libre. Des expériences ultérieures, faites sur des mélanges de cinq parties et même de neuf parties d’arrow-root, et une partie d’amidon ou de fécule de pomme de terre, ont donné des résultats si satisfaisants, que l’on peut faire de cette manière une sorte d’analyse quantitative approximativement exacte.
- Si l’on agile, en effet, pendant quelques minutes, une partie du mélange à essayer avec trois parties de la liqueur d’épreuve mentionnée, cette partie se change en une solution d’autant plus gélatineuse qu’elle contient plus d’amidon ou de fécule. Cette solution, après un repos de deux ou trois heures, laisse déposer l’arrow-root, que l’on recueille sur un filtre, que l’on fait sécher à l’air libre après l’avoir bien lavé, et que
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- l’on pèse enfin pour en connaître la quantité. La propriété que possèdent les grains d’arrow-rool de n’être pas attaqués par l’acide chlorhydrique étendu provient très-probablement de ce que leurs enveloppes sont plus fortes que celles des grains d’amidon ou de fécule de pomme de terre, et ne se gonflent, comme M. Lipmann l’a précédemment observé, qu’à une température plus élevée. ( Ârchiv der Pharmacie et Dingler's polytechnisches Journal.)
- Expériences sur l’ébnllîtion de l’eau, par M. Grove. — M. Grove a fait, il y a quelque temps, des expériences fort intéressantes, consistant à faire bouillir de l’eau pendant fort longtemps, jusqu’à ce qu’il lui parût certain qu’elle était complètement privée d’air. Il la versa alors dans un long tube fermé par en bas et courbé deux fois à angle droit, de manière à représenter trois côtés d’un rectangle. La branche fermée contenait l’eau, à laquelle M. Grove fit encore subir une longue ébullition. Le reste du tube fut ensuite empli d’huile d’olive pure, et l’extrémité de la branche ouverte fut plongée dans un vase contenant de la même huile. Lorsque l’on échauffa l’eau, on vit se dégager des bulles de vapeur qui se condensèrent en traversant l’huile, mais en laissant toujours, après elles, d’autres bulles beaucoup plus petites que l’analyse fit reconnaître pour de l’azote pur. M. Grove en conclut que, si l’on peut chasser l’oxygène complètement, on ne peut expulser entièrement l’azote, et que l’eau absolument exempte de gaz est encore inconnue. L’absence de l’oxygène dans le gaz recueilli pourrait aussi s’expliquer, il est vrai, parla probabilité de son absorption dans l’huile; mais, quoi qu’il en soit, ces expériences viennent à l’appui de l’opinion qui suppose que la vapeur d’eau ne se forme que quand le liquide est en présence de bulles aériformes auxquelles elle se mêle, et dont elle accroît beaucoup le volume.
- (Breslauer Gewerbeblatt, et Dingler’s polytechnisches Journal.)
- (V.)
- • SÉANCES DU CONSEIL D'ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 22 mars 1865.
- Présidence de M. Huzard, membre du comité d’agriculture.
- Correspondance. — M. Caudron, fabricant de cordages, à Malaunay.— Élévateur de sûreté destiné à élever des marchandises d’un étage à un autre sans danger pour les ouvriers. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
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- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- M. Leviau, docteur en médecine, avenue-des Ternes, 22. — Nouveau système de Propulseurs pour la navigation dits Trapèzes propulseurs. (Renvoi au même comité.)
- M. Landeau, rue du Chemin-des-Dames, 18, à Batignolles-Paris. — Collier articulé pour les chevaux. (Renvoi au comité d’agriculture.)
- M. Courtois, serrurier, rue Childebert, 3 et 4. — Système de ferme-porte à torsion latérale. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Marsoulan, rue deReuilly, 40.— Nouvelles machines destinées à foncer, à sécher les papiers peints et à les satiner. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Vernet, à Orange. — Envoi d’une pile de neuf couples dont le corps oxydant est le sulfate de chaux humide, avec un mémoire faisant suite à une précédente communication. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Groult jeune, fabricant de pâtes et farines alimentaires, rue Sainle-Appoline, 12. —Nombreux échantillons de ses produits principalement destinés aux classes ouvrières. (Renvoi au même comité.)
- M. Delamotte, rue du Petit-Musc, 21. — Nouvelle cire factice pouvant remplacer économiquement la cire jaune d’abeilles, dans la plupart de ses applications. (Renvoi au même comité.)
- M. Falconetti, rue Suger, 7. — Nouveau système de stores. (Renvoi au même comité.)
- M. Saurelet comp., rue Poissonnière, 8,— Graisse pour assouplir les cuirs et pour le graissage des machines. (Renvoi au même comité.)
- M. Fleeming Jenking, membre de l’Association britannique.— Lettre par laquelle il donne connaissance de la nouvelle unité de résistance électrique adoptée par la commission de l’Association britannique pour l’avancement des sciences; il engage la Société d’encouragement à concourir à l’adoption de ce nouvel étalon. (Renvoi à la commission du Bulletin.)
- M. Gislain, ingénieur civil, membre de la Société. — Envoi d’une brochure intitulée Du fer et du charbon à Épinac-Autun et environs, et dont il demande l’examen. (Renvoi au comité de commerce.)
- M. Proeschel, géographe.— Envoi d’une carte de la colonie australienne de Victoria qu’il vient de publier, et qui renferme des renseignements importants aux points de vue de l’agriculture, des mines et de l’administration. (Renvoi au même comité.)
- École impériale des ponts et chaussées. — Hommage de la 7e livraison, tome Ier de la collection des dessins distribués aux élèves, avec les légendes explicatives des planches.
- Société d’horticulture d’Amsterdam. — Envoi du règlement concernant l’exposition universelle qui s’ouvrira dans le printemps de 1865 au palais de l’Industrie à Amsterdam.
- S. Exc. M. le Ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics envoie deux exemplaires du 49* vol. des Brevets d invention pris sous l'empire de la loi de 1844
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- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
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- et deux exemplaires du n° 11 du Catalogue des brevets d'invention pris en 1864.
- Rapports des comités. — Gargousses. —- M. Salvétat lit un rapport, au nom du comité des arts chimiques, sur les gargousses fabriquées en matière animale par M. Gras, pharmacien en chef des hospices civils à Toulon.
- M. Salvèlat propose de remercier M. Gras de sa communication et d’insérer son rapport au Bidletin.
- Le rapport est approuvé. (Voir plus haut, p. 275.)
- Machines à gaz liquéfié. — M. Laboulaye lit un rapport, au nom du comité des arts mécaniques, sur un mémoire de M. Buret fils sur des machines à gaz liquéfié proposées comme plus économiques que les machines à vapeur d’eau.
- M. Laboulaye propose d’insérer son rapport au Bulletin et d’envoyer à M. Buret copie de ce rapport, dans lequel il a cherché à établir que, malgré les dispositions ingénieuses qu’a proposées l’auteur du mémoire, il a attaqué un problème insoluble, dans les termes où il l’a posé, à savoir : de construire une machine à gaz ammoniac théoriquement plus économique qu'une machine à vapeur d'eau.
- Ce rapport est approuvé.
- M. Combes complète le rapport de M. Laboulaye, auquel il donne son entière approbation, par des observations sur les machines où l’on emploierait l’ammoniaque ou l’acide carbonique au lieu de l’eau.
- Ces observations sont renvoyées à la commission du Bulletin.
- Fabrication du chocolat. — M. Bois lit un rapport, au nom du comité des arts mécaniques, sur les perfectionnements apportés, par la Compagnie coloniale de Madrid, à une machine inventée par M. Abraham (d’Amiens) pour peser les tablettes de chocolat.
- M. Victor Bois propose de remercier M. Mèric de sa communication et d’insérer son rapport au Bulletin.
- Après quelques observations de détail dont M. le rapporteur tient compte, ce rapport est approuvé. (Voir plus haut, p. 267.)
- Cordes harmoniques à boyaux. — M. Duchesne lit un rapport, au nom du comité des arts économiques, sur les améliorations apportées par M. Savaresse, au point de vue de l’hygiène et de la salubrité publiques, dans la fabrication des cordes à boyaux.
- M. Duchesne propose de remercier M. Savaresse de son intéressante communication et d’insérer son rapport au Bulletin.
- Ce rapport est approuvé.
- Exploitation houillère du Nord. — M. Block lit un rapport, au nom du comité de commerce, sur un tableau synoptique et statistique des Compagnies houillères du Nord et du Pas-de-Calais, rédigé par M. de Baralle, membre de la Société.
- M. Block propose de remercier M. de Baralle de sa communication et d’insérer son rapport au Bulletin.
- Ce rapport est approuvé. (Voir Bulletin de mars 1865, p. 138.)
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- SÉANCES DU CONSEIL D*ADMINISTRATION.
- Nomination de membres. — M. Brüll, ingénieur civil, est nommé membre de la Société.
- Séance du 5 avril 1865.
- Présidence de M. le sénateur Dumas, président.
- Correspondance. — M. Delaroche, rue de Grenelle-Saint-Germain, 41. — Appareil de chauffage de serres, volières, etc., par le gaz. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Humeau, rue de Lancry, 53.— Système de régulateur à gaz, présentant, d’après l’auteur, des avantages, aux points de vue de la sûreté publique, de la salubrité, de la qualité de la lumière et de l’économie. (Renvoi au même comité.)
- M. Caudron, fabricant de cordages, à Malaunay (Eure). —• 1° Perfectionnements dans la fabrication des cordes et application des cordes sans fin à la garniture des presses hydrauliques. 2° Nouveau système propre à faciliter la sonnerie des cloches. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Y abbé Paramelle, à Saint-Céré (Lot). — Moyens propres à arrêter les avalanches des terrains mouvants traversés par les chemins de fer. (Renvoi au même comité.)
- M. Moyon, chaussée de la Muette, 15. — Système de frein pour les omnibus et toutes voitures à deux chevaux. (Renvoi au même comité.)
- M. Chaudun, rue du Château, 27, à Asnières. — Perfectionnements apportés dans la fabrication des amorces et cartouches de chasse et instruments propres à leur chargement et à leur fabrication. (Renvoi au même comité.)
- M. Tricas, distillateur, membre de la Société, rue Neuve-Saint-Merri, 31. — Préparation d’une nouvelle liqueur qu’il appelle Menthana. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Julien, ingénieur, boulevard Beaumarchais, 76.—Envoi de plusieurs exemplaires de son 7e mémoire sur la métallurgie du fer, intitulé Théorie de la trempe. (Remer-eîments et dépôt dans la bibliothèque.)
- M. Lacroix, libraire-éditeur, quai Malaquais, 15. — Envoi de la collection des Annales du génie civil, en demandant l’examen de cette publication. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Tronquoy, chef des travaux graphiques à l’école des ponts et chaussées. — Envoi de la 2e partie de son cours de dessin géométrique et de lavis, en demandant l’examen de cet ouvrage. (Renvoi au même comité.)
- M. Herpin, membre du Conseil. —Programme d’un concours ouvert par la Société du Berry dont le siège est à Paris, rue Bergère, 20, sur le métayage ou fermage par métayers. (Renvoi à la commission du Bulletin.)
- M. Piquet, professeur de mathématiques, rue Cassette, 20. — Notes de mathéma-
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- tiques rédigées conformément au programme officiel de l’école impériale des beaux-arts. (Renvoi à la commission des beaux-arts.)
- M. le Président de la Chambre de commerce de Rouen. — Rapport sur l’emploi du china-grass comme substitut du coton. (Remercîments et dépôt dans la bibliothèque.)
- M. Dumas entretient le Conseil des communications suivantes, savoir :
- M. Melsens, membre de l’Académie royale de Belgique. — Note sur les pyroxyles. (Renvoi à la commission du Bulletin.)
- M. Rohart, fabricant d’engrais, membre de la Société. — Observations sur l’emploi des sels de potasse et de magnésie pris à la mer sous forme d’eaux mères des marais salants, comme pouvant augmenter la production agricole.
- M. le Président appelle l’attention du Conseil sur cette communication qui fait connaître aux agriculteurs un des procédés par lesquels ils peuvent rendre au sol la potasse dont l’ont privé certaines cultures, telles que celle de la betterave. On sait, en effet,que les terrains qui ont perdu une trop forte proportion de potasse ont un rendement inférieur. A ce point de vue la communication de M. Rohart sera insérée utilement dans le Bulletin de la Société.
- M. Justin Lequien fils, directeur de l’école municipale de dessin et de sculpture, rue de Chabrol, 8. — Exposition des travaux de ses élèves; M. Lequien exprime le désir que les membres de la Société veuillent bien, en cette occasion, visiter son école.
- M. Dumas charge de cette visite MM. de Silvestre, Priestley, Silbermann, Barre et Lemaire.
- Société philomathique de Bordeaux. — Envoi de plusieurs exemplaires du programme de la 11e exposition des produits de l’agriculture, des beaux-arts, de l’industrie et des arts industriels pour 1865.
- M. Hermann, mécanicien, membre de la Société, rue de Charenton, 92. — Demande d’examen de plusieurs machines perfectionnées pour la fabrication du chocolat et le broyage ou la pulvérisation de différentes substances, etc. (Renvoi aux comités des arts mécaniques et chimiques.)
- M. René Capiteau, à Moron (Lot-et-Garonne). — Questions relatives aux effets du soufre sur les personnes et sur la vigne. (Renvoi au comité d’agriculture.)
- Fondation, à Paris, d’un institut-modèle pour l’instruction simultanée des sourds-muets et des entendants-parlants. — Recommandé par M. Dumas à toute l’attention du comité des arts économiques.
- M. Rose, directeur du dépôt de la cristallerie de Baccarat, donne avis que la compagnie de Baccarat s’inscrit pour la somme de 1,000 francs pour la fondation d’une caisse de secours en faveur des hommes ou des familles ayant rendu quelques services à l’industrie de la verrerie et de la céramique.
- Rapports des comités. — M. le baron Thénard lit un rapport sur l’appareil de MM. Petit et Robert de Saintes pour l’extraction, par une addition d’eau, du jus de raisin destiné à la distillation.
- Tome XII. — 64e année. 2e mie.
- Mai 1865.
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- M. Artur, membre de la Société, cite des faits et ajoute quelques observations tirées de la pratique de la fabrication du cidre, à l’appui du rapport de M. Thénard
- M. Dumas remercie M. Artur et lui demande une note pour le Bulletin. Il lui paraît utile, en effet, de propager les idées que vient de rappeler M. Artur, et qui démontrent que les presses mécaniques, quelle que soit leur puissance, ne produisent pas ce que donne 10 pour 100 d’eau ajoutée à la pulpe. M. Dumas a introduit cette pratique, il y a trente ans, dans la fabrication du sucre de betteraves et elle y est restée.
- Après ces observations, le rapport est approuvé. (Insertion au Bulletin.)
- M. le Président appelle l’attention du Conseil sur la nécessité de faire, d’ici à l’époque de l’Exposition universelle, des rapports sur les travaux qui sont soumis à la Société. On sait, en effet, que les membres des différents jurys considèrent ces rapports comme un élément très-important de leurs décisions.
- Il est donc fort à désirer, dans l’intérêt surtout des personnes qui se sont adressées à la Société d’encouragement, que les comités veuillent bien se mettre à jour pour les affaires en retard et s’occupent activement des affaires nouvelles.
- M. le Président recommande ces observations à toute l’attention des comités.
- Communications. — Charpente suspendue. — M. Baude, membre du Conseil, fait une communication sur un système de charpente suspendue de MM. Lehaitre et de Mon-désir. Ce système, qui n’est autre que celui des ponts suspendus, présente, suivant les auteurs, de grands résultats économiques quand il est appliqué pour la couverture de bâtiments occupant une grande surface, tout en donnant à ces constructions autant d’élégance que de légèreté. M. Baude entre dans quelques détails sur les diverses formes que peut affecter ce système de charpente, qui lui paraît être d'un grand intérêt pour les-constructions, si fréquemment réclamées, de hangars à bon marché.
- M. le Président remercie M. Baude de sa communication, qui est renvoyée à la commission du Bulletin.
- Dissolution des couleurs d’aniline sans alcool.— M. Gaultier de Claubry, membre du Conseil, fait la communication suivante :
- « Parmi les couleurs que fournissent l’aniline et ses congénères, la naphtaline, le pétrole, les composés phéniques, etc., il ne s’en trouve que deux, la fuchsine et le bleu de Perkins, solubles dans l’eau; toutes les autres ne se dissolvent que dans l’alcool, dont le prix élevé augmente, dans un très-grand rapport, la valeur des teintures.
- « M. Gaultier de Claubry est parvenu à les dissoudre dans l’eau, à l’aide d’un grand nombre de substances qui ont pour caractère commun d’épaissir l’eau ou de la faire mousser; les extraits de l’écorce dite depanama et de racine de saponaire d’Égypte sont ceux qui agissent le mieux : l’extrait obtenu avec cette dernière, trituré convenablement avec les matières tinctoriales, les rend très-rapidement solubles.
- « On teint dans ces dissolutions sans aucun soin particulier, et, à l’aide des produits habituellement employés, on modifie les teintes et on fixe les couleurs comme dans le
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- travail avec l’alcool. Dans l’emploi de ce dissolvant, l’eau du bain tendant à précipiter le produit colorant et le dégagement de l’alcool par la chaleur augmentant cet effet, il est difficile d’obtenir des teintes parfaitement unies, et une partie de la couleur adhère seulement aux fils et aux tissus qui tachent le linge par le frottement.
- «Dans le procédé de M. Gaultier de Clauhry ces deux inconvénients disparaissent.
- «Le prix élevé de l’alcool a conduit à le remplacer par Y esprit-de-bois qui exerce sur la santé des ouvriers une action nuisible. La continuité d’action des vapeurs alcooliques elles-mêmes est loin de rester indifférente; c’est donc un service important rendu sous le point de vue de l’hygiène des ateliers que la substitution, à ces produits, de substances qui n’exercent aucune action nuisible. »
- Pour démontrer la facilité avec laquelle ses modes de traitement peuvent être appliqués, M. Gaultier de Claubry dissout, sous les yeux du Conseil, du violet d’aniline et teint de la laine. Des brevets ont été pris en France et à l’étranger.
- M. le Président remercie M. Gaultier de Claubry de sa communication.
- Machine pneumatique. — M. Deleuily membre de la Société, présente une machine pneumatique construite d’après un nouveau principe, et qui peut servir également de pompe de compression jusque dans la limite de deux atmosphères, comme elle peut puiser un gaz dans un récipient pour le comprimer dans un autre sans perte sensible. Le petit modèle mis sous les yeux de la Société enlève, par tour de roue, 1 litre 1/2 d’air, et son prix est de 500 fr.
- Nominations. — Sont nommés membres de la Société MM. Davelouis, Parisot, Aubin, Léon Say, Hardy, Legentil fils, Schlumberger [Édouard-Albert).
- Séance du 19 avril 1865.
- M. le baron Séguier, vice-président, et M. le sénateur Dumas, président, occupent successivement le fauteuil.
- Correspondance. — M. Verd, rue Monsieur, 6, à Lyon. — Moyens d’arrêter sans danger un convoi sur chemin de fer à niveau. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Càbourg, rue Yauvilliers, 2 et 4.— Machine pour Yisser les chaussures. (Renvoi au même comité.)
- M. Albert Gabriel, à Lorgues (Yar). — Table pour la réduction des bois équarris en pieds cubes, etc. (Renvoi au même comité.)
- M. Peraux, négociant à Nancy. — Mesure et division des cercles à l’aide du compas. (Renvoi au même comité.)
- M. Louis Croct à Aubusson. — Exposition de ses titres au prix fondé par M. Alexandre pour la fabrication d’une encre à écrire. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
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- M. Lefèvre, route de Versailles, 14. — Allumage et extinction instantanée de l’éclairage au gaz au moyen de l’électricité. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Mège-Mouriès. — Note sur la fabrication des savons et des acides gras propres 5 la confection des bougies. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- M. Georges Martin, rue Chaptal, 10. — Brochure sur le pont d’El-Kantara, à Constantine. Demande l’examen du procédé de construction décrit dans cette notice. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Leperche, entrepreneur de serrurerie à Nanterre. — Châssis à tabatière pour toitures. (Renvoi au même comité.)
- M. Eugène Gilles, rue Jacob, 2. — Appareil destiné à favoriser le tirage des cheminées. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Barreswil, membre du Conseil.— Note de M. Klenck, de Mulhouse, sur l’auberge des voyageurs pauvres de cette ville.
- Voici les principaux détails contenus dans cette note :
- L’auberge dont il s’agit a été fondée par M. Jean Dollfus en 1859. Depuis cette époque, elle a donné asile à 15,758 voyageurs des deux sexes, de toute condition et de tout âge. Le relevé de l’année 1864 indique que 3,786 voyageurs, dont 264 femmes et 208 enfants, y ont reçu l’hospitalité.
- Les hommes sont couchés sur des lits de camp garnis de paillasses et de couvertures; les femmes et les enfants dans des lits, ainsi que les malades. Les salles sont bien chauffées l’hiver et suffisamment aérées l’été; on y trouve, en outre, quelques livres et quelques journaux de la localité.
- On accorde à chaque hôte le gîte pour une nuit, un souper, un déjeuner, et, le matin au départ, du pain et 20 centimes. Il arrive souvent qu’aux plus nécessiteux on remet, avant le départ, une chemise ou une paire de souliers. Il est extrêmement rare qu’un désordre s’y produise ; il est arrivé même que des voyageurs, ayant trouvé dans la journée la place qu’ils cherchaient, ont renoncé aux 20 centimes qui leur avaient été alloués.
- Tout voyageur qui a reçu l’hospitalité ne peut plus se représenter avant un délai de six semaines.
- M. de Milly, membre de la Société, fait connaître le résultat de la souscription qu’il a ouverte, avec l’agrément du Conseil de la Société, dans Vindustrie stéarique, à l’effet de soulager les personnes malheureuses appartenant ou ayant appartenu à cette industrie. Le montant de la souscription s’élève jusqu’à ce jour à 3,150 fr., déposés par M. de Milly entre les mains de M. le Trésorier de la Société, et qui proviennent de la souscription de MM. A. de Milly à Saint-Denis, Dubois h Montreuil, Gaillard à la Briche-Saint-Denis, Laurent à Saint-Laurent-lez-Mâeon, Leroy et Durand à Gentilly, Petit frères et Lemoult à Grenelle, Elzear Santonoie à Dôle (Jura), Tibou-mery à Vaugirard.
- Cette somme et celles qui proviendront des souscriptions ultérieures devront être
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- converties en obligations de chemins de fer, dont les intérêts serviront à donner les secours que le Conseil de la Société jugera convenable d’accorder.
- Rapports des comités. — Fabrication du chocolat. — M. Payen lit un rapport, au nom des comités des arts chimiques et économiques, sur la fabrication et le commerce du chocolat de MM. Pelletier et comp.
- Sous certaines réserves indiquées dans son rapport, et considérant l’importance et la régularité de leur fabrication, M. Payen propose de remercier MM. Pelletier et comp. de leur communication et d’insérer son rapport au Bulletin.
- Ce rapport est approuvé.
- Adjonction de membres. — M. Natalis Rondot demande, au nom du comité de commerce, que des membres adjoints soient attachés à ce comité, que le nombre de ces membres soit fixé, dès à présent, à quatre, et que le comité soit autorisé à présenter, dès à présent, dans le délai statutaire, des candidats pour les deux premières places. Enfin M. Natalis Rondot demande l’insertion de son rapport au Bulletin, afin de rappeler aux membres de la Société et au public que les questions de commerce et de crédit n’ont pas cessé d’appartenir au programme de la Société d’encouragement.
- Après l’échange de quelques observations, le Conseil adopte les conclusions du rapport et décide, en outre, que ce rapport sera inséré par extrait au Bulletin.
- Tiroir équilibré. —M. Bois lit, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur un tiroir équilibré de M. Beyer, et applicable, d’après l’inventeur, aux moteurs à vapeur, à air ou à gaz.
- M. Bois propose de remercier M. Beyer de son intéressante communication, d’insérer son rapport au Bulletin avec un dessin de l’appareil appliqué pratiquement, et la description des autres dispositions proposées par M. Beyer.
- Ce rapport est approuvé.
- Chardon minéralisé. — M. Alcan lit, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur le procédé de M. Gohin pour minéraliser le chardon végétal employé à l’apprêt des lainages.
- M. Alcan propose de remercier M. Gohin de sa communication et d’insérer son rapport au Bulletin.
- Ce rapport est approuvé.
- Engrais Mosselman. — M. Chevallier lit, au nom du comité des arts chimiques, un rapport sur les procédés employés par M. Mosselman pour utiliser les urines et les matières fécales, et les convertir en compost applicable à l’agriculture.
- M. Chevallier propose de remercier M. Mosselman de sa communication et d’insérer son rapport au Bulletin.
- M. Balard fait observer que, pour que Je procédé soit utile, il faut que la désinfection ait lieu au moment de la production des matières; or cette opération doit présenter de grandes difficultés dans les maisons particulières.
- M. le Président reconnaît, dans une certaine mesure, l’utilité des procédés de
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- M. Mosselman, mais il pense que ce procédé ne peut être réellement mis en pratique que dans de grands établissements, tels que casernes, écoles, marchés, partout enfin où l’on peut faire surveiller journellement, et par un ouvrier chargé de ce service, les cabinets et les fosses d’aisances. Les observations de M. Balard sont donc parfaitement fondées. Dans un moment où la ville de Paris se préoccupe très-vivement, à tous les points de vue, des améliorations que doit y recevoir le service des vidanges, il serait regrettable, peut-être, que la Société d’encouragement préconisât un procédé qui ne peut guère être appliqué pratiquement au service d’une ville. Il ne faut pas perdre de vue que le procédé de M. Mosselman est surtout applicable aux matières récentes, et qu’il ne l’est 'pas, au même degré, aux matières fermentées pour lesquelles conviennent mieux d’autres procédés et qui constituent à peu près la totalité des vidanges de Paris.
- Après celte discussion, et conformément aux intentions du Conseil, M. Chevallier modifie les conclusions de son rapport dans le sens des observations de M. le Président.
- Le rapport ainsi modifié est approuvé.
- Glu marine. — M. Chatin lit, au nom du comité d’agriculture, un rapport sur les applications, faites par Mme veuve Audouin, de la glu marine à l’arboriculture.
- M. Chatin propose de remercier Mme Audouin de sa communication et d’insérer son rapport au Bulletin.
- M. Natalis Bondot fait observer que la glu marine est connue depuis longtemps en Chine, dans l’Inde et au Japon ; les papiers de tenture et le papier à écrire en sont revêtus. On cherche même à introduire ce produit dans l’apprêt des étoffes, et cette application empêche leur destruction dans les mêmes conditions que la glu marine de Mme Audouin. Du reste, ajoute M. Rondot, cette substance provient des algues marines, qui donnent des gelées servant à la nourriture des habitants et ayant des applications dont il vient de parler.
- M. Chatin répond que la substance citée par M. Rondot n’a pas la moindre analogie avec la glu marine de Mm# Audouin. Cette glu est un mélange de matières pyrogénées et hydrocarbonées et nullement gélatineuses. En résumé, ajoute M. Chatin, la glu des Chinois a pour base des matières gommoïdes solubles dans l’eau; celle de M.me Audouin est, au contraire, formée de substances résinoïdes insolubles dans l’eau, mais solubles dans l’alcool. Au point de vue chimique, il n’y a donc, il le répète, aucune analogie entre ces deux substances.
- M. le Président, en faisant observer que la glu marine peut être également appliquée sur le fer avec plus de succès, peut-être, que sur le bois, prie M. Rondot de vouloir bien rédiger pour le Bulletin une note concernant la substance employée en Chine et dont le véritable nom lui semblerait devoir être Gelée marine.
- Le rapport de M. Chatin est approuvé.
- Torréfacteur du café. — M. Herpin lit, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur un appareil à torréfier le café, de M. Beauvillez.
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- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
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- M. Herpin propose de remercier M. Beauvillez de sa communication et d’insérer son rapport au Bulletin.
- Ce rapport est approuvé.
- Nominations. — Sont nommés membres de la Société M. Gay, Proeschel, Duchemin, Caudron.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
- La Société d’encouragement a reçu, dans les séances des 8 et 22 mars, 5 et 19 avril, les ouvrages dont les titres suivent :
- Ouvrages offerts à la Société.
- Annales du commerce extérieur. Mars.
- Annales de l’agriculture française. N03 3 à 6.
- Annales des mines. Livr. 3, 4, 5 de 1864.
- Annuaire de la Société météorologique de France. Bulletin des séances. Feuilles 22 à 30. T. XII. Annuaire de l’Institut des provinces. Année 1865.
- Annales télégraphiques. Mars, avril.
- Annales du génie civil. N* 3.
- Bulletin des séances de la Société impériale et centrale d’agriculture de France. N * 1-2. Bulletin de la Société française de photographie. Février, mars.
- Bulletin du musée de l’industrie. Décembre 1864 et janvier, février 1865.
- Bulletin de la Société industrielle d’Amiens. N° 2, 1865.
- Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse. Décembre 1864.
- Bulletin de la Société protectrice des animaux. Février, mars.
- Brevets d’invention (loi d’invention). Tome XLIX.
- Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des sciences. N1-8 8 à 15 Courrier des sciences (le), par M. Victor Meunier. Nos 9 à 16.
- Catalogue des brevets d’invention. N° 11, 1864.
- Cultivateur de la Champagne (le). Février, mars.
- École impériale des ponts et chaussées. Collection des dessins distribués aux élèves, 7e livr., t. Ier. Génie industriel (le), par MM. Armengaud frères. Mars, avril.
- Journal d’agriculture pratique, par M. Barral. Nos 4 à 7.
- Journal des fabricants de sucre. N03 46 à 53.
- Journal des fabricants de papiers. Mars, avril.
- Journal de la Société impériale et centrale d’horticulture. Février, mars.
- Journal de l’éclairage au gaz. Nos 23, 24, et n» 1 de la 14e année.
- Journal d’éducation populaire. Janvier.
- Journal des inventeurs. Mars, avril.
- La Lumière. Nos 5, 6.
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- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
- Moniteur scientifique (le), par le docteur Quesneville. Livr. 196.
- Mondes (les), par M. l’abbé Moigno. Livr. 8 à 15.
- Mémoires et compte rendu des travaux de la Société des ingénieurs civils. Octobre, novembre, décembre 1864.
- Propriété industrielle (la). NoS 374 à 381.
- Presse scientifique des deux mondes (la). Nos 5 à 7.
- Précis analytique des travaux de l’Académie impériale des sciences, belles-lettres et arts de Rouen. Années 1863-1864.
- Revue agricole, industrielle, etc., de Valenciennes. Décembre 1864, et janvier, février 1865. Revue générale de l’architecture et des travaux publics, par M. César Daly. N°» 11,12.
- Revue universelle des mines, de la métallurgie, etc., sous la direction de M. Ch. de Cuyper. lre livr., 9e année.
- Société des ingénieurs civils. Séance du 3 mars.
- Société industrielle de Mulhouse. Rapport annuel, br.
- Technologiste (le), par MM. Malepeyre et Vasserot. Mars, avril.
- American Artizan. N0’ 41 à 48.
- Journal of the Franklin institute (the). Janvier, février.
- Journal of the Society of arts (the). Nos 643 à 647.
- Newton’s London Journal. Mars, avril.
- Incoraggiamento (1’), par le professeur S. de Luca. Nos 1, 2.
- Photographic Journal (the). N05 155, 156.
- Polytechnisches Journal von Dingler. Nos 1010 à 1012.
- Revista de obras publicas. NoS 5 à 7.
- Société royale de Naples. Février.
- Verhandlugen des Bereins. Novembre et décembre 1864.
- Des odeurs, des parfums et des cosmétiques, par M. Piesse, traduit de l’anglais, par M. O. Réveil, 1 vol. in-12, Baillière et fils, édit.
- Rapports sur l’emploi du china-grass comme substitut du coton ( Chambre de commerce de Rouen), br.
- Abonnements.
- Annales de chimie et de physique. Février, mars. Annales des ponts et chaussées. Juillet, août 1864. Journal des économistes. Mars, avril.
- The Artizan. Mars, avril.
- The Mechanic’s Magazine. Février.
- The Chemical News. Nos 270 à 278.
- The practical Mechanic’s Journal. Mars, avril.
- The Teclmologist. Mars, avril.
- PiRIS. — IMPRIMERIE DB MADAME VEUVE BOUCHARD-HUZARD, RUE DR l’ÉPEROW, 5. — 1865.
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- 64 ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOME XII. — Juin 1865.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- COMITÉ DE COMMERCE.
- Extrait d’un rapport fait par M. Natalis Rondot, au nom du Comité de Commerce, sur la nécessité de nommer des membres adjoints à ce comité.
- ...Le Comité de Commerce s’honore d’avoir compté, parmi ses membres,
- Dupont (de Nemours), le célèbre économiste, l’ami et le conseiller de Turgot, Regnaud de Saint-Jean-d’Àngely, Vital-Roux, Portai, Davillier, Yincens, Legentil, le comte Jollivet, qui est un des bienfaiteurs de la Société.
- De tels hommes, dont le zèle, le dévouement aux intérêts publics ne sont pas moins connus que le talent, n’auraient pas manqué aux devoirs de leurs fonctions, si l’occasion s’était offerte de remplir ces devoirs.
- Serait-il vrai qu’au comité de commerce n’est attribué qu’un domaine étroit et infécond?
- Non, certes. Il serait plus exact de dire que le cercle de ses études et de son action est le plus étendu. C’est à lui que ressortissent naturellement la plupart des questions le plus ardemment débattues de nos jours.
- Si nous écartons même la grande et délicate question de la liberté du commerce qui a causé ici même de si vives agitations, nous trouvons encore en face de nous les problèmes incessants qui se rattachent au crédit, à l’association, aux sociétés commerciales, aux assurances, à l’exploitation des chemins Tome XII. — 64® année. 2® série. — Juin 1865. 41
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- 322 COMITÉ DE COMMERCE.
- de fer, à l’enseignement du commerce, aux colonies, aux services de navigation et aux établissements de commerce à l’étranger, aux entreprises destinées à ouvrir à l’industrie, à l’agriculture, au commerce et au pavillon de la France des ressources, des débouchés et des marchés nouveaux.
- Voilà, Messieurs, un champ pour ainsi dire sans limites, et vous devez comprendre que votre Comité de Commerce soit plutôt disposé à le restreindre qu’à l’agrandir.
- Nous estimons, en effet, qu’il ne nous appartient pas d’aborder les sujets qui rentrent dans le domaine de la science économique pure ; nous regretterions même d’être mis en présence de ces questions d’un ordre moins élevé, liées à la pratique du commerce et du crédit, mais qui sont tellement larges et complexes, tellement subordonnées pour leur solution à des nécessités ou à des obligations supérieures, que, à supposer que nous pussions aborder ces épineuses discussions, ce serait, selon nous, dépasser le but de notre institution que de quitter le terrain des appréciations certaines.
- Ce que nous souhaitons, ce qui nous paraît rentrer dans le cadre des travaux de la Société, c’est de voir arriver à notre Comité des questions spéciales, nettement définies, sur lesquelles il puisse, dans la mesure de son zèle et de son expérience, donner des avis utiles. Les questions de cette nature abondent. En ce moment même, n’y en a-t-il pas un grand nombre qui sont offertes à l’étude, à l’examen, à la controverse, et sur lesquelles on ne saurait trop appeler l’attention des esprits amis du progrès, mais sensés, prudents et désintéressés ?
- Ne faut-il pas s’étonner que personne ne soit venu vous entretenir de notre commerce extérieur ; notre commerce extérieur, qui s’élève à près de sept milliards, qui a doublé en dix années : progrès énorme, mais plus intéressant encore, si nous considérons que, dans cet espace de temps, l’accroissement a été de 66 pour 100 en Angleterre et de 80 pour 100 en France? Ainsi, nous avons marché à plus grands pas que les Anglais. Nos exportations seules représentaient 3 milliards et demi en 1863, elles auront peut-être atteint 1 milliards en 1864, et cet essor ne s’arrête pas. C’est que dans les conditions difficiles, et peut-être salutaires, que les traités de commerce font à notre industrie, celle-ci a fait tant d’efforts, prouve une telle virilité, déploie un tel génie, que non-seulement elle contient, jusqu’à présent, dans d’étroites limites, la concurrence des manufactures étrangères, mais elle s’affermit sur les marchés étrangers et en conquiert de nouveaux. Toutefois, et c’est là le motif de nos remarques, la puissance de production et d’expan-
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- COMITÉ DE COMMERCE.
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- sion de notre industrie devient si grande, que ces accroissements ne lui suffisent plus. Elle s’attaque de plus près aux industries rivales, elle veut de plus larges débouchés, elle cherche à prendre place sur des marchés qui lui sont encore ou fermés ou inconnus. Chaque année, de nouveaux traités de commerce viennent en aide à ce mouvement merveilleux; chaque année, s’étend notre commerce avec l’Inde, la Chine, le Japon, l’Australie ; mais combien il reste à faire dans celte voie féconde ! Combien de contrées même rapprochées de nous donneraient à nos produits de nombreux consommateurs, si elles étaient mieux explorées, si surtout, par des efforts réitérés et persévérants, on obtenait l’abaissement de leurs tarifs de douane! Bien des hommes ardents et généreux poursuivent ces recherches et ces entreprises, et nous sommes certains de n’être pas désavoués par vous en disant que toujours des services de cet ordre vous trouveront sympathiques, que vous serez heureux d’avoir à les apprécier, à les encourager, à les récompenser.
- Messieurs, les idées, les vœux que nous exprimons ont-ils eu ici, à quelque époque, un commencement d’accomplissement? Non, jamais. Rien de pareil, rien de sérieux, du moins, n’a été porté devant vous,
- En fait, le Comité de Commerce n’a eu à examiner que des méthodes de tenue de livres, des projets de sociétés, des statistiques, et j’ai le regret de dire que, dans la plupart des cas, il a jugé qu’il n’y avait pas lieu de vous en entretenir.
- Est-ce au Comité de prendre l’initiative ? Est-ce à lui d’inscrire à son ordre du jour l’étude de quelques-unes des questions que je vous ai indiquées rapidement.
- Nous ne le pensons pas. Celte initiative peut s’exercer utilement sans doute, et nous le désirons ardemment ; nous espérons quelle se produira dans notre sein, qu’elle aura de bons effets, qu’elle ouvrira cette carrière nouvelle dans laquelle la Société, qui a déjà rendu tant de services par ailleurs, peut et doit en rendre tant d’autres.
- Mais ce n’est pas sur le bon vouloir et le zèle de quelques-uns qu’il faut fonder l’espoir de ce développement nécessaire de nos travaux et de nos services. C’est en étant en rapport direct avec le public par les communications libres et incessantes de celui-ci, que le Comité de Commerce peut prendre, dans l’ordre de ses attributions, sa part de l’œuvre commune.
- Une Société comme la nôtre, qui a devant elle une grande carrière et Cavenir, doit être ordonnée de manière à suffire à toutes les éventualités. Il y a des moyens divers d’encourager l’industrie, et pour l’industrie, vous
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- ARTS ÉCONOMIQUES.
- le savez tous, Messieurs, l’extension du commerce est un des plus efficaces encouragements.
- Jusqu’à présent, la Société d’encouragement n’a pas touché à l’étude des grandes entreprises de commerce, et cependant elle eût apporté, dans des discussions importantes que nous n’avons pas à rappeler, l’appui, l’autorité d’avis fondés sur une connaissance approfondie des intérêts de nos fabriques et de notre agriculture. En de tels cas, elle eût rempli son rôle, elle eût été utile. Ce qu’elle n’a pas eu occasion de faire hier, elle peut le faire demain ; elle ne peut pas, au moins, renoncer à accomplir son œuvre dans toute son étendue.
- Au contraire, de récents exemples nous autorisent à espérer que notre Société agrandira sa tâche plutôt que de la resserrer, et qu’elle ne choisira pas, pour effacer du programme de ses travaux les questions de commerce et de crédit, le temps de la plus grande expansion du commerce et du crédit dans notre pays.....
- Signé Nalalis Rondot, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 19 avril 1865.
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- Rapport fait par M. Herpin, au nom du comité des arts économiques, sur un torréfacteur pour le café, de M. Reauvillez, rue de Bercy, 13.
- Messieurs, la torréfaction du café a pour objet de développer le principe aromatique contenu dans cette graine.
- Mais si simple que paraisse cette opération, elle doit cependant satisfaire à plusieurs conditions essentielles et indispensables.
- Dans les appareils ordinaires, on grille le café dans un cylindre en tôle, exposé à l’action directe du feu et tournant sur son axe.
- Il arrive souvent, lorsque le mouvement de rotation n’est pas régulier, qu’une partie des grains est carbonisée, tandis que l’autre n’est pas suffisamment torréfiée, ce qui donne un produit fort inégal.
- On a cherché à remédier à ces inconvénients, en torréfiant le café au moyen d’appareils de formes et de constructions diverses. Le Bulletin de la
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1867.
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- Société (lre série, t. XXXVI, 1837, p. 449) fait mention d’un appareil à griller le café, qui est construit en porcelaine.
- Le torréfacteur de M. Beauvillez se compose de deux cylindres concentriques, tournant en sens inverse sur un même axe. Le cylindre intérieur qui contient le café est en toile métallique ; il est distant du cylindre extérieur, en tôle, de 0m,03, de sorte que le café n’est point exposé à l’action directe du feu; il est seulement en contact avec l’air chaud, qui opère la torréfaction de la graine.
- Ces cylindres sont placés dans un fourneau portatif, disposé de telle sorte que la fumée et les vapeurs du café, réunies, s’échappent par un tuyau particulier, qui les conduit au dehors ou dans un tuyau de cheminée, sans répandre d’odeur dans l’appartement.
- Lors de l’expérience qui a été faite en notre présence, la torréfaction d’une quantité de 7 à 8 kilog. de café a eu lieu assez rapidement (environ 3/4 d’heure, avec une faible dépense de combustible), et d’une manière très-égale, sans difficulté ni tâtonnement. Le café avait une belle couleur, sa torréfaction était uniforme, et son arôme était convenablement développé.
- Nous pensons que l’appareil de M. Beauvillez peut être employé avantageusement pour la torréfaction, en grand, du café dans les établissements et chez les industriels qui ont un débit un peu important de ce produit.
- Nous avons l’honneur de vous proposer, Messieurs, de remercier M. Beauvillez de sa communication, et d’insérer le présent rapport dans le Bulletin.
- Signé Herpin, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 19 avril 1865.
- EXPOSITION UNIVEBSELLE DE 1867.
- NOMINATION DES MEMBRES DESTINÉS A COMPLÉTER LA COMMISSION IMPÉRIALE.
- Dans sa séance du 10 juin, la Commission impériale a procédé, conformément aux statuts de l’association de garantie, à l’élection des dix-neuf souscripteurs appelés à compléter la liste de ses membres.
- Les nouveaux membres de la Commission impériale sont :
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- Albuféra (le duc d’), président de la compagnie du canal de Suez.
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- NOTICES INDUSTRIELLES.
- Brosset (aîné), fabricant d’étoffes de soie, président de la Chambre de commerce de Lyon.
- Chevandier de Valdrôme, propriétairé, silviculleur.
- Dailly (Adolphe), agriculteur.
- Desfossé, fabricant de papiers peints, membre du Conseil municipal de Paris.
- Guihal, fabricant de caoutchouc, juge au Tribunal de commerce de la Seine.
- Gros (Aimé), fabricant de tissus à Wesserling (Haut-Rhin).
- Halphen (Georges), négociant à Paris.
- Kuhlmann, fabricant de produits chimiques, président de la Chambre de commerce de Lille.
- Le Roux (Alfred), vice-président du Corps législatif, président de la compagnie des chemins de fer de l’Ouest.
- Maës, fabricant de cristaux, membre de la-Chambre de commerce de Paris.
- Marne (Alfred), imprimeur-éditeur, vice-président de la Chambre de commerce de Tours.
- Pastré, armateur, président de la Chambre de commerce de Marseille.
- Perdonnet, directeur de l’École impériale centrale des arts et manufactures.
- Pereire (Emile), président de la compagnie des chemins de fer du Midi.
- Rondot (Natalis), délégué de la Chambre de commerce de Lyon.
- Rothschild (le baron James de), président de la compagnie des chemins de fer du Nord.
- Sallandrouze de Lamornaix (Octave), fabricant de tapisseries, maire d’Aubusson.
- Talabot (Paulin), directeur général de la compagnie du chemin de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée.
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Note sur la décortication du blé, par If. Davis on.— M. Davison, dans un mémoire lu devant l’Association britannique pour l’avancement des sciences, après avoir décrit les différentes parties qui constituent un grain de blé, a discuté les avantages que présente la décortication.
- Suivant lui, quand on moud aussi fin que possible, et quand on garnit les blutoirs avec les soies les plus serrées, on obtient, en farine très-nourrissante, de très-bonne odeur, et même plus riche en azote, 90 pour 100 du blé décortiqué que l’on a employé. La mouture ordinaire laisse dans le son la partie la plus nutritive du blé, et ne donne
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- que 78 ou 80 pour 100 de farine. La méthode proposée permet, au reste, de fabriquer des farines de différentes sortes, dont la plus blanche est la moins nutritive, comme dans la moulure ordinaire. Il vaut donc mieux ne fabriquer qu’une seule sorte de farine ; le pain qui en provient est, d’ailleurs, plus sain pour les enfants.
- On opère la décortication complète au moyen d’une machine dite de Poissant, dont l’effet principal est de frotter les grains les uns contre les autres. La machine consiste en deux plateaux tournant avec une vitesse de 300 à 400 révolutions par minute, et effleurant le grain qu’ils dépouillent ainsi du son. La poussière est enlevée au moyen d’un ventilateur. Avant d’introduire les grains dans l’appareil, on les plonge dans l’eau froide, on les laisse égoutter pendant quatre ou cinq minutes, puis on les verse dans la trémie. Après la décortication, et avant la mouture, il convient de sécher complètement les grains dans un courant d’air chaud.
- Le blé décortiqué et conservé dans l’obscurité paraît être à l’abri du charançon.
- La machine est simple, peu coûteuse, durable, et peut être mue par une force quelconque, même par les bras de l’homme. Les sons peuvent donner un papier ressemblant à du parchemin.
- (Preussische Annalen der Landwirthschaft, et Dingler’s polytechnisches Journal.)
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- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 3 mai 1865.
- Présidence de M. Amédée-Durand, vice-président.
- Correspondance. — MM. Rogé et Millet, constructeurs-mécaniciens, membres de la Société. — Appareil à cintrer les rails de chemin de fer. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Slorms, impasse Saint-Sébastien, 1.— 1° Ébauchoir pour la statuaire; 2° appareil qui permet aux plantes de s’arroser quand elles en ont besoin. (Renvoi au même comité.)
- M. Serrin, à Neuilly-en-Thelle.— Piège perpétuel pour les souris. (Renvoi au même comité.)
- M. Mauban, rue Saint-Severin ,4. — Bidon-siphon à air comprimé pour chemin de fer et burette-siphon. (Renvoi au même comité.)
- M. Dumesnil, rue Muller, 3, à Montmartre. — Système pour garantir les vases fra-
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- giles. — Caisse garnie pour éviter la casse dans les transbordements des colis. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Malo.— Épuration des huiles minérales. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- M. Sabaüier. — Nouveau système de cuisine distillatoire exécuté pour le vaisseau la Ville de Lyon. (Renvoi à la commission du Bulletin.
- M. E. Barrault, membre de la Société. — Renseignements sur les travaux de M. Croc, candidat pour le prix fondé par M. Alexandre pour la fabrication des encres. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- M. Boucherot, quai Impérial, 30, à Puteaux. — Demande que sa brasserie soit visitée par une commission de la Société. (Renvoi au même comité.)
- M. Chouet, rue Saint-Dominique-Saint-Germain, 114. — Procédé pour la conservation de la chaux et des tuiles. (Renvoi au même comité.)
- M. Eug. Veron. — Ouvrage intitulé les Associations ouvrières de consommation, de crédit et de production en Angleterre, en Allemagne et en France. — Demande l’examen de cet ouvrage. (Renvoi au comité de commerce.)
- M. Ernest Pariset, fabricant de soieries à Lyon.— Hommage de l’ouvrage qu’il vient de publier sur Y Histoire de la soie.
- M. Gaultier de Claubry, membre du Conseil, présente, au nom de M. Guibert, des échantillons d’un vernis destiné à la conservation des bois au sein de l’eau de mer, et d’une caisse en bois blanc recouverte partiellement de ce vernis et dont la partie libre est profondément corrodée par les tarets.
- Le doublage des navires avec des lames de cuivre ou de fer préserve le bois de ce genre d’altération; mais, en même temps qu’il occasionne de grands frais, si on rend le doublage négatif, des zoophytes et des plantes diverses s’y attachent en si grande quantité, qu’ils retardent la marche des bâtiments.
- Le vernis signalé fait disparaître ces divers inconvénients, et son emploi sur un grand nombre de navires a démontré ses avantages; il en est de même pour la conservation des poteaux. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- M. Peligot, l’un des secrétaires, dépose sur le bureau un échantillon de sel raffiné de la fabrique de sels de Yarangeville (Meurthe). Le propriétaire, M. Daguin, a pensé qu’en créant la vente, comme produit de luxe, du sel de belle qualité il arriverait peu à peu à donner au public le désir d’avoir du sel pur pour les besoins domestiques, comme en ont les Anglais.
- M. Peligot rappelle, à l’occasion de cette communication, qu’il a vu, dans une manufacture importante, mêler de la terre glaise avec le sel blanc pur, dans le but de rendre celui-ci acceptable par les consommateurs de Paris qui sont habitués à n’employer que le sel gris de l’Océan. (Renvoi au même comité.)
- M. le Secrétaire présente, au nom de MM. Duponchel et Gosse, négociants en verrerie, divers spécimens de verrerie pour lustre fabriqués à Meysenthal (Meurthe). Au moment où les traités de commerce vont permettre aux produits de celte espèce l’en-
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- trée en France, la question présente un grand intérêt. M. Peligot appelle l’attention de la Société sur la qualité des produits de M. Burgm et demande que leur examen soit renvoyé au comité des arts chimiques.
- Rapports des comités. — Instruments d'acoustique. — M. Lissajous lit, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur la fabrication d’instruments d’acoustique de M. Rodolphe Kœnig.
- M. Lissajous propose de remercier M. Kœnig de son intéressante communication et d’insérer le présent rapport au Bulletin.
- Ce rapport est approuvé.
- Perspectomètre. — M. Benoît lit, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur le Perspectomètre présenté par M. Gélibert, professeur de dessin et de peinture.
- M. le rapporteur propose : 1° de remercier M. Gélibert de son intéressante communication et de l’encourager à continuer d’expliquer à ses élèves les propriétés et l’emploi de ses appareils, dont l’utilité est évidente, surtout pour les commençants, 2° d’ordonner l’impression de ce rapport dans le Bulletin de la Société.
- Ce rapport est approuvé.
- Hypso-goniomètre. — M. Benoît lit, au nom du même comité, un rapport sur un instrument de géométrie pratique, présenté par M.[J. B. Dumas, sous le nom d’Hypso-goniomètre.
- M. le rapporteur propose : 1° de remercier M. Dumas de son intéressante communication; 2'd’approuver son Hypso-goniomètre; 3° d’ordonner l’impression du présent rapport dans le Bulletin de la Société et l’insertion du dessin de cet instrument sur une de ses planches gravées.
- Ce rapport est approuvé.
- Cartouches à culot. — M. Laboulaye lit, au nom du même comité, un rapport sur les nouvelles cartouches à culot de M. Chaudun père.
- M. Laboulaye propose de remercier M. Chaudun de son intéressante communication et d’insérer dans le Bulletin le présent rapport avec le dessin de ses nouvelles cartouches.
- Ce rapport est approuvé.
- Carabine à flèche. — M. Laboulaye lit, au nom du même comité, un rapport sur une Carabine à flèche de M. Moreau.
- M. Laboulaye propose de remercier M. Moreau de sa communication et d’insérer dans le Bulletin le présent rapport avec un croquis de l’arme de son invention.
- Ce rapport est approuvé.
- Tablettes de l'inventeur et du breveté. — M. Lavollée lit, au nom du comité de commerce, un rapport sur un ouvrage de M. Thirion, intitulé Tablettes de l’inventeur et du breveté.
- Après d’importantes considérations sur les brevets d’invention et sur leur utilité, tout en admettant que la loi de 1844 comporte de nombreuses améliorations, M. La-Tome XII. —• 64e année. 2e série. — Juin 1865. 42
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- voilée propose de transmettre à M. Thirion les remercîments du Conseil pour l’envoi de son livre, qui sera déposé dans la bibliothèque, et d’insérer le présent rapport au Bulletin.
- Après l’échange de quelques observations, ce rapport est approuvé.
- Nomination de membres. — MM. Dumoulin, capitaine d’état-major; — Colin, constructeur d’horlogerie; — Claparède, constructeur-mécanicien; — Guyonnet, fabricant de couleurs vitrifiables.
- Séance du M mai 4865.
- Présidence de M. le sénateur Dumas, président.
- Correspondance. — M. Bazet, rue de la Chopinette, 36. — Obturateur-indicateur pour les travaux de canalisation et de réparation des conduites de gaz. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- M. Fontaine, fabricant à Ezy (Eure).— Appareil arrêtant instantanément la marche des arbres de couche commandant chaque métier ou chaque tour d’une usine, mû par la force hydraulique ou par la vapeur. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Coq, constructeur de machines, à Aix.—> Machine à bastir les chapeaux de feutre. (Renvoi au même comité.)
- M. Treboul, ingénieur civil. — Conservation de la pomme de terre. (Renvoi au comité d’agriculture.)
- M. Schlumberger fils, à Mulhouse. — Nouveaux renseignements au sujet d’une communication antérieure sur des concrétions produites dans un appareil où circule de la vapeur d’eau. (Renvoi à la commission du Bidletin.)
- M. Bidard, ingénieur-chimiste, à Rouen. — Avis de la fondation, à Rouen, d’un laboratoire public de chimie agricole et industrielle.
- M. Cochot, constructeur-mécanicien.— Demande que le comité des arts mécaniques veuille bien visiter le nouveau navire à vapeur à deux hélices qu’il vient de construire pour le service entre Paris et Londres. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- Mme Ve Champion, à Jouars-Pontcharlrain. — Fabrication de produits en terre. (Renvoi aux comités des arts mécaniques et économiques.)
- M. Lacroix, chimiste, rue Parmentier, 8. — Couleurs vitrifiables à l’usage des décorateurs de porcelaine. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- M. Mathieib-Plessy, fabricant de produits chimiques, boulevard Saint-Germain, 84. — Échantillons d’encre pour le concours ouvert par la fondation du prix Alexandre. (Renvoi au même comité.)
- M. Donnaud, imprimeur-libraire, rue Cassette, 9.— Demande l’examen du Nouveau Jardinier illustré pour 4865, qu’il vient de publier. (Renvoi au comité d’agriculture.)
- M. Brull, ingénieur, membre de la Société. — Hommage de publications intitulées ;
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- 1° Des propriétés résistantes du fer et de l’acier; 2° Étude sur la fonte malléable; 3° Études sur les locomotives de marchandises, de grande puissance ; 4° Description du chemin de fer du nord de l’Espagne.
- MM. Le Chatelier, Flachat, Petiet. — Hommage d’un exemplaire du supplément au Guide du mécanicien-constructeur et conducteur de machines locomotives.
- M. Grateau, ingénieur civil. — Hommage d’une brochure intitulée : De VEcole des mines de Paris.
- M. Peligot communique une note de M. Hardy sur un dépôt de guano de chauves-souris découvert par M. le commandant de Beaufond dans une grotte du département des Vosges. (Renvoi à la commission du Bulletin.)
- M. le Président donne lecture d’une lettre par laquelle M. Deleuil rappelle qu’il a présenté à la Société à différentes époques : 1° le Photomètre de MM. Dumas et Régnault ; 2° des poids et mesures décimaux ; 3° une nouvelle machine pneumatique.
- M. le Président invite MM. Leblanc et Tresca à se réunir au comité des arts économiques, le premier pour l’examen du Photomètre, le second pour l’examen de la Machine pneumatique. A l’occasion de cette dernière machine, M. le Président fait observer qu’elle ne produit pas peut-être un vide aussi parfait que celui qu’on désire dans les laboratoires, mais cela n’est pas nécessaire dans l’industrie : elle lui paraît devoir réaliser le plus complètement les conditions qui peuvent convenir aux machines à air chaud.
- M. Thénard ajoute aux observations de M. le Président que la machine pneumatique de M. Deleuil peut rendre les plus grands services à l’industrie sucrière. Les appareils à triple effet se développent tous les jours dans les sucreries; malheureusement ils sont trop souvent entravés dans leur marche par les dérangements fréquents des pompes pneumatiques qui y font le vide. Or c’est par le piston que ces machines se dérangent. Le piston de la machine de M. Deleuil, si surtout on le fait fonctionner, comme lui, verticalement, semble à M. Thénard prévenir tous les inconvénients.
- M. Clerget appuie les observations de M. Thénard; le système de la machine de M. Deleuil exempte de beaucoup de causes de détérioration.
- M.lvPrésident invite le comité à présenter le plus tôt possible son rapport sur les appareils de M. Deleuil.
- M. le Président prie M. Balard de donner à la Société quelques renseignements sur l’état actuel de l’industrie des eaux-mères des salines, et notamment sur l’extraction des sels de potasse de l’eau de mer. Il désirerait savoir si l’abondance des sels naturels riches en potasse qui existent en Prusse et sur lesquels M. Fuchs a publié, dans le Bulletin de la Société, une étude si intéressante, n’est pas de nature, sinon è compromettre, du moins à ralentir sensiblement cette fabrication.
- M. Balard répond que, quoiqu’il ne s’attendît pas à entretenir la Société d’un sujet qui n’était pas à l’ordre du jour de la séance, il cherchera cependant à répondre aux questions que M. le Président croit de nature à intéresser le Conseil.
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- M. Balard dorme, à cet égard, des explications fort détaillées et très-intéressantes qûi, à la demande du Conseil, seront insérées dans le Bulletin.
- M. le Président demande également à M. Balard quelle est l’influence que, dans son opinion, la découverte des chlorures prussiens doit exercer sur la fabrication de la soude-varech et s’il n’en devrait pas résulter, pour quelques localités, l’abandon du procédé qui consiste à brûler les plantes marines pour en obtenir les cendres, ce qui pourrait donner un peu plus d’étendue à l’emploi direct, dans l’agriculture, d’une sorte d’engrais dont l’efficacité a, jusqu’à ce jour, été si bien constatée.
- M. Balard, sans pouvoir répondre d’une manière aussi positive à ces nouvelles questions, pense cependant que l’industrie de la soude-varech pourra se soutenir, grâce à l’extraction de l’iode dont la consommation augmente tous les jours, et à celle du brome dont l’emploi industriel n’est peut-être pas très-éloigné.
- M. Balard entre, à ce sujet, dans des considérations qui appellent toute l’attention du Conseil et qui seront également consignées dans le Bulletin.
- M. le Président remercie M. Balard de ses intéressantes communications.
- M. le Président entretient le Conseil d’un mémoire sur l’emploi de l’iodure de potassium pour combattre .les affections saturnines et mercurielles, présenté à la Société par M. Melsens.— M. le Président, après avoir rappelé la propriété précieuse que possède l’iodure de potassium d’éliminer de l’organisme les composés insolubles de plomb et de mercure, signale les heureux résultats obtenus par ce traitement chez les ouvriers qui ont contracté des empoisonnements saturnins et mercuriels dans les usines qui opèrent sur ces produits métalliques.
- Des remercîments seront adressés à M. Melsens pour l’envoi de son mémoire qui sera renvoyé à la commission du Bulletin.
- Rapports des comités. — Balances de précision. — M. de Luynes lit, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur des balances présentées par M. Deleuil.
- M. de Luynes propose de remercier M. Deleuil de sa communication et d’insérerson rapport au Bulletin avec les dessins.
- Ce rapport est approuvé.
- Nominations de membres. — Sont nommés membres de la Société : MM. Bignon, cultivateur; — Lartigue, garde général des forêts ; — Duchesne-Toureau, propriétaire; — Hélouis, passementier-doreur; — Lavastre, ingénieur civil.
- Séance du 31 mai 1865.
- M. Balard, vice-président, et M. le sénateur Dumas, président, occupent successivement le fauteuil.
- Correspondance.— M. Cochot, constructeur à Paris.— Note relative à la construction du bateau destiné au service de Paris à Londres, qui a été visité par le comité des arts mécaniques.
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- M. Combes donne, à ce sujet, les renseignements suivants :
- La coque a 45 mètres de longueur sur 8 mètres de largeur et 3m,60 de profondeur. A fond plat, sans quille. Formes mixtes, intermédiaires entre les bâtiments de mer et les bâtiments de rivières, très-fines jusques à 3 mètres environ de chaque bout, pour empêcher la dérive générale dans le sens perpendiculaire aux flancs du navire.
- A l’arrière, deux hélices à trois ailes de lm,80 de diamètre, une de chaque côté de l’étambot.
- Armatures consolidant la coque, afin que celle-ci puisse supporter les échouages fréquents du bâtiment avec sa cargaison.
- Dispositions spéciales pour assurer la solidité des mâts, des grues, qui sont mobiles pour le passage des ponts et demandent à la mer une grande solidité.
- Maîtresse section du navire, 22 mètres carrés. Machine de la force nominale de 60 chevaux.
- Porte à pleine charge 400,000 kilogrammes de marchandises et 35 tonnes de charbon. Vitesse en mer sous voiles ou en eau morte, 10 kilomètres à l’heure.
- Remorquant 2 allèges et portant 150 tonneaux en remontant la Seine, la vitesse est encore de 7 kilomètres à l’heure.
- Les cylindres à doubles enveloppes et détente variable ont 0m,575 de diamètre et 0m,780 de course de piston. Le maximum de l’introduction de la vapeur est de 18 centimètres (un peu moins du quart). Nombre des révolutions à la minute, 46. Le nombre de tours d’hélice obtenu par des engrenages est de 130.
- Consommation de houille accusée par heure, 240 kilog. en mer, 180 en rivière.
- Vide du condenseur, 0m,70 de mercure.
- Réchauffeur. L’eau extraite réchauffe l’eau alimentaire.
- Chaudières.— Tubes d’un tiers plus longs que dans les chaudières de marine ordinaires, à retour de flamme. Tirage forcé par un jet de vapeur, ce qui permet de brûler des charbons à bas prix. — La comparaison d’une chaudière du système ordinaire, à retour de flamme, et tubes de lm,80 de longueur avec la chaudière à tubes de 2m,70, la surface de chauffe étant de 90 mètres carrés pour les deux, est très-favorable à la nouvelle chaudière.
- M. Zambaux, ingénieur civil, rue Neuve-Popincourt, 11. — Perfectionnements de la turbine en dessus à vannage horizontal présentant les mêmes formes (pleins et vides), pour ouvrir ou fermer à volonté tout ou partie des orifices, à l’aide d’un mouvement horizontal circulaire. M. Zambaux joint à sa communication, sur laquelle M. Combes donne des explications détaillées, la description et les dessins de la nouvelle turbine. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Auzon et comp., à Busset (Allier). — Machine à air chaud, dite gazomoteur, fonctionnant dans leur papeterie. (Renvoi au même comité.)
- M. Gérard, à Liège (Belgique). — 1° Télégraphe autographique, propre à augmenter la surface des dépêches tout en diminuant le temps nécessaire pour l’opération.
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- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- (Renvoi au comité des arts économiques.) 2° Nouveau système de traction à l’aide de grandes roues emboîtant les roues mortes d’une locomobile. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Amiot, à Saint-Loup (Saône-et-Loire). — Pile thermoélectrique mise en jeu par des foyers de chaleur naturelle. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Gilloux, à Carpentras. — Système d’éclairage en plein air destiné au service public. Les appareils, aussi simples dans leurs formes que faciles dans leur fonctionnement, suivant l’auteur, sont alimentés par des huiles de schiste et autres huiles minérales. (Renvoi au même comité.)
- M. Bing (A.), rue Richer, 45. Envoi de deux brochures : l’une sur le traité de commerce franco-allemand, 1862-1865, renfermant des renseignements sur notre industrie des parfumeries et sur les imitations allemandes; l’autre sur l’exploitation des constructions habitables. (Renvoi au comité de commerce.)
- M. Léger, rue des Bourdonnais, 24. — Nouveau système de chaufferette à laquelle il donne le nom de thermogène. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Leclerc, mécanicien à Grenelle.— Procès-verbal des expériences faites au Conservatoire des arts et métiers sur une machine à vapeur de 4 chevaux.
- M. Richoux, ingénieur civil. — Hommage d’une brochure intitulée, Etude sur les changements de voie.
- M. le Président fait hommage à la Société, de la part de l’auteur, M. Reynoso (Alvaro), d’un ouvrage en espagnol traitant de la culture de la canne à sucre.
- M. le Président dépose également sur le Bureau le programme de la Société centrale d’apiculture pour l’exposition des insectes utiles et de leurs produits, des insectes nuisibles et de leurs dégâts. Cette exposition doit avoir lieu du 15 août au 5 septembre 1865, sous le patronage de S. Exc. M. le Ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics.
- Rapports des comités. — Régulateur de lumière électrique. — M. du Moncel lit, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur le régulateur de lumière électrique de M. Gaiffe.
- M. du Moncel propose de remercier M. Gaiffe de son intéressante communication et d’insérer son rapport au Bulletin avec les dessins de l’appareil. (Approuvé.)
- Dessin linéaire. — M. de Silvestre lit, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur le Traité de dessin linéaire de M. Tronquoy.
- M. de Silvestre propose de remercier l’auteur de son intéressante communication, d’insérer son rapport au Bulletin, et de comprendre cet ouvrage au nombre de ceux qui sont donnés aux contre-maîtres. (Approuvé.)
- Fabrication de l'acide sulfurique. — M. Barreswil lit, au nom du comité des arts chimiques, un rapport sur le mode de préparation de l’acide sulfurique sans chambre de plomb, employé par M. Verstraet.
- M. Barreswil propose de remercier l’auteur de sa communication, de l’encourager
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- SÉANCES DU CONSEIL d’ADMINISTRATION.
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- à poursuivre ses recherches et de renvoyer son rapport à la commission du Bulletin. (Approuvé.)
- Machine pneumatique. M. Tresca lit, au nom d’une commission, un rapport sur une nouvelle machine pneumatique de M. Déleuil.
- M. Tresca propose, en remerciant M. Deleuil de sa communication, d’insérer son rapport au Bulletin avec les dessins de la machine. (Approuvé.)
- Appareils photométriques.— M. Leblanc lit, au nom d’une commission, un rapport sur les appareils photométriques de MM. Dumas et Régnault, construits par M. Deleuil.
- M. Leblanc propose de remercier M. Deleuil de son intéressante communication et d’insérer son rapport au Bulletin avec les dessins des appareils. (Approuvé.)
- Le Conseil se forme en comité secret.
- Nominations de membres. — M. Raynaud, parfumeur, à Paris, est nommé membre de la Société.
- SÉANCE GÉNÉRALE DU 14 JUIN 1S65.
- PRÉSIDENCE DE M. LE SÉNATEUR DUMAS, PRÉSIDENT.
- La Société d’encouragement pour l’industrie nationale a tenu, le 14 juin 1865, la séance générale dans laquelle, chaque année, elle distribue ses récompenses. Cette solennité avait, comme toujours, attiré un nombreux concours d’artistes et d’industriels.
- M. le Sénateur Dumas, de l’Institut, occupait le fauteuil de la présidence. A ses côtés siégeaient MM. Baude et Amédée-Durand, vice-présidents, Combes et Peligot, de l’Institut, secrétaires adjoints, De Valois, censeur, et Le Tavernier, trésorier.
- M. De Valois a pris d’abord la parole pour exposer la situation financière de la Société. Après la lecture de son rapport, des remercîments ont été votés à la commission des fonds, ainsi qu’à M. Le Tavernier, trésorier, pour les soins qu’ils ne cessent d’apporter à la gestion des intérêts de la Société, dont la situation, grâce à eux, continue à être des plus prospères.
- On a procédé ensuite à la distribution des médailles aux ouvriers et contremaîtres, ainsi qu’aux artistes et industriels dont les œuvres avaient été soumises à l’examen de la Société.
- Enfin, l’un des membres du Conseil, M. Tresca, a lu, sur la vie et les œuvres de Gustave Froment, une notice pleine d’intérêt dans laquelle les
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- regrets exprimés au sujet de la perte récente de son collègue ont été partagés par l’assemblée tout entière.
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- NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX DE GUSTAVE FROMENT,
- PAR M. TRESCA.
- Messieurs, comme ami et camarade de Froment, j’ai été chargé de vous retracer cette vie modeste et laborieuse de notre collègue, qui l’avait amené sans bruit à une position considérable dans la science et dans l’industrie des instruments de précision.
- Froment était, depuis dix ans, membre de votre Conseil; il avait figuré dans les jurys de nos dernières Expositions; il était membre du Conseil de perfectionnement du Conservatoire impérial des arts et métiers, membre du Conseil de perfectionnement des lignes télégraphiques; il appartenait à plusieurs commissions scientifiques au Ministère de la marine; enfin il avait été appelé, quelques jours seulement avant sa mort, au Comité consultatif des arts et manufactures. Ces diverses fonctions dépeignent l’homme de bon conseil, de jugement sûr et droit, de prompte décision et de connaissances profondes.
- Plus exact qu’aucun de nous, il ne manquait à aucune de nos séances, à moins d’en être absolument empêché, et cependant il ne prenait jamais la parole. En dix ans il n’a fait qu’un rapport à la Société d’encouragement. Ne croyez pas, cependant, que son rôle ait été purement passif parmi nous : dans les séances de vos comités, Froment était un tout autre homme; avant tout autre, il avait compris, je dirai presque il avait jugé le dessin ou la machine qui lui passait sous les yeux: son appréciation était toujours simple, mais solidement motivée, et il est arrivé bien rarement que cette appréciation de première vue n’ait pas été sanctionnée par vos décisions ultérieures.
- 11 faut donc vous le faire connaître, tel qu’il était, ce collègue si dévoué, et non pas tel que vous l’avez vu à vos séances. 11 faut le forcer à se faire connaître lui-même, par ses œuvres sinon par ses écrits. Il écrivait encore moins qu’il ne parlait, et il avait coutume de dire qu’il lui faudrait moins de temps pour exécuter une machine que pour la décrire.
- Peu expansif et très-réservé, Froment aimait à condenser les grandes idées sous de petites formes, et les applications de l’électricité, ainsi que les appareils
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- chronométriques et les mesures de précision, ont surtout captivé son esprit.
- L’histoire de Froment a été, par deux fois, déjà faite par notre Président, dans ses rapports sur le prix Volta, car elle est en quelque sorte inséparable de l’histoire même de l’électricité. Elle a été faite par nos collègues Becquerel et du Moncel, dans leurs ouvrages sur les applications de cette science ; elle a été faite enfin sur sa tombe, avec autant de cœur que de talent, par MM. Combes et Séguier (1); et mon rôle se bornerait à vous citer ces documents si complets, si je n’avais pensé à vous montrer Froment, dans le milieu qu’il affectionnait le plus, dans ses ateliers, dans son cabinet, dans son rôle de constructeur et d’artiste. Je vous demande donc de me permettre de faire avec vous une visite à son établissement.
- Cette visite, que nous ferons ensemble, était d’ailleurs sollicitée par tous les savants de l’Europe qui venaient voir la capitale et étudier ses établissements scientifiques; elle a été faite plusieurs fois par l’Empereur, au moment où de nouvelles applications de l’électricité étaient mises au jour.
- Nous la ferons donc en bonne compagnie, et pour vous tous, Messieurs, artistes ou industriels, il s’y trouvera, je n’en doute pas, quelque exemple à suivre, ou quelque fait intéressant à enregistrer.
- Les premiers essais de ses constructions mécaniques furent tentés par Froment, dès 1833, avant son entrée à l’École polytechnique; il demeurait alors rue du Bouloi, et c’est dans cette même maison qu’il établit plus tard la première transmission électrique de l’heure qui se soit faite à Paris. En 1846, il transporta son établissement rue Ménilmontant, dans une maison appartenant à son père; mais il était logé à l’étroit, il ne pouvait exercer sur ses ouvriers la surveillance convenable; il n’avait pas la tranquillité nécessaire dans une maison occupée par de nombreux voisins, et il fut longtemps à penser aux dispositions qu’il pourrait prendre, quand il lui serait donné de construire à sa fantaisie.
- Il rencontra les conditions qu’il recherchait, auprès de l’Observatoire, dans un quartier tranquille, rue Notre-Dame-des-Champs. Les travaux de précision qu’il voulait exécuter la nuit, en l’absence de toute trépidation de voitures, devaient y recevoir de nouvelles conditions d’exactitude. Le terrain fut acheté, les plans furent faits, mais le succès fut entravé par l’existence souterraine des galeries de nos catacombes, et il fallut dépenser des sommes énormes pour assurer la stabilité absolue des fondations.
- (1) Voir le Bulletin de février 1865, p. 74.
- Tome XII. — 64* année. 2® série. — Juin 1865.
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- Le travail fut exécuté loin de la rue; le bâtiment principal fut installé gaiement au fond d’un jardin; les ateliers furent disposés par derrière, dans un rez-de-chaussée bien éclairé ; plus loin encore furent établies la machine à vapeur, la forge et une chambre spéciale pour les piles.
- Du bâtiment principal on arrive aux ateliers, soit par le cabinet de dessin, très-complet et très-bien organisé, soit par la galerie des étaux, occupée par des ouvriers d’élite. C’est dans le grand atelier que nous entrons, il forme une pièce rectangulaire de 25 mètres sur 10, éclairée de tous côtés.
- Les outils spéciaux sont placés au milieu; la machine à vapeur est dans le prolongement de l’axe transversal; les étaux sont sur la face opposée, les uns à côté des autres. Des machines à percer, à poinçonner, à découper, à fendre les engrenages sont placées dans les angles et le long des murs à la disposition de chaque ouvrier qui en a besoin.
- Tout est propre et brillant; la tranquillité règne partout; chacun cependant est à son poste, fût-ce même le lundi ; il va sans dire que personne ne fume. Le chef traite paternellement ses ouvriers, il leur parle avec déférence et douceur, mais il ne souffre aucune négligence, et il est toujours obéi.
- La machine à vapeur est très-soignée, elle est munie de tous les accessoires servant à la sécurité ou aux observations. Elle ne fume jamais non plus, quoiqu’elle ne soit munie d’aucun appareil fumivore, uniquement parce qu’elle n’est pas surmenée et qu’on ne brûle, dans le fourneau, pas plus de combustible qu’il ne doit en être brûlé dans de bonnes conditions. Ce fait a un grand intérêt de circonstance, et nous l’avons bien souvent vérifié, sur place, avec Froment.
- La transmission est placée longitudinalement dans l’axe de la pièce, et règne au-dessus des outils spéciaux. L’arbre principal a 3 centimètres de diamètre; il fait 300 tours par minute, et tourne, sans qu’on l’entende, dans des paliers graisseurs parfaitement entretenus.
- Cette application d’une transmission à grande vitesse n’avait, nulle part ailleurs, sa raison d’être au même degré. Elle offre l’avantage incontestable de diminuer les efforts transmis et, par conséquent, la tension des courroies, et elle est surtout irréprochable lorsque les outils eux-mêmes doivent fonctionner à une grande vitesse, ce qui est exceptionnellement, pour le genre de construction dont il s’agit, une excellente condition de travail. Considérées en elles-mêmes, les machines-outils sont toutes remarquables ; construites à différentes époques, on suit facilement, en les examinant, les conseils qui ont été donnés par l’expérience. On voit que la charpente et les fondations ont été successivement consolidées; la forme finale du bâti est celle qui a été inaugurée par Whitworth, en
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- fonte creuse, d’un seul bloc. Froment s’est inspiré, à cet égard, de son séjour à Manchester; mais les détails sont bien de lui, et il n’est pas une de ces machines qui ne satisfasse à toutes les variétés du travail qu’on pourrait avoir à lui demander. Elles sont entièrement automatiques, et nous y trouverons cet enseignement qu’une machine-outil n’est jamais trop lourde et qu’elle travaille d’autant mieux que sa stabilité est plus assurée.
- Les tours de toutes dimensions fonctionnent mécaniquement; mais, comme les ajustements les plus délicats demandent une main habile, et que le transport de la pièce sur un autre outil pourrait produire une différence de centrage ou une malfaçon, un certain nombre de ces tours peuvent aussi fonctionner à la pédale, et ils réunissent ainsi, en eux-mêmes, tous les avantages d’un outillage multiple.
- Nous appellerons surtout votre attention, Messieurs, sur ces outils omnibus qui sont mis à la disposition de tous les ouvriers pour les opérations qui se répètent dans tous les genres de travaux. Les quatre machines à percer sont munies de forets différents; elles sont disposées aux quatre angles de l’atelier, et, lorsqu’il faut préparer un trou, il suffit d’embrayer la machine, de placer la pièce sous le foret, souvent en la tenant à la main, et de profiter de la grande vitesse de l’outil pour obtenir, immédiatement et sans aucun préparatif, un percement très-bien dirigé.
- C’est grâce à ces heureuses dispositions que tant de belles pièces sont sorties de l’atelier industriel de Froment; elles ont toutes un cachet particulier de perfection et représentent toujours quelque idée nouvelle et féconde, car il n’acceptait jamais aucun travail s’il n’en avait approuvé le principe et s’il n’y entrevoyait quelque moyen d’exercer son génie inventif.
- Les ouvriers sont peu nombreux, vingt-cinq ou trente à peine, et cependant l’outillage que nous venons de décrire a suffi à l’exécution de travaux considérables.
- Nous n’avons pas la prétention d’énumérer ici toutes les merveilles qui ont été produites avec cette installation tout à fait exceptionnelle, mais nous appellerons votre attention sur un certain nombre d’appareils qu’elle a servi à confectionner.
- Comme instruments de fabrication courante, nous citerons d’abord les boussoles et les télégraphes.
- Froment a organisé pour les boussoles de la marine un mode de fabrication tellement exact, que l’une quelconque des pièces fabriquées depuis dix ans peut être substituée à la place de la similaire dans l’une quelconque des
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- boussoles de l’État. Nous insistons sur cette sorte d’étalonnage qui permet de diminuer le nombre des appareils de réserve, qui donne une sécurité plus grande quant aux avaries partielles de différents organes, et qui pourrait être appliquée avec avantage dans un grand nombre de services.
- La fabrication des télégraphes est tout à fait courante chez Froment.
- Le télégraphe Hughes, maintenant en usage dans l’Administration française, le pantélégraphe Caselli, qui permet déjà, sur quelques lignes, de transmettre des fac-similé et des dessins, sont sans doute destinés à alimenter pendant longtemps le travail de cet atelier modèle.
- Avant d’y être exécutés en travail courant, ils l’ont été sous les yeux mêmes de Froment, sous sa direction immédiate et personnelle, et les deux inventeurs savent bien tout ce qu’ils doivent, dans une mesure différente, aux perfectionnements qui ont assuré la réalisation pratique de leurs idées primitives.
- Avant de livrer aux ateliers cette fabrication des télégraphes, chacun de ces appareils avait, dans un autre local, sa demeure spéciale, où tous les tâtonnements, tous les perfectionnements de détail, tous les essais ont été mille et mille fois renouvelés. Il fallait toujours que l’œuvre fût complètement satisfaisante avant que Froment ne se décidât à la faire définitivement exécuter.
- Le métier Bonelli a été réalisé dans les mêmes conditions; un premier modèle avait permis d’obtenir des tissus imparfaits. C’est chez Froment qu’il a, pour la première fois, donné des résultats industriels, le courant électrique se chargeant de choisir avec certitude les fils qui doivent se soulever à chaque passage de navette. C’est aussi chez Froment que, pour la première fois, l’électricité a su lire correctement le dessin qu’il s’agissait de reproduire en tissu. Le Conservatoire possède, comme pièce historique, le premier résultat de ce travail.
- Il importe cependant de se défendre à cet égard contre une erreur généralement accréditée. Dans le métier Bonelli, la puissance motrice n’est pas fournie par l’électricité qui la ferait infailliblement payer trop cher; elle met simplement les organes en prise, et de cette façon la dépense des piles se trouve extrêmement réduite.
- Dans les freins de M. Achard, qui entrent aujourd’hui dans la pratique des chemins de fer et auxquels Froment n’est pas resté étranger, au moins par ses conseils de camarade, l’électricité ne joue non plus d’autre rôle que celui de commander aux manœuvres qui sont aussitôt exécutées par d’autres agents.
- Parmi les autres appareils dans lesquels l’électricité joue un rôle analogue, nous indiquerons encore la machine à graver de M. Gaiffe, qui a également été
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- réalisée pour la première fois chez Froment. C’est aussi chez lui qu’ont été construits et perfectionnés les chronographes balistiques de MM. Schultz et Lissajous, dans lesquels les pointages sont également demandés à l’électricité. Cet agent est chargé d’un rôle plus actif dans les machines dites électro-trieuses, dont l’idée première appartient à M. Chenot, et qui, rendues véritablement industrielles par Froment, savent retenir et classer l’oxyde de fer magnétique engagé dans le minerai pulvérisé dont il doit être extrait.
- Nous ne voudrions faire tort à personne, mais pourquoi ne pas expliquer, entre nous, bien des mystères en rangeant, parmi les appareils électriques exécutés chez Froment, la table tournante, qui peut saluer, frapper autant de coups que l’on veut, correspondre enfin avec les esprits, dans la chambre magique de M. Robin? Si l’habile opérateur pouvait se plaindre de notre révélation, j’espère que nous le consolerions en lui disant que nous voudrons tous voir cette œuvre, qui est la dernière de celles auxquelles notre cher camarade ait pu prêter le concours de son admirable talent.
- Il ne faudrait pas croire, d’ailleurs, que Froment ne se soit jamais occupé que d’appareils électriques : on lui doit des machines à diviser, un grand nombre de mesures étalons, la machine de notre collègue M. Lissajous, qui trace automatiquement les principales courbes de ses belles expériences de diapason, la construction définitive des enregistreurs des puissants dynamomètres de M. Taurines, que nous avons à récompenser aujourd’hui, et qui ont pu être employés dans la marine de l’Êtat; la turbine à vapeur deM. Girard, son ventilateur, etc., etc. Enfin nous citerons les premiers pendules de M. Foucault, ses gyroscopes qui demandaient une si grande précision. Nous avons tout dernièrement encore vu chez Froment la turbine à vapeur de M. Foucault, qui a servi à déterminer la vitesse de la lumière et qui tourne elle-même avec une vitesse de 60000 tours par minute. Le grand appareil de M. Fizeau pourra heureusement être achevé dans les conditions mêmes qui avaient été étudiées et coordonnées par Froment.
- Mais il nous faut quitter l’atelier, négliger sans doute beaucoup de souvenirs qu’il pourrait encore nous rappeler, car notre visite est loin d’être terminée, et de nouvelles surprises nous attendent dans le cabinet et dans l’atelier de précision qui en fait pour ainsi dire partie intégrante.
- On y arrive par une galerie remplie de modèles de tous genres : des télégraphes, des moteurs électriques, des modèles fonctionnants, disposés pour l’enseignement, en particulier ces modèles en carton destinés à faire comprendre le jeu des machines et qui sont une de ses premières créations. Nous
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- ne pouvons nous y arrêter et nous arrivons à la porte du cabinet : en retirant notre chapeau, nous faisons assez de mouvement pour mettre en action une sonnette électrique; le maître de la maison est prévenu, il quitte le petit marteau ou la loupe qu’il tient à la main, et il nous montre, par son accueil, que nous ne le dérangeons pas trop et qu’il est disposé à nous donner les conseils ou les explications que nous désirons.
- D’ailleurs, il lui suffit d’un instant pour donner ses ordres, et il aura le temps de causer.
- Après avoir jeté de sa place un coup d’œil sur ses ouvriers, il choisit un verre de la grandeur d’une pièce de 1 franc ; il le place au milieu d’un amas d’organes microscopiques qui vont tout à l’heure travailler ; il règle une petite détente en relation avec la pendule électrique qui, de son cabinet, porte l’heure précise dans toute sa maison et jusque sur le grand cadran à secondes visible du dehors, et qui domine un petit observatoire muni de quelques instruments.
- Au moment fixé, la détente part, les communications s’établissent, un petit moteur électrique se met en mouvement et entraîne tous ces organes, qui tout à l’heure attendaient. Un petit diamant se promène d’avant en arrière, le verre se déplace au-dessous de lui, et, quand toutes les pièces mobiles ont pris leurs mouvements de régime, c’est-à-dire après cinquante allées et venues, voilà le diamant qui s’abaisse et qui se relève, et qui trace des divisions tantôt plus longues, tantôt plus courtes, tout à fait semblables à celles d’un mètre divisé.
- Bientôt après, un marteau frappe sur un timbre ; c’est le signal de l’achèvement du travail. Froment se lève, prend le verre, le met sous un microscope, il m’invite à y regarder : j’aperçois à peine quelques traits, mais, avec un peu d’attention, j’en compte 500 dans la longueur exacte d’un millimètre. 11 faut un peu plus de tranquillité pour diviser ce même millimètre en mille parties égales, mais, avec un diamant convenable, cette incroyable opération se fait avec une égale régularité.
- Ces divisions, ce sont les meilleurs micromètres que l’on connaisse, mais combien leur fabrication a-t-elle présenté de difficultés! combien il a fallu de tâtonnements pour choisir des diamants convenables, pour leur donner au besoin la forme la meilleure ! On en jugera par le fait suivant : si la coupe est un peu profonde, quelques heures suffisent pour que le verre, ainsi sillonné, s’écaille, et, à la place de la belle division que nous venons de voir, il n’y aura demain qu’une tache analogue à celle que fournirait un éclat enlevé. Quel courage et quelle patience il a fallu pour vaincre tous ces obstacles !
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- Dans ce même cartouche d’un millimètre de diamètre, Froment tracera tout aussi bien, mais d’une manière continue, les cent spires d’une spirale microscopique, ou bien il vous écrira toute une devise signée de son nom. 11 pourrait écrire comme tout le monde, en faisant faire encore à un pantographe une réduction de l’original, mais son procédé est bien autrement méthodique, et nous n’oserions pas vous donner l’assurance que vous y réussiriez tout d’abord. Qu’il s’agisse d’un dessin ou d’un mot, tous les déplacements de la plume magique doivent être avant tout calculés. Deux mouvements lui seront communiqués, dans deux sens perpendiculaires, par l’intermédiaire de leviers commandés par des cames, que l’on amène devant les extrémités libres de ces leviers, soit en entraînant ces cames dans un mouvement de rotation continu, soit, dans une autre disposition, en les faisant mouvoir dans une direction rectiligne. Nous verrons bientôt comment un principe analogue a pu être appliqué à la correction des machines à diviser.
- Mais il faut, cette fois, forcer la porte réservée et pénétrer dans cette belle pièce que l’on entrevoit à travers les glaces, et dans laquelle, au moment du travail, nul n’est admis.
- C’est là que se font les opérations de grande précision et que sont placées les machines à diviser la ligne droite et le cercle. Ces machines sont au repos, car elles ne fonctionnent que la nuit, lorsque le mouvement de la ville est suspendu et au moment même où la température est à peu près stationnaire. Un petit moteur est dans cet atelier réservé; il se met en mouvement à une heure déterminée, entraînant avec lui, d’une allure bien constante, les organes de l’appareil qui doit fonctionner. Aussitôt tous ces organes se mettent en marche chacun dans son ordre, et les divisions sont tracées une à une, en l’absence de toute coopération personnelle, et tout se remet au repos aussitôt que l’opération est achevée.
- Il semblerait que, quand un pareil automate est créé, le constructeur n’ait plus qu’à s’en servir suivant ses besoins et sans s’occuper désormais de tous les détails de son fonctionnement. Hélas! il n’en est pas ainsi, et, si la main-d’œuvre d’un ouvrier habile n’est plus nécessaire, il faut que l’intelligence soit toujours aux aguets pour rendre les résultats plus parfaits et plus parfaits encore.
- Si nous voulons diviser un cercle, il faudra que ce cercle tourne d’une division chaque fois que le burin aura fait sa ligne, et l’on voit déjà la nécessité d’une relation parfaitement exacte entre ces deux opérations principales.
- Tout est disposé pour obtenir cette précision; mais, pour ne parler que du
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- mouvement de rotation de la pièce à diviser, nous dirons par quels moyens l’exactitude de la division est rendue indéfiniment perfectible.
- Le mouvement de la plate-forme est commandé par une vis sans fin engrenant dans une denture pour l’exécution de laquelle on a cherché à ne rien négliger. Si la vis et si la denture étaient parfaites, il suffirait de faire, à chaque fois, tourner la vis de la même quantité pour obtenir des divisions irréprochables; mais la perfection n’est pas de ce monde, et, lorsqu’on y regarde de près, on s’aperçoit que, pour des yeux comme ceux de Froment, il y a encore des erreurs notables. Les erreurs, il les a étudiées, mesurées avec cette patience infinie qui était un des traits de son caractère. Les connaître, ce n’était faire que la moitié du chemin; il fallait encore les corriger. A cet effet, il se sert d’un organe supplémentaire, sorte de came qui tourne avec la plate-forme et qui, au moyen de transmissions convenables, agit à chaque division de manière à augmenter ou à retarder la quantité dont la vis motrice tournera.
- Gambey est, je crois, le premier qui ait mis en œuvre un mode de correction analogue; mais Froment en a modifié les dispositions, et il est le premier, à son tour, qui ait appliqué le même principe à la division rectiligne, qui, déterminée également par une vis dont le pas ne saurait être absolument uniforme, ne peut donner une exactitude absolue qu’au moyen de cette came taillée d’après les erreurs observées.
- Yoyez-vous cet artiste, dont le temps était si précieux, passant des semaines et des mois à reconnaître des erreurs qui ne vont pas au dix-millième du millimètre, modifiant ses organes de correction à chaque investigation nouvelle, améliorant et améliorant toujours ces outils si précieux et si délicats qu’il leur faut la nuit, le silence et l’isolement pour répondre de loin aux exigences infinies d’un maître qui n’est jamais satisfait.
- Froment possédait un excellent comparateur des mesures métriques; il nous a été donné de faire, avec lui et notre collègue Silbermann, quelques comparaisons de poids et de longueurs au Conservatoire et aux Archives. Nous avons pu juger de ses exigences envers lui-même par l’infatigable persévérance qu’il apportait dans ces opérations longues et difficiles.
- C’est dans ce même sanctuaire du travail automatique que Froment conservait ses outils de prédilection. C’est là que nous avons revu sa vieille horloge en carton de 1834; tous ses essais de pendules électriques; un petit modèle de la machine à'disque (1838), dont Froment serait ainsi l’inventeur; le lapidaire qui lui servait à donner à ses petits burins de diamant la forme exacte d’un cône; c’est là que sa famille retrouvera une multitude de pièces au milieu
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- desquelles une étude attentive fera reconnaître plus d’une œuvre remarquable, mais inachevée.
- Cette recherche, nous n’avons pas le temps de la faire, et il nous faut sommairement indiquer en quoi ces matériaux de l’atelier personnel ont été utiles, et énumérer rapidement les inventions principales de Froment.
- Les principales inventions de Froment sont relatives aux applications de l’électricité.
- Dès 1833, il construisait, presque en même temps que Jacobi, le premier moteur électrique qui ait fonctionné en France, et l’on peut dire que cette invention, qu’il appréciait à sa juste valeur, pour sa constance et sa régularité, n’a cessé d’attirer ses efforts. Nous avons dit ailleurs les progrès successifs dont il l’a dotée et nous avons décrit la machine verticale, à plusieurs rangées d’électro-aimants, qui restera comme le modèle de ce qu’il faut faire pour obtenir d’un courant électrique un mouvement régulier et précis, si bien approprié, par sa docilité même, aux opérations mécaniques les plus délicates et les plus compliquées.
- Froment n’est donc pas le premier inventeur de la machine électro-magnétique, mais il est le premier qui en ait su tirer un parti utile et qui lui ait assigné son domaine réel.
- C’est dans les mille détails de la télégraphie que notre camarade a surtout apporté de nombreux perfectionnements. Son télégraphe à clavier, son télégraphe écrivant, qui sont décrits dans vos Bulletins, remontent presque à l’origine de la télégraphie électrique, sans compter les carillons et le principe du trembleur qui a eu déjà et qui reçoit encore, chaque jour, de nouvelles et nombreuses applications dans plusieurs directions.
- Froment n’est pas l’inventeur du télégraphe; mais, par le rapprochement des dates, on peut dire qu’il lui a appris à écrire avant qu’il ne sût lire couramment. Il n’est resté étranger à aucun des détails de l’éducation industrielle de l’électricité, et entre ses mains cette force nouvelle n’a cessé de faire des prodiges d’exactitude et de délicatesse.
- Nous ne pourrions entrer ici dans les détails multiples qui assigneraient au domaine de Froment ses véritables limites; nous en avons assez dit, d’ailleurs, pour faire apprécier celui que nous venons de perdre, au moment où il pouvait encore tant produire, et nous terminerons par une réflexion :
- Le rôle du constructeur d’instruments de précision ne saurait s’estimer à la seule réalisation matérielle de son œuvre. Il a souvent tout combiné dans des machines qu’on ne lui apportait qu’à l’état d’embryon ; il a souvent redressé
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- l’idée première qui lui a été soumise, et en a fait surgir tout autre chose que ce qui lui était demandé. On ne lui fait pas toujours la part d’originalité qu’il mérite.
- Il y a chez le constructeur d’instruments de précision comme deux hommes distincts :
- L’inventeur, qui doit avoir des connaissances variées et une certaine hardiesse ;
- Le constructeur, qui doit penser aux plus petites choses et s’enquérir des moindres effets.
- Cette double nature était admirablement représentée chez Froment, et nous la retrouverions, à des degrés différents chez les constructeurs les plus éminents qui l’ont précédé dans la même carrière.
- Fortin, Gambey et Froment ont exercé, croyez-le bien, une très-légitime influence sur les travaux scientifiques de leur temps.
- Les noms de Fortin et de Gambey ne sont pas plus inséparables des travaux des Lavoisier et des Àrago que celui de Froment n’est inséparable, je ne dirai pas de tel ou tel nom, mais, d’une manière plus générale, des conquêtes de l’électricité au xixe siècle.
- Puisque nous avons cité les noms de ces grands artistes, vous nous permettrez bien, Messieurs, pour compléter les traits de caractère qui distinguent celui dont nous venons de visiter l’atelier, d’étudier de plus près ses devanciers. La comparaison que cette étude nous permettra de faire illuminera peut-être la figure de Froment d’une nouvelle auréole.
- Chacun d’eux est venu à son heure, peut-être parce qu’il a su s’identifier avec les besoins comme avec les ressources du moment, et s’y faire un rôle qui fût en complète harmonie avec le mouvement général des esprits de leur époque.
- La bonne figure de Fortin, qui apparaît en tête de la liste, rappelle le type de ces anciens patrons travaillant de pair avec leurs ouvriers, les encourageant et les aidant de leurs conseils, mais exigeant d’eux un ouvrage achevé. Fortin, qui était très-habile, a créé la profession de constructeur en instruments de précision au moment même où s’ouvrait, à la fin du dernier siècle, cette ère féconde de la science positive et expérimentale, par les bienfaits de laquelle la société moderne s’est pour ainsi dire renouvelée.
- Il serait impossible d’être plus exact que lui, et nous devons rappeler tous les services qu’il a rendus au moment de l’adoption du système métrique. Il représente l’ouvrier accompli, formé par l’apprentissage, ayant, en termes de métier, le compas dans l’œil et la plus belle main. Il améliorait tout ce qu’il
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- BIOGRAPHIE.
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- touchait, et vérifiait, avec une conscience irréprochable, tout ce qui se faisait chez lui.
- Parmi les reliques de Lavoisier que l’Académie a données tout récemment au Conservatoire, se trouvent une balance et une machine pneumatique de Fortin. Nous avons fait réparer la machine sans nous douter de la leçon professionnelle qu’elle allait donner. Les ouvriers chargés de la démonter s’arrêtèrent étonnés de tant de perfection ; ils appelèrent leurs camarades, et, lorsqu’ils se remirent au travail, chaque pièce était passée de main en main, pour que chacun pût à son tour l’admirer. Fortin représente, à juste titre, le type de l’exactitude géométrique dans l’exécution sans machine. Il n’y avait recours qu’exceptionnellement et seulement pour ce qui n’avait pu être fait à la main.
- Gambey ne lui ressemble en rien; il n’avait pas commencé, comme Arago se plaisait à le dire, par être raccommodeur de serinettes. Son habileté professionnelle, il l’avait acquise dans l’une de nos écoles d’arts et métiers ; il était plus particulièrement horloger.
- Grand abatteur de besogne, il travaillait vite et bien ; il savait ébaucher une pièce et l’amener rapidement à ce poli tout particulier que l’on appelle le poli Gambey. D’une nature moins sympathique et plus vigoureuse, il était bien moins le camarade que le maître de ses ouvriers ; mais, si parfois il leur arrachait des mains une pièce sur laquelle ils passaient un temps inutile, il en redressait de prime saut les inexactitudes et la terminait devant eux.
- Gambey était sobre et correct dans ses formes, il savait mettre la force où elle devait être ; mais il était peu physicien, et, quelle que soit la simplicité magistrale de ses compositions, il n’aurait pu, sans être guidé par les savants qui avaient su distinguer son mérite, constituera lui seul un nouvel instrument de recherche et de découverte.
- A l’inverse de Fortin, il n’employait, dans les derniers temps, le travail à la main qu’en cas d’impuissance de l’outil .
- Comme chef d’école, son mérite principal consiste dans l’introduction des machines-outils, dans la construction des instruments de précision. Notre collègue M. Pihet a exécuté pour lui les pièces principales de sa machine à diviser le cercle qui n’a pas encore été surpassée ; il pourrait vous dire mieux que moi ce qu’il en sait. Gambey, dans ses dernières constructions, a, en outre, su tirer parti de la fonte, et il était surtout, pour cette raison, le véritable artiste des grandes pièces.
- Nous disions tout à l’heure le contraste qui doit nécessairement se rencontrer
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- BIOGRAPHIE.
- chez le constructeur d’instruments de précision; je ne saurais mieux définir ce contraste qu’en vous montrant cette nature robuste et quelquefois impatiente se livrant, par nécessité et par instant, aux plus petites choses : voyez-vous Gambey s’obligeant à chercher les araignées qui lui fourniront les fils dont il aura besoin pour la construction de ses réticules. Il choisit les plus petites, les conserve et les soigne pendant plusieurs mois; au moment voulu il tient suspendue la plus agile par le fil même qu’elle a préparé. Pendant qu’elle descend, il applique ce fil à peine naissant dans les sillons qu’il a tracés sur le bord de la pièce, et l’y fixe avec certitude. Et cependant, nous disait dernièrement un de ses élèves, Gambey était l’arbre robuste de la forêt, par rapport à Froment, qu’il faudrait alors comparer à une plante de serre ; plante de serre, en effet, dont les fruits sont tous des fleurs tout à la fois charmantes et utiles.
- Égale habileté de main chez ces trois hommes; ils lui devront une partie de leurs succès ; mais combien ils diffèrent par leur origine, par leurs études et par leur instruction. En même temps que la science se développe, il faut des moyens d’investigation, des moyens de réalisation plus précis. Le sentiment géométrique si puissant chez Fortin ne suffisait plus à Gambey, qui a dû mettre en œuvre les moyens plus variés de la mécanique moderne. Froment, nourri d’études élevées, profitant de l’expérience acquise, a apporté de plus ses habitudes méditât,rices, son éducation, sa science réelle. Il a réussi dans des temps plus difficiles, parce qu’il était préparé, dès longtemps, à tout comprendre et à tout raisonner. Nous trouvons en lui le type le plus parfait de l’instruction professionnelle dans ce qu’elle a de plus élevé et de plus fécond.
- Froment a été plus favorisé que ses devanciers : préparé, par les études profondes de l’École polytechnique, aux vues théoriques, amples et sûres ; d’un caractère naturellement doué des qualités les plus excellentes; d’une habileté de main prodigieuse, il est entré dans la carrière au moment où de nouvelles voies se découvraient. Toutes les ressources de la mécanique et de la science lui ont été prodiguées avec abondance; reconnaissons qu’il en a largement profité, et qu’il nous a rendu au centuple tout ce qui lui avait été si libéralement accordé.
- La mort de Froment marque un temps d’arrêt dans le progrès de l’art des constructions en France; mais vous verrez, Messieurs, dans cette séance même, que, quoique la perte soit irréparable, de nouvelles recrues tendent déjà à en relever le niveau.
- Les inventions de notre collègue, son exemple et nos regrets mêmes ne sont-ils pas, pour ceux qui le suivent, de réelles et sérieuses incitations à faire encore mieux que lui ?
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- MÉDAILLES.
- I. LISTE DES DIFFÉRENTES MÉDAILLES DÉCERNÉES POUR DES INVENTIONS OU DES PERFECTIONNEMENTS INDUSTRIELS.
- H INVENTIONS
- es JO NOMS. RAPPORTEURS. ou perfectionnements
- m o ayant motivé les médailles.
- Médailles d’or.
- MM. MM.
- 1 Deleuil. De Luynes et Leblanc. Balances et appareils photométriques.
- 2 Devinck. Payen. Ensemble de sa fabrication, — appareils spéciaux, — services éminents rendus au commerce et à l’industrie.
- 3 Kœenig. Lissajous. Instruments d’acoustique.
- 4 Savaresse. Duchesne. Fabrication de cordes à boyaux.
- 5 Société l’Alliance,représentée par M. Berlioz. Tresca. Machine magnéto-électrique.
- 6 Stahl. De Silvestre. Procédés de moulage.
- 7 Taurines. Tresca. Appareils dynamométriques.
- 8 Violette. Gaultier de Claubry. Applications de la vapeur surchauffée à diverses fabrications.
- Médailles de ftlaline.
- 1 Bargné. Hervé Mangon. Gazonnement des montagnes.
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- MÉDAILLES D’ENCOURAGEMENT
- H (S INVENTIONS
- PS O NOMS. RAPPORTEURS. OU PERFECTIONNEMENTS
- O z ayant motivé les médailles.
- MM. MM.
- 2 Giroud. H. Peligot. Régulateur télégraphique pour l’éclairage au gaz.
- 3 OZOÜF. Barreswil. Fabrication de l’acide carbonique.
- 4 Robert et Petit. Paul Thénard. Extraction du jus de raisin destiné à la distillation.
- ÆMédaities & argent.
- 1 Audouin (veuve). Chatin. Application de la glu marine à la conservation des arbres.
- 2 Desbrières. IBaude. Système de bagues en fonte pour la voie Vignole des chemins de fer.
- 3 Gaiffe (A.). Du Moncel. Régulateur de lumière électrique.
- 4 Picard. Gaultier de Claubry. Procédés spéciaux de corroyage. T-
- 3 Tronquoy. De Silvestre. Traité de dessin linéaire.
- 6 Voirin. Laboulaye. Perfectionnements dans les presses lithographiques et typographiques.
- Médaille» de brome.
- 1 Burgun. Barreswil. Cristaux de lustrerie.
- 2 Carlier. Du Moncel. Électro-aimant à fil nu.
- 3 Clément. Tresca. Compteur à eau.
- 4 Dupuis , Rabouin -O’Sullivan et Le-royer. Benoît. Niveau-graphomètre.
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- MÉDAILLES D’ENCOURAGEMENT.
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- H PS INVENTIONS
- PS O la NOMS. RAPPORTEURS. ou perfectionnements
- tti ayant motivé les médailles.
- MM. MM.
- 5 Gélibert. Renoît. Perspectomètre.
- 6 Greffin. H. Peligot et Du Moncel. Appareils de chauffage.
- 7 Grün. E. PlHET. Appareil à graver les bouteilles.
- 8 Maurel. De Luynes. Abat-jour et porte-abat-jour.
- 9 Merckelbagh. Duméry- Broyeur-concasseur.
- 10 Mêric ( Jacques ) et comp., à Madrid. V. Bois. Appareil malaxeur et peseur.
- 11 Olanier. Combes. Système de fermeture de lampe de sûreté.
- 12 Plagnol. Benoît. Tourne-scie.
- 13 Risbourg. Benoît. Timbre à cachet tournant.
- 14 TANNEYet Maitrejean. Cave. Appareil dit à frein permanent.
- 15 Toussaint-Leihaitre. H. Peligot. Ventilateur des fosses d’aisances.
- 16 Vigneron. Laboulaye. Serrurerie artistique.
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- MÉDAILLES DENCOURAGEMENT.
- DISTRIBUTION DES MÉDAILLES.
- MÉDAILLES DÉCERNÉES POUR DES INVENTIONS OU DES PERFECTIONNEMENTS INDUSTRIELS
- (voir le tableau I).
- médailles d’or.
- t. Balances de précision et appareils photométriques, par M. Deleuil (1).
- M. Deleuil, habile constructeur d’instruments de physique, a fait, depuis plusieurs années, de louables et persévérants efforts pour suivre les traditions de son père, qui se l’était adjoint comme collaborateur pendant les dernières années de sa vie.
- La Société a déjà entendu récemment des rapports très-favorables sur les balances de précision construites par M. Deleuil, et destinées, soit aux ateliers, pour la pesée des lingots de métaux précieux, soit aux usages des laboratoires de physique et de chimie. Une machine pneumatique d’un nouveau système, et que l’on doit au même artiste, a aussi fixé l’attention de la Société.
- M. Deleuil, chargé, par le service municipal de la ville de Paris, de l’installation des appareils photométriques pour la vérification du pouvoir éclairant du gaz, a, dans ces derniers temps, soumis à l’examen de la Société une balance dite automatique, et destinée à la pesée de la lampe Carcel réglementaire adoptée comme type de source lumineuse pour la comparaison de l’intensité des flammes du gaz.
- Le service de la vérification du pouvoir éclairant du gaz à Paris, organisé depuis 1861, emploie depuis cette époque un ensemble d’appareils photométriques dont la construction a été confiée à M. Deleuil. L’emploi de ces appareils repose sur une méthode dont la ville de Paris est redevable à MM. Dumas et Régnault. La pratique a sanctionné la simplicité et la précision de ces moyens qui tendent de plus en plus à se généraliser en France et à l’étranger.
- L’installation de ces appareils a été effectuée de la manière la plus heureuse
- (1) Les rapporls sur les appareils de M. Deleuil paraîtront ultérieurement.
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- par M. Deleuil. On doit surtout à cet habile artiste la réalisation de la balance dite automatique, que nous venons de mentionner et qui satisfait ingénieusement aux conditions du problème qui lui avait été posé. Cette balance, très-sensible, indique d’elle-même, par la chute d’un marteau sur un timbre, le commencement et la fin de l’expérience à l’observateur qui a l’œil au photomètre de la chambre noire, c’est-à-dire la quantité d’huile brûlée par la lampe dans un temps connu, la flamme de la Carcel ayant la même intensité que la flamme du gaz dont la dépense est réglée en conséquence. La disposition de la balance est telle, que l’expérimentateur n’a pas à redouter l’influence de la température sur le bras du levier.
- La Société, prenant en considération les efforts persévérants et intelligents de M. Deleuil, et l’intérêt qui s’attache aux résultats obtenus, lui décerne une médaille d’or.
- 2. Ensemble de la fabrication. — Appareils spéciaux. — Services éminents rendus au commerce et à Vindustrie, par M. Devinck.
- M. Devinck, qui a été recommandé à l’attention du Conseil, n’a pas réclamé cet honneur. Les comités réunis des arts économiques et chimiques ont pris l’initiative de la proposition, en se fondant sur les considérations qui suivent :
- On doit à M. Devinck une machine à mettre le chocolat sous une forme cylindrique régulière, qui le rend homogène par un ingénieux moyen d’expulsion de l’air ou des gaz, et de façon à en régler le poids à volonté. En effet, les tronçons de cylindres ainsi obtenus, arrivant sur une table rotative de dressage, sont exactement pesés, étendus et moulés avant la fin d’une révolution complète.
- Les moules, remplis, puis successivement enlevés par l’action continue d’un appareil très-simple, glissent aussitôt à la cave, où ils sont méthodiquement refroidis par un courant d’air forcé.
- Des essais régulièrement suivis ont permis à M. Devinck de se rendre un compte exact de l’utilité que peut avoir la machine Carré pour cet usage. Ces essais se poursuivent et promettent un nouvel exemple de cette application, trop rare encore, des refroidissements artificiels dans les travaux de l’industrie plus accoutumée à tirer parti des sources de chaleur.
- Son torréfacteur à prise d’essai rend très-faciles l’exécution et la surveillance de cette opération délicate.
- Tome XIL — 64e année. 29 série. — Juin 1865.
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- Dans l’usine de M. Devinck toutes les surfaces destinées à faire subir à l’amande du cacao une énergique trituration sont en pierre dure, exempte de toute influence défavorable sur l’arome naturel. La Société n’a point oublié la machine ingénieuse et correcte imaginée dans les ateliers de M. Devinck pour plier le chocolat, toujours en vertu du même principe qui dirige cet industriel habile : éloigner la main de l’homme de toute opération où elle peut être remplacée par un mécanisme spécial. La machine à plier a exigé, pour sa conception, son expérimentation, et ses derniers et nécessaires perfectionnements, la confiance du chef d’usine que guide une vue d’ensemble, la persévérance du capitaliste qui n’est pas découragé par les premiers échecs, et le dévouement complet d’un habile contre-maître familiarisé avec tous les procédés de la mécanique.
- M. Devinck a voulu que les honneurs et les profits de l’invention fussent acquis sans réserve au mécanicien dévoué qui conduit ses ateliers; nous sommes sûrs de ne pas méconnaître les sentiments et la pensée de celui-ci en disant qu’il a été profondément touché de ce témoignage d’une équité aussi rare que digne d’éloges, et qu’il ne s’étonnera pas qu’on tienne compte à M. Devinck des soins personnels qu’il a donnés à cette création.
- Mais ce n’est pas seulement par une installation, neuve à beaucoup d’égards et irréprochable, que ce bel établissement se distingue; c’est encore par un excellent système manufacturier et commercial, poursuivi depuis vingt-sept ans avec une persévérance rare et digne des plus grands éloges, qui eut pour but, dès l’origine, et toujours depuis lors pour résultat, de mettre à la portée de tous l’un des aliments les plus agréables et les plus réparateurs, un de ceux qui, de l’aveu de tous les physiologistes, parmi lesquels il convient de distinguer Lavoisier, peuvent le mieux concourir à l’entretien de la santé et des forces de la population.
- Rendre cet aliment d’un usage général par une fabrication simple, économique, exacte et loyale, tel est le but indiqué par Lavoisier, et que tous ses successeurs dans les études qu’il avait entreprises pour l’amélioration de l’hygiène publique et particulière n’ont pas perdu de vue.
- En évitant, avec des soins scrupuleux, tous les frais de nature à augmenter sans utilité le prix de revient de ses produits, M. Devinck est entré dans cette voie, et il est parvenu à faire profiter les consommateurs des plus attentives et des plus judicieuses économies.
- Les éminents services que M. Devinck a rendus à la ville de Paris, à divers titres, n’ont point à être rappelés ici ; mais il nous appartient de faire remar-
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- quer que, comme président du Tribunal de commerce, il en a réorganisé les travaux avec une utilité toujours mieux comprise, qu’il a contribué de la sorte à faire pénétrer dans le commerce de Paris des idées plus saines et des vues économiques plus justes, que le Tribunal reconnaissant a voulu que le portrait de M. Devinck fût placé, dès à présent et par exception, dans la salle de ses séances.
- Ses ateliers, car il a toujours mis en pratique pour lui-même les avis qu’il donnait aux autres, constituent une famille dont il est le chef, et s’il a toujours obtenu les bons services d’un personnel qui lui est dévoué, c’est que ce personnel a toujours été associé à sa bonne fortune comme il l’était à ses travaux.
- C’est afin de mettre en relief le créateur d’un matériel spécial, le manufacturier habile et le négociant loyal ; c’est en vue de recommander des procédés industriels nouveaux et des pratiques commerciales droites, appliqués avec un succès constant pendant plus d’un quart de siècle, exemple utile à signaler, que les comités réunis des arts économiques et chimiques proposent, à l’unanimité, de décerner la médaille d’or à M. Devinck.
- Signé Payen, rapporteur.
- M. le Président, en remettant à M. Devinck la médaille qui lui a été décernée par la Société, s’est exprimé en ces termes :
- « M. Devinck, vous êtes fils de vos œuvres; vous avez employé toute « votre vie au travail, et je suis témoin tous les jours que vous ne connaissez « guère le repos quand l’intérêt public est en jeu. Vous avez connu tous les « honneurs, et il ne nous appartenait pas de rien ajouter à la dignité de votre « vie; mais la Société, en mettant votre nom à côté de celui de nos premiers « lauréats, a voulu associer sa propre reconnaissance à celle de la Ville de « Paris, que vous servez avec un dévouement si absolu, et à celle du Tribunal « de commerce, où votre souvenir est ineffaçable, qui décidait, il y a quelques « jours, que votre portrait serait l’un des premiers ornements de son nouveau « palais. »
- A la suite de l’allocution de M. Dumas, M. Devinck a prononcé les paroles suivantes :
- « Monsieur le Président,
- « Je suis très-touché du rapport de l’honorable M. Payen et des paroles que « vous avez la bonté de m’adresser.
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- « J’attache le plus haut prix à la distinction dont m’honore la Société « d’encouragement, cette institution, essentiellement nationale, qui, depuis « plus d’un demi-siècle, a rendu d’immenses services au pays, en lui faisant « connaître, pour ainsi dire jour par jour, tous les mouvements qui se pro-« duisaient dans l’industrie, soit en France, soit à l’étranger; en l’instruisant « des découvertes par la publication de rapports rédigés par les hommes les « plus compétents; en lui indiquant les perfectionnements dont ces décou-« vertes étaient susceptibles; en lui indiquant aussi les écueils qu’on pourrait « rencontrer dans la recherche du mieux et les moyens de les éviter; en éclai— « rant les industriels par des conseils bienveillants, désintéressés, presque « toujours utiles et souvent très-précieux.
- « C’est ainsi que la Société d’encouragement a noblement et largement rempli « sa mission; c’est ainsi que, par le concours de son Conseil d’administration, « composé des hommes les plus éminents dans les arts et dans les sciences, elle « a guidé l’industrie dans la voie du progrès ; c’est ainsi qu’elle a puissam-« ment contribué au magnifique mouvement industriel qui s’est réalisé de nos « jours, et qui permet à la France de lutter avec avantage contre la concur-« rence étrangère.
- « Pardonnez-moi, Monsieur le Président, de m’être laissé aller à prendre « la parole, mais j’avais à cœur d’exprimer les sentiments que j’éprouve pour « la Société d’encouragement et particulièrement pour son illustre Président. »
- 3. Fabrication d'instruments d’acoustique, par M. Rodolphe Kœnig (1).
- La Société d’encouragement ne s’intéresse pas seulement aux progrès de la grande industrie, elle aime aussi à accorder son patronage à ces fabricants, plus artistes qu’industriels, qui, bornant leur ambition à un chiffre d’affaires souvent très-restreint, s’occupent exclusivement, comme le fait M. Kœnig, de préparer à la science pure des instruments de recherche et de travail.
- Élève de notre célèbre luthier Yuillaume, M. Kœnig a pris chez lui l’habitude de ce fini parfait dans le travail du bois, qui est si nécessaire dans la fabrication des instruments d’acoustique. Grâce à l’instruction scientifique qu’il a reçue en Allemagne, sa patrie, où la science de l’acoustique compte plus d’adeptes que chez nous, il a pu conserver, avec les savants de ce pays, des re-
- (1) Le rapport paraîtra sous peu.
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- lations suivies, qui lui ont permis de recueillir et de réaliser, sous une forme commode, des instruments de recherche et de démonstration inconnus en France avant lui.
- La sirène double de Helmholtz, le tonoscope de Scheibler, le phonautographe de M. Scott ont été construits par M. Kœnig avec une remarquable habileté. Il est en même temps l’auteur d’un nouveau stéthoscope et d’un appareil pour la mesure de la vitesse du son. Mais la plus curieuse de ses inventions, que nous ne saurions rappeler toutes ici, est sans contredit celle qui consiste à employer la flamme du gaz comme moyen de manifester les mouvements vibratoires de l’air.
- Tels sont les principaux titres de M. Kœnig, qui a su donner un nouvel élan à la fabrication des instruments d’acoustique, et qui a apporté dans l’exécution des travaux les plus délicats un ensemble de qualités assez rares à rencontrer dans un seul et même artiste. C’est donc avec la conviction de remplir le vœu de tous les savants qui s’occupent de physique que la Société d’encouragement décerne à M. Kœnig la médaille d’or.
- A. Fabrication de cordes à boyaux, par M. Henri Savaresse (1).
- Depuis plus de trente ans, M. Savaresse a cherché à perfectionner la fabrication des cordes à boyaux, et par les efforts les plus persévérants il est arrivé à des résultats remarquables qui avaient déjà été constatés lors de l’Exposition universelle de 1855.
- M. Savaresse, tout en abrégeant le travail, tout en le rendant moins pénible et moins incommode pour les ouvriers, n’a pas cessé cependant d’améliorer la fabrication des cordes d’instruments.
- Il a étendu l’emploi des boyaux de mouton en l’appliquant à la fabrication des fleurs artificielles, comme le Conseil a pu en juger par les magnifiques échantillons qui ont été mis sous ses yeux. Mais M. Savaresse a rendu un service plus considérable, au point de vue de l’hygiène publique, au moyen des procédés de fabrication qu’il emploie.
- Certaines boyauderies sont aujourd’hui tolérables, et, pour faire descendre les fabriques de cordes à boyaux de la première à la deuxième classe des éta-
- (1) Le rapport paraîtra très-prochainement.
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- blissements insalubres et incommodes, il ne sera plus nécessaire désormais d’exiger l’emploi des procédés Labarraque.
- La Société décerne la médaille d’or à M. Savaresse.
- 5. Machine magnéto-électrique, par la Société VAlliance, représentée
- par M. Berlioz.
- La compagnie l'Alliance s’est adressée à la Société d’encouragement dès le moment où elle a commencé, à l’hôtel des Invalides, ses expériences sur la machine magnéto-électrique à courant non redresse. Il y avait sans doute quelque hardiesse à croire que la rapidité des changements de direction serait assez insensible pour ne pas modifier l’éclat delà lumière, et à tenter les applications.
- Les résultats ont été observés sur une grande échelle, et la réussite de l’éclairage du fort de la Hève (1) a constaté le succès d’une manière indiscutable. L’Administration des phares trouve, dans cette lumière produite par les courants développés par l’action magnéto-électrique, des avantages réels sous le rapport de l’économie et de l’intensité, et ces avantages sont tels que, pendant les temps nébuleux surtout, les signaux s’aperçoivent à une distance notablement plus grande. 11 y a là un grand service rendu à l’humanité, et la Société d’encouragement ne pouvait rester étrangère à un fait de cette importance.
- En décernant à la compagnie l'Alliance, dirigée par M. Berlioz, une de ses médailles d’or, le Conseil de la Société d’encouragement se plaît à reconnaître la part de persévérance et de dévouement qui est due à M. Van Mulderen, à qui l’on est, d’ailleurs, redevable de plusieurs améliorations intéressantes dans les détails de la construction.
- Signé Tresca, rapporteur.
- 6. Procédés perfectionnés de moulage, par M. Stahl (üü).
- On sait que, depuis quelques années, l’attention du monde savant s’est justement fixée sur les découvertes paléontologiques qui ont eu lieu tant en France que dans plusieurs autres contrées du globe. La quantité de fossiles
- (1) Voir Bulletin de 1863, 2e série, t. X, p. 496.
- (2) Voir Bulletin de février 1865, p. 65.
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- trouvés jusqu’à ce jour, appartenant à des êtres qui ont vécu avant les temps historiques, est considérable, et offre naturellement à la science un intérêt puissant. Malheureusement l’état de vétusté et de détérioration où se trouvent le plus souvent ces corps ne permet que bien rarement de les extraire sans les réduire en de nombreux fragments, ou de les transporter sans de notables dommages, ou enfin de les conserver de manière à pouvoir être utilement étudiés.
- Ces restes antiques et précieux, sur plusieurs desquels se trouvent des figures dessinées ou taillées par les mains d’une race d’hommes contemporaine et primitive, ne pouvaient donc être d’un véritable profit pour la science qu’autant qu’on serait parvenu à les amener à un état de consolidation qui en eût rendu faciles le maniement, la conservation et le transport. Or ce problème important, dont la solution avait longtemps résisté aux efforts des praticiens, M. Stahl l’a résolu. Il a fait plus, il est parvenu à représenter, par le moulage et avec la plus minutieuse exactitude, tous ces débris de l’ancien monde; de telle sorte que les pièces les plus friables, comme les plus rares, peuvent être aisément aujourd’hui extraites du sol, maniées, conservées, transportées soit en nature, soit en représentation fidèle, et, en tous lieux, livrées à l’étude. L’invention de M. Stahl est donc une véritable conquête pour la science.
- M. Stahl a déjà reçu de la Société d’honorables récompenses pour des travaux antérieurs, aujourd’hui le Conseil le juge digne de recevoir la médaille d’or.
- 7. Appareils dynamométriques, par M. Taurines.
- M. Taurines s’est livré, depuis plus de dix-sept ans, à des expériences intéressantes et considérables sur l’effet utile des hélices de bateaux. Il a imaginé et construit à cet effet plusieurs appareils dynamométriques; l’un d’eux supporte jusqu’à 75 000 kilogr. d'effort à la circonférence de ressorts qui résistent à la traction, et dont la flèche de courbure varie sous cette action puissante sans altération d’élasticité. M. le Ministre de la marine et des colonies a récemment décidé qu’une récompense honorable (ce sont les expressions dont il s’est servi) était accordée à M. Taurines pour les travaux exceptionnels auxquels il s’est livré sur les hélices et dont l’art naval a bénéficié.
- Nous n’ajouterons rien à cet éloge bien mérité, mais la Société d’encouragement a été heureuse de pouvoir reconnaître à son tour les mérites exceptionnels de M. Taurines en lui décernant une des médailles d’or dont elle dispose.
- Signé Tresca, rapporteur.
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- 8. Applications diverses de la vapeur surchauffée, par M. Violette.
- Au moment où une application nouvelle de quelques propriétés des corps observées scientifiquement vient prendre son domaine dans l’industrie, on aperçoit rarement l’importance qu’elle est de nature à acquérir un jour et la multiplicité des conditions auxquelles elle pourra satisfaire.
- Dans le but de régulariser la carbonisation du bois destiné à la fabrication de la poudre, M. Violette, commissaire des poudres et salpêtres, à Lille, conçut l’heureuse pensée de l’opérer sous l’influence de la vapeur surchauffée, et parvint, à son aide, à des résultats dont l’expérience d’un grand nombre d’années a vérifié l’extrême importance.
- Étendre cette application à toutes les opérations qu’elle pouvait améliorer a été le but constant des efforts de son inventeur.
- Lorsqu’il s’agissait d’une fabrication concentrée tout entière entre les mains de l’État, M. Violette, en sa qualité de fonctionnaire dans cette partie des services publics, n’avait pu songer à prendre un brevet.
- Il en était tout autrement alors qu’il s’agissait de l’industrie privée, mais M. Violette a libéralement mis dans le domaine public tous les résultats de ses recherches, utilisés aujourd’hui dans un grand nombre de fabrications.
- La Société d’encouragement ne pouvait manquer de lui tenir compte de cette généreuse conduite, et, dans le but de récompenser des travaux dont beaucoup d’industries ont largement profité, elle décerne à M. Violette une médaille d’or.
- Signé Gaultier de Claubry, rapporteur.
- Médailles de platine.
- 1. Gazonnement des montagnes, par M. Bargné (1).
- La création de grandes surfaces gazonnées et de prairies arrosées, dans les montagnes, développera les ressources de l’industrie pastorale, permettra d’en faire légitimement disparaître les abus, de mettre en défense et de boiser facilement des surfaces aujourd’hui dénudées ; enfin elle exercera la plus heureuse influence sur le régime de nos cours d’eau torrentiels. C’est dire assez le
- (1) Voir Bulletin de 1864, 2e série, t. XI, p. 323.
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- grand intérêt national de ces travaux, si modestes en apparence et si utiles en réalité.
- M. Bargné a compris toute l’importance de ces opérations; il a créé d’utiles exemples de gazonnements et publié des mémoires étendus sur ce sujet.
- Le comité d’agriculture n’a pas hésité à proposer au Conseil d’accorder à M. Bargné une médaille de platine.
- 2. Régulateur télégraphique pour réclairage au gaz, par M. Giroud (1).
- Le régulateur télégraphique de M. Giroud et l’emploi du tuyau de retour permettent de régulariser la pression du gaz à l’usine productrice. L’application qui en a été faite sur des canalisations importantes démontre l’efficacité du système.
- Le Conseil, désireux d’encourager M. Giroud dans ses intelligents efforts, lui décerne une médaille de platine.
- 3. Fabrication de l’acide carbonique pur, par M. Ozouf (2).
- M. Ozouf est fabricant d’eau de Seltz; chacun connaît ses appareils. Il est aussi fabricant de céruse, par le procédé Thénard qu’il a modifié. Ces diverses applications de l’acide carbonique demandent un gaz très-pur, entièrement absorbable.
- Pour préparer ce gaz, l’inventeur recueille les produits de la combustion du charbon dans une solution froide de carbonate de soude; l’acide carbonique est absorbé, les gaz étrangers se perdent dans l’air. Le carbonate devient ainsi bicarbonate éphémèrement, car il est, à mesure de sa production, soumis à l’action de la chaleur, qui le ramène à l’état de carbonate en dégageant le gaz acide carbonique pur.
- Cette analyse des gaz de la combustion produisant, pour les arts, de l’acide carbonique pur est une opération des plus simples ; elle s’accomplit au moyen d’un appareil des plus ingénieux, approprié avec la simplicité la plus grande.
- La Société a voulu récompenser les efforts intelligents de cet habile inventeur
- (1) Le rapport paraîtra ultérieurement.
- (2) Voir Bulletin de mars 1865, p. 129.
- Tome XII. — 64e année. 2" série.
- Juin 1865.
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- et signaler à l’attention les résultats intéressants de son nouveau procédé de fabrication, en lui décernant la médaille de platine.
- 4. Procédé pour Vextraction du jus du raisin propre à la fabrication des eaux-de-vie, par MM. Petit et Robert (de Saintes) (1).
- Jusqu’ici on a vainement cherché à désinfecter les eaux-de-vie de marc de raisins, tout en leur conservant le bouquet des eaux-de-vie fines extraites des mêmes raisins.
- C’est cette question si grave pour notre agriculture qu’ont abordée MM. Petit et Robert avec un rare bonheur.
- M. Petit est un habile distillateur du Nord qui, il y a quelques années, fut appelé en Saintonge en qualité de contre-maître dans une distillerie de marc de raisins ; comme ses prédécesseurs, il essaya d’abord de désinfecter ses produits et, comme eux, il échoua.
- Cependant, avec une perspicacité digne d’éloges, il comprit que, dans le cas même où il réussirait à désinfecter ses eaux-de-vie, il n’en ferait jamais que des alcools plus ou moins droits en goût, parce que, par l’opération même de la désinfection, le bouquet disparaîtrait avec les matières empyreumatiques et nauséabondes.
- Partant de là, il se demanda alors pourquoi les eaux-de-vie de marc étaient aussi infectes, tandis que celles de vin étaient aussi suaves ; et, après une critique sévère des phénomènes, il lui vint la pensée que le mal était bien moins dû au marc lui-même qu’à des altérations qu’il subit depuis le moment de sa fabrication jusqu’à celui de sa distillation; bientôt des expériences directes vinrent lui donner raison.
- Dès lors, au lieu de continuer ses recherches dans une voie dorénavant stérile, il se mit en quête d’un procédé qui, en lui permettant d’extraire tout le sucre et les autres produits vineux de la vendange, supprimerait ainsi les eaux-de-vie de marc et les remplacerait par une quantité pour le moins égale d’eau-de-vie fine.
- Cette idée pleine d’originalité eut un succès tel, qu’il dépassa toutes les espérances de son auteur; mais, chacun le sait, il y a loin de la théorie à la pratique, surtout pour un pauvre contre-maître.
- Heureusement pour M. Petit, il eut la bonne fortune de rencontrer un homme
- (1) Le rapport paraîtra très-prochainement.
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- intelligent, et qui le comprit d’autant mieux qu’étant originaire delà Saintonge et demeurant à Saintes il en connaît bien l’histoire et les besoins.
- Cet homme est M. Robert : avec lui il ne fallut que quelques conférences, et l’association Petit et Robert fut formée; des appareils furent inventés, essayés et bientôt tous les pays à eaux -de-vie furent en émoi.
- Ce n’est plus seulement en foulant la vendange, en la laissant ensuite s’égoutter spontanément à l’air et en la passant au pressoir, que MM. Petit et Robert en extraient le jus; c’est encore en la faisant macérer avec une petite quantité d’eau, quand, après avoir été d’abord jetée dans des maeérateurs, elle s’est égouttée à l’abri du contact de l’air, afin de prévenir l’action destructive de ce dernier.
- Là est toute l’invention, tout le procédé.
- Mais que peut faire une si petite quantité d’eau, car elle ne dépasse pas le huitième du jus que rendrait la vendange par l’ancien procédé?
- Sous son influence, les cellules non brisées et qui résisteraient à la plus énergique pression se gonflent et crèvent ; de plus, le parenchyme de la baie cède à cette même eau presque tout le sucre et les matières vineuses, que, dans les conditions ordinaires, il retient toujours en abondance; si bien que, sous l’influence de l’eau, l’opération du pressurage, qui demandait autrefois vingt-quatre heures, n’en demande plus que deux, et que le jus, bien qu’allongé d’eau, est, chose remarquable, aussi riche en principes sucrés et vineux et donne, même après sa fermentation, un peu plus d’eau-de-vie qu’une quantité égale devin pur.
- En sorte qu’en fin de compte il y a économie dans la fabrication du vin et augmentation de 16 à 17 pour 100 dans le rendement en eau-de-vie fine, au lieu des 6 à 9 pour 100 d’eau-de-vie de marc qu’on obtient par l’ancien procédé*
- De tels résultats n’ont pas besoin de commentaires pour être hautement appréciés; et c’est ce qu’a fait le Conseil, quand, par l’intermédiaire d’un de ses membres spécialement délégué en Saintonge aux vendanges dernières et par les déclarations de propriétaires aussi honorables qu’intelligents, il les a eus constatés.
- Cependant, tout en reconnaissant l’importance du but, ce qu’il a fallu de sagacité, de science et de bon jugement pour le poursuivre et l’atteindre, les services que le nouveau procédé d’extraction du jus des raisins à eau-de-vie est appelé à rendre, le Conseil, avant d’accorder la plus haute récompense de la So-
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- ciété à MM. Petit et Robert, a jugé prudent d’attendre que le temps ait prononcé sur la quantité des eaux-de-vie ainsi obtenues.
- En conséquence, il leur décerne aujourd’hui la médaille de platine.
- médailles d’argent.
- 1. Application de la glu marine à la conservation des arbres, etc., par Madame veuve Audouin (1).
- Depuis vingt-cinq ans Madame Audouin s’occupe, avec intelligence et persévérance, d’appropriations de la glu marine, en vue de la préservation des plantes contre l’attaque des animaux. De nombreuses attestations et des expériences concluantes recommandent la glu de Madame Audouin, qui peut être également employée avec de réels avantages comme vernis-peinture pour la conservation des treillages et des grilles de clôture, pour enduire les baraquements, l’intérieur des étables, etc.
- La Société, voulant reconnaître les services que Madame Audouin a surtout rendus à l’arboriculture et aux constructions agricoles, lui décerne une médaille d’argent.
- %. Système de bagues en fonte pour la voie Vignole des chemins de fer,
- par M. Desbrière (2).
- M. Desbrière, en imaginant les bagues à adapter sur les traverses pour recevoir les crampons qui fixent les rails Yignole, a eu principalement pour objet de donner plus de solidité et de durée aux bois tendres dont l’emploi est surtout économique. Depuis les essais qui ont été faits en Algérie sur le chemin de fer d’Alger à Blidah, le chemin de fer du Nord français a fait une commande de 25,000 bagues; elles sont appliquées aux sapins du Nord, et la traverse créosotée revient seulement à 4 fr. 10 c. Le succès des traverses employées avec les bagues de M. Desbrière justifie la médaille d’argent que lui décerne la Société d’encouragement.
- (1) Le rapport paraîtra sous peu.
- (2) Voir le rapport au Bulletin de mai 1865, p. 269.
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- 3. Régulateur de lumière électrique, par M. A. Gaiffe (1).
- Le but principal que s’est proposé M. À. Gaiffe, c’est de faire un régulateur de lumière électrique moins dispendieux que tous ceux qui ont été construits jusqu’ici, et en même temps moins délicat dans ses organes.
- Dans son appareil qui n’est autre qu’un régulateur d’Ârchereau perfectionné, il n’existe aucun mécanisme à échappement peur le rapprochement ou l’éloignement des charbons. Comme dans les autres systèmes de régulateurs, les porte-charbon sont parfaitement équilibrés quant à leur poids, mais ce poids n’entre pour rien dans le fonctionnement de l’appareil. C’est au moyen d’un petit barillet, et par l’intermédiaire de deux pignons engrenant avec des crémaillères, que se produit l’avancement des charbons, et c’est l’attraction par une hélice magnétique de la tige de fer terminant le porte-charbon inférieur qui détermine l’écartement nécessaire à la production du point lumineux.
- Un des avantages les plus importants du régulateur de M. Gaiffe réside dans un petit dispositif qui permet de déplacer à volonté le point lumineux, sans extinction de lumière et sans aucun réglage ultérieur du porte-charbon. On peut, de cette manière, centrer facilement le point lumineux dans les expériences d’optique et rendre les expériences avec la lumière électrique aussi faciles qu’avec la lumière solaire.
- Prenant en considération les avantages qui viennent d’être signalés, la Société décerne à M. Gaiffe une médaille d’argent.
- 4. Procédé de corroyage, par M. Picard (2).
- Il y a à peine trois ans, M. Picard commençait à s’occuper de la fabrication d’une espèce de produits de corroierie désignés sous le nom de croupons de veaux en huile. A cette époque, l’Angleterre paraissait devoir conserver la supériorité sur notre industrie pour leur confection.
- Parvenu rapidement à un chiffre annuel d’affaires de 500,000 fr., M. Picard se trouva bientôt, par suite du traité de libre-échange, en concurrence avec les produits anglais. Sans se décourager et se regardant comme assuré du succès, non-seulement il a lutté avec avantage sur notre sol, mais il est allé se
- (1) Le rapport paraîtra prochainement.
- (2) Voir le rapport au Bulletin de 1864, 2® série, t. XI, p. 585.
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- placer lui-même sur celui de la nation rivale. Déjà plus de 100,000 fr. d’affaires faites dans ce pays prouvent qu’il n’avait pas trop présumé de ses forces, et la qualité de ses produits est telle, qu’ils s’y vendent 12 fr. , les produits similaires anglais se vendant 10 fr.
- Le Conseil n’a pas hésité à récompenser de semblables efforts qui démontrent ce que doit et ce que peut faire notre industrie dans la condition nouvelle où elle est placée, et il a décerné à M. Picard une médaille d’argent.
- 5. Traité de dessin linéaire, par M. Àmable Tronquoy (1).
- Dans un ouvrage intitulé Traité du dessin linéaire géométrique, M. Amable Tronquoy a exposé, sous une forme élémentaire, et avec autant de méthode que de clarté, les principes du dessin linéaire appliqué aux arts industriels. Cet ouvrage, qui part des premières notions de la géométrie rectiligne, arrive progressivement au tracé des lignes, des plans et des solides, y compris leurs intersections et leurs pénétrations; il traite aussi de la théorie et de la pratique du lavis, des ombres et des éléments d’architecture. Un atlas in-folio que M. Tronquoy a annexé à son livre, et une grande quantité de figures intercalées dans le texte de l’ouvrage, facilitent encore, d’une manière remarquable, l’étude du dessin linéaire et l’application qu’on en peut faire aux arts industriels et à tous les arts en général.
- Cet excellent manuel, qui a été autorisé par M. le Ministre de l’instruction publique, est déjà répandu dans un assez grand nombre d’écoles industrielles. Le Conseil de la Société, qui, de son côté, en a apprécié le mérite et l’utilité, a voulu récompenser son auteur, en lui décernant publiquement une médaille d’argent.
- 6. Perfectionnements apportés aux presses lithographiques et typographiques,
- par M. Yoirin (2).
- La difficulté du tirage de la lithographie, de ses surfaces plates, où le dessin n’existe guère que par la propriété d’être rebelle au mouillage par l’eau, comparée à la facilité des tirages des types à relief saillant de ta typographie, a toujours semblé rendre bien difficile l’application, au tirage de la lithographie,
- (1) Le rapport paraîtra sous peu.
- (2) Le rapport paraîtra ultérieurement.
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- des machines analogues aux presses mécaniques, et par suite le prix de ce genre d’impression a semblé devoir demeurer toujours élevé.
- Les perfectionnements apportés à la presse en blanc pour la typographie, qui en ont fait une machine aussi simple que précise dans son action, ont conduit M. Voirin à trouver la solution du problème dans l’application, à l’impression lithographique, de ce genre de machine convenablement complété.
- Les presses mécaniques lithographiques de M. Voirin ont un juste succès; quarante-six ont déjà été livrées, chiffre qui indique qu’il s’agit d’un beau progrès réalisé et non plus d’une simple tentative.
- M. Voirin a également apporté certains perfectionnements aux presses typographiques. C’est ainsi qu’il est l’auteur d’une disposition propre à diminuer de moitié le nombre des margeurs qui présentent les feuilles de papier aux organes presseurs des machines à réaction, servant à l’impression rapide des journaux. Ces machines, ayant généralement quatre cylindres imprimeurs pour obtenir 6,000 exemplaires à l’heure, ont en effet besoin de quatre margeurs et de quatre leveurs de feuille, de deux ouvriers par chaque cylindre, l’un pour fournir la feuille de papier blanc, l’autre pour recevoir la feuille imprimée. Le système qu’a imaginé M. Voirin, pour obtenir la diminution de bras qu’il s’était proposée, est ingénieux et digne d’éloge; la seule crainte que l’on puisse concevoir pour sa propagation, c’est qu’il exige des margeurs habiles pour ne pas gâter de papier.
- Enfin M. Voirin a combiné un système propre à éviter les irrégularités de mouvement du marbre conduit par une crémaillère actionnée par un pignon réuni à l’arbre moteur par un joint de Cardan. Déjà un habile constructeur récompensé par la Société, M. Normand, avait apporté un remède au même défaut. C’est une autre solution qu’a trouvée M. Voirin, et qui, malgré l’inconvénient qu’elle offre de rendre mobile l’organe de transmission du travail moteur, n’en permet pas moins d’obtenir des résultats dignes d’être constatés.
- Voulant récompenser les heureux efforts faits par M. Voirin pour réaliser les perfectionnements que nous venons de signaler, la Société lui décerne une médaille d’argent.
- Médailles de bronze.
- 1. Cristaux pour lustres, par M. Burgun.
- Le 1er juillet prochain, le traité de commerce avec l’Allemagne entrera en vigueur. Chacun des deux pays s’apprête à soutenir la lutte.
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- Parmi les industries qui paraissent le plus menacées se trouve la fabrication de la verrerie pour lustres. M. Burgun, directeur et copropriétaire de la verrerie de Meysentbal, dont les produits sont connus et estimés partout en France, s’est proposé de conserver à notre pays cette fabrication intéressante, qui a le mérite de donner du travail aux habitants des campagnes dans les moments d’oisiveté relative que laisse le soin de la terre.
- Il a fait ainsi un acte de patriotisme et d’humanité, dont le Conseil a voulu reconnaître le mérite en lui donnant la médaille de bronze, applicable à ce fait pris isolément et non à l’importance de sa fabrication et à l’excellence des produits de Meysenthal.
- Signé Barreswil, rapporteur.
- %. Électro-aimants à fil nu, par M. Carlier (1).
- M. Carlier, mécanicien, a essayé d’employer à la construction des hélices magnétisantes des électro-aimants du fil complètement dépourvu de toute couverture isolante, et il est arrivé à des résultats réellement curieux. En effet, non-seulement les électro-aimants ainsi construits ont pu fournir des forces attractives très-développées, mais ils ont présenté un phénomène tout particulier, bien précieux dans les applications électriques, celui de la suppression complète de l’extra-courant à l’interrupteur du circuit. L’unique condition pour obtenir ces effets est que les différentes couches de spires soient séparées les unes des autres par des enveloppes de papier, et que les bobines soient en bois ou en cuivre garni intérieurement d’une couverture isolante. Toutefois, comme le retour du fil, après chaque rangée de spires, peut compromettre facilement l’isolation de ces rangées, on doit prendre un soin excessif à l’enroulement aux extrémités des bobines, et l’inventeur a, pour cela, un tour de main qui réussit à merveille.
- Bien que l’expérience n’ait pas encore prononcé sur les électro-aimants à fil nu de M. Carlier, le comité qui en a fait l’examen pense qu’ils ne doivent présenter d’avantages réels que sur les circuits peu résistants et avec des piles disposées de manière à ne pas avoir trop de tension. Mais, quoi qu’il en soit, l’invention de M. Carlier n’en constitue pas moins une découverte très-intéressante à laquelle la Société accorde une médaille de bronze.
- (1) Le rapport paraîtra prochainement.
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- 3. Compteur à eau, par M. Clément (1).
- M. Clément a présenté à la Société d’encouragement un compteur à eau, sur lequel des expériences ont été faites. Les résultats ont été complètement satisfaisants, et, en attendant qu’une application en grand ait été tentée dans quelque distribution publique, la Société lui accorde, à titre d’encouragement, une médaille de bronze.
- 4. Niveau-graphomètre, par MM. Dupuis, Rabouin-O’Sullivan
- et Leroyer (2).
- Le petit instrument de géométrie pratique, présenté par MM. Dupuis, Rabouin-O’Sullivan et Leroyer, est constitué de manière à être utilisé soit comme gra-phomètre à cercle entier, soit comme simple équerre d’arpenteur, soit enfin comme niveau à pendule. Il a le mérite d’être bien construit, bien agencé, et de n’occuper qu’un volume très-restreint, circonstances qui le rendent d’un usage commode.
- Le Conseil décerne à MM. Dupuis, Rabouin-O’Sullivan et Leroyer une médaille de bronze.
- 5. Perspectomètre, par M. Gélibert (3).
- M. Gélibert a introduit l’usage de méthodes géométriques, dans la pratique du dessin artistique, dont il dirige une école.
- Aussi parvient-il, en peu de temps, à faire tracer, par des dessinateurs différents, des images identiques d’un même objet ou d’un même point de l’espace. C’est en familiarisant ses élèves avec l’emploi combiné du perspectomètre, du régulateur, de Yhorizontomètre et des cadres proportionnels, qu’il obtient un tel succès dans son enseignement.
- Le Conseil décerne à M. Gélibert une médaille de bronze.
- 6. Appareils de chauffage, par M. Greffin (4).
- Les appareils de M. Greffin sont utilement appliqués tant pour empêcher la
- (1) Le rapport paraîtra sous peu.
- (2) Voir Bulletin de 1864, 2e série, t. XI, p. 397.
- (3) Le rapport paraîtra ultérieurement.
- (4) Voir Bulletin de février 1865, p. 69.
- Tome XII. — 64e année. 2e série. — Juin 1868.
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- fumée de se répandre dans les appartements que pour augmenter économiquement la chaleur développée dans les diverses cheminées à usages domestiques. Le Conseil décerne à l’inventeur une médaille de bronze.
- 7. Appareil à graver les bouteilles, par M. Grün (4).
- M. Grün a imaginé un petit appareil très-simple pour graver les bouteilles, c’est-à-dire pour y faire une marque.
- Le principe de gravure adopté par l’inventeur est basé sur l’enlèvement d’une partie de la surface du verre par l’action du choc. Si l’on vient à frapper un morceau de verre avec une pointe d’acier trempé, on produit une petite entaille. En rapprochant et en multipliant ces entailles, on remarquera facilement que l’on pourra reproduire telle figure, telle marque que l’onjoudra, comme si on faisait un tatouage. Partant de là, M. Grün emploie un poinçon d’acier portant en dessous une saillie de la forme de la lettre ou de la marque à reproduire, et en faisant tomber rapidement et plusieurs fois ce poinçon sur la panse de la bouteille il arrive à produire la marque demandée.
- La simplicité et la modicité du prix de cet appareil, qui peut fonctionner entre les mains les moins habiles, ont été appréciées par le Conseil, qui décerne à M. Grün une médaille de bronze.
- 8. Abat-jour et porte-abat-jour, par M. Maurel (2).
- M. Maurel a présenté à la Société un nouveau support d’abat-jour pour lampes à schistes et autres. Par une combinaison simple et ingénieuse, la partie du fil qui forme ressort est éloignée du foyer de chaleur; le fil ne se recuit point et conserve l’élasticité suffisante pour serrer le verre. Ce support, d’un prix modique, est obtenu au moyen d’un outillage particulier, et sa fabrication, très-simple, crée un nouveau genre de travail pour les ouvriers infirmes ou pour les femmes incapables de se livrer à d’autres emplois. La Société décerne à M. Maurel une médaille de bronze.
- (1) Voir Bulletin de 1864, 2e série, t. XI, p. 395.
- (2) Voir idem de 1864, idem p. 463.
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- 9. Broyeur-concasseur, par M. Merckelbagh (1).
- Par la réunion très-intelligente et très-judicieuse de plusieurs moyens impuissants ou incomplets lorsqu’ils sont employés isolément, et qui se complètent et s’améliorent réciproquement lorsqu’ils sont appliqués simultanément, M. Merckelbagh a réalisé, dans les machines à réduire en poudre les matières pulvérulentes, un véritable progrès, tant sous le rapport de la quantité produite que de la qualité obtenue.
- La Société d’encouragement le félicite de ses efforts, et lui décerne une médaille de bronze.
- 10. Appareil malaxeur et peseur pour le chocolat, par MM. Méric (Jacques)
- et comp., à Madrid (2).
- MM. J. Méric et comp., qui représentent la Compagnie coloniale de Madrid (Espagne), ont apporté dans leur fabrication de chocolat une suite de perfectionnements qui méritent d’attirer l’attention de la Société. M. Méric a abandonné l’exploitation de ses procédés en renonçant à son droit privatif en France. La Société d’encouragement lui décerne une médaille de bronze, particulièrement à cause des dispositions de son broyeur malaxeur et de son système de pesage.
- 11. Système de fermeture de lampe de sûreté, par M. Olanier (3).
- M. Olanier est inventeur d’une lampe de sûreté pourvue d’un éteignoir, qui est relevé et maintenu dans cet état par un cran que pousse un ressort, pendant qu’on garnit et qu’on allume la lampe découverte. En adaptant ensuite à la lampe son enveloppe en gaze métallique qui est fixée par une sorte d’emmanchement à baïonnette, un taquet dégage la queue de l’éteignoir du cran qui la maintient; mais un cordon saillant à l’intérieur sur la virole qui porte la gaze métallique se substitue au cran et maintient l’éteignoir soulevé. On ne peut ouvrir la lampe sans tourner cette virole et l’amener dans une position où ce cordon saillant se trouve interrompu, ce qui détermine la chute de
- (1) Voir Bulletin d’avril 1865, p. 204.
- (2) Voir le rapport au Bulletin de mai 1865, p. 267.
- (3) Id. id. p. 263.
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- l’éteignoir sur la mèche et l’extinction de la lampe, avant qu’elle soit découverte.
- Ce mécanisme est le plus simple de ceux qui ont été proposés pour atteindre le même but. La Société récompense M. Olanier par une médaille de bronze.
- 12. Tourne-scie, par M. Plagnol (1).
- Jusqu’à ce jour, la voie n’a été donnée aux scies, c’est-à-dire que l’écartement alternatif de leurs dents du plan de la lame n’a été opéré qu’à vue d’œil, avec l’outil improprement nommé calibre; aussi est-on souvent obligé de procéder ensuite au redressement de cette voie. Le tourne-scie présenté par M. Plagnol donne le moyen d’obtenir un déversement des dents de scie très-régulier, sans avoir recours à cette dernière opération. Cet outil, simple et néanmoins ingénieux, sera sans doute adopté dans le travail des bois.
- Le Conseil décerne à M. Plagnol une médaille de bronze.
- 13. Timbre ou cachet tournant, s'encrant seul, par M. Pusbourg (2).
- Le mécanisme qui caractérise le timbre ou cachet tournant et s’encrant seul, de manière à donner, à volonté, des empreintes bicolores, présenté par M. Ris-bourg, a été trouvé d’une très-ingénieuse simplicité, et susceptible d’autres applications industrielles.
- Le Conseil décerne à M. Risbourg une médaille de bronze.
- 14. Frein permanent, par MM. Tanney et Maîtrejean (3).
- MM. Tanney et Maîtrejean, témoins de l’accident arrivé dans le temps au cirque Napoléon, par suite de la rupture de l’engrenage d’un treuil qui supportait le lustre, accident qui fit malheureusement plusieurs blessés, ont cherché, par une combinaison mécanique, à éviter le retour de pareils malheurs. Dans ce but, ils ont imaginé un frein, qu’ils ont fait breveter sous le nom de préservateur permanent, et qui est entièrement indépendant de la roue du treuil
- (1) Le rapport paraîtra prochainement.
- (2) Voir Bulletin d’avril 1865, p. 193.
- (3) Voir idem — • p. 202.
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- auquel il est appliqué, de telle sorte que, si cette roue venait à se rompre, le poids resterait suspendu.
- La Société décerne à MM. Tanney et Maîtrejean une médaille de bronze.
- 15. Ventilateur des fosses d’aisances, par M. Toussaint-Lemaître (1).
- Les appareils destinés, par M. Toussaint-Lemaître, à la ventilation des fosses d’aisances sont ingénieusement combinés, et doivent concourir efficacement aux progrès de l’hygiène publique. C’est à ce titre que le Conseil décerne à l’inventeur une médaille de bronze.
- 16. Ouvrages de serrurerie artistique, par M. Vigneron (2).
- M. Vigneron est un habile artiste, qui a su retrouver les procédés des anciens releveurs de fer, à l’aide desquels s’exécutaient autrefois, et surtout au dernier siècle, ces ouvrages de serrurerie, destinés à des décorations d’une grande élégance; c’est ainsi qu’on peut voir, aux riches hôtels de MM. Fould et Péreire, des balcons d’une grande richesse exécutés par M. Vigneron.
- Mais ce n’est pas dans la seule direction de la serrurerie riche, destinée aux bâtiments, que M. Vigneron s’est exercé. Ayant travaillé plusieurs années, chez l’habile ébéniste M. Fourdinois, à l’exécution de la serrurerie des plus beaux meubles artistiques auxquels ne sauraient convenir les clefs, garnitures, etc., du commerce, il a acquis un talent qui lui permet de combiner les ressources de la ciselure et du repoussé, d’obtenir des effets variés et d’exécuter des objets remarquables.
- Voulant encourager M. Vigneron dans l’excellente voie qu’il a su s’ouvrir, la Société lui décerne une médaille de bronze.
- (1) Le rapport paraîtra bientôt.
- (2) Voir Bulletin de 1864, 2e série, t. XI, p. 391.
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- D ORDRE,
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- MÉDAILLES D’ENCOURAGEMENT.
- II. LISTE DES CONTRE-MAÎTRES ET OUVRIERS JUGÉS DIGNES DE RECEVOIR DES MÉDAILLES D’ENCOURAGEMENT.
- H as a as o "b O K NOMS. ANNÉES de service. ÉTABLISSEMENTS AUXQUELS ILS APPARTIENNENT.
- MM. MM.
- 1 Mme Bertemy (Marie-Jeanne). . . . 23 Christofle et comp., fabricants d’orfévre-rie dorée et argentée, à Paris.
- 2 Bonneau (Ambroise) 26 Groult jeune, fabricant de farines alimentaires à Paris.
- 3 Brigaud (Benoît) 32 Martin et Lebas, fabricants d’orfèvrerie à Paris.
- 4 Cornet (Louis). 20 Roy, entrepreneur de serrurerie artistique à Paris.
- 5 Cutelle (Auguste) 33 Malfait et comp. , teinturiers à Fiers près Lille (Nord).
- 6 Costé (Amand) 26 Merlié-Lefevre, corderie havraise à In-gouville-Havre (Seine-Inférieure).
- 7 Chicard (Louis) 13 Taborin, fabricant de limes à Paris.
- 8 Delaporte (Jean-François) 63 Chesnay, fabricant de cuirs à Magny-en-Yexin (Seine-et-Oise).
- 9 Delhaye (J. Baptiste). 25 Bo’nvoisin, entrepreneurde menuiserie à Versailles (Seine-et-Oise).
- 10 Deffauchaux (Louis). ........ 34 Garnier [Paul), ingénieur-horloger à Paris.
- 11 Delorme (Jean) 15 Marës, agriculteur à Lannac près Montpellier (Hérault).
- 12 Duvivier (Étienne) 27 Deleuil, ingénieur-opticien à Paris.
- 13 Frérot (Alexandre) 45 Couillard et Vit et, hongroyeurs à Pont-Audemer (Eure).
- 14 Grandvinet (Cyrille) 31 Usine de galvanisation des forges de Franche-Comté, à Paris-Grenelle.
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- H es a es o “a O a NOMS. ANNÉES de service. ÉTABLISSEMENTS AUXQUELS ILS APPARTIENNENT.
- MM. MM.
- 15 (xttyot (Hippnlyt.fi) 30 Charrière , fabricant d'instruments de
- chirurgie à Paris.
- 16 LEMAIRE (François) 39 Lefebvre (Th éodore) .fabricant de céruse à Lille (Nord).
- 17 Lemaire (Fulgence). 40 Baron d’Herlincourt, agriculteur, député du Pas-de-Calais.
- 18 Leriche (Hubert) 28 Vve Bouchard-JJuzard, imprimeur à Paris.
- 19 LiTipwNT (Léon-Louis) 9 Froment, constructeur d’instruments de précision à Paris.
- 20 Manherie (Pierre) 43 Perler frères, raffineurs à Paris.
- 21 Poignon (J. Baptiste) 24 Papeteries des Souches-d’Anould près Saint-Dié (Vosges).
- 22 Patureau (Gaspard) 29 Vve Ménagé, imprimeur à Bourges.
- 23 Riester (Antoine) 13 Boucherot, brasseur à Puteaux.
- 24 Rousseau (Pascal) 15 Loizeau, fabricant de manches de porte-plumes, à Poissy.
- 25 Thorin (Claude) . . 15 Robillard, Vanloo etcomp., fabricants d’ébénisterie à Paris.
- 26 Tournay (Louis) 12 Bezançon, fabricant de céruse à Paris.
- Le secrétaire général de la Société,
- Baron Ch. DUPIN,
- Sénateur, membre de l’Institut.
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- JlÉD AILLES DENC0URA6EMENT.
- MÉDAILLES
- DÉCERNÉES AUX CONTRE-MAÎTRES ET OUVRIERS DES ÉTABLISSEMENTS AGRICOLES
- ET MANUFACTURIERS.
- Les noies qui suivent sont extraites des dossiers concernant chacun des lauréats.
- 1. Mm# Bertemy (Marie-Jeanne).
- Mme Bertemy, âgée de cinquante-huit ans, est contre-maîtresse de l’atelier des brunis-seuses dans la maison d’orfèvrerie dorée et argentée de MM. Chrislofle et comp., où elle est entrée en 1842, lors de sa fondation ; elle compte donc aujourd’hui vingt-trois années de service.
- L’atelier des brunisseuses est composé de 150 femmes ou filles, y compris les jeunes apprenties que Mme Bertemy forme chaque année, et dont elle surveille la conduite au dedans comme au dehors en véritable mère de famille. Pour suffire à cette tâche importante, elle est aidée par sa fille, brunisseuse comme elle; et c’est grâce au zèle et à l’aptitude de toutes deux que l’ordre et la régularité les plus parfaits régnent dans l’atelier.
- La récompense que reçoit aujourd’hui Mme Bertemy n’est pas la première; déjà, en 1855, le jury de l’Exposition universelle, voulant reconnaître son zèle, lui décerna une médaille de bronze, à la recommandation du regretté fondateur de la maison, M. Christofle père.
- 2. M. Bonneau (Ambroise).
- Né en 1801, à Cosne (Nièvre), M. Bonneau a été employé consécutivement, de 1838 à 1864, en qualité de chauffeur, chez M. Groult, fabricant de pâtes et farines alimentaires. Pendant ces vingt-sixannées il n’a cessé de se montrer honnête, actif et laborieux, et, s’il a quitté depuis six mois l’usine à laquelle il appartenait, c’est que l’âge et les fatigues de son service l’ont obligé à prendre du repos.
- M. Groult, tout en assurant une pension annuelle à son ancien serviteur, a sollicité pour lui une médaille, parce qu’il sait qu’elle sera pour lui une récompense méritée en même temps qu’un objet d’émulation pour ses anciens compagnons de travail.
- 3. M. Brigand (Benoît).
- La Société récompense en M. Brigaud trente-deux années de bons et loyaux services, passées dans la même maison comme ouvrier en orfèvrerie. Né en 1800, à Paray-le-Monial
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- (Saône-et-Loire), M. Brigauc! est entré,.en 1833, chez M. Basnier, orfèvre, auquel ont succédé d’abord M. Dejean, puis, dans ces derniers temps, MM. Martin et Lebas, chez lesquels il travaille encore aujourd’hui.
- La probité, l’exactitude et la sobriété de M. Brigaud sont attestées par les certificats les plus honorables.
- 4. M. Cornet (Louis).
- M. J. Roy, entrepreneur de serrurerie artistique, à Paris, a vivement recommandé à la Société son premier contre-maître, M. Cornet, entré dans son établissement il y a vingt ans comme apprenti, et s’y étant successivement élevé, par son intelligence et son habileté, au poste de confiance qu’il occupe aujourd’hui.
- M. J. Roy se plaît à reconnaître que le zèle et le dévouement de son protégé ont contribué pour une bonne part à la prospérité de son établissement.
- 5. M. Cutelle (Auguste).
- Né à Citoing (Nord), en 1793, M. Cutelle est employé depuis trente-trois ans chez MM. Malfait et comp., teinturiers à Fiers, près Lille, qui ont présenté à la Société ce vieux serviteur comme un modèle de probité.
- 6. M. Costé (Amand).
- M. Costé est entré, en 1839, à l’âge de dix-huit ans, dans les ateliers de corderie de MM. Merlié-Lefèvre et comp., à Ingouville-Havre. Depuis cette époque, il n’a cessé d’apporter à son travail les qualités d’un bon ouvrier, et a fini par devenir contremaître de la fabrique.
- Père d’une nombreuse famille, M. Costé remplit ses devoirs avec une sollicitude qui lui a acquis l’estime de tous ceux qui l’entourent.
- 7. M. Chicard (Louis).
- Bien qu’il ne soit que depuis treize ans chez M. Taborin, fabricant de limes, à Paris, M. Chicard se recommande par des titres exceptionnels. Fils aîné de veuve, il a non-seulement soutenu sa famille par son seul travail, mais encore pris sous sa garde six orphelins, dont il a su faire d’excellents ouvriers.
- Il n’est pas inutile de noter ici un article du règlement de la fabrique de M. Taborin, qui témoigne hautement de la sollicitude de son chef 5 suivant cet article, tout apprenti placé sous la surveillance d’un ouvrier travaille au compte de celui-ci, qui est tenu de lui donner un salaire de 1 franc par jour.
- Tome XII. 64e année. 2e série. — Juin L865.
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- 8. M. Delaporte (Jean-François).
- Soixante-trois années consécutives de travail chez M. Chesnay, fabricant de cuirs à Magny-en-Vexin (Seine-et-Oise) -, tels sont les titres à la fois rares et respectables de M. Delaporte.
- En présentant ce digne vétéran de l’industrie, entré chez lui, à l’âge de douze ans, en 1801, M. Chesnay adresse à la Société plusieurs certificats émanant des autorités du pays, et attestant que M. Delaporte s’est toujours montré l’ouvrier le plus assidu, le plus laborieux et le plus moral entre tous.
- 9. M. Delhaye (Jean-Baptiste).
- M. Delhaye travaille depuis vingt-cinq ans sans interruption chez M. Bonvoisin, entrepreneur de menuiserie, à Versailles, qui atteste n’avoir jamais eu qu’à se louer de ses services.
- Ce digne ouvrier est l’un des membres fondateurs de la Société de secours mutuels fondée à Versailles en 1851, et c’est le président de cette Société, M. Perdreau, qui a pris l’initiative de le recommander à la bienveillance de la Société d’encouragement.
- 10. M. Deffauchaucc (Louis).
- Voici les renseignements fournis par M. Paul Garnier, ingénieur-horloger, à Paris, chez lequel travaille M. Defïauchaux.
- « Il est entré dans les ateliers en novembre 1830, et depuis cette époque il n’a pas « cessé de se distinguer par son intelligence et sa bonne conduite, qualités qui lui ont « acquis la confiance de son patron, et lui ont valu depuis nombre d’années le poste « de contre-maître.
- « Chargé d’une nombreuse famille, M. Defïauchaux a fait tous les sacrifices que « comportait sa position pour élever honnêtement ses enfants et les mettre à même « de se suffire. »
- 11. M. Delorme (Jean).
- Les services de M. Delorme sont dignes de tout l’intérêt de la Société, ainsi que le constate une longue lettre adressée par M. Marès, l’intelligent et courageux viticulteur auquel le Midi est en grande partie redevable d’avoir vu ses vignobles sauvés, par le soufre, des ravages de l’oïdium.
- La longue carrière de M. Delorme est racontée par M. Marès, et attestée par M. le baron P. Thénard, qui a vu l’homme à l’œuvre et a pu juger de ses excellentes qualités.
- Né en 1816, près de Châlons-sur-Saône, M. Delorme a d’abord travaillé comme mineur, puis comme tailleur de pierres appareilleur. Incorporé plus tard dans l’in-
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- fanterie de marine, il passa successivement à la Guyane et au Sénégal, et c’est après avoir fait les campagnes de Tanger et de Mogador qu’il fut rapatrié et put reprendre son état de tailleur de pierres. 11 était alors à Montpellier, lorsque, en 1849, une maladie grave l’ayant forcé de quitter son travail, M. Marès, qui avait eu l’occasion de le connaître dans son enfance, l’emmena à la campagne, à Lannac, où il lui confia les fonctions de garde et de surveillant de sa propriété.
- C’est dans cette nouvelle situation que M. Delorme s’est peu à peu façonné à la pratique agricole, et qu’il a secondé M. Marès avec un dévouement et une intelligence remarquables dans ses travaux sur la maladie de la vigne en 1854, 1855, 1856 et 1857. Comprenant l’action efficace du soufrage, il aida puissamment son maître à combattre les préjugés que rencontrait, à son début, la nouvelle pratique, et, si les vignobles du Midi ont été sauvés de la ruine, ils le doivent pour une bonne part aux efforts qu’il a faits pour aider de ses conseils les viticulteurs aux abois.
- Depuis 1861, M. Marès a récompensé cet excellent serviteur en l’appelant à succéder à l’agent rural qui, depuis quarante ans, était à la tête des travaux d’exploitation du domaine de Lannac. Dans ce nouveau poste qui comporte la surveillance journalière de 100 à 150 ouvriers occupés à des travaux de plantation, de défoncement, de drainage, de construction, etc., M. Delorme a constamment montré la même intelligence et la même activité. Aussi M. Marès, en le signalant à la Société, fait-il remarquer que M. Delorme, jadis ouvrier des villes, a donné le rare exemple du retour à la vie des champs, qu’il s’y est instruit et a fini par y acquérir une bonne position, grâce à la persévérance de ses efforts et de sa bonne conduite.
- 12. M. Duvivier (Etienne).
- M. Duvivier, né à Lyon en 1814, est attaché depuis 1837 à l’établissement de M. Deleuil, ingénieur-opticien à Paris.
- M. Deleuil atteste qu’il montre un véritable talent dans tous les travaux qui lui sont confiés ; une simple explication lui suffit souvent pour les exécuter sans qu’il soit même besoin de le surveiller dans les détails. Chose rare et qui ne saurait être passée sous silence, M. Duvivier a traversé les époques difficiles qui, à plusieurs reprises, ont jeté le trouble dans la classe ouvrière sans jamais oublier ses devoirs. Prêtant à son patron le concours de son influence, il a toujours cherché, au contraire, à ramener par ses conseils les ouvriers égarés ; aussi a-t-il été plus d’une fois consulté par M. Deleuil dans des circonstances délicates, où la droiture de son jugement a pu se faire apprécier.
- À de pareils sujets la Société est toujours heureuse d’accorder ses encouragements.
- 13. M. Frérot (Alexandre).
- MM. Couillard et Vitet, hongroyeurs à Pont-Audemer, successeurs de M. Plummer,
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- emploient dans leur maison un digne vétéran; M. Frérot, qui y est entré il y a quarante-cinq ans, et qui y remplit les fondions de mécanicien.
- De nombreux certificats attestent son intelligence et sa bonne conduite, et honorent une existence parvenue aujourd’hui à sa soixante-douzième année.
- 14. M. Granvinet (Cyrille).
- M. Granvinet est entré, en 1834, à l’âge de dix ans, comme apprenti tréfileur, aux forges de Champagnole (Jura), appartenant à M. Muller, et il y est resté pendant vingt années consécutives, en donnant des preuves constantes de zèle et d’assiduité à son travail.
- En 1855, il est venu à Paris, et est resté à l’usine que M. Muller fonda, à cette époque, à Grenelle.
- Enfin, en 1858, les principaux établissements métallurgiques de la Franche-Comté ayant fusionné et les usines de Champagnole et de Grenelle étant entrées dans la fusion, M. Granvinet a été appelé au poste de contre-maître, en témoignage de la confiance que ses chefs n’ont cessé d’avoir en lui. Il compte donc aujourd’hui trente et un ans de services dans la même maison.
- 15. M. Guyot (Hippolyte).
- M. Guyot est contre-maître chez M. Charrière, fabricant d’instruments de chirurgie à Paris, et il remplit les mêmes fonctions depuis plus de trente ans. Dans cette longue carrière, son zèle et sa bonne conduite lui ont acquis l’estime générale et la sympathie de tous les ouvriers de sa profession.
- 16. M. Lemaire (François).
- M. Lemaire travaille depuis trente-neuf ans dans la fabrique de céruse de MM. Théodore Lefebvre et comp., à Lille (Nord). Les notes les plus favorables ont été adressées sur son compte à la Société.
- 17. M. Lemaire (Fulgence).
- M. le baron d’Herlincourt, agriculteur, député du Pas-de-Calais, a adressé les certificats les plus honorables sur l’un de ses bergers, M. Lemaire, employé dans son domaine d’Eterpigny. Quarante ans de bons et loyaux services sont attestés par les récompenses que la Société d’agriculture du Pas-de-Calais lui a décernées en 1863 et 1864.
- 18. M. Leriche (Hubert).
- M. Leriche est entré, en 1835, comme ouvrier aux presses, dans l’imprimerie de Madame veuve Bouchard-Huzard, à Paris. Les soins assidus qu’il apportait à son tra-
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- vail ont permis, en 1857, de lui confier le poste de conducteur-chef de presses mécaniques, et, plus tard, il a été chargé, comme il l’est encore aujourd’hui, du travail, souvent délicat, du tirage des feuilles du Bulletin de la Société d’encouragement. Il est donc depuis trente ans dans la même maison.
- Dans cette position modeste, M. Leriche a élevé neuf enfants, lourde tâche à laquelle il a pu suffire grâce à son activité et à sa conduite exemplaire.
- 19. M. Laurent (Léon-Louis).
- M. Gustave Froment, le célèbre ingénieur-constructeur d’instruments de précision, à Paris, dont le monde savant déplore la perte récente, avait, dans ses ateliers, depuis neuf ans, un dessinateur de mérite, en qui il mettait une grande confiance. C’était, au dire de M. Eugène Froment, qui le recommande, un élève favori qui joint à un caractère honorable une intelligence remarquable.
- En récompensant M. Laurent, la Société est donc heureuse de penser qu’elle satisfait à un désir souvent exprimé par l’un des membres de son Conseil d’administration, dont la perte est si regrettable.
- 20. M. Manherie (Pierre).
- Pendant quarante-trois ans, M. Manherie a occupé le poste de chef clarifieur dans la raffinerie de MM. Périer frères, à Passy-Paris. Sa longue expérience a souvent été appréciée par les chimistes qui sont venus faire des essais à l’usine, et plus d’une raffinerie aux abois a été heureuse de lui demander ses conseils pour sortir d’embarras et réorganiser ses travaux interrompus.
- Chargé d’une nombreuse famille, qui a toujours absorbé toutes ses ressources, M. Manherie a constamment fait preuve, au milieu d’une vie difficile, d’une honnêteté et d’une conduite exemplaires,et, aujourd’hui qu’il est parvenu au bout de sa carrière, il élève encore ses petits-enfants, dont il est le seul soutien.
- 21. M. Poignon (Jean-Baptiste).
- M. Poignon est entré, à l’âge de quinze ans, aux papeteries des Souches-d’Anould (Vosges), en 1841. N’ayant reçu d’autre instruction que celle qu’on donne dans une modeste école communale, mais animé du désir d’apprendre, il consacrait chaque jour à l’étude ses heures de repos ainsi que ses dimanches, et c’est ainsi que, peu à peu et pour ainsi dire seul, il apprit la lecture, l’écriture et la comptabilité. Aussi, en 1850, son zèle et sa bonne conduite le firent-ils appeler au poste de contre-maître, qu’il n’a pas quitté depuis lors et qu’il remplit avec le plus grand dévouement.
- M. Journet, directeur de la Société des papeteries et maire de la commune d’Anould, fait le plus grand éloge de M. Poignon, pour lequel il a sollicité la médaille.
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- 22. M. Palureau (Gaspard).
- M. le préfet et M. le maire de Bourges ont présenté, sous leur patronage, M. Patu-reau, aujourd’hui contre-maître de l’imprimerie typographique de Madame veuve Ménagé, à Bourges, dans laquelle il est entré, comme apprenti, en 1836.
- M. Patureau est donc depuis vingt-neuf ans dans la même maison, et ce qui fait surtout son éloge, c’est que depuis la mort de M. Ménagé, en 1839, son dévouement et son énergie ont puissamment aidé sa veuve, encore inexpérimentée, à soutenir un établissement qui était à peine naissant à cette époque, et qui peut-être, sans lui, n’eût pas atteint le degré de développement et de prospérité auquel il est parvenu.
- 23. M. Riester (Antoine).
- M. Riester, de la Bavière rhénane, est employé, depuis treize ans, comme contremaître, dans la brasserie Peters, à Puteaux (Seine), appartenant à M. Boucherot depuis 1853.
- Depuis cette époque, il a dirigé la fabrication dans tous ses détails, et a contribué, non-seulement à la prospérité de la brasserie, mais encore au développement qu’a pris celte industrie. Enfin les services qu’il rend continuellement sont tels que M. Boucherot n’a pas hésité à lui donner un intérêt dans ses affaires.
- M. Riester est en instance pour obtenir ses titres de naturalisation en France.
- 24. M. Rousseau (Pascal).
- M. Rousseau travaille depuis cinquante ans dans la fabrication des porte-plumes, et remplit depuis quinze ans les fonctions de contre-maître chez M. Loizeau, à Poissy (Seine-et-Oise), qui le présente comme un excellent mécanicien, doué des qualités solides qui font le bon ouvrier.
- M. Rousseau a été, pour la seconde fois, nommé vice-président de la Société de secours mutuels de Saint-Louis, de Poissy ; c’est là un choix qui honore celui qui en est l’objet.
- 25. M. Thorin (Claude).
- Voici ce qu’écrit, au sujet de M. Thorin, M. Vanloo, son patron, de la maison Ro-billard, Vanloo et comp., fabricants d’ébénisterie, à Paris :
- « Si je puis m’attribuer quelque mérite à l’égard des progrès opérés par la méca-« nique dans l’industrie de l’ébénisterie, M. Thorin a droit à une part légitime dans « les succès obtenus, et nul n’est plus digne que lui, par ses bons sentiments et par « son aptitude au travail, de l’encouragement que je sollicite en sa faveur. »
- M. Thorin est depuis quinze ans dans le même établissement.
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- ETAT FINANCIER DE LA SOCIETE.
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- 26. M. Tournay (Louis).
- MM. Besançon frères, fabricants de céruse, à Paris, ont, depuis douze ans, pour contre-maître M. Tournay. Les notes qu’ils adressent sur cet ouvrier sont excellentes, et les services qu’il rend depuis longtemps à ses patrons ont été jugés dignes de la médaille de la Société.
- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ.
- RAPPORT FAIT PAR M. DE VALOIS, CENSEUR, SUR LE COMPTE DES RECETTES ET dépenses DE l’exercice 1863, ARRÊTÉ PAR LA COMMISSION DES FONDS.
- Messieurs, conformément à vos statuts, j’ai examiné avec la plus sévère attention le compte des recettes et dépenses de l’exercice 1863, soumis par M. le trésorier à la commission des fonds, qui l’a revêtu de son approbation. Je viens vous faire connaître le résultat de cet examen.
- Ce compte est divisé, comme les précédents, en deux parties : la première comprend les fonds généraux; la deuxième, le fonds d’accroissement, les legs et donations diverses.
- lre PARTIE. FONDS GÉNÉRAUX.
- Recettes.
- fl. c
- Les recettes s’élèvent à la somme de......................................... 101,302 34
- Savoir ;
- Souscription du ministère du commerce............................... 4,000 »
- Cotisation des membres de la Société, comprenant quelques
- souscriptions s’appliquant à des années antérieures................... 40,284 »
- Vente d’exemplaires du Bulletin..................................... 1,231 13
- Intérêt de dépôts à la caisse des consignations....................... 520 s
- Location de la salle des séances pendant les années 1862 et 1863. 2,540 »
- Rentes sur l’État.................................................. 28,433 75
- Recettes diverses s'appliquant à 1863 et à des années antérieures. 9,465 50
- Excédant des recettes sur les dépenses, à la fin de 1862........... 14,807 96
- Total......................... 101,302 34 ci. 101,302 34
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIETE.
- Dépenses.
- fr. c*
- Rédaction et impression du Bulletin......................................... 26,136 07
- Impressions diverses........................................................ 2,206 06
- Ports de lettres, affranchissements autres que celui du Bulletin............ 444 80
- Achat de livres, reliures, abonnements à des écrits périodiques............. 825 80
- Expériences faites par les comités, frais de voyages........................ 2,173 85
- Subvention à des écoles d’instruction publique.............................. 330 j>
- Récompenses et encouragements en achat d’ouvrages et tirages à part du Bulletin. 163 70 Agence de la Société, secrétariat, concierge, traitements, indemnités, menues
- dépenses....................................................................... 8,286 60
- Fournitures et dépenses diverses d’économat........................................ 2,280 50
- Fournitures de bureau................................................................ 200 45
- Addition au legs Bapst............................................................... 916 50
- Souscription de la Société en faveur des ouvriers sans travail. ................... 2,500 »
- Travaux exécutés dans l’hôtel de la Société en 1862 et 1863. Fournitures et
- dépenses diverses d’entretien et de réparations....................................... 9,652 23
- Contributions foncière, personnelle, mobilière et de mainmorte....................... 721 40
- Assurances contre l’incendie......................................................... 106 85
- Éclairage et chauffage........................................................... 2,227 55
- Dépenses imprévues causées par le décès de M. Delacroix............................. 881 40
- Pensions........................................................................... 3,202 74
- Jetons de présence en 1862 et 1863.........................*................ 3,761 »
- Total des dépenses.................. 67,017 50
- Ainsi que vous le remarquerez, Messieurs, la dépense la plus considérable est celle du Bulletin; elle varie peu chaque année. Elle a plusieurs fois appelé l’attention delà commission des fonds et de la commission du Bulletin. Les constants efforts de ces commissions tendent à apporter, dans cette partie du service, toutes les économies compatibles avec l’importance de cette publication et les intérêts financiers de la Société.
- Résumé. — Balance.
- En résumé, la balance des fonds généraux de la Société, pour l’exercice 1863, donne les résultats suivants :
- fr. c.
- Receltes................................................................ 101,302 34
- Dépenses................................................................ 67,017 50
- Excédant des recettes sur les dépenses, au 31 décembre 1863............. 34,284f 84
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ.
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- Ce résultat, auquel nous ne pouvons qu’applaudir, prouve l’état prospère de votre situation financière : tout nous fait espérer qu’il se maintiendra.
- PARTIE.
- La seconde partie du compte comprend le fonds d’accroissement, les legs et dons divers.
- Nous croyons devoir, Messieurs, entrer, au sujet de cette partie du compte, dans quelques courtes observations qui ne seront pas sans intérêt pour la Société.
- FONDS D’ACCROISSEMENT.
- On se rappelle que, par suite des dispositions testamentaires de M. le comte et de Mme la comtesse Jollivet, la Société d’encouragement s’est trouvée en possession d’une rente de 11,405 francs, à la condition, dit M. le comte Jollivet, et nous croyons intéressant de reproduire les termes de son testament, daté du 7 octobre 1815, « qu’un quart du revenu résultant du présent legs universel soit employé tous les ans, avec les intérêts et les intérêts des intérêts,
- sans en rien distraire, à accroître le capital par des placements successifs..
- pendant soixante années consécutives, afin qu’à l’expiration de cette période la Société d’encouragement se trouve avoir accumulé un capital et réuni des moyens assez énergiques pour vaincre les obstacles qu’oppose au développement de l’industrie française la rivalité des peuples voisins mieux encouragés ou plus protégés par leurs gouvernements. »
- Ce testament ne devait être valable, du reste, qu’autant que Mme la comtesse Jollivet décéderait avant son mari.
- Mme Jollivet, lui ayant survécu, confirma ces dispositions, conformes, d’ailleurs, à son testament portant la même date que celui de son mari : elle mourut le 30 janvier 1822.
- La Société d’encouragement s’est conformée scrupuleusement aux intentions des testateurs. Le quart d’inscription de la rente de 11,405 fr., soit 2,851 fr. 25 c., a été capitalisé depuis 1822, et produisait, à la fin de 1863, une rente 3 p. 100, de 17,699 fr, 35 c.
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ.
- On peut prévoir facilement à quelle somme s’élèvera cette rente en 1882, et quelles importantes ressources elle offrira à la Société.
- FONDATION DE M. LE MARQUIS D’ARGENTEUIL.
- TÜ. le marquis d’Àrgenteuil a légué une rente de 1,647 fr. à la Société, à la condition qu’elle décernerait, tous les six ans, un prix à l’auteur de la découverte la plus utile au perfectionnement de l’industrie française. Ces fonds, déposés à la caisse des dépôts et consignations, produisent un intérêt qui permet, avec le capital primitif, d’allouer, tous les six ans, un prix de 12,000 fr. Vous l’avez décerné, l’année dernière, dans votre assemblée générale du 5 avril, à M. Sorel pour la galvanisation du fer.
- FONDATION BAPST.
- Cette fondation repose sur une rente 3 p. 100, de 2,160 francs, applicable, 1° jusqu’à concurrence de 1,567 fr. 20 c., aux secours à distribuer aux inventeurs malheureux ou à leurs familles ; 2° pour le surplus, soit 594 fr. 80 c., à faciliter les découvertes.
- La somme de 1,567 fr. 20 c., destinée à secourir les inventeurs malheureux, étant toujours insuffisante, le Conseil d’administration a décidé que l’excédant des dépenses serait pris sur le produit de la location de la salle.
- Les secours ainsi distribués, en 1863, se sont élevés à 2,481 fr. 20 c. : on a donc dû prélever sur le produit de la location de la salle une somme de 916 fr. 50 c., qui figure à l’article Dépenses, dans la première partie du compte.
- En vertu de délibérations successives du Conseil d’administration, dont la dernière est du 21 juillet 1858, la portion du legs Bapst, destinée à faciliter les découvertes, a dû être capitalisée jusqu’à ce qu’elle produisît une rente de 1,800 fr.
- Je suis heureux de vous annoncer, Messieurs, que ce résultat est aujourd’hui obtenu; au 1er avril dernier, la rente provenant de cette capitalisation était de 1,815 fr.
- Cette rente vient donc augmenter les ressources de la Société et lui permettre d’étendre, conformément aux intentions du testateur, ces encouragements qui
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- ont si puissamment contribué, depuis l’origine de la Société, aux progrès de l’industrie française.
- DONATION GHRISTOFLE.
- M. Christofle, membre du Conseil et dont nous avons eu, l’année dernière, à regretter la perte, a fait don à la Société d’une somme de 5,000 francs pour être employée en payement d’annuités de Brevets d’invention.
- Le fils de M. Christofle a continué la fondation de son père, en mettant pendant dix ans une somme de 1 ,000 francs à la disposition de la Société, mais à la condition que la moitié seule de cette somme sera employée au payement des annuités de brevets et que l’autre moitié sera placée, jusqu’à ce qu’on ait atteint le chiffre de 5,000 francs.
- Enfin M. Besançon a bien voulu ajouter à la donation Christofle une somme de 300 francs.
- En résumé, il restait disponible, à la fin de 1863, sur les donations Christofle et Besançon, une somme de 1,400 fr. applicable aux annuités de brevets.
- Cette deuxième partie du compte mentionne, en outre, le legs de 2,000 fr. de la princesse Galitzin, avec affectation à deux sujets de prix.
- On y trouve enfin, portés en rentes 3 p. 100, les legs Delessert, 169 fr.; de Silvestre, 42 fr. ; de Praslin, 36 fr.
- Telle est, Messieurs, l’analyse du compte financier de l’exercice 1863, présenté par M. Le Tavernier, votre trésorier, à la commission des fonds, qui lui en a donné, ainsi que nous l’avons dit au commencement de ce rapport, une entière approbation.
- Nous l’avons examiné, nous-même, avec la plus sévère attention, et nous ne pouvons que rendre justice à la scrupuleuse exactitude de ce compte et, surtout, à la régularité des dépenses, toutes accompagnées des pièces justificatives et faites avec toute l’économie désirable.
- Nous regrettons, seulement, de trouver dans ce compte, comme dans les comptes précédents, des recettes et des dépenses applicables à des exercices antérieurs.
- Nous espérons qu’à partir de 1864 il n’en sera plus ainsi. Les mesures prises par M. le trésorier, de concert avec la commission des fonds et avec notre nouvel agent général M. Trébuchet, permettront d’arrêter, dans le premier trimestre de chaque année, toutes les recettes et toutes les dépenses de l’année précédente, et de clore ainsi l’exercice d’une manière définitive.
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- ÉTAT FINANCIER DE LA SOCIÉTÉ.
- En résumé, nous avons l’honneur de soumettre, Messieurs, à votre approbation le compte financier de 1863. Nous vous proposons, en outre, de voter des remercîments à la commission des fonds et à M. LeTavernier, trésorier de la Société.
- Nous ne terminerons pas, cependant, Messieurs, sans vous dire combien nous devons nous féliciter de la coopération de M. Trébuchet, notre nouvel agent général. En payant un tribut de regrets au zèle et aux longs services de feu M. Delacroix, notre ancien agent, nous nous estimons heureux d’avoir trouvé dans son successeur cet esprit laborieux dont l’expérience administrative contribue beaucoup à l’ordre qui règne dans notre comptabilité, et qui nous permet de compléter les résultats que nous vous présentons.
- M. Maurice, ingénieur civil, attaché à la rédaction du Bulletin, etM. Ginestou, employé du secrétariat, méritent aussi nos éloges par la manière dont ils s’acquittent de leurs fonctions.
- Aussi, nous le disons avec conviction, par le bon usage qu’elle fait de ses ressources et sous l’égide de son illustre président, notre Société sera de plus en plus, pour l’industrie nationale, le guide qui l’éclaire et le génie appréciateur qui l’encourage.
- La Société, consultée par M. le Président, donne son approbation à l’exposé de la situation financière qui précède, et vote des remercîments à la commission des fonds, ainsi qu’à M. le trésorier de la Société.
- Nominations de membres. — Sont nommés membres de la Société :
- MM. Pastia, officier d’artillerie des Principautés-Unies;
- Malfait (Jules), teinturier à Fiers;
- Carville aîné, constructeur-mécanicien à Paris;
- Le marquis de Cosentino, à Paris;
- Berlioz (Auguste), ingénieur, représentant la Société /’Alliance;
- Kœchlin (Daniel), de Mulhouse;
- Marne, libraire-éditeur à Tours.
- PARIS. — IMPRIMERIE DE MADAME VEUVE BOUCHARD-HUZARD, RUE DE l’ÉPERON, 5. — 1S65.
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- 64' ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOME XII. — Juillet 1865.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait far M. Tresca, au nom du comité des arts mécaniques, sur le Compteur a eau de M. Clément.
- Les compteurs à eau sont tout à fait de mode aujourd’hui chez les inventeurs, et la Société a déjà reçu sous ce rapport un grand nombre de communications. La plupart des appareils proposés ont été soumis à la sanction de l’expérience; ils ont, en général, fourni des résultats numériques satisfaisants, et cependant aucun d’eux n’est encore entré, d’une manière sérieuse, dans la pratique réelle. Nous nous trouvons ainsi en présence de cette situation singulière, dans laquelle un problème à résoudre étant signalé et souvent résolu au point de vue mécanique, toutes les solutions, bonnes cependant, viennent échouer devant des difficultés administratives ou des exigences parfaitement justifiées qui ne se sont peut-être pas formulées avec une netteté suffisante.
- Ces réflexions nous sont naturellement suggérées par l’obligation qui nous est faite de donner notre opinion et celle du comité des arts mécaniques sur le compteur à eau de M. Clément.
- M. Clément est un persévérant inventeur qui s’est beaucoup occupé des appareils de distribution d’eau, et un rapport favorable a déjà été fait sur un
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- ARTS MÉCANIQUES.
- système de robinet et de borne-fontaine qu’il avait soumis au jugement du Conseil, en nom commun avec M. Crozy ( 1 ).
- L’appareil actuel dénote la même entente de la construction et des petites difficultés pratiques que le moindre problème mécanique entraîne avec
- lui.
- Le compteur de M. Clément se compose d’un corps prismatique, dont les six faces sont utilisées pour l’assemblage des différents organes du compteur.
- Les quatre faces latérales sont percées chacune d’une grande ouverture sur laquelle est appliquée une calotte en métal dont les brides servent, en outre, à fixer, entre les deux pièces assemblées au moyen de boulons, une lame de cuir destinée à former soufflet. Ces soufflets, ainsi disposés autour de l’axe vertical de l’appareil, forment les capacités dans lesquelles l’eau doit être mesurée pendant son écoulement.
- Sur la face supérieure se trouvent disposés les organes d’une minuterie, mis en mouvement par la rotation d’un arbre central relié aux quatre poches en cuir par de petites bielles articulées.
- Enfin la face inférieure est surmontée, à l’intérieur, du robinet de distribution, solidaire avec l’arbre principal ; ce robinet est percé de deux orifices dirigés en sens contraires, et par lesquels doit passer successivement toute l’eau qui arrive dans les soufflets et toute l’eau qui en sort.
- L’un des canaux, dont la clef est percée, conduit l’eau qui remplit l’intérieur de l’appareil dans la capacité de l’un des soufflets ; l’autre, au contraire, permet à l’eau contenue dans la capacité du soufflet opposé de s’écouler au dehors, par un orifice placé au-dessous du compteur, et qui est toujours en communication avec la conduite à alimenter.
- Ces indications sommaires, que la légende jointe au rapport viendra compléter, montrent déjà que l’eau arrive librement dans le corps du compteur ; qu’elle y rencontre l’orifice supérieur du robinet ; que cet orifice lui donne accès dans l’une des poches à soufflet, qui se gonfle en agissant par la bielle correspondante sur l’arbre de l’appareil. Un peu avant que la poche ne soit entièrement remplie, la fonction de la bielle est telle, que l’arbre a tourné, avec le robinet, de la quantité nécessaire pour que la distribution commence déjà à se faire dans le compartiment voisin, oii les choses se passeront de la même façon, et qu’après un nouveau quart de révolution ce robinet, ayant tourné
- (1) Voir Bulletin de 1862, 2* série, t. IX, p. 513.
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- en totalité d’un demi-tour, présentera son orifice d’émission au canal de la première poche, de manière à laisser sortir l’eau qui y avait été d’abord renfermée.
- Ajoutons que, au moment où cette eau s’écoule, la poche opposée se remplit, et qu’ainsi l’eau qui arrive aide par son action à la vidange de la première poche.
- C’est pour cela que l’appareil peut fonctionner sous de très-faibles pressions, et que la perle de charge qui résulte du fonctionnement est toujours très-petite.
- Les roues du comptage sont mises en mouvement par l’arbre central, mais, afin de pouvoir régler la division avec la plus grande exactitude, cette minuterie comporte une transmission par disque et cône de friction. Le disque, qui est solidaire avec l’arbre principal, agit, par sa circonférence, sur un petit cône en gutta-percha qu’il entraîne par frottement; et, en déplaçant ce cône d’une petite quantité dans le sens de son axe, chaque tour du disque peut être amené à faire tourner le cône et les engrenages à la suite d’une fraction de tour plus ou moins grande. Cette faculté de régler le compteur au moment de la construction serait encore précieuse dans le cas où l’expérience démontrerait que les capacités formées par les cuirs ont, au bout d’un certain temps d’emploi, sensiblement augmenté de volume.
- Deux petites additions doivent être encore signalées à votre attention :
- Nous avons dit que les capacités formées par les poches de cuir, alternativement plissées et tendues, communiquaient, à certains moments, avec l’intérieur du compteur, par le canal pratiqué dans la clef du robinet. L’auteur a établi une autre communication beaucoup plus petite et fermée par un clapet, pour permettre à l’air qui pourrait se dégager dans les poches de revenir dans le corps du compteur. Cet organe est essentiel pour expulser l’air, mais nous n’avons pas la certitude que les clapets puissent avoir une action automatique bien efficace.
- Au-dessous derorifice de sortie, le fond de l’appareil est percé d’un large trou, maintenu fermé par un cuir au-dessous duquel se trouve ménagée une sorte de chambre dite de contre-pression, en communication constante avec l’intérieur. La pression exercée au-dessous du cuir pouvant se transmettre à la clef du robinet, on évite ainsi qu’elle s’engage trop fortement dans son boisseau conique, et qu’elle refuse d’obéir à l’action rotative des bielles qui commandent la distribution.
- Nousavons inscrit, dans un procès-verbal séparé, les résultats des différentes
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- épreuves auxquelles nous avons soumis le compteur de M. Clément; il en résulte que :
- 1° En faisant varier la hauteur de charge depuis 3m,84 jusqu’à 14 mètres, on n’a jamais trouvé de différence aussi grande que \ litre par hectolitre entre le débit mesuré directement et le débit indiqué par le compteur, encore bien que l’ouverture du robinet ait été très-variable et que l’écoulement ait été, dans plusieurs essais, fréquemment interrompu, à dessein, pendant l’expérience.
- 2° La perte de charge due au passage de l’eau dans l’appareil ne s’est jamais manifestée par une différence de pression de plus de 0,017 atmosphère , et cette propriété constitue une supériorité marquée en faveur de cet appareil sur la plupart des autres compteurs.
- 3° Le comptage s’effectue même quand l’écoulement a lieu goutte à goutte.
- Ces indications montrent que l’appareil dont l’examen nous a été renvoyé satisfait, comme exactitude, aux conditions qu’il convient de rechercher dans ces sortes d’instruments. Il mesure certainement les volumes d’eau débités avec plus de certitude qu’il n’y en a dans les évaluations des compteurs à gaz, dont les indications font foi cependant dans les contestations entre le vendeur et l’acheteur. Il est vrai que l’état gazeux du produit qui fait alors l’objet de la transaction ne permet pas qu’il entraîne avec lui la moindre parcelle étrangère qui puisse déranger les organes mesureurs dans leur fonctionnement.
- Il n’en est pas de même pour l’eau destinée à l’alimentation des cités populeuses; elle est toujours plus ou moins chargée de limons, et, sans parler des dépôts qui se forment dans les différentes parties de la canalisation, il n’est pas rare d’y rencontrer des animalcules, des insectes et même des poissons qui y acquièrent parfois un volume très-appréciable.
- Il nous paraît que l’on ne saurait objecter aux compteurs à eau de n’être pas à l’abri de ces accidents; la combinaison mécanique que l’on recherche ne saurait évidemment corriger toutes les imperfections de l’eau elle-même ; on peut bien en diminuer les dangers par des grillages placés en amont des conduites, mais il sera toujours impossible, tant que l’eau donnera lieu à des dépôts, de faire que ces dépôts ne salissent pas l’appareil et ne modifient en rien son action. À plus forte raison, ne peut-on espérer une solution satisfaisante en ce qui concerne les productions animales ou végétales qui se formeraient dans les parcours.
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- Le compteur de M. Clément satisfait, aussi bien que tout autre, aux conditions d’un bon service courant : il faudra, comme tout autre, le nettoyer lorsqu’il aura été sali par l’usage, et la simplicité de ses dispositions s’y prête fort bien.
- Tant que les municipalités seront exclusivement en possession de la vente de l’eau consommée dans les ménages, il serait bien possible qu’aucun compteur ne satisfît à toutes les conditions exigées. L’emploi du compteur implique un contrôle incommode, une comptabilité minutieuse ; il entraîne la vente par fractions très-faibles et très-variées ; il exige presque absolument une épuration et une clarification parfaites. Ne soyons donc pas étonnés si avec ce cortège d’exigences, peu compatibles avec l’omnipotence administrative, aucun compteur n’ait encore été trouvé suffisant.
- Il faut d’ailleurs bien le dire, le problème n’a pas toute l’importance que les inventeurs lui attribuent, et il est nécessaire qu’ils n’ignorent pas les difficultés qui les attendent dans l’application. Lorsque le produit à mesurer a une valeur de 10 à 20 centimes le mètre cube, et que l’abondance est par elle-même un inconvénient, il n’est pas toujours nécessaire de prendre tant de peine pour obtenir un jaugeage exact. L’Administration préfère, à juste titre, baser ses concessions sur la probabilité de la dépense, en s’entourant, d’ailleurs, de toutes les précautions nécessaires pour accorder libéralement à chaque service au delà de ce qu’il peut consommer, tout en évitant les déperditions inutiles et les fraudes.
- Ainsi envisagée, la question du mesurage de l'eau n’offre plus d’intérêt réel que pour les usages industriels, et dans celte application il nous semble que le degré d’exactitude de la plupart des appareils est au moins suffisant.
- Aux mêmes titres que les meilleurs appareils que nous ayons eu à examiner, le compteur de M. Clément nous paraît offrir de sérieuses garanties de bon fonctionnement, et en félicitant son auteur pour la bonne entente de ses détails de construction nous vous proposons, Messieurs, de remercier M. Clément de sa communication, et d’ordonner l’insertion du présent rapport dans votre Bulletin, avec les dessins qui l’accompagnent.
- Signé Tresca, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 11 janvier 1865.
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- ARTS MÉCANIQUES.
- LÉGENDE DU COMPTEUR A EAU DE M. CLÉMENT, REPRÉSENTÉ PLANCHE 321.
- La figure 1 est une coupe verticale par Taxe de l’appareil.
- La figure 2 est une coupe horizontale faite par le milieu du tourillon de l’arbre vertical du robinet de distribution.
- L’eau entre par le tuyau A dans la capacité intérieure B du compteur.
- Elle remplit toute cette capacité et se présente à l’orifice c du robinet de distribution.
- C, robinetde distribution à deux eaux livrant passage, dans la disposition de la figure 1, d’une part à l’eau de la capacité B pour pénétrer dans l’une des poches D par l’un des tuyaux de communication d; d’autre part, il permet à l’eau de la poche opposée D' de s’échapper par le conduit de l’ouverture c' de la clef du robinet, enfin par l’orifice Y qui correspond avec le tuyau de sortie Z.
- Ce robinet se compose d’un boisseau C fixé à demeure sur le bâti, et d’une clef C' qui tourne en même temps que l’arbre principal E de l’appareil.
- Cet arbre porte une manivelle multiple c, qui le met en relation, avec les quatre poches en cuir du compteur, par quatre petites bielles F, F', F", F'", destinées àfaire ouvrir ou fermer les poches.
- G, G', G", G'", poches en cuir fixées respectivement, d’une part, sur les quatre faces verticales du bâti, d’autre part, et par le moyen des boulons g, aux extrémités des manivelles F.
- K, chambre de contre-pression destinée, par l’intermédiaire de la membrane k et de la plaque y attenante, à empêcher la clef C' d’être trop pressée dans le boisseau. A cet effet, la chambre K est toujours en communication, par le tuyau l, avec la capacité intérieure du compteur.
- M, orifice destiné à faire échapper l’air accumulé dans le compteur.
- m, soupapes destinées, suivant l’inventeur, au retour automatique de cet air dans la capacité centrale.
- Les autres organes sont employés à compter le nombre des tours de l’arbre principal.
- p, plateau à bords arrondis entraîné par le mouvement de l’arbre principal au moyen d’un canon qui passe au travers de la boîte à étoupe q.
- p', cône en gutta-percha que l’on peut déplacer sur sa tige de manière à le mettre en contact avec le plateau en un point plus ou moins rapproché de sa base supérieure.
- r, s, roues de comptage intermédiaires.
- f, aiguille solidaire avec l’arbre de la roue 5 et se déplaçant devant le cadran divisé v.
- Tous les organes de la minuterie sont renfermés dans une boîte spéciale recouverte par le verre V.
- (T.)
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- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Ch. Laboulaye, au nom du comité des arts mécaniques, sur les machines a gaz liquéfie, proposées comme plus économiques que les machines à vapeur d'eau, par M. Burel, à Vienne (Autriche).
- La Société d’encouragement a reçu un travail important d’un ingénieur, M. Burel, résidant aujourd’hui à Vienne (Autriche), dans lequel celui-ci, rappelant les travaux de J. Brunei pour employer l’acide carbonique successivement gazéifié et liquéfié pour remplacer avec économie de combustible la vapeur d’eau des machines à vapeur, pour la production du travail mécanique, cherche à démontrer que l’emploi de l’ammoniaque serait plus commode et permettrait de réaliser, sans grandes difficultés, pense-t-il, les avantages importants poursuivis par le célèbre ingénieur.
- Le comité des arts mécaniques a jugé qu’il serait utile de bien établir les vrais principes sur ce genre de questions, afin d’empêcher des esprits distingués de s’engager dans une voie trop souvent poursuivie dans le monde des inventeurs, pour y chercher des résultats impossibles. C’est ce que je vais m’efforcer de faire.
- Dès 1823, Sadi-Carnot, dans son admirable brochure ayant pour titre Réflexions sur la puissance motrice du feu, a établi qu’en principe la substitution d’un corps à un autre, dans une machine à feu, ne pouvait conduire à aucun avantage théorique. Il a démontré que dans une machine à feu supposée parfaite, c’est-à-dire dans laquelle aucune fraction de la chaleur n’est communiquée à un corps sans lui faire produire tout le travail extérieur qu’elle est susceptible d’engendrer, où le contact n’a jamais lieu entre des corps possédant des températures sensiblement différentes, il fallait admettre, à moins de conclure à la possibilité du mouvement perpétuel, que la nature du corps échauffé est sans influence sur la quantité de travail, que celle-ci dépend entièrement et exclusivement de la quantité de chaleur utilisée.
- Cet important principe n’est plus qu’une conséquence nécessaire de la notion sur laquelle repose la théorie mécanique de la chaleur, aujourd’hui reconnue incontestable, à savoir l’équivalence de la chaleur et du travail. Puisque de la chaleur est consommée lorsqu’elle est communiquée à un
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- corps pour produire du travail, qu’elle se transforme en travail, celle-ci seule est à considérer dans les machines à feu.
- Nous nous trouvons aujourd’hui, par suite du progrès scientifique que je viens de rappeler, en mesure de juger divers essais de transformation des machines à feu par changement du liquide employé, qui paraissaient reposer sur des principes exacts lorsque la science était moins avancée, mais dont les mauvais résultats pratiques paraissaient indiquer une lacune de la théorie, aujourd’hui heureusement comblée.
- Je rappellerai ici, comme exemples, la machine Perkins, combinée pour employer la vapeur d’eau à une pression très-élevée et à une très-haute température, et qui n’a offert aucun avantage sur la machine à vapeur ordinaire, malgré les imperfections de celle-ci, et surtout la célèbre machine de Brunei, à gaz carbonique alternativement liquéfié et gazéifié, fournissant des pressions considérables pour de faibles variations de température et qui, cependant, n’a pu donner de résultats qui justifiassent en rien les espérances du célèbre ingénieur.
- C’est frappé du phénomène de la rapide variation des pressions dans les gaz liquéfiés, pour une faible variation de température, phénomène souvent rappelé à tort dans des ouvrages de chimie, excellents d’ailleurs, comme devant servir de point de départ à des machines fort avantageuses, que M. Bu-rel s’est appliqué à étudier l’emploi de l’ammoniaque qui lui présentait les mêmes avantages que l’acide carbonique, dans des conditions plus commodes pour la pratique. Je ferai voir que tel est bien le but qu’il poursuit, en reproduisant ici quelques lignes de son mémoire.
- « Bappelons-nous, dit-il (p. 2), que M. Davy fut le premier qui conclut que les gaz comprimés pourraient être employés un jour comme agents mécaniques et substitués à la vapeur d’eau, puisque les changements notables de pression que l’on ne peut obtenir dans les machines actuelles qu’en brûlant une grande quantité de combustible s’obtiendraient alors avec de très-légères variations de température. Brunei essaya donc de construire une machine sur les données de Davy, etc. » Ces légères variations de température, dont il s’agit ici, consommeraient toujours la même quantité de chaleur que des variations plus considérables d’autres vapeurs pour produire une même quantité de travail ; c’est ce qu’établit la théorie mécanique de la chaleur. C’est même ce qui se reconnaît assez bien par les faits physiques les mieux établis.
- S’il s’agit de l’action de corps à l’état gazeux, il a été établi par Dulong,
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- alors qu’on ne parlait pas encore de la théorie mécanique de la chaleur, qu’un même travail de compression appliqué à divers gaz dégageait une même quantité de chaleur, ou inversement, qu’un même travail engendré par la dilatation d’un gaz consommait toujours la même quantité de chaleur. Il n’y a donc nul intérêt à remplacer un gaz par un autre dans une machine à gaz échauffé.
- Pour ce qui est des vapeurs, c’est une loi au moins approchée que la chaleur latente de vaporisation sous une même pression est en raison inverse de la densité de la vapeur formée, est proportionnelle au volume de la vapeur exprimé en fonction du volume du liquide, et, par suite, que le travail d’action directe est constant pour une calorie. Celte loi se vérifie pour la vapeur d’eau; celle d’alcool, d’éther, d’essence de térébenthine, pour tous les corps bien étudiés. Ainsi la vapeur d’eau produisant 1 ,700 litres par kilog. à la pression ordinaire (ce qui se déduit des rapports des densités de l’eau et de la vapeur)
- 1700
- et la chaleur latente étant 536, c’est = 3\17 par calorie ; l’alcool donne
- 520 fois le volume du liquide ; sa chaleur latente est 207, sa densité 0,8 et le rap-520
- port - q - = 3\15 par calorie. On arrive donc encore, pour les vapeurs,
- à la même conclusion que ci-dessus pour les gaz.
- Pour le reste du travail que peut engendrer la chaleur incorporée dans la vapeur au moyen de la détente, puisqu’une calorie engendre toujours un même volume à une même pression, celui-ci ne pouvant augmenter en produisant un travail, sans qu’il se produise un refroidissement et, par suite, une condensation partielle de la vapeur, qui disparaît, d’après ce qui précède, en volume égal pour une même quantité de chaleur, on doit encore conclure qu’avec ce mode d’action, une même quantité de chaleur disparaissant, dans des conditions analogues, produira un même travail. Les faits physiques sont donc bien d’accord avec la théorie.
- L’illusion de Brunei, dont la cause nous apparaît clairement aujourd’hui, c’est qu’en ne se préoccupant que des faibles variations de température qui produisaient, avec l’acide carbonique, des variations de pression considérables, il négligeait un des éléments de la question, et raisonnait comme un ingénieur qui, pour évaluer une force vive, ne considérerait que la vitesse. La chaleur de vaporisation de l’acide liquéfié dont il ne se préoccupait pas est tellement grande, qu’elle produit, dans l’appareil Thilorier, un froid suffisant pour solidifier l’acide carbonique sous la seule pression de l’atmosphère.
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- En employant de petites quantités de chaleur, Brunei n’a obtenu et ne pouvait obtenir que des effets minimes.
- Le remplacement de l’acide carbonique par l’ammoniaque ne changerait rien aux principes d’un genre de machines qui reste toujours sans aucun point de supériorité théorique sur la machine à vapeur ; c’est dans tous ces cas la même machine dans laquelle le travail mécanique est produit de la même manière, en proportion d’autant plus grande relativement à la quantité de chaleur dépensée qu’on en perd inutilement une quantité moindre ; ce qui ne dépend pas de la nature de la vapeur, mais du bon emploi de la détente, des moyens d’éviter les pertes de chaleur, etc.
- En terminant, je ferai remarquer que les conclusions ci-dessus, relatives à l’inutilité du genre de recherches tendant à substituer à la vapeur d’eau une autre vapeur, ne se rapportent qu’à la question économique, à la solution du problème de produire du travail mécanique artificiellement, au plus bas prix possible, par la source de chaleur la plus avantageuse qui se rencontre dans la nature, par la combustion du combustible végétal et minéral. Si on laisse de côté le bon marché, s’il s’agit d’obtenir, même à un prix relativement élevé, du travail moteur dans des conditions toutes particulières de légèreté, de facilité d’emploi, des gaz liquéfiés pourront peut-être être employés comme point de départ de combinaisons heureuses ; comme, sans s’occuper du prix de revient, on emploie la poudre à canon dont le travail est, d’après M. Poncelet, 90 fois plus coûteux que celui de la vapeur d’eau, l’acide sulfurique et le zinc dans des machines électro-magnétiques et la télégraphie, etc. Un inventeur a proposé, dans ces derniers temps, l’emploi de l’ammoniaque successivement séparée de l’eau et liquéfiée, puis agissant dans une machine et se combinant à l’eau pour produire de la chaleur. Dans cette voie d’utilisation de produits chimiques transportés sur le lieu où le travail est nécessaire et de leur purification à l’atelier, à l’aide de la chaleur surtout, enfin de leur liquéfaction à l’aide de pompes pour recommencer à nouveau, il y a peut-être des résultats intéressants de transport de travail à poursuivre, mais sans qu’on doive penser jamais atteindre, par ces doubles opérations, le bon marché de la production de travail que procure une bonne machine à vapeur.
- Nous vous proposons, Messieurs, d’insérer le présent rapport au Bulletin et d’envoyer à M. Burel copie du présent rapport, dans lequel nous avons cherché à établir que, malgré les dispositions ingénieuses qu’il a proposées, il a attaqué un problème insoluble dans les termes où il l’a posé, de construire une ma-
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- chine à gaz ammoniac, théoriquement plus économique quune machine à vapeur d’eau.
- Signé Ch. Laboulaye, rapporteur. Approuvé en séance, le 22 mars 1865.
- observations, a propos du rapport de m. laboulaye, sur les machines
- ou l’on emploierait l’ammoniaque ou l’acide carbonique au lieu de
- l’eau; par m. ch. combes.
- Je partage l’opinion de notre collègue M. Laboulaye sur l’impossibilité de réaliser une économie de combustible dans les machines à feu, par le fait seul de la substitution, à l’eau, de l’ammoniaque, de l’acide carbonique ou de toute autre substance gazéifiable à de basses températures, sous de très-fortes pressions. Mais il me paraît indispensable, pour éclairer ce sujet, d’avoir égard à la corrélation qui existe entre les températures extrêmes, dans l’intervalle desquelles ont lieu les variations de volume et de force élastique du corps employé, quel qu’il soit, et le travail obtenu. Cette corrélation fournit l’argument le plus solide à l’appui de la conclusion de M. Laboulaye et ne permet pas de confondre dans un même jugement défavorable l’emploi de l’eau vaporisée à une température élevée, sous une pression de 30 à 40 atmosphères, et celui de l’ammoniaque ou de l’acide carbonique vaporisés sous des pressions considérables aussi, mais à des températures très-basses. J’essayerai, avec la permission de notre collègue, de compléter son rapport sur ce point.
- Sadi Carnot, dans son opuscule de 1824 sur la puissance motrice du feu, devenu justement célèbre, comme marquant le point de départ de toutes les recherches sérieuses entreprises depuis sur le même sujet, remarque d’abord que le travail moteur fourni par les machines à feu résulte du passage de la chaleur d’un corps chaud A à un corps plus froid B, par l’intermédiaire d’un troisième corps X, qui est mis successivement en relation avec les deux premiers. Dans la machine à vapeur usuelle, par exemple, le corps A est la chaudière contenant de l’eau à une température à peu près constante; le corps B est le condenseur entretenu constamment à une température plus basse; le corps X est l’eau mise successivement en relation avec la chaudière, où elle se vaporise,
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- et le condenseur, où la vapeur se liquéfie, après avoir agi sur le piston du cylindre, pour revenir de là, sous forme liquide, à la chaudière et recommencer indéfiniment la même évolution. La même chose a lieu dans toute machine à feu ou à calorique produisant un travail continu. On trouve dans toutes un foyer ou source de chaleur, un réfrigérant ou condenseur et un corps intermédiaire allant de l’un à l’autre, qui, par les changements de volume dus aux variations de température qu’il subit, produit le travail moteur, en même temps qu’il transporte de la chaleur du foyer au réfrigérant. Carnot admet que la chaleur prise au foyer passe en totalité au réfrigérant, d’où elle s’écoule incessamment au dehors. Il voit dans cette chute de chaleur la cause du travail mécanique obtenu, et montre qu’il est possible de faire remonter du réfrigérant au foyer toute la chaleur, qui est d’abord descendue du foyer au réfrigérant, en renversant le sens du mouvement de la machine et lui appliquant un travail externe précisément égal à celui qu’elle a fourni, de sorte que, après un nombre quelconque de périodes de mouvement dans un sens et un nombre égal de périodes de mouvement en sens inverse des premières, le travail extérieur développé par l’appareil employé comme moteur serait exactement compensé par le travail appliqué à l’appareil marchant en sens inverse, en même temps que la totalité de la chaleur descendue serait remontée à sa source.
- Mais la chaleur peut passer aussi d’un corps plus chaud à un corps plus froid directement, par contact ou par rayonnement à distance, sans produire aucun travail mécanique. II y a, dans ce cas, une chute de chaleur dont on n’a pas tiré le travail qu’elle eût été capable de produire; de là cette conséquence que la chute d’une quantité déterminée de chaleur d’une température T à une température inférieure t rend le maximum de travail qu’elle puisse fournir, lorsqu’elle a lieu par l’intermédiaire d’un corps qui, dans les variations de température qu’il subit, ne se trouve jamais en contact avec d’autres corps de températures différentes, ou, plus précisément, dont la température diffère de la sienne d’une quantité finie. Réciproquement, le travail à dépenser pour faire monter une quantité de chaleur d’un corps plus froid à un corps plus chaud est un minimum, quand le corps intermédiaire employé ne se trouve jamais en relation qu’avec des corps dont la température est égale à celle qu’il possède actuellement, ou n’en diffère que de quantités infiniment petites.
- De ces principes Carnot tira les conséquences suivantes :
- 1° La nature du corps employé comme intermédiaire entre un foyer et un réfrigérant à des températures déterminées T et t est absolument sans in-
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- fluence sur le travail mécanique maximum, correspondant à la chute d’une quantité donnée de chaleur.
- 2° Le travail maximum, correspondant à une chute de chaleur entre un foyer à la température T et un réfrigérant à la température t, est proportionnel à la quantité de chaleur qui passe du foyer au réfrigérant.
- 3° Si l’une des températures T, t est fixe et l’autre variable, le travail maximum croît ou décroît dans le même sens que l’écart des températures. Il n’est pas démontré que, pour des écarts égaux de température pris à diverses hauteurs de l’échelle thermométrique, les quantités de travail produites soient égales entre elles.
- Carnot discute la loi suivant laquelle le travail dû à une chute de chaleur varie dans les différents degrés de l’échelle thermométrique. Il conclut que la chute produit vraisemblablement plus de travail dans les degrés inférieurs que dans les degrés supérieurs; mais il pense que la différence doit être fort petite et termine ainsi : « Nous sommes hors d’état de déterminer rigoureusement, « avec les seules données expérimentales que nous possédons, la loi suivant « laquelle varie la puissance motrice (le travail) de la chaleur dans les diffé-« rents degrés de l’échelle thermométrique. Cette loi est liée à celle des va-« riations de la chaleur spécifique des gaz à diverses températures, loi que « l’expérience n’a pas encore fait connaître avec une exactitude suffisante. » (Réflexions sur la puissance motrice du feu, p. 73.)
- Les conséquences des principes de S. Carnot, relatives à l’économie du combustible dans les machines à feu, sont faciles à déduire, et l’auteur les énonce lui-même en ces termes (p. 97 et 98) :
- « Il est aisé d’apercevoir maintenant quelles sont les causes de l’avantage « des machines dites à haute pression sur les machines à pression plus basse; « cet avantage réside essentiellement dans la faculté de rendre utile une plus
- « grande chute de calorique.......; mais, pour tirer des machines à haute
- « pression des résultats vraiment avantageux, il faut que la chute du calorique « y soit mise à profit le mieux possible; il ne suffit pas que la vapeur prenne « naissance à une température élevée, il faut encore que, par l’extension de « son volume, elle arrive à une température assez basse. Le caractère d’une « bonne machine à vapeur doit donc être non-seulement d’employer la vapeur « sous une forte pression, mais de l’employer sous des pressions successives « très-variables, très-différentes les unes des autres et progressivement décrois-« santés. »
- Dans une note de la page 99, Carnot s’exprime ainsi à propos de la machine
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- de M. Perkins : « M. Perkins, célèbre mécanicien de Londres, a construit une « machine où la vapeur formée sous la pression de 35 atmosphères, pression « jusqu’alors inusitée, ne reçoit presque aucune extension de volume, comme « on peut s’en convaincre par la plus légère connaissance de cette machine. « Elle est composée d’un seul cylindre, de dimensions fort petites, qui, à chaque « pulsation, se remplit entièrement de vapeur formée sous la pression de « 35 atmosphères. La vapeur ne produit aucun effet par l’extension de son « volume; caron ne lui présente aucune capacité où cette extension puisse « avoir lieu : on la condense aussitôt après la sortie du petit cylindre; elle « travaille donc seulement sous une pression de 35 atmosphères, et non, « comme l’exigerait son bon emploi, sous des pressions progressivement « décroissantes. Aussi la machine de M. Perkins ne paraît*elle pas réaliser les « espérances qu’elle avait d’abord fait concevoir.
- « La machine de M. Perkins n’en est pas moins une invention précieuse, « en ce qu’elle a montré la possibilité de faire usage de la vapeur sous des « pressions beaucoup plus élevées qu’on ne l’avait fait jusqu’alors, et parce « qu’elle peut conduire, étant habilement modifiée, à des résultats vraiment « utiles. »
- On avait, avant l’ouvrage de Carnot, avancé, sans preuves bien solides, que la production de travail mécanique entraînait une véritable consommation de chaleur et qu’à l’inverse le travail engendrait de la chaleur. Ce grand fait de la conversion de la chaleur en travail, et réciproquement, a été depuis mis hors .de doute par les expériences nombreuses, précises et variées de MM. Régnault, Joule, Hirn, etc. Il est à la base de la théorie nouvelle, où la chaleur est considérée non comme une substance matérielle, mais comme consistant dans un état de mouvement soit d’un fluide particulier, soit des dernières molécules des corps. On conçoit, dès lors, que ce mouvement se transforme en une quantité de travail équivalente à la diminution de force vive qui constitue proprement la chaleur. Mais cette manière de voir n’ôte rien à la justesse de l’observation faite par Carnot que, dans toute machine à feu, il y a passage de chaleur d’un foyer à un réfrigérant, et laisse subsister presque toutes les déductions qu’il en avait tirées, en particulier celles que j’ai précédemment citées. On n’a même déduit du principe de la conversion de la chaleur en travail, et vice versâ, aucune conséquence utile pour le perfectionnement des machines à feu que lorsqu’on a bien compris que, loin de renverser de fond en comble la théorie de Carnot, il se conciliait parfaitement
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- avec elle. « En considérant le 'sujet de plus près, dit M. Clausius, dans un « mémoire lu au commencement de 1850 à l’Académie des sciences de Berlin « et imprimé à cette époque dans les Annales de Poggendorff, on trouve que « la nouvelle manière de voir n’est pas en contradiction avec le principe fon-« damental de Carnot, mais seulement avec cette assertion accessoire et non « essentielle, qu’aucune chaleur ne se perd (dass Keine Wærme Verloren geht) ; « car il peut très-bien se faire que dans la production du travail extérieur il y « ait à la fois une partie de la chaleur consommée (Verbraucht) et une autre « partie conduite yübergeführt) d’un corps plus chaud à un corps plus froid, « et que ces deux parties soient l’une et l’autre dans un rapport fixe avec le « travail produit. »
- En effet, dans toute machine à feu, comme l’a dit Carnot, il y a transport de chaleur d’un foyer à un réfrigérant, par l’intermédiaire d’un corps qui revient et doit revenir, à la fin de chaque période de mouvement, au même état de volume, de température et de pression où il était, au commencement, afin que le mouvement de la machine puisse se continuer indéfiniment dans les mêmes conditions. Le travail moléculaire intérieur rend donc, dans une partie du cycle fermé que constituent les états successifs par lesquels passe le corps intermédiaire, toute la chaleur qui a pu être convertie en travail de ce genre, dans une autre partie du même cycle, de sorte qu’en définitive aucune partie de la chaleur prise au foyer n’est consommée par le travail intramolécu-laire; le cycle fermé est toujours renversable, c’est-à-dire qu’en renversant le sens du mouvement de la machine, et lui appliquant un travail mécanique précisément égal à celui qui a été développé dans le mouvement direct, il est possible, en prenant au réfrigérant la quantité de chaleur qu’il a d’abord reçue, de ramener au foyer toute la chaleur qui lui avait été empruntée ; enfin, pour obtenir le maximum possible de travail d’une machine à feu, ou, ce qui revient au même, pour que la partie de la chaleur prise au foyer, qui est convertie en travail externe, soit un maximum, il faut que la chaleur ne passe pas directement d’un corps à un autre de température différente, ce qui exige que des corps de températures différentes ne soient pas mis en contact ou, plus généralement, en relation d’échange direct de température.
- Ces principes s’écartent de ceux de Carnot, seulement en ceci qu’une partie de la chaleur prise au foyer ne passe point au réfrigérant, comme il le supposait, et que le travail produit est l’équivalent de cette partie de la chaleur qui a disparu et qui reparaîtrait de nouveau, par l’application d’un travail mécanique égal appliqué à la machine, si le mouvement de celle-ci était ren-
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- versé de façon qu’elle puisât de la chaleur au réfrigérant et en versât dans le foyer.
- En résumé, si l’on désigne par Q la chaleur prise au foyer, une partie de cette chaleur Q' va au réfrigérant, et la différence Q—Q' est convertie en une quantité équivalente de travail mécanique. Désignant celui-ci par T et A désignant l’équivalent mécanique de la chaleur, c’est-à-dire le nombre de kilogram-mètres correspondant à une calorie, on a la relation : T = A (Q — Q') ou T
- Q-Q'=r
- Inversement, en appliquant le travail T à la machine dont le mouvement serait renversé, et qui puiserait dans le réfrigérant une quantité de chaleur Q', le corps intermédiaire employé verserait dans le foyer cette quantité de chaleur
- Q' augmentée de la chaleur — , équivalente au travail dépensé T, en tout Q'4——,
- qui est égal à la chaleur Q primitivement puisée dans le foyer.
- Or, si la chaleur Q, la chaleur Q' et, par conséquent, leur différence Q—Q' sont entre elles, pour des températures données t et t’ du foyer et du réfrigérant, dans des rapports fixes, indépendants de la nature du corps intermédiaire employé, les conséquences de la théorie de Carnot, relatives aux conditions du travail maximum que peuvent produire les machines à feu, subsistent intégralement. On est ainsi conduit à examiner si l’hypothèse que le rapport ~
- dépend de la nature du corps intermédiaire employé dans une machine n’implique pas quelque contradiction avec les phénomènes physiques les mieux constatés par l’observation.
- Imaginons qu’en employant deux corps différents X et Y dans des machines placées entre un foyer à la température fixe t, et un réfrigérant à la température moindre et également fixe t', de manière que chacune des machines rende le maximum de travail, la première où le corps X est employé, pour une quantité Q de chaleur prise au foyer, fournisse plus de travail que la seconde où le corps Y est employé, ou, ce qui revient exactement au même que, pour une même quantité de travail mécanique produit, la première machine, avec le corps X, prenne moins de chaleur au foyer que la seconde avec le corps Y. L’excès Q—Q' de la chaleur prise au foyer sur la chaleur versée dans le réfrigérant sera le même, dans les deux cas, puisqu’il est équivalent au travail mécanique produit, que nous supposons être exactement le même. Le corps X, prenant, par hypothèse, moins de chaleur au foyer que le corps Y, conduira
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- donc aussi moins de chaleur au réfrigérant que ce dernier et réciproquement, si nous concevons que le sens du mouvement de la seconde machine où le corps Y est employé soit renversé et qu’on lui applique un travail mécanique extérieur égal à celui que donne la première machine en prenant Q au foyer et versant Q' au réfrigérant, le corps Y prendra au réfrigérant une quantité de chaleur plus grande que Q', et amènera au foyer une quantité de chaleur plus grande que Q. Conjuguons par la pensée les deux machines marchant, la première dans le sens direct, la seconde en sens inverse, sur un volant qui transmettra à la seconde tout le travail moteur qu’il recevra de la première. Nous aurons ainsi un système qui, sans aucune dépense de travail moteur de l’extérieur, prendra incessamment au réfrigérant une quantité de chaleur plus grande que celle qu’il reçoit, et amènera au foyer une quantité de chaleur plus grande que celle qu’il fournit, de sorte qu’en définitive le système aura pour effet de faire passer indéfiniment de la chaleur d’un corps plus froid dans un corps plus chaud, et cela sans aucune dépense de travail mécanique, sans que les corps intermédiaires cèdent une partie quelconque de leur chaleur propre, que chacun d’eux conserve intacte, sans perte ni gain. Ce passage incessant de la chaleur d’un corps plus froid à un corps plus chaud, sans aucune cause, semble impliquer avec les phénomènes naturels une contradiction qui nous répugne tout autant que l’idée d’une création gratuite de travail, de chaleur, de force vive. On est ainsi conduit à rejeter comme irréalisable l’hypothèse qui entraîne une telle conséquence et à conclure que le mode de partage d’une quantité de chaleur donnée Q prise au foyer en deux parties, dont l’une Q' est amenée au réfrigérant, et l’autre Q—Qr est transformée en un travail mécanique équivalent, reste le même, dans toute machine rendant le maximum de travail, quelle que soit la nature du corps intermédiaire employé; en d’autres
- termes, que les rapports ^^ et Q sont indépendants de la nature du
- corps intermédiaire et ne peuvent être, par conséquent, que des fonctions des deux températures t et tr du foyer et du réfrigérant. Si ces fonctions sont dé terminées pour un seul corps, on sera autorisé à les généraliser en les appliquant à tous.
- Quand les propriétés physiques de certains corps ont été mieux connues qu’elles ne l’étaient à l’époque où Carnot écrivait ses réflexions sur la puissance motrice du feu, on a pu aller plus loin que lui et déterminer, du moins entre
- certaines limites de température, le rapport ~ de la chaleur fournie par le
- Tome XII. — 64e année. 2a série. — Juillet 1865.
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- foyer à la chaleur qui passe nécessairement au réfrigérant, pour des températures données t et V. Nous savons aujourd’hui, par les expériences de MM. Régnault, Joule, etc., qu’aucun gaz ne suit exactement les lois de Mariotte et de Gay-Lussac, mais que plusieurs d’entre eux, notamment l’oxygène, l’azote, l’hydrogène surtout, s’en éloignent extrêmement peu, entre des limites fort
- écartées de pression et de température; tous se dilatent sensiblement de —
- de leur volume à 0°, pour chaque degré d’accroissement de température, quand ils demeurent soumis à une pression constante, et pour tous aussi la force élastique ou pression, à température constante, varie sensiblement en raison inverse du volume. Les faibles écarts entre ces lois et les résultats directs des observations sont en sens inverse pour l’hydrogène d’une part, pour l’oxygène et l’azote de l’autre.
- Nous sommes donc autorisé à admettre qu’il existe un mélange gazeux, d’hydrogène et d’oxygène, par exemple, qui, entre les limites des températures et des pressions accessibles à nos expériences comprenant celles dans lesquelles fonctionnent les machines à feu, suit exactement les lois de Mariotte et de Gay-Lussac, de sorte qu’on ait entre la température, la pression et le volume de ce mélange, sous l’unité de poids, la relation : pv = R (273 + £), °ù p, v, t désignent respectivement la force élastique en kilogrammes par mètre carré, le volume en mètres cubes du kilogramme et la température en degrés du thermomètre centigrade, et R un nombre fixe égal au produit de la force élastique du mélange par le volume du kilogramme à la température de 0°, divisé par le nombre 273, inverse du coefficient de dilatation. Nous savons aussi que les expériences les plus délicates n’ont pu faire découvrir aucune variation de chaleur spécifique à pression constante dans les gaz dénommés plus haut, avec la température et la pression, de sorte que nous pouvons considérer la chaleur spécifique de notre mélange, à pression constante, comme invariable et indépendante de la température et de la pression. Enfin d’autres expériences nous montrent que la dilatation de ces gaz n’est accompagnée d’aucun abaissement de température, quand cette dilatation a lieu sans production de travail mécanique externe, d’où il est permis de conclure que leur chaleur spécifique à volume constant est également invariable, indépendante de la densité et de la température, et que, si les variations de température, de pression et de volume de ces gaz sont accompagnées d’un travail mécanique intramoléculaire, ce travail est du moins ^inappréciable avec nos moyens d’observation les plus délicats et peut être négligé.
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- Or, en partant de la relation pv = R (273 + 0» en admettant l’invariabilité des chaleurs spécifiques à pression constante et à volume constant, on
- démontre aisément que le rapport ^ de la chaleur prise au foyer à la chaleur
- , , , 273 + f
- qui passe au réfrigérant est égal au rapport orro ,,
- étant le coefficient
- 273 + t' ’ 273
- constant de dilatation du corps employé, t la température du foyer et tr celle du réfrigérant; cette égalité ayant lieu pour un seul corps, elle peut être généralisée et étendue à tous les autres, entre les mêmes limites de température t et t'. De l’équation
- On tire :
- et
- Q _ 273-ht Q' “ 273 + ?
- Q_Q'_ t-t'
- Q' 273 -t-1'
- Q-Q' „ t—t'
- Q ~ 273 t*
- Q~Q' est la chaleur convertie en travail mécanique, Q la chaleur puisée
- Q —Q'
- dans le foyer : le rapport ——— exprime donc le rapport maximum de la chaleur utilisée, c’est-à-dire convertie en travail mécanique, à la chaleur fournie par le foyer, c’est-à-dire dépensée. On voit qu’il est directement proportionnel à l’intervalle des températures du foyer et du réfrigérant et en raison inverse de la température du foyer mesurée sur l’échelle d’un thermomètre dont le zéro serait à 273° au-dessous de celui de notre thermomètre centigrade.
- Ainsi se trouve confirmé ce que Carnot avait entrevu, que le maximum de chaleur qu’il soit possible d’utiliser dans les machines à feu ne s’éloigne pas beaucoup de la proportionnalité à l’intervalle des températures du foyer et du réfrigérant, qu’il va toutefois en diminuant, pour un même intervalle, à mesure que ce dernier est pris dans une partie plus élevée de l’échelle thermométrique.
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- Rapport fait par M. Duchesne, au nom du comité des arts économiques, sur
- la fabrique de cordes harmoniques de M. Henri Savaresse, avenue Saint-
- Charles., n° 30, à Grenelle-Paris.
- Messieurs, en ouvrant, en 1822, un concours pour la fabrication des cordes harmoniques, la Société d’encouragement a rendu un immense service à cette branche importante d’industrie.
- En décernant le prix à Labarraque, elle a eu surtout l’idée de le récompenser pour avoir contribué à l’amélioration de l’hygiène publique en rendant moins insalubre l’art du boyaudier.
- Mais déjà, à cette époque, la Société d’encouragement avait distingué Savaresse et Savaresse-Sara, deux fabricants de cordes harmoniques qui avaient présenté des produits de bonne qualité. Cette question présentait un si grand intérêt, qu’elle fut remise au concours, et les mêmes fabricants, qui présentèrent des cordes d’instruments pouvant lutter avec celles de Naples, obtinrent encore de nouvelles récompenses.
- L’élan était donné, et nous venons aujourd’hui, après un intervalle de trente ans, mettre sous vos yeux les magnifiques échantillons de cordes harmoniques de M. Henry Savaresse et vous dire quels sont les procédés industriels qu’il emploie pour les obtenir, afin que d’autres puissent l’imiter.
- C’est rendre un juste hommage à l’impulsion donnée à cette industrie par la Société d’encouragement.
- La fabrication des cordes harmoniques a été importée en France par Nicolas Savaresse, natif de Naples, et des établissements se formèrent à Paris, à Tours et dans d’autres grandes villes. M. Henry Savaresse, continuant cette industrie de famille, s’établit à Grenelle en 1835.
- Pendant de longues années la France est restée tributaire de l’Italie, et surtout de Naples, pour la fabrication des cordes harmoniques, et principalement pour la fabrication des bonnes chanterelles, parce qu’elles avaient plus de force, de justesse, de persistance et de voix que les mêmes cordes provenant des fabriques françaises.
- Cependant, dès l’Exposition de 1855, on constatait que les produits des
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- fabricants français avaient été sensiblement améliorés et que nos artistes les trouvaient d’aussi bonne qualité que ceux de Naples.
- Le savant rapporteur qui a rendu compte de cette industrie avait pensé que la sonorité des cordes de Naples dépendait des eaux vives, froides et presque glaciales dans lesquelles on fait macérer les boyaux pour les dépouiller de leurs membranes inutiles et les dégraisser, et que c’était à tort que Ton devait attribuer ces qualités à l’air pur de l’extrémité méridionale de l’Italie dans lequel vit le mouton.
- Mais M. Henry Savaresse, très-compétent en cette matière, pense que l’infériorité des cordes françaises à cette époque doit plutôt être rapportée à l’âge des moutons et à la mauvaise préparation des boyaux.
- lia remarqué, en effet, que, lorsque les moutons payaient, à l’octroi, par tête de bétail, on n’introduisait à Paris que de gros moutons, et qu’avec leurs intestins on ne fabriquait que des cordes de médiocre qualité ; mais que depuis le changement apporté dans la perception de cet impôt, depuis que l’on pouvait entrer de jeunes moutons, on arrivait facilement, avec leurs intestins, à rivaliser avec les cordes de Naples et à faire des chanterelles dont le son est aussi brillant et aussi durable.
- Les moutons qui fournissent les cordes les meilleures sont ceux élevés dans des pâturages secs, comme ceux d’Italie, des Alpes, et les moutons de petite race qui viennent du Berry et de quelques parties de l’Allemagne. Aujourd’hui, au moyen des chemins de fer, on amène des moutons de plus loin.
- Une bonne chanterelle est la corde la plus difficile à faire à cause de sa finesse et de la tension qu’elle doit supporter.
- On fait, à Paris, d’excellente la ou ré de violon avec les intestins d’agneaux, surtout lorsqu’ils deviennent un peu vieux. C’est peut-être là le seul secret de l’ancienne réputation des cordes de Naples ; c’est qu’en Italie on y mange beaucoup plus d’agneaux qu’en France et que leurs intestins sont précieusement employés pour la fabrication des chanterelles.
- Ne serait-ce pas alors parce que leurs intestins, déjà assez résistants, sont plus gélatineux que ceux du mouton ; que les fils qu’on en tire se collent mieux ensemble lors de la torsion, donnent alors une corde plus homogène, bien cylindrique, d’un diamètre égal au moins dans toute la longueur soumise à la vibration et alors moins accessible aux variations de température et d’humidité ?
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- Cette corde bien préparée est transparente ; elle a de la roideur; une fois tendue, elle résiste fortement à l’archet et tient longtemps l’accord.
- A cause du choix que l’on peut faire dans les intestins des animaux, on continue à fabriquer d’excellentes cordes à Naples.
- M. Henry Savaresse, ne pouvant fabriquer habituellement qu’avec des boyaux d’animaux de grosse race, a cherché à leur donner, par des préparations particulières, les qualités spéciales des boyaux d’animaux de dix à quinze mois.
- On a prétendu que les meilleures cordes étaient faites en mai ; cependant, en Italie comme en France, on fabrique de très bonnes cordes de mai à septembre, et surtout d’août à septembre.
- Nous avons suivi, avec beaucoup d’intérêt, toutes les opérations qui se pratiquent’chez M. Savaresse, et, comme elles diffèrent de celles qui se pratiquaient originairement dans les fabriques de cordes harmoniques et qui se trouvent décrites dans vos anciens Bulletins, nous croyons utile d’en donner une description nouvelle.
- Les macérations prolongées, qui altéraient la membrane musculaire de l’intestin et qui paraissaient indispensables, sont actuellement supprimées. Cette modification heureuse pour la bonne confection des cordes est surtout avantageuse pour la salubrité publique, puisque cette industrie, telle que nous allons la décrire, pourrait être déplacée et rangée dans la deuxième classe des établissements insalubres et incommodes, sans qu’il soit besoin, comme on l’exige encore aujourd’hui pour obtenir ce classement plus favorable, d’employer les procédés Labarraque.
- Travail préparatoire•
- Les belles cordes harmoniques doivent être blanches et résistantes ; il y a donc intérêt pour le fabricant, comme l’avait déjà fait observer d’Arcet lors du premier concours, à agir rapidement sur des boyaux frais et avant qu’ils ne soient refroidis pour qu’ils ne soient pas tachés.
- M. Savaresse a, dans les abattoirs, des ouvriers spéciaux qui détachent les intestins grêles, encore chauds, du mouton qui vient d’être tué, les développent sur une table et les purgent, par un raclage rapide, du sang, de la bile, des matières fécales qu’ils peuvent renfermer, de la graisse qui y est
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- adhérente : ils les mettent ensuite en paquets ou écheveaux,. les jettent dans des vases qui sont enlevés chaque jour et apportés à la fabrique.
- Ces intestins sont composés de trois membranes ;
- L’externe ou péritonéale, qu’en terme de métier on appelle filandre;
- L’interne ou muqueuse, qu’on appelle vulgairement raclure ou chair : toutes les deux doivent disparaître ;
- Enfin la moyenne ou musculaire, qui est composée de fibres tenaces et doit être seule conservée pour la fabrication des cordes.
- On ne peut obtenir dans le mouton l’élimination voulue que par des moyens doux et ménagés, car il faut conserver intacte cette membrane délicate que la plus légère altération met hors d’usage.
- Les premières opérations qui vont suivre ont donc pour but d’arriver à cette séparation.
- Trempage.
- Immédiatement après leur arrivée à la fabrique, les intestins sont mis en trempe à l’eau froide. Pour qu’ils ne remontent pas sur l’eau, on passe les écheveaux dans des barres de bois qui sont posées sur le bord d’une rivière factice formée par un bassin en pierre dure de 1 mètre de large sur 5 mètres de long. En tête se trouve une roue à augets qui reçoit, par deux robinets séparés, de l’eau froide et de l’eau chaude qui doivent, par leur mélange, donner environ 25°.
- Pour arriver à obtenir le courant d’eau tiède qui lui est nécessaire, M. Sa-varesse a fait monter une machine à vapeur à condensation qui refoule, par une pompe, dans un grand réservoir de 6 mètres cubes, de 3 à 4,000 litres d’eau chaude à 60° centigrades et, par une autre pompe, de 8 à 10,000 litres d’eau froide. Après douze à quinze heures d’une immersion dans l’eau froide et dès le lendemain matin à sept heures, on ouvre les deux robinets qui portent leur eau tiède dans les augets, et fait ainsi tourner la roue qui se met en mouvement, produit de l’agitation et lave abondamment les intestins. L’eau s’écoule par l’autre extrémité de cette rivière factice, ayant ainsi un courant réel.
- Raclage.
- Après cinq heures de ce lavage et vers midi environ, on prend successivement les barres chargées de paquets d’intestins, déjà privés d’une grande partie de leur odeur, en commençant par la barre la plus rapprochée de la
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- roue et en remontant les autres, et on les apporte à des ouvrières qui sont assises autour d’un baquet qui doit recevoir la raclure ou chair.
- À la gauche se trouve un banc en bois, légèrement incliné. De la main gauche elles maintiennent le paquet d’intestins dont elles étalent un des bouts, et de la main droite, armée d’un morceau de roseau (1) fendu en deux et taillé un peu en biseau, elles raclent l’intestin d’un bout jusqu’à l’autre, et détachent ainsi la membrane interne ou muqueuse qui tombe dans le baquet.
- Ces raclures sont vendues et enlevées par des agriculteurs qui en font des composts.
- D’autres ouvriers reprennent alors ces intestins et arrachent la membrane externe ou séreuse sous forme d’un cordon qu’on appelle filandre.
- Ces filandres, mises en paquet, sont portées au soufroir, où elles blanchissent et se dessèchent en partie, puis on les file et on les polit simplement à la main au moyen de deux brosses de chiendent. C’est ainsi qu’elles sont livrées aux fabricants de fouets, de cravaches et de raquettes.
- Deuxième trempage.
- 11 ne reste donc plus maintenant que la membrane musculaire ou fibreuse, la seule qui puisse servir pour la fabrication des cordes harmoniques, et c’est sur elle que va désormais se concentrer toute l’attention du fabricant pour lui conserver sa force et sa blancheur.
- L’intestin est alors transporté dans un autre atelier et mis à tremper dans des terrines en grès, avec des eaux alcalines très-faibles pour commencer, 2 % de l’alcalimètre, puis dans des eaux alcalines plus fortes, en augmentant environ de 2° jusqu’à ce qu’on soit arrivé à 20°. Ces eaux alcalines se préparent avec un mélange de très-bonne potasse et de cendres gravelées.
- Ces lavages sont répétés une vingtaine de fois par des ouvriers différents, qui font passer le boyau entre l’index garni d’un anneau en caoutchouc et le pouce armé d’un dé en cuivre, ce qui produit des raclages très-doux au moyen desquels on arrive à enlever les portions de membranes externes ou internes qui échappent aux premières opérations.
- Les boyaux restent ordinairement en travail dans ces eaux alcalines pendant six à sept jours pour être ensuite soumis au triage et au filage.
- (1) On emploie pour cet usage Yarundo donax, L., canne de Provence, grand roseau, roseau des jardins.
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- Triage.
- C’est après avoir subi ces nombreux raclages que deux ouvriers habiles et spéciaux font le triage des différentes qualités de boyaux, que l’on sépare d’après leur blancheur, leur ténacité, leur longueur, pour que chacun d’eux soit appliqué au genre de cordes auquel il convient le mieux.
- Refendage.
- L’intestin grêle du mouton n’est pas d’un calibre égal dans toute sa longueur ; il est du double plus épais et plus large dans sa partie inférieure que dans sa partie supérieure, ce qui empêche la corde d’être juste.
- Pour éviter cet inconvénient, et lorsque les boyaux sont prêts à être filés, on les refend souvent sur toute leur longueur au moyen d’un instrument particulier nommé couteau à soutil (1).
- Et on les place immédiatement dans une terrine en ayant bien soin de mettre les bouts en sens inverse, c’est-à-dire d’un côté de la terrine le bout supérieur et de l’autre côté le bout inférieur.
- Par ce moyen on peut, dans le filage à quatre brins par exemple, tordre ensemble les fils en sens inverse, ce qui donne à la corde plus de force, plus d’égalité, une grosseur plus uniforme dans toute sa longueur, et par conséquent un plus beau son.
- On pourrait arriver encore à un bon résultat en employant en sens inverse le boyau non refendu qui conserve toujours une certaine courbure malgré le travail auquel il a été soumis.
- Filage.
- Le boyau tout humide est tendu sur un cadre au moyen de chevilles, et il reçoit aussitôt un commencement de torsion. Lorsque le cadre est rempli, on le porte dans le soufroir, où il reste deux jours seulement lorsqu’il est couvert de cordes fines et surtout de chanterelles, et jusqu’à huit jours lorsqu’il est couvert de grosses cordes. Pendant cet espace de temps, on sort les cadres et on les expose à l’air, mais non à la pluie, pour les blanchir, et on les y laisse plus ou moins longtemps suivant la sécheresse : on les mouille avec des
- (1) Le mot soutil vient de l’italien sottile (soutile, dans quelques provinces), dont la signification est mince, fin, délié. En effet, ce couteau sert à diviser le boyau en plusieurs brins. Ces brins prennent le nom de soutiles, de l’italien sotlili, suttili.
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- éponges et on les retord avant de les rentrer au soufroir; enfin on les soumet à l’étrichage.
- Ëtrichage.
- C’est une opération par laquelle on arrive à avoir un nettoyage et un dégraissage parfaits par le polissage, qui enlève en même temps toutes les aspérités et tous les filaments isolés dont l’agglutination n’est pas parfaite.
- On frotte environ cinquante fois, d’un bout à l’autre, les cordes tendues sur le métier et mouillées avec la dissolution alcaline au moyen d’un assemblage de cordes de crin.
- Ce travail, fait à la main, est très-fatigant, aussi M. Savaresse a-t-il cherché à le remplacer par un moyen mécanique.
- Il pose son cadre sur un chariot mis en mouvement par sa machine à vapeur qui imprime un mouvement de va-et- vient à un petit appareil à deux mâchoires munies d’un coussinet en crin. Ces deux mâchoires sont placées, l’une en dessous des cordes, l’autre en dessus, et réunies au moyen de trois écrous. L’appareil ainsi disposé, on fait agir la machine, qui polit seule les cordes; deux ouvriers placés de chaque côté n’ont qu’à laver les cordes avec une éponge mouillée.
- Plus tard on polit à sec, par le même procédé, au moyen de verre pilé mis sur des coussinets en caoutchouc.
- Lorsque les cordes ont subi ces opérations, on les enduit d’une couche de très-bonne huile d’olive, on les sèche complètement dans un atelier spécial, on les coupe de longueur, on les livre ensuite à des ouvrières qui les roulent en cercles au moyen d’nn métier particulier, les attachent et les mettent en paquets prêts à être livrés au commerce.
- Les chanterelles de M. Savaresse ont 4, 5 et 6 fils, selon la grosseur du boyau. Chaque fil est formé d’une moitié de boyau divisé dans sa longueur.
- Les mi de violon ont de 3 à 4 fils pleins, mais très-fins ; les la ont de 3 à 4 fils pleins, plus forts ; les ré ont de 6 à 7 fils pleins.
- Pour la guitare on choisit des fils plus fins que pour le violon.
- Pour les cordes de violoncelle on emploie jusqu’à 10 fils pleins.
- Les cordes de harpe ont jusqu’à 22 fils pleins et quelques-unes sont toujours colorées en rouge.
- Les cordes de basses ont 6 fils pour la chanterelle et 10 fils pour le ré.
- Les cordes de contre-basses ont 40 fils pour la chanterelle et jusqu’à 85 fils pour le ré.
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- Cordes noires.
- gM. Savaresse fait aussi des cordes noires pour mécanique, pour tour, pour bretelles, pour arçonnage, pour timbre de tambour et même pour raquettes; mais on colore ces dernières avec du sang, qui leur donne une légère teinte rouge.
- Les soins apportés à cette fabrication sont beaucoup moins grands. On emploie alors les boyaux ayant quelques inégalités par suite des bouts ajoutés au moyen de nœuds, et ceux qui ont une coloration accidentelle due à un séjour trop prolongé des matières fécales ou à d’autres causes.
- Pour la préparation des cordes noires, on préfère les boyaux de mouton aux boyaux de bœuf, parce qu’ils sont plus forts, moins courbes à cause de la moindre adhérence du péritoine ; aussi peuvent-ils gagner en longueur et arriver de 20 à 25 mètres jusqu’à 35 à 40 mètres.
- Si on voulait faire de bonnes cordes noires avec des boyaux de bœuf, il faudrait, par une seule opération, les couper en quatre comme on coupe le boyau en deux.
- Tous ces procédés, expéditifs et plus salubres que les anciens, peuvent s’appliquer à la préparation des boyaux de bœuf, employés surtout pour la conservation des saucissons.
- Fleurs artificielles.
- M. Savaresse prépare encore le boyau de mouton pour en faire des fleurs artificielles dont vous voyez ici des échantillons préparés par M. Marienval, un de nos plus habiles fleuristes.
- Pour amener le boyau à cet état soyeux, on lui fait subir quelques préparations particulières inutiles dans la confection des cordes harmoniques.
- Lorsque les boyaux ont été bien nettoyés dans les lessives alcalines, on les met dans le soufroir pendant cinq à six jours, et au moment de les employer on les trempe, pendant cinq à six minutes, dans une solution d’acide citrique ou d’acide tartrique qui leur donne ce blanc brillant que vous remarquerez dans les échantillons 1 et 2.
- Si on veut leur donner une couleur blanche plus mate, on les met en contact pendant le même temps avec une légère dissolution d’alun comme dans l’échantillon 3.
- Ces préparations diminuent la longueur du boyau, mais elles permettent une beaucoup plus grande extension au soufflage.
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- Teinture.
- On peut teindre de différentes manières les boyaux ainsi préparés :
- En jaune avec l’acide picrique, comme l’échantillon n° 4;
- Avec la gomme-gutte, avec quelques couleurs végétales comme la gaude, la graine d’Avignon ;
- En vert avec l’indigo et l’acide picrique ;
- En bleu avec l’indigo ;
- En rouge avec le carmin ;
- En rose avec le carmin et une légère dissolution de crème de tartre.
- Lorsque les couleurs se déposent, comme les bleus d’indigo, les carmins, les boyaux se teignent moins bien ; il faut alors employer des procédés particuliers.
- Soufflage.
- Lorsque le boyau est jugé assez imbibé des préparations chimiques et tinctoriales que nous venons d’indiquer, on procède au soufflage.
- Dans une étuve chauffée à 60 0/0 et bien éclairée, on dispose, sur des bâtons placés de distance en distance dans les murs, un boyau qui peut avoir de 25 à 35 mètres
- Le gros bout est placé sur le tube en fer d’un fort soufflet qui traverse la cloison de l’étuve et dont le corps est placé dans une autre pièce, afin que l’ouvrier puisse le faire manœuvrer lentement, sans rester exposé, pendant de longues heures, aune chaleur insupportable.
- Un tube recourbé communique d’un bout dans l’étuve et de l’autre au corps du soufflet, de manière à n’envoyer que de l’air chaud dans le boyau et arriver à une dessiccation plus rapide.
- Un châssis vitré et dormant, placé dans la cloison au-dessus du soufflet, permet à l’ouvrier de voir comment s’opère l’insufflation et si le boyau est assez desséché et arrivé à un point de gonflement convenable.
- En général, dix à douze minutes sont suffisantes pour dessécher et distendre un boyau humide et l’amener au degré de ténuité que vous pouvez remarquer dans les divers échantillons mis sous vos yeux.
- C’est avec cette délicate pellicule que l’on peut préparer des feuilles, des fleurs et surtout des fruits qui ont une si grande ressemblance avec la nature et offrent une plus grande solidité que les mêmes objets travaillés par d’autres procédés.
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- Enveloppes médicamenteuses.
- M. Savaresse a encore eu l’idée de préparer le boyau de mouton pour envelopper des poudres médicamenteuses au lieu et place du pain azyme ou pain à chanter, dont l’emploi est assez difficile pour les personnes qui n’ont pas l’habitude de s’en servir.
- Lorsque le boyau est blanchi et prêt à être gonflé, on le fait tremper dans une solution de dix-neuf parties de belle gomme arabique et d’une partie de glycérine.
- On insuffle et on conserve pour l’usage, échantillon n° 5.
- Lorsqu’on veut utiliser cette enveloppe, on la coupe de la grandeur désirée, on la ferme d’un bout en introduisant une plume mouillée sur le bord et en appuyant légèrement. On a alors un petit sac dans lequel on peut introduire le médicament ; on le ferme par le même procédé.
- Nous avons fait préparer quelques paquets de poudre dans ces enveloppes, et les pharmaciens pensent, avec nous, qu’elles peuvent rendre de bons services.
- Cependant, si l’on trempe une de ces capsules dans un verre d’eau et qu’on observe ce qui se passe, on voit que le sac s’ouvre bien par les deux extrémités, mais que la poudre ne peut pas en sortir facilement.
- On doit donc, pour remédier à cet inconvénient, fendre le boyau sur le troisième côté, en former une partie plane, y mettre la poudre, mouiller les trois côtés avec un pinceau imbibé d’eau et fermer par un simple repli.
- Cette membrane gommée peut encore servir à boucher hermétiquement les flacons des pharmaciens et des parfumeurs, et remplacer ainsi utilement et économiquement la peau blanche qui est aujourd’hui employée.
- Cordes en soie.
- Mais les cordes en boyaux ne suffisent pas toujours à toutes les exigences et à tous les besoins des artistes : ils demandent aussi des cordes en soie.
- Depuis longtemps la Chine nous envoyait des cordes en soie, filées comme de la ficelle et enveloppées d’une couche de gélatine ou de gomme, mais elles avaient le grave défaut de s’allonger au montage sur le violon et de ne pas rester sur le ton que l’artiste leur demandait; cependant elles étaient employées par les ménétriers jouant en plein air et pour expédier aux colonies, où une très-grande chaleur jointe à l’humidité ramollit le boyau au point de le mettre hors de service.
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- M. Savaresse fait subir à celles qu’il prépare une grande tension qui leur permet de monter de suite au ton, en raison de leur moindre élasticité et d’y rester plus longtemps pour conserver l’accord.
- La corde est composée de 140 brins de chacun cocons, ce qui fait 1,680 fils devers à soie. On ramollit la soie à la vapeur d’eau. Les fils se collent parfaitement au moyen de leur gomme naturelle et de l’emploi d’un petit appareil particulier.
- Puis on fait subir une torsion au moyen d’une machine à 7 broches, 6 d’une part et la 7e faisant l’âme ; on ourdit sur chaque broche, et avant de fermer la corde on lui donne un retors, ce qui donne un câblage qui les empêche de s’allonger autant et de s’user aussi facilement sous l’archet.
- Lorsque la corde est terminée, on donne une légère couche de gomme arabique et on polit à la cire pour l’empêcher de prendre l’humidité.
- Cordes métalliques.
- On fait encore des cordes en soie, mais qui sont recouvertes d’un fil métallique. Anciennement ces cordes étaient ainsi recouvertes à la main, aujourd’hui M. Savaresse n’emploie plus qu’une machine mue par la vapeur et faisant 14 à 15,000 tours à la minute pour couvrir instantanément et avec une grande régularité ses cordes en soie d’un trait d’argent, ce qui lui permet de faire concurrence aux cordes filées d’Allemagne.
- Comme vous le voyez, Messieurs, par ce long rapport dans lequel nous avons cru devoir entrer dans de très-minutieux détails industriels qui peuvent servir à d’autres fabricants, M. Henri Savaresse a continué à perfectionner son industrie. A l’Exposition de 1855, il restait placé à la tête de la fabrication des cordes harmoniques et obtenait une médaille de première classe pour la bonté de ses cordes et la supériorité incontestable de ses produits.
- En résumé, si nous comparons l’ancienne fabrication des cordes harmoniques, nous remarquons que l’on peut obtenir aujourd’hui des cordes d’excellente qualité par l’emploi d’une rivière factice, de l’eau tiède au lieu d’eau froide, par une bonne entente dans le choix et l’emploi de la potasse, par l’étrichage à la mécanique et par le choix des boyaux.
- On a obtenu cet important résultat en rendant les différentes opérations plus simples et plus promptes, et par conséquent en diminuant l’insalubrité pour les ouvriers et l’incommodité pour le voisinage.
- M. Savaresse est arrivé à souffler et à teindre les boyaux destinés aux fieu-
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- ristes, à utiliser pour enveloppes médicamenteuses et à préparer rapidement de bonnes cordes en soie.
- En conséquence, votre comité des arts économiques vous propose, Messieurs, de remercier M. Henry Savaresse de son intéressante communication et d’insérer le présent rapport au Bulletin.
- Signé Duchesne, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 22 mars 1865.
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- SUR UN SYSTÈME DE CHARPENTE SUSPENDUE DE MM. LEHAITRE ET DE MONDÉSIR, PAR M. BAUDE,
- Membre du comité des arts mécaniques (1).
- Les ponts suspendus ont d’incontestables avantages, sous le rapport de l’économie, sur les ponts ordinaires, et pendant une période d’un quart de siècle, qui commence à l’époque de la construction du pont de Tournoi), sur le Rhône, ils ont été presque partout substitués aux bacs, si rares aujourd’hui, si communs autrefois pour la traversée de nos rivières. Mais à mesure que les prix des fers ont baissé, que des sinistres regrettables ont révélé les dangers que pouvaient présenter les ponts suspendus, la faveur dont ils jouissaient a diminué de jour en jour : impropres d’ailleurs aux passages des chemins de fer, il en résulte qu’on présente rarement, depuis nombre d’années, un projet de pont suspendu pour réunir les deux rives d’un fleuve.
- MM. Lehaitre et de Mondésir ont pensé que les inconvénients des ponts suspendus, pour le transport de fardeaux variables, disparaissaient si on appliquait le système de suspension au support de charpentes de bâtiments, en profitant alors, sans regrets, de l’économie incontestable de ce système. On n’a plus à redouter, en effet, les mouvements d’oscillation qui occasionnent des
- (1) Communication faite en séance, le 5 avril 1865.
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- ruptures; les puits d’amarre soumis à une humidité inévitable, les difficultés de visiter les câbles de retenue disparaissaient dans cette nouvelle application, où, d’ailleurs, les procédés particuliers de MM. Lebaitre et de Mondésir ont apporté d’heureuses modifications que nous ferons connaître par quelques exemples.
- Il est évident que le système de suspension appliqué aux couvertures n’est économique que pour de grandes surfaces. Il a l’avantage de réduire le nombre des'supports, ce qu’on ne saurait obtenir dans les charpentes ordinaires, où le fer résiste sous l’effort d’une compression, au lieu de la traction mise en jeu dans les câbles en fil de fer.
- MM. Lebaitre et de Mondésir ont soumis au calcul toutes les résistances des pièces qu’ils emploient, et il nous a été facile de vérifier que les matériaux ne supporteraient que des charges ne dépassant pas les limites ordinaires de nos constructions de charpente.
- La première application a pour objet l’établissement d’un cirque de 200 mètres de diamètre intérieur, avec point d’appui au centre.
- Le diamètre intérieur aurait 256 mètres, ce qui donne une surface couverte de 51,471 mètres, ou plus de 5 hectares, surface immense, si on la compare aux cirques anciens ou modernes.
- Au centre de ce cirque, dont la surface intérieure est de 31,146 mètres carrés (presque le double de la place Vendôme), se trouve une colonne de 5 mètres de diamètre, à la hauteur totale de 40ra,7, y compris le piédestal ; elle serait construite en granit.
- Au pourtour du cirque se trouvent des galeries ou vomitoires conduisant aux gradins. Les murs de refend convergent vers le centre et servent de supports aux câbles, qui sont au nombre de 48.
- Ces câbles de suspension viennent s’amarrer sur un chapeau en tôle placé au sommet de la colonne; ils appuient sur les murs de refend par l’intermédiaire de rouleaux, et ils vont s’attacher sur le tas, en vue d’une galerie, où il est facile de circuler et de les visiter.
- Ces câbles de suspension, à l’aide de supports en fer reliés entre eux, supportent des arbalétriers, sur lesquels reposent des pannes espacées de 1m,50 à 1m,75. Sur les pannes on fixe des voliges jointives, et enfin une couverture, soit en zinc, soit en tôle.
- Des jours verticaux sont ménagés entre les diverses parties de la toiture, afin d’éviter de prendre la lumière par des vitraux placés sur des rampants.
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- La charge permanente supportée par mètre courant par le câble, y compris
- son propre poids, est de................................ 330 kilog.
- En y ajoutant, pour charge ou pressions accidentelles. . . 120 —
- on aura, par mètre courant de câble.................... . 450 —
- et pour leur tension.................................... 116,000 —
- 176,000 —
- Ce qui exigerait, pour faire supporter aux câbles 1 /! 0a de leur force absolue, une composition de 1,933 brins, n° 18 au poids de 60 grammes par mètre courant.
- La pression sur le sommet de la colonne est de. . 1,080,000 kilog.
- Celle-ci ayant une section de. . ...................... 196,350 cent, carrés,
- il en résulte une pression de.......................... 5k,50
- par mètre carré, sous les charges accidentelles, au maximum. Avec le poids de la colonne, cette pression pourra devenir de 7 kilogrammes à la base. Ces limites, comme on le voit, n’ont rien d’exagéré.
- On ne saurait compter d’avance la dépense, variable suivant les terrains, des fondations, et cependant, en dehors de celle-ci, il résulte des devis que cette construction colossale ne reviendrait pas à plus de 110 fr. le mètre carré.
- U suffit d’une comparaison pour faire apprécier le bon marché des charpentes suspendues. Le marché du Temple revient à 228 fr. le mètre carré. Les halles centrales ont coûté 485 fr., soit 300 fr. le mètre carré, si on évalue à 185 fr. la dépense pour les travaux souterrains.
- Dans le même système de constructions, un cirque de 100 mètres de diamètre intérieur et de 146 mètres de diamètre extérieur ne reviendrait qu’à 96 fr. par mètre carré de surface couverte.
- Les figures 3 et 4 (planche 322) représentent un cirque de 100 mètres de diamètre intérieur, sans pilier au centre.
- Les câbles de suspension soutiennent une couronne centrale placée à 15 mètres au-dessus du sol. Cette couronne supporte une lanterne éclairée par des vitrages verticaux, et les câbles, après s’être infléchis sur des piliers de support reposant sur les murs de refend, viendront s’amarrer sur ces mêmes murs, dont le poids dépasse de beaucoup la tension des câbles.
- Le mètre carré de cette construction reviendrait à 90 fr.
- La dépense de construction d’une salle de 50 mètres de diamètre intérieur et de 80 mètres de diamètre extérieur pour remise à locomotives, par exemple, dans le système précédent, reviendrait à 70 fr. le mètre carré.
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- Dans les constructions circulaires, avec des charpentes à fermes, il faut des masses de maçonnerie considérables pour résister aux poussées. Au contraire, dans le système des charpentes suspendues, les maçonneries sont utilisées pour servir de support aux câbles, qui les poussent vers le centre, et tendent à les consolider au lieu de les renverser. Cette différence explique comment l’économie de la construction se répartit aussi sur les maçonneries.
- MM. Lehaitre et de Mondésir ont appliqué leur système de suspension des couvertures aux surfaces rectangulaires, et nous allons voir, par quelques exemples, qu’on y trouve les mêmes avantages économiques.
- On peut obtenir des portées que le système ancien des charpentes n’a pu atteindre, ainsi qu’on le voit par le spécimen d’une salle rectangulaire de 75 mètres de largeur (fig. 5 et 6, planche 322).
- Sur les deux côtés de la charpente suspendue, se trouvent des bâtiments latéraux, dont les murs de refend servent à l’amarrage des câbles. Ceux-ci supportent, à l’aide de tiges de suspension, des arbalétriers dans le sens transversal, et sur ces arbalétriers sont fixées les pannes qui portent la toiture. Pour ne point trop élever les points d’appui des câbles sur les murs de refend, une partie de la charpente est supportée par des appuis dont le pied repose sur les câbles.
- On peut prendre des jours verticaux, ou éclairer le hangar par des vitrages placés sur les rampants de la toiture.
- La tension des câbles est de 60,000 kilogrammes, et il suffit, comme résistance, d’avoir un cube de maçonnerie de 30 mètres, ce qui permet de prendre les points d’attache dans les parties supérieures de la maçonnerie.
- Les dépenses peuvent être calculées à raison de 75 à 85 fr. le mètre carré, suivant le type.
- MM. Lehaitre et de Mondésir, continuant l’application de leur système, ont projeté des bâtiments avec des galeries longitudinales de 40 mètres de longueur et galeries transversales de 30 mètres entre les piliers de support.
- Ces dispositions sont représentées par les figures 1 et 2 de la planche 322. La coupe en long figure cinq galeries de 40 mètres de largeur, deux galeries de 30 mètres et des salles latérales de 21 mètres. On peut allonger autant qu’on veut les allées en échiquier par l’addition de galeries de 30 mètres de largeur. Chaque point d’appui, dans le centre du bâtiment, supporte la charge correspondante à une superficie de 1,200 mètres carrés.
- Les pannes sont remplacées par des câbles, et d’autres câbles sont placés dans le sens des diagonales de chaque rectangle. Ces câbles, réunis au sommet
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- d’un pilier, se font équilibre, et leur résultante se convertit en une pression verticale sur le pilier même; ils s’amarrent, d’ailleurs, aux extrémités, sur les murs de refend des bâtiments latéraux.
- Ces constructions, aussi élégantes que légères, figurent une série de voûtes d’arête, dont les arbalétriers, placés au-dessous des câbles diagonaux, sont les lignes d’intersection. L’écoulement des eaux pluviales se ferait par l’intérieur des piliers; ceux-ci ne porteraient pas, d’ailleurs, plus de 2 kilogrammes par millimètre carré de fonte.
- Le prix de revient de ces constructions, soit 55 fr. par mètre carré, est excessivement bas, et il ne nous semble pas inutile de l’établir par un détail estimatif relatant les quantités et les prix : on peut les constater par le tableau récapitulatif qui suit.
- C/3 O P3 5 6 S5 DÉSIGNATION DES OUVRAGES. QUANTITÉS. PRIX de Limité. TOTAUX. PR par mèt partiels. IX re carré par chapitres*
- fr. fr.
- 1 Maçonnerie de pierre de taille (taille
- comprise) 155“.65 150 23348 2.577
- 2 Maçonnerie de pierre de taille de libage.. 7“. 26 80 581 0.064
- 3 Maçonnerie ordinaire O CO B (N CO 1-t 24 4375 0.485
- 4 Bordures pour trottoirs 60 12 720 0.079
- 5 Trottoirs asphaltés 300 7 2100 0.232
- 6 Ensablement intérieur 1800 5 9000 0.993
- 7 Stucage, enduits 632 3 1896 0.209
- 8 Fontes pour colonnes et supports 83268k 0.40 33308 3.676
- 9 Fers à T, cornières, fers forges pour vi-
- trages 27731 1.10 3050 0.337
- 10 Verres pour vitrages 260.40 8.00 2083 0.230 8.882
- Total pour le chapitre Ier 80459 8.882
- Couverture.
- 11 Fers à T, fers forgés, fers cornières, pour
- la couverture 1725001 0.90 155250 17.135
- 12 Voliges. 9380ma 2.60 24388 2.682
- 13 Couverture eu zinc 9380 6.00 56280 6.212
- 14 Vitrages. 3168 6.50 20592 2.273
- 15 Fils de fer pour câbles 44271k 1.00 44271 4.887
- 16 Fers forgés pour la suspension 23450 0.85 19933 2.200
- 17 Fontes pour la suspension 5080 0.40 2032 0.224
- 18 Charrées et tuyaux 3026 1.50 4539 0.501
- 19 Peinture 14070 1.00 14070 1.553
- Total pour la couverture, 341355 37.667 37.667
- Total pour l’ensemble pour une super-
- ficie de 9,060 mètres 421914 46.549
- Somme à valoir pour cas imprévus... 76386 8.451
- Total général 498300 55‘.00 — i»
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- NÉCROLOGIE.
- Cette dépense de 55 fr. par mètre carré est environ le tiers du prix de construction de hangars de même portée. Cette économie n’est point obtenue par une diminution dans la solidité de la construction, mais bien parce que toutes les pièces travaillent dans le sens de leur plus grande résistance.
- MM. Lehaitre et de Mondésir appliquent le même système à des galeries longitudinales et transversales de 75 mètres et de 40 mètres; mais ils ne croient pas prudent d’aller au delà.
- Nous nous sommes borné à vous présenter, Messieurs, quelques spécimens des projets de MM. Lehaitre et de Mondésir. Malheureusement, ces applications n’ont pas encore la sanction de l’expérience; mais elles reposent sur des données si positives, sur des calculs si souvent répétés, qu’à notre sens il ne saurait y avoir de mécomptes sérieux dans les résultats.
- Tous les calculs de la dépense ont été établis pour des bâtiments définitifs, avec pierres de taille dans les maçonneries, zinc dans les toitures, etc. Les prix seraient fort réduits s’il s’agissait de bâtiments ou hangars provisoires où le bois de sapin remplacerait le fer de la charpente, où la couverture serait du carton bitumé.
- Espérons que l’Exposition de 1867 sera, pour le système de MM. Lehaitre et de Mondésir, un sujet d’application des charpentes à suspension.
- Ces Messieurs n’ont point demandé de brevet d’invention; ils offrent au public un travail bien étudié, fécond en résultats économiques : aussi nous avons pensé qu’il ne serait pas sans intérêt pour la Société d’encouragement de recevoir une communication sur un sujet qui nous a paru être d’un haut intérêt pour les constructions, si fréquemment réclamées, de hangars à bon marché.
- NÉCROLOGIE.
- MORT DE M. SILBERMANN, MEMBRE DU CONSEIL DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT.
- A peine la tombe de M. Froment s’est-elle refermée qu’une nouvelle perte vient encore d’affecter le Conseil de la Société d’encouragement.
- M. Silbermann, l’un des plus anciens membres du comité des arts écono-
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- miques, dont il faisait partie depuis 1840, vient d’être brusquement emporté à l’âge de 59 ans.
- Yoici les paroles qui ont été prononcées le 6 juillet sur sa tombe par M. Lissajous, au nom de la Société d’encouragement; par M. le général Morin, directeur du Conservatoire impérial des arts et métiers, auquel M. Silbermann appartenait en qualité de conservateur des collections ; et par M. le baron Taylor, au nom de la Société des inventeurs et des artistes industriels.
- Paroles prononcées par M. Lissajous.
- Messieurs, avant que la tombe ne se referme sur la dépouille mortelle de notre regretté collègue, permettez-moi quelques paroles de sympathie et de regrets, au nom du comité des arts économiques de la Société d’encouragement, dont Silbermann a fait partie pendant vingt-cinq ans.
- Silbermann était un des mèmbres les plus assidus et les plus laborieux de notre comité. Nature simple et modeste, caractère droit et loyal, il se peignait tout entier dans ses rapports, où s’alliaient à un fonds solide une appréciation à la fois juste et bienyeil-lanteet une grande simplicité déformé. Eclairé par de longues études sur l’histoire intime de l’industrie, il savait distinguer les idées vraiment mûres des réminiscences, des imitations ou des plagiats. Habitué, par ses travaux de prédilection, à considérer les questions surtout par leur côté pratique, il jugeait avec certitude l’avenir industriel des inventions, sans cesser d’être un appréciateur éclairé de leur valeur scientifique. Ses travaux remarquables sur la chaleur et la comparaison des machines lui avaient, en effet, donné l’habitude et l’amour de la haute précision. Expérimentateur des plus habiles, il soumettait au contrôle le plus consciencieux les travaux dont l’examen lui était confié, et la plupart de ses rapports étaient pour lui l’occasion de recherches sé -rieuses et utiles.
- Notre comité s’honorera toujours d’avoir compté, parmi ses membres, un homme dont le nom restera dans la science, grâce aux travaux importants dont il l’a enrichie, grâce aussi au précieux instrument de travail dont il a doté les physiciens.
- Mais ce qui ajoutera à la vivacité de nos regrets, c’est que Silbermann, malgré ses longs services, n’était ni d’un âge ni d’une santé à faire craindre qu’il nous fût enlevé si tôt.
- La mort, en le frappant, fait dans nos rangs un vide qui sera profondément senti, et nous ne pourrons regarder la place qu’il laissait très-rarement vacante, sans nous rappeler tout ce qu’il y avait en lui de droiture, de dévouement à ses fonctions et de bonne amitié pour ses collègues.
- Serrons donc nos rangs, Messieurs, au fur et à mesure que la mort les éclaircit, et
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- gardons précieusement ces traditions de bonne confraternité, dont notre regretté collègue nous a donné, pendant de longues années, un si honorable exemple.
- Paroles 'prononcées par M. le général Morin.
- Messieurs, le savant modeste que nous accompagnons à sa dernière demeure laissera son passage sur cette terre et des traces durables par des travaux, dont quelques-uns ont pris, dans le domaine public, une place très-estimable.
- Fils d’un capitaine d’artillerie, que la défense de la patrie avait, en 1790, obligé à abandonner la carrière des sciences, Jean-Thiébaut Silbermann était né, le 1er décembre 1806, auPont-d’Aspach, canton deCernay (Haut-Rhin). 11 commença,en 1821, ses études scientifiques à Strasbourg, sous la direction de M.Herren Schneider,professeur de physique à la Faculté des sciences de cette ville et parent de son père ; puis il vint les continuer, en 1824, à Paris, où il entra dans la maison de MM. Jecker frères, habiles constructeurs d’instruments de précision. Devenu, d’abord de 1825 à 1826 et plus tard en 1838, préparateur des cours de physique que M. Pouillet professait à la Sorbonne et au Conservatoire des arts et métiers, il acquit, sous ce maître célèbre, une habileté, d’expérimentation des plus remarquables, en même temps qu’il poursuivit des travaux particuliers.
- Parmi les recherches qui recommanderont spécialement la mémoire de Silbermann à l’estime du monde savant, nous citerons, en première ligne, l’héliostat qui porte son nom et qui, jusqu’à ces derniers temps, était le plus parfait que l’on connût. L’utilité d’un instrumentqui, pour l’exécution des expériences d’optique, maintient toujours dans une direction constante les rayons solaires réfléchis par un miroir, était depuis longtemps appréciée par les physiciens. Fahrenheit avait cherché la solution de ce problème, S’Gravesande, Charles, Malus, Gambey s’occupèrent successivement de le perfectionner. Il était réservé à Silbermann d’arriver à un résultat encore plus satisfaisant.
- Son héliostat, soumis au jugement de l'Académie des sciences et renvoyé à l’examen d’une commission composée deMM.Biot, Arago, Babinet et Régnault, a obtenu, sur le rapport de ce dernier, l’approbation de l’illustre Société.
- D’autres travaux occupèrent Silbermann, et partout il sut y apporter le soin et la précision qui étaient les caractères distinctifs de son talent.
- Mais les plus importants et ceux qui assurent à sa mémoire une place honorable dans les annales de la science, ce sont les expériences nombreuses et délicates que, pendant plusieurs années, il poursuivit en commun avec M. Favre, aujourd’hui professeur de chimie à la Faculté des sciences de Marseille, pour déterminer la chaleur développée dans les combinaisons chimiques. Ce travail important a obtenu l’approbation de F A-
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- cadémie des sciences, sur un rapport de M. Régnault, fait à l’occasion d’un concours pour le grand prix des sciences physiques.
- Comme physicien, Silbermann avait acquis un tact et une habileté remarquables, qui donnaient ou résultat de ses observations une grande valeur. Le Conservatoire des arts et métiers a été maintes fois dans le cas d’apprécier chez lui ce talent spécial, et toutes les fois qu’il s’est agi des comparaisons délicates des poids et des mesures français, soit avec les étalons des archives, soit avec des mesures étrangères, c’est à lui que nous avons confié le soin des principales observations qui étaient faites avec ses propres instruments, dont nos vérifications nous ont toujours montré l’exactitude.
- Sa mort nous prive d’un collaborateur précieux, et enlève àla science un observateur appelé à lui rendre de nombreux services. La douceur de son caractère, la simplicité de ses habitudes le rendaient accessible à tous ceux qui avaient besoin de ses conseils, et sa mémoire sera également préservée de l’oubli par ses travaux et par la bonté de son caractère.
- Discours de M. le baron Taylor.
- Jean-Thiébaut Silbermanri, né au Pont-d’Aspach, en Alsace, le 1er décembre 1806, sentit de bonne heure se développer chez lui un goût instinctif pour la construction et la mécanique. En 1821, il fut envoyé à Strasbourg pour continuer ses études à la Faculté des sciences de cette ville, sous la direction du professeur Harren Schneider, son parent, qui l’initia à la physique expérimentale. En 1824, il vint compléter son instruction à Paris. Son père, lié par une longue affection avec les frères Jecker, célèbres constructeurs d’instruments de sciences, le plaça chez eux. De 1825 à 1828, M. Pouillet, dont le jeune Silbermann suivait les cours à la Sorbonne, le remarqua, et lui offrit de le prendre pour son préparateur particulier de physique; bientôt après, Silbermann fut nommé préparateur de sciences au collège Bourbon. En 1829, ii se rendit dans le grand-duché de Bade, à Fre^burg, où il travailla comme dessinateur topographe aux belles publications géographiques de la maison Herder. Il fut ensuite attaché à l’Administration des ponts et chaussées, qui le chargea de dresser, avec son jeune frère Jacob, la grande carte du cours du Rhin entre Bâle et Strasbourg, travail exécuté avec un soin minutieux, et qui rendit de grands services aux ingénieurs-géographes pour les opérations relatives à la carte de France.
- En 1835, M. Pouillet le rappela près de lui comme préparateur de son cours au Conservatoire des arts et métiers, et dès lors Silbermann fut associé à toutes les recherches de ce savant. De plus, il composa et dessina les planches, si belles et si nombreuses, du Traité de physique de M. Pouillet.
- En 1842, Silbermann devint préparateur de physique à la Faculté des sciences de Paris, fonctions qu’il exerça jusqu’en 1849 avec une habileté qui lui mérita la réputation du meilleur préparateur de sciences qu’on eût vu depuis longtemps.
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- C’est en 1848 qu’il avait été nommé conservateur des collections du Conservatoire des arts et métiers, sur la démission de M. Schlumberger. On sait avec quelle ardeur et quel succès il s’est appliqué à accroître les richesses des magnifiques collections de cet établissement modèle que l’Europe nous envie.
- Tant de travaux, et d’autres encore que nous ne pouvons énumérer ici, avaient reçu leur juste récompense. Silbermann était chevalier de la Légion d’honneur, de l’ordre du Christ de Portugal et de la Couronne de Prusse. La Société d’encouragement pour l’industrie nationale, la Société philomathique, l’Académie des arts et manufactures de Florence l’avaient associé à leurs travaux.
- Depuis 1849, il était membre et l’un des secrétaires du comité de notre Société des inventeurs et artistes industriels, et il apportait son concours à notre œuvre avec un zèle, un désintéressement, un dévouement que nous ne pourrons oublier.
- De nos diverses associations de bienfaisance, celle des inventeurs et artistes industriels est la plus cruellement éprouvée. Après la perte si regrettable de Gardissal et de Pecqueur, trois autres collègues éminents, Duval-Pirou, Cadiat, Faure, nous ont été successivement enlevés, et la mort de Silbermann vient clore aujourd’hui cette liste de deuil. Les vides que laissent dans nos rangs ces hommes distingués ne pourront être que bien difficilement remplis.
- Nos cœurs brisés s’associent à la profonde douleur de cette famille si intéressante et si honorable. Silbermann fut le modèle des savants modestes, doux et affables. Toujours prêt à aider de ses conseils les inventeurs et industriels qui venaient le consulter, il avait voué à la science un amour constant et sans partage, et il est mort à la peine, sur le champ d’honneur du savant, à la pieuse recherche des lois qui régissent l’univers.
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1867
- A PARIS.
- RAPPORT à la Commission impériale par M. le Sénateur DUMAS,
- Président du Conseil municipal, au nom du comité des plans et constructions (1).
- Le îviii® siècle a été témoin des grands efforts de nos pères pour étendre le domaine (1) Ce comité était composé :
- Des vice-présidents, LL. EExc. le Ministre d’État, le Ministre de l’agriculture, du commerce et
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- de l’industrie. Pendant que les économistes réclamaient la liberté pour elle, l’Académie des sciences consacrail l’alliance durable de là théorie et de la pratique par la publication de sa belle collection des arts et métiers, monument où rien n’était négligé de ce qui pouvait honorer le travail.
- Cependant il ne suffisait pas d’avoir recueilli les procédés des arts, d’avoir mis d’accord les pratiques des ateliers et les préceptes de la science, d’avoir formulé en corps de doctrine des leçons professées jusqu’alors par l’empirisme et recueillies par la routine. Il fallait encore établir l’autorité de la philosophie naturelle, c’est-à-dire de la théorie, et en faire comprendre, par l’exemple même, la puissance et la fécondité.
- C’est ainsi que fut conçue la pensée de réunir les oeuvres des industriels dans une même enceinte, de rendre par ce rapprochement leur comparaison sûre, de donner au public le moyen de signaler le plus habile et de fournir aux savants et aux artistes l’occasion d’expliquer comment s’obtiennent les succès-de bon aloi. Tel était le but que poursuivaient les promoteurs des Expositions industrielles dont la pensée, plusieurs fois reproduite, ne devait se réaliser qu’à la fin du siècle, au milieu des circonstances les moins opportunes.
- La première Exposition publique des produits de l’industrie remonte à l’an VI, en effet. Elle eut lieu au Champ-de-Mars. Bornée au département de la Seine, ou à peu près, elle réunit 110 exposants, parmi lesquels on retrouve avec intérêt les fondateurs de quelques-unes de ces familles qui ont honoré la manufacture parisienne ; Bréguet, Didot, Lenoir, Conté, Desarnod, Clouet, Dilh, etc.
- La seconde fut ouverte au Louvre, en l’an IX, par le premier Consul. Elle comptait 220 exposants appartenant à trente-huit départements, et on y vit paraître à côté des représentants sérieux du travail, dont nous venons de rappeler les noms, des manufacturiers destinés à partager avec eux la faveur populaire : Utzschneider, Fauler, Montgolfier, Ternaux; le fabricant de limes, Raoul Plummer, de Pont-Audemer ; Fourmy, l’inventeur des hygiocérames; Descroizilles, etc.
- Mais, pendant le temps qui avait séparé l’une de l’autre ces solennités industrielles, on avait laissé les usines, leurs chefs et leurs ouvriers sans conseils, sans guides et sans émulation. Situation pleine de périls, à ce moment de rénovation sociale, quand les traditions des corporations, dont les liens venaient d’être brisés, étaient déjà perdues et n’avaient pas encore été remplacées. Napoléon comprit le danger, mais voulant laisser les Académies dans la région pure de la science ou de l’art, il saisit avec empressement la pensée de créer à côté de l’Institut une Société d’encouragement pour l’industrie nationale. Il lui donna pour mission d’agir dans l’intervalle des Expositions
- des travaux publics, le Ministre de la Maison de l’Empereur et des Beaux-Arts, du conseiller d’État commissaire général, et de MM. Denière, Dumas, Dupuy-de-Lôme, Gouin, le baron Haussmann, Lefuel, le comte de Nieuwerkerke et Talabot.
- Tome XII. — 64e année. 2e série. — Juillet 18G5.
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- publiques, d’en préparer les matériaux, d’apprécier à loisir leur valeur et de donner ainsi une base fixe aux jugements du jury.
- Fondée pour concourir avec les expositions publiques au progrès de l’industrie française, l’histoire de cette Société se confond avec celle de ces solennités. Elle leur a fourni par ses associés les exposants les plus dignes, et par son Conseil d’administration les membres les plus actifs des divers jurys. Dès son début, secondant les vues du premier Consul, elle donna une vive impulsion à l’Exposition de l’anX, pour la seconde fois ouverte au Louvre, où soixante-treize départements furent représentés par 540 exposants.
- Grâce à ses efforts et au développement de la richesse publique, l’Exposition de 1806 réunissait, sur l’Esplanade des Invalides, 1,422 exposants fournis par 104 départements.
- L’Empereur avait ordonné que les Expositions publiques se renouvelleraient de trois en trois années. Cependant, celle qui devait avoir lieu en 1809 ayant été ajournée, les événements de la guerre ne permirent pas de reprendre ce projet avant 1819. Mais l’Exposition qui eut lieu à cette époque fut une consolation pour la France, à qui elle révélait une force et des gloires nouvelles, et pour l’Angleterre un avertissement; elle ne comptait pas moins de 1,500 exposants.
- Le jury, dans son rapport, après avoir constaté avec une juste satisfaction l’état florissant de l’industrie française, en reporte tout l’honneur au développement des études scientifiques et à leur heureuse influence. Il remercie l’Académie des sciences d’où émane l’impulsion, l’École polytechnique d’où sortent ces hommes qui joignent le talent de l’exécution à la connaissance des théories les plus profondes, la Société d’encouragement, à qui sont dues des améliorations importantes dans presque toutes les branches de l’industrie.
- En 1823, on comptait 1,648 exposants venus de 76 départements.
- ES 1827, le nombre des exposants s’élevait à 1,795;
- En 1834, à 2,447;
- En 1839, à 3,381;
- En 1844, à 3,960.
- Le Louvre avait suffi pour le déploiement des produits des Expositions de 1819,1823 et 1827. La place de la Concorde devint nécessaire en 1834, et les Champs-Élysées ne furent pas trop vastes pour les Expositions de 1839 et de 1844.
- L’Exposition de 1849 mit également à profit les terrains encore libres des Champs-Elysées, au moyen de constructions temporaires qui abritèrent 4,532 exposants.
- Jusque-là, ces solennités n’admettant que des industriels français, leur nombre se trouvait renfermé dans certaines limites. En un demi-siècle, ii s’était élevé de 110 à plus de 4,000, il est vrai, mais on ne soupçonnait point encore la possibilité de réunir, dans une cérémonie industrielle de cette nature, près de 30,000 exposants venus de toutes les parties du monde.
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- Tel a été pourtant le résultat obtenu par le changement qui s’est opéré en 1851, lorsque l’Exposition ouverte à Londres, sous la haute impulsion et la généreuse initiative du prince Albert, au lieu de rester réservée aux producteurs anglais seulement, a étendu son appel aux industriels de toutes les nations.
- L’Exposition universelle de Londres recevait déjà 14,837 exposants; celle qui lui a succédé à Paris, en 1855, en comptait 24,000. Enfin la nouvelle Exposition universelle de Londres en réunit 27,466 en 1862.
- Il n’est pas présumable, en conséquence, que l’Exposition de 1867 puisse en appeler moins de 30,000, et tout porte à croire que ce chiffre sera dépassé. Il est donc prudent de raisonner dans cette hypothèse et de se préparer à recevoir sans confusion, et à disposer avec ordre les produits de tout genre qui vont être accumulés dans un étroit espace, par celle foule partie de tous les points du globe, venant fondre à un jour donné sur le même terrain.
- Il ne s’agit point, en effet, d’une de ces réunions de marchands, de ces grandes foires, au moyen desquelles s’opèrent les échanges parmi les peuples dépourvus encore de moyens rapides de communication et d’institutions commerciales énergiques. Les Expositions publiques sont des occasions de ventes et d’achats, il est vrai, mais telle n’est pas néanmoins leur destination essentielle. Leur véritable objet est d’amener les praticiens soit d’un même pays, soit de toutes les nations, en présence les uns des autres; de les soumettre au contrôle de la théorie et de faire jaillir de cette comparaison et de ce jugement la pensée d’un nouveau progrès.
- Dans nos premières Expositions où l’infériorité de la plupart de nos industries mécaniques était encore si manifeste, les ridicules chefs-d’œuvre et les mouvements perpétuels ne manquaient pas de réclamer les meilleures places. Il suffit de lire les rapports auxquels elles ont donné lieu pour voir comment le sens pratique a pénétré, enfin, dans les ateliers. Des conseils persistants, venus de haut, ont amené l’industrie mécanique à demander à la géométrie de lui révéler le secret des formes correctes, à la cinématique celui des transformations de mouvement ménagées et au calcul des résistances celui d’une économie bien entendue de la matière qui constitue les organes des machines.
- Nos industries chimiques étaient plus avancées; elles s’appuyaient sur un enseignement public déjà séculaire de la chimie la plus exacte et la plus populaire. Cependant, comme elles trouvaient dans tous nos jurys une direction élevée et sympathique, qui pourrait énumérer les services qu’elles en ont reçus? A mesure que la société manifestait des besoins nouveaux, nos manufacturiers voyaient le domaine de la chimie s’étendre, et apprenaient de leurs juges mêmes à y trouver des formules pour la satisfaction de ces nécessités imprévues. Des agents nouveaux tirés du sein de la terre ou des produits fournis par l’organisation, des combinaisons réglées par la théorie ou amenées par le développement des moindres indices du hasard, devenaient, sous leur savante impulsion, le point de départ de ces industries que l’imagination féconde des
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- anciens n’avait pas même rêvées, et qui se multiplient si naturellement chaque jour autour de nous.
- Telle est l’industrie moderne, fille de l’expérience et de la science. Elle demande à l’histoire naturelle et à la chimie ses matériaux, à la physique ses forces, à la géométrie les formes et les proportions de ses engins.
- Les rapports étroits qui unissent l’industrie à la science s’étaient manifestés à tous les yeux pendant nos premières Expositions nationales; ils avaient besoin, au contraire, lorsque les dernières furent ouvertes, qu’une parole autorisée vînt proclamer leur existence. Pourquoi? C’est qu’au milieu de cette multitude de produits, disposés pour l’effet plutôt que pour l’enseignement, le visiteur ne retrouvait plus ce fil conducteur qui avait si bien dirigé ses pas dans les études précédentes. Façonnée par les mêmes maîtres, obéissant aux mêmes consommateurs, l’industrie française,devenue uniforme, il était difficile d’apercevoir des différences entre des producteurs se copiant les uns les autres.
- Mais, l’année 1851, mettant l’Angleterre et la France en regard dans le palais de l’Exposition universelle, fut pour les deux nations un événement, une occasion de grand enseignement et sera comptée à titre égal dans leur histoire. La théorie reprit ses droits.
- A l’aspect de nos produits, les éminents personnages qui avaient accepté la mission d’organiser et de diriger l’Exposition universelle demeurèrent tellement surpris, qu’on aurait pu croire qu’aucun d’eux n’avait visité la France. Rien n’est plus difficile, en effet, que de comparer un objet qu’on a sous les yeux avec celui qu’on a vu à une époque plus ou moins éloignée; la mémoire la plus fidèle y échoue. Rien n’est plus facile, au contraire, que de juger quel est le plus parfait entre deux objets similaires placés l’un à côté de l’autre.
- L’Angleterre, jusque-là dédaigneuse de ce qui ne se vend pas, découvrit ainsi que l’art pur est un capital et la science pure une force, et qu’il ne suffisait pas, pour les vaincre, d’avoir de grandes institutions de crédit et des houillères inépuisables.
- La France reconnut, de son côté, que le système prohibitif avait fait son temps et qu’il devait faire place à la liberté des échanges, sous réserve d’une protection tempérée.
- Considérés en masse et dans leur ensemble, les produits des deux nations donnaient du premier coup d’œil une leçon de science et de goût à l’Angleterre, une leçon d’économie politique à la France : l’une et l’autre ont porté leurs fruits.
- Il n’était pas nécessaire, assurément, d’un examen approfondi et détaillé de tous les produits exposés pour tirer ces conclusions et pour les justifier. Les esprits très-sérieux qui, ayant assisté à la préparation et à l’ouverture de l’Exposition de 1851, ne mettaient point en doute l’utilité fondamentale de ces comparaisons périodiques, méconnurent pourtant les obligations imposées aux Expositions futures.
- En 1851, tout était préparé à Londres pour rendre facile un coup d’œil général,
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- rien pour permettre une étude détaillée, et cela suffisait tant que les deux industries avaient, vécu séparées. Mais, de même qu’à mesure que nos Expositions nationales se répétant, les produits de chaque usine se rapprochaient, l’aspect général devenait uniforme et les caractères spécifiques plus difficiles à saisir, de même entre les diverses nations industrielles. Les Expositions universelles de 1851, 1855, 1862 ont atténué les différences de leurs productions et accru leurs ressemblances. Les personnes, s’il y en a, qui mettent en doute le rôle utile de la dernière Exposition universelle et qui nient la nécessité d’ouvrir l’exposition de 1867 donnent raison à ceux qui soutiennent que le programme de ces sortes de représentations n’est pas fait pour rester immuable. Quand les industries de tous les grands pays se rapprochent par leurs procédés et leurs produits, la comparaison entre eux doit devenir détaillée, immédiate et facile pour être efficace.
- Si l’Exposition de 1867 devait ressembler de tous points aux trois premières, l’enseignement qu’elle apporterait avec elle serait insuffisant pour en compenser les dépenses et les embarras. Mais il en sera tout autrement, si, par des combinaisons prévoyantes, les comparaisons rendues faciles entre tous les produits similaires multiplient les leçons à l’infini de pays à pays, d’industrie à industrie.
- Personne n’oserait prévoir ce qui sortira d’une Exposition universelle, ayant son siège à Paris, en pleine paix, conçue sur la plus vaste échelle, mais subordonnée à des principes et à des règles en si petit nombre et si clairs que chacun puisse les comprendre et en faire l’application. De tels événements trompent les prévisions les plus clairvoyantes, et il est bien rare qu’à côté des conséquences qu’on y avait cherchées et qu’on y trouve il ne s’en produise pas d’autres plus considérables, auxquelles on ne songeait pas.
- C’est sous l’empire des réflexions qui précèdent que votre sous-commission a commencé l’étude des questions que vous l’aviez chargée de résoudre : l’étendue du bâtiment, ses dispositions générales et le choix de l’emplacement. Elle en a rencontré d’autres sur sa roule, qu’elle a dû résoudre ou du moins au sujet desquelles elle a dû se former une opinion.
- Nous allons exposer ici le résultat des délibérations de la sous-commission, en la laissant parler elle-même en quelque sorte.
- I.
- Quelle est la surface nécessaire à l’étalage des objets qui doivent représenter, en 1867, l’industrie du monde? En comparant entre elles les trois Expositions universelles, on peut s’en former une idée suffisamment exacte.
- En 1851, il a fallu 96,000 mètres carrés.
- En 1855, — 112,000 —
- En 1862, — 120,000 —
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- On peut donc considérer comme nécessaire une superficie de 130,000 à 136,000 mèlres carrés environ, en admettant, ce qui est naturel à penser, que la progression se poursuivra. Le programme arrêté par M. le commissaire général, qui réclame une superficie de 140,000 mètres carrés, n’a donc rien d’exagéré.
- Mais, dans les trois Expositions universelles précédentes, on avait admis pour cer-taines parties des constructions des étages superposés, ce qui diminuait les surfaces à couvrir dans une proportion qui, ayant été réglée de la même manière dans les trois circonstances, semblerait avoir un caractère obligatoire. Le tiers de la surface couverte a été consacré, en effet, dans les trois Expositions universelles, à recevoir une galerie au-dessus du rez-de-chaussée, de manière à obtenir pour l’Exposition de 1851, par exemple, une surface utile de 96,000 mètres carrés avec une surface couverte de 72,000 mètres carrés.
- Pourquoi en a-t-on agi de la sorte? La première fois, par quelque cause fortuite; les deux autres, par imitation. Mais, que l’on consulte les jurés et les exposants, on sera bientôt convaincu, toutefois, que cette disposition à deux étages d’une partie des constructions affectées aux trois Expositions universelles n’a jamais obtenu leur assentiment. Les architectes ou les constructeurs ont pu l’adopter par des vues d’économie contestables, par des considérations individuelles d’esthétique ou même pour donner un caractère plus facilement permanent aux bâtiments qu’ils élevaient -, mais, à envisager le côté pratique de la question et la destination positive des édifices, rien n’est plus en désaccord avec les besoins d’une Exposition universelle qu’une construction dont toutes les salles ne sont pas au même niveau.
- Votre rapporteur qui a pratiqué, depuis plus de trente ans, les expositions est en mesure d’affirmer que les deux étages ainsi superposés sont toujours également sacrifiés. L’un d’eux, l’étage inférieur, manque de lumière, on hésite à s’y engager; l’autre, d’un accès difficile, exige un effort de la part des visiteurs et les détourne absolument. Le rez de-chaussée reste désert, parce qu’il est obscur; le premier étage est délaissé, parce qu’il faut y monter. Les exposants, s’il leur était permis de choisir leur place, préféreraient donc des espaces bien éclairés, situés sur le chemin direct et naturel des visiteurs, toujours dociles au courant.
- Mais n’est-il pas évident, d’ailleurs, que la première condition à remplir, dans la construction d’un bâtiment de l’Exposition destiné à recevoir en quelques jours les colis de 30,000 exposants, consiste à leur offrir une voie de fer qui prenne les colis au débarcadère et qui les conduise à destination sans fausse manœuvre ni transbordement?
- S’il faut élever à un premier étage le quart des colis qui arriveront, il en résultera, soit à l’arrivée, soit au départ après la clôture de l’Exposition, une foule de désordres, de chances d’avaries, d’abordages et de rencontres également à craindre pour la sécurité des ouvriers trop nombreux employés à ces manœuvres inutiles et pour la conservation des articles de goût ou des objets d’art envoyés à l’Exposition. A quoi bon les
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- chemins de fer et les voies d’eau, qui amèneront de tous les points du globe sans difficulté ni changement de plan cette multitude d’objets, si, arrivés au port, ils ont 6 ou 7 mètres à gravir par des escaliers ou par des rampes?
- Les embarras, les désordres, les exactions et les pertes dont tout le monde a eu à souffrir aux époques d’installation et de déménagements des trois Expositions universelles doivent servir de leçon.
- Il convient à tous les intérêts que le bâtiment de l’Exposition soit tout entier sur le même plan; qu’un chemin de fer en suive les rues principales; qu’un colis, quels que soient sa forme, son poids et sa destination, puisse être dirigé de suite à la place qui lui est réservée.
- De plus, il faut que le bâtiment de l’Exposition soit entouré d’un large espace vide, que des dégagements de service multipliés s’ouvrant sur cet espace donnent accès, par des entrées très-nombreuses, aux colis, machines, objets ou animaux même qu’on aura jugés dignes d’être exposés. C’est le seul moyen qui permette de classer les exposants et leurs produits par catégories correspondantes aux régions du bâtiment qu’ils doivent occuper, et de rendre faciles leur arrivée ainsi que leur départ.
- Enfin, en cas d’accident, d’incendie ou d’événement imprévu quelconque, ne faut-il pas qu’un bâtiment plein de richesses si importantes puisse être entouré de toutes parts et préservé de leurs suites?
- Le service de l’Exposition exige donc pour le bâtiment une étendue de 140,000 mètres et une surface plus étendue peut-être, pour l’espace libre à l’entour.
- C’est ce programme qui a été adopté par M. le commissaire général.
- II.
- S’agit-il de disposer les produits de chaque industriel dans cet immense bâtiment, à moins d’un ordre de service qui ait tout prévu, ne sera-t-on pas jeté dans une confusion sans terme ? Si chaque place n’est pas préparée, comment chaque nation, chaque exposant seront-ils admis à s’en faire une? Comment, s’ils ne sont pas munis d’une clef d’un emploi facile,-les visiteurs trouveront-ils les exposants dont ils désirent examiner les produits? Lorsque les moindres distances se mesurent par kilomètres, il faut éviter à chacun les pas inutiles et les déceptions.
- C’est ainsi qu’on a été conduit à adopter comme forme fondamentale du bâtiment deux demi-cercles reliés par une surface rectangulaire, le tout coupé en zones par des rues concentriques parallèles et en sections par des rues rayonnantes. Les deux espaces qui bordent chaque rue circulaire, étant consacrés aux produits de même nature, il suffit de faire le tour du bâtiment, sans quitter la zone où l’on est engagé pour rencontrer, ici les produits agricoles, ailleurs les poteries et la verrerie, les tissus, le^ meubles et les autres produits de tous les peuples.
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- Au contraire, le visiteur qui, entrant par l’un des points de la circonférence de cette table à deux entrées, marchera vers le centre du bâtiment, sans s’écarter de la section qu’il aura choisie, y trouvera réunis tous les produits de la même nationalité.
- Mais peut-on prévoir quelle est la surface nécessaire à chaque nation et à chaque classe d’objets industriels?
- La première question trouve naturellement sa réponse dans les tableaux qui ont été dressés pour la répartition des espaces affectés aux diverses nations en 1851, 1855 et 1862. Tout porte à croire que ces trois épreuves avaient suffisamment mesuré l’importance relative de leurs divers envois et qu’en adoptant la moyenne qui l’exprime, pour l’appliquer à la répartition des 140,000 mètres dont on dispose, il n’en résultera aucune déception. Ces chiffres, d’ailleurs, ont été débattus avec les commissaires des divers pays et acceptés par eux.
- Chaque nation n’aura pourtant pas à diviser dans des proportions exactement semblables, entre les diverses industries, l’espace qui lui est réservé. Il y aura prédominance, tantôt des produits naturels, tantôt des produits fabriqués. Il est donc nécessaire que chacun des îlots faisant partie des diverses zones concentriques soit susceptible de dilatation ou de contraction, sélon le besoin. Il y a été pourvu dans les dispositions de détail de l’avant-projet servant de programme.
- Le travail placé sous les yeux de votre sous-commission par M. le commissaire général satisfait donc à ces trois conditions fondamentales de tout plan d’Exposition universelle : produits au même niveau; — classement méthodique par spécialités d’objets; — classement par nationalités.
- III.
- Quels sont les emplacements à portée de la population parisienne, qui puissent convenir à cet ensemble de données?
- Plusieurs ont été proposés, et quelques-uns en vue d’attirer, par la construction et le service d’un palais destiné à une Exposition permanente ou même temporaire, la spéculation sur des terrains qu’elle hésite à aborder. Votre sous-commission, sans méconnaître le côté pratique d’un ordre d’idées qui permettrait de tirer deux profits d’une même dépense, a résolu d’étudier chaque projet au point de vue des intérêts complexes de tout genre, concernant l’opération, dans l’ordre suivant : intérêts moraux du progrès, c’est-à-dire des visiteurs; intérêts particuliers des exposants; intérêts financiers de l’État, de la ville de Paris et de la Compagnie de garantie.
- Le rond-point de l’Empereur, près de Courbevoie, au delà dupont de Neuilly, qui fait face à l’Arc de Triomphe, a été proposé. Le palais de l’Industrie terminerait ainsi l’avenue de la Grande-Armée et l’avenue de Neuilly. Il suffit, pour justifier la sous-commission qui écarte ce projet, de dire que cet emplacement est, pour la plupart deshabi-
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- ants de Paris, à une distance à peu près triple de celle qui sépare rHôtel de Ville de l’Arc de Triomphe de l’Étoile, et, pour les plus favorisés, à une distance double. Tout visiteur devrait s’y rendre en voiture, ce qui n’est pas admissible.
- Le parc des Princes, confinant aux fortifications et au bois de Boulogne, offre une vingtaine d’hectares dont on a conseillé l’acquisition. Le chemin de fer d’Auteuil et le chemin de ceinture y accèdent. Auteuil, Boulogne, Saint-Cloud en sont rapprochés. Pour trois ou quatre arrondissements de Paris, la distance à parcourir n’excède pas les limites d’une course à pied. Mais ce sont les moins peuplés; l’acquisition des terrains et leur revente constituaient une opération aléatoire; l’espace est insuffisant.
- Sur la rive gauche, entre le Champ-de-Mars et Grenelle, on a signalé 20 ou 25 hectares de terrain, partie à l’Etat, partie à acquérir. Le palais de l’Industrie, pendant les Expositions, pourrait, vu la proximité, étendre ses services sur le Champ-de-Mars, tout en respectant les espaces nécessaires aux besoins de l’armée. Par réciprocité, pendant les longs intervalles qui sépareront toujours les Expositions l’une de l’autre, le Ministère de la guerre trouverait pour la mauvaise saison, sous le toit de ce palais, un champ de manœuvres abrité et couvert. Mais l’emplacement coûterait au moins 5 millions, et la différence de la dépense à effectuer, pour passer d’une construction provisoire à un palais monumental et permanent, ne peut pas être moindre assurément. D’ailleurs, l’emplacement proposé n’est en communication avec aucun chemin de fer, avec aucune grande voie de terre ; il faudrait même le pourvoir d’un port disposé pour le service qu’on en réclamerait. Toutes ces dépenses prévues et la certitude qu’il s’en révélerait d’autres également sérieuses, sur un terrain où il y a beaucoup à détruire et tout à créer, n’ont pas permis à votre sous-commission de l’adopter.
- Le parc de Bercy vous a été offert; la superficie est de 64 hectares. On propose de le louer à terme ou de le vendre à volonté. On fait remarquer qu’il est en rapport direct avec les chemins de fer de Lyon et de Vincennes, avec le chemin de ceinture; qu’il n’est pas éloigné de la Seine et de ses quais, non plus que de la gare d’Orléans et de toutes les grandes voies qui conduisent au bois de Vincennes; qu’il est à proximité des trois centres industriels de Paris et à la portée de toute sa population ouvrière. On ajoute que les matériaux de construction y seront exonérés des droits d’octroi.
- On a dit avec raison, dans la discussion, qu'en suppposant que le palais fût construit à titre provisoire, tous ses accessoires, loin d’être perdus, donneraient au terrain une valeur permanente ; que rien n’empêcherait d’étudier la disposition des divisions du sol, la distribution du gaz, celle de l’eau, le drainage, les trottoirs, les chaussées en vue d’affectations ultérieures qui les utiliseraient ; que les plantations et la partie pittoresque de l’Exposition pourraient elles-mêmes être conservées. Ces considérations étaient sérieuses, et la proposition digne d’être soigneusement examinée. Toutefois, votre sous-commission n’a pas pu se dissimuler que des études destinées à donner satisfaction à la fois aux exigences du moment, pour l’Exposition universelle, et aux. Tome XII. — 64* année. 2e série. — Juillet 1865. 56
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- intérêts durables d’un nouveau quartier à construire, seraient longues et délicates, et qu’il reste à peine le temps d’exécuter le projet le plus simple. Elle a craint qu’en vue d’un profit accessoire on ne fût entraîné à dénaturer le plan principal de l’opération, et à s’engager dans des dépenses d’une liquidation longue et douteuse. Elle n’a pas trouvé que les avantages réels que cette combinaison lui offrait fussent de nature à compenser à la fois les doutes qu’elle conservait quant à la conduite de l’opération, et les inconvénients créés par la distance. Le parc de Bercy est à 4 kilomètres des quartiers de Paris les plus rapprochés de lui, et, par conséquent, inaccessible pour tous les autres, sinon en voiture. Non sans regret, votre sous-commission a donc été amenée à abandonner ce projet.
- Un terrain situé presque à la même distance du centre de Paris, quoiqu’à l’intérieur des fortifications, le Petit-Montrouge, sur le plateau du Montparnasse, dans le prolongement de l’avenue Breteuil, offrait une surface d’environ 70 hectares, susceptible d’être dégagée, et mise à la disposition de l’Exposition universelle pour être convertie, après sa clôture, en un nouveau quartier. Il y avait donc des expropriations à effectuer, des terrains à acheter et à revendre, des voies publiques à percer. Les moyens d’accès insuffisants pour les colis, l’éloignement de la Seine, l’absence complète de ces alentours disposés pour l’utilité ou l’agrément qui font partie des nécessités d’une réunion considérable de visiteurs, sont autant de nouveaux motifs qui n’ont pas permis à la sous-commission d’adopter cet emplacement.
- IV.
- Sans avoir reçu de proposition directe, la sous-commission a dû arrêter son attention sur un point de Paris, qui s’est offert à la pensée de tous, la plaine de Monceaux. Mais les terrains n’y sont pas libres, leur expropriation serait onéreuse et leur revente pleine d’incertitudes, au cas où le bâtiment à construire aurait un caractère provisoire. S’il s’agissait d’un bâtiment permanent, comme le pensaient les personnes qui, sous forme de conversation, il est vrai, ont si souvent mis ce projet en avant dans les salons, on peut affirmer qu’elles n’avaient traduit en chiffres ni le prix du terrain, ni celui de la construction et encore moins le revenu à espérer d’une exploitation de longue durée.
- On n’a pas songé, quand on a parlé de ces plans d’avenir, que le monument serait trop éloigné du centre de Paris pour la saison rigoureuse, et que le libre espace des jardins publics ou des bois dont Paris est entouré lui ferait toujours une heureuse concurrence dans la belle saison. Avant de tenter l’importation d’un palais de Sydenham dans notre pays, il faut tenir compte du Louvre et du Muséum que Londres ne possède pas et des circonstances de climat qui rendent plus nécessaires à la population des promenoirs abrités. Il faut se rappeler que le palais des Champs-Elysées est un
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- Sydenham sans emploi, et que le palais d’Auteuil, encore inachevé, est déjà passé à l’état de ruine.
- En traversant les fortifications par delà la plaine de Monceaux, on trouve, entre la barrière de Courcelles et la barrière d’Asnières, un espace considérable coupé par le chemin de la Révolte, en grande partie formé par des terrains dépendants de la zone militaire. On a appelé l’attention de la sous-commission sur cet emplacement, dans une note qui suppose également qu’il s’agit d’ériger un bâtiment permanent. L’auteur de la note admet que l’État fournirait 10 millions et que la Ville, se chargeant du reste de la dépense, demeurerait propriétaire du sol et des constructions. Nous n’avons pas besoin d’ajouter que ces conditions sont en désaccord complet avec la constitution de l’opération qui nous occupe, et qu’il né peut être question, ni d’accroître la charge de l’État, ni d’ajouter aux responsabilités de la Ville, ni surtout de supprimer la compagnie de garantie, dont le concours moral est plus nécessaire encore au succès de l’œuvre que le concours financier.
- Un projet qui emprunterait aux alentours des docksde Saint-Ouen de vastes espaces pour y construire des bâtiments permanents, destinés à couvrir l’Exposition universelle pendant sa durée et à servir de magasins plus tard, a été l’objet d’une proposition bien étudiée et de notes nombreuses. La sous-commission a reconnu que, si la distance qui sépare cet établissement du centre de Paris était presque la même que celle qu’il faut parcourir pour atteindre le rond-point de l’Empereur, on trouvait à Saint-Ouen, toutefois, des avantages particuliers : le voisinage de la Seine et la possibilité d’utiliser les bâtiments construits. Mais la distance est trop considérable pour être parcourue à pied. Les chemins de fer que le mouvement des visiteurs et des exposants rendrait indispensables n’existent pas; les alentours manquent de tout ce que le bien-être et même les besoins les plus essentiels d’une population nombreuse auront droit de réclamer de la prévoyance de la commission. Il ne nous a pas semblé possible, en conséquence, de vous proposer de fixer votre choix sur cet emplacement.
- V.
- Nous avons eu à nous occuper du palais des Champs-Élysées et des annexes qu’il s’agirait d’y ajouter pour en mettre la superficie en rapport avec les besoins de l’Exposition prochaine. Tout le monde a été conduit à se demander, en effet, pourquoi on n’utiliserait pçis le palais des Expositions, pourquoi on s’éloignerait des Champs-Élysées, vrai centre d’attraction de la population de Paris, dès qu’elle se met en mouvement ; pourquoi on irait chercher au loin ce qui se présente en quelque sorte sous la main, et surtout pourquoi on abandonnerait une construction toute faite, qui ne coûtera rien à occuper, pour aller en construire une autre qui coûtera fort cher et qu’il faudra supprimer.
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- L’espace manque autour du palais pour l’accroître et son insuffisance est trop évidente, puisqu’en tenant compte de ses deux étages il ne représente que 4 hectares et demi auxquels il faudrait ajouter 10 hectares.
- Il est vrai que quelques personnes ont trouvé cette exigence exagérée. Elles ont fait remarquer que les magasins de Paris, depuis que la liberté commerciale permet l’entrée de tous les produits étrangers, constituent une véritable exposition universelle et permanente. Elles ont témoigné la crainte de voir, en conséquence, diminuer et non s’accroître le nombre des exposants et l’espoir que les étendues en superficie réclamées par ceux qui répondront à l’appel seront plus modérées que par le passé.
- Mais la sous-commission a reconnu, après examen attentif, que les Ministres ou les commissaires spéciaux des nations étrangères avaient, sans exception, émis un avis tout à fait opposé. Au point de vue commercial, disent-ils, quel intérêt aurait conduit, en effet, nos producteurs à faire connaître en Erance, autrefois, des objets qui ne pouvaient pas y entrer? Depuis la levée des prohibitions et l’abaissement des tarifs, n’ont-ils pas, au contraire, tout avantage à offrir aux consommateurs des marchandises auxquelles peut s’ouvrir désormais l’important marché de la France? Les représentants des divers pays, persuadés que l’Exposition universelle de 1867 serait le signal d’un immense mouvement d’échanges de toutes les nations entre elles et avec la France, ont tous agi dans le sens d’un appel énergique fait aux producteurs. Ils ont réclamé, en conséquence, l’accroissement des surfaces mises à leur disposition et concerté les mesures d’exécution nécessaires pour amener un grand nombre de leurs nationaux à mettre à profit l’hospitalité de la France. Il n’y a donc rien à réduire des évaluations auxquelles l’espace nécessaire au bâtiment a donné lieu. Tandis qu’il nous serait impossible de citer une nation qui se soit contentée de la surface mise à sa disposition, nous ne serions pas embarrassés pour désigner des Etats importants qui témoignent vivement ne pouvoir accepter celle qu’on leur offre, et qu’il faut l’accroître.
- VI.
- Cette difficulté étant réglée, on a demandé si le plan qui suppose que le bâtiment n’aura pas deux étages ne pouvait pas être modifié, au moins pour une partie de l’Exposition; si, par exemple, les Beaux-Arts demeurant au palais des Champs-Elysées, on ne pourrait pas placer l’Exposition industrielle sur l’esplanade des Invalides ou au Champ-de-Mars.
- Il s’agissait, on le voit, de séparer l’une de l’autre l’Exposition artistique et l’Exposition industrielle, et l’on donnait des motifs sérieux à l’appui de cette opinion. Les artistes désireraient cette séparation. Les visiteurs ayant à payer deux entrées, le revenu en serait augmenté. L’Exposition universelle de 1855 avait eu lieu sous ce régime et n’avait pas eu à s’en plaindre. Le bâtiment des Champs-Elysées recevrait ainsi une af-
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- fectation conforme à la pensée qui en avait décidé la construction, au lieu de rester vide et inutile.
- Il a été répondu que ce bâtiment ne demeurerait pas sans emploi; que l’Exposition universelle serait l’occasion, il faut l’espérer, d’un grand concours d’étrangers; que, indépendamment des séances impériales d’ouverture et de clôture de l’Exposition destinées à réunir chacune quarante mille assistants, ce bâtiment était réservé aux réunions ou fêtes que provoquerait si naturellement la présence, à Paris, d’une population flottante exceptionnelle.
- En ce qui touche la séparation en principe des deux expositions artistique et industrielle, elle a paru contraire à tous les intérêts. Sans doute, l’ouvrier parisien trouve en abondance, au Louvre et au musée de Cluny, des objets d’étude et de réflexion. Il n’a pas besoin qu’on vienne placer les œuvres de l’art pur à côté des produits de son industrie; il sait où se trouvent les grands modèles, et il s’en inspire souvent. Sans doute, encore, il pourra aller voir l’Exposition des œuvres des artistes vivants, quelques jours après qu’il aura vu celle des produits de l’industrie, et, si on repousse, comme la commission y est disposée, la proposition consistant à exiger des droits d’entrée distincts pour chacune des deux expositions, il n’aura rien à dépenser de plus; un seul billet suffira pour les deux promenades.
- Mais a-t-on songé à considérer les diverses classes de visiteurs, savoir : l’étranger, Paris, les départements?
- L’étranger, qui séjourne à Paris pour tout voir, visite l’Exposition comme les monuments publics, et il importe peu pour lui, en effet, que l’Exposition soit une ou dédoublée. L’habitant de Paris devrait être dans le même cas, mais que d’affaires le retiennent! Aller à l’Exposition une fois, c’est un effort pour beaucoup ; aller à deux Expositions, coup sur coup, c’est trop pour le grand nombre. Les départements enfin, et la sous-commission s’en est très-vivement occupée, ont le plus grave intérêt à ce que l’Exposition soit unique et vraiment universelle. Ce qu’il faut favoriser, en effet, ce sont çes visites opérées par des voyageurs partis le matin de leur domicile, employant leur journée à étudier l’Exposition et revenant le soir chez eux; car c’est là que se trouvent les masses, l’élément du revenu et, par conséquent, du service rendu.
- Votre rapporteur avait constaté, à l’Exposition universelle de 1851, que les grandes affluences de visiteurs coïncidaient toujours avec l’arrivée de quelques milliers d’habitants venus d’une même ville ou d’un même comté, au profit desquels avaient été organisés des moyens spéciaux de transport en commun. On les voyait descendre directement au palais avec leurs provisions de bouche qu’ils consommaient sur place, et partir dès leur visite terminée. Ils avaient traversé Londres sans y coucher.
- M. le commissaire général a complété ces informations. Il a constaté, en 1862, que les deux tiers des visiteurs, quatre millions sur six, n’ont vu, à cette époque, l’Exposition qu’une seule fois; ceux qui l’ont parcourue ou étudiée trois ou quatre fois sont très-rares.
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- La masse de visiteurs, et, on croit pouvoir l’affirmer, la presque totalité des visiteurs des départements, ne verra donc l’Exposition qu’une fois, et ne consacrera qu’un jour à cette exploration. Cette circonstance suffirait pour décider la réunion des produits de l’industrie et des œuvres de l’art 5 personne n’admettra que, pour quelques satisfactions d’une opportunité contestable, on se résigne à fermer de fait l’entrée de l’exposition des beaux-arts à tous ceux qui, venus à Paris pour la journée, auront dû la consacrer tout entière au palais de l’Industrie sans en sortir.
- Au contraire, en faveur de l’industrie de nos départements et en vue d’une sincère décentralisation, il convient que l’Exposition universelle, véritable école de science et de goût pour le commerce et l’industrie, pour les chefs de maison, leurs contremaîtres et leurs ouvriers, offre, rapprochés, classés et mis en regard, tous les objets dont la comparaison seule constitue déjà le meilleur des enseignements. Pourquoi, dès lors, le producteur d’étoffes décorées, de papiers peints, de bijoux ou de meubles artistiques, à côté desquels on dispose toutes les matières premières auxquelles il peut recourir et tous les mécanismes dont il peut emprunter la force, la précision ou l’agilité, ne trouverait-il pas également ces œuvres de l’art, où s’expriment si vivement les aspirations du beau? S’il y rencontre des motifs nouveaux en harmonie avec les goûts de l’époque, ne faudra-t-il pas s’en applaudir?
- D’un autre côté, faut-il redouter le voisinage des industries d’art pour les artistes? Quels sont les grands maîtres qui aient dédaigné l’industrie et ses œuvres? La plupart d’entre eux n’ont-ils pas, dès la plus haute antiquité, contribué à meubler les temples, les palais et même les plus modestes demeures, d’objets d’usage, devenus, sous leurs mains inspirées, des œuvres d’imagination du goût le plus exquis ? Provoquons, loin de les craindre, les visites des artistes, au milieu des produits de nos industries artistiques; cherchons leurs critiques et leurs appréciations et si, prenant pour guides les génies de l’antiquité et de la renaissance, ils mettent comme elle à la disposition de l’industrie des modèles nouveaux, fruits de leurs méditations et de leur instinct du beau, ni l’industrie ni l’art n’auront à s’en plaindre.
- La sous-commission a voulu connaître l’avis des commissaires étrangers sur ce point. Ils ont été à peu près unanimes pour la réunion de l’industrie et des beaux-arts. La plupart considéreraient comme une sorte de cruauté de se voir contraints de dédoubler leur exposition, lorsque le faible territoire qu’ils représentent n’a pas trop de toutes ses forces pour paraître sans infériorité dans ce grand concours.
- La sous-commission s’est donc prononcée en faveur du maintien de l’unité de l’Exposition.
- VII.
- Restait à se prononcer sur les combinaisons variées auxquelles avait donné lieu le désir d’utiliser le bâtiment actuel de l’Exposition.
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- La première consistait à le réunir avec la rive gauche par une galerie et un pontjèté sur la Seine, à établir sur le quai d’Orsay une galerie pour les machines en mouvement, et à placer sur la partie libre de l’esplanade des Invalides la construction principale destinée à l’exposition des produits industriels. On arrivait, par ces dispositions, à offrir quinze hectares couverts. Mais ce plan compliqué faisait prévoir de telles difficultés, ou plutôt de telles impossibilités dans le maniement et le classement des objets à exposer, que personne n’a pu en accepter le principe.
- La seconde combinaison, plus simple, faisait disparaître les arbres des quinconces de l’esplanade des Invalides : on pouvait ainsi la couvrir tout entière par le bâtiment destiné à recevoir les produits de l’industrie, et réunir celui-ci avec le palais des Champs-Elysées au moyen d’une galeriedroite et d’un pontjèté sur la Seine.
- Ce projet a longtemps occupé la sous-commission. Au point de vue de l’intérêt du visiteur, ses avantages étaient évidents5 il plaçait l’Exposition, en quelque sorte, au centre de l’activité de Paris. Aucun de nous n’était en mesure d’évaluer l’augmentation de recette qui en serait la conséquence, mais tous convenaient qu’elle était digne de considération. Pris au point de vue pittoresque, le plan se prêtait à toutes les combinaisons de l’architecture. L’opinion publique lui était favorable. Le commerce de Paris lui donnait la préférence. L’administration de la ville de Paris, sauf quelques réserves, l’adoptait volontiers.
- Cependant la sous-commission n’a pas pu se ranger à ces opinions. La suppression des arbres de l’esplanade des Invalides lui a paru une opération bien grave et bien regrettable. Le bâtiment couvrant l’esplanade entière lui a semblé bien resserré parles constructions voisines et bien dépourvu des accès, dégagements et espaces libres, nécessaires au mouvement d’entrée et au séjour provisoire de l’immense multitude de colis et d’ouvriers qu’il s’agit de réunir. Elle a considéré comme impraticable, dans les couloirs étroits réservés autour du bâtiment, la réception d’un matériel dont l’importance, la variété et l’arrivée soudaine exigent que le classement, par nationalités, puisse s’opérer de lui-même et instantanément, si l’on veut éviter sur tous les points ce commencement de confusion qui, en pareille circonstance, devient bien vite un grand désordre.
- Quant à la dépense que l’exécution du projet ainsi conçu pourrait occasionner, la sous-commission n’a pas été surprise de voir évaluer à 3 ou 4 millions, non sans hésitation même de la part des architectes et des ingénieurs qu’elle a consultés, l’excédant auquel il donnerait lieu. Elle avait bien compris, en effet, qu’une longue galerie réunissant le bâtiment des Champs-Elysées et celui des Invalides, une autre galerie pour les machines, des ponts jetés sur les quais pour le passage des voilures et sur la Seine pour la traversée du fleuve, d’immenses développements de surface en clôture sans emploi, devaient accroître hors de toute proportion les frais d’établissement.
- La sous-commission a donc renoncé à poursuivre cette étude; les plus-values en
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- dépenses étant certaines et les plus-values en recettes, même en les exagérant beaucoup, ne promettant pas de les couvrir; les bâtiments étant multiples et la communication entre eux devant s’opérer par des ponts surélevés qui rendraient tous les transports onéreux et difficiles ; enfin l’espace étant insuffisant autour du bâtiment principal, même en acceptant la destruction de tous les arbres de l’esplanade des Invalides, ce que la commission ne concéderait pas volontiers.
- La seule manière de ramener le projet à des proportions acceptables pour la dépense eût consisté à accepter franchement la séparation, à laisser aux Champs-Élysées le tiers de l’Exposition et à installer les deux autres tiers aux Invalides, sans songer à les mettre en communication à travers la Seine. Les considérations morales exposées plus haut avaient écarté d’avance ces sortes de combinaisons.
- Mais, au lieu d’éviter la Seine dans la conception du bâtiment, ne pouvait-on pas la couvrir et loger l’Exposition tout entière au-dessus de l’espace occupé par son lit? Il vous a été présenté un plan fondé sur cette conception, convenablement étudié et assurément exécutable. L’espace compris entre le pont des Invalides et le pont de la Concorde offrant une surface de 55,000 mètres eût été couvert d’un plancher, sur lequel le bâtiment aurait été assis. Deux objections ont été faites à ce projet : la première fondée sur la dépense que son exécution entraînerait, dépense pleine d’incertitude, très-considérable pourtant, dans les parties d’une évaluation certaine, et devant dépasser de plusieurs millions les probabilités sur lesquelles on a raisonné pour poser la base financière de l’opération ; la seconde reposant sur l’impossibilité d’entourer le bâtiment couvrant la Seine, de ses accessoires indispensables, sans supprimer tout à l’entour la circulation du quai pendant près de trois années.
- VIII.
- Votre sous-commission, après cette investigation sincère et consciencieuse, en est revenue à l’examen de l’emplacement du Champ-de-Mars, pour lequel elle n’avait aucune prédilection assurément, car elle a tout essayé pour en trouver un autre, et elle est prête à adopter celui qui offrirait les mêmes facilités.
- Après s’être assurée que des considérations d’ordre supérieur qu’elle comprenait, et qui lui avaient inspiré le plus vif désir de découvrir une combinaison propre à éloigner l’Exposition du Champ-de-Mars, ne s’opposeraient pas à une affectation momentanée de ce vaste espace aux opérations de l’Exposition universelle, elle a reconnu qu’il offrait des avantages certains :
- 1° L’espace est libre ; il n’y a rien à détruire, à acquérir ou à prendre à loyer;
- 2° Il offre, en un seul tenant, tout ce que l’Exposition exige pour sa partie couverte et pour ses dépendances conçues dans le plan le plus vaste ;
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1867.
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- 3° Il est placé en dehors de la circulation, de manière à permettre son occupation pendant trois années, sans que les habitudes, les travaux et les exigences de la population civile et du service de la ville de Paris puissent en souffrir;
- 4° Il est accessible par de vastes quais et de larges voies, sur la rive gauche et sur la rive droite, dans tous les sens;
- 5° Un chemin de fer peut facilement relier le chemin de ceinture à ses abords ;
- 6° Le port qui lui fait face et qui y sera rattaché par deux communications établies au-dessous du quai de la rive gauche peut être affecté soit à l’arrivée des marchandises et des visiteurs, soit à l’arrangement pittoresque d’une exposition des instruments, appareils et engins qui intéressent la navigation ;
- 7° De tous les emplacements proposés, l’esplanade des Invalides exceptée, c’est celui qui est le moins éloigné du centre de Paris;
- 8° C’est celui que la population de Paris considère comme le siège des grandes fêtes ou des cérémonies mémorables. Elle est moins sensible à la distance, parce qu’elle a l’habitude de la parcourir, et qu’elle s’y rend à pied, sans avoir besoin de se préoccuper du chemin à suivre ;
- 9° En cas d’accident, le voisinage de l’Ecole militaire assure le secours immédiat d’un nombreux personnel militaire intelligent, dévoué, discipliné ;
- 10° Enfin, si les dispositions superficielles doivent disparaître à la clôture de l’Exposition, il sera facile, au contraire, de préparer le drainage, l’éclairage et la distribution d’eau en vue de les utiliser à demeure, en tout ou en partie.
- Conclusions.
- La sous-commission a l’honneur, en conséquence, de proposer à votre adoption le programme suivant :
- L’espace couvert nécessaire à l’Exposition demeure fixé à 140,000 mètres, promenades couvertes non comprises ;
- Il ne pourra pas être divisé en étages superposés et devra offrir un plan unique au dépôt des marchandises et objets exposés;
- Ce bâtiment sera disposé comme une table à deux entrées permettant d’étudier à volonté les produits par nature ou par nationalités;
- Il sera entouré d’un espace libre au moins égal à sa propre superficie ;
- L’exposition des beaux-arts ne sera pas séparée de l’exposition des produits de l’industrie.
- Si la commission adopte ces premières conclusions, la sous-commission est d’avis enfin qu’il y a lieu de décider que l’emplacement de l’Exposition universelle de 1867 sera le Champ-de-Mars, sous toutes réserves de l’approbation du Gouvernement pour ce choix.
- Tome XII. — 64e année. 2e série. —
- Juillet 1865.
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- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Sur la préparation de la fuchsine cristallisée (rouge d’aniline), au moyen de l’acide arsénique, par le docteur Ifabedank. — Des expériences entreprises dans la vue de simplifier la fabrication ordinaire de la fuchsine cristallisée, au moyen de l’acide arsénique, ont conduit l’auteur au procédé suivant:
- La fuchsine brute, telle qu’on l’obtient des cornues, est broyée et mêlée avec une quantité de chlorure de sodium équivalente à l’acide arsénique employé. On ajoute cinq parties d’eau et l’on fait bouillir le tout. La fuchsine brute se dissout rapidement dans le liquide chaud et prend l’apparence d’une masse huileuse qui se solidifie par le refroidissement et se précipite au fond du vase. On décante alors la liqueur qui, outre un peu de fuchsine, contient l’acide arsénique combiné avec de la soude, et l’on précipite au moyen du chlorure de sodium la matière colorante restée en dissolution. Après avoir filtré, on fait bouillir plusieurs fois dans l’eau le précipité avec la première fuchsine résineuse que l’on a recueillie, et l’on filtre encore. L’eau des premiers lessivages doit être précipitée de nouveau, parce qu’elle n’est pas pure; la troisième et la quatrième eau donnent des cristaux satisfaisants; enfin les eaux-mères sont employées dans les opérations suivantes : la décomposition de la fuchsine brute par le chlorure de sodium s’exécute très-facilement et très-complètement; les frais sont moindres que par la méthode usuelle qui est, d’ailleurs, une cause fréquente de blessures difficiles à guérir, tandis que la nouvelle est beaucoup plus favorable aux ouvriers. Comme les solutions sont neutres, le contact en est moins nuisible, et le moyen de se mettre le plus sûrement à l’abri de l’influence arsenicale consiste à s’enduire les mains de suif.
- (Jacobseris chemisch-lechnisches Repertorium et Dingler’s polytechnisches Journal.)
- (V.)
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 28 juin 1865.
- Présidence de M. le sénateur Dumas, président.
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- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
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- Correspondance. — S. Exc. M. le Ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics envoie deux exemplaires des n08 1 et 2 du Catalogue des brevets d'invention pris en 1864 et 1865.
- M. Gaudard, ingénieur civil à Lausanne. — Envoi d’un ouvrage intitulé : Étude comparative des divers systèmes de ponts en fer. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Brun (Hippolyte), à Marseille. — Nouveau système de chaudière marine d’un démontage et d’un nettoyage faciles. (Môme comité.)
- M. Chodzko, rue de Babylone, 58. — Appareil fumivore. (Même comité.)
- M. Durrè (Henri), à New-York.— Machine à vapeur rotative. (Même comité.)
- M. Lhermitte, passage de l’Alma, 23.— Système de serrure de sûreté. (Mêmecomité.)
- M. Pape, place de la Bourse, 9. —Perfectionnements dans la construction des pianos. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Chardon, à Lyon. — Dessin et description d’une locomotive de son invention, dite hippomane. (Renvoi au comité des arts mécaniques )
- M. Manigler, à Saint-Étienne (Loire). — Mémoire descriptif pour la construction et l’établissement des lignes télégraphiques souterraines. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Bellour. rue de Verneuil, 8. — Gammomètre universel transpositeur, destiné, d’après l’auteur, à faciliter l’étude de la musique. (Même comité.)
- M. Viollet, rue Bonaparte, 88. —Nouveau procédé de cuivrage du fer et du zinc. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- M. Roswag, ingénieur des mines. — Ouvrage intitulé : Les métaux précieux considérés au point de vue économique. — (Renvoi aux comités des arts chimiques et du commerce.)
- M.Othon de Clermont. — Note sur l’établissement, en France, des eouperies de poil de lièvre et de lapin.— M. Othon signale l’importance de cette industrie, qui emploie, par an, 70 millions de peaux de lièvres ou de lapins. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. George Delvaux, à Larue, près Chevilly (Seine). — Note concernant l’action de l’acide chromique sur l’aniline. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- MM. Nash, Hugher James, William Stephens, de Londres, demandent leur inscription au concours pour le prix fondé par M. Alexandre pour la fabrication de l’encre. (Renvoi à la commission spéciale.)
- M. Delaplane, à Paris. — Envoi d’une brochure intitulée : Essai sur le projet de Société internationale des manutentions à responsabilité limitée. (Renvoi au comité de commerce.)
- M. Victor Masson, libraire-éditeur, à Paris. — Hommage : 1° de la cinquième édition du Traité général de photographie, refondue et comprenant un chapitre spécial
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- sur les agrandissements photographiques par D. V. Monckhoven;— 2° d’un ouvrage intitulé : Le livre de la nature, ou leçons élémentaires de physique, d’astronomie, de chimie, etc., par le Dr Schœdeler, traduit de l’allemand par M. Adolphe Cheler, professeur à l’institut agricole de l’État, à Gembloux.
- M. le Président appelle l’attention de la Société sur cette dernière publication, qui peut avoir un grand intérêt au point de vue de l’enseignement professionnel. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- Communications. — M. de Luynes donne quelques explications sur la nouvelle règle à calcul de M. Émile Javal, destinée à remplacer la table de M. Giraud-Teulon, table au moyen de laquelle les additions et les soustractions de fractions sont remplacées par des additions et des soustractions de nombres entiers. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Ènodeau, rue de Meaux, 75, présente quelques échantillons de talons de bois Louis XY pour chaussures de dames, et donne des renseignements sur la machine qui les produit automatiquement. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- Nominations de membres. — Sont nommés membres de la Société :
- MM. Coq, constructeur-mécanicien à Aix;
- Picard, commerçant en cuirs à Paris;
- Masson (Isidore), fabricant de faïences à Paris.
- Séance du 12 juillet 1865.
- Présidence de M. Amédée-Durand, vice-président,
- M. le Président, avant de donner la parole à MM. les Secrétaires pour le dépouillement de la correspondance, rappelle la perte que la Société vient de faire en la personne de M. Silbermann, membre du Conseil. Il ne doute pas que la Société ne partage les regrets unanimes, inspirés par la mort prématurée d’un homme qui s’était fait distinguer par ses travaux dans le monde scientifique, et qui faisait partie, depuis vingt-cinq ans, du Conseil d’administration de la Société (voir plus haut, page 424).
- Correspondance. — S. Exc. M. le Ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics informe M. le Président que deux bourses entières et trois quarts de bourse à l’école d’arts et métiers de Châlons, et une bourse entière et trois quarts de bourse à l’école d’Angers, seront disponibles le 1er octobre prochain, pour les candidats que la Société est autorisée à présenter.
- M. le Ministre prie M. le Président de la Société de prendre les dispositions nécessaires pour la présentation des candidats aux bourses disponibles. (Renvoi à la commission des écoles.)
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- M. de Valois, censeur de la Société, informe M. le Président qu’il a versé entre les mains de M. le Trésorier la somme de 1,000 fr., pour transformer sa souscription ordinaire en une souscription perpétuelle dont il désire faire jouir la ville de l’Aigle (Orne), sa ville natale, afin qu’elle reçoive, à perpétuité, le Bulletin de la Société.
- M. Zambaux, ingénieur civil, membre de la Société, à Paris. — Description et dessin d’un nouveau condenseur marin. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Enodeau, rue de Meaux, 75 (Petite-Villette). — Description de machines pour la fabrication des talons en bois pour chaussures de dames présentés à la dernière séance. (Même comité.)
- Comité des forges de France, rue de Provence, 68. — Envoi de différents documents concernant la marche de la production de la fonte et du fer en France.
- M. Combes donne quelques explications au sujet de cette importante communication, et propose qu’elle soit complétée par des renseignements qui seront demandés au comité des forges, afin d’être insérés au Bulletin.
- M. Ch. Morin, à la Ferté-Saint-Samson (Seine-Inférieure). — Nouvelles machines élévatoires hydrauliques. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Moland, président de la Société de secours mutuels, à la Ferté-sous-Jouarre. — Projet de circulaire concernant une souscription destinée à la création d’un ou plusieurs prix à décerner aux inventeurs qui, dans l’espace de trois années, auront trouvé un procédé salubre et pratique pour la fabrication des meules à moulins. — Demande le concours de la Société d’encouragement.
- M. Combes appelle toute l’attention du Conseil sur l’importance de cette communication, et en demande le renvoi aux comités des arts mécaniques et chimiques.
- Après l’échange de quelques observations, ce renvoi est adopté.
- M. Joly, rue Saint-Pierre-Montmartre, 10. — Système pour faire disparaître des étoffes de laine les ordures connues sous le nom d’époulis. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- M. Geniez, rue Dauphine, 8. — Procédé pour dégager, en grande quantité, l’alcool amylique des flegmes de betteraves, de mélasse et de grains, ainsi que de tous les alcools mauvais goût. (Renvoi au même comité.)
- M. Jelley, rue Saint-Jacques, 243.— Appareil pour le tirage des cheminées. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Lefebvre, rue Saint-Louis (au Marais). — Peinture à l’huile légère de pétrole. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- Concours Alexandre pour la fabrication des encres. — MM. Dalton, Penfold, de Londres; Sliger, de Manchester; Ward, de Bristol, envoient des pièces pour le concours. (Renvoi à la commission spéciale.)
- Académie royale de Madrid. — Envoi du tome III de l’ouvrage du roi Alphonse de Castille sur l’astronomie, et des Mémoires de l’Académie des sciences de Madrid pour les années 1864-1865.
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- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
- M. le baron Cartier, à Auderghem (Belgique). — Annonce que le minium de fer d’Auderghem vient de recevoir une médaille d’argent à l’Exposition de Nice et une mention très-honorable à l’Exposition de Cologne.
- M. Barreswil, membre du Conseil, fait connaître l’ovation dont a été l’objet, à Fiers, de la part des ouvriers de M. Mal fait, le sieur Catelle, à l’occasion de la médaille de contre-maître qui lui a été décernée par la Société dans sa séance générale du 14 juin dernier. A cette occasion, M. Barreswil exprime le désir que tous les patrons honorent ainsi ceux de leurs contre-maîtres ou ouvriers qui obtiennent des médailles de la Société.
- Rapports des comités. — Glaces et miroirs à reflet direct. — M. Salvétat lit un rapport, au nom du comité des arts chimiques, sur les glaces et miroirs à reflet direct, obtenus au moyen du platine, présentés par MM. Creswell et Tavernier.
- M. Salvétat propose de remercier MM. Creswell et Tavernier de leur communication et d’insérer son rapport dans le Bulletin, (Approuvé.)
- Pont d'El-Kantara à Conslantine. — M. Victor Bois lit, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur la construction du pont d’El-Kantara à Constantine (Algérie), par M. Georges Martin, ingénieur-constructeur.
- M. Bois propose de remercier M. Georges Martin de son intéressante communication, et d’ordonner l’insertion, au Bulletin de la Société, de son rapport, accompagné d’une vue du plancher provisoire ayant servi au levage du cintre et d’une vue générale du pont.
- Après l’échange de quelques observations sur la nature du dessin et sur son exécution, ce rapport est approuvé.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
- La Société d’encouragement a reçu, dans les séances des 3, 17 et 31 mai. 28 juin, 12 et 26 juillet, les ouvrages dont les titres suivent :
- Ouvrages offerts à la Société.
- Annales du génie civil. Avril à juillet.
- Annales du commerce extérieur. Avril, mai, juin.
- Annales de l’agriculture française. Nos 7 à 12.
- Annuaire des engrais pour 1865, par M. Rohart. Livr. 3 à 6.
- Annales des mines. lre livr. de 1865.
- Annales télégraphiques. Mai, juin.
- Annales de la Société d’émulation des Vosges. 1863.
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- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
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- Annales de la Société impériale d’agriculture, sciences, etc., du département de la Loire-Année 1864.
- Annuaire de la Société météorologique de France. Bulletin des séances. Feuilles 31 à 37. Bulletin de la Société de l’industrie minérale. Livr. 4, t. IX, et 1” du t. X.
- Bulletin des séances de la Société impériale et centrale d’agriculture. NüS 4, 5, 6.
- Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse. Février à mai.
- Bulletin de la Société protectrice des animaux. Avril, mai.
- Bulletin de la Société industrielle d’Amiens. N° 3.
- Bulletin de la Société française de photographie. Mai, juin.
- Bulletin du musée de l’industrie. Mars, avril, mai.
- Bulletin de la Société industrielle d’Angers. Année 1864.
- Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des sciences. NüS 16 à 26 du 1er semestre et n°* 1 à 7 du 2e semestre.
- Courrier des sciences (le). Nos 17 à 26.
- Catalogue des brevets d’invention (1864), n° 12; (1865), n« 1.
- Cultivateur de la Champagne (le). Avril, mai, juin.
- École impériale des ponts et chaussées. Collection des dessins distribués aux élèves. 8e livr. 1864,
- t. II.
- Génie industriel (le), par MM. Armengaud frères. Mai, juin, juillet.
- Journal d’agriculture pratique, par M. Barral. Nos 8 à 14.
- Journal des fabricants de papier. N0” 8 à 14.
- Journal d’éducation populaire. Février à juin.
- Journal des fabricants de sucre. NoS 1 à 14.
- Journal de l’éclairage au gaz. Nos 3 à 7.
- Journal des inventeurs. Mai.
- Journal de la Société impériale et centrale d’horticulture. Avril, mai, juin.
- La Lumière. NoS 7 à 13.
- Mondes (les), par M. l’abbé Moigno. Livr. 16 du t. VII et livr. 1 à 12 du t. VIII.
- Mémoires et compte rendu des travaux de la Société des ingénieurs civils. Jauvier, 'février, mars 1864.
- Moniteur scientifique (le), par le docteur Quesneville. Livr. 202 à 206.
- Propriété industrielle (la). NcS 382 à 395.
- Propagation industrielle (la). N08 1 à 4.
- Presse scientifique des deux mondes (la). Nos 10 à 12 (5e année) et n* 1 du t. II de la 6e année. Revue agricole, industrielle, etc., de Valenciennes. Mars à mai.
- Revue universelle des mines, de la métallurgie, etc., sous la direction de M. Ch. de Cuyper. Mars et avril 1865.
- Revue générale de l’architecture et des travaux publics, par M. César Daly. N051, 2, vol. 23. Société royale de Naples. Mars, avril.
- Société d’agriculture de la Drôme. N® 1.
- Société des ingénieurs civils. Séances des 21 avril, 5 mai, Ie* juin, 7 juillet 1865.
- Société académique de Saint-Quentin. Années 1863-1864.
- Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales. Vol. 13.
- Technologiste (le), par MM. Malepeyre et Vasserot. Mai, juin, juillet.
- American Artizan. N°* 49 à 51 et n#s 1 à 9 (nouvelle série).
- Journal of the Franklin institute (the). Mars.
- Journal of the Society of arts (the). Nos 648 à 661.
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- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
- Newton’s London Journal. Mai, juin, juillet.
- Revista de obras publicas. NoS 8 à 14.
- Polytechnisches Journal von Dingler. Nos 1015 à 1019.
- Photographic Journal (the). NoS 157 à 159.
- Vebhandlugen des Bereins. Janvier et février.
- Associations ouvrières de consommation, de crédit et de production,en Angleterre, en Allemagne et en France, par Eug. Véron. Vol. in-18, Hachette, édit.
- Description du chemin de fer du nord de l’Espagne, par M. A. Brull.
- Comparaison des propriétés résistantes du fer et de l’acier, par M. A. Brull.
- Étude sur les changements de voie, par M. Ch. Richoux, br.
- Étude sur la fonte malléable, par M. A. Brull.
- Étude sur les locomotives à marchandises de grandes puissances, par M. A. Brull.
- Guide du mécanicien constructeur et conducteur de machines locomotives, par MM. Le Ciiatelier, Flachat, J. Petiet et Polonceau. Supplément, 1 vol. in-8°, texte et planches.
- Méthode pour l’essai des terres arables, par M. Pagnoul, br. Ch. Delagrave, édit.
- Mémoires de l’Académie royale des sciences exactes, physiques et naturelles de Madrid. 1864-1865.
- Libros del saber de astronomia del Rey D. Alfonso X de Castille. — Compilados, anotados y co-mentados por Don Manuel Rigo y Sinobas. T. III, in-folio. .
- Procès-verbal des expériences faites sur une machine à vapeur de quatre chevaux construite par M. Leclercq, br.
- Rapport sur la fabrique de produits chimiques de Dieuze, par M. J. Nicklès, br.
- Guide pour la destruction des vers blancs et hannetons, par M. A. Cheron, br.
- Histoire de la soie, par M. Ernest Pariset. 2 vol. in-8°, Durand, lib.-édit.
- Traité général de photographie, par D. V. Monckoven. 5* édition refondue et comprenant un chapitre spécial sur les agrandissements photographiques. 1 vol. in-8° avec figures. Victor Masson, éditeur.
- Abonnements.
- Annales de physique et de chimie. Avril, mai, juin.
- Annales des ponts et chaussées. Septembre, octobre, novembre et décembre 1864. Journal des économistes. Juin, juillet.
- The Chemical News. Nos 279 à 293.
- The practical Mechanic’s Journal. Mai, juin, juillet.
- The Teclinologist. Mai, juin.
- The Artizan. Mai, juin, juillet.
- The Mechanic’s Magazine Journal. Avril, mai, juin.
- PARIS. — IMPRIMERIE DE MADAME VEl\E I: O «IC. I! A RD-H LZ A P D, RLE DK l’ÉPEROR, 5. - 1865.
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- 64e INNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOHE XII. — Août 1868.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE,
- ART DES MINES. •
- Rapport fait par M. Callon, au nom du comité des arts mécaniques, sur des appareils dits cavateurs , destinés à Vélargissement des trous de minet présentés par M. Trouillet, à Dijon.
- M. Trouillet, entrepreneur de travaux publics à Dijon, soumet à la Société des appareils qu’il a imaginés pour creuser, à la partie inférieure des trous de mine ordinaires, un élargissement, une espèce de chambre destinée à recevoir la poudre dont l’explosion doit déterminer la rupture de la roche. L’avantage de ces chambres de mine est facile à concevoir en principe.
- Si l’on considère, en effet, un gradin ordinaire dans une tranchée en cours d’exécution, le mineur détermine d’abord, avant de commencer son coup de mine, la position qu’il doit lui donner eu égard à la direction de la ligne de moindre résistance, et il en règle le diamètre, et surtout l’orientation et la profondeur de manière que, l’ayant rempli de poudre jusqu’au tiers, à la moitié ou aux deux tiers, suivant les cas, cette poudre produise par son inflammation l’effet de désagrégation voulu. Pour cela, il faut que la surface totale sur laquelle agit la poudre, projetée sur un plan perpendiculaire à la direction de la ligne de moindre résistance, présente'une étendue donnée; car c’est cette projection qui sert de mesure, en quelque sorte, a l’intensité de l’effort exercé dans le sens de cette ligne de moindre résistance.
- Tome XII. — 64* année. 2e série. — Août 1865.
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- ART DES MINES.
- Dans ce travail du mineur, la dépense en main-d’œuvre peut être regardée comme proportionnelle au volume du trou, car c’est, en définitive, toute la matière qui remplissait ce volume qui a dû être réduite en poussière plus ou moins impalpable par le choc des outils que manœuvre le mineur.
- Si donc on peut, par un artifice quelconque, réduire le diamètre de la partie du trou non occupée par la poudre, ou, ce qui est la même chose, augmenter celui de la partie occupée, on se trouve, avec une moindre main-d’œuvre, avoir creusé un trou qui est capable de produire le même effet que s’il avait eu, sur toute sa hauteur, le diamètre qu’il a dans la partie inférieure.
- Dans cet ordre d’idées, il n’y aurait pas économie de poudre, mais seulement économie de main-d’œuvre; on pourrait cependant dire, en examinant la chose de plus près, qu’une certaine économie de poudre est elle-même possible, parce que, d’une part, le coup est moins exposé à se débourrer au moment de l’explosion, et que, d’autre part, le trou de l’épinglette, par lequel une partie des gaz s’échappe, a proportionnellement moins d’importance, à mesure que la quantité de poudre employée est plus considérable.
- Cet aperçu théorique est, je crois, généralement admis. Depuis longtemps, un ingénieur distingué des ponts et chaussées, M. Courbebaisse, a proposé et employé, pour pratiquer ces espèces de chambres, un moyen qui lui a réussi, mais seulement dans les terrains calcaires, et encore à la condition que ces calcaires soient bien compactes et exempts de fissures. Ce moyen consiste à verser, dans le trou exécuté à la manière ordinaire, de l’acide chlorhydrique.
- Le procédé de M. Courbebaisse est journellement employé dans quelques pays, dans l’Isère notamment, à l’exploitation de carrières de pierres à bâtir. On en a indiqué également l’emploi pour des minerais de fer compactes et en roche ; mais je ne sache pas qu’il ait été jusqu’ici mis en pratique. Il serait, d’ailleurs, sans application possible à toutes les roches siliceuses ou feldspathiques (telles que les grès quartzeux, le granit, les diverses roches éruptives, etc.).
- Le système de M. Trouillet s’applique, au contraire, indépendamment de la nature chimique de la roche. Il consiste essentiellement dans l’emploi d’appareils élargisseurs, plus ou moins analogues à ceux qu’on emploie dans les sondages, qui agissent, l’un par percussion, l’autre par rotation, et, dans ce dernier cas, soit au moyen de burins en acier, soit au moyen d’une portion de couronne armée de diamants noirs fixés comme dans les appareils de
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- M. Leschot, que construit M. Pihet fils. Je dois dire, cependant, que cette dernière disposition n’est encore, avec M. Trouillet, qu’à l’état d’essai.
- Les outils de M. Trouillet ne sont pas susceptibles d’être décrits, d’une manière suffisamment intelligible, sans le secours de figures. II nous suffira donc de vous dire ici que l’examen qui en a été fait par votre comité des arts mécaniques lui a montré qu’ils sont convenablement construits et bien étudiés dans leurs détails.
- Celui qui agit par percussion notamment, et qui par cela même semble plus exposé aux détériorations résultant de l’usage, est établi de manière à intéresser la plus grande surface possible de métal à la réaction qui se produit sur lui à l’instant du choc simultané des deux ciseaux contre le rocher.
- L’un de ces ciseaux a son tranchant horizontal, l’autre vertical. De cette manière, pendant le battage qui est accompagné d’un mouvement hélicoïdal très-lent de tout le système, chaque élément de la paroi est attaqué successivement dans deux directions rectangulaires ; ce qui doit faciliter l’égrènement de la surface et accélérer le travail de l’élargissement.
- Il doit être observé ici que, avec leurs dimensions actuelles, ces appareils ne pourraient être appliqués aux coups de mine ordinaires, percés avec des fleurets de 0m,035 à 0m,045 de tranchant au plus. Ils seraient donc réservés, quant à présent du moins, pour les grosses mines, telles qu’on les pratique dans les travaux de déblai.
- Quoi qu’il en soit, et en faisant ses réserves sur les inconvénients que présente, dans certains cas, l’emploi de fourneaux trop considérable, ainsi que sur la possibilité d’appliquer aux roches très-dures l’outil agissant par rotation, votre comité des arts mécaniques estime que les appareils de M. Trouillet peuvent apporter une certaine économie de main-d’œuvre dans l’exécution d’un fourneau d’une dimension donnée, et qu’ainsi, confiés à des mains intelligentes, ils peuvent rendre d’utiles services. Il a donc l’honneur de vous proposer, Messieurs, de remercier M. Trouillet de sa communication, et d’ordonner l’insertion du présent rapport au Bulletin de la Société, en y joignant le dessin des appareils dont il s’agit et une légende descriptive.
- Signé Gallon, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 14 décembre 1864.
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- LÉGENDE DE LA PLANCHE 323 REPRÉSENTANT LES APPAREILS DE M. TROUILLET.
- Système à rotation.
- Fig. 1. Vue d’ensemble de l’appareil et de son installation.
- Fig. 2. Section verticale de la partie inférieure du tube, renfermant la tige qui porte les burins ou outils élargisseurs.
- Fig. 3. Elévation de la partie inférieure de la tige, prise dans un plan vertical perpendiculaire à celui de la figure 2.
- Fig. 4. Section verticale de la partie inférieure du tube, montrant la place qu’y occupent les outils élargisseurs, moins la tige qui les porte.
- Fig. 5 et 6. Sections horizontales suivant les lignes 1-2, 3-4 de la figure 2.
- Fig. 7. Section horizontale suivant la ligne 5-6 de la figure 4.
- Fig. 8. Section horizontale suivant la ligne 7-8 de la figure 3.
- A, support de l’appareil (fig. 1), formé de deux parties réunies par des boulons à écrous.
- B, jambes de fer, au nombre de quatre, servant à assujettir au sol le support A, auquel elles sont accrochées.
- C, tube de l’appareil renfermant la tige qui porte les outils élargisseurs, et traversant librement le manchon formé par les deux parties du support A; ce tube est muni, vers le bas, de deux fentes ou ouvertures diamétralement opposées, servant au passage des outils élargisseurs.
- D, cône renversé garnissant l’entrée du trou de mine, et dans lequel passe le tube C qu’il garantit contre les oscillations.
- E, E', E", colliers de serrage fixés au tube C.
- F, manchon entourant librement le tube C, et faisant suite au manchon du support A, sur lequel il repose; il peut tourner indépendamment de ce dernier, et, dans ce cas, il embraye, au moyen d’un taquet, avec le collier E qui tient au tube, et entraîne celui-ci dans son mouvement de rotation horizontale.
- 6, roue d’angle calée sur le manchon F, et servant à transmettre le mouvement de rotation.
- H, H', manivelles motrices commandant la roue G au moyen de deux pignons d’angle verticaux.
- I, tige portant les outils élargisseurs et descendant librement dans le tube C; elle peut se mouvoir verticalement indépendamment du tube, mais elle participe forcément à son mouvement de rotation. La partie supérieure de cette tige est cylindrique et se termine par un pas de vis; la partie inférieure est plate (fig. 2, 3, 5 et 6), et porte deux rainures inclinées en sens inverse et descendant sur l’une et l’autre face jusqu’au bas de la tige.
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- J, J, burins ou outils élargisseurs portant des rainures correspondantes à celles de la tige I, et s’emboîtant dans ces rainures avant que la tige ne soit descendue dans le tube (fig. 1, 2, 4 et 5). Dès que la tige est arrivée vers le bas du tube, les burins commencent à sortir par les ouvertures, et, par suite de la position inclinée des rainures, on comprend que plus cette tige descend, et plus les burins sont forcésde sortir, en descendant eux-mêmes le long des rainures dans lesquelles ils sont engagés; or c’est précisément à l’aide de cette sortie graduelle, qui s’opère tout en imprimant au tube un mouvement de rotation,qu’on parvient à élargir le trou de mine,c’est-à-dire à creuser peu à peu une chambre cylindrique. Les burins sont en acier trempé pour les cas ordinaires, et en fer muni de diamants noirs quand il s’agit d’attaquer des roches extrêmement dures.
- K, écrou fixe dans lequel passe la tige I, et dont la rotation sur place détermine l’ascension ou la descente de cette tige.
- L, volant calé horizontalement sur l’écrou K, et servant à lui imprimer un mouvement de rotation.
- M, trou de mine (fig. 1).
- M', élargissement produit par les burins.
- Manœuvre de l’appareil. — Le tube étant descendu 5 la profondeur voulue et arrêté convenablement, un ouvrier imprime au volant L un mouvement de rotation qui fait descendre la tige intérieure et force les burins à mordre la pierre; puis, au moyen des manivelles H, H', deux autres ouvriers font tourner le tube et, par conséquent, les burins. A chaque tour du tube, l’ouvrier chargé de la manœuvre du volant fait de nouveau et successivement descendre la tige, jusqu’à ce qu’elle soit arrivée à l’extrémité de sa course. A ce moment, les outils ayant accompli tout le travail qu’ils pouvaient faire dans cette position du tube, on remonte alors la tige pour faire rentrer les burins, on relève le tube d’une hauteur égale à celle du taillant de ces burins, puis on l’arrête de nouveau et on recommence à travailler comme précédemment, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’on ait élargi le trou de mine sur la hauteur voulue. Cet élargissement doit se pratiquer en remontant, c’est-à-dire de bas en haut, à cause des détritus.
- On remarquera (fig. 4, 5, 6) que le tube C cesse d’être cylindrique intérieurement vers sa partie inférieure; il est, en effet, renforcé par deux segments à cordes parallèles, qui servent à maintenir les burins dans une position rigide, sans cependant les empêcher de glisser verticalement lorsqu’on fait monter ou descendre la tige qui les porte.
- Système à percussion.
- Fig. 9. Vue d’ensemble de l’appareil et de son installation.
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- Fig. 10. Section verticale, à une plus grande échelle, de la partie supérieure de l’appareil, moins la tige qui porte les outils élargisseurs.
- Fig. 11. Section horizontale suivant la ligne 940 de la figure 10.
- Fig. 12. Elévation partielle de la partie inférieure de l’appareil.
- Fig. 13. Section verticale de cette même partie inférieure suivant un plan perpendiculaire à celui de la figure 12.
- Fig. 14. Section horizontale suivant la ligne 11-12 de la figure 12.
- Fig. 15. Section horizontale suivant la ligne 13-14 de la figure 13.
- Fig. 16. Section horizontale suivant la ligne 15-16 de la figure 10.
- Fig. 17 et 18. Elévations, dans deux plans perpendiculaires, de la partie inférieure
- de la tige, débarrassée des outils élargisseurs qu’elle porte.
- Fig. 19. Section verticale de cette même partie inférieure.
- N, tube dans lequel se meut la tige qui porte les outils élargisseurs, et entraînant celle tige dans son mouvement de rotation (fig. 9, 10, 11); il porte, vers le bas (fig. 13), deux ouvertures diamétralement opposées pour le passage des outils élargisseurs.
- O, vis creuse, en bronze, emboîtant sur une certaine étendue la partie supérieure du tube N et participant à sa rotation, tout en lui imprimant un mouvement d’ascension vertical.
- P, écrou en fonte, ayant extérieurement la forme d’un tronc de cône et servant à déterminer l’ascension ou la descente de la vis 0, et, par conséquent, du tube; cet écrou est fixé au sol d’une manière invariable, au moyen d’une clef encastrée dans le roc.
- Q, collier fixé au tube N contre la tête de la vis 0; il est formé de deux mâchoires réunies par boulons et écrous, et porte, dans un même plan horizontal, quatre poignées qui servent à déterminer la rotation du système et à fixer le tube à la hauteur voulue.
- R, tige portant les outils à percussion étayant sa partie inférieure en acier; elle opère librement son battage dans le tube N, mais participe forcément à son mouvement de rotation.
- S, S, ciseaux ou outils élargisseurs en acier (fig. 9, 12, 14); ils sont fixés au bas de la tige autour d’un axe qui leur permet, à partir de ia position verticale, de se relever en même temps et de décrire un quart de cercle dès que la tige, en tombant, leur fait rencontrer deux tasseaux jouant en quelque sorte le rôle d’enclume.
- T, T, tasseaux d’acier à surface convexe, placés vers le bas du tube et servant à faire ouvrir les ciseaux S, S; ils sont, comme l’indique la figure 13, fixés, au moyen d’un rivet, sur une pièce de fer qui ferme la partie inférieure du tube, et peuvent être, en cas d’usure, facilement remplacés.
- U, ouvertures ou fenêtres (fig. 13 et 15) ménagées dans le bas du tube en face des
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- (asseaux T, et servant, lors du battage de la lige, à laisser sortir de ce tube les ciseaux qui doivent attaquer la roche.
- Manœuvre de Vappareil. Deux ouvriers impriment à la tige un mouvement vertical de va-et-vient, comme à une barre à mine ordinaire, et produisent le choc des ciseaux contre les parois du trou à élargir. En même temps un autre ouvrier fait tourner tout le système en agissant sur les poignées du collier Q, et force alors les outils à agir successivement sur tous les points de la cavité, qui se trouve ainsi attaquée sur une série de lignes hélicoïdales. Lorsque la vis 0 est arrivée à l’extrémité de sa course, on recommence en sens contraire et ainsi de suite jusqu’à ce que les outils soient arrivés au maximum de leur écartement, ce que l’on reconnaît lorsque le cordon V de la tête de la tige (fig. 9) vient à toucher le tube pendant le battage.
- Pour la facilité du travail, M. Trouillet a établi quatre séries de ciseaux de dimensions croissantes; la plus petite sert à commencer le travail, et la plus grande à le terminer. Les figures de la planche n’indiquent qu’une seule de ces dimensions.
- Pour obtenir un bon résultat, l’ouvrier chargé de faire tourner la vis doit opérer avec soin et de plus en plus doucement au fur et à mesure de l’élargissement du trou, afin que les outils attaquent régulièrement les parois de la cavité. L’auteur indique que la pratique lui a démontré que, en commençant par les petits outils, la lige doit frapper vingt coups pendant que la vis fait un tour, tandis qu’en employant les plus grands le nombre de coups doit être de soixante-dix environ dans le même temps.
- Avec cet appareil comme avec le précédent, on ne doit jamais travailler à secj l’eau est, en effet, indispensable pour empêcher les outils de s’échauffer et, par conséquent, de perdre trop rapidement leur trempe.
- Enlèvement des détritus.
- Fig. 20. Élévation partielle d’un système de curette employé pour enlever les détritus désagrégés par les outils.
- Fig. 21. Section verticale partielle par un plan perpendiculaire à celui de la figure 20.
- Fig. 22. Section horizontale suivant la ligne 17-18 de la figure 20.
- Fig. 23. Autre section horizontale suivant la ligne 19-20 de la figure 21.
- Ainsi que l’indiquent les figures, cette curette n’est autre qu’une petite vis d’Archimède. Pour s’en servir, il suffit simplement de la tourner au fond du trou, puis de la sortir, et lorsqu’elle est dehors on la vide en détachant la partie cylindrique W, qui n’est maintenue que par un ressort.
- (M.)
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- Rapport fait par M. le baron Thénard, au nom du comité des arts chimiques,
- sur un appareil propre à extraire le jus du raisin destiné à la distillation,
- par MM. Petit et Robert, de Saintes.
- MM. Petit et Robert, de Saintes, ont présenté à la Société un appareil destiné à extraire le jus du raisin :
- Ce n’est pas, comme on pourrait le croire, un pressoir plus ou moins habilement disposé ; c’est un macérateur analogue à celui que M. Champonnois a inventé pour l’extraction du jus de la betterave.
- A priori, quand il s’agit du vin, un semblable appareil éveille des appréhensions, et nous ne vous cacherons pas qu’au début votre comité les a largement partagées.
- Mais elles se sont complètement dissipées lorsqu’il fut bien établi que le nouveau procédé était exclusivement proposé pour le traitement des raisins à eau-de-vie, et nullement pour celui des vins de table.
- Cependant, pour le bien juger, il était urgent de le voir fonctionner dans les conditions mêmes pour lesquelles il avait été construit.
- Profitant donc du temps des vendanges, votre rapporteur partit pour la Saintonge et descendit chez M. le marquis de Dampierre, au château de Plas-sac, près Jonzac, où, concurremment avec l’ancien système, l’appareil de MM. Petit et Robert était en pleine activité.
- Faut-il dire à la Société l’accueil qui fut fait à un de ses membres dans cette noble et hospitalière maison ? Il nous suffit de la nommer et de rappeler combien sont grands les titres de M. de Dampierre à la reconnaissance de tous ceux qui aiment et honorent l’agriculture.
- Quant à MM. Pelit et Robert, ils font partie de cette phalange d’industriels honorables, instruits, actifs et intelligents, qui depuis quelques années travaille avec tant de dévouement et de succès à changer la face de l’agriculture française. La Société, nous le savons, ne base pas ses jugements sur de tels renseignements, mais elle les aime, car ils honorent l'industrie que depuis tant d’années elle se fait gloire de protéger.
- Passons maintenant à l’examen du procédé lui-même.
- Comme nous venons de le dire, nous sommes allé voir fonctionner l’appa-
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- reil; mais, de ce qu’il a bien fonctionné devant nous, il ne nous est pas permis de conclure que le procédé soit bon : pour le juger complètement il eût été nécessaire que nous eussions pu comparer d’abord les vins, puis les eaux-de-vie qu’il donne, aux vins et aux eaux-de-vie donnés par l’ancien procédé : or, pour cela, il eût fallu nous installer plusieurs mois dans le pays ou y faire de nombreux voyages.
- De là des difficultés que nous n’avons pu résoudre qu’en nous adressant à des personnes très-recommandables par leur caractère et leur savoir, qui, tout à fait indépendantes de MM. Petit et Robert, ont fait pour leur compte personnel et suivi les opérations depuis la vendange jusqu’à la vente des eaux-de-vie.
- Parmi ces personnes, il en est une, M. Aymar de Dampierre, le fils aîné du marquis, qui, dans une longue lettre à nous adressée, nous a donné des renseignements si exacts et tellement circonstanciés, qu’on peut la qualifier de véritable rapport.
- Faut-il, devant vous, paraphraser cette lettre, nous en atténuerions la portée; faut-il nous l’approprier, ce ne serait pas délicat : dès lors nous demandons à la Société la permission de la lui communiquer tout entière et d’en faire la base de notre rapport; il n’est pas besoin de lui dire que nous l’avons consciencieusement étudiée et que nous en acceptons toute la responsabilité.
- Lettre de M. Aymar de Dampierre à M. Thénard.
- « Monsieur,
- « Vous m’avez fait l’honneur de me demander quelques notes sur le système de macération de MM. Petit et Robert, que mon père a établi, cette année, dans sa propriété de Plassac et que vous êtes venu voir fonctionner au mois de septembre dernier.
- « Mon père, comme vous l’avez vu, m’avait chargé de surveiller les travaux, je l’ai fait avec le plus grand soin, notant scrupuleusement toutes choses et cherchant, par des expériences comparatives, à me rendre compte, autant que possible, des avantages et des inconvénients que présente le système de MM. Petit et Robert comparé à l’ancien procédé : je crois donc ne pouvoir mieux faire que de vous envoyer le résumé de ces notes et de ces observations.
- « Tous les viticulteurs savent qu’il reste, dans les marcs ou résidus de raisins à eau-de-vie, de telles quantités de glucose, qu’après leur fermentation, que vous me permettrez d’appeler ici sèche, on en retire, en moyenne, 6 litres d’eau-de-vie à Tome XII. •— 64e année. 2e série. — Août 1865. 59
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- 60 degrés centésimaux par 100 kilogrammes de marc. M. Marès de Montpellier a même établi qu’en prenant certaines précautions propres à prévenir les altérations de la glucose pendant la fermentation sèche on arrivait facilement à doubler cette quantité.
- « Plusieurs entreprises ont été établies en Saintonge pour extraire, avec plus de perfection qu’on ne le fait en petit, l’eau-de-vie des marcs; mais cette eau-de-vie reste, malgré ces soins, toujours tellement mauvaise, que souvent on ne peut l’écouler que comme alcool destiné à l’industrie et non à la consommation.
- «A quelle cause faut-il attribuer des pertes d’une aussi grande importance? Ce n’est certes pas au manque d’énergie des pressoirs, car des expériences démontrent que du marc de raisin blanc, amené à siccité sous des presses hydrauliques et par les procédés qui servent à extraire le jus des pulpes de betteraves, retient encore de très-fortes proportions de glucose. N’y aurait-il pas là quelque effet d’adhérence qui fixerait de la glucose à un état quasi solide contre les parois mêmes des cellules? M. le vicomte de Vergnette le suspecte, mais sous ce rapport vous êtes plus autorisé que moi pour répondre: quoi qu’il en soit, quelque énergique que soit la pression, le marc retient de la glucose ; tel est le fait qui frappa l’attention de M. Petit, qui, d’abord employé dans les distilleries du Nord, était venu en Saintonge comme contre-maître d’une distillerie d’eau-de-vie de marc.
- « Ayant ensuite remarqué que c’était à l’altération rapide des marcs après leur préparation, altération industriellement inévitable, bien plus qu’aux marcs eux-mêmes, que leurs eaux-de-vie devaient leur mauvais goût, il conçut la pensée que, si on extrayait immédiatement de la vendange tout le sucre et les matières vineuses que conserve le marc, on arriverait pour le moins à remplacer l’eau-de vie de marc par une égale quantité d’eau-de-vie fine, dont le quantum s’ajouterait à celui que l’on produit déjà.
- «C’était, comme vouslevoyez,tourner le problème de la désinfection des eaux-de-vie de marc, plus que le résoudre, mais le tourner de la manière la plus heureuse ; car, quelque bien qu’on arrive à désinfecter des eaux de-vie de marc, on n’arrivera jamais, en les privant ainsi de leurs arômes, qu’à en faire des alcools plus ou moins droits en goût, et jamais, par conséquent, des eaux-de-vie fines.
- « Telle est l’origine du procédé dont MM. Petit et Robert sont les inventeurs et que je vais décrire.
- « Pour retirer du marc avant la fermentation l’eau-de-vie qui, avant lui, était presque perdue, M. Petit imagina de soumettre la vendange fraîche à un lavage qui entraînerait toute la partie sucrée du raisin.
- « Mais le principe sur lequel il s’appuya fut moins celui du déplacement mécanique d’un liquide par un autre que le principe suivant : quand on plonge une cellule organique, remplie d’un liquide plus dense, dans un liquide de même nature, mais moins dense, la cellule s’endosmose, se gonfle et finit par crever : dès lors elle devient d’un
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- lavage et d’une expression faciles; enfin, si, comme dans le cas présent, il adhère aux parois de la cellule, et en quelque sorte sous forme quasi solide, une matière cependant soluble dans le liquide en question, cette matière, se trouvant dans un liquide plu? dilué, se dissout alors et s’écoule en très-grande partie.
- « Le principe trouvé, il fallut chercher à l’appliquer. Le matériel qu’ont imaginé MM. Petit et Robert est assez simple; outre le moulin à écraser la vendange, employé également dans l’ancien système, et un réservoir d’eau de 8 à 10 hectolitres, il se compose de cuviers plus ou moins nombreux, selon l’importance de la récolte, communiquant chacun l’un avec l’autre par un tuyau qui va du fond du premier au sommet du second, et ainsi de suite jusqu’au dernier qui revient communiquer avec le premier.
- « Au fond de chaque cuvier et pour faciliter l’écoulement des liquides, on place un faux fond, formé de lattes entre-croisées et muni d’une tige de fer qui, au moyen d’un petit treuil, sert à enlever d’un seul coup la charge de marc épuisé; chaque cuvier est également muni d’un tampon ou d’un robinet par lequel on laisse écouler le liquide lorsqu’il est saturé. Avec un appareil à trois cuviers (c’est le nombre qui a été employé à Plassac), il faut, pour que l’eau arrive à saturation, qu’elle reste environ deux heures sur chacun, et que chaque cuvier, avant d’être vidé, soit lavé par trois eaux successives.
- « Voici comment se fait l’opération : supposons la macération commencée depuis six heures et, par conséquent, parfaitement en train ; dans le premier cuvier nous avons la vendange la plus ancienne et dans le dernier la plus nouvelle; la liqueur actuellement en macération dans le cuvier n° 3, ayant séjourné deux heures sur chacun des trois cuviers, est saturée de glucose et des autres éléments vineux ; il n’y a donc plus qu’à ouvrir le robinet et à l’envoyer aux foudres. Alors, au moyen d’une petite pompe, on fait passer le liquide du n° 2 sur le n° 3 et celui du n° 1 sur le n° 2 ; puis on décharge le premier cuvier dont on envoie le marc au pressoir, et on le recharge avec de la vendange nouvelle ; on verse alors de l’eau sur le second cuvier, qui est maintenant le plus ancien. Cette eau, par sa pression, agit alors par déplacement d’abord sur le liquide du cuvier n° 2, puis, par contre-coup, sur celui du n° 3, et enfin du n° 4 (l’ancien n° 1), qui perd lui-même ainsi une égale quantité de vin dégoutté, qu’on envoie aux foudres. Quant à la vendange du cuvier n° 2, actuellement le plus ancien, ses cellules non ouvertes s’endosmosent sous l’influence de l’eau, se gonflent et crèvent. C’est alors le moment d’écouler le jus du cuvier n° 2, d’en envoyer la vendange au pressoir et de le recharger, pour continuer ainsi l’opération jusqu’à la fin des vendanges.
- «La quantité d’eau à mettre sur la vendange est environ du huitième de la quantité de vin qu’elle donnerait par l’ancien procédé.
- «Mais ce qui doit être noté,c’est la facilité avec laquelle se presse la vendange ainsi traitée; en effet, tandis qu’avec l’ancien procédé cette opération dure vingt-quatre heures, qu’elle exige beaucoup de force, de mains-d’œuvre et au moins un recoupage, une simple pression d’une heure suffit par le nouveau.
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- « Quant au liquide de pressurage, il n’est pas, comme on pourrait le croire, considéré comme jus faible devant retourner aux macérateurs, mais bien comme vin. Sa densité, en effet, n’est guère inférieure que d’un quart à celle du vin de goutte.
- « Tel est l’exposé de la marche de l’opération ; dans la pratique nous lui avons cependant trouvé quelques inconvénients auxquels il nous semble facile de remédier.
- « Le premier est l’insuffisance de la force des faux fonds placés dans chaque cuvier, et qui sont destinés à enlever, après la macération, la charge du marc épuisé ; à ce moment ne se ferait-il pas un vide qui viendrait augmenter la résistance jusqu’à la rendre insurmontable? Nous avons quelque lieu de le penser, et déjà MM.Petit et Robert s’en préoccupent.
- « Nous désirerions aussi que ces messieurs trouvassent un moyen plus prompt pour porter le marc des cuviers aux pressoirs.
- « Le passage du liquide d’un cuvier dans un autre par l’effort seul du déplacement est aussi trop lent, et nous avons toujours été obligés de l’activer au moyen de la petite pompe aspirante qui fait partie de l’appareil et s’adapte à tous les tuyaux.
- « Cependant, sans parler encore du plus grand rendement et de la qualité meilleure, nous devons dire que, malgré ces inconvénients et à cause de la grande rapidité du pressurage, le procédé de MM. Petit et Robert offre, sous le rapport de la main-d’œuvre, de notables avantages sur l’ancienne méthode.
- « Toutes les vignes de Plassac ont été vendangées d’après le système de macération de MM. Petit et Robert, excepté une pièce de 6h,68 qui a été réservée pour servir de champ d’expérience. Cette vigne a produit 244,50 hectolitres de vin, dont 216 ont été préparés par l’ancien système et 28,50 par le nouveau.
- « Tous ces vins ont été entonnés comme il convenait, c’est-à-dire que les 216 hectolitres ancien système ont été mis dans un seul et même fût de cette contenance, et que les 28h,50 nouveau système ont été logés dans divers tierçons formant ensemble cette capacité.
- « Cependant ces 28h,50 de vin se divisaient en trois catégories : 1° le vin de goutte, 13h,50; 2° le vin de macération, 4h,50; 3° le vin de pressurage, 10h,50, qui, dans l’ordre que nous venons de suivre, pesaient, au densimètre, 8°,15, 7°,5 à 7°,55, 6°,5. Nous avons remarqué aussi que le vin de macération était beaucoup plus clair que le vin de goutte et plus agréable au goût. Ce qui démontre à l’évidence que, par le nouveau procédé, le vin ne s’altère pas comme il le fait par l’ancien, où on le voit fermenter sur les égouttoirs et sur les pressoirs, et couler toujours (rouble et souvent brun. C’est là un point important et qui, plus que tout autre, contribue certainement à la douceur des eaux-de-vie obtenues par le système Petit et Robert.
- « En somme, 1,057 hectolitres de vin ont été préparés par la macération, et sur cette quantité on a ajouté 114h,20 d’eau 5 ce qui fait, en moyenne, 1 litre d’eau par 8,25 devin.
- «Le résultat de la distillation de nos vins était attendu dans le pays avec une curieuse impatience; nous-mêmes, avant cette épreuve décisive, nous n’avions pas une foi assez
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- robuste pour nous prononcer sur le système de MM. Petit et Robert, et nous ressentîmes quelque émotion au moment qui allait ou justifier notre confiance, ou nous faire taxer d’innovateurs imprudents. On croira donc aisément que nous n’avons négligé aucune des précautions, aucune des observations qui peuvent garantir la parfaite exactitude d’une expérience aussi importante.
- « Voici, en somme, le résultat de cette épreuve :
- « Le grand tonneau de 216 hectolitres préparés par l’ancien système fut distillé en 48 chauffes successives, et donna 29h,59 d’eau-de-vie à 70° 5 ce qui fait 1 litre d’eau-de-vie par 7*,26 de vin ou 13,77 pour 100.
- « Les divers tierçons contenant les 28h,50 de vin préparés par le nouveau système vinrent ensuite , et donnèrent ensemble 4h,ll d’eau-de-vie, également à 70°. C’est un rendement de 1 litre d’eau-de-vie pour 6 litres 95 de vin, ce qui fait 14,40 pour 100.
- « Mais, si on tient compte de ce que ce vin contenait 10,77 pour 100 d’eau, on arrive à conclure que, pendant que 100 de vendange traités par l’ancien procédé rendent 13,77 d’eau-de-vie, les mêmes 100 de vendange traités par le nouveau système rendent 16,13, ce qui fait une différence de près de 18 pour 100 en faveur du nouveau procédé.
- « Ce résultat est évidemment magnifique, mais ce qui le rend encore plus frappant, c’est que, quand on cherche à retirer de l’eau-de-vie des marcs macérés, on n’en obtient que des quantités à peine sensibles.
- «D’après cela, MM. Petit et Robert arriveraient donc à un épuisement complet de la vendange. Cependant, tout en leur accordant qu’ils vont déjà très-loin, il serait peut-être imprudent d’être aussi absolu. Les belles expériences de M. le vicomte de Ver-gnette d’une part, et de M. Marès de l’autre, démontrent, en effet, que certains raisins donnent des marcs qui retiennent jusqu’à 25 pour 100 de l’eau-de-vie totale que pourrait fournir leur vendange; faut-il croire alors que les nouveaux marcs ont perdu toute leur eau-de-vie par suite des altérations qu’ils ont subies pendant leur fermentation sèche, ou que le raisin de Saintonge, en raison de sa grande facilité à jeter son jus, diffère des raisins de Bourgogne ou de Montpellier? nous ne saurions dire, mais nous serions porté à croire que ces deux causes réagissent dans la circonstance.
- «Quant au rendement général de toute la récolte, nous devons dire qu’il a été relativement moins considérable que celui de la vigne d’essai. En effet, les 1,057 hectolitres de vin de macération, contenant 114 hectolitres d’eau, n’ont rendu que 133 hectolitres d’eau-de-vie, ce qui, déduction faite de l’eau, ne fait que 14,10 pour 100 au lieu de 16,37.
- « Mais il est juste d’ajouter que la vendange de toutes les jeunes vignes du domaine a été traitée par la macération, tandis que les 28b,50 de vin d’essai proviennent de plans plus vieux et du meilleur climat.
- « Ce résultat n’infirme donc en rien notre expérience première, nous serions même tenté de dire, avec les vieux praticiens qui nous entouraient, qu’il la confirme.
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- « Quant à la qualité de l’eau-de-vie, des dégustateurs nombreux et expérimentés ont trouvé celle provenant du vin de macération aussi fine et plus douce que l’autre. Ce qui n’a rien que de très-naturel, car on sait que c’est la rafle fermentée, qui donne ce goût âcre si prononcé dans les eaux-de-vie de marc, et il n’est pas difficile de croire que l’eau-de-vie extraite de vins qui sont restés en contact avec cette rafle souvent plus de vingt-quatre heures, qui ainsi ont subi avec elle un commencement de fermentation, est inférieure à celle qui provient de vins qui, sans trace de fermentation préalable, ne sont restés qu’un temps très-limité en contact avec l’air et cette même rafle.
- « Recevez, Monsieur, etc., etc. »
- Signé A. de Dampierre.
- Telle est la lettre de M. Aymar de Dampierre ; maintenant que vous la connaissez, que vous avez pu apprécier combien elle est contenue dans la forme, précise dans les faits, délicate dans les aperçus, vous nous pardonnerez de l’avoir substituée à notre propre rapport, qui, encore une fois, ne vous eût éclairé que sur un petit nombre de résultats vérifiés par nous-mêmes, et qui, pour le reste, n’eût été qu’un écho plus ou moins exact de ce que nous avons entendu dire.
- La vérité est, avant tout, ce que le Conseil recherche et, bien qu’aujourd’hui elle se présente à lui sous une forme qui ne lui est pas habituelle, il saura l’accepter, surtout si nous ajoutons que M. le comte de Saint-Marsault, président de la Société d’agriculture de la Rochelle, et M. le docteur Menudier, vice-président de la Société d’agriculture de Saintes, qui depuis deux ans, et les premiers, ont adopté le procédé de MM. Petit et Robert, nous ont donné les mêmes renseignements,
- Maintenant à quelles conclusions s’arrêtera le comité des arts chimiques?
- En résumé, MM. Petit et Robert ont supprimé les eaux-de-vie de marc et les ont remplacées par une quantité presque double d’eau-de-vie fine.
- C’est en s’appuyant sur des données théoriques de la plus grande délicatesse que M. Petit est arrivé à ce remarquable résultat, et en cela il a fait preuve d’une grande érudition, d’un sentiment exact des phénomènes et d’une grande perspicacité.
- C’est à l’aide d’un appareil simple et bien conçu, quoique pouvant encore être perfectionné, mais qui, dans l’état actuel, est au moins aussi bon que l’ancien, que MM. Petit et Robert ont rendu pratiques les idées théoriques de M. Petit.
- L’invention est donc complète, importante et mérite la plus sérieuse attention du Conseil.
- En conséquence, son comité des arts chimiques lui propose
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- 1° De remercier MM. Petit et Robert de leur communication;
- 2° D’ordonner l’impression du présent rapport et d’en envoyer cent exemplaires à MM. Petit et Robert ;
- 3° De remercier M. Aymar de Dampierre de son excellent travail, et M. le comte de Saint-Marsault, ainsi que M. le docteur Menudier, de leurs précieux renseignements (1).
- Signé baron Thénard, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 5 avril 1863.
- ÉLECTRICITÉ.
- Rapport fait par M. le comte du Moncel, au nom du comité des arts économiques, sur les électro-aimants a fil nu de M. Carlier.
- Messieurs, un électro-aimant, dans son principe, se compose d’un cylindre de fer dense recouvert d’une hélice de fil métallique, à travers laquelle passe un courant électrique. Jusqu’à présent on avait cru qu’il était indispensable, pour obtenir un effet caractérisé, d’isoler les unes des autres les différentes spires de cette hélice, et, dans cette conviction, on s’est trouvé conduit à recouvrir le fil destiné à la constituer d’une enveloppe isolante, soit en soie, soit en colon, soit en gutta-percha, soit avec un vernis plus ou moins isolant. Plusieurs expériences ayant fait entrevoir à M. Carlier, mécanicien, que cette isolation pouvait bien ne pas être aussi utile au développement de la force magnétique qu’on le croyait généralement, il a essayé d’employer à la con struction des hélices magnétisantes du fil complètement dépourvu de toute couverture isolante, et il est arrivé à des résultats tellement curieux, que votre rapporteur aurait eu de la peine à croire à leur réalité s’il n’avait fait lui-même
- (1) M. Artur, membre de la Société, fait remarquer que, depuis trente ans qu’il s’occupe des phénomènes capillaires, il a eu plus d’une fois l’occasion de constater que les substances organiques retiennent les dernières parties des liquides qu’elles renferment avec une énergie que les forces mécaniques ne parviennent généralement pas à vaincre. Il ajoute que les phénomènes dont il est question dans le rapport de M. Thénard, et sur lesquels repose le procédé de MM. Petit et Robert, trouvent leur confirmation dans la pratique suivie sur plusieurs points de la basse Normandie pour la fabrication du cidre, pratique qui consiste à jeter sur la pomme que l’on pile une quantité d’eau égale à 1/10 ou 1/12 du gros cidre que l’on obtiendrait sans cette addition. (R.)
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- et renouvelé souvent les expériences. En effet, non-seulement ces électroaimants ont pu fournir des forces attractives très-développées, mais ils ont présenté un phénomène tout particulier, bien précieux dans les applications électriques, celui de la suppression complète de l’extra-courant à l’interrupteur du circuit.
- L’unique condition pour obtenir les effets que nous venons d’exposer est que les différentes couches de spires soient séparées les unes des autres par des enveloppes de papier, et que les bobines soient en bois ou en cuivre garni intérieurement d’une couverture isolante. Toutefois, comme le retour du fil, après chaque rangée de spires, peut compromettre facilement l’isolation de ces rangées, on doit prendre un soin excessif à l’enroulement du fil aux extrémités des bobines, et l'inventeur a pour cela un tour de main qai réussit à merveille.
- Nous discuterons plus tard les avantages et les inconvénients de ce système d’électro-aimant ; mais, pour qu’on puisse s’en faire une idée juste, il est essentiel que nous entrions dans quelques détails sur les caractères qui leur sont propres et sur les effets qu’ils présentent. Ces effets peuvent se résumer de la manière suivante :
- 10 Les hélices magnétisantes des électro-aimants à fil nu et à fil couvert, constituées et enroulées régulièrement, comme le fait M. Carlier,à peu près avec un même fil, peuvent présenter la même résistance, et par conséquent être dans les mêmes conditions d’isolation quand leur conductibilité est très-bonne et que les résistances au contact des spires entre elles sont relativement assez grandes. Mais cet isolement devient d’autant moindre pour les électro-aimants à fil nu que le fil est d’une plus mauvaise conductibilité et que les surfaces de contact des spires entre elles sont plus développées. C’est pourquoi les hélices à gros fil sont moins bien isolées que les hélices à fil fin. Cet isolement est, d’ailleurs, indépendant du nombre des spires.
- 2° Quand les électro-aimants à fil nu se trouvent dans les conditions nécessaires pour avoir un bon isolement, ils peuvent avoir, pour un même nombre de spires, et avec un circuit extérieur très-peu résistant, la même force que les électro-aimants à fil couvert. Toutefois ces derniers acquièrent une action prépondérante quand ce circuit extérieur devient résistant.
- 3° Toute disposition de pile qui a pour effet d’augmenter la tension du courant au delà de la limite qui convient à l’électro-aimant, augmente la prépondérance des électro-aimants à fil couvert au détriment de la force des électro-aimants à fil nu.
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- 4° La continuité métallique établie entre les spires de chaque rangée ayant pour effet de constituer, par rapport au courant circulant dans l’hélice, des cylindres métalliques qui lui sont superposés, la tension de l’extra-courant se trouve considérablement diminuée, comme cela a lieu avec les tubes Henry dans les appareils d’induction, et, par suite, l’étincelle qui en est la conséquence est complètement détruite.
- Il est facile de voir, d’après ce résumé, que les électro-aimants à fil nu ne peuvent présenter aucun avantage sérieux pour la télégraphie électrique, à moins qu’on ne prenne un fil tellement fin qu’ils se trouvent dans les conditions des autres électro-aimants. Cependant il pourrait se faire, en raison de la diminution de leur force avec la tension électrique, que, quoique étant de force moindre sur des circuits résistants, ils pussent présenter des avantages en ce sens que cette force serait moins dépendante des variations d’isolement de la ligne. Si cette action était réelle, ils résoudraient le problème, si désiré et si imparfaitement résolu jusqu’à présent, des électro-aimants sans réglage.
- En attendant que l’expérience prononce à cet égard, le comité croit que les électro-aimants à fil nu ne présentent d’avantages réels que sur les circuits peu résistants et avec des piles disposées de manière à ne pas avoir trop de tension. C’est donc pour les sonneries domestiques, les horloges électriques, les appareils télégraphiques, marchant sous l’influence de piles locales, et les appareils faisant usage de courants intenses, qu’ils pourraient être d’un emploi très-avantageux, et cela surtout en raison de la suppression de l’étincelle de l’extra-courant, qui est si nuisible aux interrupteurs. Nous ne parlons pas, bien entendu, de la question économique, car elle doit disparaître devant l’importance des résultats fournis par ces organes électriques. Toutefois il est évident que pour des effets égaux on aurait un avantage réel à employer des électro-aimants à fil nu, puisqu’eh outre du prix infiniment moins élevé du fil nu on aurait encore l’avantage d’avoir des fils plus tenaces et plus homogènes. L’opération du recouvrement fait, en effet, subir à ces fils, et surtout aux fils très-fins, des torsions et déchirements qui les rendent cassants et de diamètres inégaux. Les électro-aimants à fil nu peuvent, d’ailleurs, avoir leur fil brisé en un ou plusieurs endroits sans en être affectés d’une manière notable.
- Quoi qu’il en soit de l’importance pratique de l’invention de M. Carlier, elle n’en constitue pas moins une découverte très-intéressante, et votre comité en a été tellement frappé, qu’elle vous propose, Messieurs, de décider,
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- 1° Que des remercîmenls soient adressés à M. Carlier pour son intéressante communication ;
- 2° Que le présent rapport soit inséré au Bulletin.
- Signé Comte du Moncel, rapporteur. Approuvé en séance, le 8 mars 4865.
- ACOUSTIQUE.
- Rapport [ait par M. Lissajous, au nom du comité des arts économiques, sur la fabrication ^instruments d’acoustique de M. Rodolphe Koenig, rue Hautefeuille, 30.
- Messieurs, notre Société ne s’intéresse pas seulement aux progrès de la grande industrie, elle aime aussi à accorder son patronage et ses encouragements à ces fabricants plus artistes qu’industriels qui, bornant leur ambition à un chiffre d’affaires souvent très-restreint, s’occupent exclusivement de préparer à la science pure des instruments de recherche et de travail.
- Si ceux qui se consacrent à cette tâche avec l’abnégation et le talent qu’elle exige ne rendent pas à l’industrie des services immédiats, ils ont cependant une part sérieuse à revendiquer dans ses progrès, car c’est grâce à leur concours que la science peut frayer des voies nouvelles où l’industrie s’engage tôt ou tard avec succès et profit.
- Ces hommes précieux, votre comité des arts économiques est toujours heureux de les patronner auprès de vous, et c’est dans ce sentiment qu’il vient aujourd’hui recommander à votre attention la plus bienvienveillante les travaux remarquables de M. Rodolphe Kœnig, constructeur d’instruments d’acoustique.
- Dans cette spécialité si restreinte, qui, pour bien des constructeurs d’instruments de physique, ne constitue qu’un mince chapitre de leur catalogue, M. Kœnig a eu le mérite de se faire une juste réputation; il a conquis, par sa persévérance et son travail, une place spéciale, que la retraite de M. Mar-loye avait laissée vacante depuis plusieurs années, et, à l’Exposition de
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- Londres, en 1862, il a mérité le suffrage unanime des savants européens; votre sanction lui manquait, il vient la demander aujourd’hui.
- Élève de notre célèbre luthier Yuillaume, M. Kœnig a pris chez lui l’habitude de ce fini parfait dans le travail du bois, qui est si nécessaire dans la fabrication des instruments d’acoustique. Grâce à l’instruction scientifique qu’il a reçue en Allemagne, sa patrie, où la science de l’acoustique compte plus d’adeptes que chez nous, il a pu conserver avec les savants de ce pays des relations suivies, qui lui ont permis de recueillir et de réaliser, sous une forme commode, des instruments de recherche et de démonstration inconnus en France avant lui.
- C’est ainsi que nous avons vu fonctionner, dans ses ateliers, la sirène double de M. Hehlmholtz, instrument ingénieux à l’aide duquel ce savant a fait de curieuses études sur le timbre, le battement et les sons résultants.
- Le tonomètre de Scheibler, instrument précieux pour la recherche des nombres de vibrations, avait jusqu’à présent rebuté les constructeurs par la longueur du travail qu’il exige ; c’est, en effet, une tâche des plus pénibles que de régler soixante-cinq diapasons occupant rigoureusement un intervalle d’octave, et séparés deux à deux par un nombre exact de huit vibrations par seconde. Quelques amateurs d’acoustique avaient eu seuls le courage d’entreprendre ce travail ; aujourd’hui, grâce à M. Kœnig, cette peine leur sera épargnée, et il sera possible de se procurer pour un prix qui n’est pas exagéré l’instrument auquel Scheibler a consacré trente années de sa vie.
- Seebeck a imaginé une sirène qui permet d’obtenir, avec une seule série de trous espacés suivant des lois que la théorie indique, non pas seulement un son unique, mais des combinaisons déterminées de sons distincts; M. Kœnig construit cet appareil avec un soin particulier, et y a ajouté des dispositions qui lui sont personnelles.
- Il construit également les résonnateurs à l’aide desquels M. Hehlmholtz analyse les timbres et les bruits, ainsi que le grand appareil composé de diapasons harmoniques entretenus électriquement et renforcés par des résonnateurs, qui a permis au même savant d’opérer la synthèse du timbre et la reproduction artificielle des voyelles.
- Le phonautographe de M. Scott, qui sert à tracer sur papier noirci tous les sons excités dans l’air, a été exécuté par M. Kœnig dans les conditions les plus favorables à son emploi. Il ne s’est pas borné à le construire, il a fait une étude des plus complètes de ses effets et des conditions de son emploi. L’ensemble de ses travaux sur ce sujet est résumé dans un album des plus
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- intéressants, qui renferme de nombreux tracés de vibrations et a figuré avec succès à l’Exposition de Londres. Les personnes qui s’occupent d’acoustique consulteront avec fruit ce travail, car c’est le résumé le plus complet des résultats que peut donner l’étude graphique des sons.
- Tous les constructeurs tiennent à honneur de faire preuve d’invention, non-seulement dans l’agencement nouveau d’instruments déjà connus, mais dans la création d’instruments entièrement nouveaux. M. Kœnig, à cet égard, a largement payé sa dette.
- Il est l’auteur d’un nouveau stéthoscope qui permet de percevoir, avec une netteté parfaite, les bruits produits à l’intérieur du corps. Cet instrument, simple et des plus portatifs, se compose d’une petite capsule hémisphérique, dans laquelle s’enfonce un anneau recouvert de deux membranes en caoutchouc ; une ouverture percée dans l’anneau permet de gonfler le système des deux membranes et de leur donner la forme d’une lentille. On applique la membrane extérieure sur le point où doit se faire l’auscultation ; le son se transmet aux deux membranes, de là à l’air de la capsule, et il est reçu par un tube de caoutchouc fixé à une tubulure qui surmonte la capsule, et terminé par un bec arrondi qu’on introduit dans l’oréille.
- M. Kœnig est également l’auteur d’un appareil pour la mesure de la vitesse du son, présenté à l’Académie des sciences le 13 octobre 1862. Il a fait, sur les vibrations des plaques rectangulaires, des essais qui ont confirmé les principes de M. Wheatstone, relativement à la formation des lignes nodules (Comptes rendus de l’Académie des sciences, 27 mars 1864 ). Mais la plus curieuse de ses inventions est, sans contredit, celle qui consiste à employer la flamme du gaz comme moyen de manifester les mouvements vibratoires dans l’air.
- L’appareil consiste en une petite capsule, fermée d’un côté par une membrane très-mince en caoutchouc; de l’autre côté delà capsule sont deux trous dont l’un sert à introduire dans la capsule le gaz de l’éclairage, et dont l’autre est muni d’un petit bec par lequel le gaz s’échappe. Ce bec étant allumé, si on pousse brusquement la membrane vers l’intérieur, la flamme s’allonge; elle se raccourcit, au contraire, si la membrane est appelée au dehors par une aspiration.
- Si on place cet appareil au nœud de vibration d’un tuyau, c’est-à-dire au point où l’air est alternativement condensé et dilaté, la flamme éprouve des alternatives rapides d’allongement et de raccourcissement dont le rhythme reproduit exactement les vibrations de la colonne aérienne. Si on regarde la amm e dans un miroir tournant, elle se décompose en une série de flammes
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- lumineuses séparées par des intervalles obscurs, ce qui donne la possibilité de reconnaître et d’étudier les mouvements vibratoires de la colonne d’air.
- Par un ensemble de dispositions ingénieuses, M.Kœnig a appliqué ce moyen à l’étude des battements, des sons simultanés, et même, en combinant son système avec la série des résonnateurs de Hehlmholtz, il a pu constituer un appareil propre à l’étude des timbres.
- Tels sont, Messieurs, les principaux titres de M. Kœnig. Il a su donner un nouvel élan à la fabrication des instruments d’acoustique, malgré le peu d’importance commerciale de cette industrie ; c’est là une œuvre méritoire, car ce genre de travail exige des qualités toutes spéciales qui se trouvent rarement réunies, une grande habileté manuelle, un véritable amour de la science, une oreille délicate et des connaissances théoriques d’une certaine étendue sur un sujet difficile.
- C’est donc avec la conviction de remplir le vœu de tous les savants qui s’occupent de physique, que votre comité vous propose de témoigner à M. Kœnig votre satisfaction pour les progrès qu’il a réalisés dans sa fabrication, de le remercier de son intéressante communication et d’insérer le présent rapport au Bulletin.
- Signé Lissajous , rapporteur.
- Approuvé en séance, le 3 mai 1865.
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- Rapport fait par M. Ad. Chatin, au nom du comité d’agriculture, sur une Note relative à la glu marine, présentée par Mme Ve Audouin, rue des Petites-Écuries, 13, à Paris.
- Messieurs, le comité d’agriculture a renvoyé à mon examen une note de Mme Ve Audouin sur la glu marine; j’ai l’honneur de vous rendre compte de la mission qu’il m’a confiée.
- Depuis vingt-cinq ans, Mme Audouin s’occupe, avec intelligence et persévérance, de la fabrication de la glu marine, produit auquel elle a fait subir plusieurs modifications appropriées aux applications qu’il doit recevoir.
- Mme Audouin a constaté que la glu marine préserve de la décomposition
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- spontanée et de l’attaque des insectes les ouvrages en bois sur lesquels on l’étend en couches minces, à la manière de la peinture ordinaire; quelle peut être utilement appliquée sur les murs comme hydrofuge ; qu’elle détruit, en les revêtant d’un enduit imperméable, la mousse et les lichens qui recouvrent les jeunes arbres, et s’oppose à leur reproduction ; qu’elle éloigne, sans doute par son odeur forte, les insectes (pucerons, fourmis, etc.), et aussi les lapins, ces rongeurs qui causent de si grands dégâts dans beaucoup de forêts (et jusque dans les vergers), en attaquant surtout les jeunes plants de reboisement et les nouvelles cépées.
- Dans des bois placés aux confins des cantons de Chevreuse et de Rambouillet, où je m’efforcais vainement, depuis plusieurs années, de reboiser les clairières, tout en conservant, multipliant même, dans une certaine mesure, le lapin, je n’ai pas manqué d’essayer, cet hiver, sur les jeunes plantations, les qualités préservatrices de la glu marine. Or je suis heureux d’avoir à dire que les plants de toutes essences, et en particulier ceux du frêne, dont les lapins sont cependant très-friands, ont été respectés au plus fort de l’hiver, quand la terre, couverte de neige, ne leur laissait cependant guère le choix de la pâture, par ces rongeurs qui, près de là, s’attaquaient à de grosses cépées.
- L’action préservatrice, contre les lapins, de la glu marine a été observée aussi par notre collègue M. Mohl, au domaine de Yaujours, dans des circonstances fort dignes de remarque. Il aurait suffi, en effet, de tendre, autour d’un champ de choux jusque-là dévasté par les lapins et à une hauteur moyenne de 0m,20 à 0m,30, des cordes enduites de cette glu, pour que les déprédations des rongeurs s’arrêtassent devant cette clôture d’un nouveau genre, tirant toute son efficacité de la forte odeur qu’elle exhale.
- De son côté, M. Lepaute, conservateur du bois de Yincennes, nous écrit pour déclarer que « les arbres dont le pied était enduit de cette substance (la glu marine) n'ont pas été attaqués par la dent du lapin au moment des neiges fréquentes tombées cet hiver, époque à laquelle, suivant l’expression technique, ce rongeur est le plus porté à faire de l’ivoire. »
- M. Lepaute ajoute avoir employé, avec succès, la glu marine pour recouvrir les plaies faites aux arbres par l’opération de l’élagage. Comme M. Lepaute, votre rapporteur fait couvrir de glu les cicatrices d’élagage, aussi bien sur les arbres que sur les essences forestières. Après beaucoup d’autres, j’ai d’abord employé à cet effet le coaltar, produit auquel j’avais été conduit à renoncer par ces deux motifs : d’une part, qu’il ne recouvrait pas suffisam-
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- ment les plaies, à moins d’en multiplier les couches d’application ; d’autre part, que, sans doute en raison de sa nature alcaline, il protège mal de la décomposition spontanée, si même il n’active celle-ci, les tissus avec lesquels il est en contact. Le mauvais effet du coaltar ne m’a semblé conjuré que dans les cas où la couche déposée à la surface de la plaie est assez épaisse pour intercepter complètement la communication avec les agents extérieurs. Toute autre est l’action des produits à réaction acide, comme la glu marine et le goudron de bois.
- Depuis longtemps l’agriculture demande une peinture à bon marché. La glu marine, dont Mrae Audouin prépare diverses qualités variant, pour la couleur, du brun au blond, se présente à cet égard comme réalisant un progrès. Un grand nombre de personnes, notamment MM. Mohl et de Boullenois, l’ont employée avec avantage à enduire des pieux, des treillages et grilles de clôture, ainsi qu’à recouvrir des toiles, des baraquements, etc. On peut croire qu’elle sera particulièrement appliquée avec succès à recouvrir les boiseries des étables, si promptement altérées par la buée qui s’y forme, surtout abondante quand, dans les journées d’hiver, les ouvertures en sont tenues closes (1).
- En nous reportant aux observations et à l’expérience faites par divers membres du comité, ainsi qu’aux résultats constatés par un assez grand nombre de personnes, et depuis assez longtemps pour qu’on puisse dire que ces résultats sont du domaine public, nous croyons devoir vous proposer, au nom du comité d’agriculture,
- i° De remercier Mme Ve Audouin de sa communication et de l’engager à multiplier les observations sur un produit qui se présente comme pouvant recevoir d’utiles applications, spécialement dans les constructions agricoles et en arboriculture ;
- 2° D’insérer le présent rapport au Bulletin (2).
- Signé Chatin, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 5 avril 1865.
- (1) La remarque faite en séance par M. Dumas, Président, que la glu marine conserve plus encore le fer que le bois trouvera d’autant mieux ici son application, que, dans les étables, les ferrures sont attaquées avec non moins d’intensité que les boiseries.
- (2) La glu marine que prépare actuellement Mme Ve Audouin n’a pas été l’objet d’une prise de brevet. 11 est vrai que le point de départ de ce produit se trouve dans une glu marine brevetée en
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- NAVIGATION AERIENNE.
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- Rapport fait par M. Alcan, au nom du comité des arts mécaniques, sur un mémoire de M. le capitaine Pichon, ayant pour titre : Quelques idées pouvant CONDUIRE A LA SOLUTION DU PROBLEME DE LA NAVIGATION AERIENNE.
- Le titre modeste du mémoire dont votre comité des arts mécaniques me charge de vous rendre compte détermine exactement la limite de ses prétentions. Ce n’est pas une solution pratique du grand problème devenu, dans ces derniers temps, l’objet d’une recrudescence de recherches, ni même une étude détaillée des divers moyens mis en avant jusqu’ici. L’auteur se borne à émettre des idées ingénieuses, qui ne sont pas toutes nouvelles ni toujours complètement étudiées.
- Le mémoire débute par une analyse un peu vague du mécanisme moteur des oiseaux et par un exposé des effets de la poudre de guerre, en vue de la construction d’une machine qui s’élèverait et se maintiendrait dans l’air sans l’usage d’une force extérieure ; il donne des raisonnements à l’appui de ce fait, prouvé depuis longtemps par l’ascension des fusées.
- M. Pichon trace ensuite le croquis d’un appareil assez ingénieux, dont il s’est servi comme d’une sorte d’oiseau artificiel ; cet oiseau tombait et remontait d’un coup d’aile, par l’action de la poudre, à une hauteur qui n’est pas désignée, mais dépendant évidemment du poids de l’oiseau, de la surface de ses ailes, de la charge de poudre, etc. Il y a donc là un problème assez
- Angleterre, et pour laquelle M. Buran, parent de Mme Audouin, prit un brevet d’importation en France; mais des modifications nombreuses ont été faites à la préparation anglaise, qui était ainsi
- composée :
- Glu marine de Jeffery,
- Naphle brut ou huile essentielle de goudron............................. 34 parties.
- Caoutchouc coupé en lanières............................................ 2à 4 —
- Gomme laque en poudre................................................... 62 à 64 —
- On dissout, par digestion, le caoutchouc dans l’huile de goudron; alors on ajoute la gomme laque, on chauffe, et on agite jusqu’à dissolution Le produit a la consistance d’un cuir souple. Pour coller des pièces de bois destinées à la mer, les calfater, etc., on fond la masse à une température de +120% et l’on coule dans les fentes à calfater ou entre les pièces qu'on applique aussitôt l’une sur l’autre.
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- NAVIGATION AÉRIENNE.
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- compliqué, dont toutes les données ne sont pas déterminées. L'auteur se borne à faire remarquer que, si le mécanisme était construit de manière à produire plusieurs coups d’ailes, il se soutiendrait d’autant plus facilement que les dimensions seraient plus grandes, les grands oiseaux volant, en général, mieux que les petits.
- M. Pichon, se basant sur l’action de la poudre comme force motrice, donne plus loin le croquis et la description du principe d’un navire aérien, où sont indiquées les positions relatives des divers organes et des principales parties qui, d’après lui, devraient constituer en grand un appareil à ailes. Cette machine automatique aérienne se compose de revolvers moteurs, d’une pile destinée à mettre le feu aux amorces des revolvers, de corps de pompes et de pistons à tiges pour transmettre l’action à des roues en communication avec les ailes, etc. Nous ne suivrons pas le mémoire dans tous ces détails, notamment dans la partie relative aux moyens d’utiliser la force du recul, parce que ces moyens nous paraissent sans utilité. Nous aurions, d’ailleurs, mauvaise grâce à critiquer ce que l’auteur donne comme un aperçu, et non comme un travail complètement étudié. Son but principal paraît consister dans la démonstration de la supériorité, pour la navigation aérienne, du gaz de la poudre sur les forces motrices des autres sources. Le gaz de la poudre peut seul, dit-il, donner l’énorme effort instantané si nécessaire à la compression énergique et brusque de l’air, condition dont la réalisation parait indispensable à la solution du problème de la navigation aérienne. Tout en payant un tribut d’éloge aux inventeurs et perfectionneurs des ballons, il démontre, comme cela a déjà été fait souvent, que le volume d’air déplacé par l’emploi de ces systèmes est d’un poids plus considérable que celui de l’appareil en-tier.Celui-ciestexposé, par là, à suivre la direction du courant qu’il rencontre, son volume total offrant moins de résistance qu’un volume égal du milieu ambiant.
- L’auteur nous paraît moins bien inspiré dans sa critique de la vis d’Archimède, qui est un hors-d’œuvre dans son travail ; nous n’avons donc pas à nous y arrêter.
- Si tous les points du mémoire dont nous avons cherché à donner une analyse exacte n’ont pas été le sujet d’une étude approfondie, ni des calculs comportés par le problème abordé par M. Pichon, les divers aperçus sont néanmoins justes et ingénieux ; ils dénotent un esprit chercheur et sagace, ami de la vérité et du progrès. Un travail de ce genre devient, d’ailleurs, digne d’un intérêt particulier, lorsqu’il est le résultat des loisirs d’un officier Tome XII. — 64e année. 2® série. — Août 1865. 61
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- qui, loin de chercher à multiplier les effets destructeurs de la poudre, s’efforce de l’utiliser au profit de l’espèce humaine.
- Votre comité des arts mécaniques vous propose, en conséquence, de remercier l’auteur pour son intéressante communication et d’insérer le présent rapport au Bulletin.
- Signé Alcan, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 29 juin 1864.
- ÉCOLES INDUSTRIELLES.
- Rapport fait par M. Gaultier de Claurry, au nom de la commission d'examen
- pour Vadmission aux écoles impériales d’arts et métiers, sur le concours
- de 1865.
- Messieurs, S. Exc. M. le Ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics ayant informé la Société que deux bourses entières et trois quarts de bourse se trouvaient vacants dans l’école d’arts et métiers de Châlons, une bourse entière et trois quarts de bourse dans celle d’Angers, l’annonce en a été faite en temps utile, en même temps que celle du jour de l’ouverture du concours, fixée au 17 juillet dernier.
- 48 candidats se sont fait inscrire.
- Depuis l’an dernier le jury était devenu incomplet par la mort de nos deux regrettés collègues, Froment et Silbermann, remplacés dans son sein par MM. Duméry et Leroux, délégués par les comités des arts mécaniques et des arts économiques.
- A l’ouverture des opérations du jury, 45 candidats seulement se sont présentés : sur ce nombre, 15 n’ayant pas satisfait aux épreuves éliminatoires, le concours s’est concentré sur 30.
- Le relevé général des points accordés à chacun d’entre eux en a déterminé le classement dans l’ordre suivant :
- 1er M. Lair,
- 2e M. Parent,
- 3e M. Fery,
- 4e M. Pfeiffer,
- 5e M. Géruset.
- Ces 5 candidats sont aptes à obtenir les bourses vacantes.
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- Le jury a classé comme admissibles, et dans l’ordre qui suit, 11 autres candidats :
- MM. Boyer,
- Richeholles,
- Poulet,
- Warin,
- Limagne,
- Rouxel,
- Direz,
- Moineau,
- Lucas,
- Pfyffer,
- Houdard.
- Il propose au Conseil de présenter à S. Exc. M. le Ministre MM. Lair, Parent et Fery pour les bourses entières, et MM. Pfeiffer et Gémset pour les trois quarts de bourse, à l’occasion desquels a été ouvert le concours.
- Le jury présentera au Conseil, après les vacances de la Société, un rapport relatif à la question de la fixation de l’époque des concours ultérieurs.
- Signé Gaultier de Claubry, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 9 août 1865.
- INDUSTRIE SÉRICICOLE.
- RAPPORT, PRÉSENTÉ AU SÉNAT, SUR UNE PÉTITION DES ÉDUCATEURS DU MIDI DEMANDANT AU GOUVERNEMENT DE VENIR AU SECOURS DE L’INDUSTRIE SÉRICICOLE. PAR M. LE SÉNATEUR DUMAS.
- Messieurs les sénateurs, 3,574 maires, conseillers municipaux et propriétaires fonciers des départements du Gard, de l’Hérault, de l’Ardèche et de la Lozère, appellent l’attention du Sénat sur la dépréciation que la maladie des vers à soie a causée aux terres plantées en mûriers, et demandent que diverses mesures soient prises, nolarû' ment pour diminuer les charges de la propriété par le dégrèvement de leurs terres, pour mettre, chaque année, à la disposition des éleveurs des graines de meil-
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- leure provenance, et pour assurer l’étude de toutes les questions qui se rattachent à cette épizootie persistante, tant au point de vue de la pathologie qu’à celui de l’hygiène.
- De son côté, le sieur Limagne adresse les mêmes vœux au Gouvernefnent.
- On peut hésiter sur la nature des remèdes ou des palliatifs que la situation des départements séricicoles réclame, mais il ne peut y avoir de doute au sujet du fléau qui les accable ; sa gravité, sa durée, sa nature mystérieuse, l’importance des désastres qu’il a consommés, tout contribue à lui donner les proportions d’une calamité publique.
- Les départements séricicoles, frappés dansleur production la plus précieuse, ne sont pas seuls à souffrir; nos manufactures de soieries et notre commerce lui-même partagent, à certains égards, leur gêne. La pénurie et le renchérissement des matières premières provenant de la récolte des cocons ou des étoffes qu’elles auraient fournies les rendent toujours plus ou moins solidaires des dommages éprouvés par les magnaneries.
- Mais l’industrie et le commerce trouvent plus facilement et plus promptement des compensations que l’agriculture. La soie que la France ne produit plus, on la demande au midi de l’Europe, à l’Asie ou à l’extrême Orient; on remplace par d’autres nouveautés les étoffes qui exigeaient nos soies de qualité exceptionnelle. Au contraire, le propriétaire dont le domaine est planté en mûriers ne peut demander ni à la terre une autre récolte, ni pour ses feuilles un autre emploi.
- Avant de se résoudre à arracher des mûriers, qui comptent vingt ans au moins de végétation pour la plupart, il laisse les pertes de revenus s’accumuler et l’arriéré grossir. Mais qui n’en ferait autant? A quels regrets ne serait-on pas exposé si, au moment où l’oïdium détruisait les récoltes de la plupart de nos vignes, on avait considéré comme perdue une production que le soufre a sauvée? Les éleveurs de vers à soie ne peuvent donc pas, malgré huit à dix années de sinistres croissants en étendue et en intensité, accepter comme irrévocable et sans remède une situation dont ils espèrent toujours être exonérés par quelque changement favorable dans le régime des saisons ou par quelque découverte de la science agricole. Ne troublons pas encore ces espérances.
- Cependant, une véritable misère se répand dans quelques-uns de nos départements séricicoles, misère inégale assurément, mais inégale surtout par la proportion des terres cultivées en mûriers, car peu d’entre elles ont échappé au fléau, s’il en est qu’il ait ménagées.
- Comme la culture du mûrier s’est développée spécialement dans le bassin du Rhône et dans le bassin de la Garonne, on peut estimer à 39 départements, en y comprenant la Corse, ceux qui sont atteints, plus ou moins, par le mal qui nous occupe.
- Mais le bassin du Rhône représente avec la Corse environ 95 pour 100 de la production de la soie française. C’est donc à cette région qu’il faut songer et dans cette région elle-même, surtout aux quatre départements d’où émane la pétition : le Gard,
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- l’Hérault, la Lozère et l'Ardèche ; ce sont ceux où la culture du mûrier est devenue par sa prépondérance la cause des plus grandes souffrances.
- Quelle est l’étendue de ces souffrances, quelles en sont la duree probable et les conséquences nécessaires?
- La production de la soie dans le monde connu s’élève à 1,100 millions de francs environ. La France entrait naguère pour un dixième au moins dans ce chiffre; car elle fournissait pour 100 millions de cocons, et même, en 1853, pour 117 millions.
- Pour obtenir ce produit, on consomme plus de 33,000 kilog. d’œufs ou graines de ver à soie, et près de 600 millions de kilog. de feuille de mûrier.
- La graine consommée constitue, dans les années ordinaires, une dépense de 3 à 4 millions de francs. Dans les années calamiteuses que nous venons de traverser, l’obligation d’aller la chercher au loin a souvent doublé, triplé et même sextuplé les frais de l’éleveur, sous ce rapport ; frais qui, en 1853, atteignaient déjà près de 5 millions pour l’importation des graines étrangères.
- La feuille du mûrier, dans les années ordinaires, représente, de son côté, une valeur de 55 à 60 millions de francs.
- Ainsi, en énonçant, ce qui est malheureusement trop vrai, que la récolte effectuée dans ces dernières années, réduite au tiers en 1856 et tombée quelquefois plus bas encore, est considérée comme favorable lorsqu’elle approche d’une demi-récolle des anciennes années les plus ordinaires, on trouvera que ceux qui estiment à environ 30 millions la perte éprouvée sur le'prix de la feuille du mûrier n’exagèrent probablement pas le dommage.
- D’un autre côté, puisque la graine d’Europe ne réussit plus, si l’on en croit le bruit général, comment s’étonner que les éleveurs recherchent les graines des pays lointains? Comment le prix de celles-ci ne serait-il pas exagéré par la concurrence de la demande et aussi par les frais du transport, par les dépenses qu’exige leur récolte, par les dangers auxquels s’exposent souvent ceux qui en sont chargés. Leur prix est donc bien supérieur à celui des anciennes; on paye 12 ou 15 francs l’once de graine qui coûtait à peine 1 fr. 50 ou 2 fr. jadis, et que le plus souvent on se distribuait gratuitement même, d’une chaumière à l’autre. La dépense moyenne de la sériciculture ne peut pas se chiffrer à moins de 6 ou 8 millions de ce chef. L’importation de la graine mise en consommation a même dépassé 13 millions en 1860 et 10 millions en 1863.
- Enfin il faut tenir compte des frais de main-d’œuvre et de combustible pour la conduite des chambrées pendant quelques semaines.
- Trop souvent, en effet, l’éducation du ver s’étant comportée, comme à l’ordinaire, c’est seulement au dernier jour, au moment de la montée des vers ou de la formation des cocons, que tout à coup la maladie se manifeste intense, générale. L’éleveur fait naufrage au port. Toute espérance de récolte s’évanouit pour lui, précisément alors que les soins, les dépenses, la main-d’œuvre et les fourniture? qu’elle exigeait étaient entièrement supportés.
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- Ce tableau cruel, mais sincère d’une situation qui n’a pas besoin qu’on en exagère les couleurs, suffit pour montrer au Sénat que certains départements méridionaux, au nombre de quatre ou cinq plusspécialement affectés, sont depuis huit à dix ansen proie à la plus funeste influence. Les récoltes de la soie qui faisaient l’aisance ou la richesse de leur population à tous les degrés sont anéanties ; les propriétaires des terres cultivées en mûriers ; les ouvriers et ouvrières employés à ce travail ; les familles qui y consacraient en si grand nombre leurs économies, leurs soins personnels et leur demeure; les filateurs de soie enfin et leur cortège, tout cet ensemble subit une détresse réelle et un grand découragement.
- Si un changement de climat ou une altération incurable du mûrier pareille à celle qui a frappé les orangers d’Hyères condamnaient la France à renoncer à la culture de la soie, il faudrait courageusement en prendre son parti. Mais un ensemble de faits, d’opinions et de convictions formées au milieu des exemples de la pratique permet d’affirmer qu’avec la même feuille, les mêmes conditions de climat et les mêmes soins telle chambrée réussit avec une graine bien saine, à côté de telle autre qui échoue avec une graine infectée. C’est donc la graine qui est l’origine principale, sinon la seule source du mal. La feuille n’est pas encore condamnée par la pratique des éleveurs; loin de là. Notre pays, notre agriculture ne semblent pas réduits à renoncer pour toujours à la production de la soie.
- Ce serait donc une barbarie que d’arracher tous nos mûriers; ce serait une grande imprévoyance de la part des pouvoirs publics que de le conseiller, au lieu de s’en faire les protecteurs.
- Les vers à soie ont traversé, dans d’autres temps, des épreuves analogues. Ce n’est pas la première épidémie qui les frappe, ni surtout le premier découragement que les éleveurs ont à combattre.
- En 1688, une maladie qui s’était manifestée dans les magnaneries, et qui ne cessa qu’en 1710, non-seulement arrêta la plantation des mûriers, mais encore détermina les propriétaires qui en possédaient à les couper ou à les arracher tant qu’ils n’en furent point empêchés. Mais les États du Languedoc, tout-puissants alors pour la police rurale, prescrivirent la conservation des mûriers et punirent même de fortes amendes ceux qui les arrachaient. Aujourd’hui, si de telles rigueurs ne sont plus de mise, s’il faut procéder par la persuasion et l’assistance, on a le droit de beaucoup espérer du moins de ces deux moyens employés avec conviction.
- L’intérêt public est évident. Il veut que le capital accumulé sur les terres plantées en mûriers ne soit pas détruit, que l’industrie séricicole ne soit pas abandonnée; enfin que la manufacture de Lyon soit remise en possession, le plus tôt possible, des soies abondantes et surtout des belles soies de nos provinces méridionales dont les équivalents ne se retrouvent pas facilement dans le reste du monde, ni pour le prix ni pour la qualité.
- Par quel procédé peut-on donner satisfaction à cet intérêt public? Suffit-il de dire
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- aux propriétaires : Conservez vos mûriers, dans l’attente d’un retour propice; aux magnaniers, respectez vos installations; aux populations manquant de travail, n émigrez pas? Non î ce langage ne sauverait ni les mûriers ni les magnaneries. Il ne préviendrait pas la dispersion d’une population que la misère chasse déjà de certaines contrées séricicoles où elle ne peut plus vivre.
- Dans celles-ci, les métayers, les propriétaires sont obérés; les propriétés rurales sont invendables; les expropriations se multiplient, car le Crédit agricole et le Crédit foncier refusent comme gage les propriétés plantées en mûriers. Tel est le tableau d’une partie importante du territoire séricicole. Il serait inutile d’en dissimuler le triste aspect.
- Lorsque le mal était à son début, il y a quinze ou vingt ans, il n’intéressait qu’un petit nombre de localités. Quand, il y a huit ou dix ans, il s’étendait sur toute la France, mais sur la France seule, l’industrie manufacturière n’avait pas encore à s’émouvoir des souffrances de l’industrie agricole; elle comptait sur le commerce.
- Mais aujourd’hui l’Italie, l’Espagne, la Grèce, la Turquie, l’Asie Mineure, une partie de la Chine sont devenues tour à tour victimes d’un fléau qui fait le tour du monde. Le commerce, l’industrie manufacturière ne peuvent plus méconnaître que leurs intérêts et ceux de la sériciculture nationale sont solidaires. Ils doivent s’associer à l’agriculture pour obtenir que les mûriers ne soient point détruits et que des mesures d’ensemble soient enfin étudiées, en vue de remédier au mal ou d’en arrêter la propagation.
- Les pétitionnaires sont donc convaincus, et votre commission partage leur sentiment, que, si la question qui les occupe pouvait être taxée d’intérêt particulier il y a dix ans, elle a pris plus tard les proportions d’un intérêt général. Leurs plaintes ont dès longtemps excité toutes les sympathies, et les demandes qu’ils formulent avec autant de modération que de sens pratique^ semblent de nature à rencontrer partout la même faveur aujourd’hui.
- En voici le résumé : 1° dégrèvement des terres consacrées à la culture du mûrier; 2° graines d’origine certaine livrées à prix modéré; 3° étude des procédés propres à faire disparaître la maladie et à prévenir son retour; 4° ouverture de chantiers de travaux publics dans les contrées séricicoles pour y retenir la population; 5° mesures spéciales diverses favorables à l’agriculture du Midi.
- Sur le premier point, tout le monde le sait, le Gouvernement n’est pas resté indifférent. Le 24 octobre dernier, les préfets étaient informés par le Ministre des finances qu’une remise d’impôts ne pouvait être accordée d’office par le Gouvernement, mais qu’il ne voyait aucun inconvénient à ce que les dégrèvements fussent accordés aux propriétaires, soit sur demandes individuelles, soit sur demandes collectives formées en leur nom par le maire des communes les plus maltraitées par la maladie.
- A l’égard des éducateurs non propriétaires de mûriers, ils étaient avisés que des
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- secours spéciaux pourraient être accordés aux plus nécessiteux d’entre eux par le Ministre de l’agriculture et du commerce.
- Les pétitionnaires sont convaincus que le Gouvernement a fait tout ce que lui permettaient les lois de finance; mais ils font remarquer avec douleur que ses bonnes intentions n’ont pu porter au mal un remède suffisant» et qu’une modération d’impôts de 400 fr., par exemple, pour une commune qui produisait pour 125,000 fr. de cocons, ne suffit pas pour en sauver les mûriers. Ils craignent également que les magnaneries ne tombent bientôt en ruines, si elles ne sont pour ceux qui les possèdent qu’une occasion d’indemnités, une fois payées, réglées selon l’usage du Ministère de l’agriculture, à raison de 6 pour 100 des pertes, et réservées aux gens nécessiteux. Us sollicitent des dégrèvements et des secours pris sur fonds spéciaux, réclamés des pouvoirs publics.
- À ces vœux, dont l’accomplissement ressortit au Ministère des finances, s’en joignent d’autres qui s’adressent aux Ministères de l’agriculture, de la marine et des affaires étrangères. Les éducateurs qui leur demandent des graines saines, de provenance certaine, à prix modéré, n’ignorent pas que l’Empereur a voulu personnellement qu’il fût porté par ce moyen un premier remède à leurs souffrances; que c’est aux facilités ouvertes par les ordres de Sa Majesté au commerce des graines de l’extrême Orient que sont dus les meilleurs succès des récoltes des années les plus près de nous.
- Ainsi qu’on l’a vu précédemment, les chambrées les plus favorisées depuis douze ou quinze ans sont celles dont les éducations ont reposé sur l’emploi de graines étrangères saines, ou, pour mieux dire, de provenances récemment exploitées. En France, la récolte la plus abondante du siècle, qui a eu lieu en 1853, provenait presque en entier déjà de graines d’Italie. En ce moment, les graines du Japon sont, pour quelques parties très-importantes du Midi, les seules qui n’aient pas échoué. Les éleveurs, témoins de ces résultats, ne peuvent se contenter d’exprimer leur reconnaissance pour le passé.
- Leurs désirs iraient plus loin pour l’avenir. Us ne proposent pas à l’État de se faire collecteur ou marchand de graines, car ils savent que ce commerce est le fait de l’industrie privée. Mais ils pensent que les sociétés agricoles pourraient être aidées par l’État dans leurs tentatives pour se procurer des graines authentiques au Japon ou ailleurs, et que leurs agents devraient être spécialement protégés. Us demandent que le retour de ceux-ci puisse s’opérer, à un jour déterminé, sur un bâtiment de l’État spécialement affecté à ce service. Les graines y seraient disposées de façon à être rentrées, à volonté, pendant la traversée, dans l’intérieur du navire, en cas de mauvais temps, reportées sur le pont, au contraire, et visitées dès que le temps le permettrait. Ces conditions, indispensables au succès, l’expérience l’a démontré, et sans lesquelles les graines arrivent toujours plus ou moins altérées, sont inadmissibles pour des bâtiments du commerce chargés de marchandises quelconques et de passagers de toutes professions; elles ne peuvent se réaliser que sur un navire de la marine impériale.
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- L’intervention de l’État consisterait donc 1° à assurer aux collecteurs de graines la protection spéciale des consuls ; 2° à fournir des bâtiments pour le transport des graines du lieu d’origine en France.
- Les sociétés agricoles, de leur côté, feraient les frais des expéditions, en choisiraient les agents, vérifieraient l’état des graines à leur arrivée, les placeraient sous la recommandation de leur estampille, et procéderaient à leur vente, sous leur seule responsabilité.
- Bien entendu que, avant d’accréditer les agents des sociétés agricoles, les préfets et les autorités locales se seraient assurés qu’il s’agit d’une expédition d’intérêt public et non d’une spéculation commerciale, et que, par conséquent, le transport gratuit effectué par les navires de l’État profiterait à l’éleveur seul et non à un intérêt privé.
- Ces vœux n’ont rien qui ne soit réalisable; le concours des agents consulaires n’a jamais fait défaut à notre industrie séricicole, et celui de notre marine lui est acquis. Ce sont donc seulement des mesures de prévoyance à combiner et à prendre en temps utile par l’État pour désigner les bâtiments de retour propres au transport des graines, et c’est en ce sens seulement que le renvoi au Ministre de la marine doit être compris. Mais l’indispensable nécessité des moyens dont il dispose et l’importance de leur rôle conduisent les pétitionnaires à déclarenqu’à leur avis c’est lui qui tient dans ses mains le salut des récoltes des années que nous allons traverser, si rien ne modifie la situation d’une manière favorable en Europe.
- Les pétitionnaires réclament une étude nouvelle, systématique et pratique à la fois, de la maladie, de son origine, des conditions de sa propagation et des moyens de la combattre.
- Constatons d’abord qu’ils enregistrent avec un sentiment de profonde reconnaissance les soins que le gouvernement de l’Empereur, l’Académie des sciences et la Société d’encouragement pour l’industrie nationale ont accordés à cette étude. Des missions, des enquêtes confiées aux savants et aux praticiens les plus compétents, des éducations expérimentales tentées sur tous les points, des magnaneries spéciales consacrées à des enseignements permanents, des rapports développés résumant les travaux des commissions les plus attentives, un traité complet, enfin, à la composition duquel s’est dévoué un naturaliste éminent, M. de Quatrefages, œuvre provoquée par l’Académie des sciences et publiée par ses soins, sous la présidence de notre illustre collègue, M. le maréchal Vaillant, dont le zèle pour ce grand intérêt s’est montré sans limites, voilà, en effet, de nombreuses preuves de sollicitude.
- Mais les pétitionnaires, dont votre rapporteur a entendu les délégués, craignent que leur misère, en se prolongeant et en s’aggravant, n’ait porté le découragement dans l’esprit des protecteurs qui s’étaient, dès l’origine de la maladie, dévoués à leur cause. Ils craignent surtout qu’une maladie qui avait excité tant de généreux efforts, lorsqu’elle se présentait circonscrite à certaines contrées, ne semble désormais au-Tome XII. — 64e année, 2e série. — Août 1865. 62
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- dessus des forces de la science et de l’Administration, depuis qu’elle s’est répandue, pour ainsi dire, dans le monde entier.
- Ils verraient donc avec une profonde reconnaissance qu’une commission spéciale fût constituée en permanence auprès du Ministère de l’agriculture. Elle serait chargée de recueillir en France, en Europe et dans les pays d’outre-mer toutes les informations relatives à l’élève des vers à soie, de préparer les instructions de nature à diriger les agents des comités séricicoles, de déterminer la nature des expériences à entreprendre, enfin de discuter toutes les mesures commandées par la situation au point de vue de l’hygiène.
- En centralisant les efforts, cette commission préparerait l’entente des préfets des départements où l’on s’occupe delà récolte de la soie, car il peut devenir nécessaire, en effet, que des précautions simultanées soient concertées et mises en vigueur.
- On a fait remarquer, au commencement de ce rapport, que c’est le ver à soie qui est malade et point le mûrier. Non que le mûrier n’ait été accusé de dégénérescence, ou de maladie, mais on n’en a jusqu’ici administré aucune preuve. La maladie du ver, au contraire, s’observe à toutes les phases de sa vie : œuf, ver, chrysalide, papillon ; elle peut se manifester dans tous les organes. D’où vient la maladie? On l’ignore. Comment s’inocule-t-elle ? On ne le sait. Mais son invasion se reconnaît à des taches brunes ou même noirâtres, qui se voient à l’œil nu, et par des corpuscules vibrants qu’on observe au microscope dans les tissus tachés et dans les liquides qui les baignent.
- La production de ces corpuscules ou de ces animalcules microscopiques, envisagée au point de vue de leur origine, nous ramène aux mystères de la génération des êtres. Leur propagation nous rejette dans les incertitudes qui entourent l’apparition des épidémies, des épizooties et de la plupart des maladies contagieuses ou transmissibles par voie d’hérédité.
- Cependant, sans prétendre à résoudre ces problèmes obscurs, on s’est demandé si la sériciculture, depuis longtemps livrée à elle-même, sous le point de vue de la police, ne serait pas victime de la tolérance absolue dont elle jouit. Des mesures d’hygiène dont on a reconnu la nécessité pour prévenir la diffusion de toutes les maladies contagieuses ne pourraient-elles pas être utilement essayées aussi à son occasion? On abat les animaux atteints de la morve ; on isole les bestiaux malades de la péripneumonie contagieuse: ces rigueurs, qui sont acceptées par l’agriculture, quand il s’agit de chevaux ou de bêtes à cornes, lui paraîtraient-elles plus importunes, lorsqu’elles s’appliqueraient aux vers à soie?
- Votre commission n’aurait pas qualité pour résoudre de semblables questions. Elle doit se borner à dire qu’en présence d’un mal aussi funeste que celui qui atteint la sériciculture il lui paraît indispensable, en effet, que la science soit consultée de nouveau et que les plus larges moyens d’investigation soient mis à sa disposition. Les études auxquelles on s’est livré depuis quelques années en France et en Allemagne ont jeté un
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- jour inattendu sur la génération des parasites, souvent microscopiques, qui vivent aux dépens des animaux peu volumineux. Leur transmission d’un être à l’autre par des œufs ou spores d’une ténuité extrême et d’une diffusion prodigieuse a été constatée. On a mis hors de doute que des maladies mortelles pour l’homme, les animaux et les plantes n’avaient souvent d’autre cause ni d’autre origine. C’est tout un monde nouveau qui s’est ouvert aux méditations et aux études de la science de la vie et de l’art de guérir.
- S’il en était ainsi de la maladie des vers à soie, s’il fallait en faire remonter la cause et l’origine à l’inoculation de ces vibrions qui ont été signalés dans les tissus de tous les vers atteints, on serait conduit, sans remonter à leur origine première et en s’inquiétant seulement de leur transmission et de leur propagation, à demander, en effet, que des mesures de salubrité fussent concertées par les autorités des départements séricicoles.
- L’assainissement et la désinfection des localités ayant servi à élever des vers qui auraient succombé à la maladie; l’enfouissement ou la destruction des restes, des déjections, des résidus de tout genre provenant de l’éducation manquée, pourraient être jugés indispensables, fallût-il que dans certains cas, et pour les petites magnaneries, on fît exécuter les opérations d’assainissement aux frais de la commune.
- Le Sénat ne trouvera pas que ceux des pétitionnaires qui ont envisagé comme suffisamment justifiées ces conséquences de la maladie dont souffrent leurs récoltes aient été trop exigeants, s’il veut bien considérer 1° que, livrée à elle-même, la maladie, depuis ses débuts qui remontent à dix-huit ou vingt ans, n’a fait que s’envenimer et s’étendre; 2° que son aggravation, après avoir ruiné les éleveurs du Midi, deviendrait déplorable pour nos manufactures de soieries à leur tour; 3° que le commerce de la France lui-même, où les objets de goût prennent une part si importante, en serait atteint.
- Lorsque le midi de la France produisait pour 14 millions de cocons au commencement du siècle, Lyon mettait alors en mouvement onze mille métiers : il y a vingt ans, une production de 50 millions de cocons correspondait à trente-huit mille métiers lyonnais en activité; en 1853, enfin, l’année où la sériciculture française, exerçant son dernier effort, produisait pour 117 millions de cocons, Lyon ne comptait pas moins de 72,000 métiers occupés. On n’a pas besoin de préciser la situation actuelle, tout le monde sait quelles sont les souffrances de la fabrique lyonnaise.
- La solidarité est naturelle; elle semble complète entre les intérêts de la sériciculture, ceux de la fabrique et ceux du commerce. Tout ce qui viendra en aide aux agriculteurs sera donc également secourable aux ouvriers lyonnais et au commerce parisien qu’on n’en peut point séparer.
- Il serait même d’une grande importance, à ce point de vue, que Lyon et Paris fussent représentés dans la commission qui serait chargée d’étudier la maladie des vers à soie. Eclairé sur la vérité de la situation, le commerce de ces deux grandes cités
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- trouverait, dans ses relations étendues et dans ses capitaux, des ressources que les infortunés paysans, métayers ou magnaniers des montagnes du Midi ne soupçonnent même pas.
- Il reste à votre commission à apprécier en quelques mots les procédés indiqués par quelques-uns des pétitionnaires, soit pour retenir la population découragée dans les communes d’où elle émigre, soit pour maintenir à leur valeur des terres qui sont dépréciées au delà de toute expression dans certaines de nos contrées séricicoles.
- Les pétitionnaires font remarquer qu’il existe des projets pour le reboisement des montagnes, la régularisation des cours d’eau, l’ouverture de voies de communication tant ordinaires que ferrées, dont l’exécution intéresse les localités qu’ils habitent. Ils demandent si l’ouverture de ces travaux ne pourrait pas être promptement ordonnée; elle offrirait à la population des chantiers où elle trouverait à s’occuper dès cette année et qui, en assurant son existence, la retiendraient dans son pays natal. Plus tard, elle en aura disparu et il faudra, pour accomplir ces mêmes travaux, y appeler des ouvriers nomades qui ne s’y fixeront pas.
- Ces considérations sont surtout présentées par les éducateurs des Cévennes et des pays de montagnes. Les propriétaires de terres à mûriers des environs d’Avignon et des pays de plaines en font valoir d’une autre nature.
- Ils demandent si l’Administration des finances ne pourrait pas autoriser la culture du tabac dans les terres qui deviendraient libres par l’arrachage des mûriers. Ils espéreraient trouver dans les profits de cette culture une compensation aux pertes qu’ils ont subies et à celles qu’entraînerait la destruction de leurs mûriers.
- Votre commission pense que le Sénat doit se montrer sympathique au premier de ces vœux, et qu’il doit être un peu plus réservé à l’égard du second.
- Ouvrir sur place des chantiers de travaux publics serait d’un excellent effet, tant pour faire vivre la population ouvrière que pour l’empêcher d’émigrer; cette mesure tendrait à conserver les mûriers dans un pays de petite culture où la propriété est assez divisée, ou chacun possède un coin de terre avec quelques mûriers qu’il ne détruira qu’à la dernière extrémité.
- Au contraire, une décision tendant à remplacer la culture du mûrier par celle du tabac provoquerait l’arrachage des mûriers. Votre commission est convaincue qu’il n’y a pas lieu de désespérer de l’industrie séricicole; qu’il y a moyen de la sauver; qu’il faut y tendre avec sollicitude et persévérance-, qu’elle ne doit pas s’abandonner elle-même , elle conseillerait donc au Ministère des finances, s’il est conduit à donner des licences pour la culture du tabac, à les réserver du moins pour les localités où, de l’aveu même des praticiens éclairés, il n’est pas bon que l’éducation des vers à soie se maintienne, et où les premiers symptômes de la maladie se sont manifestés il y a vingt ans.
- En résumé, Messieurs les sénateurs, votre première commission reconnaît l’extrême gravité de la maladie qui détruit les vers à soie et qui, après avoir atteint successivement
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- les graines de France, d’Italie, d’Espagne, de la Grèce, de la Turquie et de l’Asie, oblige les éleveurs à demander, pour leur récolte de chaque année, des graines à l’extrême Orient et particulièrement au Japon. Elle constate le dommage immense qui résulte, pour le commerce de la France, de la diminution que sa production en soie a éprouvée depuis dix ou douze ans, la perte de travail que l’industrie lyonnaise en subit, la ruine imminente des magnaneries du Midi, la dépréciation des biens ruraux et l’émigration de la population des campagnes, qui en sont la conséquence.
- Elle rappelle que les pétitionnaires sollicitent essentiellement du Gouvernement t° une petite modération d’impôt par une mesure spéciale ; 2° des moyens de transport à leur usage pour amener du lieu d’origine jusqu’aux ports français les œufs de vers à soie en bonne condition; 3° l’ouverture de chantiers de travaux publics destinés à venir en aide aux ouvriers de la sériciculture dans ces contrées en détresse; 4° une étude nouvelle, centralisée et permanente des causes et conditions de la maladie, des moyens de la combattre et de la prévenir, des mesures d’hygiène privée ou publique à conseiller ou à prescrire, si son caractère contagieux paraît suffisamment établi.
- Votre commission est d’avis qu’il n’y a rien dans ces demandes qui excède les moyens dont le gouvernement de l’Empereur peut disposer pour atténuer des désastres déjà bien étendus, qui, par leur aggravation ou leur durée, menaceraient le travail des soies, dans son ensemble, l’une des meilleures sources de la prospérité du pays, d’une ruine ou du moins d’un appauvrissement certain.
- En conséquence, elle a l’honneur de vous proposer de renvoyer la pétition des 3,574 maires, conseillers municipaux et propriétaires fonciers des départements du Gard, de l’Ardèche, de l’Hérault et de la Lozère, ainsi que celle du sieur Limagne, aux Ministres des finances, de l’agriculture, du commerce et des travaux publics, de la marine et des colonies, et des affaires étrangères. (Marques nombreuses d’approbation.) (1)
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- DU TRANSPORT DE LA BIÈRE SUR LE CHEMIN DE FER DE L’EST.
- Le développement que le transport de la bière a pris sur le chemin de fer de l’Est depuis quelques années peut être cité comme un des exemples de l’influence des chemins de fer sur la production agricole et industrielle. Le chemin de fer de l’Est dessert, en effet, trois départements dans lesquels la fabrication de la bière existe dé-
- fi) Le Sénat a ordonné te renvoi de la pétition aux divers Ministres ci-dessus désignés.
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- puis longtemps : la Moselle, le Bas-Rhin et le Haut-Rhin ; dans les deux derniers, principalement, la consommation locale de la bière était considérable, mais les difficultés de transport rendaient son exportation dans les départements voisins très-difficile, sinon même impossible. La bière est, en effet, un liquide dont la fermentation est inachevée, et cette fermentation peut être singulièrement troublée lorsque les tonneaux dans lesquels elle est contenue sont soumis à une trépidation prolongée et aux alternatives de chaleur et de froid qui se produisent dans un voyage de plusieurs jours.
- La bière a, en outre, peu de valeur, et elle ne saurait supporter des prix de transport élevés; aussi, depuis longtemps, la Compagnie des chemins de fer de l’Est l’avait-elle taxée, dans la 4e classe de son tarif, à 8, 7 et 6 centimes par tonne et par kilomètre, suivant les distances, savoir :
- 0r,08 jusqu’à 200 kilomètres ;
- 0f,07 de 201 jusqu’à 300 kil., avec un minimum de taxe de 16 fr.;
- 0',06 au-dessus de 300 kil., avec un minimum de taxe de 21 fr. :
- à ces prix il faut ajouter les frais de chargement, de déchargement et de gare fixés à lf,50 par tonne.
- Ces prix ne soulevaient de la part des brasseurs aucune objection, mais leurs réclamations portaient sur le temps que la Compagnie mettait à effectuer les transports, notamment entre Paris et Strasbourg. Les délais fixés par le cahier des charges étant calculés à raison de 24 heures par fraction indivisible de 125 kilomètres, non compris le jour de remise, le jour de départ et le jour d’arrivée, la Compagnie avait sept jours pour faire le transport entre ces deux villes, et, comme elle avait accordé au Commerce des réductions de prix sur la taxe inscrite pour la bière au cahier des charges (2e classe, 0f,14), elle avait le droit, comme compensation à cette réduction de prix, de prendre un délai supplémentaire fixé habituellement de 5 à 8 jours.
- Légalement donc la Compagnie pouvait mettre sept jours, et même 12, pour porter la bière entre Strasbourg et Paris, et, si presque jamais elle n’usait de ces délais, elle tenait à les conserver comme un droit, pour répondre aux plaintes qui pouvaient être portées devant les tribunaux à raison de retards survenus dans la livraison.
- Une prescription, insérée dans le cahier des charges, article 49, s’opposait à toute accélération régulière dans la vitesse. Aux termes de cet article, la Compagnie était tenue d’expédier, dans l'ordre de leur inscription à la gare de départ, les marchandises ayant une même destination. La Compagnie proposa aux brasseurs de Strasbourg de ne point user de cette prescription, ou, ce qui revenait au même, de ne faire leurs expéditions qu’à un jour déterminé par semaine; la Compagnie recevant alors une quantité considérable de bière à la fois pouvait en former un train presque complet, et qui, allant à Paris sans arrêts, effectuait le trajet dans une durée de 19 à 20 heures.
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- Le Syndicat des brasseurs de Strasbourg accepta avec empressement ces propositions, et le premier train de bière fut organisé entre Strasbourg et Paris dans les premiers mois de 1860 ; il fut presque immédiatement nécessaire d’en organiser un second par semaine, puis un troisième; en ce moment il y en a six, c’est-à-dire que tous les jours, sauf le dimanche, la brasserie de Strasbourg a à sa disposition un train régulier, partant le matin à 8\35 pour arriver le lendemain à 3h.30, c’est-à-dire au bout de 19k.55.
- Par une autre dérogation aux prescriptions du cahier des charges, un quai de la gare de Strasbourg est exceptionnellement ouvert aux brasseurs pendant la nuit; la bière est amenée vers trois heures du matin, le chargement s’effectue entre trois et huit heures; à l’arrivée, une vitesse exceptionnelle est également imprimée au déchargement et au camionnage, et, huit à neuf heures après l’arrivée d’un train, il ne reste rien en gare d’un arrivage de 1,800 à 2,000 hectolitres.
- En résumé, de la cave de l’expéditeur, à Strasbourg, à la cave du destinataire, à Paris, la bière met moins de trente heures pour le transport par le chemin de fer et le double camionnage au départ et à l’arrivée.
- Les résultats de cet accord complet entre la Compagnie et les brasseurs de Strasbourg ont été extraordinairement satisfaisants, puisque d’un train régulier on est arrivé à six; les chiffres ci-après indiqueront d’une manière précise le développement des transports effectués sur Paris.
- Nous n’avons pas de renseignements antérieurs à 1860 ; les statistiques comprenaient dans un seul chiffre les boissons distillées et fermentées, et ne distinguent que les boissons en fûts des boissons en caisses et paniers ; mais nous pensons qu’en 1859 les arrivages de bière à la gare de Paris ne dépassaient pas 70,000 hect., chiffre approximatif donné par l’Octroi.
- A partir de 1860, nous avons les chiffres précis des arrivages de la gare de Paris.
- Bières françaises.
- Année 1860.......................... 97,215 hectolitres.
- — 1861........................ 128,610 —
- — 1862............................ 132,513 —
- — 1863............................ 139,326 —
- — 1864............................ 157,866 —
- En cinq ans, la production de la bière expédiée à Paris a plus que doublé; elle provient, pour les quatre cinquièmes, de Strasbourg, et, pour le dernier cinquième, des gares de Lutterbach, Saverne, Nancy, Metz, Bar-le-Duc, dont les produits trouvent place dans le train régulier parti de Strasbourg.
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- Bières étrangères.
- Aux chiffres qui précèdent il y a lieu d’ajouter les bières expédiées par Munich, Francfort et Mayence, et quelques autres points, dont le tonnage annuel varie entre 15,000 et 18,000 hectolitres. Les chemins de fer allemands n’ont pas fait d’efforts pour donner à ces produits une vitesse exceptionnelle, et leur exportation reste à peu près stationnaire. En 1864, le chiffre total des arrivages de la gare de Paris a été de 15,422 hectolitres.
- Droits d’octroi et de douane.
- Il y a quelque intérêt à mettre en regard, d’un côté les frais de transport, d’un autre côté les droits de douane et d’octroi applicables aux bières.
- Rendues à la gare de Paris, les bières payent comme prix de transport :
- Au départ de Strasbourg — Mulhouse.
- — Forbach. .
- — Saverne. .
- — Nancy. . .
- — Bar-le-Duc.
- Fr.
- 5,05 par hectolitre. 4,95 —
- 4,70 —
- 4,70 —
- 3,80 —
- 3,30 —
- Pour sortir de la gare de Paris, les mêmes bières ont à payer à l’octroi 4f,56 par hectolitre, de sorte que, pour les provenances échelonnées entre Strasbourg et Bar-le-Duc, la taxe de l’octroi représente de 90 à 138 pour 100 du prix de transport.
- Outre le droit d’octroi, les bières étrangères acquittent aux bureaux de douane un droit fixe de 7f,20 par hectolitre, et le rapport de l’ensemble de ces taxes au prix du transport devient extraordinaire.
- Prix de transport Douane Proportion
- par hectolitre. et octroi. du prix de transport.
- Fr. Fr.
- Munich à Paris............... 9,06 11,76 130 pour 100.
- Francfort à Paris............ 6,28 11,76 187 —
- Mayence à Paris.............. 5,79 11,76 203 —
- Ainsi, par les efforts que nous venons de faire connaître, la Compagnie de l’Est est arrivée à diriger sur Paris des transports qui lui procurent environ 800,000 fr. de recettes ; la ville de Paris perçoit immédiatement sur la même marchandise une somme égale !
- L’État ne perçoit pas des sommes aussi considérables que la ville de Paris : les recettes qu’il effectue, à l’importation des bières étrangères, ne sauraient cependant être
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- passées sous silence; le tableau ci-après, publié par la Douane, fait connaître la marche ascendante des importations.
- Année 1853. . . 7,000 hectolitres.
- — 1854. . . 7,724 —
- — 1855. . . 12,338 —
- — 1856. . . 16,410 —
- — 1857. . , 19,330 —
- — 1858. . . 19,638 —
- — 1859. . . 19,495 —
- — 1860. . . 20,416 —
- — 1861. . 26,693 —
- — 1862. . . 42,991 —
- — 1863. . . 44,472 —
- — 1864. . 43,141 —
- La Douane classe par ordre d’importance les pays de provenance :
- Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Angleterre, Suisse.
- Les importations de l’Association allemande représentent 62 pour 100 de l’importation totale.
- La Compagnie de l’Est peut indiquer l’ensemble des mesures qu’elle a prises pour les transports de la bière comme une des principales causes de l’augmentation constatée dans l'importation de cette denrée.
- Transport des tonneaux vides.
- Dans les questions relatives au développement d’une industrie, des incidents quelquefois sans valeur apparente acquièrent tout d’un coup une très-grande importance. C’est ainsi que la question du retour des tonneaux vides à Strasbourg fut sur le point, nous ne disons pas de compromettre, mais certainement de retarder le développement de la fabrication -, les brasseurs hésitaient à fabriquer l’immense quantité de tonnelets destinés à suffire au roulement des transports sur Paris, quand ce roulement durait plusieurs jours. La Compagnie a fait tous ses efforts pour diminuer la durée de ce roulement, et aujourd’hui les fûts vides, taxés à 0f,50 par hectolitre de contenance pour toute destination, sont ramenés à Strasbourg dans les délais les plus courts. Enfin, pour ne rien omettre, la Compagnie s’est chargée de reprendre les fûts à domicile, ou, en terme de transport, d’en faire le relevage pour 0f,15 par fût jusqu’à 1 hectolitre de contenance, 0f,20 pour les fûts d’une contenance supérieure à 1 hectolitre.
- Indemnités payées au Commerce.
- Ajoutons, pour terminer ces renseignements relatifs au transport des bières, que la Compagnie n'a eu aucune indemnité à payer au Commerce, qui a reconnu que tous les efforts possibles étaient faits pour assurer la conservation de la marchandise et a Tome XII. — 64e année. 2® série. — Août 1865. 63
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- pris à sa charge la conséquence des incidents qui se produisent dans un transport annuel de plus de 200,000 hectolitres.
- Développement de la culture du houblon et de la fabrication de la bière dans le département du Bas-Rhin.
- En 1850, le département du Bas-Rhin ne possédait que 370 hectares de houblon-
- nières, produisant............................................ 351,658 kil.
- valant, à 50 fr. les 50 kil................................... 351,658 fr.
- En 1864-, le département du Bas-Rhin possède 1,146 hectares
- de houblonnières, produisant.................................. 1,089,247 kil.
- valant, à 200 fr. les 50 kil.................................. 4,356,988 fr.
- Le tableau ci-après indique l’accroissement, année par année, de la culture et de ses produits; nous pensons qu’il existe peu d’exemples d’une augmentation de richesses aussi rapide.
- RELEVÉ des houblons plantés dans le département du Bas-Rhin de 1850 à 1864.
- ANNÉES. PRIX MOYEN sur le marché d'Haguenau par 50 kilogrammes. NOMBRE de perches. NOMBRE d'hectares. PRODUCTION en houblon. VALEUR * en argent.
- Fr. Kil. Fr.
- 1850 50 » 1.110.501 370.167 351.658 351.658 »
- 1851 200 »> 1.144.683 381.561 362.482 1.449.928 »
- 1852 65 » 1.260.705 420.235 399.223 518.989 90
- 1853 130 » 1.326.873 442.291 420 176 1.092.457 60
- 1854 350 » 1.540.137 513.379 487.710 3.413.970 »
- 1855 100 »> 1.563.897 521.299 495.234 990.468 »
- 1856 90 » 1.478.607 492.869 468.225 842.805 »
- 1857 90 » 1.609.788 536.596 509.766 917.578 80
- 1858 150 » 1.522.212 507.404 482.033 1.446.099 »
- 1859 130 » 1.668.615 556.205 528.394 1.373.824 40
- 1860 400 » 1 879.029 626.343 595.025 4.760.200 »
- 1861 120 » 2.359.533 786.511 747.185 1.793.244 »
- 1862 125 » 2.404.185 801.395 761.325 1.903.312 50
- 1863 130 » 2.868.459 956.153 908.345 2.361.697 »
- 1864 200 » 3.439.728 1.146.576 1.089.247 4.356 988 »
- Enfin un dernier tableau montre le développement de la production des brasseries
- dans le département du Bas-Rhin de 1850 à 1864.
- La production de 1850 s’élevait à.......................... 194,757 hectol.
- valant 26 fr. l’hectolitre la bière de mars, et 18 fr. la bière jeune.
- La production de 1863 s’est élevée à........................... 488,254 hectol.
- valant 32 fr. l’hectolitre la bière de mars, et 22 fr. la bière jeune.
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- Il y a donc eu 293,497 hectolitres d’augmentation dans la production, et, ce qui prouve que la production a été encore en arrière du développement de la consommation, c’est l’élévation d’environ 25 pour 100 du prix de l’hectolitre.
- Année 1850
- — 1851 . . . 230,127 —
- — 1852 237,027 —
- — 1853 271,626 —
- — 1854 271,740 —
- — 1855 316,463 —
- — 1856 330,669 —
- — 1857 382,677 —
- — 1858 382,121 —
- — 1859 395,232 —
- — 1860. .... 405,912 —
- — 1861 454,768 —
- — 1862 477.221 —
- — 1863 488,254 —
- — 1864 . . . 491,167 —
- Sans aucun doute, la fabrication de la bière aurait, sans les chemins de fer, acquis un certain développement, mais évidemment ce développement eût été très-inférieur à celui que nous venons de faire connaître, et dont les chemins de fer ont été le puissant instrument.
- (R.)
- CHIMIE MÉTALLURGIQUE.
- RAPPORT PRÉSENTÉ A L’ACADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE SUR - UN MÉMOIRE DE M. LE CAPITAINE H. CARON, RELATIF A DES RECHERCHES SUR LA COMPOSITION CHIMIQUE DES ACIERS; PAR M. STAS (1).
- L’Académie avait mis au concours la question suivante :
- Les recherches effectuées, dans ces dernières années, sur la composition chimique des aciers ont fait naître des doutes qu’il importe d’éclaircir. L’Académie demande quon
- (IJ Le mémoire de M. Caron a été couronné le 15 décembre 1864; nous n’avons pas cru devoir le reproduire parce qu’il est contenu, pour ainsi dire, dans les différentes communications faites par l’auteur à l’Académie des sciences, communications qui ont toutes été reproduites ou analysées dans le Bulletin. (Voy. 2e série, t. VII, VIII, X et cahier de janvier 1865.)
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- CHIMIE MÉTALLURGIQUE.
- établisse, par des expériences précises, quels sont les éléments essentiels qui entrent dans la constitution de Vacier, et qu’on détermine les causes qui impriment, aux différents aciers produits par l’industrie, leurs propriétés caractéristiques.
- Elle a reçu en réponse deux écrits : 1° une note portant pour devise : Ite, sine me, scripta, in urbem; 2° un mémoire ayant pour épigraphe : Citiùs emergit veritas ex errore quàm ex confusione. B. L’auteur du premier écrit n’a point compris la question posée par l’Académie. Les erreurs que son travail renferme démontrent qu’il ne possède pas les connaissances chimiques nécessaires pour traiter un pareil sujet. Le mémoire n° 2 est une œuvre des plus remarquables, dans laquelle l’auteur retrace, avec un talent et une lucidité rares, l’état actuel de nos connaissances sur l’acier.
- Je vais essayer de présenter une analyse de ce travail. Avant d’aborder la question elle-même, l’auteur expose les recherches qui ont fait naître des doutes dans l’esprit des chimistes au sujet de la composition de l’acier. M. le capitaine Caron (1) avait prouvé, par des expériences très-précises et habilement combinées, que, dans le procédé de la cémentation, l’acier prend naissance sous l’influence des cyanures qui se forment dans les caisses de cémentation, par l’action de l’azote sur le charbon renfermant des alcalis. M. Fremy alla plus loin; il émit l’idée que l’azote est non-seulement nécessaire à la cémentation industrielle, en ce qu’il sert à transporter le carbone dans la masse ferrugineuse, mais que ce corps est aciérant. D’après lui, l’azote fait partie des éléments essentiels de l’acier. On doit le reconnaître, c’était changer radicalement l’état de nos opinions sur la composition de ce corps.
- L’opinion de M. Fremy eut du crédit parmi beaucoup de chimistes, quoiqu’il n’eût point prouvé, à l’aide d’expériences analytiques, que le fer, en devenant acier, prend de l’azote au delà de celui que Marchand a démontré exister dans certains fers et certaines fontes. Tel était l’état de nos connaissances, lorsque l’Académie mit au concours la question de l’acier.
- Parmi les métallurgistes qui contredirent l’opinion de M. Fremy et qui la combattirent preuves en main, on doit citer M. le capitaine Caron, dont les études sur l’acier sont incontestablement les recherches les plus remarquables de la métallurgie scientifique. Ce savant officier démontra que le gaz des marais peut aciérer le fer doux en l’absence de l’azote (2). Mac-Inlosh avait déjà montré la possibilité d’arriver à ce résultat à l’aide du gaz éclairant.
- Dans le but d’éclaircir l’intervention de l’azote dans l’aciération du fer, l’auteur du mémoire a fait des expériences directes, dont les résultats ne peuvent laisser aucun doute. « Une barre de fer de Russie a été coupée en trois morceaux ; le premier a été « conservé tel quel, le second a été chauffé dans un cément potassique, le troisième « dans un cément ammoniacal.
- (1) Comptes rendus de l’Académie des sciences de l’Institut de France, t. LT, p. 664.
- (2) Ibid., t. LIT, p. 1246.
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- <c De ces trois morceaux, préalablement nettoyés et limés à la surface, on a pris « quelques copeaux enlevés à la machine à raboter j voici ce qu’ils contenaient en azote :
- Azote.
- N° 1. Fer russe sans préparation......................... 0,00011
- N» 2. — avec cément potassique.................. 0,00010
- N° 3. — avec cément ammoniacal.................. 0,00030
- « Les no» 2 et 3 ont été fondus et coulés; après les avoir forgés et nettoyés à la sur-« face, on a pris quelques copeaux qui ont été analysés :
- Azote.
- N° 2. Fondu........................................ 0,00010
- N° 3. Id........................................... 0,00011
- « On voit, par ces nombres, que le fer cémenté à la potasse ne contient pas plus « d’azote que le même fer non cémenté, mais que le fer cémenté à l’ammoniaque a « absorbé une certaine quantité d’azote (comme le ferait, du reste, le fer chauffé dans « l’ammoniaque). On remarque, en outre, que les deux aciers (à la potasse et à l’am-« moniaque) contiennent, après la fusion, la même quantité d’azote à très-peu près, « et que cette quantité est égale à celle que contenait le fer d’où ils provenaient. »
- Ces expériences établissent définitivement que le fer n’emprunte point d’azote au milieu dans lequel s’accomplit la transformation de ce corps en acier.
- Ainsi s’évanouissent les conséquences industrielles que l’on avait déduites de l’opinion de M. Fremy.
- Je sais que le savant chimiste objecte à cette conclusion que le fer renferme lui-même de l’azote, et que cet azote intervient avec le carbone pour constituer ce métal à l’état d’acier. Quoique cette objection ne me semble pas bien sérieuse, j’ai cru devoir examiner s’il y a moyen de produire de l’acier à l’aide d’un composé de fer dans lequel l’existence de l’azote est impossible. Dans ce but, j’ai ramené des ressorts d’acier fin à l’état d’oxyde de fer magnétique, en faisant passer de la vapeur d’eau sur ces ressorts chauffés au rouge dans un tube de porcelaine verni; j’ai continué le courant de vapeur tant qu’il s’est dégagé de l’hydrogène. J’ai réduit à la température rouge très-sombre l’oxyde de fer produit à l’aide du gaz des marais, obtenu par l’action de la chaleur par un mélange d’acétate de sodium et d’hydrate de sodium et de calcium. Le gaz a été purifié par son passage au travers de l’acide sulfurique dilué, il a été desséché par le chlorure de calcium.
- Pendant le temps de la réduction, qui a duré sept heures, il s’est formé de la vapeur d’eau et un mélange d’oxyde et d’anhydrite carbonique. L’opération terminée, j’ai reçu dans de l’eau froide la masse métallique produite. L’examen auquel je l’ai soumise m’a prouvé qu’elle se composait de trois parties distinctes : la première, celle qui a été exposée le plus longtemps au courant du gaz tétrahydrure de carbone, était formée
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- presque exclusivement de fonte blanche, très-cassante et d’une grande dureté, qui a sensiblement diminué par un recuit convenable; la deuxième était constituée par de l’acier à grain très-fin, de grande dureté, auquel le recuit donna de la souplesse et de la malléabilité; la troisième enfin était du fer à peu près pur.
- On doit admettre comme démontré que l’azote n’est pas un élément constitutif de l’acier. Si l’on trouve ce corps dans un grand nombre d’aciers comme Marchand d’abord, MM. Boussingault, Bouis et tout récemment MM. Graham Stuart et W. Baker l’ont prouvé, il y existe accidentellement, à l’état d’impureté, comme dans les fers, dans beaucoup de fontes, et probablement dans d’autres substances métalliques. On sait que le fer est incapable de s’unir directement à l’azote; l’auteur du mémoire que j’analyse attribue, avec beaucoup de raison, la présence de ce corps dans ces métaux à l’existence du titane que l’on rencontre dans les minerais qui les fournissent, titane qui, lors de leur réduction, passe à l’état d’azoture et se dissout sous cet état dans les fontes, les fers et les aciers.
- Dans un deuxième chapitre, l’auteur examine l’influence des corps que l’on rencontre le plus souvent dans l’acier du commerce. Dans ce but, il étudie successivement l’action du carbone, du silicium, du bore, du soufre, du phosphore, de certains métaux sur le fer, et constate que le carbone, le silicium et le bore n’exercent pas la même influence. Les carbures de fer se durcissent par la trempe et s’adoucissent sensiblement par le recuit ; le siliciure et le borure de fer sont dépourvus de cette propriété; de plus, le silicium et le bore déplacent au rouge le carbone de sa combinaison avec le fer, et, après le refroidissement de la masse, on trouve presque tout le carbone à l’état de graphite. Le soufre et le phosphore, certains métaux, tels que l’étain, le zinc, l’aluminium, qui s’unissent au fer et non pas au carbone, agissent sur le carbure de fer comme le font le silicium et le bore. Ces faits, dont plusieurs sont acquis depuis longtemps à la science, sont d’une importance majeure pour l’élude de l’acier; plus loin l’auteur du mémoire s’appuie longuement sur eux pour expliquer les qualités ou les défauts offerts par certains aciers du commerce.
- L’auteur expose ensuite le rôle de certains métaux, tels que le manganèse, le tungstène, qui peuvent s’unir au fer en même temps qu’au carbone. Il constate que ces corps, qui par eux-mêmes ne possèdent aucune propriété aciérante, n’excluent point ce métalloïde des fontes, des fers et des aciers. Il insiste sur l’action du manganèse sur les fontes grises. Ce métal, introduit en quantité convenable dans ces corps,les transforme en fonte blanche ; la raison en est fort simple : il détermine le carbone, qui est à l’état de liberté, à entrer en véritable combinaison avec les deux métaux à la fois. Celte combinaison ne peut plus être défaite par le refroidissement, contrairement à ce que l’on observe pour les fontes les plus pures, qui laissent déposer, par un refroidissement convenable, la majeure partie du carbone à l’état de graphite. Le rôle du manganèse ne se borne pas à cette action : dans une atmosphère oxydante, il élimine, en les entraînant avec lui, le silicium et le soufre, ces deux ennemis irréconciliables du bon acier.
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- La connaissance exacte de l’influence exercée par le manganèse sur la nature des fontes est due à M. le capitaine Caron. Il a cherché analytiquement la cause de faits établis depuis longtemps par la pratique industrielle. L’emploi, dans la fabrication des fontes destinées à la préparation de l’acier, des prétendues fontes aciérantes des métallurgistes, qui ne sont que des fontes manganésifères, trouve aussi son explication rationnelle, et nous sommes débarrassés par là d’un mot qui n’aurait jamais dû se trouver sous la plume d’un chimiste.
- L’auteur, après avoir donné la véritable définition de l’acier et avoir fait justice de notions inexactes introduites tout récemment dans la science au sujet de ce corps, examine enfin la constitution de l’acier et des variétés industrielles de ce corps. Dans ce but, il étudie l’influence des agents qu’on emploie pour travailler ce métal. Ces agents sont la chaleur, le martelage, la trempe, le recuit. Il démontre que la chaleur et les différentes actions mécaniques impriment chacune des propriétés particulières au métal, et modifient en même temps sa nature physique et chimique.
- Ainsi l’acier trempé, l’acier trempé recuit dans les circonstances ordinaires, l’acier trempé maintenu pendant très-longtemps au rouge et refroidi après très-lentement, se conduisent différemment sous l’action des acides.
- L’acier trempé intact se dissout à froid, comme on le sait, dans l’acide chlorhydrique concentré sans résidu charbonneux; le même métal, après le recuit, laisse un résidu charbonneux soluble à chaud, seulement dans l’acide chlorhydrique concentré ; l’acier trempé, maintenu longtemps au rouge et lentement refroidi, laisse un résidu charbonneux insoluble même à chaud dans l’acide chlorhydrique concentré. L’influence de la chaleur seule est donc manifeste sur l’état dans lequel le carbone existe dans l’acier. Ce métalloïde, combiné qu’il est au fer dans l’acier trempé et dans l’acier trempé et recuit dans les circonstances ordinaires, se sépare indubitablement du fer, lorsque l’acier a été maintenu longtemps au rouge, pour ne plus s’y unir sous l’influence de la trempe.
- Le martelage produit une action inverse de celle de la chaleur, il refait, en partie du moins, ce que le mouvement calorifique a détruit; il ramène le carbone à l’état de combinaison, ou du moins à un état tel que, sous l’influence de la trempe, le métalloïde se combine avec le fer. Des trempes successives agissent comme un martelage, prolongé bien entendu, lorsque la nature de l’acier employé est capable de le supporter.
- « De tous ces faits on peut conclure, dit l’auteur du mémoire, que, parmi les agents a employés dans le travail de l’acier, les uns, la chaleur trop élevée ou trop longtemps « prolongée, tendent à produire la séparation du fer et du carbone; les autres, le mar-« telage et la trempe, peuvent, jusqu’à un certain point, reformer la combinaison « détruite ou tout au moins ramener le carbone à un état tel qu’il puisse se combiner « avec le fer sous l’influence d’une trempe bien faite. »
- Ainsi s’expliquent des pratiques industrielles dans le travail des aciers et des observations connues au sujet de la détérioration de ce métal dans ce travail.
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- La plupart des faits que je viens d’énoncer succinctement ont été prouvés analytiquement par M. le capitaine Caron dans ses belles Études sur Vacier (1).
- L’auteur termine cette partie de son mémoire par l’exposé des effets produits sur le carbure de fer de l’acier par les différents corps qu’on y rencontre accidentellement, et qu’il regarde à juste titre comme étrangers à sa composition essentielle. Il déduit ici les conséquences logiques des principes qu’il a posés dans la deuxième partie de son travail, au sujet de l’influence du silicium, du soufre, du phosphore sur le carbure de fer. J’ai dit plus haut que ces corps ont la propriété d’éliminer une portion du carbone du carbure de fer, et que le peu qu’ils y laissent a beaucoup de tendance à se séparer à l’état graphiteux. Il explique ainsi les essais infructueux de cémentation des fers fortement siliceux, ou sulfureux, ou phosphoreux, et l’instabilité des aciers obtenus à l’aide de ces mauvais fers. On sait, en effet, que ces aciers se détruisent dans les conditions dans lesquelles les bons aciers se conservent intacts. Telle est donc, d’après l’auteur, la cause première des aciers de mauvaise qualité et particulièrement des aciers siliceux; car il est reconnu que le soufre et le phosphore, outre l’action d’élimination qu’ils exercent sur le carbone, impriment aux aciers les défauts qu’ils communiquent au fer lui-même, défauts qui sont tellement considérables que les fabricants d’aciers font tous les efforts possibles pour les séparer du métal qu’ils se proposent de transformer en acier.
- L’auteur recherche enfin ce que l’on doit entendre par un bon acier. Il constate que les aciers les plus estimés dans le commerce sont les plus purs : ils ne renferment jamais que des traces de silicium, de soufre ou de phosphore, et presque toujours des traces de manganèse.
- L’absence de quantités notables des matières qui tendent à éliminer le carbone et la présence de traces de manganèse qui a pour effet de retenir le carbone constituent donc, à ses yeux, la condition essentielle d’un bon acier.
- Après avoir mûrement réfléchi sur cet exposé, il me paraît impossible de ne pas partager cette opinion.
- Le mémoire se termine par un résumé dans lequel l’auteur récapitule les différents points qu’il a traités; ainsi il constate que l’opinion émise par M. Fremy au sujet de l’azote, comme élément essentiel de l’acier, n’est point fondée, puisqu’il démontre que le fer, en passant à l’état d’acier, ne prend aucune trace d’azote au delà de celle qu’il renfermait déjà, pas plus qu’il ne renferme un des alcalis qui est intervenu avec l’azote pour porter le carbone au sein du fer; il attribue la présence de cet azote, dans certains aciers, à l’existence de traces d’azoture ou d’azoto-carbure de titane que l’on rencontre dans les fers et les fontes qui servent à la fabrication des aciers. D’après lui, l’acier est essentiellement composé de fer et de carbone, comme on l’a admis depuis longtemps; il doit ses qualités ou ses défauts à deux causes différentes liées entre elles :
- (1) Comptes rendus de VAcadémie des sciences, t. LYI, p. 43 et 211.
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- <r 1° A l’état du carbone dans le métal;
- « 2° Â la nature du ou des corps étrangers qui le souillent.
- « Toutes les fois qu’un acier est bon, son carbone peut, sous l’influence de la trempe, « se combiner avec le fer et donner un métal dur et cassant que le recuit rend souple « et élastique.
- « Lorsqu’un acier devient mauvais après quelques chaudes, c’est que son carbone « a été brûlé ou s’est séparé du fer ; la trempe alors ne peut régénérer la combinaison « du fer et du carbone. Cette séparation est due à la présence de corps étrangers et a notamment du silicium, qui empêchent la combinaison des deux corps. Ils donnent, « en outre, au métal des propriétés ou des défauts différents, suivant la nature et la « quantité d’impuretés qui s’y trouvent. »
- Telle est l’analyse fidèle du mémoire soumis à mon examen. Je crois absolument exacts tous les faits qui y sont consignés, et je partage entièrement les opinions que l’auteur en a déduites. Nous connaissons donc définitivement la nature des bons et des mauvais aciers. C’est à l’industrie à se conformer désormais aux déductions certaines de la science dans la fabrication et dans le travail de ce métal.
- J’ai donné à cette analyse une étendue assez considérable, afin de permettre à l’Académie de se former par elle-même une opinion sur la valeur de ce travail; j’ai voulu justifier ainsi la proposition que j’aurai l’honneur de lui faire. A mes yeux, ce mémoire résout la question telle qu’elle a été posée; tous les points qui étaient obscurs y sont élucidés avec un talent et une sagacité qu’on ne saurait assez admirer. C’est incontestablement le résumé coordonné de longs et glorieux travaux, exposés avec une simplicité et une lucidité qui en rehaussent encore le mérite. J’ai dit et répété, à plusieurs reprises, que les éléments de la solution des principaux problèmes traités dans ce mémoire sont empruntés aux magnifiques recherches que M. le capitaine Caron a publiées successivement depuis quatre années sur l’acier.
- On s’aperçoit que l’auteur,pour se conformer aux prescriptions impérieuses de notre règlement, qui excluent du concours ceux qui se font connaître « de quelque manière « que ce soit, » a laissé dans une obscurité calculée la question de savoir s’il est dans son droit en se servant de ces recherches pour son travail. J’imiterai sa réserve pour ne pas rendre impossible la mission qui m’est confiée. Je me borne donc à proposer à l’Académie de décerner la médaille d’or au mémoire qui porte pour devise : « Citiùs emergit veritas ex errore quàm ex confusione. »
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- SUR UN DÉPÔT DE GUANO DE CHAUVES-SOURIS, PAR M. E. HARDY.
- On sait l’importance du guano pour l’amélioration des cultures européennes. Les
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- bancs exploités proviennent surtout des îles de l’Amérique du Sud, du littoral du Pérou et de quelques points de l’Afrique. Leur nature est très-variable; on y a trouvé des détritus de toutes espèces, des débris d’oiseaux, d’animaux marins et de poissons, formant tantôt un sol mou et facilement exploitable, tantôt des masses dures et résistantes.
- Quelle que soit leur origine, leur effet utile est toujours en rapport avec leur composition chimique, et lié principalement à leur richesse en phosphates et en azote; ce dernier élément y existe à l’état d’acide urique, de sel ammoniacal ou de nitrate.
- Ces dépôts ne sont pas particuliers à quelques régions privilégiées. Dans tous les lieux déserts et inhabités, fréquentés par de nombreux animaux, on trouve en quantité variable des matières organiques qui peuvent être utilisées pour l’agriculture. Le nom de guano a été donné par extension à ces substances de natures diverses, qui se rapprochent du véritable guano d’Amérique par leur composition chimique et leur action comme engrais.
- On doit à M. le commandant de Beaufond la découverte d’un dépôt de ce genre dans une grotte sise commune de Chaux-les-Ports, à 16 kilomètres de Vesoul (Haute-Saône). Cette grotte, appelée trou de la Beaume, s’ouvre sur le versant boisé d’une colline qui borde la rive droite de la Saône. Elle est située à environ 10 mètres au-dessus du niveau de la rivière, et à 235 mètres au-dessus du niveau de la mer. Son ouverture mesure 6 mètres de haut et 5 mètres de large.
- D’après la tradition et les anciens souvenirs des habitants, la longueur praticable de cette grotte était autrefois de plusieurs kilomètres. Des éboulements récents ont fermé le passage primitif, et eussent fini par l’obstruer complètement, si M. de Beau-fond n’eût fait exécuter des travaux qui permettent de la parcourir encore sur une étendue de 381 mètres.
- Sa largeur varie de 2 à 3 mètres, et sa hauteur moyenne est de 4 mètres; elle s’élève souvent à 7 ou 8, allant même jusqu’à 15 mètres dans des crevasses verticales de la partie supérieure.
- Les parois sont formées par des bancs abrupts de rochers calcaires, dont d’épaisses assises, en se joignant, constituent la voûte.
- La direction de cette grotte est inclinée vers l’est. D’abord perpendiculaire à l’axe de la Saône dans une longueur d’environ 70 mètres, elle se replie bientôt à angle droit en inclinant vers le nord pendant 70 mètres encore, puis paraît suivre des lignes brisées ou tortueuses.
- A tous les changements de direction, la grotte présente de nombreuses anfractuosités, et des fissures qui conduisent dans des cavités de dimensions variables; une des plus remarquables ressemble à une vaste chambre profonde de plusieurs mètres, et tapissée de blocs de pierre polis comme par l’action des eaux.
- Cà et là, des infiltrations donnent naissance à des dépôts divers et à des stalactites parfaitement cristallisées.
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- Cette grotte, profondément obscure, sert de retraite à d’innombrables chauves-souris qui, pendant le jour, s’attachent à la voûte et à la partie supérieure des parois, puis s’échappent, comme un nuage, dans la campagne à la tombée de la nuit.
- Le séjour incessant de ces animaux a recouvert le sol de matières organiques de toute nature, lesquelles se sont accumulées dans la partie la plus reculée, et y ont acquis plusieurs mètres de puissance. Dans la seule portion qu’il est aujourd’hui possible d’explorer, on évalue cette masse à 700 ou 800 mètres cubes.
- Ces guanos se présentent sous l’apparence de masses noires, sans odeur, sans action sur le papier de tournesol. On y reconnaît des poils, des débris d’animaux morts, des excréments de chauves-souris, etc.
- Sur quelques points le sol de la grotte est entièrement imprégné d’eau et recouvert d’une terre jaunâtre. Cette matière provient de la décomposition des substances organiques par un lavage prolongé; l’azote disparaît presque entièrement, mais les substances insolubles, et particulièrement les phosphates, restent sans décomposition, ce qui donne encore à ces parties terreuses un intérêt véritable comme engrais.
- Très-humides au moment de leur extraction, ce"s matières se dessèchent rapidement au contact de Pair. Elles ont donné à l’analyse les résultats suivants :
- N° 1. Échantillon de guano de bonne qualité, analysé immédiatement au sortir de la grotte.
- N° 2. Autre échantillon, abandonné à l’air pendant vingt jours.
- N® 3. Échantillon de guano altéré par l’action des eaux.
- N° 1. N° 2. N° 3.
- Matières organiques 22,8 23,0 10,83
- Azote à l’état d’ammoniaque. 5,0 8,7 0,87
- Acide phosphorique 1,5 » 2,40
- Silice. . . 4,5 \
- Alumine et fer 3,4 J
- Chaux 1,3 |
- Magnésie traces. 1 47,0 l 57,20
- Nitrate de potasse 0,3 /
- Soude traces. 1
- Lithine traces. î
- Acide carbonique et perte. . 2,5 | ' 1,00
- Eau 58,7 21,3 27,70
- 100,0 100,0 100,00
- Ces matières, desséchées à 120°, donnent les chiffres suivants :
- Matières organiques ....... 55,2 29,5 15,0
- Azote à l’état d’ammoniaque. 12,2 10,5 1,2
- Phosphate de chaux 8,3 j 60,0 7,5
- Matières minérales 24,3 1 76,3
- 100,0 100,0
- 100,0
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- BIBLIOGRAPHIE.
- Sans rapporter dans leur détail les analyses des guanos des îles Chinchas, on peut remarquer que les matières utiles qu’ils renferment varient dans des limites assez étendues (Boussingault, Annales du Conservatoire, 4861, page 476). On y rencontre depuis 0,5 jusqu’à 15 p. 100 de phosphates. Certains guanos, qui ont été exposés à des lavages répétés par des causes diverses, se trouvent privés de matières organiques, et contiennent seulement des phosphates. L’acide phosphorique s’y rencontre quelquefois en quantité assez considérable pour en rendre l’exploitation avantageuse.
- Le guano de chauves-souris correspond à la composition moyenne de ceux d’Amérique. Son emploi comme engrais doit donc donner des résultats très-utiles pour l’agriculture. Déjà quelques essais sur des blés, avoines, vignes, tabacs ont complètement confirmé ces prévisions. Si dans la grotte de Chaux les fouilles sont poursuivies pour pénétrer jusque dans la partie aujourd’hui fermée, et dans laquelle on doit présumer des dépôts également riches-, on ne peut se refuser à reconnaître que la découverte de M. de Beaufond ne soit d’une véritable importance pour la contrée environnante, dont elle tendra à accroître la prospérité.
- BIBLIOGRAPHIE.
- SUR LA 4e ÉDITION DU TRAITÉ DES SUBSTANCES ALIMENTAIRES DE M. PAYEN,
- PAR M. DUCHESNE.
- Si j’avais dû rendre compte d’une nouvelle édition de l’ouvrage de notre honorable et savant collègue, M. Payen, sur les substances alimentaires, j’aurais été bien embarrassé, car ceux qui en ont parlé avant moi l’ont fait avec tant d’éloges qu’ils ne m’eussent rien laissé à dire de nouveau. Mais, en publiant une quatrième édition de son livre, l’auteur, guidé en cela par une longue expérience, a su tenir compte des progrès incessants de la science, des découvertes nouvelles, et il en fait un précis théorique et pratique complet des substances alimentaires.
- Comprenant bien que d’un ouvrage utile et populaire il fallait en faire un ouvrage indispensable à l’ouvrier comme à l’homme de science, il lui a donné le format plus scientifique de l’in-8°.
- Ce changement était déjà pour nous l’indice que notre savant auteur avait notablement élargi son cadre, et c’est avec satisfaction que nous avons vu les nouveaux chapitres qui y abondent et ceux qu’il a complétés, parmi lesquels nous avons remarqué ceux
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- Sur la nutrition des plantes et des animaux,
- Sur la consommation de la viande,
- Sur la préparation des viandes destinées à la nourriture de l’homme,
- Sur les fromages,
- Sur les propriétés alimentaires des poissons, des mollusques, des crustacés et des reptiles ; ce sont des questions sur lesquelles les essais de pisciculture ont fixé l’attention générale et sur lesquelles on aura de saines idées lorsqu’on examinera avec quel soin elles ont été traitées.
- Passant ensuite aux céréales, M. Payen donne les détails les plus intéressants sur toutes les céréales alimentaires, depuis le froment jusqu’au sarrasin, et sur tous les produits qu’elles fournissent, depuis le pain jusqu’aux pâtes d’Italie, d’Algérie ou d*Auvergne, si employées sur toutes nos tables.
- Après avoir appelé l’attention sur les fruits et les légumes, sur les champignons et les truffes, et sur l’influence qu’ils peuvent avoir sur la santé, il arrive à parler du café, du chocolat, du thé, trois productions dont les matières premières sont étrangères au sol français, mais qui sont entrées d’une manière tellement sérieuse dans notre alimentation, qu’elles nous sont devenues indispensables.
- Il n’est donc plus possible, même à un homme du monde, d’ignorer la composition, la préparation de ces aliments, et d’apprécier l’utilité qu’il pourra en tirer s’il sait en faire un choix judicieux; c’est dans ce livre qu’il trouvera toutes les connaissances qui lui seront nécessaires.
- M. Payen parle ensuite des eaux potables, des vins, des cidres, de la bière, des liqueurs.
- On comprend trop l’influence des boissons sur l’alimentation et sur la santé pour ne pas être entraîné, malgré soi, à lire avec le plus grand soin les chapitres intéressants qui traitent de leurs préparations, de leurs altérations, de leurs falsifications et des moyens de les reconnaître.
- Nous aurions voulu voir traiter, avec la même érudition, les vinaigres ; ils ont été omis pour des considérations particulières et momentanées.
- Enfin l’auteur termine par un chapitre fort curieux sur certains aliments de luxe qui n’entrent dans notre alimentation que d’une manière très-exceptionnelle, comme le racahout, la révalescière, etc.
- Après avoir lu un tel livre, ce qui a lieu sans aucune fatigue, on aura acquis d'excellentes notions sur toutes les substances alimentaires, et on profitera de
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- la longue expérience pratique d’un de nos savants les plus considérés et les plus appréciés.
- C’est évidemment là un ouvrage indispensable aux bibliothèques populaires.
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- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Remplacement de l’aleool et de l’esprit-de-bois pour la dissolution des produits tinctoriaux provenant de l’aniline et de ses congénères, par M. Gaultier de Claubry. — « A l’exception de la fuchsine et du violet de Perkin, les substances tinctoriales provenant de l’aniline ou de ses congénères, la naphtaline, le pétrole, les composés phéniques, etc., sont insolubles dans l’eau et ne peuvent être utilisés en teinture qu’en dissolution dans l’alcool.
- « Beaucoup de tentatives, qui sont restées infructueuses, ont été faites dans le but de remplacer ce véhicule par des substances d’un prix moins élevé. C’est de la solution du problème suivant que nous nous sommes occupé, et les résultats obtenus sont aujourd’hui sanctionnés par l’expérience : trouver des substances qui puissent rendre ces couleurs solubles dans l’eau sans modifier leurs caractères, en permettant d’opérer la teinture et l’impression des tissus dans les conditions habituelles des ateliers, fournissant des couleurs bien unies et toutes les teintes, d’un emploi facile, n’exerçant aucune action nuisible sur la santé des ouvriers, et réduisant dans une grande proportion le prix de revient des produits manufacturés (1).
- « Les violets, pris comme exemple, sont composés d’éléments rouges et bleus : les premiers plus solubles dans les divers véhicules, les seconds très-difficiles quelquefois à dissoudre.
- « La dissolution alcoolique, mêlée en proportion convenable à l’eau, fournit un bain qui, abandonné au repos, laisse spontanément précipiter une très-grande partie de la couleur et ne retient que le rouge ; l’ébullition légère à laquelle on est obligé de l’élever pour la teinture, dégageant facilement cet alcool, augmente la précipitation et détermine la production d’un dépôt inégal de la couleur sur les fils et les tissus, ce qui explique à la fois la difficulté d’obtenir des teintes parfaitement unies et le caractère que présentent plus ou moins les objets teints avec ce genre de produits de tacher le linge par le frottement. Les teintures obtenues à l’aide des dissolutions qui font le sujet
- (G.)
- (1) Ces résultats ont servi de base à un brevet d’invention.
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- de cette note sont, au contraire, facilement obtenues d’une teinte uniforme, et le liquide colorant qui les imprègne en est expulsé par le lavage et le tordage au sortir du bain.
- « Un grand nombre de substances donnent à l’eau la propriété de dissoudre les couleurs qui jusqu’ici n’avaient pu l’être que par l’alcool ; nous signalerons parmi elles les gommes et les mucilages, le savon et en particulier celui d’amandes, la glucose, la dextrine, les gelées de diverses fécules et des différents lichens et fucus, en particulier du Fucus crispus, la glycérine, la gélatine et les gelées animales; mais celles qui offrent les résultats les plus avantageux et les plus pratiques sont les décoctions de l’écorce désignée dans le commerce sous le nom de panama (Quillaia sapona-ria), et de racine de saponaire d’Égypte (Gypsophila slrutium). La Saponaria offici-nalis peut également être employée, mais elle agit moins énergiquement. Toutes ces substances ont pour caractère commun d’épaissir l’eau ou de la faire mousser. La dissolution des produits colorants est facilement obtenue en versant sur leur poudre les dissolutions bouillantes, agitant, décantant, et, s’il reste une partie non dissoute, recommençant l’opération. Ces liqueurs peuvent être évaporées en extraits, mais une longue ébullition, surtout si l’eau renferme du sulfate et du carbonate de chaux, peut modifier les couleurs. Mais il est préférable de se servir de l’extrait de saponaire d’Égypte, par exemple, avec lequel on triture la couleur en poudre fine; l’eau ajoutée ensuite successivement dissout, avec des soins convenables, la totalité du produit; mais dans ce cas, comme dans le précédent, les premières liqueurs entraînent les rouges plus solubles, les bleus se dissolvant plus difficilement, de sorte qu’il est indispensable de mêler exactement toutes les liqueurs.
- « Les mêmes modes d’agir et les mêmes précautions sont nécessaires quand on opère sur des couleurs bleues formées également de divers produits inégalement solubles. La teinture s’opère dans ces dissolutions sans aucune précaution particulière, et on obtient avec la plus grande facilité des teintes parfaitement unies. Dans le cas où on voudrait conserver l’usage de l’alcool, on pourrait diminuer dans une très-grande proportion la quantité nécessaire pour l’opération, soit en délayant d’abord le produit colorant dans une très-petite quantité de ce véhicule et achevant la dissolution avec l’extrait de saponaire, soit en se servant d’abord de celui-ci et achevant la dissolution avec un peu d’alcool, soit en manoeuvrant d’abord les fils ou tissus dans un bain de saponaire et teignant dans le bain alcoolique auquel on ajouterait de l’extrait de cette racine, et dans ce cas il ne serait nécessaire d’employer pour le traitement des produits colorants que la quantité d’alcool strictement nécessaire pour les dissoudre, tandis que dans le procédé actuellement suivi, et pour les causes indiquées plus haut, il est indispensable d’en employer un très-grand excès.
- « Le prix élevé de l’alcool a conduit beaucoup d’industriels à remplacer ce véhicule par l’esprit-de-bois désigné dans le commerce sous le nom de méthylène; mais dans un assez grand nombre d’ateliers on a été obligé de renoncer à son emploi, les ouvriers se
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- refusant à travailler par suite des inconvénients qui en résultent pour leur santé. Lorsque ceux-ci restent durant des journées entières exposés aux émanations des cuves de teinture, ils finissent par éprouver, par l’action de l’alcool, des sensations qui, d’abord agréables, finissent par leur occasionner beaucoup de fatigue. Le travail avec les dissolutions méthyliques déterminant des accidents, nos procédés qui dispensent de recourir à ce véhicule méritent de fixer l’attention. L’impression des étoffes exige des conditions particulières dans les dissolvants nécessaires pour les opérations et les produits colorants qui doivent se mélanger intimement avec les divers épaississants, sans modifier l’état de ceux-ci. Les dissolutions obtenues à l’aide des substances signalées dans cette note sont facilement employées avec la gomme, la dexlrine et l’albumine seules ou mélangées, et fournissent des produits faciles à mettre en œuvre dans ce genre d’industrie.
- « Les modes décrits dans cette note conduisent aux résultats suivants :
- « 1° Remplacement complet dans la plupart des cas, partiel dans des cas donnés, de l’alcool et de l’esprit-de-bois pour la dissolution des produits tinctoriaux insolubles dans l’eau, provenant de l’aniline et de ses congénères, par des substances dont rien ne faisait prévoir l’action ;
- « 2° Application de ces propriétés à la teinture et à l’impression des tissus;
- « 3° Économie considérable dans l’emploi de ces modes de dissolution ;
- « 4° Obtention facile de teintures bien unies et qui ne tachent pas le linge par frottement;
- « 5° Suppression généralement complète et tout au moins partielle des inconvénients que produisent pour les ouvriers les vapeurs alcooliques ou méthyliques. »
- [Comptes rendus de VAcadémie des sciences.)
- Sur un gisement exploitable d’émeri découvert à Clicster ( Massachussets). — (Extrait d’une lettre de M. le Dr Charles T. Jackson à M. Élie de Beaumont.)
- « Boston, le 23 octobre 1861.
- « J’ai découvert un banc inépuisable du meilleur émeri dans le territoire de la ville de Chester, comté d’Hampden, au milieu de l’État de Massachussets. On exploitait ce banc depuis plus de deux ans, dans la persuasion que c’était un banc de minerai de fer magnétique ; mais on trouvait le minerai extrait trop réfractaire pour être fondu seul, et on le mélangeait avec du carbonate de fer et de l’hématite. Ayant eu l’occasion de faire l’examen de cette mine, pour le compte de M. B. Taft, de Boston, et de ses associés, et ayant trouvé un grand nombre de veines de margarite et. d’émerillite, je remarquai que les couches étaient semblables à celles deNaxoset d’Éphèse, je conseillai de faire des recherches pour l’émeri, et je donnai les indications nécessaires à M. le Dr Lucas, de Chester. Il en résulta que, au bout de peu de semaines, M. le Dr Lucas m’envoya des échantillons qu’il pensait être de l’émeri, et en effet, d’après l’analyse
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- chimique et l’examen mécanique et microscopique, cet émeri fut reconnu comme étant d’excellente qualité et comme constituant 73 pour 100 de la masse.
- « Je fus, en conséquence, invité par M. Taft à visiter de nouveau cette localité et à faire à la fois une étude complète de l’émeri et des minerais de fer. Le résultat de cette étude a été que l’un des grands bancs du prétendu minerai de fer magnétique était principalement composé d’émeri, qui était la cause de ses qualités réfractaires dans le fourneau. L’épaisseur de ce banc varie de 3 à 10 pieds, et son épaisseur moyenne n’est pas inférieure à 4 pieds. Il affleure sur la montagne méridionale, près de sa base, et on le suit d’une manière continue jusque près du sommet, dont la hauteur perpendiculaire au-dessus de la base est de 750 pieds. Il coupe aussi la montagne septentrionale, où il présente une puissance moyenne de 6 pieds et un grain cristallin assez gros, comme le corindon massif ou granulaire. Ce grand banc a été suivi sur une longueur de 4 milles, dans la direction N., 20° E. S., 20° O.; il plonge du côté de l’est, avec une inclinaison inférieure à 70 degrés, de même que les couches du terrain, qui présentent une légère courbure. Le terrain est formé de roches primitives ou complètement métamorphiques, composées de micaschiste, schiste amphibolique, schiste talqueux et schiste chloritique. Le micaschiste, en couches fortement contournées, domine, à l’est, sur une étendue de plusieurs milles, un schiste amphibolique noir brillant occupe à l’ouest une étendue de plusieurs milles. Des cristaux noirs de tourmaline se montrent dans le schiste amphibolique, dans le schiste talqueux et dans le schiste chloritique. Un ravin profond, dans lequel passe une branche de la rivière de Westfield, sépare la montagne du sud de celle du nord. En gravissant cette dernière montagne, on voit la position du banc d’émeri, ou de corindon, se dessiner très-distinctement, par son relief proéminent, au-dessus des couches moins résistantes; mais il est digne de remarque que les phénomènes diluviens ont poli aussi la surface du corindon. L’émeri de la montagne du nord n’est pas mélangé de minerai de fer et est plus pur qu’aucun des échantillons de Naxos et de l’Asie Mineure que j’ai examinés; sa pesanteur spécifique est de 3,75 à 3,80 ; celle de l’émeri de la montagne du sud, qui est toujours mélangé d’un peu de minerai de fer, est de 4,02 à 4,18. La pesanteur spécifique du meilleur émeri de Naxos est de 3,71 à 3,72. Après avoir été mis en digestion dans l’acide chlorhydrique, des échantillons d’émeri de Chester pulvérisé ont été soumis à un examen microscopique comparativement à l’émeri de Naxos. Ils paraissent exactement semblables 5 les grains sont de la même forme et également transparents. Des essais faits pour user une face d’un cristal de quartz ont prouvé que l’émeri de Chester ne le cède en rien à l’émeri de Naxos.
- « La fusion, plusieurs fois répétée avec le bisulfate de potasse, rend le minéral soluble sous forme d’alun, et le carbonate d’ammoniaque précipite de l’alumine de la dissolution, après qu’elle a été débarrassée de l’oxyde de fer. L’analyse n’a pas donné de silice. Le minéral avait été préalablement réduit en poudre dans un mortier d’acier.
- « L’émeri de Chester appliqué au polissage de l’acier a donné un résultat supérieur
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- à celui de l’émeri de Naxos dans la proportion de 20 à 15. Le gisement nouvellement découvert est situé près d’une manufacture d’armes, où il rendra de grands services. Il mettra fin au monopole exercé par la Compagnie anglaise qui possède les gisements de Naxos et de l’Asie Mineure, les seuls connus jusqu’à présent. »
- {Ibid.)
- Sur l’emploi, en agriculture, des sels de potasse et de magnésie des marais salants, par ML Koliart (1). — « Les sels de potasse et de magnésie provenant de la concentration des eaux-mères des marais salants sont àpeu près restés sans emploi jusqu’ici.
- « La France produit annuellement 700,000 tonnes de sel marin, pouvant rendre 13 pour 100 en sels de potasse et de magnésie, soit, en nombre rond, 100,000 tonnes de ces sels dont voici la composition :
- Sel marin...........
- Chlorure de magnésium Sulfate de potasse. . . .
- Sulfate de magnésie. . .
- Humidité normale. . .
- 100,00
- 13,70
- 18,20
- 25,80
- 12,40
- 29,90
- « Ces chiffres correspondent à :
- 13 ,932 de potasse pour 100 kil. de sels,
- 9\840 de magnésie, id.
- soit, pour les 100,000 tonnes produites annuellement :
- 13,932,000 kil. de potasse,
- 9,840,720 kil. de magnésie.
- « En rapprochant ces chiffres de la quantité de potasse et de magnésie que contient le fumier de ferme, on trouve, pour la potasse, une quantité équivalente à celle que renferment 2,665,901 tonnes de fumier, et autant de magnésie que celle contenue dans 4,100,300 tonnes du même engrais.
- « Voici les éléments de ce calcul :
- « 1,000 kil. de fumier donnent, à l’incinération, 67 kil. de cendres renfermant 7,80 p. 100 de potasse, soit 5l,226 de cette dernière par tonne de fumier; de même on trouve, dans 67 kil. de cendres de l’incinération de 1,000 kil. de fumier, 3,60 p. 100 de magnésie correspondant à 2k,400 par tonne de fumier.
- fl) Lettre adressée par l'auteur à M. le sénateur Dumas.
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- « H millionsde kil. depolasse et 10 millions de kil. de magnésie pouvant être mis annuellement aux mains des agriculteurs, et dans les conditions d’économie que je vais indiquer dans un instant, constituent une ressource ou au moins un apport d’une certaine importance, et il m’a semblé utile d’en parler au moment où le gouvernement fait de si louables efforts pour augmenter la masse des matières fertilisantes, en vue d’une production agricole aussi abondante que possible,
- « Convaincu depuis longtemps de l’utilité agricole de ces sels, j’ai fait, durant ces dernières années, de nombreuses tentatives auprès des agriculteurs, afin de provoquer des essais sérieux sur différentes cultures, dans la plupart de nos régions agricoles et dans l’espoir de faire entrer ces utiles produits dans la consommation générale.
- « J’ai été peu secondé dans ces premières tentatives; mais aujourd’hui, c’est-à-dire après une expérience de trois années consécutives qui a porté sur l’emploi de près de 100,000 kil. de ces sels, appliqués à 500 hectares environ, leur utilité ne me semble plus douteuse, si j’en juge, du moins, par les déclarations des agriculteurs touchant les résultats obtenus. Je n’avais aucun autre moyen de faire avancer la question,
- « Dans ces derniers temps, la consommation de ces sels s’est élevée dans un rapport tout à fait inusité, et ce fait a, je crois, une certaine signification.
- «Puisqu’une enquête est ouverte au sujet des questions de cette nature, il m’a semblé que je devais compléter ma déposition en appelant l’attention de la commission sur les produits dont je viens de parler; le moment me paraît d’autant plus opportun que les sels de potasse sont obtenus en Allemagne même, à des conditions de prix bien moins avantageuses pour l’agriculture que celles auxquelles sont livrés les sels de potasse et de magnésie de nos marais salants.
- « La valeur agricole de 100 kil. de ces sels s’exprime ainsi :
- Fr.
- 15k,70 de sel marin à 3 fr. pour 100 kil........... 0,471
- 18k,20 chlorure de magnésium à 10 fr. pour 100 kil. . 1,820
- 25k,80 sulfate de potasse à 30 fr. pour 100 kil.... 7,740
- 12k,40 sulfate demagnésie à 12 fr. pour 100 kil. . . . 1,488
- Valeur agricole des 100 kilog................................. 11,519
- « Ces sels sont vendus un peu au-dessous de leur valeur agricole, puisqu’ils coûtent 10 fr. les 100 kil. rendus à Paris.
- « A l’origine, l’emploi de ces sels ne s’est fait qu’avec une certaine hésitation; beaucoup d’agriculteurs paraissaient douter du dédoublement des sulfates au sein de la couche arable et redouter l’influence des chlorures, surtout pour les betteraves. Les résultats obtenus semblent permettre de conclure que, si le dédoublement ne se produit pas toujours avec certains sels de soude, dont la base est à peu près inutile aux plantes terrestres, il n’en est pas du tout de même à l’égard des sels de potasse, si favorables à la végétation.
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- « Le dédoublement du plâtre dans la culture du trèfle, du sainfoin et de la luzerne, ainsi que le dédoublement du nitrate de soude, pouvaient faire présager les résultats obtenus avec les sels de potasse et de magnésie. Ces faits prouvent que le laboratoire du laboureur n’est qu’une grande fabrique et que bien des transformations s’y opèrent certainement, à notre insu et sans dépense aucune, sous l’influence de causes multiples et de forces diverses qui ne sont encore connues qu’imparfaitement.
- « C’est parce que je reste bien fermement convaincu que la potasse et la magnésie, prises ainsi à la mer, pourront contribuer sérieusement désormais à augmenter la production agricole, que je vous prie, monsieur le Président, de vouloir bien considérer cette communication comme faisant suite à ma déposition. »
- Sur le coton d’Italie, par UE. Mtnssen.—L’auteur a eu récemment l’occasion d’essayer, avec succès, dans une filature en plein roulement, une partie de coton italien, dit de Biancavilla. Cette petite partie de dix balles avait été envoyée de Messine comme échantillon, et avait été tirée de première main de l’intérieur de la Sicile. Elle avait été recueillie dans l’automne de 1863.
- A l’état brut, ces dix balles, défalcation faite de la tare, pesaient. . . . 1,579 kil.
- Le fil produit a pesé. ................................................ 1,279 —
- Le déchet total a donc été de.................................. 300 kil.
- ou de 19 pour 100.
- Comme on le voit, ce déchet a été très-fort, ce que, au reste, présageait l’aspect seul de la marchandise, qui contenait beaucoup de graines grosses et noires, mais était assez exempte de feuilles et de poussière, et, sous ce rapport, était comparable aux qualités moyennes d’Amérique. Toutefois elle a perdu davantage dans les cardes. Ce défaut s’annonçait, d’ailleurs, par la mollesse et l’apparence creuse du coton : or les filateurs savent bien ce que signifie cette dernière propriété, qui favorise le déchet, tandis que la première indique la sorte la meilleure et la plus facile à filer.
- Ce coton de Biancavilla présentait encore une particularité qui lui est commune peut-être avec tous les autres cotons d’Italie, c’est qu’après avoir été d’un blanc éblouissant à l’état brut, il donne des fils d’une teinte grisâtre et qui n’ont ni la nuance bleuâtre de ceux d’Amérique ni la coloration jaunâtre de ceux de Dollerah et de Broach. (Dingler s polylechnisches Journal.)
- Note sur la fabrication de plusieurs produits chimiques dans le nord de l’Angleterre, par NI. Stevenson. — Cette note est empruntée à un mémoire lu par l’auteur devant l’Association britannique pour l’avancement des sciences.
- La fabrication de l'acide sulfurique, dans les districts riverains de la Tyne, est estimée, pour 1862, à environ 92,000 tonnes (de 1,000 kilog.), dont la plus grande
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- partie est consacrée, sur les lieux, à l’extraction de la soude. On n’emploie cependant, pour obtenir cette quantité considérable d’acide, que 2,030 tonnes de soufre, auxquelles on joint 77,300 tonnes de pyrites sulfureuses. Jadis on ne recourait qu’aux pyrites de Wicklow, en Irlande; mais, depuis que la maladie de la vigne a causé de grandes fluctuations dans le prix du soufre, on a tiré des pyrites de plusieurs autres points de l’Europe. Ainsi on en fait venir de Belgique, qui contiennent environ 50 pour 100 de soufre, et de 3 à 5 d’arsenic, mais qui sont exemptes de cuivre, et qui, après avoir subi plusieurs grillages, sont vendues aux forges voisines comme minerais de fer. D’autres, contenant 44 pour 100 de soufre, viennent de Levanger, en Norwége, mais donnent des résidus trop pauvres en cuivre pour être exploités avantageusement comme minerais de ce métal. La plus grande quantité, cependant, est tirée de Huelva, en Espagne, et de Pomeron, en Portugal, et contient, avec 46 ou 50 pour 100 de soufre, de 2 à 4 pour 100 de cuivre. Les difficultés que le grillage de ces pyrites très-fusibles a présentées d’abord ont été surmontées par l’emploi de fours dont la surface est relativement beaucoup plus grande que pour les minerais ordinaires. On extrait ensuite le cuivre des résidus, tantôt par la voie ignée, tantôt par la voie humide, et la quantité de ce métal, ainsi obtenue en 1862, s’est élevée de 7 à 800 tonnes. En 1860, on a tiré plusieurs cargaisons d’un minerai qui contenait environ 18 à 20 pour 100 de soufre, mêlé avec du gypse et qui provenait de l’île de Milo. Tout récemment enfin, M. le professeur Ansted a découvert un gisement de soufre près de Corfou.
- La fabrication de la soude consomme par an 90,000 tonnes de sel. Parmi les améliorations récentes de cette industrie, on doit mentionner 1° l’emploi de fours plus grands et de moyens mécaniques qui permettent anx ouvriers de faire des charges plus fortes avec moins de peine; 2° l’usage de la chaleur perdue de la flamme des fours pour l’évaporation des lessives; 3° l’emploi de vaisseaux circulant pendant le lessivage, emploi que M. Dunlope a, le premier, introduit à Glascow; 4° l’introduction de chaudières plates en fonte pour la décomposition du sel marin.
- D’autres améliorations, adoptées seulement dans quelques usines, sont les fours à flammes tournantes, inventés par MM. Elliott et Russell, et l’emploi des gaz des hauts fourneaux que des conduits amènent dans les appareils d’évaporation et de calcination; ce qui non-seulement procure une économie de combustible, mais encore donne une flamme exempte de fumée et permet de se passer d’un chauffeur.
- Lhyposulfte de soude est maintenant fabriqué en quantités constamment croissantes. L’année 1854 n’en avait produit que 50 tonnes, mais on en prépare maintenant 400 tonnes par an. En dehors de la photographie, ce sel est surtout employé comme antichlore dans la fabrication du papier, pour annuler les mauvais effets du chlore resté dans la pâte après le blanchiment.
- Acide chlorhydrique. La condensation de cet acide est un des objets qui ont attiré le plus l’attention des fabricants pendant ces dernières années. On emploie notamment
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- de longs conduits où le gaz se refroidit, en sorte qu’il n’arrive qu’à 60° centigrades dans le condensateur, où il donne facilement un acide fortement chargé. On recourt aussi, par exemple dans l’usine de MM. Allhusen et fils, à des fourneaux clos où la flamme n’est pas en contact direct avec les matières. Le gaz chlorhydrique se dégage à une moindre température qu’à l’ordinaire, ne se mêle pas avec la fumée et se condense facilement. La production annuelle atteint environ 180,000 tonnes.
- Le chlorure de chaux, qui, préparé par l’ancien procédé, au moyen du peroxyde de manganèse, du sel marin et de l’acide sulfurique, coûtait, en 1838, 700 fr. la tonne, ne vaut plus que le tiers de ce prix, maintenant qu’on l’obtient avec les résidus de la fabrication du chlore. Il est fort employé dans les manfactures de papier qui ont récemment tiré d’Espagne de grandes quantités de sparte pour remplacer en partie le chiffon.
- La production du carbonate de magnésie, grâce au procédé intéressant de M. Pat-tinson, s’élève annuellement aujourd’hui à 250 tonnes environ. Par la réaction de l’acide carbonique et de l’eau sur la dolomie (pierre à chaux magnésifère) calcinée, on obtient maintenant, à l’aide de la pression, du bicarbonate de magnésie qui, dissous dans l’eau et chauffé, laisse déposer du carbonate neutre. (Dingler’s polylechnis-ches Journal.)
- Conservation du chloroforme. — On a souvent observé que le chloroforme présente avec le temps une réaction due à l’acide chlorhydrique et dégage même une forte odeur de chlore. Cette altération, qui en rend l’inhalation désagréable et même dangereuse, est due à l’action de la lumière. Exposé aux rayons du soleil, le chloroforme la contracte en quelques jours; la lumière diffuse agit plus lentement, mais certainement encore, et c’est seulement dans l’obscurité que l’on peut conserver le chloroforme à l’état de neutralité complète.
- (Archiv der pharmacie et Dinglers polytechnisches Journal.)
- (V.)
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 26 juillet 1865.
- Présidence de M. Amédée-Durand, vice-président.
- Correspondance. — M. Vernet, à Orange. — Nouvelles observations sur une pile
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- voltaïque, dont le corps oxydant est le sulfate de chaux humide, et qui a été présentée à une séance précédente. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Amiot, à Saint-Loup (Saône-et-Loire). — Nouveaux renseignements sur un appareil thermo-électrique présenté à la Société, dans une séance précédente. (Renvoi au même comité.)
- M. Flamvn, à Phlin près Nancy, membre de la Société. — Description du condensateur de sublimés de son invention. Ce condensateur, dont il envoie le modèle, est particulièrement destiné à la fabrication du blanc de zinc, quoique applicable, en général, à la condensation des vapeurs métalliques et à celles du soufre, du noir de fumée et d’autres corps, sans le concours de vastes chambres collectrices. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- M. Uantocé, rue Compans, 30, à Paris. — Moteur électrique pouvant fournir, suivant l’auteur, une force de deux chevaux-vapeur d’une manière simple et peu coûteuse. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Courdin, 76, rue de Sèvres. — Roue hydraulique à hélices utilisant les grands volumes d’eau et les petites chutes. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Sempe, docteur en médecine, à Paris. — Quinine artificielle à différents degrés et types corollaires. — (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- M. Dumesnil, rue Muller, 3, à Montmartre. — Moyens propres à la destruction des punaises. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- MM. William Martin de Birmingham, Greensmith de Sawbridgeworlh, et Louis Thompson de Canterbury, se présentent au concours ouvert par la Société pour le prix fondé par M. Alexandre, pour la fabrication des encres n’oxydant pas les plumes métalliques. (Renvoi à la commission spéciale.)
- M. Landa, membre de la Société, à Châlons-sur-Saône.— Journal d’une éducation de vers à soie. (Renvoi au comité d’agriculture.)
- M. Melsens, membre de l’Académie royale de Belgique. — Mémoire sur les paratonnerres et sur quelques expériences faites avec l’étincelle d’induction et les batteries de Leyde. (Renvoi à la commission du Bulletin.)
- Ecole impériale des ponts et chaussées. — Envoi de la 8e livraison du portefeuille de l’École, distribué aux élèves.
- Rapports des comités.— Graisseur automatique. — M. F. Bois lit, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur un graisseur automatique de M. Courcier.
- M. F. Bois propose de remercier M. Courcier de son intéressante communication et d’insérer son rapport au Bulletin, avec un dessin de l’appareil. (Approuvé.)
- Ferrements de portes pour meubles. — M .H.Peligot lit pour M. Mo linos, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur un perfectionnement apporté par M. Faure, menuisier à Fumay (Ardennes), aux ferrements de portes pour meubles.
- M. Molinos propose de remercier M. Faure de sa communication et d’insérer son rapport dans le Bulletin, avec un dessin sur bois de l’appareil. (Approuvé.)
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- Communications. — Télégraphie électrique. — M. Lissajous rappelle qu’il a expérimenté, il y a plus de deux ans, chez son regretté collègue Froment,’ un procédé d’extinction des sons aigus et persistants que les fils télégraphiques produisent sous l’action du vent. Ce procédé consiste à serrer le fil fortement entre deux tasseaux en bois de 40 à 50 centimètres de longueur, rapprochés l’un de l’autre à l’aide de vis. Cette sorte de sourdine, appliquée à une certaine distance du point d’attache des fils, suffit pour éteindre les vibrations longitudinales que produit le vent agissant sur le fil, à l’instar d’un archet ou des doigts enduits de colophane. Deux ans d’expérience chez Froment, sur les fils qui établissaient la communication entre ses ateliers et l’Administration centrale des télégraphes, ont démontré l’efficacité de ce moyen aussi simple qu’économique.
- M. le Président remercie M. Lissajous de son intéressante communication, en le priant d’en faire l’objet d’une note pour le Bulletin.
- Machines à égrener le coton. — M. Chaufourier présente à la Société une machine à égrener le coton , et explique les dispositions nouvelles qu’il a données à cet appareil. Son égreneuse est à rouleaux, et s’alimente automatiquement d’une manière régulière et constante, suivant l’auteur, et sans crainte d’engorgements.
- M. Monteil présente également une machine égreneuse, qu’il fait fonctionner sous les yeux de la Société. L’auteur, après quelques considérations générales sur l’égrenage du coton, fait la description des diverses parties de sa machine, et appelle surtout l’attention sur son cylindre égreneur à plusieurs hélices et à facettes, qui permet, suivant lui, d’exécuter un égrenage aussi parfait qu’à la main.
- Ces deux communications sont renvoyées au comité des arts mécaniques.
- Nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société :
- MM. Fleury, chef d’institution à Lagny ;
- Émile Couillard, manufacturier à Pont-Audemer.
- ERRATUM.
- Le mémoire sur les machines à gaz liquéfié, sur lequel M. Laboulaye a fait un rapport inséré dans le Bulletin dernier (juillet 1865, p. 395) est de M. Buret, et non Buret, comme on l’a imprimé par erreur. C’est donc Buret qu’il faut lire partout dans le rapport.
- PARIS. — IMPRIMERIE DE MADAME VEUVE ROECI1 ARD-HEZAP.D, RUE DE l’ÉPEROIV, 5.
- 1865
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- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- CHEMINS DE FER.
- Rapport fait par M. Baude, au nom du comité des arts mécaniques, sur
- un DISQUE DE DÉFENSE, A FIL LIBRE ET A REPETITION, par MM. FLEURY et
- Brocot, chefs de section au chemin de fer de l’Est.
- Messieurs, vous avez renvoyé à votre comité des arts mécaniques l’examen d’un nouveau disque-signal pour les chemins de fer, présenté par MM. Fleury et Brocot, chefs de section au chemin de fer de l’Est. Avant d’entrer dans la description de ce disque, dont l’un des caractères est d’être automoteur, ou de se manœuvrer par l’action même de la machine locomotive, il convient peut-être de dire brièvement quel est aujourd’hui le système général de signaux en usage. Cet aperçu ne sera pas inutile pour faire apprécier ce qu’on attend encore des perfectionnements que la science et la pratique peuvent introduire dans l’exploitation de nos voies ferrées.
- Il n’y a personne qui se préoccupe plus des questions de sécurité dans ces exploitations que ceux qui les dirigent. Les accusations de mauvais vouloir, en vue de prétendues économies, sont sans fondement, et ne trouvent créance que chez des esprits prévenus et en général peu éclairés. En effet, une partie quelconque de l’organisme matériel des chemins de fer qu’on laisse sciemment en souffrance économise une somme insignifiante; l’accident qui en résulte se traduit par des dépenses de plusieurs centaines de mille
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- CHEMINS DE FER.
- francs. Mais, si les grandes compagnies ne sont pas rebelles aux améliorations bien constatées, elles doivent se garder, en effet, contre ces inventions, séduisantes au premier abord, mais qui compliquent l’exploitation et finissent par la rendre moins sûre. Quoi qu’on fasse, la sécurité se trouvera toujours dans la simplicité des instruments et des manœuvres.
- Les signaux sont de deux genres distincts: les signaux mobiles et les signaux fixes.
- Sur la voie, les chefs d’équipe ou ceux qui en dépendent, les gardes-barrières, les aiguilleurs ont des drapeaux ou des lanternes qui commandent l’arrêt. La couleur rouge, dans le signal de nuit comme de jour, est partout adoptée. Les signaux acoustiques, au moyen de cornets, sont accessoires.
- Sur les trains, le garde-frein a aussi le drapeau et la lanterne rouges pour se porter au-devant d’un train qui suit, si celui où il se trouve a une marche anormale. Il dispose de pétards, qu’il place au besoin sur la voie, pour indiquer l’arrêt à la machine.
- En marche, une cloche, placée sur le tender, et dont le battant est sous la main du chef de train, à demeure dans le vaggon des bagages, commande aussi l’arrêt au mécanicien. On a prescrit aux compagnies d’établir une communication entre le mécanicien et les gardes-freins placés à l’arrière. Une corde, qui est soutenue par une suite d’anneaux fixés sur les vaggons, semble un moyen efficace; il n’en est rien cependant, et rien n’est moins sûr. Les ressorts placés entre les vaggons, quand ils sont tendus ou comprimés, font varier, en raison du nombre des voitures composant un train, la distance réelle qui sépare la machine du dernier vaggon. Cette variation de longueur peut aller à 60 centimètres par intervalle entre deux vaggons. Il en résulte que, si les vaggons sont rapprochés, la corde est trop longue et n’agit pas sur la cloche, qu’elle doit mettre instantanément en branle. Si, au contraire, les vaggons s’éloignent tout à coup par la détente des ressorts, la corde casse.
- On cherche quelque chose de mieux : on trouvera, il faut l’espérer; mais il est préférable d’attendre, avant de réglementer et de prescrire l’emploi d’un moyen illusoire. Rien n’est plus dangereux qu’une précaution inutile.
- Disons, enfin, pour épuiser la nomenclature des signaux mobiles, que tout objet qu’on agite sur la voie commande l’arrêt. Nous laissons de côté les appareils électriques, qui sont plutôt des avertisseurs que des signaux.
- Les signaux fixes se placent aux abords des stations, dans les gares, pour indiquer certaines voies de manœuvre, quelquefois aux aiguilles, pour marquer si elles sont ouvertes ou fermées, aux abords des souterrains pour em-
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- pêcher deux trains de s’y engager en même temps dans le même sens, enfin aux bifurcations ou rencontre de deux branches de chemin de fer.
- Ces signaux sont toujours des disques de différentes formes : tournés perpendiculairement à la voie, ils indiquent l’arrêt, en montrant la couleur rouge ; remis parallèlement à la voie, ou effacés, c’est une indication que la voie est libre.
- Ces signaux se manœuvrent, soit directement à la main, soit à distance par l’intermédiaire d’un fil de fer, soit enfin par l’action de la machine. C’est à ce dernier genre que se rapporte le signal automoteur de MM. Fleury et Brocot.
- L’emploi que les inventeurs lui assignent est aux abords des stations ou des souterrains. En effet, quand un train entre dans une station et s’y arrête, ou ferme le signal, à l’arrière, sur la voie où il est engagé. Quand un train entre dans un souterrain, les règlements prescrivent de ne pas laisser engager à sa suite un second train avant que le premier ne soit sorti. Cette précaution se conçoit pour éviter toute rencontre, par le fait de signaux éteints et de vitesses accélérées à l’arrière. On a sagement supprimé l’interdiction du croisement pour deux trains qui vont dans un sens opposé.
- Avant de décrire le signal de MM. Fleury et Brocot, il ne sera pas inutile de rappeler, comme terme de comparaison, ce qu’est aujourd’hui un signal ordinaire qui garde un côté d’une station. Il y a, sans doute, bien des modèles différents; mais ils se ressemblent tous, et seules, quelques dispositions de détail les font varier d’une compagnie à l’autre.
- Choisissons le dessin du signal de gare de la compagnie de l’Est.
- Il se compose d’abord d’un mât mobile, dans une enveloppe fixe en fonte, et d’un levier de rappel. Le levier de rappel, à lentille, agit par l’intermédiaire d’une chaîne à l’extrémité d’un autre levier, planté dans le mât, qu’il entraîne dans son mouvement.
- Le disque, qui est, en général, placé à 800 mètres au plus de la station, communique, par l’intermédiaire d’un fil de fer, avec le levier de manœuvre. Ce levier emporte avec lui, sous un angle de 73 degrés, une poulie mobile sur laquelle vient s’enrouler une seconde chaîne, qui n’est que le prolongement du fil de fer. Cette chaîne porte à son extrémité un contre-poids, dont l’objet est de donner une certaine tension au fil sur les petites poulies de support, de manière à effacer les dilatations produites par les changements de température; il en résulte que, en relevant le bras de levier pour fermer le disque, la chaîne et le fil deviennent moins longs dans la seconde position
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- que dans la première; en avançant horizontalement dans sa boîte, la chaîne est saisie, le contre-poids cesse de peser sur le fil de transmission, et celui-ci, tiré par le contre-poids de la lentille du levier de rappel, fait faire au disque son quart de révolution.
- Que remarque-t-on dans cet appareil? c’est que le contre-poids d’une part, et la lentille du levier de rappel d’autre part, donnent à la chaîne une tension uniforme ; qu’il faut allonger ou raccourcir les maillons des chaînes, soit directement, soit au moyen de vis de rappel, suivant les températures atmosphériques, pour que le disque, accomplissant son quart de révolution, soit successivement et parallèle et perpendiculaire à la voie, sans position intermédiaire.
- On voit encore que, si le fil casse, la lentille du levier de rappel s’abaissera, et que le disque sera tourné à l’arrêt. C’est ce qu’on doit rechercher en cas de rupture : le disque, tourné maladroitement à l’arrêt, ne peut être cause que d’un léger retard, ce qui n’est jamais un grave inconvénient. Le contraire pourrait motiver un accident d’une toute autre importance.
- Tel est le signal ordinaire d’arrêt aux stations; il est d’une grande simplicité. Nous ne disons rien de la lanterne du disque ; on voit qu’elle est fixe sur une tige liée à l’enveloppe du mât par deux cornières, et que le verre rouge du disque vient se fixer devant celte lanterne pour signaler l’arrêt. Cette disposition ingénieuse a pour objet de ne plus imprimer de mouvement aux lampes, qu’on éteignait souvent, dans le quart de révolution, un peu brusque parfois, que leur faisait faire la manœuvre du levier.
- Examinons maintenant le disque-signal de MM. Fleury et Brocot. Rien n’est changé à la disposition du mât. Ce sont les leviers de manœuvre et de rappel qui font toute la différence.
- Nous avons dit que le disque, situé à une certaine distance de la station, se tournait à l’arrêt, au passage même de la machine. Voici comment elle opère : elle appuie, par le boudin de l’une des roues de l’avant, sur une pédale placée à côté du rail, à l’intérieur de la voie.
- Le mât qui fait face à l’axe de cette pédale porte, à sou pied, une roue dentée horizontale qui engrène à -45°, avec une roue verticale. Sur l’axe prolongé de cette dernière, s’emmanche un levier avec lentille, qui tombe vers le sol lorsqu’il est abandonné à lui-même, et dans ce mouvement il fait faire un quart de révolution à la roue horizontale, et par conséquent au disque, qui se tourne à l’arrêt.
- Un crochet, fixé sur l’axe de la pédale, se soulève lorsque la locomotive
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- vient à passer, et déclanche un cran du gros contre-poids, qui entraîne le mouvement des roues d’engrenage : la station est donc fermée à tout autre train à la suite.
- Pour ouvrir la voie, ou ramener le disque à sa position parallèle ou primitive, il faut agir de la station même, au moyen d’un levier sur le fil de transmission qui est attaché, près du signal, à un levier coudé sur l’axe du levier de la grosse lentille. Dans ce mouvement de traction, le talon du cran repousse le crochet, qui revient ensuite sur lui-même au moyen du contrepoids opposé à la pédale, et tout est remis alors dans la position primitive.
- Il faut aussi que le disque puisse être tourné à l’arrêt, en le manœuvrant de la station même. À cet effet, on force, en le tirant à soi, la position du levier de manœuvre. Dans ce mouvement, que nous appellerons outré, puisqu’il se fait dans le même sens que celui ouvrant la voie, une sorte de bec, lié au grand levier coudé que tire le fil de transmission, vient déclancher le crochet, en soulevant le contre-poids de la pédale; ce contre-poids reste en l’air au moyen d’une came qui s’est rapprochée de lui. Le levier prolongé de la grande lentille étant déclanché, celle-ci, par son propre poids, ferme le signal.
- On ne voit donc pas, par la position du levier manœuvré à la station, si le disque est ou n’est pas tourné à l’arrêt. MM. Fleury et Brocot y suppléent, en fixant une plaque à la chaîne du contre-poids d’équilibre.
- Si cette plaque n’est pas en vue au-dessus de son limbe, c’est que le signal est parallèle à la voie ; si elle dépasse le limbe, c’est que le signal est fermé.
- Telle est la description du signal de MM. Fleury et Brocot, dont tous les détails deviennent parfaitement intelligibles à la vue du dessin et de la légende qui accompagnent ce rapport.
- Les inventeurs ne dissimulent pas que leur signal est un perfectionnement, à leur point de vue du moins, d’un autre signal self-acling usité sur les chemins de fer de l’Est, et dont la priorité appartient à M. Limouse, chef de section comme eux, au même chemin.
- Le signal de M. Limouse est employé dans quelques circonstances, que nous préciserons tout à l’heure, et nous n’exprimerions pas une opinion complète sur le perfectionnement prétendu de MM. Fleury et Brocot, si nous n’en disions quelques mots.
- C’est, bien entendu, un signal automoteur que celui de M. Limouse. Près du mât se trouve aussi une pédale intérieure à la voie. En s’abaissant sous la pression du mentonnet de la roue de la locomotive, elle relève un crochet
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- coudé. Ce crochet dégage un contre-poids à levier, qui, dans sa course descendante, fait faire un quart de révolution au disque par l’intermédiaire d’une bielle et d’un levier. Mais le disque, en tournant, entraîne avec lui le fil de transmission fixé à ce même levier. Ce fil va s’enrouler à la station, sur un treuil, et dans ce mouvement il abaisse un contre-poids de tension, ce qui indique à l’agent que le disque est fermé.
- Voilà le disque self-acting. Comment se manœuvre-t-il delà station pour produire l’effet que nous avons décrit?
- A côté de la corde de transmission, dont nous venons de parler, s’en trouve une seconde, qui aboutit à la station, et qui s’enroule également sur un cylindre contre lequel elle est tendue par un contre-poids. Cette seconde corde agit sur le levier de la pédale, et, en la tirant, on produit exactement le même effet que celui de la locomotive à son passage.
- Pour replacer le disque parallèlement à la voie, il suffit de tirer la première eorde de transmission, qui, ramenant le levier perpendiculaire au disque, entraîne la bielle et le contre-poids dont la bascule repousse le crochet : celui-ci se referme en vertu du poids de la lentille qui lui est accouplée.
- En décrivant ces manœuvres si simples du disque-signal automoteur de M. Limouse, nous nous demandons si l’appareil de MM. Fleury et Brocot est un perfectionnement bien réel.
- Le but de ces Messieurs a été de remplacer deux fils de transmission par un seul. C’est un avantage, sans doute; mais il est racheté et au delà par la complication de roues d’engrenage qui exigent un certain entretien, et par l’inconvénient, malgré la plaque d’avertissement, de tourner le levier de manœuvre dans le même sens pour obtenir deux effets absolument opposés.
- Quant au système général, y a-t-il de l’avantage à avoir dans une station un signal self-acting? La sécurité s’en trouve-t-elle augmentée? Nous ne le pensons pas, et nous inclinons vers l’opinion contraire. Il vaut mieux compter sur un agent responsable que sur un instrument qui peut se déranger.
- Il ne faut donc pas s’étonner que dans l’exploitation on soit peu disposé à admettre, pour garder les stations, des signaux automoteurs.
- Leur emploi trouve cependant sa place aux entrées des souterrains, dont la longueur est telle, qu’un gardien puisse voir d’une tête à l’autre, et ou il n’est pas nécessaire d’employer des appareils électriques pour avertir qu’un train ne doit pas s’engager dans un souterrain avant la sortie de celui qui précède.
- En effet, quand la machine entre dans le tunnel, elle ferme la voie. Le
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- garde, qui se porte de préférence à l’autre extrémité, n’a plus qu’à effacer le signal, quand il a vu le train passer devant lui.
- Ce n’est guère que dans ce cas spécial qu’il y a tout avantage à employer des signaux self-actings. Il faut, d’ailleurs, rigoureusement les proscrire des lignes à une voie. On sait, en effet, que la règle est de fermer la gare par un signal constamment à l’arrêt, et de n’aborder les aiguilles qu’autant que de la station même on efface le signal.
- On remarquera que dans le signal self-acting de MM. Fleury et Brocot, aussi bien que dans celui de M. Limouse, la machine n’a d’autre effet que de déclancher un crochet, c’est-à-dire de mettre en mouvement une très-petite masse. Le mouvement du mât et de tout l’appareil est produit par la chute lente d’un contre-poids.
- Par là on échappe aux fractures que ne manquerait pas de produire l’inertie, si la transmission de mouvement se faisait directement par le passage à grande vitesse de la locomotive.
- Les appareils de MM. Fleury et Brocot sont installés depuis trois ans sur la ligne de Vincennes, aux stations comprises entre la Bastille et la Varenne-Saint-Maur; ils fonctionnent convenablement, bien qu’on ne paraisse pas disposé à en étendre l’emploi.
- Malgré les critiques que nous vous avons présentées sur l’appareil de MM. Fleury et Brocot, plutôt au point de vue général de l’exploitation que comme procédé mécanique, on ne peut s’empêcher de reconnaître ce qu’il y a d’ingénieux et de nouveau dans l’agencement du disque-signal : on y trouve une preuve de l’intelligence et du zèle si louables qui portent les ingénieurs et agents, à divers degrés, des compagnies à perfectionner les mécanismes dont ils sont appelés à faire usage.
- En conséquence, Messieurs, nous vous proposons de remercier MM. Fleury et Brocot de leur intéressante communication et de faire insérer le présent rapport au Bulletin de la Société, avec les dessins des disques-signaux qui l’accompagnent.
- Signé Baude, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 18 mai 1864.
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- LÉGENDE DE LA PLANCHE 324 REPRÉSENTANT LE DISQUE - SIGNAL DE M. LIMOUSE, LE DISQUE DE MM. FLEURY ET BROCOT, ET L’UN DES DISQUES ORDINAIRES DE LA COMPAGNIE DE L’EST.
- Système Limouse.
- Fig. 1. Élévation dans un plan parallèle à l’axe de la voie, le disque indiquant que cette voie est libre.
- Fig. 2. Plan correspondant à la même position du disque.
- a, disque proprement dit, monté sur un mât mobile pouvant tourner librement dans un poteau fixe en fonte comme dans tout disque-signal ordinaire.
- b, pédale déterminant la manœuvre-du disque, et mise en mouvement par la roue de la locomotive.
- c, axe horizontal perpendiculaire à la voie, et sur lequel est calée la pédale b.
- d, crochet monté également sur l’axe c, et enclanchant la bascule à contre-poids e; il est muni d’un contre-poids d'servant à le ramener en prise.
- e, bascule à contre-poids commandant la rotation du disque au moyen de la bielle f.
- f, bielle agissant sur le disque dès que la bascule à contre-poids e est décrochée, et lui faisant faire 1/4 de révolution.
- </, levier à contre-poids calé sur l’axe c, et servant, au moyen du treuil h, à commander à distance la manœuvre du disque pour l’amener perpendiculaire à la voie.
- h, petit treuil servant à agir avec la main sur le levier gr, au moyen d’un fil de jonction.
- hr, autre treuil agissant au moyen d’un autre fil pour ramener le disque à sa position initiale, c’est-à-dire parallèle à la voie.
- », contre-poids reliés à l’axe des treuils et indiquant, par leur position élevée ou basse, que le disque est fermé ou ouvert-, cette indication a lieu dans les deux cas, soit que la manœuvre du disque ait été faite à la main, soit qu’elle ait été faite par la machine.
- Système Fleury et Brocot.
- Fig. 3. Elévation dans un plan parallèle à l’axe de la voie, le disque indiquant que la voie est libre.
- Fig. 4. Autre élévation dans un plan perpendiculaire à celui de la figure 3.
- Fig. 5. Détail du levier servant à manœuvrer le disque avec la main.
- Fig. 6. Vue du même levier dans un plan perpendiculaire à celui de la figure 5. j, pédale motrice du disque placée près du rail, et mise en mouvement par le passage de la machine comme dans le système précédent.
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- k, contre-poids calé sur le même axe que la pédale, et chargé de la ramener en position.
- l, levier à contre-poids déterminant la rotation du disque pour fermer la voie; lorsque le contre-poids est relevé comme dans les figures 3 et 4, le disque est parallèle à la voie ; lorsqu’il est abaissé, la manœuvre a eu lieu et la voie est fermée.
- m, n, roues d’angle transmettant au mât du disque le mouvement du levier /; la première est calée sur l’axe horizontal du levier Z, et la seconde sur le mât du disque.
- o, appendice faisant corps avec le levier Z, et servant à donner prise à un crochet qui maintient ce levier relevé.
- p, crochet fixé sur l’axe de la pédale et enclanchant le levier Z par son appendice; le déclanchement a lieu quand la pédale y est déprimée, et le contre-poids du levier Z en s’abaissant fait accomplir au disque un quart de révolution.
- g, autre levier fixé sur l’axe du premier levier Z, et servant, au moyen d’un fil, à transmettre à distance la manœuvre du disque faite avec la main, soit pour le replacer parallèlement à la voie en remettant le crochet p en prise, soit pour fermer directement la voie si elle était ouverte.
- r, levier pour manœuvrer le disque à distance avec la main (fig. 5 et 6).
- 5, chaîne articulée à laquelle se rattache le fil de manœuvre qui part du levier q indiqué fig. 3 et 4 ; elle passe en avant du levier r entre deux molettes, et en arrière de ce même levier sur une petite poulie.
- t, contre-poids de tension de la chaîne s.
- La manœuvre s’opère au moyen d’un crochet que porte le levier r; il suffit, en considérant la figure 5, d’incliner ce levier de droite à gauche et de le relever immédiatement pour faire mordre le crochet sur la chaîne et opérer la traction du fil.
- m, petite plaque rouge attachée à la chaîne s, près du contre-poids t qu’elle suit dans ses mouvements, et servant, par son apparition ou sa disparition, à contrôler la fermeture ou l’ouverture du disque.
- Bisque-signal de gare de la Compagnie de l'Est.
- Fig. 7. Élévation du disque et du levier de rappel dans un plan parallèle à la voie.
- Fig. 8. Plan du levier de rappel.
- Fig. 9. Section verticale du mécanisme du levier de manœuvre.
- Fig. 10. Élévation d’une partie de ce mécanisme dans un plan perpendiculaire à celui de la figure 9. *
- Les figures 9 et 10 sont à une échelle plus graiîde que celle des figures 7 et 8.
- Ce disque étant l’un des types ordinaires employés sur les chemins de fer n’a pas besoin d’être décrit.
- (M.)
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- Rapport fait par M. Salvétat, au nom du comité des arts chimiques, sur
- les glaces et miroirs à reflet direct, obtenus au moyen du platine, présentés ' par MM. Creswell et Tavernier, rue Malher, n° \ %, à Paris.
- Messieurs, vous avez renvoyé les glaces et miroirs platinisés présentés par MM. Creswell et Tavernier à l’examen du comité des arts chimiques, qui m’a chargé de vous rendre compte de cette intéressante industrie.
- On sait que pendant longtemps les glaces et les miroirs devaient leur reflet métallique et la propriété de réfléchir les objets qu’on leur présentait à la couche légère d’amalgame d’étain dont l’une de leurs faces était recouverte. La position de cette couche métallique sur la face postérieure de la glace exigeait un parallélisme complet des deux surfaces et la plus belle qualité du verre, soit comme couleur, soit comme limpidité. De là grande dépense en main-d’œuvre, choix de matières premières propres à la fabrication, choix des produits fabriqués.
- L’étamage des glaces a, d’ailleurs, de graves inconvénients ; il me semble inutile de rappeler ici toutes les maladies et infirmités auxquelles sont sujets les ouvriers étameurs au mercure. Ces inconvénients sont tels, que la plus vive sympathie a dû, de toutes parts, en Angleterre comme en France, accueillir les nouvelles méthodes par lesquelles la mise au tain était remplacée. Votre Société n’a pas oublié l’appui moral qu’elle a prêté, dans les limites de son action, au procédé d’argenture qui, remplaçant avec avantage l’étamage considéré sous le point de vue hygiénique, n’apportait cependant aucune modification économique relativement.aux conditions qu’ont à remplir les glaces à amalgamer : pureté de nuance, parallélisme des deux faces, absence de bulles, stries, filandres, fiel de verre, fragments de pots, etc., etc.
- Une industrie nouvelle, basée sur la réflexion métallique directe, offre, à la consommation, des glaces et des miroirs brillants, fidèles, résistants, économiques* L’amalgame d’étain et l’argent, autrefois employés seuls, sont remplacés par le platine dans des conditions très-heureuses d’une opération essentiellement pratique.
- Cette substitution, inoffensive au point de vue de l’hygiène, puisqu’elle éloigne tout emploi de mercure, permet la transformation en glace et en miroir
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- de toute espèce de verre. La matière vitreuse, polie et dressée sur une seule de ses faces, transmet des images nettes et précises par la réflexion du métal lui-même ; inutile donc de rechercher des verres exempts des défauts qui font mettre au rebut la grande partie des verres à glaces et des verres à vitres simples ou doubles quon réserve pour la mise au tain ou pour l’argenture.
- Sous le rapport de la solidité des miroirs, la supériorité peut être acquise au platinage. L’amalgame d’étain n’est pas complètement inaltérable ; l’humidité peut l’attaquer; la chaleur le détériore ; il n’est pas rare de voir de très-belles glaces étamées au mercure, dont la couche réfléchissante est crispée, fissurée, comme chancie. Le parquet protecteur qui les sépare des murs est quelquefois insuffisant pour les isoler. L’argenture faisant reflet direct s’altère à la longue, jaunit ou noircit, et l’argent déposé sur la face postérieure des miroirs exige l’emploi d’un enduit spécial incapable de la garantir toujours d’une façon complètement efficace. Le platinage du verre, dans les conditions du brevet Dodé, dont MM. Creswell et Tavernier sont les cessionnaires, offre une solidité qu’on ne peut mettre en doute, car elle est la conséquence du fixage au feu d’une surface métallique aussi résistante aux actions des agents atmosphériques que l’est le platine lui-même.
- On a déjà fait usage du platine pour la décoration des poteries et des cristaux, tantôt à l’état de poussière métallique brunie, tantôt à l’état de lustre ; mais c’est la première fois que surgit l’idée de revêtir, pour en faire un miroir à réflexion directe ou non directe, une surface plane ou courbe. Cette idée deviendra féconde. Ne doit-elle pas concourir, en effet, à Tobtention de produits salubres dans leur confection ; solides, puisqu’ils sont cuits à la chaleur rouge ; économiques, puisque le verre à bouteille même, dressé sur une seule face et poli, le plus chargé de stries et d’ondulations, peut être transformé, malgré sa teinte très-foncée, en un miroir irréprochable? Ces produits, malgré leur nuance un peu noirâtre, n’entreront-ils pas en concurrence sérieuse avec les miroirs de Nuremberg, qui, vendus à vil prix, n’exigent pas de polissage préalable? La place de ces verres platinisés est marquée, dès aujourd’hui, pour tous les articles de miroiterie, les meubles, les coffrets enrichis de glaces, les toilettes et les autres menus ouvrages. Ce n’est^certes, pas exagérer le mérite du procédé que de le regarder comme susceptible de faire révolution dans l’art décoratif, en substituant les glaces à reflets directs aux glaces employées jusqu’ici dans l’ornementation intérieure des magasins, ou dans la décoration extérieure des boutiques, passages couverts, etc., etc.
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- Considérons-nous en lui-même le procédé de platinage sous le point de vue de la facilité d’exécution, sous le point de vue des non-valeurs auxquelles conduisent trop souvent les nouvelles méthodes, il nous sera très-facile de démontrer que le platine se prête à merveille à la métallisation des surfaces vitreuses. Sa préparation est des plus simples ; le chlorure de platine, dépouillé d’humidité, forme avec l’essence de lavande un liquide chargé de métal contenant du platine à l’état de dissolution et doué, au plus haut degré, des propriétés de l’or dissous engagé dans les combinaisons complexes qui donnent l’or brillant, mélange dont l’étude a été présentée par votre Rapporteur à l’occasion des procédés de dorure sur porcelaine brevetés par MM. Dutertre frères.
- L’essence de lavande, traitée par le chlorure de platine, se volatilise en abandonnant, sans bouillons ni coulures, une poussière métallique d’épaisseur régulière et brillante, faisant directement miroir et adhérente au verre, si la température de cuisson est suffisamment élevée et si le fondant est convenablement choisi. Il suffit que la matière soit débarrassée d’humidité, de poussière et de tous corps étrangers pour que la couche soit uniformément étendue, et qu’elle ne laisse par la calcination qu’un résidu de platine métallique et brillant.
- La décomposition de la résine platinifère et sa transformation en charbon se font sans fusion, sans ébullition, sans bouillonnement, et le squelette spongieux d’abord, qui représente les cendres, ne se déplaçant pas, se fixe et se transforme en un platinage parfait.
- Un caractère tout particulier aux miroirs métallisés de la sorte sera certainement mis à profit par les inventeurs. Les verres platinés forment à la fois miroirs quand on les regarde de face, et transparents quand la lumière du jour vient à les traverser. Placés comme ornements et décoration, ils donnent à chaque personnel cachée dans une arrière-boutique obscure la faculté de tout voir et tout observer sans être vue. Nous insistons tout particulièrement sur cette propriété, qui nous semble de nature à donner à la glace platinisée un cachet tout spécial de nouveauté, destiné certainement à en augmeiÿer les débouchés.
- Votre rapporteur a visité l’usine de Vailly-sur-Aisne, où s’établissent les produits nouveaux sur lesquels MM. Creswell et Tavernier appellent l’attention de votre Société. La fabrication comporte plusieurs opérations distinctes: polissage des verres simples ou doubles sur une seule face; préparation du
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- platine, application de la résine platinifère et cuisson. Une bonne disposition conduit, au moyen de détails intéressants, à un travail régulier, rapide, économique. Les produits les plus courants ont servi d’études pour installer une fabrication plus soignée, qui permet de regarder comme prochaine l’époque à laquelle les inventeurs joindront à leurs produits ordinaires les verres-mousseline platinisés avec effets mats et brillants, les miroirs peints en couleurs vitrifiées, qu’il est facile d’obtenir avec les progrès réalisés, dans ces derniers temps, dans la fabrication des couleurs fusibles. Un seul feu suffira pour cuire la peinture et transformer le verre en miroir décoré.
- A la demande expresse du comité des arts chimiques, votre rapporteur termine cet examen par une description succincte des tours de main employés dans le platinage des glaces. Cet aperçu montrera, une fois de plus, comment une découverte essentiellement nouvelle peut être réalisée pratiquement au moyen d’éléments connus; on peut dire ici que des soins intelligemment mis au service de l’idée neuve de tirer parti des propriétés miroitantes du platine appliqué sur une surface plane auront créé, au bénéfice de notre pays, une grande et belle industrie. Ne la laissons pas se développer à l’étranger sans appeler sur elle l’attention du public.
- Le verre ou la glace est préparé par les méthodes ordinaires ; il est savonné, poli et nettoyé. L’établissement compte dix plaques ou tables à polir mécaniquement. Après ce nettoyage, le verre est porté dans l’atelier de platinage. La composition qui donne la métallisation s’étend au pinceau. La glace posée verticalement reçoit le liquide sous une minceur convenable ; on l’étend d’abord de bas en haut, puis de gauche à droite, puis de bas en haut, et enfin de droite à gauche; on égalise ainsi la couche huileuse qui, contenant une forte quantité d’essence de lavande, s’étend spontanément et sèche lentement sans coulure aucune.
- La principale précaution que doit prendre le platiniseur est celle d’éviter toute poussière et toute humidité. L’humidité ferait gripper et gercer ; la poussière détruirait la régularité du travail. On sait que chaque grain de poussière attire concentriquement le liquide et dénude les parties environnantes.
- La composition platinifère n’exige, pour être parfaite, que de la propreté de la part du préparateur. On prend 100 gr. de platine laminé très-mince, on l’essuie et le lave pour éloigner la graisse que le laminage a fournie. On fait dissoudre dans une eau régale formée de 400 gr. d’acide nitrique pour 1,000gr. d'acide chlorhydrique pur. On chauffe au bain de sable; on évapore
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- à sec, en évitant de décomposer le chlorure qu’on pile dans un mortier de porcelaine ou de verre ; on l’étale ensuite sur une glace à broyer, et on y verse par petites portions de l’essence de lavande rectifiée. La réaction se fait sur la glace même ; aussi faut-il éviter par une affusion d’essence trop rapide une trop grande élévation de température qui détruirait le composé platini-fère. Lorsqu’on a versé de la sorle environ 1,400 gr. d’essence de lavande, on relève le mélange, on le place dans une capsule de porcelaine pour l’abandonner pendant huit jours à un repos absolu. On décante et on filtre; on décante de nouveau au bout de six jours le liquide filtré, qui doit marquer 5 degrés au pèse-acide.
- Comme fondant pour la quantité de platine indiquée ci-dessus, on prend 25 gr. de litharge, 25 gr. de borate de plomb, qu’on broie jusqu’à porphyrisation complète avec 8 à 10 gr. d’essence de lavande. On remue et mélange ce fondant avec le liquide platinifère ; on procède à l’emploi comme il vient d’être dit, toujours à l’abri des poussières et de l’humidité.
- Lorsque le verre à platiniser est couvert d’une couche de platine, et suffisamment sec, on le place dans les moufles : elles se composent d’une carcasse formée de plaques de fonte à rainures s’emboîtant les unes dans les autres. Le foyer est à l’arrière du four, ce qui dégage complètement la porte de chargement placée à l’avant. Des châssis mobiles se rangent dans la carcasse en fonte et reçoivent les verres à cuire maintenus parallèlement et dans une position verticale. Des crémaillères, convenablement disposées, reçoivent à la fois un nombre considérable de glaces ; enfin, des planchers mobiles s’adaptent à volonté dans les châssis pour recevoir des verres de dimensions plus ou moins petites.
- Le four présente en section verticale dans le sens de sa largeur un parallélogramme allongé, et dans le sens de sa longueur un carré presque parfait. La cuisson est régulière; les accidents de feu sont réglés au moyen de registres ou de portes en tôle réservées dans, les faces antérieure et postérieure. Plusieurs moufles sont accolées.et placées sous la même hotte.
- Votre comité des arts chimiques espère, Messieurs, que vous apprécierez le mérite de celte nouvelle fabrication qui répond, par une baisse notable des prix de vente, au besoin de luxe que chacun aujourd’hui cherche à satisfaire. Il voudrait vous voir être des premiers à applaudir aux espérances des inventeurs; il croit, quant à lui, qu’il y a, dans les spécimens qui vous sont soumis, les germes féconds d’une découverte éminemment française et d’une grande industrie. En conséquence, il n’hésite pas à vous proposer :
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- 1° De remercier MM. Creswell et Tavernier de leur communication;
- 2° De voter l’impression du présent rapport dans le Bulletin de votre Société.
- Signé Salvétat, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 11 juillet 1865.
- ARTS CHIMIQUES.
- Rapport fait par M. Barreswil, au nom du comité des arts chimiques, sur un
- MODE DE PRÉPARATION DE l’aCIDE SULFURIQUE SANS CHAMRRES DE PLOMB, par
- M. Verstraet, rue des Tournelles, 43.
- De nombreuses tentatives ont été faites pour remplacer les chambres de plomb dans la fabrication de l’acide sulfurique, depuis les chambres en glace de Clément Désormes (qui, aujourd'hui, pourraient être fabriquées avec une grande économie), jusqu’aux tubes de M. Kuhlmann pour la préparation, à l’aide de l’éponge de platine; mais tous les essais ont été sans résultat, et chaque jour on monte de nouvelles chambres de plomb. Il est vrai de dire que ces appareils présentent de sérieux avantages. S’ils immobilisent un capital considérable, ils demandent pour un rendement important et régulier une main-d’œuvre presque nulle, sans risque de casse et sans temps d’arrêt.
- M. Verstraet n’a pas la pensée de critiquer l’emploi des chambres de plomb; il convient que, pour une grande fabrication, elles répondent parfaitement au but. Il propose son appareil seulement pour les cas, très-nombreux d’ailleurs, où l’on n’est pas dans le voisinage d’une manufacture, et pour celui, toujours à craindre, où l’on risque de se trouver arrêté par les exigences exagérées des fabricants que le coût même de leur usine et les difficultés de transport du produit fabriqué font facilement monopoleurs.
- L’appareil nouveau est en grès. Tel qu’il existe et a fonctionné dans l’usine que dirigeait M. Verstraet, il occupe 40-mètres carrés et il produit journellement, d’après la déclaration de l’inventeur, 1,000 kilog. d’acide sulfurique à 50 degrés pour une dépense première de 7,000 francs.
- Cet appareil est fait de bonbonnes sans fond empilées les unes sur les autres, et formant ainsi douze colonnes rangées en deux lignes parallèles de
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- ARTS CHIMIQUES.
- six, et que je supposerai numérotées de 1 à 6 et de 7 à 12; chaque colonne comprend cinq bonbonnes; ces colonnes sont remplies de fragments de coke.
- La colonne n° 1 reçoit les gaz sulfureux et nitreux, dont le courant parcourt successivement toute la série des colonnes qui communiquent entre elles par des tubes. En sortant de la colonne n° 2, le gaz alors inerte s’échappe par la cheminée de l’usine.
- Pendant que les gaz cheminent ainsi, l’acide tombe en pluie du haut de chaque colonne sur le coke qu’il arrose et se rend dans des réservoirs inférieurs, d’où il est pompé et reporté dans des réservoirs supérieurs pour de nouveau s’écouler en pluie sur le coke, non plus dans la série dont il provient, mais dans la série voisine, ainsi qu’il sera dit plus loin.
- De la vapeur d’eau est admise dans les diverses séries, selon les besoins de l’opération. Cette vapeur est produite par la chaleur perdue de la combustion du soufre, laquelle se fait à la manière ordinaire.
- Trois bonbonnes placées en ligne en tête du système et à demi pleines d’acide nitrique reçoivent le gaz sulfureux qui, chaud, décompose l’acide nitrique et se convertit déjà en partie en acide sulfurique. (Cette partie de l’appareil sera l’objet d’un perfectionnement important.)
- Les gaz sulfureux et nitreux arrivent donc dans la première colonne n° 1 et suivent tout le parcours.
- L’acide, qui a traversé les colonnes 12, 11, 10 et 9, se réunit dans un réservoir commun. Cet acide est le plus faible, il est pompé et envoyé dans les colonnes 7 et 8 ; de là il traverse successivement les colonnes 6, 5 et 4, revient à la colonne n° 1, passe à la colonne n° 3, enfin sort de la colonne n° 2 définitivement achevé; il marque alors 50 à 53 degrés. La même pompe sert successivement à élever les différents liquides.
- M. Yerstraet, qui a travaillé, manufacturierement, avec son ingénieux appareil, ainsi qu’a pu le constater l’un des membres du comité, M. Barrai, admet un prix de revient sensiblement égal à celui de l’acide des chambres de plomb.
- Je n’oserais pas être aussi affirmatif que l’inventeur, il me semble que la consommation en nitrate doit être un peu plus considérable. Je crois aussi que l’emploi des pyrites multipliera les difficultés et augmentera la perte en nitrate. Quoi qu’il en soit, j’admets qu’il y aura, dans un grand nombre de circonstances, un avantage sérieux à employer cet appareil destiné surtout, si je ne me trompe, à porter l’industrie des produits chimiques dans des pays où elle n’a pas encore pénétré, et aussi, dans certains cas, à mettre les fabri-
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- cants qui emploient l’acide sulfurique à l’abri des hauts prix et des variations brusques qui sont l’effet de tout monopole.
- Votre comité des arts mécaniques, tout en restant dans une réserve extrême, pense que les explications qui viennent d’être données permettent à la Société d’accueillir avec intérêt la communication de M. Verstraet, aussi vous pro-pose-t-il de remercier l’auteur et de l’encourager à poursuivre ses recherches.
- Il vous propose, en outre, d’insérer ce rapport au Bulletin.
- Signé Barreswil, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 31 mai 1865.
- INSTRUMENTS DE PRÉCISION.
- Rapport fait par M. Félix Leblanc, au nom des comités des arts économiques et chimiques, sur la construction des appareils photométriques de MM. Dumas et Régnault, et en particulier sur une balance a marteau automatique, par M. Deleuil, rue du Pont-de-Lodi, 6.
- M. Deleuil, habile constructeur d’instruments de physique, a présenté à la Société l’ensemble des appareils photométriques adoptés par le service de la vérification du pouvoir éclairant du gaz de la Ville de Paris, appareils installés par ses soins dans les diverses chambres noires de Paris où les essayeurs de service procèdent, chaque soir, aux expériences qui ont pour objet de constater à la fois le pouvoir lumineux du gaz et sa bonne épuration.
- Parmi ces appareils, figure une balance d’une disposition particulière destinée h tarer la lampe Carcel type dont la flamme est comparée à celle du gaz.
- L’examen de ces appareils a été renvoyé à votre comité des arts économiques, auquel M. le Président m’a fait l’honneur de m’adjoindre en raison des fonctions que je remplis dans le service de la vérification de l’éclairage municipal.
- Avant de décrire la balance de M. Deleuil et les diverses parties des appareils qui concourent aux déterminations photométriques, il nous a paru utile Tome XII. — 64e année. 28 série. — Septembre 1865. 68
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- de rappeler les circonstances qui ont précédé l’adoption du système d’expérimentation aujourd’hui en usage pour apprécier le pouvoir lumineux du gaz de l’éclairage à Paris.
- Antérieurement au traité du 25 janvier 1861 de la Ville de Paris avec la Compagnie parisienne du gaz et qui suivit l’annexion des communes suburbaines, l’ancien cahier des charges avait déjà stipulé pour l’éclairage de la ville les conditions à remplir relativement au pouvoir éclairant du gaz et à sa bonne épuration.
- Mais, immédiatement après l’organisation du service de la Compagnie parisienne actuelle, on reconnut que les conditions prescrites à l’égard du pouvoir éclairant du gaz et acceptées par la Compagnie en 1855 n’étaient pas remplies.
- En 1856, des expériences de vérification furent officiellement instituées par ordre de M. le Préfet de police ; elles fournirent constamment la conclusion que le gaz brûlé dans les diverses séries de becs de la Ville ne réalisait pas le pouvoir éclairant prescrit par le cahier des charges.
- En remontant à l’origine des nombres adoptés pour définir le pouvoir éclairant minimum obligatoire, on put s’assurer que ces nombres résultaient d’expériences effectuées en 1845 par MM. Arago, Fresnel et Mary, expériences dont l’exactitude était à l’abri de toute contestation.
- Une commission spéciale, chargée de l’examen de ces faits, reconnut que les houilles ordinaires du nord de la France, de la Belgique et de l’Angleterre, distillées alors à Paris, ne pouvaient pas fournir un gaz réalisant le pouvoir éclairant exigé.
- Souvent ce pouvoir éclairant ne dépassait pas la moitié du pouvoir éclairant prescrit par le cahier des charges.
- La commission reconnut, après avoir fait distiller sous ses yeux, à l’usine expérimentale de la Villette, un grand nombre de houilles diverses, que les houilles françaises de Commentry fournissaient seules un gaz réalisant à peu près les conditions prescrites ; or ces houilles étaient précisément celles qui avaient fourni le gaz ayant servi aux expériences photométriques de|MM. Arago, Fresnel et Mary.
- La commission ayant constaté qu’en élargissant la fente des becs en usage, on pouvait augmenter considérablement le pouvoir éclairant du gaz, M. Dumas, président de cette commission, demeura chargé, conjointement avec M. Régnault, de poursuivre les études commencées. Des recherches nouvelles étaient, d’ailleurs, devenues nécessaires pour amener une modification défi-
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- nitive du cahier des charges, et c’est ce qui eut lieu lors du nouveau traité de la Ville avec la Compagnie, en 1861, à l’époque de l’extension des limites de Paris.
- De nombreuses expériences furent faites par MM. Dumas et Régnault avec le concours de MM. Paul Àudouin et Paul Bérard. Ces expériences ont été publiées dans les Annales de chimie et de physique (3e série, t. LXV) (1).
- MW. Dumas et Régnault furent conduits à définir de la manière suivante le procédé et l’appareil de vérification qu’il s’agissait de créer et d’étudier :
- Deux flammes d'égale intensité étant données, l’une produite par une lampe Carcel (brûlant dans des conditions fixées), l’autre par une lampe à gaz brûlant, autant que possible, dans les mêmes conditions : déterminer les consommations respectives d’huile et de gaz, dans un temps donné, par l’un et l’autre de ces appareils.
- MM. Dumas et Régnault furent conduits à choisir comme bec type pour le gaz celui qui, par sa forme, se rapprochait le plus de la lampe Carcel brûlant 42 grammes d’huile de colza épurée à l’heure, à fixer les flammes dans une position invariable à la même distance du photomètre, de telle sorte que, leurs intensités étant maintenues égales, en modifiant, par exemple, la dépense du gaz, il n’y eût finalement que deux éléments à déterminer à la fin de l’expérience, savoir : le nombre de grammes d’huile brûlée et le nombre de litres de gaz consommé pendant ce même temps. Ces deux quantités devaient représenter ainsi des nombres équivalents eu égard au pouvoir éclairant des deux flammes.
- Les résultats des expériences exécutées par MM. Audouin et Bérard (2) sous la direction de MM. Dumas et Régnault, pour étudier les divers becs et les meilleures conditions de combustion, ont démontré que : à consommation égale de gaz de composition constante, le pouvoir éclairant maximum correspond aux plus faibles pressions. Aussi, dans le système d’expériences que nous allons décrire d’après l’instruction rédigée par MM. Dumas et Régnault (3), la combustion du gaz dans le bec type adopté doit être effectuée sous une pression qui ne dépasse pas 0m,003; cette pression étant indiquée par un manomètre à eau fixé sur le support du bec.
- Le photomètre adopté par MM. Dumas et Régnault est le photomètre de M. Foucault à plaques de verre amidonnées, auquel on a ajouté une lunette
- (1) Le Bulletin en a donné un extrait, 2e série, t. IX, p. 651.
- (2) Voir le mémoire inséré dans les Annales de chimie et de physique et cité plus haut.
- (3) On trouvera celte instruction au Bulletin, 2e série, t. VIII, p. 270.
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- qui permet l’observation dans le sens de l’axe de l’appareil. Deux petites plaques mobiles permettent, au moyen de vis de rappel, de faire varier le champ de l’instrument.
- Le bec à gaz adopté est le bec Bengel en porcelaine à trente trous avec panier en porcelaine et sans cône. Toutes les dimensions de ce bec ef de la cheminée qui le surmonte ont été parfaitement fixées pour que les divers appareils fournissent des résultats identiques.
- Le gaz qui alimente ce bec passe par un excellent compteur à gaz, construit par M. Brunt et qui, dans les bureaux d’essais, est soumis, chaque semaine, à une vérification à l’aide d’un gazomètre pourvu d’une jauge de précision de 25 litres, remplie par l’eau destinée à déplacer le gaz. Chaque division du cadran parcourue par l’aiguille indicatrice du compteur représente un décilitre.
- Ce compteur est placé sur le devant de l’appareil au-dessous du photomètre et à portée de la main de l’opérateur ; il est muni d’un robinet très-sensible qui permet de régler à chaque instant la dépense du bec, l’observateur ayant l’œil au photomètre.
- L’axe du compteur porte deux aiguilles ; l’une fixe, l’autre mobile ; un système de leviers permet de faire partager, à un moment donné, à cette dernière aiguille le mouvement de l’arbre de rotation et détermine en même temps le départ des aiguilles d’un petit compteur chronométrique implanté au-dessus du compteur à gaz.
- Un châssis en fonte supporte à la fois le compteur à gaz, muni de son compte-secondes, le bec à gaz et la balance en fonte dont l’un des plateaux reçoit la lampe Carcel.
- Pour faire l’essai, on commence par allumer le bec à gaz et la Carcel qu’on laisse brûler ensemble pendant une demi-heure environ avant de commencer l’expérience. On règle la Carcel à la dépense normale d’huile (1 ). On s’assure que la flamme de cette lampe et celle du gaz sont au même niveau.
- On équilibre alors les deux flammes au photomètre de la chambre noire, ce qui se fait au moyen du robinet donnant accès au gaz et qui permet d’en faire varier la dépense de très-petites quantités. Lorsque la lampe est exactement tarée sur le plateau de la balance, l’opérateur, à l’aide d’un mouvement unique, fait partir l’aiguille indicatrice du compteur à gaz et celles du compteur chronométrique. Lorsque la quantité d’huile (2) brûlée cor-
- (1) 42 grammes à l’heure.
- (2) C’est de l’huile de colza parfaitement épurée et essayée d’avance.
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- respond exactement à 1 0 grammes, ce que la balance indique automatiqu ement, comme nous le verrons plus bas, on agit avec la main sur le levier pour arrêter à la fois l’aiguille indicatrice du compteur à gaz et les aiguilles du compteur chronométrique. On lit alors la consommation de gaz en litres et fractions de litre correspondant à 10 grammes d’huile brûlée, dans un temps qui doit être de I4min,37sec, si la lampe brûle dans les conditions réglementaires, c’est-à-dire consomme 42 grammes à l’heure (1).
- D’après le traité, la Compagnie doit fournir un gaz tel que, brûlé dans le bec réglementaire sous la pression de 0m,002 à 0m,003 d’eau, il n’exige que 25 litres ou 271:t,5 au maximum, pour fournir une flamme égale en intensité à celle de la Carcel brûlant pendant le même temps 10 grammes d’huile de colza épurée.
- Au-dessus de cette limite de 27Ut,5, il y a déficit de pouvoir éclairant, et les conséquences en sont prévues par le cahier des charges.
- Nous venons d’exposer sommairement le système des essais photométriques d’après l’instruction rédigée par MM. Dumas et Régnault. C’est à la construction de ces appareils et à l’ajustage des différentes parties qui les composent que M. Deleuil a prêté son habile concours.
- Nous avons surtout à décrire les dispositions ingénieuses réalisées par M. Deleuil dans la construction d’une balance destinée à satisfaire aux conditions délicates qui lui avaient été posées.
- Cette balance est à marteau automatique indiquant par le son d’un timbre, avec une précision de 1 centigramme pour une charge de 3 kilog. dans chaque plateau, la quantité d’huile brûlée par la Carcel servant aux essais photométriques. Cette balance indique elle-même le commencement et la fin de l’expérience, celle-ci devant être arrêtée après une consommation d’huile de 10 grammes, par exemple.
- Il fallait trouver dans ce centigramme assez de force pour commander un marteau de timbre pesant 10 grammes environ sans atténuer la sensibilité de la balance et la rendre paresseuse. Les dispositions sont telles, que la chaleur émanée de la lampe n’influence en aucune façon la température du bras du fléau.
- (1) Il est accordé une tolérance de 1/10 pour cette consommation d’huile; en dessus ou en dessous de cette tolérance l’essai est annulé.
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- Voici comment s’exprime, à ce sujet, M. Deleuil dans son mémoire :
- « J’ai tout d’abord établi le système des couteaux et points de suspension « dans des conditions se rapprochant toujours, autant que possible, du plan « unique, des longues arêtes à grande portée, conditions essentielles pour ob-« tenir le résultat de la sensibilité qui m’était imposé. Restait ensuite à ré-« soudre la question d’un timbre à marteau automatique ; je forme l’aiguille « comme les deux platines d’un mouvement d’horlogerie ; je place sur la ligne « médiane de cette aiguille et entre les deux platines, vers la partie infé-« rieure, un très-petit axe, porteur d’une tige de 6 centimètres de longueur « environ et la garnis d’une lentille ou marteau. Tout ce petit système pèse « environ 10 grammes. Si l’on fait tourner le marteau autour de son axe, « placé au bas de l’aiguille, de manière à venir le placer dans le prolonge-« ment de la ligne médiane et la tête en l’air, son axe de suspension étant de « beaucoup situé au-dessous de lui, il sera dans les conditions d’un cône « posé sur son sommet ; dans cette position, si l’on incline légèrement laba-« lance, de telle sorte que l’aiguille présente une position oblique et que l’on « soutienne par un arrêt la tête du marteau, pour qu’il ne puisse tomber que « du côté opposé à cet appui, il est certain que, aussitôt que l’aiguille tendra « à revenir dans la verticale et surtout à la dépasser, le marteau, n’étant pas « soutenu par le côté opposé, décrira un arc de cercle autour de son axe; si, « pendant sa course, il rencontre un timbre dont le bord occupe un des points « par lequel il doit passer, il le mettra naturellement en vibration. »
- La balance de M. Dèleuil réalise toutes les conditions de stabilité, de rapidité et de précision que l’on pouvait désirer.
- Aujourd’hui le service de la vérification du pouvoir éclairant du gaz à Paris possède onze chambres noires, où l’on essaye, chaque soir, le gaz fourni par les sept usines qui alimentent la Ville.
- Depuis l’organisation de ce service qui remonte à 1861, les bureaux d’essais du gaz, munis des appareils installés par M. Deleuil, fonctionnent avec la plus grande régularité. C’est donc d’après une étude suivie et une expérience de plusieurs années que votre rapporteur vient rendre un compte très-favorable du jeu facile, simple et régulier des appareils, et en particulier de l’excellente balance créée par M. Deleuil pour ce service spécial.
- Il est évident, d’ailleurs, que, ainsi que le propose M. Deleuil, son système de balance, muni d’un commutateur automatique, pouvant établir ou interrompre la communication d’un courant électrique, pourrait être applicable à
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- l'estimation du poids d’argent ou d’or à déposer sur les objets plongeant dans des bains de ces métaux.
- A cette occasion et en terminant cet exposé, qu’il soit permis à votre rapporteur d’offrir à MM. Dumas et Régnault un hommage de gratitude pour les services rendus par ces savants éminents, en dotant le service municipal d’une méthode simple, rapide et présentant le degré d’exactitude désirable pour juger le pouvoir lumineux du gaz de l’éclairage.
- En conséquence, votre comité a l’honneur de vous proposer :
- 1° De remercier M. Deleuil de son intéressante communication ;
- 2° D’insérer le présent rapport dans le Bulletin, avec un dessin des appareils photométriques comprenant la balance à marteau automatique destinée à tarer la Carcel.
- Signé Félix Leblanc, rapporteur Approuvé en séance, le 31 mai 1865.
- LÉGENDE DE LA PLANCHE 325 REPRÉSENTANT LES APPAREILS PHOTOMÉTRIQUES DE MM. DUMAS ET REGNAULT ET LA BALANCE A MARTEAU AUTOMATIQUE, CONSTRUITS PAR M. DELEUIL (lj.
- Fig. 1. Vue d’ensemble des appareils.
- Fig. 2. Vue de bout.
- Fig. 3 Vue de l’autre bout.
- Fig. k. Vue en dessus.
- Fig. 5. Vue du gazomètre métallique destiné à la vérification du compteur h gaz. Fig. 6. Elévation à une échelle double de la partie de la balance qui porte le timbre et le marteau automatique.
- Fig. 7. Section verticale passant par l’axe du photomètre, et faite par un plan parallèle à celui de la figure 1.
- (1) Bien qu’une partie de ces appareils ait déjà été publiée dans le Bulletin (2e série, t. IX, p. 665), à l’occasion du mémoire de MM. P. Audouin et P. Bérard, cité dans le rapport précédent, on a cru devoir les reproduire ici parce qu’ils constituent un ensemble plus complet et qu’ils renferment des détails qui n’avaient pas encore été donnés. (R.)
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- Fig. 8. Autre section verticale du photomètre par un plan perpendiculaire à celui de la figure 7.
- Les figures 7 et 8 sont à une échelle double de celle des autres figures.
- AA, châssis supportant l’ensemble des appareils (fig. 1, 2, 3 et 4).
- B, vis calantes servant à régler le niveau du châssis AA.
- Balance automatique et appareils d’éclairage.
- C, fléau de la balance dont le bras gauche se termine par une fourchette.
- D, aiguille indicatrice.
- E, marteau porté par l’aiguille (fig. 1 et 6).
- F, timbre fixé au support du fléau.
- G, lampe Carcel placée sur l’un des plateaux de la balance et s’engageant dans la fourchette correspondante du fléau.
- H, I, godets métalliques recevant les poids correspondant à la consommation d’huile.
- J, tare placée dans l’autre plateau de la balance.
- K, bec à gaz du système Bengel (fig. 1, 2, 4).
- L, manomètre à eau.
- M, tuyau d’arrivée du gaz partant du compteur.
- Compteurs.
- N, compteur à gaz (fig. 1, 3, 4), dont le cadran, muni de deux aiguilles O, O', porte des divisions correspondant chacune à 1 décilitre.
- O, aiguille se mouvant constamment lorsque le gaz traverse le compteur ;
- O', seconde aiguille, dite aiguille indicatrice, ne se mouvant que pendant la durée de l’expérience, lorsqu’elle est rendue libre par la manœuvre d’un petit levier P.
- Q, compteur chronométrique indiquant, en minutes et secondes, la durée de l’expérience.
- Le même levier P, qui agit sur l’aiguille O' du compteur à gaz, rend libres ou arrête à volonté les aiguilles du compteur chronométrique.
- R, petit bec destiné à l’éclairage des compteurs, et dans lequel le gaz se rend avant d’entrer dans le compteur à gaz; ce bec est muni d’un capuchon métallique que l’on rabat sur la flamme très-surbaissée au moment de l’observation photométrique.
- S, robinet très-sensible servant à régler la dépense du gaz qui traverse le compteur (fig. 3).
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- BIBLI0G R At'HI E.
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- Photomètre.
- T, lunette du photomètre; c’est un tube conique, à la plus petite base duquel se place l’œil de l’observateur (fig. 1, 3 et 7).
- U, disques amidonnés superposés de M. Foucault (fig. 8).
- Y, tube métallique placé en avant des disques photométriques, du côté des flammes (fig. 1 et 7).
- W, cloison verticale formant deux compartiments dans le tube V (fig. 2).
- X, X, plaques métalliques limitant la surface rectangulaire éclairée des disques, et dont l’écartement peut varier à volonté (fig. 8).
- Y, vis de rappel servant à régler l’écartement des plaques X (fig. 3 et 8).
- Y', autre vis de rappel servant à rapprocher ou à éloigner la cloison W du plan des disques amidonnés (fig. 1 et 7).
- Gazomètre pour la vérification du compteur à gaz.
- Z, jauge cylindro-conique surmontée d’un entonnoir qui s’y relie au moyen d’un tube de cristal. Le volume d’eau qu’on introduit par cet entonnoir correspond à 25 litres lorsque le niveau arrive à la hauteur de la ligne a dans le tube de cristal (fig. 5).
- b, robinet établissant la communication entre le gazomètre et le compteur à gaz.
- c, manomètre servant à constater que les appareils gardent le gaz sous pression.
- d, tube en cristal indiquant le niveau de l’eau dans le réservoir e.
- Le réservoir e étant rempli de gaz, on ouvre le robinet f de la jauge et on fait couler peu à peu dans ce réservoir les 25 litres d’eau de la jauge Z. Le gaz déplacé se rend dans le compteur N, sur le cadran duquel on lit à la fin de l’expérience le nombre de litres de gaz écoulé. On vérifie ainsi l’exactitude des indications fournies par l’aiguille du compteur.
- g, robinet de vidange du réservoir e. (M.)
- BIBLIOGRAPHIE.
- Rapport fait par M. C. Lavollée, au nom du comité de commerce, sur les Tablettes de i/Inventeur et du Breveté, par M. Ch. Thirion, boulevard Beaumarchais, 95.
- M. Ch. Thirion, ingénieur civil, membre de la Société d’encouragement, a adressé au Conseil un ouvrage qu’il vient de publier sous ce litre : Tablettes de l’Inventeur et du Breveté.
- Tome XII. — 64e année. 2e série. — Septembre 1865.
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- BIBLIOGRAPHIE.
- Cet ouvrage se divise en trois parties, dont la première contient les textes des lois françaises en vigueur sur les brevets d’invention ; la seconde, des notions pratiques pour guider l’inventeur dans les démarches à faire pour l’obtention ou la conservation d’un brevet en France; la troisième, un exposé comparatif, sous la forme d’un tableau synoptique, des législations étrangères sur les brevets d’invention.
- Le travail de M. Thirion n’est point une œuvre de science ni de jurisprudence : c’est un manuel à l’usage des inventeurs, qui peuvent y trouver d’utiles conseils sur les moyens d’établir, de conserver et de défendre leurs droits en France et à l’étranger.
- Bien que l’auteur exerce la profession d’ingénieur-conseil en matière de brevets d’invention, il apporte autant de soins à prémunir les inventeurs contre les inconvénients des brevets demandés imprudemment et mal à propos qu’à leur tracer la marche à suivre pour l’obtention de brevets légitimes et réguliers.
- Nous n’avons donc qu’à exprimer un témoignage favorable sur l’ouvrage de M. Thirion.
- L’examen de ce livre a fourni au comité de commerce l’occasion d’apprécier les critiques dirigées depuis quelques années contre la législation sur les brevets.
- Les critiques ne s’adressent plus seulement aux mesures d’application par lesquelles la loi de 1844 a entendu assurer le droit de propriété des inventeurs, elles s’attaquent au principe même, contestent le droit de l’inventeur, et concluent à la suppression complète du régime des brevets.
- Cette doctrine nouvelle a notamment trouvé place dans plusieurs rapports publiés à la suite de la dernière Exposition de Londres. Adoptée par M. Michel Chevalier dans l’Introduction qui précède la collection des Rapports de la section française du Jury (pages 161 à 168), elle est développée dans un Rapport spécial de M. A. Legrand, auditeur au conseil d’État (vol. II, pages 599 à 617).
- Les adversaires des brevets estiment que ceux-ci constituent un privilège, un monopole, et qu’à ce titre seul ils sont devenus incompatibles avec l’esprit de la législation moderne. Ils contestent qu’une invention industrielle soit de nature à conférer à celui qui s’en présente comme l’auteur aucun droit personnel et particulier, attendu quelle n’est ordinairement que la suite et le résultat de découvertes et d’expériences antérieures qui appartiendraient, selon l’expression consacrée, au fonds commun de l’humanité. Ils
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- signalent, d’ailleurs, les inconvénients de toute nature attachés à la législation actuelle, les embarras et les procès auxquels celle-ci donne lieu, les dépenses qu’elle entraîne pour les inventeurs ; et, enfin, ils invoquent les opinions émises dans ces derniers temps par quelques hommes d’État, et même par des ingénieurs anglais, pour la suppression des brevets d’invention, qui seraient tout aussi contraires, assure-t-on, aux intérêts des inventeurs qu’à l’intérêt général de l’industrie.
- La qualification de monopole, avec laquelle on a essayé de combattre et presque de flétrir le régime des brevets, ne nous paraît point applicable. La question est de savoir si le fait d’avoir imaginé un produit ou un procédé nouveau peut engendrer au profit de l’inventeur un droit de propriété. Or, sur ce point, quels que soient les efforts de l’opinion contraire, la conscience de tous les législateurs a répondu par l’étude et par la promulgation des lois qui dans presque tous les pays, protègent plus ou moins efficacement ce que l’on appelle la propriété industrielle. A quoi bon démontrer longuement ce que la conscience proclame, ce que le consentement universel des législateurs reconnaît et consacre ? L’invention est bien et réellement une propriété; et, si le brevet la met en possession d’un privilège, ce privilège procède du principe le plus certain et le plus respectable.
- Au surplus, tout en respectant le principe, le législateur a admis que l’intérêt général pouvait influer sur les conditions et sur le mode de jouissance de la propriété industrielle. Il a prescrit le payement d’une redevance, une limitation de durée, de nombreux risques de déchéance en matière de brevets. Aller au delà, opposer à l’invention industrielle la négation de tout droit, ce serait, à ce qu’il nous semble, non-seulement sacrifier des intérêts qui, pour être représentés par des particuliers, ne cessent point d’être légitimes, mais encore sacrifier même l’intérêt général par la violation d’un grand principe.
- Loin d’être en contradiction avec l’esprit de la législation moderne, le régime qui garantit la propriété industrielle est, au contraire, un progrès des plus sérieux de notre temps. En laissant les inventions dans le domaine public, c’est-à-dire en n’accordant pas à l’invention la protection qui était accordée à la propriété matérielle, l’ancienne législation offrait une regrettable lacune. C’est l’honneur de la législation moderne de s’appliquer à trouver les règles les plus appropriées pour la garantie des droits qui avant elle étaient méconnus. Dans cet ordre d’idées, rien de plus salutaire ni de plus élevé que d’étendre à une nature de propriété, considérée jusqu’ ors comme insaisis-
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- BIBLIOGRAPHIE.
- sable, la protection $t les garanties attachées à la propriété des objets matériels.
- Cette affirmation du principe ne nous empêchera point de reconnaître les difficultés extrêmes de l’application, difficultés qui n’ont été que très-imparfaitement résolues en France par la lot de 1844, et qui résultent également des lois étrangères. Les procès sont nombreux et délicats; la jurisprudence n’est pas encore fixée ; les inventeurs et les industriels souffrent des incertitudes qui régnent dans cette partie de la législation. Est-ce à dire qu’il faille, dès lor&, supprimer toute loi en matière de brevets? n’est-il pas plus rationnel de rechercher les améliorations que l’expérience indique dans les lois constantes?
- Les condamnations prononcées contre les brevets, dans l’intérêt des brevetés, par des hommes d’État, par des économistes, et même par quelques ingénieurs, nous paraîtraient beaucoup plus concluantes, si elles étaient appuyées par les brevetés eux-mêmes. On sait qu’il n’en est pas ainsi. Le suffrage universel des brevetés, s’il était invoqué, voterait sans aucun doute pour le maintien du principe, sinon des dispositions réglementaires, qui concernent la propriété de l’invention industrielle.
- Dans l’ouvrage dont nous vous rendons compte, M. Thirion a résumé la législation en vigueur sur les brevets dans vingt-sept pays étrangers, sur lesquels on compte vingt pays d’Europe. Parmi ces derniers, la Suisse fait défaut, et son exemple est invoqué par les adversaires des brevets. Cette exception, qui pourrait s’expliquer par le caractère de l’industrie suisse et par certaines particularités inhérentes à la constitution cantonale, n’est point de nature à diminuer l’autorité qui s’attache à l’existence d’une loi sur les brevets dans la plupart des nations européennes et aux États-Unis. Peut-être même, la presque unanimité que fait ressortir cette statistique peut-elle faciliter la réforme utile des lois actuelles, en inspirant aux Gouvernements la pensée de soumettre la question à une étude concertée, qui aboutirait à des conventions internationales, en vue de garantir partout, sous les mêmes conditions et au moyen d’une loyale réciprocité, la propriété de l’invention industrielle, ainsi que cela se pratique déjà pour la propriété littéraire et artistique.
- En résumé, si nous admettons que la loi de 1844 comporte de nombreuses améliorations, dont nous n’avons pas cru devoir indiquer ici le détail, nous ne pensons pas que le principe même des brevets doive être abandonné. En présence des attaques dont ce principe a été récemment l’objet, nous avons cru qu’il ne serait pas inopportun de soumettre à la bienveillante attention du
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- Conseil les réflexions qui précèdent sur une question qui nous parait de nature à éveiller la sollicitude toute particulière de la Société d’encouragement.
- Le comité de commerce vous propose, Messieurs, de transmettre à M. Thi-rion les remercîments du Conseil pour l’envoi de son livre, qui sera déposé à la bibliothèque, et d’autoriser l’insertion du présent rapport dans le Bulletin de la Société.
- Signé C. Lavollée, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 3 mai 1865.
- STATISTIQUE COMMERCIALE.
- L’AGRICULTURE ET LES CHEMINS DE FER.
- I. — Transport des céréales.
- Renseignements relatifs à la production et à la consommation générale de la France.
- La moyenne de la production de la France en céréales, pendant la période décennale de 1854 à 1863, a été de 95 millions d’hectolitres.
- La moyenne de la consommation annuelle varie entre 86, 90 et 92 millions d’hectolitres.
- Toutes les fois que la production est inférieure à 86 millions, il y a disette; toutes les fois que la production dépasse 92 millions, il y a excédant.
- Depuis vingt ans, nous avons eu en France trois disettes :
- En 1846, la production n’a été que de 60 millions d’hectolitres.
- En 1855, — 72 —
- En 1861, — 75 —
- Le déficit, pendant ces trois années, n’a pu être comblé qu’avec les arrivages de l’Etranger qui nous a vendu :
- En 1846........................ 14 millions d’hectolitres.
- En 1855............................ 10 —
- En 1861............................ 12 —
- mais, pour chacune de ces années, les choses ont suivi une marche bien différente :
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- STATISTIQUE COMMERCIALE.
- En 1846, et même en 1855, les incertitudes que l’existence de l’échelle mobile faisait peser sur le commerce, l’absence d’un grand nombre de lignes de chemins de fer, ont singulièrement retardé l’arrivée de l’approvisionnement demandé à l’Étranger; cet approvisionnement a mis plus de huit mois à nous parvenir, et les prix moyens annuels se sont élevés sur les marchés régulateurs à 32f,80 l’hectolitre en
- 1846 et 1847 ; en 1855 et 1856, à 31f,10 l’hectolitre.
- A certains moments, la hausse a été bien plus considérable, et le prix s’est élevé à 40 et même à 45 fr»
- En 1861, au contraire, la suppression de toute réglementation d’une part, et surtout l’existence d’un nombre considérable de voies de fer d’autre part, ont permis l’arrivée, en quelque sorte immédiate, de la quantité de céréales nécessaires à l’alimentation du pays, et, avant la fin de 1861, la France avait son approvisionnement d’un an au complet ; aussi le prix de l’hectolitre demeurait-il partout inférieur à 30 fr.
- Sans aucun doute, la sécurité assurée par la suppression de l’échelle mobile a pu activer des négociations entreprises à l’Étranger, mais la certitude d’effectuer des transports dans presque toute la France à des prix invariables, et que nous allons faire connaître, doit entrer pour une très-grande part dans l’activité imprimée aux acquisitions de céréales faites dans les derniers mois de 1861.
- Avant d’indiquer quelles sont les bases légales et les bases adoptées par les Compagnies, nous mentionnerons un seul fait qui montrera la différence entre la situation de
- 1847 et la situation actuelle.
- En 1847, la Ville de Vesoul, effrayée de l’élévation extraordinaire du prix des céréales, fit à Marseille deux achats de blé aux conditions ci-après :
- 1er achat. — 1er février 1847.
- F.
- Prix de l’hectolitre à Marseille...................................... 27,00
- Prix de transport de Marseille à Vesoul................................. 14,75
- Total........................................ 41,75
- 2* achat. — 10 mars 1847.
- Prix de l’hectolitre à Marseille...................................... 29,30
- Prix de transport de Marseille à Vesoul................................. 14,00
- Total........................................ 43,30
- Le prix de transport d’un hectolitre entre Marseille et Vesoul, sur une distance de 670 kilomètres, a atteint le chiffre énorme de 14,75, soit par tonne. . . 174f,00
- en ne comptant que 12 hectolitres par tonne.
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- Le prix actuel des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée et de l’Est,
- pour le même parcours, est de.......................................... 33f,55
- soit moins du cinquième du prix de 1847.
- On peut, à cette occasion, émettre un regret au sujet du mode d’appréciation des céréales à l’hectolitre ; tous les transports s’évaluent à la tonne, et on suit mal la relation qui s’établit entre ces deux éléments constitutifs du prix définitif de la marchandise. En critiquant les prix réclamés par les Compagnies de chemins de fer, on oublie que ces prix concernent une unité qui représente 12 à 13 hectolitres; les variations qui s’établissent d’un marché à l’autre représentent la valeur d’un transport sur une distance considérable.
- II. — Prix fixés par les cahiers de charges pour le transport
- DES CÉRÉALES.
- Le cahier des charges accepté par toutes les Compagnies de chemins de fer contient, pour les céréales, les désignations suivantes :
- Blés, grains, farines, légumes farineux, riz, maïs, châtaignes et autres denrées alimentaires non dénommées.
- Toutes ces marchandises sont rangées dans la deuxième classe et taxées, par conséquent, 0f,14 par tonne et par kilomètre.
- Les frais accessoires de chargement et de déchargement sont fixés, chaque année, par le Ministre des Travaux Publics à lr,50 par tonne.
- Mais le transport des céréales a pour le pays une importance telle, que le Gouvernement s’est réservé, pour cette nature de marchandises, un droit spécial et exceptionnel, celui de réduire de moitié, c’est-à-dire à 0f,07 par tonne et par kilomètre, le prix du transport, quand le blé atteindrait un prix élevé.
- Cette exception est formulée de la manière suivante :
- « Art. 42. —......Dans le cas où le prix de l’hectolitre de blé s’élèverait, sur le
- « marché régulateur de.............. à 20 fr. et au-dessus, le Gouvernement pourra
- « exiger de la Compagnie que le tarif du transport des blés, grains, riz, maïs, farines « et légumes farineux, péage compris, ne puisse s’élever au maximum qu’à 0f,07 par « tonne et par kilomètre. »
- Le marché régulateur, désigné dans plusieurs cahiers de charges, est celui de Gray.
- Le Gouvernement a fait usage de cette faculté, une seule fois, le 26 septembre 1861; mais on peut dire qu’elle était pour ainsi dire sans objet, en présence des prix perçus par les Compagnies, non-seulement aux époques pendant lesquelles on pouvait redouter la cherté des subsistances, mais en tout temps et sans aucune restriction.
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- STATISTIQUE COMMERCIALE.
- III. — Tarifs perçus par les compagnies de chemins de fer.
- Les Compagnies de chemins de fer sont toutes entrées dans la voie des plus larges abaissements de tarif, mais elles n’ont pu le faire d’une manière uniforme; chacune d’elles a dû tenir compte des conditions générales d’établissement de son réseau en plan et en profil, de la concurrence des voies navigables parallèles, des détours souvent considérables que la marchandise avait à faire pour emprunter la voie de fer, du sens général du mouvement des waggons à charge ou avide, etc., etc.; une règle invariable se prêterait très-mal aux exigences si diverses du Commerce, et ce n’est qu’au prix de nombreuses combinaisons que les Compagnies, enlacées d’ailleurs par une réglementation chaque jour plus étroite, ont pu créer le mouvement commercial qui existe aujourd’hui.
- Nous analyserons aussi succinctement que possible les tarifs généraux ou spéciaux publiés pour chaque Compagnie, en rappelant que les tarifs généraux s’appliquent habituellement au réseau tout entier, et que les tarifs spéciaux ne concernent que des parcours déterminés; les uns et les autres peuvent être à bases kilométriques égales ou décroissantes ou à prix fermes.
- La presque totalité des céréales s’expédie aux prix des tarifs spéciaux, toujours plus bas que les prix des tarifs généraux, et ce n’est que dans des circonstances tout à fait exceptionnelles que le Public réclame l’application de ces derniers qui garantissent un délai plus court que les délais stipulés par les tarifs spéciaux.
- TRANSPORT DES CÉRÉALES.
- § 1er. — Par tarifs généraux.
- 1° Réseau de l’Est.
- (4e série, quel que soit le poids de l’expédition.)
- 0f,08, par tonne et par kilomètre, jusqu’à 200 kilomètres ;
- 0f,07, — de 201 à 300 kilomètres, avec un minimum de
- taxe de 16 fr. par tonne ;
- 0f,06, — au-dessus de 300 kilomètres, avec un minimum
- de taxe de 21 fr. par tonne.
- Frais accessoires, lf,50 par tonne.
- 2* Réseau du Nord.
- (4e série, quel que soit le poids de l’expédition.)
- 0f,10, par tonne et par kilomètre, jusqu’à 200 kilomètres;
- 0f.07, — pour les kilomètres en sus, les 200 premiers
- payant 0f, 10.
- Frais accessoires, lf,50 par tonne.
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- STATISTIQUE COMMERCIALE.
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- 3° Késean de l’Ouest.
- (4e série, quel que soit le poids de l’expédition. )
- Prix fermes entre toutes les stations du réseau, établis d’après des bases d’une variation difficile à déterminer, à moins d’opérer sur chaque point de départ.
- La base peut être considérée comme étant de 0f,10 par tonne et kilomètre, lorsqu’il n’y a pas de détour par chemin de fer depuis le point de départ jusqu’au point de destination. Lorsqu’il y a un détour, la base varie et descend jusqu’à 0f,055.
- Frais accessoires , lf,50 par tonne.
- 4* Réseau d’Orléans.
- (3e série, quel que soit le poids de l’expédition.)
- Prix fermes entre toutes les stations du réseau, établis d’après des bases différentielles difficiles à déterminer, à moins d’opérer sur chaque point de départ.
- En prenant Paris (Ivry) comme point de départ ou de destination, on a les bases suivantes :
- 1° Au départ de Paris [Ivry).
- Jusqu’à Amboise exclus.......... 207 kilomètres à.............. 0f,10
- Au delà d’Amboise jusqu’à Bordeaux, 209 à 577 kilom............ 0f,10 à (K,08
- 2° A l’arrivée à Paris [Ivry). — Pour les expéditions à destination de Paris.
- La Compagnie d’Orléans perçoit 0f,10 depuis Châtellerault, qui est à une distance de 298 kilomètres.
- Des stations au delà de Châtellerault jusqu’à Bordeaux, la base varie de 0f,10 à 0f,08 par tonne et kilomètre.
- 5° Réseau de Lyon.
- (4e série, quel que soit le poids de l’expédition.)
- Prix fermes entre toutes les stations du réseau, d’après des bases d’une variation difficile à déterminer, à moins d’opérer sur chaque point de départ.
- En prenant Paris comme point de départ ou de destination, on trouve les bases suivantes :
- De ou pour toutes les stations jusqu’à Châlon (382 kilomètres), 0f,08 par tonne et kilomètre ;
- De ou pour les stations au delà de Châlon à Lyon et de Lyon à Valence (390 à 617 kilomètres), base variant de 0f,08 à 0f,07,6 par tonne et kilomètre;
- Tome XII. — 64e année. 2e série. — Septembre 1865.
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- De ou pour les stations au delà* de Valence jusqu’à Marseille et Cette (626 à 865 kilomètres), base variant de 0f,07,6 à 0f,06,2 par tonne et kilomètre.
- Frais accessoires, lf,50 par tonne.
- 6° Réseau du Midi.
- (3e série, quel que soit le poids de l’expédition.)
- Prix fermes entre toutes les stations, comme sur les lignes d’Orléans, de Lyon et de l’Ouest.
- En prenant Bordeaux comme point de départ ou de destination, les bases perçues sont les suivantes :
- De ou pour toutes les stations situées à 50 kilomètres, 0e, 14 à 0f,07 par tonne et Kilomètre ;
- De ou pour toutes les stations situées à plus de 50 kilomètres, 0f,07 à 0f,05,9 par tonne et kilomètre.
- Frais accessoires , if,50 par tonne.
- § 2. — Par tarifs spéciaux.
- 1° Réseau de l’Est.
- (Quel que soit le poids de l’expédition.)
- Pour les parcours jusqu’à 200 kilomètres. .
- Pour les parcours de plus de 200 kilomètres jusqu’à 300...................................
- Pour les parcours de plus de 300 kilomètres jusqu'à 500...................................
- Pour les parcours de plus de 500 kilomètres.
- 0f,08 par tonne et par kilomètre, sans que la taxe puisse être supérieure à 14 fr. par tonne.
- 0f,07 par tonne et kilomètre, sans que la taxe puisse être supérieure à 18 fr. par tonne.
- t 0f,06 par tonne et kilomètre, sans que la taxe 1 puisse être supérieure à 20 fr. par tonne.
- . . 0f,05 par tonne et kilomètre.
- Frais accessoires, 1 fr. par tonne.
- Les bases ci-dessus sont appliquées sur tous les parcours autres que ceux favorisés de prix fermes établis d’après des bases bien plus réduites; ces parcours sont nom breux, ainsi que cela résulte du tarif spécial P. V. n° 4 relatif au transport des céréales.
- Ainsi, de Paris à Meaux et autres stations d’une certaine importance, situées au delà vers Givet, Longuyon et Nancy, 43 à 352 kilomètres de parcours, il y a des prix fermes qui laissent des bases de 0f,04,9 à 0q03,84.
- De Paris aux stations de la ligne de Mulhouse, vers Coulommiers, Gray et Vesoul, les prix fermes laissent des bases de 0f,05,75 à 0r,04,35.
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- De Meaux, la Ferté-sous-Jouarre, Château-Thierry, Epernay, Reims, aux principaux points jusqu’à Strasbourg et Mulhouse, les prix fermes donnent des bases de 0f,05 à 0f,03, et même 0f,02,77.
- De Châlons-sur-Marne, Vilry-le-Français, Bar-le-Duc,.Sorcy, Nancy, Epinal, Remi-remont, Saint-Bié, Gray et Montereau, il y a également des prix fermes pour un certain nombre de points, dont les bases sont aussi réduites que celles indiquées ci-dessus au départ de Meaux, la Ferté-sous-Jouarre, etc., etc., et qui varient entre 0f,05 et 0f,02,75.
- 2° Réseau du Nord.
- (Expédition d’au moins 5,000 kilogrammes.)
- Prix de la sixième série du tarif général, avec un maximum de taxe de 12 fr. par tonne.
- Les bases d’après lesquelles sont calculés les prix de cette série sont les suivantes, par tonne et par kilomètre :
- Jusqu’à 10 kilomètres.......................................... 0f,10, soit, pour 10 kilom. lf,00
- De H à 70 — (en prenant 1 fr. pour les 10 premiers), 0f,07, — 70 — 5f,20
- De 71 à 160 — ( — 5f,20 — 70 — J, 0f,05, — 160 — 9f,70
- De 161 à 240 — ( — 9r,70 — 160 — ), 0r,04, — 240 — 12f,90
- Frais accessoires, 1 fr. par tonne.
- Le maximum de taxe de 12 fr. par tonne comprend les frais de chargement, de déchargement et de gare, de sorte que c’est réellement 11 fr. que l’on doit prendre pour taxe maxima de transport. Cette taxe répond au prix de la sixième série pour 193 kilomètres, et laisse une base kilométrique de 0f,05,7. Il s’ensuit que de 194 kilomètres à 325 kilomètres, la plus grande longueur du chemin du Nord (de la Chapelle à Calais), la base varie de 0f,05,7 à 0f,03,384 par tonne et par kilomètre.
- 3° Réseau de l’Ouest.
- (Quel que soit le poids de l’expédition. )
- Jusqu’à 100 kilomètres............ 0f,09; minimum détaxé, 1 fr. par tonne.
- De 101 à 200 — .......... 0‘,08 — 9 » —
- De 201 à 300 — .......... 0f,06 — 14 » —
- Aü-dessus de 300 — .......... 0f,05 — 18 » —
- Frais accessoires, 1 fr. r tonne.
- La Compagnie applique, sur un assez grand nombre de parcours, des prix fermes établis d’après des bases inférieures à celles indiquées ci-dessus.
- Ainsi, de Batignolles pour les points ci-après, les prix sont fixés comme suit :
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- STATISTIQUE COMMERCIALE *ï
- F. F. C.
- Rouen..........". . . 134 kilomètres 5,75 base 0,03,544
- Le Havre................ 226 — 8,50 — 0,03,318
- Dieppe.................. 198 — 7,50 — 0,03,277
- Honfleur................ 230 — 10,00 — 0,03,913
- Caen.................... 237 — 14,00 — 0,05,485
- Pour Batignolles, les prix sont les suivants :
- F. F. c.
- De Gaillon.............. 91 kilomètres 6 » base 0,05,494
- Rouen................... 134 — 8 » — 0,05,223
- Le Havre................ 226 — 10 » — 0,03,982
- Honfleur................ 230 — 10 » — 0,03,913
- Caen.................... 237 — 14 » — 0,05,485
- 4° Réseau d’Orléans.
- (Quel que soit le poids de l’expédition, tarif spécial D n° 21.)
- Jusqu’à 100 kilomètres. . . 0f,08.
- De 101 à 250 — . . . 0f,06; minimum de taxe, 8 fr. par tonne.
- De 251 à 400 — ... 0f,05 — 15 » —
- Au-dessus de 400 — ... 0f,04 — 20 » —
- Frais accessoires, lf,50 par tonne.
- Au départ d’une station quelconque comprise entre Orléans, Châtellerault et Saint-Nazaire, pour une station de la section de Port-Boulet à Saint-Nazaire à la descente de la Loire, la base est de 0f,04 par tonne et kilomètre, plus 1 fr. par tonne de frais accessoires.
- La Compagnie d’Orléans favorise, en outre, certains parcours de prix fermes laissant des bases kilométriques moindres que celles de 0f,08, 0f,06 et 0f,05, indiquées ci-dessus. Ces parcours sont peu nombreux, ainsi que le montre la nomenclature suivante :
- F. c. F. C.
- 1° De Penne à Bordeaux 253 kilomètres 10 » base 0,03,557
- Bordeaux 827 — 21 50 — 0,02,478
- 2° De Quimper et de Châteaulin à. Agen 1003 — 25 » — 0,02,392
- et vice versa. Montauban. . . . 1150 — 30 » — 0,02,521
- (Les distances sont de Châteaulin.) Rodez 1083 — 30 » — 0,02,677
- Toulouse 1172 — 31 » — 0,02,559
- Redon 67 — 4 » — 0,04,477
- 3° De Nantes et Saint-Nazaire à. Lorient 175 — 8 » — 0,04
- Quimper 240 — . 9 » — 0,03,333
- et vice versa. Napoléonville. . . 195 — 8 » — 0,03,589
- {Les distances sont de Saint-Nazaire.) Châteaulin. . . . 271 — 10 » — 0,03,321
- Arnage 349 — 14 » — 0,03,724
- Bordeaux 751 — 21 50 — 0,02,726
- 4° De Napoléonville à Agen 927 — 25 » — 0,02,588
- et vice versa. Montauban. . . . 1074 — 30 » — 0,02,7
- Rodez 1008 — 30 » — 0,02,876
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- STATISTIQUE COMMERCIALE.
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- §° Réseau de Lyon.
- (Expédition d’au moins 500 kilogr. — Tarif spécial n° 1.)
- Les bases perçues sur ce réseau sont les suivantes :
- 1° Section de Paris à Lyon (Yaise) et ses embranchements.
- Jusqu’à 50 kilomètres, 0f,06; minimum de taxe, 2 fr. par tonne; au-dessus de 50 — 0f,04; maximum de taxe, 30 fr. par tonne, pour les ex-
- péditions de ou pour Marseille, Cette, Aix et Alais.
- 2° Sections de Lyon (Yaise) à la Méditerranée et embranchements de Mâcon à Genève, de Lyon à Moret, par Nevers et embranchements.
- Jusqu’à 50 kilomètres, 0f,07 ; minimum de taxe, 2f,50 par tonne; au-dessus de 50 — 0f,05 ; maximum de taxe, 30 fr. par tonne, pour les expé-
- ditions de Marseille, Cette, Aix et Alais à une station quelconque de la section de Paris à Lyon (Vaise), et vice versa.
- 3° Section de Mouchard à Bourg.
- (P, 07 par tonne et kilomètre.
- Frais accessoires sur toutes les sections, lf,50 par tonne.
- Sur la ligne de Lyon à Grenoble, l’embranchement de Rives à Saint-Rambert-d’Al-bon, la ligne de Valence à Chambéry, la Compagnie de Lyon applique les prix de la sixième série de son tarif général. Ces parcours sont sans importance.
- 6° Réseau du Midi.
- (Quel que soit le poids de l’expédition. — Tarif spécial n° 7.)
- IDe Bordeaux à Bayonne, de Lamothe à Arcachon et de Morcenx à Bagnères-de-Bigorre à une autre station des mêmes sections ;
- De Toulouse à Montréjean et de Port-Saint-Simon à Foix à une autre station des mêmes sections ;
- De Narbonne à Perpignan à une autre station de la même section ;
- D’Agde à Lodève à une autre station de la même section ;
- Or,08 par tonne et par kilomètre.
- sans que la taxe, frais de manutention compris, puisse excéder :
- De Bordeaux à Bayonne F. 16 » F. C. 0,07,57
- — à Castelnau 204 — 11 75 0,05,27
- De Dax à Bayonne 51 — 2 50 0,03
- De Foix à Perpignan 289 — 20 » 0,06,55
- — à Béziers . . 254 — 17 » 0,06,3
- — à Narbonne 228 — 15 » 0,06,1
- — à Lézignan 206 — 13 » 0,06
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- STATISTIQUE COMMERCIALE.
- 2° D’une station quelconque de la section de Pau à Bayonne et de Puyos à Dax à
- une autre station de la même section.
- Jusqu’à 30 kilomètres. . . 0f,08. Au-dessus de 30 — ... 0f,07. F. F. c.
- Maximum de taxe de Bayonne à Pau. . . . 100 kilomètres 8 » 0,07
- — à Orthez.. . 62 — 5 » 0,06,6
- — à Peyrchorade 30 — 2 50 0,05
- Il y a, en outre, un prix ferme de 27 fr. par tonne, plus les frais de manutention de Cette et de la Peyrade à Bayonne, 677 kilomètres, et Mont-de-Marsan, 626 kilomètres (bases 0f,04 et 0f,04,33).
- Sur les parcours qui ne bénéficient pas du présent tarif spécial, ce sont les prix du tarif général, 3e série, qui sont appliqués.
- La nomenclature qui précède est bien aride, mais elle montre que toutes les Compagnies ont étendu au transport des céréales les tarifs les plus bas.-Sur tous les^ réseaux, on trouve les taxes de 6, 5 et 4 centimes, souvent même celles de 0f,03 et de 0f,02,5; on ne saurait évidemment aller au delà.
- Ajoutons encore que, si on suit la longue nomenclature des tarifs à prix faits, on trouve partout des prix de 4, 5, 6, 8 ou 10 centimes par tonne, c’est-à-dire des prix qui représentent 0f,003, 0f,004, 0f,005, 0f,007, 0f,008 par hectolitre, c’est-à-dire une bien faible fraction de la valeur d’une marchandise soumise à des oscillations qui dépassent de beaucoup le prix de transport. Dans les moments de panique, on a vu des oscillations de 4 à 5 fr. par hectolitre d’un marché à l’autre ; 5 fr. par hectolitre représentent 60 fr. par tonne ; pour ce prix, on expédierait des céréales de Dunkerque à Nice par chemins de fer.
- IV.— Quantités de céréales transportées par les chemins de fer français
- PENDANT UNE PÉRIODE DE CINQ ANNÉES.
- Nous groupons dans un même chiffre les renseignements fournis par les Compagnies dans les comptes rendus annuels 5 la division adoptée pour les grains, graines, farines n’étant pas la même pour les divers réseaux, on ne peut faire de comparaison que sur les chiffres totaux.
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- DÉSIGNATION des chemins. 1860. 1861. 1862. 1863, 1864.
- Nord T. 160,000 T. 270,000 T. 210,000 T. 232,000 T. 181,000
- Est 269,000 356,000 412,000 413,000 501,131
- Orléans 347,000 392,000 376,000 412,000 385,0Q0
- Ouest )) 468,000 6,000 346,000
- Paris-Lyon-Méditerranée 630,000 819,000 813,000 883,000 849,000
- 162,000 129,000 134,000 121,000 119,000
- Totaux )) 2,434,000 2,258,000 2,407,000 2,381,131
- Ea prenant les années pour lesquelles nous avons pu réunir des documents complets, on trouve que les chemins de fer ont transporté :
- En 1861, 2,434,000 tonnes représentant 30,425,000 hectolitres.
- En 1862, 2,258,000 — 28,225,000 —
- En 1863, 2,407,000 — 30,087,000 —
- En 1864, 2,381,000 — 29,762,000 —
- Comparées à la consommation générale de la France, ces quantités représentent plus du tiers de la consommation totale, et, si du chiffre de cette dernière on défalquait les quantités consommées sur place, on arriverait à cette conclusion que les chemins de fer transportent la plus grande partie des céréales nécessaires à l’alimentation du pays et à des conditions de prix presque sans influence sur la valeur de la marchandise.
- Y. — Transport des engrais et des amendements.
- Si l’enquête de 1859 a révélé l’existence, dans notre pays et à cette époque, d’opinions très-différentes sur la nature et l’importance des modifications à introduire dans l’ancienne législation sur les céréales, il n’en est pas de même en ce qui concerne les engrais et les amendements. A cet égard, toutes les déclarations sont unanimes; la quantité d’engrais dont dispose le pays est insuffisante, ou au moins on ne recherche pas assez les moyens d’utiliser ceux que Fon possède; la culture est dirigée dans une voie mauvaise; tous les frais de culture sont des frais de main-d’œuvre; on travaille, on bouleverse incessamment le sol et on ne songe pas à lui restituer par l’engrais ou par l’amendement les éléments qu’emportent les récoltes, etc., etc.
- Ces doléances étaient fondées ; elles le sont encore sur bien des points. On ne sait pas assez que le seul moyen de dépenser peu par hectolitre est de dépenser beaucoup
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- par hectare; ce qu’il faut avant tout à l’agriculture, ce sont des engrais; les chemins *de fer n’ont rien négligé pour assurer le développement des transports de ces substances si précieuses. Toutes les Compagnies ont étudié les combinaisons les plus propres à assurer la répartition des engrais et des amendements sur tout le territoire de l’Empire; mais une des choses qui manquent à l’agriculture, c’est de savoir se servir des chemins de fer, c’est de savoir acheter des engrais là où ils sont à bas prix, c’est de savoir, enfin, s’affranchir des intermédiaires qui absorbent souvent, sous les titres les plus divers, commission, prime, affranchissement, débours, etc., une part considérable de la valeur de la marchandise, et qui rendent souvent stériles les abaissements de tarifs spontanément consentis par les Compagnies. Nous ne citerons qu’un exemple de celte influence désastreuse des intermédiaires : en ce moment même, le bétail sur pied se vend très-mal, la viande reste chère; dans quelles mains reste la différence?
- Prix stipulés aux cahiers des charges des Compagnies.
- Le cahier des charges, accepté par toutes les Compagnies en 1859, range dans la troisième classe, c’est-à-dire dans les marchandises transportées à 0f,10 par tonne et par kilomètre, les marchandises ci après : marnes, cendres, fumiers et engrais, pierres à chaux et à plâtre, argiles, c’est-à-dire toutes les substances qui peuvent être employées, soit comme engrais, soit comme amendements.
- Lorsque les conventions de 1859, passées entre l’Etat et les Compagnies, furent révisées en 1863, les Compagnies acceptèrent la création d’une quatrième classe contenant les marnes, cendres, fumiers, engrais, pierres à chaux et à plâtre, et spécifiant les prix ci-après :
- Jusqu’à 100 kil......0f,08 par tonne et par kilomètre, avec maximum de 5 fr.
- De 101 à 300 kil. . . . 0f,05 — — 12 »
- Au-dessus de 300 kil. 0f,04 — — » »
- Mais, ainsi que nous allons le voir, les Compagnies avaient depuis longtemps devancé les désirs du Gouvernement et mis à la disposition du Public des tarifs très-inférieurs à ceux stipulés dans la nouvelle quatrième classe.
- Tarifs généraux perçus par les Compagnies.
- Comme tarifs généraux, les Compagnies ont, pour la plupart, adopté la quatrième classe que nous venons de faire connaître; mais on peut dire que jamais ces tarifs généraux ne sont appliqués, le Commerce réclamant toujours le bénéfice des tarifs spéciaux pour lesquels les Compagnies ont, en échange de grands abaissements de prix, spécifié une certaine latitude dans les délais de transport.
- Sous le nom d'engrais, les Compagnies acceptent le guano, la poudrette, l’engrais humain (dans des conditions particulières), le noir animal, les os, les cornailles, les
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- débris d’équarrissage, les chiffons de laine, les tourteaux, les résidus de la raffinerie et de la distillerie;
- Sous le nom d'amendements, les marnes, les argiles, les pierres à plâtre et à chaux, la chaux et le plâtre, les cendres et charrées, les cendres pyriteuses ou sulfureuses, les engrais de mer, les phosphates de chaux fossiles ou coprolithes.
- Toutes ces marchandises sont réunies partiellement dans divers tarifs qui comprennent quelquefois d’autres désignations; il en résulte une impossibilité absolue de faire des comparaisons statistiques. Ainsi, la pierre à plâtre est taxée de même, qu’elle soit destinée à l’agriculture ou au bâtiment -, la terre à brique est quelquefois confondue avec la marne. On ne peut qu’étudier les renseignements publiés par chaque Compagnie, sans faire des comparaisons qui manqueraient d’un point de départ certain.
- Tarifs spèciaux publiés par chaque Compagnie.
- 1* Réseau de l’Est.
- Tarif spécial n° 36. — Applicable sur tout le réseau et au départ de toutes les stations ouvertes au service de la petite vitesse.
- Engrais, déchets, plâtres, etc.
- Jusqu’à 300 kilom., 0f,05 par tonne et par kilomètre, avec un minimum de taxe de 2 fr. et un maximum de 12 fr. ; au delà de 300 kilom., 0f,04.
- Ce tarif diffère du tarif général en ce que la base de 0f,08 est remplacée par celle de 0f,05.
- Tarif spécial n° 18. — Plâtres et cendres pour engrais.
- Ce tarif spécial, établi au départ de La Villette, Noisy-le-Sec, Gagny, Chelles, Lagny, Esbly, Nanteuil, Nogent-l’Artaud, Château-Thierry, Varennes, Dormans, Rosny et Nogent-sur-Marne, contient des prix très-réduits qui ont été calculés d’après les bases suivantes :
- 1° Pour les parcours jusqu’à 250 kilom., 0r,02 à 0f,03,5 par tonne et kilomètre, sans dépasser le prix de 5 fr. par tonne;
- 2° Pour les parcours de plus de 250 kilom., 0f,02 par tonne et kilomètre.
- Tarif spécial n° 20. — Guano, déchets de boucherie, déchets de tannerie, engrais de mer, boues, fumier, poudrette ou matières liquides, poudrelte solide, engrais non dénommés.
- Ce tarif est applicable, au départ de Paris, Gray et Laon, pour toutes les destinations du r éseu.
- Les prix sont fixés comme suit :
- Tome XII. — 64e année. 2e série. — Septembre 1865.
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- Jusqu’à 100 kil., maximum 4 fr. par tonne'. . . .
- Au-dessus de 100 kil. jusqu’à 200, maximum 5 fr.
- par tonne....................................
- Au-dessus de 200 kilomètres....................
- Ce tarif consacre une nouvelle réduction sur 200 kil., les bases de 5 et de 4 centimes sont réduites à deux centimes et demi. Il n’est applicable qu’au départ des gares de Paris, Laon et Gray, c’est-à-dire des gares qui peuvent recevoir le guano des ports de la Manche et de la Méditerranée.
- Au départ de Paris, le tarif n° 20 permet l’expédition des engrais liquides dans des waggons-citernes fournis par les expéditeurs; la taxe est d s deux centimes et demi par kilomètre pour toute destination.
- Entrepris par la maison Gargan et comp., ces transports prennent une grande extension ; les matières liquides sont portées dans des citernes ou réservoirs construits déjà dans un certain nombre de stations de la Champagne et de la Brie, et les agriculteurs viennent les acheter au détail. Ces engrais vont, en ce moment, jusqu’à Mourmelon, c’est-à-dire à 200 kilomètres de Paris.
- Tarif n° 20 bis. — Transport des cendres au départ de certaines stations de l’Alsace.
- De tout temps, les habitants du versant oriental des Vosges ont été chercher dans les villes d’Alsace des cendres pour leurs prairies. La Compagnie de l’Est a voulu étendre cette facilité à toutes les communes du versant lorrain des Vosges; le tarif n° 20 bis stipule, au départ de Wesserling, Mulhouse, Colmar, Schlestadt, Strasbourg et Sa-verne, des prix fermes pour Remiremont, Bains, Aillevillers-Plombières et Saint-Dié, calculés à raison de trois centimes, deux centimes et demi et même deux centimes.
- Tarif n8 20 ter. — Cendres sulfureuses pour engrais.
- Il existe dans la plaine comprise entre Soissons, Laon, Reims, Charleville et Sedan des gisements de cendres pyriteuses ou sulfureuses qui ont sur certains sols une action très-énergique; la Compagnie de l’Est a établi, au départ de toutes les stations situées dans le périmètre dont nous venons de définir les sommets, un tarif à deux centimes, en destination de toutes ies gares situées vers Givet d’une part, vers Nancy, Metz et Forbach d’autre part.
- Or,05 \
- 0f 04 ( Par tonne el kilomètre. 0f,025 J
- la quatrième classe; à partir de
- Tarif n° 21 bis. — Cendres pour engrais.
- Applicable sur tout le réseau avec distances supérieures à 100 kilomètres
- Tarif n° 24. — Coprolithes ou phosphates de chaux pour engrais.
- Le département des Ardennes et celui de la Meuse contiennent des gisements de phosphates de chaux fossiles dont l’exploitation se développe chaque jour; les tarifs,
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- établis au départ de toutes les stations dans lesquelles des gisements ont été signalés, stipulent des bases d’environ 0f,03, et, grâce à des concessions faites par la Compagnie d’Orléans, ces substances se répandent dans le centre de la France, et notamment dans la Sologne.
- 2° Réseau du Nord.
- Engrais par waggon complet, tarif spécial P. Y. n° 18, au départ de Paris (La Chapelle), Argenteuil,
- Beauvais et Laon.
- Prix de la sixième série, dont les bases varient entre 0f,10 et 0f,04,6, sans dépasser les taxes maxima suivantes :
- 7 fr. par tonne pour Soissons, Saint-Quentin, la Fère, et stations intermédiaires, c’est-à-dire 0f,04,6 pour le point le plus éloigné de Paris, qui est Saint-Quentin ;
- 8 fr. par tonne pour Laon, Cambrai,*et stations intermédiaires entre Saint-Quentin et Cambrai, c’est-à-dire 0f,04 pour le point le plus éloigné de Paris, qui est Cambrai;
- 10 fr. par tonne pour tous les autres points de la ligne, c’est-à-dire 0f,03 pour le point le plus éloigné de Paris, qui est Calais.
- Quant au plâtre (le Nord n’a pas, comme l’Est, la désignation de plâtre pour engrais), il est transporté d’après le tarif spécial P. V.- n° 7, au départ de La Chapelle, Argenteuil, Beauvais, Creil, Compiègne et Noyon, aux prix de la sixième série.
- Les bases sont conséquemment les mêmes que pour l’engrais, mais il y a une taxe maxima de 6f,60 par tonne qui, au départ de La Chapelle, laisse 0f,06,6 à 0f,03,3 de 100 à 200 kilomètres, et 0r,03,3 à 0f,02 de 201 à 325 kilomètres, la plus longue distance.
- 3° Réseau de l’Ouest.
- Engrais. — Tarif spécial P. Y. n° 10.
- Plâtre. — P. V. n° 12.
- ' 1° Engrais par waggon complet.
- Jusqu’à 75 kilomètres........ 0r,07; minimum de taxe, 2 fr. par tonne.
- De 76 à 150 —........... 0f,05 — 5f,25 —
- Au-dessus de 150—............ 0f,04
- De Saint-Malo aux stations vers Rennes, 0f,04.
- La Compagnie de l’Ouest applique, sur divers parcours, des prix fermes plus réduits que ceux obtenus au moyen des bases ci-dessus.
- Ainsi, du Havre et de Dieppe à Rouen, 81 et 61 kil.......... 0f,04
- de Batignolles à Mantes, 56 kil...................... 0f,04
- — Rouen, 134 kil...................... 0f,03
- De Vaugirard à Mainlenon, Chartres, la Loupe, Sablé, Rennes, Redon, Lamballe, Saint-Brieuc etGuingamp, la base varie de 0f,04 à 0f,03.
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- 2® Plâtre par waggon complet.
- Mêmes bases que ci-dessus.
- Des prix fermes sont perçus au départ d’Argenteuil, de Batignolles, de Vaugirard et de Treil pour les points principaux de la ligne, avec des bases de 0f,05 à 0f,02,5.
- 4® Réseau d’Orléans.
- Engrais et plâtres par waggon complet, tarif spécial D n® 17.
- 1® Engrais.
- Jusqu’à 200 kil............ 0f,05; minimum de taxe, 2f,50 par tonne.
- De 201 à 400 kil........... 0f,04 — 10 » —
- Au-dessus de 400 kil....... 0f,03,5 rs 16 » —
- 2° Plâtres.
- Pour le plâtre, il y a des prix fermes au départ de Paris pour tous les points d’une certaine importance, dont les bases varient de 0f,04,66 à 0f,02.
- Ainsi, pour Orléans...... 120 kilomètres, on perçoit 0f,04,66
- pour Blois......... 177 — 0f,03,87
- pour Tours......... 233 — 0f,03,43
- pour Bordeaux.. . . 577 — 0f,02
- 3° Guano.
- La Compagnie d’Orléans applique un tarif au guano au départ de Saint-Nazaire, Nantes, Bordeaux, La Rochelle et Rochefort (Charente), avec des prix fermes inférieurs à ceux qui résultent des bases réduites de 8, 5 et 4 centimes, prévues par la quatrième classe du tarif général.
- 5° Réseau de Paris h Lyon-Méditerranée.
- Engrais par waggon complet. — Tarif spécial n» 34*
- Plâtre — — n# 31.
- il0 Engrais.
- Jusqu’à 100 kil.......... 0f,06 ; maximum de taxe, 5 fr. par tonne.
- De 101 à 200 kil. ..... 0f,05 — 8 » —
- Au-dessus de 200 kil..... 0f,04
- 2° Plâtre.
- Jusqu’à '50 kil........ 0f,06
- De 51 à 100 kil........ 0f,05; minimum de taxe, 3 fr. par tonne.
- De 101 à 150 kil....... 0f,04 — 5 » —
- Au-dessus de 150 kil. . . 0f,03 — 6 » —
- De Paris (Bercy) et de Charenton, il y a des prix fermes à bases plus réduites pour Auxerre, Saint-Florentin, Tonnerre, Montbard.
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- Ainsi, pour Auxerre...... 174 kil., 4 fr., on perçoit 0f,02,3 au lieu de (K,03
- Saint-Florentin. 172 — 4 » — 0f,02,3 — 0f,03
- Tonnerre 196 — 5 » — 0f,02,6 — 0f,03
- Montbard. . . . 242 — 6 » — 0f,02,48 — 0f,03
- Ainsi, dans toutes les Compagnies de l’Est, du Nord, de l’Ouest, d’Orléans, de Paris à Lyon et à la Méditerranée, nous voyons les taxes s’abaisser et atteindre des limites de trois centimes, de deux centimes et demi et même de deux centimes, dans des directions où les besoins de l’agriculture se sont révélés et au-devant desquels même on peut dire que les tarifs ont été établis.
- Quantités d’engrais transportées par les Compagnies.
- Ainsi que nous l’avons dit, il est impossible de comparer les chemins entre eux, à cause de la différence de leurs nomenclatures statistiques. Nous ne pouvons citer que quelques chiffres.
- 1* Réseau de l’Est.
- Cendres, déchets, engrais, noir animal, os bruts.
- Année 1862................... 39,000 tonnes.
- — 1863.................... 46,000 —
- — 1864.................... 69,000 —
- Sur l’Est, les plâtres, chaux et marnes sont confondus avec les argiles, briques, sables, terres et tuiles qui comprennent un tonnage total de :
- Année 1862 169,000 tonnes.
- — 1863 186,000 —
- 1864 2° Réseau d’Orléans. Engrais de toute nature. 375,000 —
- Année 1861 64,000 tonnes.
- — 1862 87,000 —
- — 1863 75,000 —
- 1864 Plâtres en pierres et en poudre. 74,000 —
- Année 1861 89,000 tonnes.
- — 1862 88,000 —
- — 1863 ; . . . 87,000 —
- — 1864 93,000 —
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- 3° Réseau de l’Ouest.
- Année 1861
- — 1862
- — 1863
- — 1864
- VI. — Transports effectués par les chemins de fer pour l’agriculture.
- Nous sortirions du cadre du présent travail, en recherchant la part que les chemins de fer peuvent revendiquer dans le développement général de l’agriculture en France depuis plusieurs années-, nous mentionnerons seulement, pour mémoire, les tarifs adoptés par toutes les Compagnies pour le transport des marchandises ci-après :
- Foin et paille,
- Pâtes et farines alimentaires, fécules,
- Houblons et bières,
- Betteraves, pulpes, alcools,
- Lait et denrées pour les marchés, fruits,
- Pommes et poires à la pelle,
- Bestiaux, bœufs, vaches, veaux et moutons,
- Animaux, instruments et produits envoyés aux Concours agricoles.
- L’énorme augmentation de la production vinicole du midi de la France exigerait également une étude spéciale, étude dans laquelle on constaterait à chaque pas l’influence exercée par la création et le développement des chemins de fer.
- VIL — Résumé général et conclusions.
- En résumé, les avantages que la construction et l’exploitation des chemins de fer ont assurés à notre pays, en ce qui concerne les céréales, sont considérables, et leur influence s’est fait sentir à tous les points de vue :
- Augmentation dans la production;
- Egalisation des prix dans tout l’Empire;
- Arrivée immédiate, et par toutes les frontières, des grains étrangers, en cas de déficit dans la récolte;
- Facilité d’exportation, en cas d’excédant dans la production.
- Nous passerons rapidement en revue chacun de ces points de vue.
- Augmentation dans la production.
- Le tableau imprimé en tête du troisième volume de l’enquête faite par le Conseil d’Etat sur la révision de la législation des céréales donne pour trente-sept années la
- Engrais.
- .................... 43,000 tonnes.
- .................... 48,000 —
- .................... 53,000 —
- .................... 58,000 —
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- surface d’hectares ensemencés en froment el la production annuelle ; il suffit d’y jeter un coup d’œil pour constater l’énorme augmentation de la production et la rapidité de cette augmentation à partir de 1850, c’est-à-dire à partir du moment où l’influence des chemins de fer peut se faire sentir.
- Pendant vingt ans, de 1820 à 1840, la production annuelle de la France n’atteint que deux fois 80 millions d’hectolitres : en 1832 et en 1840.
- Pendant dix ans, de 1840 à 1850, les chemins de fer commencent à paraître, la production atteint 82, 87, 88 et 97 millions d’hectolitres.
- A partir de 1850 jusqu’à 1864, le réseau des chemins de fer s’accroît chaque année et, dans les sept dernières années de cette période de quatorze années, la production atteint 109, deux fois 110, et enfin 116 millions d’hectolitres.
- Tout concourt, en effet, à augmenter cette production des céréales 5 les engrais sont transportés par les chemins de fer à des distances chaque jour plus grandes; il en est de même des amendements; des superficies considérables du territoire changent leur mode d’exploitation du sol; le froment remplace le seigle et couvre même, comme en Champagne, des champs abandonnés il y a peu d’années au parcours des moutons.
- Une autre révolution s’introduit dans les relations des pays de plaines et des pays de montagnes. Tant que les moyens de communication faisaient défaut,la plaine ne développait pas sa production de céréales et les habitants des vallées élevées cherchaient à se procurer, dans la culture de maigres champs de seigle, une partie des céréales nécessaires à leur consommation. Les chemins de fer changent cette situation d’une manière radicale : assurés d’un débouché, les cultivateurs de la plaine augmentent leur production; assurés de l’approvisionnement de leurs marchés, les habitants des vallées élevées renoncent à ces cultures stériles et se livrent aux travaux industriels, en rendant aux troupeaux un sol qui ne peut recevoir un plus fructueux emploi.
- L’enquête de 1859 contient à cet égard des renseignements du plus haut intérêt; la première étape, si on peut s’exprimer ainsi, que les populations font vers l’aisance, c’est l’abandon d’un grain inférieur pour prendre un grain supérieur; le sarrasin, le blé noir, le maïs, l’avoine, le seigle, les pommes de terre sont remplacés par le froment; mais, pour que cette substitution soit possible, il faut que le froment soit apporté dans les contrées où sa culture est impossible, soit par les conditions climatériques de température ou d’altitude, soit par le défaut d’engrais et d’amendements. Les chemins de fer changent chaque jour cette situation ; ils apportent ou les grains ou l’engrais : dans les vallées industrielles,les grains; dans les plateaux, l’engrais et les amendements. La Sologne, la Champagne pouilleuse éprouvent une transformation profonde. Dans la Sologne, tous les habitants, il y a peu d’années, ne vivaient que de sarrasin, de blé noir, de laitage; ils ne mangeaient jamais de viande et ne buvaient jamais de vin; en moisson, dit l’enquête, on ne buvait que de l’eau corrompue dans les fossés; une amélioration radicale s’est produite dans tous les points sur lesquels le chemin de fer d’Orléans a pu faire parvenir les marnes, et le froment a remplacé le
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- seigle, La culture, en Sologne, si arriérée il y a quelques années, a déjà absorbé 226,000 tonnes de marnes; aujourd’hui elle fait venir des environs de Rethel et de Charleville des phosphates de chaux.
- La Champagne reçoit tous les engrais liquides que Paris peut lui expédier, et, dans toutes les gares qui possèdent des citernes, la demande est supérieure à l’offre.
- Egalisation des prix dans tout V Empire.
- L’inégalité constante du prix des céréales, dans les diverses parties de la France, était, il y a quelques années, un fait économique incontestable; la moitié méridionale de la France avait presque toujours un déficit dont le maximum se faisait sentir en Provence ; la moitié septentrionale avait un excédant régulier dont le maximum se produisait généralement vers les côtes de l’Océan et de la Manche ; des causes accidentelles produisaient également de grandes variations d’une année à l’autre. Toutes ces différences tendent à s’annuler chaque jour; une différence d’un franc par hectolitre représente 12 à 13 fr. par tonne : or, pour ce prix, les chemins de fer permettent un transport de 200 à 300 kilomètres; aussi les moindres fluctuations sur un marché sont suivies de transports importants. Tous les chemins de fer ont pu constater le fait suivant : pendant des semaines, les transports de céréales sont insignifiants ; le prix dans tous les marchés est invariable; une hausse se produit sur un point, à l’instant les blés affluent sur ce marché et la hausse s’arrête.
- Cette égalisation des prix est-elle un bien ou un mal?
- Nous n’hésitons pas à dire que c’est un bien. Sans aucun doute, dans quelques contrées privilégiées qui avaient toujours le blé en abondance, on peut regretter de voir le prix du blé s’élever ; mais, à côté de ces contrées privilégiées, il y avait toujours des contrées déshéritées dans lesquelles le pain était toujours cher et par suite insuffisant. Le pain n’est à coup sûr pas un objet de luxe. La consommation des céréales a augmenté de moitié depuis quarante années, elle s’est élevée de 60 à 90 millions d’hectolitres ; un tel chiffre prouve que déjà bien des misères ont été soulagées..
- Les abaissements de tarifs consentis spontanément par toutes les Compagnies, la taxe légale de 0f,14 par tonne et par kilomètre remplacée par des taxes de 8, 7, 6, 5, 4 et même 3 centimes, ont très-certainement contribué à l’énorme augmentation de la consommation, à la régularisation des prix dans tout l’Empire, et nous rappelons que, sur une consommation de 90 millions d’hectolitres, les Compagnies de chemins de fer transportent, chaque année, environ 30 millions d’hectolitres.
- Arrivée immédiate, et par toutes les frontières, des grains étrangers, en cas de disette.
- Quand, par suite de circonstances diverses, la France était obligée de demander à l’étranger le complément des céréales nécessaires à sa consommation, elle ne pouvait
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- en recevoir que par ses frontières de mer : à Marseille, pour les blés de la mer Noire ; dans les ports de l’Océan et de la Manche, pour les blés et les farines d’Amérique.
- L’abondance se produisait dans ce petit nombre de points du territoire; mais le problème de la répartition de cet approvisionnement dans l’intérieur de la France était loin d’être résolu. On a trop vite oublié l’exagération des prix demandés par la navigation pour conduire les blés à l’intérieur et les bénéfices énormes réalisés dans des circonstances fort tristes pour le pays.
- Les chemins de fer ont changé cette situation sous deux points de vue très-importants :
- D’une part, la répartition dans le pays des blés accumulés dans les ports ne dépend plus du bon vouloir de la batellerie 5 les transports s’exécutent par les chemins de fer à des prix déterminés et toujours très-bas, puisque le cahier des charges accepté par toutes les Compagnies donne au Gouvernement le droit de réduire le prix des tarifs, dans le cas où le prix des céréales s’élève au-dessus d’un cours déterminé; les chemins de fer rayonnent autour des ports dans un nombre de directions très-supérieur à celui des voies navigables, et les blés atteignent une quantité considérable de marchés dans chacun desquels ils arrêtent la hausse ;
- D’autre part, l’achèvement du réseau français, et notamment celui des réseaux du Nord et de l’Est, a mis, de Dunkerque à Bâle, la France en communication directe avec toute l’Europe; les blés amenés par les ports étrangers d’Anvers et de Rotterdam ont pu se présenter aux frontières du Nord; les blés récoltés dans les grandes et fertiles plaines de l’Europe centrale sont arrivés aux frontières de l’Est. En 1861 et 1862, les gares de Forbach, de Strasbourg, de Wissembourg, de Bâle même ont été encombrées de blés que l’Autriche et la basse Hongrie dirigeaient de tous côtés sur la France et, ainsi que nous l’avons dit, avant la fin de 1861, les craintes que l’insuffisance de la récolte avait pu faire concevoir étaient complètement conjurées. Grâce aux chemins de fer, la France voit donc, en cas de disette, s’étendre pour ainsi dire indéfiniment le nombre des marchés dans lesquels elle peut puiser; si partout tombent les barrières qui gênent, d’Etat à Etat, le transport des céréales, la production de l’Europe entière se répartira avec une extrême rapidité, et les disettes seront pour nos descendants un fléau inconnu.
- Facilité d’exportation en cas d’excédant dans la production.
- Si les chemins de fer permettent, en cas de déficit momentané dans une récolte annuelle, la prompte arrivée des blés étrangers sur le marché français, ils offrent au Commerce, dans les années d’abondance, un moyen facile d’écouler sur les marchés étrangers l’excédant de notre production.
- L’Angleterre, la Belgique, la Hollande, la Suisse, placées à nos portes, ne trouvent point dans leur sol la quantité de céréales nécessaire à leur consommation. En Angle-Tome XII. — 64e année. 2e série. — Septembre 1865. 72
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- terre seulement, le déficit représente le tiers de l’approvisionnement nécessaire; ce complément est demandé par l’Angleterre à toutes les nations du globe. La France est admirablement placée pour prendre une part importante de ce trafic; le prix des céréales est toujours moins élevé sur notre sol que sur les marchés anglais, et le bas prix des transports par chemins de fer permet à une grande partie de notre territoire de diriger des blés sur tous les ports de la Manche et de la mer du Nord.
- Les documents publiés par l’Administration des Douanes ont montré l’importance du courant qui s’est établi, en 1864, des marchés français vers l’étranger.
- Les exportations de grains et farines se sont élevées à 2,133,600 hectolitres.
- Les importations, dont le chiffre n’a atteint que 800,000 hectolitres, ne sauraient être considérées comme contre-balançant, même partiellement, le chiffre des exportations, la presque totalité des grains importés venant de l’Algérie, et ayant par conséquent une origine française.
- En supposant un prix moyen de 15 francs l’hectolitre, l’étranger a payé à la France, en 1864, plus de 30 millions de francs, et ce débouché a une grande importance pour l’agriculture.
- On n’a pas, selon nous, assez insisté sur ce fait que le plus sûr moyen d’obtenir une production suffisante dans les années mauvaises était de développer le plus possible le commerce d’exportation et de le rendre régulier. En s’efforçant, chaque année, de produire la quantité de grains à vendre à l’étranger en sus de la quantité nécessaire à la consommation, le pays élèvera d’une manière régulière sa production, et s’assurera un minimum supérieur à ses besoins; ce qui variera désormais, ce sera la quantité exportée, tandis qu’il y a peu d’années, ce qui variait c’était la quantité indispensable à la consommation ; en un mot, comme on l’a dit dans l’enquête de 1859, pour avoir assez dans les mauvaises années, il faut avoir trop dans les bonnes et même trop dans les ordinaires. Ajoutons que cette solution n’est possible que par l’exportation régulière et rapide, et que la régularité et la rapidité ne sont possibles que par les chemins de fer.
- La télégraphie électrique joue aujourd’hui un grand rôle dans les opérations commerciales; les négociants en grains sont pour ainsi dire avertis, à chaque heure, des variations qui se produisent dans les divers marchés de l’Europe ; avec les prix certains assurés par les chemins de fer, ils peuvent effectuer des achats et des ventes sur les points les plus éloignés, et les marchés exercent les uns sur les autres une influence telle que, dans l’enquête de 1859, un ancien Ministre de l’Agriculture déclarait que, dans une petite localité autrefois bien peu importante, les marchands de grains étaient si actifs et si intelligents que, pour réaliser un bénéfice de 0f,25, ils feraient faire à un sac de blé le tour de la Fran’ce.
- En résumé, les chemins de fer ont rendu et rendent, chaque jour, à l’agriculture des services signalés qui profitent à la production, aux transports et à la consommation Le progrès réside principalement dans le bas prix des tarifs appliqués par les Compa-
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- gnies, tarifs qui ne représentent pas la moitié, le tiers, ni même quelquefois le quart des tarifs Jégaux, dont les cahiers des charges autoriseraient la perception. Les Compagnies n’ont attendu aucune excitation, aucune pression pour accorder ces réductions au Public; elles ont compris que leur intérêt s’accorde avec l’intérêt de l’agriculture et du commerce pour conseiller toutes les mesures qui tendent à développer le trafic. Cette solidarité de tous les intérêts est la meilleure garantie du progrès vers lequel tendent sans cesse des Administrations éclairées. (R.)
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- note sur l’état actuel de l’industrie des eaux-mères des salines,
- PAR M. BALARD,
- Membre du comité des arts chimiques.
- Dans la séance du 17 mai 1865, M. le Président a priéM. Balard de donner à la Société quelques renseignements sur l’état de l’industrie qu’il a créée dans le midi de la France pour l’extraction de la potasse des eaux de la mer. Il exprime le désir de savoir si l’abondance des sels naturels de potasse, qui existent en Prusse et sur lesquels M. Fuchs a publié dans le Bulletin de la Société une étude si intéressante (1), ne serait pas de nature, sinon à compromettre, du moins à ralentir sensiblement cette fabrication,
- M. Balard a répondu que, quoiqu’il ne s’attendît pas à entretenir la Société d’un sujet qui n’était pas à l’ordre du jour de la séance, il croit cependant pouvoir répondre au désir de M. le Président en faisant connaître l’état actuel de cette exploitation.
- «....U est impossible de méconnaître, dit-il, qu’une industrie qui, dans le
- cours d’une année, voit abaisser presque de moitié la valeur vénale de ce qui avait été jusque-là son produit principal, est soumise aune rude épreuve; mais le mal qui peut en résulter pour celle dont il s’occupe depuis si longtemps n’est cependant pas, à beaucoup près, aussi grand qu’on pourrait le croire au premier abord. Sans doute si cette industrie n’avait pour issue que la fabrication du chlorure de potassium, la moins-value de ce produit pourrait être l’expression de l’amoindrissement de ses avantages, mais il ne faut pas oublier
- (1) Voir cahiers de mars et d’avril 1865, p. 146 et 209.
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- que l’exploitation des eaux-mères, par la nature complexe des éléments qui composent sa matière première, est apte à recevoir dans ses méthodes de traitement de nombreuses variantes, et peut se plier, dans une certaine mesure, aux exigences du commerce, en lui donnant ses produits sous la forme qu’il recherche. L’histoire de cette industrie, qu’il rappellera en peu de mots, est là pour le témoigner. Dans le principe, alors que le chlorure de potassium était loin d’avoir atteint les hauts cours où il s’est élevé depuis, c’était sous forme d’alun qu’on utilisait la potasse contenue dans les dépôts des eaux-mères des salines. C’est ainsi qu’ont été exploitées, pendant un certain temps et avec succès, les eaux-mères de quelques salines de l’Hérault. Plus tard, les chlorures de potassium ayant acquis une plus grande valeur, et le sulfate de magnésie étant devenu susceptible d’une vente directe, dans une certaine mesure (1) on exploita les eaux-mères en vue d’obtenir ces deux produits ; c’est ainsi qu’on a procédé et qu’on procède encore dans les salines de Berre. Enfin, plus récemment, l’application, faite par M. Merle, des machines réfrigérantes de M. Carré au traitement des eaux-mères avait permis de simplifier ce traitement et de le compléter d'une manière très-heureuse; mais la base de ces procédés ainsi perfectionnés était l’obtention de toute la potasse sous forme de chlorure de potassium, forme devenue de plus en plus avantageuse, la hausse de ce produit ayant été croissant. Cette exploitation, exercée dans les salines de la Camargue sur une très-grande échelle, semblait être le dernier mot du traitement des eaux-mères quand ont surgi ces exploitations prussiennes, qui sont venues réduire dans de si grandes proportions la valeur du chlorure. En présence de ces nouveaux faits, il devenait nécessaire de modifier encore le système d’opérations, et c’est ce que M. Merle, gérant de la compagnie qui exploite plus en grand ces procédés, a fait, en mariant les anciennes méthodes aux nouvelles, et en complétant, par l’emploi des machines réfrigérantes, ce que les anciens moyens d’exploitation des eaux-mères avaient d’imparfait.
- « \oici comment on procède aujourd’hui dans les salines de la Camargue : les eaux-mères ne sont plus comme précédemment emmagasinées dès qu’elles sont parvenues à une densité de 28 degrés Bé pour être artificiellement refroidies et converties ensuite en chlorure de potassium ; mais, comme autrefois dans les salines de l’Hérault, on laisse ces eaux se concentrer par l’évaporation sur le sol. On recueille ainsi trois espèces de dépôts : le premier, formé par
- (1) La plus grande partie du sulfate de magnésie qui se consomme aujourd’hui en médecine provient des eaux-mères des salines.
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- les eaux évaporées, jusqu’à 32 degrés du pèse-sel, composé exclusivement de sel marin; le deuxième, déposé entre 32 et 35 degrés, composé par parties égales de sel marin et de sulfate de magnésie et dit sel mixte; le troisième, produit entre 35 et 37 degrés, dit sel d’été, qui contient encore du sulfate de magnésie et du sel marin, mais où toute la potasse est venue se concentrer, partie sous la forme de sulfate double de potasse et de magnésie, partie sous forme de chlorure double de potassium et de magnésium. Le sel mixte est dissous sur place, et la solution, renfermée dans de grands réservoirs, passe directement aux machines réfrigérantes, où se fait, par double décomposition, le sulfate de soude. Le sel brut, dit sel d’été, est recueilli et mis en réserve. Dissous, au fur et à mesure des besoins, dans de l’eau douce chauffée de 90 à 100 degrés, il laisse déposer par refroidissement ce sulfate double de potasse et de magnésie (So3 Ko-f-So3 Mgo + 6Ho), bien connu des chimistes. Mais on ne retire ainsi que la moitié ou un peu plus de la moitié de la potasse contenue dans le sel d’été. L’autre moitié reste dans Leau-mère; et c’est cette eau-mère qui, restée jusqu’ici sans utilisation, ou d’une utilisation difficile, avait, en dehors des considérations énoncées plus haut, fait renoncer à ce mode d’obtention de la potasse. Mais le froid artificiel permet d’y revenir aujourd’hui avec beaucoup d’avantage. En Camargue, ces eaux-mères vont aux machines réfrigérantes, où elles sont soumises à un froid de 15 à 17 degrés au-dessous de 0; le sulfate de soude qu’elles sont susceptibles de donner se dépose; elles sont ensuite dirigées sur les poêles d’évaporation où elles se concentrent, en laissant déposer le reste du sel marin qu’elles renferment; puis mélangées dans de certaines proportions avec le chlorure de magnésium de l’opération précédente, elles abandonnent toute leur potasse sous forme de chlorure double de potassium et de magnésium, sel qui se dédouble à l’eau froide avec la plus grande facilité.
- « Tel est le système appliqué maintenant, système, on le voit, très-rationnel, qui a pour résultat de retirer les 55 centièmes de la potasse sous forme de sulfate double et les 45 centièmes sous forme de chlorure.
- « Ce sulfate double pourrait être transformé en carbonate de potasse par le procédé de Leblanc, mais on conçoit que, pour un équivalent de sulfate de potasse qui éprouve une transformation utile, il faudrait détruire en pure perte un équivalent de sulfate de magnésie, qui par un traitement plus rationnel aurait produit un équivalent de sulfate de soude. Les inconvénients attachés à sa présence sont d’ailleurs augmentés par la difficulté avec laquelle le sulfate de magnésie se détruit dans le four à réverbère. Ce corps, d’une grande stabilité,
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- exige, pour être décomposé, une température très-élevée, qui détermine alors des pertes notables en potasse, alcali sensiblement plus volatil que la soude. Il y a donc intérêt, avant qu’on ne mêle le sulfate double avec la craie et le charbon, à l’enrichir le plus possible en sulfate de potasse simple. C’est à quoi on arrive par un dédoublement partiel opéré par redissolution, et dans lequel on concentre du sulfate de magnésie dans les eaux-mères, tout en enrichissant le produit solide en sulfate de potasse. D’après M. Merle qui a repris dans ces derniers temps cette étude, déjà ancienne, deux cristallisations suffisent pour avoir un mélange de sulfate simple et de sulfate double renfermant 80 pour 100 de sulfate de potasse et 20 pour 100 de sulfate de magnésie.
- « Le dédoublement beaucoupqdus difficile que celui du chlorure reste donc incomplet, mais il y a à cela plutôt un avantage qu’un inconvénient. La potasse artificielle brute obtenue par le sulfate pur est très-compacte, d’une lixiviation difficile, qui exige, pour devenir complète, qu’on fasse déliter la potasse brute en exposant ses fragments à un jet de vapeur prolongé pendant quelque temps. Préparée avec un sulfate contenant une quantité convenable de sulfate double, elle est rendue plus poreuse par la magnésie interposée, et l’on peut alors en extraire, par les mêmes méthodes et les mêmes appareils que ceux qui sont employés pour la lixiviation de la soude brute, tout l’alcali qu’elle contient.
- « Cet enrichissement en sulfate de potasse se fait, du reste, à peu près sans frais, car le sulfate de magnésie séparé représente une quantité correspondante de sulfate de soude qui. sans cela, eût été perdu. En outre, comme l’eau-mère chargée de sulfate de magnésie sert à dissoudre le sel brut de potasse de l’opération suivante, on a ainsi sans rien évaporer l’avantage de faciliter l’obtention de sulfate double, et de la provoquer même. C’est ce qui a lieu avec des sels d’été un peu pauvres qui, sans cela, ne se seraient que difficilement prêtés à un traitement, qui donne, on le conçoit, d’autant plus de sulfate double qu’il y a plus de sulfate de magnésie en présence. Enfin, cet enrichissement se faisant à l’aide de cristallisations successives, on a un sel de potasse absolument exempt de sel marin. Quant au chlorure de potassium représentant près de la moitié de la potasse contenue dans le sel d’été, il peut servir à la fabrication du salpêtre et, malgré l’opinion que M. Fuchs a émise à cet égard, il se présentera, je l’espère, sur les marchés en concurrence avec les chlorures de Prusse. Mais ce chlorure de potassium peut aussi être transformé en sulfate de potasse par les mêmes moyens et dans les mêmes appareils que ceux qui servent à fabriquer le sulfate de soude. L’état physique de ce chlorure de potassium est particulièrement favorable à cette conversion. En effet, le chlorure de potas-
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- sium provenant d’un dédoublement fait à froid par une incomplète dissolution du chlorure double est en grains extrêmement fins, et on peut le décomposer par l’acide sulfurique concentré à 60° Bé, dans les mêmes vases qui servent à la décomposition du sel marin, sans avoir à craindre la formation du bisulfate, inconvénient qui se présente quand on emploie le chlorure de potassium en cristaux de dimensions sensibles, et qu’on ne peut éviter qu’en le décomposant par l’acide sulfurique à 40° du pèse-acide, ce qui ne permet pas d’opérer dans la fonte. D’autre part, ce chlorure de potassium, ne contenant pas sensiblement du sel marin, est susceptible de donner, sans aucun raffinage, du sulfate de potasse pur et apte à produire du carbonate de potasse pur aussi.
- « Ce carbonate ne peut manquer d’être préféré à toutes les autres potasses dans quelques industries, et notamment dans la fabrication du verre incolore dit cristal : on conçoit, en effet, d’après le mode de traitement par lequel il a été obtenu, qu’il ne peut apporter dans la fabrication du cristal cette soude, cause bien constatée de la coloration du verre, et dont les autres potasses, sauf peut-être la potasse du suint, contiennent toujours des proportions sensibles.
- « En résumé, l’obtention directe des 55 centièmes de la potasse sous forme de sulfate double plus ou moins enrichi ; l’obtention des 45 autres centièmes sous forme de chlorure de potassium au moyen des machines réfrigérantes; la conversion de tout ou partie de ces deux produits en carbonate de potasse pur, tels sont les éléments de l’industrie salinière pratiquée actuellement en Camargue.
- « Le principal obstacle de ces dépôts salins successifs, c’est la perméabilité des sols, dont l’influence nuisible se fait surtout sentir quand les eaux parviennent à un grand état de concentration. Pour y remédier, on a, en Camargue, recouvert 15 hectares d’une couche de 8 à 10 centimètres de béton. C’est sur ces 15 hectares que se font, pendant l’été, les dépôts de sels mixtes et de sels d’été. Partagés et entourés par des digues également bétonnées, ces 15 hectares se trouvent, pendant l’hiver, convertis en réservoirs susceptibles de contenir, sur une couche de 1 mètre d’épaisseur, 150,000 mètres cubes d’eaux de concentration moyenne restant disponibles à la fin de la campagne. Pour les eaux plus fortes, on a disposé d’autres réservoirs bétonnés plus profonds et qui peuvent contenir 100,000 mètres cubes. Les organes de traitement sont en harmonie avec les organes de production. Appareils de dissolution et de cristallisation, machines réfrigérantes, poêles d’évaporation, appareils de dédoublement, tout est organisé pour une fabrication considérable ; et l’impression qu’on ressent en parcourant cet ensemble de dispositions intelligentes
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- et vigoureuses, c’est que ceux qui dirigent cette industrie ont puisé dans la situation qui vient de leur être faite par les exploitations prussiennes non des éléments de découragement, mais des stimulants nouveaux pour mieux faire, et dans la voie qu’ils suivent le succès paraît leur être assuré. La potasse des mers actuelles continuera donc à servir dans l’industrie comme celle qu’a déposée dans le sol de Stassfurt l’évaporation des mers des temps anciens.
- « L’agriculture ne peut manquer tirer parti de cette production abondante de potasse. On connaît toute l’efficacité de cet alcali dans la culture des plantes qui nous donnent l’amidon, le sucre, etc. Déjà quelques essais ont été faits en France pour introduire dans la confection de quelques engrais le sulfate double de potasse et de magnésie, sel qui a le double avantage de fournir aux plantes la potasse sous une des formes qu’elles peuvent utiliser, en même temps qu’une certaine quantité de magnésie, élément trop constant des cendres des végétaux pour qu’il n’y ait pas quelque intérêt à en faire intervenir un peu dans leur culture. Ainsi, cette pratique venant à se généraliser, se trouverait atteint le but final et le plus élevé de tous que l’on s’était proposé à l’origine des recherches qui ont amené l’industrie actuelle. »
- M. le Président demande ensuite à M. Balard quelle est son opinion sur l’influence que doit exercer, sur la fabrication de la soude-varech, la découverte des chlorures prussiens, et si elle ne devrait pas amener nécessairement, du moins dans quelques localités, l’abandon du procédé qui consiste à brûler les plantes marines pour en obtenir les cendres, ce qui pourrait donner un peu plus d’étendue à l’emploi direct, comme engrais, dans l’agriculture, de ces plantes marines dont l’efficacité a, jusqu’à ce jour, été si bien constatée.
- M. Balard, sans pouvoir répondre d’une manière aussi précise à ces nouvelles questions, pense cependant que l’industrie de la soude-varech pourra se soutenir, grâce à l’extraction de l’iode, dont la consommation augmente tous les jours, et dont la valeur vénale s’est accrue, dans ces derniers temps, dans une proportion sensible, qui compense jusqu’à un certain point pour les fabricants la diminution des avantages qu’ils trouvaient dans l’extraction du sel de potasse. Le brome, qui s’extrait aussi des eaux-mères de la soude-varech, a vu son prix doubler aussi en peu de temps ( 1 ).
- (1) On comprend que tout ce qui peut, dans cette industrie de la soude-varech, augmenter le rendement en iode et faciliter l’extraction du brome doit avoir pour conséquence l’abaissement du prix de revient des sels de potasse. Or, dans le mode d’opération suivi jusqu’ici, on perd des quan-
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- Les avantages que l’extraction de l’iode présente aux fabricants de soude-varech ne leur seront, du reste, disputés par personne. Cette faculté d’élection dont jouissent pour l’iode les plantes qui vivent dans l’eau de la mer les rend jusqu’ici exclusivement aptes à l’extraction de ce produit, et, quoiqu’il se concentre aussi dans les eaux-mères des salines, il y est en proportions si exiguës, qu’on ne pourra jamais espérer de l’extraire d’une manière fructueuse; mais il n’en est pas de même du brome, et, si jamais l’emploi de ce corps prenait une certaine importance industrielle, les eaux-mères de la fabrication des sels de potasse des eaux de la mer en produiraient des quantités notables, sans qu’il fût nécessaire de recourir à l’emploi des eaux de la mer Morte, et cela à bas prix, de manière à atténuer notablement les avantages que les fabricants de la soude-varech trouvent dans leur extraction.
- Le moment, du reste, où le brome pourrait recevoir un emploi industriel n’est peut-être pas très-éloigné. On sait que l’introduction, dans la molécule de la fuchsine, de l’aniline ou de son radical a permis de transformer cette superbe matière colorante rouge en bleu d’un très-vif éclat. M. Hoffmann a, dans ces dernières années, essayé d’y introduire le radical Éthyle, et il a pu préparer ainsi un violet nouveau qui porte son nom, en opérant cette substitution dans la molécule de la fuchsine par le moyen de l’iodure d’Éthyle. Le prix de l’iode rend ce moyen coûteux, et si le brome, dont l’équivalent moins élevé permet de faire, avec moins de deux parties de ce corps, ce qu’on fait avec trois parties d’iode, était ramené à sa valeur réelle, les fabricants de matières colorantes trouveraient sans doute avantageux l’emploi du bromure
- tités notables d’iode qui constitue le produit principal, partie à l’état libre dégagé avec les produits de la combustion, partie sous forme d’eau-mère où se concentre l’iode, qui imprègne les cristaux de sel marin ou de sels de potasse obtenus en évaporant la lessive des cendres. M. Moride paraît avoir obvié a ce double inconvénient, et par là même rendu l’industrie qu’il pratique mieux en mesure de soutenir la concurrence des produits prussiens. D’un côté, il substitue à l’incinération des varechs une simple carbonisation commençante, presque une torréfaction opérée à une température trop basse pour qu’il puisse y avoir perte en iode ; de l’autre, il met l’iode à nu dans la lessive du charbon de varech et l’extrait, avant toute évaporation, en agitant la liqueur avec la beu-rine par un procédé analogue à celui qui servit en premier lieu à l’extraction du brome. Les sels qu’il retire plus tard ne peuvent donc plus entraîner de l’iode. Les eaux-mères, ne contenant plus alors que des bromures, sont d’autant plus faciles à traiter par les moyens connus qu’elles peuvent être assez concentrées pour contenir un vingtième de leur poids de brome. L’application de ces nouveaux procédés est encore récente, mais on voit que la coordination des opérations dont ils se composent est parfaitement entendue.
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- d’Étbyle, qui, sauf quelques modifications dans la résistance des vases, fonctionnerait comme l’iodure.
- M. Peligot, après avoir écouté les observations de M. Balard, lui demande s’il a lui-même constaté cette absence absolue de la soude dans la potasse du suint qu’il vient d’indiquer dans sa réponse aux questions de M. le Président.
- M. Balard répond qu’il n’a aucune observation personnelle à faire et qu’il n’a parlé de la pureté de ce produit qu’en reproduisant, sans les garantir, les assertions qui ont été émises à ce sujet.
- M. Jacquelain prend la parole pour dire au Conseil qu’il a eu de fréquentes occasions d’analyser les potasses du suint, et qu’elles contiennent toutes quelques centièmes de soude, ainsi qu’il a pu l’établir dans des études faites contradictoirement avec les producteurs de cette potasse, qui lui attribuaient une pureté qui n’était, d’ailleurs, guère probable.
- M. le Président fait remarquer qu’il n’y a, quant au fait observé par M. Jacquelain, qu’à l’accepter comme réponse péremptoire aux discussions qui ont pu s’élever au sujet de la pureté absolue de la potasse du suint; mais il n’y aurait pas lieu de nier àpriori cette spécialité de sécrétion qui caractériserait la laine comme puisant exclusivement la potasse dans l’économie animale. L’absorption de cette base par les plantes marines, dans un milieu où elles trouvent la potasse mêlée à une si grande quantité de sels à base de soude, serait là pour attester ce pouvoir au besoin. Les observations intéressantes de M. Kuhlmann sur la composition des salins de betteraves en offriraient, d’ailleurs, une nouvelle preuve. Dans l’origine de l’exploitation des potasses provenant de cette source la dose de soude y était faible, et la valeur vénale des salins se déterminait par un simple degré alcalimétrique. Mais, après une culture longtemps prolongée de la betterave, dans l’arrondissement de Valenciennes, la nature du sol s’est modifiée ; ces plantes, ne trouvant plus à choisir en potasse les doses d’alcali nécessaires à leur développement, la remplacent probablement aux dépens de leur richesse en sucre, par une quantité équivalente de soude. Les salins offrent le même titre alcalimétrique que précédemment, mais doivent en partie ce titre à la présence d’une quantité plus grande de carbonate de soude, ce qui met aujourd’hui les acheteurs de ce produit dans la nécessité d’en faire une analyse plus exacte et de doser la potasse réelle qui s’y trouve contenue.
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- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Composition plastique pont' joints «le tubes, robinets * etc., par II. E.F. Fiat. — On prend de l’argile suffisamment fraîche, pour pouvoir être pétrie à la main. On forme, avec cette terre, des colombins, que l’on découpe par petites rondelles aussi minces que possible et que l’on fait sécher complètement jusqu’à ce que toute l’eau soit complètement évaporée. On met ensuite, dans un vase, du marbre pulvérisé et on y verse de l’acide chlorhydrique, en ayant soin que l’acide recouvre entièrement la matière. La dissolution s’effectue en douze heures environ ; elle doit avoir lieu à l’air libre, afin que les émanations d’acide chlorhydrique et d’acide carbonique ne puissent nuire.
- Le marbre étant complètement dissous, on verse dans la dissolution tout ou partie des rondelles d’argile desséchée, puis on malaxe le tout de manière à former une pâte molle; après avoir laissé séjourner la matière dans la dissolution pendant trois jours environ, on pétrit le mélange et on peut l’employer.
- Cette composition a la propriété de rester constamment molle ou malléable.
- (Journal des fabricants de papier.)
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 9 août 1865.
- Présidence de M. le sénateur Dumas, président.
- Correspondance. — M. Ferrand, pharmacien-chimiste à Lyon, inventeur du papier tue-mouches soumis à la Société, présente quelques observations tendant à démontrer en sa faveur la priorité de l’invention. (Renvoyé au comité des arts économiques.)
- M. Mauban, rue Saint-Severin, 4. Envoi de deux modèles de son éprouvette al-coométrique, thermométrique et lactométrique à réservoir. (Même comité.)
- M. Chicard. — Remercîments pour la médaille de contre-maître qui lui a été décernée.
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- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- « Cette récompense sera pour moi, dit M. Chicard, un nouveau stimulant, et je ferai tout ce qui dépendra de moi pour en obtenir une seconde. Orphelin très-jeune, j’ai été élevé dans la fabrique de M. Taborin, qui m’a donné une éducation chrétienne et a fait de moi un homme en m’apprenant un bon état. » Dans l’espace de douze ans, 35 à 40 orphelins ont été admis dans la fabrique de M. Taborin, fabricant de limes. Les ouvriers y travaillent à leurs pièces; les apprentis sont à la charge des ouvriers, qui leur montrent à travailler et qui les payent. M. Taborin, ne prélevant aucun bénéfice sur eux, paye un contre -maître qui est chargé de surveiller les ouvriers dans leurs rapports avec les apprentis.
- M. Joly, rue Saint-Pierre-Montmartre. — Renseignements sur ses procédés propres à débarrasser les tissus de laine des végétaux appelés épouti. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- M. Nourrigat, propriétaire-éducateur de vers à soie, à Lunel. — Nouvelles observations sur l’éducation des vers à soie. (Renvoi au comité d’agriculture.)
- Académie d'Arras. — Sujets mis au concours pour 1866. (Renvoi à la commission du Bulletin.)
- M. le Secrétaire de l’Institut technique de Palerme demande l’échange de son journal avec le Bulletin de la Société. (Même commission.)
- M. le Président entretient le Conseil de la table décennale de la 2e série du Bulletin, rédigée par M. Maurice, ingénieur civil, attaché à la rédaction du Bulletin. En remerciant M. Maurice de ce travail, M. le Président en fait ressortir toute l’utilité ; il est parfaitement coordonné et remplit complètement son but.
- Cette table devrait être distribuée gratuitement à tous les membres de la Société et livrée aux étrangers à des prix très-modérés. M. le Président appelle sur ce point toute l'attention de la commission du Bulletin.
- M. le Président présente à la Société, au nom de M. Trélat, membre du Conseil, le programme de l’école fondée par cet architecte, qui l’appelle École centrale d'architecture. Cette école se rapproche, en effet,-de l’École centrale par son organisation, en ce qui concerne les études ; elle atteindra un but très-utile en formant des architectes qui posséderont, outre des connaissances techniques et artistiques, des connaissances en physique et en chimie qui leurmanquent généralement. Lesdépenses résultant des travaux mal conduits, en ce qui concerne l’éclairage, la ventilation, le chauffage, les distributions d’eau, etc., représentent des sommes considérables, sans aucune compensation de confortable dans l’aménagement des habitations; M. le Président en cite de nombreux exemples, et ajoute qu’il voit, par conséquent, avec satisfaction un effort qui tendrait à substituer au système actuel des études d’architecture proprement dite un système plus pratique, combinant l’étude des questions économiques avec celle des conditions d’art.
- M. Émile Trélat adresse ses remercîments à M. le Président. Les considérations que M. le Président a bien voulu faire valoir en faveur de l’enseignement des connaissances positives qui font aujourd’hui défaut aux architectes montrent sous
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- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
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- leur vrai jour un côté des tendances de l’École centrale d’architecture.— Mais, puisque M. le Président a fait un rapprochement entre l’École impériale centrale des arts et manufactures et la nouvelle fondation, M. Trélat demande à faire remarquer la différence tranchée qui sépare les deux institutions. La première donne tout son temps à l’enseignement des choses positives, et l’amphithéâtre est son grand moyen-, la seconde a pour ressource essentielle l’atelier avec ses exercices permanents, et l’enseignement par la parole n’y est qu’un accessoire nécessaire. — En un mot, la première fait des ingénieurs ; la seconde forme des architectes, c’est-à-dire des artistes. Ainsi les buts sont entièrement distincts.
- Mais, si la nouvelle école tient à différencier son œuvre, elle tient ici et elle tiendra toujours partout à rendre un éclatant hommage, non-seulement au grand rôle de l’École impériale centrale des arts et manufactures, mais à l’exceptionnel et bel exemple d’initiative privée donné par cette fondation, heureux exemple sans lequel l’École centrale d’architecture n’eût pu être créée.
- M. Dumas invite la commission du Bulletin à faire connaître les avantages de cette école pour les élèves architectes et pour le public (1).
- Rapports des comités. — Écoles d’arls et métiers. — M. Gaultier de Claubry lit, au nom de la commission des écoles, un rapport sur les résultats du concours ouvert pour les bourses vacantes dans les Écoles impériales d’arts et métiers.
- Les candidats présentés par la Société pour les trois bourses entières sont : les jeunes Lair et Parent, de l’institution d’Argenteuil, et Fery, de l’école Turgot ; et pour les deux places à trois quarts de bourse : les jeunes Pfeiffer, de l’institution Delahaye, à Batignolles, et Géruzet, de l’institution d’Argenteuil.
- Ce rapport est approuvé. (Voir Bulletin d’août, p. 478.)
- Couleurs vitrifiables. — M. Salvétat lit un rapport, au nom du comité des arts chimiques, sur les couleurs vitrifiables de M. Lacroix, à Paris.
- M. le rapporteur propose de remercier M. Lacroix de sa communication et d’insérer le rapport au Bulletin. (Approuvé.)
- Fabrication de la bière. — M. Barreswil lit un rapport, au nom du comité des arts chimiques, sur la fabrication de la bière de Bavière et sur la brasserie de M. Bou-cherot, à Puteaux (ancienne brasserie Peters).
- M. Barreswil propose de remercier M. Boucherot de sa communication et d’insérer le rapport au Bulletin. (Approuvé.)
- M. le Président annonce à la Société que le Conseil entre en vacances à partir du 10 courant, et qu’une convocation spéciale fera connaître le jour de la reprise des travaux de la Société.
- (1) Voir, à ce sujet, la note qui suit le procès-verbal.
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- Nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société : MM. Hamcrs, ingénieur civil à Paris;
- Buignet, professeur de physique à l’Ecole de pharmacie.
- ENSEIGNEMENT.
- NOTE DE M. LE PRÉSIDENT AU SUJET DU PROGRAMME DE L’ÉCOLE
- d’architecture.
- Depuis que ce programme a été présenté à la Société d’encouragement, il est survenu, au sujet de l’École d’architecture, certains incidents.
- Des feuilles volantes sont distribuées, comme on sait, sous la responsabilité de notre agent, aux membres de la Société, la veille de chaque séance, pour en faire connaître l’ordre du jour, ainsi que le procès-verbal de la séance précédente qui doit être soumis, selon l’usage, à la sanction du Conseil. Ce n’est qu’après avoir été voté par lui que ce procès-verbal, devenu authentique, est transcrit au registre.
- Comme la feuille du 9 août renferme, au sujet de l’École d’architecture, une rédaction dont M. Trébuchet n’avait pas suffisamment apprécié la nuance, j’avais prescrit, dès que je l’avais connue, que le texte de ce passage du procès-verbal fût rétabli. Tout en y témoignant une sympathie naturelle pour une création qui pouvait être utile à la jeunesse, on avait laissé la responsabilité du titre quelle prenait aux auteurs du programme, d’autant plus qu’on avait des motifs de penser qu’ils ne persisteraient point à s’en servir.
- Ce titre, cependant, a été conservé et même mis en relief dans des annonces répétées; de son côté, la feuille volante de notre ordre du jour est devenue l’objet de l’attention de ceux des anciens élèves de l’École centrale qui font partie de la Société.
- C’est ainsi qu’un grand nombre d’élèves anciens et actuels de cette École ont été conduits à protester entre mes mains contre le titre d'École centrale d’architecture, pris par la nouvelle école.
- Ils disent que si ce titre a pu être adopté d’abord, sans esprit de calcul, par son administration, il est difficile d’expliquer, maintenant, l’insistance qu elle met à le conserver; qu’il est impossible de considérer comme sans
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- ENSEIGNEMENT.
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- portée des annonces reproduites par les feuilles périodiques, où l’École centrale des arts et manufactures ne s’appelle plus centrale, tandis que l’École d’architecture, au contraire, est indiquée par abréviation sous le seul nom de centrale.
- Ils rappellent que, dans l’Administration de l’Instruction publique et dans l’industrie, cette épithète a pourtant depuis longtemps un sens défini : candidat à l’École centrale, élève de l’École centrale, ingénieur de l’École centrale, professeur de l’École centrale, sont des appellations abrégées aussi claires et aussi bien comprises que celles de candidat, élève, ingénieur, professeur de l’École polytechnique.
- Qu’en conséquence un élève sorti de l’École centrale, muni de son dip'ôme, ne sera pas distingué de celui qui présentera un diplôme émané de l’École centrale (d’architecture). L’un et l’autre seront réputés indistinctement élèves de l’École centrale. Les responsabilités des deux établissements, de même que les droits à la confiance publique de leurs anciens élèves seront donc confondus.
- Que cette confusion, ies fondateurs de l’École centrale auraient pu aussi la vouloir, a leur profit, et qu’ils l’auraient amenée, s’ils avaient désigné leur institution, sous le nom d’École polytechnique industrielle, par exemple; qu’ils ont respecté cependant la noblesse et le nom d’autrui; qu’ils ont voulu se faire un nom qui leur fût propre, par de longues années de travail, de dévouement et d’efforts honnêtes; que, si ce nom est devenu, à son tour, une noblesse, il a droit, de la part d’autrui, au même respect.
- Ils n’hésitent pas à affirmer que, lorsque l’École d’architecture aura obtenu la confiance du public et des familles, l’École centrale actuelle, qui compte cependant, parmi ses élèves, nombre de constructeurs et, parmi ses cours, un véritable enseignement d’architecture, ne s’en prévaudra pas pour prendre le titre d’École centrale d’architecture, des arts et manufactures. Elle respectera la qualification d’autrui dans l’avenir, comme elle l’a fait dans le passé.
- En un mot, ces anciens élèves de l’École centrale des arts et manufactures, en présence de manifestations qu’ils considèrent, à tort sans doute, comme une tentative d’absorption, au profit d’une autre, du nom que cette École a créé dans le sens qui y est attaché et qui lui appartient, se sont vivement émus. Ils font appel à l’honorable directeur, dont l’esprit élevé et la bonne foi sont hors de cause, et aux actionnaires de l’École nouvelle, et leur demandent si la situation que leur conseil d’administration a prise, par inadvertance, ne tomberait pas sous le coup de l’application sincère des lois qui préviennent ou qui punissent la contrefaçon, qui protègent les marques de fabrique, les
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- enseignes, les raisons sociales et les désignations industrielles ou commerciales quelconques.
- Les professeurs de l’École centrale des arts et manufactures, ne pouvant autrement manifester leur regret, ont pris, de leur côté, la résolution de rester étrangers à l’enseignement de la nouvelle école, et ceux qui avaient accepté d’y faire des cours ont donné leur démission.
- Dans cette situation, et en attendant que la question soit vidée par qui il appartiendra, j’ai dû ajourner toute suite à donner à la présentation, à la Société d’encouragement, du programme de l’École désignée sous le nom d’École centrale d’architecture.
- Il n’y a pas, ici, seulement en jeu les sentiments d’attachement des membres de l’École centrale à leur institution; il y a, de plus, une sorte de propriété faisant partie du diplôme, que les élèves en reçoivent. Ce diplôme leur a coûté quatre ou cinq années d’études austères, et à leurs familles des sacrifices d’argent importants ; il constitue leur seule recommandation à la confiance des industriels : en défendre l’autorité morale contre toute atteinte, c’est leur droit.
- La Société d’encouragement, qui n’a point à décider si les susceptibilités des élèves de l’École centrale des arts et manufactures se sont éveillées à juste titre ou non, doit éviter, cependant, que, sur une rédaction équivoque, son témoignage puisse être invoqué contre eux; d’autant plus que, si, en pareille matière, son jugement pouvait être réclamé, il aurait été déjà l’objet d’un appel confiant et sincère de la part des ingénieurs civils sortis de cette École ; j’en ai reçu la déclaration respectueuse.
- JLa table générale des matières pour les dix premiers volumes de la seconde série du Bulletin (1854 h 4863) étant terminée, le Conseil de la Société a décidé que cette table serait délivrée gratuitement h tous ceux qui reçoivent le Bulletin, soit à titre de membres de la Société, soit h titre de simples souscripteurs.
- PARIS. — IMPRIMERIE DE MADAME VEGVE RO CCH A K Ü-HI Z A I. D , RUE DE l’ÉPERON, 5.
- 1865.
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- 64' ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOME XII. — Octobre I86S.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- ARMES A FEU.
- Rapport fait par M. Ch. Laboulaye, au nom du comité des arts mécaniques, sur une carabine a flèche construite par M. Moreau, arquebusier à Andouillé (Mayenne), établi aujourd’hui à Paris, rue Saint-Denis, n° 380.
- Messieurs, M. Moreau a soumis à l’appréciation de la Société d’encouragement une arme qui a été fort goûtée dans le pays qu’il habitait et qui le sera dans tous les pays traversés par des rivières poissonneuses, aux eaux claires, où l’on voit le poisson dormir au fond de l’eau. On sait qu’une halle de fusil ne peut servir à tuer le poisson au profit du chasseur-pêcheur, le poisson blessé, traversé par la balle, s’éloignant presque toujours vers des endroits où on ne peut l’atteindre. Dans le système de M. Moreau, au contraire, la flèche qui traverse le corps du poisson entraînant une corde, il suffit de tirer celle-ci en arrière pour retirer de l’eau le poisson et la flèche.
- Le système de l’arme est aisé à comprendre. Il consiste en un fusil Lefau-cheux à un coup, dont le canon est fendu d’une rainure dans sa plus grande longueur. Une flèche en fer, terminée par une pointe en acier, est introduite dans le canon et entre dans une cartouche à broche qui renferme une petite quantité de poudre, le canon étant abattu à cet effet. La flèche porte à sa Tome XII. — 649 année. 2e série. — Octobre 1865. 74
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- ARMES A FEU.
- base une corde à boyau qui, sortant par la rainure latérale (la flèche étant obligée, par un petit ressort latéral qui suit la rainure, de se présenter convenablement), est réunie par un nœud à l’extrémité d’une pelote de ficelle maintenue dans un porte-pelote à ressort disposé sur le côté de l’arme. La ficelle pelotonnée régulièrement, n’étant pas serrée, n’offre pas de résistance; elle tombe de suite derrière la flèche, et se déroule en l’air.
- A des distances de 12 à 15 mètres, cette arme permet d’atteindre aisément le poisson et de le ramener à soi. Nous la croyons appelée à créer des amateurs d’une nouvelle espèce de chasse très-intéressante. Nous avons pu juger qu’il en élait ainsi dans les expériences que nous avons faites avec l’auteur au Jardin d’acclimatation; le public était émerveillé des résultats de cette pêche, et tout le monde demandait le prix de ce genre d’armes, qui est peu élevé.
- Il nous semble qu’un autre genre d’intérêt se rapporte aux recherches de M. Moreau. Vous avez aisément reconnu la similitude de son arme avec les appareils porte-amarres, dont vous connaissez l’importance pour le salut des marins dans les cas de naufrage. Il nous semble qu’avec les bonnes et simples dispositions pratiques employées ici, avec quelques modifications spéciales, en augmentant le poids du projectile notamment, on pourrait espérer construire facilement une arme très-simple, pouvant porter une corde à près de 100 mètres. C’est peu sans doute, mais ce peut être le salut d’équipages qu’un bateau-pilote, un bateau de sauvetage ne peuvent approcher bien souvent très-près à cause de l’état de la mer, et qui pourraient alors recevoir le bout d’une ligne et la porter à la côte voisine.
- A ces divers titres, nous pensons que la Société doit accueillir avec intérêt la communication de M. Moreau, et nous vous proposons :
- 1° De le remercier de cette communication ;
- 2° D’insérer dans votre Bulletin le présent rapport et le dessin de l’arme de son invention.
- Signé Ch. Laboulaye, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 3 mai 1864.
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- ARMES A FEU.
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- DESCRIPTION DE LA CARABINE A FLÈCHE DE M. MOREAU,
- REPRÉSENTÉE PLANCHE^326.
- Fig. 1. Vue partielle de l’arme.
- Fig. 2. Section perpendiculaire à l’axe du canon, faite suivant la ligne XY de la figure 1.
- Fig. 3. Vue de la flèche.
- Fig. 4. Autre vue dans un plan perpendiculaire à celui de la figure 3.
- Fig. 5. Vue de l’anneau à ressort qui porte la pelote de ficelle.
- Fig. 6. Autre vue du même anneau dans un plan perpendiculaire à celui de la figure 5.
- Fig. 7. Vue de la petite cartouche à broche.
- La carabine proprement dite n’a pas besoin d’être décrite ; c’est un fusil à un coup se chargeant par la culasse, du système Lefaucheux, aujourd’hui bien connu, et d’ailleurs, déjà publié dans le Bulletin (lre série, t. XXXIV, p. 97); le canon se renverse donc à la manière ordinaire, et s’assujettit à la crosse au moyen du verrou A et du loquet B, dont la queue recourbée vient se placer au devant de la sous-garde.
- C, fente longitudinale (fig. 1 et 2), s’étendant depuis l’extrémité du canon jusqu’à 0m,15 environ de la culasse.
- D, flèche en fer terminée par une pointe d’acier (fig. 3 et 4), et s’introduisant dans le canon de l’arme quand la cartouche a été placée.
- E, lame de ressort fixée près de la pointe de la flèche, et servant à maintenir celle-ci en position convenable dans le canon.
- F, corde à boyau placée à la base de la flèche, et servant à l’attacher à l’extrémité de la pelote de ficelle.
- G, anneau brisé servant à maintenir la pelote de ficelle, et se vissant près du canon dans la position indiquée figure 1, au moyen d’une queue filetée H.
- I, petite cartouche à broche (fig. 7).
- Pour se servir de l’arme, on commence par faire basculer le canon, puis on place la cartouche contenant sa petite charge de poudre; on remet le canon en place,on introduit la flèche par sa base, en la tournant de manière que la lame de ressort sorte par la rainure; on la fait ensuite glisser en bas du canon jusqu’à ce qu’elle vienne s’em -boîtêr sur la cartouche; enfin la corde à boyau sortant par la rainure, on l’attache à l’extrémité de la pelote de ficelle qu’on a eu soin de disposer comme l’indique la figure 1, et il ne reste plus qu’à armer le fusil pour tirer sur le poisson.
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- CARTOUCHES.
- CARTOUCHES.
- Rapport fait par M. Laboulaye, au nom du comité des arts mécaniques, sur
- les nouvelles cartouches a culot de M. Chaudun pere, rwe du Château,
- 7i° 27, à Asnières.
- Messieurs, la Société d’encouragement a deux fois récompensé les ingénieuses dispositions de cartouches à culot inventées par M. Chaudun (1), et les divers outils qu’il a su combiner pour les fabriquer avec autant de précision que d’économie.
- Chacun sait que l’invention des cartouches à culot a fait le succès des armes de chasse qui se changent par la culasse, en supprimant le crachement qui, sans elles, se produit au joint de fermeture de la culasse et du canon; aussi leur production est-elle devenue considérable.
- Le seul défaut qu’on puisse leur reprocher aujourd’hui, c’est de laisser toujours subsister un crachement notable autour de la broche qui vient percuter sur la capsule logée à l’intérieur de la cartouche, inconvénient qu’on n’est parvenu à diminuer qu’en ajustant avec soin la broche entre des surfaces métalliques, moyen coûteux et susceptible d’occasionner des ratés. M. Chaudun a cherché le remède dans une voie toute nouvelle, qui l’a conduit à des résultats susceptibles d’acquérir une grande importance.
- Au lieu de faire entrer la broche dans une capsule cylindrique ordinaire, qui donne nécessairement un crachement par l’intervalle qui existe autour de la broche, pour assurer son libre jeu, il fait faire un quart de tour à la capsule qu’il aplatit, et qui devient une espèce de petit sac métallique de peu d’épaisseur.
- Dans cette disposition, la broche, de forme conique spéciale, pénétrant dans un trou conique à travers la masse de carton comprimé qui termine le culot, ne peut plus laisser sortir de gaz. En effet, l’explosion de la capsule a lieu à angle droit de la broche, et l’extrémité de celle-ci n’est plus dans la capacité de la capsule, mais agit sur sa surface extérieure.
- (1) Voir lre série du Bulletin, t. XLIV, p. 3, et XLIX, p. 580.
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- CARTOUCHES.
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- L’expérience a confirmé l’excellence des résultats obtenus ; il suffit de mettre un papier sur la broche pour vérifier que le crachement est nul, tandis qu’avec les divers systèmes de cartouches du commerce il est considérable, comme le prouvent les espèces de diagrammes tracés sur le papier, que M. Chaudun a présentés.
- L’inconvénient de modifier la forme des capsules ordinaires, de les aplatir par une compression, a trop peu d’importance pour empêcher le succès commercial du nouveau système.
- Ce n’est pas à la suppression du crachement, qui fera le succès de ces cartouches, qu’est limitée l’application de la nouvelle disposition qu’a imaginée M. Chaudun; elle lui a permis de résoudre très-simplement deux problèmes fort difficiles qui lui ont été posés par notre collègue M. Séguier, préoccupé, comme toutes les personnes qui s’intéressent aux armes, des avantages très-réels du fusil prussien, dû à un seul et éminent inventeur, avantages que compense toutefois, en partie, son crachement à la culasse. Ces problèmes, dont l’étude avait montré à notre savant vice-président la grande importance, étaient : d’enflammer la poudre par la partie supérieure de la charge, et de laisser une capacité vide derrière la charge ; conditions réalisées toutes deux dans le fusil prussien, et paraissant les causes essentielles des avantages particuliers qu’il possède et qu’il serait utile de donner à nos armes, sans lui emprunter le crachement et le système de l’aiguille qui traverse la poudre pour aller percuter la capsule, qui n’est pas non plus sans inconvénient.
- Pour aller enflammer la poudre par la partie antérieure de la cartouche, il a suffi à M. Chaudun de prolonger en quelque sorte sa capsule, de la réunir à un petit cylindre de cuivre de longueur convenable. La flamme de l’explosion peut parcourir ainsi, sans aucun inconvénient, des longueurs bien plus grandes que celles dont il s’agit ici. C’est là une excellente solution du problème proposé, qui, en permettant facilement d’employer des poudres de vivacités différentes dans une même charge, peut conduire à des résultats aussi nouveaux qu’importants.
- La même disposition lui fournit la solution du second problème. Il lui suffit, à cet effet, de coller dans l’intérieur de la cartouche une cloison en carton, percée de trous recouverts par un papier, de manière que la poudre ne puisse passer à la partie inférieure lors du chargement, tandis que la pression des gaz les fait pénétrer dans la capacité réservée, dès que l’explosion se produit. Il est curieux d’observer combien le recul de l’arme est di-
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- CARTOUCHES.
- minué, devient moins pénible par le petit retard apporté ainsi à la production du maximum d’intensité de la pression, par la mise en mouvement préalable de la charge.
- On voit qu’il est probable que les travaux de M. Chaudun pourront être utilisés pour la refonte des armes portatives de notre armée, qui, comme rapidité, sont primées par celles de l’armée prussienne, si, comme il est probable, on entreprend cette œuvre dont la gravité est évidente ; car, si on adopte le principe de fusils se chargeant par la culasse, on ne voudra pas accepter un crachement que l’on est habitué à éviter, et on ne peut l’éviter qu’à l’aide de cartouches à culot.
- Les cartouches à broche ne sont pas les seules que M. Chaudun vous ait soumises ; il a établi aussi un système complet de cartouches à inflammation centrale, genre assez employé aujourd’hui, pour les revolvers notamment. Je les décrirai brièvement.
- Dans sa première disposition, il emploie un petit cylindre de bois, qui s’appuie contre une pièce métallique placée sur le culot formant l’enclume, qui peut recevoir une capsule ordinaire; système propre à la guerre, où il y a danger d’explosion à transporter les cartouches portant leurs capsules.
- Dans son second système, il prend un point d’appui sur une broche en fer qui traverse les rebords du culot de cuivre, et, afin d’éviter tout crachement, il loge une petite capsule de forme de moitié de demi-lentille percée de trous et enveloppée, après chargement, dans un fragment de feuille d’étain, entre la broche en fer et une dépression du centre du disque de cuivre de la cartouche.
- Un choc au centre détermine l’explosion, qui, produite en totalité à l’intérieur de la cartouche, sans aucune ouverture vers son fond, ne peut donner lieu à aucun crachement.
- Vous voyez, Messieurs, qu’après une carrière bien remplie M. Chaudun a profité de sa longue expérience pour combiner une heureuse et nouvelle disposition de cartouches qui doit donner de précieux résultats en supprimant un inconvénient notable, dont on avait cherché inutilement le remède, améliorant l’utilisation de la poudre, enfin en ouvrant la voie à de nouveaux perfectionnements dans les armes à feu.
- Nous vous proposons donc, Messieurs,
- î° De remercier M. Chaudun de sa très-intéressante communication ;
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- CARTOUCHES.
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- t° D’insérer dans le Bulletin le présent rapport, avec les dessins de ses nouvelles cartouches.
- Signé Laboulaye, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 3 mai 1865.
- DESCRIPTION DES NOUVELLES CARTOUCHES A CULOT DE M. CHAUDUN PÈRE, REPRÉSENTÉES PLANCHE 326.
- Premier système.
- Fig. 8. Élévation et section verticale partielles de la cartouche.
- Fig. 9. Section horizontale suivant la ligne 1-2 de la figure 8.
- Ces deux figures sont de grandeur d’exécution.
- Fig. 10. Vue de la broche.
- Fig. 11. Vues du nouveau système d’amorce plate.
- Fig. 12. Vues d’un autre système d’amorce plate avec tube cylindrique.
- Ces trois figures sont à une échelle double de celle des figures 8 et 9.
- a, culot métallique.
- b, douille cylindrique en papier fort.
- cy masse de pâte de papier emboutie au fond de la douille pour en former comme la culasse, et se raccordant par une surface tronconique avec cette douille, dont elle augmente l’épaisseur de la paroi inférieure.
- d, broche traversant horizontalement la massée, pour arriver au centre de la circonférence où est placée l’amorce ou capsule; c’est une tige cylindrique en fer, cuivrée galvaniquement, et dont l’extrémité en contact avec la capsule est formée d’un cône sur lequel sont pratiquées deux rainures en grain d’orge parallèles, disposées de telle sorte que le profil du cône présente l’aspect de deux dents de scie (fig. 10). Le foret qui sert à pratiquer, dans la masse c, le passage de la broche est construit suivant le même profil, en sorte que, lorsqu’on met cette broche en place, elle rencontre dans la pâte de papier deux nervures qui s’adaptent exactement sur ses deux rainures, artifice à l’aide duquel, toute fuite de gaz est empêchée.
- <?, amorce ou capsule plate (fig. 11); elle se compose d’un petit tube aplati, fermé par un bout, et présentant à l’autre deux espèces de lèvres rapprochées; c’est sur le flanc extérieur de cette capsule que la broche exerce son action.
- e'y autre système d’amorce plate munie d’un tube cylindrique destiné à porter la
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- CARTOUCHES.
- flamme à la partie supérieure de la charge de poudre, au centre de laquelle il est placé.
- Deuxième système. — Cartouche à percussion centrale.
- Fig. 13. Élévation et section verticale partielles de la cartouche.
- Fig. 14. Section horizontale suivant la ligne 3-4 de la figure 13.
- Fig. 15. Vue séparée de la broche.
- Fig. 16. Élévation, section verticale et plan de l’amorce.
- Les figures 13,14 et 15 sont de grandeur d’exécution; la figure 16 est à une échelle double.
- a, h, c sont, comme dans le système précédent, le culot, la douille et la culasse; cette dernière est évidée au centre pour laisser le passage à l’amorce spéciale qui doit être placée dans le fond.
- Ici la broche d traverse diamétralement d’outre en outre la culasse, et à ses extrémités rivées extérieurement à la paroi du culot.
- L’amorce e (fig. 16) se compose d’une petite plaque circulaire en métal, emboutie en forme de calotte ou de demi-lentille; elle est remplie de fulminate et est percée de quatre trous pour le passage du feu; la broche d lui sert d’appui.
- Troisième système. — Cartouche à inflammation centrale entre la poudre
- et le projectile.
- Fig. 17. Élévation et section verticale partielles de la cartouche.
- Fig. 18. Section horizontale suivant la ligne 5-6 de la figure 17.
- Ces deux figures sont de grandeur d’exécution.
- Fig. 19, 20 et 21. Détails à une échelle double.
- a, b, c, culot, douille et culasse, cette dernière étant évidée au centre.
- f, barrette métallique placée transversalement au fond de l’évidement cylindrique de la culasse c, et ayant soit la forme de la figure 19, soit celle de la figure 20; c’est elle qui sert d’enclume à l’amorce.
- g, petit cylindre en bois dur collé par-dessus l’amorce dans l’évidement de la culasse, et dans l’axe duquel descend le tube h.
- h, tube en cuivre dont la longueur est égale à l’épaisseur de la charge de poudre; il est ouvert à l’extrémité inférieure (fig. 21), et terminé à la partie supérieure par une petite calotte percée d’une ouverture; c’est par cette ouverture que le feu arrive sous le projectile à la partie supérieure de la charge.
- Quatrième système. — Cartouche à chambre d’air.
- Fig. 22. Élévation et section verticale partielles de la cartouche.
- Fig. 23. Section horizontale suivant la ligne 7-8 de la figure 22.
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- CARTOUCHES.
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- Fig. 24. Vue et section diamétrale de la cloison de la chambre à air.
- Le culot, la douille et le petit cylindre g sont analogues à ceux de la cartouche précédente.
- Le rebord supérieur de la culasse c est ici plus grand, et s’élève jusqu’à la hauteur de la ligne de coupe 7-8 (fig. 22).
- Sur ce rebord s’appuie une rondelle en carton mince, percée de cinq trous et formant alors avec les parois de la culasse une chambre à air j; le trou du centre est ouvert et donne passage au tube h, qui doit être plus long que dans le système précédent; les quatre autres trous sont recouverts de papier mince.
- La poudre est versée sur la rondelle, puis une bourre est placée par-dessus ; enfin le projectile vient occuper la place ordinaire, et la cartouche est fermée par une dernière bourre, maintenue par le rabattement du bord supérieur de la douille.
- Instrument pour recouper l’excédant de longueur des cartouches.
- Fig. 25. Elévation et section verticale partielles de l’instrument.
- Fig. 26. Détails du ressort et de la molette coupante.
- Ces deux figures sont à moitié grandeur d’exécution.
- k, manchon cylindrique en bois, muni d’un rebord ou bourrelet à la partie supé-périeure.
- /, mandrin, également en bois, traversant le manchon; sa partie inférieure qui sert de poignée porte une embase, sur laquelle vient s’appuyer le bord inférieur du manchon taillé en biseau; la tête de ce mandrin est d’un plus petit diamètre que le reste, et sert à recevoir la douille de la cartouche qu’on coiffe exactement dessus.
- m, encoche taillée dans l’épaisseur du mandrin, et dont la hauteur représente la quantité dont on peut le tirer hors du manchon.
- n, vis d’arrêt ou butoir, servant à limiter la course du mandrin de haut en bas.
- o, molette coupante et tournante fixée à l’extrémité d’un ressort p, et traversant le manchon k par une fente horizontale, de manière à présenter sa surface perpendiculairement à l’axe du mandrin.
- p, tige plate, formant ressort, et fixée par son extrémité inférieure le long d’une génératrice du manchon.
- q> anneau entourant le manchon et pouvant glisser de haut en bas.
- Lorsque, après avoir reçu sa charge de poudre, la douille d’une cartouche se trouve trop longue, on place cette douille sur le mandrin, puis, après avoir fait descendre ce mandrin de la quantité voulue dans le manchon, on fait glisser l’anneau q le long du ressort /?, jusque contre la molette o; celle-ci agit alors comme un couteau, et l’on n’a plus qu’à imprimer un mouvement de rotation au mandrin pour que la douille se trouve recoupée sur toute sa circonférence. On desserre ensuite le ressort p, on repousse le mandrin et on retire la cartouche. (M.)
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- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Benoît, au nom du comité des arts mécaniques, sur le Perspectomètre présenté par M. Paul Gélibert, professeur de dessin et de peinture, rue Monsieur-le-Princes 46, à Paris.
- Messieurs, au nom de votre comité des arts mécaniques, je vais avoir l’honneur de vous entretenir du Perspectomètre présenté par M. Paul Gélibert, et que vous avez renvoyé à son examen. Pour être plus facilement compris dans ce que j’ai à dire sur cet instrument et sur son usage, je dois rappeler d’abord que tous ceux qui ont dessiné d’après la bosse, ou d’après de grands tableaux, se sont servis soit de leur porte-crayon, soit de toute autre ligne droite matérielle, interposée entre l’œil et le modèle, dans une direction perpendiculaire aux rayons visuels et à un même éloignement de l’œil, pour déduire la distance à laquelle les images de deux points quelconques du modèle doivent être placées sur le dessin, en partant de la longueur du porte-crayon qu’il faut laisser sortir, à gauche du pouce de la main droite qui le tient, pour cacher exactement la distance apparente qui sépare les points du modèle.
- Je dois rappeler encore ici que c’est un procédé connu des dessinateurs, d’imaginer, par tout point choisi du modèle, une verticale et une horizontale, auxquelles ils rapportent tout autre point du modèle voulu, en obtenant, toujours à l’aide du porte-crayon, les distances auxquelles il faut en placer l’image sur le dessin, en partant des images de ces verticale et horizontale, qui remplissent ainsi les fonctions à’Axes des coordonnées. Tels sont, Messieurs, les procédés, usités de tout temps, dont M. Gélibert est parvenu à régulariser et à faciliter l’emploi, ainsi que je vais l’expliquer.
- M. Gélibert admet d’abord, comme vérité fondamentale, que le champ de la vision distincte, variant de 15 à 19 degrés, selon la bonté de la vue de l’observateur, ne dépasse pas, moyennement, un angle de 17 degrés : c’est-à-dire que l’œil, dans une position fixe dans l’espace, ne distingue parfaitement, autour d’un point de vue choisi, que les objets compris dans un cône dont l’axe passe par ce point, et dont l’angle au sommet placé à l’œil est de 17 degrés. Il restreint même ce champ à ce que peut embrasser la pyramide
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- quadrangulaire régulière inscrite à ce cône, ayant ses faces latérales verticales.
- Comme la tangente naturelle de l’angle de 8° 30', moitié de l’angle de 17°, est 0,1494510, pour un rayon égal à 1, il en résulte que le diamètre du cône, à une distance métrique quelconque b du sommet, aura une longueur égale à 0,^989020 X b. Il est clair, d’ailleurs, que si l’on divise ce diamètre en 100 parties égales, par exemple, les rayons visuels partant du sommet du cône et passant par les points de division partageront en 100 portions égales la largeur occupée par les objets compris dans le champ de vision.
- En calculant pour toutes les valeurs de b, différant d’un centimètre de l’une quelconque d’elles à la suivante, depuis b — 0m,38 jusqu’à b=0ra,73, on forme le tableau, ci-après, des longueurs métriques des diamètres du cône aux distances b du sommet, considérées, et que le très-précieux Arithmomètre de M. Thomas, de Colmar, m’a données en beaucoup moins de temps qu’il ne m’en a fallu pour les écrire (1).
- DISTANCE du perspectomètre à l’œil, ou longueur du bras tendu sans effort. LONGUEUR métrique du perspectomètre correspondant. NUMÉRO du perspectomètre. DISTANCE du perspectomètre à l’œil, ou longueur du bras tendu sans effort. LONGUEUR métrique du perspectomètre correspondant. NUMÉRO du perspectomètre.
- m m m m
- 0.73 0.2181984 0.55 0.1643961
- 0.72 0.2152094 1 0.54 0.1614670 7
- 0.71 0.2122204 0.53 0.1584180
- 0.70 0.2092314 0.52 0.1554290
- 0.69 0.2062423 2 0.51 0.1524400 8
- 0.68 0.2032533 0.50 0.1494510
- 0.67 0.2002643 0.49 0.1464619
- 0.66 0.1972753 3 0.48 0.1434729 9
- 0.65 0.1942863 0.47 0.1404839
- 0.64 0.1912972 0.46 0.1374949
- 0.63 0.1883082 4 0.45 0,1345059 10
- 0.62 0.1853192 0.44 0.1315168
- 0.61 0.1823502 0.43 0.1285278
- 0.60 0.1793412 5 0.42 0.1255388 11
- 0.59 0.1763521 0.41 0.1225498
- 0.58 0.1733631 0.40 0.1195608
- 0.57 0.1703741 6 0.39 0.1165717 12
- 0.56 0.1673851 0.38 0.1135827
- Des réglettes ayant les longueurs de ces diamètres, divisées en 100 parties
- (1) Cinquante secondes ont suffi pour écrire le nombre 0,2989020 sur l’arithmomètre, et y faire apparaître successivement tous les trente-six nombres du tableau.
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- égales, constituent les Perspectomètres de M. Gélibert, lesquels jouissent évidemment de la propriété commune que je vais signaler.
- Si, le bras étendu sans effort, un observateur tient à la hauteur de son œil, entre l'index et le pouce de la main droite, le Perspectomètre relatif à la distance à laquelle cet instrument se trouve alors de l’œil, dans une direction horizontale perpendiculaire au rayon visuel passant par son point milieu, gradué 50, et par le point de vue choisi, les rayons visuels déterminés par les points de division de l'instrument ayant la même graduation, aboutiront toujours aux mêmes points du modèle, quelle que soit la longueur du bras de l’observateur, pourvu que son œil occupe toujours une même position dans l’espace.
- Ainsi, si tant de dessinateurs que l’on voudra, munis chacun d’un Perspectomètre correspondant à la longueur particulière de son bras, observent tour à tour, d’un même point de l’espace, les distances d’un point assigné sur un modèle à la verticale et à l’horizontale, soit du point de vue, soit de tout autre point choisi, ils trouveront ces distances exprimées par un égal nombre de centièmes de la longueur de leurs Perspectomètres. De sorte que s’ils tracent leurs dessins à la même échelle, c’est-à-dire s’ils traduisent chaque centième de leur Perspectomètre par une même longueur de droite, leurs dessins, s’ils ont bien opéré, seront tous identiques ou superposables.
- On voit, par là, combien l’usage du Perspectomètre facilite aux professeurs la vérification et la correction des dessins faits par leurs élèves, soit d’après un tableau, soit d’après la bosse, soit d’après nature.
- Pour familiariser le dessinateur avec l’emploi des verticales et des horizontales, comme repères ou axes des coordonnées, M. Gélibert se sert d’une grande équerre qu’il nomme Régulateur, dont une branche s’élève verticalement sur un patin, et dont l’autre branche, horizontale, peut coulisser sur la première et être fixée, à l’aide d’une vis de pression, à la hauteur que l’on désire.
- Pour matérialiser le Point de vue et la Ligne d’horizon, quand on dessine d’après nature, M. Gélibert a imaginé l’appareil qu’il nomme Horizontomètre, consistant en une sorte de grand T, dont la jambe verticale peut être grandie ou raccourcie à volonté, en faisant tourner un pignon qui agit sur les dents d’une crémaillère dont elle est munie. Lorsqu’on a enfoncé dans le sol, en avant du dessinateur et dans la direction de l’endroit où il veut placer son Point de vue, les trois grosses pointes de fer dont le pied du T est armé, et que les bras de ce T sont dans une position horizontale perpendiculaire à cette direction, on règle la hauteur de l’appareil de manière qu’une petite plaque
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- fixée sur ces bras, perpendiculairement à la jambe, et qui est alors horizontale, ne soit vue par le dessinateur que sur sa tranche. Les choses ainsi disposées, l’œil du dessinateur et la plaque sont de niveau ou dans un même plan horizontal; un bouton qui la surmonte, au-dessus de la jambe, donne la direction exacte du point de vue, et les bras du T se projettent sur la ligne d’horizon.
- Enfin, pour faciliter l’emploi, par les dessinateurs, des Coordonnées ou distances des points observés aux axes rectangulaires, soit imaginés, soit matérialisés par les deux branches des Régulateurs, M. Gélibert propose, sous le nom de Cadres proportionnels, des cadres rectangulaires de diverses dimensions, dont les grands côtés sont divisés intérieurement en 100 parties égales, comme les Perspectomètres. Les petits côtés de ces cadres présentent autant de parties égales aux précédentes qu’ils peuvent en contenir.
- Il est clair qu’en faisant glisser une équerre ordinaire le long des côtés de ces cadres posés sur le papier qui doit recevoir le dessin, on Iracera très-facilement les coordonnées dont le Perspectomltre aura fourni les cotes, et qui, par leur intersection, indiqueront la position de l’image du point observé. La grandeur des dessins obtenus à l’aide de ces cadres sera évidemment proportionnelle à celle des divisions indiquées sur leurs côtés.
- Tels sont, Messieurs, les divers appareils imaginés, par M. Gélibert, pour perfectionner les procédés dont les dessinateurs font ordinairement usage, en les soumettant à des règles géométriques constantes, et quoiqu’on ne doive pas lui laisser l’illusion de croire qu’il ait, par l’ensemble de ses appareils, inventé « le seul instrwnent de précision dont les mesures ne puissent varier, » ce qui n’est pas, à quelque point de vue qu’on le considère, on doit néanmoins le féliciter des heureux efforts qu’il a faits pour vulgariser l’usage des triangles et des coordonnées géométriques rectangulaires, dans les divers genres de dessin à la main, et des bons résultats qu’il en a obtenus dans ses cours de dessin.
- J’ai, en conséquence, l’honneur de proposer au Conseil, au nom du comité des arts mécaniques,
- i° De remercier M. Gélibert de sa très-intéressante communication, et de l’encourager à continuer d’expliquer à ses élèves les propriétés et l’emploi de ses appareils, dont l’utilité est évidente, surtout pour les commençants;
- 2° D’ordonner l’impression de ce rapport dans le Bulletin de la Société.
- Signé Benoît, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 3 mai 1865.
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- Rapport fait par M. Alcan, au nom du comité des arts mécaniques, sur un procédé pour minéraliser le chardon végétal employé à l’apprêt des lainages, présenté par M. Gohin, de Caudebec-lès-Elbeuf.
- Le chardon naturel, employé depuis un temps immémorial au lainage, c’est-à-dire à la formation du duvet de la surface des étoffes drapées, présente des avantages particuliers qui n’ont jamais pu être entièrement remplacés par les moyens artificiels souvent tentés. La forme, la dureté et l’élasticité des crochets ou crocs du chardon végétal offrent un ensemble de caractères que ne peut réaliser complètement aucun des procédés proposés dans le même but. Le seul qui a eu quelques succès est le chardon métallique, ou espèce de carde dont les aiguilles ou dents sont en fils de cuivre. Malgré les services rendus dans certains cas et pour des genres déterminés d’étoffes, l’application du chardon métallique n’a pu se généraliser. Son action est loin de présenter dans toutes ses applications la sécurité et les avantages du chardon végétal. Malheureusement celui-ci se détériore assez rapidement par suite de l’effet de l’eau et de l’humidité inévitables au lainage, et malgré les séchages réitérés qu’on lui fait subir de temps à autre.
- Pour éviter cette cause permanente d’usure et augmenter la durée et le service des chardons naturels, sans même avoir besoin de recourir au séchage, M. Gohin, de Caudebec-lès-Elbeuf, a eu l’heureuse idée d’appliquer à cette carde végétale les moyens préservateurs qui ont si parfaitement réussi pour la conservation des bois en général. Il durcit le chardon en le soumettant plus ou moins longtemps, à chaud ou à froid, à l’action d’une dissolution de sulfate de cuivre. Le chardon, sans rien perdre de son élasticité recherchée, acquiert ainsi des propriétés remarquables ; il devient imputrescible, peut fonctionner aussi bien à l’état humide que sec, et être employé immédiatement après sa récolte. Les apprêts qui résultent de son usage offrent, en général, un caractère de régularité remarquable, précisément parce que tous les crochets naturels, par suite de cette espèce de minéralisation, ont acquis des propriétés égales de ténacité et d’élasticité.
- Ces divers résultats sont constatés par la pratique, qui a accueilli le nouveau procédé comme un progrès destiné à se généraliser de plus en plus.
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- En présence de ces faits, votre comité des arts mécaniques vous propose, Messieurs, de remercier M. Gohin de son intéressante communication, et d’insérer le présent rapport dans votre Bulletin.
- Signé Alcan, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 19 avril 1865.
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- Rapport fait par M. le comte du Moncel, au nom du comité des arts économiques, sur les fusées de mine de MM. A. Gaiffe et Comte, rue Saint-André-des-Arts, 40.
- Messieurs, maintenant que l’application de l’appareil de Ruhmkorff à l’explosion des mines est devenue d’un emploi général, tout perfectionnement apporté aux organes destinés à transmettre l’étincelle à la poudre peut avoir une grande importance, surtout s’il a pour résultat une économie notable dans le prix de revient. L’invention que MM. Gaiffe et Comte vous ont présentée est précisément dans ce cas.
- On sait que l’étincelle électrique, en raison de son instantanéité, peut passer au milieu de la poudre sans l’enflammer. Or, pour obtenir un effet immanquable, il a fallu recourir à un artifice particulier, qui consiste à interposer sur le trajet de l’étincelle un conducteur secondaire, susceptible de rougir instantanément sous l’influence de la décharge. C’est le flux de quantité qui, dans l’appareil de Ruhmkorff, se trouve transmis à la suite de l’étincelle, qui remplit ce rôle important. Les fusées Statham, jusqu’à présent exclusivement employées pour les mines, sont fondées sur ce principe, et dans ces fusées le conducteur secondaire interposé est du sulfure de cuivre. Malheureusement le prix de ces organes de transmission est assez élevé (50 centimes par fusée), et, si l’on réfléchit à la quantité qu’il faut en employer dans des travaux un peu importants, on comprend facilement que la dépense qu’elles occasionnent ne laisse pas que d’être considérable.
- MM. Gaiffe et Comte ont singulièrement simplifié la fabrication de ces fusées, en supprimant le capuchon de gutta-pereha échancré des fusées
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- Statham et en les composant uniquement d’une capsule de fusil adaptée à l’extrémité d’un fil recouvert de gutla-percha. Cette capsule étant enveloppée d’une feuille de papier d’étain, laquelle se trouve mise en contact avec un fil métallique enroulé autour du fil de gulta-percha, permet au courant transmis à travers le fulminate de mercure de compléter le circuit.
- Dans ces fusées, le conducteur secondaire est le fulminate de mercure, qui est encore plus sensible que le sulfure de cuivre.
- Pour éviter les causes d’explosion, et en même temps isoler complètement les différentes parties de l’amorce, celle-ci se trouve recouverte d’une enveloppe de gutta-percha fortement liée sur le fil, et remplie d’une assez grande quantité de poudre pour développer un premier foyer d’inflammation.
- Dans ces conditions, la fusée devient tellement simple que MM. Gaiffe et Comte assurent pouvoir en livrer un mille pour 150 francs.
- En outre de cet avantage, les nouvelles fusées présentent celui, beaucoup plus important au point de vue de la pratique, de fournir l’explosion simultanée d’un grand nombre de fourneaux de mine sous l’influence d’une seule fermeture prolongée du courant. Il suffit, pour cela, que les fils conduisant aux différentes mines se trouvent dérivés sur deux fils principaux aboutissant à l’appareil. Dans ces conditions, quand la première mine a fait explosion, le courant se trouve transporté intégralement à la seconde, car l’enveloppe d’étain, en fondant sous l’influence de l’étincelle, et étant d’ailleurs déchirée par l’explosion de la capsule, établit une solution de conlinuité de plus d’un centimètre entre les deux fils de la fusée, et rend, par cela même, impossible le passage du courant à travers la fusée qui a ainsi fait explosion.
- C’est dans le même but que le capitaine Savaru avait voulu perfectionner les fusées Statham, en terminant les extrémités du conducteur à l’intérieur de l’amorce par des pointes en métal Darcet.
- La commission, après avoir suivi les expériences de MM. Gaiffe et Comte, a reconnu dans l’invention de ces Messieurs un véritable progrès réalisé, et, en conséquence, elle vous prie de décider :
- 1° Que des remercîments soient adressés à MM. Gaiffe et Comte pour leur intéressante communication;
- 1° Que le présent rapport soit inséré au Bulletin,
- Signé Th. du Moncel , rapporteur.
- Approuvé en séance, le %b janvier 1865.
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- PRODUITS EXOTIQUES.
- SUR LES GELÉES MARINES DES CHINOIS, PAR M. NATALIS RONDOT, Membre du comité de commerce.
- On fait en Chine une consommation considérable de gelées tirées de plantes marines.
- Ces plantes sont de diverses espèces. Celle de ces algues qui est la plus connue et la plus abondante est le Plocaria tenax ou Gigartina tenax. Les autres sont, dit-on, des Laminaria, des Floridea, etc. On cite le Laminaria saccharina.
- Ces plantes, qui ont un si grand intérêt économique, paraissent n’avoir pas été étudiées par les botanistes, et, au moins en Chine, on ignore les noms scientifiques des huit ou dix principales espèces de ces algues.
- Quoi qu’il en soit, toutes ces plantes portent, en Chine, les noms de Haï-tsaï (herbe de mer), de Chih--hoa-tsaï (herbe aux fleurs de pierre), de Lo-kio-tsaï (herbe aux cornes de cerf).
- On les recueille sur les côtes de la Chine, de la Corée, du Japon et de l’Ar-chipel-Indien.
- Les plus communes sont apportées de l’Archipel-Indien, et le Plocaria tenax en forme la plus grande partie.
- La récolte de ces plantes sur les côtes, les bas-fonds et dans les baies des mers de la Chine et de l’Archipel-Indien occupe un nombre considérable de barques et de pêcheurs chinois, japonais et malais.
- On voit dans les ports de Chine, principalement à Chang-hai, à É-mouï, à Fou-tehéou-fou, des milliers de quintaux de ces plantes desséchées, tantôt entières, tantôt découpées. Les espèces réputées les meilleures, les Laminaria, les Floridea, etc., du Chan-tong, en Chine, du Japon et de la Corée, se vendent, sèches, à Chang-hai, de 25 à 75 centimes le kilogramme.
- Les espèces communes servent à faire une gelée, qui est connue dans le commerce sous le nom d’Aqar-agar. Les Chinois l’appellent Liang-tsaï (herbe rafraîchissante). Agar-agar est le nom malais du Plocaria tenax, qui est le plus employé pour faire cette gelée.
- Celle-ci est obtenue en faisant bouillir longtemps les plantes dans l’eau.
- Il y a plusieurs qualités de gelée; la qualité dépend de l’espèce d’algue, de
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- PRODUITS EXOTIQUES.
- l’âge et du degré de conservation de la plante, des soins apportés au nettoyage et à la cuisson.
- La meilleure qualité fournit un aliment sain, à très-bas prix, dont la consommation est énorme. Elle se vend de 50 à 70 centimes le kilogramme. On voit, dans presque toutes les rues, à Canton, à Chang-hai, à É-mouï, à Ning-po, des marchands d’agar-agar.
- Cette qualité sert aussi dans la cuisine chinoise et dans les préparations médicinales.
- Avec quelques autres espèces d’algues, japonaises ou coréennes, conservées, nettoyées et cuites avec soin, on fait une autre gelée comestible, d’un goût plus fin et d’un prix plus élevé.
- Les autres sortes et qualités de gelée marine ont des usages différents. Elles servent, suivant leur degré de consistance et leur préparation, de pâtes, de gommes, de colles ou de vernis.
- En Chine, la plupart des lanternes sont rondes et formées d’une carcasse légère de bambou, sur laquelle est tendue une gaze de soie très-ténue et à larges mailles. Cette gaze est enduite de gelée marine qui bouche les mailles, et sur laquelle on peint des dessins ou des caractères chinois. Cette gelée ne s’écaille pas, avantage précieux pour les lanternes pliantes.
- Elle est employée de la même façon, en Chine et au Japon, pour certaines fenêtres qui sont faites d’un treillis de baguettes de bambou; elle remplace ainsi le verre, et cette couche mince et demi-transparente reçoit quelquefois des peintures.
- On enduit également de la sorte des papiers et des gazes pour éventails, des papiers pour fenêtres ou lanternes.
- La gelée marine sert à l’apprêt des étoffes de soie, et, grâce à cet apprêt, dont je n’ai pas pu connaître le procédé, les soieries ne se piquent pas. C’est avec cette même gelée que les Chinois apprêtent les camelots de laine et soie, les rubans et les galons de soie, et plusieurs genres de papiers.
- Il paraît que ces papiers de Corée, dont la ténacité est si grande qu’on en fait des vêtements, doivent à l’emploi de la gelée marine dans leur fabrication cette force merveilleuse qui étonne tous les témoins de l’usage qu’on fait de ces papiers.
- La propriété la plus précieuse de ces gelées est de n’être pas mangées par les insectes. On sait combien est rapide, dans l’Inde, en Chine et dans l’Archipel-Indien, la destruction, par les insectes et par l’humidité, des livres et des registres faits avec les papiers d’Europe. Les papiers apprêtés avec la gelée ma-
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- rine sont en partie préservés. Mais où la gelée est le plus utile, c’est pour le collage des papiers. Si l’on collait nos papiers avec notre colle ordinaire, il y aurait une double chance de destruction, les insectes s’attaqueraient au papier et à la colle. Ce danger n’existe pas avec la gelée marine. Elle n’est pas touchée par les insectes, elle les écarte même, et elle rend par là de grands services pour la tenture des appartements avec nos papiers peints, pour la confection de registres, de cartons et de cartonnages.
- Enfin elle sert en teinture et en peinture. Les couleurs et les teintures s’y incorporent facilement, et elle forme une sorte de couverte qui conserve plus longtemps leur éclat.
- Son usage comme vernis est restreint, les Chinois ayant plusieurs préparations de résines ou de laits de plantes qui sont de beaucoup supérieures.
- Les gelées marines employées dans l’industrie se vendent depuis 10 centimes jusqu’à 50 centimes le kilogramme. On en prépare dans plusieurs îles de la Malaisie, et, dans une seule année, il en a été apporté à Chang-haï 120,000 quintaux.
- J’ai été témoin, pendant mon séjour en Chine et dans l’Archipel-Indien, des usages variés des gelées marines, et j’appelle l’attention des fabricants autant sur leur application aux procédés de notre industrie que sur la recherche des algues de nos côtes qui pourraient donner des gelées aussi utiles. Je dois observer que, suivant les emplois, les gelées sont préparées de différentes manières et quelquefois mélangées avec d’autres substances.
- COMBUSTIBLES.
- NOTICE SUR L’AGGLOMÉRATION DES COMBUSTIBLES MINÉRAUX, PAR M. L. GRUNER, INGÉNIEUR EN CHEF DES MINES.
- HISTORIQUE.
- Les avantages de l’agglomération des combustibles menus sont trop évidents pour qu’il soit nécessaire de les signaler; iis sont tels que l’on aurait droit de s’étonner qu’on n’ait pas songé plus tôt à réaliser cette agglutination, si l’on ne savait que le prix du charbon en morceaux était jadis trop faible pour couvrir les frais de
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- l’agglotttération. A la vérité, on moule depuis assez longtemps la tourbe friable ou terreuse, exploitée à la drague ; mais la fabrication des agglomérés proprement dits est une industrie toute moderne.
- Les briquettes se préparent par simple compression, ou par voie à’agglomération à l’aide d’un ciment. La simple compression réussit dans le cas de menus farineux, plus ou moins glaiseux, tels que les tourbes et les lignites terreux. Mais le ciment est nécessaire dès que l’on veut agglomérer les lignites durs, les houilles et les anthracites 5 ou, du moins, pour que l’on puisse alors se passer de ciment, il faut que le charbon soit gras et chauffé jusqu’à ramollissement partiel.
- Malheureusement le ciment, quel qu’il soit, augmente les frais ou détériore le produit, tandis que la simple compression offrirait, à divers points de vue, des avantages tels que, si l’on parvenait à réaliser ce mode de fabrication, on devrait le préférer à tous les autres. Il ne faut donc pas s’étonner si plusieurs inventeurs ont dirigé leurs efforts de ce côté-là. Nous verrons en particulier que M. Baroulier et la compagnie de Roche-la-Molière en France, MM. Bessemer et Rees en Angleterre, ont pris des brevets pour ce mode d’agglomération. Mais nous devons ajouter que, jusqu’à présent du moins, malgré ses avantages réels, il 11’a pas été sanctionné par la pratique. La température élevée à laquelle il faut opérer, même dans le cas de charbons collants, accroît outre, mesure les frais de fabrication. Jusqu’à présent donc, les procédés variés, auxquels on a recours pour agglomérer la houille, sont tous basés sur l’emploi des ciments. Le plus économique est la terre glaise; les plus usités, le goudron de houille et ses dérivés immédiats, le brai gras et le brai sec. Mais, dans ce domaine, l’imagination des inventeurs s’est donné libre carrière.
- En parcourant la liste des brevets pris en France pour cet objet, on rencontre les substances les plus bizarres, et parfois les matières les moins économiques, telles que la farine avariée, les lichens, le sang de bœuf, les huiles animales ou végétales, le marc des féculeries, la résine végétale, la gomme arabique, la glu marine, les pommes de terre, etc. ; puis, parmi les substances minérales, le sel ammoniac, la couperose, l’alun, etc. I Inutile d’ajouter que, de toutes ces matières singulières et d’un prix relativement élevé, aucune n’a reçu la sanction de la pratique.
- La terre glaise est le ciment dont on s’est servi en premier lieu. Dès la fin du siècle dernier, on faisait, en Belgique, des briquettes par ce moyen. Dans un article sur le bassin houiller d’Eschweiler {Journal des mines, t. XXXYI, p. 121), M. Clère, ingénieur des mines, parle du moulage des briquettes de houille, au moyen de terre glaise ordinaire, comme d’une opération depuis longtemps pratiquée aux environs de Liège, et il ajoute que ces briquettes y ont reçu le nom de hochets.
- En 1810, un sieur Quest, serrurier à Paris, obtint, en France, un brevet d’invention de cinq ans pour un nouveau procédé de fabrication de briquettes, au moyen de charbon de terre et d’argile {Journal des mines, t. XXX, p. 447), preuve que ce mode d’agglomération était déjà connu avant cette époque, Vers 1812, de la Chabeaussière
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- conseille également l’agglomération de la houille à l’aide de terre grasse (Bulletin de la Société d'encouragement, t. II, lre série, p. 241).
- Mais la terre glaise est un mauvais ciment pour la houille 5 elle ne donne aux briquettes qu’une faible ténacité et augmente la teneur en cendres ; aussi, dans le nord de la France et dans les Alpes, où ce procédé est encore usité, on se contente de préparer ainsi, d’une façon très-primitive, de simples boules pour le chauffage domestique. On pétrit le charbon maigre, ou l’anthracite, avec un peu de terre glaise délayée dans l’eau, on moule la pâte à la façon des briques ordinaires et on les sèche à l’air. Pourtant aux mines de Ham-sur-Sambre on prépare aussi, depuis peu d'années, de pareilles briquettes par un procédé mécanique, et, pour leur donner plus de consistance, on les sèche ensuite à haute température dans un four ou une étuve à air chaud (1). Mais il est bien évident qu’une fabrication de ce genre est trop coûteuse pour un combustible dont la teneur en cendres doit être, pour le moins, de 15 à 20 p. 100, puisque l’argile ajoutée s’élève au dixième du poids de la houille.
- Le goudron de houille est le second ciment, par rang d’âge, dont on se soit servi pour l’agglomération du charbon. Ce sont deux ingénieurs de Saint-Étienne, MM. Ferrand et Marsais, qui, les premiers, au moins en France, ont essayé de préparer des briquettes au goudron de houille. Leurs premières tentatives remontent à 1832, et leur brevet porte la date du 50 janvier 1833. Mais bientôt l’un d’eux, M. Marsais, donna la préférence au brai gras, et dès 1842 cet habile ingénieur fabriqua d’une façon courante des agglomérés de houille, d’abord pendant trois ans, à Bérard, près de Saint-Étienne, puis à Givors, où la Société des houillères de Saint-Étienne fait encore aujourd’hui marcher l’usine établie il y a vingt-deux ans par M. Marsais.
- Depuis cette époque, et surtout depuis 1850, la fabrication des agglomérés s’est rapidement développée tant en Angleterre que sur le continent. Aujourd’hui ce combustible est recherché, en France, par la marine et les compagnies de chemins de fer. On apprécie la facilité de son arrimage, le faible déchet qu’il éprouve au transport, et la proportion peu élevée de ses cendres, lorsqu’il a été préparé avec du menu bien lavé. Les méthodes de fabrication sont très-variées ; plus de cent brevets ont été pris en France, depuis vingt-cinq ans, en vue de cette fabrication. Mais, en définitive, dans tous les brevets sérieux, basés sur l’emploi d’un ciment étranger, la préparation des briquettes repose exclusivement sur les propriétés agglutinantes du goudron de houille ou de ses dérivés. Au goudron brut a d’abord succédé, comme on vient de le voir, le brai gras, sorte de goudron imparfaitement cuit. Et maintenant, depuis dix ans, on
- (1) La machine employée à Ham-sur-Sambre a été imaginée par M. David, ingénieur-constructeur à Paris. Elle a été brevetée en 1859, et se trouve décrite au tome XIII, page 406, du Recueil des machines et outils de M. Armengaud aîné, ainsi que dans le mémoire de M. Franquoy, Annales des travaux publics en Belgique, tome XIX, page 204.
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- emploie, dans bon nombre d’usines, le brai sec, c’est-à-dire le brai complètement cuit. Ce dernier mode de fabrication a pris naissance en Angleterre et paraît avoir été appliqué pour la première fois, vers 1842 ou 1843, par M. Wylam. Le brai sec est pulvérisé à froid, puis, en cet état, intimement mêlé à la houille menue. Wylam chauffait ensuite le mélange jusqu’au ramollissement, dans une cornue en fonte, et moulait la pâte chaude à l’aide d’une machine. Mais ce moyen de chauffage est coûteux et peu pratique. En 1848, H. Dobrée lui substitua, en Angleterre, l’emploi de la vapeur à haute pression, et depuis lors toutes les fabriques qui agglomèrent au brai sec se servent de ce mode de ramollissement; aussi les méthodes suivies dans ces diverses fabriques ne diffèrent-elles en général, les unes des autres, que par la disposition des mélangeurs et des appareils de compression.
- Les fabriques d’aggiomérés, non compris les usines à charbon de Paris, sont aujourd’hui, en France, au nombre de dix-huit à vingt; mais quelques-unes renferment deux ou plusieurs machines, comme celles de la Chazotte, de la Grand’Combe, de Blanzy, etc., en sorte qu’on peut évaluer à vingt-cinq ou trente le nombre total des machines en activité, et ce nombre va croissant d’année en année (1). La production annuelle des fabriques d’agglomérés en France atteint déjà le chiffre de 500,000 tonnes, et dépassera bientôt celui de 600,000 tonnes. Les deux plus importantes fabriques d’agglomérés en France , celle de la Chazotte et celle de la Grand’Combe, produisent chacune environ 100,000 tonnes par an, et la dernière est en voie de s’agrandir encore. La Belgique et l’Angleterre fournissent, en outre, aux chemins de fer français au delà de 100,000 tonnes (2).
- En Belgique, les fabriques d’agglomérés sont surtout groupées autour de Charleroi, qui produit spécialement des charbons maigres. Cinq établissements ont été créés auprès de cette ville, dans la période de 1850 à 1860. Actuellement le nombre des usines belges est de sept, et leur production annuelle est de 400,000 tonnes (3).
- En Angleterre, la fabrication des agglomérés s’est moins développée qu’en France, et cela se conçoit sans peine, lorsqu’on réfléchit que le charbon anglais est généralement plus dur que le charbon français, et que le gros y est à un prix trop bas, pour qne l’on puisse vendre les agglomérés à un taux suffisamment rémunérateur. Dans le rapport sur l’Exposition universelle de Londres, en 1862, on lit à ce sujet, p. 47 du tome I : « L’industrie des agglomérés est demeurée stationnaire, depuis quelques « années, en Grande-Bretagne. Elle ne produitannuellementqu’environ 120,000 tonnes,
- (1 ) La compagnie du chemin de fer de Paris à la Méditerranée est sur le point d’établir deux usines, l’une à Chasse, près de Givors, l’autre à Nîmes.
- (2) Les documents officiels indiquent, pour 1862. 109,684 tonnes.
- (3) M. Franquoy l’estimait, en 1860, à 1,000 tonnes par jour, Annales des travaux publics de Belgique, tome XIX, page 149. Des cinq usines existant à Charleroi en 1860, quatre seulement ont été conservées; mais on en a établi depuis lors deux à Mons et une à Liège.
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- « dont 90,000 tonnes sont exportées. » Par contre, !e menu du pays de Galles est aggloméré à Bordeaux, Nantes, Brest, Caen, le Havre et Dieppe. Enfin la fabrication des agglomérés de houille s’implante aussi en Allemagne. Une machine Mazeline fonctionne depuis plusieurs années à Mühlheim sur le Rhin, une autre à Dresde, et une machine Evrard en Autriche. Mais l’Allemagne prépare surtout, dans de nombreux établissements, des briquettes de lignites terreux et de tourbe.
- Nous terminerons ce court résumé historique par l’énumération des principaux mémoires publiés depuis dix ans sur la matière :
- 1° Note sur l’agglomération des charbons menus; par M. Henri Gérondeau. [Revue de Liège, tome X, page 30, année 1861.) C’est un examen critique, fort bien fait, des appareils de compression employés dans les usines belges.
- 2° Mémoire sur la fabrication des combustibles agglomérés dans le district de Charleroi ; par M, Franquoy. [Annales des travaux publics de Belgique, tome XIX, page 149, année 1860.) Mémoire descriptif plutôt que critique.
- 3° Notice sur l’usine d’agglomération de la Chazotte (Loire); par M. Evrard, l’inventeur de la machine installée dans cette usine. (Bulletin de la Société minérale, tome IV, page 261, année 1859.)
- 4° Note sur quelques procédés anglais pour la fabrication des combustibles artificiels; parM. S.
- Jordan. (Bulletin de la Société minérale, tome V, page 805, année 1860.)
- 5° Précis de chimie industrielle; par M. Payen. 3e édition, page 1053. Ancien procédé au brai gras suivi à Blanzy.
- 6° Rapport d’Ébelmen sur le charbon de Paris fabriqué par M. Popelin-Ducarre (1851). [Bulletin de la Société d’encouragement, lre série, tome L, page 389.)
- 7° Armengaud aîné. Machines, outils, appareils, etc., année 1855, tome IX, page 350. Notice historique sur les combustibles artificiels, avec liste des brevets pris en France depuis 1810 à 1854, et description des procédés et machines à l’aide desquels on fabrique le charbon de Paris.
- 8° Même ouvrage, tome XIII, page 406. Machine à mouler les combustibles de M. David, ingénieur à Paris.
- 9' Même ouvrage, tome XIV, page 3, année 1863. Description de la machine Mazeline, du Havre, et résumé des machines de compression, brevetées pour l’agglomération des combustibles en France, en Angleterre et en Belgique, depuis 1837 à 1861.
- 10° Armengaud. Génie industriel, tome VI, page 259. Description et dessin de la machine Middleton, dite machine à chariot.
- 11° Même ouvrage, tome XIII, page 97, et tome XIV, page 73. Machines Kingsford et Hamon pour mouler et comprimer la tourbe et les menus combustibles. Tome XXIII, année 1862. Machine tangentielle Jarlot pour les agglomérés de houille.
- 12° Bergwerksfreund. Nouvelle série, tome I, page 3. Mémoire sur les machines à mouler et comprimer les lignites des environs de Halle; par M. Hecker.
- 13° Torfverwerthungen in Europa; par le docteur Dullo. 1861.
- Ajoutons qu’une partie nolable des renseignements contenus dans cette rapide revue des procédés d’agglomération proviennent d’observations personnelles et de communications privées, fournies par les compagnies de chemins de fer et le Ministère de la
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- marine. Sur les effets des briquettes, nous avons spécialement consulté l’intéressant rapport sur les charbons essayés au port de Brest en 1862, sous la direction de M. De-lautel, ingénieur de la marine.
- FABRICATION.
- La fabrication des briquettes comprend le choix et l’épuration des charbons, le choix et la préparation du ciment, la formation de la pâte par voie de malaxage, la compression de cette pâte, et enfin, dans certains cas, la cuisson plus ou moins complète des briquettes moulées. Mais, pour bien apprécier les divers modes de fabrication et l’influence du choix des matières sur les produits, indiquons d’abord les qualités que l’on requiert d’un bon aggloméré. Elles sont très-bien résumées dans l’article 9 du cahier des charges, imposé par l’Administration de la marine française aux fournisseurs de charbon de terre. Cet article est actuellement ainsi conçu : « Les « agglomérés devront être durs, sonores, homogènes, peu hygrométriques, à peu près « dépourvus d’odeur; ils seront fabriqués avec des menus de bonne qualité, de fraîche « extraction, lavés avec soin, et au moyen de l’adjonction de 8 p. 100 de matière « agglomérante. La substance agglomérante sera le brai sec, c’est-à-dire le résidu du « goudron, dont on a enlevé 40 p. 100 de matières volatiles, et qui, à cet état, est à « la fois très-solide et à peu près sans odeur.
- « Le poids des agglomérés ne dépassera pas 8 kilogr.
- « Leur densité moyenne ne devra pas être inférieure à 1,19.
- « Les agglomérés devront s’allumer facilement et brûler avec une flamme vive et « claire, sans se désagréger au feu, et en ne produisant qu’une fumée grise et légère.
- « Soumis pendant vingt-quatre heures à une température de 60°, dans une étuve,
- « ils ne devront pas éprouver de ramollissement sensible. Ils ne devront pas être infect rieurs, sous le rapport de la quantité d’eau vaporisée par kilogramme de combus-« tible, aux charbons naturels admis par l’Administration ; la proportion des cendres « et des résidus de combustion ne devra pas excéder 10 p. 100. »
- Ajoutons que ces conditions ne sont pas toutes également essentielles, et que quelques-unes devraient être modifiées. Ainsi, la proportion de la matière agglomérante doit varier avec la nature des charbons; et, par le procédé Baroulier, on peut même obtenir de très-bons agglomérés, sans ciment proprement dit. Les fabricants d’agglomérés, achetant le brai sec et ne le fabriquant pas eux-mêmes, ne sauraient garantir que le goudron ait rigoureusement perdu, lors de sa concentration, 40 p. 100 de son poids. La condition que les agglomérés ne doivent pas se ramollir à 60°, ni répandre d’odeur, et ne pas brûler avec fumée noire, suffirait largement pour obliger les fabricants à rejeter le brai imparfaitement cuit. En un mot, le consommateur ne devrait pas s’inquiéter du mode de fabrication. C’est ce que font les compagnies de chemins de fer, qui consomment beaucoup plus de briquettes que la Marine impériale. Elles demandent simplement des briquettes solides, faisant peu de déchet et ne se
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- désagrégeant pas au feu ; elles s’inquiètent moins de l’abondance de la fumée, vu l’emploi croissant des appareils fumivores. Par contre, elles sont plus sévères, et avec raison, sur la teneur en cendres. La compagnie du Nord stipule un maximum de 6,5 p. 100; Orléans et Lyon, 7 p. 100; la compagnie du Midi, 7,5 p. 100. La condition du non-ramollissement est peu importante pour les chemins de fer, mais essentielle pour la Marine, à cause de la température élevée des soutes à charbon. Non-seulement les briquettes ramollissables s’y soudent entre elles, mais encore dégagent, à cette température, des huiles volatiles très-pernicieuses pour la santé des chauffeurs.
- Briquettes à ciment.
- Passons maintenant à la fabrication même des briquettes de houille, en nous occupant d’abord de la méthode ordinaire, basée sur l’emploi d’un ciment spécial, ensuite des tentatives faites pour obtenir des briquettes sans ciment.
- 1° Choix des charbons. — Tous les charbons ne conviennent pas également pour l’agglomération. Au point de vue de l’exploitation, on est nécessairement conduit à donner la préférence aux houilles tendres, qui donnent une forte proportion de menu. Or ces charbons sont généralement riches en carbone et ont, par cela même, un pouvoir calorifique fort élevé. Ainsi, à ce point de vue aussi, on doit les préférer à tous les autres. Mais les houilles tout à fait maigres, et surtout les anthracites proprement dits, sont difficiles à agglomérer. Elles se soudent imparfaitement au brai. Dès que cet aggloméré est mis au feu, le ciment et les fragments empâtés se séparent de nouveau, à moins de soumettre les briquettes au préalable à une véritable carbonisation, ainsi que cela se pratique dans la fabrication des charbons de Paris ; ou bien, il faut mélanger aux charbons trop maigres 20 à 30 p. 100 de menus gras. On choisit donc généralement, pour les agglomérés, les menus demi-gras, ou un mélange intime de houilles grasses et maigres. C’est ce que l’on fait à Charleroi, Swansea, Saint-Étienne, la Grand’Combe, etc.
- On a cependant essayé aussi l’agglomération des houilles sèches à longue flamme et des lignites durs. Mais, dans ce cas, la dureté et l’infusibilité des petits fragments rendent la formation de briquettes solides, par les procédés ordinaires, fort difficile ; elles se désagrègent encore plus aisément au feu que les briquettes anthraciteuses. C’est ainsi qu’à Marseille la maison Michel, Armand et comp. a vainement tenté l’agglomération des lignites du Rocher-Bleu, en se servant du procédé au brai gras de M. Mar-sais de Givors. Les briquettes, solides, à froid, coulaient et retombaient en poussière dans le foyer. Pour obtenir un produit résistant, il faudrait carboniser la masse à la façon des charbons de Paris, ou chauffer le mélange sous pression, selon la méthode de M. Baroulier ; mais, dans l’un et l’autre cas, on perdrait la majeure partie des éléments volatils. Jusqu’à présent donc, on fabrique surtout les briquettes avec les charbons gras et demi-gras à courte flamme. Lorsque, comme à Blanzy, on agglomère Tome XII. — 64e année. 26 série. — Octobre 1865. 77
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- néanmoins des charbons grenus à longue flamme, une pression très-forte devient nécessaire. Si l’on veut d’ailleurs que la teneur en cendres soit au-dessous de 7 à 8 p. 100, il faut de toute nécessité laver les houilles avec quelque soin. Ajoutons que l’aggloméré sera d’autant plus solide que le menu aura été broyé plus fin.
- 2° Choix et préparation du ciment.—Les trois ciments dont se servent les fabricanls de briquettes sont : le goudron brut, le brai gras et le brai sec.
- Le goudron brut, à cause de sa fluidité à la température ordinaire, facilite la formation de la pâte. On opère le malaxage et la compression à froid. Mais les briquettes, ainsi obtenues, restent molles, se désagrègent complètement au feu et brûlent avec fumée abondante. On ne peut adopter ce mode de fabrication qu’en torréfiant les bri -quettes pour les durcir et en éliminer les composés les plus volatils. Mais par cela même on perd, au moins en partie, les éléments volatils qui ont aujourd’hui acquis une très-grande valeur. Les appareils pour la cuisson sont d’ailleurs coûteux à établir, occupent beaucoup de place et occasionnent des frais de main-d’œuvre et d’entretien fort élevés. Ce système a néanmoins fonctionné pendant plusieurs années à l’usine de Lodelinsart, près de Charleroi (1), et dans une usine de Marseille appartenant à la compagnie de la Grand’Combe, et fonctionne encore dans celle de MM. Morin etcomp. àGivors, et dans l’usine à gaz de la Villette à Paris. On ajoute au charbon menu 8 à 10 p. 100 de goudron brut, puis les briquettes sont empilées sur des chariots en fer et chauffées à environ 300°, pendant vingt-quatre heures, dans de vastes chambres de torréfaction. Les éléments volatilisés sont en partie condensés ; avec des étuves sans fuites, le poids des matières ainsi condensées pourrait s’élever à 20 ou 25 p. 100 du goudron ajouté.
- Mais cette condition est difficile à réaliser ; aussi, soit par ce motif, soit à cause des frais de main-d’œuvre et d’entretien plus élevés que dans les procédés ordinaires, cette méthode d’agglomération au goudron brut n’est pas à recommander. Les produits sont néanmoins beaux et satisfont spécialement à la condition, imposée par la Marine, de ne pas se ramollir et de brûler sans fumée. On fabrique d’une manière analogue le charbon de Paris. On agglomère, avec le goudron brut, des combustibles menus de toute espèce : charbons de bois et de tourbe, débris de coke et de houille, sciure de bois, etc. Puis les briquettes, qui ont généralement la forme de boudins minces, sont calcinées en vase clos jusqu’au rouge, de façon à en expulser tous les éléments volatils. Pour réduire les frais, on brûle d’ailleurs ces vapeurs sous les appareils de carbonisation (2).
- Le brai gras est du goudron de houille concentré dont on a retiré, en le chauffant à 200°, 20 à 25 p. 100 de matières volatiles. Il se ramollit au soleil et devient
- (1) Annales de Belgique, tome XIX, page 165.
- (2) Rapport d’Ébelmen. Bulletin de la Société d’encouragement, lre série, tome L, page 389, et Armengaud aîné, Machines, outils, etc., tome IX, page 358.
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- complètement fluide bien avant 100°. On peut le préparer directement en distillant le goudron comme dans l’usine Marsais à Givors, ou bien en restituant au brai sec une certaine proportion de goudron brut, comme dans les fabriques du système Evrard. Ce brai gras fondu est mêlé au charbon dans un malaxeur chauffé, et la pâte ainsi obtenue pressée chaude. Les briquettes au brai gras sont dures et se maintiennent au feu; mais elles brûlent avec fumée noire et ne satisfont donc pas à toutes les conditions prescrites par la Marine impériale. Toutefois les briquettes Evrard et Marsais, préparées au brai gras, sont fort appréciées par les compagnies de chemins de fer. On ne les craint plus, depuis que l’on applique les appareils fumivores. L’important est de bien les comprimer et de se servir de charbons lavés, demi-gras, riches en carbone. La proportion de brai gras ajouté varie entre 7 et 8 p. 100. Il en faut d’autant plus que les charbons sont plus maigres.
- Le brai sec est du goudron de houille, concentré jusqu’à 280 ou 300° et dont on a retiré, par distillation, 35 à 40 p. 100 de matières volatiles. Il devient mou et pâteux vers 80 à 100°, mais ne fond pas à cette température et peut se broyer à froid, s’il a été suffisamment concentré. A cet effet, il doit laisser à la carbonisation au creuset de platine au moins 45 à 46 p. 100 de charbon boursouflé. Le brai sec a sur le goudron et le brai gras l’avantage de fournir immédiatement des briquettes dures, dégageant peu d’odeur et de fumée, et ne se ramollissant pas vers 50 à 60°. Mais il faut une pression plus forte pour les comprimer, et si l’on veut avoir des briquettes solides, avec des charbons non collants, il faut ajouter le brai sec dans la proportion de 8 à 10 p. 100. Le broyage et le ramollissement du brai sec exigent d’ailleurs autant de vapeur que l’appareil de compression. Les usines belges se servent aujourd’hui exclusivement, de brai sec broyé; il en est de même des fabriques d’Anzin, Aniche, Blanzy, Portes, etc., en France ; mais on a conservé généralement le brai gras dans les établissements où l’on fait usage de la machine Évrard.
- 3° Préparation de la pâte. — La fabrication d’un bon aggloméré exige le mélange intime du charbon et du ciment. Lorsqu’on fait usage de goudron brut, le mélange se fait à froid. On se sert, pour cela, d’une auge horizontale semi-cylindrique, de 5 à 6 mètres de longueur, dans laquelle se meut un arbre portant des bras en fer, pour malaxer la pâte, et une hélice en tôle, pour la pousser graduellement d’une extrémité à l’autre. Une pompe, ou roue à tympan, verse le goudron en tête de l’auge ; une chaînette à godets, le charbon. En hiver, dans les climats rigoureux, il faut chauffer le goudron. De l’auge, la pâte arrive directement par une trémie sous l’appareil compresseur.
- Au brai gras, la pâte se prépare de même, mais à chaud, pour fondre le ciment. La fusion du brai et le malaxage de la masse peuvent se faire à feu nu sous l’action directe de la chaleur, ou bien indirectement par la vapeur à haute pression. On s’est servi d’abord du chauffage à feu direct ; c’est le procédé imaginé par M. Marsais à Bérard, et qui fonctionne encore aujourd’hui dans l’usine de Givors. L’appareil se compose
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- d’un four cylindrique couché, dont la sole en fonte peut s’entr’ouvrir en vue du déchargement. Un arbre horizontal à palettes brasse la pâte, et un foyer latéral la maintient chaude. Une charge de 460 à 480 kilogrammes est chauffée en 20 minutes à environ 85 à 90 degrés. Le chargement se fait à l’aide d’une trémie supérieure, dans laquelle le charbon est amené froid par une chaîne à godets, tandis que le braiy arrive chaud et fondu. Une disposition analogue avait été adoptée à l’ancienne usine de la Motte, de la compagnie de Blanzy, aujourd’hui abandonnée. Elle est décrite dans la Chimie de M. Payen, 3e édition, et dans le tome IV du Génie industriel. Ce système de chauffage direct, dans un four ouvert, a l’inconvénient de chauffer trop fortement certaines parties du mélange, et d’occasionner ainsi la décomposition partielle du bitume-ciment. A l’usine de Montigny, près Charleroi (1), le malaxage se faisait dans un long tube horizontal en tôle de 20 mètres, chauffé extérieurement par un double foyer. Ce système, qui n’est plus employé, participe aux inconvénients que je viens de signaler.
- Le chauffage de la pâte à l’aide de la vapeur d’eau paraît d’invention anglaise. Il en est question dans une patente prise en Angleterre par un sieur Dobrée, le 8 août 1848. Sur le continent, la première application en a été faite par M. Evrard, à la Chazotte, en 1853 ; ses brevets sont des 15 janvier et 25 juin 1853 ; M. Evrard chauffe d’abord le charbon avant le mélange, puis la pâte elle-même (2). La houille menue, destinée à l’agglomération, est versée dans une trémie en tôle à double paroi. La vapeur qui remplit l’intervalle s’écoule directement, au milieu du charbon même, par un certain nombre de très-petits trous. Du moins on opère ainsi lorsque le charbon est sec, car, lorsqu’il est mouillé, il faut plutôt le sécher à l’aide de vapeur surchauffée, circulant simplement entre les deux parois. Il faut que le menu renferme au maximum 7 à 8 p. 100 d’eau.Mais le calcul montre que, en opérant sur du charbon sec, 4 à 5 p. 100 de vapeur suffiraient, à la température de 150°, pour amener le charbon à près de 100°.
- Le charbon, ainsi chauffé, est transporté par une chaîne à godets dans une auge horizontale ouverte, pourvue d’une enveloppe à vapeur et contenant une hélice à mouvement lent, tandis que le brai gras, préalablement fondu dans une chaudière, y est versé également par un appareil spécial. L’hélice opère un premier mélange et conduit la pâte dans un malaxeur vertical, sorte de cylindre en tôle, à double paroi, également chauffé par un courant de vapeur. Un arbre mobile, placé dans l’axe du cylindre et muni de palettes tranchantes, y opère le malaxage. La hauteur du cylindre est de lm,50, et doit, dans tous les cas, ne pas dépasser 2 mètres, pour ne pas augmenter outre mesure le travail de l’arbre à palettes. De là la pâte se rend directement, par des couloirs incli-
- (1) Mémoire Franquoy, page 170.
- (2) Notice sur l’usine de la Chazotte; par M. Evrard. Bulletin de la Société minérale, tome IV, page 261. Voir également le Bulletin de la Société d’encouragement, 2e série, t. VI, p. 410.
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- nés, à l’appareil compresseur, où il suffit qu’elle arrive à la température moyenne de 30 à 40° lorsqu’on opère au brai gras. L’eau mêlée au charbon est d’ailleurs, en majeure partie, expulsée de nouveau par la pression qu’éprouve la briquette dans le moule ; mais la présence de cette eau semble faciliter la compression, en favorisant le glissement des particules de houille. Si le charbon n’était pas préalablement chauffé, le brai gras se figerait à son contact, le malaxage serait plus difficile et la pâte ne deviendrait liante qu’en y mêlant au delà de 8 p. 100 de brai. Il est même évident qu’en chauffant et malaxant mieux la pâte on pourrait réduire la proportion de brai.
- Lorsqu’on fait usage de brai sec, la préparation de la pâte se compose de deux opérations : le broyage du brai et le malaxage proprement dit. Le broyage du brai n’offre aucune difficulté, pourvu que la température de l’air soit peu élevée et le brai suffisamment concentré. On se sert,en général, d’un broyeur conique en fonte, établi d’après le principe des moulins à café. Parfois, comme à la Grand’Combe, les fragments de brai passent encore, au sortir de là, entre deux cylindres horizontaux à surfaces unies. Pour obtenir un mélange de brai et de houille à proportions fixes, on a recours à un appareil mélangeur d’origine anglaise (1). Il se compose de deux trémies contiguës, d’inégale grandeur : la plus petite reçoit le brai en poudre ; la plus grande, la houille menue. Chacune des trémies est fermée dans le bas par un distributeur horizontal à hélice, dont les dimensions et la vitesse sont calculées de façon que le plus petit laisse passer dix à douze fois moins de matière que le grand. Le brai et le charbon provenant de ces distributeurs passent encore ensemble entre deux cylindres broyeurs de 0,50 à 0m,60 de diamètre. De là les deux matières mélangées arrivent, soit directement, soit à l’aide d’une chaîne à godets, au malaxeur proprement dit. Cet appareil est semblable à celui de la machine Evrard, si ce n’est que le cylindre est plus grand et que la vapeur s’écoule directement de l’espace annulaire, par plusieurs orifices, au milieu de la masse à agglomérer. Pour douze à quinze tonnes à malaxer par heure, on donne au cylindre (dans la machine Mazeline) un volume de 2 mètres cubes, soit 2 mètres de hauteur, sur lm,10 à lm,13 de diamètre. Mais il est bien évident que ces dimensions sont insuffisantes.
- D’après le volume du malaxeur, la matière n’y reste pas au delà de six à sept minutes, et parfois seulement quatre à cinq; or, dans ce court espace de temps, il est tout à fait impossible que le brai soit suffisamment ramolli et intimement mélangé au charbon réchauffé. De là vient que, pour obtenir des produits convenables, il faut atteindre, dans la plupart des usines, la proportion exagérée de 10 p. 100 de brai. C’est là, comme dans les fabriques au brai gras, le grand défaut des méthodes suivies. Toute l’attention des inventeurs a été portée sur les machines à comprimer, tandis qu’on a négligé les appareils de chauffage et de malaxage ; et cependant c’est de la proportion
- (1) Mémoire de M. Gérondeau, page 53.
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- plus ou moins considérable de brai que dépend surtout le prix de revient. Il me semble que la solution véritable du problème serait une température plus élevée du mélange, due à l’emploi bien entendu de la vapeur surchauffée. Il faudrait de plus, pour obtenir un mélange intime du brai, prolonger le séjour des matières dans le malaxeur, et par suite en augmenter les dimensions. Mais alors, pour ne pas accroître outre mesure la résistance due au brassage de la pâte, il faudrait se servir plutôt de cylindres couchés, convenablement chauffés, que de malaxeurs verticaux. Il faut, en un mol, chercher à imiter le système que l’ingénieur Exter applique en Allemagne aux lignites terreux et aux tourbes, système dont nous dirons quelques mots à la fin de cette note. Dans tous les cas, lorsqu’on a recours au brai sec, il faut que la pâte possède, en arrivant aux moules, une température de 80 à 90 degrés.
- 4° Appareils de moulage et de compression. Considérations générales. — Les agglomérés doivent être uniformément durs et tenaces, faciles à arrimer, et d’un poids assez faible pour ne pas avoir à les concasser avant leur emploi. La Marine impériale prescrit, par ce motif, un poids maximum de 8 kilogr. Si les frais de fabrication, de chargement et de transbordement n’augmentaient avec la petitesse des briquettes, il y aurait même avantage de réduire leur poids à 1 ou 2 kilogr. Plus l’épaisseur des briquettes est faible, plus leur densité sera uniforme.
- M. Gérondeau a constaté que les briquettes rectangulaires de M. Dehaynin, à Char-leroi, dont les dimensions transversales sont de 0m,29 sur 0ra,185, présentent sur les faces inférieure et supérieure une différence de densité de 5 p. 100 (1,21 à 1,16), lorsque leur épaisseur est de 0“,14; tandis qu’à l’usine de Müblheim, pour des dimensions transversales de 0,30 sur 0,24, la différence est de moins de 1 p. 100 (1,20 à 1,19), lorsque l’épaisseur est réduite à 0m,ll. Cette différence de densité tient à la transmission imparfaite de la force de compression au travers de la pâte ferme dont se composent les briquettes. Le coefficient de frottement du menu charbon sec contre les parois des moules en fonte est d’environ 0,70. C’est le chiffre que déduit M. Gérondeau d’une expérience de M. Evrard de la Chazotte (1). On conçoit que, dans ces conditions, le travail dû au choc ou à une pression lente soit promptement détruit par le frottement. Aussi M. Gérondeau trouve, en partant de ce coefficient de 0,70, et dans le cas d’une briquette rectangulaire de 0m,25 sur 0m,20 , que la pression de 50,000 kilogr. (soit 100 kilogr. par centimètre carré) est réduite à 8,578 kilogr., ou au sixième environ, d’une base à l’autre, lorsque la distance de ces bases est deOm,14. On peut conclure de là : 1° que la pression fournie par la machine doit être, pour un bon aggloméré, d’au moins 100 kilog. par centimètre carré ; et même, lorsqu’on agglomère, comme à Blanzy, des charbons grenus et durs, elle devrait être portée à 140 ou 150 kilogr. ; 2° que, pour une section transversale de 4 à 500 centimètres car-
- (1) Mémoire de M. Gérondeau. Revue de Liège, tome X, page 112.
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- rés, l’épaisseur ne doit pas excéder 0“,10 à 0m,t2 5 3° enfin que, si les briquettes ont une section moindre, l’épaisseur doit naturellement décroître aussi, puisque le frottement est alors plus grand. Il est enfin évident qu’au point de vue d’une complète uniformité de la densité et de la réduction du frottement au minimum la forme circulaire est la plus avantageuse, et, dans le cas de moules rectangulaires, il faut tout au moins tronquer et arrondir les angles.
- Appareils compresseurs proprement dits. — Les machines dont on se sert pour le moulage et la compression des briquettes varient d’une usine à l’autre, mais peuvent se réduire à quatre types.
- Premier type. — Roues tangentielles.
- Un premier type est celui des roues tangentielles, imaginé d’abord pour la fabrica-’ tion des briques ordinaires. C’est un tambour cylindrique agissant, par sa surface convexe, tantôt sur des moules, se promenant horizontalement le long d’une table, sous forme yle chaîne sans fin, tantôt et le plus souvent sur un deuxième tambour, se mouvant en sens inverse du premier. Les surfaces convexes des tambours sont d’ailleurs tantôt unies, tantôt pourvues de parties saillantes et creuses se correspondant deux à deux comme les dents d’un engrenage. Dès 1837, M. Tenaud de Montour a proposé un pareil système pour le moulage de la tourbe, et depuis lors une foule de constructeurs ont diversement modifié les compresseurs tangenliels. La liste, dressée par M. Armengaud, contient plus de vingt appareils brevetés de 1855 à 1861, tous basés sur le principe de deux roues tangentielles, entre lesquelles passe la pâte à mouler. Le système est simple et d’une application facile, mais présente un défaut grave, surtout lorsqu’il s’agit d’agglomérés de houille. Le mouvement cylindrique d’une came ou dent, qui pénètre dans un moule, engendre des pressions obliques, dont la direction et la puissance varient à chaque instant ; il en résulte des glissements intérieurs, de nature à compromettre la solidité des briquettes, surtout lorsqu’elles sont composées d’éléments durs, difficiles à cimenter, et lorsqu’on opère au brai sec faiblement ramolli.
- Les roues tangentielles sont de deux sortes, comme on vient de le voir : les jantes sont pleines ou pourvues de moules. La seconde disposition est de beaucoup la plus répandue, et se subdivise elle-même en plusieurs variétés. Nous ne citerons que les trois principales.
- L’une des plus simples sert, près de Halle, au moulage du lignite terreux; elle y est connue sous le nom de systèmeMilch(ï).
- (1) Bergwerksfreund, page 1, année 1860.
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- 1° Système à deux tambours, l’un uni, Vautre à moules creux.— Le lignite terreux, convenablement pétri avec un peu d’eau, tombe dans une trémie, puis de là dans les cavités d’une roue verticale contre laquelle presse un rouleau uni. Le fond des moules est formé par un tampon mobile, muni, à sa face inférieure, d’une sorte de courte tige à la façon des soupapes à coquille. Lorsque le moule plein est arrivé au point le plus bas de sa course, le bout de la tige du fond mobile est poussé par un galet excentrique qui opère le démoulage. Ce système a le grand défaut de produire une compression insuffisante. Au lieu d’un tambour uni, il faut une roue à dents saillantes destinées à pénétrer dans l’intérieur des moules. Les briquettes de lignites, obtenues à Halle par le système Milcb, sont friables et d’une densité à peine égale à 1. Dans tous les cas, pour les briquettes de houille, ce système à rouleau compresseur uni ne suffit pas.
- 2° Système à deux tambours, l’un à moules creux, Vautre à dents saillantes.— Une machine, qui remplit mieux le but, est construite par la maison Mazeline et compagnie, d’après un brevet pris en 1859 par M. David, du Havre. Elle se compose de deux roues verticales, de 2 mètres à 2m,50 de diamètre, l’une pourvue de moules, l’autre de dents. Les moules sont aussi à fond mobile, mais cette pièce fait ici fonction de piston compresseur, avant de servir au démoulage proprement dit. Au moment où la dent pénètre dans le moule, le tasseau mobile s’avance de son côté vers l’intérieur du moule, sa tige étant poussée en cet instant par une sorte de galet très-solide. De cette façon, la briquette, à la fois comprimée sur ses deux bases, devient plus uniformément dense. La queue du fond mobile, en se promenant le long d’un excentrique, détermine ensuite le démoulage, au moment où la briquette atteint le point le plus bas de la roue : celle-ci tombe alors sur une toile sans fin, qui l’amène à portée des ouvriers occupés à enlever les produits.
- Par les motifs déjà signalés, les roues à moules et dents produisent toujours des briquettes plus ou moins déformées, surtout lorsque la pâte est préparée au brai sec. Cette déformation est d’ailleurs d’autant plus sensible que les briquettes sont plus grandes. Aussi, en général, ces appareils ne doivent-ils être employés que pour des briquettes d’un faible poids. Les agglomérés des machines de M. Mazeline et compagnie ne pèsent qu’un kilogramme, et mesurent seulement 0m,185 sur 0m,085 et 0m,063 d’épaisseur.
- Ces appareils produisent, en moyenne, 30 à 35 tonnes par 10 heures, les roues portant 27 moules et faisant 2 tours par minute. Des machines de ce genre fonctionnent à Montchanin, au Havre, à Caen, à Brest, etc., c’est-à-dire plutôt dans des usines d’une fabrication restreinte que dans de vastes ateliers sur les mines mêmes. La puissance de la machine motrice est de 12 à 15 chevaux, soit 4 chevaux par tonne de briquettes fournie par heure, non compris les broyeurs. MM. Mazeline livrent cette machine toute posée, sans le moteur, mais avec tous les accessoires, au prix de 33,000 francs.
- 3° Système à deux tambours, l’un et Vautre pourvus de moules sans fond.— La troisième machine tangentielle, dont nous parlerons, est l’appareil de M. Jarlot, autrefois directeur des ateliers de construction de la compagnie de Montrelais, aujour-
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- d’hui constructeur à Lorient. Cette machine, brevetée en 1860, a fonctionné aux mines de Languin, et marche encore dans les établissements de la compagnie du Midi à Bordeaux. Elle est simple et peu coûteuse, mais ne convient également que pour une fabrication restreinte et pour des briquetles d’un faible poids. Les deux roues tangentielles, de lm,15de diamètre extérieur etOm,13 de largeur de jante, sont complètement symétriques; l’une et l’autre sont percées de moules; aucune ne porte de véritables dents, seulement les parties pleines de la jante de l’une des roues correspondent aux vides de l’autre et réciproquement (1). Mais ce qui caractérise spécialement ce type, c’est que les moules sont de simples orifices, toujours ouverts, percés de part en part dans la jante. Celle-ci a 0m,15, suivant le sens du rayon de la roue, pour que chaque moule soit sensiblement plus étroit au point de sortie à l’intérieur de la roue qu’à l’extérieur. La pâle arrive, comme à l’ordinaire, par une trémie placée au-dessus de la ligne de tangence des deux roues. Là elle est foulée dans les cavités de chacune des deux jantes par les pleins de l’autre. Par tour de roue, la pâte pénètre ainsi de quelques centimètres dans chaque moule, et marchant de la sorte, de la circonférence extérieure vers l’intérieur des jantes, elle s’échappe finalement sous forme d’une série de boudins continus. Un couteau fixe les découpe enfin en plaquettes isolées. La compression est due ici, comme dans la machine à pistons de M. Evrard, à la simple résistance que le frottement contre les parois du moule oppose à la marche de la pâte. Seulement on ne peut pas modifier ici à volonté, comme dans la machine Évrard, les orifices de sortie et approprier la résistance à la nature des charbons. La longueur des moules, c’est-à-dire l’épaisseur des jantes étant donnée, on ne peut augmenter ou diminuer la force de compression par le frottement qu’en rendant la pâte plus ou moins ferme. Avec des charbons grenus et du brai sec l’appareil marche difficilement. A Blanzy on a vainement tenté de le faire fonctionner pendant une quinzaine de jours ; on dut y renoncer. À Languin, où le charbon est extrêmement friable et poussiéreux, on a bien réussi ; et dans les ateliers de la compagnie du Midi, à Bordeaux, la machine marche bien aussi, mais on se sert de 9 p. 100 de brai gras composé de 6 dixièmes de brai sec et de 4 dixièmes de goudron brut. M. Voruz, de Nantes, livre cette machine, non compris la pose, le moteur, les broyeurs, malaxeurs, etc., au prix de 8,000 francs. Avec une machine de 25 à 30 chevaux, l’appareil “peut débiter 5 tonnes par heure, ce qui fait 5 à 6 chevaux par tonne et heure, les accessoires compris.
- 4° Système à deux tambours unis. Les roues tangentielles unies, sans moules, ont été proposées pour la préparation des briquettes par M. Verpilleux, de Rive-de-Gier. Le brevet est de 4859.
- La pâte passant entre les deux cylindres est laminée en galette continue. Un couteau mécanique divise ensuite celle-ci transversalement en briquettes proprement dites.
- (1) Génie industriel, tome XXIII, page 5, année 1862.
- Tome XII. — 64e aimée. %b série, — Octobre 1865.
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- Mais cet appareil n’a été appliqué nulle part, et ne me paraît pas devoir donner des produits solides. On sait, par l’exemple du fer, que le laminage ne remplace pas, sous le rapport de la densité et de la ténacité, la compression proprement dite, surtout lorsque la masse, au moment du laminage, n’a qu’une faible consistance. Elle est étirée plutôt que comprimée ; elle fuit sous la pression.
- Deuxième type. — Machines à pistons et moules ferme's.
- Le deuxième type de machines à comprimer est basé sur l’emploi de pistons, foulant la pâte dans des moules fermés à fonds mobiles ,• c’est le mode de compression auquel on a le plus souvent recours. La pâte, toujours pressée normalement, ne peut fuir ou glisser sur elle-même. Le seul point qu’il ne faut jamais perdre de vue, c’est le frottement considérable de la pâte contre les parois du moule, et par suite, comme nous l’avons déjà dit, l’obligation de ne jamais donner à la masse à comprimer une épaisseur trop forte. Les machines à pistons et à moules fermés peuvent être divisées, soit d’après le mode de compression plus ou moins brusque ou lent, soit d’après le mode de démoulage plus ou moins simple. Citons les appareils les plus remarquables, ceux que la pratique a spécialement consacrés.
- Le plus ancien et l’un des plus simples est celui que M. Marsais a installé à Saint-Etienne en 1842, et qui fonctionne encore maintenant dans l’usine de Givors.
- 1° Machine Marsais, de Givors.—L’appareil compresseur est la presse hydraulique ordinaire, évidemment très-propre pour le but en question, à cause de son action lente. Le moule est un fort prisme en fonte, cerclé de frettes jointives en fer. Sa section, intérieure est celle d’un carré de 0m,70, tronqué sur les angles ; sa hauteur, de im,20.
- Ce moule, porté par un waggon, est rempli sous le four où se prépare la pâte, puis amené, par un court chemin de fer, entre les montants d’une forte presse hydraulique. Le couvercle, abaissé à l’aide d'une vis, est solidement arrêté au moyen d’une clavette ; puis la presse pousse de bas en haut le fort plateau mobile dont se compose le fond du moule. Le volume de la pâte est réduit aux deux tiers, et les soupapes de sûreté s’ouvrent à la pression limite de 100 à 120 atmosphères. On desserre alors la vis et l’on amène le waggon chargé sous une deuxième presse plus faible, dépourvue de traverse supérieure ; elle opère le démoulage en poussant le plateau mobile et avec lui le bloc aggloméré jusqu’au haut du moule.Pour une opération entière il faut huit à dix minutes. Le prisme de houille ainsi obtenu pèse 465 kilog. C’est un bloc énorme qu’il faut ensuite concasser, et dont les diverses parties ne sont pas toutes également denses lorsque la pâte est trop ferme. Là est le vice de ce procédé. On a cherché à y remédier en plaçant, sur le fond mobile, des < louons verticales à bords tranchants. On divise ainsi le bloc en plusieurs pains; mais en augmentant le frottement on diminue d’autant la force de compression. La partie supérieure du bloc est seule alors fortement
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- pressée, tandis que sa base, emprisonnée dès l’origine entre les cloisons, l’est beaucoup moins. On peut bien ainsi diviser le bloc en six pains, mais, lorsqu’on multiplie les cloisons pour avoir douze pains, le bas ne se comprime plus du tout. A cause de la lenteur de la manœuvre, il faut nécessairement, ou conserver au bloc unique son fort volume ou bien multiplier les moules, de façon qu’à chaque mouvement ascensionnel du piston on obtienne simultanément un grand nombre de petites briquettes. C’est ce qu’a réalisé M. Revollier de Saint-Etienne en combinant très-heureusement, comme nous le verrons plus bas, la machine Marsais avec le chariot circulaire de Middleton.
- Par heure, chaque presse Marsais fournit 2‘,5 de houille agglomérée. Pour ce travail, il faut un moteur de 12 à 15 chevaux. C’est 5 chevaux par tonne et heure. Actuellement l’usine de Givors fournit avec quatre presses 180 à 200 tonnes d’agglomérés par jour.
- 2° Machines Popelin-Ducarre, Moreau et David, pour charbon de Paris ou charbon moulé. — L’une des machines les plus anciennes, après la presse de M. Marsais, est celle dont M. Popelin-Ducarre se sert depuis 1846 pour la fabrication du charbon de Paris. Une série de pistons verticaux, tous fixés à une même traverse mobile, bourrent la pâte dans un égal nombre de moules cylindriques. Lorsque les pistons, dans leur mouvement ascensionnel, ont de nouveau quitté les moules, le châssis dans lequel ces derniers sont fixés se déplace horizontalement. Il glisse sur un support fixe qui offre tour à tour des vides et des pleins. Les pleins correspondent aux moules au moment du bourrage, ils les ferment alors par le bas ; tandis que, l’instant après, le fond des moules se trouvant à découvert, d’autres pistons, qui alternent avec les premiers, opèrent le démoulage. Cette machine est figurée et décrite dans la publication industrielle d’Armengand, tome IX, page 363.
- Les machines Moreau et David, également employées pour le charbon moulé, reposent sur le même principe que celle de M. Popelin-Ducarre. Elles se composent aussi de pistons bourreurs et débourreurs, pénétrant alternativement dans des moules régulièrement déplacés par un mouvement de va-et-vient. La première est décrite dans Armengaud, tome IX, p. 371 ; la seconde dans le même ouvrage, tome XIII, page 406, et dans le mémoire de M. Franquoy, page 204.
- Ces machines offrent toutes trois un même inconvénient. Les briquettes sont coupées transversalement par le mouvement de translation des moules.Ce cisaillement est possible, lorsque la section des briquettes est faible et la pâte très-molle. C’est le cas du charbon de Paris, qui s’obtient en boudins minces et avec un excès de goudron brut; mais ces machines ne conviendraient nullement pour les agglomérés proprement dits, dont les dimensions sont plus fortes et la pâte plus ferme.
- 3° Machines à chariot circulaire (machines Mazeline, Revollier), etc. — La plupart des machines à pistons et moules fermés, que l'on rencontre dans les fabriques d’agglomérés, sont fondées sur l’emploi d’un chariot circulaire à moules, dont l’invention
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- est due- au sieur Middleton, de Londres, en 1845 (l). Ce chariot se compose d’une forte plate-forme tournante,'reposant sur un plateau fixe d’égal diamètre. Les deux pièces sont en fonte. La première est percée de part en part d’une série de moules symétriquement disposés le long d’une circonférence. La seconde sert de fond aux moules de la première. Le mouvement de la plate-forme amène successivement chacun des moules d’abord sous une trémie qui fournit la pâte, ensuite sous un piston compresseur, poussé directement comme un marteau-pilon, ou indirectement à l’aide d’une genouillère ou d’un balancier. Enfin les moules arrivent sous un deuxième piston, qui refoule la briquette hors du moule dans un espace libre, où le plateau fixe offre sous le plateau mobile une large échancrure. Cette machine, qui fut d’abord adoptée dans les ateliers de Charleroi, présente un défaut majeur. Le mouvement saccadé du chariot doit être réglé avec la plus grande précision, si l’on veut que les deux pistons rencontrent toujours rigoureusement l’entrée des moules. Il suffit que sa marche soit en défaut de 3 à 4 millimètres pour qu’une partie du mécanisme se brise infailliblement. Mais, tout en conservant le principe du chariot, il est aisé d’en modifier l’application de façon à faire disparaître l’inconvénient signalé. C'est ce qui paraît avoir été fait d’abord en Belgique par M. Detombay, et au Havre par MM. Mazeline et Couillard. Le changement consiste à placer, dans le fond de chacun des moules, un tasseau mobile, comme dans les roues tangentielles, et à agir, pour opérer la compression, sur la partie saillante de ce tasseau, au lieu de faire pénétrer dans le moule lui-même un piston extérieur. La pression s’exerce de bas en haut, au moment où, par le mouvement intermittent du chariot, l’orifice supérieur du moule, rempli de pâte, est venu se placer sous un fort sommier en fonte, qui s’oppose à la sortie de la pâte pressée. Le démoulage s’opère ensuite également comme dans les roues tangentielles. Au delà du point où la pression s’est donnée, les tiges des tasseaux viennent s’appuyer sur un plan incliné hélicoïdal, occupant sous le chariot une moitié de circonférence. A mesure que celui-ci avance et que d’autres tasseaux viennent recevoir la pression, les tasseaux précédents s’élèvent peu à peu le long du plan incliné, et foulent les briquettes hors du moule. Une main mécanique pousse alors ces dernières sur une toile sans fin, qui les entraîne au quai de chargement.
- Ce sont des machines de ce genre, marchant au brai sec, qui fonctionnent aujourd’hui dans les usines belges; et la maison Mazeline, du Havre, en a établi aux mines de la Grand’Combe, ainsi qu’en Angleterre, en Espagne et en Allemagne.
- La machine Mazeline est décrite et figurée dans le tome XIV du Recueil de M. Àrmengaud, page 3, planche 1. Elle fournit des briquettes parallélipipédiques du
- (1) La machine Middleton est figurée dans le tome XIX des Annales des travaux publics de Belgique, et dans le volume VI du Génie industriel.
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- poids de 9 à 10 kilog. ; elles ont 0m,30 sur 0m,24 et 0m,ll ; le chariot renferme dix moules et fait par minute deux tours et demi; ce qui fait, en marche régulière, une production de 25 briquettes par minute, ou 13 à 14 tonnes par heure. La machine motrice, qui n’a qu’une course de 0m,35, exige relativement beaucoup de vapeur, et comme il en faut également pour le broyage du brai, le malaxage et le chauffage de la pâte, on compte en général, pour les chaudières servant à l’ensemble du travail, sur une surface de chauffe de 9 à 10 mètres carrés par chaque tonne de briquettes préparée par heure.
- Le chariot Middleton a été utilisé d’une façon ingénieuse parM. Revollier de Saint-Étienne, pour opérer la compression sans perte de temps, au moyen de la presse hydraulique. Le brevet est de 1861; des appareils Revollier fonctionnent aux mines de Blanzy et d’Anzin, et une machine pareille commence à marcher aux mines de Portes et Sénéchas (Gard).
- La machine comprend, à la suite du malaxeur vertical ordinaire, où le brai est ramolli à l’aide de vapeur surchauffée, un distributeur de la pâte, puis la presse proprement dite. Le distributeur est une large cuve cylindrique peu profonde, de 3 mètres de diamètre, dans laquelle des raclettes mobiles amènent la pâte, provenant du malaxeur, dans les moules de l’appareil compresseur. Celui-ci se compose d’une plate-forme de 3 mètres, tournant horizontalement autour d’un axe fixe vertical. La plate-forme se meut par quarts de tour, et renferme quatre séries de moules, chaque série étant groupée à l’intérieur d’un cercle d’un mètre de diamètre, qui est aussi la mesure du plateau de la presse située au-dessous. Chaque moule partiel est ouvert en haut, et fermé en bas par un tasseau mobile, comme dans la machine Mazeline. C’est simultanément sur tous les tasseaux d’un même groupe circulaire que vient agir le plateau de la presse; en sorte que, malgré la lenteur du mode de pression, la production est cependant forte, parce qu’à chaque coup de piston on obtient 20, 30 et même 40 briquettes lorsqu’elles sont petites. L’opération se fait en quatre temps. Chaque série de moules vient se placer successivement sous le distributeur, pour recevoir la charge; ensuite à 90 degrés de là, pour qu’un ouvrier puisse, avec une raclette ou pelle à main, combler les moules qui ne seraient pas entièrement pleins. Un nouveau quart de tour amène les moules sous un fort sommier en fonte, contre lequel réagit la pression. Observons ici que la marche du piston hydraulique, ordinairement si lente, est accélérée par un réservoir de pression. Enfin un nouveau quart de tour amène les briquettes comprimées au-dessus d’une deuxième presse plus faible, destinée au démoulage.
- Parcel arrangement, M. Révollier est parvenu à associer d’une façon très-heureuse la presse hydraulique au chariot Middleton, et nous ne doutons pas que ce système ne se généralise rapidement (1). Une machine à vapeur de 60 chevaux suffit pour
- (1) Si la machine établie à Blanzy n’a pas donné immédiatement de bons produits, c’est qu’on
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- toutes les manœuvres d’une machine double, composée de deux chaînes à godets pour élever la houille et le brai en poudre, d’une vis horizontale mélangeuse, d’un malaxeur vertical, de deux distributeurs et plates-formes à moules, enfin d’un jeu de pompes destinées à l’alimentation du réservoir de pression. Une machine double peut fournir 10 tonnes par heure, en sorte que, abstraction faite du broyage du brai, la force motrice nécessaire pour l’ensemble du travail est de 6 chevaux par tonne et par heure. Pour le service d’une machine double, il faut vingt ouvriers ou gamins, soit un cinquième de journée par tonne, en admettant des journées de dix heures effectives.
- Troisième type. — Machines à pistons et moules ouverts.
- 1° Machine Evrard. — Le troisième type de machines à briquettes est basé sur l’emploi de pistons et moules non fermés, où à la résistance du fond on substitue le frottement des matières contre les parois du moule. Lorsqu’on remplit de houille menue, légèrement tassée, un tube cylindrique ou prismatique de faible diamètre, et que l’on fait agir sur cette masse un piston plein, le frottement seul du menu contre les parois suffit pour développer une résistance énorme, propre à engendrer une compression excessive des parties de la masse voisines du piston. M. Bessemer, si connu par son nouveau procédé d’affinago de la fonte de fer, paraît avoir songé le premier à appliquer ce principe à la fabrication des briquettes de houille.
- La patente anglaise est du 11 octobre 1850, et M. Jordan a fait connaître son appareil dans la 5e année du Bulletin de la Société minérale, page 810. Mais c’est M. Évrard de la Chazotte qui a réellement rendu le procédé pratique, en imaginant un appareil fort ingénieux qui s’est rapidement répandu, et auquel on ne peut reprocher que sa complication un peu grande et des pertes de force trop considérables. Le coefficient de frottement du menu charbon sec contre la fonte polie est, comme nous l’avons dit, d’environ 0m,70, et ce coefficient a été déduit par M. Gérondeau de l’expérience suivante, due à M. Evrard. En foulant du charbon, menu sec, dans un tube en fonte de 0m,08 de diamètre et de 0m,03 d’épaisseur, M. Évrard a vu constamment éclater ce - tube dès que sa longueur dépassait 0m,35 à 0m,40.
- Si donc, dans un pareil tube, mais d’une longueur un peu moindre ou d’un diamètre plus grand, on fait régulièrement pénétrer un piston plein par un mouvement de va-et-vient, et qu’à chaque recul du piston on fasse arriver, par un orifice spécial, dans le vide ainsi formé, du charbon frais, ce dernier sera, à son tour, fortement comprimé au coup suivant, et adhérera à la masse précédemment durcie, si la base du piston est cannelée de façon à rendre rugueuse la surface de soudure.
- avait donné aux briquettes une épaisseur exagérée de 0m,28 sur 0m,13 de diamètre. Jamais, comme nous l’avons dit, même une pression de 150 atmosphères ne peut se transmettre au travers d’un moule aussi étroit lorsque la hauteur dépasse 0m,15.
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- On obtiendra ainsi une briquette sans fin, une sorte de boudin que l’on pourra, à volonté, diviser de longueur. Si, par contre, la base du piston est lisse et la résistance très-énergique, on aura plutôt une série de rondelles simplement juxtaposées, et dont le nombre sera égal à celui des coups de piston ; c’est ainsi que l’on opère à Halle, dans les ateliers où l’on prépare à chaud des briquettes de lignites terreux, tandis que M. Evrard cherche plutôt à produire des briquettes sans fin.
- Dans la machine Evrard, la course du piston est de 0m,14; mais cet espace, que la pâte ne remplit jamais complètement, se réduit, par la compression, à 0m,03.
- Le diamètre varie, dans la plupart des machines, entre Om,ll et 0“,15. Chaque appareil comprend 16 moules, disposés horizontalement sur un même plateau, suivant les rayons d’un cercle. Au“centre, un arbre vertical communique le mouvement aux 16 pistons, à l’aide d’un fort excentrique et d’un égal nombre de courtes bielles. Du malaxeur ordinaire, placé verticalement- au-dessus, la pâte se rend, par des couloirs inclinés, sur une plate-forte mobile où des raclettes fixes la distribuent aux 16 moules. La partie antérieure des moùles se compose de deux moitiés de cylindre, légèrement évasées ou coupées en biais, que l’on serre ensemble par un ressort à vis. Cette disposition permet de régler le degré de compression d’après la nature des charbons. Si le serrage est trop faible, la briquette est friable ; s’il est trop fort, au lieu d’une briquette sans fin, on obtient une série de rondelles de 0m,03, comme à Halle. M. Gérondeau critique, avec raison, les frottements énormes qu’offre cette machine. II montre que l’excentrique central de 0m,15 de diamètre, qui donne le mouvement aux 16 bielles, absorbe, avec le tourillon inférieur qui supporte la contre-pression, un travail sensiblement égal à celui qu’exige dans les moules la poussée du charbon. Aussi,par tonne et par heure, faut-il pour cet appareil une force de 6 à 7 chevaux, et cela en opérant avec de la pâte au brai gras.
- Les machines Évrard, établies à la Chazotte et à la Grand’Combe, produisent 5 à 6 tonnes par heure. Mais avec un moteur suffisamment puissant, pouvant faire marcher chaque appareil compresseur à la vitesse de 30 coups de piston par minute, on peut arriver, comme ce fut le cas chez MM. Dehaynin à Charleroi, à une production de 10 tonnes par heure. Les briquettes Évrard sont fort estimées sur le chemin de fer de Lyon à la Méditerranée ; elles sont uniformément denses, parce que la compression ne se fait que sur 0“,03 à la fois, et leur pouvoir calorifique est élevé, parce qu’elles sont préparées à la Chazotte avec une houille demi-grasse, bien lavée et riche en carbone.
- La machine Evrard est de tous les appareils celui qui est le plus répandu en France, et qui, le premier, a permis, sur nos bassins houillers, la fabrication de briquettes régulières de faibles dimensions. A la Chazotte même, M. Évrard a installé quatre machines qui produisent ensemble 350 tonnes par jour, et pourraient en livrer 500 tonnes si la situation de la mine le permettait. Le même appareil se trouve établi à la Grand’Combe, Brassac, Épinac, Graissessac, etc., ainsi que sur quelques mines
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- d’Allemagne et d’Espagne. MM. Dehaynin l’avaient également adoptée dans leur usine de Montigny-sur-Sambre, près Charleroi.
- 2° Machine Moreau ou Devinck.— La compression, basée sur le simple frottement de la matière contre les parois d’un tube ouvert, a donné lieu à divers autres appareils, mais qui ne peuvent être utilement employés dès que la pâte est un peu ferme. On peut, tout au plus, s’en servir pour le charbon de Paris préparé au goudron brut. Telle est la machine pour laquelle M. Moreau s’est fait breveter en 1846. C’est, du reste, une imitation de celle dont se sert M. Devinck pour la préparation des baguettes de chocolat. Une vis ou hélice, légèrement conique, force la pâte, d’une façon continue, au travers de la base étroite d’un tube cylindro-conique (Armengaud, tome IX, page 367).
- Quatrième type. — Machines à briques creuses.
- Un dernier type de machines à compression forme une sorte de transition entre les appareils à moules fermés et les appareils à moules ouverts : ce sont les machines à l’aide desquelles on fabrique les tuyaux de drainage, les briques creuses, les vermicelles, etc. On sait que ces machines se composent de moules cylindriques, dont le fond est percé de trous. Mais on voit immédiatement qu’une pâte molle et fine peut seule être forcée au travers de ces ouvertures, et que, par suite, un appareil à briques creuses ne peut être employé pour les agglomérés proprement dits. Un sieur Wurmser s’est néanmoins servi, pendant quelque temps, d’une machine de ce genre pour un combustible analogue au charbon de Paris. Son brevet est du 30 septembre 1842 (1).
- Une machine peu différente fut essayée à Charleroi, mais sans résultats favorables, en suivant les prescriptions du brevet Bourriez. Il s’agissait d’obtenir des briquettes creuses, afin de favoriser la combustion (Mémoire de M. Franquoy, page 202).
- Briquettes sans ciment.
- Revenons maintenant aux briquettes sans ciment, dont la fabrication serait si avantageuse au point de vue du prix de revient et de la combustion sans fumée.
- M. Évrard, de la Chazotte, a essayé d’agglomérer la houille menue à froid et par simple pression. A l’aide de sa machine à pistons, il a obtenu des agglomérés assez solides, se délitant peu au feu et brûlant à peu près comme le gros charbon ; mais ils ne résistent pas au transport, et devraient être préparés sur les lieux mêmes de leur consommation (2). En Angleterre, on s’est occupé de la même question; Buckwell a pris, le 8 octobre 1849, une patente pour agglomérer le menu charbon à froid et par simple pression, mais sans plus de succès. Les briquettes deviennent plus solides et même très-
- (1) Publication industrielle d’Armengaud, tome IX, page 355.
- (2) Bulletin de l'industrie minérale, tome IV, page 261.
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- solides lorsqu’on opère à chaud sur des charbons gras, mais alors les frais augmentent à cause de la destruction rapide des appareils. Citons spécialement les essais tentés en Angleterre par M. Bessemer, et en France par M. Baroulier.
- Système Bessemer.
- La patente anglaise de M. Bessemer est du 11 octobre 1850. Son appareil est figuré et décrit par M. Jordan dans le Bulletin de Saint-Étienne, t. V. Le procédé consiste à chauffer la houille menue jusqu’au ramollissement, dans un long réverbère, ou dans une longue cornue, et à l’amener, ainsi ramollie, à l’appareil compresseur. Le charbon, traîné ou supporté par une chaîne sans fin, avance graduellement de l’extrémité la moins chaude du four jusqu’auprès de la chauffe, où il tombe dans une trémie et de là dans les moules. On fait ainsi parcourir à la houille, très-lentement et en nappe mince, 10 à 12 mètres de chemin, de façon à la chauffer peu à peu jusqu’au point où les matières volatiles commencent à se dégager.
- Comme appareil compresseur, on pourrait employer l’un quelconque des systèmes dont nous venons de parler. Mais on a vu déjà que M. Bessemer a adopté le type des machines à pistons et moules ouverts, basées sur la résistance qu’oppose le frottement.
- Le système de chauffage direct, imaginé par M. Bessemer, me paraît compliqué et d’un entretien coûteux; il favorise la perte des éléments volatils et exige, par cela même, une proportion d’autant plus élevée de houille grasse et collante. Pour Famollir le charbon, il faudrait plutôt avoir recours à de la vapeur fortement surchauffée.
- Système Baroulier.
- Le brevet de M. Baroulier, en France, est du 24 août 1855; son système a fonctionné d’une façon satisfaisante à Grangeneuve, près de Saint-Étienne, pendant les années 1857 et 1858. A l’inverse de M. Bessemer, il comprime à froid, puis chauffe les briquettes dans les moules eux-mêmes, afin d’éviter leur déformation. Les moules sont des anneaux en fer plat, ouverts aux deux bouts. On les place sur un support fixe, sous une trémie remplie de charbon menu ; puis on opère la compression, soit à l’aide d’une sorte de marteau-pilon, soit au moyen d’une presse à levier ou à genouillère. Les moules, ainsi remplis, sont empilés les uns à côté des autres sur des waggonnets en fer, entre de fortes plaques en tôle, superposées horizontalement et bien serrées à l’aide de clavettes, afin que le charbon ne puisse, en foisonnant, sortir des moules sous l’action de la chaleur. Les waggonnets sont amenés dans de vastes étuves que l’on peut chauffer à volonté jusqu’à 200,300 ou 400°, de façon à donner, au besoin, un produit à demi carbonisé. Ainsi chauffé, le menu se soude et donne des agglomérés très-solides et d’un pouvoir calorifique élevé. Il faut, cependant, pour que la briquette ne s’égrène pas, que le charbon soit, par lui-même, à demi gras ou intimement mêlé à 15 ou 20 p. 100 Tome XII. — 64e année. 2e série. *— Octobre 1865. 79
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- de charbon collant finement broyé. L’avantage de ce procédé, lorsqu’on le compare aux systèmes usités, tient à l’économie de 6 à 10 p. 100 de brai ; seulement cet avantage est en partie compensé par les frais de chauffage et de réparation des étuves, et l’entretien assez élevé des nombreux moules et waggonnets en fer. Malgré cela, avec le prix croissant du brai, ce système me paraît offrir des avantages réels ; et si l’usine, montée par M. Baroulier, n’a pu se soutenir, il faut moins l’attribuer au système proprement dit qu’aux vices de l’appareil compresseur, qui ne permettait pas une production suffisamment élevée et réclamait le concours d’un trop grand nombre de bras.
- Depuis les essais de MM. Bessemer et Baroulier, d’autres inventeurs sont entrés dans la même voie. M. Rees s’est fait breveter en Angleterre pour un procédé peu différent de celui de M. Baroulier : compression à froid, puis chauffage des produits dans les moules eux-mêmes. En France, la compagnie houillère de Roche-la-Molière et Fir-miny (Loire) a pris, en 1859, un brevet pour des agglomérés sans ciment, produits à l’aide d’une machine Devinck, agissant sur de la houille, préalablement chauffée dans des tubes en fonte comme M. Bessemer; et M. Loup, en 1861, associant la pression à la chaleur, propose de fouler le menu au travers d’un long tube chauffé, légèrement rétréci à son extrémité, de façon à donner immédiatement un boudin continu suffisamment solide.
- De ces diverses tentatives, celle de M. Baroulier me paraît la plus sérieuse, et l’on y reviendra sans doute un jour. Il faut seulement modifier l’appareil compresseur, et préparer des briquettes de faibles dimensions, comme dans les usines à charbon de Paris, pour que, sans avoir recours à une température élevée, on puisse néanmoins, dans un temps relativement court, cuire les agglomérés jusqu’au centre. La houille conduisant mal la chaleur, on ne peut chauffer convenablement le noyau central des briquettes fortes qu’en transformant la partie externe à peu près en coke.
- PRIX DE REVIENT DES BRIQUETTES.
- Le prix de revient des briquettes varie peu d’une usine à l’autre, parce que, en dehors de la valeur même du charbon, l’élément principal de ce prix, le brai consommé, reste à peu près constant dans toutes les méthodes. Selon la nature des houilles employées, il faut partout 7 à 8 p. 100 de brai gras ou 8 à 10 p. 100 de brai sec qui coûtent, selon les lieux, par tonne d’agglomérés :
- fr. fr*
- Le brai................'................. 4,50 à 5,50
- La main-d’œuvre.......................... 0,80 à 1,30
- Les frais généraux et l’entretien........ 1,00 à 1,20
- 6,30 à 8,00
- Le prix inférieur s’applique aux usines les mieux placées pour se procurer facilement le brai, qui vient principalement d’Angleterre; telles sont les fabriques du nord
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- de la France et de la Belgique ; tandis que le prix de revient dans les usines du midi et du centre de la France monte plutôt à 8 francs. On a constaté aussi que les frais de fabrication sont un peu plus élevés avec l’appareil Évrard qu’avec la grande machine Couillard-Mazeline. D’après cela, le prix de vente des briquettes dépassera, en général, de 6 fr. 50 à 9 francs celui de la houille menue.
- En Belgique, où le menu vaut 6 francs à 6 fr. 50, les briquettes se vendent en fabrique 12 fr. 50 à 13 francs ; à Valenciennes et Anzin, 18 francs; à Paris, 25 fr. 50 à 26 francs. A Dieppe, au Havre, à Caen, où l’on fabrique des agglomérés avec du menu de Cardiff, la compagnie de l’Ouest les paye 25 fr. 40 à 26 fr. 40 ; à Nantes et à Bordeaux,28 à 30 francs. A Saint-Étienne, où le menu lavé revient à 12 ou 13 francs, les agglomérés se vendent 20 fr. 50 à 21 fr. 50; à Brassac, Montchanin, la Grand’Combe, Graissessac etBlanzy, 18 fr. 50 à 20 francs. Lorsque la houille en morceaux est pure et bien choisie, son prix de vente est, comme en Belgique, de 2 francs supérieur à celui des briquettes, ou à peu près le même, comme à Anzin ; dans le cas contraire, les briquettes sont plus chères que le pérat naturel ; c’est la raison pour laquelle la compagnie d’Orléans préfère les houilles en roche de l’Ailier aux briquettes de la Loire ou du Nord.
- La Marine impériale paye i
- fr. fr.
- Dans la Loire, les agglomérés. . . 20,60 et la houille en roche. . . 18,00
- A Graissessac 20,00 — 16,50
- A Blanzy 18,50 — 14,43
- EMPLOI DES BRIQUETTES.
- Les briquettes se partagent, en France, à peu près par égales portions entre les chemins de fer et la navigation; le chauffage domestique et l’industrie ordinaire en consomment peu jusqu’à présent.
- Nos six grandes lignes ont brûlé :
- Tonnes de briquettes.
- En 1861......................... 215,854
- En 1862......................... 250,254
- En 1863......................... 283,440
- En y ajoutant les chemins de fer particuliers de mines et d’usines, on trouve, pour 1862, 266,242 tonnes, et, pour 1863, environ 300,000 tonnes, dont 90,000 fournies par la Belgique et 20,000 par l’Angleterre : nos diverses lignes en consomment, du reste, des quantités très-différentes.
- Sur les chemins de Lyon, du Nord et de l’Ouest, la proportion des briquettes dépasse déjà de beaucoup celle du coke. Sur les trois autres lignes, le coke cède plutôt la place
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- à la houille en roche, ou au tout-venant. Grâce aux appareils fumivores, le coke tend partout à disparaître sur nos voies ferrées.
- Tonnes de briquettes
- Le chemin de Lyon, qui s’approvisionne surtout à Saint-Etienne et
- à Blanzy, a brûlé en 1863............................... 160,789
- Le Nord (qui les tire de Belgique et d’Anzin).............. 53,418
- La compagnie de l’Ouest........................................ 39,024
- La compagnie d’Orléans......................................... 21,003
- La compagnie du Midi............................................ 7,843
- La compagnie de l’Est........................................... 1,363
- Total..................... 283,440
- La Marine impériale consomme encore peu de briquettes ; mais cet état de choses est sur le point de se modifier. En 1861 et 1862, les quantités sont insignifiantes et n’ont été brûlées qu’à titre d’essai. En 1863, on est arrivé à 10,000 tonnes. Pour 1864, les livraisons prévues vont de 14,000 tonnes au minimum à 24,000 tonnes au maximum. La marine à vapeur privée et la batellerie fluviatile en consomment beaucoup plus. On les préfère, depuis plusieurs années, à la houille en roche.
- Les fabriques de Givors et de la Grand’Combe livrent la majeure partie de leurs produits aux bateaux à vapeur. Les avantages des briquettes sur le charbon en roche sont multiples : régularité de forme, dureté, cohésion, homogénéité de la masse, pouvoir calorifique élevé, faible proportion de cendres. Les inconvénients sont l’odeur et la fumée noire, dues aux éléments volatils du goudron.
- Mais ces inconvénients tendent à disparaître, depuis la substitution du brai sec au brai gras, et la généralisation des appareils fumivores.
- Examinons de plus près les qualités signalées :
- La régularité de forme des agglomérés procure sur l’arrimage, comparativement aux charbons en roche, une économie de près de 10 p. 100. Par mètre cube de soutes, la Marine impériale loge 820 kilogrammes d’agglomérés d’Anzin.
- La dureté et la cohésion sont considérables. Ainsi le déchet, dû au transport par chemins de fer et à leur conservation dans les magasins, n’est évalué, en moyenne, par la Marine impériale et les diverses compagnies de chemins de fer, qu’à 1 ou 2 pour 100. Un séjour trop prolongé en tas et à l’air libre fait cependant perdre à la briquette, comme à la houille en roche, une partie de ses qualités.
- La Marine impériale apprécie la cohésion des houilles, en plaçant, dans un cylindre horizontal, mobile autour de son axe et pourvu de cloisons partielles, 100 morceaux de charbon en roche du poids moyen de 500 grammes chacun. Après cinquante tours du cylindre, on passe toute la charge au crible ayant des mailles de 3 centimètres de côté, et l’on compare le poids des morceaux restants au poids primitif. En soumettant à cet essai le charbon de Cardiff, on trouve comme rapport des deux poids 0,42 à 0,47,
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- et, pour le charbon plus dur de Newcasle, 0,50 à 0,60 ; or les agglomérés d’Anzin conduisent aussi à ce même chiffre de 0,50 à 0,60, tandis que le chaibon en roche d’Anzin accuse seulement 0,35 à 0,40. Et l’on doit même observer que les briquettes entières sont nécessairement plus solides que les briquettes déjà concassées, seules soumises à l’essai. Les briquettes delà Chazotte (système Évrard), préparées au brai gras, sont un peu moins solides que les agglomérés au brai sec d’Anzin ; toutefois leur ténacité est encore supérieure à celle des charbons ordinaires ; sur la ligne de Lyon, on les préfère aux briquettes d’autres provenances.
- La puissance calorifique des agglomérés est, en général, fort élevée, parce qu’on les prépare surtout avec du menu anthraciteux (Charleroi, Cardiff, Anzin, Chazotte, la Grand’Combe, etc.), et que ces menus, lavés avec soin, ne laissent que 6 à 8 p. 100 de cendres.
- La Marine impériale préfère les agglomérés d’Anzin à tous les charbons en roche français ou anglais.
- Voici le résumé textuel du rapport des expériences faites dans le port de Brest, en 1862, sous la direction de M. Delantel, ingénieur de la marine (page 304 dudit rapport).
- « Parmi les charbons essayés, tous ceux en roche pèchent par quelques côtés.
- « Les deux Anzin, à côté d’une très-grande puissance de vaporisation, sont très-friables.
- « Les deux Blanzy ont très-peu de puissance de vaporisation.
- « Le Bruay (Pas-de-Calais) contient beaucoup de pyrites, qui, à la longue, pourraient détériorer « les barreaux de grilles.
- « Le Brassac, à côté d’une faible puissance de vaporisation, donne beaucoup de cendres.
- « Le Firminy (puits Mon terrai) nous paraît encore être celui qui concilie le mieux toutes les « conditions exigées pour la navigation. Mais, avant tout, nous croyons devoir recommander les « trois espèces de briquettes essayées (cylindriques et rectangulaires d’Anzin au brai sec, et les « briquettes Évrard de la Chazotte au brai gras), et surtout celles d’Anzin. Ces dernières ont été « expérimentées à la mer, à bord des remorqueurs, et ont fourni de très-bons résultats. Le charbon « en briquettes nous parait donc en tous points préférable à toutes les espèces en roche essayées. »
- Et notons que, parmi ces charbons essayés, figurent aussi les charbons anglais de Cardiff et de Newcastle. Pour ce qui concerne spécialement le pouvoir calorifique, citons encore les chiffres suivants, extraits du même rapport. Comme type, on a pris le charbon Cardiff en roche qui, d’après une moyenne de plusieurs expériences (p. 238), vaporise en grand, dans une chaudière tubulaire, 8k,30 d’eau par kilogramme de houille. Or, rapportés à cette unité, les divers charbons ont donné (p. 301) :
- Charbons à courte flamme ou lents.
- Anzin en roche (puits Thiers).................................... 1,053
- Anzin, briquettes cylindriques................................... 1,025
- Anzin, briquettes rectangulaires................................. 1,010
- Cardiff.......................................................... 1,000
- Chazotte, briquettes cylindriques................................ 0,981
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- Charbons gras moyennement ardents.
- Firminy (puits Monterrat)................................ 0,910
- Brassac (puits d’Orléans).................................... 0,8775
- Charbons à longue flamme ou ardents.
- Braay (fosse n° 1)........................................... 0,873
- Newcastle................................................ 0,841
- Blanzy (puits Saint-François et Cinq-Sous)............... 0,781
- Blanzy (puits Saint-François et Sainte-Marie)............, 0,740
- Nous avons indiqué les quantités de cendres, tolérées dans les briquettes par les compagnies de chemins de fer. Mais outre les cendres, fixées par un essai en petit, il faut aussi considérer le mâchefer et les escarbilles, dont la proportion ne dépend pas exclusivement de celles des cendres.
- Voici, à cet égard, les résultats obtenus à Brest, en prenant la moyenne des trois à six essais auxquels fut soumis, en 1862, chacun des charbons ci-après désignés :
- DÉSIGNATION DES CHARBONS. CENDRES et escarbilles» MACHEFER. TOTAL.
- pour 100. pour1Q0« pour 100.
- Cardiff, charbon en roche 6.11 2.31 8.42
- Newcastle — 3.55 1.62 5.17
- Anzin — 5.70 2.50 8.20
- Bruay — 2.34 1.52 3.86
- Firminy (puits Monterrat) charbon en roche 3.88 4.15 8.03
- Blanzy, cbarbon en roche 4.02 5,22 9.24
- Brassac — 11.83 4.67 16.50
- Anzin ^briquettes) 3.48 2.91 6.39
- Chazotte (briquettes Evrard) 3.53 3.49 7.02
- En comparant ces chiffres, on voit que, si les charbons en roche de Bruay et de Newcastle sont plus purs que les briquettes, celles-ci l’emportent, par contre, sur les Cardiff, Anzin, Blanzy, etc. En un mot, les briquettes provenant de menus bien lavés laissent, en général, moins de résidus terreux que les charbons en roche provenant des mêmes exploitations. Ces derniers ne sont plus purs que quand ils sont soumis à un triage exceptionnel, rarement appliqué. Comparées au coke, les briquettes, comme la houille crue, offrent nécessairement, pour le service des locomotives, un avantage marqué, à cause de la différence des prix. L’économie varie, selon les lieux, de 25 à 30 p. 100, et dans le centre de la France, où les houilles en roche de l’Ailier et de l’Aveyron sont fournies, rendues en waggon, au prix de 12 à 16 francs la tonne, l’avantage sur les cokes est de près de 50 p. 100. Mais, même en dehors de la question de prix, les briquettes l’emportent sur le coke, lorsqu’elles sont préparées avec du charbon à courte flamme et que les foyers sont disposés pour la houille crue.
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- Ainsi, sur le chemin de fer du Nord, avec des grilles bien disposées et suffisamment grandes, on brûle sensiblement moins de combustibles crus que de coke. Les houilles, en roche ou en briquettes, permettent de marcher avec une couche mince dans le foyer, ce qui rend la combustion complète ; tandis qu’il faut accumuler le coke sur une plus grande épaisseur, d’où résulte du gaz oxyde de carbone qui s’échappe sans brûler.
- Sur le chemin de fer de l’Ouest, on a également constaté une légère supériorité des briquettes Cardiff sur le coke. Les compagnies d’Orléans et du Midi estiment que les briquettes remplacent le coke poids pour poids. Par contre, sur la ligne de Lyon, les briquettes ne développeraient que les 0,90 du travail accompli par le coke. Celle anomalie tient à la qualité inférieure d’une partie des briquettes consommées, celles qui proviennent de Montchanin, Blanzy, Épinac, etc., et peut-être aussi à la disposition des foyers qui n’ont pas encore été tous suffisamment agrandis comme sur le chemin du Nord.
- Lorsque les briquettes ou les houilles crues renferment au delà de 15 à 20 p. 100 d’éléments volatils, elles brûlent avec fumée, du moins quand le chauffeur ne charge pas avec soin. Un appareil fumivore devient alors nécessaire. Sur le chemin de Lyon on se sert spécialement de l’appareil Thierry ; sur la ligne d’Orléans, de l’appareil Tenbrinck. Mais ces appareils ne réduisent pas la consommation. Ce que l’on gagne, on brûlant les éléments combustibles, est perdu par l’admission d’un excès d’air.
- CONCLUSIONS.
- On peut conclure de ce qui précède :
- 1° Que les meilleurs charbons, pour de bonnes briquettes, sont les houilles friables, demi-grasses, à courte flamme et assez bien lavées pour ne laisser que 6 à 8 p. 100 de cendres.
- 2° Que les efforts des fabricants de briquettes devraient tendre, sinon à supprimer entièrement, au moins à réduire notablement la proportion de ciment; que la suppression totale pourrait être réalisée par la méthode Baroulier, convenablement appliquée ; et la suppression partielle, en chauffant et mélangeant mieux la pâte ; ce qui pourrait se faire à l’aide de vapeur surchauffée et de longs malaxeurs horizontaux en tôle, à doubles parois.
- 3° Que la pression, dans les appareils compresseurs, doit s’élever, par centimètre carré, à 100 ou même 150kilogrammètres, le chiffre supérieur s’appliquant aux charbons grenus et durs; que l’épaisseur des briquettes, dans le sens de la pression, doit être faible et proportionnée aux dimensions transversales ; pour des agglomérés de 8 à 10 kilogrammètres, elle ne devrait pas dépasser 0m,10 à 0m,12.
- i° Quant aux appareils compresseurs eux-mêmes, le plus convenable, pour les briquettes fortes et une fabrication importante, me paraît être la machine Revollier ; tan-
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- dis que, pour les petites briquettes et une fabrication restreinte, on peut avoir recours aux roues tangentielles de MM. David et Mazeline du Havre, qui exigent peu de force et sont relativement peu coûteuses à établir.
- 5° Enfin, que les briquettes, préparées au brai sec et avec des houilles bien lavées, demi-grasses, à courte flamme, l’emportent, par leur effet utile dans les locomotives, non-seulement sur la houille en roche d’égale provenance, mais encore sur le coke, lorsque les grilles des foyers sont suffisamment grandes. Ajoutons qu’à l’aide d’appareils convenables (Tenbrinck ou Thierry) on peut brûler la fumée des briquettes, mais qu’il n’en résulte aucune économie appréciable.
- PRÉPARATION DES BRIQUETTES DE TOURBE ET DE LIGNITES TERREUX.
- Comme complément de la notice sur les agglomérés de houille, disons quelques mots des opérations auxquelles on soumet, depuis quelques années, la tourbe et les lignites terreux.
- 1° Préparation de la tourbe. — Les briquettes de tourbe, obtenues directement, par voie de découpage ou de moulage, sont peu denses et imprégnées d’eau. La dessiccation, ou torréfaction en fours, telle qu’elle est pratiquée en Suède, accroît la densité, lorsque la tourbe n’est pas trop mousseuse; mais le procédé est long et court le risque de dépasser le but.
- On a cherché à expulser l’eau par compression immédiate. Mais l’élasticité des briquettes obtenues au louchet et la nature même des fibres végétales rendent celte expulsion fort difficile. On a reconnu que, pour opérer facilement la compression, il fallait avant tout effiler, découper, déchirer la tourbe. En cet état, et après avoir subi une sorte de malaxage, non-seulement la masse est plus homogène, mais elte acquiert immédiatement, par le moulage, une densité plus grande et se dessèche alors aussi plus facilement, soit en fours, soit par la simple exposition à l’air. Ainsi donc, la première opération à laquelle on soumet aujourd’hui généralement la tourbe, lorsqu’on veut accroître sa densité, est un malaxage énergique de toute la masse. On peut toutefois s’en passer dans le cas d’une tourbe légère à longues fibres peu décomposées. On peut alors, comme cela se fait à Neustadt dans le Hanovre, exploiter la tourbe au louchet et la sécher à la façon ordinaire, puis la'miner les briquettes, à l’aide d’un manège, entre deux cylindres horizontaux de 0m,45 de diamètre. On réduit ainsi les briquettes en plaques irrégulières de 0m,01 d’épaisseur, dont la compacité est grande. Mais on conçoit que l’opération ne réussit qu’avec des tourbes filamenteuses et sèches; sans cela, au lieu de plaquettes, on n’obtiendrait qu’une pâte molle, ou de la tourbe en poudre.
- Dans le cas ordinaire, on procède différemment, et l’on peut choisir entre deux méthodes, que l’on pourrait désigner sous le nom de voie humide et voie sèche. La première paraît avoir été d’abord appliquée par M. Challeton, à Montauger; mais,
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- selon le docteur Percy (1), le principe de la méthode aurait été patenté en Angleterre dès 1837, au profit d’un sieur Linning. La seconde a pris naissance en Irlande, mais fut surtout perfectionnée et appliquée en Bavière par M. Exter.
- Méthode par voie humide. La méthode par voie humide se compose de deux opérations : f effilage ou malaxage et le moulage. Le malaxage se fait à peu près partout de même; le moulage varie d’une usine à l’autre. Citons quelques exemples : à l’usine de Losjôfors, en Suède (2), la tourbe est amenée, avec un peu d’eau, dans un cylindre horizontal en tôle de 0m,90 de diamètre sur 2m,50 de longueur. Un arbre mobile le traverse dans toute sa longueur et porte normalement une série de couteaux. D’autres couteaux semblables sont boulonnés dans les intervalles sur la paroi interne du cylindre. L’arbre fait 20 à 25 tours par minute; et, tandis que la tourbe brute est chargée dans le cylindre par l’un des bouts, la pâte en sort d’une façon continue par l’autre, et passe de suite entre les mains des mouleurs, qui préparent les briques à la façon ordinaire. Le malaxeur exige une force de trois à quatre chevaux. Deux hommes et un gamin au malaxeur, et deux hommes avec deux gamins dans l’atelier de moulage, fournissent par jour 12,000 briques de 0ra,3ô sur 0m,15 et 0m,10. Le séchage se fait ensuite en plein air, puis en fours.
- Aux usines de Staltach, en Bavière (3), et au marais tourbeux de Teuffelen, près du lac de Bienne, en Suisse, le malaxeur est vertical ; il a lm,15 de hauteur sur 0m,65 de diamètre. La pâte est moulée dans un appareil à roues tangentielles; l’un des tambours porte des dents, l’autre des moules à fond mobile, pour opérer le démoulage à l’aide d’un excentrique. Le tout est construit en bois; une force de douze chevaux suffit pour le malaxeur et les roues à moules. Observons, au reste, que le système en question est plutôt un appareil de simple moulage que de véritable compression. Rien ne paraît plus simple au premier abord, et rien n’est plus difficile, en pratique, que d’expulser l’eau d’une façon économique, par voie de compression, lorsqu’il s’agit d'une pâte molle. Si l’on a des moules fermés, il faut, pour que l’eau puisse s’échapper, ou que le piston ne joigne pas exactement, ou que le fond soit criblé de trous; dans les deux cas, la pâte fuit avec l’eau au travers des jours. Le mieux est d’avoir un piston qui ferme exactement, et de placer au fond du moule une tôle en fer à petits trous, que l’on recouvre d’une natte ou toile pour retenir la pâte. Mais alors les pores de la toile s’obstruent rapidement; ou bien, lorsqu’elle est grossière, les parties fines de la pâte fuient encore avec l’eau. On voit donc que le moulage mécanique ne dispense pas de la dessiccation ultérieure, et qu’il est fort difficile d’obtenir, par voie de simple compression, des briquettes denses ,et privées d’eau. On peut même dire que, jusqu’à présent, le problème n’a pas reçu de solution satisfaisante.
- (O Metallurgy, 1861, vol. I, page 77.
- (2) Jahrbuch de Leoben, par Tunner, 1860, page 95.
- (3) Torfvenverlhmgen in Europa, par le docteur Dullo, 1861, page 5.
- Tome XII — 64* année. T série. — Octobre 1865.
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- C’est pour échapper à la difficulté que je viens de signaler que M. Challelon a substitué, à Montauger, au moulage proprement dit un mode d’opérer qui est basé sur le départ de l’eau par infiltration lente (1).
- La tourbe est découpée et malaxée, comme dans les usines dont nous venons- de parler, mais en outre délayée dans un excès d’eau, de façon à produire, non une pâte épaisse, mais plutôt une bouillie fluide que l’on fait couler au travers d’un crible destiné à retenir les pierres, coquillages, racines et joncs non décomposés. La bouillie tourbeuse se rend dans des fosses ou bassins de 0m,30 de profondeur, d’où l’eau clarifiée s’écoule par filtration au travers de nattes en joncs, placées sur un fond en bois percé de trous, ou sur un lit de galets étendus horizontalement sur une voûte à jour. Au bout de deux à trois semaines, ou de quatre à cinq si l’été est humide, la pâte, devenue ferme par infiltration d’abord, par évaporation spontanée ensuite, est découpée sur place en briquettes, que l’on soumet enfin à la dessiccation ordinaire. On obtient ainsi un combustible qui retient encore, comme les tourbes extraites au louchet, 15 à 20 p. 100 d’eau, mais dont la dureté et la densité sont beaucoup plus grandes. Celle-ci augmente, comme à Staltacb, dans le rapport de 1 à 3 ou k. Les défauts delà méthode sont sa lenteur, le vaste emplacement qu’elle exige, l’obstruction très-prompte des nattes et la main-d’œuvre trop forte. Le moulage mécanique me paraît encore préférable.
- M. l’ingénieur Schmitz, de Paris, s’est proposé d'épurer les tourbes, en modifiant légèrement la méthode Challeton (2). La bouillie provenant du malaxeur se rend dans une première fosse à fond imperméable, où, par un repos de quelques instants, on se débarrasse des matières terreuses les plus grossières (le sable), tandis que l’élément combustible, demeuré en suspension, est enlevé par décantation, puis conduit dans une deuxième fosse à fond perméable et couvert de nattes, où l’eau est soutirée par voie de filtration. La pâte est ensuite divisée et séchée comme à Montauger. Cette méthode d’épuration accroît les frais et ne s’applique qu’aux tourbes à cendres sableuses, tandis que généralement elles sont plutôt argileuses. Les combustibles n’ont pas encore acquis une valeur suffisamment élevée pour que ce mode d’épuration soit financièrement pratique. Quant à présent, il vaut mieux se borner aux tourbes tenant 8 à 10 p. 100 de cendres que de chercher à épurer celles qui sont plus terreuses.
- Les frais de préparation, non compris l’extraction, sont, à Montauger, d’environ 7 fr. 50 par tonne de briquettes séchées à l’air, ou 11 à 12 francs pour l’ensemble des frais. En Allemagne et en Suisse on compte environ 10 francs comme prix de revient total.
- (1) Bulletin de la Société d’encouragement, 1858, page 150. La méthode Challeton est aussi appliquée au pont de Thièle, près de Neuchâtel, en Suisse,
- (2) Bulletin de la Société d’encouragement, année 1860, page 461.
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- Méthode par voie sèche ou méthode Exter (1). — La méthode par voie sèche exige, pour être appliquée, un marais tourbeux complètement uni, assez élevé pour être facilement asséché, et, autant que possible, dépouillé de racines dures et de troncs. Ces conditions sont réalisées à la grande tourbière du Haspelmoor, en Bavière, entre Augsbourg et Münich. La même méthode est également appliquée à Aibling, dans la haute Bavière, et auprès de Fribourg, en Suisse. Les tourbes du Haspelmoor sont spécialement exploitées pour le service des chemins de fer bavarois.
- Le marais est d’abord sillonné de tranchées profondes pour en opérer le dessèchement; ensuite on enlève avec soin les arbres, souches, bruyères, puis la terre végétale qui couvre le banc tourbeux. Après cela, à l’aide d’une sorte de charrue à couteaux horizontaux, on rase la tourbe par tranches d’un demi-centimètre d’épaisseur, ce qui la pulvérise presque immédiatement et en facilite la dessiccation. La charrue est attelée, sur le Haspelmoor, à un câble sans fin mis en mouvement par une locomobile. Des femmes, en retournant fréquemment, au moyen de râteaux, la tourbe découpée, en hâtent encore plus la dessiccation. Dès qu’elle est suffisamment sèche, on l’enlève, et la charrue attaque une nouvelle tranche. La tourbe pulvérulente est amenée par chemin de fer à l’usine de compression ; on la jette au travers d’une claie pour retenir les racines et autres corps étrangers; une chaîne à godets la monte à l’étage supérieur, où elle tombe dans un trommel à toile métallique pour la cribler une deuxième fois. Tous les débris qui ne passent pas au travers des mailles sont brûlés sous les chaudières à vapeur pour les besoins de l’usine. La masse en poudre tombe dans un séchoir mécanique, qui se compose essentiellement d’auges en tôles à doubles parois, où circule la vapeur d’échappement de la machine motrice et les gaz brûlés des foyers : des vis sans fin font progressivement avancer la tourbe en sens inverse des gaz.
- En une heure, elle est ramenée à ne plus tenir que 10 à 12 p. 100 d’eau et se trouve chauffée en moyenne à 40 degrés. En cet état, la farine combustible arrive à l’appareil compresseur, qui se compose ici, comme la machine Evrard, de cylindres à pistons et moules ouverts. On obtient des plaquettes pesant 4 à 300 grammes et mesurant 0m,18 sur 0m,08 et 0m,03 d’épaisseur. Chaque presse se compose d’un seul piston, mû par excentrique et donnant par minute 40 à 45 plaquettes. Avec trois presses, de la force de 10 chevaux chacune, on prépare 50 tonnes en travaillant 20 heures par jour. Le travail sur le marais ne dure que quatre mois par an ; mais la farine emmagasinée est comprimée hiver et été. La densité des briquettes, lorsque h-tourbe est pure, varie entre 1,20 et 1,30. Elles sont fort peu hygrométriques et se conservent bien à l’air. A l’extérieur, elles sont noires et luisantes; à l’intérieur, brun foncé et à structure schisteuse. Leur ténacité est grande; mais si, par une dessiccation
- (1) Mémoire déjà cité du docteur Dullo, page 23.
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- plus avancée, l’on ramenait la proportion d’eau à 7 ou 8 p. 100, elles tendraient à s’égrener. On voit donc que l’eau sert ici en quelque sorte de ciment. Les briquettes, à 9 ou 10 p. 100 de cendres, pèsent 90 kilogrammes l’hectolitre, et, dans les locomotives, on compte sur 125 à 140 kilogrammes pour remplacer 100 kilogrammes de houille ordinaire.
- On obtiendrait sans doute un combustible plus voisin encore de la houille si, après avoir séché plus complètement la tourbe, on substituait à l’eau, comme ciment, une faible proportion de goudron légèrement cuit, ainsi que le proposait, il y a vingt ans environ, l’Anglais Wylam (1).
- Au Haspelmoor, l’exploitation du marais coûte 3f,25 à 3f,50 par tonne, et le travail de l’usine 8f,25 à 8f,40; soit un prix de revient total par tonne de llf,50 à llf,90. C’est plus que par la méthode par voie humide; mais aussi les briquettes sont plus denses et contiennent moins d’eau. Elles sont donc plus propres à être transportées au loin, et développent plus de chaleur à poids égal.
- 2° Moulage et compression des lignites terreux. —-Les lignites terreux, très-abondants en Allemagne, surtout aux environs de Halle, peuvent être agglomérés à la façon de la tourbe. On peut appliquer aussi les deux méthodes.
- On peut préparer dans un malaxeur, ou broyeur à auge, une pâte ferme, en ajoutant au lignite un peu d’eau (2); puis on moule cette pâte, soit à la main, soit au moyen de la roue tarjgentielle (système Milch), que nous avons fait connaître, et qui agit, de même que pour les tourbes, plutôt comme appareil de moulage que comme appareil compresseur. Aussi les briquettes ainsi préparées n’ont-elles qu’une densité de 0,80. Elles s’égrènent d’ailleurs facilement et doivent, de plus, être séchées à l’air ou dans des étuves.
- Par ce motif, on préfère à Halle le système Exter : on traite les lignites terreux exactement comme la tourbe farineuse du Haspelmoor. L’opération est même plus facile parce qu’en général les lignites terreux sont naturellement moins humides que la farine de tourbe. Les plaquettes, ainsi préparées, ont le même aspect que celles du Haspelmoor et, à pureté égale, produisent le même effet. Ce mode d’agglomération coûte, à Halle, environ 7 francs par tonne, c’est-à-dire autant que la préparation des briquettes de houille à 8 p. 100 de brai; mais il me semble qu’en se servant d’appareils sécheurs et compresseurs mieux disposés on devrait pouvoir ramener aisément ces frais à 5 francs environ.
- Observons, en terminant, que la méthode par voie sèche n’est, au fond, autre que celle que MM. Bessemer et Baroulier ont cherché à appliquer à la houille; seulement l’opération est ici plus facile, à cause de l’état farineux de la masse qui permet à l’eau
- (1) Bulletin de la Société d’encouragement, 1844.
- (2) Bergwerksfreund, 1860, page 3.
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- de faire fonction de ciment, ce qui n’est pas le cas lorsqu’on opère sur un combustible à fragments durs et anguleux comme la houille.
- (.Annales des mines.)
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- SUR LE PERFECTIONNEMENT DES ARMES A FEU, PAR M. LE BARON SÉGUIER.
- I.
- « Vous vous rappelez sans doute, Messieurs, que, dans la séance du 22 août de l’année dernière, à l’occasion de la lecture d’un Mémoire par notre honorable collègue M. Pelouze sur le pyroxyle tel que le prépare le général Lenk en Autriche, nous avons eu l’honneur de vous dire que nous aussi nous nous étions livré à une série d’expériences pour obtenir, avec le coton-poudre, de bons effets balistiques dans les armes portatives.
- « A défaut de vos souvenirs, le Compte rendu de cette séance constaterait au besoin que nous vous indiquions alors l’emploi que nous avions fait de charges mixtes composées partie pyroxyle, partie poudre de mine à gros grains, superposées de façon que la poudre la moins vive brûlât la première, pour combattre l’inconvénient de la déflagration trop rapide du pyroxyle qui provoque la rupture des armes par le fait de l’inertie du projectile.
- « Nous terminions nos courtes observations improvisées en vous demandant la per» mission de vous entretenir plus en détail, et quand elles seraient terminées, des expériences entreprises par nous depuis longtemps pour le perfectionnement des effets balistiques des armes portatives. L’ouverture de deux paquets cachetés acceptés par l’Académie le 18 janvier 1847 et le 28 août 1848 prouverait incontestablement que ce n’est pas seulement depuis notre dernière communication que cette question nous occupe.
- « Mais voici que nous lisons, dans une publication scientifique anglaise, la mention d’essais récemment tentés par l’ingénieur-mécanicien anglais Whitworth avec un canon chargé d’une gargousse composée de poudre de mine et de coton-poudre de façon à obtenir le but par nous indiqué. Cette lecture nous prouve que nos idées ont déjà passé le détroit.
- « La publication, en France, depuis le commencement de cette année, par un autre ingénieur, d’un Mémoire sur un nouveau mode de chargement des pièces d’artillerie avec des poudres diverses, et de plus en plus vives, superposées de manière que la moins vive soit enflammée la première pour vaincre l’inertie du projectile, nous
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- démontre que des pensées absolument semblables aux nôtres commencent à préoccuper les esprits.
- « Dans ces circonstances, pour conserver au moins le mérite de la priorité de nos conceptions, nous sommes obligé de hâter une communication que nous aurions voulu ajourner jusqu’après le moment où tous nos résultats auraient pu vous être présentés dans un ordre méthodique.
- « Il y aurait certes une grande témérité de notre part à vouloir aborder de nouveau des questions qui ont été si savamment traitées par notre honorable collègue M. le général Piobert; aussi ce ne sont pas de nouvelles théories appuyées de chiffres que nous vous demandons la permission de vous exposer, c’est simplement pour le récit de quelques expériences que nous sollicitons votre bienveillante attention. L’exposition successive de nos divers essais sera le moyen le meilleur de vous faire connaître la route que nous avons suivie.
- « La balistique, au moyen de la poudre, nous avait apparu, il y a longues années déjà, comme une question complexe, du ressort de deux sciences à la fois.
- « Question chimique, fabrication d’une matière solide, propre à se convertir en gaz 5
- « Question mécanique, application d’une force motrice à un corps à mouvoir.
- « Cette dernière est la seule qui nous ait préoccupé.
- « L’emploi de l’air comprimé comme force balistique a été l’objet de nos premières expérimentations; nous avons cru que, pour trouver sa meilleure utilisation, nous devions rester dans la saine application des règles de la mécanique; elles nous ont semblé pouvoir se résumer ainsi pour obtenir ce but :
- « 1° Application successive de la force motrice au projectile, de façon à triompher graduellement de son inertie;
- « 2° Augmentation de la force motrice à mesure que le projectile se déplace dans une proportion convenable pour lui imprimer une vitesse croissante ;
- « 3° Application certaine de la totalité de la force motrice au projectile avant qu’il soit sorti de l’arme.
- « De nombreuses expériences avec les armes à vent nous ont appris qu’une même quantité d’air comprimé pouvait produire des effets balistiques très-différents, suivant la manière dont cet air était dépensé. Ainsi, une émission tout d’abord considérable, allant ensuite en s’amoindrissant, donne un petit effet comparé à celui d’un souffle progressivement croissant se terminant par une espèce de bouffée finale.
- « Nous vous le disions, Messieurs, dans la séance du 22 août dernier, les chasseurs à la sarbacane, pour lancer, sans fatigue pulmonaire, une boulette de terre glaise, commencent à l’ébranler dans le tube par un souffle léger ; ce n’est que lorsque la boulette a déjà pris une certaine vitesse que, par une émission finale, ils lui impriment sa plus vive impulsion.
- « Si l’on réfléchit à ce qui se passe pendant le lancement de cette boulette, on
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- remarque que son inertie oppose une résistance aux poumons, que leur fatigue sera d’autant moins grande que cette inertie aura été vaincue par un premier souffle léger, et que, par une émission d’air progressivement croissante, on l’aura disposée à recevoir son maximum de vitesse de la bouffée finale. Pour bien vérifier les faits, nous avons construit un mécanisme ouvrant, par l’intermédiaire d’une came, la soupape d’un réservoir chargé d’air comprimé sous une pression d’environ 40 atmosphères. La vidange complète de cette quantité d’air comprimé peut être opérée dans des conditions variables par suite de la forme de la came ; ainsi nous avons combiné les courbes de nos cames de façon à obtenir des émissions brusques, des émissions successives, des émissions progressivement croissantes, des émissions décroissantes. Disons tout de suite que la forme qui a permis d’imiter le plus fidèlement le mode d’insufflation du chasseur expérimenté à la sarbacane nous a aussi donné, dans nos armes à vent, le maximum d’effet balistique. C’est la grande dissemblance des résultats d’une même quantité d’air comprimé à la même pression, diversement dépensée, qui nous a suggéré la pensée d’entreprendre une série d’expériences avec les armes à feu, pour rechercher si les gaz développés par la déflagration de la poudre se comportaient, pour le lancement d’un projectile, à la façon de l’air comprimé.
- « Cette étude nous a révélé des faits que nous allons brièvement passer en revue.
- « Tout d’abord nous avons reconnu que, dans la plupart des cas, une partie de poudre est projetée en dehors de l’arme sans avoir été comburée. La quantité de poudre perdue est plus considérable avec les anciennes armes à silex qu’avec les nouvelles à percussion; cette perte est moindre avec la poudre à grains fins qu’avec la poudre à gros grains; elle est considérablement diminuée, même complètement évitée, par une inflammation en haut de la charge, sous le projectile. Dans ce cas, les premières quantités de gaz développées semblent devoir pousser d’un côté le projectile vers l’orifice de l’arme, tandis qu’elles appuient en quelque sorte le reste de la charge contre la culasse, agissant comme ferait, en se débandant, un ressort à boudin comprimé et intercalé entre le projectile et la charge.
- « La lumière percée dans le tonnerre de l’arme à des points correspondants à diverses hauteurs de la charge nous a fourni, pour les armes à silex, des résultats conformes à cette supposition.
- « L’implantation de la cheminée à des hauteurs différentes dans le tonnerre des armes à percussion nous a donné des résultats moins nets.
- « Le dard de feu de la poudre fulminante sillonne la charge et ne laisse plus jouer un effet marqué à la hauteur du point d’inflammation; il convient même d’incliner la cheminée dans son implantation sur le tonnerre de l’arme, pour que le dard de feu aille en quelque sorte butter contre le projectile et ne revienne vers la poudre qu’a-près s’être réfléchi, si l’on veut que l’inflammation par le haut de la charge ait, avec le fulminate, un effet distinct de l’inflammation par le bas.
- « Nos expériences nous ont permis de reconnaître que le maximum d’effet balis-
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- tique était obtenu avec le moindre recul au moyen de charges de poudre fortement tassée, enflammée par en haut sous le projectile, dans un long canon pour les armes à silex. Dans celles à percussion, la longueur du canon nous a paru jouer un rôle moins important; ne serait-ce pas parce que la combustion de la charge arriverait plus vite dans ces dernières armes par suite du dard de fulminate qui sillonne la poudre, que par la communication du feu de grain à grain au travers de la lumière dans les armes à silex? La longueur du canon doit, en effet, rester toujours en rapport avec le temps que la charge met à brûler, pour que le projectile puisse atteindre son maximun de vitesse avant de sortir de l’arme.
- « L’analyse de toutes nos expériences nous a convaincu que, pour faire une bonne application de la force développée par la conversion d’une matière solide en gaz au moyen de la combustion, il fallait générer cette force d’une façon croissante, pour l’appliquer au projectile de manière à vaincre d’abord son inertie et à arriver ensuite à lui donner sa plus grande vitesse. Les convenances de service déterminant la longueur des armes à feu, la rapidité de la déflagration de la poudre devra toujours rester en rapport avec cette longueur, pour que la charge entière soit brûlée quand le projectile atteint l’orifice du canon.
- « Répétons que toutes nos expériences ont concouru à nous démontrer que le maximum d’effet balistique était obtenu avec des poudres à déflagration pas trop rapide, enflammées par le haut de la charge dans de longs canons.
- « Nous avons voulu comparer les effets du coton-poudre à ceux des poudres ordinaires à grains gros ou fins.
- « Nous avons reconnu tout d’abord que, à poids égal, l’effet balistique du py-roxyle était de beaucoup supérieur à celui de la poudre ordinaire. Le recul, qui s’est fait violemment sentir dès que nous avons donné aux charges quelque importance, nous a fait comprendre que la combustion instantanée du coton préparé en carde faisait jouer à l’inertie du projectile un rôle considérable, se traduisant en recul et en tendance à rupture du canon de l’arme. Nous sommes parvenu à amoindrir ces fâcheux effets en remplaçant le coton cardé par du coton filé dont les fils, assemblés en espèces de torons, brûlent avec moins de rapidité. Pour retarder la tension des gaz, nous avons laissé entre la culasse et le projectile une distance réglée de façon que la charge fût intercalée dans une capacité plus considérable que celle nécessaire pour la contenir. Dans cette double condition nous avons obtenu des résultats satisfaisants. Nos expérimentations ont porté aussi sur une autre substance h détonation instantanée, nous voulons parler du fulminate de mercure. Pour éviter la rupture des armes en l’employant, nous avons intercalé un matelas d’air entre la charge et le projectile. Des fissures, survenues dans un des tubes d’acier formant cartouche d’une arme chargée par derrière, nous ont averti du danger que nous courions; c’est alors que nous est venue la pensée de conjurer plus efficacement les effets désastreux de l’inertie du projectile choqué par une application trop brusque de la puissance motrice, en composant
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- des charges mixtes avec lesquelles la déflagration d’une première quantité de poudre lente ébranlerait le projectile et le pfédisposerait à recevoir un surcroît d’impulsion d’une seconde quantité de poudre-vive. Tour réaliser cette proposition, nous avons placé dans une cartouche métallique une certaine quantité de pyroxyle. Cette première partie de la charge a été recouverte d’un disque de carton percé au centré d’une espèce de lumière. Sur cet intermédiaire nous ayons versé de la poudre ordinaire de mine pour faire le complément de la charge. Le projectile reposait sur cette poudre; ce fut à elle que le feu fut mis tout d’abord, à l’aide du dard de feu d’une très-petite capsule traversant dans un petit tube métallique toute la charge, pour aller frapper contre le projectile et ne revenir vers la poudre, pour l’enflammer, que comme par réflexion. Nous avons pris la précaution de n’employer qu’une capsule très-faible, pour avoir une combustion de la poudre plus lente que si un puissant dard de feu en eût sillonné la masse. Dans de telles conditions, nous avons obtenu des effets balistiques considérables, que le faible recul de l’arme était loin de nous faire pressentir.
- « Comme nous n’avions pas à notre disposition de pendule balistique ni d’appareil chronographique, car ces expériences remontent à plusieurs années, nous n’avons pu juger les effets que par la seule déformation des balles que nous avons pris le soin de fondre d’une même coulée avec du plomb 'de même qualité, pour être bien certain d’une malléabilité uniforme; leurs divers aplatissements ont donc seuls servi de base à nos appréciations : les charges et les distances étaient proportionnées de façon.que les balles ne fussent pas réduites en morceaux. La similitude constante des résultats de nos diverses expériences se retrouvant toujours les mêmes pour des conditions identiques nous permet d’avoir confiance dans les conclusions que nous en avons déduites; aussi nous croyons clairement démontrée l’utilité de l’application successive et croissante d’une force à un corps à mouvoir pour atténuer d’abord le rôle fâcheux que joue son inertie, et lui imprimer ensuite son maximum de vitesse. Dans les armes à poudre, la composition de la charge, le choix du point d’inflammation peuvent remplacer le calcul de la courbe progressive et croissante qui gradue le plus utilement l’émission de l’air comprimé dans les armes à vent : ce principe reste donc une vérité pour toutes. Ces idées, conformes aux saines lois de la mécanique, nous semblent devoir conduire, par leur application, à d’importants résultats dans les armes à gros calibre. Dans l’intérêt de la défense de notre patrie, nous avons désiré qu’elles fussent expérimentées; pour atteindre sûrement ce but, nous avons osé appeler sur elle l’attention de l’Empereur. Ses connaissances spéciales en cette matière nous laissent dans la conviction profonde que nos idées porteront leurs fruits. La bienveillance avec laquelle Sa Majesté nous a autorisé à continuer nos essais dans son polygone de Meudon nous •fait un devoir de remercier ici publiquement l’Empereur de l’intérêt empressé que son amour du progrès lui fait accorder aux conceptions susceptibles de devenir utiles. Sa haute approbation, accordée à notre pensée de charges mixtes, est pour nou-^ un Tome XII. 64e armée. 2* série. — Octobre 1865. 8!
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- puissant encouragement, pour continuer les expériences que les circonstances indiquées en commençant cette lecture nous obligent à vous communiquer dès aujourd’hui et avant qu’elles soient terminées.
- « Nous finissons, Messieurs, en plaçant sous vos yeux des spécimens de cartouches satisfaisant aux conditions mécaniques que nous'avons énumérées durant l’exposition des principes qui guident nos essais.
- « M. Chaudun père, fabricant de cartouches pour les armes de chasse, s’est empressé de les confectionner (1); son esprit ingénieux, sa longue pratique-dans cette industrie lui ont fait trouver des dispositifs simples et peu dispendieux pour réaliser au profit des armes de chasse et de tir :
- «r 1° Une économie en évitant, au moyen de l’inflammation de la charge par en haut sous le projectile, les pertes de poudre projetées en dehors de l’arme ;
- « 2° Un amoindrissement de recul par l’insertion d’une chambre à air dans la cartouche, entre la culasse de l’arme et la charge;
- « 3° Enfin une augmentation de portée par la combinaison de poudres lentes et de poudres vives dans une même cartouche.
- « Nous lui adressons ici nos remercîments pour son obligeant concours. »
- II.
- « Nous avons dit nos tentatives pour atténuer le rôle fâcheux que joue l’inertie du projectile dans les armes à feu.
- « Nous avons expliqué comment nous avions été conduit à imiter dans la déflagration de diverses poudres ce qui se passe dans une arme à vent bien confectionnée, c’est-à-dire dont la soupape vidange l’air de façon à ébranler le projectile par un souffle léger, et à lui imprimer sa plus grande vitesse par une émission croissante se terminant par une espèce de bouffée finale.
- « Les effets balistiques d’une arme à vent ainsi construite, si remarquables même avec de l’air comprimé seulement à 40 atmosphères, surtout si on les compare à ceux produits par les gaz de la poudre développés sous des pressions bien des fois supérieures, nous ont révélé les avantages de l’observation fidèle des lois mécaniques qui règlent l’application d’une force à un corps à mouvoir dans les armes, comme dans toutes autres circonstances. Nous avons décrit les moyens mis en pratique par nous pour rester dans de bonnes conditions avec les armes à feu; aujourd’hui nous voulons placer sous vos yeux quelques manifestations de l’importance du rôle que joue l’instantanéité de la production d’une force quelconque sur les parois d’un vase dans lequel cette force est brusquement générée.
- « Ne pouvant répéter devant vous la totalité de nos expériences, nous vous rappe-
- (1) Voir plus haut, p, 584.
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- Ions d’abord comment une balle lancée par une arme à feu traverse une plaque de verre ou d’aufre matière fragile, en ne faisant qu’un trou suffisant pour son passage sans disloquer foutes les molécules voisines du point frappé.
- « Nous obtenons un effet bien différent si la balle est tirée dans un cylindre de verre rempli de liquide : c’est comme un tonneau dont on enlèverait tout à coup les cercles et dont toutes les douves s’écarteraient subitement. Un gros tube de verre plongé complètement dans l’eau se divise longitudinalement lorsqu’une balle lancée par une arme à feu ou à vent vient à le traverser suivant son axe.
- « L’effet est encore plus singulier si l’immersion n’est que partielle. Pour en concevoir les résultats bizarres, veuillez vous représenter un moment un cylindre de verre suspendu verticalement dans un baquet plein d’eau, de telle sorte que la moitié de sa longueur seulement trempe dans le liquide ; qu’en cet état une balle soit tirée dans ce cylindre de haut en bas parallèlement à son axe, la balle traversera d’abord la tranche d’air contenue dans la portion du cylindre non immergée, puis elle passera au travers de la tranche de liquide correspondant à la partie plongée. Eh bien, la paroi de la partie remplie d’air restera intacte, tandis que celle remplie d’eau se divisera en pe-lites douves longitudinales, comme nous venons de l’indiquer. La limite des deux effets sera si nettement accusée, que la portion supérieure du cylindre, celle remplie d’air et demeurée intacte, sera séparée comme par un trait circulaire de diamant de la portion inférieure plongée dans l’eau et disloquée en façon de nombreuses douves longitudinales.
- « Nous vous laissons, Messieurs, le soin d’analyser les deux natures d’effets dus au passage delà balle au travers du cylindre à demi plongé dans l’eau d’un baquet; nous nous bornons à vous les signaler comme le résultat d’une force instantanément appliquée à la paroi d’un vase par l’intermédiaire de l’air et par celui de l’eau, c’est-à-dire par un gaz éminemment compressible et par un liquide à peu près incompressible.
- « Nous allons répéter sous vos yeux l’expérience du développement brusque d’une force sur les parois d’un vase de verre rempli d’eau, et vous montrer comment le choc produit par la dislocation des molécules d’une larme batavique, c’est-à-dire d’une masse de verre en fusion subitement refroidie par son immersion dans l’eau, se transmet aux parois par l’intermédiaire du liquide; cet effet, complètement analogue, quant aux résultats, avec le tir d’une balle au travers d’un cylindre de verre plongé dans l’eau, servira à vous faire mieux comprendre les phénomènes bizarres dont nous venons de vous entretenir.
- « Suivant nous, ces expériences démontrent clairement et matériellement le désastreux effet de l’espèce de choc qui accompagne toute application instantanée d’une force quelconque. Nous pensons donc que cette communication et l’expérience que nous allons faire sont le complément de notre Note précédente. (Deux vases remplis
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- d’eau sont immédiatement brisés devant l’Académie dans les conditions précitées.) (1) »
- (Comptes rendus de V.Âcadémie des sciences.)
- NECROLOGIE.
- MORT DE M. TRÉBUCHET, AGENT DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT.
- La Société d’encouragement pour l’industrie nationale a fait encore, cette année, une perte regrettable. M. Trébuchet, qui, après avoir été pendant longtemps l’un des membres les plus actifs et les plus zélés du comité des arts économiques, remplissait, depuis deux ans, avec distinction, les fonctions d’agent, a succombé le 6 octobre dernier, après une courte maladie.
- (1) « M. le général Morin rappelle que des faits analogues à ceux qui viennent d’être signalés ont été observés, il y a près de trente ans, à Metz, par la commission des principes du tir de cette École d’artillerie, dont MM. Piobert, Morin et Didion ont été les rapporteurs. Ces faits, consignés dans des Mémoires présentés à l’Académie, et qui ont obtenu son approbation, ont été publiés à diverses reprises. [Mémorial de l’Artillerie, n° VIT.)
- « Les expériences dans lesquelles ils se sont manifestés de la manière la plus énergique avaient pour but de déterminer les lois de la résistance de l’eau au mouvement des projectiles.
- « Elles ont été exécutées sur le bassin qui avait servi aux bélles recherches d’hydraulique«de MM. Poncelet et Lesbros, en tirant horizontalement et parallèlement au-dessous de la surface du niveau des projectiles qui pénétraient dans l’eau après avoir traversé un orifice fermé par une vo-lige de sapin.
- « On a tiré ainsi des boulets pleins des diamètres de 0m,108, 0m,100, 0m,162 et 0m,220, des obus de différents diamètres d’épaisseur, et par conséquent de poids divers : les vitesses initiales des projectiles ont varié de 70 à 500 mètres en une seconde.
- co La résistance que l’eau opposait par son inertie à la pénétration des projectiles acquérait souvent une intensité telle, que les obus étaient brisés eh fragments parfois très-nombreux. Le barrage, très-solide, en charpente et formé de poteaux de 0m,25 d’équarrissage recouverts de madriers de 0m,08, était, après chaque séa'ncè, dans laquelle on tirait un petit nombre de coups, tellement fatigué, qu’il fallait le réparer ou le consolider sans cesse. La digue en terre, qui avait près de 4 mètres au moins d’épaisseur à son sommet, était fortement ébranlée à chaque coup, et les observateurs la sentaient trembler sous leurs pieds.
- « Tous ces effets étaient dus aux mêmes causes que ceux que signale M. Séguier; mais, observés sur une grande échelle, ils n’ont rien qui ne soit tout à fait conforme aux principes de. la mécanique et aux lois de la transmission du mouvement. »
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- La Société n’oubliera pas que M. Trébuchet avait apporté dans ces dernières fonctions toutes les qualités d’un excellent administrateur.
- Différents discours ont été prononcés sur sa tombe; voici ceux qui ont été lus par M. À. Chevallier, au nom de l’Académie impériale de médecine, à laquelle M. Trébuchet appartenait en qualité d’associé libre, ainsi qu’au nom de la Société d’encouragement, et par M. le docteur Duçhesne, au nom du Conseil d’hygiène publique et de salubrité, dont M. Trébuchet était depuis longtemps le secrétaire.
- Discours de M. A. Chevallier.
- « Messieurs, l’Académie impériale de médecine, le Conseil d’hygiène publique et de salubrité, la rédaction des A finales d'hygiène, la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, la Commission supérieure de l’Orphelinat du Prince-Impérial, la Commission de l’Orphelinat de la Princesse Mathilde, la Commission des logements insalubres, la commune de Fontenay-aux-Roses, viennent de faire une grande perte dans la personne de M. Adolphe Trébuchet, qui, après une très-courte maladie, a été enlevé à ses amis, à ses collègues et à l’hygiène publique, à l’âge de soixante-quatre ans.
- « Adolphe Trébuchet est né à Nantes, le 11 décembre 1801. Fils du secrétaire général de la préfecture de la Loire-Inférieure, il étudia d’abord le droit, et se fit recevoir! avocat . Cette carrière n’étant pas en harmonie avec ses idéés., il l’abandonna, et il entra, à Paris, en 182.7, comme expéditionnaire-surnuméraire dans le cabinet du Préfet de police, où bientôt il se fit distinguer par sa capacité et son amour du travail.
- « Son avancement fut rapide; il devait l’être. Deux ans après son entrée dans les bureaux, il était nommé aux fonctions de sous-chef, puis, plus tard, de chef du bureau dans les attributions duquel sont placés le Conseil de salubrité et tout ce qui concerne l’hygiène publique.
- « C’est dans ce bureau que, pour la première fois (il y a trente-cinq ans), je fis la connaissance de Trébuchet. Quelques études hygiéniques faites en commun établirent entre nous des relations qui, de scientifiques qu’elles étaient d’abord, ne tardèrent pas à devenir amicales; et, bien que nous ne fussions pas toujours du même avis, nos bons rapports n’ont été interrompus que par la mort de l’homme que nous regrettons tous,;
- « C’est dans la pratique des affaires, et par l’étude, que Trébuchet acquit cette habileté scientifique que chacun se plaisait à lui reconnaître; il en donna la preuve en publiant,_ en 1832, un ouvrage intitulé : Code administratif des établissements dangereux,. insalubres ou incommodes. Cet ouvrage eut du succès, et, à l’époque actuelle, il est assez difficile d’en trouver des exemplaires.
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- « En 1834, il fit paraître un volume ayant pour titre : Jurisprudence de la médecine, de la chirurgie et de la pharmacie en France, ouvrage qui contient un résumé complet de la législation sur ces matières.
- « Dans la même année, Trébuchet publia, en collaboration avec MM. Elouin et Labat, un Nouveau Dictionnaire de police, qui donne un résumé complet et raisonné des lois, ordonnances et règlements concernant la police judiciaire.
- « En 1832, Trébuchet, s’étant particulièrement distingué lors de l’épidémie du choléra, fut nommé chevalier de la Légion d’honneur, puis officier, en 1854, lors d’une nouvelle invasion de la maladie.
- « Les travaux spéciaux de Trébuchet devaient l’amener nécessairement au comité de rédaction des Annales d’hygiène publique et de médecine légale, annales dont l’incontestable utilité est bien établie, et qui sont plus connues à l’étranger qu’elles ne le sont en France.
- « C’est en 1841 que Trébuchet prit sa place dans le sein du comité. Si on consulte les Annales, on trouve qu’à partir de sa collaboration il a fourni des articles du plus haut intérêt, notamment ceux qui traitent des brevets d'invention pour les remèdes secrets, de l'éclairage public de Paris, du secret en médecine, de la statistique des décès dans la ville de Paris de 1809 à 1828, des travaux de la commission des logements insalubres, de la mortalité de la ville de Paris en 1852 et 1853, enfin de l’utilisation des débris des animaux.
- « Trébuchet, comme chef de bureau de la quatrième division de la Préfecture de police, faisait partie du Conseil d’hygiène publique et de salubrité qui, chaque année, présente son secrétaire à la nomination de M. le Préfet. Ces fonctions furent d’abord remplies à tour de rôle par les membres du Conseil ; mais, plus tard, les membres de ce Conseil choisirent, d’un commun accord, M. Trébuchet, et renouvelèrent chaque année sa présentation, si bien qu’il en était devenu, en quelque sorte, le secrétaire perpétuel.
- « Lors de sa retraite, en 1858, ces fonctions lui furent continuées, et la bienveillance de M. le Préfet améliora sa situation.
- « M. le Préfet de police, ayant ordonné la publication des rapports du Conseil pour la période comprise entre 1849 et 1864, la rédaciion en fut confiée à M. Trébuchet. Un premier volume de 626 pages parut en 1861, et fut suivi, en 1864, d’un deuxième volume de 296 pages.
- « L’apparition de ces rapports fut accueillie avec faveur; ce travail fut demandé par MM. les Préfets, par les membres des conseils de salubrité des départements, par les membres des commissions d’hygiène, par des savants étrangers. Us peuvent être considérés comme un code d’hygiène publique.
- « Trébuchet n’était pas seulement apprécié en France, il était connu à l’étranger, et ses publications lui avaient valu les titres de commandeur de l’ordre de la Conception de Portugal, commandeur du Lion et Soleil de Perse, d’officier de l’ordre suédois de
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- Gustave Wasa, d’officier de l’ordre Danebrog de Danemark, d’officier de l’ordre des Saints Maurice et Lazare d’Italie.
- « Les travaux de Trébuchet étaient tellement connus, que des membres de l’Académie impériale de médecine crurent devoir lui conseiller de se mettre sur les rangs pour le titre à*associé libre. On sait que ce titre est conféré aux savants qui ne sont point médecins, mais qui se sont distingués par leurs travaux. Trébuchet suivit ce conseil, et, dans la séance du 26 mai 4858, il obtint 63 suffrages sur 70 votants. Sa nomination ayant été approuvée par Sa Majesté l’Empereur, il prit sa place à l’Académie.
- « Trébuchet a marqué son passage dans cette savante compagnie par des travaux qui ne sont point sans intérêt. On peut citer les opinions qu’il a émises dans la séance du 23 avril 1861 sur Yopération césarienne (post mortem), la discussion qu’il a soutenue sur la salubrité des hôpitaux, un rapport sur un mémoire de M. Réveil sur les cosmétiques, sujet qui, selon moi, est d’une haute importance sous le rapport de la santé publique. Trébuchet préparait un autre travail qu’il se proposait de présenter à l’Académie, mais la mort ne lui a pas permis de le terminer.
- « Je viens de vous parler des titres de Trébuchet comme travailleur ; que vous dirais-je de plus? Bon, affable, conciliant, il savait s’attirer l’amitié même de ceux auxquels il ne pouvait accorder ce qui lui était demandé. Excellent père de famille, j’ai pu juger plus d’une fois de l’amour qu’il portait à sa femme et à ses enfants.
- « Terminons par un mot : les fonctions d’agent de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale étant devenues vacantes, il y a deux ans, par suite du décès de M. Delacroix, Trébuchet se décida, après quelques conseils, à poser sa candidature à cette succession. Son aménité et sa bienveillance, connues de la plupart des membres du Conseil de la Société, lui valurent une nomination qu’il sut justifier par son zèle et ses capacités administratives, lorsque la mort est venue l’enlever à ses amis,à sa famille désolée.
- « Nous perdons tous un collègue; moi je perds un ami de trente ans,, que j’aurais dû, en raison de mon âge, précéder dans la tombe.
- « Trébuchet, nous te disons tous un dernier adieu. »
- Discours de M. le docteur Duchesne.
- .« Messieurs, ce n’est pas seulement le Conseil de salubrité qui vient de faire une perte douloureuse et bien regrettable dans la personne d’un de ses honorables membres, M. Trébuchet; mais c’est encore l’Administration, c’est la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, dont il était devenu l’agent, c’est aussi l’Académie impériale de médecine, ce sont, enfin, ses nombreux amis et tous ceux avec lesquels ses différentes fonctions l’avaient mis en rapport.
- « A ces divers points de vue, vous avez entendu les éloges mérités qui viennent
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- d’être donnés à notre bien-aimé collègue. Je vous retracerai seulement, en quelques mots, son passage, à l’Administration de la préfecture de police et au Conseil de salubrité.
- « Adolphe Trébuchet est né à Nantes, le 11 décembre 1801. r « Il se fit recevoir avocat, et entra dans l’Administration le 3 juillet 1824 ; aussitôt, distingué par son intelligence et par des capacités supérieures, il était nommé chef de bureau le 13 décembre 1829, c’est-à-dire moins de cinq ans après.
- « Entre autres publications remarquables de Trébuchet, nous avons de lui un ouvrage remarquable ayant pour titre : Nouveau Dictionnaire de police ; c’est le recueil complet des lois et règlements sur la police judiciaire et administrative. Cet ouvrage précieux, encore recherché aujourd’hui, a contribué à faire nommer l’auteur chevalier de la Légion d’honneur.
- « L’heure de la retraite allait sonner pour Trébuchet, mais l’Administration ne voulut pas priver le Conseil des lumières de cet habile fonctionnaire et de l’expérience acquise dans sa longue pratique des affaires. On créa alors pour lui une place nouvelle; il fut nommé, le 26 octobre 1858, secrétaire du Conseil de salubrité, et presque en même temps officier de la Légion d’honneur.
- « Le Conseil, voulant s’attacher définitivement un savant qui pouvait être encore si utile au département de la Seine par ses connaissances si variées, par le souvenir des traditions, si bien gravées dans sa mémoire, de toute l’histoire et de toute la jurisprudence du Conseil, l’en nomma membre titulaire en 1861.
- « Je ne saurais dire combien Trébuchet fut sensible à cette marque de considération. Il conserva toujours une profonde reconnaissance pour ses collègues, qui perpétuaient pour ainsi dire en lui l’honorable fonction de secrétaire.
- « Aussi notre regretté collègue redoubla de soins dans sa rédaction des procès-verbaux de nos séances; ils resteront comme un modèle de clarté et de scrupuleuse vérité.
- « C’est alors qu’il put entreprendre et conduire à bonne fin les volumineux et très-intéressants rapports des travaux du Conseil de 1849 à 1858 et de 1859 à 1861.
- a Au moment où la mort le frappait, il rassemblait les matériaux pour le rapport général qui devait faire suite aux premiers.
- « Lorsque la Société d’encouragement perdit son agent, M. Delacroix, quelques-uns de ses collègues du Conseil de cette Société lui proposèrent de se mettre sur les rangs, en lui offrant d’appuyer sa candidature; mais Trébuchet, aussi modeste qu’intelligent, hésitait; il craignait de ne pas être à la hauteur de cette délicate mission.
- « Enfin on triompha de ses scrupules, et il fut nommé le 18 novembre 1863. Il se dévoua tout entier à cette tâche difficile, et y consacra tous ses instants; il était parvenu à modifier heureusement l’agence, et, ayant imprimé aux travaux de la Société d’encouragement une nouvelle vigueur, il voyait se perfectionner tous les jours l’œuvre qu’il avait entreprise. Trébuchet avait atteint son but, aux applaudissements mérités de
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- NOTICES INDUSTRIELLES.
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- l’honorable et éminent Président de la Société d’encouragement et de tous les membres du Conseil d’administration.
- « Grâce aux soins qui lui furent prodigués par son excellente famille, il put se rétablir incomplètement et venir reprendre sa place et ses fonctions près de nous. On le voyait assister régulièrement, aux séances de l’Académie de médecine, dont il était membre, et à la commission des logements insalubres, mais il avait été si rudement atteint que, à peine de retour d’un voyage dans les Pyrénées, il a suffi de quelques jours pour l’enlever à ses amis.
- « Je n’ai pu retracer ici, rapidement, que la vie de travail de notre honorable collègue; j’aurais voulu pouvoir vous dire les vifs regrets que cause cette mort inattendue à ses intimes amis, qui, comme moi, ont pu apprécier dans des relations journalières, combien il était profondément honnête et honoré, combien il était serviable pour tous ceux qui se trouvaient en rapport avec lui. J’aurais voulu vous dire quel dévouement il a toujours montré pour sa famille actuellement en pleurs, mais une parole plus écoutée que la mienne vous a retracé ce pénible tableau.
- « Oui, sans doute, et j’ai le droit de vous l’affirmer en présence de ces chères dépouilles, nous trouverons des hommes aussi instruits pour remplacer Trébuchet, mais il nous sera difficile de trouver un collègue réunissant des qualités aussi précieuses à tant de savoir.
- « La nouvelle de la mort de Trébuchet a jeté un trouble profond au milieu du Conseil d’hygiène, qui a désiré que les vifs regrets qu’il éprouve fussent exprimés sur cette tombe.
- « Adieu donc, notre cher collègue! adieu, notre ami! le témoignage d’estime que donne ici la foule qui vient t’accompagner à ta dernière demeure sera au moins un adoucissement aux douleurs de ta famille. »
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Bendement considérable des liants fourneaux d’Ulverston. (Angleterre). — Les hauts fourneaux d’Ulverston, appartenant à MM. Schneider et Hannay, ont été construits sur des dimensions colossales qui leur permettent de fournir, dans une seule journée, des quantités de fonte considérables. C’est ainsi que deux de ces hauts fourneaux travaillant en fonte grise ne donnent pas moins de 90 tonnes par vingt-quatre heures.
- Les minerais traités contiennent de 94 à 96 p. 100 de peroxyde de fer avec
- Tome XII. — 64e année. 2e série. — Octobre 1865. 82
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- NOTICES INDUSTRIELLES.
- 3 à 5 p. 100 de silice. I.a pression du vent est de 0m, 12 de mercure, et sa température de 370 degrés centigrades. La consommation par tonne de fonte produite est de :
- Minerai.................... 1,730 kilog.
- Coke......................... 931 —
- Castine...................... 294 —
- Le prix de revient de la tonne est calculé de la manière suivante :
- fr, c.
- 1,750 kilog. de minerai à 13 fr. la tonne. ..... 22,75
- 950 — coke à 22 fr..................... 20,90
- 300 — castine à 3 fr.................... 0,90
- 100 — houille, pour divers usages, à 13 fr. . 1,30
- Main-d’œuvre................................. 7,50
- Frais divers, entretien, direction, etc...... 5,00
- 58,35
- Ces résultats, qui dépassent de bien loin tous les chiffres de rendement et de prix de revient les plus avantageux que l’on connaisse, sont dus exclusivement aux grandes dimensions des hauts fourneaux et à la richesse du minerai traité.
- (Bulletin du comité des forges.)
- Préparation des tuyaux de plomb pour les conduites d’eaux, par 3?I. le professeur Schwarz. — On sait qu’il est très-désirable de posséder un moyen d’empêcher sûrement l’influence nuisible des tuyaux de plomb sur les eaux, et les expériences de M. le docteur Calvert ont fait voir que les procédés proposés jusqu’à présent n’ont point eu d’efficacité complète. Or, M. le docteur Schwarz, de Breslau, a imaginé, tout récemment, de convertir en sulfure insoluble de plomb la surface intérieure des tuyaux, ce qui la rend tellement inattaquable, que l’on ne peut découvrir, dans l’eau distillée qui y a séjourné assez longtemps, plus de plomb que si elle avait coulé dans des tuyaux de verre. Le docteur Schwarz opère d’une manière très-simple et remplit seulement les tuyaux d’une solution chaude et concentrée de sulfure de potassium ou de sulfure de sodium. On agit à la température d’environ 100° centigrades, et on laisse, pendant dix ou quinze minutes, la solution en contact avec le plomb. Dans la pratique, une dissolution de .soufre dans la soude caustique a répondu complètement à l’attente de l’auteur.
- On sait que le sulfure de plomb est le plus insoluble de tous les composés de ce métal, et la nature elle-même présente un exemple à l’appui de la théorie de M. Schwarz, puisque les eaux extraites des mines de galène sont exemptes de plomb.
- {Dinglers polylechnisches Journal.)
- (V.)
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- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
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- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
- La Société d’encouragement a reçu, dans les séances des 9 août, 18 et 31 octobre, les ouvrages dont les titres suivent :
- Ouvrages offerts à la Société.
- Annales des mines. 2e et 3e livr. de 1863.
- Annales du commerce extérieur. Juillet, août, septembre.
- Annales télégraphiques. Juillet, août.
- Annales de chimie. Juillet, août, septembre.
- Annales de l’agriculture française. Nos 13 à 18.
- Annuaire de la Société météorologique. Feuilles 1 à 6.
- Annales du génie civil. Août, septembre.
- Annales de la Société impériale d’agriculture de la Loire. lre et 2° livr. de 1865.
- Bulletin mensuel de la Société protectrice des animaux. Nos 6 à 9.
- Bulletin de la Société française de photographie. Juillet à septembre.
- Bulletin de la Société de l’industrie minérale. 2e livr., t. X.
- Bulletin du musée de l’industrie. Juin à août.
- Bulletin de la Société industrielle d’Amiens. Nts 4-5.
- Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse. Juin.
- Bulletin des séances de la Société impériale et centrale d’agriculture. N'-s 7, 8.
- Brevets d’invention. Tome L.
- Comptes rendus hebdomadaires de l’Académie des sciences. NüS 4 a 17.
- Catalogue des brevets d’invention. N0s 2 à 7 (1865).
- Cultivateur de la Champagne (le). Juillet à octobre.
- Génie industriel (le), par MM. Armengaud frères. Août, septembre, octobre.
- Invention (F), par M. Desnos-Gardissal. Mai.
- Journal des fabricants de papier. N08 15 à 20.
- Journal d’agriculture pratique, par M. Barral. Nos 15 à 20.
- Journal des fabricants de sucre. NoS 15 à 28.
- Journal de la Société impériale et centrale d’horticulture. Juillet à septembre.
- Journal de l’éclairage au gaz. Nos 10 à 14.
- Journal d’agriculture de la Côte-d’Or. Septembre à décembre 1864.
- Journal d’éducation populaire. Juillet.
- La Lumière. NoS 14 à 19.
- Mondes (les), par M. l’abbé Moigno. Livr. 13 à 17 du t. VIII et 1 à 8 du t. IX.
- Moniteur scientifique (le), par le docteur Quesneville. Livr. 207 à 213.
- Moniteur de la papeterie (le). Vol. 1864 et nos de 1865 jusqu’à octobre.
- Presse scientifique et industrielle des deux mondes (la). Nos 2 à 8.
- Propriété industrielle (la). NoS 396 à 409.
- Propagation industrielle (la). Août, septembre, octobre.
- Revue générale de l’architecture et des travaux publics, par M. César Daly. N0s 3 à 6.
- Revue agricole, industrielle, etc., de Valenciennes. Juin à septembre.
- Revue universelle des mines, de la métallurgie, etc., sous la direction de M. Ch. de Cuyper. 3e et 4e livr.
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- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
- Recueil des travaux de la Société libre d’agriculture, sciences, etc., de l’Eure. T. VIH, 1862-63. Société des ingénieurs civils. Séances des 21 juillet et 15 septembre.
- Société d’agriculture de la Drôme. N® 3.
- Technologiste (le), par MM. Malepeyre et Yasserot. Août, septembre, octobre.
- American Artizan Journal. N4* 10 à 23.
- Journal of lhe Franklin institule (the). Juin à septembre.
- Journal of the Society of arts (the). Nos 662 à 674.
- Gtornale di scienze naturali ed economiche. Palerme. Livr. 1, 2.
- L’Incoraggiamento. Journal de chimie, par M. S. de Luca. Naples, livr. 1 à 3.
- Newton’s London Journal. Août à octobre.
- Revista de obras publicas. Nos 15 à 20.
- Polytechnisches Journal von Dingler. Nos 120 à 125.
- Photographic Journal (the). N05 161 à 162.
- Verhandlugen des Bereins. Mars et avril.
- Zeitschrift des Oesterreichischen Ingenieur-vereines. 1864, cah. X à XII, et cah. I à Y de 1865. Le prix perpétuel du pain, par M. Piot, br.
- Le régulateur des moutures, par le même, br.
- Traité historique et pratique sur la meulerie et la meunerie, par le même. 1 vol. in-8®, 1860.
- La Belgique, ses ressources agricoles, etc., par M. Auguste Meulemâns. Bruxelles, 1 vol. in-8°. Note sur la substitution du bois de châtaignier à l’écorce de chêne dans la tannerie, par M. Michel, broch.
- Recherches sur l’extraction de la mannite de la feuille de l’olivier, par M. S. de Luca, br. Osservazioni sulle acquepiovane..., par M. Palmeri, br.
- Recherches chimiques sur les fruits du myrte d’Australie et du myrte commun, par MM. S. de Luca et Ubaldini, br.
- Mémoire sur l’acide phénique, etc., par M. A. F. Boboeuf, br.
- Solution de la question des salaires. Fin des grèves, par M. du Mesnil-Marigny.
- Abonnements.
- • Annales des ponts et chaussées. Janvier et février 1865.
- Annales du Conservatoire des arts et métiers. N® 20, t. V.
- Journal des économistes. Août, septembre, octobre.
- The Chemical News. NoS 294 à 307.
- The Mechanic’s Magazine. Août, septembre.
- The quarterly Journal of science. N° YIII.
- The Artizan. Septembre, octobre.
- The Technologisl. Juillet à septembre.
- j The practical Mechanic’s Journal. Septembre, octobre.
- ERRATUM.
- Au Bulletin de septembre 1865, à la note insérée p. 573, ligne 7, en remontant, au lieu de : en agitant la liqueur avec la beurine..., lisez avec la benzine.
- PAKI8. -- IMPRIMERIE DE .MADAME VEUVE POE Clt A RD-II l ZA P. D, BUE DE e’f.PEROK, 5. - 1865.
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- Ihtifofïn t/f 'a t/‘/iruwtrttÿemfn/ .Oetmème Sens y -V ."/,»•/•
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- 64* ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOME XII. — Novembre 180».
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- ARTS CHIMIQUES.
- Rapport fait par M. Payen, au nom du comité des arts chimiques, sur le procédé de cuivrage de la fonte, par M . Weil, rue des Petites-Écuries, 13, à Paris.
- Messieurs, rien n’est plus facile, vous le savez, que de recouvrir le fer d’une couche mince de cuivre métallique. En effet, si l’on plonge pendant quelques minutes une lame de fer, de fonte ou d’acier bien décapée dans la solution d’un sel de cuivre, ce dernier métal est déposé en quantité correspondante au fer qui s’y est substitué dans la solution; mais le cuivrage, dans ces conditions, est incomplet et sans adhérence.
- Cependant les objets en fonte ou fer ainsi légèrement cuivrés, puis chauffés au rouge dans un mélange de charbon en poudre et d’oxyde de zinc, suivant le procédé de M. Dumas, s’appliquent au laitonage des clous. Depuis deux ans, un procédé de cuivrage, dû à M. Oudry, a donné lieu à de grandes applications, notamment pour recouvrir des statues monumentales et des ornements exposés à l’air. Ce procédé consiste à enduire les pièces en fonte de plusieurs couches de peinture à l’huile et au minium, puis d’une couche de plombagine, destinée à rendre la superficie conductrice des courants électriques ; on fait aisément alors précipiter en une couche plus ou moins épaisse Tome XII. — 64e année. ^2® série. — Novembre 1865. 83
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- ARTS CHIMIQUES.
- le cuivre métallique au moyen de la pile et d’une solution de sulfate de cuivre dans laquelle les pièces sont immergées; mais, dans ce cas, la peinture interposée ne permet aucune adhérence directe du cuivre avec la fonte.
- M. F. Weil est parvenu dernièrement à faire déposer immédiatement sur la fonte une couche de cuivre continue et très-adhérente, dont il peut augmenter l’épaisseur par les moyens usuels de la galvanoplastie. Voici dans quelles conditions, en vérifiant les résultats annoncés par l’auteur, le fait le plus important a été expérimentalement constaté dans mon laboratoire. Déjà MM. Chevallier et Gaultier de Claubry avaient, de leur côté, vérifié le procédé en question. On a fait dissoudre, dans un vase en grès (1), par 4 litres d’eau, 750 grammes de sel de seignette et 400 grammes de soude caustique du commerce; d’un autre côté, on avait préparé une solution de 175 grammes de sulfate de cuivre dans un litre d’eau ; on a versé le liquide ainsi obtenu dans la première solution, il en est résulté une liqueur bleue, limpide, constituant le bain alcalino-cuivrique marquant 19° à l’aréomètre Baumé, pour la température + 20°. En vue d’effectuer le cuivrage dans ce bain, on a procédé de la manière suivante au décapage de la fonte : dans de l’eau de Seine filtrée, une quantité suffisante d’acide sulfurique avait été versée pour obtenir une solution marquant 2° à l’aréomètre Baumé (2). Au bout de dix minutes, les pièces ont été retirées de ce bain acide, puis plongées dans une solution faiblement alcalisée (à 1° Baumé) par la soude caustique. Le lendemain, les pièces retirées furent gratte-boessées à la gratte-boesse en fil de fer, puis entourées d’un mince fil de zinc, puis suspendues à l’aide de ce fil dans la solution alcalino-cuivrique. Au bout de vingt-quatre heures, de quarante-huit heures, et mieux encore après soixante-douze heures d’immersion, le cuivrage était très-beau, et les objets purent être lavés et gratte-boessés énergiquement à la gratte-boesse en fil de laiton, sans que la moindre parcelle du dépôt cuivreux se détachât. On peut remarquer que les doses ci-dessus indiquées, donnant de très-bons résultats, correspondent à deux équivalents d’acide tar-
- (1) On pourrait également faire usage de récipients de toute dimension, en bois doublé intérieurement d’une lame continue de gutta-percha.
- (2) Des expériences postérieures ont appris que le décapage de la fonte, si important au succès de l’opération, est plus convenablement réalisé en employant huit à dix centièmes d’acide sulfurique pour former la solation acide : on laisse pendant une demi-heure les pièces immergées dans ce bain, et, après un lavage à grande eau, on les plonge dans la liqueur alcalino-cuivrique.
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- trique pour un d’oxyde de cuivre. (Le sulfate de cuivre cristallisé étant représenté par C a O S O3, 5 H O, et le sel de seignette par K O, N a O, C8 H4 O10, 7 HO.)
- On doit, nous le croyons du moins, attribuer, dans ce cuivrage, un rôle à l’action galvanique qui se produit au contact du zinc et du fer dans la solution alcaline, quelque faible que puisse être la surface de contact entre les deux métaux ; M. Weil, tout en admettant cette action, cite plusieurs faits desquels il conclut qu’une réaction plus spécialement chimique doit également intervenir et contribuer au résultat favorable obtenu.
- Sans doute, on ne pourrait trouver dans les faits que nous avons constatés, ni même dans les expériences attentives auxquelles se sont livrés nos collègues, MM. Gaultier de Claubry et Chevallier, des données suffisantes pour juger de l’avenir industriel de ce procédé, mais il nous paraît de nature à procurer dans le cuivrage de la fonte une adhérence de la pellicule de cuivre plus forte et plus complète qu’on n’avait pu l’obtenir jusqu’ici.
- Nous avons, en conséquence, l’honneur de vous proposer d’envoyer ce rapport à la commission du Bulletin et d’en autoriser l’impression.
- Signé Payen, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 1 5 novembre 1865.
- ENGRAIS.
- Rapport fait par M. A. Chevallier, au nom du comité des arts chimiques, sur les procédés de conversion en engrais des urines et matières fécales employés par M. Mosselman, rue de Milan, 15.
- Messieurs, vous avez renvoyé à l’examen du comité des arts chimiques les diverses pièces qui ont été transmises à la Société par M. Mosselman, pièces par lesquelles cet industriel vous fait connaître les procédés qu’il met en usage pour utiliser les urines et les matières fécales, produits des vidanges qu’il convertit en composts applicables à l’agriculture. Nous venons vous rendre compte de ce que nous avons constaté dans l’usine dans laquelle cet habile industriel effectue ses opérations.
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- ENGRAIS.
- Avant tout, il est bon de faire connaître qu’un grand nombre de praticiens se sont occupés de travaux et de publications sur la désinfection et l’utilisation des mêmes produits.
- Un grand nombre de substances ont été signalées comme pouvant être employées à la désinfection des matières fécales : ce sont les terres, les plâtras, les charbons, le goudron, les sels métalliques, la tourbe, etc. ; mais tous les travaux faits jusqu’à présent sur ce sujet n’ont pas été appliqués comme on aurait dû s’y attendre. On peut citer comme exemple de ce que nous avançons :
- 1° Ce qui a été observé à Londres, où les matières dirigées dans la Tamise ont déterminé l’infection des eaux de cette rivière ;
- 2° Le grand établissement de Bondy qui, situé à 12 kilomètres de Paris, reçoit la masse des vidanges de la grande ville, vidanges qui ont, selon nous, une valeur annuelle de plusieurs millions, mais qui, travaillées par des procédés arriérés, ne donnent à la Ville de Paris et à la Compagnie qui exploite cette industrie que des résultats des plus médiocres. De plus, le mode d’exploitation est tel, qu’il est, pour les communes qui avoisinent l’établissement, une cause grave d’infection, en même temps qu’un sujet de dépréciation pour la propriété foncière.
- Il faut cependant reconnaître qu’il y a dans l’emploi des matières fécales des progrès réalisés, et que nous ne sommes plus à l’époque où ces matières devaient subir un séjour de trois années dans les voiries, et où il était défendu de les employer dans les jardins, pour la culture des légumes, de les utiliser pour l’amélioration des sols où Ton semait les céréales destinées à la nourriture de l’homme. Espérons que le progrès se continuera. Mais revenons au procédé que M. Mosselman met en pratique, et qu’il vous a fait connaître.
- Ce procédé consiste
- A éteindre la chaux grasse et à l’amener à l’état de chaux délitée, en faisant usage, pour obtenir cette extinction, soit des liquides extraits des fosses d’aisances (les eaux vannes), soit, ce qui vaut mieux selon M. Mosselman, et cela s’explique, des urines recueillies dans Paris.
- La quantité de liquide urineux employée dans celte extinction doit être de la moitié du poids de la chaux à éteindre.
- La chaux étant éteinte, elle se trouve dans les conditions convenables pour être employée à la solidification des matières fécales, opération que M. Mosselman qualifie de pralinage.
- Dans ce travail, la quantité de chaux délitée employée quand la matière
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- stercorale traitée est à l’état pâteux est de 2 hectolitres de chaux délitée pour 2 hectolitres de matière, et de 2 hectolitres et demi de chaux quand les matières fécales sont plus liquides.
- Pour opérer le mélange et obtenir le pralinage, on forme, avec de la chaux pulvérulente, un bassin, dans lequel on verse la matière fécale; puis, à l’aide de rabots, on fait une masse homogène de ces matières ; le mélange opéré, on le met en tas.
- Cette opération a été faite devant nous, et nous avons pu constater qu’en dehors du local oii elle se faisait il n’y avait production d’aucune émanation qui pût être nuisible au voisinage ; on remarquait seulement un léger dégagement d’ammoniaque lorsqu’on agissait sur des urines presque récentes, dégagement qui serait plus marqué si les urines avaient subi la putréfaction. En général, dans les essais que nous avons vu faire, ce dégagement n’était pas considérable, ce qui nous a frappé, les matières fécales employées ayant déjà subi la fermentation.
- Ce dégagement ne serait pas, selon nous, une cause qui dût faire demander l’éloignement des lieux habités, des fabriques où l’on préparerait la chaux animalisée. C’est, du moins, ce qui semble résulter d’essais que nous avons fa^ts en 1864 sur les eaux vannes prises à Bondy, essais que nous allons continuer en 1865.
- Lors de la préparation de la chaux animalisée, les employés de M. Mos-selman n’agissent pas d’une manière arbitraire ; ils font usage de mesures destinées à ce travail, ils emploient des quantités déterminées de matières et de chaux hydratée, de telle sorte que le produit obtenu dans diverses opérations est semblable autant que possible.
- On aurait pu penser que les matières qui entrent dans la chaux animalisée préparée d’après le procédé Mosselman perdaient la plus grande partie de l’azote qu’elles contenaient; mais il n’en est rien. La chaux, d’après les expériences de M. Payen, consignées dans son travail sur les engrais, ayant pour titre : Des litières terreuses (1), conserve dans ces matières les substances azotées considérées comme utiles en agriculture.
- L’engrais préparé par M. Mosselman participe des produits dont la présence a été constatée dans les matières fécales et dans les urines ; ce sont des
- (1) Voir le Bulletin de la Société d’agriculture, 1859, et les Comptes rendus de l’Académie des sciences, 1857.
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- ENGRAIS.
- débris provenant des aliments, des matières extractives, des sulfates de potasse et de soude, des chlorures de sodium, du chlorhydrate d’ammoniaque, des phosphates de soude, de chaux et de magnésie, etc.; enfin, d’un excès de chaux, excès qui ne peut être nuisible puisque, dans un grand nombre de localités, la chaux est maintenant employée avec avantage dans la culture.
- L’engrais Mosselman n’exhale pas une odeur infecte ; l’odeur se rapproche de celle de la lessive.
- L’analyse de l’engrais Mosselman a été faite par M. Isidore Pierre, qui a établi la valeur agricole de ce produit.
- M. Mosselman insiste sur l’emploi, pour la préparation de la chaux anima-lisée, de matières animales fraîches, d’urines qui n’ont point subi la fermentation. Nous concevons parfaitement l’idée de M. Mosselman, et, pour nous, c’est le cas de nous demander quels sont les moyens à employer industriellement pour empêcher les matières fécales et les urines de fermenter. On se demande si on ne devrait pas, autant que possible, avant la fermentation des matières, faire usage de la chaux indiquée par M. Payen, comme jouissant de la propriété de conserver l’azote dans les urines et dans les matières fécales.
- M. Mosselman a fait connaître à la Société :
- 1° Que la préparation de la chaux animalisée est aussi mise en pratique dans un grand nombre de localités, en France, dans divers départements, au nombre de dix-neuf, mais aussi en Suisse, en Belgique, en Hollande (1);
- %° Que cet engrais est très-apprécié des cultivateurs qui en ont fait
- usage ;
- 3° Qu’il a été le sujet de rapports faits par la commission instituée par M. le Ministre du commerce le 8 septembre 1863 ; que des analyses en ont été faites à l’École impériale des ponts et chaussées, sur la demande de M. Huet, ingénieur de la Ville de Paris, et que ces analyses ont donné des résultats identiques; ces analyses démontraient que la chaux animalisée jouissait des propriétés fertilisantes.
- Ces renseignements nous portent à présumer que le produit préparé par M. Mosselman peut être employé en concurrence avec un produit très-
- (1) Les départements où l’on prépare la chaux animalisée sont les départements de l’Eure, de l’Ardèche, de la Drôme, de l’Isère, des Hautes-Alpes, de la Loire, du Rhône, de la Haute-Savoie, de Saône-et-Loire, de la Loire-Inférieure, de la Vendée, du Morbihan, du Finistère, des Côtes-du-Nord, des Vosges, de la Haute-Marne, de la Côte-d’Or, du Doubs et du Jura.
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- apprécié en agriculture, la poudrette, engrais recherché par les cultivateurs qui en ont fait usage, bien que cet engrais, par son mode de préparation, ait éprouvé, par le laps de temps mis à sa confection, une déperdition notable des produits utiles qu’il renferme.
- Nous avons voulu connaître les quantités de matières utilisées, dans la fabrication de la chaux animalisée, par M. Mosselman, de 1862 à 1864. Voici les renseignements qui nous ont été fournis à ce sujet :
- MATIÈRES utilisées par la fabrication de la chaux animalisée et de la chaux super saturée.
- USINES. Années. CHAUX animalisée. CHAUX supersa- turée. MATIÈRES UTILISÉES.
- Matières fécales. Urines. Chaux grasse.
- hectol. | Totaux. hectol. hectol. tonnes. hectol. tonnes. hectol. tonnes.
- 1862 9,637 » » » » n )) »
- La Villette 1863 28,205 64,496 » 36,853 3,502 6,740 708 14,737 1,415
- 186-4 26,654 708 » » 837 88 283 27
- 1862 993 l » » )) 1> )) ))
- Belgique 1863 1,899 ’ 7,883 » 4,504 428 824 86 1,800 173
- 1864 4,991 1 361 » 427 45 144 14
- Rotterdam 1863 1,876 1,876 )) 1,072 102 196 21 429 41
- Boulogne 1863 1,712 1,712 » 978 93 179 19 391 38
- Lisieux .! 1863 1864 1,961 1,855 3,816 » 2,181 207 399 42 872 84
- Lyon 1863 9,927 9,927 » 5,672 539 1,037 109 2,269 218
- 1862 7,553
- Stains 1863 3,752 14,428 » 8,244 783 1,508 158 3,297 317
- 1864 3,123
- Bayeux 1864 560 560 » 320 30 59 6 128 12
- Saint-Quentin 1864 1,178 1,178 )) 673 64 123 13 269 26
- Provins 1864 1,393 1,393 » 796 76 146 15 318 31
- Bourges 1864 1,232 1,232 n 704 67 129 14 282 27
- Turin 1864 1,026 1,026 150 586 56 285 30 295 28
- Totaux 109,527 1,219 62,583 5,947 12,889 1,354 25,514 2,451
- Il ressort de ce tableau que dans ces deux années M. Mosselman a utilisé 6,000 mètres cubes ou 6,000 tonnes de matières fécales solides, 1,300 mètres cubes ou 1,300 tonnes de 1,000 kilogrammes chaque d’urines ou d’eaux vannes, 2,500 tonnes de 1,000 kilogrammes chaque de chaux grasse, et qu’il a obtenu, avec ces matières, 110,000 hectolitres de chaux animalisée, plus 1,200 hectolitres de chaux supersaturée.
- Nous aurions voulu rapporter ici tout ce qui a été dit sur l’emploi de l’engrais humain par MM. Humphry Davy, Chaptal, Martin, Heuzé, Paulet,
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- ARTS CHIMIQUES.
- Boussingault, Payen, Herpin, etc., mais, pour cela, il faudrait, au lieu d’un rapport, faire un volume.
- Par suite de ce qui vient d’être dit, le comité des arts chimiques est d’avis que M. Mosselman a rendu service en mettant en pratique sur une grande échelle un procédé qui permet :
- 1° De convertir en engrais, d’une manière rapide et sans inconvénient notable, les matières fécales et les urines, qui peuvent être recueillies, soit dans les casernes, soit dans les établissements où il y a réunion d’un grand nombre d’hommes, avant qu’elles n’aient subi la fermentation ;
- 2° De pouvoir mettre en pratique ce procédé sur les matières dont nous venons de parler, sans que des plaintes fondées puissent s’élever contre les établissements où ces opérations seraient pratiquées.
- Le comité émet l’avis qu’il y a lieu de remercier M. Mosselman de sa communication et d’insérer le présent rapport au Bulletin de la Société.
- Signé A. Chevallier, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 19 avril 1865.
- ARTS CHIMIQUES.
- Rapport fait par M. Salvetat, au nom du comité des arts chimiques, sur la fabrication des couleurs vitrifiables présentées par M. Lacroix, rue Parmentier, 8, à Paris.
- Messieurs, M. Lacroix, membre de la Société, fabricant de couleurs vitrifiables, a réclamé de vous l’examen de ses produits. Votre comité des arts chimiques a bien voulu me charger de vous rendre compte de cette fabrication.
- L’extension que prennent tous les jours la décoration des faïences et celle des porcelaines, le développement incessant de la peinture sur verre donnent à l’industrie des couleurs vitrifiables un intérêt toujours croissant. Exigeant, autrefois, plutôt du soin et de l’attention que de l’espace et des capitaux, cette fabrication est devenue, dans ces dernières années, l’objet d’une indus-
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- ARTS CHIMIQUES.
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- trie vivace, et ces matières ont pris l'importance des produits de véritable fabrique. Les habitudes du commerce imposent au producteur l’obligation d’un broyage complet obtenu pendant longtemps à la main et à la molette, et qui ne peut être actuellement exécuté d’une façon économique qu’à l’aide de moyens méthodiques et d’engins mécaniques et rationnels.
- La réunion de ces deux éléments, préparations chimiques et application de la mécanique au broyage des couleurs, concourt donc à la transformation des anciennes méthodes insuffisantes désormais.
- Le traité de commerce conclu dernièrement entre la France et l’Angleterre a donné, contrairement aux craintes de beaucoup d’industriels, une grande extension à l’exportation de nos porcelaines, et, par contre-coup, il a fait connaître chez nous les couleurs anglaises, dont le prix de vente est de beaucoup inférieur à celui des couleurs fabriquées en France, notamment à Paris.
- Lutter avec les Anglais, concurrents redoutables, tel a été le but de M. Lacroix ; pour l’atteindre, il a mis au service des connaissancès en chimie qu’il avait puisées au laboratoire de M. Pelouze, et qu’il a complétées par un séjour de dix-huit mois dans le laboratoire de la Manufacture impériale de porcelaine de Sèvres, une grande intelligence des affaires et un patrimoine assez important. Il a compris qu’il devait mettre sous la main du consommateur tous les matériaux qui lui sont utiles dans sa fabrication. Il n’a reculé même devant aucune considération d’amour-propre, joignant d’abord, à ses produits, un dépôt des couleurs anglaises, se réservant, du reste, de les reproduire successivement avec toutes leurs qualités, et dans les conditions d’un bon marché suffisamment rémunérateur.
- Les couleurs anglaises ne sont pas préparées pour la porcelaine dure. Elles sont destinées à la décoration des porcelaines artificielles qu’on façonne en Angleterre à l’exclusion des porcelaines dures fabriquées à l’instar des porcelaines orientales. Elles ne jouissent donc pas de toutes les qualités que nous pouvons exiger ici ; mais pour les décorations à bas prix, elles sont plus que suffisantes ; quelques-unes sont éclatantes, d’autres glacent très-bien ; de là, leur emploi général à Paris, à Limoges, à Bordeaux.
- Lorsqu’il s’agit de peintures soignées, lorsqu’on doit décorer des porcelaines de valeur, il faut ajouter à cette série de couleurs des tons préparés en vue de leur apposition sur porcelaine dure, sous peine de voir dévorer par le feu le travail de plusieurs mois.
- On trouve les deux palettes chez M. Lacroix; il a appris seul à préparer
- Tome XII. — 64e année. 2e série. — Novembre 1865. 84
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- ARTS CHIMIQUES.
- les couleurs à l’instar des Anglais ; ses couleurs obtenues au moyen du pourpre de Cassius sont surtout remarquables. Il a été initié, au laboratoire de Sèvres, à la préparation des couleurs plus solides, plus fixes au feu, qui sont indispensables pour atteindre à coup sûr la perfection la plus grande dans la reproduction sur porcelaine des chefs-d’œuvre de la peinture à l’huile. Les bruns chauds, obtenus au moyen de l’oxyde de nickel et les bruns plus froids, tirés de l’oxyde de cobalt, sont surtout d’une excellente qualité.
- Pour donner à ce rapport un intérêt plus grand que celui qui résulterait de l’appréciation pure et simple des produits de M. Lacroix, votre comité a pensé que la description de quelques procédés de fabrication serait avantageusement placée sous les yeux du lecteur du Bulletin, et nous allons, avec l’assentiment de M. Lacroix, indiquer la préparation des bruns dont nous avons remarqué la beauté. La dissolution, au sein d’un même liquide, des éléments qui concourent à l’obtention de la couleur, et leur précipitation par 1g même agent, conduisent à la combinaison de ces mêmes éléments. Cette idée introduite dans la préparation de la plupart des oxydes est devenue féconde. On peut la mettre à profit pour la fabrication des bleus et des verts de toute nuance : il suffit de modifier les dosages. Le fer, le zinc, le cobalt ou le nickel sont dissous dans l’acide chlorhydrique, la dissolution filtrée et précipitée par le carbonate de soude. L’oxyde, ainsi formé, est lavé, puis séché et rougi au feu dans un têt à rôtir. On le mêle avec trois fois son poids de fondant composé de sable 100, minium 600, acide borique cristallisé 300. On fond, on coule et on pile.
- L’alumine hydratée, 300 parties, et le carbonate de cobalt, 100 parties, dissous dans l’acide nitrique, évaporés à sec et calcinés, doivent donner un beau bleu qui glace très-bien, avec trois fois son poids du fondant déjà donné.
- L’oxyde de chrome employé à l’état d’alun de chrome, mis en présence, en proportion atomique, avec le carbonate de cobalt; précipité, après traitement avec l’acide chlorhydrique, par le carbonate de soude, séché et calciné, donne un vert bleuâtre, qui admet en mélange les jaunes clairs pour former des verts jaunes d’un très-bel éclat.
- En autorisant la publication de ces recettes, M. Lacroix fait preuve d’un grand désintéressement, et permet à votre comité de constater que l’industrie de notre époque n’a plus les vues étroites des arcanistes d’autrefois, qui conservaient secrètement des descriptions sans valeur n’ayant souvent d’intérêt pour personne.
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- M. Lacroix a modifié très-heureusement les procédés au moyen desquels il prépare le pourpre de Cassius. En opérant au moyen des volumes au lieu de se servir des poids, il opère avec une plus grande rapidité, tout en conservant à ses dosages le même degré de précision; il a pu notablement diminuer le prix du pourpre, qui se vend jusqu’à 200 francs le kilogr., bien qu’il ne renferme que 3 p. 100 d’or.
- L’outillage au moyen duquel s’effectue le broyage, dans les ateliers de M. Lacroix, nous a paru fort bien compris. Une machine à vapeur met en mouvement divers organes, dont les uns pilent ou écrasent, les autres broient, et les derniers porphyrisent les matières, fondants ou couleurs. Nous avons vu, comme machine à piler, un outil qui représente très-bien le travail à la main, et qui donne un certain avantage sur le concassage au moyen du bocard. La matière à concasser est placée dans le fond d’un mortier et ramassée par deux râteaux attachés au même arbre vertical que celui qui met en mouvement les pilons; ces derniers sont guidés par une sorte de déclic, dont la fonction est de les soulever et de les laisser retomber alternativement. Des masses additionnelles, en rapport avec le travail exigé, règlent l’action de l’outil.
- Une broyeuse Herman en granit, des tournants comme ceux de Sèvres, des moulins en pâte de porcelaine mus mécaniquement, assurent, dans l’opération du broyage, perfection et propreté.
- Nous avons vu avec intérêt toute l’installation de M. Lacroix ; elle pourrait servir de modèle pour l’exécution de travaux analogues à ceux dont il se charge. Le broyage à façon fait chez lui devient lucratif. Il prépare les assortiments les plus complets, quelle que soit leur destination, pour la peinture sur porcelaine, sur faïence et sur verre. Il vend aux prix les plus bas la grisaille et le blanc à dépolir, ce qui doit affranchir les peintres verriers de ces préparations qu’ils ne pourraient faire aux meilleures conditions de prix et avec des qualités qui les garantissent contre toutes chances d’avarie ou d’accident au feu.
- Le comité des arts chimiques, appréciant les résultats obtenus jusqu’à ce jour par M. Lacroix et prévoyant ceux que l’avenir lui réserve, vous propose :
- 1° De remercier M. Lacroix de sa communication ;
- 2° De voter l’insertion du présent rapport dans le Bulletin de la Société.
- Signé Salvetat, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 9 août 1865.
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- ENSEIGNEMENT.
- Rapport fait par M. le baron de Silvestre, au nom de la commission des beaux-arts appliqués à l'industrie, sur un traité de dessin linéaire géométrique, présenté par M. Amable Tronquoy, rue du Faubourg-Saint-Denis, 108.
- Messieurs, votre comité des arts économiques vous a fait, en 1859, un rapport favorable sur la première partie d’un traité de dessin linéaire composé par M. Tronquoy (1). Aujourd’hui cet habile professeur soumet à votre examen une seconde partie de son travail, qui contient la suite et la fin de ce qui concerne le dessin industriel. Cette seconde partie comprend le dessin géométrique des corps considérés dans l’espace, par la méthode des projections ; puis le lavis, les ombres, et enfin des notions élémentaires d’architecture : travail qui, dans son ensemble, peut être considéré comme le résumé succinct d’un cours complet de géométrie descriptive.
- Pour être rédigé avec clarté sous une forme élémentaire ; pour être traité dans des limites convenables, c’est-à-dire suffisamment étendues, mais assez restreintes, cependant, pour ne pas effrayer et rebuter les élèves ; pour offrir même aux étudiants autant d’intérêt que d’utilité, un pareil travail présentait des difficultés de plus d’un genre qu’il n’était pas aisé de surmonter. Il fallait, pour l’entreprendre et le mener à bonne fin, joindre à des connaissances toutes spéciales une longue expérience, acquise dans les écoles, de ce genre d’enseignement. Or c’est dans de telles conditions qu’a entrepris et complété son ouvrage M. Tronquoy, qui, comme vous le savez, s’est voué, depuis longues années, à l’enseignement du dessin géométrique dans les principales écoles de Paris.
- La partie de son livre qu’il soumet aujourd’hui à votre examen se divise en six chapitres, rédigés avec autant de méthode que de clarté. Les deux premiers traitent des projections des lignes, des plans et des solides, y compris leurs intersections et leurs pénétrations ; le troisième a pour objet la théorie et la pratique du lavis et des ombres ; le quatrième et le cinquième comprennent les éléments d’architecture, et enfin le sixième donne les explications nécessaires pour l’exécution des planches de l’atlas. Cet atlas in-folio, que M. Tronquoy a annexé à son livre et qu’il a composé en s’inspirant
- (1) Voir Bulletin de 1859, 2« série, t. VI, p. 390.
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- de l’ouvrage de M. Leblanc, contient trente feuilles qui forment une suite d’excellents modèles gradués pour les élèves. De plus, un grand nombre de figures intercalées dans le texte du livre facilitent d’une manière remarquable l’application, aux arts industriels, du dessin linéaire géométrique.
- Il est à désirer, c’est l’avis de votre comité, Messieurs, que cet ouvrage, qui déjà est adopté par un certain nombre d’écoles professionnelles et qui a été autorisé par M. le Ministre de l’instruction publique, se répande chaque jour davantage. Aussi avons-nous l’honneur de vous faire la proposition suivante, à savoir que la Société d’encouragement, tout en remerciant M. Tronquoy de sa communication, aide, autant que possible, à la propagation de son utile manuel : 1° en approuvant le présent Rapport, 2° en ordonnant son insertion dans le Bulletin, 3° enfin en mettant le nouveau Traité de dessin linéaire de M. Tronquoy au nombre des ouvrages qui, chaque année, sont décernés comme prix aux contre-maîtres.
- Signé Baron de Silvestre, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 31 mai 1865.
- CHIMIE MÉDICALE.
- ANALYSE D’UN TRAVAIL DE M. MELSENS, PROFESSEUR DE CHIMIE A BRUXELLES, INTITULÉ : MÉMOIRE SUR L’EMPLOI DE L’IODURE DE POTASSIUM POUR COMBATTRE LES AFFECTIONS SATURNINES, MERCURIELLES, ET LES ACCIDENTS CONSÉCUTIFS DE LA SYPHILIS; PAR M. LE Dr DUCHESNE,
- Membre du Conseil de la Société.
- C’est en 1843 que M. Melsens et le docteur Natalis Guillot ont commencé à s’occuper ensemble de l’action thérapeutique de l’iodure de potassium dans les maladies chroniques provoquées par des composés métalliques vénéneux ; et on trouve les premières traces de ces études dans un mémoire présenté à l’Institut de France dans la séance du 12 mars 1849.
- Le mémoire de M. Melsens que nous analysons aujourd’hui n’est que la suite du premier, mais il a une portée toute différente, une tendance éminemment philanthropique, et dont l’application peut rendre de grands services à quelques industries si les expériences que l’on fera sans doute en France viennent à être couronnées de succès.
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- L’auteur ne veut pas seulement que l’on cherche à guérir les maladies chez des ouvriers affectés d’intoxication saturnine ou de tremblements mercuriels, il veut encore que l’on puisse prévenir ces cruelles maladies en administrant l’iodure de potassium comme préservatif.
- M. Melsens dit qu’en 1852 on considérait l’iodure de potassium comme un poison, mais il lui est prouvé qu’il guérit les affections métalliques chroniques sans laisser de traces permanentes de son passage dans l’économie, par conséquent sans laisser de traces d’iodisme constitutionnel.
- Les affections saturnines se remarquent chez les dentellières, chez les cé-rusiers, chez les peintres en bâtiment, etc.
- Les affections mercurielles se remarquent cbez les ouvriers des mines de mercure (1), chez les étaineurs de glace, chez les chapeliers, chez les décou-peuses de poils de lapins, etc.
- L’auteur cite des expériences concluantes de guérisons obtenues, aux mines d’Idria, par les docteurs Gerbez et Zhuber.
- Puisque l’occasion s’en présente ici, nous ne voulons pas négliger de faire remarquer qu’il existe, pour étamer les glaces, des procédés nouveaux, par Y argenture (2), qui n’exposent les ouvriers à aucun accident.
- Les affections saturnines sont, en général, plus difficiles à guérir radicalement par l’iodure de potassium que les affections mercurielles.
- Le traitement doit être long et ne peut se faire d’un seul coup; il doit y avoir des interruptions pour ne pas trop fatiguer les malades, et, lors même qu’ils sont parfaitement guéris, il est utile d’avoir les effets de l’administration après plusieurs mois, et de constater la disparition complète du plomb dans l’urine; la saveur métallique qui arrive à la lin du traitement est un indice favorable à la guérison.
- Quoique l’auteur donne de beaucoup la préférence à l’iodure de potassium, il n’entend pas cependant exclure les iodures des autres métaux alcalins ou alcalino-terreux, et même les iodures des métaux proprement dits, tels que ceux de fer, de manganèse, etc.
- Je partage aussi cette préférence, car depuis longtemps on a observé que
- (1) L’auteur ne manque pas de faire remarquer que les enfants nés des ouvriers mineurs ma- . lades sont presque tous scrofuleux.
- (2) Rapports généraux du Conseil de salubrité de la Seine, 1846 à 1848, page 7, et 1849 à 1858, page 508.
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- l’action singulière de l’iodure de potassium sur l’onguent mercuriel est exclusivement propre à cet iodure.
- M. Melsens dit que l’on peut employer les chlorures, les bromures, qui forment, avec les composés de plomb ou de mercure, des sels doubles solubles qui sont facilement expulsés de l’économie.
- Il a remarqué que les chlorures et, par conséquent, le sel marin, étaient un préservatif pour les ouvriers qui travaillent le plomb et ses composés, qu’on doit alors leur prescrire de beaucoup saler leurs aliments, et d’employer de préférence le sel de cuisine comme purgatif dans le traitement des maladies saturnines et pendant la convalescence.
- Comparant le traitement de l’intoxication saturnine par le traitement dit de la Charité; avec le traitement par l’iodure, il prétend que, si, dans les affections simples, on arrive à une guérison, elle est plus longue que par l’iodure, et laisse toujours le malade sous l’influence de la discrasie plombique (1).
- M. Melsens indique le mode d’administration de l’iodure de potassium. Il affirme qu’administré même à haute dose, comme l’ont fait MM. de Caisne et Puche, qui sont arrivés graduellement à le donner à 15 et 30 grammes par jour, il est inoffensif; mais alors il faut qu’il soit pur, très-légèrement alcalin, de préférence, et débarrassé absolument d’iodates, ce que vient aussi d’établir récemment notre savant collègue M. Payen.
- Si on voulait l’administrer à l’état acide, il faudrait le donner dans du lait de beurre ou même dans du fromage blanc imprégné de petit-lait acide.
- M. Melsens, très-partisan de la guérison des maladies syphilitiques sans mercure et par l’iodure de potassium, exagère peut-être un peu lorsqu’il pense que l’on pourrait guérir sans mercure toute cette nombreuse série d’affections spéciales, et il appuie les idées d’Hermann, qui pense qu’on les guérit ainsi plus rapidement, que les récidives sont plus rares, et qu’on a la certitude de ne pas créer d’accidents consécutifs.
- Abandonnant facilement son rôle d’habile chimiste, l’auteur se lance trop volontiers dans les voies médicales, et il y fait quelquefois fausse route, parce qu’il n’a pas, comme il en convient du reste, des connaissances suffisantes en
- (i) M. Malherbe, médecin en chef de l’HÔtel-Dieu de Nantes, a publié, en 1854, dans le Journal de la Société de médecine de la Loire-Inférieure, un travail dans lequel il a consigné les expériences qu’il a tentées à ce sujet, et il en a obtenu de si bons effets, qu’il engage les médecins à l’imiier.
- M. Dorvault, qui s’est beaucoup occupé de l’iodure de potassium, pense qu’on pourrait l’utiliser aussi dans les empoisonnements par d’autres métaux, et notamment par l’arsenic.
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- médecine pour tirer de chaque fait ou de chaque observation les déductions logiques qui doivent en sortir.
- Nous le disons de nouveau, les expériences de M. Melsens sont très-intéressantes; elles méritent d’être répétées par tous les médecins qui traitent souvent des malades atteints d’affections saturnines ou de tremblement mercuriel, et notamment par les médecins attachés aux usines ou exploitations où se remarquent plus particulièrement ces terribles maladies, comme les fabriques de blanc de céruse, les exploitations des mines de mercure, etc.
- Si on réussissait, on aurait là une belle application d’hygiène professionnelle.
- Nous bornons ici l’analyse de la première partie très-intéressante de ce mémoire.
- Dans la deuxième partie, l’auteur rend compte des travaux du docteur Hermann sur les formes des maladies observées aux mines de mercure d’Idria.
- Nous ne pouvons recommencer l’analyse d’une étude que nous n’avons pas sous les yeux.
- M. Melsens termine par quelques recherches de médecine légale, et il dit que, si on empoisonne un chien par l’iodure de potassium, on trouve le poison dans l’estomac, on n’en trouve pas dans l’intestin grêle; mais on le rencontre de nouveau aussitôt qu’on a dépassé le cæcum, ainsi que dans le gros intestin, et jusque dans le rectum.
- Nous avions déjà fait ces observations, qui ont été consignées dans un rapport judiciaire en date du 8 février 1855, à l’occasion d’un empoisonnement par le phosphore.
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- MÉMOIRE SUR LE POUVOIR ÉCLAIRANT DU GAZ DE BOGHEAD, PAR M. EDMOND FUCHS, INGÉNIEUR AU CORPS IMPÉRIAL DES MINES.
- Introduction historique.
- L’étude qui fait l’objet de ce mémoire a été provoquée par les réclamations élevées par les habitants de Courbevoie, que la Compagnie du gaz général éclaire provisoirement au gazdeBoghead, en attendant la mise en activité d’une usine à gaz de houille, dont l’installation doit être bientôt terminée.
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- Comme, d’autre part, le cahier des charges stipule que, dans le cas d’une contestation sur le pouvoir éclairant, l’étude devra être faite par un ingénieur des mines, M. le maire de Courbevoie nous chargea, par lettre du 11 novembre 1864, en se basant sur les considérations ci-dessus énoncées :
- 1° De procéder à la vérification du titre du gaz ;
- 2° D’examiner les causes qui ont pu amener le surcroît de consommation du gaz, objet des plaintes;
- 3° D’indiquer, s’il y a lieu, les moyens à employer pour prévenir le retour des augmentations signalées ;
- 4° De présenter un rapport de nos opérations.
- Le présent mémoire est extrait du rapport que nous fîmes en vertu de ce mandat, auquel notre travail a dû et sa forme et ses limites.
- CHAPITRE Ier.
- PROPRIÉTÉS GÉNÉRALES.
- I. — Origine. — Fabrication.
- Le gaz portatif s’extrait par distillation d’une variété spéciale de schistes bitumineux, dont le type le mieux approprié aux besoins de l’industrie se rencontre dans le terrain carbonifère des environs de Glasgow, et porte le nom de Boghead. Ce sont des silicates principalement alumineux avec un peu de potasse et de fer plus ou moins imprégnés de matières bitumineuses, et dont la formation est reliée à celle du bassin houiller du nord de l’Écosse.
- Analysé par M. Payen, ce schiste a donné :
- Matières bitumineuses, traces de matières azotées.............. 77,00
- Silicate d’alumine............................................. 20,50
- Chaux, magnésie, fer et traces de pyrite............... 1,67
- Eau et pertes................................................. 0,83
- La matière bitumineuse se trouve dans cette substance à un état particulier, car les dissolvants habituels des bitumes n’ont que peu d’action sur elle. Sur 100 parties, l’essence de térébenthine n’en dissout que 6 à 150°; la benzine, 1,80 à 100°, et le sulfure de carbone, 2,25 à 20°, c’est-à-dire à la température ordinaire.
- L’industrie reprend aujourd’hui en sens inverse l’œuvre de la nature, et sépare, par distillation, les schistes alumineux encore imprégnés de brai que l’on utilise comme désinfectants et comme engrais, et les produits carburés, eux-mêmes fractionnés en produits liquides — goudrons, essences, huiles lourdes et légères, — et en gaz riches, employés pour l’éclairage domestique. Ces derniers étant les produits essentiels de la Tome XII. — 64e année, 2e série. — Novembre 1865. 85
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- distillation, le travail doit être conduit de manière à ce qu’ils soient en aussi forte proportion que possible, et aient le maximum de pouvoir éclairant dont ils sont susceptibles. Là première de ces conditions donne la limite inférieure, la seconde la limite supérieure de la température de distillation. L’expérience â montré, en effet, qu’en restant au-dessous du rouge vif, on obtenait surtout dés huiles et une proportion relativement faible d’un gaz peu éclairant ; d’autre part, on sait que les hydrocarbures complexes et riches se décomposent par la chaleur et donnent des produits plus simples et moins éclairants. L’hydrogène bicarboné, par exemple, se dédouble un peu au-dessous du rouge sombre en carbone libre (noir de fumée), et en hydrogène prolocarboné, et ce dernier se détruit lui-même au rouge-cerise clair pour ne plus donner que du carbone et de l’hydrogène pur. Pour bien faire comprendre l’avantage qu’il peut y avoir à éviter ces décompositions, rappelons brièvement ce qui donne le pouvoir éclairant d’une flamme et quelle est sa constitution.
- La flamme produite par la combustion des matières hydrocarburées se compose de trois parties distinctes : 1° une partie intérieure, obscure, bleuâtre, formée par le gaz non altéré; 2° une enveloppe lumineuse très-brillante dans laquelle le gaz éprouve une décomposition partielle, parce que l’oxygène n’est pas en quantité suffisante, et que l’on désigne sous le nom de flamme de réduction. Le composé gazeux s’y décompose, l’hydrogène brûle le premier, une grande partie du carbone est mise en liberté et les parcelles incandescentes de ce dernier rendent cette région extrêmement brillante ; 3° une enveloppe extérieure dont l’éclat est beaucoup moindre, qui renferme un excès d’oxygène (flamme d’oxydation), et dans laquelle la combustion s’achève (1).
- L’éclat d’une flamme provient donc des particules de carbone solide qui s’y trouvent en suspension, et augmente, par suite, toutes choses égales d’ailleurs, avec le nombre de ces dernières, c’est-à-dire avec la richesse en carbone du gaz brûlé. Or les hydrocarbures volatils à la température et à la pression ordinaires se réduisent à peu près aux seuls hydrogènes proto et bicarbonés, C2 H4 et C4 H4, et, comme ces deux gaz sont représentés chacun par quatre volumes, on voit que le second possède, à volume égal, une quantité de carbone double du premier et, par suite, un pouvoir éclairant bien plus considérable. Le gaz sera donc d’autant plus riche qu’il renfermera une proportion plus forte d’hydrogène bicarboné, et c’est vers ce but que la distillation doit être conduite.
- Il faut donc, 1° opérer une distillation énergique et rapide pour qu’une grande partie dubiearbure produite échappe, par entraînement, avec les autres produits, à la décomposition par la chaleur; 2b éviter de pousser la distillation jusqu’au bout, puisque le volume du gaz diminuant à mesure que l’opération s’avance et sa température croissant, une fraction de plus en plus faible des produits carburés gazeux peut passer intacte à la distillation.
- (1) Régnault, Cours élémentaire dé chimie, tome II. — Note sur la constitution des flammes.
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- Cette circonstance est clairement mise en évidence par les résultats suivants obtenus sur le gaz de houille pris à différentes époques de la distillation. (Pajen, Chimie industrielle.)
- NATURE du GAZ. HYDROGÈNE bicarbure. C< H<. HYDROGÈNE protocarburé. C2 H4. HYDROGÈNE. H. OXYDE de carbone. CO. AZOTE. À z. RAPPORT des pouvoirs éclairants.
- Ie* gaz. 13 82,5 0,0 3,2 1,3 51
- 2« — 12 72 8,8 1,9 5,3 48
- 3e — 12 58 16,0 12,3 1,7 40
- 4e _ 7 56 21,3 11,0 • 4,7 35
- 5e — 0 20 60,0 10,0 10,0 10
- Dans la fabrication du gaz de houille, la condition de produire simultanément du coke ne permet pas de se placer économiquement dans les conditions les plus favorables à la production d’un gaz riche, et l’on obtient finalement, par la distillation de 100 kil. de houille, 23 mètres cubes environ d’un gaz dont la densité varie de 0,35 à 0,40, qui est formé principalement d’hydrogène protocarboné et d’une proportion de bicarbure, qui s’élève de 7 à 11 p. 100, suivant les conditions imposées aux c-omt pagnies par le cahier des charges ou l’énergie de la concurrence.
- Dans la distillation du Boghead, on peut se placer dans dos conditions à tous égards plus avantageuses. Non-seulement la forte proportion de bitume (70 p. 100) renfermée dans le schiste permet d’obtenir une quantité beaucoup plus considérable de gaz, mais encore la faible valeur et le peu de qualités obligatoires des produits restants dans la cornue permettent de limiter l’opération aux périodes qui donnent du gaz riche.
- Comme vérification de ces considérations théoriques, on a constaté expérimentalement: 1° qu’il se dépose dans les cornues une quantité notable de carbone sous forme de noir de fumée et surtout de graphite, ce qui permet de supposer que la distillation produit des carbures multiples, et surtout de l’hydrogène bicarboné en proportion supérieure à celle que l’on retrouve dans le gaz sortant, ces carbures étant décomposés par la chaleur, principalement au contact des parois du four; 2° que le pouvoir éclairant des gaz obtenus dans les différentes phases de l’opération varie dans le rapport de 11 à h environ; 3° qu’en opérant à une température peu supérieureà 1,000 degrés et en faisant durer la distillation une heure au moins et trois heures au plus on obtient comme produits, outre des goudrons et des huiles, une forte proportion d’un gaz Irès-éclairant, dont la densité varie de 0,7 à 0,8, et qui est un mélange de 60 à 70
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- p. 100 d’hydrogène protocarboné, de 25 à 30 p. 100 d’hydrogène bicarboné, enfin de quelques carbures plus riches, de nature inétudiée, probablement très-voisins du précédent et qui se condensent partiellement par la compression dans les cylindres.
- On a essayé d’enrichir encore ce gaz, après sa préparation, en lui faisant traverser lentement certains hydrocarbures liquides très-légers, que l’on obtient comme produits accessoires de la même opération, par le fractionnement des huiles et goudrons condensés dans les barillets; mais cette opération, qui réussit assez bien pour un gaz pauvre, et qui peut donner au gaz de houille, à l’hydrogène protocarboné, et même à l’hydrogène pur, un pouvoir éclairant égal aux trois quarts environ de celui du gaz de Boghead, n’augmente que peu l’éclat de ce dernier. De plus, l’emploi de ces gaz enrichis artificiellement présente des inconvénients graves, dont les principaux sont : la difficulté d’obtenir économiquement une combustion sans fumée, et l’appauvrissement du titre par la compression de ces gaz dans les cylindres. Cette dernière circonstance tient à ce que les carbures très-éclairants, entraînés par le passage du gaz à travers l’huile, paraissent être des composés supérieurs à C4H4, qui se liquéfient et se détruisent beaucoup plus facilement que ce dernier par la compression, en donnant des produits complexes dont les moins volatils se déposent dans les cylindres et les conduites.
- Au point de vue de la fabrication, le gaz de Boghead est donc sensiblement placé dans les conditions les plus favorables à la production d’un pouvoir éclairant maximum.
- Examinons maintenant s’il en est de même des conditions dans lesquelles s’opère industriellement sa combustion.
- II. — Conditions normales de la combustion.
- Les conditions dans lesquelles doit s’opérer la combustion d’un gaz, pour que celui-ci puisse donner le maximum de lumière par unité de volume, sont, comme celles imposées à la fabrication, des conséquences directes de la constitution de la flamme.
- L’éclat de cette dernière étant dû à la présence des particules de carbone portées à l’incandescence dans la zone de réduction, il faut, autant que possible, opérer la combustion dans les conditions les plus favorables pour augmenter le nombre, et élever la température de ces particules, c’est-à-dire le plus lentement possible et en présence d’une quantité d’air insuffisante pour brûler les molécules de carbone au fur et à mesure qu’elles se produisent. De là, pour la pression et le volume du gaz et pour la nature des brûleurs, des conditions qu’il importe de bien fixer.
- A. — Influence de la pression.
- Supposons d’abord le volume dépensé constant : alors, à mesure que la pression s’accroît, la vitesse augmente, la flamme s’allonge, présente une grande surface à l’air
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- extérieur et se mélange rapidement avec lui ; la combustion du gaz devient très-active, la température s’élève, la zone de réduction diminue de volume, les parcelles de carbone sont brûlées presque immédiatement après leur production, et l’on obtient une flamme chaude, mais relativement peu éclairante. C’est un phénomène comparable à celui qui se produit sur une plus vaste échelle, quand on active la combustion avec un chalumeau. La flamme, extrêmement intense, finit par perdre presque entièrement son pouvoir éclairant et par devenir analogue à celle obtenue par la combustion de l’hydrogène. De là, l’obligation de diminuer la pression dans une proportion variable avec la nature du gaz employé. Celte diminution de la pression est d’autant plus nécessaire, et le gaz perd, lorsque la pression augmente, une fraction d’autant plus grande de son pouvoir éclairant, qu’il est moins riche, puisque les dimensions de la flamme et, par suite, la surface extérieure de la zone de réduction (celle par laquelle se faitla combustion des parcelles de carbone) augmentent à mesure que le gaz s’appauvrit, c’est-à-dire à mesure que le nombre de ces parcelles diminue. C’est ainsi que pour le gaz de houille il faut, pour obtenir le maximum de pouvoir éclairant, abaisser la pression autant que le permettent les conditions dans lesquelles s’opère la combustion, c’est-à-dire à 2 ou 3 millimètres d’eau.
- Il n’en est pas toujours de même pour les gaz riches. Sans doute, théoriquement, la combustion la plus lente, c’est-à-dire celle qui correspond aux pressions les plus faibles, est toujours la plus avantageuse, mais elle présente dans les applications des inconvénients qui limitent pratiquement la réduction correspondante de la pression. Il arrive, en effet, un moment où le mélange de la flamme avec l’air n’est plus assez rapide pour mettre les molécules de carbone en contact avec la quantité suffisante d’oxygène pour opérer leur combustion ; il y alors à la fois abaissement de la température de la flamme, et production, puis entraînement de particules de carbone non brûlées sous forme de fumée, c’est-à-dire double perte de pouvoir éclairant.
- L’abaissement de la pression est donc d’autant plus difficile à réaliser en pratique que le gaz est plus riche, et, quand on veut profiter des avantages qu’il présente, il faut combiner son emploi avec celui d’un brûleur qui amène sur la flamme un courant rapide d’air porté préalablement à une haute température. Mais nous verrons plus tard que les becs circulaires, qui seuls réalisent jusqu’à présent ces conditions, présentent, au point de vue du pouvoir éclairant, des inconvénients supérieurs aux avantages qu’ils procurent, et qu’en se servant des becs actuellement en usage, il faut, pour obtenir le maximum de pouvoir éclairant avec le gaz de Boghead, par exemple, brûler ce dernier à une pression de 10 à 13 millimètres d’eau environ.
- B. — Influence du volume.
- Si nous supposons maintenant la pression constante, nous voyons que le pouvoir éclairant du gaz variera notablement avec le volume. En effet, pour une même près-
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- sion, la surface extérieure de la flamme, c’est-à-dire celle suivant laquelle s’opère la combustion des particules de carbone incandescent, ne varie pas proportionnellement au volume dépensé, mais croit et décroît plus lentement que ce dernier. Pour un faible volume de gaz, on aura donc une flamme molle relativement très-grande, à large surface de combustion, et, par suite, à zone de réduction peu développée, à pouvoir éclairant faible. Quand le volume, au contraire, dépasse une certaine limite, il arrive un moment où sa surface de contact avec l’air, dont l’accroissement est moins rapide que celle du volume du gaz, devient trop faible pour permettre la combustion complète des molécules de carbone. Cette dernière est alors incomplète, et il y a production de noir de fumée. Dans les conditions pratiques de l’éclairage, cette deuxième circonstance se présente bien rarement pour les gaz pauvres, mais elle paraît influer sur le titre du gaz de Boghead quand on atteint des consommations de 40 à 50 litres par heure, et son action est naturellement d’autant plus énergique que la richesse du gaz est elle-même plus considérable. D’ailleurs nous ferons remarquer ici qu’il faudrait se garder d’attribuer à l’influence du volume les variations de pouvoir éclairant, qui, dans un bec donné, accompagnent l’augmentation de dépense. Cette augmentation, en effet, n’est généralement obtenue qu’à l’aide d’un accroissement correspondant de la pression, et c’est alors à ce dernier surtout que doit être attribué, conformément à ce que nous avons dit plus haut, l’affaiblissement du pouvoir éclairant.
- En résumé, l’on voit donc qu’il existe pour chaque pression un volume correspondant au pouvoir éclairant maximum, et que ce volume va, toutes choses égales d’ailleurs, en croissant quand la richesse du gaz diminue.
- C. — Influence de la nature du bec.
- Le dernier élément faisant varier le pouvoir éclairant d’un gaz est la nature du bec employé pour sa combustion, car c’est d’elle que dépendent la forme et en partie les dimensions de la flamme. Or, d’après ce que nous venons de dire, on voit que les meilleurs becs sont ceux qui provoquent le mélange le moins rapide du gaz avec l’air, — c’est-à-dire qui développent la zone de réduction —, qui donnent une combustion complète, — c’est-à-dire qui produisent une flamme offrant une large surface de contact à l’air ambiant—, et qui permettent d’opérer'cette combustion à la plus haute tempéra ture possible, — c’est-à-dire qui amènent, sur le gaz, de l’air préalablement chauffé, et en même temps concentrent sur la flamme la chaleur développée par la combustion.
- Les deux premières conditions sont assez bien réalisées par les becs à fente, dits becs papillons, et à ceux à double trou, dits becs Manchester ; la troisième ne l’est, jusqu’à présent, que dans les becs circulaires munis de verre, dont le type le plus répandu et le plus avantageux est le bec Bengel (1).
- (1) Nous devons encore citer, pour être complet, les becs à un seul trou, dits becs bougies, qui
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- Ces trois types de becs présentent chacun des avantages spéciaux,et leur valeur relative dépend surtout de la richesse du gaz brûlé. MM. Audouin et Bérard les ont étudiés d’une manière complète, au point de vue de la combustion du gaz de houille (1), et leur remarquable travail, inséré dans le Bulletin de la Société (2e série, t. IX, p. 651), a eu pour conséquence de faire adopter, pour les essais photométriques de la ville de Paris, le. bec qui, entre tous, permettait au gaz de houille de développer le maximum de lumière par sa combustion.
- Ce bec, qui est le bec Bengel, réunit, en effet, les conditions théoriques posées plus haut, et le seul inconvénient qu’il présente, celui de laisser inutilisée une partie de la lumière qu’il produit, est presque nul quand il s’agit de gaz pauvres comme le gaz de houille, produisant des flammes pâles et presque transparentes.
- Quant aux deux autres types, tous deux à air libre, ils sont à peu près équivalents pour le gaz de houille, et présentent, par rapport au premier, une infériorité qui se traduit par une perte de pouvoir éclairant de 5 à 10 p. 100 environ. Op peut dire, en général, qu’ils sont d’autant plus avantageux qu’ils donnent à la flamme un épanouissement plus considérable, et, à ce titre, dans la pratique, les becs papillons présentent une légère supériorité sur les becs Manchester.
- Pour les gaz riches, comme le gaz de Boghead, les mêmes conditions théoriques entraînent des résultats pratiques entièrement différents. La flamme de ces gaz est, en effet, trop petite pour se prêter sans perte de lumière à un épanouissement qui augmente toujours la zone extérieure de combustion, et le bec Manchester présente alors un avantage assez considérable sur le bec papillon. De plus, l’inconvénient principal des becs circulaires (la perte de lumière par absorption, dont nous parlerons plus loin) devient si considérable à cause de l’opacité de flamme, qu’elle compense, et au delà, les avantages que présente ce bec, et qu’elle le rend sensiblement inférieur aux deux précédents.
- Ces conclusions ressortent clairement de l’ensemble des expériences que nous allons décrire maintenant.
- donnent une flamme longue et mince, se mélangeant rapidement avec l’air, et douée, par suite, d’un faible pouvoir éclairant. Ces becs sont donc bien inférieurs aux précédents, et leur emploi est dà uniquement à ce qu’ils sont susceptibles de donner des flammes très-petites, entraînant une dépense de gaz extrêmement faible. Dans ces conditions, ils ne peuvent être remplacés par aucun des autres types, et la perte de lumière qu’ils entraînent est tout à fait négligeable.
- (1) Nous regrettons de n’avoir eu connaissance du travail de MM. Audouin et Bérard qu’après l’achèvement de nos expériences, alors que notre mémoire lui-même était presque entièrement terminé. Il noos aurait évité de longs tâtonnements, consacrés, au début de notre travail, à la recherche des éléments dont se composait le problème à résoudre. En revanche, l’identité de nos conclusions avec celles de MM. Audouin et Bérard donne une confirmation importante aux résultats de nos expériences, qui ont servi à établir ces conclusions.
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- CHAPITRE II.
- APPLICATION DE LA THÉORIE GÉNÉRALE A LA COMBUSTION DU GAZ DE BOGHEAD.
- I, — Installation. — Mode d'expérimentation et de calcul.
- Les expériences que nous avons faites pour déterminer les conditions normales de pression et de volume, et la nature du brûleur permettant au gaz de Boghead de développer le maximum de lumière par sa combustion, peuvent se diviser en deux périodes.
- Dans la première,—que nous ne mentionnerons dans cette note que parce que nous l’avons discutée dans notre rapport, et qu’elle explique les notations employées pour les expériences,—notre installation était très-défectueuse ; dimension et situation delà chambre noire, nature et installation du photomètre, qualité de l’huile brûlée dans la lampe Carcel qui servait de terme de comparaison (1), tout était défectueux. Aussi ne reproduirons-nous pas le tableau complet des quatre séries d’expériences qui la composent, et nous ne mentionnerons que celles qui ont pu servir à l’étude des conditions normales de la combustion.
- Dans la deuxième série, au contraire, nous nous attachâmes à écarter tous les inconvénients de l’installation primitive. Une chambre noire, vaste et bien aérée, fut disposée pour nos expériences, dans un local contigu au bureau de l’administration du gaz (rue de Paris, à Courbevoie). Un photomètre de Foucault, muni de verres albuminés, fut installé à demeure sur une table d’expériences, et nous fîmes venir d’une fabrique d’Alsace de l’huile de colza entièrement vierge de tout mélange d’huile minérale. Dès lors, les expériences prirent une régularité, et les résultats une précision, qui les rendirent non-seulement comparables entre eux, mais encore de nature à déterminer d’une manière certaine le pouvoir éclairant du gaz portatif dans les diverses conditions où l’on peut effectuer sa combustion.
- Quelques expériences isolées, notoirement défectueuses, ont seules dû être exclues de l’évaluation de la moyenne. Les motifs spéciaux qui ont provoqué ce rejet ont toujours été soigneusement indiqués dans la colonne des observations qui accompagne le tableau où elles sont consignées.
- (1) L’huile de colza qui se trouve dans le commerce, à Paris, renferme presque toujours de l’huile minérale, dont la présence augmente d’abord l’éclat de la flamme, mais qui, brûlée dans la lampe Carcel, provoque rapidement la carbonisation de la mèche. Nous avons observé des variations d’intensité qui, malgré une consommation sensiblement constante, allaient jusqu’à 30 p. 100 de la lumière de la lampe.
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- Nous nous sommes d’ailleurs, en général, astreint, quand le vice d’une expérience provenait d’une erreur personnelle à l’expérimentateur, à la rejeter de préférence dans le cas où elle fournissait des résultats trop avantageux pour la compagnie, et à la conserver plutôt dans le cas contraire. Nous avons éliminé, en revanche, sans distinction, toutes les expériences dont l’imperfection provenait d’une cause prévue par le règlement de la ville de Paris, telle que surtout la combustion insuffisante de la lampe.
- Quant au mode de mesure employé, nous en sommes arrivé, après de longs tâtonnements, à préférer la bougie aux lampes. En effet, malgré la pureté de notre huile, la lampe présentait encore des variations dont il était difficile d’apprécier la cause, et qui donnaient lieu, le plus souvent, à des titres exagérés.
- Les bougies de l’Étoile, au contraire, possèdent une stabilité beaucoup plus grande, et, grâce à quelques précautions fort simples, telles que la vérification de leur poids et de leur consommation par heure, leur emploi nous fournit d’excellents résultats.
- D’ailleurs, pour parer aux petites irrégularités que pouvait présenter leur constitution, nous les divisions régulièrement en plusieurs fragments, dont nous comparions successivement la lumière à celle du gaz. Nous n’avons que très-rarement observé des différences sensibles, toujours consignées dans nos tableaux. Grâce à ces précautions, la moyenne de nos observations présente des garanties d’exactitude supérieures à celles qu’aurait pu fournir la comparaison avec la lampe.
- Restait à trouver le rapport entre l’intensité de la bougie et celle de la lampe.
- Nous l’avons recherché de deux manières, tantôt en comparant successivement à leurs deux lumières celle d’un même bec de gaz, tantôt en les comparant directement entre elles. Les résultats du premier de ces deux modes de comparaison, régulièrement indiqués dans la colonne des observations sous la dénomination (cale.),
- if
- ont assigné à ce rapport des valeurs comprises, pour toutes les bonnes expériences, entre 6,7 et 7,2. D’ailleurs, on avait préalablement ramené, par le calcul, la consommation de la lampe à être de 42 grammes.
- Le deuxième mode de comparaison a été employé, au moins une fois dans chaque série d’expériences, et généralement, quand le temps le permettait, après chaque changement de lampe; il a donné des résultats un peu moins constants, parce que la comparaison ayant presque toujours eu lieu à la fin de la série, la lampe n’était plus dans d’aussi bonnes conditions que dans les premiers moments. Néanmoins les écarts n’ont pas été très-considérables, et les résultats sont également consignés dans la colonne des observations sous la dénomination de (obs.).
- Enfin on a fait une fois pour toutes cette détermination directe, avec un soin tout particulier, en prolongeant l’expérience assez longtemps pour que la moyenne eût une valeur réelle et pût servir de base sérieuse aux calculs. Dans cette expérience, la consommation de la lampe et celle de la bougie étaient constantes. La première a été Tome XII. — 64e année. 28 série. — Novembre 4865. 86
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- maintenue à 42 grammes, la seconde est restée naturellement à iO grammes par heure. Le tableau suivant indique les résultats obtenus.
- DISTANCE de la lampe. DISTANCE de la bougie. INTENSITÉ de la lampe en bougies. OBSERVATIONS.
- m. m. bougies.
- 1 0,3775 7,02 Lampe fraîchement allumée, bonnes conditions.
- î 0,385 6,75 Au bout d’une heure d’expériences.
- î 0,390 6,62 Au bout de deux heures.
- Ce tableau montre que, quand la lampe est placée dans de bonnes conditions, elle équivaut à sept bougies de l’Étoile. C’est également le chiffre que MM. Audouin etBé-rard ont admis dans leur évaluation. Il est peut-être un peu fort dans la pratique, parce qu’il est difficile de maintenir la lampe dans des conditions assez favorables pour qu’elle conserve cet éclat, et l’on peut remarquer, en effet, dans la série des titres, une légère différence en faveur des expériences faites à la lampe.
- Néanmoins nous avons conservé ce rapport comme étant le rapport théorique, et, quand nous avons ramené, par le calcul, toutes les intensités à être exprimées en lampes, nous l’avons pris de préférence k celui que fournissait la comparaison de ces mêmes expériences, quoiqu’il soit, en général, désavantageux pour la Compagnie. Nous le considérons, en effet, comme plus équitable, parce que les expériences voisines, de la comparaison desquelles ce rapport pouvait être'déduit par le calcul, n’ont pas toujours été faites dans des conditions de pression identiques.
- Le terme de comparaison une fois adopté, il fallait fixer le mode d’expérimentation.
- Les limites assez étendues de pouvoir et de volume entre lesquelles nous étions obligé de faire les essais nous empêchaient de prendre pour modèle le type, très-simple comme expérimentation, mais complexe comme installation, adopté pour les essais de la ville de Paris.
- Nous avons donc été obligé, comme autrefois MM. Audouin et Bérard, de mettre les deux lumières (gaz et lampe ou bougie) à des distances différentes du photomètre, maintenant celle du bec de gaz à un mètre et faisant varier celle de la lampe. L’intensité du bec était alors obtenue par un calcul fort simple, fondé sur ce que deux lumières qui donnent un même éclat au photomètre ont des intensités inversement proportionnelles aux carrés de leurs distances à ce dernier.
- On avait donc, en désignant par G, L et B les intensités respectives du gaz, de la
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- lampe et de la bougie, et par d la distance (en centimètres) de la bougie au photomètre :
- G G 10000 L 0U B “ d1 2 ’
- L’intensité ainsi calculée a été ramenée, pour toutes les expériences faites avec la lampe, à ce qu’elle serait si cette dernière avait consommé 42 grammes d’huile par heure, en admettant la proportionnalité entre la consommation et le pouvoir éclairant de la lampe. Cette proportionnalité n’existe, comme le montrent les expériences de MM. Audouin et Bérard, que pour des consommations comprises entre 40 et 44 gr.; mais elle ne s’en écarte pas beaucoup quand on brûle de 38 à 46 gr., et ces deux limites ayant été admises par le cahier des charges de la ville de Paris, nous en avons également profité, et nous n’avons rejeté (n’ayant jamais dépassé 44 gr.) que les expériences où la lampe avait une consommation inférieure à 38 gr.
- De cette intensité, nous pouvions passer directement à la recherche de la quantité de gaz qui équivaut à 40 grammes d’huile brûlée, mais nous avons préféré passer par un intermédiaire qui sert de moyen de mesure en Angleterre, le titre, c’est-à-dire l’estimation du nombre de lampes ou de bougies qui équivaudraient au bec, si ce dernier consommait, dans les mêmes conditions, 100 litres de gaz par heure.
- Pour cela, il suffit de multiplier l’intensité précédemment obtenue par le rapport
- , n étant le nombre de litres consommés par heure. Ce dernier était mesuré au n
- moyen d’une montre à secondes et d’un compteur spécial, donnant la consommation par heure au moyen de l’observation d’une minute. Nous laissions ordinairement écouler trois minutes et même davantage pour obtenir, par la moyenne, une plus grande exactitude dans cette évaluation importante.
- D’ailleurs tous les titres exprimés en bougies ont.été ramenés en lampes, par simple division par 7, comme il a été dit plus haut. Puis nous avons fait le calcul du nombre de litres équivalents à une consommation de 40 grammes de la lampe (1); il suffit de remarquer pour cela qu’un gaz ayant un titre de T lampes, 100 litres de ce gaz donneront une lumière équivalente à T fois 42 gr. Donc, pour avoir la lumière équivalente à 40 gr. d’huile, il faut brûler un nombre x de litres de gaz donné par la proportion
- œ ___ 40 ,
- ÏÜÔ ~ T\42’
- (1) Nous avons pris 40 gr. (4X10), parce que le gaz de Boghead devant avoir un pouvoir éclairant quadruple du gaz de houille, la comparaison avec ce dernier, dont le titre est mesuré
- par la consommation équivalente à 10 grammes, devenait immédiate.
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- d’où
- 40
- 100 ^ T; 42
- x =
- 95,24
- C’est ce nombre qui a servi à la comparaison des pouvoirs éclairants dans les diverses conditions de la combustion, et qui figure dans tous les tableaux où nous avons systématisé les résultats obtenus dans nos expériences.
- II. — Influence des conditions de la combustion sur le pouvoir éclairant.
- A. — Influence de la pression et du volume.
- Les nombreuses expériences que nous avons faites sur le pouvoir éclairant du gaz de Boghead sont loin de pouvoir toutes servir à la recherche qui nous occupe en ce moment. Dans les premiers temps, en effet, ne connaissant encore qu’imparfaitement l’influence de la pression, nous ne relevions, en général, cette dernière qu’approxima-tivement. Plus tard, la plus grande partie des essais ont eu pour but de rechercher le pouvoir éclairant du gaz de Boghead dans les conditions pratiques de la combustion, c’est-à-dire dans des conditions de pression et de volume nettement définies.
- Les trois séances e, m et o seules ont été consacrées spécialement à l’étude de l’influence de la pression et du volume, et nous les avons transcrites tout entières dans les deux tableaux suivants, en leur ajoutant quelques expériences isolées prises dans les autres séries. Nous nous sommes, d’ailleurs, astreint à ne comparer entre eux que les résultats obtenus avec le même gaz, dans une même série, ou tout au moins avec deux gaz ayant donné la même moyenne dans deux séries différentes.
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- INFLUENCE SÉPARÉE SU VOLUME ET DE LA PRESSION.
- NUMÉROS des séries. NUMÉROS des expériences. NATURE DU BEC. PRESSION en millimètres. DÉPENSE en litres par heure» DÉPENSE calculée pour équivaloir à 40 gr. d'huile dans la lampe Carcel type.
- INFLUENCE DE LA PRESSION.
- 0 i Bec Manchester de 65 I. à 0m,025 2,5 18 30,00
- 0 5 Id de 55 1. à 0m,025 4 18,5 28,57
- m 5 Bec Manchester de 40 1. à 0m,025 25 41 22,48
- m il Id de 70 1. à 0m,025 13 42,5 25,26
- 0 7 Bec Manchester de 55 1. à 0®,025 13 38 19,90
- 0 9 Id. pour gaz de houille de 100 1. à 0m,015 7 38 22,84
- 0 3 Bec Manchester de 65 1. à 0“,025 16 47 19,60
- 0 8 Id de'55 1. à 0m,025 21 48,5 18,90
- 0 4 Bec Manchester de 65 1. à 0m,025 23 59 18,46
- 0 10 Id. pour gaz de houille.... de 100 1. à 0m,0l8 10 57 21,99
- INFLUENCE DU VOLUME.
- e 1, 2 Bec Manchester. de 80 I. à 0m,025 9 40,5 26,64
- n 3, 4 Id de 40 I. à 0m,022 9 25,2 24,04
- e 7 Bec Manchester de 80 1. à 0ID,025 10 50 25,06
- i 2 à 8 Id de 40 1. à 0m,022 11 24 23,27
- 9 1, 2 Bec Manchester de 40 I. à O®,020 14,25 32,75 22,33
- e 3, 4, 5 Id de 88 1. à 0®,025 14 60,6 21,88
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- ÉCLAIRAGE,
- INFLUENCE SIMULTANÉE DU VOLUME ET DE LA PRESSION.
- NUMÉROS des séries. NUMÉROS des expériences. NATURE DU BEC. PRESSION. DÉPENSE. DÉPENSE calculée pour équivaloir à 40 gr. d’huile de la lampe Garcel type.
- m 9 Bec Manchester de 40 1. à 0m.025... 4,5 9 37,35
- m 8 — 8 21 25,33
- m 1, 2, 3 — 10 25,8 24,59
- m 6 — 17 32 20,84
- m 4 — 20 35,5 20,80
- m 7 — 23 37,7 23,81
- m 5 25 44 22,48
- h 3, 4 Bec Manchester de 40 I. à 0m,024 9 21,5 22,57
- h 2 — 11 22,5 21,65
- h 1 18 33 22,62
- 0 5 Bec Manchester de 55 1. à 0m,025 4 18,5 28,57
- 0 6 — 11 34 26,20
- 0 7 13 38 19,9
- 0 8 21 48,5 18,9
- 0 1 Bec Manchester de 65 1. à 0m,025 2,5 18 30,00
- 0 2 — 8 23 21,94
- 0 3 — 16 47 19,60
- 0 4 23 59 18,46
- m 11 Bec Manchester de 70 1. à 0m,024 13 42,5 25,26
- m 12 — 18 57 25,73
- m 13 24 62,5 23,63
- e ; 1, 2 Bec Manchester de 80 1. à 0m,025 9 40,5 26,64
- e 7 — 10 50 25,06
- e 10, 11 — 13 56,5 21,88
- e 3, 4, 5 — 14 60,7 21,44
- e 6, 8 — 15,5 64 20,80
- e 12 16 65 21,70
- A ces tableaux ajoutons celui donné, il y a quelques années déjà, par M. Jeanne-nay, de Mulhouse, et qui met en relief, avec une très-grande netteté, l’influence des deux éléments que nous étudions en ce moment.
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- Influence du volume et de la pression. — Expériences de M. Jeannenay.
- PRESSION. DÉPENSES en litres par heure. TITRE DU GAZ en bougies de l'Etoile. • 1 DEPENSE CALCULEE pour équivaloir à 40 gr. d'huile 1 dans la lampe Carcel type.
- 2 9 18 . 37,04 ... 28,13 25,64
- 2 .... 26 .. 23,7
- 2 32 .'... 26
- 4. 5 9 17,1 .. 38,99
- 7 10 15,4 43,29 ... 27,78 24,02
- » ... 26 .. 24
- )) 35 27,75..
- 12 14 16,4 40,65 ... 31,75 24,02
- .... 28 21
- » 60 27,75..
- 18 18 17 39,22 ... 33,33
- .... 28 .. 20
- Ces expériences justifient les conclusions théoriques obtenues plus haut, et leurs résultats peuvent être résumés comme il suit.
- 1° Influence de la pression. — La pression à laquelle un gaz donne, toutes choses égales d’ailleurs, le maximum de lumière s’élève avec la richesse de ce gaz. Cette dernière, en effet, augmente la difficulté de brûler complètement le gaz, et exige, pour que la combustion s’effectue sans fumée, un accroissement correspondant dans la vitesse d’écoulement et, par suite, dans la pression.
- Dans un même type de bec, elle s’élève légèrement avec la dépense. Elle varie considérablement d’un type à l’autre, et est d’autant plus faible que le bec se prête mieux à l’élévation de la température de l’air mis en contact avec la flamme et à l’enlèvement des produits de la combustion. Elle est sensiblement de 14 à 17 millimètres d’eau pour les becs Manchester pouvant dépenser 40 I. à 25 millimètres, et s'élève à 20 millimètres environ pour les becs du même type brûlant 50 1. à 25 millimètres. Elle s’abaisse à 3 et même à 2 millimètres dans les becs circulaires.
- Les pressions inférieures donnent, suivant les becs, tantôt de la fumée, tantôt une flamme molle à dimensions superficielles trop fortes pour son volume ; les pressions supérieures donnent toujours une flamme fixe, peu opaque bleuâtre, et moins éclairante que la flamme normale.
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- ÉCLAIRAGE,
- 2° Influence du volume. — Pour les pressions faibles, inférieures à la pression type, le pouvoir éclairant semble croître quand le volume diminue; au delà de la pression normale, le phénomène inverse a lieu, et le titre augmente avec le volume (1).
- Cette circonstance tient à ce que, pour obtenir des dépenses variables à des pressions identiques, il faut employer des becs de nature 'différente et les réduire à la même pression; or cette réduction les affecte très-différemment et d’une manière d’autant plus énergique qu’on les emploie dans des conditions plus éloignées de celles qui correspondent à leur construction. Un bec de 60 litres à 25 millimètres réduit à 30 litres à 8 millimètres, par exemple, perdra plus qu’un bec de 40 litres à 25 millimètres réduit à 22 litres et à la même pression de 8 millimètres. Le contraire aurait lieu si l’on dépassait les conditions normales dans l’autre sens, et enfin il y aurait inversion complète dans.le double phénomène si, au lieu de comparer le bec de 40 litres à celui de 60, on l’avait comparé au bec de 20 litres seulement.
- 3° Influence simultanée du volume et de la pression. — Les faibles dépenses sont toujours désavantageuses ; les dépenses exagérées le sont quand elles sont produites par une augmentation correspondante de la pression. Cette dernière loi est une conséquence des précédentes et peut s’expliquer directement comme elles, 1° par la non-proportionnalité déjà signalée du volume d’une flamme à ses dimensions superficielles; 2° par les variations plus lentes de ces dernières, qui deviennent ainsi rapidement trop fortes ou trop faibles pour produire le pouvoir éclairant maximum.
- B. — Influence de la nature des becs.
- 1° Becs Manchester. — Le bec Manchester est composé d’un petit cylindre creux terminé par un disque assez épais. Sur ce disque s’ouvrent deux trous percés dans un même plan vertical, de telle sorte que les veines gazeuses qui s’échappent de ces trous se rencontrent dans l’intervalle, et s’épanouissent en s’aplatissant l’une contre l’autre, formant ainsi une flamme en éventail, dont le plan est perpendiculaire à celui des trous. Un pareil bec peut donc être considéré comme formé par la réunion de deux becs bougies dont les flammes se rencontrent à une faible distance de l’orifice, rencontre qui a le double avantage d’étaler le jet et d’en réduire la vitesse.
- Le bec Manchester est sinon le brûleur type du gaz de Boghead, du moins celui qui jusqu’à présent permet d’obtenir le maximum de lumière par la combustion de ce gaz, et qui, par suite, est le plus employé par les consommateurs. Aussi l’avons-nous
- (1) Cette dernière condition n'a pu être réalisée que fort imparfaitement dans nos essais.
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- ÉCLAIRAGE.
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- étudié d’une manière toute spéciale, et c’est à lui que se rapportent, comme on l’a vu, la plupart des expériences qui ont servi à établir les conclusions relatives aux conditions normales de la combustion ; nous n’avons donc que peu de chose à ajouter à ce qui précède pour compléter son étude.
- La seule quantité variable dans la construction des becs Manchester est le diamètre des trous qui, pour une pression de 25 millimètres, varie avec la dépense dans la proportion suivante :
- Dépense en litres à l’heure....... 30, 35, 40, 45, 50,. 55, 60, 65, 70, 80.
- Diamètre en centièmes de millimètre. 52, 56, 61, 66, 70, 75, 80, 84, 88, 95.
- Il importait donc de rechercher l’influence de ce diamètre, ou, ce qui revient au même, de la dépense, sur le pouvoir éclairant.
- Nos observations n’ont porté que sur les brûleurs employés dans la pratique, c’est-à-dire sur ceux dont la dépense, à 25 millimètres, varie de 40 à 80 litres par heure, en y ajoutant un essai sur un bec destiné au gaz de houille, et qui est construit pour brûler 100 litres à 15 millimètres, soit 130 à 140 litres environ à 25 millimètres.
- Nous avons, d’ailleurs, ici encore, eu soin de ne comparer entre elles que des observations faites, soit sur un même gaz, soit sur deux gaz de même pouvoir éclairant, et nos observations sont réunies dans les tableaux suivants.
- Tome XII. — 64e année. Ie série. — Novembre 1865.
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- ECLAIRAGE
- INDICATION de la série. NUMÉROS des expériences. NATURE DES BECS. PRESSION. DÉPENSE. DÉPENSE calculée pouréquivaloir 40 gr. d'huile de la lampe Carcel type. OBSERVATIONS.
- e 1 Bec Manchester de 80 1. à 0m,025. 1 9 40 5 96 64 Le gaz était d’une
- e 2 — richesse dépassant
- e 7 — 10 50 25,06 le maximum des
- e 10 — ! 13 56,5 23,43 autres observa-
- e 11 “ tions. Ne l’ayant
- e 3 pas essayé dans un
- e 4 ; 14 60,8 22,25 autre bec, les résul-
- e 5 tats de ce tableau
- e 6 _ 15 63 21,12 ne doivent êtrecom-
- e 9 — ; 17 66,5 21,70 parés qu’entre eux
- e 12 et non à ceux des
- tableaux suivants.
- m 11 Bec Manchester de 701. à 0m,024. 13 42,5 25,26 Gaz normal.
- m 12 — 18 55 25,73
- m 13 • 24 62,5 23,63
- m 9 Bec Manchester de 401. à 0m,025. 4,5 9 37,35 Gaz normal.
- m 8 — 8 21 25,33
- m 1 —
- m 2 — 10 25,8 24,59
- m 3 —
- m 6 — 17 32 20,84
- m 4 — 20 35,5 20,80
- m 10 — 21,5 36 20, 89
- m 7 • 23 37,6 23,81
- r 1 Bec Manchester de 801. à 0“,020. 4 26 38,09 Gaz normal.
- r 4-5 — 8 46,5 32,37
- r 2 — 11 53,5 31,81
- r 6 — 14,7 64 31,12
- 0 1 Bec Manchester de 651. à O™,025. 2,5 18 30,00 Gaz exceptionnelle-
- 0 2 — 8 23 21,94 ment riche.
- 0 3 — 16 47 19,60
- 0 4 — 23 59 18,46
- 0 5 Bec Manchester de 551. à 0“,025* 4 18,5 28,57 Gaz exceptionnelle-
- 0 6 — 10 30 23,11 ment riche.
- 0 7 — 13 38 19,90
- 0 8 . 21 48,5 18,90
- 0 9 Bec Manchester de 1001. à 0m,018
- pour gaz de houille 7 38 22,84 Gaz exceptionnelle-
- 0 10 Id. 10 57 21,99 ment riche.
- Ces expériences nous permettent de poser les conclusions suivantes :
- 1° Les intensités maxima que l’on peut obtenir avec les divers becs Manchester employés par les consommateurs ne sont pas très-différentes entre elles, mais exigent, dans chaque bec, des conditions spéciales de pression et de volume.
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- I
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- 2° La pression et le volume, qui donnent dans un bec le maximum de lumière, sont d’autant plus rapprochés de la pression et du volume maximum de ce bec, que ces derniers sont peu élevés. Ainsi, par exemple, les becs de 60 à 80 litres à 25 ou 30 millimètres donnent le maximum de lumière quand ils sont employés avec des dépenses de 55 à 75 litres et à 20-25 millimètres de pression, tandis que ceux de 40 litres à 25 millimètres le donnent avec une dépense de 30 à 35 litres au plus et une pression de 15-18 millimètres.
- 3° La réduction de titre est d’autant plus forte que la pression et la dépense s’éloignent davantage de celles qui donnent le maximum de lumière dans le bec. Celle perte s’élève à 12 p. 100 quand on se sert de becs destinés au gaz de houille.
- 4° Le bec étant d’autant meilleur qu’il donne, toutes choses égales d’ailleurs, son maximum de lumière à une pression plus basse, il y a un léger avantage en faveur du bec de 40 litres sur celui de 60 à 80 litres (série m). Ce bec, étant en outre le plus employé par les consommateurs, est celui qu’il convient de prendre provisoirement comme bec type pour l’étude photométrique.
- 2° Becs papillons. — Les becs papillons sont de petits cylindres surmontés d’un bouton sphérique traversé par une fente dirigée suivant un plan diamétral ; ils donnent à la flamme un épanouissement plus considérable que les becs Manchester, et sont peu employés dans la pratique.
- Nous nous sommes contenté de les comparer aux becs Manchester dans les conditions normales de la combustion industrielle, parce que quelques consommateurs les conservent en souvenir de la petite augmentation de titre (5-8 p. 100) qu’ils permettent de réaliser quand on brûle du gaz de houille.
- Le résultat de cette comparaison est consigné dans le tableau suivant :
- PRESSION en millimètres d'eau. DÉPENSE en litres par heure* DÉPENSE calculée pour équivaloir à 40 gr«d'huile de la lampe Carcel type. OBSERVATIONS.
- Bec Manchester. Bec papillon. Bec Manchester. Bec papillon.
- 7 8 23,5 21,90
- 25 23,81
- 24,5 23,33
- 26 24,76
- Ces expériences prouvent qu’à l’inverse de ce qui a lieu pour la combustion du gaz de houille le bec papillon présente, pour le gaz de Boghead, une infériorité de 6 8 p. 100 sur le bec Manchester. Il est possible que, pour les dépenses très-fortes,
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- s’écartant beaucoup de celles de la consommation industrielle, cette infériorité disparaisse, mais ce fait ne présenterait qu’un intérêt tout à fait secondaire, les dépenses supérieures à 60 litres n’étant pas usitées dans la pratique.
- 3° Becs à double courant d'air. — Ces brûleurs, construits sur le principe de la lampe Carcel, sont composés d’une couronne circulaire percée, soit d’une fente continue, soit d’un nombre variable de trous. Le bec supporte un verre cylindrique par l’intermédiaire d’une galerie de métal. L’air pénètre par les ouvertures de cette galerie jusqu’à la périphérie de la flamme, et arrive aussi dans le centre de cette même flamme par un canal cylindrique ménagé dans l’axe du bec.
- Le courant d’air est régularisé au moyen de paniers, soit en porcelaine, soit en métal, destinés à diminuer l’accès de l’air, ou encore au moyen de troncs de cône métalliques, qui dirigent le courant d’air sur la base de la flamme.
- Ces becs ont été étudiés avec le plus grand soin pour le gaz de houille, et l’on a déterminé les conditions que devaient remplir les divers éléments dont ils sont composés, pour que la combustion du gaz de houille y donne son maximum de lumière; l’on a constitué ainsi le bec Bengel type, qui est le plus avantageux de tous les becs connus pour le gaz de houille; mais cette étude n’a point encore été faite pour le gaz de Boghead, et l’on ne possède pour ce dernier qu’un bec assez imparfait, désigné sous le nom de bec Bengel pour gaz riche, dont les éléments ont été établis avec trop peu de soin pour qu’il soit nécessaire de les décrire en détail. Nous nous bornerons donc à étudier ce type dans sa généralité, et à signaler les avantages et les inconvénients qu’il présente, indépendamment des détails de sa construction.
- Les avantages que présentent ces becs sont nombreux, et ce sont eux qui, seuls jusqu’à présent, réalisent toutes les conditions de la combustion normale. Le nombre et la dimension des orifices des paniers permettent de régler la quantité d’air arrivant sur la flamme, et de la réduire à la quantité strictement nécessaire pour la combustion ; la présence du verre échauffe cet air, surtout à la partie inférieure, avant son contact avec la flamme (1), concentre la chaleur produite par cette dernière, et enlève rapidement par le tirage les produits de la combustion ; enfin la forme même de la flamme change en radiations calorifiques concentrées à l’intérieur du verre une partie des radiations lumineuses produites,*et élève encore la température de la combustion. De là la possibilité de réduire la vitesse d’écoulement (la pression) du gaz (série o), et d’opérer la combustion complète, non-seulement avec une quantité d’air moindre,— c’est-à-dire en augmentant le nombre des molécules de carbone en suspension dans la
- (1) On a imaginé récemment une disposition de globe abat-jour qui, forçant l’air à circuler entre ce dernier et le verre avant d’arriver sur la flamme, augmente encore la température de cette dernière, et, par suite, le pouvoir éclairant.
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- zone de réduction, — mais encore à une température plus élevée, c’est-à-dire en donnant à ces molécules un éclat beaucoup plus considérable.
- Malgré tous ces avantages, les becs circulaires à double courant d’air sont très-désavantageux pour le gaz de Boghead, à cause des inconvénients qu’ils présentent, et qui sont dus, en partie, à leur construction actuelle. Le premier de ces inconvénients est léger, constant, indépendant de la richesse du gaz et entièrement inévitable : c’est l’absorption de lumière produite par la cheminée du verre qui recouvre le bec.
- Pour nous rendre compte de l’importance de la perte qui en résulte, nous avons fait brûler un bec Manchester, successivement à l’air libre et à l’intérieur d’un globe assez vaste pour ne pas altérer les conditions de la combustion. Une première série d’expériences (m, 1, 2, 3) ne nous a pas donné de différence sensible; dans un autre essai nous avons constaté une perte de pouvoir éclairant de 4 p. 100 environ, et nous pensons qu’en choisissant convenablement ses verres on peut admettre ce dernier chiffre 4 p. 100 presque comme un maximum.
- Le second inconvénient des becs à double courant d’air dépend essentiellement de leur construction actuelle, et n’a, par suite, qu’une valeur secondaire dans l’étude théorique de l’effet utile des becs. C’est la perte qui est due aux dimensions superficielles exagérées qu’entraîne .généralement l’enroulement cylindrique de la flamme dans les becs employés aujourd’hui. Elle pourrait certainement être réduite, sinon entièrement évitée, par une construction mieux étudiée des becs, dont le diamètre actuel nous paraît trop considérable.
- La dernière source d’infériorité est de beaucoup la plus grave. Elle croît avec la richesse du gaz, et dépend, au moins en partie, comme la précédente, de la construction actuelle des becs. Elle est une conséquence de la loi fondamentale du rayonnement lumineux, du principe de l’égalité des pouvoirs émissif et absorbant. En vertu de ce principe, une flamme laissera passer une proportion d’autant moins forte d’une autre lumière qu’elle est elle-même plus éclairante, et l’enroulement cylindrique, qui replie la flamme en deux nappes, dont l’une ne peut renvoyer sa lumière dans l’espace que par transmission à travers l’autre, sera d’autant plus désavantageux que cette lumière sera plus intense.
- De là, la grande différence qui existe entre l’effet utile de ces becs, suivant qu’ils sont employés pour brûler des gaz pauvres, tels que le gaz de houille, ou des gaz riches, comme le gaz de Boghead. Dans le premier cas, la flamme, toujours translucide,permet d’utiliser, par transmission, la plus grande partie de la flamme émise par le demi-cylindre lumineux non tourné vers le spectateur. Il en résulte que la perte de pouvoir éclairant est faible, et peut, comme cela a lieu pour le gaz de houille, devenir bien infé • rieure aux avantages que le bec présente sur les autres types. Dans le second cas, au contraire, la flamme laiteuse, opaque et brillante du gaz de Boghead ne laisse passer qu’une fraction insignifiante de la lumière émise par le demi-cylindre postérieur ; le reste est transformé en radiations obscures, qui subissent de nombreuses réflexions à
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- l’intérieur de la flamme et augmentent la température de cette dernière-, la perte par transmission est alors supérieure aux avantages du bec, et ce dernier devient d’autant plus inférieur aux becs à flamme plate que le gaz est plus riche.
- On peut se rendre' compte de cette infériorité d’une autre manière encore, en remarquant que, dans une flamme plate comme celle que donnent les becs papillons et Manchester, les deux faces contribuent avec une égale intensité au pouvoir éclairant du bec, tandis que dans les flammes enroulées en cylindre c’est la face extérieure seulement qui envoie sa lumière sans déperdition à travers l’espace, tandis que la face intérieure éclaire surtout la portion cylindrique enveloppée par le gaz en combustion. Toute la lumière non transmise à travers l’écran lumineux formé par la flamme est alors entièrement perdue, et l’on pourrait la constater, sinon la mesurer, en la recueillant au moyen de réflecteurs convenablement disposés à l’intérieur des becs.
- On voit donc que l’infériorité du bec Bengel pour le gaz de Boghead ne tient pas à ce que le gaz en brûlant développe dans ce bec moins de lumière que dans les autres types, mais à ce qu’une forte proportion de la lumière produite ne peut être recueillie par le photomètre, et est entièrement perdue pour l’espace extérieur au cylindre formé par la flamme. Si donc il était possible d’imaginer pour le gaz de Boghead un bec dans lequel la perte de lumière par transmission fût, sinon supprimée, du moins réduite dans une forte proportion,—comme cela a lieu naturellement pour le gaz de houille, à cause de la translucidité de la flamme de ce dernier, — les becs à double courant d’air constitueraient, pour ainsi dire, un brûleur universel, dont il n’y aurait qu’à modifier les dimensions, pour permettre à un gaz de richesse quelconque d’y brûler en donnant la plus grande quantité de lumière dont il est susceptible.
- Mais cette solution n’est pas encore trouvée, et ce qui précède montre que les becs Bengel pour gaz riche ne s’en approchent même pas autant que le permettrait l’état actuel de la science; aussi croyons-nous qu’il serait à la fois intéressant et utile d’étudier à nouveau les dispositions les plus avantageuses à donner à ces becs pour la combustion du gaz de Boghead.
- Le tableau suivant donne la mesure de la perte du pouvoir éclairant qu’entraîne leur emploi.
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- j NUMÉROS j © © j des séries. 09 « O U et „ o H» «> -2 S "B -S » o. k 2 1 2 5 NATURE DU BEC. PRESSION en millimètres d'eau. DÉPENSE en litres par heure. 48 57 DEPENSE calculée équivalente à 40 gr. d'huile de la lampe Carcel type. OBSERVATIONS.
- Bec Manchester de 801 Bec Bengel pour gaz de houille. 12 9 23,96 41,05 Gaz normal.
- b 1 Bec Manchester 5,5 40 17,80
- b 5 Bec Bengel pour gaz riche 5 58 23,75
- b 6 Bec Bengel pour gaz de houille. 4 42 29,21
- Impossible de réduire
- 0 11 Bec Bengel pour gaz riche 3 36 30,92 davantage la dépense. Des dépenses plus grandes, en
- 0 12 Autre bec analogue 1,5 47 26,38 revanche, non-seulement
- 0 13 1 35 25,06 ne sont plus industrielles,
- mais donnent des flammes
- dépassant le verre.
- 0 n Bec Manchester de 551. à 0m,025. 13 38 19,9 Le gaz employé était
- 0 8 21 48,5 18,9 exceptionnellement riche.
- Ces expériences montrent qu’avec du gaz de Boghead de richesse moyenne normale les becs à double courant d’air du type « Bengel pour gaz riche »ne donnent plus que les deux tiers du pouvoir éclairant des becs Manchester, c’est-à-dire entraînent une perte de 33 p. 100 environ.
- En résumé donc, on voit que :
- 1° Parmi tous les becs actuellement construits pour la combustion du gaz de Boghead, c’est le bec Manchester de 40 litres à 25 millimètres pour les consommations voisines de 25 litres, et celui de GO litres pour celles de 40 à 50, qui donnent le maximum de pouvoir éclairant.
- 2° Ces becs donnent une supériorité de 6-8 p. 100 sur les becs fendus, et de 25 à 35 p. 100 sur les becs à double courant d’air.
- 3° C’est le bec Manchester de 40 litres à 25 millimètres qui peut et doit être provisoirement pris comme type de la comparaison du pouvoir éclairant du gaz de Boghead avec celui du gaz de houille brûlé dans le bec Bengel normal.
- CHAPITRE III.
- POUVOIR ÉCLAIRANT DU GAZ DE BOGHEAD.
- I. — Expériences.
- Les tableaux qui rendent compte des variations du pouvoir éclairant du gaz do Boghead dans les différents becs, et qui proviennent en grande partie des séries e, m, o,
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- nous ont déjà donné un premier aperçu de la valeur normale de ce pouvoir dans les becs types. Mais cet aperçu n’eût peut-être pas présenté toutes les garanties désirables pour permettre de se prononcer sur la comparaison des deux gaz. C’est pour obtenir des moyennes à l’abri de toutes les variations accidentelles que nous avons entrepris les huit séries d’expériences f, g, à-, i, j, k, l, n.
- Nous avons déjà indiqué les conditions générales dans lesquelles nous nous sommes placé pour ce travail, il ne nous reste plus qu’à définir celles qui sont relatives au pouvoir éclairant..
- Nous avions constaté, dès le début de nos expériences, que c’était le bec Manchester qui offrait pour le gaz de Boghead les avantages que présenle pour le gaz de houille le bec Bengel, et nous venons de voir quelles étaient les conditions de pression et de volume qui permettaient de réaliser le pouvoir éclairant maximum.
- Nous étions donc autorisé à prendre ces conditions pour bases de nos expériences, mais par un scrupule que nous croyons légitime, nous avons préféré opérer à des pressions et des volumes moindres, et,-par suite, dans des conditions moins favorables pour la Compagnie, et nous avons choisi pour type la pression de 9 à 13 millimètres dans le bec de 40 litres. Notre but était : 1° de nous maintenir dans les volumes de 23 à 25 litres environ, et, par suite, d’obtenir des lumières peu différentes de celles de la lampe Carcel type; 2° d’opérer dans des conditions qui sont à la fois celles choisies pour le gaz de houille, et celles réalisées en moyenne dans la consommation industrielle du gaz essayé.
- Les essais faits dans ces conditions présentent, sur ceux du gaz de houille, un avan^ tage réel et tout en faveur des consommateurs. En effet, on ne peut obtenir avec le gaz de houille la lumière donnée par l’essai qu’en se plaçant rigoureusement dans les conditions de ce dernier, c’est-à-dire en se servant d’un bec Bengel type avec une dépense de 100 litres et une pression de 2 millimètres, et si, comme cela a lieu dans la plupart des établissements publics, on brûle le gaz dans des becs papillons, à une pression suffisante pour donner à la flamme la stabilité nécessaire pour résister aux courants d’air, on est obligé de subir une perte de 10 p. 100 environ sur l’essai photométrique, c’est-à-dire de consommer un dixième en sus de la quantité de gaz théorique.
- Rien de pareil n’arrive pour le gaz de Boghead, dont les conditions d’essai sont en moyenne celles de la consommation pratique, et où la différence, si elle existe, est plutôt à l’avantage du consommateur, ce dernier (comme nous avons pu nous en convaincre nous-même) brûlant, en général, le gaz dans des conditions plus voisines du maximum que ne le sont celles que nous avons prises pour base de nos essais. Mais, en supposant que cet avantage n’existe pas, toujours est-il que, pour le gaz de Boghead, le consommateur est parfaitement en mesure de se placer dans les conditions des essais et de réaliser d’une manière courante la quantité de lumière obtenue dans ces derniers.
- Faites dans les conditions ci-dessus définies, les huit séries d’expériences auxquelles nous ajoutons la série e, et dont le détail est consigné dans le tableau d’ensemble
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- placé à la fin de ce mémoire, ont donné, pour le pouvoir éclairant du gaz de Boghead, les moyennes suivantes :
- MOYENNE PAR CHAQUE SÉRIE
- INDICATION de la série. de la pression en millimètres d'eau. de la dépense de gaz en litres par heure. de la dépense équivalente à 40 gr. d'huile brûlés dans la lampe Carcel type. OBSERVATIONS.
- e » » 22,95 (1) (1) La pression et la dépense ont varié entre des limites trop étendues pour qu'il fût possible de prendre la moyenne.
- f » » 30,97
- Q 13,4 29,75 22,43 (2) (2) Dans la série g la pression se rapproche un peu plus de celle qui donne le maximum, de là l'augmentation du pou-
- h 11,6 24,68 23,55 voir éclairant.
- i 11,8 23,81 23,40(3) (3) Nous avons fait entrer dans la moyenne les expériences faites avec la lampe, quoique cette dernière ne fût pas dans
- j 12,2 24,82 23,55 les conditions normales (voir, le tableau d'ensemble'), en prenant que les expériences à la bougie auraient eu une
- k 11,2 24,25 23,69 moyenne de 22,75; ce qni eût abaissé la moyenne générale à 24,41.
- l 11,5 24,93 23,99
- n 9,0 24,98 23,79
- Moyenne générale. 11,5 25,32 24,48
- La moyenne de neuf séries, soit de 73 expériences, montre donc clairement que, pour obtenir une lumière équivalente à celle que donne la consommation de 40 grammes d’huile dans la lampe Carcel type, il faut brûler 241Il,48 de gaz de Boghead à 1 a pression de llmilIim,5, dans un bec Manchester consommant par heure, en moyenne, 25Ht,32 à la même pression.
- Si l’on met en présence de ce chiffre les moyennes officielles du pouvoir éclairant du gaz de la Compagnie parisienne, obtenues par les moyennes des vérifications journalières, et publiées par la préfecture de la Seine,nous trouvons, pour la consommation équivalente à 10 grammes d’huile :
- 3* trimestre 1864............................ 25b07
- 4* trimestre................................. 251,04
- D’où il résulte que le gaz de Boghead fourni par la Compagnie du gaz général à la ville de Courbevoie, brûlé dans les conditions normales ci-dessus définies (et qui sont plutôt moins rapprochées, que celles de la consommation industrielle, des conditions qui donnent le maximum du titre), possède un pouvoir éclairant largement quadruple de celui du gaz de houille fourni par la Compagnie parisienne.
- Tome XII. — 64" année. 2e série. — Novembre 1865. 88
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- II. — Avantages et inconvénients du gaz de Boghead. — Variations de titre.
- Les conclusions précédentes tranchent nettement la queslion de principes; mais il nous reste un dernier pas à faire. Il nous faut examiner quels sont, dans la pratique, les avantages et les inconvénients du gaz de Boghead comparé au gaz de houille, et quelles peuvent être les causes entraînant une consommation supérieure à celle à laquelle il doit normalement donner lieu.
- La première source d’inégalité proportionnelle des deux gaz et d’augmentation accidentelle dans la dépense du gaz de Boghead est sa plus grande valeur.
- Toutes les causes accidentelles de déperdition, telles que : fuites dans les conduites entre le compteur et le bec, fermeture incomplète de ce dernier pendant le jour, ouverture exagérée pendant la combustion, ont une importance quadruple, et leurs effets vont rapidement en croissant avec la négligence ou l’inhabileté des consommateurs, mais elles sont aussi de nature à être évitées complètement, et ne doivent en aucune façon rejaillir sur la Compagnie concessionnaire, en entrant dans l’estimation théorique de la valeur comparée des deux gaz.
- La seconde cause d’inégalité est la différence des rapports entre les lumières et les chaleurs développées par la combustion des deux gaz. En effet, tandis que la chaleur développée par la combustion d’un litre du gaz de houille est environ de 8 à 9,000 calories, celle du gaz de Boghead peut être estimée comme suit :
- 0,68 hydrogène protocarburé et hydrogène.......... 6,510 calories.
- 0,27 hydrogène bicarboné.......................... 4,290 —
- 0,05 vapeur d’eau et gaz neutres.................. »
- 10,800 calories.
- On peut donc admettre que, suivant sa pureté, le gaz de Boghead donne une quantité de chaleur comprise entre 10 et 12,000 calories, soit, par suite, 1,25 à 1,35 fois celle du gaz de houille, et, comme il a une valeur quadruple, il ne donne, à prix égal, que 33 à 42 centièmes de la chaleur de ce dernier. Cette circonstance, qui est un inconvénient grave au point de vue du chauffage, est, au contraire, d’un très-grand prix pour l’éclairage des appartements et des établissements publics, puisque la chaleur excessive que développe la lumière du gaz de houille est un des plus grands inconvénients que présente son emploi.
- Aussi croyons-nous que la véritable solution du problème consisterait à séparer complètement l’éclairage du chauffage, à faire le premier avec des gaz riches, tels que celui que l’on extrait du Boghead, ou ceux qui se produisent dans les premières périodes de la distillation de la houille, et à effectuer le second avec des gaz d’une valeur industrielle beaucoup moindre, tels que l’hydrogène et l’hydrogène protocarboné, c’est-à-dire avec les gaz que l’on obtient dans les dernières phases de la distillation de la houille. Une solution plus radicale, et plus avantageuse encore au seul point de vue du chauffage, consisterait à utiliser pour ce dernier l’hydrogène et l’oxyde de carbone
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- mi
- produits par la décomposition de la vapeur d’eau au contact du carbone incandescent; mais, comme le deuxième de ces gaz est délétère, il ne saurait, à cause du danger que présenteraient les fuites, être appliqué aux usages domestiques.
- Enfin l’infériorité considérable du litre moyen de la série f d’une part, la valeur exceptionnellement élevée de celui de la série o de l’autre, nous amènent à signaler deux dernières causes de variation.
- La première, dont nous avons déjà indiqué le principe, tient à la grande différence qui existe entre les pouvoirs éclairants qui correspondent aux diverses époques de la distillation. A mesure, en effet, que cette dernière s’avance,les produits s’appauvrissent, et ce n’est qu’à la condition d’arrêter la distillation, quand ces derniers ont encore un titre de 12 bougies, que le gaz obtenu présente le pouvoir éclairant normal. En prolongeant l’opération au delà de cette limite, il passe des produits si pauvres, au point de vue de la lumière, que le titre du gaz en est promptement affecté dans une proportion très-forte. C’est ce qui a eu lieu pour la série f, où cette négligence a entraîné un abaissement de 20 pour 100 dans le pouvoir éclairant. Ce n’est donc qu’à la condition d’une surveillance active et intelligente et d’une fabrication régulière et soignée que la Compagnie du gaz général peut arriver à produire un gaz possédant la propriété lumineuse constatée par ces essais.
- Le gaz de houille ne présente ces difficultés et ces inconvénients qu’à un degré beaucoup moindre, la distillation étant toujours poussée jusqu’au bout et le gaz ayant un pouvoir éclairant assez faible pour que celui-ci ne soit pas affecté sensiblement par l’addition de quelques petites quantités de gaz exceptionnellement pauvres.
- La dernière cause de variation est liée intimement à la constitution chimique du gaz.
- Nous voyons, en effet, par ce qui précède, que le gaz de Boghead, comme aussi le gaz de houille, loin d’être une substance homogène, est, au contraire, un mélange de produits complexes, dont la composition moyenne est sensiblement constante dans une bonne fabrication.
- Si on brûlait ce gaz directement à la sortie des gazomètres, il présenterait, il est vrai, en général, une richesse plus grande; mais il ne serait capable de supporter le mouvement dans la canalisation et dans les conduites qu’à la condition de perdre, par précipitation, une partie très-variable de ses éléments les moins volatils, c’est-à-dire les plus riches et les plus éclairants. Il en résulterait donc, suivant l’état des conduites, des variations incessantes dans le pouvoir éclairant, et de plus un engorgement rapide de la canalisation.
- On obvie à cet inconvénient en soumettant le gaz dans les cylindres à une compression de 10 atmosphères, qui précipite tous les produits liquéfiables, et permet au gaz restant de se mouvoir sans altération dans les conduites; mais la non-homogénéité n’en subsiste pas moins, et se révèle lors de l’écoulement hors du cylindre; les gaz les plus légers et les plus pauvres passent les premiers, tandis que les plus lourds, c’est-à-
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- dire les plus riches, ne s’échappent qu’à la fin, quand la pression n’est plus que de 4 à 3 atmosphères environ. C’est avec ces derniers gaz, conservés spécialement pour nous à l’usine de Charonne, qu’a été faite la série o, et l’on a vu qu’ils présentaient un pouvoir éclairant supérieur de 20 pour 100 à celui du gaz normal. Un essai fait sur les premiers gaz qui s’échappent d’un cylindre à 10 atmosphères a donné une différence analogue, mais en sens inverse.
- Ces variations, d’ailleurs, ne doivent influer en aucune façon sur le pouvoir éclairant du gaz livré aux particuliers, soit qu’ils le reçoivent dans des cylindres à domicile, soit qu’il leur parvienne par l’intermédiaire d’une canalisation. Dans le premier cas, en effet, le transvasement est réglé de manière à donner à chacun d’eux une qualité constante de gaz, et, dans le second, les dimensions de la canalisation suffisent pour réaliser toute l’homogénéité désirable. Tout au plus pourrait-on remarquer, chez les particuliers munis de cylindres, une légère augmentation de titre sur la fin de la soirée; mais à Courbevoie cette influence n’a jamais été sensible, bien que nous ayons, dans presque chaque séance, opéré entre les limites extrêmes de l’éclairage de 7 à i 1 heures du soir.
- La constance de nos résultats d’une série à l’autre, constance parfaitement comparable à celle que donnent les essais de la ville de Paris sur le gaz de houille, nous montre, en outre, qu’avec des soins convenables il est possible de réaliser, par la distillation du Boghead, un gaz ayant une composition moyenne sensiblement constante, et qui, même en tenant compte des variations accidentelles, possède quatre fois le pouvoir éclairant du gaz de houille.
- III. — Résumé et conclusions.
- Résumant ce qui précède, nous pouvons répondre aux trois questions soumises à notre examen par la lettre de M. le Maire de Courbevoie, en posant les conclusions suivantes :
- I. — Du litre.
- 1° Le titre d’un gaz est une quantité essentiellement variable avec les conditions de sa combustion et dépend des trois éléments de cette dernière : la pression, le volume et la nature du bec.
- 2° Le titre du gaz de Boghead fourni par la Société du gaz général à la ville de Courbevoie, brûlé dans des becs Manchester de 40 à 80 litres et à une pression moyenne de 0m,012 d’eau environ, a été, en moyenne, supérieur à quatre fois celui du gaz de houille fourni à la ville de Paris et mesuré dans les conditions imposées par le cahier des charges.
- 3° Les conditions dans lesquelles nous avons fait la détermination du titre du gaz de Boghead ne sont point celles qui correspondent au pouvoir éclairant maximum, mais celles de la consommation moyenne.
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- 4° Plus de la moitié de nos essais a été faite sans que la Compagnie fût prévenue suffisamment à l’avance pour pouvoir modifier la nature du gaz. Nous n’avons observé aucune différence entre les expériences annoncées à l’avance et celles faites à l’impro-viste.
- II. — Variations du titre. — Pertes de lumière.
- 1° Le pouvoir éclairant du gaz de Boghead peut présenter de petites variations accidentelles très-rares dues à la fabrication. Nous en avons observé une seule sur quinze séries d’expériences. Elles ne sont pas de nature à faire descendre la moyenne au-dessous du titre normal.
- 2° Le pouvoir éclairant, essentiellement variable avec les conditions de la combustion, peut être atteint avec tous les becs Manchester employés par les consommateurs en faisant varier la pression entre 10 et 20 millimètres et le volume entre 25 et 70 litres.
- Il peut encore l’être, dans les mêmes conditions, avec les becs papillons, quoique ces derniers donnent une perte de 6 à 8 pour 100 pour la consommation moyenne; mais il n’est jamais réalisable avec les becs Bengel à double courant d’air qui donnent une perte comprise entre 20 et 30 pour 100.
- 3° Les variations de titre sont dues à l’existence de pressions différentes de celles qui donnent le maximum, et l’on peut avoir un abaissement de pouvoir lumineux de deux manières :
- A. En brûlant le gaz à une pression trop faible dans un bec destiné à une consommation supérieure à celle qu’on veut réaliser, comme cela a lieu, par exemple, quand on emploie, à pression très-réduite, des becs destinés au gaz de houille. La perte correspondante peut atteindre 12 pour 100, et l’on en est averti parce que la flamme se ramasse et présente la forme d’un U, dont les pointes ne tardent pas à donner de la fumée.
- B. En brûlant le gaz à une pression trop forte, ce qui arrive chaque fois que l’on ouvre entièrement les robinets régulateurs, la pression de la conduite étant de 0mm,030 ; on en est averti quand la flamme perd sa couleur opaque, laiteuse et légèrement jaune, devient translucide et bleuâtre, prend une forme dentelée et s’étale de manière à ce que son bord inférieur s’approche de l’horizontalité.
- 4° Enfin le gaz de Boghead étant une substance quatre fois plus précieuse que le gaz de houille, toutes les pertes dues à la négligence du consommateur ou au mauvais état des becs ont une influence quadruple.
- III. — Moyen d’obtenir le titre normal.
- Pour obtenir le titre normal indiqué par nos essais, c’est-à-dire une lumière quadruple de celle que donne le gaz de houille, il faut et il suffit que l’on brûle le gaz dans des becs Manchester de 40 à 80 litres et à une pression comprise entre 10 et 20 millimètres d’eau.
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- SK . 2 .s H 1§ < « U JS g 'S NUMÉROS des expériences. NATURE DU BEC. PRESSION en millimètres d'eau « Volume de gaz dépensé en litres par heure. NI S < £*3 O — O \ H .g CC ce H 0 H * g TITRE DU GAZ en lampes Carcel. Dépense de gaz nécessaire pour équivaloir 40 gr. d’huile dans la lampe Carcel type. OBSERVATIONS.
- [ 1 s l 2 00 1 3-4 'o 5 ^ U+ 1 £* / « •sa 7 -O CJ 1 „ «S 8 >ë J 9 ®> I 10, 11 " f 12 Manchester de 80 1. à 0m,025. Id Id Id Id Id Id Id Id Id 9 9 14 14 15 10 16 17 13 16 40,50 40.50 60,75 60.50 63 50 65 68 56.50 65 24.1 » 28.1 )) » » )) » )) » 3,44 3,70 4,01 4,76 4,51 3,81 4,65 3,90 4,07 4,37 27,68 25,60 23,75 20,01 21,12 25,06 20,48 24,46 23,43 21,70 Fumée. — Lampe sombre, g (obs.) = 6,25. | (cale.) = 6,75. Les expériences dont la Mauvaise expérience. pression est inferieure a Il millim. ne doivent pas entrer dans l'évaluation de la moyenne.
- 1 Série f, 6 janvier 1865. 1 2 3 4-5 6 7 8 9 10 Manchester de 80 1. à 0m,025. Id Id Id Id Id Id.. Id Id 4 11 8 8.5 14,7 6.5 12,5 8 11 26 53 43 46,5 64 36 58 43 54 17,4 20,96 25,86 » » » 21,60 22,80 2,5 3,0 3,49 2,95 3,06 3,13 2,86 3,09 3,25 38,09 31.81 27,28 32,37 31,12 30,43 33,27 30.82 29,30 L’infériorité de cette série est due en grande partie à la qualité du gaz (texte page 691), et un peu à la rédaction de la pression. | (obs.) = 7,10. | (cale.) = 7,40.
- Série 9, 11 janvier 1865. 0 v< w w Manchester de 401. à 0m,020. Id Id Id Id Id 14,5 14 14 14 12 12 33 32,5 32 31 25 25 29,59 » » 30,54 29,22 » 4,22 4,29 4,90 4,35 4,27 5,20 22,57 22,20 19,45 21,89 22,84 18,32 Mauvaise expérience.Lampe trop sombre. N’entre pas dans la moyenne. Bonnes expériences. Comme 3 g (calc.)= 6,6^ (obs.) = 5,20.
- îg [ 1-1 bis 00 1 2 3-4 c-| 5 *.| « £ 8,9,10,11 Manchester de'40 1. à 0m,024. Id Id Id Id Id Id...'. 18 11 9 9,5 9.5 12 12.5 33 22.5 21.5 23.5 25 22.5 25.5 29,57 31,11 )) » 28 » 27,5 4.21 4,40 4.22 3,90 4,00 3.92 3.93 1 22,62 \L 21,65 r (cale.) = 7,1. 22,57 B 24,42 L 23,81 U vcaic.j _ 7,1. 24,32 il , 24,27 Ir (cale.) = 6,95. |B
- kÔ [ 1 « 1 2-3 Il 4 S fl 1 5-6 •2, J 7 S [ 8 Manchester Id Id Id Id Id 10 11 9,5 11,00 11,50 11 23 24 22 24 25,50 24 » 29,17 » 29,17 27,45 29,17 3,92 4,17 3,90 4,17 3,92 4,17 24,30 22,84 24,42 22,84 24,30 22,84 Mauv. expérience ; la lampe abrûlé moins de 38 gr. On trouve ^ (cale.) =. 7,3. Comme 1.
- 1 2 Manchester de 40 1. à 0m,025. Id 11 13 23,75 26 29 3C » 4,19 4,03 22,71 23,63
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- INDICATION de la série. NUMÉROS des expériences. NATURE DU BEC. PRESSION en millimètres d’eau. Volume de gaz dépensé en litres par heure. TITRE DU GAZ en bougies de l’Etoile. TITRE DU GAZ en lampes Carcel. Dépense de gaz nécessaire pour équivaloir 40 gv. d’huile dans la lampe Carcel type. OBSERVATIONS.
- Série j, 1er février. ' 3 4 5-6 7 Manchester de 40 1. è 0m,025. Id Id Id 11,5 13 12 13 24 26 24,75 25 29,17 26,92 28,28 » 4,17 3,85 4,04 4,00 22,84 24,74 23,58 23,81 jj- (cale.) = 7,05. D g (obs.) = 6,92. (Mesure faite à la fin de la série, la lampe baissait un peu.)
- 1 1 . 1 2 JS ë 1 3 o‘S 1 4 ^ \ '*î ^ 45 V J «o 16 9 « j °’7y 1 8 Manchester de 40 1. à 0m,025. Id Id Id Id Id Id Id 12 10 11,50 12 11 11 12 11 25 22 25.50 26,30 23 23 26 24.50 28,00 » 27,65 26,62 30,35 » » 28,57 4 4,114 3,921 3,802 4,33 4,145 3,70 4,08 23,81 23,15 24,29 23,05 21,90 22,98 25,74 23,34 | (cal.) = 7,01. | (obs.) = 7,10.
- ( 1, 2 •c| 3, 4 H » Manchester de 40 I. à 0m,025. Id Id 12 11,25 11 26,25 24,10 24 26,66 29 » 3,81 4,14 3,98 25,00 23,01 23,93 ^ (cale, et obs.) = 7,00. IJ
- Série m, 16 février. 1 2 3 4 5 ? 8 9 10 11 12 13 Manchester de 401. à 0m,025. Id. avec globe Id. sans globe Id Id Id Id Id Id Id Id Id Id 10 10 10 20 25 17 23 8 4,5 21,5 13 18 24 25.50 26 26 35.50 41 32 37,70 21 9 36 42.50 62.50 27,45 26,92 26.92 32,08 » » 28,00 26,31 17,81 31.92 26,40 25,90 28,25 3,92 3,85 3,85 4,58 4,24 4,57 4,00 3,76 2.55 4.56 3,79 3,70 4,03 24,30 24,74 24,74 20,80 22,48 20,84 23,81 25,33 37,35 20,89 25,26 25,73 23,63 ^ (calculé pour les expériences comparables) = 7,1. £ (obs.) = 6,95. O Cette série ne doit point servir à la recherche du pouvoir éclairant normal, les variations de la pression empêchant de prendre la moyenne des expériences.
- Série n, 21 février. Ht 1 Manchester de 40 1. à0°,022. Id Id 9,25 8,50 8,50 25,70 24,50 24,50 27,24 28,57 » 3,90 4,08 4,08 24,49 23,34 23,34 ^ (cale.) = 6,9.
- Série o, 26 février 1865. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 Manchester de 65 1. à 0m,025. Id Id Manchester de 55 I. à 0m,025. Id Id Id Id Manchester de 1001. à O’SOIS. Id Bec Bengel pour gaz riche... Id., type meilleur Id 2,50 8 16 23 4 10 13 21 7 10 3 1,5 1 18 23 47 59 18,5 30 38 48,50 38 57 36 47 35 22,22 30,43 34,04 36,10 23,46 28,85 33.55 38,97 29,21 30,40 21.56 21,30 26,60 3,17 4.35 4,86 5.16 3.35 4,12 4.79 5,57 4.17 4,34 3,08 3,61 3.80 30,00 21,94 19,60 18,46 28,57 23,11 19.90 18.90 22,84 21,99 30,92 26,38 25,06 Série faite avec du gaz exceptionnellement riche. N’entre pas dans le calcul des moyennes. V. texte, p. 691 et 692.
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- SUR LE CYLINDRAGE A VAPEUR DES CHAUSSÉES EMPIERRÉES (PL. 327).
- Depuis quelque temps on voit circuler sur les larges chaussées empierrées qui constituent les grandes voies de communication de la Capitale un système de rouleaux compresseurs, dans lequel l’action de la vapeur est substituée à celle des chevaux pour opérer la traction. Cette nouvelle application de la vapeur, que M.Combes avait signalée, il y a quelques années, à la Société dans l’une de ses séances (1), a été, avant son adoption, l’objet d’essais réitérés de la part de MM. les ingénieurs du service municipal qui, après avoir expérimenté deux genres de rouleaux, celui de M. Lemoine et celui de M. Ballaison, ont fini par donner la préférence à ce dernier.
- Nous allons donner un extrait du rapport officiel qui a motivé l’adoption du rouleau à vapeur du système Ballaison, en même temps que nous publions le dessin de cette dernière machine, la seule employée aujourd’hui à Paris.
- L’expérience, dit le rapporteur, a prouvé d’une manière incontestable que le mode d’entretien le meilleur et le plus économique des voies empierrées de Paris était celui qui consiste à employer les matériaux par minces rechargements généraux, cylindrés jusqu’à prise complète. La grande fréquentation des voies de la Capitale ne permet pas, en effet, d’y faire de petits emplois partiels de matériaux avec le soin qu’ils exigent; les cantonniers, même en exposant leur vie au milieu de la circulation des chevaux et voitures, ne peuvent que mettre rapidement les matériaux dans les fïaches sans une préparation convenable, et ces matériaux sont toujours plus ou moins éparpillés sur les chaussées. Il en résulte des pierres errantes qui deviennent dangereuses sous les pieds des chevaux lancés à grande vitesse, et qui sont alors écrasées en pure perte pour l’entretien.
- La main-d’œuvre du cylindrage s’est donc de plus en plus étendue dans Paris, et le nombre des cylindres qui circulent sur les voies a toujours été en augmentant. Ces lourdes machines attelées de six et même huit chevaux deviennent une entrave des plus graves pour la circulation et sont cause d’une multitude d’accidents, soit par elles-mêmes, soit par les embarras de voitures qu’elles déterminent souvent.
- Préoccupée de ce grave inconvénient, l’Administration a espéré y remédier en substituant aux rouleaux compresseurs ordinaires des rouleaux mus par la vapeur, et c’est dans ce but que, depuis 1861, elle a expérimenté l’emploi des divers appareils de ce
- (1) Voir Bulletin de 1861, 2e série, t. VIII, p. 123.
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- genre qui lui ont été présentés, parmi lesquels celui de M. Lemoine et celui de M. Ballaison.
- Appareil du système Lemoine.
- L’appareil de M. Lemoine se compose d’un seul cylindre pris dans une carcasse en fer qui porte la chaudière et la machine à vapeur, et est terminée à ses deux extrémités par un très-petit cylindre, destiné seulement à servir de gouvernail à l’appareil. Le poids total de la machine est de 12,000 kilog. Dans les expériences faites avec cette machine, on a toujours trouvé que, tout en comptant une somme importante pour les réparations et l’amortissement, on obtenait avec la vapeur un cylindrage coûtant moitié moins, comme temps et comme argent, qu’avec les chevaux. Cependant, d’un autre côté, on a reconnu quelques inconvénients :
- 1° L’appareil très-trapu et s’éloignant des formes ordinaires effraye les chevaux, même au repos.
- 2° Le poids total de 12 tonnes portant sur un seul rouleau brise un peu les pierres lorsque la couche d’empierrement a une épaisseur de 0m,10 à 0m,20, et produit une vague devant lui dans les premiers moments du cylindrage, lorsque l’épaisseur de cette couche est plus considérable ou que le sous-sol n’est pas parfaitement résistant. Le rouleau tourne alors sur lui-même sans avancer, et il faut de temps en temps un cric pour le faire sortir de l’espèce de fosse qu’il a produite.
- 3° Enfin, mais ce n’est qu’un détail de construction, la roue dentée et le cylindre auquel elle donne le mouvement ont des diamètres presque égaux, en sorte que la première affleure l’empierrement, et que les pierres s’engagent quelquefois entre deux dents et donnent lieu, en arrivant contre le pignon, à des chocs capables de briser l’arbre de couche.
- Pour éviter tous ces inconvénients , on commence généralement le cylindrage avec des chevaux, et, dès que la chaussée a été égalisée et un peu affermie, on termine avec le cylindre à vapeur, qui par son grand poids donne une grande stabilité à l’empierrement.
- Appareil du système Ballaison.
- L’appareil de M. Ballaison comprend deux rouleaux ou cylindres pris dans une charpente qui supporte la machine à vapeur située entre eux. Le mouvement est transmis par des chaînes de Gall. L’axe de chaque rouleau peut faire un angle de quelques degrés par rapport à sa position normale, et permettre ainsi à l’appareil de tourner d’une rue dans une autre, d’éviter les obstacles, etc.
- Le poids total de la machine et des rouleaux est de 13,200 kilog., avec un approvisionnement moyen d’eau et de combustible. On voit, à priori, que cet appareil revient à avoir deux rouleaux de dimension et de poids ordinaires. Si donc il va aussi vite que l’ancien rouleau traîné par des chevaux, il doit produire le double d’ouvrage dans le Tome XII. — 64e année. 2e série. — Novembre 1865. 89
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- même temps, et, si la dépense journalière est la même (ce qui est à peu près exact en tenant compte des réparations et de l'amortissement), on a une dépense moitié moindre par mètre superficiel. Le modèle dont nous donnons le dessin (pl. 327) n’a pas de ressorts ; mais, avec des ressorts et des longerons en fer au lieu de longerons en bois, le même type pèse 1d,2o0 kilogr.
- La force de la machine à vapeur est de 10 chevaux ; sa consommation en charbon est de 7 à 8 kilogr. par force de cheval et par heure.
- L’appareil Ballaison, par suite de la répartition de la charge sur deux rouleaux, ne produit pas sur un même point une pression aussi forte que l’appareil Lemoine, et par conséquent il n’a pas, comme celui-ci, l’inconvénient de creuser des espèces de fosses sur les terrains peu résistants. D’ailleurs, lorsque, par hasard, un semblable accident arrive à l’un des cylindres, il est rare que l’autre ne continue pas à imprimer à l’appareil son mouvement de progression.
- Enfin la disposition particulière de cet appareil, qui fait peu de bruit et où le foyer se trouve caché entre les deux rouleaux, cause, en général, si peu de frayeur aux chevaux, que les ingénieurs qui ne l’avaient d’abord fait fonctionner que sur des voies excentriques et fermées encore à la circulation se sont successivement enhardis à l’employer, même dans le jour, sur des voies très-fréquenlées. Quelques accidents se sont, il est vrai, produits dans le principe, mais des précautions ont été prises, quelques perfectionnements ont été apportés à l’appareil, en sorte que l’on peut aujourd’hui le considérer comme définitivement adopté et appelé à rendre de grands services en débarrassant la voie publique des rouleaux à chevaux qui y causent des encombrements si fâcheux.
- La planche 327 représente l’appareil Ballaison.
- Fig. 1. Élévation longitudinale du côté de la commande.
- Fig. 2. Vue de bout du côté de la chaudière à vapeur.
- Fig. 3. Autre élévation longitudinale du côté du levier de manœuvre des rouleaux.
- A, charpente sur laquelle est installée la machine à vapeur avec tous ses acces-oires,
- B, B, rouleaux de mêmes diamètres supportant tout l’appareil ; ils sont montés fous sur des axes parallèles auxquels sont suspendus les longerons de la charpente A: d’un côté (fig. 1), cette suspension est obtenue par le seul engagement des axes dans des coussinets à larges patins boulonnés; de l’autre (fig. 3), elle est réalisée au moyen de doubles brides B', entre lesquelles passe le longeron, et qui, à la partie supérieure, embrassent les axes, et à la partie inférieure les tourillons de gros galets W' (fig. 2), qui peuvent louler contre la face inférieure du longeron.
- C, C, glissières sur lesquelles sont placées, du côté du levier de manœuvre des rouleaux, les extrémités des axes qui sont engagées dans les brides B' (fig. 3); au moyen de ce levier de manœuvre ces brides et, par suite, les extrémités des axes peuvent être rapprochées ou écartées d’une certaine quantité, de manière à faire
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- converger les rouleaux l’un vers l’autre du côté droit ou du côté gauche, et par conséquent à diriger l’appareil à droite ou à gauche. Il va sans dire que cette convergence ne peut être obtenue qu’à la condition de laisser aux extrémités opposées des axes des rouleaux un certain jeu dans les coussinets correspondants ; c’est ce qu’indique là figure 1.
- D, levier de manoeuvre à l’aide duquel on opère le rapprochement ou l’écartement des axes des rouleaux.
- E, E, fourchettes à écrous reliées de part et d’autre aux brides mobiles (fig. 3), et opérant le mouvement de traction commandé par le levier D au moyen d’une tige horizontale filetée et de deux pignons d’angle.
- F, machine à vapeur composée de deux petits cylindres oscillants chargés de mettre en mouvement les rouleaux.
- G, arbre moteur actionné par deux bielles correspondant à chacun des cylindres oscillants, et transmettant le mouvement aux rouleaux au moyen d’engrenages et de chaînes de Gall; cette transmission est trop clairement indiquée sur les figures pour qu’il soit nécessaire d’y mettre des lettres.
- H H, mode de liaison entre les grandes roues dentées des châssis et les rouleaux qu’elles commandent.
- I, I, réservoirs d’eau, de forme évidée pour le passage des rouleaux.
- J, tuyau de prise de vapeur.
- K, tuyau d’échappement.
- L, injecteur Giflard.
- M, levier de changement de marche de l’appareil (fig. 1).
- (M.)
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Sur l'exploitation des coprolitlies de Cambridge (Angleterre), par M. Georges Sandys. — On donne, comme on sait, le nom de coprolithes (1) à des
- (1) Dos deux mots grecs *0-3730? (kopros), excrément, et Aiôo? (lithos), pierre. Les coprolithes, au milieu desquels l’œil armé d’un microscope peut souvent encore apercevoir quelque indice de matière membraneuse, sont composés de phosphate de chaux; ils appartiennent à la formation silurienne, dont l’âge est supposé remonter à une époque antérieure à celle de la création de l’homme.
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- amas d’excréments fossiles restés pendant longtemps sans emploi, et dont la science moderne a démontré, dans ces dernières années, l’efficacité particulière comme engrais. On en rencontre dans plusieurs comtés de l’Angleterre, mais dans aucun il n’en existe autant que dans celui de Cambridge. Ressemblant en quelque sorte à des couches géologiques, ces dépôts se trouvent à des profondeurs de 8 à 10pieds (2m,40 à 3 mètres) au-dessous de la surface du sol, et fournissent une matière qui, lavée et pulvérisée, sert à préparer des nitrates, superphosphates et autres engrais chimiques dont l’agriculture fait un large emp’oi. Les avantages qu’offre ce genre d’amendement sont aujourd’hui trop bien démontrés pour qu’il soit nécessaire d’entrer à cet égard dans quelques détails, qui d’ailleurs n’apprendraient rien de nouveau.
- Les exploitations les plus importantes de coprolithes sont situées au village d’Abington, à 13 milles environ de Cambridge et à 4 milles de la petite ville de Roy-ston ; elles sont placées sous la direction de M. Charles Cooper. Pour se faire une idée de la situation, qu’on se figure une surface de terrain de près de 250 acres (101 hectares), présentant çà et là de véritables lacs de boue liquide provenant des appareils de lavage, et sur laquelle s’agite et travaille une population d’environ 400 ouvriers, dont 30 à 40 employés à extraire la matière des tranchées. Les flots d’eau incessants qui arrivent, les nombreuses machines à vapeur en mouvement et les marteanx des ateliers de réparation des outils forment, avec la voix des travailleurs, un de ces bruits dont le retentissement annonce de loin au voyageur qu’il approche d’un grand centre d’activité.
- Avant de pouvoir être un produit marchand, les coprolithes sont soumis à une série d’opérations qui sont : l’exploitation, le lavage, le broyage et le mélange. Les deux premières, dont il va être seulement question, ont lieu, comme on vient de le voir, sur les lieux mêmes, tandis que les deux autres s’effectuent à Ipswich.
- Les ouvriers sont divisés en plusieurs brigades ayant chacune leur spécialité; ainsi les uns sont occupés à l’exploitation du terrain, les autres au chargement des matières extraites, d’autres enfin à l’approvisionnement et au fonctionnement des appareils de lavage.
- Les couches de coprolithes ont environ 9 pouces d’épaisseur (0m,230). Les mineurs commencent par enlever sur plusieurs points le terrain qui les recouvre et le disposent avec soin, parce qu’il doit servir ultérieurement de remblai; puis ils font une tranchée de 6 pieds de large (lm,80) sur 80 à 90 pieds de longueur (24m,40 à 27m,40) et extraient alors la matière qui, au fur et à mesure de sa sortie, est chargée dans deswag* gons spéciaux qu’un cheval traine sur un petit chemin de fer jusqu’aux appareils de lavage.
- Ces waggons se composent d’une caisse montée sur un châssis porté par quatre roues; un simple verrou maintient cette caisse en position, en sorte que, lorsqu’elle arrive au lieu de déchargement, un enfant suffit, par la seule manœuvre du verrou,
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- pour la faire basculer et vider directement son contenu dans les appareils de lavage (1).
- Ceux-ci se composent d’une cuve cylindrique en tôle rivée, ayant 18 pieds de diamètre (5m,40) et 2 pieds de profondeur (0m,60); on y fait arriver l’eau, puis on y jette les matières que remuent constamment des râbles dentés, pour séparer les fossiles de l’argile qui les empâte. De temps en temps on ouvre une vanne, et, pendant qu’on fait arriver de nouvelle eau dans les appareils, on fait sortir l’ancienne qui entraîne l’argile dans de grands réservoirs. Cette argile est ensuite reprise par de petites norias qui la rejettent sur un terrain spécial, où elle reste jusqu’à dessiccation. Lorsqu’elle est sèche, on la replace dans les excavations d’où les coprolithes ont été tirés et on la recouvre avec les déblais de la surface dont il a été parlé plus haut, afin de rendre le terrain à la culture.
- Grâce à des dispositions ingénieusement combinées, ce sont les mêmes machines qui mettent en mouvement les râbles des appareils de lavage, les pompes qui fournissent l’eau et les norias qui puisent l’argile dans les réservoirs.
- ( The Technologist.)
- Rareté du papier en Californie. — On se plaint, en Californie, de l’impossibilité dans laquelle se trouvent les papeteries locales de satisfaire aux exigences considérables de la consommation ; il n’existe, en effet, dans le pays, que trois usines, et, pendant que le nombre en reste stationnaire, la demande, au contraire, s’accroît tous les jours davantage. De ces trois usines, l’une fait le papier de journal et d’emballage, l’autre ne fait que du papier de paille 5 et quant à la troisième, qui est plus récente, on ne peut guère compter sur sa production, car elle chôme souvent faute d’eau.
- LesjournauxdeSanFranciscoabsorbentà eux seuls,chaque année, pour 350,000dol-lars de papier (environ 1,750,000 francs); en outre, celui qui se consomme sur la côte du Pacifique depuis Mazatlan jusqu’à Victoria, région qui comprend toute la Californie, l’Orégon, la Nevada et les îles Sandwich, est également tiré presque exclusivement de San Francisco, dont le commerce est alors obligé de le faire venir de New-York et de Boston, où il se paye très-cher. On a bien songé à la Chine et au Japon qui produisent beaucoup, et qui pourraient alimenter San Francisco à bien meilleur compte. Le papier de ces pays, bien que différent de celui de l’Amérique, est de très-bonne qualité; il est doux, résistant et reçoit parfaitement l’impression des caractères, mais il a le défaut de n’être pas très-blanc par suite des matières premières qui entrent dans sa fabrication (les fibres du bambou et du mûrier); de plus, il a le désavantage d’avoir de petites dimensions, ce qui est, en général, un obstacle assez sérieux pour l’impres-
- (1) Ces waggons ont une grande analogie avec les waggons de terrassement qu’on emploie en France pour la construction des voies de chemins de fer. ( M.)
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- sion des journaux, surtout pour ceux de l’Amérique dont le format est colossal. Néanmoins il serait possible de tirer parti de cette situation; pour cela il suffirait d’envoyer, dans ces contrées, des machines européennes qui, en modifiant le format des produits, permettraient alors de remédier, dans de bonnes conditions, à la pénurie dont se plaignent les contrées californiennes. (Ibid.)
- Production minérale de la Grande-Bretagne en 1864. — Les tableaux statistiques de la production des mines de la Grande-Bretagne en 1864 viennent d’être publiés par les soins de M. Robert Hunt; les chiffres qu’ils présentent témoignent d’un accroissement considérable sur l’année 1863, ainsi qu’on en peut juger par les détails suivants :
- Nombre de houillères en activité, en 1864, dans la Grande-Bretagne
- et l’Irlande.............................................................. 3,268
- Nombre de mineurs.......................................................... 307,512
- Production de ces houillères............................................ 92,787,873 tonnes.
- Sur cette production il a été exporté.............................. 8,800,420 —
- Augmentation de l’exportation comparée à celle de 1863............. 525,208 —
- Sur la production de 1864, Londres a reçu.......................... . 2,351,342 —
- Nombre d’individus ayant péri dans les accidents de mine........... 867
- Extraction des minerais de fer................ 10,064,890 tonnes, j
- En outre, il en a été importé dans la même j 10,140,084 tonnes.
- année................................... 75,194 — )
- Nombre de hauts fourneaux alimentés par ces minerais............... 612
- Production en fonte de ces hauts fourneaux......................... 4,767,951 tonnes.
- Sur cette production il a été exporté.............................. 465,951 —
- Le reste a été absorbé par 127 forges, disposant de 6,262 fours à puddler et de 718 laminoirs.
- Extraction des minerais de cuivre (192 mines dans le sud-ouest de
- l’Angleterre et 30 dans les autres districts). ................. 214,604 tonnes.
- Rendement de ces minerais en cuivre métallique.................. 13,302 —
- Extraction des minerais de plomb (principalement de la galène). . . 94,433 —
- Rendement de ces minerais en plomb métallique.......................... 91,283 —
- Id. id. en argent..................................... 18,168 kilogr.
- Extraction des minerais de zinc (principalement de la blende). . . . 15,047 tonnes.
- Rendement en zinc métallique................................................. 4,040 —
- Extraction des pyrites de fer (pour les fabriques d’acide sulfurique et
- de sel de soude).................................................. 94,458 —
- Extraction des minerais d’étain............................................. 15,211 —
- Rendement en étain métallique............................................... 10,108 —
- Cinq mines d’or exploitées dans le comté de Merioneth ont produit
- en quartz aurifère.............................................. 2,336 —
- Rendement en or métallique......................................... 82 kilogr.
- Valeur totale de la production minérale de 1864.................... 999,495,925 francs.
- (Journal of the Society o farts.)
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- Sur «Ses concrétions curieuses trouvées dans un appareil où circule de la vapeur d'eau, par M. Ed. Albert Sclilumberger. — Ces concrétions de forme ronde ont été trouvées, à plusieurs reprises, dans le tambour à vapeur d’une en-colleuse ; quelques-unes sont creuses et atteignent parfois le volume d’une grosse noix. La formation de ces calculs pouvant amener de graves inconvénients par suite de leur pénétration dans les tuyaux et de l’obstacle qu’ils auraient apporté à la circulation de la vapeur, il importait donc d’en empêcher la production, et c’est à quoi l’on est parvenu par l’emploi d’un tuyau purgeur placé dans le tambour et dont l’extrémité, en forme de cuiller, saisit les moindres parcelles solides qui peuvent se former et les conduit au dehors.
- Le remède trouvé, il a paru néanmoins intéressant à M. Albert Schlumberger de déterminer la composition de ces concrétions. A cet effet, une petite quantité ayant été réduite en poudre fine, on l’a traitée par une solution alcoolique de potasse dans le but d’enlever les matières grasses. La poudre ainsi lavée, étant fortement attirée par l’aimant, a été soumise à des lévigations; mais il ne s’est point déposé de fer métallique. Traitée ensuite par l’acide chlorhydrique, elle s’est dissoute presque en totalité sans aucun dégagement de gaz, et la liqueur a été reconnue pour ne contenir, pour ainsi dire, que du perchlorure de fer. M. Schlumberger a conclu de là que les particules attirées par l’aimant ne constituaient point du fer métallique, mais bien des traces d’oxyde de fer magnétique. Quant au léger résidu insoluble dans l’acide chlorhydrique, il n’était formé que de matières terreuses et d’une petite quantité de plomb.
- L’une de ces concrétions, du poids de 7 grammes, a fourni :
- Gr.
- Matière grasse......................... 1,208
- Plomb (litharge)....................... 0,025
- Matières terreuses..................... 0,135
- Oxyde de fer magnétique................ 5,632
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- Ces proportions n’ont cependant rien de fixe, car elles varient dans chaque échantillon.
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 18 octobre 1865.
- Présidence de MM. le sénateur Dumas, président, et Amédée-Durand, vice-président.
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- Correspondance. — M. le Ministre de Y agriculture, du commerce et des travaux publics adresse l’ampliation de l’arrêté qui, sur la proposition du Conseil, nomme les jeunes Lair, Parent, Pfeiffer, Ge'ruzet et Richerolles aux Ecoles impériales d’arts et métiers de Châlons et d’Angers pour y jouir des bourses appartenant à la Société.
- MM. Seguin aîné à Annonay, de Gaumont à Caen, Merle à Alais, Clément Désormes à Lyon, Nicolas Kœchlin à Mulhouse et Guimet à Lyon, nommés membres correspondants de différents comités du Conseil de la Société, adressent des remercîments pour ces nominations et promettent un concours actif à la Société.
- M. Sacleux, rue Saint-Sébastien, 14, à Paris. — Compteur pour voitures. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Berne, avenue des Ternes, 71. — Système d’appareil pour cheminées, destiné à empêcher le rabattement de la fumée et désigné par l’inventeur sous le nom de trisiphon. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Brément, à Auvers près Pontoise. — Nouveau genre de moteur. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. B. Widveryck, fabricant à Saint-Quentin, demande la visite des établissements qu’il a créés à Saint-Quentin et à Deville-lès-Rouen, et dans lesquels s’exécutent les peignage, filature, retordage, tissage et teinture des laines. (Renvoi au même comité réuni à celui des arts chimiques.)
- M. Julien Caudron, membre de la Société, demande que la Société lui accorde son bienveillant concours pour l’aider à payer plusieurs annuités de brevets concernant les inventions qu’il a présentées dans une précédente séance. (Renvoi aux différents comités déjà saisis de ces affaires.)
- M. Crétin (Gabriel), rue Lepelletier, 3. — Timon et brancard brisés de rechange. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Ernest Rouy, chirurgien-dentiste, avenue Victoria,!. — Dentiers artificiels. (Renvoi à l’Académie de médecine.)
- M. Joseph Labriola, rue du Temple, 169, demande la nomination d’une commission pour assister aux expériences de son nouveau propulseur à palettes. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Chambron, entrepreneur de menuiserie, faubourg Saint-Martin, 263.—Nouveau modèle de lambourde pour parquets. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Ravinet, rue Popincourt, 66. — Compas de proportion pour le découpage des douves de tonneaux. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Laurent Courtin, faubourg Saint-Denis, 85. — Palier graisseur offrant, suivant l’auteur, différents avantages parmi lesquels celui d’être économique sous le rapport de la consommation de l’huile. (Renvoi au même comité.)
- M. Boivin, h Lons-le-Saunier, rue Saint-Désiré, 20. — Procédé pour reproduire sur papier ordinaire les écritures à l’encre autographique. (Renvoi au comité des arts économiques.)
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- M. Joseph Fouquez, rue Saint-Maur, 216. — Fermoir de porte-monnaie. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- MM. David Steven de Glasgow (Écosse), Théodore Wasastjema de Saint-Michel en Finlande, et B. Lounsbury de New-York, demandent à concourir pour le prix Alexandre, (encre pour plumes métalliques.)
- M. Amédée Gratiot, président du comité central des fabricants de papiers. — Envoi de la collection complète du Moniteur de la papeterie.
- Correspondance imprimée. — Rapport du capitaine Tyler, du corps royal du génie anglais, sur le chemin de fer proposé par MM. Brassey et comp. pour la traversée du mont Cenis, etc. (Renvoi à la commission du Bulletin.)
- Sur l’abréviation des distances entre l’Europe et l’Asie, brochure par M. Pourra-geaud, géomètre.
- Mémoires de la Société de géographie de Londres pour l’année 1864.
- Étude sur la digestion et l’alimentation, par M. le docteur Sandras.
- Programme des prix mis au concours pour l’année 1865-66 par la Société industrielle d’Amiens. (Renvoi à la commission du Bulletin.)
- Autre programme de prix par la Société d'agriculture de Seine-et-Oise. (Renvoi à la même commission.)
- Recherches chimiques sur le myrte d’Australie, par MM. S. de Luca et G. Ubaldini. (Renvoi à la même commission.)
- Mémoire sur l’acide phénique, par M. P. A. F. Bobœuf.
- Note sur la substitution du bois de châtaignier à l’écorce de chêne dans la tannerie, par M. A. F. Michel.
- Revues semestrielles de métallurgie, par M. Grateau.
- La Belgique; ses ressources agricoles, etc., par M. Auguste Meulmans.
- Divers ouvrages sur la meulerie et la meunerie, par M. Auguste Piot.
- Communications. — M. Gaudin entretient la Société de quelques expériences sidérurgiques auxquelles il s’est récemment livré. Déjà, en 1848, il avait essayé avec un certain succès l’emploi du bore ajouté en minime proportion à de la ferraille soumise à une très-haute température dans des creusets en acier, et avait obtenu un métal d’une très-grande résistance, mais ne pouvant se forger.
- Voulant répéter la même expérience avec un cubilot ordinaire, mais en y ajoutant cette fois, au lieu de bore, du phosphate de fer et du peroxyde de manganèse, il a obtenu une espèce de fer dur non forgeable, mais se coulant très-bien et pouvant, par conséquent, s’appliquer à la fabrication des pièces qui exigent une très-grande résistance. M. Gaudin présente des échantillons de ce métal et fait remarquer leur extrême sonorité, qui pourrait peut-être permettre de l’employer à la fabrication des cloches.
- M. Gaudin annonce en même temps au Conseil qu’il a pris un brevet pour un procédé de fabrication de l’acier au four à réverbère, procédé dans lequel il ajoute à Tome XII. — 64* année. 2e série. — Novembre 1865. 90
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- la fonte en traitement une certaine quantité de nitrate de soude, de peroxyde de manganèse et de chaux fluatée destinés, suivant lui, à augmenter la température et à purifier le métal. Au moyen de ce procédé, il espère fournir de l’acier à raison de 200 francs la tonne et traiter directement d’un seul coup toute la coulée d’un haut fourneau.
- Enfin M. Gaudin a fait des essais de fonte de tungstène et a obtenu, paraît-il, un corps métallique tellement dur, qu’il croit pouvoir l’employer, avec autant de succès que le diamant noir, au creusement des roches et qu’il voudrait voir appliquer au percement du tunnel du mont Cenis, espérant, par là, arriver à une solution plus rapide que celle que doivent donner les machines qui fonctionnent actuellement.
- A l’occasion des essais métallurgiques de M. Gaudin, M. le président Dumas dit quelques mots d’un procédé de M. Boblique, qui permet de tirer parti des minerais de fer pauvres pour la production économique du phosphate de soude. En traitant du phosphate de chaux par du fer, on obtient du phosphure de fer à 15 p. 100 de phosphore. Ce phosphure, fondu avec du sulfate de soude, donne du phosphate de soude et du sulfure de fer en proportions équivalentes.
- La communication de M. Gaudin est renvoyée au comité des arts chimiques.
- M. le Président, faisant remarquer que la date de la prochaine séance correspond avec celle de la fête de la Toussaint, propose et le Conseil décide que cette séance sera avancée d’un jour et aura lieu, par conséquent, le mardi 31 octobre au lieu du mercredi 1er novembre. m
- nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société :
- MM. Fabre, fabricant de boyauderie ;
- Buignety professeur de physique ;
- Joseph-Berti Calura, graveur à Florence ;
- Creswel, Tavernier et comp., fabricants de miroirs platinisés;
- Schutzenberger, préparateur de chimie au collège de France;
- Loizeau, fabricant de crayons à Poissy ;
- Fayette, chef d’institution à Argenteuil.
- Séance du mardi 31 octobre 1865.
- Présidence de MM. le sénateur Dumas, président, et Amédée-Durand, vice-président.
- Correspondance. — M. le Président de la Société d’encouragement pour l’industrie des Pays-Bas demande à échanger contre le Bulletin les publications de cette Société. (Renvoi à la commission du Bulletin.)
- M. le Directeur de la Société scientifique d’Arcachon (Gironde) adresse le pro-
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- gramme d’une exposition de pêche et d’aquiculture que celte Société se propose d’ouvrir en 1866, avec le concours du Gouvernement. (Renvoi à la Commission du Bulletin.)
- M. Patureau, rue de Malte, 68.—Compteur à eau avec réservoir. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- MM. Gauthier et comp., boulevard de Strasbourg, 50. — Machine à coudre exécutant les différents points des autres machines. (Renvoi au même comité.)
- M. Galibert, boulevard de Sébastopol, 73. — Perfectionnements à son appareil respiratoire à réservoir d’air, sur lequel un rapport a déjà été fait à la Société par M. Combes au nom du comité des arts mécaniques (1). (Renvoi au même comité.)
- M. Lacroix, place du Marché-Saint-Honoré, 22. — Cuisson du plâtre à la houille. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- M. Constantin, à Avignon. — Huile épurée pour l’horlogerie, résistant, suivant l’auteur, à l’action des températures froides ou chaudes les plus intenses. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Marès, agriculteur à Montpellier, adresse des remercîments au sujet de sa nomination comme membre correspondant du Conseil de la Société.
- M. Legrand, rue Saint-Honoré, 207. — Vaporisateur destiné à introduire dans l’air différents genres d’aromes. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Bignon, de Lima, présente sous les auspices deM. Pelouze différents échantillons de savons de ménage.
- Communications. — A l’occasion des savons de M. Bignon, M. Dumas, Président, fait remarquer combien il importe, pour diminuer le prix de revient de la soude fabriquée par le procédé Leblanc, de régénérer le soufre ordinairement perdu dans les opérations, et qui devient une cause d’infection pour les habitations voisines des fabriques. C’est là, ajoute-t-il, un problème des plus importants, et qui a déjà été étudié par divers chimistes, entre autres par M. Gossage et par M. E. Kopp, qui a adressé à ce sujet un mémoire à l’Académie des sciences.
- M. Dumas invite la commission du Bulletin à réunir, pour les publier, les divers mémoires qui ont déjà été présentés sur cette importante question de la régénération du soufre des marcs de soude.
- M. Payen, membre du Conseil, consulté par M. le Président, est complètement de son avis et regarde comme une des questions les plus intéressantes pour l’industrie de reprendre, pour les traiter, les eaux de lessivage ou les marcs eux-mêmes provenant de la fabrication de la soude.
- M. Tresca, membre du comité des arts mécaniques, présente, de la part de M. Cave'
- (t) Yoit Bulletin de 1864, 2« série, t. XI, p. 138.
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- jeune, un projet d’égout collecteur destiné à relier tous les égouts qui aboutissent à la Seine entre Paris et Saint-Denis. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. le Président entretient la Société des grands travaux de canalisation souterraine entrepris depuis ces dernières années par ordre de l’Administration municipale, et dont l’ensemble doit constituer un réseau considérable d’égouts.
- Le projet à exécuter comprend deux grands égouts collecteurs, l’un sur la rive droite et l’autre sur la rive gauche, tous deux devant se réunir en un certain point pour déboucher dans la Seine, à Asnières. On sait que celui de la rive droite est déjà terminé; mais ce qu'on ignore, c’est que celui de la rive gauche est lui-même presque achevé, sauf une lacune de 300 mètres, et le serait depuis longtemps déjà sans l’indécision dans laquelle se sont trouvés les ingénieurs, de savoir si le drainage de la butte du Panthéon serait continué par la rue Saint-Victor, ainsi qu’il avait été tracé dans le principe. Aujourd’hui la question est résolue, le drainage sera continué parla rue des Écoles, et comme, ainsi qu’il vient d’être dit, il ne reste plus à faire que les 300 mètres de raccordement, le travail sera terminé avant le mois d’août 1866.
- Les riverains se plaignent, et avec quelque raison, des émanations produites à la bouche de l’égout d’Asnières; mais ces plaintes n’auront plus lieu de se produire, lorsque la seconde partie du projet de l’Administration aura reçu son entière exécution. On doit, en effet, exécuter en aval de Paris un barrage qui aura pour effet de relever, dans l’intérieur de la ville, le niveau des eaux de la Seine de lm,50 au-dessus de l’é-tiage, et d’empêcher par là les émanations qui se produisent pendant les grandes sécheresses de l’été. Ce barrage, qui aura, en outre, l’avantage de diminuer le nombre des jours de chômage de la navigation, va créer une force de 1,000 chevaux, qui servira à reprendre les eaux de l’égout d’Asnières et à les relever jusqu’à un certain niveau, d’où elles pourront être distribuées à l’état d’engrais liquide, ou appliquées à des opérations de colmatage.
- M. Dumas fournit à cet égard à la Société les renseignements les plus authentiques. Il ajoute que la ville de Londresf s*est trouvée placée dans une situation analogue à celle de Paris relativement au produit de ses égouts, situation rendue peut être plus grave encore, en ce sens que chez nos voisins les égouts sont chargés, en outre des eaux-vannes, d’emporter les {matières [fécales elles-mêmes; et il fait remarquer que, par une curieuse coïncidence, les ingénieurs anglais chargés d’étudier la question se sont arrêtés à une solution identique à celle dont la ville de Paris poursuit l’exécution. Un égout collecteur a été établi sur chaque rive de la Tamise; mais là c’est celui de la rive droite qui déverse son contenu^dans celui de la rive gauche, et de là les matières liquides, grâce à la configuration du terrain, doivent couler, par leur pente naturelle, dans une galerie qui les conduira au lieu où doit se faire l’opération du colmatage, après avoir, sur son parcours, distribué l’engrais liquide partout où la demande en aura été faite. Il va sans dire qu’en France comme en Angleterre le colmatage se fera
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- plutôt en hiver, où il y a toujours excédant de produit. Cette opération, dans ce dernier pays, doit être pratiquée sur des terrains situés au voisinage de la mer; en France, elle aura lieu sur une région déjà déterminée, mais que M. Dumas demande la permission au Conseil de ne pas lui révéler.
- M. Dumas rappelle que, dans la dernière séance, une brochure sur le myrte d’Australie a été présentée par MM. S. de Luca et Ubaldini, et il invite le comité des arts chimiques à examiner avec soin ce travail, qui renferme une question des plus intéressantes sous le rapport de la production du bitartrate de potasse.
- Le myrte, dit M. Dumas, est un arbuste des champs qui croît spontanément en Australie, que l’on cultive en Italie et qui pourrait parfaitement convenir au sol de quelques parties de l’Algérie. Doué d’une végétation luxuriante, il donne un fruit dont la matière colorante paraît être analogue à celle du raisin. Ce qu’il y a de plus remarquable, c’est que le moût de ce fruit est identique à celui du raisin comme composition, et qu’il donne un vin de myrte identique de couleur et de composition avec le vin de raisin. On sait que jusqu’ici la vigne a été la seule source qui fournisse la crème de tartre ; or, en présence de la consommation presque indéfinie de ce sel, il est permis de se demander si l’on ne pourrait pas trouver dans le fruit du myrte une ressource qui permît d’augmenter la production d’une matière si précieuse dans beaucoup d’industries, notamment en teinture. Le comité des arts chimiques aura donc à examiner cette question avec tout l’intérêt qu’elle comporte.
- Le Conseil se forme en comité secret.
- Séance du 15 novembre 1865.
- Présidence de MM. le sénateur Dumas, Président, et Baude, vice-président.
- Correspondance. — S. Exc. M. le Ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics adresse deux exemplaires du n° 8 du Catalogue des brevets d'invention pris en 1865.
- M. Terrier, à Châtellerault, représenté par M. Emile Barrault, membre de la Société. — Nouvelles traverses en tôle pour chemins de fer, construites suivant le système des poutres en fer. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Claude, chemisier, boulevard de Strasbourg, 79. — Apprêteur mécanique pour chemises. (Renvoi au même comité.)
- M. Blouin-Crepey, mécanicien, rue Saint-Maur, 204. — Outil pour découper les métaux, au sujet duquel il demande le concours de la Société pour la prise d’un brevet. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Caudron (Julien), membre de la Société, à Malaunay. — Système applicable aux
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- portières de waggons de chemins de fer pour empêcher que les vêtements ne s’y engagent, comme cela arrive quelquefois lorsqu’on les ferme sans prévenir les voyageurs.
- M. Caudron présente en même temps un projet de société de secours, s’adressant à la totalité des ouvriers employés dans toutes les fabriques de France. (Renvoi au comité des arts économiques et au comité de commerce.)
- M. Antier, mécanicien, boulevard Magenta, 124. — Demande de secours pour la prise d’un brevet relatif à un système de générateur à vapeur. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Prache, rue de Rivoli, 18. — Frein pour lourdes voitures. (Renvoi au même comité.)
- M. E. Lami de Nozan, directeur de la société du télégraphe sous-marin de la Méditerranée. — Nouveau système de câble télégraphique sous-marin. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- MM. A. Legrand, membre du Conseil, Hippolyte Michaud et Raynaud, membres de la Société, recommandent par lettre le sieur Thomas Sebire, âgé de 76 ans, ancien ouvrier savonnier, avec prière de le faire participer à la répartition des revenus provenant de la souscription ouverte dans l’industrie de la savonnerie. (Renvoi à la commission des fonds.)
- M. Bouchard-Huzard, l’un des secrétaires de la Société d’horticulture, adresse un exemplaire de la brochure qu’il vient de publier sous le titre de : Notice biographique sur J. N. Bréon, ancien jardinier-botaniste, importateur de la rose dite rose de Vile Bourbon.
- Rapports des comités. — Potages économiques de M. Camille Groult. — Rapport de M. Duchesne, au nom du comité des arts économiques. M. le rapporteur propose de remercier M. Groult de son intéressante communication et d’insérer le rapport au Bulletin. (Adopté.)
- Machine locomotive à trois cylindres, par M. Raincelin. — Rapport de M. Baude au nom du comité des arts mécaniques. M. le rapporteur propose de remercier M. Raincelin et de faire insérer le rapport au Bulletin avec un croquis de la locomotive. (Adopté.)
- Mémoire sur la mûrine (filaments extraits des brindilles du mûrier), par M. Cabanis. — Rapport de M. Chatin au nom du comité d’agriculture. M. le rapporteur propose de remercier M. Cabanis, d’insérer le rapport au Bulletin et de renvoyer le manuscrit de l’auteur à la commission, pour décider s’il y a lieu d’en publier quelques extraits. .
- A l’occasion d’un passage de ce rapport, dans lequel il est dit que les branches du mûrier donnent de l’alcool, M. Dumas fait remarquer que ce n’est pas là un cas spécial au mûrier, et qu’en général la sève contenant des principes sucrés, tous les bois dont
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- la sciure est exposée à l’air, à l’état frais fournissent toujours, au bout de vingt-quatre heures, une petite quantité d’alcool ; cette expérience a, d’ailleurs, été répétée bien des fois dans son laboratoire sur de nombreux échantillons de bois divers.
- Quant à l’étoupe qu’on obtient en traitant d’une certaine manière les brindilles ou jeunes pousses du mûrier, M. le Président rappelle que l’indication qu’en donne M. Cabanis n’est pas chose nouvelle, et que déjà, à l’Exposition industrielle de 1839, on en avait remarqué des échantillons. L’écorce du mûrier, possédant une texture particulière et soyeuse dont les fibres ont une grande analogie avec celles du lin, a dû, en effet, attirer depuis longtemps l’attention des industriels; mais, malgré de nombreuses et anciennes tentatives, on n’a pu, jusqu’ici, en faire d’autre application que dans la fabrication du papier. En résumé, M. le Président trouve qu’il n’y a rien de nouveau dans la substance, dite murine, présentée par M. Cabanis : peut-être trouvera-t-on un jour à l’utiliser dans les arts textiles ; mais en tout cas il conviendrait que le rapport de M. Chatin indiquât bien nettement les travaux faits dans la même voie, antérieurement à ceux de M. Cabanis.
- M. Combes, l’un des secrétaires adjoints, partage entièrement l’avis de M. le Président, et il ajoute qu’il croit se rappeler que les tentatives dont il est question re^-montent bien plus loin que 1839.
- (Ces observations introduites dans le rapport, le Conseil en vote les conclusions.)
- Procédé de cuivrage de la fonte, par M. F. Weil. — Rapport de M. Payen au nom du comité des arts chimiques. M. le rapporteur propose de remercier l’auteur et de renvoyer ce rapport à la commission du Bulletin. (Adopté.)
- Système de robinet, par M. Debatène.— Rapport de M .Tresca au nom du comité des arts mécaniques. — M. le rapporteur propose de remercier l’auteur, d’insérer le rapport au Bulletin et d’accorder 100 exemplaires à M. Debatène. (Adopté.)
- Communications. — M. le Président entretient le Conseil du procédé de M.Boblique pour la production économique du phosphate de soude, dont il a été déjà question dans la séance du 18 octobre dernier, et au sujet duquel l’auteur sollicite l’examen de la Société.
- M. Boblique transforme les phosphates fossiles (coprolithes des Ardennes) en phos-phures de fer qui contiennent de 14 à 15 p. 100 de phosphore. Ce traitement a lieu dans un haut fourneau, où les coprolithes sont passés avec des minerais de fer. Les phosphures ainsi obtenus sont envoyés à Paris à l’usine de Javel, où ils sont traités par le sulfate de soude. Il en résulte du sulfure de fer et du phosphate de soude, dans lequel toute la soude se trouve utilisée. Si maintenant l’on prend ce phosphate de soude et qu’on l’introduise dans une fosse d’aisances avec une certaine quantité de sels magnésiens, il y a formation d’un phosphate ammoniaco-magnésien, dans lequel se trouve fixée la totalité de l'ammoniaque et de l’acide phosphorique contenus dans les urines et les matières fécales.
- On comprend toute l’importance du procédé de M. Boblique; la question qu’il
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- vient de résoudre d’une manière si heureuse intéresse trop vivement l’hygiène publique pour que le comité des arts chimiques ne lui accorde pas toute son attention.
- M. Dumas demande ensuite à dire au Conseil quelques mots relatifs à une question qui intéresse à un haut degré nos chantiers maritimes. Il s’agit d’un article du Moniteur qu’il a eu sous les yeux et dans lequel un jeune officier de marine, alors en Co-chinchine, raconte avoir vu des embarcations dans un état de conservation admirable, bien que naviguant dans des eaux infestées de tarets et autres insectes destructeurs. Des renseignements pris à des sources certaines ayant appris à cet officier que ces embarcations étaient des propriétés de famille transmises, pour ainsi dire, intactes, de génération en génération, il résolut de se livrer à des recherches sérieuses sur les causes de cet état si parfait de conservation. Il ne tarda pas à reconnaître que ces embarcations, déjà si anciennes, étaient construites avec une espèce de bois du pays produisant des matières résineuses liquides et solides, lesquelles avaient la propriété de rendre également inattaquables les autres espèces de bois sur lesquelles on les employait à l’état d’enduit.
- Frappé de ce récit et ayant appris de M. l’amiral Charner, sénateur, qu’on pouvait accorder toute confiance aux renseignements donnés par l’officier de marine, M. Dumas songea immédiatement à faire venir des échantillons du bois en question, ainsi que des résines qu’il produit. Aujourd’hui que ces échantillons sont entre ses mains, il les confie, d’une part, au comité d’agriculture, pour déterminer exactement à quelle famille le bois appartient, et, d’autre part, au comité des arts chimiques, qui aura à examiner la composition et les propriétés de la térébenthine et de la résine qui font partie du même envoi. En présentant les échantillons de bois, M. Dumas fait remarquer qu’ils sont malheureusement dépourvus de leur écorce, et il montre, par les nombreuses piqûres dont ils sont recouverts, que, s’ils ont la propriété de résister à l’attaque des insectes de mer, ils semblent ne pas jouir de la même propriété à l’égard des insectes de terre.
- Nomination dé membres. — Sont nommés membres de la Société :
- MM. De Tavernier, architecte, à Paris;
- Boca, ancien élève de l’École polytechnique^ Paris.
- Le Conseil se forme en comité secret.
- PAR»*.--- IMPRIMERIE Ut MADAME VEUVE RO UC II A RD-HUZA < » , RII. MB l'ÉPUROK, 5. - 1865.
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- 64e ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOME XII. — Décembre 486S.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Victor Bois, au nom du comité des arts mécaniques, sur un tiroir équilibré présenté par M. Beyer, boulevard de Sébastopol, 91.
- Messieurs, M. Beyer a présenté à la Société d’encouragement un tiroir équilibré, applicable, d’après lui, aux moteurs à vapeur, à air ou à gaz.
- Le but qu’il s’est proposé a été de soustraire le tiroir des machines à la pression de la vapeur qui l’enveloppe, de diminuer ainsi les frottements intérieurs, et d’économiser complètement les pertes de forces dues au serrage et aux frottements des presse-étoupes ; cette idée n’est pas nouvelle, et ce n'est pas là son moindre défaut; le plus grand de tous, c’est que jusqu’à présent l’application de cette idée n’a causé que des déceptions, et, si votre comité des arts mécaniques m’a chargé de vous présenter un rapport sur les dispositions adoptées par M. Beyer, ce n’est pas à cause de la nouveauté du principe que M. Beyer lui-même ne revendique pas, mais c’est en raison d’une certaine nouveauté de disposition, et surtout à cause de l’application qu’il en a faite, pratiquement, avec un certain succès, à une machine déjà existante.
- M. Beyer se propose, en effet, d’appliquer son tiroir équilibré, non-seulement aux machines à construire, mais encore aux machines déjà construites, Tome XII. — 64e année. V série. — Décembre 1865. 91
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- ARTS MÉCANIQUES.
- et sa prétention est de réaliser, avec son système, une diminution dans la dépense de vapeur et dans les frottements, et, par ce double motif, une réelle économie de combustible.
- Examinons sur quels principes M. Beyer fonde ses prétentions.
- Dans son brevet principal du 1er août 1864, il définit ainsi sa disposition :
- <i Introduire la vapeur du générateur dans un évidement pratiqué à la « partie inférieure du tiroir, pour de là être distribuée aux orifices du cy-« lindre, et équilibrer, par la pression atmosphérique, le soulèvement occa-« sionné par cette vapeur sur le tiroir. »
- D’après ce système, les fonctions des tiroirs ordinaires sont renversées. La sortie ou l’échappement de la vapeur se fait où existe habituellement l’introduction, et réciproquement c’est par l’orifice habituel de sortie que se fait l’introduction dans son nouveau tiroir.
- En adoptant cette disposition, il est facile de reconnaître, avec un peu d’attention, que les pressions les plus grandes s’exercent sur les moindres surfaces, et réciproquement ; ainsi, c’est par le noyau de la coquille que s’introduit la vapeur à sa sortie de la chaudière quand elle est, par conséquent, à sa pression la plus élevée, et, dans ce cas, la surface sur laquelle elle s’exerce est la plus faible ; à sa sortie, au contraire, la vapeur est à une pression moindre sans contredit, et elle s’appliquerait à une surface plus considérable. Mais, quels que soient les développements des surfaces intérieures sur lesquelles s’exerce la pression de la vapeur, le développement des surfaces extérieures étant beaucoup plus considérable, il en résulte, d’après M. Beyer, que la pression atmosphérique doit faire équilibre et au delà à la pression de la vapeur intérieure; en d’autres termes, comme il le dit lui-même, « pour une vapeur de cinq atmosphères, le tiroir est équilibre « lorsqu’il présente à l’air libre une surface cinq fois plus grande que celle « qu’elle présente à la vapeur. » Cette proposition ne saurait être niée au point de vue théorique, et, dans ce cas, les effets dus au fonctionnement de la distribution et les pertes de force ne sont plus représentés que par le frottement des surfaces polies agissant l’une sur l’autre sans pression, puisque le tiroir est mené, comme un chariot fonctionnant dans un milieu équilibré et adhérant à la glace de la coquille par le seul effet de son propre poids.
- Tel est le principe.
- Depuis près de trente ans, ce principe posé a été appliqué de différentes façons. Il paraît superflu de parler ici des soupapes équilibrées, et nous ne saurions citer tous les exemples de tiroirs agissant hors de l’influence de la
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- ARTS MÉCANIQUES.
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- pression de la vapeur distribuée. Cependant nous devons rappeler à ce propos les robinets tournants ou disques distributeurs, qui offraient une surface intérieure à la pression de vapeur et une surface extérieure à la pression atmosphérique. •
- En exécutant ces dispositions, M. Cavé se proposait à peu près la solution du même problème, c’est-à-dire la recherche des pressions équilibrées.
- La vapeur étant admise par un des orifices fondu avec le cylindre, une boîte creuse cloisonnée et animée d’un mouvement circulaire alternatif contenant la distribution reposait extérieurement et à air libre sur la glace ; elle y était même appliquée par une sorte de serrage à vis.
- Cette disposition n’a pas réussi au gré de son inventeur, parce que contrairement à ce qui arrive avec le tiroir ordinaire où la vapeur le force à s’appuyer fortement sur la glace, cette boîte ou tiroir circulaire tendait à se soulever sous la pression exercée entre son fond et la glace de glissement. Il fallait donc employer des moyens extérieurs pour combattre cette action et augmenter l’adhérence ou plutôt le mariage des deux surfaces.
- C’est toujours là l’inconvénient, et de deux choses l’une : ou la pression est faible et les fuites sont considérables, ou la pression est suffisante pour éviter les fuites et alors il n’y a aucun avantage à se passer des stuffing-boxes.
- En 1855, M. Maldant a présenté à l’Exposition universelle une machine à distribution, dite rationnelle, dans laquelle nous retrouvons le même principe ; le cylindre de cette machine porte ses deux orifices habituels des extrémités, mais il est fondu sans canaux, et les deux orifices débouchant aux deux extrémités à la surface d’une table dressée sur laquelle glissent deux tiroirs agissant spécialement pour l’introduction et l’échappement de la vapeur à chaque orifice ; chacun de ces tiroirs, extrêmement réduit comme surface en contact, porte deux lumières ; ces tiroirs ne fonctionnent pas en pleine vapeur, ils sont surmontés d’un chapeau ou couvercle ayant des conduits d’arrivée de vapeur et d’échappement correspondants ; ce chapeau ou couvercle est agencé de telle sorte que le poids supporté par les tiroirs en fonction se compose :
- 10 Du poids de la boîte à vapeur qui les recouvre ;
- 2° De la pression de vapeur exercée seulement sur la section des orifices extrêmes des arrivées de vapeur, soit une charge totale théorique bien évidemment inférieure à celle correspondante à la pression pesant sur un tiroir ordinaire noyé dans la boîte à vapeur.
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- ARTS MECANIQUES.
- On comprend que cette réduction de pression est proportionnelle à la réduction de la surface.
- Malgré ces avantages iucontestables, au point de vue de la théorie, il n’est pas à notre connaissance que cette distribution ait été utilement appliquée; elle avait cependant tous les avantages que recherchent les inventeurs qui veulent soustraire les tiroirs de distribution aux inconvénients des presse-étoupes.
- M. Maldant avait trouvé un moyen plus ingénieux encore que celui qui est présenté aujourd’hui à la Société, le tiroir de distribution, glissant entre deux tables de friction, recevait à sa partie supérieure la pression la plus forte, celle qui vient de la chaudière ; de sorte que cette pression tendait à appuyer la coquille du tiroir sur son siège, et à éviter le décollement, qui en même temps est le moindre possible, puisque c’est la vapeur d’échappement qui, seule, pouvait l’occasionner.
- Par ce double motif, M. Maldant espérait maintenir les tiroirs sur la glace par la charge de la boîte à vapeur et par la pression de la vapeur d’introduction; aussi M. Maldant avait-il appelé son tiroir distribution dite rationnelleet cependant nous n’avons pas vu que son succès ait répondu aux espérances qui avaient conduit son inventeur à donner ce nom plein de promesses.
- D’autre part, M. Mazeline, du Havre, a fait, dans cette voie, différentes expériences pratiques des tiroirs équilibrés, sinon complètement, du moins en partie; M. Mazeline avait appliqué son système à une machine à deux cylindres, et les dispositions étaient telles que le tiroir ne supportait qu’une - pression latérale due à la forme de coin donnée à son tiroir et à la forme correspondante de la boîte à vapeur ; cette disposition ne saurait être comparée à celle de M. Beyer, et nous n’y insisterons pas.
- Nous trouvons encore les tiroirs à frottement employés par M. Gilmer, les tiroirs mis en communication directe avec le condenseur.
- Nous trouvons, enfin, les tiroirs équilibrés de Jobin, applicables aux machines locomotives et appliqués à certaines machines du chemin de fer de l’Est, et si parfaitement décrits par notre collègue Tresca dans son rapport approuvé en séance le %\ juillet 1858 (1).
- Les exemples dont nous venons de parler suffisent, à notre avis, pour faire
- (1) Voir Bulletin de 1858, 2e série, t. V, p. 535.
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- ARTS MÉCANIQUES.
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- reconnaître que la question traitée par M. Beyer n’est pas nouvelle, qu’elle a été travaillée par des ingénieurs et des mécaniciens habiles, dans ce même ordre d’idée que, pour diminuer la charge des tiroirs, il faut réduire la surface interne soumise à la pression de la vapeur et contre-balancer cette pression, soit par un serrage, soit par le poids de la colonne atmosphérique additionné d’un poids constant; et, malgré la diversité des systèmes, les résultats pratiques n’ont pas été aussi avantageux qu’on avait le droit de l’attendre.
- Nous souhaitons que les expériences auxquelles se livre actuellement M. Beyer lui soient plus favorables qu’à ses devanciers, et nous pouvons dire, dès maintenant, que l’application qu’il a faite de son système chez M. Piver, parfumeur à Paris, a réalisé une grande partie de ses espérances.
- Il se trouvait en face d’une machine de douze chevaux, munie d’une distribution déréglée. Depuis l’application de son tiroir équilibré, la machine marche avec une économie réelle, attestée par le mécanicien qui l’a établie et par M. Piver lui-même.
- A ce titre, et en raison de la simplicité du système, votre comité des arts mécaniques a pensé qu’il convenait de mettre cette disposition sous les yeux des industriels, tout en faisant toutes nos réserves sur les inconvénients généraux inhérents à tous les systèmes du même genre.
- Ainsi, tandis que dans les tiroirs ordinaires les fuites sont intérieures, dans les tiroirs équilibrés les fuites sont généralement apparentes. Le conducteur de la machine est ainsi mis en demeure d’arrêter ces fuites, et, pour les arrêter, il emploie les moyens de serrage qui sont à sa disposition.
- Il force la juxtaposition des pièces frottantes pour les rendre étanches. Il corrige l’usure, dès qu’elle se manifeste, et, en agissant ainsi, il apporte un remède qui est souvent pire que le mal, il développe des pressions extraordinaires.
- Il perd en frottement un travail considérable, et il arrive ainsi à la pression normale qui eût été exercée par la vapeur sur la surface d’un tiroir noyé dans la boîte à vapeur.
- Dans celles-ci les fuites ne sont pas apparentes, on n’y obvie pas d’une manière continue. Il faut rechercher la courbe des distributions. Il faut reconnaître le déréglement, s’il existe, et la correction a lieu sans déterminer aucun excès de pression.
- Cette opinion, qui est justifiée par l’expérience, est publiquement professée à l’École centrale des arts et manufactures par l’habile ingénieur qui fait le
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- cours sur les machines à vapeur, M. Léonce Thomas. Il déclare, et il a raison de déclarer, à notre avis, qu’il trouve mauvais tout tiroir et tout piston à fuites visibles, précisément parce que, pour les corriger, on développe des pressions anormales en voulant éviter les fuites d’une manière absolue.
- Il a vérifié que cet excès de serrage occasionne en frottement une perte de travail souvent supérieure à celle h laquelle on se serait exposé en se servant d’un tiroir noyé dans la vapeur. Il ajoute que, dans les tiroirs ordinaires, les calculs théoriques des frottements dépassent de beaucoup la perte réelle due à ces frottements, que le coefficient de réduction de ces calculs correspond à un travail pratique moitié moindre que le travail théorique, par ce motif que la couche d’eau et de vapeur qui s’interpose entre les deux surfaces frottantes chauffées par la conductibilité de la fonte diminue les inconvénients du frottement, transforme le glissement en une sorte de roulement sur de la vapeur à l’état vésiculaire, et produit un équilibre partiel entre la pression agissante sur le dessus du tiroir et la pression incessamment augmentée qui s’interpose entre les deux surfaces en contact de friction. Cette opinion, nous la partageons entièrement, et dans des machines de bateau nous avons vérifié nous-même les avantages inhérents à ces émulsions de vapeur pour diminuer les frottements. A ce titre, nous sommes loin de proscrire les tiroirs baignés par la vapeur. Mais nous reconnaissons sans difficulté que M. Beyer, avec son système, peut profiter de ce frottement de roulement, et une expérience de six mois a démontré que les fuites étaient pour ainsi dire milles.
- Par ces motifs, votre comité des arts mécaniques m’a chargé de vous proposer :
- 1° De remercier M. Beyer de son intéressante communication ;
- T D’ordonner l’insertion du présent rapport au Bulletin, avec un dessin de l’appareil appliqué pratiquement, et la description des autres dispositions proposées par M. Beyer, comme étant de nature, suivant lui, à apporter des améliorations dans la production des forces motrices.
- Signé Victor Bois, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 19 avril 1865.
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- DESCRIPTION DU TIROIR ÉQUILIBRÉ DE M. BEYER.
- Disposition appliquée pratiquement (planche 328).
- Fig. 1. Section longitudinale.
- Fig. 2. Section transversale, suivant la ligne XY de la figure 1.
- A, cylindre.
- B, tiroir.
- C, arrivée de la vapeur.
- D, évidement pratiqué au tiroir.
- E, E', orifices d’introduction de la vapeur.
- F, F', lumières d’échappement.
- G, tuyau d’échappement de la vapeur.
- H, tubulure à laquelle se raccorde le tuyau d’échappement; cette tubulure se termine par une bride carrée qui appuie sur le tiroir.
- I, support de la tubulure H et du tuyau G.
- J, bague en caoutchouc logée dans le support I (fig. 2), et servant à amortir les coups de bélier produits par les eaux de condensation lors de la mise en marche.
- K, tige de l’excentrique.
- Cette disposition du tiroir est celle qui a été appliquée, chez M. Piver, à une machine de douze chevaux sans condensation ; au dire de M. Beyer, elle ne présente que 6 kilog. de résistance à la tige de l’excentrique de distribution.
- Voici maintenant les seconde et troisième dispositions de tiroir dont il est question dans le brevet de M. Beyer.
- Deuxième disposition,
- La seconde disposition varie de la précédente en ce que l’échappement n’est plus sur le tiroir ; il s’effectue par un orifice latéral de ce tiroir dans un évidement du cylindre qui est mis en communication avec un condenseur.
- Il n’y a plus de bague en caoutchouc; elle est remplacée par des ressorts en lames d’acier.
- Enfin la tige de l’excentrique agit sur un tourillon placé au centre du tiroir.
- Troisième disposition.
- Cette troisième disposition est relative à un tiroir de distribution et de détente; elle comporte non-seulement l’application du système général, mais encore plusieurs modifications du système de détente dit par entraînement.
- Ici le tiroir de distribution fonctionne entre la glace et le tiroir de détente ; ce der-
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- nier fonctionne à son tour sur une tige maintenue dans une position horizontale rattachée au cylindre à vapeur.
- Quant au mécanisme de la détente, nous n’avons pas à nous en occuper ici.
- Résumé des avantages énumérés par Vinventeur.
- Les différents systèmes élaborés par M. Beyer présentent, d’après lui, les avantages suivants :
- 1° Le soulèvement du tiroir (qu’il soit à détente ou sans détente) occasionné par la vapeur agissant en dessous n’atteint, dans tous les cas, qu’une faible partie de la pression qui pèse sur le revers du tiroir ordinaire; il est, en outre, équilibré d’une part par la pression atmosphérique et par l’effet du vide produit dans le condenseur, d’autre part par l’adhérence assez forte des parties du tiroir en contact avec la glace du cylindre et lubrifié par la vapeur de l’échappement.
- 2° Suppression de la boîte du presse-étoupe et de la tige du tiroir; de là, plus de simplicité, de facilité et d’économie d’exécution.
- 3° Parfaite conservation de la glace du cylindre et du tiroir, ainsi que de ses organes de commande.
- 4° Lorsqu’il y a détente variable à la marche, le tiroir est commandé par le régulateur sans offrir à ce dernier les résistances désordonnées des presse-étoupes.
- Un autre avantage est celui de pouvoir mettre en marche et arrêter la machine par le distributeur lui-même, de sorte que la soupape d’admission se trouve supprimée.
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- Rapport fait par M. Henri Peligot, au nom du comité des arts économiques, sur des appareils destinés a la ventilation des fosses d’aisances , présentés par M. Toussaint-Lemaistre, architecte, boulevard Saint-Martin, 4.
- Messieurs, vous avez renvoyé à votre comité des arts économiques l’examen des appareils ventilateurs de fosses d’aisances que vous a présentés M. Toussaint-Lemaistre. J’ai l’honneur de vous rendre compte du résultat de l’examen auquel s’est livré le comité.
- Les appareils de M. Lemaistre sont destinés à opérer la désinfection des endroits dans lesquels l’air est vicié et insalubre.
- Us sont tous fondés sur le même principe ; un tuyau communique, d’une
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- part, avec le local à désinfecter, et de l’autre avec l’air extérieur. Un ventilateur aspirant est branché sur un point quelconque de ce tuyau. En mettant ce ventilateur en mouvement, l’air du local à ventiler est appelé et expulsé dans l’atmosphère.
- Plusieurs moyens sont mis en usage par l’inventeur pour faire mouvoir le ventilateur. Les uns se meuvent au moyen d’un mouvement d’horlogerie à contre-poids ou à ressort, les autres à l’aide d’une espèce de petite roue hydraulique, actionnée par un filet d’eau disposé ad hoc.
- Les ventilateurs de fosses des maisons particulières fonctionnent habituellement d’une manière intermittente, le contre-poids moteur étant élevé par l’ouverture de la porte du cabinet d’aisances. Us peuvent également marcher continuellement, au moyen d’un remontoir ordinaire. Ce dernier système est le seul employé dans les établissements publics, où les fosses plus considérables et les appareils moins perfectionnés exigent une ventilation plus active et plus efficace.
- M. Lemaistre a, notamment, placé dans certains établissements d’un assainissement difficile un ventilateur dont le poids, de 300 kilogrammes environ, suffit pour un fonctionnement de 12 heures. Cet appareil présente quelques dispositions intéressantes que nous croyons devoir signaler.
- Le poids est monté par une moufle à six brins. En cas de rupture de cette corde, une corde de secours maintient le poids, qui devient immédiatement immobile par le serrage instantané de la corde sur la poulie qui la guide. On évite ainsi, d’une manière absolue, l’inconvénient grave qui pourrait résulter de la chute d’un poids aussi considérable. Voici les données principales de cet appareil :
- Ventilateur à 4 ailettes, 0m,27 de diamètre,0m,065 de largeur;
- Longueur de course du poids, 2m,80;
- Vitesse du ventilateur, 180 tours à la minute ;
- Diamètre des tuyaux en zinc destinés à conduire l’air, 0m,075.
- L’expérience a démontré que cet appareil peut extraire un volume d’air de 50 mètres cubes environ par heure. Il n’exige qu’un espace total de 1m,00 sur 0m,45 et 3m,80 de hauteur.
- Afin de diminuer encore l’espace occupé, M. Lemaistre a disposé un ventilateur dans lequel le contre-poids moteur est remplacé par un ressort. Cet appareil fonctionne régulièrement.
- Des applications nombreuses ont été faites déjà par l’inventeur , et quelques-unes d’entre elles ont réussi à assainir des établissements dont
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- les conditions étaient très-peu favorables. Ce système de ventilation pourrait, d’ailleurs, être appliqué à l’assainissement des écuries, des cuisines, cafés et restaurants, et, en général, des endroits dans lesquels l’air se trouve vicié par des émanations continues et gênantes. Les procédés de M. Lemaistre sont donc recommandables et destinés à prendre leur place à côté des diverses tentatives faites, depuis quelques années, pour l’amélioration de l’hygiène publique.
- Votre comité a l’honneur de vous proposer de remercier M. Toussaint-Lemaistre de sa communication, et d’insérer le présent rapport au Bulletin avec le dessin et légende de l’un de ses appareils.
- Signé Henri Peligot, rapporteur. Approuvé en séance, le 22 février 1865.
- légende d’un des appareils ventilateurs pour fosses d’aisances, inventés
- PAR M. TOUSSAINT-LEMAISTRE, PLANCHE 328.
- Fig. 3. Section verticale de l’appareil, dans un plan parallèle à l’axe du-barillet moteur.
- Fig. 4. Autre section verticale dans un plan perpendiculaire à celui de la figure 3.
- Fig. 6. Section horizontale suivant la ligne brisée "W Z de la figure 3.
- abcd, boîte dans laquelle l’appareil se trouve renfermé.
- e, tuyau communiquant avec l’air extérieur.
- f, tuyau aspirateur.
- g, gaîne mettant en communication le ventilateur avec le tuyau e.
- h, ventilateur à quatre ailettes.
- i, bâti en fonte vissé à la boîte abcd, et supportant l’axe du ventilateur, ainsi que tous les rouages du mécanisme moteur.
- j, barillet contenant le ressort moteur.
- 1c, remontoir du mécanisme auquel on adapte une manivelle pour mettre l’appareil en mouvement.
- IN’ous n’insistons pas sur la description du mécanisme, qui est celui d’un mouvement d’horlogerie à ressort. - (M.)
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- Rapport fait par M. Duchesne, au nom du comité des arts économiques, sur
- les potages économiques de M. Camille Groult, rue Sainte-Appoline,
- n° 12, à Paris.
- Messieurs, M. C. Groult a présenté à la Société d’encouragement des farines cuites de légumineuses pour potages économiques, et il vous a priés de les faire examiner.
- Par soupes et potages économiques, il faut entendre ceux qui, dans des circonstances et dans des pays déterminés, coûtent moins que d’autres préparations analogues également nutritives et également saines et agréables.
- Il faudrait remonter jusqu’à Yauban, dit le célèbre Parmentier, pour trouver l’origine des soupes et potages économiques ; le froment en grain était la base de celle qu’il préconisait.
- L’usage des soupes économiques a été très-fréquent à l’époque des disettes ou seulement de cherté des vivres. Il consistait alors à préparer et à distribuer aux pauvres des soupes dont la composition était variée et d’une facile préparation. ,
- On les appliquait avec succès à la nourriture des détenus, au soulagement des indigents, et à l’entretien des hospices et des maisons de travail.
- En Angleterre, on a fondé beaucoup d’établissements pour la fabrication et la distribution de ces soupes.
- Pendant l’hiver de l’an ’VIII, on a fondé cette institution des soupes économiques dans le département du Léman; il s’y est distribué 66,970 rations.
- En l’an X, à Paris, on en a distribué 1,613,199.
- A Munich, on en a fait un très-grand emploi, et le comte de Rumford a donné la recette de celles distribuées dans la maison des pauvres.
- On y faisait entrer l’orge mondé, les pommes de terre, du maïs ou des tranches de pain, du sel, un peu de vinaigre faible et de l’eau; plus tard on en retrancha le vinaigre, qui rendait ces soupes sujettes à s’aigrir.
- Sennebier, associé de l’Institut, donne les recettes de la rue du Mail, des curés de Saint-Rocb et de Sainte-Marguerite.
- Dans leurs compositions, on y voit figurer les pommes de terre, les légumineuses, comme les pois, les lentilles, les haricots, les fèves, le maïs, le
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- riz, les choux, les navets, les carottes, les oignons, les poireaux^ les céleris et l’oseille.
- Parmentier a donné, dans les Annales d’agriculture (1), les dernières vues sur une poudre propre aux potages économiques :
- « On pourrait, dit-il, composer des potages avec les farineux les moins chers, les plus substantiels et les plus constamment productifs, comme le maïs, l’orge, les haricots, les pois, les fèves, et enfin avec tous les produits de la pomme de terre.
- « Ces différentes matières farineuses, réduites en poudre grossière, étant. assorties et combinées dans des proportions relatives, pourraient former par leur réunion un tout plus élaboré, plus homogène, plus économique et plus approprié à la faculté nutritive.
- « Elles rendraient plus facile, moins embarrassante et moins coûteuse la préparation de la soupe aux légumes; elles permettraient qu’on en fit usage même aux époques où l’on ne peut jouir des racines potagères fraîches. »
- M. de Chauveau en fit l’application, et prépara des pâtes qui donnaient rapidement des soupes à la purée dans la proportion de 9/10 d’eau pour 1/10 de farine.
- M. Ternaux recommandait, sous le nom de polenta, différentes préparations alimentaires obtenues avec des pommes de terre cuites.
- En 1829, M. de Puymaurin proposait d’ajouter de la gélatine dans ces potages.
- Enfin, en 1861, nous vous avons fait un rapport sur la potagère ou soupe-conserve de M. Blanche (2).
- Voilà bien certainement l’historique rapide de l’origine et de la composition des soupes économiques, et, quoique ce ne soient pas là directement les mêmes potages économiques préparés par M. Groult, nous y trouvons la preuve incontestable de l’intérêt que présentent les substances farineuses préparées en vue d’améliorer le régime alimentaire des classes moyenne et ouvrière.
- Mais nous avons dit plus baut dans quels cas rares on avait préparé ces soupes, dont les recettes sont peu à peu tombées dans l’oubli à mesure que
- {1) Tome LXR, p. .98.
- (2) Bulletin de la Société d’encouragement, 2e série, t. IX, p. 196.
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- nous avons vu disparaître les années calamiteuses qui avaient favorisé ces philanthropiques recherches.
- M. Groult, comprenant que l’économie de temps pour l’ouvrier est un objet très-important, que tous ses moments lui sont précieux, et que ceux qu’il passe à préparer son repas sont perdus pour sa famille, a eu l’idée de reprendre cette ancienne préparation des potages économiques avec les légumes farineux, d’améliorer leur fabrication, et d’en faire de bons produits d’un usage simple, commode et peu coûteux.
- Nous avons visité avec soin la belle usine de M. Groult, à Yitry ; nous avons suivi avec intérêt les procédés rapides qui y sont employés pour cuire, à la vapeur et en quelques minutes, les haricots, les pois, et sans leur enlever leur couleur, leur saveur et leur arôme particuliers, et nous avons vu terminer ces produits excellents, dont les ouvriers peuvent se servir pour préparer eux-mêmes instantanément des soupes ou des purées véritablement économiques.
- Pour arriver à cette perfection, M. Groult, connu depuis longtemps pour la bonté de ses produits, n’emploie que des légumes farineux reconnus sains. Ils sont triés avec soin, cuits rapidement dans des appareils à vapeur, dépouillés de leurs enveloppes corticales indigestes, étuvés, réduits en farine sèche, qui peut ensuite se conserver longtemps, et rendre de grands services aux petits ménages et à la marine. Une cuillerée de cette farine, qui ne revient qu’à 2 centimes, mise dans de l’eau bouillante avec un peu de sel suffit pour tremper, en deux ou trois minutes, la portion de pain nécessaire pour un potage très-agréable au goût.
- Cette fabrication spéciale est devenue considérable, aussi nous ne sommes pas étonné de l’extension quelle prend, et dont nous nous sommes assuré par les livraisons dont on nous a justifié.
- Le produit de M. Groult est surtout utile à la classe moyenne, mais son emploi pourrait être recommandé aux institutions de bienfaisance qui voudraient préparer, sans embarras aucun et avec un matériel très-imparfait, des soupes économiques pour leur distribution journalière.
- Vous le voyez donc, Messieurs, nous venons d’appeler votre attention sur une industrie importante et sur un produit déjà connu, il est vrai, mais très-perfectionné par M. Groult; il prendra certainement sa place dans l’alimentation générale.
- Votre comité des arts économiques vous propose :
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- 1° De remercier M. Camille Groult de son intéressante communication ; 2° D’insérer le présent rapport au Bulletin.
- Signé Duchesne, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 15 novembre 1865.
- PRODUITS EXOTIQUES.
- GELÉES CHINOISES ET NIDS D’HIRONDELLES.
- ORIGINE, COMPOSITION ET USAGES DE LA GÉLOSE ET DE LA CUBILOSE,
- PAR M. PAYEN,
- Membre du comité des arts chimiques.
- En lisant dans l’avant-dernier numéro du Bulletin (1) l’intéressante notice de notre collègue, M. Natalis Rondot, sur les gelées marines des Chinois, il m’a paru utile de compléter les données qu’elle renferme et, dans ce but, de rappeler plusieurs notions positives antérieures qui ont fait connaître ces gelées en France, ainsi que le principe organique qui en constitue presque la totalité, l’état naturel de ce principe immédiat, quelques données récentes à son égard, enfin plusieurs desiderata relatifs aux procédés de préparation de ce produit sous ses formes commerciales.
- En 1858, mon confrère le général Morin me remit quelques bandelettes très-minces, blanchâtres, un peu flexibles, qu’il avait reçues de M. de Mon-travel.
- Ce voyageur avait recueilli, en 1856, sous le nom de mousse de Chine, le nouveau produit commercial qu’on lui avait présenté comme extrait d’un lichen attaché aux arbres, abondant aux îles méridionales de l’archipel des Philippines et applicable à la préparation des gelées alimentaires.
- Je ne tardai pas à constater que cette substance, dépourvue de toute organisation, contenait plusieurs principes immédiats solubles à froid dans l’eau, for-
- ci) Voir Bulletin d’octobre 1865, p. 597.
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- notant 6 centièmes de son poids et 7 millièmes solubles dans l’alcool; le surplus, insoluble dans l’eau froide, s’y gonflait, devenait translucide, affectant alors la forme de longs prismes à section soit rectangulaire, soit triangulaire. Elle pouvait être dissoute à chaud par l’acide acétique à 8°, laissant insolubles quelques corpuscules azotés.
- La propriété la plus remarquable delà substance en question, soit à l’état normal, soit lavée à l’eau froide, était de se dissoudre presque totalement dans l’eau bouillante, puis de produire par le refroidissement une gelée translucide et plus ou moins consistante avec environ 500 fois son poids (à l’état sec) d’eau pure, c’est-à-dire formant près de dix fois autant de gelée qu’on peut en obtenir avec la gélatine.
- Cependant le produit nouveau ne contenait pas d’azote dans sa composition intime ; il était insoluble à froid dans les solutions étendues de soude, de potasse, d’ammoniaque et de divers acides, comme dans Yammoniure de cuivre, qui même ne le gonflait pas. On ne pouvait donc le confondre avec l’acide pectique ou pectosique, ni avec la cellulose, ni avec l’amidon. C’était, effectivement, un principe immédiat particulier auquel j’ai donné le nom de gélose. D’après la moyenne de deux analyses élémentaires, il serait représenté en centièmes par les nombres suivants :
- Carbone......................... 42,770 J
- Hydrogène........................ 5,775 ! 100.
- Oxygène.......................... 51,455 I
- On devrait donc le ranger parmi les principes immédiats non azotés, offrant un excès d’oxygène relativement aux proportions qui, avec l’hydrogène, représentent la composition de l’eau.
- Toutefois il n’a pas été possible de l’obtenir à l’état de pureté absolue ni de l’engager dans une combinaison définie qui eût permis de déterminer son équivalent chimique.
- Quant à l’état naturel de ce principe immédiat nouveau, il ne pouvait appartenir à un lichen, du moins aucun des végétaux de ce genre que j’ai examinés ne m’a fourni de quantité appréciable de gélose, mais je l’ai trouvé en fortes proportions dans deux plantes marines : l’algue de Java (fielidium corneum) et l’algue de Maurice (Plocaria lichenoides) ; débarrassées de toute incrustation calcaire par l’acide chlorhydrique étendu et des lavages à l’eau pure, puis desséchées, elles donnèrent, la première, 58 et la deuxième 82,50 pour 100 de leur poids de gélose. Le Gelidium corneum., en laissant dissoudre ce principe
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- immédiat dans l’eau bouillante, avait conservé la structure de ses tissus. Ainsi donc, la gélose ne forme pas les membranes des cellules, dont la trame est comme toujours, constituée par la cellulose.
- Depuis la présentation de mon mémoire (le 17 octobre 1859) à l’Académie des sciences, j’ai appris de M. Morin fils qu’à l’île Maurice et à la Réunion on emploie une algue de mer pour préparer des gelées comestibles. Il suffit de la soumettre à d’abondants lavages avec de l’eau douce pour lui enlever un goût très-prononcé de marécage, puis de la faire bouillir dans l’eau pure et de passer au travers d’un linge le liquide, qui se prend alors en masse translucide par le refroidissement. J’ai reconnu dans cette aigue la Plocaria lichenoides. Il serait intéressant de déterminer les proportions de la gélose contenue dans les algues employées en Chine au même usage, et de connaître les procédés qu’emploient les Chinois et les Japonais pour obtenir économiquement les longues et minces lanières qui, réunies en petites bottes prismatiques longues de 33 centimètres, pèsent, avec leurs deux ligatures en herbes sèches, 170 grammes en moyenne.
- Le même produit commercial parvient en Europe sous des formes de cubes ou de prismes plus ou moins volumineux. Peut-être obtient-on le produit commercial sous ces diverses formes à l’aide du moulage, dans de petits vases en porcelaine, de la solution coulée bouillante, qu’on démoule après le refroidissement et que l’on fait ensuite dessécher à l’air ; mais il semble que ce procédé nécessiterait une main-d’œuvre trop considérable pour qu’il fût possible de vendre le produit à bon marché.
- Si, d’ailleurs, la gélose pouvait être économiquement extraite de certaines algues de nos côtes qui contiendraient le principe immédiat en assez fortes proportions, elle remplacerait sans doute avantageusement dans la confection des gelées et de plusieurs apprêts l’ichthyocolle, dont le prix commercial s’élève souvent à 34 francs le kilog. et qui, cependant, produit 8 à 10 fois moins de gelée que la gélose. Celle-ci, d’ailleurs, lors même qu’elle donne la consistance gélatineuse à 400 fois son poids d’eau, est en cet état moins altérable que la gélatine donnant une consistance semblable à une quantité d’eau 6 à 8 fois moindre.
- Relativement, la propriété nutritive, à peu près nulle dans les gelées à % ou 3 millièmes qui constituent la gélose pure, ne saurait, d’ailleurs, avoir une notable importance dans les gelées à 2 centièmes de gélatine : la valeur véritable de ces sortes de produits tient à leur propriété de faire prendre en gelées divers liquides, alimentaires, sucrés, alcooliques et aromatiques.
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- A ce point de vue, la gélose, à prix égal, mériterait la préférence, car elle solidifie 6 à 8 ou 10 fois plus d’eau que la gélatine ; cette remarquable propriété a permis, comme l’a fait remarquer M. Balard, de l’appliquer à l’observation des curieux phénomènes de diffusion signalés à l’attention du monde savant par M. Graham, puisqu’une dose insignifiante du nouveau principe immédiat suffit pour immobiliser, en quelque sorte, le milieu liquide.
- Nids de salanganes.
- Par une coïncidence assez bizarre, en même temps que la gélose nous parvenait sous le nom de mousse de Chine, M. Simonet de Maisonneuve, commandant d’une frégate dans les mers de Chine, envoyait à Paris la même substance comme provenant des nids d’hirondelles épurés.
- Cette circonstance m’a permis d’éclaircir des doutes qui existaient alors, et jusque dans ces dernières années, parmi les naturalistes, sur la véritable origine de ces nids comestibles auxquels les Orientaux attribuent, sans motifs sérieux, une si grande valeur réparatrice.
- Les uns considéraient ces nids comme formés de gélatine ; la plupart les croyaient composés d’algues comestibles, en particulier du Gelidium corneum et delà Plocaria lichenoides ; d’autres y supposaient la présence d’un mucilage ou mucus entourant le frai des poissons et puisé par les hirondelles à la superficie des eaux comme une sorte d’écume, le Dr Montagne avait constaté que la substance de ces nids est dépourvue de texture ou d’organisation. Enfin M. Trécul avait reconnu qu’elle donne des vapeurs ammoniacales par la calcination. Des observations nouvelles et des expériences plus complètes étaient donc nécessaires pour élucider la question depuis si longtemps controversée : je les ai entreprises, et il me semble que le doute ne sera plus permis après que j’en aurai brièvement exposé les résultats.
- La substance des nids les plus blancs des hirondelles salanganes (on connaît cinq espèces de ces hirondelles) est, en effet, blanchâtre, demi-translucide, partiellement et lentement soluble dans l’eau froide, graduellement dissoute dans l’eau bouillante qui la gonfle beaucoup plus que l’eau froide; sa solution ne forme pas de gelée par le refroidissement.
- La potasse et la soude caustiques, même en solutions aqueuses étendues, la dissolvent à froid et à chaud ; ces solutions alcalines contiennent du soufre enlevé à la substance organique.
- A l’état normal, la matière constitutive de ces nids comestibles est teinte en
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- jaune orangé par la solution aqueuse légèrement alcoolisée d’iode ; elle offre plusieurs autres caractères des substances organiques neutres azotées, et donne, pour 100 parties, 14,12 de cendres formées de chlorures, phosphates, sulfates et carbonates alcalins et terreux. Déduction faite des cendres, la matière organique sèche et pure a donné, par l’analyse élémentaire, 0,0934 d’azote.
- Sa dissolution dans l’eau bouillante, filtrée et refroidie, manifeste une réaction alcaline légère et donne, par l’agitation, une mousse persistante ; elle ne se putréfie pas rapidement. Les acides sulfurique, azotique, chlorhydrique, le hichlorure de mercure, l’acétate de plomb neutre ne la précipitent pas, mais elle est précipitée par l’acétate de plomb tribasique. L’acide acétique en faible dose la précipite, mais un excès de cet acide redissout le précipité que l’alcool fait reparaître.
- Dans la solution aqueuse normale l’alcool produit un précipité que l’eau peut redissoudre. Une solution aqueuse faite à froid par la potasse caustique, de la portion insoluble comme de la partie soluble dans l’eau pure, est également précipitée par l’alcool.
- En définitive, cette substance, parfaitement distincte des principes immédiats non azotés, différé de la gélatine, de l’albumine et de la fibrine; on doit la considérer comme un mucus spécial sécrété chez une ou plusieurs espèces d’hirondelles salanganes au temps de leurs amours. Elle est alors assez fluide adhésive et susceptible de seconcréter à l’air pour que ces oiseaux en fassent usage dans la construction de leurs nids formés d’assises en cordons cylindroïdes superposés. Ce fut en raison de cette application naturelle que, pour rappeler son origine, j’ai donné à la substance organique qui en compose la plus grande partie le nom de cubilose, du mot latin cubile (nid ou petit lit).
- Ces nids épurés par un lavage superficiel et un nettoyage à la main, tels qu’ils sont livrés au commerce, sont fort estimés en Chine et, en général, chez plusieurs peuples de l’Orient. Soumis, durant trois, quatre ou cinq heures, à une légère ébullition dans l’eau (ou dans le bouillon, avec ou sans assaisonnement), ils se désagrègent peu à peu, leurs assises cylindroïdes gonflées se séparent et se répandent comme une sorte de gros vermicelle dans le liquide d’autant plus mucilagineux que la coction dans l’eau a été prolongée plus longtemps.
- La consistance mucilagineuse de cette sorte de potage lui a fait attribuer des qualités réparatrices et aphrodisiaques que les Orientaux recherchent et qu’ils croient trouver aussi dans divers produits gélatineux de différents animaux marins et autres.
- Un nid de belle qualité, pesant de 7 à 8 grammes, se vend, à Paris, 6f,50 à
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- 7 fr., c’est-à-dire environ 800 fr. le kilogramme. Dans la confection des potages on compte un nid et demi pour la ration de chaque personne.
- L’article Nids d’oiseaux, par Mac-Culloch, dans le Dictionnaire du commerce de Guillaumin, contient de curieux détails sur la récolte et le commerce des nids d’hirondelles; on peut consulter aussi, à ce sujet, l’ouvrage intitulé : Coup d’œil sur l’île de Java, par Hogendorp, et la Description de l’Archipel indien, par Crawfort. On trouvera, enfin, des renseignements curieux sur les divers aliments en usage chez les Chinois dans le Précis théorique et pratique des substances alimentaires, 4e édition, 1 vol. in-8° chez Hachette, pages 55 à 65 et 162 à 167.
- ENSEIGNEMENT.
- Communication relative a la note publiée dans le Bulletin de septembre sous le titre de : Note de M. le Président au sujet du programme de VEcole d'architecture; par M. Émile Trélat,
- Membre du comité des arts économiques (1).
- Messieurs, dans votre séance du 9 août dernier, M. le Président a, sur ma demande écrite, présenté à la Société d’encouragement les programmes de l’École centrale d’architecture. Cette présentation, appuyée de paroles bienveillantes, a donné lieu, de ma part, à des remercîments et à des explications complémentaires sur le but et l’organisation insuffisamment saisis de la nouvelle fondation. Les paroles prononcées ici à l’occasion de cette présentation ont été consignées au procès-verbal et reproduites dans le résumé qui nous est remis la veille de nos séances. Cette consignation, parfaitement exacte en ce qui concerne mes paroles, — car j’ai moi-même corrigé les épreuves de ce qui m’y appartenait, — a reçu, pour ce qui se rapporte au discours de notre honorable Président, la consécration de la séance du 18 octobre dernier, dans laquelle séance elle a été lue et adoptée.
- Pourtant, Messieurs, le Bulletin du mois de septembre, paru seulement en
- (1) Lue dans la séance du 13 décembre 1865.
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- ENSEIGNEMENT.
- novembre, a fixé l’attention d’un grand nombre de personnes par le procès-verbal de la séance du 9 août, procès-verbal différent de celui qui avait été régulièrement approuvé dans la séance du 18 octobre.
- Bien qu’en réalité le procès-verbal authentique ait été amendé en novembre, postérieurement à l’authenticité consacrée par l’approbation du 18 octobre;
- Bien qu’en ce qui concerne les paroles de M. le Président, deux phrases très-nettes aient été transformées dans la nouvelle rédaction en deux phrases devenues vagues et qu’une approbation concluante et très-adhésive à mes paroles ait été supprimée;
- Bien que, relativement à ce que j’ai dit, on ait cru devoir réduire à sa plus minime expression la courtoisie dont j’avais fait usage envers notre Président,
- Je reconnais que le fond du texte subsiste néanmoins dans le Bulletin de septembre, et, tout en respectant l’opinion des personnes qui pensent que la religion de la lettre des procès-verbaux est line nécessité des assemblées, je me borne à m’étonner douloureusement et à signaler un danger qui pourrait un jour compromettre l’autorité des décisions de la Société.
- Le procès-verbal de la séance du 9 août amendé au Bulletin de septembre a pour corollaire dans cette publication une note de M. le Président intitulée : Note de M. le Président, au sujet du programme de ïÉcole d'architecture.
- L’honneur de vous présider, Messieurs, et l’importance considérable que notre digne Président donne à son fauteuil, lui imposent le devoir d’une impartialité scrupuleuse et toujours éveillée. La note finale de notre dernier Bulletin est évidemment née du vif sentiment de ce devoir et d’une sollicitude attentive à ne pas laisser la Société s’engager dans une situation que des intérêts étrangers à notre but pourraient exploiter à leur profit. Cependant, Messieurs, quand on lit cette note, on trouve que, tout en dégageant par sa forme la personne de M. le Président, elle donne asile à des faits inexacts, à des griefs singulièrement formulés par un grand nombre d’élèves anciens et actuels de l’École impériale centrale des arts et manufactures contre l’École centrale d’architecture. On y découvre une argumentation étagée de façon à conclure implicitement à la bonne foi douteuse d’une Société, dont la tenue est jugée et même en quelque sorte menacée, tandis que le sens de son œuvre même est passé sous silence. Quelques personnes ont dit que cette note était un plaidoyer. Nous ne le croyons pas ; mais nous ne pouvons nous dissimuler qu’à l’heure qu’il est, la note de M. le Président a été tirée à part, sur le papier, dans le format, avec les caractères, sous le titre de votre Société, et que
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- ENSEIGNEMENT.
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- cette note est répandue par milliers d’exemplaires à Paris et dans les départements par les soins de ceux dont elle paraît servir les plaintes.
- Cette note n’aurait-elle pas porté plus loin que la pensée qui a dirigé M. le Président? N’y aurait-il pas justement là un engagement compromettant pour la Société? Qu’arriverait-il si l’observation plus approfondie des faits montrait, d’une part, la passion allumée sans raison à la poursuite d’un inal chimérique inventé comme à plaisir; d’autre part, une compagnie qui, loin de vouloir toucher à l’œuvre d’autrui, exalte celle-ci, en la fuyant, qui reste insensible aux attaques violentes, et qui, désirant des émules et n’ayant pas même une rivale, poursuit sa tâche dans le calme et l’impassibilité du devoir ?
- Et si cette supposition était non-seulement possible, mais déjà vraisemblable ?
- Si vous appreniez dès aujourd’hui, Messieurs, que Y École centrale d’architecture, présentée à vos yeux sous un jour si peu aimable, est la propriété d’une Société légalement constituée et légalement dénommée ; que cette Société, administrée et représentée par un conseil, n’a encore reçu jusqu’à ce moment, ni par la voie de ce conseil, ni par celle du directeur de son École, aucune communication de la part de l’administration de l’École impériale et centrale des arts et manufactures au sujet des reproches qui sont venus vous trouver jusque chez vous, ne penseriez-vous pas que ce quasi-jugement porté dans la note de votre Président est quelque peu anticipé; qu’il pourrait bien y avoir derrière cette accusée du moment, une opprimée de la précipitation ou de l’erreur, et que vous pourriez être amenés à regretter la part que vous auriez involontairement prise à cette oppression.
- Voilà, Messieurs, le danger qui paraît ressortir de la situation faite à la Société par le procès-verbal amendé après adoption, et par la note qui l’accompagne dans notre Bulletin du mois de septembre. C’était le devoir de l’un de nous de venir ici vous le signaler. Le remède aux erreurs possibles dans les choses incertaines, c’est la lumière. Permettez-moi, Messieurs, de vous ménager celle-ci en vous offrant ici, d’abord comme un hommage, ensuite comme une réponse aux soupçons qui ont atteint l’École centrale d’architecture, le procès-verbal de la séance d’ouverture de cette École et le discours qui en fixe l’organisation et l’esprit.
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- BIBLIOGRAPHIE.
- BIBLIOGRAPHIE.
- SUR LA PUBLICATION FAITE PAR M. DUMAS DES ŒUVRES COMPLÈTES DE LAVOISIER,
- PAR M. L. PASTEUR.
- I.
- On trouverait difficilement dans l’histoire des sciences un nom qui éveille plus d’admiration et de sympathie que celui de Lavoisier. L’éclat et la fécondité de ses découvertes, la noblesse de ses sentiments comme homme public et comme homme privé, sa fin si cruellement prématurée, à laquelle on ne peut penser sans un douloureux serrement de cœur, tout se réunit pour faire de Lavoisier l’une des plus pures et des plus touchantes illustrations de notre pays. « C’est l’homme le plus complet, le plus grand homme peut-être que la France ait produit dans les sciences, » disait un jour M. Dumas, dans une brillante leçon du Collège de France, dans cette même leçon où il prenait l’engagement de publier une édition complète des œuvres de Lavoisier comme le monument le plus digne que l’on pût élever à sa mémoire.
- Cette pieuse pensée, qui ne l’a point quitté malgré les préoccupations incessantes des éminents travaux dont sa vie est remplie, M. Dumas a la satisfaction de la réaliser aujourd’hui, et, pour ainsi dire, au nom de l’Académie et de la France.
- Nommé président de l’Académie des sciences en 1843, M. Dumas s’empressa de proposer à M. Villemain, alors Ministre de l’instruction publique, la présentation d’un projet de loi relatif à la publication des œuvres de Lavoisier. Cette proposition, qui se liait aux dispositions législatives adoptées en 1842 et 1843 pour la réimpression des œuvres de deux savants géomètres, Laplace et Fermât, fut accueillie de la manière la plus favorable. L’illustre Ministre avait, le premier, représenté au gouvernement d’alors futilité et la convenance de ces justes et solennels hommages rendus au génie scientifique de la France. Mais des lenteurs survinrent, et malgré le vœu unanime exprimé par l’Académie des sciences, en 1846, au nom d’une commission dont M. Dumas était le rapporteur, le projet de loi ne fut pas présenté. C’est un honneur pour M. Rouland d’avoir recueilli cet héritage. Par arrêté du 4 février 1861, il chargea M. Dumas de la publication, aux frais de l’État, des œuvres de Lavoisier. L’exécution, comme on peut le prévoir aisément, ne se fit pas attendre. Aujourd’hui, les trois premiers tomes ont paru. Le quatrième est sous presse; il sera suivi de deux qui seront les derniers, et, dans un an ou deux, un des vœux les plus chers aux amis des sciences aura reçu une complète satisfaction.
- Indépendamment des ouvrages imprimés et des mémoires qui ont pris place dans les divers recueils scientifiques, M. Dumas a pu réunir, grâce à la confiance de M. de
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- BIBLIOGRAPHIE.
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- Chazelles, représentant de la famille de Lavoisier, un grand nombre de pièces ou documents manuscrits concernant ses études et ses travaux, les notes recueillies pendant ses voyages et les registres de son laboratoire demeurés longtemps entre les mains de M. Arago, à qui Mme de Rumford les avait confiés.
- De précieux autographes ont été remis, en outre, à M. Dumas.
- Enfin M. de Chazelles a désiré qu’il lui fût permis de faire hommage, à l’édition, d’un portrait de Lavoisier, destiné à orner le premier volume. M. Henriquel Dupont a bien voulu veiller à l’exécution de la gravure, faite d’après une belle peinture de David, demeurée en la possession de M. de Chazelles lui-même.
- Un habile graveur, M. Wormser, a reproduit les planches célèbres dont Lavoisier a enrichi ses mémoires et son Traité de chimie.
- La beauté de l’édition ne laisse donc rien à désirer. L’Imprimerie impériale y apporte, d’ailleurs, un zèle et des soins dont on lui doit des remercîments tout particuliers.
- II.
- Je parcours maintenant ces trois premiers volumes et j’en éprouve une émotion que je voudrais pouvoir communiquer ; car il ne faut pas, pour l’honneur de la génération actuelle, que les chimistes paraissent froids en présence de cet acte de réparation à la mémoire de Lavoisier.
- Pour moi je reste confondu de surprise et d’admiration devant ce tome II, où M. Dumas a eu l’excellente pensée de réunir et de classer, selon leur ordre chronologique, tous les mémoires essentiels et caractéristiques de son œuvre. Il n’y en a pas moins de 61, tous composés de 1770 à 1792.
- Ces 22 années forment à peu près la durée de la vie scientifique de Lavoisier. Comment le même homme a-t-il pu, dans une carrière si courte, rassembler un pareil nombre de faits et d’expériences, préciser tant de résultats nouveaux, surveiller la construction de tant d’appareils qui devaient y concourir et qui étaient inconnus même des artistes chargés de leur exécution? Mais quel sera notre étonnement lorsque, jetant les yeux sur les cinq autres volumes du recueil, nous verrons Lavoisier traiter avec un talent sans égal une foule de questions de haute administration et d’économie politique, rédiger des rapports, proposer des sujets de prix,composer des ouvrages de longue haleine, entretenir une correspondance active, diriger l’exploitation d’un vaste domaine! Je doute qu’il se soit jamais rencontré une intelligence plus ouverte, plus vive et mieux ordonnée. Et, si l’on veut savoir comment ce grand esprit parlait d’agriculture et d’économie politique il y a plus de soixante et dix ans, qu’on lise cette page.
- « Ce n’est pas seulement dans les cabinets qu’il faut étudier l’économie politique; c’est par l’étude réfléchie d’une grande exploitation territoriale, par des calculs suivis pendant un grand nombre d’années sur la distribution des richesses renaissantes,
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- qu'on peut se former des idées justes sur ce qui concourt à la prospérité d’un grand royaume.
- « L’ouvrage d’agriculture dont je m’occupe m’a déjà coûté 9 années de soin et de travail. Mais il m’a appris de grandes vérités, que les personnes même les plus instruites n’aperçoivent que d’une manière vague. Il m’a fait concevoir l’espérance de pouvoir concourir un jour à la prospérité nationale, en engageant les grands propriétaires de terres, les capitalistes, les gens aisés à porter leur superflu dans la culture des terres. Un semblable placement d’argent ne présente pas, il est vrai, les brillantes spéculations de l’agiotage ou du jeu des effets publics, mais il n’est pas accompagné des mêmes risques et des mêmes revers; les succès qu’on obtient n’arracbent de larmes à personne; ils sont, au contraire, accompagnés des bénédictions du pauvre. Un riche propriétaire ne peut faire valoir sa ferme et l’améliorer sans répandre autour de lui l’aisance et le bonheur; une végétation riche et abondante, une population nombreuse, l’image de la prospérité sont la récompense de ses soins. »
- Mais je ne saurais mieux apprécier ce tome II qu’en reproduisant ici quelques lignes éloquentes que M. Dumas lui a consacrées le jour où il en fit hommage à l’Académie.
- a Rien n’est plus saisissant, dit-il, que de voir se dérouler ainsi tout ce que peut accomplir un homme de génie en vingt années, pour le bien de l’humanité et pour la splendeur de son avenir sur la terre, lorsqu’il n’est arrêté par aucune des difficultés matérielles de la vie et de la mise en œuvre de sa pensée, avantage dont Lavoisier a joui, et qu’il a cruellement expié.
- « Quand le volume s’ouvre, en effet, on ignore la nature de l’eau, celle de l’air, la cause de la calcination des métaux et de la combustion du charbon, du soufre et du phosphore. On ne sait pas comment agissent les acides sur les corps qu’ils peuvent dissoudre.
- « Bientôt, le rôle de la balance dans l’étude des réactions étant pris comme point de départ, on apprend que les corps que l’on brûle augmentent de poids, et que cette augmentation est due à la fixation de l’air, ou mieux, de l’oxygène; l’air est analysé, l’eau décomposée et recomposée; les acides du charbon, du soufre et du phosphore sont ramenés à leurs vrais éléments; la dissolution des métaux est expliquée, les sels définis.
- « La combustion devient l’objet d’une suite d’études qui en éclairent toutes les formes de la lumière la plus vive ; la respiration prend place parmi elles sans efforts ; et, quand le volume se ferme, non-seulement la chimie minérale est soumise à des lois sûres, mais la nature des matières organiques est dévoilée, les causes de la chaleur animale sont reconnues, les fermentations suffisamment comprises, la physiologie et la médecine voient de nouveaux horizons s’ouvrir, et la chimie prend place parmi les meilleurs guides de l’agriculture. »
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- III.
- C’est une chose digne de remarque : Lavoisier n’a découvert aucun corps simple, aucune combinaison nouvelle. Les phénomènes qu’il a étudiés étaient connus de ses devanciers. Les arts ne lui doivent directement aucune application. Nulle voix cependant ne s’élèvera jamais pour lui refuser le premier rang parmi les chimistes les plus célèbres de tous les temps et de tous les pays. C’est que le nom de Lavoisier restera éternellement attaché à la connaissance exacte de ce qui intéresse le plus l’économie de l’univers. Le feu et l’eau, l’air et la terre, ces quatre sources de la vie, ces principes de toutes choses selon la croyance antique, personne n’en a mieux compris et expliqué la nature que Lavoisier. Porter la lumière sur de tels objets, c’était la répandre sur tous les autres. Aussi Lavoisier se trouva-t-il naturellement le premier législateur de la chimie.
- A la clarté de ses principes, tous les faits chimiques, lentement accumulés depuis des siècles par la recherche du grand œuvre et par l’industrie de l’homme, se classèrent sans efforts et montrèrent les liens qui les unissent.
- En découvrant les premières lois générales de la chimie, Lavoisier créa, en outre, la véritable méthode expérimentale propre à cette science, et dont elle ne s’est plus départie.
- IV.
- J’ai lu quelque part qu’à l’époque de Lavoisier les chimistes français, s’étant mis d’accord pour changer tous les termes techniques, tous les noms désignant les combinaisons et les décompositions chimiques, avaient imaginé une nomenclature nouvelle qui s’était imposée aux savants de tous les pays, parce qu’elle était l’expression d’un système nouveau et complet ; que l’on s’expliquait ainsi l’abîme qui semble exister entre la science actuelle et l’ancienne chimie ; que les noms nouveaux et les nouvelles théories rompirent les liens du passé et de toutes les observations partielles faites jusqu’au temps de Lavoisier dans les autres pays de l’Europe, et que c’était ainsi que beaucoup de gens ne voyaient dans nos connaissances actuelles que l’héritage légué exclusivement par l’école française d’alors, s’imaginant que l’histoire de la chimie ne va pas au delà.
- Cette dernière opinion est assurément bien erronée ; mais, à mes yeux, il serait encore plus contraire à la vérité de croire que la réforme de la nomenclature chimique a contribué directement à faire de Lavoisier le rénovateur de la chimie. Ses mémoires, seul fondement de sa gloire, ont été écrits pour la plupart bien avant cette réforme, et par suite dans la langue chimique qui était au service de tous. Ce sont ces mémoires qui ont creusé l’abîme qui existe réellement entre la science actuelle et l’ancienne chimie.
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- On ne serait pas moins éloigné de la vérité et de la justice en laissant croire que la révolution qui s’accomplit alors fut une œuvre collective, et que Lavoisier n’a été que le plus célèbre d’une école de chimistes français dont les travaux auraient été plus ou moins en contradiction avec les doctrines du passé. Ces insinuations, Lavoisier les a connues, car l’envie ne l’a pas épargné, malgré la modération de ses sentiments et l’impartialité dont il fit toujours preuve comme historien des travaux d’autrui. Après la réforme de la nomenclature, œuvre commune de Guyton-Morveau,Berlhollet, Lavoisier et Fourcroy, divers auteurs la prirent volontiers pour point de départ des idées nouvelles, et parlaient notamment de la théorie delà combustion comme de la théorie de l’école française. Lavoisier, que les uns avaient combattu, que les autres n’avaient point compris pendant quinze années, voyant qu’on cherchait à le dépouiller au moment du triomphe de ses idées, s’en expliqua un jour dans ces termes : « Cette théorie n’est pas, comme je l’entends dire, la théorie des chimistes français, elle est la mienne, et c’est une propriété que je réclame auprès de mes contemporains et de la postérité/»
- Non. Ni la réforme de la nomenclature chimique, ni les travaux des chimistes contemporains de Lavoisier n’eurent, au début, la moindre part aux doctrines nouvelles. Le premier, et seul pendant longtemps, Lavoisier a rompu les liens avec le passé; puis sont venus ses imitateurs et ses disciples.
- Quant au secret de sa supériorité, je le placerais volontiers dans la supériorité de sa méthode. C’est par elle surtout qu’il doit être, ce me semble, considéré à juste titre comme le fondateur de la chimie moderne, dont cette méthode est l’âme, aujourd’hui encore comme il y a soixante ans.
- On en aura facilement la preuve en passant de la lecture d’un mémoire de Lavoisier à celle d’un mémoire de Berzélius ou de M. Liebig, de Gay-Lussac ou de M. Chevreul. Si l’on ne considère que l’art d’interroger la nature par l’expérience, le lien logique des pensées, la clarté des termes, l’absence de tout esprit de système, le choix et la précision des instruments, c’est, à peu de différence près, la même science et la même langue. Comparez ensuite à ces travaux telle œuvre des contemporains de Lavoisier, en choisissant parmi ces derniers ceux-là mêmes qui ont jeté le plus d’éclat : l’invention vous paraîtra, dans Scheele et dans Priestley, égale ou supérieure ; mais il vous sera impossible de reconnaître ces hommes de génie pour les maîtres immédiats des chimistes modernes. Non-seulement on ne retrouve pas dans leurs écrits les principes et la méthode d’aujourd’hui, ils n’ont point de méthode. Priestley la dédaigne. Il se félicite de devoir toutes ses découvertes au hasard, et de se conduire d’après l’inspiration du moment. Aussi le vrai et le faux se mêlent sans cesse dans ses ouvrages. Scheele serait un guide plus sûr, mais il est absolument insuffisant. Il n’a connu de la matière que ce qui se voit, non ce qui se mesure.
- Scheele et Priestley sont des inventeurs. Lavoisier est plus que cela. Otez à Scheele et à Priestley l’esprit d’invention, ce ne sont plus que des hommes ordinaires. Lavoisier, diminué de ce même esprit qu’il avait également au degré le plus éminent, reste
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- un homme supérieur, économiste, administrateur consommé, écrivain du plus rare mérite, penseur profond. Lavoisier fut un inventeur philosophe.
- Scheele et Priestley ne possédaient que Part d’observer. L’art d’observer et l’artd’expé-rimenter sont bien distincts. Dans le premier cas, peu importe que le fait vienne de la logique ou soit donné par la fortune, pourvu qu’on ait la faculté de voir le vrai et de la pénétration, on en tire profit. Mais l’art d’expérimenter, conduisant du premier anneau de la chaîne au dernier, sans lacune et sans hésitation, faisant successivement usage du raisonnement qui pose l’alternative et de l’expérience qui la décide, jusqu’à ce que, parti delà plus faible lueur, on arrive à la plus splendide clarté, cet art, Lavoisier l’a possédé au plus haut degré.
- y.
- Je voudrais essayer de marquer ici les traits principaux de la méthode de Lavoisier.
- Mais, auparavant, qu’on se figure un jeune homme, beau, riche, de la plus grande distinction de manières, entouré des conseils d’hommes intelligents qui pressentent son brillant avenir, nourri de fortes études littéraires, étudiant avec succès les mathématiques et l’astronomie auprès de l’abbé Laeaille, recevant des leçons de botanique de Jussieu, suivant les cours de chimie de Rouelle, associé aux travaux géologiques de Guettard, et illuminé par une noble ambition. «J’étais jeune, dit-il quelque part; j’étais nouvellement entré dans la carrière des sciences. J’étais avide de gloire. » C’est sous de tels auspices, c’est avec cette variété de connaissances exactes que le jeune Lavoisier se prépare à marcher sur les traces des hommes de génie.
- Quant à la netteté d’intelligence et à la vivacité de conception dont il est doué, qu’on en juge par ce qu’il écrivait, comme d’inspiration, à l’âge de 21 ans. On lit dans son journal d’expériences, à la date du 24 novembre 1764 : « Il est certain que le plâtre
- vu au microscope change de figure étant calciné.....Il me vient une idée, c’est que ce
- plâtre calciné reprend son eau de cristallisation lorsqu’on le gâche, et se rencontre sous une forme cristalline. Je le présume : 1° parce que j’ai entrevu quelque chose de tel au microscope; 2° parce que les plâtras contiennent des cristaux réguliers de plâtre, principalement ceux qui ont été exposés à l’air. »
- Et le mémoire sur le gypse, préparé à cette date et à cet âge du jeune chimiste, démontre ingénieusement tous ces faits et beaucoup d'autres non moins exacts, qu’il expose déjà dans ce langage si clair, avec cette exquise précision des termes, que personne dans les sciences n’a jamais surpassés, ni peut-être égalés.
- Son ardeur ne connaissait ni les obstacles ni le repos. L’Académie avait proposé, en 1764, un prix extraordinaire pour le meilleur mode d’éclairage d’une grande vilie pendant la nuit. Lavoisier veut concourir, et il se livre aussitôt à des expériences variées. Mais il s’aperçoit que sa vue manque de la délicatesse nécessaire pour apprécier
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- les intensités relatives des diverses flammes qu’il doit comparer. Il fait tendre alors une chambre de noir, et s’y enferme pendant six semaines dans une obscurité parfaite. Au bout de ce temps sa vue avait acquis une sensibilité extrême, et les moindres différences ne lui échappaient plus.
- Tel était le dévouement à la science du jeune Lavoisier à l’âge de 22 ans. Ai-je besoin d’ajouter que son travail fut couronné? L’Académie lui décerna une médaille d’or dans sa séance publique du 9 avril 1766 et ordonna la publication de son mémoire, qu’on lit encore avec le plus vif intérêt.
- L’Académie des sciences ne pouvait tarder à l’appeler dans son sein. Il y entra en 1768, âgé de 25 ans.
- vï.
- Le trait le plus caractéristique de l’œuvre de Lavoisier, c’est à mon sens, et si je puis m’exprimer ainsi, d’avoir introduit dans la chimie l’esprit de la physique. La physique est essentiellemeut, comme l’astronomie, une science de mesures précises. Les corps augmentent de volume lorsqu’on les échauffe. A quoi bon la connaissance de ce fait, quel parti en tireront les arts, si l’on ne soumet ce phénomène physique à des mesures rigoureuses propres à déterminer la valeur de celte augmentation de volume pour les divers corps et pour les divers degrés de température? Au contraire, je calcine de la pierre calcaire et j’en retire de la chaux vive, corps essentiellement différent de la pierre calcaire par ses propriétés. Si je ne cherche, en inventeur désintéressé, que la nouveauté des résultats, mon esprit est satisfait. Il ne l’est pas moins si j’ai le désir de faire sortir de mes études quelque sujet d’applications nouvelles. A ce double point de vue, la découverte de la chaux vive, douée de propriétés si remarquables, est un grand progrès chimique; et il m’importe assez peu de savoir de combien la chaux vive pèse moins que la pierre calcaire qui l’a fournie, ou le nombre d’unités de chaleur dépensées pour opérer la décomposition.
- Jusqu’au temps de Lavoisier, la chimie s’inquiétait fort peu, en effet, de la mesure des phénomènes. Dominée par des préjugés, enhardie par ses succès, elle cherchait des corps nouveaux, des propriétés inconnues et magiques; elle croyait à des élixirs de longue vie, et à la transmutation des métaux vils en métaux précieux. Et le domaine de la nature matérielle est si vaste, qu’elle aurait pu satisfaire peut-être encore pendant des siècles la curiosité de ses adeptes, sans allier jamais sa méthode à celle des physiciens, et sans pouvoir découvrir les rapports nécessaires des phénomènes dont elle s’occupait.
- Personne n’a fait plus de découvertes originales en chimie que Priestley, particulièrement dans l’étude des gaz, de ces fluides élastiques si sensibles aux changements de la pression ou de la température- Or, Priestley ne se sert jamais du baromètre, ni du
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- thermomètre, instruments qui lui étaient bien connus et qui seuls pouvaient évaluer la pression et la température. De nos jours encore on trouve des Priestley qui ne savent pas ce que c’est qu’une pesée exacte. La science ne resterait pas stationnaire entre de telles mains, mais sa marche serait incertaine et lente.
- La méthode de Lavoisier, au contraire, a permis à tout esprit juste de faire des découvertes en chimie. En apprenant aux chimistes l’usage de la balance, du thermomètre, du baromètre et du calorimètre, en portant leur attention sur les propriétés de la matière que l’on peut soumettre à des déterminations numériques exactes, Lavoisier leur a ouvert des routes inconnues qui conduisent sûrement à la vérité. Il leur a donné un sens nouveau; il a ajouté à l’œil du chimiste, à ce faible organe qui ne voit que la surface des choses, l’instrument du physicien qui en scrute le fond. Depuis lors on n’a rien trouvé de mieux comme méthode, et voilà pourquoi Lavoisier a été le rénovateur de la chimie.
- En même temps que Lavoisier faisait entrer la précision des instruments du physicien dans le laboratoire du chimiste, la rectitude de son jugement y portait des idées justes sur la constitution de la matière, sur la nature des corps qui devaient être réputés simples. C’était seulement à cette condition que la notion de poids et l’usage de la balance pouvaient conduire à de grands résultats. On trouverait même avant Lavoisier quelques mesures de précision dans l’étude des phénomènes chimiques; mais, outre que le nombre en est si restreint, que l’on compterait, par exemple, les pesées exactes qui ont été faites avant lui, il est essentiel de remarquer que les idées de Lavoisier sur la nature des corps l’avaient mis en possession d’un principe nouveau et fécond, dont on retrouve l’application dans presque tous ses mémoires, à savoir que les phénomènes chimiques peuvent se représenter par des équations.
- C’est là un autre trait caractéristique de sa méthode.
- On connaît ces belles paroles : « Rien ne se crée, ni dans les opérations de l’art, ni dans celles de la nature, et l’on peut poser en principe que dans toute opération il y a une égale quantité de matière avant et après l’opération ; que la qualité et la quantité des principes sont les mêmes, et qu’il n’y a que des changements et des modifications. C’est sur ce principe qu’est fondé tout l’art de faire des expériences en chimie. On est obligé de supposer dans toutes une véritable égalité ou équation entre les principes du corps qu’on examine et ceux qu’on en retire par l’analyse. »
- Rien ne se perd, rien ne se crée : admirable principe que le génie divinateur de Lavoisier appliquait déjà à la chaleur, et qui, étendu aujourd’hui à toutes les manifestations de la force dans la nature, ouvre depuis quelques années aux sciences physiques et physiologiques des horizons sans bornes. Comparez maintenant, s’il est possible, la lumière de ces principes à l’obscurité des archées de Van Helmont ou du phlogistique de Stahl, et vous comprendrez jusqu’à quel degré Lavoisier a rompu avec le passé et mérite d’être proclamé le fondateur de la chimie moderne.
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- Qu’il me soit permis de dire, en terminant cette élude, trop longue déjà pour le lecteur, trop courte et bien insuffisante à mon gré pour la grandeur du sujet, le double intérêt d’utilité et de convenance morale qu’il faut attacher à la réimpression des œuvres scientifiques des hommes de génie. La condition des lettres et des sciences est bien différente. Les chefs-d’œuvre de la littérature ont un caractère de beauté absolue, qui est le principe tout à la fois de leur immortalité et de leur éternelle jeunesse. Si les grands écrivains de l’antiquité pouvaient renaître un moment, ils seraient charmés de voir que rien dans leurs œuvres n’a vieilli, et qu’après les mille vicissitudes par lesquelles l’humanité a passé depuis qu’ils ont cessé de vivre, le temps n’a fait qu’accroître le nombre de leurs admirateurs. Le sort des grands hommes dans les sciences est bien différent.
- Newton lui-même serait ébloui au récit des connaissances scientifiques de nos enfants.
- C’est que le propre des découvertes scientifiques est de se surpasser les unes les autres. Le champ de la science est inépuisable. Plus il est remué, plus grands sont les trésors qu’il offre à nos regards. Que de connaissances chimiques et physiques accumulées depuis Lavoisier qu’il ne soupçonnait pas ! Aussi n’y aurait-il plus aucune utilité pratique à aller s’instruire des lois de la physique et de la chimie dans les ouvrages qu’il nous a laissés, et vraisemblablement ces belles pages qui devaient être recueillies par le respect de ses successeurs et publiées par l’État, en réparation d’un grand crime, la spéculation privée ne les eût jamais réunies.
- Cependant l’œuvre de Lavoisier, comme celle de Newton et des rares génies qu’il est permis de leur comparer, restera toujours jeune. Certains détails pourront veillir, comme des formes et des modes d’un autre temps ; mais le fond, la méthode constituent un de ces grands aspects de l’esprit humain dont les années augmentent encore la majesté. C’est dans ces modèles achevés qu’il faut contempler, pour la comprendre, la marche de la pensée déchirant les voiles de l’inconnu.
- C’est par la lecture des travaux des inventeurs que la flamme sacrée de l’invention s’allume et s’entretient ; et c’est ainsi qu’il importe à la gloire d’un grand Souverain et au bien d’un grand pays que l’œuvre du génie soit offerte sans cesse comme modèle à la postérité.
- C’est sans doute l’un des plus puissants motifs qui ont déterminé M. Dumas à poursuivre la réalisation de l’entreprise à laquelle il s’est dévoué. Elle lui a coûté déjà bien des veilles, mais je ne crains pas de dire qu’elle a dû lui procurer bien des joies. Combien de fois son noble cœur a dû battre à l’unisson de celui de Lavoisier! Combien de fois sa haute intelligence a dû se trouver en conformité de pensées et d’aspirations avec celles du maître vénéré! Car je suis bien sûr d’exprimer ici le sentiment commun
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- de tous les chimistes de l’Europe, en affirmant que personne mieux que M. Dumas n’a compris la beauté et la profondeur des travaux de Lavoisier, et que nul n’a continué son œuvre en se tenant plus près du modèle par l’ensemble des vues et par l’éclat des découvertes. Il m’est bien doux de pouvoir confondre ici dans le même hommage public le sentiment de mon admiration pour son caractère et son talent, avec la reconnaissance des chimistes envers l’œuvre de réparation à la mémoire de Lavoisier, dont il a pris la généreuse initiative au nom de tous.
- [Comptes rendus de l'Académie des sciences.)
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- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Sur l'a vent urine à base de chrome, par M. JT. Pelouze. — « On sait que le sesquioxyde de chrome communique une couleur verte aux fondants, et particulièrement au verre. Le bichromate de potasse jouit de la même propriété, ce qui doit être, puisqu’il se décompose, par la chaleur, en oxyde de chrome et en chromate neutre de potasse. Ce dernier sel est, à son tour, décomposé par la. silice, d’où résultent de l’oxygène, du silicate de potasse et de l’oxyde de chrome.
- « Ainsi, en présence de la silice, tout l’acide chromique du bichromate alcalin passe à l’état d’oxyde de chrome qui reste dans le verre.
- « Si la proportion du sel est petite, le verre est transparent, d’une homogénéité parfaite et d’nne couleur verte légèrement jaunâtre.
- « Si elle est plus forte, dans une certaine mesure, on trouve, dans le verre, des paillettes de sesquioxyde de chrome.
- « Mes essais ont été pratiqués avec les dosages suivants, qui ont toujours été les mêmes, la proportion de chromate seule étant variable :
- Sable.............................. 250 parties.
- Carbonate de soude.................. 100 —
- Spath calcaire........................ 50 —
- « Premier essai. — Avec 10 grammes de bichromate, le verre fond, s’affine et se recuit bien. Il est homogène, transparent, et d’une couleur verte légèrement jaunâtre.
- « Deuxième essai.— Avec 20 grammes de bichromate, le verre se travaille et se recuit avec la même facilité que le précédent; sa couleur est d’un vert très-foneé; on distingue facilement des petites paillettes de sesquioxyde de chrome.
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- « Troisième essai.— Avec 40 grammes de bichromate, la fonte est sensiblement plus difficile. Le verre est rempli de cristaux extrêmement brillants.
- « Toutes les personnes qui ont vu des échantillons de ce verre l’ont comparé immédiatement à l’aventurine de Venise, et appelé aventurine de chrome, nom que je propose de lui conserver.
- « Quatrième essai. — Avec 50 grammes de bichromate, la fusion est extrêmement difficile. Le verre est rempli d’une masse confuse de paillettes, et n’a plus l’éclat et la beauté du précédent.
- « Il résulte de ce qui précède que le meilleur dosage, pour la préparation de l’aven-turine de chrome, est le suivant :
- Sable................................. 250 parties.
- Carbonate de soude........................ 100 —
- Carbonate de chaux.......................... 50 —
- Bichromate de potasse....................... 40 —
- « Le verre qui en résulte contient 6 à 7 pour 100 d’oxyde de chrome dont la moitié à peu près est combinée avec le verre et l’autre moitié reste à l’état de liberté, sous forme de cristaux ou paillettes brillantes.
- « L’aventurine verte se prépare avec beaucoup plus de facilité que celle de Venise. Elle existe pendant la fusion du verre, tandis que cette dernière ne se forme que pendant le recuit. Je renvoie les personnes que cette question intéresse au travail de MM. Fremy et Clemandot sur l’aventurine artificielle (Comptes rendus, p. 341, année 1846).
- ce L’aventurine au chrome jette des éclats de lumière au soleil et dans les lieux fortement éclairés; sous ce rapport, elle ne le cède qu’au diamant. Elle est plus dure que le verre à vitre qu’elle raye et coupe facilement, beaucoup plus dure surtout que l’aventurine de Venise, et sous ce dernier rapport d’une plus grande valeur.
- ce Au milieu des irrégularités que présentent dans leurs contours les paillettes disséminées dans l’aventurine au chrome, notre honorable confrère M. Daubrée y a reconnu avec certitude la forme de Yhexagone régulier, forme appartenant au système cristallin du sesquioxyde de chrome.
- « Ces paillettes ont, d’ailleurs, la plus grande ressemblance avec certaines variétés de fer oligiste en lamelles, telles qu’on en rencontre dans certains gisements, et notamment avec le fer oligiste dit spéculaire; or on sait que le fer oligiste est isomorphe avec le sesquioxyde de chrome.
- « La couleur de l’aventurine nouvelle est celle du troisième jaune vert, 13 ton du cercle chromatique de M. Chevreul.
- « Les lapidaires qui ont vu mes premiers échantillons de la nouvelle aventurine et qui en ont taillé quelques-uns s’accordent à dire qu’elle constitue une importante acquisition pour leur industrie.
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- « C’est la raison pour laquelle j’ai cru devoir lire cette Note devant l’Académie et lui donner la publicité de nos Comptes rendus. j>
- {Comptes rendus de l’Académie des sciences.)
- Sur la coloration du verre par le sélénium, par 3?I. JT. Pelouze. —
- « J’ai constaté, il y a quelques mois (Comptes rendus, t. LX, p. 983), que la couleur jaune que prend le verre sous l’influence du charbon, du phosphore, du bore, du silicium, de l’hydrogène, et de l’aluminium était due à la présence constante d’un sulfate dans le verre du commerce, et que le verre restait parfaitement incolore, sous l’influence de ces divers métalloïdes, lorsqu’il avait été préparé avec des fondants complètement exempts de soufre.
- « Dès lors, la coloration dont il s’agit devait être due au soufre exclusivement, et je l’ai démontré en colorant directement le verre pur ou impur avec du soufre ou un sulfure.
- « Il était curieux de constater si le sélénium, qui a toutes les allures et les analogies possibles avec le soufre, colorerait aussi directement le verre et quelle couleur il lui communiquerait.
- « J’avais conservé un échantillon de sélénium d’une pureté parfaite que m’avait donné, il y a trente ans, l’illustre auteur de sa découverte.
- « Je l’ai mêlé à la composition ordinaire du verre au carbonate, et j’ai obtenu une matière parfaitement transparente d’une belle couleur orangée tirant sur le rouge et rappelant certaines variétés de topaze, de grenat issonite et de zircon hyacinthe. (5 rouge orangé 3/10, 9 ton; M. Chevreul.)
- « J’ai varié les proportions de sélénium depuis 1 jusqu’à 3 pour 100 et j’ai obtenu une couleur toujours de la même nuance et de la même intensité. Du sélénium acheté dans le commerce m’a fourni le même résultat.
- « Celte expérience prouve que les analogies connues depuis longtemps entre le soufre et le sélénium se poursuivent dans leur réaction sur les silicates alcalins et terreux, et que ces deux métalloïdes colorent directement le verre. »
- [Idem.)
- Sur l’obtention des noirs en héliochromie, par M. JViepce de Saint-Victor.— « L’obtention des noirs en héliochromie est certainement plus extraordinaire que celle des couleurs; c’est pour cela que je vais en parler.
- « On peut obtenir des noirs par quatre procédés.
- « Le premier offre le plus d’intérêt, parce qu’il permet d’obtenir des noirs purs, soit dans la chambre obscure, soit par contact ; ces résultats s’obtiennent en faisant réagir sur le chlorure d’argent un liquide très-alcalin.
- « Le deuxième consiste à développer un noir légèrement indiqué et que j’appellerai: noir par réduction du chlorure d’argent.
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- « Le troisième consiste à soumettre un noir à peine indiqué à l’influence de la lumière diffuse ; j’appellerai ce résultat : noir par altération du chlorure éclairé.
- « Enfin un quatrième procédé permet d’obtenir une teinte sombre, se rapprochant du noir, en faisant agir successivement sur la couche sensible deux couleurs complémentaires, par exemple le bleu et l’orangé, qui donnent une teinte d’un noir gris; il en est presque de même du vert et du rouge; quant au jaune et au violet, ils ne produisent qu’un gris clair.
- « J’ai dit que, pour obtenir des noirs purs, il fallait faire agir sur le chlorure d’argent un liquide très-alcalin : mais il ne faut pas dépasser certaines limites, car dans ce dernier cas on finit par ne plus obtenir que des noirs et des blancs sans couleurs ; ce qui fait que l’on retombe dans la photographie ordinaire, avec cette différence que l’on obtient une épreuve directe ou positive, au lieu d’une épreuve inverse ou négative.
- « Dans un prochain Mémoire j’indiquerai la nouvelle préparation de la plaque d’argent, et je montrerai des épreuves stéréoscopiques sur lesquelles on verra non-seulement toutes les couleurs avec des noirs et des blancs, mais aussi le brillant des métaux et la scintillation des pierres fines; je puis en montrer dès à présent. » [Comptes rendus de l’Académie des sciences.)
- Préparation d’un vert d’aniline.— On prend une partie de fuchsine qu’on traite par un mélange de 1 1/2 partie d’acide sulfurique et 1/2 partie d’eau, puis on fait chauffer le tout graduellement pour dissoudre la fuchsine, et, quand la solution est froide, on y ajoute 4 parties d’aldéhyde dont la préparation est indiquée ci-après. On fait de nouveau chauffer avec soin, et on retire du feu dès que le mélange prend une couleur bleue brillante ; un chauffage trop prolongé ferait passer la teinte au violet; du reste, on peut de temps en temps, pour bien juger de la nuance de la liqueur, en verser uneoq deux gouttes dans de l’eau acidulée avec de l’acide sulfurique. Lorsque le virage au bleu est complet, on ajoute en même temps de l’eau bouillante et de l’hyposulfite de soude, puis on remue et jette le tout sur un filtre en toile; on lave le résidu à l’eau bouillante jusqu’à ce que tout soit dissous. On laisse reposer la liqueur filtrée pendant vingt-quatre heures, après quoi on filtre de nouveau, et le résidu obtenu sur le filtre est alors la couleur verte, qu’on n’a plus qu’à faire sécher à 30 ou 38° et à réduire en poudre.
- Préparation de Valdéhyde. — On commence par diluer dans 150 parties d’eau 350 parties d’acide sulfurique, et, lorsque , le mélange est suffisamment refroidi, on y ajoute graduellement 820 parties d’alcool, puis on introduit le tout dans un récipient en verre ou en terre auquel on adapte un tube muni d’un robinet. D’un autre côté, on prend une cornue et on y met 300 parties de bichromate de potasse et 150 parties d’eau ; on place un entonnoir sur le col de la cornue, puis on chauffe et on fait
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- arriver graduellement le mélange d’acide sulfurique et d’alcool. L’aldéhyde distille à la surface, et peut être recueilli par les voies ordinaires; il doit subir deux rectifications avant de pouvoir être employé.
- (Chem. Central Blatl et Chemical News.)
- Absorption des vapeurs provenant du grillage des minerais de enivre. — Pendant longtemps les usines à cuivre de l’Angleterre ont fait de nombreux essais pour remédier aux inconvénients produits par les vapeurs qui se dégagent dans l’atmosphère pendant le grillage des pyrites cuivreuses; mais ces essais ont été, en général, infructueux, en sorte que les propriétaires de ces usines ont été, jusqu’ici, obligés de payer de fortes indemnités pour les dommages que causent ces vapeurs à la végétation environnante. Il y a donc là, de toute manière, des pertes d’argent importantes, pertes causées par les indemnités et pertes produites par le dégagement des vapeurs qui entraînent, à l’état de poussière, des quantités appréciables de métal. Cependant un habile chimiste de Freyberg, M. Gerstenhœfer, vient de reprendre la question; il est parvenu, dit-on, à résoudre le problème au moyen d’un four de grillage pour lequel il a pris un brevet en 1863.
- Le four de M. Gerstenhœfer se compose d’une chambre verticale en briques réfractaires, dans laquelle sont disposées symétriquement des plaques d’argile réfractaire destinées à recevoir le minerai broyé. Celui-ci est distribué, par des trémies, sur les plaques supérieures, et au fur et à mesure du grillage on le fait descendre successivement jusqu’au fond de la chambre, où il arrive dans un état complet de désulfuration. Les vapeurs qui sortent du four sont utilisées pour la fabrication de l’acide sulfurique; elles sont conduites dans les appareils, au moyen de tuyaux dans lesquels elles déposent les parcelles de métal ainsi que l’acide arsénieux entraînés.
- Le four de M. Gerstenhœfer, dont nous n’avons donné là qu’une description sommaire, est déjà employé dans la fabrique royale d’acide sulfurique de Saxe, où il donne d’excellents résultats. MM. Vivian, qui l’ont vu fonctionner, se proposent de l’appliquer dans leur célèbre établissement de Swansea et comptent réaliser ainsi une économie qu’ils estiment devoir se traduire par une production de 1,000 tonnes d’acide sulfurique par semaine. On ne s’étonnera donc pas si, comme on le prétend, ils ont acquis au prix de 100,000 francs le droit de se servir du four de M. Gerstenhœfer.
- (Journal of the Society of arts.)
- Fabrication d’une soie végétale extraite de l’écoree des brandies et des rameaux du mûrier, par M, Potenza. — L’auteur extrait de l’écorce tendre du mûrier des filaments fins et flexibles qu’il nomme soie végétale, et que leur éclat, leur élasticité et leurs autres propriétés permettent de filer et d’associer à ceux de soie pour la fabrication de divers objets.
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- Les écorces réclamées par cette fabrication peuvent être obtenues en grandes quantités par un aménagement convenable des arbres, qu’il n’est pas nécessaire de sacrifier, et que l’on peut même employer à l’éducation des vers à soie. Il suffit de les élaguer tous les ans ou tous les deux ans, pour retirer d’un arbre, parvenu à sa croissance, 10 kilogrammes de rameaux fournissant 1 kil. 50 de soie végétale.
- Après avoir isolé soigneusement l’écorce d’avec le bois, on l’expose à l’air libre ou aux rayons du soleil pour la faire sécher complètement, ce qui est nécessaire pour la séparation facile des filaments. On opère cette séparation en faisant bouillir les écorces dans l’eau, soit pure, soit acide, soit alcaline, et en les ramollissant au point que la main, ou une machine convenable, suffit pour diviser les filaments et les disposer parallèlement entre eux. On achève ensuite de les préparer et de les filer comme le coton. (Neueste Erfindungen et Dingler’s polytechnisches Journal.)
- Moyen facile de distinguer les vins ronges naturels d’avec les vins colorés artificiellement, par M. Blâme. — L’auteur, qui, depuis un certain nombre d’années, s’occupe, avec beaucoup de succès, de la fabrication des vins artificiels, a trouvé dernièrement la méthode suivante pour reconnaître les vins dont la coloration n’est pas naturelle. Cette méthode repose sur la grande différence qui existe entre la solubilité, dans l’eau, des substances rouges tirées, par exemple, des baies et des fruits, et celle de la matière colorante des vins naturels qui ne se dissout bien que dans l’alcool étendu.
- On trempe dans le vin à essayer une petite tranche de pain ou une éponge sèche, mais bien lavée d’avance, et on la laisse s’imbiber complètement. On la place alors dans une assiette de porcelaine pleine d’eau. Si le vin est coloré artificiellement, l’eau reçoit aussitôt une nuance rouge-violette, tandis que, s’il est naturel, cet effet ne se produit qu’après un quart d’heure ou une demi-heure, encore le liquide prend-il auparavant un aspect sensiblement opalin. Selon M. Blume, cette méthode si simple peut toujours être employée avec confiance, et donne des résultats beaucoup plus sûrs que celles qui sont ordinairement en usage. (Elsner’s Chemisch-technische Mittheilungen, 1862-1863, et Dingler’s polytechnisches Journal.)
- Moyen d’empêclier les i«crustâtions des chaudières. — On a fait, en 1862, à Fohnsdorf (en Styrie), sur la machine à vapeur du puits Lorenz une observation intéressante ; c’est que la stéatite, qui s’y trouve mêlée avec des argiles schisteuses, peut fournir une ressource précieuse contre les incrustations des chaudières. Cette stéatite se délaye parfaitement dans les eaux du puits, s’élève avec elles et parvient dans le réservoir qui fournit à la chaudière l’eau d’alimentation. Là elle se dépose sansobstruer les tuyaux, et forme sur le fond de la chaudière une couche de boue fine qui reste dans cet état et s’écoule lors du nettoiement. Cette boue préserve si bien les chaudières de la
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- formation des croûtes salines, que l’on n’en a point encore observé dans celle du puits Lorenz. Il en est bien autrement au puits Joseph, car il s’y forme, malgré l’emploi de tous les moyens recommandés, un dépôt inévitable dont l’enlèvement est pénible. On y a donc essayé la stéatite ; mais, comme on l’a seulement introduite en poudre lors de la mise à feu, on a observé, dans les tuyaux, des dépôts qui les ont engorgés, et c’est seulement dans la chaudière, où la stéatite pulvérulente était tenue en mouvement par l’ébullition, que l’on a vu une amélioration notable dans la formation des incrustations. Ces premiers essais se poursuivent actuellement. [Oesterreichische Z eitschrift fur Berg-und Hüttenwesen, et Dingler’s polytechnisches Journal.)
- Moyens pour nettoyer les tonneaux, par 91. Jacobs. — Cette méthode, utile dans les grands établissements, tels que les brasseries importantes, est employée par M. Jacobs, à Burton-sur-Trent, et consiste à remplir entièrement ou presque entièrement les tonneaux d’eau ordinaire, que l’on fait ensuite bouillonner au moyen d’un courant de vapeur ou d’air comprimé. Dans la pratique, on doit préférer la vapeur d’eau, qui échauffe le liquide, et contribue ainsi au nettoiement ; mais on peut, à la rigueur, la remplacer en tout ou en partie par l’air comprimé. Lorsque l’on recourt à la vapeur d’eau, l’appareil consiste principalement en une chaudière à vapeur munie d’un ou de deux robinets auxquels sont adaptés des tuyaux. L’un de ces tuyaux, à son extrémité, porte un autre tuyau dans lequel il peut glisser, et dont le bout, percé d’un certain nombre de trous, pénètre par l’ouverture de la bonde dans le tonneau que l’on veut nettoyer. La vapeur, sortant sous une certaine pression par les trous du tuyau, produit dans l’eau le bouillonnement désiré. Il va sans dire que les détails des dispositions peuvent être variés de beaucoup de manières. Pour enlever toutes les matières corrompues ou acides que le bois peut avoir absorbées, il importe que le tuyau passe dans une bonde conique capable de fermer complètement l’ouverture, et que l’on puisse ainsi donner, au moyen de la vapeur, une pression suffisante. Après ce traitement, on achève de laver le tonneau avec de l’eau ordinaire. Afin qu’il puisse supporter la pression sans éprouver d’avaries, on l’entoure de cercles en feuillard, composés chacun de deux demi-cercles et tendus par des vis ou des coins. Les deux fonds sont consolidés par des plateaux bombés que l’on enveloppe également par des bandes de fer bien tendues. Les tonneaux, très-sales, sont soumis à un nettoiement préparatoire exécuté avec de l’eau aiguisée d'un acide minéral et contenant du charbon animal. On opère, avec cette eau, de la manière qui a été décrite, puis on la fait écouler et l’on recommence le lavage avec de l’eau ordinaire.
- [Deutsche Industriezeitung et Dinglers polytechnisches Journal.)
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- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 29 novembre 1865.
- Présidence de M. le sénateur Dumas, Président.
- Correspondance. — M. Berjot, pharmacien, à Caen, membre de la Société. — Appareil de lessivage dans le vide. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- Mme Ve Champion, à Pontchartrain (Seine-et-Oise). — Rappel de la demande d’examen des produits de sa briqueterie. (Renvoi au même comité.)
- M. Aubert Schwickardi, rue Saint-Maur, 220. — Levier-bascule. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Auguste Godchaux, membre de la Société, rue des Tournelles, 66. — Machines brevetées pour imprimer, simultanément des deux côtés et sur papier continu, la gravure en taille-douce des cahiers d’écriture avec modèles. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Jacques Picard, fabricant de cuirs, membre de la Société, rue Reaurepaire, 26. — Annonce à la Société la médaille et le certificat de lre classe qu’il vient de recevoir pour ses produits à l’Exposition anglo-française de Sydenham.
- M. Bon, membre de la Société, rue de Chevert, 28. — A l’occasion de l’aventu-rine de M. Pelouze, rappelle les pierres précieuses artificielles présentées par lui, et envoie une aventurine remarquable par son aspect chatoyant. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- M. le Président fait observer, à cette occasion, qu’on ne doit pas confondre l’aven-turine de M. Bon, fort belle du reste, avec l’aventurine nouvelle et remarquable que M. Pelouze a récemment présentée à l’Académie des sciences; la première est l’aven-turine ordinaire à base de cuivre, et la seconde un produit à base de chrome qui n’a rien de commun avec elle (1).
- M. Morin, à la Ferté-Saint-Samson. — 1° Projet de faire de Paris un port de mer ; 2° nouvel engrais. (Renvoi, d’une part, au comité des arts mécaniques, et d’autre part au comité d’agriculture.)
- M. le Directeur chargé du service des bibliothèques de la Couronne remercie la Société pour l’envoi des volumes de la 2e série du Bulletin.
- MM. Maumenè, membre de la Société, et Hogelet. — Demande d’examen de leurs procédés d’extraction de la potasse du suint. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- (1) Voir plus haut, p. 743.
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- MM. P. Gérard et comp., membres de la Société, rue de la Briche, 30, à Saint-Denis. — Savons de diverses espèces, fabriqués à chaud. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- M. P. J. Jeannier, pharmacien, à Ornans (Doubs). — Travail sur la crème au point de vue de sa densité, de ses principes nutritifs et de son essai chimico-légal. (Renvoi au même comité.)
- M. Berthel-Renou, rue des Canettes, 11. — Papier et toile à calquer. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Bouchard-Huzard, éditeur-libraire, rue de l’Éperon, 5. — Hommage d’un volume''ayant pour titre : Biographies des membres de la Société impériale et centrale d'agriculture de France.
- M. Dumas fait ressortir toute l’utilité de cette publication et adresse à M. Bouchard-Huzard les remercîments de la Société.
- M. Dubois, directeur des contributions directes, en retraite. — Àrithmographe didactique permettant : 1° la transformation alternative et illimitée de deux facteurs et de leur produit; 2° la division effectuée synthétiquement ; 3° la formation rapide des carrés et l’extraction de leur racine. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- MM. Lecornu et Roserau, rue Yivienne, 17. — Nouveau système de fermeture, à fléau, bouton, clef, etc., pour portes, fenêtres, etc. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. L. Kessler, ingénieur-chimiste, à Champerey-Neuilly. — Demande qu’une commission veuille bien examiner l’application qu’il vient de faire de ses procédés de fabrication du sucre de betterave chez M. Demiautte, à Saint-Léger, près Croizilles (Pas-de-Calais). (Renvoi aux comités des arts chimiques et d’agriculture.)
- Communications. — M. Dumas, rappelant la publication des œuvres de Lavoisier à laquelle il consacre tous ses soins et dont trois volumes ont déjà paru, demande au Conseil de lui prêter son concours au sujet d’une question qui l’embarrasse dans cet important travail.
- Le procédé de lessivage des sels de soude, etc., généralement employé aujourd’hui et auquel on donne le nom de lavage méthodique, est du à Lavoisier, qui l’a appliqué au lavage des plâtras et à la purification des salpêtres bruts.
- Mais la pensée même de ce procédé remonte à une époque peu avancée de la vie de l’illustre chimiste. En effet, en 1773, Lavoisier avait rédigé un mémoire dans lequel se trouve décrit avec le plus grand soin le moyen le plus propre à retirer, par voie de distillation, l’eau-de-vie du vin et l’eau douce de l’eau de mer. Or ce moyen, analogue à celui dont il est question plus haut, avait été, pour l’eau de mer, l’objet d’une expérience entreprise sur un des vaisseaux du Roi. Dans son mémoire, Lavoisier établit que l’art de la distillation consiste à obtenir le maximum de produit avec le minimum de dépense, surtout quand il s’agit de produits de peu de valeur. En procédant d’après ce point de vue, Lavoisier construit un appareil formé de deux tubes
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- concentriques, dont l’un donne passage à la vapeur et l’autre au liquide réfrigérant, et il les fait marcher en sens inverse. C’est bien là, en effet, le mode d’opérer qu’on emploie encore aujourd’hui partout. Généralisant son système, Lavoisier l’applique également à l’utilisation de la chaleur du fourneau, la chaudière à chauffer étant considérée par lui comme le réfrigérant.
- En parlant de ce mémoire, qui doit faire partie du 4° volume des œuvres en cours de publication, M. Dumas ajoute qu’il est tellement net, tellement clair dans tous ses détails, qu’on le dirait écrit de nos jours. Au sujet des appareils, il y est fait mention de 4 planches dont le manuscrit donne la description. Mais malheureusement ces planches manquent, et jusqu’ici toutes les recherches faites par M. Dumas pour les retrouver sont restées infructueuses. Il fait donc appel au bon vouloir des membres du Conseil, et les prie de l’aider à découvrir ces documents dont l’importance, pour l’histoire de la science, n’a pas besoin d’être démontrée.
- M. Tresca, membre du comité des arts mécaniques, informe M. le Président qu’il a parcouru, avec soin, toutes les patentes anglaises, dans l’espoir de découvrir quelques documents relatifs au mémoire auquel M. Dumas vient de faire allusion; mais il n’a trouvé que des indications vagues et dépourvues de toute espèce de dessin.
- M. Alcan, membre du même comité, demande la parole au sujet du rapport de M. Chatin sur le mémoire de M. Cabanis relatif à l’emploi, comme matière textile, des brindilles du mûrier, rapport lu dans une séance à laquelle il n’a pu assister. Il reconnaît que M. le rapporteur a bien indiqué que les recherches de M. Cabanis ne sont pas chose nouvelle, mais il désirerait que le rapport contînt cette mention, qu’Olivier de Serres, dans son Théâtre d’agriculture, a, depuis longtemps déjà, signalé le parti qu’on pourrait peut-être tirer du bois du mûrier dans les industries textiles. (Il sera fait droit à la réclamation de M. Alcan.)
- M. l’abbé Moigno présente, de la part de l’inventeur, M. Hugon, l’appareil qu’on emploie dans plusieurs compagnies de chemins de fer pour carboniser les bois. (Renvoi aux comités des arts chimiques et mécaniques.)
- M. l’abbé Moigno offre en même temps au Conseil, sous le titre de Science vulgarisée, le résumé des conférences scientifiques et industrielles qu’il fait, tous les mois, daps la salle des séances de la Société.
- Nominations de membres. — Sont nommés membres de la Société :
- MM. Goupil de Prefeln ;
- Gibouin, capitaine d’artillerie.
- Par exception aux règles établies et en considération des services rendus à la Société par M. Le Tavernier, trésorier, M. Goupil de Prefeln, son gendre, sur la proposition de M. le Président, a été nommé, séance tenante, membre de la Société.
- Le Conseil se forme en comité secret.
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- Séance du 13 décembre 1865.
- Présidence de M. le sénateur Dumas, Président.
- Correspondance. — M. E. Foex, ingénieur civil, à Marseille, chemin des Char-treux, 77. — Perfectionnements aux appareils d’éclairage par l’huile de pétrole. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Paul Jovenco, représenté par M. Granstroen, rue Mandar, 8, à Paris. — Réservoir à double pression d’eau pour la conservation du pétrole et autres huiles. (Renvoi air même comité.)
- M. Charles Marlier, rue du Temple, 104. — Nouvelle méthode d’enseignement progressif et simultané de l’écriture et de la grammaire. (Renvoi au même comité.)
- M. Joseph Paraud, passage Frequel, 11, à Charonne-Paris. — Modèle de cannelles d’un système particulier. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Julien Caudron, membre de la Société, à Malaunay (Eure). — Canne de luxe en jonc recouvert d’une tresse de soie. (Renvoi au même comité.)
- M. Betbeder, artiste-peintre, 17, rue Rousselot.— Procédé, dit phototypie, pour le transport, sur pierre, des clichés photographiques. (Renvoi à la commission des beaux-arts appliqués à l’industrie.)
- M. J. B. Viollet, rue Bonaparte, 88. — Procédé de cuivrage, de la fonte, du fer, etc. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- M. Maumené, avenue de Breteuil, à Paris. — Demande à exposer en séance ses procédés d’extraction de la potasse du suint.
- M. Eyerre, 19, avenue de Saint-Mandé. — Fait hommage d’une brochure ayant pour titre : les Délassements des jeunes charpentiers, etc.
- M. Hendrickx, à Bruxelles. — Méthode de dessin. (Renvoi à la commission des beaux-arts appliqués à l’industrie.)
- Communications. — M. Trélat, membre du Conseil, prend la parole au sujet de la note publiée dans le Bulletin de septembre dernier par M. le Président sur la nouvelle école d’architecture fondée rue d’Enfer.
- M. le Président ordonne le renvoi de la communication de M. Trélat à la commission du Bidletin, désirant que chacun puisse se faire juge des circonstances qui se rattachent à sa réclamation. (Voir plus haut, p. 731.)
- M. Payen, membre du comité des arts chimiques, présente des échantillons d’une certaine mousse de Chine, avec laquelle les Chinois font des gelées et qui est remarquable, entre autres propriétés, par la grande quantité d’eau qu’elle absorbe. M. Payen doftne sur cette curieuse substance quelques explications, et, à la demande de M. le Président, il ajoute qu’il rédigera pour le Bulletin une note qui pourra servir de complément à celle qu’a publiée dernièrement M. Natalis Rondot sur les gelées marines des Chinois. (Voir plus haut, p. 727.)
- M. Le Roux, membre du comité des arts économiques, demande, à propos de cette Tome XII. — 64e année. 2e série. — Décembre 1865. 96
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- substance, si elle n’entrerait pas à l’état de colle dans la fabrication de l’encre de Chine véritable, dont la composition est toujours restée pour noys à l’état de
- mystère.
- M. Paÿen ne le croit pas, car il a plusieurs fois analysé la substance dont il est question, et il y a toujours trouvé trop d’azote pour qu’il soit possible de lui attribuer une origine végétale.
- M. Peligot, l’un des secrétaires, dit qu’il connaît une matière azotée qui serait peut-être celle que les Chinois font entrer dans la préparation de leur encre. C’est une matière qui est contenue dans la soie, lorsqu’elle n’est pas décreusée; elle est entièrement soluble et n’est cependant pas de la gélatine.
- M. Le Roux rappelle que l’encre de Chine a une odeur camphrée à chaud, et à froid, au contraire, une odeur de musc.
- M. Payen fait remarquer que M. Stanislas Jullien a traduit, d’après les textes chinois, de nombreuses recettes de fabrication de l’encre, dans lesquelles il est question d’une gélatine de peau d’âne; mais il doute que les descriptions de ces recettes soient sincères.
- M. Dumas dit que le prix de la fabrication de l’encre dont il est question est tellement bas en Chine, qu’il est peu probable que cette industrie puisse prospérer en France, quand même on viendrait à découvrir quelle est la matière mucilagineuse que les Chinois emploient pour tenir en suspension le charbon qui forme la base de l’encre. Il est bien de l’avis de M. Payen, qu’on doit suspecter les descriptions chinoises de certains procédés, mais il croit que l’ouvrage connu sous le titre à’Encyclopédie japonaise contient, à l’égard d’autres industries, certains articles qui mériteraient d’être traduits et dont on ne pourrait récuser la sincérité, puisqu’ils sont accompagnés de dessins très-clairs ; telle est, par exemple, la fabrication du tam-tam.
- M. le comte du Moncel, membre du Conseil, présente : 1° un échantillon de carreau mosaïque en ciment, fabriqué par un procédé économique, par M. Carel ; 2° un nouveau système de pile de M. Lavaslre. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- Nominations de membres. — M. le marquis de Turenne, rue de Berri-du-Roule, 26, présenté par MAI. de Valois, censeur, et Faute r, membre de la commission des fonds, est, exceptionnellement, dans la même séance, nommé membre de la Société.
- Séance du 27 décembre 1865.
- Présidence de M. le sénateur Dumas, Président.
- Correspondance. — M. Albert Thomas, de Saint-Laurent-du-Var (Alpes-Maritimes). — Système de compas à ellipse. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
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- M. Vincent Àbauzil, rue de la Paix, 13, à Rome. —Jeux de cartes et de dominos combinés. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. Dubois, rue de Seine, 63. — Modèle de son arithmographe didactique. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. D. P. Uolloway, à Washington (États Unis), informe la Société qu’il & pris les dispositions nécessaires pour continuer le système d’échanges internationaux fondé par feu M. Wallemare, et qu’on devra désormais s’adresser à MM. Gustave Bossange et comp., 25, quai Voltaire, à Paris, pour les publications à recevoir ou à expédier en Amérique.
- M. François Durand, membre de la Société, rue de la Pompe, à Passy. — Machine à faire le treillage en fil de fer et perfectionnements au métier Jacquard. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. E. Paris, membre de la Société, 107, grande rue de Bercy. — Procédés chimiques pour recouvrir d’émaux le fer, la fonte, etc. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- M. J. B. Viol!el, 88, rue Bonaparte. — Échantillons de fonte cuivrée par ses procédés présentés dans la séance du 13 décembre dernier. (Renvoi au même comité.)
- M. Lamiable, à Chenevières-sur-Marne (Seine-et-Oise). — Procédés de fabrication de l’acier. (Renvoi au même comité.)
- M. Galy-Cazalat, rue Compans, 13, Belleville-Paris. — Nouveau procédé pour convertir rapidement une masse quelconque de fonte en acier fondu.(Renvoi au même comité.)
- M. Cabanis, chef de bureau au Ministère de la maison de l’Empereur et des beaux-arts, écrit au sujet du rapport qui a été lu parM. Chatin.dansla séance du 29 novembre dernier, sur son mémoire relatif à la murine (filaments extraits des brindilles du mûrier), qu’il a eu connaissance de la réclamation faite par M. Alcan, désirant que ce rapport contienne la mention, qu'Olivier de Serres avait déjà signalé, dans son Théâtre d'agriculture, le parti qu’on pourrait tirer du bois du mûrier. M. Cabanis fait remarquer que le travail qu’il a eu l’honneur de soumettre à la Société n’a précisément d’autre objet que de remettre en lumière tout ce qu’a fait Olivier de Serres sur te même sujet et de tâcher d’empêcher l’arrachage du mûrier, auquel on a déjà malheureusement procédé sur quelques points.
- MM. Monnin-Japy, rue du Château-d’Eau, 11, sollicitent, la visite d’une verrerie importante qu’ils ont établie depuis peu, et dans laquelle le chauffage des creusets a lieu au moyen des gaz produits par la combustion de la tourbe; cette tourbe provient des frontières de la Suisse, et son mode d’emploi donne lieu, paraît-il, à des résultats remarquables au point de vue économique. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- MM. Monnin-Japy présentent en même temps deux échantillons de montres qu’ils sont parvenus à établir dans des conditions de bon marché vraiment extraordinaires : l’une est en argent et vaut, au détail, ik fr.; l’autre est en or (sa boite contenant seule-
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- ment pour 20 fr. d’or) et peut se vendre de 37 à 40 fr. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. le Président rappelle avec quelle perfection l’outillage mécanique est établi dans la fabrique de MM. Monnin-Japy, perfection qui égale celle des meilleurs établissements de l’Angleterre; il indique l’intérêt qui ressort, pour la classe ouvrière, du bon marché exceptionnel de ces montres et croit pouvoir annoncer que ce n’est pas encore le dernier mot du problème dont MM. Monnin-Japy poursuivent la solution, problème qui consiste à pouvoir fournir aux ouvriers des montres d’argent à 10 francs.
- M. le marquis de Turenne écrit pour remercier de sa nomination comme membre de la Société et pour annoncer son désir de faire partie de la catégorie des membres à vie instituée par le Conseil.
- Rapports des comités. — Brancard articulé, par M. Crétin. — Rapport présenté, au nom du comité des arts économiques, par M. Priestley. M. le rapporteur propose de remercier M. Crétin de sa communication et d’insérer le rapport au Bulletin. (Adopté.)
- Alcoomètres, par M. Mauban. — Rapport présenté par M. de Luynes au nom du comité des arts économiques. M. le rapporteur propose des remercîments à M. Mauban et l’insertion du rapport au Bulletin. (Adopté.)
- Communications.— M. le comte Th. du Moncel, membre du Conseil,présente, de la part de MM. Battier et comp., une série d’échantillons de câbles télégraphiques pour les communications souterraines. Ces câbles, destinés surtout au service des villes, ont déjà été l’objet de plusieurs expériences qui ont permis de constater leur supériorité, au point de vue de la durée, sur les systèmes employés jusqu’ici. (Renvoi au comité des arts économiques.)
- M. le Président entretient le Conseil des travaux gigantesques exécutés par MM. les ingénieurs du service hydraulique de la Ville pour établir, à Ménilmontant, les réservoirs qui doivent contenir les eaux de la Dhuys et de la Marne. Ces réservoirs sont disposés en deux étages ; l’étage inférieur est affecté aux eaux de la Marne qui y sont envoyées par des machines hydrauliques provenant, en partie, de l’ancien établissement des moulins de Saint-Maur et capables de fournir par jour 40,000 mètres cubes de liquide. Les eaux de la Marne, qui sont presque toujours troubles, arrivent dans un premier réservoir qui leur sert de bassin de dépôt, puis elles passent dans un second réservoir qui fournit directement à l’alimentation.
- Les réservoirs supérieurs, qui sont séparés des précédents par des voûtes en ciment à la fois simples et économiques, sont disposés pour les eaux de la Dhuys; ils sont également doubles, et, comme l’un d’eux n’est pas encore rempli, on peut le visiter facilement.
- Les réservoirs, qui n’occupent pas moins de 1 à 2 hectares de superficie, sont couverts; la partie supérieure doit être gazonnée pour mettre le liquide à l’abri delà lumière et empêcher par là tout organisme de s’y produire. Un fait digne de remarque, c’est que les eaux de la Dhuys ont une couleur bleue qui rappelle celle des plus beaux
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- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
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- lacs de la Suisse; cette couleur, déjà visible dans la conduite qui amène ces eaux, est beaucoup plus intense dans celui des deux réservoirs qui en est aujourd’hui rempli.
- M. le Président engage MM. les membres du Conseil à visiter les travaux dont il vient de parler, se mettant à leur disposition pour leur faciliter les moyens d’accomplir cetle intéressante visite.
- M. Bertsch, membre de la commission des beaux-arts appliqués à l’industrie, présente et explique, de la part de l’inventeur, M. H. Breton, de Grenoble, un outil propre à percer les métaux et autres matières, et désigné sous le nom de poinçonneuse à main. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- Nominations de membres. M. Barthe, ingénieur civil, directeur général des ventes de la compagnie houillère d’Ahun (Creuse), est nommé membre de la Société.
- Le Conseil se forme en comité secret.
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- LISTE
- DES NOUVEAUX MEMBRES FRANÇAIS ET ÉTRANGERS ADMIS EN 4805
- A FAIRE PARTIE DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR L’iNDUSTRIE NATIONALE.
- MM.
- Aubin, négociant, à Paris.
- Barthe, ingénieur civil.
- Berlioz, directeur de la compagnie d’éclairage l’Alliance, à Paris.
- Bignon, propriétaire-cultivateur, à Paris.
- Boca, ancien élève de l’Ecole polytechnique, à Paris.
- Brüll, ingénieur civil, à Paris.
- Buignet, professeur de physique à l’Ecole supérieure de pharmacie, à Paris.
- Champion, chimiste, attaché à l’expédition de Chine. Camille, mécanicien-constructeur, à Paris.
- ' Cartier-Bresson, négociant, à Paris.
- Colin, horloger-mécanicien, à Paris.
- Comité des forges de France, à Paris.
- Coq, constructeur-mécanicien, à Aix.
- Cosentino (le marquis de), à Paris.
- Baquin, libraire.
- Dumoulin, capitaine d’état-major, à Paris.
- Fabre, fabricant de boyauderie, à Paris.
- Farcot, fabricant d’horloges, à Paris.
- Gay, ingénieur civil, à Paris.
- Guyonnet, fabricant de couleurs vitrifiables, à Paris.
- MM.
- Gérard, fabricant de savons, à Saint-Denis.
- Hamers, ingénieur civil, à Belleville-Paris.
- Hardy, constructeur d’instruments de précision, à Paris.
- Helouis, passementier-doreur, à Paris.
- Hauzeur, directeur général delà compagnie royale aslurienne, à Liège.
- Jourdan, doyen de la faculté des sciences, à Lyon.
- Kœchlin (Daniel), chimiste-manufacturier, à Mulhouse.
- Lacroix, chimiste, à Paris.
- Lantelme, négociant, à Paris.
- Lallemand, fabricant de bougies, à Besançon. Lartigue, garde général des forêts, à Givet. Lavastre, ingénieur civil, à Paris.
- Legentil fils, membre du conseil général des arts et manufactures, à Paris.
- Loizeau, fabricant de crayons, à Poissy.
- Malfait, teinturier, à Fiers.
- Mathieu, ingénieur au chemin du Nord, à Paris. Marne, imprimeur-libraire, à Tours.
- Masson (Isidore), fabricant de faïences, à Paris. Maubec, savonnier, à Elbeuf.
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- MM.
- Parisot, fabricant de coutellerie, à Paris.
- Pastia, officier d’artillerie à l’École militaire de Bucharest.
- Picard, fabricant de cuirs, à Paris.
- Preschel, géographe, à Paris.
- Raynaud, parfumeur, à Paris.
- R&ignier, dessinateur-compositeur, à Paris.
- Rogé et Millet, constructeurs-mécaniciens, à Paris.
- Rochaz, ancien exploitant de mines de zinc et de cuivre, à Paris.
- Recknagel, libraire.
- MM.
- Say (Léon), administrateur du chemin de fer du Nord, à Paris.
- Schluniberger (Édouard), à Paris.
- Schutzenberger, préparateur au collège de France, à Paris.
- Société d’encouragement pour l’invention, à Copenhague.
- Tailfer, constructeur-mécanicien, à Batignolles-Paris.
- Tarer nier (dé), architecte, à Paris.
- Turenne (marquis de).
- Vincent, professeur, à Rouen.
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- C 761 )
- TABLE ALPHABÉTIQUE
- DES NOHS DES AUTEURS MENTIONNÉS
- DANS LA SOIXANTE-QUATRIÈME ANNÉE DU BULLETIN.
- WKWrn
- A.
- Achard. Système d’embrayage électrique pour freins de chemins de fer, 60.
- Achleitner. Allumettes au phosphore amorphe, 292.
- Albers. Méthode pour essayer la pureté de l’arrow-root, 308.
- Alcan. Rapport sur un mémoire de M. le capitaine Pichon, ayant pour litre : Quelques idées pouvant conduire à la solution du problème de la navigation aérienne, 476.
- — Rapport sur un procédé de M. Gohain pour minéraliser le chardon végétal employé à l’apprêt des lainages, 594.
- — Observations au sujet d’un mémoire de M. Cabanis sur la mûrine (matière extraite des brindilles du mûrier), 752.
- Alexandre. Fondation d’un prix de 1,500 fr. pour la meilleure encre à écrire, 124, 191.
- Amiot. Système de pile thermo-électrique, 334.
- Artur. Note au sujet du procédé de MM. Petit et Robert, pour l’extraction du jus du raisin destiné à la distillation, 467.
- Audouin (Mme Ve). Application de la glu marine à la conservation des arbres, etc. (méd. arg.), 364, 473.
- Auzon. Moteur à air chaud, 333.
- — 64e année. 2e série.
- B.
- Baer (de). Etudes sur la mer Caspienne, 226.
- Balard. Observations sur les procédés de désinfection des matières fécales employés par M. Mos-selman, 318.
- — Sur l’état actuel de l’industrie des eaux-mères des salines, 567.
- Ballaison. Rouleau à vapeur pour le cylindrage des chaussées empierrées, 697 (pl. 327).
- Bargné. Gazonnement des montagnes (méd. plat.), 360.
- Barker. Son levier pneumatique pour les orgues,
- 15.
- Baroulier. Son procédé de fabrication des agglomérés sans ciment, 621.
- Barrai (Alphonse de). Tableau synoptique et statistique des houillères du Nord et du Pas-de-Calais, 138.
- Barraull (A.). Avant-projet d’emplacement pour l’Exposition universelle de 1867,140 (pl. 315).
- Barré. Perfectionnements dans la fabrication de la chaussure, 121.
- Barreswil. Rapport sur un procédé de M. Hélouis, pour éclaircir les tuyaux de plume, 26.
- — Rapport sur un nouveau procédé de fabrication de la céruse, par M. Ozouf, 129 (pl. 314).
- — Communication sur l’auberge des pauvres fondée à Mulhouse par M. Jean Dollfus, 316.
- — Rapport sur la fabrication des cristaux pour
- — Décembre 1865. 97
- Tome XII.
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- ( 762 )
- lustres, faite à Meysenthal, par M. Burgun, 367.
- — Rapport sur la fabrication de l’acide sulfurique sans chambre de plomb de M. Verstraet, 531.
- Baude. Note sur un avant-projet de M. A. Barrault, pour l’emplacement de l’Exposition universelle de 1867,140 (pl. 315).
- — Rapport sur le système de bague en fonte applicable à la voie Vignole, de M. Desbriere, 269 (pl. 320).
- — Communication sur un système de charpente suspendue pour couverture de grandes surfaces de bâtiments, par MM. Lehaître et de Mondèsir,
- 314.
- — Rapport sur une machine à casser la pierre, de M. Ducournau, 357 (pl. 319).
- — Rapport sur un disque de défense à fil libre et à répétition de MM. Fleury et Brocot, 517 (pl. 324).
- Bazet. Obturateur-indicateur pour les travaux de canalisation des conduites de gaz, 330.
- Becmvillez. Torréfacteur pour le café, 324.
- Bedos (don). Ce qu’il écrivait il y a près d’un siècle au sujet du rôle de l’architecte dans la construction des orgues d'église, 18.
- Bellour. Appareil dit gammomètre pour faciliter l’étude de la musique, 447.
- Benoît. Rapport sur la règle à dessiner les courbes de M. Legey, 24.
- — Rapport sur les perfectionnements apportés, par M. Risbourg, aux timbres ou cachets tournant et s’encrant seuls, 193 (pl. 317).
- — Rapport sur le théodolite de M. le major Richard, 198.
- — Rapport sur un instrument dit perspectomètre pour la pratique du dessin artistique, 590.
- Berjot. Appareil de lessivage dans le vide, 750.
- Berlioz. Machine magnéto-électrique (méd. or), 358.
- Berne. Système pour empêcher le rabattement de la fumée des cheminées, 704.
- Berthel-Renou. Papier et toile h calquer, 751.
- Bernouilli (Daniel). Ses travaux sur les tuyaux d’orgue, 11.
- Bertemy (Mme Marie-Jeanne), contre-maîtresse (méd. bi\), 376.
- Bessemer. Son procédé de fabrication des agglomérés sans ciment, 621.
- Beibeder. Procédé dit phototypie pour le transport, sur pierre, des clichés photographiques, 753.
- Beyer. Tiroir équilibré pour machines à vapeur, 63; 713 (pl. 328).
- Bignon. Savons de ménage, 707.
- Bischof. Etude sur les sels de Slassfurt, 226.
- Block (Maurice). Rapport sur un tableau synoptique et statistique des houillères du Nord et du Pas-de-Calais, par M. Alphonse de Baralle, 138.
- Blouin-Crepey. Outil pour découper les métaux, 709.
- Blume. Moyen facile de distinguer les vins rouges naturels des vins colorés artificiellement, 748.
- Boblique. Traitement des coprolithes des Ardennes pour la fabrication économique du phosphate de soude, 706, 711.
- Bobœuf (P. A. F.). Mémoire sur l’acide phénique, 705.
- Bode. Fusées chimiques, 290.
- Boesch. Présentation d’un succédané du coton, produit par l’Alsace, 123.
- — Procédé pour la gravure instantanée du verre doublé, ib.
- Bois (Victor). Communication sur le tiroir équilibré pour machines à vapeur de M. Beyer, 63.
- — Rapport sur les dispositions adoptées par M. F. Legal dans les raffineries de sucre de betterave, 72.
- — Rapport sur une machine perfectionnée à peser les tablettes de chocolat, de M. Méric, 267.
- — Rapport sur le tiroir équilibré de M. Beyer, 713 (pl. 328).
- Boitel. Rapport sur le procédé d’évaporation du soufre substitué, par M. Breteaux, à l’emploi de la fleur dans le traitement de l’oïdium de la vigne, 61.
- Boivin. Procédé pour reproduire sur papier ordinaire les écritures à l’encre autographique, 704.
- Bon. Aventurine à base de cuivre, 750.
- Bonneau (Ambroise), chauffeur (méd. br.), 376.
- Bouchard-Huzard. Biographies des membres de la Société impériale et centrale d’agriculture de France, 751.
- Bouilhet et Paul Christofle. Fondation d’une caisse de secours pour les artistes industriels, 124.
- Brement. Système de moteur, 704.
- Breteaux. Substitution de la vapeur de soufre à la fleur dans le traitement de l’oïdium de la vigne, 61.
- Breton (H.). Outil à percer les métaux, 757.
- Brettschneider et Pincus. Etudes sur la potasse enlevée aux terres par les betteraves, 213.
- Brigand (Benoît), ouvrier orfèvre (méd. br.), 376.
- Brocot et Fleury. Disque de défense à fil libre et à répétition, 517 (pl. 324).
- Brooman. Fabrication des enclumes, 59.
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- ( 763 )
- Brough (J. €.). Sur la fabrique de creusets de plombagine de Baitersea (Angleterre), 92.
- Brüll. Etudes sur les locomotives à marchandises
- . de grande puissance, 331.
- Brun (Hippolyte). Chaudières à vapeur marines, 447.
- Buret. Machines à gaz liquéfié proposées comme plus économiques que les machines à vapeur, 395.
- Burgun. Fabrication de cristaux pour lustres, à Meysenthal (méd. br.), 367.
- G.
- Cabanis. Mémoire sur une matière textile dite mûrine, proposée pour remplacer le coton, 122, 755.
- Cabourg. Machine à visser les chaussures, 315.
- Cailletet (L.). Analyse des gaz renfermés dans les caisses de cémentation, 111.
- Gallon. Rapport sur les appareils dits ravaleurs, de M. TrouiUet, destinés à l’élargissement des trous de mine, 453 (pl. 323).
- Carel. Carreaux-mosaïque en ciment, 754.
- Carlier. Électro-aimant à fil nu, 62; (méd. br.), 368, 467.
- Caron (H.). Sur la production de l’acier par la cémentation du fer, 41.
- — Mémoire présenté à l’Académie royale de Belgique sur des recherches relatives à la composition chimique des aciers, 495.
- Caron. Tondeuse rotative pour les chevaux, 60.
- Cary-Mantrand. Fabrication du phosphore, 284.
- Castille (le Roi Alphonse de). Ouvrage sur l’astronomie, 449.
- Caudron. Perfectionnements dans la fabrication des cordes, 312.
- — Système s’adaptant aux portières de waggons pour les empêcher de se fermer sur les vêtements des voyageurs, 709.
- CavaiUé-Coll [A.]. Travaux de reconstruction du grand orgue de Saint-Sulpice, à Paris, 9 (pl.310, 311, 312 et 313).
- Cave. Rapport sur un système de frein de MM. Tan-ney et Maîtrejean, 202 (pl. 317).
- Cavé jeune. Projet d’égout collecteur, 707.
- Challeton. Préparation des briquettes de tourbe, 628.
- Chambron. Système de lambourde pour parquets, 704.
- Ghancourtois (de). Sur la distribution des gîtes de produits hydrocarbures, 233.
- Chapel. Méthode de conservation des viandes fraîches, 121.
- Chardon. Machine locomotive, 447.
- Chatin. Rapport sur l’ouvrage de M. Grimard intitulé : la Plante, 126.
- — Rapport sur la glu marine de Mme Ve Audouin, 473.
- Chaudun père. Nouvelles cartouches à culot, 584 (pl. 326).
- Chaufourier. Machine à égrener le coton, 516.
- Chenot. Fabrication directe, continue, automatique de l’acier et du fer, 63.
- Chevallier (A.). Discours prononcé sur la tombe de M. Trèbuchet, 641.
- — Rapport sur les procédés de M. Mosselman pour convertir en engrais les urines et les matières fécales, 651.
- Chicard (Louis), ouvrier en limes (méd. br.), 377.
- — Lettre concernant l’emploi des orphelins comme apprentis dans la fabrique de limes de M. Tabo-rin, 575.
- Chodzko. Foyer fumivore, 447.
- Chouet. Procédé pour la conservation de la chaux, 328.
- Chrislofle (Paul) et Bouilhet. Fondation d’une caisse de secours pour les artistes industriels, 124.
- Claubry (Gaultier de). Dissolution des couleurs d’aniline sans alcool, 314, 506.
- — Communication sur un vernis de M. Guiberl, pour la conservation des bois au sein de la mer, 328.
- — Rapport sur les applications de la vapeur surchauffée, par M. Violette, 360.
- — Rapport sur le concours de 1865 pour l’admission aux écoles impériales d’arts et métiers, 478.
- Clément. Compteur à eau (méd. br.), 369, 389 (pl. 321).
- Cochot (A.). Construction d’un nouveau bateau pour le service des marchandises entre Paris et Londres, 332.
- Coignet. Purification du phosphore amorphe, 288.
- Combes (Ch.). Discours prononcé sur la tombe de M. Froment, 75.
- — Observations sur l’usage de l’huile de pétrole pour l’éclairage, 125.
- — Rapport sur un système de fermeture de lampe de mine de M. Olanier, 263 (dessin sur bois).
- — Communication sur un nouveau bateau construit
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- par M. A. Cochot, pour le service des marchandises entre Paris et Londres, 332.
- — Observations à propos du rapport de M. Labou-laye sur les machines où l’on emploierait l'ammoniaque ou l’acide carbonique au lieu de l’eau, 399.
- — Remarques au sujet du mémoire de M. Cabanis sur la mûrine fmatière extraite des brindilles du mûrier), 710.
- Commaille (A.) et E. Millon. De l’analyse du lait,
- 105.
- Comte et A. Gaiffe. Fusées de mine, 595.
- Gondy {H. B.). Fabrication des manganates et hy-permanganates alcalins comme désinfectants, 305.
- Constantin. Huile épurée pour l’horlogerie, 707.
- Coq. Machine à bastir les chapeaux de feutre, 330.
- Cornet (Louis), contre-maître (méd. br.), 377.
- Costé (Amand), contre-maître (méd. br.), 377.
- Gourdin. Moteur hydraulique pour grandes et petites chutes d’eau, 515.
- Courtin (Laurent). Palier graisseur économique,
- 704.
- Courtois. Système de fermeture pour portes, 310.
- Creswell et Tavernier. Fabrication de miroirs au moyen de la métallisation du platine sur le verre, 190, 526.
- Cuisinier et Leplay. Procédé supprimant le noir animal en grains dans la fabrication du sucre de betterave, 122.
- Cutelle (Auguste), ouvrier teinturier (méd. br.), 377.
- D.
- Baguin. Fabrication de sel de table raffiné, 328.
- Bampierre (Aymar de). Lettre à M. le baron Thénard sur l’appareil de MM. Petit et Robert pour l’extraction du jus du raisin destiné à la distillation, 461.
- Baubrée. Examen cristallographique de l’aventurine a base de chrome de M. Pelouze, 744.
- Bavid. Machine à mouler les agglomérés, 612, 615.
- Bavison. Sur la décortication du blé, 326.
- Bavoust. Nouveau système de métier à tisser, 190.
- Beffauchaux (Louis), contre-maître (méd. br.), 378.
- Belalot. Eclairage par la lumière électrique divisée, 63.
- Belamotte. Nouvelle cire factice, 310.
- Belanteil. Expériences sur les agglomérés de diverses provenances, 625.
- Belaporte (Jean-François), ouvrier tanneur (méd. br.), 378.
- Belaroche. Appareil de chauffage au gaz pour serres, volières, etc., 312.
- Beleuil. Machine pneumatique à rotation, 315 ; (méd. or), 352.
- — Construction des appareils photométriques de MM. Bumas et Régnault, 533 (pl. 325).
- Belorme (Jean), agent rural (méd. br.), 378.
- Belvaux (George). Action de l’acide chromique sur l’aniline, 447.
- Besbriere. Système de bague en fonte applicable à la voie Yignole, 269 (pl. 320) ; (méd. arg.), 364.
- Beshaye (,Jean-Baptiste), ouvrier menuisier (méd. br.), 378.
- Be Valois. Rapport sur le compte des recettes et dépenses de la Société pour l’exercice 1863, 383.
- Bevinck. Services éminents rendus à l’industrie et perfectionnements dans la fabrication du chocolat (méd. or), 353.
- Bollfuss (Jean). Auberge fondée pour les pauvres à Mulhouse, 316.
- Bubois. Arithmographe didactique, 751, 755.
- Buchemin (E.). Emploi du perchlorure de fer dans les piles du système de Bunsen, 192.
- Buchesne. Rapport sur l’ouvrage intitulé : le Pétrole, par MM. Soulié et Haudouin, 278.
- — Rapport sur la fabrication des cordes à boyaux de M. Henri Savaresse, 408.
- — Compte rendu de la 4e édition du Précis historique et pratique des substances alimentaires de M. Payen, 504.
- — Discours prononcé sur la tombe de M. Trébu-chet, 643.
- — Note sur un mémoire de M. Melsens relatif à l’emploi de l’iodure de potassium pour le traitement des affections saturnines et mercurielles,
- 661.
- — Rapport sur les potages économiques de M. Camille Groult, 723.
- Bucournau. Machine à casser les pierres, 357 (pl. 319).
- Bumas (Président). Communication sur l’emploi de la chaux pour purifier les eaux, 64.
- — Observations sur l’utilité d’avoir une bonne lampe de sûreté pour les magasins d’huiles et d’essences volatiles, 122.
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- ( 765 )
- — Paroles prononcées en séance à l’occasion de la mort de M. Froment, 125.
- — Communication sur l’action nuisible de la saumure sur la viande conservée, 191.
- — Observations au sujet des procédés de désinfection des matières fécales employés par M. Mos-selman, 318.
- — Communication relative à une brochure de M. Melsens traitant de l’emploi de l’iodure de potassium pour combattre les affections saturnines et mercurielles, 332.
- — Rapport à la commission impériale sur l’emplacement à choisir pour l’Exposition de 1867, 428.
- — Paroles prononcées en séance à l’occasion de la mort de M. Silbermann, 448.
- — Rapport présenté au Sénat sur une pétition des éducateurs du Midi demandant au Gouvernement de venir au secours de l’industrie sérici-cole, 479.
- — Observations au sujet de la potasse du suint, 574.
- — Communication relative à la table générale des matières des dix premières années de la seconde série du Bulletin, 576.
- — Communication sur l’école fondée par M. Trèlat sous le titre à.’École centrale d’architecture, 576; note relative au programme de cette école, 578.
- — Utilité de la régénération du soufre provenant des marcs ou des eaux de lessivage dans la fabrication de la soude par le procédé Leblanc, 707.
- — Sur les grands travaux d’égouts de la ville de Paris, 708.
- — Observations au sujet du myrte d’Australie, 709.
- — Remarques au sujet d’un mémoire de M. Cabanis sur l’emploi, comme matière textile, des brindilles du mûrier, 710.
- — Communication sur la fabrication économique du phosphate de soude au moyen des coprolithes, par M. Boblique, 711.
- — Renseignements sur une essence de bois provenant de Cochinchine et ayant la propriété de résister a l’attaque des insectes de mer, 712.
- — Sur le procédé de lessivage des sels de soude dû à Lavoisier, 751.
- — Remarques au sujet de la véritable encre de Chine, 754.
- -i- Communication sur les réservoirs établis à Mé-nilmontant pour recevoir les eaux de la Dhuys et de la Marne, 756.
- Duméry. Rapport sur une machine à broyer de M. Merckelbagh, 204 (pi. 318).
- Du Moncel (comte Th.). Communication sur le système d’électro-aimant à fil nu de M. Cartier, 62.
- — Rapport sur ce genre d’électro-aimant, 467.
- — Rapport sur les fusées de mine de MM. A. Gaiffe et Comte, 595.
- — Communication sur les câbles télégraphiques de MM. Bottier et comp., 756.
- Dupuis, Babouin-O’Sullivan et Leroyer. Niveau-graphomètre (méd. br.), 369.
- Durand (Émile) et Montgaillard. Procédé pour vérifier l’étanchéité des appareils à gaz, 121.
- Durand f(François). Machine à faire le treillage en fil de fer, 755.
- Durrè (Henri). Machine à vapeur rotative, 447.
- Duvivier (Étienne), ouvrier opticien (méd. br.), 379.
- £.
- Ênodeau. Machine à faire les talons de bois pour chaussures de dames, 448.
- Évrard (M.). Son procédé de fabrication des agglomérés, 608, 618.
- Ext'er. Préparation des briquettes de tourbe, 629,
- 631.
- F.
- Flachat, Lechatelier et Petiet. Supplément au Guide du mécanicien-constructeur, 331.
- Flamm. Appareil de condensation pour la fabrication du blanc de zinc, 515.
- Fleury et Brocol. Disque de défense à fil libre et à répétition, 517 (pl. 324).
- Foëx (E.). Perfectionnements aux appareils d’éclairage à l’huile de pétrole, 753.
- Fontaine. Appareil agissant comme frein pour arrêter instantanément les arbres de couches, 330.
- Fourcroy. Ses travaux sur le phosphore, 282.
- Fowey. Transport, sur pierre, des photographies sur papier, 192.
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- Franceschi. Frein pour chemins de fer, 60.
- Frérot (Alexandre), mécanicien (méd. br.), 379. Froment (G.). Membre du comité des arts mécaniques ; sa mort, 74.
- — Notice sur sa vie et ses travaux, par M. Tresca,
- 337.
- Frühling. Etudes sur la potasse enlevée aux terres par les betteraves, 213.
- Fuchs (Ed.). Mémoire,sur le gisement de chlorure de potassium de Stassfurt-Anhalt, 146 (pl. 316), 209.
- — Mémoire sur le pouvoir éclairant du gaz de boghead, 665.
- G.
- Gabriel [Albert). Table pour la réduction des bois équarris en pieds cubes, etc., 315.
- Gahn. Découverte, en 1769, du phosphore dans les os, 281.
- Gaiffe (A.). Régulateur de lumière électrique (méd. arg.J, 365.
- — et Comte. Fusées de mine, 595.
- Gûly-Cazalat. Conversion rapide de la fonte en
- acier fondu, 755.
- Gaudard. Etude comparative des divers systèmes de ponts en fer, 447.
- Gaudin. Expériences sur la fabrication du fer, 705.
- — Procédé de fabrication de l’acier au four à réverbère, ib.
- — Fabrication d’une fonte de tungstène, 706.
- Gauthier. Machine à coudre, 707.
- Gay. Machine discoïde à scier la pierre et percer les tunnels, 123.
- Gèlibert. Perspectomètre pour l'étude du dessin artistique (méd. br.), 369, 590.
- Geniez. Procédé pour dégager en grande quantité l’alcool amylique des flegmes de betteraves, de mélasse et de grains, etc., 419.
- Gérard. Télégraphe électrique autographique, 333.
- Gérard [P.). Savons fabriqués à chaud, 750.
- Gersienhœfer. Four de grillage pour les minerais de cuivre, 747.
- Gilbert. Réclamation adressée au sujet des crayons faits avec le graphite de Sibérie de M. Alibert,
- 61.
- GiUoux. Mode d’éclairage en plein air, 334.
- Ginsky. Allumettes anhygrométriques, 290. Girardin [J.). Faits pour servir à l’histoire technique de l’arsenic, 35.
- Giroud. Régulateur télégraphique pour l’éclairage au gaz (méd. plat.), 361.
- Gislain. Du fer et du charbon à Épinac-Autun, 310. Godchaux (Auguste). Machines imprimant d’une manière continue les cahiers de modèles d’écritures gravés en taille-douce, 750.
- Gohain. Procédé pour minéraliser le chardon végétal employé à l’apprêt des lainages, 594. Granvinet (Cyrille), contre-maître (méd. br.), 380. Gras. Système de gargousses, 275.
- Gratiot (Amédée). Le Moniteur de la papeterie, 705. Greffin. Appareils de chauffage, 69; (méd. br.),
- 369.
- Grimard. Ouvrage intitulé : la Plante, 126.
- Groult (Camille). Fabrication des potages économiques, 723.
- Grouven. Études de chimie agricole, 214.
- Grove. Expériences sur l’ébullition de l’eau, 309. Grün. Appareil à'graver les bouteilles (méd. br.),
- 370.
- Gruneberg et Vorster. Fabrication du sulfate de potasse pur, 218.
- Gruner (L.). Notice sur l’agglomération des combustibles minéraux, 599.
- Guibert. Vernis pour la conservation des bois au sein de la mer, 328.
- Guyot (Hippolyte), contre-maître (méd. br.), 380.
- H.
- Habedank. Sur la préparation de la fuchsine cristallisée (rouge d’aniline), au moyen de l’acide arsénique, 446.
- Hacq (Stéphane). Appareil d’induction électro-magnétique à double extra-courant, 122.
- Iiantocé. Moteur électrique, 515.
- Hardy (E.). Sur un dépôt de guano de chauves-souris, 501.
- Haudouin et Soulié. Ouvrage intitulé : le Pétrole,
- 278.
- Hehlmholtz. Sa sirène double, 471.
- Hèlouis. Procédé pour éclaircir les tuyaux de plume, 26.
- Hendrickx. Méthode de dessin, 753.
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- ( 767 )
- Hermann. Machines à broyer, 313.
- Herpin. Rapport sur le torréfacteur de café de M. Beauvillez, 324.
- Higgin. Substitut des sels à bouser, 293.
- Hjerpe. Préparation des allumettes chimiques sans phosphore, 113.
- Hofmann (A. W.). Rapport sur les produits chimiques industriels de l’Exposition universelle de 1862 (suite), 281.
- Holloway. Continuation du système d’échanges internationaux fondé par feu M. Vattemare, 753. Hugo-Fleck. Procédé de fabrication du phosphore,
- 285.
- Hugon. Appareil à carboniser les bois, 752. Humeau. Régulateur pour le gaz d’éclairage, 310. Huzard. Rapport sur l’ouvrage de M. l’abbé Tou-nissoux, intitulé : Ne fuyons pas les campagnes,
- 70.
- J.
- Jackson (Charles T.). Sur un gisement exploitable d’émeri découvert à Chesler (Massachussets),
- 508.
- Jacobs. Moyens de nettoyer les tonneaux, 749. Jacquelain. Analyses de la potasse du suint, 574. Jarlot. Machine à mouler les agglomérés, 612. Javal (Émile). Nouvelle règle à calcul, 448. Jeanneney. Expériences sur le pouvoir éclairant du gaz, 679.
- Jelley. Appareil pour le tirage des cheminées, 449. Jendraud. Nouveau procédé pour la fabrication de la bijouterie, 121.
- Jolly. Procédé pour faire disparaître des étoffes de laine les ordures dites èpoulis, 449, 576.
- Journeil. Projet d’une bourse de commerce dans le palais de l’Industrie, 63.
- Jovenco (Paul). Réservoir pour l’huile de pétrole,
- 753.
- Jullien. Expérience de cémentation faite "avec du graphite naturel d’Allemagne, 49.
- — Théorie de la trempe de l’acier, 312.
- K.
- Karoliy. Analyse des produits de la combustion de la poudre à canon, 117.
- Kessler. Fabrication du sucre de betterave, 62. Kœnig (Rodolphe). Fabrication d’instruments d’acoustique (méd. or), 356, 470.
- L.
- Laboulaye (Ch.). Rapport sur les machines à gaz liquéfié, proposées par M. Buret comme plus économiques que les machines à vapeur, 395.
- — Rapport sur une carabine à flèche de M. Moreau, 581 (pl. 326).
- — Rapport sur les nouvelles cartouches à culot de M. Chaudun père, 584 (pl. 326).
- Labriola (Joseph). Propulseur à palettes, 704.
- Lacroix. Fabrication de couleurs vitrifiables, 656.
- Lamiable. Méthode de fabrication de l’acier, 755.
- Lami de Nozan. Câble télégraphique sous-marin, 710.
- Landeau. Collier pour chevaux, 310.
- Lartet (E.). Note sur l’emploi du blanc de baleine, fait par M. Stalü, pour consolider les ossements fossiles fragiles, 68.
- Lascomères. Système de chauffage applicable à la vie domestique, 123.
- Laurent (Léon-Louis), dessinateur (méd. br.), 381.
- Lauth (Charles). Emploi du noir d’aniline dans l’impression des étoffes, 124.
- Lavaslre. Système de pile, 754.
- Lavoisier. Publication de ses œuvres complètes, par M. Dumas, 734.
- — Son procédé de lessivage des sels de soude, 751.
- Lavollée. Rapport sur un ouvrage de M. Émile
- With intitulé : les Inventeurs et les Inventions,
- 126.
- — Rapport sur un ouvrage de M. Ch. Thirion, intitulé : Tablettes de l’inventeur et du breveté, 541.
- Leblanc (Félix). Rapport sur les appareils photo-métriques de MM. Dumas et Régnault, construits par M. Deleuil, 533 (pl. 325).
- Lechatelier, Flachat et Petiel. Supplément au Guide du mécanicien-constructeur, 331.
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- Lecornu et Roserau. Système de fermeture pour portes et fenêtres, 751.
- Lefebvre. Peinture à l'huile légère de pétrole, 449.
- Lefèvre. Éclairage et extinction du gaz par l'électricité, 316.
- Legal (F.). Dispositions adoptées dans les raffineries de sucre de betterave, 72.
- Legey. Règle à dessiner des courbes, 24.
- Legrand. Vaporisateur pour introduire dans l'air des appartements différents genres d’aromes, 707.
- Le Guen. Effets du wolfram sur les fontes d’artillerie, 108.
- Lehaître et de Mondésir. Système de charpente suspendue pour couverture de grandes surfaces de bâtiments, 314, 419.
- Lemaire [François], ouvrier cérusier (méd. br.), 380.
- Lemaire [Fulgence), berger (méd. br.), 380.
- Lemoine. Rouleau à vapeur pour le cylindrage des chaussées empierrées, 697.
- Leplay et Cuisinier. Procédé supprimant le noir animal en grains dans la fabrication du sucre de betterave, 122.
- Lequesne. Commutateur propre à grouper instantanément les piles, 192.
- Leriche [Hubert), conducteur de presses (méd. br.), 380.
- Leroyer, Dupuis et Rabouin-O’Sullivan. Niveau-graphomètre (méd. br.), 369.
- Le Roux. Communication sur l’encre de Chine véritable, 754.
- Letchford. Allumettes de paraffine, 290.
- Leviau. Propulseur pour navires, 310.
- Lhermitte. Serrure de sûreté, 447.
- Liebig. Recherches sur le phosphore contenu dans les terres, 214.
- Limouse. Disque-signal, 524 (pl. 324).
- Lissajous. Rapport sur les travaux de reconstruction du grand orgue de Saint-Sulpice, à Paris, faits par M. A. Cavaillé-Coll, 9 (pl. 310, 311, 312 et 313).
- — Paroles prononcées sur la tombe de M. Silber-mann, 425.
- — Rapport sur la fabrication d’instruments d'acoustique de M. Rodolphe Kœnig, 470.
- — Moyen proposé pour l’extinction des sons produits par les vibrations des fils télégraphiques,
- 516.
- Lock, Warringfon et comp. Machine à exploiter la houille, 307.
- Lontin. Serrure électrique, 63.
- Luynes [V. de). Communication sur une règle a calcul de M. Émile J aval, 448.
- M.
- Maîtrejean et Tanney. Système de frein, dit préservateur permanent, 202 (pl. 317); (méd. br.), 372.
- Maldant. Système de machine à vapeur, 715.
- Malo. Procédé de désinfection des huiles minérales, 328.
- Manherie [Pierre), chef clarifieur (méd. br.), 381.
- Manigler. Mémoire sur la télégraphie électrique souterraine, 447.
- Marcussen. Travaux sur la facture des orgues, 13.
- Margueritte [F.). Sur la production de l’acier par la cémentation du fer, 41.
- Marlier [Charles). Nouvelle méthode d’enseignement progressif de l’écriture et de la grammaire, 753.
- Marsais. Son procédé de fabrication des agglomérés, 607, 614.
- Marsoulan. Nouvelle machine à foncer,satiner, etc., le papier peint, 310.
- Mauban. Éprouvette indiquant la richesse et la température de l’alcool, 123, 575.
- — Système de burette pour chemins de fer, 327.
- Maumené et Rogelet. Extraction de la potasse du
- suint, 750, 753.
- Maurel. Abat-jour et porte-abat-jour (méd. br.), 370.
- Maurice {Gustave). Table générale des matières pour les dix premières années de la seconde série du Bulletin, 576.
- Mazeline. Machine à faire les agglomérés, 616.
- Medlock [Henry). Sur la revivification du noir animal, 183.
- Mège-Mouriès. Note sur la fabrication des savons,
- 316.
- Melsens. Sur la conservation des bois, 28.
- — Sur l’emploi de l’iodure de potassium pour combattre les affections saturnines et mercurielles, 332, 661.
- Merckelbagh. Machine à broyer, 204 (pl. 318) (méd. br.), 371.
- Méric. Machine perfectionnée à peser les tablettes de chocolat, 267; (méd. br.), 371.
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- Meulmans [Auguste). La Belgique; ses ressources agricoles, etc., 705.
- Milch. Machine à mouler les agglomérés, 611.
- Millet et Rogé. Appareil à cintrer les rails, 327.
- Millon [E.) et A. Gommaille. De l’analyse du lait,
- 105.
- Milly [de). Communication au sujet de la caisse de secours de l’industrie stéarique, 316.
- Ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics. Rapport à l’Empereur sur la fabrication et l’établissement des machines et chaudières à vapeur, 80.
- — Rapport à l’Empereur concernant la nomination de la commission supérieure d’organisation de l’Exposition universelle de 1867, 99.
- Minssen. Sur le coton d’Italie, 512.
- Mirecki. Système de presse pour le foin, la laine, etc., 121.
- Molard. Machines à vapeur à rotation directe, 61.
- Moland. Projet de prix pour un procédé salubre de fabrication des meules à moulins, 449.
- Monckoven. Traité général de photographie (5e édition), 447.
- Mondèsir [de) et Lehaître. Système de charpente suspendue pour couverture de grandes surfaces de bâtiments, 314, 419 .
- Monnin-Japy. Montres à bon marché, 755.
- — Creusets de verrerie chauffés au gaz produit par la combustion de la tourbe, ïb.
- Montai. Membre de la Société ; sa mort, 190.
- Monteil. Machine à égrener le coton, 516.
- Montgaillard et Émile Durand. Procédé pour vérifier l’étanchéité des appareils à gaz, 121.
- Moreau. Carabine à flèche, 581 (pl. 326).
- Morin. Système de thermomètre électrique, 60.
- Morin [Ch.). Monte-charge hydraulique, 449.
- Morin (général). Paroles prononcées sur la tombe de M. Silbermann, 426.
- Mosselman. Procédé de désinfection des matières fécales, 318, 651.
- Moyon. Système de frein pour omnibus, 312.
- N.
- Neilson [J. Beaumont). Inventeur de l’emploi de l’air chaud dans les hauts fourneaux en Angleterre; sa mort, 112.
- Tome XII. — 64e année. 2e série.
- Nicklès [E.). Purification du phosphore amorphe, 288.
- Nicolas et Pelletier. Procédé de fabrication du phosphore, 282.
- Niepce de Saint-Victor. Sur l’obtention des noirs en héliochromie, 745.
- Nobel. Préparation d’une poudre de mine, 114.
- Nourrigat [Émile). Nouvelles observations sur l’é-» ducation des vers à soie, 576.
- O.
- Olanier. Système de fermeture pour lampe de mines, 263 (dessin sur bois); (méd. br.), 371. Ozouf. Nouveau procédé de fabrication de la céruse, 129 (pl. 314); (méd. plat.), 361.
- P.
- Pape. Perfectionnements aux pianos, 447.
- Paraud [Joseph). Système de cannelle, 753.
- Paris [E.). Procédé pour recouvrir d’émail la fonte, le fer, etc., 755.
- Pariset [Ernest). Histoire de la soie, 328.
- Pasteur [L.). Sur la publication des œuvres complètes de Lavoisier faite par M. Dumas, 734.
- Paiureau (Gaspardj, contre-maître (méd. br.), 382.
- Patureau. Compteur à eau, 707.
- Paul [H.). Sur l’emploi de l’huile de pétrole comme combustible dans les machines à vapeur, 118.
- Payen. Précis historique et pratique des substances alimentaires, 4e édition, 122, 504.
- — Rapport sur les services éminents rendus à l’industrie et les perfectionnements apportés dans la fabrication du chocolat par M. Devinck, 353.
- — Rapport sur le procédé de cuivrage de la fonte de M. Weil, 649.
- — Analyse du Boghead, 665.
- — Sur les gelées chinoises et les nids d’hirondelles ; origine, composition et usages de la gélose et de la cubilose, 726.
- — Communication sur l’encre de Chine véritable, 754.
- — Décembre 1865.
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- Peligot (Eugène). Communication sur la fabrication du sel de table raffiné, par M. Daguin, 328.
- — Remarques au sujet de la gélatine employée par les Chinois pour la fabrication de leur encre, 754.
- Peligot [Henri). Rapport sur les appareils de chauffage de M. Greffin, 69.
- — Rapport sur le système de ventilateur pour fosses d’aisances de M. Toussaint-Lemaistre, 720.
- Pelissard. Machine opérant le triage des grains,
- 122.
- Pelletier et Nicolas. Procédé de fabrication du phosphore, 282.
- Pelouze (J.). Sur Paventurine à base de chrome, 743.
- — Sur la coloration du verre par le sélénium,745.
- Percy. Expériences sur la cémentation du fer, 49.
- Perrelet. Membre de la Société ; sa mort, 190.
- Petiet, Lechatelier et Flachat. Supplément au Guide
- du mécanicien-constructeur, 331.
- Petit et Robert. Procédé pour l’extraction du jus de raisin propre à la distillation (méd. plat.), 362, 460.
- Piat [E. F.). Matière plastique pour joints de tubes, robinets, etc., 575.
- Picard. Procédé de corroyage (méd. arg.), 365.
- Pichon. Mémoire ayant pour titre : Quelques idées pouvant conduire à la solution du problème de la navigation aérienne, 476.
- Piesse. Traité des parfums, 192.
- Piette (Mme V8). Membre de la Société; sa mort, 61.
- Pincus et Brettschneider. Etudes sur la potasse enlevée aux terres par les betteraves, 213.
- Plagnol. Tourne-scie (méd. br.), 372.
- Poignon (.Jean-Baptiste}, contre-maître (méd. br.), 381.
- Poltzer [H.]. Préparation des allumettes chimiques sans phosphore, 113.
- Potenza. Fabrication d’une soie végétale extraite de l’écorce des branches et des rameaux du mûrier, 747.
- Pourrageaud. Sur l’abréviation des distances entre l’Europe et l’Asie, 705.
- Prache. Frein pour lourdes voitures, 710.
- Preshel. Premières tentatives d’allumettes au phosphore amorphe, 291.
- Prunerbey. Certificat constatant les bons résultats du procédé de moulage de M. Stahl, 68.
- R.
- Rabe (À.). Moyen de fabriquer un cuir artificiel, 58.
- Raincelin. Machines locomotives à trois cylindres*
- 122.
- Rarchaert (L.). Mémoire sur un nouveau mode de* chargement des pièces d’artillerie, 124.
- Ratfier. Câbles télégraphiques pour les communications souterraines, 756.
- Ravinet. Système de compas pour le découpage des douves de tonneaux, 704.
- Reichardt. Étude sur les sels de Stassfurt, 225.
- Reuter. Travaux sur la facture des orgues, 13.
- Revollier. Machine à faire les agglomérés, 617.
- Reynoso [Alvaro). Ouvrage sur la culture de la canne à sucre, 334.
- Richard (le major). Système de théodolite, 198.
- Riester [Antoine), contre-maître, 382.
- Rimpan [de). Étude sur la potasse enlevée aux terres par les betteraves, 213.
- Risbourg. Perfectionnements aux timbres ou cachets tournant et s’encrant seuls, 193 (pL 317) ; (méd. br.), 372.
- Robert et Petit. Procédé pour l’extraction du jus de raisin propre à la distillation (méd. plat.), 362, 460.
- Rogé et Millet. Appareil à cintrer les rails, 327.
- Rogelet et Maumenê. Extraction de la potasse du suint, 750.
- Rohart. Sur l’emploi, en agriculture, des sels dépotasse et de magnésie des marais salants, 510.
- Rondot (Natalis). Rapport sur la nécessité de nommer des membres adjoints au comité de commerce, 321.
- — Sur les gelées marines des Chinois, 597.
- Roserau et Lecornu... Système de. fermeture pour portes et fenêtres, 751.
- Roswag. Ouvrage intitulé : Les métaux précieux considérés au point de vue économique, 447.
- Rousseau [Pascal), contre-maître (méd. br.), 382.
- Rowney. Nouveau bleu minéral, 297.
- S.
- Sacc. Préparation d’un nouveau mordant, 60.
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- Sacleux. Compteur pour voitures, 704.
- Salvetat. Rapport sur les gargousses de M. Gras,
- 275.
- — Rapport sur la fabrication des glaces et miroirs au moyen de la métallisation du platine sur le verre, par MM. Creswell et Tavernier, 526.
- — Rapport sur la fabrication des couleurs vitri-fiables de M, Lacroix, 656.
- Sandras. Élude sur la digestion et l’alimentation, 705.
- Sandys [Georges). Sur l’exploitation des eoprolithes de Cambridge (Angleterre), 699.
- Saurel et comp. Graisse pour assouplir les cuirs,
- 310.
- Savaresse [Henri). Fabrication de cordes à boyaux (méd. or), 357, 408.
- Scheibler. Son tonomètre, 471.
- Schinz. Sur une matière propre à remplacer les chiffons dans la fabrication du papier, 55.
- Schlumberger {Ed. Albert). Sur des concrétions curieuses trouvées dans un appareil où circule de la vapeur d’eau, 703.
- Sckmitz. Procédé d’épuration des tourbes, 630.
- Schœdeler. Ouvrage intitulé : Le livre de la nature, 448,
- Schwarz. Préparation des tuyaux de plomb pour les conduites d’eau, 646.
- Scott. Son phonautographe, 471.
- Séguier (baron). Discours prononcé sur la tombe de M. Froment, 78.
- — Sur le perfectionnement des armes à feu, 633.
- Sempê. Préparation de la quinine artificielle, 515.
- Serrin. Commutateur pour les expériences de lumière électrique, 192.
- Seubert. Moulage du phosphore, 285.
- Silbermann. Membre du comité des arts économiques; sa mort, 424.
- Silvestre (baron de). Réponse à la réclamation de M. Gilbert, au nom de la commission des beaux-arts appliqués à l’industrie, au sujet des crayons faits avec le graphite de Sibérie, de M. Alibert,
- 61.
- — Rapport sur un nouveau procédé de M. Stahl, appliqué à la consolidation et au moulage des substances friables organiques ou autres, 65.
- — Rapport sur le traité de dessin linéaire géométrique de M. Amable Tronquoy, 660.
- Simonin [L.). L’île d’Elbe et ses mines de fer, 127.
- Société l’Alliance. Machine magnéto-électrique, 358.
- Soulié et Haudouin. Ouvrage intitulé . le Pétrole, 278.
- Spiller [J.). Sur l’oxydation du caoutchouc, 188.
- Stahl. Nouveau procédé appliqué à la consolidation et au moulage des substances friables organiques et autres, 65; (méd. or), 358.
- Stas. Rapport présenté à l’Académie royale de Belgique sur un mémoire de M. H. Caron, relatif à des recherches sur la composition chimique des aciers, 495.
- Stevenson. Note sur la fabrication de plusieurs produits chimiques dans le nord de l’Angleterre,
- 512.
- Stolba [F.). Analyse d’un mordant de fer pour la teinture, 52.
- T.
- Tajan. Outil pour le rhabillage des meules, 121.
- Tanney et Maîtrejean. Système de frein dit préservateur permanent, 202 (pl. 317) ; (méd. br.), 372.
- Taurines. Appareils dynamométriques (méd. or), 359.
- Tavernier et Creswell. Fabrication de miroirs au moyen de la métallisation du platine sur le verre, 190, 526.
- Taylor (baron). Paroles prononcées sur la tombe de M. Silbermann, 427.
- Terrier. Traverses en tôle pour chemins de fer, 709.
- Thénard (baron Paul). Observations sur les avantages de la machine pneumatique à rotation de M. Deleuil dans l’industrie du sucre de betterave, 331.
- — Rapport sur un appareil de MM. Petit et Robert propre à extraire le jus de raisin destiné à la distillation, 460.
- Thirion. Tablettes de l’inventeur et du breveté,
- 121.
- Thomas [Albert). Compas à ellipse, 754.
- Thorin (Claude), ouvrier ébéniste (méd. br.), 382.
- Toulze. Frein pour chemins de fer, 63.
- Tounissoux (l’abbé). Ouvrage intitulé : Ne fuyons pas les campagnes, 70.
- Tournay [Louis), contre-maître (méd. br.), 383.
- Toussaint-Lemaistre. Ventilateur pour fosses d’aisances (méd. br.), 373, 720 (pl. 328).
- Tréboul. Procédé de conservation de la pomme de terre, 330.
- Trébuchet. Agent de la Société; sa mort, 640.
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- Trêlat. Fondation d’une école d’architecture sous le titre d’École centrale d’architecture, 576.
- — Réponse à une note de M. Dumas relative à cette école, 731.
- Tremblay. Système d’aérostation, 62.
- — Plan d’organisation d’une société de sauvetage pour les naufragés, ib.
- Tresca. Discours prononcé sur la tombe de M. Froment, 76.
- — Notice sur la vie et les travaux du même, 337.
- — Rapport sur la machine magnéto-électrique de la Société l’Alliance, 368.
- — Rapport sur les appareils dynamométriques de M. Taurines, 359.
- — Rapport sur un compteur à eau de M. Clément, 389 (pl. 321).
- Tronquoy (Amable). Traité de dessin linéaire (méd. arg.), 366 ; 660.
- Trouillet. Appareils dits cavateurs pour l’élargissement des trous de mine, 453 (pl. 323).
- U.
- Ucciani. Frein pour chemins de fer, 190.
- V.
- Vauquelin. Ses travaux sur le phosphore, 282.
- Vernet. Emploi du sulfate de chaux dans les piles électriques, 121.
- Véron (Eug.). Associations ouvrières de consommation, de crédit, etc., en Angleterre, en Allemagne et en France, 328.
- Verpilleux. Machine à mouler les briquettes de houille, 613.
- Verstraet. Note sur la fabrication du carbonate de soude, 60.
- — Préparation de l’acide sulfurique sans chambre de plomb, 531.
- Vigneron. Ouvrages de serrurerie artistique (méd. br.), 373.
- Violette. Application delà vapeur surchauffée (méd. or), 360.
- Viollet. Procédé de cuivrage des métaux, 447, 753, 855.
- Voirin. Perfectionnements aux presses lithographiques et typographiques (méd. arg.), 366.
- Vorster et Gruneberg. Fabrication du sulfate de potasse pur, 218.
- w.
- Wagner [R.]. Fabrication des allumettes chimiques, 289.
- Wahu. Propulseur pour navires, 190.
- Warren. Méthode de cuivrage des navires en fer,
- 188.
- Warrington, Loch et comp. Machine à exploiter la houille, 307.
- Weil. Procédé de cuivrage de la fonte, du fer, etc., 649.
- Wiederhold. Préparation du vernis élastique noir pour le cuir, 54.
- With [Émile). Ouvrage intitulé : les Inventeurs et les Inventions, 126.
- Wœhler. Méthode de purification du phosphore, 284.
- Wurmser. Machine à faire des briques creuses en combustible, 620.
- Wynen. Procédé de conservation des viandes et du poisson, 60.
- Z.
- Zambaux. Turbine perfectionnée, 333.
- — Nouveau condenseur pour chaudières marines, 449.
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- TABLE
- ALPHABÉTIQUE ET ANALYTIQUE
- DES MATIÈRES
- CONTENUES DANS LA SOIXANTE-QUATRIÈME ANNÉE DU BULLETIN.
- A.
- Abat-jour. Système d’, par M. Maurel (méd. br.), 370.
- Acide arsénieux. Inconvénients de la présence de T, dans l’arséniate acide de potasse employé par les indienneurs,par M. J. Girardin,
- 36.
- — Solubilité de P, dans l'alcool, 38 ; son action réductrice, 39.
- Acide arséuique. Procédé pour la préparation de P, par M. J. Girardin, 39.
- — Sur la préparation de la fuchsine cristallisée (rouge d'aniline) au moyen de P, par M. Habe-danh, 446.
- Acide carbonique. Préparation de P, pur, par M. Ozouf, 135 (pl. 314) ; (méd. plat.), 361.
- — Observations au sujet des machines où l’on emploierait P, ou l’ammoniaque au lieu de Peau, par M. Combes, 399.
- Acide cliromique. Action de P, sur l'aniline, par M. George Delvaux, 447.
- Acide sulfurique. Détails sur la fabrication de P, dans le nord de l'Angleterre, par M. Stevenson, 512.
- — Mode de préparation de P, sans chambres de plomb, par M. Verstraet ; rapport de M. Barres-wil, 531.
- Acier. Sur la production de P, par la cémenta-
- tion du fer ; communications faites à l’Académie des sciences, par MM. F. Margueritte et H. Caron, 41.
- — Fabrication directe, continue,automatique de P, et du fer, par M. Chenot, 63.
- — Rapport présenté à l’Académie royale de Belgique sur un mémoire de M. H. Caron relatif à des recherches sur la composition chimique de P, par M. Stas, 495.
- — Procédé de fabrication de P, au four à réverbère, parM. Gaudin, 705.
- — Méthode de fabrication de P, par M. Lamiable, 755.
- — Procédé de fabrication rapide de P, fondu, par M. Galy-Cazalat, 755.
- Acoustique. Fabrication d’instruments d’, par M. Rodolphe Kœnig (méd. or), 356; rapport de M. Lissajous, 470.
- Aérostatson. Système d’, par M. Tremblay,62.
- — Mémoire sur la navigation aérienne, par M. le capitaine Bichon ; rapport de M. Alcan, 476.
- Agglomérés. Notice sur les, par par M. L. Gruner, 599. (Yoy. Combustibles.)
- Agriculture. Gazonnement des montagnes, par M. Bargné (méd. plat.), 360.
- — Sur l’emploi en, des sels de potasse et de magnésie des marais salants, par M. Rohart, 510.
- Alcool. Éprouvette indiquant le poids et la température de P, par M. Mauban, 123, 575.
- — Suppression de l’emploi de P, dans la dissolution des couleurs d’aniline, par M. Gaultier de Claubry, 314, 506.
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- — Procédé pour dégager en grande quantité 1’, amylique des flegmes de betteraves, de mélasse et de grains, etc., par M. Geniez, 449.
- Aldéhyde. Préparation de P, 746.
- A11Y mettes chimiques. Préparation des, sans phosphore, par M. Hjerpe, et par M. H. Poltzer, 113.
- — Sur la fabrication des, par M. A. W. Hofmann, 288.
- Ammoniaque. Observations au sujet des machines où l’on emploierait 1’, ou l’acide carbonique au lieu de l’eau, par M. Combes, 399.
- Aniline. Mémoire sur l’emploi du noir d', dans l’impression des étoffes, par M. CharlesLaulh, 124.
- — Dissolution des couleurs d’, sans alcool, par M. Gaultier de Glaubry, 314, 506.
- — Sur la préparation du rouge d’, au moyen de l’acide arsénique, par M. Habedanh, 446.
- — Action de l’acide chromique sur l’, par M. George Delvaux, 447.
- — Préparation d’un vert d’, 746.
- Apprêt. Procédé pour minéraliser le chardon végétal employé à P, des lainages, par M. Gohain; rapport de M. Alcan, 594.
- Architecture. Fondation d’une école d’, sous le litre d'École centrale d’architecture, par M. Prélat ; communication de M, Dumas, président, 576; observations de M. Trèlat, ib.; note de M.Dumas relative au programme de cette école, 578 ; réponse à cette note, par M. Trèlat, 731.
- Armes à feu. Carabine à flèche, par M .Moreau; rapport de M. Laboulaye, 581 (pl. 326).
- — Sur le perfectionnement des, par M. le baron Séguier, 633.
- Arômes. Vaporisateur pour introduire dans Pair des appartements différents genres d’, par M. Legrand, 707.
- Arrow-root. Méthode pour essayer la pureté de P, par M. Albers, 308.
- Arsenic. Faits pour servir à l’histoire technique de P, par M. J. Girardin, 35 ; analyse d’une pâte arsenicale employée dans l’Amérique du Sud pour la conservation des peaux, ib. ; inconvénients de la présence de l’acide arsénieux dans l’arsériiate acide de potasse employé par les in-dienneurs, 36; solubilité de l’acide arsénieux dans l’alcool, 38 ; procédé pour la préparation de l’acide arsénique, 39; action réductrice de l’acide arsénieux, ib.
- Auberge. Note de M. Klenck sur P, fondée pour les pauvres, à Mulhouse, parM .Jean Dollfus; communication de M. Barresxvil, 316.
- Aventurine. Sur P, à base de chrome, par M. J. Pelouze, 743.
- — Envoi d’une, ordinaire à base de cuivre, par M. Bon, 750.
- Balance. Système de* de précision, par M. De-leuil (méd. or), 352.
- Bateau. Construction d’un nouveau, pour le service des marchandises entre Paris et Londres, par M. A. Cochot; communication de M. Combes, 332.
- Bestiaux. Sur le transport des, par chemins de fer, 239. (Voy. Statistique.)
- Betterave. Système de fabrication du sucre de, par M. Kessler, 62.
- — Procédé supprimant le noir animal en grains dans la fabrication du sucre de, par MM. Leplay et Cuisinier, 122.
- Bibliographie. Ne fuyons pas les campagnes, par M. l’abbé Tounissoux; rapport de M. IIu-zard, 70.
- — Tableau de la situation des établissements français dans l’Algérie en 1863, 121.
- — Tablettes de l’inventeur et du breveté, par M. Thirion, ibid. ; rapport de M. Lavollée, 541.
- — Précis historique et pratique des substances alimentaires, par M. Payen, 4e édition, 122 ; compte rendu par M. Duchesne, 504.
- — Mémoire sur un nouveau mode de chargement des pièces d'artillerie, par M. L. Barchaert, 124.
- — Ouvrage intitulé ; la Plante, par M. Grimard; rapport de M. Chatin, 126.
- — Les Inventeurs et les Inventions, par M. Émile With ; rapport de M. Lavollée, ib.
- — L’ile d’Elbe et ses mines de fer ; broch., par M. Simonin, 127.
- — Traité des parfums, par M. Piesse, 192.
- — Le Pétrole, par MM. Soulié et Haudouin; rapport de M. Duchesne, 278.
- — Du fer et du charbon à Épinac-Autun, par M. Gislain, 310.
- — Théorie de la trempe de l’acier, par M. Jullien,
- 312.
- — Associations ouvrières de consommation, de crédit, etc., en Angleterre, en Allemagne et en France, par M. Eug. Veron, 328.
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- C T75 )
- — Histoire de la soie, par M. Ernest Parisot,ib.
- — Le Nouveau Jardinier illustré, 330.
- — Études sur les locomotives à marchandises de grande puissance, par M. Brüll, 331.
- — Supplément au guide du mécanicien-constructeur, par MM. Lechatelier, Flachat et Petiet, ib.
- — Ouvrage espagnol sur la culture de la canne à sucre, par M. Alvaro Reynoso, 334.
- — Étude comparative des divers systèmes de ponts en fer, par M. Gaudard, 447.
- — Les métaux précieux considérés au point de vue économique, par M. Roswag, 447.
- — Traité général de photographie (5e édition), par M. Monckoven, 447.
- — Le livre de la nature, par M. Schœdeler, 448.
- — Ouvrage du roi Alphonse de Castille sur l’astronomie, 449.
- — Traité de dessin linéaire géométrique , par M.Amable Tronquoy ; rapport de M. le baron de Silvestre, 660.
- — Le Moniteur de la papeterie, par M. Amédée Gra-tiot, 705.
- — Sur l’abréviation des distances entre l’Europe et l’Asie, par M. Pourrageaudt705.
- — Étude sur la digestion et l’alimentation, par M. Sandras, 705.
- — Mémoire sur l’acide phénique, par M. P. A. F. Bobœuf, 705.
- — La Belgique; ses ressources agricoles, etc., par M. Auguste Meulmans, 705.
- — Publication complète des œuvres de Lavoisier» par M. Dumas ; note de M. L. Pasteur, 734.
- — Biographies des membres de la Société impériale et centrale d’agriculture de France, mises en ordre par M. Bouchard-Huzard, 751.
- — Méthode de dessin, par M. Hendrickx, 753.
- Bière. Du transport de la, sur le chemin de fer
- de l’Est, 489; bières françaises, 491; bières étrangères, 492; droits d’octroi et de douane, ib.; transport des tonneaux vides, 493; indemnités payées au commerce, ib. ; développement de la culture du houblon et de la fabrication de la bière dans le département du Haut-Rhin, 494.
- Bijouterie. Nouveaux procédés pour la fabrication de la, par M. Jendraud, 121.
- Biographie. Notice sur la vie et les travaux de Gustave Froment, par M. Tresca, 337.
- Blanc. Emploi du, de baleine pour consolider les ossements fossiles fragiles, par M. Stahl, 67.
- Blé. Sur la décortication du, par M. Davison, 326.
- Bleu. Nouveau, minéral, par MM. Rowney et comp., 297.
- Bois. Sur la conservation des, par M. Meteem,. 28 (voy. Conservation ),
- — Table pour la réduction des, équarris. en pieds cubes, etc., par M. Albert Gabriel, 315.
- — Sur une essence de bois provenant de Cochin-chine ét ayant la propriété de résister à l’attaque des inseetes de mer; communication de M. Dumas, 712.
- — Appareil pour carboniser les, par M. Hugon. 752.
- Bousage. Sur les sels employés pour le, des tissus de calicot, par M. A. W. Hofmann, 293.
- Bouteilles. Appareil à graver les, par M. Grûn (méd. br.), 370.
- Broyage. Machine pour le, par M. Merckelbagh; rapport de M. Duméry, 204 (pl. 318) ; (méd. br.), 371.
- — Machine pour le, de diverses substances, par M. Hermann, 312.
- Bulletin bibliographique, 126, 319,450, 647.
- Burette. Système de, pour chemins de fer, par M. Mauban, 327.
- C.
- Cadastre. Cartes populaires du, en Angleterre, 182.
- Café. Torréfacteur pour le', par M. Beauvülez ; rapport de M. Herpin, 324.
- Caisse de secours. Fondation d’une, pour les artistes industriels, par MM. Paul Christofk et Bouilhet, 124.
- — Fondation d’une, par la compagnie des cristaux de Baccarat en faveur des ouvriers de la-verrerie et de la céramique, 313.
- — Communication de M. de Milly au sujet de la, fondée par l’industrie stéarique, 316.
- Calcul. Nouvelle règle à, par M. Émile Javal ; communication de M. V. deLuynes, 448.
- — Arithmographe didactique pour le, par M. Du-bois, 751,755.
- Caoutchouc. Sur l’oxydation du, par M. J.
- S piller, 188.
- Carabine. Système de, à flèche pour la pêche, par M. Moreau; rapport de M. Laboulaye, 581 (pl. 326).
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- Carbonate de soude. Note sur la fabrication du, par M. Verstraet, 60.
- Carbonisation. Appareil pour la, des bois, par M. Hugon,752.
- Cartouches. Nouvelles, à culot, par M. Chau-dun père; rapport de M.Laboulaye, 584 (pl.326).
- Cémentation. Sur la, du fer; communications faites à l’Académie des sciences, par MM. F. Margueritte et H. Caron, 41.
- — Analyse des gaz renfermés dans les caisses de, par M. L. Cailletet, 111.
- Céramique. Fabrication des couleurs vitrl-fiables pour la, par M. Lacroix ; rapport de M. Salvetat, 656.
- Céruse. Nouveau procédé pour la fabrication de la, par M. Ozouf; rapport de M. Barreswil, 129 (pl. 314).
- Chapeaux. Sur l’industrie des, de paille d’Tta-lie, 115.
- — Machine à bastir les, de feutre, par M. Coq, 330.
- Chardon. Procédé pour minéraliser le, végétal employé à l’apprêt des lainages, parM. Gohain ; rapport de M. Alcan, 594.
- Charpente. Système de, suspendue pour couverture de grandes surfaces de bâtiments, par MM. Lehaître et de Mondésir; communication de M. Baude, 314, 419 (pl. 322).
- Chaudières à Tapeur. Rapport adressé à l’Empereur par M. le Ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics, sur la fabrication et l’établissement des machines et des, 80. (Voy. IVIacliiiics à vapeur. )
- — Sur l’emploi de l’huile de pétroleTîomme combustible dans les, par M. H. Paul, 118.
- — Système de, marines, parM. Brun (Hippolyte), 447.
- — Nouveau condenseur pour, marines , par M. Zambaux, 449.
- — Moyen d’empêcher les incrustations des, 748.
- Chauffage. Appareils de, par M. Greffin ; rapport de M. Henri Peligot, 69; (méd. br.), 369.
- — Système de, applicable à la vie domestique, par M. Lascomères, 123.
- — Appareil de, au gaz, pour serres, volières, etc., par M. Delaroche, 312.
- — Système pour le tirage des appareils de, par M. Jelley, 449.
- — Système pour empêcher le rabattement de la fumée dans les appareils de, par M. Berne, 704.
- Chaussées. Sur le cylindrage à vapeur des, empierrées, 696; appareil du système Lemoine,
- 697; appareil du système Ballaison,ib. (pl. 327).
- Chaussures. Fabrication des, dans l’Amérique du Nord, 57.
- — Perfectionnements dans la fabrication des, par M. Barré, 121.
- — Machines à visser les, par M. Cabourg, 315.
- — Machine à faire les talons de bois pour, de dames, par M. Enodeau, 449.
- Chaux. Sur l’emploi de la, pour purifier les eaux; communication de M. Dumas, sénateur, 64.
- — Emploi du sulfate de, dans les piles, par M. Ver-net, 121.
- — Procédé pour la conservation de la, par M. Chouet, 328.
- — Sur la production du chlorure de, dans le nord de l’Angleterre, par M. Stevenson, 514.
- — Préparation de la, animalisée, par M. Mossel-man; rapport de M. A. Chevallier, 651.
- — Sur les phosphates de, naturels dits coprolithes exploités à Cambridge (Angleterre), parM. Georges Sandys, 699.
- Chemins de fer. Système de frein pour, par
- M. Franceschi, 60.
- — Application d’un système d’embrayage électrique aux, par M. Acharcl, ib.
- — Système de frein pour, par M. Toulze, 63.
- — Nouveau système de, par M. Ucciani, 190.
- — Du transport des bestiaux sur les, 239.
- — Système de bagues en fonte, destiné à être appliqué à la voie Vignole, par M. Desbrière; rapport de M. Baude, 269 (pl. 320) ; (méd. arg.), 364.
- — Appareil à cintrer les rails de, par MM. Rogé et Millet, 327.
- — Disque de défense à fil libre et à répétition pour, par MM. Fleury et Brocot ; rapport de M. Baude, 517 (pl. 324).
- — Traverses en tôle pour, par M. Terrier, 709.
- — Système pour les portières dewaggons de, pour empêcher que les vêlements ne s’y engagent lorsqu’on les ferme, parM. Julien Caudron, 709.
- Chevaux. Tondeuse rotative pour les, par M. Caron, 60.
- — Collier pour, par M. Landeau, 310.
- Chiffons. Sur une matière propre à remplacer
- les, dans la fabrication du papier, par M. Schinz, 55.
- Chloroforme. Conservation du, 514.
- Chocolat. Machine perfectionnée à peser les tablettes de, par M. Mèric; rapport de M. V. Bois, 267; (méd. br.), 371.
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- — Machines perfectionnées pour la fabrication du, par M. Hermann, 313.
- — Services éminents rendus à l’industrie et perfectionnements dans la fabrication du, par M. De-vinck; rapport de M. Payen (méd. or), 353.
- Chrome. Sur l’aventurine à base de, par M. J. Pelouze, 743.
- Cire. Nouvelle, factice, par M. Delamotte, 310.
- Ciment. Carreau mosaïque en, par M. Carel, 754.
- Colle. Sur la, entrant dans la composition de la véritable encre de Chine ; communication de MM. Le Roux, Payen, E. Peligot et Dumas, 754.
- Colmatage. Opérations de, projetées par la ville de Paris, 708.
- Combustibles. Notice sur l’agglomération des, minéraux, par M. L. Gruner : historique, 599 ; fabrication, 604; briquettes à ciment, 605; appareils compresseurs proprement dits, 611 ; machines à pistons et moules fermés,614; machines à pistons et moules ouverts, 618; machines à briques creuses, 620; briquettes sans ciment, ib.; prix de revient des briquettes, 622; emploi des briquettes, 623 ; conclusions, 627 ; préparation des briquettes de tourbe et de lignites terreux, 628.
- Commerce. Proposition d’établir une bourse de, dans le palais de l’Industrie, par M. Journeil, 63.
- — Sur la nécessité de nommer des membres adjoints au comité de; rapport de M. Nalalis Ron-dot, 321.
- Compas. Système de, pour le découpage des douves de tonneaux, par M. Ravinet, 704.
- — Nouveau genre de, à ellipse, par M. Albert Thomas, 754.
- Comptabilité. (Voy. Dépenses, Recettes.)
- Compteur. Système de, à eau, par M. Clément (méd. br.) , 369; rapport de M. Tresca, 389 (pl. 321).
- — Système de, pour voitures, par M. Sacleux, 704. Système de, à eau, par M. Patureau, 707.
- Concrétions. Sur des, curieuses trouvées dans un appareil où circule de la vapeur d’eau, par M. Ed. Albert Schlumberger, 703.
- Condenseur. (Voy. Chaudières à vapeur.)
- Conseil d’administration. Liste des membres titulaires, des adjoints et des membres honoraires du, arrêtée le 28 décembre 1864, 3.
- — Délibération du, relativement à la nomination de membres adjoints à la commission des fonds, 65,
- Tome XII. — 64e année. 2e série.
- 429 : — au comité de commerce, 193, 257, 321,
- — Nomination de membres correspondants du, 704.
- Conservation. Sur la, des bois, par M. Mel-sens, 28 : marche du goudron lorsqu’il pénètre dans du bois, 30 ; marche des gaz humides dans le chêne, 31 ; marche générale de la détérioration dans les bois, 32 ; le goudron de gaz préserve le bois aussi efficacement que les huiles lourdes créosotées, ib.; essences sur lesquelles les procédés d’injection réussissent le mieux, 33; quantités de goudron que les bois peuvent absorber. Effets d’injections peu profondes, ib.; conclusions, 34.
- — Analyse d’une pâte arsenicale employée dans l’Amérique du Sud pour la, des peaux, par M. J.
- Girardin, 35.
- — Procédé de, des viandes et des poissons, par M. Wynen, 60.
- — Méthode de, des viandes fraîches, par M. Cha-pel, 121,
- — Procédé pour la, de la chaux, par M. Chouet, 328.
- — Vernis pour la, des bois au sein de la mer, par M. Guibert; Communication de M. Gaultier de Claubry, 328.
- — Procédé de, de la pomme de terre, par M. Tré-boul, 330.
- — Application de la glu marine à la, des arbres, etc., par Mme Ve Audouin (méd. arg.), 364.
- — Sur la, du chloroforme, 514.
- — Sur la, des embarcations cochinchinoises; communication de M. Dumas, 712.
- Conserves alimentaires. Soupes économiques, par M. Camille Groult; rapport de M.Du-chesne, 723.
- Contre-maîtres et ouvriers des établissements agricoles et industriels ; médailles qui leur ont été décernées, 374. (Voy. médailles,
- Séance générale.)
- Coprolithes. Sur l’exploitation des, de Cambridge (Angleterre), par M. Georges Sandys, 699.
- — Traitement des, des Ardennes pour la production économique du phosphate de soude, par M. Roblique ; communication de M. Dumas, 711.
- Cordes. Perfectionnements dans la fabrication des, par M. Caudron, 312.
- Cordes à boyaux. Fabrication des, par M. Henri Savaresse (méd. or), 357; rapport de M. Duchesne, 408.
- Corroyage. Procédé de, du cuir, parM. Picard (méd. arg.), 365.
- — Décembre 1865.
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- Coton. Matière textile dite mûrine, pour remplacer le; mémoire par M. Cabanis, 122.
- — Succédané du, produit par l’Alsace, présenté
- par M. Boesch, 123. *
- — Sur le, d’Italie, par M. Minssen, 512.
- — Machine à égrener le, par M. Chaufourier, 516.
- — Autre machine accomplissant le même travail, par M. Monteil, ib.
- Coton-poudre. Expériences faites dans les mines avec le, 115.
- Couleur. Sur une nouvelle, bleue, dite cœru-leum, et sur une, rose, par M. A. W. Hofmann,
- 297.
- — Préparation d’une, verte d’aniline, 746.
- Couleurs rltrifiables. Fabrication des, par
- M. Lacroix; rapport de M. Salvetat, 656.
- Courbes. Règle à dessiner des, par M. Legey; rapport de M. Benoît, 24.
- Couture. Machine à faire la, par MM. Gauthier et comp., 707.
- Crayons. Réclamation adressée par M. Gilbert, au sujet des, faits avec le graphite de Sibérie, de M. Alibert; réponse de M. le baron de Sil-vestre, au nom de la commission des beaux-arts appliqués à l’industrie, 61.
- Creusets. Une visite à la fabrique de, de plombagine de Battersea (Angleterre), par M .J. G. Brough, 92.
- Cristaux. Fabrication, à Meysenthal, de, pour lustres, par M. Burgun; rapport de M. Barreswil (méd. br.), 367.
- Cuir. Préparation du vernis élastique noir pour le, par M. Wiederhold, 54.
- — Moyen de fabriquer un, artificiel, par M. A. Babe, 58.
- — Procédé de corroyage du, par M. Picard (méd. arg.), 365.
- Cuivre. Sur les sels de, par M. A. W. Hofmann, 299.
- — Procédé pour recouvrir de, le fer, la fonte, etc.,
- . par M. Viollet, 447, 753, 755.
- — Méthode pour obtenir le même résultat, par M. Weil ; rapport de M. Payen, 649.
- Absorption des vapeurs provenant du grillage des minerais de, par M. Gerstenhœfer, 747.
- D.
- Dalles. Fabrication de, avec les laitiers de hauts fourneaux au coke, à l’usine de Konigshutte (Prusse), 59.
- Dépenses. Compte des recettes et, de la Société pour l’exercice 1863; rapport de M. de Valois, 383.
- Désinfection. Sur la, et les désinfectants, par M. A. W. Hofmann, 300.
- — Observations de MM ..Dumas et Balard au sujet des procédés de, des matières fécales de M. Mos-selman, 318.
- — Procédé de, des huiles minérales, par M. Malo, 328.
- Dessin. Règle à tracer le, des courbes, par M. Legey; rapport de M. Benoît, 24.
- — Traité de, linéaire, par M. Amable Tronquoy (méd. arg.), 366; rapport de M. le baron de Sil-vestre, 660.
- — Instrument dit perspectomètre pour la pratique du, artistique, par M. Gélibert (méd. br.), 369; rapport de M. Benoît, 590.
- — Méthode de, par M. Hendrickx, 753.
- Discours. Prononcés sur la tombe de M. Froment, par M. Combes, 75; par M. Tresca, 76; par M. le baron Séguier, 78.
- — prononcés sur la tombe de M. Silbermann, par M. Lissajous, 425; par M. le général Morin, 426; par M. le baron Taylor, 427.
- — prononcés sur la tombe de M. Trébuchet, par M. A. Chevallier, 641 ; par M. le docteur Du-chesne, 643.
- Distillation. Procédé propre à extraire le jus de raisin destiné à la, par MM. Petit et Robert (méd. plat.), 362; rapport de M. le baron Thénard, 460.
- Disque. Système de, de défense à fil libre et à répétition pour chemins de fer, par MM. Fleury et Brocot ; rapport de M. Baude, 517 (pl. 324).
- Dynamomètres. Construction de, par M. Taurines; rapport de M. Tresca (méd. or), 359.
- E.
- Eaux. Purification des, par la chaux; communication de M. Dumas, sénateur, 64.
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- — Réservoirs établis à Ménilmontant pour- les, de la Dhuys et de la Marne ; communication de M. Dumas, 756.
- Eaux: «mères. Sur l’état actuel de l’industrie des, des salines, par M. Balard, 567.
- Ébullition. Expériences sur 1’, de l’eau, par
- ^ M. Grove, 309.
- Échange. Continuation du système d’, international des publications dû à feu M. Vattemare, par M. Holloway, 755.
- Éclairage. Système d’, par la lumière électrique divisée, par M. Delalot, 63.
- — Mode d’, en plein air, par M. Gilloux, 334.
- — Régulateur pour 1’, à la lumière électrique, par M. A. Gaiffe (méd. arg.), 365.
- — Fabrication de cristaux pour lustres,par M. Bur-qun, à Meysenlhal; rapport de M. Barreswil (méd. br.), 367.
- — Perfectionnements aux appareils d’, par l’huile de pétrole, par M.'E. Foëx, 753.
- École. Fondation d’une, d’architecture, par M. Trélat, sous le titre d'École centrale d’architecture : communication de M. Dumas, président, 576; observations de M. Trélat, ib. ; note de M. Dumas relative au programme de cette école, 578; réponse à cette note, par M. Trélat, 731.
- Écoles industrielles. Concours de 1865 pour l’admission aux, d’arts et métiers; rapport de M. Gaultier de Claubry, 478.
- Écriture. Procédé pour reproduire sur papier ordinaire 1’ , à l’encre autographique , par M. Boivin, 704.
- — Nouvelle méthode d’enseignement progressif et simultané de l’, et de la grammaire, par
- M. Charles Marlier, 753.
- Egouts. Projet d’un collecteur, par M. Cavé jeune, 707.
- — Sur les grands travaux d’, de la ville de Paris ;
- " communication de M. Dumas, 708.
- Électricité. Emploi de F, pour la commande d’un embrayage applicable aux chemins de fer, par M. Achard, 60.
- — Serrure marchant par 1’, par M. Lontin, 63.
- — Appareil d’induction éleclro-magnétique à double extra-courant, par M. Stephan Hacq, 122.
- — Emploi de 1’, pour l’éclairage et l’extinction du gaz, par M. Lefèvre, 316.
- — Machine magnéto-électrique de la société l’Alliance, représentée par M. Berlioz; rapport de M. Tresca (méd. or), 358.
- — Moteur fonctionnant par Y, par M./ftm<océ,515.
- Électro-aimaut. Système d’, à fil nu, par
- M. Carlier ; communication de M. le comte du Moncel, 62; (méd. br.), 368; rapport de M. le comte du Moncel, 467.
- Electro-chimie. Procédé de cuivrage du fer et du zinc, par M. Viollet, 447, 753, 755.
- — Méthode pour obtenir le même résultat par , M. Weil; rapport de M.Payen, 649.
- Email. Procédé pour recouvrir d’, la fonte, le
- fer, etc., par M. E. Paris, 755.
- Embrayage. Application d’un système d’, électrique aux chemins de fer, par M. Achard, 60.
- Emeri. Sur un gisement exploitable d’émeri découvert à Chester (Massachussets), par M. Charles T. Jackson, 508.
- Enclumes. Fabrication des, par M. Brooman, 59.
- Encre. Fondation d’un prix de 1,500 fr. pour la meilleure, à écrire, par M. Alexandre, 124, 191.
- — Sur la colle entrant dans la composition de la véritable, de Chine; communication de MM. le Roux, Payen, Peligot (E.) et Dumas, 754.
- Engrais. Application de la magnésie à la fabrication des, 190.
- — Fabrication d’un, magnésien, par MM. Vorster et Grunéberg, 218.
- — Observations sur les, fabriqués par M. Mossel-man, par MM. Dumas et Balard, 318.
- — Sur un dépôt de guano de chauves-souris, par M. E. Hardy, 501.
- — Procédés de conversion en, des urines et des matières fécales, par M. Mosselman ; rapport de M. A. Chevallier, 651.
- — Préparation d’un nouvel, par M. Morin, 750.
- Éprouvette. Système d’, indiquant la richesse
- et la température de l’alcool, par M. Mauban, 123, 575.
- Étanchéité. Procédé pour vérifier 1’, des appareils à gaz, par MM. Émile Durand et Mont-gaillard, 121.
- Exposition universelle. Rapport adressé à l’Empereur par M. le Ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics, concernant la nomination de la commission supérieure d’organisation de 1’, de 1867,99; décret, 103.—Nomination des membres destinés à compléter cette commission, 325.
- — Note sur un avant-projet de M. A. Barraull, pour l’emplacement de 1’, de 1867, par M. Baude, 140 (pl. 315).
- — Ouverture, en Portugal, d’une, en 1865,186.
- — Rapport sur les produits chimiques de 1’,
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- *
- de 1862, par M. A. W. Hofmann (suite), 281. — Rapport à la commission impériale sur l’emplacement à choisir pour T, de 1867, par M. le sénateur Dumas, 428.
- F.
- Fécale. Méthode pour essayer la pureté de la, d’arrow-root, par M. Albers, 308.
- Fer. Sur la cémentation du; communications faites à l’Académie des sciences, par MM. F. Margueritte et H. Caron, 41.
- — Fabrication directe, continue, automatique du, et de l’acier, par M. Chenot, 63.
- — Emploi du perchlorure de, dans les piles du système Bunsen, par M. E. Duchemin, 192.
- — Sur la fabrication du sulfate de, par M. A. W. Hofmann, 299.
- —> Procédé de cuivrage du, et du zinc, par M. Viol-let, 447.
- — Documents sur la production du, et de la fonte en France, fournis par le Comité des forges,
- 449.
- — Expériences sur la fabrication du, par M. Gaudin, 706.
- — Procédé pour recouvrir d’émail le,la fonte, etc., par M. E. Paris, 755.
- Fermeture. Système de, pour lampes de mines, par M. Olanier; rapport de M. Combes, 263 (dessin sur bois).
- — Modèle de, pour portes, par M. Courtois, 310.
- — Système de, pour portes, fenêtres, etc., par MM. Lecornu et Roserau, 751.
- Finances. État des, de la Société pour 1863, 383.
- Fonte. Effets du wolfram sur la, d’artillerie, par M. Le Guen, 108.
- —Rendemen t considérable en, des hauts fourneaux d’Ulverston (Angleterre), 645.
- — Procédé pour recouvrir de cuivre les pièces en, par M. Weil ; rapport de M. Payen, 649.
- Forage. Appareils dits cavateurs permettant d’obtenir un élargissement dans le, des trous de mine, par M. Trouillet ; rapport de M. Cation, 453 (pl. 323).
- Fosses d’aisances. Ventilateur pour, par "M. Toussaint-Lemaistre (méd. br.), 373; rapport de M. Henri Peligot, 720 (pl. 328).
- Four. Système de, pour l’absorption des vapeurs provenant du grillage des minerais de cuivre, par M. Gerstenhœfer, 747.
- Foyers. Système de, fumivores,par M.Chodzko, 447. (Voy. Chauffage.)
- — Appareil pour le tirage des, par M. Jelley, 447.
- — Système applicable aux, pour empêcher le rabattement de la fumée, par M. Berne, 704.
- Frein. Système de, pour chemins de fer, par M. Franceschi, 60.
- — Autre système de, par M. Toulze, 63.
- — Système de, dit préservateur permanent, par MM. Tanney et Maîlrejean; rapport de M. Cavé, 202 (pl. 317); (méd. br.), 372.
- — Système de, pour omnibus, etc., par M. Moyon, 312.
- — Appareil agissant comme, pour arrêter instantanément les arbres de couches, par M. Fontaine, 330.
- — Système de, pour lourdesvoitures, par M. Proche,
- 710.
- Fuchsine. Sur la préparation de la, cristallisée (rouge d’aniline) au moyen de l’acide arsénique par M. Habedanh, 446.
- Fusées. Système de, de mine, par MM. A. Gaiffe et Comte; rapport de M. Th. du Moncel, 595.
- G.
- Gargousscs. Système de, par M. Gras; rapport de M. Salvetat, 275.
- Gaz. Analyse des, renfermés dans les caisses de cémentation, par M. L. Cailletet, 111.
- — Volumes de, produits par la combustion de la poudre à canon, 117.
- — Machines à, liquéfié, proposées comme plus économiques que les machines à vapeur, par M.Bu-ret; rapport de M. Laboulaye, 395 ; observations de M. Combes, 399.
- Gaz d’éclairage. Procédé pour découvrir les fuites de, par MM. Émile Durand elMontgaillard,
- 121.
- — Régulateur pour le, par M. Humeau, 310.
- — Emploi de l’électrité pour l’allumage et l’extinction du, par M. Lefèvre, 316.
- — Obturateur-indicateur pour les travaux de canalisation des conduites de, par M. Bacet, 330.
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- — Régulateur télégraphique pour le, par M. Gi-roud (méd. plat.), 361.
- — Mémoire sur le pouvoir éclairant du, fait avec le boghead, par M. Ed. Fuchs: origine, fabrication, 665; conditions normales de la combustion, 668; installation, mode d’expérimentation et de calcul, 672; influences des conditions de la combustion sur le pouvoir éclairant, 676; expériences sur le pouvoir éclairant, 687 ; avantages et inconvénients du gaz de boghead ; variations de titre, 690 ; résumé et conclusions, 692.
- fiazon. Création dans les montagnes de grandes surfaces de, par M. Bargné (méd. plat.), 360.
- Gelées. Sur les, marines des Chinois, par M. Na-talis Rondot, 597.
- — Sur les, chinoises et les nids d’hirondelles ; origine, composition et usages de la gélose et de la cubilose, par M. Payen, 726, 753.
- Géodésie. Instruments de, par M. le major Richard ; rapport de M. Benoît, 198, 753.
- Glu. Application de la, marine, à la conservation des arbres, etc., par Mme Y* Audouin (méd. arg.), 364; rapport de M. Chatin, 473.
- Goudron. Sur la conservation des bois au moyen du, par M. Melsens, 32.
- Grains. Machine opérant le triage des, par M. Pelissard, 122.
- Graissage. Palier réalisant un, économique, par M. Laurent Courtin, 704.
- Graisse. Fabrication d’une, pour assouplir les cuirs, etc., par MM. Saurel et comp., 310.
- Graphite. Réclamation de M. Gilbert au sujet du rapport sur les crayons fabriqués avec le, de M. Alibert, 61.
- — Une visite à la fabrique de creusets de, de Battersea (Angleterre), par M. J. C. Brough,
- 92.
- Gravure. Procédé de, instantanée du verre doublé, par M. Boesch, 123.
- Guano. Sur un dépôt de, de chauves-souris, par M. E. Hardy, 501.
- Hauts fourneaux. Rendement considérable des, d’Ulverslon (Angleterre), 645. Horlogerie. Montres à prix très-réduits, par MM. Monnin-Japy, 755.
- Houille. Tableau synoptique et statistique des mines de, du Nord et du Pas-de-Calais, par M. Alphonse de Baratte; rapport de M. Maurice Bloch, 138.
- — Importance relative des principaux bassins de, connus, 185.
- — Production de la, en Russie, 188.
- — Machine à exploiter la, par MM. Loch, War-rington et comp., 307.
- — Notice sur l’agglomération de la, par M. L. Gru-ner, 599. (Yoy. Combustibles.)
- — Emploi de la, pour la cuisson du plâtre, par M. Lacroix, 707.
- Huile. Préparation d’une, épurée pour l’horlogerie, par M. Constantin, 707.
- Huiles minérales. Épuration des, par M. Malo, 328.
- I.
- Impression «les tissus. Mémoire sur l’emploi du noir d’aniline dans 1% par M. Charles Lauth, 124.
- Impression en taille-douce. Machine faisant d’une manière continue 1’, des cahiers d’écriture, par M. Auguste Godchaux, 750.
- Incrustations. Moyen d’empêcher les, des chaudières, 748.
- Indiennes. Sur les inconvénients de la présence de l’acide arsénieux dans l’arséniate acide de potasse employé par les fabricants d’, par M. J. Girardin, 36.
- L.
- Caine. Système pour faire disparaître des étoffes de, les ordures dites époutis, par M. Joly, 449,576.
- hait. De l’analyse du, par MM. E. Millon et A. Commaille, 105.
- haitiers. Dalles faites avec des, de hauts fourneaux au coke à l’usine de Konigshütte (Prusse), 59.
- hampe. Observations de M. Dumas, président, sur l’utilité d’avoir une bonne, de sûreté pour les
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- s
- magasins d’huiles et d’essences volatiles, 122.
- — Système de, de sûreté, par M. Olanier ; rapport de M. Combes, 263 (dessin sur bois) ; (méd. br.), 371.
- — Perfectionnements à la, pour brûler l’huile de pétrole, par M. E. Foëx, 753.
- lessivage. Appareil de, dans le vide, par M. Berjot, 750.
- — Procédé de, des sels de soude dû à Lavoisier ; communication de M. Dumas, 751.
- liste des membres titulaires, des adjoints et des membres honoraires composant le Conseil d’administration pour 1865, 3.
- — Des membres composant la commission supérieure d’organisation de l’Exposition universelle de 1867, 103, 325.
- — Des industriels auxquels des médailles de différentes classes ont été décernées dans la séance générale du 14 juin 1865, 349, 352.
- ___Des ouvriers et contre-maîtres ayant reçu des
- médailles de bronze dans la même séance, 374, 376.
- — Des nouveaux membres français et étrangers admis, en 1865, à faire partie de la Société, 759.
- lithographie. Système de presse pour la, par M. Voirin (méd. arg.), 366.
- Lumière. Système pour diviser la, électrique, par M. Delalot, 63.
- — Commutateur propre aux expériences de, électrique, par M. Serrin, 192.
- — Régulateur de, électrique, par M. A. Gaiffe (méd. arg.), 365.
- m.
- 9Iacliine à scier les pierres et à percer les tunnels, par M. Gay, 123.
- — à broyer le plâtre, par M. Merckelbagh ; rapport de M. Duméry, 204 (pl. 318) ; (méd. br.), 371.
- — à casser la pierre, par M. Ducournau ; rapport de M. Baude, 357 (pl. 319).
- — à peser les tablettes de chocolat, par M. Méric ; rapport de M. V. Bois, 267; (méd. br.), 371.
- — à exploiter la houille, par MM. Lock, Warring• ton et comp., 307.
- — à fabriquer le chocolat, par M. Hermann, 313.
- — à visser les chaussures, par M. Cabourg, 315.
- — pneumatique d’un nouveau système, par M. De-leuil, 315.
- — à cintrer les rails de chemins de fer, par MM. Bogé et Millet, 327.
- — à bastir les chapeaux de feutre, par M. Coq, 330.
- — Système de, motrice à air chaud,par MM. Auzon et comp., 333.
- — Magnéto-électrique de la société VAlliance , représentée par M. Berlioz ; rapport de M. Tresca (méd. or), 358.
- — à gaz liquéfié, proposée comme plus économique que la machine à vapeur, par M. Buret ; rapport de M .Laboulaye, 395; observations de M .Combes,
- 399.
- — à faire des talons de bois pour chaussures de dames, par M. Énodeau, 448.
- — à égrener le coton, par M. Chaufourier, 516.
- — autre, de même nature, par M. Monteil, ib.
- — à coudre, par MM. Gauthier et comp., 707.
- — à imprimer simultanément des deux côtés et sur papier continu la gravure en taille-douce des cahiers d’écriture, par M. Auguste Godchaux, 750.
- — à faire le treillage en fil de fer, par M .François
- Durand, 755. ................
- machines à vapeur. Système de, à rotation directe, par M. Molard, 61.
- — Tiroir équilibré pour, par M. Beyer, 63; rapport de M. V. Bois, 713 (pl. 328).
- — Rapport adressé à l’Empereur par M. le Ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics sur la fabrication et l’établissement des, et chaudières à vapeur, 80; décret, 86 : titre I, Dispositions relatives à la fabrication, à la vente et à l’usage des chaudières fermées destinées à produire la vapeur, ib.; titre II, Dispositions relatives à l’établissement des chaudières à vapeur placées à demeure, 88; titre III, Dispositions relatives aux chaudières des machines locomo-biles et locomotives, 90 ; titre IV, Dispositions générales, 91.
- — Système de, rotatives, par M. Henri Durré, 447.
- machines locomotives. Système de, à trois
- cylindres, par M. Raincelin, 122.
- — Système de, par M. Chardon, 447.
- magnésie. Application de la, à la fabrication
- des engrais, 190.
- — Sur l’emploi, en agriculture, des sels de potasse et de, par M. Rohart, 510.
- «— Sur la production du carbonate de, dans le nord de l’Angleterre, par M. Stevenson, 514.
- manganèse. Expériences sur l’emploi du per-
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- oxyde de, dans la fabrication du fer, par M. Gaudin, 705.
- Mastic. Composition d’un, pour joints de tubes, robinets, etc., par M. E. F. Piat, 575.
- médailles. Distribution de, d’or, de platme, d’argent et de bronze, faite aux industriels dans la séance générale du 14 juin 1865, 349.
- *— Distribution de, de bronze aux ouvriers et contre-maîtres dans la même séance, 374.
- métier à tisser. Nouveau système de, par M. Davoust, 190.
- — Perfectionnements au, à la Jacquart, par M. François Durand, 755.
- meules. Outil pour le rhabillage des, par M. Ta-jan, 121.’
- — Projet de prix pour un procédé salubre de fabrication des, à moulins, par M. Moland, 449.
- mines. Sur quelques nouvelles compositions de poudres pour les, 114.
- — Tableau synoptique et statistique des, de houille du Nord et du Pas-de-Calais, par M. Alphonse de Baratte; rapport de M. Maurice Block, 138.
- — Mémoire sur les, de chlorure de potassium de Stassfurt-Anhalt, par M. E. Fuchs, 146 (pl. 316) : chap. I, Constitution géologique et minéralogique du gisement, ib. ; chap. Il, Etude détaillée du gisement salin, 152; chap. III, Exploitation du gisement salin, 163; chap. IV, Préparation mécanique des matières extraites, 167 ; chap. V, Traitement industriebdela carnallite, 172; ch. VI, Application industrielle et agronomique du chlorure de potassium et des produits accessoires de sa fabrication, 209; chap. VII, Considérations géologiques sur l’origine du bassin de Stassfurt, 223.
- — Lampe de sûreté pour les, par M. Olanier ; rapport de M. Combes, 263 (dessin sur bois) ; (méd. br.), 371.
- — Appareils dits cavateurs destinés à l’élargissement des trous de, par M. Trouillet; rapport de M. Callon, 453 (pl. 323).
- — Sur une, d’émeri découverte à Chester (Massachussets) par M. Charles T. Jackson, 508.
- — Fusées de, par MM. A. Gaiffe et Comte ; rapport de M. Th. du Moncel, 595.
- — Production des, de la Grande-Bretagne en 1864, 702.
- miroirs. Fabrication de, au moyen de la métallisation du platine sur le verre, par MM. Cres-well et comp., 190; rapport de M. Salvelat, 526.
- Monte«cliarge. Système de, par M. Caudron,
- 309.
- — Nouveau, hydraulique, par M. Ch. Morin, 449.
- mordant. Analyse d’un, de fer pour la teinture,
- par M. F. Stolba, 52.
- — Invention d’un nouveau, par M. Sacc, 60.
- moteur. Système de, à air chaud, par MM. Auzon
- et comp., 333. (Voy. Machine.)
- Système de, électrique, par M. Hantocé, 515.
- — Système de, hydraulique pour grandes etpetites chutes d’eau, par M. Courdin, 515.
- — Nouveau genre de-, par M. Brêment, 704.
- Moulage. Nouveau procédé appliqué à la consolidation et au, des substances friables organiques ou autres, par M. Stahl; rapport de M. baron de Silvestre, 65 ; (méd. or), 358.
- Mûrier. Mémoire sur une matière textile dite mûrine, extraite du bois du, par M. Cabanis, 122; remarques de M. Dumas au sujet de ce mémoire, 710; observations de M. Alcan, 752; réponse de M. Cabanis, 755.
- — Fabrication d’une soie végétale extraite de l’écorce des branches et des rameaux du, par M. Potenza, 747.
- Musique. Appareil dit gammomètre pour faciliter l’étude de la, par M.Bellour, 447.
- Myrte. Communication sur le, d’Australie, par M. Dumas, 709.
- N.
- Havircs. Système de propulseur pour, à vapeur, par M. Wahu, 190.
- — Méthode de cuivrage des, en fer, par M. le capitaine Warren, 188.
- — Propulseur pour, par M. Leviau, 310.
- nécrologie. Mort de Mm9 Ve Piette, membre de
- la Société, 61.
- — Mort de M. Froment, membre du comité des arts mécaniques, 74; discours prononcés sur sa tombe par M. Combes, 75; par M. Tresca, 76; par M. le baron Séguier, 78 ; paroles prononcées en séance par M. Dumas, 125.
- — Mort de M. J. Beaumont Neilson, inventeur de l’emploi de l’air chaud dans les hauts fourneaux, 112.
- — Mort de MM. Montai et Perrelet, membres de la Société, 190.
- — Mort de M. Silbermann, membre du comité des arts économiques, 424 ; paroles prononcées sur
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- P.
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- sa tombe, par M. Lissajous, 425; par M. le général Morin, 426; par M. le baron Taylor, 427; paroles prononcées en séance par M. Dumas, président, 448.
- — Mort de M. Trêbuchet, agent delà Société,640; .discours prononcé sur sa tombe yzrM.A.Chevallier, 641 ; discours de M. le docteur Duchesne, 643.
- Nettoyage. Moyens pour opérer le, des tonneaux, par M. Jacobs, 749.
- Nids. Sur les gelées chinoises et les, d’hirondelles; origine, composition et usages de la, gélose et de la cuèilose, par M. Payen, 726.
- Niveau. Système de, graphomètre, par MM. Dupuis, Ràbouin-O’Sullivan et Leroyer (méd. br.), 369.
- Noir animal. Procédé supprimant l’emploi du, en grains dans la fabrication du sucre de betterave, par MM. Leplay et Cuisinier, 122.
- — Sur la révivification du, par M. Henry Medlock,
- 183.
- Noir (couleur). Mémoire sur l’application du, d’aniline à l’impression des étoffes, par M. Charles Lauth, 124,
- — Sur l’obtention des, en héliochromie, par M. Niepce de Saint-Victor, 745.
- O.
- Or. Production de P, et des autres métaux, en Russie, 186.
- Orgue. Travaux de reconstruction du grand, de Saint-Sulpice, à Paris, par M. A. Cavaillé-Coll; rapport de M. Lissajous, 9 (pl. 310, 311, 312 et 313).
- Orphelins. Emploi des, comme apprentis dans la fabrique de limes de M. Taborin ; lettre de M. Chicard, 575.
- Outil. Système d’, pour le rhabillage des meules, par M. Tajan, 121.
- — Modèle d’, pour découper les métaux, par M. Blouin-Crepey, 709.
- — Système d’, propre à percer les métaux, par M. H. Breton, 757.
- Ouvrages nouveaux. Yoy. Bibliographie.
- Paille. Sur l’industrie des chapeaux de, d’Italie,
- 115.
- Papier. Sur une matière propre à remplacer les chiffons dans la fabrication du, par M. Schinz,
- 55.
- — Nouvelle machine à foncer, satiner, etc., le, peint, par M. Marsoulan, 310.
- — Rareté du, en Californie, 701.
- — Préparation de, et toile à calquer, par M. Ber-thel-Renou, 751.
- Paraffine. Allumettes de, par M. Letchford,
- 290.
- Parquet. Modèle de lambourde pour , par M. Chambron, 704.
- Pauvres. Auberge pour les, fondée à Mulhouse par M. Jean Dollfus ; communication de M. Bar-reswïl, 316.
- Peaux. Analyse d’une pâte arsenicale employée dans l’Amérique du Sud pour la conservation des, par M. J. Girardin, 35.
- Pêclie. Carabine à flèche pour la, par M. Moreau; rapport de M. Laboulaye, 581 (pl. 326).
- Peinture. Système de, à l’huile légère de pétrole, par M. Lefebvre, 449.
- Pétrole. Sur l’emploi de l’huile de, comme combustible dans les chaudières à vapeur, par M. H. Paul, 118.
- — Observations de MM. Dumas et Combes sur l’usage de l’huile de, pour l’éclairage, 125.
- — Ouvrage sur le, par MM. Soulié et Baudouin ; rapport de M. Duchesne, 278.
- — Peinture à l’huile légère de, par M. Lefebvre, 449.
- — Perfectionnements aux appareils d’éclairage par l’huile de, par M. E. Foëx, 753.
- — Réservoir à double pression d’eau pour la conservation de l’huile de, parM .Paul Jovenco, 753.
- Phosphore. Préparation des allumettes chimiques sans, par M.Hjerpe et par M. H. Poltzer, 113.
- — Sur la fabrication du, et des allumettes chimiques, par M. A. W. Hofmann, 281.
- Photographie. Transport, sur pierre, des épreuves de, sur papier, par M. Fowey, 192.
- — Sur l’obtention des noirs en, par M. Niepce de Saint-Victor, 745.
- — Procédé dit phototypie, pour le transport, sur pierre, des clichés de, par M. Betbeder, 753.
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- Pbotométrie. Construction des appareils de, de MM,-Dumas et Regnaull, par M. Deleuil (méd. or), 352 ; rapport de M. Félix Leblanc , 533 (pl. 325).
- Pianos. Perfectionnements dans la construction des, par M. Pape, 447.
- Pierre. Machine à scier la, par M. Gay, 123.
- — Appareil à concasser la, par M. Ducoumau ; rapport de M. Baude, 257 (pl. 319).
- Pile. Système de, économique, par M. Vernet, 121, 310, 514.
- — Nouvelle, du système Bunsen, par M. E. Duche-min, 192.
- — Commutateur propre à grouper instantanément les, par M. Lequesne, ib.
- — Système de, thermo-électrique, par M. Amiot, 334.
- — Nouveau genre de, par M. Lavastre, 754.
- Platine. Miroirs fabriqués au moyen de la métallisation du, sur le verre, par MM. Creswell et Tavernier, 190; rapport de M. Salvelat, 526.
- Plâtre. Emploi de la houille pour la cuisson du, par M. Lacroix, 707.
- Plaines à écrire. Procédé pour éclaircir les tuyaux de, par M. Hèlouis; rapport de M. Bar-reswil, 26.
- Poisson. Procédé de conservation du, et des viandes, par M. Wynen, 60.
- Potasse.Sur l’emploi, en agriculture, des sels de, et de magnésie, par M. Rohart, 510.
- — De l’emploi du myrte d’Australie comme source de fabrication du bitartrate de; communication de M. Dumas, 709.
- — Extraction de la, du suint, par MM. Maumenèet Rogelet, 750, 753.
- Potassium. Mémoire sur le gisement de chlorure de, de Stassfurl-Anhalt, par M. E. Fuchs, 146, 209 (pl. 316). (Yoy. mines.)
- — Sur l’emploi de l’iodure de, pour combattre les affections saturnines et mercurielles, par M.Mel-sens ; communication de M. Dumas, 332 ; note de M. Duchesne sur le travail de M. Melsens, 661.
- Pondre. Sur quelques nouvelles compositions de, de mine, 114.
- — Analyse des produits de la combustion de la, à canon, par M. Karoliy, 118.
- Presse. Système de, pour le foin, la laine, etc., par M. Mirecki, 121.
- — Système de, lithographique et typographique, par M. Voirin (méd. arg.), 366.
- Prix. Fondation d’un, de 1,500 fr. pour la meil-
- Tome XII. — 64e année. 2" série.
- leure encre à écrire, par M. Alexandre, 124, 191.
- Procès-verbaux des séances du Conseil d’administration. Séance ordinaire du 11 janvier 1865, 60; — du 25 janvier, 62 ; — du 8 février, 121; — du 22 février, 123; — du 8 mars, 190; du 22 mars,309;—du 5 avril, 312 ;—du 19 avril, 315 ; — du 3 mai, 327 ; — du 17 mai, 330 ;— du 31 mai, 332; —générale du 14 juin (récompenses), 335 ; — ordinaire du 28 juin, 446; du 12 juillet, 448;—du 26 juillet, 514;—du 9 août, 575 ;—du 18 octobre, 703 ;—du 31 octobre, 706;
- — du 15 novembre, 709;—du 29 novembre, 750;
- — du 13 décembre, 753 ; — du 27 décembre, 754.
- Propulseur. Système de, pour navires, par M. Leviau, 310.
- — Système de, à palettes, par M. Joseph Labriola, 704.
- Q-
- Quinine. Préparation de la, artificielle, par M. Sempé, 515.
- R.
- Raisin. Appareil propre à l’extraction du jus de, destiné à la distillation, par MM. Petit et Robert (méd. pl.), 362; rapport de M. le baron Thénard, 460.
- Recettes. Compte des, et dépenses de la Société pour l’exercice 1863 ; rapport de M. de Valais, 383.
- Réclamation. Envoi d’une, par M. Gilbert, au sujet de la fabrication de crayons en graphite Alibert; réponse de M. le baron de Silvestre, au nom de la commission des beaux-arts appliqués à l’industrie, 61.
- Récompenses. Distribution de, aux ouvriers et industriels. (Yoy. médailles.)
- Règle. Système de, à dessiner des courbes, par M. Legey; rapport de M. Benoit, 24.
- Réservoirs. Sur les, établis à Ménilmontant,
- — Décembre 1865. 100
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- pour contenir les eaux de la Dhuys et de la Marne; communication de M. Dumas, 756.
- Résine. Sur une résine provenant d’une essence de bois de Cochinchine et ayant la propriété de préserver de l’attaque des insectes de mer tous les bois qui en sont recouverts ; communication
- * • de M. Dumas, 712.
- Robinet. Modèle de, en bois, dit cannelle, par ~M. Joseph Paraud, 753.
- Roue hydraulique. Système de, par M. Gourdin, 515.
- S.
- Salines. Note sur l’état actuel de l’industrie des eaux-mères des, par M. Balard, 567.
- Saumure. Action fâcheuse de la, sur la viande conservée; communication de M. Dumas, 191.
- Sauvetage. Plan d’organisation d’une société de, pour les naufragés, par M. Tremblay, 62.
- Savons. Note sur la fabrication des, parM .Mège-Mouriès, 316.
- — Echantillons de, de ménage, par M. Bignon, 707.
- — Échantillons de, fabriqués à chaud, par MM. P. Gérard et comp., 750.
- Sehiste. Mémoire sur le pouvoir éclairant du gaz provenant du,bitumineux dit boghead, par M. Ed. Fuchs, 664. (Voy. Gaz d’éclairage.)
- Scie. Système de tourne-, par M. Plagnol (méd. br.), 372.
- Séances du Conseil d’administration. (Voy.Rro-cè s-verbaux.)
- Séance générale du 14 juin 1865 (distribution de médailles aux contre-maîtres et aux industriels), 335.
- Sel. Fabrication de, raffiné, par M. Daguin ; communication de M. E. Peligot, 328.
- Sélénium. Sur la coloration du verre par le, par M. J. Pelouze, 745.
- Sellerie. Collier pour chevaux, par M. Landeau,
- 310.
- Sériciculture. Rapport présenté au Sénat sur une pétition des éducateurs du Midi demandant au gouvernement de venir au secours de leur industrie, par M. le sénateur Dumas, 479.
- — Nouvelles observations sur l’éducation des vers à soie, par M, Émile Nourrigat, 576.
- Serrure. Système de, électrique, par M. Lontin,
- 63.
- — Système de, de sûreté, par M. Lhermitte, 447.
- Serrurerie. Ouvrages de, artistique , par
- M. Vigneron (méd. br.), 373.
- Soude. Note sur la fabrication du carbonate de, par M. Verstraet, 60.
- — Sur la préparation de l’arséniate et du stannate de,par M. A. W. Hofmann, 295.
- — Sur la fabrication de la, dans le nord de l'Angleterre, par M. Stevenson, 513. .
- — Production économique du phosphate de, par M. Boblique; communication de M. Dumas, 706, 711.
- — Sur la régénération du soufre provenant des eaux de lessivage ou des marcs dans la fabrication de la, par le procédé Leblanc ; communication de M. Dumas, 707.
- — Sur le procédé de lessivage des sels de, dû à Lavoisier; communication de M. Dumas,751.
- Soufre. Evaporation du, substitué à l'emploi de la fleur dans le traitement de la maladie dé la vigne, par M. Breteaux; rapport de M. Bçitel, 61.
- — Régénération du, dans la fabrication de la soude par le procédé Leblanc ; communication de M. Dumas, 707.
- Souliers. Fabrication des, dans l’Amérique du Nord, 57.
- Souscription. Fonds de, en faveur des artistes industriels, déposés par MM. Paul Ghristofle et Bouilhet, 124. (Voy. Caisse de secours.)
- Statistique. Tableau de, sur les compagnies houillères du Nord et du Pas-de-Calais, par M. Alphonse de Baratte; rapport de M. Maurice, Bloch, 138.
- — Sur la, des principaux bassins houillère connus* 185. ,
- — Sur la, de la production métallurgique en Russie, 186.
- — Sur le transport des bestiaux parchemins de fer: I, Importance de la question, 239; II, Prix fixés par le cahier des charges pour le transport des bestiaux et transports par tarifs généraux, 240 ; III, Transport des animaux par tarifs spéciaux de grande vitesse, 243; IV, Transport des animaux par tarifs spéciaux de petite vitesse, 243 ; Y, Animaux envoyés aux concours agricoles, 248 ; YI, Durée des parcours pour le transport des bestiaux, ïbVII, Importance des transports de bestiaux effectués par les diverses compagnies et prix moyens, 249; YIII, Tentatives faites par la
- I compagnie de l’Est pour amener en France du
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- bétail de Hongrie, 250; IX, Importation des bes-* tiaux en France, 252; X, Quantités de bestiaux amenés par tous les chemins de fer à Paris, 253; : XI, Questions diverses, ib. ..........
- — Du transport de la bière sur le chemin de fer . de l’Est, 489. (Voy. Bière.}
- — L’agriculture et les chemins de fer : I, Transport des céréales, 545; II, Prix fixés par tes cahiers
- . des charges pour le transport des céréales, 547; III, Tarifs perçus par les.compagnies de chemins de fer, 548; IV, Quantités de céréales transportées par les chemins de fer français pendant une période de cinq années, 554 ; V, Transport des engrais et des amendements, 555; VT, Transports . effectués par les chemins de fer pour l’agriculture, 562; VII, Résumé général et conclusions, ib.
- — De la, minérale de la Grande-Bretagne en 1864, 732.
- Substances alimentaires. (Voy. Conserves alimentaires.)
- Sucre. Fabrication de, de betterave, par M. Kessler, 62.
- — Dispositions adoptées dans les raffineries de, par M. F. Legal; rapport de M. F. Bois, 72.
- — Procédé supprimant le noir animal en grains dans la fabrication du, de betterave, par MM. Le-play et Cuisinier, 122.
- — Avantages de la machine pneumatique de . M. Deleuil dans l’industrie du ; communication
- de M. le baron Thénard, 331.
- Suint. Extraction de la potasse du, par MM. Mau-mené et Rogelet, 750, 753.
- T.
- Table des matières. Communication de M. Dumas, président, au sujet de la, pour les dix premières années de la 2e série du Bulletin, rédigée par M. Gustave Maurice, 576.
- Teinture. Analyse d’un mordant de fer pour la, par M. F. Stolba, 52.
- — Sur les substituts des sels à houser employés en, parM. A. W. Hofmann,293.
- Télégraphie électrique. Aménagement du Great-Eastern pour recevoir le nouveau câble transatlantique de, 119.
- — Système de, autographique, par M. Gérard, 333.
- — Mémoire sur la, souterraine, par M. Maniÿter, 447.
- — Moyen proposé pour l’extinction des sons pro-? duits parles vibrations des fils de, par M. Lissa-jous, 516.
- — Système de câble pour la, sous-marine, par M. Lami de Nozan, 710.
- — Fabrication de câbles de, pour les communications souterraines, par MM. Rattier et comp.; commumtation de M. le comte 7%. du Moncel,
- 7&6.
- Théodolite. Système de,de M. le major Richard;
- rapport de M. Benoît, 198.
- Thermomètre. Système de, électrique, par M. Morin, 60.
- Timbres. Perfectionnements apportés aux, ou cachets tournant et s’encrant seuls, par M. Ris-bourg ; rapport de M. Benoît, 193 (pl.317^; (méd. br.), 372. "
- Tiroir. Système de, équilibré, pour machines à vapeur, par M. Beyer; 63; rapport de M. F.
- . Bois, 713 (pl. 328).
- Tissage. Nouveau métier de, par M. Davoust,
- 190.
- Tondeuse. Système de, rotative pour les chevaux, par M. Caron, 60. • - ;
- Tonneaux. Compas de proportion pour le découpage des douves de, par M. Ravinet, 704. ’
- — Moyens pour nettoyer les, par M. Jacobs, 749. Tourbe. Préparation des briquettes de,-et de li-
- gnites terreux, par M. X. Grimer, 628.
- — Emploi des gaz produits par la combustion de
- la, pour chauffer les creusets d’uue verrerie, par MM. Monnin-Japy, 755. * '•
- Transport. Sur le, des bestiaux par chemins de fer, 239.
- — Sur le, de la bière sur le chemin de fer de l’Est, 489.
- — Sur le, des céréales par chemins de fer, 545. Treillage. Machine à faire le, en fil de fer, par
- M. François Durand, 755. ' ' ’
- Triage. Machine opérant le, des grains, par M. Pelissard, 122.
- Tubes. Composition plastique pour joints de, robinets, etc., par M. E. F. Piat, 575.
- Tungstène. Voy. Wolfram.
- Turbine* Perfectionnements à la turbine, par M. Zambaux, 333,
- Tuyâux. Préparation des, de plomb pour les conduites d’eaux, par M. Schwarz, 646.
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- ü.
- Urines. Procédés de conversion en engrais des, et matières fécales, par M. Mosselman; rapport de M. A. Chevallier, 651.
- V.
- Vapenr. Application de l’eau pulvérisée à la production de la, destinée aux machines, par M. Wahu, 190.
- — Applications de la, surchauffée par M. Violette ; rapport de M. Gaultier de Claübry (méd. or), 360.
- — Sur des concrétions curieuses trouvées dans un appareil où circule de la, d’eau, par M. Ed. Albert Schlumberger, 703.
- Ventilateur. Système de, pour fosses d’aisances, par M. Toussaint-Lemaistre (méd. br.), 373; rapport de M. Henri Peligot, 720 (pl. 328).
- Vernis. Préparation du, élastique noir pour les cuirs, par M. Wiederhold, 54.
- — Présentation d’un, pour la conservation des bois destinés à la mer, par M. Guibert; communication de M. Gaultier de Glaubry, 328.
- Verre. Gravure instantanée du, doublé, par M. Boesch, 123.
- — Fabrication de miroirs au moyen de la métallisation du platine snr le, par MM. Creswell et comp., 190.
- — Fabrication de, pour lustres, par M. Burgun, à Meysenthal, 328; rapport de M. Barreswil, 367.
- — Sur la coloration du, par le sélénium, par M. J. Pelouze, 745.
- — Fabrication du, au moyen des gaz produits par la combustion de la tourbe ; par MM. Monnin-Japy, 755.
- Vert. Préparation d'un, d’aniline, 746.
- Viande. Procédé de conservation de la, et des poissons, par M. Wynen, 60.
- — Méthode de conservation de la, fraîche, par M. Chapel, 121.
- — Communication de M. Dumas sur la conservation de la, 191.
- Vibrations. Moyen proposé pour l'extinction des sons produits par les, des fils télégraphiques, par M. Lissajous, 516.
- Vigne. Emploi de la vapeur de soufre au lieu de la fleur dans le traitement de la maladie de la, par M. Breteaux; rapport de M. Boitel, 61.
- Vin. Moyen facile de distinguer le, rouge naturel du vin coloré artificiellement, par M. Blume, 748.
- w.
- Waggons. Système applicable aux portières de, pour empêcher que les vêtements ne s’y engagent lorsqu’on les ferme brusquement, par M. Julien Caudron, 709.
- Wolfram. Effets du, sur les fontes d’artillerie, par M. Le Guen, 108.
- — Essais de fonte de, ou tungstène, par M. Gaudin, 706.
- Z.
- Zinc. Procédé de cuivrage du fer et du, par M. Viollet, 447.
- — Appareil de condensation pour la fabrication du 1 blanc de, par M. Flamm, 515.
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- 1
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- TABLE DES PLANCHES ET DES DESSINS.
- PLANCHES.
- PI. 310,
- PI. 311,
- PI. 312, PI. 313, PI. 314, PI. 315,
- PI. 316,
- PI. 317,
- PI. 318, PI. 319, PI. 320, PI. 321, PI. 322, PI. 323, PI. 324,
- PI. 325, PI. 326,
- triple.
- triple.
- triple. triple, triple, triple.
- double.
- simple.
- simple.
- simple.
- simple.
- simple.
- double.
- double.
- triple.
- double.
- Pages.
- Plans des différents étages du grand orgue de Saint-Sulpice, à Paris,
- reconstruit par M. A. Cavaillé-Coll...................................
- Sections verticales de la tribune et des premier et deuxième étages de
- l’instrument...........................................................
- Sections verticales des troisième et quatrième étages de l'instrument. . . .
- Sections verticales des cinquième et sixième étages de l’instrument......
- Nouveau procédé pour la fabrication de la céruse, par M. Ozouf...........
- Projet d’emplacement pour l’Exposition universelle de 1867,par M. A.Bar-
- rault..................................................................
- Mémoire sur le gisement de chlorure de potassium de Stassfurt, par M.Ed.
- Fuchs............................................................
- A, cachet tournant, s’encrant seul, par M. Risbourg. — B, frein permanent,
- par MM. Tanney et Maîtrejean...........................................
- Appareil broyeur-concasseur, par M. Merckelbagh..........................
- Appareil concasseur de pierres, par M. Ducournau.........................
- Bagues en fonte pour la pose du rail Vignole, par M. Desbrière...........
- Compteur à eau, par M. Clément...........................................
- Système de charpente suspendue, par MM. Lehaître et de Mondésir..........
- Appareils pour l’élargissement des trous de mine, par M. Trouillet. . . . Disque-signal de MM. Fleury et Brocot; disque de M. Limouse et disque
- ordinaire de la compagnie de l’Est.....................................
- Appareils photométriques de MM. Dumas et Régnault et balance à marteau
- automatique, construits par M. Deleuil.................................
- A, carabine à flèche, par M. Moreau. — B, Nouvelles cartouches à culot, par M. Chaudun...........................................................
- 22
- ib.
- ib.
- ib.
- 137
- 144
- 181
- 196
- 208
- 262
- 274
- 394
- 423
- 459
- 525
- 540
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- PI. 327, double. Cylindre à vapeur (système Ballaison) pour chaussées d’empierrement. . . 698 PI. 328, double. A, tiroir équilibré, par M. Beyer. — B, ventilateur pour fosses d'aisances,
- par M. Toussaint-Lemaistre..........................................759
- DESSINS.
- Système de fermeture de lampe de sûreté pour les mines, par M. Olanier. — 3 figures. . . . 266
- PARIS. —IMPRIMERIE DE MADAME VEUVE BOUC.il ARD-HUZ A RD, RUE DE l’ÉPEROK, 5.
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