Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale
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- S. E. 1. N.
- Bibliothèque
- BULLETIN
- BS P|-67
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR
- L’INDUSTRIE NATIONALE,
- PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION
- DES SECRÉTAIRES DE LA SOCIÉTÉ,
- MM. COMBES ET PELIGOT,
- MEMBRES DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES.
- SOIXANTE-SEPTIÈME ANNÉE.
- DEUXIÈME SÉRIE. — TOME XV.
- La Société a été reconnue comme établissement d’utilité publique par ordonnance royale
- du 31 avril 1834.
- Paris,
- MADAME VEUVE BOUCHARD-HUZARD,
- IMPRIMEUR DE LA SOCIÉTÉ ,
- RUE DE i/ÉPERON-SAINT-ANDRÉ-DES-ARTS, 5.
- 1868
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- SECRÉTARIAT DE LA SOCIÉTÉ.
- Communications, dépôts, renseignements, abonnements au Bulletin, tous les jours, de midi à quatre heures.
- RÉDACTION DU BULLETIN.
- Renseignements, tous les jours, de deux à cinq heures.
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- 61e ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOME XV. — Janvier 1868.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- LISTE DES MEMBRES TITULAIRES, DES ADJOINTS ET DES MEMBRES HONORAIRES, ARRÊTÉE DANS LA SEANCE DES ÉLECTIONS DU 10 JANVIER 1868.
- Bureau.
- Aimée de l’entrée au Conseil*
- 1829. -
- Président.
- Dumas (G. C. ^), sénateur, de l’Académie des sciences, etc., rue Saint-Dominique-Saint-Germain, 69.
- Vice-présidents.
- 1853. — Le baron A. Séguier (O. ^), de l’Académie des sciences, etc., rue Garan-cière, 11.
- 1844. — Balard (C. ^), de l’Académie des sciences, rue de l’Ouest, 72.
- Vice-présidents adjoints.
- 1847. — Baude (O. inspecteur général des ponts et chaussées, rue Royale-Saint-Honoré, 13.
- 1830. — Amédée-Durand (i^), ingénieur-mécanicien, membre de la Société impériale et centrale d’agriculture, rue de l’Abbaye-Saint-Germain, 10.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- A
- Année de l’entrée au Conseil.
- 1845. -
- 1839. — 1836. -
- 1865. -
- 1850. -1868. -
- 1842. —
- 1849. —
- 1854. —
- 1854. — 1862. — 1864. —
- 1864. —
- 1867. — 1867. —
- 1866. -
- Secrétaire général.
- Le baron Charles Dupin (G. O. ^), sénateur, membre de l’Académie des sciences, rue du Bac, 118.
- Secrétaires adjoints.
- Combes (C. %£), membre de l’Académie des sciences, inspecteur général des mines, directeur de l’École impériale des mines, boulevard Saint-Michel, 60.
- Peligot (E.) (O. membre de l’Académie des sciences, vérificateur des essais à la Monnaie, professeur au Conservatoire impérial des arts et métiers, quai Conti, 11.
- Trésorier.
- Goupil de Préfeln, rue Louis-Ie-Grand, 28.
- Censeurs.
- Laboulaye (Ch.) [%) , ancien élève de l’École polytechnique, rue Madame, 40.
- Avril (C. j^), inspecteur général des ponts et chaussées en retraite, rue Saint-Dominique-Saint-Germain, 81.
- Commission des fonds.
- Membres titulaires.
- Le comte B. de Mony-Colchen [%), conseiller référendaire à la cour des comptes, rue de la Victoire, 74.
- Le baron E. de Ladoucette (O. ^), député au corps législatif, rue Saint-Lazare, 58.
- Godard-Desmarets (^), administrateur de la compagnie des verreries et cristalleries de Baccarat, à Baccarat; à Paris, cité Bergère, 1.
- Hurteaux(J^), docteur en médecine, rue Bellechasse, 44.
- Lorin, propriétaire, boulevard Haussmann, 120.
- Fauler membre de la Chambre de commerce de Paris, boulevard Ma-lesherbes, 77.
- Legrand, ancien négociant, vice-secrétaire de la Société des amis des sciences, rue Bergère, 26.
- Devinck (G. O. manufacturier, rue Saint-Honoré^ 175.
- Galon (Paul), consul de Danemark, rue Hauteville, 53.
- Membre adjoint.
- Comte des Fayères (*}, ancien secrétaire d’ambassade, rue des Saints-Pères, 52.
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- CONSEIL DADMINISTRATION.
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- Année del’ entrée au Conseil •
- 1830. — 1847. — 1847. —
- 1850. —
- 1850. —
- 1851. —
- 1855. —
- 1859. — 1864. —
- 1855. —
- 1866. — 1867. — 1867. —
- 1827. —
- 1830. —
- 1831. —
- 1840. — 1844. —
- 1846. —
- 1847. — 1851. — 1868. —
- Comité des» arts mécaniques.
- Membres titulaires.
- Amédée-Durand ingénieur-mécanicien, membre de la Société impériale et centrale d’agriculture, rue de l’Abbaye-Saint-Germain, 10.
- Baude (O. ^£), inspecteur général des ponts et chaussées, rue Royale-Saint-Honoré, 13.
- Alcan (j^), ingénieur civil, professeur au Conservatoire impérial des arts et métiers, rue du Faubourg-Poissonnière, 98.
- Duméry, ingénieur-mécanicien, rue du Monceau, 11.
- Pihet (Eugène), ancien constructeur-mécanicien, rue Neuve-Popincourt, 3.
- Callon (O. ingénieur en chef, professeur à l’École des mines, rue de l’Odéon, 9.
- Tresca (O. ^), sous-directeur du Conservatoire impérial des arts et métiers, rue Saint-Martin, 292.
- Cave aîné (^), ingénieur-mécanicien, place Lafayette, 114.
- Bois (Victor) (-^), ingénieur civil, boulevard Malesherbes, 69.
- Membres adjoints.
- Phillips (^), ingénieur des mines, professeur à l’École centrale, avenue des Champs-Élvsées, 115.
- Breguet (^), artiste du Bureau des longitudes, quai de l’Horloge, 39.
- Lecoeuvre, ingénieur civil, rue de Turenne, 111.
- De la Poix de Fréminyille (O. ^), ingénieur de la marine, professeur à l’École impériale d’application du génie maritime, rue de l’Université, 88.
- Comité des arts chimiques.
- Membres titulaires.
- Payen (C. ^j), de l’Académie des sciences, rue Saint-Martin, 292, et à Gre-nelle-Paris, rue Violet, 77.
- Bussy (O. de l’Académie des sciences, place Saint-Michel, 3.
- Chevallier (O. J^), de l’Académie de médecine, professeur à l’École de pharmacie, rue du Faubourg-Saint-Denis, 188.
- Frémy (O. îfe), de l’Académie des sciences, rue Cuvier, 33.
- Cahours (O. -$£), essayeur à la Monnaie, quaiConti, 11.
- Le baron Thénard (P.) (^), de l’Académie des sciences, place Saint-Sul-pice, 6.
- Leblanc (Félix) (-$£), répétiteur à l’École impériale polytechnique et à l’École centrale, rue de la Vieille-Estrapade, 9.
- Barreswil (O. professeur de chimie, membre du comité des arts et manufactures, rue Saint-Florentin, 16.
- Debray ( % ), examinateur à l’École polytechnique, rue de l’Ouest, 44.
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- CONSEIL D’ADMINISTRATION.
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- Année de l’entrée au Conseil.
- 1851. — 1851. — 1851. —
- 1832. — 1840. —
- 1840. —
- 1856. —
- 1856. —
- 1859. —
- 1852. —
- 1860. — 1861. —
- 1861. —
- 1862. — 1862. —
- 1864. — 1866. — 1866. —
- 1828. —
- Membres adjoints.
- Barral (O. ancien élève de l’École polytechnique, membre de la Société impériale et centrale d’agriculture, rue Notre-Dame-des-Champs, 82.
- Jacquelain, licencié ès sciences physiques, préparateur à l’École centrale, rue de Vaugirard, 34.
- Salvetat (ife), chef des travaux chimiques à la Manufacture impériale de porcelaines, à Sèvres (Seine-et-Oise).
- Comité des arts économiques.
- Membres titulaires.
- Herpin, docteur en médecine, rue Taranne, 7.
- Becquerel (E.) (j$£), de l’Académie des sciences, professeur au Conservatoire des arts et métiers, rue Cuvier, 57.
- Priestley (Ch.), répétiteur à l’École centrale des arts et manufactures, rue du Cherche-Midi, 36.
- Lissajous ($£) , professeur de physique au lycée Saint-Louis, rue Saint-Placide, 60.
- Le comte du Moncel (Th.) (O. J$£), ingénieur électricien de l’Administration des lignes télégraphiques, rue de Hambourg, 7.
- Duchesne (^), docteur en médecine, membre du Conseil d’hygiène publique et de salubrité, rue Bonaparte, 20.
- Clerget (O. $t), ancien receveur principal des douanes, place Pentagonale, 4.
- Molinos (Léon) (^), ingénieur-architecte, rue Olivier prolongée, 2.
- Le Roux, répétiteur de physique à l’École impériale polytechnique, rue de Braque, 4.
- Membres adjoints.
- Jamin (•>&), professeur de physique à la Faculté des sciences et à l’École impériale polytechnique, rue Soufflot, 24.
- Peligot (Henri), ingénieur, rue Saint-Lazare, 43.
- De Luynes (Victor), professeur de chimie et de physique, rue de Vaugirard, 73.
- Blanchet ($$), ancien élève de l’École polytechnique, rue d’Hauteville, 26.
- Bouilhet (Henri) (-^), manufacturier, rue de Bondy, 56.
- Wolff ($t), fabricant de pianos, rue Rochechouart, 22.
- Comité d’agriculture.
- Membres titulaires.
- Huzard (O. membre de la Société impériale et centrale d’agriculture, de l’Académie de médecine et du Conseil de salubrité, rue de l’Éperon, 5.
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- Année de l'entrée an Conseil*
- CONSEIL D’ADMINISTRATION.
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- 1846. — 1849. — 1851. — 1856. — 1856. —
- 1863. —
- 1864. — 1866. —
- 1866. — 1866. —
- 1844. — 1846. — 1852. —
- 1856. —
- 1858. —
- 1864. —
- 1864. — 1866. —
- 1868. —
- Moll (O. ^), professeur au Conservatoire des arts et métiers, rue des Marais-Saint-Martin, 32.
- Brongniart (A.) (C. de l’Académie des sciences, professeur au Muséum d’histoire naturelle, rue Cuvier, 57.
- Dailly (Ad.) (O. ^), de la Société impériale et centrale d’agriculture, rue Pigalle, 69.
- Mangon (Hervé) (O. %), ingénieur des ponts et chaussées, rue Saint-Dominique-Saint-Germain, 69.
- Bourgeois (%), membre de la Société impériale et centrale d’agriculture, au Perray, près Rambouillet (Seine-et-Oise).
- Boitel (O. ^), inspecteur général de l’agriculture, rue Madame, 34.
- Chatin (^), professeur à l’École de pharmacie, rue de Rennes, 129.
- Bella (O. %), directeur de l’École d’agriculture de Grignon, à Grignon (Seine-et-Oise).
- Membres adjoints.
- Heuzé (^), inspecteur général de l’agriculture, rue Berthier, 27, à Versailles (Seine-et-Oise).
- Tisserand (O. •$£), chef de division au Ministère de la Maison de l’Empereur et des beaux-arts, rue du Cirque, 17.
- Comité de commerce.
- Membres titulaires.
- Chapelle (j^), ingénieur-mécanicien, boulevard Beaumarchais, 90.
- Delessert (B.) (^), banquier, rue Basse, 11, à Passy.
- Julien (O. ^), directeur du commerce intérieur au Ministère de l’agriculture, du commerce et des travaux publics, rue Saint-Dominique-Saint-Germain, 60.
- Block (Maurice), membre de plusieurs académies, rue de l’Assomption, 63, à Auteuil-Paris.
- Rondot (Natalis) (O. -$£), délégué de la Chambre de commerce de Lyon, rue Meslay, 24.
- Lavollée (^), administrateur delà Compagnie générale des omnibus, grande rue de Passy, 80.
- Milliet (Gratien) (^), manufacturier, rue Boursault, 14.
- Legentil fils (^), membre du Comité consultatif des arts et manufactures, rue de Paradis-Poissonnière, 51.
- Wolowski (O. ^), membre de l’Institut, professeur au Conservatoire des arts et métiers, rue de Clichy, 49.
- Membre adjoint.
- 1866. — Say (Léon) [%), administrateur du chemin de fer du Nord, rue Boursault, 11.
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- ARTS MÉCANIQUES.
- Année de l'entrée an Conseil.
- MEMBRES HONORAIRES.
- 1805. —
- 1823. —
- 1824. —
- 1825. — 1828. —
- 1840. — 1840. —
- 1840. —
- 1843. —
- 1844. —
- 1845. —
- 1846. —
- 1854. —
- 1856. —
- 1857. —
- Boullay (O. docteur ès sciences, membre de l’Académie impériale de médecine, rue Bourdaloue, 7.
- Delessert (F.) (O. ^ ), de l’Académie des sciences, rue Montmartre, 176.
- Pouillet (O. J$£), de l’Académie des sciences, rue Turenne, 125.
- Agasse notaire honoraire, rue du Bac, 86.
- Darblay aîné (O. membre de la Société impériale et centrale d’agriculture, rue de Lille, 74.
- Calla ($0, ingénieur-mécanicien, rue des Marronniers, 8, à Passy.
- Le Chatelier (O. $£), ingénieur en chef au corps impérial des mines, rue Madame, 33.
- Le baron E. de Silyestre, ancien élève de l’École polytechnique, rue de Ver-neuil, 33.
- De Valois (O. régent de la banque de France, rue Joubert, 31.
- Gaulthier de Rumilly (^0, ancien conseiller d’État, à Fleury, près d’Amiens (Somme).
- Kerris (^), ingénieur de la marine, à Toulon (Var).
- Féray (E.) (O. ^), manufacturier, ancien membre du Conseil général des manufactures, à Essonne (Seine-et-Oise).
- Mimerel (C. , de Roubaix, sénateur, rue de la Ferme-des-Mathurins, 30.
- Trélat (^é), architecte, professeur au Conservatoire impérial des arts et métiers, rue d’Enfer, 59.
- Le Tayernier, notaire honoraire, rue Taitbout, 34.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Tresca, au nom du comité des arts mécaniques, sur les presses dites steriiydrauliques de MM. Desgoffe et Ollivier, 6, boulevard de Vaugirard, à Paris.
- Messieurs, MM. Desgoffe et Ollivier, ingénieurs civils, ont soumis à l’appréciation de la Société d’encouragement un nouveau système de presse hydraulique dont le principe paraissait tout d’abord d’une application facile et digne d’intérêt, et nous aurions pu depuis longtemps vous faire connaître cet ingénieux appareil si vous n’imposiez à vos rapporteurs le soin d’étudier les inventions jusque dans les difficultés pratiques qu’elles rencontrent, et l’obliga-
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- ARTS MÉCANIQUES.
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- tion de porter leurs investigations sur les résultats consacrés par des applications de quelque durée.
- Nous chercherons aujourd’hui à remplir ce double programme en tenant un compte suffisant de toutes les difficultés du problème.
- La presse hydraulique telle qu’elle est employée dans l’industrie se compose presque toujours de deux appareils distincts et en quelque sorte inséparables, la presse proprement dite, qui est véritablement l’outil qui doit opérer sur la matière à comprimer, et la pompe à l’aide de laquelle on détermine Faction motrice.
- La pompe est mue à bras d’homme ou par la vapeur, et le rapport entre la section du corps de presse et celle du piston de la pompe détermine, sauf les frottements, l’énergie de l’effort de compression que la machine peut développer.
- Conformément au principe de Pascal, la même pression, motrice ou résistante, est égale sur chaque élément de la paroi, et il suffit, au moyen d’un levier ou de tout autre organe, d’exercer sur le piston de la pompe un certain effort pour que cet effort soit multiplié sur le plateau de la presse, dans le rapport même des surfaces des deux pistons.
- On voit, d’après cela, que, si la machine offre une résistance suffisante à la pression intérieure, on pourra, toutes choses égales d’ailleurs, déterminer entre les sommiers un effort d’autant plus grand que le piston de la pompe sera plus petit.
- Il y a un grand nombre de presses dans lesquelles le piston de la pompe ayant seulement 1 centimètre carré de section, et celui de la presse 1000 centimètres carrés, l’effort est ainsi augmenté dans le rapport de 1 à 1000.
- Si, dans une pareille presse, il était possible, comme on le fait journellement, de maintenir une pression de 1000 atmosphères ou d’environ 1000 kilogrammes par centimètre carré, on exercerait, par son intermédiaire, un effort de 1000 X 1000 = 1000 000 kilogrammes, et il suffirait, pour cela, que l’on exerçât seulement un effort de 1000 kilogrammes sur le piston de la pompe. Cet effort sera obtenu très-facilement, même à bras d’homme, si l’ouvrier est armé d’un levier suffisant et si, par exemple, les bras de ce levier étant dans le rapport de 1 à 20, il exerce à l’extrémité du bras moteur un effort de 50 kilogrammes.
- MM. Desgoffe et Ollivier se sont proposé tout à la fois de diminuer encore la section du piston de la pompe et de rendre son action continue au lieu
- Tome XV. — 67e année. 2e série, — Janvier 1868. %
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- ARTS MÉCANIQUES.
- d’être alternative, et ils ont, à ce double point de vue, réussi à donner une solution aussi originale qu’elle est ingénieuse.
- On ne pouvait indéfiniment diminuer les dimensions d’un piston en métal rigide sans craindre qu’il ne se déformât, lorsqu’on lui demanderait de transmettre des efforts considérables, et le seul moyen de tourner la difficulté devait consister à agir par traction, de manière à éviter toute compression sur un organe auquel ses dimensions n’auraient plus permis de la supporter.
- C’est ainsi que MM. Desgoffe et Ollivier ont pu remplacer le piston en bronze, tantôt par un fd métallique, tantôt même par une corde à boyau qu’ils introduisent, par voie de traction, dans le corps de presse. Ce fil agit sur le liquide presque incompressible contenu dans l’appareil, et ce liquide à son tour déplace le piston de la presse et lui permet d’exercer, conformément aux lois ordinaires de l’hydraulique, des pressions considérables.
- Pour réaliser ce principe les inventeurs placent dans le corps de presse une véritable bobine qui, manœu vrée du dehors, reçoit successivement le fil que lui abandonne une autre bobine placée à l’intérieur, et que l’on doit considérer comme un simple support sur lequel le fil qui doit remplacer le piston était primitivement enroulé.
- L’expérience a prouvé que le fonctionnement de l’appareil est, entre certaines limites, parfaitement satisfaisant; mais, pour assurer la conservation du fil, les inventeurs ont été conduits à se servir plus exclusivement d’un liquide qui ne pût altérer les matériaux de la construction et qui pût même aider à leur conservation. C’est ce qui arrive avec l’huile, que d’autres constructeurs déjà avaient aussi employée, dans le système ordinaire, pour maintenir plus sûrement les cuirs dans un bon état de lubrification.
- Tout ingénieuse qu’elle soit, la modification apportée par MM. Desgoffe et Ollivier dans la construction des presses n’est pas absolument sans inconvénient : le changement même le plus avantageux entraîne toujours avec lui quelques embarras.
- Pour loger la bobine intérieure, il faut donner au corps de presse une capacité plus grande ; pour pouvoir lui transmettre le mouvement, il faut ménager un orifice destiné au passage de l’arbre et munir cet orifice d’une boîte à étoupe bien étanche; il en est de même pour l’orifice d’introduction du fil, qui ne doit laisser suinter aucune partie du liquide, à peine de laisser vider la presse et d’occasionner, pendant le fonctionnement, d’assez grandes diminutions de pression.
- Toutes ces difficultés ont reçu, dans la nouvelle machine, des solutions
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- ARTS MÉCANIQUES.
- convenables, et nous ajouterons qu’en transportant la même manivelle sur la bobine extérieure et en la faisant manœuvrer à l’inverse du sens primitif on fait avec facilité sortir toute la corde, et l’on permet au piston de revenir en même temps à sa position primitive. La manœuvre est un peu longue, mais elle se fait bien, et, à la condition de n’employer l’appareil que dans les limites qui lui conviennent, on peut dire qu’il constitue un tout très-commode, peu encombrant, d’un fonctionnement efficace et sûr, et qu’il est aussi destiné, dans la petite mécanique, à rendre des services réels.
- Il serait, au moins, prématuré d’être aussi affirmatif, quant aux actions les plus puissantes, qui forment de plus en plus le domaine toujours croissant de la presse hydraulique, dans un grand nombre de cas, parmi lesquels on peut citer, dès maintenant, l’érection des plus lourds édifices et bon nombre d’opérations métallurgiques.
- Il est à craindre, en effet, que l’on rencontre, dans ces applications, des difficultés sérieuses. Déjà elles se sont manifestées, et nous manquerions à notre devoir si nous omettions de les faire connaître.
- C’est surtout dans les grands appareils que la perte de place est fâcheuse, attendu que, quand les dimensions intérieures se trouvent exagérées, il faut nécessairement augmenter les épaisseurs des parois pour obtenir le même degré de résistance.
- Lorsque la pression intérieure est trop grande, le fil, comprimé à son entrée, agit sur les cuirs des stuffing-boxes, s’y imprime en quelque sorte, et cette empreinte peut donner lieu, particulièrement pour les cordes à boyau qui ont le mieux réussi, à des torsions ou à des détorsions fâcheuses, quelquefois même à des nœuds plus fâcheux encore.
- Les grands appareils sont rarement bien entretenus ; si l’huile se perd pen -dant que la machine est en inaction, l’air peut entrer dans le corps de pompe, et, quand cet accident s’est produit, il faut de toute nécessité expulser cet air dont les propriétés élastiques détermineraient la cessation de toute pression énergique.
- Enfin, au point de vue pratique, il faut encore faire remarquer qu’avec la même manivelle l’ouvrier chargé de faire fonctionner l’appareil éprouvera un surcroît de résistance à mesure que la bobine intérieure sera plus chargée, ce qui ne lui permettra pas, en général, d’atteindre, vers la fm d’une opération, une pression aussi considérable qu’au commencement. C’est le contraire qui serait désirable.
- Si nous sommes bien informé, ces inconvénients se seraient déjà produits
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- ARTS MÉCANIQUES.
- dans une application qui était, suivant nous, hors de proportion avec les propriétés de l’invention. Les inventeurs ne sont souvent que trop portés à se jeter dans les exagérations qui peuvent compromettre leurs plus légitimes espérances.
- Votre rôle, Messieurs, est de les ramener à la véritable mesure, et c’est pour obéir à cette obligation que nous terminerons notre exposé en vous proposant d’admettre avec nous que les presses sterhydrauliques de MM. Desgoffe et Ollivier ont doté l’industrie d’une nouvelle machine pouvant fournir facilement des pressions considérables, sans exiger l’emploi d’une pompe et dans toutes les conditions qui n’exigent qu’un déplacement relativement minime. La diminution du piston moteur se traduit, en effet, par une diminution de la course en même temps que par une augmentation de pression, ces deux éléments étant nécessairement corrélatifs dans toutes les applications du travail mécanique.
- Nous nous sommes très-bien trouvé d’une presse sterhydraulique dans nos expériences sur la résistance des matériaux à l’écrasement, et nous pouvons, sous ce rapport, affirmer qu’elle est d’un bon emploi.
- Nous devons dire aussi que, parmi les divers manomètres destinés à la mesure des hautes pressions hydrauliques, on doit aux mêmes inventeurs une disposition qui agit par transmission de liquide entre deux pistons, et qui peut donner des indications plus sûres que les manomètres métalliques destinés au même objet.
- Sous le mérite des observations qui précèdent, nous vous proposons, Messieurs,
- 1° De remercier MM. Desgoffe et Ollivier de leur communication,
- 2° Et d’ordonner l’insertion du présent rapport dans votre Bulletin, avec les dessins qui représentent les dispositions principales des presses sterhydrauliques.
- Signé Tresca, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 5 juillet 1867.
- LÉGENDE DE LA PLANCHE 372 REPRÉSENTANT LE SYSTÈME DE PRESSE STERHYDRAULIQUE
- DE MM. DESGOFFE ET OLLIVIER.
- Fig. 1. Modèle de presse horizontale.
- Fig. 2. Modèle de presse verticale.
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- INSTRUMENTS AGRICOLES.
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- Ces deux figures sont des sections verticales perpendiculaires à Taxe des bobines intérieures. Les organes étant presque identiquement les mêmes dans les deux cas, la légende qui suit s’applique également aux deux figures qui portent, par conséquent, les mêmes lettres.
- A, corps de presse, rempli d’huile et renfermant la bobine B.
- B, bobine intérieure, sur laquelle passe une corde à boyau.
- C, corde à boyau s’enroulant sur la bobine B lorsqu’on veut produire la pression.
- D, piston compresseur.
- E, E, colonnes du sommier.
- F, sommier.
- G, bobine extérieure, sur laquelle on déroule la corde lorsqu’on veut détruire la pression.
- H, stuffing-box.
- I, égouttoir destiné à recevoir l’huile provenant de l’essorage de la corde à son entrée dans le stuffing-box.
- J, soupape à contre-poids indiquant la pression.
- Dans le système de presse horizontale l’appareil est fixé sur un tréteau K.
- (M.)
- INSTRUMENTS AGRICOLES.
- Rapport fait par M. Chatin, au nom du comité d’agriculture, sur une
- scie forestière présentée par M. Flamm, manufacturier, à Phlin (Meurthe).
- Messieurs, vous avez renvoyé à votre comité d’agriculture une scie articulée, dite scie forestière, que vous a soumise M. Flamm, manufacturier, à Phlin. Nous venons nous acquitter de la mission que vous nous avez confiée.
- Mais, avant d’exposer les résultats de l’examen auquel nous avons dû nous livrer, nous devons faire connaître sommairement la scie elle-même, ses modes d’emploi et ses applications principales. Ce sera d’ailleurs là le point de départ de remarques que nous a suggérées notre propre expérience, et qui nous ont paru nécessaires pour régler, dans la pratique, des procédés et la convenance d’applications, les uns à peine énoncés, les autres passées sous silence par l’auteur.
- La scie forestière de M. Flamm est une scie articulée, enroulable, formée de courts articles portant chacun deux dents (dont la direction varie suivant
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- INSTRUMENTS AGRICOLES.
- qu’il s’agit de scier des essences dures ou des essences tendres) et liés par des rivets. Aux extrémités de la scie sont deux anneaux ou œillets dont chacun doit donner attache à une corde longue de 15 à 30 mètres. Près des rivets peuvent être fixés, par un écrou, deux balanciers destinés à régler, dans la section des branches, la direction de la scie, mais qui deviennent inutiles dans la section des troncs.
- Pour couper les branches, on met la scie à cheval sur celles-ci, et l’on donne à la lame l’inclinaison exigée par leur conformation. Deux ouvriers saisissent alors le bout des cordes (bout auquel on se trouve bien de fixer une poignée en bois), s’éloignent de l’arbre en se plaçant exactement dans le plan indiqué par le prolongement de l’inclinaison donnée à la lame, plan qu’indiquent les pendules, et ils scient sans quitter le sol.
- Deux avantages, rapidité du manuel opératoire, garantie contre les accidents auxquels les ouvriers sont trop souvent exposés par la chute des branches, se trouvent dans l’élagage par la scie forestière.
- Lorsqu’il s’agit d’abattre les arbres au ras de terre, on démonte les pendules et l’on passe les cordes autour de deux poulies qui surmontent deux broches en fer longues de 0m,60 et enfoncées en terre. La lame est dirigée et soutenue horizontalement par deux morceaux de bois disposés parallèlement de chaque côté du tronc, à la hauteur du trait de scie à donner.
- Persuadés que le meilleur moyen d’apprécier la scie forestière était de la faire fonctionner devant nous, en pleine forêt et sous la direction de l’inventeur, nous avons convié ce dernier à un rendez-vous dans le bois des Essarts-le-Roi, non loin du Perray, canton de Rambouillet.
- Les essais ont eu lieu en présence de M. Rourgeois, du rapporteur, de M. Flamm, et avec le concours d’un bûcheron et du garde des bois servant de deuxième bûcheron.
- Lin moderne a été scié au ras du sol avec autant de facilité que de rapidité.
- Deux anciens ont été émondés, l’un d’une grosse branche basse, l’autre de deux couronnes composées ensemble de sept branches de divers diamètres.
- Ces divers arbres étaient d’essence de chêne.
- Postérieurement aux essais qui viennent d’être indiqués, le rapporteur a fait scier par le pied vingt-cinq pins, de l’àge de 40 ans environ, dans une pinière déjà plusieurs fois éclaircie.
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- Toutes ces opérations d’essai avec la scie forestière ont marché régulièrement et vite. Ceci constaté, nous passons à quelques remarques relatives, les unes aux modes d’opérer, les autres à l’utilité des applications et à l’économie comparative des procédés anciens et de ceux basés sur l’emploi de la scie forestière.
- MODES d’opérer.
- Êbranchage.—Il faut, quand on opère avec deux bûcherons seulement, que l’un d’eux, pour chaque branche à couper, grimpe sur l’arbre, place la scie, et, ce qui n’est pas sans quelques difficultés, l’assujettisse assez bien dans le plan du sciage pour qu’elle s’y maintienne invariable. Il y a là difficultés et temps perdu, le second ouvrier restant les bras croisés jusqu’à ce que celui qui était monté soit redescendu pour effectuer le sciage.
- Nous pensons qu’il y aura économie de temps à opérer avec trois ouvriers, dont l’un, qui pourra être un enfant, restera sur l’arbre; les autres, placés sur le sol, effectuant le sciage.
- Mais faudra-t-il, à chaque branche coupée, rejeter (ce qui n’est pas facile, quand l’arbre est élevé et nécessite une opération longue, même en s’aidantd’une échelle) à l’ouvrier perché sur l’arbre l’un des bouts de la corde? Il serait plus avantageux de lui tendre cette corde à l’aide d’une longue gaule ; mais suivant la remarque de notre honoré collègue, M. Bourgeois, il est mieux encore que l’ouvrier placé sur l’arbre retienne la scie par une petite ficelle placée dans l’un des anneaux et la retire à lui après chaque branche coupée. Entre autres avantages, cette pratique aura celui d’empêcher qu’après la section de chacune des branches la scie ne retombe sur le sol, ce qui parfois pourrait lui causer des avaries.
- Il sera, en général, utile défaire précéder le trait de scie par une petite encoche pratiquée du côté inférieur de la branche. Par là on évitera la formation d’éclats descendant de la branche sur le tronc, éclats qui ne seraient pas toujours sans inconvénients pour les arbres à abattre, et qu’il faut absolument éviter quand il ne s’agit que de l’élagage de sujets destinés à rester sur pied.
- Abatage des arbres. — Le sciage des arbres par le pied est une opération simple et rapide. Mais au lieu de l’effectuer en posant sur le sol lui-même deux morceaux de bois, ce qui a pour effet de relever la section et de faire perdre de 10 à 30 centimètres de hauteur sur la plus grosse et la plus dure
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- portion du tronc, nous pensons que celui-ci doit être déchaussé, savoir : pour l’abatage des feuillus anciens et des arbres verts, jusqu’à la naissance des racines, point où devra être faite la section, en s’aidant d’ailleurs de petits billots de bois (plats et de peu d’épaisseur) pour régler le niveau de la scie et pour les feuillus encore susceptibles de repousser en cépées (ce sont, en général, les arbres n’ayant pas plus de 90 centimètres de tour à leur pied) d’une quantité suffisante pour que le trait de scie vienne affleurer le sol. Pour ces arbres à cépées, il sera bien de donner à la coupe une obliquité suffisante pour que l’eau ne séjourne pas sur la section, ce qui, on le sait, pourrait amener la pourriture de la souche.
- Il est, du reste, utile de parer à l’essette (erminette) ou au rabot, plus avantageusement qu’à la serpe ou à la cognée) la section que la scie du meilleur tranchant laisse toujours trop velouteuse, pour qu’elle ne retienne pas l’humidité. Une bonne couche de goudron de bois protégerait d’ailleurs contre l’absorption de l’humidité les surfaces sciées.
- Enfin, quelle que soit la nature de l’arbre à abattre, on donnera, suivant le conseil de M. Flamm, un trait de scie profond de 4 à 5 centimètres sur le côté où l’arbre devra tomber, c’est-à-dire sur le côté opposé à la section d’abatage.
- APPLICATIONS.
- Nous connaissons maintenant assez les procédés opératoires pour apprécier les circonstances dans lesquelles il sera avantageux de les appliquer. Et ici encore, nous devons considérer séparément l’ébranchage et l’abatage.
- Êbranchage. — Il aura pour objet, ou d’être une opération préliminaire de l’abatage du tronc, ou la suppression d’un certain nombre de branches à des arbres compris dans les réserves. Dans le premier cas, nous ne voyons qu’avantage à l’emploi de la scie forestière ; dans le second cas, nous ferons quelques réserves, jusqu’à plus complète expérience du moins, eu égard à la question d’économie, attendu que l’opération est rendue moins expéditive par la nécessité de parer le trait de scie avec le tranchant de la serpe. Il est vrai qu’on peut faire remarquer, en faveur du procédé par la scie, que l’ouvrier placé sur l’arbre pourra fort bien parer la section de la branche dernière abattue pendant que les deux autres ouvriers opéreront le sciage de la branche suivante, et ainsi successivement.
- Il sera utile, après avoir paré les traits de scie, de badigeonner la
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- section au goudron de bois (1). Le goudronnage serait particulièrement obligatoire si l’on négligeait de passer la serpe sur la section faite par la scie.
- Abatage. — Si pour l’élagage, surtout pour celui d’arbres n’ayant que d’assez petites branches, l’instrument tranchant peut le disputer à la scie, il n’en est plus ainsi quand il s’agit de l’abatage. Ici tout, rapidité du manuel opératoire, utilisation de l’extrême base du tronc qui est perdue par le biseau de la coupe à la hache, est en faveur de la section par la scie.
- Les inconvénients sont absolument nuis quand il s’agit d’abattre les arbres verts, et, parmi les feuillus, les anciens dont la souche doit être arrachée, ou les essences qui, comme le hêtre, ne donnent pas de cépées. Et l’on ne saurait d’ailleurs objecter que la scie, appliquée à l’abatage des feuillus encore assez jeunes pour fournir des cépées, pourra causer la pourriture de la souche, car cet effet n’est aucunement à craindre, si l’on se conforme à ce que nous avons recommandé dans le manuel opératoire : « faire une coupe légèrement oblique et parer le trait de scie ou goudronner. »
- Au résumé, réserves faites en ce qui touche au côté économique de la question spéciale de l’élagage, nous pensons que l’introduction de la scie forestière de M. Flamm dans l’exploitation des bois offre des avantages (2). Nous avons, en conséquence, l’honneur de vous proposer v 1° De remercier M. Flamm de sa communication ;
- 2° D’ordonner l’insertion du présent rapport au Bulletin de la Société, avec un dessin sur bois de la scie.
- Signé Chatin, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 20 mars 1867.
- LÉGENDE RELATIVE A LA SCIE DE M. FLAMM.
- La figure suivante représente l’appareil à l’échelle réduite de 1/6.
- (1) Le goudron de bois, dit goudron de Norwége, doit être seul employé, à l’exclusion du goudron de houille, qui est toujours alcalin.
- (2) Il est digne de remarque qu’une scie articulée, analogue à la scie forestière, figure depuis assez longtemps parmi les appareils de la chirurgie.
- Tome XV. — 67e année. 2e série. — Janvier 1868,
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- a, lame de la scie, composée de trente-trois éléments de même dimension disposés
- à recouvrement et assemblés au moyen de rivets qui permettent une articulation facile. Chacun de ces éléments est, comme on le voit, muni de deux dents 5 on n’en a représenté qu’un certain nombre, le reste est indiqué par les lignes ponctuées.
- b, â, anneaux servant à attacher les deux cordes.
- c, c, tiges à contre-poids servant à régler la direction de la
- (M.)
- scie lorsqu’il s’agit de couper des branches.
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- NOTE SUR L’APPAREIL TÉLÉGRAPHIQUE IMPRIMANT DE M. HUGHES, CONSTRUIT
- par M. dumoulin-froment. (Planches 373 et 374.)
- L’Administration des lignes télégraphiques françaises emploie, depuis 1863,sur ses grandes lignes et dans ses. postes principaux, un appareil imprimant dont l’invention est due à M. le professeur Hughes, du Kentucky (États-Unis). Cet appareil est également employé en Angleterre, en Russie, en Italie, en Autriche, en Prusse, en Turquie, et sur la ligne des Indes.
- M. Hughes avait apporté en France, dès 1856, un premier appareil qui renfermait seulement une partie des éléments constituant l’appareil actuel, et qui ne fut pas employé ; ce ne fut qu’en 1860 qu’il en confia la construction à G. Froment. Après de nombreuses études, des modifications importantes furent introduites par M. Hughes, et c’est dans les ateliers Froment que le modèle fut créé tel qu’il est employé actuellement.
- Le problème à résoudre était celui-ci :
- Étant données deux roues portant des caractères tournant constamment et situées en des stations plus ou moins éloignées, faire qu’on puisse toujours simultanément imprimer une même lettre dans ces deux stations et, par suite, que les mots formés à la première soient reproduits à la deuxième. Pour obtenir ce résultat, il fallait donc que chaque roue des types présentât le même caractère à un moment donné et, par consé-
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- quent, que le mouvement de rotation des deux roues eût lieu avec un synchronisme parfait.
- L’appareil Hughes, que représentent les planches 373 et 374, répond parfaitement à ces conditions.
- Planche 373. — Fig. 1. Vue en dessus de l’appareil.
- Fig. 2. Section verticale partielle suivant la ligne I, II de la figure 1.
- Fig. 3. Plan du chariot.
- Les deux premières figures sont à l’échelle de 0m,25 pour 1 mètre, et la troisième à l’échelle de 0m,50.
- Planche 374. — Fig. 1. Section verticale suivant la ligne III, IV de la figure 1 de la planche 373.
- Fig. 2. Section verticale partielle par un plan perpendiculaire à celui de la figure 1 de la planche 374, et passant par la ligne V, VI de cette figure.
- Fig. 3. Demi-vue en dessous des leviers servant à transmettre les indications données par les touches du clavier.
- Fig. 4. Section verticale partielle suivant la ligne VII, VIII de la figure 1.
- Fig. 5. Détail d’un levier.
- Toutes les figures de la planche 374 sont à l’échelle de 0m,50 pour 1 mètre.
- Nous allons décrire l’appareil dans ses organes les plus essentiels, omettant à dessein ceux qui ne sont qu’accessoires pour ne pas compliquer outre mesure les détails dans lesquels il nous faut entrer.
- Il se compose essentiellement d’un rouage d’horlogerie à cinq mobiles A, B, C, D, E (fig. 1 et 2, pl. 373, et fig. 1, pl. 374), mû par un poids de 60 kilogrammes F, disposé de manière qu’on puisse remonter l’appareil sans arrêter sa marche.
- Sur l’axe du dernier mobile E, qui fait environ 700 tours par minute, se trouve un volant G, qui emmagasine la force vive et contribue à maintenir le mouvement uniforme, malgré les résistances accidentelles dues à la manipulation ; mais ce volant serait loin de suffire, et, comme régulateur proprement dit, on a utilisé l’isochronisme des vibrations d’une verge H, encastrée par une de ses extrémités. On avait employé d’abord une lame d’acier fixée au sommet d’une ancre d’échappement ; une roue d’échappement placée sur l’un des mobiles du rouage faisait osciller l’ancre et vibrer la lame. On ralentissait ou l’on accélérait le mouvement, au moyen d’un curseur que l’on faisait monter le long de la lame pour rendre les vibrations plus ou moins rapides. Mais cette lame, qui constituait un diapason à une branche, se brisait souvent, et faisait un bruit très-intense et très-désagréable.
- On l’a alors remplacée par une lame de forme conique ou verge, vibrant circulaire-ment; elle est en bronze d’aluminium, métal élastique, et ayant beaucoup de cohésion lorsqu’il a été martelé convenablement. Elle porte une boule I, faisant office de curseur et permettant d’augmenter ou de diminuer la vitesse.
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- L’extrémité la plus grosse de cette verge est encastrée dans une pièce fixée en arrière de l’appareil; l’autre extrémité est reliée au rouage au moyen d’un organe appelé frein, qui permet à la verge de s’écarter pendant la rotation. Ce frein J (fig. 1 et 4, pl. 374) est muni d’un frotteur J' placé au bout d’un ressort courbe K, et qui appuie sur la circonférence intérieure d’un large tambour L; l’amplitude des vibrations est ainsi limitée de telle sorte que la verge ne puisse se briser. En outre, par suite de l’action d’un excentrique M sur le ressort courbe, la pression du frotteur augmente ou diminue, suivant que le mouvement s’accélère ou se ralentit.
- L’axe du quatrième mobile D, qui fait environ 100 tours par minute, porte la roue des types N (fig. 1, pl. 373, et fig. 1 et 2, pl. 374). Celle-ci n’est pas fixée à demeure sur cet axe; elle est placée sur un arbre creux qui en entoure l’extrémité, et qui est lui-même enveloppé par un manchon portant une roue à dents espacées O, nommée roue correctrice, dont les fonctions seront expliquées ci-après.
- Cet ensemble des deux roues est relié au quatrième mobile au moyen d’une roue à rochet à dents fines P portée par ce mobile, et d’un cliquet Q pouvant tourner autour d’un petit axe fixé sur la roue correctrice.
- Les dents de ce cliquet s’engagent entre celles de la roue à rochet, et celle-ci, en tournant, pousse le cliquet qui transmet le mouvement à la roue des types N. On peut arrêter cette dernière en agissant sur une pédale R, qui agit au moyen du bras R' sur une lame flexible S fixée au bâti et portant à son extrémité un plan incliné; celui-ci soulève le cliquet Q fixé sur la roue correctrice, et en même temps un levier T dépendant de la pédale et portant un crochet à son extrémité inférieure fait entrer ce crochet dans une encoche pratiquée sur le manchon qui porte la roue correctrice. La roue des types est ainsi placée dans une position de départ qui correspond à la remise au blanc (1).
- Lorsque le plan incliné de la lame S reprend sa position primitive, le cliquet Q retombe et se met de nouveau en prise avec les dents de la roue à rochet P, le crochet du levier T se dégage de l’encoche et la roue des types recommence à tourner. Or le plan incliné reprend automatiquement sa première position, lorsqu’un second bras R" de la pédale est poussé par le tourillon d’une came U située sur l’axe du cinquième mobile, comme nous le verrons plus loin.
- L’axe du quatrième mobile D donne également, au moyen de deux roues d’angle, le mouvement à un axe vertical Y (fig. 1, 2 et 3, pl. 373, et fig. 1, pl. 374), qui fait partie du manipulateur. Cet axe est formé de deux parties isolées l’une de l’autre; il porte à sa base un bras horizontal W appelé chariot, tournant avec la même vitesse que la roue des types au-dessus d’un disque percé de vingt-huit trous disposés circu-
- it) C’est l’expression dont on se sert pour désigner la position de la roue des types lorsqu’elle ne donne lieu à aucune impression (caractère, chiffre ou signe).
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- lairement (voir le détail, fig. 3, pl. 373). Chaque trou est traversé par une pièce X nommée goujon, laquelle est en relation, au moyen de leviers courbes placés sous la table de l’appareil et représentés fig. 3, pl. 374, avec les vingt-huit touches d’un clavier qui portent les vingt-six lettres de l’alphabet. Deux touches blanches ne portent ni lettres ni signes (fig. 1, pl. 373) et correspondent à deux espaces blancs sur la roue des types, c’est-à-dire à deux espaces entièrement dépourvus de toute indication.
- Le chariot est formé de trois pièces isolées les unes des autres : la première Y (fig. 3, pl. 373, et fig. l,pl. 374), qui tient à la partie supérieure de l’arbre par une articulation, est recourbée vers le bas en forme de lèvre et tend à s’abaisser sous l’action d’une lame de ressort Z; elle est traversée par une vis a qui la fait communiquer avec la deuxième pièce b fixée à la partie inférieure de l’arbre V ; la troisième c, isolée des autres, joue un rôle mécanique; elle sert à assurer le contact de tout goujon en action avec la lèvre de la première pièce Y, en la maintenant soulevée pendant le temps nécessaire au passage du courant. On a été amené à lui donner, dans ce but, une longueur équivalente aux 4/28 de la circonférence quelle décrit.
- Lorsqu’on abaisse une touche du clavier, le goujon correspondant sort au-dessus du disque par celui des 28 trous qui lui est affecté, soulève la lèvre et, par suite, la pièce supérieure Y du chariot, et la communication se trouve rompue entre les deux parties de l’arbre ; elle se rétablit lorsque la pièce Y s’abaisse après avoir dépassé le goujon qui la soulevait; ce goujon s’abaisse, rappelé par un ressort à boudin correspondant d, après que le doigt a quitté la touche attaquée.
- L’axe du cinquième et dernier mobile E est divisé en deux parties : l’une, qui tourne constamment, et qui porte le volant G ainsi que le régulateur dont il a été question plus haut, est terminée par une roue à rochet e (fig. 1 et 2, pl. 373, et fig. 1 et 5, pl. 374); l’autre, appelée axe impression, pénètre dans la première par son extrémité, de manière à être dans son prolongement; elle porte sur une plaque dite d’échappement f un cliquet g pressé par un ressort h, et qui a deux appendices au moyen desquels il est ordinairement soulevé au-dessus des dents de la roue à rochet e. L’un de ces appendices s’appuie sur la face gauche d’un arrêt i (voir le détail, fig. 5, pl.374), formé de deux plans inclinés et fixé sur le bâti; l’autre vient butter contre l’extrémité du levier /, commandé par un électro-aimant et appelé levier de détente. Au moment où le courant passe dans cet électro-aimant, le levier j s’abaisse du côté de l’axe E en tournant autour de son axe E'; le cliquet, qui n’est plus retenu, s’abaisse également, ses dents s’engagent entre celles de la roue à rochet e, et l’axe •d’impression est entraîné; mais, comme il ne doit faire qu’un tour à chaque émission de courant, le débrayage doit pouvoir s’opérer de lui-même au moment voulu. Il a lieu au moyen d’un excentrique k placé sur la plaque d’échappement/, lequel soulève l’extrémité du levier j pendant que le cliquet monte sur la face droite de l’arrêt i, passe par-dessus le sommet de l’angle qu’il forme et se remet dans sa position primitive.
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- L’axe d’impression porte plusieurs cames en dehors de la face antérieure du bâti de l’appareil.
- L’une l soulève le petit marteau cylindrique sur lequel passe la bande de papier à imprimer m (fig. 1, pl. 373, et fîg. 1 et 2, pl. .374), et l’applique contre un des caractères de la roue des types; une autre n actionne un levier qui fait tourner le marteau et avancer le papier après l’impression ; une troisième enfin U, dite came correctrice, et dont il a déjà été parlé plus haut, sert à rectifier la position de la roue des types dans le cas où le synchronisme ne serait pas suffisant.
- Au moment où la came l de l’axe imprimeur soulève le marteau, la came U s’engage entre deux dents de la roue correctrice à laquelle est reliée la roue des types, et fait avancer ou reculer le système de ces deux roues sans rompre sa liaison avec le moteur. Si, en pénétrant entre deux dents, la came correctrice tend à faire tourner en arrière la roue correctrice, comme le cliquet Q ne pourrait reculer sans briser les dents de la roue à rochet P, celle-ci a été construite de manière à pouvoir reculer elle-même. Elle est formée d’un disque annulaire, pouvant tourner à frottement doux entre deux plaques formant ressorts. Si la came correctrice tend à accélérer le mouvement, le cliquet glisse un peu sur les dents de la roue de frottement en avançant. Ainsi se trouve rétablie à chaque impression la concordance entre deux appareils, pourvu que l’écart du synchronisme ne soit pas plus grand que la moitié de l’espace qui sépare deux lettres, c’est-à-dire que 1/2 X f/28 = 1/56 de tour.
- Afin de pouvoir rétablir promptement l’accord entre les appareils, s’il en est besoin, on peut arrêter, ainsi qu’on l’a vu plus haut, la roue des types dans une position fixe, telle que le blanc soit au-dessus du marteau; le premier courant envoyé en abaissant une touche blanche passe dans l’éleclro-aimant, embraye l’axe imprimeur et met les roues des types des deux stations d’accord avec le manipulateur.
- La came et la roue correctrices ont encore une autre fonction; elles font partie des
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- organes qui permettent d’imprimer, à volonté, des lettres ou des chiffres.
- Le nombre 28 des touches a été primitivement déterminé par le nombre des 26 lettres, plus la lettre É, et une touche blanche servant à mettre l’appareil au blanc. Pour augmenter le nombre des signaux, il semble donc qu’il faudrait augmenter aussi celui des touches, des goujons, etc.; mais alors la manipulation serait rendue plus compliquée et la vitesse de transmission diminuée. Afin d’éviter cet inconvénient, on a gravé sur chacune des touches une lettre et un chiffre ou signe (fig. 1, pl. 373)*. En outre, on a intercalé entre chaque lettre de la roue des types un caractère représentant un de ces chiffres ou signes. Cette roue a donc cinquante-six divisions; toutes celles de rang pair portent des lettres, celles de rang impair des signes ou chiffres. Après chacune des lettres, sur la roue des types, est placé le caractère ou chiffre inscrit sur la même touche : si une division paire se trouve en face du marteau imprimeur, une lettre sera imprimée; si on déplace la roue de 1/56 de tour, une
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- division impaire arrivera en face du cylindre et on imprimera un chiffre. On a donc donné à la roue des types N la facilité de se déplacer de 1/56 de tour par rapport à la roue correctrice 0; à cet effet, on l’a fixée sur un arbre creux n (fig. 2, pl. 374) qui enveloppe l’axe du rouage, et traverse le manchon de la roue correctrice ët cette roue elle-même.
- Les deux croquis ci-contre feront mieux comprendre ces dispositions. L’un est une
- section verticale perpendiculaire à l’axe du rouage, dans laquelle on n’a représenté qu’une partie des dents de la roue correctrice 0, et l’autre une section verticale suivant le même axe. L’arbre creux n est terminé par un bras o, qui s’engage entre les branches d’une fourche faisant partie d’un levier p mobile autour de son centre q placé sur la roue correctrice. L’une ou l’autre extrémité de ce levier dépasse toujours le fond des dentsde cette roue, et, en appuyant sur l’une ou l’autre, on fait incliner le bras o et tourner le manchon de la roue des types de 1 /56 de tour dans un sens ou dans l’autre. C’est la came correctrice qui produit cet effet en pénétrant entre les dents de la roue correctrice, et on obtient ce résultat en appuyant sur l’une ou l’autre des touches blanches du clavier qui correspondent à deux espaces blancs sur la roue des types et qui, par conséquent, ne donnent pas d’impression; mais la roue est déplacée, et tous les signes qui vont être imprimés seront les chiffres ou signes de la deuxième série; la deuxième touche blanche est celle des 26 qui portait primitivement la lettre w, qui se trouve supprimée.
- L’électro-aimant, qui sert à opérer le déclanchement de l’arbre imprimeur à chaque émission du courant, comprend un aimant permanent en fer à cheval r (fig. 1 et 2, pl. 373), dont chaque branche est surmontée d’un cylindre de fendoux entouré de fil recouvert, formant ainsi deux bobines ordinaires s.
- Le levier d’armature t, mobile entre deux vis, est maintenu en contact par le magnétisme de l’aimant. Il tend à se soulever sous l’action d’un ressort antagoniste w, réglable, lequel est indiqué en ponctué. Si on fait passer un courant en sens convenable, l’aimantation est détruite, et l’armature s’éloigne en choquant le levier de détente,;, qui produit l’embrayage de l’axe imprimeur, ainsi qu’on l’a vu plus haut.
- Après le passage du courant, l’armature est ramenée au contact de l’électro-aimant au moyen de ce même levier /, qui est alors soulevé par l’excentrique k placé sur la plaque d’échappement f (fig. 5, pl. 374). Dans cette position, l’autre extrémité dii levier j ne touche plus l’armature t. Ce levier est maintenu dans sa position normale par le ressort réglable v (fig. 1, pl. 373), fixé au bâti, et qui tend à abaisser l’extré-
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- mité correspondante du levier pendant que la plaque d’échappement / tend à abaisser son autre extrémité.
- Par suite de cette disposition de f électro-aimant, le mouvement de l’armature ne dépend pas de la force du courant; aussitôt que celui-ci a l’intensité suffisante pour annuler le magnétisme de l’aimant, l’armature s’éloigne rapidement sous l’influence du ressort antagoniste, qui est fortement tendu; cette force est donc toujours constante. On peut, en appliquant un morceau de fer doux contre les branches de l’aimant, diminuer sa force attractive plus ou moins, suivant que l’on place ce fer plus ou moins près de ses pôles; on peut ainsi rendre très-faible la différence entre la force de l’aimant et celle du ressort antagoniste , de manière qu’il suffise d’un très-faible courant pour détacher l’armature. Le ressort u doit être d’autant plus tendu que le courant est plus faible ; on le tend ou le détend jusqu’à ce que le jeu de l’armature soit régulier.
- Il n’est pas, d’ailleurs, nécessaire de modifier le réglage de ce ressort suivant les petites variations d’intensité du courant. M. Hughes les a rendues peu sensibles en laissant établie une communication entre l’une des extrémités du fil de l’électroaimant et le levier de détente j, par l’intermédiaire d’un ressort isolant w (fig. 2, pl. 374). sur lequel nous aurons occasion de revenir, de la came correctrice et du bâti, et en établissant une communication entre l’autre extrémité de ce fil et le levier d’armature t, au moyen d’un conducteur qui part de ce levier et rejoint la lame x xr du commutateur suisse (fig. 1, pl. 373), dont il sera question tout à l’heure.
- Il en résulte que, aussitôt que l’armature vient soulever le levier de détente, il se forme un circuit supplémentaire qui n’offre aucune résistance, et le courant ne passe plus dans l’électro-aimant dès qu’il a produit son effet sur l’armature.
- Lorsque celle-ci est ramenée au contact, il se produit un courant induit, de même sens que celui de la pile, qui pourrait agir comme un nouveau courant "envoyé par une louche, et si la résistance de la ligne était très-faible, ce qui arriverait dans le cas où elle serait très-courte, ce courant ferait détacher l’armature à peine arrivée au contact, et l’axe imprimeur exécuterait une nouvelle révolution, en sorte que la transmission deviendrait impossible. M. Hughes a évité cet.inconvénient en forçant le courant, avant d’arriver à l’électro-aimant, à traverser le ressort w, dit ressort isolant (fig. 2, pl. 374), qui touche la came correctrice U, lorsque Taxe imprimeur est au repos. Aussitôt que ce dernier commence à tourner, la came correctrice se sépare de ce ressort,’'et le courant ne peut plus traverser l’électro-aimant que lorsque l’axe a achevé son tour; cette rupture de courant empêche l’induction de se produire et, par suite, la perturbation qui en était le résultat.
- Nous allons compléter la description de l’appareil par l’indication des communications. Elles viennent d’être modifiées par M. Hughes, afin de permettre aux divers appareils d’un même poste d’avoir une pile commune dont les pôles soient attachés d’une façon quelconque aux boutons pileet terre. Le sens du courant nécessaire pour neutraliser l’aimantation de l’électro-aimant est obtenu par les positions y' x ou y x'
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- qu’on donne aux boulons du commutateur suisse (fig. 1, pl. 373). Ce commutateur est formé de deux lames xx\ yy', isolées et situées au-dessus de deux autres xy, xry, également isolées l’une de l’autre. On fait communiquer les deux lames supérieures aux deux inférieures au moyen de chevilles qui les traversent.
- Pour rendre plus claire l’explication suivante, nous avons recours au croquis ci-joint, qui représente le poste transmetteur et le poste récepteur 5 dans ce croquis les organes indiqués ont les mêmes lettres que sur les planches.
- Le bouton pile communique avec les louches et les goujons; le boulon terre, avec la crapau-dine dans laquelle tourne l’extrémité inférieure'de l’arbre V du manipulateur et, par suite, avec tout l’appareil par l’intermédiaire de la vis qui traverse la partie articulée du chariot, lorsque cette partie n’est pas soulevée par un goujon, ainsi qu’il a été expliqué.
- Le boulon ligne communique, par la manette z, avec la lame x xr du commutateur, l’armature de l’électro-aimant et le ressort R, de la pédale R., La lame yy ne communique qu’avec le ressort isolant; aux lames xy et x'y' est attachée chacune des extrémités du fil de l’électro-aimant.
- Supposons maintenant qu’au poste transmetteur le pôle cuivre, c’est-à-dire le pôle positif, soit au bouton pile et le pôle zinc ou négatif au bouton terre; pour avoir le courant dans le sens convenable, les boutons du commutateur seront placés en yxr, et, au poste récepteur, ils seront en y’ x. Au moment où une touche sera abaissée , le goujon correspondant soulèvera la lèvre du chariot, rompant la communication entre les deux parties de l’arbre Y, et, par conséquent, la communication avec la terre; le courant traversera la partie supérieure de cet arbre, le bâti de l’appareil, la came correctrice, le ressort isolant, le commutateur boulon y, et l’électro-aimant, puis reviendra au commutateur bouton x' et se rendra sur la ligne par la manette z.
- Tome XY. — 67e année. 2e série. — Janvier 1868. i
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- A ce moment, l’armature se soulèvera en rencontrant le levier de détente y, et le circuit dérivé sera fermé, comme il a été dit plus haut, de sorte que le courant passera par le levier de détente et l’armature sans traverser l’électro-aimant; en outre, la came correctrice aura quitté le ressort isolant et l’induction n’aura pu se produire. Après l’émission du courant et l’entière révolution de l’axe imprimeur, les divers organes reviendront à leur position primitive.
- Au poste récepteur, le courant arrive par la ligne, traverse la manette z, le commutateur bouton x, l’électro-aimant dans le même sens que dans l’autre poste, revient au commutateur bouton y', se rend au ressort isolant, traverse la came correctrice, l’arbre du chariot dont les deux partiès communiquent au moyen de la vis qui traverse la partie articulée, et se rend de là à la terre.
- Le ressort isolant et le circuit dérivé formé par l’armature et le levier de détente fonctionnent comme au poste transmetteur, seulement le courant se rend directement à la terre par ce circuit.
- Lorsqu’on veut envoyer une dépêche du poste 1 au poste 2, l’opération s'effectue après avoir mis le rouage en mouvement, et avoir arrêté la roue des types au moyen de la pédale R, en commençant par appuyer sur la première touche blanc. Le poste 2 a également mis son rouage en mouvement et arrêté la roue des types de son appareil. Le courant agit alors comme il vient d’être expliqué; les deux arbres imprimeurs sont mis en mouvement, le tourillon de la came correctrice U (fig-. 2, pl. 374) pousse le bras R" de la pédale, le crochet T se dégage de son encoche et les deux roues des types sont embrayées, d’accord avec le manipulateur. Immédiatement après, l’expéditeur envoie la lettre A, par exemple, qu’il répète à chaque tour de chariot; si la même lettre A se reproduit à l’autre poste, le synchronisme peut être suffisant, l’erreur est moins grande que 1/56 de tour; mais il faut alors ne pas laisser passer un tour de chariot sans envoyer une lettre, sinon les erreurs s’accumulant, il se pourrait qu’elles devinssent plus grandes que 1/56 de tour, et la came correctrice au tour suivant ne pourrait les corriger (1). On rend donc habituellement le synchronisme plus parfait, en abaissant la même touche A une fois pour deux ou trois tours de chariot ou davantage; si la même lettre se reproduit constamment, l’erreur devient plus petite que 1/2 X 1/S6 ou 1/3 X 1/56 de tour, soit 1/112 ou 1 /168 ou plus. Alors la transmission doit s’effectuer régulièrement.
- Si la lettre A ne se reproduit pas au poste récepteur, si celui-ci reçoit un A, puis un b, etc., c’est que la roue des types tourne plus rapidement au deuxième poste, qui doit alors ralentir en éloignant la boule I du point d’encastrement de la verge vibrante.
- Si, au contraire, on reçoit, au lieu de a, les lettres z, Y, etc., on augmente la vitesse en rapprochant la boule du point d’encastrement.
- (1) On serait donc obligé de régler de nouveau l’appareil.
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- Si, dans le courant de la transmission, le poste 2 reçoit mal la dépêche, il en interrompt la réception en appuyant sur le bouton de la pédale R; ce bouton est mobile et fléchit sous le doigt en venant toucher un ressort R,, isolé de la pédale et qui communique à la terre; le courant envoyé par l’expéditeur ne passe plus par l’électro-aimant et ne produit aucun effet. L’employé du poste 2 envoie ensuite le courant sur la ligne, en abaissant plusieurs touches qui impriment au poste 1 des signaux étrangers à la dépêche; on abaisse de nouveau les pédales R aux deux postes, l’expéditeur appuie sur la touche blanche et la transmission est continuée.
- Si la dépêche contient des chiffres ou signes autres que des lettres, l’expéditeur appuie sur la deuxième touche blanche; la roue des types est déplacée de 1/56 de circonférence, ainsi que nous l’avons dit, et les touches abaissées à la suite envoient des courants qui impriment les signes de la deuxième série. Lorsqu’il veut imprimer de nouveau des lettres, l’expéditeur appuie sur la première touche blanche; :1a roue des types revient à sa position primitive, et la transmission continue par des lettres.
- La vitesse de transmission varie avec la longueur de la ligne. Pour une ligne de 4 à 500 kilomètres, la vitesse du chariot est de 110 à 120 tours par minute, et les mots transmis dans le même temps peuvent être de 28 à 30 environ. Si la ligne est plus longue ou que son état force à réduire la vitesse du chariot à 90 tours par exemple, le nombre des mots transmis se trouve réduit à 23 ou 24 environ par minute.
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- SUR LES COMBUSTIBLES FOSSILES ET SUR LES PROPRIÉTÉS CARACTÉRISTIQUES QUI LES DISTINGUENT, PAR M. LE DOCTEUR H. FLECK, PROFESSEUR DE CHIMIE A L’ÉCOLE POLYTECHNIQUE DE DRESDE.
- Les causes qui rendent les houilles grasses ou sèches ont reçu, dernièrement, dit l’auteur, des éclaircissements analytiques dans le second volume d’un ouvrage que M. Oldenbourg vient de faire paraître, à Munich, sur les houilles de l’Europe, leur nature, leurs gisements, leur histoire, leur statistique et leur emploi technique (1).
- M. le docteur Fleck, qui regarde cet ouvrage comme devant intéresser tous les consommateurs de houille, en a donné un extrait au point de vue des caractères chimiques et physiques présentés par les diverses sortes de combustible minéral. Nous allons en faire connaître les parties les plus importantes.
- (1) Ueber die Sleinkohlen Deutschlands und anderer Laender Europas (ihre Natur, Lagerungs-\ erhaeUnisse, etc.]. Von R. Oldenbourg.
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- On sait que de nombreux chimistes, entre autres MM. Richardson et Régnault, ont déjà démontré que les caractères physiques des houilles dépendent principalement de leur composition élémentaire; mais la question n’a pu être encore complètement éclaircie pour tous les cas, faute de documents assez nombreux et assez certains. M. Oldenbourg a donc dû commencer par analyser des échantillons de toutes les houilles d’Allemagne, afin de poser des bases solides pour les lois qu’il cherchait à découvrir.
- Après avoir réuni les résultats de ses propres recherches à tous ceux qu’il a pu recueillir dans les traités spéciaux et dans beaucoup de mémoires épars, il divise les bouilles dans les classes scientifiques suivantes :
- I. Houilles grasses et collantes,
- II. Houilles à gaz collantes,
- III. Houilles à gaz sableuses,
- IV. Houilles sèches et anthracites.
- Il regarde cette division comme complètement confirmée par l’analyse chimique, qui paraît être, d’ailleurs, le plus sûr moyen de déterminer la qualité d’une houille.
- Les désignations qui précèdent s’écartent de celles qui sont généralement adoptées, mais ces dernières varient beaucoup selon les pays, et il sera toujours facile aux intéressés de les ramener à celles qui viennent d’être proposées.
- Il convient, maintenant, de jeter un coup d’œil sur les phénomènes que présente la formation de la houille.
- Les combustibles fossiles sont produits par la décomposition de végétaux, à l’abri du contact de l’air, et principalement sous l’influence de l’eau et d’une température moyenne, décomposition dont les produits gazeux se dégagent, en partie, dans l’atmosphère, ou sont absorbés par l’eau environnante. Le combustible fossile, résidu de cette décomposition, conserve une partie des éléments organiques de la plante, ainsi que les substances minérales qui formeront, plus tard, les cendres.Ces substances sont, d’ailleurs, mêlées de toutes celles qui y sont amenées par les infiltrations, et qui s’y déposent sous des formes diverses.
- L’analyse chimique de plusieurs espèces de bois démontre que la quantité d’hydrogène qu’elles contiennent dépasse celle qui paraît nécessaire pour se combiner avec l’oxygène et l’azote contenus dans la plante et former de l’eau et de l’ammoniaque. Si donc, sans prétendre décider que les choses doivent se passer ainsi, on considère, dans les plantes, l’hydrogène comme étant à l’état d’eau ou d’ammoniaque, et que l’on calcule le surplus comme représentant de l’hydrogène disponible, c’est-à-dire comme propre à former des carbures d’hydrogène, on peut établir le tableau suivant pour 100 parties des substances organiques contenues dans les végétaux désignés :
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- VÉGÉTAUX. CARBONE, C HVDROGÈNE disponible. H HYDROGÈNE non disponible. H, OXYGÈNE et azote. S
- Paille 46.86 0.36 5.87 46.99
- Foin , 50.27 0 88 5.43 43.42
- Hêtre blanc 48.50 0.51 5.66 45.33
- Chêne 49.95 0.57 5.49 43.99
- Bouleau 49.38 0.71 5.54 44.37
- Pin vieux.. 50.19 0.67 5.46 43.68
- — jeune 50.89 0.95 5.35 42 81
- On peut remarquer que, si l’on appelle, comme nous l’avons indiqué dans le tableau précédent,
- C, le carbone contenu dans le végétal, supposé exempt de cendres,
- H, l’hydrogène disponible,
- H,, l’hydrogène non disponible,
- S, la somme de l’oxygène et de l’azote,
- On a* l’équation
- C + (H -f H.) + S = 100. (1)
- De plus, on peut rapporter les chiffres du tableau qui précède à 1,000 parties de carbone contenues dans les végétaux énoncés, et toujours supposés exempts de cendres, au moyen des deux proportions ou équations :
- C : H : : 1000 : a?. (2)
- C : H, : : 1000 : y. (3)
- Et c’est ainsi qu’a été formé le tableau ci-après :
- VÉGÉTAUX. HYDROGÈNE disponible. HYDROGÈNE non disponible.
- Paille 7.68 125.20
- Foin 17.50 107.90
- Hêtre blanc 10.51 116.70
- Chêne. 11.41 109.90
- Bouleau 14.37 112.10
- Pin vieux 13.34 108.70
- jeune... 18.66 105.10
- On observe dans les combustibles fossiles que la proportion d’hydrogène disponible croit, et que celle d’hydrogène non disponible décroît, parle progrès de la décomposition du végétal. Le rapport de ces quantités dépend, cependant, de la constitution chimique de ce végétal ; et, par exemple, le pin peut donner une houille contenant 94,5
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- pour 100 de carbone, 4,85 d'hydrogène, et 0,65 d’oxygène, dont on trouve un type dans la veine horizontale de Gyr (district d’Eschweiler), tandis que le hêtre blanc, si l’on suppose qu’il dégage des quantités égales de carbure d’hydrogène et d’acide carbonique, peut fournir une houille contenant (pour 100) 82,5 de carbone, 4,2 d’hydrogène, et 13,3d’oxygène, assez comparable à celle de la deuxième veine du Bürger-schacht, près de Zwickau.
- Les produits de la décomposition des végétaux se forment toujours par l’effet d’un dégagement lenl.de carbure d’hydrogène et d’acide carbonique ; ils passent d’abord à l’état de tourbe ou de lignite, gardant encore des traces de leur forme végétale, mais se changeant peu à peu, par le progrès de la décomposition, en fossiles plus riches de carbone et plus pauvres d’oxygène, qui peuvent finir par devenir des houilles proprement dites. Si des phénomènes plutoniques concourent avec les autres causes de décomposition, les produits peuvent affecter différentes formes et devenir des anthracites ou des schistes bitumineux. Ainsi, dans le cours de ses analyses, l’auteur a rencontré deux sortes de houilles venant du duché de Bade, dont la première formait une masse d’un noir grisâtre, schisteuse, qui se brisait avec facilité, et qui contenait, pour 1,000 parties de carbone exempt de cendres, 33,78 d’hydrogène disponible, et 11,39 d’hydrogène non disponible.
- La seconde contenait aussi, pour 1,000 parties de carbone, 68,03 d’hydrogène disponible, et 43,86 d’hydrogène non disponible; elle avait une apparence de graphite, était très-tendre, facilement friable, et pouvait être considérée comme analogue à une espèce de talc bitumineux que l’on trouve en quantités considérables dans les formations houillères supérieures de Berghaupten (Bade). Cette houille semble provenir de houilles originairement collantes, amenées d’abord par des influences plutoniques à l’état d’un anthracite maigre, puis à celui d’un schiste bitumineux, par la condensation de vapeurs de bitumes dégagées des couches voisines de schistes.
- On doit donc, ce semble, considérer l’anthracite et les schistes bitumineux, tels que la houille dite Boghead, et une grande partie des houilles cendreuses du bassin d’Indé et Worms, ainsi que l’anthracite de Pensylvanie et du pays de Galles méridional, comme des produits secondaires, et les distinguer des fossiles primitifs.
- L’esquisse précédente des progrès de l’altération des matières végétales enfouies suffit pour expliquer les différences nombreuses qui se trouvent entre les charbons minéraux.
- La discussion comparative d’une série de nombreux documents sur les rapports qui existent entre les fossiles exposés à de hautes ou à de basses températures, circonstances d’où paraît dépendre, principalement, la formation des houilles grasses et des houilles maigres, a fait reconnaître, dans les proportions relatives de l’hydrogène disponible et de l’hydrogène non disponible, par rapport au carbone, un moyen de prévoir les caractères physiques, et surtout la manière dont les houilles se comporteront aux températures élevées, manière qui dépend beaucoup de leur composition chimique.
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- Ce qui caractérise les houilles grasses collantes, propres à donner un coke dense* présentant des traces de fusion, c’est la présence d’au moins 40 parties en poids d’hydrogène disponible pour 1,000 parties de carbone.
- Quand l’hydrogène disponible est moins abondant, les houilles laissent, il est vrai, dégager les principes volatils qu’elles contiennent, et donnent des carbures d’hydrogène, de l’acide carbonique, des carbonates volatils et d’autres produits, mais elles ne sont plus que faiblement collantes, ou même ne le sont pas du tout, et l’on doit seulement les ranger parmi les charbons à gaz, formant une classe où l’hydrogène disponible est au-dessous de 40 parties, et où l’hydrogène non disponible atteint au moins 20 parties, pour 1,000 de carbone. Toutefois, la qualité de ces charbons dépend, en même temps, de la proportion de l’hydrogène disponible, dont la présence augmente la puissance éclairante du gaz, par suite de la quantité des carbures d’hydrogène en vapeur qu’il y introduit. 1
- Les charbons à gaz médiocrement collants, c’est-à-dire renfermant moins de 40 parties d’hydriogène disponible, donnent un coke maigre, un peu brisé, sableux, et peuvent êtrje compris parmi les charbons siliceux dont les Ügnites présentent lie principal type. ' | u
- Enfin, si l’hydrogène disponible tombe au-dessous de 40 parties, et l’hydrogène non disponible au-dessous de 20, le charbon ne change que faiblement de volume quand on le réduit en coke; il se tasse peu dans les fours, se délite même souvent, donne peu de gaz et produit un coke terreux. Il rentre alors dans la classe des houilles maigres.
- Les anthracites contiennent trop peu de substances gazeuses pour être compris dans la catégorie des houilles et sont plutôt une sorte de coke. Celui du pays de Galles méridional forme la transition entre les autres anthracites connus et les houilles sèches ou maigres.
- Ces considérations permettent, en résumé, de diviser les houilles dans les quatre classes suivantes, de prévoir leurs propriétés physiques d’après leur composition chimique, et de former le tableau suivant :
- Pour 1000 parties de carbone .
- I. Plus de 40 d’hydrogène disponible; moins de 20 d’hydrogène non disponible : houilles grasses
- collanles.
- II. Plus de 40 d’hydrogène disponible; plus de 20 d’hydrogène non disponible : houilles grasses;
- houilles à gaz (faiblement collantes).
- III. Moins de 40 d’hydrogène disponible; plus de 20 d’hydrogène non disponible-: houilles à.gaz
- sableuses.
- IV. Moins de 40 d’hydrogène disponible; moins de 20 d’hydrogène non disponible : houilles
- maigres ou sèches; anthracites.
- Pour rendre cette classification plus sensible, fauteur donne le tableau suivant relatif à plusieurs houillères de Westphalie.
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- Numéros d'ordre. HOUILLES. pour 1000 Hydr disponible. 3E CARBONE, igène non disponible.
- î Mine de Sülzer et Neuack Veine de Nottgersbank 45.87 11.20
- 2 Victoria Mathias — Anna 53.48 8.23
- 3 Kunstwerk — Sonnenschein 46.73 5.60
- 4 Hundsrücken — Hitzberg 38.61 5.21
- 5 — Vcreinigt Portinssicgen... — Ilagenschcidt 40.00 4.74
- 6 — Eggelsberg — Slenmannsbank. ... 46.30 7.87
- 7 — Friedrich Wilhelm.. — Siebenhandbauk.... 49.26 11.67
- 8 — Praesident — Praesident 40.00 18.08
- 9 — Franzisca Tiefbau — inclinée 40.00 19.16
- !0 — Louise Tiefbau — 8 44.05 20 70
- 11 — Dorstfcld — 7 40 65 15.15
- 12 Veine Friedrich — supérieure 45 66 18.80
- 13 Mine Vereinigt H imburg — 1 43 67 9.31
- 14 Esskohle — Caspar Friedrich... 40.49 9.80
- 1 > Esskohle Mine Margarcthe 44 25 9 3**
- 16 Mine Vercin Westphalia Veine K 46.30 9.12
- 17 Krone 39.22 In 48
- 18 — Zollverein 43.67 15.65
- 19 Johanues Erbstollc 43.86 4.42
- 20 — Pluto 59 88 7 67
- 21 Schaffberg Veine Alexander 41.05 6.86
- 22 Glucksbürg — Floltwell 38.91 13.16
- 39 84 15 87
- 24 — Lanna, près de Minden 43.67 14.60
- Moyennes 44.60 11.00
- En jetant les yeux sur ce tableau, on voit facilement les houilles où la proportion de 1 h)' drogène disponible dépasse sensiblement 40, et qui, par conséquent,sont collantes. C’est la mine dite Plulo (n° 20) qui est à la tête.
- Celle de Dorslfeld, 7e veine (n° 11), forme la transition entre les houilles grasses collantes et les houilles maigres, dont la dernière est celle de Hundsrücken, veine do llitzberg (n° 4). La présence, en Weslphalie, d’un nombre de bonnes houilles grasses collantes désigne cette contrée comme une de celles où la fabrication du coke peut s’exercer avec le plus d’avantages.
- Quoique les houilles grasses et collantes se distinguent, en général, par une compacité supérieure, des houilles à gaz et des houilles sèches, et que les menus fournis par leur exploitation soient considérés comme de valeur inférieure, la facilité avec laquelle on les réduit en coke présente plusieurs avantages que l’on ne trouve pas dans la plupart des autres houilles d’Allemagne. L’auteur se propose de reprendre plus tard cette question au point de vue de l’établissement des fours à coke, et croit que ce qui précède pesieet de poser d’avance les bases suivantes pour ce travail.
- Une forte proportion d’hydrogène disponible augmentant la disposition du mélange à se boursoufler pendant la distillation, et à produire un coke poreux, il convient de donner une épaisseur notable aux couches de houilles collantes, afin que leur poids
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- les maintienne. Il s’ensuit que, dans ce cas, les fours à coke doivent être plus élevés et moins plats que pour les houilles maigres.
- Les gaz et les vapeurs qui se dégagent, pendant la distillation des houilles collantes, sont plus riches en carbures d’hydrogène et, par conséquent, produisent, par leur combustion, plus de chaleur que ceux des houilles sableuses qui sont, d’ailleurs, plus riches en oxygène. C’est pour cela que,quand on fabrique des masses épaissesde coke, les houilles collantes donnent, par leur distillation, des produits gazeux qui, à volumes égaux, sont plus susceptibles d’être utilisés que ceux des houilles sableuses à gaz.
- Entre les bassins houillers allemands, c’est celui de Westphalie qui se distingue le plus par sa richesse en houilles collantes -, après viennent ceux de la Bohême et de la Silésie, dans lesquels, jusqu’à présent, les formations de Pilsen en Bohême, et celles de Segengottes, deHochberg et de Fuchs, dans la basse Silésie, donnent le plus de houilles grasses et collantes.
- On peut ranger à la suite les charbons de Raffîtz, en Moravie, ainsi que ceux de Schaumburg, et ces derniers, sauf la quantité un peu considérable des cendres qu’ils laissent, peuvent être rangés parmi les très-bons charbons gras collants, parce que la proportion de l’hydrogène disponible ou non disponible qu’ils contiennent est si élevée, qu’ils se trouvent sur la limite qui sépare les houilles grasses collantes d’avec les houilles grasses à gaz.
- Le problème à résoudre consiste, maintenant, dans l’extension de ces principes à toutes les houilles qui intéressent l’industrie.
- Parlons, d’abord, du bassin de la Sarre, non moins intéressant pour l’Allemagne que ceux de Westphalie, et dont les veines lucratives commencent à être exploitées. A la vérité, l’étendue, la puissance et le nombre de ces veines ne sont pas encore suffisamment appréciés, quoiqu’il semble à l’auteur que l’on peut en estimer la puissance moyenne à 71 mètres, l’étendue à plus de 383 kilom. carrés, et, par conséquent, le cube a environ 27 milliards de mètres cubes.
- Encore existe-t-il un grand nombre de localités qui n’ont été, jusqu’à présent, l’objet d’aucune exploration. La richesse des houillères de cette contrée est donc immense, et le xix® siècle ne se terminera probablement pas sans que de nouvelles découvertes viennent accroître les espérances du pays.
- Les houilles de la Sarre, par leurs caractères physiques et leur composition chimique, confirment les vues qui ont été exposées. Une de leurs propriétés, défavorable sous un rapport, mais avantageuse à d’autres égards, consiste dans leur richesse considérable en principes volatils. Le carbone n’entre que rarement pour plus de 80 centièmes dans la matière supposée exempte de cendres, tandis que, dans la plupart des houilles de Westphalie, il approche de 90 centièmes et tombe rarement à moins de 80. Les différences s’expliquent par une plus grande richesse en oxygène qui rend, dans beaucoup de cas, la proportion de l’hydrogène non disponible égale, et même, dans quelques cas, supérieure à celle de l’hydrogène disponible.
- Tome XV. — 61° année. 2e série. — Janvier 1868. 5
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- Les résultats pratiques de ces rapports sont pour les charbons de la Sarre :
- 1° La formation de beaucoup de suie ;
- 2° La faible^proportion du coke ;
- 3° La médiocrité des effets calorifiques ;
- 4° Un rendement considérable en gaz d’éclairage;
- 5° De grands avantages pour les combustions qui exigent de la flamme.
- La compacité des houilles de Sarrebrück présente sur celle des charbons du district d’Indé et Worms et des autres veines plus profondes du bassin de la Roër, l’avantage que les houilles de Sarrebrück sont beaucoup plus gailleteuses, plus faciles à transporter, et peuvent soutenir la concurrence avec celles de Belgique et d’Aix-la-Chapelle, quoique laissant une plus grande quantité de cendres.
- Pour un œil exercé, les houilles de la Sarre sont reconnaissables à la première vue. Indépendamment de la quantité des gros blocs qu’elles contiennent et de la vivacité de leurs angles, elles se distinguent des houilles maigres par le volume et, si l’on peut s’exprimer ainsi, par l’individualité des morceaux et par la présence du spath magnésien, très-feuilleté, qui remplit les crevasses perpendiculaires aux lits. Ce spath tombe lorsqu’on brise les morceaux, dont la fracture présente un aspect tacheté et caractérisé par des rayures blanchâtres sur un fond noir, indiquant leur origine prussienne.
- Une autre propriété des houilles de la Sarre est l’abondance des morceaux fibreux et fuligineux qui s’opposent puissamment à l’agglutination pendant la distillation. Ces charbons de la Sarre doivent, à cause de leur texture, être rangés parmi les houillères schisteuses et sont mêlés de morceaux isolés bitumineux ; ils sont presque constamment exempts de pyrites et donnent un coke non sulfureux très-convenable pour les hauts-fourneaux.
- Ce qui distingue encore les charbons de la Sarre d’avec ceux de la Roër, c’est que, dans les premiers, les veines inclinées sont maigres, tandis que les horizontales sont grasses ; mais, comme ces dernières sont en beaucoup moins grande quantité, l'ensemble ne contient que^peu de houilles collantes.
- I £Le tableau suivant indique les résultats connus, relatifs aux houillères de la Sarre.
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- POUR 1000 DE CARBONE.
- Hydrogène
- COUCHES DE HOUILLE.
- disponible. non disponible.
- * Houillère de Gerhard.
- 1. Beust 35.59 26.04
- 2. Heinrich 43.48 23.64
- Houillère de Heinitz.
- 3. Blücher. —5. Aster. — 9. August. (Moyenue) 42.92 20.45
- 7, Gueisenau. — 8. Nostiz. (Moyenne) 31.52 22.22
- Houillère de Dudweiler.
- 10. Natzmer. — 11. Beier. (Moyenne) 50.31 13.33
- Houillère de Heydt.
- 12. Heinrich. — 14. Cari. — 15. Ostfeld, n° 54. (Moyenne) 18.57 34.61
- 47 62 17.54
- Mine de Reden.
- 16. N° 1. — 20. Landsweiler Nebenbach.— 30. Léopold. (Moyenne) 17.23 32.29
- 22. Nebenbach.—26. Landsweiler.— 33. Grubenwalder.— 36. Landsweiler
- Hautptbach. — 37.17. Jacob. — 38.18. Sophie. (Moyenne) 22.63 36 .5
- 17. N° 2.—18. Jacob. — 19. N° 4. — 21. Heiligen, Walder, Hautptbach. —
- 25. Landsweiler Nebenbach.— 32. Alexander.— 34. N* 15. (Moyenne). 27.83 25.81
- 23. Halbesaarsohle. — 24. Couche de lm,98. — 28. 16. Kalleuberg. — 31.
- Landsweiler Nebenbach. —39. 19. (Moyenue) 31.60 28.41
- 29. Kallenberg, galerie de la Sarre. — 35. Saarsohle. (Moyenne) 40.82 25.09
- Houillère de Geislautern.
- 22.83 2.05
- 41. Emil. — 42. Kronprinz Friedrich Wilhelm (Schwalbach). — 43. Kron-
- prinz (Delsburg). (Moyenne) 28.83 29.42
- Houillère d’Itzenplitz.
- 44. Ernst. — 46. Tagenstuckensohle. — 49. Wilhelm. (Moyenne) 31.63 24.48
- 45. Sophie. —47. Jacob. — 48. Friedrich. (Moyenne) 22.18 31.26
- En comparant les chiffres de ce tableau avec les bases de classification proposées plus haut, on range immédiatement, comme il suit, les principales houilles qui y sont énoncées.
- I. Houilles collantes.
- Mine de Dudweiler. — Couche de Beier.......................... * . . n*> i 1
- — Couche de Natzmer.......................... 10
- Mine de Heydt. — Couche de Beust................................. . 13
- Mine de Heinitz. — Couche de Blücher............................. 3
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- COMBUSTIBLES.
- IL Houilles grasses et à gaz.
- Mine de Heinitz. — Couche d’Aster................................... n° 5
- Mine de Gerhard. — Couche de Heinrich............................. 2
- Mine de Heinitz. — Couche d’August.................................. 9
- — Couche de Kallenberg, galerie de la Sarre. . . 29
- — Couche de Saarsohle..............'.............. 35
- Les deux dernières sortes forment la transition entre les précédentes et les houilles non collantes à gaz auxquelles appartiennent toutes les autres houilles du bassin de la Sarre, quiontété analysées jusqu’ici. Ces dernières peuventêtre rangées dans deux divisions, selon qu’elles contiennent plus ou moins de 30 parties environ d’hydrogène disponible, divisions dont la première donne encore ded>on coke dans les fourneaux d’Appolt.
- Quant aux sortes moins riches, elles ne rendent, même dans les meilleurs fourneaux, que du coke spongieux, tendre et très-peu capable de soutenir le transport. Cette circonstance et la proportion médiocre des houilles collantesdans le bassin de la Sarre ont fait parvenir la disposition des fours à coke, dans ce bassin, à un degré de perfection qui n’a été surpassé que dans les pays où, comme à Liège et à Aix, les houilles sont encore moins favorables à la fabrication du coke. Le bassin de Sarrebrück, grâce à la houillère de Dudweiler surtout, peut être placé au premier rang pour cette fabrication.
- Une propriété caractéristique du bassin de la Sarre est la grande variabilité de la puissance de ses couches, qui sont, en général, très-étendues, et cette propriété se lie vraisemblablement à la forte proportion d’oxygène et à la médiocre quantité d’hydrogène que contiennent la plupart de ses houilles.
- Les charbons riches en hydrogène commencent leur distillation à une température relativement basse, et donnent, surtout au début, un abondant dégagement de gaz qui, cessant rapidement, augmente beaucoup la difficulté de la fabrication du coke. Cette circonstance oblige de donner aux fourneaux à coke de la Sarre une surface étendue et une voûte basse dont les parois, surtout à l’extrémité de la charge, doivent être fortement échauffées. C’est par cette raison que l’on emploie avantageusement, pour les charbons de ce bassin, les fourneaux perfectionnés des systèmes de MM. François, Haldy, de Smet, Fabry, Appolt.
- Dans l’usine de M. de Wendel, à Sarrebrück, le roulement comprenait, au commencement de 1865 :
- 180 fours à coke, du système de M. François, chauffés pendant 48 heures ;
- 20 fours à coke, système de M. de Smet, 24 heures de feu;
- 5 fours à coke, système de M. Appolt, 24 heures de feu.
- La quantité des produits gazéiformes de la distillation augmente avec celle de l’hydrogène et de l’oxygène que contient la houille, la température étant supposée bien
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- COMBUSTIBLES.
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- uniforme, ce qui est nécessaire pour qu’elle donne les produits les plus simples, tels que l’oxyde de carbone et le carbure gazeux d’hydrogène.
- Dans les districts houillers de l’Allemagne occidentale, on trouve encore, outre les sortes dont nous avons indiqué la classification, des houilles maigres de l’extraction desquelles s’occupent principalement les compagnies dont les exploitations se dirigent d’Aix-la-Chapelle vers le département du Pas-de-Calais, en traversant la Belgique et une partie du nord occidental de la France ; on en rencontre aussi dans les districts d’Indé et Worms.
- Cependant les veines supérieures de ces houilles sont interrompues dans beaucoup d’endroits par des houilles très-grasses dont la composition se rapproche beaucoup de celle des houilles de Westphalie, tandis que les veines inférieures et plus profondes donnent principalement de l’anthracite ou des houilles maigres.
- Le bassin d’Indé ou le gisement d’Eschweiler est interrompu à l’ouest par un vaste intervalle, le Munstergewand, qui passe près de la rivière. Parmi les 46 couches superposées que l’on connaît, jusqu’à présent, dans ce bassin, les trente-quatre supérieures sont appelées couches intérieures, et donnent, pour la plupart, des houilles grasses collantes, qui se distinguent par beaucoup d’éclat, mais qui sont assez tendres. Les douze couches inférieures portent le nom $ extérieures, et se composent principalement de houilles maigres. Le district de Worms est situé dans les mêmes montagnes qui comprennent le prolongement sud-ouest du gisement d’Eschweiler dans lequel, par suite de l’élévation de son niveau, manque le groupe des douze couches dites extérieures. Les couches de ce district composent un vaste gisement qui s’enfonce vers le nord-est, et qui se divise en nombreuses ramifications ondulées formant de petits gisements secondaires et distincts du gisement principal, qui est à peu près arrondi. Le gisement entier de Worms ne donne que des charbons maigres qui contiennent peu de matières gazeuses, et se rapprochent ainsi des anthracites, avec lesquels on peut, en partie, les confondre. Ces derniers charbons sont plus résistants que ceux du district de l’Indé et donnent, par conséquent, plus de gailletterie et moins de menus.
- Les charbons du bassin d’Eschweiler contiennent du plomb et du zinc, dont l’existence s’annonce à l’orifice des fours à coke et au gueulard des hauts-fourneaux par des dépôts dont la petite quantité n’a pas encore permis d’en faire l’étude analytique. Les expériences tentées jusqu’à présent sur ce sujet ont seulement constaté que les argiles schisteuses contiennent une plus grande proportion de ces deux métaux que les charbons où peut-être même ils ne sont contenus que dans les petits fragments schisteux qui s’y trouvent mêlés.
- L’analyse de dix-sept sortes de houille du district d’Indé et Worms a fait reconnaître de très-grandes différences dans les quantités d’hydrogène disponible qu’elles contiennent, mais a fait voir que, dans leur ensemble, ces houilles se distinguent parleur pauvreté en oxygène (et, par conséquent, en hydrogène non disponible). C’est ce dont peut faire juger le tableau suivant :
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-
-
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- COMBUSTIBLES.
- Pour 1000 de carbone. Pour 1000 de carbone.
- Hydrogène Hydrogène
- COUCHES DE HOUILLE. COUCHES DE HOUILLE.
- dispo- non dispo- dispo» non dispo-
- nible. nible. nible. nible.
- Houillère du Centre. Houillère de Neulan-
- 1 Gyr 47.85 1.81 genberg.
- 2 42.37 3.47 12 Fnrth t 40.16 5.81
- 3 Fornegel 47.62 3.28
- 4 Hartekohl 30.40 5.88 Houillère d’Ath.
- 5 Schlemmeriche. 37.17 6.99
- g Grosskohl 38.31 10.45 13 38.91 5.68
- 7 Kirschbaum 29.79 11.63
- 8 Hopp 31.55 12.15 Houillère de Langen-
- Houillère de James. berg.
- 14 Hochlangenberg 35.71 8.44
- 9 Grosskohl 42.55 5.22
- 10 Grossathwerk 38.91 3.78 Houillère d’Anna.
- Houillère de Kircheich. 15 N* 7 22.37 16.26
- 16 N» 10 30.77 10.94
- 11 Grnssathwerk 30.03 10.00 17 N° 12 32.68 12.71
- Six de ces houilles seulement contiennent plus de dix parties d’hydrogène non disponible, et aucune de ces six ne peut être considérée comme grasse et collante. Celles, au contraire, qui contiennent quarante parties au moins d’hydrogène disponible, c’est-à-dire les houilles des couches de Gyr, Fornegel,Grosskohl etFurth,sont grasses, collantes et remarquables par la petite quantité d’hydrogène non disponible et d’oxygène qu’elles contiennent.
- Tandis que, dans le tableau relatif aux houilles deWestphalie, nous trouvons encore des houilles qui sont collantes, quoique chargées d’une plus forte proportion d’hydrogène non disponible, nous ne voyons rien de semblable dans celui qui précède. C’est une propriété qui paraît n’être pas particulière aux houilles du district d’Indé etWorms, mais qui semble s’étendre à toutes celles du même bassin, comme le fait voir le tableau suivant, relatif à des houilles françaises et belges.
- >
- Pour 1000 de carbone.
- Hydrogène
- HOUILLES. disponible. non disponible.
- Mnnis 53.93 10.57
- 53.89 14.71
- 43.10 8.75
- 47.64 15.29
- 48.84 16.52
- Pflu-dp-f'.nl.'iis. 48.93 8.43
- Pour 1000 de carbone. Hydrogène
- HOUILLES. disponible. non disponible.
- Pas-de-Calais 43.51 7.01
- Valenciennes 55.11 10.08
- 36.71 3.74
- Charleroi 46.29 *7.81
- — 34.58 5.53
- 40.41 L7.42
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- COMBUSTIBLES.
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- Si l’on excepte ceux des charbons de Mons qui, d’après les analyses de M. de Mar-cilly, sont analogues aux houilles collantes de Westphalie, nous trouvons que le nombre de parties de l’hydrogène non disponible dépasse à peine dix, et qu’il s’agit ici de charbons pauvres en oxygène, dont un petit nombre, où l’hydrogène non disponible n’atteint pas quarante, appartiennent aux houilles maigres et cendreuses, dans le sens étroit du mot.
- Les autres houilles maigres, que l’on rencontre en quantité prédominante dans le bassin d’IndéetWorms et dans celui de Liège, possèdent beaucoup d’éclat, souvent une texture cristalline, et sont malheureusement très-friables ; aussi l’exploitation fournit-elle beaucoup de menus, dont la mise en valeur est d’autant plus difficile que les houilles maigres sont très-peu propres à la fabrication du coke. On a imaginé récemment d’en faire des briquettes, dont le mode de fabrication est décrit dans plusieurs ouvrages.
- La partie montagneuse de la basse Silésie, dans l’arrondissement minier de Walden-burg, contient une longue chaîne de hauteurs qui commence près de Liebau, sur la frontière de la Bohême, entoure, près de Landshut, quelques faibles veines de houille, mais qui, parvenue au maximum de son abondance, près de Schwarzwald, Gottesberg et Waldenburg, présente jusqu’à soixante couches superposées, dont la puissance col lective est de près de 43 mètres. Le nombre et l’épaisseur des couches diminuent rapidement au sud-est de Waldenburg, et ne recommencent à augmenter que dans le comté de Glatz. La surface totale des houillères de la basse Silésie peut, d’après les documents que l’on possède jusqu’à présent, être évaluée, parait-il, à environ 283 kilomètres carrés. Ces terrains houillers sont liés à ceux du nord de la Bohême, près de Nachod et de Schatzlar, auxquels paraissent se rattacher, comme ramifications, ceux des monts Sudètes, aussi bien que ceux qui se trouvent près de la frontière occidentale de la Bohême, au pied du Bôhmerswald. La richesse des cercles de Rakonitz et de Pilsen est, pour ainsi dire, inépuisable, et l’on peut dire probablement, sans exagération, que le quart de la Bohême s’étend sur des houillères exploitables. Quant à la haute Silésie, la chaîne montagneuse qui la traverse du sud à l’est forme quelques groupes de formation plus récente et s’étend dans sa plus grande puissance de Gleiwitz à la frontière russo-polonaise, et à la frontière autrichienne du cercle de Cracovie, sur une longueur de 30 à 34 kilomètres, et possède une surface de 450 à 510 kilomètres carrés. Une deuxième branche de houillères se dirige au sud de Gleiwitz sur Nicolai, et présente peu de veines, à la vérité, fort régulières qui, du côté autrichien, parviennent aux exploitations d’Ostrau, en Moravie. Un troisième district houiller se trouve entre Rybnick et Loslau, et présente une surface d’environ 56 kilomètres carrés.
- On exploite encore des houilles près de Kostowagra, au sud-est de Chelm et de Petrzkowitz, près de l’Oder supérieur et de la frontière d’Autriche. Entre ces gisements, il se trouve un espace d’environ 395 kilomètres carrés de surface où l’existence de la houille paraît presque certaine.
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- COMBUSTIBLES.
- On trouve encore, à l’est de l’Allemagne, des gîtes houillers contenus dans deux bassins principaux :
- 1° Un bassin oriental, comprenant les gisements de la haute Silésie et de la Moravie ;
- 2° Un bassin occidental embrassant les houillères de la basse Silésie et de iaBohême, parmi lesquelles on peut ranger celles de la Saxe et du haut Palatinat.
- I. Bassin oriental.
- L’auteur cite divers documents dus à M. le professeur Grundmann, de Tarnowitz, et à M. le professeur Heiniz, et en déduit les résultats énoncés dans le tableau suivant:
- 1 Pour 1000 de carbone Pour 1000 de carbone.
- Hydrogène Hydrogène
- COUCHES DE HOUILLE. COUCHES DE HOUILLE.
- dispo- non dispo- dispo- non dispo-
- nible. nible. nible. nible.
- Houillère d’Eugenienglück. 8 Clara 42.26 22.69
- 1 Carolineu 34.67 32.68 Houillère de Hoym.
- Houillère du Morgenroth. 9 Hoym 39.34 20.73
- 2 Morgenroth 37.66 27.03 Houillère de Léo.
- Houillère de Kônigs.
- 10 Léo 41.83 20.69
- 3 Heintzmann 35.66 31.71
- 4 Gerhard 40.84 20.38 Houillère deKônigin-Louise.
- Houillère de Louisen.
- 11 Pochhammer 42.05 22.39
- 5 44.68 26 57 12 Heinitz 35.85 29.72
- 6 41.01 34.11 13 Reden 47.08 16.12
- Houillère de Fausta. Houillère de Léopold.
- 7 Fausta 37.65 21.61 14 Léopold 43.87 22.14
- Dans cette liste, les nos 4, 5, 6, 8, 9, 10, 11, 44 appartiennent aux houilles grasses et propres à la fabrication du gaz, par leur richesse en hydrogène disponible ou non disponible ; le n° 13 répond à une houille collante, mais pauvre en hydrogène non disponible ; enfin les nos 1, 2, 3, 7, 12 sont des houilles propres à donner du gaz, mais faiblement collantes.
- Dans les bassins dont nous venons de parler, il n’en est aucun qui présente autant de houilles collantes et de houilles à gaz que la haute Silésie. Ce dernier, lorsque l’on remarque en même temps la pauvreté relative de ses charbons en matières terreuses, doit être considéré comme donnant les qualités les plus convenables pour la production
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- COMBUSTIBLES.
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- du gaz, qualités que l’on n’avait trouvées en Bohême que dans quelques houillères spéciales. Plusieurs sortes, que la médiocrité de la proportion d’hydrogène disponible fait descendre au rang des houilles à gaz, sont cependant si peu au-dessous de la limite des houilles collantes, que rien ne s’oppose à ce que l’on en fabrique du coke dans les fourneaux d’Appoît.
- Ces dernières sortes, par leur composition chimique, se rapprochent beaucoup de quelques houilles de Moravie, citées dans les tableaux suivants :
- Pour 1000 de carbone
- Hydrogène
- COUCHES DE HOUILLE.
- dispo- non dispo-
- nible. nible.
- Houilles cVOstraiiy près
- de Jaklowitz.
- 15 Adolph 38.17 22.27
- 16 Cinquième couche 44.05 14.03
- 17 Neuvième — 38.17 13.40
- 18 Dixième — 29.15 16.58
- 19 Ouzième — 50.00 13.50
- Houillère de Tiefbau.
- 20 Nouvelle-Oberbank 42.55 15.22
- Pour 1000 de carbone.
- Hydrogène
- COUCHES DE HOUILLE.
- dispo- non dispo-
- nible. nible.
- 21 — Mittelbauk 49.02 10.78
- 22 Eduard 34.48 21.41 i
- 23 Moritz Oberbank. 33.34 20.12 !
- Houillère de CaroUnen-
- schacht.
- 24 lre couche inclinée 40.80 19.50 |
- 25 2* — 27.80 18.60
- 26 3e — 25.70 23.00 î
- 27 4e — 32.00 27.20 1
- Four 1000 de carbone. Hydrogène Pour 1000 de carbone.! Hydrogène j
- COUCHES DE HOUILLE. dispo- nible. non disponible. COUCHES DE HOUILLE. dispo- nible. 1 non diapo-l nible. !
- 28 29 30 Houillères de Carwin. Hülfschacht, 60e couche.... S3e couche 28.17 43.86 24.10 17.12 31 Veine principale, dessous.. 38.76 14.86 j
- Houillère centrale de Rossitz. Veine principale, Mittelbauk. 44.84 12.87 32 Houillère de Segengolles. Veine principale, Mittel-bank. 41.49 8.19 ; iTTTi r
- Les houillères de Bohême contiennent des houilles grasses et collantes, des houilles a gaz et des houilles maigres et cendreuses dont la pureté est variable. La houille collante de Bossitz a, comme celle de la haute Silésie, un aspect gras, se brise perpendiculairement, et brûle avec une flamme courte. Elle ne contient que peu de pyrites $ la houille maigre n’a qu’un éclat mat, se brise longitudinalement, est plus légère que l’autre et contient souvent beaucoup de pyrites.
- Tome XV. — 67e année. 2e série. — Janvier 1868.
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- Â2
- COMBUSTIBLES.
- Les couches 5 et 11 des houilles de Jaldowitz, dans le district d’Ostrau (nos 16 et 19 ci-dessus), appartiennent aux houilles très-grasses, ainsi que celles de Tiefbau (nos20 et 21) ; mais celles d’Édouard et de Moritz (n0s22 et 23), ne sont que des houilles à gaz, non collantes. La nouvelle couche (nos 20 et 21) donne un coke compacte et ferme, tandis que les deux autres (ncs 22 et 23), donnent un coke en petits morceaux allongés, à moins que les fourneaux, semblables à ceux de la Sarre, ne soient d’une construction supérieure.
- Les charbons de la houillère centrale de Rossitz (n°* 30 et 32),à l’exception de ceux du dessous de la veine principale (n° 31) qui touchent à la limite séparative entre les houilles collantes et les houilles maigres, sont bons et collants ; ceux de la houillère centrale sont demi-durs et peu brillants ; ceux de la houillère de Segengotles sont tendres, friables, peu brillants, et se rapprochent ainsi des charbons de Stockheim, dans le haut Palatinat bavarois, avec lesquels ils ont, d’ailleurs, de l’analogie par leur composition chimique.
- II. Bassin occidental.
- Les houilles de la basse Silésie forment un grand nombre de veines exploitables, la plupart inclinées, et contiennent, à l’exception des anthracites, presque toutes les sortes de charbon minéral, dont la plus grande partie, autant qu’on en peut juger par les expériences connues, appartiennent aux houilles grasses et collantes, et, par leur composition moyenne, se rapprochent beaucoup de celles de Mons.
- On peut consulter, à cet égard, le tableau suivant :
- Pour 1000 de carbone, Pour 1000 de carbone. 1
- Hydio gène Hydre gène I
- COUCHES DE HOUILLE. COUCHES DE HOUILLE.
- dispo- non dispo- dispo- non dispo- |
- nible. nible. nible. nible. !
- Houillère de Segengoltes. Houillère de Glückhilf.
- 33 8e couche 48.07 15.55 41 28 couche 48.54 14.64 î
- Houillère de David. Nouvelle houillère de
- Heinrich.
- 34 Veine principale 40.00 17.57
- 42 2e couche 48.78 12.86 ]
- Houillère de Grafhochberg.
- 35 2e couche 54.05 25.32 Puits de Iîeydt.
- Houillère de Fuchs. 43 4e couche 50.51 14.77
- 44 6e — 36.90 16.56 j
- 36 Puits de Brade 57.47 20.66 45 7® 32.79 22.99 1
- 37 2e couche 31 35 25 64
- 38 5° — 35.84 19.08 Puits de Wrangel.
- 39 8e — 41.66 12.92
- 40 10° — 46 51 12.94 46 Friericrick 27.27
- 29.85 j
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- COMBUSTIBLES.
- 43
- La meilleure houille collante de ce bassin, qui donne aussi une excellente houille à gaz, est celle du puits de Brade (n° 36), de laquelle se rapproche beaucoup celle de la deuxième couche houillère de Grafhochberg (n° 35). La composition de cette dernière est très-analogue à celle de la houille feuilletée de Pankraz, près de Pilsen (n° 50 ci-après). Tiennent, ensuite, les charbons de deux veines de la houillère de Fuchs (nos 39, 40), qui sont gras et collants. Les charbons du puits de Heydt paraissent perdre de leurs propriétés collantes à mesure que la veine devient plus profonde; car, tandis que la quatrième veine (n° 43) appartient aux meilleures houilles, on voit la sixième (n° 44) descendre au rang des houilles maigres; et, la septième (n° 45) devenir riche en hydrogène non disponible.
- La veine de Friedricks, du puits de Wrangel (n° 46), contient une houille à gaz qui ne donne pas de bon coke.
- On n’a pas encore de documents suffisants sur la qualité des charbons de Bohême, dont l’exploitation est, en général, de date très-récente, ce qui ne permet pas d’en apprécier exactement les résultats pratiques dans la consommation en grand. Les formations houillères en Bohême appartiennent aux époques les moins anciennes et se divisent en divers bassins, grands ou petits, que l’on rencontre surtout dans le centre de la partie occidentale de ce pays. Ces bassins sont bornés, au nord-est, par sa frontière,. et, dans le nord-ouest, sont remplacés par des gisements de lignites tendres. La partie méridionale et la partie orientale du pays, à l’exception des environs de Budweis et de Pisek, paraissent manquer tout à fait de charbon minéral. Dans la chaîne montagneuse qui s’étend le long du bassin silurique de Bohême, on trouve, dans la direction de l’est à l’ouest, les gisements houillers suivants, qui méritent d’être remarqués :
- 1" Les gisements de Kralup-Brandeisl, Kladno et Rakonitz;
- 2° Les houillères de Bras, Radnitz et Nurschau ;
- 3° Les gisements de Pilsen, Plas, Manetin et Merklin.
- Nous y rencontrons principalement des qualités remarquables par de grandes proportions de substances gazeuses, ainsi que l’on peut le voir dans le tableau ci-après :
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- COMBUSTIBLES.
- U
- Pour 1000 de carbone. Pour 1000 de carbone.!
- Hydre gène Hydrogène
- COUCHES DE HOUILLE. COUCHES DE HOUILLE.
- dispo- non dispo- dispo- non diipo-
- nible. nible. nible. nible.
- Littitz, près de Pilsen.
- Houillère de Saint-Adal-
- 47 Veine inclinée 44.44 15.41 bert, près de Bakonitz.
- 48 Veine inférieure 48.07 17.04
- Mine de Blattnitz. 54 lre section 27.93 24.16
- 49 Schwarz Kohle 37.74 30.96
- 50 Houille feuilletée de Pan- Houillère de Barbara, près
- kraz, près de Pilsen 52.36 26.74 de Lubna et de Rakonitz.
- 51 Thinafeld, près de Kladno,
- fl inclinée 41.15 25.91
- § 52 Thinafeld, près de Mittel- 55 Mittel bank 26.88 39.37 S
- 1 bank 35.84 24.21 56 Entre le banc moyen et l’in-
- i férieur 30.21 31.95 1
- § Puits\de Michael, près de 57 Hauptmann Beyer’s, près de
- fi Brandeisl. Lottausch 21.74 39.68 j
- f 53 Bonne qualité 44.05 18.55
- Parmi les houilles qui viennent d’être mentionnées, c’est le charbon feuilleté de Pankraz, àNürschau, près dePilsen (n°50), qui occupe le premier rang. Il est semblable, par sa composition, à la houille écossaise dite Boghead. Les dernières sortes participent aux caractères de la zone sigillée, où elles semblent représenter des veines bitumineuses formées pendant la décomposition de certaines plantes. La houille feuilletée présente une cassure lomelleuse et conchoïcle, un aspect mat d’un noir brunâtre; elle s’allume facilement et produit une flamme très-fuligineuse. Sa distillation est rapide et donne un coke sableux ; elle doit donc être assimilée aux schistes bitumineux.
- On peut rattacher à cette catégorie la houille brillante de Bentheim (Hanovre) , examinée et décrite récemment par M. Hofmann. Cette houille, pour 1,000 parties de carbone, contient :
- 92,6 d’hydrogène disponible,
- 9,6 d’hydrogène non disponible,
- caractère que l’on n’observe dans aucun des fossiles analysés jusqu’à présent et qui doit faire regarder celte houille brillante comme une sorte de masse asphaltique, analogue à la houille artificielle patentée par M. Wylan. Cette dernière contient, en effet, pour 1,000 de carbone :
- 79.1 d’hydrogène disponible,
- 30.1 d’hydrogène non disponible,
- c’est-à-dire à peu près autant d’hydrogène, mais plus d’oxygène.
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- COMBUSTIBLES.
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- La houille feuilletée forme dans la houille noire, qu’elle divise en'veines minces, un banc distinct de 0m,16 à 0m,32 de puissance.
- Les autres charbons du bassin de Pilsen appartiennent aux houilles grasses, riches en hydrogène et faciles à réduire en coke; ils se rapprochent de la limite des houilles grasses à gaz. Mais les charbons du bassin de Rakonitz, qui sont aussi des houilles à gaz, se rapprochent, par leur composition, de ceux de la Sarre, et ne donnent du coke dense que dans des fourneaux très-bien construits.
- Les charbons du bassin de Zwickau-Chemnitz sont surtout des charbons à gaz, dont quelques sortes appartiennent cependant aux houilles collantes. A l’exception de la houille fuligineuse (houille fibreuse), qui est assez voisine de l’anthracite et qui n’en diffère que par une plus forte proportion d’hydrogène non disponible, on peut ranger les houilles de Zwickau parmi les meilleures de l’Allemagne; car la petite quantité de cendres qu’elles contiennent permet de les employer à tous les usages. Leur structure extérieure est ou eonchoïde ou feuilletée et schisteuse. Dans le premier cas, elles sont bitumineuses et appartiennent aux veines profondes, qui possèdent peu d’hydrogène disponible et sont médiocrement collantes; dans le second, elles proviennent des couches supérieures et sont, en général, collantes et de bonne qualité.
- Les houilles de Plauen , près de Dresde, sont principalement schisteuses, parfois feuilletées et mêlées de schistes argileux; ce qui les a fait diviser en deux sortes, les houilles schisteuses tendres et les houilles schisteuses dures. Celles de la première sorte, triées, peuvent être réduites en coke, et, faute de mieux, servir pour l’éclairage ; les dernières, dures et chargées de cendres, paraissent pouvoir servir de préférence pour les grands feux qui exigent de la flamme. L’expérience, sauf plusieurs exceptions, a fait voir que les houilles de Plauen prennent de la puissance et de la qualité à mesure que les veines deviennent plus profondes; il est donc, dès à présent, constaté que leur qualité varie beaucoup selon les gisements.
- L’auteur, en terminant, annonce la publication future d’un travail plus étendu sur les houilles de la Saxe.
- Il entre ensuite dans des considérations comparatives sur les conséquences des résultats qu’il a exposés et en déduit une théorie sur la formation des combustibles fossiles (tourbe, lignites, etc.), qu’il attribue à la décomposition lente des végétaux exposés, sans le contact de l’air, aux influences de l’eau et d’une température moyenne.
- (V.)
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- ARTS CHIMIQUES.
- ARTS CHIMIQUES.
- SUR LA FABRICATION DU CHLORURE DE CHAUX ET SUR LA CHLOROMÉTRIE,
- PAR M. A. BOBIERRE.
- « Absent depuis plusieurs semaines, je n’ai pu avoir connaissance que fort tardivement des travaux de MM. Kolb, Riche, Fordos et Gélis, consignés dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences (1). Les questions soulevées par ces chimistes se rattachant à des observations que j’ai faites naguère lorsque j’ai dû installer et diriger une importante fabrication de chlorure de chaux à Nantes, j’ai cru opportun d’appeler l’attention de l’Académie sur quelques points de cette industrie; aussi bien ces observations ont un intérêt chronologique, comme il me sera facile de le démontrer.
- « En ce qui concerne tout d’abord le chlorure de chaux sec, dont la production m’a surtout occupé en 1845, je trouve sur mon registre de laboratoire la relation des faits suivants :
- « 1° Il n’est pas indifférent, comme le pense M. Kolb, de faire passer un excès de chlore sur du chlorure de chaux au maximum de saturation, c’est-à-dire marquant 193 à 125 degrés chlorométriques. J’ai pu remarquer, et bien des fabricants l’ont fait comme moi, qu’un excès de chlore abaisse le titre du produit, et qu’une faible élévation de température favorise cette modification de la substance décolorante.
- « 2° Le fabricant de chlorure de chaux sec doit être en garde contre l’élévation cle température qui facilite la production de chlorate et de chlorure de calcium; cette élévation de température coïncide, pendant l’absorption du chlore, avec un déplacement notable de l’eau de l’hydrate de chaux, et Berzélius estimait qu’il fallait éviter qu’elle atteignît 18 degrés centigrades. J’avais, en vue de la diminuer, installé des appareils circulaires dans lesquels quatre râteaux en fer plombé, représentant deux diamètres se coupant à angle droit, permettaient de diviser les surfaces de la matière absorbante et d’empêcher son agglomération sous des épaisseurs trop considérables. Je dois mentionner que cette disposition ne m’a pas donné les résultats que j’en attendais, et la simple précaution de n’employer l’hydrate de chaux qu’en couches peu épaisses m’a permis d’obtenir un chlorure de bonne qualité.
- « 3° Les nombreux essais chlorométriques que j’ai dû effectuer pendant plusieurs années m’ont permis de constater que les chlorures de chaux, dont le titre dépassait 110 degrés environ, se comportaient d’une telle manière au contact de l’eau, dans le mortier d’essai, qu’une action chimique spéciale en paraissait la cause. En pareille circonstance, en effet, et si la quantité d’eau n’est pas trop forte, la masse s’empâte, s’échauffe et offre tous les caractères d’une substance soumise à une réaction d’ordre
- (1) Voir les numéros des 23, 30 septembre et 14 octobre 1867.
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- ARTS CHIMIQUES.
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- chimique. Je croirais que la combinaison simple du chlore et de l’hydrate de chaux, formant totalité ou portion de la matière essayée, se dédouble, comme le pense M. Kolb, au contact de l’eau. Toutefois, si, comme l’affirme ce chimiste, le terme C a O, HO ne peut être distrait de la composition
- 2 (CaO, HO, Cl) + C a OHO
- qu’il assigne au chlorure de chaux à 123 degrés, comment expliquer le déplacement d’une portion notable de HO de l’hydrate lorsque, dans la fabrication, le chlore intervient en présence de cet hydrate? Il y a là un point dont l’éclaircissement est désirable.
- « 4° Lorsque je procédais aux essais chlorométriques, j’opérais devant une fenêtre largement insolée le matin, et j’avais souvent remarqué l’abondance des bulles d’oxygène qui se dégageaient de mes carafes jaugées. Ce que je constatai également bientôt, c’est qu’en répétant les titrages sur des dissolutions de chlorure insolées, j’arrivais à des chiffres évidemment faux. Voici, en effet, quelques résultats que je trouve sur mon registre du mois de décembre 1845 :
- Le 2 décembre, on expose au soleil 1 litre de solution de chlorure de chaux au titre de 109° Le 3, au matin, T —- + 12°,0 Insolation produite. Titre = 208°
- Le 4, » T = + 10,0 » » = 400°
- Le 5, » T = + 9,5 » » = 998»
- Le 6, » » » » = 1000»
- « Le 7 décembre, une carafe de solution à 111 degrés est exposée à la fenêtre insolée; le 8, le degré s’élève à 293, et l’odeur caractéristique de la substance est notablement modifiée. J’ai à peine besoin d’ajouter que les différences de litre apparent coïncident avec un dégagement considérable d’oxygène.
- « Voulant me rendre un compte exact de ce qui arriverait si la liqueur chlorée était soustraite à faction solaire, je pris deux carafes contenant des solutions à 100 degrés. L’une- fut placée, le 10 décembre 1845, près de la fenêtre, et la seconde dans une boîte de fer-blanc. Le 12, la liqueur insolée, essayée avec la solution arsénieuse de Gay-Lussac, donnait 101 degrés, celle de la boîte de fer-blanc avait conservé son premier titre, soit 100 degrés. En exposant cette dernière à la lumière diffuse, son degré s’éleva très-lentement, mais je remarquai que, pendant l’essai, et contrairement à ce qui arrive d’ordinaire, si, après la décoloration du sulfate d’indigo, on ajoutait une nouvelle quantité de ce réactif, le liquide redevenait bleu; son odeur, du reste, comme celle du liquide insolé, accusait une différenre très-notable de composition avec une solution normale de chlorure.
- « Je soumis du chlorure de chaux sec à l’action solaire d’une part, et à l’action de l’air de l’autre, et je pus constater, contrairement à l’opinion de M. Kolb, que ce chlorure se modifie d’une manière lente et moins nette, mais se modifie toutefois par
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- l’insolation de manière à offrir un titre apparent trop élevé. L’action se complique par l’influence de l’air humide et chargé d’acide carbonique, et je reconnus que tel chlorure pulvérulent, à 100 degrés, exposé à l’air pendant quatre jours, devenait humide et n’accusait plus que 90 degrés, tandis que, recouvert d’une légère couche de chaux vive hydratée, qui se carbonatait peu à peu, il n’avait rien perdu pendant le même temps.
- « Je me disposais à publier les résultats de ces observations, lorsque le premier volume de la Chimie élémentaire du regrettable Dupasquier me tomba sous les yeux; j’y vis que M. Yautier avait constaté, dès l’été de 1840, dans la fabrique de MM. Estienne et Jalabert, de Lyon, des faits identiques à ceux qui m’avaient frappé; j’y vis également que ces faits avaient été communiqués par M. Yautier au Congrès scientifique, dont la session de 1844 avait été tenue à Lyon ; j’appris enfin que sur la relation de résultats analogues qui lui furent adressés par M. Caron, blanchisseur à Beauvais, Gay-Lussac déclara reconnaître la cause des erreurs fournies par son procédé chloro-métrique. Dans l’opinion de Gay-Lussac, « l’hypochlorite alcalin se transformerait, « sous l’influence de l’insolation, en hypochlorate Cl O4, lequel peut réagir sur les « matières colorantes en raison de l’oxygène de son acide, mais n’exerce pas d’action « oxydante sur l’acide arsénieux. »
- « Quoi qu’il en soit de cette transformation, que du chlore devienne acide chloreux ou que de l’acide hypochloreux prenne naissance comme le pensait Gay-Lussac, il n’en est pas moins vrai que le fait principal, c’est-à-dire la formation d’un composé oxygéné décolorant l’indigo, mais n’oxydant pas l’acide arsénieux, était nettement constaté à Lyon et à Beauvais, en 1841 par MM. Vautier et Caron, à Nantes, en 1845, par moi, et enfin, en 1855, à Paris, par MM. Fordos et Gélis. Il m’a paru intéressant de l’établir, car des observations nombreuses, faites à différentes époques et conduisant au même résultat, ne peuvent que donner un poids nouveau aux assertions récemment produites devant l’Académie. »
- (Comptes rendus de VAcadémie des sciences.)
- SUCRE DE BETTERAVES.
- SUR UNE MODIFICATION A INTRODUIRE DANS UE TRAITEMENT DES PULPES DE BETTERAVE,
- PAR M. CHAMPONNOIS.
- « Mes anciennes observations, dans ma longue pratique de l’industrie sucrière, et surtout celles que j’ai puisées dans les applications diverses de mon système de macération pour la distillerie, m’ont confirmé dans cette pensée, qu’il était possible,en appliquant les mêmes principes qui servent de base à la macération par les vinasses, de
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- conserver à la pulpe, sinon la totalité, au moins la majeure partie des matières extractives et azotées, et même des sels entraînés ordinairement avec le jus.
- « Un fait qui est à la connaissance de tous les distillateurs, opérant la macération au moyen des vinasses, c’est que dans le travail à l’eau, par lequel on commence nécessairement la macération, on n’obtient jamais le même rendement en alcool qu’avec l’emploi des vinasses 5 ce rendement augmente avec la densité des vinasses, soit que cette densité résulte des sels contenus dans la betterave, soit qu’elle provienne des sels ajoutés, du sel marin, par exemple.
- « D’autres analogies viennent aussi confirmer cette plus grande affinité de la matière végétale pour telle substance plutôt que pour telle autre.
- « Dans les fruits à l’eau-de-vie, ne voit-on pas le fruit s’assimiler de préférence la partie alcoolique, tandis que le liquide ambiant reste beaucoup plus sucré?
- « Voici, d’après ces bases, les expériences qui ont été faites, à plusieurs reprises, dans le laboratoire de MM. Périer etPossoz, et répélées plus récemment dans le laboratoire du Conservatoire des arts et métiers, sous les yeux de M. Payen, par MM. Champion et Pellet, ses préparateur et élève.
- « La quantité de betterave mise en œuvre a toujours été de deux kilogrammes. On a commencé par râper ces 2 kilogrammes, en y ajoutant 30 pour 100 d’eau; la pulpe en a été pressée comme à l’ordinaire, et le jus déféqué par la double carbonatation. Le jus, filtré au papier, a été concentré, avec addition de 1 pour 100 de noir fin, épuration qui est considérée comme équivalente à une filtration ordinaire, en fabrique sur gros noir. Ce sirop a été concentré à 22 degrés Baumé, filtré, et cuit à 115 degrés du thermomètre, puis mis à l’étuve pendant cinq à six jours, et, après cristallisation, a été purgé de son sirop d’égout.
- « Pour la seconde opération, comme pour toutes celles qui ont suivi, ce sirop d’égout a été dilué dans environ 60 pour 100 d’eau du poids de la betterave ; cette solution, chauffée au bain-marie et mélangée à la pulpe de 2 kilogrammes de betterave, a été entretenue pendant dix à quinze minutes à la température de 70 à 80 degrés. Toute la masse a été pressée et traitée par les mêmes moyens de défécation,carbonatation, concentration et cuite, que pour la première opération.
- « Un caractère bien déterminé, et qui est aussi un indice de la bonne qualité du travail, c’est que les sirops d’égout sont francs et sans saveur désagréable, comme tous ceux de même nature qui proviennent du travail ordinaire et des meilleures fabriques.
- « Ce sirop est très-sec, aussi fluide que le sirop vert qui s’écoule des raffinés, et la purgation en est très-rapide. Les moindres parcelles de ce sirop, restant adhérentes à la capsule, après la cuite, cristallisent entièrement et en cristaux bien déterminés, ainsi que les sirops les plus riches.
- « Ne doit-on pas conclure de ces résultats qu’il y a eu fixation des sels dans la pulpe? autrement leur accumulation, après sept opérations successives, n’aurait-elle Tome XV. — 67e année. 2e série. — Janvier 1868. 7
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- pas rendu la masse cuite presque incristallisable, et le goût du sirop n’en eût-il pas été fortement affecté ?
- « Toutes ces expériences, répétées dans des conditions diverses : à la fin de la dernière campagne, avec des betteraves conservées 5 au milieu de l’été, avec des betteraves en pleine végétation, et enfin, récemment, au moment de la grande fabrication, ont donné les mêmes résultats. N’est-on pas, dès lors, fondé à espérer une réalisation pratique, industrielle de ce mode de travail?
- a Avec le mode actuel de fabrication, le jus enlève, en albumine et en sels, le double environ de la quantité retenue par la pulpe; toutes ces matières sont séparées par la défécation, ou restent dans les mélasses, et sont, par conséquent, perdues comme matière alimentaire.
- « Les pulpes obtenues par le nouveau traitement conservent, au contraire, toutes ces matières, et ont un poids bien plus réduit que la pulpe ordinaire; elles peuvent donc, en retournant à la ferme, lui rendre les principes alibiles, et notamment les sels, dont sont rapidement épuisées les terres qui exploitent des betteraves, même quand on leur restitue la quantité de pulpes ordinaires proportionnnelle au poids des betteraves qu’elles ont produites, car cette proportion ne correspond qu’au tiers, tout au plus, de principes utiles que renfermait la betterave.
- « L’intérêt agricole se trouve donc complètement satisfait, puisqu’on ne laissera à la fabrique que le sucre, de même que par la distillation on n’y laisse que l’alcool, toutes matières auxquelles on peut substituer, pour l’alimentation, des substances plus communes et de peu de valeur.
- « L’intérêt industriel n’y trouve pas une moindre satisfaction; en effet,
- « Par le rechargement continu des sirops, on supprime le travail des bas produits, lequel entraîne des frais et un outillage dispendieux, bacs et citernes, et purgeries très-spacieuses, qui exigent un chauffage continu pour les maintenir à une température élevée.
- « Le seul inconvénient que ce travail entraîne réside dans la proportion d’eau qui est double environ de celle qu’on emploie ordinairement; mais l’augmentation de dépense qui en résulte se traduit simplement en une proportion de charbon que le calcul fait ressortir à 1 franc de plus par 1,000 kilogrammes de betteraves, et en des dimensions un peu plus grandes à donner aux appareils qui reçoivent les jus.
- « Ces frais sont insignifiants, en comparaison de tous les avantages qui ressortiraient du nouveau travail, au point de vue des deux intérêts agricole et industriel. »
- (Ibid.)
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- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Sap la préparation de l’acide formique, par IKII. Iiorin et Sticl&t.—
- M. Stieht, de Brooklyn, près de New-York, ayant exécuté en grand le procédé publié, il y a peu de temps, par M. Lorin, pour la préparation de l’acide formique, au moyen de l’acide oxalique et de la glycérine, annonce qu’il l’a trouvé très-digne d’être recommandé. Il a opéré comme il suit : dans une cucurbite en plomb, contenant 272Ut,50, disposée de manière à pouvoir être chauffée par de la vapeur sous tension, il a placé 45llI,34 de glycérine tout à fait commune, à 26 degrés Baumé, 34k,,01 d’acide oxalique et 341,01 d’eau. C’était le soir : pendant la nuit, on a fait arriver entre les deux parois de la cucurbite assez de vapeur pour porter le contenu presque à l’ébullition, mais on a eu soin de ne pas chauffer davantage et de maintenir cette température. Le lendemain matin, on a commencé à chauffer davantage, et l’on a distillé jusqu’à ce que la production cessât. On a alors ajouté 22*,67 d’eau et recommencé la distillation. Après avoir fait encore une opération semblable, on a réuni tous les produits, on les a saturés avec du carbonate de soude, et enfin on a évaporé à siccité. On a obtenu ainsi 28k,10 de formiate de soude, dont on a ensuite extrait l’acide formique que l’on a trouvé très-pur.
- Ce procédé présente de grands avantages sur celui où l’on emploie la fécule et le bioxyde de manganèse, parce qu’il permet d’opérer sur de grandes quantités, et que la glycérine peut toujours être employée de nouveau.— (Wiltstein's Vierteljahresschrift et Dingler’s polytechnisches Journal.)
- Sur les propriétés de l’acide picriqwe, par M. Carej Lca. — L’auteur ne considère comme bonnes les méthodes de purification de l’acide picrique que quand elles sont fondées sur l’insolubilité des picrates alcalins dans les liqueurs alcalines. Il sature exactement l’acide avec du carbonate de soude, met dans la solution filtrée quelques cristaux du même sel, et obtient par le refroidissement presque tout ce qu’il trouve de picrate de soude dans le liquide. On décompose ensuite ce sel par un excès d’acide sulfurique, et l’on purifie l’acide picrique en le faisant cristalliser plusieurs fois dans l’alcool.
- Le meilleur réactif pour reconnaître la présence de l’acide picrique est une solution de sulfate de cuivre clans l’ammoniaque; elle donne un précipité vert.Une solution de sulfure alcalin dans un excès d’alcaü, ou bien de cyanure alcalin dans l’ammoniaque, chauffée avec de l’acide picrique, donne, à la vérité, une couleur rouge, mais cette réaction n’indique que 1/4000 d’acide, tandis que la solution ammoniacale de cuivre en décèle 1/3600.
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- L’acide picrique se dissout dans l’acide sulfurique, quoiqu’en petite quantité. Le maximum de solubilité a lieu lorsque l’acide sulfurique est étendu de onze fois son volume d’eau. Les solutions ne sont cependant pas colorées, et c’est, sans doute, ce qui a fait regarder l’acide picrique comme insoluble dans l’acide sulfurique. Les corps désoxygénants agissent de diverses manières sur une solution alcoolique d’acide picrique. L’acétate de fer, à 100 degrés centigrades, colore en bleu, en violet ou en vert la dissolution d’acide picrique, mais bientôt il se forme un précipité noir, et le liquide reste coloré en brun. Lorsqu’on l’a filtré, les acides ne le changent pas, mais les alcalis le décolorent. Si l’on précipite l’acide picrique par l’alcool, après l’avoir fait digérer pendant quelque temps sur de l’acide sulfurique et sur du zinc, on obtient une solution qu’un bicarbonate alcalin colore en un violet bleu foncé ; la nuance passe bientôt au brun sale, et il se dépose une poudre soluble dans les acides, mais insoluble dans les alcalis. — (Chemüches Cenlralblatl et Dinglerspolytcchnisches Journal.)
- Soir d’aniline employé comme marque indélébile sur le linge, pas* II. le docteur Jaeobsexa. — On prépare l’encre indélébile en réunissant les deux solutions suivantes :
- L Solution de cuivre. On prend 8§r,52 de chlorure cle cuivre cristallisé, 10sr,65 de chlorate de soude et 5§r,35 de chlorure d’ammonium que l’on fait dissoudre dans 60 grammes d’eau distillée.
- IL Solution d’aniline. On fait dissoudre 20 grammes de chlorhydrate d’aniline dans 30 grammes d’eau distillée, et l’on y ajoute 20 grammes d’une solution de gomme arabique (dans la proportion de 1 de gomme pour 2 d’eau), avec 10 grammes de glycérine.
- En mêlant à froid quatre parties de la solution d’aniline avec 1 partie de la solution de cuivre, on obtient une liqueur verdâtre qui peut être employée immédiatement à tracer des caractères sur le linge, mais qui s'altère au bout de quelques jours. Il est donc nécessaire de tenir ces solutions séparées jusqu’au moment où l’on veut s’en servir. On trace les caractères, soit à la plume, soit à la brosse, soit au pinceau; si la liqueur ne coule pas bien dans la plume, on peut l’étendre suffisamment sans craindre de diminuer trop l’intensité de la teinte, qui paraît d’abord d’un vert pâle, mais qui devient progressivement noire par son exposition à l’air. Âu reste, les caractères noircissent instantanément, si l’on passe sur l’envers un fer chaud à repasser, ou si l’on chauffe modérément cet envers sur une lampe a esprit-de-vin. Comme la chaleur sèche, tend à rendre cassants les filaments qui ont reçu la coloration, il vaut mieux exposer l’étoffe à la vapeur de l’eau fortement bouillante, et cette température suffit pour produire instantanément la réaction, c’est-à-dire pour développer le noir d’aniline. Après le passage à la vapeur, on lave légèrement le tissu dans de l’eau de savon tiède, et l’on voit les caractères devenir d’un beau noir bleu. Cette encre résiste aux acides et aux alcalis ; et, si l’on a eu soin que le liquide traversât la pièce et rendît les caractères
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- visibles à l’envers, on n’a point à craindre que la couleur ne s’altère à la lessive. — (Jacobseris chemisch-technisches Repertorium, et Dingler’s polytechnisches Journal.|
- Enduit pour les cristallisoirs eu fer, par II. le docteur J. Stinde. —
- L’influence de la grandeur, de la forme et de la profondeur des cristallisoirs sur les cristaux est bien connue des chimistes, et la nature des matériaux dont on compose ces vases n’est pas moins importante. Lorsque les sels ont de la valeur, on doit presque toujours rejeter le bois pour la construction des cristallisoirs, parce que ses joints ne résistent pas longtemps à la pression des liquides, et donnent bientôt lieu à des fuites qu’il est difficile d’étancher. Les réservoirs en fer ont été souvent employés pour les solutions neutres ou alcalines 5 mais on y a renoncé dans beaucoup de cas, parce que l’on ne pouvait que difficilement empêcher la rouille de se former et de colorer les sels en jaune. Divers enduits qui, pour d’autres usages, avaient paru très-satisfaisants n’ont eu, dans leur application aux cristallisoirs, que des résultats négatifs : tantôt ils se détachaient, tantôt ils étaient traversés par la rouille, dès que le vase était resté vide pendant un ou deux jours. Le mélange d’oxyde de zinc et de verre soluble, qui avait été d’abord recommandé, s’est trouvé tout à fait inefficace ; à la vérité, il adhère bien au fer, mais il ne prévient pas la rouille. On a essayé aussi plusieurs peintures à l’huile, mais toutes ont plus ou moins échoué, à l’exception du minium de fer (peroxyde de fer mêlé d’alumine), qui a parfaitement réussi.
- Après avoir bien broyé ce minium, on le mêle avec de l’huile de lin rendue siccative par le manganèse, et l’on applique cet enduit sur les parois en fer, soigneusement nettoyées et dérouillées au moyen de la pierre-ponce. Ces parois doivent être parfaitement séchées avant l’application du premier et du second enduit qui suffit ordinairement.
- Les eaux chargées de salpêtre, de sulfhydrate de potasse, de chlorure de baryum et de nitrate de baryum ont subi la cristallisation dans des réservoirs de ce genre, sans y rien perdre de leur blancheur, et ce n’est qu’au bout d’un an qu’il a paru nécessaire de visiter ces vases. La couleur n’avait été détruite que sur les points où il s’était formé des incrustations salines, dont l’enlèvement avait été, pour des ouvriers imprévoyants, l’occasion de mettre le fer à nu. — (.Hamburger Gewerbeblatt et Dingler’s polytechnisches Journal.)
- Usage de la rosaniline, comme réactif, pour reconnaître la présence des acides gras, par II. le docteur Jacobsen. [Extrait.) — Si l’on place, dans une huile bien neutre, une petite parcelle de rosaniline sèche, que l’on agite et que l’on chauffe au bain-marie, on n’observe aucune dissolution ; mais, si l’huile est un peu rance, elle prend promptement une légère nuance rouge qui devient très-prononcée et peut même atteindre celle du jus de framboise, si l’huile a plus de rancidité.
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- Les. fuchsines du commerce (chlorhydrate, arséniate, etc., de rosaniline) ne se dissolvent ni dans les huiles neutres, ni dans celles qui sont rances.
- L’acide oléique et les autres acides gras dissolvent la rosaniline en grande quantité et se colorent jusqu’à l’opacité complète, parce que l’oléate de rosaniline se dissout, en toutes proportions, dans les huiles et dans les autres corps gras.
- Cette propriété permet donc d’employer, dans beaucoup de cas, la rosaniline pour reconnaître, dans les huiles, la présence des acides gras. On trouve, par exemple, depuis quelques années, dans le commerce, de prétendues huiles blanches de foie de morue qui ne sont que des graisses fluides d’animaux très-jeunes, ou bien qui sont réellement de l’huile de foie de morue, mais qui ont été agitées avec une solution de potasse, puis soumises au repos et filtrées. Or, comme les effets thérapeutiques de l’huile de foie de morue dépendent essentiellement de la quantité des acides gras qu’elle contient à l’état libre, ces huiles, ainsi blanchies, ne peuvent, non plus que les graisses des très-jeunes animaux, être qu’inertes. La bonne huile de foie de morue, agitée dans un verre à pied avec un peu de rosaniline, se colore promptement en rouge, même à froid, et prend une nuance très-foncée, si on la chauffe au bain de sable, tandis que la mauvaise ne s’y colore nullement.
- Lorsqu’une huile ne contient qu’une très-petite quantité d’acides gras, lorsqu’elle n’est que légèrement rance, il arrive souvent que la coloration ne devient sensible qu’après un certain temps. Dans ce cas, il vaut mieux préparer d’avance une dissolution de rosaniline dans l’alcool absolu, en verser quelques gouttes dans l’huile à essayer, et chauffer le tout au bain-marie jusqu’à ce que l’alcool soit évaporé. S’il n’existe pas d’acide gras, la rosaniline se sépare bientôt en montant à la surface, ou bien reste à l’état de suspension en poudre brune, si l’huile est trop épaisse.
- Des échantillons d’huile ordinaire, pris dans le commerce, ont donné les résultats suivants : l’huile d’olive et celle d’amandes douces n’ont pas été colorées par la rosaniline ; l’huile de pavot est devenue légèrement rouge ; celle de lin a pris une forte nuance rendue brunâtre par la couleur propre de cette huile. On a observé une coloration plus intense sur l’huile de ricin. Il a suffi, au reste, de mêler à l’huile d’olive o centièmes d’acide oléique pour obtenir, par la rosaniline, une teinte analogue à celle du jus de framboise.
- Il n’est pas à propos de chauffer à plus de 100 degrés C., car on s’exposerait à des erreurs. On pourrait remplacer la rosaniline par d’autres couleurs àbase d’aniline, mais la rosaniline, étant rouge, frappe beaucoup plus l’œil et se distingue mieux de la couleur jaune propre à la plupart des huiles. — (Dingler’s polytechnisches Journal.)
- Emploi de l’acier Ressemer dans la fabrication des ustensiles de ménage. — Le journal industriel et technique de Styrie contenait dernièrement, sur ce sujet, un rapport de M. le professeur Winter ; nous en extrayons ce qui suit :
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- Une propriété encore peu remarquée de l’acierBessemer estsa grande ductilité qui, à froid, se rapproche beaucoup de celle du laiton et du cuivre froids, ou du fer incandescent de bonne qualité. Aussi commence-t-on à employer ce nouveau produit à la fabrication d’un grand nombre d’ustensiles de ménage, tels que des vases pour la cuisine, des tasses, des capsules, des cuvettes, et d’autres ouvrages laminés ou estampés. L’économie, par rapport au cuivre ou au laiton, est des deux tiers ou de la moitié. Cet acier ne présente aucun danger; il a sur la vaisselle d’étain l’avantage de ne pas se fondre ; enfin, dans l’usage domestique, on le chauffe avec beaucoup moins de combustible que la fonte, dont les parois, plus épaisses, conduisent moins bien le calorique.
- On fabrique ces vases en plaçant sur le tour, dans un mandrin en bois, une lame ronde de tôle d’acier Bessemer ; on met le tour en mouvement, et l’on force le métal d’entrer dans le mandrin et d’en prendre la forme, en pesant fortement dessus avec un repoussoir en métal. On répète cette opération en employant des mandrins de plus en plus creux, dont la forme s’approche graduellement de celle que doit définitivement avoir l’objet, que l’on retourne ensuite et que l’on assujettit sur un mandrin portant en relief la forme du creux.
- Enfin on consolide le bord en le repliant en forme d’ourlet sur un fil de fer qui doit être complètement couvert. Il faut, selon la qualité de l’acier et la forme du vase, une succession de 3, 4 ou 5 mandrins dans les cas ordinaires. Pour garantir de la rouille les objets terminés, on les étame intérieurement et extérieurement. — (Dingler's polylechnisches Journal).
- Sur I» treaa®pe des lames de scie et des ressorts. — Ees lames de scie, les ressorts et les autres objets analogues sont trempés, comme on le sait, dans des mélanges d’huile, de suif, de cire et d’autres substances, mais ces compositions perdent leur qualité lorsqu’elles ont servi pendant quelque temps. Les lames de scie, notamment, sont chauffées dans de longs fourneaux, puis trempées horizontalement quant à leur longueur et verticalement quant à leur tranche, dentées ou non dentées, dans de longues auges, pleines du mélange convenable. Ces auges, rangées les unes à côté des autres, sont en nombre suffisant pour que chacune ait le temps de se refroidir complètement pendant que l’on passe, à tour de rôle, de l’une à l’autre.
- Dès qu’une lame est froide, on l’essuie avec un morceau de cuir qui la laisse encore grasse ; on la met ensuite à plat sur un feu clair de coke, jusqu’à ce que la graisse qui la couvre prenne feu.
- Un mélange éprouvé se compose de k litres et demi d’huile de poisson, lk,120 de suif, et 0k,140 de cire d’abeilles. Ce mélange convient bien pour la trempe des petits objets, en toute espèce d’acier. En y ajoutant environ 0k,560 de résine de pin, on obtient une composition plus propre à la trempe des objets plus épais, ou de ceux qui ne prennent pas assez de dureté dans le mélange précédent. Cependant il faut déter-
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- miner par des expériences la quantité convenable de résine, parce qu’une dose trop forte rendrait les objets secs et cassants. Lorsque le mélange, altéré par l’usage, ne donne plus une bonne trempe, il faut nettoyer les auges et les remplir de composition neuve.
- On recommande encore la formule suivante : 90 litres d’huile de sperma ceti, 11\200 de suif fondu, 4 litres et demi d’huile de pied de bœuf, 0k,560 de poix, et ll,680 de résine de pin. On fait fondre ensemble les deux dernières substances, puis on les mêle bien aux trois premières ; on fait ensuite chaufferie tout dans un vase en fer jusqu’à ce qu’il ne s’en dégage plus de vapeurs aqueuses, et qu’une allumette suffise pour l’enflammer. On pose aussitôt dessus un couvercle tenu tout prêt et fermant bien, afin d’étouffer le feu.
- Lorsque l’on veut donner une dureté particulière aux lames de scie, on ne laisse brûler qu’en partie l’enduit gras qui les couvre. Si l’on veut une trempe molle, on prolonge davantage la combustion. Pour les ressorts, on laisse brûler jusqu’à ce que la flamme s’éteigne d’elle-même. Pour les objets de dimensions grandes ou irrégulières, comme, par exemple, pour certains ressorts, on renouvelle le recuit en entier ou par places, selon le besoin.
- Souvent les grands ressorts des batteries de fusil sont bouillis longtemps dans un vase en fer plein d’huile. Le recuit pénètre ainsi dans toute la masse et acquiert beaucoup d’uniformité, sans que les parties minces souffrent de la prolongation de la chaleur. Les ressorts et les lames de scie semblent perdre une partie de leur élasticité, lorsqu’on les dégrossit sur la meule et qu’on les polit après la trempe et le recuit. Plusieurs praticiens croient que l’on peut leur rendre l’élasticité en les maintenant et en les chauffant jusqu’à la couleur paille sur un feu clair. — (Dingler’s polytechnisches Journal.)
- Nouveaux emplois du mica, par M. Pusdier. — M. Puscher a dernièrement appelé l’attention de la Société industrielle deWuremberg sur le mica de Sibérie, qui se trouve si abondamment en tables très-belles, et qui n’avait guère encore été employé que pour faire des vitres de fenêtres et de lanternes, ou pour des cylindres de lampes à huile de pétrole; il a indiqué, ensuite, de nouveaux usages auxquels ce minéral est très-propre.
- Si, après l’avoir réduit en lames minces, on le nettoie avec de l’acide sulfurique concentré, et qu’on l’argente comme le verre, on le voit prendre un éclat semblable à celui de l’argent ; et, comme les lames sont pliantes, on peut, en les découpant convenablement, s’en servir pour faire des incrustations et des ornements. Si, après avoir préalablement échauffé les lames minces, on les expose, pendant un temps très-court, dans une moufle à une forte chaleur rouge, elles présentent, par réflexion, l’aspect de l’argent mat, et, par transparence, celui d’un crêpe gris ; cependant, elles n’ont pas cette dernière apparence quand elles se composent encore de plusieurs lamelles superposées qui s’opposent au passage des rayons lumineux. On doit éviter de chauffer le
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- mica trop longtemps ou trop fortement, parce qu’il prendrait une nuance jaunâtre et se réduirait, par la trituration, en une poudre dépourvue d’éclat. Quoique la chaleur portée seulement jusqu’au point qui lui donne l’aspect de l’argent mat lui fasse perdre un peu de sa flexibilité, il se distingue encore alors des métaux par la propriété de résister à peu près à tous les réactifs, et de n’être point altéré par les combinaisons sulfureuses, par le soleil, l’eau, l’air, les acides concentrés, les alcalis. Si l’on veut donner à ces lames minces et mates différentes formes, il faut le faire avant de les exposer au feu. On peut les couvrir de laques à reflets colorés ou chatoyants, les peindre ou les vernir avec l’outremer, et, par conséquent, en faire des meubles, des coffrets, des échiquiers, etc. Si l’on réduit en petits morceaux les déchets de ce mica argentin, qu’on les fixe sur des feuilles de gélatine nouvellement coulées, et qu’après avoir laissé le tout sécher complètement, on donne dessus avec une brosse une couche de dissolution de gélatine colorée par de la suie, ces feuilles prennent, après leur dessiccation, l’aspect du granit. Si l’on porphyrise le mica argentin, et qu’on le rende seulement médiocrement fin, on peut en l’appliquant au pinceau sur des feuilles colorées de gélatine ou sur du papier, obtenir des dessins remarquables. En le broyant encore plus fin et le mêlant à une solution de gomme, on obtient une espèce d’encre d’argent. Le plus grand emploi du mica argentin paraît cependant devoir se rencontrer dans la fabrication des papiers peints pour imiter les fonds d’argent ; son prix est très-peu élevé. — (Dingler’s polytechnisches Journal.)
- Préparation du collodion pour la photographie, par M. le docteur IKeissig. — M. le docteur Stinde annonce avoir essayé, avec le plus grand succès, la recette suivante due à M. le docteur Reissig, pour la préparation du collodion. On remarque surtout l’éclat des épreuves obtenues meme avec une lumière médiocre.
- On fait dissoudre dans 0\330 d’alcool absolu, O11,0037 d’iodure de potassium, 0l,0037 d’iodure de cadmium; puis on ajoute 0\0049 de pyroxyline, que l’on a fait dissoudre dans 0\030 d’alcool et dans 0k,360 d’éther. On laisse reposer, et l’on décante dans de petits vases en verre. (Hamburger Gewerbeblatt, et Dingler’s polytechnisches Journal.)
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- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 10 janvier 1868.
- Présidence de M. le sénateur Dumas, président.
- Tome XV. — 67e année. 2e série. — Janvier 1868.
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- Correspondance. — M. Vouillon (F.), cité Trévise, 7, à Paris, envoie dans un paquet cacheté un mémoire concernant la fabrication d’un nouveau genre de fils et d’étoffes.
- Mémoire et dessins sur un moteur à pression d’eau présentés pour le prix que la Société doit décerner en 1868. Le nom de l’auteur est dans un paquet cacheté et est remplacé par la devise Urbi et Orbi. (Commission spéciale.)
- Mémoire et dessins présentés avec la devise Droit chemin, pour le concours ouvert en 1868 sur les régulateurs des becs de gaz. Le nom de l’auteur est dans un paquet cacheté portant la même devise. (Commission spéciale.)
- M. Duteil, rue de Gentilly, 33, à Montrouge-Paris, annonce qu’il a inventé une mécanique à air par laquelle, avec 5 kilog. de force, on peut produire 100 kilog. de pression. (Arts mécaniques.)
- L’Institution Smithsoniennedemande l’échange du Bulletin contre ses propres publications. (Commission du Bulletin.)
- La Société impériale et centrale des architectes présente trois candidats pour des médailles de contre-maîtres. (Commission spéciale.)
- M. Bouillon (J.), à Lyon (île Barbe), présente un nouveau graisseur automatique pour pistons et tiroirs de machines à vapeur. (Arts mécaniques.)
- M. Séry (V.), menuisier, cours Napoléon, 92, au Havre. Système de croisées et portes à fermeture hermétique. (Arts économiques.)
- Voisin (Benoît), à Sens. Nouveaux documents au sujet des échafaudages et échelles de sûreté qu’il a présentés. (Même comité.)
- M. Zumbrume (Ernest), mécanicien, rue Corbeau, 18, à Paris, demande une première annuité de brevet. (Arts mécaniques.)
- M. Marchand, rue des Fossés-Saint-Victor, 12, à Paris, demande une deuxième annuité de brevet. (Arts économiques.)
- M. Sorel, ingénieur, rue Fontaine-au-Roi, 17, à Paris, écrit à l’occasion de la communication faite, dans la dernière séance, sur les chaudières à vapeur, par M. Bois (Victor), pour réclamer la priorité d’invention pour l’emploi de la vapeur surchauffée.
- M. Coignet (François), rue Miroménil, 98, à Paris, demande l’autorisation de faire, devant la Société, une exposition de son système de silos en béton comprimé pour la conservation des grains.
- M. Ckiandi (A. C.), rue des Auffiers, 1, soumet au jugement de la Société son nouveau système pour l’emmagasinage des essences et huiles de pétrole. (Arts économiques.)
- M. Furca{E.), ingénieur civil et propriétaire-cultivateur, adresse à la Société diverses réflexions sur l’agriculture et l’emploi des prestations en nature. (Agriculture.)
- M. Salomon (du Finistère), rue Léonie, 11, à Montmartre-Paris, demande un secours. (Commission des fonds.)
- MM. Gère (P.) et Mongruel (Em.), manufacturiers, rue Taranne, 10, à Paris, pré*
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- sentent un extrait de viande qu’ils annoncent comme préférable et à meilleur marché que celui de M. Liebig. (Arts économiques.)
- M. Sacc, à Neuchâtel (Suisse), adresse à la Société une médaille qui a été frappée à Neuchâtel en commémoration de l’arrivée des eaux de source qui ont été amenées dans la ville. Il fait connaître le projet qu’ont les habitants d’utiliser ces eaux et celles qu’on pourra amener par la suite pour faire marcher de petits moteurs dans les ateliers de cette ville, et joint à sa lettre une notice imprimée dans un annuaire, à Neuchâtel, qui fait connaître les parties essentielles de ces grands travaux.
- M. Robineau fils, rue de Turenne, 129 (au Marais), à Paris, envoie à la Société un spécimen des médailles qu’il grave et les prix auxquels il peutlesoffrir.il demande d’être chargé de la fourniture des médailles que fait frapper la Société. (Commission des beaux-arts.)
- M. de Laborie, boulevard Sébastopol, 27, à Paris, demande des renseignements sur ce qui a été fait de plus nouveau en sériciculture. (Agriculture.)
- Communications. — M. Lissajous, membre du Conseil fait à la Société une communication sur le régulateur de lumière électrique de M. Foucault, modifié par M.Du-boscq.
- La lumière électrique fut découverte, en 1815, par Davy, qui, en employant une pile de 2,000 éléments, vit deux cônes de charbon devenir incandescents, même à une distance de 10 à 11 centimètres l’un de l’autre, et une espèce de flamme composée d’arcs lumineux s’étendre entre eux. Cette expérience, citée dans tous les cours de physique, était, en 1842, restée sans emploi, parce qu’il manquait trois choses pour sa vulgarisation : 1° une pile commode, 2° des charbons dont l’usure fût moins rapide, et 3° un mécanisme régulateur de la marche des charbons.
- La pile fut trouvée par Grove et perfectionnée par Bunsen, qui substitua au platine un charbon spécial, dur, et bon conducteur. Maintenant la pile de Bunsen est employée partout, et avec 60 éléments elle donne une lumière très-intense.
- Le charbon convenable fut trouvé, l’année suivante, par M. Foucault, dans les dépôts de charbon compacte qu’on extrait des cornues des usines à gaz, et qu’on découpe en crayons rectangulaires; il est à la fois homogène, dur, compacte, et bon conducteur de l’électricité.
- En 1844, M. Foucault construisit, avec M. Donné, un microscope photo-électrique qui produisit des effets remarquables, mais dont la lumière n’était pas régularisée.
- Cinq ans plus tard, en 1849, il construisit le premier appareil régulateur de la lumière électrique. La priorité de la publication revient h l’Angleterre, et l’instrument annoncé était peut-être fort incomplet, mais au moment de cette publication M. Fow-cault apporta à l’Institut celui qu’il avait construit, qui était complet et marchait régulièrement. Il se composait de deux chariots portant les charbons poussés l’un vers l’autre par des ressorts, tandis qu’un écartement convenable entre les pointes des crayons
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- était produit par le frottement, sur un volant, d’une pièce pressée par une action dynamique du courant lui-même. Les deux crayons ne s’usant pas également, c’est-à-dire brûlant dans le rapport de deux à un, on tint compte de cette circonstance.
- Cet appareil fut employé le 16 avril 1849 sur la scène de l’Opéra, pour l’imitation du soleil dans l’opéra le Prophète. Il fut, plus tard, simplifié par M. Duboscq, qui plaça les crayons de charbon sur une ligne verticale, lui donna la forme d’une lampe et le nomma lampe électrique. Sous cette forme, l'instrument aurait été complet s’il avait pu s’allumer spontanément à distance. Les procédés pour lui donner cette propriété furent l’objet de recherches de la part de divers physiciens, et c’est M. Serrin qui, le premier, a obtenu l’allumage automatique des lampes à une distance quelconque de l’opérateur.
- M. Foucault a de nouveau repris, plus tard, cette partie du problème, et l’a résolu d’une manière nouvelle; les charbons, d’abord au contact, deviennent incandescents, se séparent, se décroisent, si par accident ils sont croisés, reculent jusqu’à la distance normale et se maintiennent dans cette position. L’appareil peut, d’ailleurs, prendre toutes les inclinaisons désirables et fonctionner malgré les secousses.
- Enfin M. Duboscq y a fait une petite modification qui tient compte de ce que l’usure îles charbons s’opère dans une proportion différente, suivant que la source d’électricité et une machine magnéto-électrique ou une pile. La lampe électrique ainsi modifiée est donc un instrument achevé, satisfaisant à toutes les exigences de la théorie et de la pratique. M. Foucault, qui a ouvert la voie et a combiné le premier un instrument régulateur de la lumière électrique, a pu ainsi réaliser l’appareil complet.
- En faisant cet historique, M. Lissajous a donné la description détaillée de toutes les parties essentielles de celte lampe électrique.
- Profitant ensuite des appareils qui sont à sa disposition et du concours expérimenté de M. Duboscq, M. Lissajous fait voir à l’assemblée les raies caractéristiques du spectre de plusieurs nouveaux métaux rares.
- Les vapeurs métalliques incandescentes ont la propriété de présenter des spectres différents de celui du soleil ou des autres sources de lumière et remarquables par des raies colorées dont la position, dans le spectre, est différente, suivant le métal mis en expérience. Ces raies ont servi à caractériser les métaux et à les faire reconnaître. De là une méthode nouvelle d’analyse qualitative qui a des conséquences d’une importance majeure.
- Une deuxième propriété du même genre, et qui est une conséquence de la précédente, consiste en ce que les vapeurs métalliques traversées par une lumière éteignent les rayons dont la réfringence est la même que celle des raies colorées que ces vapeurs auraient pu produire, de sorte que ces raies colorées sont, en ce cas, remplacées par des raies noires.
- Après ces courtes explications, M. Lissajous montre successivement :
- Le spectre de la vapeur de cuivre, remarquable par deux belles raies vertes;
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- Le spectre de la vapeur du zinc, ayant deux raies bleues et une rouge;
- Le spectre produit par Yalliage ou laiton, qui a simultanément les deux espèces de raies ;
- Le spectre de Y argent, qui a deux raies vertes plus espacées que celles du cuivre et de belles raies violettes;
- Le spectre du thallium, qui a une raie verte très-prononcée, placée autrement que celles dont on vient de parler;
- Le spectre de Y indium, qui a, entre autres, une très-belle raie d’un bleu violacé;
- Le spectre du sodium, remarquable par une belle raie jaune.
- A cette occasion, M. Lissajous a montré l’inversion de cette raie dans le spectre, c’est-à-dire sa transformation en une raie noire lorsque, les premières parties du sodium étant volatilisées, la lumière du sodium incandescent traverse cette vapeur, s’y éteint. Cette expérience de M. Fizeau avait été indiquée en principe par M. Foucault.
- Nomination de membres. — MM. Duret, fabricant de produits chimiques, à Paris, et Mouquet (Edmond) fils, constructeur-mécanicien, à Lille, sont nommés membres de la Société.
- Elections. —M. le Président de la Société ouvre le scrutin pour les élections annuelles. Il rappelle que ces élections ont pour objet de renouveler le Bureau du Conseil en entier et un tiers des membres de ses comités.
- Le dépouillement du scrutin donne les résultats suivants.
- Bureau. MM. le sénateur Dumas, président; le baron Séguier et Balard, vice-présidents; le baron Dupin (Ch.), secrétaire général; Combes (Ch.) et Peligot (Eugène), secrétaires adjoints ; Laboulaye et Avril, inspecteur général des ponts et chaussées en retraite, censeurs; Goupil de Préfeln, trésorier.
- Commission des fonds. MM. le comte de Mony-Colchen, baron de Ladoucetle et Go~ dard-Desmaretz sont réélus.
- Comité des arts mécaniques. MM. Âmédée-Durand et Baude sont réélus ;M. Cavéest élu en remplacement de M. Calla, nommé, sur sa demande, membre honoraire, et M. Victor Bois remplace M. Benoît, décédé.
- Comité des arts chimiques. MM. Payen et Bussy sont réélus; MM. Barreswil et Debray sont nommés en remplacement de M. Balcrd, élu vice-président, et de M. Gaultier de Claubry.
- Comité des arts économiques. MM. Priestley et Lissajous sont réélus ; MM. Molinos et Leroux sont élus en remplacement de MM. Prélat et baron de Silvestre, nommés membres honoraires.
- Comité â! agriculture, MM. Tiuzard et Brongniart sont réélus ; M. Bella est élu en remplacement de M. Darblay, nommé, sur sa demande, membre honoraire.
- Comité de commerce. M. Chapelle est réélu; MM. Legentil et Wolowski sont élus en
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- remplacement de M. Gaulthierde Rumilly, nommé membre honoraire, et de M. Bië-try (1).
- Séance du 24 janvier 1868.
- Présidence de M. le baron Séguier, vice-président.
- Correspondance. —• M. Y. M. Thomas, horloger, boulevard Ménilmontant, 99, présente à la Société un échappement à balancier circulaire pour pendules, et une sonnerie fonctionnant sans mécompte, quelle que soit la position du mouvement. (Arts mécaniques.)
- MM. Batte frères, à Damery (Marne); aspirateur des poussières pour le repiquage des meules. (Arts mécaniques.)
- MM. Garnier et comp. demandent l’examen des appareils contrôleurs automatiques du gaz, qu’ils avaient présentés en 1864 et qu’ils ont perfectionnés depuis cette époque. (Arts économiques.)
- M. Le'ard (Auguste), employé du télégraphe, bureau central, rue de Grenelle, 103, présente des appareils électriques ne marchant pas d’une manière continue et offrant certains avantages pour avertir de la rupture d’un convoi de chemin de fer, ou de l’ouverture d’un coffre-fort. (Arts économiques.)
- A l’occasion de cette communication, M. Combes,secrétaire, rend compte des expériences qui sont faites en ce moment, pour appliquer le principe des sonnettes pneumatiques à l’établissement d’une communication entre le conducteur d’arrière d’un train et le mécanicien de la locomotive. Des tuyaux de 8 millimètres de diamètre placés sous les waggons sont reliés lors de la formation du train par des tubes en caoutchouc, et établissent une communication pneumatique entre une petite pompe à air près du conducteur du train, et une sonnerie près du mécanicien ; la transmission des signaux se fait bien et les expériences ont réussi d’une manière satisfaisante.
- M. Courme (Antoine), mécanicien, à Yence (Alpes-Maritimes), fait connaître une invention qu’il nomme aide-travail des moteurs. (Arts mécaniques.)
- M. le Ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics envoie à la Société deux exemplaires du tome LX des Brevets d’invention et du n° 8 du Catalogue de ces brevets.
- M. Malfait fils (J.), membre de la Société, adresse une note sur l’emploi d’un mordant remplaçant le tartre dans la teinture en laine des couleurs qui nécessitent l’emploi des sels d’étain. (Arts chimiques.)
- M. A. Chevallier fils, rue du Faubourg-Saint-Denis, 188, signale à la Société les travaux qu’il a faits dans l’intérêt de l’agriculture, en indiquant l’emploi de l’acide
- (1) Voir plus haut, p. 3, la composition du Conseil pour 1868.
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- chlorhydrique pour la conservation des matières animales, et envoie un mémoire descriptif de ses procédés. (Agriculture.)
- MM. les Secrétaires font remarquer les publications ci-après, parmi les pièces imprimées adressées à la Société :
- M. Donnet, Nouveau système de puits produisant de grandes quantités d’eau. Lyon, 1867, broch. in-8 de 24 pages. (Arts mécaniques.)
- M. Gloede (Ferdinand), à Beauvais (Oise) ; les bonnes Fraises. Paris, Aug. Goin, éditeur, broch. in-18 de 148 pages. (Agriculture.)
- Rapports des comités. —M. Breguet lit, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur les montres présentées par M. Roskopf, fabricant d’horlogerie, à Chaux-de-Fond (Suisse).
- Le comité des arts mécaniques propose de remercier M. Roskopf de sa communication et d’imprimer le rapport m Bulletin avec un dessin du mécanisme. Ces conclusions sont approuvées par le Conseil.
- M. Lavollée lit un rapport, au nom du comité de commerce, sur une brochure publiée par la Société industrielle de Mulhouse, relative aux accidents de fabriques.
- Le comité conclut en proposant d’insérer le rapport au Bulletin. Ces conclusions sont adoptées par le Conseil.
- Communications.— M. deLuynes, membre du Conseil, présente, au nom de M. Bour• bouse, un appareil d’éclairage où la lumière est produite par une toile de platine rendue incandescente par la combustion du gaz d’éclairage dans un courant d’air ordinaire forcé.
- Cet appareil se compose d’un chalumeau à peu près semblable à celui deM.Schlœsing, mais dont l’extrémité est évasée en cornet de 3 à 4 centimètres de diamètre. Ce pavillon est fermé par une plaque percée d’un grand nombre de petits trous, qui est recouverte par un tissu en platine. Le platine est porté au rouge blanc par la combustion et produit une lumière d’autant plus vive que le courant d’air alimentant la combustion du gaz est plus intense. Avec une pression de 20 centimètres de mercure, l’éclat est égal à celui d’un bec d’Argand; avec une pression de 38 centimètres, la lumière est celle de sept becs semblables : au delà, on atteindrait la fusion du tissu de platine.
- La dépense de cet éclairage est cinq fois celle d’un bec d’Argand, et, comme la lumière produite est sept fois plus grande, il procure une économie de 20 p. 100, déduction faite de tous les frais nécessaires pour produire la pression. M. le Président remercie M. de Luynes, et renvoie au comité des arts économiques l’examen de ce nouvel éclairage.
- M. de Luynes, au nom de M. Ruhmkorff, met sous les yeux de la Société l’appareil de M. Beanes pour la production de l’ozone par l’électricité. Cet appareil est un condensateur entre les lames duquel on fait passer l’air ou l’oxygène qu’on veut ozoniser 5 l’électricité agit ainsi par influence et d’une manière immédiate. Le gaz, au sortir de l’appareil, attaque énergiquement le caoutchouc, décolore le tournesol, etc. Cet appa-
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- reil paraît appelé à rendre des services pour les applications industrielles de l’ozone, telles que la décoloration des liqueurs, le blanchiment des tissus, etc.
- M. de Luynes montre ensuite à la Société la belle expérience de M. E. Becquerel, membre du Conseil, sur la coloration de l’étincelle électrique par une dissolution saline. Quand on fait éclater les décharges d’un appareil d’induction entre la surface supérieure d’une dissolution saline et l’extrémité d’un fil de platine tenu à distance, cette étincelle se colore de nuances différentes suivant la nature des sels employés dans l’expérience. Les dissolutions salines sont placées dans des tubes de verre, de façon que les décharges passent dans le tube entre la surface supérieure de la dissolution et l’extrémité d’un fil de platine isolé qui est à plusieurs millimètres de la surface du liquide; le maximum d’intensité s’obtient avec une bobine assez puissante et des dissolutions concentrées, lorsque le fil de platine est positif. Les expériences laites sous les yeux de la Société montrent la vive coloration produite par les sels destrontiane donnant une teinte rouge, le chlorure de sodium donnant une teinte jaune, et le chlorure de cuivre donnant une teinte vert-bleuâtre. La lumière de ces étincelles peut être analysée au spectroscope et donne le moyen de reconnaître la nature des sels contenus dans la dissolution.
- M. Heuzé, membre du Conseil, fait à la Société une communication sur la fabrication des chapeaux de paille d’Italie.
- Il termine en invitant la Société à fonder un prix ou à décerner des médailles à ceux qui, en France, auront réalisé la culture de la paille dite d’Italie, en quantité suffisante pour permettre à l’industrie des chapeaux de paille de se perfectionner.
- M. le Président remercie M. Heuzé de cette communication, et le prie d’en remettre sur le Bureau une rédaction qui puisse être insérée dans le Bulletin de la Société. — Il renvoie au comité d’agriculture et à la commission spéciale des prix la proposition faite par M. Heuzé pour la création d’un prix destiné à développer la culture de la paille propre aux chapeaux de paille d’Italie.
- Nomination de membres. — M. A. Pierre, ingénieur civil, à Remiremont, est nommé membre de la Société, après l’accomplissement des formalités prescrites par le règlement.
- PARIS. — IMPRIMERIE DE M”9 Ve BOUCUARD-HUZARD, RUE DE l’ÉPERON, 5.
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- 67e ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOME XV. — Février 1868,
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
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- Rapport fait par M. Alcan, au nom du comité des arts mécaniques, sur de nouvelles machines a faire les tricots, et sur les progrès réalisés dans la fabrication de la bonneterie par M. Tailbouis, rue des Bourdonnais, 30, à Paris„ et à Saint-Just (Oise).
- Messieurs, l’importance de la production annuelle de la bonneterie en France est assez difficile à établir, le travail étant réparti dans plus de 500 communes, et ayant lieu en partie à la main et en partie sur des métiers de systèmes divers d’un rendement variable. A défaut des données statistiques positives à ce sujet, nous devons nous en rapporter à l’évaluation des praticiens les plus compétents, qui estiment à une somme d’environ 100 à 120 millions de francs les produits de la bonneterie, en général, sur lesquels notre commerce a exporté pour 13 à 14 millions dans cette dernière année. Le chiffre de l’importation étant insignifiant pour cet article, on peut, par conséquent, admettre une consommation intérieure de 100 millions ou environ 3 francs par individu, pour des vêtements hygiéniques de toutes sortes, tels que bas, caleçons, jupons, gilets, gants, capuchons, châles, bonnets, mantelets, etc.
- Cette somme prise en masse est relativement élevée, si l’on remarque que l’usage des vêtements de tricot était à peine connu il y a trois siècles, que pendant plus de deux siècles ces étoffes étaient exclusivement produites à la Tome XV. — 67e année. 2° série. — Février 1868. 9
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- main maille à maille, que l’usage pratique du métier à aiguilles multiples, dont le nom de l'inventeur est encore contesté, remonte à deux siècles et demi h peine ; que les transformations importantes qu’il a subies sous le rapport de la production économique depuis cinquante ans ont eu besoin de la moitié de ce temps pour se faire adopter, et qu’enfin les améliorations considérables dont nous avons à vous entretenir, quoique sanctionnées pratiquement, sont à peine connues. Mais cette somme d’une centaine de millions, répartie entre environ 40,000,000 d’individus, est presque mesquine, si l’on considère sa destination salutaire et son heureuse influence sur la santé publique.
- L’énumération que nous venons de faire d’une partie seulement des objets vestimentaires auxquels concourent les tissus en tricot prouve, d’ailleurs, que leur domaine s’étend constamment, et qu’ils ne sont plus exclusivement destinés aux vêtements appliqués directement sur la peau, mais aussi aux objets de toilette les plus divers. La production de l’industrie de la bonneterie est appelée à prendre un développement rapide, et nul doute pour nous elle arrivera au moins à doubler d’ici à peu d’années. Cependant, lors même que ce pronostic, fait presque à coup sûr, se réaliserait, le budget de la bonneterie serait encore dans une disproportion relative avec un article similaire, mais purement de luxe; nous voulons parler des dentelles et tulles de toutes espèces en fils et coton produits à la main et aux métiers. En effet, pendant que la population française des deux sexes consomme à peine pour 100 millions de bonneterie, une moitié seulement de celte population dépense près de 150,000,000 de francs pour des dentelles et tulles. Cependant celles-ci ne sont pas soumises aux causes d’usure qui nécessitent le remplacement fréquent des tricots. Ce serait nous éloigner de notre sujet et nous faire illusion sur notre autorité que de tirer la conséquence morale de cette comparaison ; nous ne la faisons, en passant, que pour citer un élément de plus en faveur d’une de nos industries les plus intéressantes tant au point de vue de son utilité que de ses moyens ingénieux et des progrès considérables réalisés dans ces dernières années.
- Pour faire apprécier la part prise par M. Tailbouis aux progrès récents, il est nécessaire de résumer les principales transformations et améliorations apportées au travail de la bonneterie depuis son origine.
- Le métier à faire les bas et les tricots, connu chez nous sous le nom de métier français, quoique les Anglais attribuent son invention à William Lea, leur compatriote, eut, au début, aussi peu de succès en France qu’en Angle-
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- terre. Et cependant, comme le fait remarquer M. le général Poncelet,«cemétier « est un chef-d’œuvre de précision mécanique supérieur à tout ce que le « moyen âge nous a légué de ce genre, si ce n’est la montre et l’horloge qui « supposent une certaine connaissance des lois astronomiques, ou de la « mesure du temps. On ne saurait, à aucun titre, le comparer aux auto-« males tant admirés de nos ignorants et crédules ancêtres, automates « si complètement inutiles qu’ils ont tous disparu, à l’inverse de l’humble « métier à tricot qui aujourd’hui même nous rend les plus grands services, « mais que bien des gens du monde, des lettrés et des savants de profession « dédaignent, malgré les huit à dix mille mailles qu’il produit à la minute, « malgré même les avantages matériels qu’on en retire. » Nous regrettons d’être obligé de nous borner à cette citation de l’illustre savant, extraite de son important rapport sur les machines-outils de l’Exposition internationale de 1851.
- Celte citation nous dispense néanmoins d’insister autrement sur l’importance du sujet. La perfection du métier fut d’ailleurs telle, dès ses premières applications, que l’on ne songea pas pendant bien longtemps à lui faire subir la moindre modification. On s’ingénia seulement à lui faire produire les différentes espèces de mailles que la main pouvait réaliser. Quelques éléments additionnels du métier et certains changements dans les rapports des mouvements de ses divers organes suffirent à cet effet.
- Ce n’est qu’à partir du commencement de ce siècle qu’on essaya de modifier la disposition des organes pour pouvoir en obtenir une production plus considérable. Au lieu de disposer les aiguilles et les diverses parties du mécanisme qui servent à leur jeu suivant une ligne droite, on eut l’idée de grouper la même série d’aiguilles, dite fonture, horizontalement ou verticalement autour d’un cercle, et de leur imprimer leur jeu ordinaire par des moyens spéciaux appropriés à la disposition nouvelle. Il en résulta une succession de rangées de mailles disposées suivant la circonférence du cercle et formant un tube ou manchon. Ces mailles étant formées par le mouvement de rotation continue du plateau de la fonture mobile autour de l’axe imaginaire du manchon, tous les métiers de ce genre ont été désignés sous le nom de métiers à faire le tricot circulaire. Le tricotage opéré par des mouvements alternatifs de va-et-vient déterminés par l’action successive des bras et des jambes sur le métier ordinaire a lieu ici automatiquement d’une façon continue avec une rapidité extraordinaire, et la possibilité de multiplier le nombre des rangées démaillés à chaque tour ou révolution du métier. Delà, la supériorité consi-
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- dérable du système circulaire sur le système rectiligne sous le rapport du rendement. Cet avantage l’aurait fait partout remplacer le métier droit ancien, si le système plus récent avait été applicable à toutes espèces d’articles et s’il n’était limité à la formation de manchons en tricots qui doivent être développés de manière à former une pièce plane dans laquelle on découpe le vêtement comme dans une étoffe quelconque.
- Il en résulte non-seulement des déchets inévitables, mais une imperfection dans les formes de certains articles, tels, par exemple, que les bas, caleçons, etc. Le métier rectiligne est à l’abri de ces imperfections, grâce à la possibilité d’augmenter ou de diminuer la largeur de la pièce dans un ordre déterminé à priori par l’addition ou la suppression d’une ou de plusieurs mailles, à chaque course de va-et-vient. De là la facilité de donner aux produits les contours le plus en harmonie avec la partie qu’ils doivent recouvrir. La renommée de la bonneterie élégante de Paris tient surtout aux soins donnés aux proportions dont nous parlons. Toutefois, si le métier circulaire était en quelque sorte inapplicable aux articles de luxe, il a rendu un très-grand service à la consommation du plus grand nombre, mais pour en arriver là il a fallu plus de vingt années.
- C’est, en effet, depuis une trentaine d’années seulement que les articles de tricots ont deux systèmes fondamentaux de métiers à leur disposition. Le dernier venu a reçu un grand nombre d’améliorations de détails pour augmenter la rapidité de son action, assurer la précision de son fonctionnement, le rendre susceptible d’employer toutes espèces de fil, de produire certains effets dans le travail. Ces résultats ont été obtenus toutefois sans que le principe fondamental du système ait été modifié.
- Grâce aux recherches auxquelles on s’est livré depuis une dizaine d’années et aussi à la puissante impulsion de M. Tailbouis, l’industrie de la bonneterie vient d’entrer dans une phase nouvelle de progrès remarquables.
- Ces progrès peuvent se résumer dans l’énoncé suivant :
- 1° Dans la création de métiers rectilignes complètement automatiques à divisions multiples, à fonture simple, c’est-à-dire à un seul rang d’aiguilles pour faire le tricot ordinaire, et qui, au lieu d’un bas, peuvent en faire simultanément, de la manière la plus parfaite, un nombre quelconque, ce nombre n’étant limité que par la longueur du métier.
- Nous avons vu dans la fabrique de bonneterie de M. Tailbouis, à Saint-Just, des métiers de ce genre, construits chez lui et pour lesquels il est breveté, exécuter mécaniquement six bas à la fois, vingt-quatre paires par
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- jour, avec les élargissements et rétrécissements nécessaires aux formes ; le rôle de l’ouvrier se borne à une simple inspection.
- 2° Dans la disposition du même système automatique à divisions multiples, mais à double fonture ou deux jeux d’aiguilles, pouvant réaliser les articles précédents en mailles à côtes, c’est-à-dire un système de tricot sans envers.
- Les caractères et les propriétés de ce tricot l’ont rendu particulièrement propre à la confection des hauts de jambes et des poignets qui se substituent aux jarretières et autres moyens employés antérieurement pour fixer les vêtements. Le nouveau métier dont nous parlons permet à un ouvrier de produire jusqu’à douze bords-côtes à la fois sans fatigue; sur l’ancien métier un ouvrier ne peut faire que deux bords ensemble en se fatiguant beaucoup.
- 3° Dans la réalisation d’un métier circulaire, à aiguilles articulées et à plusieurs jeux d’organes, dits chutes multiples, pour produire le tricot à mailles unies, avec des rayures ou certains effets façonnés, de dimensions quelconques, avec une rapidité et une économie considérables.
- ° Dans le perfectionnement du même système de métier circulaire, à double fonture, c’est-à-dire pouvant donner des tricots circulaires à côtes depuis le plus petit diamètre, permettant de faire sans couture tous les articles de la bonneterie, depuis les bas d’enfants jusqu’aux jupons les plus amples.
- 5° Dans la construction d’un métier à chaîne et aiguilles articulées à faire le tricot façonné grande largeur, particulièrement propre à certaines étoffes et entre autres aux articles foulés pour la ganterie.
- La nomenclature succincte que nous venons de donner de ces métiers est insuffisante pour faire apprécier leur valeur et leur importance, tant sous le rapport des ingénieuses combinaisons mécaniques qu’ils renferment que sous celui de leurs services. Nous pensons qu’il vous sera facile d’en juger par les chiffres suivants :
- L’ouvrière la plus habile peut faire, à la main et à la minute, au maximum. 80 mailles.
- Le métier droit le plus ancien, dit métier français, où l’ouvrier travaille
- alternativement avec les pieds et les mains...................................... 5,400 —
- Le métier droit automatique à divisions multiples pour façonnés et pour bas
- formés avec la perfection de la plus habile tricoteuse.......................... 45,360 —
- Le métier circulaire à mailleuses................................................ 56,750 —
- Le métier à chaîne à aiguilles articulées....................................... 240,000 —
- Le nouveau métier à aiguilles articulées et à chutes multiples pouvant faire
- les façonnés au même prix que les unis......................................... 360,000 —
- Métier circulaire à aiguilles articulées à double fonture....................... 480,000 —
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- Nous garantissons ces chiffres contrôlés, montre en main, sur des métiers fonctionnant avec une précision irréprochable.
- Ces résultats sont en train d’opérer une véritable révolution économique dans la spécialité. Ainsi, pour faire une douzaine de paires de bas ordinaires d’une jauge ou réduction donnée sur les métiers que tout le monde connaît et peut voir fonctionner dans certains magasins à Paris, il en coûte, en moyenne, 11 à 12 fr. de façon, et l’ouvrier peut à peine gagner 2 fr. par jour. La même douzaine, exécutée avec toute la perfection désirable et des lisières parfaites sur les métiers automatiques à divisions multiples, revient à 3f,70, et permet de payer un salaire de 4 francs, tout en supprimant la fatigue de l’ouvrier.
- On voit déjà, entre autres conséquences, l’influence que de semblables progrès vont avoir sur le développement industriel de notre pays, qui était paralysé par le bas prix de la main-d’œuvre de certains concurrents. La Saxe, par exemple, était notre plus sérieuse rivale, car ses ouvriers bonnetiers pouvaient se contenter d’un salaire de 50 pour 100 plus bas que celui payé à l’ouvrier français. Quant à l’industrie anglaise, elle est entrée aussi résolûment que la nôtre dans l’emploi des métiers automatiques; peut-être même est-elle arrivée à une production un peu plus considérable que celle énumérée précédemment, mais c’est au détriment de la perfection. La qualité des lisières, entre autres, si justement recherchée comme l’indice d’une bonne fabrication, ne laisse rien à désirer dans les produits automatiques des métiers Tailbouis ; cette partie est loin, au contraire, d’être irréprochable dans la bonneterie anglaise, aussi le travail automatique n’y a-t-il pas encore abordé tous les articles comme dans les usines de Saint-Just.
- Les usines de Saint-Just sont aussi remarquables par l’importance que par la variété des produits. Elles se composent, comme nous l’avons dit, de la fabrique des divers tricots et des ateliers de construction pour les métiers.
- La fabrique de bonneterie fait annuellement pour 1,600,000 francs de tricots, depuis des bas de coton à 3f,50 la douzaine (1) tout faits, jusqu’à des bas de soie à 300 francs et des gilets de coton depuis 12 francs la douzaine jusqu’à des gilets de soie à 480 fr., et les mêmes vêtements en laine de 32 à 130 fr. la douzaine.
- (1) Il y a 250 grammes de coton à 6 fr. le kilog., la façon coûte au maximum 0Ç60.
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- Tous les métiers nouveaux qui fonctionnent dans la fabrique sont exécutés dans les ateliers qui les avoisinent. Cette organisation a une importance particulière, attendu que les inventions et améliorations exécutées dans l’atelier de construction sont aussitôt expérimentées dans la fabrique, et que les modifications inspirées par celle-ci sont matérialisées immédiatement par les combinaisons mécaniques de celui-là.
- Si M. Tailbouis s’était borné à construire des métiers pour son propre usage, il eût pu développer considérablement encore la production de sa fabrication et de ses bénéfices; mais son ambition est plus élevée, il a voulu faire profiter l’industrie du pays des progrès réalisés dans sa maison. Il construit, par conséquent, pour tous ses concurrents les métiers perfectionnés que nous venons d’énumérer, afin de les mettre à même de lutter à armes égales dans l’intérêt du progrès général.
- Il est, d’ailleurs, un point important dont nous n’avons dit que quelques mots encore, et sur lequel il est utile de revenir, nous voulons parler des procédés et des moyens sur lesquels reposent les progrès dont nous avons énuméré les résultats. Quoique nombreux dans leurs détails, ils peuvent être classés en deux grandes catégories : ceux se rapportant aux métiers rectilignes et ceux qui ont trait aux métiers circulaires. Les premiers qui ont permis d’élever la puissance de la production de 1 à 12, en diminuant les dépenses des 3/4 et en doublant les salaires, sont les conséquences de combinaisons mécaniques ingénieuses et savantes qui sont venues s’ajouter aux organes ordinaires du métier ancien. Celui-ci a été augmenté en longueur, le nombre des aiguilles de sa fonturo a été multiplié de façon à permettre d’y travailler simultanément et côte à côte un certain nombre de pièces. Chacune d’elles a son porteur ou alimenteur de fil mû par une impulsion unique; il est réglé de façon que, au moment voulu, sa course varie et diminue de l’espace d’une ou de deux mailles, par exemple, pour opérer les rétrécissements proportionnels et calculés à l’avance. Cette modification dans la forme n’a lieu, bien entendu, que lorsque des organes, disposés également automatiquement, sont venus relever le nombre de mailles voulu pour les reporter sur les aiguilles voisines. Nous analysons le mode d’action pour bien faire comprendre les conditions du problème, et tout ce que sa solution réclame de précision dans le calcul et l’exécution. Quant aux détails ingénieux quelle a réclamés, on ne pourra bien s’en rendre compte que par l’étude des dessins dont [il sera question plus loin.
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- Quant aux perfectionnements du métier circulaire, qui ont permis de décupler sa production, déjà si remarquable, puisqu’il exécutait de 4.0 cà 50,000 mailles à la minute, c’est par une modification profonde dans la forme de l’aiguille fondamentale qu’on y est parvenu. L’aiguille de tout métier à tricot est bien connue, elle consiste dans une petite tige à bec recourbé ; la partie recourbée reste naturellement ouverte, mais la plus légère pression peut la fermer de manière que l’extrémité très-effilée de la courbe vienne s’engager dans une petite cavité disposée pour la recevoir, et la dissimuler en quelque sorte : dès lors elle n’offre aucun obstacle au fil à tricoter dans les moments voulus. Étaler le fil sur les aiguilles, l’enfoncer entre elles de manière à déterminer un feston, reculer ce feston, fermer tous les becs, puis faire avancer le feston par-dessus ces becs, c’est former une rangée de mailles, qui, si l’on en suppose une première déjà obtenue de même, constitue le tricot. Le système nécessite divers organes, pour déterminer le feston, ou le cueillage, pour fermer les becs et pour faire avancer les mailles : chacun de ces organes et chacune des fonctions qu’il remplit a son nom spécial; sans intérêt pour le moment, nous voulons seulement faire remarquer que, malgré la rapidité d’action des éléments, les mouvements ont lieu successivement, et chacun des organes demande nécessairement une place relativement considérable. De là des conséquences qui bornent les moyens de production 1° en limitant la répétition du nombre d’organes nécessaires à la transformation d’un seul fil, 2° en nécessitant un temps proportionnel à l’action successive de chaque organe; cette double cause de ralentissement vient de disparaître par la modification apportée à l’aiguille. L’aiguille nouvelle est d’une construction telle, quelle remplit à elle seule les fonctions de trois organes : d’aiguille, de mécanisme à cueillir pour déterminer la forme de la maille, et de presse pour fermer l’extrémité de l’aiguille lorsqu’il s’agit de faire passer par-dessus la maille formée.
- Cette aiguille modifiée a reçu le nom d'aiguille articulée à cause de sa forme ; elle remplit les fondions de la platine et de l’aiguille des métiers ordinaires. A cet effet, on y remarque trois parties essentielles, 1° le corps ou platine plate armée d’une saillie, 2° le crochet qui y est soudé et qui la termine, 3° enfin une petite elanche assemblée à articulation, de manière à pouvoir tourillonher autour de son point d’assemblage avec la platine. Si on suppose le système d’aiguille disposé verticalement et la clanche abandonnée à elle-même, elle sera naturellement ouverte, et s’abaisse pour venir se loger dans une cavité (ou chas) pratiquée dans l’épais-
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- seur du crochet et fait alors corps avec lui, comme le bec de l’aiguille ordinaire lorsqu’il est pressé. L’ouverture du petit crochet sera, au contraire, fermée si par une cause quelconque la base du système vient à changer de position et en prendre une déterminée à l’avance.
- Si l’on suppose maintenant un métier circulaire, armé d’une fonture avec des aiguilles de ce genre, et mis en mouvement de façon que la base des platines repose sur un rail circulaire ondulé sur sa hauteur de manière à présenter une série de plans inclinés convenablement calculés, il s’ensuivra que les aiguilles articulées suivront ces plans et relèveront ou fermeront successivement et spontanément les petites clanches, pour cueillir d’abord et puis abattre les mailles, si toutefois on adapte un certain nombre de dispositions accessoires pour assurer le jeu régulier du nouvel organe. Les points que nous désirons surtout faire ressortir sont : la propriété précieuse de l’instantanéité et de la rapide continuité des fondions nécessaires à l’exécution de tous tricots, et le peu de place exigée par les pièces indispensables à la réalisation d’une maille. De là, par conséquent, la possibilité de multiplier le nombre des fils tricotés à chaque tour du métier, ou, comme on dit, le nombre des chutes; cette propriété est telLe, qu’il est possible de disposer jusqu’à 30 chutes ou répétitions d’organes sur un métier dont le diamètre ne dépasse pas 0m,50.
- Chacune des chutes constituant l’alimentation d’un fil, il s’ensuit qu’à chaque tour il y a 30 rangées d’un nombre plus ou moins considérable de mailles en raison de la finesse du produit, et, comme ces métiers font, en moyenne, 15 révolutions à la minute, il s’ensuit une production de 15 x 30 = 450 rangées, qui, avec une jauge moyenne de 800 aiguilles sur la circonférence d’un diamètre de 0m,50, donnent, pour ce cas assez ordinaire, 360,000 mailles à la minute. Mais ce n’est pas tout, le système permet d’arriver à des effets façonnés sans aucune augmentation de dépense; il suffit, à cet effet, d’alimenter les chutes de fils de couleurs et de nuances différentes, il en résulte des rayures ou des losanges qui jusqu’ici nécessitaient des frais spéciaux.
- M. Tailbouis a eu également l’heureuse idée d’appliquer l’aiguille articulée à un ancien métier français presque délaissé depuis l’emploi des métiers à tulle-bobin, et connu sous le nom de métier à tulle à la chaîne ; il en a fait une machine nouvelle d’un grand intérêt. Nous avons vu fonctionner un de ces métiers dans son usine exécutant des tissus de 3 mètres de largeur, marchant avec 3,000 aiguilles et réalisant 80 coups ou 80 rangées à la
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- minute, qui représentent bien les 240,000 mailles énoncées précédemment, résultat qui dépasse de beaucoup celui des anciens métiers à tulle.
- L’aiguille articulée, si remarquable dans sa simplicité, la fécondité des résultats qu’on lui doit déjà et qu’on peut encore en espérer, est d’invention récente. Son origine remonte à une dizaine d’années; elle a cela de commun avec toutes les grandes inventions que le nom de son auteur n’est pas connu, on sait seulement que ce système nous est venu d’Amérique; il était destiné, si nous sommes bien informé, au travail de la passementerie, et fut bientôt abandonné.
- MM. Tailbouis et Jacquin songèrent alors à reprendre cette précieuse idée et à l’étudier pour l’appliquer au travail de la bonneterie ; nous venons de démontrer que le succès a pleinement couronné les efforts de ces industriels, et surtout de M. Tailbouis, qui s’occupe seul aujourd’hui de cette spécialité.
- Quoique ce rapport soit déjà long, nous ne pouvons cependant avoir la prétention d’avoir fait comprendre tous les détails mécaniques si intéressants au moyen desquels on arrive aux résultats que nous vous avons signalés, ni surtout tous les progrès de détails apportés par M. Tailbouis dans l’industrie de la bonneterie. Pour se faire une idée moins incomplète de l’avancement remarquable de cette spécialité, il est indispensable de pouvoir étudier sur les dessins les divers mécanismes mentionnés ou auxquels nous avons fait allusion.
- Votre comité des arts mécaniques vous propose, en conséquence, Messieurs, les conclusions suivantes :
- 1° De témoigner à M. Tailbouis votre satisfaction des progrès qu’il a fait faire à son industrie, et de le remercier de ses très-intéressantes communications ;
- 2° D’insérer le présent rapport dans votre Bulletin, en y joignant les dessins des différents métiers inventés et brevetés par M. Tailbouis.
- Signé Alcan, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 31 octobre 1866.
- LÉGENDE DES PLANCHES 375 ET 376, REPRÉSENTANT LE MÉTIER RECTILIGNE A TRICOT A DIMINUTIONS AUTOMATIQUES DE M. TAILBOUIS.
- La planche 375 est une vue de face du métier.
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- La planche 376 donne les deux vues de bout du même métier.
- Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans les deux planches.
- Pour rendre cette légende plus facilement intelligible, nous renverrons le lecteur au tome XIX de la lrfi série du Bulletin ; il y trouvera, à la page 57, la description complète d’un métier à bras, dans laquelle le mode de formation de la maille est très-clairement expliqué.
- A, A, poulies de commande.
- B, volant calé sur l’arbre des poulies A.
- G, arbre à plusieurs coudes, dit arbre à manivelles, sur le prolongement rectiligne duquel sont calés en dehors du métier les poulies A et le volant B ; cet arbre est disposé pour faire manœuvrer, au besoin, le métier à la main.
- D, roue dentée fixée sur l’arbre moteur principal du métier.
- E, F, pignon et roue dentée intermédiaire, transmettant le mouvement àla roueD.
- G, arbre moteur principal, portant les nombreuses cames chargées de faire accomplir aux organes du métier leurs différentes fonctions ; cet arbre est formé de deux parties réunies par une noix d’embrayage G'.
- H, H, cames de formage; elles font abaisser les tirants qui commandent tout le mécanisme composant le métier proprement dit.
- I, I, ressorts à boudin rappelant le mécanisme lorsque les cames précédentes ont accompli leur action (pl. 375).
- J, J, cames d'abatage ; elles produisent le mouvement d’abatage en agissant sur les leviers J'J'.
- J', J', leviers commandés par les cames J, J ; ils sont réunis par des tirants à charnière à la boîte à platines K.
- K, boîte à platines fixée aux abatants K/ montés à charnière en K".
- L, L, cames de la presse; elles agissent sur les tirants h' réunis à la partie supérieure de la presse par une traverse.
- M, autre came d’abatage remplaçant les cames J, J quand on fait la diminution, ces derniers cessant alors d’agir par suite d’un déplacement produit par l’arbre G, ainsi qu’il sera expliqué plus loin.
- La came M agit sur un galet placé sous l’équerre M' faisant corps avec la barre N, solidaire des leviers d’abatage J'.
- O, came servant à abaisser les poinçons sur les aiguilles.
- O', levier commandé par la came O et réuni, par une tige P, à l’organe P' monté sur la barre à poinçons.
- Q, came chargée de faire avancer les poinçons.
- Q', levier coudé commandé par la came Q; il est calé sur l’arbre B, qui porte les leviers R' commandant la barre à poinçons.
- S, came de la barre à bascule; elle agit sur les ondes, au moyen du levier S' fixé
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- à la barre à bascule qui appuie sur les ondes et fait lever les platines ; un ressort à boudin rappelle la barre lorsque la came a produit son effet.
- T, came chargée de faire revenir le métier à son point de départ; contrairement aux cames J, J qui produisent l’abatage en agissant sur la partie supérieure de l’évidement pratiqué au bas des leviers J', J', la came T agit sur la partie inférieure de cet évidement pendant le temps perdu des cames J, J.
- U, U', cames de diminution et de déplacement de l’arbre.
- La première, U, est en rapport avec un mouvement de bascule qui, à chaque révolution, fait moqvoir un cliquet Y, lequel fait avancer d’une dent le rochet Y', divisé en un nombre de dents déterminé pour produire la diminution du bas; sur l’axe de ce même rochet, est également fixé un autre rochet de plus petit diamètre et, par conséquent, ayant un plus petit nombre de dents, lequel est commandé par un cliquet placé derrière le cliquet Y, et est destiné à produire la diminution correspondante au talon.
- W est un levier dont la fonction est de déterminer l’action de l’un ou l’autre des cliquets et, par conséquent, de l’une ou l’autre des roues à rochet.
- Sur l’axe de ces roues à rochet est calée une roue à came qui, à chaque révolution de cet axe (si l’on met le levier W en action), fait reculer la came U, et, par conséquent, l’arbre G, par un déplacement horizontal; par suite, la noix G' de l’arbre G s’ouvre et pendant que celui-ci continue à tourner, le pignon X, la roue X', la came de cueillement Y, le chevalet Z, ainsi que toutes les pièces dépendant de ce mécanisme, restent stationnaires jusqu’à ce que les poinçons aient effectué leur fonction.
- a, b, cames d’oscillation des conducteurs (pl. 375, et fig. 1, pl. 376); la première, a, fonctionne pendant le travail ordinaire, et la seconde, b, pendant l’opération de la diminution.
- Ces cames agissent sur un galet c, solidaire d’un levier coudé d, oscillant en d'.
- A sa partie supérieure, le levier d est réuni par un tirant e (fig. 1, pl. 376) à l’équerre /, articulée en fr, et à laquelle est fixée la barre à conducteurs g.
- Quelle que soit la phase du fonctionnement du métier, c’est-à-dire qu’il travaille ou non en diminution, les cames a et b font toujours osciller la barre des conducteurs g sur son centre d’articulation.
- h, came de diminution des poinçons. Quand on fait le travail ordinaire, cette came ne fonctionne pas ; mais, quand l’arbre G se déplace par suite de l’ouverture de la noix G', elle soulève le galet i et le levier horizontal/, articulé en qui se dégage du levier vertical k.
- Le levier A, par sa disposition, tend à se renverser en dehors et entraîne dans son mouvement la barre /, régnant dans toute la longueur du métier (pl. 375 et 376) et réunie au mécanisme m, dont les cliquets m’ font avancer l’autre barre n pour faire opérer aux poinçons la diminution nécessaire.
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- ACCIDENTS DE FABRIQUE.
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- o, came de serre-fil (fig. 2, pl. 376) ; elle agit sur le levier o\ lequel fait mouvoir les bascules p, auxquelles est fixée la tige q qui appuie plus ou moins sur les serre fils r.
- s, barre à aiguilles (fig. 2, pl. 376) ; en avant des aiguilles est souvent placée une barre souteneuse qui a pour objet de les maintenir au moment où le cueille-ment s’effectue, et qui présente l’avantage de produire un cueillement plus régulier par suite de la rigidité qu’elle donne à toute la fonture.
- t, barre à platines.
- u, ondes (fig. 1, pl. 376).
- ur, peigne.
- v, grille.
- vr, barre à moulinet.
- w, presse.
- W, grand levier et ressort de relevage et d’abatage.
- x, barre de bascule.
- y, tirant soutenant la broche des ondes.
- z, support des bobines.
- z', porte-fils articulés.
- Dans le prochain numéro du Bulletin nous donnerons le métier circulaire à tricot.
- (M.)
- ACCIDENTS DE FABRIQUE.
- Rapport fait par M. C. Lavollée, au nom du comité de commerce, sur
- un mémoire de la Société industrielle de Mulhouse relatif aux accidents
- DE FABRIQUE.
- Messieurs, vous ayez renvoyé à l’examen du comité de commerce une brochure publiée par la Société industrielle de Mulhouse sur la question des accidents de fabrique.
- Cette brochure comprend deux rapports rédigés par M. Engel-Dollfus à l’appui de projets qui ont été adoptés et qui consistent dans la création de deux associations destinées l’une à prévenir les accidents, l’autre à éviter ou à concilier les litiges qui peuvent s’élever, à la suite d’accidents, entre les patrons et les ouvriers.
- Le développement du travail industriel, l’emploi multiplié des machines,
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- l’admission d’un grand nombre d’enfants dans les ateliers expliquent l’augmentation du nombre des accidents de fabrique. Une statistique dressée en Angleterre montre la gravité des dangers auxquels sont exposés les ouvriers ; Du 31 octobre 1865 au 31 octobre 1866, les inspecteurs des manufactures ont constaté A,710 accidents, sur lesquels 60 ont occasionné la mort, et 1,390 des blessures très-graves. Sur ce total, 619 accidents ont frappé les enfants. Les chiffres que nous citons sont vraiment lamentables, et il faut considérer que la statistique n’est pas complète, beaucoup de faits ayant sans doute échappé au contrôle des inspecteurs.
- Nous ne possédons point de renseignements analogues sur la France ; mais il est notoire que dans nos fabriques les accidents sont fréquents, et souvent très-graves. Notre industrie, de même que l’industrie anglaise, paye fatalement son tribut au progrès; avec l’accroissement du-nombre des machines, les causes d’accidents augmentent, et chaque jour le champ de bataille s’étend pour de nouvelles victimes.
- L’humanité a donc ici un devoir à remplir, et l’accomplissement de ce devoir s’accorde avec l’intérêt même de l’industrie.
- La législation anglaise contient de nombreux actes, dont le premier date de 1802, à l’effet de prévenir les accidents en prescrivant toutes les mesures de prudence et d’hygiène dans les fabriques et en instituant une inspection très-sérieuse qui introduit la surveillance directe et incessante de l’État dans l’intérieur des ateliers. La réglementation sur ce point est très-méticuleuse et très-stricte.
- L’intervention administrative est aussi complète que possible, et, bien qu’elle ait été parfois critiquée par les industriels, elle est énergiquement maintenue par le sentiment public.
- En France nous avons une loi sur le travail des enfants dans les manufactures; mais on sait qu’elle n’est point complète, c’est-à-dire qu’elle ne s’applique pas à tous les ateliers, et son exécution n’est point garantie par une inspection suffisante.
- L’attention du législateur a déjà été plus d’une fois appelée sur cette question, et il y a lieu de prévoir que le régime actuel sera révisé et complété, en présence du grand développement industriel qui multiplie en France les périls d’accidents presque au même degré qu’en Angleterre.
- Quoi qu’il en soit, la Société industrielle de Mulhouse a pris les devants sur la loi ; on peut même dire qu’elle a eu en vue de rendre toute loi inutile, en
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- créant une organisation spéciale qui, sans gêner l’industriel par l’action plus ou moins déplaisante du contrôle administratif, atteindrait le but que les sentiments d’humanité et d’intérêt bien entendu recommandent.
- Elle a formé entre les principaux manufacturiers de son importante circonscription une société libre, qui se propose de prévenir les accidents « soit par des inspections officieuses, soit par la communication des dispositions et accessoires de machines les plus propres à garantir l’ouvrier, soit encore par l’indication des meilleures dispositions réglementaires à adopter dans les établissements .»
- L’association nomme un inspecteur salarié qui visite les usines, prend note des accidents, fait un rapport sur chacun d’eux, et doit rédiger annuellement un compte rendu général dans lequel il développe ses observations et ses propositions sur le régime du travail mécanique, au point de vue de la sécurité des ouvriers. La cotisation annuelle des sociétaires est de 10 francs par mille broches, de 20 francs par machine à imprimer au rouleau, et de 0f,20 par métier à tisser.
- Cette organisation date à peine d’un an. Vingt-deux principaux industriels de la circonscription de Mulhouse, représentant plus de 100,000 broches, 3,310 métiers à tisser et 62 machines à imprimer, y ont adhéré dès le premier jour. Le nombre des sociétaires s’est déjà, sans doute, accru. Il y a là une excellente pensée et un résultat pratique, secondé par les ressources pécuniaires, qui ne sont pas moins indispensables que la bonne volonté pour faire le bien. Il est incontestable que les rapports d’un inspecteur compétent et salarié, et le concours des fabricants nécessairement intéressés au succès d’une institution qui est leur œuvre et qui leur fait honneur, seront très-efficaces pour diminuer les risques d’accidents, et pour répandre les meilleures méthodes relatives à l’emploi des machines. L’étude, entreprise ainsi à Mulhouse, profitera aux autres centres manufacturiers, et sera très-utilement consultée par le gouvernement. Il faut donc remercier et féliciter hautement la Société industrielle de Mulhouse de l’initiative qu’elle a prise et de l’exemple qu’elle donne. Mais, en même temps, si l’on examine la question à un point de vue plus général, on ne doit point se dissimuler que ce qui sera efficace dans cette circonscription, oii l’intelligence des chefs d’industrie et leur sollicitude pour le bien-être des ouvriers sont vantées à si juste titre, ne serait point efficace, ni même praticable partout ; que, si des manufacturiers agglomérés peuvent former des sociétés de ce genre, la ressource et le stimulant de l’association feront nécessairement défaut aux indus-
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- triels qui ne se trouvent point dans des conditions analogues ; enfin que, si les mesures de prévoyance peuvent être volontairement observées dans quelques grandes usines, il n’en sera pas de même partout ; et c’est partout que le péril existe et que la prudence est nécessaire. Ces réflexions n’enlèvent rien au mérite de l’institution que nous signalons ; elles ont seulement pour objet de rappeler qu’en cette matière l’intérêt est trop général, le devoir social est trop étendu pour que le législateur n’exerce pas, plus activement qu’il ne l’a fait jusqu’ici, le contrôle des éléments de sécurité, qui sont nécessaires pour l’emploi des machines, surtout dans les ateliers où travaillent un grand nombre d’enfants.
- Quoi qu’on fasse, on n’arrivera jamais à prévenir complètement les accidents; car on ne supprimera jamais l’imprévoyance ni l’imprudence. Lorsqu’un accident grave frappe un ouvrier, c’est souvent toute une famille qui est frappée : voilà un homme qui vivait honnêtement de son salaire, et qui, d’un jour à l’autre, infirme ou mutilé, tombe dans la misère la plus profonde ! L’accident, dont il a été victime, doit-il être imputé à son imprudence ou à quelque faute du chef d’atelier? Telle est la question qui se présente et qui, trop fréquemment, n’est résolue qu’à la suite de débats judiciaires. Cette procédure est, à tous égards, regrettable. Elle est lente, comme la justice ; elle n’est pas toujours la plus sûre, car il se peut que le tribunal le plus éclairé éprouve de sérieux embarras à discerner la responsabilité de chacun dans des affaires où se rencontrent les détails techniques et l’appréciation de circonstances toutes locales; enfin elle crée entre les patrons et les ouvriers un état d’hostilité, qui est un grave sujet de trouble non-seulement pour l’industrie, mais encore pour l’ordre social.
- La Société industrielle de Mulhouse a mis en pratique une combinaison par laquelle il serait possible de prévenir les litiges, de faciliter les transactions et de préparer l’œuvre de la justice, dans le cas où la conciliation échouerait. Elle a créé, pour sa circonscription, une commission dite des accidents, composée de vingt-quatre membres, à laquelle peuvent avoir recours les patrons et les ouvriers. Le but de cette commission est « de pré-« venir les conflits judiciaires qui peuvent résulter des accidents de fabriques, « soit en éclairant les ouvriers, quand ils ont été la cause première de ces « accidents, soit en plaidant la cause de l’ouvrier auprès du chef d’établisse-« ment, particulièrement lorsque la responsabilité de ce dernier lui semblera « engagée.» Le recours à la commission peut avoir lieu, «soit en conciliation, « soit en jugement arbitral, définitif et sans appel. Dans ce dernier cas, les
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- « parties prendront l’engagement écrit de s’en rapporter à la décision de la « commission et de renoncer à toute action judiciaire . » Une enquête est faite sur l’accident, motif du litige. « Pour chaque accident, la commission doit « résoudre, d’abord, les questions suivantes : 1° par quelle cause l’accident « s’est-il produit? 2° Résulte-t-il de circonstances normales, c’est-à-dire déri-« vant du travail confié à l’ouvrier, ou bien est-il la conséquence de circon-« stances exceptionnelles? 3° L’accident pouvait-il être prévenu, et par quel « moyen pratique eût-il pu l’être? A° Quelles sqnt les conséquences de l’acci-« dent ? » Les appréciations de la commission sont consignées dans des procès-verbaux, notifiées aux intéressés, et communiquées, si demande en est faite, à l’autorité judiciaire.
- On s’explique aisément le bien qu’il est permis d’attendre de cette combinaison qui, le plus souvent, amènera la conciliation en famille des litiges auxquels donnent lieu les accidents de fabrique. Évidemment, l’intérêt de l’ouvrier ne risque point d’être sacrifié ; car, si l’ouvrier craignait que son droit ne fût méconnu, il lui serait loisible de se réserver le recours aux tribunaux ordinaires, recours que l’institution de l’assistance judiciaire lui ouvrirait gratuitement. D’un autre côté, dans les circonstances où il n’aurait droit à aucune indemnité, il est probable que la commission interviendrait en sa faveur auprès du patron, et que celui-ci se montrerait disposé à remplir, dans une équitable mesure, le devoir d’assistance. Il y a donc là le germe d’une institution très-utile et très-morale, qui peut être essayée, avec profit, dans toutes les grandes cités manufacturières.
- Nous avons cru devoir, Messieurs, vous entretenir, avec quelques détails, de la communication que nous a adressée la Société industrielle de Mulhouse. Nous vous proposons d’insérer, dans notre Bulletin, à la suite du présent rapport, les statuts des deux associations qu’elle a récemment fondées, et dont nous venons de vous rendre compte. Elle verra dans cette publication un nouveau témoignage de la sympathie que nous inspirent ses travaux.
- Signé C. Lavollée, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 24 janvier 1868.
- Statuts définitifs de l’Association pour prévenir les accidents de fabrique, arrêtés en séance du 12 mars 1867.
- Il est formé entre les fabricants soussignés :
- Une Association dont le but est de prévenir les accidents de fabrique qui peuvent Tome XV. — 67e année. 2e série. — Février 1868. 11
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- être évités, soit par des inspections officieuses, soit par la communication des dispositions et accessoires de machines les plus propres à garantir l’ouvrier, soit encore par l’indication des meilleures dispositions réglementaires à adopter dans les établissements.
- L’Association ne comprendra, pour commencer, que des manufacturiers de Mulhouse et environs immédiats.
- Elle décidera elle-même de l’extension à donner à sa surveillance après ce premier essai.
- L’Association se dirige elle-même, et se réunit sur toute demande de l’un de ses membres, et obligatoirement une fois par an, à l’époque qui sera fixée ultérieurement.
- Pour l’année de début, ses réunions seront au nombre de trois au moins.
- Ses décisions sont prises à la majorité relative des voix.
- La coopération du Comité de mécanique de la Société iudustrielle ayant été offerte à l’Association pour la partie technique, elle l’a acceptée avec reconnaissance.
- L’Association nomme un secrétaire, présidant ses réunions, et un secrétaire adjoint.
- Elle nomme un inspecteur salarié, pour visiter les établissements au point de vue de la prévention des accidents.
- Cet inspecteur s’engage d’honneur à ne visiter les établissements qu’accompagné de l’un des chefs de l’établissement ou d’une personne déléguée; à s’abstenir de tout examen qui ne serait pas dicté par le seul désir de remplir son mandat avec une entière discrétion.
- L’inspecteur consigne ses observations sur un registre, qui ne reçoit aucune publicité, mais qui est tenu à la disposition de chacun des membres de l’Association.
- Il prend note des accidents qui arrivent à sa connaissance, et fait un rapport sur les moyens d’en prévenir la répétition, après avoir entendu l’avis des directeurs, contremaîtres et ouvriers.
- Il laisse à l’établissement visité une note écrite, mentionnant ses observations.
- Il fait, chaque année, un rapport sur les dispositions réglementaires et les accessoires de machines les plus propres à prévenir les accidents de fabrique.
- Les fonds de l’Association se composent, pour la première année, d’une cotisation de 10 francs par 1,000 broches et par an, et de 35 centimes par métier à tisser (1).
- Cette cotisation ne peut être élevée. A la fin de chaque exercice on fixera la cotisation pour l’année suivante.
- (1) Cette cotisation a été réduite à 20 centimes par métier; celle des machines à imprimer au rouleau a été fixée à 20 francs par machine.
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- Il sera fait des abonnements avec les établissements appartenant à d’autres industries, qui voudraient faire partie de l’Association.
- Les adhérents signalent à l’inspecteur tout accident grave arrivé dans leurs établissements. Ces accidents sont consignés dans un registre spécial.
- L’Association prépare dès à présent, par les soins de son inspecteur, les matériaux d’un Manuel de l’Ouvrier, à mettre entre les mains des chefs d’établissement et de la classe ouvrière, pour leur faire connaître les principales précautions à prendre et les dispositions à observer dans l’intérêt de la sécurité de chacun.
- Les présentes adhésions n’engagent que pour trois ans.
- Six mois avant l’expiration du délai de trois ans, les adhérents à l’Association décideront de sa continuation ou de sa suppression.
- Statuts provisoires. Statuts d’essai valables pour trois ans.
- Art. 1er. Il est formé sous les auspices de la Société industrielle de Mulhouse une commission dite des accidents.
- Art. 2. Son but est dq prévenir les conflits judiciaires qui peuvent résulter des accidents de fabrique, soit en éclairant les ouvriers, quand ils ont été la cause première de ces accidents, soit en plaidant la cause de l’ouvrier auprès du chef d’établissement, particulièrement lorsque la responsabilité de ce dernier lui semblera engagée.
- Son action ne s’étend provisoirement qu’aux établissements de Mulhouse et environs immédiats.
- Art. 3. Le recours à la commission des accidents est facultatif.
- Il est simplement offert aux chefs d’établissement, aux contre-maîtres et aux ouvriers, qui peuvent avoir à y recourir.
- Art. 4. Pour la première période triennale de son existence la commission des accidents est composée de 24 membres.
- Elle est composée par tiers :
- 1° De chefs d’établissement, d’ingénieurs du gouvernement, d’anciens fabricants... désignés par la Société industrielle ;
- 2° De directeurs techniques, d’ingénieurs de fabrique, etc., désignés par la Société industrielle ;
- 3° De contre-maîtres d’ouvriers choisis par la Société industrielle, sur des listes établies par les chefs d’étab issements, avec le concours de leurs ouvriers et autant que possible à l’aide de l’élection (1).
- (1) Le comité d’utilité publique a dû se préoccuper, avant tout, décomposer la commission des
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- Art. 5. La commission est nommée pour trois ans.
- Cependant un tiers de chaque catégorie (désigné par le sort) sera remplacé au bout de la première année, le second tiers au bout de la deuxième année, et les deux membres restants à la fin de la troisième année.
- Ses membres sont tous rééligibles après un intervalle d’un an.
- Leurs fonctions sont gratuites.
- Cependant il sera alloué des vacations aux ouvriers appelés à quitter leur travail.
- Elle élit un président, un vice-président, un secrétaire et un secrétaire adjoint.
- Art. 6. Elle se réunit à des époques qu’elle précise par son règlement particulier.
- Art. 7. Le recours à la commission des accidents peut être introduit, soit par la victime de l’accident ou ses ayants droit, soit par le chef de l’établissement où l’accident a eu lieu.
- Il doit être fait par écrit et adressé au président de la commission.
- S’il est fait par l’ouvrier, la commission a d’abord à demander au chef d’établissement s’il accepte l’intervention de la commission.
- En cas de refus, elle le consigne sur le registre de ses délibérations.
- Si le recours a lieu sur la demande du manufacturier, la commission procède à l’audition des témoins de l’accident, en scrute les causes et prend acte des déclarations de l’ouvrier blessé, dès qu’il est à même de s’expliquer, on constate son refus de répondre.
- Art. 8. Le recours à la commission peut avoir lieu :
- Soit en conciliation, soit en jugement arbitral, définitif et sans appel.
- Dans ce dernier cas, les parties prendront l’engagement écrit de s’en rapporter à la décision de la commission et de renoncer à toute action judiciaire.
- Art. 9. Le recours à la commission ayant été introduit dans les formes voulues, le président de la commission délègue trois de ses membres, dont un de chacune des trois catégories, pour procéder à une enquête.
- Ils présentent un rapport écrit à la prochaine séance de la commission.
- L’ouvrier blessé doit être entendu, chaque fois que son état le permet.
- Art. 10. Les décisions de la commission sont prises à la- majorité des voix.
- Elles ne sont valables que par la présence de moitié plus un de ses membres.
- En cas de partage, la voix du président est prépondérante.
- accidents de personnes très-compétentes, très au courant de progrès mécaniques, très-aptes, en un mot, à juger des questions techniques parfois très-difficiles à résoudre.
- Sa première idée et sa tendance naturelle avaient été de composer la commission de moitié patrons, de moitié ouvriers.
- Il y a renoncé, après mûr examen, persuadé que la confiance qu’inspireront les appréciations de la commission résidera bien plus dans la valeur de ses jugements que dans l’apparence de certaines garanties résultant de la composition même de la commission.
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- Art. 11. Pour chaque accident, la commission a à résoudre d’abord les questions suivantes :
- 1° Par quelle cause l’accident s’est-il produit?
- 2° Résulte-t-il de circonstances normales, c’est-à-dire dérivant naturellement du travail confié à l’ouvrier, ou bien est-il la conséquence de circonstances exceptionnelles?
- 3° L’accident pouvait-il être prévenu, et par quels moyens pratiques eût-il pu l’être ?
- 4° Quelles sont les conséquences de l’accident ?
- Art. 12. Les appréciations ou jugements de la commission des accidents seront délivrés verbalement aux intéressés, à moins d’arbitrage définitif.
- Elles sont consignées dans le registre des procès-verbaux de la commission.
- Copie en sera délivrée, sur sa demande, à M. le président du tribunal de première instance de Mulhouse.
- Art. 13. Pour indemniser les commissaires-ouvriers delà perte de leur temps, il leur est alloué une indemnité équivalant au temps perdu.
- La Société industrielle fait l’avance de ces vacations et autres dépenses nécessitées par l’enquête, et s’en récupère à la fin de chaque année par une contribution prélevée sur les établissements qui ont eu recours à la commission.
- Art. 14. Chaque armée, la commission présentera à la Société industrielle un rapport sur l’ensemble de ses travaux.
- AGRICULTURE.
- Rapport fait par M. Bella, au nom du comité d'agriculture, sur un mémoire intitulé : Destruction des insectes nuisibles a l’agriculture, et présenté par M. E. Pelouze, 17, rue de ïUniversité, à Paris.
- Messieurs, les insectes qui s’attaquent aux récoltes sont fort nombreux; ils se multiplient parfois d’une manière effrayante, et compromettent l’alimentation de peuples entiers.
- Vous vous souvenez du désastre occasionné l’an dernier, en Algérie, par les sauterelles; elles ont détruit non-seulement une majeure partie des récoltes destinées aux hommes, mais aussi les pâturages réservés aux bestiaux; de sorte qu’aujourd’hui toutes les ressources manquent à la fois à nos malheureux Africains.
- Les progrès de l’agriculture semblent, il est vrai, devoir arrêter le dévelop-
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- AGRICULTURE.
- pement des sauterelles, mais ces progrès paraissent, jusqu’à présent, complètement impuissants contre d’autres ravageurs qui ne sont pas moins dangereux, tels que le hanneton et l’altise.
- On dirait même que ces insectes se multiplient avec les progrès des cultures, car jamais les plaintes n’ont été plus vives et les préoccupations plus grandes.
- Cela tient-il à ce que le nombre des insectes est réellement plus grand, ou à ce que la part du capital et du travail dans la production des récoltes s’accroissant avec Vintensité des systèmes culturaux, les pertes occasionnées par les insectes sont plus sensibles aux cultivateurs?
- C’est ce que je n’ose trancher d’une manière absolue.
- Je suis disposé à croire, cependant, que le nombre de certains insectes est plus grand et que la production spontanée du sol perdant de son importance relative, par l’augmentation des avances faites par les cultivateurs, les intérêts de l’agriculture et du pays tout entier sont plus sensiblement affectés aujourd’hui qu’autrefois par les ennemis auxquels M. Pelouze s’est attaqué.
- Et, peut être, faut-il chercher dans le même ordre de considérations l’explication de l’impatience croissante avec laquelle les cultivateurs supportent les dégâts d’autres ennemis que la loi a pris peut-être un peu légèrement sous sa protection, je veux parler du gibier.
- Quoi qu’il en soit, il est évident que la suppression des jachères a fait disparaître l’une des causes actives de destruction, qui arrêtait la multiplication des insectes.
- Les labours successifs qui constituaient ces jachères gênaient singulièrement leurs métamorphoses ; ils supprimaient, d’ailleurs, les plantes et les débris qui nourrissent ou abritent leurs larves.
- Il paraît certain aussi que l’ameublissement profond du sol et du sous-sol favorise les évolutions de haut en bas et de bas en haut que ces larves effectuent, pour échapper aux conséquences de l’humidité ou de la sécheresse, du froid ou de la chaleur.
- Cet ameublissement si favorable à nos récoltes, parce qu’il les protège contre les excès du climat, ne peut pas, en même temps, ne pas être favorable aux insectes qui vivent à leurs dépens.
- Enfin, il ne semble pas douteux que l’abandon des anciennes rotations de culture qui faisaient succéder régulièrement une plante à une autre, pour des rotations libres qui maintiennent parfois, plusieurs années de suite, la
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- même plante sur le même terrain, ait dû favoriser le développement des ennemis de la plante préférée.
- Dans le nord de la France, où on a considérablement multiplié les récoltes de la betterave, cette précieuse chénopodée ne donne plus les produits très-satisfaisants d’autrefois, même depuis qu’on a reconnu la loi de restitution et qu’on lui obéit.
- On a cru pouvoir attribuer cette diminution à un épuisement du sol ; on a augmenté la richesse potassique des engrais, on s’est hâté d’essayer les sels si riches en potasse de Stassfurt; mais, jusqu’à présent, ni les expériences faites à Lille par M. Corenwinder, ni celles faites à Grignon par M. Dehérain n’ont amené de résultats satisfaisants, et on est réduit à s’en prendre aux insectes et aux cryptogames.
- Le colza, cette plante qui avait apporté à nos rotations un élément si précieux, mais dont la culture s’était beaucoup étendue, est abandonné dans bien des localités, parce que des myriades d’insectes divers, sortis on ne sait d’où, sont venues l’assaillir.
- Le blé-froment lui-même, dont la culture est si développée et dont les récoltes importent à la sécurité du pays, est attaqué, dans quelques parties de la France surtout, par plusieurs insectes qui le détruisent sur la terre et dans les greniers.
- On frémit à la pensée des conséquences terribles qu’auraient à subir les nations européennes dont le blé est la principale nourriture, si le désastre qui a frappé le colza se portait sur les céréales.
- Le nombre de nos ennemis est donc très-grand ; pour nous attaquer, ils prennent les positions et les formes les plus diverses : tantôt ils sont sur les racines de nos plantes, et -ils fuient dans le sous-sol; tantôt ils rampent au pied de ces plantes, et ils se cachent dans la terre ; d’autres fois ils échappent à nos regards en perforant les tiges ou les fruits, et en s’établissant au fort de la place, comme le rat de la fable dans son fromage.
- Nous devons donc savoir beaucoup de gré à M. E. Pelouze d’avoir abordé, par le raisonnement et par l’expérimentation, un sujet qui préoccupe de plus en plus l’agriculture et qui intéresse vivement l’humanité.
- Il l’a fait avec un sens pratique excellent, et il a, je crois, admirablement choisi ses armes parmi les substances les plus efficaces que nous ait révélées l’industrie moderne.
- C’est à l’un des nombreux et remarquables produits de la distillation du goudron, à la naphtaline qu’il a eu recours.
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- La naphtaline, il est vrai, et M. E. Pelouze a bien soin dede noter, avait déjà été essayée autour de Versailles et notamment dans les pépinières impériales par M. Marsaux, garde général des forêts de la Couronne, qui a fait à ce sujet plusieurs communications à la Société d’horticulture; mais ces essais,qui ont été répétés à Grignon, n’ont pas donné les résultats qu’on espérait.
- Il s’agissait de détruire le ver blanc du hanneton qui fait le désespoir des cultivateurs comme celui des pépiniéristes ; il a fallu enterrer des quantités de naphtaline considérables et alors les plantes en éprouvaient un certain dommage.
- M. Pelouze a été plus heureux dans les essais qu’il a faits de la naphtaline; mais ce n’est pas au ver blanc qu’il s’est attaqué, c’est à un insecte ailé éminemment vagabond et qui fuit avec une grande facilité tout ce qui le gêne. Je veux parler de l’altise qui dévore les feuilles de nos crucifères cultivées : le colza et les choux, les navets et les raves.
- La tâche était donc beaucoup moins difficile.
- M. E. Pelouze a saupoudré, à plusieurs reprises, la surface d’un champ de rutabagas, avec un mélange de sable et de naphtaline, à raison de 200 kilog. de cette dernière substance par hectare, et il est parvenu ainsi, non à tuer, mais à écarter les altises qui se sont réfugiées dans la partie du champ qui n’avait pas été saupoudrée, et il a sauvé ainsi la majeure partie de la récolte en faisant, comme il le dit lui-même, la part du feu.
- Cela est fort ingénieux et parfaitement indiqué par l’expérience, car il y a longtemps déjà qu’on est parvenu à éloigner, par un moyen analogue, un autre insecte coléoptère, le charançon, des tas de blés qu’il dévore; il suffit, pour cela, de développer dans le grenier des odeurs qui lui sont désagréables. Nous-même, à Grignon, nous n’avons jamais eu, depuis quarante ans, d’autre moyen d’écarter les charançons de nos magasins, que de peindre, de temps à autre, les bois apparents et le bas des murs avec du goudron.
- Ce moyen, nous l’avons aussi appliqué à la destruction des altises, et dès 1855 nous avons obtenu une médaille d’argent à l’Exposition universelle pour une puceronnière qui prend et détruit ce petit insecte si leste qu’on l’a surnommé la puce de terre.
- C’est une espèce de brouette qui promène sur la surface du champ une grande planche goudronnée. Cette planche se présente inclinée au-dessus des plantes et elle est munie d’une bande étroite de toile qui frôle légèrement les feuilles. Les insectes effrayés sautent en l’air et viennent saupoudrer la planche goudronnée et s’y coller en si grand nombre, qu’il faut, au bout du champ, la
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- peindre de nouveau. Comme la planche a de 2 à 4 mètres de longueur, suivant que la brouette est poussée par un homme ou traînée par un âne, on a bien vite parcouru une grande surface du champ et, en recommençant de temps à autre, on arrive à détruire économiquement la majeure partie de ces petites bêtes.
- A ce moyen nous avons ajouté avec succès une autre précaution, celle de déchaumer les champs qui ont porté du colza et de brûler les chaumes, îacines et collets laissés sur la terre et dans lesquels sont déposés une grande quantité d’œufs et de larves d’insectes.
- Malheureusement les altises ont été remplacées par d’autres insectes analogues qui attaquent les fleurs, y déposent des œufs dont les larves, à peine perceptibles, dévorent ensuite les grains au fur et à mesure qu’ils se forment dans les siliques.
- Nous n’avions donc fait, et, je le crains, M.E. Pelouze n’a fait comme nous, mais par un autre moyen, que ce qu’il y a de plus facile dans la destruction des insectes nuisibles à l’agriculture.
- Il faudrait rechercher maintenant ce qu’on pourrait obtenir du moyen qu’il a proposé contre nos ennemis les plus dangereux et les mieux protégés par la situation qu’ils ont prise, contre la larve du hanneton en particulier.
- Il ne serait peut-être pas impossible d’appliquer le semis d’un mélange de naphtaline et de sable non pas à la destruction du ver blanc, mais à son éloignement progressif.
- Le hanneton, en effet, est moins étourdi qu’on le fait; c’est un insecte judicieux et prévoyant, qui se garderait bien, en général, d’aller déposer ses œufs dans des terres de labour, où l’avenir de sa progéniture se trouverait compromis par des façons successives ; il recherche avec grand soin les terrains que l’homme ne travaille pas, les prairies naturelles ou artificielles, les bois et les pépinières, les gazons et les friches. Et c’est dans les récoltes qui succèdent, deux ou trois ans après la ponte, à ces friches, gazons ou prairies artificielles, que les dégâts du ver blanc sont le plus sensibles.
- On pourrait donc, lorsqu’il y a beaucoup de hannetons, et, quand on doit craindre une ponte abondante, essayer le semis de la naphtaline sur les prairies artificielles, et on écarterait peut-être ces insectes terribles.
- Reste à savoir, en cas de succès, l’effet de la naphtaline sur les fourrages, à une époque rapprochée de la récolte et sur quoi tomberait la part du feu.
- Quoi qu’il en soit, nous devons à M. E. Pelouze une utile indication ; nous
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- devons en prendre bonne note, l’en remercier et proposer d’insérer le présent rapport au Bulletin.
- Signé Bella, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 11 février 1868.
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- SUR LES CHAUDIÈRES A VAPEUR, PAR M. VICTOR BOIS,
- Membre du comité des arts mécaniques (1).
- En étudiant les chaudières à vapeur, je veux me placer plutôt au point de vue de l’ingénieur qu’au point de vue du physicien. Sans méconnaître les services immenses que la science rend journellement à l’industrie, je considère que je m’adresse plus particulièrement à des industriels, à des ingénieurs, à des fabricants, auxquels la science est assez familière pour ne pas reprendre la question de l’évaporation dans ses premiers éléments.
- Depuis le jour où Denis Papin, en 1690, a fait connaître au monde son digesteur, plus vulgairement appelé la marmite de Papin, les générateurs à vapeur ont affecté bien des formes différentes et ont subi de nombreuses transformations.
- La chaudière imaginée par Denis Papin était une sorte de ballon à tubulure. Ce ballon était placé en pleine flamme au-dessus d’un foyer agissant aussi bien par la chaleur rayonnante que par les produits de la combustion qui l’enveloppait de toutes parts.
- Thomas Savery, Newcomen cherchent à perfectionner l’invention de notre compatriote Denis Papin, mais leurs perfectionnements s’appliquent plus particulièrement aux appareils de transmission de la force; le générateur proprement dit n’est pas étudié et sa construction fait peu de progrès. Produire de la vapeur n’était pas la grande préoccupation du moment, on cherchait surtout à l’utiliser, on oscillait entre la basse et la moyenne pression, on cherchait dans un sens tout à fait opposé à celui qui forme la préoccupation actuelle, où la production économique de la vapeur, les hautes pressions, les grandes surfaces de chauffe constituent les principales recherches de l’industrie.
- Il faut tout d’abord le constater, c’est à la théorie qu’il faut attribuer ces nouvelles recherches; mais il y a juste un siècle l’immortel James Watt se préoccupait plus de l’étude de son parallélogramme articulé, des combinaisons delà manivelle et du régu-
- (1) Communication faite dans les séances des 13 et 27 décembre 1867.
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- lateur à boule que de la production économique delà vapeur. D’ailleurs il était dans un pays où le bas prix de la houille permettait de négliger la recherche de sa meilleure utilisation.
- La science pure ou plutôt la science expérimentale la plus vraie de toutes, celle qui, quittant les idées spéculatives, se contente d’enregistrer et de classer les faits,la science a émis de grands principes que l’industrie a utilisés.
- Si, construisant la marmite de Papin en verre, on met dans l’eau destinée à être vaporisée de la sciure de bois, on aperçoit de suite tous les phénomènes de la réduction de l’eau en vapeur-, une circulation s’établit, les couches inférieures en contact avec le foyer s’échauffent lespremières et sont successivement remplacées par les couchessupé-rieures, la vapeur se forme, il faut qu’elle parvienne à vaincre la résistance opposée à son ascension par l’épaisseur de la couche du liquide ; les premières bulles qui se forment ne sont pas autre chose que de l’air dilaté, elles se dégagent, elles montent à la surface du liquide, et bientôt les bulles de vapeur remplaçant les bulles d’air parcourent le liquide en l’échauffant et amènent peu à peu la masse du liquide jusqu’à l’ébullition.
- Mais ce phénomène est d’autant plus lent, que la masse du liquide est plus considérable; de là les recherches de générateur divisant l’eau en couches minces, divisant la flamme et les produits de la combustion augmentant la surface de chauffe, et s’efforçant de retirer du combustible toute la chaleur ou plutôt la plus grande partie delà chaleur produite sans nuire au tirage; mais, pour arriver à cerésultat, pour amener l’industrie à appliquer les conclusions de la science, il s’est écoulé plus d’un siècle depuisla marmite de Papin jusqu’à l’invention de la chaudière tubulaire qu’on a l’habitude d’attribuer à Séguin ainé et qui ne daterait que de 1828, alorsquedès 1802 un nommé Dallery avait décrit et fait breveter une chaudière à tubes, alors que dès 1793 Joël Barlow avait donné le dessin de sa chaudière avec ses tubes multiples entre-croisés en deux sens perpendiculaires; il y avait cependant cette différence que ceux-ci faisaient passer l’eau dans les tubes et que Séguin faisait passer les produits de la combustion.
- L’industrie devait en arriver à cette solution, la science la lui avait fait pressentir ; ce mouvement de circulation, cette substitution des bulles d’air dilaté, puis de la vapeur formée par l’eau plus froide venant à son tour remplacer les couches d’eau échauffée, devaient faire penser à diminuer les masses d’eau et aussi à faire circuler les produits de la combustion dans des lames minces ou à travers des tubes.
- Je ne parlerai pas des expériences de Gay-Lussac constatant que l’ébullition est retardée dans des vases de verre, et de celles de Marcet (de Genève), reconnaissant que le retard est encore plus grand quand les parois intérieures du vase ont été longtemps en contact avec l’acide sulfurique. Ces expériences ont peu d’intérêt pour l’industrie qui n’emploie que des chaudières en métal, mais il importe de dire un mot de cette propriété particulière qu’on a appelée l’état vésiculaire ou sphéroïdal de l’eau.
- Avant que M. Boutigny, d’Évreux, eût exécuté sa chaudière, qui a fait l’objet
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- d’un rapport très-remarquable de notre collègue Callon (1), des savants avaient publié des expériences sur cette propriété particulière dont nous parlons, et qu’on appelle aussi la caléfaction des liquides. Supposons qu’on fasse rougir une plaque de métal et qu’on y verse une goutte d’eau, il semble que la vapeur va se former instantanément, il n’en est rien cependant; la goutte prend la forme d’une sphère, elle repose sur le métal incandescent, et j’ai tort de dire qu’elle y repose, puisqu’il n’y a aucune adhérence; elle est dans un état d’équilibre mobile, elle se balance nerveusement, et, si on l’observait en la grossissant au moyen du microscope à gaz, on reconnaîtrait, en projetant son image sur un écran, qu’entre cette bulle et le métal il y a un espace libre; comment est-il rempli? probablement par l’air dilaté ou par la petite partie de vapeur qui la suspend comme sur une sorte de coussin ; en dehors de ce coussin il n’y a aucune évaporation, et la vapeur ne se forme que si la plaque de métal se refroidit assez pour faire passer l’eau de l’état sphéroïdal qui l’isole, à l’état de contact et d’aplatissement qui l’évapore; c’est sur ces propriétés qu’est fondé le système de M. Boutigny, d’Évreux. Il obtint avec ce système une puissance d’évaporation qu’on doit appeler considérable par rapport au petit volume et au poids relativement faible de métal employé. À l’intérieur d’un cylindre vertical, sont disposés des diaphragmes métalliques superposés et percés de trous ; l’eau tombe en pluie d’un de ces diaphragmes sur l’autre, et l’évaporation est très-rapide. Notre collègue Tresca a fait sur cet appareil des expériences qui ont été favorables. « Il paraît établi, dit M. Callon dans son rapport à la Société d’encouragement, que, si la chaudière de M. Boutigny ne doit pas être regardée en principe comme susceptible de donner des résultats supérieurs, au point de vue de l’économie du combustible, elle peut du moins réaliser, sous un petit volume et sans désavantage, un pouvoir de vaporisation égal à celui d’une chaudière ordinaire ayant une surface de chauffe au moins trois fois plus grande. »
- C’est là, sans doute, un résultat très-important et qui est dû exclusivement à la science.
- J’ai voulu montrer, dans le principe, les deux extrêmes : l’eau en grande masse, comme dans la marmite de Papin, et à côté l’eau divisée en gouttelettes infinies, en son état vésiculaire, parce qu’entre ces deux extrêmes se placent la plupart des chaudières qui ont été imaginées et qui sont employées dans l’industrie.
- Nous disions que les recherches ont marché très-lentement, et en effet, depuis Newcomen et Papin, près d’un siècle après, James Watt emploie encore les chaudières dites à tombeau ou en D couché, c’est-à-dire le liquide en grande masse, chauffé en plein foyer et au centre de la flamme. Ce n’est que longtemps après que fut inventée la chaudière à bouilleurs, d’abord à un seul houilleur noyé dans la flamme, ensuite à deux et à trois bouilleurs, dite chaudière française. Ici encore l’eau est chauffée en
- (1) Voir Bulletin de 1856, 2e série, t. III, p. 79.
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- grande masse, mais du moins la chaleur est mieux utilisée ; les deux bouilleurs sont placés au-dessus de la grille, la flamme les enveloppe de toutes parts, circulant jusqu’au sommet d’une voûte supérieure, elle parcourt toute la longueur des bouilleurs et revient sous la chaudière, soit par un seul retour, soit par deux retours latéraux; il y a ainsi la surface de chauffe directe profitant de la chaleur rayonnante et des produits de la combustion, il y a la surface de chauffe indirecte, celle qui enveloppe la chaudière elle-même, laquelle ne profite que de la chaleur perdue.
- Celte forme, étant conservée et étant considérée comme un type, a été l’objet do grandes améliorations. On a reconnu d’abord qu’il fallait le défendre contre les coups de feu, et les grilles ont été munies d’un autel en brique réfractaire, qui a prolongé autant que possible la longueur de la flamme qui fait chalumeau, puis, pour cette partie antérieure des bouilleurs qu’on appelle le coup de feu, on a employé les tôles au bois les plus résistantes, ce qu’on appelle le fer extra-fort; on a eu le soin de placer les tôles dans le sens même de leur laminage pour que les fibres du fer fussent parallèles à l’axe de la flamme et pour que les effets de dilatation occasionnassent moins de fuites. Pour combattre ces effets de dilatation, qui causaient la destruction des chaudières, on est arrivé, à la suite de nombreuses expériences, à conclure qu’il fallait mettre sur la même feuille de tôle les deux tubulures ou cuissards mettant en communication les bouilleurs et la chaudière, évitant ainsi les déformations, par suite les chances de fuite.
- Toutes ces améliorations ne sont venues que peu à peu et à la suite de nombreux mécomptes. Dans une circonstance où les plus grands mécaniciens étaient engagés, et dans laquelle j’avais à me prononcer comme expert sur les causes des fuites qui avaient successivement arrêté la marche d’une usine importante; après avoir examiné attentivement, avec deux collègues, MM. Farcot et Cavé, le travail de chaudronnerie, qui nous a paru de tous points parfaitement exécuté, nous avons tous été obligés de reconnaître que c’est aux inégalités de dilatation que nous devions attribuer les fuites que ni le matlage ni le remplacement des feuilles n’avaient pu conjurer, et ce n’est qu’en mettant les communications sur la même feuille, que nous sommes parvenus à nous en rendre maîtres. On peut considérer que cette disposition est une amélioration acquise à l’industrie et que les bons constructeurs n’hésitent pas à l’adopter. Il importe, pour ne pas avoir les communications trop loin du milieu de l’axe, d’adopter pour le coup de feu une longueur de feuille aussi grande que possible.
- Outre les coups de feu et les dilatations inégales, il est encore un ennemi dont il faut se défier et qui peut causer de redoutables explosions; nous ne parlons pas des sédiments calcaires, parce que ce sujet nous entraînerait trop loin. Nous voulons parler de l’emprisonnement des bulles de vapeur. Si on se souvient de la théorie de la vaporisation, de la manière dont la vapeur se forme à la partie inférieure et contre les pa-
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- rois chauffées du métal, si on songe qu’il faut que la vapeur s’élève en parvenant à vaincre la pression qu’exerce, sur chacune des bulles formées, la hauteur du liquide, on comprendra qu’il peut arriver, soit par la force d’inertie, soit par l’inégalité ou l’insuffisance de la circulation, qu’un amas de vapeur peut être emprisonné entre le métal et l’eau; il arrive alors que cette vapeur interposée isole le métal du contact de l’eau. Il peut en résulter une sorte de caléfaction, le métal devient incandescent et si, par un mouvement de cet amas de vapeur, l’eau reprend le contact du métal, il en résulte une formation considérable et instantanée de vapeur et, par suite, une explosion.
- Aussi beaucoup de constructeurs ne se contentent-ils pas des cuissards mettant en communication les bouilleurs et la chaudière; ils établissent cette communication au moyen de petits tubes spéciaux allant des bouilleurs au réservoir de la vapeur de la chaudière et détruisant cet amas de vapeur au fur et à mesure qu’il se forme; mais, quelque multipliés que soient les tubes de communication, le remède n’est pas absolument efficace, et le mieux est d’adopter une disposition qui obvie complètement à l’inconvénient que je viens de signaler. Le problème à résoudre consiste à faciliter l’écoulement de la vapeur des bouilleurs, de la forcer à se rendre, dès qu’elle se forme, dans le réservoir commun qui est au-dessus de la chaudière. Pour y parvenir, il convient de donner aux bouilleurs une double inclinaison, de manière à ce que les points les plus bas soient à l’une et à l’autre extrémité et que le point le plus haut aboutisse aux communications. Cette double inclinaison suffit pour donner aux bulles de vapeur une force ascensionnelle qui les dégage des bouilleurs pour les conduire au réservoir de la chaudière.
- On a constaté ensuite un autre inconvénient résultant de l’insuffisance de ce réservoir. La vapeur se produisant au milieu d’une grande masse d’eau en entraîne une partie notable avec elle, et la vapeur, arrivant humide au cylindre moteur, amène des destructions rapides. On a, pour obvier à cet inconvénient, surmonté les réservoirs do vapeur d’un dôme considérable; on a pris la vapeur à la partie supérieure au moyen d’un tuyau recourbé et présentant une ouverture de haut en bas.
- Ces précautions n’ont pas toujours suffi, et on en est arrivé au surchauffement ou plutôt au réchauffement de la vapeur; on a mis le dôme dans les cheminées ou bien on a fait circuler des réservoirs cylindriques allongés dans des carneaux par lesquels passait la chaleur perdue; quelques constructeurs ont même pensé qu’il convenait de réchauffer la vapeur au moyen d’un foyer spécial, mais ce procédé n’est pas sans danger et nous n’avons jamais pris sur nous de le recommander; on comprend, d’ailleurs, à quelle destruction rapide se trouve exposé ce corps cylindrique qui ne contient pas d’eau, ou du moins qui ne reçoit que celle qui se trouve entraînée par l’action ascendante de la vapeur. Mais, si ce système ne doit pas être encouragé, il n’en est pas de même du système des réchauffeurs adopté par MM. Farcot, et nous ne saurions mieux
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- clore ce que nous avons à dire sur les chaudières françaises dites à bouilleurs qu’en parlant de la disposition adoptée par ces constructeurs hors ligne qui à l’Exposition dernière ont été récompensés d’une manière exceptionnelle.
- Avant d’adopter leurs chaudières à tubes, MM. Farcot ont obtenu des économies considérables de combustible au moyen de chaudières à bouilleurs latéraux. Ces bouilleurs superposés sont reliés entre eux par des tubes verticaux; le foyer, après avoir chauffé soit les bouilleurs principaux, soit une chaudière unique, conduit les produits de la combustion sur les réchaufïeurs et les enveloppe de toutes parts. L’eau d’alimentation arrive dans le bouilleur qui se trouve le plus près de la cheminée et s’échauffe en traversant la série des réchauffeurs ainsi étagés, de telle sorte que la chaudière qui contient le réservoir de vapeur reçoit l’eau la plus chaude, c’est-à-dire celle qui produit le plus de vapeur.
- Avec ces dispositions on a tenté d’atteindre ce double résultat de produire la plus grande quantité de vapeur avec la moindre quantité de combustible : en épuisant toute la puissance calorifique du foyer, en employant le mieux possible cette puissance et ne laissant échapper dans la cheminée que la chaleur rigoureusement nécessaire pour obtenir un bon tirage. Déjà, lorsque nous établissions les chaudières et cheminée de la Manutention des vivres de la guerre sur le quai de Billy, nous avions mis dans la cheminée un serpentin tubulaire dans lequel arrivait l’eau froide d’alimentation qui, empruntant aux produits de la combustion une notable quantité de chaleur, ne nuisait pas sensiblement au tirage et permettait d’alimenter les chaudières avec de l’eau dont la température était à près de 65 degrés. On comprend que ces moyens de réchauffage peuvent varier à l’infini.
- Les chaudières à bouilleurs avec les perfectionnements que nous venons d'indiquer ont été pendant longtemps la dernière expression du progrès; mais il s’en faut bien que les ingénieurs et les mécaniciens n’aient pas cherché à modifier ces formes un peu élémentaires.
- Un ingénieur des ponts et chaussées très-remarquable, M. Frimot, a imaginé les formes les plus variées, je dirais presque les dispositions les plus bizarres pour résoudre le problème de la génération de la vapeur au meilleur marché possible. Il cherchait surtout les moyens de faciliter la libre et rapide circulation. Je lui ai vu faire les expériences les plus curieuses dans des chaudières en verre dans lesquelles il introduisait de la sciure de bois pour étudier avec soin les mouvements de l’eau mise sur le feu dans des vases de formes variées; et nous observions ensemble que l’eau affectait des mouvements de tourbillon suivant l’axe de figure, et que ces mouvements étaient d’autant plus confus que l’action du foyer était répartie plus inégalement. Ainsi avec la chaudière de Watt et le foyer central, la sciure affectait la forme d’une gerbe s’épanouissant du centre aux parties latérales; si au lieu d’une surface concave à la partie inférieure on avait une surface convexe, comme celle d’un ballon, la gerbe était en sens inverse et partant des parois latérales se réunissait au centre; avec les
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- cylindres allongés comme les bouilleurs, non-seulement cet épanouissement existait, mais il y avait, en outre, un trouble dans la gerbe par le retour, vers le foyer, des particules d’eau qui, étant éloignées, subissaient moins directement l’influence de son contact. Après toutes ses recherches, M. Frimot en était arrivé à adopter une forme qui rappelait le cœur humain, la circulation du sang, sa distribution dans les artères.
- La chaudière à laquelle il attachait le plus de prix se composait d’un réservoir d’eau central ressemblant à une ovoïde de révolution, et suivant le centre de figure, il disposait des tubes inclinés qu’il nommait des artères et qui aboutissaient à un corps extérieur enveloppant le foyer central et facilitant et la circulation de l’eau et l’emmagasinement de la vapeur. Avec de semblables dispositions il n’avait pas à craindre l’emprisonnement des bulles de vapeur et il facilitait la circulation dans une si grande proportion, que sans contredit ses chaudières montaient en vapeur beaucoup plus vite quelesautres, mais les difficultés de leur construction y ont fait renoncer.
- En même temps que lui et concurremment avec lui, M. Beslay, un de nos mécaniciens les plus distingués, étudiait des chaudières à bouilleurs verticaux ; il les considérait comme inexplosibles.
- Il avait cherché, en leur donnant une hauteur très-considérable, à faire ce qu’on appelle le tirage pendant la chauffe; le foyer étant à la partie inférieure, la partie supérieure de ces longs cylindres se perdait à l’origine de la cheminée, et l’eau froide arrivant par le haut s’échauffait graduellement en circulant en sens inverse de la flamme, ce qui est le meilleur mode d’utilisation de la chaleur.
- Si ces chaudières n’étaient pas absolument inexplosibles, du moins leur explosion était tout à fait inoffensive, puisque chacun de ces bouilleurs était terminé par une sorte de bouchon hémisphérique qui, cédant le premier sous l’influence d’un dégagement excessif de vapeur, laissait écouler l’eau sur le foyer et l’éteignait sans aucun danger.
- Les recherches, dans ce sens, ont été très-nombreuses, et il nous serait impossible de donner une idée, même incomplète, des variétés de forme auxquelles on a été conduit.
- Depuis 1819, deux de nos meilleurs chaudronniers-mécaniciens de Paris, M. Durenne père, puis M. Durenne fils, deux spécialités, ont étudié avec le plus grand succès toutes les formes de chaudières, et leurs différentes fabrications non-seulement au point de vue des dispositions, mais encore au point de vue du métal employé. Nous avons eu sous les yeux et nous avons déposé sur le bureau de la Société plus de cent dessins différents, les uns excellents, les autres moins bons, et l’étude de ces derniers n’était pas la moins intéressante à ce point de vue qu’il faut, pour obtenir le progrès, non-seulement connaître ce qu’il faut imiter, mais encore être mis en garde contre ce qu’il faut éviter. Il faudrait avoir le dessin de toutes ces chaudières pour pouvoir reproduire ici cette partie de notre communication, qui n’aurait aucun intérêt pour ceux qui n’ont pas
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- les planches sous les yeux; mais M. Durenne nous a promis d’en faire l’objet d’un album que nous recommandons à tous les praticiens.
- Les chaudières à foyer extérieur ont été l’objet d’études et d’expériences très-minutieuses; la Société industrielle de Mulhouse, qu’on doit toujours citer avec éloge, tant au point de vue de la compétence qu’au point de vue du soin qu’elle apporte dans ses recherches, est arrivée à ce résultat que l’économie de combustible résultant de l’emploi des réchauffeurs doit être estimée au moins à 10 ou 15 pour 100. Elle donne sans hésitation la préférence aux chaudières courtes de 5 à 6 mètres de longueur, ayant 30 à 35 mètres carrés de surface de chauffe et, avec ces dispositions, elle a constaté qu’un kilogramme de houille évaporait jusqu’à 8kil,38 d’eau. On sait que la combustion d’un kilogramme de houille développe 8,000 calories et peut théoriquement vaporiser jusqu’à 12 kilogrammes d’eau prise à 0°.
- Après avoir longtemps cherché à améliorer les chaudières h foyer extérieur, les études des industriels se portent sur les chaudières à foyer intérieur, on est frappé de la quantité de chaleur qui rayonne en pure perte, autour du foyer, dans ses parties latérales, et surtout au-dessous de la grille, qui forme du cendrier un véritable foyer incandescent, qu’on a longtemps appelé l’enfer, et on a imaginé, à juste titre, qu’on aurait tout avantage à envelopper d’eau toutes les parois de ce centre où se fait le feu. Ceux qui cherchaient dans ce sens blâmaient cette quantité considérable de maçonnerie qu’il faut échauffer et, voulant supprimer cette masse, ils ont enveloppé d’eau de toutes parts la grille et le cendrier dans l’espérance de ne rien perdre du calorique développé par le foyer. Il ne faut pas dire trop de mal cependant de ces masses de maçonnerie qui, en même temps qu’elles mettent beaucoup de temps à s’échauffer, sont également longues à se refroidir et tendent à régulariser l’emploi de la chaleur en l’emmagasinant.
- On se trouve donc entre ces deux problèmes : la bonne utilisation du combustible et sa régularisation; nous verrons bientôt comment, avec les chaudières tubulaires, on est arrivé à les résoudre tous deux.
- Avant que ce genre de chaudière eût conquis la faveur publique, M. Fairbairn avait conseillé deux corps à foyer intérieur enveloppés d’eau et, pour obvier aux pertes résultant de ce que les produits de la combustion s’échappaient à une température trop grande, il avait fait un double retour de flamme, comme dans les chaudières françaises. Mais les études dans ce sens ont été peu suivies, et la nécessité d’augmenter les surfaces de chauffe et d’utiliser aussi complètement que possible la chaleur développée par le foyer a conduit les ingénieurs à adopter, même pour les machines fixes, les chaudières tubulaires qui étaient restées longtemps cantonnées dans les machines locomotives ou dans les machines de bateau.
- On se souvient du concours qui a été ouvert à Liverpool en 1829; il s’agissait de faire la première machine locomotive.
- Robert Slephenson, Hackworlh, Rraiticaite étaient concurrents. Un moment le pro-
- Tuïïig X.V. — 67e année. 2e série. —Février 1868. 13
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- blême sembla insoluble : Stephenson le déclara explicitement en disant que la surface de chauffe faisait défaut, que jamais on ne pourrait produire la quantité considérable de vapeur qu’exigeait le mouvement d’une pareille machine. Le problème fut résolu cependant grâce à l’application de la chaudière tubulaire, Séguin aîné avait pris son brevet en 1828, le concours avait lieu en 1829. Il est donc bien difficile de lui refuser la priorité de cette invention, sans laquelle l’exploitation des chemins de fer serait impossible.
- Dans cette chaudière le foyer est intérieur, la boîte à feu est complètement enveloppée d’eau, la flamme est pour ainsi dire laminée, passée à la filière si l’on veut, en passant à travers les tubes, l’eau se présente en couches minces sur le métal, elle se trouve pour ainsi dire tamisée et la surface de chauffe est considérable.
- Les avantages des chaudières à tubes sont si grands, qu’on ne comprend pas comment ce système n’a pas été appliqué plus tôt aux chaudières des machines fixes, car ce n’est que depuis une quinzaine d’années que les premiers essais en ont été faits et que leur usage tend de plus en plus à se généraliser. C’est dans cette voie que se font encore aujourd’hui les recherches les plus nombreuses, et on peut considérer ce système comme le meilleur et le plus puissant agent de vaporisation et comme devant dès lors remplacer toutes les autres chaudières. Nous ne faisons à cet égard aucune restriction.
- Dans les chaudières tubulaires on signale les inconvénients suivants; on les accuse d’irrégularités, on dit qu’en effet elles montent vile en vapeur, mais qu’elles tombent avec la même vitesse, en sorte qu’on manque de vapeur peu de temps après en avoir eu un excès 5 on dit que leur construction est difficile, que leur nettoyage est impossible; que la fumée encrasse l’intérieur des tubes, que les sédiments calcaires les enveloppent à l’extérieur et que la production de vapeur en est considérablement diminuée.
- Tous ces reproches ne sauraient s’adresser au système en lui-même, mais bien aux dispositions qui ont été successivement adoptées, et on ne saurait contester que les succès obtenus par MM. Farcot, par MM. Thomas et Laurens, par MM. Cail, par M. Berendorff, par M. Darenne fils et par MM. Séraphin sont là pour attester non-seulement que le problème n’est pas insoluble, mais encore qu’il est résolu.
- Nous ne sommes pas aussi explicite à l’égard des chaudières tubulaires qu’on désigne sous le nom de chaudières à circulation rapide ou générateurs instantanés, et nous sommes prêt à reconnaître qu’elles présentent certains inconvénients. Dans ces chaudières ce n’est plus la flamme et les produits de la combustion qui traversent les tubes, c’est l’eau, et on comprend immédiatement que les sédiments calcaires, qu’on a coutume de considérer comme un si grand obstacle quand ils se déposent à l’extérieur des tubes, deviennent bien plus dangereux quand c’est à l’intérieur que se forment ces dépôts. Le nettoyage devient alors tellement difficile, qu’on en vient à ce point de songer à employer de l’eau distillée comme constituant le seul remède.
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- Dans cette classe se placent les premiers essais qui ont été faits par les deux Perkins en Angleterre, par notre honorable collègue le baron Séguier, par MM. Isoard, Belle-ville, Clavière, Larmanjat, Hédiard.
- Cette idée défaire passer l’eau à travers destubeset de chauffer ceux-ci extérieurement est loin d’être nouvelle, nous avons déjà parlé de Joël Barlow, qui date de 1793, et de Dallery, qui date de 1802, M. le baron Séguier avait adopté une disposition semblable dans son bateau, et il reconnaissait que, déjà en 1792, cette idée avait été adoptée, ne faisant aucune difficulté de reconnaître qu’il s’était rencontré avec d’autres inventeurs sans connaître leurs inventions.
- Dans son mémoire à l’Institut en 1841, il dit textuellement :
- « On voit avec un vif intérêt que l’auteur du projet, comprenant bien tout le danger « d’une force élastique accumulée dans un seul récipient, avait eu la très-prudente « idée de diviser et l’eau et la vapeur dans une série de réservoirs cylindriques d’un « faible diamètre.
- « Un examen attentif de ce plan nous conduirait à cette bizarre conclusion, que des « premiers projets de bateaux à vapeur, sous le point de vue du générateur de la puis-« sance, étaient plus parfaits que nos constructions actuelles, ou bien encore à cette « remarque pénible que certaines inventions récentes, regardées comme des perfec-« tionnements, ne sont que la reproduction de vieilles conceptions restées ignorées « ou tombées dans l’oubli. »
- Il avait bien raison puisque, dès 1803, l’éminent ingénieur Woolf dispose horizontalement des tubes communiquant à un réservoir d’eau supérieur, puisque, en 1823 , un Américain, M. John Curdy, avait imaginé une chaudière composée « d’une série de « tubes cylindriques avec des couvercles sphériques, arrangés en forme de pyra-« mides, au-dessus d’un fourneau, de telle façon que la flamme circule en tous sens « autour d’eux; chacun de ces cylindres en contient un autre, d’un diamètre assez « petit, pour qu’il reste entre deux un espace très-mince. Une pompe foulante oblige « l’eau de passer dans l’espace mince qui existe entre les deux cylindres. Il résulte de « là que l’eau, obligée de se mettre en contact avec le métal, se réduit rapidement en « une vapeur de très-haute tension. »
- Ces essais sont sans doute très-respectables, très-considérables, mais ce ne sont que des essais, et il y a à peine vingt ans que les chaudières tubulaires ont été adoptées par l’industrie sans être cependant généralisées.
- En 1849, M. Isoard, l’un des premiers, ressuscite cette vieille idée, il propose un serpentin contourné suivant les parois d’un cône vers l’axe duquel se trouvait le foyer. Nous avons vu fonctionner cette chaudière : la rapidité de la mise en vapeur était prodigieuse, mais l’inégalité de production ne l’était pas moins, et à peine la consommation de la vapeur était-elle commencée par l’ouverture du robinet de mise en marche que la chaudière ne fournissait plus de vapeur.
- En 1850, M. Belleville prend son premier brevet, c’est encore un serpentin ; mais
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- cette fois il est cylindrique et il est muni d’un réservoir d’eau et d’un réservoir de vapeur; il avait compris, dès ses premiers brevets, les inconvénients inhérents à l’instantanéité de la production de la vapeur et il avait tâché d’y obvier. Depuis quinze ans M. Belleville a étudié cette question et l’a examinée sous toutes ses faces. Nous croyons, d’après les notes que nous avons eues sous les yeux, qu’il a résolu le problème; son succès ne saurait être nié aujourd’hui et, en supposant qu’il existe encore quelques inconvénients dans les dispositions qu’il a adoptées, nous pensons qu’il parviendra à les vaincre; nous savons qu’il ne se contente pas d’appliquer son système aux bateaux, tout le monde connaît les importantes commandes qu’il a reçues de la marine, et nous avons vu nous-même, dans plusieurs usines, sa chaudière rendre de très-grands services.
- Nous ne dirons qu’un mot de la chaudière Clavière, c’est une variété de la chaudière Belleville, avec cette addition qu’il prolonge ses tuyaux jusque dans la cheminée pour obtenir un surchauffement de la vapeur.
- Nous avons expérimenté ces chaudières sur les bateaux porteurs de la compagnie Place, et nous n’avons jamais pu éviter ces émulsions de vapeur chargée d’eau qui obligeaient le mécanicien à purger le cylindre presque tous les quarts d’heure.
- La chaudière Larmanjat adopte le serpentin que M. Belleville employait originairement, mais elle se compose, en outre, d’un vase supérieur contenant de l’eau et sur lequel frappe la flamme.
- La chaudière Hédiard et Joly d’Argenteuil^mérite une mention spéciale. Elle se compose à la fois de bouilleurs d’un diamètre réduit, de sécheurs ou surchauffeurs de vapeur, et de réservoirs d’eau et de vapeur. Il semble que les inventeurs aient voulu réunir les avantages des chaudières dites françaises à ceux des chaudières tubulaires ; nous en avons vu une application très-importante dans les ateliers du musée d’artillerie de Saint-Thomas-d’Aquin ; les expériences faites sur celle chaudière lui ont été très-favorables. C’est encore une chaudière qui monte très-vite en pression et qui évapore plus de 8 kilogrammes d’eau par kilogramme de charbon; mais nous craignons que la difficulté de sa construction ne soit un obstacle sérieux à son succès définitif.
- On comprend, par les exemples qui précèdent, toutes les formes variées que peuvent affecter ces genres de chaudières; mais il faudra surtout s’appliquer à adopter des dispositions d’une construction facile et pouvant, dans l’usage, être facilement nettoyées. A ce prix le succès des chaudières tubulaires est assuré-, mais, quelle que soit l’énergie de notre conviction à ce sujet, nous ne pouvons nous défendre de citer l’avis de MM. Morin et Tresca à l’égard des chaudières à circulation et nous ne saurions mieux faire que de relater leurs conclusions.
- « Ces chaudières, disent-ils, sont moins encombrantes; elles coûtent moins cher d’installation, elles peuvent être mises en vapeur très-promptement, et elles sont peu sujettes aux explosions. D’un autre côté, les chaudières ordinaires à grand volume donnent, avec plus de facilité et moins de soins, une production de vapeur parfaite-
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- ment régulière; elles exigent moins de frais d’entretien, elles sont d’une manœuvre plus simple et plus commode, elles peuvent être plus facilement débarrassées des incrustations. »
- M. Jacqmin, dans son remarquable cours à l’Ecole impériale des ponts et chaussées, ajoute : On doit dire surtout que ces nouvelles chaudières sont d’une construction beaucoup plus difficile que les anciennes, et qu’il ne nous semble pas que ce soit dans ce sens que les recherches de l’industrie doivent plus particulièrement se porter.
- Ces autorités sont sans doute très-considérables, mais pour nous, après avoir étudié et expérimenté les différents systèmes, nous n’hésitons pas à donner la préférence aux chaudières tubulaires mixtes, à foyer intérieur, avec réservoir d’eau et de vapeur, et dans lesquelles les produits de la combustion passent à travers les tubes; ce sont ces chaudières dont les spécimens sont maintenant les plus nombreux; c’est à elles qu’appartient, à notre avis, le succès dans l’avenir.
- Comment en serait-il autrement? c’est ce système qui a créé la machine locomotive; sans lui on pourrait affirmer que les chemins de fer n’existeraient pas, il a été exclusivement adopté pour les machines marines et pour les machines locomobiles; ces chaudières devaient peu à peu s’introduire dans les usines et desservir les machines fixes.
- On dit que leur entretien et leur conduite sont difficiles, que leur nettoyage est presque impossible, que la vapeur qui se produit vite ne saurait s’emmagasiner? Il faut obvier à tous ces inconvénients, il faut simplifier leur construction et, par suite, leur entretien ; il faut rendre faciles leur montage, leur démontage et leur nettoyage ; il faut avoir des réservoirs d’eau et des réservoirs de vapeur. Il faut enfin profiter, autant que possible, de la chaleur développée et ne livrer à la cheminée les produits do la combustion que juste à la température nécessaire au tirage. Tels sont les problèmes à résoudre, et ils sont loin d’être insolubles.
- Dès l’exposition de 1855 apparaissent les chaudières tubulaires. Le 29 septembre de la même année, M. Pérignon, associé de MM. Laurens et Thomas, prend un brevet pour les chaudières tubulaires avec réservoirs d’eau et de vapeur. Bientôt la partie tubulaire devient amovible. Vers la même époque, M. Chevallier, constructeur distingué de Lyon, prend un brevet dans le même but.
- A Dieu ne plaise que nous ayons la prétention de fixer ici à qui appartient la priorité de ce système, nous savons que MM. Farcot, Durenne, Cail, etc., etc., l’ont également étudié, et nous ne sommes pas chargé de rechercher quelle part revient à chacun d’eux. Ce que nous avons voulu seulement signaler, c’est que les recherches dans cet ordre d’idées sont déjà anciennes, et, si nous voulons justifier des progrès qui ont été réalisés dans ce sens, il nous suffit de jeter les yeux sur l’album que prépare M. Durenne fils, sur le certificat d’addition pris par M. Chevallier en 1861, et sur les additions plus nombreuses encore, brevetées au profit de MM. Laurens et Thomas, jusqu’à ces dernières années, il nous faut surtout examiner attentivement l’Exposition universelle de 1867.
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- L’appareil qui nous frappe le premier est le foyer amovible de MM. Laurens et Thomas; à côté de la machine de la force de 20 chevaux était un petit modèle en verre du générateur tubulaire à foyer amovible que les inventeurs ont mis obligeamment à la disposition de la Société d’encouragement. Dans cet appareil le foyer est intérieur, le faisceau tubulaire est en retour, c’est-à-dire que le foyer est contenu dans un cylindre qui se prolonge de la grille jusqu’à la chambre à fumée ; de cette chambre partent les tubes à travers lesquels passent au retour les produits de la combustion revenant ainsi sur le devant de la chaudière dans une enveloppe qui les conduit à la cheminée. Ces tubes sont contenus dans un cylindre-enveloppe qui contient le réservoir d’eau et qui pourrait même être chauffé à l’extérieur par les produits de la combustion si on craignait de les abandonner à la cheminée à une trop haute température.
- Le cylindre-foyer et les tubes, cet ensemble qu’on pourrait appeler un vaporisateur, sont indépendants de toute la chaudière proprement dite, qu’on peut augmenter autant qu’on le veut pour obvier à l’inconvénient de l’insuffisance du volume de vapeur emmagasiné 5 c’est une sorte de réservoir qui fournit au fur et à mesure de la dépense comme dans les chaudières ordinaires, et ainsi on obvie à l’inconvénient de l’insuffisance de vapeur qu’on avait reproché jusqu’alors aux chaudières de ce système. Pour obvier aux inconvénients résultant de la difficulté de nettoyage, MM. Laurens et Thomas ont rendu mobile toute la partie de l’appareil qui contient les tubes; cette partie n’est fixée au reste de la chaudière qu’au moyen d’une plaque unique garnie de boulons -, pour faire tomber les sédiments calcaires, ou les enlever au burin s’ils sont trop adhérents, pour nettoyer l’intérieur des tubes et faire tomber la suie, il suffit de défaire ces boulons et de sortir tout le vaporisateur de la chaudière, de manière à mettre les tubes à la portée de l’ouvrier.
- Ce joint est soustrait à toute action détériorante, et ce démontage peut être facilement exécuté par tous les ouvriers et, à plus forte raison, par les chauffeurs, qui sont généralement des ouvriers intelligents.
- Sur ce système, on a fait des chaudières de 2 mètres de diamètre marchant à 7 atmosphères et demie, et le joint n’a présenté aucune difficulté de démontage. Nous attribuons le succès mérité qu’ont eu ces chaudières à cette facilité de démontage qui permet de se passer des ouvriers ajusteurs toujours difficiles à trouver loin des villes.
- Nous n’avons pas hésité jusqu’à présent à donner la préférence aux foyers intérieurs, nous en donnons la raison. La Société industrielle de Mulhouse est arrivée à ce résultat assez imprévu que les foyers fumivores ne produisaient pas une économie de combustible, que cette économie dépendait non pas de la suppression de la fumée, mais d’une combustion lente, tandis que les appareils fumivores et l’activité de la combustion conduisaient à une dépense plus grande de combustible ; or dans les foyers extérieurs cette activité est très-considérable, la température ambiante est très-grande, l’air afflue dans de très-grandes proportions; la distillation de la houille
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- est très-prompte, elle est presque instantanée. Il en résulte que les gaz ne sont pas comburés, et qu’ils s’échappent dans la cheminée à une température beaucoup plus haute que celle qui serait nécessaire au tirage.
- M. Chevallier, de Lyon, a également la prétention de vouloir démonter ses tubes, quoique le texte de son brevet que nous avons sous les yeux ne le dise pas. Il a des chaudières à tubes verticaux ou à tubes horizontaux, tous ces tubes sont courbés en tubulure de jeu d’orgues. Son système de 1861 indique bien la mobilité, mais nous n’hésitons pas à donner la préférence à celle qui a été adoptée antérieurement par MM. Laurens et Thomas.
- Le système de MM. Farcot se rapproche plus que les précédents de la chaudière tubulaire de Séguin aîné. Tandis que^M. Chevallier a des tubes courbés en siphon, et que MM. Laurens et Thomas ne se servent des tubes que pour le retour de flamme, MM. Farcot font passer la flamme et les produits directs de la combustion à travers les tubes, ils ne se servent du retour que pour réchauffer la chaudière à la partie extérieure.
- Nous savons cependant que cette importante maison varie ses dispositions suivant les circonstances dans lesquelles se trouvent placées les usines qui leur accordent leur confiance, et il y en a beaucoup.
- A l’Exposition universelle, MM. Farcot avaient deux corps de chaudière superposés, afin d’avoir un réservoir d’eau et un réservoir de vapeur. Nous n’approuvons pas le parcours direct, outre son action détériorante des tubes, nous pensons qu’avec cette disposition la fumée passe à travers les tubes, en très-grande masse, sans être brûlée ; il suffit, pour s’en convaincre, d’observer la cheminée des machines locomotives qu’on chauffe à la houille, jetant dans l’atmosphère des flots de fumée. Nous pensons aussi que les tubes exposés aussi directement à une grande chaleur doivent subir les influences des dilatations et des contractions qu’on redoute toujours dans les locomotives. Nous préférons la mobilité de MM. Laurens et Thomas à celle qui a été adoptée par MM. Farcot, et nous sommes sur ce point, comme sur beaucoup d’autres, d’accord avec l’ingénieur Clarke, dans sa Machinery of the Exhibition 1862.
- On ne saurait se dissimuler que ces chaudières amovibles ont pris naissance sous l’influence des ordonnances restrictives qui, pendant si longtemps, ont régi, en l’entravant, l’établissement des chaudières à vapeur et qui obligeaient les mécaniciens à ne pas dépasser certains diamètres, en leur imposant certaines épaisseurs, dans certains cas déterminés; mais depuis le décret du 25 janvier 1865 qui, sans limiter l’épaisseur, permet de donner de grands diamètres aux chaudières; depuis ce moment, les chaudières tubulaires ont pris un très-grand essor. On peut maintenant entrer dans les chaudières et nettoyer le faisceau tubulaire sans être absolument obligé de le faire sortir; tout le monde comprend que le nettoyage ne sera jamais aussi parfait que dans le cas où le vaporisateur est mobile, mais ce nettoyage direct présente néanmoins de très-grands avantages.
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- MM. Séraphin frères ont renoncé à la mobilité. Nous avons sous les yeux une do leurs chaudières qui nous paraît établie dans les meilleures conditions, elle est à foyer intérieur circulaire ; le corps de la chaudière a un diamètre de lm,90, il contient un grand volume d’eau et a un grand réservoir de vapeur; on peut y entrer facilement pour le nettoyage, le foyer est très-long, et la grille n’allant que jusqu’au milieu du foyer, on a ainsi à la suite de la grille une véritable chambre de combustion qui permet de brûler les gaz combustibles et de préserver la plaque tubulaire du coup de feu. Le foyer est construit d’une seule pièce sans aucune rivure, ce qui obvie aux inconvénients des dilatations. II a 140 mètres carrés de surface de chauffe ; ce générateur est préservé du refroidissement extérieur par de simples cloisons en briques. MM. Séraphin se proposaient de faire un retour de flamme au-dessus-; mais ils y ont renoncé à la suite d’expériences très-curieuses qu’ils ont faites au pyromètre, et qui ont démontré que les produits de la combustion, avec les dispositions qu’ils ont adoptées, s’échappaient dans la cheminée à une température de 220 degrés seulement, c’est-à-dire avec la chaleur nécessaire au tirage, et sans laquelle la combustion n’aurait plus lieu.
- Depuis l’apparition de la chaudière à foyer amovible, il s’est produit des modes de démontage des tubes un à un pour remplacer la mobilité complète du foyer et du faisceau tubulaire.
- M. Langlois, mécanicien de la marine, se sert d’une rondelle en bronze filetée et soudée à un bout de tube ; on fait un taraudage dans la plaque à tubes après cependan t avoir agrandi le trou, l’autre bout est virolé. Ce mode d’assemblage a été essayé avec succès par la marine. Il faut remarquer cependant que, si le tube se couvre d’une couche de sédiment calcaire plus épaisse que l’agrandissement nécessaire à l’emmanchement du tube, celui-ci ne peut pas sortir, à moins qu’on ne donne au trou d’ajustement un diamètre plus considérable, ce qui serait dangereux pour la solidité de la plaque à tubes; ajoutons, en outre, que ce mode de nettoyage nous paraît coûteux.
- M. Berendorff construit également des chaudières tubulaires, dont chaque tube peut être partiellement démonté. Il a beaucoup de succès maintenant avec ses tubes mobiles et, la preuve, c’est que ses confrères lui payent un droit de breveté, chose rare en France où on a coutume de se servir des brevets après leur expiration. M. Berendorff obtient la mobilité de ses tubes de la manière la plus simple.
- Aux extrémités des tubes il soude au cuivre une bague qu’il tourne légèrement conique égale au diamètre du trou de la plaque à tube. Ces trous sont eux-mêmes exactement alésés. Lors de l’emmanchement, le tube, muni de sa tête conique, fait coin et entre à frottement doux. Pour l’entrée comme pour la sortie, M. Berendorff se sert d’un boulon faisant tirant, entrant dans le tube, et muni, à ses extrémités, d’une rondelle du diamètre exact de la tête du boulon, et, par conséquent, plus petit que le trou de la plaque à tube. Il fait pression avec l’écrou, et le tube sort sans difficulté ; pour remettre le tube à sa place, il agit en sens inverse, et, après avoir opéré cette pression, pour être assuré contre les fuites, il donne un coup de marteau sec et léger en même temps.
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- Enfin M. Durenne fils a exposé, il y a quelques années, et fait, à l’heure qu’il est, fonctionner dans ses ateliers un appareil de chaudière tubulaire composé de segments mobiles et séparables les uns des autres au moyen d’un petit chemin de fer, sur lequel roulent les galets dont chacun de ces segments est muni.
- Les expériences qu’a faites M. Durenne fils sont des plus curieuses. Il a trouvé que les segments les plus éloignés de la grille ne produisaient pas de vapeur, l’eau étant à 50 degrés au dernier segment, à 65 degrés à l’avant-dernier, et ainsi de suite, jusqu’aux deux segments les plus proches du foyer, qui sont à 107 degrés et à 110 degrés. Il alimente dans la partie la plus proche de la cheminée, et il est très-satisfait des résultats qu’il obtient.
- On voit combien sont variés les^ystèmes de chaudières tubulaires ; on reconnaît facilement que c’est de ce côté que se portent les recherches et que se réalisent les progrès, et nous avions raison de dire que si la meilleure machine tubulaire n’est pas sans défaut, il en est un si grand nombre qui réalisent les plus sérieux avantages que l’avenir appartient à ce genre de chaudière.
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- NOTE SUR LE METROPOLITAN RAILWAY OU CHEMIN DE FER SOUTERRAIN DE LONDRES, PAR MM. DEROME ET BOREUX, INGÉNIEURS DES PONTS ET CHAUSSÉES.
- Lors de la construction des grandes lignes de chemins de fer qui viennent aboutir à Londres, on assigna aux compagnies une certaine zone pour l’établissement des gares qui devaient desservir la capitale.
- Celte zone métropolitaine renferme aujourd’hui, outre les têtes des grandes lignes, tout un réseau de chemins de fer métropolitains, destinés à rendre faciles et rapides les communications entre les divers quartiers de la ville.
- L’établissement d’un pareil réseau devait présenter des difficultés d’un ordre tout nouveau, et exiger des dépenses énormes devant lesquelles les compagnies ont longtemps reculé. Mais une expérience décisive a fait cesser toute hésitation : c’est l’exécution, au cœur même de Londres, du chemin de fer souterrain que l’on désigne spécialement sous le nom de Metropolitan Railway.
- Le succès de cette entreprise a donné une puissante impulsion à l’extension du réseau métropolitain : plusieurs lignes nouvelles sont déjà exploitées ou en cours d’exé-cutfon; le nombre des projets approuvés est considérable, et augmente chaque année. Dans la seule session de 1865, la sanction législative a été donnée à vingt-cinq projets d’extension ou de modification de ce réseau, s’appliquant à une longueur totale de 138,547 mètres. Deux de ces voies nouvelles franchiront la Tamise en tunnel : l’une Tome XV. — 67e année. 2e série. — Février 1868. 4 4
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- utilisera l’œuvre de Brunnel, resiée jusqu’ici sans emploi; l’autre exigera rétablissement d’un second tunnel sous la rivière en amont de Charing Cross.
- Ce seul exemple donne une idée de l’importance des travaux que nécessite l’exécution des lignes métropolitaines et de la rapidité avec laquelle elles se développent, sous l’influence du succès toujours croissant du Metropolitan Railway.
- Nous nous proposons, dans cette note, de donner quelques détails sur les conditions techniques de l'établissement et de l’exploitation de ce chemin, ainsi que sur les résultats financiers de l’entreprise (1).
- I. — Description du Metropolitan Railway.
- Historique. — L’idée première du Metropolitan Railway (2) est due à M. Charles Pearson, qui avait proposé d’établir à Farringdon Street une immense station centrale reliée à toutes les grandes gares de la capitale.
- Le projet exécuté est beaucoup moins vaste que celui de M. Pearson : la ligne part de Farringdon Street (pl. 377, fig. 1), se relie au Great Northen à King’s Cross, et au Great Western à Paddinglon, où elle finit. L’exécution en avait été approuvée par le Parlement en 1853 et 1854; mais des embarras financiers retardèrent jusqu’en 1859 le commencement des travaux. La ligne est livrée à l’exploitation depuis le 10 janvier 1863; elle est exclusivement affectée au transport des voyageurs.
- Un second projet, actuellement à peu près terminé, comprend le prolongement de la ligne de Farringdon Street à Finsbury Circus, et son raccordement avec le London, Chatham and Dover Railway. Enfin deux nouvelles extensions ont été autorisées, en 1864, l’une do Finsbury Circus à Trinity Square, Tower Hill; l’autre de Paddington à Brompton par Notting Hill et Kensington. Chacune d’elles vient se rattacher au Metropolitan District Railway également concédé.
- Tracé et profil en long. — Le Metropolitan Railway se détache du Great Western à Paddington, entre presque immédiatement en souterrain, passe sous Edgware Road, et longe le côté nord de Chapel Street. La station d’Edgware Road, voisine de Hyde Park, est établie au point de croisement de ces deux rues. La ligne suit ensuite Marylebone Road (avec station à Baker Street) jusqu’à Park Crescent, où elle dévie légèrement pour passer à l’extrémité de Porlland Road (station). De là, elle gagne New Road (avec station à Gower Street), et se dirige par Euston Square (3), vers King’s
- (1) Ce mémoire a été rédigé en 1865. (R.)
- (2) Cette ligne, établie presque entièrement en souterrain, est quelquefois désignée sous le nom de Metropolitan (underground) Railway.
- (3) En ce point le Metropolitan passe près de la gare du London and North Western, mais sans s’y rattacher.
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- Cross, où se trouve la station la plus importante de la ligne, reliée par deux embranchements à la gare du Great Northern. Jusqu’à King’s Cross, le Metropolitan est entièrement en souterrain, sauf à l’emplacement des stations de Paddinglon et à'Egd-ware Road.
- Au delà de King’s Cross, le tracé qui courait de l’ouest à l’est s’infléchit vers le sud-est; il se développe à ciel ouvert, dans une tranchée avec murs de soutènement. Cette tranchée est interrompue par deux tunnels, distants de 56 mètres, près de Granville Square, et sous la prison de Coldbathfîelds. La ligne continue ensuite à découvert et arrive enfin à la station de Farringdon Street, qui est provisoirement tête de ligne.
- Le développement de cette section, y compris les deux embranchements qui relient la station de King’s Cross à la gare du Great Northen, est de 7211 mètres,, savoir :
- mètres*
- Pour la ligne principale................... 6,082
- Pour les deux embranchements........... 1,129
- Total égal.............. 7,211
- Les divers éléments du tracé et du profil en long de la ligne sont résumés ci-après :
- 1° Tranchées et souterrain :
- Longueur des parties
- en tranchée. en souterrain,
- mètres. mètres.
- A l’ouest de King’s Cross................... 291 4,085
- A l’est de King’s Cross..................... 945 761
- Totaux........... 1,236 4,846
- 2° Tracé en plan :
- mètres*
- Longueur des alignements droits...................... 3,700
- Courbes de rayon supérieur à 300 mètres.............. 1,542
- Courbes de rayon compris entre 200 et 300 mètres. . . 680
- Courbe de 174m,64 de rayon........................... 160
- Total............ 6,082
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- 3° Profil en long :
- Pente moyenne de Paddington à Farringdon Street, 1/350 :
- mètres.
- Longueur des parties en palier. . . 1,544
- Déclivités inférieures à 1/100. . . . 1,833
- Déclivités égales à 1/100............. 2,705
- 6,082
- La longueur totale des deux embranchements se divise comme il suit :
- métrés.
- En souterrain........................ 822
- En tranchée.......................... 307
- Total.................. 1,129
- Les déclivités s’élèvent sur l’un d’eux à 1/48 (0m,0208 par mètre); sur l’autre, elles atteignent 1/43 (0ra,0233 par mètre).
- La distance du niveau des rails à la surface du sol varie entre 7m,90 et 16m,50. Dans les parties en souterrain, le sommet de la voûte est le plus souvent, à quelques pieds seulement en contre-bas de la chaussée.
- Nature de la voie. — Le Metropolitan est à deux voies. Chacune d’elles est mixte, c’est-à-dire formée de trois rails : les deux extrêmes, écartés de 2m,13, reçoivent le matériel du Great Western; le rail intermédiaire forme avec le rail extérieur la voie étroite, accessible au matériel des autres compagnies.
- Les rails sont à patin, et établis sur des longrines larges de 0m,33, épaisses de 0m,15 et longues de 13m,40. Les crampons d’attache, espacés de 0m,46, traversent les longrines et sont boulonnés par-dessous. Des traverses, distantes de 3m,35, de Om,li de largeur, et de même hauteur que les longrines, auxquelles elles sont fortement reliées, s’opposent à tout déplacement des rails.
- Section en souterrain. — La section courante, en souterrain, est une anse de panier à trois centres, avec pieds-droits en arc de cercle. L’ouverture, aux naissances, est de 8m,69, la montée de 3m,35, la clef est à 5m,03 au-dessus du niveau des rails (pl. 377, fig. 8).
- La voûte est formée de six anneaux de briques, donnant ensemble une épaisseur constante de 0m,69; les tympans sont remplis en béton, la chape est en asphalte.
- La nature du terrain a nécessité, en certains points, la construction d’un radier général; on l’a disposé en are de cercle, et exécuté en briques, sur une épaisseur de 0m,46.
- Des niches, pour permettre aux employés de se garer, sont disposées de part et
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- d’autre de la voie, à 15m,24 les unes des autres; leurs parois sont entièrement faites en ciment de Portland.
- Section en tranchée. — Les parties en tranchée sont revêtues de murs de soutènement. Ces murs sont formés de voûtes verticales en briques, reliant des contre-forts également en briques. Du béton de ciment complète l’épaisseur du massif en arrière de ce parement en maçonnerie. Cette épaisseur varie, d’ailleurs, ainsi que l’espacement des contre-forts et les dimensions des voûtes, avec la nature du terrain et la profondeur des tranchées (pl. 377, fig. 6 et 7).
- En certains points, les murs de soutènement des deux faces sont arc-boutés l’un contre l’autre au moyen de contre-fiches en fonte, qui laissent, au-dessus du niveau des rails, une hauteur libre de 4m,27.
- Enfin, en souterrain comme en tranchée, un aqueduc, dont les dimensions varient suivant les besoins, est placé dans l’axe de la voie.
- Mode d’exécution des travaux. — Les souterrains ont été exécutés à ciel ouvert, au moyen de tranchées, à l’exception de quelques parties peu considérables, construites par la méthode anglaise. Il a été nécessaire, en général d’étançonner fortement ces tranchées, par suite de la nature des terrains traversés, et pour empêcher la chute des maisons voisines.
- Dans les parties en tranchée, on a commencé par établir les murs de soutènement en fouille blindée; le déblai, à l’intérieur, n’a présenté ensuite aucune difficulté.
- On a dû employer, à la rencontre des égouts et des conduites d’eau et de gaz, des dispositions ingénieuses dans le détail desquelles nous ne pouvons entrer. Nous dirons seulement que, sur une partie de la ligne, les travaux ont dû être exécutés à travers un dédale de tuyaux et d’aqueducs, dirigés dans tous les sens et à des niveaux différents. On en a détourné un grand nombre; d’autres passent sous la voie, ou traversent la voûte sur des poutres en fer. Tous ces remaniements n’ont pu être effectués sans quelques accidents. Le plus grave a été la rupture de l’égout dit Fleet Sewer, qui fit irruption dans les travaux au moment .où ils allaient être terminés, et retarda de plusieurs mois l’ouverture de la ligne.
- Nous nous en tiendrons à ces quelques indications. Les bornes restreintes de cette note ne nous permettent pas d’énumérer les difficultés de tout genre rencontrées pendant l’exécution du Metropolitan, non plus que les modifications nombreuses qui ont dû être apportées aux types précédents, lorsque les circonstances locales en rendaient impossible l’application (1).
- (1) Ce sujet est traité avec détail dans une note de M. Rzîha insérée au journal allemand du docteur Scheffler : Organfür die Fortschritte des Eisanbahnwesens (1865, page 57J.
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- Stations. — Les stations sont au nombre de sept, y compris les deux gares extrêmes; elles se succèdent dans l’ordre suivant :
- La station de King’s Cross est seule établie en palier sur tout son développement. A l’emplacement des stations de Baker Street et de Gower Street, la déclivité est de 1/100.
- La station de Bishop’s Road occupe une extrémité de la gare du Great Western. Elle est à ciel ouvert, avec charpente métallique, et éclairage par la partie supérieure. La disposition de la station d’Edgware Road est analogue.
- Les trois stations suivantes sont en souterrain. Celle de Portland Road est située dans un endroit découvert, et on a pu l’éclairer par deux dômes établis au-dessus d’ouvertures ménagées dans la voûte.
- Types des stations souterraines. — Les stations de Baker Street et de Gower Street forment le type des stations souterraines. Nous dirons tout d'abord que les rues sous lesquelles elles sont établies sont larges, avec trottoirs et (jardins devant les maisons. Dans les limites de chaque station, l’axe de la ligne coïncide exactement avec celui de la chaussée. L’emplacement des bâtiments est pris sur les jardins des deux côtés de la rue; chacun d’eux comprend un étage de plain-pied avec la voie publique, d’où partent les escaliers de départ et d’arrivée aboutissant aux plates-formes. Ces dernières ont 71m,63 de long sur 3m,05 de large.
- Sur toute cette longueur, la voie est couverte par une voûte en arc de cercle de 9m,75 de rayon, 13m,72 de corde et 2m,74 de flèche. La voûte est faite de dix rangs de briques aux naissances et de 6 seulement à la clef, où l’on trouve une épaisseur de 0m,74. Les rails sont à 3m,51 en contre-bas des naissances.
- La disposition des pieds-droits est analogue à celle des murs de soutènement. Dans l’intervalle laissé libre entre deux contre-forts, la voûte est percée, à sa naissance,
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- d’un soupirail formé de deux faces latérales distantes de lm,45 et raccordées en haut et en bas par des surfaces cylindriques; la génératrice inférieure est inclinée à 45 degrés (pl. 377, fig. 3, 4 et 5). Ces ouvertures, au nombre de quatorze de chaque côté de la voie, débouchent dans les jardins; elles sont fermées, à leur partie supérieure, par un verre bombé, reposant sur un grillage, et laissant un jeu suffisant pour la ventilation. La surface intérieure est revêtue de plaques vernies en blanc qui réfléchissent la lumière dans le souterrain.
- La chaussée est macadamisée sur toute la longueur de la station, pour éviter les ébranlements que produirait sur la voûte le roulement des voitures.
- Stations de King’s Cross et de Farringdon Street. — La station de King’s Cross est à ciel ouvert, avec charpente métallique et éclairage par la partie supérieure; celle de Farringdon, qui n’est que provisoire, est analogue, sauf une charpente en bois.
- II. — Exploitation.
- Locomotives. — On ne pouvait songer à l’emploi des locomotives ordinaires ; l’air fût rapidement devenu impropre à la respiration à l’intérieur des tunnels.
- On a eu recours à des machines tenders, qui, en tranchée, fonctionnent suivant le mode usuel. Dès qu’on entre en souterrain, une soupape, manœuvrée par le mécanicien, vient fermer la cheminée, et les gaz se rendent dans un condenseur plein d’eau froide, disposé au-dessous de la chaudière; un registre intercepte en même temps l’arrivée de l’air par-dessous le foyer. Le tirage étant ainsi presque supprimé, le chauffeur doit forcer le feu à l’avance, de telle sorte que la vapeur emmagasinée, jointe à celle qui continue à se produire, suffise à la consommation jusqu’à la tranchée suivante. L’eau du condenseur doit être renouvelée très-fréquemment. Le combustible employé est naturellement le meilleur coke que l’on peut se procurer.
- Malgré ces dispositions, le résultat obtenu dans les premiers temps de l’exploitation était loin d’être satisfaisant. Cela tenait à ce que les condenseurs étaient trop petits, et les machines trop faibles pour les trains qu’elles avaient à remorquer ; le mécanicien se trouvait forcé, pour activer le tirage, de lâcher de la vapeur dans les tunnels. Cet inconvénient a disparu depuis la construction de machines mieux proportionnées.
- Eclairage des waggons. — Les waggons sont éclairés au gaz. Chacun d’eux porte à sa partie supérieure un réservoir d’une capacité de 4,248 litres, qui peut alimenter pendant deux heures et demie tous les becs disposés dans le waggon, à raison de deux par compartiment.
- Aux gares extrêmes sont établis, dans l’entre-voie, des regards communiquant avec un gazomètre, et en nombre égal au nombre maximum de voitures dont peut se
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- composer un train. Deux minutes suffisent pour remplir cinq réservoirs; un cadran à aiguille, adapté à chacun d’eux, indique, d’ailleurs, la quantité de gaz qu’il renferme.
- Signaux. — Un principe fondamental domine tout le système d’exploitation du Metropolitan et en assure la sécurité. Deux trains de même direction ne doivent jamais se trouver à la fois entre deux stations consécutives. lien résulte qu’un train ne peut quitter une station que quand le train précédent a dépassé la station suivante.
- L’application de ce système est rendue facile par l’emploi de signaux électriques transmis d’une station à la station voisine, à l’aide d’appareils télégraphiques spéciaux. L’agent préposé aux signaux a sous la main les leviers de manœuvre des disques placés en tête de la station. Il met le disque d’amont à danger dès qu’un train entre en gare, et ne lui donne voie libre qu’après avoir reçu de la station d’aval avis du départ du train précédent.
- Il existe, d’ailleurs, entre le mouvement des disques et la transmission des signaux, une liaison réciproque qui assure le fonctionnement régulier du système et prévient toute erreur (1).
- III. — Résultats financiers.
- Dépense d’établissement. — La section actuellement exploitée du Metropolitan Railway a coûté 32,500,000 francs, pour uné longueur de 7,211 mètres, soit environ 4,500 par mètre courant.
- Il est probable que la dépense eût été plus considérable encore si, au lieu d’établir la ligne en souterrain, on l’eût construite sur viaducs par suite des expropriations qui fussent devenues nécessaires. La ligne de Fenchurch Street h Blackwall, exécutée dans ce système, a coûté, en effet, 5,474 francs par mètre courant, quoique le prix des terrains soit moins élevé dans cette partie de la ville que sur le développement du Metropolitan.
- Trafic et nombre des trains. — Nous avons dit déjà que la ligne est exclusivement affectée au transport des voyageurs. Le tableau suivant donne le trafic par semestre depuis l’origine de l’exploitation :
- (1) Avec ce système, les trains sont forcément espacés du temps nécessaire au parcours de la distance maximum qui sépare deux stations consécutives. Cette distance est de 1,638 mètres, entre King’s Cross et Farringdon Street. On l’a réduite de moitié en établissant, au milieu de cet intervalle, une station télégraphique (telegraph station), qui arrête les trains jusqu’à ce que la voie soit libre à la station d’aval.
- Une autre station télégraphique a dû être établie entre Gower Street et King’s Cross à Euston Boad.
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- SEMESTRES. NOMBRE de voyageurs. RECETTES. DÉPENSES d'exploitation. BÉNÉFICE net. REVENU par semestre. p. 100 par an. Rapport de la dépense d'exploitation à la recette.
- 1er semestre 1863 4 823 437 Fr. 1 326 450 Fr. 951 450 Fr. 375 000 1.15 0.72
- 2« semestre 1863 4 631 738 1216 225 557 225 659 000 2.03 3.18 0.46
- 1er semestre 1864 5 207 335 1 368 500 505 975 862 525 2 65 0 37
- 2e semestre 1864 6 514 554 1 543 725 636 850 906 875 2.79 5.44 0.41
- | 1er semestre 1865 7 462 823 1 726 800 j 697 850 1 028 950 3.17 » 0.40
- On peut remarquer que le trafic de la ligne augmente très-rapidement (1). Le nombre des voyageurs transportés en 1865 s’est élevé à plus de 15 millions (2), et, malgré le chiffre élevé de la dépense de premier établissement, le revenu atteignait alors 6,34 p. 100. Ce succès exceptionnel tient aux conditions toutes particulières dans lesquelles se trouve le Metropolitan. lise produit, en effet, entre la Cité et le Quartier ouest de Londres, le West End, un mouvement prodigieux de voyageurs : le chemin de fer souterrain leur offre un mode de transport facile, rapide et économique; les rues, au contraire, sont tellement encombrées, que la circulation y est difficile et souvent même presque impossible. La préférence des voyageurs pour le Metropolitan est donc parfaitement justifiée.
- Le nombre des trains a augmenté en même temps que le trafic. On en peut juger par les chiffres suivants :
- NOMBRE de trains par semaine. NOMBRE TOTAL de voyageurs. NOMBRE de voyageurs par train.
- Juin 1864 1 297 201 905 156
- Décembre 1864 1 646 263 934 160
- Juin 1865 2 190 330 904 151
- (1) La progression a continué dans les deux semestres suivants :
- 2e semestre 1865. 1er semestre 1866.
- [Nombre de voyageurs,
- Recettes..............
- [Nombre de voyageurs, i Recettes............
- 8 031 084
- 1 811 025 fr. 10 303 395
- 2 573 675 fr.
- Les dépenses d’exploitation se sont élevées, dans ce dernier semestre, à 992,750 francs, soit 0,385 de la recette brute.
- (2) Il a du atteindre sans doute 20 millions en 1866 et progresser encore les années suivantes.
- Tome XV. — 67e année. 2e série. — Février 1868. 4 6
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- Il y a donc aujourd’hui, en moyenne, 310 trains par jour, soit 155 dans chaque sens, de 6 heures du matin à minuit, ce qui donne à peu près un départ toutes les sept minutes. Le directeur de l’exploitation croit possible de réduire cet intervalle à quatre minutes seulement (1), sans avoir à redouter d’accidents; le nombre total des trains se trouverait ainsi doublé. On voit que le Metropolitan peut suffire à un accroissement considérable de trafic.
- Il est à remarquer, d’ailleurs, que, malgré la plus grande multiplicité des trains, le nombre des voyageurs pour chacun d’eux n’a pas varié sensiblement.
- La recette moyenne par train est de 38f,20, la dépense d’exploitation correspondante paraît se fixer à 40 p. 100 du chiffre précédent, soit à 2f,50 par kilomètre.
- Le nombre maximum de voyageurs que la ligne ait transportés en un jour, depuis son ouverture, a été de 83,440, le lundi de la Pentecôte, 5 juin 1863. Pendant la semaine du 4 au 11 juin le trafic s’est élevé à 370,843 voyageurs; la recette à 85,250 francs, soit 14,145 francs par kilomètre (2).
- Il y a, chaque jour, dans les deux sens, un certain nombre de trains express, qui ne s’arrêtent qu’une fois dans le trajet; ils franchissent la distance totale en 13 minutes. Les trains omnibus, qui s’arrêtent à toutes les stations, font le même parcours en 19 minutes.
- Tarifs. — Le prix des places est fixé ainsi qu’il suit :
- Parcours total.
- Billets simples. Billets d’aller et letoui.
- fr. fr.
- lre classe, .... 0,60 . . . 0,90
- 2e — 0,40 . . 0,60
- 3e — . . . . . 0,30 . . 0,50
- Parcours entre deux stations intermédiaires.
- Billets simples. Billets d’aller et retour
- fr. fr.
- lre classe 0,30 . . 0,40
- 0,20 . . 0,30
- 3e — 0,10 . . 0,20
- Le tarif entre deux stations intermédiaires n’est appliqué que depuis le mois d’avril 1865 ; le précédent était de 0f,10 plus élevé.
- (1) L’emploi des stations télégraphiques permet de réduire à deux minutes l’intervalle entre deux trains.
- (2) Ces nombres ont été dépassés en 1866. Dans la semaine de la Pentecôte, le Metropolitan a transporté 505,524 voyageurs, dont 104,707 dans la seule journée du lundi.
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- La réduction n’a pas été moins avantageuse à la compagnie qu’au public ; car le nombre des voyageurs, d’une station intermédiaire à une autre, qui avait été, en juin 1864, de 16,004, s’est élevé, en juin 1865, à 45,846, et la recette correspondante a monté de 3,448f,75 à 5,525 francs, l’augmentation ayant porté surtout sur le nombre des billets de troisième classe.
- Les renseignements qui précèdent touchant les résultats financiers de l’entreprise sont extraits des rapports semestriels des directeurs de la compagnie.
- Nous devons à l’obligeance de M. Johnson, ingénieur du Metropolitan, les nombres que nous avons donnés au sujet du tracé et du profil en long.
- Section de Finsbury Circus.
- Les travaux de cette section étaient très-avancés en 1865, et le Metropolitan devait être prochainement livré à l’exploitation jusqu’à Finsbury Circus. La nouvelle ligne se détache de l’ancienne à l’extrémité de Ray Street; elle est à quatre voies, et la partie de la ligne déjà exploitée entre Ray Street et King’s Cross a été élargie pour recevoir deux autres voies. Une station à Charles Street devait remplacer celle de Far-ringdon. La ligne se dirige ensuite vers Smithfield, Longlane, laisse une station à Aidersgate Street, franchit Barbican, et atteint Finsbury Circus avec station à Moorgate Street. De Smithfield à ce dernier point, la ligne est presque continuellement en déblai ouvert.
- Le raccordement du Metropolitan avec le London, Chatam and Dover Railway se fait à West Street, sur le prolongement de la direction qui passe à la station de Far-ringdon. Cette section est à quatre voies comme la précédente; elle offre une véritable gare souterraine destinée au service du marché de Smithfield au-dessous duquel elle est établie.
- La dépense d’établissement de cette seconde section dépassera de beaucoup le chiffre que nous avons donné pour la première. Cela tient en grande partie à ce qu’i^ n’a été possible de profiter des voies ouvertes pour y établir l’assiette du chemin de fer; de là la nécessité d’expropriations fort coûteuses (1).
- (Annales des ponts et chaussées.)
- (1) Depuis août 1866, la section de Finsbury Circus est livrée à l’exploitation. La voie étroite a été mise en service le 23 décembre 1865 ; la voie large n’est ouverte au trafic jusqu’à Moorgate Street que depuis le 1er août 1866.
- Le raccordement du Metropolitan avec le London, Chatam, and Dover Railioay est exploité depuis le 1er janvier de la même année.
- Le Metropolitan se trouve donc actuellement parcouru dans toute sa longueur par les trains du Great Western, du Great Northen, et du London, Chatam and Dover ; il le sera prochainement par ceux du Midland Railway.
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- LÉGENDE DE LA PLANCHE 377 REPRÉSENTANT LE CHEMIN DE FER MÉTROPOLITAIN
- DE LONDRES.
- Fig. 1. Plan d’ensemble de la zone métropolitaine.
- — . — . — • — indique les limites de la zone métropolitaine.
- ___________les chemins de fer concédés avant 1865.
- — — =: = = les chemins de fer en exploitation.
- ------------------- le métropolitain Railway.
- Dans cette même figure 1 les chiffres placés en ligne verticale sur les différentes circonférences donnent les distances, en kilomètres, comptées à partir du Bureau général des postes.
- Fig. 2. Profil en long du chemin de fer métropolitain entre Paddington et Far-ringdon.
- Fig. 3. Profil type des stations souterraines. — Section perpendiculaire à l’axe.
- A B, niveau des rails.
- G, G, plates-formes.
- D, béton.
- E, soupirail.
- Fig. 4. Plan et coupe des pieds-droits correspondant au côté gauche de la figure 3.
- Fig. 5. Coupe en long des mêmes pieds-droits.
- Fig. 6 et 7. Coupes des murs de soutènement (types divers).
- F, béton.
- Fig. 8. Profil type des souterrains ; la partie gauche est une demi-section avec radier, et la partie droite une autre demi-section sans radier.
- G, béton.
- H, chape en asphalte. (M.)
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Observations sur la maladie des vers à soie,par JM. J. E. Teysmann, à Java. — M. Teysmann, directeur du jardin botanique de Buitenzorg, à Java, et en même temps chargé de la direction de la magnanerie du gouvernement, s’est livré à une série d’observations sur la maladie des vers à soie. Voici les traits essentiels de ces observations, communiqués à M. Natalis Rondot par M. W. L. de Stürler, ancien major à l’armée des Indes orientales :
- M. Teysmann avait d’abord élevé des vers à soie des races d’Italie, de Chine et autres
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- provenances; mais les progrès de la maladie l’ont forcé à abandonner ces éducations. C’est alors qu’en 1862 il importa de Siam une espèce nouvelle qui, d’après lui, reste en développement toute l’année, et produit une nouvelle génération tous les cinquante jours. Il introduisit également une espèce provenant du Lampongs (district de la côte méridionale de Sumatra), et donnant de petits cocons et une soie blanche ; puis il l’améliora par son croisement avec la race chinoise.
- Pendant deux ans, l’éducation de ces deux espèces a parfaitement réussi, mais, en 1865, la maladie s’est déclarée en s’étendant à toutes les magnaneries, et tous les vers ont péri, principalement après la troisième mue. De nouvelles graines de ces mêmes espèces furent alors tirées de Siam et de Sumatra; mais, tandis qu’elles donnaient, dans ces deux localités, des vers sains et producteurs de cocons, elles ont conduit, à Java, à de nouveaux échecs.
- Cette circonstance ayant fait penser à M. Teysmann que l’insuccès qu’il rencontrait provenait de l’infection des magnaneries, il fit élever de nouveaux hangars à une certaine distance des anciens et en les séparant d’eux par des massifs d’arbres touffus, puis les ayant garnis d’un matériel entièrement neuf, il recommença une nouvelle éducation. Faite dans ces conditions, cette éducation a donné de bons résultats, et les cocons obtenus ont été aussi beaux que ceux des éducations faites dans les pays d’origine de la graine.
- De ces faits, M. Teysmann croit pouvoir conclure que, dans bien des cas, la maladie est due à l’état des magnaneries, et que les germes de cette maladie, quels qu’ils soient, sont adhérents aux parois des bâtiments et du matériel.
- Il recommande donc de n’entreprendre les éducations que dans des locaux et avec un matériel désinfectés avec soin.
- Il invoque le témoignage des éducateurs chinois, chez lesquels il est de tradition qu’on obtient de meilleurs cocons en n’élevant pas les vers, chaque année, dans la même magnanerie et en alternant les hangars.
- Il rappelle enfin que, à Java comme à Siam, les éducations sont faites dans un milieu dont la température ne varie que de 70 à 90 degrés Fahrenheit (21 à 32 degrés centigrades).
- Sur les viandes qu’on prépare à la Plata. — Une nouvelle branche d’industrie s’est formée et se développe dans la République argentine ; c’est celle de la conservation des viandes de bœuf, préparées pour la consommation des marchés européens. Les trois principaux procédés de préparation qu’on emploie sont le procédé du docteur Morgan, le procédé du baron Liebig et le procédé Sloper.
- Le procédé Morgan (1) consiste à injecter dans l’animal, au moment où il vientd’être
- (1) Il en a déjà été parlé au Bulletin de 1866,2e série, t. XIII, p. 34.
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- abattu, un fluide salé qui conserve la viande sans en détruire la partie liquide et sanguine. La viande, ainsi préparée, peut être vendue, en Angleterre, au prix de k deniers la livre (0f,88 le kilogramme).
- Dans la méthode du baron Liebig, on procède à l’extraction des qualités nutritives de la viande au moyen de la pression et de l’évaporation, ce qui donne une espèce de pâte avec laquelle on peut faire d’excellents potages. Une livre (0k,i53) de cette viande, concentrée, procure 128 assiettes de soupe. On opère la réduction de 33 livres (149k,49) de viande à un poids d’une livre renfermée dans une boîte de fer-blanc, et qui peut être vendue, en Angleterre, 12 sh. 6 d. (15f,60). Cette préparation, dont la consommation est déjà considérable en Allemagne, pourrait s’adapter très-utilement à l’alimentation de l’armée et des hôpitaux, tant à cause des facilités de transport que parce qu’elle est exempte entièrement de parties graisseuses.
- Le procédé Sloper repose sur le principe de la destruction de l’oxygène dans les boîtes de fer-blanc qui contiennent les viandes. D’après l’inventeur, la viande ainsi préparée a la même apparence et un aussi bon goût que la viande fraîche, et peut être vendue, en Angleterre, au même prix que celle du docteur Morgan.
- Situation des travaux du tunnel du mont Cenis. — Un récent rapport publié par le gouvernement italien, sur l’état dans lequel se trouvent les travaux du tunnel du mont Cenis, accuse, pour le mois de décembre 1867, un avancement de 35m,40 du côté de Bardonnèche, et de 37m,85 du côté de Modane, soit un avancement total de 73m,25. Le tunnel, à cette date, se trouvait donc dans la situation suivante :
- Longueur totale à percer. ... 12 220m,00
- Longueur percée................ 7 846m,65
- Reste à percer. ... 4 373m,35
- Pendant tout le cours de l’année 1867, on a fait 1 511m,96, dont 824m,50 du côté de Bardonnèche, et 687m,46 du côté de Modane. On a marché moins vite du côté français, à cause de la dureté exceptionnelle de la roche. En 1866, on n’avait avancé que de 1 02im,99 ; par conséquent, les travaux de 1867 sont plus satisfaisants, puisqu’on a fait à86m,97 de plus que l’année précédente.— (Journal of the Society of arts.)
- Mort de sir David Brewster. —Le monde scientifique vient de faire une nouvelle perte considérable ; sir David Brewster est mort, en Angleterre, le 10 février 1867, à l’âge de 86 ans.
- Second des quatre fils du recteur du collège de Jedburgh, David Brewster était destiné, comme ses frères, à embrasser la carrière religieuse, mais son goût pour les sciences en décida autrement.
- En 1800, alors qu’il avait à peine 19 ans, il fut nommé membre honoraire de l’uni-
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- versité d’Édimbourg, situation qui le mit en rapport avec d’éminents professeurs de cette université, tels que Robinson, Playfair et Dugald Stewart.
- En 1807, il reçut de nouveaux grades à l’université d’Aberdeen, et,l’année suivante, il fut élu membre de la Société royale d’Édimbourg ; c’est à cette époque qu’il conçut le plan et commença l’exécution d’une œuvre importante, Y Encyclopédie d’Edimbourg, dont il poursuivit sans relâche la publication jusqu’en 1830, où il eut le bonheur de la terminer.
- S’occupant, avec prédilection, d’études sur l’optique, il publia, en 1813, quelques-uns des résultats de ses expériences dans un ouvrage ayant pour titre : Treatise on newphilosophical instruments (Traité sur de nouveaux instruments de physique), et dans lequel il est question de l’éclairage en général, et particulièrement de l’éclairage des phares. Il présenta, en même temps, à la Société royale de Londres un mémoire intitulé : On someproperties of light (Sur quelques propriétés de la lumière).
- La Société des arts lui décerna, en 1815, la médaille Copley pour son mémoire sur la polarisation de la lumière par réflexion, et le reçut parmi ses membres.
- Ce fut l’année suivante qu’il produisit le Kaléidoscope, invention qui ne tarda pas à populariser son nom.
- En 1818, il reçut de la Société royale la médaille Rumford pour de nouvelles découvertes concernant la polarisation de la lumière. Peu de temps après, il fonda, avec le professeur Jameson, le Edinburgh philosophical Journal (Journal de physique d’Édimbourg); puis, resté seul à la tête de cette publication, il la continua sous le titre de Journal de science d’Edimbourg et fit paraître, successivement, 16 volumes, dans lesquels on trouve un certain nombre d’articles signés de lui. C’est pendant cette publication qu’il fut, deux fois, honoré de la médaille Keith de la Société royale d’Édimbourg qui, pendant plusieurs années, le choisit comme son vice-président.
- En 1825, il fut élu membre correspondant de l’Institut de France, dont il devint, plus tard (1849), membre associé, en remplacement du célèbre chimiste Berzélius.
- Ce fut deux ans après (1827) (1) qu’il publia son Mémoire sur un nouveau système d’éclairage des phares, et, bien qu’à cette époque déjà il avait offert ses conseils à l’Administration des phares du Royaume, il ne paraît pas qu’il ait été fait aucune tentative dans la voie qu’il indiquait, jusqu’en 1833, ou des expériences, entreprises en Écosse, démontrèrent « qu’une lentille à échelons (polyzonal lens), avec un bec d’Ar • « gand à quatre mèches concentriques, donnait une lumière équivalente, en inten-« sité, à celle de neuf réflecteurs paraboliques, munis, chacun, d’un bec simple « d’Argand. » C’est de cette époque que datent les perfectionnements apportés, successivement, dans l’éclairage des phares.
- En 1830, Guillaume IV lui conféra l’ordre des Guelfes, et le créa chevalier l’année suivante.
- (1) On sait que c’est dans cette même année qu’est mort, en France, l’illustre Fresnel. (M.)
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- Pendant les dernières trente-cinq années de sa vie, sir David Brewster a été successivement directeur de Y United college of Saint-Leonard’s and Saint-Salvator, à Saint-André, vice-chancelier de l’université d’Edimbourg, et en même temps magistrat du comté de Roxburgh.
- Le domaine de l’optique pure fut, toute sa vie, l’objet de ses prédilections. C’estluiqui, à la suite d’études suivies sur le spectre solaire, démontra que la lumière blanche n’est composée, en réalité, que de trois couleurs, contrairement à l’opinion jusqu’ici reçue, qui en admettait sept. Occupé, pour ainsi dire, jusqu’à sa dernière heure, de faire des recherches dans cette partie si délicate des sciences physiques, il écrivait encore, quelques mois avant sa mort, dans les Edinburghphilosophical Transactions, et y publiait des mémoires sur l’optique des cristaux et sur la polarisation.
- On sait que c’est à Wheatstone qu’est du le principe du stéréoscope, mais Brewster peut revendiquer une bonne part dans la production de cet appareil, car, s’il est devenu pratique, c’est grâce à l’emploi des demi-lentilles, dont il eut l’idée (1).
- Enfin c’est à ses constantes études sur l’optique que la fabrication des microscopes et des télescopes doit une partie de ses perfectionnements ; c’est à son empressement à suivre les travaux de Fresnel que l’Angleterre est redevable de l’application du système dioptrique et des lentilles à échelons à l’éclairage de ses phares.
- Marié deux fois, Brewster laisse, de sa première femme, un fils qui est lieutenant-colonel dans l’armée des Indes. — [Ibid.)
- (M.)
- Diverses compositions éprouvées pour la fabrication «les coussinets des machines à vapeur et autres,par ML H. Wagner, directeur de la ma» nufacture d’outremer, à Pfungstadt. — On sait que le bon entretien des coussinets des machines coûte souvent beaucoup de peine, de temps et d’argent. L’auteur, ayant eu besoin d’examiner sérieusement cette question, a obtenu plusieurs résultats qu’il croit devoir publier comme intéressants.
- I. La composition suivante a été trouvée d’un usage très-satisfaisant dans les machines à vapeur pour toutes les vitesses, et pour les coussinets des tiges de pistons, les grands paliers, etc.
- 18 parties d’étain, 24 de zinc, 4,5 de plomb, 3 d’antimoine, 0,5 de fer élamé (fer-blanc) et 0,5 de cuivre.
- L’étain, le plomb et l’antimoine doivent être fondus rapidement les premiers dans un creuset de graphite ou de fer, sous une couche épaisse de charbon en poudre; après quoi l’on ajoute peu à peu le zinc. Lorsque le tout est bien liquide et que le
- (1) Il convient de rappeler que, si Brewster a produit, réellement, le stéréoscope, cet instrument n’est devenu ce qu’il est aujourd’hui que grâce au concours d’un habile fabricant d’instruments de physique français, bien connu à Paris, M. Duboscq. (M.)
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- creuset a atteint le rouge-cerise, on y mêle le fer-blanc et le cuivre, et l’on agite soigneusement avec une tige de fer. Pendant la fusion, le creuset doit le plus possible rester couvert, de peur de l’oxydation, et il faut éviter attentivement de le surchauffer.
- Pour recharger les vieux coussinets usés, on les étame; on y fore, sans traverser, quelques trous de 0m,009 environ de diamètre ; on les remet en place, ainsi que l’arbre qui doit y rouler, et on les chauffe en même temps que l’arbre en les entourant de charbons ardents. Lorsqu’ils commencent à prendre les couleurs du recuit, on retire les charbons, on applique sur les côtés du palier des gardes en carton, bien ajustées, que l’on couvre d’argile plastique; puis on verse assez de l’alliage mentionné pour remplir le vide qui se trouve entre l’arbre et le coussinet. Si l’on n’a pas de vieux coussinets, on peut se borner à frotter l’intérieur du palier avec de la plombagine en poudre, et verser la composition dans le creux du palier chauffé à 50 ou 60 degrés C., bien entendu après avoir garni les côtés du palier avec du carton et de l’argile, comme dans le cas précédent. Lorsque le coussinet est refroidi, on enlève les bavures avec une écouenne ou une scie. L’alliage dont il vient d’être question a donné d’excellents résultats dans les piles à papier, où les cylindres tournent avec beaucoup de rapidité en exerçant une forte pression.
- Si, dans certains cas, on désire plus de dureté, on ajoute 0,5 partie de cuivre, ou de 1,5 à 2 parties d’antimoine; mais l’alliage ainsi obtenu ne présente d’avantages que dans quelques circonstances particulières. Il suffit d’un peu d’habitude et d’esprit d’observation pour exécuter ce travail que, d’ailleurs, on peut confier à un ferblantier.
- II. Un alliage beaucoup moins cher résulte de 8 parties de plomb, 1 d’antimoine et I de cuivre. Cet alliage a parfaitement résisté comme garniture dans les poêlettes où tournent les pivots des meules courantes pour la farine; il n’a subi qu’une usure à peine visible dans des circonstances où le laiton a été promptement détruit.
- III. Une autre composition qui est formée de 5 parties de zinc, 5 parties de plomb,
- 1 d’antimoine et 1 de laiton provenant de vieux coussinets, s’est aussi parfaitement comportée et peut être employée très-avantageusement pour les coussinets qui sont plongés dans l’eau.
- IV. Dans le même cas, on peut encore se servir d’un alliage de 10 parties de zinc,
- 2 parties de plomb, 1 partie d’antimoine et 2 parties de laiton.
- V. Lorsque l’on désire des coussinets très-doux et très-mous, on doit recourir à
- 3 parties d’étain, 5 de zinc, 3 de plomb, 1 d’antimoine et 1 de cuivre, ou bien à 5 parties de zinc, 5 de plomb et 2 de laiton provenant de vieux coussinets.
- Les alliages qui viennent d’être cités présentent, en outre, l’avantage d’exiger peu d’huile et de ne pas s’échauffer, pourvu qu’on les surveille un peu.
- L’auteur, avec ces coussinets, emploie avantageusement une huile à graisser fort épaisse, qu’il prépare en faisant chauffer 150 kilog. d’huile de navette jusqu’à ce Tome XV. — 67e année. 2e série. — Février 1868. 16
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- qu’elle cesse de dégager de l’acroléine, de l’acide carbonique et d’autres produits de la décomposition des huiles. Alors il y ajoute peu à peu lk,50 de minium, qu’il fait tomber uniformément à travers un tamis fin sur la surface de l’huile. Lorsque le liquide a cessé complètement d’écumer, on le laisse refroidir, on le tire 5 clair et on le conserve dans des vaisseaux métalliques. Ce traitement épaissit l’huile de colza et décompose tout le mucilage qu’elle peut contenir. On perce alors le chapeau du palier, et le coussinet supérieur, d’un trou ayant au moins 0m,013 de diamètre; on y insère à frottement un petit tuyau en fer-blanc dont la partie supérieure s’évase en entonnoir, et l’on remplit ce tuyau d’huile épaissie. Toutes les fois que le coussinet et l’arbre commencent à s’échauffer, l’huile devient plus fluide et descend en quantité suffisante sur l’arbre, mais cesse de couler dès que ces organes mécaniques se sont refroidis. L’auteur ajoute que toutes ses expériences lui ont confirmé les avantages de ce genre de graissage automatique. (Dinglers polytechnisches Journal.)
- (V.)
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- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du W février 1868.
- Présidence de M. le baron Séguier, vice-président.
- Correspondance. —M. Brévalrue Yicq-d’Azyr, 22, envoie à la Société la desl cription et les dessins de sa presse pour dessécher la tannée. C’est une presse à trois cylindres qui, prenant la tannée mouillée au sortir des fosses, en extrait 60 pour 100 de son poids de jus; les 40 pour 100 restants sont immédiatement propres à être brûlés dans un fourneau. (Arts mécaniques.)
- M. Salomon (du Finistère), rue Léonie, 11, à Montmartre-Paris, envoie un croquis de sa petite machine à vapeur sphéroïdale. (Arts mécaniques.)
- M. Beignier (Georges), rue de Malte, 15, demande une première annuité de brevet pour une découpeuse mécanique des tissus. (Arts mécaniques.)
- M. Delaître (N.), mécanicien, rue de Gentilly, 28, à Paris-Montrouge, présente un tour à faire les vis sans fin à filets convergents. (Arts mécaniques.)
- M. Brachet (A.), rue Mouton-Duvernet, 4, perfectionnements à un instrument d’optique. (Arts économiques.)
- MM. Allain et comp., rue Montmartre, 33, envoient à la Société les dessins du frein S filmant et des renseignements sur cet appareil. (Arts mécaniques.)
- M. Lafrogne, rue du Colisée, 36, à Paris, fait annoncer, par M. de Piré, un nou-
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- veau procédé pour produire le gaz d’éclairage, qui paraît devoir être utile aux intérêts privés aussi bien qu’aux intérêts généraux. (Arts économiques.)
- M. Cresson (A.), impasse aux Nattes, 5, à Cambray (Nord), tonneau pour la conservation des liquides. (Arts économiques.)
- M. Subra, rue Saint-Sulpice, 36, à Paris, demande à la Société de faire examiner son système d’éclairage à flamme renversée. (Arts économiques.)
- MM. Guéret frères, passage Saint-Sébastien, 13, rue Saint-Pierre-Popincourt, 6, à Paris; appareils siphoïdes de table pour l’eau de Seltz. (Arts économiques.)
- MM. les Secrétaires signalent à la Société les ouvrages ci-après parmi les pièces imprimées adressées à la Société :
- M. Goschler, boulevard Saint-Michel, 33, fait hommage à la Société de son Traité pour l’entretien et l’exploitation des chemins de fer, 3 vol. in-8, Paris, 1865-66.
- Reportof commissioners of patents. New-York, 1863-1864, in-8, 2 vol. de texte et 2 vol. de planches.
- M. le Dr Sacc, professeur à l’Académie de Neuchâtel (Suisse), fait hommage à la Société d’un ouvrage intitulé Animaux et plantes à importer ou à domestiquer dans l’Europe moyenne, Paris, Charles Delagrave, in-18 de 144 pages, avec figures.
- M. Figuier (Louis), l’Année scientifique et industrielle, 12e année, 1867, Paris, 1868; in-18 de 558 pages. L. Hachette.
- M. Guillemin (J.), Notice sur Benoît Fourneyron, in-8 de 30 pages, Saint-Etienne, 1867.
- Rapports des comités. —M. TrescaYxX, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur les chaudières à vapeur en tôle ondulée de M. Carville.
- Le rapporteur propose de remercier M. Carville de sa communication et d’insérer le rapport au Bulletin, avec les figures nécessaires pour l’intelligence des détails de construction. (Ces conclusions sont approuvées par le Conseil.)
- M. Bella lit, au nom du comité d’agriculture, un rapport sur les essais de M. Pe-louze (Eugène), pour la destruction des insectes nuisibles à l’agriculture.
- Il propose, en terminant, de remercier M. Pelouze (E.) de sa communication, et d’insérer le rapport du comité au Bulletin.
- M. Herpin, à la suite de cette lecture, dit qu’il ne faut pas avoir une confiance absolue dans le goudron de houille pour faire disparaître les charançons. Ces insectes ont persisté à ravager ses greniers, malgré les peintures au goudron qu’il y a faites.
- M. Rondot cite, au sujet du même rapport, ce qu’il a vu lui-même pratiquer en Chine pendant un séjour de plus de deux ans qu’il y a fait. Ainsi, il dit que les Chinois emploient l’arsenic blanc (acide arsénieux) pour détruire, notamment dans les rizières, les vers et les insectes; on en fait usage lors de la germination et un peu plus tard lors du premier développement des jeunes pousses.
- Après ces diverses observations, les conclusions du rapport mises aux voix sont adoptées. (Voir plus haut, page 85.)
- Communications. —M. Debray, membre du Conseil,- fait une communication au
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- sujet de divers appareils et procédés nouveaux qui sont fondés sur Yendosmose des gaz.
- On désigne par endosmose l’action que les membranes ou les substances poreuses exercent sur les liquides et sur les gaz qu’elles renferment. Ces phénomènes ont été l’objet de travaux importants de la part d’un grand nombre de chimistes et de physiciens, en tête desquels il faut citer Dutrochet et MM. Graham, Henri Deville, Troost, etc.
- M. Debray termine en citant une expérience de M. Graham, qui, en exposant à l’air atmosphérique une membrane de caoutchouc convenablement disposée, a trouvé? dans la capacité qu’elle formait, l’azote et l’oxygène dans les proportions, en nombres ronds, de 60 et 40 pour 100, au lieu de 80 et 20 pour 100. Il espère que cette propriété sera utilisée un jour pour une préparation à bon marché du gaz oxygène.
- La communication de M. Debray sera insérée au Bulletin.
- M. Leroux, membre du Conseil, expose à la Société ses recherches récentes sur la lumière électrique. Il fait devant l’assemblée plusieurs expériences, et il opère le partage du courant entre deux lampes électriques éclairées simultanément.
- Cette communication paraîtra également au Bulletin.
- Nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société : MM. Mongruel (Emile), manufacturier, à Paris; Charrut (Félix), négociant, à Grenoble.
- Séance du 28 février 1868.
- Présidence de M. le sénateur Dumas, président.
- Correspondance. — M. Donnet (A.), ingénieur civil, place Louis XYI, 13, à Lyon. Système de puits ayant pour but d’extraire du sol une quantité d’eau beaucoup plus considérable que celle qu’on extrait d’un puits ordinaire. (Arts mécaniques.)
- M. Pqulet (Jean), me Balagny, 12, à Batignolles-Paris, demande des renseignements sur une charrue à vapeur à présenter au concours ouvert par la Société. (Arts mécaniques.)
- M. Cazal (J. H.) demande qu’une commission soit nommée pour examiner ses moteurs électriques et leur application aux machines à’ coudre et aux navettes du métier à tisser. (Arts économiques.)
- M. Knab (Ch.), ingénieur en chef du canton de Neuchâtel, à Neuchâtel, présente ses moteurs hydrauliques à siphon au concours pour un moteur à eau de petit atelier, et envoie de nouveaux dessins de cet appareil. (Commission des prix.)
- MM. Piot et Barthélemy, mécaniciens, rue du Moulin-de-Beurre, 23, envoient un tour à archet dans lequel le mouvement alternatif est transformé en mouvement continu dans le même sens, et une application du même système à un foret pour métaux. (Arts mécaniques.)
- Mémoire sur un système de chauffage et de ventilation, présenté pour le concours Ouvert par la Société, signé L. (Commission des prix.)
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- Mémoire et dessins sur un régulateur des becs de gaz, présenté pour le concours ouvert par la Société, devise Économie et sécurité. (Commission* des prix.)
- Mémoire et dessins sur un moteur à arbre rotatif pour petit atelier, présenté pour le concours ouvert parla Société. (Commission des prix.)
- M. le Président, au sujet de ces trois mémoires, rappelle que la commission doit connaître les lieux où les appareils sont installés et la manière dont ils fonctionnent, et que, dès lors, il sera nécessaire que les commissaires ouvrent les paquets cachetés pour connaître les auteurs et leur demander ces renseignements.
- M. Lecoq (L.), horloger-mécanicien, à Argenteuil, demande l’examen de la Société pour un système d’accrochement des waggons d’un convoi de chemin de fer, pour lequel il est breveté. (Arts mécaniques.)
- MM. Decoudun (J.) et comp. présentent à la Société un appareil pour le lessivage à vapeur auquel ils ont fait des perfectionnements. (Arts économiques.)
- M. le Ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics envoie à la Société deux exemplaires du n° 9 du Catalogue des brevets d’invention en 1867.
- M. d’Hurcourt, rue des Tournelles, 26, à Paris, fait une réclamation de priorité au sujet de l’éclairage présenté, dans une précédente séance, par M. Bourbouse, où la lumière est produite par la combustion du gaz sous un courant d’air atmosphérique condensé qui porte au rouge blanc une corbeille de platine. M. d’Hurcourt produit la même lumière en chauffant cette corbeille par un mélange de 35 parties de gaz d’éclairage et de 65 parties d’air atmosphérique brûlant dans un bec Gillard. (Arts économiques.)
- M. Pourcherol[A.), rue des Patins, 10, à Nîmes, envoie des observations sur le commerce et l’emploi des huiles de pétrole. (Arts économiques.)
- MM. du Pieux et Rœttger (Ed.), ingénieurs, à Lille, rue Colbert, 44, demandent si on peut leur accorder un délai pour la présentation d’un mémoire pour concourir au prix proposé par la Société pour la désinfection des eaux sales ; ils envoient, avec leur lettre, des prospectus et imprimés relatifs à la méthode Siévern, qu’ils exploitent, en France, pour faire cette désinfection. (Arts chimiques.)
- M. Heinhold (Edouard), rue Lafayette, 184, soumet à la Société de la toile métallique imprégnée de matières vitreuses et émaillée, qui peut être employée dans des cas spéciaux pour produire des effets nouveaux de décoration. (Arts chimiques.)
- M. Salomon (du Finistère), rue Léonie, 11, Montmartre-Paris, projet d’un procédé pour la décarburation de la fonte. (Arts chimiques.)
- M. le docteur Sacc, à Neuchâtel, demande à être admis comme membre de la Société, et fait hommage d’une carte du Valais lithographiée, qui a été dessinée par le colonel de Maudrot, gravée sur pierre par M. Krauze, et publiée par MM. Furres, lithographes, à Neuchâtel. (Cette carte est renvoyée au comité des beaux-arts.)
- MM. les Secrétaires signalent, dans les imprimés reçus par la Société, les publications suivantes :
- Société impériale des sciences et\arts de Lille. Programmes de prix. (.Histoire et
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- littérature.) Lille, 1867, in-8, brochure de 12 pages. (Sciences.) Lille, 1867, in-8, brochure de 14 pages.
- Société havraise d’études diverses. Recueil des publications de cette Société. Le Havre, 1867, in-8 de 452 pages.
- M. Marcou (Jules). Distribution géographique de l’or et de l’argent aux États-Unis et dans les Canadas. (Renvoi à la commission du Bulletin.)
- M. le Secrétaire donne lecture d’une lettre de M. de Valois, qui exprime ses re-mercîments au sujet de sa nomination de censeur honoraire, ainsi que pour les termes dans lesquels le Conseil a exprimé ses regrets de se voir privé de sa coopération active.
- Nécrologie. — M. le Président donne connaissance d’une lettre par laquelle la famille de M. Vachon-Saulnier fait connaître la perte qu’elle vient de faire par la mort de cet industriel. M. Vachon-Saulnier était un des membres de la Société qui s’associaient avec le plus de sympathie à ses travaux et un correspondant sur lequel le Conseil aimait à s’appuyer, sûr de trouver auprès de lui une collaboration empressée et éminemment utile à la science et à l’industrie.
- Rapports des comités. — M. Tresca lit, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur une presse fondée sur un nouveau principe, qui a été présentée à la Société par M. Samain.
- Le comité, en regrettant que M. Samain n’ait présenté qu’un modèle de sa presse, ce qui a empêché de la faire fonctionner en grand et de constater toutes ses propriétés, propose au Conseil de remercier ce constructeur de sa communication et de faire insérer le rapport au Bulletin avec les figures nécessaires pour faire connaître la nouvelle presse et représenter isolément le système spécial de vis sans frottement qui en est la partie essentielle. (Ces conclusions sont approuvées.)
- M. Clergetlit, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur la lampe de sûreté que M. Boulanger, ferblantier, à Paris, rue de l’École-de-Médecine, 61, propose pour être employée dans les magasins d’huile de pétrole, éther, alcool et autres matières volatiles dont la vapeur est inflammable.
- Le comité propose de remercier M. Boulanger de la communication qu’il a faite à la Société et d’insérer le rapport dans le Bulletin avec une figure de la lampe proposée.
- M. Combes fait remarquer, à la suite de cette lecture, que la lampe de sûreté, quel que soit le système adopté, n’est pas un sûr préservatif contre les explosions dans les mines. C’est un moyen d’avertir les assistants, dans certains cas, de retarder l’accident; mais le préservatif réel est une ventilation énergique, continue, qui renouvelle sans cesse l’air intérieur de la mine et soit assez puissante pour enlever le gaz inflammable à mesure qu’il se dégage, sans que ce gaz puisse jamais s’accumuler. D’autre part, le devoir de l’ouvrier est de se retirer aussitôt que la lampe annonce la présence d’un mélange détonant, parce que, pour qu’une explosion ait^ lieu, il suffit qu’une seule parcelle quelconque soit portée au rouge blanc, quand la toile métallique s’échauffe et rougit.
- M. le Président ajoute que la proportion croissante des accidents, dans les mines de
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- charbon, pourrait bien provenir de la rapidité, plus grande chaque jour, avec laquelle on exploite les mines, et qui est telle, que les moyens de ventilation employés autrefois sont restés en arrière des besoins, malgré le développement qu’on leur a donné; il insiste sur les principes donnés par M. Combes, et pense que, en présence d’un pareil danger, il ne faut pas se servir, dans les mines, d’appareils simplifiés, plus ou moins incomplets, mais de ceux qui ont été le plus perfectionnés, en conservant encore le prudent souvenir de leur insuffisance.
- Le Conseil, après cette discussion, approuve les conclusions du rapport, sous la condition qu’il sera renvoyé au comité pour faire préciser plus exactement qu’il s’agit d’une lampe destinée aux commerçants d’esprits et huiles volatiles, et aux particuliers ou industriels qui emploient ces matières, et non d’une lampe de sûreté pour l’exploitation des mines de charbon de terre.
- Communications. — M. Tresca présente à la Société, au nom de M. Hardy, un appareil pour enregistrer la loi du mouvement des machines marines. Dans la construction de cet appareil, il fallait obtenir le mouvement, à très-peu près rigoureusement uniforme, d’un cylindre dont la circonférence est de 0m,40 et la longueur de 0m,50, animé d’une vitesse d’un tour en deux secondes. Deux chariots guidés par des vis en bronze d’aluminium, en relation avec les arbres dont il faut enregistrer les mouvements, portent chacun 1° un crayon de cuivre traçant, sur le papier à base de zinc tendu à la surface du cylindre, une courbe qui enregistre les divers accidents du mouvement des arbres, et 2° un électro-aimant à encrier marquant, à chaque tour, un point à l’origine de chaque spire de la courbe.
- Le mouvement uniforme du cylindre est obtenu par des ressorts agissant par l’intermédiaire d’une fusée travaillée avec soin, et il est réglé par un régulateur du dernier modèle de Foucault, qui donne de très-bons résultats. Pour vérifier la marche de cet instrument, on l’a comparée, par l’intermédiaire de l’électro-aimant des chariots, avec un très-bon pendule faisant une oscillation en deux secondes. Quand les chariots ont été immobiles pendant que le cylindre marchait, les points à l’encre se sont tous superposés sur le premier d’entre eux, et, quand les chariots ont été mis en mouvement, ils ont tracé sur le cylindre une génératrice en ligne droite. Lorsqu’on a fait avancer ou retarder le pendule, la ligne tracée par les points d’entfre a été une hélice en relation avec le retard imposé à son oscillation.
- M. le Président remercie M. Tresca de cette communication et renvoie l’examen de cet appareil au comité des arts mécaniques.
- M. Artur, docteur ès sciences, membre de la Société, rue du Petit-Pont, 14, expose la manière dont il explique les explosions des machines à vapeur. Ces événements proviennent, dit-il, du retard de l’ébullition de l’eau, que l’on retrouve défini d’une manière plus précise dans les expériences de M. L. Dufour sur des sphères de liquide flottant librement dans un autre liquide de meme densité, qui ne se mélange pas avec celui de la sphère et à un [degré d’ébullitionfplus élevé que^lui. M. Artur, se fondant
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- sur ce qu’il a dit dans la théorie élémentaire de la capillarité qu’il a publiée, attribue le degré élevé que l’eau pure atteint sans vaporisation dans ces sphères, à la condensation considérable que les liquides, et l’eau en particulier, éprouvent à leur surface. Dans cette hypothèse, la vaporisation ne pourrait avoir lieu que lorsque la tension de la vapeur aurait vaincu la force de résistance de l’enveloppe, laquelle est d’autant plus puissante que le rayon de la sphère est plus petit. Cet effet serait augmenté encore par la résistance analogue que présente la sphère-enveloppe du liquide environnant. M. Artur cherche à montrer ensuite, par des calculs, que cette hypothèse donne des résultats qui ne s’écartent pas beaucoup de ceux auxquels l’expérience a conduit M. L. Dufour.
- M. Subra présente à la Société ses appareils d’éclairage à flamme renversée.
- Les premières recherches sur ce système ont été faites pour l’éclairage au gaz des rampes de théâtre. Les dangers que couraient les actrices et les nombreux malheurs qui ont eu lieu obligeaient à changer le mode d’éclairage de la rampe, et M. Subra fit adopter, pour l’Opéra, son éclairage à flamme renversée, où le tirage est fait en aspirant de haut en bas l’air de la scène qui, après avoir alimenté la combustion, est rejeté au dehors par une cheminée d’appel; dès lors, plus d’accident possible, puisqu’il n’y a pas de flamme ou courant d’air chaud dirigé vers la scène, et la suffocation que causait la rampe est remplacée par le courant frais produit par l’aspiration. Ce système, en activité depuis plusieurs années, est maintenant bien connu et a eu un plein succès.
- M. Subra a voulu appliquer le même principe aux lampes brûlant de l’huile ou d’autres corps liquides ou solides combustibles. La direction inverse de la flamme, produite par un courant d’air siphoïde s’obtient aisément, et une petite cheminée de la dimension d’un verre de lampe ordinaire suffit pour atteindre ce résultat ; mais un écoulement lent et régulier, en raison exacte de la consommation du bec, est plus difficile à réaliser. Une solution de cette difficulté est donnée par une disposition analogue à la lampe astrale, présentant une large surface dont le niveau ne baisse que de quelques millimètres pendant une soirée entière. Dans ce système, l’huile s’élève par capillarité jusqu’au bec, en passant par un petit tube d’un demi-millimètre de diamètre. M. Subra montre plusieurs lampes fondées sur ce principe et en fait fonctionner une qui brûle avec un vif éclat.
- La communication de M. Subra est renvoyée à l’examen du comité des arts économiques.
- Nomination. — M. Bigot-Rénaux, négociant, à Rouen, est nommé membre de la Société par le Conseil après l’accomplissement des formalités prescrites par le règlement.
- Pari». — Imprimerie de madame veuve BOUÇHARD-flUZARD, rue de l’Éperon, 5.
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- 67e ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOME XV. — Mars 1868.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- ARTS CHIMIQUES.
- Rapport fait par M. Barral, au mm du comité des arts chimiques, sur les procédés de dorure au mat cle M. Masselotte, doreur-argenteur sur métaux, rue Villeharclouin, 12.
- Messieurs, vous avez renvoyé au comité des arts chimiques l’examen d’un procédé par lequel M. Masselotte fds effectue la dorure au mercure par l’électricité, de manière à obtenir tous les effets si divers et la complète solidité de l’ancienne dorure au mercure, sans compromettre la santé des ouvriers. Déjà, ainsi qu’en font foi les actes de notre Société, tous les progrès de l’industrie, de la dorure, et, plus généralement, de l’industrie de l’application des métaux les uns sur les autres, en couches continues et adhérentes, ont été successivement examinés et récompensés avec la plus grande sollicitude, comme le mérite un problème qui intéresse, à un si haut degré, l’économie industrielle. Les Bulletins de la Société contiennent, en effet, les rapports les plus complets sur les procédés de M. Elkington et de M. Ruolz; sur l’industrie toute nouvelle fondée par M. Charles Christofle, que le Conseil s’honore d’avoir possédé dans son sein ; sur les procédés de clamasquinure et de dorure de M. Dufresne, qui viennent d’être récompensés par un grand prix à l’Exposition universelle de 1867. Qui de nous ne se souvient aussi de la belle conférence sur les divers procédés électro-chimiques faits dans la salle Tome XV. — 67e année. 2e série. — Mars 1868. 17
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- ARTS CHIMIQUES.
- de nos séances, par M. Henri Bouilhet, l’un des collaborateurs et des successeurs de M. Christofle? Aussi, lorsqu’un industriel éminent, M. Goldenberg, est venu, dans votre séance du 8 novembre 1867, appeler l’attention sur les travaux de M. Masselotte fils, qui aurait ajouté des résultats importants à ceux obtenus par ses prédécesseurs, votre illustre président s’est empressé de déclarer que certainement le Conseil serait heureux de décerner la récompense dont M. Goldenberg s’offrait défaire généreusement la donation, si M. Masse-lotte avait effectivement réalisé un progrès nouveau. Le devoir de votre comité a été, par conséquent, de vérifier les faits qui vous étaient signalés.
- La substitution de la dorure électro-chimique à la dorure au mercure a été une des belles découvertes de ce siècle. Toutefois, elle a laissé, au point de vue des effets produits, quelque chose à désirer; elle est impuissante à donner, autrement que par des imitations imparfaites, ce qu’on appelle l’or mat. L’or moulu seul, ou dorure brillante, est facile à obtenir. Aussi, la dorure au mercure aurait continué à subsister, malgré les encouragements de la science pour sa suppression, malgré la concurrence des procédés électro-chimiques, si, dès 1850, M. Masselotte fils, qui avait été initié par son père à tous les détails les plus minutieux de la meilleure dorure au mercure, n’était pas parvenu à trouver le procédé qu’il appelle dorure pyro-électrique. Pour faire comprendre ce procédé, il est utile d’entrer dans quelques détails sur l’exécution de l’ancienne dorure dite au mercure. Déjà, bien des fois, les procédés d’exécution ont été décrits, mais non pas par un ouvrier ayant exécuté lui-même et ayant fait connaître toutes les minutieuses manipulations qui garantissent la perfection du travail. Nous avons pensé que le Conseil verrait avec satisfaction la consignation des observations de M. Masselotte, observations qui lui ont permis de conduire son invention au plein succès. Nous savons seulement que diverses tentatives analogues à celles de M. Masselotte ont été faites par plusieurs industriels.
- Tout le monde sait que, pour l’effectuer, on emploie l’or à l’état d’amalgame. Pour obtenir cet amalgame, on chauffe au rouge sombre, dans un creuset, une partie d’or pur réduit en feuilles minces et allié à 15 millièmes d’argent ; on brasse cet or avec huit parties de mercure ; et, lorsque l’or est dissous, on verse la matière dans de l’eau froide. L’amalgame ainsi produit est pâteux et peut, facilement, être pétri avec les doigts. Avant de l’appliquer sur les pièces de bronze, il faut que celles-ci aient subi plusieurs préparations préliminaires destinées à assurer la pureté de leur surface. Dans le travail que M. Masselotte nous a remis, il décrit ainsi toutes les opérations :
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- ARTS CHIMIQUES.
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- « Les pièces sont d’abord soumises à un recuit, dans le but de les débarrasser des matières grasses dont elles peuvent être imprégnées et d’ouvrir les pores de la surface en oxydant non-seulement une partie du cuivre, mais encore une forte partie du zinc que contiennent tous les bronzes.
- « Lorsque les pièces sont refroidies, on les déroche, c’est-à-dire qu’on les plonge dans de l’acide sulfurique étendu pour dissoudre les bioxydes de cuivre et de zinc résultant du recuit, puis dans de l’acide azotique concentré pour faire disparaître le protoxyde restant. Les pièces ainsi dérochées ne contiennent presque plus de zinc à leur surface, puisque le zinc oxydé par le recuit a été dissous par les immersions dont nous venons de parler. L’absence du zinc à la surface des pièces est d’ailleurs une chose essentielle pour que le mercure ne soit pas retenu et puisse facilement s’évaporer. Les pièces une fois dérochées, on procède à la dorure.
- « Pour dorer une pièce, ou autrement pour étendre l’amalgame d’or sur cette pièce, on emploie un petit outil désigné sous le nom de gratte-boesse et appelé gratte-bosse par les ouvriers, lequel n’est autre chose qu’un pinceau de fil de laiton non recuit.
- « Avant d’étendre l’amalgame et pour qu’il puisse adhérer sur la pièce, on avive celle-ci d’une couche très-mince de mercure. À cet effet, on a dans un vase une dissolution aqueuse de proto-azotate de mercure (pour 1 litre d’eau il suffit de i gramme de mercure dissous dans 2 grammes 1/2 d’acide azotique) ; on trempe la gratte-boesse dans cette dissolution, et on commence à en couvrir une portion de la pièce, qui prend immédiatement une teinte ardoisée due à la précipitation du mercure et à la formation d’une faible quantité d’oxyde de cuivre. Ceci fait, on imprègne la gratte-boesse d’un peu d’amalgame et on l’étend le plus régulièrement possible sur la partie de la pièce préalablement couverte de mercure. C’est ici que l’attention, le soin et l’adresse de l’ouvrier deviennent nécessaires pour la réussite du travail, laquelle ne dépend plus des actions chimiques, mais exclusivement de l’habitude et de l’habileté de l’opérateur.
- « Le travail se fait sur une table de pierre munie d’un rebord et percée, en son milieu, d’un trou destiné à l’écoulement des eaux. L’amalgame d’or est déposé sur un plat de grès où l’opérateur vient le prendre avec sa gratte-boesse après l’avoir étalé avec le doigt. En travers du plat est une planchette sur laquelle on pose l’objet à dorer : cette planchette a pour but d’empêcher, pendant l’opération, les saillies du bronze de s’user par le frottement contre un corps dur.
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- « La pièce, une fois recouverte d’amalgame, est rincée à l’eau claire, puis soumise au passage à la forge, opération qui consiste à faire évaporer le mercure.
- « Dans le passage à la forge, l’or isolé reste fixé sur le métal en une couche qui doit être aussi régulière que possible.
- « On a cherché, il est vrai, à étendre parfaitement l’amalgame; mais, si on ne chauffait la pièce que dans le but exclusif de vaporiser le mercure, l’or resterait disposé sur le bronze comme une toile qui l’envelopperait, en sorte qu’il y aurait des interstices non dorés. Aussi a-t-on le soin, tout en chauffant la pièce, de la brosser, afin de bien étaler l’amalgame, qui, au contact du feu, s’est considérablement ramolli. En un mot, on opère exactement comme les étameurs lorsqu’ils étament un objet de cuivre ou de fer.
- « Il faut encore, dans ce travail, beaucoup d’adresse. Il s’agit, pour brosser la pièce, de choisir le moment ou elle est à la température convenable. L’ouvrier est averti de ce moment lorsqu’en déposant sur le bronze chauffé un pinceau mouillé il se produit un petit bruit de frisement dû à un commencement de caléfaction. La température doit donc être un peu supérieure à celle de l’eau bouillante. C’est à ce point que l’amalgame, qui était d’un blanc gris, entre en fusion, prend un éclat très-vif et doit être brossé. L’ouvrier prend alors la pièce dans la main gauche, munie d’un gant très-épais, et la brosse de la main droite, en la maintenant au-dessus d’un plateau placé à côté du foyer. Il doit avoir bien soin de brosser dans tous les sens et de ne laisser aucune profondeur sans être atteinte par la brosse. Il doit aussi faire attention au moment ou la pièce, n’étant plus assez chaude, doit être replacée sur le feu, pour la reprendre ensuite et la brosser à nouveau, chauffant ainsi les pièces et les brossant à cinq ou six reprises différentes. Cela fait, le mercure est évaporé, et l’or reste seul sur le bronze, qui présente alors une couleur pâle analogue à celle du mastic des vitriers. »
- M. Masselotte explique que le passage à la forge est la phase la plus dangereuse de la dorure au mercure. Aussi deux mois continus de travail suffisent pour déterminer la maladie mercurielle. Pour diminuer le danger, on s’est efforcé d’activer la ventilation des forges, et ensuite on a pris le parti de faire que successivement chaque ouvrier fasse, à son tour, le travail à la forge, et n’y passe qu’une fois par mois. Dans le travail à la pierre, le danger est beaucoup moindre ; il faut au moins deux ans de travail pour engendrer le même trouble que causent deux mois du passage à la forge. M. Masselotte dit que, sur la pierre, c’est l’azotate de mercure seul qui est dangereux, et qu’au con-
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- traire l’amalgame, à cause de son état insoluble, n’exerce presque aucun effet sur les ouvriers. Quoi qu’il en soit, une fois que la pièce, sortie de la forge, présente l’aspect terne que l’on appelle buis, voici comment on continue le travail :
- « Si tout a bien réussi, et s’il n’y a aucune retouche à faire, ce qui, cependant, arrive presque toujours, puisque, pour être parfaite, la pièce doit quelquefois être renvoyée, à deux ou trois reprises différentes, à la pierre à dorer pour être retouchée, on surchauffe alors la pièce, afin d’en jaunir l’aspect et d’en évaporer la très-faible quantité de mercure qui peut y rester encore et en pâlir le ton; en d’autres termes, on la fait pousser. La teinte arrive bientôt au jaune d’ocre, et l’or est définitivement constitué seul sur le bronze.
- « C’est ici que commence la série des travaux inoffensifs sous le rapport de l’intoxication ; il n’y a plus que la fatigue inhérente à toute main-d’œuvre.
- « On procède d’abord au gratte-boessage, opération qui a pour but de débarrasser la pièce du ton jaune terne qu’elle a, et de lui donner de l’éclat et du brillant. Cette opération consiste en un frottement que l’on effectue sur la pièce avec une gratte-boesse, au contact d’eau adoucie par de la racine de réglisse. Les pointes du laiton produisent, par le simple frottement, un brillant qui tient le milieu entre le mat et le bruni.
- « Le gratte-boessage se fait dans un baquet plat rempli d’eau, dans laquelle se trouve, ainsi que nous l’avons dit, de la racine de réglisse. Sur ce baquet sont posées des traverses de bois destinées à supporter les pièces.
- « Il reste maintenant à suivre deux voies bien différentes, selon le résultat que l’on veut obtenir.
- « Pour la simple dorure brillante, dite or moulu, il n’y a plus qu’à chauffer la pièce pour lui donner du revenu et jaunir plus complètement sa surface, puis procéder à la mise en couleur, afin d’en rehausser le ton.
- « La couleur se compose de sanguine et de différents sels acides. Sa fonction est d’affmer la couche d’or et de la débarrasser de quelques oxydes étrangers qui se sont formés dans les manipulations antérieures. Pour l’employer, on la broie avec de l’eau et on lui donne une consistance un peu épaisse ; ensuite on en enduit la pièce avec un pinceau. Ceci fait, on chauffe le bronze jusqu’à 130 degrés environ, puis on l’éteint dans l’eau froide. Il ne reste plus alors qu’à le plonger dans de l’eau légèrement acidulée d’acide azotique, à
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- le laver dans l’eau tiède, aie sécher et ensuite à brunir les parties qui doivent présenter l’aspect bruni. »
- Pour obtenir le mat, on fait subir aux pièces les opérations accessoires suivantes :
- « On isole les parties destinées à être mates, de celles qui seront brunies, et surtout de celles qui, ne devant pas être en vue, n’ont pas été dorées, parce que l’action du mat serait accaparée par le métal pauvre, et l’or resterait brillant. Pour garantir les parties sur lesquelles le mat ne doit pas agir, on les enduit d’une pâte formée de blanc d’Espagne délayé dans l’eau et appelée réserve.
- « Les pièces ainsi préparées, on les fixe avec du fil de fer sur de longues tiges également en fer nommées mandrins. Dans cet état, elles sont prêtes à être chauffées dans le four au mat.
- « La forge où se fait le mat doit être disposée de la manière suivante : d’un côté, l’aire est recouverte de plaques ou carreaux en faïence émaillée, destinés à recevoir les éclaboussures de la composition saline ; dans le milieu de l’aire se trouve le fourneau, construit tout simplement comme celui d’une cuisine , un triangle en fer y est disposé pour recevoir et supporter le poêlon au mat qui est enchâssé et maintenu dans un autre poêlon en fonte, au moyen d’un lut formé de terre à poêle qui remplit l’intervalle.
- « Dans le milieu, la sole est garnie d’une plaque très-forte en fonte * qui forme le foyer. De chaque côté s’élèvent de petites murailles en briques qui se lient avec le fond de la forge. Le tout est couvert d’une forte tôle.
- « Au côté de la forge opposé à celui destiné à recevoir le poêlon au mat, on peut mettre une chaudière dans laquelle on ferait tiédir de l’eau au moyen d’un petit fourneau.
- « Sur ce même côté de la forge, mais en dehors d’elle, il convient de placer un grand cuvier de forme ovale, d’une capacité de 700 à 800 litres, contenant de l’eau ; on le nomme le baquet au mat. Ses douves et son dessus doivent être garnis en osier recevant des toiles destinées à recueillir toutes les éclaboussures.
- « Le mat est un mélange de divers sels réduits en poudre. Ces sels sont le salpêtre ou azotate de potasse pour la plus forte portion, l’alun à base de potasse ou sulfate double d’alumine et de potasse, le sel de cuisine raffiné et le sel de verre, ou résidus provenant de la fabrication de certains verres, suivant la méthode allemande. Cette composition affine complètement la surface de
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- la couche d’or, et cela d’une manière très-énergique. Le mat doit fondre par la chaleur sur la pièce dorée ; c’est dans ce moment que le velouté de l’or mat se produit.
- « On n’a pas oublié que l’or employé contient 15 millièmes d’argent. Par l’action du mat, les atomes d’argent répandus uniformément dans l’or sont enlevés : c’est cette opération qui donne à la pièce l’aspect mat. Pour résister à cette opération, la couche d’or doit être très-régulière ; de plus, si elle n’était pas suffisante, le mat rongerait le cuivre et ferait écailler la trop faible quantité d’or dont il serait recouvert.
- « Le mat s’emploie à chaud, fondu dans l’eau de cristallisation de ses sels. Cette fusion s’opère dans un simple poêlon en faïence émaillée. La chaleur produite doit être celle du plomb fondu ; une chaleur trop élevée décomposerait le mat, ses sels agissant les uns sur les autres. Nous devons ajouter que celte chaleur doit être maintenue égale, pour opérer le mélange intime des sels et non leur décomposition. La consistance du mat doit être celle d’une bouillie claire.
- « La forge et ses accessoires étant disposés comme nous venons de l’indiquer, le feu étant allumé dans le four, le poêlon au mat étant arrivé à un bon degré de fusion, et les pièces étant attachées sur les mandrins, on procède à l’opération du mat qui, pour être bien accomplie, réclame non-seulement de bons yeux, du sang-froid, de la force et delà patience, mais encore l’adresse et l’habileté qui résultent d’une longue pratique de l’art du doreur.
- « Les pièces sont enfournées de façon que l’extrémité du mandrin que l’on tient à la main soit en dehors de la forge, afin de ne point s’échauffer. Les pièces ne se placent pas sur les charbons, mais elles sont soutenues en l’air, afin que toutes leurs parties soient saisies également par la chaleur rayonnante du four. Quand on opère sur des pièces dont les diverses parties ont des épaisseurs différentes, il faut avoir la précaution de les présenter au feu de telle sorte que la chaleur se répartisse également partout et qu’il n’y ait pas de portions du métal plus ou moins chaudes les unes que les autres.
- « Après avoir laissé la pièce sur le feu le temps utile, elle prend son revenu : de verdâtre qu’elle était, elle passe à un beau jaune d’or. Si l’on surchauffe la pièce, la nuance brunit, puis pâlit, ce qui indique que le mat est brûlé : la pièce devient alors d’un jaune livide, qui est tacheté, jaspé ou marbré. Si, au contraire, on ne la chauffe pas suffisamment, le mat sera clair, à moitié brillant et complètement jaspé. Les chaleurs intermédiaires font passer les pièces par tous les tons. Aussi l’œil du doreur doit-il être assez exercé pour
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- arrêter le revenu au point le plus convenable : c’est là surtout que le doreur montre son tact et son habileté.
- « Aussitôt que le revenu est obtenu, on laisse un peu refroidir la pièce ; et, en tenant compte des épaisseurs métalliques, on soumet immédiatement les parties les plus minces à l’application du mat, car le refroidissement s’opère promptement.
- « Ici encore il y a une difficulté, une température fixe qu’il faut savoir saisir, température que la pratique seule peut indiquer, car le mat une fois appliqué sur la pièce tend à la refroidir, puisqu’il est à une température inférieure. Si cette pièce est trop chaude, le mat entre dans sa deuxième fusion, il corrode la dorure, se dépouille en partie et devient irrégulier. Si, au contraire, la pièce est trop froide, le mat se durcit dessus et reste sans action, il ne prend pas et se détache de lui-même. Au point fixe qu’il s’agit de saisir, le mat crie un peu sur le métal, en entrant en fusion, et, après un bouillonnement imperceptible, se prend et durcit. On étend alors bien régulièrement la pâte avec un pinceau de fortes soies, et l’on reporte la pièce au four.
- « La chaleur fait ramollir le mat : faction chimique commence, les sels réagissent les uns sur les autres et le salpêtre laisse échapper quelques bulles d’oxyde d’azote, ce que l’on reconnaît à la coloration rousse que prend le mat; cette coloration a de l’analogie avec celle du pain lors de sa cuisson.
- « Nous devons faire remarquer que la couche de mat ne doit pas se refondre du premier coup ; il ne faut donc pas prolonger l’exposition au feu.
- « Étant arrivé au point utile, on recharge la pièce d’une seconde couche de mat, puis on la remet chauffer. Certaines pièces ont besoin d’être chargées de mat jusqu’à trois ou quatre fois.
- « Pendant la chauffe, on tourne continuellement les mandrins dans la main, afin d’exposer toutes les faces des pièces au feu. Quand le mat refond, la pièce jaunit, et l’on dit, en terme du métier, que le mat coule, et effectivement la matière coule comme du beurre fondu en enveloppant la pièce et en permettant de voir l’or par transparence. Dès que ce résultat est obtenu, on retire vivement la pièce et on la lance avec force dans l’eau du baquet au mat. En raison de la manière dont l’immersion aura été faite, la matière saline sera plus ou moins bien détachée. Il ne reste plus qu’à laver, à brunir et à sécher la pièce. »
- Ce procédé ancien donne la dorure la plus solide et du plus bel aspect. Les pièces, dorées fortement par les procédés électro-chimiques, c’est-à-dire ayant reçu une épaisseur équivalente à celle d’une bonne dorure au mercure,
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- supporteraient assurément, sans être endommagées, l’action du mat et du feu; mais cette opération n’amènerait aucun résultat, car la pièce resterait à peu près dans le même état qu’avant l’épreuve, et il faudrait, pour l’amener au mat, que le doreur au mercure lui donnât une couche légère d’amalgame. Le travail à réaliser serait, dans ce cas, presque aussi long que celui de la dorure au mercure. L’état moléculaire du dépôt est donc très-important quand il s’agit d’obtenir le mat. D’un autre côté, le procédé de dorure au mercure ne peut pas s’appliquer aux pièces très-délicates, qui seraient brisées ou altérées par l’action du mercure et de la chaleur.
- Ce sont ces considérations qui ont amené M. Masselotte, dès 1850, à l’idée de dorer préalablement les pièces par la pile dans un bain ne contenant qu’une dissolution d’or, à leur donner ensuite une nouvelle couche d’un alliage d’or et de mercure, en les faisant passer dans un bain contenant à la fois du cyanure d’or et du cyanure de mercure. La composition de ce bain doit être maintenue à des proportions convenables, suivant le ton à obtenir. L’anode se compose d’une simple plaque d’or et, par conséquent, le bain ne reste pas constant ; on doit ajouter, de temps en temps, un peu de sel mercuriel ; il faut aussi conduire, avec une certaine attention, le courant électrique. Lorsque la couche déposée obtenue est assez épaisse, on l’enduit d’une composition saline spéciale ; on la place sur un feu ardent, et, lorsqu’elle a acquis une température suffisamment élevée et que la pâte saline est calcinée, on l’éteint dans une eau acidulée. La teinte de l’or est alors à peu près identique à celle d’une pièce dorée au mercure avant le passage au mat. On opère ensuite exactement ce passage au mat comme dans l’ancien procédé, et on arrive aux résultats les plus parfaits sans que les ouvriers aient été soumis à aucune émanation dangereuse. Dans le chauffage de la couche d’alliage déposée, il se produit une purification de la surface sans volatilisation mercurielle.
- Les nombreux, objets dorés par M. Masselotte, pour les fabricants de bronze, ont reçu la consécration du temps ; elles ont résisté au repoussement et aux émanations sulfureuses ; elles ont parfaitement supporté les remises à neuf et l’épreuve du passage au mat subie à plusieurs reprises. Une expérience de dix-sept ans a démontré la salubrité du procédé, ainsi que la perfection et la solidité des résultats obtenus. En conséquence, votre comité estime que M. Masselotte mérite réellement le prix fondé par M. Goldenberg, et il vous propose de décider :
- 1° Que le prix de 500 fr., de la fondation Goldenberg, est décerné à
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- AGRICULTURE.
- M. Masselotte pour la dorure au mat par le procédé pyro-électrique, réalisée sans danger pour la santé des ouvriers ;
- T Que le présent rapport sera inséré au Bulletin de vos séances.
- Signé Barral, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 13 mars 1868.
- AGRICULTURE.
- Rapport fait par M. Bella, au nom du comité d’agriculture, sur une
- tondeuse mécanique pour les animaux, imaginée par MM. du Nabat, à
- Levallois-Perret (Seine), rue Chaptal, 39.
- Messieurs, vous avez renvoyé à mon examen un mémoire de MM. de Nabat sur une tondeuse mécanique de leur invention; je viens vous rendre compte de mes observations.
- MM. de Nabat ont bien voulu venir opérer à Grignon même, et j’ai fait photographier sur place les résultats qui ont été obtenus devant moi, afin de vous en donner une idée aussi exacte que possible. Il n’est pas douteux que ces résultats ne soient très-satisfaisants.
- La tondeuse mécanique de MM. de Nabat est un petit appareil aussi simple qu’ingénieux, facile à transporter, très-maniable, peu sujet à réparations, et, par conséquent, facile à entretenir en bon état.
- Les auteurs, du reste, ont utilisé pour la tonte des animaux un principe mécanique qui a fait ses preuves, puisqu’il est employé depuis longtemps dans la tonte des draps, et récemment dans celle des gazons de luxe.
- C’est une hélice à ailes d’acier tangente à un peigne avec lequel on soulève le poil à tondre, et c’est l’épaisseur du peigne qui règle la longueur du poil à laisser sur la peau.
- Rien de plus inoffensif pour l’animal qui est protégé contre la tondeuse par l’épaisseur du peigne ; rien de plus efficace, rien de plus simple en apparence.
- Il y avait cependant à vaincre une très-grande difficulté, celle qui consiste à transmettre, d’un point fixe auquel est momentanément attaché le moteur, un mouvement de rotation rapide à l’appareil qui doit se promener sans cesse sur la peau à tondre.
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- Cette difficulté a été admirablement vaincue au moyen d’une chaîne flexible, composée d’éléments analogues à ceux qu’on emploie souvent dans des arbres de couche à machines mobiles.
- C’est encore un organe utile déjà que MM. de Nabat ont appliqué là ; mais ce qui est nouveau et tout à fait de leur invention, ce sont des lames d’acier flexible qui empêchent que les organes mobiles de la chaîne ne fassent entre eux un angle capable de nuire à la transmission du mouvement.
- C’était une condition indispensable et elle a été admirablement ménagée.
- Le moteur est très-simple : il est fixé par un étrier au pied de l’aide de l’opérateur, pendant que sa main gauche le maintient dans une position verticale et que sa main droite manœuvre un levier de haut en bas et de bas en haut, afin d’obtenir d’une roue à rochet le mouvement circulaire que la chaîne doit transmettre en se tordant à la tondeuse mécanique.
- Il est certain aussi que le travail de ce petit appareil, qui exige peu de force de la part des deux opérateurs nécessaires pour tondre un animal, est parfait. La tonte est si uniforme qu’on ne peut en obtenir une pareille avec le ciseau ou même avec le rasoir.
- On peut dire aussi qu’il n’est pas de nature à blesser, fatiguer ou irriter des animaux qui, en général, aiment l’action du peigne.
- Enfin la tondeuse mécanique réalise le problème de la bonté et de l’économie du travail, car on peut, avec elle et deux hommes, faire ce que quatre et six hommes ne feraient pas aussi bien dans le même temps avec les méthodes ordinaires.
- Reste à apprécier l’importance de cette invention pour la zootechnie.
- Vous savez, Messieurs, qu’aujourd’hui on tond presque tous les chevaux de luxe ; c’est peut-être bien un peu question de mode, mais c’est certainement aussi affaire d’hygiène. Les animaux abondamment nourris, travaillant peu, tenus en chaude stabulation, éprouvent certainement un effet utile de cette opération qui stimule d’une manière sensible les fonctions de la peau.
- Les chevaux de l’armée, bien que des observations fort importantes aient fait modifier déjà leur hygiène, sont, en temps de paix, souvent dans des conditions analogues à celles des chevaux de luxe et doivent se trouver très-bien de la tonte.
- Les chevaux de l’agriculture eux-mêmes, lorsqu’ils ont en hiver un poil long et épais, en éprouvent un grand bien, parce qu’ils sont souvent si mouillés qu’on ne peut pas les sécher.
- Enfin tous les animaux à l’engrais, engraissés en stabulation, ressentent,
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- c’est un fait bien connu, le plus grand bien de la tonte ; c’est une opération devenue usuelle que la tonte des bœufs et des moutons.
- Malheureusement la tondeuse mécanique de MM. de Nabat n’est possible que sur les bœufs et les chevaux.
- En résumé, la tondeuse mécanique qui vous est soumise a résolu un problème très-intéressant et l’a parfaitement résolu.
- J'ai donc l’honneur de vous proposer de remercier MM. de Nabat de leur communication et d’insérer le présent rapport au Bulletin, avec dessin de l’appareil.
- Signé Bella, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 11 mai 1867.
- LÉGENDE DE LA PLANCHE 378 REPRÉSENTANT LA TONDEUSE MÉCANIQUE DE MM. DE NABAT.
- Fig. 1. Vue de l’appareil en fonction.
- Fig. 2. Élévation du moteur dans un plan vertical perpendiculaire à l’axe du volant.
- Fig. 3. Autre élévation du meme, dans un plan vertical perpendiculaire à celui de la figure 2.
- Fig. k. Plan de l’hélice tondeuse et du peigne.
- Fig. 5. Section verticale suivant la ligne I, II de la figure h.
- Fig. 6. Manchon d’attache supérieur de la chaîne flexible, avec indication d’un élément de cette chaîne.
- Fig. 7. Autre vue du même dans un plan perpendiculaire à celui de la figure 6.
- Fig. 8. Vue d’une bague d’assemblage des éléments de la chaîne dans un plan perpendiculaire à l’axe de cette chaîne.
- Fig. 9. Manchon d’attache inférieur de la chaîne.
- Fig. 10. Collier de serrage de ce manchon.
- Moteur (fig. 1 et 2). — A, cadre portant les organes moteurs.
- B, étrier servant à maintenir le cadre avec le pied.
- C, béquille fixée en haut du cadre, et sur laquelle l’aide de l’opérateur appuie la main gauche pendant que de la droite il met en action le levier de manœuvre.
- D, levier de manœuvre de l’appareil, ayant son centre d’oscillation en D'.
- E, bielle transformant en mouvement circulaire le mouvement d’oscillation du levier D»
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- F, G, roue dentée et pignon transmettant le mouvement de rotation à la chaîne flexible et, par conséquent, à l’hélice tondeuse.
- H, axe du pignon G, sur lequel vient s’adapter le manchon inférieur qui termine la chaîne flexible; le serrage de ce manchon, qui est représenté fig. 9, a lieu au moyen d’un collier (fig. 10).
- I, volant calé sur l’axe H.
- Tondeuse (fig. k et 5). — J, tondeuse hélicoïdale.
- K, peigne placé sous l’hélice tondeuse et servant à soulever le poil de l’animal.
- L, cadre supportant le peigne, l’hélice et les engrenages qui lui transmettent le mouvement.
- M, M, poignées servant à soutenir avec les deux mains le peigne et l’hélice et à les promener sur le corps de l’animal.
- N, axe monté parallèlement à celui de l’hélice, et à l’extrémité duquel vient s’attacher le manchon supérieur qui termine la chaîne flexible et que représentent les figures 6 et 7.
- O, roue dentée calée sur l’axe N et transmettant à l’hélice, au moyen d’un pignon, le mouvement de la chaîne flexible commandée par le moteur.
- Chaîne flexible (fig. 6, 7 et 8). — Elle se compose d’un certain nombre d’éléments semblables; chaque élément est formé d’une tige centrale P et de quatre tringles d’acier Q. La tige et les tringles traversent, comme on le voit fig. 8, une bague d’assemblage qui leur présente des ouvertures dans lesquelles elles peuvent librement tourner sous l’action du moteur.
- Chaque bague d’assemblage sert pour deux éléments consécutifs et est recouverte d’un manchon R.
- Les tiges centrales sont réunies entre elles par des joints de Cardan.
- S, extrémité supérieure de la chaîne.
- T, étrier et douille servant, au moyen d’une vis de pression, à fixer la chaîne à
- l’extrémité de l’axe moteur N de l’hélice tondeuse. (M.)
- ARTS PHYSIQUES.
- SUR l’appareil DE CHAUFFAGE PAR LE GAZ DE M. AD. PERROT,
- PAR M. DEBRAY,
- Membre du Conseil.
- M. Ad. Perrot a publié, dans le Bulletin de la Société chimique (1), une
- (1) Bulletin mensuel de la Société chimique de Paris, cahier d’avril 1867, p. 332.
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- ARTS PHYSIQUES.
- description complète d’un remarquable appareil qui est appelé à rendre de grands services à l’industrie. C’est cette description que nous reproduisons ici, en la faisant suivre de considérations générales sur l’emploi du gaz pour la production des hautes températures.
- L’appareil de M. Perrot, que représente la planche 379, se compose de deux parties distinctes : la première est l’appareil de combustion proprement dit ; la seconde est le fourneau de fusion que l’on chauffe avec l’appareil de combustion.
- Fig. 1. Ensemble de l’appareil vu en section verticale.
- Fig. t. Section horizontale suivant la ligne I, II de la figure 1.
- Fig. 3. Détail d’un tube recourbé, vu en section verticale à une plus grande échelle.
- Fig. A. Section horizontale de ce tube suivant la ligne III, IV de la figure 3.
- Appareil de combustion. — Le gaz arrive par le tube a, dont le diamètre est proportionné au volume à brûler ; il traverse un robinet b qui sert à régler son arrivée dans l’appareil.
- Après avoir traversé le robinet b, le gaz arrive dans un anneau creux ou couronne, désigné par les lettres c, c. Cette couronne horizontale porte, à sa partie supérieure, des petits becs dont le nombre varie avec les dimensions du fourneau. Ces petits becs, également espacés entre eux, sont logés chacun dans le bas d’un tube recourbé d qui vient en quelque sorte les coiffer. Les tubes d, d sont eux-mêmes entourés, à leur extrémité inférieure, par des viroles mobiles e qui peuvent tourner à frottement doux. Chacun d’eux est percé, à la hauteur de l’ouverture du bec, d’une fenêtre f (fig. 3), qui correspond à une ouverture de même forme et de même grandeur, percée à la même hauteur dans la virole-enveloppe c, de sorte qu’en faisant tourner cette virole on fait entrer, à volonté, l’air extérieur par la fenêtre f, ou l’on intercepte son arrivée.
- La position de chaque tube d, par rapport à la couronne c et au bec correspondant, est importante. La cheminée, percée dans le bec pour laisser échapper le gaz à partir de la couronne dans le tube d, a une direction verticale; le tube d, au contraire, est incliné de quelques degrés en dehors par rapport à l’axe de cette cheminée. Par cette disposition on obtient un mélange plus complet du gaz fourni par la cheminée avec l’air fourni par la fenêtre f.
- Chaque tube d, d’abord droit, se recourbe ensuite à sa partie supérieure
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- pour pénétrer, sous un angle de 15 degrés environ, dans l’intérieur d’un autre anneau horizontal ou couronne creuse g; il se termine à l’intérieur de cet anneau par un appendice /i, long de quelques centimètres, dans lequel son extrémité entre à frottement doux.
- C’est par cet appendice h que sort de chaque tube le mélange d’air et de gaz qui doit être dirigé dans le fourneau de fusion. Son addition a une grande importance ; c’est la seule partie de l’appareil qui puisse se détériorer par l’action de la chaleur, mais il est facile, dans ce cas, de la changer à peu de frais.
- La couronne supérieure g est portée par trois ou quatre pieds en fer; en outre, elle est munie d’une espèce d’étrier i qui lui est solidement vissé ou rivé ; celui-ci porte lui-même un tube vertical j, muni d’une vis de serrage et sur lequel vient se placer une pièce en terre réfractaire, dite fromage, destinée à supporter le creuset contenant la matière à fondre. La vis de serrage permet de faire varier la hauteur du creuset dans le fourneau.
- Fourneau de fusion. — Ce fourneau se compose, à l’intérieur, d’un moufle cylindrique k, vertical, terminé, à la partie supérieure et à la partie inférieure, par des calottes distinctes, percées d’ouvertures circulaires.
- Ce moufle est entouré d’un moufle plus grand l qui porte latéralement, vers sa base, une ouverture en communication avec un long tuyau servant de cheminée m et muni d’une soupape à papillon m'.
- Ces deux moufles sont supportés par une base en fer et entourés d’une enveloppe cylindrique en tôle n, à laquelle sont rivés trois ou quatre pieds en fer o destinés à supporter l’appareil, et assez écartés l’un de l’autre pour que l’appareil de combustion puisse facilement passer par leur intervalle. Enfin le moufle extérieur supporte un couvercle p en terre réfractaire, percé d’un trou ordinairement fermé par un bouchon également en terre q; c’est par ce trou que l’on peut introduire soit de nouvelles quantités de matière à fondre, soit des réactifs, et que l’on surveille la fonte.
- Régulateur des prises d’air. — Pour régler la quantité d’air que l’on veut admettre par les ouvertures f qui sont au bas des tubes d, on a muni les viroles extérieures e de chaque tube d’un appendice que l’on fait mouvoir en faisant tourner, avec une main r, un anneau concentrique au réservoir annulaire de gaz c, lequel porte des tourillons verticaux s (fig. 3) qui s’engagent dans la rainure de chaque appendice. De cette manière, en faisant tourner l’anneau extérieur, dont le mouvement est, d’ailleurs, limité par deux arrêts, on ferme ou l’on ouvre simultanément toutes les fenêtres f.
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- Les principaux avantages du fourneau de M. Perrot sont les suivants :
- On obtient facilement, sans avoir recours à une soufflerie, les températures nécessaires pour la fusion de l’or et du cuivre, des fontes de fer, etc., par l’appel d’air que l’on détermine au moyen d’un tuyau de tôle de % ou 3 mètres; ce qui permet d’établir cet appareil à tous les étages des maisons sans avoir à se préoccuper des conditions atmosphériques;
- Le gaz est employé aux pressions faibles généralement adoptées par les compagnies;
- Suppression de combustible solide et, par conséquent, des cendres, qui sont l’une des principales causes de détérioration des creusets;
- Possibilité de recueillir complètement le métal en cas de rupture du creuset;
- Possibilité de recueillir la fonte sans retirer le feu;
- Possibilité de régler la température et de la maintenir indéfiniment, la suppression de l’arrivée du gaz dans l’appareil étant la seule cause d’arrêt;
- Absence de surveillance ou d’entretien du combustible pendant les fontes;
- Enfin, économie notable de combustible, puisqu’il suffit de 100 litres de gaz pour fondre 3 kilogr. de cuivre, et que A kilogr. d’or à 850 n’en exigent que A00 litres.
- Considérations générales sur le chauffage au gaz.
- Lorsqu’on enflamme un jet de gaz qui s’échappe par une petite ouverture, on obtient une flamme plus ou moins éclairante, mais absolument impropre au chauffage. Cette flamme, quelle que soit sa forme, se compose de trois parties distinctes :1a première extérieure, peu brillante et très-chaude, parce que l’air y afflue en abondance et y détermine la combustion complète de tout ce qui est combustible ; la seconde est la partie éclairante de la flamme ; elle doit cette propriété à ce que, le gaz n’étant pas mélangé à une quantité suffisante d’air pour être brûlé complètement, des particules de charbon échappent à la combustion et, portées à une température élevée, deviennent incandescentes et donnent à la flamme l’éclat qu’elle possède; enfin, à l’intérieur, le gaz n’est pas mélangé d’air et ne brûle pas. Il est facile de constater l’existence de cette zone obscure dans la flamme d’une bougie ou du gaz s’échappant par une ouverture circulaire.
- Si l’on employait une pareille flamme au chauffage, on obtiendrait un effet très-médiocre ; les corps chauffés se recouvriraient d’un dépôt de charbon.
- Mais si, par une disposition quelconque, on mélange le gaz avec la quantité
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- d’air nécessaire pour la combustion complète de ses éléments, on obtient une flamme qui n’est plus brillante, car elle ne renferme plus de particules solides de charbon, mais qui donne le maximum de la chaleur que l’on peut obtenir en alimentant une flamme par l’air.
- Il faut bien remarquer qu’il est aussi nécessaire de ne pas mettre l’air en excès dans une flamme que de n’y pas laisser de gaz non brûlé ; l’effet, dans les deux cas, est le même, la température de la flamme est moins élevée. Pour bien faire comprendre ce point capital, supposons qu’il faille 10 litres d’air pour brûler complètement 1 litre de gaz d’éclairage (ce qui est très-près de la vérité), et admettons que nous ayons une flamme dans laquelle la proportion du gaz soit de 2 pour 10 d’air ; non-seulement cette flamme ne donnera pas plus de chaleur que celle qui ne contiendrait qu’un litre de gaz, mais cette chaleur étant employée à échauffer les produits de la combustion, et le gaz d’éclairage non brûlé, la température de la flamme sera nécessairement moins élevée que si la combustion eût été complète, et la dépense de gaz sera double, sans parler d’autres inconvénients, tels que celui qui résulte du dépôt du charbon.
- On fera le même raisonnement pour le cas où 1 litre de gaz serait mélangé à 20 litres d’air ; on aurait 10 litres d’air chauffés en pure perte et abaissant, dans une proportion notable, la température de la flamme.
- Ainsi, la proportion des gaz comburants et combustibles doit donc être bien déterminée; mais, de plus, le mélange doit être homogène, sans cela des parties de la flamme contiendraient un excès d’air ou de gaz d’éclairage, et leur température en serait moins élevée.
- Le chauffage par le gaz présente encore une autre difficulté. Les gaz occupent un grand volume sous un faible poids et, par conséquent, ne peuvent fournir aux corps solides la grande quantité de chaleur dont ils ont besoin pour s’échauffer qu’à la condition de se renouveler rapidement ; et, même, dans ce cas, il faut encore éviter avec le plus grand soin les pertes de chaleur dues au rayonnement, et concentrer par une disposition convenable toute la chaleur au centre du foyer où s’opère la fusion des métaux.
- C’est M. Bunsen qui a imaginé le premier appareil destiné à brûler commodément le gaz d’éclairage. Son brûleur ne différait de celui employé par M. Perrot que par son tube extérieur (d) qui était droit et vertical. Le mélange de gaz et d’air sortait du tube moins homogène que de l’appareil de M. Perrot, où la courbure et l’obliquité du tube déterminent des mou-
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- vements intérieurs du gaz ascendant qui le mélangent d’une manière plus uniforme; mais, tel qu’il est, le brûleur de Bunsen a rendu et rend encore, dans les laboratoires, d’immenses services.
- Dans l’appareil de M. Perrot, le mélange qui sort des brûleurs ne doit pas contenir la quantité d’air nécessaire à la combustion complète, parce que l’air extérieur qui afflue dans le fourneau doit aussi être utilisé dans la combustion. C’est pour rendre le mélange plus homogène qu’il est nécessaire de multiplier les flammes sans laisser entre elles, cependant, de grands intervalles; elles doivent se réunir dans le fourneau et former alors une flamme unique.
- Enfin les pertes de chaleur dues au rayonnement ont été évitées, autant qu’il est possible, en faisant circuler les produits de la combustion entre les deux moufles du fourneau, ce qui empêche évidemment le moufle intérieur et le creuset de se refroidir.
- Comme appareil de chauffage au gaz alimenté par de l’air avec tirage naturel, le fourneau de M. Perrot est donc un type parfait, réalisant de la manière la plus complète les conditions de la théorie, et d’une puissance pratique presque inespérée; mais ce n’est pas, cependant, le dernier terme du progrès possible dans la production de hautes températures.
- Si l’on veut obtenir des températures plus élevées que celles nécessitées par la fusion de l’or ou de la fonte, il ne faut plus s’astreindre à un appel de gaz par le tirage naturel, il faut augmenter la masse du combustible qui pénètre dans l’appareil, en insufflant dans le fourneau un mélange bien homogène de gaz et d’air, et l’on arrive ainsi, comme cela a lieu dans le chalumeau de M. Schlœsing, à fondre le fer doux et même le platine.
- Le chalumeau Schlœsing, tel que le construit aujourd’hui un habile fabricant d’appareils de chauffage au gaz, M. Wiessnegg, est représenté en élévation figure 5, planche 379 ; la figure 6 en est une section à une plus grande échelle.
- Ce chalumeau se compose d’un tuyau recourbé A, ouvert d’un côté et de l’autre fermé par une partie sphérique B, dans laquelle s’engage un tube de plus petit diamètre C terminé par une tuyère et qui amène, dans l’axe de l’appareil, de l’air comprimé à une atmosphère et demie. Autour de ce tube, la partie sphérique porte de petites ouvertures D (fig. 6), par lesquelles l’air extérieur pénètre sous l’influence de l’aspiration produite dans le tuyau par l’air comprimé; latéralement le tuyau est muni d’une tubulure E, par laquelle arrive le gaz d’éclairage à la pression ordinaire. Ce gaz se mêle à
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- l’air, et ce mélange est, à la sortie du tube, par suite des mouvements produits dans le tuyau par la détente de l’air comprimé, aussi homogène que possible. Ce mélange enflammé, introduit par la partie supérieure dans le fourneau représenté sur la figure 5, peut, en moins de vingt minutes, y déterminer la fusion du fer doux.
- Voici, maintenant, l’explication des autres parties de l’appareil représentées figure 5 :
- F, pompe foulante, que l’on met en mouvement par une manivelle munie d’un volant.
- G, réservoir à air comprimé, mis en communication avec la pompe par un tuyau H.
- I, manomètre à air comprimé.
- L’air comprimé à une atmosphère et demie, et maintenu à cette pression pendant toute la durée de l’expérience, s’échappe par le robinet J et pénètre dans le chalumeau.
- Le fourneau se compose d’un cylindre creux K en terre réfractaire, dans l’axe duquel on place le creuset sur un fromage. Le cylindre repose sur une plaque de terre réfractaire L, et présente, à sa partie inférieure, de larges échancrures par lesquelles s’échappent les produits de la combustion. Il est surmonté d’un couvercle M percé d’un trou dans lequel on place l’extrémité du chalumeau.
- Cette disposition présente un réel inconvénient ; la partie supérieure du creuset et son couvercle, qui subissent plus directement l’action du feu, se soudent à ces hautes températures, ce qui rend plus difficile la coulée du métal; mais il est clair qu’on peut modifier les choses, et que rien n’empêcherait de se servir du chalumeau de Sehlœsing, dans l’appareil de M. Perrot, à la place du brûleur de Bunsen, si l’on avait intérêt à obtenir des températures excessives.
- On peut, d’ailleurs, s’élever bien au delà des températures produites par le chalumeau de Sehlœsing, en substituant à l’air ordinaire le gaz oxygène. Dans l’air, chaque litre d’oxygène est accompagné de 4 litres d’azote environ; par conséquent, dans la combustion par l’air, cet azote prend une grande partie de la chaleur dégagée par combustion, et abaisse, dans une proportion considérable, la température de la flamme. Aussi, le chalumeau à oxygène permet-il de fondre le platine et les métaux les plus réfractaires avec la plus grande facilité. Mais on rencontre alors une difficulté pratique des plus sérieuses, qui limite nécessairement le champ des applications. Les poteries ou creusets, dits réfractaires, commencent à fondre à la température déve-
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- loppée avec le chalumeau de Schlœsing ; aucune de ces matières ne résiste à l’action du chalumeau à oxygène. Par conséquent, avant de rien tenter dans la construction de fourneaux analogues à celui deM. Perrot, oii l’on emploierait, comme appareils de chauffage, les chalumeaux à air forcé ou à oxygène, il est nécessaire de se préoccuper des matériaux qui doivent entrer dans leur construction. Les terres ordinaires ne peuvent rien fournir de suffisamment réfractaire ; mais la magnésie, infusible à toutes les températures connues, pourra être très-utilement employée.
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- RAPPORT SUR UN TROISIÈME ET UN QUATRIÈME MÉMOIRE DE M. TRESCA RELATIFS A
- l’écoulement des solides, par m. le général morin.
- « Les deux mémoires que l’Académie nous a chargés d’examiner contiennent la suite des recherches que M. Tresca a entreprises sur la manière dont les pressions extérieures exercées sur les solides (1), renfermés ou non dans des enveloppes résistantes, se répartissent dans leur masse, et sur les mouvements d’écoulement qu’elles déterminent.
- « L’auteur, par la production de résultats d’expériences nombreuses, ainsi que par la discussion théorique des mouvements géométriques qui se manifestent, avait déjà jeté un grand jour sur ces questions, aussi nouvelles qu’importantes pour l’étude de la constitution et des actions moléculaires des corps, et presque complètement restées jusqu’ici dans le domaine de l’hypothèse.
- « S’appuyant sur ses observations, il avait déjà signalé l’analogie, on pourrait meme dire l’identité, qui existe entre les phénomènes de l’écoulement des liquides et les mouvements que des pressions énergiques déterminent dans les solides. Les deux mémoires qui font suite à ces premiers travaux ont principalement pour objet de rendre visibles à l’œil la nature et la marche de ces mouvements intestins des molécules, qui, dans les liquides, ne se manifestent guère que par les apparences extérieures, tandis que le mode ingénieux d’investigation qu’il a adopté a permis à l’auteur d’en démêler les lois, et d’en montrer les effets dans tout l’intérieur des masses comprimées, par la conservation permanente des déformations produites.
- « Dans son troisième mémoire, en s’attachant à varier, dans des limites étendues, les dispositions, les formes et les proportions des orifices par lesquels il obligeait les solides à sortir de l’enveloppe qui les contenait, M. Tresca s’est rapproché, dans certains
- (1) Voir Bulletin de 1866, 2e série, l. XIII, p. 20.
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- cas, des circonstances de l’écoulement des liquides, observées par les hydrauliciens, et il a pu montrer ainsi quelles étaient les causes, encore si peu connues, de la torsion et du renversement de certaines veines fluides, et jeter, par ses observations sur les solides, du jour sur une des questions les plus obscures de l’hydraulique; fournissant encore par là un exemple remarquable de la généralité des lois qui président à la constitution moléculaire des corps à tous les états.
- « Pour mettre en évidence les mouvements divers que produisent les pressions extérieures, selon les dispositions, le nombre et les proportions des orifices, l’auteur les a successivement examinés dans les différents cas suivants :
- « 1° Ecoulement indéfini d’un bloc cylindrique par un orifice circulaire concentrique ;
- « 2° Ecoulement d’un bloc cylindrique par un orifice polygonal concentrique ;
- « 3° Ecoulement d’un bloc cylindrique par un orifice circulaire excentré ;
- « h° Ecoulement d’un bloc cylindrique par plusieurs orifices ;
- « 5° Ecoulement d’un bloc cylindrique par un orifice latéral circulaire ;
- « 6° Écoulement d’un bloc cylindrique par un orifice latéral circulaire ou carré.
- « En même temps que les résultats de ces expériences jetaient du jour sur les circonstances immédiates de l’écoulement, ils ont aussi pu servir à rendre compte des mouvements moléculaires produits dans un grand nombre d’opérations industrielles, et s’appliquer ensuite directement aux effets du laminage, de la forge, du poinçonnage et du rabotage.
- « Sans entrer ici dans un examen détaillé, trop difficile à suivre à la simple lecture d’un rapport, nous nous bornerons à dire que l’ensemble des faits observés a d’abord conduit M. Tresca à cette conséquence évidente pour les gaz et pour les liquides, mais neuve pour les solides, que « toute pression exercée sur un point quelconque d’un « corps se transmet dans l’intérieur de la masse et tend à y déterminer un écoulement « qui se propage de proche en proche, et qui se produit nécessairement dans le sens où « les obstacles à la réalisation de cet écoulement sont les moindres. »
- « A cette conséquence, il convient d’ajouter que, dans les expériences faites sur un bloc cylindrique et dans lesquelles l’écoulement avait lieu par des orifices circulaires excentrés, par des orifices circulaires multiples et inégaux, ou enfin par des orifices polygonaux, la forme et les dimensions du jet sont toujours influencées par cette disposition, de telle manière que la matière afflue et s’écoule en plus grande proportion du côté où, à l’intérieur, elle est le plus abondante.
- « Dans le cas particulier des orifices polygonaux, les molécules sont animées de deux mouvements, l’un dirigé vers l’orifice ou l’axe du jet, et l’autre dirigé vers le centre et perpendiculaire à l’axe : ce qui explique les mouvements de torsion que manifeste l’apparence extérieure des veines solides ou fluides dont l’équilibre instable peut être troublé parla moindre différence de pression ou de vitesse.
- « Cette transmission intestine des pressions et les déplacements qu’elle produit de
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- proche en proche dans des masses solides renfermées dans des enveloppes résistantes, lorsqu’elle a lieu dans des corps ductiles, détermine, alors, comme l’Académie a pu le voir par de nombreux exemples, des jets continus, dont M. Tresca a étudié la génération dans tous les détails : mais elle explique aussi pour les corps grenus, dont l’élasticité est altérée et la cohésion détruite, la pulvérisation intérieure, la réduction en fragments plus ou moins réguliers, observées, mais non expliquées, il y a déjà de longues années, par Coulomb et par tous les physiciens qui ont fait des expériences sur la résistance des pierres et des autres matériaux de construction. Elle permet aussi de se rendre compte, d’une manière générale, des ruptures remarquables que détermine, dans des cubes, dans des sphères de pierre ou de fonte, le choc des boulets, qui n’agissent que par un impact d’une petite étendue.
- « Nous ne saurions douter que, dans la suite de ces recherches, l’auteur, abordant ce cas particulier de la question, n’arrive à mettre en évidence les lois mathématiques de ces phénomènes, dont nous ne connaissons encore que l’ensemble général.
- « Déjà, passant des effets observés sur des corps mous et ductiles, tels que le plomb à l’aide de la presse hydraulique, à ceux que produit le choc d’un marteau à vapeur du poids de 12,000 kilogrammes, sur des cylindres de fer forgé de 0“,15 de diamètre et de 0m,05 d’épaisseur, obligés de s’écouler par un orifice de 0m,048 de diamètre, M. Tresca a montré que, dans tous les cas, les résultats étaient soumis aux mêmes lois.
- « Quoiqu’il ne puisse entrer dans le cadre d’un rapport, ainsi que nous l’avons déjà dit, d’examiner, même rapidement, les divers résultats de ces expériences, nous croyons devoir appeler un moment l’attention de l’Académie sur ceux qu’a offerts l’écoulement d’un bloc composé de couches de plomb concentriques par un orifice carré de 0m,017 de côté.
- « L’auteur a constaté « qu’en faisant, dans le jet ainsi obtenu, des sections nor-« males à sa direction, les tubes extérieurs plus minces avaient pour sections trans-« versales des polygones de même nombre de côtés que celui de l’orifice, mais que les « sommets de ces polygones s’effaçaient de plus en plus à mesure que l’on examinait « les tubes les plus éloignés de la surface, et que ces sommets étaient, dans le voisi-« nage de l’axe, remplacés par des contours arrondis. »
- « Or ces faits, remarqués sur un jet solide, formé de couches parallèles de plomb, ont été observés et signalés pour les liquides par M. Bazin, lorsqu’il a étudié avec tant de soins les lois de la répartition des vitesses dans les sections transversales des canaux. Quoique dans un cas il ne s’agisse que du déplacement géométrique des molécules, tandis que dans l’autre il est question de la répartition des vitesses, n’est-il pas permis de signaler encore ici une grande analogie dans les effets ?
- « Cette transformation graduelle du profil des différentes couches qui constituent les jets est encore bien plus marquée dans ceux qui s’écoulent par des orifices latéraux, circulaires ou carrés, placés à une certaine distance du fond de l’enveloppe du
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- bloc, et l’identité de ces veines solides avec les profils des veines liquides observés par M. Bazin y apparaît avec un caractère encore plus marqué, s’il est possible.
- « Enfin, dans ces derniers jets, on voit se produire des mouvements de convergence des molécules qui, de tous côtés, affluent vers l’orifice en obéissant aux pressions qui, de la partie supérieure du bloc, se propagent dans toute la masse, et déterminent ce que, pour les liquides, on a nommé la contraction de la reine.
- « Si, des effets produits dans le sens même de l’écoulement, on passe* à ceux qui ont lieu dans celui des couches horizontales, dont certains blocs ont été formés, on reconnaît, par les déformations successives qu’elles ont subies, que ces couches, énergiquement pressées, après avoir cédé, en s’étendant dans le sens de leurs plans, ayant rencontré les parois de l’enveloppe, ont éprouvé de la part de celles-ci une réaction, sous l’action de laquelle chacun de leurs diamètres s’est trouvé dans les conditions d’un solide comprimé dans le sens de sa longueur, et a dû prendre, en obéissant à ces réactions, le profil d’une courbure sinusoïde analogue à celle qui s’observe sur des tiges isolées soumises à des efforts de compression.
- « L’observation de ces courbures a servi de point de départ à M. Tresca pour établir une théorie mathématique des déformations des plaques, qui fera la matière d’un mémoire qu’il se propose de soumettre prochainement au jugement de l’Académie, et qu’il n’a pas cru devoir comprendre dans ceux-ci, étant, comme nous l’avons dit, consacrés uniquement à la partie descriptive, physique et géométrique des effets observés.
- « L’examen dans lequel nous venons d’entrer sur quelques-uns seulement des résultats d’observation, si curieux, consignés dans le troisième mémoire de M. Tresca suffira sans doute à l’Académie pour apprécier toute l’importance de cette partie de ses recherches, et le jour nouveau qu’elles jettent sur la propagation et les effets des pressions dans l’intérieur des masses solides et de tous les corps en général. On ne saurait se refuser à reconnaître que de semblables observations, où tous les effets sont reproduits et consignés d’une manière permanente par les molécules elles-mêmes, ne puissent servir, dans un avenir prochain, à étendre beaucoup le cercle de nos connaissances sur les actions moléculaires. L’auteur, du reste, en fournira bientôt la preuve par les recherches analytiques qu’il a entreprises pour découvrir les lois géométriques et mécaniques des mouvements qu’il a constatés et signalés dans ce mémoire.
- « Dans le quatrième mémoire soumis au jugement de l’Académie, M. Tresca s’est proposé de rechercher et de mettre en évidence les effets de déplacement qu’éprouvent les molécules des corps solides résistants et ductiles, comme le fer, sous l’action des appareils variés qu’emploie l’industrie, tels que les laminoirs et les marteaux de différentes sortes.
- « Ces déplacements, toujours dus à des forces extérieures, présentent, en effet, la plus grande analogie avec les phénomènes d’écoulement des corps solides, déjà obser-
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- vés par l’auteur, et de leur examen attentif devaient sortir à la fois la confirmation et la généralisation des conclusions tirées des expériences faites sur des corps plus mous ou plus ductiles, et des indications’propres à expliquer les motifs qui ont guidé les praticiens dans l’adoption de certains procédés, ainsi qu’à établir quelques règles dont l’industrie métallurgique pourrait tirer parti pour réaliser de nouveaux progrès.
- « Procédant d’abord à des observations de détail sur les effets que produisent des compressions ou des chocs plus ou moins énergiques exercés à la surface extérieure des corps, et sur leur propagation à l’intérieur, M. Tresca montre, par de nombreux exemples bien choisis, que l’étirage longitudinal des masses de fer passées entre les surfaces des laminoirs cylindriques est un véritable écoulement déterminé par la compression des cylindres sur la matière entraînée par le frottement exercé à ses surfaces supérieure et inférieure. Il fait voir pourquoi l’élargissement dans le sens transversal est à peine sensible pour des plaques isolées, et ne se manifeste sur le bord des paquets préparés pour le corroyage que pour les couches médianes, tandis que les parties supérieure et inférieure, retenues dans leur expansion par le frottement, conservent leurs dimensions. Ces effets sont assez notables pour exiger, dans certains cas, l’emploi de laminoirs à plusieurs jeux de cylindres, à axes respectivement perpendiculaires, ainsi que cela se pratique pour la fabrication des plaques de blindage des navires cuirassés.
- « En faisant varier le rapport de l’écartement des cylindres à l’épaisseur des pièces à étirer, on modifie très-notablement les circonstances de l’étirage, que l’on peut ainsi rendre général pour toute la masse ou plus ou moins particulier aux molécules voisines des surfaces. Ces effets ont été rendus très-sensibles on opérant sur des cylindres composés de couches concentriques et distinctes, mais ils se produisent aussi à un certain degré sur des solides pleins. On conçoit de suite que ces observations peuvent être mises à profit dans certaines fabrications de doublage ou de placage des métaux.
- « Les opérations de la forge présentent une variété si grande, que, pour se rendre compte de leurs effets, il était nécessaire d’en faire une étude spéciale. Si l’on se reporte aux considérations déjà exposées, il est facile de concevoir que l’action du marteau sur une matière ductile n’étant en réalité qu’une transmission du travail qui détermine des pressions variables avec les chemins décrits par les points choqués par la panne de l’outil sur une certaine étendue de la surface du corps, elle doit produire autour de cette étendue un déplacement, un écoulement des molécules qui, commençant d’abord sur ses contours, se propage plus ou moins à l’intérieur, suivant l’intensité des coups, le poids du marteau, le poli de sa surface, les dimensions et l’état de la masse, etc.
- « Toutes ces considérations ont été étudiées avec le plus grand soin dans le mémoire de l’auteur, qui a montré par de nombreux exemples comment, dans certains cas, l’étirage produit par la forge peut être limité aux surfaces ou être étendu à la masse entière.
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- « Il a mis, de même, en évidence les effets si variés qui se produisent dans le for-geage à l’étampe, dont nos habiles métallurgistes font aujourd’hui un si grand et si heureux usage.
- « L’étude et la manifestation des déplacements moléculaires qui se produisent dans les opérations de grosse forge étaient évidemment un des points les plus intéressants des applications à l’industrie, dont l’auteur devait se préoccuper. Mais une difficulté assez grande se présentait tout d’abord pour reconnaître et rendre visibles à l’œil les déplacements relatifs des molécules d’une masse en apparence homogène dans toutes ses parties, telle qu’un bloc ou une pièce quelconque de fer. Fort heureusement cette homogénéité n’existe pas en réalité, et, depuis leur sortie du creuset de forge ou du four à puddler, qu’elles aient été ou non formées par le travail d’une seule loupe ou par le corroyage plus ou moins répété de mises successives passées au four à souder, au laminoir ou sous des marteaux puissants, les pièces de forge contiennent toujours une partie des matières étrangères avec lesquelles leurs molécules étaient en contact dans le haut fourneau. Ces matières étrangères, comme l’a fort justement remarqué l’auteur, participent, dans les déformations successives auxquelles le même massiau de fer est soumis, aux mouvements déterminés dans la masse. Plus ou moins oxydés par le contact de l’air, ou divers même par leur nature, ces éléments sont susceptibles d’éprouver, sous l’action de certains réactifs, des modifications qui les rendent apparents et distincts les uns des autres. On sait que c’est par des procédés analogues, et même par des différences naturelles dans les matières employées, que les fabricants d’armes blanches, d’armes à feu et autres industriels mettent en évidence les aspects variés et souvent artistiques qu’ils savent produire.
- « Pour obtenir d’une manière nette et permanente ces indices nécessaires à ses recherches, M. Tresca, après avoir fait raboter, limer, polir finement et laver à l’éther les sections des pièces qu’il voulait étudier, les a fait plonger dans une dissolution de bichlorure de mercure, et ensuite laver à l’eau pure, dès qu’il a vu apparaître les premiers indices d’oxydation.
- « On y reconnaît alors des traces colorées qui manifestent tous les déplacements relatifs qu’ont éprouvés les molécules, et qu’un vernissage suffit pour rendre permanentes.
- « L’Académie a pu juger, par les échantillons mis sous ses yeux, de la netteté et de l’utilité de ces indications pour l’étude des divers effets que produisent les opérations du laminage et de la forge.
- « Le martelage par compression longitudinale, ou ce qu’on nomme le forgeage par refoulement, a donné des résultats non moins caractéristiques et variés, selon que la pièce forgée est ou non maintenue dans des étampes. Dans tous les cas, les considérations développées par l’auteur sur la répartition, la transmission et la déperdition graduelle des pressions ont été élucidées et justifiées à l’aide d’exemples aussi nombreux que concluants. Pour ceux où le solide refoulé était libre à l’extérieur, on retrouve encore, dans les coupes longitudinales, les profils des courbes de forme sinusoïde des Tome XV. — 67e année. 2e série. — Mars 1868. 20
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- CHAUDIÈRES A VAPEUR.
- supports comprimés par leurs extrémités, déjà signalées dans l’écoulement des blocs de plomb renfermés dans des enveloppes résistantes, ce qui montre une fois de plus l’analogie de tous les effets produits dans ces expériences.
- « Il nous serait impossible d’entrer dans les détails d’un examen plus étendu des nombreuses applications que M. Tresca a faites des principes qu’il a déduits de ses premières recherches ; nous nous bornerons à dire que plus il a varié les conditions de ses expériences, plus il y a trouvé la confirmation de cette première et principale conclusion, qu’il énonce en ces termes :
- « Lorsqu’un solide se déforme sous l’influence d’actions extérieures, cette déforma-« tion peut être considérée comme le résultat d’un écoulement qui a lieu dans la masse « même du solide, à partir des points les plus pressés et dans la direction où les ob-« stades à cet écoulement sont les moindres. »
- « Toutes les autres conclusions de ses études sont des corollaires de celle-ci, qui lui sert de base pour la théorie mathématique et mécanique de ces phénomènes, qu’il se propose de soumettre incessamment à l’Académie.
- « Pensant que les détails descriptifs et la discussion des effets observés par M. Tresca, contenus dans son troisième et dans son quatrième mémoire, jettent, comme ses précédentes études, un jour nouveau sur la délicate question de la transmission des pressions et des mouvements dans les corps solides, et sur l’uniformité de constitution moléculaire de tous les corps, votre commission vous propose d’ordonner l’insertion de ces deux mémoires dans le Recueil des Savants étrangers. »
- Les conclusions de ce rapport sont adoptées.
- [Comptes rendus de l’Académie des sciences.)
- CHAUDIÈRES A VAPEUR.
- appareil nouveau, dit anli-incrustateur magnétique, destiné a prévenir les dépôts
- CALCAIRES DANS LES CHAUDIÈRES A VAPEUR, PAR M. BAKER.
- (Ces documents sont empruntés au journal Engineering, de M. Colburn.)
- La partie essentielle de cet instrument est une batterie A, qui consiste en un disque
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- À U %
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- Figure d’ensemble.
- de laiton, sur la circonférence duquel sont insérés de petits barreaux aimantés dirigés
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- dans le sens du rayon et effilés en pointe vers leur extrémité libre. Le laiton qui forme le disque contient beaucoup de cuivre, de sorte que l’on puisse facilement plier à la main la tige qui le supporte et lui faire prendre ainsi telle position qu’on voudra dans la chaudière. Dans les premiers instruments, les pointes des aimants étaient argentées, afin de résistera l’oxydation, mais on trouva que l’eau employée dans certaines chaudières attaquait rapidement cette argenture, et, en produisant une couche d’oxyde à la surface des aimants, arrêtait le fonctionnement de l’appareil. Pour éviter cet inconvénient, MM. Kitson garnissent maintenant les aimants, d’abord avec du cuivre, ensuite avec de l’argent, et recouvrent enfin le tout d’une couche d’or galvanoplastiquc qui prévient complètement l’oxydation.
- La batterie est placée dans les chaudières de façon à être exposée au courant de vapeur qui se rend du dôme de la chaudière dans la machine. Dans les instruments primitivement construits, on inclinait les aimants de haut en bas, mais on a renoncé à cette disposition parce qu’une partie de l’eau entraînée par la vapeur et arrêtée au passage par les aimants s’écoulait par leur pointe et y produisait des dépôts calcaires. En conséquence, les aimants sont maintenant inclinés de bas en haut.
- La batterie est supportée par une borne isolante B, qui est constituée de la manière suivante : la borne elle-même, qui est vissée au sommet du dôme de vapeur ou en toute autre partie convenable de la chaudière, est en laiton et se termine par une partie cylindrique entourée d’un anneau de caoutchouc, comme on peut le voir sur la figure 5 au-dessus de cet anneau de caoutchouc se trouvent deux disques isolants en porcelaine, séparés entre eux par une rondelle de caoutchouc; puis, au-dessus de ces disques, une nouvelle rondelle de caoutchouc; et enfin, un anneau de laiton et un écrou vissé dans la tige qui réunit les disques isolants.
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- Ainsi que le montrent les dessins,les isolateurs en porcelaine sont garnis de rebords qui maintiennent solidement la batterie ; et, de plus, pour empêcher cette dernière de tourner librement autour d’eux, on les a munis d’une rainure dans laquelle s’engage une languette saillante pratiquée sur la gorge de la batterie. Pour prévenir le même mouvement de rotation des isolateurs sur leur tige, on donne à cette dernière une section carrée.
- La batterie étant ainsi isolée des portions de la chaudière qui sont dans son voisinage immédiat, et mise en communication avec elle à une certaine distance, au moyen d’un fort fil de cuivre inséré dans une borne métallique E, vissée en un point convenable de la chaudière, comme on le voit dans le dessin qui représente la disposition générale de l’appareil, pour assurer le contact intime de la borne et du fil, la borne est terminée par une vis légèrement conique et fendue suivant un plan passant par l’axe, de sorte que, en vissant l’écrou de cette vis, le fil introduit dans la fente est énergiquement serré. On emploie le même moyen pour réunir le fil à la tige de la batterie. A l’endroit où le fil passe dans l’ouverture qui fait communiquer la chaudière avec le
- dôme, il est maintenu dans une borne isolante munie d’une mâchoire à vis qui embrasse la tôle de la chaudière ; cette borne est représentée parla figure C. La figure D représente une borne isolante destinée à soutenir le fil pendant son trajet dans la chaudière, si cela est nécessaire. Pour les locomotives, on modifie un peu la borne de contact E. Au lieu d’être coudée à ongle droit, elle est rectiligne et vissée dans la paroi d’arrière de la boîte à feu, le fil étant soudé à une vis qui s’adapte tà celle borne. Lorsque le fil est fixé à la batterie, il suffit de tourner la vis vers l’arrière pour le tendre. Dans tous les cas, on devra visser les contacts dans les plaques à sec pour assurer une communication métallique parfaite entre eux et la chaudière. Il est aussi nécessaire qu’une chaudière munie de cet appareil ne communique mé-talliquement avec aucune autre chaudière, soit par les tuyaux à vapeur, soit autrement, à moins que celte dernière ne soit également munie d’un anti-incrustateur. Si l’on négligeait cette précaution, l’action de l’instrument se répartirait sur toutes les
- chaudières mises en communication, et ne produirait d’action efficace dans aucune
- d’elles.
- Quant à la manière dont l’anli-incrustateur empêche les dépôts calcaires, aucune
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- explication satisfaisante n’a encore été donnée. On doutait d’abord qu’il produisît un courant électrique, mais les récentes expériences de MM. Kitson à leurs ateliers ont prouvé d’une manière décisive que ce courant électrique existe pendant le fonctionnement de l’appareil. Dans les expériences dont il s’agit, la chaudière à laquelle l’appareil était appliqué était d’abord remplie d’eau de façon que l’instrument fût totalement submergé, puis on allumait le feu. Le fil qui réunissait la batterie à la borne de contact, avant d’être mis en communication avec cette dernière, sortait de la chaudière à travers une boîte à étoupe isolante fixée à l’avant et était mis en communication avec un galvanomètre placé dans le circuit. Lorsque l’eau était froide, on n’observait aucun courant, mais, lorsqu’elle était notablement chaude, l’aiguille du galvanomètre était déviée de 4 degrés; puis, lorsque l’eau fut entrée en ébullition et qu’une partie étant évaporée, l’instrument commençait à émerger, le galvanomètre marqua 11 degrés; enfin, lorsque le niveau de l’eau se fut assez abaissé pour que l’appareil fût plongé dans le courant de vapeur sèche, le galvanomètre fut dévié jusqu’à 14 degrés.
- Quelque explication que l’on donne de la manière dont l’anti-incrustateur prévient les dépôts ou désagrégé ceux qui sont déjà formés, aucun doute ne peut être élevé sur la réalité de ces faits. Il y a maintenant plusieurs centaines d’anti-incrustateurs en action, tant en Amérique qu’en Angleterre, et, à part le petit nombre de circonstances où ils ont mal fonctionné pour les causes expliquées plus haut, ils ont donné d’excellents résultats. Les incrustations existantes lors de la pose de l’appareil tombent par fragments et les impuretés de l’eau forment au fond de la chaudière une sorte de vase molle qu’on enlève facilement par des extractions.
- Quand on considère les troubles qu’entraîne si fréquemment la présence des incrustations dans les chaudières, et les dépenses que nécessite leur enlèvement par les procédés ordinaires, il paraît probable qu’un instrument qui obvie aussi complètement à ces inconvénients que le fait l’anti-incrustateur ne peut manquer de devenir,en peude temps, d’un usage général.
- Cet article a été suivi d’une lettre adressée, le 28 octobre 1867, à M. Colburn par M. Robert Sabine, lettre dans laquelle M. Sabine donne, de l’action de l’anti-incrusta-teur, des explications assez plausibles pour qu’il soit bon de les faire connaître.
- L’efficacité des appareils anti-incrustateurs, soit pour prévenir les incrustations dans les chaudières neuves, soit pour défaire celles qui se sont formées dans les chaudières anciennes, est un fait sur lequel il n’est pas nécessaire d’insister. Mais jusqu’à présent je n’ai eu connaissance d’aucune théorie qui expliquât d’une manière satisfaisante l’action de cet instrument. L’explication la plus satisfaisante que j’aie entendu donner est celle d’une décomposition des incrustations, mais elle est insoutenable dans la majorité des circonstances, parce que la quantité d’électricité dégagée étant très-petite et
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- la surface décomposante très-grande, l’intensité du courant en chaque point peut être regardée comme infiniment petite.
- J’ai donc été amené à chercher une autre explication, et j’en ai trouvé une que j’offre sous toutes réserves aux électriciens.
- L’anti-incrustateur consiste en un système de pointes métalliques déposées dans la chaudière de manière à recueillir l’électricité dégagée par la vapeur. En un mot, cet appareil convertit une chaudière en machine hydro-électrique. Dans la disposition adoptée par M. Baker, une étoile formée de pointes métalliques est supportée par un collier isolant et mise en communication électrique avec la chaudière au moyen d’un fil de cuivre. Lorsque la vapeur s’écoule, elle électrise cette étoile, qui, à son tour, par l’intermédiaire du fil métallique, charge la chaudière d’électricité. Il est probable que l’eau contenue dans la chaudière prend l’électricité contraire à celle de la chaudière.
- Il se présente alors deux cas-différents :
- 1° La chaudière est neuve et alors ne reçoit pas d’incrustations;
- 2° La chaudière est ancienne et alors les incrustations, quoique épaisses, se réduisent en fragments et tombent au fond.
- On peut donner du premier cas deux explications différentes :
- D’après les expériences de Jurgensen, les particules de matière solide en suspension dans un liquide mauvais conducteur, lorsqu’elles sont soumises à l’influence d’un courant électrique, sont transportées d’un pôle à l’autre.
- La seconde explication est que les particules solides en suspension dans l’eau, au moment où elles touchent le métal de la chaudière, se chargent de l’électricité de même nom et sont, par conséquent, repoussées.
- Le second phénomène, celui de la désagrégation des incrustations anciennes, est plus compliqué. Lorsqu’une chaudière est recouverte, à sa partie intérieure, d’une couche épaisse d’incrustations, c’est par la chaleur transmise à travers cette couche que se fait la vaporisation, et, comme ces dépôts calcaires sont très-mauvais conducteurs de la chaleur, il en résulte que le métal de la chaudière est surchauffé et même rapidement brûlé. Lorsque l’anti-incrustateur entre en jeu, l’eau et le métal de la chaudière se chargent des électricités de nom contraire qui peuvent même acquérir, dans ce cas, une forte tension, parce que l’incrustation joue le rôle de corps diélectrique. Il se produira alors un phénomène de répulsion bien connu des personnes qui s’occupent d’électricité statique; c’est celui de l’émission de l’eau d’un seau à travers un tube capillaire ou en dehors d’une éponge mouillée, lorsqu’ils sont respectivement mis en communication avec le conducteur chargé d’une machine électrique. Lors donc que l’eau contenue dans la chaudière est électrisée, elle a une tendance à s’infiltrer dans les pores des incrustations comme elle s’infiltre dans un tube capillaire communiquant avec un seau, ce qu’elle est incapable de faire quand elle n’est pas électrisée. Les molécules
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- d’eau qui se sont ainsi frayé une route à travers les incrustations, arrivant au contact du métal de la chaudière qui est à une température élevée, se vaporisent brusquement et font éclater la couche incrustante. On voit que, d’après cette explication, l’électricité jouerait, dans ce cas, un rôle indirect en facilitant le passage de l’eau à travers les dépôts calcaires. Son mode d’action est probablement beaucoup plus immédiat lorsqu’elle empêche la formation d’incrustations nouvelles, soit, ainsi qu’on l’a dit plus haut, par la répulsion qui s’exerce entre les particules solides et les parois de la chaudière électrisées semblablement, soit en vertu du mouvement qui leur est imprimé lorsqu’elles sont en suspension dans un liquide mauvais conducteur traversé par un courant.
- (D.)
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- SUR l’emploi DES EAUX d’ÉGOUT DE LONDRES.
- (.Extrait d'un rapport adressé à S. Exe. M. le Ministre de Vagriculture, du commerce et des travaux publics, par M. Ch. de Freycinet, ingénieur des mines.)
- L’utilisation des eaux d’égout est, comme on sait, une question d’un haut intérêt, tant au point de vue de l’agriculture qu’à celui de l’assainissement des grands centres de population.
- Il y a quelque temps, M. Mille, ingénieur en chef des ponts et chaussées, rendait compte à M. le Préfet de la Seine des travaux entrepris, en Angleterre, dans cette voie. De son côté, M. de Freycinet, ingénieur des mines, chargé d’une semblable mission par S. Exc. M. le Ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics, a rédigé sur le même sujet un long et intéressant rapport, récemment publié par les Annales des mines. Comme nous l’avons fait pour celui de M. Mille (1), nous allons donner un extrait du travail de M. de Freycinet.
- Le rapport de M. de Freycinet est divisé en deux parties : la première, dans laquelle il indique la manière dont les eaux d’égout de la ville de Londres sont recueillies et amenées en des points éloignés de la Métropole ; la seconde, dans laquelle il explique comment ces eaux sont détournées avant de tomber dans la Tamise et dirigées de façon à pouvoir être répandues sur les terres cultivées ou sur des sables enlevés à la mer : enfin il termine par quelques considérations concernant les applications que l’exemple de Londres permet d’espérer pour la généralité des villes.
- (1) Voir Bulletin de 1866, 2e série, t. XIII, p. 541.
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- I. -- DRAINAGE.
- Le drainage dont il s’agit ici, dit l’auteur, est celui que les Anglais nomment Main drainage ou drainage principal, pour le distinguer du drainage ordinaire ou drainage-partiel, lequel a spécialement en vue le service direct des maisons et des rues ; le main drainage, au contraire, a pour objet la ville prise dans son ensemble. Il consiste en un petit nombre de grandes lignes destinées à intercepter les eaux de tous les évacuateurs et à les réunir dans de vastes canaux couverts, qui les transportent loin de la ville.
- L’exécution du main drainage à Londres est une opération toute récente, qui touche à peine à son terme. Elle a été déterminée par l’impérieuse nécessité de préserver la Tamise des déjections qui la souillaient, au sein même de la Métropole, et de mettre celle-ci à l’abri des funestes effets de leur décomposition. Elle a eu pour triple résultat d’améliorer la qualité des eaux alimentaires provenant de la Tamise, d’assécher le sol de la ville et de purifier l’atmosphère. Mais, pour mieux faire saisir la destination et l’opportunité de cette grande mesure, il est nécessaire de dire quelques mots de l’état antérieur des choses.
- M. Bazalgette, ingénieur en chef des travaux, a indiqué, dans une publication récente, les phases historiques qu’avait subies la question de l’assainissement de Londres jusqu’en 1856, époque où, pour la première fois, on s’est mis en devoir de réaliser pratiquement le main drainage. Yoici ce qu’il dit à cet égard : « L’existence des égouts de Londres, comme ceux de plusieurs cités , remonte à une époque très-ancienne; mais leur destination a considérablement varié depuis l’origine. Jusque vers 1847, il était interdit, sous des peines sévères, de décharger les eaux sales et autres matières infectantes dans les égouts. Les fosses d’aisances étaient regardées comme les vrais réceptacles des ordures domestiques, et les égouts comme les évacuateurs des seules eaux de là surface. Plus tard , la mise en communication des maisons avec les égouts fut autorisée et, en 1847, intervint le premier acte législatif qui la rendit obligatoire.
- « Plusieurs des principaux égouts qui recueillaient de nombreuses sources souterraines servaient autrefois à fournir d’eau certains quartiers. Ils étaient pourvus de nombreux barrages sur le parcours, et les retenues d’eau ainsi formées contribuaient à l’agrément de la partie suburbaine de Londres. L’égout de Ranelagh, entre autres, fut affecté, en 1730, à l’alimentation de la rivière de Hyde-Park. Plus tard, cependant, le lac se trouva tellement corrompu, que l’égout fut alors détourné au moyen d’un autre canal construit à travers le parc.
- « La population de Londres augmentant beaucoup, le sol fut, en quelque sorte, bientôt criblé de fosses d’aisances, et, comme les aménagements intérieurs de la maison allaient se perfectionnant, il fallut établir des conduits de décharge allant des fosses aux égouts. Ceux-ci furent, par suite, infectés, et l’on dut, dès lors, substituer des conduits fermés aux canaux découverts pratiqués jusque-là.
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- « Avant 1847, les égouts étaient sous la juridiction de huit commissions distinctes, savoir : celles de la Cité, Westminster, Holborn et Finsbury, Tower Hamlets, Poplar et Blackwall, Surrey et Kent, Greenwich et Sainte-Catherine. C’étaient autant de corps indépendants ; chacun d’eux nommait ses agents et dirigeait à sa guise ses travaux de drainage, la plupart du temps sans se préoccuper des effets qui en pouvaient résulter sur les districts voisins à travers lesquels les eaux avaient à passer. Les travaux n’étaient point établis d’après un plan uniforme ; mais les dimensions, la forme ainsi que le niveau des égouts, aux limites des divers districts, étaient souvent très-variables. Ainsi, des égouts plus vastes se déchargeaient dans des égouts plus étroits ; d’autres, à parois planes avec couronne et radier circulaires, étaient reliés avec des galeries ovoïdes ; ou encore des égouts à section ovoïde, ayant la pointe en haut, étaient reliés avec d’autres de même forme, mais ayant la pointe en bas.
- « Le premier essai de centralisation date de 1847. Les huit commissions distinctes furent remplacées par une commission unique, appelée Commission métropolitaine des égouts, dont les membres étaient nommés par le gouvernement. Cette commission entretint, à l’égard des égouts, des vues opposées à celles qui avaient prévalu jusqu’alors, et employa toute son énergie à substituer des tuyaux d’un très-petit diamètre aux vastes galeries en briques précédemment en vogue, à abolir les fosses d’aisances, à évacuer tous les résidus de la maison au moyen de conduits débouchant directement à l’égout public, et à rendre obligatoire l’adoption de ce nouveau système de drainage; si bien que dans la seule période de six ans trente mille fosses furent supprimées et les ordures des maisons et des rues rejetées dans la Tamise.
- « Malheureusement les travaux d’ensemble furent entravés par les nombreux changements survenus au sein de la commission. Dans les neuf années qui suivirent sa création, elle fut renouvelée six fois ; c’est-à-dire que des hommes nouveaux eurent, à six reprises différentes, à continuer la tâche de leurs devanciers. Ces corps éphémères furent, on le comprend, impuissants à mûrir convenablement et à mener à bonne fin aucune entreprise de grande importance. »
- Ainsi donc, en 1856, la ville était déjà à peu près pourvue d’égouts sous les rues et sous les maisons; le principe de l’évacuation souterraine des résidus domestiques et de la suppression des fosses d’aisances était universellement admis et assez généralement appliqué ; en même temps les maisons s’enrichissaient d’une abondante distribution d’eaux publiques. La première moitié du problème indiqué par le General Board of Health (Conseil général de salubrité) était donc résolue ou sur le point de l’être; mais tout était encore à faire pour la seconde (1).
- (1) Le General Board of Health avait, en effet, proclamé, en outre, la nécessité de préserver les villes des funestes effets de la décomposition de leurs résidus, en emportant ceux-ci au loin par une circulation active et continue, et les faisant tourner au profit de l’agriculture.
- Tome XV. — 67e année. 2 e série. — Mars 1868.
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- Ici M. de Freycinet raconte tous les inconvénients et les dangers résultant de l’envoi, à la Tamise, du contenu de tous les égouts, et il emprunte à M. Bazalgette les détails suivants :
- « En 1849, les ravages du choléra et la chaleur d’un été exceptionnel se réunirent pour faire plus vivement sentir les dangers de la situation. La Tamise était, en ce moment, saturée des résidus d’égout, et, comme diverses compagnies d’eau s’alimentaient au fleuve près de Londres ou dans Londres même, la presse publique commença à agiter la question pour amener un remède à des dangers croissants. La Commission métropolitaine mit au concours l’étude de la purification du fleuve ; elle ne reçut pas moins de cent soixante projets différents, qui furent livrés à l’examen d’un comité de trois membres composé de MM. Robert Stephenson , Rendel et William Cubitt. Après de longues et minutieuses recherches, le comité aboutit à cette conclusion décourageante, que le meilleur de tous les projets, ^celui de M. Mac Clean, n’était pas lui-même complètement exécutable. La question subit ensuite des phases diverses sous les commissions métropolitaines qui se succédèrent jusqu’en 1854, époque où M. Bazalgette, devenu ingénieur en chef de la commission, fut chargé, de concert avec M. Haywood, l’ingénieur actuel delà Cité de Londres, de préparer un projet définitif pour la réalisation du main drainage de la Métropole. Le projet ainsi dressé obtint la haute approbation de MM. Robert Stephenson et William Cubitt. Toutefois les changements incessants de la commission, renouvelée pour la sixième fois en 1855, ne permirent pas que rien de sérieux fût tenté jusqu’en 1856, date de l’avénement du Conseil métropolitain des travaux.
- « Cependant, tandis que le temps s’écoulait en études et en débats stériles, la ville souffrait gravement d’une situation qui allait empirant chaque jour. Déjà, à deux reprises, en 1832 et 1849, le choléra avait sévi à Londres, et à sa seconde invasion il avait fait plus de 18,000 victimes. La troisième épidémie, celle de 1854, fut plus meurtrière encore. Quoiqu’il soit difficile d’expliquer la filiation mystérieuse qui peut exister entre une semblable épidémie et l’état défectueux du drainage, il n’en fut pas moins établi, par les faits observés alors, qu’une semblable relation existe positivement. L’inspection des maisons de Londres frappées dans les diverses épidémies le montre clairement. On constate, en effet, ce fait capital que les maisons qui avaient été le plus ravagées par le fléau dans ses premières apparitions ont été, au contraire, préservées dans l’apparition suivante, époque où les conditions du drainage se trouvaient profondément améliorées dans ces quartiers. Cette vérité ne contribua pas peu à hâter un dénoûment appelé des vœux de tous, et le Conseil métropolitain fut enfin créé par l’Acte de 1856.
- « Ce fut un changement radical de système, non-seulement au point de vue des résultats techniques, mais au point de vue de l’esprit même des institutions. Le self-government local fut substitué à l’antique intervention de l’État. Depuis des siècles, en effet, les commissions des égouts étaient nommées par l’autorité centrale ; elles étaient irresponsables vis-à-vis des contribuables, pour le compte desquels cependant elles opé-
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- raient. En vertu du nouvel Acte, Londres est divisé en trente-neuf districts. La Cité et les paroisses les plus importantes, telles queMarylebone et Lambeth, forment chacune un district ; les autres districts sont composés des paroisses moins importantes, groupées ainsi qu’il convient. Les contribuables de chaque district ou paroisse, selon le cas, élisent parmi eux un certain nombre de représentants pour constituer un conseil de district, lequel a qualité pour tout ce qui concerne le drainage, le pavage, l’éclairage et autres objets semblables. Ces conseils locaux choisissent eux-mêmes dans leur sein un ou plusieurs délégués, qui constituent, par leur réunion, le Conseil métropolitain des travaux. Celui-ci compte actuellement quarante-cinq membres, ayant à leur tête un président électif. Le Conseil métropolitain a sous sa juridiction tout ce qui touche au main drainage, à l’endiguement de la Tamise, aux nouvelles voies et, en général, à toutes les améliorations intéressant la Métropole; en même temps, il trace des règlements dans lesquels les conseils de districts sont tenus de se renfermer pour leur propre gestion. »
- La nouvelle institution, continue M. de Freycinet, est armée, on le voit, d’une grande force ; elle l’a puisée, à la fois, dans son origine essentiellement populaire et dans sa complète indépendance de l’autorité centrale. Elle peut réaliser de grandes choses, n’ayant point à redouter l’opposition des habitants de qui elle émane, et n’étant point arrêtée par les barrières artificielles qui s’élevaient autrefois entre les diverses parties de la ville. C’est quelque chose d’analogue à nos conseils municipaux, mais avec des attributions plus larges en ce qui concerne les travaux publics et plus d’autorité réelle pour les faire exécuter. On peut regretter seulement la division de pouvoir qui existe encore, au-dessous du Conseil mérropolitain, entre les conseils de districts et la situation exceptionnelle conservée par la Cité, au sein de la Métropole, qui l’entoure en quelque sorte sans la pénétrer. Il y a là un complément de réforme dont l’opinion publique commence à se préoccuper.
- De l’année 1856 date donc la création du Conseil actuel des travaux de la ville, le Metropolitan Board of Works. Aussitôt que le personnel fut composé, M. Bazalgette, comme ingénieur en chef, fut chargé de préparer d’urgence le plan définitif du main drainage. Ce plan, fruit des méditations de plusieurs hommes éminents, MM. Robert Stephenson, William Cubitt, Franck Forster, Haywood, etc., qui, à diverses époques, avaient porté leur attention sur ce sujet, donna pourtant lieu à une polémique longue et passionnée. Pendant deux ans, le Premier Commissaire des travaux de Sa Majesté, sous la haute juridiction duquel le drainage de Londres était alors placé, usa de son droit de veto pour suspendre l’exécution du projet du Conseil et pour y substituer un contre-projet, rédigé d’ailleurs par des hommes distingués, mais auquel le Conseil, dans le sentiment de sa responsabilité, ne crut pas pouvoir se rallier. Enfin, en 1858, la situation de la Tamise étant devenue tout à fait alarmante, le nouveau Premier Commissaire, lord John Manners, prit la louable initiative de faire rapporter l’Acte qui enchaînait la liberté du Conseil métropolitain. En même temps, ce dernier fut autorisé à contrac-
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- ter un emprunt à concurrence de 75 millions de francs , chiffre porté plus tard à 105 millions. C’est de ce jour que date véritablement la révolution sanitaire accomplie dans la capitale du Royaume-Uni ; et, depuis ce moment, on peut dire que pas une heure n’a été perdue pour la mener à bonne fin. En effet, dès le 11 août de la même année, le Conseil arrêtait définitivement les bases de son œuvre future, et, moins de cinq mois après, en janvier 1859, les travaux étaient commencés.
- En voici les traits essentiels et les conditions fondamentales :
- Intercepter la totalité des eaux d’égout, ainsi que la majeure partie des eaux météoriques du bassin de Londres ;
- Substituer l’écoulement continu à l’écoulement intermittent et, par suite , supprimer toute occasion de dépôts dans les égouts ;
- Choisir un point de décharge tel que, en aucun cas, les matières livrées au fleuve ne puissent être ramenées par le reflux à proximité de la ville ;
- Et, pour la réalisation de cette œuvre, n’employer, s’il était possible, que les forces naturelles ou, tout au moins, ne recourir aux moteurs mécaniques que dans les cas d’absolue nécessité.
- Tel est le programme qu’on s’est imposé de remplir.
- Nous ne suivrons pas l’auteur dans la description qu’il donne de tous les travaux ; cette description est déjà connue par le mémoire de M. Mille cité plus haut. Disons seulement que l’œuvre touche aujourd’hui à son terme et que, grâce à elle, la capitale du Royaume-Uni est mise pour toujours à l’abri des maux sans nombre qu’enfantait le voisinage des matières corrompues. Cette colossale entreprise, qui comprend 132 kilomètres de grands canaux couverts, quatre établissements de pompes à vapeur, 2,380 chevaux de force , deux immenses réservoirs, aura coûté huit ans de travaux, précédés de dix ans de luttes et d’efforts, et 105 millions de francs; c’est à peu près 800,000 francs par kilomètre de canal, tout compris. Mais quelque grand qu’ait été le sacrifice, on le trouvera encore léger si on le met en balance des immenses avantages qu’en retire, pour son bien-être, une population de près de h millions d’âmes. L’atmosphère de Londres s’est purifiée et éclaircie; le sol est devenu plus sec; le fleuve a repris de sa limpidité, et déjà les statistiques constatent que, dans les quartiers bas surtout, la mortalité diminue. Aussi les habitants acquittent-ils avec joie la taxe annuelle de 3 deniers par livre (1 fr. 20 par 100 fr.) de matière imposable, qui est destinée à servir les intérêts de la dette et à l’éteindre au bout de quarante ans.
- II. — Emploi des eaux d’égout.
- La solution qui vient d’être indiquée n’était pas complète, en ce sens qu’on n’avait tenu compte, jusque-là, que d’un côté de la question : la salubrité publique. Mais il existait un autre point de vue non moins important, celui de l’intérêt agricole. Devait-on perdre, sans retour, les matières fertilisantes contenues dans les eaux d’égout ?
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- Devait-on gaspiller ainsi une richesse considérable ? Devait-on, ce qui est plus grave encore que le sacrifice de plusieurs millions, enlever graduellement au sol les éléments nécessaires à la production, éléments dont la valeur s’accroîtrait sans limites, si la terre continuait, de plus en plus, à s’appauvrir? Telles sont les questions qu’on s’est posées, en Angleterre, non-seulement pour la ville de Londres, mais d’une manière générale pour tout centre de population. A ces questions, l’opinion publique a répondu d’une voix unanime : « Non, les matières fertilisantes ne doivent pas être perdues pour la pro-« duction. Non, elles ne doivent pas être abandonnées à la mer ; mais elles doivent « faire retour au sol d’où elles émanent, et contribuer ainsi à la prospérité générale. »
- Quant à la valeur même des eaux d’égout, estimées commercialement, les appréciations ont beaucoup varié. Les plus modérés la fixent à 5 centimes le mètre cube, rendu aux lieux d’arrosage, tandis que certains ne craignent pas d’aller jusqu’à 30 centimes. Pour une ville comme Londres, qui évacue 400,000 mètres cubes de liquide par jour, ces chiffres correspondent respectivement à 7 millions et 45 millions de francs (1). La raison d’aussi grandes divergences tient à ce qu’on ne se place pas au même point de vue quand on fait cette évaluation. Les uns supposent, en effet, que l’eau d’égout est employée à la convenance du cultivateur, c’est-à-dire au moment et dans la proportion qu’il lui plaît ; les autres, au contraire, qu’elle est répandue sur les terres en proportion quelconque et en toute saison, de manière à satisfaire, avant tout, aux exigences de la salubrité. Or, s’il est une vérité qui ait été mise hors de doute par toutes les enquêtes qui se sont succédé sur la question, c’est que, précisément, la valeur commerciale de l’eau d’égout varie beaucoup, on peut presque dire du tout au tout, selon qu’elle est employée de la première façon ou de la seconde. Cette valeur, presque nulle dans un cas, peut s’élever à 20 centimes et au delà dans l’autre cas (2).Mais,si les évaluations ont différé, tout le monde, il faut le répéter, a été d’accord pour reconnaître qu’il y avait là une richesse réelle, et qu’il était d’une impérieuse nécessité de l’utiliser. Telle a été l’origine de la seconde solution dont il va être question.
- Il est peu de sujets qui, dans ces dernières années, aient autant remué l’opinion publique que celui dont nous nous occupons, et qui aient provoqué plus de travaux.
- (1) Le baron Liebig, raisonnant sur une population de 2 millions d’adultes, trouve que la valeur des eaux d’égout de Londres serait un peu supérieure à 50 millions de francs. Le docteur A. Yœlcker fixe cette valeur à 30 millions, chiffre également accepté par M. R. Rawlinson, inspecteur général des travaux publics. Le professeur Way, un des chimistes agricoles les plus écoutés, qui donne une des évaluations les plus basses, admet pourtant une valeur de 1 denier à 1 denier 1/2 (0 fr. 10 à 0 fr. 15) la tonne, qui correspond à 20 millions.
- (2) Pour M. Lawes, le plus grand fabricant d’engrais artificiel du monde entier, prendre l’eau d’égout quand et comme on veut, ou la recevoir tout le long de l’année et comme elle vient, c’est une différence de plus du simple au quadruple. Divers agriculteurs entendus dans les enquêtes de 1864 et 1865 ne sont pas moins explicites.
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- Le Parlement l’a pris en mains ; il l’a soumis à une enquête qui a duré de 1862 à 1865, en même temps que des expériences pratiques se poursuivaient à Rugby, sous l’œil d’une commission (1) composée des hommes les plus compétents. De ce vaste ensemble de recherches sont sortis de précieux enseignements. Voici, textuellement, les conclusions générales qui ont inspiré le projet d’irrigations actuel :
- « Il ne peut y avoir de doute sur les dommages qui résultent de la pratique généra-« lement suivie de décharger les liquides d’égout et autres résidus aux rivières où les « populations viennent s’alimenter. Ces liquides sont, en outre, une cause de moit « pour le poisson, et diminuent ainsi, considérablement, les moyens de subsistance « des habitants.
- « Il a été décidé que l’envoi de ces liquides aux cours d’eau constitue une atteinte « au droit commun.
- « Il est d’absolue nécessité qu’une telle pratique cesse.
- « On n’a découvert aucun moyen artificiel efficace pour rendre potable ou pour « approprier aux usages culinaires l’eau qui a été une fois souillée par les liquides « d’égout.
- « Les procédés connus, mécaniques ou chimiques, ne peuvent produire qu’une « désinfection partielle ; une telle eau est toujours susceptible d’être de nouveau en « putréfaction. L’eau qui, à l’œil, paraît la mieux purifiée par filtration ou autrement, « peut, sous certaines conditions, engendrer des épidémies graves au sein des popu-« lations qui en font usage. Au contraire, le sol et les racines des plantes à végétation « active ont un grand pouvoir pour débarrasser rapidement les eaux d’égout des impu-« retés qu’elles contiennent, et pour les rendre, désormais, tout à fait inoffensives. La « seule alternative qui reste donc est de répandre les liquides d’égout sur les terres.
- « Il est non-seulement possible de les utiliser, en les amenant dans la campagne par « un système de tuyaux et de conduites, mais même une telle entreprise peut devenir « une source de bénéfices pour les villes qui disposent ainsi de leurs résidus.
- « Ce bénéfice peut, en quelques années, augmenter considérablement; car, déjà « aujourd’hui, la quantité d’engrais artificiel est insuffisante, et les sources des plus « importants seront bientôt épuisées. Il faut donc recourir à des moyens nouveaux pour « fertiliser les terres.
- « Le drainage de la Métropole réclame, comme complément, dans le plus bref délai « possible, l’adoption d’un système qui puisse convertir un élément nuisible en une « source permanente de fertilité. »
- (i) Cette commission, dont les travaux ont commencé en 1861, était, en mars 1866, ainsi composée : Lord Essex, M. Robert Rawlinson, le professeur Thomas Way, M. J. B. Lawes, le docteur John Simon. Ontrouvera, dans le Bulletin, des détails sur les irrigations de Rugby, déjà commencées dix ans auparavant. (Voir 2e série, t. II, 1855, p. 97.)
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- Ainsi, la solution à intervenir était marquée d’avance dans son trait essentiel ; elle devait consister dans l’emploi des eaux d’égout, à l’état naturel, pour l’arrosage des terres cultivées (1).
- (lj L’emploi des eaux d’égout, à l’état naturel, est un des points les plus fermement établis en Angleterre. L’intérêt de la salubrité publique et l’intérêt agricole se sont montrés d’accord pour proscrire absolument tout mode de préparation préalable des liquides. La séparation des matières fertilisantes, obtenue par voie mécanique ou chimique, constitue à la fois, suivant nos voisins, une ma • nière moins économique d’utiliser les eaux, et un procédé moins efficace d’assainissement. Déjà, avant l’enquête dont il est plus spécialement question ici, les docteurs Frankland et Hofmann, appelés, en 1859, à formuler leur avis sur le traitement chimique des eaux d’égout, avis basé sur les plus larges expériences faites pour le compte de la ville de Londres, avaient déclaré que les opérations de cette espèce doivent être conduites aussi loin que possible des districts populeux ; « car, disaient-ils, les matières une fois séparées des eaux, même désinfectées, passent rapidement, k dans les temps chauds, à un état de putréfaction active... La tendance putrescible des matières « séparées rend leur rapide enlèvement de la plus haute importance, surtout pendant l’été. Le tract vail de la fermentation, une fois commencé, ne peut plus être arrêté que par des masses de c désinfectants pratiquement impossibles. » (Rapport au Metropolitan Board of Works.)
- Devant le comité d’enquête de 1862, on sewage oftowns (sur le produit des égouts des villes), le docteur Hofmann a été plus affirmatif encore. <c Il résulte, dit-il, de nos expériences, que tous les « plans conçus pour utiliser les eaux d’égout, excepté celui qui consiste aies employer en irriga-« tions, portent en eux-mêmes la preuve de leur impraticabilité. »
- « Les méthodes de précipitation des* eaux d’égout, dit le professeur Way, n’ont jamais donné « des résultats qui payent la somme dépensée... C’est une erreur d’opérer la séparation des eaux « d’égout en deux parties. » (Même enquête.)
- « Mon opinion, dit le docteur Frankland, est que la seule méthode pour employer les eaux <c d’égout considérées comme engrais, c’est de les appliquer directement sur les terres avec ou « sans désinfection préalable, mais, s’il est possible, sans désinfection. » (Même enquête.)
- Selon M. Lawes, « l’emploi de l’eau d’égout, à l’état naturel, est la meilleure manière de l'apte pliquer aux terres. » (Enquête de 1865.)
- ce L’engrais des villes, dit le docteur Odling, doit être appliqué aux terres en l’état où il existe « dans les égouts. » (Même enquête.)
- « Pour convertir les éléments fertilisants des eaux d’égout en matière solide, dit le baron Lie-« big, il faut une dépense supérieure à la valeur qu’on en retirerait pour la production. L’appli-« cation de l’eau d’égout sur les terres offre véritablement le seul moyen d’utiliser les matières « fertilisantes qu’elle contient. » (Lettre au Lord-maire de Londres, 1865.)
- Les faits, du moins en Angleterre, ont confirmé ces appréciations, car, partout où l’on a cherché à séparer les matières fertilisantes contenues dans les eaux d’égout, on a reconnu que le résultat obtenu était déplorable au point de vue commercial, en même temps qu’on avait créé aux portes des villes un foyer permanent d’infection. Sur les rares points où de semblables procédés sont encore en vigueur, on en donne pour raisons une installation toute faite et la difficulté qu’offrirait le terrain à la création économique d’irrigations agricoles. Mais l’opinion n’en est pas moins fixée définitivement à cet égard, et aujourd’hui, dans le Royaume-Uni, on n’admettrait pas plus la discussion sur" ce point que sur la question de savoir s’il y a lieu de revenir aux anciennes fosses d’aisances.
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- Le principe de l’irrigation admis, un grand nombre de projets ont été mis en avant en vue de le réaliser. Le Conseil métropolitain, naturellement saisi de la question, en confia l’examen à un comité de vingt et un membres, présidé par M. J. Thwaites, avec mission d’étudier, sur les lieux, les principales applications d’eaux d’égout actuellement en cours en Angleterre. Le comité visita Rugby, Croydon, Carlisle, Édimbourg (1), et fournit un rapport très-intéressant (2), à la suite duquel le Conseil se décida en faveur du projet de MM. W. Napier et W. Hope, tendant à l’utilisation des eaux d’égout de la rive nord. Le Parlement, qui avait à prononcer en dernier lieu, nomma, en 1865, un comité d’enquête qui, à la date du 30 mars, déposa un rapport dont la conclusion est celle-ci : « Votre comité est d’avis que le projet qui lui a été soumis constitue un mode « avantageux et profitable d’employer l’eau d’égout de la partie nord de la Métropole, « et il n’a pas de raison de penser qu’aucun autre projet plus avantageux ou plus profi-« table puisse être conçu. » En conséquence de cette haute approbation, un Acte législatif intervint le 19 juin 1865, en vertu duquel la Compagnie du Metropolis sewage and Essex réclamation, exécutrice de l’œuvre de MM. Napier et Hope, fut définitivement constituée. Les travaux, commencés il y a un an, sont aujourd’hui poussés avec une grande activité. Aussi la pensée hardie d’utiliser les déjections de la grande cité, regardée, naguère encore, comme une utopie, est désormais sortie du domaine de la théorie, et sera bientôt passée à l’état de fait accompli. Sur la rive sud la solution est moins avancée, mais elle ne saurait se faire attendre.
- Voici quel est le plan de la compagnie du Metropolis sewage :
- 1° Arroser des terres actuellement en culture ;
- 2° Reprendre, sur la mer, des plages de sable stériles et les fertiliser en y déversant le surplus des eaux.
- Cette dualité d’opérations a une extrême importance. Elle constitue le trait original du plan de MM. Napier et Hope, et elle en établit la supériorité sur ceux de tous leurs rivaux. C’est elle, en effet, qui donne la garantie du bon emploi des eaux en tout temps, et qui, par suite, en assure la valeur, puisque, ainsi qu’on l’a dit, l’eau d’égout n’a sa vraie valeur qu’à la condition fondamentale qu’on en fasse usage selon les convenances de la culture, et non selon les exigences de la salubrité. Or la première objection que fait naître toute entreprise d’irrigation par l’eau d’égout, c’est précisément qu’on est exposé à ne pouvoir respecter les convenances de la culture, à moins de se résigner
- (1) Voir au tome XIII du Bulletin déjà cité, p. 548.
- (2) Les conclusions de ce rapport sont, en résumé : que Y eau d’égout doit être employée de préférence à l’arrosage des prairies permanentes, et qu’avec cette nature de culture la dose à l’hectare peut être poussée jusqu’à 12 ou 15,000 mètres cubes, si le terrain offre des facilités suffisantes à l’absorption et à l’écoulement des liquidés. Mais, en même temps, on ne doit pas s’attendre à ce que les cultivateurs consentent à payer cette eau à un prix élevé, s’ils sont obligés d’en faire usage toute l’année, c’est-à-dire sans égard pour les convenances de leurs récoltes.
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- d’avance à perdre une grande partie de l’eau disponible ; car, à certaines époques de l’année, l’état de la végétation ou les circonstances atmosphériques ne permettent pas aux agriculteurs de recevoir l’engrais liquide, sans parler même de la répugnance que plusieurs d’entre eux peuvent éprouver à se servir d’une eau dont ils n’apprécient pas encore tous les bons effets. Mais, d’un autre côté, le flot de la ville ne souffre point d’arrêt ; c’est une source toujours ouverte, d’autant plus abondante même que la saison est plus humide, et que, par suite, les terres sont moins aptes à l’absorber. On paraît donc placé dans l’alternative, ou de perdre à la mer une partie des liquides fertilisants, ou d’imposer aux agriculteurs l’obligation de les employer à toute époque et en quantité indéterminée : deux solutions également défectueuses, la première parce qu’elle est incomplète, la seconde parce qu’elle compromet gravement la valeur commerciale de l’engrais. En outre, circonstance qui, ici, compliquait encore le problème, on n’aurait pas vu d’un bon œil, en Angleterre, une société qui n’aurait pas admis le public à user de l’eau d’égout. Il fallait donc trouver une combinaison qui, tout en laissant aux agriculteurs la faculté de profiter, à leur convenance, du nouvel engrais, permît, cependant, de se passer, au besoin, de leur concours, de telle façon que, quelle que fût leur participation, le bon emploi de l’eau fût toujours assuré.
- Telle est la pensée fondamentale du projet de MM. Hope et Napier ; telles sont les conditions complexes auxquelles ils ont pleinement satisfait, au moyen de la dualité d’opérations dont il vient d’être parlé.
- L’ensemble des travaux peut être divisé en deux groupes distincts, qui correspondent précisément à ces deux ordres d’opérations, savoir : 1° les canaux d’amenée des eaux, avec leurs accessoires, ayantpour objet l’arrosage des terres cultivées ; 2°les travaux d’en-diguement, de dessèchement et autres, ayant pour objet la conquête et la fertilisation des sables destinés à recevoir le surplus des eaux. Nous ne pouvons, dans un article déjà bien long, suivre l’auteur dans la description qu’il donne de ces deux groupes, et reproduire les détails, dans lesquels il entre, sur l’arrosage des terres cultivées, ainsi que sur la mise en culture des sables littoraux ; nous renvoyons donc le lecteur au rapport original (1) ou au mémoire de M. Mille, déjà cité, et nous allons passer aux dépenses strictes de l’entreprise, telles qu’elles sont examinées par M. de Freycinet.
- Dépenses et recettes.
- Le projet actuellement en cours se solde par une somme ronde de 60 millions de francs, répartie comme suit :
- %%
- (lj Annales des mines, 1867, 6* série, t. XI, p. 100.
- Tome XV. — 67e année. 2e série. — Mars 1868.
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- Ouvrages d’art de tous genres (aqueduc, endiguement, pompes, travaux préparatoires), suivant un forfait passé entre M. William Webster, grand entrepreneur de travaux publics. 46 336 200 fr.
- Sommes payées, sous forme d’actions libérées, à MM. Napier et Hope, fondateurs, comme reconnaissance d’apports et remboursement de frais d’études préli-
- minaires et autres................................................. ............. 1250 000
- Intérêt à 5 pour 100 des capitaux engagés pendant la période de construction, achat des terrains, frais d’études, dépenses d’actes et d’administration, etc. . . . 12 413 800
- Total......... 60000 000 fr.
- Cette somme est fournie au moyen d’un capital-actions, entièrement souscrit aujourd’hui, de 52 500 000 francs, et au moyen de 7 500 000 francs d’obligations à émettre. En regard de cette mise de fonds, voici quels sont les bénéfices que l’on compte réaliser.
- La Compagnie, dans son prospectus, porte à 18 millions de francs (7200 000 livres sterling) le chiffre de la recette brute annuelle. Elle n’en donne pas les motifs d’une manière très-nette, mais il est visible que ce chiffre répond, dans sa pensée, à l’hypothèse d’une valeur de 0f,15, attribuée au mètre cube d’eau d’égout. Mais une telle estimation est évidemment fautive, car elle implique que la totalité de l’eau disponible est vendue au public ou, du moins, qu’on peut attribuer à cette eau la même valeur que si elle lui était vendue réellement. Or la quantité vendue au public sera bien inférieure au total disponible, au moins pendant les premières années de l’exploitation. La compagnie elle-même a prévu ce cas, et elle a formulé, dans les enquêtes, l’hypothèse où elle n’en placerait que la moitié ou même le tiers ; et, quant aux eaux utilisées sur son propre domaine, elles seront loin d’avoir la même valeur commerciale que celles qui seront achetées par les cultivateurs. Le prix de 0f,15 le mètre cube, attribué à la totalité, est donc inadmissible, quoiqu’il n’ait rien d’exagéré pour la portion vendue.
- La manière dont l’eau se répartira étant nécessairement inconnue, on en est réduit aux conjectures pour apprécier la recette. Admettons une vente d’un tiers, soit, sur 120 millions, une vente de 40 millions de mètres cubes ; à raison de 0f,15, on aurait, de ce chef, une recette brute de 6 millions de francs. Quant à l’excédant, il n’a pas de valeur commerciale proprement dite, puisqu’il devra être consommé par la compagnie elle-même. Mais on peut trouver, indirectement, quelque base d’évaluations. En effet, la compagnie, par l’organe de M. Hope, a émis la prétention de louer les sables arrosés de Maplin, à raison de 1 560 francs l’hectare (25 livres sterling par acre). Ce chiffre, quelque élevé qu’il soit, cessera cependant de paraître invraisemblable, quand on songe que, à Édimbourg, certaines portions des Craigentinny meadows (prairies de Crai-gentinny) se louent sur le pied de 2 500 fr. l’hectare. Réduisant, toutefois, à 1000 fr. l’estimation de la compagnie, et admettant, en outre, que la superficie utile de Maplin sera de 2 500 hectares seulement, on aurait, de ce deuxième chef, une recette annuelle de 2 500 000 francs. La recette brute totale serait donc de 8 500 000 francs.
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- Quant aux dépenses d’exploitation, comprenant l’élévation des eaux, l’entretien des divers ouvrages,la surveillance,l’administration centrale, etc.,la compagnie les évalue, dans son prospectus, à 1 250 000 francs par an ; mettons 1 500 000 francs. Il resterait ainsi un bénéfice net de 7 millions, ce qui, en dehors du mode de répartition adopté, correspondrait à un peu plus de 11 pour 100 du capital engagé. Si ce résultat peut paraître exagéré pour les premières années de l’exploitation, on est en droit, au contraire, de le regarder comme trop faible pour les années suivantes ; car, si la vente de l’eau vient à se développer, comme on doit l’espérer, la recette s’élèvera progressivement. Il faut considérer, en effet, que chaque mètre cube, livré au public, rapporte cinq fois autant que lorsqu’il est consommé par la compagnie ; c’est ce qui ressort du calcul même qui précède, où l’on voit que les 80 millions de mètres cubes employés par cette dernière ne lui rapportent que 2 millions 1/2 de francs, soit 0f,03 par mètre cube, au lieu de 0f,15. Si, donc, la compagnie en arrivait à vendre les deux tiers de son eau, même en réduisant, dans ce cas, de moitié le revenu de son propre domaine, en. conséquence de la diminution d’eau qu’il recevrait, le bénéfice net total s’élèverait à près de 12 millions de francs, soit plus de 19 pour 100 du capital engagé.
- Quoi qu’il en soit de ces prévisions, la marge est grande, on le voit, pour l’avenir, et le succès financier paraît assuré, dans tous les cas, à l’opération.
- Objections.
- Le projet qui vient d’être décrit n’a pas triomphé sans luttes ; on y a fait des abjections vives et nombreuses. Parmi celles queM.de Freycinet passe en revue, nous citerons les deux principales : - - - -
- On a dit que les irrigations projetées seraient une source d’infection pour le pays. Mais, d’une part, il est interdit à la compagnie de les pratiquer à moins de 3 200 mètres de la banlieue de Londres, et, d’autre part, la contrée traversée par l’aqueduc ne renferme aucune agglomération importante. Quant aux sables littoraux, il n’en faut pas parler ; la seule population qu’on y trouvera sera celle que la compagnie y appellera elle-même par ses travaux. En outre, il est à remarquer que les irrigations bien conduites, c’est-à-dire dans lesquelles l’eau n’est pas en excès, et où les moyens d’écoulement sont assurés, ne donnent pas lieu à de très-fortes odeurs. Or tel sera le cas de la zone traversée par l’aqueduc, puisque tous les terrains s’égouttent à la marée basse, et que la compagnie est tenue, par son cahier des charges, de ne délivrer que la quantité d’eau que le sol peut aisément absorber. L’exemple d’Edimbourg, qu’on a cité, ne prouve rien ; car, dans les Craigentinny meadows, l’infection provient, non des prairies elles-mêmes, mais du canal d’amenée et des rigoles principales, lesquels sont à ciel ouvert, et dont les bords retiennent des matières fermentescibles. Ici, au contraire, l’aqueduc et les canaux de prise sont complètement fermés.
- On a dit, encore, que les sables littoraux, composés presque exclusivement de silice
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- pure, n’étaient susceptibles de rien produire, et que la prétention de la compagnie de les fertiliser était une grande erreur. Cette objection est peut-être celle qui a fait le plus de bruit, car elle s’abrite derrière le grand nom de Liebig, qui l’a formulée dans des documents publics. « C’est en vain, a-t-il dit, qu’on pense à transformer les sables de « Maplin en un sol fertile, produisant une végétation luxuriante; pour en arriver là, il « faudrait plus de 2 millions de tonnes d’argile, afin de former à la surface du sol « l’épaisseur requise d’un pouce. » Mais la compagnie a protesté, de toutes ses forces, qu’elle ne prétendait nullement fertiliser les sables, mais seulement féconder les récoltes qu'ils sont destinés à porter. Enfin, voulant sortir delà discussion théorique, et répondre, par des faits visibles pour tout le monde, elle a pris du sable à Maplin même, et l’a transporté à Barking Creek (1), où elle l’a répandu sur un hectare et demi de terrain, en une couche de 0m,25 à 0“,30 d’épaisseur. Une partie de la surface a été mise en prairie permanente ; l’autre a reçu différents légumineux, tels que pois, carottes, asperges, etc. Ensuite on a répandu l’eau d’égout en abondance. Les résultats obtenus ont été merveilleux ; les carottes, les asperges sont d’une grosseur surprenante ; l’herbe pousse à raison de 0m,10 à 0“,11 par semaine, soit près de 6 mètres par an. On fait plusieurs récoltes et sept coupes de fourrage. Cette végétation, toujours active, sous l’influence des liquides chauds et riches des égouts de Londres, rappelle celle des terres les plus privilégiées sous d’autres climats. A ces faits qu’objecter désormais ? Aussi le public s’est déclaré convaincu, et il l’a prouvé, en effet, en souscrivant avec empressement le capital de la compagnie, dont l’existence légale venait d’être reconnue par l’Acte parlementaire du 19 juin 1865.
- Acte constitutif de la compagnie d'irrigation.
- La compagnie du Metropolis sewage and Essex réclamation, étant la première qui se soit formée pour un tel objet, il est intéressant de consulter les dispositions principales qui ont été adoptées à son égard. Nous reproduisons l’analyse, très-succincte, que l’auteur a faite de l’acte constitutif du 19 juin 1855, ainsi que de la convention passée entre le Conseil métropolitain des travaux et MM. Napier etHope, convention incorporée dans l’Acte précité :
- « La compagnie est constituée au capital primitif de 52 500 000 francs, lequel, par des émissions successives d’actions et d’obligations, peut être porté à 100 millions, dont 75 en actions et 25 en obligations.
- « Il lui est fait concession entière des eaux d’égout de la partie nord de Londres pour un laps de cinquante années, commençant à courir après la quatrième année qui suit la date de l’Acte.
- (1) C’est là, on le sait, qu’est la dérivation des eaux d’égout de la Métropole.
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- « Il lui est fait également concession des sables littoraux de Maplin et de Dengie, situés sur le rivage de la mer du Nord.
- « La compagnie reçoit le droit considérable d’expropriation pour cause d’utilité publique de tous les terrains nécessaires à l’établissement de ses aqueducs et des ouvrages qui en dépendent.
- « Elle a cette autre prérogative, également importante, de pouvoir établir des conduites latérales sous le sol des voies publiques, en vue d’amener les eaux à portée des propriétaires qui ne confinent pas à ses terrains.
- « Elle peut modifier et détourner les cours d’eau qui traversent les plages concédées. Elle peut même, pour mieux assurer l’écoulement général de cette région, pénétrer sur les propriétés voisines, et y effectuer les travaux nécessaires de curage, faucardage et autres.
- « La compagnie est tenue de délivrer l’eau d’égout aux terres situées sur le parcours des aqueducs, mais dans des proportions telles, que ces eaux puissent être facilement absorbées sans occasionner aucun dommage. Les irrigations ne pourront avoir lieu à moins de 3 200 mètres des limites de Londres. Sur les terrains endigués, au contraire, les arrosages s’effectueront, absolument, au gré de la compagnie.
- « La compagnie est tenue d’avoir terminé ses aqueducs dans un délai de dix ans à partir de la date de l’Acte, et ses endiguements dans un délai de quatorze ans à partir de la même date.
- « Les bénéfices nets de l’entreprise, c’est-à-dire déduction faite des frais d’exploitation et de l’intérêt des emprunts, seront partagés, par moitié, entre la compagnie et le Conseil métropolitain. Toutefois, les actionnaires auront la priorité jusqu’à concurrence d’un intérêt de 5 pour 100 l’an, et cet intérêt leur sera acquis en sus de ce qu’ils partageront avec le Conseil, jusqu’à ce que leur revenu atteigne 15 pour 100. Au delà de ce chiffre, le Conseil prélèvera trois quarts des bénéfices excédants, de façon que l’égalité entre les sommes touchées de part et d’autre arrive à se rétablir.
- « Le Conseil se réserve le droit d’inspecter les travaux à toute époque, avant et après leur achèvement. Il a également le droit de vérifier tous les livres de compte de la Compagnie, et d’en prendre des extraits ou des copies sans frais.
- « L’un des Ministres de Sa Majesté aura le droit de prendre toutes mesures nécessaires envers la compagnie, pour prévenir ou supprimer les causes de dommages qui pourraient résulter, soit de l’exécution des travaux, soit du mode d’emploi ou de traitement des eaux d’égout. »
- Si l’on tient compte de l’esprit habituel de la législation anglaise, on reconnaîtra que l’acte du 19 juin 1865 a fait à la Compagnie du Metropolis sewage une situation exceptionnelle, qui témoigne hautement de tout l’intérêt qu’on a attaché, en Angleterre, à cette entreprise. On a voulu, avant tout, faire réussir un projet qu’on considérait, avec raison, comme devant exercer une influence décisive sur les destinées de l’assainissement dans le Royaume-Uni. Cette considération toute-puissante explique
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- seule les exceptions au droit commun qui ont été consenties en faveur de la nouvelle compagnie.
- Résumé et conclusions.
- Voici, in extenso, le résumé de l’auteur, et les conclusions très-nettes et très-claires qu’il a prises en terminant.
- L’assainissement de Londres, dit-il, offre trois périodes.
- Dans la première, on s’occupe exclusivement de la maison et de la rue, sans regarder au delà. On veut les débarrasser de leurs immondices et abolir tout réceptacle d’ordures stagnantes. En conséquence, des canaux sont poussés sous les habitations et dans le sol de la voie publique. Ils reçoivent les eaux ménagères, les matières fécales, les boues, en un mot tous les résidus susceptibles d’être entraînés par les eaux, et ils les transportent, par la voie la plus prompte, à la Tamise. C’est la période du drainage partiel proprement dit. Les faits qui s’y rapportent sont connus, et nous n’avons pas jugé utile de les rappeler.
- Dans la seconde période qui commence pratiquement en 1859, on porte les regards plus loin. On s’aperçoit qu’en assainissant la me et la maison on a corrompu le fleuve. On n’a pas supprimé l’infection, on l’a déplacée. Le foyer général qu’on a créé n’est pas moins dangereux que les foyers partiels qu’on a détruits. La situation, chaque jour plus grave, devient, à un moment, intolérable ; on se décide, enfin, à y porter remède. Le sol de Londres est alors découpé par des lignes magistrales de collecteurs qui rencontrent tous les égouts déjà existants, rassemblent leurs eaux en deux grands courants, l’un sur la rive droite, l’autre sur la rive gauche, et les déversent dans la Tamise, à des points assez éloignés de la Métropole pour que les matières en décomposition ne puissent plus jamais être ramenées sous ses murs. On ne recule devant aucune difficulté d’exécution, ni devant celle d’élever à la vapeur ces immenses volumes d’eaux, ni devant leur accumulation dans de vastes réservoirs souterrains, d’où elles ne sortiront qu’à la marée descendante. On dépense 105 millions de francs à cette œuvre gigantesque, et l’on réalise ainsi le main drainage ou drainage principal de Londres.
- La solution est complète en ce qui concerne la salubrité de la ville, mais le fleuve demeure infecté en aval, et les matières fertilisantes qui s’échappent de la grande cité continuent à se perdre sans retour.
- La troisième période commence à peine. On a mis la main à la pioche aux premiers mois de 1866, mais on pousse les travaux avec une grande activité. Il s’agit ici d’un progrès nouveau, le plus difficile peut-être de tous à réaliser et celui, à coup sûr, qui a longtemps paru le moins réalisable. Il faut transformer une chose nuisible en une chose utile, rendre désormais à la terre ce qui appartient à la terre, et, selon la belle expression du General Board of Health, « fermer pour toujours le grand cercle de la
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- nature (1). » En un mot, il faut employer les liquides d’égout à la production agricole.
- C’est alors que la compagnie du Metropolis sewage and Essex réclamation se forme. Elle met en avant le projet le plus ingénieux, celui même qui s’exécute aujourd’hui; l’eau d’égout sera utilisée désormais, partie par les fermiers qui voudront en user sur leurs terres, partie par la compagnie qui gardera le surplus et le répandra sur des plages stériles enlevées à la mer du Nord. Un aqueduc couvert de 70 kilomètres de long et de 3 mètres de diamètre, déjà commencé, conduira les eaux du réservoir au rivage. Sur le parcours, 40 000 hectares de terrain, dont le nombre pourrait être doublé au besoin, seront desservis par gravitation,c’est-à-dire sans autre peine, de la part du cultivateur, que de tourner un robinet d’eau. A l’extrémité de l’aqueduc la compagnie endiguera, pour le début, 3 000 hectares de sables et, plus tard, s’il y a lieu, quadruplera cette surface.
- Partout, les liquides seront employés à l’état naturel; tous les modes de fabrication d’engrais artificiels ont été définitivement écartés. L’irrigation des prairies permanentes est admise comme la solution la plus avantageuse. La dose de 7 à 8 000 mètres cubes par hectare , quand le terrain le comporte, paraît correspondre au maximun du profit. Mais sur les sables endigués, où la perméabilité est parfaite et où, d’ailleurs, l’eau est à discrétion, on peut aller, sans inconvénient, jusqu’à 20 000 mètres cubes.
- L’eau d’égout sera vendue à un prix voisin de 15 centimes le mètre cube. Dans son propre domaine, la compagnie développera sur une grande échelle l’industrie du lait et de ses accessoires, et, quand la limite de la consommation de Londres sera atteinte, elle se livrera à l’engrais du bétail.
- Pour accomplir son œuvre sur la rive nord, la compagnie demande six ans et 60 millions de francs. Elle dépensera au besoin 100 millions pour lui donner tout son développement. Dès les premières années, le produit, on peut l’espérer, atteindra 10 pour 100 du capital engagé et ne tardera pas, sans doute, à dépasser sensiblement ce chiffre. On entrevoit dans l’avenir la perspective, à coup sûr trop belle, de 30 pour 100; mais celle de 20 pour 100 ne paraît pas invraisemblable.
- Sur la rive sud de la Tamise la solution est moins avancée, mais elle ne saurait bien longtemps se faire attendre.
- Ainsi se trouve résolu, pour la ville la plus peuplée de l’univers, le grand problème de l’assainissement dans ses doubles rapports avec l’hygiène publique et avec la production agricole. Il ne restera plus qu’à souhaiter que ce mémorable exemple porte ses enseignements.
- (1) « Les lois de la nature, lit-on dans un des meilleurs rapports du Board, ne souffrent point « de halte. Le simple éloignement des matières en décomposition n’est qu’un expédient. Le grand « cercle de la vie, de la mort et de la reproduction doit être fermé ; et, tant que les éléments de la « reproduction ne seront pas employés pour le bien, ils travailleront pour le mal. » (Report on the means of deodorising and idüizing the sewage oftowns, 1857.)
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- Concluons :
- La solution adoptée à Londres met en évidence les principes qui doivent présider à l’examen de toute question de ce genre. Ces principes sont les suivants :
- L’eau d’égout doit être employée à l’état naturel, c’est-à-dire telle qu’elle sort des villes sans traitement ni préparation d’aucune sorte.
- Elle convient d’autant mieux aux usages agricoles qu’elle reçoit une plus grande proportion des résidus de la ville et, notamment, les matières fécales.
- Le mode d’emploi le plus avantageux consiste dans l’arrosage des prairies soit naturelles, soit artificielles. Cet arrosage doit se faire à la manière ordinaire, c’est-à-dire au moyen de fossés et de rigoles découvertes et non au jet et à la lance.
- Le sol doit être aussi perméable que possible et offrir toutes facilités à l’écoulement des eaux. Les terrains légers et drainés réalisent, sous ce rapport, les meilleures conditions.
- Avec un sol bien disposé, une végétation active et des eaux qui arrivent promptement sur les terres, les odeurs sont peu incommodes ; toutefois on doit éviter que les irrigations soient conduites dans le voisinage des villes.
- Les liquides qui s’écoulent des terres, après avoir circulé pendant quelques heures à travers les prairies, sont à peu près dépouillés d’éléments putrescibles et peuvent être déchargés, sans inconvénient sensible, dans les cours d’eau.
- Les canaux d’amenée des liquides doivent être couverts. Il suffit d’une inclinaison de 0m,20 par kilomètre pour prévenir la formation des dépôts dans ces canaux.
- Quand l’écoulement des liquides jusqu’au lieu d’irrigation ne peut être assuré par la pente naturelle du terrain, on ne doit pas reculer devant l’emploi des machines à vapeur ; il faut seulement avoir soin de préserver les pompes au moyen de grillages qui arrêtent les objets les plus volumineux. Quant aux frais élévatoires de l’eau d’égout, ils sont tout à fait négligeables devant sa valeur, puisque l’élévation à 150 mètres n’augmente pas le prix d’un dixième.
- La surface nécessaire à l’écoulement des liquides d’une grande ville n’est pas très-considérable; car on peut, à la rigueur, faire passer, suri hectare de prairies dont le sol s’égoutte bien , jusqu’à 20 000 mètres cubes d’eau d’égout par an, ce qui, à raison de 110 litres par habitant et par jour, chiffre supérieur à la moyenne (1), correspond à 1 hectare pour 500 habitants ou à h 000 hectares pour une ville de 2 millions d’âmes. Ce n’est là, il est vrai, qu’une solution au point de vue de la salubrité ; car, au point de vue de la production agricole, il est bien préférable, quand les circonstances le permettent, de réduire considérablement cette dose d’arrosage.
- En résumé, la distance à faire parcourir aux eaux d’égout n’est rien ; la hauteur à leur faire franchir est peu de chose ; tout dépend de la nature du terrain et des facilités
- (1) En ne s’occupant pas des eaux pluviales qu’on laisse perdre directement aux rivières.
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- qu’il offre à l’écoulement. Comme il y a bien peu de villes autour desquelles on ne puisse trouver, dans un rayon plus ou moins étendu, quelque endroit propice à des irrigations de prairies, on est en droit de conclure que, à peu près partout, l’application directe de l’eau d’égout à la culture est non-seulement un moyen efficace d’assainissement, mais peut encore devenir une opération lucrative pour ceux qui savent la pratiquer (1). (Extrait des Annales des mines.) M.
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- SUR LA DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DE l’oR ET DE L’ARGENT AUX ÉTATS-UNIS ET DANS LES CANADAS, PAR M. JULES MARCOU.
- Chargé par la commission centrale de la Société de géographie de compulser une publication officielle (2), faite par le gouvernement fédéral des États-Unis, pour en extraire ce qui pourrait intéresser la géographie, j’y ai trouvé des matériaux qui, joints à d’autres que j’avais réunis auparavant, m’ont permis de représenter sur une carte (voir pl. 380) (3), la distribution géographique des placers, des mines de quartz aurifères et des mines d’argent reconnus jusqu’à présent aux États-Unis et dans les provinces anglaises du nord de l’Amérique.
- Si l’on jette les yeux sur cette carte, sur laquelle j’ai colorié en rouge toutes les régions où l’on a trouvé de l’or, soit à l’état de poudre et de pépites, soit dans des veines ou filons de quartz, on voit qu’il y a trois régions aurifères dans l’Amérique du Nord, savoir : la région des bords de l’Atlantique, la région des montagnes Rocheuses et la région du Pacifique.
- Dans la région des bords de l’Atlantique, les gisements aurifères occupent surtout d’assez grandes surfaces des États de la Caroline du Nord, de la Caroline du Sud et de la Géorgie. C’est là, d’ailleurs, où, pour la première fois, l’or a été découvert aux États-Unis par un pauvre déserteur d’un régiment hessois au service de l’Angleterre, lors de la guerre de l’indépendance. Ce modeste découvreur, nommé John Reid, ne connaissait pas l’or; et la première pépite, du poids de 7 kilogrammes, que lui apportèrent ses
- (1) Quand, bien entendu, l’eau d’égout reçoit les matières fécales de la population ; car c’e^tlà une condition formelle des bénéfices de l’entreprise. Tous les calculs faits en Angleterre ont en vue des liquides ainsi enrichis, et n’autorisent point à conclure que l’opération serait encore profitable, si les égouts étaient privés, comme en France, de communication avec les cabinets d’aisances.
- (2) A report upon the minerai resources of the States and Territories West of the Rocky Mountains, Washington, 1867, in-8°.
- (3) Cette carte est extraite de Y Atlas universel d’histoire et de géographie de N. Bouillet.
- Tome XV. — 67e année. 2e série. — Mars 1868. 23
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- enfants, qui venaient de la ramasser dans le ruisseau, à côté de sa cabine, resta pendant quatre années derrière la porte à titre pierre curieuse, comme l’appelait Reid, et elle servait à fermer la porte, qui n’avait ni serrure, ni même un simple loquet, véritable clef d’or d’une des plus pauvres log-house de squatter qui aient jamais été construites dans les solitudes du Nouveau Monde.
- La localité où a été faite cette première découverte de l’or se nomme le Bull of Goldmines (le taureau des mines d’or), dans le comté de Cabarrus, près de Fayette-ville, dans la Caroline du Nord; et la date de cette découverte est 1799. Cependant ce ne fut qu’en 1825 que l’on frappa, pour la première fois, des pièces, avec de l’or des États-Unis, à l’hôtel des monnaies de Philadelphie. Les découvertes de l’or s’étendirent successivement sur d’assez grandes surfaces de la Caroline du Nord, puis dans la Caroline du Sud; et enfin, en 1829, on le découvrit assez abondamment en Géorgie. Des hôtels des monnaies, pour le frappage exclusif des pièces d’or, furent créés, en 1838, à Dahlonega, dans la Géorgie, et à Charlotte, dans la Caroline du Nord. Enfin l’or fut ensuite découvert dans la Virginie, où il occupe une petite surface dans les environs de Frederickburg, Spottsylvania, Louisa; dans le Maryland, et sur quelques-uns des points des États de Tennessee et de l’Alabama les plus rapprochés de la Géorgie.
- En remontant plus au nord les grandes chaînes des Alleghanys, on commence à retrouver des traces d’or dans les alluvions et les quartz de la partie occidentale du Massachussets, dans le Vermont surtout, où il occupe d’assez grandes surfaces, sans cependant offrir de riches placers ; et enfin on l’a exploité dans ces dernières années avec succès au Canada, sur les bords des rivières Chaudière, Famine et du Loup, à peu de distance de Québec. De plus, des filons de quartz aurifères assez riches ont été trouvés sur la côte même de l’océan Atlantique, non loin de la ville d’Halifax dans la Nouvelle-Écosse, et près des lacs du Bras-d’Or, dans l’île du Cap-Breton.
- Dans toute cette région, les gisements ne sont nulle part d’une grande richesse, et généralement après une exploitation assez dispendieuse et peu productive, on les abandonne. L’or y date de l’époque taconique, c’est-à-dire qu’il y a fait son apparition dès les temps les plus reculés de l’histoire du globe. Le plus grand géologue de l’Amérique, feu le docteur Emmons, a trouvé du sable d’or et des fragments de quartz aurifère dans des couches de grès de la Caroline du Nord qui remontent à l’époque du dyas ou pénéen.
- La région des montagnes Rocheuses possède plusieurs districts aurifères qui sont disséminés depuis les frontières de la république mexicaine jusqu’au territoire de la baie d’Hudson. Dans le Nouveau-Mexique, on a trouvé des placers, peu étendus il est vrai, dans trois localités seulement. D’abord au nord deCopper-Mines, près des sources du rio Gila, dans la sierra Madré; puis au rio Bonito, entre le fort Stanton et les ruines de la Grande-Quivira, à l’est des Rocky-Mountains ; et enfin à côté des villages de Tuerto et de San-Pedro, non loin de Galisteo, à 10 lieues de Santa-Fé, au pied orien-
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- tal de la sierra de Sandia, dont j’ai raconte l’ascension que j’y ai faite en 1853, dans la dernière séance de la Société de géographie (voy .Bulletin de la Société de géographie, mai 1867, p. 462).
- Dans ce dernier gisement, que j’ai visité et étudié en 1853, l’or se trouve avec le cuivre dans des fdons qui traversent les granits de deux montagnes isolées des montagnes Rocheuses proprement dites, et qui portent les noms de Old et New Placeres ou Gold Mountains. Ces montagnes isolées, au pied desquelles on a exploité depuis très-longtemps des placers, n’appartiennent nullement au système de dislocation des montagnes Rocheuses, avec lesquelles elles ne sont pas en alignement; elles sont entourées par les couches horizontales des terrains carbonifères et du nouveau grès rouge (dyas et trias) ; terrains qui sont, au contraire, fortement redressés par le soulèvement de la sierra de Sandia.
- Le nouvel Etat de Colorado doit son existence même à la découverte de placers sur les bords du Cherry-creek et de Vermillion-creek, près de Pike’s peak. La région aurifère de cet Etat, sans être très-considérable, est cependant assez importante, car elle occupe une bande qui s’étend au centre même des montagnes Rocheuses, de chaque côté des flancs de ce système de montagne, depuis les sources de Grand river, l’affluent principal du rio Colorado de Californie, au sud du North-Park, à Central-city, en passant un peu à l’ouest de Denver-city, à Cherry-creek, le Middle-Park, South-Park, jusqu’enfin aux sources de la rivière Arkansas et d’Eagle-trail-river.
- Deux nouvelles régions aurifères viennent d’être ajoutées depuis 1862 dans la partie la plus septentrionale des États-Unis, sur les confins des territoires de la baie d’Hudson; ce sont les territoires d’Idaho et de Montana, d’où sortent les sources et les affluents principaux des fleuves Missouri et Columbia. Dans l’Idaho, c’est surtout auprès du fort Boisé que sont les placers ; ils s’étendent entre cet ancien fort de la Compagnie des fourrures, devenu à présent une ville importante sous le nom de Boisé-city, et le Great fall de la rivière Snake, comprenant les villes de Bannock, Cen-treville et Placerville. On exploite aussi des placers derrière le fort Hall et aux Trois Tettons, mais ils paraissent peu importants. Par contre, l’or se trouve en grande quantité dans tout le pays entre la rivière Salmon et la mission des Cœurs d’Alênes, et depuis deux années on vient d’y construire un assez grand nombre de centres de population, dont les principaux sont le fort Lemhi, Elk-city, Florence et Oro-city. La production de l’or est très-importante dans l’Idaho, et les résultats obtenus rappellent un peu ceux des premières années de la Californie.
- Quant au territoire de Montana, qui comprend les sources mêmes du Missouri et de Clark fork de la Columbia, l’or paraît s’y rencontrer dans toute la partie occidentale, à l’ouest du fort Benton. Des villes importantes viennent de s’y construire avec cette rapidité magique à laquelle nous a accoutumés la race des pionniers américains, et l’exportation de l’or s’est élevée, l’année dernière, à 100 millions de francs là où auparavant il n’y avait que le désert, les Indiens Pieds-noirs et Bannocks et quelques
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- trappeurs de la Compagnie des fourrures. Ces villes sont : Bannock-city, Virginia-city, Gallatin-city, Montana-city, la Barge-city, Hangtown, Hell-Gate, fort Owen, fort Colin et Mullan-Pass.
- Avec les placers de Montana se termine la région aurifère des montagnes Rocheuses. Il est probable cependant que plus au nord, en pénétrant dans le territoire de la baie d’Hudson, on trouvera aussi une extension des mines de Montana et d’Idaho. Jusqu’à la découverte des placers de Montana et d’Idaho, la région des montagnes Rocheuses avait produit peu d’or ; la découverte des placers des environs de Pike’s Peak dans le Colorado avait bien créé un instant la fièvre de l’or, et un mouvement d’émigration assez considérable s’était produit; mais après deux années l’exci-tement s’était apaisé pour ne reprendre qu’en 1862, avec les premiers arrivages, à Saint-Louis, de l’or des Indiens Bannocks et Têtes-plates.
- L’or des montagnes Rocheuses n’est pas aussi ancien que celui des régions des bords de l’Atlantique; il ne date guère que de la fin de la période jurassique, époque à laquelle les montagnes Rocheuses ont fait leur apparition.
- La troisième région, et celle qui est de beaucoup la plus importante par sa grande richesse et la juste célébrité qu’elle a acquise dans le monde entier, est la région du Pacifique. Commençant dans la Colombie anglaise, où les placers des bords de la rivière Frazer ont un instant lutté d’importance avec ceux des bords du Sacra-mento, on trouve des régions aurifères dans le territoire de Washington, d’abord aux environs du fort Colville et de Pinkneyville sur la Columbia, puis vers le fort Okina-kane, au mont Stuart, et à côté du fortSimcoe. Les bords du Snake-river, entre Lewis-ton et la Columbia, au nord du fort Wallah-Wallah, présentent plusieurs placers, et enfin on a trouvé de l’or entre le Port-Townsend et Olympia, dans la partie orientale du territoire, près du détroit de Vancouver.
- L’Orégon paraît contenir une vaste région aurifère, qui occupe tout le coin nord-est de cet Etat, autour de la rivière à la Poudre, entre les forts Boisé et Wallah-Wallah. Les bords du Rogue-river, dans la partie sud-ouest, près de la Californie et du Pacifique, sont exploités depuis plusieurs années avec profit. Mais, jusqu’à présent, on peut dire que ni l’État d’Orégon ni le territoire de Washington n’ont donné de grands résultats comme production de l’or. Il n’en est pas de même de la Californie, qui a toujours été, dès 1848, le pays de l’or par excellence, l’Eldorado du xixe siècle, Y Eurêka américain.
- Commençant vers le nord aux sources de la rivière Klamath, dans la région du mont Shasta, on a une bande non interrompue de 20 à 30 lieues de largeur, et qui s’étend du 42e degré de latitude jusqu’au 35e degré, en bordant les deux flancs de la sierra Nevada, où l’or existe dans des filons de quartz, qui sillonnent les granits des plus hautes cimes de cette magnifique chaîne de montagnes. Pendant les huit premières années qui ont suivi la découverte, on n’a guère exploité que les placers, qui ont rapporté, en moyenne, de 300 à 400 millions de francs par année; depuis lors les
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- placers ont été successivement abandonnés aux travailleurs chinois, et aujourd’hui il n’y a plus guère que les filons de quartz aurifère qui soient exploités par les Américains. En 1866, la Californie a encore produit de l’or pour une valeur de 130 millions de francs.
- La grande bande aurifère de la sierra Nevada se termine près de Walker’s Pass et de San-Fernando. Ce que l’on nomme le Coast-Range, et qui longe tout le long des côtes de la Californie, depuis San-Diego jusqu’au cap Mendicino, ne renferme nulle part de l’or, à l’exception d’un petit chaînon nommé montagnes d’Inez, au nord de Santa-Barbara, où l’on a exploité quelques placers assez pauvres, et qui sont depuis longtemps abandonnés.
- Dans le désert californien on a signalé des traces d’or, de Dry Lake à San-Bernar-dino etTajon’sPass, et aussi autour de Soda Lake ou lac de la Soude, ainsi qu’au nord du fort Yuma, vis-à-vis la montagne du Castle Dôme; mais d’après mon expérience de cette région, que j’ai explorée le premier en 1854, je ne pense pas que l’or s’y trouve jamais en grande quantité.
- Ce que Frémont a nommé le Grand-Bassin, et qui aujourd’hui porte le nom d’Etat de Nevada, ne possède pas véritablement de mines d’or, quoique l’or y ait été trouvé d’abord à Shell Yalley, à l’ouest de Pleasant Yalley Creek, puis à Muddy river, la branche occidentale du rio Virgin, et enfin entre Colville et Los Vegas, à la tête de la navigation du rio Colorado. Mais alors dans les très-riches mines d’argent de Nevada, on trouve toujours une certaine quantité d’or mêlée avec l’argent dans les parties des filons qui sont les plus rapprochées de la surface.
- Le nouveau territoire d’Arizona, créé aux dépens du Nouveau-Mexique et de la Sonora, et qui sauf quelques vallées bien arrosées dans les montagnes, n’est guère qu’un désert peu habité et peu habitable, fournit aussi son contingent de placers aux richesses aurifères de l’immense et puissante république américaine. Entre le fort Mo-havie et le Bill William Fork, on exploite plusieurs placers; malheureusement le manque d’eau, de bois et de fourrage en rend les dépenses tellement élevées, qu’il n’est guère possible de les travailler avec profit. Sur les bords du rio San-Francisco et ses divers affluents, surtout autour du fort Whipple, ainsi nommé en l’honneur du général A. W. Whipple, le commandant de notre expédition, on rencontre des placers et des veines de quartz aurifère. On en a trouvé aussi vers l’embouchure du rio Gila, autour de Gila-city, de Tuscon et de Tubac sur le rio Santa-Cruz ; et, enfin au nord du fort Godwin, entre le Gila et la sierra de Mogoyon. Mais tous ces placers de l’Arizonie sont, ou peu riches, ou très-difficiles à exploiter, à cause des Indiens Apaches et de l’aridité du pays, dont les deux tiers de la surface sont occupés par un véritable désert.
- Dans toute cette région du Pacifique l’âge de l’or paraît être assez récent. Les terrains stratifiés de la sierra Nevada sont surtout de l’époque du trias et du terrain ju-
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- rassique, et aux pieds occidentaux de la sierra se trouvent les terrains crétacés et tertiaires; mais, jusqu’à présent, on n’a pas encore recueilli une seule trace d’or dans ces terrains tertiaires et crétacés ; on ne le trouve que dans les alluvions anciennes ou quaternaires et modernes, de sorte qu’on ne peut placer son apparition qu’entre les époques tertiaire et quaternaire, c’est-à-dire que cet âge correspond avec celui des gisements de l’or dans l’Oural et en Australie.
- Maintenant disons quelques mots sur la distribution géographique de l’argent, dont j’ai colorié, sur la carte, les gisements principaux par une teinte bleue. Gomme il était facile de le prévoir, c’est dans les anciennes provinces du Mexique cédées aux États-Unis par le traité de Guadalupe-Hidalgo, 2 février 1848, qu’existent les grandes exploitations argentifères. Ce fut d’abord dans le territoire de Nevada, sur le versant oriental de la sierra Nevada, que l’on découvrit en 1859 ces célèbres mines d’argent de la vallée de Washoe. Leurs richesses étaient si grandes, que leur découverte fit pâlir même les trouvailles incroyables des premiers pionniers californiens, et la seule mine de Comstock ledge, ainsi nommée de son heureux propriétaire, M. Comstock, de Virginia-city, a rapporté dans le court espace de six années la somme énorme de 350 millions de francs. De la vallée de Washoe, les découvertes de mines d’argent s’étendirent rapidement aux régions d’Esmeralda, de la rivière Humboldt, de la rivière Reese, et tout dernièrement de la vallée de la Mort ou Silver Bend. Tout cela forme un très-grand massif de roches contenant des filons argentifères, qui comprend les deux tiers de la surface de l’État de Nevada, et qui pénètre même en Californie dans la région du lac Owen.
- L’Arizonie, qui touche à la Sonora et à Nevada, est très-riche aussi en mines d’argent, et parait servir de trait d’union aux trésors d’argent des vallées de Washoe, de Reese river et de Hot creek, avec les fameuses et si riches mines de Chihuahua. Au Nouveau-Mexique, on a signalé depuis longtemps des veines de plomb argentifère très-riches dans la sierra de Los Organos, au nord d’El Paso, et autour de Cooper Mines. Enfin tout récemment on vient de trouver des mines d’argent très-puissantes et qui paraissent être d’une grande richesse dans la partie occidentale des montagnes Rocheuses de l’État de Colorado, près des sources mêmes du fleuve et de la rivière Bleue, un des principaux affluents du Colorado. C’est au mont Fletcher, au milieu presque de glaciers, dans le district de Ten-Miles, comté du Sommet (Summit Coun-ty), que se trouvent les plus riches gisements argentifères de Colorado. Le nouveau territoire d’Idaho, déjà si riche en or, vient d’offrir aussi son contingent de mines d’argent, et un magnifique bloc de minerai d’argent, provenant de cette région lointaine, a figuré à l’Exposition universelle du Champ de Mars.
- Les minerais de plomb de l’Illinois et du Missouri contiennent tous plus ou moins d’argent, mais en trop petite quantité pour en faire un objet d’exploitation. Dans plusieurs mines de cuivre natif du lac Supérieur, on trouve aussi des morceaux d’argent
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- natif, dont les molécules ne sont jamais mêlées à celles du cuivre, et qui forment de véritables nids d’argent renfermés dans les masses cuivreuses. Ces morceaux d’argent varient depuis quelques grammes jusqu’à atteindre des poids de plusieurs kilogrammes, et la mine de Copper-Falls, à la pointe Keevenaw, sur la côte méridionale du lac Supérieur, est surtout célèbre pour les morceaux d’argent que l’on y trouve, sans cependant que leur nombre ait jamais suffi pour en faire une exploitation spéciale.
- En résumé, l’or et l’argent sont des plus abondants aux États-Unis, et, si l’on réunit en un tout les surfaces qui renferment ces deux métaux précieux par excellence, on arrive à avoir une contrée aussi vaste que l’empire français et le royaume de la Grande-Bretagne réunis. Aussi, grâce à l’exploitation de ces immenses richesses, des sommes énormes de numéraire ont été mises en circulation dans l’univers entier, et l’on peut dire que la bonne moitié des travaux accomplis depuis quinze années dans le monde civilisé ont été payés avec l’or et l’argent extraits des mines américaines.
- (Extrait du Bulletin de la Société de géographie.)
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Extension de l’emploi du métal Ressemer. — La compagnie du chemin de fer London-North- Western a fait des essais de métal Bessemer tant pour les rails que pour diverses pièces de machines. Ayant obtenu des résultats satisfaisants, elle s’est décidée à adopter son emploi sur une grande échelle, surtout pour les rails et les essieux coudés, et de plus elle a voulu le fabriquer elle-même. M. Ramsbottom, son ingénieur en chef pour la partie mécanique, a installé près des ateliers de Crewe les appareils nécessaires pour la production.
- Avant de se décider à l’adoption des rails en Bessemer, on a posé aux environs de la station de Camden, près de Londres, et dans un endroit où il passe 8 000 waggons de marchandises par jour, une des files de rails en acier, l’autre en fer. Ces derniers ont été renouvelés sept fois du milieu de mai 1862 au milieu de l’année 1865, tandis que les rails en acier étaient encore en service.
- Les rails sont passés aux laminoirs qui servaient pour la réfection des rails en fer.
- Les essieux coudés ont amené la construction d’une série d’appareils spéciaux :
- 1° Une grande scie circulaire de 2m,45 de diamètre, mue directement par un cylindre à vapeur spécial, servant à couper à chaud l’acier Bessemer.
- 2° Un marteau de forme originale, destiné à éviter les réactions qui se produisent dans les marteaux-pilons ordinaires entre la panne et la chabotte. Cette dernière est supprimée; deux masses de formes identiques se meuvent horizontalement sur galets
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- SÉANCES DU CONSEIL D ADMINISTRATION.
- à la rencontre l’une de l’autre et font bélier sur l’essieu à forger. Leur mouvement est produit par un seul et même cylindre placé verticalement au-dessous du sol, et actionnant chacune des masses ou marteaux par une bielle oblique. L’essieu à forger est supporté par des sortes de pointes placées perpendiculairement au chemin des marteaux.
- On prend des lingots plats rectangulaires, on forge les manivelles faisant saillie sur le corps et dans le même plan, puis on les tord pour les amener à 90 degrés.
- 3° Une fraise puissante et de grande dimension, formée de crochets ou burins serrés entre deux plateaux ; elle mord dans le métal au droit de la manivelle jusqu’à la partie destinée à devenir le tourillon moteur; arrivé là, l’essieu n’avance plus, mais il prend un mouvement de rotation autour de l’axe de ce tourillon, de manière à le faire dégrossir par la fraise.
- Outre ces applications, le métal Bessemer est encore très-souvent employé pour les pièces de changement de voie, surtout pour les cœurs de croisements qui sont généralement coulés en une pièce.
- On fait aussi beaucoup de ressorts-spirales en acier Bessemer ; la barre étirée, de forme elliptique, est enroulée sur un cylindre suivant une hélice de 0m,70 à 0m,80 de longueur; elle est ensuite amenée sous un piston à vapeur qui, par compression, rentre les spires à la hauteur de 0m,12 à 0m,20, que les ressorts ont finalement; puis on achève en donnant la trempe et le recuit. (.Mémoires de la Société des ingénieurs civils.)
- (M.)
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- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 1 3 mars 1868.
- Présidence de M. le sénateur Dumas, président.
- Correspondance. — M. J. Munaut, maître de forges à Cornay par Grandpré (Ardennes), écrit, au sujet d’un foyer calorifère mobile, qu’il aurait voulu envoyer pour concourir au prix pour le chauffage des appartements. (Arts économiques.)
- M. Grootaert (H.), rue de Longchamp, 31, Passy-Paris, fait annoncer par M. de Carbonnières que ses patrons mécaniques pour la coupe de la chaussure sont employés dans un grand nombre d’établissements, et attire de nouveau sur eux l’attention de la Société. (Arts économiques.)
- M. Salomon (du Finistère), ingénieur-chimiste, adresse une note intitulée : Appro-
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- priation industrielle de la pile thermo-électrique, et demande un secours à la Société. (Arts économiques.)
- M. Gavard (Adrien), quai des Orfèvres, 70, Paris, soumet à l’examen de la Société des appareils ditspanto-polygraphes. (Arts mécaniques.)
- M. Robert (Henri), horloger, rue Cassette, 20, présente des burins triangulaires pour tourneurs sur métaux, qui offrent des avantages remarquables relativement à ceux qui sont ordinairement employés. (Arts mécaniques.)
- La Société impériale et centrale d’horticulture de France donne connaissance d’une démarche qu’elle a faite auprès de M. le Ministre de Vagriculture, du commerce et des travaux publics, pour provoquer des mesures administratives dans le but d’assurer la destruction des Hannetons et des Vers blancs, et demande la présentation d’une requête de même nature de la part de la Société d’encouragement. (Agriculture.)
- M. RollandBanès (L.), ingénieur des mines, boulevard Impérial, 152, au Havre, fait présenter par M. Barreswil, membre du Conseil, un appareil hydropneumatique inventé et expérimenté par lui en 1866 et 1867, afin de concourir au prix fondé pour l’amélioration des conditions hygiéniques des ouvriers qui taillent les meules de moulin. (Renvoyé à la Commission des prix.)
- M. Bastide (Baptiste), employé à l’hospice de la Conception de Marseille, envoie à la Société un procédé par lequel on peut conserver la viande et les œufs pendant un mois, mais il termine sa lettre en demandant que ce procédé ne soit pas rendu public. (La lettre dont il s’agit sera renvoyée sans examen à son auteur, en lui faisant connaître que toute communication faite à la Société et lue dans une séance du Conseil acquiert, par ce fait, de la publicité.)
- M. de Saint-Paul, administrateur de la Société des allumettes landaises ou allume-feux, demande que ces allumettes, formées de la partie centrale de l’épi du maïs et de résine, soient examinées par la Société ; il envoie des échantillons des trois qualités : 1° petites, à 12 fr. 50 c. le mille, 2° moyenne grandeur, à 15 fr. le mille, et 3° extra-belles, à 20 fr. le mille. (Arts économiques.)
- M. de Caumont, directeur de l’Institut des provinces et membre correspondant de la Société d’encouragement, envoie le programme du Congrès des délégués des Sociétés savantes qui ouvrira ses séances le 24 avril‘1868, rue Bonaparte, 44, au siège de la Société.
- La Société agricole et scientifique des Pyrénées-Orientales envoie le programme des prix qu’elle a mis au concours pour l’année 1868.
- MM. les Secrétaires signalent, parmi les pièces imprimées adressées à la Société, les publications suivantes :
- M. Marcs (Henri), membre correspondant de la Société, à Montpellier : Sur la floraison de la Vigne. Montpellier, 1868, brochure in-8° de 36 pages.
- Tome XV. — 67e année. 2e série. — Mars 1868.
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- Société académique des sciences et arts de Saint-Quentin, 3e série, tome VII, 1867, in-8° de 587 pages.
- M. Alcan, membre du conseil de la Société, professeur au Conservatoire des arts et métiers, envoie à la Société son Etude sur les arts textiles à l’Exposition universelle de 1867. Paris, 1868, Baudry, éditeur, un volume de texte in-8° de 424 pages et atlas in-folio de 28 planches doubles particulièrement soignées.
- Cet ouvrage, complément des publications antérieures du même auteur, suit les matières textiles, depuis leur récolte à l’état de matières premières, jusqu’à leur transformation en étoffes. Il présente le tableau de tous les moyens techniques intéressants qui ont figuré à l’exposition, une analyse critique du degré d’avancement obtenu par spécialité dans chaque contrée, et une analyse comparative des moyens employés pour arriver à des résultats identiques par l’emploi de fibres différentes. Le 1er livre, composé de 6 chapitres, offre une revue générale des différents produits : Matières premières; Fils simples, moulinés et apprêtés; Cordages et Étoffes de toute nature. Le 2e livre, comprenant 11 chapitres, s’occupe du matériel : Préparations ; Métiers à filer', Travail des fils desoie', Matériel, Tissage uni; métiers à faire les Façonnés, les Tricots, les Tulles, les Filets, enfin des Apprêts. Un chapitre spécial est consacré à la Statistique, à la comparaison des prix de revient et à celle des salaires. Enfin un dernier chapitre discute les conséquences du développement du système automatique et les éléments qui influent sur la puissance productive des pays rivaux.
- rapports des comités. — M. Barrai lit, au nom du comité des arts chimiques, un rapport sur la dorure au mat, par un procédé pyro-électrique inventé par M. Masse-lotte fils, doreur et argenteur sur métaux.
- Le comité des arts chimiques propose de décider : 1° que le prix de 500 francs fondé par M. Goldenberg est décerné à M. Masselotte pour la dorure au mat par le procédé pyro-électrique, réalisée sans danger pour la santé des ouvriers; 2° que le rapport sera imprimé dans le Bulletin de la Société.
- A la suite de cette lecture, une discussion, à laquelle prennent part MM. Bouilhet, Chatin, Peligot et Barrai, s’élève au sujet de la manière dont le mercure est éliminé. M. Barrai dit que cette élimination a lieu par suite de l’emploi de la composition saline et du bain dans l’eau acidulée ; il ajoute qu’elle est complète et que les pièces ne présentent jamais, dans les opérations suivantes, les taches repoussées qu’elles montreraient si elles contenaient encore du mercure. Les conclusions du rapport sont ensuite approuvées par le Conseil. (Voir plus haut, p. 129.)
- M. Bella lit, au nom du comité d’agriculture, un rapport sur le système de sériciculture de M. le chevalier docteur Delprino, à Vesimo, dans la vallée de la Bor-mida (Italie). — Ce qui distingue essentiellement ce système, c’est une série de dispositions ayant pour but d’isoler le plus possible les uns des autres les vers soumis
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- à l’éducation, les cocons, les papillons qui en sortent et les graines produites par chaque papillon. Pendant l’éducation, il dispose les vers par groupes peu nombreux sur des tablettes dont la largeur est de 0m,50 seulement, et qui sont séparées les unes des autres pour faciliter la circulation de l’air et les soins hygiéniques. Il veut qu’on enlève ces tablettes et qu’on les porte dans une autre pièce ou plutôt au grand air pour les nettoyer et renouveler la feuille; ces déplacements, et les mouvements qu’ils causent, sont éminemment salutaires pour les vers à soie ; mais le plus important de ces appareils est la coconnière, destinée à remplacer avec avantage la bruyère et les branchages qu’on emploie ordinairement. Elle consiste en un système régulier de petites cellules rectangulaires dont la capacité est aisément suffisante pour un cocon et bien trop petite pour deux. Elles sont formées par de petites planchettes assemblées à mi-bois, disposées en damier de plusieurs cases en hauteur et d’un plus grand nombre de cases en longueur. Les vers à soie trouvent dans ces cellules un emplacement commode et sûr, et s’y arrangent de manière à en occuper chacun une tout entière. Le rapporteur énumère les nombreux avantages qui résultent de cette systématisation de la montée des vers; il rappelle que, dans les magnaneries de Sennart, M. Camille Beauvais avait fait, avec ses élèves, des tentatives dans le même sens, en faisant des cases en carton. Mais ces essais n’avaient pas réussi, tandis que les machines inventées pour la construction des cellules de M. le docteur Delprino, et les procédés qu’il prescrit, ont rendu leur emploi très-commode et très-avantageux. Ces appareils sont ingénieusement et économiquement disposés, ils se prêtent à tous les locaux, facilitent les soins à donner et augmentent le rendement de l’éducation. Le rapporteur regrette, cependant, que le temps ne lui ait pas permis d’en faire un emploi en grand; il désire qu’ils soient répandus dans les départements méridionaux, et conclut en demandant que des félicitations et des remercîments soient adressés à M. Detyrino et que le rapport soit inséré au Bulletin.
- MM. Peligot, Combes, Barrai, et d’autres membres, regrettent, avec le rapporteur, que des expériences n’aient pas pu être faites en grand avec les appareils de M. Delprino, et demandent l’ajournement du rapport à trois mois, pour que ces essais puissent être faits. Cet avis est approuvé par le Conseil.
- M. Bois (Victor) lit, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur la petite machine à coudre, du prix de 25 fr., de M. Journeaux-Leblond.
- Le comité des arts mécaniques propose de remercier M. Journeaux-Leblond de son intéressante communication, de reconnaître qu’il a réalisé un véritable progrès dans la fabrication des machines à coudre, et d’ordonner l’insertion du rapport au Bulletin avec un dessin de celle qu’il a présentée. Ces conclusions sont adoptées par le Conseil.
- M. Bois (Victor) lit ensuite, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur les procédés employés par M. Peltier pour ouvrir à distance les portes, et notamment les portes cochères, au moyen de l’air comprimé.
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- Le rapporteur propose de remercier M. Peltier de sa communication, et d’insérer le rapport au Bulletin, avec une figure servant à faire connaître le système. Ces conclusions sont approuvées par le Conseil.
- MM. Tresca et Breguet devaient faire un rapport sur les appareils d’horlogerie de M. Fournier, horloger à la Nouvelle-Orléans (États-Unis), et ils avaient demandé la parole dans ce but, parce que M. Fournier est sur le point de quitter la France. Mais, en étudiant ces appareils, ils ont reconnu qu’il y avait là une œuvre considérable, des détails nombreux et d’une grande importance, et le temps leur a manqué pour en rendre compte d’une manière convenable. Avant que M. Fournier quitte Paris, ils veulent cependant exprimer publiquement combien ils ont trouvé ses procédés remarquables, et annoncent qu’ils feront prochainement un rapport favorable sur ces inventions.
- M. le Président déclare que le Conseil donne aux commissaires tout le temps qui leur sera nécessaire pour faire l’étude des mécanismes de M. Fournier.
- M. Debray lit, au nom du comité des arts chimiques, un rapport sur les procédés de M. Hélouis pour la fabrication des fils dorés employés dans la passementerie.
- Le comité propose de remercier M. Hélouis de sa communication, et d’insérer le rapport au Bulletin. Ces conclusions sont approuvées par le Conseil.
- Communications. — M. Chevallier, membre du Conseil, lit une note sur une substance dite safran artificiel, qui provient de la fabrique de M. Mittenzwey de Gôlbitz, près Swickau en Saxe, et qui est employée dans l’industrie pour donner une coloration en jaune. Les fabricants de pâtes alimentaires et les vermicelliers s’en servent pour colorer les produits de leur industrie ; ils mélangent sa dissolution chaude avec une décoction de safran. Dans une de ces fabriques, une détonation violente a eu lieu au moment où un ouvrier ouvrait la boîte en fer-blanc qui contenait cette poudre. Cet ouvrier a reçu, en plusieurs endroits, de profondes brûlures, aux suites desquelles il a succombé un mois après ; d’autre part, l’explosion a produit des dégradations considérables dans l’atelier. M. Chevallier a fait faire des essais comparatifs desquels il résulte que cette matière est facilement explosive, que sa force est égale aux quatre dixièmes de celle de la poudre à canon, et il conclut en déclarant que l’interdiction de la vente de cette substance serait une mesure utile.
- M. le Président prononce le renvoi de cette note à la commission du Bulletin.
- M. Trouvé, électricien, rue Thérèse, 6, fait présenter, par M. Tresca, membre du Conseil, des appareils et bijoux contenant, sous un très-petit volume, des piles électriques d’une puissance suffisante pour produire divers effets utiles. Le plus simple est une pile à sulfate de mercure contenue dans un petit étui en caoutchouc durci. La partie supérieure de l’étui porte, à l’intérieur, un morceau de zinc qui n’est mouillé et n’établit, par conséquent, un courant que lorsque l’étui est renversé. M. Trouvé a varié l’emploi de cette pile de différentes manières. Sa petite trousse, électro-médicale, contient la pile, deux manchons pour mettre le malade dans le circuit
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- voltaïque, une petite bobine de Ruhmkorff qui, par un trembleur d’une forme spéciale, produit des secousses dont on varie à volonté l’intensité, une brosse métallique, des aiguilles pour acupuncture, et enfin une petite fiole contenant un centimètre cube de sulfate de mercure, quantité suffisante pour une marche de vingt-quatre heures. Cet appareil, malgré la petitesse de son volume, peut produire des effets d’une intensité remarquable, tels que des secousses énergiques, la fusion de fils de platine très-fin, l’illumination d’un tube de Gessler, etc.
- M. Trouvé emploie aussi, pour faire mouvoir des pièces de certains bijoux, des moteurs électriques microscopiques cachés dans le corps du bijou ou dans un très-petit étui. Ils ne peuvent pas être considérés plus que tous les autres moteurs électriques, comme donnant de la force à bon marché, mais ils ont une aptitude spéciale pour le but qu’on veut atteindre. Ce sont de petites piles au chromate de potasse qui donnent directement un mouvement circulaire ou même deux mouvements rotatoires en sens inverse; elles peuvent faire battre les ailes d’un petit oiseau, d’un papillon en métal, remuer les yeux d’une tête, etc. Ces diverses applications de l’électricité tendent à en vulgariser l’emploi, et, à ce point de vue, elles présentent une utilité réelle malgré leur frivolité apparente.
- M. le Président remercie M. Tresca de cette intéressante communication et demande au comité des arts économiques d’examiner les inventions de M. Trouvé.
- M. Coignet développe devant la Société les procédés par lesquels il estime qu’on pourrait s’opposer aux disettes en conservant les grains dans des silos au béton comprimé.
- Il rappelle d’abord que la question de la conservation des grains a été très-bien traitée par M. Doyère, auquel on doit d’avoir montré que dans des silos imperméables, en tôle, on conservait indéfiniment du blé, lorsqu’il avait été desséché par les procédés qu’il a fait connaître. —M. Coignet fait ses silos en béton comprimé; il les divise en cases hexagonales comme les ruches d’abeilles, il les fonde sur un dallage fait avec soin, et les place dans les fermes sur des points culminants. Pour éviter l’effet de la chaleur, il les environne d’un mur séparé d’eux par un intervalle rempli en terre sèche et il les recouvre de terre au-dessus de laquelle il met une toiture légère. La dessiccation du blé est faite avant l’ensilage dans un appareil particulier et suivant les principes déjà connus et qui sont préconisés par M. Doyère. Il arrive ainsi à construire ses silos moyennant le prix de 3 fr. par hectolitre.
- L’application de ce système en France permettrait de conserver le grain des années d’abondance pour celles où les récoltes manquent, et d’éviter ainsi la perte considérable que fait le pays en vendant à bas prix l’excédant de ses bonnes récoltes pour racheter plus tard, à grands frais, le blé qui lui est nécessaire pendant les années où les récoltes sont insuffisantes. Il y a là une fausse spéculation produisant une perte continuelle au détriment de la nation, perte qu’on éviterait par de la prévoyance et en employant de bons procédés pour la conservation des grains.
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- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
- M. le Président remercie M. Coignet de son intéressante communication. Il fait remarquer, à cette occasion, qu’il existe une grande différence entre la France et l’Angleterre au point de vue du commerce des grains. La France est un pays vini-cole et, en temps ordinaire, aucune accumulation de grains ne peut être faite sans avoir pour but une spéculation sur les subsistances. Les Anglais, au contraire, boivent surtout de la bière ou des eaux-de-vie de grains, et ces industries exigent impérieusement l’achat et la conservation de grandes masses de grains de toute espèce. La population est tellement habituée à voir le commerce acheter, conserver et revendre ces denrées, qu’elle n’y fait pas attention, tandis qu’en France une défaveur extrême est répandue sur les négociants qui se livrent à cette industrie. A ce point de vue, la communication de M. Coignet est très-intéressante. Si les grains étaient conservés dans des silos dépendant de chaque ferme, leur masse serait moins en évidence et frapperait moins l’imagination de la population. On aurait, cependant, une réserve très-étendue, disséminée sur tous les points de la France, qui serait toujours prête pour les moments de disette. Cette réserve sera d’ailleurs toujours d’autant plus grande que le pays sera plus riche. Il faut bien remarquer, en effet, que, dans les années calamiteuses, ce sont les pays les plus riches, comme l’Angleterre, la France et la Belgique, qui ont le moins souffert des disettes. Leur aisance leur avait permis de mettre plus de blé en réserve, et ils ont eu des capitaux suffisants pour acheter ce qui leur manquait aux nations voisines sans troubler, d’une manière sérieuse, leur industrie et leur commerce.
- Nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société, par un vote du Conseil :
- MM. Messmer, directeur de l’usine de Graffenstaden ; Decoudun, ingénieur-constructeur, à Paris.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
- La Société d’encouragement a reçu, dans les séances des 10 et 24 janvier, 14 et 28 février, 13 et 27 mars 1868, les ouvrages dont les titres suivent :
- Ouvrages offerts à la Société.
- Annales des mines. 2e livr. de 1867.
- Annales du commerce extérieur. Décembre 1867, et janvier, février 1868.
- Annales de l’agriculture française. N° 1.
- Année scientifique et industrielle (f), par M. Louis Figuier. Année 1867. Hachette et comp., éditeurs.
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- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
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- Animaux et plantes à importer ou à domestiquer dans l’Europe moyenne, par le docteur Sacc.
- 1 vol. in-18, Delagrave et comp., éditeurs, à Paris.
- Annuaire de la Société météorologique de France. Bulletin des séances, feuilles 11 à 21. Tableaux météorologiques, feuilles 12 à 17, t. XIII.
- American Artizan. N" 24, 25, 26, t. V, et n»s 1 à 9, t. IV.
- Annales des ponts et chaussées. Juillet à décembre 1867, janvier, février 1868.
- American Journal of science and arts, by Silliman and Dana. Nos 131, 132.
- Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse. Décembre 1867, et janvier, février 1868. Bulletin de la Société française de photographie. N° 12, 1867; n°s 1,2,1868.
- Bulletin de la Société industrielle d’Amiens. N°* 1, 2.
- Bulletin du musée de l’industrie. Octobre, novembre, décembre.
- Brevets d’invention. Tome LX.
- Bulletin de la Société protectrice des animaux. Novembre, décembre 1867.
- Bulletin de la Société d’agriculture de la Drôme. N° 25.
- Bulletin de la Société de l’industrie minérale. Janvier, février, mars 1867.
- Bulletin des séances de la Société impériale et centrale d’agriculture. N8S1, 2.
- Bulletin de la Société industrielle de Reims. Nos 22, 23.
- Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des sciences. NüS 1 à 11.
- Cosmos. Livr. 1 à 12.
- The Chemical News. Nos 420 à 433.
- Catalogue des brevets d’invention. Nos8, 9.
- Cultivateur de la Champagne (le). Janvier.
- Causeries scientifiques, par M. H. de Parville. 1 vol. in-18, Rothschild, éditeur.
- De l’acier et de sa fabrication, par M. L. Gruner. 1 vol. in-8, Dunod, éditeur.
- Écho de la brasserie (f). Nos 17 à 20.
- Giornale di scienze naturali ed economiche. Vol. III, fasc. 1, 2, 3.
- Génie industriel (le), par MM. Armengaud frères. Janvier, février, mars.
- Investigateur (1’), journal de PTnstitut historique. Novembre et décembre 1867.
- Institution of mechanical engineers (proceedings). Manchester. N05 4, 5, 6.
- Journal de l’agriculture, par M. Barral. Nos 36 à 41.
- Journal d’agriculture pratique. N0’ 1 à 13.
- Journal of the Franklin institute. Décembre 1867, janvier, février 1868.
- Journal des fabricants de sucre. N03 38 à 50.
- Journal of the Society of arts. N03 787 à 800.
- Journal des fabricants de papier. N°* 1 à 4.
- Journal de la Société impériale et centrale d’horticulture. Novembre, décembre 1867, janvier 1868.
- Journal d’éducation populaire. N° 12.
- Mondes (les), par M. l’abbé Moigno. Livr. 1 à 13.
- Moniteur d’hygiène et de salubrité, par M. Chevallier fils. Nos 1, 2.
- Mémoires et comptes rendus des travaux de la Société des ingénieurs civils. Juillet, août, septembre 1867.
- Moniteur scientifique (le), par le docteur Quesneville. Livr. 265 à 270.
- Mémoires de la Société d’agriculture, sciences et belles-lettres d’Orléans. N° 1.
- Merveilles de la science (les), par M. L. Figuier. Série 19.
- Maison Charrière ; Robert et Collin, successeurs. Catalogue illustré. 1 vol. in-8.
- Nouvelles météorologiques. N0’ 1, 2, 3.
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- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
- Notice biographique sur Benoît Fourneyron, par M. Jules Guillemin, br.
- Propagateur des travaux en fer (le) de M. Oppermann. N°‘ 11, 12, 13, 14.
- Propagation industrielle (la). N° 52, vol. II, et nos 1, 2, vol. III.
- Photographic Journal (the). N** 189, 190, 191.
- Polytechnisches Journal von Dingler. N° 1077.
- Proceedings of lhe royal Society of Edinburgh. Session 1866-67.
- Proceedings of lhe royal geographical Society. N° 6.
- Revista de obras publicas. NoS 1 à 6, ano IV.
- Revue agricole, industrielle, etc., de Valenciennes. Novembre, décembre.
- Report of the commissioner of patents arts and manufactures. 1863, 1864, 4 vol. in-8\
- Recueil des publications de la Société havraise. Année 1866.
- Revue universelle des mines, de la métallurgie, etc., sous la direction de M. de Cuyper. Livr. 5 et 6, 1867.
- Rapports du Jury international. Exposition de 1867. L’histoire naturelle médicale à l’Exposition universelle, par M. Chatin, br. in-8°, Paul Dupont, éditeur.
- Rapports du Jury international. Exposition de 1867. Foyers fumivores, par M. E. Grateau, br.
- Id. Id. Bonneterie, par M. Tailbouis, br.
- Id. Id. Instruments de mathématique et modèles
- pour l’enseignement des sciences, par M. E. Grateau, br.
- Reports of artisans selected,by the Society of arts,to visit the Paris universal exhibition 1867.1 vol. in-8.
- Sur la floraison de la vigne, par M. H. Marès, br. Montpellier.
- Société académique des scienoes et arts de Saint-Quentin. T. VII, 1867.
- Teciinologiste (le), par MM. Malepeyre et Vasserot. Janvier, février.
- Traité pratique de l’entretien et de l’exploitation des chemins de fer, par M. Charles Goschler. 3 vol. in-8, Paris, Baudry, éditeur.
- Tour du monde (le). Nouveau journal des voyages. N05 425 à 430. Hachette et comp., éditeurs. Zeitschrift des Vereines deulcher Ingenieure. Cah. 12.
- Abonnements.
- Annales de chimie et de physique. Décembre 1867, et janvier 1868.
- Études sur l’Exposition de 1867. Nos 14 à 18.
- Engineering. Nos105 à 115, t. V.
- Journal des économistes. Janvier, février, mars.
- The Artizan. Janvier, février, mars.
- The practical Mechanie’s Journal. Janvier, février, mars.
- The Mechanie’s Magazine. Décembre 1867, janvier, février 1868.
- Pari*. — Imprimerie de madame veuve BOUCHARD.HUZARD, rue de l'Eperon, 5.
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- 67e ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOME XV. — Avril 1868.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- CONSERVATION DES BOIS.
- Rapport fait par M. Payen, au nom du comité des arts chimiques, sur les appareils pour la conservation des bois et la désagrégation des roches,, imaginés par M. Hugon, 187, rue de Vaugirard, à Paris.
- Messieurs, votre comité des arts chimiques a examiné avec un grand intérêt les appareils de M. Hugon ; avant de vous rendre compte de son examen, le comité croit utile de dire dans quelles circonstances ces appareils ont été imaginés, construits et appliqués.
- Déjà, en vue de prévenir les altérations des bois de la marine, M. Guibert avait employé un ingénieux procédé de dessiccation, graduée à l’aide de la fumée, provenant d’une combustion incomplète de débris ligneux; plusieurs commissions officielles avaient constaté le succès de ce procédé qui, tout en desséchant le bois, l’imprègne des produits goudronneux antiseptiques que la fumée recèle et qui rend difficilement putrescibles les matières azotées, soit végétales, soit animales, comme dans la préparation des viandes fumées par exemple.
- Depuis cette époque, un savant ingénieur de la marine, M. de Lapparent, a repris l’idée anciennement émise de la conservation des bois et, en particulier, de la coque des navires par une carbonisation superficielle ; il est Tome XV. — *67e année. %e série. — Avril 1868. 25
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- CONSERVATION DES BOIS.
- parvenu à rendre pratique cette opération et à l’appliquer pour assainir la cale des navires.
- Parmi les causes diverses d’insalubrité qui compromettent la santé des équipages et des passagers durant les voyages de long cours et qui s’accumulent dans les cales, on a reconnu la fâcheuse influence des matières organiques putrescibles absorbées parle bois ou maintenues à sa superficie.
- Ces matières deviennent le siège de fermentations diverses, du développement des séminules de végétations cryptogamiques plus ou moins insalubres transportées par l’atmosphère et des animalcules qui exercent parfois sur nos organes une action délétère.
- Lorsqu’au retour des voyages on effectue le déchargement et la désinfection des grandes cavités des navires, les travaux sont très-pénibles, dangereux même et les agents antiseptiques parfois insuffisants; l’un des plus énergiques parmi ces derniers, l’hypochlorile de chaux, peut arrêter momentanément les progrès de la putréfaction et le développement des êtres microscopiques.
- Mais bientôt l’hypochlorite transformé en chlorure de calcium, sel très-hygroscopique, contribue à entretenir, sur les parois qui avaient reçu ces aspersions ainsi que dans les tissus ligneux, une humidité permanente ; entraîné ensuite par les lavages, son efficacité disparaît et l’odeur nauséabonde de la cale devient de nouveau dominante.
- Les liquides putrescibles, dont les tissus ligneux, ainsi que la rouille qui recouvre les armatures en fer se trouvent imprégnés, entretiennent par leurs fermentations ultérieures des émanations nauséabondes et insalubres. Les antiseptiques usuels mis en usage en vue de détruire ces miasmes, n’avaient eu que des succès éphémères, lorsque M. de Lapparent parvint à opérer la désinfection complète des parois internes, et même des armatures recouvertes d’une couche ocreuse plus ou moins épaisse.
- Ce procédé consiste à flamber la superficie à l’aide du dard d’un chalumeau à gaz. Trois effets principaux se produisent dans ce cas : 1° les surfaces, très-humides, sont promptement desséchées par suite de l’évaporation de l’eau hygroscopique superficielle; les matières organiques putrescibles, aussi bien que les êtres microscopiques, éprouvent une torréfaction et même une combustion partielle qui détruit toute vitalité comme toute tendance à la fermentation; 3° le tissu ligneux* lui-même, à cette température élevée (jusqu’à 0mm,2 à 0mm,3 de profondeur) est partiellement distillé : il dégage les produits ordinaires de la distillation des bois, notamment l’acide acétique, la créosote,
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- divers carbures d’hydrogène, en un mot, les madères goudronneuses douées des propriétés antiseptiques les plus énergiques.
- Le mode d’opérer est facile. Des cylindres à gaz portatif, remplis de gaz d’éclairage sous la pression de 11 atmosphères et munis de régulateurs, débitent environ neuf fois et demie leur volume de gaz sous la pression légère de 3 à 4 centimètres d’eau, qui suffit à dégager le gaz qu’on enflamme aussitôt, tandis que l’air d’une machine soufflante, lancé par un tube concentrique dans l’axe du chalumeau, produit l’effet d’une flamme oxydante que l’on développe et qu’on modère à volonté au moyen des robinets à air et à gaz sous la main de l’ouvrier. D’ailleurs l’air et le gaz étant amenés par des tubes flexibles en caoutchouc, comme dans l’appareil à soudure autogène inventé par Desbassayns de Richemond, l’ouvrier promène, sans la moindre difficulté, le dard du chalumeau sur les surfaces à carboniser. Toutes les opérations, ainsi que M. de Lapparent le fait remarquer, étant confiées aux hommes du bord, la dépense se borne au prix du gaz consumé.
- Deux hommes, sur le vaigrage d’une cale et à l’aide d’une seule soufflerie, carbonisent 10 mètres carrés par heure en consommant 200 litres de gaz par mètre superficiel; durant une journée de dix heures, la dépense de gaz s’élève donc à 20 mètres cubes pour carboniser 100 mètres carrés. Si les récipients cylindriques en tôle, terminés par des calottes hémisphériques, ont 0m,60 de diamètre et 2 mètres de longueur, leur capacité étant de 1 demi-mètre cube (qui contient le gaz refoulé à 11 atmosphères), leur contenance effective représente, à la simple pression atmosphérique, 5 mètres cubes 1/2; quatre de ces récipients, pesant chacun 90 à 100 kilog. d’une manœuvre facile, suffisent pour une journée de travail.
- L’effet produit par le flambage sur les ferrures de la cale n’est pas moins satisfaisant, car l’oxyde de fer imprégné de matières organiques s’échauffe assez au contact du dard de flamme pour déterminer la carbonisation et, par conséquent, la désinfection de ces matières. Souvent même l’oxyde, si sa couche est épaisse, dilaté par la chaleur, se détache de la portion métallique et tombe en plaques.
- Quant aux navires en fer, la conductibilité du métal, bien plus grande que celle du bois, exige que, pour obtenir rapidement la température convenable, on effectue le flambage avec des chalumeaux ou lances d’une plus grande puissance, en consommant 1 mètre cube de gaz pour flamber 4 mètres carrés de surface.
- Le procédé de conservation de la coque en bois des navires s’applique à
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- la conservation des bois d’une manière très-générale, et tire son origine des pratiques traditionnelles de la viticulture. Sa base fondamentale est effectivement l’action du feu et de la fumée qui carbonise superficiellement la masse ligneuse de divers objets ouvrés. On la trouve exposée, en ce qui touche les échalas et les pieux des vignobles, dans le livre II des Géorgiques de Virgile :
- Et suspensa focis explorât robora fumus.
- Ce moyen offre donc la garantie d’un succès que plusieurs siècles ont consacré, car elle s’est propagée dans tous les pays.
- À ceux qui seraient tentés de mettre en doute l’efficacité de la carbonisation superficielle, on pourrait rappeler les pratiques usuelles pour colorer, durcir et conserver les sabots communs, les pelles, les montures en bois des soufflets, les attelles ou sortes de chevilles qui retiennent les traits des chevaux, et une foule d’ustensiles en bois exposés aux intempéries des saisons.
- En Allemagne on soumet dans des cheminées, pendant un mois environ, à la fumée du bois, des rameaux de sapin qui sous cette influence deviennent tellement durs qu’on les peut ensuite tarauder dans une filière, et que l’on emploie ces sortes de vis, à peu près imputrescibles, pour assembler et maintenir les joues en planches des roues hydrauliques.
- Une grande épreuve de ce genre avait été faite il y a près de cent ans, alors qu’on voulut introduire le système de carbonisation superficielle dans les arsenaux de la marine anglaise : le Royal Williams fut en partie préparé de cette manière, et l’on a constaté que ce vaisseau de la marine britannique eut la plus longue durée. Toutefois la pratique de la carbonisation des navires ne s’était pas généralisée, car les moyens pour l’appliquer étaient trop dispendieux et exposaient à de trop grands dangers d’incendie.
- Voici comment on opère actuellement : au moyen de pompes spéciales, dont tous les ports de la marine française sont munis, on comprime sous la tension de 11 atmosphères le gaz des usines d’éclairage dans des cylindres en tôle d’une capacité de 3/4 de mètre cube. Ces cylindres, posés sur un chariot, sont transportés à pied d’œuvre et mis en communication avec un régulateur qui maintient le gaz sortant, à la pression de 3 à 4 centimètres d’eau. Ces dispositions permettent de carboniser la superficie d’un bâtiment même à flot. Il suffit, dans ce cas, de placer le cylindre, rempli de gaz comprimé, sur un ras ou dans une embarcation. En tous cas, la carbonisation à flot pour le bordé des vaisseaux cuirassés devient indispensable ; car on ne pose la cui-
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- rasse qu’après la mise à l’eau, et les faces du bordé ne sont parées et rabotées qu’au moment de la pose des plaques de l’armure. Lorsque les bois ont été employés dans l’état ordinaire de dessiccation, leur carbonisation n’exige pas plus de 200 litres de gaz par mètre carré de surface.
- Ce système de carbonisation maintenant en usage dans tous les arsenaux de l’Empire est, en outre, avantageusement employé aux refontes pour sécher et durcir les bois qu’on laisse en place.
- On comprend sans peine que les moyens économiques de rendre les bois plus durs et moins altérables doivent s’appliquer avec avantage aux charpentes comme à une foule d’autres pièces en bois exposées aux réactions que favorise l’air plus ou moins humide.
- Ce fut en vue de ces grandes applications que M. Hugon construisit un appareil de la manière la plus ingénieuse en lui faisant produire une véritable flamme de chalumeau plus volumineuse et plus économique que celle du gaz d’éclairage et même que la flamme des huiles lourdes de la distillation des goudrons de houille.
- La consommation de combustible ne paraît pas dépasser lk,5 pour une traverse de chemin de fer; trois ouvriers suffisent au flambage de six traverses par heure, ce qui représenterait une dépense en charbon et main-d’œuvre de 20 centimes, au plus, par traverse (1).
- L’Administration des lignes télégraphiques, en faisant usage de plusieurs appareils ainsi perfectionnés, carbonise par jour, en moyenne, avec un appareil, 100 poteaux sur une longueur de 2 à 3 mètres.
- Dans son chantier de Yierzon, la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans fait carboniser, par jour, 288 traverses avec quatre appareils. Le prix de revient s’est abaissé à 0f,15 par traverse.
- Des appareils de plus grande dimension ont été livrés aux compagnies de chemins de fer, ainsi qu’à l’administration des lignes télégraphiques; ils devront procurer une économie notable sur la main-d’œuvre.
- M. Hugon a construit un autre appareil basé sur le même principe, mais qui est destiné à l’extraction des roches rebelles à la poudre. On sait que, dans l’exploitation des mines ou dans certains travaux de tranchées des chemins de fer, il se trouve souvent des roches d’une dureté telle que les trous de
- (1) Le flambage appliqué aux traverses injectées de sulfate de cuivre en prolongerait sans doute la durée, surtout en prévenant les altérations qui résulteraient de l’élimination partielle ou totale du sulfate de cuivre entraîné par les eaux pluviales.
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- mines ne peuvent y être pratiqués qu’à l’aide d’un long et pénible travail ; d’ailleurs, si la roche est très-compacte, la poudre n’enlève que de faibles blocs.
- Aussi un assez grand nombre de mines sont-elles abandonnées par suite du prix de revient trop élevé de l’extraction des minerais au moyen de la poudre ; et certaines tranchées de chemins de fer ont-elles coûté un temps très-long et beaucoup d’argent.
- Dans des temps reculés, lorsque les roches étaient trop résistantes aux outils employés alors, on s’est servi du feu pour faire éclater ces roches. Le bois était apporté et amoncelé sur les faces qu’on voulait attaquer ainsi, le feu était mis au combustible qui brûlait pendant un temps plus ou moins long, en faisant éclater la roche par fragments. Le feu éteint et la roche refroidie, soit naturellement, soit au moyen de l’eau, on la trouvait plus ou moins fissurée. Les parties désagrégées étaient facilement abattues, puis on recommençait de nouveau l’attaque de la roche vive par le feu.
- L’ancienne méthode d’exploitation des mines à l’aide du feu est indiquée dans l’ouvrage latin d’Agricola intitulé : De re metallicâ, ouvrage traduit en langue toscane par Michel-Ange (l’édition publiée le 12 mars 1563 se trouve dans la bibliothèque de l’Institut).
- On trouvera également d’intéressants détails sur cette méthode, employée au xixe siècle, dans le traité publié par Héron de Villefosse, en 1819, intitulé : Richesse minérale, où se trouve décrite l’exploitation du filon du Rammelsberg, au Hartz, t. II, p. 298, pl. 2.
- L’usage du feu est abandonné aujourd’hui dans presque toutes les exploitations, et pourtant il est facile de se rendre compte qu’au moyen d’une flamme qu’on dirige à volonté et qui est vivement projetée contre les faces de roches dures inexploitables industriellement par la poudre on puisse obtenir de très-bons résultats. On procède d’ailleurs de la manière suivante, d’après les données fournies par l’inventeur.
- Le fourneau en fonte a des dimensions variables selon les circonstances.
- L’allumage du combustible s’effectue en quelques instants, en enflammant d’abord de menus morceaux de bois sec sur lesquels on place la houille ou le coke; on fait arriver l’air doucement au moyen de la soufflerie et du registre à papillon G, situé entre la conduite d’air et le fourneau ; on continue à charger graduellement le fourneau au fur et à mesure que le bois se consume. Lorsque le feu est bien développé dans toute la masse, ce qui a lieu au bout de quinze à vingt minutes, on avance le fourneau près du front
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- que l’on veut attaquer, et l’on fait arriver rapidement l’air comprimé : celui-ci emportant de légères gouttes d’eau injectées et qui se décomposent comme dans l’appareil à torréfier les pièces de bois. La flamme sort alors comme d’un immense chalumeau en embrassant le front de la galerie; au bout de peu d’instants les fragments de roches commencent à éclater et à tomber sans interruption dessous et dessus le fourneau. L’homme qui dirige ce fourneau et l’alimente de combustible doit, lorsque la roche est très-dure, protéger son visage avec un masque en treillage solide de fil de fer (analogue aux masques grillagés des salles d’armes) ou tout autre moyen. Faute de cette précaution, les petits fragments de roche éclatant avec une extrême violence pourraient blesser grièvement l’ouvrier. Avec un ringard celui-ci retire les roches qui tombent, et, lorsqu’il voit de fortes fissures se produire, il recule le fourneau. On refroidit alors, s’il y a lieu, par des aspersions d’eau, faites au moyen d’une conduite d’eau forcée, ou d’une pompe à main. On abat les roches désagrégées, puis on les enlève et l’on avance de nouveau le fourneau près de la face qu’il s’agit d’attaquer de la même manière. On peut employer dans ce fourneau toute espèce de combustible capable de produire une flamme volumineuse. Les hommes chargés d’exécuter ce travail doivent recevoir abondamment, au moyen de tubes spéciaux, l’air nécessaire à la respiration, lorsqu’ils sont placés dans des galeries où la ventilation serait insuffisante pour éliminer assez promptement l’air vicié et ramener en même temps Fair pur du dehors en quantité convenable.
- Le système que nous venons de décrire*peut être employé dans certaines parties des tranchées ou tunnels des chemins de fer traversant des roches difficilement attaquables par la poudre.
- Le comité des arts chimiques, considérant l’importance de ces applications nouvelles, les services qu’elles peuvent rendre à l’industrie, à l’agriculture, à la marine et à l’hygiène publique, vous propose d’adresser des remer-cimenls à l’auteur, et d’insérer ce rapport au Bulletin, avec la description des appareils et les dessins à l’appui.
- Signe Payen, rapporteur•
- Approuvé en séance, le 19 juillet 1867.
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- LÉGENDE DE LA PLANCHE 381 REPRÉSENTANT L’APPAREIL IMAGINÉ PAR M. HUGON POUR LA CONSERVATION DES ROIS.
- Fig. 1. Section longitudinale de l’appareil.
- Fig. 2. Vue de bout du côté du fourneau, le banc qui supporte la pièce de bois à carboniser étant supposé enlevé.
- A, fourneau contenant le combustible, et muni de deux portes A', A", dont la première sert au chargement du combustible.
- B, colonne mobile portant le fourneau et servant à le faire mouvoir verticalement ou horizontalement, selon les besoins de l’opération, au moyen du chariot mobile placé sur la table G.
- B', levier à contre-poids servant à manœuvrer le fourneau.
- C, table portant le fourneau.
- D, soufflet à double vent relié au fourneau par un tuyau en caoutchouc.
- E, tuyau amenant le vent du soufflet dans le fourneau ; l’arrivée du vent se règle à volonté par un registre à papillon.
- E', enveloppe remplie d’eau pour refroidir l’extrémité du tuyau en caoutchouc.
- F, levier de manœuvre du soufflet. _
- G, réservoir contenant l’eau à injecter.
- H, tube mettant en communication le réservoir G, et le tuyau d’amenée du vent E.
- I, robinets servant à régler la quantité de liquide à injecter dans le fourneau à chaque coup de soufflet.
- J, banc en bois supportant la pièce de bois à carboniser au moyen de rouleaux, sur lesquels on la fait glisser.
- K, pièce de bois soumise à la carbonisation.
- L, appendice qu’on ajoute dans le cas où on opère sur des poteaux télégraphiques ou autres pièces de bois rondes ou méplates.
- Fonctionnement de Vappareil. — Pour faire fonctionner l’appareil on opère de la manière suivante :
- On remplit d’eau la cavité E', près de laquelle vient s’adapter le tuyau en caoutchouc amenant l’air du soufflet; cette eau, renouvelée de temps en temps, a pour but, ainsi qu’on l’a dit, de protéger le caoutchouc et de l’empêcher d’être brûlé par la haute température du fourneau.
- On place dans le fourneau du menu bois, qu’on allume en laissant ouvertes les deux portes A', A".
- Lorsque le bois est enflammé, on ferme la porte du devant A", on en lute les joints avec de la glaise, et on fait fonctionner la soufflerie; puis on charge le combustible par la porte A', peu à peu et jusqu’à ce que le fourneau soit plein, comme l’indique la figure 1.
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- Le combustible étant bien allumé, on ferme la porte A1, et la flamme sort par la tubulure ou buse recourbée placée sur le devant du fourneau.
- Après dix minutes ou un quart d'heure, la fourneau a pris une allure régulière, et l’on peut régler l’injection de l’eau du réservoir G au moyen des robinets I. Le liquide, entraîné par le vent du soufflet, vient se décomposer au contact du combustible incandescent, et donne lieu à la production de gaz qui, en se combinant à l’oxygène de l’air, augmentent la puissance de carbonisation de l’appareil.
- La marche de l’appareil étant bien réglée, on fait passer devant le jet de flamme le bois à carboniser en le faisant rouler sur le banc J, et en dirigeant le jet de flamme selon les besoins, au moyen du levier B', qui fait monter, descendre ou tourner le fourneau sur son axe B.
- On maintient la flamme d’une manière constante, en ajoutant, par la porte A', du combustible par petites quantités, et en donnant de temps en temps quelques coups de ringard à l’intérieur du fourneau.
- Pour carboniser les poteaux télégraphiques ou autres pièces de bois rondes ou méplates, on ajoute un appendice L, sorte de réflecteur, qui, concentrant la flamme, l’utilise tout entière en la faisant tourner autour de la pièce à carboniser.
- Nous publierons ultérieurement l’appareil à désagréger les roches.
- (M.)
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- Rapport fait par M. Debray, au nom du comité des arts chimiques, sur un
- NOUVEAU PROCÉDÉ DE FABRICATION DES FILS DORÉS, par M. HÉLOUIS, b0U~
- levard Saint-Martin, 55, à Paris.
- Messieurs, M. Hélouis, membre de la Société d’encouragement, est l’inventeur d’un nouveau procédé de fabrication des fils métalliques, employés dans la passementerie pour la confection d’un grand nombre d’objets brillants, tels que ceinturons, épaulettes et galons dorés. Votre comité des arts chimiques m’a chargé d’examiner ce procédé, et je viens, dans ce rapport, indiquer à la Société les avantages sérieux qu’il présente sur celui que l’industrie a mis en usage jusqu’à ce jour.
- On a fabriqué, jusqu’ici, les fils dorés avec le cuivre ou l’argent purs ; on amène ces métaux à grosseur convenable par le tréfilage, et on les recouvre ensuite, par la voie électrique, d’une même couche d’or, destinée surtout à leur donner une belle couleur et de l’éclat. Le fil de cuivre doré, relativement peu coûteux, ne donne que des produits communs, parce que le cuivre
- Tome XV. — 67e année. 2e série.—Avril 1868. 26
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- se ternit rapidement et prend une couleur désagréable sous l’influence des agents atmosphériques, lorsque la couche d’or extérieure a été enlevée par l’usage. L’argent doré est naturellement plus cher, mais il a l’avantage de laisser apparaître, partout où le frottement a usé l’or, un métal dont la couleur frappe encore agréablement la vue. Cependant on sait que l’argent, quoique bien moins altérable que le cuivre, présente encore l’inconvénient de noircir à la longue, parce que sa surface se recouvre peu à peu d’une couche de sulfure d’argent. La production, ordinairement très-lente, de ce composé est due à l’action que l’acide sulfhydrique contenu normalement en proportion très-minime dans l’atmosphère exerce sur l’argent. Cette action devient très-énergique, comme on le sait, lorsque, par suite de circonstances particulières, cette proportion augmente au point d’affecter désagréablement l’odorat ; c’est pour cela que tous les objets d’argent noircissent rapidement dans le voisinage d’un bain d’eau sulfureuse.
- L’or est complètement inattaquable par l’acide sulfhydrique et les sulfures, mais il ne protège les autres métaux contre l’action de ces agents que dans le cas où son épaisseur est suffisante pour empêcher le passage des gaz. Dans les fils dorés, cette épaisseur est beaucoup trop petite pour qu’il en soit ainsi ; aussi voyons-nous les objets qu’ils ont servi à fabriquer, noircir rapidement quand on les plonge dans une atmosphère d’acide sulfhydrique ou de sulfhy-drate d’ammoniaque. Le contact des sulfures alcalins produirait le même effet. Les officiers du tir de Yincennes, chargés de l’essai des nouvelles armes se chargeant par la culasse, ont pu le constater, il y a peu de temps, à leur grand déplaisir. À chaque coup de feu, leur épaulette dorée se recouvrait d’une multitude de petits points noirs, dus à l’action du sulfure de potassium engendré dans la combustion de la poudre, que l’obturateur de l’arme avait laissé échapper en particules d’une ténuité extrême.
- L’inconvénient des fils d’argent se révélait ainsi sous une forme bien propre à attirer l’attention des fabricants, et c’est précisément cette observation qui a conduit M. Hélouis à imaginer le nouveau fil dont il me reste à parler.
- Les métaux capables de résister à l’action des sulfures sont peu nombreux : parmi les métaux aujourd’hui usuels, l’or, le platine et l’aluminium possèdent seuls cette propriété. L’or est trop cher pour qu’on en puisse faire des fils pleins ; on le réserve pour en former la couche extérieure ; il faut donc avoir recours à l’un des deux autres métaux pour l’intérieur du fil doré.
- Des essais ont été tentés, il y a déjà quelques années, avec l’aluminium ; mais la difficulté de dorer ce métal sans avoir recours à une couche inter-
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- médiaire de cuivre a empêché, jusqu’ici, d’arriver à des résultats véritablement sérieux.
- M. Hélouis se sert du platine, et il a ingénieusement levé les difficultés qui, au premier abord, semblent devoir faire exclure ce métal d’une fabrication économique. Le platine est, en effet, deuxfois plus lourd que l’argent, et, en outre, il coûte quatre fois plus que ce métal sous le même poids ; il résulte donc de cette double condition qu’un fil de platine aurait une valeur intrinsèque huit fois plus considérable que celle d’un fil d’argent de même grosseur et de même diamètre. Mais les essais de M. Hélouis ont montré que l’on peut facilement fabriquer des fils de cuivre recouverts d’une faible épaisseur de platine, et néanmoins inaltérables à l’action des sulfures ou de l’acide sulfhy-drique et des autres agents atmosphériques.
- Pour obtenir son fil platiné, M. Hélouis fait entrer à force une tige de cuivre dans un anneau de platine chauffé. La contraction éprouvée parle platine, pendant le refroidissement, détermine son adhérence avec le cuivre; les deux métaux peuvent subir alors l’action du tréfilage sans se séparer. La dorure du nouveau fil n’offre, d’ailleurs, aucune difficulté particulière.
- Les objets fabriqués avec le fil Hélouis ont une couleur plus rapprochée de celle de l’or pur que ceux qui sont obtenus avec le fil d’argent doré de la fabrication dite ministérielle. Il semble, en effet, que l’argent s’aperçoit dans ces fils à travers la couche d’or extérieure, et lui communique une partie de sa teinte blanche ; le platine ne blanchit pas l’or au même degré.
- En soumettant à l’action des vapeurs de sulfhydrate d’ammoniaque les produits similaires de la fabrication Hélouis et de la fabrication ministérielle, on voit le fil d’argent doré noircir presque immédiatement, tandis que le fil platiné et doré n’éprouve, dans les mêmes conditions, qu’une altération purement locale. Cette altération est probablement due à ce que des déchirures de la couche extérieure du platine ont pu se produire, en certains points, dans l’opération du tréfilage. Le cuivre noircit alors partout ou le platine ne le recouvre plus. Cette partie de la fabrication ne peut, évidemment, que s’améliorer ; mais, telle qu’elle est actuellement, elle donne déjà des produits supérieurs à ceux de l’ancienne fabrication. Cependant, dans ces produits, l’épaisseur de la couche de platine est assez petite pour que son poids constitue, tout au plus, 1/100 de celui du fd.
- M. Hélouis a même essayé de descendre, de beaucoup, au-dessous de ce titre, mais la qualité des produits s’en est ressentie. Hes fils extrêmement fins avec lesquels il a confectionné des franges dorées, et qui contenaient de 15 à
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- 20 millièmes de platine seulement, se sont altérés dans les vapeurs de sulfhy-drate d’ammoniaque à peu près aussi vite que les fils d’argent doré de même grosseur.
- Il est donc nécessaire, dans l’intérêt de la nouvelle fabrication, de ne point abaisser à ce terme le titre du platine, surtout pour les fils très-fins. Le platine ne protège, en effet, le métal intérieur qu’à partir d’une certaine épaisseur, qui est indépendante de la grosseur totale du fil, et que l’expérience seule peut nous faire connaître. Il en résulte que l’épaisseur de l’anneau de platine dont il faut entourer un même cylindre de cuivre doit varier avec le diamètre du fil qu’on veut finalement obtenir, et qu’elle doit être d’autant plus considérable que le diamètre de ce fil est plus petit. Il reste donc encore, à M. Hé-louis, quelques études à faire à cet égard, afin de déterminer, avec certitude, la quantité minimum de platine qu’il convient d’employer pour chaque grosseur de fil.
- Mais, en supposant même qu’on emploie le platine de 0m,005 à 0m,01 qui parait plus que suffisant pour tous les cas, il est évident que le fil platiné sera encore bien plus économique que le fil d’argent. Ainsi, par exemple, le fil d’argent doré extrêmement fin, employé dans les franges de la fabrication dite ministérielle, vaut 335 fr. le kilogr. ; celui de M. Hélouis, de la même grosseur, ne coûte que ^00 fr. Il devient possible, alors, de remplacer dans les ceinturons et les galons, la soie autour de laquelle on enroulait des fils dorés par des fils entièrement métalliques, dont le prix est à peu près le même que celui de la soie. M. Hélouis obtient ainsi des ceinturons et des galons qui coûtent moins cher, et qui sont, néanmoins, beaucoup plus beaux, plus solides et moins altérables que les anciens. De plus, les galons fabriqués avec la soie n’ont qu’une faible valeur, lorsqu’ils sont hors de service, parce que la fusion du métal qu’ils contiennent entraîne nécessairement la destruction de la soie qui en forme la majeure partie ; ceux de M. Hélouis, contenant exclusivement du cuivre platiné et doré, ont une valeur bien plus grande à la fonte (1).
- En résumé, M. Hélouis utilise, dans son procédé, d’une manière ingénieuse
- (1) Une paire d’épaulettes de lieutenant de la fabrication ministérielle valant 75 francs, est reprise pour 30 francs lorsqu’elle est hors d’usage ; la paire d’épaulettes en métal Hélouis coûte seulement 50 francs, et elle est reprise, lorsqu’elle est usée, pour 25 francs.
- Un ceinturon de la fabrication ministérielle coûtant 30 francs, ne vaut plus au brûlé que 6 francs; le ceinturon Hélouis coûte 25 francs, et à la fonte il vaut encore 10 francs.
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- et en même temps économique, les propriétés précieuses du platine, métal pour ainsi dire inaltérable, et que son prix, malheureusement trop élevé, a relégué presque exclusivement, jusqu’ici, dans les laboratoires et les fabriques de produits chimiques, où ses qualités le rendent indispensable. Les produits obtenus avec son fil platiné, supérieurs pour la couleur et l’inaltérabilité aux produits similaires que l’industrie parisienne et lyonnaise obtient avec les fils d’argent, sont, de plus, beaucoup moins chers. Pour ces raisons, votre comité vous propose de remercier M. Hélouis de son intéressante communication, et d’ordonner l’insertion du présent rapport dans le Bulletin de la Société.
- Signé Debray, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 13 mars 4868.
- COMITÉ D’AGRICULTURE.
- Rapport fait par M. Huzard, au nom du comité d’agriculture, sur une boucle de harnais imaginée par M. le docteur Rlatin, rue Bonaparte, 30, à Paris.
- Messieurs, il est difficile, souvent même impossible, de faire sortir de sa boucle le trait qui attache à la voiture le harnais d’un cheval d’un équipage à deux chevaux. Cette difficulté se présente à peu près toujours quand le cheval s’abat et que les traits deviennent tendus outre mesure. Dans ce même accident, la courroie qui attache le harnais au bout du timon, et qui sert à faire reculer la voiture, est également si tendue, qu’on ne peut faire mouvoir et sortir l’ardillon. Le cheval retenu par les harnais et ne.pouvant se relever, on est obligé de couper ou la courroie de reculement, ou le trait.
- Une boucle a été inventée pour remédier à cette difficulté de dételer. La traverse qui porte l’ardillon tourne dans les branches du corps de la boucle ; cette traverse, dans son milieu, là où elle porte l’ardillon, est pourvue d’un excentrique, de manière que, en faisant tourner cette traverse, l’ardillon recule et sort facilement du trou de la courroie ou du trait.
- Pour faire tourner la traverse, il y a une petite poignée soudée à la traverse ; cette poignée se couche sur l’ardillon et se cache entre les branches de la boucle quand la courroie ou le trait est passé dans la boucle. Cette poignée sert même à faire rentrer facilement l’ardillon dans la courroie ou dans le trait comme elle sert à l’en faire facilement sortir.
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- Ainsi se trouve résolu un problème mécanique qui consiste à transformer
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- AGRICULTURE.
- l’ardillon d’une boucle de harnais, qui ne peut pénétrer dans une courroie pour la retenir sans que sa pointe décrive un arc de cercle, en une sorte de clavette ou cheville, dont la pénétration ou la sortie, se fait dans un plan parallèle à celui de la chape de la boucle.
- Pour que l’ancien ardillon pénètre dans la courroie, il faut, de toute nécessité, que celle-ci subisse un mouvement de recul, obtenu non sans effort, et se replie en arrière sur la chape, ne présentant ainsi qu’obliquement le trou à employer. Il en est de même pour dégager l’ardillon ; et c’est ce faible mouvement rétrograde qui devient impossible dans le cas qui vient d’être décrit plus haut. C’est donc dans la suppression du mouvement de recul de la courroie ainsi que dans la marche quasi rectiligne de l’ardillon, que se trouvent le caractère et l’utilité de la boucle présentée.
- L’ingénieux mécanisme de cette boucle est très-simple et très-solide; il n’augmente pas assez le prix de la boucle pour que l’usage n’en puisse être adopté.
- Nous avons l’honneur de proposer au Conseil de remercier l’auteur de son invention, et de faire imprimer le présent rapport au Bulletin, avec figure et description de la boucle.
- Signé Huzard, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 27 décembre 1867.
- LÉGENDE RELATIVE A LA BOUCLE DE HARNAIS DE M. LE DOCTEUR BLATIN.
- Fig. 1. Fig. 2.
- C C
- Les figures 1 et 2 ci-contre représentent la boucle de harnais à l’échelle réduite de 1/3.
- Fig. 1. Vue de la boucle ayant son ardillon en place, c’est-à-dire étant fermée.
- Fig. 2. Vue de la même étant ouverte, c’est-à-dire ayant son ardillon déplacé.
- a, ardillon monté fou, comme à l’ordinaire, sur son axe b.
- b, axe de l’ardillon, différant de l’axe des boucles ordinaires en ce qu’il est coudé en son milieu et peut tourner lui-même entre les branches c qui forment la chape de la boucle.
- d, étrier fixé invariablement sur l’axe b dont il commande le mouvement.
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- CÉRAMIQUE.
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- Il résulte de ces dispositions que, lorsque l’ardillon est passé dans le trou de la courroie et la boucle fermée, les choses se présentent suivant l’aspect de la Figure 1.
- Lorsqu’on veut rendre la courroie libre, on fait décrire à l’étrier d un arc de 180 degrés, comme l’indique la figure 2 ; par suite de mouvement, l’axe b décrit le même arc de cercle, et son coude passant en dessous, l’ardillon se déplace horizontalement d’une quantité suffisante pour rendre la courroie entièrement libre.
- Pour remettre les choses en état il suffit, en soutenant l’ardillon au-dessus des branches c, de rabattre l’étrier cl sur la chape de la boucle. (M.)
- CÉRAMIQUE.
- FOUR A REFROIDIR LE VERRE A VITRE , PAR M. D. BIEVEZ,
- de Haine-Saint-Pierre {Belgique) (planche 382).
- Parmi les spécimens du matériel industriel que la Belgique avait envoyés à l’Exposition du Champ de Mars, se trouvait un nouveau système de four à refroidir le verre à vitre, inventé par M. D. Bievez, de Haine-Saint-Pierre (Belgique), que ses avantages constatés par de nombreuses applications recommandent aux lecteurs du Bulletin.
- Dans le système de four à refroidir, en usage jusqu’ici, chaque feuille de verre subit un double transport dans lequel le verre, se déformant plus ou moins, reprend rarement sa surface plane; c’est là un inconvénient que l’invention de M. Bievez a pour but de faire disparaître.
- L’appareil se compose du four proprement dit et d’une série de cadres ou châssis verticaux, pouvant se mouvoir dans un plan vertical. Ces cadres sont guidés par des coulisses en fonte fixées, de part et d’autre, dans la maçonnerie du four, et leurs côtés supérieurs, qui s’élèvent au-dessus de la voûte, sont reliés entre eux par une barre longitudinale; ils sont équilibrés par des contre-poids, de telle sorte qu’il suffit d’un léger effort pour les faire mouvoir.
- Les côtés inférieurs portent des galets, dans les gorges desquels reposent des tringles en fer parallèles ; les extrémités de ces tringles se prolongent jusqu’à l’ouverture du four, où elles sont réunies par une traverse, qui permet, par une simple traction, de leur imprimer à toutes, en même temps, un mouvement de translation horizontal ; à l’état de repos, les tringles et les galets sont logés dans des rainures pratiquées dans la sole du four.
- La planche 382 représente ce four que l’inventeur nous a autorisés à publier.
- Fig. 1. Section longitudinale partielle suivant la ligne I, II de la fig. 2.
- Fig. 2. Section horizontale suivant la ligne III, IV de la fig. 1.
- Fig. 3. Section transversale suivant la ligne V, VI de la fig. 2.
- À, four à refroidir.
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- CÉRAMIQUE.
- %0S
- B, chariot roulant sur rails et recevant les feuilles de verre.
- C, cadres ou châssis verticaux mobiles, disposés perpendiculairement au grand axe du four.
- D, coulisses dans lesquelles se meuvent les montants des cadres G.
- E, contre-poids servant à équilibrer les cadres G.
- F, barre longitudinale reliant les côtés supérieurs de tous les cadres.
- G, chaîne de manœuvre à l’aide de laquelle on soulève, d’un seul coup, tous les ' cadres.
- H, galets fixés aux côtés inférieurs des cadres.
- I, tringles parallèles reposant dans les gorges des galets H, et se logeant dans des rainures disposées dans la sole du four.
- J, traverse réunissant, en dehors du four, toutes les tringles I, et servant à les tirer d’un seul coup, comme l’indique le ponctué de la fig. 2.
- K, ouverture pour la manœuvre des feuilles de verre.
- Cela posé, voici comment’on opère :
- Le chariot B ayant amené une première feuille de verre, l’étendeur se rend à l’ouverture K et, au moyen d’une courte fourche, fait glisser la feuille sur la sole du four, en lui faisant occuper la première des neuf places qu’elle doit successivement parcourir. Dès que le chariot amène une seconde feuille, un aide agit sur la chaîne de manœuvre G, et lève, d’un seul coup, tous les cadres ou châssis, ainsi que les tringles I; par suite de ce mouvement, la première feuille de verre se trouve soulevée et, dans cette nouvelle position, elle est soutenue par l’espèce de grillage que forment les tringles. Pendant qu’elle est ainsi soulevée, on imprime, à l’aide de la traverse J, un mouvement de traction aux tringles en les faisant glisser sur les galets H, de manière à faire avancer la feuille de verre d’une quantité un peu supérieure à sa largeur; puis, abandonnant, peu à peu, la chaîne de manœuvre G, on laisse redescendre, lentement, tout le système sur la sole, et l’on n’a plus qu’à repousser les tringles qui, logées de nouveau dans leurs rainures, reviennent en place sans entraîner la feuille, qui se trouve ainsi amenée à sa deuxième position. La place est alors faite à la seconde feuille, et l’étendeur peut la faire glisser du chariot sur la sole du four. Dès que cette seconde feuille est introduite, on manœuvre l’appareil comme précédemment, c’est-à-dire qu’on fait la place à la troisième feuille, tout en faisant avancer les deux premières, et ainsi de suite. De cette manière, chaque feuille chemine, successivement, d’une quantité à peu près égale à sa largeur, et parcourt, ainsi, en neuf fois, toute l’étendue du four pour arriver à la sortie après s’être refroidie graduellement.
- Ce système de refroidissement n’exige, pour chaque feuille, que vingt-cinq à trente minutes, au lieu de sept à huit heures que demande l’ancien mode d’opérer. Non-seulement la recuite est suffisante, mais la coupe du verre est d’une régularité et d’une facilité bien plus grandes, sans doute parce que les soulèvements successifs de chaque feuille permettent un refroidissement à peu près uniforme sur les deux faces.
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- L’appareil de M. Bievez est déjà appliqué dans les établissements suivants : En Belgique, aux usines de Marimont et Jumet (Société anonyme des manufactures de glaces à Bruxelles) ; chez MM. Léon Houtart et comp., à la Louvière; MM. Laurent Duver-gnies et comp., à Binche; M. Crets-Gérard, à Jemmape; MM. Daubresre, à la Louvière; et, en France, chez MM. Renard, à Fresne. (M.)
- SIDÉRURGIE.
- SUR LE NOUVEAU PROCÉDÉ DE FABRICATION DE i/ACIER DE M. MARTIN DE SIREUIL ET SUR
- LA MÉTHODE DE M. EGGERTZ POUR LA DÉTERMINATION DU CARBONE DANS LES ACIERS,
- PAR M. L. GRUNER, INSPECTEUR GÉNÉRAL DES MINES. [Extrait.)
- Procédé de fabrication de Vacier de M. Martin.
- Dans l’affmage direct de la fonte pour fer ou acier, on peut suivre trois voies différentes :
- 1° On peut opérer sur la fonte solide à une température plus ou moins élevée, mais sans fusion. Le produit est de la fonte malléable ordinaire lorsqu’on décarbure complètement, et de la fonte malléable aciéreuse (le glühstahl des Allemands) en cas d’affinage partiel.
- 2° On peut opérer sur la fonte pâteuse ou fluide de façon à obtenir un produit solide, qui sera, selon le degré de carburation, du fer doux ou de l’acier naturel, c’est-à-dire le fer ou acier de forge des bas foyers et le fer ou acier pucldlé des réverbères. Au lieu d’affmer la fonte proprement dite, on peut, d’ailleurs, traiter de la même manière les éponges extraites directement des minerais par les méthodes catalane et Chenot.
- 3° Enfin on peut traiter la fonte fluide à une température assez élevée pour que le produit lui-même demeure fluide. On y parvient par les procédés dits de réaction et par l’affmage Bessemer. Selon le degré de la décarburation, on aura ou de l’acier fondu ordinaire ou du fer fondu; ce dernier est appelé depuis peu fer ou métal homogène (1). En décarburant moins encore, on peut obtenir un produit intermédiaire entre l’acier et la fonte ; c’est alors le Fein eisen, ou Rein eisen et le Hartguss des Allemands.
- Ce troisième mode d’affmage comprend divers procédés. Le plus remarquable et le plus répandu, en ce moment du moins, est le procédé Bessemer; comme variante on
- (i) D’après le docteur Percy, ce nom paraît avoir été adopté, en premier lieu, par Joseph Ber-nelt Howell de Sheffield dans son brevet de 1836.
- Tome XV. — 67e année. 2e série. — Avril 1868.
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- SIDÉRURGIE.
- peut citer le procédé Bérard. Dans les deux cas l’affinage s’opère essentiellement par l’oxygène de l’air.
- Mais on peut aussi affiner au moyen d’agents solides, tels que le fer et l’oxyde de fer; c’est la méthode dite par réaction, déjà indiquée par Réaumur (1) et même par Vanaccio pour l’acier de forge, puis recommandée pour l’acier fondu par Clouet, Mu-shet, Hassenfratz, le capitaine Uchatius, etc.
- La fusion se faisait alors au creuset, comme dans les usines où l’on fond l’acier cémenté, tandis que maintenant on a recours au four à réverbère. Hassenfratz parle de ce dernier four dès 1812. MM. Heath, John Davie Stirling et Bessemer l’ont essayé en Angleterre, le premier en 184-5, les deux derniers en 1854- et 1855. Plus tard en 1858 M. Sudre et MM. Petin et Gaudet s’en sont servis momentanément en France; mais le procédé n’est devenu pratique qu’à la suite des tentatives prolongées du commandant Alexandre dans les fonderies impériales de Villeneuve et de Ruelle en 1861 et 1862, et surtout par les efforts faits depuis 1865 par M. P. Martin (2) dans son usine de Sireuil; c’est de son procédé que nous allons nous occuper.
- La méthode consiste à produire l’acier fondu au réverbère par la réaction du fer doux sur la fonte avec ou sans intervention de minerais de fer riches. Le four employé est un réverbère à une seule porte, muni de régénérateurs Siemens.
- La porte unique est au milieu de l’une des longues parois, tandis qu’en face, du côté opposé, se trouve, au point le plus bas de la sole, un trou avec canal de coulée. Par les deux côtés étroits arrivent et s’échappent les gaz de l’appareil Siemens. La section intérieure est un ovale tronqué ou un rectangle rétréci aux deux extrémités. La sole est en sable réfractaire argilo-quartzeux ; pour qu’elle puisse résister à la haute température du four, on ne lui donne qu’une faible épaisseur, moins de 0m,10. Une plaque en tôle forte, refroidie en dessous par un courant d’air ou de vapeur et d’air, supporte le sable. Après chaque opération, on répare la sole en rebattant du sable frais dans les trous qui ont pu se produire; avec ces réparations, elle peut durer longtemps. A la fin de chaque semaine, on retouche, bien entendu, les parois latérales, et, pour ce qui est de la voûte, on la refait intégralement toutes les trois semaines, ou, en général, à la suite de vingt-cinq ou trente opérations. Au devant du four, du côté où se
- (1) Dans son remarquable Traité de l’art de convertir le fer en acier, publié en 1722, Réaumur dit à la page 250 : « que le fer doux est transformé en acier lorsqu’on le tient immergé pendant quelque temps dans la fonte fondue, » et il ajoute que « ce procédé de faire de l’acier est en usage dans quelques contrées etse trouve déjà décrit par Vanaccio dans sa Pyrotechnie, liv. I, chap. vu. » A la page 256, Réaumur dit encore que l’on peut aussi préparer de l’acier « en fondant de la ferraille dans de la fonte » et qu’il a obtenu de l’acier de forge en mêlant ainsi à la fonte tantôt un quart, tantôt un tiers de fer.
- (2) Après des tentatives assez nombreuses, M. Martin a pris un premier brevet le 28 juillet 1865; il a pris ensuite un certificat d’addition le 19 décembre de la même année, puis dans le courant de 1866 et 1867 dix autres certificats pareils moins importants.
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- trouve le conduit de coulée, un chemin de fer à chariots ou une plaque tournante amène successivement à la fin de l’opération, sous le jet de métal percé, la série des lingotières. A proximité du four de fusion, on établit, en outre, un réverbère ordinaire à sole plane, pour chauffer au rouge blanc les gueusets de fonte et les paquets de fer doux que l’on ajoute dans le cours de l’opération. Les dimensions des fours dépendent, bien entendu, de la grandeur des charges. A Sireuil, on opère sur 1 500 à 2000 kilog. ; à Firminy, chez M. Yerdié, sur 3000 à 3 500. Il faut que la profondeur du bain soit à peu près de 0ra,10, comme dans le four Alexandre et dans l’appareil Berard.
- L’opération est fort simple. On peut obtenir l’acier, ainsi qu’il a été dit, soit par simple réaction du fer doux sur la fonte, soit par l’action oxydante de minerais riches. A cause des difficultés provenant de la différence de densité et de l’action corrosive de l’oxyde de fer, le dernier moyen est moins facile à réaliser.
- M. Martin préfère la méthode de réaction par le fer, qui est évidemment beaucoup plus simple; mais les expériences du commandant Alexandre et celles de M. Martin lui-même montrent bien que, par l’oxyde de fer, on arrive également au résultat désiré. En tous cas, pour produire l’affinage, il faut nécessairement que la fonte se trouve en présence d’une certaine proportion d’oxydes de fer ou de manganèse, ajoutés sous forme de minerais purs, de riblons grillés et de scories riches, ou formés par oxydation dans le four même aux dépens de la fonte ; mais il faut éviter tout excès pour ne pas trop attaquer les parois du four.
- Gomme dans l’appareil Bessemer, on peut, d’ailleurs, conduire l’opération selon deux modes opposés : affiner complètement, puis recarburer par des additions de fonte pure; ou bien, au contraire, arrêter le travail lorsqu’on juge le métal décarburé au degré voulu.
- Xe premier mode, comme dans le procédé Bessemer, assure, à cause de sa plus grande durée, une épuration plus complète, pourvu que la fonte ajoutée pour la recarburation soit elle-même pure et que l’affinage soit de nouveau poursuivi pendant quelques instants après la dernière addition. C’est ce que fait, en général, M. Martin.
- Les fontes traitées à Sireuil proviennent surtout des hauts-fourneaux de Saint-Louis près de Marseille, et de Ria près de Prade. Celles que l’on traite chez M. Yerdié sont obtenues avec les minerais de Bone. Ce sont, comme on sait, des fontes pures manga-nésifères, grises ou blanches, miroitantes. Mais il est évident que l’on pourra affiner par ce procédé toutes les fontes que l’on passe à l’appareil Bessemer, et l’on doit même pouvoir traiter des fontes légèrement sulfureuses, surtout si l’on opère avec addition de minerais riches et non par réaction simple du fer doux sur la fonte.
- Le fer ajouté doit lui-même aussi provenir de minerais purs, si l’on veut obtenir des produits supérieurs. Ce seront des fers puddlés plus ou moins aciéreux, préparés avec les fontes dont on vient de parler. On prendra des bouts de barres et des pièces manquées d’origines variées ou, à défaut de cela, du fer puddlé brut préparé spécialement
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- ad hoc. Mais, pour les produits communs, on pourra prendre du fer et de la ferraille ordinaires, pourvu qu’ils ne soient pas trop impurs. On sait que, dans le mazéage et le puddlage, on se débarrasse aisément de la majeure partie du phosphure des fontes et d’une portion du soufre. Le fer doux, ainsi épuré une première fois, donnera, en se dissolvant dans la fonte pure, un produit homogène dans lequel le phosphore et le soufre seront encore plus dilués. L’acier proprement dit, obtenu par ce moyen, sera toujours quelque peu aigre, il manquera de corps; mais le fer doux homogène, même impur, possédera pourtant une ténacité bien supérieure à celle de ce même fer simplement puddlé, soudé et corroyé. On pourra donc tirer parti de fontes moins pures que celles qui conviennent pour le procédé Bessemer.
- Il est évident qu’au réverbère, comme dans l’appareil Bessemer et plus facilement que dans ce dernier, on doit pouvoir obtenir à volonté tous les degrés d’aciération compris entre la fonte blanche et le fer doux. Il n’y a qu’à faire varier les proportions relatives de fonte et de fer ou de fonte et d’oxyde, comme l’ont prouvé le commandant Alexandre et déjà avant lui Réaumur, Clouet, Uchatius, etc.
- M. Martin distingue dans ses brevets quatre produits différents :
- Le métal mixte, qui peut à peine se forger; c’est l’ancien wildstahl des Allemands, compris entre la fonte et l’acier ordinaire ;
- L’acier pour outils, ou acier proprement dit;
- L’acier doux, ou métal homogène;
- Le fer fondu qui est rouverin (1).
- Disons maintenant quelques mots de l’opération elle-même.
- Le four, chauffé au blanc parles gaz chauds du régénérateur Siemens, reçoit d’abord un certain poids de fonte à affiner. On pourrait charger froid, mais on préfère pour ne pas trop refroidir le four, chauffer les gueusets par avance dans le four accessoire ci-dessus mentionné.
- Lorsque la fonte est fondue et le bain très-chaud, on y ajoute, par charges de 100 à 200 kilog., les diverses sortes de fer dont ont a parlé, chaque barre, paquet ou lopin étant chauffé au rouge clair et pesant de 10 à 20 kilogrammes. Ces additions se font toutes les vingt à trente minutes et sont suivies d’un rapide brassage dès que le fer se trouve dissous par la fonte.
- Au lieu de fer ou avec le fer, on peut aussi ajouter du minerai riche, soit brut, soit grillé, soit plus ou moins réduit par cémentation; mais, ainsi qu’il a été dit, avec cette manière d’opérer le mélange est plus difficile, le produit moins homogène et le four plus fortement attaqué.
- Il semble cependant qu’il devrait y avoir avantage à faire quelques faibles additions
- (1) Le fer fondu est, au fond, du fer brûlé; il est rouverin parce qu’il a absorbé de l'oxygène; on le transforme en métal homogène en le recarburant par des additions de fonte.
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- d'oxyde riche ; il en résulterait certainement un affinage plus complet. En tous cas on constate que la couche de scorie qui se forme à la surface du bain, s’appauvrit rapidement, soit par l’influence du carbone de la fonte, soit par les gaz du fourneau qui peuvent avoir facilement une réaction réductive, soit enfin par les parois et la sole qui cèdent leur quartz (1). La scorie de M. Yerdié a donné au bureau d’essai de l’École des mines les chiffres suivants :
- Silice...................... 64,33
- Alumine...................... 8,66
- Protoxyde de fer............ 21,89
- Protoxyde de manganèse. . . 2,74
- Chaux........................ 3,00
- 100,62
- Elle contenait des grenailles métalliques, mais on les a enlevées avant l’analyse, à l’aide du barreau aimanté.
- Le gain de l’analyse semble cependant indiquer qu’il devait encore rester quelques parcelles métalliques. Gomme dans l’appareil Bessemer, le silicate est pauvre, d’apparence vitreuse et plus ou moins bulleux.
- Dans cet état il ne saurait plus agir comme agent oxydant sur le bain de fonte ; il ne peut lui enlever ni phosphore ni soufre, et lui fournirait plutôt du silicium. Aussi, lorsque la scorie est ainsi appauvrie et que l’affinage n’est pas encore achevé, il faut décrasser le bain ou enrichir les scories par de nouvelles additions d’oxydes riches. En tout cas, on voit que l’on est maître de l’opération ; on peut l’arrêter quand on veut, augmenter ou diminuer les doses de fer et d’oxyde, produire à volonté un métal plus ou moins carburé, et cela plus facilement que dans l’appareil Bessemer, parce que l’opération est beaucoup plus lente et que l’on peut prendre plusieurs essais dans le cours de chaque opération. On puise, en effet, le métal avec une cuiller en fer, verse le contenu dans une lingotière et soumet le lingot au marteau de forge. L’échantillon est brisé à froid, et la nature du métal jugée par son grain et son degré de dureté et de malléabilité.
- On peut suivre, comme il a été dit plus haut, deux systèmes opposés : décarburer graduellement et arrêter l’opération au degré voulu, ou bien pousser jusqu’au fer brûlé et recarburer par de nouvelles additions de fonte pure. La deuxième méthode vaut mieux par les motifs déjà énoncés, et c’est aussi celle que M. Martin a finalement adoptée. Lors donc que les essais donnent un métal décarburé, suffisamment affiné, on remplace les additions de fer ou de minerai par des additions de fonte pure chauffée
- (1) Lorsque la chaleur est insuffisante, le laitier est noir ferrugineux, tandis qu’il prend une couleur vert clair lorsque la température est très-élevée.
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- au rouge. Après la fusion du métal ajouté et un brassage convenable, on prend un essai qui règle la seconde dose de fonte à ajouter. On fait ainsi deux ou trois additions et l’on prend des essais de demi-heure en demi-heure, jusqu’à ce que l’on arrive au métal voulu, puis l’on procède à la coulée. Yoici les teneurs en carbone de quatre essais successifs pris, sous les yeux de l’auteur, chez M. Yerdié, après chaque nouvelle addition de 100 à 200 kilog. :
- Le numéro 1 a donné 0,0044
- — 2 — 0,0054
- — 3 — 0,0076
- — 4 — 0,0087
- Le n° h est de l’acier ordinaire, mi-dur; le n° 1 correspond au fer décarburé; les autres essais ont été pris après les additions successives de fonte.
- Lorsqu’on observe le bain dans le cours de l’opération, on voit la scorie bouillonner légèrement à la surface. Il se dégage des bulles de gaz qui doivent provenir de la réaction du silicate sur la fonte et peut-être aussi de celle du quartz de la sole, lequel peut donner, en présence du fer carburé, de l’ôxyde de carbone et du siliciure de fer.
- La durée d’une opération est à peu près de sept à huit heures lorsqu’on traite 3000 kilogrammes. On pourrait donc, à la rigueur, faire trois opérations par vingt-quatre heures; mais, comme il faut décrasser la sole et la réparer après chaque fusion, on s’arrange, en général, de façon à ne faire qu’une opération par poste de douze heures.
- Les proportions relatives de fer et de fonte varient avec la nature des produits el celle des fontes dont on se sert. M. Martin indique :
- Pour son métal mixte, par 1 000 de fer, 11 à 1200 de fonte;
- Pour Yacier à outils, par 1 000 de fer, 8 à 900 de fonte ;
- Pour Y acier doux, dit métal homogène, par 1000 de fer, 700 à 750 de fonte.
- On peut considérablement hausser la proportion de fonte, lorsqu’on substitue à une partie de fer du minerai riche.
- Sur le poids de fonte indiqué ci-dessus on en réserve un sixième à un quart pour les addditions de la fin.
- Le déchet varie avec les proportions relatives de fer et de fonte; il est d’autant plus élevé que l’acier est plus doux. En moyenne, on arrive à 6 à 8 pour 100 ; c’est la moitié du déchet qu’entraîne le procédé Bessemer. Ainsi, sous ce rapport aussi, la méthode à réaction mérite la préférence. Mais, en réalité, il convient d’ajouter au déchet du réverbère celui que le fer ajouté a déjà subi au puddlage. On arriverait alors à un déchet total de 12 à 13 pour 100, ce qui laisserait pourtant encore un léger avantage à la méthode nouvelle. Seulement, au déchet vient se joindre l’ensemble des dépenses du puddlage, en sorte que, si l’on devait soumettre à cet affinage préalable la fonte
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- supérieure que Ton traite directement au réverbère, ou dans l’appareil Bessemer, le prix de revient final serait nécessairement plus élevé dans le travail par réaction. Mais l’avantage réel du procédé nouveau, c’est de pouvoir utiliser, pour la fabrication de l’acier commun et du fer homogène, des fers doux provenant de fontes plus ordinaires, que l’on ne pourrait affiner directement dans l’appareil Bessemer. Le puddlage, lorsqu’il est bien fait, élimine des fontes les deux tiers du soufre et les trois quarts du phosphore. C’est une véritable épuration que ne réalisent ni le procédé Bessemer ni la méthode par réaction. Ce fer puddlé, ainsi épuré, n’est pas plus cher que les fontes supérieures (1), et, lorsqu’il s’agit de produire de l’acier commun, on doit pouvoir employer le fer ordinaire dans la méthode par réaction aussi bien que dans la cémentation et la fusion au creuset. Or on sait qu’à Sheffield on fabrique depuis longtemps l’acier fondu ordinaire par la méthode du creuset, en se servant de fer puddlé, provenant de fontes anglaises du Staffordshire et du Yorkshire. La méthode nouvelle a, d’ailleurs, l’avantage de pouvoir utiliser très-facilement les bouts de barres, riblons, déchets de toute sorte, vieux fers, etc. Rappelons enfin que la proportion de fer peut être considérablement réduite par l’emploi du minerai riche.
- En résumé, cependant, le travail au réverbère ne supplantera pas le Bessemer ; les deux méthodes ont leur raison d’être; celle-ci, à cause de la rapidité de sa marche et du prix élevé des installations, ne peut convenir qu’aux grandes usines, tandis que le réverbère sera l’outil des ateliers plus modestes et devra être préféré lorsqu’on voudra obtenir facilement des aciers de diverses sortes ou faire des essais en petit.
- Yoici maintenant quelques données sur le prix de revient :
- On consomme, en moyenne, pour les fers doux, 11 à 1200 kilog. de bonne houille par tonne de métal fabriqué. Le déchet ordinaire est de 6 à 8 pour 100 sur le poids réuni du fer et de la fonte. Le nombre des ouvriers est à peu près le même qu’au procédé Bessemer; ainsi la main-d’œuvre sera de 15 à 20 francs par tonne de métal produit.
- L’entretien des fours et autres appareils est moindre que dans les ateliers Bessemer; il n’y a pas là de machine soufflante.
- La réparation et la reconstruction périodique des fours ne sauraient coûter 1 000 fr. par mois. En admettant pour cette période de temps vingt à vingt-cinq opérations de 2,50 à 3 tonnes, l’entretien ne dépassera pas 15 francs par tonne. D’après cela, si nous supposons le prix des fontes supérieures de 160 francs et celui des fers ajoutés de 170 francs, ce qui est élevé comme moyenne, nous aurons approximativement par tonne d’acier commun en lingots :
- (1) Avec des fontes coûtant 100 francs la tonne, on peut avoir des massiaux puddlés au prix de 140 francs.
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- 540 kilog. de fonte à 160 francs................ 86f,40
- 540kilog. de fer à 170 francs...................... 91,80
- 1 200 kilog. de houille à 12 francs............... 14,40
- Main-d’œuvre........................................ 17,50
- Entretien et matériaux divers....................... 15,00
- Total..................... 225,10
- Somme à laquelle on devra ajouter l’intérêt des capitaux, les frais généraux, la prime pour le brevet ,etc.
- M. Rinman, agent du comptoir de fer de Stockholm, ayant passé plusieurs semaines à la forge de Sireuil, donne les détails suivants sur le procédé nouveau :
- La fabrication courante de Sireuil consiste en ce moment (décembre 1867 et janvier 1868) en fer homogène pour canons de fusils destinés aux ateliers de Châtel-lerault.
- Pour obtenir ce produit, on prend 6 à 700 kilogrammes de fonte truitée ou blanche lamelleuse de Saint-Louis. Après la fusion, on ajoute de demi-heure en demi-heure 100 kilog. de fer puddlé, obtenu avec un mélange de fonte au bois de Lâchât (Dordogne) et de cette même fonte de Saint-Louis. Ces additions de fer vont jusqu’à 1200 kilogr. et durent six heures. Il en résulte un fer brûlé qui n’a donné à M. Rinman que 0,001 de carbone.
- On ajoute alors, pour opérer la récarburation, environ 7 pour 100 de la charge antérieure, savoir 125 à 150 kilogr. de fonte miroitante de Saint-Louis. Une heure après, on fait la coulée et on obtient un lingot donnant 0,00A3 de carbone.
- Dans une autre opération où avec 700 de fonte primitive on n’a ajouté que 1100 kilogr. de fer puddlé, la teneur du fer brûlé était de 0,0022 de carbone et celle du fer homogène, après addition de 125 kilogr. de fonte spéculaire, de 0,0037.
- La consommalion de la houille par opération est dans le four
- de fusion de.................................... 1 260 kilog.
- Et pour le chauffage préalable du fer et de la fonte de...............s.................... 1 080 —
- Total..................... 2 340 —
- Ainsi, pour une charge totale en fer et fonte de 2 000 kilogr., on consomme 2 340 kilogr. de houille et l’on obtient 1 800 à 1 820 kilogr. de lingots. La main-d’œuvre pour une pareille opération, coûte, d’ailleurs, 30 à 35 francs. D’après cela, par tonne de lingots, les éléments du prix de revient, en dehors du fer et de la fonte, sont, à Sireuil, de :
- Houille........................ 1 300 kilog.
- Déchet......................... 9 à iO pour 100.
- Main-d’œuvre..........i . . . . 17 à 19 francs.
- Ces chiffres diffèrent peu de ceux qui ont été donnés plus haut. Ils sont cependant
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- un peu plus élevés, ce qui provient de ce qu’à Sireuil on opère sur des charges de deux tonnes seulement et de ce que le produit ordinaire est du fer homogène et non de l’acier, ce qui allonge l’opération. Il faut parfois plus de 12 heures, en y comprenant le temps qu’exige la réparation de la sole. La scorie de Sireuil est, en général, plus claire, moins ferreuse et moins bulleuse que celle de M. Yerdié ci-dessus analysée (1).
- Dans tous les essais faits pour déterminer la quantité de carbone, on s’est servi de la méthode de M. le professeur Eggertz, de Fahlun, en sorte qu’il n’est pas inutile d’indiquer ici cette méthode.
- Méthode de M. Eggertz pour la détermination du carbone dans les aciers.
- Les méthodes d’analyse ordinaires, fondées sur la combustion du carbone ou sur la dissolution du fer par le brome, l’iode, le chlorure de cuivre, etc., sont longues et délicates; on ne peut y songer dans un laboratoire d’usine. Il fallait donc une méthode plus expéditive et pourtant sûre, double condition que paraît remplir celle qu’a imaginée M. le professeur Eggertz, de Fahlun.
- La méthode de M. Eggertz est un procédé colorimétrique, basé sur l’emploi des liqueurs titrées. Elle repose sur le fait suivant : lorsqu’on traite du fer carburé par de l’acide azotique, légèrement étendu et chaud, le carbone combiné se transforme en un produit organique, fortement coloré, tandis que le graphite n’est pas attaqué. En diluant la liqueur, on peut l’amener à la force d’une dissolution normale provenant d’un acier de composition connue, et conclure alors de son volume la teneur en carbone du métal essayé. Yoici comment on opère :
- (1) En ce moment MM. Revollier et comp., maîtres de forges à Saint-Etienne, montent une nouvelle usine avec deux fours du système Martin et des régénérateurs Siemens. La création de cette usine, annexe des ateliers de construction de machines, a surtout pour but de permettre d’établir sur une grande échelle la fabrication par un système nouveau de certaines pièces en acier, telles que bandages de roues, croisements de voies de chemins de fer, pièces de canons, boulets, enclumes, etc.
- Ce nouveau système consiste à forger l’acier à l’état liquide, c’est-à-dire à le soumettre dans le moule où on vient de le verser à une pression de 300 atmosphères et plus par cent, carré, au moyen de la presse hydraulique. L’acier doux, obtenu par les procédés Bessemer ou Martin, lorsqu’on le coule en sable, donne un lingot qui contient tellement de soufflures que, souvent, il a l’aspect d’une éponge; sa densité n’est alors que de 5,5 à 6, en sorte que ce n’est que par une série de réchauffages et de martelages qu’on parvient à amener le métal à la densité ordinaire de 7,7. Avec le procédé de compression, les soufflures ne sont plus à craindre; il y a donc économie de temps, de combustible, de main-d’œuvre et de déchet.
- MM. Revollier et comp. ont également un système de laminage spécial pour fabriquer des tôles annulaires en acier. Pour celte opération, le laminoir est disposé de manière à recevoir une rondelle d’acier qui se lamine un peu à la façon des bandages de roues. Ce système réalise une économie sur la main-d’œuvre et sur les déchets provenant de la fabrication ordinaire des tôles plates, qui ont besoin d’être équarries sur les quatre côtés. (M.)
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- On se sert d’acide azotique pur; il doit être exempt de chlore, pour que la dissolution ferreuse ne devienne pas jaune. On étend l’acide jusqu’à ce que sa densité soit de 1,20, ce qui correspond au degré 24 de l’aréomètre de Baumé.
- L’attaque se fait dans un petit tube de verre de 0m,10 à 0m,12 de longueur sur 0m,010 à 0m,012 de diamètre (i). On opère sur 0gr,10 de limaille fine, passée à un tamis métallique, dont les trous ont moins de 0m,004 de diamètre. Pour ces 0§r,10 de limaille, il faut 1,5 à 2 centimètres cubes d’acide à 24 B., si l’acier renferme peu de carbone et 4 à 5 lorsque la proportion de carbone est forte, comme dans le cas d’une fonte blanche, par exemple.
- Dès que l’acide est versé dans le tube à limaille ou que la limaille est projetée dans l’acide, la dissolution de fer se fait avec effervescence et presque instantanément. Dans la liqueur ferreuse on voit alors, en suspension, des flocons noirs plus ou moins abondants , qu’il faut dissoudre à chaud, car, à froid, la réaction est lente et presque nulle. Il faut, de plus, opérer constamment à la même température et dans les mêmes circonstances. Pour cela, on chauffe le petit tube d’attaque au bain-marie à 80° C. M. Gruner s’est servi, à cet effet, d’un simple creuset en porcelaine de 0m,07 à 0m,08 de hauteur, contenant 0m,025 à 0m,030 d’eau, dans laquelle plonge, avec un thermomètre, le tube d’attaque, ou même deux ou trois tubes pareils, car on peut, sans difficulté, faire plusieurs attaques simultanément. Un très-petit jet de gaz ou une faible flamme d’une lampe à esprit-de-vin permet de régler facilement le degré de chaleur sans variations notables. On voit alors les flocons noirs se dissoudre peu à peu, avec dégagement de gaz, et la liqueur se foncer en proportion. Au bout de deux à trois heures, la dissolution est complète; tout dégagement de gaz cesse; c’est la fin de l’attaque. On refroidit la liqueur en plongeant le tube dans de l’eau fraîche, puis on la verse dans une burette, graduée en dixièmes de centimètre cube. Enfin, avec une pipette, on étend d’eau pure, jusqu’à ce que la teinte soit exactement celle de la dissolution titrée. Pour que la comparaison soit rigoureuse, il faut que la liqueur normale soit placée dans un tube du même diamètre que la burette, et fait avec le même verre. On jugera de l’identité des deux teintes en les comparant par transparence contre le jour, ou, mieux, en plaçant les deux tubes au-devant d’une feuille de papier blanc, convenablement éclairée par la lumière diffuse.
- On peut, ainsi, avec quelque habitude, arriver facilement à un degré de précision, mesuré par 1 à 2 dixièmes de centimètre cube, ce qui donne la teneur en carbone à 1 ou 2 dix-millièmes près.
- La liqueur normale se trouve, en effet, titrée de façon à mesurer autant de centimètres cubes que l’acier type renferme de millièmes de carbone. Or, dans la pratique, cette approximation est plus que suffisante, puisque la proportion de carbone varie de
- (1) Un appareil modèle se trouve au laboratoire de l’École des mines de Paris ; c’est celui qui a figuré à l’Exposition du Champ de Mars parmi les produits suédois.
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- 25 dix-millièmes, d’un numéro de dureté au suivant, en adoptant l’échelle Tunner (1).
- Pour obtenir des résultats concordants, quelques précautions sont cependant nécessaires. La dissolution doit être faite avec un acide toujours identique et vers 80°, comme il a été dit plus haut. La nuance pâlit si l’on chauffe la dissolution, pendant deux ou trois heures, à plus de 80°, et la teinte devient un peu trop foncée lorsque l’attaque se fait au-dessous de 80°. Mais, en maintenant le bain-marie vers 80°, on trouve facilement des nombres constants.
- M. Eggertz a observé aussi que les teintes pâlissent un peu au bout de quelques jours. Il faut donc comparer les nuances le jour même où l’attaque a été faite et renouveler souvent la dissolution normale, ce qui n’est pas difficile, puisqu’on peut faire simultanément plusieurs attaques. Il faut seulement avoir à sa disposition un acier type, dont on a rigoureusement déterminé la teneur en carbone par les procédés ordinaires. Si un pareil échantillon tient par exemple, 0,0075 de carbone, il suffira d’en traiter 0gr,10, comme on vient de le dire, et d’étendre la dissolution froide dans la burette, jusqu’à ce qu’elle mesure 7CC,5. Ce sera la liqueur titrée, dont chaque centimètre cube correspond à un millième de carbone. On peut, cependant, préparer une liqueur normale qui se conserve assez bien à l’abri du jour, à l’aide de sucre faiblement brûlé, dissous dans de l’alcool étendu de son volume d’eau. L’appareil de l’Exposition, aujourd’hui à l’École des mines, renferme une teinture pareille, dans un tube fermé à la lampe et gardé à l’abri du jour dans un étui. À l’aide de l’acier type fourni par le même appareil, M. Gruner a pu constater que la préparation alcoolique avait presque conservé sa force, quoique obtenue depuis huit ou dix mois. La teinte avait cependant un peu pâli, mais le ton de la nuance était bien le même que celui de l’attaque azotique de l’acier.
- (1) On distingue en Suède, d’après la dureté mesurée à la suite de la trempe, neuf sortes d’acier Bessemer. On les désigne par les numéros 1, 1 1/2, 2, 2 1/2 jusqu’à 5, en allant du plus dur au plus doux. En Autriche, M. Tunner, l’éminent métallurgiste de Leoben, a fait adopter un système de classification peu différent de celui de la Suède. 11 a pourtant supprimé les deux premiers numéros suédois qui sont plutôt de la fonte blanche, et il a remplacé les demi-numéros par des numéros entiers, croissant depuis 1 jusqu’à 7. Le classement théorique est, d’après cela, le suivant :
- Le numéro 1, à 1,50 p. 100 de carbone, est de l’acier malléable, mais non encore soudable ; il correspond au numéro 2 de l’échelle suédoise.
- Le numéro 2, à 1,25 p. 100 de carbone, est de l’acier malléable, mais difficilement soudable.
- Le numéro 3, à 1 p. 100 de carbone, est de l’acier très-malléable qui peut se souder si l’ouvrier est habile ; c’est l’acier dur.
- Le numéro 4, à 0,75 p. 100 de carbone, est de l’acier très-malléable, facile à souder; c’est l’acier ordinaire.
- Le numéro 5, à 0,50 p. 100 de carbone, est à la fois très-malléable et très-facile à souder; c’est l’acier doux. !
- Le numéro 6 renferme 0,25 p. 100 de carbone; c’est le fer à grains qui se trempe à peine.
- Le numéro 7, à 0,05 p. 100 de carbone, est du fer doux homogène qui ne se trempe pas.
- Lorsque l’affinage est poussé trop loin, on obtient un métal plus tendre encore que le numéro 7. Il est court, sans ténacité ; c’est le fer brûlé des forgerons.
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- Si, à la fm de l’attaque, et après décantation de la dissolution dans la burette, on remarque au fond du tube de verre quelques parcelles noires attaquées, on ajoutera deux ou trois gouttes du même acide à 2i°B., puis on chauffera à la lampe. S’il ne se dégage rien, ces parcelles se composent de graphite qui n’est pas dissous par l’acide en question. En tout cas, on ajoutera ces quelques gouttes à la liqueur de la burette avant d’y verser l’eau pure pour opérer le titrage.
- La méthode qui vient d’être exposée donne uniquement le carbone combiné; mais cela suffit, en général, car dans les usines on essaye surtout les lingots Bessemer, ou les éprouvettes du procédé Martin; or, dans les deux cas, le refroidissement du métal est assez brusque pour empêcher la précipitation d’une partie notable du carbone dissous. En tout cas, si on voulait doser le graphite, il suffirait de dissoudre dans l’acide azotique étendu 5 à 10 grammes de l’acier en question et de poursuivre l’opération jusqu’à disparition complète de tout dégagement gazeux. Le résidu insoluble se compose de graphite, mêlé d’un peu de silice. Après avoir filtré et pesé, on incinérerait la matière charbonneuse pour en distraire le poids de la silice.
- Lorsque la proportion de carbone est très-faible dans les aciers, 1 à k ou 5 millièmes par exemple, comme dans les fers homogènes, il se peut que la dissolution obtenue soit plus pâle que la liqueur normale ordinaire. Dans ce cas, il suffit d’étendre celle-ci de façon à obtenir une nouvelle dissolution titrée, dont le centimètre cube correspond à un demi ou à un tiers de millième de carbone.
- La méthode Eggertz peut être appliquée aux fontes ; mais elle est d’autant moins exacte que la proportion de carbone combiné est plus considérable.
- Il est essentiel, enfin, de rappeler que, si le carbone est l’élément d’où dépendent surtout la dureté et la ténacité de l’acier, on ne doit jamais oublier que d’autres substances aussi modifient profondément les qualités du métal. Il ne faut pas demander à la méthode Eggertz ce qu’elle ne peut donner. Elle ne permet pas de comparer deux aciers d’origine différente. On ne peut négliger, dans ce cas, le soufre, le phosphore, le cuivre, le silicium, etc., que les aciers peuvent renfermer. Mais, dans une usine ou l’on traite habituellement des matières premières identiques, les aciers fabriqués ne doivent guère différer l’un de l’autre que par les proportions de carbone, et c’est alors, surtout, que la méthode Eggertz peut rendre d’utiles services. (Extrait d’un mémoire intitulé : De Vacier et de sa fabrication, par M. L. Gruner.) (M.)
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- ÉDUCATIONS PRÉCOCES DE GRAINES DES RACES INDIGÈNES PROVENANT DE CHAMBRÉES CHOISIES, PAR M. PASTEUR.
- Première lettre adressée à M Dumas.
- « Alais, le 20 mars 1868.
- « L’année dernière, à la date du 15 juin, j’ai eu l’honneur de vous communiquer un
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- fait très-digne d’intérêt, relatif à la première éducation industrielle d’une graine issue de papillons privés de corpuscules et provenant d’une éducation bien réussie. Le comice du Vigan, sur la proposition de l’un de ses secrétaires, M. Jeanjean, maire de Saint-Hippolyte, avait décidé que 1 once de cette graine serait élevée dans la commune de Sauve, près Saint-Hippolyte, sous la surveillance de deux de ses membres, MM. Dellettre et Conduzorgues, en vue d’une reproduction possible et dans le but principal de soumettre à l’épreuve d’une expérience publique les résultats de mes recherches.
- « Ainsi que je vous l’ai annoncé dans la lettre que je rappelle, la chambrée a fourni 46k,500 de cocons pour 1 once de 25 grammes, résultat rarement obtenu au temps de la prospérité la plus grande. En outre, sur 500 papillons provenant de cette chambrée, je n’en ai trouvé que 5 offrant des corpuscules.
- « Les deux conditions que je recommande pour le choix des reproducteurs : d’une part l’absence présumée de la maladie des morts-flats de la quatrième mue à la montée (1), car MM. Dellettre et Conduzorgues n’avaient point remarqué de mortalité sensible à cette époque de l’éducation; d’autre part la non-existence de l’affection corpusculeuse, s’étant trouvées réunies dans cette chambrée, elle a pu être livrée tout entière au grainage. Pour tous, c’était une grande audace : il y a bien des années qu’aucun éducateur n’aurait osé faire grainer toute une chambrée des races indigènes jaune et blanche dans l’arrondissement du Yigan, quelle qu’ait été la réussite de l’éducation. Le grainage de la chambrée de Sauve s’est acompli dans les meilleures conditions, et la graine qui en est résultée (3 510 grammes pour 45 kilogrammes) a été distribuée par les soins du comice du Yigan entre deux cent cinquante éducateurs. C’est une nouvelle épreuve publique, et sur une vaste échelle, des moyens de régénération que je préconise. Beaucoup d’autres, non moins importantes, vont avoir lieu, notamment celle qui portera sur les graines de M. Raibaud-l’Ange, dont j’ai parlé dans mon rapport du 25 juillet dernier à S. Exc. le Ministre de l’agriculture; mais l’épreuve de la graine de la Sauve, étant plus avancée déjà d’une année, offre un intérêt particulier.
- « En m’appuyant sur les résultats de mes recherches antérieures, je dois regarder comme démontré qu’aucune des deux cent cinquante éducations faites avec la graine de la chambrée de Sauve ne pourra périr de la maladie des corpuscules (2). Je l’affirme d’une manière absolue, et je tiens à l’affirmer à la veille des éducations, afin de mieux montrer, aux éducateurs qui en seront juges, toute la rigueur des principes que je crois avoir déjà établis péremptoirement. L’incertitude sur la réussite de ces deux cent cinquante éducations de la graine de Sauve ne peut donc s’appliquer qu’à la maladie des morts-flats, que je vous ai signalée dans mes lettres d’avril et de mai 1867
- (1) Lettre du 21 mai 1867. Voir Bulletin de 1867, 2e série, t. XIV, p. 525.
- (2) Rapport du 25 juillet 1867 à S. Exc. M. le Ministre de l’agriculture.
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- comme une maladie propre, indépendante de celle des corpuscules et plus ou moins répandue (1).
- « N’oubliez pas cependant, toujours en vous reportant à mes recherches antérieures, que si les deux cent cinquante chambrées de la graine de Sauve ne peuvent périr, à l’état de vers, de la maladie des corpuscules, cette maladie pourra sévir sur les chrysalides et les papillons d’un certain nombre d’entre elles ; mais cette circonstance n’intéresse que les grainages que l’on pourrait désirer faire avec ces chambrées, question capitale sans doute et pourtant de deuxième ordre, car le but principal de l’édueateur est de produire de la soie. Eh bien, je le répète, la maladie des corpuscules n’empêchera pas une seule chambrée de vers issus de la graine de Sauve de fournir des cocons. C’est uniquement la maladie des morts-flats, ou d’autres maladies très-rares aujourd’hui, qui pourraient amener ce résultat.
- (1) Je n'exprime qu’un résultat direct de mes expériences lorsque je considère la maladie des morts-flats comme indépendante de celle des corpuscules. Vous verrez, en relisant ma lettre du 21 mai dernier, que des graines issues de papillons privés de corpuscules, dont les vers n’ont pas offert un seul sujet corpusculeux durant tout le cours de l’éducation et qui ont conduit à de nouveaux papillons également exempts de corpuscules, ont présenté néanmoins, de la quatrième mue à la montée particulièrement, une mortalité sensible due aux morts-flats, sans que l’on puisse supposer, d’ailleurs, que les conditions de l’éducation aient pu provoquer une telle mortalité, puisqu'une foule de lots de vers élevés exactement dans les mêmes conditions n’avaient rien montré de pareil.
- Mais je suis toujours porté à croire, comme dans cette lettre du 21 mai, que la maladie des morts-flats peut être sous la dépendance de celle des corpuscules par suite d’un affaiblissement des races amené par cette dernière maladie. J’ai appuyé, ce me semble, sur de très-bonnes raisons, l’opinion que la maladie des corpuscules a été, à toutes les époques, inhérente aux éducations de vers à soie et qu’elle a toujours fait des ravages ignorés. De son existence longtemps prolongée, n’est-il pas résulté une dégénérescence, un affaiblissement des races françaises qui les rend aujourd’hui très-aptes à contracter cette même maladie des corpuscules à un degré plus intense que par le passé, et sujettes, en outre, à la maladie des morts-flats. Aussi ne saurait-on trop insister sur la nécessité de ne confectionner aujourd’hui que des graines aussi exemptes que possible de la maladie des corpuscules. Quand cette maladie affectait autrefois des races robustes, elle pouvait passer inaperçue. C’est ainsi qu’aujourd’hui les vers vigoureux des races japonaises sont très-peu atteints par les morts-flats et peuvent donner lieu à des papillons corpusculeux, sans que la maladie des corpuscules affecte d’une manière sensible leur génération, si les corpuscules se montrent tout au dernier âge de la chrysalide et quand les œufs sont déjà formés chez les papillons femelles. J’ai constaté ces faits nombre de fois. 11 résulterait de ces opinions que, quand on aura rendu aux races de pays leur vigueur d’autrefois, on pourra donner peut-être moins d’attention que je n’en demande aujourd’hui à la maladie des corpuscules, excepté toutefois dans les éducations pour graine, car je suis persuadé que le procédé de grainage dont je réclame l’application pour échapper au fléau, et qui repose essentiellement sur le caractère de l’absence de la maladie cor-pusculeuse chez les papillons, restera dans la pratique séricicole, et qu’il permettra d’accroître beaucoup le chiffre de la production de le soie. En attendant, c’est un des plus sûrs moyens, selon moi, de ramener les races françaises de vers à soie à leur ancienne vigueur, si on l’associe à toutes les pratiques et à toutes les observations propres à éloigner la maladie des morts-flats.
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- « Cela posé, vous apprendrez avec une grande satisfaction que je viens de visiter les établissements d’essais précoces de Saint-Hippolyte et de Ganges, dirigés avec tant de soin et de dévouement par MM. Jeanjean et Durand, et par M. le comte de Rodez, que la graine dont il s’agit y a été éprouvée, que l’éducation est terminée dans le premier de ces établissements, qu’elle s’achève dans le second, et que dans l’un et dans l'autre tout a marché à souhait, 100 vers comptés après la première mue ont donné à Saint-Hippolyte 95 cocons, et pas un ver n’a péri de la maladie des corpuscules ni de la maladie des morts-flats.
- « Vous reconnaîtrez néammoins, par les faits que je rapporte à la fin de cette lettre, que les essais précoces sont loin d’être à l’abri de la maladie des morts-flats lorsque les graines portent en elles les conditions propres au développement de cette maladie.
- « Si, comme tout semble le faire croire, ce premier succès des essais précoces se confirme aux chambrées industrielles d’avril et de mai, nous aurons l’exemple d’une graine à race indigène privée de la maladie des corpuscules en 1866, qui aura très-bien réussi en chambrée industrielle de 1867 dans le département réputé le plus infecté, et enfin les papillons issus de cette graine se seront montrés non moins bons reproducteurs que les papillons mères.
- « Gomment maintenir cette race saine et la propager? Cela est naturellement indiqué par mes communications de l’an dernier, que mes études de cette année préciseront davantage encore, je l’espère. Il faudra suivre attentivement les éducations industrielles de la graine dont il s’agit et prendre note exacte de toutes celles qui auront réussi sans offrir les moindres symptômes de la maladie des morts-flats, particulièrement de la quatrième mue à la montée (1). Puis, on choisira pour grainages toutes celles de ces dernières chambrées qui se montreront exemptes de la maladie des corpuscules chez les chrysalides et chez les papillons. Ces prescriptions étant observées fidèlement les années suivantes, on perpétuera une graine excellente de façon à la multiplier en quantités énormes. Mais il ne serait pas moins facile d’altérer sa pureté, dès cette année, en faisant grainer, sans choix ni examen microscopique, les chambrées qu’elle va produire, fussent-ce les meilleures par le rendement des cocons. Telle de ces chambrées pourrait introduire dans la graine la maladie des corpuscules,
- (1) Je note en passant un caractère qui accuse sûrement l’existence de la maladie des morts-flats dans les graines, quand les papillons producteurs de ces graines présentent ce caractère. Je viens de constater expérimentalement que les papillons à duvet plombé, gris-noir velouté, même par plages isolées, donnent des graines atteintes de la maladie des morts-flats à un haut degré, et elle s’y joint souvent à la maladie des corpuscules, car dans un grainage qui offre de tels papillons, ceux-ci sont toujours beaucoup plus corpusculeux que les autres. Cette circonstance tend bien à démontrer que l’affaiblissement dû à la maladie des morts-flats prédispose à la maladie des corpuscules, et que les causes de contagion de cette dernière maladie ont d’autant plus d’effet et d'empire que la maladie des morts-flats existe.
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- telle autre la maladie des morts-flats. Une grande mortalité sévirait l’année suivante, et l’arrondissement du Vigan, comme tant d’autres, continuerait de passer pour un pays très-infecté par l’épidémie.
- « J’ai tenu à ne mentionner dans cette lettre que les résultats des essais précoces relatifs à la graine de Sauve, parce que cette graine vous est connue, ainsi que des éducateurs, depuis la publicité donnée à la lettre que je vous ai adressée le 15 juin 1867, et parce qu’elle constitue, comme je le rappelais précédemment, la première graine industrielle sur laquelle une épreuve publique ait été faite pour juger en dernier ressort la valeur pratique de mes opinions.
- « D’autres graines, je le répète, ont été confectionnées, en 1867, dans les conditions de celles de Sauve et vont être élevées par l’industrie. Vous savez qu’il en existe 2 à 3 000 onces et de diverses sortes et origines. Vous serez heureux d’apprendre les beaux résultats qu’elles ont offerts aux essais précoces ; mais je veux attendre, pour vous en parler, que les essais de Ganges soient entièrement terminés.
- « Si toutes ces graines réussissent en grandes magnaneries, ce qui sera connu publiquement dans deux mois, et qu’on applique à leurs chambrées les règles pratiques que j’ai rappelées tout à l’heure, une quantité considérable de graines des plus belles races du pays pourra être faite dès cette année.
- « Je ne terminerai pas cette lettre sans porter à votre connaissance un fait qui me paraît éclairer beaucoup la maladie des morts-flats. L’an dernier, lorsque je vous ai fait part de mes craintes sur l’existence et sur l’extension, jusque-là ignorées, de cette dangereuse maladie, je présumais qu’elle pouvait être héréditaire et qu’il était possible de prévoir, avec une assez grande probabilité, si une chambrée était capable de la communiquer à ses générations futures. Désirant élucider cette question si importante de l’hérédité de la maladie des morts-flats, j’ai préparé, en 1867, plusieurs pontes provenant de celles de mes petites éducations qui avaient eu cette maladie, mais dont quelques vers avaient résisté, formé de beaux cocons et fourni des papillons de bel aspect, privés de corpuscules. J’ai envoyé aux essais précoces de Saint-Hippolyte plusieurs lots de semblables pontes réunies. Sur sept lots ainsi choisis dans sept éducations distinctes, six ont échoué à divers âges, surtout à la quatrième mue, de la maladie des morts-flats. Plus de doute, par conséquent : la maladie des morts-flats peut être héréditaire et frapper une chambrée, indépendamment de toutes conditions sur le mode d’éclosion de la graine, sur l’aération de la chambrée, sur le trop grand froid ou sur la trop grande chaleur que les vers ont à supporter, conditions qui peuvent sans doute provoquer d’une manière accidentelle cette même maladie. De là la nécessité impérieuse de ne jamais faire de la graine, quels que soient la qualité extérieure ouïes résultats de l’épreuve microscopique des papillons, avec des chambrées qui ont eu, de la quatrième mue à la montée, des vers languissants ou qui ont subi une mortalité sensible à cette époque de l’éducation par la maladie des morts-flats. J’insiste de nouveau sur ce conseil, et avec plus de force encore que l’an dernier, auprès des
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- personnes qui appliqueront, cette année, mon procédé de grainage. C’est, du reste, une prescription de tous les temps ; mais le trouble profond que les malheurs de ces vingt dernières années ont porté dans les esprits a fait souvent oublier les avis les meilleurs pour mettre quelquefois à leur place des idées ou des pratiques plus ou moins extravagantes.
- « Vous retrouverez dans cette lettre les préoccupations des lettres que je vous ai adressées, l’an dernier, au sujet de la maladie des morts-flats et dont mon rapport du 25 juillet, au Ministre de l’agriculture, porte également la trace. C’est ici, en effet, que se concentrent toutes mes craintes au sujet de la valeur pratique des résultats de mes recherches. Je suis maître de la maladie des corpuscules, que l’on considérait avant moi comme la maladie unique dont souffre aujourd’hui la sériciculture. Je puis la donner et la prévenir à volonté. Le problème sera donc résolu le jour où je n’aurai plus à appréhender pour mes graines la maladie des morts-flats, car il me semble alors démontré qu’il est possible de faire de la graine irréprochable par un moyen pratiquement industriel. Or je vous annonce que, au sujet des craintes dont je parle, la question a fait un grand pas, puisque les essais précoces qui viennent d’avoir lieu pour éprouver la qualité des graines préparées en 1867, d’après mes indications, donnent l’espoir le plus fondé que ces graines sont bien réellement exemptes de toute maladie quelconque. Il ne me reste donc plus que la faible incertitude correspondant à la différence possible, mais peu probable, entre les résultats d’une petite et d’une grande éducation portant sur une même graine de choix. Les éducations industrielles d’avril et de mai éclairciront ce dernier doute. »
- Deuxième lettre de M. Pasteur à M. Dumas.
- « Alais, le 10 avril 1868.
- « Nous sommes à la veille d’une nouvelle campagne séricicole. Vous connaissez
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- toute la réserve que j’ai apportée dans les conclusions pratiques que l’on pouvait déduire des observations de laboratoire que je poursuis depuis quatre années. Vous étiez même disposé, si je ne me trompe, par une bienveillante confiance dans leurs résultats, à trouver quelque peu exagérée cette prudence scientifique, bien qu’elle ne soit qu’une part modeste de l’héritage intellectuel que vous avez légué à vos disciples. Aujourd’hui, en présence des résultats que je viens de constater dans les essais précoces de Saint-Hippolyte et de Ganges sur les graines qui ont été faites industriellement, en 1867, d’après mes indications, je me sens plus affermi. Permet-tez-moi donc de vous informer de nouveaux faits très-significatifs, et de poser la question capitale de la confection de la bonne graine dans des termes pratiques, accessibles pour tous les éducateurs intelligents.
- « Dans la lettre que j’ai eu l’honneur de vous adresser tout récemment, je vous ai rappelé la réussite remarquable d’une chambrée de races jaune et blanche, qui s’est Tome XV. — 67e année. 2e série. — Avril 1868. 29
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- trouvée, après examen, dans les conditions que je réclame pour être livrée tout en tière au grainage, bien qu’elle eût été faite dans le Gard, et dont la graine éprouvée aux essais précoces de cette année a donné d’excellents résultats. Ces dernières circonstances méritent toute l’attention des éducateurs.
- « En effet, la situation est celle-ci : Prenez à la fin d’une campagne les chambrées de races du pays qui ont réussi et livrez-les toutes au grainage ; neuf fois sur dix au moins la graine se montrera détestable à la récolte suivante, et beaucoup d’éducateurs assureraient même que dix fois sur dix il en sera ainsi.
- « La conséquence de pareils faits se comprend aisément : on prétend qu’il y a une infection générale dans tous les grands centres d’éducations de vers à soie. Une sorte de choléra propre à ces insectes régnerait dans ces contrées. La plupart des vers à soie meurent avant de pouvoir faire leurs cocons, et tout est perdu pour l’éducateur. Si la graine est de bonne qualité, il y a une récolte, mais la reproduction est impossible.
- « Dès lors, comment se procure-t-on de la graine des belles anciennes races de France dans ces malheureux départements séricicoles, dont la résignation des habitants est la preuve d’un grand progrès dans les idées du peuple, ou le témoignage honorable que l’Empereur et son gouvernement ont fait ce qu’il était humainement possible de faire.
- « Pour se procurer de la graine des races dont je parle, on a recours au commerce dont voici le genre d’industrie le plus répandu : des personnes, plus ou moins versées dans la connaissance des vers à soie, se rendent dans toutes les parties de la France, de l’Espagne, du Portugal, de l’Italie, de la Corse...., où il n’existe que très-peu de plantations de mûriers, où le nombre des éducations, par conséquent, est très-res-treint. Cela s’appelle des pays sains, où la maladie n’a pas pénétré. Là ces industriels font faire des chambrées, ou ils visitent celles qui y existent et en achètent les produits d’où ils tirent de la graine qu’ils viennent vendre ensuite dans les départements séricicoles, sans pouvoir offrir la moindre garantie sur la qualité de leur marchandise. Quelques rares sortes de ces graines réussissent. Le plus grand nombre échoue.
- « Cette situation, aggravée par toutes sortes de fraudes, est intolérable. Comment y remédier? Il faudrait revenir au grainage indigène, et créer entre le commerçant et le propriétaire des garanties de la valeur de la graine. Mais, le moyen d’y parvenir! puisque je disais tout à l’heure que neuf fois sur dix au moins le grainage sur place des plus belles chambrées des races jaune et blanche conduit à une ruine certaine l’année suivante.
- « Une découverte pratique pourrait tout sauver. Elle devrait consister essentiellement dans l’affirmation motivée qu’il existe partout, même dans les localités les plus éprouvées, des chambrées propres à la reproduction et donner le moyen de les reconnaître, à l’exclusion de toutes les autres qui seraient livrées à la filature.
- « Cela posé, que vous ai-je écrit? Que j’avais pris une graine provenant, en 1866,
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- de cocons exempts de la principale maladie actuelle, qu’elle avait été élevée, en 1867, dans le Gard, de tous les grands centres de production de la soie le plus important et le plus atteint par le fléau, que cette graine avait réussi, et qu’après nouvel examen de la nouvelle chambrée j’avais présumé qu’elle était entièrement bonne pour la reproduction, qu’enfin ce jugement venait d’être confirmé par trois épreuves faites, en 1868, aux essais précoces de Saint-Hippolyte et de Ganges. Vous le voyez, ceci n’est autre chose que le grainage indigène rétabli avec succès dans un cas particulier.
- « Je viens aujourd’hui vous donner un autre exemple d’une pareille réussite, qui, par l’opposition remarquable d’un échec correspondant, ajoutera beaucoup à votre confiance.
- « Ma démonstration sera, en outre, d’autant plus complète qu’il s’agira de faits que j’ai prévus et publiés dans le rapport que j’ai eu l’honneur d’adresser à S. Exc. le Ministre de l’agriculture le 25 juillet dernier (voir page 14 de ce document).
- « Au mois de juin 1867, dans les derniers temps de mon séjour à Alais, deux éducateurs de cette ville, Mme Meynadier et M. Mazel, vinrent me consulter sur la possibilité de faire grainer utilement leurs chambrées, qui, toutes deux, avaient très-bien réussi et 'provenaient d’ailleurs exactement de la meme graine, livrée par un employé de chemin de fer demeurant à Montpellier, M. Poujol. Le conseil qui m’était demandé par ces éducateurs et par les personnes qui désiraient acheter leurs cocons pour les livrer au grainage, à cause de leur beauté et du succès remarqué des deux chambrées, correspond exactement au problème dont je viens de vous entretenir, et de la solution duquel dépend le retour au grainage indigène dans des conditions d’une application sûre. Après avoir fait l’examen au microscope de 72 cocons de M. Mazel et d’un nombre à peu près égal de Mme Meynadier, j’engageai M. Mazel à livrer sa chambrée au grainage et Mme Meynadier à vendre la sienne à la filature, avec prière de ne conserver qu’une livre de cocons pour graine, afin qu’elle pût contrôler, en 1868, le jugement que je venais de porter.
- « De mon côté, j’ai fait un peu de graine avec quelques couples des papillons issus de l’une et de l’autre de ces chambrées.
- « Voici les résultats des essais précoces de Saint-Hippolyte et de Ganges sur ces deux graines. L’épreuve a été quadruple, parce que les chambrées dont il s’agit se composaient d’un mélange, à parties égales, de cocons jaunes et de cocons blancs des belles races de pays.
- Essais de Saint-Hippolyte.
- N° 6. — Graine des cocons jaunes Mazel. N* 17. — Graine des cocons jaunes Meynadier.
- Éclosion le 11 février. Éclosion le 11 février.
- lr* mue. 18 févr. On compte 100 vers. lr« mue. 18 févr. On compte 100 vers.
- 2 - 24 — — 98 — 2 — 24 — — 97
- 3 — 29 — — 97 — 3 — 1 mars. — 89
- 4 — 8 mars. — 97 — 4 — 10 — — 81
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- Résultat Meynadier : 55 vers seulement à la montée ; aucun d’eux n’a fait son cocon ; maladie caractérisée des corpuscules avec quelques morts-flats.
- de G anges.
- N* 16. — Graine des cocons blancs Meynadier. Éclosion les 6, 7, 9 février.
- lre mue. 20 févr., 20 févr., 21 févr. 100 vers.
- 2 — 27 — 27 — 29 — 78 —
- 3 — 4 mars, 7 mars, 8 mars. 78 —
- 4 — 15 — 18 — 20
- Mortalité de plus en plus grande après la quatrième mue.
- Résultat : pas un seul cocon, maladie des corpuscules des plus accusées. J’examine huit vers pris au hasard : tous sont remplis de corpuscules.
- « En résumé, les deux épreuves de la graine Mazel ont fourni 96 et 93 cocons pour 100 vers comptés au premier repos de la première mue, et les épreuves correspondantes delà graine Meynadier n’ont pas donné un seul cocon. Pourtant, je le répète, les deux chambrées Mazel et Meynadier, issues de la même graine, avaient eu la même réussite.
- « D’où peuvent provenir tant de ressemblance dans le succès de deux chambrées d’une même graine, considérées jusqu’à la formation des cocons, et tant de différence entre leurs papillons, envisagés sous le rapport de la reproduction? Pour le comprendre, il faut se reporter à mes premières observations de 1865, par lesquelles j’ai constaté que des vers pouvaient être tous empoisonnés sans offrir un seul corpuscule à la montée. Il faut se reporter principalement à nos expériences de 1867, par lesquelles j’ai reconnu que le mal avait une incubation très-lente, et que, quand je contagionnais des vers très-sains après la quatrième mue, tous faisaient leurs cocons, et les corpuscules n’apparaissaient dans les chrysalides que quinze jours environ après l’empoisonnement.
- « La graine Poujol n’avait pas la maladie des corpuscules; cela est prouvé par la chambrée Mazel. Cette maladie n’a donc pas pu frapper la chambrée Meynadier de façon à la faire périr à l’état de vers. Mais ces vers furent tous empoisonnés, et dès lors les chrysalides et les papillons furent chargés de corpuscules.
- « Enfin, quelle a pu être la cause occasionnelle de l’empoisonnement de ces vers? Je l’ai indiquée dans mon rapport au Ministre. Mme Meynadier a élevé la graine Poujol sous le même toit que deux autres graines de Portugal et de pays, qui avaient, elles, au plus haut degré, et déjà sous forme de vers, maladie des corpuscules. L’échec de ces graines a été complet.
- Résultat Mazel : 96 cocons.
- Essais
- N* 7. — Graine des cocons blancs Mazel. Éclosion le 7 février.
- 1” mue. 20 févr. On compte 100 vers.
- 2 — 27 — — 100 —
- 3 — 6 mars. — 100 —
- 4 — 15 — — 100 —
- Résultat : 93 cocons.
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- « On ne sait pas jusqu’à quel point on entretient et on propage la maladie par des associations de graines. Autrefois, chaque éducateur n’en élevait que d’une sorte; aujourd’hui, il en élève au moins de deux ou de trois, souvent davantage, par l’espoir que toutes ne seront pas également mauvaises; mais, sur ce nombre, la majorité est très-malade, s’il s’agit des graines à cocons jaunes et blancs. La peste est donc dans la chambrée. Néanmoins, si une des graines est saine, elle donne des cocons, parce que, je le répète, l’éducation dure trop peu de temps pour que la maladie, lente à apparaître sous forme de corpuscules, puisse frapper le ver à l’état de ver; mais la chrysalide est perdue, comme sujet propre à la reproduction. C’est ce qui est arrivé à la chambrée Meynadier. M. Mazel, au contraire, n’a élevé que la seule graine Poujol dans sa magnanerie.
- « Permettez-moi de compléter toutes ces observations par le signalement microsco pique des papillons qui m’avait permis de prévoir, dès le 3 juin 1867, les résultats dont je viens de vous entretenir.
- Papillons de quatre couples Meynadier jaunes qui ont produit la graine de l’essai n° 17.
- Mâles. Femelles.
- Belles ailes. 150 corpuscules par champ. Belles ailes. 500 corpuscules par champ.
- — 250 — — 800 —
- — 500 — — 200 —
- — pas — 1 — pas —
- Papillons de six couples Meynadier blancs qui ont produit la graine de l’essai n° 16.
- Mâles. Femelles.
- Belles ailes. 50 corpuscules par champ. Belles ailes. 800 corpuscules par champ.
- — 150 — — 1000 —
- — 500 — — 600 —
- — 500 — — 500 —
- — 800 — — 150 —
- — 150 — — 1000 —
- « Les papillons Mazel des essais nos 6 et 7 étaient, au contraire, tout à fait privés de corpuscules.
- « Enfin j’ajoute que l’examen microscopique de ces divers papillons n’a certainement pas duré plus d’un quart d’heure.
- « Quant au résultat de ce rapide et non moins facile examen, car j’aurais pu le faire faire par un enfant de huit ans que je m’étais amusé à habituer à ce travail, il a permis de prévenir, pour 1868, l’insuccès absolu de 150 onces de mauvaise graine et de substituer à celle-ci un poids égal de bonne semence.
- « J’espère que mes études de cette année perfectionneront les pratiques propres à éloigner le fléau. Vous savez que j’ai rencontré, chemin faisant, une forme de la maladie dont la part d’influence funeste avait été ignorée jusqu’à présent. C’est sur elle que je concentre toutes mes observations actuelles. Toutefois son étude est déjà bien
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- avancée, ce me semble, par les résultats que j’ai eu l’honneur de vous communiquer récemment.
- « En résumé, dans le département du Gard, le plus frappé depuis vingt ans par la terrible maladie, et conséquemment dans toutes les contrées où l’on élève des vers à soie, il existe des chambrées bonnes pour la reproduction et propres à ramener le grainage indigène dans des conditions de garantie et de succès. Ces chambrées sont faciles à découvrir à l’exclusion des autres qui devaient être livrées aux fïlateurs. Il est non moins facile de les multiplier par quelques précautions et par l’emploi de graines reconnues irréprochables.
- « J’ose assurer que le salut des éducateurs est entre leurs mains. Qu’ils imitent un propriétaire éclairé des Basses-Alpes, M. Raibaud-l’Ange, directeur de la ferme-école de Paillërols, qui a fait, en 1867, en prenant mes indications pour base, plusieurs milliers d’onces de graines. Après avoir surveillé avec soin, de la quatrième mue à la montée, afin de s’assurer de la vigueur des vers et de l’absence de la maladie des morts-flats, soixante-dix-huit chambrées, il les a toutes examinées au microscope à l’état de chrysalides et de papillons. Ce double examen lui a permis d’en conserver dix-sept. Il a fait étouffer les autres. Quatre sortes de graines fournies par quatre de cesdix-sept chambrées, choisies au hasard, parmi ces dernières, à la convenance des éducateurs intéressés, viennent d’être éprouvées aux essais précoces de Ganges et de Saint-Hippolyte : ces quatre essais ont donné les meilleurs résultats. Mais, tout à côté de M. Raibaud-l’Ange, dans les Basses-Alpes, on faisait de la graine en prenant pour guide les anciennes pratiques. Je pourrais démontrer, dès à présent, que parmi ces graines il en existe par milliers d’onces qui échoueront complètement aux éducations de cette année. Or les personnes qui ont confectionné ces graines, lesquelles vont achever de ruiner des centaines d’éducateurs, auraient pu reconnaître avec évidence, par quelques minutes d’observation au microscope, qu’elles allaient préparer de la graine détestable. Un des grands avantages du système que je préconise consiste à préjuger de la qualité de la graine avant qu’elle soit faite. C’est une condition de succès pour éloigner les désastres de la sériciculture, parce que toute graine faite est une graine qui sera élevée (1). Il faut donc pouvoir empêcher la confection des graines destinées à périr .
- « M. Raibaud-l’Ange vient de m’adresser la liste exacte de tous les propriétaires auxquels il a livré les graines de ses dix-sept chambrées. Afin que vous jugiez mieux de l’importance de son initiative, déjà signalée avec à-propos dans un rapport officiel de M. Rendu, inspecteur général de l’Agriculture, permettez-môi de vous donner le
- (1) Je n’affirmerais pas que, dans tous les cas où l’examen microscopique des papillons fait éliminer une graine, celle-ci ne pourrait donner une chambrée rémunératrice. Mais celte graine ne se trouve condamnée que pour être remplacée par une meilleure. Il n’y a pas d’intérêt à connaître sans exception toutes les chambrées propres à la reproduction.
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- nombre des propriétaires qui élèveront ses graines dans nos principaux départements séricicoles : seize dans le Gard, dix dans l’Isère, trois dans l’Ardèche, trois dans la Drôme, un dans l’Hérault, trois dans les Bouches-du-Rhône, huit dans le Vaucluse, sept dans le Var, deux dans les Alpes-Maritimes, quinze dans les Hautes-Alpes, trente dans les Basses-Alpes, un dans la Savoie.
- « Plusieurs de ces personnes ont acheté une assez grande quantité des graines dont il s’agit pour pouvoir en distribuer, notamment M. Plagnol, habile éducateur de Cho-mérac, dans l’Ardèche.
- « Enfin cent douze éducateurs des Hautes et Basses-Alpes vont faire autant d’éducations de 1/2, 1 et 2 onces de ces mêmes graines, qui seront destinées aux grainages de M. Raibaud-l’Ange, en 1868. Il sortira peut-être de ces nouvelles chambrées 200 à 300 kilogrammes de graine de bonne qualité. C’est presque le centième de ce qu’il faut à la France entière. Jugez par là de ce que peut accomplir l’initiative individuelle quand elle prend pour guide les résultats établis par l’expérience, au lieu de s’abandonner à de vagues dissertations ou de se confier à de prétendus remèdes dont l’efficacité n’a d’autre appui que les idées préconçues de leurs auteurs.
- « Je terminerai en vous faisant connnaître deux autres réussites de graines industrielles, à cocons jaunes et blancs, issues de papillons à peu près exempts de la maladie des corpuscules. En premier lieu, la graine Guchens, de Perpignan, dont il est question dans.mon rapport au Ministre de l’agriculture du 25 juillet dernier : j’ai fait faire deux essais de cette graine, sous les nos 5 et 36 à la serre de Ganges. Le n° 5 était la graine des papillons sans choix, et le n° 36 la graine de papillons choisis. Le n° 5 a fourni 95 cocons pour 100 vers comptés au premier repos de la première mue, et le n° 36 en a fourni 93.
- « Voici le deuxième et très-remarquable succès. Un graineur de Saint-Beauzille-de-Putois, M. Roux, m’a adressé, le 16 juillet 1867, une centaine de papillons d’un de ses grainages à beaux cocons blancs de pays. Aucun de ces papillons n’était corpusculeux. Je me suis empressé de signaler ce fait à M. le comte de Rodez, directeur des essais précoces de Ganges, qui habite Saint-Beauzille, en le priant de faire acheter la graine Roux pour la distribuer parmi les membres du comice agricole de Ganges. Cette graine, éprouvée par M. de Rodez aux derniers essais précoces, a fourni 100 cocons pour 100 vers comptés au premier repos de la première mue.
- « N’oubliez pas toutefois de remarquer l’incertitude attachée au résultat de l’examen des papillons d’une chambrée qui n’est pas autrement connue. Que les papillons tels que ceux dont je viens de parler soient tous privés de corpuscules, on ne pourra affirmer que deux choses :
- « C’est que leur graine sera parfaitement exempte de la maladie corpusculeuse, et, en outre, que les vers issus de cette graine ne périront pas, à l’état de vers, par l’effet de cette maladie. Mais on ne peut garantir que la graine n’aura pas constitutionnellement une maladie d’une autre nature, notamment celle des morts-flats.
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- « J’insiste sur ce point, parce que, sans cela, il serait facile de commettre des erreurs dans les jugements anticipés sur la valeur des graines. Il suffirait de s’adresser à des papillons exempts de corpuscules, mais provenant d’une chambrée de vers languissants et ayant péri en partie de la maladie des morts-flats de la quatrième mue à la montée (1). Je ferai observer, d’ailleurs,'que ce n’est pas assez de savoir qu’une chambrée a donné un fort rendement pour que l’on soit toujours assuré qu’elle n’était pas sous l’influence de cette maladie. En effet, 1 once de graine du poids de 25 grammes fournit quelquefois 55 kilogrammes de cocons, et, à la rigueur, elle peut en donner bien davantage. Supposez qn’elle n’en produise que 45, ce qui est encore une très-belle réussite, mais que la mortalité correspondant à la différence de 45 à 55, qui est de plus d’un cinquième, se rapporte presque entièrement à l’âge des vers compris entre la quatrième mue et la montée, et que cette mortalité soit due à la maladie des morts-flats. Dans ce cas, soyez-en sûr, les 45 kilogrammes de cocons produiront une graine qui aura héréditairement cette maladie, lors même que tous les papillons seraient exempts de corpuscules. Vous êtes alors dans le cas des expériences que je vous ai communiquées dans ma lettre du 20 mars dernier, expériences qui prouvent que des papillons sans corpuscules, mais originaires de vers atteints de la maladie des morts-flats, donnent de la graine affectée constitutionnellement de cette maladie.
- « Aussi ne saurait-on sans danger se priver de la garantie qui résulte de l’observation d’une bonne marche de la chambrée de la quatrième mue à la montée. Si vous avez des vers d’apparence vigoureuse à cet âge et que les papillons auxquels ils donneront lieu soient privés de corpuscules, ne craignez rien, faites grainer tous ces papillons, et votre graine sera excellente. Négligez, au contraire, la première prescription, vous pourrez avoir la maladie des morts-flats; négligez la seconde, vous pourrez avoir la maladie corpusculeuse ; négligez-les toutes deux, vous pourrez avoir à la fois l’une et l’autre de ces deux maladies. C’est ce qui est arrivé le plus fréquemment dans les grainages des races jaune et blanche dans ces vingt dernières années. »
- ('Comptes rendus de l’Académie des sciences.)
- ARTS MÉCANIQUES.
- LE SECOND PRINCIPE FONDAMENTAL DE LA THÉORIE MÉCANIQUE DE LA CHALEUR.
- [Conférence faite à Francfort-sur-le-Mein, par M. R. Clausius, professeur à l’université de Würzburg) (2).
- Messieurs, quand j’ai eu l’honneur d’être mis au nombre des personnes chargées
- (11 Ou qui ont souffert du froid à cet âge : du moins je crois avoir des motifs de le présumer. (2) Cette conférence, traduite de l'allemand par M. P. Delestrée, est extraite de la Revue des cours scientifiques, publiée par MM. Eug. Young et Em. Alglave.
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- de vous faire un rapport dans cette séance générale, je n’ai pas cru devoir choisir le résultat d’une recherche quelconque; j’ai préféré traiter un sujet d’une importance capitale et d’un intérêt général. Aussi je vous demanderai la permission de vous donner une analyse très-succincte et aussi claire que possible de ce qu’on appelle le deuxième principe fondamental de la théorie mécanique de la chaleur, celui-ci étant une des deux colonnes sur lesquelles repose la théorie tout entière. Je ne puis évidemment pas avoir l’intention de vous exposer ce principe au point de vue mathématique, ni de vous donner des démonstrations rigoureuses de son exactitude, pas plus que de suivre une à une ses différentes applications; je veux seulement bien mettre en lumière sa signification et la connexion intime qui le lie avec le premier principe de la théorie mécanique de la chaleur, et aussi éclaircir quelquefois par des exemples les conséquences qu’il est possible d’en tirer.
- Il y a un peu plus de vingt ans que Mayer (d’Heilbronn) a formulé d’une manière définitive, et que Joule (de Manchester) a prouvé jusqu’à l’évidence, par des recherches expérimentales, un principe qui concerne un sujet sur lequel on trouve déjà des opinions justes, mais moins précises, dans quelques livres écrits avant cette époque. Ce principe est le suivant : Entre le travail mécanique et la chaleur il existe une liaison telle, que l’on peut engendrer de la chaleur en consommant du travail, et réciproquement, produire du travail par consomption de la chaleur, et que la quantité de chaleur qui répond, dans cet acte, à une unité de travail, est la même dans tous les cas. Le principe que l’on appellera le principe de Véquivalence de la chaleur et du travail a été le point de départ d’où s’est développée si rapidement, dans les derniers temps, la théorie mécanique de la chaleur.
- Comme adjonction à ce principe, je me permettrai de vous faire tont de suite une remarque qui pourra contribuer à faciliter l’explication de ce qui va suivre.
- S’il y a production de travail par consomption de la chaleur ou production de chaleur par consomption du travail, on peut exprimer ce fait d’une manière abrégée, en disant que la chaleur se transforme en travail, et le travail en chaleur. Deux pareilles grandeurs qui peuvent ainsi se transformer l’une dans l’autre, et dont l’une peut servir d’équivalent à l’autre, doivent être naturellement fréquemment rapprochées, et l’occasion s’offrira souvent d’additionner ensemble ou de retrancher l’une de l’autre ces deux grandeurs que nous considérerons comme identiques au point de vue mathématique. Mais il résulte un inconvénient, par cette circonstance que la chaleur et le travail sont mesurés avec des unités différentes. On a choisi, en effet, comme on le sait, le produit de l’unité de poids par l’unité de longueur, pour unité de travail, qu’on a appelé kilogrammètre dans les mesures françaises, et l’on a l’habitude de considérer comme unité de chaleur la quantité de chaleur nécessaire pour élever l’unité de poids de l’eau de zéro à 1 degré. En se servant de ces unités, on ne peut pas dire tout simplement la somme de la chaleur et du travail, mais il faut, pour former cette somme, réduire le travail en unités de chaleur, ou la chaleur en unités Tome XV. — 67e année. 2e série. — Avril 1868. 30
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- de travail. On obtient donc toujours une expression compliquée : ou bien, « la somme de la chaleur et du travail exprimée par une quantité équivalente de chaleur, » ou bien, « la somme du travail et de la chaleur exprimée par une quantité équivalente de travail. »
- Pour cette raison, j’ai proposé d’introduire à côté du travail une deuxième grandeur qui représente également le travail ; cette grandeur ne sera plus évaluée par rapport à l’unité mécanique, mais bien par rapport à l’unité de chaleur. J’ai proposé le mot œuvre pour le travail ainsi évalué. La loi qui existait pour le travail subsiste encore ici, c’est-à-dire qu’on peut transformer la chaleur en œuvre et l’œuvre en chaleur, et en même temps on a cette relation simple, que les quantités de chaleur et d’œuvre qui se transforment l’une dans l’autre, et dont l’une peut servir d’équivalent à l’autre, sont exprimées par des nombres égaux. De là résulte encore qu’on peut former avec la chaleur et l’œuvre des sommes et des ditïérences sans qu’il soit nécessaire, pour cela, de faire aucune réduction des unités. Nous emploierons toujours, dans la suite, le mot œuvre au lieu du mot travail, et nous appellerons, par conséquent, le premier principe, principe de Véquivalence entre la chaleur et l’œuvre.
- Ce principe s’est répandu très-vite dès qu’il a été énoncé et sanctionné par l’expérience, et il arrive souvent qu’il est regardé comme l’unique base de la théorie mécanique de la chaleur par des personnes qui ne se sont occupées de cette théorie que d’une manière superficielle. Ainsi, par exemple, en France, la théorie mécanique de la chaleur est souvent appelée théorie de Véquivalent mécanique de la chaleur. Et pourtant il y a encore un deuxième principe qui n’est nullement compris dans le premier, mais qui doit être démontré à part; il est même aussi important que l’autre, puisque les deux principes ensemble constituent les bases fondamentales de la théorie mécanique de la chaleur.
- Si ce deuxième principe est moins connu que la premier, et quelquefois même est complètement passé sous silence dans les exposés élémentaires de la théorie mécanique de la chaleur, cela dépend principalement de ce qu’il est beaucoup plus difficile à saisir. En effet, sa démonstration comporte l’exposé de notions toutes nouvelles dans la science, et qui s’y sont même introduites à cette occasion, et l’on a de plus à comparer les unes aux autres des grandeurs que jusqu’ici on n’avait pas considérées comme des grandeurs mathématiques. Je crois pourtant qu’on trouvera le deuxième principe aussi simple et naturel que le premier, aussitôt qu’on aura acquis les connaissances nécessaires.
- Je vais maintenant essayer d’expliquer les faits dont il s’agit; de cette manière, le nouveau mode de comparaison se montrera de lui-même absolument nécessaire, et le deuxième principe de la théorie mécanique de la chaleur acquerra une notoriété égale à celle du premier.
- Si l’on examine dans quelles circonstances la chaleur peut se transformer en œuvre, et inversement l’œuvre en chaleur, l’exemple suivant est celui qui se présente tout
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- d’abord dans les conditions les plus simples et plus habituelles. La chaleur qui se trouve dans les corps tend à les faire changer d’état. Elle a pour action de dilater les corps, de faire passer ceux qui sont solides à l’état liquide et gazeux, et ce que nous pouvons ajouter aussi, de décomposer en leurs éléments les composés chimiques. Dans tous les cas, la chaleur a pour effet de rendre moins solides ou de détruire complètement les liaisons qui existent entre les molécules ou les atomes, et d’éloigner autant que possible les unes des autres ces molécules dont les liaisons sont déjà rompues.
- Afin de pouvoir exprimer ce fait d’une manière abrégée, j’ai introduit le mot disgré-gation, qui accuse jusqu’à quel point cette dissociation et cet écartement des plus petites particules d’un corps sont consommés sous l’influence de la chaleur. En considérant les trois états des corps, la disgrégation sera, par conséquent, la plus petite dans les corps solides, plus grande dans les corps liquides, et encore plus grande dans les corps gazeux. Dans le dernier cas, elle peut encore augmenter, parce que les molécules s’éloignent davantage les unes des autres, c’est-à-dire que le gaz se dilate. Il en est de même pour la décomposition en ses éléments d’un corps chimique composé, par laquelle, en général, la disgrégation est augmentée.
- A l’aide de cette conception, on peut exprimer simplement l’action de la chaleur en disant : La chaleur tend à augmenter la disgrégation des corps.
- Mais pour augmenter la disgrégation d’un corps, la chaleur devra triompher de deux sortes de résistances. En premier lieu, il faut triompher des forces avec lesquelles les molécules s’attirent mutuellement, afin de détruire leur cohésion en tout ou en partie, et, en second lieu, à côté de ces actions moléculaires intérieures, il y en a d’autres extérieures qui viennent s’exercer sur le corps et qu’il faut également vaincre. Quand, par exemple, un corps qui est soumis à une pression extérieure doit se dilater, il est évident qu’il faut triompher de cette pression qui empêche l’augmentation de volume. La chaleur doit donc, en augmentant la disgrégation, effectuer une oeuvre intérieure et extérieure pour triompher des forces qui s’opposent à son action. Cette œuvre exige une consommation de chaleur, et par conséquent l’augmentation de disgrégation occasionne une transformation de chaleur en œuvre.
- Inversement, il faut, pour diminuer la disgrégation, que de l’œuvre (en général de l’œuvre intérieure et de l’œuvre extérieure) soit consommée, puisque ces forces, qui, dans le cas précédent, étaient vaincues par la chaleur, triomphent, à leur tour, de la chaleur dans le cas actuel. De cette façon, de la chaleur sera engendrée, et l’on peut énoncer ce résultat en disant que la diminution de disgrégation occasionne une transformation d’œuvre en chaleur.
- Pour un motif dont nous verrons la raison plus tard, nous supposerons provisoirement que tous les changements que nous aurons à considérer se passent de telle sorte que les changements inverses pourront avoir lieu précisément dans les mêmes circonstances. Nous appellerons cette espèce de changement changement réversible.
- Avec cette restriction, on peut dire] que par l’augmentation de disgrégation il se
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- transforme autant de chaleur en œuvre que par la diminution correspondante de dis— grégation il se transforme d’œuvre en chaleur.
- On juge, d’après ce que nous venons de dire, qu’entre le changement de disgréga-tion d’une part, et la transformation de chaleur en œuvre, ou vice versâ, d’autre part, il y a une liaison de causalité qui doit pouvoir être exprimée comme une loi déterminée. Pour donner à cette loi la forme la plus simple possible, nous introduirons encore une expression particulière.
- Nous avons déjà appelé transformation ce qui se passe quand de l’œuvre est engendrée par consommation de la chaleur, ou de la chaleur est engendrée par consommation de l’œuvre, puisque nous avons dit que la chaleur se transforme en œuvre ou l’œuvre en chaleur. De même, nous pourrons aussi appeler transformation le changement de disgrégation, c’est-à-dire la transformation de la disposition primitive des petites particules d’un corps en un autre.
- Chacune de ces deux sortes de transformations peut avoir lieu de deux manières opposées que l’on peut distinguer par les termes positif et négatif. Nous considérerons l’augmentation de disgrégation comme positive, et la diminution de disgrégation comme négative. Nous regarderons de plus la transformation d’œuvre en chaleur comme positive, et la transformation de chaleur en œuvre comme négative.
- Si nous revenons maintenant aux faits dont nous avons parlé précédemment, nous voyons que par l’augmentation de disgrégation d’un corps (transformation positive) il se produit en même temps une transformation de chaleur en œuvre (transformation négative), et, de même, par la diminution de disgrégation (transformation négative), il se produit une transformation positive d’œuvre en chaleur. De là nous pouvons tirer cette première conclusion que, dans les deux cas, on a, en même temps, une transformation positive et une transformation négative.
- Nous avons, en outre, à faire entrer en considération, non-seulement le signe des transformations, mais encore leurs grandeurs. La disgrégation d’un corps peut varier plus ou moins, et de même il peut se transformer plus ou moins de chaleur en œuvre, ou inversement. En tenant compte de ces différences, on peut, si préalablement on a fixé d’une manière précise la manière dont ces transformations doivent être mesurées, représenter chaque transformation en vraie grandeur par une quantité mathématique déterminée que nous appellerons la valeur d’'équivalerice de la transformation.
- En considérant ces valeurs d’équivalence, on peut maintenant se demander si elles se déterminent de telle sorte que, dans chaque changement réversible d’un corps, les transformations positive et négative qui ont lieu simultanément soient égales en valeur absolue.
- Pour que cette condition puisse être remplie, il faut encore, dans la détermination de la valeur d’équivalence d’une transformation de chaleur en œuvre ou de la transformation inverse, avoir égard à un élément dont jusqu’ici il n’a pas été question.
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- Notre exposé deviendra plus clair, si nous choisissons, par exemple, un gaz parfait, comme le corps par le changement duquel la transformation doit être causée.
- Supposons qu’on nous donne une certaine quantité d’un gaz parfait, occupant un volume déterminé. Quand ce gaz se dilate de façon à occuper un autre volume, par exemple un volume double, il y a un accroissement de disgrégation parfaitement déterminé par la différence qui existe entre le volume initial et le volume final. En même temps, par la dilatation, de la chaleur se transforme en œuvre. D’ailleurs, aucune œuvre intérieure ne se produit dans un gaz parfait, puisque les molécules sont déjà tellement distantes les unes des autres, que leurs actions mutuelles peuvent être négligées; nous n’avons, par conséquent, à nous occuper que de l’œuvre extérieure qui se produit sous l’influence de la pression extérieure, et dont il est, par suite, facile d’évaluer la grandeur. La chaleur consommée par cette œuvre doit être communiquée au gaz par l’extérieur, si la température de ce gaz doit rester constante.
- Nous prendrons maintenant ce même exemple du gaz qui se dilate de façon à occuper un volume double de son volume initial, mais sous l’influence d’une température plus élevée. Alors la pression du gaz est plus forte, et cela en même proportion que la température actuelle absolue est plus élevée que la précédente. L’œuvre effectuée et la chaleur consommée pour cette œuvre sont aussi, par conséquent, plus considérables en même proportion. Il y a ainsi, dans ce cas, bien que nous ayons affaire au même accroissement de disgrégation, plus de chaleur transformée en œuvre que dans le premier cas.
- Mais les valeurs d’équivalence des transformations de chaleur en œuvre qui ont lieu dans les deux cas doivent être égales entre elles, parce qu’elles doivent être toutes les deux égales en grandeur absolue à la valeur d’équivalence d’un changement de disgrégation qui est le même. De là résulte que la valeur d’équivalence d’une transformation de chaleur en œuvre dépend non-seulement de la quantité de chaleur transformée, mais encore de la température ; et l’on doit, pour conserver des valeurs d’équivalence égales dans les deux cas précédents, diviser les quantités de chaleur par les températures absolues qui s’y rapportent.
- Ce qui précède nous montre d’une manière complète de quelle manière il faut évaluer les valeurs d’équivalence des transformations de chaleur en œuvre, ou inversement, d’œuvre en chaleur.
- Pour exprimer encore en peu de mots à la fois le signe et la grandeur absolue, nous poserons la règle suivante : Pour former la valeur d'équivalence d'une transformation de chaleur en œuvre, ou inversement, on doit regarder la quantité de chaleur comme positive ou négative, suivant qu'elle provient de l’œuvre ou qu’elle se transforme en œuvre, et la diviser par la température absolue qui s’y rapporte.
- Pour ce qui concerne maintenant la disgrégation par rapport à la valeur d’équivalence, il n’est pas nécessaire d’entrer ici dans les détails circonstanciés montrant comment sa détermination complète peut avoir lieu, mais il suffit, dans ce cas, d’énon
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- cer un théorème général qui renferme les conditions essentielles de cette détermination, et en même temps le résultat le plus important des recherches qui se rapportent au sujet que nous avons traité jusqu’ici. Ce théorème prendra la forme suivante, si l’on considère la valeur d’équivalence de la transformation de la chaleur en œuvre, ou vice versâ, comme déterminée par la règle précédente : La disgrégation de tout corps peut se déterminer de façon à constituer une grandeur qui ne dépende que de l’état actuel du corps, et non de la manière dont il est arrivé à ce but, et soit déplus assujettie à cette condition que, pour tout changement réversible d’un corps, l’augmentation de disgrégation et la transformation de chaleur en œuvre, ou vice versâ, qui ont lieu simultanément, aient des valeurs d’équivalence égales et contraires, c’est-à-dire que leur somme algébrique soit nulle.
- Si l’on considère les deux transformations simultanées qui ont des signes contraires et des valeurs absolues égales, c’est-à-dire qui donnent une somme algébrique nulle, on peut dire qu’elles se compensent!’une l’autre, et le théorème précédent s’énonce plus brièvement encore : Les deux transformations qui s’effectuent dans un changement réciproque quelconque d’un corps se compensent mutuellement.
- Jusqu’ici nous n’avons dirigé notre attention que sur deux modes de transformation ; mais il faut que nous considérions encore un troisième mode.
- Imaginons qu’on nous donne un corps quelconque dont l’état change, et supposons actuellement que non-seulement il se produise une seule modification, mais une série de modifications disposées de telle sorte que le corps revienne finalement à son état initial et qu’il parcoure un cycle fermé.
- Quand le corps se retrouve finalement à son état initial, sa disgrégation finale est aussi égale à sa disgrégation initiale, et l’on peut dire aussi, si l’on considère le cycle fermé en entier, qu’on n’a introduit aucun changement de disgrégation. Néanmoins de la chaleur peut, dans ce cas, s’être transformée en œuvre ou de l’œuvre en chaleur.
- Si nous supposons que les modifications du corps qui forment le cycle fermé soient liées avec des changements de volume, de façon que le corps se dilate sous l’influence d’une température et soit comprimé sous l’influence d’une autre, l’œuvre fournie par la dilatation, dans le cas où cette dilatation se produit à une température plus élevée que la compression, est plus grande que celle qui est consommée par la compression, et il reste ainsi un excès d’œuvre produite pour lequel naturellement une quantité correspondante de chaleur doit être consommée. Si le cycle fermé s’acccomplissait d’une manière inverse, de façon que la dilatation eût lieu à une température plus basse que la compression, l’œuvre consommée par la compression serait plus grande que l’œuvre produite par la dilatation, et il resterait un excès d’œuvre consommée, ce qui doit engendrer une quantité correspondante de chaleur.
- Il y a donc ainsi, pendant le cycle fermé, en tenant compte du sens dans lequel il s’accomplit, ou une transformation de chaleur en œuvre, ou une transformation d’œuvre en chaleur, et l’on peut se demander maintenant si cette transformation est
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- unique, ou bien si, comme dans l’exemple plus simple considéré précédemment, elle est accompagnée d’une autre transformation qui lui sert de compensation.
- Nous prendrons d’abord comme exemple le cas où la dilatation a lieu à une température plus élevée que la compression. Dans le cas de la dilatation, de la chaleur doit être communiquée au corps pour entretenir sa température à sa valeur initiale, par des causes extérieures comme par un corps quelconque étranger que nous nommerons le corps A, et cette quantité de chaleur sera équivalente à la chaleur consommée en œuvre dans la dilatation. Si ensuite, dans le reste du cycle fermé, notre corps variable abaisse sa température, et s’il est comprimé sous l’influence de cette température plus basse, il doit, pour conserver cette basse température dans sa compression, émettre de la chaleur au dehors, et la donner, par exemple, à un corps étranger que nous nommerons le corps B, possédant une température plus basse, et cette chaleur dans la compression sera engendrée par l’œuvre.
- Cette dernière quantité de chaleur qui se trouve dans la compression engendrée par l’œuvre et donnée au corps B n’est pas, d’après ce qui précède, tout à fait aussi grande que celle qui est enlevée au corps A par la dilatation et transformée en œuvre. L’excès de la dernière quantité de chaleur sur la première est transformé définitivement en œuvre par le cycle fermé. Quant à l’autre partie de la chaleur enlevée au corps A, c’est-à-dire la partie qui a été d’abord transformée en œuvre, puis ensuite transformée d’œuvre en chaleur, et qui a été donnée au corps B comme telle, on peut dire qu’elle est transportée dans le cycle fermé du corps A à une température plus élevée au corps B, qui est à une température plus basse.
- Le résultat final du cycle fermé est le suivant : une certaine quantité de chaleur est transformée définitivement en œuvre, et une autre quantité de chaleur a passé du corps le plus chaud sur le corps le plus froid.
- Si l’on avait pris le cycle fermé en sens inverse, on aurait trouvé, pour résultat final, que de l’œuvre s’est transformée en chaleur, et en même temps qu’une autre quantité de chaleur a passé du corps plus froid sur le corps plus chaud.
- On voit ainsi que la transformation de chaleur en œuvre, ou d’œuvre en chaleur n’est pas le seul et unique effet d’un cycle fermé, mais que cette transformation est accompagnée d’un autre fait, le passage de la chaleur d’un corps plus chaud sur un corps plus froid, ou d’un corps plus froid sur un corps plus chaud; et cela nous oblige, pour ainsi dire, maintenant à regarder ce transport de chaleur comme la compensation de la transformation sus-mentionnée.
- Pour nous servir encore d’une expression qui soit en rapport avec le cas précédemment considéré, nous donnerons également le nom de transformation au passage de la chaleur d’un corps à une certaine température sur un corps à une autre température, puisque nous disons que de la chaleur à une certaine température s’est transformée en chaleur à une autre température. En outre, nous regarderons comme une transformation positive le passage d’une température plus élevée à une température plus
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- basse, et comme une transformation négative le passage d’une température plus basse à une température plus élevée. Aussi pouvons-nous énoncer le résultat pour un cycle fermé, en disant que, dans ce cas comme dans le cas précédent, une transformation positive et une transformation négative se présentent en même temps, c’est-à-dire une transformation négative de la chaleur en œuvre et un transport positif de chaleur de la température la plus élevée à la plus basse, ou une transformation positive de l’œuvre en chaleur et un transport négatif de chaleur de la plus basse à la plus haute température.
- Il résulte, de plus, d’une étude plus attentive des faits, que la valeur d’équivalence du transport de chaleur peut se déterminer de telle sorte que les deux transformations qui ont lieu simultanément dans un cycle fermé réversible soient constamment égales en valeur absolue et de signes contraires, c’est-à-dire que leur somme algébrique soit nulle. La valeur d’équivalence ainsi déterminée du passage de la chaleur d’une température à une autre est très-facile à donner, puisque c’est celle que l’on obtiendrait comme valeur totale de cette double transformation dans l’hypothèse où la chaleur se serait transformée en œuvre à une température, et aurait été ensuite engendrée par l’œuvre à l’autre température.
- En considérant maintenant d’une manière générale ces trois sortes de transformations, à savoir, le changement de disgrégation, la transformation de chaleur en œuvre ou la transformation inverse, et enfin ce transport de chaleur, nous pourrons énoncer une loi qui se rapporte, non plus seulement à une simple modification dans l’état d’un corps, ou à une série de modifications formant un cycle fermé, mais qui concerne une série quelconque de modifications s’effectuant d’une manière réversible dans un ou plusieurs corps. C’est la loi qui est reconnue comme le second principe fondamental de la théorie mécanique de la chaleur, et que j’ai eu pour but de vous expliquer par les considérations précédentes. Elle s’énonce de la manière suivante :
- Dans tous les cas, quelque compliqués qu’ils soient, où soit un, soit plusieurs corps éprouvent des transformations réversibles quelconques, la somme algébrique de toutes les transformations qui ont eu lieu doit être nulle.
- On voit tout de suite qu’il existe une grande analogie entre ce principe et le premier principe fondamental de la théorie mécanique de la chaleur. D’après le premier principe, la chaleur et l’œuvre ont entre elles une relation telle, que la production d’une quantité d’œuvre exige la consommation d’une égale quantité de chaleur, et de même la production d’une quantité de chaleur exige la consommation d’une égale quantité d’œuvre. Puis nous réunissons la production et la consommation dans la même notion, en regardant la consommation comme une production négative. On peut, par conséquent, énoncer la proposition de la manière suivante : La somme algébrique de la production de chaleur et d’œuvre est, dans tous les cas, rigoureusement nulle, et, en conservant la même forme, on énoncera le deuxième principe, en disant que la somme algébrique des transformations est rigoureusement nulle.
- Si donc on appelle le premier principe le principe de l’équivalence de la chaleur
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- et de Vœuvre, on devra naturellement appeler le second le principe de V équivalence des transformations.
- Ce dernier principe peut se représenter mathématiquement par une équation aussi simple que le premier, et ces deux équations sont les deux équations fondamentales dont découlent toutes les autres que peut fournir la théorie mécanique de la chaleur.
- Il est facile de voir que, si déjà l’équation qui exprime le premier principe peut donner à elle seule l’explication d’une série nombreuse de conséquences importantes, l’adjonction du deuxième principe augmente encore d’une manière très-notable la fécondité de la théorie. Ce second principe, en effet, pris isolément, peut mener à de nouvelles conséquences comme le premier, mais, de plus, il peut encore résulter, de la combinaison des deux équations fondamentales, des équations d’une autre forme qu’on pourra mettre à profit pour vérifier de nouvelles conséquences.
- En effet, il y a déjà une série de résultats très-importants obtenus par les applications du deuxième principe fondamental. Je vous citerai, par exemple, la détermination du volume des vapeurs saturées, la détermination de la vapeur qui se précipite quand de la vapeur saturée se dilate dans une enveloppe imperméable à la chaleur, et les transformations considérables qu’a introduites la théorie mécanique dé la chaleur dans la théorie des machines à vapeur, et même dans celle de toutes les machines thermodynamiques; auxquelles transformations le second principe a contribué au moins autant que le premier. Je pourrais également vous citer encore, dans d’autres parties de la physique, beaucoup de résultats très-importants résultant de ce principe, et leur nombre deviendra indubitablement de plus en plus grand à mesure que ce principe sera appliqué dans des limites plus étendues. Les deux principes fondamentaux sont si fréquemment et si étroitement liés l’un à l’autre dans les recherches exécutées à l’aide de la théorie mécanique de la chaleur, qu’il n’y a que fort peu de ces recherches qui puissent être bien comprises, si l’on ne connaît pas le second principe.
- Nous avons dit précédemment que les deux principes fondamentaux de la théorie mécanique de la chaleur ont une grande analogie entre eux; mais je dois maintenant diriger votre attention sur une différence essentielle qui permet de jeter beaucoup de lumière sur un certain ordre de faits naturels.
- Dans les considérations précédentes d’où nous avons tiré le second principe, nous avons toujours établi la convention que toutes les transformations qui ont lieu sont réversibles, c’est-à-dire qu’elles s’effectuent de telle sorte que les modifications contraires peuvent arriver dans les mêmes circonstances. Nous devons maintenant nous demander à quel résultat nous arrivons, si nous laissons de côté cette convention.
- Nous voulons rechercher tout d’abord le changement de disgrégation d’un corps, et nous reprendrons l’exemple d’un gaz parfait qui change de volume.
- Quand un gaz se dilate et qu’il triomphe à chaque instant d’une pression extérieure assez forte pour que sa force d’expansion puisse tout juste la vaincre, de façon Tome XV. — 67e année. 2e série. — Avril 1868. 31
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- que toujours la force directe et la force opposée soient égales entre elles, ou au moins que l’excès de l’une sur l’autre soit si petit qu’il puisse être négligé, le gaz peut ensuite être comprimé sous l’influence de cette même force extérieure dont il avait triomphé par la dilatation, et les phénomènes qui accompagnent la compression seront égaux et contraires à ceux qui ont accompagné la dilatation. Ce mode de dilatation du gaz est donc réversible.
- Mais le gaz peut encore se dilater d’une autre manière. Figurons-nous un vase dans lequel le gaz soit contenu, et supposons que ce vase soit mis brusquement en rapport avec un vase vide : une partie de ce gaz passera dans le vase vide, jusqu’à ce que la pression soit la même dans les deux vases. Le gaz s’est donc dilaté sans être obligé de vaincre une pression extérieure. Mais on ne peut pas ramener le gaz à son volume primitif sans faire usage d’une pression extérieure. Ce mode de dilatation a donc lieu sous une forme qui n’est pas réversible.
- Le résultat final delà dilatation est le même dans les deux cas, en tant que la dis-grégation du gaz a augmenté jusqu’à un certain point; mais dans l’un des cas, où une résistance était à vaincre, il s’accomplissait une transformation de chaleur en œuvre, tandis que, dans l’autre cas, où il n’y avait pas de résistance, aucune œuvre n’était produite, et par conséquent aussi aucune chaleur n’était transformée en œuvre. Si le gaz, au contraire, doit être comprimé, et que par suite, sa disgrégation doive diminuer, il faut nécessairement, dans ce cas, que de l’œuvre se transforme en chaleur. Comme nous avons dit que la transformation d’œuvre en chaleur était une transformation positive, et que la transformation de chaleur en œuvre était une transformation négative, nous pouvons énoncer ce qui précède de la manière suivante : La diminution de disgrégation, qui est une transformation négative, ne peut pas avoir lieu sans une transformation positive simultanée; l’augmentation de disgrégation, au contraire, qui est une transformation positive, peut se présenter sans transformation négative.
- Nous allons maintenant considérer quelle est la loi qui régit le second mode de transformation, c’est-à-dire la transformation de la chaleur en œuvre, ou bien la transformation inverse. Pour transformer la chaleur en œuvre, il doit se faire, comme nous l’avons déjà vu, soit une augmentation de disgrégation, soit, quand ce n’est pas le cas, ce qui arrive dans un cycle fermé, le passage d’une certaine autre quantité de chaleur d’un corps plus chaud sur un corps plus froid. Comme, d’ailleurs, l’augmentation de disgrégation et le passage de la chaleur d’un corps plus chaud sur un corps plus froid sont des transformations positives, il s’ensuit que la transformation négative de chaleur en œuvre doit être nécessairement alliée avec une transformation positive simultanée.
- Au contraire, la transformation positive d’œuvre en chaleur peut très-bien avoir lieu sans transformation négative simultanée. Quand, par exemple, une force est employée à vaincre la résistance due au frottement, il en résulte de la chaleur, et il y
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- aurait ainsi de l’œuvre transformée en chaleur, sans qu’une transformation négative quelconque survienne. La résistance de l’air et la résistance au passage dont doit triompher un courant électrique passant dans un conducteur se comportent comme la résistance due au frottement.
- On peut donc, dans le cas du deuxième mode de transformation, énoncer cette loi : que la transformation négative de chaleur en œuvre ne peut avoir lieu sans une transformation positive simultanée, mais que la transformation positive d’œuvre en chaleur peut avoir lieu sans transformation négative simultanée.
- Enfin, nous avons encore à considérer le troisième mode de transformation, le passage de la chaleur d’une température à une autre.
- Pour transporter la chaleur d’un corps plus froid sur un corps plus chaud, il doit nécessairement se passer une transformation positive, puisque nous avons déjà vu précédemment, dans le cas d’un cycle fermé, que ce transport de chaleur exige une transformation d’œuvre en chaleur. Le passage inverse de chaleur d’un corps plus chaud sur un corps plus froid peut, au contraire, s’effectuer entièrement de lui-même, comme c’est, par exemple, le cas quand la chaleur se propage par conductibilité ou par rayonnement d’un corps plus chaud sur un corps plus froid.
- Ainsi donc, dans ce cas, comme dans les deux autres, la transformation négative ne peut pas avoir lieu sans transformation positive, mais la transformation positive peut avoir lieu sans transformation négative.
- Nous avons dit précédemment que deux transformations égales en grandeur et de signes contraires se compensaient l’une l’autre. D’après cela, nous pouvons énoncer, relativement aux trois modes de transformation dont nous venons de parler, la loi suivante : Des transformations négatives ne peuvent avoir lieu qu’ avec compensation, mais des transformations positives peuvent avoir lieu sans compensation; ou bien plus brièvement : des transformations non compensées ne peuvent être que positives.
- Ce caractère distinctif a son influence dans toutes les transformations qui s’accomplissent dans la nature, puisque le cas où une transformation est parfaitement réversible, et, par conséquent, où la somme des transformations qui ont lieu est rigoureusement nulle, ne forme que le cas limite dans l’infinité des cas possibles, comme zéro est la limite inférieure de toutes les grandeurs positives. Si l’on considère l’univers tout entier, en ayant égard à ce que nous venons de dire, on arrivera à une conclusion remarquable.
- On entend fréquemment dire que tout dans le monde a un cours circulaire. Pendant que des transformations ont lieu dans un sens, en un lieu déterminé et à une certaine époque, d’autres transformations s’accomplissent en sens inverse dans un autre lieu et à une autre époque, de sorte que les mêmes états se reproduisent constamment, et que l’état du monde reste invariable quand on considère les choses en gros et d’une manière générale. Le monde peut donc continuer à subsister éternellement de la même façon.
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- Quand le premier principe fondamental de la théorie mécanique de la chaleur fut énoncé, on pouvait peut-être le considérer comme une confirmation éclatante de l’opinion mentionnée. Nous n’avons parlé jusqu’ici que de chaleur et d’œuvre, au sujet de ce principe. Mais il faut remarquer en outre qu’on peut considérer la lumière comme comprise dans le mot « chaleur, » et que le mot « œuvre » a également une signification très-étendue. Les actions chimiques, les effets des forces électriques et magnétiques, l’augmentation et la diminution des mouvements, mouvements de progression, de rotation ou d’oscillation pour des masses pondérables, aussi bien que mouvements électriques, peuvent, pour autant qu’on doit les considérer ici, être regardés comme de l’œuvre. Nous nous trouvons donc ainsi en présence d’une loi que l’on peut appliquer dans tous les phénomènes naturels.
- Helmholtz, qui reconnut tout de suite la généralité de ce principe, et, en l’appliquant aux différentes parties de la physique, la démontra d’une manière claire et concluante dans son bel ouvrage qui se rapporte à cette question, l’appelle en lui donnant l’extension la plus large : Principe de la conservation des forces. Il vaudrait peut-être mieux encore l’appeler : Principe de la conservation de l’énergie.
- On peut l’énoncer sous la forme suivante, quand elle doit exprimer une loi fondamentale et générale de l’univers : Une forme d’énergie peut se transformer en une autre forme d’énergie, mais la quantité d’énergie ne peut jamais se perdre; au contraire, l’énergie totale existant dans le monde est constante, comme la quantité de matière qui s’y trouve.
- Bien que l’exactitude de cette loi soit hors de doute, et qu’elle exprime, en effet, l’invariabilité de l’univers dans un certain sens, on irait pourtant trop loin si l’on supposait qu’elle dût fournir une confirmation de l’opinion d’après laquelle l’univers entier serait regardé comme absolument invariable et accomplissant éternellement sa révolution. Le second principe fondamental de la théorie mécanique de la chaleur contredit cette opinion de la manière la plus formelle.
- Comme nous l’avons dit précédemment, la règle qui s’applique d’une manière générale à toutes les transformations infiniment variées qui se passent dans le monde, c’est que les transformations n’ont pas besoin de se présenter en quantités égales dans des sens opposés, mais que la différence ne peut avoir lieu que dans un sens déterminé, c’est-à-dire de façon que les transformations positives l’emportent sur les négatives. De là résulte que l’état de l’univers doit changer successivement de plus en plus dans un sens déterminé.
- L’œuvre que peuvent effectuer les forces naturelles, et qui est contenue dans les mouvements des différents corps de l’univers, se transforme successivement et de plus en plus en chaleur. La chaleur, tendant constamment à passer des corps plus chauds sur les corps plus froids, et, par conséquent, à rendre les températures égales de part et d’autre, se répartira peu à peu toujours d’une manière plus égale, et il s’établira un équilibre déterminé entre la chaleur rayonnant dans l’éther, et la
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- chaleur qui se trouve dans les corps. Enfin les molécules des corps tendront à prendre une disposition telle que, eu égard à la température régnante, la disgrégation totale soit aussi grande que possible.
- J’ai cherché une loi simple qui permît d’énoncer complètement ce changement progressif, et qui exprimât d’une manière caractéristique l’état vers lequel tend peu à peu l’univers. J’ai imaginé une grandeur qui jouât, par rapport aux transformations, le même rôle que l’énergie par rapport à la chaleur et à l’œuvre, c’est-à-dire qui représentât la somme de toutes les transformations qui doivent avoir lieu pour amener un corps ou un système de corps dans son état actuel. J’ai donné à cette grandeur le nom d'entropie. Dans tous les cas maintenant où les transformations positives sont plus grandes que les négatives, il y a augmentation d’entropie. On doit aussi en conclure que, dans tous les phénomènes naturels, la valeur totale de l’entropie ne peut qu’augmenter sans jamais diminuer, et l’on obtient, par conséquent, pour exprimer le changement qui se produit partout et constamment, la loi suivante :
- L’entropie de l’univers tend vers un maximum.
- Plus l’univers s’approche de cet état limite, dans lequel l’entropie est un maximum, plus les occasions de nouveaux changements disparaissent; et, si cet état était atteint à la fin, aucun nouveau changement n’aurait plus lieu, et l’univers se trouverait dans un état de mort persistante.
- Bien qu’actuellement l’univers soit encore très-éloigné de cet état limite, et bien qu’il tende vers lui avec une lenteur telle que des périodes, comme celles que nous appelons temps historiques, peuvent être considérées comme de courts espaces en comparaison des périodes immenses dont l’univers a besoin pour effectuer d’une manière successive ses moindres transformations, il y a une conséquence importante qui subsiste toujours, c’est qu’on a trouvé une loi naturelle qui permet de conclure d’une manière certaine que dans l’univers tout n’a pas un cours circulaire, mais que les modifications ont toujours lieu dans un sens déterminé, et tendent ainsi vers un état limite.
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- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Un nouveau tunnel sous la Tamise. —On a récemment commencé en Angleterre les travaux préparatoires à l’exécution d’un nouveau tunnel ou voie sous-fluviale qui doit relier, sous la Tamise, la Tour et le pont de Londres. De trois projets présentés dans le même but par la même compagnie, celui-ci est le seul qui soit parvenu à concilier tous les intérêts, les deux autres ayant rencontré de l’opposition tantôt
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- de la part des autorités chargées de la conservation du fleuve et tantôt de la part de l’administration de la Tour.
- Le nouveau tunnel qu’on doit exécuter forme, sous certains rapports, un curieux contraste avec celui de Wapping, que tout le monde connaît et que Brunei a mis tant de temps à établir. En effet, ce dernier, qui appartient aujourd’hui à la compagnie du chemin de fer East land railway, a environ 1 250 pieds ( 375 mètres ) de longueur entre les deux puits qui y conduisent, tandis que le tunnel en projet en aura 1 320 (396 mètres). Le premier a coûté plus de 450 000 livres sterling (11250 000 fr.); le second ne coûtera, suivant toute probabilité, que 16 000 livres (400 000 francs). D’une part, il fallut renoncer à tout espoir de dividende sérieux en raison de l’énormité de la dépense ; de l’autre, ne fût-ce qu’avec les mêmes conditions de trafic, il est permis de compter sur un revenu de 20 pour 100.
- M. P. Barlow, 1’ ingénieur du projet, propose d’opérer la descente et l’ascension des passagers par des monte-charges hydrauliques analogues à ceux qui existent dans les grands hôtels nouvellement construits, ainsi que dans certaines usines. Il propose également de faire accomplir le trajet d’un puits à l’autre au moyen de petits omnibus roulant sur rails, et construits dans des conditions de perfection et de légèreté capables de rendre le frottement assez faible pour que la force d’un homme puisse suffire à la traction d’une seule voiture. D’ailleurs cette traction sera encore facilitée par le profil même qu’on donnera à la voie; ainsi les bases des deux points se trouveront au même niveau et la voie partagée en deux pentes égales, dont l’angle ou point d’intersection se trouvera à un niveau inférieur, si bien qu’un omnibus, partant de l’un des puits et poussé sur l’une des pentes, remontera facilement l’autre moitié du chemin en vertu de la vitesse acquise pendant la descente. (.Journal ofthe Society of arts.)
- Explosion de nitroglycérine » Newcastle- — On sait les dangers que présentent les manipulations de la nitroglycérine et les accidents nombreux produits par cette curieuse matière explosive, qu’on a essayé, surtout en Allemagne et en Amérique, de substituer à la poudre de mine.
- Une nouvelle explosion s’est produite il y a quelques mois à Newcastle, et le journal The Chemical News, qui en rend compte, adresse un blâme énergique aux fabricants de nitroglycérine, qui devraient ne pas ignorer que cette matière se laisse transporter et manipuler impunément lorsqu’on la dissout dans deux ou trois fois son volume d’alcool méthylique (1); puis, lorsqu’on veut s’en servir, il suffit d’ajouter de l’eau, qui s’empare de l’alcool et permet de recueillir la nitroglycérine par une simple décantation. Mais il est essentiel, on ne saurait trop le répéter, d’employer une quantité suffisante d'alcool; si on n’a pas pris cette précaution et si on a, par exemple, opéré par un temps
- (1) Voir Bulletin de 1866, 2‘ série, t. XIII, p. 384.
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- chaud, il peut arriver que le produit conservé dans des boîtes donne lieu, pendant l’hiver, à la formation de quelques cristaux, lorsque la température se rapproche du point de congélation de l’eau; dans ce cas, le moindre choc peut déterminer une explosion, et c’est ce qui sera probablement arrivé pour celle de Newcastle (1).
- Les compagnies de navigation et de chemins de fer devraient s’interdire tout transport de nitroglycérine en liberté. (The Chemical News.)
- lie batardeau du bassin du port militaire de Brest*— Dans ces dernières années, où la marine française a subi une transformation presque complète, on sait le développement qu’a reçu le port militaire de Brest, dont le génie de Richelieu soupçonnait si bien l’importance, que c’est à lui qu’on en doit les premiers travaux, continués plus tard et terminés sous le règne de Louis XIV.
- Parmi les ouvrages de ce port, il en est un dont l’importance mérite d’être signalée; nous voulons parler du batardeau de la forme de radoub et des conditions extraordinairement difficiles dans lesquelles a été entrepris ce travail, qui touche à son terme, après avoir passé par une série de vicissitudes.
- Ces difficultés, d’ailleurs, ne sont pas nouvelles, et, si l’on consultait les mémoires du temps, on verrait que, de 1683 à 1687, le roi et son ministre Colbert étaient déjà vivement préoccupés des obstacles et des lenteurs que rencontrait l’établissement du bassin dont nous parlons.
- Jusqu’ici il était donc resté ce que les ingénieurs d’alors l’avaient fait; mais un jour devait venir où cette œuvre, qui avait coûté tant d’efforts, allait se trouver insuffisante pour recevoir les bâtiments considérablement agrandis et transformés de notre flotte; car, là où passaient jadis les anciens navires à trois ponts, n’allaient plus pouvoir pénétrer nos modernes vaisseaux blindés capables, aujourd’hui, de porter toute une armée dans leurs vastes flancs.
- En présence d’une situation aussi grave, les ingénieurs des ponts et chaussées chargés du service hydraulique du port de Brest concevaient, en 1863, un projet de reconstruction et, au mois de février de l’année suivante, le Ministre de la marine, approuvant le projet d’agrandissement du bassin, passait un marché à forfait pour son exécution, qui devait être terminée dans un délai de quinze mois.
- Malheureusement, après seize mois d’efforts, les difficultés pour arriver à l’étanchéité du batardeau n’ont pu être vaincues et les travaux ont été suspendus. Dans ces circonstances, on a dû recourir à d’autres moyens, et, sur l’avis de M. Gollignon, inspecteur général des travaux maritimes, l’Administration s’est décidée à adopter le système de fondation au moyen de l’air comprimé, déjà appliqué avec tant de succès
- (1) M. Nobel, le fabricant de nitroglycérine, n’est pas de cet avis ; il prétend que cette substance est moins dangereuse à l’état solide qu’à l’état liquide.
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- dans de nombreuses circonstances par divers entrepreneurs et ingénieurs et, entre autres, par M. Castor.
- M. Castor fut donc appelé et invité à présenter un projet qui, ayant reçu bientôt l’approbation de l’Administration, fut suivi d’un traité dont les signatures furent échangées au mois de février 1867.
- Aux termes de ce traité, M. Castor s’engageait à construire un batardeau avec un caisson en fer de grande dimension destiné à être descendu, au moyen de l’air comprimé, à 15”,70 en contre-bas des plus hautes marées. Pour bien faire comprendre la difficulté de l’entreprise, il est indispensable d’entrer dans quelques explications.
- Il ne s’est plus agi ici de caissons ordinaires ; celui dont s’est servi l’habile entrepreneur n’a pas moins de 27m,20 de longueur, 8m,50 de largeur et 10m,50 de hauteur, représentant, par conséquent, un volume énorme de plus de 2 427 mètres cubes. Construit dans un des bassins de Brest, il a fallu l’amener sur place en- profitant d’une des hautes marées pour le remorquer jusqu’à la distance de 1 500 mètres, et ce n’a pas été une des phases les moins curieuses de l’opération, car cette masse énorme ressemblait de loin à un vieux navire démâté.
- Arrivé au lieu d’emploi à la fin d’août 1867, l’immersion a pu commencer le 16 septembre suivant, c’est-à-dire qu’il a suffi de quinze jours pour appareiller et monter les écluses à air, au nombre de trois.
- Le système de fondation à l’air comprimé est, aujourd’hui, trop connu pour qu’il soit nécessaire de le décrire; d’ailleurs, le Bulletin en a donné une relation complète en publiant les travaux du pont du Rhin (2e série, t. VII, 1860, p. 449). Mais ce qu’il y a d’exceptionnel dans la nouvelle application dont il s’agit ici et ce qu’il importe de noter, c’est la grandeur inusitée de la chambre à air, où quarante ouvriers, occupés aux fouilles, travaillaient jour et nuit dans l’air comprimé en se relayant de quatre heures en quatre heures ; c’est le cube d’air à employer constamment pour refouler l’eau sur une surface de 230 mètres carrés ; c’est la difficulté des fouilles causée par l’énorme quantité de matériaux (bois et pierres) provenant d’anciens travaux et dont l’enfouissement dans la vase a pendant longtemps caché la véritable position du roc solide, qu’on extrait en même temps ; c’est enfin le poids considérable de toute la masse (caisson et maçonnerie ) augmentant incessamment chaque jour et nécessitant des peines inouïes, surtout au début, pour empêcher que le flux et le reflux de la mer ne déforment et même ne brisent cet ensemble formidable.
- Grâce à des précautions infinies, grâce à cette énergie et cette intelligence dont M. Castor a fait preuve dans toutes ses entreprises, le péril a bientôt disparu; à la fin de décembre 1867 le caisson était arrivé, sans accident, à la cote de 6m,20 en contrebas du zéro de l’échelle maréométrique, et tout faisait espérer que ce travail difficile, regardé comme presque impossible, en raison des tentatives infructueuses faites à diverses époques, serait terminé dans les délais prescrits.
- Voici quelques chiffres qui permettront de mieux juger de l’importance de l’œuvre :
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- Poids du caisson, de son matériel et de la maçonnerie. . Force de la machine à vapeur commandant la soufflerie. Nombre d’ouvriers employés aux fouilles............
- . 3000 tonnes.
- 30 chevaux, 150
- Volume de rocher extrait au 31 décembre 1867. . . . 300 mètres cubes.
- Trois millions de kilogrammes! Telle est la masse imposante qu’on avait à diriger et qu’on descendait lentement pour la faire échouer sur le roc solide avec autant de précision qu’on pose une pierre dans une maçonnerie d’appareillage. (Journal des travaux publics. )
- Sur les mines du Chili. — On sait que le Chili est très-riche en mines de cuivre, de cuivre argentifère, d’argent, d’or, de plomb et de plomb argentifère, de cobalt, de fer, de houille, de sulfate de soude et de sulfate de chaux ; il renferme également des mines de lapis-lazuli et des carrières de marbre blanc et de couleur.
- Les renseignements statistiques sur les exploitations actuelles de ce pays accusent 1 668 mines de cuivre en activité, 268 d’argent et 668 de houille, employant ensemble 23 743 mineurs ; en outre, en 1863, on comptait 347 hauts-fourneaux pour la fusion des minerais de cuivre.
- Les provinces les plus riches en minerais de cuivre et d’argent sont celles d’Atacama et de la Serena au nord, et l’on peut dire que les produits annuels de ces- mines représentent, à eux seuls, les trois quarts du montant des produits exportés du Chili ; cette proportion est celle de l’exportation en 1863, qui s’est élevée au total de 20118 852 piastres, dans lequel les produits des mines figurent pour 15 214 969.
- On exploite, au Chili, deux mines de lapis-lazuli, une de cristal de roche, quelques autres de plomb, de nickel et de cobalt ; mais les produits en sont si peu importants, qu’ils ne figurent pas encore sur les tableaux statistiques.
- Les mines de houille ont donné, en 1863, un mouvement de 128 382 tonnes, dont la plus grande partie a été consommée par la fusion des minerais de cuivre, par l’usage domestique et par la marine ; le reste a été livré à l’exportation.
- Dans la totalité des cuivres de diverses provenances, qui sont importés en Angleterre, ceux du Chili y entrent pour 56,75 pour 100. (M.)
- Remarques sur les empoisonnements par les vapeurs du charbon, par ML A. Frœltdc. — Les travaux de M. Bunsen et de M. Playfair sur les gaz des hauts fourneaux, chauffés à la houille, ont fait reconnaître que ces gaz contiennent du cyanogène, dans la proportion de 1,34 pour 100 en volume, lorsqu’on les puise à une hauteur de 0m,87, et qu’ils n’en renferment plus que des traces à 4 mètres ou 4m,30 environ. De plus, on a observé que, dans le travail des hauts fourneaux, il se forme des quantités notables de cyanure de potassium ; les recherches de M. Wôhler ont constaté aussi que les rainerais d’un jaune-rougeâtre et d’un brillant métallique, qui étaient autrefois considérés comme du titane natif, sont une combinaison de cyanure
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- el d’azoture de titane ; enfin on sait, positivement, que le cyanogène se forme lorsque la potasse, le carbone et l’azote sont en présence dans des conditions convenables.
- Ces observations permettent d’associer l’influence du cyanogène à celle de l’acide carbonique et de l’oxyde de carbone dans l’explication des accidents qui résultent de la combustion du charbon incandescent, lorsque la ventilation est insuffisante.
- Quand les fourneaux alimentés par la houille tirent mal, on peut même reconnaître le cyanogène à son odeur particulière. Il est donc facile d’expliquer les effets nuisibles de la houille dont la combustion s’effectue imparfaitement. Comme on le sait, l’anthracite, la tourbe et surtout le bois, ne causent que très-rarement des asphyxies mortelles, même dans des circonstances défavorables, parce que les personnes endormies se réveillent à temps et sont averties par l’odeur forte du combustible imparfaitement brûlé, qui ne leur cause que des étourdissements et des maux de tête. Il serait donc intéressant de faire des expériences exactes et comparatives sur les effets de l’oxyde de carbone et de l’acide carbonique mêlés avec une certaine quantité de cyanogène. (Archiv der Pharmacie et Dinglers polytechnisches Journal.)
- Sur la préparation de l’iiypermanganate de sonde. — Ce sel, qui est
- maintenant fort employé comme agent de désinfection, se prépare, ainsi qu’il suit, selon la Pharmaceutische Centrallialle de Berlin :
- On prend une solution de 12 parties de soude caustique réelle, soit 36 parties de solution de soude caustique à 1,337 de densité, soit enfin 34 parties de même solution à environ 1,365 de densité. Il faut que cette solution soit aussi exempte que possible d’acide carbonique. On la verse dans une chaudière en fer, avec 10 parties de chlorate de potasse, en ayant soin d’agiter et en y ajoutant peu à peu 18 parties de bioxyde de manganèse de bonne qualité et finement pulvérisé. On fait évaporer jusqu’à ce que l’on voie la matière se figer, lorsqu’on en fait refroidir de petits échantillons. On pousse alors davantage le feu, jusqu’à ce que la matière soit sèche et réduite en masses dures. On en remplit des creusets en fer et on la chauffe jusqu’au rouge. Après l’avoir laissée refroidir, on la brise en petits morceaux, et on la place dans une chaudière en fer, avec 200 ou 220 parties d’eau; on l’agite bien et on la porte à l’ébullition. Lorsqu’elle est dissoute, on la fait reposer pendant vingt-quatre heures, et on la soutire suffisamment, avec un siphon de verre, dans des vases en terre ou en verre. Le résidu qui reste après le lessivage doit être séché, pulvérisé de nouveau, et employé dans de nouvelles opérations où l’on en compte 12 parties comme représentant seulement 10 parties d’oxyde de manganèse.
- Le Gewerbeblatt, de Hambourg, indique cependant un autre procédé et recommande de placer, dans une marmite en fonte, 10 parties de soude caustique et 1 partie de nitrate de potasse, et de chauffer le tout jusqu’à la fusion ; lorsque le mélange ne bout plus et file comme de l’huile, on y incorpore, peu à peu, 6 parties de bioxyde
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- de manganèse (à 80 pour 100, au moins, d’oxyde réel), que Ton a fait, auparavant, chauffer fortement sur une plaque ou dans une marmite de fonte. Lorsque le bioxyde est assez chaud, la fusion n’éprouve aucune interruption. On agite bien, avec une spatule préalablement chauffée, lorsque le mélange tend à se figer. On en tire, de temps en temps, des échantillons, que l’on délaye dans l’eau. Lorsque l’on reconnaît que la masse se dissout le mieux possible, en produisant une coloration d’un vert foncé, on conclut que l’opération est terminée; on vide la marmite avec une cuiller chauffée d’avance, et l’on recommence aussitôt une autre fonte.
- Un seul ouvrier peut conduire simultanément trois opérations semblables et fabriquer facilement, en un jour, 100 kilog. d’hypermanganate de soude. Cependant il ne faut pas entreprendre de fondre à la fois de trop fortes quantités, car le travail deviendrait beaucoup plus difficile; et, si la masse venait momentanément à se refroidir et à se solidifier, il faudrait beaucoup de temps pour la rendre de nouveau fluide. La boue épaisse, restée dans la chaudière, doit être bien lavée avec de l’eau que l’on emploie pour le lessivage des fontes suivantes, ou bien que l’on sature de chlore gazeux, après l’avoir refroidie à -f- 15° centigr., et qui se vend comme produit désinfectant. (Din-gler’s polytechnisches Journal.)
- Sur l’esnploi du liège, comme ressort, dans les waggons pour les marchandises lourdes, par M. le docteur Lunge. —On a tout récemment tenté, en Amérique, de remplacer le caoutchouc par le liège, principalement pour les ressorts des lourds waggons de bagages, et dans d’autres cas analogues. A en juger par les apparences, on n’aurait cependant pas été porté à espérer beaucoup de succès de ces expériences, surtout en employant le liège le plus commun, qui est brut, dur et criblé de fissures. Ce liège est d’abord ramolli par une immersion suffisante dans de la mélasse étendue d’eau, qui y conserve une humidité permanente. On le coupe ensuite en disques de 0m,20 de diamètre, que l’on perce au centre et dont on superpose plusieurs dans un cylindre creux en fonte. On place dessus un couvercle plat, aussi en fonte, et l’on soumet le tout à une presse hydraulique, jusqu’à ce que le volume soit diminué de moitié. On fait ensuite passer, à travers tout ce système, un boulon en fer, sur l’extrémité duquel on visse un écrou; on supprime alors la pression hydraulique, et le ressort est prêt pour l’usage. Un de ces ressorts, soumis dans une expérience à une pression de 10,000 kilog., a fait preuve d’une élasticité qui ne peut être comparée qu’à celle de l’air comprimé. A en juger par l’aspect de la matière, on devrait s’attendre à la voir se réduire en poudre ou en petits fragments sous les fortes pressions, et principalement sous les chocs violents; mais il n’en est nullement ainsi. Un effort qui détruit tout à fait le caoutchouc ne nuit pas au liège, que l’on n’a pu parvenir à endommager par la pression réglementaire , même en réduisant à 0m car-,000625 la surface qui la supportait.
- Un ressort de ce genre sert depuis cinq ans dans une machine à forger, chez
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- M. W. Sellers, président de l’Institut de Franklin, où elle supporte des chocs violents et continuellement répétés, sans laisser apercevoir de détérioration. (Dinglers poly-technisches Journal. )
- Sur un danger d’empoisonnement par le pain cuit dans des fours chauffés avec des bois de démolition ou avec des traverses usées de chemins de fer, par 191. le docteur Vohl, de Cologne. — A Cologne, on est, depuis plusieurs années, dans l’usage de chauffer les fours avec du bois de démolition ou avec des traverses de chemins de fer, devenues hors de service. Cet usage peut entraîner, comme on va le voir, de très-graves inconvénients.
- M. Vohl ayant été prié, en 1865, de faire l’analyse quantitative de plusieurs produits de boulangerie, trouva, dans les cendres d’une sorte de biscuit, des proportions relativement considérables d’oxyde de plomb et d’oxyde de zinc. Ce fait, inattendu, ne pouvait être attribué qu’à la nature du combustible, et des recherches aussitôt entreprises donnèrent la preuve que le four avait effectivement été chauffé avec des bois peints de démolition (portes, châssis de fenêtres, lambris, etc.).
- La braise provenant de la même boulangerie fut ensuite analysée, et l’on y trouva de l’oxyde de plomb, de l’oxyde de zinc, de l’oxyde de cuivre et du sulfate de baryte, qui provenaient évidemment de la peinture.
- Quelque temps après, une autre analyse, ordonnée par l’autorité, fît trouver une quantité notable d’oxyde de plomb et des traces d’oxyde de zinc dans la croûte qui formait le dessous d’un pain de seigle. L’intérieurdu pain et la croûte supérieure étaient exempts de ces oxydes.
- Ces faits ayant donné l’éveil, on reconnut que plusieurs autres boulangeries chauffaient aussi leurs fours avec des bois chargés de substances vénéneuses.
- M. Vohl, afin de pousser plus loin ses investigations, fît brûler environ lk,500 de la braise provenant des bois suspects, dans un petit fourneau à vent disposé de manière à permettre de recueillir non-seulement les cendres, mais encore les produits gazéi-formes de la combustion. Ces derniers laissèrent déposer dans les parties froides du tuyau de sortie une quantité notable d’une poussière qui n’était que de l’oxyde de zinc mêlé d’un peu d’oxyde de plomb.
- L’auteur rapporte encore d’autres résultats, mais ce qui précède suffit pour démontrer complètement l’existence du danger qui doit varier dans ses détails selon la nature des bois brûlés. (Dinglers polytechnisches Journal.)
- Purification de la naphtaline brute, produite dans la distillation du goudron, par M. le docteur Muth. — Les cristaux bruns ou rougeâtres qui se forment par suite de la distillation du goudron doivent être broyés et bien mélangés par trituration, avec le double de leur volume de sable quartzeux, et placés en couche de 0m, 105 d’épaisseur sur un large bain-marie rectangulaire. On les couvre d’une toile et l’on ajuste exactement sur le bain-marie une grande caisse renversée en
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- bois. A un degré moindre que celui de l’ébullition de l’eau, la naphtaline pure se sublime doucement et vient se déposer en larges plaques transparentes sur les parois de la caisse. Il reste une masse très-dure, susceptible de plusieurs emplois industriels.
- La naphtaline recueillie est limpide comme de l’eau quand on la fond, et n’a presque pas d’odeur. (Buchner’s neues Repertorium fur Pharmacie, et Dingler’s polylechnisches Journal.)
- Mastic pour fixer le laiton sur le verre, par M. Pusclier, de Nuremberg. — Ce mastic peut servir, par exemple, pour fixer les becs en laiton sur les vases en verre des lampes à huile de pétrole, et se compose, selon M. Puscher qui indique cette recette comme la meilleure, de 1 partie de soude caustique, 3 parties de colophane et 5 parties d’eau. On fait bouillir et l’on ajoute une quantité convenable de plâtre.
- Ce composé possède une grande puissance d’adhésion, ne se laisse pas pénétrer par l’huile de pétrole, supporte très-bien la chaleur, et n’exige qu’une demi-heure ou trois quarts d’heure pour se durcir complètement. Si l’on y ajoute du blanc de zinc, de la céruse, ou de la chaux éteinte à l’air, le durcissement s’opère plus lentement. L’eau n’attaque ce mastic que superficiellement. (Dinglerspolytechnisches Journal.)
- Sur la falsification de la cire du Japon, par M. le docteur Th. Wiinmel. — La cire végétale du Japon, que son bas prix permet d’employer dans beaucoup de cas au lieu de la cire d’abeilles, sert malheureusement à frelater cette dernière, et est elle-même falsifiée très-souvent par l’addition d’une notable quantité d’eau. Il est assez ordinaire d’y en trouver de 15 à 20 pour 100, et l’on en rencontre parfois jusqu’à 30 pour 100.
- La cire du Japon, dans ce cas, n’a plus l’aspect clair et brillant qui, dans son état de pureté, la fait ressembler à la cire d’abeilles. Elle devient mate, cassante et friable.
- L’eau, qu’il est facile de séparer par la fusion, n’est pas unie à celte substance par une combinaison chimique, comme on pourrait se l’imaginer. Les producteurs doivent donc employer un tour de main encore secret, pour incorporer à la cire fondue, avant de la couler dans des formes, une aussi grande quantité d’eau. (Dinglers poly-technisches Journal.)
- Emploi de la paraffine pour opérer certaines cristallisations, par M. Franz Stolba, de Prague. — Lorsque l’on veut faire cristalliser des liquides qui attaquent le verre ou la porcelaine et que l’on n’a pas sous la main des vases de platine, on peut se servir avantageusement de capsules en verre, dont on enduit soi; gneusement l’intérieur avec de la paraffine.
- Pour préparer ces capsules, on les sèche complètement, on y fait fondre une quantité convenable de paraffine que l’on chauffe jusqu’à ce qu’elle commence à bouillir j on tourne alors le vase de manière que toute sa paroi intérieure en soit couverte, et l’on
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- verse le surplus. Après le refroidissement, on trouve un enduit qui lient bien ; et, en faisant évaporer spontanément à l’air les solutions que l’on place dans le vase préparé, ou bien en employant le vide, on obtient de fort beaux cristaux, qui n’adhèrent pas à l’enduit. (Dinglerspolytechnisches Journal.)
- Mastic pour coller les objets fracturés. — Ce mastic, que l’on dit excellent, se compose de 1 partie de succin dissous dans 1 partie 1/2 de sulfure de carbone. On applique, avec un pinceau, un peu de ce liquide sur les surfaces que l’on veut réunir; on les presse, et l’on voit le mastic sécher presque instantanément. {Dingler’s polytechnisches Journal.)
- Observations sur des cartes de visite vénéneuses, par M. le docteur Wlttsteln. — L’industrie vient de créer un nouveau produit dont l’emploi ne saurait être trop blâmé.
- Déjà on avait, fort inconsidérément, fabriqué des cartes de visite couvertes d’un enduit de blanc de plomb.
- Aujourd’hui on fait plus, car on y introduit de l’acétate de plomb soluble et, par conséquent, plus dangereux encore. En effet, on voit circuler depuis quelque temps des cartes de visite couvertes, sur l’une de leurs surfaces ou même sur les deux, d’un enduit dont l’aspect a de l’analogie avec celui du moiré métallique.
- Lorsque l’on plie ces cartes, on entend un faible craquement semblable à celui que produirait le frottement de menus cristaux, et l’on voit se détacher de petites aiguilles ; on sent, en même temps, une faible odeur d’acide acétique. L’enduit, placé sur la langue, est d’un goût douceâtre, et devient noir au contact du sulfhydrate d’ammoniaque. Outre ces caractères qualitatifs, l’analyse quantitative a fait trouver, dans une seule de ces cartes, assez d’acétate de plomb pour faire périr ou conduire bien près de la mort un enfant de 3 à 5 ans. {Dingler’s‘polytechnisches Journal.)
- Moyen d’augmenter la durée des cordes des métiers-Jacquard. —
- Les cordes des métiers-Jacquard sont exposées, principalement lorsque les étoffes sont larges, ou que les ateliers sont bas d’étage, ou enfin que les dessins sont fort serrés, à des frottements tels que, très-souvent, elles se cassent et obligent le tisserand à suspendre son travail.
- On peut diminuer cet inconvénient en prenant, pour un métier de 5 000 cordes, 0\370 d’huile de lin, que l’on bat avec trois blancs d’œufs, et que l’on fait bouillir pendant une demi-heure.
- • On frotte ensuite, avec des chiffons de laine ou des brosses, tout l’équipage de cordes, au moyen de cette huile, aussi longtemps qu’elle est chaude. On peut même réitérer plusieurs fois cette opération, qui rend les cordes plus durables et plus solides.
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- Lorsque l’on achète des machines neuves, il convient de les préparer ainsi avant d’y suspendre les plombs. ( Würtembergisches Gewerbeblatt et Dingler’spolytechnisches Journal.)
- Préparation des papiers imperméables.— Les recettes publiées pour cette préparation ne donnent, en général, que des produits imparfaits et peuvent être avantageusement remplacées par la suivante :
- La cire végétale du Japon, qui ne contient, cependant, à proprement parler, aucune proportion de véritable cire, convient très-bien pour cet usage, parce qu’on la dissout facilement dans 5 ou 6 parties d’alcool chaud, le tout occupant environ la moitié de la capacité d’une fiole. On place la fiole dans un bain-marie, et, après avoir fait fondre la cire, on ferme la fiole, que l’on secoue ensuite dans l’air, jusqu’à ce qu’elle soit complètement refroidie, ce qui fait précipiter la plus grande partie de la cire, sous forme d’une poudre blanche très-fine. La liqueur prend alors l’apparence d’un lait épais, et l’on s’en sert pour enduire, avec un pinceau, le papier couvert préalablement d’une couche d’un empois formé de parties égales d’amidon et de glycérine, où l’on introduit une quantité convenable de suie ou de toute autre matière colorante. On frotte ensuite le papier avec une brosse, jusqu’à ce qu’il paraisse couvert d’un enduit mince, uniforme, brillant et non poisseux. Au besoin, on renouvelle cet enduit. Il faut moins d’un gramme de cire du Japon pour enduire une feuille de papier de grandeur ordinaire.
- Pour les papiers de tenture, cet enduit présente non-seulement l’avantage de les rendre brillants, mais encore d’empêcher certaines couleurs de se passer rapidement ; il fixe aussi le vert dangereux de Schweinfurt, et le rend d’un usage moins insalubre. Il serait même préférable à l’encaustique préparée avec la térébenthine, pour cirer les bois sculptés, parce qu’il n’est pas odorant et collant, comme cette encaustique. — {Hamburger Gewerbeblatt et Dingler’s polytechnisches Journal.)
- Emploi <le la glycérine pour le moulage du plâtre, par M. le docteur Uofinann. — M. le docteur Hofmann a proposé, dernièrement, l’usage de la glycérine dans le moulage du plâtre. Jusqu’à présent on employait, le plus ordinairement, une solution de savon, et l’on en frottait le moule pour faciliter sa séparation d’avec l’épreuve. Mais, depuis assez longtemps, on observait que l’eau de savon ne réussissait plus, à beaucoup près, aussi bien; que la séparation de l’épreuve devenait beaucoup plus difficile et beaucoup plus longue ; et qu’il en résultait, même souvent, des dégradations. Cette infériorité actuelle des résultats doit, vraisemblablement, être attribuée à l’altération graduelle de la qualité des savons, et d’ailleurs ceux d’acide oléique du commerce sont notoirement peu propres à cette opération. Les expériences que l’on a tentées pour remplacer le savon par la glycérine seule n’ont pas encore conduit à des résultats satisfaisants, parce que cette substance est trop vite absorbée
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- NOTICES INDUSTRIELLES.
- par le plâtre. Mais si Ton enduit le moule d’abord avec une solution d’eau de savon, puis avec de la glycérine, l’effet est extrêmement satisfaisant, parce que l’épreuve en plâtre, après la prise, quitte facilement et intégralement le moule qui se détache en larges pièces, en sorte que le démoulage s’exécute rapidement et sans danger pour l’épreuve. L’application de la glycérine sur le moule s’effectue très-facilement au moyen d’un pinceau. — (.Bôttger’s Notizblatt et Dingler’spolytechnisches Journal.)
- Sur le sulfate de chaux contenu dans les solutions de sucre, par Jfl. Sostmann. — Le sucre de canne contient souvent 1/2 pour 100, et même plus, de sulfate de chaux, phénomène que l’on peut seulement expliquer en supposant que les solutions sucrées se chargent de sulfate de chaux en proportion plus grande que l’eau pure. M. Sostmann a effectivement constaté cette propriété par des expériences directes. Il a reconnu que les solutions sucrées peuvent se charger de sulfate de chaux en quantités d’autant plus grandes qu'elles sont plus concentrées, qu’elles restent plus longtemps en contact avec le plâtre et que la température est plus élevée. Cependant le sulfate de chaux dissous peut, par une ébullition prolongée, être isolé en partie des solutions sucrées qui en ont été sursaturées; ce sel se sépare avec les écumes. [Zeitschrift des Vereines fur Rübenzucker-Industrie im Zollvereine et Dingler’s polytechnisches Journal.)
- JVIojen de reconnaître l’origine d’un alcool. — On reconnaît, ordinairement, l’origine d’un alcool en en versant une petite quantité dans le creux de sa main et en le laissant s’évaporer; comme l’alcool est plus volatil que l’empyreume, l’odeur de ce dernier décèle l’origine de l’alcool, lorsque l’évaporation est près de se terminer. Mais ce procédé n’est rien moins que sûr, parce que l’alcool peut dissoudre quelques substances grasses de la main, substances dont l’odeur modifie celle du liquide. Il est donc plus sûr d’opérer dans une capsule en verre ou en porcelaine, mais il vaut encore mieux recourir à la méthode suivante :
- On mêle à l’alcool un même volume d’éther, et l’on ajoute un volume d’eau égal à celui du mélange. L’éther dissout l’empyreume et l’entraîne, en se séparant du reste du liquide. On fait ensuite évaporer cet éther dans une capsule de porcelaine, et le résidu donne l’odeur de l’empyreume tellement caractérisée, qu’il est impossible de la méconnaître. On peut ainsi distinguer le rhum, l’arack, le cognac, l’esprit de grain ou de pomme de terre. L’essai ne demande que quelques minutes, mais il faut employer de l’éther rectifié, car l’éther commun du commerce donne aussi, en s’évaporant, un résidu odorant. (Neue Gewerbeblâtter aus Kurhessen et Dingler’s polytechnisches Journal.)
- (V.)
- Paris* — Imprimerie de madame veuve BOUÇHARD-HUZARD, rue de l'Éperon, 5.
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- 67e ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOME XV. — Mai 1868.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Baude, au nom du comité des arts mécaniques, sur une
- ÉTUDE SUR LES SIGNAUX DES CHEMINS DE FER A DOURLE VOIE, par M. EDOUARD
- Brame, ingénieur des ponts et chaussées.
- Messieurs, des signaux bien conçus, bien exécutés sont une grande cause de sécurité sur les chemins de fer, et toute tentative pour améliorer ces moyens puissants d’éviter les dangers inhérents à ces voies rapides de communication ne saurait passer inaperçue. C’est ainsi que nous sommes amenés à vous parler de l’ouvrage, Etude sur les signaux de chemins de fer à double voie, dont M. Brame a fait hommage à la Société. L’importance du sujet, la façon lucide, nette avec laquelle il a été traité, nous semblent mériter plus qu’une simple mention dans le Bulletin de la Société.
- M. Brame analyse tous les signaux fixes ou mobiles qui sont employés par les six grandes compagnies, qui se divisent à peu près la totalité du réseau français. Le but de l’ingénieur est de faire adopter des signaux uniformes, les plus simples, qui sont, en général, les meilleurs. Chaque compagnie doit pourvoir aux mêmes besoins, prévenir les mêmes dangers; il est donc naturel de croire que les mêmes préservatifs doivent être adoptés par toutes. Toutefois, M. Brame, avec cette sagacité, avec ce bon sens pratique qu’on rencontre, en général, chez MM. les ingénieurs du contrôle de l’État, ne
- Tome XV. — 67e année. 2e série. — Mai 1868. 33
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- ARTS MÉCANIQUES.
- propose pas d’user de l’omnipotence ministérielle pour faire des prescriptions aux compagnies : il sait que l’expérience, en fait d’exploitation, n’a jamais dit son dernier mot; il ne veut pas stéréotyper, pour ainsi dire, les signaux, et, pour une amélioration d’ensemble, proscrire les améliorations de détail. Mais il met à même les compagnies de ne pas maintenir dans leur exploitation une exception qui n’a pas de raison d’être, et qu’il est bon de réformer, si elle est, sans motif sérieux, en dehors des procédés employés généralement autour d’elle.
- En donnant la nomenclature des signaux employés sur les chemins de fer, nous indiquerons la variété des instruments décrits dans l’ouvrage de M. Brame. Un volume de planches bien dessinées précise chaque objet, et quand le signal a un but particulier, le plan de la gare ou du passage où il est manœuvré en fait bien comprendre l’utilité.
- Voici les subdivisions de trois divisions de signaux adoptées par M. Brame :
- Signaux fixes.
- Disques manœuvrés à distance pour couvrir les stations, les voies d’évitement, les embranchements particuliers,
- Disques automoteurs,
- Signaux d’aiguilles ou de direction,
- Signaux de bifurcation,
- Signaux de passages à niveau,
- Signaux de ponts tournants,
- Signaux de souterrains,
- Signaux destinés à maintenir l’écartement des trains,
- Postes télégraphiques.
- Signaux mobiles.
- Drapeaux,
- Lanternes,
- Pétards,
- Trompe,
- Sonnette, sifflet de poche,
- Signaux acoustiques.
- Signaux des trains.
- Signaux des trains ou des machines en marche,
- Signaux des trains dédoublés, supplémentaires ou spéciaux,
- Signaux de communication entre les mécaniciens et les agents de la voie, Signaux de communication entre les mécaniciens et les aiguilleurs,
- Signaux de communication entre les mécaniciens et les garde-freins,
- Signaux entre les mécaniciens et les dépôts,
- Signaux destinés à couvrir un train ou une machine isolée, arrêtés sur la voie,
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- ARTS MÉCANIQUES.
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- Signaux ayant pour objet de protéger un train ou une machine dont la vitesse se trouve momentanément ralentie,
- Signaux destinés à couvrir les voies en cas d’accident,
- Signaux employés lorsque les trains circulent accidentellement sur une voie unique,
- Signaux destinés à mettre en communication les voilures d’un train,
- Signaux télégraphiques,
- Signaux pyrotechniques.
- Les compagnies sont d’accord sur les couleurs adoptées pour les signaux. Partout l’indication d’une voie libre est marquée par la couleur blanche ; le vert veut dire qu’il faut ralentir la vitesse, le rouge est le signe de l’arrêt absolu.
- M. Brame commence par analyser, pour chaque compagnie, les signaux fixes manœuvrés à distance, qui couvrent une station, c’est-à-dire qui sont destinés à en interdire l’entrée à un train ou à une machine. Ces appareils se composent d’un levier de manœuvre, d’un ou de deux fils pour la transmission, et du signal proprement dit, qui permet ou interdit l’entrée, suivant que son disque est parallèle ou perpendiculaire à la voie. Les mécanismes de ces appareils diffèrent seulement dans les détails pour obtenir la tension des fils, dans la mobilité ou l’immobilité de la lanterne, etc. Nous n’entrerons pas dans la description de ces appareils, dont le Bulletin a donné quelques exemples, à propos de communications faites à la Société par des inventeurs. L’analyse qu’en fait M. Brame a son intérêt; elle est précise et accompagnée de dessins qui la complètent.
- La vitesse des trains express a fait éloigner les disques des stations, et souvent on n’aperçoit pas le signal que l’on a manœuvré à grande distance. Pour s’assurer que le signal est convenablement tourné, on a établi, aux stations, des sonneries électriques, dites trembleuses. M. Brame décrit tous ces appareils.
- On étudiera avec intérêt un appareil de M. Marié, ingénieur au chemin de fer de Lyon, qui a pour objet, en cas de brouillard, de placer sur la voie un pétard, qui peut être écrasé à près de 500 mètres d’un disque éloigné lui-même de près de 1500 mètres de la station.
- Les signaux d’aiguilles et de direction, les signaux de bifurcation, après avoir été décrits par M. Brame, sont l’objet d’une intéressante discussion, attendu que les ordres de service des compagnies ne sont pas identiquement les mêmes pour les trains. Il en est de même pour les signaux des passages à niveau et pour ceux des souterrains.
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- Un long article est consacré à l’analyse des ordres de service, et à l’emploi de divers appareils pour maintenir un écart convenable entre les trains qui parcourent une voie dans le même sens. M. Brame cite et décrit les appareils de M. Vérité, de MM. Bréguet et Guillaume, de M. Tyer, de M. Régnault (1), qui sont partiellement employés par les six grandes compagnies françaises.
- La télégraphie est devenue, sur les chemins de fer, un puissant instrument de sécurité, et à ce titre on peut la classer parmi les signaux fixes les plus utiles. M. Brame analyse tous les systèmes de télégraphie qu’emploie une exploitation à deux voies ; c’est par là qu’il termine la première partie de son livre, pour passer aux signaux mobiles.
- La deuxième partie explique l’usage des signaux mobiles, tels que drapeaux, lanternes, pétards, trompe, sonnettes, sifflets de poche.
- Les signaux des trains, si difficiles à établir, si controversés quand il s’agit de les mettre à la disposition des voyageurs, forment la troisième et dernière partie de l’ouvrage.
- M. Brame indique d’abord, dans la marche des trains, les signaux indispensables entre les différents agents; quels sont, par exemple, les signaux des machines en marche, des trains dédoublés, supplémentaires, facultatifs ou spéciaux; quelle sorte de communication entre les mécaniciens et les agents de la voie, les aiguilleurs, les garde-freins, les dépôts; comment on couvre un train arrêté sur la voie; comment on protège un train dont la vitesse est momentanément ralentie; ce que l’on a à faire lorsque les trains circulent sur une voie unique. On trouve, dans les formulaires des compagnies, des réponses faciles à toutes ces questions, qui sont aussi vieilles que l’exploitation.
- L’ouvrage de M. Brame présente donc un traité complet des signaux sur les chemins de fer, et l’on ne saurait rien distraire de cet ensemble. Toutefois, les signaux d’arrêt, laissés au libre arbitre des voyageurs, ont ému si vivement l’opinion publique et, selon nous, d’une façon si exagérée, que les lecteurs du Bulletin nous sauront peut-être gré d’extraire du livre que nous avons sous les yeux la description des signaux télégraphiques dont la compagnie du Nord a donné le premier exemple. Nous voulons parler des
- (ij Les appareils Régnault ont été décrits au Bulletin, 2e série, t. II, p. 202, 334; t. V, p. 782.
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- appareils de M. Prudhomme, qui, généralisés dans les trains du Nord, sont appliqués aux trains express du chemin de fer de l’Est.
- C’est à tort, et l’expérience de plusieurs mois semble le prouver, que l’on s’est imaginé qu’un bouton mis sous verre, dans un waggon, servirait de jouet aux voyageurs qui compromettraient par des sonneries intempestives la marche des trains. Depuis bien des mois ces boutons peuvent être saisis par des mains inexpérimentées, et, à notre connaissance, aucune vitre n’a été cassée.
- Les boutons d’arrêt, sauf de très-rares exceptions qui se présenteront peut-être une fois en dix ans par compagnie, ne servent pas à grand’chose. Ils n’évitent pas dans un waggon un crime ou une violence, car la première chose que fait un malfaiteur, et c’est chose aisée s’d est le plus fort, c’est d’empêcher la victime de se servir du bouton. On pourra, sans doute, porter secours, c’est-à-dire arrêter le train pour un waggon incendié pendant la marche; sauf un accident de ce genre signalé sur le chemin de fer de Lyon, nous ne connaissons pas d’exemple où le bouton d’arrêt ait pu rendre un service réel.
- Nous ne donnons cette opinion que comme personnelle, et ceux qui ne la partagent pas vont juger, par la description de l’appareil de M. Prudhomme, quel degré de sécurité ils peuvent trouver dans cet instrument de communication entre les voyageurs et les conducteurs du train.
- Supposez trois piles du système Bunsen établies dans trois fourgons ; les pôles zinc (ou négatifs des piles) sont reliés par un fil ou des métaux conducteurs; un second fd, isolé du premier, relie les pôles positifs et les sonneries. Les fils étant isolés, on est dans un état normal ou ordinaire. Si on réunit les fils, un courant électrique s’établit, les sonneries sont mises en mouvement, et les agents du train sont avertis; tel est le principe.
- En prenant pour exemple d’application un train ayant un fourgon de tête, un fourgon de queue et un fourgon intermédiaire entre deux voilures de voyageurs, on répondra à tous les cas qui peuvent se présenter dans la composition des trains.
- Les piles sont fermées par un bouchon de liège entre la chope de verre et le vase poreux, de manière à empêcher le liquide de s’épancher au dehors ; le cylindre de zinc est entouré d’éponges pour éviter les chocs contre le vase de verre.
- Pour empêcher les sonneries de jouer sous l’action de trépidation du four-
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- gon, un diaphragme, mobile autour d’une charnière, fait bultoir contre le manche du marteau. Quand on fait passer le courant électrique, une plaque attirée contre les bobines, et qui commande Taxe du buttoir, rend sa liberté au manche du marteau, qui frappe alors sur le timbre de la sonnerie.
- Admettons que les pôles positifs des trois piles soient mis en communication avec les rails ou la terre au moyen de fils qui se rattachent aux plaques de garde, que les pôles négatifs, traversant les sonneries, forment une ligne rendue continue au moyen de trois petites plaques métalliques mobiles sur trois axes; dans cet état de choses, il n’y a aucune communication.
- Si le conducteur, dans le fourgon de tête, fait tourner la petite plaque métallique dont il dispose pour la mettre en contact avec le fil du pôle positif, la communication étant coupée avec la sonnerie propre, celle-ci restera au repos ; mais le courant se propageant à travers les sonneries des deux autres fourgons, celles-ci se mettront aussitôt en mouvement et les conducteurs des waggons intermédiaire et de queue seront prévenus.
- Il en sera de même si chacun des agents agit ainsi réciproquement par rapport aux autres. Les relations sont donc établies entre les trois agents d’un même train, si, toutefois, ils sont au nombre de trois.
- Voyons maintenant comment les voyageurs pourront se mettre en communication avec les agents des trains : les principes ne changent pas, il suffit de quelques additions pour les mettre en pratique.
- Chaque compartiment de waggon de voyageurs reçoit deux fils verticaux ; l’un est relié à la ligne des pôles négatifs, l’autre, se prolongeant jusqu’aux plaques de garde, par exemple, est dépendant de la ligne des pôles positifs.
- Il y a dans le compartiment, et sous verre, un bouton qui appuie sur une plaque à ressort; en pressant ce bouton, celte plaque s’abaisse, met en contact les deux fils, et dès lors le courant est établi à travers les trois sonneries des fourgons, ce qui fait que les trois conducteurs sont simultanément avertis.
- Jusqu’à présent, les voyageurs n’ont point fait usage de ce moyen de communication, mais les conducteurs constatent chaque jour qu’il ne fonctionne pas d’une manière absolument régulière. Nous pouvons donner, au moins pour la Compagnie de l’Est, le dépouillement des feuilles des conducteurs de train pendant les neuf derniers mois qui viennent de s’écouler.
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- Chemins de fer de VEst. — Communications électriques.
- NOMBRE ONT M’ont pas sur tout ! fonctionné e parcours IN’ontpas fonctionné sur une partie du parcours
- ANNÉES et MOIS. de trains munis de l’appareil. bien fond ionné sur tout le parcours. par défaut de l’appareil ou cause inconnue. par suite d’a djonclion de voitures non munies de cordes supplémentaires. par défaut de l’appareil ou cause inconnue. par suite d’adjonction de voitures non munies de cordes supplémentaires. OBSERVATIONS.
- 1866. Juillet 122 87 22 4 î 8 Trains nos 33 et 39 de Paris à Strasbourg. Traius nos 36 et 42 de
- Août........ 124 82 27 4 4 7 Strasbourg à Paris.
- Septembre... 120 95 13 3 3 6
- Octobre 124 97 21 » 4 2
- Novembre... 120 78 33 6 1 2
- Décembre. .. 124 80 40 1 )) 3
- 1867. Janvier 124 86 35 1 2 ))
- Février...... 112 80 24 3 2 3
- 236 166 59
- Ainsi, dans les deux premiers mois de 1857, avec des appareils qui ont fonctionné déjà pendant six mois consécutifs, sur cent appels il y en a vingt-cinq auxquels on n’a pas répondu, faute de l’entendre; c’est un sur quatre.
- Cela tient surtout à la difficulté de la transmission de l’électricité de waggon à waggon. Dans les attaches, l’introduction d’un peu de poussière, d’un peu de graisse suffit pour interrompre la communication. Au départ, tout va bien ; après 25 ou 30 kilomètres de parcours, on n’est plus sûr de communiquer.
- On essaye maintenant, sur les chemins de fer de l’Est, un autre appareil qui est d’une grande simplicité et qui jusqu’à présent réussit assez bien; il est dû à M. Joly, mécanicien, à Passy.
- Supposez un tuyau en caoutchouc établi sous le train et communiquant par ses deux bouts aux fourgons de tête et de queue. Le bout du tuyau, dans le fourgon d’avant, est muni d’une petite pompe qui fait le vide; sur le waggon d’arrière est une sonnerie, et la pression atmosphérique sur un diaphragme
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- qui ferme le tuyau met en mouvement le marteau (Tune sonnerie. Réciproquement, ayez à l’arrière une petite machine pneumatique, et à Pavant une sonnerie, et la communication sera établie entre les deux agents.
- Prolongez dans chaque compartiment un branchement de tuyau en caoutchouc, munissez-le d’une pompe pneumatique : tout voyageur, en faisant le vide, mettra en mouvement les sonneries des deux agents du train.
- Il est bien entendu que chaque waggon porte son tuyau en caoutchouc; l’assemblage se fait par emboîtement de tuyau à tuyau (1).
- Yoici les résultats acquis des expériences pendant huit mois :
- Chemins de fer de l’Est. — Appareil pneumatique à pompe.
- ANNÉES et MOIS. NOMBRE de trains munis d’appareils pneumatiques. ONT bien fonctionné. n’ont pas par défaut de l’appareil. FONCTIONNÉ par suite d’adjonction de voilures non munies d’appareil. OBSERVATIONS.
- 1866. Juillet 91 86 3 2 Trains nos (40-29) et (40-44] entre Paris et Gretz. Trains nos 40 (41-51) et 4* (40 16) entre Paris
- Août 90 70 2 18 et Coulommiers.
- Septembre.... 80 51 3 26
- Octobre m 99 2 10
- Novembre.... 70 48 )) 22
- Décembre. ... 66 63 2 1
- 1867. Janvier 120 81 3 36
- Février 109 52 3 51
- 133 6 i
- Ici, les appareils n’ont fait défaut, au maximum, que cinq fois sur cent appels.
- Mais combien tous ces appareils sont délicats, en comparaison des pièces ordinaires qui composent le matériel d’un train! Combien ils sont susceptibles de détérioration ! Et encore, voyez l’inconvénient des perfectionnements :
- (1) Nous publierons prochainement cet appareil.
- (R.)
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- on cherche de plus en plus à faire parcourir aux waggons des distances qui ne sont point interrompues parle passage du réseau d’une compagnie à une autre, du territoire français au territoire allemand, suisse, belge, italien. Si vous n’avez pas des moyens de communication identiques, toute communication est interrompue.
- Il sera si rare de voir un voyageur faire usage du bouton pour appeler du secours, qu’il vaut mieux arrêter le train au premier signal d’alarme venant de ce côté, plutôt que d’appeler le garde-frein dans le compartiment signalé. Il y aurait un retard dans le secours qu’appelle le voyageur, et l’on doit admettre que le signal n’est fait que dans un cas de grande urgence. On peut dire déjà, par expérience, que cet appel ne sera fait que très-rarement.
- Sur certains chemins où la largeur des ouvrages d’art ne laisse un passage que de 7m,40, conformément aux cahiers des charges, où même cette largeur est un peu réduite parle règlement des voies, ou par d’autres circonstances, il y a un danger réel pour le personnel à courir sur les marchepieds. Le public lui-même ne doit-il pas se montrer un peu ménager de la vie des hommes qui le servent sur les chemins de fer? Malgré toutes les précautions que l’on peut prendre, malgré toutes les recommandations de prudence que les chefs de service répètent sans cesse à leurs agents, le nombre des hommes sacrifiés est encore bien grand. Si les statistiques intérieures des compagnies ne nous trompent pas, chaque compagnie ne compte pas moins, par année, de vingt-cinq ou trente de ses employés, ouvriers de la voie, de la traction, de l’exploitation, qui payent de la vie l’accomplissement d’un service. Certes, c’est presque toujours par imprudence; mais, enfin, c’est dans la force des choses; les chemins de fer, comme la guerre, ont leurs victimes.
- Que conclure de tout cela? C’est qu’un service d’exploitation doit fonctionner indépendamment de ces communications délicates, artificielles pour ainsi dire, d’un agent du train à un autre. Il n’y a rien de si dangereux que de placer la sécurité d’un train sur un mécanisme qui peut manquer à un moment donné.
- Nous en avons dit assez, Messieurs, pour indiquer combien l’ouvrage de M. Brame sera utile à toutes les personnes qui s’occupent de chemins de fer, et qui veulent approfondir la question si importante des signaux. La clarté se joint partout à l’élégance et à la simplicité de l’explication.
- Nous espérons donc, Messieurs, que vous voudrez bien voter un remercî-mentà M. Brame pour l’intéressant ouvrage qu’il a présenté à la Société, et autoriser en même temps l’insertion du présent rapport au Bulletin, ainsi que
- Tome XV. — 67e année. 2e série. — Mai 1868. 34
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- ARTS MÉCANIQUES.
- le dessin de l’appareil télégraphique de M. Prudhomme établissant la communication entre les agents du train et les voyageurs.
- Signé Baude, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 17 avril 1867.
- DESCRIPTION DES APPAREILS ÉLECTRIQUES PRUDHOMME APPLIQUÉS AUX TRAINS DE VOYAGEURS,
- Planche 383.
- Fig. 1. Vue en section verticale d’un élément de la pile du système Marié-Davy, l’une de celles employées dans les appareils Prudhomme.
- Fig. 2. Section horizontale de la même pile.
- Fig. 3. Vue perspective de la boîte renfermant la pile.
- Fig. 4. Vue de la sonnerie dite trembleuse.
- Fig. 5. Croquis indiquant la marche du courant dans un train muni des appareils.
- Fig. 6. Vue perspective d’un train de convention.
- Fig. 7. Plan correspondant à la figure 6.
- Fig. 8. Vue perspective d’un des commutateurs des fourgons où sont placées les piles.
- Fig, 9. Section transversale de la cloison d’un compartiment de waggon, indiquant la position de l’anneau d’appel mis à la disposition des voyageurs.
- Fig. 10. Élévation longitudinale partielle du même waggon, indiquant la position des fils par lesquels passe le courant.
- Fig. 11. Petit commutateur fixé aux waggons à voyageurs.
- Fig. 12. Voyant placé d’un côté du waggon à voyageurs.
- Fig. 13. Autre voyant placé de l’autre côté du même waggon.
- Fig. 14. Ressort de pression servant à maintenir chaque voyant en position.
- Fig. 15. Bouton d’appel des voitures du train impérial.
- Fig. 16. Vue d’une corde métallique destinée à établir la continuité de la ligne des pôles négatifs.
- Fig. 17. Détail d’un bouton de contact et d’un crochet dépendant des organes destinés à indiquer la rupture d’un train.
- Toutes les figures de cette planche sont empruntées à l’ouvrage de M. Brame ; elles sont à des échelles de grandeurs différentes.
- Piles. — Dans l’origine, M. Prudhomme employait une pile Daniell, à dix-huit éléments. Le sulfate de cuivre, adopté généralement, était remplacé par le sulfate de plomb, qui produit les mêmes effets, mais d’une manière moins rapide. Depuis lors, le sulfate d’oxydule de mercure a été substitué au sulfate de plomb.
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- Deux modèles de ces piles sont en usage. Dans le premier, le vase poreux est supprimé; le cylindre creux de zinc est remplacé par une baguette de ce métal, recouverte, à sa partie supérieure, par une gaine de caoutchouc qui descend de quelques centimètres au-dessous du niveau du liquide et préserve le métal de l’usure rapide qui se produit à ce niveau dans les autres piles.
- Le second modèle que représentent les figures 1 et 2 de la planche 383 est la pile Marié-Davy dont les dispositions sont semblables à celles de la pile Bunsen.
- A, prisme de charbon.
- B, sulfate d’oxydule de mercure.
- C, vase poreux.
- D, manchon de zinc.
- E, chope de verre.
- Sonneries. — La sonnerie électrique est analogue à celle qu’on emploie dans tous les appareils télégraphiques ; représentée figure 4, elle est placée dans la boîte de la pile figure 3.
- F, armature du marteau (fig. 4).
- G, retour d’équerre venant faire buttoir contre l’armature F.
- H, axe autour duquel se meut le retour d’équerre G.
- I, plaque métallique reliée à l’axe H.
- Quand le courant ne passe pas, le buttoir G s’appuie contre l’armature F ; mais, dès que le courant passe, la plaque I étant attirée contre les deux bobines, le buttoir se relève, le marteau est rendu libre et la sonnerie fonctionne comme les trembleuses ordinaires. Cette disposition a pour but d’éviter le tintement que peut produire, en marche, la trépidation des fourgons.
- Description de l’appareil.
- Chaque fourgon contient une boîte de pile (fig. 3), qu’on y accroche à l’une des parois extrêmes.
- J, sont les crochets d’attache qui servent de conducteurs (fig. 3).
- Supposons les dispositions indiquées par le croquis de la figure 5, c’est-à-dire un train simplifié, composé d’un fourgon de tête, d’une voiture à voyageurs et un fourgon intermédiaire, d’une voiture à voyageurs et un fourgon de queue.
- Mode de communication des conducteurs du train entre eux.— Considérons pour un moment les trois piles dans leurs positions respectives, et abstraction faite des véhicules qui les renferment.
- Supposons que tous les pôles positifs soient réunis aux rails et, par conséquent, à la terre au moyen de fils en contact avec les plaques de garde des roues et les barres d’attelage; que les fils des pôles négatifs, après avoir traversé les sonneries K, K', K", forment une seule et même ligne au moyen de lames métalliques L, L', L", mo-
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- biles respectivement autour de leur extrémité de droite. Il est évident que, dans cette position, il n’y aura pas de courant et qu’aucune des trois sonneries ne fonctionnera.
- Imaginons maintenant que le conducteur du fourgon de tête tourne la lame L, de manière à amener son extrémité de gauche sur le fil positif ; les choses changeront à l’instant. Le fil négatif de la pile M de tête se trouvant coupé par suite de cette manœuvre, la sonnerie K de cette pile ne reçoit aucun courant ; mais le fil positif de cette même pile ouvre une issue, à travers L', L", aux fluides négatifs des deux piles M', M/;, et il en résulte un courant qui met en jeu les sonneries K', Kh, tant qu’on n’a pas replacé la lame L dans sa position normale.
- Rétablissons les trois lames dans leur état initial et supposons que le conducteur du fourgon intermédiaire tourne la lame L', en amenant son extrémité de gauche sur le fil positif de sa pile. Le lîl négatif de cette pile se trouvant à son tour coupé, la sonnerie ne recevra aucun courant, et restera, par conséquent, inerte ; mais le fil positif de la pile donnera issue aux fluides négatifs des piles M, M;/ et le courant qui en résultera fera fonctionner les sonneries de ces deux piles.
- Enfin, si les lames L, L' sont dans leur position normale et qu’on tourne la troisième L/;, la sonnerie K" demeure muette, mais K et K' sont mises enjeu.
- Mode de communication des voyageurs avec les conducteurs du train. — Supposons qu’on installe dans un compartiment deux fils verticaux, l’un N relié à la ligne des pôles négatifs (fig. 5), l’autre 0 entièrement isolé de cette ligne et aboutissant à la ligne qui communique avec les pôles positifs. Si un voyageur abaisse la plaque P de manière qu’elle touche à la fois les deux fils N et O, il y aura à l’instant même courant dans chaque sonnerie, puisque le fluide positif des trois piles communique avec leur fluide négatif. Les trois conducteurs du train seront donc simultanément avertis, et, si le voyageur qui a abaissé la plaque P n’a pas le moyen de la remettre en place, les trois sonneries marcheront jusqu’à ce qu’un des conducteurs soit venu, dans le compartiment qui a donné le signal d’appel, remettre la plaque dans sa position normale.
- Avertissement aux conducteurs en cas de rupture du train. — Supposons, par exemple, que la seconde voiture de voyageurs se sépare du fourgon intermédiaire, la ligne des pôles négatifs se brisera en Q (fig. 5), et la ligne positive en Q'. Mais si cette rupture ne peut avoir lieu sans qu’une lame métallique R soit violemment tirée de gauche à droite, de manière à se mettre en contact avec ce qui reste des lignes positive et négative du tronçon de tête, le fluide positif de ce tronçon pourra se réunir au fluide négatif, et les deux sonneries K, K' fonctionneront tant que la lame R restera en contact avec les deux lignes.
- Si la rupture a eu, en même temps, pour effet de tirer de droite à gauche une lame métallique R' placée dans le waggon des voyageurs, et que, dans ce mouvement, celte lame soit mise en contact avec ce qui reste des lignes positive et négative dans le tron-
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- çon de queue, le fluide positif de ce tronçon pourra se réunir au fluide négatif et la troisième sonnerie sera mise enjeu.
- Dans le cas où les barres d’attelage ne donneraient pas une continuité parfaite pour la ligne positive, la terre y suppléerait. En effet, le pôle positif de la première pile communique directement avec la terre; son pôle négatif y communiquerait par L, R; de la, mise en jeu de la première sonnerie. Le pôle positif de la seconde pile communique directement avec la terre; son pôle négatif y communiquerait par L', R : de là, jeu de la seconde sonnerie. Il en serait de même pour la troisième sonnerie, puisque le pôle positif communique directement avec la terre, et que son pôle négatif serait aussi mis en communication avec elle par L';, R'.
- Les trois conducteurs du train seront donc avertis simultanément de la rupture.
- Pour que la rupture soit signalée, en quelque point du train qu’elle ait lieu, il suffit de munir indistinctement tous les véhicules de deux lames de contact analogues à R et R', et, comme ils seront tous parfaitement symétriques, on pourra les introduire dans le train sans se préoccuper du sens de la marche.
- Organes réalisant les effets qui viennent d’être expliqués théoriquement. — Voici maintenant comment M. Prudhomme dispose chacun des organes L, P, R, R'.
- Le premier a, comme on l’a vu, pour objet de faire communiquer, en cas de signal à échanger entre conducteurs, le pôle positif d’une quelconque des piles avec la ligne des pôles négatifs. L’effet qui était supposé produit par la rotation de la lame L autour de son extrémité de droite (fig. 5) est obtenu, en pratique, au moyen d’un commutateur S (fig. 6, 7 et 8), placé verticalement contre une des parois du fourgon et permettant de faire communiquer à volonté les pôles positifs avec les pôles négatifs. Ce commutateur, à la portée de chaque conducteur, sert aux agents du train à s’avertir mutuellement par le tintement de la sonnerie qui se fait entendre lorsque le circuit est fermé.
- L’organe qui doit être mis à la disposition des voyageurs, et dont l’effet avait été représenté par le mouvement d’une plaque P venant se mettre en contact avec les fils N et O (fig. 5), est réalisé, en pratique, par le système de disque qui va être décrit.
- Une tringle métallique T (fig. 9), placée dans l’intérieur de la cloison de chaque compartiment de voiture, est disposée de manière que l’une de ses extrémités excède d’une certaine longueur la paroi extérieure de droite de la caisse du waggon, au-dessous de la toiture, et l’autre extrémité la paroi de gauche. Cette tringle est munie d’une petite manivelle U, qui permet de lui imprimer un mouvement de rotation équivalant au quadrant; une chaîne, avec un anneau V (fig. 6 et 9), est attachée au bout de la manivelle U.
- Pour mettre cet appareil à la portée des voyageurs, on a percé, d’outre en outre, dans chaque cloison de voiture, à hauteur des yeux, une ouverture triangulaire qui laisse apercevoir, des deux compartiments contigus, l’anneau V suspendu à la chaîne.
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- Un petit commutateur W (fig. 9 et 11), fixé à l’une des extrémités delà tringle T et auquel viennent aboutir des fils conducteurs, en communication avec les pôles positifs ou négatifs des piles placées dans les fourgons spéciaux, permet de fermer le circuit en opérant une légère traction sur l’anneau Y de la manivelle U ; alors la tringle tourne, le contact s’établit, et aussitôt les sonneries des piles se mettent à tinter et à appeler l’attention des conducteurs du train.
- Afin d’éviter aux agents de longues recherches pour reconnaître d’où est parti l’appel, M. Prudhomme a disposé, de chaque côté du waggon, un petit voyant X (fig. 6, 9, 10,12 et 13), de forme demi-ovale, percé d’une ouverture. Ce voyant est ajusté à l’extrémité de la tringle T et, dans sa position normale, il ne présente que la tranche à la vue, comme l’indique la figure 10; mais, aussitôt que le contact est établi dans l’un des compartiments du waggon, le voyant prend la position verticale et présente sa face blanche, comme le montre la figure 9. Lorsque le conducteur a répondu à l’appel, il interrompt le circuit en remettant le voyant dans la position horizontale. Un ressort de pression Y (fig. 13 et 14), placé à l’extrémité de la tringle T (fig. 9), sert d’ailleurs à maintenir ce voyant d’une façon très-rigide dans la position qu’il doit occuper.
- Dans le but d’empêcher qu’on ne fasse un appel inutile, l’anneau de la chaîne est protégé par une vitre que le voyageur est obligé de briser pour donner le signal. Cette vitre est très-mince (0m,0015), et peut être cassée très-facilement avec le coude ou avec le moindre objet un peu résistant.
- Dans les voitures du train impérial la chaîne et l’anneau sont remplacés par un bouton d’appel Z (fig. 15). Il suffit d’appuyer le doigt sur ce bouton pour que le ressort a se mette en contact avec la lame b ; alors le courant passe, et les sonneries fonctionnant avertissent simultanément le conducteur et le garde-frein. Lorsque la pression * cesse d’agir sur le bouton, le ressort a se relève et le courant est interrompu. Afin d’opérer l’isolement des pièces a et ô, on a entouré le bouton d’appel d’une plaque circulaire en bois c c.
- Voyons maintenant les dispositions adoptées pour faire connaître la rupture du train en mettant en contact la ligne négative avec la ligne communiquant aux pôles positifs et à la terre. La continuité de pôles positifs est établie de waggon à waggon par un fil métallique d relié aux barres d’attelage e (fig. 7) ; ce fil vient aboutir au point f par un bouton de contact </, qui est porté par une tige et dont le détail est donné par la figure 17. Pour plus de sûreté le file?se relie aux rails par les plaques de garde des roues h (fig. 7), de sorte que, si accidentellement une barre d’attelage devient, par une cause quelconque, mauvaise conductrice de l’électricité, les rails compris entre la dernière roue du premier waggon et la première du waggon suivant rétablissent la continuité de la ligne positive.
- Autant on s’efforce de mettre les lignes positives en communication avec toutes les parties métalliques du train et de la voie, autant, au contraire, on prend de soin pour maintenir normalement la ligne négative dans l’isolement le plus absolu de waggon à
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- waggon. Cette ligne négative est représentée figure 7 par le fil métallique i, qui aboutit aux extrémités f et j du châssis de la voiture.
- M. Prudhomme obtient la continuité de la ligne négative au moyen de cordes métalliques k (fig. 6, 7 et 16), formées de gros fils de cuivre rouge tournés en spirale et recouvertes par un corps isolant (caoutchouc, gutta-percha ou autre). Entre deux waggons, il y a deux cordes tout à fait pareilles et placées dans des positions exactement symétriques, ce qui permet l’attelage en tous sens. Chaque corde est fixée par un bout j à la partie du waggon dont elle dépend; elle se termine, à l’autre bout, par un anneau métallique que l’on accroche, lors de l’attelage, à un crochet de cuivre f (fig. 6, 7 et 17) appartenant au waggon suivant.
- Le crochet f est monté sur un barillet l (fig. 17) contenant un fort ressort qui, avant l’attelage, maintient le crochet vertical et fortement pressé contre le bouton de contact g encastré dans la paroi du châssis. Pour atteler, il faut attirer le crochet ; l’épaisseur de l’anneau dans lequel on l’introduit le maintient dans la position oblique, et il cesse d’être en contact avec le bouton fixe dont il vient d’être question.
- La corde à âme de cuivre, le crochet et le barillet sont traversés par la ligne négative ; le bouton de contact fixe est relié à la ligne positive ; l’attelage maintient donc la séparation des deux fluides. Les choses vont aussitôt changer si les waggons se séparent dans le trajet. Les deux cordes sont alors violemment tirées, et leurs anneaux laissent échapper les crochets qu’ils enchâssaient. Ramenés par le ressort du barillet dans leur position normale, les crochets appuient chacun sur le bouton de contact correspondant ; le courant électrique est fermé dans l’un comme dans l’autre des deux tronçons du train, et toutes les sonneries fonctionnent.
- Dans le cas où l’on retire du train un fourgon muni de pile et de sonnerie, il faut avoir soin, pour empêcher cette dernière de tinter, de suspendre au crochet de chaque bout l’anneau de la corde flottante.
- M. Prudhomme propose, en outre, d’ajouter, presque sans frais, à son système un perfectionnement destiné à signaler l’incendie d’une voiture. Il logerait en plusieurs points du véhicule un petit ressort constitué par deux lames de métaux différents. L’inégalité de dilatation des deux lames déformerait le ressort, qui, dans la nouvelle figure qu’il prendrait, établirait le contact entre les deux fluides électriques et, par conséquent, déterminerait la fonction des sonneries.
- Prix des appareils Prudhomme.
- Francs#
- Prix, par waggon de voyageurs, des fils, disques et crochets de communication, pose comprise. 25
- Appropriation des fourgons pour recevoir les appareils, y compris le commutateur........15
- Boîte contenant la pile et la sonnerie.................................................... 55
- I Voiture....................................................................... 3
- Fourgon........................................................................ 3
- Pile.......................................................................... 13
- (M.)
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- HORLOGERIE.
- HORLOGERIE.
- Rapport fait par M. Rréguet, au nom du comité des arts mécaniques, sur
- les montres a bon marché , fabriquées par M. Roskopf, à la Chaux-de-
- Fonds (Suisse).
- Messieurs, l’époque où nous vivons est celle d’une activité fiévreuse de travail; on sent le besoin de régler l’emploi de son temps, et d’en perdre le moins possible. Le temps est de l’argent, tel est l’esprit du moment, aussi bien pour l’ouvrier que pour le patron.
- Il faut donc que chacun puisse avoir l’heure, apprécier le temps qu’il donne à telle ou telle occupation, connaître le moment précis auquel il doit être rendu à son travail; mais, pour qu’il en soit ainsi, il est pour ainsi dire indispensable d’avoir une montre, c’est-à-dire l’une de ces petites machines si extraordinaires, et si loin d’être appréciées comme elles devraient l’être. N’est-ce pas, en effet, chose admirable que cette machine délicate que vous mettez dans votre poche et qui, durant la journée, est soumise à toutes les secousses que vous pouvez lui imprimer; que vous exposez sans transition au chaud, au froid, que vous suspendez à volonté ou posez à plat, sur le verre ou sur le fond, etc., et qui, malgré tous les mauvais traitements que vous lui faites subir, doit, chaque fois que vous la consultez, vous donner l’heure exacte.
- Procurer à l’ouvrier une montre à très-bas prix et capable de lui donner des indications assez exactes pour lui permettre d’arriver à son atelier à l’heure réglementaire, tel était le problème à résoudre.
- Or voici comment il a été résolu par un fabricant d’horlogerie, M. Roskopf, de la Chaux-de-Fonds, canton de Neuchâtel, en Suisse, qui, suivant nous, a complètement réussi au point de vue du bon et du bon marché.
- . M. Roskopf est parvenu à confectionner pour le prix de 20 fr. des montres qu’il a appelées montres d’ouvriers.
- Pour établir à ce prix une montre solide et donnant une marche bien suffisante pour 1 usage journalier, M. Roskopf a dû nécessairement simplifier autant que possible le travail de la main-d’œuvre, surtout en ce qui concerne le luxe, et ne s’en tenir strictement qu’au nécessaire, à l’utile, c’est-à-dire
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- à tout ce qui concerne les questions de solidité et de bonne application des principes.
- La boîte est très-forte, à savonnette ou à verre. Dans le rouage on a supprimé une roue, au moyen d’un changement dans les-nombres des dents employées ordinairement; la minuterie, partie du rouage qui porte les aiguilles, est placée sur le barillet, et tout le mécanisme est maintenu entre deux platines.
- L’échappement, cette partie si essentielle du mécanisme, est à ancre. À lui seul il réunit deux qualités : 1° facilité de construction en fabrique, à cause de ses formes plates qui permettent de le faire au découpoir ; 2° excellence relative de la marche, car établi dans des conditions de prix aussi économiques, c’est encore celui qui est le plus susceptible de donner la meilleure.
- La montre est sans clef, elle se remonte par le pendant. Quand on a remonté suffisamment, on s’en aperçoit non a un arrêt brusque, niais bien à une petite secousse due à un décrochement, car, au lieu d’appliquer l’arrêt ordinaire qui est ouvragé, on a employé le ressort Pateck, qui ne demande jamais de réparations.
- Des montres à bon marché ne sont pas chose nouvelle ; on en a fait à plus bas prix que celles de M. Roskopf; mais la qualité était en rapport avec la marchandise. Ce qu’il y a de neuf ici, c’est d’être arrivé à livrer de bonnes et solides montres dans des conditions de prix que les bourses les plus minimes peuvent aborder.
- Votre comité des arts mécaniques, appréciant les efforts qu’il a fallu faire pour arriver à ce résultat, et le service rendu aux classes laborieuses, a l’honneur de vous proposer de remercier M. Roskopf de sa communication, et de voter l’insertion du présent rapport dans le Bulletin avec le dessin de la montre.
- Signé Rréguet, rapporteur. Approuvé en séance, le 2L janvier 1868.
- Les figures d’autre part représentent une montre Roskopf dont le . boîtier est à couvercle de verre.
- Tome XV. —; 07e année. 2e série.— Mai 1868. 35
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- La figure 1 est une vue du côté du cadran et la figure 2 une vue du côté opposé, le fond du boîtier étant enlevé.
- L’échelle des figures est de grandeur d’exécution.
- Du côté du cadran la montre s’ouvre et les aiguilles se manœuvrent avec le doigt, du côté opposé elle ne s’ouvre pas.
- Le remontoir, dont le mécanisme se voit figure 2, a pour commande le bouton mo-leté qu’on aperçoit à la base de l’anneau de suspension.
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- Rapport fait par M. Clerget, au nom du comité des arts économiques, sur la lampe de slreté de M. Roulanger, à Paris, 61, rue de l’École-de-Médecine.
- Messieurs, M. Roulanger a présenté à la Société une lampe de sûreté destinée à prévenir la déflagration des mélanges détonants des gaz ou des vapeurs de l’alcool, des éthers et des essences volatiles. Cette lampe, que le
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- comité des arts économiques a été chargé d’examiner, ne constitue pas une invention réelle. Ses dispositions principales sont fondées sur les principes de la célèbre lampe de Davy. Il s’agit toujours d’une enveloppe en toile métallique à mailles serrées. On sait que le but que se proposa Davy fut d’empêcher les désastreuses détonations qui se produisent si fréquemment dans les mines de charbon et qui résultent de l’inflammation des gaz, principalement de l’hydrogène protocarboné, qui, souvent, envahissent, instantanément et avec violence, les galeries d’exploitation. La découverte de Davy eut pour point de départ une observation du chimiste anglais Tenant, qui reconnut que les explosions de gaz ne se propagent pas à travers des tubes métalliques d’un très-petit diamètre.
- Davy, expliquant ce fait par le refroidissement qu’éprouvent les gaz explosibles au contact du métal des tubes, présuma que leur passage à travers des toiles métalliques produirait le même effet. L’expérience ayant confirmé cette supposition, le problème était résolu, et Davy construisit aussitôt sa lampe de sûreté à enveloppe cylindrique ou conique en toile métallique. Il fallait, pour maintenir à la toile l’efficacité de son action, constater la limite qu’il convenait de donner à l’épaisseur des fils de cette toile, ainsi qu’au nombre de ses mailles pour l’unité de surface. C’est ce que Davy eut le soin de faire. Il fixa, de 1/40 à 1/60 de pouce, l’épaisseur des fils et à 400 au moins le nombre des mailles par pouce carré.
- Toutefois, si la lampe de Davy, telle qu’il l’a produite, constituait une invention d’un haut intérêt, et si elle paraissait de nature à donner les garanties nécessaires, en admettant qu’il en fût fait un emploi régulier et conforme aux prescriptions de l’inventeur, elle n’avait pas cependant satisfait à une condition importante pour l’exploitation des mines, en ce qu’elle ne donnait pas assez de lumière, ce qui portait les ouvriers, soit à ne pas s’en servir, toutes les fois qu’ils n’avaient pas à craindre une surveillance de répression trop active, soit à déchirer, en partie, la toile de sûreté, afin d’augmenter la clarté. Aussi n’a-t-il pas été très-affligeant de voir, nonobstant la belle invention de Davy, les accidents produits par les explosions, dans les houillères, continuer d’atteindre des chiffres exorbitants! Suivant un relevé consigné dans un ouvrage sérieux, le nombre des explosions dites de feu grisou s’est élevé, en Angleterre, dans un espace de temps de cinq années, à 294; savoir : à 22, en 1850; à 53, en 1851; à 67, en 1852; à 75, en 1853, et à 77, en 1854, Le relevé ne va pas au delà de cette dernière année, et peut-être que subséquemment le nombre des accidents s’est encore augmenté. Ce triste état de
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- choses a dû engager à rechercher des modifications qui auraient pour effet de porter à un emploi plus constant de la lampe de Davy, en la rendant plus éclairante sans que sa solidité et son efficacité en fussent diminuées.
- Celle de ces modifications que l’on pourrait considérer comme la plus complète et la plus satisfaisante se trouve dans la lampe anglaise patentée sous le nom de Morisson. Sur une hauteur de 5 à 6 centimètres, immédiatement au-dessus du réservoir qui contient l’huile, la lampe Morisson porte un double cylindre en cristal qui conserve à la mèche toute sa clarté. Un cylindre en toile métallique, exactement ajusté, fait suite au cristal ; il est muni, intérieurement, d’un conduit ou cheminée en cuivre ayant la forme de deux cônes tronqués réunis par leurs sommets. Cette disposition paraît avoir pour objet de déterminer un courant d’air, d’abord ascendant et sans contact avec la toile métallique, puis un contre-courant descendant entre le tube et cette toile qui vient activer la combustion. Cette lampe est construite avec soin ; toutes ses parties pleines sont en cuivre, et sa solidité est en rapport avec l’emploi dans les mines, auquel elle est spécialement destinée.
- L’appareil présenté par M. Boulanger, seulement pour les usages domestiques et industriels, a beaucoup de rapports avec la lampe Morisson. Comme celle-ci, elle porte un cylindre en cristal; mais ce cylindre est simple, et cependant très-solide à cause de son épaisseur, qui est de 6 à 9 millimètres. Au-dessus du cristal s’élève l’enveloppe en toile métallique ; elle est cylindrique et de même diamètre que le cristal, ce qui lui donne plus de capacité et l’expose moins au contact de la flamme. Elle ne contient, d’ailleurs, aucun tube à circulation d’air, la combustion se trouvant parfaitement activée par de petites ouvertures pratiquées dans le cercle en fer-blanc qui supporte le cylindre en cristal, ouvertures qui, du reste, sont aussi garnies de toiles métalliques.
- En définitive, r>en de plus simple que la lampe de M. Boulanger, et sa simplicité a l’avantage d’en rendre l’entretien extrêmement facile. Très-légère, sa solidité n’est pas moins suffisante pour les usages industriels ou domestiques auxquels, nous le répétons, elle est particulièrement destinée, M. Boulanger ne prétendant pas la présenter pour le service des mines. . Ayant une base suffisamment large, on peut la poser sur toutes les surfaces planes, sans qu’il y ait à craindre qu'elle se renverse; on peut aussi la suspendre avec facilité par l’anneau qui termine le manche à charnière dont elle est munie. Donnant beaucoup de lumière et très-portative, elle peut servir de lanterne ordinaire pour toute espèce d’usage, sans que ces
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- avantages- de détails touchent en rien à l’importance réelle quelle présente comme lampe de sûreté. La toile métallique dont elle est garnie offre des conditions de garantie au moins égales à celles que Davy a prescrites, le nombre de mailles étant de plus de 150 par centimètre carré, et l’épaisseur des fils d’un tiers de millimètre.
- Le bon marché de cette lampe, dont le prix n’est à peu près que le quart de celui des lampes Morisson, facilitera son emploi dans toutes les industries qui ont intérêt à se garantir contre les dangers d’incendie et d’explosion que présentent les substances inflammables et détonantes, par leur mélange avec l’air atmosphérique. On sait combien sont nombreux les accidents produits par le gaz de l’éclairage, par les huiles de pétrole , le transvasement des éthers et la manipulation des alcools dans les distilleries.
- La lampe de M. Boulanger sera un très-bon préservatif contre ces accidents. Nous l’avons expérimentée devant le Conseil, dans sa séance du 9 août dernier, en la soumettant à l’émission du gaz de l’éclairage et au dégagement des vapeurs de l’éther sulfurique et de l’essence de pétrole, et ces essais ont mis en évidence son efficacité.
- Le comité des arts économiques n’hésite pas à proposer au Conseil de remercier M. Boulanger de sa communication, et d’autoriser l’insertion du présent rapport dans le Bulletin de la Société, avec figure de la lampe présentée.
- Signé Clerget, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 28 fécrier 1868.
- La figure d’autre part représente, au quart d’exécution, une vue perspective de là lampe Boulanger avec arrachement de la cheminée de verre et de la toile métallique extérieure qui la surmonte.
- a, réservoir de la lampe portant extérieurement deux anneaux ouverts, destinés à retenir la cheminée qui le coiffe.
- b, mouchette se manœuvrant en-dessous comme dans toute lampe de mine.
- La cheminée qui se monte sur le réservoir et s’y fixe par un emmanchement à baïonnette se compose des parties suivantes :
- c, petit manchon métallique placé à la base de la cheminée, et venant s’emboîter sur le réservoir contre un petit renflement circulaire que porte celui-ci.
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- d, petites ouvertures, au nombre de huit, garnies de toile métallique et servant de
- prise d’air ; percées dans le manchon c, elles sont disposées par groupes de quatre aux extrémités d’un même diamètre.
- e, cylindre de verre très-épais monté sur le manchon c.
- f, cylindre extérieur en toile métallique surmontant le cylindre de verre ; il est fermé par le haut.
- g, tronc de cône intérieur également en toile métallique, et dont la hauteur est un peu moindre que celle du cylindre /.
- C’est entre le cylindre f et le tronc de cône g qu’est maintenu invariablement le bord supérieur du cylindre de verre.
- Deux petites tringles verticales, réunies par une traverse passant sur le cylindre f, descendent le long de la cheminée jusqu’au bas du manchon c où elles sont soudées ; là, elles se recourbent en crochets et constituent, avec les deux anneaux ouverts du réservoir a, le mode d’assemblage à baïonnette de la cheminée. En effet, quand on veut fermer la lampe, on coiffe le réservoir avec la cheminée, puis on n’a qu’à tourner pour engager les crochets dans les anneaux. h, manche destiné à rendre le port de la lampe plus facile, en n’exposant pas la main à la chaleur qui s’en dégage ; il est muni d’un anneau de suspension.
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- Rapport fait par M. Henri Rouilhet, au ram du comité des arts économiques, sur les dépôts électro-chimiques de fer et d’étain de M. Feuquières, rue de Sèvres, 89, à Paris.
- Messieurs, dans la séance du 12 juillet 1867, M. Feuquières a présenté à la Société d’encouragement des échantillons de fer cohérent obtenu par la
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- galvanoplastie, et de feuilles de plomb recouvertes par la pile d’une couche d’étain assez épaisse et assez adhérente pour en permettre le laminage et l’emboutissage sans déchirures ; vous avez renvoyé au comité des arts économiques l’examen de ces faits et des questions qu’ils soulèvent, c’est en son nom que j’ai l’honneur de vous en rendre compte.
- Disons tout d’abord que M. Feuquières, ayant désiré garder le secret sur ses procédés, et n’indiquer à votre comité aucun des moyens qu’il emploie pour obtenir l’un et l’autre de ces métaux, nous n’aurons à examiner ici, ni leur valeur industrielle, ni leur nouveauté, mais seulement la nature des résultats qu’il a obtenus, et l’importance que pourraient avoir des recherches poursuivies dans cette voie.
- Le dépôt du fer a déjà donné naissance à une industrie très-intéressante (l’aciérage des planches de cuivre), et aujourd’hui il n’est presque pas de planches gravées qui ne soient soumises à cette opération par les procédés de MM. Salmonet Garnier avant de servir à l’impression; il est certain que le résultat de cette industrie a été d’assurer la production d’un nombre plus considérable d’épreuves de bonne qualité, puisque la durée des planches sur lesquelles se fait le tirage a été notablement augmentée.
- Mais, dans ce procédé, le dépôt du fer n’a qu’une très-faible épaisseur, c’est même une des conditions de réussite, non-seulement par la beauté des épreuves, on le comprend facilement, mais encore pour la nature du dépôt lui-même; en effet, on remarque que si, dans le même bain et dans les conditions ordinaires de l’opération, on cherche à augmenter l’épaisseur du métal, le fer se détache par écailles et présente une texture lamelleuse et cassante qui en rendrait l’emploi impossible comme fer galvanoplastique.
- Cette fragilité du fer obtenu par l’électricité a même été le point de départ pour M. Collas, aidé des conseils de M. Ed. Becquerel, de la fabrication d’un produit pharmaceutique de quelque importance.
- M. Collas extrait ce métal dans un état de pureté absolu, ainsi que l’a constaté M. Peligot par l’analyse, et se sert, pour cela, d’un bain de protochîorure de fer neutre dans lequel plongent une lame de fer doux comme -anode, et une lame d’acier destinée à recevoir le dépôt. Le fer atteint facilement une épaisseur d’un millimètre, puis est détaché et porphyrisé dans un mortier.
- Il semble donc, d’après ces faits, qu’il y a une certaine difficulté à déposer du fer cohérent malléable à épaisseur, autrement dit, à faire de la galvanoplastie du fer.
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- Cependant,en 1846 (l),M.Boch-Buchsmann,de Sept-Fontaines, près Saar-bruck, avait présenté à la Société d’encouragement une planche gravée reproduite enfer parla galvanoplastie; cette planche, de 0m,12 carrés environ et de 0m,002 d’épaisseur, avait été exécutée par M. Liet,son collaborateur, et obtenue dans un bain de sulfate de fer aussi neutre que possible. M. Boch-Buchsmann ajoutait que son fer précipité était d’une texture toute particulière et beaucoup plus dur que le fer ordinaire.
- L’aspect extérieur de ce métal tel qu’il nous a été donné de l’examiner était assez satisfaisant et avait vivement intéressé votre Conseil à cette époque. Cependant il ne semble pas que les auteurs de cette communication aient poursuivi leurs recherches clans ce sens.
- En 1847, M. Boettger (2) indiquait, de son côté, l’emploi des sels doubles de protoxyde de fer et d’ammoniaque pour obtenir une précipitation de fer, pur, brillant, métallique et compacte.
- Enfin, en 1862, M. Feuquières envoyait à l’exposition de Londres diverses petites épreuves galvanoplastiques qui attirèrent l’attention du Jury de la classe 31, et que M. de Longpérier, son rapporteur, signala comme « dépassant beaucoup en finesse les célèbres fers de Berlin. »
- En 1867, M. Feuquières exposait de nouveau, et les échantilllons analogues qu’il présenta furent examinés avec un vif intérêt par le Jury de la classe 40.
- Ce sont ces mêmes échantillons que M. Feuquières a présentés à l’examen de votre comité, et, quoiqu’il en soit resté au même point que l’année dernière, et qu’il n’ait pas cru devoir poursuivre ses travaux, étendre les perfectionnements et les applications du fer galvanoplastique, nous avons pensé qu’il était utile de fixer l’état de la question, et d’examiner les résultats qu’il nous a soumis.
- Le fer galvanique reproduit avec la même fidélité que le cuivre les finesses des moules sur lesquels il se dépose ; à l’intérieur il se présente sous des aspects différents qui. dépendent du plus ou moins de rapidité et de soin avec lesquels le dépôt s’est effectué ; seulement, au lieu d’offrir, comme le cuivre, des grains et des saillies mamelonnées, il présente, au contraire, à la partie postérieure, des cavités plus ou moins grandes qui semblent avoir été pror duites par l’adhérence d’une bulle de gaz déterminant autour d’elle un
- (1) Voir Bulletin de Ï846, lré série, l. XLV, p. 96.
- (2) Annalen der Physik und Chemie, t. LXVII, p. 117.
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- dépôt en forme d’entonnoir; ce défaut peut et doit être évité, car nous avons eu entre les mains des échantillons où ces cavités avaient presque disparu, et nous avons reconnu des différences notables dans la densité des divers fers qui nous ont été soumis.
- La densité du fer doux étant 7,700, nous avons trouvé pour le fer galvanique 7,689 — 7,587 — 7,474, la densité la plus faible correspondant au métal le plus défectueux.
- Le fer galvanique déposé avec soin est plus dur que le fer ordinaire. Il se martèle à froid, mais casse par une action mécanique prolongée. Il se forge à chaud; recuit à l’abri de l’air, il devient malléable et peut se laminer à froid.
- Chauffé dans un brasier de charbon en vase clos, il se cémente au point même de devenir fusible ; sa cassure présente alors l’aspect de la fonte.
- Cémenté, il peut subir l’opération de la trempe; notre collègue, M. Barre, a bien voulu faire quelques expériences qui nous ont démontré que le fer de M. Feuquières possédait déjà des propriétés qui le rendaient intéressant et qu’on pouvait espérer voir perfectionner encore.
- En analysant avec soin plusieurs échantillons, nous avons reconnu qu’il se dissolvait dans les acides sans résidu et qu’il était complètement pur ; cependant il ne se comporte pas comme du fer doux ordinaire, car une fois aimanté il conserve l’aimantation à un degré remarquable.
- Il jouit aussi d’une propriété analogue à celle du fer traité par l’acide azotique fumant, il est passif.
- Ces qualités de fer galvanique et celles qu’il peut acquérir encore entre des mains habiles et expérimentées ont donc vivement préoccupé votre comité. Déjà, nous le savons, à l’étranger, de grands progrès ont été réalisés, et ces procédés, qui ne sont plus secrets, pourront donner naissance à des applications intéressantes, parmi lesquelles nous signalerons ici les plus utiles.
- En première ligne, la substitution des clichés en fer aux clichés en cuivre, tant pour les gravures sur bois que pour les caractères mobiles, la reproduction des gravures en taille-douce, des planches des billets de banque, de timbres-poste et des cartes à jouer.
- Il n’est pas douteux que l’emploi du fer galvanique plus dur que le cuivre augmentera notablement la durée des clichés, et que, principalement, l’impression des timbres-poste, dont le tirage s’augmente chaque jour par la facilité des communications postales, retirera de très-grands avantages de cette substitution.
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- Nous indiquerons encore la fabrication des fers de relieurs et de fleuristes, des poinçons pour les matrices de bijoutiers, d’orfévres, de graveurs, etc., l’ornementation de la serrurerie, des armes de luxe, et enfin la reproduction, pour les musées et les collections, des objets d’art de la renaissance dans le métal même qui fut employé originairement pour leur fabrication.
- Quant au dépôt de l'étain cohérent et à épaisseur, les échantillons présentés par M. Feuquières confirment un fait que l’on connaissait déjà, c’est-à-dire la possibilité de déposer l’étain galvaniquement. MM. Roseleur et Boucher ont depuis longtemps résolu le problème pour l’étamage du fer et du cuivre par l’emploi des pyrophosphates; ils l’ont appliqué avec succès à l’étamage de la poterie de fonte et des épingles de fer et de cuivre, qui se pratique aujourd’hui à l’Aigle sur une grande échelle.
- M. Rémond a breveté en 1854 la fabrication par voie galvanique du plomb étamé destiné aux capsules pour bouchage, et le Bulletin de la Société d’encouragement (1) de 1862 décrit un procédé de M. Georges Tosco Peppe pour le même objet.
- Ces derniers procédés n’ont point eu de succès au point de vue commercial, et il n’y a pas lieu de s’en étonner, lorsqu’on songe à la facilité avec laquelle les procédés mécaniques permettent de revêtir le plomb d’une couche extrêmement mince d’étain dont la limite minimum est de 2 pour 100 de son poids.
- Il semble donc que l’étamage galvanique du plomb ne puisse prendre une grande importance industrielle, car il nécessite un décapage difficile, et l’emploi de la pile, emploi toujours coûteux lorsqu’il s’agit de produire un métal de faible valeur intrinsèque, et de l’appliquer à la fabrication d’objets dont la façon est insignifiante.
- Votre comité n’a voulu constater ici que le fait et n’a pu se prononcer sur la valeur d’un procédé que M. Feuquières désire garder secret.
- Il convient d’autant mieux d’en parler avec réserve que M. Feuquières nous a annoncé qu’une fabrique se montait en ce moment pour l’exploiter en grand et que, dès lors, nous pouvons attendre qu’elle ait donné la mesure de son importance industrielle.
- Malgré ces observations, nous avons pensé que, en présence des faits que
- (1) Voir Bulletin de 1862, 2e série, t. IX, p. 48.
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- M. Feuquières remettait en mémoire, la Société ne devait pas rester indifférente, et votre comité vous propose :
- De remercier M. Feuquières d’avoir appelé de nouveau son attention sur la possibilité de déposer le fer et l’étain à épaisseur par la pile,
- De l’engager à poursuivre ses travaux,
- Et d’insérer le présent rapport au Bulletin.
- Signé Henri Bouilhet, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 2F avril 1868.
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- MÉTIER CIRCULAIRE A TRICOT, PAR M. TAILBOUIS. (Planche 384.)
- A la suite du rapport de M. Alcan sur les nouvelles machines à faire les tricots de M. Tailbouis, rapport inséré au Bulletin de février dernier, p. 65, nous avons donné une description du métier rectiligne à tricot à diminutions automatiques ; aujourd’hui nous allons donner celle du métier circulaire à tricot, représenté planche 384. Rappelons, d’abord, les termes du rapport dans lesquels M. Alcan rend compte de ce métier.
- « Quant aux perfectionnements du métier circulaire, dit-il, perfectionnements qui ont permis de décupler sa production, déjà si remarquable, puisqu’il exécutait de 40 à 50,000 mailles à la minute, c’est par une modification profonde dans la forme de l’aiguille fondamentale qu’on y est parvenu. L’aiguille de tout métier à tricot est bien connue ; elle consiste dans une petite tige à bec recourbé ; la partie recourbée reste naturellement ouverte, mais la plus légère pression peut la fermer de manière que l’extrémité très-effilée de la courbe vienne s’engager dans une petite cavité disposée pour la recevoir et la dissimuler en quelque sorte : dès lors elle n’offre aucun obstacle au fil à tricoter dans les moments voulus. Étaler le fil sur les aiguilles, l’enfoncer entre elles de manière à déterminer un feston, reculer ce feston, fermer tous les becs, puis faire avancer le feston par-dessus ces becs, c’est former une rangée de mailles qui, si l’on en suppose une première déjà obtenue de même, constitue le tricot. Le système nécessite divers organes pour déterminer le feston ou le cueillage, pour fermer les becs et pour faire avancer les mailles ; chacun de ces organes et chacune des fonctions qu’il remplit a son nom spécial ; sans intérêt pour le moment, nous voulons seulement faire remarquer que, malgré la rapidité d’action des éléments, les mouvements ont lieu suc-
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- cessivement, et chacun des organes demande, nécessairement, une place relativement considérable. De là des conséquences qui bornent les moyens de production, 1° en limitant la répétition du nombre d’organes nécessaires à la transformation d’un seul fil; 2° en nécessitant un temps proportionnel à l’action successive de chaque organe. Cette double cause de ralentissement vient de disparaître par la modification apportée à l’aiguille. L’aiguille nouvelle est d’une construction telle, qu’elle remplit, à elle seule, les fonctions de trois organes : d’aiguille, de mécanisme à cueillir pour déterminer la forme de la maille, et de presse pour fermer l’extrémité de l’aiguille, lorsqu’il s’agit de faire passer par-dessus la maille formée.
- « Cette aiguille modifiée a reçu le nom à’aiguille articulée à cause de sa forme ; elle remplit les fonctions de la platine et de l’aiguille des métiers ordinaires. A cet effet, on y remarque trois parties essentielles : 1° le corps ou platine plate, armée d’une saillie ; 2° le crochet qui y est soudé et qui la termine ; 3° enfin une petite clanche assemblée à articulation, de manière à pouvoir tourillonner autour de son point d’assemblage avec la platine. Si on suppose le système d’aiguille disposé verticalement et la clanche abandonnée à elle-même, elle sera naturellement ouverte et s’abaisse pour venir se loger dans une cavité (ou chas) pratiquée dans l’épaisseur du crochet, et fait alors corps avec lui, comme le bec de l’aiguille ordinaire lorsqu’il est pressé. L’ouverture du petit crochet sera, au contraire, fermée si, par une cause quelconque, la base du système vient à changer de position et en prendre une déterminée à l’avance.
- « Si l’on suppose, maintenant, un métier circulaire armé d’une fonture, avec des aiguilles de ce genre, et mis en mouvement de façon que la base des platines repose sur un rail circulaire ondulé sur sa hauteur, de manière à présenter une série de plans inclinés convenablement calculés, il s’ensuivra que les aiguilles articulées suivront ces plans et relèveront ou fermeront, successivement et spontanément, les petites clanches, pour cueillir d’abord, et puis abattre les mailles, si toutefois on adapte un certain nombre de dispositions accessoires pour assurer le jeu régulier du nouvel organe. Les points que nous désirons, surtout, faire ressortir sont : la propriété précieuse de l’instantanéité et de la rapide continuité des fonctions nécessaires à l’exécution de tous tricots, et le peu de place exigée par les pièces indispensables à la réalisation d’une maille. De là, par conséquent, la possibilité de multiplier le nombre des fils tricotés à chaque tour du métier, ou, comme on dit, le nombre des chutes ; cette propriété est telle, qu’il est possible de disposer jusqu’à 30 chutes ou répétitions d’organes sur un métier dont le diamètre ne dépasse pas 0m,50.
- « Chacune des chutes constituant l’alimentation d’un fil, il s’ensuit qu’à chaque tour il y a trente rangées d’un nombre plus ou moins considérable démaillés, en raison de la finesse du produit, et comme ces métiers font, en moyenne, quinze révolutions à la minute, il s’ensuit une production de 15 X 30 — ^50 rangées qui, avec une jauge moyenne de 800 aiguilles sur la circonférence d’un diamètre de 0m,50, donnent, pour
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- ce cas assez ordinaire, 360,000 mailles à la minute. Mais ce n’est pas tout, le système permet d’arriver à des effets façonnés sans aucune augmentation de dépense ; il suffit, à cet effet, d’alimenter les chutes de fils de couleurs et de nuances différentes ; il en résulte des rayures ou des losanges qui, jusqu’ici, nécessitaient des frais spéciaux.
- Fig. 1. Section verticale partielle d’un métier circulaire pour tricot à côtes ; il est à deux fontures d’aiguilles articulées, la fonture verticale faisant la maille extérieure du tricot et la fonture horizontale la maille intérieure.
- Fig. 2. Section horizontale partielle suivant la ligne I, II de la figure 1.
- Fig. 3. Élévation partielle correspondant à la figure 2.
- Fig. 4. Section horizontale partielle suivant la ligne III, IY de la figure 1.
- Fig. 5. Élévation partielle correspondante à la figure 4.
- Fig. 6. Yue d’une aiguille articulée de la fonture verticale.
- Fig. 7. Yue d’une aiguille articulée de la fonture horizontale.
- Les figures 6 et 7 sont à l’échelle de grandeur d’exécution.
- Yoici maintenant quels sont les organes principaux de ce métier.
- A, platines de la fonture verticale.
- B, platines de la fonture horizontale.
- C, crochets terminant les platines de la fonture verticale.
- D, crochets terminant les platines de la fonture horizontale.
- E, petites clanches à articulation de la fonture verticale (fig. 6).
- F, petites clanches à articulation de la fonture horizontale (fig. 7).
- Dans les deux fontures chaque aiguille comprend une platine, un crochet et une clanche articulée.
- G, leviers faisant monter ou descendre les platines de la fonture verticale.
- H, leviers faisant avancer ou reculer les platines de la fonture horizontale.
- J, J, roues dentées conductrices des deux fontures.
- K, colonne de support de la fonture horizontale.
- L, plateau de support de la fonture verticale.
- M, ressorts à boudin retenant les platines de la fonture horizontale.
- N, disques en cuivre divisés pour recevoir les platines de cette fonture.
- O, plateau en cuivre divisé pour recevoir également les mêmes platines.
- P, cylindre en cuivre divisé pour recevoir les platines de la fonture verticale.
- Q, plateau sur lequel sont fixées les repousseuses de la fonture horizontale (fig. 2 et 3).
- R, passe-fils ou porte-fils (fig. 4 et 5).
- S, chute de cueillage de la fonture verticale.
- T, moulinet pour serrer ou desserrer la maille.
- U, engrenage de commande du métier. (M.)
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- SUR LA PRODUCTION DES DÉPÔTS DE FER GALVANIQUE, PAR M. H. JACOBI (1).
- J’ai l’honneur de présenter à l’Académie plusieurs échantillons de dépôts de fer galvanique obtenus dans le laboratoire de galvanoplastie de l’expédition pour la confection des papiers d’État, par l’ingénieur des mines, M. Eugène Klein. Ges échantillons consistent en plaques, médailles et médaillons, et surtout en une page de composition mobile stéréotypée en fer et en un cliché d’un guilloché très-délicat, destiné à en faire des tirages par la presse typographique. Ce nouveau progrès de la galvanoplastie n’a pu être fait sans avoir rencontré beaucoup de difficultés ; depuis les premiers essais sur la réduction galvanique du fer, faits en 1846 avec quelque succès, il s’est passé une vingtaine d’années avant qu’on soit parvenu à résoudre ce problème définitivement. L’importance de ce progrès est cependant incontestable. Dès que l’industrie s’en sera emparée, son exploitation fera naître des applications inattendues. Aujourd’hui même l’emploi des dépôts de fer galvanique dans la typographie et la possibilité d’obtenir des reproductions en fer dur des planches gravées sur cuivre sont hors de doute. Les clichés en cuivre galvanique avaient déjà rendu d’immenses services à l’imprimerie et à tous les nombreux intérêts qui en dépendent. On peut bien dire que, sans ces clichés, il aurait été impossible de faire ces nombreuses publications illustrées, imprimées par centaines de milliers d’exemplaires, répandues dans toutes les parties du monde, accessibles aux fortunes les plus modestes, et qui ont tant contribué au développement de l’intelligence et à la propagation des connaissances utiles. En outre, sans les ressources qu’offre la galvanoplastie, comment aurait-il été possible de remplacer l’ancien système de la perception du port des lettres par les timbres-poste, et de faire face à leur immense consommation, augmentant de jour en jour et s’élevant, en certains pays, à des milliards? A l’avenir, les clichés en fer venant remplacer ceux en cuivre donneront encore plus de facilité aux publications et aux impressions de toute espèce, et particulièrement à la confection des papiers-valeurs, dont les dessins et compositions sont exécutés avec la plus grande perfection et finesse pour les mettre à l’abri de la contrefaçon ; c’est surtout sur ce terrain, qui présente à l’art typographique les plus grandes difficultés, que la galvanoplastie du fer est appelée à rendre de grands services. En effet, les clichés en fer galvanique sont presque indestructibles ; ils supportent non-seulement un nombre de tirages presque illimité, mais, à cause de leur plus grande dureté, ils
- (1) Note lue à l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg dans sa séance du 5 mars 1868.
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- résistent beaucoup plus que ceux en cuivre à ces accidents inévitables qui sont le désespoir des imprimeurs, obligés de mettre hors de service leurs plus beaux clichés, souvent endommagés par quelque grain de sable ou quelque petit nœud se trouvant par hasard dans le papier. Ces inconvénients ne se font pas seulement sentir par les frais occasionnés par le renouvellement des clichés, mais plus encore par les interruptions et les retards que subissent des travaux souvent très-pressés.
- Le chef de l’expédition des papiers d’État m’a souvent révélé ces circonstances fâcheuses ; il est à espérer que, dorénavant, les clichés en fer les feront disparaître. Il est bon de rappeler que les premières applications sérieuses de la galvanoplastie ont été faites par M. Klein père, il y a déjà presque trente ans, dans cet établissement où elles se sont constituées depuis comme élément indispensable de fabrication. Le chef actuel, qui a su maintenir son établissement à la hauteur de tous les progrès faits dans sa partie, éprouvera donc une vive satisfaction en voyant les expériences et les essais, faits sous sa direction éclairée, couronnés de succès.
- Du reste, l’emploi des dépôts galvaniques en fer ne se bornera pas là. Les échantillons que j’ai l’honneur de vous faire voir donnent le droit d’espérer que les beaux-arts, autant que notre époque les appelle à contribuer à l’ornementation et à l’embellissement des productions industrielles, ne manqueront pas d’utiliser ces dépôts qui, par leur durée et leur belle couleur, les rendent susceptibles des applications les plus variées.
- Dans une lettre que M. Klein m’a adressée et dont j’ai l’honneur de proposer la publication dans le Bulletin de VAcadémie (voir d’autre part), il a exposé en détail les procédés au moyen desquels il a obtenu ces beaux résultats. Les meilleurs dépôts en fer que j’avais vus jusque-là étaient les dépôts exposés par M. Feuquières l’année passée au palais de l’Exposition, mais on peut facilement se convaincre qu’ils sont bien inférieurs à ceux de M. Klein. Aussi M. Feuquières n’a rien voulu publier sur le procédé qu’il emploie et dont il ne parle qu’avec la plus grande réserve. Dans un article publié tout dernièrement par M. le professeur Yarrentrapp de Brunswick sur la galvanoplastie du fer, ce savant indique les procédés et les bains qu’il emploie, mais ils diffèrent de ceux de notre ingénieur dont les travaux peuvent être considérés comme d’autant plus indépendants qu’ils ont été dirigés d’une manière rationnelle et scientifique. Il convient, surtout, de mentionner que M. Klein, en vue d’augmenter la solubilité de l’anode en fer, a employé avec un succès parfait une combinaison analogue à celle dont je m’étais servi moi-même, en 1846, pour la décomposition électro-chimique des bains argentifères (voir Bulletin de la classe physico-mathématique, t. Y, p. 216, §59).
- En effet, la bonne qualité des dépôts de fer dépend principalement de la plus grande solubilité de l’anode ; l’augmentation de sa surface n’ayant pas produit l’effet voulu, M. Klein a eu l’idée de combiner cet anode de fer avec un autre anode de cuivre< J’ai essayé cette combinaison en remplaçant le cuivre par le charbon de cor-
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- nue qui fournit un couple partiel plus énergique. Voici comment on peut se rendre compte des effets de cette combinaison : le métal négatif, combiné avec le fer dans le bain même, joue un double rôle ; il fonctionne comme catode vis-à-vis du fer, et comme anode par sa combinaison avec le pôle cuivre ou le pôle positif de la pile qui fournit le courant principal. Par conséquent, à la surface de cet électrode, il se dégage simultanément de l’hydrogène et de l’oxygène qui, à l’état naissant, se combinent dans les proportions qui constituent les éléments de l’eau. Le surplus de l’hydrogène se dégage librement, ou produit une polarisation de l’électrode ; si c’est l’oxygène qui est le plus abondant, et si l’électrode consiste en une substance inoxydable comme le charbon de cornue, il y a aussi dégagement de gaz et une faible polarisation ; mais, si l’électrode est oxydable comme, par exemple, le cuivre, il sera oxydé et dissous. En effet, en interposant un galvanomètre dans le circuit, j’ai vu la déviation de l’aiguille diminuer peu à peu quand le courant était très-faible, puis devenir parfaitement constante après que la force du courant avait été augmentée jusqu’à un certain degré ; enfin, en dépassant ce degré, j’ai vu la déviation devenir de nouveau inconstante. Au moyen du galvanomètre, il est donc facile de régler le courant de manière qu’il ne se dégage ni oxygène ni hydrogène au catode.
- Lettre de M. Klein à M. Jacobi.
- « Monsieur, pendant mon séjour à Paris, l’été passé, vous avez bien voulu attirer mon attention sur les dépôts galvaniques en fer exposés au palais de. l’Exposition par M. Feuquières. Vous m’avez aussi fait voir quelques échantillons que cet inventeur vous avait présentés, aussi bien qu’une plaque en fer galvanique produite déjà, en 1846, par M. Liet, et présentée à la Société d’encouragement, à Paris, par M. Welter. Bien que M. Feuquières n’ait rien publié sur son procédé, vous avez voulu m’encourager à essayer moi-même de produire des dépôts réguliers de ce métal réfractaire.
- « On sait que toutes les tentatives faites de temps en temps et de différents côtés pour produire des dépôts galvaniques en fer d’une certaine solidité et de l’épaisseur voulue n’avaient pas réussi jusqu’ici. Toutefois, l’échantillon mentionné de 1846 et les productions récentes de M. Feuquières me paraissaient prouver la possibilité de soumettre ce métal aux opérations de la galvanoplastie ; et, sûr de votre appui et de vos conseils éclairés, je ne doutais pas que je ne puisse non-seulement arriver aux mêmes résultats, mais aussi vaincre les difficultés et les obstacles, supposés inhérents aux procédés de la réduction du fer galvanique.
- « L’intérêt scientifique qu’offre ce nouveau développement de la galvanoplastie et les applications éminemment utiles qui en résulteraient, surtout dans le domaine de la gravure et de l’imprimerie, me firent commencer mes essais au mois d’octobie de l’année passée bientôt après mon retour à Saint-Pétersbourg.
- « Les échantillons que j’ai l’honneur de vous présenter aujourd’hui consistent: 1° en
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- une plaque en fer (de 150 centimètres carrés et d’une épaisseur de 2 millimètres), 2° en plusieurs médailles, 3° en un médaillon composé de 34 camées, dont le diamètre a 13 centimètres, et 4° en une page de composition mobile stéréotypée en fer (de 84 centimètres carrés) et en un cliché d’un dessin guilloché avec des traits les plus déliés, tous les deux destinés à la presse typographique.
- « J’y ajoute plusieurs imprimés de ces clichés en différentes couleurs.
- « Ces échantillons de fer galvanique vous feront voir en même temps les progrès réalisés successivement depuis le commencement de mes expériences. Vous voudrez bien remarquer que la première planche et les premières médailles déposées par moi offrent, à leur revers, des porosités et des cavités profondes, pénétrant, même en partie, toute l’épaisseur du dépôt. Du reste, ces cavités se font aussi remarquer, et même en grand nombre, dans les dépôts de M. Feuquières.Dans mes produits récents, ces cavités singulières, qui proviennent, probablement, des bulles de gaz, ont disparu. Le revers de ces objets ne le cède en rien aux dépôts en cuivre faits dans les meilleures conditions.
- « Le point de départ des expériences que j’ai l’honneur de vous exposer était le procédé connu de l’aciérage des plaques gravées en cuivre, qui réussit parfaitement bien dans un bain composé des chlorures d’ammonium et de fer, auquel j’ajoute une minime quantité de glycérine. Cependant tous ceux qui se sont occupés de cet aciérage ont eu l’occasion de remarquer que, en voulant donner à la couche très-mince et brillante de fer une plus grande épaisseur, la surface se gerce et le dépôt se détache du catode en paillettes excessivement cassantes. Il fallait donc employer d’autres bains composés d’une manière régulière pour les essayer dans les mêmes conditions. Ces bains appartenaient à deux catégories, comprenant des bains composés de sulfate de fer et de sulfate ou de chlorure d’ammonium. J’ai donc composé, d’abord, trois bains d’après la formule Fe 0S03-f- Ara O S 03+ 6 H O, et qui ne se distinguèrent que par la manière dont ils étaient préparés. Le premier bain consista en une solution concentrée de cristaux du double sel F e 0S03-f-Ara O S O3-}- 6 H O sus-mentionné ; le second se composait du mélange des solutions concentrées de chacun de ces deux sels dans les propositions de leurs équivalents ; enfin j’obtins le troisième bain, qui se distingue avantageusement des deux autres, en prenant une solution de sulfate de fer, en précipitant le fer par le carbonate d’ammonium et en dissolvant le précipité par l’acide sulfurique, en évitant tout excès d’acide.
- « Pour préparer les bains appartenant à la seconde catégorie, je mélangeai des solutions de chlorure d’ammonium et de sulfate de fer dans les proportions de leurs équivalents; ou bien je fis dissoudre dans une solution de sulfate de fer autant de chlorure d’ammonium qu’il en voulait prendre à la température de 15 degrés Réaumur à peu près.
- « Tous ces bains étaient très-concentrés et neutres, autant que possible. Comme anode, je pris des planches de tôle de fer offrant une surface presque huit fois plus Tome XV. — 67e année. 2e série. — Mai 1868. 37
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- grande que celle du catode en cuivre. En employant, pour la décomposition, un élément de Daniell, il s’était formé en vingt-quatre heures, sur tous les catodes, des dépôts rugueux et pleins de gerçures qui, à la moindre tentative de les détacher, se cassaient en mille morceaux.
- « Comme il arrive souvent que les solutions de sulfate de cuivre s’améliorent par l’usage, j’espérais que les solutions ferreuses offriraient, sous ce rapport, quelque analogie ; je continuai donc les expériences encore pendant plusieurs jours, sans cependant obtenir de meilleurs résultats. En employant, d’après vos conseils, au lieu d’un couple de Daniell pour chacun des cinq appareils de décomposition, quatre couples bien plus faibles de Meidinger, en les réunissant en série avec les cinq appareils de décomposition, j’obtins un bien moindre développement d’hydrogène aux catodes et de meilleurs résultats. En effet, bien que l’aspect des dépôts laissât encore beaucoup à désirer et que notamment ceux formés dans les bains de sel d’ammoniaque res semblassent, à cause de leur grande porosité, presque à une éponge, les dépôts dans les autres trois bains contenant du sulfate d’ammonium n’accusaient pas de gerçures, mais s’étaient formés en raies brillantes, pointues en haut et ne recouvrant pas entièrement le catode en cuivre. Dans des expériences antérieures, j’avais remarqué des dépôts de cette nature en employant des bains qui, par hasard, contenaient un excès d’acide. En effet, en examinant mes bains, j’y remarquai une réaction acide beaucoup plus prononcée qu’auparavant ; j’attribuai cette acidulation des bains à la circonstance que la quantité de fer déposée au catode était plus grande que celle dissoute de l’anode. Il était donc nécessaire de donner à l’anode une plus grande solubilité, et, comme ce résultat n’a pu être obtenu en augmentant encore plus sa surface, je conçus l’idée de plonger dans le bain une plaque de cuivre et de la réunir avec l’anode de fer.
- « Le résultat de cette combinaison fut des plus surprenants ; non-seulement les bains de la première catégorie redevinrent neutres après quelques heures, mais aussi les dépôts devinrent beaucoup plus uniformes. Leur couleur était d’un gris mat ; ils adhéraient parfaitement bien au catode sans se boursoufler et sans se gercer nulle part. Dans les premières vingt-quatre heures leur surface restait parfaitement unie, mais alors il commençait à se produire, en plusieurs endroits, de ces petites cavités caractéristiques correspondant, pour ainsi dire, aux ampoules mamillaires qu’on observe souvent sur les dépôts galvaniques de cuivre. Il est vrai que ces cavités ne pénètrent que bien rarement toute l’épaisseur du dépôt. Leur production est très-curieuse et ne peut être attribuée qu’à un dégagement trop abondant de gaz à la surface du catode. Il arrive probablement que ces bulles s’y attachent assez fortement pour empêcher, dans quelques endroits, la formation du dépôt. En effet, dans le cas où l’énergie du courant, c’est-à-dire la force du courant divisée par la surface du catode, devient trop grande, ces phénomènes fâcheux se produisent le plus fréquemment. En réduisant cette énergie de manière à n’avoir qu’un dégagement
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- de gaz imperceptible, ce que je fis en diminuant la concentration du bain ou en augmentant la résistance des parties solides du circuit, la formation de ces cavités a entièrement disparu. Vous voudrez bien vous en convaincre en examinant avec une loupe le revers des dépôts obtenus tout récemment. Il convient d’observer que les bains de la seconde catégorie donnent aussi de très-bons résultats, lorsqu’on emploie, comme anode, la combinaison cuivre-fer.
- « Je vous demande pardon, Monsieur, d’être entré dans ces détails minutieux. Je crois que, dans des cas pareils, il est aussi utile de rendre compte des non-réussites que des succès obtenus. Je vous prie donc de me permettre encore quelques remarques au sujet des dépôts de fer. Il me paraît curieux que la formation delà première couche de ces dépôts exige des courants plus ou moins forts, ou des bains plus ou moins concentrés, selon qu’il s’agit de produire ces dépôts sur des catodes en cuivre rouge ou en cuivre jaune, en plomb ou en métal de caractères d’imprimerie, ou même sur des catodes en gutta-percha plombaginée. Dans tous les cas, la formation d’un dépôt régulier de fer exige une netteté parfaite de la surface du catode ; en employant la gutta-percha plombaginée, le dépôt se forme très-lentement, et il arrive qu’il n’a pas la régularité requise. Je préfère donc donner d’abord aux moules de cette espèce une très-légère couche de cuivre galvanique, et, après les avoir rincés à grande eau, les transporter immédiatement du bain de cuivre dans le bain de fer. Cette légère couche de cuivre se laisse éloigner facilement par une brosse à poil doux et par la pierre pourrie anglaise.
- « Le fer galvanique, à l’état où il sort du bain, est dur comme de l’acier trempé et très-cassant. Recuit à la température du rouge sombre, il perd considérablement de son aigreur et de sa dureté. Recuit à la température du rouge-cerise, il devient malléable et se laisse graver aussi facilement que l’acier tendre. Il est bon de signaler que, si les dépôts sont faits dans de bonnes conditions et recuits uniformément et avec les précautions nécessaires, les dépôts galvaniques ne sont sujets ni à recevoir des ampoules, ni à se tordre ou à se courber. Il n’y a pas non plus de retrait, mais, au contraire, il y a une dilatation, bien que presque imperceptible ; au point de vue de la nécessité d’avoir des clichés parfaitement identiques, il est d’une grande importance que leurs dimensions ne soient pas altérées sensiblement par le recuit. Du reste, je me propose de déterminer, plus tard, le poids spécifique de ce fer, avant et après la cuisson,
- « Il paraît que le fer galvanique n’a pas de magnétisme permanent, mais qu’il reçoit, comme le fer tendre, le magnétisme de position.
- « Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien me permettre de vous tenir au courant de tout ce qui se produira de nouveau dans le cours de mes travaux ultérieurs sur la galvanoplastie du fer, et d’agréer, etc. »
- Signé Eugène Klein.
- Saint-Pétersbourg, 4 mars 1868.
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- BIOGRAPHIE.
- Voici l’épreuve d’un cliché galvanique en fer que nous devons à l’obligeance de M. Klein.
- Die Galvanoplastikt)erubt auf der bekannten aber merkwürdigen Eigenschaft der electriscben Strome, beinahe aile zusammengesetzten Stoffe in ibre Bestandtheile zu zerlegen, besonders aber die Metalle aus ibren Auflosungen oder Verbindungen wieder berzustellen oder zu reduciren. Diese Eigenscbaft kannte man scbon seit dem Anfange dieses Jabrbunderts; obgleicb aber bôcbst wicbtige wissenscbaftliche Eesultate daraus bervorgegangen waren, so hatte man docb dem Aggregatzustande, in welcbem sicb die Metalle reduciren, nur wenig Aufmerksamkeit gewidmet. Gewôbnlicb erhielt man sie in Pulverform, in grôssern oder kleinern Krystallen, in Blâttem, oder im günstigsten Falle in Knollen oder warzenartig zusammenge-wacbsenen Massen. Der Zufall scbien bierbei sein Spiel zu treiben, oder vielmebr man kannte die verwickelten Gesetze dieser Bildungen nocb nicbt vollstàndig. Aucb jetzt ist dieser Gegenstand nocb nicbt erscbôpft, aber wenigstens so weit gedieben, dass man die Bedingungen kennt, unter welcben das Kupfer sicb aus seinen Auf-lôsungen unmittelbar zu regelmâssigen cobàrenten Platten reduciren oder sicb nacb vorber bestimmten Formen bilden làsst.
- 1840. Dr. M. H. v. Jacobi.
- Versuch, eiserne Stereotypen auf galvanoplastischem Wege herzustellen, gemacht bei der Expédition zur Anfertignng der Staatspapiere in St. Petçrsburg.
- December 1867.
- BIOGRAPHIE.
- ÉLOGE HISTORIQUE DE MICHEL FARADAY, PAR M. DUMAS, SECRÉTAIRE PERPÉTUEL DE
- l’académie DES SCIENCES.
- Au moment où l’Académie daignait m’appeler aux fonctions illustrées par Cuvier, et dont l’éclat s’est perpétué sous la longue possession de M. Fiourens, elle m’imposait le devoir de préparer, pour une séance publique prochaine, l’éloge de l’un des membres qu’elle a perdus. J’aurais voulu préparer celui de mon éminent prédécesseur ; mais le délai était trop court, et son souvenir, d’ailleurs, n’est pas de ceux qui s’affaiblissent; ses travaux ne redoutent pas l’épreuve du temps.
- M. Fiourens était entré à l’Académie des sciences, il y a quarante années; il y remplaçait Bosc. Cinq ans après, il succédait comme secrétaire perpétuel à Dulong, qui, ayant recueilli pour quelques mois l’héritage de Cuvier, était forcé, par sa santé chancelante, d’en résigner le poids.
- La lecture de l’ouvrage de M. Fiourens sur les fonctions du cerveau, le mémorable rapport dont il fut l’objet de la part de Cuvier, avaient été comme un événement. Personne ne s’étonna donc de l’empressement avec lequel notre compagnie, forçant l’entrée de la section d’agriculture, y fit entrer un physiologiste, célèbre déjà, pour s’assurer sa coopération.
- Au fauteuil de secrétaire perpétuel, qu’il a gardé pendant un tiers de siècle, M. Fiourens a témoigné d’un zèle ardent pour les intérêts de l’Académie, d’un sentiment jaloux de la dignité des sciences et d’une préoccupation délicate des droits de ceux qui les cultivent.
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- BIOGRAPHIE.
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- Ayant à prononcer les éloges de Cuvier, de Geoffroy-Saint-Hilaire, de Blainxille, de Magendie, de Jussieu et de De Candolle, M. Flourens ne pouvait échapper au désir d’écrire l’histoire contemporaine de la science de l’organisation. Il a tracé, en effet, le tableau vrai du mouvement des idées au début de ce siècle, relativement au problème de la vie.
- Faire la part de M. Flourens dans ces analyses fines, caractériser l’influence qu’il a exercée lui-même, c’est une œuvre qui réclame une longue étude. L’Académie veut que ceux qui l’ont honorée soient loués dignement; elle me pardonnera d’avoir ajourné ce devoir, et elle comprendra cependant que mon respect pour la mémoire de mon éminent prédécesseur m’obligeait à consacrer mes premières paroles à l’expression de nos regrets pour sa personne et de notre souvenir pour ses travaux.
- S’il est toujours difficile de parler au nom de l’Académie, comment aborder sans trouble cette tribune accoutumée aux succès de la parole, lorsqu’on est obligé de l’aborder presque sans préparation ?
- Mais en retraçant devant vous la vie de Faraday, du savant le plus accompli que l’Académie ait possédé, de l’homme excellent qui faisait la gloire de l’Angleterre, et qui en France ne comptait que des amis, il me semble que l’affection dont il m’honorait me protège.
- Michel Faraday, l’un des huit associés étrangers de l’Académie des sciences, avait succédé en cette qualité à son illustre compatriote Dalton, le créateur de la théorie atomique moderne. Il avait mérité cet honneur, le plus grand dont notre compagnie dispose, par des travaux et des découvertes qui ont rendu son nom populaire dans les deux mondes et qui lui assurent pour toujours une place parmi les grands inventeurs. Comme Dalton, Faraday avait eu des commencements modestes ; sa vie n’avait de même connu d’autres devoirs que ceux qui se lient au culte de la science, et comme Dalton enfin, ses dernières années, condamnées au repos par les infirmités, furent honorées des témoignages du noble intérêt de la reine, interprète de la reconnaissance de l’Angleterre pour la plus pure de ses gloires scientifiques.
- Je ne sais s’il existe au monde un savant qui ne fût heureux de laisser en mourant des travaux pareils à ceux dont Faraday a fait jouir ses contemporains et qu’il a légués à la postérité ; mais je suis sûr que tous ceux qui l’ont connu voudraient approcher de cette perfection morale qu’il atteignait sans effort. Elle semblait chez lui comme une grâce naturelle, qui en faisait un professeur plein de feu pour la diffusion de la vérité, un artiste infatigable, plein d’entrain et de gaieté dans son laboratoire, le meilleur et le plus doux des hommes au sein de sa famille et le prédicateur le mieux inspiré au milieu de l’humble troupeau religieux dont il suivait la foi.
- La simplicité de son cœur, sa candeur, son amour ardent de la vérité, sa franche sympathie pour tous les succès, son admiration naïve pour les découvertes d’autrui, sa modestie naturelle, dès qu’il s’agissait des siennes, son âme noble, indépendante et
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- fière, tout cet ensemble donnait un charme incomparable à la physionomie de l’illustre physicien.
- Nous nous étions rencontrés dans notre jeunesse, à une époque où l’un et l’autre nous en étions à nos débuts. Nous nous sommes retrouvés souvent, lorsque ses bril lantes découvertes excitaient la curiosité universelle, et pourtant, dans le laboratoire intime, quand il reproduisait pour moi la suite de ses expériences fondamentales, je me surprenais à oublier la science pour observer le savant, distrait des merveilles qu’il dévoilait dans la nature physique, par le désir de surprendre le secret de cette perfection morale qui se manifestait dans tous les mouvements de son âme.
- Je n’ai pas connu d’homme plus digne d’être aimé, d’être admiré, d’être regretté. Je voudrais conserver sa physionomie à cette existence si calme ; en tracer un tableau coloré serait la dénaturer. Il n’y eut pas de drame dans la vie de Faraday ; elle doit être présentée sous cet aspect simple qui en fait la grandeur. Il y a plus d’une leçon utile à recevoir, cependant, de l’étude sincère de cet homme illustre dont la jeunesse traversa la pauvreté avec dignité, dont l’âge mûr supporta la gloire avec modération, et de qui les dernières années s’éteignaient doucement naguère, au milieu des respects et des plus tendres affections.
- La fidélité à la foi religieuse et la constante observation de la loi morale constituent les traits dominants de sa vie. Sans doute, sa ferme croyance en cette justice d’en haut qui pèse tous nos mérites, et en cette bonté souveraine qui pèse toutes nos souffrances, n’a pas inspiré à Faraday ses grandes découvertes, mais elle lui a donné la droiture, le respect de soi-même, la force contre ses propres entraînements et l’esprit de justice, qui lui ont permis de lutter avec confiance contre la mauvaise fortune et d’accepter la prospérité sans en être enivré.
- Michel Faraday était né le 22 septembre 1791, à Newington-Butts, près de Londres.
- L’humble condition de ses parents, aggravée par l’état maladif de son père, ne lui promettait qu’une existence précaire. Faraday, qui mérite d’être offert comme modèle à tout jeune homme obligé de vivre du travail de ses mains, n’a rien dû qu’à lui-même, à son courage, à sa persévérance, à son génie. Dans cette aristocratique Angleterre, où le sort l’avait fait naître, parti de la condition la plus déshéritée, il s’est placé, par l’éclat du talent, au niveau des puissants de la terre et des fortunes les plus hautes. La fierté du savant n’en a jamais souffert; à l’exemple du Prince Albert, ceux vers lesquels l’élevait la destinée savaient descendre avec grâce, lorsqu’il lui déplaisait de monter, et la rencontre s’opérait de la sorte sur le terrain neutre et libre de la science, où il ne connaissait pas de supérieurs.
- Dès l’âge de treize ans, n’ayant pour tout bagage littéraire que l’instruction reçue dans une école élémentaire : la lecture, l’écriture et un peu d’arithmétique, Faraday entrait comme apprenti libraire et relieur dans une boutique de Blanford Street. Comment le §oût des sciences s’est-il développé dans l’esprit de cet enfant condamné aux
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- soins matériels d’un apprentissage assujettissant? Deux circonstances dignes d’être signalées en furent l’occasion : la lecture des ouvrages de Mœe Marcet; l’impression produite par quelques leçons de Davy.
- Mariée avec un médecin éminent, chimiste habile, M“* Marcet, douée elle-même d’un rare mérite, rehaussé par la plus aimable distinction, avait écrit, sous le titre de : Conversations sur la chimie, un petit traité populaire, justifiant sinon par son éclat extérieur, du moins par son langage simple et naturel, l’insigne honneur qui lui a été accordé d’ouvrir au jeune Faraday la route de la science et de lui inspirer l’amour profond de la vérité; genre de succès qu’on souhaite, sans l’espérer, à ces traités modernes plus brillants qui n’ont quelquefois de populaire que le nom.
- Faraday ne se montra point ingrat ; il attribua toujours son goût pour les connaissances chimiques au soin qu’il avait mis à constater, par de petites expériences, chacune des assertions du livre de celle qu’il nommait avec bonne humeur sa première institutrice, et quand les relations du monde les rapprochèrent, loin de rougir de son humble enfance, ses pensées se reportant en arrière, il aimait, disait-il, à contempler en elle le présent et le passé.
- Près de huit années s’étaient écoulées, dans cette situation à laquelle aucune issue ne semblait s’ouvrir, lorsque le jeune apprenti eut l’heureuse fortune d’être admis, parla recommandation de l’un des membres de l’Institution royale, à entendre les dernières leçons du cours que Davy professait dans ce célèbre établissement. Il en fit une rédaction attentive, et il l’envoya à Davy, en le priant de l’aider à quitter le commerce, qu’il détestait, et à se vouer à la chimie qu’il aimait. L’illustre chimiste lui répondit de suite; quelques semaines après, il le fit nommer aide-préparateur, sans * le soumettre à l’épreuve que lui conseillait Pepys, l’un des fondateurs de l’Institution royale et savant distingué. Que faire de ce jeune homme, disait Davy, en lui montrant la lettre de Faraday; qu’en faire? le mettre à laver les capsules et les verres : s’il est bon à quelque chose, il le fera avec empressement; s’il refuse, c’est qu’il n’est bon à rien. Conseil tout anglais, fruit d’une grande pratique : je ne chercherais pas loin mes exemples et je n’aurais qu’à me souvenir, s’il fallait prouver qu’on arrive plutôt à l’Académie des sciences, en débutant au laboratoire pour y laver les verres, qu’en y débutant avec prétention, comme un génie qui dédaignerait le matériel des expériences.
- Davy n’imposa pas à Faraday ce noviciat; seulement, comme le naïf apprenti relieur confessait avoir peu de goût pour son métier et s’excusait d’avoir l’ambition de s’enrôler sous le drapeau de la science, qui rend, disait-il, si aimables et si généreux tous ceux qui le suivent, il lui répondait : « Ne renoncez pas trop vite au commerce , la science est une maîtresse exigeante, rude et peu généreuse ; » quant à l’idée que son jeune interlocuteur se formait de la supériorité morale des savants, elle le fit sourire, ajoutant qu’il laissait à l’expérience de quelques années le soin de l’éclairer. Hélas ! sur ce point, ce fut Davy, lui-même, qui ne laissa rien à faire aux autres pour l’éducation de Faraday.
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- Je n’ai pas l’intention de retracer ici l’histoire complète des travaux de notre illustre associé. Au début de sa carrière, on rencontre de simples études; plus tard, au milieu de grandes pages, on retrouve des esquisses. Travailler, achever, publier : telle était sa règle invariable et sa devise. Publier tout ce que l’on considère comme nouveau et vrai, c’est, en effet, le devoir du savant; mettre en lumière les conceptions qui caractérisent la méthode ou l’influence d’un grand inventeur, c’est le seul devoir de l’historien.
- Faraday avait une méthode, et elle peut être recommandée avec confiance. Sa foi dans les hautes destinées de l’homme et la conviction qu’il lui est prescrit de s’approcher sans cesse de la lumière donnait aux recherches scientifiques dont il s’occupait le caractère d’une mission sacrée. Il considérait l’expérience comme le moyen le plus sûr de découvrir ou d’affirmer des vérités; et si j’empruntais le langage de la métaphysique, je dirais que personne n’a porté plus loin cet art de se servir du concret pour arriver à l’abstrait et de soumettre l’abstrait au contrôle du concret.
- Une expérience presque insignifiante à l’origine finissait, de proche en proche,, par l’élever aux plus hautes contemplations de la nature. On trouve un exemple saisissant de son procédé dans ses recherches sur la liquéfaction des gaz, son premier travail d’ensemble.
- Lavoisier, cherchant quelles conditions peuvent accroître ou réduire la masse de l’atmosphère, suppose la terre transportée plus près du soleil, dans les chaudes régions où se trouve Mercure, par exemple, et fait voir que, dans cette situation, l’eau se convertirait tout entière en vapeurs, ainsi que d’autres corps, et que l’air s’en trouverait augmenté. La terre serait-elle portée, au contraire, dans des régions très-froides, l’eau qui forme aujourd’hui nos fleuves et nos mers, et les liquides que nous connaissons, se transformeraient en montagnes ou rochers très-durs.
- L’air, ajoute-t-il, ou quelques-unes de ses parties cesseraient alors d’exister dans l’état de vapeurs élastiques, faute d’un degré de chaleur suffisant, « et il en résulterait de nouveaux liquides dont nous n’avons aucune idée. »
- Il appartenait à Faraday de réaliser par les expériences les plus brillantes ces dernières suppositions de Lavoisier, et de convertir presque tous les gaz connus en liquides, dont les propriétés extraordinaires avaient échappé, en effet, à toutes les prévisions.
- Le chlore se dissout dans l’eau. A quelques degrés au-dessus de zéro, la liqueur se congèle, et il s’en sépare une neige jaunâtre contenant à peu près en poids un quart de chlore et trois quarts d’eau. Voilà l’humble point de départ de ses belles découvertes.
- Faraday prend cette matière, en remplit un tube de verre, le ferme hermétiquement, et le plonge dans de l’eau tiède. Le composé neigeux, formé d’eau et de chlore, se fluidifie, et les deux corps qui le constituaient se séparent. L’eau reprend sa forme
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- liquide ordinaire. Mais, le chlore devenu libre, ne trouvant pas le large espace dont il aurait besoin pour se convertir en gaz, comprimé par sa propre vapeur, se change pour la plus grande partie en un liquide jaune pâle, très-mobile.
- Faraday ne tardait pas à réaliser la liquéfaction d’un grand nombre de gaz par ce procédé si simple. Il renfermait dans des tubes de verre, de faible capacité, les substances solides ou liquides capables de fournir un grand volume de gaz. Il les forçait à réagir dans cet espace étroit, et le gaz se liquéfiait en se produisant. Mais, chacun comprendra, sans peine, que ces tubes composaient une artillerie toujours prête à gronder, et que, pour reconnaître les propriétés de ces dangereux liquides, mesurer la pression de leur vapeur à diverses températures, déterminer leur densité, les étudier, en un mot, dans tous leurs détails, il fallait une rare dextérité. Faraday était à la fois hardi et prudent ; il eut à subir beaucoup d’explosions dans cette longue et difficile investigation; il n’eut à regretter aucun accident, ni pour lui-même ni pour les autres, en vrai chimiste, qui n’a peur de rien et qui se défie de tout.
- Plus tard, il complétait ces études, en associant le refroidissement à la pression. Les expériences de Thilorier sur l’acide carbonique, celles de notre savant confrère M. Bussy sur l’acide sulfureux, celles que j’ai moi-même effectuées sur le protoxyde d’azote, celles de M. Carré sur l’ammoniaque et son application à la fabrication domestique de la glace, ajoutant quelques traits au tableau tracé par Faraday, ont permis d’en manifester, sous une forme plus saisissante et plus populaire, les conséquences inattendues que Lavoisier, parmi les anciens, semble seul avoir entrevues.
- En effet, tous ces gaz liquéfiés par la pression, par le froid ou par l’action combinée de ces deux moyens, constituent des liquides d’une mobilité et d’une fluidité extraordinaires, à côté desquels l’eau semble sirupeuse, l’alcool ou l’éther lui-même des liqueurs visqueuses, lentes à reprendre leur niveau.
- Chauffés dans des espaces fermés, ces liquides se changent en gaz aussi denses que les liquides d’où ils proviennent. Chauffés dans des espaces plus libres, ils se dilatent autant ou même plus que les gaz jusque-là les plus dilatables des corps.
- Mais, ces gaz liquéfiés par des compressions égales à trente ou quarante fois celle de notre atmosphère, capables de briser les vases de métal qui les renferment, même les plus résistants, ne devaient-ils pas produire tous d’épouvantables explosions, dès qu’ils seraient soustraits à la pression sous laquelle ils avaient pris naissance? Comment ne pas s’y attendre? L’expérience était-elle, même, nécessaire à tenter?
- Le protoxyde d’azote liquide, qu’on n’a manié d’abord qu’avec une circonspection extrême, peut être versé, cependant, comme de l’eau, à l’air libre, d’un vase dans un autre, bien loin d’être détonant. L’observateur a le loisir, pendant des heures entières, d’en étudier les propriétés, sous cette forme liquide.
- Versé dans un verre à vin de Champagne, il en offre l’aspect, mais avec des circonstances étranges. Si l’on y fait couler du mercure, celui-ci non-seulement se gèle à l’instant, mais il y prend la consistance, la blancheur et la ténacité de l’argent en barre. Tome XV. — 67e année. 2e série. — Mai 1868. 38
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- Un charbon allumé, jeté sur le liquide, y brûle, au contraire, avec le plus vif éclat. A la distance de l’épaisseur du doigt, dans le même vase, on trouve donc réunies des températures tellement basses, qu’aux abords des régions polaires on ne les a jamais observées, et des températures tellement élevées que le feu de forge le plus ardent ne les réalise pas.
- L’acide carbonique, à son tour, se liquéfie facilement et produit un liquide incolore, qu’il convient de former ou de conserver dans des vases d’une solidité à toute épreuve, car la tension de la vapeur qui les presse peut les faire éclater comme un obus, tuant et détruisant tout dans leur voisinage.
- Cependant, on convertit, à volonté, ce liquide en un solide transparent comme la glace, ou en une masse blanche et légère comme la neige. Sous cette dernière forme, on conserve, à l’air, l’acide carbonique solide, aussi facilement que la neige ordinaire. De telle sorte que l’acide carbonique, ce gaz permanent, ce liquide aussi redoutable, à la température ordinaire, dans les vases qui le recèlent, que l’eau chauffée à 2 ou 300 degrés, dans une chaudière, devient, sous sa forme solide, le plus pacifique des corps. Une boule de neige carbonique, enveloppée d’un linge, serait portée d’une extrémité de Paris à l’autre, sans plus de soin que la boule de neige aqueuse, à laquelle elle ressemble.
- Les expériences de Faraday confirment donc les vues de Lavoisier sur les caractères imprévus, qu’offrent les liquides produits par les gaz refroidis. Elles confirment aussi l’antique classification de la matière : terre, eau, air et feu, qui en représentait les quatre qualités : solide, liquide, gaz et chaleur. Car, Faraday a forcé tous les gaz connus à changer d’état, six exceptés. Ce sont les moins solubles dans l’eau : l’hydrogène, l’azote et l’oxygène; l’hydrogène protocarboné, le bioxyde d’azote et l’oxyde de carbone. Ces six gaz, en outre, entrent, par eux-mêmes ou par leurs éléments, directement ou indirectement, dans la trame solide des tissus organisés, et dans les liquides qu’ils emprisonnent; comme si le procédé de la vie, cherchant l’obstacle, aimait à s’exercer sur des produits particulièrement rebelles à l’assimilation.
- L’air est donc formé de deux des éléments qui ont résisté à la liquéfaction, et à la solidification : l’oxygène et l’azote. Or, si les deux éléments de l’air étaient liquéfiables, ils seraient solubles, et l’eau des mers aurait dissous presque tout l’air qu’exige notre propre respiration. La vie des habitants de l’onde y aurait gagné, peut-être, mais celle des êtres qui peuplent la surface de la terre en serait devenue impossible, Mais rassurons-nous, l’air a été soumis par Faraday à la pression de cinquante atmosphères, c’est-à-dire à celle d’une colonne d’eau six ou sept fois égale à la hauteur du Panthéon, en même temps qu’il était refroidi à 110 degrés au-dessous de zéro; d’autres expérimentateurs ont doublé cette pression : jusqu’ici, personne n’a vu l’air liquéfié.
- En liquéfiant ou en solidifiant les gaz, Faraday a mis à la disposition des observateurs les a_gents propres à réaliser des températures excessivement basses. L’acide
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- carbonique neigeux, mouillé d’éther, forme un bain à 88 degrés au-dessous de zéro. Le protoxyde d’azote liquide se maintient à une température constante de 90 degrés au-dessous de zéro. Lorsqu’on active l’évaporation de ces substances, en les plaçant dans le vide, on obtient même un abaissement de température, qui peut atteindre 100 ou 110 degrés au-dessous da la glace fondante.
- Ces liquides ou ces solides ainsi refroidis cautérisent la peau comme un fer brûlant. Un métal froid qu’on y plonge produit le cri du fer rouge qu’on trempe dans l’eau. Une affusion d’eau froide les transforme, tout à coup, en gaz, tandis que l’eau se gèle elle-même avec une vive explosion.
- L’imagination du Dante ne s’est pas élevée au niveau de la réalité, et le grand poète de l’Italie aurait trouvé, comme on voit, près de nos laboratoires plus d’un trait digne de prendre place dans la description du neuvième cercle de l’enfer, à côté de l’épisode d’Ugolin et d’ajouter à son horreur. Il est vrai que pour un Florentin, accoutumé au plus doux climat, le séjour éternel dans un bain de glace ordinaire a pu paraître suffisant pour caractériser la plus dure des peines infligées aux réprouvés.
- Au premier abord, ce résultat secondaire de la liquéfaction des gaz semblerait d’un mince intérêt. Pourtant, il devient de grande conséquence, lorsqu’on réfléchit combien sont restreintes nos ressources pour réaliser de basses températures. S’agit-il de chauffer les corps, nous avons divers moyens d’atteindre 2 000 degrés au moins, c’est-à-dire de parcourir vingt fois le chemin qui sépare la glace fondante de l’eau bouillante. S’agit-il de les refroidir, nous ne dépassions pas naguère 50 degrés au-dessous de zéro ; c’est Faraday qui nous a donné le moyen de descendre un peu plus et d’aller au delà de 100 degrés.
- Qu!arriverait-il si nous pouvions atteindre 2 000 degrés au-dessous de zéro? Nous ne le savons pas. Remarquons seulement que, si en comprimant un gaz on le liquéfie, les pressions les plus extrêmes ne font guère passer un corps de l’état liquide à l’état solide, comme s’il appartenait surtout au froid de solidifier les corps et d’immobiliser, en apparence au moins,leurs molécules, si agitées dans les gaz, si mobiles dans les liquides. Nous avons donc encore beaucoup à apprendre sur les effets du froid, et découvrir une source intense de froid serait aussi profitable pour la science qu’il l’a été pour elle de posséder une source violente de chaleur.
- Au commencement du siècle, on croyait au froid absolu. On n’hésitait pas à dire que si les corps pouvaient être refroidis jusqu’à 267 degrés au-dessous de la glace fondante, passé ce terme, ils ne perdraient plus de chaleur.
- Comme la chaleur est un mouvement, tout mouvement cesserait donc à 267 degrés. Aucun des phénomènes actuels ne peut nous donner une idée de ce que deviendrait la matière, si elle cessait d’être soumise à l’action de la chaleur, qui en agite les dernières particules. Nous apprécions l’existence de la chaleur sans matière, dans le vide parfait. La matière, sans chaleur, nous est inconnue. Rien ne prouve que le zéro absolu existe et surtout que nous en ayons autant approché, et, les géomètres, quand
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- ils en supposent l’existence pour un gaz parfait et pour un état limite, savent du moins qu’ils font une hypothèse, et n’envisagent plus cette expression comme une réalité physique certaine.
- Enfin, on croyait que les gaz liquéfiés offriraient, en les exagérant, les propriétés chimiques qui les distinguent à l’état ordinaire ; les particules qui les constituent, après s’être rapprochées, devaient montrer une grande exaltation dans leurs affinités. Il n’en est rien. Les substances les plus inflammables, telles que le sodium, subissent sans brûler le contact des liquides les plus comburants, tels que le protoxyde d’azote. L’antimoine, métal qui prend feu vivement dans le chlore gazeux, reste intact et brillant dans le chlore liquéfié, avec lequel il ne se combine plus. On serait tenté de dire : C’est absurde ; mais c’est vrai î
- C’est ainsi que les découvertes de la science apprennent la circonspection, et c’est ainsi que ceux dont l’expérience est la plus étendue sont ceux qui savent le mieux dire avec sincérité et simplicité : Je ne sais pas. Faraday, qui professait que tout est possible, ne craignait pas, du reste, de soumettre à l’épreuve l’absurde lui-même. Seulement il savait voir ce qui s’était passé, et savoir voir est le premier secret des grands chimistes.
- Lorsque Faraday tentait, il y a quarante-cinq ans, l’épreuve qui amena la liquéfaction du chlore et qui devint l’occasion d’études et de découvertes de l’ordre le plus élevé, il en était à ses débuts. Davy jouissait de tous les honneurs. Personne ne comprit donc que l’illustre président de la Société royale de Londres crût nécessaire au soin de sa gloire de constater, dans une note expresse, qu’il avait conseillé lui-même, à son assistant, de soumettre à cet essai le composé de chlore et d’eau. Sans grandir le maître, qui ne pouvait plus monter, cette note semblait écrite pour amoindrir le disciple et pour le décourager.
- Je n’apprends rien à mes contemporains si j’ajoute que, après l’avoir accueilli dans le laboratoire de l’Institution royale, Davy reconnut trop tard le génie du jeune Faraday. Il n’eut pas pour lui les égards que tout homme voué au culte de la science doit accorder si volontiers à celui qui s’y distingue. Il se souvint trop que, dans les collèges anglais, les élèves jeunes, esclaves des anciens, leur doivent la plus dure obéissance et le service domestique. Reste de barbarie, qui ne trouve pas même son excuse dans le régime d’égalité, qui plie aux mêmes assujettissements les aînés des familles les plus puissantes et les cadets du pauvre gentilhomme.
- Mais, voyageant sur le continent, pendant la guerre, admis à parcourir, par une faveur unique et spéciale de Napoléon Ier, la France et l’Italie, Davy, objet de l’attention et de la curiosité générales, fut jugé plus sévèrement qu’à Londres. Son aide de laboratoire, longtemps avant d’avoir conquis sa grande célébrité pas ses travaux, s’était fait, par sa modestie, sa douceur et son intelligence, les amis les plus dévoués à Paris, à Genève, à Montpellier. Parmi eux il faut citer au premier rang M. de la Rive, chimiste distingué, père du physicien illustre, que nous comptons parmi nos asso-
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- ciés étrangers. Les bontés dont il entoura ma propre jeunesse n’ont pas peu contribué à nous unir, Faraday et moi. Il nous plaisait de nous rappeler que nous nous étions connus sous les auspices de ce savant affectueux et serviable, dont l’exemple disait si bien que ce n’est pas la science qui dessèche le cœur. A Montpellier, au foyer hospitalier de Bérard, l’associé de Chaptal, père du doyen de nos correspondants, Faraday a laissé des souvenirs également pleins d’une sympathie toujours vivante, que son maître n’avait pas su s’y concilier. On admirait Davy, on aimait Faraday.
- Faraday n’oublia jamais ce qu’il devait à Davy. Me trouvant chez lui, au déjeuner de famille, vingt ans après la mort de ce dernier, il remarqua sans doute que je répondais froidement à quelques éloges que le souvenir des grandes découvertes de Davy venait de provoquer de sa part. Il n’insista point. Mais, après le repas, il me fit descendre sans affectation à la bibliothèque de l’Institution royale et m’arrêtant devant le portrait de Davy : « C’était un grand homme, n’est-ce pas? » me dit-il, et, se retournant, il ajouta : « C’est là qu’il m’a parlé pour la première fois. » Je m’incline, nous descendons au laboratoire, Faraday prend un registre, l’ouvre et désigne du doigt les mots inscrits par Davy, au moment précis où, sous l’influence de la pile, il venait de décomposer la potasse et de voir apparaître le premier globule de potassium que la main de l’homme ait isolé. Autour des signes techniques qui formulent sa découverte, Davy a tracé d’une main fiévreuse un cercle qui les détache du reste de la page; les mots capital experiment, qu’il a écrits au-dessous, ne peuvent être lus sans émotion par aucun vrai chimiste. Je m’avouai vaincu, et je me mis pour cette fois, sans plus hésiter, à l’unisson de l’admiration de mon excellent ami.
- Faraday, comme on le voit, se souvenait des leçons de Davy; il gardait la mémoire de ses grandes découvertes ; il lui pardonnait son orgueil.
- Nous ne sommes pas tenus à la même vertu. A Davy, convaincu que la science ne suffisait pas pour rapprocher les distances, j’aime à opposer Cuvier, grand comme lui par son génie, ennobli comme lui par son prince, et entouré par l’universel respect de tous les prestiges.
- Cuvier traitait tous les savants comme des égaux ; il voulait être traité par eux de la même manière. Je le vois encore, discutant avec un jeune naturaliste un point d’anatomie, et soutenant son avis sans prétention, tandis que son interlocuteur, à chaque phrase, répétait : Monsieur le baron, monsieur le baron ! — « Il n’y a pas de baron ici, » lui dit doucement Cuvier, « il y a deux savants cherchant la vérité et ne s’inclinant que devant elle. »
- Qu’un apprenti qui a souffert devienne un maître exigeant et dur, ce n’est pas chose rare. Faraday avait le cœur trop noble pour prendre, dans les jours de sa prospérité, cette revanche contre les premières rigueurs de la vie.
- Il avait un assistant aussi, Anderson, le fidèle Anderson, tellement identifié avec son maître, qu’on aurait dit deux hommes mus par une seule volonté, agissant d’ac-
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- cord sans s’être concertés et n’ayant plus besoin de parler pour se comprendre. Pour Anderson, ébloui de ses découvertes et reconnaissant de sa cordialité, Faraday n’était plus un homme, n’était plus un professeur, c’était Faraday, l’astre de l’Angleterre, dont il était heureux et fier de rester toujours l’humble satellite.
- Faraday avait donné sa mesure par ses belles et difficiles recherches sur la liquéfaction des gaz ; bientôt il fut entraîné dans le mouvement qui se produisait vers l’étude de l’électricité, par suite de la célèbre découverte d’OErstedt et des grands travaux d’Ampère.
- Ce moment est plein d’intérêt pour l’histoire de la science ; il fait époque dans les souvenirs des anciens membres de cette Académie ; car il marque la fin d’une grande école et l’apparition d’une ère nouvelle. Le succès avec lequel les phénomènes célestes avaient été soumis au calcul avait fait illusion; les géomètres avaient cru pouvoir saisir avec la même autorité et faire rentrer dans leur domaine la physique tout entière, en attendant que la chimie et les sciences naturelles eussent leur tour. La chaleur, la lumière, l’électricité, le magnétisme, considérés comme autant de matières inpondérables distinctes; les propriétés des corps pesants, tout était rangé sous des lois énoncées avec une autorité mathématique si ferme, qu’on se sentait découragé de rien entreprendre, comme si la science eût prononcé son dernier mot. Ce but, qu’ils croyaient avoir touché, s’est éloigné, cependant, à mesure que nous avancions; aujourd’hui nous ne l’apercevons même plus, et tout le monde convient que l’expérience sera, longtemps encore, le guide le plus sûr et la méthode la plus féconde.
- Les découvertes d’OErstedt et d’Ampère, montrant que le magnétisme et l’électricité se transforment l’un en l’autre, comme deux modifications d’un même mode de mouvement; celles de Fresnel, établissant que la lumière est un mouvement aussi, et non une émission matérielle, comme le pensait Newton et comme le professaient ses interprètes, furent au sein de notre Académie l’occasion de débats qui émurent l’Europe. Faraday prit parti pour la nouvelle école, et il en est devenu l’un des plus brillants fondateurs par ses admirables travaux.
- Pour les faire connaître, il faudrait écrire un traité complet d’électricité. Il n’est pas un seul point de cette branche de la science que Faraday n’ait sondé, perfectionné ou transformé. Il en est beaucoup qu’il a créés et qui lui appartiennent sans contestation.
- Je ne puis donc le suivre dans cette immense suite de recherches auxquelles il a consacré vingt-cinq années d’un travail assidu. Je choisis parmi ses découvertes, et, sans m’astreindre à l’ordre chronologique, je les consigne ici dans l’ordre naturel.
- Vers 1789, Galvani, professeur de physique à Bologne, poursuivant, comme on sait, des expériences relatives à l’action de l’électricité sur les animaux, disposait pour ces essais des cuisses de grenouilles suspendues à un crochet de cuivre, qui fut
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- employé fortuitement à les suspendre à un balcon de fer. Le contact du fer et du cuivre déterminait des convulsions vives et répétées dans les membres de la grenouille, qu’on voyait rebondir dès que leur poids les ramenait au contact du fer. Galvani reconnut que les convulsions se produisent toujours, lorsqu’on établit une communication métallique entre les nerfs et les muscles de la grenouille.
- Yolta, s’emparant vivement du sujet, fit voir qu’autant les convulsions sont incertaines, peu intenses et fugitives, lorsqu’on emploie un seul métal pour mettre les nerfs et les muscles en rapport, autant elles sont promptes, vives et persistantes lorsque l’arc métallique est formé de deux métaux différents.
- Galvani considéra ces phénomènes comme étant dus à une électricité animale dont les muscles et les nerfs étaient le siège, et à laquelle l’arc métallique livrait passage. Yolta les attribua, de son côté, à une électricité physique qui prenait naissance au contact de deux métaux différents, quels qu’ils fussent. L’Europe savante fut longtemps indécise.
- Le temps a démontré qu’ils avaient tous deux raison; les muscles produisent, jusqu’à extinction complète de leur excitabilité, une quantité d’électricité dont l’appréciation et la mesure ne sont plus l’objet d’un doute. D’autre part, deux métaux plongés, par un bout, dans une eau acide ou saline et mis en contact par leurs surfaces libres excitent un mouvement électrique considérable.
- Tout le monde sait que la pile de Yolta, découverte sur ces entrefaites, fut d’abord formée de disques de cuivre, de zinc et de drap mouillé, rangés dans cet ordre en grand nombre, comme une colonne ou pile de monnaie, et que les deux électricités de. nom contraire s’observent, condensées aux deux bouts ou pôles de la pile. Qu’on ait augmenté tantôt la surface, tantôt le nombre des plaques de métal, et qu’on se soit servi de liqueurs acides ou salines plus excitatrices que l’eau, peu importe. Mais, réunit-on les deux pôles de la pile avec un fil métallique, celui-ci s’échauffe, rougit, brûle ou fond ; il attire la limaille de fer et dévie la boussole, se comportant à la fois comme un émissaire de chaleur et de magnétisme. Si l’on coupe le fil de métal et qu’on en rapproche les extrémités sans les joindre, un composé, placé dans l’intervalle libre, est presque toujours ramené à ses éléments, et tout être vivant, mis en communication avec eux, est frappé de convulsions.
- Il est intéressant de se reporter aux souvenirs d’une époque où les professeurs de physique exposaient, à leur auditoire étonné, la théorie mystérieuse de la pile voltaïque; le simple contact de deuxmétaux, qui ne perdaient ni ne gagnaient rien, disaient-ils, faisait néanmoins sortir de cet appareil magique des effluves capables de rivaliser avec l’éclat du soleil, pour la lumière; avec les combustibles les plus énergiques, pour la chaleur ; avec les affinités les plus puissantes, pour les décompositions chimiques ; propres même à faire reparaître, pour quelques instants, le mécanisme de la vie dans un cadavre inanimé.
- Toutes ces énergies seraient nées de rien ! Mais, l’homme tirait donc du néant la
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- lumière, la chaleur, le magnétisme, la puissance mécanique, les forces chimiques et sinon la vie elle-même, du moins une image assez fidèle de la vie, pour autoriser les rêves les plus audacieux. Dans les confidences du laboratoire, dans ces causeries intimes, où de tout temps les illusions ont trouvé place à côté des vérités, les uns se demandaient alors, si l’homme n’était pas armé d’un instrument qui allait lui assurer une jeunesse éternelle ; les autres, s’il n’avait pas retrouvé ce feu du ciel, au moyen duquel l’argile allait s’animer sous la main d’un nouveau Prométhée.
- Une science vraie a soufflé sur les bulles de savon de cette science fausse, et elles se sont dissipées. Un de nos plus éminents confrères, M. Becquerel l’ancien, qui semblerait avoir trouvé, au moins pour lui-même, dans l’étude persévérante de l’électricité, le secret de garder à l’abri des atteintes de l’âge la santé du corps et la vigueur de l’esprit, a frappé les premiers coups sérieux sur cette théorie mystique du contact. Il appartenait à Faraday de lui porter les derniers.
- Au moyen d’une suite d’expériences dirigées avec une profonde connaissance des règles de la chimie la plus sûre, Faraday a mis au rang des vérités les mieux démontrées les principes suivants :
- Toute action chimique est accompagnée d’une dégagement d’électricité ; le courant électrique naît dès que l’action chimique commence, et il cesse dès qu’elle s’achève; il s’affaiblit ou s’exalte, selon qu’elle augmente ou qu’elle diminue; sa direction change, si le sens de l’action chimique est lui-même renversé.
- Enfin, le seul contact de deux métaux, quels qu’ils soient, ne développe jamais d’électricité, en quantité suffisante pour en faire une source utile, si tant est qu’il en produise quelques traces, comme le pensent certains physiciens, qui, du reste, ne veulent plus qu’elle y naisse de rien, tant faible soit-elle.
- Si la source de la force de la machine à vapeur est dans la houille que son foyer brûle, la source de la force de la pile de Yolta provient donc du zinc que brûlent les acides dans chacun de ses couples.
- L’expérience primitive de Galvani s’explique, à son tour, lorsque l’on reconnaît que la source de la force qui agite les membres de la grenouille réside dans les matières combustibles contenues dans leurs muscles et qui y sont brûlées par l’oxygène de leur sang.
- Il n’y a donc ni électricité de contact vraiment pratique, ni électricité animale ; les deux faits découverts et analysés par les savants italiens étaient des cas particuliers d’une loi générale : toute combustion ou plutôt toute action chimique, qu’elle s’opère dans les corps bruts ou dans les organes d’un être vivant, développe de l’électricité.
- Non-seulement Faraday a reconnu et mis en évidence l’origine certaine de la force électro-motrice de la pile, mais il a découvert la loi suivant laquelle s’opèrent les décompositions chimiques qu’elle produit.
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- Personne n’ignore qu’il existe des procédés au moyen' desquels M. Jacobi est parvenu à forcer le cuivre dissous dans les acides à reprendre sa nature métallique, à se déposer dans des moules, à y revêtir les formes délicates et correctes de la statuaire et de l’ornementation. Personne n’ignore que MM. Elkington et de Ruolz ont créé une industrie nouvelle, en dirigeant sur des objets en cuivre, en laiton, en bronze ou autres alliages vulgaires, des métaux précieux, tels que l’or et l’argent, qui s’y appliquent étroitement, les enveloppent et les protègent contre les altérations extérieures.
- C’est la pile de Yolta qui opère ces miracles de l’industrie moderne. Avec elle, dans l’art de mouler les métaux, les dissolvants aqueux jouent le rôle qui appartenait jadis à la fusion ignée ; Neptune a détrôné Vulcain.
- Mais, combien faut-il dépenser d’électricité pour forcer le dépôt d’un kilogramme de cuivre dans la galvanoplastie, d’un kilogramme d’or ou d’argent dans la dorure ou l’argenture électriques? Gomment apprécier, comment peser cette électricité?
- D’une manière absolue, il n’y faut pas songer. L’homme ne connaît que des rapports ; il ne lui est permis de rien affirmer d’une manière absolue, dès qu’il s’agit-de la science de la nature.
- Toute mesure s’effectue par comparaison : un corps pesant, par son équilibre avec un autre corps pesant; un corps chaud ou froid est comparé à l’eau qui bout, à la glace qui fond, au mercure qui gèle; la force, à une résistance; le temps se mesure à la marche ou au retour des astres.
- La quantité d’électricité nécessaire pour dégager un corps des liens d’une combinaison ne peut se mesurer, de même, qu’en prenant un autre corps pour terme de comparaison.
- Faraday a choisi pour étalon, dans son voltamètre, la force décomposante de l’électricité appliquée à l’eau commune. La quantité d’électricité capable de décomposer 9 kilogrammes d’eau et d’en séparer ainsi 1 kilogramme d’hydrogène sépare de leurs oxydes respectifs 32 kilogrammes de cuivre, 59 kilogrammes d’étain, 104 kilogrammes de plomb, 108 kilogrammes d’argent, etc., c’est-à-dire une molécule chimique de chacun de ces corps.
- Cette belle relation, découverte par Faraday, développée par notre savant confrère M. Edmond Becquerel et par M. Matteucci, prouve donc que, pour des combinaisons de même ordre, une molécule exige, quel que soit son poids, la même quantité d’électricité pour sa libération : 1 seul kilogramme d’hydrogène en consomme autant que 108 kilogrammes d’argent.
- Faraday, complétant sa pensée, prouve de plus que l’électricité mise en mouvement par une molécule de zinc, consommée dans la pile pendant sa conversion en oxyde de zinc, représente celle qu’une molécule de tout autre métal ou une molécule d’hydrogène exigeraient pour leur libération, s’il s’agissait de les séparer de leurs oxydes. La réaction est égale à l’action, axiome que Faraday a mis plus que personne souvent à profit.
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- Dieu a tout fait avec nombre, mesure et poids. Ces paroles du livre de la Sagesse datent de deux mille ans, et les chimistes y trouvent toujours l’expression fidèle des harmonies observées de nos jours, dans le nombre des particules qui composent les corps, dans leur volume et dans leur poids.
- Faraday ajoute quelque chose de nouveau à la formule antique ; il nous apprend que toutes les molécules du même ordre ont besoin, quels que soient leur nature, leur forme, leur poids et leurs qualités spécifiques, qu’on emploie la même quantité de force pour river ou pour briser les chaînes qui les fixent dans les liens d’un composé.
- Ces lois rendent à la fois l’étude de la science de l’électricité attrayante et ses applications faciles. Elles ont le double mérite de saisir vivement, par leur clarté, l’esprit des élèves sur les bancs de l’école, et de fournir au praticien, dans les ateliers, la mesure des forces qu’il emploie.
- Nous allons pénétrer maintenant dans le cercle des travaux que Faraday a consacrés à l’électricité induite. Partout il serait juste, à la place où j’ai l’honneur de parler il est de mon devoir, d’y entrer par un hommage rendu à l’une des plus belles découvertes d’Arago.
- Ceux qui n’ont jamais assisté à ce travail de l’esprit qui précède une invention, ignorent combien d’insomnies ont payé cet éclair qui dissipe le nuage. Il me semble encore voir Arago, occupé d’une belle boussole qu’il avait demandée à Gambey, en surveillant la construction, annonçant son installation, point de départ d’une série nouvelle d’observations magnétiques. Toutes les précautions avaient été prises : la monture, en cuivre rouge absolument exempt de fer, était assez massive pour assurer la parfaite stabilité de l’appareil. A peine Arago avait-il reçu cet instrument si désiré, que, en sortant de sa leçon à l’École polytechnique, il entrait dans mon laboratoire, voisin de son amphithéâtre. « La chimie, me dit-il brusquement, ne peut donc pas reconnaître la présence du fer dans un barreau de cuivre rouge ? — Comment ! rien n’est plus facile. — Eh bien, l’aiguille aimantée découvre du fer que la chimie ne voit pas. » Je le suivis à l’Observatoire. Berthier avait analysé le cuivre employé par Gambey; il n’y avait pas trouvé de fer. Cependant, son aiguille aimantée, délicatement suspendue et du meilleur travail, étant écartée du repos, au lieu d’y revenir lentement, par deux ou trois cents oscillations, de moins en moins étendues, se bornait à accomplir, et comme à regret, trois ou quatre oscillations brèves, pour s’arrêter subitement. On eût dit qu’elle trouvait, dans l’air, épaissi sur son chemin, une résistance invincible.
- Arago me remit quelques échantillons du cuivre qui avait été employé pour la monture, et je constatai facilement, comme l’avait fait Berthier, qu’il était absolument exempt de fer.
- Pendant quelque temps, Arago mettait volontiers en parallèle cette impuissance
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- de la chimie et cette sensibilité surprenante de l’aiguille aimantée ; il en vint à conclure, cependant, qu’une masse de cuivre ou de toute autre matière non magnétique, placée auprès d’une aiguille aimantée, ralentit ou arrête son mouvement. L’expérience lui ayant donné raison, il pensa qu’une semblable masse en mouvement pourrait entraîner, à son tour, une aiguille aimantée au repos placée dans son voisinage, et il nous rendit témoins de cette étonnante action.
- Le magnétisme de rotation ou le magnétisme en mouvement était découvert ; il restait à l’expliquer. Arago ne l’essaya point. Il écouta d’une oreille distraite toutes les hypothèses auxquelles sa célèbre expérience donnait lieu, et au moment où Faraday donnait, dans un de ses meilleurs mémoires, une théorie du magnétisme de rotation qui contenta les physiciens, Arago n’en fut pas complètement satisfait.
- Arago constatait, en effet, que tous les corps sans exception, magnétiques ou non, conducteurs de l’électricité ou isolants, placés au voisinage d’une aiguille aimantée, en ralentissaient les oscillations. Les corps non conducteurs jouissant eux-mêmes de cette propriété, il en concluait que ses expériences ne pouvaient pas s’expliquer, comme Faraday l’avait supposé, par des courants fugitifs, suscités par l’aiguille elle-même, dans les corps en mouvement placés auprès d’elle. Faraday devait plus tard compléter son explication par la double découverte de l’induction et du diamagnétisme, en précisant les effets du magnétisme en mouvement et en montrant que tous les corps de la nature sont impressionnés par les effluves magnétiques.
- Personne n’ignore aujourd’hui que la science et l’industrie utilisent trois sources d’électricité : celle qui se développe dans les anciennes machines à plateaux de verre ; celle qui provient de la pile de Yolta; celle que produisent les machines fondées sur l’induction.
- Les anciennes machines électriques fournissent une électricité peu abondante; mais le ressort en est tellement tendu, qu’au moment où elle abandonne les corps qui la supportent, pour se précipiter dans le sein de la terre, elle brise tout ce qui s’oppose à son passage.
- La pile de Yolta fournit une électricité abondante, mais le ressort en est si faible qu’elle agit sur les corps, comme en passant d’une molécule à l’autre. Elle franchit difficilement de grandes distances à travers l’air.
- L’électricité des machines de verre et celle des nuées agissent par leur tension, celle de la pile par sa quantité.
- Il appartenait à Faraday de découvrir la troisième espèce d’électricité, celle dans laquelle les qualités des deux précédentes se trouvent réunies ; car, comme la première, elle lance de longues et foudroyantes étincelles ; comme la seconde, elle pénètre dans l’intérieur des corps pour les échauffer, les fondre, les décomposer.
- Sans chercher comment l’électricité naît du frottement d’un plateau de verre ou delà dissolution d’un métal, nous voyons clairement qu’au moment où, dans ces deux
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- cas, les phénomènes électriques apparaissent, ils n’avaient été précédés d’aucune manifestation d’électricité.
- Il n’en est pas ainsi de l’électricité induite. Curieux phénomène! Comme son nom l’indique, elle est suggérée par une autre. Un mouvement électrique apparatt-il dans une matière, on le voit se réfléchir dans la matière voisine. Il s’y réfléchit même, comme dans une glace, ce qui est à droite dans l’original se trouvant porté à gauche dans sa copie ou son image.
- Si l’on dirige à travers un fil de cuivre un courant continu d’électricité et qu’on place un autre fil de cuivre parallèlement au premier, mais sans communication ni avec lui ni avec la source d’électricité, ce dernier n’offrira rien de particulier. Mais qu’on rompe ou qu’on rétablisse la circulation de l’électricité dans le premier fil, à chaque rupture et à chaque restitution du courant direct, le second deviendra capable d’agir lui-même sur l’aiguille aimantée, signe visible de la production d’un courant indirect qui s’y manifeste.
- Un courant direct, qui commence, développe dans le fil influencé un courant de sens inverse; un courant direct, qui finit, y développe, au contraire, un courant secondaire du même sens. Quand le premier avance, le second recule; quand le premier recule, le second avance.
- Qu’on approche ou qu’on éloigne le pôle d’un aimant d’un fil de cuivre, et l’on suscite les mêmes mouvements électriques : c’est ainsi que Faraday, complétant la pensée d’Ampère, nous a appris à transformer le magnétisme en électricité, dans une suite d’expériences qui ont mis plus vivement en lumière l’identité de ces deux forces.
- Il a été plus loin, et considérant, avec Ampère encore, la terre comme un grand aimant, il s’en est servi pour exciter des courants électriques d’induction dans des fils de cuivre convenablement disposés pour les mettre en évidence.
- Les aimants, le globe terrestre deviennent donc à volonté des sources d’électricité.
- Tous les traités de physique apprennent aux étudiants de nos lycées et de nos collèges comment Faraday a soumis l’électricité d’induction à une analyse expérimentale pleine de bon sens, de simplicité, de sûreté et de profondeur ; comment on est parvenu à rendre excessivement rapides cette rupture et cette restitution du courant, à ramener dans le même sens des actions qui se produisent en sens opposés; enfin, comment le courant secondaire ou induit se trouve renforcé, si l’on contourne les deux fils en spirales qui s’enveloppent et si l’on place un cylindre de fer doux, ou mieux un faisceau de fil de fer, dans la spirale intérieure.
- Pour comprendre toute l’importance pratique de la découverte de Faraday, considérée comme source d’une nouvelle manifestation des phénomènes électriques et comme agent puissant mis aux mains de la science et de l’industrie, il suffit de rappeler que c’est elle qui a donné naissance aux machines de Pixii, de Clarke et de
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- Ruhmkorff, dont les étincelles, éclatant en longs jets de feu, forment traits de Jupiter et sont capables de percer des masses de verre de 0m,10 d’épaisseur.
- N’est-il pas digne de remarque que chacune des trois formes sous lesquelles l’électricité s’est manifestée à l’attention dans les premiers essais dont elle a été l’objet fût si loin de promettre ce qu’elle a tenu?
- Ce morceau d’ambre jaune qui, frotté d’un drap sec, attire la poussière ou la paille légère, n’a-t-il pas créé ces grandes machines ou batteries électriques, capables de foudroyer l’opérateur imprudent et donné à Franklin le moyen d’expliquer le tonnerre ou même d’arracher la foudre aux cieux ?
- Sulzer nous apprend que deux pièces d’argent et de cuivre, placées l’une au-dessous, l’autre au-dessus de la langue et rapprochées jusques au contact, déterminent une sensation singulière. Yolta n’y trouve-t-il pas le principe de la pile? Ne découvre-t-il pas, ainsi, cette force nouvelle, qui décompose tous les corps, isole le potassium, produit une lumière comparable à celle du soleil, une chaleur qu’aucun foyer ne surpasse, et une action physiologique qu’aucun être vivant ne peut supporter? Que nous sommes loin de l’insignifiante expérience de Sulzer ! Cette force simule maintenant toutes les actions matérielles de la vie chez un animal récemment tué, fait revivre l’expression de toutes les passions sur la face d’un décapité, rétablit le jeu delà respiration dans la poitrine de son cadavre mutilé, donne à ses bras des mouvements athlétiques, et, si ses mains trouvent un point d’appui, le relève debout et frémissant sur ses pieds agités de convulsions désordonnées.
- L’électricité d’induction elle-même, dont l’origine est si humble qu’elle en est insaisissable, n’a-t-elle pas fourni le principe des appareils formidables qui ont fait sauter les estacades du Peïho, ouvrant ainsi la route de Pékin à notre armée; n’a-t-elle pas donné la plupart des appareils dépassant par leurs résultats tous les prodiges prévus par les imaginations es plus hardies, que la télégraphie électrique emploie?
- J’ai toujours trouvé que cette légende de la pomme qui tombe et qui révèle en tombant le principe de l’attraction universelle à Newton était l’expression populaire d’une vérité philosophique. Les grands phénomènes éblouissent plus qu’ils n’éclairent.
- Dès les premiers âges de l’humanité, le feu a été connu ; il y a plus de trois mille ans que la forge ramollit le fer, et que ce métal éclate en vives étincelles; l’incendie a dévoré des forêts, des villes entières. Eh bien ! ces brillantes combustions ont-elles enseigné à l’homme comment les combustibles brûlent? non ! C’est au mercure, à ce métal qui brûle sans lumière, sans chaleur, qui exige de longs jours pour réaliser paisiblement des effets que le charbon ou le fer produisent avec éclat en quelques secondes, qu’il était réservé de fournir le principe de la vraie doctrine de la combustion, dont la démonstration donnée par Lavoisier a produit dans le monde des sciences et dans celui des arts industriels la plus grande révolution.
- On raconte qu’Empédocle se serait précipité dans le cratère de l’Etna, désespérant d’en expliquer la puissance. Davy, Gay-Lussacet Humboldt ont exploré le Vésuve
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- en pleine éruption. Eh bien! ne sommes-nous pas plus près de comprendre ces émotions de l’écorce du globe depuis que, mieux inspirés, deux de nos confrères, MM. Boussingault et Charles Sainte-Claire-Deville, l’un en Amérique, l’autre en Europe, ont étudié surtout les manifestations obscures qui précèdent, qui accompagnent et qui suivent les éruptions volcaniques?
- Les aurores boréales n’ont-elles pas excité de leur côté l’enthousiasme des voyageurs et celui des poètes ? Combien de savants éminents se sont approchés du pôle pour en pénétrer les causes mystérieuses? Ne faut-il pas réserver cependant pour Arago l’honneur d’en avoir découvert la nature électro-magnétique, lui qui n’avait, pour se guider, que leurs effets les plus lointains, invisibles à l’œil et susceptibles d’agir seulement sur les aiguilles aimantées de l’observatoire de Paris? N’était-il pas parvenu à reconnaître, à heure fixe, l’apparition d’une aurore boréale, à constater sa durée et son intensité, sans sortir de son cabinet, alors que le ciel de Paris était privé de toute apparence d’illumination, et que les lueurs de l’aurore ne s’étaient manifestées qu’à des centaines de lieues de notre horizon? Les observateurs, voisins du pôle, voyaient le phénomène sans le comprendre; Arago le comprenait, même sans le voir.
- Ce qui fait marcher les sciences, c’est, le plus souvent, un détail presque insensible, observé avec des instruments délicats, mesuré avec précision, contrôlé et poursuivi dans ses conséquences avec une logique patiente. Ceux qui croient que dans l’étude delà nature les grandes choses naissent des grandes occasions se trompent. Le germe d’une idée, comme celui des êtres vivants, reste invisible jusqu’à ce qu’il trouve son terrain et débute comme eux, faible, débile et caché.
- L’électricité d’induction est seule capable de produire, dans l’air raréfié ou dans les vapeurs à faible tension, ces lueurs stratifiées et colorées qui amusent déjà nos jeunes enfants et qui étonnent encore le physicien. C’est à elle qu’on a recours pour enflammer ces mines formidables qui brisent des montagnes, ces torpilles sous-marines qui foudroient les navires de guerre et qui entourent les ports d’une barrière infranchissable. C’est son action que l’art de guérir met à profit et qu’elle distingue, sous le nom de faradisation, des procédés d’électrisation anciens, toujours rebelles à cette graduation, à l’infini, à laquelle les appareils d’induction se prêtent, et qui permet de passer instantanément des attouchements électriques les plus délicats aux secousses les plus énergiques et à la cautérisation.
- Les machines électro-motrices fondées sur l’induction, dans lesquelles de puissants aimants excitent dans les spirales de fil de cuivre, mises en leur présence, des courants électriques qu’on recueille et qu’on utilise, ont trouvé deux intéressantes applications. Dans les ateliers de dorure et d’argenture, le courant qu’elles produisent détermine le dépôt du métal. Au cap la Hève, l’Administration des phares les emploie avec une grande économie, pour déterminer l’incandescence des charbons qui remplacent avec un si grand éclat les anciennes lampes à huile.
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- Faraday a donc découvert, et ses successeurs, en s’appuyant sur ses propres idées, ont rendu pratique, l’art de convertir la force mécanique en électricité, car la „ seule dépense d’une machine magnéto-électrique consiste en houille, destinée à produire la vapeur dont la puissance rapproche ou éloigne les spirales de cuivre des pôles des aimants, devenus ainsi la source généreuse de la force électrique utilisée.
- Tout le monde sait combien ont été, jusqu’ici, nombreuses et vaines les tentatives au moyen desquelles on a cherché à convertir l’électricité en force mécanique. En principe, rien n’est plus facile; en pratique, rien n’est moins applicable. La force mécanique est à bas prix ; l’électricité est chère. Il est donc aussi naturel d’employer la force mécanique pour produire de l’électricité, qu’il l’est peu de tenter l’emploi de l’électricité, comme moteur. S’il m’était permis de faire une comparaison, je dirais que dans l’état de la science il est aussi peu logique de chercher à convertir l’électricité en force mécanique, qu’il le serait de chercher à convertir le diamant en charbon. Mieux vaut faire l’inverse.
- Sir Robert Peel, frappé des grands services que Faraday venait de rendre par ces mémorables découvertes sur la théorie de la pile, sur l’induction, sur la liquéfaction des gaz, avait songé à lui offrir une pension, mais il quitta le ministère sans avoir accompli ce projet. Lord Melbourne, son successeur, voulant le réaliser, désira naturellement voir notre illustre confrère, qu’il ne connaissait point. Au lieu de remercîments auxquels il s’attendait, le ministre étonné se trouva en présence de scrupules imprévus. Faraday se demandait s’il n’était plus assez jeune pour gagner sa vie ; s’il avait le droit de recevoir du pays une somme qui ne correspondait à aucune occupation définie. Quelques paroles d’impatience échappées à Lord Melbourne déterminèrent Faraday, se repliant dans sa dignité blessée, à refuser la pension qui lui était offerte, et l’homme d’État, qui d’abord avait ri de ce rare incident, comprit, mieux informé, qu’il n’en fallait pas rire et qu’il s’était mépris. Il fit négocier auprès du savant, pour qu’il revînt sur sa détermination. Gomment le pourrais-je? répondait Faraday ; il faudrait que le ministre m’écrivît une lettre d’excuses ! Ai-je le droit ou même la pensée d’exiger de lui rien de pareil? Mais, les excuses lui arrivèrent, franchement et simplement exprimées, il ne resta rien de cette affaire, sinon que le premier ministre et le philosophe en avaient appris à se connaître et à s’estimer.
- Qui n’a été, dans son enfance, un peu ému des récits dont les poissons électriques sont l’objet? Mais, assurément, le plus extraordinaire d’entre eux est ce gymnote, auquel Humboldt consacre le plus dramatique de ses tableaux.
- « La pêche des gymnotes avec des filets est très-difficile, dit-il, ces agiles poissons, au « moindre bruit, s’enfonçant dans la vase; les Indiens, à notre surprise extrême, an-« noncent qu’ils vont les pêcher avec des chevaux. Ils en amènent, en effet, une « trentaine, qu’on force d’entrer dans la mare où se trouvent les gymnotes. Le bruit « causé par le piétinement des chevaux fait sortir les poissons de la vase et les excite au
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- « combat. Ces anguilles jaunâtres et livides, longues de cinq pieds, semblables à de grands « serpents aquatiques, nagent à la surface de l’eau et se pressent sous le ventre des « chevaux. Une lutte s’engage, animée par les cris sauvages des Indiens. Les an-« guilles, étourdies du bruit, se défendent par la décharge réitérée de leurs batteries « électriques. Plusieurs chevaux succombent sous la violence des coups; étourdis « par la force et la fréquence des commotions, ils disparaissent sous l’eau. D’autres, « haletants, la crinière hérissée, les yeux hagards et exprimant l’angoisse, se relèvent « et cherchent à fuir l’orage. On les voit gagner la rive, broncher à chaque pas et « tomber sur le sable.
- « En moins de ciuq minutes, deux chevaux étaient noyés. Mais, bientôt, les gym-« notes fatigués se dispersent, se rapprochent du bord et se laissent harponner sans « résistance et sans inconvénient pour le pêcheur, pourvu que la corde qui porte « le harpon soit sèche. »
- L’Institution polytechnique de Londres ayant fait venir d’Amérique un gymnote électrique pour attirer les visiteurs dans ses galeries, ses administrateurs eurent le bon goût de mettre cet animal rare et curieux, le seul que l’Europe eût possédé, à l’entière disposition de Faraday. Il n’en abusa point. A force de patience, il parvint à obtenir de lui tout ce que la science pouvait en réclamer, sans compromettre un seul instant sa vie par des essais irréfléchis.
- Ce gymnote était aveugle. Il tournait autour de son baquet d’un mouvement lent, régulier, continu, machinal et comme indifférent. Quelle vigilance, cependant, et quelle adresse! Si on laissait tomber un poisson vivant au centre même du baquet, le plus loin possible de la grosse anguille, à peine avait-il touché, la surface de l’eau qu’il était foudroyé et qu’on le voyait flotter immobile, sur le dos. Le gymnote, cependant, suspendant sa promenade circulaire, se rapprochait du lieu de la scène, ouvrait la bouche, et par un mouvement d’aspiration énergique déterminait un courant qui amenait jusqu’à lui sa proie qu’il n’apercevait pas, et qui, se présentant par la tête, était avalée comme un bol. Il reprenait de suite sa promenade interrompue.
- Quand on a manié les torpilles de nos côtes, on s’étonne de la peur qu’elles inspirent aux pêcheurs et des contes ridicules dont elles sont l’objet. Quand on avait reçu la secousse de ce vieil aveugle, on n’était plus tenté de taxer d’exagération le tableau tracé par Humboldt.
- Faraday obtient de l’animal mis à sa disposition une nouvelle démonstration de l’identité des effets produits par son appareil organique et de ceux que l’électricité provoque. Le fluide du gymnote lui fournit des étincelles, des effets magnétiques, des actions chimiques; en un mot, tout le cortège ordinaire des phénomènes produits par l’électricité, ainsi que la torpille l’avait fait entre les mains de M. Matteucci et des savants italiens.
- Mais on n’en était plus au temps où les études de l’électricité animale jetaient le trouble dans les esprits et provoquaient des espérances sans bornes.
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- Faraday me disait à ce sujet : « Puisque les êtres vivants produisent de la chaleur et une chaleur identique assurément avec celle de nos foyers, pourquoi ne produiraient-ils pas aussi de l’électricité et une électricité identique également avec celle de nos machines? Mais, si la chaleur produite pendant la vie, nécessaire à la vie n’est cependant pas la vie, pourquoi l’électricité elle-même serait-elle la vie? Comme la chaleur, comme l’action chimique, l’électricité est un instrument de la vie et rien de plus. »
- J’aime à rapprocher ces souvenirs de ceux que Faraday lui-même consignait, peu de temps après, dans les notes recueillies pendant un voyage qu’il fit en Suisse avec son beau-frère, M. Barnard, pour rétablir sa santé fortement ébranlée. On appréciera comment ses conceptions scientifiques les plus hardies, s’arrêtant au point où. l’impuissance de l’homme se révèle, se conciliaient sans effort avec les convictions religieuses les plus profondes, et comment les raisonnements calmes et froids du savant n’étouffaient jamais en lui les dons d’une imagination heureuse.
- Établi à Interlaken, il se rendait volontiers à la chute du Giessbach, sur le lac de Brientz. « Aujourd’hui, dit-il dans une des pages de son journal, toutes les chutes « écumaient, le courant d’air qu’elles produisaient en défendait les approches; le « soleil brillait derrière nous. Au milieu de la poussière d’eau soulevée de toutes parts, « se montraient des arcs-en-ciel magnifiques. Au fond d’une des chutes les plus « furieuses, on en distinguait un, surtout, lumineux et charmant. Autour de lui, « tout était agitation et désordre. Les brouillards de vapeur, les nuages de rosée « engendrés par les éclaboussures de la chute, se tordaient furieux, précipités et bri-« séssur le rocher même qui servait de base au météore. Cependant, celui-ci, brillant « et radieux, comme un pur esprit, ferme dans la foi et fort au milieu des passions qui « l’assiègent, ne disparaissait que pour revivre. Toujours appuyé sur le roc, il sem-« blait, comme au temps de Noé, recevoir d’en haut l’espérance pour la réfléchir et la « répandre, et les gouttes d’eau irritées qui, se précipitant sur lui, menaçaient d’en « effacer les couleurs, ranimant au contraire leur éclat, ne faisaient qu’ajouter à son « calme et à sa beauté. »
- Faraday éprouva bientôt l’une de ses grandes joies, car il plaçait, j’en suis certain, parmi les événements les plus heureux de son existence, l’honneur que notre Académie lui avait fait en lui donnant le titre d’associé étranger. Les témoignages de respect et de sympathie dont il était l’objet sur tous les points du monde le touchaient vivement. Dans la préface de Bajazet, Racine s’excuse d’avoir emprunté un sujet de tragédie à l’histoire contemporaine ; mais il fait remarquer que la distance, comme le temps, éloigne de nous les événements. Faraday, à son tour, pensait sans doute que les suffrages qui viennent de loin sont comme les avant-coureurs du jugement de la postérité, et, tandis qu’il témoignait moins d’empressement pour les honneurs que son propre pays lui aurait si volontiers offerts, il conservait et enregistrait avec soin les hommages qui lui étaient prodigués dans le reste du monde.
- La grande estime qu’il faisait de notre opinion se manifeste par cette note écrite Tome X.V. — 67e année. 2e série. — Mai 1868. 40
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- de sa main, au milieu du relevé de ses titres académiques, à côté de celui qu’il avait reçu de nous. C’est le cœur qui parle et qui s’adresse au cœur d’une amie chère et fidèle : « Parmi ces précieux souvenirs et ces heureux événements, j’inscris ici (après « vingt-six ans de mariage) la date de celui qui dépasse de beaucoup les autres comme « source d’honneur et de bonheur; nous fûmes mariés le 21 juin 1821. » A la suite de cette note, se trouvent les pièces qui constatent cette union.
- Ce que toute autre femme de savant en aurait pensé serait recherche inutile ; madame Faraday, pour qui il se montrait toujours animé d’un sentiment mêlé de chevalerie et d’affection, vit sans jalousie ce rapprochement entre le culte de la science et celui du foyer domestique. Ceux d’entre nous à qui il a été permis d’apprécier ces deux êtres si rares et la délicate harmonie de leurs belles âmes jugeront que Faraday mettait bien haut les titres par lesquels les académies étrangères s’associaient à sa gloire, en les mêlant aux actes qui lui avaient donné la noble compagne de sa vie.
- Faraday devait terminer sa carrière scientifique par deux grandes découvertes : l’action du magnétisme sur la lumière par l’intermédiaire de la matière et le diamagnétisme.
- Dans une lettre qu’il m’écrivait le 17 janvier 1845, il m’annonçait le premier de ces événements considérables, et il me chargeait d’en informer l’Académie. « Si l’on « fait passer, disait-il, un rayon lumineux polarisé à travers une substance transpa-« rente, et que celle-ci soit placée dans le champ magnétique, la ligne de force ma-« gnétique étant disposée parallèlement au rayon lumineux, celui-ci éprouvera une « rotation. Si l’on renverse le sens du courant magnétique, le sens de la rotation du « rayon lumineux sera également renversé.
- « Je vois là, ajoutait-il, une action magnétique s’exerçant sur le rayon lumineux « lui-même; mais plusieurs de mes amis qui, toutefois, n’ont pas été à même de « prendre en considération tous les faits que j’ai étudiés, sont d’avis que ce phéno-« mène ne prouve rien de tel. Ainsi, quoique mon opinion demeure la même, je « reconnais volontiers qu’il se pourrait qu’elle fût erronée. »
- Les amis que Faraday avait consultés pensaient que ses puissants aimants exerçaient un glissement ou une torsion sur les particules matérielles des corps transparents, et leur communiquaient pour un moment les propriétés que le sucre et certaines variétés de quartz possèdent toujours. Sa belle expérience démontrait de nouveau l’action des courants magnétiques sur les molécules matérielles qu’ils transportent, lorsqu’elles sont libres et qu’ils tendent à arracher de leur place, lorsqu’elles sont fixes; mais elle n’allait pas plus loin.
- Faraday n’a jamais accepté cette explication, et il croyait en avoir fait justice par une épreuve bien connue.
- Si les molécules de la matière sont tordues dans un certain sens par l’aimant, de manière à devenir comparables à celles des corps naturellement doués du pouvoir
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- rotatoire, le rayon lumineux qui traverse la masse transparente, de gauche à droite, par exemple, aura son plan de polarisation dévié d’une certaine quantité; mais ramené de droite à gauche par le même chemin, il devra éprouver une action exactement inverse, et reprendre sa première route. Faraday démontre que, loin de s’annuler, les déviations du plan de polarisation produites par la marche du rayon allant ou revenant sur lui-même s’ajoutent. Après trois, quatre, cinq voyages, en sens direct ou inverse, peu importe, ces déviations sont trois, quatre, cinq fois plus intenses qu’elles ne l’étaient par un seul trajet : phénomène absolument opposé à celui que le rayon lumineux polarisé nous fait voir quand il passe deux fois en sens direct et inverse dans une substance douée du pouvoir rotatoire naturel; car, en ce cas, les déviations s’annulent.
- Faraday me rendant témoin de ces admirables phénomènes, lorsqu’il en arrivait à cette expérience se frottait vivement les mains, et ses yeux pleins de feu, sa physionomie animée, témoignaient du sentiment passionné qu’il portait à la découverte de la vérité.
- Il y a donc autre chose, dans cette merveilleuse action, qu’un déplacement des particules de la matière. Faut-il supposer que l’action magnétique s’exerce sur l’éther? Faut-il admettre qu’elle modifie les rapports naturels de l’éther et de la matière? L’avenir en décidera. Ce qui demeure incontestable, c’est que la force magnétique et la lumière sont en rapport direct, puisque la première agit toujours sur le faisceau lumineux de la même manière et dans le même sens. Ce qui demeure incontestable aussi, c’est que le magnétisme et la lumière agissent l’un sur l’autre par l’intermédiaire de la matière, puisque, en l’absence de toute matière, dans le vide, par exemple, le phénomène ne se produit pas, et que, avec des corps transparents divers, il se produit avec des intensités constantes pour chacun d’eux, mais différentes par la quantité et même par le sens, selon leur nature.
- Ainsi, l’action que le magnétisme exerce sur la lumière, comme l’avait jugé Faraday, du premier coup d’œil, offre ce double caractère qu’elle semble à la fois directe et indirecte : directe, si l’on en étudie les effets sur le rayon lumineux qui semble alors seul en cause; indirecte, si l’on cherche la part qui appartient à la matière dont la présence est indispensable, et dont la nature exerce un changement incontestable dans les effets observés.
- Mais, cette découverte si considérable, si inattendue et si loin encore d’avoir porté tous ses fruits, devait conduire Faraday à mettre en lumière l’une des propriétés les plus générales de la matière.
- Un amateur français ingénieux, Lebaillif, avait reconnu que le bismuth éprouve de la part de l’aimant un effet contraire à celui qu’il exerce sur le fer : au lieu d’en être attiré, il en est repoussé. Faraday démontre que ces deux manières d’agir de l’aimant sur le fer et sur le bismuth sont des cas particuliers d’une loi générale.
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- Parmi les corps, les uns, comme le fer, le nickel, le cobalt, le manganèse et le platine, sont attirés par les pôles de l’aimant, les autres sont repoussés; de telle sorte que, si ces derniers étaient suffisamment sensibles aux influences magnétiques, une boussole qui en serait formée, au lieu de prendre sa direction du nord au sud, se tournerait vers l’est et l’ouest.
- Le magnétisme agit donc sur toute la nature. Les anciens ne connaissaient que la pierre d’aimant ; les modernes ont limité pendant longtemps l’action magnétique au fer et à l’acier, d’abord, puis à quelques métaux. Les travaux de Faraday font voir que tous les métaux, tous les solides, tous les liquides, tous les gaz même, sont impressionnés par le fluide magnétique ; les uns, à la manière du fer, en prenant une direction polaire; les autres, à la manière du bismuth, du plomb, de l’argent, du cuivre et de l’or, en prenant une direction équatoriale.
- Ainsi, ce n’est pas seulement l’aiguille aimantée qui obéit à l’action des courants magnétiques et qui en est impressionnée. L’air qui nous entoure est magnétique, à la manière du fer, surtout par son oxygène, comme le démontre notre confrère, M. Edmond Becquerel, qui a si bien étudié le magnétisme du gaz, et notre atmosphère condensée à la surface de la terre, y produirait l’effet d’une enveloppe de fer de l’épaisseur d’une feuille de papier.
- L’hydrogène, au contraire, est doué du magnétisme équatorial; il en est de même de l’eau, soit liquide, soit gelée.
- Les matières organiques, les fruits, le sang, la chair se comportent à la manière de l’eau.
- Ainsi, dans un être vivant, tous les tissus et même tous les liquides sont impressionnés par les impulsions magnétiques.
- Les partisans du magnétisme animal pourraient donc sourire des savants et de leur longue incrédulité; mais, ici comme en tout, entre eux et les savants, il n’y a de commun que les mots.
- Ce n’est pas le lieu de développer les études dont les expériences de Faraday sur le magnétisme universel ont été l’objet. On peut recommander à ceux qui voudraient approfondir ce sujet important de prendre pour point de départ les vues qui ont si bien dirigé Faraday lui-même.
- Il admet qu’autour des pôles d’un aimant il se développe un champ de force magnétique, constitué comme si cette force rayonnait de l’aimant en lignes droites, invisibles et disposées, ainsi que l’indique la limaille de fer répandue sur une feuille de papier, sous laquelle on a couché à plat un aimant énergique.
- Le fer et les corps magnétiques obligent ces lignes de force, qui s’enfuyaient dans l’espace, à converger, et, s’ils sont librement suspendus, ils en sont dirigés vers les places où la force est à son maximum. Le bismuth, le cuivre et les corps diama-gnétiques, au contraire, font diverger les lignes de force magnétique et sont dirigés, peu à peu, vers les places où la force est à son minimum.
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- C’est ainsi que, parmi ces substances, les unes, celles qui sont magnétiques, sont attirées par l’aimant, tandis que les autres en sont repoussées ; et c’est encore ainsi que les unes prennent la direction polaire et les autres la direction équatoriale.
- Essayons maintenant de résumer les découvertes mémorables de Faraday dans l’étude de l’électricité.
- Il a mis hors de doute que toute action chimique est la source d’un mouvement électrique, proportionnel à son intensité, subordonné à sa durée et dirigé selon son propre sens, identique, enfin, pour tous les équivalents des corps, qui s’engagent dans des combinaisons similaires.
- Il a fait connaître un mode nouveau de mouvement électrique, le moins coûteux, le plus puissant, le plus maniable, le plus flexible et le plus universel dans ses effets : l’induction.
- Il a converti le magnétisme en électricité et l’électricité en magnétisme, par des méthodes qui ne laissent aucun doute sur l’identité d’origine de ces deux manifestations de la force.
- Il a fourni les moyens de rendre visible et certaine la relation entre le magnétisme et la chaleur que d’anciens phénomènes avaient fait soupçonner.
- Il a découvert une action du magnétisme sur la lumière, et s’il a eu le regret de ne pouvoir mettre en évidence, par réciprocité, une action de la lumière sur le magnétisme, il a ouvert la route.
- Il a établi l’existence d’une action universelle du magnétisme sur tous les corps connus : solides, liquides ou gazeux; bruts ou vivants.
- Il a donc démontré par des expériences certaines et désormais popularisées que le magnétisme agit sur la matière dans toutes ses formes, et sur la force dans toutes ses manifestations : lumière, chaleur, électricité, force mécanique ou chimique.
- Il n’a pas découvert entre l’électricité ou le magnétisme et la pesanteur une relation qu’il a longtemps, je dirais presque toujours cherchée. Mais, si ce dernier trait manque au tableau de sa vie et à la satisfaction de ses convictions sur l’unité de la force, il a montré le chemin à des émules plus heureux.
- Ce résumé suffit pour témoigner du changement qui s’est produit dans les opinions des physiciens depuis l’année 1819, signalée par la découverte mémorable d’OErstedt et par le premier mémoire de Fresnel sur la diffraction. Aux émissions de matières impondérables, qui expliquaient auparavant les propriétés de la lumière, de la chaleur, de l’électricité et du magnétisme, a succédé le système des vibrations ou mouvements auxquels on les attribue aujourd’hui. Ce résumé témoigne aussi de la part considérable qui revient à Faraday dans cette révolution.
- Indépendamment d’OErstedt, qui méritait, par ses convictions réfléchies sur l’identité des formes chimiques et électriques, d’être le premier à constater l’action du courant électrique sur l’aiguille aimantée, l’électricité est surtout redevable, pour ne parler
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- que de ceux qui ne sont plus, à Franklin, Coulomb, Galvani, Yolta, Arago, Ampère, Faraday.
- Ampère et Faraday ont une place à part dans cette pléiade illustre. Ils ont, chacun de leur côté, non-seulement découvert des faits, mais ils les ont rassemblés et subordonnés à des lois, et, quand l’électricité aura trouvé son Newton, on pourra dire que, si Ampère en fut le Képler, Faraday en fut le Galilée.
- On aime à arrêter son souvenir sur Ampère, sur Faraday, et à comparer ces deux hommes, si divers par les dons de la nature, si rapprochés par le génie et par les travaux. Ce que l’un a fait, l’autre aurait pu le faire. Ils sont inséparables dans le tableau du mouvement scientifique dont l’électricité a été l’objet, comme dans le souvenir de ceux qui les ont vus à l’œuvre. Quelle différence pourtant, sous tous les rapports, entre ces deux inventeurs, dans l’éducation, dans les habitudes, dans la manière d’interroger la nature et dans le point de départ ou la marche de leur investigation ! Ce n’est qu’au but qu’ils se rencontrent; mais, là, ils se confondent si étroitement, qu’on ne pourrait pas distinguer les résultats obtenus par l’un de ceux que l’autre a constatés : même rectitude dans les vues, même grandeur dans les conséquences, même physionomie dans les formules simples qui expriment les vérités acquises par leurs efforts.
- Ampère était grand, mélancolique, gauche dans ses mouvements, lent dans ses allures; presque aveugle, écrire une ligne était pour lui une fatigue, tracer correctement un cercle ou un carré une impossibilité. Sa mémoire exercée et sûre avait tout retenu : histoire, philosophie, zoologie, physique, chimie; vers des classiques français et latins ; détails minutieux des caractères attribués aux plantes par Jussieu, ou aux animaux par Cuvier. Ses distractions fabuleuses étaient, de son vivant même, passées à l’état de légendes; il aimait à s’abandonner au courant de son imagination ; tout devoir lui était pénible. Sa vie scientifique semblait terminée, lorsque la découverte d’OErstedt vint faire vibrer dans sa belle intelligence des cordes que personne et lui-même n’y avaient jamais soupçonnées. Pour matérialiser sa pensée,lui, si maladroit, devenait le plus ingénieux des constructeurs d’appareils; lui, si myope, rendait visibles à tous, par les yeux du corps et par les expériences les plus claires, des propriétés cachées de la matière que la méditation seule dévoilait aux yeux de son esprit; ce rêveur était saisi d’une vive passion,et son intelligence, portée soudain vers une région supérieure, dévoilait, en quelques semaines, des vues neuves sur la constitution moléculaire des aimants, des faits prédits avec une logique admirable et mis en évidence avec sûreté, des lois, enfin, formant ce code de l’électricité dynamique, consacré déjà par le temps.
- Faraday était de taille moyenne, vif, gai, l’œil alerte, le mouvement prompt et sûr, d’une adresse incomparable dans l’art d’expérimenter. Exact, précis, tout à ses devoirs; lorsqu’il préparait, dans sa jeunesse, les leçons de chimie à l’Institution royale, chaque expérience, menée à point, répondait si bien à la pensée et à la parole
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- du maître, qu’on avait coutume de dire alors que celui-ci professait sur le velours. A la fin de sa vie, lorsqu’il avait quitté la chaire, redevenu auditeur, il suivait de l’œil tous les appareils, surveillant leur marche, prêt à la hâter ou à la ralentir, à réparer le moindre désordre, sans affectation, et comme s’il accomplissait l’office d’un régulateur naturel identifié avec la pensée du professeur. Il vivait dans son laboratoire au milieu de ses instruments de recherche ; il s’y rendait le matin et en sortait le soir, aussi exact qu’un négociant qui passe la journée dans ses bureaux. Toute sa vie fut consacrée à y tenter des expériences nouvelles, trouvant, dans la plupart des cas, qu’il était plus court de faire parler la nature que d’essayer de la deviner. Obligé, par sa mémoire ingrate et infidèle, de noter et de numéroter les faits qu’il découvrait ou les idées qui germaient dans son esprit et d’en tenir registre, il en dressait soigneusement la table, certain que, sans cette précaution, il ne les retrouverait jamais au moment du besoin. Faraday, qui n’était pas mathématicien, a été moins prompt dans ses conceptions qu’Ampère ; son œuvre, fondée sur l’expérience seule, a été plus lente; mais, comme lui, il s’est élevé à la plus haute contemplation de la nature, et, comme lui, il a découvert tout un ensemble de faits certains et de lois incontestables qui lient à jamais son nom glorieux à l’histoire de l’électro-magnétisme.
- Entre Ampère et Faraday, l’un tout à la méditation, l’autre tout à l’action; l’un demandant tout à la pensée, l’autre tout aux faits, rien de commun au premier abord. Le premier ressemble au physiologiste qui, partant des lois de la vie, descend à la connaissance des organes et à celle de leur jeu ; le second, à l’anatomiste qui, de l’étude matérielle des appareils organiques, s’élève à la conception de leur mécanisme et à l’interprétation de leur rôle dans l’homme vivant. Partis de points opposés, ils arrivent pourtant au même but, et nul ne saurait dire, alors, si la vérité qu’ils révèlent est le fruit d’une forte conception confirmée par l’expérience, ou celui d’une expérience heureuse, interprétée par une intelligence sûre. C’est ainsi qu’un même spectacle s’offre au regard de l’aigle qu’un vol porte au sommet des Alpes, et à celui du voyageur qui en a gravi les pentes lentement et pas à pas.
- Mais, Ampère et Faraday avaient l’un et l’autre la fibre poétique, le cœur ouvert et l’âme haute. Ils ignoraient la jalousie et l’envie. Toute lumière les remplissait de joie, qu’elle vînt du dedans ou du dehors, qu’elle jaillît de leur propre cerveau ou de celui d’un émule. La jeunesse les trouvait pleins de bonté et d’affectueuse bienveillance. Tout succès les rendait heureux. Ils aimaient l’humanité et sa grandeur; ils respectaient son caractère et sa mission sur la terre. Ils se considéraient comme des instruments d’une volonté suprême, à laquelle ils obéissaient avec respect, et si, pour ceux qui ne connaissent que leurs œuvres, ils comptent parmi les génies qui sont l’orgueil des fils des hommes, pour ceux qui ont connu leurs personnes ils se placent parmi les plus humbles et les plus soumises des créatures de Dieu.
- Ampère était universel. L’un des plus profonds géomètres de son époque, quand on le voyait dans l’intimité de Jussieu, de Cuvier, de Geoffroy-Saint-Hilaire, car il
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- BIOGRAPHIE.
- aimait les causeries du monde, on se disait : Il sait tout, il comprend tout, il pénètre au delà de tout.
- Faraday était plus spécial : chimiste au début de sa carrière, il s’était détourné, peu à peu, vers l’étude de la physique, et s’était concentré dans l’étude de l’électricité. Plus extérieur, il vivait par les sens autant que par la pensée. Il n’aimait guère les réunions du monde, mais les grandes scènes l’attiraient et le remplissaient d’une ivresse fébrile. Le coucher du soleil dans la campagne, un orage sur les bords de la mer, un effet de brouillard dans les Alpes, excitaient en lui les plus vives sensations ; il les comprenait en peintre, il en était ému en poète, il les analysait en savant. Le regard, la parole, le geste, tout trahissait alors en lui l’intime communion de son âme avec l’âme de la nature.
- Une belle démonstration l’animait du même enthousiasme. On se souvient de l’ardeur généreuse avec laquelle il exposait, dans une soirée de l’Institution royale et devant Ebelmen ému, les beaux travaux de notre regretté compatriote sur la formation artificielle des gemmes. Où trouver un admirateur qui se soit montré plus passionné pour les beaux spectacles dont un de nos plus illustres confrères, M. Henri Sainte-Glaire-Deville, rend les chimistes témoins, en produisant par masses le sodium et l’aluminium, en fondant le platine en bains éblouissants de clarté?
- Un aimable génie, dont la perte récente sera pour l’Académie un long deuil, Foucault, dont les procédés avaient tant d’analogie avec ceux de Faraday dans l’art de consulter la nature, ne fut jamais plus heureux, peut-être, que dans les occasions où il l’avait pour témoin intime de ses admirables expériences. Quand ces deux hommes, les mains dans les mains, les yeux humides, mais pleins de clartés, se remerciaient sans parler, l’un du bonheur qu’il avait éprouvé, l’autre de l’honneur qu’il avait reçu, je l’affirme, ce regard, cette étreinte venaient de plus loin et remontaient plus haut que la terre.
- Hélas! qui aurait dit, en ce moment, que ces deux belles intelligences devaient bientôt être voilées, et qu’avant de quitter ce monde, où leurs expériences ont répandu de si vives lumières, l’un perdrait la mémoire des mots et la faculté d’énoncer les conceptions que son esprit fatigué semblait embrasser encore ; l’autre la mémoire des faits et le souvenir même de ses beaux travaux, tout en conservant le moyen de communiquer les sentiments et les idées ordinaires de la vie commune !
- Il y a longtemps que Faraday me disait avec résignation : Ma mémoire se perd ; j’oublie les noms propres; j’oublie quelquefois mes expériences personnelles elles-mêmes. — Vous êtes, lui répondais-je, m’associant peut-être à sa propre pensée, comme Jacob, qui, après avoir lutté toute la nuit près du gué de Jabbok contre Celui qui s’opposait à son passage, demeure libre, mais paralysé d’un membre, au moment où le soleil paraît à l’horizon. Vous aussi, vous avez lutté dans les ténèbres, jusqu’au lever de l’aurore, et quand la lumière s’est faite, quand vous avez vu la vérité, face à face, si votre intelligence a été délivrée du doute, elle reste épuisée de l’effort.
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- Faraday, qui avait toujours redouté cette épreuve, fut forcé de résigner son enseignement en 1862, et de faire ses adieux à cet auditoire choisi de l’Institution royale, au milieu duquel il avait passé sa vie entière, qui avait eu la primeur de toutes ses découvertes et qui avait joui de tous ses succès, plus que lui-même.
- S’il se survécut pendant quelque temps, dans cette retraite d’Hampton Court, qu’il devait à la sollicitude de la Reine, son cœur resta toujours ouvert. Son bonheur était de s’y voir entouré des siens ; son enthousiasme pour les orages et les tempêtes ne se démentit pas; et lorsqu’il imposait ses nobles mains sur le front de M. Tyndall, son élève, assis à ses pieds, on eût dit que, par une réminiscence touchante, il cherchait à recueillir dans sa pensée les titres de sa mission sur la terre, pour les transmettre intacts, avant de la quitter, à celui qu’il avait choisi comme son successeur et qui se montre si digne de sa paternelle confiance.
- Faraday s’éteignit doucement dans son fauteuil et comme s’il s’endormait du sommeil du juste, le 25 août 1867, les yeux fixés vers le ciel.
- Faraday offrait au moral un type vraiment rare. Sa vivacité, sa bonne humeur rappelaient l’Irlande ; son esprit réfléchi et la force de sa logique faisaient songer à la philosophie écossaise ; sa ténacité décelait l’Anglais que rien ne détourne de sa voie. On n’est donc pas surpris d’apprendre que sa famille était fixée en Angleterre depuis deux générations au moins, que sa religion était empruntée à l’Écosse par une transmission certainement héréditaire, et que ses parents avaient gardé le souvenir traditionnel d’une origine irlandaise.
- Quoi qu’il en soit, on peut dire que Faraday n’avait gardé que les qualités des trois races qui paraissaient s’être alliées parmi ses ancêtres, et qu’il avait corrigé les défauts qu’on leur prête, à tort, assurément; mais il n’était ni léger, ni pédant, ni égoïste.
- On ne connaîtrait pas Faraday, si l’on ne pénétrait pas assez avant dans sa vie pour mettre en parallèle son amour pour la science et sa foi religieuse ; deux formes distinctes, mais inséparables, à ses yeux, du culte qu’il rendait à la divinité. Tout ce qui est terrestre, disait-il, peut être connu par l’esprit de l’homme ; mais tout ce qui concerne la vie future échappe à cet esprit et doit lui être communiqué par un autre enseignement. Il affirmait donc hardiment une distinction absolue entre les croyances ordinaires fondées sur l’observation des faits, et la foi religieuse fondée sur la révélation.
- Faraday appartenait à la secte des Glassites ou Sandemaniens, à laquelle sa participation aura donné une célébrité inattendue. Les noms de cette petite Eglise, qui compte à peine en Angleterre mille adhérents aujourd’hui, sont empruntés à celui de son fondateur Glass, déposé vers 1730, pour ses opinions , par l’Église écossaise, et à celui de son disciple énergique, Sandeman, qui en conserva la foi.
- Les Sandemaniens croient que la mort du Christ suffît au salut et à l’expiation ; ils se rapprochent des premiers chrétiens : prédicateurs élus par les fidèles ; repas fra-Tomc XY. — 67e année. 2e série. — Mai 1868. 41
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- ternel entre les deux services du dimanche; communauté des biens, au moins jusqu’à concurrence de la disparition de toute pauvreté dans les familles unies; défense absolue du prêt à intérêt.
- Faraday fut pendant une grande partie de sa vie Ancien de son Église et ne renonça à la prédication qu’au moment où il abandonnait l’enseignement lui-même.
- Le nom de Faraday doit donc être ajouté à la liste de ceux qui ont été aussi sincères dans leur foi que profonds dans leur science. Les hommes religieux de l’Angleterre constatent que Newton et Faraday, qu’ils considèrent, l’un, comme le plus élevé des géomètres, l’autre, comme le plus heureux des expérimentateurs, n’ont rien vu dans l’étude de la nature qui pût ébranler leur croyance. Newton, pénétrant dans les profondeurs des deux, assujettissant pour toujours la marche des astres au calcul et révélant à l’homme les lois du système du monde; Faraday, pénétrant dans les entrailles de la matière, faisant jaillir du choc de ses particules invisibles ou de la rencontre des forces insensibles qu’elles recèlent des pouvoirs merveilleux ou redoutables, ont également gardé, disent-ils, les pieuses convictions de leur enfance. L’orgueil du succès ne les a jamais enivrés, et, tandis que leurs propres découvertes servaient, à côté d’eux, d’argument aux incrédules, leur conviction personnelle ne s’est pas démentie un instant.
- J’ai beaucoup étudié Faraday; je ne l’ai bien connu, pourtant, qu’après sa mort et par lui-même. Sa perfection, que je croyais spontanée, était le fruit d’une observation constante et d’une fermeté d’âme à toute épreuve. Vers sa vingtième année, ses lettres les plus intimes me le montrent maître de ses vivacités, mais non sans combat ; plus tard, elles le font voir ayant dompté, mais non sans peine, une fierté toujours près de la révolte; plus tard, enfin, il craint d’avoir écouté le démon de l’orgueil, et il prend volontiers pour texte de ses sermons, qu’on n’a pas oubliés dans sa communauté : « Que la parole divine soit comme le marteau qui brise le rocher et qu’elle soumette à Dieu toute pensée orgueilleuse et vaine. »
- Il admettait, en effet, avec la plus grande simplicité d’âme, ainsi que tous ses coreligionnaires, qui en font un article fondamental de leur doctrine : « que les mérites humains ne sont rien aux yeux de Dieu. »
- C’est en séparant les opinions que lui inspirait l’étude de la nature et celles qu’il avait reçues, au sujet des vraies fondements de la religion, et dans lesquelles la réflexion l’avait confirmé, que Faraday n’a jamais été gêné ni par ses progrès personnels, ni par ceux d’autrui dans le développement de sa pensée scientifique.
- Depuis que le monde existe, disait-il, l’opinion n’a-t-elle pas toujours changé avec le progrès des choses? Pourquoi en serait-il autrement désormais? Je ne crois pas que nous soyons en possession de la plus haute dose d’intelligence qui puisse sortir de la pensée humaine. Nos successeurs seront pour nous ce que nous sommes pour nos ancêtres. Nos corps remplacent leurs corps et nos pensées leurs pensées; nos descendants prendront, à leur tour, par de nouveaux corps et des pensées nouvelles, les
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- NOTICES INDUSTRIELLES.
- places des nôtres. Ce qui l’étonnait le plus, c’était de voir des savants s’opposer au progrès par esprit de système et par une confiance aveugle dans les théories. Ils sont assis sur un trône aux pieds d’argile, disait-il; tant qu’il est déboutais barrent le chemin; quand il s’est écroulé, ils l’obstruent.
- En tout ce qui concerne les sciences, je n’ai jamais connu d’esprit plus libre, plus dégagé, plus hardi; c’est le résultat de la méthode expérimentale. Il ne croyait même pas à l’existence de la matière, loin de lui tout accorder; il ne voyait dans l’univers qu’une seule force obéissant à une seule volonté. Ce qu’on appelle matière n’était à ses yeux qu’un assemblage de centres de force. Chose étrange assurément! Dans un autre pays, qui donne le pas volontiers à la méthode mathématique, et où certaines témérités sont légèrement portées, ce n’est pas sans difficulté qu’on se persuade, au contraire, que les vérités scientifiques n’ont pas reçu leur dernière expression et qu’on peut y toucher sans sacrilège.
- Cependant, douter des vérités humaines, c’est ouvrir la porte aux découvertes; en faire des articles de foi, c’est la fermer. Douter des vérités divines, c’est livrer sa vie aux hasards ; y croire, c’est lui donner son lest. Telles étaient la conviction et la règle de Faraday.
- C’est à regret qu’on se sépare de ce beau caractère, et comme son digne successeur, M. Tyndall, je termine cette esquisse par une comparaison empruntée à son enseignement populaire.
- Faraday aimait à démontrer que l’eau a horreur des impuretés, qu’elle s’en dépouille par une foule de procédés, et que si l’on fait refroidir et congeler, par exemple, de l’eau trouble, colorée, salie, chargée de sels âcres ou amers, d’aigres acides ou d’alcalis cuisants, le glaçon qui se forme dans son sein, éloignant de lui les souillures, se dégage limpide, inodore, agréable au goût, blanc et brillant comme le cristal.
- Ainsi avons-nous connu Faraday ; aux prises avec les besoins, les tentations et les passions de la vie, il éloigna de bonne heure les mauvaises pensées, les sentiments égoïstes et les instincts vulgaires ou inférieurs, dégageant, de plus en plus, de l’argile terrestre, l’âme qu’il a rendue, enfin, à son Créateur pure et sans tache.
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Sur le moulage de» objets en paraffine» — Les differentes sortes de paraffine que l’on rencontre dans le commerce n’éprouvent pas la fusion à la même température. Celles qui se liquéfient entre 46 degrés et 58 degrés ne peuvent être coulées en bougies qu’au moyen d’une addition de 10 à 20 pour 100 d’acide stéa-
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- rique. Celles qui ne fondent qu’à un degré plus élevé ne réclament en hiver aucune addition et seulement 1 ou 2 pour 100 en été.
- Les bougies de paraffine, comme celles d’acide stéarique, doivent être coulées à une température voisine de celle où elles se figent, et leur refroidissement doit être rapide. D’aprèsM. Perutz, les bougies de paraffine atteignent leur maximum de translucidité, lorsqu’elles se solidifient de 50 à 60 degrés centigrades, et que la température des moules a été portée à 70 degrés. Lorsque l’on veut que les bougies soient translucides, il faut toujours que la température des moules soit plus élevée que celle de la paraffine que l’on y verse. (Jacobsen’s Repertorium et Dingler’spolytechnisches Journal.)
- (V.)
- Etat d’avancement des travaux du canal de Suez. — Les travaux du canal de Suez sont, en ce moment, poussés avec une grande activité. Voici dans quel état ils se trouvaient, au milieu de février 1868 :
- Cube des déblais exécutés au 31 décembre 1867............... 33 955 535 mèt. cub.
- — du 1er janvier au 15 février 1868.... 2 599 834 —
- Cube restant à exécuter..................................... 37 559 761 —
- Cube total entre Port-Saïd et Suez sur un parcours de 160 kilom. ... 74115130 —
- L’impulsion donnée aux travaux permet d’espérer qu’ils seront terminés au printemps de 1869.
- A Port-Saïd, on travaille également avec une grande activité; à la date du 15 février 1868, sur 250 000 mètres cubes de blocs artificiels en béton, il n’en restait plus à immerger que 49 918, de telle sorte que les vastes bassins pourront, probablement, être entièrement ouverts au commerce pour la fin de 1868.
- Il y a, en ce moment, plus de 10 000 ouvriers occupés à cette vaste entreprise, et l’on estime de 9 à 10 000 chevaux-vapeur, la force dont on dispose dans les nombreux chantiers. (Journal of the Society of arts.)
- (M.)
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- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du Tl mars 1868.
- Présidence de M. le baron Séguier, vice-président.
- Correspondance, — M. Leroy (F.), ingénieur civil, rue d’Allemagne, 56, demande
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- la nomination d’une commission pour examiner une locomotive routière qu’il a construite. (Arts mécaniques.)
- M. Plagnol, ouvrier mécanicien, rue Désirée, 11, à Gharonne-Paris, demande un secours pour continuer la fabrication d’outils inventés par lui et qui ont été l’objet de rapports favorables auprès de la Société. (Arts mécaniques.)
- M. Brachet (Achille), rue Mouton-Duvernet, 11, envoie une note sur l’emploi des lunettes à longueur diminuée, dont il a déjà entretenu la Société dans d’autres, communications. (Arts économiques.)
- M. Pignière, rue Marie-Stuart, 19, à Paris, soumet au jugement de la Société une pompe aspirante et foulante à piston en cloche qui convient, dit-il, pour les eaux impures, purin de fermes, etc. (Arts mécaniques.)
- M. Boulanger, ferblantier-lampiste, rue de l’École-de-Médecine, 61, à Paris, adresse à la Société un spécimen d’une fermeture à déclic qu’il propose pour clore, par un cachet, les sacs des dépêches de la poste, les sacs d’argent, etc. Il joint à sa lettre des spécimens de cette fermeture. (Arts économiques.)
- M. Petit-Pierre (H.), rue Dulong, kl, aux Batignolles-Paris, soumet à l’examen de la Société les moyens qu’il a inventés pour utiliser l’eau entraînée par la vapeur dans les générateurs des machines motrices. (Arts mécaniques.)
- MM. Duvé et Lemaire, serruriers-mécaniciens, boulevard de Yaugirard, 121, à Paris, présentent un nouveau système de serrure avec sonnerie électrique. (Arts mécaniques.)
- MM. Binet, rue Duris, 20 (20e arrondissement), à Paris, Saunier, Boullenger, Lerck et Criés, délégués des mécaniciens à l’Exposition universelle, demandent à la Société de faire examiner le nouveau système de propulseur pour bateaux à vapeur, inventé par M. Baphin (Ambroise). (Arts mécaniques.)
- M. Serron et comp. (A.), rue au Lin, 6, à Orléans, sollicitent l’examen de la Société pour les perfectionnements qu’ils ont faits à leurs ventilateurs fumifuges. (Arts économiques.)
- M. Grand (Biaise), rue de Paris, 11, à Saint-Denis, demande que la Société fasse examiner un nouveau compteur qu’il a construit et qui est actuellement en activité au ponton de Passy, pour les bateaux-omnibus de la Seine. (Arts mécaniques.)
- M. Jacquemier, enseigne de vaisseau, à Granville, fait connaître à la Société une modification utile qu’il a introduite dans l’emploi àss porte-amarre, modification qui permet de se servir de tous les fusils ou canons, et de tous les projectiles. (Arts mécaniques.)
- M. Marcrette, rue Foy, 12, à Saint-Quentin, demande une première annuité de brevet pour un nouveau système de machine à vapeur, dont le volume et le poids sont moindres que ceux des machines ordinaires. (Arts mécaniques.)
- MM. le Président et le Secrétaire de la Société havraise d’études diverses font
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- connaître à la Société d’encouragement l’Exposition maritime internationale du Havre, qui doit s’ouvrir, en 1868, sous le patronage de l’Empereur et de S. A. le Prince impérial.
- M. Thollois fils, rue des Deux-Ponts, 14, à Paris, soumet à l’examen de la Société un système nouveau et un appareil qui facilitent l’étude de la lecture, de l’orthographe et de l’arithmétique. (Arts économiques.)
- M. Boitai (Fabius), rue Martel, 17, à Paris, présente un nouveau bec cylindrique pour lampes à pétrole. (Arts économiques.)
- MM. Bernard et James, rue de la Cerisaie, 41, à Paris, envoient un système particulier de lampes à double courant d’air, à verres cylindriques. (Arts économiques.)
- MM. les Secrétaires signalent les publications suivantes, parmi les pièces imprimées adressées à la Société :
- George Glover, Mesurage exact du gaz. Paris, 1868, Lahure, prospectus in-4 de 24 pages, développant la supériorité que les compteurs secs, fabriqués par l’auteur, ont, suivant lui, sur les compteurs à eau.
- M. Chatin, membre du conseil d’administration, envoie à la Société son rapport sur l’Histoire naturelle médicale à l’Exposition universelle de 1867. Paris, 1867, Paul Dupont, éditeur, in-8 de 76 pages.
- M. Tailbouis, rapport sur la Bonneterie à l’Exposition universelle de 1867. Paris, 1867, Paul Dupont, éditeur, in-8 de 23 pages.
- M. Grateau (Ed.), rapport sur les Instruments de mathématique et modèles pour l’enseignement des sciences à l’Exposition universelle de 1867. Paris, 1867, Paul Dupont, éditeur, in-8 de 29 pages.
- M. Grateau (Ed.), rapport sur les Foyers fumivores à l’Exposition universelle de 1867. Paris, 1867, Paul Dupont, éditeur, in-8 de 13 pages.
- Reports of Artisans selected by Society of arts, to visit the Paris universal exhibition. London, 1867, in-8 de 476 et 213 pages.
- M. Gruner (L.), inspecteur général des mines. De l’Acier et de sa fabrication. Paris, Dunod, éditeur, 1867, in-8 de 124 pages et 6 planches.
- M. Henri de Pareille, Causeries scientifiques. Paris, 1868, J. Rothschild, éditeur, grand in-18 de 412 pages.
- Rapports des comités. — M. Chatin lit, au nom du comité d’agriculture, un rapport sur les cressonnières de Due y et de Gonesse, appartenant à M. Billet.
- Le rapporteur propose de remercier M. Billet de sa communication et d’insérer le rapport au Bulletin de la Société, avec un plan d’une cressonnière. Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.
- Communications. — M. Carré aîné, inventeur de l’appareil pour la fabrication de la glace par l’emploi du gaz ammoniac, fait présenter par M. Balard une nouvelle disposition de la pile à sulfate de cuivre qui dégage, dans des conditions écono-
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- miques, assez d’électricité pour produire une belle lumière électrique; il présente aussi un nouveau régulateur pour cette lumière.
- M. Balard rappelle d’abord les avantages et les inconvénients des machines employées, jusqu’à présent, pour atteindre ce résultat. Les machines magnéto-électriques qui fournissent l’électricité au meilleur marché possible sont volumineuses, d’un prix élevé, d’une installation chère, et sont propres surtout aux éclairages puissants et de longue durée, comme celui des phares.
- La pile de Grove, modifiée par Bunsen, est plus avantageuse pour les expériences des cours, des cabinets de physique et pour un éclairage de quelques heures seulement. Mais le dégagement des vapeurs nitreuses qu’elle cause est un inconvénient très-grave et, si on tient compte non-seulement de la consommation du zinc, mais aussi de celle de l’acide nitrique et de la perte de l’acide dilué sans valeur qu’elle laisse après son emploi, elle fait payer à un prix encore trop élevé l’électricité qu’elle dégage. Les piles à sulfate de cuivre ordinaires de MM. Becquerel, Daniel et autres ont une trop faible tension pour produire économiquement de la lumière électrique.
- Le nouvel appareil de M. Carré est une pile à sulfate de cuivre, d’une forme analogue à celle de Bunsen. Dans un vase de 0m,12 de diamètre et de 0m,60 de hauteur est un zinc, haut de 0m,55, porté sur un croisillon et isolé par lui de la boue métallique qui tombe au fond. Le diaphragme qui sépare les deux liquides est formé de papier parcheminé, ou, à défaut, d’un papier qui a été imprégné d’albumine, et ensuite porté à la température de 230 degrés. Ce papier est collé sur lui-même et sur un godet qui lui sert de pied et qui repose sur le croisillon placé au fond du vase. A l’intérieur du diaphragme, on place une carcasse cylindrique de même hauteur, formée de baguettes de bois, espacées de 3 à 4 millimètres, assemblées par le bas sur un fond de même matière et, au sommet, sur un cercle de cuivre, qui les réunit et qui reçoit le fil polaire extérieur. Un fil de cuivre, de 3/4 de millimètre, est tendu alternativement entre le cercle polaire collecteur, denté pour le recevoir, et les saillies du fond en bois. Ce fil entoure ainsi la carcasse d’un réseau présentant un développement considérable et sur lequel le dépôt de cuivre s’opère d’une manière régulière. A l’intérieur de la carcasse et sur toute la hauteur du diaphragme, on met des cristaux de sulfate de cuivre, qui forment une colonne divisée que le liquide intérieur baigne sur une large surface.
- Le meilleur liquide extérieur est une solution de sulfate de zinc à 18 degrés, acidulée à 1/500, qui fournit un courant à peu près constant d’électricité, tant que la densité est au-dessous de 40 degrés. Si on y ajoute un dixième d’une solution de sel ammoniac, le courant électrique devient plus intense.
- Cet élément a une tension moindre que celui de Bunsen, mais il a plus de régularité; dans les dimensions indiquées, il donne plus d’électricité qu’un élément de Bunsen de dimension moyenne, et peut fonctionner en donnant un courant constant jusqu’à usure complète du zinc, c’est-à-dire pendant 200 heures de travail effectif.
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- Il consomme environ 0k,009 à 0l,010 de zinc par heure. Son emploi est donc peu dispendieux, surtout quand on se rappelle que, dans un grand atelier, on pourrait reconstituer le sulfate de cuivre en reprenant les dépôts de cuivre et les attaquant par de l’acide sulfurique au contact de l’air.
- M. Carré présente aussi un régulateur de lumière électrique plus sensible que ceux qui sont ordinairement employés. La pièce essentielle de cet appareil est une traverse en fer doux, qui est munie, à ses deux extrémités, de deux segments elliptiques, développés sur deux arcs de 90 degrés et placés d’une manière symétrique et opposée. Cette pièce, suspendue par son centre de gravité, pivote entre les deux pôles de l’électro-aimant de manière à tourner de quantités variables, suivant la puissance de ce moteur et l’étendue de l’ellipse. Cette disposition profite de l’attraction de l’électro-aimant dans un sens plus favorable qu’on ne l’a fait jusqu’ici, et simplifie le mécanisme en augmentant beaucoup sa sensibilité.
- Les crayons de charbon ont aussi été améliorés par M. Carré: il leur a fait subir, une ébullition prolongée dans les solutions concentrées de certains sels, tels que ceux de potasse et de soude, et, en augmentant la conductibilité, il a fait cesser le bruit strident qui accompagne ce mode d’éclairage. D’autres sels ont coloré la lumière de nuances diverses, et l’acide borique, revêtant les crayons d’un vernis, a prolongé leur durée en empêchant qu’ils ne soient brûlés par l’oxygène de l’air.
- Les expériences faites devant la Société, avec cet appareil, montrent, en effet, que, avec 55 éléments, on obtient une très-belle lumière, sans bruit accessoire; elles montrent aussi que la pile fournirait encore une lumière brillante avec 22 éléments seulement.
- M. le Président remercie M. Balard de cette communication et charge le comité des arts économiques de faire un rapport sur les appareils électriques de M. Carré.
- Nominations de membres. — Sont nommés membres de la Société par un vote du Conseil :
- MM. Swoff, professeur, à Kharkoff; Lamy, professeur, à l’école centrale des arts et manufactures; Bergasse, négociant, à Marseille; Trouvé, ingénieur-électricien, à Paris; Boitai (Fabius), entrepreneur d’éclairage public; Tofflin (Louis), fabricant de tulle, à Caudry; Garnier (Jean-Claude), fabricant d’appareils pour éclairage au gaz, à Paris; Sacc, professeur, à Neuchâtel; Sautter, constructeur de phares, à Paris ; Durand-Claye, ingénieur des ponts et chaussées.
- Paris. — Imprimerie de madame veu>e BOLJÇIIAKD-HUZAiU), rue de l'Éperon, 5.
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- 67e ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. T0J1E XV.
- Juin 1868.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L'INDUSTRIE NATIONALE.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Victor Rois, au nom du comité des arts mécaniques, sur une petite machine a coudre a bon marché, présentée par M. Journaux-Leblond, quai Napoléon, 21, à Paris.
- Messieurs, M. Journaux-Leblond a déjà présenté à notre Société différents types de machines à coudre qui ont fait l’objet de plusieurs rapports insérés au Bulletin. Parmi ces rapports, il y a lieu de remarquer celui que notre excellent collègue, M. Alcan, a fait le 4 avril 1866, et dans lequel il a résumé, avec l’autorité que lui donnent ses connaissances spéciales, l’état de l’industrie des machines à coudre, les progrès de cette industrie, les services que ces appareils ont rendus et ceux qu’ils sont appelés à rendre (1). Il insistait, surtout, sur les modifications économiques dont ces machines pouvaient être l’objet, et qui, en les mettant à la portée de tout le monde, auraient pour but d’en hâter la propagation.
- C’est une de ces réalisations économiques dont j’ai à vous entretenir aujourd’hui.
- Le but deM. Journaux-Leblond a été de livrer au public une machine à coudre, au plus bas prix possible, en adoptant le plus petit modèle, en éco-
- (1J Voir Bulletin de 1866, 2e série, t. XIII, p. 133.
- Tome XV. — 67e année. 2e série. — Juin 1868.
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- ARTS MÉCANIQUES.
- nomisant les mouvements sans que la perfection des points de couture en soit altérée, puisqu’il a conservé les organes mêmes qui distinguent les inventions précédemment décrites et brevetées. Il a voulu que ses petites machines pussent faire, à volonté, le point de chaînette à un fd et le point noué à deux fils, par la simple substitution des crochets à œil et sans œil, et il a obtenu de très-bons résultats qui sont justifiés par le nombre relativement considérable de machines de ce système qu’il a vendues.
- La Société reconnaîtra l’intérêt qui s’attache à ce petit appareil, quand elle saura que son prix de vente est de^5fr., et que M. Journaux-Leblond en a déjà livré plus de cinq mille, de sorte que, quelque minimes que soient ses bénéfices, cette exploitation deviendra plus fructueuse pour lui que celle de ses autres modèles.
- Le petit appareil que nous examinons est une machine dite à forme élevée. Tout le bâti est en fonte, d’une seule pièce. Les organes se composent d’un arbre en fer étiré, tourné aux collets, portant un petit volant à manette animé d’un mouvement circulaire, et qui communique le mouvement alternatif du porte-aiguille-à l’aide d’un excentrique et d’une came; le pied-de-biche avance et maintient l’étoffe à l’aide d’une came et d’un ressort de rappel.
- Dans ces organes, malgré leur simplicité, on reconnaît toutes les propriétés dues aux machines du même inventeur. On y retrouve le buttoir qui règle à volonté la longueur du point de couture par l’avancement de l’étoffe ; le crochet articulé placé sous la plate-forme du bâti, mis en mouvement par une came et un levier, qui a été l’objet de tous les soins du constructeur, et qui a tous les caractères qui l’ont fait originairement remarquer comme remplaçant avantageusement l’ancienne aiguille horizontale ou à spirale employée dans les premières machines.
- En tournant une vis on règle à volonté la course du crochet pour la mettre en rapport avec la grosseur des aiguilles.
- En déplaçant la vis qui fixe le crochet au levier, on peut changer un crochet pour un autre et obtenir deux points de couture différents.
- On retrouve donc, dans la petite machine que nous examinons, tous les caractères des grandes machines de M. Journaux-Leblond, et la modicité du prix de revient de celle-ci ne s’explique que par la simplicité des assemblages, par l’emploi de la fonte malléable pour certaines pièces, et aussi par la fabrication économique de toutes les pièces à l’aide d’outils spéciaux.
- Cette petite machine peut se fixer sur la première table venue, et elle se meut à la main à l’aide d’une manette. Si on veut avoir une communication
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- de mouvement à laide d une pédale, il faut un bâti et une table spéciale; le prix de vente est alors de 50 fr. pour l’ensemble, et, dans ces conditions, elle fournit une longueur de couture correspondante à celle qui serait exécutée sur les grands modèles.
- Nous avons soumis cette petite machine à différentes épreuves de vitesse, et nous avons constaté quelle ne se dérangeait pas. Nous avons fait coudre différentes étoffes épaisses, et même du cuir de 1 millimètre d’épaisseur, et elle a résisté à toutes ces épreuves.
- Elle peut coudre, soit des objets plats, soit des objets en fourreau, comme une manche, par exemple, un bout de parement, des vêtements d’enfants, et, en général, tous les objets qui, cousus, présentent une circonférence limitée.
- On peut dire, aujourd’hui, que la machine à coudre est mise à la portée de tout le monde ; qu’à ce prix les riches peuvent la considérer comme un accessoire sans importance, et les pauvres comme une nécessité économique.
- Votre comité vous propose donc de remercier M. Journaux-Leblond de son intéressante communication, de reconnaître qu’il a réalisé un véritable progrès dans la fabrication des machines à coudre, et d’ordonner l’insertion du présent rapport au Bulletin de la Société, avec le dessin de sa machine.
- Signé Victor Bois, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 13 mars 1868.
- LÉGENDE DE LA PLANCHE 385 REPRÉSENTANT LA PETITE MACHINE A COUDRE DE M. JOURNAUX-LEBLOND.
- Fig. 1. Vue longitudinale de la machine dans la position qu’elle occupe lorsqu’on la fixe sur une table quelconque pour la manœuvrer à la main.
- Fig. 2. Autre vue longitudinale, montrant la machine fixée sur une table spéciale et se manœuvrant alors avec le pied.
- Fig. 3. Section horizontale partielle suivant la ligne I, II de la figure 1.
- Fig. 4. Vues dans deux plans différents du crochet à œil pour coudre avec deux fils.
- Fig. 5. Vue du crochet sans œil pour coudre avec un seul fil.
- AA', bâti en fonte (fig. 1), composé d’un socle portant, d’une part un bras re-
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- courbé A, et d’autre part une plate-forme A' sous laquelle sont logés les organes inférieurs de la machine; le bras, le socle et la plate-forme sont venus de fonte.
- B, arbre moteur en fer.
- C, petit volant à gorge, calé sur l’arbre B.
- D, manette servant à mettre la machine en mouvement.
- E, porte-aiguille animé d’un mouvement de va-et-vient vertical.
- E', écrou et vis servant à serrer l’aiguille et à l’assujettir en place.
- F, coulisse faisant corps avec le porte-aiguille, et commandé au moyen d’un bouton par l’excentrique G.
- G, excentrique fixé sur l’arbre moteur, et donnant le mouvement à la coulisse F du porte-aiguille.
- H, came commandant le mouvement du pied-de-biche I.
- I, pied-de-biche servant à maintenir et à faire progresser l’étoffe à chaque point fait par l’aiguille.
- J, ressort de rappel du pied-de-biche.
- K, levier pour relever le pied-de-biche dans la position qu’indique la figure 1, lorsqu’on ne travaille pas et qu’on veut retirer l’étoffe.
- L, vis buttoir servant à régler la longueur du point ; elle agit en repoussant plus ou moins le pied-de-biche que sollicite sans cesse une lame de ressort, afin d’augmenter ou de diminuer à volonté la course intermittente de l’étoffe.
- M, bobine du fil supérieur qui suit, avant d’arriver à l’aiguille, le parcours indiqué figure 1 ; cette bobine est enfilée librement sur une broche fixée au bâti, puis arrêtée par une vis qui la surmonte et maintenue en dessous contre cette vis par un ressort à boudin enveloppant la broche ; cette disposition a pour but d’empêcher la bobine de se mouvoir dans le sens vertical et de lui permettre, par conséquent, de céder facilement à la traction du fil.
- N, crochet articulé, placé sous la plate-forme A' du bâti (fig. 3 et 4) ; il est composé de trois branches, dont l’une en plan a une forme en patte de lièvre, portant un œil dans lequel passe le fil de la bobine inférieure.
- O, centre d’articulation du crochet N.
- P, vis buttoir réglant l’amplitude d’articulation du crochet, suivant la grosseur de l’aiguille ; cette vis, dont la tête est noyée dans l’épaisseur de la paroi verticale de la plate-forme A' (fig. 1), se manœuvre du dehors.
- L’ouverture par laquelle on aperçoit le crochet et la vis buttoir (fig. 3) est fermée, pendant le travail de la machine, par une petite plaque à coulisse munie d’une ouverture destinée à laisser passer l’aiguille chaque fois qu’elle descend pour faire le point.
- Q, levier horizontal placé sous la plate-forme où est fixé son centre de rotation (fig. 3), et sur l’extrémité antérieure duquel est monté le crochet articulé N ; une lame
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- de ressort tend constamment à repousser ce levier ainsi que le crochet loin de la vis buttoir P.
- R, levier vertical (fig. 1 et 2), s’articulant sur le bras A du bâti et recevant dans un plan vertical perpendiculaire à l’arbre B un mouvement d’oscillation, à l’aide duquel il fait mouvoir le levier Q et le crochet articulé N pour les rapprocher de la vis buttoir P.
- Il résulte de cette disposition que, lorsque le levier R pousse le levier Q, celui-ci amène le crochet N contre le buttoir P au moment où l’aiguille vient de descendre (c’est la position qu’indique la figure 3) ; puis l’action du levier R continuant, comme le crochet ne peut aller plus loin, il tourne sur son centre d’articulation 0 et fait décrire à la branche où passe le fil inférieur un petit mouvement giratoire autour de l’aiguille et dirigé vers le buttoir. Un petit ressort ramène le crochet à sa position normale quand le levier Q revient en place.
- S, came calée sur l’arbre B (fig. 1 et 2) près du volant, et commandant le mouvement du levier vertical R.
- T, bobine du fil inférieur.
- U, vis de pression placée sur la plate-forme et servant, comme dans toutes les machines à coudre, à fixer les guides additionnels à l’aide desquels on accomplit différents genres de travaux.
- Le point que fait cette machine étant le double point de chaînette, nous renverrons pour de plus amples explications à la description que nous en avons déjà donnée dans 1 b Bulletin à propos de la machine américaine de Grover et Baker (voir 2e série, t. VIII, 1861, p. 164).
- Lorsqu’on ne veut coudre qu’avec un seul fil, c’est-à-dire faire le point de chaînette simple, on remplace le crochet articulé N (fig. 3 et 4) par le crochet indiqué figure 5, qui ne porte pas d’œil comme le précédent et dont la fonction consiste seulement à faire la boucle du fil de l’aiguille.
- V (fig. 1), étau à vis de pression, à l’aide duquel on fixe la machine sur une table quelconque lorsqu’on veut ne la manœuvrer qu’à la main.
- Lorsqu’on veut, au contraire, travailler avec le pied, la machine est montée, comme l’indique la figure 2, sur une table spéciale composée d’un trépied en fonte surmonté d’une tablette de bois ; en outre, il y a les organes additionnels suivants :
- W, volant calé sur un arbre tenant au pied de la table.
- X, poulie calée sur l’axe du volant et commandant, au moyen d’une courroie, la poulie C.
- Y, pédale commandant le volant W au moyen d’une bielle et d’une manivelle.
- (M.)
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- Rapport fait par M. Moll, au nom du comité d* agriculture, sur un ouvrage intitulé : les engrais perdus dans les campagnes, de M. de Lagarde.
- Messieurs, un agriculteur delà commune d’Usseau (Vienne), M. de Lagarde, a adressé à la Société un ouvrage dont le titre seul suffisait pour appeler l’attention, et provoquer un vif intérêt de la part de tout homme qui prend à cœur le bien du pays : Les engrais perdus dans les campagnes, et, entre parenthèses, Deux milliards par an, tel est ce titre.
- Lors même qu’il y aurait une petite exagération dans ce chiffre, ce qui, du reste, n’est pas démontré, le fait en lui-même n’est que trop constant; il se perd en France, annuellement, une masse énorme de matières qui pourraient servir à fertiliser le sol, et qui, abandonnées 'a elles-mêmes dans les cours, sur les chemins, dans les fossés et les mares, s’y décomposent et vont infecter l’air et les eaux.
- Il est à remarquer qu’en France c’est moins le façonnage du sol, et même moins l’art des assolements que l’art de la production de la récolte, de l’aménagement et du bon emploi des engrais qui laisse à désirer. C’est là, surtout, ce qui établit la différence entre les contrées avancées comme le Nord, et les contrées arriérées comme le Centre.
- L’auteur n’a rien donné de neuf, mais il a puisé à de très-bonnes sources, et il a eu le talent de présenter, d’une manière sommaire, claire et tout à fait pratique, les données répandues dans les bons ouvrages agronomiques, en les appliquant au but spécial qu’il s’est proposé : Faire recueillir et employer toutes les matières fertilisantes dont le cultivateur peut disposer.
- L’auteur, naturellement, s’occupe, en premier lieu, de l’engrais humain, cette matière si dédaignée, si repoussée, non-seulement dans les villes, mais même dans les campagnes de la majeure partie de la France. En partant de données habilement recueillies, il arrive à ce résultat bien constant, c’est que, même en admettant que l’engrais humain est un engrais incomplet, la population rurale française laisse annuellement perdre pour une somme énorme de cet engrais.
- En homme pratique, M. de Lagarde a su choisir, parmi les méthodes pro-
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- posées pour la conservation et l’emploi de cette matière, celles qui sont les plus simples et qui répugnent le moins aux habitants des campagnes.
- Il passe ensuite à l’utilisation des animaux morts, question plus importante encore au point de vue de la salubrité qu’au point de vue de la fertilisation des terres; on n’ignore pas, en effet, que, par suite d’une répugnance absurde, les animaux qui meurent d’accident ou de maladie dans les campagnes sont transportés au loin, abandonnés sur des terrains vagues, oii ils pourrissent quand ils n’y sont pas mangés par les chiens, les loups ou les corbeaux, qui, dans cette circonstance, réparent les bévues du campagnard, en empêchant que la valeur qu’il perd ainsi ne devienne pour lui une cause de maladie et de mort.
- Là encore, il a su choisir les méthodes les plus simples et les moins coûteuses pour la préparation de l’excellent engrais que l’on peut faire avec ces matières.
- Il aborde ensuite la question des fumiers d’étable, et, après avoir démontré l’énorme valeur qui se perd annuellement par suite des mauvais emplacements donnés aux tas de fumier, il fournit d’excellentes indications pour l’établissement de prairies permanentes placées en contre-bas de la ferme, et même de champs en pente où seraient utilisées toutes les eaux qui s’écoulent des cours, des abords de la ferme et des terres.
- Il indique encore plusieurs matières fertilisantes, entre autres les champignons vénéneux, si abondants sur plusieurs points et avec lesquels la petite culture pourrait se procurer bien économiquement la base d’un excellent engrais. Enfin il appelle l’attention sur une plante qui croît précisément en abondance dans les contrées les plus pauvres d’engrais, les plus déshéritées, le Centre et l’Ouest, plante qui, par sa composition seule, forme déjà un véritable engrais : il s’agit du grand ajonc, dont il indique plusieurs modes d’emploi.
- Il y a certainement quelques lacunes, peut-être même quelques exagérations, dans ce petit livre ; mais, tel qu’il est, c’est sans contredit un des ouvrages les plus utiles que l’on puisse répandre dans les campagnes, et notamment donner comme livre de lecture dans les écoles de villages; et puisque l’auteur, avec cette modestie qui accompagne toujours le véritable talent, appelle les conseils de ses confrères, conseillons-lui, quand il s’occupera de la troisième édition, de lire et de méditer le travail sans contredit le meilleur, le plus remarquable qui ait été fait jusqu’à ce jour sur ce sujet, le rapport de notre savant Président sur les engrais industriels.
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- CHEMINS DE FER.
- Le comité d’agriculture a l’honneur de vous proposer de remercier l’auteur et d’insérer le présent rapport dans votre Bulletin.
- Signé Moll, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 8 mai 1868.
- CHEMINS DE FER.
- Rapport fait par M. Victor Bois, au nom du comité des arts mécaniques, sur un plan incliné, conçu et exécuté par M. Roux, entrepreneur de travaux publics, rue de Boulogne, 1, à Paris.
- Messieurs, je suis chargé, par votre comité des arts mécaniques, de vous rendre compte d’un ingénieux appareil, imaginé par M. Roux, et qui fonctionne sur un plan incliné destiné à l’exploitation d’une balastière sur le chemin de fer de Villeneuve-Saint-Georges à Montargis.
- M. Roux n’est pas un inconnu pour notre Société, dont il est membre ; il est l’enfant de ses œuvres, il a commencé par être dessinateur et conducteur de travaux sous les ordres de M. Minard, ingénieur en chef, inspecteur général à l’École des ponts et chaussées, dont il est devenu le secrétaire.
- En 1831, la Société d’encouragement a décerné à M. Roux une médaille d’argent pour un mémoire sur les machines à vapeur.
- De 18-47 à 1860, il a été chef du service central de la voie au chemin de fer de Paris à Lyon, et en cette qualité il a fait les études des gares et stations. Il a établi les systèmes de changements de voie de son invention, et il a imaginé une disposition d’arrêt mobile approuvé par la Commission du contrôle des chemins de fer, et installé sur toutes les lignes par ordre de cette Commission.
- En 1858, la Société d’encouragement lui décernait une médaille d’argent sur le rapport de notre excellent collègue M. Baude, inspecteur général des ponts et chaussées, pour son système de changement de voie.
- Depuis 1860, M. Roux est devenu entrepreneur de travaux publics. Il a fait le balastage sur les lignes du Bourbonnais, ainsi que certains terrassements et ouvrages d’art, tant sur cette ligne que sur le chemin de fer de l’Ouest.
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- CHEMINS DE FEIl.
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- Dans sa carrière déjà longue, M. Roux a eu bien des difficultés à vaincre, bien des problèmes à résoudre, et c’est la solution de l’un de ces problèmes que nous avons la mission de vous faire connaître. Il en a exposé un spécimen à l’Exposition universelle de 1867 dans la classe 65, et le Jury lui a décerné une mention honorable.
- M. Roux avait à monter du balast sur la partie du chemin de fer comprise entre Maisse et Puiseaux (Villeneuve-Saint-Georges à Montargis); la balastière était située à 20 mètres en contre-bas de la plate-forme de la ligne; on ne pouvait pas racheter cette hauteur au moyen du développement des voies parce qu’on ne pouvait pas les établir sur des terrains marécageux; on était pressé, il fallait fournir le plus grand cube possible de balast à des locomotives qui pouvaient en transporter jusqu’à 1,000 mètres cubes par jour, et, pour ne pas interrompre le service du balastage de la voie, il fallait que la balastière pût fournir, sans arrêt, sans interruption, d’une manière continue et, autant que possible, d’une manière uniforme, tout le balast que pouvaient transporter les locomotives, afin d’utiliser convenablement les frais de traction.
- Pour résoudre ces différentes difficultés, M. Roux a appliqué le système, bien connu, d’un plan incliné,qui est en même temps une sprte de plan automoteur, mais dans des conditions particulières qui méritent d’être expliquées. La longueur de ce plan incliné est de 80 mètres ; la hauteur à gravir étant de 20 mètres, la pente par mètre est de 0ra,25.
- Qu’on imagine une chaîne sans fin enroulée sur une roue à empreintes, établie au sommet du plan, laquelle est commandée et animée d’un mouvement de rotation par des machines fixes ou locomobiles ; sur les empreintes de cette roue viennent se loger les maillons de la chaîne; celle-ci descend, s’enroule sur une poulie qui est à la partie inférieure à portée de la sablière et remonte jusqu’à la roue à empreintes. Les waggons pleins montent, les waggons vides descendent, ce qui, par parenthèse, est précisément le contraire de la manœuvre des plans purement automoteurs, et la vitesse est réglée par la marche des machines motrices qui impriment un mouvement circulaire continu à la roue à empreintes. La vitesse de ce mouvement est de 0m,30 par seconde ; elle est uniforme sur tous les points de la chaîne, et on se trouve ainsi en possession d’une branche qui monte et d’une branche qui descend incessamment, également, uniformément. Il s’agissait maintenant de trouver un moyen d’accrochage et de décrochage des waggons sans arrêter la chaîne et sans causer aucune perte de temps. C’est ici qu’est la partie la plus ingénieuse du système de M. Roux. Il place, à l’arrière de chaque waggon,
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- une traverse aux deux extrémités de laquelle, à droite et à gauche, c’est-à-dire pour la descente et pour la remonte, est fixé un sabot en fer qui affecte la forme d*un vigoureux pied-de-biche à angles arrondis, et qui dépasse la partie latérale.
- On emploie, dans le touage, des dispositions analogues, de même qu’on y emploie des roues à empreintes.
- La chaîne, par l’un quelconque de ses maillons verticaux, entre dans l’encoche ou le vide de ce pied-de-biche; mais, dès qu’elle y est engagée, elle ne peut plus en sortir ; et elle entraîne dans son mouvement le waggon ainsi accroché dès qu’il est accosté.
- Par suite, la manœuvre se fait de la manière suivante : les waggons sont en charge à la balastière ; à mesure qu’ils sont chargés, ils sont amenés par des chevaux au pied du plan incliné ; là un ouvrier armé d’une corde de 15 mètres, qu’on appelle corde auxiliaire, terminée, à ses deux extrémités, par deux crochets, met le waggon à monter en communication avec la chaîne animée de son mouvement uniforme ; le waggon est ainsi amené sans peine à l’origine du plan incliné, et, dès qu’il arrive sous la chaîne, celle-ci, qui s’abaisse en affectant la forme du polygone funiculaire, entre dans le pied-de-biche et entraîne dans son mouvement ascensionnel le waggon, ainsi mis en connexion avec elle; en ce moment la corde de secours est subitement détachée de la chaîne et du waggon par l’ouvrier qui l’avait accrochée. A ce premier waggon succède un autre, puis un troisième, et la chaîne, qui conserve son mouvement uniforme et continu, se trouve chargée, de distance en distance, d’une sorte de chapelet de plusieurs waggons attelés, participant à son mouvement ascensionnel. Le décrochage se fait encore plus simplement, s’il est possible. Au moment où le waggon arrive au sommet du plan incliné, la chaîne se soulève d’elle-même en tournant avec la roue à empreintes, qui est placée à 3 mètres environ au-dessus du sol, et, automatiquement, par le fait seul du soulèvement de la chaîne, le waggon est abandonné à lui-même; il continue sa marche en vertu de la vitesse acquise sur une partie légèrement en pente, puis on le conduit avec des chevaux au train qui doit former une rame de waggons, et celte rame, dès qu’elle est formée, est remorquée par une locomotive.
- Quant à la descente des waggons vides, elle se fait d’après le même procédé. On amène chacun d’eux sur la plate-forme horizontale du sommet et on le pousse sur la pente, jusqu’à ce qu’il ait été atteint par la chaîne accrochant son pied-de-biche, et il participe ainsi au mouvement de descente
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- uniforme de la chaîne, sans aucune accélération, les waggons descendants venant seulement en aide au montage des waggons pleins.
- Ces manœuvres, si simples quand une fois elles sont trouvées, ont été sans doute l’objet de sérieuses études de la part de M. Roux, qui n’a négligé aucun détail, aucune précaution pour rendre son système aussi parfait que possible, et pour résoudre ce difficile problème d’assurer tous les services d’extraction et de transport de balast en gravissant une hauteur de 20 mètres.
- Ainsi la chaîne repose toujours sur des galets quand elle ne s’appuie pas sur les waggons, et on transforme ainsi le frottement de glissement en frottement de roulement.
- Pour conserver une sorte de parallélisme, dès qu’un waggon est accosté, on a ménagé sur chacun d’eux, en avant, un support, une sorte d’armature qui, en assurant l’horizontalité de la chaîne, appuie le poids de celle-ci sur le waggon lui-même et augmente, par suite, l’adhérence des roues sur les rails.
- Sans doute, cette traction, suivant un des angles du waggon, tend à faire tourner celui-ci sur une de ses diagonales, mais les déraillements sont très-rares ; pour en éviter les dangers, une voie de garage, dite voie de sûreté, est ménagée au bas du plan incliné, l’aiguille toujours ouverte du côté de la rampe, de sorte que si l’un des waggons quittait la chaîne, au lieu de descendre sur la ligne principale et de blesser les hommes d’équipe, ce waggon irait sur la voie de sûreté et s’arrêterait bientôt contre un buttoir.
- A la partie inférieure, le châssis qui supporte la poulie peut être mis en mouvement par une vis de rappel, soit en avant, soit en arrière, pour obvier aux effets de contraction ou de dilatation dus aux changements atmosphériques. On voit de suite combien tous les détails de cet appareil ont été soignés. Il a, de plus, la sanction de l’expérience, puisqu’il est en fonctions depuis plus de six mois et qu’il a servi à monter à cette hauteur de 20 mètres près de 100,000 mètres cubes de balast.
- Avec deux machines locomobiles de 12 chevaux chacune, soit ensemble 24 chevaux , on peut monter des waggons contenant 5 mètres cubes de balast chacun, de manière qu’il en arrive un toutes les trois minutes environ; on pourrait donc amener en haut du plan incliné 100 mètres cubes de balast par heure et 1,000 mètres cubes dans une journée de dix heures.
- Les avantages du plan incliné imaginé par M. Roux sont, en résumé, les suivants :
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- 1° Facilité d’accrochage et de décrochage sans arrêt de la chaîne et, par suite, sans perte de temps ;
- T Indépendance entre le nombre des waggons pleins et le nombre des waggons vides, ceux-ci facilitant cependant le montage de ceux-là, sans qu’ils soient obligés de s’attendre les uns les autres ;
- 3° Régularité, uniformité du mouvement sans que cependant les waggons soient nécessairement placés à la même distance, soit à la descente, soit à la remonte ;
- 4° Enfin sécurité au moyen de la voie de garage dont nous avons parlé.
- Ajoutons enfin que M. Roux, qui aurait pu s’assurer, par un brevet, le droit privatif de l’exploitation de ses avantageuses inventions, les a exploitées et exposées, et qu’il réclame, dans l’intérêt de tous, la publicité que vous avez l’habitude de donner aux dispositions industrielles qui méritent votre faveur.
- Nous vous proposons donc de remercier M. Roux de son intéressante communication, de le féliciter de la carrière laborieuse et utile qu’il a si bien remplie, et d’ordonner que le présent rapport, avec des croquis explicatifs et notamment le dessin du sabot d’accrochage, sera inséré dans le Bulletin de la Société.
- Signé Victor Bois, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 9 août 1867.
- LÉGENDE DE LA PLANCHE 386 REPRÉSENTANT LE PLAN INCLINÉ DE M.' ROUX.
- Fig. 1. Profil en long du plan incliné et des installations.
- Fig. 2. Plan correspondant à la figure 1.
- Fig. 3. Détail du système d’accrochage vu de profil.
- Fig. k. Vue du même système dans un plan perpendiculaire à celui de la figure 3. Fig. 5. Plan correspondant à la figure 3.
- Fig. 6. Détail de la poulie à empreintes et de l’engrenage qui la commande.
- Fig. 7. Autre vue de la même poulie dans un plan perpendiculaire à celui de la fi gure 6.
- A, chaîne sans fin glissant sur galets, et mise en mouvement par la poulie à empreintes que commandent les machines à vapeur.
- B, poulie horizontale, disposée en haut du plan incliné et dans la gorge de laquelle
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- sont des espèces de dents dites empreintes qui, saisissant la chaîne par ses maillons, en déterminent la traction (fig. 6 et 7).
- C, grande roue d’angle calée sur l’axe vertical de la poulie B, et transmettant au système le mouvement qu’il reçoit des machines à vapeur au moyen d’un pignon d’angle, d’un arbre de couche horizontal, de poulies et de courroies, dispositions qu’indiquent
- les figures 1 et 2.
- D, machines à vapeur représentant une force totale de 24 chevaux.
- E, poulie ordinaire recevant la chaîne au bas du plan incliné.
- F, châssis à coulisse portant la poulie E, et pouvant être tiré par une vis pour tendre la chaîne et remédier ainsi aux effets de la dilatation.
- G, waggons pleins circulant sur la voie montante et recevant 5 mètres cubes de balast.
- G', waggons pleins attendant l’accrochage pour monter.
- G7/, waggons pleins arrivés en haut du plan incliné et disposés pour former un train.
- H, waggons vides circulant sur la voie descendante.
- H', waggons vides attendant l’accrochage pour descendre.
- I, voie de garage dite voie de sûreté.
- J, buttoir placé à l’extrémité de la voie de garage.
- K, levier de manœuvre de l’aiguille de la voie de garage.
- L, traverse fixée à l’arrière de chaque waggon et le dépassant de chaque côté (fig. 3, 4 et 5).
- M, sabots ayant la forme d’un pied-de-biche, et fixés à droite et à gauche de la traverse L pour recevoir tantôt la chaîne montante et tantôt la chaîne descendante. La figure 4 indique bien que la chaîne peut, par un mouvement vertical, entrer dans le sabot ou en sortir librement, mais que, dans le sens de la traction, lorsqu’elle est entrée dans le sabot, elle entraîne forcément avec elle le waggon.
- N, corde de secours (fig. 1 et 2) qu’on accroche, d’ürîe part, à la chaîne et, d’autre
- part, aux waggons qui viennent d’être remplis à la carrière ; elle sert à entraîner chacun de ces waggons sur la voie montante, et se décroche dès que la chaîne est entrée dans le pied-de-biche. , (M.)
- MINES.
- NOTE SUR LES MINERAIS DE FER DE LA GRANDE-BRETAGNE, PAR M. ROBERT HUNT.
- En 1866, plus de 10 millions de tonnes de minerais de fer ont été traitées, en Angleterre, dans 613 hauts-fourneaux, et ont fourni 4 millions et demi environ de tonnes de fonte. Le rôle important que jouent ces minerais, à ne les considérer sim-
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- MINES.
- m
- plement que comme la source d’où nous tirons le métal qui nous sert à fabriquer l’immense variété de nos machines et outils, de nos rails, nos plaques de blindage, et nos instruments tranchants de toutes sortes, ne rendra pas inutile l’étude que nous nous proposons de faire de leurs gisements.
- Le fer est disséminé dans toutes les roches ; dans presque chaque formation géologique, on le rencontre à des états d’agrégation divers, jouant souvent un rôle très-important qui détermine le caractère de toute la masse. Il est de fait que la présence simultanée de ce métal dans les trois règnes de la nature fait supposer qu’il remplit quelque fonction spéciale qui, sans être encore bien définie, n’en accuse pas moins une importance égale dans les matières organiques et inorganiques. Nous n’avons pas, cependant, l’intention d’embrasser, dans cette simple note, un cadre aussi vaste ; nous ne voulons considérer le fer que dans le règne minéral et examiner les conditions particulières dans lesquelles on trouve quelques-unes des variétés de son minerai; nous voulons, enfin, discuter les phénomènes qui ont probablement concouru à la formation de plusieurs de nos gisements, qu’il s’agisse de concrétions nodulaires interposées au milieu de nos couches de houille ou de minerais cristallisés constituant des filons dans les roches anciennes, ou bien encore de dépôts sédimentaires occupant une large surface à des étages très-divers de la formation géologique.
- Yoici l’énumération des différentes variétés de minerais de fer extraites et employées en Angleterre avec la teneur centésimale de métal de chacune d’elles, et les proportions dans lesquelles le traitement en est fait dans nos hauts-fourneaux :
- Proportion centésimale de fer.
- Hématite rouge.................................. 65,13
- Oxyde magnétique................................. 56,10
- Hématite brune.................................. 41,40
- Id. (minerai oolithique).............. 35,60
- Minerais spathiques.............................. 40,95
- Minerai dit Black band........................... 37,08
- Minerais argileux. .............................. 30,68
- Teneur moyenne sur des quantités égales de tous les minerais............................... 47,30
- Emploi
- proportionnel*
- 15 p. 100. 2 —
- 13 —
- 26 —
- 2 —
- 42 —
- 100 —
- Classer les minerais dont nous nous occupons, d’après leur mode de gisement, eût été la méthode la plus rationnelle; mais, au début, nous avons immédiatement reconnu la difficulté de trouver des variétés semblables de veines, de filons ou même de dépôts sédimentaires, en sorte que nous avons dû renoncer à un pareil classement.
- Les minerais qui appartiennent aux formations les plus anciennes sont, sans aucun doute, ces oxydes de fer qu’on rencontre en veines ou en filons dans les roches schis-
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- teuses et granitiques, comme dans le Cornouailles, le Devonshire, le pays de Galles et en Écosse. En général, ces filons n’ont pas assez d’importance pour être exploités avec fruit. Cependant il en existe un à Restormel, près de Lostwithiel, dans le Cornouailles, qui a été exploité pendant plusieurs années, et qui fournit encore des quantités importantes de minerai ; on doit également en citer un autre dans le même comté, près de Saint-Austell, lequel a une importance assez remarquable.
- A Hennock-sur-Dartmoor, on rencontre également un filon de fer micacé très-important; mais, dans ces derniers temps, on n’y a pas fait de travaux. Tous ces filons résultent, évidemment, de l’agrégation de particules ferrugineuses, qui, souvent sous l’influence de l’action cristallogénique, se sont séparées mécaniquement des eaux tenant le fer en solution, et se sont infiltrées dans les fissures de la roche peu de temps après leur formation.
- Minerais de fer magnétiques.—L’oxyde de fer magnétique ou magnétite est un composé de sesquioxyde et de protoxyde de fer, renfermant ordinairement du manganèse et parfois de l’étain. On en trouve plusieurs filons dans l’ouest de l’Angleterre, entre autres près de Penryn et près de Saint-Austell, où quelques travaux de peu d’importance ont été entrepris. Près des rochers de Haytor-sur-Dartmoor, il existe un gisement beaucoup plus important ; mais il est difficile de déterminer, d’une manière satisfaisante, s’il constitue une série de veines ou découches interstratifiées dans les masses schisteuses de porphyre dioritique. A quelques milles plus loin, à Brent, on voitl’oxyde magnétique recouvrant, en quelque sorte, comme une écaille, une immense bosse de roche trappéenne. Dans presque tous les cas, ce minerai est associé à quelque roche ignée ou en est le très-proche voisin, circonstance à laquelle doit être attribué, sans doute, son caractère magnétique. Cette circonstance a la même influence sur le minerai de fer carbonaté ou fer spathique ; en effet, si on le soumet à une certaine température, on le convertit en oxyde magnétique, opération à laquelle se livrent certaines usines pour fabriquer un enduit coloré qui a la propriété de préserver de l’action atmosphérique les objets qui en sont recouverts.
- Un curieux dépôt de minerai de fer magnétique a été découvert à Rosedale, dans le comté d’York ; c’est dans une carrière située sur le flanc sud-ouest de la vallée, à 1 mille environ au sud de l’abbaye de Rosedale, que les premières traces de ce dépôt ont été rencontrées. La carrière ouverte, on vit une masse confuse de fragments de roche ferrugineuse qui accusaient une forme ellipsoïdale, et avaient souvent un diamètre de 3 ou h pieds (0m,90 à lm,20). L’intérieur de ces fragments avait un aspect bleuâtre et renfermait du minerai oolithique de teinte foncée, recouvert parfois d’une croûte sablonneuse plus ou moins consistante ; allant du centre à la circonférence, la teinte devenait plus pâle et était recoupée par des zones d’un brun rougeâtre. Ces phénomènes n’existaient pas sur les points où le minerai de fer était recouvert par d’autres couches, et, quant à la propriété magnétique, on a reconnu qu’elle était plus intense partout où la masse avait le plus d’épaisseur. Ces circon-
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- stances tendent à démontrer que ce dépôt a été, à une certaine époque, à l’état de carbonate de protoxyde de fer, ne différant pas beaucoup de celui des collines de
- Cleveland, et qu’il a été transformé, plus tard, en magnétite sous l’influence de certains agents, parmi lesquels il n’est pas dit que la chaleur ait dû, nécessairement, jouer le principal rôle.
- Le minerai que nous venons de citer ressemble particulièrement à l’hydrate d’oxyde de fer magnétique, qu’on peut obtenir d’une solution aqueuse par précipitation. Les figures 1 et 2 donnent une idée de cette curieuse formation ; la première coupe a été tracée par M. Nicholas Wood, et la seconde par M. Bewick, qui Fig. 1. a dit : « Le minerai de Rosedale ne constitue qu’un
- « dyke volcanique, et non une couche, ainsi qu’on l’a « dit au début et que le pensent encore certaines personnes; il n’appartient pas « non plus, comme on l’a affirmé, à la veine principale qu’on exploite aujourd’hui à « Cleveland et Grosmont. »
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- On a trouvé de l’oxyde magnétique dans les comtés de Banff et d’Aberdeen, ainsi qu’aux îles Shetland et aux Hébrides ; on en rencontre également à Antrim, à Wicklow, et principalement dans la région montagneuse de Mourne.
- Hématite rouge. — Ce précieux minerai, qui n’est autre que du sesquioxyde de fer hydraté, se rencontre à Furness, près d’Ulverston et près de Whitehaven ; il mérite toute notre attention. Dans cette dernière localité on le trouve, ainsi que l’indique la figure 3, au milieu du calcaire carbonifère et dans la meulière (qu’on
- nomme, sur les lieux, whirlstone). A Todholes, où ce minerai a été exploité à ciel ouvert, il y en avait une couche de 20 pieds (6 mètres) ; mais cette épaisseur n’est rien en comparaison de celle qu’on a rencontrée aux mines du Parc, où l’hématite n’accusait pas moins de 70 pieds (21 mètres).
- L hématite d’Ulverston diffère des variétés de Whitehaven sous le rapport de sa constitution physique. On en trouve là qui a la même compacité que le minerai de
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- Cumberland, ce qui lui vaut la désignation de blast ore (minerai exploitable à la poudre) ; mais celui qu’on y rencontre le plus souvent est un minerai micacé, dont la structure moins compacte est produite par la réunion de lamelles excessivement fines.
- Dans le district de Whitehaven, le minerai existe au milieu du calcaire, dans des espaces caverneux dont la formation, antérieure évidemment au dépôt métallique, est probablement due à l’action des eaux chargées d’acide carbonique qui auront entraîné, par voie de dissolution, une certaine portion de la roche calcaire.
- Dans la région de Low Furness, à Rickett Hills et à Mousell, l’hématite forme des dépôts lacustres ayant la forme de vastes plats (dish-shaped), de 50 à 60 yards de large (45m,70 à 5im,80) sur 18 à 20 pieds d’épaisseur (5m,i0 à 6 mètres). A Roanhead, le minerai forme deux espèces de bassins, qui sont quelque peu reliés l’un à l’autre,
- mais qui, cependant, n’ont rien du caractère du filon métallique ; ils sont généralement recouverts par du sable marin, au-dessus duquel on trouve souvent de l’argile plastique.
- A Stainton, où l’on exploitait de l’hématite à ciel ouvert, on crut, pendant un certain temps, à l’existence d’un filon, mais en poursuivant les travaux on vit qu’on s’était trompé. La figure h représente une section de l’excavation, qui fut poussée jusqu’à la profondeur de 60 yards (5km,80). L’arcade en pierre qu’on remarque sur cette figure avait été construite pour soutenir les parois de l’excavation, au cas où l’approfondissement aurait été poussé loin comme on le supposait; mais on ne tarda pas à rencontrer une couche d’argile, sous laquelle on ne trouva plus trace de minerai.
- Hématite brune. — La forêt de Dean peut être considérée comme le gisement d’hématite brune le plus important ; elle en fournit, annuellement, environ 150,000 tonnes. Le minerai extrait est classé dans le commerce en trois catégories d’inégale richesse : celui qu’on nomme Brush Ore, et qui contient 90 pour 100 de sesquioxyde de fer, le Smith Mine, qui en renferme 89, et le Clod ou Grey Vein, dont la teneur n’est plus que de 50 pour 100. Les circonstances qui accompagnent la formation de ce gisement ont beaucoup d’analogie avec celles qui se rapportent à l’hématite rouge de Whitehaven. Cette formation est recouverte immédiatement par le calcaire désigné sous le nom de Whitehead limestone, dont les couches, régulièrement stratifiées, sont parfois très-cristallines et sillonnées par places d’innombrables petites lignes de cassure provenant, sans doute, d’un phénomène de contraction subie par toute la masse lorsqu’elle s’est solidifiée. Les travaux d’exploitation existant dans la forêt de Dean sont considérables ; il est des points où le gisement d’hématite n’a pas moins de 25 yards d’épaisseur (22m,80).
- Tome XV. — 67e année. 2e série. — Juin 1868.
- PLATEFORME
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- S ltfÜjji'
- Fig. 4.
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- Récemment, on a commencé à exploiter, dans le Glamorganshire, plusieurs gisements d’hématite de quelque importance, parmi lesquels celui de Llantrissant, dont le minerai paraît avoir été traité il y a déjà deux siècles, car, autour de la mine principale qui a nom Mwyndy, on trouve encore des scories et des fragments de charbon de bois. Ce minerai, que se partagent aujourd’hui deux compagnies [The Mwyndy iron ore company et The Bute Hœmatite company), se présente dans des conditions de gisement analogues à celles que nous avons relatées ci-dessus, et, sous ce rapport, il ne semble pas différer de celui de la forêt de Dean. Il apparaît immédiatement au voisinage des affleurements du sud de la région méridionale du bassin houiller du pays de Galles, Entre les couches de charbon, au sud du village de Llantrissant, et les dépôts de minerai, de fer, apparaît le terrain permien, représenté plus spécialement par de larges masses de conglomérats. La figure 5 montre le conglomérat et les roches schisteuses reposant sur la formation calcaire constituant ici la limite du bassin houiller des Galles du Sud. Sous le conglomérat et le schiste houiller qui se trouve parsemé de quelques petites veines de charbon, le minerai de fer repose sur les contours relevés du calcaire, ainsi que dans les fissures de la roche. On a cru, pendant un certain
- temps, qu’on ne le trouverait que sur ce point, mais une découverte récente a démontré qu’il pouvait plonger, tout à coup, dans la masse même de la roche. Alors, comme on le voit (fig. 6) dans la section d’Ulverston, le dépôt de minerai descendant verticalement peut disparaître tout à coup, ou bien se prolonger et remplir une vaste poche située plus bas. Au voisinage immédiat de ce dépôt, on a rencontré une petite bande de nodules de fer argilacé. .
- A Frampton Cotterel, dans le terrain houiller de Bristol, on trouve l’hématite brune au milieu du grès de Pennant. Ce dépôt de minerai, qui existe dans une grande faille, s’est évidemment formé dans des conditions analogues à celles des dépôts qui existent dans le calcaire.
- L’hématite brune existe également dans le Cornouailles et le Devonshire. Près de Saint-Austell, dans le premier comté, et près de Brixham et Newton Abbot, dans le second, on en exploite avec succès certains gisements. Dans les environs de Cheadle, à Froghall (nord du Staffordshire), il y a également une exploitation fructueuse, et l’hématite calcaire qu’elle fournit est largement employée dans les hauts-fourneaux
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- clé ce district. Le minerai de cette exploitation, qu’on trouve à la base des couches de houille, semble devoir être considéré comme un calcaire ferrugineux ayant subi une profonde altération.
- L’hématite brune du terrain oolithique peut être considérée comme un sesquioxyde de fer hydraté ; celle des comtés de Northampton et de Lincoln en offre surtout un exemple qui, avec de légères variations, se continue dans les comtés environnants.
- Minerais de fer spathique, carbonate de fer. — On Sait que cette espèce de minerai est celui qu’on emploie, depuis longtemps, pour la fabrication des fers aciéreux si renommés de Siegen, de Styrie et de Carinthie ; aussi en a-t-on cherché des gisements en Angleterre.
- M. Charles Atwood nous a donné des renseignements précieux sur ceux qu’on trouve à Weardale. D’après lui, ces dépôts ont été, dans le principe, des carbonates plus ou moins purs, qui ont ensuite passé à l’état d’oxydes et d’hydrates sous l’action combinée de l’eau et de l’air atmosphérique. On trouve là, dans toutes les directions, des spécimens des différentes phases de transformation par lesquelles a passé le minerai; on voit aussi, çà et là, de nombreux témoins attestant que, pendant que les carbonates passent plus ou moins rapidement à l’état d’hydrates, de nouveaux dépôts de carbonates sont en voie de formation continuelle dans les fissures de la roche et sur les parois des plus anciennes galeries d’exploitation. A cet égard, M. W. Smith dit que, « lorsque l’on considère la formation successive des différentes variétés de « minerai qui sont venues remplir les veines qui constituent ce gisement, on constate, « d’une manière évidente, que le 1er carbonaté est venu en dernier. Sur certains « points, on le voit enveloppant, à l’état de croûte cristalline, des cristaux antérieu-« rement formés de spath-fluor et de galène ; la direction particulière qu’affectent les « surfaces enveloppées n’est pas moins digne de remarque, et n’en rend que plus in-« téressante l’étude de ces curieux phénomènes, encore si obscurs pour nous. »
- Outre les minerais spathiques de Weardale, on doit citer ceux cl’Exmoor, ainsi que ceux qu’on exploite à Eisen Hill, près de Watchet, sur une étendue de près de 9 milles.
- A Perranzabulæ, sur la côte septentrionale du Cornouailles, il en existe un gisement plus remarquable encore, mais où l’on a fait, jusqu’ici, peu de travaux. A l’angle nord de la baie de Perran on peut voir, au milieu même de la falaise, les affleurements d’un fdon qui n’a pas moins de 100 pieds de large (30 mètres), et qui, suivi pendant plusieurs milles, a été attaqué en différentes places. Bien d’autres exemples pourraient être cités, mais ils ne sauraient trouver place dans une revue aussi rapide.
- Minerais de fer argileux du lias. — Les minerais du Cleveland offrent les spécimens les plus remarquables de cette classe. Leur abondance et l’importance des forges qui se sont établies tout autour font de cette région l’une des plus importantes de celles qui produisent le fer.
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- Ce gisement remarquable présente des affleurements qu’on peut suivre pendant
- plusieurs milles, le long des escarpements des collines de Cleveland, comme, par exemple, au dessus de la plaine qui s’étend entre Redcar et Middlesborough, où la couche atteint souvent jusqu’à 15 pieds d’épaisseur (im,50). Cette couche, d’un aspect tantôt vert et tantôt gris, est de structure oolithique, et contient en abondance les fossiles bien connus de l’argile marneuse, mais surtout des Belemnites et des Pecten œqui-Fig. 7. valvis.
- Les figures 7 et 8 sont un plan et une coupe du terrain qui renferme ce minerai, lequel se compose, en grande partie, de
- carbonate de protoxyde de fer. Tout semble démontrer que ce gisement, en se formant, a d’abord été à l’état de dépôt calcaire, contenant une grande quantité d’oxydes de fer et de matières organiques; ces oxydes et ces matières, en réagissant peu à peu et à la longue les uns sur les autres, auront donné lieu à la production d’un bicarbonate de fer soluble qui, s’infiltrant au travers de la masse calcaire, aura fait disparaître une portion considérable de carbonate de chaux pour laisser à sa place le carbonate de protoxyde de fer. (M.)
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- NOTE SUR L’INDUSTRIE DES ALLUMETTES CHIMIQUES, PAR M. IIENRt PELIGOT (1). (Extrait des Mémoires de la Société des ingénieurs civils.)
- Appelé à examiner les produits envoyés par les fabricants d'allumettes à l’Exposition universelle de 18G7, nous avons rencontré dans cette étude des faits extrême-
- (1) Pour la partie historique de ce travail, nous avons puisé principalement dans le rapport fait
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- ment intéressants, que nous croyons assez peu connus pour mériter de faire Tobjet d’une note que la Société pourrait entendre avec quelque intérêt.
- Nous nous proposons donc, dans ce travail, de rappeler d’abord, aussi rapidement que possible, l’histoire de la fabrication des allumettes, pour arriver ensuite aux conditions actuelles de cette industrie, dont nous avouons n’avoir pas soupçonné l’importance avant de l’étudier d’une manière spéciale.
- Quelques données statistiques vont immédiatement faire comprendre celte importance.
- On estime à six le nombre d'allumettes consommées moyennement en France, par tête et par jour. Ce chiffre est relativement peu considérable; il s’élève à huit en Angleterre et à neuf en Belgique. Or, en ne prenant pour base que la moyenne admise pour la France, et en l’appliquant à l’Europe entière, on arrive à une consommation journalière de deux milliards d’allumettes de toute nature.
- Le poids moyen de l’allumette varie beaucoup. Celles qui sont le plus employées en France, les allumettes dites à la livre, sont de beaucoup les plus lourdes. On en trouve environ 3 000 dans un kilogramme. Le même poids produit de 8 000 à 10 000 allumettes rondes ou carrées, comme celles que l’on fabrique en Autriche et en Suède.
- On peut admettre, eu égard à la quantité plus considérable d’allumettes lourdes livrées au commerce, un poids moyen de 1 kilogramme pour 6 000 allumettes, ce qui représente par jour une consommation de plus de 300000 kilogrammes de bois.
- Les bois le plus généralement employés pour cette fabrication sont le tremble et le peuplier.
- Le mètre cube plein de tremble pèse 650 kilogrammes, à l’état de dessiccation nécessaire pour fabriquer des allumettes ; le mètre cube de peuplier, dans les mêmes conditions, pèse environ 430 kilogrammes.
- Mais comme les bois ne sont pas achetés au mètre cube plein, mais au mètre cube cordé, qui comporte environ 44 pour 100 de vides, le mètre cube marchand ne pèse, pour le tremble, que 364 kilogrammes, et, pour le peuplier, que 240k,800. On peut donc admettre, comme moyenne, un poids approximatif de 300 kilogrammes par mètre cube marchand.
- D’un autre côté, il faut admettre un déchet assez important, résultant des sciages, des fausses coupes, de l’impossibilité d’employer l’écorce, etc.; ce déchet ne peut
- en 1855, par M. le professeur Stas, de Bruxelles, au nom du jury de la dixième classe; nous avons également consulté avec fruit le rapport de M. Hofmann sur les memes produits à l’Exposition de Londres, en 1862.
- Pour ce qui concerne les procédés de fabrication, ils sont, pour la plupart, extraits du rapport de M. Eug. Peligot, à la Chambre de commerce de Paris, sur l’exposition des produits de l’industrie autrichienne, ouverte à Vienne le 15 mai 1845. — Paris, imp. Dondey-Dupré, 1846,
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- être évalué à moins de 10 à 12 pour 100, ce qui réduit à 250 kilogrammes environ le poids du mètre cube marchand réellement utilisé à la fabrication des allumettes.
- On voit que, dans ces conditions, la fabrication des allumettes exige, pour l’Europe seulement, une consommation de bois qui n’est pas moindre de 400 000 mètres cubes par année.
- Nous avons négligé, dans l’énoncé de ces chiffres, ceux qui se rapportent à la fabrication des allumettes-bougies, qui, bien qu’ayant pris depuis quelques années une grande extension, n’a qu’une très-minime importance relativement à la fabrication des allumettes de bois.
- Comme ces dernières, les allumettes-bougies varient considérablement de poids. Celles que l’on emploie le plus généralement en France fournissent environ 6 500 à 8 000 allumettes au kilogramme. Ce chiffre descend à 2 000 pour de grosses allumettes spéciales, et s’élève jusqu’à 12 500 pour de très-petites allumettes, dont nous n’avons rencontré de spécimens que dans l’exposition espagnole.
- Les matières premières autres que le bois, employées dans cette fabrication, sont assez peu nombreuses, mais il serait difficile de donner des chiffres exacts pour ces différents produits. Nous citerons seulement le phosphore, dont la consommation annuelle est de 210 000 kilogrammes environ, puis le chlorate de potasse, le soufre, le minium, le sulfure d’antimoine, la gomme, la colle forte, etc.
- L’industrie des allumettes a donné lieu à la formation d’un assez grand nombre d’usines, dont quelques-unes ont une très-réelle importance. On en cite, en Autriche, qui occupent jusqu’à 5000 ouvriers. En France, l’établissement le plus important, celui de MM. Four et comp., de Marseille, occupe environ 600 ouvriers. On peut admettre que le nombre total d’ouvriers employés dans les divers établissements de l’Europe atteint 50 000. Les produits fabriqués ont une valeur de plus de 250 millions.
- La fabrication des allumettes chimiques est cependant une industrie toute récente encore- Ce n’est qu’en 1832 que furent faites les premières allumettes à friction.
- Pour obtenir du feu instantanément, il faut mettre en présence des corps oxygénés, cédant facilement leur oxygène à des matières très-combustibles. Berthollet fit connaître le premier la propriété du chlorate de potasse, de brûler les matières combustibles avec lesquelles on le mélange quand on soumet le mélange à un frottement brusque entre deux corps durs, ou qu’on le met en contact avec de l’acide sulfurique.
- Le chlorate de potasse additionné de sucre, d’amidon et de sulfures, tels que le cinabre ou le sulfure d’antimoine, produit instantanément du feu au contact de l’acide sulfurique.
- Cette propriété, découverte probablement en France vers 1808, a donné naissance aux anciens briquets dits briquets oxygénés, qui ont précédé les allumettes chimiques. Leur fabrication prit peu de développement dans notre pays, et fut établie en Allemagne en 1813, par le docteur Wagemann, dont l’usine occupait, dès 1814, environ 400 ouvriers.
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- La fabrication de l'allumette était la suivante :
- On commençait par plonger le bout dans le soufre fondu, puis ensuite dans un mélange composé de chlorate de potasse, de soufre, de cinabre et de gomme.
- On mettait, d’un autre côté, dans une bouteille, de l’amiante et de l'acide sulfurique, et l’on obtenait du feu en plongeant dans la bouteille le bout de l’allumette, préparé comme nous venons de le dire.
- Les inconvénients de ces briquets étaient nombreux : il fallait boucher avec soin la bouteille, l’acide sulfurique, corps très-avide d’eau, se détériorant rapidement au contact de l’atmosphère; ces allumettes répandaient une odeur désagréable, et produisaient souvent, en s’enflammant, une déflagration qui n’était pas exempte de danger.
- Elles furent cependant exclusivement employées jusqu’en 1832, époque à laquelle furent faites les premières allumettes à friction dites congrèves.
- La composition de la pâte de ces allumettes était la suivante :
- Une partie de chlorate de potasse,
- Deux parties de sulfure d’antimoine,
- Gomme.
- Pour produire l’allumage, il fallait frotter vivement le bout de l’allumette entre deux papiers sablés. Pour brûler le soufre du sulfure d’antimoine, une température très-élevée était nécessaire; de là la nécessité d’un frottement très-violent, déterminant souvent la séparation de la matière chimique et du bois et occasionnant fréquemment une projection des matières enflammées. Aussi ces allumettes furent-elles peu employées.
- En 1833, on commença à remplacer le sulfure d’antimoine par le phosphore.
- Étienne Rômer, auquel on devait déjà l’invention du rabot dont nous parlerons plus loin, et M. J. Preshel, firent les premières pâtes phosphorées. En mélangeant le chlorate de potasse au phosphore, on réunissait le corps le plus combustible au corps le plus comburant connu; le problème semblait donc complètement résolu ; mais on reconnut bientôt que les allumettes ainsi préparées étaient loin d’être exemptes de dangers.
- Des explosions fréquentes avaient lieu dans les usines; les allumettes prenaient feu spontanément, souvent en grandes masses dans les transports; il se produisait une déflagration et fréquemment des projections lors du frottement.
- Les compagnies d’assurances et les entrepreneurs de transport refusèrent d’assurer et de transporter ces produits, dont plusieurs gouvernements interdirent l’usage. Les allumettes chimiques furent proscrites de la Bavière, du grand-duché de Brunswick, du Hanovre et de la Sardaigne jusqu’en 1840.
- En 1835, Octave Trevany remplaça partiellement le chlorate de potasse par le minium et le peroxyde de manganèse, et le phosphore par le sulfure d’antimoine. Les
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- allumettes ainsi préparées présentaient les mêmes inconvénients que les précédentes.
- En 1837, M. J. Preshel découvrit que le bioxyde de plomb (oxyde puce) constituait un excellent oxydant du phosphore; il supprima complètement le chlorate de po-lasse de la pâte phosphorée, et obtint ainsi le plus grand perfectionnement que l’on connaisse encore aujourd’hui dans la préparation des allumettes au phosphore ordinaire. On n’avait plus à craindre d’explosions violentes dans la fabrication; les transports présentaient beaucoup moins de danger, et il se produisait rarement des projections lors de l’allumage. A partir de cette époque, la fabrication des briquets oxygénés disparut à peu près complètement.
- Le prix élevé du bioxyde de plomb le fit bientôt remplacer en partie par l’azotate de plomb, oxydant aussi énergique, et presque immédiatement un grand nombre de fabriques s’élevèrent en Autriche.
- La composition des premières pâtes phosphorées était la suivante :
- Chlorate de potasse.................. 11 parties.
- Phosphore............................ 44 —
- Gomme................................ 45 —
- Bleu de Prusse (coloration)....... 0,5 —
- Celle de M. Preshel se composait de :
- Azotate de potasse. ................. 14 parties.
- Peroxyde de manganèse................ 16 —
- Phosphore............................. 9 —
- Gomme................................ 16 —
- Le docteur Boetlger, de Francfort, donne une autre composition :
- Azotate de potasse................... 10 parties.
- Phosphore............................. 4 —
- Minium ou ocre rouge.................. 3 —
- Colle forte...........'........... 6 —
- Smalt (coloration)................... 2 —
- L’expérience a démontré que le mélange d’oxyde puce et d’azotate de potasse doit être préféré; il n’attire pas autant l’humidité que le salpêtre, et l’oxyde de plomb ne nuit pas à la combustion comme le fait le carbonate de potasse, qui se forme lors de la décomposition du salpêtre.
- Le remplacement de la gomme par la colle forte est un fait très-important; la colle forte coûte beaucoup moins cher, et la pâte faite avec cette matière attire moins l’humidité que la pâte à la gomme.
- La colle forte n’est cependant pas sans inconvénient. Les allumettes préparées avec la pâte ainsi composée conservent au bout une boule qui s’échauffe et qui ne peut brûler complètement, tandis que celles préparées avec la pâte à la gomme se consu-
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- ment entièrement. Cette boule peut occasionner des brûlures, sans gravité il est vrai, mais cependant désagréables.
- Dès 1842, M. Presliel avait remplacé la gomme par la dextrine. Plus tard il recouvrit le bout de l’allumette d’un vernis résineux, destiné à préserver la pâte de l’humidité et à empêcher les émanations du phosphore. Il avait déjà, en 1833, fait des allumettes de luxe, dans lesquelles le soufre était remplacé par la cire, l’acide stéarique ou les matières résineuses. C’est encore aujourd’hui de cette manière que se fabriquent les allumettes de luxe dites allumettes paraffinées.
- En France, l’industrie des allumettes chimiques est restée très-longtemps stationnaire. Jusqu’en 1847, le chlorate de potasse a été presque exclusivement employé comme oxydant du phosphore. On n’avait que des allumettes très-détonantes, très-dangereuses par les projections qu’elles donnaient.
- En 184G, M. Eug. Peligot fît un rapport à la Chambre de commerce de Paris sur l’Exposition de Vienne. Il y indiqua avec détails l’état de la fabrication des allumettes dans ce pays, et donna, avec les procédés de fabrication, l’historique des progrès accomplis depuis 1832. L’industrie française se transforma rapidement, et, bien que les produits communs soient, aujourd’hui encore, très-inférieurs à ceux de l'Autriche, ils sont très-supérieurs à ceux que l’on employait autrefois. On peut même dire que les fabricants français peuvent faire, et font, dans certaines usines du moins, aussi bien que les industriels autrichiens.
- Jusqu’à ces dernières années, l’Angleterre était, dans cette fabrication, plus arriérée encore que la France. Le chlorate de potasse entre en très-forte proportion dans la pâte des allumettes anglaises, qui s’altèrent rapidement par l’humidité.
- Voici la composition d’une pâte employée en Angleterre :
- Eau.......................... . 4 parties.
- Colle........................ 2 —
- Phosphore..................... 1,5 à 2 —
- Chlorate de potasse............. 4 à 5 —
- Verre pilé...................... 3 à 4 —
- En France, M. Payen indique comme composition généralement employée,
- Pour les allumettes à bouts soufrés :
- Pâte à la colle forte.
- Phosphore...................... 2,5
- Colle forte.................... 2,0
- Eau............................ 4,5
- Sable fin...................... 2,0
- Ocre rouge..................... 0,5
- Vermillon...................... 0,1
- l'orne XV. — 67e année. 2e série. — Juin 1868.
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- ahts cuihiqi.'ks.
- Paie à la gomme.
- Phosphore. Gomme. .
- Eau.......
- Sable fin. . Ocre rouge Vermillon.
- Pour les allumettes sans soufre :
- 2,5
- 2,5
- 3,0
- 2,0
- 0,5
- 0,1
- Phosphore................ 3,0
- ‘ Gomme................... 0,3
- Eau...................... 3,0
- Sable. . . .............. 2,0
- Bioxyde de plomb......... 2,0 ou
- minium. . . . acide azotique.
- 2,0
- 0,5
- Depuis 1855, beaucoup de tentatives ont été faites pour perfectionner les allumettes au phosphore ordinaire. On est parvenu à faire d’excellents produits en mettant dans la pâte une très-petite quantité de phosphore et en amenant la substance à un état de division extrême. Pour obtenir ce résultat, on prépare la masse avec du phosphore dissous dans le bisulfure de carbone. La masse peut se préparer à froid. M. Mack établit qu’à l’aide de ce procédé on peut réduire la proportion du phosphore à 1/300 de celle qu’on emploie ordinairement.
- On a fait des allumettes dites galvanisées, dans lesquelles le vernis est remplacé par une couche très-mince de sulfure de plomb.
- On est arrivé enfin, en Allemagne surtout, à produire les allumettes à un prix aussi bas que possible. A Vienne, 50 paquets, contenant 3 500 allumettes, coûtent 35 kreutzers, ce qui les met à 0f,0242 le 100.
- Avant de parler des allumettes au phosphore amorphe, des allumettes sans phosphore, et plus généralement des allumettes dites de sûreté, nous allons dire quelques mots sur les dangers que présentent la fabrication et l’usage de ces produits.
- Ces dangers sont de deux sortes : le danger d’incendie et le danger d’empoisonnement.
- L’incendie peut se déclarer dans l’usine même; il peut être, dans ce cas, accompagné d’explosion, surtout quand on emploie le chlorate de potasse. En dehors des usines, l’incendie est surtout causé par l’imprudence du consommateur. Ce danger est un résultat prévu, inévitable des qualités de l’allumette; il est en raison même de sa sensibilité, c’est-à-dire de la facilité avec laquelle elle produit du feu lorsqu’on veut s’en servir. Pour que cet inconvénient disparaisse, il faut que le consommateur cesse de réclamer celle sensibilité.
- Quand on n’emploie pas de chlorate dans la pâte, l’incendie dans l’usine n’est pas plus à craindre que pour tout autre établissement industriel mettant en œuvre des
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- matières très-inflammables; les pâles préparées avec des sels de plomb ne présentent même que peu de danger. La pâte s’enflamme très-souvent quand on fait le mélange, mais l’inflammation n’est pas accompagnée de déflagration, et l’extinction se fait immédiatement par un simple brassage; si, au contraire, on emploie du chlorate de potasse, il suffit de quelques parcelles de ce corps laissées à l’état sec sur les bords de la bassine pour produire une explosion par la seule action du choc.du râble. Toute la pâte prend feu instantanément, et l’ouvrier qui la prépare est presque toujours victime de l’accident. Les fabricants d’allumettes ne sauraient donc proscrire avec trop d’énergie l’emploi du chlorate de potasse (1).
- Le danger d’incendie des propriétés est, comme nous le disions plus haut, pour ainsi dire le corollaire indispensable des qualités mêmes que le public recherche dans l’allumette. Il présente une extrême gravité.
- Nous extrayons d’un très-remarquable rapport fait au Sénat par M. Dumas (2) sur une pétition émanant de plusieurs compagnies d’assurances les chiffres suivants, qui donneront une idée des pertes causées par ces sinistres.
- Dans le département du Haut-Rhin, de 1834 à 1843 on a constaté 835 sinistres ; de 1852 à 1861, ce chiffre s’est élevé à 1,395.
- Ces incendies se répartissent de la manière suivante :
- 1834-1843 1882-1881
- Incendies causés par les enfants 19 . . . . 75
- — accidentels . . 101 . . . . 175
- — causés par la malveillance. . . . . 119 . . . . 149
- C’est-à-dire que, de 1852 à 1861, les sinistres causés par les enfants ont été quatre fois plus nombreux que de 1834 à 1843; les sinistres accidentels ont augmenté de 1 à 1.75; les incendies volontaires, de 1 à 1.25.
- Dans les départements de la Seine-Inférieure et de l’Eure on a constaté, de 1852 à 1861, 4285 sinistres, sur lesquels 820 sont attribués aux allumettes et 727 dont on n’a pu trouver la cause, mais qui ont probablement la même origine.
- Sur les 820 incendies dont la cause est connue, 212 ont été allumés par des enfants. L’ensemble des 1 547 incendies ci-dessus représente une perte de 1 960 000 fr.
- La compagnie d’assurances la Rouennaise a remboursé 2 340 sinistres, sur lesquels 2/10 ont été causés par les allumettes, 1/10 par les enfants et 1/10 par imprudence ou malveillance.
- (1) A Paris, les autorisations données par le Préfet de police portent toutes ceite prescription : N’employer dans la confection des allumettes ni chlorate de potasse, ni autre sel rendant les mélanges explosibles.
- (2j On trouvera ce rapport au Bulletin de 1863, 2e série, t. X, p. 147.
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- En 1859, 1860 et 1861, la Normandie a remboursé 46 sinistres dus incontestablement aux allumettes.
- En dix années, l'Orléanaise a remboursé 1 200 sinistres dans le Loiret.
- Dans ce nombre 527 sont dus aux allumettes; 138 ont été causés par les enfants.
- La Société mutuelle du Mans a payé en dix ans 7 000 sinistres qui se divisent de la manière suivante :
- Incendies causés par les enfants....................... 840
- — par des allumettes perdues ou jetées. . . 1050
- — par malveillance au moyen d’allumettes. 700
- — par d’autres causes................. 4410
- A Paris, de 1840 à 1858, le nombre d’incendies causés par les allumettes ne dépassait pas 8 par an en moyenne. En 1860, on en constatait 17, et 42 en 1862.
- Le nombre d’incendies causés par les enfants était, dans les mêmes périodes,
- De 1840 à 1858............ 4 par année.
- En 1860................... 5 —
- En 1862.................. 13 —
- On estime à plus de 3 millions de francs les sommes remboursées chaque année par les compagnies d’assurances pour couvrir des sinistres dus aux allumettes chimiques. Les pertes sont bien plus considérables encore, puisque tout n’est pas assuré.
- Il ne faudrait pas, cependant, tirer des chiffres que nous venons d’énoncer une conclusion trop rigoureuse, d’abord parce qu’ils émanent des compagnies d’assurances et qu’incontestablement la proportion des valeurs assurées s’est considérablement accrue depuis vingt cinq ans, puis parce que, surtout dans les départements que nous avons cités, la valeur assurable elle-même a subi une importante augmentation. Enfin on ne peut guère admettre comme imputables aux allumettes les sinistres que la malveillance a causés, quel que soit l’instrument qui a servi à commettre le crime.
- Quoi qu’il en soit, il est certain que la très-grande facilité avec laquelle tout le monde peut aujourd’hui se procurer du feu donne lieu à des sinistres nombreux. Les incendies qu’allument les enfants en jouant avec des allumettes doivent être, plus que tous les autres, considérés comme presque exclusivement dus aux allumettes, et ils sont d’autant plus regrettables que ceux qui ies ont causés en sont trop souvent les premières victimes.
- Le danger d’empoisonnement, comme le danger d’incendie, est à redouter pour les ouvriers occupés dans les fabriques d’allumettes et pour le public qui les emploie.
- Le phosphore se transforme au contact de l’air en acide phosphorique, corps gazeux. L’inhalation de ce gaz donne lieu à des affections bronchiques, à la carie des dents, au gonflement des os maxillaires, enfin à la nécrose complète de ces os
- Les ouvriers qui ont le plus à redouter ces accidents sont ceux qui opèrent le
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- chtmicage et ceux qui dégarnissent les presses ou mettent les allumettes en paquets. A l’origine de cette fabrication les premiers surtout étaient rapidement atteints par les maladies; aujourd’hui le danger est beaucoup atténué et a même presque complètement disparu. On est parvenu, par une disposition convenable d’ateliers pourvus d’une aération et d’une ventilation bien entendues, à protéger les ouvriers contre les émanations du phosphore, et il n’est pas rare de voir des ouvriers travaillant depuis vingt ans aux opérations les plus dangereuses de la fabrication sans avoir jamais ressenti aucune indisposition sérieuse.
- Quant au danger d’empoisonnement que le public peut avoir à craindre, il est d’un tout autre ordre.
- Il n’y a pas d’année où les annales judiciaires n’aient à enregistrer quelque tentative d’empoisonnement commise au moyen d’allumettes chimiques. Cinq centigrammes de phosphore ont suffi pour déterminer la mort, et c’est là un poison que tout le monde a sous la main.
- Mais si le crime peut être facilement commis, les tentatives criminelles sont fréquemment déjouées. L’odeur nauséabonde et caractéristique que répand le phosphore donne aux aliments auxquels on le mélange une saveur qui inspire le dégoût, et qui permet bien souvent à la victime de repousser l’aliment empoisonné qu’on lui présente. Enfin, si le crime s’accomplit, les traces qu’il laisse permettent à la science de le constater facilement.
- Quoi qu’il en soit, c’est là un danger sérieux, et on ne peut méconnaître qu’un certain nombre d’empoisonnements s’accomplissent, devant lesquels les meurtriers auraient peut-être reculé sans la facilité qu’ils avaient pour se procurer le poison.
- Nous ne sommes cependant pas de ceux qui considèrent le danger d’empoisonnement comme plus grave que le danger d’incendie. L’incendie est très-fréquemment accompagné de mort, et les pertes matérielles qu’il occasionne ont souvent une incalculable gravité; c’est donc incontestablement là que réside, pour nous, le plus grave inconvénient des allumettes chimiques.
- Cet inconvénient, comme nous l’avons dit déjà, est d'autant plus grand que le produit est plus perfectionné dans le sens que recherche le public, la sensibilité. Il vient aussi de l’extrême bon marché de l’allumette, qui fait qu’on n’y attache aucune importance. Les personnes les plus dénuées de ressources ne se donnent même pas la peine de ramasser une allumette, et on laisse à tout le monde la disposition de ce produit.
- Après avoir cherché à produire des allumettes aussi sensibles et aussi douces que possible, on a pris le côté inverse de la question, et on s’est ingénié à faire des allumettes plus difficiles à allumer, et dont la composition ne présentât pas les dangers d’empoisonnement des allumettes phosphoriques ordinaires.
- Les produits les plus intéressants fabriqués d’après les données sont, sans contredit, les allumettes à base de phosphore amorphe avec frottoir spécial.
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- Le phosphore amorphe, découvert par M. le professeur Schrôlter, se distingue du phosphore ordinaire par un ensemble de propriétés spéciales. Il ne donne pas d’émanations ni de lueurs, ne s’enflamme pas à une température inférieure à 200°, et n’est nullement vénéneux.
- Cette dernière qualité avait, dès 1847, invité M. Preshel à l’employer à la fabrication des allumettes, et cet industriel distingué fit, dès ce moment, des allumettes à friction dont la pâte était principalement composée de phosphore amorphe et de chlorate de potasse. Ces allumettes s’allumaient difficilement et donnaient encore plus de projections que les premières allumettes au phosphore blanc et au chlorate de potasse, fabriquées de 1833 à 1835. M. le professeur Stas, de Bruxelles, dans un très remarquable rapport fait sur l’industrie des allumettes à l’Exposition de 1855, travail dans lequel nous avons abondamment puisé, raconte à ce sujet un fait intéressant et caractéristique. Nous le citons textuellement :
- « En voulant déterminer la qualité des allumettes exposées par un industriel à « l’appui de l’application du phosphore rouge, nous avons failli nous aveugler. Une « grande quantité d’allumettes contenues dans une boîte en fer-blanc ont fait explo-« sion en fermant la boîte par suite de l’inflammation d’une d’entre elles qui, proba-« blement, s’était engagée entre le couvercle et la boîte. Quelle que soit la cause qui « ait produit l’inflammation, le couvercle de la boîte s’est soulevé, et une flamme « très-vive, fort longue même, nous a léché la face. »
- Il est à remarquer que cet accident ne peut se produire dans les conditions où il vient d’être décrit, que lorsque le chlorate de potasse entre dans la pâte. Avec la pâle préparée au moyen des sels de plomb, la combustion aurait été très-probablement arrêtée par la fermeture de la boîte, ou, tout au moins, l’explosion n’aurait pas eu lieu. La cause de cette explosion est la même que celle des accidents que nous avons indiqués comme souvent à craindre dans l’usine, lors du brassage des pâtes au chlorate de potasse.
- Jusqu’ici, ce dernier produit a dû nécessairement entrer dans la composition des pâtes au phosphore amorphe, aussi bien de celles destinées à faire des allumettes à frottoir spécial que de celles qui servent à préparer des allumettes à simple friction. C’est là un inconvénient que nous devons signaler.
- L’Exposition de 1855 vit paraître les premières allumettes au phosphore amorphe à frottoir spécial. L’invention de ce produit fut revendiquée d’une part par M. Bernard Fürth de Shattenkofen (Autriche), d’autre part par M. Lundstrom de Jœnkœping (Suède) et par MM. Coignet père et fils ses cessionnaires en France, enfin par M. le docteur Boettger de Francfort-sur-le-Mein. Les réclamations de MM. Fürth et Bœttger se confondirent en une seule, M. Fürth ayant reconnu qu’il tenait ses droits de M. Bœttger. Ce dernier resta donc seul en présence de M. Lundstrom, et, comme le dit M. Stas, il se pourrait fort bien que l’invention eût été faite ù Jœnkœping, plusieurs années après les travaux de M. Bœttger, qui, d’ailleurs,
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- avaient été secrets. Les tribunaux français, saisis de la question, ont consacré les droits de M, Bœttger.
- Les allumettes au phosphore amorphe, à frottoir spécial, résolvent en grande partie le problème qu’ont fait naître les dangers dont nous avons parlé plus haut. Plus difficiles à enflammer que les allumettes phosphoriques ordinaires, elles sont d’une innocuité complète, et ne présentent, par conséquent, aucun danger d’empoisonnement pour les ouvriers qui les fabriquent, aucune crainte de crime dont les allumettes phosphoriques ordinaires sont souvent l’instrument. La pâte qui garnit le bout de l’allumette ne s’enflamme qu’à une température presque égale à celle nécessaire pour la destruction du bois; l’inflammation se fait tranquillement, sans déflagration ni projection, sans danger, par conséquent, pour le consommateur.
- Comme nous le disions tout à l’heure c’est en retournant la question travaillée d’abord que l’on est arrivé à cette solution ; il est curieux de reconnaître qu’on est revenu, pour ainsi dire, au point de départ, le briquet oxygéné.
- Voici ce que dit à ce sujet M. Stas :
- « En examinant de près ce système d’allumettes, on voit qu’il repose sur le même « principe que celui qui a donné naissance au briquet oxygéné. Il est remarquable « qu’après un demi-siècle de recherches on soit ramené au point de départ. En effet, a dans le briquet oxygéné, comme dans le briquet de sûreté, l’agent qui doit déve-« iopper le feu est séparé de la matière combustible. Dans l’un, c’est l’acide sulfu-« rique, corps liquide très-altérable à l’air humide; daus l’autre, c’est un corps solide, « complètement inaltérable dans l’air, pourvu qu’on ne l’expose pas à la radiation « solaire directe. L’un repose sur le simple contact, l’autre sur la friction. Mais, « quoique le principe soit le même, il y a un progrès évident, incontestable. »
- Les premières allumettes au phosphore amorphe, avec frottoir spécial, laissaient beaucoup à désirer. L’humidité altérait rapidement le frottoir et ce dernier organe était souvent de dimensions insuffisantes pour enflammer toutes les allumettes renfermées dans la boîte.
- Depuis 1855, le produit s’est sensiblement amélioré; les allumettes au phosphore amorphe, de quelque provenance qu’elles viennent, prennent facilement feu ; les frottoirs sont plus en rapport avec le nombre d’allumettes contenues dans les boîtes; ils prennent moins facilement l’humidité. Quelques-unes de ces allumettes, notamment celles de MM. Coignet frères, s’enflamment très facilement, sans aucune effervescence. Elles sont, en un mot, extrêmement douces.
- Voici la composition adoptée par M. Lundstrom :
- 1° Pâte des allumettes :
- Chlorate de potasse..................... 6
- Sulfure d’antimoine..................... 2 à 3
- Colle................................... l
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- 2° Pâle du frottoir enduit préalablement d’une couche de sable étendu à la colle :
- Phosphore amorphe...................... 10
- Sulfure d’antimoine ou peroxyde de manganèse................................. 8
- Colle.................................. 3 à 6
- On a beaucoup cherché aussi à supprimer complètement le phosphore de la pâte des allumettes. Dans cette direction nous devons citer les tentatives de M. le docteur Poltzer, de MM. Hjerpe, Hochstatter, Luz, Canouil, Vaudaux et Paignon, Rirnmer, Günther, et plus récemment (Exposition de 1867), les produits de MM. Ferd. Kœrner et comp., de Gothenbourg (Suède).
- Nous donnons ci-dessous les compositions adoptées par quelques-uns de ces in-
- venteurs :
- Formule de M. Hjerpe.
- 1° Pâle des allumettes :
- Chlorate de potasse..................................... 4 à 6
- Bichromate de potasse...................................... 2
- Oxyde de fer ou oxyde de plomb, ou peroxyde de manganèse. 2
- Colle forte................................................ 3
- 2° Pâle du frottoir :
- Sulfure d’antimoine....................................... 20
- Bichromate de potasse...................................2 à 4
- Oxyde de fer ou oxyde de plomb, ou peroxyde de manganèse. 4 à 6
- Verre pilé................................................. 2
- Colle forte............................................. 2 à 3
- M. le docteur Poltzer indique la composition suivante :
- Prendre une dissolution de sulfate de cuivre dont on fait deux parties égales ; sursaturer l’une avec de l’ammoniaque, l’autre avec de l’hyposulfite de soude; mélanger et remuer vivement. Il se dépose une poudre de couleur violette qui est un composé d’acide hyposulfureux avec des oxydes de cuivre, de soude et d’ammoniaque. Ajouter à cette poudre du chlorate de potasse. Le mélange ainsi ohteuu s’enflamme par le simple frottement, mais il n’a pas de cohésion et se détache souvent de l’allumette.
- Formules de M. Canouil.
- I. Allumettes s’enflammant par la simple friction :
- Dextrine...................... 10
- Chlorate de potasse........... 75
- Bioxyde de plomb............... 35
- Pyrite dse fer................ 35
- Eau......... quantité suffisante.
- L’auteur annonce que ces allumettes prennent feu sur .un corps dur quelconque suffisamment résistant, et que ni la percussion, ni le choc, ni une température de
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- 180 degrés ne peuvent enflammer les allumettes; le frottement seul en opère l’inflammation.
- II. Allumettes ne s’enflammant que sur un frottoir spécial (du même auteur).
- 1° Pâte des allumettes :
- Chlorate de potasse.................. 7
- Azotate de plomb..................... 2
- Bichromate de potasse................ 2
- Soufre sublimé....................... 1
- Gomme arabique...................... 6
- Eau................................. 18
- 2° Pâte du frottoir :
- Mâchefer............................. 1
- Émeri................................ 1
- Chlorate de potasse.................. 6
- Minium............................... 1
- Colle forte....... quantité suffisante.
- Composition de M. Hochstatter. Allumettes s’enflammant par le simple frottement sur toutes les surfaces dures :
- Chromate de potasse.............. 4
- Chlorate de potasse. . ........... 14
- Peroxyde de plomb............. 9
- Sulfure rouge d’antimoine. .... 3,5
- Verre pilé........................ 6
- Gomme............................. 4
- Eau............................... 18
- Compositions indiquées par MM. Ferdinand Kœrner et comp. pour la fabrication des allumettes qu’ils ont envoyées à l’Exposition. — Invention de M. Bagge. — L’auteur donne à ces allumettes le nom d'allumettes kali; il ne nous a pas fait connaître les proportions des différents corps entrant dans la composition de ces pâtes.
- 1° Pâte des allumettes :
- Chlorate de potasse.
- Bioxyde de plomb.
- Peroxyde de manganèse.
- Sulfure d’antimoine.
- Chromate de potasse.
- 2° Pâte du frottoir :
- Chromate de potasse.
- Bioxyde de plomb.
- Sulfure d’antimoine.
- Peroxyde de manganèse.
- Oxyde de fer.
- Verre pulvérisé.
- Les diverses tentatives que nous venons d’énoncer sont intéressantes en ce que Tome XV. — 67e année. 2* série. — Juin 1868. 46
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- l’adoption de semblables allumettes permettrait non-seulement la suppression de cette fabrication de toutes matières pouvant soit occasionner des incendies dans les ateliers où se fabrique l’allumette, soit faciliter les empoisonnements criminels; mais, en outre, en ce qu’elle amènerait la suppression presque complète des fabriques de phosphore, puisque la presque totalité de ce produit est employée pour la fabrication des allumettes.
- Il se fabrique, en effet, annuellement, environ 225 000 kilog. de phosphore, dont 212 500 kilog. passent aux fabriques d’allumettes. La masse d’os qu’il faut comme matière première pour obtenir cette quantité de phosphore monte à près de 3 millions de kilogrammes, qui pourraient être rendus à l’agriculture et aux diverses usages industriels par la suppression du phosphore dans la pâte des allumettes chimiques.
- Quelques-uns des produits dont nous venons de parler datent déjà de quelques années. Aucun d’eux n’a pu, jusqu’ici, réussir à supplanter, même partiellement, l’allumette phosphorique, et nous doutons que les allumettes présentées par MM. Ferd. Rœrner et comp. aient un sort plus heureux. La présence, pour ainsi dire inévitable, d’une proportion considérable de chlorate de potasse dans les pâtes employées doit être considérée comme étant pour beaucoup dans le peu de succès de ces allumettes. On est, aujourd’hui, tellement habitué aux allumettes sans chlorate,- s’enflammant doucement, sans bruit ni déflagration, sans projection des matières enflammées, que le public accepte très-difficilement des produits qui ne présentent pas ces caractères.
- Les allumettes kali contiennent beaucoup de chlorate de potasse, tant dans la pâte de l’allumette que dans celle du frottoir; elles prennent cependant feu avec une douceur relative ; mais nous devons ajouter que nous avons pu en enflammer un assez grand nombre sans nous servir du frottoir.
- En France surtout, les allumettes à frottoir spécial n’ont obtenu jusqu’ici qu’un assez faible succès. Le consommateur n’a pas voulu s’habituer à l’obligation d’avoir recours à tout instant à la boîte pour enflammer l’allumette, et il préfère les allumettes au phosphore ordinaire avec tous ses inconvénients. En raison de celte résistance, quelques fabricants ont repris la question des allumettes au phosphore amorphe à son point de départ, les allumettes au phosphore amorphe s’enflammant partout.
- L’exposition autrichienne présentait des spécimens de produits de cette nature. Ils exigent, pour prendre feu, une surface extrêmement rugueuse et un frottement très-énergique ; les allumettes déflagrent et crachent beaucoup. On ne saurait en recommander l’usage.
- MM. Coignet frères et comp. font aussi aujourd’hui des allumettes de cette nature, qui n’ont pas les inconvénients que nous venons de signaler, mais elles nous ont paru contenir une certaine proportion de phosphore ordinaire.
- On ne peut s’empêcher de regretter la résistance du public à l’adoption des allu-
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- mettes à frottoir spécial ; car c’est certainement là, et là seulement, que réside la solution complète de la question : suppression du danger d’empoisonnement 5 atténuation considérable du danger d’incendie.
- L’allumette au phosphore amorphe, prenant feu partout, résout, il est vrai, une partie du problème ; mais, comme nous l’avons déjà fait comprendre, c’est, à notre avis, la partie la moins intéressante, puisqu’elle n’atténue en rien les craintes d’incendie. L’allumette à frottoir spécial, au contraire, rend l’inflammation plus difficile, puisqu’il faut forcément deux éléments pour se procurer du feu; le feu n’est plus ainsi à la disposition de tous; il est surtout bien moins à la disposition des enfants; les incendies allumés par eux deviendraient donc bien moins fréquents qu’ils ne le sont aujourd’hui.
- Les allumettes au phosphore amorphe, à frottoir spécial, représentent donc à notre avis le progrès le plus réel, et nous pensons que les fabricants devraient chercher à propager et améliorer ce produit, plutôt que de diriger leurs recherches dans le sens qu’ils paraissent maintenant adopter.
- On a varié les formes des allumettes au phosphore amorphe de différentes façons. Ainsi MM. Devilliers et Dallemagne ont mis dans le commerce et exposé à Londres, en 186*2, des allumettes dites androgynes, à l’une des extrémités desquelles se trouvait la pâte combustible, tandis que la pâte comburante adhérait à l’autre bout. On cassait l’allumette en deux, et on frottait vivement le bout portant la matière combustible contre l’autre pour obtenir l’inflammation.
- M. Achleitner, fabricant, à Strasbourg, a fabriqué des allumettes qu’il appelait instantanées. Elles étaient dans une boîte, et il suffisait de tirer brusquement une allumette de la boîte pour qu’elle prît feu. Ce résultat était dû à un artifice du frottoir intérieur, qui se composait d’un papier enduit de phosphore amorphe et roulé en spirale, de telle façon que les allumettes prises entre les spires étaient soumises au frottement dès qu’on les relirait de leur position.
- Ni l’un ni l’autre de ces produits n’a obtenu de succès.
- Nous venons de donner, aussi complètement que nous avons pu le faire, l’historique des recherches faites pour améliorer la fabrication des allumettes; nous n’avons jamais parlé spécialement, dans tout cet exposé, de la matière employée pour former le corps de l’allumette. Quelle que soit, en effet, celte matière, le bois ou la cire, les compositions adoptées pour les pâtes sont les mêmes. Nous verrons, lorsque nous parlerons de la fabrication proprement dite, les quelques différences qui distinguent les procédés employés dans la confection des allumettes de bois et dans celle des allumettes-bougies.
- Disons d’abord quelques mots de ces derniers produits :
- Si, comme cela est incontestable, tout l’honneur de l'invention et des perfectionnements des allumettes de bois appartient à l’Autriche, la fabrication des allumettes de cire est, au contraire, une industrie toute française.
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- C’est M. Merckei, fabricant, à Paris, qui, le premier, a fait des allumettes de cette nature; c’est de son usine que sont sorties, pendant longtemps, toutes les nouveautés. L’allumette de cire était cependant encore, jusqu’à ces derniers temps, très-peu répandue, et d’une qualité assez médiocre.
- M. Roche, ancien ouvrier de M. Merckei, transporta, en 1841, cette industrie à Marseille, et y fonda une usine qui a acquis aujourd’hui une importance considérable.
- Marseille eut, pour ainsi dire, à partir de ce moment, le monopole de la fabrication des allumettes de cire. Il s’y trouve maintenant cinq usines de ce genre, occupant 1 200 à 1 500 ouvriers, et livrant au commerce des produits fabriqués ayant une valeur de 2500 000 francs environ, tant en allumettes-bougies qu’en allumettes de bois. Ces dernières sont de beaucoup les moins nombreuses.
- Plusieurs autres établissements du même genre existent en France. L’Espagne fabrique aussi des allumettes-bougies. Ces allumettes sont, pour ainsi dire, les seules en usage dans ce pays.
- Nous devons dire que si les fabricants de Marseille sont parvenus à vulgariser, comme ils l’ont fait, les allumettes de cire, c’est qu’ils se sont faits en même temps cartonniers et lithographes. Ils sont parvenus, au moyen d’ingénieuses combinaisons, obtenues, pour la plupart, à l’aide du caoutchouc, à faire de petites boîtes propres, commodes, se refermant d’elles-mêmes, et ne risquant pas de s’ouvrir spontanément dans la poche et d’y laisser répandre des allumettes. Ils ont illustré ces boîtes de chromo-lithographies plus souvent licencieuses que comiques, de portraits de photographie, etc.; ils ont, en un mot, pour propager leurs produits, sacrifié au goût plus ou moins pur du public.
- On doit regretter l’emploi de ces moyens, qui ne font qu’augmenter très-notablement le prix du produit sans compensation sérieuse; mais on ne peut méconnaître qu’ils ont été très-efficaces.
- H nous a paru intéressant de donner quelques chiffres qui sont de nature à fournir une idée de l’importance de ces produits accessoires dans les usines dont nous parlons.
- La maison Roche et comp. (aujourd’hui Four et comp.) emploie annuellement 120 000 kilogrammes de papiers et cartons, d’après la déclaration des fabricants. L’impression des vignetles nécessite l’emploi de quarante presses.
- La maison Caussemille jeune et comp. emploie pour 75000 francs de cartons et de papiers; c’est à peu près le cinquième de la valeur des matières premières qu’elle met en œuvre; elle a besoin, pour l’impression de ses vignettes, de trois presses typographiques mécaniques et de deux presses lithographiques, qui impriment annuellement 927 800 feuilles, à une, deux, trois et cinq couleurs, servant à la confection de 37 456 700 boites. Deux dessinateurs sur pierre et deux graveurs sur bois sont attachés à la maison pour l’exécution des planches.
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- C’est là, comme on le voit, une des parties importantes de la fabrication ; mais, comme nous le disions tout à l’heure, cette dépense vient grever l’allumette d’une somme assez élevée.
- Nous allons maintenant exposer très-rapidement les procédés de fabrication.
- Trois espèces principales d’allumettes sont en usage : l’allumette soufrée, l’allumette paraffinée, toutes deux en bois, et l’allumette de cire.
- Le mode de fabrication des allumettes de bois ne varie guère, qu’il s’agisse d’allumettes soufrées ou d’allumettes paraffinées. La seule différence réside en ce que, lorsqu’il s’agit de faire des allumettes soufrées, on trempe le bout de l’allumette, après le débitage et la mise en presse, dans une bassine contenant du soufre en fusion, tandis que, quand on veut faire des allumettes paraffinées, on commence par chauffer les bouts d’allumettes par contact sur une plaque rouge avant de les tremper dans la matière grasse, de manière à forcer cette dernière de pénétrer le bois.
- A cette différence près, voici comment s’opère la fabrication des allumettes de bois.
- On commence par débiter le morceau de bois soit à la scie et au couteau ou à la machine, soit au rabot.
- Lorsqu’on emploie le couteau, on débile d’abord le bois à la longueur voulue; puis, au moyen d’un couteau assez semblable à ceux qu’on emploie dans les boulangeries et dans les établissements publics pour couper le pain, on refend le bloc de bois successivement dans les deux sens. On obtient ainsi les bois d’allumettes, qui peuvent alors soit être trempés en paquets, soit être mis en presse avant d’opérer le chimicage.
- Le trempage en paquet est de beaucoup le plus élémentaire. Pour l’opérer, il arrive souvent qu’on ne finit pas de couper entièrement le bloc de bois. Il reste à la partie inférieure une partie pleine, et la partie supérieure s’évase en forme d’éventail. C’est ce dernier bout qui reçoit d’abord le soufre, puis la pâte sensibilisatrice. Le soufrage se fait, comme nous l’avons dit, en trempant l’extrémité à sensibiliser dans du soufre en fusion. Le chimicage s’opère en trempant le bout soufré dans la pâte préparée, disposée préalablement sur un marbre, à une épaisseur de 1 à 2 millimètres environ.
- Ce mode d'opérer a le grave inconvénient que très-souvent les allumettes d’un paquet sont toutes solidaires les unes des autres, retenues ensemble par le soufre et la pâte, et qu’il arrive alors fréquemment que, lorsqu’on veut les séparer, le paquet tout entier prend feu.
- Ce mode de fabrication n’est usité en France que pour les grosses allumettes dites allumettes à la livre.
- Le fer du rabot que l’on emploie pour débiter les bois d’allumettes a une forme particulière.
- « Il consiste en une petite barre quadrangulaire et plate d’acier fondu, de 0m,14 à « 0m,15de longueur, sur 0m,0i de largeur et 0m,005 d’épaisseur. Cette barre est un
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- « peu recourbée à l’une de ses extrémités, qu’on use à la lime; on y ménage la place « de trois trous cylindriques, qu’on perce avec un foret à archet, et qui deviennent, « par le travail de la lime, les emporte-pièce qui doivent pénétrer dans le bois et le « débiter en petites baguettes cylindriques. Ce foret est monté dans un bois de rabot « ordinaire (1). »
- Quelques rabots portent cinq trous, et peuvent, par suite, débiter cinq baguettes à chaque coup de l’outil.
- Le bois est en bûches de 0m,70 à 0m,80 de longueur. Le coup de rabot se donne sur toute la longueur de la pièce de bois, et débite, par conséquent, trois ou cinq baguettes de 0m,70 à 0m,80 chacune. Les baguettes sont ensuite assemblées en bottes et liées avec des ficelles convenablement espacées, dont chacune doit se trouver, après le découpage, au centre d’un paquet de bois d’allumettes; puis on opère le découpage soit au moyen d’un couteau assez semblable à celui dont nous avons parlé plus haut, soit au moyen de la scie circulaire.
- Toute celte opération se fait avec une extrême rapidité. Un ouvrier peut découper dans une journée un nombre de baguettes correspondant à près de 2 000 000 d’allumettes. En Autriche, une grande partie de ce travail se fait en forêt.
- La machine employée en France pour la fabrication des allumettes n’est autre chose que le rabot autrichien, augmenté et rendu mécanique.
- Qu’on se figure un poussoir à mouvement horizontal alternatif; ce poussoir est essentiellement composé d’un fer de rabot en acier, percé de trous. Le bois, débité d’abord à la longueur au moyen de la scie circulaire, est placé sur une glissière devant ce poussoir, et appuyé contre une pièce fixe. La lame du rabot, à chaque mouvement en avant, débite un nombre de bois d’allumettes égal à celui des trous du rabot. L’ouvrière qui dessert la machine n’a autre chose à faire qu’à maintenir le morceau de bois et à l’appuyer constamment contre la glissière. Une seule machine débite journellement une quantité énorme d’allumettes.
- Une fois la baguette débitée et mise de longueur, on procède à la mise en presse.
- Cette opération s’exécutait toujours autrefois et s’exécute souvent encore à la main. Voici, dans ce cas, comment elle s’opère :
- « Une ouvrière prend dans sa main un certain nombre d’allumettes, et elle les « étend rapidement sur une planchette à crans, disposée de telle sorte que chaque « cran, creusé un peu en biais, retient une allumette; elle prend aussitôt de son autre « main une autre planchette semblable, et elle en recouvre la première, puis elle « étend de nouveau ces allumettes. Chaque planchette présente à son revers deux « bandelettes de flanelle collées dans le sens de sa longueur, et destinées à maintenir
- (1) Rapport de M. Eug. Peligot à la Chambre de commerce de Paris, 1846.
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- « les allumettes qu’elle recouvre; ces planchettes, ainsi garnies, se superposent et se « fixent les unes sur les autres en remplissant l’espace laissé entre deux baguettes « rondes et verticales, taraudées à leurs sommets, qui reçoivent les planchettes par a les deux trous qu’on a ménagés à leurs extrémités. Lorsque le châssis est rempli par « vingt à vingt-cinq planchettes superposées, on les fixe toutes au moyen d’une der-« nière planchette pleine qu’on assujettit par des vis (1). » On procède ensuite au soufrage et au chimicage, comme nous l’avons dit déjà.
- Le procédé de mise en presse que nous venons de décrire a été rendu mécanique par les machines Walch.
- La presse de ces machines est desservie par une espèce de trémie qui contient les allumettes. Au moyen d’une pédale, on fait tomber un certain nombre d’allumettes qui se distribuent avec une certaine régularité sur la planchette; on les égalise rapidement avec la main, puis on pose la planchette suivante. Quand la presse est complètement garnie, on fixe, comme dans l’opération à la main, une dernière planchette pleine qu’on assujettit avec des vis. Un enfant dessert facilement une de ces machines.
- Le soufrage et le chimicage s’opèrent toujours de la même façon.
- Ces deux opérations une fois faites, on procède au dégarnissage des presses et à la mise en paquets.
- La fabrication des allumettes-bougies diffère bien peu de celle des allumettes de bois.
- On commence par garnir les mèches de cire ou de stéarine. Ce travail se fait à la main. On enroule les mèches stéarinées sur des bobines que l’on place sur une espèce d’ourdissoir. Les bobines sont en nombre égal à celui des allumettes qui doivent être distribuées sur la planchette de la presse, et chaque mèche, au sortir de la bobine, passe dans une espèce de peigne, d’où elle se rend à la presse. La machine est munie d’un couteau, et, à chaque tour de roue, le couteau coupe une série d’allumettes à la longueur voulue; une nouvelle planchette vient s’appuyer sur la précédente et reçoit à son tour les mèches. Le travail se fait ainsi d’une manière continue et entièrement mécanique. Quand la presse est complètement garnie, on opère le chimicage comme pour les allumettes de bois.
- La fabrication des allumettes est, comme on le voit, des plus simples. Les opérations qu’elle comporte n’exigent aucune force de la part de l’ouvrier. Aussi, dans la majeure partie des fabriques, presque toutes les opérations sont exécutées par des femmes et des enfants. Le travail se fait généralement au marchandage.
- Les allumettes se vendent habituellement soit au poids, soit à la grosse de 144 boîtes. On est étonné, quand on connaît les prix de revient, de voir la surcharge considérable dont leur valeur est grevée du fait des intermédiaires qui s’interposent
- (1) Rapport de M. Eug. Peligot.
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- entre le fabricant et le consommateur. Ce qui est vendu par le fabricant, 2f,9o la grosse de boîtes, remise déduite, est payé par le public à raison de 0f,05 la boîte, soit 7f,20 la grosse. C’est près de deux fois et demie la valeur initiale. On peut dire, sans crainte d’erreur, que le public paye les allumettes au moins le double de ce que les vend le fabricant.
- L’Exposition de 1867 a reçu des produits de la majeure partie des pays de l’Europe. Nous en donnons ci-dessous la nomenclature.
- France
- Belgique . . . 4 —
- Prusse.? . . . 1 —
- Hesse 1 —
- Autriche . . . 5 —
- Espagne . . . 3 —
- Danemark . . . 1 —
- Suède . . . 2 —
- Norwége . . . 2 —
- Italie . . . 5 —
- Angleterre 1 —
- Total. . . . . . . 31 exposants.
- Bien que les principales fabriques d’Autriche n'aient pas exposé, c’est cependant encore de ce pays que nous sont venus les produits de la plus importante usine représentée à l’Exposition.
- Les produits autrichiens qui ont passé sous nos yeux sont de bonne qualité. Les allumettes sont toujours des allumettes de bois à base de phosphore ordinaire, à l’exception des allumettes au phosphore amorphe s’allumant partout, dont nous avons déjà parlé. Toutes les allumettes sont rondes ou cannelées, débitées au rabot.
- Les fabricants autrichiens ont exposé, en outre, de l’amadou et une grande variété de produits destinés à allumer les cigares à l’air.
- La Suède et la Norwége ont envoyé des allumettes de bois à base de phosphore blanc et à base de phosphore amorphe d’excellente qualité. Le bois est débité par l’ancien système de couteau.
- La Belgique a exposé des allumettes de bois et des allumettes-bougies. Le bois est débité au couteau ; les produits sont bons.
- L’Italie a soumis à l’appréciation du jury des allumettes de bois et surtout des allumettes-bougies. Nous n’avons entre les mains que des allumettes de cire, qui sont d’une qualité suffisante, inférieure cependant à celle des produits similaires exposés par les fabriques de Marseille.
- L’Espagne n’a exposé que des allumettes de cire. La composition chimique est bonne; mais la bougie est noire et très-fuligineuse. Elle contient évidemment de la résine.
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- En Italie et en Espagne on emploie de la cire pour la confection de ces produits. En France on ne se sert que de stéarine.
- Les allumettes de bois exposées par les fabricants français sont de meilleure qualité que celles que nous employons le plus généralement. Les allumettes de cire de fabrication française sont certainement les meilleures allumettes-bougies que nous ayons eues à examiner.
- En résumé, nous avons cherché à faire comprendre par quelques chiffres l’importance de l’industrie dont nous venons de nous occuper. Nous avons vu que, fondée en Autriche, la fabrication des allumettes chimiques en bois a reçu dans ce pays tous les perfectionnements qu’elle comporte. Nous avons dit que, par le dernier de ces perfectionnements, la fabrication des allumettes au phosphore amorphe avec frottoir spécial, on était revenu au principe de l’ancien briquet oxygéné : la sépa* ration du corps comburant et du corps combustible. Nous avons cherché à faire comprendre dans quelle direction ont été faites les principales recherches pour perfectionner l’allumette et pour atténuer autant que possible les inconvénients qu’elle présente. Nous avons enfin décrit succinctement les procédés de fabrication le plus généralement employés.
- Le travail que nous présentons résume donc, aussi complètement que nous le permettaient les documents dont nous disposons, l’historique de l’industrie des allumettes, en même temps qu’il indique l’état actuel de cette industrie, dont l’importance est bien plus considérable qu’on ne le pense généralement. Peut-être quelques personnes seront-elles, comme nous l’avons été nous-même, étonnées de trouver une industrie aussi complète et aussi importante pour la fabrication d’un produit de si minime valeur, et peut-être, à ce point de vue, la monographie que nous soumettons à la Société n’est-elle pas sans intérêt.
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- DE LA FABRICATION ET DE LA DURÉE DES TUBES DES CHAUDIÈRES DE LOCOMOTIVES DANS LESQUELLES ON NE BRULE QUE DE LA HOUILLE, PAR M. GEORGE A. ÉVERITT.
- La combustion de la houille dans les machines locomotives et l’action que ce combustible, à l’état cm, exerce sur les tubes et les boîtes à feu des chaudières est une question de grande importance; en effet, le métal dont disposent depuis quelque temps les constructeurs se montrant souvent dur ou cassant, on a dû se préoccuper des alliages qu’on emploie pour les tubes et senti la nécessité de vaincre les difficultés qu’on rencontre dans le choix des plaques de cuivre. C'est, d’ailleurs, une opinion presque généralement admise que, depuis l’adoption de la houille, la durée des chaudières de locomotives a été diminuée.
- Tome XV. — 67e année. 2e série, — Juin 1868.
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- Avant 1852, le cuivre de fusion était, d’après le mode de raffinage adopté, classé suivant trois qualités assez différentes l’une de l’autre pour présenter, entre chacune d’elles, un écart de prix de 2 livres sterl. par tonne (50 francs). Le métal étant refondu dans un pot de fusion, voici comment on opérait le classement : on commençait par enlever la partie supérieure du bain qui est la plus pure, et qui formait la première qualité ou qualité de premier choix ( the best selected copper); la seconde prise donnait la seconde qualité dite tough cake; enfin le reste ou fond du pot, contenant la proportion la plus forte d’impuretés, constituait, sous le nom de tile copper (1), la troisième qualité.
- En 1852 on supprima cette dernière qualité, c’est-à-dire qu’on vida le pot de fusion en deux fois pour n’avoir plus que deux sortes de cuivre, le best selected et le tough cake, ayant alors entre elles un écart de prix de 3 livres sterl. (75 francs) par tonne. Ce changement ne fut pas favorable sous le rapport de la durée du cuivre, en plaques ou en feuilles, fourni par la seconde qualité, car elle s’est montrée inférieure à celle qu’on faisait autrefois. La raison en était dans la demande toujours croissante du cuivre de première qualité pour locomotives ; pour y satisfaire on poussait trop loin l’écumage du bain, si bien que non-seulement la première qualité était moins pure qu’autrefois, mais que la seconde était peu supérieure à la troisième [tile copper) que donnait l’ancien mode d’opérer.
- Dès 1858 un examen sérieux fait à l’arsenal maritime de Chatham démontrait que les feuilles de cuivre formant le revêtement des navires, et composées de métal de seconde qualité (cake copper ), ne duraient pas aussi longtemps qu’auparavant ; on trouva que certaines d’entre elles n’avaient pas perdu, en deux ans, moins de ih pour 100 de leur poids, tandis que des feuilles dont la fabrication remontait à 1825 n’avaient perdu que ifk pour 100, après un séjour à la mer de dix-huit années consécutives. Aujourd’hui la durée moyenne du revêtement d’un navire n’est plus que de 3 ou h ans au lieu de 20 à 25 qu’elle était jadis, différence qui ne peut être attribuée qu’à l’usage dans lequel on est de pousser trop loin le procédé d’écumage du bain pour faire une plus grande quantité de cuivre de première qualité. La même observation peut se faire relativement aux boîtes à feu des locomotives, et leur moindre durée qui soulève des plaintes fréquentes tient probablement aux mêmes causes.
- Plus récemment l’attention a été de nouveau attirée sur cette question au port de Chatham, àl’occasion d’un navire qui, après être resté quelque temps dans les bassins, venait de recevoir subitement l’ordre de prendre la mer. Comme cela a lieu d’ordinaire, on passa la visite du matériel et des machines, et l’on ne tarda pas à constater
- (1) Il n’y a pas de traduction littérale à donner pour les désignations de tough cake et tile copper ; la première serait gâteau doux, c’est-à-dire raffiné; la seconde, cuivre de terre à brique, cuivre terreux. (M.)
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- que les tubes des chaudières, quoique neufs, fuyaient tellement, qu’on fut obligé de les remplacer immédiatement. La cause de ce défaut fut alors attribuée à la mauvaise qualité du cuivre employé dans l’alliage dont étaient formés les tubes, et dès 1865, l’Amirauté, pour empêcher le retour de pareils faits, adopta la méthode d’essai suivante :
- Plusieurs morceaux de tubes sont fondus dans un creuset, après quoi l’on ajoute du zinc jusqu’à ce que l’alliage arrive aussi près que possible de la proportion de 62 pour 100 de cuivre, et 38 de zinc, terme auquel on obtient une composition qui se laisse laminer à chaud et semble offrir le maximum de résistance à la rupture par traction. On coule alors l’alliage dans une lingotière, puis, après l’avoir recuit au four, on le passe au laminoir jusqu’à ce que l’on obtienne une plaque de 1/4 de pouce d’épaisseur (0m,00625), dont on découpe des bandes de 1 pouce de large (0m,025). Si le cuivre employé est de bonne qualité, ces bandes doivent accuser une résistance à la rupture par traction (tensile strain) d’au moins 24 tonnes par pouce carré ( 3 776k, 70 par centimètre carré) ; la cassure doit avoir une texture soyeuse, caractère qu’elle ne présente jamais lorsque le cuivre est de qualité inférieure ou même de qualité de choix ordinaire; il faut que ce soit du cuivre de premier choix.
- Comme les tubes de locomotives renferment toujours plus de cuivre qu’on n’en donne à l’alliage type destiné aux essais dont on vient de parler, il peut paraître étrange qu’on ajoute alors du zinc pour diminuer cette proportion. La raison en est que, lorsque l’alliage est trop riche, le métal, par suite de sa plus grande ductilité, subit une dilatation considérable lorsqu’on essaye sa résistance à la rupture par traction, et n’est pas capable de supporter l’effort de 24 tonnes par pouce carré cité plus haut. La précaution de recuire le métal est également importante, car sans ce recuit l’alliage type aux 38 pour 100 de zinc se comporte mal à l’essai. Un autre avantage que présente cette combinaison de 62 pour 100 de cuivre pour 38 de zinc, c’est de permettre de juger bien mieux de la qualité du cuivre par la cassure, qu’on ne pourrait le faire avec d’autres combinaisons dans lesquelles la quantité de cuivre serait plus forte.
- M. Everitt a essayé, à différentes reprises, la résistance à la rupture par traction do plusieurs alliages contenant les proportions ci-dessus indiquées de cuivre et de zinc, le premier de ces métaux ayant été pris indistinctement parmi plusieurs échantillons de qualités dites de premier choix ; il a constaté qu’il n’y en avait qu’un petit nombre qui se comportait bien, et que, pour obtenir sûrement la résistance désirée, il fallait prendre du cuivre coté au plus haut prix. Cependant, depuis quelque temps, quelques fondeurs commencent à adopter la qualité type de cuivre et à fabriquer un métal capable de supporter l’épreuve. Les expériences entreprises par l’Amirauté n’ont pas été sans influence sur ce résultat, en sorte qu’aujourd’hui M. Everitt a pris le parti de soumettre invariablement à l’épreuve décrite tous les cuivres de choix qu’il emploie pour la fabrication des tubes de locomotives.
- Les tubes qu’on emploie actuellement pour les locomotives et les chaudières des
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- navires sont des tubes étirés, dont l’alliage se compose de 2 parties de cuivre et 1 de zinc ; mais cette proportion subit une légère altération pendant la fusion en raison de la volatilité du zinc, ainsi que des analyses l’ont démontré à M. Everitt, qui n’a plus trouvé dans l’alliage que 69 ou 68 pour 100 de cuivre pour 31 ou 32 de zinc.
- Sont-ce là les meilleures proportions pour le but qu’on se propose, et ne doit-on pas se demander si l’addition d’une certaine quantité de cuivre n’augmenterait pas la durée des tubes, en leur permettant surtout de mieux résister à l’action du soufre dans les locomotives qui brident de la mauvaise houille? Telle est la question que s’est posée l’auteur en présence des faits qu’il a constatés il y a quelques années en France, où l’usage sur tous les chemins de fer était d’adopter pour les tubes de locomotives un alliage type contenant au moins 70 pour 100 de cuivre. En Angleterre on a pris le même parti sur la ligne du North-Eastern ; M. Fletcher, après une expérience de plus de vingt ans sur cette ligne, a constaté que des tubes composés d’un pareil alliage duraient davantage que ceux qui contenaient une plus faible proportion de cuivre, de sorte qu’aujourd’hui la compagnie exige que cet alliage contienne invariablement 70 pour 100 de cuivre de premier choix et 30 du meilleur zinc de Silésie. Le résultat de cette décision est que, sur ce chemin de fer où l’eau d’alimentation des locomotives est rarement mauvaise, 15 jeux de tubes de cette composition ont pu faire chacun en moyenne 87 808 milles ( 141309 kilom. ), tandis que 54 jeux de tubes contenant moins de cuivre n’ont pu faire, en moyenne chacun, que 81665 milles (131 441 kilom.). Il est difficile néanmoins de recueillir des données statistiques bien satisfaisantes relativement à la durée des tubes, car cette durée est singulièrement affectée non-seulement par la qualité de l’eau d’alimentation, mais encore par la pureté du charbon que l’on consomme et qui contient toujours plus ou moins de soufre ; on peut établir qu’elle est représentée, en moyenne, sur tout le réseau anglais par un parcours de 100 à 150 000 milles.
- La proportion de 70 pour 100 de cuivre dans l’alliage est considérée par M. Everitt comme un perfectionnement si important, qu’il n’a pas hésité à l’adopter dans sa propre usine pour la composition des tubes de locomotives; son opinion est, d’ailleurs, confirmée par cette circonstance que, toutes les fois qu’on doit employer des alliages de bronze dans des applications où il est important qu’ils résistent à l’action du soufre et des acides, cette proportion est toujours celle qu’on prend, et même on la dépasse parfois.
- Jusqu’ici on a employé, pour les tubes de locomotives, des alliages divers, dans lesquels la quantité de cuivre est quelquefois descendue jusqu’à 60 pour 100 contre 40 de zinc, comme, par exemple, dans la composition connue sous le nom de métal de Muntz, laquelle se montre parfaitement ductile lorsqu’on la travaille à chaud. Les tubes ainsi fabriqués sont souvent revendus à vil prix lorsqu’ils sont hors de service, parce qu’on n’en connaît pas toujours bien la composition ; c’est là un désavantage
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- qui disparaîtra, si on vient à employer toujours l’alliage type ; car, dans ce cas, les tubes auront toujours une valeur déterminée relativement au poids connu du cuivre qu’ils contiendront.
- Si la composition de l’alliage destiné aux tubes des chaudières de locomotives a une grande importance, l’épaisseur à donner au métal n’en a pas moins. A cet égard, les compagnies de chemins de fer ne sont pas d’accord sur la solution qu’elles donnent à cette seconde question; mais, en adoptant un alliage dans lequel la proportion de cuivre est élevée, on peut hardiment compter sur une plus grande ductilité du métal, et réduire quelque peu l’épaisseur des tubes, sans crainte de diminuer leur durée (1). Cette épaisseur aux deux bouts (l’un épais, et l’autre mince) varie respectivement, depuis les nos 9 et 13 du calibre (0,150 et 0,095 pouce, soit 0m,0037 et 0m,0024) jusqu’aux numéros moindres de 13 et 15 (0,095 et 0,070 pouce, soit 0m,0024 et 0m,00175); celte adoptée, en général, sur tes principaux chemins de fer anglais correspond aux nos 10 et 13 (0,135 et 0, 095 pouce, soit 0m,0034 et 0m,0024). Les tubes tes plus épais des nos 9 et 13 (0,150 et 0,095 pouce, soit 0m,0037 et 0m,0024) n’ont été en service régulier que sur une ou deux lignes; mais une difficulté sérieuse s’est présentée à l’égard de ces tubes, c’est celte d’empêcher tes fuites lorsque la machine est pourvue d’une longue boîte à feu. Pour y remédier, M. Everitt a fait essayer, dans 1e même cas, des tubes plus minces des nos 13 et 15, et ils se sont parfaitement comportés. On n’a pas encore de données probantes sur la durée relative des tubes plus minces ; tout ce qu’on peut dire, c’est que leur emploi permet de réaliser une importante économie dans 1e premier prix d’achat; en effet, 1e poids de chacun d’eux n’est que de 21 livres pour 11 pieds de longueur (9\510 pour 3m,35 de longueur), tandis que, pour la même longueur, 1e poids d’un tube épais est de 26 livres (111,780), si bien que pour un jeu de 150 tubes il y a une différence en poids de 750 livres (339k,750) représentant une économie de 29 livres sterl. (725 francs). De très-bons résultats ont été obtenus sur une grande ligne avec ces tubes des nos 13 et 15, placés dans des locomotives brûlant exclusivement de la houille ; leur diamètre extérieur étant de 25/16 de pouce (0m,039 ).
- La rigidité plus grande que présentent tes tubes épais peut être une des causes de la difficulté mentionnée plus haut de tes empêcher de fuir, car ils ne se prêtent pas, aussi bien que tes tubes plus minces, aux écarts de dilatation qu’il y a entre eux et l’enveloppe en fer de la chaudière dans laquelle ils sont placés. Or cet écart est chose importante, et la preuve en est-que, dans une chaudière ainsi construite, la dilatation du fer, sur une longueur de 11 pieds (3m,35), quand la vapeur est à la température de 350° Fahr. (178° G.), est de 1/4 de pouce (0m,0062), tandis que celte du bronze est de 3/8 de pouce (0m,0094) : il y a donc là une différence de 1/8 de pouce (0m,0032)
- (1) Cette opinion aurait besoin d’être confirmée par quelques expériences.
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- qui, ne pouvant se produire dans la longueur des tubes, doit inévitablement déterminer une compression du métal ou une extension dans le sens du diamètre. Aujourd’hui, sur quelques chemins de fer, les tubes de chaudières sont entièrement recuits ; de son côté, l’Amirauté a, jusqu’à un certain point, suivi cette pratique pour ses chaudières marines; ce qui tend à prouver que la douceur et la ductilité de l’alliage constituent les qualités requises.
- Notons que, sur les chemins de fer étrangers, on a fait de nombreuses expériences sur l’emploi de différents genres de tubes, comme, par exemple, les tubes en fer avec extrémités en cuivre soudées à la boîte à feu ; l’extrémité cuivre et l’extrémité fer sont taillées en biseau, la première du dehors en dedans et la seconde du dedans en dehors, puis rapprochées et soudées. Le but de cette disposition est de ne pas contrarier les bons effets de la ductilité du cuivre du côté où les tubes viennent se réunir à la boîte à feu et d’empêcher ainsi qu’il ne se déclare de fuites, ainsi qu’on l’a toujours reproché aux chaudières dont les tubes sont en fer. Ce système procure évidemment une certaine économie, résultant du premier prix d’achat du métal; mais, en pratique, l’économie n’est pas aussi évidente, car sur bien des lignes on a renoncé à cette modification pour reprendre les tubes en alliage de cuivre, comme, par exemple, au Canada sur le Great Trunk railway où on brûle de la tourbe. Une des lignes russes emploie des tubes faits exclusivement en cuivre, mais là le bois est le seul combustible dont on fasse usage dans les locomotives.
- On a remarqué que les tubes en alliage de bronze s’altèrent sérieusement par suite d’une longue exposition à l’humidité, et que le métal, perdant sa ductilité, devient dur et cassant. Il est possible que ce phénomène provienne de l’action de l’acide sulfureux, dont on connaît la présence dans l’atmosphère des villes ; aussi, sur le conseil de M. Everitt, les hangars destinés à l’approvisionnement des tubes ont-ils été, dans quelques cas, clos et chauffés à la satisfaction des constructeurs, qui n’ont eu à constater aucune altération du métal. (Proceedings of Institution of mechanical engineers.)
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- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Sur la fabrication des chapeaux de paille d’Italie, par M.Heuzé (1).
- — On sait la réputation, justement acquise, dont jouissent les chapeaux de paille d’Ita-
- (1) Résumé d’une communication faite à la Société par l’auteur dans la séance du 24 janvier 1868. On trouvera également une note sur le même sujet au Bulletin de 1865,2e série, t. XII,
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- lie, que leur finesse, leur souplesse et leur mode de fabrication distinguent des autres chapeaux de paille à tissu grossier qu’on fait à peu près partout.
- Cette industrie n’est pas ancienne en Italie, et ne remonte guère qu’au commencement de ce siècle, où l’on a commencé, à Florence, à faire les premiers chapeaux de ce genre. Elle s’est alors concentrée en Toscane et s’est peu à peu développée, si bien que son exportation, qui ne date que de 1825, s’élève aujourd’hui de 12 à 13 millions de francs pour les chapeaux, 6 à 7 millions pour les tresses, et environ 15 000 francs pour la paille non ouvrée.
- La paille qu’on emploie pour fabriquer les chapeaux est celle du blé de Toscane ou bien de la paille de seigle, obtenue au moyen d’une culture spéciale. La semence, qui coûte plus cher que celle du froment ordinaire, provient des montagnes de Prato, Empoli, etc., où la végétation est moins vigoureuse. Elle est répandue sur un sol léger, sablonneux, travaillé avec soin et émietté au râteau comme dans la culture maraîchère ; on en emploie 10 hectolitres par hectare. Mais il faut des soins tout particuliers pour donner aux semailles la régularité qui leur est essentielle ; voici alors comment on opère : on fractionne l’opération, c’est-à-dire qu’on répand d’abord 2 ou k hectolitres de semence, puis on recommence, dans un autre sens, avec une égale quantité, et enfin on termine en distribuant le reste dans les endroits qui paraissent dégarnis. On obtient, de cette manière, une végétation serrée, compacte, qui réduit les tiges à une seule par grain et les oblige à s’amincir et à s’allonger.
- La récolte est faite en vert, c’est-à-dire lorsque les épis ne sont pas entièrement développés. Les tiges sont réunies en poignées de 200 grammes environ, lesquelles sont dressées sur le champ, qui en fournit de 6 à 8 000 par hectare. Le lendemain on les étend dans le voisinage sur les cailloux des torrents à sec, pour leur faire subir l’action du soleil et de la rosée ; on les étend également sur un gazon court, fauché de très-près ; mais le soir on a soin de les relever et de les couvrir pour éviter qu’elles ne soient mouillées ; enfin on leur fait subir un premier blanchiment à l’acide sulfureux.
- Vient ensuite l’opération de Y effilage. On arrache l’extrémité de la tige qui porte l’épi au-dessus du premier nœud, on rejette la partie inférieure inutile, et on divise le brin en longueurs de 0m,10 ; un brin fournit, ordinairement, trois de ces longueurs. On procède ensuite à un nouveau blanchiment par le soufre, puis on fait le triage pour séparer les pailles de diverses grosseurs.
- Ce triage est fait par des femmes qui opèrent avec une rapidité et une sûreté merveilleuses, dans lesquelles le tact seul des doigts joue le principal rôle ; elles rangent les brins dans des gobelets placés devant elles et numérotés depuis 30 jusqu’à 137 pour la paille de blé, et jusqu’à 180 pour la paille de seigle. On a bien cherché à réaliser cette opération mécaniquement, mais les machines qu’on a inventées et qui se composent essentiellement de trémies mobiles, percées de trous de différents diamètres, ne donner) t pas des résultats aussi satisfaisants que ceux du triage à la main.
- La fabrication des tresses suit immédiatement le triage. Ces tresses sont composées
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- de onze ou treize brins, et atteignent, en général, une longueur de 50 à 55 mètres-Leur largeur et la quantité de paille qu’elles nécessitent varient avec la finesse des brins. Ainsi, avec du n° 30, la tresse est grossière et large; elle exige 1\500 de paille et ne demande qu’un mois pour le tressage d’un chapeau ; avec les nos 120 à 130, il faut 500 grammes pour une tresse ; enfin le n° 180 donne des tresses de 0m,0035 de largeur, mais alors la façon d’un chapeau ne demande pas moins de six mois.
- Avant qu’elles ne soient assemblées pour la confection des chapeaux, les tresses subissent, à la fabrique, un dégraissage, puis on les expose au soleil, et c’est seulement alors qu’elles sont envoyées à la couture. Cette opération est faite avec le soin le plus minutieux; le point, fait très-solidement, est à peine visible et ne se défile pas, surtout si le chapeau a été soumis à une grande pression, après avoir reçu un encollage.
- Les chapeaux terminés subissent un dégraissage ; puis, pour enlever les rugosités et aspérités de leur surface, on en frotte les pailles les unes sur les autres, ou bien on y passe une peau de chien. Parfois le frottage produit de petites déchirures, mais on les répare au moyen de pièces qu’on y adapte si adroitement, qu’il est impossible de les distinguer du tissu primitif.
- On termine par un nouveau dégraissage, et ordinairement par une immersion dans un bain d’eau tiède contenant un peu d’acétate de plomb ; enfin un dernier blanchiment à l’acide sulfureux termine la série des opérations, et l’on obtient ainsi des chapeaux d’une souplesse remarquable.
- La fabrication des chapeaux de paille d’Italie constitue réellement une industrie perfectionnée qui n’a rien de comparable, soit sous le rapport des matières premières, soit au point de vue des produits, avec les chapeaux grossiers qu’on fait de temps immémorial sur différents points de la France, tels que l’Est, le Dauphiné, l’Auvergne, les Pyrénées, etc.
- En Suisse, dans le canton d’Argovie, on a fait des imitations qui ont parfaitement réussi, et aujourd’hui il y existe une fabrication prospère exportant, chaque année, des chapeaux pour une valeur de plusieurs millions de francs. Ces chapeaux, faits, en général, avec la paille de seigle, sont plus fins, mais moins solides que ceux en paille de froment de la Toscane; en outre, ils sont d’un prix moins élevé.
- Il serait vivement à désirer qu’on pût développer, en France, une semblable industrie. La main-d’œuvre constitue la principale valeur des chapeaux de paille; les bonnes ouvrières peuvent gagner jusqu’à 2 fr. par jour sans quitter leur famille. En créant, chez nous, cette fabrication lucrative, on aurait donc un moyen de fixer les habitants des campagnes et d’empêcher l’émigration continuelle qui a lieu vers les grandes villes et les fabriques.
- Augmentation de la consommation du gaz en Angleterre, et diminution de son prix.— Dans une brochure intitulée : Mesurage exact du gaz, ou
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- la vraie méthode pour augmenter les dividendes des compagnies de gaz, M. Georges Glover donne les détails intéressants qui suivent :
- Dans la session de 1867 du Parlement, dit-il, le secrétaire de la compagnie impériale du gaz de Londres a déclaré, devant un comité de la Chambre des communes, que cette compagnie fournissait de gaz environ un cinquième de la Capitale (1), et que, depuis 1830, la consommation n’avait cessé d’augmenter rapidement. Cette augmentation a été accompagnée d’une baisse dans les prix, causée, sans doute, par l’accroissement de la consommation ; en même temps la compagnie a pu fournir un gaz très-amélioré sous le rapport du pouvoir éclairant. Voici des chiffres à l’appui :
- ANNÉES. QUANTITÉS DE GAZ fournies en mètres cubes. PRIX DU GAZ par mètre cube.
- 1830 7 600 000 0f,47
- 1833 )) 0,42
- 1834 )) 0,35
- 1837 ï) 0,315
- 1844 16 000 000 0,28
- 1845 )) 0,25
- 1848 )) 0,175
- 1851 32 000 000 0,175
- 1852 )) 0,155
- 1865 94 000 000 0,14
- 1866 103 000 000 0,14
- Démontage du pont en acier établi, pendant l’Exposition, sur le quai, près du Champ de Mars. — On se rappelle le pont qui avait été établi, pendant l’exposition du Champ de Mars, pour assurer la continuité du quai sur le passage mettant en communication la rive gauche de la Seine avec le parc de l’Exposition. Ce pont, qu’on vient de faire disparaître pour rétablir le quai dans son état primitif, était le curieux spécimen d’une nouvelle application de l’acier Bessemer. Il était composé de onze fermes semblables, ayant 2m,50 de flèche. Les arcs de ces fermes étaient formés chacun d’une âme en tôle d’acier, et ornés de quatre cornières, également en acier, fixées sur l’âme par des rivets.
- Les tympans, les longerons et les accessoires des onze fermes étaient en fer laminé ordinaire, de même que les poutrelles. Une corniche et un garde-corps en fonte complétaient la superstructure métallique. Le tablier se composait d’un plancher en bois de chêne recouvert d’une chaussée empierrée, et les choses avaient été disposées pour supporter une épreuve de 400 kilogr. de charge par mètre carré de tablier.
- Afin de rendre l’épreuve plus concluante, la charge fut portée, au moment de l’essai, à 500 kilog. par mètre carré, et laissée à demeure pendant soixante-douze heures.
- (1) Le reste est fourni par plusieurs autres compagnies.
- Tome XV. — 67e année. 2e série. — Juin 18G8.
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- Cette épreuve démontra que, même sous une charge exagérée, l’acier Bessemer n’avait subi aucune déformation et s’était parfaitement comporté.
- Les résultats fournis par l’épreuve roulante ont été non moins satisfaisants. Deux fardiers, du poids de 11 500 et 12 000 kilog., ont franchi la chaussée dupont, d’abord séparément en se suivant, puis ensemble de front, puis en sens inverse, de manière à se croiser au milieu du pont.
- Ces diverses manœuvres, répétées plusieurs fois, n’altérèrent en rien la solidité de l’ouvrage, qui resta, comme on le sait, soumis à un trafic des plus considérables pendant toute la durée de l’Exposition, notamment au passage de quelques-uns de ces énormes canons exposés dans le parc.
- Aujourd’hui, comme il a été dit, l’ouvrage est démonté et les pièces en sont destinées à être remontées pour un pont que le département d’Ille-et-Vilaine fait exécuter sur la Vilaine, à Port-de-Roche, en Langon. {Journal des travaux publics.)
- Sur une substance détonante, employée à la colocation des pâtes alimentaires. — M. Chevallier, membre du Conseil delà Société d’encouragement, a signalé, dernièrement, un nouvel exemple du danger qu’il y a de faire usage de produits dont on ne connaît pas les propriétés (1). Voici le résumé des faits qu’il a exposés :
- Un industriel saxon, M. Mittenzwey, de Pœlbitz, par Zwickau, adressait, il y a quelque temps, à un négociant de Paris, un produit auquel il donnait le nom de safran artificiel, et destiné à la coloration des pâtes alimentaires en remplacement du safran ordinairement employé ; en faisant cet envoi, M. Mittenzwey n’indiquait ni la composition ni les propriétés du produit.
- Ce safran artificiel, qui jouit d’une propriété colorante très-intense, fut proposé aux vermicelliers et à certains fabricants de pâtes qui l’adoptèrent en raison de l’économie d’emploi qu’il permet de faire, bien que son prix soit à peu près le même que celui du safran naturel (140 fr. le kilog.). Cette adoption serait, sans doute, devenue générale sans l’explosion qui a eu lieu dans la fabrique de M. Verra, à Montrosier (commune de Riom), et qui, en outre des nombreux dégâts produits, a eu pour conséquence terrible d’atteindre un ouvrier pétrisseur assez gravement pour qu’il ne puisse survivre à ses blessures.
- Cet événement devait nécessairement appeler, d’une manière toute particulière, l’attention sur un produit aussi dangereux, et, dès le lendemain de la catastrophe, les autorités de Riom s’en faisaient rendre compte dans un rapport qui constatait les propriétés détonantes du safran artificiel de M. Mittenzwey.
- Quant à la composition de ce nouveau produit, qu’on livre à l’état pulvérulent, M. Chevallier a vainement cherché, jusqu’ici, à la découvrir ; un instant il a cru à la
- (1) Séance du 13 mars 1868. — Cahier de mars 1868, p. 188.
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- présence d’un picrate, mais l’absence de toute espèce d’amertume a dû lui faire abandonner cette supposition.
- Quoi qu’il en soit, il a été constaté, par un armurier expert très-compétent, que ce safran artificiel s’enflamme avec la vivacité de la poudre de guerre, peut-être même plus vivement ; cependant, sous le rapport des effets balistiques, il ne saurait lui être assimilé, car, à quantités égales, les forces de projection de ces deux poudres sont dans le rapport de 40 à 100. Le produit de la combustion du safran artificiel est une matière noire, qui jouit encore de la propriété de colorer l’eau en jaune.
- Bien que le fabricant propose de n’expédier désormais son produit qu’à l’état humide, comme il se dessèche rapidement, M. Chevalier estime qu’il y a danger à en faire emploi, et il pense que la vente devrait en être interdite. (M.)
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- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 24 avril 1868.
- Présidence de M. le sénateur Dumas, président.
- Correspondance. — M. Silvant (S.), fabricant de lampes, rue Buffault, 10, présente à la Société un nouveau système de suspension de lampes dans lequel le fumivore reste toujours à la même hauteur au-dessus du verre, quelle que soit la position du contre-poids de la suspension. (Arts économiques.)
- M. Jaudin, rue de Crimée, 4, à la Villetto-Paris, soumet à l’examen de la Société un appareil de sûreté à graduation pour l’emmagasinage et le mesurage des huiles volatiles. (Arts économiques.)
- M. Salomon, du Finistère, rue Léonie, 11, nouvelle chaudière inexplosible pour machines à vapeur et alambics. (Arts mécaniques.)
- M. Gélibert (P.), peintre, rue d’Enfer, 91, demande à la Société de faire constater les résultats obtenus dans les écoles de dessin en employant sa méthode et son pcrspectomètre. (Arts économiques.)
- M. Mouquet (Hector) envoie la description d’un perfectionnement à l’appareil extracteur, de vapeur condensée, qu’il a adressé à la Société au mois d’octobre 1867. (Arts économiques.)
- M. Royer (A.), conducteur de presse mécanique, chez M. Dugas, à Pont-Auclemer, fait connaître un moyen simple et facile pour arrêter toutes les formes d’imprimerie. (Arts mécaniques.)
- M. Debruges, rue du Temple, 157, Paris, soumet à l’appréciation de la Société un emploi de la pression atmosphérique comme moteur d’un frein applicable à toutes les machines, et principalement aux waggons de chemin de fer. (Arts mécaniques.)
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- M. Larroux (P.) demande à la Société de l’aider à tirer parti dn brevet dont elle lui a payé une première annuité, et qui est relatif à des vitres doublées pour vitrages. (Arts économiques.)
- M. Dubois-Gérard, chez M. Mainfroy, meunier, au moulin de Pierrebrout, à Etre-chy (Seine-et-Oise), inventeur d’un procédé pour empêcher les meules de moulin de s’échauffer, ayant obtenu une médaille d’argent à l’Exposition, demande à la Société l’avance d’une annuité de son brevet. (Arts mécaniques.)
- M. de Bange (Y.), capitaine d’artillerie, à Besançon, adresse à la Société un mémoire accompagné de dessins sur un nouveau mode d’accouplement des roues des locomotives où les bielles sont remplacées par des galets tangents aux roues dont le diamètre peut être inégal et qui leur transmettent le mouvement par frottement. (Arts mécaniques.)
- M. le Ministre de Vagriculture, du commerce et des travaux publics envoie à la Société deux exemplaires du n°10 du Catalogue des brevets d’invention pris en 1867.
- M. Barreswil, secrétaire de la Société de protection des apprentis et des enfants des manufactures, envoie \q Bulletin àvs séances de cette Société en 1867, et demande à la Société d’encouragement de s’inscrire comme membre perpétuel de la Société de protection des apprentis. (Comité de commerce.)
- M. Guillon (F.), rue Michel-le-Comte, 22, adresse à la Société les premiers numéros de 1868 du Moniteur de la teinture, dont il est directeur gérant, et annonce que cette publication sera désormais envoyée régulièrement à la Société.
- M. Boyer (Jules), directeur de l’imprimerie administrative, rue de Grenelle-Saint Honoré, 45, est proposé par M. Paul Dupont, imprimeur, et M. Alkan aîné, membre de la Société d’encouragement, pour une médaille de contre-maître. (Commission spéciale.)
- M. Peschard, docteur en droit, écrit pour établir la part d’invention à laquelle il prétend dans l’application de l’électricité aux orgues d’église, à l’occasion de l’inauguration de l'orgue de Saint-Augustin, construit parM. Barker, cessionnaire de son brevet. (Débat de priorité qui n’est pas de la compétence de la Société.)
- M. Lemaître, chez M. Leblanc, rue Sainte-Appoline, 2, Paris, soumet à l’examen de la Société une composition pour empêcher les incrustations dans les chaudières à vapeur. (Arts mécaniques.)
- M. Herrevschmidt (H.), serrurier-mécanicien, à Mulhouse, trempe spéciale pour l’acier. (Arts mécaniques.)
- MM. Musculus, Valsen et Garcerie, à Grenoble (Isère), font présenter par M. Char-rut^.), membre de la Société d’encouragement, une notice sur le liquomètre, instrument inventé par eux pour le dosage instantané du vin. (Arts chimiques.)
- M. Salomon, du Finistère, rue Léonie, 11, à Montmartre-Paris, envoie une note sur la production simultanée de l’ammoniaque et de la soude par la réaction du bicarbonate d’ammoniaque et du sel marin. (Arts chimiques.)
- MM. les Secrétaires signalent les publications suivantes parmi les pièces imprimées adressées à la Société :
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- M. Peligot (H.), membre du Conseil de la Société d’encouragement. Rapports du Jury de l’Exposition universelle de 1867 sur les lampes et les accessoires de l’éclairage et sur les allumettes. Paris, 1867, in-8 de 36 pages. Paul Dupont.
- M. Callon (J.), membre du Conseil de la Société d’encouragement. Rapport du Jury de l’Exposition universelle de 1867 sur le matériel et les procédés de l’exploitation des mines. Paris, 1867, in-8 de 34 pages. Paul Dupont.
- M. Figuier (Louis). Les merveilles de la science, 19e et 20e livraisons. Paris, 1868, grand in-8, fig. Furne, Jouvet et comp.
- M. Gélibert (Paul). Orthographie linéaire universelle, ou lois naturelles et fondamentales de l’enseignement du dessin. Paris, 1868, in-4 de 74 pages et 32 planches.
- M. Moigno (l’abbé). Sept leçons de physique générale par Augustin Cauchy, avec notice historique et appendices sur l’impossibilité du nombre actuellement infini, l’antiquité de l’homme, la science dans ses rapports avec la foi. Paris, 1868, gr. in-18 de 108 pages, avec fig. Gauthier-Villars.
- M. Moigno (l’abbé). Conférence sur les éclairages modernes. Paris, 1867, gr. in-18 de 103 pages avec figures.
- M. Moigno (l’abbé). La physique moléculaire; ses progrès, ses phénomènes et ses applications. Paris, 1868, brochure in-8 de 216 pages avec figures.
- Communications. — M. de Luynes, membre du comité des arts économiques, fait, au nom de M. Dubrunfaut, une communication sur les procédés employés par lui pour la séparation des sels contenus dans la mélasse et les jus sucrés.
- M. de Luynes expose d’abord les principes sur lesquels celte opération est fondée. Si, au moyen d’artifices particuliers, on place un vase poreux plein d’une solution dense d’un sel quelconque, au fond d’un vase rempli d’eau pure et qu’on suppose les deux liquides en repos, le liquide le plus lourd se diffuse dans l’eau environnante, tandis qu’en n’obéissant qu’aux lois de la densité il aurait dû rester isolé et sans changement, dans le vase qui le contient.
- Si dans ce vase on met une dissolution de gomme ou de sucre et de sels, on remarque que la diffusion s’opère d’une manière très-inégale ; les matières gommeuses sont très-peu diffusibles, les sels se diffusent facilement.
- Si le fond de ce vase est fermé par une membrane comme la baudruche, les sels traversent la membrane, et se diffusent dans le liquide extérieur, tandis que les matières gommeuses restent à peu près dans leur état primitif.
- Cette expérience fournit le principe d’un instrument mesurant la force de diffusion pour chaque dissolution et nommé osmomètre.
- M. Graharn a donné le nom de cristalloïdes aux substances facilement diffusibles, et celui de colloïdes aux matières peu diffusibles. En réalité, les colloïdes ne sont pas des dissolutions ordinaires, mais des corps solides très-mous étendus d’eau, et le principe de la pénétration, en quantité variable suivant leur nature, des différentes matières dissoutes dans les liquides, à travers une membrane qui les sépare, est général et une des lois les plus constantes de la physique.
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- C’est sur ces principes que repose l’appareil de M. Dubrunfaut pour la séparation du sucre des mélasses. Il se compose, dans sa plus grande simplicité, de deux espaces dont l’épaisseur est de 1 à 2 centimètres, et dont la surface a plus de 1 mètre carré, séparés l’un de l’autre par une cloison membraneuse en papier-parchemin. Dans l’un on fait passer un courant de mélasse à la température de 75 degrés, entrant par un orifice placé à la partie inférieure, et dans le deuxième un courant d’eau pure à la température de 85 degrés, entrant par la partie supérieure; des divisions intérieures obligent chacun de ces liquides à parcourir méthodiquement toute la surface de la membrane. Dans ce mouvement elle agit sur les liquides et se laisse traverser par la majeure partie des sels contenus dans la mélasse, en retenant le sucre cristallisable, qui est peu diffusible.
- Pour donner plus d’efficacité à cette action, on juxtapose vingt-cinq couples semblables, et on ouvre, dans l’épaisseur des cadres qui les forment, des conduits qui font passer la mélasse d’un couple à l’autre par un mouvement continu, entre les espaces où circule l’eau destinée à dissoudre les sels. Le tout forme un parallélipi-pède dans lequel l’eau et la mélasse arrivent par une extrémité, et les produits de l’opération sortent par l’autre.
- Dans un appareil de ce genre, on peut faire passer 1 800 à 2 000 kilog. de mélasse par jour. Elle entre à 40 degrés de l’aréomètre et sort à 20 degrés, et l’énergie de l’action élective est telle, que, si la liqueur sucrée contient quatre parties de sucre et une de sel, l’eau évacuée contient, au contraire, quatre parties de sels pour une de sucre. Ces sels sont surtout du nitrate de potasse et du chlorure de potassium.
- M. le Président remercie M. de Luynes et M. Dubrunfaut de cette intéressante communication, et ajoute qu’un des grands avantages de la purification rapide des mélasses consiste dans l’économie de temps et, par suite, d’argent, qui en résulte, comparativement au traitement incomplet en usage jusqu’à présent, qui consiste dans l’accumulation et la conservation, pendant un temps très-long, de masses de résidus, pour leur laisser déposer, par une cristallisation lente, une partie du sucre qu’ils contiennent.
- Sur la proposition de M. Peligot, secrétaire, M. le Président décide que cette communication sera insérée au Bulletin avec les dessins de l’appareil de M. Dubrunfaut.
- M. Schwartz, membre de la Société, rappelle, à ce sujet, le procédé de MM. Florent et Jules Robert, qui est fondé sur le même principe et qui, dit-il, est en activité depuis plus de trois ans en Silésie, en Prusse et à Magdebourg.
- M. le Président donne communication d’un mémoire de M. Hellriegel, directeur de la station chimique de Dahme (Prusse), contenant le résultat d’expériences sur les engrais chimiques, dans lesquelles on a fait varier la quantité de phosphates, d’acide nitrique et de potasse, employée dans une culture faite sur du sable siliceux pur. Après avoir donné une analyse détaillée de ce travail, M. le Président dit que M. Hellriegel s’est attaché, surtout, à montrer qu’il y a pour chacune de ces trois substances une limite au delà de laquelle leur efficacité cesse d’augmenter ; ainsi,
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- par exemple, dans les expériences faites sur la petite orge, en mettant dans le sol kl milligrammes de potasse par kilogramme de sol, on obtient ce maximum. Au-dessous de ce chiffre, la production diminue ; au delà elle cessede croître, malgré l’augmentation progressive de la potasse. Ce mémoire se recommande par le soin et l’esprit d’analyse avec lesquels les observations ont été faites ; il est renvoyé au comité d’agriculture.
- Rapports des comités. — M. Bois (Victor) fait, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur la fabrique de chapeaux de MM. Laville, Petit et Crespin.
- Le comité propose de féliciter MM. Laville, Petit et Crespin du résultat remarquable qu’ils ont obtenu, au triple point de vue de l’industrie, du commerce et de l’hygiène, et d’ordonner l’insertion du rapport au Bulletin. (Ces conclusions sont approuvées.)
- M. Bouilhet (Henri) fait, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur le fer cohérent produit par la galvanoplastie et sur l’étamage du plomb obtenu aussi par voie électrique, présentés par M. Feuquières.
- En résumé, le rapporteur propose de remercier M. Feuquières d’avoir appelé, do nouveau, l’attention sur la possibilité de déposer le fer et l’étain, sous forme cohérente et avec une épaisseur quelconque, par la pile voltaïque, de l’engager à poursuivre ses travaux, et d’insérer le rapport du comité au Bulletin. (Ces conclusions sont approuvées. — Voir le rapport au cahier de mai 1868, p. 278.)
- M. Laboulaye fait observer qu’aux industries indiquées par le rapporteur, comme intéressées à cette découverte, il faut ajouter celles qui se servent du poinçon, pour lesquelles elle aura des avantages inappréciables.
- M. le Président appelle l’attention du Conseil sur les produits de même nature qui lui ont été envoyés, de Saint-Pétersbourg, par M. Jacobi. Ce sont : un bouclier formé de têtes en haut relief, parfaitement nettes et bien reproduites; une planche en relief pour graver des traits microscopiques ; une autre planche, en creux, donnant des dessins très-délicats pour actions de compagnies, billets, etc. ; un cliché typographique d’une solidité absolue, et une lame de fer qui a été laminée comme de la tôle ordinaire. — Ces objets divers ont été produits par M. Klein, de Saint-Pétersbourg, que M. Jacobi avait chargé de faire des recherches, à ce sujet, après avoir visité, avec lui, l’Exposition universelle et les objets en fer galvanoplastique qui en faisaient partie. La durée de l’opération doit varier beaucoup, suivant le résultat qu’on veut obtenir; pour en donner une idée, M. le Président montre le moule d’un médaillon en relief, qui est resté vingt-quatre heures dans le bain et sur lequel la couche de fer a déjà l’épaisseur d’une feuille de papier fin.
- Le procédé de M. Klein, qui est peut-être le même que celui de M. Feuquières, consiste à associer un sel ammoniacal à un sel de protoxyde de fer ; le dépôt qu’on obtient alors est très-dur, a quelques-unes des qualités de l’acier trempé, est passif et paraît contenir de l’azote.
- Ces faits sont du plus grand intérêt et auront les résultats les plus importants pour l’industrie. Tels qu’ils sont, dès à présent, ils font naître des vues nouvelles sur la théorie de l’acier. Il est donc important de constater que c’est un Français, M. Feu-
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- quières, qui, le premier, a réalisé la fabrication du fer par la galvanoplastie, et M. le Président le félicite d’avoir attaché son nom à cette nouvelle industrie.
- M. Tresca lit, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur le nouveau système de puits de M. Bonnet, ingénieur, à Lyon.
- Le rapporteur propose d’approuver l’invention de M. Bonnet et d’insérer au Bulletin le rapport du comité avec les dessins nécessaires pour l’intelligence de ce système. (Ces conclusions sont adoptées.)
- Nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société, par un vote du Conseil :
- MM. Joly (Charles), propriétaire, à Paris; Porteret (Henri), fabricant de ciment, à Grenoble; Leroy (F.j, ingénieur civil, à Paris; Leblond (Paul), ingénieur civil, à Paris.
- Séance du 8 mai 1868.
- Présidence de M. le baron Séguier, vice-président.
- Correspondance. — M. de la Rosière, rue de l’Arc-de-Triomphe, 13, aux Ternes-Paris, demande que la Société fasse examiner un système de chaussées en empierrement pour chemins vicinaux et grandes routes, ainsi qu’un système nouveau de rames et un perfectionnement aux bateaux de promenade, qu’il a inventés. (M. de la Rosière sera invité à présenter un mémoire détaillé sur chacune de ses inventions ; ces mémoires seront renvoyés aux comités compétents.)
- M. Bigot-Renaux (J.), rue Cauchoise, 88, à Rouen, demande la marche à suivre pour présenter à la Société un nouveau système de joints pour tuyaux. (Il sera répondu à M. Bigot-Renaux qu’il doit présenter un mémoire détaillé avec dessins et spécimens ou modèles, et que ces documents seront renvoyés au comité des arts mécaniques.)
- M. Fleury (P. E. J.), lieutenant de vaisseau, à Rochefort, envoie une description et des dessins formant une brochure in-8, sur un système de sûreté pour fusils de chasse. (Comité des arts mécaniques.)
- M. Cochot (A.), rue Moreau, 14, Paris, demande qu’il soit fait un rapport sur un tiroir à vapeur à dépression qu’il a présenté à la Société. (Arts mécaniques.)
- M. Jullien (C.E.), rue des Tournelles, 47, Paris, adresse à la Société des exemplaires de son dernier ouvrage, Résumé de mes recherches sur l’aciération.
- M. Croix, rue Doudeauville, 4, à la Chapelle-Paris, demande une première annuité de brevet d’invention pour un moyen de supprimer l’emploi des éponges dans la lithographie. (Commission des fonds.)
- M. Roulay (Ch.), rue Rarbette, 9, au Marais, Paris, envoie la description d’une pile voltaïque où le zinc est plongé dans une solution de sel marin cristallisé additionné de 30 pour 100 de fleur de soufre, et qui remplace avantageusement la pile de Banicl. (Arts économiques.)
- MM. Langlois (A.) et comp., rue de Castiglione, 14, Paris, présentent à la Société de petits instruments d’optique qu’ils nomment kinescope, et qui donnent un mouvement apparenté de petites photographies. (Arts économiques.)
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- M. le Ministre de Vagriculture, du commerce et des travaux publics envoie à la Société deux exemplaires du tome LXI de la collection des brevets d’invention et deux exemplaires du-ai011 du Catalogue de ces brevets pour 1867.
- MM. les Secrétaires signalent les publications suivantes, parmi les pièces imprimées adressées à la Société :
- Tableau de la situation des établissements français en Algérie, 1865-1866, publié par le gouvernement général de l’Algérie; Paris, 1868, imprimerie impériale, in-folio de 526 pages.
- Catalogue spécial de la section russe à l’Exposition universelle de Paris en 1867, publié par la Commission impériale de Russie. Paris, 1867, in-8 de 288 pages.
- Mémoire explicatif de la collection des substances préparées pour cette Exposition à l’Institut agronomique de Saint-Pétersbourg, publié par la même Commission. Paris, 1867, m-k de 16 pages.
- Aperçu statistique des forces productives de la Russie, par M. de Buschen, membre du comité spécial de statistique, à Saint-Pétersbourg. Paris, 1867, in-8 de 268 pages.
- Coup d’œil sur les pêcheries en Russie, par M. Danilêwski (G.), chef de la Commission pour l’exploration des pêcheries dans la mer Noire. Paris, 1867, in-8 de 75 pages.
- M. Petitgand, ingénieur des mines. Observations générales sur l’état du travail des mines faisant partie des rapports du jury international de l’Exposition universelle de 1867. Paris, 1868, in-8 de 32 pages. Paul Dupont, éditeur.
- Communications. — M. Payen présente, au nom de M. Champonnois, le procédé nouveau que cet industriel emploie pour extraire des betteraves le sucre cristallisable qu’elles contiennent, sans produire des mélasses dont l’exploitation est ordinairement lente et difficile. (Cette communication sera insérée au Bulletin.)
- Rapports des comités. — M. Laboulaye lit, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur les machines servant à l’industrie des tissus, inventées ou améliorées par M. Tulpin aîné, constructeur-mécanicien, à Rouen.
- Le rapporteur propose de remercier M. Tulpin aîné de sa communication, et d’insérer le rapport au Bulletin avec les dessins des appareils inventés par ce constructeur. (Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées.)
- M. Laboulaye lit aussi, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur Y Abaque népérien de M. Rous (Michel), capitaine d’artillerie.
- Le rapporteur propose de remercier M. Rous de sa communication, et d’insérer le rapport du comité au Bulletin avec un dessin de l’abaque et de la règle pour le calcul des fractions. (Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées.)
- M. Duméry fait, au nom des arts mécaniques, un rapport sur la fabrique de clous dorés de M. Dubreuil, boulevard Richard-Lenoir.
- Le rapporteur propose de remercier M. Dubreuil de sa communication, et d’insérer le rapport m Bulletin avec les dessins des machines. (Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées.)
- M. Duméry fait, au nom du même comité, un rapport sur le compas porte-mine
- Tome XV. — 67e année. 2e série. —Juin 1868. 49
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- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
- de M. Lamotte (Charles), fabricant d’instruments de mathématique, rue Saint-Mar-tin, 88.
- Il propose de remercier M. Lamotte de sa communication, et d’insérer le rapport au Bulletin avec un dessin du petit porte-mine pour compas. (Ces conclusions sont approuvées.)
- M. Huzard lit, au nom du comité de l’agriculture, un rapport sur un brancard brisé présenté par M. Laprée, pour une voiture à un cheval et à quatre roues.
- Le rapporteur propose de remercier M. Laprée de sa communication, de faire imprimer le rapport au Bulletin et d’en donner 200 exemplaires à l’inventeur, qui est un ouvrier sans fortune. (Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées.)
- M. Bois (Victor) lit, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur la fabrique de chapeaux de M. Quenot.
- Le comité des arts mécaniques propose de complimenter M. Quenot des excellentes dispositions de ses ateliers, du soin qu’il met dans la direction de sa fabrique, et demande l’insertion du rapport au Bulletin. (Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées.)
- M. Moll\it, au nom du comité d’agriculture, un rapport sur l’ouvrage de M. de La-garde, intitulé : Les Engrais perdus dans les campagnes.
- Le rapporteur propose de remercier M. de Lagarde de l’envoi de son ouvrage et d’insérer le rapport du comité au Bulletin. (Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées. Voir plus haut, p. 334.)
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
- La Société d’encouragement a reçu, dans les séances des 24 avril, 8 et 22 mai, 12 et 26 juin 1868, les ouvrages dont les titres suivent :
- Ouvrages offerts à la Société.
- Annales des mines. 4e et 5e livr. de 1867.
- Annuaire de la Société météorologique de France. Tableaux météorologiques, feuilles 1 à 16, t. XIV, et Bulletin des séances, feuilles 22 à 31, t. XV.
- Annales de l’agriculture française. Ncs 5 à 11.
- Annales du commerce extérieur. Mars, avril, mai, juin.
- Annales des ponts et chaussées. Mars et avril 1868.
- Bulletin de la Société française de photographie. Mars, avril, mai.
- Bulletin mensuel de la Société des anciens élèves des écoles d’arts et métiers. Janvier à mai. Bulletin des séances de la Société impériale et centrale d’agriculture de France. N08 3, 4, 5, 6. Bulletin du comité des forges de France.
- Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse. Mars, avril, mai.
- Bulletin des travaux de la Société libre et d’émulation du commerce et de l’industrie de la Seine-Inférieure. N° 4.
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- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
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- Bulletin de la Société d’agriculture de la Drôme. N° 27.
- Bulletin de la Société de l’industrie minérale. Avril à septembre 1867.
- Bulletin de la Société protectrice des animaux. Février, mars, avril.
- Bulletin de la Société industrielle de Reims. N° 24 et n0' 1 à 4, 1868.
- Bulletin de la Société industrielle d’Amiens. Mai.
- Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des sciences. N*s 12 à 24.
- Cosmos. Livr. 13 à 18.
- Catalogue des brevets d’invention. Nos 10, 11.
- Cultivateur de la Champagne (le). Avril, mai, juin.
- Écho de la brasserie (1’). Nos 1 à 4.
- Études sur l’Exposition de 1867. Fascicules 19 et 20.
- Exposition universelle de 1867. Rapports du Jury international.
- — — Lampes servant à l’éclairage, allumettes, par M. H. Peligot, br.
- — — Matériel et procédés d’exploitation des mines, par M. Callon, br.
- — — Matériel des chemins de fer, voitures et waggons, par M. H.
- Mathieu, br.
- — — Fontes et fers, par M. Ed. Fuchs et Worms de Romilly, br.
- — — Cartes géologiques, par M. Fuchs, br.
- — — Exposition d’horticulture, par M. L. Bouchard-Huzàrd, br.
- — — Observations générales sur l’état du travail des mines, par
- M. Petitgand, br.
- Génie industriel (le), par MM. Armengaud frères. Avril, mai, juin.
- Invention (F) par M. Desnos-Gardissal. Année 1867 et janvier à mai 1868.
- Investigateur (F), journal de l’Tnstitut historique. Mars, avril.
- Journal des fabricants de papier. N0* 6 à 10.
- Journal de la Société impériale et centrale d’horticulture de France. Février, mars, avril. Journal d’agriculture pratique. NoS 14 à 26.
- Journal de l’agriculture, par M. Barral. N0s 42 à 47.
- Journal des fabricants de sucre. N05 51, 52 et n°s 1 à 11.
- Journal d’éducation populaire. Nos 1 à 5.
- Mémoires de la Société d’agriculture de la Marne. Années 1865,1866.
- Mémoires de la Société d’agriculture d’Orléans. N° 2, t. XI.
- Moniteur scientifique (le), par le docteur Quesneville. Livr. 271 à 276.
- Mondes (les), par M. l’abbé Moigno. Livr. 14 à 18 et livr. 1 à 7.
- Merveilles de la science (les), parM. L. Figuier. Séries 20 à 21.
- Moniteur de la teinture (le), par M. Félix Gouillon. Nos 1 à 6.
- Mémoires et comptes rendus des travaux de la Société des ingénieurs civils. Octobre, novembre, décembre.
- Propagateur des travaux en fer (le), par M. Oppermann. Nos 15 à 18.
- Propagation industrielle (la). Avril.
- Revue agricole, industrielle, etc., de Valenciennes. Janvier à avril.
- Revue de l’Exposition de 1867. Livr. 4, 5.
- Revue universelle des mines, de la métallurgie, etc., sous la direction de M. Ch. de Cuyper. Janvier à avril.
- Revue générale de l’architecture et des travaux publics, par M. César Daly. N"* 9 à 12 et n(S 1, 2 du t. XXVI.
- Revue de géologie pour les années 1865-1866, par MM. Delesse et de Lapparent. 1 vol. in-8, Dunod, éditeur.
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- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
- Revue de la papeterie. N0! 1,2, 3.
- Revue bibliographique universelle. Juin.
- Société d’agriculture du Cher. Décembre 1867.
- Société de protection des apprentis et des enfants des manufactures. Bulletins 1, 2.
- Société industrielle de Reims. Rapport sur l’Exposition universelle de 1867. Matières premières, machines, par M. Henri Gauzentes. 1 vol. in-8.
- Technologiste (le), par MM. Malepeyre et Vasserot. Avril, mai, juin.
- Tableau de la situation des établissements français en Algérie. 1865-1866, 1 vol. in-4.
- American Artizan. NM 10 à 22.
- Chemical News. NoS 434 à 446.
- Giornàle di scienze naturali ed economiche. Année 1867, fasc. 4, vol. III. Palerme.
- Journal of the Society of arts. Nos 801 à 813.
- Journal of the Franklin institute. Mars, avril, mai.
- Institution of mechanical engineers (proceedings). Paris meeting. Part. II.
- Photographic Journal (the). N,s 192 à 194.
- Philosophical Transactions of the royal Society of London. Vol. CLVII, part. n.
- Proceedings of the royal Society of London. N°‘ 95 à 100.
- Polytechnisches Journal von Dingler. N° 1078.
- Revista de obras publicas. NoS 7 à 12.
- Verhandlungen der Bereins. Septembre à décembre 1867.
- Zeitschrift des Vereines deutscher Ingenieure. Mars, avril.
- Aperçu statistique des forces productives de la Russie, par M. de Buschen. Br.
- Catalogue spécial de la section russe à l’Exposition universelle de Paris en 1867. Br.
- Coup d’œil sur les pêcheries en Russie, par M. C. Danilewsky. Br.
- Chapitre XVI de la statistique du Haut-Rhin, ou historique de l’indienne à Mulhouse jusqu’en 1830. Br.
- Chaleur et froid, six leçons par M. John Tyndall, traduites de l’anglais par M. l’abbé Moigno. 1 vol. in-18.
- Les Promenades de Paris, par M. Alphand. Livr. 1 à 4, in-folio, Rothschild, éditeur.
- Le travail des enfants dans les manufactures, Leçons de M. Wolowski, membre de l’Institut. Br. Études sur la réforme et les systèmes pénitentiaires, considérés au point de vue moral, social et médical, par M. le docteur Herpin. 1 vol. in-18.
- Précis de chimie industrielle, par M. A. P^yen. 5e édit., 3 vol. in-8, avec planches. Hachette, éditeur.
- Sept leçons de physique générale, par Augustin Cauchy, avec notice historique, appendices, etc., par M. l’abbé Moigno. 1 vol. in-18.
- Abonnements.
- Annales de chimie et de physique. Avril, mai, juin.
- Journal des économistes. Avril, mai, juin.
- Engineering. Nos116 à 128.
- The practical Mechanic’s Journal. Mars, avril, mai.
- The Artizan. Avril, mai, juin.
- The Mechanic’s Magazine. Mars, avril, mai.
- The quarterly Journal of sciences. Avril.
- Paris. — Imprimerie de madame veine BOUCHÀRD-HUZARD, rue de l’Éperon, o.
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- 67e INNÉE. DEUXIÈME SERIE. TOME XV. — Juillet 1868.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Ch. Laboulaye, au nom du comité des arts mécaniques, sur un compositeur typographique mécanique, imaginé par M. Flamm, à Phlin (Meurthe).
- Messieurs, le problème d’exécuter plus rapidement la composition typographique que par la juxtaposition des types rapprochés par la seule main du compositeur a été attaqué de diverses manières dans ces dernières années et toujours infructueusement.
- C’était en employant un clavier pour faire cheminer sur un plan incliné les diverses lettres, successivement mises enmouvement, qu’on a cherché jusqu’ici à obtenir une solution, mais, malgré toutes les dispositions ingénieuses qui ont été imaginées, on est toujours arrivé à quelque chose de peu acceptable en pratique.
- Il y a dans cette multitude de petites lettres à mettre en mouvement et à faire cheminer librement, le plus souvent par l’effet seul de la gravité, trop de causes de dérangement, pour qu’il soit difficile d’arriver, au moyen de machines coûteuses, à produire à meilleur marché qu’à l’aide des doigts du compositeur.
- La machine présentée par M. Flamm est, sous ce rapport, un essai dans une voie nouvelle ; il n’emploie plus une fonte de caractères, mais un Tome XV. — 67e année. 2e série. — Juillet 1868. 50
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- ARTS MÉCANIQUES.
- seul alphabet de types, pouvant glisser dans des coulisses qu’ils n’abandonnent jamais, et il demande aux procédés modernes de la stéréotypie et du report les moyens de fournir des pages complètes à la typographie et à la lithographie.
- Avant de parler de l’avenir de cette invention, cherchons à donner une idée de l’ingénieuse machine au moyen de laquelle il l’a réalisée.
- La partie supérieure de cette petite machine est formée d’une roue sur laquelle sont gravées les diverses lettres, rappelant par son aspect le télégraphe électrique à cadran. Plus près du centre, et tournant autour du même axe, se trouvent disposés des types d’imprimerie, maintenus entre une double couronne en cuivre, de manière à pouvoir glisser seulement d’une petite quantité suivant leur longueur, et placés de telle sorte que chaque type correspond à la lettre gravée sur la jante de la grande roue, sur le prolongement du rayon passant par ce type.
- Il résulte clairement de cette disposition que, si on amène la jante de la roue portant, par exemple, la lettre À, en face d’un index placé à la partie antérieure delà machine, le type A se trouvera sur le même rayon, et il suffira de faire mouvoir de la main gauche un axe transversal portant un petit excentrique, pour le faire descendre et l’imprimer par pression sur une substance placée en dessous.
- On imprimera ainsi une lettre quelconque, et avec d’autant plus de rapidité que les lettres qui sont employées le plus fréquemment étant peu écartées sur la roue, il y aura peu de mouvements à faire pour les faire arriver successivement devant l’index, la roue marchant, d’ailleurs, indifféremment dans tous les sens.
- Mais il ne suffit pas d’imprimer des lettres les unes à la suite des autres, il faut que leur écart soit d’une grande régularité et que les lignes qu’elles forment soient également espacées. M. Flamm y parvient d’une manière très-heureuse.
- La substance sur laquelle une pression doit être exercée est placée sur un support à chariot à mouvements rectangulaires; d’où résulte immédiatement la plus grande facilité d’espacer également les lignes, par le mouvement d’une vis sur la tête de laquelle est monté un disque divisé que l’on fait mouvoir à la main quand on doit passer d’une ligne à une autre. Le même système permet aussi d’espacer convenablement les lettres entre elles. A cet effet, le mouvement de progression dans le sens des mots est communiqué au chariot par un cliquet mû par la manivelle qui détermine l’impression et agissant sur
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- ARTS MÉCANIQUES.
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- un cylindre à denture très-fine; le mouvement de ce cliquet est limité par celui d’une partie en équerre qui vient s’appliquer dans une entaille du grand cadran correspondant à la lettre considérée. Cette disposition remplit bien le but proposé, tant parce que le bec de l’équerre, en pénétrant dans une entaille, amène le cadran exactement à la position voulue, que parce que, sa course étant limitée par une vis, l’espacement pourra être varié en raison de l’épaisseur de chaque lettre, dans les limites toutefois de la finesse de la denture du cylindre-écrou qui donne le mouvement transversal.
- M. Flamm a attaqué aussi le difficile problème de la justification des lignes et l’a approximativement résolu d’une manière ingénieuse.
- Les épaisseurs successives des lettres viennent s’ajouter et s’indiquer sur un cadran divisé parcouru par une aiguille mise en rapport avec le cylindre du rochet. Lorsque l’ouvrier approche de la fin de la ligne, ce dont il est prévenu par un timbre, il débraye l’excentrique imprimeur et continue la composition comme si les types fonctionnaient. Arrivé à la fin de la ligne, ou il tombera juste ou il trouvera quelques points en plus ou en moins, dont il tiendra compte pour répartir cette différence entre les blancs des mots à composer (comme le fait le compositeur, sauf qu’il ne dispose ici que des blancs des derniers mots). Engrenant alors l’excentrique imprimeur, il intervertit, en touchant un bouton, la marche du chariot, et compose à rebours, en commençant par la fin les mots qui doivent entrer dans la ligne à achever.
- Ces détails montrent bien comment les types successifs sont rapidement appelés et pressés, mais n’indiquent pas comment il en résulte quelque chose d’analogue à ce qu’on appelle une composition; c’est ce qu’il nous reste à dire pour les deux genres d’impression auxquels l’inventeur applique son procédé, la lithographie et la typographie.
- Dans le premier cas, on place sous les types un papier de report recouvert d’une feuille de papier très-mince, enduite d’une couche légère d’encre grasse. Par la pression, l’œil de chaque type s’imprime en noir avec une grande netteté et on obtient ainsi des lignes, une composition parfaitement disposée pour être reportée sur pierre ou sur zinc, et imprimée par les procédés ordinaires de la lithographie.
- Grâce à cet appareil, d’un prix modéré, les lithographes pourront ainsi obtenir rapidement des compositions et, par suite, mélanger les caractères typographiques à leurs travaux habituels sur pierre, ressource considérable qui
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- ARTS MÉCANIQUES.
- nous paraît devoir étendre le cercle de leurs travaux d’une manière très-avantageuse pour le public comme pour eux.
- Récemment M. Flamm vient d’appliquer son appareil à la télégraphie, en donnant aux types de la couronne les formes des signaux du télégraphe Morse. Il espère ainsi utiliser la rapidité de composition fournie par son appareil pour préparer les bandes servant à la transmission.
- Pour la typographie, il faut mettre sous les types, soit de la pâte de papier, soit une pâte plastique, dans laquelle ils se moulent bien en s’y enfonçant, sans produire d’entraînement latéral sensible. On obtient ainsi, lettre à lettre, le moule en creux d’une page entière, qui, après avoir été séché, sert à couler un cliché identique à celui que l’on obtient aujourd’hui à l’aide d’une composition en caractères mobiles.
- C’est, on le voit, la facilité du clichage au papier, procédé que l’on a appris à manier avec tant de facilité, qui a fourni le moyen d’entrer dans une voie toute nouvelle.
- Ce progrès fait sentir aujourd’hui son influence dans toute la typographie, c’est ce qu’on voyait bien à l’Exposition, où on admirait des machines d’impression circulaires basées sur la facilité d’exécuter rapidement des clichés circulaires, et où la tentative de M. Flamm d’obtenir immédiatement le cliché était aussi le but d’une élégante machine américaine, fondée sur des principes analogues et due à M. Sweet, machine qui, par ses dispositions, rappelle le télégraphe à clavier de M. Hughes.
- Malgré l’ingéniosité de ces procédés, un examen attentif a conduit à reconnaître qu’ils ne donnaient pas la solution du problème de la composition mécanique pour les travaux importants de la typographie. En effet, fournissant un cliché dès le premier travail du compositeur, ils ne permettent aucun remaniement de lignes, aucune correction importante ; c’est là, comme le sait quiconque a fait imprimer, une objection capitale, qui s’oppose absolument à ce que ce procédé soit le point de départ d’une révolution dans les procédés de travail du compositeur de typographie.
- Malgré cela, les applications du compositeur-typographe, à la lithographie surtout, sont assez importantes; la nouveauté et le mérite de l’invention de M. Flamm sont trop remarquables pour que nous ne vous proposions pas :
- 1° De le féliciter du résultat de ses travaux;
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- 2° D’insérer dans votre Bulletin le dessin et la description du compositeur-typographe de son invention.
- Signé Ch. Laboulaye, rapporteur. Approuvé en séance f le 8 novembre 4 867.
- LÉGENDE DESCRIPTIVE DU COMPOSITEUR TYPOGRAPHIQUE MÉCANIQUE DE M. FLAMM ,
- REPRÉSENTÉ PLANCHE 387.
- Fig. 1. Élévation de la machine.
- Fig. 2. Autre élévation dans un plan perpendiculaire à celui de la figure 1.
- Fig. 3. Yue en dessus correspondant à la figure 1.
- Fig. 4. Vues, dans deux plans verticaux perpendiculaires, de l’échappement par lequel s’opère l’interversion du mouvement latéral du chariot porte-moule.
- Fig. 5. Détail du débrayage du poinçon imprimeur.
- Les organes principaux de la machine sont les suivants :
- A, réservoir circulaire à types, renfermant 300 à 400 types ordinaires d’imprimerie dans un même nombre d’encoches verticales, pratiquées dans l’espace circulaire réservé de la périphérie A' ; les types y sont retenus par un disque fixé au bâti, et dont la périphérie pénètre dans les crans uniformes de ces types ; l’ouverture bouchée B (fig. 3) permet de les y introduire ou de les changer promptement.
- C, volant manipulateur calé, ainsi que le réservoir A, sur l’arbre vertical D et portant, à sa circonférence extérieure, deux rebords saillants parallèles G', C"; sur la couronne supérieure de ce manipulateur sont gravées les diverses lettres.
- Le rebord supérieur C' a autant d’entailles triangulaires qu’il y a de types dans le réservoir ; chacune d’elles est placée en opposition avec son type correspondant, mais sur le même diamètre.
- Ces entailles ont pour but de fixer exactement dans son axe un type quelconque appelé devant le repère fixé E, car le marteau correcteur F, aussitôt libre, se lance dans l’entaille correspondante, ramène instantanément et correctement le volant manipulateur G à sa place, et l’y fixe lorsque, dans la rapidité du travail de composition, le type appelé n’a pas entièrement atteint le repère E ou l’a dépassé.
- Le rebord inférieur C" du volant manipulateur est muni d’entailles quadrangulaires correspondant aux divers types ; la profondeur de chacune d’elles est déterminée par l’épaisseur du type dont elle doit régler automatiquement les approches. Ainsi la lettre la plus épaisse, le w, est en relation avec l’entaille la plus profonde et la plus mince, l’i correspond à la moins profonde, d’où il résulte, pour le marteau à espaces G qui y
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- tombe (fig. 1), des courses inégales qu’il transmet dans une proportion amplifiée au chariot H, dont la course est saccadée.
- H, chariot porte-moule monté sur rails et commandé par le marteau G, au moyen des deux rochets I montés sur l’axe de la vis sans fin J, et à l’aide des bielles 1, 2, 3, k et des leviers K, L, 5, 6, 7, 8; nous reviendrons plus loin sur ces organes.
- Ce chariot se compose des pièces suivantes :
- M, plateau supérieur avec ses deux lames pince-papier N, N'. Ce plateau reçoit une feuille de papier de Chine à report, recouverte d’une feuille de papier encrée lorsqu’il s’agit de composer une épreuve destinée, au moyen d’un transport sur pierre, à être multipliée par les procédés lithographiques ; lorsque, au contraire, on veut employer la machine pour la typographie, on remplace le plateau M par un autre plateau qui reçoit alors la pâte plastique chargée de recevoir les empreintes.
- Ces plateaux peuvent s’enlever quand et comme on veut pendant le travail de la composition, et reprendre exactement leur place primitive, au point même où la composition a été interrompue.
- Dans le cas où on opère pour la typographie, on peut, suivant que les empreintes dans la pâte doivent être plus ou moins profondes, relever ou abaisser à volonté le porte-moule, en touchant une vis de rappel agissant sur un assemblage muni de quatre coins, qui rencontrent quatre autres coins disposés à la surface inférieure du plateau M.
- O, vis sans fin servant à obtenir l’interlignage ; elle est mue par la manivelle du disque gradué P arrêté par le ressort Q.
- R, crémaillère fixée au chariot et transmettant le mouvement transversal de celui-ci, par l’intermédiaire de l’engrenage S, au disque T gradué en demi-points typographiques, ce qui permet de reconnaître, à un instant quelconque, où en est arrivée la longueur de la ligne en composition.
- U, touche tournant folle sur son axe et servant à marquer la position du chariot, lors de l’avertissement donné par le timbre Y qui y est attaché (fig. 2) ; la sonnerie de ce timbre est réglée à volonté par la position qu’on donne au bouton W sur sa coulisse, de telle sorte qu’elle ne puisse agir pendant la marche du chariot. Avec un peu d’adresse, l’ouvrier qui aura pris l’habitude de faire fonctionner la machine pourra se faire avertir lorsque la composition d’une ligne sera arrivée plus ou moins près de sa fin.
- X, plateau en bois attaché en dehors du chariot, dont il suit tous les mouvements ; il a pour objet le contrôle de la mise en page qui s’opère tout en composant, et pour cela il reçoit une feuille de papier ordinaire, sur laquelle on trace préalablement des lignes de repère. Son usage est surtout utile lorsqu’on veut composer symétriquement, sans calcul, des impositions, des tableaux de classement ou des formules compliquées d’algèbre qui exigent, suivant le mode ordinaire de composition, beaucoup d’adresse et d’attention; en outre et grâce à lui, les parangonnages difficiles et les remplissages de
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- plomb disparaissent entièrement. Ces travaux s’exécutent ici très-promptement et sans le concours du disque indicateur T, car il suffît, en opérant de la main droite sur le bouton Y de la vis sans fin J, de manœuvrer le chariot sous la pointe du levier Z (fig. 2), de manière que cette pointe coïncide avec l’intersection des deux lignes de repère tracées sur la feuille de papier du plateau X ; pendant la composition, la pointe marquera donc successivement, par des piqûres sur la ligne transversale commencée, toutes les lettres qu’on imprimera dans le moule. Ces marques sont, en outre, d’une grande utilité pour l’ouvrier lorsqu’il vient à être distrait de son travail par une cause quelconque ; un regard jeté sur la feuille du plateau Xlui indique immédiatement la ligne et le nombre de lettres déjà posées.
- Un écrou attaché au chariot H (le dessin ne peut l’indiquer) embrasse la vis sans fin J, qui est commandée par les rochets I, dont il a été déjà question plus haut. Le chariot est forcé de se mouvoir latéralement, lorsque ces rochets sont mis en mouvement parle marteau G au moyen du jeu des leviers déjà cités K, L, 5, 6, 7, 8, et des bielles 1, 2, 3, k. La bielle 2, au moyen d’un ressort à boudin renfermé dans un tube, s’allonge plus ou moins, suivant que le marteau G rencontre sur le rebord inférieur O du volant manipulateur une entaille plus ou moins profonde.
- Les deux rochets I portent, sur leur circonférence, des entailles profondes disposées de manière que le chariot avance d’un demi-point typographique lorsque les rochets avancent d’un cran à l’autre; la valeur du quart de point est obtenue par la disposition même des rochets, qui sont fixés sur la vis J de telle sorte que les crans de l’un soient en regard des dents de l’autre. Pour réaliser ce mouvement, les grappins qui portent les leviers 7, 8 agissent, par l’intermédiaire des rochets, sur le chariot dont la marche, pour chaque lettre, s’accomplit en deux temps : le premier, lorsque le marteau G tombe dans son entaille, et le second, lorsqu’il se relève. L’impression de la lettre a lieu alors entre ces deux temps, et c’est grâce à cette division qu’est obtenue la régularité des approches entre les lettres.
- Quoique le mouvement d’un quart de point soit généralement suffisant, il ne l’est cependant plus lorsqu’il s’agit d’un fractionnement de la valeur d’un N à faire entrer en plus ou en moins dans la longueur déterminée d’une ligne ; dans ce cas, M. Flamm remplace les rochets entaillés par des rochets à arrêt instantané, permettant de produire des fractions infiniment petites.
- Le mouvement du marteau G est transmis aux leviers 5,7,8 par le levier K (reposant sur la vis-buttoir a contre laquelle il est attiré par un ressort puissant non figuré) et parles bielles 9 et k. L’un des grappins dont sont armés les leviers 7, 8 est toujours engagé dans une entaille d’un des rochets I, pendant que l’autre est dégagé ; ils sont alternativement relevés ou abaissés par un excentrique qui, lui-même, est mené par une bielle. Pour les dégager ensemble, il faut opérer simultanément le soulèvement des leviers 6, c, soulèvement qui doit avoir lieu lorsqu’on veut faire mouvoir à la main le chariot H.
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- Le mouvement est donné aux organes décrits ci-dessus par le volant à manivelle d, et par l’intermédiaire de la bielle à crémaillère e et du pignon f.
- Le pignon f fait faire un tour complet à l’arbre horizontal g par le déplacement de la crémaillère e dans un sens, et quand la crémaillère accomplit son mouvement de retour, il produit sa révolution en sens inverse, mais sans exercer d’action sur l’arbre.
- Sur l’arbre g sont placés plusieurs excentriques, commandant les divers organes chargés de faire accomplir à la machine la série de ses mouvements dans leur ordre successif.
- M. Flamm a prévu le cas où le marteau correcteur F tomberait entre deux entailles triangulaires du volant manipulateur, ce qui pourrait arriver si le repère fixe E se dirigeait entre deux lettres. Dans ce cas d’inadvertance, un arrêt horizontal h se lancerait contre le volant d, dont la saillie i arrêterait la rotation. Il suffirait ensuite de rectifier la position du manipulateur à l’égard du repère E, pour que le jeu du volant d redevînt libre.
- Pour obtenir instantanément un espacement uniforme et déterminé entre toutes les lettres sans avoir besoin d’interjeter un espace blanc après chacune d’elles, on n’a qu’à faire entrer le tranchant du petit levier j dans une autre entaille du levier brisé L correspondant à l’espacement désiré. Ce changement de position aura pour effet de présenter l’une des vis-buttoirs du levier L vis-à-vis du levier K qui tourne autour de son pivot k, et la course du marteau à espaces G s’amplifiera d’autant qu’il le faudra, car la distance de ces vis à l’égard du levier K augmente progressivement d’un quart de point pour chacune d’elles.
- Les appareils dont les rochets sont à arrêt instantané n’ont pas les vis dont il vient d’être question ; un tranchant arrondi du levier K frappe contre le secteur excentrique du levier L ; le petit levier amplificateur j est remplacé par une vis de rappel dont le large bouton est gradué à sa périphérie, ce qui permet de produire des espacements infiniment petits et de suppléer à un grand nombre de fontes de types du même œil.
- Voici maintenant dans quel ordre se succèdent les différents mouvements qu’accomplit la machine :
- Après avoir réglé la sonnerie par la fixation du bouton W, on ramène d’abord le chariot H à droite en tournant de la main droite le bouton Y et en dégageant, en même temps, les rochets de leurs grappins par le soulèvement des deux leviers b et c, jusqu’à ce que le disque gradué T ait amené le chiffre du commencement de la ligne devant le repère fixe E.
- On amène ensuite de la main droite une lettre du manipulateur devant le même repère fixe, et de la main gauche on donne un tour au volant d. Le marteau correcteur F tombe aussitôt dans son entaille correspondante du rebord C' ; le marteau à espaces G, attiré par la bielle à ressort 2, frappe à son tour la saillie que lui oppose le rebord C/; du manipulateur, et il en résulte un premier voyage du chariot H, dans lequel il se déplace de la moitié de la largeur exigée par la lettre appelée. Le marteau
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- imprimeur l, dont il n’a pas encore été parlé, appuie son poinçon m sur le typa du réservoir A qui, en s’abaissant, laisse son empreinte dans la pâte plastique. La pointe du levier Z pique un point sur la feuille tracée et fixée sur le plateau X, et le disque indicateur T porte devant le repère E le chiffre qui indique le chemin parcouru par le chariot.
- Ces mouvements accomplis, le poinçon imprimeur et la pointe du levier Z rebondissent ensemble ; le marteau G reprend sa position normale en faisant accomplir au chariot la seconde partie de son voyage, dont le disque T indique immédiatement la valeur en points typographiques, et le marteau correcteur F se retire, en dernier lieu, au moment où. la bielle à crémaillère e va revenir en arrière.
- Le manipulateur est donc dégagé pendant la moitié de la course du volant d, temps suffisant, même à un ouvrier non habitué à ce genre de travail, pour pouvoir amener très-rapidement un nouveau type sous le poinçon imprimeur, d’autant plus qu’un alphabet n’occupe qu’un arc de quelques centimètres sur la couronne du manipulateur, et que l’appel des lettres a lieu, quel que soit le sens de la rotation. Lorsqu’un ouvrier aura la pratique de l’appareil, il pourra faire mouvoir le volant d au moyen d’une courroie, et parvenir, comme le prétend M. Flamm, à lever 120 lettres à la minute.
- Aussitôt que le timbre annonce l’approche de la fin de la ligne en composition, on termine la composition du mot commencé et on prépare la justification. Dans ce but, il faut, au moyen de la touche folle U, marquer le chiffre de l’indicateur T qui se trouve en face du repère E, dégager le poinçon imprimeur en brisant son levier articulé /, dont le détail est indiqué figure 5, et composer en blanc jusqu’à la fin de la ligne. Sur l’indicateur T on remarquera que la dernière syllabe coïncidera juste avec la fin de la ligne, ou bien qu’elle l’aura dépassée, ou enfin qu’elle ne l’aura pas atteinte; dans ces deux derniers cas, on tiendra compte des points en plus ou en moins, et on recommencera effectivement la composition des derniers mots dont on connaîtra la longueur exacte par cette opération préparatoire.
- L’appareil offre deux moyens également sûrs de justification :
- Le^premier s’obtient en ramenant le chariot à droite jusqu’à ce que la touche folle U revienne à la place qu’elle occupait antérieurement, en composant les derniers mots, après avoir redressé préalablement la brisure du levier /, et en répartissant entre les blancs la différence trouvée en plus ou en moins.
- Le second moyen consiste à porter le chariot à la fin de la ligne, à intervertir sa marche et à composer les derniers mots à rebours. Cette interversion s’obtient instantanément en dégageant le ressort n par l’interposition du pouce de la main gauche entre lui et la pièce mobile o (voir fig. 4), et en imprimant à celle-ci un demi-tour. L’arbre g accomplit alors la même révolution, et l’excentrique qui commande le chariot ainsi que les autres pièces prennent une position telle à l’égard du levier et des bielles, que tous les mouvements se produisent à d’autres moments. Le chariot, en Tome XV. — 67e année. 2e série. — Juillet 1868. 51
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- marchant désormais de gauche à droite, s’arrêtera à l’endroit marqué par la touche folle U.
- Pour commencer une seconde ligne, il suffit de rétablir le mouvement normal du chariot, d’opérer l’interlignage voulu en repoussant le ressort Q et en tournant la vis sans fin O par le moyen du disque P, puis on ramène le chariot jusqu’au commencement de la nouvelle ligne.
- La vis sans fin, faisant mouvoir le plateau M dans le sens longitudinal, sert également pour parangonner les lettres, et les faire servir indistinctement comme lettres supérieures ou inférieures.
- (M.)
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- Rapport fait par M. Tresca, au nom du comité des arts mécaniques, sur les tures a couleurs de M. Richard aîné, rue Saint-Gilles, 11, à Paris.
- Messieurs, M. Richard, mécanicien, à Paris, a présenté à la Société d’encouragement les divers modèles de ses tubes en étain destinés à remplacer les vessies, pour la conservation des couleurs à l’huile, et qui sont également employés pour contenir certains articles de parfumerie.
- L’idée de remplacer les vessies par des tubes en métal est vraiment intéressante. Elle appartient à M. John Rand, qui dès 1841, époque à laquelle il a pris sa première patente en Angleterre, avait compris qu’en rendant flexibles les parois de ses vases il pouvait en diminuer la contenance au fur et à mesure de la consommation, et abriter ainsi la matière pâteuse qu’il voulait conserver contre le contact de l’air, même dans les vases en vidange. Les poches en vessie jouissaient de la même propriété, mais la membrane était plus perméable que ne l’est un métal, et, par la dessiccation qu’elle subit à l’air libre, elle était, en général, devenue cassante bien longtemps avant que toute la matière qu’elle était destinée à protéger ne fût employée. Il y avait donc une perte notable que les vases de métal devaient éviter. Dans la première rédaction de Rand, il fait déjà ressortir ces avantages, et montre bien que les vases les plus convenables consisteraient en tubes d’étain, fermés par un bouchon à une des extrémités et fermés de l’autre, après l’introduction de la matière, en rapprochant les parois et en repliant le métal plusieurs fois sur lui-même.
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- Le mode de fabrication des vases n’est pas encore indiqué dans cette première patente, mais déjà Rand donne la figure de l’appareil destiné à remplir les tubes cylindriques. Cet appareil consistait, comme aujourd’hui, en une sorte de seringue, terminée par un ajutage cylindrique que l’on coiffait avec le tube garni de son couvercle. En poussant lentement le piston avec une vis, la pression même de la matière semi-fluide la fait entrer dans le tube qu’elle repousse en même temps qu’il se remplit. On arrête l’opération assez à temps pour pouvoir ensuite plier la paroi avec une pince spéciale, qui est en même temps figurée. Dans la patente de 18L2, le mode de fabrication des tubes d’étain cylindriques est parfaitement indiqué et figuré.
- À l’aide d’un premier outil formant découpoir, on obtient des rondelles d’un diamètre convenable, concaves à la face supérieure et percées d’un trou concentrique par l’action d’une pointe centrale faisant corps avec le poinçon.
- L’une de ces rondelles est ensuite placée dans une matrice de même section qu’elle, et par l’action d’un nouveau poinçon, également armé d’une pointe centrale, on force la matière à se mouler, en quelque sorte, dans la matrice, qui peut porter à la partie inférieure un pas de vis, dans les rainures duquel l’étain vient se loger autour de l’appendice du poinçon. On forme ainsi le goulot du tube, mais il est surtout nécessaire de faire comprendre le mode d’exécution simultanée de la paroi.
- Le poinçon, tourné et poli à un diamètre un peu plus petit que celui de la rondelle, au moment où il vient frapper contre elle, force la matière à se déverser par le petit orifice annulaire qui peut seul lui donner issue, et celle-ci, moulée, en quelque sorte, dans cet orifice, s’élève verticalement sous forme d’un tube cylindrique de diamètre constant, qui coiffe exactement le poinçon, et qui doit avoir, si la concentration des outils est parfaite, une épaisseur de paroi qui est la même sur tous les points, puisqu’elle est partout mesurée par l’épaisseur libre de l’anneau.
- Rand comptait obtenir ainsi des tubes de 2 centimètres de diamètre et de 8 centimètres de hauteur ; mais l’expérience a prouvé, depuis, que le procédé comportait la possibilité d’obtenir des tubes de plus de 30 centimètres de hauteur.
- Qu’on nous permette d’insister sur ce mode de fabrication ; il réalise trop complètement nos vues sur l’écoulement des corps solides, pour que nous ne prenions pas plaisir à revenir sur cette application.
- Le métal, comprimé fortement par le choc d’un balancier, s’élève brus-
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- quement jusqu’à 30 centimètres de hauteur, conservant partout la forme que lui a donnée le seul orifice par lequel il ait pu s’échapper, à la manière d’un liquide qui aurait été placé dans les memes conditions. Il est impossible de suivre le phénomène, tant l’action est rapide, et un seul coup de balancier suffit pour obtenir le jaillissement dont nous venons de parler.
- Hâtons-nous de dire, toutefois, que le résultat n’est certain qu’à la condition d’un parfait centrage des deux outils, tel que M. Richard a su le réaliser par un ajustage exceptionnel.
- Les tubes de Rand étaient quelquefois d’inégale épaisseur; quelquefois, aussi, ils présentaient de petites déchirures qui suffisaient pour leur faire perdre la plus grande partie de leur valeur industrielle: M. Richard est parvenu, sous ce rapport, à des résultats beaucoup plus satisfaisants, auxquels il a su ajouter d’ailleurs des améliorations importantes, d’une part sous le rapport des dimensions, d’autre part sous le rapport de la fermeture
- En ce qui concerne les dimensions, les tubes anglais ne dépassaient pas 40 millimètres de diamètre et 200 millimètres de hauteur. Ceux de M. Richard atteignent 50 millimètres en diamètre et 300 millimètres en hauteur. Nous avons vu quelques-uns de ces gros tubes avant l’ébarbage qu’on leur fait subir sur le tour, après l’action du balancier, et nous avons eu peine à nous convaincre que les différences d’élévation de la matière autour du poinçon ne mesurent jamais que 2 ou 3 millimètres sur 300. Le liquide le plus limpide ne satisferait pas mieux aux conditions d’une parfaite égalité d’écoulement, qui ne saurait évidemment résulter que d’une parfaite égalité dans la transmission des pressions dans toute la masse du métal. Les rondelles de M. Richard ne sont d’ailleurs pas percées au centre, et forment de simples flans de métal.
- En ce qui concerne la fermeture, M. Richard préfère ne faire venir, à la bouche du tube, par la pression du balancier, qu’une virole cylindrique dans laquelle il forme sur le tour le filet plus régulier de la vis, et il assure encore l’exactitude de la fermeture en obtenant, par des procédés analogues aux précédents, une sorte de capsule, qui lui servira de bouchon, lorsqu’elle aura été filetée à l’intérieur, et qui, déprimée au centre en forme de cône, formera un joint plus parfait avec la face supérieure de la virole filetée.
- Cette fermeture assure à ces tubes, déjà d’un emploi général, un meilleur usage, et permet d’en dépenser partiellement le contenu en assurant plus
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- efficacement la complète conservation du surplus. Il n’est pas douteux qu’on n’arrive à les appliquer aussi utilement à d’autres usages. On en jugera par cette indication que les plus petits tubes, d’une contenance de 6 centimètres cubes, ne coûtent que 5 francs la grosse, c’est-à-dire moins de 1 centime la pièce, et que les plus gros, d’une contenance de plus d’un demi-litre, ne reviennent qu’à 1 franc pièce environ. Malgré ce bas prix, ils constituent évidemment pour toutes les matières pâteuses qui sont sans action sur l’étain, le meilleur mode d’emballage que l’on puisse trouver.
- M. Richard se livre aussi à la fabrication spéciale des viroles coniques employées dans la confection des pinceaux, et les résultats qu’il obtient sous ce rapport sont bien faits pour montrer toute la précision que nos outilleurs parisiens savent mettre au service de tous les petits problèmes posés par la pratique.
- Nous vous proposons, Messieurs, au nom du comité des arts mécaniques, de remercier M. Richard de sa communication, en le félicitant de la bonne direction qu’il a su donner à sa fabrication; elle n’est devenue importante que grâce à une précision exceptionnelle dont nous devons également le féliciter. Nous vous proposons en même temps d’ordonner l’insertion du présent rapport dans votre Bulletin, avec une figure sur bois indiquant le mode de fonctionnement de l’outil principal.
- Signé Tresca, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 13 décembre 1867.
- Fig. 1.
- Les figures ci-dessous et d’autre part sont relatives au mode de fabrication des tubes en étain de M. Richard.
- La figure 1 représente en section verticale une rondelle ou flan, préparé pour la fabrication d’un tube.
- La figure 2 est une section verticale de la matrice correspondante au diamètre du flan précédent.
- La figure 3 est le tube que produit la rondelle lorsque, placée dans la matrice, elle a reçu à l’aide d’un balancier l’action d’un poinçon d’un diamètre un peu plus petit que celui de la rondelle. La différence entre le diamètre de la matrice et celui de
- Fig. 2.
- ce poinçon représente l’épaisseur du tube fabriqué.
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- COMPTEURS.
- La virole cylindrique qui termine le tube à sa partie inférieure est filetée au tour.
- Enfin la figure k est une section verticale de la capsule ou bouchon qui se visse sur la virole du tube; elle est également filetée au tour, opération qui, en raison du peu de dureté de la matière, se fait avec une extrême rapidité.
- a est une dépression centrale de forme conique, qui a pour but d’assurer une occlusion plus parfaite entre le fond de la capsule et la virole du tube.
- • (M.)
- Fig. 4.
- COMPTEURS.
- Rapport fait par M. Tresca, au nom du comité des arts mécaniques, sur un compteur a eau dit hydromètre-Villière, présenté par M. Villière, à Vire (Calvados).
- Messieurs, M. Villière avait présenté, il y a plusieurs années déjà, à la Société d’encouragement, un système de compteur à eau qui avait été renvoyé à l’examen d’un de nos collègues, que nous avons eu la douleur de perdre l’an dernier, et c’est au nom de Silbermann que nous devrions faire aujourd’hui le rapport sur ce compteur, si cet appareil n’avait, depuis l’époque de sa présentation, subi entre les mains de M. Villière, de grandes modifications par rapport aux dispositions du brevet primitif du 26 juillet 1861.
- L’appareil de M. Villière mesure l’eau qu’il débite en comptant le nombre des remplissages de deux capacités successives, qui basculent par un trop-plein pour déverser leur produit. Son exactitude n’est, pour ainsi dire, subordonnée qu’à un bon jaugeage du volume de ces vases qui, à chacune de leurs évolutions, font fonctionner un cadran à dents de rochet qui entraîne, à son tour et à l’instant convenable, le cadran concentrique des centaines.
- On peut reprocher à ce système une certaine complication dans les divers renvois de mouvement, dont la complète liberté est nécessaire à l’exactitude des indications, et cette exactitude n’est pas obtenue sans un inconvénient qui peut paraître grave pour le plus grand nombre des applications.
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- COMPTEURS.
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- La pression motrice du liquide est entièrement annihilée au moment du passage dans la mesure, et le compteur ne délivre, en quelque sorte, que de l’eau morte, qui ne pourra, dès lors, être conduite que sur un point inférieur à celui qu’occupe le compteur.
- Si l’on voulait se servir de l’appareil pour le service de tous les habitants d’une maison, par exemple, il faudrait, dès lors, placer l’appareil à l’étage supérieur, pour que le liquide pût être distribué ensuite à tous les niveaux au-dessous.
- Cet inconvénient disparaît dans quelques autres applications que M. Vil-lière a également en vue, lorsque, à l’aide de certaines dispositions particulières dont il a doté son appareil, il l’oblige à ne dépenser qu’une certaine quantité de liquide, fixée et écrite à l’avance, disposition évidemment convenable pour la vente des liquides qui ont une valeur commerciale, ou pour les diverses manipulations des spiritueux dans les soutirages ou les transversages.
- M. Villière a mis à notre disposition deux de ses appareils.
- Le plus grand de ces appareils a été soumis à une expérimentation directe au Conservatoire, et il a été constaté que l’erreur commise par lui n’a jamais dépassé 6 décilitres sur 100 litres, c’est-à-dire 0,006 de la quantité débitée, et encore cette erreur ne s’est-elle produite qu’une seule fois et sans doute d’une manière fortuite. L’influence de l’usé ou de l’oxydation des axes ne saurait apporter, d’ailleurs, une grande modification sous ce rapport après un certain temps d’usage.
- L’autre appareil est en ce moment sous les yeux du Conseil. Il est plus particulièrement destiné aux petits débits, chiffrés à l’avance. Au moyen d’un encliquetage convenable, l’auteur a très-heureusement réalisé cette condition que nous croyons nouvelle et qui n’est certainement pas sans intérêt." Par l’arrêt préalable d’une aiguille sur un point déterminé d’un cadran spécial, l’appareil se fermera à volonté après avoir dépensé 1 litre ou 100 litres, soit même, quel que soit le débit, et si on le veut, en cas de négligence de celui qui s’en sert, au moyen d’un ressort toujours préparé à fermer le robinet d’admission. Le compteur peut, sous cette forme, éviter des erreurs fâcheuses, et, s’il s’agit de liquides inflammables, écarter même les chances d’accidents. C’est sous ce rapport, Messieurs, qu’il vous intéressera davantage et qu’il promet de réaliser un perfectionnement utile.
- En résumé, le compteur à eau de M. Villière enregistre exactement le débit
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- COMPTEURS.
- de la conduite à l’extrémité de laquelle il est branché ; mais il a l’inconvénient de laisser perdre toute la pression du liquide, ce qui en rend les applications moins profitables et moins générales.
- A un point de vue plus restreint, l’appareil de M. Villière offre un intérêt réel. La faculté qu’il possède de débiter une quantité de liquide assignée d’avance, la disposition à l’aide de laquelle l’appareil se ferme après ce débit effectué, fût-ce même après chaque litre, le rend éminemment propre à certaines opérations d’économie domestique, au débit des liquides alcooliques ou des autres liquides d’une certaine valeur, et au transvasement jaugé de ces mêmes liquides.
- J’ai l’honneur de vous proposer, Messieurs, au nom du comité des arts mécaniques, de remercier M. Villière de sa communication et d’insérer le présent rapport dans le Bulletin avec les figures nécessaires pour faire comprendre le jeu des encliquetages qui déterminent la fermeture automatique de son appareil.
- Signé Tresca, rapporteur.
- Approuvé en séance, le \ 3 décembre 1867.
- LÉGENDE DESCRIPTIVE DE LA PLANCHE 388 REPRÉSENTANT LE COMPTEUR A EAU
- DE M. VILLIÈRE.
- Fig. 1. Vue postérieure de l’appareil destiné aux petits débits, la boîte en tôle qui le renferme étant coupée.
- Fig. 2. Yue de côté avec section de la paroi correspondante de la boîte.
- Fig. 3. Yue en dessus, le couvercle de la boîte étant retiré.
- a, tuyau d’amenée du liquide dans l’appareil.
- b, robinet à deux clefs, servant à régler l’écoulement du liquide par le tuyau a.
- c, cr, capacités dans lesquelles tombe alternativement le liquide, et disposées de telle sorte que lorsque l’une se remplit l’autre se vide.
- d, axe sur lequel sont montées les capacités c, c\ et autour duquel elles opèrent une révolution de 180 degrés pour amener en dessus celle des deux qui vient de se vider et renverser du même coup celle qui vient de se remplir.
- e, er, récipients supplémentaires recevant alternativement le trop-plein des capacités correspondantes c, cr, qui les entraînent dans leur mouvement de rotation autour de l’axe d.
- f>f'> leviers supportant les récipients e, e’ et pouvant osciller autour des extré-
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- mités de la plaque g fixée aux capacités c, c’; chaque récipient est supporté par deux leviers.
- h, bec dont est muni chaque récipient c, et dont l’extrémité repose sur un levier à deux branches i, articulé en i'.
- j, contre-poids suspendu à la branche d’arrière du levier «, et destiné à équilibrer la quantité de liquide que doit contenir chaque récipient e.
- h, autre levier commandé par la branche d’arrière du levier i.
- l, équerre recevant son mouvement du levier k.
- m, autre équerre commandée par l’équerre /, et dont l’extrémité inférieure est destinée à empêcher le mouvement de rotation en arrière des capacités c, cf; celles-ci portent, dans ce but, un appendice qui butte contre l’équerre m.
- n, cliquet également commandé par l’équerre l, et faisant marcher la roue des unités du compteur o. Concentriquement à cette roue est une autre roue qui, comme dans tous les compteurs, avance d’une division quand la première roue a fait un tour complet.
- p, troisième équerre commandée par l’équerre / et faisant mouvoir un levier horizontal q, qui agit, par le bas, sur la clef intérieure du robinet b, pour modérer l’arrivée du liquide vers la fin du remplissage.
- D’après cela, on voit déjà que le liquide, arrivant par le tuyau a, s’écoule par le robinet b dans celle des capacités c c', qui se trouve au-dessous ; lorsque celle-ci est pleine, le trop-plein du liquide se déverse dans l’un des récipients ee’ correspondants, jusqu’à ce qu’il y en ait une quantité suffisante pour vaincre la résistance du contrepoids y, quantité qui est calculée de manière à compléter la contenance de la capacité remplie pour former un litre ou toute autre mesure adoptée.
- A ce moment, le poids du liquide contenu dans le récipient fait basculer le levier i, qui, par l’intermédiaire de l’autre levier k, des trois équerres /, m, p et du cliquet n, produit les mouvements suivants :
- 1° Les capacités et leurs récipients sont rendus libres et basculent en accomplissant autour de leur axe d une demi-révolution, qui détermine immédiatement la vidange.
- 2° Le cadran des unités du compteur est actionné et enregistre, en s’avançant d’une division, la quantité de liquide qui vient de se verser.
- 3° Le levier q diminue peu à peu l’orifice d’écoulement du robinet, qui se ferme ensuite tout à fait au moment même où les capacités c c’ accomplissent leur révolution. Pour cela, chaque capacité porte, aux extrémités d’une des diagonales de son ouverture, deux longues goupilles verticales r r; au moment du basculement, l’une des goupilles de la capacité qui va se vider ferme, en passant, le robinet, et, immédiatement après, l’autre capacité, en remontant, le rouvre au moyen de son autre goupille.
- Ainsi, la capacité et le récipient qui venaient de se vider auparavant arrivent à leur tour en dessus. Dans ce mouvement, le bec h correspondant vient se placer, Tome XV. — 67e année. 2e série. — Juillet 1868. 52
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- comme l’était l’autre, sur le levier i, en glissant le long d’une courbe s fixée à ce levier. Quant aux autres pièces (équerres et leviers), elles sont ramenées à leur position initiale par le contre-poids y, qui est retombé dès que le bec h a quitté le levier i pour basculer.
- Le robinet b étant, comme on l’a dit, à deux, clefs, il ne suffirait pas, pour que le liquide coulât, que la clef intérieure fût ouverte par l’action automatique de l’appareil, ainsi qu’il vient d’être expliqué ; il faut, en outre, que la clef extérieure soit également ouverte, résultat qu’on obtient en manœuvrant à la main une béquille placée en dehors de la boîte qui renferme l’appareil.
- Un leviqr courbe horizontal t (fig. 3) est fixé sur la clef extérieure et sert, au moyen d’une encoche pratiquée à l’extrémité de la courbe et qui vient se loger sous un cliquet d’arrêt vertical, à maintenir la clef ouverte malgré l’action du ressort n, qui tend à la fermer toutes les fois que le levier t n’est pas en prise. Lorsque les capacités basculent pour se vider, un levier v (fig. 3), actionné par une saillie vr portée par les capacités, délivre le levier t de son cliquet d’arrêt, et, sollicitée immédiatement par le ressort u, la clef extérieure du robinet se referme.
- Lorsqu’on veut que l’écoulement continue et que l’appareil puisse jauger sans autre interruption que celle qui est nécessaire pendant le basculement des capacités c c', il est important que la clef extérieure du robinet reste ouverte. Pour cela, on agit sur un verrou articulé w (fig. 2 et 3) qu’on commande à volonté par un bouton surmontant la boîte de l’appareil et qui, en retenant le levier t, neutralise la fonction du levier v chargé, comme on vient de l’expliquer plus haut, de le rendre libre. En repoussant le verrou, le levier t est dégagé et la clef du robinet se referme.
- Enfin voici par quelles dispositions l’inventeur réalise cette condition de faire débiter à son compteur une quantité déterminée de liquide, sans avoir à se préoccuper ni du compteur qui doit l’accuser, ni de la fermeture du robinet.
- x, aiguille horizontale fixée en dehors de l’appareil, et qu’au moyen d’un bouton on peut faire tourner à volonté sur un cadran gravé sur le couvercle de l’appareil.
- y, roue à rochet horizontale, fixée sur l’axe de l’aiguille x, dans l’intérieur de l’appareil; les dents de cette roue, dirigées en dessous, sont en même nombre que les divisions du cadran de l’aiguille x; en outre, il y a sur la jante une encoche 2 (fig. 1), qui correspond au zéro du cadran de l’aiguille x. C’est le levier v qui, au moyen d’un cliquet horizontal à contre-poids, fait marcher la roue y.
- Cela posé, la fermeture automatique de la clef du robinet a lieu de la manière suivante : on met l’aiguille indicatrice x sur le chiffre du cadran qui représente le nombre de litres que l’on veut laisser couler, et, comme le mouvement de la roue y est solidaire de celui de l’aiguille, cette roue tourne à partir du zéro d’un nombre de dents égal au chiffre qu’on a marqué sur le cadran. Alors, si l’on ouvre le robinet de manière qu’il soit retenu par le cliquet d’arrêt vertical qui agit sur le levier /,l’appareil fonctionnera, et à chaque révolution la saillie v' des capacités c c1 agissant sur le levier u, celui-ci, au
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- moyen de son cliquet horizontal à contre-poids, communiquera un mouvement de retour à la roue à rochet y, ainsi qu’à l’aiguille x, qui à chaque révolution reviendra d’une division vers le zéro du cadran. Lorsque cette aiguille sera arrivée au chiffre 1 du cadran, l’encoche 2 de la roue y se présentera en face du cliquet horizontal à contrepoids qui tombera dedans, et qui en même temps saisira par le bas le cliquet vertical qui retient le levier t; alors,à la révolution suivante, le levier v, en ramenant l’aiguille a? au zéro, fera agir le cliquet horizontal sur le cliquet vertical, et aussitôt le levier t devenant libre, le robinet se fermera.
- (M.)
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- Rapport fait par M. Victor Rois, au nom du comité des arts mécaniques,
- sur /'industrie des chapeaux de feutre et sur la visite des ateliers de
- MM. Laville, Petit et Crespin, rue Simon-Lefranc, 8 et 10, à Paris.
- Messieurs, vous avez chargé votre comité des arts mécaniques d’étudier les progrès réalisés par MM. Laville, Petit et Crespin dans la fabrication des chapeaux de feutre, et, pour donner à cette étude une plus grande importance, vous avez désiré que le comité fit la visite des nouveaux ateliers que ces industriels viennent d’établir à Charonne et dans lesquels ils ont réuni les machines-outils les plus perfectionnées.
- J’ai l’honneur de vous rendre compte des résultats de nos investigations.
- Il serait superflu d’entrer ici dans les détails qui s’appliquent particulièrement à la théorie du feutrage et du foulage des poils en général.
- Tout le monde sait que les poils ou les matières feutrantes présentent une affinité vrillante qui permet l’incorporation intime de leurs parties élémentaires et que, par l’opération du feutrage, on parvient à former un tout, dont la cohésion est telle, que l’effilochage des étoffes feutrées est, pour ainsi dire, impossible.
- Les opérations préparatoires du feutrage et du foulage sont trop bien décrites dans le savant traité du travail des laines que notre collègue M. Alcan a fait paraître en 1866, pour que nous entrions, à ce sujet, dans des détails qui sont mieux placés dans un traité ex professo que dans une monographie.
- Nous avons surtout l’intention de vous faire connaître l’origine et l’état actuel de l’importante fabrique de MM. Laville, Petit et Crespin, qui s’oc-
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- cupent particulièrement du feutrage des poils et de la chapellerie en général.
- Cette maison a été fondée en 1823 par M. Laville; à cette époque, le feutre, qui avait longtemps joui de la faveur publique, commençait peu à peu à céder sa place au chapeau de soie.
- Nous étions, à cette époque, inférieurs aux Anglais et aux Allemands pour les chapeaux de feutre ; mais, dès que ceux-ci commencèrent à faire le chapeau de soie, ils devinrent nos tributaires pour la peluche de soie; nos exportations se firent sur une large échelle, et après 1830 le chapeau de feutre fut, pour ainsi dire, délaissé.
- Sous notre impulsion, les Anglais délaissèrent, à leur tour, cette fabrication; mais ils vinrent chercher nos meilleurs ouvriers, achetèrent en grande quantité nos peluches de soie et tentèrent de reconquérir leurs exportations arretées, en partie, par notre propre fabrication.
- En 1832, M. Laville créait un nouveau tissu en coton et bourre de soie appelée alors peluche de Paris, et cette fabrication, qui permettait d’établir des chapeaux de qualité secondaire, eut un grand succès; mais telles sont les fluctuations de l’industrie, tels sont surtout les caprices de la mode, que dès 1835 on en revenait au chapeau de feutre, surtout pour les chapeaux gris, et que de nouveaux efforts devaient être faits pour conserver à la fabrique française sa supériorité sur la fabrique anglaise, sa concurrente habituelle.
- La maison dont je parle est arrivée à ce résultat, non-seulement à cause de l’emploi de ses machines qu’elle a peu après perfectionnées, mais encore grâce au choix de bonnes matières premières et à leur judicieux emploi.
- Si on examine d’abord la matière première, on remarque de très-grandes variétés dans les qualités. Le poil de castor a 2 centimètres de longueur environ; comme tous les poils, il est conique et creux ; en le regardant attentivement on reconnaît que son extrémité a une couleur roussâtre désagréable à l’œil; mais, dès que cette extrémité est affranchie, le reste du poil de castor présente cette coloration douce et claire qu’on recherche particulièrement. M. Laville a trouvé le moyen d’affranchir cette pointe en ne conservant que la partie du poil de castor qui donne au chapeau sa meilleure qualité en enlevant la partie rousse et en ne conservant que la partie claire.
- Ce résultat est d’autant plus important que le poil clair valait alors 350 à 400 francs le kilogramme (castor des montagnes Rocheuses de l’Orégon), tandis que les poils de castors bruns du Canada ne valent que 150 à 200 fr. le kilogramme.
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- Pour obtenir ce résultat M. Laville a fait construire par M. John Collier une sorte de tondeuse; cette machine, qui avait déjà été employée dans la fabrication des bonnets grecs, lui a permis d’obtenir, avec les castors des nuances les plus brunes et, par conséquent, du prix de revient le plus bas, des chapeaux plus beaux et plus unis que ceux qu’on obtenait avec les poils de la meilleure qualité et du prix le plus élevé. Cependant les poils ainsi affranchis avaient une longueur moindre ; pour obtenir des feutres aussi fournis que ceux qui emploient le poil de castor dans toute sa longueur, M. Laville a fait, comme les Anglais eux-mêmes, un fonds de poils de lapin ou de lièvre feutré, et il y implante le poil de castor.
- Il faut voir dans sa fabrique cette admirable machine qui dépouille par deux ou trois simples rotations une peau de lapin de tous ses poils sans en laisser aucun sur la peau et en conservant à ces poils leur longueur totale, de telle sorte que, par le jeu seul de cette machine, la séparation se fait entre la peau et les poils, ceux-ci conservant la forme même de la toison comme s’ils continuaient à rester adhérents, celle-là ne pouvant plus servir qu’à faire une sorte de colle animale.
- Ces poils ainsi obtenus forment la base du chapeau, ils sont étendus sur la forme et recouverts ensuite de poils de castor qu’on étend et qu’on frappe.
- Il entre dans un chapeau de feutre trois quarts de poils de lapin, un quart seulement de poils de castor; on dit, dans les ateliers, que le poil est amoureux de feutrage; ce qu’il y a de certain, c’est que, par le frappage dont nous parlons, il se fait une véritable incorporation, le poil de castor se plante par sa base, c’est lui qui forme la surface extérieure ; on emploie alors la tondeuse et, plus elle agit, plus le chapeau blanchit et acquiert la qualité supérieure.
- Il ne faut pas croire que les déchets soient perdus, ils servent à faire les feutres bruns ou noirs, de sorte que les chapeaux de la meilleure qualité ont la couleur claire, naturelle du castor, et les autres sont teints. Ces déchets, qui ne valent pas plus de 18 à 20 francs le kilogramme, remplacent, comme on le voit, une matière qui coûte 150 francs. Longtemps les Anglais et les Américains ont jeté ces déchets que les Français leur achetaient après avoir trouvé, grâce à M. Laville, le moyen de les utiliser.
- Vint ensuite le mode des chapeaux de feutre souples; cette fabrication était restée exclusivement entre les mains de quelques maisons du midi de la
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- France; mais leur extension fut si rapide, que la main-d’œuvre des ouvriers atteignit des prix inusités.
- Cette situation a donné naissance aux machines.
- C’est en 1852 que les Américains ont apporté en France la première machine àbastir destinée à remplacer l’arçonnage des chapeaux, MM. Dhyerames l’avaient achetée des inventeurs, MM. Burr et Taylor; c’était une machine assez informe fondée sur un principe très-ingénieux, mais n’ayant qu’une valeur très-médiocre au point de vue industriel. M. Laville essaya en vain de s’en servir et ce ne fut qu’après y avoir apporté des améliorations importantes, consignées dans son brevet de 1855, qu’il parvint à obtenir une réalisation pratique avantageuse; mais ici encore se présenta un nouvel obstacle , les ouvriers ne voulurent pas feutrer, achever les chapeaux dont le bastissagë avait été fait à la machine.
- Il fallut approprier une machine à feutrer au travail de la chapellerie, et c’est l’ensemble de ces machines qui a été exposé en 1855, et qui a valu à M. Laville une médaille de lre classe. Laissons parler le rapporteur du jury, M. Alcan : « On connaît, disait-il, les difficultés du bastissagë opéré au moyen de l’arçon, celles non moins grandes du foulage à la main des galettes résultant du bastissagë ; elles sont telles, que le plus habile ouvrier peut à peine bastir et fouler par jour trois chapeaux en feutre serré. Les deux machines exposées par M. Laville, au moyen d’une femme, d’un enfant et de deux ouvriers pour les servir, fabriquent avec une très-grande perfection 250 à 300 chapeaux dans une journée. »
- Depuis cette époque, la maison Laville, Petit et Crespin a ajouté un grand nombre de machines-outils à leur fabrication, et grâce à eux on peut dire aujourd’hui que l’outillage de la chapellerie est complété. Récapitulons les machines-outils qui ont été inventées par M. Laville seul, ou en collaboration avec ses associés, et contentons-nous d’en donner la nomenclature dans leur ordre chronologique ; nous trouvons :
- 1° Tours mécaniques................. 1830.
- 2° Outil à découper les bords....... 1834.
- 3° Tondeuse pour chapeaux de castor. . . . 1834.
- 4° Chaudière pour teinture (panier double). 1840.
- 5° Bastisseuse et fouleuse.......... 1854.
- 6° Machine à dresser................ 1862.
- Chacune de ces machines mériterait une description particulière, à cause
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- de son importance et des services qn’elle peut rendre ; mais nous devons nous borner et renvoyer soit aux ouvrages spéciaux que nous avons cités, soit au cours que fait leur auteur au Conservatoire, soit aux brevets d’invention pris par M. Laville en 1854 et en 1856.
- L’introduction de ces machines a transformé cette industrie ; avant leur emploi, les produits étaient le plus souvent irréguliers; le même ouvrier n’était pas sûr d’obtenir le même résultat, et chaque ouvrier, suivant son goût et son habileté, produisait des qualités différentes, bien que le prix de la main-d’œuvre fût le même pour l’ouvrier le plus adroit comme pour le moins intelligent. Depuis l’emploi des machines, les produits sont réguliers, la production est immense, l’habileté de l’ouvrier n’a plus la même importance, et la chapellerie française est à la tête des industries similaires dans les autres pays du monde.
- La maison Laville, Petit et Crespin peut établir à 60 francs une douzaine d’excellents chapeaux de feutre souples, tout garnis et prêts à être livrés à la consommation.
- Nous devons insister sur ce fait que, contrairement à la plupart des industries qui n’exécutent qu’une partie de la fabrication, cette industrie particulière de la chapellerie prend la matière première à son origine et lui fait subir toutes les transformations nécessaires pour l’amener à l’état vendable commercialement.
- Ajoutons que cette importante maison a inventé les chapeaux à coiffe adhérente en 1854, le velours-feutre en 1855, et le feutre pointillé en 1865, de sorte que, particulièrement pour les chapeaux à coiffe adhérente, non-seulement la maison profite de cette invention, mais encore elle a l’avantage de vendre des licences à tous fabricants français qui, pour la plupart, emploient ce procédé. La fabrique étrangère a elle-même abandonné les autres systèmes, pour adopter exclusivement celui-là.
- En présence de la transformation importante apportée dans la fabrication par l’introduction des machines, on devait se préoccuper, à juste titre, du sort des ouvriers, et craindre la diminution des salaires et, par suite, les fâcheuses conséquences auxquelles elle entraîne. Ces appréhensions légitimes ne se sont pas justifiées. Dans la fabrique de Charonne, que nous avons visitée, le salaire des ouvriers est de 6 à 9 francs par jour, celui des hommes de peine est de 4 francs, celui des femmes est de 3 à 4 francs; de sorte que, bien que l’outillage soit venu remplacer une partie des mains-d’œuvre, le taux des salaires a plutôt augmenté que diminué, tout en permettant à l’in-
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- dustrie nationale de l’emporter sur les concurrents étrangers, et c’est là un progrès très-considérable puisque la supériorité est conquise sans que l’humanité puisse en souffrir et, au contraire, en augmentant les salaires tout en diminuant la fatigue, et en protégeant la santé des ouvriers. En veut-on un exemple frappant : pour préparer le poil au feutrage on lui fait subir, comme on le sait, une préparation au nitrate de mercure, qu’on appelle le sécrétage. — On a essayé, vainement, de remplacer cette préparation; il y a même des pays, comme la Belgique, qui y ajoutent de l’acide arsénieux ; on voit, de suite, à quels dangers étaient exposés les ouvriers qui faisaient des chapeaux au moyen de l’arçon.
- Ils avaient souvent des saignements de nez, ils étaient obligés de porter leur mouchoir en bâillon, et ils restaient exposés à ces dangers la moitié de la journée, c’est-à-dire pendant tout le temps du bastissage.
- La machine à bastir est donc venue obvier à tous ces inconvénients, tout en réalisant une très-grande économie et en doublant la production.
- Les améliorations dont cette machine a été l’objet sont dues à M. Laville pour la plus grande partie ; nous n’avons pas à la décrire, elle a fonctionné sous les yeux de tous les visiteurs de l’Exposition universelle.
- Lorsqu’elle fut importée d’Amérique, l’aspiration placée sur un côté du bâti qui supporte le cône manquait d’énergie; la trémie qui conduit le poil sur le cône ayant une forme déterminée, on ne pouvait pas changer à volonté la disposition du bastissage; le poil était projeté par flocons épais, il n’y avait pas de distributeur ou cylindre arçonneur, préparant la matière avant qu’elle ne passe aux cylindres alimentaires.
- M. Laville n’a conservé de la machine américaine que l’aspiration et la projection, en modifiant profondément les organes de ces deux dispositions. La fouleuse dont se servent ces industriels est entièrement de l’invention de M. Laville et date de 1853. Elle a été vendue en Amérique, où vingt-cinq machines de ce système fonctionnent depuis 1854.
- L’application de la presse hydraulique à la mise en forme des chapeaux de feutre appartient à cette maison, et cette application permet de produire 150 chapeaux par jour avec deux ouvriers, alors qu’il fallait, autrefois, vingt ouvriers très-soigneux pour obtenir le même résultat.
- La fabrication complète de cette importante maison varie annuellement entre 1 500 000 francs et % 000 000, dont la moitié est exportée, et elle se décompose ainsi :
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- 40 000 chapeaux de soie de 12 à 15 fr.
- 10 000 feutres de luxe à 20 fr.
- 15 000 qualité extra à 15 fr.
- 30 000 feutres lre qualité de 10 h 13 fr.
- 50 000 — 2e qualité de 5 à 7 fr.
- 60 000 — qualité ordinaire de 2f,50 à 4 fr.
- Ce sont là des moyennes qui, grâce à l’outillage, peuvent être augmentées d’un tiers en plus.
- Dans ces ateliers on fait mécaniquement :
- La couperie, le soufflage, le bastissage, la foule, la tonte, le rinçage, l’apprêt, l’appropriage, la mise en tournure, la couture et la teinturerie; celle-ci permet de faire facilement 1 000 chapeaux par jour.
- Il faut reconnaître que ces intéressants résultats sont dus aux efforts incessants de M. Laville et de ses associés, pendant près de quarante-cinq ans, et que cet établissement a eu des médailles de lrc classe aux Expositions de 1855, 1862 et 1865. En 1867, M. Laville était hors de concours, comme membre du jury.
- Votre comité, après avoir rendu justice aux améliorations apportées à cette industrie au point de vue mécanique, a été surtout frappé des dispositions avantageuses qui ont été prises au point de vue de l’hygiène, du bien-être des ouvriers, de l’excellent aménagement de chacun des services.
- Il vous propose, en conséquence, par mon organe, de féliciter MM. Laville, Petit et Crespin des efforts qu’ils ont faits, des résultats remarquables qu’ils ont obtenus, au triple point de vue de l’industrie, du commerce et de l’hygiène, et d’ordonner l’insertion de ce rapport au Bulletin de la Société.
- Signé Victor Bois, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 24 avril 1868.
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- NOUVEAU PROCÉDÉ DE M. CHAMPONNOIS POUR LEXTRACTION DU SUCRE INDIGENE.
- Communication de M. Payen.
- Il y a quinze ans environ, M. Champonnois réalisait l’heureuse pensée qu’il avait conçue de transformer en alcool le sucre de la betterave et de Tome XV. — 67e année. 2e série. — Juillet 1868. 53
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- réserver tous les autres principes sécrétés dans les tissus de la racine saccha-rifère, afin de les faire servir à la nourriture des animaux herbivores de nos fermes, notamment des espèces bovine et ovine. Il y parvint en employant, au lieu d’eau, les vinasses, résidus de la distillation, pour déplacer le jus sucré destiné à subir la fermentation alcoolique.
- De cette façon, les pulpes, enrichies des matières organiques et minérales naguère perdues ou infectant les mares et cours d’eau, restituées directement à la nourriture du bétail, venaient concourir à la production de la viande et, indirectement, ajoutaient à la masse des engrais les éléments puisés dans le sol et dans l’atmosphère par une culture précédente. Chacun sait, aujourd’hui, quel immense succès a couronné les efforts persévérants de l’inventeur, dans cette voie féconde.
- Depuis cette époque, il songeait aux moyens de résoudre un problème du même ordre en faisant rentrer dans les pulpes des sucreries, après l’expression du jus, les matières salines minérales et les principes immédiats organiques d’une opération précédente, qui, ordinairement, laissés dans les sirops, s’opposent à la cristallisation du sucre, constituant ainsi, après quatre ou cinq cristallisations successives, des sirops de plus en plus lents à cristalliser et des mélasses encombrant les usines par un énorme matériel de bassins, réservoirs métalliques et citernes en maçonnerie.
- Les mélasses des sucreries indigènes retiennent, pour 100 de leur poids, 50 de sucre dont la faculté cristalline se trouve anéantie par environ 14 de sels et surtout en raison des chlorures alcalins qui font partie de ces composés salins.
- La Société sait bien qu’à l’aide de l’ingénieux osmogène fondé sur les principes de l’endosmose et de l’exosmose, découverts par du Trochet, M. Dubrunfaut est parvenu à écarter, en grande partie, cet obstacle à la cristallisation du sucre contenu dans les sirops, et que ce procédé se répand peu à peu dans nos sucreries ; mais il faut y consacrer des appareils spéciaux, des soins attentifs, et se résoudre généralement à perdre dans les eaux d’exosmose les sels et une proportion notable du sucre (si l’on ne parvient à transformer économiquement celui-ci en alcool).
- L’invention de M. Champonnois aurait pour but d’affranchir les sucreries indigènes de ces difficultés et des déperditions qui en sont la conséquence.
- Voici comment s’effectue l’opération, très-remarquable d’ailleurs par sa simplicité et sa régularité méthodique :
- Le jus extrait, comme à l’ordinaire, des betteraves réduites en pulpe par
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- les râpes à denture externe et poussoirs mécaniques, ou mieux à denture interne et palettes à force centrifuge du système Champonnois (1), est traité suivant les procédés Périer, Possoz et Cad (de défécation trouble et double carbonatation). Après la cristallisation en masse, le sirop d’égouttage est étendu à la densité de 1040, sensiblement égale à celle du jus primitif, et ajouté à la pulpe d’une deuxième opération ; la température du mélange étant portée à + 70 degrés, on laisse égoutter la pulpe, qui est, aussitôt après, soumise à la pression.
- Le jus ainsi obtenu est traité, comme dans la première opération, suivant le procédé Périer, Possoz et Cad. Il donne une cristallisation semblable, puis, de même, un sirop d’égouttage que l’on fait rentrer dans la pulpe d’un troisième râpage.
- Ces opérations ont été répétées soit dans le laboratoire de MM. Périer, Possoz et Cad, soit dans mon laboratoire du Conservatoire impérial des arts et métiers, avec le concours de M. Chalons ou de M. Champion, jusqu’à onze fois consécutivement; or la dernière opération donna une cristallisation aussi abondante et un sirop d’égouttage aussi fluide que la première fois. Il était donc évident que la cristallisation n’avait pas été entravée par ces recharges successives des sirops d’égouttage de dix cristallisations : on pouvait en tirer cette conséquence, que les sels et sans doute aussi les substances azotées, ainsi que l’avait supposé M. Champonnois, étaient, en grande partie, fixés dans la pulpe (comme dans le procédé de macération à la vinasse) les uns par voie d’endosmose, et les autres en se coagulant par la chaleur. Cependant il convenait de vérifier ces faits par des expériences directes; on y a procédé de la manière suivante :
- Influence du chauffage de la pulpe relativement à la fixation des substances azotées
- et salines.
- Une betterave ayant été soumise au râpage, la moitié de la pulpe obtenue a été pressée à froid, séchée dans l’étuve et réduite en poudre; 100 de cette substance sèche donnèrent 1,41 d’azote.
- La deuxième moitié, chauffée à la température de 70 degrés, entretenue pendant quelques minutes, fut ensuite pressée, desséchée et mise en poudre : 100 de cette substance sèche donnèrent 2,36 d’azote.
- (1) Voir le rapport de M. Combes sur ces râpes au Bulletin de 1867, 2e série, t. XIV, p. 381.
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- Détermination des sels.
- 100 de la substance sèche provenant de la pulpe crue ont donné 6,7 de cendres.
- 100 de la substance sèche provenant de la pulpe chauffée à 70 degrés laissèrent 8 de cendres.
- Ainsi donc, le chauffage de la pulpe, dans ces expériences comparatives, avait produit les effets présumés.
- Il restait à vérifier si, dans le nouveau système de rechargement des sirops, il y avait réellement absorption d’une partie des sels et déplacement corrélatif du sucre.
- Voici les résultats des titrages du sucre et dosages des sels, entrepris comparativement en vue de résoudre la question :
- 100 substance sèche. Palpe ordinaire. Pulpe rechargée de sirops.
- Sucre.................... 48,5 31,5
- Sels..................... 3,5 6,5
- Ces résultats montrent que la pulpe rechargée de sirops avait effectivement absorbé des sels et cédé du sucre en quantités notables.
- Les titrages des produits, en masses cuites, de plusieurs opérations ont fait voir que la richesse de la cristallisation s’était maintenue égale à celle des meilleures cuites dans les usines, ce qui était d’accord avec les observations relatives aux proportions du sucre cristallisé obtenu dans les essais.
- Il restait à résoudre une question accessoire, mais fort importante pour l’application en grand de cette ingénieuse méthode.
- On comprend que, par ce nouveau traitement de la pulpe qui fixe dans son tissu les matières organiques et minérales, le jus est moins visqueux et plus facile à exprimer ; il est moins émulsif et sa température plus élevée lui donne aussi plus de fluidité. Toutes ces conditions ont appelé l’attention de M. Champonnois sur la possibilité d’extraire facilement le jus par l’emploi des presses à cylindres agissant comme laminoir.
- Une presse de ce genre, due à Lauvergnat, habile mécanicien, fonctionnait régulièrement en 1810, à la suite d’une râpe de Pichon, débitant les betteraves, lentement approchées par un tablier sans fin, en une pulpe rubanée qui se feutrait sur une toile continue ; mais on n’obtenait guère alors plus de 64 de jus pour 100 de betteraves râpées.
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- C’était à l’époque où, dans une sucrerie que je dirigeais près de Paris, une partie des racines saccharifères étaient livrées à l’usine par un éminent agriculteur, notre confrère M. Darblay (vice-président de la Société), qui voulait bien recevoir en échange pour 100 kilog. de betteraves, 5 kilog. de sucre directement consommable.
- Le rendement en jus serait considéré comme trop faible aujourd’hui, une portion, en effet, du jus s’écoulant à la superficie des cylindres était absorbée par la toile et par la pulpe.
- M. Champonnois, à l’aide d’une ingénieuse disposition nouvelle, parvint à réaliser ce desideratum d’une pression continue en évitant la cause de déperdition du liquide exprimé.
- Sans entrer ici dans les détails de construction ni dans l’appréciation exacte des effets réalisables, qui seraient de la compétence de notre comité des arts mécaniques, je me bornerai à signaler le principe sur lequel se fonde l’action efficace qui porte le rendement actuel à près de 80 pour 100 de betteraves.
- C’est que les deux cylindres entre lesquels la pulpe, préalablement égouttée dans un blutoir, s’engage sont perméables ; leur superficie étant formée par une barre étroite en laiton à section trapézoïdale enroulée en hélice sur des liteaux, fixés parallèlement à l’axe ou représentant des génératrices du cylindre; ces petites barres, maintenues par leur côté le plus large vers l’extérieur, rapprochées régulièrement à 0m,0001 de distance, retiennent la pulpe et laissent facilement pénétrer le jus, qui, s’écoulant par l’intérieur de chacun des deux cylindres, se trouve aussitôt soustrait au contact de la pulpe; celle-ci est détachée continuellement par deux lames tangentes.
- La pente des deux cylindres, dont les axes sont dans un même plan, conduit le jus par une gouttière au tamiseur et de là au récepteur, puis au monte-jus, toutes les opérations s’effectuant ensuite d’après les procédés Périer, Possoz et Cail.
- Lorsque la nouvelle méthode d’extraction du sucre de M. Champonnois aura reçu la consécration définitive d’un travail en grand, suffisamment prolongé, qui se dispose pour la campagne prochaine, les résultats reproduisant les faits constatés expérimentalement ne seront pas moins intéressants que ceux qui, depuis quinze ans, ont fondé, d’après le même inventeur, l’industrie des distilleries de betteraves installées dans un grand nombre de nos exploitations agricoles.
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- Alors, en effet, le système d’absorption partielle des sels et des substances azotées fournira aux animaux des fermes une alimentation plus abondante et plus réparatrice ; le principal obstacle à la cristallisation se trouvant écarté, on pourra obtenir de 100 de betteraves, qui renferment 10 de sucre, 8 centièmes au lieu de 6, réalisant ainsi une augmentation de 33 pour 100, tout en réduisant des 9 dixièmes le matériel des cristallisoirs et des réservoirs à sirops.
- Si, d’ailleurs, un abaissement des droits au même taux qu’en Angleterre venait favoriser les progrès de la consommation, celle-ci ne tarderait guère, sans doute, à être plus que doublée; en sorte que, de 8 kilog. qu’elle atteint à peine maintenant en France par individu, elle dépasserait bientôt 16 kilog., et se mettrait ainsi au même niveau que dans la Grande-Bretagne, proportionnellement à la population; de même aussi que chez nos voisins, les recettes du trésor n’en seraient pas longtemps amoindries, elles s’accroîtraient même, et une grande amélioration serait apportée, surtout dans nos campagnes, à l’hygiène et à l’alimentation publique (1).
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- EXPÉRIENCES DIVERSES RELATIVES A LA PRODUCTION DE LA LUMIERE VOLTAÏQUE,
- PAR F. P. LE ROUX.
- C’est en 1813 que Davy fit, pour la première fois, jaillir entre deux pointes de charbon le courant d’une pile puissante, et observa le brillant phénomène
- (1) Au moment où la première épreuve imprimée de cette communication me parvenait, je ve nais de recevoir la lettre suivante de M. Champonnois qui confirme par de nouveaux faits les premiers résultats obtenus.
- « Monsieur,
- « Les essais sur le nouveau traitement de la betterave pour l'extraction du sucre se continuent toujours avec le môme succès, malgré l’époque avancée de la saison. L’épuration des sirops parla pulpe est toujours assez grande pour que le rechargement puisse se continuer sans affaiblissement dans les masses grainées.
- « On a substitué la macération à la pression pour l’extraction du jus, et toujours les mêmes résultats de cristallisation du sucre et de fluidité des sirops ont été obtenus. On peut donc considérer cette action de la matière végétale dans l’élimination des sels et matières organiques comme fixée. A ce sujet j’aime à vous rappeler la confiance que vous m’en avez témoignée dès les premières
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- devenu populaire sous le nom de lumière électrique. Voilà plus dun demi-siècle que nous nous laissons éblouir par cette source de lumière dont leclat ne peut être comparé qu a celui du soleil, et cependant il reste bien des incertitudes théoriques à dissiper sur sa nature intime, bien des difficultés pratiques à vaincre pour en répandre l’emploi. Les expériences qui font l’objet de ce travail présenteront peut-être quelque intérêt à ce double point de vue.
- Considérations sur la nature de l'arc voltaïque.
- Pour pouvoir examiner, en détail et sans fatigue, ce qui se passe entre les deux charbons dans l’expérience de Davy, il suffit de projeter le phénomène sur un écran, c’est-à-dire d’en produire, au moyen d’une lentille, une image considérablement agrandie : c’est une expérience devenue vulgaire. On remarque aussitôt, comme traits saillants du phénomène, d’une part l’incandescence si vive des pointes des charbons qui brillent d’un éclat comparable à celui du soleil, de l’autre la douce clarté bleuâtre de l’espace interpolaire.
- Cette région bleuâtre offre généralement l’aspect d’un tronc de cône dont la grande base s’appuie sur le charbon positif, et la petite sur le négatif. Le moindre souffle suffit pour déformer cette lueur bleuâtre : elle s’incurve par son milieu dans le sens opposé à la direction de ce souffle, mais sans cesser de s’appuyer sur les parties les plus incandescentes des charbons ; on en conclut quelle est produite par une matière très-raréfiée répandue entre les charbons polaires.
- Comme les charbons, dans les premiers temps où l’on fit ces expériences, étaient ordinairement disposés sur une ligne horizontale, et que le mouvement ascendant des couches d’air échauffées produisait naturellement l’incurvation que nous venons de signaler, on a donné à cette flamme bleuâtre le nom d’arc voltaïque ; cette dénomination s’est conservée, quoique dans la disposition de charbons verticaux, qui est généralement employée actuellement, elle ait cessé d’être justifiée par l’apparence extérieure du phénomène.
- Le voisinage d’un aimant déforme l’arc, et peut même le rompre. Le
- communications que j’ai eu l’honneur de vous faire, et cela, il y a près de trois ans, quand alors ce mode de traitement ne reposait que sur des observations pratiques; vous y avez vu une idée juste que l’expérience devait confirmer et vous avez voulu la consigner dans votre rapport annuel à la Société impériale et centrale d’agriculture de France.
- « Veuillez agréer, etc. »
- Ce 4 mai 1868.
- ClIAMFONNOIS.
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- sens des effets du magnétisme sur l’arc est le même que sur un circuit très-flexible qui serait parcouru par le courant dans le même sens que l’espace interpolaire. Il est évident en effet que l’arc voltaïque est précisément le chemin que suit le courant électrique pour passer d’un charbon à l’autre.
- Le premier coup d’œil jeté sur l’ensemble du phénomène suffit pour faire remarquer que la quantité de lumière qui provient de l’arc lui-même est minime, et que la véritable source de la lumière dite électrique est la surface incandescente des charbons. Mais les portions de cette surface où l’incandescence est incomparablement plus vive que partout ailleurs sont les extrémités des tiges de charbons aux endroits entre lesquels jaillit l’arc.
- Maintenant, qu’est-ce que cet arc ? Il est évidemment formé de la matière même des charbons que l’expérience nous montre être transportée par le courant de l’un*à l’autre. Quel état affecte la matière dans ce transport? Le carbone est-il simplement disséminé en une poussière excessivement ténue, ou bien est-il à l’état gazeux? C’est ce qui, jusqu’ici, n’a pu être définitivement établi ; mais certaines des expériences qui vont être décrites tendent à faire penser que le carbone se trouve dans l’arc à l’état de vapeur.
- Une circonstance qui frappe dès l’abord, à l’inspection des charbons, c’est la différence remarquable de leur température. Le charbon positif est considérablement plus lumineux que l’autre ; son incandescence s’étend sur une longueur beaucoup plus grande que celle du 'charbon négatif. Je suis porté à croire que le charbon négatif ne s’échauffe presque entièrement que par le rayonnement que lui envoient le charbon positif d’une part, l’arc de l’autre, et par la chaleur provenant de la condensation de la matière transportée par celui-ci. J’ai fait une expérience d’une simplicité extrême, mais que cependant je ne crois pas avoir vue citée nulle part, qui peut montrer que réchauffement du pôle positif est bien dû à une cause spéciale qui a son siège au point même où l’arc prend naissance sur le charbon positif. Yoici en quoi consiste cette expérience : on commence par mettre les deux charbons en contact, comme à l’ordinaire; puis on les sépare l’un de l’autre, de manière à produire un arc excessivement court, d’une très-faible fraction de millimètre, que l’on interrompt au bout de quelques secondes; on trouve alors que le charbon positif est incandescent sur une longueur considérable, tandis qu’à peine l’extrémité du charbon négatif est portée au rouge. Par cette manière d’opérer, on élimine presque entièrement la chaleur développée par l’arc qui, étant très-court, offre une faible résistance, et n’est en conséquence le siège que d’un faible déga-
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- gement de chaleur. D’un autre côté, si l’extrémité du charbon positif est réellement le siège du dégagement de la chaleur, on conçoit que cette chaleur doive se communiquer plus rapidement à la masse du charbon positif par conductibilité intérieure qu’au charbon négatif par rayonnement, et que, si on interrompt le passage du courant au bout de quelques instants, on doive trouver une prédominance très-marquée du premier de ces effets : c’est ce que l’expérience montre avoir lieu.
- Il y a donc, au pôle positif, une cause particulière de dégagement de chaleur, inexpliquée jusqu’ici, mais qui ne me paraît cependant pas inexplicable. Je compte revenir sur ce sujet dans une publication spéciale.
- Emploi d’un courant d’oxygène pour disposer plus avantageusement les parties
- les plus éclairantes des charbons,
- Ainsi que nous venons de le faire remarquer, la plus grande proportion de la lumière est fournie par les parties de la surface des charbons entre lesquelles l’arc s’établit ; celle du pôle positif est légèrement concave, celle du pôle négatif plus ou moins convexe ; celle du pôle positif l’emporte sur l’autre en étendue et en éclat. Comme on est dans l’habitude de disposer les charbons sur une même ligne verticale, il en résulte que les surfaces éclairantes en question se présentent tout à fait obliquement par rapport à une direction horizontale qui est généralement celle dans laquelle on veut utiliser la lumière. Si l’arc se déplace, par suite d’un défaut d’homogénéité dans les charbons ou par toute autre cause, ces surfaces s’inclinent, soit d’un sens, soit d’un autre, et en même temps on voit varier, dans une même direction donnée, la valeur du pouvoir éclairant. Avec les charbons tels que nous les fournissent les cornues à gaz, c’est-à-dire très-notablement impurs, les seuls d’ailleurs que nous ayons à notre disposition dans l’état actuel de l’industrie, cette agitation de l’arc est perpétuelle, et dans les mesures photométriques on voit à chaque instant varier entre des limites très-étendues le pouvoir éclairant d’une lampe électrique.
- J’ai pensé que, si on pouvait forcer l’arc à se diriger toujours du côté oii l’on veut envoyer le maximum de lumière, on assurerait la constance de l’éclairement; un faible courant gazeux résout facilement ce problème, et cela d’autant plus heureusement, que l’arc étant forcé de s’incurver, les surfaces qui lui servent de base s’inclinent en même temps davantage sur la verticale, de manière à se présenter plus directement à la région de l’espace que l’on
- Tome XV. — 67e année. 2e série. —Juillet 1868. 64
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- veut éclairer. Mais il faut en outre que le courant gazeux puisse tailler les charbons du côté opposé à celui ou l’arc est porté ; sans cette condition, ceux-ci se rapprocheraient trop près l’un de l’autre, et l’arc choisissant le chemin le plus court comme étant le moins résistant changerait aussitôt de place. C’est précisément cette combustion des charbons en a et a qu’opère un courant d’oxygène, il les taille suivant deux pointes excentriques entre » lesquelles l’arc se maintient naturellement, si
- bien qu’il suffît de la moindre force pour l’incurver comme nous l’avons dit.
- La figure ci-contre montre l’aspect que prend l’ensemble du phénomène.
- Le conduit qui amène le gaz oxygène se trouve placé en O à un centimètre environ des charbons; il doit être un peu au-dessous d’un plan horizontal passant entre ceux-ci, afin de combattre la tendance que le gaz acquiert en s’échauffant à se porter en plus grande abondance vers le charbon supérieur. On obtient un bon résultat en faisant sortir le gaz par deux trous de 1 millimètre de diamètre à peine, écartés l’un de l’autre de 1 millimètre environ.
- La dépense d’oxygène n’est pas considérable ; elle peut être évaluée à une quinzaine de litres par heure. Il va sans diçe que les conditions doivent être un peu différentes, suivant la grosseur des charbons et la force du courant électrique employé, le courant de gaz ayant besoin d’être d’autant plus faible que les charbons sont plus petits.
- Je crois devoir recommander aux personnes qui voudraient mettre en pratique cette disposition d’expérience d’avoir soin d’isoler le tube qui amène le courant gazeux ; sans cette précaution, il pourrait arriver que l’arc s’y jetât et le détruisît en quelques instants.
- Disposition pour soumettre l’arc voltaïque à l’analyse spectrale.
- Etant donnée la projection des charbons incandescents et de l’arc voltaïque sur un écran, si nous imaginons que l’on pratique une étroite ouverture dans la région de cet écran ou se projette l’arc, nous aurons ainsi un moyen extrêmement simple d’isoler la lumière émise par cet arc de celle
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- fournie par les charbons, En plaçant derrière cette ouverture la fente d’un spectroscope, on reconnaît immédiatement le caractère de la lumière émise parles substances gazeuses, qui est la discontinuité. Le spectre de l’arc voltaïque est peut-être le plus beau spectacle que la spectroscopie puisse offrir. Il m’a paru offrir la plus grande analogie avec les spectres observés par MM. Plucker etHittorff (1) pendant la combustion du cyanogène dans l’oxygène et par M. Morren dans celle de divers composés du carbone (2).
- Je compte faire la détermination exacte de ce spectre lorsqu’il me sera possible d’employer du carbone moins impur que le charbon des cornues à gaz ; nous n’en pouvons pas moins, dès à présent, conclure à la présence du carbone gazeux dans l’arc voltaïque (3).
- La disposition que je viens d’indiquer peut d’ailleurs s’appliquer à l’étude des diverses parties de toute espèce de flamme ; il suffit pour cela de placer un écran à quelques millimètres de la fente du spectroscope, et d’y projeter, au moyen d’une lentille, l’image de la flamme que l’on veut étudier; on peut ainsi connaître, à chaque instant et d’une manière précise, quelle est exactement la partie de cette flamme qui est soumise à l’analyse spectrale.
- Rétablissement spontané de l’arc voltaïque après une interruption
- d’une courte durée.
- Il y a environ vingt-cinq ans, M. de la Rive, étudiant les effets du magnétisme sur l’arc voltaïque, faisait naître celui-ci entre des tiges de fer doux; il remarqua que l’arc pouvait être, dans certaines circonstances, rompu par l’influence d’un courant électrique circulant autour de ces tiges, mais que si on venait à faire cesser l’influence perturbatrice avant que les tiges fussent refroidies, l’arc recommençait quelquefois sans qu’on fût obligé de ramener les tiges au contact (1).
- Une dizaine d’années plus tard, M. Wartmann, de Genève, dans des re-
- (1) Plucker et Hittorff, Philosophical transactions, 1865.
- (2) A. Morren, De la flamme de quelques gaz carbures, Annales de chimie et de physique,
- 4e série, tome IV (1865J. -
- (3) Ce qui ne veut pas dire, remarquons-le bien, qu’il ne puisse y avoir dans l’arc certains endroits où peut-être le carbone soit sous la forme pulvérulente.
- (4) De la Rive, Traité d’électricité, tome II, page 238.
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- cherches sur les applications pratiques de la lumière électrique, eut l’occasion de « constater qu’il était possible de suspendre la circulation de l’élec-« tricité, entre deux charbons, pendant 1/20® de seconde sans, dit-il, que << l’arc s’évanouît (1). »
- M. Wartmann pensait que, pendant un certain temps après l’interruption du courant, des particules solides restaient intercalées entre les deux pôles.
- J’ai été amené à étudier plus en détail ces phénomènes en cherchant à me rendre compte de ce qui se passe dans la production de la lumière électrique au moyen des machines magnéto-électriques, où, comme l’on sait, le courant changeant de sens un grand nombre de fois par seconde, doit passer nécessairement par zéro, autrement dit se trouver interrompu.
- La première question qu’on doive se poser, est de savoir si l’arc est vraiment interrompu en même temps que le courant. L’observation prouve que l’arc cesse réellement d’exister pendant l’interruption de celui-ci. Yoici une manière commode de le démontrer à un nombreux auditoire.
- On projette l’image des charbons sur un écran au moyen d’une lentille suspendue à l’extrémité d’un pendule battant à peu près la demi-seconde. Par cet artifice, l’image des charbons se déplace sur l’écran. De ce mouvement résulte dans notre œil un déplacement de l’image qui se forme sur la rétine ; la sensation de celle-ci se trouve moins obtusée que si l’image s’y produisait toujours au même endroit et les changements de courte durée que peut subir l’objet que l’on contemple deviennent plus facilement saisis-sables.
- Les choses étant ainsi disposées, on établit, entre les deux crayons de charbon, une distance de 2 millimètres environ, et on les rend fixes (s’ils étaient montés sur un régulateur, il faudrait en arrêter le mouvement), puis on interrompt à la main le courant, pendant un temps qui ne doit pas dépasser l/20e de seconde. Pour opérer facilement cette interruption, il est bon de la faire au moyen d’une lame faisant ressort et battant sur un arrêt, la disposition en étant telle que la séparation puisse se faire par un choc donné de haut en bas.
- (1) Bibliothèque de Genève, A rchives des sciences physiques et naturelles, t. XXXVI, p. 325; année 1857.
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- On observe ainsi très-nettement que la lumière violette qui constitue l’arc disparaît au moment de l’interruption du courant.
- Il est possible de répéter cette interruption un grand nombre de fois par seconde (nous allons voir le parti qu’on peut tirer de ce fait pour la division de la lumière électrique), de telle sorte qu’on pourrait, au moyen d’un appareil offrant quelque analogie avec le phosphoroscope de M. Edm. Becquerel, découvrir les charbons pendant le temps seulement des interruptions, lesquelles seraient opérées par l’appareil lui-même ; par ce moyen on examinerait à loisir l’état de l’espace interpolaire pendant ce temps. Des raisons d’économie m’ont empêché de réaliser ce projet : je profite, d’ailleurs, de l’occasion pour mentionner que c’est à l’obligeance de M. Serrin que je dois d’avoir pu effectuer, pour la première fois, les expériences qui font l’objet de ce travail.
- D’un mode de division de la lumière électrique.
- Des considérations théoriques pourraient rendre compte de ce fait, que nous admettrons ici comme un résultat de l’expérience que, pour produire avantageusement la lumière électrique, il est nécessaire d’employer un nombre assez considérable d’éléments disposés en tension; les praticiens emploient généralement cinquante éléments de Bunsen. On peut produire de la lumière avec un nombre d’éléments beaucoup plus faible, vingt, par exemple; mais la quantité de lumière est, proportionnellement, beaucoup moindre, et les conditions pratiques, résultant de la longueur de l’arc, de la régularité de l’usure des charbons, de l’épuisement de la pile, sont beaucoup moins favorables qu’avec un plus grand nombre d’éléments.
- D’un autre côté, il y aurait dans bien des cas avantage à pouvoir distribuer en plusieurs foyers distincts la somme de lumière que peut fournir une pile ou une machine magnéto-électrique.
- Les seuls moyens qui, à ma connaissance, aient été jusqu’ici essayés, sont, après le partage de la source, l’introduction de plusieurs appareils dans le même circuit et la bifurcation ou dérivation d’un courant unique dans plusieurs appareils.
- Ainsi, pour raisonner sur la division en deux foyers et en supposant que la source soit une pile de cinquante éléments, on peut :
- Ier système, par le partage de la source : composer deux piles de vingt-cinq éléments et affecter chacune d’elles à un foyer électrique spécial;
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- 2e système, par la succession des foyers : disposer les Cinquante éléments en tension et faire passer le même courant dans les deux appareils ;
- 3e système, par la bifurcation : conserver les cinquante éléments en tension et dériver leur courant dans deux appareils.
- Nous avons dit ci-dessus que le premier système de deux petites piles était moins avantageux au point de vue de la somme de la lumière que celui habituellement employé d’un seul foyer.
- Le deuxième système n’offrirait aucun avantage sur le premier, mais possède l’inconvénient que, si une cause quelconque vient à modifier l’état de l’un des foyers, celui de l’autre s’en ressent. Alors comme, par l’essence même des appareils régulateurs jusqu’ici connus, les mouvements des charbons ne dépendent que de l’intensité du courant, des mouvements provoqués par l’état des charbons dans l’un des régulateurs se produisent indûment dans l’autre, s’ils sont également réglés. Si l’un d’eux était plus sensible que l’autre, il marcherait toujours seul, et, par cette cause, il y aurait tantôt contact des charbons, tantôt rupture par allongement trop grand de l’arc.
- Le troisième système, par bifurcation ou dérivation, n’offre pas les mêmes inconvénients; les appareils ne s’y influencent pas l’un l’autre d’une manière fâcheuse, mais on retombe à peu près dans les mêmes conditions au point de vue de l’intensité que dans le partage de la source par moitié.
- J’ai pensé à diviser le courant dans le temps, pour arriver à diviser la lumière dans l’espace, en mettant à profit la propriété que possède l’arc de se rétablir spontanément après une interruption d’une courte durée.
- Concevons en effet que, par un mécanisme approprié, nous fassions passer le courant pendant 7^-oe de seconde dans un appareil, puis pendant le rhe suivant dans un second appareil, pour le lancer pendant encore 7^e dans le premier et ainsi de suite. Comme la durée de l’interruption est courte, l’arc se rétablit spontanément; comme aussi elle est plus faible que celle de la persistance de l’impression sur la rétine, que l’arc n’est par lui-même qu’une très-faible source lumineuse et que, pendant ce temps si court, l’incandescence des charbons ne varie pas considérablement, il en résulte que l’œil perçoit une sensation continue.
- La disposition qui m’a permis de réaliser cette expérience est indiquée par la figure ci-contre. De A, l’un des pôles de la source, le courant se bifurque entre les deux foyers fr et f". De l’autre pôle B, part un fil unique qui aboutit, par l’intermédiaire d’une lame R faisant ressort, à la circon- .
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- férence d’une roue distributrice. Celle-ci est formée de deux disques portant chac un dix dents; les dents de l’un s’embrèvent dans les intervalles
- vides de l’autre, de telle sorte que, par la rotation du système, le contact R se trouve alternativement en communication avec l’un ou l’autre disque. Ceux-ci sont isolés l’un de l’autre; ils communiquent chacun, par le moyen de l’axe ou autrement, à l’un des fils C' et C" qui aboutissent respectivement aux deux foyers électriques f' et f".
- La roue distributrice reçoit le mouvement d’un mécanisme approprié ; sa vitesse est de quatre à cinq tours par seconde.
- Je ne dois pas dissimuler que cette expérience offre plutôt un intérêt théorique que pratique, à cause de la complication qu’entraîne la nécessité d’un mécanisme destiné à distribuer le courant entre divers appareils; on conçoit, cependant, que, dans certains cas, il puisse devenir utile d’y avoir recours. La principale difficulté de l’application réside dans l’action destructive qu’exercent sur la roue distributrice les étincelles qui prennent naissance lorsque, par suite de vibrations qu’il est impossible d’éviter complètement, le contact vient à se séparer de la surface de la roue; ces étincelles, qui sont autant d’arcs voltaïques formés aux dépens des surfaces métalliques en présence, corrodent celles-ci, les rendent inégales et aggravent les causes d’interruption (1).
- (1) L’expérience m’a monlré que contrairement à une opinion généralement accréditée, il était meilleur de ne mettre aucun liquide pour lubrifier le frottement du contact sur la roue; les corps gras s’enflamment à chaque étincelle et augmentent ainsi par la chaleur développée les effets des-
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- Lorsque l’appareil fonctionne régulièrement, ces étincelles sont assez faibles, mais elles deviennent surtout funestes lorsqu’il arrive que l’un des deux foyers de lumière fonctionne seul; on doit surtout s’attacher à éviter cette circonstance fâcheuse, ce qui est facile à réaliser en faisant en sorte que, si par une cause quelconque l’un des foyers vient à s’éteindre, le courant trouve néanmoins un débouché de ce côté.
- Pour rendre les étincelles aussi faibles que possible, il est bon de multiplier les contacts ; on conçoit en effet que si, à la place d’un seul ressort R, nous en mettons deux, ou même un plus grand nombre touchant en différents points de la roue mais communiquant tous ensemble, il y aura quelque chance pour qu’il y en ait toujours au moins un, qui soit en contact parfait avec la roue. Cependant cela n’aura pas lieu quand il devra y avoir une cause de dérangement commune à tous, et c’est précisément ce qui se passe à chaque changement de dent; on doit pour cette raison avoir soin de laisser une très-faible distance, un millimètre au plus, entre deux dents consécutives, et de disposer les contacts de telle façon qu’ils ne quittent une dent qu’après avoir légèrement mordu sur la suivante.
- Comme il est plus facile de réparer la surface des contacts que celle de la roue, il est bon de faire communiquer les premiers de préférence avec le pôle positif.
- On amortit avec quelque succès les vibrations des contacts en les montant sur des ressorts formés de plusieurs lames minces entre lesquelles on interpose des épaisseurs de caoutchouc (1).
- tracteurs de celle-ci ; de plus ils n'évitent pas complètement l’usure, et leur présence sert à agglomérer en un cambouis gênant les parcelles métalliques détachées. Au contraire, dans le frottement à sec l'usure est, il est vrai, un peu plus rapide, mais elle est régulière, et la poussière métallique qui en résulte est enlevée par l’agitation de l'air. Il est bien évident qu’il faut se conformer à la règle générale qui consiste à ne pas faire frotter deux métaux identiques l’un sur l’autre. Les contacts en cuivre rouge et la roue en bronze réussissent assez bien.
- (1) Les considérations qui précèdent s’appliquent au cas où on se servirait d’une pile comme source d’électricité. Si on se servait d’une machine magnéto-électrique il faudrait que celle-ci fût disposée d’une manière spéciale. On sait en effet que la tension moyenne des machines telles qu’on les emploie habituellement est assez faible de telle sorte qu’on n’a qu’un arc d’une faible longueur. Comme l’expérience montre que la bifurcation par le système que j’ai imaginé oblige à réduire la longueur de l’arc, il faudrait disposer les machines de manière à leur faire présenter une plus grande tension. Il serait d’ailleurs utile de disposer la distribution de telle manière qu’elle se fît au moment où le courant passe par un minimum, afin d’éviter la grande intensité des étincelles.
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- Association de l’incandescence des oxydes terreux avec celle des charbons entre lesquels se produit l’arc voltaïque.
- Dans les applications auxquelles peut donner lieu la lumière électrique on se propose le plus généralement d’envoyer la lumière dans une région de l’espace plus ou moins restreinte ; toute celle qui est envoyée dans la région opposée serait perdue si on ne cherchait à la recueillir par des réflecteurs plus ou moins bien appropriés au but que l’on se propose. D’un autre côté, l’expérience montre que l’arc voltaïque tend sans cesse à se déplacer d’une manière tout à fait irrégulière par l’effet des inégalités qui existent dans la cohésion des charbons, des impuretés qui y sont contenues, et surtout des moindres agitations de l’air. Comme les parties les plus éclairantes des charbons sont, ainsi que nous l’avons fait déjà remarquer ci-dessus, les surfaces entre lesquelles l’arc se produit, il arrive que, par suite des déplacements que celui-ci subit, ces surfaces s’inclinant tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, il en résulte des variations considérables dans l’effet d’éclairement que produit l’arc dans une région déterminée.
- J’ai pensé que si on pouvait placer dans le voisinage de l’arc, du côté opposé à celui où on veut utiliser la lumière, un corps capable de renvoyer sous forme lumineuse le flux énorme de radiations que lui envoient les charbons et l’arc lui-même, on pourrait mettre celles-ci à profit plus avantageusement que par tout autre procédé, en même temps qu’on protégerait l’arc par une sorte d’écran annulant dans une région presque hémisphérique toutes les causes de dérangement précitées.
- Une substance capable de remplir un tel office doit être à la fois mauvaise conductrice de la chaleur et douée d’un grand pouvoir d’irradiation, condition que la chaux, la magnésie et en général les oxydes terreux remplissent à un haut degré. J.’ai réalisé tout d’abord l’expérience avec des cylindres de magnésie comprimés suivant le procédé de M. le commandant Caron et disposés pour servir à l’éclairage oxyhydrique. En plaçant la base d’un de ces cylindres, dont le diamètre est d’environ 8 millimètres, à une très-petite distance des pointes des charbons d’une lampe électrique, de manière que la magnésie soit comme léchée par l’arc voltaïque, celle-ci prend une incandescence comparable à celle de la partie des charbons qui est la plus lumineuse. En même temps, la lumière acquiert une constance remarquable qui provient de la fixité de l’arc ; on peut même alors donner à celui-ci plus de longueur que dans le cas ordinaire, parce que la masse de magnésie faisant écran et maintenant dans cette
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- région l’élévation de la température, les chances de rupture de l’arc se trouvent de beaucoup diminuées.
- La magnésie peut être ainsi maintenue en présence de l’arc voltaïque pendant plus d’une heure sans que l’usure vienne changer d’une manière apparente les conditions de l’expérience ; sa surface se creuse pendant les premiers instants, mais si on laisse fixe le bâton de cette substance, l’action de l’arc s’affaiblissant à une petite distance, elle cesse de s’user. Elle éprouve, il est vrai, une altération d’un autre genre; la magnésie s’imbibe des vapeurs siliceuses que charrie l’arc voltaïque et forme avec elles une sorte de verre très-légèrement verdâtre lorsqu’il est refroidi et d’une très-grande dureté. Cette circonstance a l’inconvénient de diminuer beaucoup le pouvoir d’irradiation de la magnésie, et cette nouvelle expérience vient encore une fois de plus faire désirer de voir se produire une fabrication industrielle de carbone pur sur un état convenable pour la production de la lumière électrique. L’arc voltaïque éclatant entre des crayons de charbon pur au sein d’une cavité de magnésie ou d’un autre oxyde terreux serait certainement une des plus belles sources de lumière qu’il soit possible de réaliser.
- Il est probable que la zircone, dont M. Caron (1) vient de signaler les propriétés remarquables au sein de la flamme oxyhydrique, se comporterait avec le même avantage en présence de l’arc voltaïque ; mais je n’ai pu avoir l’occasion de l’essayer. On peut préjuger d’ailleurs que la zircone serait comme la magnésie vitrifiée rapidement par les vapeurs siliceuses des charbons, de telle sorte que, eu égard au prix élevé de la zircone, il serait dispendieux de l’employer à moins d’avoir des charbons exempts de silice.
- Action décomposante de l’arc voltaïque sur les oxydes terreux et alcalino-terreux.
- Lorsque Davy réalisa avec la pile de l’institution royale de Londres la magnifique expérience qui depuis nous est devenue si familière, sous une moins grande échelle il est vrai (2), il constata que les substances les plus réfractaires, telles que la magnésie, la chaux et d’autres oxydes du même
- (1) Comptes rendus, tome LXVI, page 1050 (mai 1868).
- (2) Davy se servait d’une pile de 2 000 couples, zinc-cuivre et eau acidulée ; la surface de chaque lame métallique était de 32 pouces carrés (206 cent, carrés). Il obtenait des arcs d’une longueur de plus de 10 centimètres dans l’air libre.
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- genre, fondaient ou disparaissaient dans ce foyer intense de chaleur. Il ne paraît pas que Davy ni d’autres après lui aient recherché quel genre d’altération subissaient ces oxydes de la part de l’arc voltaïque. J’ai été amené, en poursuivant d’autres recherches, à considérer plus attentivement ces phénomènes, et j’ai reconnu que les oxydes dont il s’agit subissaient une véritable décomposition.
- J’ai indiqué, ci-dessus, le parti qu’on pouvait tirer, pour la production électrique de la lumière, de la juxtaposition auprès des pointes des charbons d’un cylindre de magnésie ; la chaux, la strontiane réussissent également bien. Si le cylindre de ces substances est fixe, il s’y forme rapidement une assez légère cavité, et les choses restent dans cet état indéfiniment, l’arc continuant de lécher la surface du corps sans y amener d’autre modification que celle qui résulte de la vitrification opérée par l’absorption des vapeurs siliceuses fournies par les charbons impurs. Mais si on fait toucher le cylindre terreux contre les pointes des charbons, et qu’on l’y maintienne constamment par la pression d’un léger ressort, les choses se passent tout autrement.
- S’il s’agit d’un crayon de chaux, ou même simplement de craie, les charbons s’y creusent une véritable tranchée, où la chaleur se trouve condensée comme dans une sorte de four à réverbère, la quantité de lumière émise paraît augmenter dans une forte proportion ; si on observe le foyer avec un verre noir, il offre l’aspect d’une sorte de nuage opaque lumineux, où l’on cesse de distinguer les pointes extrêmes des charbons dont l’éclat est ordinairement si tranché, leur lumière est noyée dans celle du fond ; il y a un dégagement sensible de fumées blanchâtres ; enfin le spectroscope fait voir un spectre discontinu, parsemé de raies très-brillantes et très-larges ; on y reconnaît celles qui sont données par les différents auteurs comme caractéristiques du calcium ; mais elles sont beaucoup plus nombreuses, plus intenses et mieux définies. Cela ne doit pas surprendre si on songe à l’énorme différence qui existe entre les intensités lumineuses que ce procédé permet d’atteindre et ceux employés jusqu’ici (1) ; il n’est donc pas douteux qu’on n’arrive par cette méthode à des données nouvelles sur les spectres des métaux en s’attachant à n’employer que des produits purs.
- Des effets analogues s’observent avec la strontiane, dans les mêmes condi-
- (1) L'étincelle des batteries offre sans aucun doute une température encore plus élevée que celle de l’arc voltaïque, mais il faut remarquer que sa durée est excessivement courte, et que l’impression sur l’organe de la vue est fonction de cette durée.
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- tions ; la lumière fournie prend une teinte rouge caractéristique; le spectro-scope y fait reconnaître les raies caractéristiques du strontium. C’est un moyen simple d’enrichir de rayons rouges la lumière électrique. Il faut remarquer d’ailleurs que la lumière contient toujours une très-grande proportion de lumière blanche, car si sur certains points de la flamme le métal est mis en liberté, dans d’autres régions il repasse à l’état d’oxyde dont l’incandescence fournit de la lumière sensiblement blanche.
- On ne peut, je crois, mettre hors de doute d’après ce qui précède la décomposition des oxydes terreux et alcalino-terreux par l’arc voltaïque ; il reste à savoir en vertu de quelle action cette décomposition a lieu : est-ce une décomposition électro-chimique exercée sur l’oxyde devenu conducteur par l’élévation de la température ? est-ce une action réductrice de la vapeur de carbone (1)? est-ce enfin simplement, suivant la théorie fondée par M. H. Sainte-Claire-Deville, un résultat de l’élévation de la température produisant une dissociation des éléments comme lorsqu’on chauffe de l’oxyde de mercure ? Ces trois causes interviennent-elles simultanément comme cela est très-possible, ou bien quelqu’une d’entre elles fait-elle défaut, c’est ce que je ne saurais décider. Il ne me paraît pourtant pas impossible d’en supprimer deux : on sait en effet qu’on peut produire avec la lumière solaire concentrée au foyer des miroirs ou des lentilles des effets de chaleur aussi puissants que ceux que l’on observe avec l’arc voltaïque; l’analyse spectrale s’appliquerait facilement à ces phénomènes : cette idée demande, pour être réalisée, des circonstances spéciales qu’il n’est pas facile d’improviser ; mais je compte la mettre à exécution lorsque cela me sera possible.
- Rien ne serait plus simple que d’utiliser dans la pratique les effets qui viennent d’être décrits pour modifier les qualités de la lumière électrique. Il suffit de disposer dans le plan horizontal qui passe entre les pointes des charbons un tube contenant sous forme d’un cylindre de 8 à 10 millimètres de diamètre l’oxyde terreux que l’on veut employer ; un très-faible ressort à boudin pousse constamment ce cylindre au contact des charbons ; l’expérience m’a montré que le léger frottement qui en résulte n’empêche pas les fonctions de
- (1) Des observations faites par MM. H. Sainte-Claire-Deville et Debray au cours de leurs belles recherches sur les métaux de la série du platine leur ont montré qu’au contact du coke de cornues et de la chaux chauffés dans une flamme de gaz oxygène et hydrogène il se manifestait des phénomènes de réduction; c’est ainsi que la chaux qui s’était trouvée quelque temps dans ces conditions, plongée ensuite dans l’eau, donnait lieu à un dégagement de gaz hydrogène et pouvait même brûler dans ce liquide. [Annales de chimie et de physique, 3e série, année 1859, tome LVI, page 399.)
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- l’appàreil régulateur du mouvement des charbons. Il peut arriver, il est vrai, si l’oxyde employé est notablement impur, que des matières vitrifiées fassent adhérer les charbons à pet oxyde ; on éviterait facilement cet inconvénient en animant les charbons d’un mouvement lent de rotation autour de leur axe.
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- SUR LES PROPRIÉTÉS EXPLOSIVES DES HUILES MINÉRALES, PAR M. T. ALLEN,
- DE RHODE-ISLAND (ÉTATS-UNIS).
- {Extrait des Mémoires de l'Institution Smithsonienne.)
- L’adoption des huiles minérales pour l’éclairage domestique est un fait en quelque sorte tellement récent, qu’il est encore aujourd’hui bien des gens qui connaissent à peine ou même ignorent complètement les propriétés et le mode d’extraction de ces huiles.
- Depuis quelques années, les différents marchés du monde sont inondés de plusieurs espèces de ces huiles de qualités et d’origine diverses, et dans le nombre il s’en est parfois trouvé dont les propriétés explosives présentent un caractère si dangereux, comme, par exemple, celles qu’on désigne sous les noms de camphène et de burning fluid (1), que les compagnies d’assurances des Etats-Unis, justement alarmées, ont pris le parti d’augmenter les primes pour les établissements où il existe des dépôts de ces huiles ainsi que pour les édifices où elles servent à l’éclairage (2).
- Le degré d’inflammabilité variant d’une manière très-sensible entre les produits de diverses provenances, il est devenu indispensable, aussi bien pour la sécurité des assureurs que pour la satisfaction des assurés, de trouver un moyen de distinguer les huiles dangereuses de celles qui ne le sont pas. En conséquence, à la requête du conseil des directeurs de la compagnie d’assurances mutuelles contre l’incendie de Rhode-Island, les expériences suivantes ont été entreprises pour déterminer pratiquement les propriétés explosives relatives des huiles minérales et les chances de danger que peut présenter leur emploi pour l’éclairage des manufactures et des habitations. Plusieurs de ces expériences paraîtront, sans doute, d’une très-grande simplicité, mais elles n’en ont pas moins une certaine valeur, car en instruisant le public
- (1) C’est ce qu’on connaît ici sous le nom de gaz liquide. (M.)
- (2) En France, nous croyons que les compagnies d’assurances ont pris la même résolution. (M.)
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- elles serviront, d’une part, à dissiper les alarmes non fondées et, d’autre part, à faire prendre les précautions nécessaires dans la prévision d’un danger possible.
- On désigne vulgairement, sous le nom d’huiles de houille, tous les produits liquides provenant de la distillation de ce combustible; mais, au point de vue de la volatilité et de l’inflammabilité, il existe des différences énormes entre ces divers produits, depuis les essences volatiles qui prennent feu spontanément comme l’éther et l’alcool jusqu’au goudron, difficile à allumer, et dont la flamme est terne et fumeuse. Pour mieux faire comprendre les propriétés particulières aux produits de la distillation de la houille bitumineuse, nous dirons un mot des procédés employés.
- Le mode de fabrication du gaz ordinaire, par la distillation du charbon bitumineux dans des cornues chauffées au rouge, est aujourd’hui connu de tout le monde; mais ce que le public sait moins, c’est qu’avant que les cornues rougissent il se forme une huile ou liquide goudronneux qui passe dans les conduites principales, et se rend dans un réservoir séparé où on le recueille. Ce liquide, d’une couleur foncée, d’une odeur excessivement forte et désagréable, servait uniquement, dans le principe, à faire du goudron {coal tar). Il est bon de rappeler que, dans les temps anciens, on avait déjà découvert une huile de goudron presque identique, sortant naturellement des crevasses de rochers et coulant à la surface de la terre comme des sources d’eau (1), d’où le nom d§ pétrole (huile de pierre) composé de deux mots grecs qui rappellent son origine.
- Le pétrole naturel ressemble tellement à l’huile de houille obtenue par distillation, qu’on les confond ordinairement sous la même dénomination. Le mode de production serait-il donc analogue dans les deux cas, et la nature ne ferait-elle que répéter dans le sein de la terre, sur une vaste échelle, l’opération distillatoire qui s’accomplit dans les usines? Telle est la question qu’on a souvent posée sans pouvoir la résoudre d’une manière certaine,
- La région de l’Amérique du Nord, où l’on voit les sources d’huile jaillir à la surface du sol, est située près de la ligne de démarcation qui sépare les anthracites de la côte des Etats-Unis des houilles bitumineuses de la grande vallée du Mississipi. Dans cette région intermédiaire existent d’immenses couches de houille bitumineuse, dont la contexture accuse les fibres ligneuses et autres matières végétales qui devaient, dans l’origine, en former la composition (2).
- Bien que la houille, dans ses gisements, soit ordinairement recouverte par des couches de terrain qui la protègent contre les chances extérieures de combustion acci-
- (1) Voir Bulletin de 1859, 2e série, t. VI, p. 533.
- (2) L'auteur émet l’opinion, assez hasardée, que cette transformation aurait été opérée à une certaine époque par l’action des rayons solaires. (M.)
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- dentelle, elle n’en est pas moins exposée, dans les entrailles de la terre, à une chaleur qui va croissant régulièrement d’un degré environ par 25 à 30 mètres de profondeur. En Angleterre, on a constaté, dans une houillère située à 60 mètres au-dessous du sol, une température de près de 30 degrés (1). A de grandes profondeurs, la houille est souvent en voie de décomposition constante , produisant du gaz qu’on entend s’échapper en sifflant des crevasses du rocher, et qui forme sous le nom de grisou {fire damp) le mélange explosif si dangereux au milieu duquel les mineurs ne peuvent travailler qu’avec la lampe de Davy.
- Une des mines de houille abandonnées près de Newcastle produisait tant de gaz, à une certaine époque, qu’un tuyau de 0m,10, partant du sol et allant rejoindre les travaux, a fourni pendant longtemps à son orifice un jet de flamme d’une puissance presque capable d’éclairer une petite ville. Dans un trou de sonde exécuté au milieu des terrains rocheux situés sur les bords de la rivière Kanawha (Virginie occidentale), et poussé jusqu’à la profondeur de 300 mètres pour rechercher une source salée, un tuyau semblable au précédent fournit depuis plusieurs années, en même temps que de l’eau salée, une quantité de gaz assez abondante pour éclairer toute une ville. Ce gaz est utilisé comme combustible pour obtenir le sel de la source par voie d’évaporation. L’auteur a vu le foyer au-dessus duquel est installée une grande chaudière de 30 mètres de long sur lm,50 de large, et il a constaté que la flamme du gaz formait une nappe éblouissante. C’est encore ce même gaz qui sert de combustible pour alimenter le foyer de la chaudière d’une machine à vapeur voisine. Enfin son abondance est telle, qu’il suffit à la production journalière de 150 hectolitres environ de sel, obtenu par évaporation. Dans une autre localité, au moment où on venait de terminer un forage semblable, un jet de gaz et d’eau salée a jailli à une hauteur de 10 à 12 mètres, avec un bruit analogue à celui d’une puissante locomotive. Ce gaz naturel était parfaitement pur, et dépourvu de cette odeur désagréable qui caractérise le produit artificiel de nos usines.
- Le pétrole s’extrayant de la houille par voie de distillation, à une température inférieure à celle qu’exige la production du gaz, n’est-il pas permis d’en conclure, par analogie, que l’élaboration de cette substance se poursuit naturellement sous terre par le même procédé qui sertà l’obtenir industriellement? L’accroissement de chaleur qui existe dans le sein de la terre, au voisinage des sources de gaz et d’huile qu’on rencontre dans les vallées de la chaîne des Alleghanys, est clairement démontré par la présence d’autres sources d’eaux chaudes et sulfureuses quijaillissent, d’une façon continue, dans les montagnes voisines de la Virginie occidentale. D’après toutes ces données, ne peut-on pas
- (1) L’auteur aurait dû dire que la principale cause de la haute température qui existe dans certaines couches de houille est due à des phénomènes de fermentation qui déterminent souvent des combustions spontanées. (M.)
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- admettre, en quelque sorte, que cette distillation naturelle de gaz hydrogène carboné et d’huile, provenant à de grandes profondeurs et sous une énorme pression des houilles bitumineuses à longue flamme, transforme lentement ces houilles en anthracites ?
- Pendant longtemps, l’huile minérale naturelle, fournie en plus ou en moins grande abondance par quelques sources, est restée sans attirer l’attention du peuple américain ; mais un jour est venu où la hausse s’est faite sur les huiles de baleine dont les approvisionnements allaient en décroissant, et les industriels, se tournant alors vers les sources, ont cherché à en tirer parti. Les premiers résultats ayant été heureux, l’engouement est vite arrivé ; tout le monde s’est mis à la recherche de l’huile minérale, et l’on a vu jusqu’aux plus hardis pêcheurs de baleine renoncer à leurs expéditions dans les mers polaires, et laisser là le harpon pour aller avec la sonde chercher des sources dans les vallés occidentales de la Pensylvanie.
- On connaît les succès merveilleux des premières recherches, que tant de journaux ont racontés. Tantôt c’était un de ces puits à huile comme on les appelle (oil wells) qui, pendant le forage même, fournissait subitement un violent jet de pétrole s’élevant à une grande hauteur au-dessus de la surface du sol, et coulant bientôt avec une abondance telle qu’il ne tardait pas à gagner le fourneau de la machine à vapeur. Alors l’huile prenait feu et, remplissant les cours d’eau voisins, éclairait pendant plusieurs jours les nuits d’une splendide et sinistre lueur. Quelles richesses perdues avant que l’incendie ait pu être éteint! Tantôt la source jaillissait pendant le forage plus tôt qu’on ne s’y attendait, et, comme on n’avait pas assez de barils en approvisionnement, on était obligé de recevoir le pétrole dans un ravin, où au moyen d’un barrage on établissait un réservoir provisoire.
- Les nombreux forages exécutés en peu de temps ont permis ainsi d’obtenir, dans un rayon étendu, des quantités considérables d’huile provenant de la distillation lente des houilles bitumineuses et amassée probablement depuis des siècles dans les profondeurs du sol. L’abondance de la production n’a pas tardé à faire baisser le prix de la matière (1), et à faire renoncer en partie à la distillation artificielle.
- Le pétrole à l’état brut d’huile goudronneuse, qu’il soit d’origine naturelle ou qu’il provienne de la distillation artificielle de la houille, est impropre à l’éclairage dans les lampes ; il faut l’épurer, ce qui se fait en le distillant dans des appareils soumis à une température que l’on élève graduellement.
- Les premiers produits qui sortent du condenseur sont des essences volatiles, ressem-blant à l’éther et à l’alcool, appelées naphte, benzole, benzine, etc., et dont le point d’ébullition entre 66 et 71 degrés centigrades est inférieur à celui de l’alcool. Le
- (1) Le prix a été, en effet, de SO cents par baril, soit environ lf,60 les 100 litres; mais depuis lors il s’est relevé.
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- naphte s’évapore aussi rapidement que l’éther, produit les mêmes effets anesthésiques quand on respire ses vapeurs, et est même plus inflammable que lui.
- Dans la pratique la plus ordinaire, les distillateurs de pétrole maintiennent d’abord la température sous les cornues à un point assez bas pour que le naphte ait le temps de s’évaporer à son point d’ébullition vers 71 degrés centigrades, puis de passer du condenseur dans le réservoir qui lui est destiné. Lorsque le densimètre accuse un accroissement de densité, le liquide sortant du condenseur est dirigé dans un autre réservoir qui reçoit ainsi le second produit de la distillation, c’est-à-dire une huile plus dense désignée communément en Amérique sous le nom de kérosène. Le moment précis où le naphte cesse de couler pour faire place au kérosène est un point délicat à saisir pour le distillateur.
- L’extrême inflammabilité du naphte en rend l’emploi dangereux dans les lampes ; en outre, comme à l’état de vapeur il ne forme pas un gaz permanent, il n’a pu jusqu’ici servir à augmenter le pouvoir éclairant du gaz de houille. En effet, les vapeurs de naphte, comme celles de l’alcool, se condensent dès qu’elles se refroidissent, ainsi qu’on peut s’en convaincre en visitant ceux des tuyaux des usines à gaz qui passent sous terre. Le seul emploi utile du naphte consiste à s’en servir comme dissolvant du caoutchouc, ou en remplacement de l’essence de térébenthine dans la peinture à l’huile. Il est donc, comme on voit, à peu près sans valeur mercantile, et, comme il représente 10 ou 15 pour 100 du pétrole soumis à la distillation, le fabricant doit difficilement résister à la tentation de le mêler au produit reconnu bon pour l’éclairage, car il y trouve son bénéfice tout en vendant à meilleur marché. Vendeurs et acheteurs sont donc également tentés de ne pas tenir compte du danger qui pourra résulter d’un pareil mélange.
- Mais on est allé plus loin encore dans cette voie frauduleuse et pleine de dangers. On a découvert que des spéculateurs, achetant à vil prix des naphtes et des résidus de distillation, se livraient à de coupables mélanges et préparaient ainsi des huiles ayant à peu près la même densité et le même aspect que l’huile de kérosène. Dans ce cas, le densimètre ne peut indiquer la falsification, et il ne reste d’autre moyen de reconnaître la nature dangereuse du produit que de constater avec un thermomètre la température du liquide au moment où il prend feu au contact d’une allumette, et où une flamme légère comme celle de l’alcool commence à voltiger à sa surface. On versera donc dans une capsule un peu d’huile, et, si elle contient beaucoup de naphte, elle émettra assez de vapeurs pour prendre feu à la température ordinaire de l’atmosphère rien qu’au contact de l’allumette enflammée. A côté de cette extrême inflammabilité, on trouve des huiles qui, avant de prendre feu de la même manière, auront besoin, au contraire, d’être chauffées préalablement à une température de 32 degrés, et parfois même jusqu’à celle de 71 degrés.
- On voit qu’il existe un écart très-considérable dans les différents degrés d’inflam mabilité des substances qu’on vend comme huiles minérales. De ce qu’une huile de Tome XV. — 67e année. 2e série. — Juillet 1868. 56
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- qualité inférieure peut prendre feu subitement, il ne s’ensuit donc pas qu’il doive en être de même pour les autres, et cependant il fut un moment où quelques sinistres avaient commencé à jeter une défaveur marquée sur ces produits, qu’on était disposé à mettre tous en suspicion. Mais, comme ceux que fournissent des maisons parfaitement honorables offrent de très-réels avantages sur les autres huiles d’éclairage, il serait peu raisonnable d’en condamner indistinctement l’usage avant de les soumettre à un consciencieux examen.
- On aurait donc tort de proscrire les huiles minérales, mais on comprend qu’il y a nécessité impérieuse, pour tous ceux dont les propriétés sont exposées aux risques d’incendie par l’usage de ces huiles, de rechercher judicieusement et avec grand soin l’étendue réelle du danger résultant de ce mode d’éclairage, de manière à ne pas renoncer sans nécessité à l’emploi général de substances précieuses, capables de remplacer économiquement les huiles ordinaires et même le gaz. Cette recherche a d’autant plus d’importance, que la production des huiles minérales semble ne connaître d’autre limite que l’étendue même de ces couches immenses de houilles bitumineuses que les profondeurs de la terre tiennent en réserve pour les générations futures.
- Pour comparer les qualités d’huiles de diverses provenances, on a versé, dans des capsules, des échantillons de chacune d’elles, puis on a placé ces capsules sur un bain d’eau chauffé par une lampe à alcool ; un thermomètre placé dans le bain indiquait la température, qui a été portée graduellement de 15 à 100 degrés centigrades. Pendant la marche de l’opération, des allumettes enflammées étaient présentées, successivement et à de courts intervalles, à la surface du liquide dans chaque capsule, jusqu’à ce que la chaleur croissante eût favorisé au-dessus de chacune d’elles la formation d’une quantité de vapeur gazeuse suffisante pour déterminer l’inflammation. Toutes les huiles ont donc fini par prendre feu sans aucun signe d’explosion, mais à des températures différentes, variant de 26 à 72 degrés; elles montraient alors, comme on le voit pour l’alcool, des flammes légères flottant à la surface du liquide, et se laissant facilement éteindre lorsqu’on soufflait dessus vivement. Un point à noter, c’est que, tant que le degré de température voulu pour l’inflammation n’était pas arrivé, on pouvait impunément éteindre l’allumette enflammée en la plongeant dans l’huile comme on l’eût éteinte dans l’eau. La température moyenne à laquelle tous les échantillons ont émis assez de vapeur pour qu’on puisse les enflammer a été de près de 52 degrés.
- Après avoir déterminé quelle température exigeaient les échantillons d’huile pour être enflammés, il devenait intéressant de savoir celle que prendrait le liquide quand on le brûlerait dans les lampes. Or il est résulté d’une série d’expériences que, dans les lampes en verre, la température s’élevait de 3 à h degrés environ, et dans les lampes métalliques de 5 â 6 au-dessus de celle de l’appartement; et, comme cette dernière était de 19 degrés, il en résultait que l’huile avait une température de 23, 24 ou 25 degrés, chiffres offrant un écart suffisant avec celui de 52 cité plus haut.
- L’observation ayant démontré que les vapeurs gazeuses de l’huile minérale échauffée
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- ne donnent de flamme, en s’élevant, que par suite de leur combinaison avec l’oxygène de l’air, il s’ensuit que les huiles ou essences inflammables ne peuvent produire d’explosion que dans le cas où leurs vapeurs auraient préalablement formé un mélange avec l’air atmosphérique avant le contact de l’allumette enflammée. Quand une lampe est complètement garnie d’huile, il ne reste pas, dans le réservoir, d’espace où la vapeur gazeuse et l’air puissent se combiner ; aussi toutes les tentatives faites pour produire une explosion avec une lampe pleine, et cela même en élevant la température du liquide jusqu’au point d’ébullition de l’eau, n’ont donné aucun résultat quand une allumette a été présentée à l’orifice ouvert de la lampe. Le seul résultat produit par l’élévation de la température a été un accroissement dans la production des vapeurs, accroissement qui s’est traduit par une plus grande élévation du jet de flamme, ressemblant alors à celui d’un bec de gaz. Ainsi, tant que les lampes sont pleines, le fussent-elles même avec des huiles explosives, il n’y a pas d’explosion à redouter. En conséquence, on doit, par mesure de prudence, avoir pour règle de tenir toute lampe contenant des liquides facilement inflammables, aussi pleine que possible, en remplissant tous les jours son réservoir.
- Presque toutes les relations d’explosions et de leurs conséquences dangereuses et souvent fatales racontent que les accidents sont arrivés au moment où on remplissait la lampe en vidange, c’est-à-dire pendant qu’elle était allumée, l’intérieur du réservoir ou de la burette qui sert à l’alimenter contenant alors un mélange de vapeurs et d’air. Pour vérifier le fait, on a pris une lampe d’atelier en verre et on s’est placé dans les mêmes conditions, considérées comme les plus favorables pour déterminer l’explosion la plus violente possible. Alors une allumette enflammée a été introduite dans l’orifice de la lampe allumée contenant un peu d’huile de kérosène, à la température ordinaire, et il ne s’est produit aucune explosion ; bien plus, on a pu achever le remplissage sans danger.
- Pour juger de l’effet que peut exercer sur l’huile une augmen tation de température au-dessus de 26 degrés, la lampe continuant à brûler a été plongée dans un bain d’eau qu’on a chauffé peu à peu jusqu’à l’ébullition. Pendant l’élévation progressive de la température, des allumettes enflammées ont été continuellement introduites dans l’orifice de la lampe, sans qu’il soit possible d’enflammer les vapeurs, tant que la chaleur n’avait pas atteint, à peu près, le degré auquel l’huile prenait feu dans une capsule découverte. On n’a pu réussir à produire une légère explosion avec l’allumette qu’en secouant violemment la lampe pour augmenter l’évaporation et mélanger plus intimement la vapeur à l’air atmosphérique. Mais, lorsque la température de l’huile a atteint 71 degrés, les vapeurs ont rempli entièrement le réservoir de la lampe et chassé si complètement l’air atmosphérique, que les allumettes introduites se sont éteintes, tandis que le gaz ascendant continuait à brûler avec une flamme légère au-dessus de l’orifice. En résumé, avec une huile semblable à celle dont on s’est servi pour les expériences, c’est-à-dire avec une huile ne dégageant pas assez de vapeurs pour
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- pouvoir prendre feu à une température inférieure à 51 ou 52 degrés, il a fallu, en quelque sorte, avoir recours à des artifices de manipulation pour déterminer une explosion excessivement légère (1).
- Continuant à expérimenter l’huile à une température supérieure à 100 degrés, on en a versé dans une cuiller en 1er placée au-dessus d’un feu ardent. C’est alors qu’il s’est subitement formé une grande quantité de gaz, s’élevant bientôt en une colonne de fumée dont la base touchait à la cuiller même devenue rouge. Cette colonne n’a pris feu qu’au contact d’une bougie, et la flamme brillante qui en est résultée s’est développée sans aucune apparence d’explosion.
- La même expérience répétée dans la même cuiller avec de l’huile de baleine et de la résine a fourni exactement les mêmes résultats, en démontrant que l’huile de kérosène essayée n’est pas plus explosive que l’une quelconque de ces substances, et que toutes se décomposent à une haute température en leurs éléments constitutifs, le carbone et l’hydrogène, pour donner naissance à du gaz hydrogène carboné. Lorsqu’on mêle peuàpeu une partie de ce gaz inflammable avec trois parties d’air atmosphérique, il se forme une nouvelle combinaison chimique lorsqu’on y met le feu, et on obtient une flamme allongée à mesure que le gaz se mêle à l’air qu’il rencontre à son voisinage immédiat. C’est le phénomène qui se produit lorsqu’on allume une lampe ou un bec de gaz. Mais, si au lieu d’entrer pour trois parties dans le mélange, l’air y entre pour quatre ou cinq, et si, en outre, le mélange a lieu d’une manière intime et complète, alors en y mettant le feu, la combinaison se produit à la fois dans toutes les particules du mélange, et il en résulte cette expansion soudaine et violente qu’on nomme explosion. Lors donc qu’une lampe ou tout autre réservoir d’huile minérale fait explosion au contact du feu, c’est que les vapeurs de gaz émises se sont trouvées mélangées à l’air ambiant dans la proportion qui vient d’être indiquée.
- L’explosion qui se produit dans une lampe est de même nature que celle qui a lieu dans une chambre où du gaz d’éclairage a pénétré par quelque fuite du tuyau d’ame-née ; on sait les conséquences, souvent graves, auxquelles donnent lieu ces genres d’explosion. Il y a donc lieu, en quelque sorte, de prendre, avec l’huile minérale employée à l’éclairage, les mêmes précautions que celles que réclame le gaz ; avec celui-ci, on doit empêcher les fuites de manière qu’il ne se mêle à l’air qu’au moment où on l’allume, et seulement à l’orifice du bec qui représente une surface restreinte ; avec l’huile minérale, il y a lieu d’exclure l’air du réservoir des lampes en ayant soin de les tenir toujours pleines au moment de l’allumage, précaution qui prévient les mélanges explosifs.
- (1) La conclusion que ne lire pas l’auteur, mais qui est évidemment sous-enlendue, c’est qu’avec une huile prenant feu à une température inférieure à 5t degrés, c’est-à-dire contenant une trop forte proportion d’hydrocarbures légers, il n’eût pu sans danger répéter les mêmes expériences.
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- Il est bien entendu qu’on raisonne toujours dans l’hypothèse d’une huile ne contenant que la proportion strictement voulue de naphte, c’est-à-dire d’hydrocarbure léger. Une trop faible proportion rend l’huile moins facile à allumer et la fait fumer ; une trop forte lui fait prendre feu trop facilement et la rend dangereuse. Le naphte est donc, dans la composition de l’huile, l’élément le plus utile et le plus dangereux à la fois. Les expériences suivantes démontreront ses redoutables propriétés.
- Après avoir constaté que le naphte liquide émet, à la température ordinaire, assez de vapeurs pour qu’on puisse l’enflammer instantanément, on en a versé dans une capsule, puis on a immergé cette capsule dans un mélange réfrigérant de neige et de sel. A cette basse température, le naphte s’est enflammé avec la même violence. Une certaine quantité de neige a été ensuite mélangée avec le liquide, afin d’abaisser encore sa température, et néanmoins l’inflammation rapide a eu lieu, et avec une telle force que le naphte a été projeté hors de la capsule sur la glace recouvrant le sol, à l’endroit où l’expérience avait lieu à l’air libre, le thermomètre marquant alors -— 10 degrés G. La combustion continuant sur la glace, on essaya de l’éteindre en jetant de la neige par-dessus, mais inutilement, et l’on vit les flammes s’élancer aussi vives qu’aupara-vant, présentant ainsi le curieux spectacle d’une masse de neige enflammée.
- Des expériences analogues ont été répétées avec de l’alcool et d’autres liquides inflammables, tels que le camphène et le gaz liquide (burning fluid), mais ces substances n’émettaient pas assez de vapeurs à la température de la glace fondante pour s’enflammer au contact d’une allumette; il fallait que le thermomètre marquât quelques degrés au-dessus de zéro, pour qu’elles prissent feu.
- Les faits précédents démontrent donc, d’une manière frappante, l’excessive inflammabilité du naphte. Pouvant s’enflammer, même à travers une couche de neige, il émet, comme l’éther, des vapeurs qui se répandent dans l’air avec une étonnante facilité, et, comme son odeur est loin d’être désagréable comme celle du gaz de houille, les plus grandes précautions sont nécessaires pour éviter non-seulement les explosions, mais encore la violence des incendies, dont le feu est, dans ce cas, presque inextinguible ; en effet, l’eau étant impuissante à éteindre les flammes du naphte, ce n’est que par défaut d’air, par étouffement (1), qu’on peut arrêter le feu. En raison de cette facilité d’évaporation, on a jugé indispensable de revêtir d’une couche de glu l’intérieur des barils de naphte ; grâce à cette précaution, on empêche les vapeurs de s’échapper à travers les pores des douves en bois.
- La nature insidieuse de la vapeur du naphte constitue donc sa plus dangereuse propriété, car, lorsqu’on l’emmagasine dans un entrepôt et que la bonde des barils se trouve imprudemment ouverte, il s’en échappe assez de vapeurs pour que toute per-
- (1) On emploie généralement dans ce but de la terre ou du sable, qu’on mouille pour lui donner la consistance d’une pâte.
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- sonne entrant avec une bougie allumée détermine une violente explosion. C’est ainsi que, malgré toutes les précautions prises dans les distilleries de pétrole, plusieurs de ces établissements ont été renversés et brûlés complètement (1).
- Les huiles de pétrole brutes, on le répète, contiennent une proportion considérable de naphte et, par conséquent, elles participent, jusqu’à un certain point, des propriétés funestes de ce liquide ; il y a donc toute raison pour les classer parmi les liquides spécialement dangereux.
- En expérimentant avec un vase en fer-blanc, de la capacité d’une lampe ordinaire, une seule goutte de naphte a fourni assez de vapeur pour donner lieu à une explosion pareille à celle que pourrait produire l’huile de houille la plus inflammable qui soit dans le commerce. D’un autre côté, on a pris de l’huile de kérosène de qualité supérieure, incapable de fournir le moindre indice d’explosion, et en y ajoutant une seule goutte de naphte on a presque toujours réussi, au seul contact d’une allumette, à produire un effet d'inflammation subit, semblable à celui d’une petite quantité de poudre qu’on fait fuser. La combustion, dans ce cas, s’est toujours bornée à celle de la petite quantité de vapeur dégagée parle naphte, sans allumer l’huile de kérosène elle-même et sans aucune apparence de danger.
- Il est à remarquer que, dans tous les récits qui ont eu lieu d’explosions de lampes, rien ne semble indiquer, toutes les fois qu’il y a eu des brûlures ou des dégâts, qu’on doive imputer une part du mal à la force mécanique développée par ces explosions. En effet, les résultats les plus désastreux sont dus à la dispersion des liquides éminemment inflammables, qui se répandent immédiatement sur toutes les matières combustibles environnantes. Il suffit qn’il se produise, dans une lampe contenant un de ces liquides, une simple bouffée d’un caractère explosif capable de projeter quelques gouttes du contenu enflammé sur les vêtements des personnes voisines ou sur les objets environnants, pour avoir quelquefois à déplorer des accidents terribles. La rapidité avec laquelle les flammes se propagent ainsi peut être la cause d’incendies, et devenir fatale pour la vie de quelques personnes. Aussi, comme on l’a dit en commençant, les compagnies d’assurances ont-elles jugé à propos d’augmenter leurs primes partout où il est fait une grande consommation d’huile minérale, comme, par exemple, dans les manufactures qui l’emploient à l’éclairage de leurs ateliers.
- Comme la chute accidentelle d’une lampe à pétrole allumée, qui se brise sur le plancher, est encore une de ces causes qui ont amené des accidents, on a voulu se rendre compte du fait et, pour cela, on a fait une expérience avec une huile de bonne qualité, exigeant une température de 51 à 52 degrés avant d’émettre assez de vapeurs pour prendre feu au contact d’une allumette. On en a donc versé, d’une lampe allumée, une
- (1) On ne saurait trop répéter que dans tous les lieux où on manipule des liquides facilement inflammables on ne doit employer que des lampes de sûreté. (M.)
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- certaine quantité sur le plancher, puis on a laissé tomber au milieu la mèche en feu qui a continué à brûler. Sous l’influence de cette combustion, la température s’est bientôt élevée au degré voulu, et la flamme a commencé alors à se propager à la surface de l’huile, suivant un cercle qui allait s’élargissant ; mais il n’y eut pas jet de flamme, inflammation de toute la couche de liquide à la fois, comme il arriva lorsqu’on répéta la même expérience avec du camphène ou du gaz liquide ( burning fluid) (1).
- Enfin on a voulu reproduire l’effet que déterminerait l’huile de kérosène, projetée accidentellement par une lampe allumée sur des vêtements en coton. A cet effet, on a imbibé de cette huile un morceau d’étoffe de calicot, et on l’a mis en contact avec la flamme de la lampe. Or il a fallu quelque temps pour que la température de l’huile s’élevât au degré d’évaporation de 51 degrés, et, quand la flamme commença à s’étendre à la surface de l’étoffe, il a suffi de souffler dessus pour l’éteindre. Bien que le calicot sec flambe facilement, il est à remarquer qu’imbibé de kérosène il a demandé plus de temps pour prendre feu ; mais, d’un autre côté, l’intensité de la flamme était plus grande.
- La même expérience a été répétée sur une pareille étoffe de coton, en employant des liquides éminemment combustibles, tels que des hydrocarbures légers et de l’alcool. La flamme s’est propagée instantanément, sur toute la surface de l’étoffe, avec une violence effrayante, démontrant ainsi amplement le danger d’employer ces substances dans les lampes pour l’éclairage domestique.
- Une remarque secondaire à faire, c’est qu’avec les huiles minérales les mèches des lampes ne charbonnent pas autant qu’avec les huiles animales ou végétales ; il ne se forme pas de ces champignons qui obscurcissent la lumière et obligent, en quelque sorte, à moucher la mèche au bout d’un certain temps, opération qui a causé parfois des incendies dans les filatures, car il suffit de la négligence d’un ouvrier pour faire tomber quelque lumignon sur des matières inflammables.
- L’industrie des huiles minérales, naturelles et artificielles a absorbé, dans ces dernières années, de grands capitaux, et motivé de nombreux travaux en Europe, et surtout en Amérique. En effet, les applications de ces nouvelles huiles tendent à se développer chaque jour davantage, et semblent ne devoir trouver do limites que dans l’étendue même des richesses souterraines d’où on les tire. Or, à l’égard de l’Amérique, ces richesses sont plus considérables que partout ailleurs ; non-seulement le pétrole est excessivement abondant et donne lieu sans cesse à de nouvelles découvertes, mais la houille y est représentée par des gisements considérables qui équivalent, au moins, dix fois ceux de toute la Grande-Bretagne.
- Les expériences qui viennent d’être relatées ont pour but d’éclairer le public sur le
- (1) D’où celle conclusion, qu’il ne faut brûler que des huiles ne prenant feu qu’à la température de 51 ou 52 degrés. (M.)
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- maniement de substances qui ne sont pas encore suffisamment connues, mais qui, par les services qu’elles rendent déjà et qu’elles sont appelées à rendre, doivent prendre, dans l’industrie, une place dont l’importance ne peut tendre qu’à s’accroître chaque jour davantage (1).
- Depuis la publication du mémoire de M. Allen, la consommation des huiles minérales a continué à suivre une marche ascendante. A Paris, l’huile de pétrole a rapide-
- (1) On pourrait peut-être reprocher à M. Allen d’avoir, en grande partie, négligé dans son mémoire le côté scientifique; mais il ne faut pas oublier que ce mémoire n’a été rédigé que dans le seul but de prémunir le public contre les dangers auxquels peut donner lieu l’éclairage par les huiles minérales, et de lui indiquer les expériences, en quelque sorte élémentaires, auxquelles il peut procéder lui-même. Pour ceux qui voudraient faire une étude sérieuse de ces curieuses substances, nous les renverrons au travail si intéressant*que MM. J. Pelouze et Aug. Cahours ont publié dans les Annales de chimie et de physique sous le titre de : Recherches sur les pétroles d’Amérique (Quatrième série, 1864,1.1, p. 5). C’est à ce travail que nous empruntons les lignes qui suivent :
- « De la distillation des pétroles bruts, on retire aujourd’hui dans les arts quatre produits distincts, savoir :
- « 1° L’essence qui, par suite de hausse de prix survenue sur l’essence de térébenthine, s’emploie maintenant en assez grande quantité dans la peinture ;
- « 2° L’huile pour l’éclairage, possédant une densité de 0,780 à 0,800, qu’on vend en gros à raison de 75 à 80 francs l’hectolitre ;
- « 3° I/huile lourde, jaune paille, pesant de 820 à 830 grammes le litre, qu’on vend à raison de 60 à 65 francs l’hectolitre ;
- « 4° Enfin, l’huile rouge, qu’on emploie à la sophistication des huiles végétales et dont le prix varie de 35 à 45 francs, suivant sa limpidité.
- « Les huiles du Canada sont jusqu’à présent délaissées, à cause de leur odeur infecte et de la moindre quantité d’huile propre à l’éclairage qu’on peut en extraire.
- « L’huile lourde est employée d’une manière avantageuse pour lubrifier les machines. On en extrait en outre, à d’assez bas prix, un gaz doué d’un pouvoir éclairant considérable.
- « Ce sont les calcaires silurien et cornifère ou dévonien qui paraissent contenir les réservoirs de ces huiles minérales. Ceux de la Pensylvanie et de l’Ohio sont ouverts dans un grès poreux, qui peut être considéré comme l’équivalent du vieux grès rouge anglais et que recouvrent les couches inférieures du terrain carbonifère, formation qui manque au Canada.
- « Quant à l’origine de ces huiles, on n’a jusqu’à présent que des présomptions plus ou moins fondées ; on ne saurait encore se livrer à cet égard qu’à de pures hypothèses.
- « Suivant l’opinion de certains géologues, l’origine des pétroles américains devrait être attribuée à une sorte de fermentation lenle de plantes marines et de détritus animaux de la période palæozoïque, qui se serait opérée à de basses températures et dans un milieu où l’air atmosphérique n’aurait pu trouver d’accès. Suivant d’autres, ces produits seraient le résultat d’une distillation lente de charbons bitumineux, opérée sous l’influence des températures les plus basses possible. Quoi qu’il en soit, l’absence complète de benzine ou de ses homologues dans les échantillons nombreux qui nous sont parvenus de sources très-diverses nous porte à croire que ces produits ne sauraient avoir la houille pour origine, celte substance fournissant constamment de la benzine
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- ment fait sa place parmi les substances employées à l’éclairage domestique ; aussi l’autorité, se préoccupant, de bonne heure, des dangers que le public avait à courir,
- ou des carbures analogues, toutes les fois qu’on la décompose à des températures plus ou moins élevées, la distillation étant conduite avec lenteur ou rapidité.
- « Les recherches exécutées au laboratoire de Manchester par M. Schorlemmer sur les produits volatils de la distillation du cannel-coal établissent bien dans ce liquide l’existence de quelques carbures identiques à ceux dont nous avons signalé l'existence dans les pétroles d’Amérique ; mais, à côté de ces substances, on voit constamment figurer la benzine et ses homologues pour d’assez fortes proportions. Les hydrocarbures retirés des pétroles d’Amérique se trouvent dans les houilles de boghecid, ainsi que dans les produits de la distillation de certains schistes. L’un do nous a constaté leur formation constante toutes les fois qu’on soumet à la décomposition en vases clos, sous l’influence de températures à peine supérieures à celle du rouge naissant, les acides du groupe acétique ainsi que les alcools qui s’y rapportent. Il en est de même, ainsi que MM. Wurtz et Berthelot l’ont démontré chacun de leur côté, lorsque ces mêmes alcools sont soumis k l’action simultanée delà chaleur et du chlorure de zinc, ou de l’acide sulfurique au maximum de concentration. M. Berthelot a pareillement donné naissance au gaz des marais ainsi qu’aux hydrures d’éthyle, de propyle et de butyle, en soumettant les acétates et les butyrates alcalins à la distillation, résultats qui confirment ce que nous avons dit précédemment. Il n’y aurait donc rien d’improbable à ce que cette série de carbures homologues qu’on rencontre dans les pétroles américains dût son origine à la distillation lente, ou à une sorte de fermentation appliquée à des composés organiques renfermant le carbone et de l’hydrogène sensiblement dans le rapport d’équivalent à équivalent.......
- « En résumé, disent en terminant les auteurs, l’étude approfondie que nous avons faite des pétroles américains nous a révélé dans ces produits, auxquels s’attache un si grand intérêt en raison des nombreuses applications dont ils sont l’objet, l’existence d’une série d’hydrocarbures homologues du gaz des marais. Les composés que nous sommes parvenus à isoler dans le plus grand état de pureté possible, et qui sont au nombre de 13, se caractérisent tous, comme le gaz des marais, par une grande indifférence chimique. Tout porte à croire que le produit solide désigné sous le nom de paraffine, qu’on rencontre constamment dans les pétroles d’Amérique et qui se caractérise comme les précédents par une grande résistance à l’action des réactifs les plus énergiques, se rattache à cette curieuse série. Il est même constant aujourd’hui qu’il existe plusieurs paraffines ayant des points de fusion et d’ébullition très-distincts, qui constituent très-probablement un nombre de termes plus ou moins considérables, à la manière de ceux qui forment la portion liquide de la série.
- « Chacun de ces hydrocarbures est attaqué par le chlore, ainsi que le sont toutes les combinaisons hydrogénées, avec élimination successive d’hydrogène sous forme d’acide chlorhydrique et fixation d’une quantité de chlore équivalente. Le premier terme de la substitution, pour chacun de ces carbures, représente l’éther chlorhydrique de l’alcool correspondant. De plus, à l’aide d’un mécanisme des plus simples, on peut construire, au moyen de ces différents éthers chlorhydriques, les divers alcools homologues de la série éthylique, et l’on sait, d’une autre part, que ces alcools une fois obtenus, on peut reproduire, à leur tour, ces divers éthers chlorhydriques par l’action de l’acide chlorhydrique.
- « Tous ces éthers chlorhydriques sans exception, dans leur contact avec le sodium, donnent
- Tome XV. — 67e année. 2e série. — Juillet 1868. 57
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- publia-t-elle une instruction dont elle confia la rédaction à une commission composée de membres choisis parmi ceux du Conseil d’hygiène et de salubrité. Bien qu’ayant déjà quatre ans de date, cette instruction n’est pas tellement répandue qu’il n’y ait lieu de la publier ici.
- naissance à cette belle coloration bleue-violacée, signalée par M. Bouis dans son intéressant travail sur l’alcool caprylique. Chauffe t-on le mélange de ces corps, le chlore s’unit au métal alcalin en même temps qu’il se dégage un hydrocarbure renfermant deux équivalents d’hydrogène de moins que le carbure primitif; on repasse, de cette façon, de la série du gaz des marais dans la série du gaz oléfiant.
- « Ces éthers chlorhydriques agissant en vases clos, à des températures variant entre 100 et 160 degrés, sur des disssolutions alcooliques d’alcalis, de sulfures, de cyanures, de sels alcalins, permettent d’engendrer, à l’aide des phénomènes de la double décomposition, les différents composés qu’on pourrait obtenir par l’action réciproque des alcools correspondants et des acides qui servent à donner naissance aux divers éthers simples et composés. Les divers hydrocarbures homologues du gaz des marais nous permettent donc non-seulement de reproduire tous les alcools connus, mais d’en engendrer d’autres encore inconnus.
- « En faisant agir en vases clos les éthers chlorhydriques sur des dissolutions alcooliques d’ammoniaque, on peut également engendrer toute la série des ammoniaques conjuguées, homologues de la méthyliaque et de l’éthyliaque. A chacun de ces hydrocarbures viennent donc se rattacher de nombreux produits, dont la réalisation ne présenterait pas de difficultés sérieuses.
- « Si ces hydrocarbures présentent une si grande importance aujourd’hui par leurs applications nombreuses, et par suite par les capitaux qu’ils mettent en mouvement, ils n’offrent pas moins d’intérêt au point de vue de la spéculation pure, en ce qu’ils permettent de réaliser la production d’un nombre considérable de composés dont la théorie fait immédiatement prévoir l’existence. »
- Le tableau suivant, dressé par les auteurs, présente les différents hydrocarbures qu’ils ont passés en revue avec le nom et la formule de chacun jd’eux, leur point d’ébullition et leur densité, sous forme liquide et sous forme gazeuse :
- NOMS des substances. FORMULES. DENSITÉS sous forme liquide. POINTS d’ébullition. DENS sous forme gazeuse trouvées par expérience. 5ITÉS théoriques. ÉQUIVALENTS en volumes.
- Degrés.
- Hydrure de butyle C» H'» 0,600 à + Oo vers 0 * » 4 vol.
- — d’arayle. O im 0,628 à 18 30 2,557 2,535
- — de caproyle C'» H" 0,669 à —18 68 3,055 3.029
- — d’cenanthyle Ch H'« 0,669 à + 16 92 à 94 3,600 3,521
- — de capryle Ch II'* 0,726 à 4- 15 116 à 118 4,010 4,015
- — de pelargyle Ci * Hj» 0,741 à + 15 136 à 138 4,541 4,508
- — de rutyle. Ou. Hss 0,757 à 4- 16 158 à 162 5,040 5,001
- — d’undecyle C« Un 0,766 à -f 16 180 à 182 5,458 5,494
- — de lauryle C» Hss 0,778 à 4- 20 198 à 200 5,972 5,987
- — de cocinyle c* m» 0,796 5 4- 17 218 à 220 5,569 6,481
- — de myristiie O* Hso 0,809 à 4- 20 230 à 236 7,019 6,974
- — de benyle. . Cso H« 0,825 à -f 19 258 à 262 7,526 7,467
- de palmityle. C32 H3< * vers 280 8,078 7,961
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- Instruction concernant l’emploi des huiles de pétrole destinées à
- l’éclairage.
- (Approuvée par le Préfet de police le 29 juin 1864.)
- « L’emploi de l’huile de pétrole présentant des dangers, il importe de faire connaître au public les précautions à prendre pour les éviter.
- « L’huile de pétrole convenablement épurée est à peu près incolore. Le litre ne doit pas peser moins de 800 grammes. Elle ne prend pas feu immédiatement par le contact d’un corps enflammé.
- « Pour constater cette propriété essentielle, on verse du pétrole dans une soucoupe, et l’on touche la surface liquide avec la flamme d’une allumette ; si le pétrole a été dépouillé des huiles légères très-combustibles, non-seulement il ne s’allume pas, mais, si l’on y jette l’allumette enflammée, elle s’éteint après avoir continué à brûler pendant quelques instants.
- « Toute huile minérale destinée à l’éclairage, qui ne soutient pas cette épreuve, doit être rejetée comme pouvant donner lieu, par son usage, à des dangers sérieux.
- « L’huile de pétrole, alors même qu’elle ne renferme plus les essences légères dites naphtes, qui lui communiquent la faculté de s’allumer au contact d’une flamme, n’en est pas moins une des matières les plus combustibles que l’on connaisse ; si elle imbibe des tissus de lin, de coton ou de laine, son inflammabilité est singulièrement exaltée ; aussi son emmagasinage, son débit exigent-ils une grande circonspection. L’huile de pétrole doit être conservée ou transportée dans des réservoirs ou dans des vases en métal. Les dépôts doivent être éclairés par des lampes de sûreté.
- « Lampes. — Une lampe destinée à brûler du pétrole ou toute autre huile minérale ne doit avoir aucune gerçure, aucune fêlure établissant une communication directe avec l’enceinte où la mèche fonctionne. Le réservoir doit contenir plus d’huile que l’on n’en peut brûler en une seule fois, afin que la lampe ne puisse pas être vide pendant qu’elle brûle.
- « Les réservoirs en matières transparentes, comme le verre, la porcelaine, sont préférables parce qu’ils permettent d’apprécier le volume de l’huile qui y est contenue.
- « Les parois des réservoirs doivent être épaisses ; les ajutages qui les surmontent doivent être fixés, non pas à simple frottement, mais par un mastic inattaquable par les huiles minérales.
- « Le pied des lampes doit être lourd et présenter assez de base pour donner plus de stabilité et diminuer les chances de versement.
- « Emploi de l’huile dans les lampes. — Avant d’allumer une lampe, on doit la remplir complètement, et ensuite la fermer avec soin.
- « Lorsque l’huile est sur le point d’être épuisée, il faut éteindre et laisser refroidir la lampe avant de l’ouvrir pour la remplir. Dans le cas où l’on voudrait introduire l’huile
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- CHEMINS DE FER.
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- dans la lampe éteinte avant son complet refroidissement, il est indispensable de tenir éloignée la lumière avec laquelle on éclaire pour procéder à cette opération.
- « Si le verre d’une lampe vient à casser, il faut éteindre immédiatement, afin de prévenir réchauffement des garnitures métalliques; cet échauffement, quand il a atteint une certaine intensité, vaporise l’huile contenue dans le réservoir; la vapeur peut prendre feu, déterminer une explosion entraînant la destruction de la lampe et, par suite, l’écoulement d’un liquide toujours très-inflammable, et souvent même déjà enflammé.
- « Le sable, la terre, les cendres sont préférables à l’eau pour éteindre les huiles minérales en combustion.
- « Brûlures. — En cas de brûlure et avant l’arrivée du médecin, il sera très-utile de couvrir les parties blessées avec des compresses imbibées d’eau fraîche et souvent renouvelées. »
- Les membres de la commission :
- Pour le vice-président :
- Chevallier.
- Le secrétaire, Trébuchet.
- Boudet,
- Chevallier,
- Boussingault, rapporteur.
- (M.)
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- NOTE SUR LES APPAREILS PNEUMATIQUES DESTINÉS A PERMETTRE AUX AGENTS DES TRAINS DE COMMUNIQUER ENTRE EUX. (PL 389.)
- Dans un rapport inséré récemment au Bulletin (cahier de mai 1868, p. 263), M. Baude, rendant compte d’un ouvrage de M. J. Brame sur les signaux de chemins de fer et décrivant les appareils électriques imaginés par M. Prud’homme pour permettre aux agents des trains de communiquer entre eux, disait quelques mots d’un nouveau système dit pneumatique, destiné à remplir le même but, et dans lequel l’électricité est remplacée parla seule action de l’air. Ce système, imaginé par M. Joly, est expérimenté, depuis quelque temps, au chemin de fer de l’Est, et les résultats satisfaisants qu’il a donnés jusqu’ici nous ont fait penser qu’il serait intéressant d’en donner la description (1).
- (1) Les renseignements que nous donnons sont empruntés à un rapport de M. l’ingénieur des mines Lebleu.
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- L’appareil Joly, que représentent les croquis de la planche 389, est appliqué à six trains de voyageurs. Il sert seulement à établir la communication entre le chef du train placé dans le fourgon de tête, et le garde-frein placé dans le fourgon de queue. Dans l’origine, on l’avait mis également à la disposition des voyageurs, et l’on avait pu ainsi constater la possibilité de laisser entre leurs mains un mode de signal très-sûr ; mais on y a renoncé par des considérations étrangères à l’efficacité du système lui-même.
- Dans l’état actuel, le système consiste donc dans une communication régnant d’un bout à l’autre du train, avec des appareils avertisseurs aux deux extrémités. Nous parlerons d’abord de la communication.
- Le châssis de chaque voiture porte, parallèlement à son axe longitudinal, un tube en fer A, de 0m,008 de diamètre intérieur (fig. 4); les deux extrémités de ce tube font saillie en dehors des traverses B d’avant et d’arrière, et se présentent sous la forme d’ajutages légèrement renflés extérieurement.
- Sur l’ajutage est enfilé un tube en caoutchouc C, du même diamètre intérieur et de 1 mètre de longueur. L’élasticité du caoutchouc est suffisante pour permettre l’introduction de l’ajutage dans le tuyau flexible, dont l’extrémité est, d’ailleurs, fortement serrée du côté de la traverse par une cordelette D, qui l’applique exactement sur le tube métallique.
- Chaque véhicule se trouve ainsi traversé, dans sa longueur, par un tube de 0m,008 de diamètre aux extrémités flexibles, et ce sont ces extrémités qu’il s’agit de réunir pour établir une communication d’un bout à l’autre du train. Cette réunion s’opère très-facilement au moyen d’un manchon E (fig. 5), qui serait, en quelque sorte, représenté par deux ajutages en sens contraire. Une poignée F, à angle droit sur le manchon, donne à l’ensemble la forme d’un T. Chaque tube flexible est armé de ce T, lequel est suspendu, par une chaînette G, à un collier H fixé sur le caoutchouc.
- Au moyen de cette disposition, rien n’est plus simple que d’opérer l’attelage. Lorsque deux véhicules sont rapprochés l’un de l’autre (voir la fig. 3 où. chaque véhicule est représenté par sa traverse), on prend le T adapté à l’extrémité de l’un d’eux, et l’on introduit successivement chacun des deux ajutages E dans les deux extrémités en caoutchouc des tubes C de l’un et l’autre véhicule. Le frottement suffit pour maintenir l’attelage, quelles que soient les trépidations du train en marche.
- Si, au lieu de réunir deux voitures, on voulait fermer la communication après le dernier fourgon par exemple, on introduirait dans le tube en caoutchouc la poignée F du T, qui a le même profil extérieur que les branches, mais qui est pleine.
- Voici, maintenant, comment on utilise cette communication pour transmettre des signaux du fourgon de tête d’un train au fourgon de queue, et réciproquement. La disposition est exactement la même dans les deux véhicules.
- Près du siège où est assis l’agent chargé de la manœuvre du frein I (fig. 1) et à portée de sa main, se trouve un levier J auquel est adaptée la tige K d’un piston jouant dans un corps de pompe L, de 0m,09 de diamètre, fixé au plancher M du
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- fourgon. Le piston en bois est garni de cuir embouti avec une lame de caoutchouc; il est pressé de haut en bas par un ressort en spirale N. Le corps de pompe en cuivre mince est muni, à sa partie inférieure, d’une soupape O s’ouvrant de dedans en dehors; il communique avec un tube P, qui se bifurque au point Q : l’une des branches se relie au tube A qui s’étend sur toute la longueur du train, l’autre se dirige vers la sonnerie R. Les assemblages de ces tubes sont faits par des raccords en caoutchouc.
- On comprend, par cette disposition, qu’il suffît de soulever le levier J pour raréfier l’air à la fois dans l’appareil de sonnerie R du fourgon où l’on se trouve, et dans celui qui est à l’autre extrémité du train. Il reste maintenant à expliquer comment on utilise cette raréfaction de l’air pour faire fonctionner la sonnerie.
- Cette sonnerie, que représente la fig. 2, consiste en un simple mouvement d’horlogerie à ressort ou barillet S, qui détermine les chocs répétés d’un marteau T sur un timbre U. Elle se remonte par la simple traction d’un cordon U'. Tant que le barillet est libre, la sonnerie marche en même temps qu’un balancier Y dépendant de ce barillet, et qui décrit des oscillations de 8 à 10 degrés au-dessus et au-dessous de l’horizontale ; or l’arrêt de ce balancier détermine celui de tout le mouvement d’horlogerie.
- Cet arrêt est obtenu au moyen de la tige horizontale W d’un petit piston X, qui se meut librement dans un corps de pompe de 0“,028 de diamètre. Lorsque aucune force extérieure n’agit sur ce piston, il est refoulé vers la partie antérieure du corps de pompe par un ressort en spirale Y de très-faible tension, et la tige W s’oppose au mouvement du balancier Y et, par conséquent, à celui de la sonnerie ; dans cette position, le balancier ne touche la tige que sur une longueur de 1/2 millimètre à peine. Ainsi que l’indique la fig. 2, on voit que la partie du corps de pompe où se trouve le ressort Y est en relation avec le tube P et, par conséquent, avec la pompe L (fig. 1) et le tube A qui s’étend sur toute la longueur du train.
- Si, maintenant, on vient à raréfier l’air du côté du ressort Y (fig. 2), le piston X, cédant à la pression atmosphérique qui s’exerce sur son autre surface et qui devient alors supérieure à la pression du ressort Y, prendra un mouvement rétrograde; la tige W suivant le piston, le balancier Y sera déclanché, et la sonnerie, qui doit toujours être remontée, se mettra en fonction.
- La course du piston X peut être de 0m,012, et il ne reprend son mouvement en avant que lentement, sous l’influence du petit ressort en spirale, au fur et à mesure que Pair rentre par les joints. Aussi peut-on prolonger la sonnerie pendant près d’une minute, parle seul soulèvement brusque du levier J (fig. 1) à fond de course. Mais il est inutile d’agir ainsi; il suffit de relever ce levier de quelques centimètres, et aussitôt les deux sonneries fonctionnent dans les fourgons de tête et de queue.
- L’appareil est d’une telle sensibilité, qu’un homme peut très-facilement en déterminer le fonctionnement par la simple aspiration, en appuyant sa bouche sur le tube
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- en caoutchouc terminant la communication à l’un quelconque des véhicules du train.
- Les premiers essais de ces appareils ont été faits en 1866, puis ils ont été repris à la fin de 1867. Nous compléterons donc les renseignements que nous avons à donner par les deux documents suivants qui rendent compte de ces expériences.
- Chemins de fer de l’Est.
- Matériel et traction.
- Essais relatifs aux appareils pneumatiques de M. Joly.
- Les appareils pneumatiques mettent en communication le fourgon de tête et le fourgon de queue des trains; le mécanicien reçoit l’avertissement comme par le passé, au moyen de la cloche du tender que le chef du train peut faire sonner de son fourgon.
- A partir du mois de juin 1866, le système pneumatique a été essayé sur un train de banlieue, composé de treize voitures et circulant entre Paris, Meaux et Coulommiers.
- Des pompes pneumatiques placées dans les voitures permettaient aux voyageurs de quelques compartiments de communiquer avec les agents des trains.
- Le 12 décembre de la même année, les deux trains-poste (aller et retour) entre Paris et Mulhouse ont été munis des appareils pneumatiques. Les essais, dans ces divers trains, ont eu lieu journellement, et n’ont été interrompus qu’au moment de l’Exposition.
- Durant le temps des essais, on n’a pas constaté d’interruptions provenant du fait des appareils.
- Les trains munis du système pneumatique étaient tous de moyenne longueur (13 voitures environ).
- La compagnie a fait, dans ses ateliers, une conduite de 200 mètres (longueur d’un train de 24 voitures), formée des mêmes parties qui entreraient sous un train de 24 voitures, et munie d’autant de tubes d’amorce qu’il y aurait de compartiments dans ledit train. L’essai a été très-satisfaisant et prouve que les appareils peuvent fonctionner, quelle que soit la longueur des trains.
- Les trains expérimentés ne subissant que des compositions et des décompositions partielles à leur départ, il était difficile de juger si les raccords entre les véhicules se faisaient bien et facilement, et si les tubes en caoutchouc destinés à faire ces raccords ne se détérioraient pas.
- Pour éclaircir cette question, des voitures munies de communications pneumatiques ont été disposées dans les trains ordinaires après quelques mois, pour reformer un train spécial. Toutes les voitures avaient leur tube en bon état, et il n’y a eu qu’à les réunir pour permettre à l’appareil de fonctionner.
- Comme l’indique l’ordre de service 367, à partir du 26 décembre dernier, les essais ont été repris sur les lignes de l’Est et seront poussés activement. D’après la note
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- ci-dessus, il y a, du reste, lieu de penser que les résultats ne pourront être que satisfaisants.
- Paris, le 7 janvier 1868.
- L’Ingénieur en chef du matériel et de la Iraction,
- VüILLEMIN.
- Ordre de service n° 367.
- A dater du 26 décembre 1867, les expériences pour établir la communication entre les agents des trains, au moyen d’un système dit pneumatique, seront reprises d’une
- manière régulière et continue dans les trains de voyageurs n08.....entre Paris,
- Gretz et Coulommiers, et entre Paris et Mulhouse.
- Dans chacun des fourgons de tête et de queue de ces trains se trouveront une sonnerie et une pompe à air. Les autres voitures ou fourgons entrant dans la composition des trains d’exploitation seront munis d’un tube en fer terminé, à chaque extrémité, par un tuyau en caoutchouc.
- Les pompes à air communiquent, par ces tubes, avec les deux sonneries placées dans les fourgons de tête et de queue des trains.
- Lesdits tubes se raccordent d’une voiture à l’autre, au moyen d’un attelage en forme de T, dont le chapeau forme un tuyau que l’on fait entrer à frottement dans les tubes en caoutchouc.
- Les pompes à air sont munies d’un levier et, en soulevant ce dernier, on fait fonctionner ensemble les sonneries placées dans les fourgons.
- Au départ et à l’arrivée des trains munis de communication pneumatique, les visiteurs devront s’assurer de l’état et du fonctionnement de la pompe, des sonneries, des tubes et des attelages.
- Ces agents devront établir, journellement, un rapport spécial de leur visite, et l’adresser à M. l’ingénieur du matériel roulant.
- Les chefs de train et garde-freins devront s’assurer, au départ et pendant les arrêts du train, du bon fonctionnement des appareils. Ils devront toujours tenir complètement remontés les appareils d’horlogerie dont les sonneries sont munies. Ce remontage s’opère en tirant, jusqu’au bout de sa course, le cordon qui se trouve sur un des côtés de la sonnerie. Si un dérangement se produit en route, ils devront le porter sur leur rapport et en informer le visiteur ou le graisseur de la gare voisine, afin que celui-ci examine les attelages.
- Les visiteurs des gares de Paris et de Mulhouse pourront seuls s’occuper de la réparation des pompes et des sonneries. Les agents des trains et les visiteurs des gares intermédiaires devront borner leurs soins aux attelages et aux remontages des sonneries.
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- Les véhicules destinés à entrer dans la composition de ces trains d’expérience sont actuellement les suivants :
- Trains de banlieue............................................................
- Trains-poste..................................................................
- Les fourgons de tête et de queue des trains ne pourront être pris que parmi ceux munis de pompes d’aspiration et de sonneries.
- Le Directeur de l’exploitation, Jacquemin.
- L’Ingénieur en chef du matériel et de la traction,
- VUILLEMIN.
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- JLes naines d’or de la Transylvanie. — D’après un mémoire de M. le docteur Gustave Tschermak, il existe en Transylvanie des mines d’or qui sont connues depuis les temps les plus reculés. Le métal précieux est disséminé, en paillettes presque imperceptibles, dans les roches trachytiques des environs de Falathna et d’Abrud-Banya. Les gisements sont répartis entre 300 familles environ, qui les exploitent par les procédés les plus primitifs. Le rendement est faible et n’est que de 8 500 grains environ par 1000 quintaux de roche (soit 10gr,80 par tonne) ; l’or obtenu est d’une couleur jaune pâle et contient un peu d’argent. On lave également, dans la vallée de l’Aranyos, des sables qui fournissent environ une demi-once d’or par 31 000 quintaux (soit 9 grammes par 10 tonnes) ; cet or est plus pur et contient moins d’argent que le précédent. Enfin on trouve encore de l’or dans une espèce de grès, où il se trouve disséminé comme dans les trachytes. Somme toute, cette exploitation du précieux métal, quoique bien ancienne, n’a fait de progrès ni dans les procédés ni dans l’importance du rendement, qui ne dépasse guère annuellement 2 000 livres (906 kilogr.). [The Chemical News.) (M.)
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 22 mai 1868.
- Présidence de M. le baron Séguier, vice-président.
- Correspondance. —M. Drion (H.), boulevard de Bercy, 42, présente à la Société
- Tome XV. — 67e année. 2e série. — Juillet 1868. 58
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- une bonde à soupape pour tonneaux, qui permet la sortie des gaz de la fermentation sans rentrée de l’air. (Arts économiques.)
- M. Thiennot (l’abbé), passage Saint-Eustache, 4, soumet à l’appréciation de la Société :
- 1° Des considérations sur les avantages que procurerait la culture de l’anguille dans tous les cours d’eau, et sur les quantités de denrées alimentaires à bas prix qui peuven être produites par cette culture bien dirigée. (Agricultùre.)
- 2° Une forme nouvelle de pièges à loup et à renard. (Agriculture.)
- 3° Des procédés pour la destruction des rongeurs, des punaises et des mouches. (Agriculture.)
- M. Nourrigat (Émile), à Lunel, envoie un appareil de magnanerie, construit suivant son système, pour être expérimenté concurremment avec celui de M. le docteur Del-prino. (Agriculture.)
- M. Cordier, fabricant d’appareils de chauffage, à Sens (Yonne), offre à la Société d’installer à ses frais deux de ses appareils, pour faire des expériences sur leurs effets, et demande la nomination d’une commission pour faire ces expériences. (Arts économiques.)
- M. Lespès, chaussée du Maine, 71, à Paris, envoie le dessin et la description d’un frein immobilisateur qu’il a inventé. (Arts mécaniques.)
- M. Perrolaz (François), rue du Faubourg-Saint-Martin, 229, à Paris, demande que la Société fasse examiner un projet de frein pour voitures, qui agit par la pression du dos des voyageurs et du conducteur contre le dossier des sièges. (Arts mécaniques.)
- MM. Langlois (A.) et comp., rue Castiglione, 1 4, fournissent de nouveaux détails sur le kinescope, petit instrument d’optique qu’ils ont présenté à la dernière séance de la Société, et qui donne un mouvement apparent aux sujets représentés sur des photographies microscopiques.
- Cet instrument est fondé sur le même principe que le phénakisticope, ou zootrope comme on Fa appelé dans ces derniers temps, et produit des effets analogues. Deux épreuves montrant le même sujet dans deux positions différentes sont placées l’une au-dessus de l’autre et disposées dans leur monture de manière que la pression du doigt puisse les faire passer alternativement avec une grande rapidité devant l’œil de l’observateur. (Arts économiques.)
- M. Giroud (H.), rue d’Hauteville, 49, envoie un exemplaire d’un mémoire lithographié, du 20 avril 1868, sur son régulateur du bec de gaz présenté par lui au concours ouvert par la Société. (Commission des prix.)
- M. Hoffmann (Fréd.), ingénieur, à Berlin, Kesselstrasse, 7, fait présenter par son représentant, M. Bourry (C. E.), rue Taitbout, 80, à Paris, un nouveau four annulaire à action continue pour la cuisson de la brique, de la chaux, du ciment ou de la poterie. (Arts chimiques et mécaniques.)
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- MM. les Secrétaires signalent, parmi les imprimés reçus par la Société, les ouvrages suivants :
- M. Herpin (le docteur) (J. Ch.), membre du Conseil d’administration de la Société. Études sur la réforme et les systèmes pénitentiaires, Paris, 1868, grand in-18 de 262 pages. Guillaumin et Baillière, éditeurs.
- M. Kœchlin (Camille). Chapitre xvi de la statistique du Haut-Rhin ou Historique de l’indienne à Mulhouse, jusqu’en 1830. Mulhouse, 1868, in-4 de vii et 49 pages.
- M. Grateau (Ed.), ingénieur des mines. Revue semestrielle des travaux d’exploitation des mines, et de métallurgie, 1er et 2e semestres de 1867. (Extrait de la Revue universelle.) Paris, in-8 de 73 pages.
- M. Fuchs, ingénieur des mines. Rapport du jury international pour l’Exposition universelle de 1867, cartes géologiques. Paris, 1867, in-8 de 33 pages. Paul Dupont, éditeur.
- MM. Fuchs- (Edmond) et Worms de Romilly (P.). Rapport du jury international pour l’Exposition universelle de 1867, fontes et fers. Paris, 1867, in-8 de 63 pages. Paul Dupont, éditeur.
- M. Mathieu (Henri), ingénieur. Rapport du jury international pour l’Exposition universelle de 1867, voitures et waggons. Pans, 1867, in-8 de 40 pages. Paul Dupont, éditeur.
- Rapport des comités. —M. Wolff lit, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur l’usine de M. Paillard, pour la fabrication des miroirs à bon marché, montés en zinc ou en cuivre doré, et de divers autres objets de bimbeloterie.
- Le rapporteur propose de remercier M. Paillard de la communication qu’il a faite à la Société, et d’insérer le rapport du comité au Bulletin. Après une courte discussion sur le travail des femmes dans les fabriques, à laquelle MM. Lavollée, Wolff, Combes et M. le Président prennent part, ces conclusions sont approuvées.
- M. Pihet lit, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur une serrure de sûreté de M. Yvernel (Marie-Auguste), rue de la Halle, 4.
- Le rapporteur propose 1° de remercier M. Yvernel de sa communication, 2° d’insérer le rapport au Bulletin avec la description et les dessins du mécanisme qu’il emploie, et 3° de mettre à sa disposition 200 exemplaires du rapport. Ces conclusions sont approuvées.
- M. Tresca fait un rapport verbal sur un traité de mécanique qui a été présenté à la Société par M. Leclert, professeur à l’École impériale du génie maritime, et qui est rédigé conformément aux programmes officiels publiés, en 1866, pour l’enseignement secondaire spécial.
- Cet ouvrage n’est pas une compilation comme la plupart des traités de ce genre que ces programmes ont fait paraître. C’est un livre fait dans un excellent esprit, très-clair et très-convenable pour faire bien comprendre les principes de la mécanique par les élèves des écoles industrielles et les chefs d’usine et de chantiers auxquels il est
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- destiné. On doit cependant regretter, d’une part, que l’auteur ait été obligé, en suivant le programme officiel, de séparer complètement la statique de la dynamique, et, d’autre part, qu’il ait été entraîné par là à donner à la statique un développement trop considérable. La dynamique est, pour les industriels, la partie essentielle du cours; elle montre les forces en action et en fait apprécier les effets utiles. La statique n’est qu’un cas particulier qui peut être déduit simplement de l’étude générale des lois du mouvement et du travail produit par les forces.
- Après une réserve de M. Combes au sujet de cette restriction et quelques explications du rapporteur, M. le Président remercie M. Tresca du compte qu’il vient de rendre au Conseil de l’ouvrage de M. Leclert.
- Communications. — M. le Président donne à la Société des détails sur une modification à la lampe-modérateur qui est présentée par M. Richner. Un mécanisme très-simple fait sonner une première fois un timbre lorsque le ressort est assez détendu pour qu’il soit utile de remonter le rouage ; un deuxième coup sonne lorsque l’huile n’afflue plus sur la mèche, et que celle-ci se charbonne. Ce petit perfectionnement peut être utile dans certains cas, et la lampe de M. Richner est renvoyée au comité des arts économiques.
- M. Tresca présente à la Société, au nom de son auteur, l’anti-incrustateur magnétique de M. Granier (Émile), qui a pour effet de préserver le fond des chaudières à vapeur des croûtes adhérentes formées par un dépôt calcaire. Il consiste en une série de pointes analogues à des paratonnerres, fixées à la paroi supérieure de la chaudière, plongeant dans la vapeur et disposées comme s’il s’agissait de soutirer l’électricité qui pourrait exister dans la vapeur et le liquide. A cette occasion, M. Tresca mentionne des expériences faites par lui, l’année dernière, sur un système du même genre apporté par M. Baker, Américain (1). Ces expériences ont été favorables et donnent lieu de penser que ce genre d’appareils mérite que la Société en fasse faire l’examen. (Renvoyé au comité des arts mécaniques.)
- Nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société par un vote du Conseil :
- MM. Poulain (Jules), ingénieur au chemin de fer d’Orléans; — Jean (Ch.), fabricant de boutons, à Paris; — Grateau (Ed.), ingénieur des mines.
- (1) L'appareil Baker a été décrit au Bulletin ; voir cahier de mars 1868, p. 154.
- Paris. — Imprimerie de madame veuve BmJCHARD-HUZARD, rue de l'Éperon, 5.
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- 67e ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOME XV. — Août 1868.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Laboulaye, au nom du comité des arts mécaniques, sur la machine servant à l’impression des cahiers d’école, présentée par M. Godchaux, 10, rue de la Douane, à Paris.
- Messieurs, chacun sait de quelle importance est toute amélioration qui facilite l’enseignement dans les écoles primaires, qui rend le travail plus facile et plus attrayant aux nombreux enfants qui les fréquentent. On peut dire, sans exagération, à cause de l’utilité et de la grandeur de l’application, que tout progrès dans cette voie est un service rendu à l’humanité.
- La fabrication organisée par M. Godchaux mérite tout à fait qu’on lui applique les considérations précédentes, et de plus, et c’est ce qui la fait rentrer dans notre domaine, elle repose sur un progrès technique très-intéressant. Il s’agit de cahiers d’école à l’usage des enfants des écoles primaires d’un prix très-modique (0f,10 ou 0',15), réglés et portant, en tête de chaque page, un modèle d’écriture. Cette forme est évidemment la plus commode qu’on puisse imaginer; mais exécuter ces cahiers à bon marché et imprimer les modèles avec une grande perfection n’était pas chose facile. On arriva de suite au bon marché en employant la typographie ; mais la réglure était trop noire et les modèles, empâtés dans les fins, étaient bien inférieurs à ceux que fournit la gravure en taille-douce sur planches de cuivre.
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- ARTS MÉCANIQUES.
- M. Godchaux, qui vendait déjà une grande quantité de cahiers exécutés au moyen de la typographie, comprit bien vite que ce n’était qu a l’aide de la gravure en creux qu’il pourrait atteindre la perfection; mais comment obtenir à très-bon marché l’impression en taille-douce, qui est restée la plus chère de toutes à cause de difficultés toutes spéciales ? Là était le problème qui a été admirablement résolu, comme le prouve un succès commercial qui va sans cesse en grandissant.
- C’est en imitant l’impression des étoffes au moyen de rouleaux gravés en creux que M. Godchaux est arrivé au but. Déjà on avait imprimé ainsi quelques dessins sur papiers peints avec des rouleaux gravés, mais on n’avait pas cherché à approcher des finesses qu’exigent les déliés de l’écriture. En étudiant à la fois la disposition de la machine, le mode des gravures et la composition de l’encre épaissie à la gomme, on a pu arriver à des résultats tout à fait satisfaisants.
- Donnons une idée de la machine : la machine à imprimer le papier continu est double ; le papier, en rouleau d’une grande longueur, comme il sort de la machine à papier, se déroule et passe sur un cylindre gravé qui, sortant d’un bain de couleur, ne conserve, grâce à l’action de la racle, d’encre que dans les parties gravées, encre qui se dépose sur le papier qui est pressé entre le rouleau gravé et un cylindre garni d’étoffe. De là, le papier, après avoir parcouru en hauteur, sur des rouleaux, un certain chemin pour se sécher, pendant lequel il rencontre l’air chauffé par une série de petits jets de gaz, vient s’imprimer sur l’autre face en passant sur un rouleau analogue au premier. Enfin, après une course horizontale, le papier arrive à un couteau à lames hélicoïdales qui le coupe par feuilles.
- On conçoit avec quelle rapidité et, par suite, quelle économie se produisent ces opérations continues, et comment, tout le système réglé au moyen de dispositions fort bien entendues, pour que les opérations se succèdent convenablement, on peut continuer longtemps le travail sans arrêt. Le papier collé et sec sur lequel se fait l’impression offre, au reste, assez de résistance pour que des déchirures ne résultent que de tractions très-notables, c’est-à-dire d’erreurs faciles à réparer.
- L’encre employée par M. Godchaux, qui est une véritable teinture, fait que ses impressions ressemblent plus encore à des écritures à la main, c’est-à-dire à ce qu’il s’agit de reproduire, que des gravures en taille-douce.
- jX’étant pas très-noire, elle fournit des réglures pointillées d’une grande
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- ARTS MÉCANIQUES.
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- légèreté dont la gravure est obtenue bien facilement sur le tour à graver les rouleaux avec une petite molette.
- Nous n’insisterons pas davantage sur les détails de cette invention, et nous résumerons en disant que M. Godchaux a créé une belle et très-utile industrie au moyen d’un progrès technique d’un grand intérêt : l’impression mécanique continue de la taille-douce. Nous donnerons idée de son succès en disant que sa machine vient d’être acquise par la Prusse et l’Angleterre, et que sa fabrication de cahiers cl’école à Paris s’élève aujourd’hui au nombre de 18 000 000 par an.
- Nous avons l’honneur de vous demander :
- 1° De remercier M. Godchaux de son intéressante communication ;
- %° D’insérer dans votre Bulletin le présent rapport avec un dessin de sa machine.
- Signé Laboulaye, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 8 novembre 1867.
- LÉGENDE DE LA PLANCHE 390 REPRÉSENTANT LA MACHINE A IMPRIMER LES CAHIERS D’ÉCOLE DE M. GODCHAUX.
- Fig. 1. Vue de côté de la machine.
- Fig. 2. Vue de face.
- A, B, cylindres gravés, sur lesquels viennent s’imprimer l’endroit et l’envers du pa pier.
- G, G', étoffes de laine formant toiles sans fin pour la conduite du papier à imprimer.
- D, D', rouleaux autour desquels s’enroule l’étoffe C.
- E, E', rouleaux autour desquels s’enroule l’étoffe G'.
- F, F, vis de serrage des rouleaux D, E.
- G, G, étriers articulés recevant les tourillons des rouleaux D, E.
- H, H, leviers de commande des étriers G, G, servant à soulever les rouleaux D,E, lorsqu’on a desserré les vis F, F.
- I, I, vis de serrage traversant les coussinets mobiles des tourillons des rouleaux D', E', et servant à augmenter ou à diminuer la tension des étoffes de laine C, G' par le relèvement ou l’abaissement de ces coussinets formant écrous.
- J, J, petits volants de manœuvre des vis I, I. î
- K, K, leviers supportant de part et d’autre les coussinets mobiles du cylindre gravé A.
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- L, L, leviers semblables aux précédents, supportant les coussinets mobiles du cylindre gravé B.
- M, axe d’oscillation des leviers K, K, L, L; il forme entretoise et s’étend parallèlement aux axes des rouleaux.
- N, N, pédales à contre-poids servant à agir sur les leviers K, K, L, L, pour obtenir, pendant l’impression, un degré de pression suffisant entre les cylindres A, B et les rouleaux correspondants D, E.
- O, O, tirants reliant les pédales N aux extrémités des leviers K, L.
- P, levier de secours des pédales N ; il sert à régler à volonté l’action des contrepoids des pédales N et, par conséquent, la pression entre les cylindres A, B et les rouleaux D, E.
- Q, réservoirs de couleur placés sous les cylindres A et B.
- R, R', rouleaux encreurs placés dans les réservoirs Q.
- S, S, racles enlevant l’excès de couleur sur les cylindres A et B.
- T, T, contre-poids réglant, au moyen de leviers, l’approche des racles S, S.
- U, rouleau portant le papier sans fin à imprimer ; son axe est supporté par des consoles venues de fonte avec le bâti de la machine.
- Y, Y, poulies calées aux extrémités de l’axe du rouleau U, et portant des contrepoids dont l’action a pour but d’assurer la tension du papier à mesure qu’il se déroule.
- Les flèches indiquées sur la figure 1 indiquent la marche que suit le papier en quittant le rouleau U. On voit qu’il descend de ce rouleau sur le rouleau D, où il reçoit d’un côté l’impression du cylindre A; de là il remonte verticalement,passe sur un rouleau W placé en haut de la machine, puis redescend et arrive sur le rouleau E, où il reçoit sur son autre face l’impression du second cylindre B ; enfin il descend à la partie inférieure et sort de la machine pour être découpé en feuilles.
- X, engrenages transmettant à la machine le mouvement du moteur. Une disposition qui n’est pas représentée sur le dessin permet d’embrayer et de débrayer à volonté.
- (M.)
- ARTS ÉCONOMIQUES.
- Rapport fait par M. Wolff, au nom du comité des arts économiques, sur la fabrique de petits miroirs portatifs de M. Paillard, 16, rue clu Grand-Chantier, à Paris.
- Messieurs, certaines industries sont intéressantes par la perfection de leurs produits; d’autres le sont par leur goût artistique, par l’importance des
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- besoins qu elles sont appelées à satisfaire, ou, enfin, par le bon marché extrême des produits qu’elles offrent et qui, sans être de première nécessité, ne laissent pas cependant que de jouer un grand rôle dans la consommation. C’est à cette dernière catégorie qu’appartient l’industrie de M. Paillard; sa maison fabrique principalement les miroirs encadrés pour être suspendus contre le mur, et les miroirs de poche.
- Ce petit meuble est un objet de luxe, si l’on veut; il n’en est pas moins vrai que son usage est tellement répandu, que le plus pauvre intérieur ne peut s’en passer. Non-seulement la chambre de l’ouvrier est ornée d’un miroir, mais il est bien rare que le tiroir de l’établi n’en renferme pas au moins un fragment; car il faut ajouter que la fragilité de ce meuble si usuel est un motif pour que ,1’on s’efforce de le fabriquer à un prix minime, puisqu’il faut le renouveler si souvent. Sous ce rapport, M. Paillard a résolu le problème aussi complètement que possible* Le prix de ses miroirs a atteint les limites extrêmes du bon marché, on en jugera par le tarif que nous allons présenter plus loin.
- Les principaux éléments de cette fabrication sont : le verre, le mercure, l’étain, le zinc, le cuivre, le bois blanc, la tontisse de laine. Une machine à vapeur de dix chevaux donne le mouvement aux différents appareils que nous allons décrire. Les opérations se succèdent à peu près de la manière suivante :
- Le verre est acheté par caisses renfermant des carrés d’environ 0m,35 sur 0m,25; ces verres sont d’abord soumis à l’opération du dégraissage et du polissage, à l’aide d’une machine simple et ingénieuse queM. Paillard nous a dite être de son invention. Une certaine quantité de carrés de verre est disposée sur un plateau ; une série de tampons enduits de colcotar humide et animés d’un mouvement alternatif frottent vivement les verres, jusqu’à ce que l’ouvrière qui surveille ce travail ait constaté qu’ils ont acquis le poli convenable ; elle les retire alors et les remplace par de nouveaux carrés ; l’appareil est disposé de manière qu’on puisse travailler et changer les verres par séries indépendantes.
- Après ce premier travail, les carrés de verre passent dans l’atelier de l’étamage. Cette deuxième opération se fait dans des conditions meilleures qu’autrefois, grâce au plateau de fonte à bascule employé par M. Paillard, et qui évite à l’ouvrier un contact trop prolongé avec le mercure. L’opération, du reste, est celle de l’étamage ordinaire. L’ouvrier pose une. feuille d’étain
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- sur le plateau à bascule ; il verse sur cette feuille une certaine quantité de mercure, qu'il étale à l’aide d’un tampon; saisissant alors le carré de verre, il le place sur la feuille d’étain, fait basculer le plateau et rejette dans le récipient en fonte l’excédant de mercure qui ne s’est pas amalgamé.
- C’est maintenant un miroir carré qu’il s’agit de débiter en toutes sortes de grandeurs et suivant différentes formes. La forme carrée ne présente aucune difficulté ; quant au débit du miroir rond, voici comment il s’obtient. L’ouvrière est placée devant une table, qui peut tourner très-légèrement sur un axe ; sur cette table elle pose la feuille de verre étamée qu’elle doit débiter ; au-dessus de la table est suspendue une tige horizontale rigide, le long de laquelle glisse un curseur muni d’une pointe de diamant. L’axe de la table joue le rôle de la pointe fixe du compas, et la position du curseur, relativement à cet axe, détermine le rayon du miroir que l’on veut découper ; l’ouvrière appuie la pointe du curseur sur la glace, et imprimant vivement un mouvement de rotation à la table, le miroir se trouve découpé. On tire ainsi d’un carré de glace autant de miroirs qu’il en peut contenir.
- Les procédés employés pour le découpage des métaux qui doivent former les cadres sont aussi très-simples. L’ouvrier tient d’une main une cisaille, et de l’autre un levier qui entraîne la bande métallique et vient la faire butter contre un arrêt fixe, les deux mains agissant alternativement. Les morceaux sont mesurés et découpés avec la plus grande facilité. Les carrés sont ensuite portés aux machines à estamper, oii ils reçoivent une forme plus ou moins ornementée, suivant le modèle.
- Nous aurions à mentionner un grand nombre d’opérations, ingénieusement conduites et remarquables par leur promptitude, si cela ne nous entraînait bien au delà des limites que comporte ce rapport. Contentons-nous de les énoncer : impression de la saillie pour les charnières, perçage des trous de charnière, montage, application de la tontisse de laine, sertissage; cette dernière opération se fait sur le tour pour les miroirs ronds, elle mérite une mention particulière en raison de la rapidité extraordinaire avec laquelle opère l’ouvrier chargé de ce travail. Exercé par une pratique de vingt-cinq années, cet homme est un exemple curieux de l’habileté de main qu’on peut acquérir dans des travaux de ce genre ; placer le miroir dans le mandrin du tour sans arrêter le mouvement de celui-ci, rabattre le rebord métallique, faire tomber le miroir pour le remplacer par un autre est pour l’ouvrier une affaire de quatre secondes à peu près : il peut donc en
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- sertir 15 par minute, 900 par heure ; soit neuf mille miroirs sertis dans une journée de dix heures.
- Le sertissage des miroirs carrés ne peut se faire par le même procédé ; les ouvrières y déploient, néanmoins, une très-grande habileté. La glace étant placée sur son fond en bois, elles appliquent le cadre estampé, et quatre mouvements de la main armée d’une tringle en fer (ou d’un petit brunissoir) suffisent pour sertir les quatre côtés. Ces opérations paraîtront bien sommaires, sans doute, à ceux qui s’inquiètent, avant tout, de la qualité du travail, et ils se demanderont probablement comment une pareille rapidité est conciliable avec la perfection des produits. Rappelons que nous avons signalé l’usine de M. Paillard comme étant remarquable surtout au point de vue du bon marché extrême de ses produits, et disons en même temps que les objets que nous avons examinés nous ont paru très-suffisamment finis.
- L’industrie des petits miroirs revêtus de zinc, et autres articles de ce genre, était depuis longtemps exercée presque exclusivement par l’Allemagne, et notamment par la ville de Nuremberg. On sait que cette ville expédie, depuis bien des années, de nombreuses armées en miniature, à la grande joie de nos enfants qui apprécient généralement beaucoup ces petits soldats de plomb ; mais ce que l’on sait moins, c’est qu’elle nous envoyait également un grand nombre d’autres articles du même genre, et entre autres les miroirs revêtus de zinc, appelés simplement miroirs en zinc. Grâce aux efforts d’un industriel intelligent, non-seulement nous sommes affranchis de ce tribut vis-à-vis de l’Allemagne, mais M. Paillard exporte des quantités considérables de produits dans tous les pays du monde. A la fabrication des miroirs vient se joindre celle de l’imagerie encadrée ; ce n’est qu’une question de sertissage dans des conditions identiques à celles que nous avons mentionnées plus haut en parlant des miroirs carrés. Enfin, pour tirer parti des déchets métalliques qui sont très-considérables, M. Paillard a établi une fonderie de bronze; cette branche de son industrie est également assez active; il fabrique des flambeaux, candélabres, pendules, statuettes, et un nombre infini d’objets d’un style de fantaisie dans lequel la bizarrerie des formes est plus remarquable que la distinction. Ces objets se placent très-facilement, nous a dit M. Paillard ; à cela nous n’avons rien à répondre, si ce n’est, cependant, que le devoir d’un industriel est de chercher, par tous les moyens, à diriger dans une bonne voie le goût de ses clients; en offrant aux acheteurs des objets d’une forme simple et d’un bon style, on peut espérer qu’avec le temps le public ne manquera pas de les préférer.
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- Cette observation, faite en passant, ne diminue en rien notre estime pour tout ce que nous avons trouvé d’intéressant dans cette fabrique.
- Nous avons constaté qu’un assez grand nombre de femmes était employé dans l’usine, et qu’elles gagnaient un salaire convenable, environ 2 fr. par jour. Nous reconnaissons que celles qui ne sont pas retenues au foyer domestique par les devoirs de la maternité, ou les soins du ménage doivent être heureuses de trouver l’emploi de leurs journées et un salaire raisonnable dans des conditions pareilles à celles que réalisent les ateliers de M. Paillard.
- Ces ateliers sont grands, généralement assez bien aérés, sauf peut-être dans la partie ou viennent se rassembler les déchets de verre étamé. Ces déchets sont continuellement remués dans une vaste caisse en bois, balancée mécaniquement, afin qu’un frottement incessant détache l’étain de la surface des débris de verre ; aussi s’élève-t-il auprès de l’appareil une poussière fine qui pourrait être malfaisante ; il suffirait que l’opération se fit dans un endroit ouvert de tous les côtés, et nous espérons que M. Paillard pourra réaliser une installation de ce genre.
- Voici quelques chiffres qui donnent une idée de l’importance de cette maison, et des moyens dont elle dispose pour lutter contre l’industrie similaire de l’Allemagne : la fabrique livre annuellement plus de cinq millions de miroirs en zinc ou en cuivre, dont le prix varie depuis 4 francs la grosse, soit % c. 3/4 la pièce, jusqu’à 50 francs et au-dessus; 30 à 40000 kil. de bronze d’imitation et une quantité considérable d’objets de bimbeloterie. La maison occupe environ deux cents ouvriers, hommes ou femmes ; les hommes gagnent de 3 à 6 francs par jour, les femmes gagnent 2 francs, et le chiffre d’affaires s’élève à 700000 francs.
- L’industrie de M. Paillard offre donc un intérêt réel, non-seulement par son mérite et son importance actuelle, mais encore par le développement qu’elle doit prendre en raison des besoins auxquels elle s’adresse. C’est l’industrie du mobilier à bon marché ; les articles qu’elle répand dans le commerce contribuent à introduire dans le logis du pauvre un luxe modeste, qui est pour lui une véritable satisfaction. Nous vous proposons, Messieurs, de remercier M. Paillard de sa communication et d’insérer le présent rapport au Bulletin.
- Signé Wolff, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 22 mai 1868.
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- Rapport fait par M. Duchesne, au nom du comité des arts économiques, sur les
- NOUVEAUX RÉSERVOIRS POUR L’EMMAGASINAGE DES HUILES DE PÉTROLE et AUTRES
- matières inflammables, imaginés par M. Ckiandi, rue des Templiers, 19,
- à Marseille.
- Messieurs, au nombre des nouveaux systèmes d’éclairage qui commencent à être employés aujourd’hui, il faut compter ceux qui ont lieu par l’huile de pétrole, matière volatile et inflammable connue depuis longtemps, mais qu’il est nécessaire d’étudier avec plus de soin, parce que l’emploi de ce produit prend une extension considérable, et que son usage a déjà donné lieu à une foule d’accidents, soit par son usage dans les lampes, soit par sa distillation, soit même par le simple transport ou par sa conservation; c’est à ce dernier point de vue surtout que nous allons examiner aujourd’hui le pétrole, et que nous allons appeler un instant votre attention sur son emmagasinage par M. Ckiandi.
- Jusqu’à ce jour, on s’était contenté d’apporter le pétrole d’Amérique dans des fûts en bois plus ou moins bien faits, mais laissant toujours perdre une quantité notable de ce liquide dangereux.
- Les essences volatiles que l’on en extrait, se mélangeant à l’air, devenaient très-inflammables ou produisaient des mélanges détonants qui ont donné lieu à des accidents très-graves.
- Vous vous rappelez tous les incendies formidables qui ont été produits par le pétrole. Ces accidents répétés appelèrent l’attention générale, et on chercha naturellement les moyens de les prévenir ou de les rendre moins fréquents et moins désastreux.
- On proposa d’abord de renfermer les barils dans des souterrains creusés ad hoc ; de former le ciel avec des traverses en bois sur lesquelles on mettrait une épaisse couche de terre pour opérer, en cas d’incendie, l’extinction du feu par la chute de la terre. Mais ce moyen, qui est encore usité dans quelques distilleries de pétrole des environs de Paris, est incomplet, parce qu’il y a toujours pour le manufacturier, en cas d’incendie, une perte énorme de la matière première.
- On a proposé de construire des réservoirs en zinc qui ont l’avantage de coûter bon marché et de ne pas s’oxyder ; ce moyen est encore imparfait,
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- parce qu’en cas d’accidents ces réservoirs ont l’inconvénient de se fondre au feu et d’augmenter l’intensité de l’incendie.
- On a essayé aussi de renfermer le pétrole dans des caisses de tôle rivées et hermétiquement fermées, qui s’arrimeraient plus facilement dans la cale des navires et qui, arrivées dans les ports de débarquement, pourraient être plongées sous l’eau.
- Mais les usages de l’Amérique ont été maintenus, et les grands pourvoyeurs de pétrole sont restés, jusqu’à présent, insensibles à cette amélioration, et ils y resteront probablement longtemps encore, parce que le bois est très-bon marché près des sources de pétrole et qu’il sera toujours plus commode d’établir des barils pour faire leurs expéditions.
- D’ailleurs, ces caisses en fer périssent assez promptement par le fond. Leur destruction provient des résidus de pétrole, soit qu’ils résultent de la fabrication même, soit de la vidange des pétroles raffinés d’Amérique. Lorsqu’on apporte le pétrole en barils et qu’on le met dans des réservoirs en fer, on a en plus à redouter la décomposition de la colle forte que l’on emploie pour garantir les douelles de ces barils contre la pénétration de l’huile de pétrole.
- M. Ckiandi a d’abord employé des réservoirs en maçonnerie doublés de plomb et voûtés; mais ce système, quoique très-économique, ne présente aucune garantie de sécurité. D’ailleurs, tous les réservoirs qui laissent, pendant leur vidange, des espaces libres dans lesquels peuvent se former des mélanges détonants, doivent être rejetés comme dangereux.
- C’est en se plaçant à ces différents points de vue que M. Ckiandi a eu l’idée de recevoir le pétrole tel qu’il est envoyé d’Amérique, et de construire, au lieu de débarquement et surtout à Marseille, des réservoirs complètement à l’abri de l’incendie, car vous savez que les incendies par le pétrole sont de véritables désastres.
- Ainsi, le feu a pris, à Philadelphie, dans un vaste entrepôt d’huile de pétrole ; 2 000 barils ont brûlé, et l’huile qui s’en répandait à flots a transformé la neuvième rue en un torrent de flammes ; 100 maisons ont été réduites en cendre. L’incendie, allumé à la base des bâtiments, en a fermé les issues dès le début, et nombre de leurs habitants se sont vu couper la retraite, beaucoup ont péri. Des hommes, des femmes, des enfants ont été littéralement rôtis dans les rues.
- L’incendie de New-York, du %1 août 1866, a donné lieu à des accidents encore plus graves : à huit heures et demie du matin, une formidable explo-
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- sion a ébranlé les collines qui bordent les marais d’Hoboken. Jusqu a Union-Hill, les maisons ont été secouées comme par un tremblement de terre, et en même temps le ciel a été obscurci par une immense colonne de fumée noire sillonnée de jets de flamme. C’était le bâtiment principal du grand entrepôt d’huile de pétrole, attenant au chemin de fer de l’Érié, qui s’enflammait ave*c une violence inouïe. Immédiatement, et comme conduite par une traînée de poudre, la conflagration s’est étendue aux docks de Jersey-City, aux nombreux navires qui y étaient amarrés, aux waggons du chemin de fer stationnés sur les voies et à l’énorme amas de barils d’huile qui sont la principale source de l’alimentation de New-York et des exportations à l’étranger.
- Le feu a pris naissance à bord du sloop Alfred Bamett, qui était chargé d’huile ; une dizaine de personnes ont péri, et les pertes matérielles sont évaluées à plus d’un million de dollars (5 millions de francs).
- En septembre 1863, le feu se déclare dans les caves de la Société générale ; l’atmosphère était chargée de vapeurs inflammables, et l’incendie se communique à plusieurs réservoirs.
- Dans la nuit du 2 au 3 février 1865, un navire anglais, qui se trouvait dans le bassin des docks du Havre, s’est enflammé. Ce navire était chargé de pétrole. Trois hommes qui se trouvaient dans la cale ont été asphyxiés, trois autres ont été grièvement blessés.
- Dans le courant de 1865, le feu se déclare à l’usine de la Luciline, à Rouen ; et en septembre 1866, l’usine Dégola, à Turin, malgré ses réservoirs en tôle, n’échappe pas à un sinistre qui détruit pour plus de 100,000 fr. de matériel et de marchandises.
- Les réservoirs de M. Ckiandi sont en tout semblables aux cloches de gazomètres; mais, au lieu d’être mobiles comme ces dernières, ils sont maintenus au fond de bassins en maçonnerie pleins d’eau, soit par de fortes armatures en fer, soit par une surcharge d’eau contenue dans un réservoir en tôle placé immédiatement au-dessus de la cloche et faisant corps avec elle. L’eau contenue dans ce réservoir de surcharge n’a aucune communication ni avec l’intérieur de la cloche à pétrole ni avec l’eau extérieure à la cloche qui l’enveloppe de toutes parts, contenue elle-même par le bassin en maçonnerie.
- Ces armatures en fer et cette surcharge d’eau sont destinées à empêcher tout mouvement ascensionnel ou latéral des réservoirs.
- Les cloches à pétrole sont, par conséquent, de simples vases communicants dans lesquels les liquides se classent par ordre de densité.
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- L’introduction du pétrole, se faisant par la partie supérieure de la cloche immergée, déplace un poids d’eau proportionnel à son volume, qui s’échappe par la partie inférieure de la cloche, remonte le long des parois extérieures et s’écoule par une surverse fixée au bassin en maçonnerie, laquelle est destinée, pendant tout le temps du remplissage, à maintenir l’eau dans le bassin à un niveau constant. Lorsque la cloche a reçu sa charge complète de pétrole, il suffit de fermer le robinet d’introduction de l’huile, ainsi que la surverse du bassin en maçonnerie, d’introduire un excédant d’eau de manière à immerger complètement le réservoir à pétrole et maintenir, par conséquent, ce liquide dangereux sous une fermeture hydraulique, c’est-à-dire hermétique.
- Pour retirer le pétrole contenu dans les réservoirs, on profite de l’excès de pression dû à l’eau extérieure de la cloche qui pousse le pétrole vers la partie supérieure, de façon que, soit pendant le remplissage, soit pendant la vidange du réservoir, ces deux opérations se faisant par la partie supérieure, l’huile contenue dans la cloche n’est jamais en contact avec l’air, puisque les quantités qu’on en retire sont toujours remplacées par des quantités équivalentes d’eau, qu’il n’y a jamais ainsi d’espaces libres au-dessus des liquides, espaces qui facilitent la formation des mélanges détonants.
- Nous ne voulons pas donner ici les détails techniques de la construction des appareils de M. Ckiandi, que l’on trouvera, in extenso, dans la brochure jointe à ce rapport; il suffira, pour le moment, d’extraire du rapport du 31 mai 1865, de M. Combes, ce qui suit :
- « Le réservoir établi à Marseille est une caisse en tôle de forme cubique d’environ 4 mètres de côté, et pouvant contenir près de 60 mètres cubes de pétrole. Elle est ouverte sur une de ses faces et fixée dans une citerne étanche en maçonnerie solide, et bien entendue, de 5 mètres de profondeur environ, et dont la section horizontale dépasse de 0m,30 à peu près dans chaque sens la base du cdbe, de manière à laisser entre les parois latérales extérieures de la caisse renversée et le percement intérieur de la citerne un espace libre de 0m,25 à 0m,30 de largeur sur tout le pourtour. Les parois latérales de la caisse sont reliées par de fortes attaches en fer au fond de la citerne. Elles sont percées, à leur partie inférieure, d’une rangée de trous qui établissent une communication libre entre la capacité intérieure du réservoir et l’espace annulaire extérieur. Les mêmes parois latérales se prolongent au-dessus du fond supérieur de la caisse, jusqu’à la hauteur des murs de la citerne, de manière à former en dessus du réservoir cubique une caisse ouverte de 1 mètre de pro-
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- fondeur sur 4 mètres de largeur et de longueur, laquelle peut contenir 4000 kilogrammes d’eau. »
- « Une tubulure formée par une plaque assujettie au moyen de vis est adaptée au fond supérieur du réservoir. Trois tuyaux munis de robinets sont adaptés à cette tubulure ; l’un d’eux est vertical et sert à l’écoulement de l’air. Quand le réservoir est rempli d’eau affluente à sa partie inférieure, les deux autres, disposés horizontalement, traversent les parois de la citerne et servent, le premier à l’introduction des huiles dans le réservoir, l’autre à l’extraction de ces mêmes huiles. »
- « Nous avons dit qu’ils sont complètement préservateurs du feu mis accidentellement ou même volontairement. »
- « En effet, des épreuves sérieuses ont été faites devant des commissions composées des principales notabilités industrielles et commerciales de Marseille, devant les délégués du conseil de salubrité de Marseille, et de M. Vil-lot, ingénieur des mines, chargé de suivre ces expériences par M. le Ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics, en suite d’un rapport fait par le comité consultatif des arts et manufactures. »
- « Le réservoir ayant presque complètement été rempli d’huile de pétrole brut, et, par conséquent, des plus inflammables, une éponge, imbibée deben-zole et enflammée, a été plongée dans l’entonnoir par lequel se termine la branche verticale du conduit qui aboutit du sommet du réservoir à la gouttière commune. L’huile sous-jacente a pris feu et brûlé lentement comme dans une lampe ordinaire ou un vase isolé, sans se propager à la masse d’huile contenue dans le conduit et le réservoir. L’huile a été éteinte en fermant l’entonnoir et empêchant l’air d’y arriver. »
- « Le réservoir étant rempli, une certaine quantité d’huile de pétrole a été versée sur l’eau dont le réservoir était recouvert. Cette couche d’huile a été allumée et a brûlé jusqu’à complète consommation, sans que la masse énorme d’huile emmagasinée et séparée de la flamme par quelques décimètres d’eau en ait éprouvé le moindre effet. »
- « On a versé, dans la rigole latérale où le pétrole, sortant des fûts, est reçu pour pénétrer dans le réservoir général, 300 litres de pétrole brut, et on l’a enflammé, le réservoir ayant été rempli au préalable. Les flammes, couvrant plusieurs mètres carrés de terrain, s’élevaient à une très-grande hauteur, l’enduit en ciment du petit mur latéral faisant écrou du côté de la citerne éclatait, mais rien ne passait dans l’appareil. Tandis que ce foyer était en pleine
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- ignition, on a ouvert le robinet du tuyau d’admission, de manière à établir la communication de la masse contenue dans le réservoir avec le liquide enflammé au dehors. Le pétrole enflammé a pénétré ainsi dans le conduit; mais, à0m,20 au-dessus de l’orifice, il s’éteignait, faute d’air. »
- « Au point de vue théorique, le système des réservoirs Ckiandi réunit toutes les conditions de sécurité voulues. Au point de vue pratique, les résultats ont non-seulement confirmé les prévisions, mais ils ont aussi dépassé les espérances qu’ils donnaient. »
- Six réservoirs, de 400 barils de contenance chacun, construits en août et septembre 1867, ont été mis en exploitation en octobre 1867, et n’ont cessé d’être loués aux importeurs de pétrole. Un séjour de quatre mois de magasinage de pétrole brut dans la cloche a donné, au moment de la livraison de la marchandise, 1° comme qualité, un pétrole brut entièrement dépouillé de corps étrangers, tels que boues, coquilles, eaux chargées de détritus de colle forte, etc., que l’on trouve dans les barils lorsqu’ils arrivent d’Amérique ; 2° un déchet d’un sixième pour 100, dû aux corps étrangers que contenaient les fûts à leur arrivée.
- Les grandes compagnies d’assurances qui ne veulent assurer à aucun prix les magasins de pétrole en ville et qui prélèvent 15 à 25 pour 100 de primes aux docks ont paru tellement convaincues de la valeur des expériences faites sous leurs yeux, qu’elles se contentent aujourd’hui d’une prime de 5 du 1000 pour les pétroles emmagasinés dans les réservoirs du système Ckiandi au lieu de 15 pour 1000 qu’elles prennent pour les autres entrepôts de pétroles.
- Maintenant, les six réservoirs de Marseille sont loués pour plusieurs mois et la société qui les exploite en a fait construire six autres qui ont dû être prêts vers fin mai ou commencement de juin, et des négociants se sont déjà fait inscrire pour leur location.
- On pourra donc emmagasiner près de 5000 barils de pétrole à l’abri de toutes chances de coulage, de détérioration, d’explosion et d’incendies.
- Il n’y a pas d’autre application de ce système qu’à Marseille, dans les dépendances du domaine Cuoq, magasins généraux; et chez un industriel, M. Regnier, qui a fait installer, d’après les indications de M. Ckiandi, un réservoir de 100 barils pour contenir des essences de pétrole qui servent à sa fabrication.
- Le système des réservoirs Ckiandi, breveté au nom de MM. Bizard etLabarre,
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- offre donc de nombreux avantages, et ces réservoirs peuvent être construits dans les plus petites comme dans les plus grandes dimensions ; ils peuvent être établis aussi bien chez de petits détaillants, dont l’approvisionnement serait seulement de quelques hectolitres, que dans de vastes magasins ou entrepôts renfermant plusieurs milliers d’hectolitres. La manœuvre des petits réservoirs est extrêmement simple, facile, économique même, en ce sens qu’elle dispense de l’emploi de pompes et des vases de petites dimensions qui servent dans le débit courant.
- Votre comité des arts économiques vous propose :
- 1° De remercier M. Ckiandi de son intéressante communication;
- 2° D’insérer le présent rapport au Bulletin, avec la reproduction du dessin qui est à la suite de la brochure.
- Signé Duchesne, rapporteur,
- Approuvé en séance, le 26 juin 1868.
- LÉGENDE DESCRIPTIVE DE LA PLANCHE 391 REPRÉSENTANT UN RÉSERVOIR A PÉTROLE
- DU SYSTÈME DE M. CKIANDI.
- Fig. 1. Section verticale du réservoir.
- Fig. 2. Vue en dessus.
- Fig. 3 et 5. Détails à une plus grande échelle que celle des figures 1 et 2.
- Fig. k. Petit appareil de démonstration.
- A, cloche parallélipipédique en tôle, à calotte bombée et munie extérieurement d’armatures servant à la fixer d’une manière rigide et invariable vers le fond de la citerne B.
- B, citerne étanche en maçonnerie, dont la hauteur dépasse celle de la cloche A; des scellements en fer, placés au fond de cette citerne, se relient aux armatures de la cloche.
- C, trou d’homme en fonte placé au point culminant de la cloche A, et muni de deux tubulures D, E de sections différentes (voir le détail, fig. 5).
- F, tuyau et robinet adaptés à la tubulure D, et servant à conduire le pétrole dans le réservoir.
- G, tuyau et robinet adaptés à la tubulure E, et servant à la vidange du réservoir.
- H, tube vertical terminé à sa partie inférieure par un évasement et plongeant dans
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- le réservoir, tandis que sa tête s’élève au-dessus de la cloche A ; il sert à faire connaître le moment où le réservoir a reçu sa charge maxima d’huile.
- I, tubulure verticale placée au-dessus du trou d’homme (fig. 5), et servant d’indicateur de niveau soit par l’introduction d’un tube gradué en verre muni extérieurement d’une armature en cuivre (fig. 3) et d’un clapet à la partie inférieure, soit par un flotteur plus lourd que l’huile et plus léger que l’eau, dont la tige passerait par la tubulure I.
- J, barils de pétrole à vider ; ils sont placés au-dessus d’un chenal en fonte auquel vient aboutir le tuyau F.
- K, barils à remplir ; ils sont comme les précédents placés au-dessus d’un chenal en fonte.
- L, tuyau de répartition du pétrole, s’embranchant perpendiculairement sur le tuyau G.
- M, série de petits robinets disposés au-dessus des barils K, et servant à les remplir séparément.
- N, conduite avec robinet pour amener l’eau dans la citerne du réservoir.
- O, canal réservé au fond et dans l’axe de la citerne pour recevoir les dépôts formés par les matières étrangères qui se trouvent mélangées aux huiles, et que leur densité fait échouer.
- P, conduite pour la surverse de l’eau contenue dans la citerne.
- Q, robinet de manœuvre de la conduite P.
- Manière d’opérer pour remplir le réservoir. — Admettons que la citerne ait été remplie d’eau jusqu’au niveau marqué par la ligne RR (fig. 1) au moyen du robinet d’alimentation N, et que la cloche en tôle ainsi que le tube H soient pleins d’eau (1). La tubulure I et le robinet N étant refermés, on ouvre le robinet de surverse des eaux Q. Lorsque l’eau, en s’abaissant, a atteint dans la citerne le niveau SS (niveau variable suivant la densité des huiles que doit recevoir le réservoir), on ouvre le robinet du tuyau F et l’on vide l’huile des barils J qui, du chenal où elle s’écoule, se rend par le tuyau F dans la cloche. A mesure qu’elle arrive à la partie supérieure où sa densité la maintient, elle déplace un égal volume d’eau, qui sort par le dessous de la cloche et en fait écouler un même volume par la conduite P.
- (1) L’introduction de l’eau dans l’intérieur de la cloche, pour qu’elle ait lieu d’une manière régulière et de façon que les niveaux intérieur et extérieur soient toujours les mêmes, exige une précaution préalable, celle de l’ouverture de la tubulure I qui laisse échapper l’air contenu sous la ' cloche au fur et à mesure de l’arrivée de l’eau. Si l’on n’opérait pas ainsi, l’air emprisonné n’ayant pas d’issue, puisque toutes les ouvertures sont hermétiquement fermées, le niveau de l’eau dans la citerne atteindrait la limite RR, tandis que la capacité de la cloche serait remplie en partie d’air comprimé.
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- La figure 1 représente la cloche à moitié pleine d’huile ; le niveau de l’eau s’y trouve, par conséquent, en TT, tandis que, pour la citerne et pour le tube indicateur de niveau H, il est suivant la ligne SS; cette ligne est maintenue pendant toute l’opération du remplissage à un niveau invariable au moyen d’un régulateur automoteur, qui débite par la surverse P Q un volume d’eau toujours égal à celui de l’huile introduite.
- Si maintenant on continue à faire arriver l’huile, le niveau de l’eau s’abaissera dans la cloche et il arrivera un moment où, celui de l’huile atteignant l’orifice inférieur du tube H, il s’introduira par cet orifice une certaine quantité d’huile qui, en vertu de son poids spécifique plus faible, montera brusquement dans le tube en déplaçant l’eau qu’il contenait et en accusant, par conséquent, un niveau plus élevé que le niveau primitif et que celui de l’eau de la citerne qui enveloppe la cloche. Tant que l’huile n’a pas pénétré dans le tube H, le flotteur muni de la sonnerie d’alarme est resté dans une position invariable ; mais dès que, par suite de l’introduction de l’huile, le niveau a augmenté, le flotteur prend une marche ascensionnelle et détermine le départ d’une sonnerie qui annonce que le réservoir a reçu le maximum de sa charge. On enlève alors le flotteur et la sonnerie, on bouche le tube H au moyen d’un obturateur, et on ferme le robinet de la surverse Q ainsi que le robinet de charge F.
- Dans cet état de choses, on remplit complètement la citerne d’eau jusqu’au ni veau R R, de manière que la cloche et tous les engins qui y sont adaptés soient entièrement submergés.
- Manière d’opérer la vidange du réservoir. — Lorsqu’on veut enfutailler l’huile contenue dans le réservoir, on range les barriques K sur leur chenal en fonte et l’on dispose les trous de bonde au-dessous des petits robinets M. On ouvre alors le robinet du tuyau G, et le pétrole s’échappe sous l’effort exercé par la surcharge d’eau qui recouvre la cloche. Il est entendu que le robinet de la surverse doit être fermé et que, au contraire, le robinet N doit être ouvert de manière à assurer l’écoulement constant de l’huile, condition qui ne peut être réalisée qu’en amenant un volume d’eau équivalent à celui de l’huile débitée. En opérant de cette façon, on conçoit qu’à un moment donné l’eau viendra remplir dans la cloche tout l’espace qu’y occupait l’huile, et qu’à la fin de la vidange l’eau, venant à sortir par les robinets M, indiquera que la cloche ne contient plus d’huile.
- La figure 5, qui représente à une plus grande échelle une coupe du trou d’homme, permet de voir que, grâce à la disposition particulière de l’obturateur et de la tubulure E, les dernières traces d’huile doivent sortir de la cloche avant que l’eau n’atteigne les robinets M ; à ce moment-là, on ferme le robinet du tuyau G, on ouvre celui Q de la surverse, et le réservoir se trouve prêt à recevoir de nouvelles quantités d’huile.
- (M.)
- Tome XV. — 67' année. 2e série. — Août 1868.
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- ÉTUDE SUR LA DISTRIBUTION DE LA VAPEUR DANS LES MACHINES AU MOYEN D’UN TIROIR UNIQUE, PAR M. CH. COMBES.
- § I. Les organes de la distribution de la vapeur, dans les machines à piston à simple ou à double effet, furent d’abord des soupapes qui étaient ouvertes et fermées aux moments convenables par des mécanismes appropriés. Les soupapes sont encore appliquées dans la plupart des grandes machines fixes. Elles se prêtent parfaitement aux meilleures conditions d’emploi de la vapeur et de bonne marche des machines, à savoir l’expansion de la vapeur entre des limites fixes ou variables, suivant que les résistances appliquées sont constantes ou non et dans chaque cas aussi écartées qu’il est possible, une légère avance à l’échappement, l’admission de la vapeur motrice à chaque extrémité du cylindre, au moment oii le piston arrivé à cette extrémité va commencer une excursion en sens contraire : les mécanismes qui déterminent l’ouverture et la fermeture des soupapes ont seulement l’inconvénient d’offrir quelque complication.
- Dans les machines de petites dimensions on leur a substitué l’appareil connu sous le nom de tiroir, qui, sous les diverses formes qu’on lui a données, consiste toujours essentiellement en une plaque métallique dressée et polie sur une de ses faces par laquelle elle est appliquée et glisse, d’un mouvement rectiligne alternatif continu ou intermittent, sur une plaque en fonte également dressée et polie, où aboutissent les orifices de trois conduits, dont deux vont aux extrémités du cylindre et le troisième débouche dans le condenseur, ou dans l’atmosphère quand la machine n’a pas de condenseur. La plaque fixe faisant partie de l’une des parois de la boîte à vapeur, qui est en communication permanente avec le réservoir de vapeur de la chaudière, le tiroir, dans les positions successives qu’il occupe, doit intercepter toujours la communication entre la boîte et le condenseur, mettre celui-ci alternativement en communication avec l’une et l’autre extrémité du cylindre, découvrir ou masquer en temps opportun les orifices (lumières) des conduits qui aboutissent à ces extrémités, pour procurer ou supprimer l’admission de la vapeur venant de la chaudière. Dans la plupart des machines à double effet où le piston n’a pas une longue course, dans les
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- machines locomotives et locomobiles en particulier, la plaque fixe est percée de trois ouvertures rectangulaires allongées, parallèles, rapprochées l’une de l’autre et ayant même longueur dans le sens perpendiculaire au mouvement du tiroir. Les deux ouvertures extrêmes sont les lumières ou orifices des conduits allant aux extrémités opposées du cylindre. L’ouverture intermédiaire est l’orifice du conduit qui aboutit au condenseur et par lequel la vapeur s’écoule, après avoir agi sur le piston. Le tiroir évidé intérieurement porte sur la plaque fixe par ses rebords. Le creux intérieur a, dans le plan de glissement sur la plaque fixe, la forme d’un rectangle dont une des dimensions est égale à la longueur commune des trois orifices, et l’autre dimension à l’intervalle qui sépare les deux orifices extrêmes, ou légèrement moindre que cet intervalle. Il résulte de là que, quand le tiroir occupe une situation telle que le plan parallèle aux longs côtés des trois orifices ouverts dans la plaque fixe et qui divise le creux en deux parties symétriques passe par le milieu de l’orifice intermédiaire du conduit allant au condenseur, le creux recouvre à la fois cet orifice, et la totalité ou la presque totalité des espaces pleins qui le séparent des orifices extrêmes, tandis que ces derniers sont masqués l’un et l’autre par les rebords pleins du tiroir, qui sont toujours suffisamment larges pour les couvrir entièrement. Ils les débordent, en général, extérieurement d’une longueur qu’on appelle recouvrement extérieur et qui varie suivant le degré d’expansion de la vapeur qu’on veut obtenir. Dans cette situation qui est sa position moyenne, le tiroir intercepte toute communication du cylindre soit avec la chaudière, soit avec le condenseur. On appelle recouvrement intérieur la largeur toujours très-petite dont les rebords pleins du tiroir dépassent alors les bords internes des lumières, en s’étendant sur les espaces pleins qui séparent celles-ci de l’ouverture d’échappement. Quand le recouvrement intérieur est nul, le moindre déplacement du tiroir dans un sens ou dans un autre met l’une des extrémités du cylindre en communication avec le condenseur, sans que la vapeur puisse encore passer de la boîte à l’autre extrémité, à moins que le recouvrement extérieur ne soit également nul, ce qui n’a jamais lieu quand la vapeur est distribuée au moyen d’un tiroir unique et qu’elle doit se détendre dans le cylindre, avant de s’écouler au condenseur.
- Au moyen d’un tiroir semblable à celui que nous venons de décrire et dont les rebords pleins, dans sa position moyenne, auraient de chaque côté un recouvrement extérieur égal à la largeur (petit côté) de la lumière correspondante, il est possible d’obtenir, par une suite de déplacements
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- brusques ou graduels, telle distribution de la vapeur que l’on voudra. Yeut-on, par exemple, que la vapeur motrice soit admise à l’origine même de l’excursion du piston dans un sens ou dans l’autre, qu’elle soit supprimée et que la détente commence quand le piston aura parcouru le cinquième de sa course ; enfin que l’échappement de la vapeur détendue commence lorsque le piston a encore à parcourir 1/50 de sa course pour arriver au point mort, les positions corrélatives du piston et du tiroir, et les mouvements imprimés à ce dernier, devront être réglés comme il suit.
- Je suppose, pour fixer les idées et abréger le discours, le cylindre horizontal et son axe dirigés du nord au sud. J’appelle À la lumière, l’orifice du conduit allant à l’extrémité nord; B la lumière, l’orifice du conduit allant à l’extrémité sud du cylindre ; C l’ouverture intermédiaire par laquelle la vapeur s’écoule au condenseur. Le piston étant à l’extrémité nord du cylindre et sur le point de rétrograder vers le sud, le tiroir sera vers le sud (côté de la lumière B), au delà de sa position moyenne, d’une longueur égale au recouvrement extérieur de la lumière A, de telle sorte que l’arête extrême du rebord nord du tiroir affronte l’arête externe du bord nord de la lumière À. Dans cette situation, le creux du tiroir couvrira l’orifice C et la lumière B ; la vapeur s’écoulera donc de l’extrémité sud du cylindre au condenseur par la lumière B, tandis que la vapeur motrice, qui n’est point admise encore par la lumière À, commencera à l’être au plus léger déplacement du tiroir vers le sud. Le tiroir étant alors rapidement déplacé dans ce sens d’une quantité égale à la largeur de la lumière À, la vapeur motrice affluera sur la face nord du piston et le poussera vers le sud.
- Le tiroir restera immobile dans cette position, qui sera la limite de son excursion vers le sud, jusqu’au moment ou le piston sera près d’arriver au cinquième de sa course. Il sera alors rapidement déplacé vers le nord d’une quantité égale à la largeur de la lumière A, de manière à le ramener à la position qu’il occupait à l’origine de la course et dans laquelle il restera immobile, jusqu’à ce que le piston soit tout près d’avoir parcouru les 49/50 de son excursion vers le sud. Pendant tout ce temps, la vapeur motrice cessera d’entrer dans le cylindre par la lumière A ; mais le cylindre sera en pleine communication avec le condenseur par son extrémité sud, au moyen du conduit aboutissant à la lumière B.
- Lorsque le piston sera tout près d’avoir terminé les 49/50 de la course, le tiroir sera rapidement amené dans sa position moyenne, et ensuite par un mouvement graduel, pendant le parcours du dernier cinquantième de la
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- course du piston, dépassera cette position, du côté de la lumière A, d une quantité égale au recouvrement extérieur de la lumière B par le rebord sud du tiroir, de façon à se trouver écarté vers le nord de sa position moyenne, comme il l’était vers le sud de la même position, au moment oîi le piston a commencé son excursion du nord au sud. Durant cette dernière période, si le tiroir n’a pas de recouvrement intérieur, il y aura un instant très-court, celui du passage par sa position moyenne, où le cylindre sera isolé à la fois de la chaudière et du condenseur. Après cet instant et jusqu’à la fin de la course du piston vers le sud, la vapeur cessera de s’écouler au condenseur par la lumière B et la vapeur raréfiée confinée entre le piston et l’extrémité sud du cylindre sera refoulée et comprimée vers cette extrémité et dans le canal aboutissant à la lumière B (espace nuisible), tandis que la vapeur détendue qui a poussé le piston vers le sud s’écoulera prématurément au condenseur par la lumière A. Ce sera la période qu’on appelle de contre-pression et d’échappement anticipé. Si la largeur du creux du tiroir est diminuée par des recouvrements intérieurs, la période de contre-pression en sera augmentée, celle de l’échappement anticipé diminuée. Si, au contraire, la largeur du creux du tiroir était augmentée, de façon qu’il y eût des découverts intérieurs, la période de l’échappement anticipé en serait augmentée, celle de la contre-pression diminuée, et il y aurait un petit intervalle durant lequel les deux extrémités du cylindre seraient à la fois en communication avec le condenseur.
- Les circonstances de l’excursion du piston du sud au nord seront exactement les mêmes que celles de l’excursion, en sens contraire, que nous venons d’analyser minutieusement.
- Ces mouvements du tiroir peuvent être et ont été réalisés automatiquement au moyen de cames ou d’excentriques ondés convenablement disposés sur l’arbre du volant ou tout autre arbre auquel la machine imprime un mouvement de rotation continu. Mais la conduite du tiroir par une simple manivelle, ou, ce qui revient au même quant au mouvement produit, au moyen d’un simple excentrique circulaire, a universellement prévalu pour les machines fixes. Quand on a voulu, dans les mêmes machines, rendre l’étendue de la détente de la vapeur variable avec la grandeur des résistances appliquées à la machine motrice, on a généralement superposé au tiroir ordinaire mû par une manivelle ou un excentrique circulaire et dont la forme a reçu certaines modifications un second tiroir glissant sur sa face supérieure et dont le mouvement est réglé par des mécanismes que je n’ai pas dessein d’exposer ici. Dans les machines locomotives, afin de pouvoir
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- faire varier la détente et renverser le sens de la rotation des roues à la volonté du mécanicien, on emploie presque exclusivement aujourd’hui un seul tiroir qui reçoit le mouvement de deux excentriques circulaires agissant sur lui par l’intermédiaire de l’appareil connu sous le nom de coulisse de Slephenson. La distribution qui en résulte est tout à fait analogue à celle qui pourrait être obtenue au moyen d’une manivelle, dont le rayon et l’angle de calage sur l’arbre tournant, par rapport à la situation de la manivelle conduite par le piston de la machine, seraient variables à la volonté du mécanicien.
- J’examinerai d’abord comment les dimensions et la course d’un tiroir unique à recouvrement conduit par une manivelle ou un excentrique circulaire doivent être réglées, pour que l’admission de la vapeur motrice dans le cylindre cesse après que le piston a parcouru une fraction donnée de sa course; j’exposerai en détailles circonstances de la distribution de la vapeur par le tiroir ainsi établi et les changements qui y sont apportés, lorsque, toutes choses restant égales d’ailleurs, on fait varier l’écart angulaire entre la manivelle du piston et la manivelle qui imprime le mouvement au tiroir. Je ferai connaître ensuite les dispositions récemment proposées par M. Deprez pour remplacer l’excentrique circulaire et les appareils à coulisses de Stephenson, qui sont généralement appliqués aux machines locomotives.
- § II. Je considère une machine à vapeur à cylindre fixe, dont le piston communique le mouvement de rotation à un arbre placé perpendiculairement à l’axe du cylindre et dans le même plan, par l’intermédiaire d’une bielle AB et d’une manivelle OA (fig. 1); le tiroir de distribution est conduit
- Fig. 1.
- par un excentrique ou par une manivelle 0 m solidaire avec l’arbre tournant, par l’intermédiaire d’une bielle mn. J’admets que le prolongement de la tige
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- du tiroir rencontre Taxe de l’arbre, ce qui peut être réalisé en faisant glisser le tiroir sur une plaque placée latéralement au cylindre. La fig. % représente
- une section du tiroir et de la plaque par un plan perpendiculaire à la surface de glissement et passant par l’axe de la tige à laquelle se rattache la bielle m n. Le tiroir est représenté Fig. 2. dans sa position moyenne; /, ï sont
- les ouvertures des lumières qui aboutissent aux extrémités opposées du cylindre, E l’ouverture du conduit d’échappement de la vapeur à la sortie du cylindre par l’une ou l’autre des lumières. J’appellerai dans tout ce qui suit, côtés gauches du cylindre ou du tiroir les côtés les plus rapprochés de l’arbre tournant, côtés droits les opposés, course directe du piston de la machine l’excursion de gauche à droite, course rétrograde l’excursion de droite à gauche.
- Soient R (fig. 1) le rayon de la manivelle principale OA sur laquelle agit le piston de la machine ;
- L, la longueur de la bielle AB ;
- p, le rayon Om de la manivelle conductrice du tiroir, ou, ce qui est la même chose, le rayon de la circonférence décrite par l’excentrique circulaire qui remplace la manivelle ;
- a, la longueur de la bielle mn qui relie la manivelle ou l’excentrique à la tige du tiroir ;
- *, l’avance angulaire du tiroir, c’est-à-dire l’angle constant que forme la manivelle Om avec un plan passant par l’axe de l’arbre tournant et perpendiculaire à la manivelle OA, qui serait entraîné dans le mouvement de rotation de l’arbre. Cet angle est compté à partir du plan qui précède la manivelle dans le sens de la rotation, positivement ou négativement suivant que la manivelle Om devance le plan ou est devancée par lui dans la rotation qui a lieu. On voit que l’angle AOm compris entre les deux manivelles proje-
- tées dans la fig. 1 sur un plan perpendiculaire à l’arbre est égal à + *,
- l’angle pouvant être positif ou négatif.
- a, l’angle variable de la manivelle principale OA, avec le prolongement OM de l’axe du cylindre au delà de l’axe de l’arbre tournant. L’angle a varie dans un tour de manivelle, de o à
- x, la distance du piston de la machine à l’origine de sa course directe ;
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- y, la distance du tiroir à sa position moyenne représentée fig. t ; les distances y sont considérées comme positives à droite et comme négatives à gauche de cette position moyenne.
- Les distances x et y dépendent de l’angle: variable a et des grandeurs données de R, f, L et a.
- La rotation de l’arbre ayant lieu dans le sens indiqué par la flèche, b désignant l’angle ÀBO de la bielle À B avec le prolongement de la tige du piston guidée en ligne droite, pour une valeur quelconque MO À de l’angle a, on a : x = R (1 — cos a) -b L cos b — L = R (1 — cos a) — L (1 — cos b).
- Or le triangle OÀB donne :
- Sin b = sin a x j-i d’ou cos b =
- R5
- sm2 a
- par conséquent :
- x = R (1 — cos a) — L (jl — j- J/ L2 — R2 sin2 a) (1)
- Cette dernière formule donnera la distance dont le tiroir a avancé de gauche à droite, à partir de sa position extrême vers la gauche, en y remplaçant R et L respectivement par p et a, et l’angle ÀOM = a par
- l’angle a + ^ + «t. Cette distance est donc exprimée par
- Ju
- ? (1
- cos ! - + a + a
- j ---- A ^1 ----- î y A2 ------ f2 sin2 -4- a -h *)
- Qui revient à :
- ? (1 v+ sin [a -f- ^)) — a (l — ~ J/ a2 — f2 cos2 (a .+ *) J
- Si de cette expression on retranche la distance p que le tiroir a dû parcourir, pour arriver de la limite de son excursion vers la gauche à sa position moyenne représentée dans la figure (2), on aura la valeur de y. Donc
- y = ? sin [a -h *) — a (l — î- |/ a2 — f Cos2 [a + *)J (2)
- les équations (1) et (2) permettent de dresser le tableau des valeurs que prennent simultanément x et y pour chaque valeur de l’angle variable a com-
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- prise entre o et.2^, en ayant égard aux données réelles de la construction. Quand on suppose les longueurs des bielles L et a assez grandes par rapport à celles des manivelles respectives R et P, pour qu’on puisse négliger les
- fractions J- et - devant l’unité, elles se réduisent à :
- Ju A
- x = R (1 — cos fl); y = f sin [a + *) (3)
- La seconde de ces équations est généralement très-approchée, parce
- que ^ est une petite fraction. Elle conduit à plusieurs tracés graphiques très-
- simples qui donnent y en fonction de l’angle a. Mais je discuterai d’abord les équations générales (1) et (2).
- § III. L’équation (1) nous donne, aux deux extrémités de la course du piston :
- a==o, x = o;a~'7r1x = t R Pour a = o l’équation (2) donne :
- y = ? sin cl — a ^1 — i- J/ A’ — f cos3
- Et pour a = v :
- y = — ? sin * — a ^1 — L J/ — p» cos3 ^
- Ces deux valeurs de y, qui seraient égales et de signes contraires, dans l’hypothèse ou a serait infini par rapport à p, sont numériquement inégales, et la valeur numérique négative correspondante à * = w surpasse la valeur positive de :
- 2 a (l — i- J/ a2 — p2 cos3 «)
- Si donc on veut que les lumières l et /' commencent à être démasquées et que l’admission de la vapeur motrice ait lieu au moment où le piston passe respectivement par les points morts de gauche et de droite et va commencer son excursion directe ou rétrograde, les recouvrements extérieurs des rebords du tiroir doivent être égaux, savoir
- Tome XV. — 67e année. 2e série. —Août 1868.
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- Celui de gauche à Celui de droite à
- ? sin a — a
- f sin a
- y
- v
- a2 — p2 cos2 <*) (a) A2 f2 cos2 a) (6)
- La somme des deux recouvrements extérieurs est toujours égale à 2 ? sin a, comme dans l’hypothèse d’une bielle a de longueur infinie; mais celui de gauche est diminué de la quantité dont celui de droite est augmenté.
- La suppression de la vapeur par la lumière / de gauche aura lieu et la détente commencera dans l’excursion directe du piston, lorsque le tiroir, en rétrogradant de droite à gauche, sera revenu à la position où il se trouvait à l’origine de cette excursion, c’est-à-dire quand la manivelle motrice aura décrit un angle a, auquel correspondra une valeur de y égale à l’expression (a) ci-dessus. On a donc, pour déterminer cet angle, l’équation :
- fsin [a
- -fa) A^l i J/ A2—fcos2 (a-f a)j = fsin«t A ^1 * J/ A2 — f2C0S’aj
- qui est évidemment satisfaite, en posant :
- d -4- et z=z T ------ et
- on a, en effet, dans ce cas :
- sin (a -f a) — sin (t — *) = sin a et cos (a -h a) — cos U — *) = — cos a
- valeurs de sin (a H- a) et cos [a -h a) qui, portées dans l’équation précédente, rendent les deux membres identiques
- Donc, la détente commence, dans la course directe, lorsque la manivelle OA a tourné d’un angle a égal à * — 2 a.
- On verra de même que, dans l’excursion rétrograde du piston, l’admission par la lumière l' sera supprimée, et la détente commencera lorsque la manivelle principale aura décrit, à partir du rayon OM, un angle a déterminé par l’équation:
- p sin (a-f*) — a^I—*J/ a2-?2cos 2(a-f*)J = —? sin«—* (l — * J/ v-rcos3*j
- laquelle est évidemment satisfaite, en posant :
- a h- « = 2 ^ — a
- d’où : a = 2 v — % a
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- Am
- Cette dernière valeur surpasse d’une demi-circonférence celle qui correspond au commencement de la détente dans la course directe. Donc, quel que soit le rapport de la longueur de la bielle a au rayon d’excentricité f, pourvu que les deux recouvrements extérieurs du tiroir soient réglés de façon que la vapeur soit admise exactement aux points morts de gauche et de droite, la détente commencera dans l’excursion directe et dans l’excursion rétrograde, lorsque la manivelle aura décrit un même angle à partir du point mort à l’origine de l’excursion. À l’égalité des angles décrits par la manivelle correspondent, en raison des inclinaisons différentes de la bielle principale sur l’axe du cylindre à vapeur, des fractions inégales de la course directe et rétrograde du piston ; c’est ce que montre l’équation (1).
- Si l’on divise les deux membres de celle-ci par 2 R et que l’on remplace successivement, dans le second membre, l’angle a par w — 2 * et 2 t — 2 on a les deux équations suivantes :
- x 1 ~ , L 1
- 2R ” 2 f1 + C0S ^ ~ 2Î\ C1 _ L
- x 1 ~ > L /. 1
- 2R = 2 (1 - C0S 2R \ L
- R2 sin2 2 R2 sin2 2*)
- (4!
- dans l’une et l’autre desquelles exprime, en fraction de la course entière
- du piston, sa distance à l’origine de la course directe. Comme la seconde se rapporte à l’excursion rétrograde, il faudra, pour obtenir la fraction de cette
- excursion parcourue, prendre le complément à l’unité de la fraction En
- désignant donc par x' la distance du piston à l’origine de sa course rétro-
- grade, on aura la valeur de en retranchant de l’unité le second membre
- de la deuxième équation précédente, qui sera ainsi remplacée par la suivante :
- rR-= I + cos 2
- + À (1 — c VL’ ~ R’ sill‘2 )
- On voit que les valeurs de ^ et ne diffèrent plus que par le signe du
- deuxième terme du second membre, qui disparait quand on ne tient pas compte de l’inclinaison de la bielle, mais dont l’importance augmente avec le.
- x'
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- m
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- rapport et peut devenir, en certains cas, considérable. On a, d’ailleurs, en ajoutant (4) et (5) :
- x
- 2R
- -+- 1 + cos 2
- a.
- ce qui montre que l’étendue moyenne de l’admission, dans l’excursion directe et dans l’excursion rétrograde, est indépendante de la longueur de la bielle L et ne dépend que de l’avance angulaire <*. On a 1+ cos 2 * = 2 cos2 ; donc, l’étendue moyenne de l’admission est, dans tous les cas, exprimée par le carré du cosinus de l’avance angulaire, et, si l’on se donne l’étendue moyenne de l’admission de la vapeur en fraction de la course entière du piston, la valeur correspondante de l’avance angulaire * sera l’angle qui a pour cosinus la racine carrée de la fraction donnée. Yeut-on, par exemple, que l’admission de la vapeur soit supprimée et que la détente commence moyennement, quand
- le piston a parcouru la moitié de sa course, on aura 2R “ ^ » d’où
- cos 2 * = o et, par conséquent, 2 * = ^ et st — ^ , un demi-angle droit. Si l’on veut que la détente commence, en moyenne, au quart de la course du piston, on aura ^ ^ — \ \ d’où cos 2 a = — par conséquent,
- 2 «i — -V et «t = k w les r d’un angle droit.
- O O O
- Des équations (4) et (5) on peut aussi déduire algébriquement la valeur de l’avance angulaire qui correspond à une valeur donnée de l’une des
- fractions ou tt» • Soit p la valeur donnée de la fraction il faudra ré-
- 2 Jx 2 R 2 R
- soudre l’équation (4) par rapport à ce qui n’offre aucune difficulté. À cet effet, on remarquera d’abord que - ( 1 + cos 2*) = cos2 ci. Opérant cette substitution et remplaçant, sous le radical, sur 2* par 4 sin2 *cos2 * = 4 cos2 si— 4 cos4 *, il vient, en isolant le radical dans le second membre de l’équation :
- y- 4- ^ — cos2 ct = Y ^ — cos’ st -f cos4 *;
- élevant les deux membres au carré et réduisant, il vient :
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- MACHINES A VAPEUR.
- 485
- COSU H- t — 1 j =,u^ -f- i-j;
- il n’y a point à tenir compte de la valeur négative de cos *, qui correspond à un angle * plus grand que 90°, ce qui ne répond évidemment point à la question.
- Si nous désignons par h-’ la fraction — de la course rétrograde du piston à laquelle commence la détente, pour le même angle et, on a :
- y. + // = % cos2 et,
- et, en substituant à cos’ et sa valeur précédemment déterminée en fonction de il vient :
- retranchant 2 y- des deux membres de l’équation précédente, on trouve toute réduction faite :
- ^ — y. —----------------
- ii_i_2At —1 R ^
- Comme g est nécessairement au moins égal à 2, n* est toujours plus grand que i*. Ces deux fractions se rapprochent de l’égalité à mesure que le rapport devient plus grand et ne pourraient l’atteindre qu’autant que ^ deviendrait infini; dans ce cas limite seulement, on aurait /*=/*' et la valeur correspondante de cos «t se réduirait à V Dans l’intervalle compris entre l’origine de la course du piston où l’admission de la vapeur motrice commence et le moment oii elle est
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- MACHINES A VAPEUR.
- supprimée, le tiroir est arrivé à la limite extrême de son excursion. La fig. (1) montre qu’il arrive à la limite de l’excursion vers la droite, lorsque l’axe de la manivelle Om vient coïncider avec la partie ON du diamètre MN, ce qui arrivera évidemment, lorsque la manivelle principale aura tourné d’un angle « égal à la demi-circonférence diminuée de l’angle ÀOm
- *7T
- qui est lui-même égal à - + «. On a donc, dans cette position : a = —
- 2 — * = 2 — «et en même temps y = e. On peut vérifier que ces valeurs simultanées satisfont à l’équation (2).
- On voit de même que le tiroir arrivera à la limite de son excursion vers la gauche, par laquelle y — — ?, lorsque la manivelle aura tourné à partir du point mort de gauche, point de départ, d’un angle égal à la circonférence entière diminuée de l’angle AO m, et qu’ainsi on aura, pour cette position du
- 'T 3 ‘TT
- tiroir, a—%^ —^ — a. Pour ces deux valeurs de l’angle o, la
- manivelle principale occupe deux positions directement opposées sur un diamètre du cercle qu’elle décrit.
- Si le tiroir n’a pas de recouvrement à l’intérieur, il masquera exactement les deux lumières l et /' dans sa position moyenne ; en dépassant cette position vers la gauche, il continuera de masquer la lumière de droite /' et découvrira de plus en plus à l’intérieur la lumière de gauche l ; la lumière 1 restera masquée jusqu’à ce que le rebord de droite du tiroir commence à la découvrir à l’extérieur, ce qui arrive au moment où le piston, ayant terminé sa course directe, va commencer la course rétrograde. Ainsi, à partir du passage du tiroir, par sa position moyenne, dans son excursion de droite à gauche, la vapeur est comprimée derrière le piston de la machine et la vapeur détendue, qui jusque-là a poussé le piston dans le sens de son mouvement, s’échappe sous le creux du tiroir et de là au condenseur. Le piston, dans cette partie de sa course directe, subit un travail résistant par suite de la contre-pression et de Y échappement anticipé de la vapeur. La même chose a lieu dans la course rétrograde du piston, à partir du moment où le tiroir a dépassé sa position moyenne dans son excursion de gauche à droite.
- Lors donc que les rebords du tiroir n’offrent pas de recouvrements intérieurs, la contre-pression et l’échappement anticipé commencent à la fois, quand le tiroir passe par la position moyenne pour laquelle y = o.
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- En faisant y — o dans l’équation (2), celle-ci donne sans difficulté :
- sin ta +.*) = 2V ,
- — est toujours une très-petite fraction ; a-f- * est donc égal à un arc très-petit
- que je désignerai par e, ou à son supplément v — s. Les deux valeurs de l’angle a correspondantes aux passages du tiroir par sa position moyenne seront :
- a = e — *, ou, ce qui est.la même chose, 2 ^ a = n ------------------------ s -- ûi.
- La première valeur correspond au commencement de la contre-pression et de l’échappement anticipé de la vapeur dans la course rétrograde du piston, et la seconde au même effet dans la course directe. En retranchant la seconde valeur de la première, on voit que leur différence est égale à w 2 s, ce qui montre que la contre-pression et l’échappement anticipé commencent plus tard dans l’excursion rétrograde que dans l’excursion directe du piston. La figure (3) est un tracé graphique très-simple au moyen duquel on détermine
- Fig. 3.
- les positions qu’occupe la manivelle menée par le piston, «vu moment ou cesse l’admission de la vapeur et où commencent la contre-pression, ainsi que l’échappement anticipé, dans les deux excursions du piston. La circonférence, dont le centre est en O, est celle que décrit le bouton de la manivelle dont la longueur est représentée par le rayon OM. La rotation a lieu dans le sens
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- indiqué par la flèche ; le cylindre est supposé situé à droite, son axe sur le prolongement du diamètre M N au delà de l’extrémité N. L’avance angulaire *, telle qu’elle a été définie, est égale à l’angle N OA. L’angle variable a est compté, comme dans tout ce qui précède, à partir du rayon OM, dans le sens de la rotation indiqué par la flèche. Ceci posé, si l’on prend sur la circonférence, à partir du point N, un arc N C égal à deux fois l’arc N À qui sous-tend l’angle l’angle N O C sera égal à 2 et, l’angle M O C à ^ — 2 *, et en prolongeant le rayon OC jusques à la circonférence en C', l’angle MCNC' a 2 *— 2*, donc C et C' seront les positions respectives qu’occupera le bouton de la manivelle aux instants ou l’admission de la vapeur motrice sera supprimée respectivement dans l’excursion directe et dans l’excursion rétrograde du piston, quelles que soient, d’ailleurs, les longueurs relatives des bielles du piston et du tiroir par rapport à leurs manivelles. Restent à fixer les positions de la manivelle aux instants où la contre-pression commence. À cet effet, je porte sur le rayon ON prolongé une longueur OL égale à la bielle a du tiroir, et sur ce même rayon 0 N une longueur OI égale à la moitié de la longueur ? de la manivelle du tiroir. J’ai pris dans la figure 01 égal à 1/20 de OL, ce qui revient à supposer que la bielle est égale à dix fois le rayon de la manivelle, du tiroir. En pratique, ce rapport est presque toujours encore plus grand.
- .Menant le rayon OD perpendiculaire au diamètre MN, je joins les points L et D, et mène par le point I une parallèle IK à LD, puis, par le point K d’intersection de cette parallèle et du rayon O D, une corde mn parallèle au diamètre MN. Les petits arcs Mm, Nn ont l’un et l’autre pour sinus la distance OK de la corde au diamètre, et, en prenant pour unité le rayon de la
- circonférence, ce sinus est égal au rapport Les deux triangles sem-
- blables OIK et O L D donnent, en effet, la proportion :
- d’où
- OK : OD ou 1 :: 01 = -j- : °L — A ’
- Z
- 0K=ro
- _£
- 2 a *
- Le petit angle MOm est donc celui que j’ai appelé s, et son supplément MOn = v — e. En portant sur la circonférence à partir des points n et m et en sens inverse delà rotation indiquée par la flèche des arcs wB, mB', égaux entre eux, et à l’arc NA qui mesure l’avance angulaire l’angle MO B sera
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- égal à;* — e—«, et l’are M D N C' B' sous-tendra l’angle 2 *-f- s—«; B et B' seront, en conséquence, les positions qu’occupera le bouton de la manivelle principale sur la circonférence qu’il décrit aux instants où, le tiroir passant par sa situation moyenne, la contre-pression et l’échappement anticipé commenceront respectivement dans la course directe et dans la course rétrograde du piston de la machine. On voit que ces points B et B' ne sont pas aux extrémités d’un même diamètre et que l’angle M O B est plus petit que l’angle N O B'
- de deux fois l’angle MOm ou s, dont le sinus est .
- Jà À
- Si on négligeait cet angle, ce que l’on peut faire généralement en pratique, les points B et B' coïncideraient avec les points À et À' situés aux extrémités du diamètre À O À' faisant avec MON un angle égal à l’avance angulaire *.
- La fig. 3 montre que la contre-pression et l’échappement anticipé s’étendent à une partie de la course du piston correspondante, en moyenne, à un angle décrit par la manivelle égal à l’avance angulaire *, que l’angle correspondant à l’admission est exactement égal à * — 2 *, et l’angle correspondant à la détente moyennement égal à l’avance angulaire <*. Or, avec un tiroir à recouvrements conduit par une manivelle ou un excentrique circulaire, on ne peut accroître l’étendue de l’expansion de la vapeur dans le cylindre qu’en augmentant cette avance angulaire; en même temps on augmente l’étendue de la contre-pression et de l’échappement anticipé, ce qui met des bornes étroites à l’expansion qu’il est possible d’obtenir.
- Voici deux exemples numériques du calcul complet de la distribution de la vapeur par un tiroir à recouvrements, pour une avance angulaire de 45 et de 60°.
- Pour * = 45° = ~, l’admission de la vapeur correspondra à un angle droit décrit par la manivelle et moyennemen tk la moitiéde la course entière du piston. Si l’on suppose le rapport-^ égal à 5, les équations (4) et (5), en y faisant
- %*= ^ donnent respectivement pour les fractions de la course directe et
- de la course rétrograde du piston correspondantes à un angle droit décrit par la manivelle à partir des points morts 0,4495 et 0,5605, dont la moyenne est 0,50.
- En négligeant l’influence, toujours très-faible en pratique, de l’obliquité de la bielle du tiroir, la contre-pression et l’échappement anticipé commence-
- Tome XV. — 67e année. 2e série. — Août 1868. 63
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- MACHINES A VAPEUR.
- m
- ront lorsque la manivelle du piston aura décrit, à partir du point mort, un angle égal à w —~ Si, après avoir divisé les deux membres de l’équa-
- L 3
- tion (1), par 2 R, on fait dans le second membre ^-=5 et a on trouve
- pour la fraction de la course directe du piston parcourue au moment où
- commencent la contre-pression et l’échappement anticipé :2^= 0,82843, et,
- en retranchant cette fraction de l’unité, on a pour l’étendue de la course directe du piston parcourue sous l’influence de la contre-pression et de
- l’échappement anticipé. . ...............................0,17157.
- La fraction de la course directe, parcourue pendant la détente de la vapeur motrice est donc 1 — (0,4495 + 0,17157) = 0,37893.
- Quant à la course rétrograde, l’équation (1), préalablement divisée par 2 R,
- donne, en posant dans le second membre = 5 et a = 2^— Y ~ V”’
- la fraction de la course du piston restant à parcourir au moment où commence
- la contre-pression : le calcul donne.......................0,121325
- La fraction de la course correspondante à la détente de la vapeur est donc
- 1 — (0,5505 -f 0,121325) = 0,328175.
- Pour une avance angulaires = 60°= l’admission de la vapeur correspon-
- dra à un arc n — — ~ décrit par la manivelle du piston à partir du point
- 1,2.1
- 1 + COS — 1 — -x-
- mort et moyennement à la fraction .------— =---------------— = 0,25 de la
- 2 2
- course du piston. En faisant dans les équations (4) et (5) = 5 et « =
- on trouve pour les fractions de la course directe et de la course rétrograde du piston respectivement parcourues, pour un arc de 60° décrit par la manivelle à partir des points morts, 0,21223 et 0,28777, en moyenne 0,25.
- En faisant dans l’équation (1) préalablement divisée par 2 R, i = 5 et __ 2
- a — on trouve pour la fraction de la course directe du piston parcourue
- au moment où la contre-pression commence 0,71223. La fraction de la course directe du piston parcourue après l’occlusion de la lumière d’échappe-
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- MACHINÉS A VAPEUR,
- 491
- ment est donc 1 — 0,71223 = 0,28777. Enfin la fraction de la course directe du piston correspondante à l’expansion de la vapeur qui a lieu entre la suppression de l’admission de la vapeur motrice et le commencement de la contre-pression est égale a 1 — (0,21223 *-{- 0,28777) = 0,50.
- On trouvera de même que, dans la course rétrograde du piston, la vapeur est admise durant les..........................: 0,28777 de la course.
- La vapeur se détend dans le cylindre durant la :
- moitié de la course. . ....... ... 0,50000
- Et enfin la contre-pression occupe la fraction de la course du piston égale à. . ................. 0,21223.
- Ainsi, pour , la détente de la vapeur embrasse, dans la course
- directe comme dans la course rétrograde, la moitié de la course du piston.
- Dans ces deux exemples on n’a négligé que l’influence, toujours très-faible, en pratique, de l’obliquité de la bielle conductrice du tiroir.
- § IY. Les dimensions du tiroir dans le sens de la section représentée par la fig. 2, ainsi que le rayon ? de la circonférence décrite par le centre de l’excentrique circulaire ou par le bouton de la manivelle conductrice du tiroir, dépendent de l’avance angulaire ; il importe évidemment de réduire autant que possible ces dimensions et le rayon afin de diminuer le travail résistant dû au frottement du tiroir sur la plaque des lumières. Considérons le cas où les recouvrements dès lumières / et ï à l’intérieur sont nuis et où l’admission de la vapeur motrice dans le cylindre commence aux points morts : dans ce cas fig. (2), en désignant par e, e les largeurs respectives des lumières l et V (dimensions dans le sens de la section représentée), par E la largeur de l’ouverture d’échappement, par i, % les largeurs des cloisons pleines qui séparent les lumières l et ï de l’ouverture d’échappement, la dimension du creux du tiroir sera égale à i -j- E -f- % ; les dimensions dans le même sens des rebords pleins de gauche et de droite seront égaux respectivement à r + e, r' -f- e, r etr’ désignant respectivement les recouvrements extérieurs. Or le tiroir doit manifestement satisfaire aux deux conditions suivantes : il faut, lorsqu’il est arrivé à l’une des extrémités de son excursion,* 1° que l’ouverture d’échappement E ne soit point entièrement couverte par le rebord du tiroir qui s’est avancé sur cette ouverture et en masque une partie, afin que la communication avec le condenseur de l’extrémité du cylindre vers laquelle s’avance le piston
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- MACHINES A VAPEUR.
- ne soit point interceptée ; 2° que l’extrémité du rebord plein du tiroir n’atteigne pas ou au moins ne dépasse pas le bord de l’ouverture d’échappement ; car, si cela arrivait, la vapeur motrice passerait directement de la boîte de distribution au condenseur.
- La figure 2 représentant le tiroir dans sa situation moyenne, il, suffit d’un coup d’œil pour apercevoir que la première condition n’est satisfaite;. qu,’au-tant que l’on a :
- . E + i> f et E + i'>f, .. (1)
- et que la seconde condition exige que l’on ait :
- ^ + e + et + + >?. (2)
- On a vu que, pour une avance angulaire les recouvrements extérieurs des lumières r et r doivent, afin que l’admission de la vapeur ait lieu aux points morts suivant l’hypothèse actuelle, être respectivement
- r = p sin «t — x fl — j
- 1 — ^ J/ X2 — f2 cos2 et
- en ajoutant, membre à membre, les inégalités (2), il vient :
- r' = f sin « -f- a f
- v
- x2 — f2 cos2 a
- +e+e" + r + r >2 f.
- Mais r -j- r = 2 p sin et, portant cette valeur dans l’inégalité précédente, elle devient
- t + ï + e + e' > 2 p (1 — sin a), qui sera satisfaite en posant :
- 2 f (1 — sin et) — e + e ,
- ou
- P =
- e + e'
- 2(1 — sin et)
- Il n’y a, d’ailleurs, aucun motif pour ne pas donner aux deux lumières! et V des dimensions égales, auquel cas e = e'et ? = —
- sin au
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- MACHINES A VAPEUR.
- 493
- En substituant dans les inégalités (%) à r et r leurs valeurs en fonction de ? et et remplaçant dans la seconde e par e, elles deviennent :
- .i + c + fsin ï-\- e -+- f sin et — a
- il! et— A | 1 - i J/ A2 ---- f2 cos2 a | >
- [ 1 + î J/ A2 ----f2 COS2 et | >
- ou en faisant passer ç sin et dans les seconds membres :
- i-h e — a|i — 1 J/as — f2 cos2 et | > p (1
- [ 1 — ~ ^ a2 — ç2 cos2 et | > f (1
- *4™ 6 —p A
- sm et]
- sin et).
- On voit que la seconde est satisfaite en prenant f = -- . , quelle que
- soit la valeur de % et que la première le sera également, pourvu que l’épaisseur i de la cloison séparative de la lumière / de gauche et de l’ouverture
- d’échappement soit plus grande que a ^ 1 — 1 J/ ^ — f Cos2 «e), quantité
- toujours très-petite et qu’on peut, d’ailleurs, calculer dans chaque cas, lorsqu’on se sera donné la largeur commune e des lumières.
- En général, on donnera une même épaisseur et la plus petite possible aux deux cloisons i et %. On prendra ensuite, pour satisfaire aux deux inéga-
- lités (1), la largeur E = f — % + & — ® ^ désignant l’étendue
- en largeur de l’ouverture E qu’on veut laisser découverte à l’intérieur, quand le tiroir est aux limites de son excursion; il suffira de prendre pour $ % à 3 millimètres.
- La dimension totale du tiroir dans le sens de la section fig. .(2), qui est égale à r -|- r -f- e -f- e' + i -f i' + E, sera, au moyen des valeurs précédemment fixées, exprimée par
- 2 e sin a. 1—sin ce
- + 2« + j
- sin a
- -f- i H- <f —
- 3e
- 1 — sin,
- + i +
- Exemple : déterminer les dimensions dans le sens parallèle à l’axe du cylindre et la course d’un tiroir simple à recouvrements extérieurs, sans recouvrements intérieurs, pour une admission moyenne de la vapeur motrice depuis le point mort jusqu’au quart de la course du piston moteur.
- On aura d’abord, pour déterminer l’avance angulaire, l’équation
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- MACHINES A VAPEUR,
- COS
- «=v\
- ~ = - et, par conséquent, * = 60° ou^-. e désignant la lar-
- geur commune qu’on jugera convenable de donner aux lumières l et le rayon f de la manivelle du tiroir ou la demi-course de celui-ci sera égal à
- .---------------Wt = 7A63«.
- La moindre épaisseur i que l’on puisse donner à la cloison séparative de la lumière / et de l’ouverture d’échappement est :
- x (l - W*-' ‘) = - (T^p) •
- En supposant que la longueur a de la bielle du tiroir soit de 3 mètres et que la largeur e donnée aux lumières soit de 0m,02, on trouve que l’expression précédente est inférieure à 1 millimètre. On ne pourra guère, en pratique, prendre pour les largeurs i et % moins d’un centimètre. On aura alors pour la largeur E de l’ouverture d’échappement
- E = ? — i -j- <f = 7,463 e — 0,01 + 0,002,
- en prenant «f = 0m,002. Si l’on adopte définitivement pour la largeur commune des lumières e = 0,02, on a les valeurs suivantes pour une admission
- moyennement limitée au quart de la course du piston.
- Rayon de la manivelle du tiroir, ? = 7,463 x 0,02 = 0m,14926. Longueur totale du tiroir dans le sens parallèle à l’axe du cylindre :
- 3e + i -+ t = 0,44778 -+- 0,01 + 0,002 =........... 0,45978,
- . . TT
- i-sm-
- qui se décompose ainsi :
- Creux du tiroir : 2 i + E = 2 r+ f — i —t- <1 = f H— ^
- = 0,14926 -f 0,01 + 0,002 = . . . ù. . . ....... . . 0,16126.
- Longueur des deux rebords pleins :2e+r-f-/ = 2e-f-
- 2 g sin et . ^ e _ q 99859
- 1 — sin* 1 — sin a ..............................
- Total égal................... 0,45978
- On sait que le bord plein de gauche devra avoir un peu moins d’étendue que le bord plein de droite. Le premier sera égal à —-- — = 0,14926
- diminué de a jl — \ \ ^ ) ’ ^au^re a 0,14926- augmenté
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- MACHINES 4 VA L’EU II.
- de la même quantité. Celle-ci, pour a = 3m, e = 0m,0^ et * = ^ , est
- O
- égale à 0m,0009, soit un millimètre.
- § V. Si, dans l’équation (2) qui donne la valeur de y en fonction de l’avance angulaire * et du rayon ? de la circonférence décrite par le centre de l’excem trique ou le bouton de la manivelle du tiroir, on néglige le terme du second
- membre — (l — - v à2 — cos2 [a + «y) qui est toujours très-petit, elle
- se réduit à y = ? sin (#-+-*). Parmi les tracés graphiques propres à représenter cette équation, celui qui a été donné par le professeur Zeu-ner me parait le plus propre à en faire ressortir les conséquences (*), AC BD (fig. 4) est une circonférence dont le diamètre' AO B est éga1
- Fig. 4.
- au rayon ? ou à la demi excursion complète du tiroir Par un'point A
- (*) Voyez l’ouvrage de M. Zeuner Die Schiebenteuerungen et un article de M. Vidal, Bulletin de la Société d’encouragement, année 1864, p. 306 et 307.
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- MACHINES A VAPEUR.'
- 496.
- de cette circonférence on mène une corde AC, prolongée de part et d’autre des points À et C vers M et N et formant avec le diamètre AO B, qui aboutit au même point A, un angle BAC. égal au complément
- J — * de l’avance angulaire *. Qu’on considère la ligne MAC N comme
- représentant l’axe du cylindre à vapeur, que l’on supposera placé du côté M, et le point A comme le centre de l’arbre auquel la machine imprime le mouvement de rotation dans le sens indiqué par la flèche xy, les angles a seront comptés à partir de la corde A C dans le sens de la flèche. Pour un angle quelconque CAM' = a, la longueur de la corde AM' sera égale au produit du diamètre AB par le cosinus de l’angle B AM'; or B AM' = CAB — CAM'
- = ^ — a, — a. Donc, cos BAM' = sin [a -h *) et la corde AM' =
- AB x sin [a H- *). Les valeurs dey sont, en conséquence, représentées par les rayons vecteurs,parlant de l’origine A et terminés à la circonférence AGBD ; les valeurs correspondantes de l’angle a, dont la manivelle principale a tourné à partir du point mort, sont ceux que ces rayons vecteurs forment avec la corde AC, qui est elle-même la valeur y — p.sin *r correspondante à a = o. AC est aussi la largeur que doit avoir le recouvrement extérieur des lumières par les rebords pleins du tiroir situé dans sa position moyenne, abstraction faite de la très-faible influence de l’obliquité de la bielle du tiroir, ou tout à fait exactement la largeur moyenne des deux recouvrements extérieurs, lorsque la vapeur est admise précisément aux points morts, ce qui est le cas que nous discuterons d’abord. Si l’on décrit du point A comme centre et d’un rayon égal à AC la circonférence CRD SP Q', la partie K M<, extérieure à cette circonférence d’un rayon vecteur quelconque AM', mesurera la quantité dont le tiroir s’est déplacé, en découvrant graduellement la lumière à l’admission de la vapeur motrice, pendant que la manivelle, menée par le piston, a tourné de l’angle C AM' à partir du point mort. La figure montre que cette lumière se découvre de plus en plus?pendant que la manivelle décrit. l’angle GA B égal par i construction à
- J — a. Le tiroir est alors à la fin de son excursion vers la droite et la lumière
- est découverte à l’admission sur une largeur égale à RB. Cette manivelle continuant à tourner, le tiroir rétrograde vers la gauche ; son rebord masque de plus en plus la lumière qui est complètement recouverte, lorsque le rayon vecteur AD aboutit au second point d’intersection des deux circonférences dont les centres sont en O et en A. La manivelle du piston a alors décrit, à
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- MACHINES A VAPEUR.
- m
- partir du point mort, un angle C A1) = 2 x CÀB= — 2 «. Pour les positions comprises dans l’angle DAS formé par AD et la tangente en A à la circonférence de diamètre AB = ?, le rayon vecteur est plus petit que AC et devient nul quand il est dirigé suivant la tangente AS. Le tiroir est alors arrivé à sa position moyenne. Pendant que la manivelle du piston a tourné de l’angle DAS, la lumière de gauche est restée constamment masquée par le rebord plein du tiroir ; la vapeur motrice a donc cessé d’affluer dans le cylindre. C’est la phase d’expansiomde la vapeur dont le commencement et la fin sont marqués par les points D et S, et qui embrasse l’angle DAS décrit par la manivelle, lequel s’étend de ^ 2 à ^ — *.
- Si le tiroir n’a pas de recouvrements intérieurs, le point S marquera le commencement de l’échappement anticipé et de la contre-pression, phase qui s’étendra à l’angle SAP compris entre la tangente AS et le prolongement A P de AC, et qui est égal à *. Les rayons vecteurs menés dans l’intérieur de cet angle doivent être prolongés de l’autre côté de l’origine A pour venir recouper la circonférence de diamètre AB, en dessous de la corde AC. Ils représentent des quantités affectées du signe —; leur grandeur numérique, qui croît depuis 0 jusqu’à AC, à mesure que l’angle a, décrit par la manivelle du piston, passe de C A S = ^ — « à CAP— mesure l’écart du tiroir de sa position moyenne vers la gauche et, par conséquent, la quantité dont la lumière de gauche est démasquée à l’intérieur vers le condenseur.
- Lorsque la manivelle du piston a tourné de deux angles droits, l’écart du tiroir de sa position moyenne vers la gauche étant égal précisément à AC, qui mesure le recouvrement extérieur de la lumière de droite par le rebord du tiroir dans sa position moyenne (abstraction faite de l’obliquité de la bielle du tiroir), la lumière de droite commence à se découvrir pour l’admission de la vapeur, au moment où. la manivelle passe au-dessous du rayon vecteur A P et où le piston commence son excursion rétrograde; les phases successives d’admission, de détente et de contre-pression de celle-ci sont entièrement semblables à celles de la course directe et peuvent être représentées évidemment par la même figure.
- Si le tiroir avait des recouvrements intérieurs que nous supposerons égaux pour les deux rebords, on décrirait du point A comme centre, et avec un rayon égal à ce recouvrement intérieur, un arc de cercle qui couperait en deux points situés à égale distance du pôle A la circonférence de diamètre AB. Le rayon vecteur aboutissant à celui de ces points d’intersection qui serait situé au-dessus de la ligne M N limiterait évidemment l’angle décrit par la
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- manivelle du piston au moment où la contre-pression commencerait derrière le piston, et le rayon vecteur aboutissant au second point d’intersection situé au-dessous de la ligne ÀN, étant prolongé au delà du point A, limiterait l’angle décrit par la manivelle du piston à partir du point mort, au moment où commencerait l’échappement anticipé de la vapeur qui aurait agi sur le piston. La tangente AS serait la bissectrice de l’angle compris entre les deux lignes ci-dessus définies.
- «
- § VI. Imaginons que, tout restant égal d’ailleurs, on vienne à changer le calage sur l’arbre tournant de la manivelle ou de l’excentrique circulaire qui conduit le tiroir, de manière à faire varier l’avance angulaire * pour laquelle les dimensions du tiroir ont été calculées, suivant la méthode qui a été précédemment développée ; que cette avance angulaire, qui était primitivement d’un demi-angle droit ou 45°, soit augmentée et portée, par exemple, à 65°, dont le complément est 25°. on portera, sur une ligne faisant avec AC un angle de 25°, la longueur AB' égale au rayon g de la manivelle conductrice du tiroir, qui n’a subi, par hypothèse, aucun changement.
- Décrivant alors sur AB', comme diamètre, la circonférence AEB'D', le rayon vecteur AC', aboutissant au point d’intersection de cette circonférence avec celle qui a pour rayon AC, marquera sur celle-ci l’angle dont la manivelle du piston moteur aura tourné à partir du point mort situé sur la ligne AN, au moment où la lumière de gauche commencera à être découverte à l’extérieur par le rebord du tiroir, et où la.vapeur motrice sera admise par elle dans le cylindre. Les angles de rotation de la manivelle étant comptés à partir de AN, dans le sens indiqué par la flèche, celui dont il s’agit est supérieur à deux droits et mesuré par une circonférence entière, moins l’angle aigu CAC'; la lumière de gauche sera ainsi découverte à l’admission, avant que le piston ait terminé son excursion de la droite vers la gauche; il y aura donc avance à l’admission de la vapeur motrice, dont la pression aura agi sur le piston comme force résistante, tandis qu’il achevait sa course rétrograde et que la manivelle arrivait au point mort en décrivant l’angle C'AC, qui est égal à celui dont l’avance angulaire a été augmentée par le nouveau calage. Au moment où le piston commence son excursion directe de gauche à droite, la lumière de gauche est déjà démasquée sur une largeur mesurée par la partie C E du rayon vecteur A E, qui est extérieur à la circonférence décrite du point A comme centre avec le rayon AC; l’ouverture d’admission atteint son maximum quand la manivelle a
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- tourné à partir du point mort de l’angle CAB' égal au complément de la nouvelle avance angulaire; la lumière est de nouveau entièrement masquée, et la détente de la vapeur commence, quand la manivelle du piston a tourné à partir du point mort de l’angle CAD', D' étant le second point d’intersection de la circonférence construite sur AB' comme diamètre, et de celle dont le centre est en A et le rayon AC. Or cet angle CAD' est égal à C' AD'ou à son égal CAD diminué de l’angle CAC' qui est l’augmentation de l’avance angulaire. La phase d’expansion de la vapeur motrice dans l’intérieur du cylindre correspondra à l’espace angulaire compris entre le rayon vecteur AD' et la tangente AS' en A à la circonférence construite sur le diamètre AB', lequel
- angle est égal à ~— B' AD' = ~ — {- — a)j= a. L’étendue angulaire de
- la détente de la vapeur n’est donc pas modifiée par le changement du calage de la manivelle; son étendue linéaire en est seule altérée.
- Après que la manivelle du piston a dépassé l’angle ^ + CAB' compris
- entre AC et la tangente AS' à la circonférence de diamètre AB', commencent à la fois, s’il n’y a pas de recouvrements intérieurs, la contre-pression de la vapeur en arrière et l’échappement anticipé de la vapeur en avant du piston. Mais la contre-pression, au lieu de se continuer dans la même condition jusqu’à ce que la manivelle ait décrit une demi-circonférence, et que le piston ait complété sa course directe, change de caractère au moment ou la manivelle vient se placer sur le prolongement du rayon vecteur négatif AC'en dessus de la ligne AP, c’est-à-dire lorsque la manivelle a parcouru, à partir du point mort, un angle égal à * — CAC'. La lumière de droite est alors démasquée extérieurement par le rebord du tiroir, et la vapeur venant de la chaudière s’introduit dans le cylindre ; c’est cette vapeur qui résiste au mouvement du piston j usqu’à la fin de sa course directe, pendant que la manivelle du piston achève sa demi-révolution en décrivant un angle égal à CAC'. Au moment où le piston commence sa course rétrograde, la lumière d’admission se trouve déjà démasquée sur une largeur égale à CE.
- En résumé, une augmentation donnée de l’avance angulaire du tiroir, obtenue au moyen de la simple modification du calage de l’excentrique circulaire ou de la manivelle qui conduit le tiroir, toutes choses restant égales, d’ailleurs, a pour effet de faire avancer de la même quantité angulaire sur la circonférence décrite par la manivelle principale, et en sens inverse de son
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- mouvement de rotation, les points où commencent et finissent l’admission de la vapeur motrice, la détente, la contre-pression et l’échappement. Le commencement de l’admission de la vapeur se trouve ainsi reporté avant le point mort origine de la course du piston, et l’angle correspondant à la partie de la course du piston dans laquelle la vapeur venant de la chaudière agit comme force motrice sur le piston en est diminué. À cette diminution correspond une introduction prématurée de la vapeur motrice qui agit comme force résistante dans la dernière partie de la course du piston, correspondante à un angle égal décrit par la manivelle.
- Si l’excentrique circulaire ou la manivelle qui conduit le tiroir était calée sur l’arbre tournant à un angle droit en avant du plan mené par l’axe de cet arbre perpendiculairement à la manivelle principale, et, par conséquent, à deux angles droits en avant de cette dernière, de telle sorte qu’à une excursion complète du piston correspondît une excursion complète aussi, mais en sens inverse, du tiroir, le complément de la nouvelle avance angulaire serait nul. Le diamètre AB ou AB'= e de la circonférence viendrait coïncider en direction dans la fig. 4 avec le rayon vecteur À C correspondant au point mort, à partir duquel sont comptés les angles de rotation de la manivelle ; les points C' et D' se trouveraient à égale distance, l’un en dessous, l’autre en dessus du rayon vecteur AC. L’admission de la vapeur motrice aurait lieu à pleine ouverture de la lumière dès le commencement de la course directe du piston, et durerait jusqu’à ce que la manivelle eût parcouru
- un angle égal à C A R ^— a. La vapeur admise se détendrait dans le
- cylindre, pendant que la manivelle parcourant un angle * compléterait un quart de circonférence à partir du point mort, et viendrait se placer perpendiculairement à AC. Pendant tout ce temps, l’extrémité du cylindre vers laquelle marche le piston serait en communication avec le condenseur. Après un angle droit décrit par la manivelle principale, le tiroir serait au milieu de sa course ; la contre-pression en arrière et l’échappement anticipé en avant du piston commenceraient, et les choses continueraient ainsi, le piston subissant un travail résistant, jusqu’à ce que la manivelle principale eût parcouru au
- delà de l’angle droit un angle égal à *, en tout ~ à partir du point mort.
- Alors la lumière de droite commencerait à se démasquer à l’extérieur et la vapeur de la chaudière à affluer dans le cylindre, par une ouverture qui irait en s’agrandissant jusqu a la fin de la course directe du piston, la mani-
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- Telle du piston ayant décrit, pendant ce temps, l’angle ~ — *, qui compléterait la demi-circonférence. Les mêmes phases se reproduiraient dans la course rétrograde. On voit que les actions de la vapeur motrice, agissant à la pression de la chaudière sur le piston au commencement et à la fin de sa course, se détruiraient mutuellement ; mais le mouvement alternatif du piston et la rotation de la manivelle dans le même sens qu’avant le changement de calage seraient cependant entretenus par le travail moteur résultant de l’excès de la vapeur qui se détendrait dans le cylindre sur la compression de la vapeur raréfiée sur l’autre face, durant la partie intermédiaire de la course du piston.
- La diminution de l’avance angulaire de la manivelle du tiroir, au moyen d’un changement de calage, produirait des effets inverses de ceux qui viennent d’être décrits ; elle déplacerait de la même quantité angulaire, sur la circonférence décrite par la manivelle principale et dans le sens de la rotation de celle-ci, les points où commencent et finissent les phases successives d’admission, de détente de la vapeur motrice, de la contre-pression et de l’échappement anticipé. Ainsi elle amènerait un retard à l’admission de la vapeur motrice, qui commencerait après que la manivelle du piston aurait dépassé le point mort. Le commencement de la détente et de la contre-pression éprouverait un retard angulaire précisément égal, et enfin la vapeur comprimée derrière le piston, dans la dernière partie de la course directe, se dilaterait au commencement de la course rétrograde, en restituant une partie du travail moteur employée à la comprimer, jusqu’à ce que la vapeur motrice fût admise dans le cylindre. C’est ce que met en évidence, dans la fig. 4, le cercle À C" B" D" tracé sur un diamètre AB" =?, qui forme avec AN un angle N AB" plus grand que NAB, complément de l’avance angulaire normale sur laquelle les dimensions du tiroir ont été réglées, pour que l’admission de la vapeur motrice eût lieu aux points morts.
- Si l’avance angulaire, telle qu’elle a été définie, était réduite à o, la tangente en A au cercle de diamètre p, coïnciderait avec MN; le tiroir passerait alors par sa position moyenne, quand la manivelle du piston passerait par les points morts. La phase d’admission de la vapeur, dont l’amplitude angulaire serait toujours égale à ^—2 *, serait placée à égale distance des deux points morts, et correspondrait, par conséquent, au maximum possible de chemin linéaire parcouru par le piston. La vapeur admise se détendrait dans le cylindre en pressant le piston jusqu’à la fin de la course. La phase de contre-pression et d’échappement anticipé serait supprimée, ou plutôt
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- l’échappement anticipé serait reporté de la fin au commencement de l’excursion du piston, qui subirait un travail résistant à partir du point mort, jusqu’à ce que la manivelle principale eût parcouru un angle précisément égal à *, poussé qu’il serait dans le sens contraire à son mouvement, par la pression de la vapeur du condenseur et dans le sens de son mouvement, par cette pression réduite en raison de l’augmentation croissante du volume de la vapeur raréfiée qui remplissait au point mort l’espace nuisible. La supposition de l’avance angulaire normale a = o nous ramène au cas du tiroir sans recouvrements extérieurs, dont les rebords sont égaux à la largeur des lumières, qui admettrait la vapeur pendant la durée entière de la course du piston, ce que montre très-bien l’épure de Zeuner.
- L’avance angulaire de la manivelle du tiroir sur celle du piston, telle que nous l’avons définie, peut aussi être considérée comme négative et comprise
- entre o et — —, de façon que la manivelle du tiroir ne fût en avance de celle de
- la manivelle, dans le sens de la rotation, que d’un angle plus petit qu’un droit. À mesure que cet angle diminuerait de grandeur absolue, en se rapprochant de o, le retard à l’admission de la vapeur motrice deviendrait de plus en plus grand, le milieu de l’arc correspondant à la phase d’admission sur la circonférence décrite par la manivelle du piston s’écarterait de plus en plus de l’extrémité du rayon perpendiculaire à M N, en se rapprochant du point P, avec lequel il arriverait à coïncider lorsque l’angle compris entre la manivelle du piston et celle du tiroir serait nul. Dans ce cas extrême, les excursions du piston et du tiroir commenceraient et finiraient ensemble, leurs mouvements étant toujours de même sens.
- Dans l’épure qui représenterait alors la distribution, le diamètre f de la circonférence passant par le point À coïnciderait en direction avec A M. L’admis sion de la vapeur n’aurait lieu dans l’excursion directe du piston, de manière à le pousser dans le sens de son mouvement, que vers la fin de la course, lorsqu’il ne resterait plus à la manivelle principale à parcourir qu’un angle
- égal à — a pour compléter sa demi-révolution. La lumière serait com-
- plétement démasquée à l’extérieur au point mort, et le piston, dans sa course rétrograde, aurait à refouler la vapeur dans la chaudière, jusqu’à ce que la
- manivelle principale eût décrit un angle égal à — *, tandis qu’il ne se-
- rait poussé que par la pression de la vapeur du condenseur. A partir de
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- l’angle — — «, le rebord du tiroir intercepterait la communication entre'la
- partie postérieure du cylindre et la chaudière; la vapeur confinée serait comprimée par le piston qui ne serait toujours poussé que par la pression du condenseur, jusqu’à ce que la manivelle eût tourné d’un angle droit à partir du point mort. Le tiroir étant alors au milieu de sa course et venant à la dépasser, la vapeur comprimée par le piston s’échapperait au condenseur ; mais le piston ne serait encore poussé dans le sens de son mouvement que par la pression de la vapeur du condenseur qui irait graduellement en diminuant, par suite de l’augmentation de volume, jusqu a ce que la manivelle fût éloignée du point mort d’un angle égal à ^ Alors seulement
- la vapeur motrice commencerait à pénétrer dans le cylindre pour pousser le piston dans le sens de son mouvement, et serait admise par une ouverture qui irait en s’élargissant de plus en plus jusqu’à ce que la manivelle eût accompli sa demi-révolution. Dans cette dernière phase le piston recevrait un travail moteur qui compenserait le travail résistant qu’il aurait subi au commencement de sa course ; mais, dans la partie intermédiaire, le travail résistant dû à la contre-pression l’emporterait de beaucoup sur le travail moteur dû à la pression et à la détente de la vapeur du condenseur ; le piston subirait donc en somme un travail résistant, par suite duquel le sens de la rotation de l’arbre serait renversé, à moins que ce résultat ne fût empêché par l’action de forces extérieures. Mais la rotation en sens inverse ne pourrait pas plus subsister que la rotation dans le sens primitif, si elle n’était pas entretenue par des forces motrices extérieures, puisque la position relative des deux manivelles reste la même, quel que soit le sens de la rotation. L’action de la vapeur distribuée au moyen du tiroir à recouvrements ne peut donc entretenir le mouvement de rotation imprimé à l’arbre tournant par la machine, en surmontant un travail résistant extérieur, quelque petit qu’il soit, qu’autant qu’il existe un certain écart angulaire entre la manivelle du tiroir et celle du piston de la machine, et le sens de cette rotation est celui dans lequel la manivelle du tiroir précède la manivelle du piston d’un angle moindre que deux droits.
- § VIL Pour renverser le sens de la rotation qu’une machine à piston imprime à un arbre tournant, de manière que la vapeur agisse sur le piston après ce
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- renversement, comme elle agissait avant et exerce sur lui un travail moteur égal, il faut, toutes choses restant d’ailleurs égales, changer le calage de l’excentrique ou de la manivelle qui conduit le tiroir de telle sorte que celle-ci soit amenée et fixée sur l’arbre tournant, à une distance angulaire de sa position primitive égale au double du supplément de l’angle qu’elle formait avec la manivelle du piston, cette distance angulaire étant comptée dans le sens de la rotation qui a lieu et qu’on veut renverser. Il est clair, en effet, que ce déplacement étant effectué, la manivelle du tiroir, quand le renversement de la rotation aura eu lieu, précédera la manivelle du piston d’un angle précisément égal à celui dont elle le précédait dans la rotation primitive. Les machines destinées à produire un mouvement de rotation dont le sens doit être changé à la volonté du mécanicien, celles, par exemple, qui font mouvoir les tambours sur lesquels s’enroulent les câbles des appareils d’extraction placés sur les puits de mines, les machines locomotives et les machines des bateaux à vapeur, sont pourvues de mécanismes qui permettent de changer le calage de la manivelle du tiroir comme il vient d’être expliqué. Après que le mécanicien a amené l’excentrique ou la manivelle du tiroir à la position voulue pour renverser le sens de la rotation, l’inertie entretient encore pendant un temps plus ou moins long le mouvement ancien qui s’éteint graduellement; le travail résistant exercé alors par la vapeur sur le piston peut être d’ailleurs favorisé ou contrarié par les forces extérieures appliquées à l’arbre tournant, et, dans certains cas, ces forces sont suffisantes pour entretenir le mouvement primitif, malgré le travail contraire de la vapeur et des résistances passives. On dit alors que la machine marche à contre-vapeur; elle joue le rôle d’un frein pour contrebalancer le travail moteur des forces extérieures et modérer un accroissement de vitesse du système qui deviendrait dangereux. C’est ainsi que l’emploi de la marche à contre-vapeur s’est généralisé, moyennant quelques précautions indiquées par M. Le Châtelier, dans l’exploitation courante des chemins de fer à fortes déclivités, et qu’il a été appliqué aux arrêts ordinaires sur les chemins dont le profil s’approche de l’horizontalité. Il importe donc de se rendre un compte exact des circonstances de la distribution de la vapeur par un tiroir dont la manivelle est fixée dans la position oii la vapeur, tendant à produire une rotation de sens contraire à celle qui a lieu, oppose une résistance au mouvement effectif.
- On déduira sans difficulté le résultat cherché de l'épure de Zeuner, en
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- imaginant que, la manivelle du tiroir demeurant fixée dans une certaine position, celle par exemple où l’avance angulaire du tiroir est égale à l’angle complémentaire de EAB', la rotation, au lieu d’avoir lieu dans le sens de la flèche xy où elle serait entretenue par l’action de la vapeur, a lieu en sens opposé. La figure montre que, au moment où la manivelle passera par le point mort auquel correspond le commencement de la course directe du piston, la lumière d’admission voisine du piston sera encore découverte extérieurement sur une largeur égale à CE, tandis que la lumière conduisant à l’extrémité opposée du cylindre sera démasquée à l’intérieur et laissera libre la communication du cylindre avec le condenseur. Le piston sera donc, au début de sa course, pressé dans le sens de son mouvement par la vapeur affluente de la chaudière, en sens inverse de son mouvement par la vapeur à la pression du condenseur, d’où résultera un travail moteur exercé sur lui. À mesure que la manivelle du piston tournera dans le sens opposé à la flèche xy, le passage ouvert à l’admission de la vapeur sera rétréci de plus en plus et finalement tout à fait fermé, quand la manivelle aura décrit l’angle EAC' dont le côté AC' aboutit au point d’ihtersection de la circonférence de diamètre AB' = f et de la circonférence de rayon AC dont le centre est en A. La vapeur déjà admise dans le cylindre se dilatera ensuite en exerçant une pression décroissante sur la face antérieure du piston; la communication entre la partie du cylindre située de l’autre côté du piston et le condenseur restera ouverte jusqu’à ce que le tiroir soit arrivé à sa position moyenne, ce qui arrivera, quand la manivelle du piston aura décrit, à partir du point mort, un angle égal à celui que forme le rayon vecteur AE avec la tangente en A à la circonférence de diamètre AB', c’est-à-dire au complément de EAB'. Dans la partie de sa course correspondante à l’espace angulaire C'AQ' décrit par la manivelle principale, le piston recevra donc encore un travail moteur dû à l’excès de la pression de la vapeur, qui se dilate dans le cylindre, sur celle du condenseur. La manivelle du piston continuant ensuite à tourner, le tiroir dépassera sa position moyenne ; la lumière antérieure sera démasquée intérieurement et donnera issue à la vapeur motrice vers le condenseur, tandis que la vapeur raréfiée et confinée dans la partie postérieure du cylindre y sera comprimée par le piston, qui recevra ainsi un travail résistant dû à l’excès de la pression de la vapeur de plus en plus comprimée sur celle qui existe dans le condenseur : cela durera ainsi jusqu’à ce que la manivelle principale ait tourné à partir du point mort d’un angle E A <?, étant le point où le prolongement A<f du rayon vecteur AD' vient Tome XY. — 67e année. 2e série. — Août 1868. 65
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- couper la circonférence dont le centre est en A et le rayon est égal à AC. A partir de cette position, la lumière d’admission de droite sera démasquée extérieurement, ce qui mettra la partie postérieure du cylindre en communication avec la chaudière dont la vapeur viendra remplir le cylindre. Cette communication restera ouverte jusqu’à la fin de la course du piston; la partie antérieure du cylindre restera, au contraire, en communication avec le condenseur. Donc, tandis que la manivelle principale complétera sa demi-révolution en décrivant l’angle J'AP égal à E AD', le piston refoulera dans la chaudière la vapeur qui avait pénétré dans le cylindre à l’origine de cet arc, et il aspirera dans l’espace qu’il laisse derrière lui la vapeur venant du condenseur. C’est là la partie de sa course où il subit le travail résistant le plus considérable.
- En résumé, si nous désignons par a l’avance angulaire normale sur laquelle ont été réglées les dimensions des rebords du tiroir, pour qu’il n’y ait ni avance ni retard à l’admission de la vapeur, par a! l’angle dont cet écart angulaire a été augmenté pour obtenir une certaine avance à l’admission, les circonstances de la distribution de la vapeur, dans la marche directe et dans la marche à contre-vapeur de la machine, seront résumées dans le double tableau suivant :
- Marche directe.
- Angles décrits par la manivelle du piston : | Distribution de la vapeur :
- Angle EAD' = t — 2 a — «P
- Admission de la vapeur motrice sur le piston. Pression du condenseur sur la face opposée.
- Angle D'AS' compris entre AD’ et la tangente AS' au point A à la circonférence de diamètre AB'. L’angle D'AS' = a...................
- Détente de la vapeur motrice sur le piston. Pression du condenseur sur la face opposée.
- Angle S'AC', compris entre la tangente AS' et le prolongement AC', du rayon vecteur AC' au delà du point A. L’angle S'A C'j -- a.. . .
- [ Contre-pression devant le piston due à la conk-) pression de la vapeur confinée qui était d’abord ) à la pression du condenseur.
- ; Echappement anticipé de la vapeur détendue.
- Angle C', A P compris entre les prolongemei des rayons vecteurs AC' et AC au delà point A. L’angle C', AP complète la demi-i volution de la manivelle et est égal à
- Contre-pression exercée devant le piston par la vapeur de la chaudière qui a pénétré dans le cylindre et est refoulée dans la chaudière.
- Aspiration de la vapeur du condenseur dans l’espace que le piston délaisse derrière lui.
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- NOTICES INDUSTRIELLES.
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- Marche à contre-vapeur.
- Angles décrits par la manivelle du piston : Angle C A C' = P A C\ = *'...............
- Angle C'AQ' compris entre le rayon vecleur AC' et la tangente A Q' en A à la circonférence de diamètre AB', l’angle C'AQ' = C'iAS'= a.
- AngleQ'A^— S'AD' compris entre la tangente A Q' et le prolongement du rayon vecleur AD', Q' A = a.....................................
- Angle <fAP compris entre les prolongements des rayons vecteurs AD' et AC au delà du point A. Cet angle complète la demi-révolution de la manivelle, il est égal à D'A C —
- ^ — 2 et — et'............................
- | Distribution de la vapeur :
- | Admission de la vapeur motrice sur le piston. Pression du condenseur sur la face opposée.
- [ (Travail moteur transmis au piston.)
- [ Détente de la vapeur déjà reçue dans le cy-j lindre et qui presse le piston dans le sens de 1 son mouvement.
- ( Pression du condenseur derrière le piston. (Travail moteur transmis au piston.)
- [ Contre-pression exercée devant le piston par la vapeur confinée qui était d’abord à la pression I du condenseur.
- | Pression du condenseur exercée sur le piston | dans le sens de son mouvement.
- 1 (Travail résistant sur le piston.)
- Contre-pression exercée devant le piston par la I vapeur de la chaudière qui a pénétré dans le cylindre et qui est refoulée dans la chaudière.
- I Aspiration de la vapeur du condenseur dans l’espace que le piston laisse derrière lui.
- (Travail résistant sur le piston.)
- {La suite au prochain cahier.)
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Préparation «Se la magnésie employée comme matière réfraetasre,
- par ni. Ifl. Caron.— Jusqu’ici, l’emploi de la magnésie, comme matière réfractaire, était resté confiné dans le domaine du laboratoire, en raison de la cherté de la matière première, qu’on tire surtout de l’île d’Eubée, où elle se trouve en quantités considérables à l’état de carbonate blanc, très-compacte et d’une assez grande dureté. Mais aujourd’hui les choses sont changées ; le prix du carbonate naturel étant descendu de 250 fr. les 1000 kilog. à 70 fr., rendu à Marseille, ou 100 fr. rendu à Dunkerque, prix qui peut encore diminuer si l’on calcine sur place avant d’expédier, les chimistes, les physiciens, les industriels vont pouvoir utiliser cette précieuse terre, et c’est pour leur en faciliter l’emploi que M. Caron s’est occupé de procédés d’agglomération dont il a fait part à l’Académie des sciences.
- * TB
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- NOTICES INDUSTRIELLES.
- Le carbonate de magnésie de l’île d’Eubée, dont se sertM. Caron, contient des traces de chaux, de silice et de fer ; il est parsemé, quelquefois, de matières serpentineuses et de larges plaques de silice qui diminueraient l’infusibilité de la matière et la rendraient impropre surtout à l’éclairage oxyhydrique, si l’on négligeait de les enlever.
- Avant de broyer ce carbonate, il est utile de le cuire à la température nécessaire et suffisante pour l’expulsion de l’acide carbonique ; la matière devient très-friable et peut être pulvérisée plus facilement. Il est possible alors de séparer la serpentine et la silice, qui ne se délitent pas sous l’influence de la chaleur. Ce premier traitement ne permet pas encore d’agglomérer la magnésie, et même, en supposant cette difficulté vaincue, une température supérieure à la calcination primitive, donnant lieu à un énorme retrait, produirait des fentes et des déformations qui interdiraient l’usage de cette substance. Il est donc indispensable, avant de mouler la magnésie, de la soumettre à un feu très-intense et au moins égal à celui qu’elle devra supporter plus tard.
- Ainsi calcinée, elle n’est pas encore plastique ; son aspect est sablonneux et la compression ne lui donne aucune cohésion ; un mélange de magnésie moins câlinée lui donne cette qualité. La proportion de cette dernière varie nécessairement avec le degré de calcination des deux magnésies ; elle est, à peu près, d’un sixième du poids de celle qui a subi la température la plus élevée (fusion de l’acier) (1). Il ne reste plus alors qu’à humecter^la matière avec 10 à 15 pour 100 de son poids d’eau ordinaire, et à la comprimer fortement dans des moules en fonte, comme cela se pratique pour les agglomérés de houille. La brique produite ainsi durcit en séchant à l’air, et devient encore plus résistante lorsque, ensuite, on la calcine au rouge. Bien qu’en opérant ainsi M. Caron ait pu obtenir de petits creusets de laboratoire, il ne croit pas, cependant, ce moyen applicable aux grands creusets servant à la fusion de l’acier, parce que la compression est difficile sur de grandes masses, et que la magnésie-adhère fortement aux parois, circonstance défavorable lorsque les moules ont une grande surface. Dans ce cas, et dans d’autres encore, il est préférable d’agglomérer la matière par voie humide.
- Pour donner à la magnésie une sorte de plasticité, M. Caron a profité d’une propriété de cette terre indiquée par Berzélius. Fortement calcinée, puis mouillée, elle durcit en séchant. Ce fait est sans doute dû à une hydratation qui n’est accusée par aucune élévation sensible de température. M. Caron a remarqué, en outre, que, solidifiée de cette façon, la magnésie ne perd l’eau assimilée qu’à une température élevée ; alors la calcination non-seulement ne la désagrégé pas, mais lui donne, au contraire, une dureté et une résistance comparables à celles des creusets ordinaires après leur cuisson.
- Ceci bien constaté, le parti à tirer de cette propriété est facile à comprendre. Ainsi,
- (1) Il est bien entendu qu’on doit employer le moins possible de l’espèce dont le rôle se borne à assurer une bonne agglomération.
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- la magnésie calcinée, destinée à la fabrication des creusets, devra seulement être humectée, tassée dans les moules, séchée, • puis, enfin, soumise à la cuisson. Pour les revêtements des fours à fondre l’acier, on damera de même, sur les parois, la pâte de magnésie humide ; elle se cuira naturellement sans qu’il y ait à prendre des précautions particulières. Il arrive cependant quelquefois, soit parce que la magnésie a été trop ou trop peu hydratée, soit parce qu’elle contenait des matières siliceuses, que les vases, avant ou après la cuisson, n’offrent pas toute la solidité désirable ; ils doivent alors, pour l’acquérir, être trempés simplement dans une eau saturée à froid d’acide borique, puis séchés et cuits comme précédemment.
- La magnésie bien pure, fortement calcinée et finement pulvérisée, peut être employée à l’état de barbotine, et donne les creusets les plus délicats et les plus diaphanes, aussi bien que les empreintes les plus pures et les plus compliquées. M. Caron estime que, dans un avenir prochain, cette terre sera employée avantageusement dans la céramique, malgré la difficulté de son moulage comparé à celui de la pâte à porcelaine. (Extrait des Comptes rendus de l’Académie des sciences.)
- Dosage «le l’acidité totale du moût du raisin, par M. Si. Pasteur. —
- L’auteur s’est servi d’eau de chaux, titrée à l’aide d’une solution normale d’acide sulfurique ou d’acide oxalique. L’eau de chaux est un peu plus chargée en hiver qu’en été. Il en faut environ 27 cent. cub. pour saturer 0sr,06125 d’acide sulfurique, lesquels équivalent à 0gr,075 d’acide acétique, à (F,09375 d’acide tartrique, à 0sr,235 de bitartrate de potasse.
- On prélève 10 cent. cub. de moût avec une pipette graduée; on les place dans un verre à pied sans addition de teinture de tournesol. Le moût le plus incolore, provenant des raisins rouges ou blancs, renferme toujours des matières colorables sous l’influence de la plus minime quantité d’alcali ajoutée en excès. On verse alors l’eau de chaux à l’aide d’une burette décime que l’on tient de la main gauche pendant qu’on agite avec la droite, jusqu’au changement de teinte de la couleur, ou jusqu’à l’apparition d’une teinte jaune-verdâtre, si le liquide était primitivement incolore. Il faut aller rapidement sans tâtonner jusqu’à la nouvelle coloration, et retrancher une ou deux gouttes du chiffre marqué par la burette. Au moment du changement de teinte, il ne se fait de dépôt ni floconneux ni cristallin. Ce n’est qu’au bout de quelques minutes, ou mieux d’une demi-heure à une heure, que la liqueur se trouble en laissant déposer des cristaux grenus de tartrate neutre de chaux, ou, plus rarement, de tartromalate de chaux, sel formé d’une combinaison de 1 équivalent de tartrate de chaux avec 1 équivalent de malate de cette base, unis à 16 équivalents d’eau. Le microscope permet de distinguer très-nettement ces deux genres de sels.
- Si, pendant l’addition même de l’eau de chaux, la liqueur se troublait par la précipitation de petits cristaux de tartrate de chaux, l’essai acidimétrique n’en serait pas moins exact. Il ne faudrait donner aucune attention à ce dépôt. Souvent la coloration
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- du liquide ne s’en aperçoit que mieux, mais ce cas est rare si l’essai ne traîne pas en longueur.
- Le papier tournesol rouge est un réactif infidèle pour assigner la fin de l’essai. En effet, il arrive constamment que le papier, qu’il faut, dans tous les cas, choisir très-sensible, commence à bleuir et à donner, par conséquent, des signes d’alcalinité bien avant qu’il y ait un excès réel d’eau de chaux accusé par la coloration du liquide. Cela tient à ce que les solutions des tartrate et malate de chaux ont, comme l’acétate de cette base, une réaction alcaline.
- On a supposé que le moût avait été filtré à clair. Si on devait l’employer à l’état brut et trouble, on pourrait être embarrassé d’assigner le moment où l’épreuve est achevée. Dans ce cas, il faut ajouter une quantité d’eau de chaux insuffisante pour la saturation, en allant, par exemple, jusqu’à ce que la liqueur manifeste un premier commencement d’alcalinité au papier rouge sensible; puis on filtre et on prélève 10 cent. cub. de la liqueur claire, auxquels on ajoute goutte par goutte de l’eau de chaux jusqu’au changement de teinte. Une proportion indique facilement ce que l’on aurait dû ajouter au volume total de la liqueur. Exemple :
- 10 cent. cub. d’acide sulfurique Peligot au dixième exigent 27cent- cub ,5 eau de chaux. Il en résulte que 25“,5 de cette eau de chaux équivalent à 0,09375 d’acide tartrique C8 H4 O10, 2 (HO). Essayons avec cette eau de chaux un moût trouble; après addition de 22cc,8 eau de chaux, soupçon éloigné d’alcalinité. Pour 24cc,3, l’alcalinité est très-sensible. On filtre et on prélève 10 cent. cub. pour lesquels il faut ajouter 8 gouttes d’eau de chaux afin de faire virer la teinte. Pour le volume total de la liqueur, en tenant compte du volume des gouttes, il eût fallu ajouter lcc,2 d’eau de chaux. 10 cent. cub. de ce moût exigeaient donc 25cc,5 d’eau de chaux pour leur saturation ; 1 litre de ce moût renfermait, par suite, l’équivalent de 0,9375 X 100 X 25,5 : 27,5 = 8gr,69 d’acide tartrique, en supposant, hypothétiquement, que tout l’acide du moût est de l’acide tartrique.
- Lorsqu’on opère sur du moût préalablement filtré, comme on va d’un trait jusqu’au changement de teinte, la lecture sur la burette donne immédiatement le volume de l’eau de chaux nécessaire à la saturation de 10 cent. cub. de moût. Ce volume, multiplié par le rapport 9,375/27,5, indique l’équivalent au litre d’acide tartrique. Le nombre 27,5 change d’ailleurs avec le titre de l’eau de chaux. C’est le nombre de centimètres cubes d’eau de chaux nécessaire pour saturer 0°r,06125 d’acide sulfurique de formule S O3 HO. (Etudes sur le vin, par M. L. Pasteur.)
- Distribution «Ses eaux, «lu MIS, as» Caire. — Le Caire a de 4 à 500 000 habitants. L’eau, qui est un besoin de première nécessité, y coûte 2 francs le mètre cube, quoiqu’on soit sur le bord du Nil. Il s’agit de faire délivrer l’eau au prix maximum de 1 fr. pour les particuliers, et de 0f,40 pour les administrations publiques.
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- La concession a été donnée à M. Cordier, ingénieur français, déjà directeur de la distribution d’Alexandrie.
- M. Cordier doit établir, dans les terrains de l’ancienne Salpêtrière, des machines capables de puiser au Nil de 30 à 40 000 mètres cubes par jour. La conduite de refoulement, de 1 mètre de diamètre et de 4 000 mètres environ de longueur, sera posée sous une avenue qu’on crée exprès sur un terrain semé de décombres, en dehors de la ville. Elle aboutira au mont Mokaltan, au milieu d’une plaine sablonneuse, couverte de ruines et de tombeaux. Là seront les filtres et les réservoirs à 38 mètres d’altitude ; là commencera un double service. Les eaux clarifiées descendront au Caire pour y servir d’eaux potables. Les troubles qui seront restés sur les filtres et qui, en temps de crue, représentent environ 1 p. 100 de l’eau puisée au fleuve, colmateront les jardins du quartier neuf de l’avenue ou les terrains de sable qui descendent, sur 8 kilomètres, depuis le mont Mokaltan jusqu’aux carrières de Toure. En un mot, la machine à vapeur portera le don de l’inondation du Nil à la cote 38. On estime que, chaque année, on enlèvera au désert 30 à 40 hectares, qui seront convertis en cultures riches.
- Les travaux ont été commencés en avril 1866 et doivent être terminés dans un délai de cinq ans. [Annales des ponts et chaussées.)
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- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du \% juin 1868.
- Présidence de M. le sénateur Dumas, président.
- Correspondance. — La Chambre syndicale des bijoutiers, joailliers, orfèvres et horlogers sollicite le patronage de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale en faveur d’une école de dessin et de modelage que cette Chambre se propose de créer, et qui sera spéciale aux industries qui mettent en œuvre l’or et l’argent. (Commission des beaux-arts appliqués à l’industrie et commission des fonds.)
- M. Lapique, menuisier, à Maxeville (Meurthe), demande une première annuité de brevet pour un mécanisme qu’il a inventé et qu’il nomme moteur universel, par lequel la force de l’homme est considérablement augmentée et devient égale à celle d’un cheval-vapeur (arts mécaniques).
- M. Pelouze (Eugène) propose d’utiliser, dans les industries qui se servent de liquidés facilement inflammables, la propriété que les toiles métalliques ont d’arrêter la flamme, non-seulement dans les gaz, mais encore dans les liquides. Cette propriété pourrait
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- rendre des services quand il s’agit de transvaser des liquides volatils (arts économiques) .
- M. d’Eurcourt (B.), rue des Tournelles, n° 26, indique les avantages que procurerait un éclairage, produit par l’incandescence du platine, obtenu par la combustion d’un volume de gaz d’éclairage mêlé à deux volumes d’air atmosphérique. Il montre qu’il est facile d’empêcher que les proportions de ce mélange soient jamais altérées au point de le rendre détonant, et que l’éclairage est très-brillant quand l’écoulement de ce gaz mélangé est fait sous une pression de 7 centimètres d’eau (arts économiques).
- M. Michant (P.), boulevard Saint-Michel, n° 59, présente des oreillers où l’air intérieur est facilement renouvelé et qui peuvent ainsi durer vingt "ans sans être affaissés : il les nomme oreillers de santé (arts économiques).
- MM. les Secrétaires signalent, parmi les imprimés adressés à la Société, les ouvrages suivants :
- Revue de géologie pour les années 1865 et 1866 (5e volume de la collection), par MM. Delesse et de Lapparent, ingénieurs des mines. Paris, i868, in-8° de 293 pages; Dunod, éditeur.
- Gauzentes (Henri). Rapport sur l’Exposition universelle de 1867. Matières premières et machines. Reims, 1867, in-8° de 166 pages; édité par la Société industrielle de Reims.
- Tyndall (John). Six leçons sur la Chaleur et le Froid, traduites de l’anglais par M. l’abbé Moigno. Paris, 1868, grand in-18 de 124 pages.
- Bouchard-Huzard (L.). Rapport sur l’Exposition d’horticulture à l’Exposition universelle de 1867. Paris, 1867, in-8° de 23 pages.
- M. Wolowsld, membre du Conseil, adresse plusieurs exemplaires de ses leçons sur le travail des enfants dans les manufactures. Paris, in-8° de 40 pages; Guillemin, éditeur.
- M. le Président présente, au nom de M. Audouin (Paul), un travail relatif à la combustion des huiles de pétrole et des huiles lourdes provenant de la distillation du gaz. M. Audouin atteint les plus hautes températures, telles que la fusion de l’acier et du fer doux, celle du platine, etc., en employant pour L’alimentation du foyer un tube qui amène l’huile dans une proportion convenable et en se servant d’un courant d’air forcé. M. le Président charge le comité des arts économiques d’examiner ce travail important; il le prie de hâter cet examen pour pouvoir se servir des fours et de la machine à vapeur, chauffée par ce procédé que la compagnie parisienne du gaz a mis, pour un temps limité, à la disposition de M. Audouin (Paul).
- Communications. — M. Payen fait, au nom de M. Designol, la communication des recherches que ce dernier a faites pour employer le picrate de potasse dans la fabrication d’une nouvelle poudre de guerre. Ces recherches ont occupé leur auteur pendant sept années, et elles ont heureusement coïncidé avec celles de M. Castelhaz, fabricant de produits chimiques et membre de la Société d’encouragement, qui, en
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- ménageant l’action de l’acide nitrique employé dans la fabrication de l’acide picrique, a utilisé en entier cette action et a beaucoup réduit le prix du picrate de potasse; ce prix est actuellement de 5 à 6 francs par kilogramme.
- ]\1. le Président remercie MM. Payen et Designol de cette très-intéressante communication et décide qu’elle sera l’objet d’une note qui sera insérée au Bulletin.
- Rapports des comités. — M. Duméry lit, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur le mécanisme d’horlogerie par lequel M. Robert-Houdin fils remonte et met à l’heure les pendules d’appartements sans le secours d’une clef.
- Le rapporteur propose de remercier M. Robert-Houdin fils de sa communication et d’insérer le rapport au Bulletin avec des figures explicatives des principaux organes employés pour ce remontage et ce réglage ; ces conclusions sont adoptées.
- M. Pihet lit, au nom du même comité, un rapport sur les machines et outils relatifs au taraudage de M. Poulot (Denis), fabricant, boulevard delà Villette, 50.
- Le rapporteur demande que des remercîments soient adressés, au nom de la Société, à M. Poulot (Denis) pour cette communication, et que le rapport du comité soit inséré au Bulletin avec les dessins des deux machines à tarauder et en y joignant quelques notes techniques et tables numériques extraites d’une brochure de M. Poulot (Denis). Ces conclusions sont approuvées.
- M. Lecœuvre lit, au nom du même comité, un rapport sur la machine de M. Bréval pour dessécher la tannée par compression.
- Le rapporteur propose de remercier M. Bréval de cette communication et d’insérer le rapport au Bulletin avec un dessin de la machine. Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées.
- Sur la demande de M. le Président, une commission, composée du Bureau, de la commission des fonds et des doyens des divers comités, est nommée pour délibérer sur une proposition faite au Conseil relativement aux fondateurs de la Société et à ses bienfaiteurs.
- M. Barreswil fait don à la Société, au nom de M. Dumoulin-Froment, du buste de M. Froment, son beau-père. Il rappelle, en quelques mots, les regrets que la perte de ce savant mécanicien a fait éprouver à tous les hommes qui s’occupent de physique et de mécanique appliquée supérieure; il exprime surtout les regrets du comité des arts mécaniques, dont M. Froment était un des membres les plus utiles et les plus éminents.
- M. le Président remercie, au nom de la Société, M. Dumoulin-Froment, et décide que le buste de M. Froment sera placé dans la salle des séances de la Société.
- Nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société, par un vote du Conseil : ,
- M. Barny (Marcellin), fils, constructeur en serrurerie, à Limoges; M. Darcel, ingénieur des ponts et chaussées, à Paris; M. Laville, fabricant de chapeaux, à Paris; Tome XV. — 67e année. 2e série. — Août 1868. 66
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- M. Fortin-Hermann (Adolphe), ingénieur, à Paris; M. Rous (Michel), capitaine d’artillerie, à Paris.
- Séance du 26 juin 1868.
- Présidence de M. le sénateur Humas, président.
- Correspondance. —M. Lenoel (Auguste-Lucien), rue Saint-Jacques, 285, à Paris, est présenté par Mme Ve Bertaud, fabricant d’instruments de physique et d’optique, rue Saint-Jacques, 55, pour obtenir une médaille de contre-maître. (Commission spéciale.)
- MM. Wentzell, ingénieur-opticien, rue Saint-Louis-en-l’Ile, 66, et Brachet (Achille), rue Mouton-Duvemet, 11, présentent des perfectionnements apportés par eux à la lunette sous-marine. (Arts économiques.)
- MM. Guyot (Barthélemy-Adolphe), horloger, et Lacalm (François-Louis), ancien notaire, à Aubin (Aveyron), présentent une composition qui leur paraît devoir remplacer le savon ; elle est formée de tourteaux, farine de maïs et sous-carbonate de soude, et coûte de 0fr,75 à lfr,25 le kilogramme. Dépôt, rue de Bondy, 52, chez M. Lafaure. (Arts économiques.)
- M. Moiret, à Roisel, demande qu’on lui fasse connaître les conditions du prix proposé par la Société pour la fabrication artificielle du diamant noir.
- MM. Lebon et Redon, rue des Écluses-Saint-Martin, 29, à Paris, présentent, sous le nom de tubes Halter perfectionnés, des tubes flexibles à spirales en fer galvanisé intérieures et extérieures, composés de bandes de toile imprégnées de substances hy-drofuges et enroulées en sens contraire en spirale, et de bandes en caoutchouc interposées entre les bandes de toile. Ces tubes peuvent être roulés sur un cercle de 0m,60 de diamètre, supportent des pressions de 10 à 15 atmosphères, et peuvent servir à projeter au loin de l’eau à 120 degrés. Ils sont plus solides, plus légers et plus flexibles que les tubes ordinaires en cuir ou en caoutchouc. (Arts mécaniques.)
- M. Robin, ancien fabricant d’acide stéarique et lauréat de la Société d’encouragement, rue de Versailles, 186, à Billancourt (Seine), demande un secours sur les fonds de la caisse de la stéarinerie. (Commission des fonds.)
- MM. les Secrétaires signalent, parmi les imprimés adressés à la Société,les ouvrages suivants :
- M. Payen, membre du comité des arts chimiques, fait hommage à la Société de son Précis de chimie industrielle, 5e édition entièrement revue et considérablement augmentée, où il a décrit les derniers perfectionnements apportés aux applications de la chimie. Paris, 1867, 2 gros volumes in-8 de 704 et 967 pages et atlas de 55 planches. Hachette, éditeur. M. le Président adresse, au nom de la Société, des remercîments à l’auteur.
- M. Alphand, ingénieur en chef, directeur de la voie publique et des promenades de
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- la ville de Paris, fait don à la Société d’un exemplaire de l’ouvrage qu’il publie sous le titre : les Promenades de Paris. Paris, 1868, grand in-folio orné de gravures et de chromo-lithographies, 4 premières livraisons. J. Rothschild, éditeur. M. le Président adresse aussi à M. Alphand les remercîments de la Société pour l’envoi de ce bel ouvrage.
- Études chimiques, optiques et cristallographiques sur les sels du thallium, par MM. Lamy et Descloiseaux. Paris, in-4, 1868 (extrait des Comptes rendus des séances de l’Académie des sciences).
- rapports des comités. — M. Tresca lit, au nom de M. Duchesne et au sien, un rapport fait, par les comités des arts économiques et des arts mécaniques, sur la fabrication du chocolat organisée par M. Menier à l’usine de Noisiel.
- Les comités des arts économiques et des arts mécaniques proposent de remercier M. Menier de sa communication, de témoigner tout l’intérêt qu’ils ont trouvé à la visite de son usine, et d’insérer le rapport au Bulletin avec le dessin des turbines et des ateliers de broyage et de tapotage. Ces conclusions sont approuvées par le Conseil.
- M. Duchesne lit, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur les nouveaux réservoirs pour l’emmagasinage de l’huile de pétrole inventés par M. Ckiandi, ingénieur, à Marseille.
- Le rapporteur conclut en demandant que le Conseil remercie M. Ckiandi de son intéressante communication, et ordonne l’insertion du rapport au Bulletin avec le dessin des réservoirs. (Approuvé.) (Voir plus haut, p. 465.)
- M. JaminYit, au nom du même comité, un rapport sur la pile et le régulateur électrique de M. Carré, et sur les nouveaux crayons qu’il a trouvés pour la lumière électrique .
- Le rapporteur propose de remercier M. Carré de sa communication et d’insérer le rapport au Bulletin de la Société.
- Après une discussion sur les avantages économiques de cette pile, àlaquelle prennent part MM. Balard, Bouilhet, Jamin et M. le Président, ces conclusions sont approuvées.
- M. Carré fait fonctionner, devant l’assemblée, une pile de 59 éléments avec son régulateur, et fait voir la lumière que produisent ses nouveaux crayons. Ces expériences ont été reprises après la clôture de la séance.
- M. Clerget lit aussi, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur la fabrique d’objets en plume de M. Bardm.
- Le rapporteur termine en demandant au Conseil de remercier M. Bardin de sa communication, et d’insérer le rapport du comité au Btilletin. (Ces conclusions sont approuvées.)
- M. Peligot (Henri) fait, au nom du même comité, un rapport sur une suspension de lampe présentée par M. Silvant. Il propose de remercier M. Silvant de sa communication, et d’insérer le rapport du comité au Bulletin.
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- Après une discussion sur le rôle que jouent les petits appareils dits fumivores, à laquelle prennent part MM. Peligot (Eugène), Peligot (Henri), Le Roux, et M. le Président, les conclusions du rapport sont approuvées. En résumant cette discussion, M. le Président demande que le comité fasse étudier le rôle que le fumivore joue dans la marche d’une lampe : son action ne paraît pas se borner à disperser la fumée, mais doit exercer aussi une influence sur la combustion en modifiant la vitesse du courant d’air.
- Communications. — M. Lissajous présente, au nom de M. Rémond, artiste de l’Opéra, un télégraphe imprimeur, d’une grande simplicité, qui pourra être employé dans les gares de chemin de fer, les stations de canton ou de petites communes, etc. Il consiste en une modification de l’appareil à cadran alphabétique. Lorsqu’une dépêche va être transmise, l’employé met le doigt sur un petit levier disposé de manière qu’une légère pression puisse faire imprimer, sur une bande de papier tendue par un contre-poids, la lettre qui, en ce moment, est au bas de la loue alphabétique. Un système très-simple d’encrage et de nettoyage rend cette impression facile et sûre. Dans cette position, quand le télégraphe est en marche, l’employé entend un tic-tac rapide résultant du choc de l’armature contre l’électro-aimant. Ce bruit cesse quand le courant ne passe plus et que la lettre transmise est arrivée au bas de la roue ; en ce moment une légère pression du doigt imprime cette lettre, et en cessant fait avancer la bande de papier d’une quantité convenable pour que l’opération puisse continuer. L’employé suit sur les lettres de la roue la marche de la dépêche, et, s’il s’aperçoit qu’elle est confuse, il peut, par un mouvement simple, ramener tout au blanc ou à l’origine, et faire recommencer la transmission. Toutes les conditions pour une bonne marche sont prévues, et l’appareil se recommande autant par son exactitude que par sa simplicité et la modicité de son prix.
- MM. Rémond e\ LissajousîoxA fonctionner l’appareil devant le Conseil. (Renvoyé au comité des arts économiques.)
- Nomination de membres. — Le Conseil vote à l’unanimité, au scrutin, la nomination de,
- MM. Meissonnier, ingénieur en chef des mines, chargé du contrôle du chemin de fer de Paris à la Méditerranée, à Marseille ; Nemon (Léon), conducteur des ponts et chaussées, à Paris.
- M. Roy, membre du comité des arts et manufactures, présenté par MM. Julien et Lavollée, membres du comité du commerce, et par M. le sénateur Dumas, président, est nommé, sans autres formalités, membre de la Société.
- Paris. ~ Imprimerie de madame veuve BOUCHARD-fiUZARD, rue de i’Eperon, 5.
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- Pi.'MU.
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- iluiletin i/o la Société S'jincouraifctncnt '7),-n.c<em,- Cène, _T ÎPB ,
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- 67e ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOME XV. — Septembre 1868.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- TISSAGE.
- Rapport fait par M. Alcan, au nom du comité des arts mécaniques, sur les
- NOUVEAUX MOYENS DE FABRICATION DES GAZES DE SOIE, par M. CARPENTIER,
- rue Rochechouart, 47, à Paris.
- Messieurs, les produits du tissage façonné de l’industrie française, généralement appréciés et universellement recherchés pour leur bon goût et leur exécution, laissent néanmoins encore à désirer sous le rapport du mode d’entrelacement usité.
- Les explications déjà données à ce sujet dans le Bulletin de la Société nous dispensent d’y revenir. Nous nous bornerons à rappeler que presque toutes les étoffes façonnées, exécutées par le procédé dit au lancé, nécessitent un découpage à l’envers, pour enlever les fils ou faisceaux de fils ou brides. Ces brides se composent des suites de trame passées à l’envers de la pièce entre les parties façonnées de l’endroit. L’enlevage de ces fils flottants occasionne une perte qui, pour certains articles, les châles brochés par exemple, s’élève aux trois quarts du poids de la matière employée.
- On s’est ingénié à trouver des moyens pour remédier à cet inconvénient grave; on a eu principalement recours à deux systèmes, à celui du spoulinage des Orientaux, qu’on cherche à imiter automatiquement, et au tissage d’une etofle double. Les tentatives faites dans la première direction, sans être arrivées a un succès complet, ont cependant donné des résultats assez satisfaisants pour ne pas abandonner les recherches ; la solution de cette question
- Tome XV. — 67e année. 2e série. — Septembre 1868. 67
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- TISSAGE.
- intéressante se poursuit, la dernière Exposition en a fourni des preuves remarquables. Il n’en est pas de même du second système, dont les premiers essais ont déjà plus de trente ans. Il consistait dans le tissage d’une étoffe double ; la chaîne contenait le nombre de fils nécessaires à deux pièces, destinées à se tisser simultanément, de manière à faire servir les brides, perdues jusqu’alors, au brochage de la seconde étoffe. La combinaison des entrelacements était telle, que, une fois terminé, le tissu double pouvait se séparer par une section opérée suivant une surface médiane formée par les fils qui avaient servi au liage.
- Cette manière de procéder présentait des difficultés sérieuses : la surveillance du travail pendant le tissage était à peu près impossible, un défaut d’exécution ne se remarquait qu’après le dédoublement de l’étoffe, alors qu’il n’était plus temps d’y remédier ; la séparation des deux pièces par la coupe nécessitait un appareil qui, malgré la précision de son action, ne pouvait toujours éviter les accidents, le tissu double ayant rarement une égale épaisseur sur toute sa surface; enfin il fallait compliquer le montage des métiers et combiner le mariage des couleurs et l’assortiment des nuances d’une façon spéciale sans pouvoir arriver constamment à l’harmonie désirable.
- L’économie de la matière se trouvait au moins neutralisée par ces différentes causes, aussi a-t-on généralement abandonné ce système de tissage double.
- Cependant M. Carpentier a eu l’heureuse idée de le reprendre et de le modifier pour l’appliquer aux gazes blanches transparentes en soie brochées, pour lesquelles les inconvénients dont il vient d’être question disparaissent. En effet, la superposition de deux étoffes aussi légères n’empêche pas de suivre le travail pendant l’exécution; la partie façonnée, généralement en soie blanche, est à l’abri de l’inconvénient signalé par les façonnés de couleur. Enfin la nature transparente du produit, aussi bien qu’un mode spécial de liage qui réunit les deux pièces, facilite notablement leur séparation.
- L’auteur de ce procédé arrive ainsi à économiser 50 pour 100 du poids de la soie employée, c’est-à-dire la moitié d’une substance dont la valeur est de 50 francs environ, lorsqu’on se sert de fils de bourre, et de 100 francs au moins si on fait usage de soie grége.
- Les gazes de soie façonnées françaises, si estimées sur tous les marchés du monde, n’avaient contre elles que leur prix. M. Carpentier a donc rendu un service à la spécialité en lui fournissant un moyen simple et pratique de
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- soutenir la concurrence étrangère. Votre comité des arts mécaniques félicite cet industriel de cet heureux résultat, et vous propose, Messieurs, de remercier M. Carpentier de son intéressante communication et d’insérer le présent rapport au Bulletin.
- Signé Alcan , rapporteur.
- . Approuvé en séance, le 24 juillet 1868.
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- Rapport fait par M. V. Rois, au nom du comité des arts mécaniques, sur la fabrique de chapeaux de M. Quenot, rue du Puits-des Blancs-Manteaux, 8, à Paris.
- Messieurs, je suis chargé, par votre comité des arts mécaniques, de vous faire connaître les heureuses dispositions des ateliers de M. Quénot, et les soins tout particuliers qu’il apporte dans la fabrication des chapeaux au point de vue industriel, notre excellent collègue Lavollée vous ayant, de son côté, initiés à l’organisation commerciale de ces ateliers (1).
- M. Quénot est un ancien ouvrier tournurier. Il a été ensuite contre-maître, puis s’est élevé, peu à peu, par son seul mérite, partant des rangs inférieurs et parvenant par degrés à la situation d’industriel qu’il occupe aujourd’hui avec une grande distinction. En 1855, il était intéressé dans la fabrique de M. Chénard. Il a exposé, à cette époque, pour le compte de cette maison. Après la mort de M. Chénard, il lui a succédé avec les fils de celui-ci, et maintenant il est seul à la tête de la maison.
- Ce point de départ, ces étapes successives ont eu le grand avantage de permettre à M. Quénot de suivre pas à pas tous les détails de la fabrication, tous les travaux successifs de ses ouvriers, avec cette compétence qui n’appartient qu’à ceux qui ont eux-mêmes donné la mesure de leur expérience pratique et qui peuvent, au besoin, par leur intervention personnelle, rectifier ou aider le travail de leurs agents. Aussi est-il facile de remarquer dans l’aménagement de tous les services que c’est à l’homme qui sait faire par lui-même
- (1) Voir Bulletin de 1867, 2e série, t, XIV, p. 494.
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- que sont dus tous les perfectionnements dont profite aujourd’hui le fabricant.
- À vrai dire, il n’y a pas de machines nouvelles dans cette fabrique intéressante; il y a surtout une nouvelle mise en pratique de ce grand fait que cet industriel a mis en lumière, à savoir qu’il faut remplacer la main de l’homme par la mécanique, toutes les fois que la mécanique peut remplacer l’intelligence.
- M. Quénot emploie, comme M. Laville, la bastisseuse mécanique à laquelle il a apporté de nouvelles améliorations. Il fait mécaniquement la division presque à l’infini de ces particules de poils qui doivent se feutrer par les diverses manutentions ; la plupart de ces opérations si longues, si délicates, si coûteuses, quand elles se font à la main, s’exécutent, dans la fabrique d’Ivry, au moyen d’une machine qui, prenant les poils mélangés, les divise, les lamine, les nettoie et les lance à l’extrémité sur la forme en cuivre, animée d’un mouvement rotatif. La forme est conique, comme on le sait, elle est percée de trous circulaires sur toute sa surface ; à la partie inférieure est un ventilateur qui attire les poils lancés par la machine, et qui les rend adhérents en les mariant les uns aux autres. À la fin de l’opération, une trémie rectangulaire faisant arrosoir jette de l’eau sur toute la surface de ce cône armé de poils.
- Beaucoup d’industriels ne se servent pas de ce moyen qui, pour être employé, devait subir les réels perfectionnements que M. Quénot a dû y apporter successivement.
- On donne ainsi à ce rudiment de chapeau une sorte de consistance qui précède et facilite les autres opérations. Nous n’insisterons pas sur les détails, tout le monde les connaît.
- Ce que votre comité des arts mécaniques a surtout remarqué dans la visite qu’il a faite des ateliers d’Ivry, c’est la parfaite entente de l’économie qui préside à leurs dispositions, c’est le soin apporté dans les moindres détails, c’est surtout la sollicitude avec laquelle le fabricant a étudié les conditions d’hygiène qui assurent la santé à ses ouvriers, et qui, en facilitant leur travail, le rend plus productif et moins pénible. Il y a là un véritable progrès, qu’il était difficile d’obtenir dans l’intérieur de Paris, où les terrains sont si coûteux. Il fallait prendre le parti de sortir de l’enceinte pour pouvoir s’étendre et donner à tous les services les espaces nécessaires.
- Les succès de M. Quénot ont été récompensés en 1862 par le Prize medal à Londres, et en 1867 à l’Exposition universelle par une médaille d’argent,
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- la médaille d’or ayant été remportée par la chapellerie française, sans désignation d’industriel.
- Ajoutons, en terminant, que la fabrique de M. Quénot se distingue aussi par des détails d’exécution qui en assurent le succès. Nous citerons, par exemple, l’arrosoir vertical dont nous venons de parler et qui a coûté plus de deux mois d’essais, jusqu’à ce qu’enfïn on ait trouvé le moyen d’arrêter facilement, pendant l’immersion, au moyen d’une pédale, le ventilateur situé sous la forme, et qui, par son action énergique, déchirait le cône, non encore feutré.
- En résumé, votre comité des arts mécaniques m’a chargé de vous faire connaître toute la satisfaction que lui avait causée la visite qu’il a faite des ateliers de M. Quénot, de complimenter cet industriel des excellentes dispositions de ses ateliers, du soin qu’il apporte dans les détails de sa fabrication, et de vous demander l’insertion du présent rapport dans votre Bulletin.
- Signé Victor Bois, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 8 mai 1868.
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- Rapport fait par M. Clerget, au nom du comité des arts économiques, sur la fabrique d’objets en plume de M. Bardin, 10, rue de Lancry, à Paris.
- Messieurs, le comité des arts économiques a été chargé d’examiner la fabrique établie par M. Bardin, à Joinville-le-Pont, près Paris, où il utilise, par des moyens nouveaux et pour des emplois variés, les plumes des oiseaux, particulièrement les plumes des ailes des oies.
- Avant l’invention des becs métalliques servant à l’écriture, M. Bardin faisait un grand commerce des plumes d’oie. En 1834 et 1835, ce commerce commença à perdre de son importance par suite de la concurrence que lui faisaient les becs métalliques, et M. Bardin fut obligé, en 1848, au moment de la crise qui frappa la plupart des industries, de l’abandonner presque entièrement. Il se retira alors à la campagne, à Noisy-le-Sec. Ce fut là que l’esprit de recherche dont il est remarquablement doué le porta à trouver
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- des moyens pour utiliser les masses considérables de plumes qui, désormais, semblaient devoir rester sans emploi. Ces efforts eurent d’abord pour objet de recourir à des préparations rapides et économiques qui pourraient permettre de faire soutenir, jusqu’à un certain point, aux tuyaux de plumes d’oie affectés à l’écriture, la concurrence des becs en métal, et il construisit, à cet effet, des découpoirs mécaniques convertissant chaque tuyau en plusieurs becs taillés. Il employa aussi ses découpoirs, en leur faisant subir quelques modifications, à la taille des cure-dents. La promptitude et la simplicité de main-d’œuvre de celte fabrication lui permirent d’en livrer les produits, becs de plumes pour écrire et cure-dents, à des prix très-bas et cependant rémunérateurs. Par les moyens mécaniques qu’il créa, il put aussi fournir des tuyaux de plumes convenablement disposés pour monter les pinceaux, pour les lignes à pêcher, pour l’étoupille nécessaire à l’artillerie et pour les amorces des canons.
- En utilisant les tuyaux comme il vient d’être expliqué, toute la partie supérieure des plumes, se composant des tiges opaques et des barbes qui s’y trouvent adhérentes, restait encore presque entièrement sans emploi. Seulement, les extrémités des plumes blanches étaient réservées, comme par le passé, pour fabriquer des volants, et les bouts des plumes noires servaient à former l’âme des plumeaux ; mais le corps principal des tiges et leurs barbes constituaient des déchets qui paraissaient pouvoir servir tout au plus, en les brûlant, à mêler leurs cendres à des engrais. M. Bardin, en examinant la nature et la structure de ces tiges, pensa qu’en séparant leurs parties distinctes et en leur faisant subir certaines préparations elles pourraient donner lieu à d’utiles et importantes applications. Les barbes de la plume fixèrent d’abord son attention. La solidité des lamelles dont elles se composent, leur extrême adhérence à la pellicule ou côte mince et cornée des surfaces latérales des tiges, pellicules que l’on peut en détacher munies des barbes, lui parurent se prêter à introduire ces mêmes barbes dans la confection de tapis de pied. M. Bardin chercha ensuite à faire usage de l’épiderme translucide et nacré qui recouvre la surface supérieure des tiges des plumes. Cet épiderme, très-mince, très-flexible et cependant très-résistant, lui parut propre à faire des franges ou autres ornements de parure pour les toilettes des femmes. Ses essais dans celte voie eurent promptement le succès désirable. Revenant aux emplois divers qui pouvaient être donnés aux tuyaux, il parvint, au moyen d’un appareil ingénieux, à les découper en un ruban spiral atteignant
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- en moyenne la longueur d’un mètre par tuyau, et se prêtant, après avoir été déroulé par l’action de la vapeur, à entrer dans la fabrication des fleurs artificielles ou à former des aigrettes pour les coiffures. Au-dessous de l’épiderme des plumes se trouve, sur le dos de la côte, une peau très-consistante qui se détache et se divise facilement en fibres roides et droites ayant en quelque sorte l’apparence et la propriété des soies de porc. M. Bardin a employé ces fibres d’une manière satisfaisante à la confection de brosses d’un emploi convenable pour différents usages; en outre, en leur conservant une largeur suffisante, il les rend propres à fabriquer des bourrelets très-légers,-élastiques et suffisamment résistants pour garantir la tête des enfants. Enfin M. Bardin n’a pas arrêté ses recherches au traitement des plumes des ailes des oies; il les a étendues à l’utilisation de la dépouille de tous les oiseaux, particulièrement des volailles, sans toutefois comprendre dans cette dépouille les plumes et duvets pour les lits auxquels il laisse leur destination ordinaire. M. Bardin convertit ces dépouilles, par des procédés de macération et de trituration qui lui sont propres, en une espèce de duvet pouvant tenir lieu, en quelque sorte, de l’édredon, et des essais, non encore complétés, lui donnent l’espoir que ce duvet pourra être employé comme substance textile. Tel est le résumé succinct des résultats très-dignes d’intérêt obtenus par M. Bardin.
- En visitant sa fabrique, on est frappé de la simplicité des appareils ingénieux de son invention dont on y fait usage. Cette fabrique occupe de 120 à 140 ouvrières ou enfants ; un découpeur de becs à écrire et de cure-dents que M. Bardin avait employé dès le commencement de ses recherches et qui ne l’a pas quitté depuis 1848, un mécanicien, un serrurier, un menuisier, un teinturier et quelques aides, sont les seuls hommes qui donnent leur concours au travail, indépendamment des femmes et des enfants. Du reste, le développement de la fabrication de M. Bardin exigera bientôt un accroissement de personnel qui le forcera à établir, dans une succursale, de nouveaux ateliers. La fabrique est soumise à un régime intelligent d’ordre et d’économie. Les salles de travail sont bien aérées et les masses considérables de plumes que l’on y traite ne donnent lieu à aucun dégagement d’odeur ou de poussières nuisibles à la santé. Une machine à vapeur donne le mouvement aux métiers et fournit, en même temps, la chaleur et la vapeur nécessaires pour la teinture, le nettoyage et diverses préparations des plumes. La rémunération des travailleurs est convenable, et une caisse de secours est instituée pour les malades.
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- Avant d’entrer dans quelques explications sur les détails du travail, nous croyons devoir mentionner ici des renseignements que nous a donnés M. Bardin sur le commerce des plumes d’aile des oies. Ces plumes sont généralement tirées de la Russie. Elles sont expédiées par des maisons importantes. Les opérations sont généralement loyales, et le contenu des balles, toujours bien conditionnées, est rigoureusement conforme au chiffre indiqué. Ces plumes viennent des foires de Nidjni, Moscou, Kazan, etc. Les oies sont très-abondantes en Russie; elles y sont élevées, en quelque sorte, plus pour la plume que pour la viande, et cependant il est reconnu que toutes les plumes d’oie que la Russie produit ne sont pas, à beaucoup près, utilisées. Les frais de transport, pour venir de Riga, sont modérés, environ de 20 fr. par donne; tandis que de Toulouse, par exemple, les chemins de fer prendraient de 17 à 18 fr. Aussi Paris ne tire-t-il pas de plumes d’oie de Toulouse et de la vallée de la Garonne où les oies sont cependant en grand nombre. Les balles venant de la Russie contiennent de 80,000 à 100,000 plumes d’aile, suivant les sortes qui comprennent douze numéros. Elles présentent peu de déchets, les miles et les autres insectes ne faisant aucun ravage appréciable. Une aile contient dix plumes utilisables dont un bout d’aile. Ainsi, une balle de 100,000 plumes correspond à 5,000 oies, et M. Bardin, employant, en moyenne, 400 balles de plumes par an, met en œuvre les plumes des ailes de deux millions d’oies.
- Quant aux plumes de volailles, M. Bardin estime que l’on en perd en France, à défaut de savoir les employer, plus de 10 millions de kilogrammes ; de la dépouille d’un poulet il obtient, au moyen des préparations qui lui sont propres, environ 40 grammes de cette espèce d’édredon déjà mentionnée.
- Nous avons dit que les appareils inventés et employés par M. Bardin sont très-ingénieux et donnent d’excellents et rapides résultats. Il en est notamment ainsi de ses découpoirs, servant à convertir les tuyaux de plumes en becs à écrire et en cure-dents. Ce sont les cure-dents qui emploient la plus grande quantité de ces tuyaux; les machines qui servent à les tailler les coupent d’un seul coup, et sont disposées de telle sorte que les ouvrières qui s’en servent ne peuvent se blesser, malgré l’extrême rapidité de la main-d’œuvre. Des compteurs automatiques adaptés à ces machines font connaître le nombre des cure-dents obtenus pendant la journée de travail de chaque ouvrière. Une femme peut faire un cure-dent par seconde, et un atelier de quatre femmes en produit facilement 150,000 par jour. M. Bardin estime qu’il fournit les trois quarts des cure-dents employés dans le monde entier. Les becs de plumes
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- seryant à écrire ont aussi de l’importance dans sa fabrique; ils constituent pour- lui un commerce considérable avec l’Angleterre où il domine, sous ce rapport, toute concurrence, Mais la production la plus récente de M. Bardin, et quiqffre le plus d’intérêt par son originalité, est évidemment celle de ses lapis de pied en plumes. M. Bardin avait commencé à. faire des nattes cousues dans lesquelles les plumes étaient employées en entier ; ces nattes étaient épaisses, chaudes, sèches, mais roides et grossières. Ensuite il a employé les barbes de plumes de deux manières : l’une consistait à fixer ces barbes sur une toile par la machine à coudre ; puis ensuite il a monté un métier à la Jacquart pour tisser les barbes avec le fil ; mais cet essai n’a pas eu un succès suffisant, et il a du l’abandonner après avoir fait des dépenses assez élevées. Alors il a eu recours à un métier très-simple de son invention. Sur ce métier est montée une chaîne de fils, et au-dessous de cette chaîne se déroule mécaniquement, sur un cylindre d’un faible diamètre, le dessin qu’il s’agit de reproduire, et que l’ouvrière aperçoit à travers les fds de la chaîne. Près du métier sont placées, dans des cases, les barbes de plume enlevées avec la peau à laquelle elles adhèrent sur le côté latéral des tiges, et ces barbes, soumises à la teinture, ont les couleurs que comporte le dessin. L’ouvrière les choisit et les introduit entre les fils de la chaîne, puis les relève avec un peigne spécial manœuvré à la main, et, quand une rangée de barbes est ainsi disposée sur toute la largeur du métier, elle fait, avec la navette, passer le fil de la trame et bat fortement le tissu.
- En opérant ainsi, une ouvrière payée 2 fr. par jour peut faire, dans la journée, un tapis de 0m,70 de largeur, sur un peu plus de 1 mètre de longueur, soit environ 1 mètre carré. Ces tapis, suivant leur destination, sont ensuite soumis à une machine dite duveteuse, pour leur donner une régularité approchant de celle de la moquette. Cet effet est produit par des brosses rigides douées d’un mouvement mécanique de va-et-vient. Mais un nouveau perfectionnement très-intéressant, tout récemment obtenu par M. Bardin, consiste à friser les barbes au lieu de les duveter. Le procédé qui donne ce résultat est fort simple ; il consiste à faire passer lès tapis entre deux cylindres dont l’.un, très-étroit, c’est-à-dire à peu près de 0m,07 de diamètre, est muni, dans-toute la longueur de son axe, de lames mousses déterminant, sur chaque barbe, un frottement qui la contourne. Le spécimen de tapis que nous plaçons sous les yeux du Conseil fera apprécier l’heureux effet produit par cette disposition.
- En définitive, M. Bardin a créé une industrie intéressante, ayant une impor-
- Tome XV. — 67e année. 2e série. — Septembre 1868. 68
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- tance réelle et reposant, en général, sur l’emploi de matières délaissées et sans valeur. Ses tapis de plumes, produit tout à fait nouveau, nous paraissent devoir obtenir du succès sous le rapport de leur grande solidité, de la facilité avec laquelle on en entretient la propreté, de leur efficacité pour conserver la chaleur, et sous le rapport de leur prix modéré.
- Le chiffre des affaires de M. Bardin est d’environ 400,000 fr. par an, et chaque année il tend à s’élever. Le prix de ses lapis unis avec bordure est, en moyenne, de I2fr,50 le mètre carré. Les tapis à dessins valent 13fr,50.
- Quant à ses brosses qui paraissent avoir une solidité et une durée au moins égales h celles en soie de porc, leur prix est, suivant M. Bardin, de 40 pour 100 au-dessous de celui de ces dernières.
- Nous avons l’honneur de proposer au Conseil de remercier M. Bardin de sa communication, et d’approuver que le présent rapport soit inséré dans le Bulletin de la Société.
- Signé Clerget, rupporteur.
- Approuvé en séance, le 26 juin 1868.
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- ÉTUDE SUR LA DISTRIBUTION DE LA VAPEUR DANS LES MACHINES AU MOYEN D’UN TIROIR UNIQUE, PAR M. CH. COMBES. (Suite.) (1)
- § VUE Les valeurs corrélatives de y et de l’angle variable a dans l’équation y =^z ? sin (a -f- *) et toutes les circonstances de la distribution de la vapeur, au moyen d’un tiroii à recouvrements conduit par une manivelle de longueur e, calée sur l’arbre tournant auquel le piston imprime le mouvement de rotation, avec l’avance angulaire * sur la manivelle principale, sont représentées aussi parle tracé suivant que M. Deprez a, je crois, donné le premier et qui n’est pas moins simple que celui du professeur Zeuner.
- D’un point O (fig. 5) pris sur la ligne XX' qui représente l’axe prolongé du cylindre et du piston de la machine, et avec un rayon OM égal à f sin s*, on trace une circonférence de cercle. Je suppose que le cylindre de la machine soit à gauche du centre O du côté X; O M' sera la direction de l’axe de la manivelle principale, quand elle passera par le point mort où
- (1) Voir le cahier d’août 1868, p. 474.
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- commence la course du piston de droite à gauche. L’angle variable a étant compté à partir de OM, dans le sens marqué par la flèche x y, la valeur de y,
- Fig. 5.
- correspondante à une valeur quelconque de a telle que MOQ, est obtenue en projetant obliquement le rayon OQ sur la ligne XX' par une ligne formant avec celle-ci un angle constant égal à l’avance angulaire <*. On a, en effet, dans le triangle OQq ainsi obtenu : l’angle MOQ = a, l’angle en q est égal à * et, par conséquent , l’angle en Q — (a + *). La proportionnalité des côtés aux sinus des angles opposés donne donc la relation :
- Oq : OQ : : sin (« — {a + *)) ou sin (a -f *) : sin et en remplaçant 0 Q par f sin * :
- Oq : ? sin « : : sin [a -f- *) : sin * d’où Oq = ç sin [a + «) = y.
- Il est visible que, si l’on mène parle centre O un diamètre POP* incliné sur la ligne XX* d’un angle égal au complément de l’avance angulaire
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- donnée * et par les extrémités de ce diamètre les tangentes PA, P'A' qui seront inclinées sur XX' de l’angle les longueurs égales OA et OA' mesureront les plus grandes distances du tiroir à sa position moyenne, à gauche et à droite de cette position. Il y arrive aux moments ou la manivelle principale passe par les positions OP' et OP, c’est-à-dire quand elle a décrit, à partir de
- la position O M' oîi elle se trouve au point mort, l’angle aigu M O P =? | — «,
- ou l’angle plus grand que deux droits MPM'P'zr
- 3 TT
- ~T
- Le diamètre COC'
- parallèle aux tangentes PA, P'A', déterminera les angles MOC = &— *et MOC' = 2 *—* qui sont les valeurs des angles a dont la manivelle principale a tourné, à partir de la position OM', quand le tiroir passe par sa position moyenne et que y — o.
- Il est essentiel de remarquer que les écarts du tiroir de sa position moyenne vers la droite, du côté X', lesquels sont compris entre 0 et OA', correspondent à la demi-circonférence C'M.C, c’est-à-dire aux valeurs de l’angle a comprises entre 2 t — * et 0 d’une part, 0 et — * d’autre part, et que les écarts du tiroir vers la gauche, du côté X, correspondent à l’autre demi-circonférence CM'C', c’est-à-dire aux valeurs de l’angle a comprises entre rr — «6 et 2 * — <*.
- Il est clair qu’en traçant une parallèle quelconque Q Q' q aux tangentes P A et P'A', qui coupera la circonférence en deux points Q et Q' et la ligne XX' au point q, la distance O q mesurera l’écart du tiroir à sa position moyenne vers la gauche, du côté X, au moment où la manivelle principale aura décrit à partir de OM' soit l’angle M'O Q„ soit l’angle M'O Q'i:. Donc, si les recouvrements extérieurs sont précisément égaux à f sin * = M O et si , les recouvrements intérieurs sont nuis, la longueur O q mesurera la largeur sur laquelle la lumière de gauche est démasquée à l’intérieur vers l’échappement, et la partie M q extérieure à la circonférence mesurera la largeur sur laquelle la lumière de droite est découverte extérieurement par le rebord du tiroir et ouverte à l’admission de la vapeur motrice. Dans ce même cas, l’admission de la vapeur commencera exactement au point mort, et en menant par le point M la parallèle MH aux tangentes, qui viendra couper la circonférence en un second point H, le point H marquera la fin de l’admission et le com-meneeihent de la détente, qui auront lieu pour un angle de, rotation de la manivelle principale a — MOH= 2 MOP — — 2 La projection oblique MA
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- m
- de la flèche F P ou de l’arc MP sur XX' mesurera le maximum du découvert
- de la lumière d’admission, qui a lieu pour l’angle a ~ MOP = ^ — *. De
- même, la projection Mq des arcsMQ' ou-MQ sur XX' mesurera la largeur de l’ouverture de la lumière à l’admission, pour les deux valeurs de l’angle MOQ' et MOQ équidistantes de MOP. Le point C marquera le commencement simultané de la contre-pression et de l’échappement anticipé, qui se continuent jusques à la fin de la course, tandis que la manivelle principale achève sa demi-révolution en décrivant l’angle C'OM compris entre ^et * et égal à st. La détente de la vapeur correspond à l’angle HOC, compris entrer—-2 * et t —.*, dont l’amplitude est aussi égale à a. Les choses se passent exacte^-ment de même et sont représentées absolument de la même manière dans la course du piston de la gauche vers la droite..
- Le rayon de l’excentricité', ou de la manivelle conductrice du tiroir restant égal à OÀ et le recouvrement extérieur à MO, imaginons que l’avance angulaire change et devienne égale, par exemple, à OAT', plus petit que OAT. Un tracé analogue au précédent nous donnera les modifications apportées à la distribution par le changement de l’avance angulaire. On tracera du point O, comme centre, une circonférence tangente à la ligne AT'; le rayon ON de cette circonférence sera égal à OA sin a! en désignant par a' l’angle OAT', qui est celui de la nouvelle avance angulaire. Si donc le recouvrement extérieur du tiroir était égal à ON, la lumière d’admission commencerait à être démasquée à l’origine de la course du piston, quand la manivelle passerait par le point mort du côté N'; l’angle décrit par la manivelle pendant la période d’admission serait mesuré par l’arc N R R'K intercepté par la parallèle à AT' menée par l’extrémité N du diamètre NN', et les découverts de la lumière d’admission, pour chaque position de la manivelle, seraient donnés par les projections obliques des arcs de la même circonférence sur le prolongement du rayon ON, par des parallèles à la tangente AT', projections dont le point A serait la limite extrême. Mais le recouvrement extérieur étant égal à OM plus grand que ON, il est clair que la lumière d’admission ne commencera pas à se découvrir, quand la manivelle passera par le point mort, mais seulement lorsqu’elle aura dépassé cette position d’un angle tel que la distance du tiroir à sa position moyenne soit réduite à NO. U suffit pour déterminer cet angle qui mesure le retard, angulaire à l’admission de mener par le point M une parallèle à la tangente
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- AT1; R et R' étant les deux points d’intersection de cette parallèle avec la circonférence de rayon ON, MN sera la quantité dont le tiroir se sera écarté de sa position moyenne du côté X, pendant que la manivelle aura décrit l’angle NO R mesuré par l’arc NR, à partir du point mort; cet angle donnera, par conséquent, le retard angulaire à l’admission. L’arc RR' de la circonférence intercepté par la même parallèle sous-tendra l’angle ROR' décrit par la manivelle pendant la phase d’admission. Les découverts de la lumière, durant cette même phase, seront donnés par les projections obliques des arcs compris entre NR et NR' sur le prolongement de MO, lesquelles seront toutes comprises entre le point M et le point A, et dont la plus grande, MA correspondra à l’arc NP,, terminé en P, au point de contact de AT' et de la circonférence ON et à l’angle NOP, décrit par la manivelle à partir du point mort. Enfin, le diamètre DOD', parallèle à la tangente, donnera le point D extrémité de l’arc NOD, qui mesure l’arc que la manivelle a décrit, au moment où commencent la contre-pression et l’échappement anticipé, si le tiroir n’a pas de recouvrements intérieurs.
- On voit pareillement que, si l’avance angulaire augmentait et devenait égale, par exemple, à OAT", les dimensions et la course du tiroir demeurant constantes, on obtiendrait les circonstances de la distribution qui en résulterait, en traçant du point O, comme centre, la circonférence tangente à la ligne AT" et menant une série de parallèles à cette tangente. La parallèle SS' menée par le point M coupera cette circonférence en deux points S, S', dont le premier S limitera l’arc LS, mesure del’avance angulaire S O L à l’admission, et le second S' l’arc LS' mesure de l’angle LOS' que la manivelle a décrit à partir du point mort,- au moment où la détente commence. Le découvert maximum de la lumière, pendant la durée de l’admission, sera égal à MA projection oblique sur le prolongement du rayon OL de l’arc compris entre le point S et le point de contact de AT" et de la circonférence. Enfin, le point d’intersection du diamètre parallèle à AT" avec la circonférence de rayon OL limitera l’arc où finit la détente de la vapeur et donnera l’angle que la ma-nivèlle a décrit, au moment où commencent la contre-pression et l’échappement prématuré.
- En résumé, le tracé de M. Deprez consiste simplement en ceci :
- Sur une ligne indéfinie, représentant une parallèle à celles dans lesquelles se meuvent le piston moteur et le tiroir d’un mouvement alternatif, on prend ùfi point qui peut être censé représenter le milieu du tiroir dans sa position
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- tnoyenne; à partir de ce point, on porte sur la ligne une longueur OA égale au rayon d excentricité ou de la manivelle conductrice du tiroir et, par conséquent, égale à l’écart maximum du tiroir de sa position moyenne. Au point À on mène une ligne inclinée sur AO, d’un angle égal à l’avance angulaire donnée du tiroir ; du point 0 comme centre commun, on décrit deux circonférences; la première a pour rayon le recouvrement extérieur du tiroir; la seconde est tangente à l’oblique sur A 0, menée en dernier lieu. Ces deux circonférences se confondent en une seule quand l’avance angulaire et les largeurs des recouvrements extérieurs du tiroir sont combinées de façon que l’admission de la vapeur motrice ait lieu précisément aux points morts ; dans le cas général où la vapeur est admise, soit avant que le piston arrive aux points morts, soit après qu’il les a dépassés, elles sont distinctes. Dans tous les cas, en couvrant la figure d’une série de lignes parallèles à la tangente à la deuxième circonférence, les arcs de celle-ci servant de mesure aux angles dont la manivelle motrice a tourné à partir du point mort, les écarts correspondants du tiroir à sa position moyenne sont donnés par les distances des points où les parallèles coupent la droite OA au point 0, et les découverts de la lumière d’admission correspondants aux arcs limités par celles de ces parallèles dont les points de rencontre avec OA sont extérieurs à la première circonférence sont mesurés par les distances de ces points de rencontre à ladite circonférence.
- § IX. Concevons qu’il soit possible de faire varier à la fois l’angle de calage de la manivelle qui conduit le tiroir et le rayon de cette manivelle, de manière à maintenir constant le produit ? sin * par le changement simultané des deux facteurs en raison inverse l’un de l’autre. La distance du tiroir au milieu de sa course, et, par conséquent, la position qu’il occupera lors des passages du piston par ses points morts, restera, dans cette hypothèse, la même, quel que soit l’angle d’avance; d’où il suit que si, pour une certaine avance angulaire, il n’y a ni avance ni retard à l’admission, la même chose aura lieu pour toutes les autres valeurs corrélatives de l’angle d’avance et du rayon r. Dans ce cas qui est le plus simple de tous, OM (fîg. 6) étant la largeur du recouvrement extérieur du tiroir, et M 0 M' un diamètre de la circonférence de rayon OM, si l’on mène par le point 31 les lignes diversement inclinées 31 A, 31 B, 31C, chacune d’elles interceptera, sur la circonférence, un arc qui sera la mesure de l’angle décrit par la manivelle motrice du
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- piston durant la période de l’admission de la vapeur, pour une avance angulaire du tiroir égale a celle que la même droite forme avec le diamètre
- Fig. 6.
- M 0 MV et une série de parallèles à cette droite donnera par les points d’intersection avec la circonférence et son diamètre toutes les circonstances de la distribution de la vapeur, pour cette même avance angulaire. L’amplitude de la demi-excursion du tiroir correspondante à chaque inclinaison sera égale à la distance du centre O au point de rencontre avec le diamètre prolongé de la tangente à la circonférence menée sous cette même inclinaison. Ainsi cette amplitude sera égale à OR pour l’angle d’avance CM O, à OR' pour l’angle d’avance A M O, etc. La projection oblique sur le prolongement deOM de la flèche de l’arc intercepté par chacune des lignes menées parle point M donnera le maximum de largeur sur laquelle la lumière est démas^ quée pour l’angle d’avance égal à l’inclinaison de cette ligne sur le diamètre, etc.
- Si l’avance à l’admission n’était pas nulle, si, par exemple, la lumière d’admission était déjà démasquée sur une largeur donnée, lors des passages du piston par les extrémités de sa course, on porterait sur le prolongement du rayon O M une longueur M a égale au découvert qui constitue l’avance linéaire à l’admission, et l’on décrirait une seconde circonférence du point O, comme centre, et d’un rayon égal à O a; les arcs interceptés par les parallèles, sur
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- cette seconde circonférence, donneraient l’étendue des périodes d’admission et de suppression de la vapeur, y compris l’admission prématurée, laquelle : embrasserait un arc plus étendu, à mesure que l’avance angulaire serait plus grande, cet arc demeurant pourtant toujours très-petit, si l’avance linéaire est elle-même petite, ainsi que cela a toujours lieu.
- § X. La variation simultanée de l’avance angulaire * du tiroir, conduit de la même manière que si sa tige était rattachée par une bielle très-allongée au bouton d’une manivelle ordinaire ou à un excentrique circulaire et de l’écart maximum p du tiroir de part et d’autre de sa position moyenne, de telle façon que le produit p sin * demeure constant, est réalisée par une combinaison cinématique due à M. Deprez, qui y a été conduit par le tracé graphique qui vient d’être exposé.
- Soient XX', fig. 7, la ligne dans la direction de laquelle le tiroir distributeur se meut d’un mouvement rectiligne alternatif et, sur cette ligne, un point 0 qui représente l’axe- de l’arbre sur lequel sont fixées la manivelle principale et la manivelle ou l’excentrique circulaire qui imprime au tiroir son mouvement. Du point O comme centre et avec un rayon 0 M égal au recouvrement extérieur du tiroir, on trace une circonférence de cercle ; c’est celle que doit décrire le bouton de la manivelle ou le centre de l’excentrique circulaire auquel la tige ou la tête de bielle du tiroir est liée, non directement, mais par l’intermédiaire d’un système de tiges guidées et articulées entre elles comme il suit : * désignant l’avance angulaire que l’on doit donner au tiroir pour obtenir une détente déterminée, on mène à la circonférence de rayon 0 M une tangente PÀ, qui forme en À avec la ligne XX' ou le rayon O M prolongé un angle P ÀO égal à * (le point de tangence P est déterminé en menant un rayon OP incliné sur OM du complément de «).
- Il existe entre le recouvrement extérieur du tiroir égal à O M, et la distance AO du point d’intersection de la tangente P À et de la ligne X X', la relation ;
- 0M = 0 P = AO sin *.
- C’est celle qui doit avoir lieu entre le recouvrement extérieur du tiroir et la ' demi-longueur d’une excursion, pour que l’admission de la vapeur motrice pour l’avance angulaire * ait lieu précisément aux points morts. Donc il n’y ’ aura ni avance ni retard à l’admission, quand la demi-excursion du tiroir, mené par une manivelle ordinaire, sera égale à AO.
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- Imaginons que la ligne AP, déterminée ainsi qu’il vient d’être expliqué, se promène en restant toujours parallèle à elle-même sur le cercle de
- Fig. 7.
- rayon OM, jusqu’à ce qu’elle devienne tangente à ce cercle, à l’autre extrémité P' du diamètre mené par le point P. Dans cette situation, la ligne mobile viendra couper la ligne XX' en A' à une distance OA’ = OA de l’autre côté du centre O. Dans les positions intermédiaires, elle coupera X X' en des points situés entre A et A’.
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- Le tracé graphique de M. Deprez sera matériellement réalisé, si l’on parvient à lier la tige du tiroir assujettie à se mouvoir dans la ligne XX', au bouton de la manivelle qui décrit la circonférence de rayon OM avec une vitesse angulaire égale à celle de la manivelle du piston, par un système articulé qui établisse constamment la coïncidence entre l’extrémité ou tout autre point fixe de cette tige et la projection oblique du bouton de la manivelle sur XX'. Pour atteindre ce but, P étant une position du bouton de la manivelle et À sa projection oblique, menons par ce point A une droite À S perpendiculaire à PA; prenons sur cette droite une longueur quelconque AS, et considérons AS comme l’axe d’une tige métallique rigide dont les deux extrémités A et S soient assujetties à se mouvoir l’une suivant la droite XX', l’autre suivant une parallèle XjX/àXX'. En vertu de cette condition, la tige AS ne pourra prendre qu’un mouvement de translation parallèlement à elle-même entre ces deux droites. Joignons le point P à un point I de la droite AS, voisin de son extrémité S, par la droite PI et considérons PI comme représentant l’axe d’une autre tige métallique rigide, dont l’extrémité P est fixée au bouton de la manivelle tournant autour du centre O, tandis que sa seconde extrémité I est reliée à la tige AS de manière à conserver la liberté de glisser sur elle dans le sens longitudinal, ce qui est très-aisé à réaliser en pratique. Prenons le milieu B de la longueur PI et joignons le point B à l’extrémité A de la tige AS par la droite AB, Par suite de cette construction, les deux triangles PB A et ABI seront isoscèles et les trois points P, A, I appartiendront à la demi-circonfé*-rence de cercle dont PI est le diamètre. Considérons A B comme l’axe d’une troisième tige métallique rigide qui, reliée à articulation à l’extrémité A de la tige AS et au milieu B de la tige PI, maintiendra les points A et B à une distance l’un de l’autre constamment égale à PB et BI, quelles que soient, d’ailleurs, les déformations du système, il est manifeste que le bouton de la manivelle ne pourra se mouvoir suivant la circonférence de rayon OM sans entraîner avec lui le système des tiges rigides. Dans ce déplacement, tous les angles que forment entre eux les axes des tiges changeront simultanément ; mais l’angle compris entre la tige AS et la droite fictive, joignant son extrémité A au bouton de la manivelle restera constamment droit, puisqu’il restera, dans toutes les positions corrélatives du point A et du bouton de la manivelle, inscrit dans la demi-circonférence de diamètre PI, et comme la tige AS est assujettie à se déplacer parallèlement à elle-même, la ligne fictive AP, qui lui reste perpendi-
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- culaire, se déplacera aussi parallèlement à elle-même et l’extrémité A de la tige mobile AS sera toujours la projection sur XX' du bouton de la manivelle par une ligne oblique parallèle à À P. Il suffit donc de rattacher les extrémités À de chacune des deux tiges rigides AS et AB à la tige du tiroir par un boulon autour duquel elles soient libres de tourner pour obtenir que la tige du tiroir, forcée qu’elle est par des guides à se mouvoir dans la ligne XX', suive sur cette ligne tous les mouvements de la projection oblique du bouton de la manivelle qui décritla circonférence de rayon O M. Nous savons que le tiroir ainsi conduit aura exactement le même mouvement que s’il était mené par une manivelle ou un excentrique ordinaire de rayon OA = OA', et qui serait calé sur l’axe delà manivelle principale delà machine avec une avance angulaire égale à PAO, correspondante à une avance linéaire O M, de sorte que, si le recouvrement extérieur du tiroir est précisément égal à O M, comme on l’a supposé, l’admission de la vapeur motrice commencera précisément au point mort, sans avance ni retard.
- Quel doit être, dans le système nouveau, l’angle constant compris entre la manivelle principale attaquée par le piston et la manivelle qui mène le tiroir par l’intermédiaire des tiges articulées PI, AS et AB? Supposons que l’arbre tournant dont l’axe se projette au centre O et qui porte à la fois la manivelle attaquée directement par le piston moteur, et la manivelle ou l’excentrique conducteur du tiroir de distribution tourne dans le sens indiqué par la flèche x y, et que le cylindre de la machine soit placé du côté X' par rapport à cet arbre et au point O. Lorsque le piston sera à fond de course et à son maximum d’éloignement de l’arbre tournant, la manivelle principale sera dirigée précisément suivant 0 X'. A ce moment, le tiroir doit avoir dépassé sa position moyenne du côté opposé O X d’une quantité égale au recouvrement extérieur, ou plus généralement à l’avance linéaire O M. Donc le point M doit être la projection oblique sur XX' du bouton de la manivelle, ce qui exige que celui-ci soit alors au point M lui-même ou au point m' situé sur la parallèle Mm' à AP menée par le point M. Un coup d’œil jeté sur la figure suffit pour apercevoir que c’est en 31 que doit se trouver alors le bouton de la manivelle, puisque le tiroir doit continuer à s’écarter de sa position moyenne dans le sens 0 X, pendant que le piston moteur exécute la première partie de sa course dans le sensX'X, en se rapprochant de l’arbre O, ce qui exige que le bouton de la manivelle, en tournant dans le sens xy, s’élève, à partir de sa position actuelle, de plus en plus au-dessus de la ligne XX', en se rapprochant du point P pour lequel le tiroir atteint l’extrême limite de sa course.
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- Donc la manivelle conductrice du tiroir doit être diamétralement opposée à la manivelle principale.
- § XI. Le système précédent permet de faire varier à volonté l’étendue relative de l’admission et de la détente de la vapeur, sans arrêter la machine et sans qu’il en résulte ni avance ni retard à l’admission de la vapeur. Concevons, en effet, qu’au moyen d’un levier de relevage analogue à celui qui est appliqué à la coulisse habituellement employée pour la distribution dans les machines locomotives, on fasse varier la distance de la ligne fixe XX' à sa parallèle X^X/, en élevant ou abaissant celle-ci. Ce relèvement ou cet abaissement entraîneront un changement de l’inclinaison de la tige A S sur la droite fixe XX' dans laquelle se meut la tige du tiroir, et comme le système est combiné de telle sorte que l’angle PAS reste toujours droit, il en résultera une variation égale, mais en sens inverse, de l’angle compris'entre la ligne fixe XOX' et la ligne fictive AP qui joint la tige du tiroir au bouton de la manivelle. Ainsi, le rapprochement de X,Xt' de sa parallèle aura pour effet d’augmenter l’angle que forment les lignes projetantes du bouton de la manivelle conductrice du tiroir sur XX' avec cette ligne et, par conséquent, de rapprocher les points A et A' respectivement des points M et M' de la circonférence MO, c’est-à-dire de diminuer l’amplitude de la course du tiroir et d’augmenter en même temps l’avance angulaire, et cela sans changer l’avance linéaire qui restera toujours égale à O M et sans altérer la symétrie de la distribution de la vapeur sur les deux faces du piston, de sorte que, si OM est égal au recouvrement extérieur du tiroir, l’admission de la vapeur commencera toujours aux points morts. L’amplitude de la phase d’admission sera diminuée ; elle sera même réduite à o, lorsque la ligne XiXf viendra se coucher sur sa parallèle XX', auquel cas les lignes projetantes deviennent perpendiculaires à XX', les points de tangence P, P'viennent coïncider avec MM', et le tiroir, dont la course entière devient égale à ce diamètre M M', ne découvre jamais les lumières d’admission.
- L’écartement de la ligne X^X/ de sa parallèle a des effets précisément inverses; l’amplitude de la course du tiroir en est augmentée, ainsi que l’étendue de la phase d’admission.
- Veut-on changer le sens du mouvement de rotation imprimé par la machine à la manivelle, il suffit d’amener la ligne X^', de l’autre côté de la droite fixe X'X : le tiroir opérera alors une distribution appropriée à la
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- marche en sens inverse, exactement identique avec celle qu’elle opérait de l’autre côté pour la marche directe. Cette symétrie complète n’est point obtenue au moyen d’un double excentrique et de la coulisse ordinaire.
- Pour qu’il soit possible de faire varier la détente et de renverser le sens de la rotation déterminée par la machine, il est nécessaire que la tige AS ne soit pas liée invariablement à la tige du tiroir, mais puisse, aussi bien que la tige AB, tourner autour du boulon de jonction. Dans les machines à détente constante, la tige A S et celle du tiroir pourraient être solidaires.
- Il serait difficile, en pratique, de réaliser en toute rigueur les dispositions ci-dessus décrites; mais il est aisé de s’en rapprocher assez pour que les écarts soient tout à fait insignifiants. Ainsi, au lieu de guider rigoureusement en ligne droite la tige du tiroir, on pourra supporter le point A auquel se rattachent les tiges AS et AB par une tige dont la longueur serait dix à douze fois plus grande que l’amplitude de son excursion et dont l’autre extrémité serait attachée à un point fixe autour duquel elle décrirait un arc de cercle, dont la flèche serait très-petite et qui se confondrait sensiblement avec la corde parallèle à XX'; en même temps, le point A, au lieu d’être pris sur la tige du tiroir, y serait rattaché par une longue bielle qui irait s’articuler aussi près que possible de la boîte à étoupes. L’extrémité S de la tige A S pourra également être portée par une tige rigide rattachée au bras du levier de relevage.
- Si l’on donne à ce bras de levier une longueur égale à celle de AS, qu’on place son point d’appui sur la perpendiculaire à la ligne X X', menée par le point O, et que l’on prenne la tige de suspension de longueur égale à la distance entre le point O et ce point d’appui, le point S décrira un arc de cercle dont la corde s’écartera très-peu d’une parallèle à X X' et dont la flèche sera assez petite, si la tige de suspension est grande par rapport à l’excursion du tiroir, pour qu’on puisse le considérer comme se confondant avec une parallèle à XX', quelle que soit d’ailleurs la position du levier de relevage.
- § XII. Un tiroir conduit, au moyen du système articulé de M. Deprez, par une manivelle diamétralement opposée à celle du piston et d’un rayon égal au recouvrement extérieur du tiroir, distribuera donc la vapeur de la même manière que s’il était conduit, au moyen d’une simple bielle, par une manivelle calée sur l’arbre tournant, avec un angle d’avance égal au complément de celui que la tige AS forme avec la ligne XX'. Le changement d’inclinaison de la tige AS, qui peut s’effectuer sans arrêter le mouvement
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- de la machine, équivaut au changement de l’angle d’avance; en outre, et c’est la propriété essentielle du système, l’amplitude delà course du tiroir varie, quoique le rayon de la manivelle reste le même, en même temps que l’inclinaison de A S sur XX', de telle façon que l’écart du tiroir à sa position moyenne, au moment des passages du piston par les points morts, reste le même pour toutes les inclinaisons de AS. Le système permet donc de hâter ou de retarder à volonté la fin de l’admission de la vapeur motrice dans le cylindre, de changer le sens de la rotation imprimée à l’arbre tournant, sans occasionner aucune avance ou retard à l’admission de la vapeur, quand elle a lieu exactement lors des passages par les points morts. Ainsi sont réalisés avec plus de précision et par des mécanismes plus simples tous les effets qu’on a cherché à obtenir par la coulisse dite renversée. Ce n’est pas tout : il est possible d’obtenir, par le système articulé de M. Deprez, une amélioration considérable de la distribution de la vapeur que donne le tiroir à recouvrement mené soit par un excentrique circulaire, soit par deux excentriques et la coulisse droite ou renversée. 11 suffit, pour cela, au lieu de rattacher la tige PI (fig. 7) au bouton d’une manivelle égale au recouvrement
- extérieur du tiroir OM et qui décrit la circonférence du cercle de rayon OM, en restant toujours diamétralement opposée à la manivelle du piston, de l’attacher (fig. 8) à un bouton qui, libre de glisser sur cette manivelle en se rapprochant ou s’éloignant du centre 0, serait assujetti à parcourir une courbe aplatie dont le centre serait en O et dont MOM' Fig. 8. serait un diamètre di-
- visant la courbe en deux
- parties symétriques. Ce sera, si l’on veut fixer les idées, une ellipse dont MOM' sera le grand axe. Ce bouton étant lié à la tige du tiroir guidée sui-
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- vant la droite XX', par le système articulé décrit et représenté fig. 7, il est clair que la ligne fictive passant par le centre du bouton mobile et l’extrémité À de la tige AS restera toujours perpendiculaire à l’axe de cette tige et que, par conséquent, cette ligne se déplacera parallèlement à elle-même dans le plan de la courbe; le tiroir suivra donc, dans son déplacement, la projection oblique sur la ligne XX' du bouton mobile qui se meut dans la courbe.
- Si la ligne K O K'marque la direction perpendiculaire à celle que l’on a donnée, au moyen du levier de relevage, à la tige A S, et si l’on mène la tangente PA et la corde M m parallèles à K O K', on voit que l’écart du tiroir à sa situation moyenne sera égal à O M, quand le bouton mobile passera par le sommet M de la courbe et quand il passera par le point m; que cet écart arrivera à son maximum OA du côté X, quand le bouton passera par le point de tangence P situé entre M et m, que cet écart sera nul quand le bouton passera par le point K, après quoi il changera de sens et redeviendra égal à O M'quand le bouton passera par M'. Si donc la manivelle le long de laquelle glisse le bouton mobile est diamétralement opposée à la manivelle du piston, et si le recouvrement extérieur des lumières par les rebords du tiroir est précisément égal à O M, comme on l’a supposé, l’admission de la vapeur motrice dans le cylindre commencera au point mort avec la course du piston (cela aura lieu pour toutes les inclinaisons possibles de la ligne KO K', et toutes les positions du levier de relevage) ; l’admission sera supprimée et la détente commencera quand la manivelle du piston aura décrit, à partir du point mort, un angle égal à MOm; la détente se continuera, avec échappement derrière le piston, pendant que la manivelle du piston décrira l’angle m O K sous-tendu par l’arc m K; enfin, la contre-pression et l’échappement anticipé correspondront à l’angle KO M' sous-tendu par l’arc KM' de la courbe. Quand le bouton décrit une circonférence de cercle, le diamètre O K parallèle à la corde M m divise l’angle mOM', et l’arc wiM' qu’il sous-tend en deux parties égales, de sorte que les angles décrits par la manivelle du piston dans la phase de détente et dans la phase de contre-pression et d’échappement anticipé sont égaux entre eux ; quand le bouton se meut dans une ellipse ou toute autre courbe aplatie, l’angle mOK correspondant à la détente est toujours plus grand que l’angle KO M'correspondant à la contre-pression et à l’échappement anticipé, ce qui constitue une amélioration de la distribution d’autant plus grande que la phase d’admission de la vapeur motrice est plus limitée.
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- Les exemples suivants mettent la chose en évidence. Décrivons sur MOM' comme diamètre une circonférence > et traçons dans l’intérieur de ce cercle l’ellipse dont ce même diamètre est le grand axe et dont les ordonnées perpendiculaires sont le tiers des ordonnées correspondantes de la circonférence.
- Le système articulé étant rattaché au bouton de la manivelle qui décrit la circonférence de cercle, si l’on veut que la vapeur soit supprimée quand le • piston aura parcouru moyennement la moitié de sa course dans ses deux excursions directe et rétrograde, la ligne mobile parallèlement à elle-même dans le plan de la figure devra former avec XX' un angle égal à un demi-droit. La contre-pression et l’échappement anticipé commenceront quand la manivelle du piston n’aura plus qu’un angle d’un demi-droit à décrire pour compléter sa demi-révolution, à quoi correspond une fraction de la course
- du piston moyennement égale à|(l — cos = i =0,1465.
- La détente a lieu dans la partie intermédiaire de la course du piston, la dis tribution est donc comme suit :
- . Fraction moyenne de la course du piston correspondante à l’admission de la vapeur. i . . . . . . . . . . . . 0,50
- Id. id. à la détente........................ . . ... . 0,3535
- Id. id. à la contre-pression et à l’échappement anticipé. 0,1465
- Total........................... 1,0000
- Veut-on, le système articulé étant toujours rattaché au bouton d’une manivelle de longueur constante et égale à OM, que la vapeur soit supprimée moyennement quand le piston aura parcouru le quart de sa course, l’inclinaison de la ligne mobile sur le plan de la figure devra être réglée de façon que son cosinus soit égala 1/2, c’est-à-dire que cette inclinaison devra être
- égale aux - d’un angle droit. La contre-pression et l’échappement anticipé
- commenceront quand la manivelle du piston aura encore à décrire un angle égal aussi aux 2/3 d’un droit pour compléter sa demi-révolution, à quoi correspond une fraction de la course du piston moyennement égale à :
- | (l — cos | X = ^ (i —cos = 0,25. La distribution est donc dans
- ce cas comme suit •
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- Fraction moyenne de la course du piston correspondante à l’admission. ........................................................ . 0,25
- Id. id. à la détente..................................... . 0,50
- Id. id. à la contre-pression et à l’échappement anticipé. 0,25
- Total. .........................1,00
- Voyons maintenant comment la distribution sera modifiée si le système articulé se rattache à un bouton mobile le long du bras de la manivelle et forcé de circuler dans l’ellipse dont les ordonnées sont le tiers de celles de la circonférence de cercle.
- 1er cas, l’admission devant cesser quand le piston a parcouru en moyenne la moitié de sa course totale. L’inclinaison de la ligne mobile parallèlement à elle-même dans le plan de la figure sur XX' doit être égale à l’angle que la corde joignant les extrémités des deux axes de l’ellipse forme avec le grand axe. La tangente de cet angle est égale au rapport du petit axe au grand axe, lequel, dans l’hypothèse admise, est 1/3, à quoi correspond un angle de 18 degrés 26'. La contre-pression et l’échappement anticipé ne commenceront que lorsque la manivelle du piston n’aura plus à parcourir, pour compléter sa demi-révolution, qu’un angle égal aussi à 18 degrés 26'. La fraction correspondante-de la course.du, piston est moyennement 1/2 (1 —- cos 18° 26') == 0,02565. La détente a lieu pendant toute la partie intermédiaire de la course du piston. On a donc la distribution suivante
- Fraction moyenne de la course du piston correspondante à l’ad-
- mission de la vapeur............................................0,50
- Id. id. à la détente. ... .... .... 0,47435
- Id. id. à la contre-pression et à l’échappement anticipé. 0,02565
- Total.................... . . 1,00000
- 2e cas, l’admission devant cesser quand le piston a parcouru en moyenne 1/4 de sa course. Menons par le centre O un rayon vecteur aboutissant à l’ellipse et formant avec la partie M O du grand axe un angle MOm égal aux 2/3 d’un angle droit. L’inclinaison à donner à la ligne mobile dans le plan de la figure sur la ligne XX' sera celle de la corde qui joint les extrémités M et m du grand axe et du rayon vecteur ainsi déterminé, et la tangente de cette inclinaison est égale au rapport de l’ordonnée y du point m à la distance OM — x du pied de cette ordonnée au sommet M. On trouve par un
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- sj~3~ sJ 3
- calcul très-simple que cette tangente est égale à ^2g-_1 == 0 = ;^9Ï5*
- On trouve, avec le secours des tables, que cette tangente est celle d’un angle de 21° 59'. C’est ce même angle que la manivelle du piston aura encore à parcourir, pour compléter sa demi-révolution, depuis que la contre-pression et l’échappement anticipé auront commencé, au passage du tiroir par sa position moyenne. La fraction de la course du piston correspondante sera moyenne-
- ment égale à 1/2 (1 — cos 21° 59') = 0,03635.
- La distribution est donc dans ce cas :
- Fraction moyenne de la course du piston correspondante à l’admission.........................................................0,25
- Id. id. à la détente. . ............................0,71365
- Id. id. à la contre-pression et à l’échappement anticipé. 0,03635
- Total. ........................... 1,00000
- § XIII. Il existe plusieurs moyens d’obtenir le mouvement suivant une ellipse ou toute autre courbe aplatie du bouton conducteur du tiroir de distribution. On l’obtiendrait directement en laissant à ce bouton la liberté de glisser dans le sens du rayon en s’approchant ou s’écartant du centre le long de la manivelle et en l’assujettissant à circuler dans une coulisse ou rainure invariablement fixée, qui serait tracée suivant la courbe voulue, tandis qu’il serait entraîné dans la rotation de l’arbre. On peut aussi, par une combinaison cinématique simple, transformer le mouvement circulaire d’un point en un mouvement suivant une ellipse dont un des axes soit égal au diamètre du cercle et dont l’autre axe sera au même diamètre dans tel rapport que l’on voudra. Plus généralement étant données une courbe plane quelconque et une droite tracée dans son plan, on peut tracer une autre courbe qui ait même projection que la première sur la droite et dont les ordonnées per-
- C) L’équation de l’ellipse rapportée à ses axes est, en désignant par a le demi-grand axe OM et so rappelant que le petit axe en est le tiers : x1 + 9ya = a\ L'équation de la droite menée par
- l’origine et inclinée sur l’axe des x d’un angle égal aux ^ d’un droit est y — x V 3.
- Ges deux équations donnent, pour les coordonnées du point d’intersection de la droite et de la
- , CL W 3 y
- courue x — 77=, y =s a —7— . et pour la tangente de l’inclinaison cherchée ——— =
- V3
- V-28 — 4 *
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- pendiculaires soient à celles de la première courbe dans un rapport donné. Soient (fig. 9) AM B la courbe et X Y la droite données; M un point de cette
- ‘ ‘ ' ? ' * Pi’g- 9‘.
- courbe, I la projection orthogonale de*M sur X Y et M'le point correspondant de la courbe à tracer, qui doit avoir même projection sur XY que À MB et dont les ordonnées perpendiculaires à XY doivent être à celles de la courbe donnée dans le rapport constant de M I à M' I. Je prends le milieu de la ligne projetante MM' des deux points M et M' sur XY. Par ce point milieu K je mène une parallèle SS' à XY. Je mène ensuite par le point M une droite quelconque MD terminée à la droite XY et qui coupe en E sa parallèle SS'. Je joins le point E au point M' par la droite E M' qui vient couper en F la ligne XY. Si l’on considère les trois droites XY, MD et M'E comme les axes de trois tiges rigides dont les deux dernières sont réunies au point E par une articulation qui permet de faire varier leur inclinaison mutuelle, et si en même temps l’extrémité D de MD et le point F de M'E sont assujettis à sé mouvoir sur la tige XY le long de laquelle ils peuvent glisser, le système articulé, formé de ces trois tiges, constituera un instrument qui, la courbe ÀMB étant donnée, nous permettra de tracer d’un mouvement continu la courbe À' M'B' dont les abscisses parallèles à XY sont les mêmes que celles de la première, et dont les ordonnées perpendiculaires à XY sont réduites ou augmentées dans le rapport constant de MI à M'I. Il suffira pour cela de garnir de styles normaux au plan de la figure les extrémités M, M' des tiges MD et M'E et de coucher la tige XY sur la droite XY de la figure. Cela posé, quand le style M suivra la courbe AMB, le style M'tracera la courbe A' M'B'. En effet, d’après la construction, les deux longueurs ME, M' E sont égales. Il en résulte que le triangle rec-
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- tangle IM'F est semblable au triangle IMD, puisque les angles en 1 sont égaux comme droits et que les angles aigus M et M' sont égaux entre eux. Donc, l’angle M'FI = l’angle MDI et comme M'FI = EFG, le triangle FED est aussi isocèle, FE = ED. Ces relations d’égalités de longueurs et de similitude des triangles IFM' et IMD subsistent, quelles que soient les variations de l’angle en E qui entraîne celles de tous les autres angles du système articulé. Or la similitude des triangles IM'F et IMD donne la proportion :
- IM': IM : : M'F : MD.
- Par construction les longueurs M'F et MD sont l’une et l’autre invariables; le rapport de IM' à IM est donc aussi constant. Donc, tandis que le style M suivra la courbe À MB, le style M'décrira la courbe A'M'B' ayant même projection sur XY, et dont les ordonnées sont à celles de A MB dans le rapport de M'F à MD.
- Dans la fig. 9 les deux courbes AMB, A'M'B' tournent leurs concavités l’une vers l’autre parce qu’elles sont situées des deux côtés opposés de la ligne XY sur laquelle glissent les deux points F et D. Si elles étaient situées d’un même côté de cette ligne, comme dans la fig 10, l’in-
- Fif?. 10.
- strument affecterait une forme un peu différente. M étant un point de la courbe donnée et M' le point correspondant de la courbe qui a même projection ab sur XY, et dont les ordonnées sont réduites dans le rapport constant de M'I à MI, pour construire l’instrument, on mènera toujours une droite quelconque MD, puis, par le milieu K de la distance MM', la parallèle KE à XY dont l’intersection E avec MD déterminera le point d’articu-
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- MACHINES A VAPEl'R.
- lation des tiges et le sommet E du triangle isocèle MEM' : joignant ensuite le point E au point M' par la droite EM' qu’on prolongera jusqu’à sa rencontre avecXY, F sera le point fixe de la tige rigide EF qui devra être assujetti à glisser sur XY, en même temps que l’extrémité D de la tige MD. Les deux triangles isocèles formés par l’instrument sont ici MEM' et FED; les triangles rectangles semblables IM'F et IMD. Le style traceur est en M' entre l’articulation E et l’extrémité F de la tige E F et les triangles semblables donnent la proportion :
- IM' : IM : : M F : MD.
- Il résulte de ce qui précède que les appareils articulés dont la fig. 9 et la fig. 10 représentent le squelette, et dont il est facile de faire des instruments pratiques, peuvent l’un et l’autre servir à transformer le mouvement circulaire en mouvement elliptique, l’un’des axes de l’ellipse étant égal au diamètre du cercle et le rapport du second axe au premier étant celui de la longueur M'F à ladongueur MD. Ainsi, au moyen de l’instrument de la fig. 9, la tige XY étant fixée, comme dans la fig. 11, au-dessous du point O qui représentera
- Fig. 11.
- l’axe d’une manivelle de longueur fixe décrivant la circonférence AMBmA sur le diamètre AB, l’extrémité M delà tige MD étant liée au bouton de la manivelle, de façon qu’elle soit obligée de décrire la circonférence, l’ex-trémité M' de la tige M'E de l’instrument décrira l’ellipse A'M'B'm', située de l’autre côté de la ligne XY, ayant son axe A'B’ égal et parallèle au diamètre AB du cercle, et dont les ordonnées perpendiculaires à l’axe A'B’
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- seront aux ordonnées du cercle dans le rapport constant de M'F à MD. Il est évident de plus que, si la circonférence de cercle est décrite dans le sens marqué par la flèche xy, l’ellipse sera décrite par l’extrémité M' de la tige M'E dans le sens inverse marqué par la flèche x y'.
- Avec l’instrument de la fig. 10, la tige XY étant fixée suivant XY de la fig. 12, et l’extrémité M de la tige MD liée au bouton d’une manivelle qui
- Fig. 12.
- décrirait la circonférence ÀMBmÀ, le point M' de la tige EF décrira l’ellipse A'M' B'm'À' située du même côté de la tige XY, dont le grand axe et le petit axe seront entre eux dans le rapport de M'F à MD, et ici les points décriva nt le cercle et l’ellipse correspondante seront animés de rotations de même sens autour des centres O et 0' de la circonférence et de l’ellipse.
- Il faudra, dans l’application des principes précédents à la conduite des tiroirs de distribution, se rappeler que le bouton, circulant dans l’ellipse ou toute autre courbe aplatie de diamètre égal au recouvrement extérieur, qui imprime le mouvement alternatif au tiroir par l’intermédiaire du système articulé représenté par la fig. 7, doit décrire la courbe avec une vitesse angulaire égale à celle de l’arbre tournant porteur de la manivelle du piston; en d’autres termes, que le rayon vecteur allant du centre de cette courbe au bouton mobile doit former un angle constant avec la manivelle principale. Il faut donc concevoir que le pointM' de la tige EM', fig. Il et 12. est rattaché à un bras fixé sur l’arbre tournant, dont l’axe se projette en O', de façon qu’il soit libre de glisser sur ce bras en s’éloignant ou en se rapprochant du centre en même temps qu’il est entraîné dans son mouvement de rotation. Les points F et D étant guidés suivant la droite XY parallèle à la direction
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- suivant laquelle se meut le tiroir, l’extrémité M de la tige MD sera liée au bouton fixe d’une manivelle 0 M tournant autour d’un axe fixe projeté enO, et sera ainsi obligée de décrire la circonférence dont cette manivelle est le rayon, avec une vitesse angulaire variable dans l’étendue d’une demi-circonférence, tandis que celle du rayon vecteur du point mobile M' autour du centre O' est constante ou du moins égale à celle de la manivelle du piston. En un mot, la manivelle OM est entraînée dans son mouvement circulaire par le rayon vecteur O' M' qui participe au mouvement de rotation que le piston imprime à l’arbre principal dont l’axe se projette en O'. Il est aisé de voir que si le mouvement elliptique du point M’ était, au contraire, déterminé par le mouvement circulaire du point M de la manivelle OM, celle-ci étant solidaire avec l’arbre tournant, la conduite du tiroir par le bouton M' et par l’intermédiaire du système articulé de la fig. 7 ne changerait rien à l’étendue des phases d’admission, de détente, de contre-pression et d’échappement anticipé, et n’apporterait aucune amélioration à la distribution de la vapeur par un tiroir dont la tige se rattacherait au bouton M de la manivelle 0 M au moyen du même système articulé.
- § XIV. La transformation du mouvement circulaire en mouvement suivant une courbe sinon identique avec une ellipse dont un des axes serait égal au diamètre du cercle, du moins suivant une courbe qui en diffère assez peu pour la remplacer pratiquement, peut être encore obtenue par la combinaison suivante (fig. 13) :
- Fig. 13.
- AB*est le diamètre d’une circonférence de cercle; OM représente l’axe d’une manivelle dont le bouton décrit jcette circonférence et se rattache à
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- une longue bielle MC dont l’extrémité C est assujettie à se mouvoir dans la ligne XY prolongement du diamètre ÀB. Tandis que le point M décrit la circonférence de diamètre AB, un point quelconque M' de la bielle décrira une courbe fermée À'M'B' qui interceptera sur XY un diamètre À'B' égal à ÀB, et qui pourra différer assez peu de l’ellipse dont À'B' serait le grand axe et dont le petit axe serait à À' B' dans le rapport constant des longueurs M'C et MC.
- Désignons, en effet, par * l’angle variable ÀOM compté à partir du rayon O À de la circonférence, par r le rayon OÀ = OM de la circonférence de cercle, par L la longueur de la bielle M C, par l la distance M'C du point M' à l’extrémité C de la bielle, par ê l’angle ACM. Rapportons la courbe À'M'B' décrite par M' à deux axes rectangulaires dont l’origine soit en O, et dont l’un, celui des a?, sera la ligne O Y sur laquelle le point C est assujetti à glisser. Om' etM'm' seront l’a? et 15/ du point M', etl’on a :
- * x = {L — l) cos C — r cos ce.
- y — l sin q.
- r
- sm g = sm * X y. d’où l’on tire, en éliminant l’angle C :
- x=(L— l) J/ 1—sin2 —r cos * = \ L2—r2 sin2 «•—r cos * (1)
- y = ^ r sin ce. (2)
- En faisant dans la seconde de ces équations & — o et ^ ^, on a pour les
- abscisses des points d’intersection de la courbe avec l’axe des x :
- et — oy-=o x = L — l — r,
- u — 7r y — o a? = L — l + r.
- La moyenne de ces deux valeurs de a? est L — l ; c’est la distance du milieu O' du diamètre À' B' de la courbe À' M'B' au centre O de la circonférence et si on transporte l’origine des coordonnées en ce point O', en conservant Tome XV. — 67e année. 2e série. — Septembre 1868. 71
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- d’ailleurs les directions des premiers axes, l’équation (2) subsiste et l’équation (1) est remplacée par la suivante :
- x + L — l = 1 j — J/ L2 — r2 sin2 * — r cos * (la)
- l’élimination de l’angle « entre les équations (la) et (2) conduirait à une équation du quatrième degré qu’il est inutile d’écrire, parce qu’il est plus simple de discuter les deux équations contenant l’angle *.
- On voit d’abord par (2) que les valeurs maxima et minima de l’ordonnée y correspondent à des angles * dont le cosinus est nul, par conséquent la
- CT 3
- première à l’angle* = ~ et la seconde à l’angle « = On a ainsi pour
- A A
- le maximum de y :
- cos * = o, sin * = -h 1, y pour le minimum de y : cos * = o, sin * = — 1, y
- Ir
- ,*=-(!-I) [1-
- \J L2 — r2
- L’abscisse x correspondante aux deux valeurs * = ^ et * = 3 T
- — est toujours négative, lorsque l est plus petit que L, c’est-à-dire
- lorsque le point de la droite MC qui décrit la courbe est situé entre les points M et C ; O' ^ désignant cette abscisse, le point « est alors situé à gauche du point O' vers le centre O de la circonférence; O' ^ est, en outre, tontes choses égales d’ailleurs, proportionnelle à la longueur L — /, c’est-à-dire à la distance MM', et d’autant plus petite que L est plus grand
- par rapport au rayon r. Par exemple, si l’on a r = ^ L, le facteur 1 —V^. L2L~r"- devient égal à 1 — \/^99 = 0,005, et la longueur 0>. est
- 4
- seulement — de MM'. À l’abscisse OV- correspondent les deux ordonnées
- égales et de signes contraires, dont la somme numérique, égale à 2 r x mesure la plus grandeur largeur de la courbe dans le sens perpendicu-
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- laire à son diamètre A'B'. Il est inutile d’insister davantage pour faire
- apercevoir que la courbe décrite par le point M', quand ~ est une
- assez petite fraction, diffère fort peu de l’ellipse dont le grand axe serait A'B' égal au diamètre de la circonférence AMB, et dont le petit axe serait au grand dans le rapport de la L, c’est-à-dire de CM' à CM. L’ellipse et la courbe ont deux sommets communs en A' et en B'; elles sont l’une et l’autre inscriptibles dans le rectangle construit sur les deux axes de l’ellipse, seulement la courbe décrite par M' est ovale et légèrement renflée du côté de celui de ses sommets qui est tourné vers la circonférence AMB.
- Je ne m’arrête pas à discuter les équations générales ( 1 ) et (2), et me borne à faire remarquer que, considérées de la manière la plus générale, elles appartiennent à la courbe que décrit un point d’une droite qui se meut en s’appuyant par un de ses points sur une circonférence donnée de grandeur et de position, et par un autre de ses points sur un des diamètres prolongé, au besoin, de cette même circonférence. L’équation en coordonnées rectilignes de cette courbe, qui est généralement du quatrième degré, s’abaisse au second et devient celle d’une ellipse ou même d’un cercle dans plusieurs cas particuliers qu’il est aisé d’apercevoir.
- Bevenant au sujet de cette étude, il est évident qu’en pratique on pourra considérer la courbe décrite par le point M' comme équivalente, pour le but qu’on a en vue, à une ellipse dont le grand axe, dirigé suivant la ligne X Y, serait égal au diamètre 2 r du cercle AMB, et dont le petit axe serait, à ce même diamètre, dans le rapport des longueurs données CM' et CM. On pourra donc obtenir une excellente distribution en assujettissant un point M' de la bielle MC, à glisser longitudinalement sur une manivelle invariablement fixée à l’arbre tournant qui reçoit son mouvement du piston de la machine et dont l’axe se projetterait en O' sur le plan de la fig. 13, et en rattachant ce point M' à la tige d’un tiroir dont le recouvrement serait égal au rayon r, par l’intermédiaire du système articulé de la fig. 7.
- Le même résultat sera obtenu si, au lieu de rattacher le système articulé au bouton M' circulant dans la courbe aplatie A' M' B' avec une vitesse angulaire égale à celle de la manivelle principale, on le rattache au bouton M de la manivelle qui circule dans la circonférence de diamètre AB égal à A'B' avec une vitesse angulaire alternativement plus grande et plus petite que celle de l’arbre tournant mené par le piston de la machine. Il suffît, pour s’en con-
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- vaincre, de jeter les yeux sur la fig. 8, qui représente une circonférence de cercle et l’ellipse concentrique dont le grand axe est égal au diamètre de la circonférence, et dont les ordonnées perpendiculaires au grand axe sont une fraction constante de celles de la circonférence. O m étant la position du rayon vecteur du point m qui se meut suivant le contour elliptique avec la vitesse angulaire de l’arbre tournant, O Mi sera la position qu’occupera au même instant le rayon vecteur représentant l’axe de la manivelle qui est entraînée dans le cercle par sa liaison avec le point m : les points m et ayant même abscisse MI, leurs ordonnées m I, nh I sont entre elles dans le rapport du petit axe au grand axe de l’ellipse, rapport que je désigne par La projection oblique du point m de l’ellipse sur le diamètre commun M M' par une droite inclinée d’un angle quelconque * sur ce diamètre tombera à une distance
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- du centre commun O égale a OI —[— tana ^ La projection oblique du point m,
- de la circonférence correspondant au point m sur le même diamètre par une droite inclinée sur celui-ci d’un angle tombera à une distance du centre O
- ml I
- égale à 01+ ton^/. Ces deux projections coïncideront si les angles a et «'
- m, I
- m I
- ou bien
- tans et
- Or ce der-
- sont liés par la relation , , — ( , ^ 4 ,
- r tangu, tang a. tang a ml
- nier rapport est constant et indépendant de toute position particulière du
- point m.
- Donc, les projections obliques du bouton mobile dans l’ellipse et du bouton de la manivelle circulaire sur le diamètre commun coïncideront toujours ou suivront exactement la même marche, si la tangente de l’inclinaison des lignes projetantes du second et la tangente de l’inclinaison des lignes projetantes du premier sur le diamètre MM' sont entre elles dans le rapport du grand axe, diamètre commun à l’ellipse et au cercle, au petit axe de l’ellipse. Mais nous savons que le mouvement de ces projections est précisément celui du tiroir mené par l’intermédiaire du système articulé de la fig. 7. On pourra donc faire mener le tiroir indifféremment soit par le bouton circulant dans l’ellipse, soit par le bouton de la manivelle circulaire conduit par le premier, en modifiant convenablement l’inclinaison constante des obliques projetantes sur la ligne droite dans laquelle se meut la tige du tiroir. La courbe À'M'B' de la fig. 13 est pratiquement équivalente à l’ellipse qui résulterait de la réduction des ordonnées de la circonférence A MB dans le rapport de C'M à CM.
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- Remarquons enfin qu’il n’est pas nécessaire de donner au cercle AMB et à la courbe quasi elliptique A'M'B' un diamètre AB = A'B' précisément égal au double du recouvrement extérieur du tiroir.
- On peut adopter un diamètre plus grand et quelconque, sauf à caler sur l’arbre de la manivelle OM une autre manivelle ou un excentrique ordinaire de rayon précisément égal au recouvrement extérieur du tiroir et auquel on rattachera la tige du tiroir par l’intermédiaire du système articulé.
- § XV. Tout se réduit, pour améliorer la distribution de la vapeur, avec détente variable entre des limites très-écartées, à l’aide d’un tiroir unique conduit par l’intermédiaire du système articulé de la fig. 7, à rattacher le système articulé au bouton d’une manivelle de rayon égal au recouvrement du tiroir, qui, au lieu d’être solidaire avec l’arbre tournant porteur de la manivelle principale, est calée sur un arbre distinct, lequel reçoit du premier son mouvement de rotation continu et fait une révolution complète dans le même temps, mais dont la vitesse angulaire est alternativement, dans une même révolution, plus grande et plus petite que celle de la manivelle principale, de telle sorte qu’en prenant l’origine d’une révolution au moment où le piston moteur est à l’un de ses points morts, la manivelle conductrice du tiroir tourne d’abord plus vite que la manivelle principale, se ralentit ensuite de manière que l’écart angulaire qui existait entre les deux manivelles au point de départ soit exactement rétabli, quand elles ont fait chacune un quart de révolution complète. Dans le second quart de révolution, c’est la manivelle principale dont la vitesse angulaire est d’abord plus grande que celle de la manivelle conductrice du tiroir ; mais cette dernière va en augmentant, de manière qu’après un nouveau quart qui complète une demi-révolution, correspondante à une excursion complète du piston moteur, l’écart angulaire qui existait, au point de départ, entre les deux manivelles est de nouveau rétabli. Les choses doivent se passer de même et suivant le même ordre dans la seconde demi-révolution, qui correspond au retour du piston du second point mort au premier.
- Reportons-nous à la fig. 8 qui représente une circonférence de cercle et une ellipse dont le grand axe est égal au diamètre de la circonférence ; les ordonnées de l’ellipse et du cercle perpendiculaires au diamètre commun sont entre elles dans un rapport constant. Partons de l’un des sommets de l’ellipse où elle est tangente à la circonférence, et concevons qu’à partir de ce sommet M l’ellipse et la circonférence soient décrites par
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- les rayons vecteurs partant du centre commun. Prenons dans le premier quadrant AO Y deux points de l’ellipse et de la circonférence situés sur une même ordonnée perpendiculaire au diamètre commun et menons les deux rayons vecteurs Om à l’ellipse et Oml à la circonférence. Imaginons que le rayon vecteur qui décrit l’ellipse soit solidaire avec l’arbre qui porte la manivelle principale et entraîné dans le mouvement de rotation de cet arbre; que le rayon vecteur de la circonférence représente l’axe de la manivelle qui conduit le tiroir par l’intermédiaire du système articulé. Les tangentes des angles AOm, AOmi décrits dans un même temps à partir du sommet par les deux rayons vecteurs seront entre elles, dans toute l’étendue du quadrant A O Y, dans le rapport constant et donné du petit axe de l’ellipse au diamètre du cercle. L’écart angulaire de ces deux rayons vecteurs, nul à l’origine, ira donc d’abord en augmentant pour décroître ensuite et redevenir nul, après que chacun d’eux aura décrit le quadrant entier AO Y. «t désignant l’angle décrit par le rayon vecteur de la circonférence qui représente l’axe de la manivelle conductrice du tiroir et c l’angle décrit par le rayon vecteur de l’ellipse, c’est-à-dire l’angle dont a tourné l’arbre de la manivelle principale à partir du point mort, on a,
- dans toute l’étendue de ce quadrant, la relation ^ = m, m désignant le
- rapport du grand axe au petit axe de l’ellipse. Dans le quadrant suivant YOM', ce sera le rayon vecteur de la circonférence qui restera d’abord en arrière de celui de l’ellipse, dans le' mouvement de rotation, et l’on aura, en comptant maintenant les angles de rotation à partir de O Y, la relation
- tan”‘et; __ en accentuant les lettres * et c pour indiquer qu’elles se rap-
- tang. £' m
- portent au second quadrant, et que les angles sont comptés à partir d’une origine autre que * et c.
- Dans la demi-révolution suivante, au retour de M'en M, les choses se passent exactement de même que dans celle que nous venons d’examiner.
- § XVI. Le système appelé joint universel, au moyen duquel on peut convertir le mouvement de rotation autour d’un axe fixe en un mouvement de rotation autour d’un autre axe situé dans le même plan que le premier et formant avec lui un angle donné, est assez peu employé en mécanique, parce que les deux arbres reliés par ce système prennent des vitesses angulaires qui sont entre elles dans un rapport constamment variable avec la position du sys-
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- tème. Mais ce qui est généralement un inconvénient est un moyen d’obtenir ** le genre de mouvement que nous recherchons ici.
- Rappelons, d’abord, en quoi consiste le joint universel et les relations existantes entre les vitesses angulaires des deux arbres reliés par ce système.
- Soient (fig. 14) MO, NO les axes des deux arbres qui concourent en un point O, et dont les directions comprennent, entre elles, un angle obtus MON, dont le supplément est l’angle aigu À formé par la direction de l’un des axes et la direction prolongée de l’autre. Concevons que les deux arbres soient interrompus à une petite distance de leur point de rencontre, au delà des paliers les plus rapprochés de ce point qui les supportent, et que dans l’espace resté libre soit une petite sphère ayant son centre en 0. Quatre tourillons sont saillants sur la surface de cette sphère, disposés par paire aux extrémités de deux diamètres rectangulaires entre eux, de sorte que les axes d’une paire de tourillons soient les prolongements de l’un de ces diamètres, et les axes de l’autre paire les prolongements du diamètre perpendiculaire au premier. Chacun des deux arbres est terminé, à son extrémité tournée vers le point 0, par une chape ou anse de forme demi-circulaire qui embrasse la demi-sphère : la chape qui termine l’arbre M 0 reçoit dans deux ouvertures ménagées à ses extrémités la paire de tourillons qui continuent un des diamètres de la sphère ; la chape égale qui termine l’arbre N 0 reçoit dans deux ouvertures pareilles l’autre paire de tourillons qui continuent le diamètre de la sphère perpendiculaire. au premier. Il résulte manifestement de ces dispositions, 1° que les deux chapes ou anses terminales des arbres MO et N 0 se trouvent situées dans deux plans rectangulaires ; 2° que le diamètre de la sphère dont les extrémités sont saisies et entraînées par la chape solidaire avec l’arbre M 0 est toujours perpendiculaire à cet arbre ; celui-ci tournant autour de son axe, ce diamètre participe à son mouvement de rotation, en restant dans un plan qui lui est perpendiculaire et dont la trace sur le plan commun des deux axes MON est la droite mm' normale à M 0 ; 3° que, de même, le diamètre de la sphère dont les extrémités sont saisies par la chape qui termine l’arbre N 0 est
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- toujours perpendiculaire à ce dernier arbre et, lorsque celui-ci vient à tourner sur son axe, ce diamètre est entraîné dans son mouvement du rotation, en restant dans un plan dont la trace sur le plan des deux axes est la ligne n n', perpendiculaire à NO ; 4° que les plans dans lesquels les deux diamètres de la sphère sont assujettis à se mouvoir se coupent suivant la perpendiculaire au plan des deux axes menée par le point O, et sont inclinés l’un sur l’autre d’un angle mesuré par l’angle de leurs traces sur ce plan, savoir^ mOw, lequel est égal à l’angle aigu À compris entre les directions des deux axes ; 5° que ces deux plans coupent la sphère suivant deux grands cercles qui déterminent à sa surface deux fuseaux opposés et s’appuyant sur leur intersection commune, qui est le diamètre perpendiculaire au plan des axes MON; 6° enfin que, dans le mouvement du système tout entier oii les arbres MO et N O tournent chacun autour de son axe, l’arc de grand cercle qui réunit à la surface de la sphère les extrémités des deux rayons ou demi-diamètres rectangulaires entre eux, dont l’un est assujetti à rester dans le plan mm!, tandis que l’autre est assujetti à rester dans le plan ww', est un arc constant d’un quadrant ou 90 degrés, qui glisse par ses extrémités sur les deux grands cercles qui limitent le fuseau intercepté à la surface de la sphère par les deux plans fixes m m' et n ri.
- Ce qui précède étant bien compris, considérons la position du système dans lequel le diamètre de la sphère qui participe au mouvement de rotation de l’un des axes, MO par exemple, est perpendiculaire au plan des deux axes MON et coïncide, par conséquent, avec l’intersection commune des deux plans fixes dont les traces sont mm', nri. Dans cette position, le diamètre de la sphère qui participe au mouvement de rotation du second arbre N O est nécessairement contenu dans le plan MON des deux axes. Ses extrémités se trouvent donc en n et ri, et l’arc d’un quadrant ou de 90°, qui joint sur la surface de la sphère les extrémités des deux demi-diamètres dont nous venons de parler, se confond avec le quart de la circonférence de grand cercle qui résulte de l’intersection de la circonférence par le plan nri et sera projeté par exemple suivant Ow sur le plan de la figure qui est celui des deux axes. A partir de cette position suivons le mouvement du système et imaginons qu’il ait lieu dans un sens tel que l’extrémité du diamètre qui se trouve en dessus du plan MON et qui est entraîné dans la rotation de MO s’abaisse vers le point m ; l’extrémité de l’autre diamètre qui était en n dans le plan MON s’abaissera évidemment au-dessous de ce plan. Si l’on désigne par * l’angle dont l’arbre MO a tourné à partir de la position
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- primitive, par 6 l’angle dont le second arbre N 0 aura tourné, l’arc d’un quadrant qui joint à la surface de la sphère les extrémités que nous considérons des deux demi-diamètres se sera détaché du cercle contenu dans le plan nn'\ l’une de ses extrémités sera venue sur le grand cercle MOm, à une distance du sommet du fuseau mesurée par l’arc *, tandis que l’autre extrémité sera restée sur le grand cercle contenu dans le plan n ri et sera arrivée à une distance du sommet du fuseau mesurée par l’arc 90° + £. Cet arc d’un quadrant et les parties des deux côtés du fuseau qu’il intercepte, à partir du sommet, forment donc un triangle sphérique dont les côtés adjacents à l’angle du sommet du fuseau, qui est égal à A, sont respectivement et et 90° £ et
- dont le côté opposé à l’angle À est un arc d’un quadrant.
- Soit (fig. 15) ABC ce triangle sphérique dans lequel l’angle BAC;est égal
- à celui des deux axes MO, NO que nous avons désigné par A ; le côté AB est égal à a, le côté AC à 90° + £ et le côté BC à un quadrant. Menant par le centre O les rayons O A, OB, OC et par le point A, dans le plan tangent à la sphère, la droite AI tangente à l’arc AB, qui va rencontrer en I le rayon O B prolongé et la droite AK tangente à l’arc AC, qui va rencontrer en K le rayon OC prolongé au delà du centre, menant ensuite la droite IK, nous formons deux triangles rectilignes I AK, KOI ayant un côté commun IK. Dans le premier IA K, le côté AI est la tangente de l’arc AB = a et le côté AK est la tangente (abstraction faite du signe) de l’arc AC = 90° + fi, ou bien la cotangente de l’arc £. Enfin l’angle IAK est le supplément de l’angle BAC, de sorte que l’on a : cos IAK = —cos A; le triangle IAK nous donne donc, en prenant pour unité le rayon de la sphère,
- fK2 = tang 2 *+ cot2 £ +2 tang * cot £ cos A.
- Dans le second triangle 10 K, le côté I O, sécante de l’arc AB = *,' est égal
- Tome XV, — 67e année. 2e série. — Septembre 1868, 72
- Fig. 15.
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- à y/t -h tang2 * ; le côté KO, sécante (abstraction faite du signe) de l’arc AC — 90° + e, ou, ce qui est la môme chose, cosécante de l’arc 6, est égal à y/ \ _|_Cot2 e ; enfin ce triangle est rectangle en O, car l’angle B OC étant toujours droit, il en est de même de son supplément BOK. Le triangle IOK nous donne donc la relation
- IK2 = 1 + tang2 a-f- 1 _j_ cot2 C; égalant les deux valeurs de I K2, il vient, toute réduction faite,
- tang * cot 6 cos A = 1,
- qui peut se mettre sous la forme
- tang a 1
- tang C cos A '
- Cette dernière équation devient identique avec celle du § XIV, si l’angle
- . 1
- aigu A compris entre les directions des deux axes est tel que ^ soit égal
- au nombre m. Donc le joint universel est un moyen de réaliser, dans l’étendue d’un quart de révolution, la relation des vitesses angulaires désirée entre l’arbre porteur de la manivelle principale et l’arbre sur lequel seront calés la manivelle ou l’excentrique circulaire conducteur du tiroir. Si ce quart de révolution est compté à partir du passage de la manivelle par un point mort, la ligne M O de la fig. IL représente l’axe de l’arbre sur lequel est calée la manivelle conductrice du tiroir, et la droite N O l’axe de l’arbre de la manivelle principale, c’est-à-dire que la chape du joint universel qui fait corps avec l’arbre de la manivelle principale doit être couchée dans le plan des axes des deux arbres.
- A la fin du premier quart de révolution des deux arbres M O et N O, le diamètre de la sphère qui participe au mouvement de rotation de l’arbre M O sera venu dans le plan des deux axes ; le diamètre qui participe à la rotation de l’arbre N O coïncidera avec l’intersection commune des plans m«i’, nn' (fig. 14) ; enfin l’arc B C d’un quadrant (fig. 15) sera couché sur le demi-grand cercle AB D, et sera projeté suivant O M sur le plan MON de la fig. 14. Le mouvement de rotation des deux axes continuant dans le même sens, et les angles respectifs dont les deux arbres M O et N O tournent autour de leurs axes
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- étant maintenant comptés à partir de la dernière position où le système est arrivé, et désignés par et C', il est évident que l’on aura la relation entre ces
- angles, en remplaçant dans l’équation •= COg ^- == m qui se rapporte
- au premier quart de révolution, l’angle * par £' et l’angle 6 par «, ce qui donne
- ou bien
- tang g' 1
- tang a.’ cos A
- tang et' tang g'
- cos À =
- rn
- Le joint universel procure donc, dans le second comme dans le premier quart de révolution, la relation entre les vitesses angulaires de la manivelle principale et de la manivelle conductrice du tiroir, qui permet d’améliorer la distribution de la vapeur dans les machines où la détente est poussée très-loin.
- Si l’on adopte 2 pour la valeur du nombre m, il faudra établir, entre les directions de l’arbre de la manivelle principale et de l’arbre porteur de la manivelle du tiroir qui seront reliés par le joint universel, un angle dont le cosinus soit égal à 1/2, c’est-à-dire de 60°. Si l’on adoptait 3 pour la valeur du nombre m, l’angle compris entre les deux directions aurait pour cosinus 1/3 et serait de 70° 32'.
- De l’équation = m, on tire, par la différentiation,
- d’où
- d et d g
- = m
- COS2 £6
- COS g
- d et
- U
- COSa u,
- ni —. cos- g
- et en remplaçant dans cette dernière cos2 £ par sa valeur en fonction de l’angle * :
- d et
- Te
- m
- w cos2 a m2 4- tangs « 1 , , , . . „
- X------------L------5—- = — w2 cos5 a 4- sin2 a
- nr m '
- d et , .
- gj est l’expression du rapport variable avec la situation de l’ensemble du système, des vitesses angulaires que prennent au même instant les arbres
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- MACHINES A VAPEUR.
- MO et N 0. L’équation (a) montre que, au point de départ pour un angle * = o, ce rapport est égal au nombre m, et que, à la fin du premier quart de révol u-
- tion, lorsque * = 90°, ce même rapport est égal à la fraction Il devient
- égal à 1, lorsque l’on a : m = m2 cos2 * 4- sin2 * = m2 cos2 * + 1 — cos2 d’où l’on tire (m2 — 1) cos2 * = m — 1
- 1
- et finalement cos * == -, _— ’
- Vm + I
- qui détermine la position du système où les vitesses angulaires deviennent égales.
- On peut ramener, au besoin, l’arbre porteur de la manivelle du tiroir au parallélisme avec l’arbre de la manivelle par deux roues d’engrenage d’angle, ou encore par le moyen d’un second joint universel. Dans le cas de cette dernière combinaison, les deux joints devraient concourir l’un et l’autre à
- procurer entre les angles de rotation a et € la relation voulue ^ = m,
- ce qui permettrait de diminuer l’inclinaison de l’arbre intermédiaire de transmission de mouvement sur les deux autres. On aurait, en désignant par A' cet angle d’inclinaison et par x l’angle dont l’arbre intermédiaire aurait tourné à partir de la position initiale, pour un angle * de rotation de l’arbre de la manivelle principale :
- tang ol___ 1
- tang x cos A'’
- et, en ayant soin de placer les chapes terminales de cet arbre intermédiaire dans deux plans rectangulaires entre eux :
- d’où
- tang x___ 1
- tang 6 cos A'’
- tang et__ 1
- tang 6 cos2 A' '
- L’angle A' serait donc déterminé par l’équation
- 1
- cos2 A'
- — m, ou cos
- A?
- \
- V m
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- pour m = 3, on aurait : cos À' = — et A' = 54° 44',
- t l
- pour m = 2, on aurait : cos À' = — et À' = 45°.
- § XVII. Il résulte de ce qui précède qu’une détente fixe très-étendue peut être obtenue dans de bonnes conditions, au moyen d’un seul tiroir conduit par une manivelle ou un excentrique circulaire de rayon égal à sa demi-excursion complète ; il suffit pour cela que la manivelle conductrice du tiroir, au lieu d’être fixée à l’arbre de la manivelle principale, soit calée sous un angle d’avance convenablement déterminé sur un arbre particulier parallèle, si l’on veut, à celui de la manivelle principale, et recevant son mouvement de celui-ci par l’intermédiaire d’un troisième arbre incliné sur les deux autres et relié à chacun d’eux par un joint universel. À désignant l’angle aigu compris entre la direction de l’arbre intermédiaire et des deux arbres parallèles, et les deux joints universels étant convenablement disposés pour que leurs effets s’ajoutent pour amplifier ou diminuer la vitesse de la rotation transmise à l’arbre de la manivelle conductrice du tiroir, on aura,
- dans le premier quart de révolution qui suivra le point mort, entre les angles * et G, dont auront respectivement tourné les deux arbres porteurs de la manivelle conductrice du tiroir et de la mani-tang a. _____________________
- velle principale
- 1
- cos
- tang G m. Soit, dans la
- fi g. 16, AMBE, la circonférence décrite par le bouton de la manivelle conductrice du tiroir, dont le diamètre A B mesure l’excursion complète. Fig. 16. Soient O A la direction de l’axe
- de la manivelle principale quand le piston est à l’extrémité de sa course la plus rapprochée du centre O;
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- MOC l’avance angulaire de la manivelle conductrice du tiroir, de sorte que son axe soit dirigé suivant OC lorsque celui de la manivelle principale est dirigé suivant OA, au passage par le point mort. Si la manivelle du tiroir était calée, comme elle l’est habituellement, sur l’arbre de la manivelle principale, de manière que l’écart angulaire ÀOC restât invariable, la vapeur motrice, commençant à être admise au point mort, serait supprimée et la détente commencerait, quand la manivelle principale aurait tourné d’un angle égal à COD, qui a pour mesure l’arc CD déterminé par la perpendiculaire abaissée du point C sur le diamètre AB. La détente de la vapeur motrice aurait lieu pendant que la manivelle principale décrirait un angle égal à DOE compris entre le rayon OD et le rayon perpendiculaire au même diamètre AB; alors commenceraient la contre-pression et l’échappement anticipé de la vapeur motrice qui se continueraient pendant que la manivelle principale tournerait d’un angle EOF égal à DOE, et que le piston achèverait l’excursion par laquelle il s’éloigne du centre O des circonférences décrites par la manivelle principale et la manivelle du tiroir. (Il est fait abstraction, dans ce qui précède, de l’effet toujours peu sensible de l’inclinaison variable de la bielle du tiroir.)
- La manivelle 0 C étant calée sur un arbre parallèle à celui de la manivelle principale et relié à celui-ci par un arbre intermédiaire incliné sur les deux d’un angle A et par deux joints universels disposés de manière que leurs effets s’ajoutent, et qu’on ait, dans le premier quart de révolution compté à partir du point mort entre l’angle £ dont a tourné l’arbre de la manivelle principale et l’angle * dont a tourné en même temps l’arbre de la manivelle
- du tiroir, la relation ,tailg * = * . , la distribution de la vapeur sera mo-
- tang C, cos- A 1
- difiée de la manière suivante : décrivant sur le diamètre F C la demi-ellipse CI JF dont FC est le grand axe et dont le petit axe est FC X cos2 A, menant ensuite par les points D et F de la circonférence les ordonnées perpendiculaires au diamètre commun FC du cercle et de l’ellipse qui coupent celle-ci aux points I et J, et traçant les rayons 01 K, OJL, on aura :
- tang COD D x ...1 . tang JOF .
- - -^ni = t— = —rr et ;—= cos2 A.
- tang COI I x cos2 A tang EOF
- Or, en menant le rayon ON perpendiculaire au diamètre FC, les angles
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- JO F et EOF sont respectivement complémentaires des angles NO J et NOE; la seconde relation revient donc à la suivante :
- cot NO J , . - . AT n „ — cos2 A cot N O E
- ou ce qui est la même chose,
- tang NOE tang NO J
- cos2 À.
- La relation des angles COD et COI est précisément celle des angles * et £ comptés à partir du point mort auquel correspond la position O C de la manivelle du tiroir, dans le premier quart de révolution des arbres parallèles reliés entre eux par l’arbre incliné intermédiaire et les deux joints brisés; de même, la relation des angles NOE et NO J est celle des angles et C comptés à partir du point N, dans le second quart de révolution des mêmes arbres parallèles. Donc, quand la manivelle principale aura tourné, à partir du point mort, d’un angle COI, la manivelle conductrice du tiroir sera déjà arrivée dans la position OD, où elle amène l’occlusion complète de la lumière d’admission. Ainsi l’arc correspondant à l’admission de la vapeur motrice sera réduit de CD à CK. Après un quart de révolution, Fécart angulaire primitif AOC entre la manivelle principale et la manivelle du tiroir sera rétabli; à partir de là, cet écart ira en diminuant, de telle sorte que, lorsque la manivelle principale aura tourné d’un angle égal à CO J, à partir du point mort, la manivelle conductrice du tiroir sera arrivée seulement à la position OE, et le tiroir amené dans sa position moyenne où commencent la contre-pression derrière le piston et l’échappement anticipé de la vapeur motrice. La phase de détente embrassera donc un angle KOJ mesuré par l’arc KL, au lieu de l’angle DOE mesuré par l’arc DE, tandis que la phase de contre-pression et d’échappement anticipé n’embrassera plus que l’arc LF au lieu de l’arc EF.
- Voici un exemple détaillé du calcul de l’établissement d’une machine où la vapeur motrice serait admise à partir du point mort, pendant que la manivelle principale tournerait de 1/6 de la demi-circonférence ou de 30° sexagésimaux.
- Je suppose que l’arbre porteur de la manivelle conductrice du tiroir, parallèle à l’arbre de la manivelle principale, reçoit de lui son mouvement par l’intermédiaire d’un arbre incliné de A5° sur les deux autres, et relié à cha-
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- cun d'eux par un joint universel, ces appareils étant disposés de manière que leurs effets concourent pour amplifier ou diminuer la vitesse de rotation
- 1 l x
- transmise. On a, dans cette hypothèse, cos2 À = — et cos2^~ — 2.
- La chape qui termine l’arbre de la manivelle principale sera tournée de manière qu’au passage de cette manivelle au point mort elle soit couchée dans le plan contenant les axes des deux arbres parallèles et de l’arbre intermédiaire, et que la chape qui termine l’arbre intermédiaire du côté de l’arbre de la manivelle principale soit, par conséquent, perpendiculaire au même plan. Moyennant cette disposition, on a, durant le premier quart de révolution, compté à partir du point mort, entre les arcs et 6, dont tournent simultanément les arbres respectifs de la manivelle du tiroir et de là manivelle principale
- tang * = 2
- tang C •
- Déterminons, d’abord, quelle devra être l’avance angulaire initiale de la manivelle du tiroir sur le plan perpendiculaire à la manivelle principale, pour que l’admission de la vapeur motrice soit supprimée après une rotation de 30°.
- On voit, en se reportant à la fig. 16, que l’angle COB est le complément de l’avance angulaire cherchée. Désignons ce complément para;. L’angle C 0 K sous-tendu par l’arc CK est évidemment celui qui correspond à la période d’admission et l’angle C O D == 2 x. Or il existe, en vertu des liaisons du système entre ces angles C 0 D et C O K, la relation |an° ^ = 2, qui devient,
- ° tang C O K ^
- en y faisant les substitutions voulues par les données de la question :
- tang 2 x____^
- tang 30° ''
- Log tang 2 x — log 2 + log tang 30°.
- Log tang 30°.....................
- Log 2............................
- Log tang 2 x.....................
- tx = A<à° 11' 7" x = U° 35'33" 1/2.
- L’avance angulaire initiale cherchée MOC = 90° —x — 65° 24' 26" 1/2.
- = 1,76144 = 0,30103
- = 0,06247
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- La phase d’admission correspondante à l’arc C K de 30° décrit par la manivelle, la phase de détente embrasse l’angle KO J ou l’arc KL. Or on a KL = N K -f- N L. ON étant le rayon perpendiculaire à C F, N K = NC — CK == 60 — 30° =60° ; pour déterminer l’arc NL, on a la relation
- tang NE 1 ATT, ; mt" = « et NL tans NL 2
- CB = 0 = 24* 35' 33" 1/2.
- Donc tang N L = 2 tang 24° 35' 33" 1/2.
- Log tang 24° 35' 33» 1/2 = 1,61927
- Log 2................= 0,30103
- Log tang N L.........= ï,92030 + 10 = 9,92030
- Arc NL = 39° 46' 18" 1/2
- Arc NK = 60°
- la somme KL = 99° 46' 18" 1/2.
- Enfin l’arc EL correspondant à la phase de contre-pression et d’échap-
- pement anticipé est égal à 180° — (KL + C K) = 180° — 129° 46' 18" 1/2 = 50° 13' 41" 1/2.
- En résumé, la manivelle conductrice du tiroir étant calée sur l’arbre de la manivelle principale, pour une admission de la vapeur motrice correspondante à un angle de 30°, l’avance angulaire de la manivelle du tiroir serait de 90° — 15° = 75°.
- La détente embrasserait un arc de 75° compris entre 30° et 105° ;
- La contre-pression et l’échappement anticipé embrasseraient un arc égal de 75° compris entre 105° et 180°.
- Moyennant la disposition nouvelle, l’écart initial entre la manivelle du tiroir et le plan perpendiculaire à l’axe de la manivelle principale sera, pour une même admission de la vapeur motrice, de 90° — 24° 35' 33" 1/2 — 65° 24' 27" 1/2. La détente embrassera un arc de 99° 46' 18" 1/2 (soit 100 j, compris entre 30° et 129° 46' 18" 1/2 (soit 130°) ; la phase de contre-pression et d’échappement anticipé, un arc de 50° 13' 41'' 1/2 (soit 50°).
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- Si l’arbre intermédiaire était incliné sur les deux arbres parallèles de 54° 44%
- on aurait cos 2 A = | et —L 3 cos5 A
- = 3. On trouve, par un calcul semblable au précédent, que, pour une admission de la vapeur motrice embrassant un arc de 30° à partir du point mort, le complément de l’avance angulaire initiale x serait de 30° ; que la détente embrasserait un arc de 120° compris entre 30° et 150°; que la phase de contre-pression et d’échappement anticipé serait réduite à un arc de 30° compris entre 150° et Fig 17. 180° (flg. 17).
- Moyennement, l’admission de la vapeur motrice serait supprimée quand le piston aurait parcouru
- les.. ..................................... 0,067 de sa course.
- La détente s’étendrait aux................... 0,866 delà course.
- La contre-pression et l’échappement anticipé
- aux derniers............................... 0,067 id.
- Total.............. 1,000
- Dans la disposition ordinaire ou la manivelle conductrice du tiroir est calée sur l’arbre de la manivelle principale avec une avance angulaire fixe de 75°, la distribution de la vapeur serait en moyenne la suivante :
- Phase d’admission............................. 0,067 de la course.
- — de détente............................... 0,5624
- — de contre-pression et d’échappement an-
- ticipé. ............................... 0,3706
- Total............... 1,0000
- Les nouvelles dispositions de M. Deprez procurent donc une amélioration considérable.
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- MACHINES A VAPEUR.
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- § XVIII. On pourrait aussi, dans les machines à détente fixe, réaliser les variations de vitesse angulaire de la manivelle conductrice du tiroir nécessaires pour améliorer la distribution de la vapeur, en employant, au lieu du double joint universel, la combinaison représentée fig. 13.et décrite dans le § XIV. A cet effet, les diamètres AB et A'B' (fig. 13) de la circonférence de cercle, dont le centre est en O, et de la courbe aplatie très-voisine de l’ellipse, dont le centre est en O', étant pris égaux à l’excursion complète du tiroir, il suffirait de rattacher par une bielle la tige du tiroir au bouton d’une manivelle qui décrirait le cercle de diamètre AB et serait calée sur l’arbre dont l’axe est projeté en O, de manière à former avec la direction du rayon de la manivelle principale un angle constant et déterminé, en raison de l’étendue angulaire qu’on voudrait donner à la phase d’admission de la vapeur, exactement comme dans le cas ou il est fait usage du double joint universel, et qui a été traité dans le paragraphe précédent. Supposons, en effet, que les rayons OA, O'A', dans la fig. 13, soient dirigés parallèlement à la position qu’occupe la manivelle principale, quand le piston est au point mort, limite de son excursion de la droite vers la gauche. Appelons x le complément de l’avance angulaire de la manivelle, au bouton de laquelle est rattachée la bielle du tiroir, sur la manivelle principale, au moment ou celle-ci passe par le point mort, de façon que — x soit l’angle dont la première manivelle précède alors la seconde dans le sens de la rotation. La vapeur motrice cessera d’être admise et la détente commencera dans le cylindre, quand la manivelle conductrice du tiroir aura décrit un angle %x à partir de la position que nous venons de définir. Désignant par y. le rapport constant des ordonnées de la circonférence de cercle à celles de la courbe aplatie, que nous identifions avec l’ellipse dont elle se rapproche beaucoup, nous aurons entre cet angle 2a? et l’angle simultanément décrit par la manivelle principale et le rayon vecteur de la courbe aplatie, angle qui mesure la phase
- t&n0, ^ oc
- d’admission de la vapeur, etque nous désignerons par a, la relation ==
- lâîl^ • CL
- identique avec celle qui, dans le paragraphe précédent, nous a servi à calculer l’angle a?, étant donnés le rapport constant y. et l’angle a décrit par la manivelle principale durant la phase d’admission.
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- SÉRICICULTURE.
- SÉRICICULTURE.
- MALADIES DES VERS A SOIE; LETTRE DE M. PASTEUR A M. DUMAS.
- « Ce 24 juin, à Paillerols, commune des Mées (Basses-Alpes).
- « Je suis depuis quinze jours dans les Basses-Alpes où j’assiste M. Raibaud-l’Ange dans le vaste grainage qu’il effectue de nouveau cette année, d’après mon procédé. Grâce à l’obligeance de M. le président du comice d’Alais, je viens de recevoir le Compte rendu de la séance de l’Académie des sciences du 8 juin, où je lis une note de M. Béchamp relative à la maladie des morts-flats.
- « Vous savez que j’ai, le premier, appelé l’attention des éducateurs sur l’influence de cette maladie, et que, le premier également, j’ai démontré qu’elle était indépendante, en fait, de celle des corpuscules.
- « Maître de cette dernière maladie, ce dont les éducations de cette année ont donné les preuves les plus éclatantes, je devais porter toute mon attention sur celle des morts-flats, que, le premier encore, vous le savez, j’ai démontrée être héréditaire dans certains cas déterminés.
- « J’ai communiqué les principaux résultats de mes observations de cette année au comice d’Alais par une note lue en séance publique, le Ie' juin, en présence d’un nombreux concours d’éducateurs réunis dans la grande salle de la mairie; Permet-tez-moi de vous prier de vouloir bien faire insérer, dans le plus prochain numéro des Comptes rendus de l’Académie, le texte complet de cette note, dont je vous adresse un exemplaire, extrait du Bulletin du comice agricole d’Alais. »
- NOTE SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE DÉSIGNÉS VULGAIREMENT SOUS LE NOM DE
- morts-blancs ou morts-flats, par m. pasteur.
- « Mes études de cette année devaient porter plus particulièrement sur la maladie des morts-flats, que j’ai le premier signalée à l’attention des éducateurs, comme intervenant pour une part importante dans les désastres actuels de la sériciculture,
- « Lorsque les vers sont atteints de cette maladie d’une manière apparente, qu’ils ne mangent plus ou très-peu, qu’ils se montrent étendus sur les bords des claies, ou lorsqu’ils viennent de succomber, les matières qui remplissent leur canal intestinal renferment des productions organisées diverses, qu’on ne rencontre pas dans les vers sains. Ces organismes sont : 1° des vibrions, souvent très-agiles, avec ou sans points brillants dans leur intérieur; 2° une monade à mouvements rapides; 3° le bacterium
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- SÉRICICULTURE.
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- termo, ou un vibrion très-ténu qui lui ressemble ; 4° un ferment en chapelets de petits grains, pareil d’aspect à certains ferments organisés que j’ai rencontrés maintes fois dans mes recherches sur les fermentations. Ces productions sont réunies dans le même ver, d’autres fois plus ou moins séparées. Celle qui se montre les plus fréquemment, au moins dans le cas que je vais indiquer tout à l’heure, est ce ferment en chapelets flexibles de deux, trois, quatre, cinq... grains sphériques, d’une parfaite régularité. Ce ferment, ou une production toute semblable, est décrit ou dessiné dans plusieurs de mes mémoires relatifs aux fermentations. Le diamètre des grains est à peu près d’un millième de millimètre. On peut le déduire de la longueur d’un chapelet formé de plusieurs grains, divisée par le nombre de ces grains. La mesure ainsi faite, et qui comprend l’intervalle de deux grains, outre le diamètre de ces grains, est égale à 0mm,0015 environ.
- « J’ai démontré récemment que la maladie des morts-flats pouvait être héréditaire. On s’en convaincra facilement en répétant mes expériences.
- « Prenez dans une éducation fortement atteinte de cette fnaladie des cocons bien formés, renfermant des chrysalides d’un aspect très-sain, et soumettez-les au grainage, en vous assurant que les papillons sont exempts de la maladie des corpuscules : vous reconnaîtrez, l’année suivante, que la maladie des morts-flats fera périr les vers issus de la graine dont il s’agit. La maladie des morts-flats peut donc être constitutionnelle et héréditaire dans certaines graines. D’ailleurs, qu’elle frappe accidentellement des éducations de graines très-saines par suite de fautes commises dans ces éducations, ou de circonstances inconnues, ou qu’elle sévisse héréditairement, cette maladie se montre avec une intensité très-variable. Les échecs sont absolus ou partiels, mais généralement, lorsqu’une chambre ne périt pas tout entière aux atteintes de la maladie des morts-flats, il est facile de reconnaître que les vers survivants, lorsqu’ils montent à la bruyère, ou lorsqu’ils commencent à filer leurs cocons, ont des mouvements très-lents. On les dirait sous l’influence du mal qui en fait succomber un certain nombre, bien qu’ils fassent des cocons, que ces cocons puissent être d’un bel aspect et fournir des papillons paraissant très-sains. Il y a plus, je pourrais citer des exemples dans lesquels j’ai vu presque tous les vers d’une éducation former leurs cocons, mais en présentant la langueur dont je parle. Ce sont des vers malades, mais pas assez pour qu’il leur soit impossible de monter à la bruyère. Toutefois, on rencontre alors beaucoup de cocons fondus.
- « Cela étant, je me suis demandé si les vers des chambrées atteintes de morts-flats, et qui néanmoins sont capables de faire des cocons et de se transformer en chrysalides et en papillons, ne porteraient pas en eux-mêmes les organismes dont j’ai parlé et qui sont propres à tous les vers assez malades pour succomber avant de pouvoir filer leur soie. Ces prévisions se sont réalisées.
- « Voici ce que l’on observe toutes les fois que l’on a affaire à des éducations frap-
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- pées de la maladie des morts-flats, et dont les sujets survivants fourniraient nécessairement, ainsi que je l’ai précédemment expliqué, une graine constitutionnellement atteinte de cette maladie. Le contenu du canal intestinal de la chrysalide, au lieu d’être formé, comme dans les chrysalides saines, de granulations amorphes, est rempli de ces petits chapelets de grains sphériques que j’ai décrits précédemment. En faisant ces observations, je croyais revoir quelques-unes de mes anciennes préparations relatives aux fermentations. On n’aperçoit ici ni bactériums, ni vibrions, ni monades.
- « Lorsque l’on étudie, dans ’es conditions précédentes, les chrysalides d’éducations atteintes à un faible degré de la maladie des morts-flats, il faut, en général, en ouvrir plusieurs avant d’en trouver une qui offre le caractère dont il s’agit. Enfin, dans les cocons des bonnes éducations, où rien ne dénote l’existepce delà maladie, le petit organisme dont il s’agit paraît tout à fait absent.
- « Rien ne démontre encore que ces sortes de ferments dont je viens de parler soient la cause de la maladie des morts-flats. Ils ne sont peut-être que le résultat nécessaire d’un trouble profond dans les fonctions digestives. L’intestin venant à ne plus fonctionner par quelque circonstance inconnue, les matières qu’il renferme se trouvent alors placées comme dans un vase inerte.
- « J’ai introduit dans un vase des feuilles de mûrier broyées avec de l’eau, et, au bout de vingt-quatre heures déjà, elles ont commencé à fermenter en montrant précisément les mêmes organismes que ceux que j’ai décrits.
- « Je terminerai par une indication qui paraîtra fort extraordinaire; pourtant, comme ce n’est pas une opinion, mais un fait que j’ai à communiquer au comice, je me hasarde à le publier, tout incomplet et tout singulier qu’il me paraisse à moi-même.
- « Le 29 mars, à 8 heures du matin, j’ai placé sous une cloche de verre, en plein soleil, une boîte de carton renfermant une graine à cocons jaunes. La boîte était renfermée elle-même dans un sac de papier avec un thermomètre dont le réservoir touchait la boîte et dont la tige dépassait le bord du sac, ce qui permettait de lire la partie haute de la graduation. La cloche est restée au soleil, à la même place, jusqu’au lendemain 30 mars, à midi. Le 29, le thermomètre est monté à 27 degrés Réaumur, et le 30, à 32 degrés. Dans la nuit du 29 au 30, à deux heures et demie du matin, il est descendu à 2 degrés Réaumur. La boîte contenant la graine a été apportée, le 30 mars, à midi, dans une petite chambre où se trouvait, dans une autre boîte pareille à la première, le même poids de la même graine ; cette chambre était alors à la température de 13 degrés Réaumur, laquelle a été élevée d’un degré par jour jusqu’au moment de l’éclosion. Les deux graines ont commencé à éclore le même jour, le 13 avril. Ce jour-là, à midi, on a fait une levée de vers dans l’une et l’autre boîte. L’éclosion a été terminée de part et d’autre le 14. Dans la boîte chauffée
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- sous la cloche, il est resté cinquante œufs sans éclore et dix seulement dans l’autre. Chaque lot de graine pesait un demi-gramme. J’ai élevé des portions égales de vers recueillis le 13 avril, à midi ; ils étaient placés dans deux paniers qui n’ont cessé d’être côte à côte, les repas donnés aux mêmes heures avec la même feuille. La graine qui n’a pas été chauffée m’a offert de la quatrième mue à la montée huit morts-flats sur un total de cent vers ; l’autre, au contraire, n’en a pas offert un seul. Tous les vers de ce second panier, sans exception, ont fait leurs cocons et sont montés à la bruyère environ douze heures avant ceux de l’autre panier. Dans les premiers temps de l’éducation, il m’a paru qu’il y avait quelques vers un peu plus petits, mais en très-faible nombre, dans le panier de la graine chauffée. Cette inégalité, d’ailleurs, à peine sensible, a disparu pendant l’éducation, excepté pour un seul ver qui, néanmoins, a parfaitement mûri et fait son cocon. Est-ce une illusion de ma part? J’ai cru remarquer que les vers issus de la graine qui avait séjourné sous la cloche avaient une vigueur plus accusée que les vers de l’autre essai.
- « Je m’abstiens de toute réflexion sur l’observation qui précède ; je ne la publie qu’à titre de renseignement pour l’avenir. En ce qui me concerne, je ne la perdrai pas de vue et je multiplierai les expériences, afin d’en mieux connaître la signification et l’importance pratique, si toutefois elle en a une. »
- PRODUCTION DE GRAINES DE VERS A SOIE EXEMPTES DE GERMES CORPUSCULEUX,
- PAR M. MARES.
- « J’ai eu, cette année, l’occasion de faire une série d’éducations avec la même graine de vers à soie, et d’en observer les larves, les chrysalides et les papillons, au point de vue du développement des corpuscules dont ces insectes sont actuellement le siège, et de la maladie dont ils sont attaqués. Les résultats de ces éducations m’ont paru offrir quelques indications relativement aux conditions les plus propres à reproduira facilement de graines saines, et font l’objet de cette note.
- « Ayant suivi avec le plus vifjmtérêt les beaux travaux de M. Pasteur sur la maladie des vers à soie, et m’inspirant de ses idées sur les garanties que doivent offrir les œufs de ces insectes pondus par des papillons vigoureux et exempts de corpuscules, j’ai élevé en 1868 des vers à soie de race jaune de pays, dont les graines m’ont été remises par M. Raibaud-l’Ange, et qui avaient été obtenues par lui au moyen du procédé de sélection fondé sur l’emploi du microscope, ainsi que l’a indiqué M. Pasteur.
- « Un kilogramme de ces graines, divisé en deux éducations, l’une de 625 grammes (soit 25 onces), l’autre de 375 grammes (soit 15 onces), et faites l’une et l’autre aux environs de Montpellier, mais dans des directions différentes, éloignées de 25 kilo-
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- mètres, ont complètement réussi au point de vue industriel (1), et ont confirmé la justesse des vues de M. Pasteur. Ce Tésultat est d’autant plus remarquable que les graines de pays ont généralement échoué. On peut juger ainsi des immenses services que la sériciculture est appelée à retirer d’un procédé de sélection destiné à paralyser, sinon à supprimer, la production des graines défectueuses.
- « Mais si la réussite pour la production des cocons a été complète, il n'en a pas été de même pour la production d’une graine saine. La plupart des lots de cocons tirés de ces belles chambrées pour le grainage ont donné des papillons de belle apparence, qui ont beaucoup grainé, mais que le microscope a fait connaître comme cor-pusculeux : aussi les graines qui en proviennent doivent-elles être considérées comme suspectes.
- « Un pareil résultat a été si fréquemment constaté depuis quelques années, dans les conditions actuelles de la maladie des corpuscules, qu’il est de ceux auquels on devait s’attendre. Mais si, considéré isolément, il ne présente pas d’intérêt spécial, il n’en est pas de même quand on le rapproche d’autres résultats fournis par la même graine, élevé dans d’autres conditions.
- « Ce sont les suivants : 1° je remis un échantillon de cette graine, pour être essayée en hiver à la magnanerie expérimentale de Ganges, à son directeur M. le comte de Rodez. Les vers se comportèrent parfaitement, et reçurent la bruyère le 22 mars dernier. Sur 100 graines, on obtint 98 cocons, qui furent tous considérés comme filés par des vers sains et vigoureux.
- « 2° Le 15 mars, je retirai de cette graine un deuxième échantillon d’un demi-gramme environ, et je le mis à éclore. Les vers naquirent dans les premiers jours d’avril et furent élevés dans la chambre à éclosion, où le 7 avril on porta les 625 grammes d’œufs de la grande éducation.
- « Cette petite division de vers s’est parfaitement comportée. Il ne s’en est pas perdu, car les retardataires, mis de côté, ont fait leurs cocons sans maladie. Les vers sont montés du 6 au 8 mai, et ont produit 950 cocons. Conservés pour graine, les papillons sont nés du 26 au 29 mai. Sur plus de 100 vers examinés au microscope et pris au hasard, il s’en est trouvé trois de corpusculeux, à raison de 50 à 100 corpuscules par champ. Quelques vers de cette petite division, isolément élevés, chez moi et chez ma mère, à Montpellier, quinze jours avant la montée, et nourris de feuilles de provenances diverses, ont tous donné, après la ponte, des papillons, soit mâles, soit femelles, exempts de corpuscules.
- « 3° Dans la grande éducation dont la graine fut mise à éclore le 7 avril, une pe-
- (1) Les quantités de cocons obtenues ont été, pour l’éducation de 25 onces .faite chez moi, à Laussac, de 910 kilogrammes, et pour celle de 15 onces faite chez mon frère, à Saint-Gcly-du-Fescq, de 575 kilogrammes. - : .
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- tite division, qui a produit 20 kilogrammes de cocons, a été conduite séparément dans la chambre d’éclosion. Les vers montèrent du 18 au 20 mai, par un temps très-chaud. On trouva quelques gras au moment de la montée, mais en quantité insignifiante. Après la montée, je trouvai pour la première fois quelques retardataires tachés ou pélerinés, et je les reconnus corpusculeux, mais leur nombre était très-petit. Une partie des cocons a été réservée pour graine. Sur 1 000 papillons, j’en §i examiné plus de 100 au microscope; il s’en est trouvé les 2/3 de corpusculeux, à raison de 150 à 500 corpuscules par champ..
- « 4° Dans la grande éducation, conduite dans une magnanière divisée en deux pièces, les vers montèrent très-bien du 21 au 24 mai. Après la quatrième mue (du 12 au 14 mai), l’éducation marchait si bien, qu’en enlevant les litières on n’y trouvait aucun ver malade d’une maladie quelconque (1). A peine y restait—il quelques retardataires. A la montée, il y eut quelques gras, et pour la première fois, cà et là, quelques pélerinés, corpusculeux. Ils étaient plus nombreux dans les dernières divisions, qui montèrent du 23 au 24 mai.
- « Quelques petits lots de beaux cocons ont été prélevés sur la grande chambrée pour en faire grainer les papillons. Ayant examiné ces derniers à diverses reprises, je les ai reconnus corpusculeux, à raison de 20 sur 21, et la plupart des champs observés ont présenté de 500 à 2 000 corpuscules.
- « 5° Sur la grande chambrée, deux petits lots de vers furent prélevés, le 1er et le 2 mai, dans le troisième âge, et élevés à Montpellier, l’un chez moi, l’autre chez ma mère, avec les soins les plus minitieux. L’un de ces lots a donné 700 cocons et l’autre 560. Tous les deux ont été gardés pour graine. Ces vers ont parfaitement marché; néanmoins j’ai trouvé dans chaque lot deux retardataires légèrement pélerinés, cor-pusculeux, et, en outre, dans le mien (de 560 cocons) il y eut deux gras à la montée.
- « Celui de 700 cocons, arrivé à la bruyère le premier, du 21 au 23 mai, a donné des papillons presque tous exempts de corpuscules. Sur 100 que j’en ai examinés au hasard, 5 ont été trouvés corpusculeux, à raison de 150 à 250 corpuscules par champ.
- « Le lot de 560 cocons, auprès duquel j’avais eu l’imprudence de mettre quelques vers malades, dont j’avais formé une petite infirmerie, monta du 24 au 27 mai. Sur 100 papillons examinés, j’en ai trouvé 10 de corpusculeux, à raison de 110 à 500 corpuscules par champ en moyenne.
- « 6° Des faits analogues se sont passés chez mon frère (2); quelques vers que son magnanier fit éclore en mars donnèrent, au commencement de mai, des papillons que j’ai reconnus tous exempts de corpuscules. Tous les papillons provenant des lots de
- (1) Je trouvai deux museardins et quelques petits, que je reconnus exempts de corpuscules, dans des litières occupant dans les magnanières plus de 400 mètres carrés. Je n’y trouvai ni gras ni morts-flats. A la montée, cette dernière maladie s’est à peine montrée.
- (2; C’est chez lui que s’est faite l’éducation de 375 grammes de graine.
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- sa grande éducation, gardés pour graine, ont été reconnus comme très-corpusculeux. Il est vrai qu’à la distance de quelques centaines de mètres de ses magnanières, et sous le vent régnant habituellement, se trouvait une éducation de 75 grammes très-cor-pusculeuse, qui a pu être pour ses vers un foyer d’infection, auquel les miens n’ont pas été exposés.
- « Ces diverses éducations d’une même graine me paraissent présenter, au point de vue de l’invasion des corpuscules, une gradation marquée.
- « En laissant de côté l’essai précoce de la magnanerie expérimentale, dont les papillons ne furent pas examinés au microscope, nous voyons une première petite éducation, plus précoce que les grandes chambrées, mais conduite à une époque où l’on trouve déjà des feuilles de mûrier en abondance dans tous les terrains chauds et abrités, donner des papillons à peu près exempts de corpuscules, et qui se trouvent dans les meilleures conditions pour pondre les graines destinées à former les futures éducations de l’année suivante. Pourvu qu’on parte de graines non corpusculeuses (ce qui est aujourd’hui très-facile), la réussite de ces petites éducations précoces me paraît certaine.
- « Les petites divisions de vers qui viennent après la petite éducation précoce, et en même temps que les grandes chambrées, donnent des papillons plus corpusculeux, malgré les soins dont ils sont l’objet, et leur nombre est beaucoup plus grand ; ainsi il est double et même triple.
- « Sous l’influence des grandes éducations et de l’accumulation de vers qui en résulte, on voit, à l’époque ordinaire où on les fait, le corpuscule envahir presque tous les papillons. Cependant, quelques jours auparavant, au moment de la montée, on ne trouvait que fort peu d’individus corpusculeux dans ces mêmes chambrées, soit parmi les vers, soit parmi les chrysalides.
- « Je dois ajouter qu’ayant eu l'occasion de visiter à Montpellier plusieurs petites éducations de graines distribuées par 5 grammes à la fois, et issues de papillons exempts de corpuscules, je les ai trouvées réussies quant aux cocons; mais au moment de la montée j’ai toujours reconnu, parmi les retardataires, des vers pélerinés corpusculeux.
- « Plus tard l’inspection des papillons a démontré que les corpuscules les avaient envahis dans la proportion de 20 à 65 pour 100 des individus examinés. Les vers de ces graines sont montés du 15 au 20 mai; il est probable que leur éducation, avancée de huit à quinze jours, aurait donné des papillons bien moins atteints de corpuscules.
- « On a souvent parlé de l’heureuse influence de la précocité des éducations sur leur réussite; les résultats qui viennent d’être cités montrent que cette opinion est ondée. Dans le courant d’une pratique déjà longue, j’ai eu souvent l’occasion de m’en assurer, en observant aussi l’influence de l’élévation générale de la température, dans la dernière quinzaine de mai et le courant de juin, sur les maladies du ver à soie et
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- sur l’activité de leur propagation (1). Mais alors nous manquions de faits comparables comme ceux de cette année, et nous étions dépourvus des moyens d’observation qui permettent de contrôler l’état du papillon après sa ponte et même après sa mort. Nous croyons donc les faits que nous signalons susceptibles d’être mis à profit par la pratique, pour la facile reproduction des graines saines et exemptes de corpuscules. Les éducations de vers desquelles on peut tirer des papillons reproducteurs sont rares, si on les cherche parmi celles qu’on fait à l’époque ordinaire, surtout si les chaleurs sont précoces comme cette année; elles sont, au contraire, communes si, partant de graines non corpusculeuses, on les conduit plus tôt et au moment où les chaleurs sont seulement suffisantes pour développer la végétation du mûrier.
- « L’époque qui nous paraît la plus favorable, sous le climat de Montpellier, pour mettre à éclore les œufs destinés aux petites éducations de graines, est, selon les années, la première quinzaine de mars. On peut alors obtenir la montée des vers dans les premiers jours de mai. Le papillonnage et le grainage ont lieu quinze jours après, à une époque de l’année où les chaleurs ne se font pas encore sentir, et où elles ne compliquent pas encore les difficultés de l’éducation des vers.
- « Ces petites éducations devront être faites dans des locaux spéciaux, qui leur seraient exclusivement destinés. Il ne faudrait pas y élever, plus tard, d’autres vers, pour ne point y accumuler les germes d’infection qui jouent un rôle si actif dans le développement des maladies du ver à soie. On devrait se borner à y élever la quantité de vers strictement nécessaire pour reproduire les graines dont on croit avoir besoin pour l’année suivante. En isolant par couples les papillons d’un certain nombre de pontes, et en les examinant ensuite au microscope pour séparer tout ce qui est cor-pusculeux, il est facile de se procurer, dans chaque petite éducation précoce, des graines tout à fait exemptes de germes corpusculeux, et d’en faire la base des éducations futures. »
- M. Dumas signale à l’Académie, parmi les documents qui témoignent des bons résultats obtenus par l’emploi des procédés de M. Pasteur, la lettre suivante, tirée du journal le Var du 14 juin et adressée à M. Pasteur, le 8 juin, par M. Pierrugues, maire de Callas (Yar) ; cette lettre constate une fois de plus comment notre éminent confrère a pu prédire avec certitude les résultats des éducations réalisées avec des graines soumises à son examen :
- « Monsieur, la campagne séricicole touche à sa fin dans ma commune : je suis donc en mesure de vous faire connaître le résultat des éducations faites avec les graines
- (1) Tous les magnaniers savent combien il est dangereux de retarder l’éducation des vers à soie et d’arriver à la montée à l’époque des chaleurs.
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- n° 1 et n° 2 que, sûr ma demande, vous avez bien voulu soumettre à un examen microscopique.
- « Dans l’intérêt de la sériciculture de notre département, vous daignâtes consigner les déductions pratiques fournies par votre examen dans une lettre qui, selon votre désir, fut insérée dans le journal le Var du 30 avril et reproduite par un journal de Toulon.
- « Comme vous devez bien le penser, l’émotion produite par votre communication fut grande parmi les éducateurs nantis de ces deux sortes de graines ou de l’une des deux. On hésita d’abord sur le parti à prendre : fallait-il ajouter foi aux prévisions de la science? Eh bien, vous l’avouerai-je, l’hésitation ne fut pas de longue durée. Après s’être passé de mains en mains le numéro du journal qui avait reproduit votre lettre, on finit par se dire que, après tout, le microscope n’était pas infaillible, que les jugements de la science étaient parfois frappés d’appel, etc., etc., et on procéda, comme si de rien n’était, à l’éducation de ces graines, à l’occasion desquelles vous aviez prémuni les éducateurs. Tout au plus si, parmi ces derniers, quelques-uns jugèrent faire acte de prudence en s’approvisionnant d’une faible quantité d’autres graines.
- « Il s’en est est donc suivi que, selon que vous en exprimiez le désir, mais dans une mesure plus large qu’il ne convenait à l’intérêt des éducateurs eux-mêmes, on a soumis votre jugement à l’épreuve des faits. Eh bien, les faits ont parlé, et, malheureusement pour notre localité, ils n’ont que trop confirmé le verdict que vous aviez porté sur les graines n° 1 et n° 2, soumises à votre examen, dans le courant d’avril dernier.
- « Les éducations faites avec ces deux sortes de graines ont complètement échoué ; à peine si quelques-unes, réputées les mieux réussies, ont donné de 2 à 6 kilogrammes de cocons par 25 grammes de graines. Que dire des autres, sinon constater des résultats véritablement navrants. Au même moment où je trace ces lignes, je reçois la visite d’un éducateur désolé, qui, m’exhibant un cocon unique, m’affirme que c’est là le produit tout entier d’une éducation de 25 grammes de la graine n° 2.
- « J’ai, de mon côté, me conformant à vos intentions, fait procéder sous mes yeux à l’éducation de 4 grammes de la graine n° 1, que je croyais excellente, avant l’examen que vous en aviez fait; ni le choix du local, ni la quantité de la feuille, ni les soins les plus minutieux n’ont pu un seul instant arrêter les progrès du mal, dont les symptômes ont apparu dès la première mue. Aujourd’hui, au moment de la montée en bruyères, je conserve à peine une demi-claie de vers, ne devant pas donner plus de 500 grammes de cocons.
- « Ainsi donc, vos appréciations sur les qualités pathogéniques des graines n° 1 etn°2, après l’examen microscopique du mois d’avril, ont reçu dans cette commune la consécration rigoureuse des faits. Et, s’il ne vous a pas été donné d’épargner à nos éducateurs, pour l’année 1868, des mécomptes que vous aviez prévus d’avance, votre lettre du 24 avril aura eu ce résultat inappréciable de démontrer aux incrédules que la science, encore impuissante aujourd’hui à guérir le mal, quand il est déclaré, peut du moins
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- le prévenir, en faisant connaître les conditions dans lesquelles il sê développe. Et, par suite, j’aime à penser que, dès cette année, on ne procédera dans notre département à aucun grainage, sans avoir préalablement soumis à l’examen microscopique les papillons destinés à la reproduction. Je suis d’autant plus fondé à l’espérer, que le comice agricole de Draguignan, selon l’avis que m’en donne M. le professeur Barles, se trouve, dès à présent, en mesure de soumettre à l’épreuve du microscope les échantillons: de cocons qu’on voudra hien lui adresser. »
- [Comptes rendus des séances de l’Académie des sciences,)
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Sur les essais d’éclairage au gaz ox y hydrique, par ]?I. Payen. —
- Depuis quelque temps, on se préoccupe beaucoup de réaliser économiquement un éclairage au gaz produisant une lumière blanche, fixe, beaucoup plus intense que celle du gaz ordinaire. Il s’agirait de mettre en pratique, sur une grande échelle, le procédé anciennement découvert par le lieutenant Drummond. Ce procédé , qui déjà avait été appliqué à l’éclairage pour les observations au microscope, consiste à projeter, sur un morceau de chaux pure, le jet enflammé d’un mélange gazeux de 1 volume d’oxygène et 2 volumes d’hydrogène ; le corps solide infusible, élevé à une très-haute température, devient lumineux, et cette lumière blanche est exempte des oscillations que présentent les flammes de l’éclairage usuel.
- Ce n’est pas la première fois que l’on fait de semblables tentatives. M. Gillard avait autrefois établi, dans une usine près de Paris, à Passy, un semblable éclairage, sans même l’intervention de l’oxygène pur ; l’air atmosphérique y suffisait. Le corps solide, devenu lumineux, était un réseau métallique de platine contourné en cylindre creux (1). Mais la production de l’hydrogène était trop dispendieuse. En faisant réagir, dans des cornues chauffées au rouge clair, la vapeur d’eau sur le charbon, il se produisait, outre l’hydrogène et l’acide carbonique, de l’oxyde de carbone (0,33 environ), ce gaz vénéneux que l’on ne pouvait éliminer.D’ailleurs, l’hydrogène se perdait, en grande partie, pendant son parcours, soit par les joints des tubes de fonte, soit même au travers du métal. D’autres tentatives dans le même sens n’eurent pas plus de succès.
- Dernièrement, M. Tessié du Mothay, ayant trouvé un ingénieux moyen de produire en abondance, d’une part l’oxygène en décomposant, par la chaleur, le permanganate
- (1) Voir Bulletin de 1852, lre série, t. LI, p. 475 et 481.
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- de soude à l’aide de la vapeur d’eau surchauffée, puis réoxydant la substance à l’aide d’un courant d’air (1), emprunte ainsi l’oxygène à l’air atmosphérique, de même que, précédemment, M. Boussingault parvenait à un semblable résultat par des décompositions et recompositions alternatives du bioxyde de barium, moyen perfectionné tout récemment par M. Gondolo, mais qui ne semble pas encore donner facilement de l’oxygène pur.
- Quant à l’hydrogène, M. Tessié du Mothay l’obtient en calcinant un mélange d’hydrate de chaux pulvérulent et de charbon. Il peut aussi substituer au gaz hydrogène le gaz ordinaire de la houille, et remplacer avec avantage le fragment de chaux de Drummond par un petit cylindre en magnésie comprimée, de 0m,006 de diamètre, de long, renflé à l’un des bouts à 0m,007 de diamètre, afin de le suspendre par une lame de fer verticalement dans la flamme d’oxyhydrogène (2).
- On a dernièrement éclairé, par cette méthode, la moitié de la place de l’Hôtel de Ville de Paris; la lumière présentait les caractères de fixité et de blancheur précités. Il resterait, sans doute, encore bien des perfectionnements à introduire dans ce mode d’éclairage, si même on pouvait le rendre pratique économiquement ; mais il semble que des obstacles inhérents à la nature des choses s’opposent à ce qu’il puisse se généraliser. Il faudrait, en effet, des conduites doubles pour amener isolément chacun des gaz (l’hydrogène pur ou carboné, d’une part, et de l’autre l’oxygène); il y aurait donc double dépense et double chance de fuites. La grande intensité de la lumière obtenue ne pourrait être bien utilisée qu’en multipliant les becs, et il serait fort difficile de réduire au point convenable les dimensions de ceux-ci pour l’usage particulier, notamment à des proportions aussi faibles que celles qui conviennent aux travaux habituels de lecture, d’écriture, ainsi qu’aux opérations manuelles. Enfin l’espèce d’éblouissement que produit cette lumière si vive et scintillante ne paraît pouvoir être amoindri ou évité qu’à l’aide de globes en verre opalin ou dépoli ; mais, dans ce cas, on perdrait une grande partie, 0,30 ou 0,35 de la lumière totale.
- Quant au prix de revient des deux gaz, on ne saurait admettre, dans l’état actuel des choses, qu’il pût être abaissé au même prix que celui du gaz de la houille, dont la valeur intrinsèque est tellement réduite par la vente du coke et des produits accessoires, qu’il ne coûte guère plus de 2 centimes par mètre cube, abstraction faite des frais d’emmagasinement, de distribution par les conduites, d’impôt municipal et de frais générauxv Or ces frais ne seraient pas moindres dans le nouveau système, et celui-ci ne laisserait ni produits accessoires, ni résidus vendables. Il n’en sera pas moins
- (1) Voir Bulletin de 1867, 2* série, t. XIV, p. 472.
- (2) M. Caron vient de perfectionner cette préparation, en comprimant la magnésie pure à l’aide d’une solution aqueuse saturée d’acide borique. Cet acide est volatilisé par la haute température dans la flamme et laisse la magnésie compacte.
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- fort intéressant de suivre les progrès de cette nouvelle phase de l’éclairage, qui peut-être permettra du moins d’obtenir, sans de trop grands frais et sans faire une concurrence sérieuse au gaz de la houille, une sorte de lumière de luxe appropriée à la décoration nocturne de quelques monuments ou de certains établissements publics et des théâtres dans les grandes villes. (.Précis de chimie industrielle, 5° édition.)
- Des aptitudes spéciales de l'Angleterre et de la France dans les industries textiles, par M. lîl. Alcan.—Les produits des industries filamenteuses satisfont, à la fois, des besoins de première nécessité et des besoins factices variables avec le climat, avec le degré de civilisation. Le bien-être, en se généralisant, multiplie, d’ailleurs, le nombre des consommateurs ; l’économie des moyens mécaniques, basée sur l’importance de la production, aide à son tour au développement du bien-être. Telle est la double cause favorable au progrès de l’industrie européenne, et à l’exportation de ses produits sur les marchés du monde entier, où, seuls encore, les Etats-Unis d’Amérique commencent une concurrence redoutable pour certains articles.
- Les peuples de l’Orient, pour qui les moyens d’existence et les salaires sont cependant peu onéreux, forment aussi la clientèle des nations occidentales. Bien plus, le goût européen s’est imposé à des contrées capables de lui fournir, en échange, d’heureuses inspirations. Le bon marché, en s’adressant aux masses, a dominé toute autre considération et donné la prépondérance aux pays dont les ressources et l’organisation répondaient le mieux à l’exigence économique. Quelques chiffres permettront de le constater.
- La valeur des fils et des tissus fabriqués annuellement peut, en effet, être estimée comme suit :
- Angleterre (en chiffres ronds)........... 4500000000 fr.
- France — ....... 3000000000 —
- Autriche — ....... 1050 000 000 —
- Russie — ........... 1140 000 000 —
- Prusse — ........... 800000000 —
- Italie - 386 000 000 —
- Belgique — 303 000 000 —
- Suisse — 270 000 000 —
- Espagne — 100 000 000 —
- 11549000 000 fr.
- Si l’on remarque que, dans ce tableau, ne figurent pas la Suède, la Norvège, le Danemark, les Pays-Bas, le Portugal, on supposera la production de l’Europe égale à un minimum de douze milliards de francs.
- L’Angleterre participe à ce chiffre pour les quatre dixièmes environ, bien que le nombre de ses habitants soit seulement le dixième de la population totale. La puissance industrielle de ce pays se manifeste surtout dans les produits d’un usage général et d’un
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- prix peu élevé, les cotonnades notamment. La valeur des fils et tissus de coton s’élève, annuellement, à 2 milliards de francs, c’est-à-dire à près de la moitié de la valeur totale de ses produits textiles; l’exportation anglaise déverse, dans l’univers entier, pour 1125 000 000 francs de tissus teints, imprimés et apprêtés, au prix de 0fr,50 le mètre environ, et pour plus de 250 000 000 de filés, représentant, d’après la moyenne des dernières années, de 50 à 55 millions de kilogrammes.
- Pour les produits de luxe, comme les soieries, exécutées avec des fils qui valent depuis 30 jusqu’à 130 fr. et plus le kilogramme, la France l’emporte sur les autres contrées par la puissance productrice aussi bien que par l’excellence des résultats. La fabrication des soieries françaises s’est élevée à 650 millions de francs dans les dernières années ; la production de l’Angleterre n’a pas dépassé la moitié de cette somme. L’exportation de nos produits a atteint le chiffre de 330 millions de francs, en dépit des causes bien connues qui ont réduit le commerce extérieur ; l’exportation des soieries anglaises s’est élevée à peine à 35 millions de francs. Cette différence en notre faveur ne peut s’expliquer par une plus grande facilité dans l’approvisionnement de la matière première, puisque l’Angleterre possède le marché le plus important du monde, et que la France est obligée d’y recourir pour une notable partie de son alimentation ; mais la supériorité de notre pays réside dans un ensemble d’éléments impossibles à improviser et difficiles à déplacer.
- La mise en œuvre de la soie exige des aptitudes et des connaissances qui s’acquièrent seulement à la longue, et l’industrie indigène en offre le meilleur exemple. Pendant longtemps ses produits étaient entachés d’une infériorité marquée, et c’est à force de soins et de persévérance qu’ils sont passés du dernier au premier rang.
- Le tissage des soieries révèle plus encore les aptitudes dominantes de la fabrication française. Le goût apporté au choix des dessins, à l’association des couleurs ou des nuances, les progrès incessants du montage impriment à nos étoffes un cachet artistique qui en explique la vogue.
- En résumé, toutes les fois que le bon marché est l’élément dominant, l’Angleterre triomphe, comme nous l’avons vu pour le coton. Lorsque la question économique vient après les qualités de composition et d’exécution, la France l’emporte à son tour (.Moniteur des fils et des tissus (1).),
- (M.)
- (1) Le Moniteur des fils, des tissus, des articles de Paris, etc., esl rédigé par une société d'ingénieurs, d’industriels et de négociants, sous la direction de M. Michel Alcan. Il paraît le 1er et le 15 de chaque mois. — Bureaux, à Paris, i, rue Jean-Jaeques-Rousseau.
- Paris. — Imprimerie de madame veuve 130UCIJAKÜ-HUZ.ARL), rue de l’Kj>eron, 5.
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- 67e ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOME XV. — Octobre 1868.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Tresca, au nom du comité des arts mécaniques, sur une presse a vis présentée par M. Samain, mécanicien, à Blois.
- Messieurs, M. Samain, constructeur de machines, à Blois, a présenté à la Société d’encouragement un nouveau système de presse à vis, que votre comité des arts mécaniques m’a chargé d’examiner, et sur lequel nous venons soumettre à l’approbation du Conseil le rapport suivant.
- Déjà, en 1860, nous avons eu à examiner un système de presse à genoux qui se trouve décrit dans le tome LX de votre Bulletin, page 457, mais l’appareil actuel diffère complètement de cette première presse, et il se recommande, tout d’abord, par un mode de transmission fondé sur un principe que nous croyons entièrement nouveau, et qui devait, dès lors, être examiné avec une scrupuleuse attention.
- La vis joue dans cet appareil un to'ut autre rôle que dans les presses à vis ordinaires. Elle ne détermine la pression qu’en fonctionnant à la manière d’une crémaillère; son écrou est alors complètement libre, et n’intervient jamais que pour empêcher le desserrage au moment même où la crémaillère a produit son effet.
- Pour se rendre compte du nouvel organe de serrage que M. Samain a adapté à sa presse, il faut en isoler, par la pensée, les parties principales : une bague, une vis verticale à pas allongé, et un écrou très-libre sur cette vis.
- Tome XV. — 67e année. 2e série. — Octobre 1868.
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- ARTS MÉCANIQUES,
- La bague étant placée sous lecrou, si on vient à la soulever par une action extérieure quelconque, on soulève en même temps qu’elle l’écrou, qui entraîne avec lui la vis par suite de la solidarité que le frottement lui impose avec la face supérieure de cette bague.
- Si, au contraire, on abaisse la bague, l’écrou, cessant d’y adhérer, tendra à descendre, et, s’il est suffisamment libre, il descendra, en effet, en glissant sur le filet et en tournant un peu sur lui-même, jusqu’à ce que, dans ce mouvement de descente, sa face inférieure soit venue de nouveau s’appliquer sur la face supérieure de la bague.
- Si ce double mouvement de la bague de bas en haut et de haut en bas se renouvelle un certain nombre de fois, le résultat sera le même pour chaque période complète, et, si l’on a pu éviter tout mouvement rétrograde de la vis, on aura ainsi élevé cet organe d’une hauteur égale à la somme des élévations de la bague sans que jamais la vis ait eu à tourner sur elle-même.
- Pour réaliser pratiquement ce mode de transmission de mouvement, M. Sa-main emploie deux bagues et deux écrous sur la même vis, et, en maintenant complètement l’indépendance de chacun des systèmes par rapport à l’autre, il s’arrange de manière que la seconde bague descend pendant que la première monte et inversement.
- On peut alors distinguer dans le fonctionnement de l’appareil deux périodes plus complexes que nous pouvons caractériser ainsi qu’il suit :
- I. — La bague n° 1 est soulevée et entraîne avec elle l’écrou n° 1 et la vis, sans qu’il se produise dans ces pièces aucun mouvement de rotation.
- En même temps la bague n° 2 descend, ce qui permet à l’écrou n° 2 de se dévisser et de venir se reposer sur la face de la bague à la fin de la course.
- II. — La bague n° 2 se lève, entraînant l’écrou n° 2, ainsi que la vis, pendant que la bague n° 1 descend à son tour et permet à l’écrou n° I de se dévisser.
- Dans la succession de ces opérations la* vis monte toujours d’une quantité égale à chaque soulèvement de l’une des bagues, et il suffira de régler ce soulèvement pour rendre la machine plus prompte ou plus lente, suivant les besoins.
- Ces différentes fonctions supposent, à l’inverse de ce qui se passe ordinairement, que la vis ne peut tourner sur elle-même. À cet effet, elle est fixée au plateau compresseur des presses deM. Samain, par l’intermédiaire d’un collier de frein, dont nous aurons à indiquer un peu plus loin une propriété importante, mais dont on voit tout d’abord que le desserrage, en rendant à la vis
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- sa liberté, doit lui permettre de redescendre à volonté par son propre poids et celui du plateau qui la surmonte en tournant dans les deux écrous qui restent alors immobiles.
- Ainsi la vis pourra produire la compression des matières chargées sur le plateau sans tourner sur elle-même, mais la dépression ne pourra s’effectuer qu’à l’aide du mouvement de rotation résultant de la descente, ce qui revient à dire que l’on évitera pour la pression tout le travail de frottement de la vis dans son écrou, et que, dans le desserrage, ce travail de frottement est assez faible pour que la descente seule du poids de la vis puisse vaincre toutes les résistances.
- Le nouvel emploi de la vis, tel que nous venons de le décrire, et tel qu’il a été imaginé par M. Samain, nous paraît mériter toute l’attention des constructeurs, et il est certainement destiné à recevoir beaucoup d’autres applications utiles.
- Le collier de frein, dont le desserrage est nécessaire pour permettre la descente de la vis, a été utilisé par M. Samain pour régler la limite de la pression qu’il veut atteindre avec la machine. Si ce frein n’était pas serré, la vis tendrait toujours à descendre en tournant dans ses écrous pendant chacune des manœuvres, et il en sera de même si le degré de serrage est insuffisant, eu égard à la pression exercée à un instant donné sur le plateau. Si donc le serrage du frein a été convenablement réglé, la vis tournera sur elle-même pendant toutes les manœuvres tendant à produire la compression et ne permettra pas de l’augmenter. On aura donc ainsi un appareil qui ne pourra dépasser un degré de serrage donné et à l’aide duquel on pourra maintenir cette pression limite, absolument constante, en manœuvrant les organes de commande sans discontinuité.
- Ajoutons que, au moyen d’une goupille fixée à la tête de la vis, l’opérateur pourra être averti que la pression est arrivée à sa limite si cette goupille est disposée de manière à sonner sur un timbre pendant le mouvement de rotation de la vis.
- L’ensemble de la presse de M. Samain rappelle, dans son aspect général, celui des presses hydrauliques.
- Un bâti inférieur est relié par quatre colonnes de fer à un sommier supérieur en fonte ; la vis et tous ses accessoires sont logés sous les plateaux compresseurs mobiles auxquels on peut donner une course égale à celle de la vis.
- Quant aux organes de manœuvre, ils se composent, pour la marche rapide,
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- ARTS MÉCANIQUES.
- d’un simple levier horizontal qui oscille autour d’un couteau. Ce levier agit au moyen de deux petites bielles placées à l’amont du couteau sur la bague n° 1; deux bielles semblables sont placées à l’arrière et agissent delà même façon sur la bague n° 2 ; il suffit, par conséquent, de faire osciller le levier pour réaliser les diverses périodes d’action qui ont été ci-dessus décrites.
- Pour la marche lente il suffit de commander les oscillations du levier par des rouages retardateurs.
- Nous regrettons beaucoup que M. Samain n’ait pu mettre à notre disposition d’autres spécimens de son système de presse que le modèle qui est en ce moment sous les yeux du Conseil. Nous aurions voulu faire fonctionner une grande machine pour en apprécier plus sûrement les avantages et les inconvénients. Cet examen aurait été nécessaire pour que nous puissions, en parfaite connaissance de cause, recommander cette disposition et dire si le frein, qui en est un des organes essentiels, se serre facilement au degré convenable pendant la période de compression, et s’il se desserre assez graduellement pendant la période inverse pour que la chute du plateau ne soit jamais à craindre.
- En l’absence de toute expérience à laquelle nous aurions pu nous livrer, nous devons rester à cet égard dans une prudente réserve, mais ce que nous pouvons dès à présent affirmer, c’est que la combinaison de M. Samain, considérée comme disposition nouvelle de cinématique, est extrêmement remarquable.
- Elle a certainement sur la vis ordinaire un très-grand avantage sous le rapport des frottements, et cette disposition, fût-elle isolée même de toute application, serait encore digne de toute votre attention.
- Nous vous proposons, en conséquence, Messieurs, d’adresser vos remer-ciments a M. Samain, de vouloir bien donner votre approbation au présent rapport et d’en ordonner l’impression dans le Bulletin, avec les figures nécessaires non-seulement pour faire connaître la nouvelle presse dans son ensemble, mais aussi pour représenter isolément le système spécial de vis sans frottement qui remplace avantageusement la crémaillère et qui constitue la partie essentielle de l’invention de M. Samain.
- Signé Tresca, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 28 février 1868.
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- LÉGENDE DE LA PLANCHE 392 REPRÉSENTANT LE NOUVEAU SYSTÈME DE PRESSE A VIS
- DE M. SAMAIN.
- Fig. 1. Vue de face de la presse.
- Fig. 2. Section verticale perpendiculaire à la figure 1, et passant par la ligne I, II de cette figure.
- Fig. 3. Vue en dessous du plateau compresseur mobile.
- Fig. h. Section verticale partielle par un plan parallèle à celui de la figure 1.
- A, A, bâtis de l’appareil.
- B, table portée par les bâtis A, A.
- C, C, colonnes fixées sur la table B et supportant le sommier de la presse.
- D, sommier fixe de la presse.
- E, plateau compresseur mobile, glissant le long des colonnes C, C qui lui servent de guides.
- F, vis à pas allongé fixée au plateau E de manière à pouvoir à volonté tourner ou non sur elle-même.
- G, poulie calée sur l’extrémité supérieure de la vis F, et participant à tous ses mouvements; elle est munie, en dessous, de six goujons également espacés sur sa circonférence.
- H, collier de frein entourant la poulie G, et servant à empêcher ou à rétablir la rotation, sur son axe, de la vis F ; les extrémités de ce collier sont fixées sur le levier I de part et d’autre de son centre d’articulation.
- I, ievier articulé en P (fig. 3) et dont la fonction consiste à produire le serrage ou le desserrage du collier de frein H, de manière à empêcher la rotation de la poulie G et, par conséquent, de la vis F, ou à leur permettre de tourner sur elles-mêmes.
- J, bielle réunissant l’extrémité du ievier I au ressort K.
- K, ressort plat fixé au plateau E (fig. 3), et tendant constamment à serrer le collier de frein H, auquel il transmet son action par l’intermédiaire de la bielle J et du levier I.
- L, vis-buttoir agissant sur le levier I, et permettant de régler à volonté l’action du ressort K sur le collier de frein.
- M, M', écrous de la vis F.
- N, N', bagues correspondant à chacun des écrous M, M' qui reposent sur elles, et qu’elles sont chargées d’entraîner dans leur mouvement ascensionnel alternatif.
- O, 0', petites bielles dont les extrémités supérieures supportent les bagues N, N' correspondantes, et dont les extrémités inférieures sont engagées dans des entailles ménagées dans la pièce P à égale distance de son axe.
- P, organe de commande des petites bielles O, O'; de forme spéciale, il est muni, à la partie inférieure, de deux appendices arrondis ou couteaux P', P', qui lui permettent
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- ARTS MÉCANIQUES.
- d’osciller sur des espèces d’étriers Q, Q' attenant à la table B sous laquelle ils sont placés.
- R, bielle motrice de l’organe de commande P.
- S, levier à fourche faisant corps avec l’organe P, et lui transmettant le mouvement de la bielle R.
- T, bras auquel s’articule la bielle R et glissant à coulisse dans une douille que lui présente l’arbre U, de manière à permettre de faire varier la longueur du levier et, par conséquent, l’amplitude des oscillations de la pièce P; une vis de pression sert à fixer le bras T dans sa douille.
- U, arbre moteur de la presse.
- Y, Y, supports dans lesquels tourne l’arbre moteur U.
- W, brimbale de manœuvre de l’arbre U.
- X, timbre avertisseur de la limite de pression ; il est disposé sur une platine fixée sous le plateau E.
- Y, poignée fixée à la platine du timbre X (fig. 3) et servant à embrayer ou débrayer celui-ci, de manière que le bec Z puisse être actionné par les goujons de la poulie G ou reste en dehors de leur contact lorsque cette poulie vient à tourner avec la vis qui la porte.
- yoici maintenant comment fonctionne l’appareil :
- Lorsqu’on agit sur la brimbale W, le levier P, recevant un mouvement d’oscillation, abaisse et élève alternativement, au moyen des petites bielles O, CP, chacune des bagues N, N' et, par suite, chacun des écrous correspondants M, M' qu’elles portent.
- La vis F ayant été rendue fixe sur son axe au moyen du collier de frein H dont on a, avec la vis L, réglé l’action sur la poulie G suivant le degré de pression qu’on veut obtenir, il en résulte que, chaque fois qu’un écrou poussé par la bague correspondante s’élève d’une certaine quantité, il entraîne avec lui la vis F et le plateau E qui la surmonte ; puis la bague redescend et l’écrou ne tarde pas à la rejoindre, tandis que la vis reste en l’air, soutenue par l’autre écrou qui, à son tour, par suite du mouvement alternatif des petites bielles, va la faire progresser verticalement de la même quantité, et ainsi de suite.
- La pression continuant à s’exercer à mesure que la vis s’élève, il arrive un moment où celle-ci rencontre pour monter une résistance supérieure à celle qui s’oppose à sa rotation ; dès lors, l’action du collier de frein H est neutralisée, et la vis ne fait plus que tourner sur son axe sans augmenter la compression ; mais, en tournant, elle entraîne dans sa rotation la poulie G, et, si l’on a eu soin d’embrayer le timbre, la rencontre des goujons de cette poulie avertira par une sonnerie que la limite de pression est atteinte.
- Pour faire redescendre le plateau, on débraye le timbre et on desserre le collier de frein ; alors, entraînée par le poids du plateau, la vis, qui est rendue libre sur son
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- ARTS MÉCANIQUES.
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- axe, redescend avec ce plateau en tournant dans ses deux écrous qui restent immobiles sur leurs bagues. (M.)
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Victor Bois, au nom du comité des arts mécaniques, sur un
- SYSTÈME PNEUMATIQUE POUR OUVRIR LES PORTES A DISTANCE, présenté par
- M. S. Pelletier, rue des Grands-Augustins, 17, à Paris.
- Messieurs, je suis chargé, par votre comité des arts mécaniques, de vous rendre compte de l’examen d’un petit appareil destiné à ouvrir les portes à distance, présenté par M. Pelletier et appliqué particulièrement par lui à l’ouverture des portes cochères.
- Il n’est pas un architecte qui n’ait reconnu les difficultés que présentent les renvois de mouvement et les tirages souvent compliqués qu’on emploie pour atteindre ce but. Les cordons se dérangent, les chaînes se cassent, la force nécessaire en pratique n’est pas en rapport avec l’effort qu’il faudrait dépenser si les frottements ne créaient pas de sérieux obstacles.
- Dans ces dernières années, on a essayé de remédier à ces inconvénients en remplaçant le tirage direct par des mouvements électriques ; mais la nécessité d’avoir une pile et de l’entretenir, aussi bien que la cherté des appareils et leur dérangement ont été des obstacles à leur généralisation.
- M. Pelletier, un des titulaires du brevet pris en 1867, par MM. Gary et Pelletier, prétend, à juste titre, obvier à ces inconvénients.
- Son appareil permet l’ouverture instantanée et à distance de toutes les serrures fermées au pêne, au moyen de l’action motrice due à la compression de l’air.
- La disposition s’appuie sur deux principes distincts :
- 1° La construction particulière d’une gâche mobile de serrure qui avait été précédemment appliquée dans des serrures électriques, placées dans plusieurs maisons à Paris, et pour laquelle M. Fortin, serrurier, a pris un brevet, il y a quelques années ;
- 2° L’utilisation de l’air comprimé comme moteur ; mais cette application n’est pas non plus nouvelle, si on la considère isolément. Il existe, dans le commerce, des sonnettes dont le mouvement est fondé sur le même principe.
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- Les serrures fermées au pêne ne peuvent être ouvertes qu’en faisant rentrer brusquement le pêne dans le corps de la serrure; le ressort placé dans la feuillure ou dans l’épaisseur de la porte ouvrante agit alors sur cette porte pour la pousser ou l’ouvrir dès que le pêne est dégagé de sa gâche.
- Les inventeurs dont nous parlons ici, comme dans le brevet précité, opérant le dégagement et l’ouverture, non plus par la rentrée du pêne dans la serrure, mais par la mobilité de la gâche elle-même, ils ont pensé qu’il suffisait que la partie de la gâche qui encastre l’extrémité du pêne fit un mouvement circulaire suffisant pour que les deux parties plates du pêne et de la gâche ne fussent plus en contact et missent en liberté l’action du ressort ouvrant. La gâche revient ensuite à sa place, et la porte se referme à la manière ordinaire.
- Pour remplir ces divers objets, MM. Gary et Pelletier, en conservant au pêne sa forme primitive, ont fait usage simplement de la gâche Fortin. Celle-ci, au lieu d’être fixe, se compose d’un petit cylindre coupé suivant un quart de sa circonférence, et tournant dans une platine. Sa forme extérieure ne modifie en rien le profil de la gâche ; elle se confond très-exactement avec la baguette d’arrêt.
- On comprend, dès lors, que le pêne engagé dans l’entaille du petit cylindre formant gâche reste fixe tant que ce petit cylindre reste immobile ; mais, si par un jeu de leviers celui-ci est mis en mouvement et décrit un quart de circonférence, le pêne est dégagé et la porte peut obéir au ressort ouvrant.
- Après que cet effet s’est produit, la gâche mobile est ramenée dans sa position primitive par un ressort de rappel, et le pêne se trouve de nouveau en prise avec la gâche cylindrique.
- Cette gâche mobile est donc soumise à deux actions : 1° celle qui lui permet de se développer suivant son axe vertical, pour dégager le pêne ; 2° celle qui le ramène dans sa première position, aussitôt que la porte est ouverte.
- Voici comment les inventeurs obtiennent ce double effet :
- Le cylindre-gâche est muni, intérieurement, d’une queue qui s’engage sous un verrou à ressort. Sur ce verrou s’appuie l’extrémité d’un levier à longue tige aboutissant, à son autre extrémité, à l’appareil moteur. La moindre pression exercée en ce point suffit pour dégager le verrou d’arrêt, et pour laisser libre la queue du cylindre-gâche; celui-ci obéit alors à l’action du ressort de la porte agissant incessamment sur le pêne, et la porte s’ouvre.
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- Pour ramener le cylindre-gâche à sa place après l’ouverture du battant ouvrant, on l’a armé d’une lame de ressort qui agit sur le corps même du. cylindre, sans intermédiaire.
- Tous les organes que nous venons de décrire sont placés sur le battant dormant; aucun n’est apparent.
- Telle est la disposition de la gâche mobile de M. Pelletier.
- Quant à la manière dont le mouvement est transmis au levier à longue brandie, l’intention des brevetés a été de se servir soit de la compression des liquides ou des fluides, soit de l’électricité. Sur le modèle que nous examinons, et qui a été mis sous les yeux de la Société, on se sert de la compression de l’air.
- Qu’on imagine un très-petit cylindre muni d’un piston métallique percé d’une tige mise en contact avec l’extrémité du levier de mouvement, il suffit qu’un très-petit volume d’air soit comprimé dans ce cylindre pour que le piston agisse, presse sur la tige du levier et dégage le rouleau-gâche de son verrou de retenue. Un tube métallique ou un tube en caoutchouc, terminé par une poire compressible, suffit pour conduire le volume d’air nécessaire au mouvement moteur, et constitue le conducteur de l’air comprimé, à quelque distance que ce soit ; la moindre pression exercée par la main sur la poire élastique détermine le mouvement qui s’opère instantanément.
- Les inventeurs remplacent, à volonté, le système de mise en mouvement, en substituant à la poire élastique un petit piston compresseur armé d’un ressort à boudin ; ils ont eu aussi l’idée de remplacer le petit cylindre à air fixé dans la gâche, par un soufflet elliptique qui se dilate ou se comprime de façon à opérer un mouvement sur l’extrémité du levier moteur ; mais toutes ces variantes ne modifient en rien le système.
- Le modèle qui est sous les yeux de la Société nous a paru le plus simple et le plus avantageux ; c’est celui qui a déjà été expérimenté et appliqué dans de nombreuses maisons, à Paris, notamment chez MM. Belle, Bailly, de Sanges, architectes, puis au journal le Siècle, à la Mairie du IVe arrondissement. Ce système présente une économie sur le prix de revient des anciennes installations.
- En effet, pour installer les cordons de tirage des portes cochères, il faut multiplier les mouvements de rappel, percer les gros murs, etc. Avec le système actuel, il suffit de faire suivre à un tuyau d’un très-petit diamètre toutes les sinuosités delà construction pour arriver à la gâche. Ces facilités influent, nécessairement, sur le prix, et les inventeurs peuvent livrer leur gâche et les
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- ARTS MECANIQUES.
- tubes de transmission de mouvement avec une économie notable qui, dans le cas le plus ordinaire, est de 30 pour 100.
- Votre comité des arts mécaniques, pensant que MM. Gary et Pelletier ont réalisé une modification avantageuse des anciens systèmes, vous propose de remercier les auteurs de leur intéressante communication, et d’insérer le présent rapport dans le Bulletin de la Société, avec une figure destinée à faire comprendre leur ingénieuse disposition.
- Signé Victor Bois, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 13 mars 1868.
- LÉGENDE DE LA PLANCHE 393 REPRÉSENTANT LE SYSTÈME PNEUMATIQUE, POUR OUVRIR LES PORTES A DISTANCE, DE M. PELLETIER.
- Fig. 1. Vue, par derrière, des deux parties qui constituent la serrure, c’est-à-dire de la serrure proprement dite et de la gâche.
- Fig. 2. Section perpendiculaire à la figure 1 et passant par la ligne brisée I, II, III de cette figure ; cette section montre la serrure adaptée à une porte.
- A, battant ouvrant de la porte, portant la serrure.
- B, battant dormant portant la gâche.
- G, lame de ressort placée dans l’épaisseur du battant dormant, et tendant constamment à repousser le battant ouvrant.
- D, pêne de forme ordinaire.
- E, queue de tirage du pêne pour ouvrir la porte avec la main.
- F, petit cylindre vertical mobile sur son axe, et présentant une encoche au pêne qui vient se loger dedans ; il constitue la gâche, et sa rotation d’un quart de tour, suivant la flèche indiquée figure 2, suffit pour dégager le pêne.
- G, queue du cylindre-gâche servant à commander sa manœuvre, et dont l’extrémité s’engage sous un verrou à ressort H.
- H, verrou à ressort accrochant l’extrémité de la queue G et maintenant en place le cylindre-gâche F ; le ressort de ce verrou est indiqué en traits ponctués sur la figure 2.
- I, levier à longue tige, oscillant en I', et dont l’extrémité inférieure ou petit bras commande la manœuvre du verrou H et, par conséquent, permet ou non au cylindre-gâche de se mouvoir.
- J, lame de ressort chargée de ramener en position le cylindre-gâche dès qu’il a opéré sa rotation, c’est-à-dire dès que la porte est ouverte.
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- K, petit cylindre moteur, dont le piston est muni d’une tige chargée d’actionner le grand bras du levier I.
- L, tube en caoutchouc amenant l’air comprimé dans le cylindre K pour faire mouvoir le piston et, par conséquent, le levier I.
- M, poire en caoutchouc placée à l’origine du tube L, et qu’il suffit de presser légèrement pour déterminer, dans le cylindre K, une compression de l’air capable d’actionner tout le système. Ainsi, dès qu’on agit avec la main sur la poire, instantanément le levier I bascule, et actionne le verrou H ; alors la queue G étant libre, l’action du ressorte placé dans le battant dormant de la porte n’est plus contre-balancée, et le pône, poussé par ce ressort, se dégage du cylindre-gâche ; celui-ci accomplit alors un quart de révolution, comme l’indique en ponctué la figure 2, pour revenir immédiatement en place, grâce au ressort J qui le rappelle et remet la queue G en prise avec son verrou.
- (M.)
- ÉCLAIRAGE.
- Rapport fait par M Henri Peligot, au nom du comité des arts économiques, sur une suspension de lampe a fumivore mobile et descendant, présentée par M. Silvant, rue de Buffault, n° 10, à Paris.
- Messieurs, vous avez renvoyé à votre comité des arts économiques l’examen d’une suspension de lampe à fumivore mobile et descendant, présentée par M. Silvant, fabricant de lampes, à Paris.
- J’ai l’honneur de vous rendre compte des résultats de cet examen.
- M. Silvant a cherché à remédier par son appareil à l’inconvénient qui résulte de ce que, quelle que soit la position de la lampe dans une suspension mobile comme celles généralement employées dans les salles à manger, le fumivore reste constamment fixe à la partie la plus élevée do l’appareil.
- Il en résulte que le rôle de fumivore devient à peu près nul, et que la fumée salit le plafond presque autant que si cet organe n’existait pas.
- Pour rendre effectif le rôle du fumivore, M. Silvant le fait descendre avec la lampe, de telle façon, que, quelle que soit la position de cette dernière, il est toujours placé à la même distance de la partie supérieure de la cheminée en verre. Cette distance étant d’ailleurs peu considérable, le fumivore réalise, aussi complètement que possible, l’effet qu’il est destiné à produire.
- Pour arriver à faire descendre le fumivore avec la lampe, M. Silvant emploie le moyen suivant :
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- APPAREILS GAZOGÈNES.
- Le contre-poids est percé, à sa partie centrale, d’un orifice au travers duquel passe une chaîne à laquelle est attaché le fumivore. Cette chaîne est, de l’autre côté, fixée au contre-poids d’une manière invariable, et s’enroule sur une poulie attachée à la partie supérieure fixe de l’appareil.
- On comprend que, dans ces conditions, le fumivore suit nécessairement tous les mouvements du contre-poids et, par conséquent, de la lampe ; le résultat que l’inventeur s’est proposé d’obtenir est donc complètement réalisé.
- Ce petit perfectionnement a paru assez intéressant à votre comité pour vous proposer, Messieurs, de remercier M. Silvant de sa communication et d’insérer le présent rapport au Bulletin.
- Signé Henri Peligot, rapporteur. Approuvé en séance, le 26 juin 1868.
- APPAREILS GAZOGÈNES.
- Rapport fait par M. Y. de Luynes, au nom du comité des arts économiques, sur /appareil a préparer l’eau de Seltz artificielle, de MM. Gueret, passage Saint-Sébastien, 13, à Paris.
- Messieurs, l’appareil présenté par MM. Gueret consiste en une bouteille en verre, séparée en deux parties par une cloison intérieure en verre.
- Cette cloison horizontale, placée vers la partie supérieure du vase, est munie, en son milieu, d’une tubulure qui offre une saillie de quelques centimètres.
- Par cette disposition, on peut placer dans le compartiment supérieur une certaine quantité d’eau qui y sera retenue par la tubulure, et celle-ci laissera en libre communication l’atmosphère de la capacité inférieure et celle de la partie supérieure.
- Enfin le vase est fermé par un bouchon à vis portant le siphon, et qui se fixe sur un collier adapté à la bouteille.
- Pour faire l’eau de Seltz, on enlève le bouchon à vis, et à l’aide d’un entonnoir à col droit, qui traverse la tubulure, on remplit le réservoir inférieur de l’eau qui doit être saturée de gaz.
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- APPAREILS GAZOGENES.
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- On enlève l’entonnoir qui a servi à l’introduction de l’eau, et on le remplace par un entonnoir à col recourbé dont l’extrémité débouche dans ie compartiment supérieur autour de la tubulure; c’est dans cet espace qu’on fait tomber le mélange des deux poudres, destiné à la production du gaz.
- On enlève ce second entonnoir et on remonte le bouchon à vis.
- Dans cet état la poudre reste sèche, complètement séparée, parla cloison de verre, de l’eau qui se trouve au-dessous d’elle.
- Alors on incline un peu l’appareil, de manière à permettre à une petite quantité d’eau de traverser la tubulure et de se répandre sur le mélange solide qui l’entoure.
- Lorsque la quantité d’eau déversée est suffisante pour dissoudre le mélange, on replace l’appareil sur son pied.
- Le gaz acide carbonique se dégage, traverse la tubulure et vient se dissoudre dans l’eau qui lui présente une très-large surface, de telle sorte qu’au bout d’une heure environ la dissolution est terminée.
- La cloison qui sépare le liquide producteur du gaz de la dissolution gazeuse fait partie du corps même de la bouteille, et est obtenue par une véritable soudure.
- Il en résulte que l’appareil ne présente qu’une seule fermeture à vis, et n’est pas exposé aux fuites ou accidents qui se produisent avec les appareils d’une construction plus compliquée.
- On aurait pu craindre que la soudure qui forme la cloison ne rendit l’appareil plus fragile. En employant les doses ordinaires qu’on trouve dans le commerce, la pression, dans ces appareils ne dépasse guère 1 atmosphère, et l’eau préparée est fort agréable à boire ; et, d’ailleurs, votre rapporteur n’a constaté aucun accident dans les appareils qu’il a expérimentés depuis trois mois.
- L’appareil de MM. Gueret se recommande donc par la simplicité de sa construction, la régularité de son fonctionnement, et surtout par son prix très-peu élevé.
- Votre comité des arts économiques est d’avis qu’il y a lieu de remercier MM. Gueret de leur communication, et d’ordonner l’insertion du présent rapport au Bulletin avec le dessin de l’appareil et la légende explicative.
- Signé V. de Luynes, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 7 août 1868,
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- SOCIÉTÉ DE PROTECTION.
- LÉGENDE RELATIVE A L’APPAREIL DE MM. GUERET.
- La figure ci-dessous représente l’appareil de MM. Gueret en élévation et section verticale partielles.
- a, bouteille en verre très-épais, entourée d’une chemise en treillage métallique.
- b, cloison horizontale en verre, divisant la bouteille en deux capacités de volumes différents; la capacité inférieure, qui est la plus grande, reçoit l’eau destinée à être saturée de gaz, et la capacité supérieure reçoit les sels producteurs de l’acide carbonique.
- c, tubulure en verre s’élevant au centre de la cloison b et mettant en communication les deux capacités de la bouteille.
- La capacité supérieure, la cloison b et la tubulure c sont moulées d’une seule pièce ; la capacité inférieure et le pied de l’appareil sont également faits d’un seul morceau ; puis on n’a plus qu’à réunir les deux parties en les soudant l’une à l’autre.
- d, tube-siphon réuni au bouchon à vis de l’appareil; il est analogue à ceux de tous les appareils de ce genre.
- (M.)
- SOCIÉTÉ DE PROTECTION.
- Rapport fait par M. C. Lavollée, au nom du comité du commerce, sur la Société de protection des apprentis et des enfants des manufactures.*
- Messieurs, une association s’est formée en 1866, à Paris, sous le titre de Société de protection des apprentis et des enfants des manufactures. Elle nous a adressé ses statuts et le compte rendu de ses premiers travaux. Le comité du commerce ne peut que remercier le Conseil de lui avoir renvoyé cette communication, qui lui fournit l’occasion de rendre hommage à une œuvre utile, et d’exprimer une fois de plus son intérêt pour l’étude des questions délicates et complexes auxquelles donne lieu le travail des enfants et des apprentis.
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- SOCIÉTÉ DE PROTECTION.
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- Le travail des enfants dans les manufactures est régi, en France, par la loi du 21 mars 1811, et la loi sur le contrat d’apprentissage porte la date du 1 mars 1851. De l’aveu de toutes les personnes qui se sont occupées de ces matières, administrateurs, économistes, chefs d’industrie, les lois de 1811 et de 1851 sont incomplètes, et elles ne sont point généralement appliquées. 11 convient donc de les reviser et de préparer un nouveau code, qui puisse recevoir partout une exécution sérieuse.
- Il nous suffit de rappeler, en quelques mots, les difficultés que présente cette œuvre législative. On se trouve en face d’intérêts nombreux et parfois contradictoires ; il faut concilier les droits de la société et ceux de l’individu, les droits et les devoirs du père de famille, ainsi que les droits et les devoirs de l’enfant ou de l’apprenti, les intérêts de l’État et ceux de l’industrie; et ce qui ajoute à la gravité de ces problèmes, c’est que chaque région, chaque branche de travail, on pourrait presque dire chaque enfant, se présentent devant la loi avec des conditions particulières et spéciales, dont il convient de tenir compte.
- Sur les principes de la législation, tout le monde est d’accord, car il s’agit de défendre l’enfance et de conserver, pour ainsi dire, la pépinière du travail adulte ; principes à la fois généreux et intéressés, qui ne sauraient rencontrer aucune contradiction. Mais, dès que l’on entre dans les détails, les difficultés abondent, et elles sont de telle nature, qu’elles échappent souvent à l’action et à la vigilance de la loi.
- Aussi la Société de protection a-t-elle compris qu’il ne lui suffisait point de poursuivre l’amélioration de la loi existante ; elle a voulu organiser une propagande morale, non-seulement pour arriver à une réforme plus complète et plus prompte de la loi, mais encore pour provoquer et pour assurer, par la fondation d’une sorte de ligue du bien public, l’exécution des mesures les plus propres à protéger l’enfant et l’apprenti.
- Elle s’est mise à l’œuvre sans délai. Nous voyons, par le compte rendu de ses premiers travaux, qu’elle s’est livrée à une étude approfondie des législations étrangères, et qu’elle a tenu de nombreuses séances auxquelles ont assisté les principaux chefs d’industrie de Paris et des départements, empressés de procurer à la Société des informations pratiques, qui seront d’un grand secours pour la préparation des lois projetées, et non moins empressés de donner le bon exemple dans leurs ateliers ou manufactures. C’est ainsi qu’elle éclaire la pensée du législateur, et qu’elle compte, avec raison, exercer sur les mœurs industrielles une influence décisive, en joignant ses efforts
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- ART DES MINES.
- à ceux d’autres associations qui, sous l’empire, soit de l’idée philanthropique, soit de l’idée religieuse, s’appliquent à améliorer les conditions du travail.
- C’est avec une véritable satisfaction que le comité du commerce a accueilli la création de la Société dont nous venons de vous indiquer l’origine et le but. Il vous propose de remercier la Société de protection de la communication qu’elle nous a faite, et d’insérer le présent rapport au Bulletin, comme un témoignage d’estime et de sympathie.
- Signé C. Lavollée, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 24 juillet 1868.
- ART DES MINES.
- APPAREIL A DÉSAGRÉGER LES ROCHES PAR LE FEU, PAR M. HUGON [pi. 394).
- L’emploi du feu pour désagréger les roches est loin d’être une chose nouvelle, car elle était déjà connue au xvie siècle. En étudiant ce procédé, mis de côté depuis longtemps, M. Hugon a pensé qu’avec un appareil bien combiné il y aurait peut-être lieu, dans certaines circonstances spéciales, de le reprendre avec quelque chance de succès surtout au point de vue de l’économie de travail.
- Son appareil, que représente la planche 394, a été, de la part de M. Payen, l’objet d’un rapport dont nous croyons utile de reproduire les passages suivants (1) :
- « On sait, dit M. Payen, que, dans l’exploitation des mines ou dans certains travaux de tranchées des chemins de fer, il se trouve souvent des roches d’une dureté telle que les trous de mine ne peuvent y être pratiqués qu’à l’aide d’un long et pénible travail; d’ailleurs, si la roche est très-compacte, la poudre n’enlève que de faibles blocs.
- « Aussi un grand nombre de mines sont-elles abandonnées par suite du prix de revient trop élevé de l’extraction des minerais au moyen de la poudre, et certaines tranchées de chemins de fer ont-elles coûté un temps très-long et beaucoup d’argent.
- « Dans des temps reculés, lorsque les roches étaient trop résistantes aux outils employés alors, on s’est servi du feu pour faire éclater ces roches. Le bois était apporté et amoncelé sur les faces qu’on voulait attaquer ainsi; le feu était mis au combustible, qui brûlait pendant un temps plus ou moins long, en faisant éclater la roche par fragments. Le feu éteint et la roche refroidie soit naturellement, soit au moyen de
- (1) Voir Bulletin de 1868, cahier d’avril, p. 193.
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- ART DES MINES.
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- l’eau, on la trouvait plus ou moins fissurée. Les parties désagrégées étaient facilement abattues, puis on recommençait de nouveau l’attaque de la roche vive par le feu.
- « L’ancienne méthode d’exploitation des mines à l’aide du feu est indiquée dans l’ouvrage latin d’Agricola, intitulé De re metallicâ, ouvrage traduit en langue toscane par Michel-Ange (1).
- « On trouvera également d’intéressants détails sur cette méthode employée au xixe siècle dans le traité publié par Héron de Villefosse en 1819, intitulé : Richesse minérale, où se trouve décrite l’exploitation du filon du Rammelsberg, au Hartz, t. II, p. 298, pl. 2.
- « L’usage du feu est abandonné aujourd’hui dans presque toutes les exploitations, et pourtant il est facile de se rendre compte qu’au moyen d’une flamme qu’on dirige à volonté et qui est vivement projetée contre les faces de roches dures, inexploitables industriellement par la poudre, on puisse obtenir de très-bons résultats. On procède, d’ailleurs, de la manière suivante, d’après les données fournies par l’inventeur :
- « Le fourneau en fonte a des dimensions variables selon les circonstances.
- « L’allumage du combustible s’effectue en quelques instants, en enflammant d’abord de menus morceaux de bois sec sur lesquels on place la houille ou le coke ; on fait arriver l’air doucement, au moyen de la soufflerie et du registre à papillon situé entre la conduite d’air et le fourneau ; on continue à charger graduellement le fourneau au fur et à mesure que le bois se consume. Lorsque le feu est bien développé dans toute la masse, ce qui a lieu au bout de quinze à vingt minutes, on avance le fourneau près du front que l’on veut attaquer, et l’on fait arriver rapidement l’air comprimé, celui-ci emportant de légères gouttes d’eau injectées et qui se décomposent comme dans l’appareil à torréfier les pièces de bois. La flamme sort alors comme d’un immense chalumeau, en embrassant le fond de la galerie ; au bout de peu d’instants les fragments de roches commencent à éclater, et à tomber sans interruption dessous et dessus le fourneau.
- « L’homme qui dirige ce fourneau et l’alimente de combustible doit, lorsque la roche est très-dure, protéger son visage avec un masque en treillage solide de fil de fer (analogue aux masques grillagés des salles d’armes) ou tout autre moyen. Faute de cette précaution, les petits fragments de roche éclatant avec une extrême violence pourraient blesser grièvement l’ouvrier. Avec un ringard celui-ci retire les roches qui tombent, et, lorsqu’il voit de fortes fissures se produire, il recule le fourneau. On refroidit alors, s’il y a lieu, par des aspersions d’eau faites au moyen d’une conduite d’eau forcée ou d’une pompe à main. On abat les roches desagrégées, puis on les enlève et l’on avance de nouveau le fourneau près de la face qu’il s’agit d’attaquer de la même manière.
- (1) L’édilion publiée le 12 mars 1563 se trouve à la bibliothèque, de l’Institut.
- Toute XV. — 57e année. 2e série. — Octobre 1858.
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- « On peut employer, dans ce fourneau, toute espèce de combustible capable de produire une flamme volumineuse. Les hommes chargés d’exécuter ce travail doivent recevoir abondamment, au moyen de tubes spéciaux, l’air nécessaire à la respiration, lorsqu’ils sont placés dans des galeries où la ventilation serait insuffisante pour éliminer assez promptement l’air vicié et ramener en même temps l’air pur du dehors en quantité convenable.
- « Le système que nous venons de décrire peut être employé dans certaines parties des tranchées ou tunnels des chemins de fer, traversant des roches difficilement attaquables par la poudre. »
- La figure 1 de la planche 394 représente, partie en élévation et partie en section verticale, l’appareil de M. Hugon fonctionnant devant un front de taille.
- La figure 2 est une vue en plan.
- A, fourneau avec ou sans grille contenant le combustible.
- B, porte de chargement du combustible.
- C, galets permettant au fourneau de rouler sur rails.
- D, ventilateur servant à alimenter la combustion et à projeter la flamme sur les parois de la roche ; il peut être remplacé par toute autre espèce de soufflerie disposée selon les besoins.
- E, conduite amenant l’air au fourneau.
- F, robinet permettant de régler la quantité d’air qui entre dans le fourneau.
- G, papillon servant à intercepter la communication entre la soufflerie et le fourneau.
- II, poulie de commande du ventilateur.
- Essayé aux mines de Challanges (France), cet appareil a permis, d’après M. Hugon, d’obtenir, en 55 heures, une avance de lm,537 dans une galerie ayant lm,20 de large sur lm,80 de hauteur.
- Dans la même galerie, 2 hommes travaillant tous les jours pendant un mois, avec les procédés ordinaires, n’avançaient que de lm,50 à 2 mètres.
- (M.)
- MINES DE MERCURE.
- NOTE SUR LES MINES DE MERCURE D’ALMADEN (ESPAGNE) ET DE SANTA-BARBARA (PÉROU),
- PAR M. C. E. HAWLEY.
- La compagnie des mines de mercure de Nevv-Almaden (Californie), sachant qu’on exploite, depuis longtemps, des mines analogues sur quelques points du globe, et
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- désirant connaître la situation des deux gisements les plus anciens, ceux d’Almaden (Espagne) et de Santa-Barbara (Pérou), s’en est fait rendre compte par M. G. E. Haw-ley, ingénieur, aux rapports duquel nous allons emprunter les renseignements suivants :
- Mines d’Almaden (Espagne).
- Les mines d’Almaden qui, suivant Pline, étaient déjà exploitées 700 ans avant J. C., et envoyaient tous les ans, à cette époque, 10 000 livres (4 530 kilog.) de cinabre (sulfure de mercure) à Rome (1), fournissent encore aujourd’hui un rendement important.
- Leur position géologique, déterminée depuis longtemps par don Casiano de Prado, les place à la partie supérieure de la formation silurienne, les roches prédominantes étant des schistes qui forment ordinairement les parois encaissantes des veines métallifères, et qui sont souvent eux-mêmes imprégnés de cinabre. Ces veines se composent d’un grès à grain fin, dont la dureté est parfois si grande qu’on est tenté de le prendre pour du quartz, et qui semble s’être imprégné des vapeurs de cinabre à l’époque métamorphique; cette imprégnation s’est, d’ailleurs, opérée d’une manière si uniforme, que les travaux ne donnent lieu qu’à une faible proportion d’extraction stérile.
- On distingue, aujourd’hui, trois veines en exploitation :
- 1° La veine San-Diego et San-Pedro ;
- 2° La veine San-Francisco ;
- 3° La veine Saint-Nicolas.
- Ces veines sont séparées par des masses de schistes, et quelquefois même le schiste forme au milieu d’elles des lits de faible épaisseur. La mine, qui n’a qu’une étendue linéaire d’environ 600 pieds (180 mètres), comprend dix étages ou niveaux, séparés, en moyenne, l’un de l’autre par un massif de 90 pieds (27 mètres) ; le dernier étage est à 921 pieds (276m,30) de la surface.
- Dans les travaux supérieurs, les veines n’ont pas un caractère bien défini ; mais, à mesure qu’on descend plus bas, leur allure et leur richesse ne font que s’accuser davantage. C’est à partir du 5e étage qu’on peut véritablement bien en juger, et, lorsqu’on arrive au dixième et dernier, on est frappé de l’abondance et de la richesse du minerai. Le tableau suivant, dressé à partir du 5e étage, permet de juger du développement progressif des trois veines à mesure qu’elles plongent vers le bas.
- (1) Pline, liv. XXXIII, chap. 7.
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- ÉTAGES. VEINE SAN-DIEGO. VEINE SAN- FRANCISCO. VEINE SAINT-NICOLAS.
- LONGUEUR. LARGEUR. LONGUEUR. LARGEUR. LONGUEUR. LARGEUR.
- 5e 49™,20 4”, 35 127“ 80 3“,90 29”, 40 2”, 88
- 6e 70,20 4,95 108,90 14,85 64,35 3,21
- 7e 148,50 4,59 153,30 4,59 123,60 3,96
- 8' 168,30 7,92 178,20 4,35 183,00 5,43
- 9* 148,50 6,45 143,40 2,73 168,30 2,76
- Les travaux ne sont pas assez avancés au 10e étage pour qu’on ait pu encore y déterminer les dimensions des veines ; mais on peut affirmer que le minerai y est de très-belle qualité.
- Les veines sont presque ver ticales et ont été attaquées par des puits verticaux ; elles ont, en général, une direction nord-ouest et sud-ouest. L’étendue du gisement est loin d’être connue d’une manière positive, bien qu’on se soit arrêté dans les travaux là où le terrain devenait comparativement stérile. En effet, il est parfaitement avéré que, au xvue siècle, les comtes Fugger poursuivaient une exploitation très-fructueuse. Qu’est devenue leur mine? c’est ce qu’on ne saurait dire, et cependant les travaux en ont été continués après eux jusqu’à l’époque du grand incendie de 1755. Tout ce qu’on sait, d’après les documents existants, c’est que cette mine produisait beaucoup, et qu’on y travaillait à la profondeur de 825 pieds (2à7m,50).
- La méthode d’exploitation suivie consiste à laisser, de distance en distance et en les alternant, des piliers de minerai massif de k varas de large (3m,35) ; après extraction les vides sont remplis par de la maçonnerie ou par de la biocaille supportée par des voûtes maçonnées. Les galeries sont également maçonnées. Cette méthode a été adoptée en 180i, en raison de la difficulté de se procurer du bois, et dans le but d’assurer aux travaux une plus grande stabilité. De cette manière, on a pu laisser pendant longtemps, en réserve, des masses de minerais représentant un cube presque égal à celui qui avait été extrait ; mais, depuis les six dernières années, on a commencé à attaquer quelque peu cette réserve, et partout où on a dépilé on a nécessairement remblayé avec beaucoup moins de soin qu’auparavant. Le peu de bois qu’on emploie dans les travaux de soutènement n’a qu’une destination essentiellement temporaire ; quant a la pierre qui sert aux maçonneries, on la tire des coteaux environnants.
- Les procédés mécaniques dont on dispose dans cette importante exploitation sont encore dans l’état le plus rudimentaire. Au puits Théodore, par exemple, c’est un treuil mené par huit mules qui sert à l’extraction du minerai, et bien certainement le travail produit n’est guère de plus de 3 chevaux-vapeur. Il y a peu d’eau dans les
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- travaux, et la quantité n’en a pour ainsi dire pas varié depuis un siècle. L’épuisement se fait d’une manière lente, coûteuse et barbare, au moyen d’une espèce de pompe qui a au moins 100 ans de date, et qui n’est remarquable que par son âge et son inefficacité. En effet, elle ne peut fonctionner qu’avec le secours de 30 à 40 ouvriers, constamment occupés à la manœuvrer à bras.
- Le prix de revient de l’extraction du minerai peut s’établir comme suit pour 100 livres espagnoles (46 kilog.) :
- Travail dans la roche utile et stérile........... 7,40réaux.
- Transport intérieur.............................. 1,24 —
- Boisage, remblai, etc............................ 0,55 —
- Outils, treuil, etc.......................* . . . 2,09 —
- Maçonneries...................................... 8,62 —
- Drainage des travaux............................. 4,47 —
- Ouvriers de l’intérieur et de l’extérieur........ 2,86 —
- Dépenses diverses................................ 2,26 —
- 29,49 — = 7f,37
- Transport à l’usine-............................ 0,17 —
- Coût total des 100 livres............................... 29,66 réaux, soit 7f,41,
- ou 16f,10 pour 100 kilog.
- La méthode de traitement employée pour extraire le mercure n’est pas à l’abri de quelques critiques ; aussi le rendement du minerai n’est-il que de 6, 9 pour 100. Voici le prix de revient du métal calculé pour 100 livres espagnoles :
- Exploitation et transport du minerai................ 197,65 réaux.
- Traitement au fourneau.............................. 22,35 —
- Bouteilles (1)...................................... 40,00 —
- 260,00 —
- Ainsi le prix de revient des 100 livres de mercure est de 260 réaux, ce qui fait 141fr,30 les 100 kilogr. ou 48 francs environ par bouteille prise sur place. Si on ajoute à cette somme le prix du transport à Séville, ainsi que quelques faux frais, on arrive au prix de 177fr,80 pour les 100 kilogr.
- Le produit moyen des deux mines d’Almaden et d’Almadenejas a été, pendant la période quinquennale de 1851 à 1855, de 22 199 bouteilles (762 770 kilogr.), qui ont coûté ensemble, rendues à Séville, 1 644 489 francs,, soit environ 74 francs par bouteille. Dans ce chiffre de 22 199 bouteilles, Almaden en fournit, à elle seule, 21 468, en
- (1) On sait que les bouteilles dans lesquelles on exporte le mercure sont en fer et qu’elles sont fermées par des bouchons à vis; elles renferment un peu plus de 34 kilog. de métal. (M.J
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- sorte que, si on considère le prix de revient pour cette mine seule, on arrive, pour la bouteille, au prix inférieur de 67fr,40, prix dont le détail, calculé proportionnellement, est comme suit :
- Exploitation par bouteille 52,25 pour 100.
- Traitement du minerai. ... 4,69 6,96 —
- Bouteille 8,10 12,00 —
- Mise en bouteille ... 0,48 — 0,75 —
- Transport à Séville 3,78 5,64 —
- Administration 13,93 20,65 —
- Imprévu 1,16 — 1,75 —
- 67f,40 100,00
- Le traitement du minerai se fait d’une manière très-défectueuse. Les appareils où l’on grille le cinabre se composent d’une série de petits cylindres en terre, débouchant dans une grande chambre où viennent se condenser les vapeurs de mercure ; or ces cylindres sont très-imparfaitement reliés les uns aux autres, et il se perd beaucoup de métal par les joints.
- En 1856, des essais entrepris par ordre du gouvernement espagnol pour déterminer la richesse des différentes qualités de minerai extrait pendant cette année ont donné les proportions centésimales suivantes :
- Mercure de qualité supérieure............................. 38,576
- — de qualité moyenne.................................... 9,900
- Crasses avec suie de la chambre de condensation. . . 17,790
- Crasses sans suie.......................................... 5,110
- Bien que le traitement en grand ne puisse jamais donner des chiffres aussi élevés que ceux qu’on obtient dans les essais, on a calculé, d’après ces données, ce que le minerai extrait pendant la période quinquennale citée plus haut aurait du théoriquement fournir de métal, et l’on est arrivé au chiffre de 1 488 900 kilogr. Or on a vu plus haut qu’on n’avait obtenu que 762 770 kilog. ; c’est donc une différence de 726 130 kilog., qui représente une perte de plus de 50 pour 100.
- Bien que la main-d’œuvre soit relativement à bas prix à Almaden, certains travaux coûtent excessivement cher. Ainsi, le seul travail d’épuisement à bras revient à la somme énorme de 94 721 francs, ce qui met le coût de la tonne d’eau élevée àplus de 4francs. D’un autre coté, la force du mineur est mal utilisée, car il travaille dans des chantiers mal ventilés, et il est obligé de se fatiguer beaucoup pour descendre et remonter par les échelles. Enfin le combustible qu’on emploie pour le traitement du minerai est de mauvaise qualité et d’un prix très-élevé.
- Ce qui distingue surtout les mines d’Almaden des autres mines de mercure, c’est l’importance et la richesse des massifs laissés en réserve, dont on peut immédiatement
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- disposer et dont le volume, cubé avec soin, représente le tiers environ de là totalité des veines ; ce tiers est égal à 2 012 600 pieds cubes (56 353 mètres cubes), pesant, d’après une estimation modérée, 402 520 000 livres de minerai (183 341 tonnes), qui donneraient 375 685 bouteilles de mercure avec un rendement de 7 pour 100, 536 693 avec un rendement de 10 pour 100, et 753 370 avec un rendement de 14 pour 100. Dans cette estimation n’est pas comprise la masse encore vierge située entre le neuvième et le dixième étage.
- Les dépenses excessives de combustible, d’épuisement, d’extraction et de transport pourraient être facilement réduites à moitié de ce qu’elles sont. A 40 milles au plus de la mine existent les importantes houillères de Belmez, qui donnent d’excellent charbon dont on pourrait profiter. En élevant les ouvriers et le minerai par les procédés mécaniques aujourd’hui en usage, en établissant une bonne ventilation dans les travaux, en drainant convenablement les galeries et en construisant des voies ferrées à l’intérieur et à l’extérieur, enfin en établissant quelques utiles réformes dans l’organisation administrative, M. Hawley estime que le mercure pourrait être obtenu, à Almaden, au tiers du prix auquel il revient aux mines de New-Almaden, en Californie.
- Mines du district de Santa-Barbora [Pérou).
- La mine de Santa-Barbara, dont les premiers travaux remontent à 1570, est située vers l’un des sommets de la chaîne de montagnes qui s’étend le long de la rive méridionale de la rivière Huancavelica, et à 1200 pieds environ (360 mètres) au-dessus de cette rive. On trouve là le cinabre dans des couches de grès légèrement coloré s’élevant presque verticalement du fond de la vallée, et présentant parfois un mélange de calcaire d’un gris-bleuâtre. Le filon métallique occupe, par places, une largeur de 40 à 50 yards (36™,40 à 45™,50), en courant du nord au sud et en plongeant vers l’ouest. L’exploitation, qui se présente dans des conditions favorables au point de vue de la facilité des travaux, a été conduite avec si peu de soins et avec une si grande ignorance de l’art des mines, qu’elle n’a donné lieu, à plusieurs reprises, qu’à des pertes et des désastres. Dans cette région, l’état actuel de la mine est déplorable, en raison de l’incurie des exploitants qui se sont succédé, et qui n’ont fait, en quelque sorte, que du pillage, sans se préoccuper de préparer des travaux d’avenir, et avec si peu de souci des plus simples mesures de sécurité, qu’on rapporte qu’en une seule fois plus de 100 travailleurs indiens ont péri ensevelis dans un éboulement. Cette absence de toute règle obligea alors le gouvernement espagnol, aux xvn® et xvme siècles, à faire des travaux de consolidation qui lui coûtèrent des sommes considérables.
- Depuis l’indépendance du Pérou, on ne s’est plus guère occupé de cette mine qui, aujourd’hui, après 300 ans, est restée abandonnée à quelques Indiens occupés seulement à recueillir tout ce qu’ils peuvent trouver de minerai à la surface. Une partie des travaux intérieurs est effondrée ; le reste est presque inabordable en raison de i’accu-
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- MINES DE MERCURE.
- mulation de l’acide carbonique. Il y a une grande galerie de 2 000 pieds de long (600 mètres), ayant de 10 à 12 pieds (3 mètres à 3m,60) en largeur et en hauteur, et dans laquelle débouche une descente de 5 pieds carrés de section environ (0m2,45), allant rejoindre le minerai sous un angle de 15 degrés. D’après les difficiles explorations qu’il est permis d’y faire, il semble que le minerai n’existe pas en veine régulière, et ne constitue pas des masses continues comme à Almaden, en Espagne. Le minerai du chantier de Santa-Inez, qui s’étend probablement à 150 pieds (45 mètres), jusqu’à celui de Santa-Cataline, se compose d’un grès de couleur foncée imprégné de cinabre qui, de place en place, se décèle à l’œil nu par des taches rouges brillantes. Une forte proportion de soufre et de sulfate de fer accompagne ce minerai, dont la teneur en mercure dépasse rarement 2,5 pour 100.
- Quittant les travaux de Santa-Barbara, du côté de l’extrémité nord, M. Hawley explora, à l’extérieur, la montagne du nord au sud, et constata que la roche était imprégnée de cinabre de très-pauvre qualité. A 200 yards environ (182 mètres) du sommet vers le sud est la région des travaux connue sous le nom de Brocal ; un peu plus loirt, dans la même direction, les couches plongent sous la surface pour reparaître à 1500 yards de là (1365 mètres). A Brocal les travaux sont également en ruine, et la teneur du minerai de la surface est trop faible pour lui donner quelque valeur. Une longue galerie, commencée au siècle dernier et s’étendant sur une longueur de 200 yards (180 mètres), conduisait, dit-on, sur des points où le minerai se montrait riche.
- Aux environs de la ville de Huancavelica, on ne compte pas moins de 41 gisements bien reconnus de cinabre, échelonnés sur une distance d’environ 20 lieues de Santa-Barbara. A Azulcocha, par exemple, on trouve le cinabre dans un calcaire très-dur, et l’on voit encore les ruines des fours de fusion. Le minerai constitue là, dans la roche, des espèces de petits rameaux irréguliers qui ne fournissent pas plus de 1 pour 100 de mercure. Non loin de là on trouve du réalgar, et immédiatement à côté une veine noirâtre de 11 pieds d’épaisseur (3m,30), qui contient du sélénium associé avec du soufre, du mercure, de l’arsenic, de l’argent et du plomb.
- A Santa-Barbara, comme dans toutes les autres mines où l’on travaille encore un peu, les fours de réduction du minerai sont de pauvres constructions de pierres et de briques. Les vapeurs et la fumée sortant par le haut sont emmenées à travers une série d’aludels jusqu’à 8 ou 10 yards de distance (7m,30 à 9M,10), où elles s’échappent dans l’atmosphère ; ces aludels, qui sont sur quatre rangées, ont 2 pieds de long (0m,60) sur un diamètre de 8 pouces au milieu (0m,20) et 4 pouces aux extrémités (0,Q,10). Comme tous ces appareils sont mal faits, et que l’opération est mal conduite, il se perd beaucoup de mercure, et les ouvriers mal garantis ont à souffrir du contact des vapeurs. Pour alimenter le feu, on n’a à sa disposition que du gazon et de la fiente de lama desséchés, et l’on comprend que de pareils combustibles sont de très-mauvaise qualité. Le pays est, pour ainsi dire, dépourvu de bois ; on trouve bien, au fond de certains
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- ravins, quelques buissons rabougris, mais le prix en est fort cher, et l’on ne paye pas moins de 100 francs la valeur d’une corde représentant 14-5 charges de lama. On trouve bien aussi un peu de tourbe, mais pas assez pour assurer un traitement métallurgique sérieux. C’est en vain que M. Hawley a fait des recherches de houille; il a cependant découvert, à 9 lieues environ de Santa-Barbara, un gisement abondant de schiste bitumineux de très-pauvre qualité, mais l’impraticabilité de la montagne en rend le transport impossible.
- En résumé, les mines de mercure du district de Santa-Barbara renferment du minerai en abondance, mais ce minerai est pauvre et ne donne pas plus de 1,50 pour 100 de métal dans ses parties les plus riches. L’exploitation s’y fait mal et le traitement métallurgique est des plus imparfaits. Les ouvriers qu’on emploie sont des Indiens peu habiles appartenant, du reste, à une race dont l’existence est difficile à 14 975 pieds (4 492 mètres) au-dessus du niveau de la mer. En 1681, et pendant les quelques années qui suivirent, la production moyenne était de 7 500 bouteilles par année. L’exploitation se faisait pour le compte du gouvernement espagnol, qui payait le mercure au prix de 926 fr. les 100 kilog. rendus à Potosi ; il y avait alors 4 250 ouvriers employés dans les travaux. A New-Almaden (Californie), avec un personnel de moins de 1000 hommes, on a, en une seule année, produit six fois et demie autant. (.American Journal of Silliman.) (M. )
- MÉTALLURGIE.
- SITUATION DE L’INDUSTRIE SIDÉRURGIQUE DANS LA GRANDE-BRETAGNE EN 1867,
- PAR M. S. JORDAN.
- Malgré les’ progrès accomplis par la métallurgie pendant les dernières années, il n’y a encore, à l’horizon, aucun procédé réellement industriel et pratique pour la fabrication courante des fers et des aciers directement au moyen des minerais. Il faut toujours en passer par l’intermédiaire de la fonte ; aussi la production de cette matière première joue un rôle essentiel et dominant dans l’industrie du fer ; et l’on ne sera point surpris si nous étudions surtout quelle est actuellement, chez nos insulaires voisins, la situation des usines à fonte.
- On peut dire que la fabrication de la fonte en Grande-Bretagne est entrée, depuis deux ou trois années, dans une nouvelle phase ou période de son existence.
- Pendant la première période, qui a pris fin en 1740, l’Angleterre possédait un très-grand nombre de hauts-fourneaux au charbon de bois, qui traitaient surtout des minerais recueillis dans les forêts. Les comtés les plus producteurs de fonte étaient ceux de Kent et de Sussex. On pouvait voir à l’Exposition de Londres en 1862, dans la col-Tomc XV. — 67e année. 2e série. — Octobre 1868. 78
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- lection du docteur Price, un spécimen du minerai, fourni par les formations weal-diennes de ces comtés, renfermant autrefois de nombreuses usines, dont un des rares souvenirs qui restent est la balustrade en fer qui entoure Saint-Paul à Londres. Mais, dans les derniers temps de cette première période, le déboisement élevait de plus en plus le prix des bois et des charbons; en 1584, sous le règne d'Élisabeth, la pénurie était déjà telle que le Parlement crut devoir passer un acte pour la préservation des forêts. En 1740, le charbon était devenu si rare que la production de fonte tombait pour tout le royaume à 17 610 tonnes, produites par 59 hauts-fourneaux.
- Les maîtres de forges furent obligés d’en revenir aux procédés de Dud Dudley, pour fondre le fer au combustible minéral, procédés qu’ils avaient repoussés et décriés un siècle auparavant. Ce fut le commencement d’une seconde période. Les usines à fonte émigrèrent toutes sur les bassins houillers, abandonnant les comtés weaîdiens, où elles avaient si longtemps prospéré et qu’elles avaient dépouillés de leurs forêts. En 1788, la production de la fonte au coke était déjà quadruple de celle de la fonte au bois ; et la Grande-Bretagne produisait 70 000 tonnes de fonte environ. Les nouveaux centres de production se développaient rapidement : les hauts fourneaux pullulaient dans le Stafïordshire, le pays de Galles, le Yorkshire, l’Écosse. Les usines au charbon de bois disparaissaient-presque complètement; les minerais autres que ceux extraits des houillères tombaient peu à peu en désuétude. Les qualités de fontes et de fers se spécialisaient suivant les districts.
- Le pays de Galles devenait la région des fontes communes, même médiocres, fabriquées par ses rudes habitants, au moyen des houilles grasses de son bassin, avec des minerais houillers plus ou moins mélangés de scories. Le Staffordshire, possédant des minerais et des combustibles plus purs, devenait la région des bons fers ordinaires. Le Yorkshire, avec ses excellents combustibles et l’industrie intelligente de ses hommes, fournissait les fers supérieurs comme ceux de Lowmoor et de Bowling. L’Ecosse, tirant de son riche bassin les blackbands et les houilles aptes à être employées crues au hautfourneau, inondait le monde de ses excellentes fontes de moulage. Ainsi la fabrication de la fonte arriva bientôt à ce degré de puissance et d’économie qui fit, de la Grande-Bretagne, la souveraine du commerce du fer.
- Mais chacun de ces districts, favorisé par le bas prix des combustibles et des minerais, s’appliqua peu à perfectionner ses méthodes et ses appareils. Aussi, comme il était arrivé pour le charbon de bois, on put s’apercevoir, il y a déjà quelques années, que le prix des minerais houillers comme celui des combustibles tendaient forcément à s’élever. Des maîtres de forges intelligents allèrent hardiment installer des usines sur des gisements ferrifères éloignés de la houille et jusqu’alors dédaignés, comme les minerais ooiithiques du Cleveland et les hématites rouges du district des Lacs. Ils s’efforcèrent d’arriver à une plus grande économie dans la consommation du combustible; ils l’obtinrent, notamment par l’utilisation des gaz des gueulards. Aussi leurs fontes vinrent bientôt lutter sur les marchés avec celles des anciens dis-
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- tricts. Le Gleveland fabriqua uniquement des fontes pour moulage et des fers ordinaires, et il arriva peu à peu à rivaliser avec l’Écosse pour les premières, avec le pays de Galles pour les secondes.
- L’invention du procédé Bessemer, et l’importance prise par la consommation de l’acier dans la mécanique et dans la construction, donnèrent un rôle de premier ordre aux fontes d’hématite du Lake district. Le besoin, de plus en plus senti, d’avoir des fontes spéciales de qualité meilleure, pour la fabrication des fers supérieurs ou d’aciers Bessemer et autres, a achevé de mettre fin à l’ancien état de choses. Le temps est passé où l’on pouvait dire, comme on ne s’en faisait pas faute en France, que les Anglais fabriquaient des fontes à un bon marché excessif en jetant, au hasard, dans leurs fourneaux, les blocs de minerais et de houille extraits des mêmes mines, sans prendre seulement la peine de les casser.
- Une troisième période a commencé : les usines à fonte subissent une nouvelle perturbation. Se raréfiant dans les anciens districts, elles se multiplient et se condensent à proximité des gîtes de minerais oolithiques, basiques, dévoniens, etc. Le combustible, ayant des transports à supporter, coüite un peu plus cher ; mais on l’économise davantage : on recueille et on emploie les gaz des hauts-fourneaux; on chauffe le vent à des températures élevées; on spécialise les qualités de fontes.
- Dans les anciennes usines des districts houillers, on est obligé, pour subsister et pour satisfaire aux besoins actuels, de faire venir des minerais étrangers et de chercher, dans les perfectionnements de la fabrication, une compensation au coût plus élevé des matières premières. Beaucoup d’entre elles passent par une crise violente, d’où elles ne peuvent sortir victorieuses qu’en transformant leurs systèmes de fabrication et leurs produits.
- L’existence de cette crise, aggravée par la mauvaise situation générale des affaires industrielles, est une des causes qui ont amené l’abstention de beaucoup d’usines anglaises à l’Exposition de 1867. Le manque d’espace empêchait, du reste, totalement un déploiement tant soit peu instructif des ressources de la sidérurgie britannique. La classe 40 avait à sa disposition un espace moitié moindre dans la section anglaise que dans la nôtre, malgré son importance presque décuple, et elle n’avait pas la ressource de déborder dans la grande galerie des machines déjà encombrée, comme on l’avait fait en France, en Suède, en Prusse. Ainsi on voyait les produits de l’usine de Dowlais avec ses dix-sept hauts-fourneaux et ses cent cinquante fours à puddler occuper un espace de 1 mètre carré sur 2 mètres de hauteur ; l’usine de Barrow, avec onze hauts-fourneaux et douze ou quinze convertisseurs Bessemer, avait pour ses fontes et ses aciers un soubassement de 2 mètres de long sur un mètre de haut ; l’Écosse ne figurait à l’Exposition que grâce à un fragment de gueuset de Carron compris dans l’étalage d’un marchand de métaux.
- En constatant cette pauvreté de l’exposition anglaise et en recueillant des échos plus ou moins vagues de la situation des usines chez nos voisins, beaucoup de per-
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- sonnes, émerveillées d’autre part des progrès de notre sidérurgie française, se sont hâtées d’en conclure que c’en était fait de l’ancienne supériorité de nos voisins, que le tour de la France était arrivé, et que les barrières douanières pouvaient s’abaisser complètement devant les produits anglais. Cette conclusion, flatteuse pour notre orgueil national, a fait le tour d’un certain public, et, arrivant à la connaissance de nos voisins, a suscité une inquiétude qui s’est manifestée en diverses occasions.
- On connaît fort peu en Angleterre ce qui se passe en France. Il est facile de s’en convaincre en lisant, par exemple, les Proceedings de l’Institution des ingénieurs-mécaniciens (1865), où l’on voit des ingénieurs, dont le nom fait autorité chez nos voisins, déclarer qu’en France on aspire les gaz dans les hauts-fourneaux avec des ventilateurs et qu’on les prend très-profondément au-dessous du gueulard; en lisant encore YEngineer, journal très-répandu et très-lu, qui, en pleine Exposition, déclarait que le bassin houiller du Gard a tous ses débouchés vers le Nord et n’a pas de charbons à envoyer dans la Méditerranée ; ainsi il faudra les houilles anglaises pour qu’on puisse tirer tout le parti possible du gisement ferrifère de Mokta-el-Hadid (Algérie). Aussi, les premiers industriels anglais, qui sont venus à Paris, en 1867, et qui ont constaté l’état de la sidérurgie en France, état mis en évidence avec cet art de la mise en scène que nos fabricants de fer, comme les boutiquiers de Paris, possèdent à fond, sont retournés chez eux stupéfaits et ont créé une véritable émotion dans le public britannique. Cette émotion a été telle que, dans la session annuelle de l’Association britannique qui s’est tenue, en 1867, à Dundee, plusieurs maîtres de forges ont cru devoir prendre la parole pour rassurer leurs compatriotes. M. Ferme (des forges de Clarenee, à Leeds) et M. Bell (des hauts-fourneaux de Clarenee, à Newcastle) ont plus ou moins longuement déclaré que leur pays conservait toujours la meme place à la tète de l’industrie du fer. Le discours ou mémoire de M. Bell, que nous avons lu, mérite que nous lui consacrions quelques lignes.
- Nous apprécions peu son premier argument, qui consiste à dire que la Grande-Bretagne, avec k 500 000 tonnes de fer qu’elle produit annuellement, a peu à se préoccuper des 300 000 ou 400 000 tonnes fabriquées dans tous les autres États de l’Europe. M. Bell oublie que la France, à elle seule, produit annuellement 1 200 000 tonnes de fonte.
- Il est plus heureux quand il dit que le pays qui a vu naître les Dud Dudley, les Darby, les Cort, les S. Bogers, les Watt, les Neilson, les Nasmyth, les Armstrong, les Bessemer, les Siemens, peut regarder l’avenir sans crainte. Toutefois, on est obligé de s’étonner et de regretter de voir un homme, qui occupe dans l’industrie des forges une place aussi éminente que M. L. Bell, faire bon marché des travaux des Karsten, des Scheerer, des Tunner, et déclarer que, pour le haut-fourneau, comme pour le four à puddler, le succès dépend de l’ouvrier seul, et que, comme l’ouvrier du continent est tout aussi ignorant en chimie que l’ouvrier anglais, il n’y a pas plus de supériorité d’un côté que de l’autre. Une pareille assertion, émise publiquement devant une assemblée
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- comme celle de l’Association britannique, n’est pas faite pour mériter aux maîtres de forges anglais la réputation d’hommes de progrès. M. Bell avoue ensuite que nos usines françaises ont appris par nécessité à mieux utiliser le combustible que celles d’Angleterre, et il admet qu’elles sont tout aussi expertes en matière de laminage. Il note encore à l’avantage des forges françaises :
- 1° Des redevances moindres sur la houille et le minerai de fer (circonstance insignifiante suivant nous, puisque le prix de revient total doit seul être mis en cause) ;
- 2° Des taxes kilométriques un peu moins fortes sur les chemins de fer (ruais il oublie que ces taxes s’appliquent en France à de très-longues distances, en Angleterre à de très-courtes) ;
- 3° Un coût de la main-d’œuvre notablement moins élevé.
- Mais, à ces avantages, l’Angleterre peut opposer sa richesse houillère incomparablement supérieure au point de vue des quantités, des qualités et des prix de revient, et les facilités particulières qu’elle possède pour les transports par mer, par canaux et par voies ferrées. Aussi ne court-elle aucun risque de perdre sa souveraineté sidérurgique.
- Depuis la réunion de l’Association britannique, et tout récemment, une nouvelle circonstance a réveillé l’émotion parmi le public anglais étranger à l’industrie du fer. Le Times vient de publier (février 1868) quatre lettres sur la sidérurgie (The Iron Trade), signées par un M. Plimsoll. Cet écrivain déclare qu’il vient de parcourir l’Angleterre, la France et la Belgique pour étudier l’économie du combustible dans les usines à fer ; il cite quelques-unes de ses observations et conclut en avertissant ses compatriotes qu’ils ont beaucoup à apprendre de leurs rivaux du continent et que, s’ils ne se décident à leur demander des leçons, ils seront exclus des marchés du monde, si même ils ne le sont déjà. Les lettres de M. Plimsoll révèlent une inexpérience complète de la métallurgie ; il émet les idées les plus bizarres, au sujet des gaz des hauts-fourneaux, par exemple, sans hésiter un moment ; et il généralise, en les appliquant à toutes les usines anglaises, des observations recueillies dans quelques-unes des usines les plus routinières du Yorkshire et du Staffordshire, les deux districts les plus arriérés de la Grande-Bretagne. M. Plimsoll juge ensuite la France d’après une vue lointaine des usines de Marquise; il tombe en admiration devant une ou deux usines belges du bassin de Charleroi, généralise encore pour les usines belges un ou deux chiffres qui lui sont donnés, puis, partant de données mal comprises et les soumettant à des calculs inexacts, il conclut en disant que :
- F.n Belgique, pour fabriquer 100 tonnes de fonte, il faut 146 tonnes de houille;
- Dans le Staffordshire, — 232 —
- Dans le Yorkshire, — 22o —
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- et il pousse un cri d’alarme qui a eu un assez grand retentissement dans la presse anglaise.
- Les impressions de voyage de M. Plimsoll sont certainement enfantines : il ne rapporte rien à ses compatriotes qu’ils ne connaissaient déjà, notamment par l’excellent ouvrage du docteur Percy, et elles ne méritaient point le bruit cpi’on a fait autour d’elles en Angleterre, et la place qu’on leur a donnée dans la presse continentale. Mais elles n’en renferment pas moins quelques bonnes vérités dont nos voisins ne manqueront pas de faire leur profit.
- Ainsi, s’il n’est pas exact que la carbonisation de la bouille se fasse toujours en Belgique et en France avec un rendement de 75 à 76 pour 100 en coke, il est certain que les industriels anglais ont encore beaucoup à apprendre et peuvent réaliser de grands perfectionnements, en employant d’autres fours à coke que leurs anciens fours à boulanger, qui ne donnent que 50 à 60 pour 100 de rendement, et qui ne peuvent carboniser les houilles menues un peu maigres.
- Il n’est pas exact non plus que, dans le Siaffordshire, il faille 252 tonnes et dans le Yorksliire 225 tonnes de bouille pour fabriquer 100 tonnes de fonte; mais il est vrai q ré ces deux régions peuvent faire de grandes économies dans la consommation de combustible, en imitant ce qu’on fait avec succès déjà dans le Cleveland et dans le North-Lanc-asbire, en chauffant davantage le vent, en utilisant les gaz des gueulards, en modifiant les dimensions des hauts-fourneaux.
- M. Plimsoll décrit, sans les avoir compris, les modes de chargement qu’il a vu employer sur le continent; ses remarques sur la confortable cabane installée aux gueulards des fourneaux de Marquise n’ont pas grande portée utile. Mais il aurait pu dire (nie le chargement dos matières n’a pas encore été étudié au point de vue chimique, comme au point de vue mécanique, aussi bien en Angleterre qu’en France, et qu’il y a là aussi des progrès notables à réaliser, au moins dans un très-grand nombre d’usines encore complètement soumises à la routine.
- Mais la possibilité de ces progrès et de ces économies, la facilité même avec laquelle on peut y arriver, démontrent suffisamment que les maîtres de forges anglais ont entre les mains des moyens infaillibles de compenser l’élévation du prix de quelques-unes de leurs matières premières et de réduire leurs prix de revient, de façon à conserver l’avantage qu’ils ont toujours eu sur tous les marchés du monde.
- C’est en vain que l’on prétendrait trouver dans la pénurie de minerais supérieurs mie raison pour la décadence de la sidérurgie anglaise. Pour combattre cette opinion erronée qu’il serait fâcheux de voir s’accréditer, nous rappellerions que F Angleterre ne possède pas seulement ses minerais houiilers, litboïdes et blackbands et ses minerais oolithiques du Cleveland et du Northamptonshire. Il faut mettre en ligne aussi les oxydes magnétiques du Cornvaîl, du Devonslure, du Yorksliire, les fers spathiques du Northumberland, du Somerset, du Cornwall, du Devonsliire, les hématites rouges du
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- Cumberland, du Lancashire, du pays de Galles, les hématites brunes manganésifères de la forêt de Dean, du Cornwall, du Devonshire, les hydrates de Frogball, du Lin-colnshire, etc. Nous ajouterions que bon nombre de ces gisements, de découverte récente, sont encore à peine exploités, que beaucoup restent certainement encore à découvrir. Un seul géologue, M. E. Rogers, pour ne citer que lui, frappé de la situation géologique des fers spathiques du Nassau et des oligistes oolithiques de Namur, a trouvé, par la recherche de localités analogues, des gisements importants des mêmes minerais à Brendon Hills et à Whitchurch. On dit volontiers que les gisements de minerais houillers sont épuisés en Écosse : nous lisons, dans YEngeneering du 21 février 1868, qu’on vient d’y découvrir des gisements d’hématite rouge jusqu’alors inconnus.
- Mais, sans escompter l’avenir, le présent est assez beau. D’après M. Hunt, dans un mémoire tout récent, publié par le Quarterly Journal of science (1), on peut diviser ainsi qu’il suit les 10 000 000 de tonnes de minerais de fer (9 809 988 tonnes en 1866) que produit annuellement la Grande-Bretagne :
- Nature Teneur en fer Proportion dans Proportion du fer
- des minerais exploités. moyenne. la consommation générale. contenu à la production.
- Hématites rouges. . . 65,13 p. 100 15 p. KO 1-0 O O
- Oxydes magnétiques. 56,10 — 2 — 2 1/2 —
- Hématites brunes. . . 41,40 — 13 — 12 1/2 —
- Minerais oolithiques. . 35,60 — 26 — 23 —
- Fers spathiques. . . . 40,95 — 2 — 2 —
- Blackbands Carbonates lithoïdes. . 37,8 — , 30,68 — ! 42 — 36 —
- 100 100
- Sur les 9 809 988 tonnes de minerais de fer extraites en 1866 et qui valent, en moyenne, d’après M. Hunt, conservateur des archives minières et métallurgiques du Royaume-Uni, 7f,94 la tonne sur les lieux d’extraction, il y en a donc un tiers (32 pour 100) de qualité supérieure et qui représente 41 pour 100 de la masse totale de fer contenue dans l’ensemble de l’extraction. Les bons minerais ne sont donc point rares, comme on le dit quelquefois ; et, si nous avions un tableau statistique correspondant pour la France, nous y constaterions probablement que nos usines, sous ce rapport, ne sont pas beaucoup plus favorisées que les usines anglaises.
- Aux 9 809 988 tonnes de minerais extraites en 1866, il faut ajouter 57 538 tonnes importées de l’étranger, ce qui donne un total de 9 867 526 tonnes de minerais transformées, pendant l’année 1866, en 4 591 754 tonnes de fonte. Le rendement moyen
- (1) Voir le cahier de juin 1868, p. 341.
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- a donc été 46 1/2 pour 100 et le prix de revient moyen de la fonte, d’après M. Hunt, a été 61f,50 par 1 000 kilogrammes.
- En France, si nous nous reportons aux chiffres donnés pour l’année 1863 dans les documents officiels, nous trouvons qu’il a fallu 3 292 487 tonnes de minerais pour fabriquer 1 156 875 tonnes de fonte; le rendement moyen des minerais a été 35 pour 100 seulement, et le prix de revient moyen de la tonne de fonte 118f,50 environ. L’importation des minerais de fer étrangers, pratiquée sur une plus large échelle depuis 1863, a pu modifier quelque peu ces chiffres; mais notre industrie sidérurgique est encore loin, malheureusement, de pouvoir luttera armes égales avec sa rivale anglaise.
- La France a fait certainement, depuis quelques années, des progrès considérables dans la fabrication. De plus, Yâge d’acier, qui semble commencer, lui promet de voir diminuer beaucoup rintervalle qui la séparait de l’Angleterre dans Yâge du fer à la houille. Mais il ne faut pas se bercer d’illusions et se figurer que cet intervalle est comblé dès à présent. L’Angleterre a des minerais tout aussi abondants, tout aussi purs que les nôtres; elle a ses magnifiques bassins houillers que les nôtres sont bien loin d’égaler ; de plus, elle possède son inimitable système de voies de communications maritimes, fluviales et ferrées. Si elle est en retard dans quelques détails de fabrication, elle possède tout ce qu’il faut pour rétablir promptement l’équilibre, et elle est déjà à l’œuvre, n’en doutons pas. Pour apprécier la rapidité avec laquelle le progrès marche chez nos voisins lorsqu’ils constatent leur infériorité sur certains points, qu’on se rappelle seulement l’art industriel anglais en 1855 et meme en 1862, et qu’on le compare aux spécimens exposés en 1867.
- Nous terminerons en donnant le tableau de la production de fonte dans la Giande-Bretagne en 1866 :
- Groupes d'usines. Nombre d’usines actives. Nombre de hauts-fourneaux existants. Nombre de fourneaux en feu. Quantités de fonte produites.
- Ecosse 27 165 98 1 008 910 tonnes.
- Nord-Est. . . . 28 155 108 1/2 908 815 —
- Lacs 7 43 31 411098 —
- Centre 40 128 99 1/3 571 330 —
- Staffordshire. . 69 206 140 689 490 —
- Pays de Galles. 44 2G8 142 1 002 079 —
- Totaux. . . . . 215 905 618 4 591 752 tonnes.
- L’Angleterre produit donc environ quatre fois autant de fonte que la France avec un nombre de hauts-fourneaux seulement double.
- (.Moniteur des intérêts matériels.)
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- ENGRAIS.
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- ENGRAIS.
- ÉTUDE SUR L’ENGRAIS ANIMAL AU POINT DE VUE DE LA SALUBRITÉ PUBLIQUE ET DES INTÉRÊTS AGRICOLES, PAR M. LE DOCTEUR BOUCHERIE.
- § I. — Observations préliminaires.
- I. — J’extrais cette étude d’un travail où j’ai réuni sur l’engrais animal des documents, des expériences, des analyses que je publierai plus tard. Aujourd’hui, je désire surtout attirer l’attention sur les propriétés spéciales de l’acide chlorhydrique en solution, employé successivement à la température ordinaire et à celle de l’ébullition. Je désire aussi indiquer les services que les procédés, au moyen desquels je soustrais les débris des animaux à la décomposition putride, pour les transformer en un engrais sans odeur incommode et inaltérable à l’air libre, peuvent rendre à la salubrité publique et aux intérêts agricoles.
- II. — Le nombre des animaux qui meurent ou que l’on abat dans les villes ou dans les campagnes est immense, et leurs débris produisent, en subissant la décomposition putride, des émanations infectes et des miasmes essentiellement nuisibles.
- Ce nombre augmente dans des proportions désastreuses, lorsque des épizooties surviennent ou lorsque des maladies contagieuses obligent, afin de combattre les progrès et l’invasion du mal, à détruire, dans les contrées atteintes, les troupeaux au milieu desquels le fléau se manifeste. Encore arrive-t-il souvent que ces sacrifices n’amènent pas les résultats espérés. L’altération rapide de ces masses de cadavres devient, malgré les précautions qui sont presque toujours recommandées et prises, comme un foyer d’où l’infection renaît, se développe, s’étend et se propage.
- Dans tous les cas, même en temps ordinaire, les pertes sont considérables, et les inconvénients ou les dangers de nature à exciter les préoccupations de l’autorité publique.
- Cependant, et malgré ces dangers, les nécessités de la vie sont si rigoureuses, nos besoins sont si impérieux, les excitations de l’intérêt si ardentes et si vives, que l’homme parvient à surmonter le dégoût que fait naître en lui la prompte altération des animaux morts et s’efforce d’utiliser leurs débris.
- III- — Je dirai ailleurs les ressources que l’industrie et le commerce ont tirées de l’emploi intelligent des graisses et des huiles, de la gélatine, des os travaillés ou calcinés, des tendons, etc...., et je rappellerai, en même temps, les moyens dont l’usage a été conseillé, en vue de faire servir les chairs à la nourriture des animaux ou de les transformer en engrais.
- IV- — La transformation des débris des animaux en engrais est une des conditions
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- nécessaires au maintien de l’équilibre des forces productrices de la terre. Toutefois, cette question me paraît dominée par l’intérêt de la salubrité publique, et par suite je la considère comme éminemment complexe. Les deux aspects du problème sont indivisibles, et pour le résoudre il faut procurer à la salubrité publique les sûretés qu’elle exige, tout en fournissant à l’agriculture un produit utile qui présente, par sa valeur réelle, de sérieux avantages.
- Y. — Ces considérations m’ont déterminé à chercher un ensemble de moyens et de procédés capables, en conservant la richesse des débris organiques, de paralyser leur fermentation, et d’éviter ou d’arrêter le développement des miasmes qui compromettent la salubrité publique.
- J’ai poursuivi ce but avec ardeur, parce qu’il se liait à des intérêts généraux de premier ordre et rattachait l’une à l’autre, la conservation de la fécondité du sol et la salubrité des villes et des campagnes, par l’assainissement des clos d’équarrissage, des abattoirs, des marchés, des pêcheries et des usines, où les débris d’animaux forment des quantités plus ou moins considérables de résidus putrides.
- YI. — Le problème avait été posé dans le remarquable rapport, qui accompagnait les procès-verbaux des enquêtes faites en 1864 et 1865, sur les engrais, et c’est la lecture de ce travail plein d’intérêt qui m’a inspiré la pensée d’essayer de le résoudre.
- Ai-je réussi? Je l’espère, et je viens indiquer sommairement les expériences et les résultats qui me donnent cette confiance.
- Y1I. — Qu’il me soit permis de rappeler d’abord les observations qui ont été soumises, sur ce sujet, à M. le Ministre de l’agriculture, par le savant Président de la Commission d’enquête sur les engrais.
- « Toutes les cités absorbent de plus en plus, dit M. Dumas dans son rapport à M. le Ministre de l’agriculture, et elles restituentde moins en moins (1). » C’est là une cause incessante de pertes pour la richesse publique, ajoute M. le Président de la Commission d’enquête sur les engrais, et parmi les moyens de diminuer ou de prévenir ces pcrteS, il signale la nécessité de rendre à la terre les déjections des hommes et les débris des animaux. Yoici en quels termes il trace à la science son rôle dans cette œuvre d’intérêt général.
- « La science, dit-il (2), a accompli la moitié de sa tâche en montrant, par une ana-« lyse irréprochable, comment la dispersion des produits laissés par les animaux se « lie au maintien permanent de la force génératrice du sol. Il lui reste à exonérer la « dignité humaine de tout rapport direct avec des restes pour lesquels l’homme « éprouve une certaine répugnance qu’il faut respecter.
- (1) Rapport de M. Dumas, p. 27.
- (2) Rapport de M. Dumas, p. 33 et 34.
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- « La perfection de l’état social ne consiste pas à recueillir ces restes et à les utiliser « en surmontant le dégoût qu’ils inspirent, comme on le pratique en Chine.
- « Non ! elle consiste à les dénaturer, à les transformer et à en rendre les dérivés « maniables, en leur conservant toute leur valeur, mais en leur enlevant tout ce qui « provoque un légitime dégoût. Ce qui est réclamé par l’agriculture dans les déjec-« tions des villes se réduit, en définitive, à quelques substances qui n’ont rien de plus « repoussant que la craie ou le plâtre, à quelques sels incolores et inodores, les phos-« phates, les sels de potasse et les sels ammoniacaux; réunir ceux-ci et détruire les « autres ingrédients dangereux ou stériles, ce n’est pas un problème au-dessus des « forces de la science. »
- Et ailleurs :
- « Les débris d’animaux ont été signalés depuis longtemps comme donnant aux « praticiens qui savent les utiliser des moyens de fertilisation d’une grande valeur. Un a des déposants en fait un emploi régulier.
- « A leur égard, il convient de répéter, toutefois, ce qui est dit plus haut des déjec-« tions. Il est plus digne d’une nation avancée de supprimer les émanations nuisibles « des débris d’animaux que d’obliger les habitants à s’y accoutumer. C’est à la science « à fournir le moyen d’approprier aux besoins de l’agriculture tous les restes des « animaux, en préservant les populations des incommodités causées par l’odeur re-« poussante de pareils amas et des dangers qui en peuvent naître, au point de vue des « maladies contagieuses ou infectueuses (1). »
- Ailleurs, enfin :
- « On a vu plus haut que le lavage incessant des terres entraîne dans les mers tous « les produits solubles qui ont fait partie des plantes ou des animaux. Il est « donc naturel de considérer les plantes et les animaux de la mer, comme étant des-« tinés à réparer les pertes du sol des continents.
- « On peut donc prévoir qu’à une époque plus ou moins rapprochée il se formera « de nouveaux établissements, destinés à conserver à l’agriculture tous les débris de « pêcherie ou même à développer la pêche spéciale des poissons pour engrais (2). » VIII. — Cet appel fait aux hommes qui ont consacré leur vie à l’étude des questions scientifiques, les encouragements donnés à leurs efforts m’ont impressionné. J’ai donc repris, avec le concours de mon gendre, M. Groualle, des études commencées, lorsque je m’occupai des conditions de la vie végétative des plantes, en vue du problème de la conservation des bois, et nous avons essayé de découvrir les moyens à l’aide desquels on pourrait éviter à la fois la décomposition putride de toutes les matières animales, et transformer ces matières, les désagréger, les dissoudre par des
- (1) Rapport de M. Dumas, p. 36 et 37.
- (2) Rapport de M. Dumas, p. 37 et 38.
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- procédés capables de les rendre inaltérables à l’air libre, et d’en conserver toutes les richesses organiques ou minérales.
- § II. — Préparation et composition de l’engrais animal phosphato-chloruré.
- IX. — Quelles étaient les conditions de la solution du problème? Je dois dire d’abord comment nous les avons comprises.
- Il fallait :
- 1° Prévenir ou arrêter la décomposition putride ;
- 2° Transformer les substances animales (chair et os) en une matière nouvelle qui contiendrait tous leurs éléments parfaitement mélangés ;
- 3° Conserver cette nouvelle matière à l’abri de toute altération ;
- k° Fournir aux plantes les substances animales ainsi modifiées, sous une forme facile à employer et qui pût devenir dans le sol aisément assimilable;
- 5° Utiliser non-seulement les animaux qui périssent ou sont abattus dans les villes, mais aussi les matières animales qui ne peuvent pas servir à l’alimentation, et les animaux qui meurent ou que l’on peut détruire dans les campagnes ;
- 6° Enfin obtenir ces résultats multiples par des procédés d’une grande simplicité et peu coûteux.
- Cette manière d’envisager la question dans ses éléments complexes nous a conduits au but que nous voulions atteindre.
- X. — Les causes et les effets de la décomposition putride ont été minutieusement décrits dans ces dernières années. Elle a pour conditions extérieures la chaleur, l’air, l’humidité et les ferments.
- Dès que la vie a cessé, les matières organiques tendent à revenir à des combinaisons plus simples, et la putréfaction qu’elles subissent engendre des composés nouveaux, d’où proviennent tous leurs inconvénients.
- Ainsi l’oxygène produit une combustion lente des matières organiques en se combinant avec elles, et ces matières passent par une série de modifications qui les résolvent, en définitive, en eau, en acide carbonique, en carbonate d’ammoniaque et en hydrogène.
- Mais les matières animales étant aussi des corps sulfurés et phosphorés, il se dégage, dans la décomposition putride, notamment de l’hydrogène sulfuré, du sulfhy-drate d’ammoniaque et de l’hydrogène phosphore ; ce sont surtout ces gaz qui donnent avec l’ammoniaque une odeur repoussante, infecte.
- En même temps la fermentation développe, au sein de la matière animale, des êtres nouveaux qui s’en nourrissent et concourent à sa destruction.
- XI. — J’ai du essayer d’abord d’empêcher l’action des ferments et de l’oxygène, en
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- modifiant les conditions que je viens de rappeler, et ensuite chercher les moyens de produire des combinaisons différentes, permettant à l’homme de rendre, directement et sans répugnance, à la terre et aux plantes les matières organiques animales, qui servent habituellement de nourriture à des insectes dont l’unique pensée éveille notre juste dégoût.
- Prévenir ou tout au moins retarder la putréfaction n’était pas une difficulté. On sait que l’alcool, les acides, la créosote, les solutions chlorurées, etc., conservent, pendant un temps plus ou moins long, les matières animales.
- Mais comment, sans nuire à leur richesse, dissocier, désagréger, transformer ces matières, autrement qu’elles ne sont décomposées-, désagrégées à l’air libre?
- Gomment aussi désagréger, décomposer, dissoudre, en même temps que les chairs, les parties osseuses, sur lesquelles l’action de l’oxygène est, pour ainsi dire, impuissante?
- Comment, enfin, obtenir des combinaisons nouvelles et inaltérables à l’air, mais qui, fournies à la terre, devinssent favorables à la végétation?
- XII. — Il serait inutile de dire les vaines tentatives que nous avons faites pour arriver à ces résultats ; mais je crois bon d’indiquer les réflexions qui nous ont amenés à choisir une voie meilleure que celle que nous avions d’abord suivie.
- Nos premiers essais avaient reposé sur des combinaisons plus ou moins heureuses, empruntées à des principes théoriques ou à des analogies expérimentales ; tous avaient échoué, et j’éprouvais une profonde contrariété de nos insuccès; pourtant je ne me décourageais pas, et, pour raffermir notre persévérance, je racontais à mon gendre et à mon fils combien de longs et nombreux efforts il m’avait fallu renouveler, à une autre époque, pour résoudre le problème de la conservation des bois. Je leur disais comment j’étais parvenu à substituer une liqueur antiseptique, le sulfate de cuivre, à la sève vasculaire, en confiant, pour ainsi dire, à la nature elle-même le soin d’opérer, avec les fibres du bois que je voulais rendre inaltérables, les combinaisons et l’assimilation nécessaires à la durée de leur conservation.
- Ces causeries imprimèrent à nos recherches une direction nouvelle.
- C’était la nature que j’avais étudiée et interrogée autrefois, c’était elle qu’il fallait observer et interroger encore : elle renferme tous les secrets et réalise toutes les merveilles.
- Ce que nous cherchions à faire ne s’accomplissait-il pas sous nos yeux?
- De cette simple question le trait de lumière devait jaillir.
- XIII. — L’homme ingère des matières animales qui sont désagrégées ou dissoutes dans son estomac sous l’influence de certains sucs, de certains acides et de la chaleur; et ces matières conservent leur richesse nutritive, car, lorsqu’elles ont formé le bol alimentaire, elles fournissent aux canaux chylifères les substances qui soutiennent et régénèrent l’organisme.
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- D’un autre côté, un grand nombre de carnivores s'alimentent des matières animales sous toutes leurs formes, chairs vives, issues, os, arêtes.
- Évidemment il fallait essayer de produire artificiellement, au moyen de certains corps et de la chaleur, une désagrégation et une dissolution des matières animales.
- Notre attention se porta immédiatement sur l’acide chlorhydrique, mais j’ajouterai, en passant, que, pour compléter et mieux fixer nos essais par des expériences comparatives, nous les avons reproduits avec d’autres acides et avec des alcalis.
- L’acide chlorhydrique nous a paru donner les meilleurs résultats.
- XIY. — On a attribué aux solutions très-faibles d’acide chlorhydrique, élevé à la température où se trouve le suc gastrique dans l’estomac, la faculté de dissoudre des proportions variables de fibrine et d’albumine ; et l’on sait, d’autre part, que ces solutions décomposent, lorsqu’elles sont froides, les os et les arêtes.
- J’ai pensé qu’en me servant de solutions plus concentrées et en élevant davantage la température, en la portant même jusqu’à l’ébullition, je devrais obtenir une dissolution ou une désagrégation complète.
- Mes prévisions se sont entièrement réalisées.
- XY. — Une ébullition soutenue, durant seulement quelques heures, suffît pour réduire une masse importante de débris d’animaux à l’état d’une sorte de bouillie noirâtre, ayant une faible odeur acide, et plus ou moins liquide ou plus ou moins épaisse, selon que les solutions sont plus ou moins étendues et selon que l’ébullition a été plus ou moins prolongée.
- Ici j’ai à présenter une observation qui peut être intéressante; je l’indique en quelques lignes.
- J’ai rappelé plus haut que le calcaire des os se décompose dans les solutions froides d’acide chlorhydrique ; en opérant à chaud, je m’attendais à une dissolution plus rapide et plus complète. A mon grand étonnement, la dissolution du calcaire a été seulement partielle, et la plus forte proportion n’a été que désagrégée.
- Je n’insiste pas autrement aujourd’hui sur ce sujet, qui est digne d’attention.
- XYI. — Quelles sont les propriétés de ces matières ainsi désagrégées, ainsi dissoutes? Elles sont acides et renferment de l’acide chlorhydrique, de l’acide phospho-rique, du chlorhydrate ou du phosphate d’ammoniaque, du chlorure de calcium, etc.; elles n’exhalent aucune odeur désagréable ou nuisible et demeurent inaltérables à l’air libre, offrant, sous ce dernier rapport, une différence capitale avec les matières transformées dans l’estomac des animaux.
- Quelle en est la richesse, et renferment-elles, à l’état de substance azotée ou d’ammoniaque, tout l’azote que contiennent les matières organiques elles-mêmes?
- Les matières seulement désagrégées ont conservé leur carbone, leur oxygène, leur hydrogène et leur azote; et dans les matières dissoutes on trouve divers produits, et
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- spécialement du chlorhydrate et du phosphate d’ammoniaque, sels fixes qui sont formés par l’action de l’ammoniaque naissant sur l’acide chlorhydrique et l’acide phos-phorique.
- XVII. — Par la constatation de ces résultats, le problème était scientifiquement résolu; il nous restait à le résoudre au point de vue pratique, à en faire l’application, et à reconnaître quelle influence exercerait sur la végétation l’engrais nouveau, qui se trouvait désormais constitué.
- Je ne donnerai pas ici la description des moyens matériels à l’aide desquels on obtient la désagrégation ou la dissolution de quantités plus ou moins considérables de matière animale; ces moyens sont extrêmement simples : quelques récipients en bois doublé de plomb, un générateur de vapeur, quelques claies d’osier, une pompe, un mélangeur composent l’outillage nécessaire.
- Des précautions particulières doivent être prises, si l’on veut faire la cuisson sans avoir recours à la vapeur; mais nous indiquerons ailleurs ces précautions, qui ont surtout pour objet de prévenir des adhérences.
- XVIII. — Pour apprécier la teneur en azote des quantités de matières animales qui seront transformées en engrais, il faut évaluer approximativement le poids des chairs, celui des os et aussi celui du sang.
- Les chairs renferment à l’état normal. 3,25 d’azote.
- Les os frais............................ 6,22 —
- Et le sang.....................2,71 à 2,95 —
- Quant à l’évaluation, aussi approximative, du phosphate de chaux, et par suite de l’acide phosphorique, il faut se rappeler que 100 kilogrammes de phosphate de chaux tribasique, c’est-à-dire formé de trois équivalents de chaux en combinaison avec un équivalent d’acide phosphorique, contiennent 6k\100 de phosphate soluble monobasique, et, par conséquent, 46\100 d’acide phosphorique, dont une portion est rendue libre, lorsque le phosphate tribasique a été décomposé par l’acide chlorhydrique.
- D’après M. Barrai, le poids des os est habituellement :
- Chez le cheval, de
- Chez le bœuf. . .
- Chez le mouton..
- Chez le porc. . .
- M. Payen enseigne que les os frais renferment, en moyenne, pour 100 kilogrammes :
- 12,5 du poids vivant.
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- 11,7 —
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- Eau...................... 8
- Vaisseaux, albumine. ... 1
- Tissus fibreux........... 32
- Graisse.................. 9
- Phosphate de chaux........ 38
- Phosphate de magnésie.. . 2
- Carbonate de chaux........ 8
- Sels..................... 2
- Total........... 100
- Enfin M. Heuzé admet qu’un cheval hors de service pèse environ 300 kilogrammes, représentés par :
- Chair. . . .
- Issues.. . . 40 —
- Os 45 —
- Sang. . . . 16 —
- Peau. . . . 30 —
- Graisse. . . 4 —
- Tendons. . ... 2 —
- Sabots. . . ... 2 —
- Total. . ... 299
- XIX. — L’acide chlorhydrique, dont la source principale d’extraction est le chlorure de sodium, est abondant dans le commerce, bien qu’on le laisse perdre au grand détriment de la végétation, dans la plupart des fabriques de soude. Lui créer un usage utile, surtout dans les départements méridionaux, où les engrais sont rares, alors que des masses considérables de chrysalides y pourrissent d’une façon nuisible, pourra donc devenir, sous un double rapport, un véritable bienfait.
- Au surplus, à Paris, dans le nord, dans l’est et dans l’ouest de la France, l’acide chlorhydrique à 21 degrés, contenant environ 33 pour 100 d’acide réel, coûte à peine, rendu en gare, 60 francs les 1 000 kilogrammes.
- XX. — Il suffit, en général, d’employer un poids d’acide égal au sixième ou an cinquième du poids des débris d’animaux que l’on veut désagréger ou dissoudre.
- Cette indication est toutefois seulement approximative, car il est toujours difficile de déterminer, avec une parfaite exactitude, le poids réel des matières jetées dans les cuves.
- Les règles tracées par la science auraient pu conduire à des proportions fixes et invariables, mais si l’on veut bien remarquer que les divers animaux ne renferment pas des quantités identiques d’azote et de phosphate, et qu’en outre la proportion des simples désagrégations ou des dissolutions n’est jamais absolument pareille dans
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- des opérations différentes, on comprendra qu’il valait mieux s’attacher aux enseignements plus économiques fournis par l’expérience.
- XXI. — Les solutions acides étant ainsi composées, quels en seront les effets et la puissance?
- L’immersion dans les solutions acides froides empêche la décomposition putride.
- Elle arrête la décomposition déjà commencée et concourt à la désinfection, que l’on complète, au besoin, par de faibles additions de chlorure de chaux ou de sulfate de fer.
- Cette immersion peut être directe ou suivre une cuisson préalable, destinée à procurer, d’abord et surtout, l’extraction d’une portion des graisses, que l’on serait obligé de saturer après les cuissons acides.
- Les parties osseuses, en contact avec les solutions froides, sont attaquées et dissoutes par l’acide chlorhydrique, qui se combine avec la chaux du carbonate calcaire et s’empare également d’une portion de la chaux des phosphates, que cette réduction de leur hase rend solubles.
- XXII. — Au moment où l’on va faire chauffer la liqueur acide dans laquelle se trouvent-immergées les matières animales, on constate qu’elle contient : 1° de l’acide chlorhydrique libre; 2° du phosphate de chaux soluble, et par suite de l’acide phos-phorique libre; 3° du chlorure de calcium, provenant de l’action de l’acide chlorhydrique, à la température ordinaire, sur le carbonate et le phosphate calcaire des os.
- Sous l’influence de la chaleur, la désagrégation ou la dissolution des os, même les plus compactes, s’effectue promptement; la gélatine se dissout et perd ses propriétés collantes; la graisse est isolée, fondue, et les chairs elles-mêmes se dissolvent on se désagrègent.
- Une odeur sui generis, et qui semble dépendre beaucoup de l’état particulier des chairs qui ont été immergées, ou des graisses qui y sont interposées, se dégage pendant la cuisson, mais disparaît après le refroidissement.
- XXIII. — Lorsque la cuisson est terminée, la dissolution est fortement acide et renferme, avec une quantité variable d’acide chlorhydrique encore libre,
- 1° Des matières animales désagrégées;
- 2° Du chlorhydrate et du phosphate d’ammoniaque ;
- 3° Du phosphate de chaux soluble, dont une portion de l’acide phosphorique est disponible pour entrer dans d’autres combinaisons ;
- 4° Du chlorure de calcium ;
- 5° Des sels divers en petite proportion, et dont il n’est pas utile ici d’indiquer la nature.
- Les proportions respectives de ces différentes matières sont variables, mais, en définitive, elles correspondent, dans leur ensemble, à la richesse véritable des débris d’animaux qui ont été désagrégés ou dissous.
- Tome XV. — 67e année. 2e série. — Octobre 1868.
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- KKGRA1S.
- Afin que l’acide chlorhydrique soit complètement saturé, j’ajoute à la liqueur encore chaude une certaine quantité de phosphate tribasique de chaux en poudre, provenant d’os ou de phosphates fossiles, et j’acquiers ainsi la certitude que l’acidité qui subsiste ne peut avoir d’autre cause que la présence de l’acide phosphorique.
- XXIY. — Si la dissolution est très-étendue d’eau, la graisse des chairs et des os vient nager à sa surface quand elle est refroidie, et il est aisé de l’en séparer.
- Dans le cas contraire, elle y forme une couche qui se couvre, au bout de quelques jours, d’une sorte de moisissure au-dessous de laquelle la liqueur et les matières qui se sont déposées conservent leur inaltérabilité.
- XXY. — Les indications qui précèdent permettent de pressentir quelle sera la puissance de l’engrais animal et minéral qui se trouve déjà constitué.
- Cependant il n’a pas tous les caractères d’un engrais complet, car il ne renferme pas des proportions suffisantes d’acide sulfurique, de soude, et surtout de potasse.
- Une faible addition d’acide sulfurique est facile; elle a pour effet de décomposer le chlorure de calcium, et aide à l’empâtement de nos engrais.
- Les additions de potasse sont plus embarrassantes à cause de l’élévation du prix de cet alcali.
- Dans le cas où je juge sa présence nécessaire, je l’emploie, quant à présent, sous la forme d’azotate de potasse, soit en dissolution dans l’engrais à l’état liquide, soit en mélange avec l’engrais à l’état pulvérulent.
- J’évite de cette manière la formation d’un chlorure de potassium, dont l’influence sur la végétation n’a pas encore été suffisamment étudiée, et j’augmente les proportions d’azote, en même temps que j’obtiens un engrais complet (1).
- Le nitrate de soude, étant moins cher que le nitrate de potasse, peut être concurremment employé avec ce dernier sel, que souvent il remplace, au moins dans une certaine mesure.
- XXVI. — La séparation de l’engrais liquide et de l’engrais solide s’opère avec une extrême facilité : un panier d’osier, un siphon sont les seuls instruments nécessaires.
- Les matières solides sont égouttées, puis séchées à l’air et mélangées avec d’autres matières destinées à les rendre pulvérulentes, et autant que possible à en accroître, sans en augmenter trop le volume, la richesse en azote, en phosphate, en potasse et en chaux.
- Essayons maintenant de déterminer les applications et d’apprécier l’efficacité de nos engrais ainsi préparés.
- (1) Les lies de vin et les marcs de raisin peuvent fournir des quantités importantes de potasse que nous nous proposons d’utiliser.
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- § III. — Applications et résultats. Influence cle l'engrais animal phosphato-chloruré sur les prés et les plantes fourragères. — Emploi du même engrais comme
- engrais auxiliaire pour les céréales, les racines et les plantes industrielles.
- XXVII. — Lorsque nous avons recherché quels résultats utiles procurerait l’usage de notre nouvel engrais animal, et quels seraient ses modes d’emploi les plus avantageux, différentes questions ont éveillé nos préoccupations.
- L’engrais animal phosphato-chloruré serait-il propre à être employé seul?
- Devrait-il être mélangé avec du fumier ou avec des purins?
- Ne conviendrait-il pas de l’utiliser en l’appliquant directement sur des terres déjà fumées, et sous la forme d’un engrais auxiliaire?
- Il était impossible de donner à ces questions diverses une réponse unique, générale, absolue.
- Toutefois nous avons accepté un principe qui nous paraît essentiel en ces matières.
- Lorsqu’il s’agit de la richesse territoriale agricole, il importe de ne pas établir de confusion entre ce que l’on peut appeler :
- 1° Le capital immobilier constitué par la terre elle-même;
- 2° Le capital plus spécialement producteur, immobilier aussi, mais que le jeu des cultures et des récoltes met en mouvement et qui doit retourner à la terre, afin que le sol conserve ses forces génératrices et offre à des plantes nouvelles la même abondance de nourriture;
- Et 3° les revenus périodiques, qui, seuls, en définitive, sont susceptibles d’être aliénés sans périls.
- Or le capital immobilier que les cultures et les récoltes mettent en mouvement étant nécessairement représenté, surtout lorsque les terres sont affermées, par les engrais qui sont produits dans les domaines et proviennent des récoltes elles-mêmes, nous n’avons pas hésité à considérer l’engrais animal phosphato-chloruré comme un simple engrais auxiliaire.
- Employé seul, il ne doit aider qu’à la production des plantes fourragères, qui, consommées sur le domaine où elles ont été produites, y laissent, sous la forme de fumier, une portion de leur richesse.
- Dans tous les autres cas, il faut s’en servir accessoirement, soit qu’on l’emploie en mélange avec les fumiers ou avec les purins, dont il aide à conserver l’ammoniaque, soit qu’on le répande sur les terres, mélangé avec des menues pailles ou d’autres matières absorbantes, soit enfin qu’on l’utilise àTétatad’engrais pulvérulent.
- C’est en obéissant à ces règles que, l’année dernière, nous avons commencé nos premières expériences, que je vais sommairement décrire.
- XXYIII. — Les applications principales de l’engrais phosphato-chloruré ont été faites, en 1867, à la ferme de la Chapelle, qui appartient à M. Groualle, et est située à
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- une petite distance de Château-Thierry, sur les plateaux qui dominent, au midi, le cours de la Marne.
- On a employé l’engrais solide à l’état pur; on l’a aussi employé en mélange avec des sels de chaux destinés à le rendre pulvérulent et à modifier sa composition (1).
- Les matières animales séchées à l’air étaient riches en phosphate soluble et en phosphate insoluble; elles contenaient 10,64 d’azote pour 100 de matières sèches.
- On a employé l’engrais liquide, en l’additionnant de trois à quatre fois son poids d’eau pour le répandre avec un tonneau d’arrosage. On l’a employé également avec des débris et des poussières de menues pailles qui en avaient été fortement imprégnées.
- Partout, sur les prés naturels, la luzerne, la lupuline, le sainfoin, les ray-grass, les trèfles, les avoines, les dravières de pois, féveroles, vesces, lentilles et seigle, les résultats ont dépassé notre attente.
- Les engrais pulvérulents et les engrais liquides ont porté la première coupe de foin fané au-dessus de 5000 kilogrammes par hectare; mais le mélange de l’engrais liquide avec des menues pailles, qui formait un engrais à la fois animal, minéral et végétal, a semblé produire des effets plus puissants, car il a élevé la première coupe à 6 300 kilogrammes.
- Sur une portion voisine du même pré, qui n’avait reçu aucune fumure, la récolte a été insignifiante.
- Une autre partie, sur laquelle on avait répandu des radicelles d’orge (touraillons), a donné 3 500 kilogrammes de foin sec.
- Une quatrième portion du même pré, qui avait été irriguée pendant l’hiver et au printemps, a fourni environ 4000 kilogrammes, et c’est une récolte, seulement un peu plus considérable, que l’on a obtenue sur une cinquième partie, qui avait reçu une fumure de marne et de fumier bien décomposé.
- Le mélange d’engrais liquide et de menues pailles n’a pas été essayé sur les prairies artificielles. On a craint d’amener la germination et la croissance de plantes étrangères à la luzerne, au sainfoin, au trèfle, etc.
- Des expériences nouvelles seront faites dans le cours de la saison prochaine, et
- (1) Les mélanges de poudre de pierre calcaire sont moins coûteux que ceux de phosphate de chaux, mais ils présentent moins d’avantages et ne conviennent, d’ailleurs, que dans les cas où l’emploi de l’engrais doit être presque immédiat.
- Notre engrais, en effet, est très-hygrométrique, et s’il devient, après le mélange avec la poudre de pierre calcaire, légèrement humide, il se produit un phénomène qu’il est utile de noter : il y a double décomposition du chlorhydrate d’ammoniaque et du carbonate de chaux et formation et perte de carbonate d’ammoniaque.
- Dans notre engrais liquide, au contraire, le carbonate de chaux et le chlorhydrate d’ammoniaque sont sans action l’un sur l’autre, et il y aurait double décomposition entre le carbonate d’ammoniaque et le chlorure de calcium.
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- nous nous proposons d’étendre alors l’emploi, déjà heureusement essayé, de sciures de bois anciennes, ou môme de sciures nouvelles, dont la transformation en humus est rendue plus facile, au moyen d’arrosages avec des solutions alcalines de soude brute par exemple, ou avec des purins (1).
- L’action de l’engrais animal phosphato-chloruré a subsisté après la coupe et s’est fait énergiquement sentir sur les regains.
- XXIX. —Quelle en sera la durée? Nos essais sont trop récents pour que nous puissions répondre. D’ailleurs, une appréciation utile exige que l’on établisse des comparaisons entre les quantités employées, les dépenses et les récoltes obtenues, car ce qui importe par-dessus tout, c’est de reconnaître si, entre les unes et les autres, l’équilibre est conservé.
- XXX. — Nous avons expérimenté l’effet soit de nos engrais pulvérulents, soit de nos engrais liquides sur les betteraves et sur les colzas.
- Mais, dans ces derniers cas, l’engrais a été employé seulement comme engrais auxiliaire; les terres avaient reçu leur fumure ordinaire de fumier de ferme.
- La réussite a été complète.
- C’est aussi sous la forme d’un simple engrais auxiliaire ou complémentaire des fumiers que nous avons fait essayer quelle peut être l’influence de l’engrais animal phosphato-chloruré sur les froments.
- Les pluies et les gelées d’hiver avaient été nuisibles à quelques ares de blé semé tard, et dans un sol qui n’avait pas été suffisamment préparé. Au printemps, la terre a été hersée et roulée pour la semailles des trèfles, et l’engrais pulvérulent, répandu à la même époque, a rendu au blé une vigueur qui s’est soutenue jusqu’à la récolte.
- § IV. — Résumé.
- XXXI. — En résumé, par l’acide chlorhydrique à froid et à chaud, on peut :
- 1° Prévenir la putréfaction de toutes les matières animales;
- 2° Désagréger ou dissoudre les chairs, les os et les arêtes;
- 3° Conserver à l’air libre les produits de leur désagrégation ou de leur dissolution, sans avoir à craindre les émanations infectes et malsaines d’une décomposition putride ;
- k° Enfin rendre directement toutes ces matières à la terre, après en avoir formé des mélanges qui favorisent la germination des graines et le développement des plantes par leur azote, leur carbone, leurs phosphates, leur acide phosphorique libre, leur chaux, et, au besoin, leur acide sulfurique, leur soude et leur potasse.
- Mais nous n’avons pas cru qu’il fût seulement utile de porter notre attention sur les
- (1) La sciure de bois contient, d’après M. Boussingault, en azote : sciure de chêne 0,54 p. 100, et sciure de sapin 0,23 aussi pour 100.
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- quantités considérables de matières animales, qui se trouvent accumulées, sous tant de formes diverses, soit dans nos grands centres de population, soit sur certains points du littoral, dans les pêcheries, soit aussi dans les clos d’équarrissage ou les cocon-nières; nous nous sommes préoccupés, en outre, du nombre des animaux de toute espèce qui, répandus dans les campagnes, y meurent, y sont abattus, ou, étant nuisibles, doivent y être détruits, et nous avons acquis la conviction que, en moyenne et sur une surface de 3 lieues, les pertes représentent souvent ensemble l’équivalent de plus de cent têtes de gros bétail (1).
- Il est bien désirable que l’on puisse éviter ces pertes, et, si nous pouvions concourir à faire atteindre ce résultat par les autorisations gratuites et les renseignements qui nous seraient demandés par les cultivateurs, nous serions heureux d’avoir fourni h l’agriculture un moyen d’augmenter ses produits de consommation, de rétablir ou d’accroître son capital producteur, et de combattre ainsi une des causes principales de ses souffrances. [Annales de chimie et de physique.)
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Sur la présence de la gomme dans le vin, par M. L. Pasteur. —
- M. Pasteur a reconnu la présence, dans tous les vins, d’une proportion variable, mais toujours très-sensible, d’une substance combinée à du phosphate de chaux, et ayant toutes les propriétés générales des gommes, notamment celle de fournir, par l’action de l’acide nitrique, une assez grande quantité d’acide mucique, identique avec l’acide mucique dérivé de la gomme arabique et du sucre de lait.
- Pour isoler la gomme du vin, réduisez ce vin au quinzième environ de son volume, laissez cristalliser le tartrate acide de potasse pendant vingt-quatre heures, et ajoutez à l’eau mère, plus ou moins visqueuse selon la proportion plus ou moins forte de la gomme, trois ou quatre fois son volume d’alcool à 90 degrés. Le précipité s’offre sous deux états : tantôt il se rassemble et s’agrège promptement, en diminuant beaucoup de volume ; on peut renverser le vase sans qu’il se détache des parois. Tantôt il reste sous forme de précipité floconneux. C’est que, dans ce dernier cas, la gomme est associée à des sels de chaux, principalement à du tartrate neutre. Le précipité, lavé à l’alcool par décantation, est purifié par dissolution dans l’eau ; puis filtration et précipitation nouvelle par l’alcool. On a souvent beaucoup de peine à le débarrasser des sels de chaux auxquels il est associé.
- (1) La mortalité par abatage, accidents ou maladies est, en moyenne, sur les bestiaux, et spécialement sur les animaux de travail, de 4 à 6 pour 100 de leur nombre total.
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- L’oxydation de la gomme du vin par l’acide nitrique fournit, du jour au lendemain, une cristallisation assez abondante d’acide mucique, recouvrant toutes les parois du vase qui a servi à l’opération. La plus petite quantité de gomme du vin permet de constater ce caractère. (Études sur le vin, par M. L. Pasteur.)
- ï*rodwcti©M et eonsoimnntion des agglomérés en Europe. — L’importance que présente l’utilisation des menus et des poussiers provenant de l’exploitation des mines et de l’industrie en général n’a plus besoin, aujourd’hui, d’être démontrée; d’ailleurs, elle ressort de la comparaison entre la valeur commerciale de l’unité calorifique renfermée dans les menus et celle des combustibles de toute nature consommés par l’industrie et les usages domestiques.
- Le tableau suivant, établi presque en totalité par ]\I. Pernolet, directeur de la compagnie du charbon de Paris, en prenant pour base la valeur industrielle des principaux combustibles dans les usines à gaz de Paris, déduction faite des octrois, montre entre quelles vastes limites le prix de cette unité calorifique peut varier, dans une même localité, avec la nature, la pureté, et surtout l’état de division des combustibles employés.
- A B C D E F
- COMBUSTIBLES. QUANTITÉS de cendres contenues dans 1000 kilog. PRIX courant absolu de 1000 kilog. secs. PRIX courant de 1000 kilog. utiles, c’est-à-dire supposés exem pts de cendres. POUVOIR calorifique admis eu égard à la composition. PRIX de l’unité calorifique (d’une calorie) E =5- PRIX de l’unité calorifique rapportée à celle du poussier de coke, prise égale à X00.
- Poussier do coke des usines à gaz kilog. fr. c. fr. c. calories. fr. c.
- (supposé vendu dans ces dernières au prix moyen de 5f,25
- les 15hectol. pesant 750 kilog.). 300 7,00 10,00 5 550 0,127 100
- Einos de houille de Charleroi, mi-
- grasse ou quart-grasse 150 18,50 21,75 6 900 0,268 210
- Fines de houille grasse 175 21,50 26,05 6 750 0,318 250
- Houille grasse tout venant. . . . 125 23,00 26,30 7 125 0,322 250
- Gaillette ou gailleterie grasse ou 32,00 7 500 0,426
- mi-grasse 75 34,00 335
- Coke de gaz supposé vendu 1 fr. 165 26,30 31 51 6 700 0,392 310
- et H,20 l’hectolitre de gros dans 31,60 37,85 6 700 0,472 370
- les usines
- Coke de fours 65 38,00 40,85 7 500 0,507 400
- Goudron ou brai liquide 35,00 36,00 8 000 0,437 345
- » 50)00 50,00 8 000 0,625 492
- Gaz ( comPté à 0f, 10 le mètre
- » 190,00 )> 11 500 1,670 1 320
- dreqCjH id.à0,20 )) 380,00 » 11 500 3,340 2 630
- ra6e ( id. à 0,30 » 570,00 » 11 500 5,000 3 950
- Bois ordinaire à25p. 100 d’eau. . 20 32,00 32,65 3 000 1,007 840
- Agglomérés (briquettes ou rondins 28 à 31 7 500 0,347 à 0,387 272 à 304
- à 26 fr. la tonne) 65 à lüü 26 à 29
- Charbon de bois (tout venantà 5f,75 le sac de 57%50, dont 10 p. 100
- d’eau hygrométrique) 85 107,50 118,15 6 700 1,605 1 265
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- On voit que la dépense nécessaire pour produire une même quantité de chaleur varie dans le rapport des nombres 1,2, 6, 4, 8, 12, et même 39, suivant que l’on emploie, pour produire cette chaleur, le poussier de coke, le menu de houille, les agglomérés, le coke des fours à gaz, le bois, le charbon de bois ou enfin le gaz lui-même. Cette inégalité tient surtout à ce fait que la difficulté de la combustion croît avec la ténuité du combustible, ce qui conduit naturellement au désir de faire disparaître cette ténuité par l’agglomération des menus et des poussiers de toute nature à l’aide d’un ciment.
- A défaut de documents précis sur la production totale des agglomérés en Europe, voici quelques renseignements qui permettent d’estimer, au moins approximativement, son importance.
- Les principaux centres producteurs sont, en France, la Société des houillères de Saint-Étienne, la Société de la Chazotte, celles de la Grand’Combe (160 000 tonnes), de Portes et Sénéchas (3 300 tonnes), d’Anzin et de Blanzy, enfin, la Compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée qui vient de construire deux usines, l’une à Nîmes, l’autre à Givors, avec deux machines du type Évrard (1) dans chacune d’elle .
- La production annuelle des agglomérés de ces différentes fabriques dépasse 600 000 tonnes ; elle s’élève à 400 000 pour la Belgique où le plus grand producteur est M. F. Dehaynin, dont les usines de Gosselies et de Marcinelles, près Charleroi, ne livrent pas moins de 175 000 tonnes. Elle atteint des proportions moins élevées en Prusse, en Autriche et en Espagne, où elle est à peu près entièrement concentrée, à Mülheim-sur-Bhur, à Kladno (Compagnie Impériale-Royale des chemins de fer autrichiens) et à Barcelone (Compagnie El Yeterano). Quant à la production anglaise, elle ne dépasse pas 150 000 tonnes, dont une forte proportion est exportée sur le continent.
- En France la plus grande partie des combustibles artificiels est absorbée par la marine et les chemins de fer. La Marine impériale en fait moins usage encore que les Messageries impériales, qui emploient de préférence les briquettes et les rondins de la Grand’Combe.
- Quant aux chemins de fer, leur consommation n’a cessé de progresser; de 215 854 tonnes qu’elle a été en 1861, elle s’est élevée, en 1867, à plus de 350 000, et sur ce chiffre la seu e ligne de Paris-Lyon-Méditerranée est inscrite pour plus des deux tiers, car elle ne consomme pas moins de 800 tonnes de rondins Évrard par jour, sans compter les briquettes qu’elle demande à la Grand’Combe et à Saint-Étienne.
- On sait que les types de machines à faire les agglomérés sont nombreux; tout en rappelant qu’ils ont été passés en revue dans un mémoire de M. Gruner inséré au
- (1) Voir la description de cette machine au tome VI, 2e série, du Bulletin, p. 410.
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- m
- Bulletin (2e série, t. XII, 1865, p. 599), nous croyons qu’il n’est pas inutile de donner ici un tableau qui résume les données fondamentales des principaux systèmes.
- PRODUC- POIDS FORCE DÉPENSÉE
- TYPE ET NOM NATURE de la chevaux PRINCIPAUX CENTRES
- TION
- de la du en briquette force force où elle
- tonnes en totale par tonne
- MACHINE. ciment. par de la et est appliquée.
- heure. kilog. machine. par heure.
- r Popeliu-Ducarre. . Goudron. . » 0,100 15 à 25 » Charbons de Paris.
- Com- i Mazeline Brai sec. . 13 à 14 9 à 10 70 à 80 5 à 6 Grand’Combe, Bes-
- pres- seurs Mazeline (type plus séges, Béthune, Gharleroi.
- à moule petit) Brai sec. . 8 5 50 6 ))
- fermé. Revollier Brai sec. . 10 10 au plus 60 6 Blanzy, Anzin, Por-
- tes et Sénéchas.
- Marsais Brai sec. . 2,5 4,65 12 à 15 5 Givors (usine Mar-
- sais).
- Com- Evrard Brai gras La Ghazotte, Saint-
- près- ou goudron 5 à 6 8 à 10 45 à 50 6 à 7 Étienne, Grand’-
- seurs Evrard (type adopté et brai. . Combe, Béthune,
- à Nîmes, Givors.
- moule par M. Dehaynin). Brai gras. . 10 8 à 10 70 à 80 7 à 8 Dehavnin-Desse et
- ouvert. F. Dehaynin, à
- Brai gras, Gharleroi (1). . .
- Com- pres- David (Mazeline). . plus rarement 2 à 3,5 1 12 à 15 4 Montchanin, Grais-sessac, le Havre, Caen, Brest.
- seurs brai sec. .
- à Jarlot Brai gras. . 5 )) 25 à 30 5 à 6 Bordeaux (comp. du
- roues Machine des char- Midi).
- Itangen-j bons de Paris.. . Brai sec. . 5 0,30 15 à 25 10 à 18 (2) Comp. du charbon
- tielles. de Paris.
- (1) La densité des rondins Dehaynin atteint 1.36, celle de la liouille n'étant que 1.32.
- (2) Dans ce chiffre sont compris le broyage, le malaxage, etc.
- Ëxploitfttion «lu graphite en Californie. — Le principal gisement de graphite de Californie, connu sous le nom de mine Eurêka, est situé à 1 mille 1/2 de Senora, capitale du comté de Tuolumne, et à 68 milles environ de Stockton, tête de navigation sur le fleuve San-Joaquin. Le minerai s’y rencontre en un filon bien déterminé de 20 à 30 pieds de large (6 à 9 mètres), dont le mur, à l’ouest, est formé d’une roche dioritique, et le toit, à l’est, d’un schiste argileux contenant quelque peu d’or. Ce filon se dirige presque du nord-est au sud-est, et il plonge très-irrégulièrement vers l’est, se montrant tantôt horizontal, et tantôt se redressant presque verticalement. On l’a reconnu et exploré sur 3 900 pieds d’étendue (1170 mètres), au delà desquels on n’en aperçoit plus que quelques traces plus ou moins distinctes. Tout le gisement (filon et roche encaissante) se trouve englobé dans la formation calcaire qui caractérise le comté de Tuolumne et les comtés adjacents.
- Le graphite qui existe près de la surface est très-mélangé de schiste argileux qui se décompose rapidement au contact de l’air, circonstance qui, pendant un certain temps, Tome XV. — 67e année. c2e série. — Octobre 1868. 81
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- a nui au développement de l’affaire, car on ne parvenait que très-difficilement à écarter les matières terreuses. Cependant, depuis deux ans, on a eu recours à un procédé de lavage fort simple, qui permet de séparer le graphite en vertu de sa densité plus faible, et les travaux ont commencé à prendre de l’extension ; mais, en se développant, le filon est devenu plus riche et le graphite plus pur. A la profondeur de 40 pieds (12 mètres), on le rencontre en masse solide et on le découpe par blocs, au milieu desquels on retrouve des noyaux d’argile assez gros qu’on élimine par le lavage. A 60 pieds (18 mètres), la matière est très-dure et présente un poli magnifique. Les travaux, jusqu’ici, ont été faits à ciel ouvert ; tout ce que le triage donne de pur est immédiatement mis en sac, le reste va au lavage. La mine fournit actuellement 1 000 tonnes par mois, mais cette production peut s’accroître considérablement.
- Le procédé de lavage est fort simple. Au centre d’une large cuve à fond de pierre, de 20 pieds de diamètre (6 mètres) et de 3 pieds de profondeur (0ra,90), se trouve un axe vertical mis en mouvement par une roue hydraulique et muni de quatre bras en croix horizontaux, auxquels sont attachés des espèces de râteaux. C’est dans cette cuve qu’on jette la matière à laver. Sous l’influence d’un courant d’eau et sous l’action des râteaux, cette matière se désagrégé et le graphite vient surnager, tandis que la gangue reste au fond de la cuve. Une ouverture située près du bord supérieur de la cuve donne issue au courant d’eau qui entraîne le graphite, à travers des canaux, jusqu’à de larges réservoirs où on le laisse se déposer, pendant qu’on facilite la sortie de l’eau sale. Au bout de quelque temps on introduit de l’eau propre dans ces réservoirs, et on entraîne le graphite dans des caisses de faible profondeur, où on le laisse sécher au soleil. Toutes ces opérations ne durent que cinq jours ; le matériel qu’elles nécessitent, quoique de peu de valeur, n’en occupe pas moins une superficie d’une grande étendue.
- Le prix d’extraction du minerai n’excède pas 4 shillings (5 fr.) par tonne, deux hommes pouvant en extraire environ 10 tonnes par jour. Quant à la dépense d’eau, elle est de 10 livres (250 fr.) par mois; mais elle est largement compensée par la valeur du quartz aurifère qu’on trouve au fond de la cuve à râteaux lorsqu’on vient à la vider,
- ( The Chemical news. )
- (M.)
- Moyens «le reconnaître le véritable kirschwasser, par M. ©. Desaga.
- — On rencontre maintenant, dans le commerce, deux sortes de kirschwasser fort distinctes, dont l’une est le produit de la fermentation et de la distillation des cerises sauvages des forêts, tandis que l’autre est tirée des cerises ordinaires, traitées de la même manière. La première se fait remarquer par un arôme particulier et très-apprécié, qui dépend évidemment de la constitution moléculaire du produit ; elle se vend beaucoup plus cher que l’autre. Aussi n’existe-t-il dans le commerce aucun liquide qui soit sujet à de plus nombreuses sophistications. Il y a de prétendus distillateurs qui se contentent
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- de faire infuser, dans de l’alcool, des noyaux concassés de cerises; d’autres font simplement une solution alcoolique d’huile volatile d’amandes amères ou d’huile de noyaux de cerises; d’autres enfin, un peu plus consciencieux, se contentent de mêler au véritable kirschwasser une certaine quantité d’alcool ordinaire.
- Or il existe un moyen, fort simple et infaillible, de reconnaître instantanément la falsification. Après avoir râpé du bois de gaïac, on en prend un peu sur la pointe d’un couteau, on le met dans un verre à liqueur, et l’on verse dessus une petite quantité du kirsch suspect. S’il est pur, on le voit, après l’avoir remué pendant quelque temps, prendre une belle couleur de bleu d’indigo, qui s’évanouit ensuite complètement, mais seulement une heure après. *
- Si le kirsch est mêlé d’alcool, la couleur n’atteint que le bleu pâle, et se dissipe beaucoup plus promptement.
- Le faux kirschwasser, fabriqué avec l’alcool et l’huile d’amandes amères, ou le laurier-cerise, ou enfin par l’infusion des noyaux de cerises dans l’alcool, ne prend sur le gaïac qu’une teinte jaunâtre, mais ne bleuit nullement.
- Comme l’alcool mis seulement en macération sur les noyaux concassés de cerises ne prend pas de teinte bleue quand on le met en contact avec le bois de gaïac, il paraît que, dans la distillation du kirschwasser, l’application de la chaleur développe une nouvelle substance dont l’action sur les divers corps résineux ou acides contenus dans le bois de gaïac fait naître la couleur bleue.
- On peut contrôler ces expériences en versant dans une fiole à large ouverture une certaine quantité de kirschwasser et d’huile d’olive, qu’on laisse en contact intime pendant douze heures au moins, et que l’on a soin de bien agiter de temps en temps. On verse ensuite avec précaution l’huile surnageante, et on la laisse reposer pendant quelques minutes. Si le kirschwasser est pur, elle ne prend aucune odeur, car le principe volatil formé par la distillation ne se sépare, dans aucun cas, du produit.
- Le kirschwasser falsifié, s’il n’est préparé que par un simple mélange, cède, au contraire, à l’huile d’olive son principe odorant qui y reste combiné après la décantation. [Badisches Wochenblatt fur Landicirthschaft et Dingler’s polytechnisches Journal.)
- Nitrate de fer pour la teinture, par M. Max-Rossler. — On désigne sous le nom de nitrate de fer deux mordants employés pour les teintures et les impressions en bleu et en noir. Les fabricants de produits chimiques ayant presque tous des recettes particulières, et un peu différentes, qui donnent aussi des résultats variables, un grand nombre de teinturiers préfèrent de préparer eux-mêmes leurs nitrates. Les deux méthodes qui vont suivre pourront donc leur être utiles, et l’auteur les recommande comme bonnes et économiques.
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- T. — Solution chargée d’oxycle de fer.
- On verse dans de grands pots en grès, à deux anses, aussi peu épais que possible, 10 parties en poids d’eau, 6 parties d’acide azotique jaune du commerce, à 36 degrés Baumé, et 3 parties d’acide chlorhydrique. On ajoute ensuite peu à peu, à froid, en agitant continuellement, 33 parties de sulfate de fer, en attendant, pour en ajouter de nouveau, que le précédent soit dissous.
- Il se produit beaucoup d’effervescence et un grand dégagement de vapeurs nitreuses. Lorsque le sel de fer refuse de se dissoudre, on place les pots sur un bain-marie, que l’on porte à l’ébullition, et l’on entretient l’élévation de la température jusqu’à ce que les 33 parties de sulfate de fer soient fondues.
- On verse ensuite le contenu des pots, avec le dépôt jaune qui s’est formé, dans une chaudière de fonte de fer, et l’on fait bouillir le tout rapidement, puis on le porte dans des réservoirs profonds où on le laisse déposer. Il en résulte une solution d’un beau rouge brun, claire et concentrée, que l’on règle ordinairement à 50 degrés Baumé. On recueille le dépôt jaune, qui est un sulfate basique de fer (en grande partie représenté par 3 Fe2 O3, S O3), et on le calcine convenablement pour en faire du rouge d’Angleterre.
- Cette solution, lorsqu’on la conserve longtemps, finit par s’épaissir et par se changer en une bouillie jaunâtre, mais il suffît de la porter à 100 degrés pour la liquéfier de nouveau. Ce changement déplaît à beaucoup de teinturiers; mais il prouve, au contraire, que le mordant est non-seulement bien saturé, mais encore exempt d’acide chlorhydrique en excès, et de sels de fer à un état inférieur d’oxydation.
- II. — Nitrate de fer dit chimiquement pur.
- On le prépare en mêlant à froid 2 parties d’acide azotique jaune du commerce, à 36 degrés Baumé, avec une partie de tournure de fer, que l’on ajoute peu à peu en évitant d’échauffer la dissolution par une réaction trop vive. On laisse le liquide se clarifier sur un excès de fer, dans un réservoir profond. Il porte alors de 38 à 40 degrés Baumé. [Dingler’s polytechnisches Journal.)
- Sur la teinture de la soie en noir, par M. le professeur Bolley. —
- Cet article est tiré d’un rapport de l’auteur sur la classe 45 de l’Exposition universelle, rapport publié dahs la Schiceizerische polytechnische Zeitschrift.
- C’est un fait remarquable et qu’on ne saurait trop louer, que de voir les industriels réagir d’eux-mêmes contre la mauvaise pratique qui consiste à charger le poids de la soie pendant la teinture en noir. On demande communément au teinturier de forcer
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- d’environ 50 pour 100 le poids de la soie qu’on lui confie, et souvent la surcharge atteint 100 pour 100 et même plus.
- M. Gillet-Pierron, propriétaire de deux fabriques, à Lyon et à Saint-Charmond-sur-Gier, où il teint en noir environ 300,000 kilogrammes de soie par an, a soumis à quelques membres du jury une brochure sur ce sujet. Il y traite avec solidité plusieurs questions et y fait connaître des résultats d’une haute importance pratique.
- Laissons de côté les méthodes anciennes et suivons dans la brochure l’exposition historique des nouvelles.
- En 1824, au lieu de passer d’abord la soie dans le bain d’acide tannique, puis dans celui de sel de fer, M. Gonin commença à renverser l’ordre des opérations, en mor-dançant d’abord dans un bain de sel de fer additionné de sulfate de cuivre, et en passant ensuite dans un bain de campêche et de bois jaune. On terminait par un passage dans un bain de campêche décomposé par le savon. On nommait ce résultat noir fin de Lyon et quelquefois noir anglais.
- En 1833, on introduisit le noir au bleu de Prusse; les nuances étaient bonnes, et la soie acquérait plus de poids que par les anciennes méthodes. En 1847, on substitua dans les teintureries lyonnaises le cachou à la noix de galle et à l’extrait d’écorce de châtaignier. On suppose que cette nouveauté provenait d’Angleterre ou d’Allemagne.
- On désignait ce noir par le nom de noir minéral. Le procédé consistait simplement à donner d’abord un pied de bleu de Prusse, puis un bain à base de fer, ensuite un bain de cachou, et enfin un bain de bois de campêche et de savon. Le noir avait beaucoup d’éclat, la soie était douce à la main, conservait son élasticité propre, et donnait des tissus d’une longue durée. On n’aurait jamais du, selon M. Gillet-Pierron, abandonner ce procédé.
- En 1854, on a commencé à substituer le henné d’Arabie (la lausonie) au cachou, et bientôt après on a associé ces deux matières tinctoriales, pour obtenir la nuance que l’on a nommée noir d’Afrique. Ce noir, d’un éclat remarquable, était fort prisé par les fabricants de soie.
- Cependant il a été supplanté, en 1859, par le noir impérial, plus fin, plus foncé, saturé de bleu, mais dont l’exécution n’a été, dit-on, que très-imparfaite.
- Dans la même année 1859, un teinturier prussien apporta à Lyon un procédé inventé par M. Backhaus, teinturier en soie, à Crefeld. Ce procédé emploie le sel d’étain décomposé par le cachou. Il s’est étendu simultanément en Angleterre, en France et en Suisse, et depuis ce temps il sert de base à la préparation du noir pesant. D’abord, on ne chargeait que de 20 pour 100; depuis, en répétant les passages au bain, on est arrivé à 30, 40, 50 et même 100 pour 100.
- On peut classer comme il suit les différentes espèces de noir sur soie.
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- NOTICES INDUSTRIELLES.
- I. — Sur soie avec un pied de jaune.
- 1. Noir fin (à 20 pour 100 de perte) employé primitivement pour les velours et pour les belles étoffes de luxe; on l’obtient par un ou plusieurs bains de bois jaune, de gaude, de quercitron, que l’on fait précéder ordinairement d’un bain faible de nitrate de fer mêlé d’acétate de fer. Lorsque l’on ne donne pas tout d’abord ce bain de fer, on ajoute directement à la décoction du bois de teinture un peu de sulfate de fer et de sulfate de cuivre. On termine toujours par un bain de bois de campêche et de savon. La soie conserve son brillant, sa douceur et son élasticité.
- 2. Noir (à 100 pour 100 de surpoids) dit aussi noir impérial. Les filaments deviennent beaucoup plus gros que par le noir 1. La soie reçoit d’abord un pied de bleu de Prusse; on la passe ensuite dans un bain de tannin, et enfin dans un bain de campêche et de savon. On varie souvent ces bains et ces matières colorantes.
- 3. Noir pesant. On donne d’abord un mordançage de fer que l’on fixe en faisant bouillir la soie dans un bain de savon et l’on réitère plus ou moins ces opérations selon le degré de surcharge que l’on veut atteindre. On donne le bleu au moyen du prussiate jaune de potasse, et l’on termine par un bain de cachou et de sel d’étain, que l’on peut répéter plusieurs fois. Pour obtenir un noir tirant sur le bleu, malgré la multiplicité des passages dans le bain de cachou, on se sert d’un bain de pyrolignite de fer. C’est ainsi que l’on obtient des surcharges de 20 à 100 pour 100.
- II. _ Sur soie écrue.
- k. Noir souple. Très-employé pour la teinture des trames. Dans l’établissement de Saint-Chamond, on donne d’abord un mordançage de fer, on lave, on fixe au moyen d’une solution étendue de soude, et l’on réitère ces opérations selon le poids que doit prendre la soie. On donne ensuite un bain acidulé de bleu de Prusse jaune, qui teint la soie en bleu. Ce bleu ne se précipite que sur l’extérieur des brins, mais n’y pénètre pas. La soie, dans ces deux opérations, conserve toute son élasticité. On l’assouplit ensuite par un bain de tannin pour lequel on emploie le cachou, la noix de galle, le di-vidivi, etc. On ajoute à ce bain plus ou moins de sel d’étain, selon que l’on veut obtenir plus ou moins de poids. On termine enfin par un bain de savon.
- M. Gillet a trouvé que l’accroissement du poids de la soie est à peu près proportionnel à celui de son volume.
- Il a observé aussi que, dans les fils d’une soie écrue qui avait pris beaucoup de poids par la teinture en noir, les brins élémentaires s’étaient fortement écartés les uns des autres dans les dernières opérations et que la couleur n’avait pris que sur leur extérieur en pénétrant à peine dans le cœur. On ne peut pas douter que ce gonflement delà soie ne diminue la force des filaments simples des cocons.
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- Ce résultat donne l’explication des expériences ou l’on a observé que la soie, éprouvée au sérimètre, était beaucoup plus forte avant qu’après la teinture au noir pesant. [Schweizerische polytechnische Zeitschrift et Dinglerspolytechnisches Journal.)
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- PROCÈS - VERBAUX.
- Séance du 10 juillet 1868.
- Présidence de M. Balard, vice-président.
- Correspondance. — M. Loilier (Ch.), chef de bureau des ateliers du chemin de fer du Nord, rue Doudeauville, 62, présente une chambrière avec cric de hausse pour les voitures à deux roues. (Arts mécaniques.)
- M. Massé, rue du Faubourg-Saint-Martin, 23, fait connaître un nouveau système de sommiers élastiques. (Arts économiques.)
- M. Huzar (Eugène), rue de Rivoli, 126, frein pour voitures. (Arts mécaniques.)
- MM. Hick (Henri) et Rives fils aîné, passage Saulnier, 11, soumettent au jugement de la Société un système nouveau de suspension et de construction pour les moufles des navires, et une nouvelle construction des réas ou poulies qui entrent dans leur composition; leurs réas sont en bois ordinaire recouvert dune garniture métallique. (Arts mécaniques.)
- M. Heinhold (Ed.), rue Lafayette, 184, présente à la Société un système de presse qu’il a inventé en 1845, et pour lequel il a déjà reçu des médailles en 1846, à l’Exposition agricole du Haut-Rhin, et en 1849, à l’Exposition nationale de Paris, (Arts mécaniques.)
- M. Abbo (Eug.), président de la chambre de commerce de Nice, annonce que les négociants du département des Alpes-Maritimes ont ouvert une souscription dont le montant s’élèvera à 6 000 francs au moins et probablement à plus du double, dans Je but de fonder un prix pour la découverte d’un procédé simple, rapide et pratique par lequel on puisse s’assurer de la nature et de la quantité de l’huile de graine qui aurait été melée à l’huile d’olive. Il demande les conseils de la Société et réclame son concours pour donner de la publicité à la fondation de ce prix. (Renvoi au comité des arts chimiques.)
- MM. du May (Édouard) et Bretonnière (Louis), rue de l’Éveelié, 6, à Laval, appellent l’attention de la Société sur leur procédé de teinture en gris grand teint,
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- fondé sur l’inaltérabilité du sulfure de mercure, qu’ils substituent au tannate de fer pour éviter l’altération que ce dernier corps éprouve à la lumière et avec plusieurs réactifs. (Arts chimiques.)
- MM. Desbordes et Abraham, àChinon (Indre-et-Loire), envoient à la Société un de leurs appareils, qu’ils nomment pondérimètre à spiritueux, et qui fait connaître à la fois la richesse en alcool et le poids d’un litre d’un liquide spiritueux quelconque. (Arts économiques.)
- M. Floch (S.) demande une première annuité de brevet pour un nouveau système de pavés en bois qu’il a inventé. (Arts économiques.)
- M. Bobierre (A.), directeur de l’École supérieure des sciences de Nantes, prie la Société d’examiner son procédé pour prévoir l’altération que les doublages de navire doivent éprouver à la mer, et il fait hommage à la Société de la brochure qu’il a publiée pour décrire sa méthode. (Arts chimiques.)
- MM. les Rapporteurs signalent à l’attention du Conseil, parmi les pièces imprimées qui ont été adressées à la Société,
- M. Laverrière (Jules), La mer de varech exploitée au profit de l’agriculture et de la marine nationales. Paris, 1868, in-8 de 8 pages. Bouchard-Huzard, éditeur.
- Rapports des comités. —M. Alcan fait, au nom’du comité des arts mécaniques, un rapport sur l’appareil de M. Ravel pour laver la laine avant la teinture.
- Le rapporteur conclut en demandant que des remercîments soient adressés à M. Ravel pour son intéressante communication et que, pour la faire connaître, on insère le rapport du comité au Bulletin, avec un croquis de l’appareil. (Ces conclusions sont approuvées.)
- M. Gallon présente au Conseil, au nom du même comité, un rapport sur le parachute et l’avertisseur électrique pour puits de mines, de M. Mathieu (Amédée), directeur des mines de Douchy, près de Valenciennes.
- Il propose de remercier M. Mathieu (A.) de sa communication et d’ordonner l’insertion du rapport au Bulletin, avec un dessin du parachute et de l’avertisseur électrique. ( Ces conclusions sont approuvées.)
- Communications. — M. le docteur Fromentel, de Gray, présente à la Société un ventilateur automoteur, dit aérospire, mû par le vent, et étant, suivant l’auteur, particulièrement propre à empêcher les cheminées de fumer et à ventiler les appartements. Il est composé de deux tubes ouverts assemblés à angle droit en forme de T. Le tube vertical repose par une chape en verre sur un pivot fixé au centre du tuyau de dégagement ou de la cheminée ; le tube horizontal porte à l’une de ses extrémités une ailette ou crête de girouette, qui oriente l’appareil de manière qu’il soit toujours dans le sens du vent et lui présente toujours la même ouverture du tube horizontal. L'aérospire de M. Fromentel est remarquable surtout par cet orifice qui est muni, à l’intérieur, d’un ajutage conique partant du bord du tube horizontal auquel il est soudé ou rivé par son contour, et se prolongeant en dedans jusqu’à l’axe du tube
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- vertical. La petite ouverture ou sommet du cône tronqué de cet ajutage a un diamètre moitié moins grand que le tube horizontal.
- Ce ventilateur entre en fonction aussitôt qu’un courant d’air traverse l’ajutage conique. U se produit immédiatement, dans la cheminée où est le tuyau de dégagement, un entraînement de l’air intérieur, une aspiration, qui varie avec la force du vent et peut acquérir une violence telle, qu’il soit nécessaire de la modérer par un registre.
- M. Fromentel fait, sous les yeux du Conseil, quelques expériences tendant à montrer l’efficacité des moyens qu’il emploie. Dans un petit appareil en verre, une forte insufflation suffit pour que l’aspiration qui en résulte dans le tube vertical soulève plusieurs petites balles en plomb. Il pense que ce système peut être employé avec un grand avantage pour les cheminées, pour la ventilation des appartements, des hôpitaux, des casernes, des salles de spectacle, etc. Il voudrait le voir utiliser pour les waggons de chemins de fer, sur les navires, dont il assainirait la cale mieux que les manches en toile en aspirant et rejetant au loin l’air vicié. Il pense qu’en soufflant au moyen d’une machine un jet d’air dans l’ajutage conique on pourrait appliquer cet appareil à l’aérage des mines, auquel il paraît particulièrement propre ; mais il fait remarquer surtout que pour tous les usages ordinaires, dans les habitations, sur les waggons et les navires, Y aérospire agit sans frais, puisqu’il emploie la force du vent, qui est gratuite. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- M. Thomas (F.) expose devant la Société les avantages d’un nouveau bec de gaz pour laboratoire, qui réunit les hautes températures du brûleur ordinaire de Bunsen avec les faibles températures que fournit le bec à couronne.
- Ce bec n’est autre chose que celui de la lampe annulaire de Berzélius, dans lequel, au lieu de mèche et d’alcool, se trouve un mélange de gaz et d’air, qui s’opère par les mêmes moyens que dans le bec de Bunsen. Le bord supérieur du cylindre intérieur du bec est, de plus, évasé en dehors de manière à rétrécir encore l’orifice; il résulte de cette exiguïté de largeur dans l’espace annulaire que la combustion ne peut pas sauter brusquement de l’orifice au fond du tube lorsqu’on réduit beaucoup l’arrivée du gaz, ce qui aurait infailliblement lieu si on se servait du bec ordinaire de Bunsen. Ce bec annulaire a d’ailleurs, comme celui-ci, à sa partie inférieure, une couronne percée de trous correspondants à ceux du bec lui-même, pour régler aisément l’arrivée de l’air et la proportionner à celle du gaz.
- M. Thomas fait fonctionner ce petit appareil devant la Société et montre que, en manœuvrant le robinet de gaz, on peut faire passer la flamme par toutes les températures, depuis celle où le verre fond, jusqu’à un feu bleu assez peu intense pour ne pas empêcher de tenir la main au-dessus à une petite distance.
- Il ajoute que M. Wiesnegg, en mettant un chalumeau dans le courant d’air intérieur, comme cela a déjà été fait pour les lampes à huile, augmente encore l’étendue des températures de ce bec et le transforme en une forge qui peut donner jusqu’à la Tome XV. — 67e année. 2e série. — Octobre 1868. 82
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- rhaleur blanche. On a donc ainsi, sous un petit volume, un fourneau complet de laboratoire.
- M. le Président remercie M. Thomas de sa communication, qui sera renvoyée au comité des arts chimiques.
- M. Le Roux, membre du comité des arts économiques, expose devant la Société le résultat des recherches qu’il a faites en vue de perfectionner les oculaires des instruments d’optique.
- M. le Président remercie M. Le Roux de cette communication et le prie d’en faire l’objet d’une note détaillée, qui sera insérée au Bulletin.
- Séance du 21 juillet 1868.
- Présidence de M. Amédée-Durand, vice-président.
- Correspondance. — M. Falconetti (D. J.), rue des Carmes, 7, à Paris, soumet à l’examen de la Société une machine rotative dont il est l’inventeur. (Arts mécaniques.)
- M. Saix (C.), àBongenet, près Florac (Lozère), envoie, comme complément d’une communication précédente, la description du four avec lequel il veut opérer pour faire volatiliser le fer de la fonte en fusion, au moyen d’un courant de chlore, espérant que le carbone inattaqué se concentrera et cristallisera sous forme de diamant. (Arts chimiques.)
- M. Daherel (H.), ancien représentant du Morbihan, au Quétennec, près Saint-Thô-gonnec (Finistère), annonce qu’il a trouvé une terre contenant du graphite, et il on envoie un échantillon à la Société. (Arts chimiques.)
- M. Payen, membre du comité des arts chimiques, écrit au Conseil à l’occasion du rapport qui a été fait dernièrement sur une suspension de lampe de M. Silvant (voir plus haut, p. 591), par laquelle, quelle que soit la hauteur de la lampe, les fumivores restent toujours dans la meme position, relativement au verre de la lampe. M. Payen rappelle que des appareils analogues avaient été inventés par M .Bourguignon, et qu’ils ont été l’objet d’un rapport au Conseil, en janvier 1827 (tome XXYI, lre série, page 23 du Bulletin). A cette occasion, on a constaté qu’une position convenable des fumivores diminuait le volume du gaz brûlé, ou la dépense d’huile pour une même lumière, et on a déterminé les conditions dans lesquelles on obtient le maximum ou le minimum de lumière par la combustion complète d’une même quantité de gaz ou d’huile. Il pense que ces résultats, conformes aux expériences publiées par Péclet, répondront, en majeure partie, au désir exprimé par M. le Président de la Société, dans la séance du 26 juin dernier.
- M. le Président remercie M. Payen de cette communication, qui est renvoyée au comité des arts économiques à titre de document pour le complément d’étude demandé au sujet de la lettre de M. Silvant.
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- MM. les Secrétaires signalent à l’attention du Conseil, parmi les pièces imprimées qui ont été adressées à la Société, les ouvrages suivants :
- MM. Hoffmann (A. W.), de Laire et Girard. Rapport du Jury international, matières colorantes dérivées de la houille. Paris, 1867, in-8 de 85 pages. Paul Dupont, éditeur.
- MM. Javal{E.), membre de la Société d’encouragement, et Garnier (J.), ingénieur. Machines à percer, couper et abattre les roches, et emploi de la nitroglycérine. (Extrait du Bulletin de la Société de l’industrie minérale. Saint-Étienne, 1868, in-8 de 90 pages et de 11 planches.
- Rapports des comités. — M. Tresca lit, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur les roues hydrauliques de M. Sagebien.
- Il propose de remercier M. Sagebien de sa communication, de le féliciter des résultats dont il est redevable à sa laborieuse persévérance, et d’insérer le rapport au Bul-letin avec une planche représentant la roue installée à l’établissement hydraulique de Trilhardou. (Ces conclusions sont approuvées.)
- M. Alcan fait, au nom du même comité, un rapport sur YÉgloutronneuse de M. Malteau, constructeur-mécanicien, à Elbeuf.
- Il propose de remercier M. Malteau de sa communication et d’insérer le rapport au Bulletin avec un dessin de la machine de ce mécanicien. (Ces conclusions sont approuvées.)
- M. Alcan lit aussi, au nom du même comité, un rapport sur les moyens employés dans la fabrication des gazes de soie façonnées par M. Carpentier.
- Il propose de remercier cet industriel de la communication qu’il a faite à la Société, et d’insérer le rapport au Bulletin. (Ces conclusions sont approuvées, voir cahier de septembre 1868, p. 517.)
- M. Alcan fait encore, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport au Conseil sur le débrayeur électrique de MM. Badiguet et Lecène.
- Il propose de les remercier de leur intéressante communication et d’insérer au Bulletin le rapport avec les dessins des principales dispositions du débrayeur électrique. (Ces conclusions sont approuvées parle Conseil.)
- M. Bréguet présente, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur les burins d’une forme nouvelle pour les tourneurs sur métaux, qui ont été présentés par M. Bobert (Henri).
- Le comité des arts mécaniques propose de remercier M. Robert (H.) de sa communication et d’insérer le rapport au Bulletin. (Ces conclusions sont approuvées.)
- M. Bréguet fait encore, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur les vis sans fin à filets convergents de M. Delaitre, mécanicien.
- Le comité propose de remercier M. Delaitre de sa communication et de faire insérer au Bulletin le rapport qui concerne son invention. (Ces conclusions sont approuvées.)
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- M. Lavollée fait, au nom du comité du commerce, un rapport sur la Société pour la protection des apprentis et des enfants de manufactures qui a été organisée à Paris
- en 1866.
- Il propose de remercier cette Société de la communication qu’elle a faite de ses travaux et d’insérer le rapport au Bulletin, comme un témoignage d’estime et de sympathie. (Ces conclusions sont approuvées. —Voir plus haut, p. 594.)
- Communications. — M. Combes, l’un des secrétaires, expose au Conseil les combinaisons nouvelles présentées à la Société par M. Deprez, et qui ont pour objet de simplifier le mécanisme régulateur du tiroir des machines à vapeur et d’améliorer la distribution de la vapeur par une marche plus avantageuse de cet organe.
- Il donne aux recherches de M. Deprez les éloges qu’elles méritent, et il fait connaître les dispositions favorables d’une grande compagnie parisienne pour en essayer l’application à une locomotive. Il annonce qu’il fera insérer dans le Bulletin un mémoire étendu sur ce sujet. (Voir cahiers d’août et septembre 1868, p. 474 et 526.)
- M. Spiess, fabricant d’appareils électriques, associé de M. Leuenberger et comp., à Sumiswald (Suisse), présente à la Société un piano droit qui peut être joué comme à l’ordinaire, ou fonctionner mécaniquement par le moyen de l’électricité.
- L’appareil entier, qui produit cette exécution mécanique, se compose de deux parties qui .peuvent être séparées par une assez grande distance. La première, l’organe directeur, est formée d’un mécanisme d’horlogerie dont le mouvement uniforme peut être modifié à volonté et qui fait passer une bande de papier fort, d’un rouleau de bois sur lequel elle est enroulée, sur un autre rouleau pareil. Entre les deux, le papier est tendu sur un rouleau en cuivre auquel aboutit un des fils d’une pile électrique. Au-dessus de ces trois rouleaux, on trouve un peigne en cuivre, dont les dents sont en communication avec l’autre pôle de la pile électrique. La bande de papier empêcherait le passage de l’électricité, mais elle ressemble aux cartons du métier Jacquart et elle est percée de trous de longueurs différentes correspondant aux notes du morceau de musique qui doit être exécuté sur le piano.
- Cet instrument, le piano, est la deuxième partie de l’appareil. Chacun de ses marteaux peut être conduit de deux manières : d’une part par la touche du clavier pour l’usage du pianiste, et d’autre part par une petite tige verticale en bois, qui peut soulever le levier et faire parler la note lorsqu’elle est tirée de bas en haut. Dans l’exécution mécanique de la musique, cette traction est opérée par des électro-aimants en nombre égal à celui des notes, lesquels entrent en action aussitôt que, sur l’organe directeur, la présence d’un trou du papier sous la dent correspondante du peigne permet au courant électrique de se rétablir. Ainsi, chaque note écrite par des trous, sur la bande de papier percée dans le système Jacquart, donne lieu au passage du courant, quand cette ouverture permet le contact de la dent du peigne en cuivre sur le cylindre du même métal, et ce courant anime la bobine de l’électro-aimant qui soulève la tige de bois et fait parler la note. Quelques autres dispositions de détail
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- fondées sur le même principe mettent en fonction les pédales du forté ou de la sourdine, de manière à nuancer convenablement le jeu de l’instrument.
- M. Spiess, après avoir décrit cet appareil, a fait exécuter plusieurs morceaux de musique par le piano qu’il avait établi dans la salle. La prestesse du jeu, sa netteté dans les morceaux rapides ont été très-remarquées, et la pile, qui n’était composée que de 36 éléments de Daniel, a donné cependant une force suffisante pour que le son de l’instrument fût au moins égal à ce qu’il aurait été sous la main d’un bon pianiste.
- M. Spiess annonce, en terminant, que des dispositions du même genre ont été appliquées par lui à l’orgue, et il exprime le désir qu’il aurait d’en faire entendre les effets sur l’orgue d’une des églises de Paris.
- M. le Président remercie M. Spiess de cette communication et en renvoie l’examen au comité des arts économiques.
- Sur la proposition d’un membre du bureau, le Conseil décide que la séance du mois d’août, qui doit être la dernière avant les vacances, aura lieu le vendredi 7 au lieu du 14 août.
- Nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société, par un vote du Conseil :
- MM. Millot (J. B.), constructeur-mécanicien, à Gray; Challeton (J. F.), ingénieur civil, à Montauger.
- Séance du 7 août 1868.
- Présidence de M. Amédée-Durand, vice-président.
- Nécrologie. — M. le Président annonce à la Société la perte qu’elle vient de faire de M. Agasse, notaire honoraire, qui, pendant plus de quarante ans, a été son trésorier et qui a montré dans ces fonctions un zèle éclairé et un dévouement qui lui ont acquis la reconnaissance perpétuelle de la Société.
- Correspondance. —M. Leveme (F.), à Yélars-sur-Ouche. Four complet à étendre le verre à vitre et les glaces. (Arts mécaniques.)
- M. Robert (E.) fils, boulevard de Charonne, 109. Teinture des étoffes de soie défraîchies et machine servant à cette teinture. (Arts mécaniques.)
- M. Maloisel (Alphonse), sourd-muet, rue Monge, 14, demande une avance de fonds pour réorganiser son industrie, consistant en une machine à sculpter pour laquelle il a reçu une médaille de lTe classe à l’Exposition de 1855, et a obtenu une rente viagère de 300 francs accordée par l’Empereur. (Arts mécaniques.)
- Mme Léonie d’Aunet, rue du Mont-Thabor, 8, présente à la Société une lampe du système Mille, qui est en porcelaine et offre certains avantages. (Arts économiques.)
- M. le Ministre de Vagriculture, du commerce et des travaux publics envoie à la
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- Société deux exemplaires du n° 8 du Catalogue des brevets d'invention pris en 1867 et le tome LXII de ces brevets. (Dépôt à la bibliothèque.)
- M. Bontemps (G.), rue Pétrarque, 4, fait hommage à la Société d’un exemplaire de son Guide du Verrier, traité historique et pratique de la fabrication des verres, cristaux et vitraux, volume in-8 de 776 pages, avec de nombreuses ligures intercalées dans le texte. Paris, 1868; Laboulaye (Ch.), éditeur.
- MM. les Secrétaires signalent les ouvrages suivants parmi les pièces imprimées qui ont été adressées à la Société et qui seront déposées à la bibliothèque.
- Moniteur des fis, des tissus, des articles de Paris et du matériel de ces industries, publié sous la direction de M. Alcan (Michel), professeur au Conservatoire des arts et métiers et membre du comité des arts mécaniques de la Société d’encouragement, nos 1, 2 et 3, in-8 de 2 feuilles d’impression. Paris, rue Jean-Jacques-Rousseau, 1.
- Mémoires de la Société d’émulation du Doubs, 4e série, 3e volume, 1867. — Besançon, 1868, un vol. in-8 de 50 et 348 pages.
- La Houille, n° programme. Journal in-folio paraissant trois fois par mois. Rue de la Chaussée-d’Antin, 10.
- Rapport des comités. — M. Tisserand ht, au nom du comité d’agriculture, un rapport sur le système pour l’engraissement des veaux, proposé par M. Betz-Penot.
- Le comité est d’avis que les travaux patients et persévérants de M. Betz-Penot méritent les encouragements de la Société ; il propose de le remercier de cette intéressante communication, et d’insérer le rapport au Bulletin. Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées par le Conseil.
- M. Combes ht, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur le tiroir équilibré pour machines à vapeur qui a été présenté à la Société par M. Cochot (A.).
- Il propose de remercier M. Cochot (A.) de son intéressante communication, et de faire insérer le rapport au Bulletm avec le dessin du tiroir qui a été présenté au Conseil. (Ces propositions sont approuvées.)
- M. Combes ht ensuite un rapport, au nom du même comité, sur divers perfectionnements que M. Portail, puisatier à Montrouge, a apportés à l’outillage et aux échafaudages employés dans le creusement des puits.
- Il propose de le remercier de cette intéressante communication, d’ordonner l’insertion du rapport au Bulletin de la Société avec les dessins des appareils qui y sont signalés comme dignes d’éloge, et de décider que, pour faciliter à l’inventeur les moyens de répandre la connaissance de ses procédés, il lui sera remis 500 exemplaires du rapport. (Ces conclusions sont approuvées par le Conseil.)
- M. de Luynes fait, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur l’appareil pour la fabrication de l’eau de Seltz, présenté par M. Guéret (voir plus haut, p. 592).
- Le comité propose de remercier M. Guéret de sa communication, et d’ordonner l’insertion du rapport au Bulletin avec un dessin de l’appareil. Ces conclusions donnent heu à une discussion sur la part de nouveauté qui peut être attribuée aux diverses
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- BULLETIN MBUOÜIÎAL'UIQUE.
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- parties de l’appareil. MM. Huzard, Pehgot (Eugène), Le Roux et Duchesne y prennent part. Elles sont ensuite mises aux voix et approuvées par le Conseil.
- Avant de lever la séance, M. le Président annonce l’ouverture des vacances du Conseil, et indique que les séances ne recommenceront que le 23 octobre.
- Nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société par un vote au scrutin du Conseil :
- MM. Bonnet, ingénieur, à Lyon; Auvray (Louis), maire de Saint-Lô (Manche); Rous, mécanicien-ajusteur, au chemin de fer d’Orléans.
- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
- La Société d’encouragement a reçu, dans les séances des 10, 2Y juillet cl 7 août, les ouvrages dont les titres suivent :
- Ouvrages offerts ci la Société.
- Annuaire de la Société météorologique de France. Tableaux météorologiques, feuilles 1 à 0, t. XV, et feuilles 32 à 37, du Bulletin des séances, t. XV.
- Annales des mines. 6e livr. de 1867 et lre livr. de 1868.
- Annales des ponts et chaussées. Mai, juin, juillet 1868.
- Annales de la Société impériale d’agriculture de la Loire. Année 1867.
- Annales de l’agriculture française. Nos 12, 13, 14.
- Annales du commerce extérieur. Juillet.
- Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse. Supplément aux numéros de mai e! juin. Bulletin de la Société d’agriculture de la Drôme. N"s 28, 29.
- Bulletin de la Société française de photographie. Juin, juillet.
- Bulletin mensuel de la Société des anciens élèves des écoles impériales d’arts et métiers. Juin, juillet.
- Bulletin de la Société industrielle de Reims. Mai, juin.
- Bulletin du Musée de l’industrie. Mai.
- Bulletin des séances de la Société impériale et centrale d’agriculture de France. 1N° 7.
- Bulletin du comité des forges. N° 40.
- Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des sciences. NuS 23, 26,1er semestre, et nos 1 à 4, 2e semestre.
- Cultivateur de la Champagne (le). Juillet.
- Génie industriel (le), par MM. Armengaud. Juillet, août.
- Invention (F) par M. Desnos-Gardissal. Juin, juillet.
- Journal d’agriculture pratique. NoS 27 à 32.
- Journal de l’agriculture, par M. Barral. N0s 48 à 50.
- Journal de la Société impériale et centrale d’horticulturo de France. Mai, juin.
- Journal des fabricants de sucre. Nos 12 à 17.
- Journal des fabricants do papier. N05 12 à 14.
- Journal d’éducation populaire. XoS 6, 7.
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- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
- Mondes (les), par M. l’abbé Moigno. Livr. 8 à
- Moniteur scientifique (le), par le docteur Quesneville. Livr. 277 à 279.
- Merveilles de la science (les), par M. L. Figuier. Séries 22, 23.
- Machines à percer, couperet abattre les roches.— Emploi de la nytroglycénne, par MM. E. .laval et J. Garnier. 1 vol. in-8° avec planches.
- Moniteur du fil, des tissus, des articles de Paris, etc., publié sous la direction de M. Michel Alcan. N"91, 2, 3.
- Mémoires de la Société d’émulation du Doubs. 3° vol. 1867, 4e série.
- Moniteur de la teinture (le), par M. Gouillon. N° 10.
- Mémoires et comptes rendus des travaux de la Société des ingénieurs civils. Janvier, février, mars 1868.
- Nouvelles météorologiques. N°“ 7, 8.
- Propagation industrielle (la). N° 5.
- Propagateur des travaux en fer (le), par M. Oppermann. N0s 18, 19.
- Revue de l’Exposition universelle de 1867. Livr. 6, 7, 8.
- Revue de l’Exposition de 1867, publiée par la Revue universelle des mines, dirigée par M. de Cuyper. lre et 2e livr., 1868.
- Revue agricole, industrielle, etc., de Valenciennes. Mai, juin.
- Revue de la papeterie. N° 4.
- Rapports du Jury international. Exposition universelle de 1867. Matières colorantes dérivées de la houille, par MM. Hoffmann, G. de Laire et Ch. Gérard, br.
- Revue générale de l’architecture et des travaux publics, par M. César Daly. N*s 3, 4, vol. 26. Revue bibliographique universelle. Juillet.
- Technologiste (le), par MM. Malepeyre et Vasserot. Juillet.
- American Artizan. N" 24, 25 et n° i, vol. VII.
- Polytechnisches Journal de Dingler. N°9 1082 à 1091.
- Revista de obras publicas. N09 13, 14, 15, ano VI.
- Journal of the Franklin instilute (the). Juin.
- Chemical News (the). N09 448 à 452.
- Journal of the Society of arts (the). N09 814 à 819.
- Photographic Journal (the). N» 195.
- Guide du Verrier, par M. Rontemps. 1 vol. in-8» avec dessins sur bois.
- Abonnements.
- Annales de chimie et de physique. Juillet.
- Engineering. N°s 129 à 132.
- Journal des économistes. Juillet.
- The Artizan. Juillet.
- The Mechanic’s Magazine. Juin.
- The practical Mechanic’s Journal. Juillet.
- Paris. — Imprimerie de madame veuve BOUCHAKD-HtlZARD, rue de l'Eperon, 5.
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- 07° ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOME XV. — Novembre 1868.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGE M E N T
- POUR L’INDUSTRIE HftTIOSALE.
- CHAUDIÈRES A VAPEUR.
- Rapport fait par M. Tbesca, au nom du comité des arts mécaniques, sur les
- chaudières a vapeur en tôle ondulée de M. Carville, rue de Commues,
- 15, à Paris.
- Messieurs, M. Carville a demandé à la Société d’encouragement de faire examiner un nouveau système de chaudières à vapeur, dont il avait fait admettre un spécimen à l’Exposition universelle, et je viens, Messieurs, vous rendre compte, au nom du comité des arts mécaniques, de ses appréciations sur l’un de ces générateurs.
- L’appareil que M. Carville avait exposé se compose d un corps cylindrique horizontal de 0m,90 de diamètre et de lm,70 de longueur, terminé par des fonds emboutis. La surface inférieure, seule soumise a 1 action des gaz de la combustion, est de 2m,40 environ, mais les gaz ne peuvent l’atteindre qu’après s’être refroidis au contact de cinq bouilleurs verticaux en tôle ondulée, qui forment la principale particularité du système .
- La surface extérieure de chacun de ces bouilleurs est formée d une tôle ondulée dont les extrémités se rejoignent, et qui forment une série de chambres présentant des renflements dans les points ou deux convexités de la tôle sont en regard, des rétrécissements, au contraire, dans les points qui correspondent aux concavités, points en lesquels les tôles sont, d ailleurs, reliées
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- CHAUDIÈRES A VAPEUR.
- m
- par de petits boulons d’entretoise, suffisants pour s’opposer au déplacement des parois.
- Les deux bouilleurs extrêmes présentent chacun sept de ces chambres qui, pour chacun d’eux, sont en communication libre dans toute la hauteur et dans toute la largeur des bouilleurs; les trois bouilleurs intermédiaires ne comptent que quatre chambres établies dans les mêmes conditions.
- Tous ces bouilleurs sont bordés, à chaque bout, d’une cornière cintrée qui permet de les assembler, par un rang de rivets très-rapprochés, avec les parois extérieures du fourneau en tôle, et ils forment, par leur ensemble, une surface de chauffe entièrement plongée dans la flamme, qui est relativement très-grande par rapport à l’espace occupé.
- Les renflements correspondent à un écartement de 0m,14 entre les parois, les rétrécissements à un écartement de 0m,06.
- Le contour développé des grands bouilleurs est de 3m,05, celui des petits bouilleurs de lm,75, et pour les cinq bouilleurs
- 2 X 3,05 + 3 x 1,75 = 11®,35.
- En multipliant ce contour par la longueur lm,70, commune à chacun des bouilleurs, on trouve une surface de 19m2,30, qui, ajoutée à celle du corps principal, donne un total de 21m2,70 de surface de chauffe.
- La chambre supérieure de chacun des bouilleurs est en communication, par une tubulure extérieure, avec la partie inférieure du corps cylindrique, à chaque extrémité, et chacune des autres chambres est munie, à chaque bout, d’une petite ouverture elliptique de 0m,10 de largeur maximum, fermée par un bouchon autoclave que l’on peut démonter facilement pour visiter et nettoyer même les surfaces intérieures en cas d’incrustation.
- L’alimentation se fait à la hauteur du premier rétrécissement, au-dessus de la chambre inférieure des bouilleurs intermédiaires qui forment le ciel du foyer.
- Les gaz de la combustion s’élèvent entre les bouilleurs intermédiaires qu’ils échauffent, et redescendent le long des parois latérales pour rejoindre les orifices d’appel en communication constante avec la cheminée.
- L’eau, qui s’échauffe au contact des parois, forme des courants qui passent par les tubulures et se rendent facilement, dans le corps de chaudière, avec la vapeur formée, qui ne rencontre aucune surface horizontale faisant obstacle à son libre dégagement.
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- Les nombres qui suivent complètent les indications nécessaires à l’entière description de ce générateur :
- Dimensions de la grille.
- Largeur 0m,80
- Longueur 0m,64
- Surface 0-2,51
- Dimensions extérieures du fourneau.
- Largeur lm, 14
- Longueur lm,72
- Hauteur 2m,15
- Volume extérieur total. 4m3,216
- Pour apprécier le frottement de l’appareil, nous avons voulu le voir en travail, mais l’expérience n’a pu être continuée que pendant moins de trois heures à l’Exposition, et elle a donné les résultats suivants :
- Durée de l’expérience.......................................... 2t>42'
- Combustible brûlé.............................................. 100 k.
- Eau vaporisée.................................................. 855lu,3
- Eau vaporisée par kilogramme de charbon........................ 8k,55
- Combustible brûlé par mètre carré de surface de grille et par heure. 72,34 Eau vaporisée par mètre carré de surface de chauffe et par heure. . 13,20
- On voit, par ces chiffres, que non-seulement la vaporisation produite par kilogramme de combustible est satisfaisante, mais qu’encore les proportions de la grille et de la surface de chauffe sont parfaitement appropriées à ce bon résultat.
- Dans l’espoir de démontrer que la vapeur formée était suffisamment sèche, et qu’elle fournissait une bonne utilisation comme développement de travail moteur, nous avions demandé quelle fût employée à faire fonctionner la machine de 12 chevaux qui était adhérente à la chaudière, mais cette machine était mal installée, la disposition de la bielle en retour était mal comprise, les attaches manquaient de solidité, et les résultats ont été, sous ce rapport, si peu favorables, que le travail de 4078 chevaux, accusé par un frein de Prony, à une vitesse de 86,66 tours par minute, est représenté par une consommation de 8k,81 de combustible par force de cheval et par heure.
- Nous n’hésiterions pas à imputer ces mauvaises conditions à la machine ; mais sans en faire remonter, en aucune façon, la responsabilité à M. Carville,
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- ni à sr chaudière, toujours est-il que nous n’avons pu obtenir la sanction que nous recherchions en faveur du bon emploi de la vapeur fournie par son générateur, et qu’il faut, dès lors, nous borner à apprécier cet appareil en lui -meme, d’après les éléments qui entrent dans sa construction.
- Le corps de chaudière n’offre rien de particulier, si ce n’est l’exiguïté de ses dimensions; en supposant qu’il soit rempli d’eau jusqu’à la hauteur du centre, la chambre de vapeur est réduite, pour une vaporisation par heure de près de 600 kilogrammes de vapeur, à 500 litres, ce qui est trop éloigné de ce que l’on recherche dans les générateurs des machines fixes, pour que nous puissions espérer, en pratique, toute la régularité de pression désirable.
- Le volume d’eau est plus grand, puisqu’il nous faut ajouter, à une capacité égale à celle de la chambre de vapeur, toute celle des bouilleurs. Gela ne donne encore que 1328 litres, et, sous ce rapport, nous pourrions renouveler, quoique avec moins d’insistance, la meme conclusion qu’au paragraphe précédent.
- Ces inconvénients sont compensés par le petit volume de tout le fourneau, par la bonne disposition de la surface de chauffe agissant sur des lames d’eau de petite épaisseur, par l’absence d’obstacles horizontaux, soit à l’arrivée de l’eau d’alimentation, soit à l’échappement de la vapeur, quoique nous eussions préféré, peut-être, que l’eau pût arriver plus librement dans les bouilleurs.
- Quant aux conditions de résistance à la pression intérieure , elles sont certainement préférables à celles que l’on rencontre dans la plupart des appareils existants, et il y a, en réalité, des armatures dans tous les sens où les effets de déformation seraient à craindre.
- Les dépôts peuvent être grattés assez facilement, mais nous pensons que, quand les eaux seront mauvaises, ces dépôts pourront s’accumuler souvent, avec une grande abondance, dans les poches inférieures des bouilleurs, d’où il sera nécessaire de les extraire fréquemment, pour éviter l’action des coups de feu.
- Enfin nous devons signaler à l'attention des industriels qui emploieront ces générateurs le nombre peut-être exagéré des regards, et la difficulté du remplacement d’un bouilleur, en cas d’avarie.
- Quoi qu’il en soit, la nouvelle chaudière de M: Carville parait très-appropriée aux appareils portatifs, de dimensions restreintes, pour lesquels nous croyons qu’ils peuvent être souvent préférables aux chaudières tubulaires qui sont aujourd’hui employées d’une manière presque générale.
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- Nous vous prions, Messieurs, de vouloir bien remercier M. Carville de sa communication, et décider l’insertion du présent rapport dans le Bulletin, avec les figures nécessaires à l’intelligence des détails de construction.
- Signé Tresca, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 14 février 1868.
- LÉGENDE DE LA PLANCHE 395 REPRÉSENTANT LE SYSTÈME DE CHAUDIÈRE EN TOLE
- ONDULÉE DE M. CARVILLE.
- Fig. 1. Section transversale et vue de bout partielles de la chaudière.
- Fig. 2. Vue longitudinale partielle de l’un des bouilleurs.
- Fig. 3. Section transversale du meme.
- A, corps cylindrique de la chaudière avec fonds emboutis.
- B, B', bouilleurs verticaux en tôle ondulée, au nombre de cinq; les deux bouilleurs extrêmes B ont sept chambres, les trois intermédiaires B n’en ont que quatre. Les tôles peuvent être assemblées par des boulons (figures 1 et 3), ou par des rivets (figure 2).
- C, tubulures extérieures mettant en communication les chambres supérieures des bouilleurs avec le corps de la chaudière A; comme il y a cinq bouilleurs, il y a donc cinq tubulures semblables à chaque extrémité.
- D, bouchons autoclaves fermant, à chaque extrémité, les ouvertures des chambres des bouilleurs.
- E, serpentin dont la partie supérieure sert à réchauffer la vapeur venant du corps cylindrique A, et la partie inférieure l’eau d’alimentation qui y arrive directement. Ce serpentin ne peut se voir qu’en traits ponctués sur la figure 1, parce qu’il est caché par les plaques terminales mobiles qui relient entre eux les bouilleurs.
- F, tuyau réchauffeur conduisant au serpentin la vapeur du corps cylindrique A.
- G, tuyau alimentaire mettant en communication la partie inférieure du serpentin avec les différents bouilleurs.
- H, prise de vapeur allant à la machine.
- I, I, registres-papillons servant à modifier la direction des flammes du foyer.
- J, grille.
- Iv, porte du foyer.
- L, cendrier.
- M, porte du cendrier.
- N, trou pour le nettoyage.
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- ARTS MÉCANIQUES.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Laboulaye, au nom du comité des arts mécaniques, sur les machines construites par M. Tulpin (aîné), de Rouen.
- M. Tulpin aîné, constructeur de machines, à Rouen, a soumis à l’examen de la Société d’encouragement les diverses machines exposées par lui au Champ de Mars. Dans deux classes différentes, elles ont été fort appréciées par les membres du jury des récompenses, qui lui ont décerné deux médailles d’argent, qui se fussent bien probablement changées en une médaille d’or, si les exigences de la classification n’eussent pas empêché de faire apprécier, par les mêmes juges, l’œuvre entière de l’habile constructeur.
- Nous allons passer en revue les principales machines qui vous sont soumises, pour lesquelles M. Tulpin n’a pas seulement le mérite de mécanicien, mais celui d’ingénieur et d’inventeur. Ce n’est pas, en effet, à l’invention de machines sur des dessins donnés qu’il travaille principalement, mais à la création et à la fabrication d’appareils, destinés surtout à l’industrie des tissus, qu’il combine et multiplie en les améliorant.
- Le premier appareil sur lequel nous attirons votre attention est la machine à griller les tissus au gaz.
- On sait que plusieurs étoffes, les tissus de coton notamment, ont, après le tissage et le blanchiment, leur surface couverte d’un duvet qui est peu agréable à l’œil et qui gênerait beaucoup l’impression. On fait disparaître ce duvet en le brûlant, ce qui se fait soit en passant, avec une vitesse suffisante, l’étoffe sur une surface métallique fortement chauffée, soit en lui faisant traverser une flamme.
- Ce dernier système, que l’emploi du gaz d’éclairage rend d’un emploi très-simple, était cependant de plus en plus abandonné dans ces dernières années, à cause d’un défaut grave qui lui paraissait inhérent. Lorsque le tissu progresse au-dessus de la pointe de la flamme qui brûle le duvet, l’action ne se limite pas assez à la surface ; elle s’étend aux filaments placés à l’intérieur de l’étoffe, qui devient plus claire et perd de sa valeur marchande.
- M. Tulpin a heureusement obvié à cet inconvénient en employant, non plus le dard de la flamme, mais sa partie latérale, qu’il fait raser par le tissu. Son appareil, disposé pour répéter deux fois, à volonté, l’opération sur un
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- ARTS MÉCANIQUES.
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- même côté ; oii la fixité de la flamme est obtenue par l’action d’un ventilateur aspirant les produits de la combustion, et d’un petit ventilateur envoyant de l’air pour le mélanger au gaz en assez grande quantité pour brûler bleu, de manière à donner, comme dans le brûleur de Bunsen, de la chaleur plutôt que de la lumière, et à éviter toute fuliginosité susceptible de noircir l’étoffe, est complètement adopté aujourd’hui par l’industrie, comme satisfaisant à toutes les conditions qu’il y avait à remplir.
- Une autre machine, entièrement due à M. Tulpin, et qui doit apporter, dans plusieurs fabrications, d’importantes économies, est sa machine à ramer, à sécher les étoffes mouillées, en les tendant par leurs lisières. Elle se compose d’un cylindre de gros diamètre (l mètres), chauffé par de la vapeur qui circule entre la surface extérieure et une surface concentrique distante de 2 ou 3 centimètres seulement de la première, à laquelle elle est réunie par de nombreux rivets, ce qui rend les épaisseurs indépendantes des diamètres, et permet d’employer des tôles assez minces laissant passer facilement la chaleur, malgré l’emploi de la vapeur à 3 atmosphères. La circonférence entière est divisée en douze secteurs, ayant chacun son tube de vapeur et son tube de retour d’eau, ce qui rend le chauffage de toute la surface très-uniforme.
- Le tambour porte deux cercles garnis de guides de la chaîne à picots, auxquels on accroche les lisières de l’étoffe à son entrée sur le cylindre. Le tissu sèche en s’appliquant sur le tambour pendant le temps qu’il fait un demi-tour, et l’abandonne du côté opposé à l’entrée.
- Des deux cercles dont nous venons de parler, l’un est fixe et l’autre mobile, en raison de la largeur de l’étoffe à sécher. Le mouvement de ce cercle de grand diamètre est donné et sa position assurée par le mouvement d’une vis actionnant un ensemble d’articulations qui rappellent le mécanisme d’un parapluie.
- Vous voyez, Messieurs, par les deux appareils dont nous venons de vous donner une idée, que M. Tulpin construit surtout des machines qui ont pour objet diverses opérations de la fabrication des tissus et de leur teinture. La plupart de ses autres machines rentrent, en effet, dans ce cas, et, regrettant de ne pouvoir toutes les décrire ici, nous vous signalerons, comme particulièrement remarquables, la machine à laver les écheveaux, où un mouvement de rotation est combiné avec un mouvement rectiligne alternatif, par une disposition extrêmement simple, et son essoreuse à force centrifuge, à panier fait avec un grillage métallique laissant libre passage à l’eau et mue par plateaux de friction, disposition excellente pour atteindre, sans chance de rupture, de
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- très-grandes vitesses. Les machines à plier, à sécher au large les tissus méritent encore grandement d’être citées ici.
- Nous devons, cependant, dire encore quelques mots d’une série d’appareils du même constructeur, et qui, se rapportant à l’emploi de la vapeur, montrent une grande expérience acquise dans le maniement de celle-ci. C’est ce qui ne surprend pas quand on sait que M. Tulpin a été, dans sa jeunesse, le contre-maître de l’ingénieux M. Frimot, et par suite associé à ses recherches si nombreuses et souvent si originales.
- Deux appareils de cette nature ont été exposés. Le premier est un régulateur de pression dans lequel l’allongement d’une plaque de caoutchouc est employé à faire mouvoir une valve, disposition simple à laquelle on ne pourrait reprocher que la rapide destruction du caoutchouc par le contact de la vapeur, s’il n’était préservé par une colonne d’eau intermédiaire, qui le protège parfaitement. Le second est un extracteur d’eau de condensation, qui fait écouler cette eau par un robinet mû par un flotteur. Ces deux appareils ont été adoptés par une foule d’ateliers où la vapeur circule à travers de longs tuyaux et est employée au chauffage, comme blanchisseries, papeteries, etc.
- Nous pensons, Messieurs, vous avoir fait entrevoir combien M. Tulpin rend de services à l’industrie en général, et à celle des tissus en particulier, et nous sommes certain que vous serez heureux de donner toute votre approbation à ses utiles travaux. Nous vous proposons, en conséquence,
- 1° De remercier M. Tulpin de sa communication ;
- 2® D’insérer, dans votre Bulletin, le présent rapport, avec les dessins des principaux appareils de son invention.
- Signé Laboulaye, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 8 mai 1868.
- LÉGENDE EXPLICATIVE DES PLANCHES 396 ET 397 REPRÉSENTANT QUELQUES-UNES DES MACHINES CONSTRUITES PAR M. TULPIN AÎNÉ.
- Tambour à ramer et sécher les tissus (planche 396).
- Le tambour à ramer et sécher les tissus est une machine à mouvement circulaire continu.
- Fig. 1. Elévation dans un plan perpendiculaire à Taxe du tambour.
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- AAf, entrée du tissu sur les chaînes porte-picots; l’écartement des picots est moindre de quelques centimètres que la largeur du tissu, afin d’en faciliter le piquage.
- B, petites brosses circulaires, au nombre de deux, appuyant les lisières du tissu, afin de les enfoncer sur les aiguilles.
- C, C, guide-chaînes à écartement variable, à l’entrée desquels se trouvent les petites brosses B, B. L’un d’eux, que montre en partie la figure 1, est fixe dans sa partie supérieure, qui porte un galet guidé dans une espèce de canal quadrangulaire dépendant du tambour; la partie inférieure, au contraire, n’est pas invariable de position; elle peut prendre l’inclinaison que l’on désire, dans le but d’aider au piquage en rendant l’entrée plus étroite que le tissu pour arriver progressivement à l’écartement donné aux picots sur le tambour, écartement exigé par la largeur à donner à ce tissu.
- L’autre guide-chaîne est entièrement mobile et peut, à volonté, s’écarter ou se rapprocher du précédent, au moyen d’une vis de rappel qui se projette en D sur la figure.
- E, E, chaînes sans fin, portant les picots et s’enroulant sur le tambour; chacune d’elles est appelée par une roue à rochet calée sur l’axe de l’engrenage F, et passe sur une poulie de renvoi G pour arriver au guide-chaîne G qui lui correspond. L’une de ces chaînes (celle qui se voit sur la figure) aune position invariable sur le tambour; l’autre est, au contraire, mobile afin de permettre de donner aux picots un écartement plus ou moins grand en rapport avec la largeur du tissu à ramer.
- H, grand tambour annulaire, en tôle, pouvant se démonter et se remonter avec la plus grande facilité. Son diamètre extérieur est de 3m,870 et son diamètre intérieur de 3m,800; sa largeur peut varier depuis lm,230 jusqu’à lm,750 et au delà.
- Il se compose de douze plaques creuses en tôle, chauffées par la vapeur. Ces plaques sont solidement fixées par leurs extrémités, au moyen d’équerres en fonte, sur deux cercles en fer réunissant les rayons entre eux, et ayant 3m,800 de diamètre extérieur.
- L’axe de ce tambour est en fonte; il est creux d’un bout à l’autre, sauf vers le milieu où se trouve une partie pleine venue au moulage. La vapeur, arrivant par un bout, est distribuée aux douze plaques au moyen de douze tuyaux, et opère sa sortie par douze autres tuyaux semblables correspondant à l’autre bout de l’axe. Des soupapes, agissant sous l’action d’un ressort, s’opposent à ce que l’eau tombant du tuyau placé en haut repasse dans celui qui se trouve en dessous et en face de celui qui se vide.
- I, tuyau d’arrivée de la vapeur.
- I', tuyau d’évacuation de la condensation.
- J, rayons du tambour, réunis par les cercles portant les plaques; il y en a douze de chaque côté.
- K, cercle en quatre parties reliant les rayons J, auxquels il est fixé par des boulons ; il y en a un de chaque côté.
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- ARTS MÉCANIQUES.
- L, moyeux, au nombre de deux, fixés solidement sur Taxe du tambour et auxquels les rayons sont réunis à leur partie inférieure.
- Le tambour porte tout autour de sa circonférence deux bandes métalliques, dont l’écartement varie suivant la largeur à donner à l’étoffe.
- L’une de ces bandes est fixe et est munie de deux guides, l’un creux, formé d’un fer ayant cette forme L.J en section et servant au galet du guide-chaîne G, l’autre faisant saillie et sur laquelle la chaîne porte-picots correspondante vient s’appliquer.
- L’autre bande est mobile et porte deux guides semblables aux précédents, servant pour la deuxième chaîne porte-picots, laquelle, ainsi qu’on l’a dit plus haut, peut varier d’écartement avec l’autre chaîne.
- Il résulte de ces dispositions que, suivant la largeur du tissu à ramer, la seconde chaîne à picots, son guide et la bande métallique correspondante doivent varier de position en môme temps et de la même quantité. Or, ce résultat est obtenu au moyen de douze leviers articulés, disposés derrière le tambour suivant douze rayons et se reliant, d’une part, par leurs articulations à la bande métallique mobile, et, d’autre part, à un manchon monté fou sur l’axe du tambour. En faisant tourner dans un sens ou dans l’autre l’axe horizontal M, au moyen de la manette à volant N, on agit sur le manchon fou ainsi que sur les douze leviers articulés, et l’on change, par conséquent, la position d’écartement de la bande métallique mobile; mais en même temps, au moyen d’un jeu de roues d’angle, la rotation de l’axe M entraîne celle de la vis de rappel D, et le guide-chaîne correspondant se déplace dans le même sens et de la même quantité que la bande métallique mobile, en entraînant avec lui sa chaîne porte-picots.
- O, poulie de commande donnant le mouvement aux chaînes E qui entraînent le tissu ; elle est à plusieurs diamètres et porte sur son axe un pignon qui transmet son mouvement.
- O', levier de débrayage.
- P, roue dentée intermédiaire transmettant le mouvement du pignon de la poulie O à l’engrenage F, qui entraîne les roues à rochets conductrices des chaînes.
- Q, rouleaux d’appel du tissu quittant le tambour après séchage ; ils sont actionnés par des poulies de commande.
- R, rouleau de renvoi sur lequel s’appuie le tissu après dépiquage.
- S, plieur mécanique.
- T, position de l’enroulage si on ne veut pas plier le tissu.
- U, ventilateurs faisant 500 tours par minute pour activer le séchage.
- Y représente en traits interrompus une chambre en bois qui enveloppe le tambour et les ventilateurs, et qui se monte après coup. Cette chambre, qui est munie de deux regards ou fenêtres, concentre la chaleur dont la température est élevée à 65 degrés centigrades environ et favorise considérablement le séchage.
- W est la cheminée d’évacuation de la buée de la chambre Y.
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- Marche du tissu.— Le tissu est piqué en A' sur les chaînes sans fin, qu’il suit dans leur parcours. Au point de jonction du galet avec son guide, le tissu, toujours accroché aux picots, s’applique sur le tambour qui commence à opérer le séchage. A cet endroit le tissu prend le maximum de largeur qu’il doit avoir; son élargissement opéré, il n’y a qu’à le fixer par le séchage. Il suit le mouvement du tambour et des chaînes, qui opèrent leur révolution à une vitesse variable suivant la nature de l’étoffe à sécher, puis, arrivé au rouleau de renvoi R, il se dépique pendant que le mouvement de rotation du tambour et des chaînes continue, passe sur ledit rouleau, et de là, entre les deux rouleaux d’appel Q, pour être ensuite plié en S ou enroulé en T.
- Grilloir à gaz pour les tissus (planche 396).
- La figure 2 de la planche 396 est une section verticale, faite par l’axe de la machine.
- Fig. 3 et k. Croquis de détail, indiquant des changements dans la disposition des rouleaux.
- Les lettres de ces figures n’ont aucun rapport de désignation avec celles de la figure 1 de la même planche.
- A, bâtis de la machine reliés parallèlement par des entretoises.
- A', consoles supportant les rouleaux d’appel et le plieur.
- B, rouleaux de renvoi du tissu au nombre de huit, dont l’un est placé dans le bas des bâtis entre les entretoises.
- C, C', rouleaux d’appel du tissu; le rouleau inférieur C' fait 60 tours par minute.
- D, plieur mécanique.
- E, E, hottes placées au-dessus des lignes de flamme, et communiquant par des coudes avec les cheminées d’appel.
- F, F, diviseurs de flamme, disposés au milieu de chaque hotte; des diviseurs partiels s’ajoutent aux extrémités de ceux-ci suivant le nombre de tubes que l’on allume.
- G, G, glissières articulées, servant à intercepter toute communication de l’air extérieur avec les hottes E.
- H, H', chandeliers supportant une série de tubes briileurs horizontaux placés bout à bout, et formant deux lignes de flamme qui s’étendent sur presque toute la largeur de la machine. Les trous de dégagement du gaz, dans les tubes briileurs, sont disposés en quinconce.
- Les chandeliers extrêmes que représente la figure 2 sont munis de robinets pour rétrécir à volonté la largeur des lignes de flamme.
- I, grand ventilateur aspirant, servant à enlever les produits de la combustion.
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- J, petit ventilateur, introduisant l’air dans les tuyaux d’arrivée du gaz pour en opérer le mélange avant la combustion; il est mis en mouvement par le grand ventilateur, au moyen d’une poulie à gorge.
- K, tuyau dans lequel le ventilateur J envoie de l’air.
- L, amorce du tuyau qui amène le gaz.
- M, M, tuyaux distributeurs du gaz et de l’air mélangés.
- N, N', brosses plates, servant à relever le duvet du tissu au moment de son grillage ; elles peuvent être remplacées par des brosses circulaires.
- Les poulies de commande des rouleaux d’appel doivent faire 60 tours par minute ; celles du grand ventilateur, 800 tours.
- Le tissu, dans son passage à la machine, a un parcours variable suivant le nombre de fois que ses faces doivent être grillées ; sa marche est indiquée par des flèches.
- Dans la figure 2, le tissu est grillé deux fois à l’envers et deux fois à l’endroit avec deux lignes de flamme.
- Dans la figure 3, il est grillé quatre fois du même côté avec deux lignes de flamme.
- Dans la figure 4, il est grillé deux fois du même côté avec une seule ligne de flamme.
- Pour disposer les choses de manière à obtenir les grillages des figures 3 et 4, il faut déplacer le premier rouleau de renvoi B, indiqué à droite sur la figure 2, et le mettre en B'; il faut également changer de place la première brosse de droite N et la fixer en N'. Dans ces deux dernières dispositions, le côté du tissu que l’on veut griller est celui qui doit frotter sur la barre O placée à l’avant de la machine.
- Appareil pour cuire les couleurs à la vapeur (planche 397).
- Fig. 1. Élévation et section longitudinale partielles.
- A, bâtis extrêmes simples.
- A', bâtis doubles.
- B, chaudières à cuire les couleurs, de capacités variables, et dont le nombre peut être illimité. Chacune de ces chaudières se compose : 1° d’une enveloppe intérieure qui reçoit les couleurs à cuire ; 2° d’une enveloppe intermédiaire entourant la précédente ; 3° d’une enveloppe extérieure contenant les deux autres. La vapeur destinée à cuire les couleurs est introduite entre l’enveloppe intérieure et l’enveloppe intermédiaire. Entre cette dernière et l’enveloppe extérieure on introduit un corps mauvais conducteur de la chaleur (une couche épaisse de charbon pilé) pour éviter, autant que possible, toute déperdition de calorique par rayonnement. Chaque chaudière est couronnée d’une hausse évasée, venant se joindre à la partie supérieure de l’enveloppe extérieure.
- C, C', tourillons sur lesquels les chaudières peuvent tourner; ils s’emboîtent dans des supports fixés sur les bâtis A, A'. Les tourillons qui sont en C portent un méplat
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- sous lequel vient s'engager un arrêt à poignée, qui a pour but de maintenir les chaudières fixes pendant la cuisson.
- Les tourillons qui sont en C' sont creux et munis d’un presse-étoupe dans lequel est engagé le tuyau qui sert à introduire, au besoin, de la vapeur ou de l’eau froide.
- D, poignées servant à renverser les chaudières.
- E, robinets de purge de la condensation.
- F, tuyau principal d’arrivée de vapeur.
- G, tuyau principal de distribution d’eau froide.
- H, robinet à col de cygne, desservant les deux chaudières. Il sert à verser dans l’enveloppe intérieure l’eau nécessaire au lavage ou à tout autre usage exigé par le service.
- I, tuyaux partiels verticaux, amenant constamment l’eau froide jusqu’aux robinets à trois eaux J.
- I', tuyaux partiels horizontaux, amenant constamment la vapeur jusqu’à ces mêmes robinets à trois eaux.
- J, robinets à trois eaux pouvant, à volonté, distribuer de la vapeur ou de l’eau froide dans les chaudières, ou intercepter complètement toute distribution.
- L’introduction de la vapeur a pour but de cuire les couleurs. L’introduction instantanée de l’eau froide, à la place de la vapeur, non-seulement a pour effet de refroidir en peu de temps les chaudières pour procéder à une nouvelle cuisson, mais encore offre l’avantage d’éviter l’adhérence des couleurs contre les parois de l’enveloppe intérieure.
- K, K, bâtis à colonnes.
- K', entablement reposant sur les bâtis K, K, et supportant tous les organes de la transmission du mouvement aux agitateurs placés dans les chaudières.
- L, agitateurs des chaudières; ils sont composés d’ailettes montées à l’extrémité d’axes verticaux, qui sont formés de deux parties réunies par un manchon d’assemblage ; cette brisure des axes, corrigée par le manchon, est indispensable pour l’enlèvement des ailettes, quand on veut renverser les chaudières pour les vider.
- M, manchons d’assemblage des axes brisés des agitateurs L.
- N, arbre principal de transmission, supporté par des chaises fixées sur l’entablement K'.
- O, poulie motrice.
- P, pignons coniques de commande du mouvement des agitateurs.
- P', boîtes d’embrayage des pignons P, se manœuvrant au moyen de fourchettes à levier.
- Q, autres pignons coniques, calés à l’extrémité supérieure des arbres verticaux de commande des agitateurs.
- R, manchons dans lesquels tournent les arbres verticaux de commande des agitateurs.
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- S, pignons droits fixes, calés à l’extrémité inférieure des manchons R.
- T, traverses à trois douilles, dont celle du milieu est calée à l’extrémité inférieure des arbres verticaux de commande des agitateurs; les douilles de droite et de gauche servent de supports-guides aux axes des agitateurs.
- U, petits pignons droits, se développant sur ceux fixes S pour entraîner les agitateurs tout autour de la paroi intérieure des chaudières.
- Y, W, roues dentées calées sur les axes des agitateurs et faisant tourner ces agitateurs sur eux-mémes, en même temps qu’ils parcourent la circonférence intérieure des chaudières.
- Il résulte de ce double mouvement imprimé aux agitateurs que la couleur est non-seulement remuée au centre de chaque chaudière, mais encore est ramenée de la circonférence vers le centre, ce qui l’empêche de s’attacher au métal par l’effet de la chaleur.
- Appareil extracteur d’eau de condensation (planche 397).
- Le but cet appareil est de favoriser l’écoulement de toute l’eau provenant de la condensation de la vapeur dans tous les appareils où on l’emploie, soit pour cuire, chauffer ou sécher; d’éviter en même temps les pertes de vapeur par les robinets ordinaires d’écoulement de ladite eau ; d’empêcher les accidents fréquents causés par la présence de l’eau froide dans lesdits appareils, et son contact immédiat lors de la mise en marche; de rendre pour ainsi dire inutile la surveillance des robinets d’écoulement et, par conséquent, de prévenir le manque de soins si fréquent des ouvriers.
- La figure 2 de la planche 397 est une élévation et une coupe longitudinale partielles de l’appareil.
- Les lettres de cette figure n’ont aucun rapport de désignation avec celles des figures 1 et 3 de la même planche.
- A, enveloppe cylindrique de l’appareil, à laquelle sont fixés et reliés tous les organes ; elle est fermée en dessus et en dessous.
- B, flotteur métallique soumis aux variations du niveau de l’eau.
- G, tige reliée au flotteur B et au balancier D.
- D, balancier oscillant suivant les variations du flotteur B ; il est terminé par deux secteurs, et est supporté par une colonne s’élevant au-dessus du cylindre A.
- E, boîte à étoupe dans laquelle glisse librement la tige G.
- F, bouchon autoclave, servant à fermer hermétiquement l’ouverture ménagée en dessous du cylindre A pour l’introduction du flotteur B.
- G, petit autoclave placé en dessus du cylindre A.
- H, tubulure mise en communication avec les appareils de chauffage dont on veut recueillir l’eau de condensation.
- H', tubulure de sortie laissant échapper l’eau condensée;
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- I, contre-poids fixé par une chaîne à l’extrémité du balancier D, et servant à équilibrer le flotteur B.
- J, robinet dont la clef, ajustée à frottement très-doux, s’ouvre ou se ferme suivant la quantité d’eau de condensation à laisser échapper.
- K, petite manivelle commandant la clef du robinet J, et recevant son mouvement du balancier D.
- L, tringle reliant le balancier à la manivelle K.
- M M, ligne normale de flottaison quand l’eau de condensation commence à s’échapper par le robinet J.
- N, tige à crochet s’articulant au pied de la colonne qui supporte le balancier D, et servant à relever ce balancier pour maintenir le flotteur un peu élevé quelques minutes avant la mise en fonction de l’appareil.
- Machine à laver les écheveaux (planche 397).
- La figure 3 de la planche 397 est une élévation de face et une section verticale partielles de la machine.
- A, cuve en bois recevant l’eau nécessaire au lavage des écheveaux, et supportant tous les organes de la machine. Le fond de cette cuve est un plan incliné qui favorise l’évacuation des dépôts ; une cloison longitudinale placée au milieu divise la capacité en deux parties complètement indépendantes l’une de l’autre, ce qui permet de laver des teintes de nuances différentes.
- B, compartiments réservés dans chacune des deux parties de la cuve pour l’arrivée de l’eau, qui se déverse alors en nappes de la largeur desdits compartiments pour mieux se répartir dans la cuve.
- G, valves placées à l’opposé des compartiments B, et destinées à régler l’écoulement du liquide; cet écoulement se fait par le haut et par le fond de la cuve, ce qui permet la prompte évacuation des corps flottants et des dépôts qui peuvent se former. Au moyen d’un pignon et d’une vis sans fin, on règle l’ouverture des valves aussi petite que l’on veut.
- D, D, bâtis à colonnes réunis par une traverse supérieure E, et servant de guides à la traverse inférieure E' ; ils reposent sur des plates-formes fixées à la cuve A, et celui de droite est muni d’un palier supportant l’arbre de commande de la machine.
- E, traverse supérieure supportant tous les mouvements de la machine, et consolidée par des jambes de force, qui la relient de part et d’autre aux bâtis.
- E', traverse inférieure supportant les bobines, et guidée entre les colonnes des bâtis D.
- F, F, bielles de suspension supportant la traverse inférieure, et s’articulant sur la traverse supérieure.
- G, bobines en cuivre ou toute autre matière, sur lesquelles se placent les écheveaux
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- INSTRUMENTS DE PRECISION.
- à laver ; chacune d’elles est munie d’une poulie à gorge, dans laquelle vient passer une corde sans fin.
- H, arbre de commande muni d’un volant, et communiquant aux bobines un double mouvement rotatif et alternatif.
- I, poulies de diamètres différents commandant l’arbre H.
- J, manivelle clavetée sur l’arbre H.
- K, bielle servant, au moyen de la manivelle J, à imprimer à la traverse E', et, par conséquent, aux bobines un mouvement de va-et-vient.
- L, L', pou ies à larges gorges, de diamètres différents, dont les axes sont soutenus par des supports fixés à la traverse E.
- M, arbre incliné transmettant, au moyen d’un double système d’engrenages coniques, un mouvement circulaire continu à la poulie L.
- N, corde sans fin transmettant aux poulies qui portent les bobines un mouvement circulaire continu.
- O, système de tendeur de la corde sans fin.
- P, levier de débrayage.
- Cette machine s’applique surtout au lavage des écheveaux de fils de lin, de chanvre, de laine, de soie, etc. Elle s’emploie également pour le dégraissage des écheveaux de laine ; mais, dans ce cas, il faut y joindre des presses à exprimer. Deux ouvriers suffisent à une machine de dix bobines, et chaque bobine représente le travail de deux ouvriers. Quant a la dépense de force motrice, elle est insignifiante, 1/4 de cheval environ.
- (M.)
- INSTRUMENTS DE PRÉCISION.
- Rapport fait par M. Duméry, au nom du comité des arts mécaniques, sur un compas porte-mine, présenté par M. Ch. Lamotte-Lafleur, rue Saint-Martin, 88, à Paris.
- Messieurs, M. Charles Lamotte, fabricant d’instruments de mathématique, a soumis à l’appréciation de la Société un compas porte-mine.
- Vous savez tous quels sont les ennuis et les pertes de temps qu’entraîne l’obligation d’ajuster des petits fragments de crayon dans l’une des deux branches d’un compas.
- Si l’extérieur du crayon n’est pas exactement du diamètre de l’intérieur do l’instrument, il faut, lorsqu’il est trop petit, le grossir à l’aide de papier
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- INSTRUMENTS DE PRECISION.
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- enroulé que l’on serre toujours insuffisamment, ou, lorsqu’il est trop gros, le diminuer en le charpentant avec un canif; d’où il advient que le crayon est rarement assujetti convenablement et que le travail qu’on opère avec le compas laisse presque toujours à désirer.
- M. Lamotte-Lafleur a eu l’ingénieuse pensée de remplacer l’appendice porte-bois par un porte-mine fendu, beaucoup moins embarrassant, qui procure la consolidation parfaite de la mine, et permet de tracer avec plus de célérité et de précision tous les cercles que l’on a besoin de décrire.
- L’appendice qui fait l’objet de la présentation de M. Lamotte-Lafleur n’a pas seulement pour résultat de rendre le placement de la mine plus prompt et plus sûr, il présente encore l’avantage de faciliter et de simplifier la taille delà mine elle-même.
- En effet, la taille de la mine cylindrique, adoptée par M. Lamotte-Lafleur, se réduit à la formation d’une seule facette ou mieux d’un seul plan d’intersection oblique du cylindre de la mine.
- L’angle que forme ce plan avec l’axe du cylindre de la mine détermine, sur l’un des côtés du cylindre, une taille plus ou moins fine selon l’obliquité du plan, mais possédant bien le caractère de taillant tangentiel, le plus résistant et le plus convenable pour le travail spécial d’un compas.
- Ce plan s’obtient de la manière la plus simple en présentant et frottant obliquement la mine sur du grès, sur une lime, ou même sur du papier d’émeri.
- Quoique bien modeste en apparence, le perfectionnement introduit par M. Lamotte-Lafleur dans cette partie des instruments de mathématique acquiert une certaine valeur, si l’on veut bien considérer qu’il s’adresse à une industrie très-avancée dans laquelle la compétition est considérable, et qu’une modification utile appliquée dans ces conditions difficiles est de nature à lui concilier les sympathies de la Société d’encouragement.
- Aussi, Messieurs, venons-nous, au nom du comité des arts mécaniques, vous proposer de remercier M. Lamotte-Lafleur de sa communication, et d’ordonner l’insertion du présent rapport dans votre Bulletin, avec le dessin du porte-mine.
- Signé Duméry, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 8 mai 1868.
- Les figures d’autre part représentent, dans deux plans perpendiculaires, la branche porte-mine du compas de M. Lamotte-Lafleur.
- Tome X.Y. — 67e année. 2e série. — Novembre 1868,
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- a est l’appendice porte-mine ; construit en forme de gouttière dont le fond est fendu dans presque toute la hauteur, cet appendice a sa partie supérieure fixée sous la genouillère par une petite vis, tandis que sa partie inférieure est maintenue par la branche meme du compas qui l’entoure comme une bague.
- b, branche du compas sur laquelle est fixé le portemine ; elle est fendue, comme le porte-mine, sur une partie de sa hauteur, afin de présenter l’élasticité indispensable au serrage de la mine.
- c, vis de serrage de la mine, agissant à la fois sur la branche b et sur le porte-mine a.
- d, mine taillée en biseau.
- (M.)
- ARTS CHIMIQUES.
- REMARQUES SUR L’AFFINITÉ, PAR M. DUMAS.
- « Quelle est la force qui détermine les corps simples à s’unir à d’autres corps simples pour former des composés : les acides aux bases pour produire des sels ; la chaux vive à l’eau pour faire la chaux éteinte; le charbon à brûler dans l’air, le fer à s’y couvrir de rouille ?
- « Cette force, on ne la connaît pas. On sait seulement qu’elle ne s’exerce qu’au contact apparent des corps ; qu’elle devient insensible à des distances sensibles ; que, si la masse des corps intervient dans les phénomènes qu’elle produit, c’est surtout leur nature qui exerce l’action prépondérante.
- « On la désigne sous le nom d'affinité.
- « Je ne me propose pas de retracer ici l’histoire de l’affinité depuis la première apparition de ce mot dans les doctrines de la chimie, il y a un peu plus de deux siècles. J’ai exposé ailleurs les interprétations successives que lui ont données Barchusen qui, des premiers, s’en est servi, Boerhaave qui en a fixé le sens, Geoffroy qui a cru en découvrir les lois, Berthollet qui les a formulées réellement pour un grand nombre de phénomènes.
- « Je ne me serais même pas permis de placer sous les yeux de l’Académie ce fragment emprunté à l’exposé des derniers travaux des chimistes français, si, pour en faire
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- comprendre la portée, je n’avais été conduit à les mettre en parallèle avec les principes établis par Newton à la suite des longues recherches auxquelles il s’était livré pour se rendre compte de la nature des réactions chimiques.
- « Mais ayant été amené de mon côté à rendre hommage à la puissance et à la fermeté de ses connaissances chimiques, il m’a semblé qu’au moment où elles étaient signalées par notre illustre doyen à l’attention des savants, à l’occasion des études philosophiques du plus haut intérêt qu’il communique à l’Académie, il me serait permis de devancer de quelques semaines une publication où elles jouent un rôle important.
- « Newton, cela est connu, avait fait de nombreuses expériences de chimie qui ont été perdues. Les conclusions qu’il en avait tirées ont été résumées par lui-même. Elles ont servi de base à la doctrine chimique de Bergmann et à celle de Buffon, qui, par un emploi prématuré des principes de Newton, n’ont pas peu contribué à éloigner les chimistes de leur accorder le respect qu’ils méritent. Aussi le nom de Newton a-t-il disparu des traités de chimie, et je pense avec M. Ghevreul, ainsi que M. Trouessart, qu’il doit y être rétabli, comme ayant le premier bien compris la nature de l’affinité.
- « Lavoisier, contemporain de Buffon, mais plus réservé que lui sur une matière dont les difficultés lui étaient mieux connues, ne s’est jamais expliqué d’une manière expresse au sujet de l’affinité. Il considérait même cette branche de la science comme trop élevée pour être à la portée des chimistes de son temps, et il leur conseillait, avant de s’en occuper, d’asseoir sur une base solide les éléments de la chimie, de même, dit-il, qu’on fixe avec certitude les principes de la géométrie élémentaire avant d’aborder les difficultés de la géométrie supérieure.
- « Lavoisier, ajournant l’étude de la force qui produit les phénomènes chimiques, avait donc concentré son attention sur le rôle de la matière pondérable. Il avait considéré, sans doute, la chaleur dégagée ou absorbée dans les réactions des corps comme un phénomène fondamental dont la mesure était aussi nécessaire à leur explication que la détermination du poids des substances employées et des substances obtenues, mais on ne voit pas qu’il ait considéré cette chaleur comme l’expression de la force chimique.
- « Matière pondérable, chaleur, attraction moléculaire : voilà les trois termes auxquels Lavoisier a eu recours, et dont il s’est contenté pour l’explication des phénomènes chimiques. Il a soumis la matière et la chaleur dans leurs déplacements aux mesures les plus exactes et les plus délicates. Il a laissé l’attraction à l’écart comme une notion inaccessible à l’expérience, et ne pouvant donner lieu de son temps qu’à des hypothèses inutiles.
- « Lavoisier avait donc admis l’attraction chimique, l’affinité, et n’en avait pas cherché l’explication. En cela, il s’était trouvé d’accord avec Newton. Ce grand homme énonçait, en effet, de la manière suivante, le résultat de ses travaux et de ses réflexions
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- sur les phénomènes chimiques près d’un siècle auparavant, montrant par la précision des détails et la profondeur des vues que les humbles études pratiques du laboratoire lui étaient aussi familières que les conceptions les plus élevées de la mécanique céleste :
- « Les petites particules des corps, dit-il, n’ont-elles pas certaines vertus, puissances « ou forces, au moyen desquelles elles agissent à certaines distances, non-seulement « sur les rayons de la lumière pour les réfléchir, les rompre et les infléchir, mais « encore les unes sur les autres? C’est une chose connue que les corps agissent les « uns sur les autres par les attractions de la gravité, du magnétisme et de l’électricité ; « ces exemples, qui nous montrent l’ordre et les procédés que suit la nature, nous « montrent aussi qu’il peut y avoir d’autres puissances attractives.
- « Ce que j’appelle attraction peut être produit par impulsion ou par d’autres « moyens qui nous sont inconnus. Je n’emploie ce mot d'attraction que pour désigner « en général une force quelconque par laquelle les corps tendent récipoquement les « uns vers les autres, quelle qu’en soit la cause.
- « Car, c’est par l’étude directe des phénomènes de la nature que nous devons « apprendre quels corps s’attirent réciproquement, et quelles sont les lois et les pro-« priété$ de cette attraction, avant de rechercher la cause efficiente qui la produit.
- « Les attractions de la gravité, du magnétisme et de l’électricité s’étendent jusqu’à « des distances fort sensibles; aussi tombent-elles sous les sens et la perception même « du vulgaire. Mais il peut y avoir d’autres attractions qui s’arrêtent à de si petites « distances qu’elles ont échappé jusqu’ici à toute observation, et peut-être que l’at— « traction électrique peut agir à ces sortes de petites distances, même sans être excitée « par le frottement. »
- « Newton explique par cette attraction la propriété qu’ont certains sels de prendre l’eau à l’air et la difficulté qu’on éprouve à en séparer cette eau par la chaleur ; de même l’absorption de la vapeur d’eau par l’acide sulfurique et la chaleur développée par le mélange de cet acide avec l’eau :
- « Si l’acide du vitriol chasse du sel marin ou du nitre les acides qui y sont contenus,
- « c’est qu’il est plus vivement attiré qu’eux par leur alcali fixe, lequel, n’étant pas « capable de retenir deux acides à la fois, laisse échapper le sien.
- « Si la potasse précipite les dissolutions métalliques, c’est que les particules acides « sont plus fortement attirées par l’alcali que par le métal.
- « Si une dissolution de cuivre dissout le fer et laisse aller le cuivre ; si une dissolues tion d’argent dissout le cuivre et laisse aller l’argent, etc., n’est-ce pas que les parte ticules acides sont plus attirées par le fer que par le cuivre, par le cuivre que par « l’argent?
- « Les métaux rongés par un peu d’acide se changent en rouille, terre insipide et qui « ne peut être dissoute par l’eau. Cette terre infusée dans un peu plus d’acide devient
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- « un sel métallique. Certaines-pierres dissoutes dans des menstrues convenables de-« viennent des sels. Tout cela ne montre-t-il pas que les sels sont composés d’une « terre sèche et d’un acide aqueux unis ensemble par attraction, et que la partie ter-« reuse ne peut devenir sel, si on n’y ajoute une quantité d’acide assez grande pour « qu’elle puisse ensuite être dissoute par l’eau ? »
- « Je ne pense pas qu’aucun chimiste contemporain de Newton ait possédé la notion juste et saine des principes de la chimie que résument ces lignes. Il est douteux que de son temps on en ait compris la force et Importée.
- « On peut donc considérer, non comme de vaines hypothèses, mais comme le fruit d’une expérience très-avancée, de longues et substantielles études, les réflexions suivantes de Newton :
- « Les plus petites particules de matière peuvent être unies par les plus fortes attrac-« tions et composer des particules plus grosses dont la force attractive sera moins con-« sidérable : plusieurs de ces dernières peuvent s’unir à leur tour, et composer des « particules plus grosses dont la force attractive soit encore moins considérable, et « ainsi de suite, en continuant la série, jusqu’à ce que la progression finisse par les « plus grosses particules d’où dépendent les phénomènes chimiques et les couleurs « des corps naturels. Jointes ensemble, ces dernières composent, enfin, les corps qui, « par leur grandeur, tombent sous les sens.
- « Les différents degrés de fluidité, de volatilité ou de fixité dépendront de la « plus ou moins grande force d’union des parties ou de leur plus ou moins grande « grosseur.
- « Puisque les métaux, ajoute encore Newton, dissous dans les acides n’attirent à « eux qu’une petite partie de l’acide, il est clair que leur force attractive ne s’étend « qu’à de petites distances. Et comme, en algèbre, les quantités négatives commencent « là où s’évanouissent et finissent les positives, de même, en mécanique, la force « répulsive doit commencer à se manifester là où la force attractive vient à cesser.
- « S’il en est ainsi, la marche de la nature sera simple et toujours conforme à elle-« même. Elle accomplira tous les grands mouvements des corps célestes par l’attraction « de gravité qui est mutuelle entre tous ces corps, et elle accomplira presque tous les «t mouvements de leurs particules par une autre force attractive et répulsive qui est « aussi mutuelle entre ces particules.
- « Il y a dans la nature des agents capables d’unir les particules des corps, et c’est à « la philosophie expérimentale à découvrir ces agents. »
- « Newton admet, enfin, « qu’à l’origine des choses Dieu forma la matière de telle « façon que ses particules primigènes, dont devait sortir par la suite toute nature cor-« porelle, fussent solides, fermes, dures, impénétrables et mobiles; avec telles « grandeurs et figures, et, en outre, telles propriétés, en tel nombre et en telle pro-« portion qu’il convenait, à raison de l’espace où elles devaient se mouvoir, et de
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- « manière qu’elles pussent le mieux atteindre les fins pour lesquelles elles étaient « formées.
- « Par cela même que ces particules primigènes sont complètement solides, elles sont « incomparablement plus dures qu’aucun des corps composés. Elles ne peuvent être « ni usées, ni fractionnées. »
- « De même, qu’il serait difficile de définir mieux que ne le faisait Newton l’attraction moléculaire, à laquelle se rapporte l’affinité chimique, de même, la définition qu’il donne des atomes serait encore aujourd’hui la meilleure introduction à l’exposé des idées qu’il est possible de se former des atomes de la chimie actuelle, qui se confondent avec les particules qu’il nomme primigènes. Les chimistes du temps présent éludent, il est vrai, la difficulté, en laissant dans le vague tout ce qui concerne la nature de l’affinité ou celle des atomes. Ils obéissent ainsi aux habitudes louables de leur esprit, préférant se taire sur des sujets où manque la certitude; mais cette réserve n’est pas sans inconvénient, car ceux qui commencent l’étude de la chimie.essayent naturellement de suppléer au silence du maître sur ces matières, les seules qu’on puisse aborder quand on est privé de laboratoire et qu’on n’est pas conduit à fixer toute son attention sur les détails des expériences et sur le maniement des appareils. Il n’est pas nécessaire d’ajouter qu’ils s’égarent, et que l’un des principaux obstacles à la diffusion des principes sains de la chimie tient, peut-être, à cette ignorance où le commençant est laissé sur la nature de la force qu’elle met en jeu et sur celle des atomes qu’elle considère.
- « Les particules primigènes, ajoute Newton, ont en elles non-seulement la force « d’inertie et sont soumises aux lois passives du mouvement qui résultent nécessaire-« ment de cette force, mais, de plus, elles reçoivent perpétuellement le mouvement de « certains principes actifs, tels que la gravité, la cause de la fermentation et de la cohé-« rence des corps. »
- « Je termine ces citations par quelques lignes dans lesquelles Newton expose la vraie philosophie des sciences :
- « Dire que chaque espèce de choses est douée d’une qualité occulte spécifique, par « laquelle elle a une certaine puissance d’agir et de produire certains effets sensibles, « c’est ne rien dire du tout. Mais déduire des phénomènes de la nature deux ou trois « principes généraux de mouvement et faire voir ensuite comment les propriétés et les « actions de toutes les choses corporelles découlent de ces principes constatés, ce serait « faire un grand progrès dans la philosophie, quoique les causes de ces principes eux-« mêmes ne fussent pas encore connues.
- « Sur ce fondement, je ne fais pas de difficulté, dit-il comme conclusion, de pro-« poser les principes de mouvement dont j’ai parlé, parce que la nature entière les « révèle de la manière la plus évidente, mais je laisse à d’autres le soin d’en découvrir « les causes. »
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- « Sans résoudre la question posée par Newton, plus tard Berthollet découvrit au moins un de ces principes généraux de mouvement dont l’application aux réactions fondamentales des sels les uns sur les autres, des acides et des bases sur les sels constitue ce qu’on désigne sous le nom de lois de Berthollet.
- « Si l’on mêle, par exemple, du nitrate de chaux et du sulfate de soude, l’un et l’autre en solution dans l’eau, il se dépose du sulfate de chaux, et la liqueur retient du nitrate de soude.
- « Berthollet attribue avec raison l’échange de base et d’acide qui s’est opéré, non à de plus énergiques affinités, mais à la faible solubilité du sulfate de chaux. Il fait voir qu’en général, lorsqu’on mêle deux solutions salines et que l’un des quatre sels susceptibles de prendre naissance est insoluble, celui-ci se forme, se dépose et détermine ainsi la production du sel correspondant complémentaire.
- « Berthollet attribue à la cohésion plus grande du sel insoluble la cause qui détermine sa formation ; mais, lorsqu’on essaye de préciser à quels signes il reconnaît si la cohésion d’un sel est plus ou moins considérable, on est forcé d’accepter la solubilité et l’insolubilité, elles-mêmes, comme les seuls indices de la faiblesse ou de l’intensité de la cohésion. Aussi, dans l’exposé des lois de Berthollet, s’est-on contenté depuis longtemps de dire que, dans le mélange de deux solutions salines, si le sel insoluble possible se forme et se dépose, c’est parce qu’il est insoluble.
- « J’ai reconnu, cependant, que Newton avait signalé avec une rare prévoyance la plus ou moins grande force d’union des parties comme l’une des causes déterminantes de la fluidité ou de la fixité; car ce que Berthollet désigne sous le nom de cohésion consiste réellement en une diminution de volume, en un accroissement de densité, comme mes études sur les volumes atomiques le constatent.
- « Vient-on à comparer, par exemple, la magnésie, la chaux, la strontiane et la baryte dans leurs rapports avec l’acide sulfurique, on trouve que la condensation des éléments va en croissant du sulfate de magnésie au sulfate de* baryte. Elle est au minimum dans le sulfate de magnésie, celui de ces quatre sulfates que l’eau dissout facilement; au maximum dans le sulfate de baryte, tout à fait insoluble.
- « Tous les sulfates solubles sont comparables, sous ce rapport, au sulfate de magnésie. Le sulfate de plomb, qui est insoluble, ressemble, au contraire, au sulfate de baryte.
- « La même relation s’observe entre le chlorure d’argent, le calomel, le chlorure de plomb et le sublimé corrosif. La condensation des éléments est au maximum dans le premier de ces corps, qui est le plus insoluble ; au minimum dans le dernier, qui est le plus soluble.
- « L’iodure d’argent est plus condensé que le bromure, et celui-ci l’est plus que le chlorure du même métal, ce qui s’accorde avec les solubilités respectives de ces trois corps dans l’ammoniaque liquide.
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- « Lorsqu’il s’agit d’un acide soluble dans l’eau, les sels qu’il forme avec les bases, pour un même état de saturation, sont d’autant plus solubles que l’acide s’est moins éloigné de son état primordial, c’est-à-dire que la condensation est plus faible, et d’autant moins soluble que celle-ci est plus forte.
- « Les phénomènes de double décomposition sont toujours déterminés par la production du composé le plus condensé et par sa précipitation.
- « Ainsi, une plus grande force d’union entre les parties, laquelle a pour mesure le rapprochement de celles-ci, c’est-à-dire leur condensation, est un signe d’insolubilité, comme le prévoyait Newton, une preuve d’accroissement de cohésion et une cause de double décomposition, comme le professait Berthollet.
- « Mais pourquoi cette condensation est-elle plus grande dans les sulfates de baryte et de plomb, et moindre dans les sulfates de magnésie et de cuivre? Pourquoi les phosphates sont-ils généralement insolubles, tandis que tous les nitrates et tous les acétates sont solubles? Nous l’ignorons, et si, pour répondre à de telles questions, il n’est pas nécessaire peut-être d’arriver à la connaissance absolue de la nature de l’affinité, du moins est-il indispensable d’en pénétrer plus profondément les lois.
- « Lavoisier ne s’était jamais expliqué au sujet de l’affinité; Newton voulait qu’avant d’en rechercher la nature on fit une étude approfondie des lois auxquelles elle obéit. Mais le point de vue réservé qui avait été choisi par ces deux grands hommes fit place, au commencement de ce siècle, à un point de vue nouveau : ils comparaient l’un et l’autre l’attraction chimique ou moléculaire à l’attraction générale ; Davy, OErstedt, Ampère, Berzélius, notre confrère M. Becquerel et leurs imitateurs essayèrent de la rattacher spécialement aux attractions électriques, ou même de la confondre avec ces forces.
- « Une théorie électro-chimique propre à rendre compte des effets de l’affinité eût semblé impossible tant que l’électricité statique seule était connue des physiciens; mais la découverte de Yolta et l’étude des propriétés de l’électricité dynamique ouvrirent une voie nouvelle. Il paraissait naturel de supposer un lien étroit, par exemple, entre la force de l’étincelle, qui détermine la combinaison de l’oxygène et de l’hydrogène pour la formation de l’eau, et celle de la pile, qui, opérant silencieusement et sans relâche la décomposition de ce liquide, amène l’hydrogène au pôle négatif et l’oxygène au pôle positif.
- « En renversant le mode d’action de l’électricité décomposante fournie par la pile, ne devait-on pas obtenir la représentation la plus naturelle de la force attractive qui unit les éléments de l’eau?
- « Davy essaya, le premier, de donner, au moyen de l’électricité, une explication des effets permanents dus à l’attraction chimique et des phénomènes passagers qui accompagnent la combinaison des corps. Il supposait qu’au contact d’un acide et d’une base leurs particules se chargent d’électricités contraires, et qu’au moment de la com-
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- binaison ces électricités se réunissent tout à coup. Le composé formé, la lumière ou la chaleur développées au moment de la combinaison s’expliquent facilement dans cette hypothèse.
- « Davy suppose donc que c’est l’attraction qui lie les particules des corps, mais qu’en mettant en contact du soufre et du cuivre, par exemple, ils prennent des états électriques opposés; qu’en les chauffant, les tensions électriques s’exaltent; qu’enfin, les deux fluides électriques arrivés à une tension trop forte s’attirent et se confondent, produisant de la chaleur et de la lumière, tandis que le soufre et le cuivre, rapprochés par ce conflit, demeurent soudés par l’attraction, formant ainsi le sulfure de cuivre.
- « Ampère, modifiant cette hypothèse, considère les atomes comme étant doués d’une électricité propre et comme étant entourés d’une atmosphère électrique de nom contraire. Ce sont les atmosphères électriques qui, en se neutralisant, produisent la lumière et la chaleur; ce sont les électricités propres aux atomes qui produisent les combinaisons par leur action mutuelle. Ampère n’a donc pas besoin de faire intervenir l’attraction générale ; il explique par le jeu cPune seule force les phénomènes passagers et les phénomènes permanents de l’action chimique. Mais Ampère eût volontiers cherqhé dans l’électricité la cause de l’attraction universelle elle-même.
- « Enfin, Berzélius considère les molécules comme étant non-seulement électrisées, mais comme étant polarisées.
- « Ces diverses conceptions n’ont eu qu’une seule conséquence pratique. Davy, convaincu que la force qui réunissait les éléments des corps composés était de nature électrique, en conclut qu’en opposant à l’électricité de combinaison l’électricité de décomposition fournie par la pile on analyserait tous les corps. Augmentant, en conséquence, la puissance voltaïque dont il disposait, il parvint à isoler les métaux des alcalis, ceux des terres, le bore et le silicium.
- « Après ce grand événement, les théories électro-chimiques n’ont plus rien appris qui fût propre à guider les chimistes, soit sur la nature de l’affinité, soit sur les lois qui en règlent l’intervention dans la formation ou dans la destruction des corps.
- « Il est resté démontré seulement que toute action chimique est accompagnée d’un mouvement électrique et que toute combinaison chimique conductrice peut être disjointe, lorsqu’elle est placée entre les deux pôles d’une pile. Les métaux sont toujours amenés au pôle négatif, l’oxygène constamment au pôle positif, et les autres corps à l’un ou à l’autre des deux pôles, selon la nature des composés dans lesquels ils sont engagés.
- « Quand deux corps se combinent, il y a dégagement d’électricité, et, quand deux corps se séparent, il y a absorption d’électricité.
- « Combien se produit-il d’électricité quand deux corps se combinent? Combien en consomme la séparation de ces mêmes corps ? Ces deux questions ont été l’objet d’un examen attentif; les découvertes de Faraday et de M. Edmond Becquerel sur celto matière importante, ainsi que les travaux poursuivis par M. Favre dans la même Tome XV. — 67e année. 2e série. — Novembre 1868. 86
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- voie, les ont éclairées d’un jour nouveau, en définissant avec précision les équivalents électriques, mais n’ont pas fourni aux chimistes une doctrine de l’affinité.
- « Après avoir reconnu que l’espoir de représenter l’affinité dans sa cause et dans ses effets comme une action purement électrique ne se réalisait pas et ne conduisait à aucune conception pratique, j’en étais revenu, dans les derniers cours que j’ai eu l’honneur de professer à la Faculté des sciences, au point de vue suivant :
- « Acceptant l’affinité comme un fait, je constatais : 1° que la combinaison semblait possible tant que les corps mis en présence pouvaient dégager de la chaleur en agissant l’un sur l’autre, mais qu’à mesure que la combinaison se compliquait, la chaleur dégagée allait s’affaiblissant; 2° que, pour séparer les corps combinés, il fallait leur restituer la chaleur qu’ils avaient perdue au moment de la combinaison.
- « Ainsi, et en prenant comme exemple la formation et la destruction de l’alun, je mettais en parallèle les faits suivants :
- « Potassium et oxygène r= potasse. — Vive chaleur et vive lumière.
- « Aluminium et oxygène = alumine. — Vive chaleur et vive lumière.
- « Soufre et oxygène = acide sulfureux ou sulfurique. — Chaleur et lumière.
- « Potasse et acide sulfurique — sulfate de potasse. — Chaleur.
- « Alumine et acide sulfurique — sulfate d’alumine. — Chaleur.
- « Sulfate de potasse et sulfate d’alumine = alun. — Chaleur.
- « Alun et eau = alun cristallisé. — Chaleur faible.
- « Passé ce terme, la combinaison devient impossible, comme on sait, et l’alun cristallisé semble le dernier produit réalisable de cet ordre de composés.
- « Réciproquement,
- « L’alun cristallisé, chauffé à 120 degrés, devient anhydre.
- « L’alun anhydre, chauffé au rouge, se convertit en acide sulfureux, oxygène, alumine, sulfate de potasse.
- « L’acide sulfureux, le sulfate de potasse et l’alumine, portés à des températures extrêmes, se convertissent eux-mêmes en oxygène, soufre, potassium et aluminium.
- « Les éléments qui se combinent, pour former un composé chimique, perdent donc de la chaleur. Les éléments d’un composé chimique, qui se séparent, ont donc besoin d’être portés à une température d’autant plus haute qu’ils ont émis plus de chaleur en s’unissant. Tout indique qu’ils recouvrent ainsi la chaleur qu’ils avaient perdue et qu’ils la conservent, jusqu’à ce qu’ils entrent de nouveau en combinaison.
- « La chaleur étant considérée comme un mouvement, la combinaison consisterait donc en une diminution de mouvement; elle cesserait d’être possible, lorsque les molécules du composé n’auraient, plus de mouvement à perdre.
- « Quelle que soit la nature de cette intervention de la chaleur dans la formation et dans la destruction des composés chimiques, il faut y voir la somme et l’expression de toutes les forces mises en jeu pour la production successive des divers agglomérats
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- d’une combinaison ou pour leur désagrégation. C’est donc avec un grand sentiment de ia vraie nature des phénomènes chimiques que Lavoisier, dans ses équations, plaçait la chaleur au même rang que la matière, et qu’il mettait un si grand prix aux études de calorimétrie qui l’ont tant occupé.
- « L’extension que M. Régnault leur a donnée en ce qui touche les chaleurs spécifiques, et celle qu’elles ont reçue de M. Favre en ce qui concerne le dégagement de la chaleur au moment de la combinaison, préparent la chimie à passer de l’époque où elle n’envisageait que la matière à celle où elle prendra la force en considération.
- « Les nouvelles recherches auxquelles a donné lieu la théorie mécanique de la chaleur ont révélé à l’attention des chimistes la théorie mécanique de la chimie formulée par Jules-Robert Meyer. Ce profond physicien considère les phénomènes chimiques comme dus à une force attractive qui précipite les atomes les uns vers les autres. Leur choc, au moment du rapprochement, produirait la chaleur, l’électricité, la lumière. L’union des atomes une fois produite, il faudrait, pour en opérer la séparation, faire intervenir des forces moléculaires capables de les éloigner les uns des autres et de les porter à la limite où l’attraction, devenant nulle ou même négative, cesserait d’agir ou se changerait en répulsion.
- « On se trouve ainsi ramené aux vues simples de Newton et de Lavoisier. La combinaison chimique s’opère entre les corps pondérables. Ses effets permanents sont dus il l’attraction. Ses effets passagers sont dus aux pertes de mouvement que les atomes éprouvent au moment de leur union.
- « Cependant, l’attraction générale étant admise comme une représentation nécessaire et suffisante de la force qui détermine les combinaisons chimiques, n’était-on pas conduit à effacer cette ligne de séparation depuis longtemps admise entre la cohésion et l’affinité? Ne convenait-il pas de voir une seule et même force, variant ses effets, dans les trois formes de l’agrégation : la cohésion, la solution et la combinaison chimique?
- « Non qu’il s’agisse de les confondre, car, leur cause première étant la même, il n’en serait pas moins indispensable de modifier son application dans ces trois circonstances, chacune d’elles ayant son caractère propre, distinct et persistant. De même qu’il serait toujours nécessaire de distinguer l’attraction générale de l’attraction moléculaire, il ne le serait pas moins de maintenir la distinction admise entre les trois formes de l’attraction moléculaire. Il n’est pas douteux pour moi que l’affinité elle-même, une fois connue dans sa cause, offrirait encore dans sa manière d’agir sur les corps l’occasion d’y reconnaître des modifications bien caractérisées, ainsi que l’a proposé depuis longtemps M. Chevreul.
- « Cependant, si l’action chimique, la force de dissolution et la cohésion sont de simples modifications de l’attraction générale, si elles ne constituent pas autant de forces spéciales, distinctes, ne doit-on pas s’attendre à voir l’affinité des chimistes, plus profondément étudiée, perdre son caractère particulier, devenir plus mécanique,
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- se rapprocher, peu à peu, de ses deux congénères d’abord, et enfin de l’attraction planétaire elle-même?
- « Or, la cohésion, la force de dissolution, semblables en ce point à l’attraction générale, constituent des phénomènes continus. La théorie atomique range, au contraire, l’affinité parmi les phénomènes discontinus.
- « Berthollet, en cela sans aucun doute guidé par Laplace, familier lui-même avec la philosophie de Newton, à laquelle il avait donné la plus éclatante consécration, Berthollet a longtemps soutenu, comme on sait, que les corps peuvent se combiner dans toutes les proportions. Il aurait appliqué volontiers aux phénomènes chimiques et aux forces qui les déterminent l’axiome de Linné : Naturel non facit saltus, qui semble fait pour les êtres organisés, et si son opinion eût été confirmée, l’affinité eût été rattachée plus étroitement à la cohésion et à l’attraction générale. Proust, qui soutenait ie contraire, fit triompher son avis. La théorie atomique de Dalton, confirmée bientôt par les lois de Gay-Lussac sur les combinaisons des gaz, par les expériences de Wol-laston sur les sels à divers états de saturation, par les immenses travaux de Berzélius, et surtout par les rapports simples et constants qu’il a signalés dans les sels du même acide et au même état de saturation, entre l’oxygène de la base et celui de l’acide, tous ces événements considérables ont contribué puissamment à maintenir, dans la pensée des chimistes, l’affinité comme ayant un caractère propre et comme n’ayant presque rien à emprunter à l’attraction générale.
- « En effet, quels liens établir entre cette attraction générale, agissant en raison des masses et en raison inverse du carré des distances; obéissant sans discontinuité à tous les changements quelconques de la masse, à toutes les variations quelconques de la distance, et l’affinité chimique?
- « Envisagée quant aux masses, l’affinité n’accepte pas que la combinaison puisse s’effectuer ni au-dessous d’un certain minimum, ni au-dessus d’un certain maximum. Entre les deux limites extrêmes, la théorie atomique, confirmée en cela par l’expérience universelle des chimistes, n’accepte pas non plus que les combinaisons puissent se multiplier à l’infini ; loin de là, elle en borne le nombre et elle n’admet que celles qui sont représentées par des atomes unis en rapports simples, représentés par des nombres entiers, comme 1:1, 1 : 2, 1 : 3, 2 : 3, 2 : 5, 2 : 7.
- « S’il est vrai que les expériences de MM. de Marignac et Debray aient rendu certaine l’existence de composés formés selon des rapports plus complexes, même dans la chimie minérale, rien n’indique, cependant, que leur formation ait lieu selon une loi de continuité, et que leur existence soit en désaccord, à cet égard, avec le principe fondamental de la théorie atomique.
- « Ainsi, l’action réciproque exercée par les atomes des corps, attractive à des distances insensibles, s’affaiblissant quand ils se séparent, devenant nulle ou même répulsive en changeant de signe, telle est encore, selon la définition de Newton, l’image la plus fidèle de l’affinité.
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- « Mais, pour en concilier les effets avec les résultats incontestables sur lesquels la théorie atomique se fonde, il faut ajouter, avec Newton, que la figure des atomes doit être prise en considération. Il n’est pas difficile de comprendre, en effet, que l’action exercée par les convenances de la figure des atomes puisse limiter la production de leurs composés, et les astreindre à se réunir selon des rapports simples, exprimés par des nombres entiers.
- « Ampère, dans sa jeunesse, avait proposé aux chimistes de son temps une doctrine des combinaisons chimiques rappelant à la fois les principes de l’attraction newtonienne et les lois de la cristallographie; elle excita peu d’intérêt ; elle ne représentait, ni les idées absolues de l’affinité telle qu’on l’entendait alors, ni les idées du dualisme chimique tel que l’entendaient les interprètes de Lavoisier, ou du moins ceux qui, donnant à sa nomenclature toute la force d’une doctrine, avaient vu, dans la création d’un langage fait pour aider la mémoire par la logique, une représentation réelle de la constitution intime des corps composés.
- « Telle est, en effet, la puissance des formes du langage, qu’il est nécessaire de faire un effort sur soi-même pour comprendre, par exemple, que, dans un oxyde ou dans un sulfure, il se pourrait que le métal ne fût pas le corps maîtrisé, vaincu, subordonné, et que l’oxygène, le soufre ne fussent pas les corps dominants. De même dans les sels. La nomenclature française, irréprochable parce qu’elle se borne à faire connaître la nature des corps unis pour former un composé, n’a jamais voulu définir l’arrangement qu’ils affectent dans la combinaison une fois réalisée. Lui donner ce sens, c’est en dénaturer l’emploi et la fausser.
- « La nomenclature française a voulu interpréter une classification naturelle. Elle a d’abord distingué les éléments et les substances composées. Dans les dernières, elle a formé des genres et caractérisé des espèces. Les genres ont été définis par l’élément commun à toutes leurs espèces : l’oxygène pour les oxydes, le soufre pour les sulfures, les acides carbonique, nitrique, pour les carbonates ou les nitrates; les espèces, par chacune des substances formant le complément du composé : oxyde de fer, de zinc ; sulfure de plomb, d’argent; carbonate de chaux, nitrate de potasse.
- « Les chimistes français ont procédé en naturalistes, et comme ils créaient un langage nouveau, il leur a été permis de rendre les noms des genres singulièrement significatifs en variant les désinences.
- « Mais rien n’indique, ni dans ce nouveau langage ni dans l’exposé plein d’intérêt dans lequel Lavoisier en fait connaître l’origine et les principes, que de sa part et de celle de ses collaborateurs il y ait eu un autre but que celui qu’on vient de rappeler : ranger ensemble les composés qui ont un élément commun ; indiquer quelles substances entrent dans chaque combinaison et dans quelle proportion. Quant à un arrangement moléculaire, à une constitution intime du composé, il n’en est pas question.
- « Aujourd’hui, on serait disposé à admettre que la théorie des combinaisons chi-
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- miques proposée par Ampère satisfait le mieux aux lois générales de la mécanique, puisqu’elle repose sur l’attraction universelle, et aux lois particulières de la chimie, puisqu’elle fait intervenir, comme élément déterminant et caractéristique de la constitution des composés, la forme de leurs molécules, qui contiendraient au moins k atomes chacune dans le cas où elles seraient tétraédriques, et jusqu’à 50 atomes pour d’autres solides.
- « Il ne serait pas équitable d’omettre à côté du nom d’Ampère celui de M. Gaudin. Les efforts de ce savant ingénieux, quelle que soit l’idée qu’on en prenne, au sujet de leur portée et de leur avenir, ont eu du moins ce résultat qu’ils ont amené les chimistes à tenir compte de certaines lois de symétrie dans l’ordonnance des formules des corps composés. Les corrections proposées par M. Gaudin, il y a quarante ans, en se fondant sur elles, ont été confirmées par l’expérience; elles ont préparé le remaniement des formules de tous les composés dont le carbone ou le silicium font partie, c’est-à-dire de toutes les combinaisons de la nature organique et de presque toutes celles dont l’étude constitue la minéralogie proprement dite.
- « La défense absolue du dualisme à outrance n’a plus conservé de partisans après les dernières luttes que Berzélius a soutenues avec un singulier éclat à la fin de sa vie, dans l’intérêt de cette doctrine.
- « Il est à remarquer que la théorie électro-chimique, considérant les éléments des corps comme obéissant aux deux forces électriques et les matériaux de tout composé comme s’unissant, deux à deux, pour former par agglomérations successives, et toujours deux à deux, des combinaisons de plus en plus complexes, marchait d’accord avec la nomenclature française. Il ne faut donc pas s’étonner que l’emploi du système moléculaire proposé par Ampère, modifié par M. Gaudin, et généralement adopté avec diverses variantes par les chimistes qui, s’occupant de chimie organique, sont obligés de tenir compte des phénomènes de substitution, ait rendu à la fois moins ardente la poursuite d’une théorie électro-chimique précise et moins confiante l’interprétation trop absolue de la nomenclature française.
- « On est ainsi amené à conclure qu’en ce moment, d’une part, la recherche d’une théorie électrique de l’affinité n’occupe plus guère, quoique de belles et utiles applications de l’électro-chimie aient été accomplies dans ces dernières années et se poursuivent avec grand succès; d’autre part, qu’il n’est pas possible de représenter au moyen de la nomenclature dualistique les composés chimiques si multipliés qu’enregistre chaque jour le système moléculaire.
- « On se trouve ainsi ramené de plus en plus vers la recherche expérimentale des types chimiques comme base de la classification des composés, abstraction faite de toute hypothèse sur l’arrangement intérieur de leurs éléments, ce qui constitue le vrai fondement de la nomenclature française bien comprise.
- « On se trouve ramené en même temps vers la pensée qui attribue aux molécules des
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- corps composés une constitution plus complexe que celle qui dériverait de la nomenclature binaire, et qui en fait des systèmes planétaires ou cristallographiques, offrant plusieurs centres de force, mobiles dans le premier cas, fixes dans le second.
- « On en revient enfin à la pensée qui rattacherait directement l’affinité à l’attraction universelle.
- « Les vues de Newton ont rencontré, dans ces derniers temps, un appui inattendu et considérable dans les belles et importantes recherches que notre éminent confrère M. Henri Sainte-Glaire Deville a consacrées au phénomène de la dissociation, l’une des plus grandes acquisitions, non-seulement de la chimie, mais de la philosophie naturelle.
- « Dire, en effet, qu’un liquide volatil mis en rapport avec un espace libre le remplit de sa vapeur et que la tension de celle-ci augmente ou diminue régulièrement d’une manière continue, selon que la température s’élève ou s’abaisse, rien n’est plus conforme assurément aux lois de la mécanique.
- « Mais dire que l’acide carbonique se sépare de la chaux de la même manière; constater qu’il existe une tension de décomposition analogue à la tension des vapeurs et que l’évaporation d’un liquide ou la décomposition d’un carbonate s’effectuent en vertu des mêmes lois et offrent le même phénomène de continuité, c’est rattacher la combinaison chimique à la cohésion, c’est prouver que, sous certaines conditions, les lois qui président à l’agrégation ou à la séparation des molécules de la même nature sont également applicables, lorsqu’il s’agit de molécules de nature différente.
- « Sans affirmer que, dans tous les cas, la dissociation des composés offre les caractères d’un phénomène continu, il suffit que le cas soit fréquent, ainsi que l’ont prouvé les travaux de notre éminent confrère et ceux de ses élèves, pour qu’il soit permis d’assimiler les séparations moléculaires purement physiques et les séparations moléculaires chimiques, et pour qu’on ait le droit de rattacher désormais l’une à l’autre la cohésion et l’affinité, et toutes les deux à l’attraction universelle.
- « Il résulte de cet exposé sommaire :
- « 1° Que Newton a donné de l’affinité chimique une notion à laquelle on n’a rien ajouté, quand il l’a rattachée à l'attraction générale et qu’il a montré comment, à une certaine distance des centres d’action moléculaire, elle peut devenir nulle et même répulsive ;
- « 2° Qu’Ampère a donné à cette vue son complément : en montrant que la forme des composés met une limite au nombre de combinaisons que deux éléments peuvent produire et qu’elle détermine les rapports selon lesquels ils peuvent s’unir; en laissant même prévoir le facile remplacement des éléments les uns par les autres dans une molécule composée, sans que la stabilité de celle-ci en soit compromise ;
- « 3° Que Meyer a fait comprendre comment le choc des molécules se précipitant les unes sur les autres avec une vitesse extrême, pour produire les combinaisons, peut
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- donner naissance aux phénomènes de chalçur, de lumière, d’électricité qui accom pagnent l’action chimique ;
- « 4° Que M. Henri Sainte-Claire Deville, en découvrant le phénomène capital de la dissociation, a ouvert une voie nouvelle à la science, en rattachant les décompositions chimiques par un lien étroit au phénomène purement physique de la formation des vapeurs;
- « 5° Enfin, que les doctrines à l’aide desquelles on a voulu expliquer les phénomènes chimiques par une cause distincte, inconnue, ou par l’électricité, sont demeurées stériles, tandis que celles qui tendent à les faire rentrer sous les lois de l’attraction universelle se consolident, se rapprochent de plus en plus des faits, et indiquent de mieux en mieux la route du progrès.
- « Il serait donc naturel, équitable et utile que le nom de Newton, que les définitions qu’il donne tant de l’attraction moléculaire que des atomes chimiques fussent conservés dans les ouvrages destinés à l’enseignement de la chimie.
- « Dans mon opinion, mais je la donne avec toute la réserve que de tels sujets exigent, la chaleur constitue la vraie mesure des énergies chimiques, tandis que la lumière et l’électricité peuvent être considérées par le chimiste, quant à présent, plutôt, soit comme des agents dent il tire parti, soit comme des phénomènes dont il constate l’apparition.
- « La matière et la chaleur, telle serait encore, et comme au temps de Lavoisier, la définition des deux objets sur lesquels la pensée des chimistes devrait surtout être dirigée.
- « Le moment viendra, sans doute, où les lois auxquelles obéit l’attraction moléculaire étant connues elles-mêmes, on pourra prévoir ou expliquer la formation des composés, leur destruction, les préférences et les choix des éléments dans la formation des combinaisons, les affections spéciales dont les acides ou les bases témoignent dans la production des sels ; mais, avant d’aborder ce dernier et difficile problème, il faut connaître autrement que par des suppositions le lien qui rattache la forme des cristaux d’une espèce chimique à l’arrangement des atomes dont le groupement constitue les molécules qui sont les matériaux de ces cristaux.
- « J’espère que l’Académie me pardonnera de l’avoir si longuement entretenue de ces considérations historiques et qu’elle comprendra quels intérêts s’y rattachent.
- « Mon but serait atteint si, d’un côté, j’avais contribué à porter plus vivement encore l’attention des chimistes sur les rapports qui unissent les mouvements de la chaleur aux transformations de la matière, et si, d’un autre côté, j’avais montré que le principe de la nomenclature française n’est pas antipathique au classement et à la dénomination des composés de la chimie organique ou moléculaire.
- « Lavoisier, en proposant la nouvelle nomenclature, déclarait que la Commission, dont il était l’organe éloquent, « n’avait pas voulu se livrer à de grandes discussions
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- « sur les principes constituants des corps et sur leurs molécules élémentaires ; qu’elle « s’était éloignée des chimistes systématiques, toujours prêts à accompagner les faits « d’un appareil de raisonnement qui fait perdre de vue le fait en lui-même, et entre « les mains desquels la science devient un édifice élevé par leur imagination. »
- « Il déclarait enfin que la Commission « avait cherché à appliquer à la chimie cette « logique qui appartient à toutes les sciences : le nom de classe ou de genre rappelant, « dans l’ordre naturel des idées, les propriétés communes à un grand nombre d’indi-« vidus, et celui d'espèce, les propriétés particulières à certains individus. »
- « Je ne sais si je m’abuse, mais il me semble, en outre, que ce duel des molécules antagonistes, qu’on retrouve dans tous les phénomènes de la chimie et que rappelle si bien la nomenclature française, demeure incontestable, et qu’il ne faut renoncer à le peindre que lorsqu’on y est forcé. Mais l’acte de la combinaison une fois accompli, le duel terminé, la nomenclature française ne prétend pas dire que les deux corps qui ont agi l’un sur l’autre aient conservé leur caractère distinct dans la molécule nouvellement formée et ne se soient pas confondus dans un système complexe. C’est en cela que Berzélius, dépassant la pensée de Lavoisier, en exagérait le sens.
- « Ce n’est pas sans une légitime satisfaction qu’on a le droit de dire dans cette enceinte que, malgré les progrès qui ont métamorphosé le terrain de la science chimique, l’Académie n’a rien à regretter ni sous le rapport de la doctrine, ni sous le rapport du langage, de ce que nos illustres prédécesseurs avaient fondé avec tant de prudence, de sagesse et même de génie. »
- (Comptes rendus de l’Académie des sciences.)
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- EXPÉRIENCES SUR LE DÉVELOPPEMENT DES VÉGÉTAUX.
- (Extrait d’une lettre de M. Hellriegel, directeur de la station chimique de Dahme (Prusse), à M. Tisserand, membre du Conseil).
- « Que diriez-vous, mon cher agriculteur, si un chimiste agricole venait, avec la même certitude qu’il donne la composition d’une poudre d’os, vous présenter les propositions suivantes :
- « 1° Pour la production de 100 k. d’orge il faut absolument :
- a§r de potasse, fcsr d’acide phosphorique, csr d’acide nitrique, etc.;
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- pour la production de 100 k. de trèfle il faut nécessairement : rî&r de potasse,
- esr d’acide phosphorique, etc. ;
- pour la production de 100 k. de betteraves à sucre il faut :
- g%r de potasse,
- hsr d’acide phosphorique,
- isr d’acide nitrique.
- « Si, pour l’un quelconque de ces éléments, 1/10 de la quantité indiquée fait défaut, vous n’aurez plus que 90 k. d’orge, 90 k. de trèfle et 90 k. de betteraves.
- « 2° Tel ou tel sol contient, en état d’être assimilés, par exemple :
- av de potasse,
- esr d’acide phosphorique,
- wr d’acide nitrique, etc.;
- par conséquent sa puissance de production équivaut à :
- 100 k. d’orge,
- 100k — xk de trèfle,
- 100k — yk de betteraves,
- par une fumure contenant d — a? de potasse, cette puissance peut s’élever à 100 k. de trèfle; par une addition de g — «gr de potasse, plus h — egr d’acide phosphorique, à 100 k. de betteraves.
- « 3° Mais, comme la récolte effective ne peut égaler la fertilité possible que si les circonstances de climat et de chute de pluie sont favorables au possible, la récolte effective sera égale à la fertilité diminuée de q °/0, ou de p °/0 si la température moyenne est inférieure de q° à la chaleur moyenne la plus favorable ou si une averse augmente de p °/0 l’humidité moyenne et favorable du sol pendant le cours de la végétation.
- « Je vous demande ce que vous diriez si un chimiste agricole vous présentait ces propositions appuyées sur des chiffres approchant d’aussi près de la vérité que ceux qui résultent d’une analyse de farine d’os? Vous savez aussi bien que moi qu’au moment où nous parlons, aucun chimiste agricole n’est en état de le faire, et, dès maintenant, je tiens à ne pas vous laisser soupçonner qu’il me soit possible de remplacer par des chiffres certains les valeurs indéterminées mises ci-dessus. Toutefois, je puis bien avancer que dorénavant je ne douterai pas un instant de la solution de ce problème, de sa solution prochaine et définitive, et cette persuasion je la fonde sur les données de centaines d’expériences de culture. Voulez-vous que je vous présente brièvement quelques-uns de ces résultats ?
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- « La plante est le produit d’un certain nombre de facteurs de fertilité agissant indépendamment. C’est seulement lorsque tous, sans exception et simultanément, concourent à la formation de la substance végétale, que la plante atteint le maximum de productivité. Que l’action de l’un de ces facteurs soit diminuée, la production n’atteint plus ce maximum. L’individualité de la plante n’exerce qu’à un degré tout à fait inférieur une action qui arrête ou modifie l’activité de ces facteurs ; à un degré au moins bien inférieur à celui de l’individualité de l’animal dans laquelle le tempérament, le mouvement volontaire, en un mot, l’élément intellectuel joue un grand rôle dans la marche du renouvellement, de l’alimentation, et influe ainsi sur la production. Ces facteurs de fertilité, dont l’influence se laisse voir clairement par la balance, sont : 1 le poids absolu et le poids spécifique de la semence, 2° la somme des combinaisons inorganiques contenues dans le sol et dans l’air qui peuvent servir à la nutrition, 3° l’humidité du sol, k° la lumière et la chaleur, 5° le temps, et 6° l’espace où les racines peuvent s’étendre. En d’autres mots : Dans la première période de la vie (vie du germe) pendant laquelle la plante, indépendante du sol, ne se nourrit que des éléments de la graine, son développement est une fidèle reproduction de cette graine. Prenons pour exemple deux grains d’orge bien séchés, dont l’un pèse x milligr. et l’autre 2#, dans les mêmes conditions, les petites plantes qui en proviendront, séchées au moment où se développe la troisième feuille, pèseront y et 2 y milligr. Inutile d’ajouter que les conditions différentes dans lesquelles ces plantes entrent dans la vie ne sauraient être sans influence sur toute leur végétation ultérieure. Après la germination, la plante passe à la formation de ses racines, laquelle dépend entièrement de l’espace qui leur est réservé dans le sol. Cet espace est-il restreint, il ne se forme qu’un maigre chevelu et la plante n’y répond que par une seule tige plus ou moins maigre. Dans le cas contraire, on voit se développer des racines adventives, des multiplications et, en conséquence, la partie supérieure offre 2, 4, 6, 10, 20 tiges portant chacune un épi vigoureux.
- « Mais l’espace ne peut être complètement utilisé par lui-même que là où la plante trouve une somme suffisante de matières nutritives en addition. Par contre, ces matières nutritives n’atteignent toute leur valeur que lorsqu’une certaine somme d’humidité dans le sol agit à toutes les époques de la végétation et qu’une quantité convenable de lumière et de chaleur facilite leur assimilation. Jusqu’à un certain point la lumière et la chaleur peuvent, enfin, être suppléées par le temps : je veux dire que, lorsque leur intensité est minime, la plante ralentit sa végétation et parvient à s’assurer en plus de temps les unités de lumière et de chaleur qu’elle eût reçues en peu de jours dans des circonstances plus favorables.
- « Cette année même, j’ai fait des expériences étendues afin de maîtriser autant que possible ces facteurs, et, en les faisant varier, de diriger arbitrairement le développement d’une plante, et je suis arrivé à reconnaître que l’on peut y parvenir dans une mesure très-étendue.
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- « Jusqu’ici je ne me suis servi dans mes expériences que de la petite orge, et j’en ai eu les résultats suivants : lorsque dans dix cas j’égalise avec soin toutes les conditions de croissance ci- dessus énoncées, j’obtiens, pour différentes années, dix fois le même produit en substance sèche; je produis, comme bon me semble, une plante d’orge complètement normale qui sur une courte tige me donne un épi de 6 grains, ou une autre, aussi normale, qui, dans quinze vigoureux épis environ, m’apporte 600 grains; je n’hésite pas un moment à savoir si c’est dans le sol, dans l’air, dans l’humidité, dans la lumière, etc., qu’il faut chercher la cause de la différence du rendement d’une plante en expérience avec le maximum. J’ose avancer que, moyennant une marche soigneuse, il ne peut plus y avoir dans les expériences sur les plantes d’échec sans cause connue, et que l’on peut opérer sur elles presque avec la même exactitude que l’on opère dans les laboratoires sur les sels et les combinaisons chimiques.
- « Placez-vous sur ce terrain, vous conviendrez bientôt que les prétentions que j’exprimais en commençant de voir résoudre le problème et de le voir résoudre bientôt ne sont pas sans quelque fondement.
- « Après m’être formé ma méthode avec l’exactitude indiquée, je me suis attaqué directement à la première question et toujours en opérant sur une plante agricole, l’orge. Je crois maintenant pouvoir, dans des limites assez rapprochées, déterminer combien de potasse, d’acides phosphorique, nitrique, etc., il faut, en minimum, pour obtenir 100 k. d’orge normale : je joins ici un exemple et quelques chiffres.
- « Je me sers de vases de verre semblables aux vases à fleurs ordinaires et de différentes grandeurs (en général, de 27 centimètres de haut, 15 centim. de diamètre supé^ rieur et 12 de diamètre inférieur). Les vases sont percés au fond et, avant de les remplir, on en vernit l’intérieur avec de la laque. Gomme sol, j’emploie un sable quartzeux très-fin, blanc et assez pur, préalablement chauffé au rouge, et lessivé avec de l’acide sulfurique rectifié. Purifié ainsi, et débarrassé des matières organiques et des combi-sons azotées, il contient, cependant, encore un peu de potasse, de chaux, de magnésie, etc., solubles dans l’acide nitrique. Pour faciliter la circulation de l’air, on place, au fond du vase, une couche de cailloux quartzeux, sur laquelle on étend une même couche de coton bien pur ; ensuite on verse le sable (en général, k kilogrammes par vase). Les matières nutritives sont ajoutées au sable sous forme de dissolutions aqueuses. On ne prend que des graines presque égales en poids absolu et spécifique, mises à germer dans l’eau distillée et toujours placées à la même profondeur. Pendant la végétation, les plantes restent à l’air libre, en cas de pluie ou d’orage on les abrite dans une serre spacieuse et claire ; cela se fait d’autant plus aisément et rapidement que les vases sont sur un chariot roulant sur un chemin de fer, ce qui permet d’en rentrer ou d’en sortir 2 ou 300 en une minute. L’arrosage se fait naturellement avec de l’eau très-soigneusement distillée et de telle sorte, avec la balance, que l’humidité du terrain oscille toujours entre 60 pour 100 et 20 pour 100 de sa capacité d’absorption. En suivant sans cesse strictement cette méthode, j’ob-
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- tiens toujours la même quantité de substance sèche. Les chiffres suivants peuvent servir de preuve :
- On a On a eu par vase. Chaque plante a donné On a récolté
- récolté dans l’année. Poids du terrain. Nombre de plantes. Grains. Matière sèche. par vase. Matière sèche. par k. de terrain. Matière sèche. OBSERVATIONS.
- 1864 Grammes. 5 000 5 77 Grammes. 4 608 Grammes. 23 037 Grammes. 4 068
- 1864 5 000 5 69 4 094 20 470 4 094
- 1864 5 000 8 49 2 816 22 527 4 505
- 1864 5 000 8 42 2 711 21 691 4 338 Cultures faites dans
- 1864 5 000 12 31 1 780 21 366 4 273
- 1864 5 000 12 28 1 795 21 539 4 308 une bonne terre de
- 1864 5 000 16 25 1 395 22 318 4 463 jardin.
- 1864 5 000 16 26 1 441 23 054 4 611
- 1864 5 000 24 18 1 018 24 422 4 884
- 1864 5 000 24 19 996 23 904 4 781
- 1864 6 000 5 106 5 893 29 465 4 911 Cultures faites dans
- 1864 6 000 5 103 5 409 27 045 4 508 du sable quartzeux, au moyen de disso-
- 1866 4 000 8 37 2 222 17 776 4 444
- 1866 4 000 8 38 2 428 19 424 4 856 lutions nutritives
- 1866 4 000 8 39 2 222 17 773 4 443 artificielles.
- « Ces chiffres, que je pourrais multiplier, suffisent à montrer que, comme je l’avançais, parle moyen d’une méthode judicieuse on arrive à des expériences quantitatives très-exactes et que, en outre, il n’est pas difficile d’obtenir à volonté des plantes de toute grosseur. Dans les expériences tous les éléments de fertilité se trouvaient en abondance, sauf l’espace; le maximum de rendement se trouvait donc réduit par ce manque de développement des racines. Les matières nutritives, l’intensité de la lumière, l’humidité eussent peut-être suffi à une production double, triple, quadruple et au delà; mais les racines, après avoir traversé le sol, devaient s’arrêter dans leur développement, et la plante, rien que par cette cause mécanique, ne pouvait donner au delà de à à 5 grammes de substance sèche par kilogramme de terre.
- « Cette explication ne repose pas sur une déduction purement théorique, mais sur le résultat d’expériences qu’il serait trop long de rapporter ici et que j’ai déjà publié par les Comptes rendus des travaux de la station chimique de Dahmc.
- « Ce rendement maximum étant limité par l’espace, aucune fumure ne saurait l’augmenter. Au contraire, la production peut aller s’affaiblissant, par l’affaiblissement progressif de l’un des facteurs, jusqu’à zéro ; de la sorte on est à même de déterminer presque exactement le minimum du concours de l’un de ces facteurs à la production d’un rendement donné. J’ai voulu, par exemple, savoir la quantité de potasse absolument indispensable à la production de 100 grammes d’orge. J’ai pris mon vase de terre, je l’ai rempli de mon sable quartzeux rougi et lavé, j’y ai ajouté une quantité suffisante de chaux, de magnésie, d’acides phosphorique, sulfurique et nitrique, ainsi que du chlore, de l’argile et du fer : le n° 1 a reçu 1128 milligr. ; le n° 2, 56à ; le n° 3, 376 ; le
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- n° 4, 282 ; le n° 5, 188 ; le n° 6, 94; le n° 7, 47; le n° 8, 23,5; et le n° 9, 0 milligr. de potasse par vase. Ces huit vases ont reçu chacun huit graines ayant chacune 34 milligr. de poids absolu et 1205 de poids spécifique. Durant tout le temps de la végétation j’ai tenu l’humidité entre 60 et 20 degrés du point de saturation du sol et j’ai eu soin de dispenser suffisamment d’air et de lumière.
- « Le rendement maximum de mon terrain se trouvant entre 4 et 5 grammes de matière sèche par kilogramme de terre, je devais donc, partout où il y avait assez de potasse, recueillir par vase (4 kilogrammes) de 16 à 20 grammes de matière sèche; j’en recueillis :
- MATIÈRE SÈCHE RÉCOLTÉE
- POTASSE —
- PAR VASE. par
- par par k» de terre.
- ase. k. de terre. Taille. Grains. Somme. Somme.
- Milligr. Milligr. Milligr. Milligr. Milligr. Milligr.
- N» 1 1,128 282 8,916 8,962 17,878 4,470
- N° 2 564 141 8,764 8,529 17,293 4,323
- N° 3 376 94 8,693 9,083 17,776 4,444
- N° 4 282 70 -A 9,327 10,097 19,424 4,856
- N° 5 188 47 8,195 9,578 17,773 4,443
- N» 6 94 23 6,859 7,851 14,710 3,678
- N° 7 47 11 3A 5,740 4,695 10,435 2,609
- N» 8 23 /» 5 ys 3,869 2,933 6,802 1,701
- N° 9 )> )) 0,798 » 0,798 0,199
- « On le voit, 188 milligr. par vase ou 47 milligr. par kilogramme de terre suffisent à toutes les exigences de l’orge. Toute augmentation de potasse serait sans effet, toute diminution causerait, au contraire, une diminution de récolte correspondante. Voici encore sur cette analyse quelques détails qui ne sont pas sans intérêt :
- POTASSE donnée par vase. POTASSE récoltée dans le* racines, la paille et le grain. 100 p ( matière sèche dans la Paille. ARTTES e se trouvaient endre de Grains. 100 p cen donnaient Paille. ARTIES e dres de potasse. Grains. 100 p matièr donnaient Paille. ARTIES e e sèche de potasse. Grains.
- N° 1 Milligr. 1,128 Milligr. 708,708 14,689 2,408 43,758 27,765 6,428 0,669
- N° 2 564 ? 11,009 2,849 36,951 ? 4,068 ?
- N° 3 376 302,205 9,448 2,204 31,709 24,259 2,996 0,585
- N» 4 282 205,121 7,925 1,837 22,601 10,815? 1,791 0,199?
- N° 5 188 121,62 7,682 2,337 12,889 16,060 0,990 0,375
- N° 6 94 62,31 8,919 2,472 4,765 14,327 0,425 0,354
- N» 7 47 31,237 9,472 2,558 3,914 7,067 0,371 0,181
- N» 8 23 '/a 23,7* 12,361 2,822 3,712 6,188 0,459 0,175
- N» 9 )) 2,5* ? )> ? )) ? »
- Une petite quantité de potasse se trouvait dans le sable purifié et dans les semences.
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- « Plus des 6/10 de la potasse ont été absorbés dans tous les cas, mais du n° 5 au n° 1 sans aucun effet dans la production. J’ai cherché le minimum des autres facteurs comme celui de la potasse et l’ai trouvé à très-peu près.
- « Imaginez le même travail étendu au reste des plantes de la culture, combien n’au-rait-on pas alors plus d’égards pour leurs analyses. Étant établi qu’un terrain ne produit qu’un rendement en orge insuffisant, que je trouve dans la paille de cette orge 1 partie 1/2 de potasse pour 100 de matière sèche, je ne m’en tiens pas à ce simple fait, mais il me sera bien permis de conclure que, puisque l’orge vient bien et donne même un rendement maximum pourvu que le terrain livre assez de potasse pour en fournir 0,99, peut-être même 0,70, et même 0,60 à 100 parties de matières sèches provenant de la paille, le terrain en question est non-seulement assez riche pour la culture de l’orge, mais qu’il va au delà et que, si l’orge n’y réussit pas, il faut en chercher la cause parmi les autres facteurs de la fertilité. Il est clair que ces résultats purement physiologiques peuvent servir aussi à corriger et à améliorer notre méthode d’analyse des terres. Bien plus, il me semble que les résultats de ce travail complet et étendu à toutes les plantes de la culture auraient la même importance pour la théorie complète de l’agriculture que les équivalents pour la chimie scientifique.
- « Maintenant, mon cher Monsieur, vous vous demandez : à quoi bon cet interminable mémoire? Eh bien, lorsque vous avez visité votre grande Exposition, vous êtes tombé, peut-être, dans le département affecté à l’agriculture prussienne, sur un certain nombre de tableaux bleus contenant des tiges d’orge ; la curiosité vous entraînant, vous vous êtes approché, et le nom placé en bas vous a rappelé, sans doute, d’affectueux souvenirs. Vous avez examiné déplus près, puis vous vous en êtes probablement allé en secouant la tête et murmurant : Nexus ubi.
- « C’est parce que je sais bien que cela peut vous être arrivé, comme à tous ceux qui ont vu mon exposition, que je vous adresse ce mémoire. Pendant huit ans j’ai été occupé à ce ..travail indiqué si superficiellement et si sommairement : invité à prendre part, pour ma station, à l’Exposition de Paris, j’ai choisi quelques plantes analysées, parmi des centaines d’autres, et je lésai fait encadrer. Pour me rendre compréhensible, il m’eût fallu une explication assez complète pour former un petit volume. Le temps m’a manqué. Mais je voulais qu’au moins un homme que je tiens en haute estime, vous mon cher ami, ne vous mépreniez pas sur mon travail et que vous vous fassiez une idée nette de ce que je prétendais; c’est pourquoi je vous ai adressé la présente, etc. »
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- INSTRUCTION SUR LES PARATONNERRES DU LOUVRE ET DES TUILERIES,
- PAR M. POUILLET (1).
- « M. le Maréchal, Ministre de la Maison de l’Empereur et des Beaux-Arts, a adressé à notre président, le 2 mars 1868, des plans et rapports sur les paratonnerres du Louvre et des Tuileries, en le priant de consulter l’Académie sur cet état de choses.
- « La Commission des paratonnerres, dont M. le Maréchal fait lui-méme partie, s’est empressée de réunir tous les documents et tous les faits spéciaux dont la connaissance était nécessaire pour entrer dans l’examen approfondi de la grande question qui lui est proposée. L’Académie, déjà consultée en 1855 à l’occasion des nouvelles constructions du Louvre, avait donné son avis sur ce point particulier (2); mais, d’après la lettre de M. le Maréchal et d’après les explications qu’il a données à ses confrères de la Commission, l’Académie est consultée aujourd’hui sur le vaste ensemble des édifices qui s’étendent depuis la colonnade du Louvre jusqu’au palais des Tuileries et qui circonscrivent ainsi une étendue de 18 hectares. La longueur de ces constructions monumentales, tant anciennes que nouvelles, est presque de 3 kilomètres.
- « Les principes approuvés par l’Académie, soit dans son instruction de 1855, soit dans celle de 1867 qui se rapporte aux magasins à poudre (3), doivent assurément servir de guide dans ces circonstances extraordinaires, comme dans les cas les plus ordinaires ; la Commission n’avait donc qu’une seule question à résoudre, celle de savoir quels sont les moyens les plus simples et les plus sûrs d’appliquer ces principes dans le cas exceptionnel dont il s’agit.
- « Après en avoir délibéré dans plusieurs séances, la Commission s’est arrêtée à un système d’ensemble qu’elle vient soumettre à l’approbation de l’Académie; nous essayerons d’abord d’en donner une idée générale, ensuite nous entrerons dans les détails d’exécution. »
- § I. — Dispositions générales.
- « Ces dispositions générales se rapportent aux trois points suivants :
- « Premièrement. On commencera par établir, avec du fer carré de 0m,02 de côté, un conducteur qui régnera san's interruption sur les faîtages de tous les édifices qu’il s’agit de protéger ; quand un ou plusieurs pavillons se présentent sur le cours d’un
- (1) Celte instruction avait été lue par M. Pouillet devant la Commission le jeudi 30 avril et adoptée par elle ; elle a été lue à l’Académie dans sa séance du 20 juillet par M. Edm. Becquerel.
- (2) Voir le tome XL des Comptes rendus, p. 405, ou bien le Bulletin de la Société, 2e série, t. Il, p. 12, 31 et 84.
- (3) Bulletin de 1867, 2» série, t. XIV, p. 146.
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- même faîtage, le conducteur s’élève pour gagner le sommet du pavillon et descend ensuite de l’autre côté pour reprendre sa route.
- « Nous appellerons circuit clés faîtes ce grand conducteur dont la forme et les courbures variées sont en quelque sorte modelées sur les faîtages ; il les parcourt tous sans exception, et se trouvera ainsi avoir plusieurs branches, particulièrement dans les constructions nouvelles où s’élèvent plusieurs faîtages perpendiculaires et parallèles aux grands faîtages du quai et de la rue de Rivoli.
- « Ce circuit aura encore plusieurs rameaux beaucoup plus courts, parce qu’il devra être mis en bonne communication avec tous les chéneaux, tous les plombs et toutes les grandes surfaces métalliques qui se trouvent sur les couvertures.
- « Secondement. Le circuit des faîtes sera mis en communication directe avec la nappe d’eau des puits qui ne tarissent jamais ; à cet effet, on choisira les points convenables pour creuser dix ou douze puits qui recevront chacun un conducteur descendant soudé au circuit. Les conducteurs descendants arrivent à l’eau des puits sans détours inutiles.
- « On voit que, par ces dispositions, toutes les masses métalliques de la couverture communiquent à la nappe d’eau souterraine.
- « Troisièmement. Chaque tige de paratonnerre sera mise en parfaite communication avec le circuit des faîtes : nous rappellerons plus loin, dans les détails de construction, comment ces communications doivent être établies.
- « Tel est, en résumé, le système proposé par la Commission.
- « Pour le faire mieux comprendre et surtout pour qu’il puisse être mis en pratique avec tous les soins qu’il exige, nous allons donner dans les paragraphes suivants les explications relatives aux divers modes d’exécution. »
- § IL — Etablissement du circuit des faîtes.
- « Le chcuit des faîtes est composé des barres de fer carré de 0m,02 de coté ayant 4 ou o mètres de longueur; ces barres doivent être jointes l’une à l’autre, par super-
- Fig. 1.
- a, élévation. — c, coupe transversale.
- position des extrémités, avec deux boulons et une bonne soudure à l’étain, comme le fait voir la fig. 1.
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- « Lorsqu’il y aura lieu d’établir, sur la ligne principale du circuit, un embranchement perpendiculaire, la jonction se fera d’après la fig. 2.
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- Fier. 2.
- « La nouvelle branche se termine en forme de T, dont la traverse se superpose à la ligne principale, où elle est boulonnée et soudée à la manière ordinaire, tandis que la tige du T se prolonge pour constituer rembranchement.
- « Dans certains cas le circuit des faîtes pourra reposer immédiatement sur le faîtage ; cependant, comme il importe que ses joints et soudures ne soient en rien compromis, soit par les réparations des couvertures, soit par d’autres causes, il est probable qu’en général il faudra le soutenir à une certaine hauteur par des supports convenablement espacés. Ces supports pourront varier suivant la forme et la disposition des faîtages eux-mêmes : quelquefois il faudra recourir aux supports fixes, alors ils devront être à fourchette, afin d’empêcher des déplacements latéraux d’une trop grande amplitude, en même temps qu’ils permettront le jeu de la dilatation; d’autres fois on pourra se borner à de simples coussinets de fonte, du poids de 5 ou 6 kilogrammes, simplement posés sur le faîtage et portant à leur face supérieure une gorge destinée à recevoir la barre.
- « Compensateur cle dilatation. — La dilatation du fer est presque de 0m,001 par mètre pour une variation de température de 80 degrés centigrades; or, dans nos climats, les barres du circuit pourront sant doute, pendant l’été, s’élever à 60 degrés au-dessus de zéro, et pendant l’hiver descendre à 20 degrés au-dessous de zéro, ce qui fait une variation de température de 80 degrés ; ainsi chaque 100 mètres de longueur du circuit peut s’allonger de 1 décimètre en passant de l’extrême froid à l’extrême chaud, et réciproquement.
- « Il en résulte que, dans le cas où le circuit des faîtes aurait une très-grande longueur en ligne droite, il pourrait être nécessaire d’introduire dans les grandes longueurs un compensateur de dilatation, afin d’éviter des tractions et des poussées très fortes qui compromettraient l’ajustement de l’appareil lui-même.
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- « Dans ces circonstances probablement rares, et dont l’architecte est le meilleur juge, nous proposons l’emploi du compensateur cpii est représenté dans la fig. 3.
- Fig. 3.
- S \-!
- « Il se compose d’une bande de cuivre rouge de 0m,02 de largeur, 0m,005 d’épais- (
- seur et 0™,70 de longueur, dont les extrémités reçoivent à la soudure forte les bouts [
- h
- de fer B et B' du calibre ordinaire et de 0m,15 de longueur; alors la bande de cuivre £
- est pliee comme l’indique la figure et n’oppose qu’une résistance peu considérable à *
- une flexion un peu plus grande ou un pou plus petite. On comprend, par exemple, |
- R
- que les fers B et B' étant maintenus sur une même ligne horizontale, si une force les »
- oblige à se rapprocher ou à s’éloigner davantage; le sommet de la courbe formée par la |
- bande de cuivre montera un peu plus haut ou descendra un peu plus bas. £
- « Supposons main tenant que, pour le jeu des dilatations, l’on ait conservé une la- . I
- cune d’environ 0m,15 entre deux barres A et Af du circuit, la température étant, par J
- exemple, de 20 degrés centigrades au moment de la pose; supposons qu’en même I
- temps, pour combler cette lacune et pour rendre au circuit sa continuité métallique, on ait boulonné et soudé les fers B et B' du compensateur en les alignant sur les extrémités A et kr du circuit comme le représente la figure 3; alors c’est en ce point que viendront se concentrer tous les effets de la chaleur et du froid.
- « A mesure que la température s’élève et marche de plus en plus vers son maxi-
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- mum de 60 degrés au-dessus de zéro, la dilatation rapproche les extrémités des barres AA', de telle sorte qu’au maximum de chaleur la lacune est réduite par exemple à 0m,10, comme on le voit en C (fig. 3), et le compensateur atteint son maximum de fermeture.
- « Au contraire, le refroidissement au-dessous de -j- 20 degrés écarte de plus en plus les extrémités des barres A et A', la lacune augmente de telle sorte qu’au maximum de froid elle arrive, par exemple, à 0m,20 comme on le voit en F (fig. 3), et le compensateur a atteint son maximum d’ouverture.
- « S’il arrivait que le compensateur dût être exposé à des chocs accidentels, on trouverait aisément les moyens de le protéger.
- « Chéneaux et surfaces métalliques de la couverture. — Pour les édifices qui nous occupent, les plombs des chéneaux sont ajustés avec tant de soin, qu’il est permis de les admettre comme ne faisant qu’un tout continu; dans ce cas, il suffira d’établir de loin en loin quelques bonnes communications entre les chéneaux et le circuit des faîtes.
- « Ces communications pourront se faire, soit avec des lames de forte tôle, soit avec des fers plats ou autres dont la section soit au moins de 1 centimètre carré ; mais sous la condition, toujours nécessaire, que les deux soudures des extrémités, celle qui se fait sur le plomb du chéneau et celle qui se fait sur la barre du circuit, aient chacune 20 à 25 centimètres carrés d’étendue superficielle.
- « Quant aux autres grandes surfaces métalliques de la couverture, il faudra autant que possible en rendre les parties solidaires entre elles, en les reliant au besoin avec des bandes de tôle soudées d’une pièce à l’autre; ces précautions prises, on les fera communiquer métalliquement aux barres du circuit, ou, si on le trouve plus commode, on les fera communiquer aux chéneaux, puisque ceux-ci sont directement reliés au circuit. »
- § III. — Communication du circuit des faîtes avec le sol.
- « D’après ce que nous venons de dire du circuit des faîtes, de son établissement et surtout de sa continuité métallique, on comprend qu’il ne constitue pas encore un paratonnerre.
- « Qu’est-ce qui lui manque pour cela? très-peu de chose; il ne lui manque qu’une parfaite communication avec le sol.
- « En effet, admettons que cette communication soit établie, admettons qu’en prenant un point qnelconque du circuit on y soude un conducteur qui descende jusqu’au pied de l’édifice, qui se recourbe horizontalement pour gagner l’ouverture d’un puits et qui se recourbe encore pour se diriger vers le fond, plonger dans la nappe d’eau et communiquer largement avec elle ; a l’instant le vaste réseau du circuit est transformé
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- en paratonnerre; et, ce qui est bien digne de remarque, il devient un paratonnerre universel, protégeant avec la même efficacité tous les édifices dont il parcourt les faîtages.
- « Ilàtons-nous d’ajouter que cette déduction est plus théorique que pratique, en ce sens qu’elle est subordonnée à certaines conditions qui pourraient n’être pas remplies. Par exemple, le circuit ne protège aucun des objets plus élevés que lui; la foudre venant à éclater, elle frapperait sans doute ces objets tels que cheminées, ornements, etc., qui lui serviraient en quelque sorte d’intermédiaire pour arriver au circuit, mais qui n’en seraient pas moins brisés en passant. D’un autre côté, le moindre défaut dans le conducteur descendant compromettrait à la fois tous les édifices.
- « La prudence commande donc d’armer le circuit d’un nombre suffisant de tiges plus ou moins hautes pour prévenir les dégâts dont nous venons de parler ; ce sera l’objet du § IY.
- « La prudence commande encore cle ne pas se borner à un seul puits et à un seul conducteur descendant ; c’est cette dernière question que nous allons examiner.
- « D’après l’étendue des faîtages et la disposition des édifices, nous estimons que le nombre des puits devra s’élever à dix ou douze, convenablement espacés sur le périmètre total; il en résulte que le nombre des conducteurs descendants sera pareillement de dix ou douze, car chaque puits ne doit recevoir qu’un conducteur descendant .
- « Ces puits, exclusivement réservés au service des paratonnerres, seront dans les cours et près des façades; la position de chacun d’eux sera déterminée par l’architecte de telle sorte que le conducteur descendant qui doit lui appartenir puisse y arriver avec vin parcours horizontal de quelques mètres de longueur.
- « Yoici donc l’allure du conducteur descendant : à son point de départ il est boulonné et soudé sur le circuit des faîtes à la manière d’un embranchement perpendiculaire (fig. 2); ensuite la tige du T est courbée suivant les convenances du heu pour arriver à la façade ou à l’angle de l’édifice, d’où elle descend verticalement jusqu’à environ 0m,20 au-dessous du pavé; dans cette course il faut soutenir son poids et la maintenir à une certaine distance des murs : l’architecte avisera suivant les circonstances.
- « Ce conducteur descendant, arrivé à la limite de sa course verticale, est replié parallèlement au pavé et dirigé vers l’axe du puits, où il arrive par un conduit préparé à cette fin, en restant ainsi à 0m,20 du 0m,25 au-dessous du sol. Ce conduit est ensuite fermé avec des dalles de fonte ou de granit, dont la face supérieure effleure le pavé et qu’il suffit de lever quand on veut reconnaître l’état de cette partie du conducteur.
- « La fig. 4 (p. 690) représente une section transversale du conduit où est logé le conducteur pour venir du pied de l’édifice à l’axe du puits.
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- « C’est là qu’il reçoit une dernière pièce formant son complément indispensable ; la
- Fig. 4.
- longueur de cette pièce dépend de la profondeur du puits, nous en représentons les deux extrémités (fîg. 5 et 6).
- Fig. 5.
- « La fîg. 5 est une élévation de l’extrémité supérieure et de son ajustement sur l’extrémité du conducteur horizontal.
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- « La fig. 6 est une élévation de son extrémité inférieure ; elle ne fait voir que deux des quatre racines qui doivent, avec la tige principale, être immergées dans l’eau
- Fig. 6.
- sur une longueur de 0m,80 au moins ; les deux autres racines sont pareilles ; elles sont boulonnées et soudées sur les faces antérieures et postérieures de la tige. Tout cet assemblage est noyé dans un nœud de soudure qui n’est pas indiqué sur la figure.
- « La fig. 7 (p. 692) est une vue d’ensemble du puits recouvert de ses dalles et comprenant la partie supérieure du conducteur, ainsi que la partie inférieure qui plonge dans l’eau.
- « Nous terminerons cet article par une remarque importante, dont l’architecte devra tenir compte, quand il y aura quelques grandes réparations à faire dans les édifices.
- « Deux exemples serviront à expliquer notre pensée.
- « Premier exemple. — On enlève une des barres qui composent le circuit des faites; on y produit ainsi une lacune d’environ 5 mètres. L’édifice est-il par là exposé à quelque danger?
- « Non, l’édifice n’est exposé à aucun danger : cet intervalle est insignifiant par rapport à la distance des nuages orageux. Si le tonnerre doit tomber, il ne tombera jamais dans cette petite brèche de 5 mètres, pour se propager ensuite dans les appartements inférieurs, en y produisant ses dégâts ordinaires; il tombera nécessairement sur
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- les parties voisines du circuit, qui le conduiront paisiblement dans la nappe d’eau souterraine. '
- Fig. 7.
- « Mais ce qui est vrai pour une lacune de 5 mètres cesserait d’être vrai pour une grande lacune de 30 ou kO mètres ; alors la partie correspondante de l’édifice ne serait plus protégée contre les atteintes de la foudre.
- « Deuxième exemple. — Considérons maintenant deux conducteurs descendants successifs X et Y, séparés l’un de l’autre par un intervalle de 200 mètres : à la droite
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- de X, on fait une lacune de 5 mètres; à la gauche de Y, on fait une lacune pareille de 5 mètres. Par ces deux lacunes, qui existent simultanément, l’édifice est-il exposé à quelque danger?
- « Oui, l’édifice est exposé à un danger considérable : en effet, les 190 mètres du circuit des faîtes qui restent compris entre les deux petites lacunes de 5 mètres, n’ayant plus de communication avec le sol, n’ont plus aucune efficacité contre la foudre ; l’édifice est donc sans protection dans toute la longueur qui sépare les deux conducteurs descendants X et Y.
- « Ces courtes explications suffisent pour guider l’architecte dans l’ordre de ses travaux ; il pourra même en tenir compte pour choisir les points les plus favorables à l’établissement des puits et des tuyaux descendants. »
- § IV. — Tiges des paratonnerres et leur jonction avec le circuit des faîtes.
- vc Une tige de paratonnerre est une pyramide quadrangulaire ayant à sa base 0m,06 ou 0m,07 de côté et à son sommet 0m,02; ce sommet est arrondi et travaillé pour recevoir un cylindre de cuivre rouge de 0m,02 de diamètre sur 0m,15 de longueur, dont la partie supérieure est amincie en cône de 0",03 de hauteur, tandis que la partie inférieure est ajustée pour être vissée sur le fer et soudée à la soudure forte.
- « Ce cylindre de cuivre rouge, terminé en cône, est ce que nous appelons la pointe du paratonnerre (1).
- « La fig. 8 représente cet ajustement.
- « Quant à la hauteur de la tige, c’est l’intervalle compris entre son sommet et le point de sa base où elle reçoit son conducteur; tout ce qui est au-dessous de ce point est destiné à la fixer très solidement sur ces charpentes de fer ou de bois et ne peut pas compter comme hauteur efficace.
- « La hauteur des tiges peut varier de 5 mètres à 10 mètres, suivant les circonstances; mais, en général, les hauteurs moyennes de 6 à 8 mètres sont suffisantes.
- « Il importe que, dans sa longueur efficace, la tige no soit pas composée de deux pièces distinctes non soudées à la forge.
- « Pour mettre une tige en parfaite communication avec la nappe d’eau, il suffit de la mettre en communication avec un point du circuit des
- (I) Cette disposition est celle qui a été indiquée dans les instructions antérieures de 1855 et de
- 1867.
- Tome XV. -
- 67e année. Ie série.
- Novembre 1868.
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- faîtes, par exemple avec le point qui est le plus voisin de sa base. Cette distance sera toujours petite et ne pourra que très-rarement s’élever à 3 ou h mètres.
- « Nous appellerons conducteur de tige ce conducteur très-court qui réunit métalli-quement la tige au circuit; il sera toujours fait avec le fer carré de 0“,02 de côté, sauf l’addition éventuelle d’une lame de cuivre dont nous parlerons tout à l’heure.
- « On comprend qu’il n’y a dans ce conducteur que deux points importants : Sa jonction avec la tige et sa jonction avec le circuit.
- « La jonction avec la tige sera toujours établie de la même manière.
- « La fig. 9 représente une coupe verticale de cet ajustement.
- « La jonction avec le circuit se fera, en général, d’après la fig. 2, c’est-à-dire suivant le mode adopté pour les embranchements perpendiculaires au circuit.
- « Cependant il peut arriver que ce mode général présente des inconvénients : par exemple, quand le circuit se prolonge en ligne droite sur une grande longueur, et quand il faut avoir recours au compensateur de la fig. 3 pour prévenir les fâcheux effets de la dilatation, on comprend que le conducteur de la tige, entraîné par le déplacement direct ou rétrograde du circuit, tendrait à marcher tout d’une pièce à cause de sa grande rigidité ; alors la portion de ce conducteur qui pénètre dans la base de la tige en serait fort éprouvée et tendrait à se briser par ces efforts répétés.
- « Dans les points du circuit où la dilatation acquiert une très-notable amplitude, il faudrait donc donner au conductëur de la tige une certaine souplesse, qui lui permît d’obéir à l’entraînement du circuit sans rien compromettre. On peut obtenir ce résultat de diverses manières; nous nous bornerons à indiquer ici la disposition suivante :
- . « Le fer X (fig. 10) (p. 695) du conducteur de la tige est, comme à l’ordinaire, dirigé perpendiculairement au fer Y du circuit, mais il n’y arrive pas ; on le rogne pour laisser un intervalle de 0m,40 ou 0m,50 destiné à recevoir une bande de cuivre rouge, dont la portion libre c, d, e, f est ondulée, tandis que les extrémités ab et g h restent droites pour se souder, la première sur le fer du conducteur, la deuxième sur le fer du circuit. Cette bande de cuivre doit avoir 0m,02 de largeur sur 0m,005 d’épaisseur; ses portions rectilignes auront chacune 0m,15 de longueur, et sa portion libre environ une fois et demie la longueur qui mesure la distance des fers X et Y; elle aura.ainsi une souplesse
- Fig. 9.
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- suffisante pour obéir aux déplacements du circuit provenant des variations de température.
- Fig. 10.
- « Il nous reste à donner quelques indications sur la place que doivent occuper les tiges et sur leurs distances relatives.
- « La première règle que nous établissons à cet égard est de poser des tiges sur tous les points culminants du faîtage, tels que pavillons, dômes, campaniles, etc., etc.; nous les appellerons tiges principales.
- « La deuxième règle, moins générale et moins précise que la première, est de déterminer, d’après les circonstances locales, combien il faut mettre de tiges secondaires entre deux tiges principales consécutives.
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- MÉTALLURGIE
- . « Voici les considérations d’après lesquelles il faudra se^guider :
- « Quand, dans cet intervalle, il se trouve beaucoup d’objets ayant une saillie notable au-dessus du circuit, comme cheminées, ornements, etc., les tiges secondaires, destinées spécialement à protéger ces objets, ne devront pas être écartées l’une de l’autre de plus de 25 à 30 mètres.
- « Quand il arrive, au contraire, que, dans l’intervalle qui sépare deux tiges principales, le circuit n’est dominé par aucun objet qui ait au-dessus de lui une saillie notable, on pourra sans inconvénient placer les tiges secondaires à 50 ou 60 mètres de distance l’une de l’autre.
- « Nous terminerons cette instruction en recommandant qu’il soit procédé, au moins une fois par an, à la visite des différentes parties des conducteurs des paratonnerres, pour vérifier si leur conservation est bonne et si elles sont toujours en parfaite communication entre elles, et en tous cas pour constater l’état dans lequel elles se trouvent; un procès-verbal de cette visite devra être transmis à l’autorité compétente. » [Comptes rendus des séances de l’Académie des sciences.)
- MÉTALLURGIE.
- NOTES SUR LA FABRICATION DE LA FONTE MALLÉABLE.
- Pour la fabrication de la fonte malléable, la plupart des fonderies d’Allemagne emploient des fontes de première fusion, exemptes de soufre et de phosphore, qu’elles font venir d’Écosse. Cependant, la Styrie fournit aussi des fontes propres à ce travail, mais que les parties septentrionales de l’Allemagne peuvent seules y appliquer, à cause des frais de transport et des droits de douane, qui élèvent trop le prix de revient des produits. Or, en présence de la concurrence des objets en fer forgé, la modicité du prix est une condition indispensable de la vente.
- Les fabricants font un secret de la marque d’origine des fontes qu’ils consomment, mais on a reconnu que cette marque n’est pas la même dans les différents établissements.
- On liquéfie les fontes brutes dans des creusets en plombagine contenant environ 30 kilogrammes. On munit ces creusets d’un couvercle de terre à porcelaine, pour éviter de rendre impure la masse fluide et d’avoir à en écarter, avant de couler, trop de scories et de cendres, ce qui produirait un refroidissement incompatible avec la haute température exigée. Le foyer où reposent les creusets a de 0m,630 à 0m,940 en carré, et est construit en briques de terre à porcelaine. Pour économiser le combustible, on y place à la fois quatre creusets. L’emploi des soufflets n’est pas avanta-
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- geux, parce que l’économie de temps qu’il produit est compensée par une consommation plus considérable de coke. On se contente donc du tirage naturel de la cheminée, qui suffit lorsque le fourneau est bien établi.
- Gomme on vient de le dire, la condition capitale du succès est d’obtenir la plus haute température possible, pendant que l’on procède au coulage.
- La pratique permet promptement d’apprécier le degré de chaleur du fourneau, et le fondeur reconnaît qu’il y est parvenu, en plongeant dans les creusets une barre de fer rouge, d’ou le métal, quand on le retire, se sépare en formant des gouttes étincelantes. On enlève alors les creusets avec une tenaille dont les branches les entourent, et l’on exécute la coulée, avec toute la promptitude possible, après avoir, cependant, nettoyé la surface.
- L’exécution des moules demande beaucoup de soin, principalement pour les très-petites pièces, qui présentent le plus de difficultés ; telles sont les clefs, les pièces des serrures, les parties des machines à coudre, etc., qui sont coulées ensemble, les unes au-dessous des autres, dans un même moule et qui doivent être séparées après l’opération.
- Avant de faire le moule d’un modèle grand et compliqué, on doit combiner attentivement la disposition des évents, qui, après avoir laissé échapper l’air, servent, en quelque sorte, de réservoirs, et fournissent aux pièces, lors de la contraction qu’elles éprouvent en se refroidissant, une certaine quantité de métal encore en fusion, qui empêche de se former des vides et des soufflures. Si l’on néglige ces précautions, il se produit, par l’effet du retrait, dans toutes les parties qui ont souffert de l’insuffisance du métal, des déchirures ou des fissures, souvent si petites, qu’on ne les remarque qu’après la cémentation. Il est nécessaire de ménager de tels évents aux renflements des balanciers, aux angles rentrants des pièces courbes, et surtout aux places où les dimensions des moules éprouvent des changements brusques. Il faut cependant ne pas se hâter de séparer, après la fonte, les jets qui en résultent ; autrement, si l’on n’a pas eu soin d’attendre que le refroidissement fût complet, ils se brisent irrégulièrement et endommagent la pièce.
- On dispose les châssis verticalement ou avec une forte inclinaison. La première situation convient pour les moules plats ; on en superpose de h à 6 les uns a u-dessus des autres, en les faisant communiquer entre eux. On les assemble fortement avec des tirants terminés par des boulons, et l’on a soin que les jets soient établis verticalement.
- Le moulage doit être très-soigné, afin que les produits fondus présentent un aspect bien lisse et que le travail nécessaire pour les nettoyer soit aussi faible que possible.
- La dernière manipulation consiste dans la cémentation, où la fonte acquiert les propriétés du fer forgé, et présente de l’analogie avec l’acier.
- Cette opération consiste à soumettre à une température rouge prolongée les pièces
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- de fonte enfouies dans un cément d’hématite pulvérisée. On les dispose ainsi dans des caisses en fonte de fer, nommées moufles. On croyait, d’abord, que la îorine ronde était avantageuse pour ces moufles, mais aujourd’hui on se sert simplement de caisses carrées ayant environ 0ra,026 d’épaisseur, donf le couvercle, soigneusement fermé, doit soustraire le contenu à l’action de l’air environnant.
- Pour la mise en caisse, on fait alterner les couches d’hématite avec celles des objets en fonte, en ayant soin, néanmoins, de commencer et de finir par de l’hématite.
- Les fours de cémentation sont d’une construction très-simple. La grille se trouve en avant et la cheminée attire l’air chaud du foyer autour des caisses. Un regard, fermé par un châssis à coulisse et ménagé sur le côté, permet d’observer, dans l’intérieur, la marche du travail. *
- Le chauffage doit être conduit avec beaucoup de soin. Au commencement, on pousse le feu un peu vivement, afin d’atteindre promptement une température assez élevée, mais ensuite on doit alimenter le fourneau à des intervalles réguliers. La cémentation dure trois, quatre et cinq jours, selon la grosseur des pièces qui ont été enfournées, et dont le poids, pour une opération, est de 350 à 450 kilogrammes de fonte,
- En garnissant les caisses, on doit observer de ne pas mêler de grosses pièces avec des petites, et l’on doit même placer dans le four, en avant et le plus près du feu, les moufles qui contiennent les pièces les plus fortes. On dispose, au contraire, au fond de la sole, les objets les plus faibles. Sans cette précaution, beaucoup de pièces seraient ou brûlées ou mal décarburées. Ces dernières constitueraient un produit intermédiaire entre le fer et l’acier.
- Lorsque l’on juge le travail terminé, on laisse tomber le feu, et l’on ne détourne que quand les pièces se sont refroidies graduellement. La pratique joue un grand rôle dans la conduite du feu, et l’élévation nécessaire de la température ne peut être bien appréciée que par l’expérience.
- Outre le combustible, la plus grande dépense consiste dans les caisses de cémentation, qu’une seule opération met souvent hors de service. L’hématite en poudre, au moyen d’une addition de cette matière neuve, faite chaque fois, peut être d’un usage plus répété.
- Quoique les utiles propriétés de la fonte malléable, propriétés que l’on peut comparer à celles du fer forgé, aient été souvent citées, l’emploi de cette fonte éprouve fréquemment des oppositions, et n’est pas aussi répandu qu’il le devrait être. On fabrique encore, en fer forgé, un grand nombre de pièces mécaniques, que la fonte malléable permettrait d’exécuter, à meilleur marché, avec autant de garanties de durée. A la vérité, ceci ne doit s’entendre que des pièces fabriquées identiquement en assez grand nombre pour supporter les frais de modèles bien exécutés. Des-pièces uniques coûteraient, en fonte malléable, plus cher qu’en fer forgé.
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- NOTICES INDUSTRIELLES.
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- Les modèles doivent être disposés dans l’hypothèse d’un double retrait. (Zeitschrift des Vereins der deutscher Ingenieure, et Dingler’s polytechnisches Journal.)
- (V.)
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Préparation «le peintures pour le fer, comme produits secondaires de la distillati«»n du goudron minéral, par 191. le «locteur l^unge. —
- La distillation du goudron minéral présente, tout naturellement, la possibilité de fabriquer, comme produits secondaires, des peintures noires pour le fer. On les prépare très-simplement, en faisant fondre de la poix noire avec différentes matières obtenues dans cette distillation. Elles n’exigent l’addition d’aucune autre substance étrangère, et leur fabrication ne réclame qu’une chaudière en fer située dans un atelier couvert, mais chauffée par dehors. Cette chaudière peut être en fonte ou en fer, mais il vaut mieux qu’elle soit en fer, afin que Ton n’ait point à en craindre la rupture, qui présenterait de grands dangers d’incendie. La forme la plus convenable est celle d’un cylindre vertical, à fond légèrement concave. On fait fondre à la fois la totalité de la poix qui doit n’emplir le vase qu’aux trois quarts environ, et Ton y ajoute en même temps une petite portion de l’huile, ce qui favorise beaucoup la fusion de la poix et en prévient la solidification par le refroidissement. On est, cependant, obligé d’élever assez haut la température avant que la liquéfaction soit complète ; et il est, en outre, très-opportun de laisser la matière se refroidir un peu, avant de verser toute la quantité d’huile, afin que cette huile n’entre pas en ébullition. Pourtant, il faut que le mélange reste encore complètement liquide. On observe donc ces prescriptions, et de plus on a soin de ne faire l’addition que peu à peu, de telle sorte que chaque portion soit parfaitement incorporée avant que Ton en verse une nouvelle. On ne peut indiquer des proportions précises parce que les acheteurs exigent des degrés différents de liquidité. On tire donc, de temps en temps, des échantillons qu’on laisse refroidir complètement, pour juger de la consistance de la matière.
- Pour la peinture ordinaire, on emploie de la poix et de l’huile lourde, et Ton procède comme il vient d’être dit. Cependant on peut, surtout quand on veut fabriquer de grandes quantités, opérer encore plus simplement, en distillant le goudron dans de petites cornues (les cornues ordinaires sont trop grandes pour ce cas) jusqu’à ce que l’huile lourde commence à passer ; alors on diminue le feu ; on laisse la cornue se refroidir un peu; on l’ouvre et Ton y ajoute une certaine quantité d’huile lourde ; on mêle bien et Ton soutire la matière encore complètement fluide. On ne peut assigner
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- NOTICES INDUSTRIELLES.
- une proportion convenable pour la quantité d’huile lourde qu’il convient d’ajouter ainsi, pour se conformer aux exigences variées des acheteurs. On recourt donc encore, pour s’en assurer, à la méthode des essais partiels.
- Ce vernis revient à un prix extrêmement bas, puisqu’il ne contient que du goudron minéral, déjà dépouillé, dans le cours de la fabrication, de ses principes constituants les plus chers ; cependant il peut être vendu au moins au même prix que le goudron même, parce qu’il est tout aussi convenable pour les grosses peintures de toutes sortes, sur la pierre, le bois, et notamment le fer. Il pénètre, en effet, plus profondément et plus promptement dans le bois et dans la pierre que le goudron brut ou même bouilli, et il sèche beaucoup plus vite. Cette dernière propriété le rend préférable, même au goudron de bois, dit de Stockholm. Sur les objets en fer, pour lesquels on ne peut employer le goudron brut de houille, à cause des composés ammoniacaux qu’il contient, et qui accélèrent l’oxydation, il est même préférable au goudron bouilli, car il sèche non-seulement beaucoup plus vite, mais encore il forme un enduit exempt de gerçures et doué d’un brillant éclat. Le temps nécessaire pour sa dessiccation varie de vingt-quatre heures à quarante-huit heures, selon l’état de l’atmosphère. Comme l’enduit qui en résulte possède une certaine épaisseur, on ne peut employer ce vernis que pour les grosses pièces en fer, mais alors il est d’un excellent emploi.
- On peut obtenir une qualité plus fine, en incorporant de la poix avec de l’huile légère, et en opérant, en général, de la manière ci-dessus décrite ; mais, au lieu de mettre alors de côté les huiles légères, on retire, au contraire, les dernières portions d’huile lourde restées dans la cornue où l’on a distillé l’huile légère, déjà dépouillée de ses principes constituants les plus chers. Ce dernier vernis donne des surfaces plus unies et plus brillantes que le premier, et n’exige que de quatre à six heures pour sécher. Il convient pour les ouvrages en fer plus délicats.
- Enfin on peut obtenir des vernis encore plus siccatifs et plus minces, en remplaçant une portion de l’huile légère par une quantité correspondante de naphte, et l’on peut même employer, pour cela, du naphte de la plus basse qualité. Il faut, dans ce cas, combiner avec la poix toute l’huile légère, et n’ajouter qu’ensuite le naphte, à la température encore suffisante pour que le mélange soit bien liquide. Il faut, de plus, agiter beaucoup la matière pendant longtemps, parce que le naphte ne s’incorpore pas aussi facilement avec le vernis que les huiles lourdes. Sans cette précaution, il pourrait arriver que la masse, en se figeant, se séparât du naphte resté liquide. En opérant ainsi, on peut facilement préparer, avec du naphte ordinaire, un vernis séchant en une heure et même en un quart d’heure, propre aux ouvrages en fer pour lesquels sa couleur noire ne présente pas d’inconvénients.
- Ces trois sortes de vernis ont la propriété utile d’adhérer très-fortement au fer, et d’acquérir, en séchant, un certain degré de dureté. Ils ont, surtout ceux de première qualité, un beau poli et un grand éclat. ( Dr Lange’s Destination des Steinkohlen-theers, etc., et Dingler’s polytechnisches Journal.)
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- SÉANCES DU CONSEIL d’ADMINISTRATION,
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- Réactif très-sensible pour l’acide azotique, par M. Braun. — Ce
- réactif est le sulfate d’aniline ; il décèle, avec une sensibilité surprenante, les moindres traces d’acide azotique.
- On place dans un verre de montre environ 1 centimètre cube d’acide sulfurique pur et concentré (à 1,84 de densité). On y verse ensuite, goutte à goutte, 1/2 centimètre cube d’une solution de sulfate d’aniline que l’on a préparée en ajoutant 10 gouttes d’aniline du commerce à 50 centimètres cubes d’acide sulfurique étendu dans la proportion de 1 à 6. On mouille alors un tube de verre avec le liquide que l’on veut essayer, et on le meut circulairement dans celui que contient le verre de montre. En soufflant ensuite quelques fois sur le mélange pendant qu’on l’agite lentement, on voit, s’il contient des traces d’acide azotique, se développer, dans le liquide, des stries circulaires d’un rouge incarnat très-intense, qui le colorent promptement en rose. Si l’on augmente tant soit peu la quantité de l’acide azotique, le liquide prend la couleur du carmin ; et enfin l’addition d’une seule goutte d’acide azotique très-étendu le fait passer d’abord au rouge foncé, puis au brun rouge terne.
- Ce procédé fait immédiatement reconnaître la présence de l’acide azotique dans l’acide sulfurique du commerce. L’auteur a observé le même acide, quoiqu’en quantité beaucoup moindre, dans les eaux des puits, et il pense que l’on ne peut guère douter de l’existence de la même réaction dans l’eau de pluie, après un orage.
- Cette réaction se produit aussi avec l’acide hypo-azotique ; c’est un inconvénient qu’elle partage avec presque toutes les autres méthodes employées pour découvrir la présence de l’acide azotique. Cependant, lorsque l’on n’a que des traces d’acide hypo-azotique, on peut en faire la distinction, par le moyen de l’empois et de l’iodure de potassium acidulé par l’acide sulfurique. (Zeitschrift für analytische Chemie et Din-glcr’s polytechnisches Journal.)
- (V.).
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 23 octobre 1868.
- Présidence de M. Ch. Laboulaye, censeur.
- M. Ch. Laboulaye fait connaître à l’assemblée les regrets exprimés par M. le sénateur Dumas, président, qui, retenu par une indisposition, ne peut pas assister à la séance.
- Nécrologie. — Il annonce ensuite à la Société la perte qu’elle vient de faire par la Tome XV. — 67e année. 2e série. — Novembre 1868. 90
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- mort de M. François Belessert, le dernier survivant de ses membres fondateurs.
- La création de la Société doit être attribuée principalement à M. Benjamin Belessert, dans les salons de qui la première assemblée des fondateurs a eu lieu, et à M. François Belessert, qui se chargea, le premier, de la réunion des cotisations. Le Président exprime la douloureuse émotion qu’a éprouvée la Société en perdant son doyen, et, après avoir consulté le Conseil, il décide qu’une lettre de condoléance sera écrite à la famille pour lui faire connaître la part que la Société prend aux regrets que fait éprouver la perte de cet homme de bien.
- Correspondance. — M. le President donne lecture d’une lettre de M. Guimet, négociant à Lyon, et depuis longtemps membre de la Société, qui demande à être inscrit au nombre de ses membres perpétuels, en accomplissant les conditions prescrites à ce sujet parle règlement. M. le Président rappelle, à cette occasion, les beaux travaux de M. Guimet sur le bleu d’outremer, répondant d’une manière si heureuse à une question proposée en prix par la Société, et il exprime les remercîments du Conseil pour la demande de M. Guimet qui, à partir de la présente séance, sera compté parmi les membres perpétuels.
- M. le Président lit une lettre de M. Gustave Roy, président du jury d’admission de la classe XXVII à l’Exposition universelle de 1867, par laquelle il annonce à la So-ciété que les exposants de cette classe ont laissé entre ses mains une somme de 13 323 fr. destinée à la fondation d’un prix périodique pour l’industrie cotonnière. Ce prix sera délivré par la Société d’encouragement à celui qui aura contribué le plus efficacement au développement ou au progrès de l’industrie cotonnière en France. Des remercîments seront adressés à M. Gustave Roy pour cette fondation faite par son initiative, et sa lettre sera renvoyée à la commission des fonds.
- M. le Ministre de Vagriculture, du commerce et des travaux publics envoie à la Société deux exemplaires des nos 2 et h du catalogue des brevets d’invention.
- M. Leduc, filateur, rue Dos-d’Ane, à Nantes, a écrit le 3 octobre, pour faire connaître qu’il propose de remplacer le pressoir par l’essoreuse pour la fabrication du vin et du cidre ; il annonçait qu’il faisait des expériences qui ne pouvaient pas être ajournées à cause de l’époque avancée de l’année, et demandait que la Société déléguât un de ses membres pour assister à ces essais. Vu l’urgence, M. Balard, vice-président, représentant les arts chimiques et agricoles, et M. Alcan, représentant les arts mécaniques, se sont rendus à Nantes le 9 octobre, et rendront compte de cette mission aux comités que cette affaire concerne. (Renvoyé aux comités des arts mécaniques et de l’agriculture.)
- M. Rous (Edmond), ajusteur-mécanicien, boulevard Saint-Michel, 129, présente 1° trois outils de précision pour tracer sur le marbre ou sur la fonte ; 2° un coussinet à double coin à l’usage des chemins de fer ; 3° un système nouveau pour le couvercle des vases graisseurs. (Arts mécaniques.)
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- M. Rollet, maire d’Étrechy (Côte-d’Or), nouveau système de boîte aux lettres. (Arts mécaniques.)
- M. Robin, mécanicien à Nantes (Loire-Inférieure), demande à la Société de faire visiter un nouveau moteur, dont le principe a été contesté jusqu’à ce jour et qui a été de sa part l’objet de longues études. Il fonctionnera le 23 et le 24 octobre, à 2 heures, boulevard de Grenelle, 138, et sera expédié ensuite pour New-York. (Arts mécaniques.)
- M. Joly (Ch.), avenue de l’Impératrice, 29, qui a déjà adressé à la Société des appareils pour concourir au prix relatif à l’aération des édifices, envoie son Traité pratique du chauffage, de la ventilation et de la distribution des eaux dans les habitations, ouvrage important, fruit de longues recherches et résultat d’observations nombreuses en France et à l’étranger. (Arts économiques.)
- M. Durand (Y.), tourneur chez M. Farcot, à Saint-Ouen, présente un monte-courroie mécanique. (Arts mécaniques.)
- M. Renet, rue de l’Université, 13, chauffage économique des chemins de fer. (Arts économiques.)
- M. Deloris, ancien horloger, rue et hôtel Chaligny, 5. Invention pour diminuer considérablement les frottements; demande d’annuité pour brevet. (Arts mécaniques.)
- M. Burel (A.), sous-inspecteur des forêts à Châlons-sur-Marne, et à Paris, chez M. Normand, opticien, galerie Yivienne, 21 et 23, présente à la Société un instrument qu’il nommeplanimètre réducteur, qui sert à réduire simplement un polygone quelconque en un triangle. (Arts mécaniques.)
- M. Robert Theurer, horloger à Chaux-de-Fonds, près Neuchâtel (Suisse), fait pré-senter parM. Sacc, membre de la Société, une montre d’argent à remontoir oscillant et rouage pour régler les aiguilles sans ouvrir la boîte, qui peut être vendue dans le commerce à 40 ou à 34 fr., suivant le mode d’échappement adopté. (Arts mécaniques.)
- Melles Garcin (G. C. et A.), maîtresses de pension à Colmar (Haut-Rhin), moteur direct à ressort pour faire marcher les machines à coudre en évitant les inconvénients qu’on trouve à l’action du pied ou de la main comme moteurs. (Arts mécaniques.)
- M. Brachet, rue Mouton-Duvernet, 11, télescope diacatoptrique. (Arts économiques.)
- M. Simonet, économe de la Société houillère de la Moselle, à Carling, par Saint-Avold (Moselle), auteur d’un moyen pour augmenter considérablement la force d’un moteur, demande que la Société lui vienne en aide pour qu’il puisse tirer parti de son invention. (Il sera répondu à M. Simonet que la Société ne se charge pas de fournir aux inventeurs les éléments de succès de leurs projets, et que, d’ailleurs, la lettre qu’il a écrite est trop peu précise pour faire connaître d’une manière suffisante en quoi consiste son invention.)
- M. Maconnier (J.), soldat au 99e de ligne, 8e compagnie du 1er bataillon, à Aix (Bouches-du-Rhône), demande l’examen 1° d’une charrette pour les récoltes, 2° d’un
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- clail nouveau pour le fauchage des blés et des prairies, 3° d'une fourche, qu’il a inventés. (Agriculture.)
- M. Dejoie (J. P.), menuisier à Samadet (Landes), envoie les dessins d’un pont en bois du système des ponts américains. (Arts mécaniques.)
- M. Chariot, rue Lhomond, 43, près le Panthéon, demande un secours pour exécuter un piano alphabétique universel pour l’enseignement de la lecture, de l’orthographe, de la numération et des notes de musique, qu’il a inventé et dont il ne possède qu’un spécimen. (Arts économiques.)
- M. Maujean (A.), rue Morand, 27, machine à vapeur rotative nouvelle. (Arts mécaniques.)
- M. Knab (Ch.) demande des renseignements sur la suite donnée à une présentation qu’il a faite pour concourir au prix proposé pour les petits moteurs à eau. (Commission des prix.)
- M. Durand (F.), ingénieur-mécanicien, avenue de l’Impératrice, 23, réclame, au nom de son neveu, la priorité d’invention et de construction de la machine à fabriquer les clous dorés,,que M. Dubreuila présentée à la Société et qui a été l’objet d’un rapport du comité des arts mécaniques. (Renvoi au comité des arts mécaniques.)
- MM. Duvé et Lemaire, serruriers, boulevard de Yaugirard, 121, à Paris, présentent une nouvelle fermeture pour les sacs à dépêche de la poste et les sacs d’argent. (Arts mécaniques,)
- M. Detnonfaucon, route de la Révolte, 59, à Saint-Quen, présente un tire-cartouche nouveau pour les fusils se chargeant par la culasse. (Arts mécaniques.)
- La Société impériale d’agriculture de Moscou envoie à la Société d’encouragement quatre publications qu’elle a fait paraître en 1868.
- Le Secrétaire de la ligue internationale et permanente de la paix, rue de la Banque, 22, adresse à la Société d’encouragement deux exemplaires du compte rendu de la première assemblée de cette association. Il demande en même temps que l’attention des membres de la Société soit attirée sur cette œuvre patriotique et philanthropique, dont le but est éminemment favorable au développement de l’industrie française.
- M. Godpaille (Ch.), rue Scribe, 2, demande qu’on lui fasse connaître un traité sur la fabrication du rhum, et envoie des prospectus et renseignements sur ses magasins de rhum à Paris.
- M. Donnadieu (A. L.), préparateur à la faculté des sciences de Montpellier, fait hommage à la Société, en son nom et en celui de son frère, d’une notice sur le calcaire lithographique de Montdardier (Gard), découvert par Donnadieu (Guillaume-Joseph), leur père, à qui la Société d’encouragement a décerné, à ce sujet, un de ses prix. Il exprime en même temps sa gratitude pour l’accueil que la Société a fait à cette découverte.
- M. Chaijaux, à Saint-Chamond (Loire), projet d’un instrument enregistrant les
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- indications du baromètre, du thermomètre et de l’hygromètre. (Arts économiques.)
- M. Muterse (J. M.), à Guérande (Loire-Inférieure), et à Paris, rue de Turbigo, 32, cartouches extinctrices des incendies. (Arts économiques.)
- M. de la Roche Macé, au château de la Roche, commune de Couffé (Loire-Inférieure), envoie la description d’un nouveau traitement du lin et du chanvre pour remplacer le rouissage. (Arts chimiques.)
- M. Rubin (J. B.), peintre en bâtiment à Chambéry (Savoie), rue du Sénat, 2, nouveau siège à siphon pour fosses d’aisances. (Arts économiques.)
- Mme Radin, rue Saint-André-des-Arts, 52, soumet à l’examen de la Société divers produits de son industrie, consistant en brosses, balais, corbeilles, fleurs artificielles, fabriqués ayec les diverses parties de la plume d’oie. (Arts économiques.)
- M. Deshayes (J.), graveur, me du Cherche-Midi, 12, disposition de lunettes dites lunettes Janus, qui permettent de voir devant et derrière soi. (Arts économiques.)
- M. Moule (H.), représenté par M. Saunée (A.), ingénieur civil, palace Chambers, Abingdon Street, Westminster, Londres, système de closets à terre sèche et terre ani-malisée pour engrais. (Arts chimiques et agriculture.)
- M. Gutensohn (A.), chimiste à Munich, mémoire en allemand sur la conservation des bois. (Agriculture et arts chimiques.)
- M. Anselmier (U.), rue du Cardinal-Fesch, 16, nouveau procédé pour le scellement des bouteilles. (Arts économiques.)
- M. Saintpierre (C.), professeur agrégé à l’École de médecine de Montpellier, envoie à la Société douze brochures qu’il a publiées, et il attire particulièrement l’attention sur celles qui sont relatives au poids du vin et à la substitution du pesage au mesurage, ainsi que sur celles qui traitent des accidents dus à l’atmosphère irrespirable des cuves vinaires. (Agriculture.)
- M. Godchaux, rue de la Douane, 10, fait présenter, par M- Laboulaye, des cahiers pour apprendre le dessin, qu’il fait par des procédés rapides [et économiques, de manière à les livrer au même prix que ses cahiers d’écriture. (Renvoyé à la commission des beaux-arts.)
- MM. les Secrétaires signalent les ouvrages suivants parmi les pièces imprimées de la correspondance.
- Sujets mis au concours par la Société académique de Saint-Quentin, comprenant un prix dqpoésie pour un sujet au choix des concurrents, un prix d’histoire locale et un prix d’économie sociale sur l’avenir de l’industrie cotonnière en France, un feuillet in-49.
- M. Dumas (Ernest), notes sur l’émission, en France, des monnaies décimales de bronze. Paris, 1868, imprimerie impériale, in-4° de 107 pages, fig.
- M. Chaix (A.), note sur l’École professionnelle de l’imprimerie centrale des chemins de fer. Paris, 1868, cahier de dix feuillets grand in-4°.
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- M. Bail (Ch.), ingénieur civil, de la mensuration des corps gazeux et en particulier du gaz d’éclairage. Paris, 1868, in-4° de 11 pages.
- M. Chaufourier (M.), rue de la Chaussée-d’Antm, 18, notice de M. Offermann (L.) sur sa machine à égrener le coton. Paris, 1868, in-8° de 14 pages.
- M. Grateau (Ed.), ingénieur des mines. Les minerais de fer à l’Exposition universelle de 1867, extrait du Bulletin de la Société de l’industrie minérale, in-8° de 62 pages.
- M. Petitgand (E.), ingénieur des mines. Le cuivre, son histoire, ses usages. Paris, 1868, in-8° de 110 pages.
- M. Wolowski, membre de l’Institut, présente à la Société l’ouvrage qu’il vient de publier sur la liberté commerciale et les résultats du traité de commerce de 1860. Paris, 1869, un vol. in-8° de 472 pages.
- M. Chevalier (Michel), sénateur, membre de la commission impériale pour l’Exposition universelle de 1867, envoie à la Société un exemplaire des rapports du jury international sur cette exposition. Paris, 1868, 13 vol. in-8°.
- Communications. — M. Baude, vice-président, présente à la Société l’ouvrage que M. Jacqmin a publié (1) sur l’exploitation des chemins de fer; il y joint une note dans laquelle il analyse ce traité et donne quelques détails sur les matières qui y sont contenues.
- M. le Président remercie M. Baude de la communication qu’il a faite au Conseil et demande que cette note soit déposée sur le bureau pour être insérée dans le Bulletin de la Société.
- Nomination de membres. — Le Conseil vote à l’unanimité, au scrutin, la nomination, à titre de membre de la Société, de M. Parmentier, libraire à Paris.
- Séance du 13 novembre 1868.
- Présidence de M. Balard, vice-président.
- Correspondance. — M. Jakob Husnik, professeur à Tabor (Bohême), annonce à la Société qu’il a découvert une manière singulière de photo-lithographie, dont les produits, faciles à obtenir, sont à très-bon marché et peuvent entrer en concurrence avantageuse avec les gravures sur bois, clichés, lithographies et autres procédés employés actuellement dans les publications périodiques. En joignant des spécimens à sa lettre, il demande l’appui de la Société pour arriver à céder à l’État son procédé qu’il n’est pas disposé à exploiter lui-même industriellement.
- (1) Chez Garnier frères, libraires-éditeurs.
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- Un contre-maître de la brasserie de MM. Laurent frères, à Versailles, avenue de Paris, est proposé par MM. les chefs de cet établissement et par M. Alcan, membre du Conseil, pour une médaille de contre-maître (commission des médailles).
- M. Henri Lemoine, président de la Société pour le patronage des apprentis de l’ébénisterie, remercie la Société d’encouragement du don de 100 francs qu’elle a fait aux écoles de l’œuvre qu’il préside, pour être distribué en prix aux meilleurs élèves ; il présente les travaux faits par les concurrents et annonce qu’il est disposé à donner des explications sur ces concours et sur la Société qu’il préside.
- M. de Nouves d’Argès, ingénieur civil à Bordeaux, place des Capucines, n° 13, annonce qu’il a découvert une théorie qui lui permettra de faire industriellement le diamant noir, qui est un des sujets de prix proposés par la Société ; mais il dit qu’il lui manque les moyens convenables pour opérer ; il désirerait obtenir de la Société l’entrée dans un laboratoire installé pour des recherches physico-chimiques (arts chimiques) .
- M. Bastie (E.), rue de Mulhouse, n° 11, annonce qu’il a inventé un papier pour faire des épreuves positives de couleur bleue à très-bon marché ; il demande une première annuité de brevet d’invention (beaux-arts).
- M. le Secrétaire attire l’attention de la Société sur une lettre du 24 octobre dernier par laquelle M. Alexandre, fabricant de plumes métalliques, refuse de payer la somme de 1,500 fr. qu’il s’était engagé à verser à la caisse de la Société pour la fondation d’un prix destiné à provoquer l’amélioration de l’encre dont on use avec les plumes métalliques.
- Après une discussion générale, M. le Président résume la question et fait voir combien cette réponse de M. Alexandre doit étonner le Conseil.
- La Société a mis, sous le nom de prix Alexandre, cette question au concours ; le programme en a été compris au nombre de ceux qu’elle a proposés dans sa séance générale du 20 février 1867, et elle a donné aux concurrents le temps nécessaire pour résoudre cette question en fixant la clôture du concours au 31 décembre 1868. C’est à l’approche de cette échéance et au moment oii les fonds devenaient nécessaires pour la délivrance du prix, que M. Alexandre refuse de remettre la somme de 1,500 fr. qu’il avait offerte. M. le Président propose au Conseil d’exprimer l’impression fâcheuse que lui a causée ce refus auquel la Société était loin de s’attendre. (Adopté.)
- M. le Secrétaire signale les pièces suivantes parmi les publications imprimées qui ont été adressées à la Société.
- Delagarde (N.). De l’engrais pour rien. Paris, 1868, gr. in-18 de 216 pages (renvoyé au comité d’agriculture).
- Association, à Ahdhouse, pour prévenir les accidents de machines, compte rendu de la lre séance. Mulhouse, 1868, gr. in-8°, 48 pages et 5 planches.
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- Mène (Ch.). Revue hebdomadaire de chimie scientifique et industrielle. Paris, une feuille, gr. in-8°, 2 premiers numéros.
- Rapports des comités. — M. Baude présente, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur une chambrière avec cric de hausse pour les voitures à deux roues, qui a été présentée par M. Loilier, chef du bureau des ateliers au chemin de fer du Nord.
- Il propose de remercier M. Loilier de sa communication et d’insérer le rapport du comité au Bulletin avec le dessin de l’appareil. Ces conclusions sont approuvées.
- M. Chevallier lit, au nom du comité des arts chimiques, un rapport sur la nouvelle méthode pour l’épuration de l’huile de graine, qui est proposée par M. Michaud (C.), à Honfleur.
- Le rapporteur propose de remercier M. Michaud de sa communication, et d’insérer le rapport au Bulletin. Ces conclusions sont approuvées.
- M. Legrand lit, au nom de la commission des fonds, un rapport pour faire approuver une offre faite à la Société par les industriels qui ont fait partie de la classe XXVII à l’Exposition universelle de 1867, offre dont il a été parlé dans la séance précédente. M. Boy (Gustave), président du jury de cette classe, annonce, en leur nom, qu’il tient à la disposition de la Société une somme de 13 323 francs, qu’ils destinent à fonder un prix, lequel sera décerné tous les cinq ans par la Société, en séance générale, à celui qui aura contribué le plus efficacement au développement de ïindustrie cotonnière. M. Legrand montre que les intérêts cumulés permettront aisément de porter ce prix à 3 000 francs. Le comité des fonds croit que cette fondation est utile, et il propose au Conseil d’approuver l’offre faite par les exposants de la classe XXVII, et de féliciter M. Boy (Gustave) de l’initiative qu’il a prise dans cette fondation. Ces conclusions sont approuvées.
- M. Chatin lit, au nom du comité d’agriculture, la première partie d’un rapport sur les procédés qu’emploie M. Bousseau, de Carpentras, pour la culture des truffes et sur les conditions sous lesquelles se fait leur développement.
- Paris. — Imprimerie de madame veu»e BOCCHARD-HUZARD, rue de l'Éperon, 5;
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- 67e ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOME XV. — Décembre 1868.
- BULLETIN
- DE
- LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- DÉCISION DU CONSEIL D’ADMINISTRATION RELATIVE A LA NOMINATION DE DEUX
- MEMBRES ADJOINTS.
- Conformément à l’arrêté pris le 16 janvier 1855,
- M. Lissajous entendu dans la séance publique du 11 décembre 1868 pour le comité des arts économiques,
- Le Conseil, après délibération, décide que ce comité est autorisé à présenter une liste de candidats pour la nomination de deux membres adjoints.
- ARTS MÉCANIQUES.
- Rapport fait par M. Tresca, au nom du comité des arts mécaniques, sur un nouveau système de puits présenté par M. Donnet, 13, place Louis XVI, à Lyon.
- Messieurs, M. Donnet, de Lyon, a imaginé de fermer hermétiquement, par une cloche, les orifices ordinairement libres des puits d’un débit insuffisant. A cet effet, it se sert d’une cloche en tôle d’une hauteur assez grande pour Tome XV. — 67e année. 2e série. — Décembre 1868. 91
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- ARTS MÉCANIQUES.
- que le lutage en puisse être très-assuré avec les parois en maçonnerie. Cette cloche est fermée par un couvercle ajusté avec autant de soin que le fond d’une chaudière à vapeur, et sur le milieu duquel se fixe, au moyen d’une bride, la partie inférieure du tuyau d’aspiration d’une pompe, qui lui permet de tirer du puits, sans en abaisser le niveau, une quantité d’eau beaucoup plus considérable que dans les conditions ordinaires.
- On comprend, en effet, que l’alimentation d’un puits se faisant à travers les interstices du terrain environnant, en vertu de la pression résultant de la différence du niveau du bassin alimentaire, et en présence de la pression atmosphérique qui agit sur le liquide aux deux extrémités de chaque canal individuel, la vitesse d’accès pourra être notablement augmentée, si l’on supprime l’une de ces pressions en faisant le vide sous la cloche.
- Ce résultat sera, pour ainsi dire, immédiat, dès que le vide pourra être obtenu par suite de la fermeture du puits, mais l’inventeur a observé qu’au bout de quelques jours de fonctionnement de son appareil l’abondance de l’eau augmentait encore dans une notable proportion. L’arrivée plus rapide du liquide, dans les premières opérations, détermine, dans les ramifications des petits canaux d’amenée, le déplacement de quelques-uns des obstacles qui s’opposaient à l’écoulement beaucoup plus lent qui avait lieu précédemment, et produit ainsi une sorte de drainage de ces canaux, qui pourrait, à lui seul, être considéré comme un avantage important, s’il se maintenait ensuite dans le même état.
- Il est évident que la permanence de cet effet dépendra beaucoup de la nature et du degré de perméabilité du sol ; mais il importe de faire remarquer que l’affouillement, favorable quand il est réduit à de justes proportions, ne saurait, en général, se continuer indéfiniment sous l’action des mêmes causes, la vitesse de l’eau nécessaire pour un débit donné devant diminuer très-rapidement, à mesure que les interstices s’agrandissent. Il arrive donc, généralement, que par l’agrandissement de ces canaux la vitesse sera bientôt aussi réduite qu’elle l’était pendant l’alimentation insuffisante du puits naturel.
- Envisagé à ce point de vue, le système de M. Donnet doit améliorer beaucoup le débit des puits existants, et il sera d’un grand secours dans tous les cas où la dénivellation produite par l’action de la pompe, dans les conditions ordinaires, abaisse rapidement le niveau, comme il arrive trop souvent. La facilité de l’écoulement vers le puits pourra même être tellement accrue, soit par suite du drainage dont nous venons de parler, soit par l’action du vide entre-
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- ARTS MÉCANIQUES.
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- tenu par le'fonctionnement delà pompe, que celle-ci aspirerait l’eau des puits trop voisins, et pourrait même les assécher momentanément. Il est vrai que, dans ce cas, le drainage devrait, en partie, se produire dans les canaux qui établiraient la communication plus facile entre les deux puits, et, par conséquent, améliorer d’une manière permanente les conditions de l’un et de l’autre, après avoir produit un assèchement momentané, qui ne serait, au reste, à craindre que dans les villes et pour des puits très-voisins. Une expérience a été faite, en octobre 1867, devant une commission nommée par M. le Ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics, commission dont votre rapporteur avait l’honneur de faire partie. Elle a eu lieu sur le puits que M. Donnet avait établi dans une des annexes de l’Exposition, sur la berge do la Seine.
- Ce puits avait un diamètre de lm,20, et il était muni, au fond, d’une cloche étanche de lm,50 de hauteur, sur le couvercle de laquelle était installé le tuyau d’aspiration d’une pompe locomobile à double corps, portant son moteur à vapeur et dont les pistons développaient, à chaque tour, un volume de 5 litres.
- Depuis midi, la pompe fonctionnait avec le puits fermé, et débitait, dans ces conditions, 400 litres d’eau par minute, la machine à vapeur tournant à la vitesse de 80 tours, à la pression de 4,5 atmosphères.
- À 4ll-45', on a branché la pompe sur un tuyau plongeant au fond de la cloche, et l’on a ouvert le couvercle de la cloche du puits.
- L’eau avait baissé, pendant ces préparatifs, de 0m,60 au-dessous de la tubulure du couvercle, et la pompe continuant à fonctionner, on a noté les abaissements successifs du niveau, ainsi qu’il suit :
- Heures Abaissements
- des observations, au-dessous de la tubulure*
- 3 h. 48' 30"
- 53'
- 55'
- 57'
- On a alors interrompu le fonctionnement de la pompe, et l’on a continué à observer le mouvement d’ascension, qui a été le résultat de cet arrêt :
- 3 h. 59' 30” 1,05
- 4 6' 0,92
- 4 12' 0,85
- 4 18' 0,80
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- Il était dès lors manifeste que, bien que le puits fût en communication avec l’eau du fleuve, cette eau n’aurait pu y arriver en l’absence de la fermeture de M. Donnet, avec la rapidité nécessaire pour alimenter une pompe débitant 400 litres par minute, et qu’il suffisait, au contraire, de la présence de cette fermeture pour assurer le fonctionnement de cette pompe à plein jet.
- Le tableau graphique des dénivellations fait ressortir cette conclusion d’une manière encore plus probante, et les faits étant ainsi démontrés, il ne nous reste qu’à apprécier l’invention sous le rapport des résultats généraux, et de son influence sur le rendement mécanique des machines employées tout à la fois à entretenir le vide et à.élever l’eau.
- M. Donnet a fait déjà plusieurs applications de son système, notamment à Lyon et à Reims, et les résultats ont été partout conformes à ce que l’on devait en attendre.
- A Lyon, un puits creusé par le Génie militaire, qui était insuffisant pour un débit de 400 litres par minute, a permis, après l’établissement de la fermeture, d’extraire, d’une manière permanente, un volume de plus de 1200 litres.
- À Reims, les résultats ont été aussi concluants, et ils doivent être appréciés encore à un autre point de vue. Le niveau de la nappe alimentaire est, dans dans cette localité, très-variable, en telle sorte que, pour pouvoir aspirer encore dans les basses eaux, il faudrait que la pompe fût installée assez bas pour être noyée dans les hautes eaux. La fermeture du puits isolera la pompe dans ces conditions; on pourra l’installer immédiatement au-dessus du couvercle, et l’on rendra ainsi les soupapes accessibles, même pendant les plus grandes crues, ce qui est, au point de vue pratique, d’une certaine importance.
- Sous le rapport de l’utilisation du travail moteur à dépenser pour l’élévation de l’eau, l’appareil de M. Donnet peut avoir, tout à la fois, des avantages et des inconvénients. Si les canaux d’amenée conservaient, après l’installation de cet appareil, les mêmes dimensions, il est clair que leur influence retardatrice donnerait lieu à des résistances plus grandes, à mesure que le débit augmenterait; mais il est permis d’espérer que l’agrandissement résultant du drainage réalisera, sous ce rapport, une ample compensation dans la plupart des circonstances.
- Quant à la somme des résistances dues à la cloche et à la pompe, elles se trouveront sans doute augmentées de l’action motrice qui, dans les circonstances ordinaires, est développée à la surface de l’eau par la pression atmo-
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- sphérique ; mais, d’un autre côté, l’eau affluant plus librement dans le puits, et y pouvant atteindre par elle-même un niveau plus élevé, tendra à rendre l’aspiration moins difficile, et c’est seulement dans le cas oii l’on serait conduit, comme à Reims, à descendre la pompe jusqu’à un niveau inférieur au niveau naturel des eaux, que l’on aurait momentanément à craindre une diminution d’effet utile.
- Il faudra seulement s’assurer, lorsqu’on diminuera la hauteur de la partie filtrante du puits, par l’application de la cloche, que le terrain à traverser au-dessous de son bord inférieur est suffisamment perméable pour ne pas créer, par rétrécissement, un obstacle à la libre circulation du liquide.
- En résumé, le système de M. Donnet repose sur des principes parfaitement rationnels; il réussit, en pratique, d’une manière satisfaisante ; il donnera, dans bien des cas, une solution simple à la question de l’alimentation des puits, en permettant de diminuer leur section ou leur profondeur, tout en leur assurant un fonctionnement plus régulier et plus abondant. Nous devons donc recommander ce système à l’attention du public intéressé.
- L’insertion, dans votre Bulletin, du présent rapport, avec les dessins nécessaires pour l’intelligence du système, atteindra, mieux que toute autre publication, ce but essentiel, si vous voulez bien, Messieurs, y joindre l’approbation que la nature et l’utilité de l’invention nous conduisent à réclamer de votre bienveillance, au nom de l’intérêt que vous tenez à témoigner à toutes les questions vraiment utiles.
- Signé Tresca, rapporteur.
- Approuvé en séance, le 24 avril 1868.
- LÉGENDE DE LA PLANCHE 398 REPRÉSENTANT PLUSIEURS APPLICATIONS DU SYSTÈME
- DE M. DONNET.
- Fig. 1. Section verticale d’un puits alimenté par trois sources du fond.
- Dans ce mode d’application du système, la cloche est formée par des parois en béton A, recouvertes par une plaque métallique encastrée et munie d’une ouverture sur laquelle vient s’assembler la partie inférieure du tuyau d’aspiration de la pompe.
- B, garniture en ciment reliant le dessus de la fermeture de la cloche aux parois du puits.
- G, pompe centrifuge.
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- D, couverture ordinaire du puits, avec trou d’homme, donnant passage au tuyau d’aspiration.
- Fig. 2. Section verticale d’un autre puits dans lequel l’aspiration se fait au-dessous du niveau de la nappe d’eau.
- E, cloche en tôle avec couvercle ajusté avec grand soin; elle est entourée d’une maçonnerie étanche en béton, et une garniture en ciment relie comme ci-dessus le couvercle à la paroi supérieure du puits.
- Fig. 3. Section verticale d’un autre puits, avec adjonction d’un faux puits pour l’installation de la pompe ; dans cette application, comme dans la précédente, l’aspiration a lieu au-dessous du niveau de la nappe d’eau.
- Plusieurs pompes peuvent être appliquées sur un même puits fermé, ce qui explique la présence, dans le puits principal, de la pompe simple F, dite pompe jardinière.
- (M.)
- ARTS CHIMIQUES.
- NOTE SUR LES NOUVELLES POUDRES RALISTIQUES ET EXPLOSIVES PRESENTEES, AU NOM DE M. DES1GNOLLE, PAR M. PAYEN,
- Membre du Conseil.
- L’adoption des armes se chargeant par la culasse constitue, dans l’art de la guerre, un immense progrès ; mais un progrès en appelle un autre, et, bien que l’on ait beaucoup fait déjà, il reste beaucoup à faire.
- Lorsque les armes sont améliorées, le problème n’est encore qu’à demi résolu; il s’agit, maintenant, de perfectionner le moteur, c’est-à-dire de trouver de nouvelles poudres dont les effets répondent aux besoins de l’artillerie actuelle.
- Cette importante question a été embrassée, dans toute sa généralité, par M. Designolle, qui, après sept années de longues et persévérantes études, semble être parvenu à donner une solution pratique de la question.
- Dans l’état actuel de l’artillerie, on est obligé d’admettre quatre espèces de poudres :
- 1° Une poudre à mousquet ;
- Une poudre à canon vive pour les bouches à feu à âmes courtes ;
- 3° Une poudre à canon lente pour les bouches à feu à âmes longues ;
- 4° Enfin une poudre brisante pour les torpilles et les projectiles destinés à jouer le rôle de fourneaux de mines.
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- ARTS CHIMIQUES.
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- Il est impossible d’augmenter la puissance balistique de la poudre actuelle en modifiant les proportions relatives de ses éléments.
- C’est en perfectionnant les moyens de trituration, et, par conséquent, en rendant le mélange plus intime, qu’on est arrivé, aujourd’hui, à augmenter la vitesse initiale que la poudre noire imprime aux projectiles. Encore cette augmentation de vitesse n’est-elle pas très-considérable. (Substitution du procédé des meules pesantes à celui des pilons dans la fabrication de la poudre à mousquet actuellement en usage pour le fusil modèle 1866.)
- Les poudres fabriquées par le procédé des meules sont plus brisantes que l’ancienne poudre des pilons, et sans être beaucoup plus puissantes.
- Du carbazotate ou picrate de potasse considéré comme base d’un nouveau système de poudres (système Designolle).
- Le principal avantage de ce système consiste dans la possibilité de produire une série déterminée de poudres variant, quant aux effets, entre les limites de
- 1 à 10.
- C’est-à-dire qu’on fait, avec la même substance, deux poudres bien distinctes :
- L’une brisante ayant, à égalité de poids, dix fois la force de la poudre actuelle (cette poudre vient d’être adoptée par la marine française pour le chargement des torpilles et des projectiles explosifs); l’autre, aussi forte que la poudre actuelle, bien que beaucoup moins brisante.
- Il va sans dire qu’entre ces deux limites 1 et 10 on fait autant de compositions qu’on le désire, donnant autant de vitesses différentes.
- En un mot, on arrive à résoudre ce problème :
- Connaissant la longueur de l’âme du canon, le diamètre de cette âme, le poids du projectile et la charge de poudre à employer, faire une poudre capable d’imprimer au projectile une vitesse initiale déterminée à l’avance.
- Avantages des poudres à base de picrate de potasse.
- 1° Augmentation de la puissance balistique, sans augmentation du pouvoir brisant ;
- 2° La base restant la même, possibilité de régler et de varier les effets entre les limites de 1 à 10 ;
- 3° Possibilité de régler, à son gré, la rapidité de combustion de la poudre ;
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- ARTS CHIMIQUES.
- A° Possibilité d’augmenter la puissance balistique de la poudre, sans changer le mode de fabrication ;
- 5° Régularité dans le mode d’action (les projectiles ont toujours la même vitesse initiale, à 1 ou % mètres près; ce fait est la conséquence du mode de fabrication) ;
- 6° Suppression du soufre, par conséquent des vapeurs de sulfure de potassium et d’hydrogène sulfuré qui accompagnent toujours la combustion de la poudre noire usuelle (vapeurs qui peuvent devenir dangereuses pour les hommes dans le tir en casemates ou dans les batteries basses des navires) ;
- 7° Les nouvelles poudres, ainsi que les produits de leur combustion, n’ont pas d’action sur les métaux, fer, cuivre, etc. ;
- 8° Suppression, presque complète, de la fumée, qui ne consiste plus qu’en vapeur d’eau plus ou moins chargée de carbonate et d’oxyde de potassium.
- Grâce à la bienveillance de S. Exc. le maréchal ministre de la guerre, M. Designolle fait fabriquer aujourd’hui, à la fonderie impériale du Bouchet, des quantités considérables de ses nouvelles poudres : poudres à mousquet, poudres à canon lentes et vives, poudres brisantes pour torpilles et projectiles explosifs.
- Composition des poudres à base de picrate de potasse.
- Dans les poudres brisantes, il n’entre que deux éléments : du picrate de potasse et de l’azotate de potasse ;
- Dans les poudres à mousquet et à canon, il en entre trois : du picrate de potasse, de l’azotate de potasse et du charbon.
- Forrmile de décomposition du carbazotate ou picrate dépotasse.
- Pour déterminer les proportions relatives d’azotate de potasse et de charbon à ajouter au picrate de potasse, il fallait, nécessairement, connaître la formule de décomposition de ce dernier corps.
- Après de nombreuses recherches, M. Designolle parvint à établir cette formule et à démontrer qu’il y avait deux cas bien distincts à considérer dans la déflagration du picrate de potasse :
- 1° Le picrate de potasse déflagre à l’air libre, et alors sa combustion est toujours accompagnée d’acide cyanhydrique et de bioxyde d’azote (se trans-
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- formant à l’air en acide hypo-azotique) ; auquel cas sa formule de décomposition est, d’après l’auteur, ainsi représentée :
- C12 II3 K (A-go*) 3 O2 = As + As o- + 4C02 + HC2 Az + HO + K0,C02 + C*.
- Picrate de potasse. Azote. Bioxyde Acide Acide £au. Carbonate Charbon.
- d’azote. carbonique. cyanhydrique. de potasse.
- 2° Le picrate de potasse défïagre dans l’intérieur d’un canon, c’est-à-dire en vase clos, et l’on ne trouve plus, dans les produits de combustion, ni acide cyanhydrique ni bioxyde d’azote ; la formule de décomposition est alors la suivante :
- C12 H2 K {Azo* ) 3 O2 = SAz + 5C02 + 2H + O + KO,COs + C6.
- Picrate de potasse. Azote. Acide Hydrogène. Oxygène. Carbonate Charbon.
- carbonique. de potasse.
- Telle est la formule qui sert de base à toutes les compositions de poudres.
- Mode de préparation des 7iouvelles poudres.
- Battage des éléments, au moyen des moulins à pilons, avec une proportion d’eau variant de 6 à IL pour 100, suivant la nature du mélange.
- Temps maximum de battage, 6 heures ; temps minimum, 3 heures.
- Galletage de la poudre au moyen de la presse hydraulique, avec une pression de 30,000 à 100,000 kilogrammes, suivant la rapidité de combustion qu’on veut obtenir (la rapidité de combustion étant en raison inverse de la pression).
- Grenage de la poudre au moyen du grenoir mécanique.
- Lissage et séchage de la poudre par les procédés employés pour la poudre noire.
- Le procédé de fabrication adopté par M. Designolle reste toujours le même, quelle que soit la nature de la poudre ; pour augmenter la puissance balistique de la poudre, on augmente, dans le mélange, la proportion relative de picrate de potasse.
- L’expérience a démontré
- Que, pour les poudres à mousquet, il ne fallait pas dépasser 20 pour 100 de picrate de potasse.
- Pour les poudres à canon, la proportion de carbazotate de potasse peut varier dans les limites de 8 à 15 pour 100, suivant qu’on veut obtenir des poudres à canon lentes ou vives.
- Tome XV. — 67e année. 2e série. — Décembre 1868.
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- Historique de Vacide picrique ou carbazotique et du carbazotate ou picrate
- de potasse.
- En 1788, Haussmann (Jean-Michel), chimiste et manufacturier à Colmar, étudiant l’action de l’acide azotique sur l’indigo, isola des produits de la réaction une substance très-amère, jaune clair, cristallisable, à laquelle il donna le nom d’amer d’indigo.
- Quelques années plus tard, dans le courant de fructidor an III, Welter, traitant la soie par l’acide azotique, obtint cette meme substance. Etudié successivement par Proust, Fourcroy et Yauquelin, l’amer d’indigo ainsi que les produits qui accompagnent sa formation furent l’objet d’un intéressant mémoire de M. Chevreul, lu à l’Institut le 17 avril 1809 et publié, la meme année, dans les Annales de chimie. La propriété explosible lui fit admettre que le composé ne devait pas être assimilé a une substance homogène comme l’albumine, par exemple, mais devait contenir une combinaison instable ou un oxacide de l’azote, et il fut confirmé dans cette opinion en constatant la présence de l’acide nitreux parmi les produits gazéiformes de la déflagration.
- Malgré ces travaux, la composition de l’amer d’indigo était demeurée inconnue.
- Ce n’est qu’en mai 1828 que M. Liebig publia, dans les Annales de physique et de chimie, un mémoire sur la composition de l’acide carbazotique ; tel est le nom que ce chimiste substituait a ceux A acide amer, (l’amer de Welter et d’amer d’indigo. Toutefois, M. Dumas, le premier, donna une formule de ce corps auquel il conserva le nom d’acide carbazotique, de préférence à celui de nitro-picrique (de amer) proposé par Berzélius [Annales de physique
- et de chimie, t. LUI, p. 178).
- Mais c’est à Laurent qu’il était réservé de trouver la véritable formule de l’acide carbazotique. Il démontra, en effet,
- Que l’acide carbazotique dérive d’une manière très- simple de l’acide phé-nique, et qu’on peut le considérer comme de l’acide phénique dans lequel •1 équivalents d’hydrogène sont remplacés par 3 équivalents d’acide hypo-azo tique.
- De là les noms d’acide trinitro-phénique et de nitro-phénisique proposés par Laurent.
- L’acide phénique, obtenu en grand dans les usines de la compagnie parisienne du gaz d’éclairage et de chauffage, est aujourd’hui la matière première
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- principale de la fabrication de l’acicle picrique et des picrates, et ces dernières dénominations sont plus généralement en usage.
- L’idée de substituer le carbazotate ou picrate de potasse à la poudre noire n’est pas neuve; elle appartient à Welter, qui, en l’an TTT de la république, lit la découverte de ce corps.
- Voici en quels termes il parle de cette substance :
- «.......................................................................
- Le lendemain, je trouvai la capsule tapissée de cristaux dorés qui avaient la finesse de la soie, qui détonaient comme la poudre à canon, et qui, à mon avis, en auraient produit l’effet dans une arme à feu.
- « La fumée qui résulta de cette détonation ressemblait à celle d’une résine brûlée. » (Extrait des Annales de chimie} t. XXIX, p. 301.)
- Propriétés du carbazotate de potasse.
- D’un beau jaune d’or, le carbazotate de potasse cristallise en petites aiguilles prismatiques appartenant au système rhomboïdal et possédant un reflet brillant. Insoluble dans l’alcool, il exige, pour se dissoudre, au moins 260 parties d’eau à 15 degrés ou IL parties seulement d’eau bouillante.
- Le picrate de potasse est donc aussi à peu près insoluble dans l’eau froide?. Chauffé avec précaution, il devient rouge orangé à une température voisine de 300 degrés ; puis il reprend, par le refroidissement, sa couleur primitive.
- Chauffé à 310 degrés, il détone avec violence.
- Jusqu’à ce jour, le prix du picrate de potasse était resté fort élevé; dans ces derniers temps, M. John Casthellaz, l’un de nos plus habiles fabricants de produits chimiques, reprenant les remarquables travaux de Laurent relatifs à l’action de l’acide azotique sur l’acide phénique, perfectionna le procédé de fabrication de l’acide picrique, et produisit du picrate de potasse chimiquement pur (1) à des conditions de bon marché telles, que le prix des nouvelles poudres n’est pas sensiblement plus élevé que celui de la poudre noire ordinaire. Si l’on tient compte des effets produits et de la puissance balistique, il n’est pas douteux, suivant M. Designolle (2), que l’emploi des nouvelles poudres offre une économie considérable.
- (!) M. J. Caslhellaz nous a présenté, en outre, de très-beaux spécimens de picrates d’ammoniaque de fer, de mercure et d’acide picramique.
- (2) Membre de l’Association scientifique de France, de la Société chimique de Paris et de la Société des sciences historiques de l’Yonne.
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- MM. Designolle et Casthellaz préparent, en outre, des mélanges détlagrants à flammes colorées, avec les doses suivantes :
- Gerbe d’or Feu vert Feu rouge
- picrate d’ammoniaque.
- picrate de fer......
- picrate d’ammoniaque, azotate de baryte. . . picrate d’ammoniaque azotate de strontiane..
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- NOTE SUR LE FUSIL DE GUERRE A AIGUILLE DU SYSTÈME CHASSEPOT (pl. 399).
- Les importantes modifications qu’on a fait subir, dans ces derniers temps, aux armes de guerre ont imprimé une activité considérable aux fabriques de l’Angleterre et du continent. Le chargement et le mode de percussion de l’ancien fusil à piston ont été remplacés par un système de chargement par la culasse et d’inflammation directe et intérieure de la charge, au moyen de l’action d’une aiguille servant à perforer la base de la cartouche où se trouve placé le fulminate ; de là la dénomination de fusil à aiguille.
- Le fusil à aiguille, dont la Prusse a été, comme on sait, la première à faire usage pour son armée a été, et est encore, l’objet d’un grand nombre de brevets. Chaque pays a son système; en France, c’est celui de M. Chassepot qui a été adopté par le gouvernement. Nous allons en donner la description d’après la planche 399 qui le représente, et en nous servant du brevet de l’inventeur, qui se trouve reproduit dans e Génie industriel de MM. Armengaud.
- Fig. 1. Vue extérieure partielle du fusil au repos.
- Fig. 2. Section longitudinale partielle, montrant le fusil armé et prêt à être ouvert pour recevoir une cartouche.
- Fig. 3. Autre section longitudinale partielle, montrant le fusil ouvert et ayant reçu la cartouche ; lorsqu’on le referme et qu’il est prêt pour le tir, la position des organes est celle de la figure 2.
- Fig. h. Section transversale de la partie mobile, dite verrou, qui porte l’aiguille.
- Fig. 5. Vue en dessus de la culasse.
- Fig. 6. Vue de profil de la même.
- L’échelle des fig. 1, 2, 3 est de 0m,40 pour 1 mètre ; celle de la ilg. h est de grandeur d’exécution ; enfin celle des fig. 5 et 6 est de 0m,20 pour 1 mètre.
- Mécanisme de l'arme.
- Le mécanisme de l’arme se compose d’un ensemble de pièces destinées à
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- l’obturation, à la manœuvre et à la percussion ; ces pièces sont : la culasse, le verrou, la tête mobile, l’aiguille, le chien, le ressort à boudin et la détente.
- Culasse.— a (tig. 2 et 3), culasse vissée au canon b. Elle est ouverte à la partie supérieure c, pour laisser passer la queue ou poignée de manœuvre du verrou dont il sera question plus loin; en outre, elle est munie, sur le côté droit, d’un évidement d, servant à l’introduction de la cartouche et au rabattement de ladite poignée du verrou. Les figures 5 et 6 montrent en détail l’ouverture c et l’échancrure d.
- Verrou. — Le verrou est la pièce à laquelle se relient presque toutes les autres pièces du mécanisme ; il sert à ouvrir et à fermer le tonnerre, pour y introduire la cartouche.
- Il se compose d’un tube cylindrique e, dans lequel est une tige mobile /, entourée d’un ressort à boudin ; ce tube est muni extérieurement, ainsi que l’indique la figure k, de deux rainures g et h, distantes l’une de l’autre de 90 degrés, qui régnent sur presque toute sa longueur, et de trois encoches i, j, jr, dont la fonction sera expliquée plus loin (l’une de ces encoches, i, est visible sur la figure 3.)
- I est la queue ou poignée de manœuvre, à l’aide de laquelle on fait soit glisser le verrou hors de la culasse pour placer la cartouche (position de la fig. 3), soit rentrer ce même verrou, pour le tourner ensuite de 90 degrés (fig. 1 et 2) lorsque le fusil est chargé. Cette queue, qui fait corps avec le verrou, est située à l’extrémité d’un renflement m du tube qu’on nomme le talon.
- Tête mobile. — La tête mobile est placée en avant et suivant l’axe du tube e du verrou dont elle fait partie. Elle se compose d’un petit tube n, renflé extérieurement vers son milieu et dont l’extrémité postérieure, pénétrant dans l’intérieur du verrou, y est retenue, tout en restant libre de tourner, au moyen d’une vis pénétrant dans l’extrémité du talon m (fig. 3).
- o, rondelle de caoutchouc vulcanisé, enfilée sur le petit tube n; sa base repose directement sur la tête du verrou, tandis que sa face opposée est maintenue par une embase circulaire de même diamètre faisant corps avec le petit tube n. C’est au moyen de la compression instantanée delà rondelle o, sous l’action de la charge, qu’on réalise l’obturation du canon de l’arme.
- Aiguille. —p (fig. 2 et 3), aiguille destinée à enflammer l’amorce; elle est formée d’un fil d’acier cylindrique, dont l’extrémité antérieure est légèrement effilée. Fixée par son extrémité postérieure au centre d’un petit piston p' qui termine la tige /, elle passe dans l’axe du tube n de la tête mobile. Quand le fusil est armé (fig. 2 et 3), l’aiguille est complètement rentrée dans le tube n \ mais, quand on lâche la détente de l’arme, la pointe vient faire brusquement saillie de 0m,006 hors du tube et pique, en quelque sorte, le fulminate, dont elle détermine l’inflammation.
- Le chien.— q est le chien qui sert à armer le fusil; sa construction et son fonctionnement diffèrent des chiens des armes à percussion ordinaires. Il se compose d’un cylindre q, ayant le même diamètre que le tube e du verrou, et se recourbant à l’arrière en une sorte de crête q’, sur laquelle s’exerce l’effort lorsqu’on veut armer
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- le fusil ; c’est au centre de ce cylindre q qu’est fixée la tige f du verrou, au moyen d’un bouchon métallique qui fait corps avec elle.
- En tôte de ce cylindre et faisant corps avec lui, est une espèce de doigt ou touche r, de même hauteur que le talon m du tube e et muni, en dessous, d’un petit patin d’arrêt s, lequel a pour but, en s’arrêtant dans l’une des encoches z, /, j' du tube e (fig. 4), de retenir le chien dans l’une ou l’autre des positions qu’on peut lui faire prendre.
- En outre, le chien est muni, en dessous, d’une rainure ou gorge t (fig. 2 et 3), ayant la même largeur que la rainure h du tube du verrou, et dont l’extrémité d’arrière, plus profonde que celle d’avant, détermine un talon destiné à arrêter la détente lorsqu’on arme le fusil.
- Enfin u est un petit galet placé dans une fente, sous la crête recourbée q' du chien, et destiné à faciliter le fonctionnement de celui-ci, en diminuant son frottement dans la culasse.
- On comprend que, par suite de l’attache de la tige / au cylindre q du chien, ce chien et le verrou ne forment, en quelque sorte, qu’une seule et même pièce, bien qu’ils puissent prendre des mouvements indépendants l’un de l’autre. Cette pièce est introduite dans la culasse où elle peut glisser, et l’on voit sur la figure 1 que la touche r du chien affleure l’ouverture supérieure de cette culasse, dont elle occupe toute la largeur.
- Ressort à boudin.—Le ressort à boudin qui entoure la tige / et qui est enfermé dans le tube e du verrou, sert à déterminer le choc de l’aiguille contre l’amorce de la cartouche, lorsque, après avoir été comprimé, il reprend sa position initiale par suite de l’échappement de la détente.
- Détente. — La détente se compose de trois pièces, le levier ou gâchette v, le ressort w et le cliquet x; ce dernier, commandé par le ressort w qui le pousse, fait saillie dans la culasse pour enclancher le chien lorsqu’on arme ; en mettant, comme dans les autres fusils, le doigt sur la gâchette v, on produit sur le ressort w une traction de haut en bas qui, abaissant le cliquet x, déclanche le chien et fait partir l’arme.
- Manœuvre de F arme.
- Avant de décrire la manœuvre de l’arme, revenons un instant au chien et au verrou que la tige centrale / relie entre eux.
- Ces deux pièces peuvent être, en quelque sorte, considérées comme constituant une petite pompe dont le tube e serait le cylindre, p' le piston, / la tige de ce piston, et le chien q la tête ou poignée de cette tige. Cette espèce de pompe est insérée dans la culasse, et voici les différents mouvements qu’on peut lui imprimer :
- Faire glisser horizontalement le chien d’une certaine quantité hors de la culasse pendant que le tube e reste en repos ; c’est l’armement. Par suite de ce mouvement de
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- traction, la tige / ainsi que le piston p' suivent le chien, et le ressort à boudin se trouve comprimé. Le chien passe alors de l’autre côté du cliquet x, qui l’empêche de revenir sur lui-même, en même temps que le patin 5 pénètre dans l’encoche i (fig. 2 et 4).
- Faire tourner le tube e sur lui-même, pendant que le chien reste immobile;
- Faire sortir, en même temps, le chien armé et le tube e d’une certaine quantité hors de la culasse, de manière à démasquer suffisamment l’entrée du canon pour permettre d’y introduire la cartouche.
- Tous ces mouvements, excepté celui de l’armement du chien, se règlent au moyen de la poignée de manœuvre l qu’on relève verticalement (fig. 3) ou qu’on abaisse horizontalement (fig. 1), et par l’intermédiaire des rainures g, h et des encoches i, j, dont il a été question plus haut.
- Ainsi, quand le fusil est au repos (fig. 1), comme la poignée / est horizontale et appuie contre l’arête de l’évidement latéral d de la culasse, si on vient à armer en opérant sur le chien une traction horizontale en arrière, le tube e du verrou sera forcé de rester au repos.
- Pour l’introduction de la cartouche,il faut sortir le chien et le verrou; pour cela, on relève la poignée l, comme elle est ponctuée fig. 1 ou bien fig. 3 et 4 ; le tube e tourne de 90 degrés avec la poignée, et le patin s, pour maintenir le chien armé, vient tomber dans l’encoche j ; on pousse alors la poignée l de droite à gauche, et le verrou ainsi que le chien sortent en même temps de la quantité indiquée fig. 3; une vis y (fig. 1), dont la pointe glisse dans la rainure g (fig. 4) du verrou, limite cette course, en même temps que l’autre rainure h permet au système de glisser au-dessus du cliquet x de la détente.
- Cela posé, la manœuvre se fait en cinq mouvements de la manière suivante, en ayant soin de tenir l’arme de la main gauche à la hauteur du tonnerre et d’appuyer la crosse contre le flanc droit :
- 1° Armer : saisir la crête du chien entre le pouce et l’index de la main droite et opérer une traction en arrière (position de la fig. 2).
- 2° Ouvrir l’arme : relever la poignée de manœuvre, qui est horizontale, de manière à lui faire décrire un angle de 90 degrés et tirer le verrou en arrière, pour démasquer l’ouverture du canon (position de la fig. 3 et en ponctué fig. 1).
- 3° Charger : saisir la cartouche de la main droite, l’introduire dans le canon par l’ouverture faite sur le côté latéral droit de la culasse (fig. 3).
- 4° Fermer l’arme : repousser le verrou en avant, en agissant sur la poignée de manœuvre ; puis rabattre cette poignée horizontalement.
- 5° Tirer : appuyer sur la détente.
- L’encoche y', dont nous n’avons pas encore expliqué la fonction, est ce qu’on appelle le cran de sûreté; moins profonde que les deux autres, elle sert, lorsque le fusil est armé et chargé, à recevoir le patin d’arrêt du chien, qu’on y amène par une rotation de quelques degrés qu’on fait subir au verrou. Quand le patin est dans cette encoche,
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- l’arme ne peut partir ; mais, quand on veut tirer, il faut ramener le patin dans l’encoche précédente.
- Comme dans les autres armes de guerre, le canon du fusil est muni d’une mire destinée à assurer la justesse du tir.
- Cartouche.
- La cartouche, que représente en section longitudinale la figure 3, est formée de six éléments : l’amorce, l’étui à poudre, la poudre, la rondelle en carton, l’étui à balle et la balle.
- Amorce.—L’amorce se compose d’une capsule en cuivre analogue à la capsule de guerre, mais avec de moindres dimensions; elle est percée, au fond, de deux petits trous diamétralement opposés, destinés à donner passage au jet fulminant. La poudre fulminante est placée au fond de la capsule ; un petit tampon en drap ou en cuir la recouvre de manière à la préserver d’un choc extérieur.
- La capsule ainsi préparée, on la coiffe d’une petite rondelle en carton de 0m,003 à 0m,004 d’épaisseur, et on colle cette rondelle sur une toile en papier destinée à former le fond de la cartouche. Le système d’amorce est ainsi achevé.
- Étui à poudre. — Il est formé d’un rectangle en papier roulé sur un mandrin du calibre voulu, et collé sur les bords de manière à former un étui. Lorsque cet étui est sec, on y introduit l’amorce au moyen d’un mandrin spécial, puis on la colle à l’extrémité de l’étui.
- Poudre.—L’étui étant ainsi préparé, on y introduit la charge de poudre (5gr,5), que l’on tasse légèrement pour donner de la rigidité à la cartouche ; on place ensuite sur la poudre une rondelle de carton de 0m,002 d’épaisseur environ, percée d’un trou de 0m,006, par lequel on introduit l’extrémité tortillée de l’étui-enveloppe; l’excédant de papier est coupé avec des ciseaux.
- Etui à balle. — Il se compose d’une enveloppe de papier faisant deux révolutions sur un mandrin conique, et collé à la base seulement.
- Balle. — La balle pèse 24gl',5 ; elle a la forme indiquée fig. 3.
- Assemblage. —Après avoir placé la balle dans son étui, on achève la cartouche en reliant l’étui à balle à l’étui à poudre au moyen d’une ligature faite dans une sertissure pratiquée à 0m,003 environ en arrière de la rondelle en carton.
- Enfin, comme dernière opération, on graisse toute la hauteur de la cartouche correspondant à la balle, moins la partie formant ogive. La cartouche est ainsi terminée.
- Extrait du rapport adressé à S. M. VEmpereur sur le fusil système Chassepot, par AI. le maréchal Miel, Ministre de la guerre.
- « Toutes les troupes d’infanterie sont aujourd’hui pourvues du fusil modèle 1866.
- « Le moment me paraît donc venu de résumer les appréciations émises par les chefs de corps dans les rapports qu’ils m’ont adressés à cet égard, et de faire connaître
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- à l’Empereur l’ensemble des résultats obtenus depuis que la transformation de notre armement est devenue un fait accompli.
- « Commencée au mois de septembre 1866, mais à titre d’essai, par le bataillon de chasseurs à pied de la garde impériale, qui avait été désigné pour procéder aux premières expériences, la remise du nouveau fusil dans les corps de la garde ne date réellement que de la fin du mois de mars 1867,
- « Successivement étendue aux divers corps d’infanterie de la ligne, au fur et à mesure de l’avancement de la fabrication, cette opération considérable s’est terminée au mois d’avril 1868, c’est-à-dire dans un laps de temps qui n’excède pas une année.
- « Quelque récente que soit encore, surtout pour beaucoup de corps d’infanterie de la ligne, l’époque de la mise en service du nouveau fusil, les épreuves déjà faites permettent cependant d’asseoir, dès à présent, l’opinion sur sa valeur réelle comme arme de guerre.
- « Sa portée réglementaire efficace est de 1000 mètres, et peut facilement atteindre à 1100 mètres.
- « Le projectile, animé d’une vitesse initiale de 410 mètres à la seconde, parcourt une trajectoire assez tendue pour qu’à la distance de 230 mètres elle ne s’élève pas à plus de 0m,50 au-dessus de la ligne de mire, tension qui constitue l’une des conditions les plus favorables à l’efficacité du tir.
- « Par suite de la simplicité et de la promptitude du chargement, que l’homme peut exécuter avec la même facilité dans toutes les positions, à genou, assis, couché, aussi bien que debout, les soldats arrivent à tirer sept, huit et même dix coups par minute en visant, et jusqu’à quatorze coups sans viser.
- « Il n’est pas inutile de rappeler ici que, pour l’ancien fusil d’infanterie, le maximum de portée efficace n’a jamais dépassé 600 mètres, avec une vitesse initiale de 324 mètres à la seconde seulement ; et c’est à peine si, dans les conditions normales d’un tir régulier, le soldat bien exercé pouvait tirer plus de deux coups par minute, avec une arme dont le chargement par la bouche ne pouvant s’exécuter que dans la position debout, le contraignait, en outre, à se découvrir en toutes circonstances.
- « Ainsi, augmentation considérable, presque double de l’ancienne, dans la portée du tir, accroissement du tiers dans la vitesse du projectile, tension beaucoup plus grande de la trajectoire, telles sont, jointes à une rapidité de tir inconnue jusqu’alors, les qualités essentielles que révèle tout d’abord la pratique du fusil modèle 1866.
- « Au point de vue de la précision, ses avantages ne sont pas moins satisfaisants.
- « J’ai fait faire avec soin le relevé des séances consacrées au tir à la cible dans les différents corps, depuis qu’ils sont en possession du nouveau fusil.
- « L’armement n’ayant pu être distribué à la même époque dans tous les corps de l’armée, cette partie de l’instruction, dont le degré d’avancement est nécessairement proportionnel au temps écoulé depuis la mise en service de l’arme, n’est, en quelque Tome XV. — 67e année. 2e série. — Décembre 1868. 93
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- sorte, que commencée pour un assez grand nombre de corps d’inlanterie de la ligne. Et cependant, dès les débuts, les premiers résultats signalés se montrent déjà très-sensiblement supérieurs à ceux obtenus avec l’ancien fusil rayé, que les hommes connaissaient bien et qu’ils avaient appris à pratiquer de longue main.
- « Quant aux résultats obtenus par les régiments de la garde, et surtout par le bataillon de chasseurs à pied, celui de tous les corps qui, par la priorité de l’armement, a eu le plus de temps à employer à ces exercices, ils témoignent, par leurs progrès rapides, de la facilité avec laquelle les hommes se familiarisent avec leur arme tout autant que de sa grande précision.
- « Le tableau ci-après, indiquant le nombre moyen des balles sur 100 mises dans la cible aux différentes distances, d’abord avec l’ancien fusil, puis avec le nouveau, pour chacune des catégories de troupes correspondant aux époques successives de l’armement, présente, sous ce rapport, des comparaisons du plus haut intérêt, dont je demande à Votre Majesté la permission de placer le détail sous ses yeux.
- MOYENNES OBTENUES. MOYENNES DE TIR AUX DISTANCES DE
- „ 1 § 1 B S O O 600"'. 800ra. 1 000m.
- Avec l’ancien fusil rayé.
- Infanterie de ligne Avec le fusil modèle 1866. 30.8 15.8 8.3 » y
- Infanterie de ligne (.Instruction commencée depuis peu.) 35.6 26.2 19.7 14.3 8.2
- Infanterie de la garde. . . .< (.Instruction plus avancée.) 59.4 37.3 26.0 21.0 16.0
- Chasseurs à pied de la garde (,Instruction complète.) 69.8 46.6 36.1 28.4 24.7
- « Dès aujourd’hui, si l’on prend la moyenne générale obtenue avec le fusil modèle 1866, il est facile d’apprécier combien cette arme l’emporte en précision sur l’ancien fusil rayé, aux distances ordinaires de 200, de 400 et de 600 mètres.
- « Aux grandes distances, à 1000 mètres, les résultats utiles dépassent la moyenne de l’effet produit par ce dernier à 400 mètres, et atteignent au double de ceux obtenus auparavant à 600 mètres, limite extrême de la portée efficace du tir d’alors.
- « Ces résultats eux-mêmes ne sont pas encore l’expression définitive de la valeur du tir nouveau.
- « Lorsque les corps armés depuis peu auront eu le temps de compléter leurs exer-
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- eices, il est hors de doute que la moyenne de tir des corps d’infanterie de la ligne s’élèvera promptement, comme pour ceux de la garde, dans de fortes proportions.
- « Plusieurs inconvénients, provenant de diverses causes inhérentes pour la plupart à des défauts de détail dans la fabrication et auxquels il a été promptement apporté remède, se sont manifestés pendant les essais et au commencement de la mise en service dans les corps.
- « Ces inconvénients, très-exagérés à leur origine, et dans tous les cas rendus plus sensibles par le manque d’habitude, chez nos soldats, dans le maniement d’une arme toute nouvelle pour eux, consistent en des bris d’aiguilles et de têtes mobiles, des crachements, des fentes au bois, des ratés de cartouches à balle et surtout à blanc.
- « Aucun de ces inconvénients ne présente aujourd’hui de caractère sérieux de gravité.
- « En se familiarisant avec leur fusil, les hommes apprennent facilement et en très-peu de temps à éviter d’eux-mêmes des inconvénients qui ne se reproduisent plus guère que dans les corps nouvellement armés.
- « Des bris d’aiguilles et de tètes mobiles assez nombreux pendant la période d’essai provenaient d’une trempe défectueuse et d’un recuit insuffisant. Il y a été remédié en modifiant la fabrication en conséquence, et la moyenne des aiguilles remplacées dans les corps est maintenant très-faible ; elle est inférieure à celle des bris de cheminées dans les anciens fusils à percussion ; encore bon nombre de ces accidents doivent-ils être attribués plus à la maladresse de quelques hommes qu’à une défectuosité dans le mécanisme de l’arme.
- « Le remplacement d’une aiguille brisée au feu est, du reste, une opération extrêmement simple, à laquelle les soldats sont exercés, et qu’ils effectuent sur place avec la plus grande rapidité.
- « Les crachements ayant pour cause un défaut de fabrication de l’arme sont extrê-mêment rares ; on y remédie en changeant la boîte de la culasse ou le cylindre de la culasse mobile (1).
- « Le même accident peut être occasionné par des rondelles défectueuses ; rien n’est plus simple que de changer ces rondelles.
- « Enfin, sous l’influence de l’abaissement de la température, des fuites de gaz ont été quelquefois observées, mais seulement par des froids assez considérables qui ôtent à l’obturateur son efficacité ; l’expérience a démontré que, dans ce cas, les crachements disparaissent presque toujours après le premier coup tiré, l’obturateur reprenant sa force normale sous l’action de la chaleur développée par l’inflammation de la charge.
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- (1) C’est ce cylindre que nous avons appelé le verrou dans la description.
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- « Ces crachements, d’ailleurs, susceptibles peut-être de gêner le tireur, ne paraissent pas de nature à le blesser.
- « Quelques bois se sont fendus par suite d’une mise en bois défectueuse ; ce défaut est évité actuellement en manufacture. Au moyen d’une légère réparation, les bois fendus ne cessent pas d’être susceptibles d’un bon service dans les corps.
- « Les premières cartouches dont on s’est servi étaient de dimensions un peu faibles; sur le choc de l’aiguille, elles glissaient en avant ; delà, des ratés dont le chiffre a paru tout d’abord assez élevé.
- « Ces effets étaient surtout sensibles avec les cartouches à blanc, qui ne se trouvaient point arrêtées par le projectile, comme la cartouche à balle.
- « On y a remédié en allongeant un peu les cartouches à balle et sans balle, et en augmentant faiblement le diamètre de la cartouche sans balle.
- « Les ressorts à boudin trop faibles produisent aussi des ratés, que l’on évite en employant des ressorts plus forts. On en exécute le changement avec la plus grande facilité.
- « Malgré quelques imperfections de détail, inévitables dans les débuts de tout système nouveau, l’ensemble de notre armement est excellent. Tous les corps l’ont accueilli avec le plus vif sentiment de satisfaction.
- « Le nouveau fusil, plus léger que l’ancien, gracieux de forme, plaît au soldat ; plein de confiance en son arme, il l’aime, l’entoure de soins tout particuliers, marque de prédilection bien frappante, qui prouve une fois de plus combien, avec leur intelligente perspicacité, nos soldats saisissent spontanément et apprécient ce qui est réellement bon et utile.
- « Le fusil modèle 1866 est d’un maniement aisé ; son mécanisme est simple et commode, son entretien facile. Il n’exige qu’une instruction très- courte pour devenir familier aux hommes, qui le montent et le démontent sans difficulté, et apprennent promptement à remplacer les pièces mobiles dont ils sont munis, telles que les rondelles, l’aiguille, la tête mobile et le ressort à boudin.
- « En très-peu de temps, le soldat le moins adroit peut être initié à la manoeuvre de tout le système.
- « Les expériences faites avec le plus grand soin au camp de Châlons, puis en Italie avec les troupes du corps expéditionnaire, dans les circonstances climatériques les plus diverses et souvent les moins favorables, ont fourni la preuve que, sous une apparence un peu délicate, le nouveau fusil remplissait les meilleures conditions pour satisfaire à toutes les nécessités clu service en campagne.
- « Etudié à tous les points de vue, le fusil dont l’infanterie française vient d’être dotée réunit au plus haut degré, à une précision et une rapidité de tir incomparables, des qualités qui doivent lui assurer le premier rang parmi les armes de guerre aujourd’hui en usage. »
- (M.)
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- SUR LA DÉSARGENTATION DU PLOMB D’OEUVRE PAR LE ZINC ET SUR LE PROCÉDÉ DE M. CORDURIÉ, PAR M. L. GRUNER, INSPECTEUR GÉNÉRAL DES MINES. (Extrait.)
- Karsten avait étudié, en 1842, l’influence réciproque du plomb sur le zinc (1). Il avait constaté que les deux métaux ne s’alliaient pas mieux l’un avec l’autre que le plomb et le cuivre.
- Lorsqu’on conserve en repos, à l’état fondu, le mélange des deux métaux, le zinc vient à la surface retenant à peine 2 pour 100 de plomb, tandis que le plomb gagne le fond, entraînant à son tour un peu de zinc. La proportion n’est, bien souvent, que de 1/2 pour 100, mais cette faible dose suffit pour altérer la malléabilité du plomb. Le zinc y semble inégalement réparti, ce qui occasionne des solutions de continuité, et compromet ainsi la ténacité des feuilles de plomb.
- En répétant l’expérience sur des plombs d’œuvre, Karsten constata, dès cette époque, que le zinc s’emparait de l’argent, et qu’en distillant le zinc argentifère le métal précieux n’était pas entraîné. Pourtant le savant métallurgiste n’attacha pas alors au fait nouveau une bien grande importance. Frappé des effets nuisibles que le zinc exerce sur le plomb, Karsten ne pensait pas qu’on pût utilement se servir de ce moyen pour isoler l’argent.
- Les expériences furent reprises en 1852, lorsqu’on eut appris que le procédé était appliqué en Angleterre, et qu’un brevet avait été demandé par M. Partes pour cet objet (2). Elles se firent à l’usine de Tarnowitz, sous la haute direction de Karsten ; mais, malgré les résultats avantageux obtenus, on n’osa pas adopter le procédé nouveau, parce qu’on craignait de ne pouvoir affiner convenablement le plomb. Cependant la désargentation par le zinc ayant coûté le tiers de la coupellation directe, soit 10fr,05 ou 12 francs environ,'en y comprenant les frais de la distillation du zinc, de la coupellation du plomb riche et de l’entretien des outils et appareils, Karsten en dernière analyse recommande néanmoins l’emploi du zinc, et exprime la pensée que le plomb pourra être épuré, par voie d’oxydation, sur la sole d’un four de coupellation.
- Les prévisions de Karsten se sont réalisées. Aujourd’hui on a appliqué le zingage
- (1) Archives de Karsten, t. XXV, p. 189.
- (2) Voir le Bulletin de 1852, lre série, t. LI, p. 842, où l’on trouvera la description de ce brevet.
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- des plombs d’œuvre, non-seulement en Angleterre, mais aussi en Allemagne et en France; et, par voie d’oxydation ou de chloruration, on est facilement parvenu à enlever tout le zinc au plomb désargenté.
- En comparant la somme de 10fr,0o, ou même de 12 francs, au prix de revient du pattinsonage [\) on voit que le zingage l’emporte sur ce dernier. La perte sur le plomb, qui est de 2 pour 100 dans le pattinsonage proprement dit, se trouve ici ramenée à 1 pour 100. Ajoutons à cela l’avantage très-grand d’un atelier moins vaste et d’une marche plus rapide, ce qui réduit à la fois le capital d’établissement et le fonds de roulement.
- La désargentation par le zinc est appliquée, en Angleterre, dans le pays de Galles ; en Allemagne, dans les usines de Mechernich, près de Commern et de Braubach sur le Rhin; en France, à la Pise et dans la fonderie de MM. de Rothschild, au Havre. Yoici quelques détails sur les systèmes suivis dans ces trois établissements :
- Usine de Braubach. — L’usine de Braubach traite des cendres d’orfévre, en sorte que le plomb d’œuvre contient du cuivre, de l’or et de l’argent. Le zingage s’y fait à peu près comme dans les essais de Tarnowitz (procédé Parkes). On opère sur 12 tonnes, et l’on ajoute 2 pour 100 de zinc partagés en trois doses. On brasse chaque fois avec une écumoire pendant une demi-heure, après quoi on laisse refroidir, et l’on écume les croûtes zincifèrcs au bout de trois heures. L’opération entière dure douze heures environ. En comparant la composition des croûtes successivement écu-mées, on constate que l’or est enlevé le premier, le cuivre ensuite, l’argent en dernier lieu.
- Le zinc plombo-argentifère des trois écumages est réuni dans une petite chaudière pour être liquaté. Une partie du plomb gagne le fond de la chaudière, tandis qu’on enlève, avec une écumoire, de nouvelles croûtes plus riches que les premières. Le plomb fondu entraîne pourtant de l’argent; il doit subir, mêlé au plomb d’œuvre ordinaire, un nouveau zingage.
- Le zinc enrichi est dépouillé de son argent d’une façon ingénieuse : au lieu de volatiliser le zinc comme à Tarnowitz et en Angleterre, on le transforme en chlorure à l’aide du chlorure de plomb. Ce dernier produit s’obtient en traitant la litharge ou les cadmies des usines en plomb par l’acide chlorhydrique.
- On fait réagir le chlorure de plomb sur les crasses de zinc, au rouge sombre, dans la chaudière de fonte. En agitant de temps à autre, on détermine la décomposition, ï! se produit du plomb d’œuvre et du chlorure de zinc. On enlève ce dernier, et le plomb d’œuvre riche est coupe!lé. Le plomb pauvre qui reste dans la grande chau-
- (i) Le pattinsonage est, comme on sait, une méthode de concentration de l'argent; on la trouvera décrite au Bulletin de 1859., 2e série, t. VI, p. G91.
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- dière y est traité de môme par le chlorure de plomb, pour le dépouiller de ses dernières traces de zinc : on obtient du plomb doux qui paraît pur. La teneur est ramenée à moins de 10 grammes par tonne.
- Les écumes ou scories de chlorure de zinc renferment des grenailles de plomb. On les retraite au réverbère ou au four à manche. Peut-être vaudrait-il mieux les traiter
- d’abord par l’eau, qui dissoudrait le chlorure de zinc ?
- Dans les deux autres établissements, on fait passer le zinc sous forme de pluie au travers du plomb. C’est le mode de traitement que Karsten considérait comme difficile à réaliser en grand. Les moyens employés sont pourtant fort simples.
- Usine de la Pise. — Voici le procédé suivi à la Pise par M. Baron. Le plomb est fondu dans une chaudière de pattinsonage, de la contenance de 5 tonnes. Le plomb renferme, par tonne, i 000 à 1 500 grammes d’argent. Pour l’enlever il faut 2 pour 100 de zinc, ce qui fait 90 à 100 kilogrammes, dont on ne prend d’abord que la moitié ou le tiers. On place les fragments dans une casserole en fer battu, percée de trous; le couvercle est fermé à l’aide d’une clavette, et le tout, en cet état, plonge dans la chaudière au moyen d’un fort manche en fer. Avec cet appareil on brasse le bain, en sorte que le zinc, à mesure qu’il fond, remonte en gouttelettes au travers du plomb. A la suite d’un repos plus ou moins prolongé, on enlève les croates qui se figent à la surface, puis on opère de la môme manière avec le deuxième et le troisième tiers de zinc. L’opération est achevée en quatre à cinq heures. Ainsi, entre chaque brassage, il n’y a guère plus d’une heure de repos, ce qui certainement ne suffit pas; aussi le plomb pauvre retient encore 10 à 15 grammes d’argent par tonne.
- Lorsqu’on a rassemblé un certain poids de croûtes de zinc argentifères, on les chauffe à part dans une autre chaudière, comme à Brauhaeli. Il s’en écoule du plomb par liquation, et l’on en retire des crasses concentrées. Le plomb liquaté rejoint le plomb d’œuvre. Les crasses enrichies sont chauffées dans un creuset au rouge, il reste un culot de plomb que l’on coupelle au four anglais; le zinc est sacrifié. Quant au plomb pauvre, il est affiné au réverbère jusqu’à ce que le zinc soit entièrement éliminé.
- On voit, en résumé, que le procédé est simple, mais un peu primitif. On perd tout le zinc et 2 à 3 pour 100 de plomb. Aussi, quoique la main-d’œuvre totale no coûte que 5fl',85 et la houille 3fr,80, l’ensemble des frais, y compris le zinc et le plomb perdus, dépasse néanmoins ko francs par tonne de plomb. C’est évidemment trop, et pourtant il y a encore bénéfice, lorsqu’on compare ce prix aux 60 francs que réclament les pattinsoneurs de Marseille. Mais il est aisé de voir, d’après les remarques déjà faites, que de légères modifications réduiraient les pertes, et que la dépense totale devrait
- pouvoir être ramenée à 20 ou 25 francs.
- Fonderie du Havre ; procédé de M. Cordurié. —• Le procédé appliqué à l’usine de MM. de Rothschild, au Havre, est dû aux recherches de M. Cordurié, ancien élève de l’École des mines de Saint-Étienne, établi à Toulouse comme ingénieur civil. La méthode consiste à zinguer le plomb par ascension, comme à la Pise, puis à oxyder ie zinc
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- au rouge par la vapeur d’eau surchauffée. Les dispositions spéciales de ce mode de traitement sont garanties par un brevet. Avant de les faire connaître, ajoutons aux faits généraux, déjà cités par Karsten, quelques observations nouvelles dues à M. Cor-durié.
- Lorsqu’un plomb d’œuvre renferme déjà un peu de zinc, une même quantité de zinc nouveau lui enlèvera plus d’argent que s’il était pur. L’antimoine et le cuivre montent avec le zinc et l’argent à la surface du plomb, ce qui pourrait gêner dans le travail ultérieur. Il faut donc aussi, comme pour le pattinsonage, affiner d’abord, au moins en partie, les plombs d’œuvre impurs.
- M. Cordurié a constaté aussi qu’on peut désargenter le plomb, soit par plusieurs zingages répétés, soit par une opération unique, mais alors en brassant bien, puis laissant refroidir, chauffant de nouveau, refroidissant encore, et ainsi de suite à plusieurs reprises. Ces faits confirment les observations faites à Tarnowitz. Il est probable, au reste, que ce ne sont pas tant les alternatives de température que le repos prolongé qui favorise la désargentation. En maintenant le plomb sur le feu, il s’y établit des courants ; le plomb échauffé monte à la surface, rencontre la couche de zinc, lui abandonne l’argent, puis redescend pour faire place à d’autres filets chauds, etc.
- Le succès de l’opération semble donc dépendre, surtout, de la durée de la période de repos ; et à ce point de vue on pourrait se demander si l’on a raison de préférer, à une opération unique, plusieurs zingages successifs, toujours accomplis d’une façon hâtive, sans repos suffisamment prolongé.
- L’atelier de M. Cordurié est représenté, dans son ensemble et dans ses détails, par les trois figures ci-après.
- La fig. 1 esfrle plan de l’atelier.
- La fig. 2 est une coupe verticale indiquant la disposition des chambres où se déposent les oxydes entraînés par la vapeur d’eau.
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- La fig. 3 est une coupe verticale à une échelle plus grande des chaudières à zin-guer le plomb d’œuvre et à dozinguer le plomb pauvre.
- L’échelle des figures 1 et 2 est de 0m,005 pour 1 mètre ; celle de la figure 3 est de 0m,02.
- Fig. 3.
- a, chaudières supérieures à zinguer.
- b, chaudières où le zinc est oxydé par la vapeur d’eau.
- c, chaudières où se déposent les oxydes entraînés. cl, petites chaudières pour liquater les écumages.
- e, chaudière à vapeur.
- f, conduit de vapeur placé dans les carnaux de la chaudière e. On surchauffe ainsi la vapeur.
- g, cheminée pour la chaudière à vapeur et les foyers des chaudrons en fonte.
- h, dôme en tôle (fig. 3) portant le tuyau à vapeur d’eau et le conduit qui amène les gaz et les poussières dans les chambres de dépôt.
- i, boîte en tôle percée de trous pour recevoir le zinCo
- j, agitateur à hélice.
- k, arbre portant la boîte à zinc.
- l, l, pignons dentés donnant le mouvement à l’arbre k.
- Tome XV. — 67e année. 2e série. — Décembre 1868.
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- m, manivelle à l’aide de laquelle on imprime le mouvement à l’arbre k.
- Tout le système qui porte la boîte à zinc est placé sur un petit chariot roulant sur rails.
- Le plomb est fondu dans la chaudière supérieure a, qui porte deux tubulures ou tuyaux à tampon, pour que l’on puisse, à tour de rôle, faire couler le plomb désargenté dans l’une des deux chaudières inférieures b. Le zinc est placé dans la boîte en fer i, surmontée de l’agitateur y, qui a pour effet de prolonger le parcours des gouttelettes de zinc. On retire l’appareil peu après la fusion complète du zinc, mais on brasse encore le bain, à bras d’homme, pendant quelques minutes, en se servant d’écumoires. On laisse ensuite refroidir, on écume les croûtes de zinc argentifères, et on les transporte dans la petite chaudière voisine d. Là on les liquate comme à la Pise, pour avoir d’autres croûtes plus riches, et le plomb liquaté retourne à la chaudière a, où on le mêle à du plomb d’œuvre nouveau.
- En général, on soumet ainsi le même plomb à trois zingages successifs, échelonnés de trois en trois heures ; tandis qu’un seul zingage avec chauffage et repos de quatre à cinq heures semblerait devoir suffire, d’après les expériences faites à Tarnowitz.
- La quantité totale de zinc est de 10 kilog. par tonne pour des plombs à 0,001 d’argent. Pour les fortes teneurs, il en faut 15 à 20 kilog.
- Le plomb, désargenté, coule dans la chaudière inférieure. Lorsqu’elle est pleine, on abaisse le dôme en tôle h, on chauffe le plomb au rouge et on y fait passer de la vapeur surchauffée. L’hydrogène et l’excès de vapeur s’échappent par un conduit spécial qui se rend dans la chambre c, où l’on peut recueillir les oxydes entraînés, qui sont, du reste, en faible proportion (1).
- Le fer, le zinc et même une partie de l’antimoine (en présence du zinc) s’oxydent facilement; le plomb est peu attaqué, mais cependant d’autant plus qu’il contient plus de zinc et d’antimoine. L’opération est terminée lorsque la vapeur d’eau n’est plus décomposée. Il faut deux à trois heures pour cette opération. Quand le plomb est refroidi, on enlève le dôme ; on trouve, à la surface du métal, le zinc oxydé sous forme de poudre ; on écume aveç soin, puis on lingote le plomb doux.
- Les croûtes enrichies plombo-ziqcifères de la chaudière d sont, à leur tour, traitées dans l’une des chaudières b dès qu’on en a réuni une quantité suffisante. Le zinc est également oxydé, et comme résidu on a du plomb d’œuvre riche, à 1 ou 2 pour 100 de teneur, qui passe à la coupellation.
- Les poudres oxydées retiennent des grenailles de plomb. Pour les enlever, on traite séparément les poudres qui proviennent du plomb pauvre et celles qui résultent du plomb riche.
- (1) Il ne convient pas de traiter le plomb zingueux pauvre par la vapeur d’eau dans la chaudière supérieure; car il adhère toujours aux parois de cette chaudière des croûtes zincifères riches, dont l’argent s’unirait de nouveau au plomb pauvre.
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- MÉTALLURGIE.
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- Les premières sont lavées sur une table inclinée sous l’action d’un filet d’eau. Les oxydes sont entraînés ; les grenailles restent sur la table et sont refondues au réverbère, ou simplement ajoutées au plomb pauvre de la chaudière inférieure.
- Les oxydes recueillis peuvent être classés par décantation en trois lots :
- La partie la plus lourde se compose d’oxyde de plomb peu riche en zinc : on la réduit au réverbère.
- La partie moyenne est formée d’oxyde de plomb et d’oxyde de zinc, que l’on relave de nouveau avec des poudres fraîches.
- La partie la plus légère peut être vendue comme blanc de zinc. '
- Les oxydes riches sont tamisés à l’aide d’un crible fin dans une cuve à eau. Les grenailles et plaquettes qui restent dans ce crible sont réunies au plomb d’œuvre riche. Les oxydes qui se déposent dans la cuve, mêlés de parties métalliques fines, sont traités par l’acide chlorhydrique froid à 12 degrés B. L’oxyde de zinc est dissous, le plomb, l’antimoine et l’argent forment des oxychlorures et sous-chlorures insolubles que l’on recueille par décantation.
- Le chlorure de zinc est provisoirement jeté, mais pourra, sans doute, être utilisé un jour. Quant aux chlorures insolubles, on les laisse égoutter, puis on les fond dans un chaudron en fonte. Les parties métalliques se réunissent au fond et donnent encore du plomb d’œuvre riche. Le chlorure fondu restant, enlevé par écumage, est ensuite réduit au réverbère avec un peu de chaux et de charbon. Le plomb, ainsi produit, peu riche en argent, retourne au zingage ; on le mêle au plomb d’œuvre ordinaire. On obtient donc, finalement, du plomb marchand pauvre, du plomb riche pour la coupellation, du blanc de zinc dont l’emploi est connu et du chlorure de zinc dont on pourra également tirer parti.
- 'Le plomb doux est complètement privé de zinc et de cuivre.-On sait, depuis longtemps, que le zinc enlève le cuivre au plomb ; mais le zinc facilite, en outre, le départ de l’antimoine et la vapeur d’eau achève l’affinage.
- M. Gruner a pris, au Havre, du plomb pauvre zingueux ; il renferme, d’après une analyse faite au bureau d’essai, 0,0075 de zinc ; tandis que le plomb épuré par la vapeur d’eau n’a plus donné que de faibles traces de zinc.
- La poudre recueillie sur le plomb désargenté a été également analysée. La lévigation a donné :
- Plomb pauvre en grenailles. 79 Oxydes proprement dits.... 21
- 100
- et ces oxydes renfermaient :
- Oxyde de plomb...... 61,4
- Oxyde-de zinc........ . 30,8
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- MÉTALLURGIE.
- Le reste se compose de fer, d’acide carbonique, etc. On n’y a pas trouvé d’antimoine.
- Les oxydes qui viennent des croûtes plombo-zincifères riches sont nécessairement plus impurs; c’est le motif pour lequel on les traite par l’acide chlorhydrique. Mais le produit le plus impur se dépose, sous forme de placage métallique, contre le dôme en tôle de la chaudière où se traitent les croûtes riches.
- Le zinc renferme, comme on sait, outre le plomb et l’argent, du cuivre, de l’antimoine, etc. Le bouillonnement dû à la vapeur d’eau projette sans cesse des gouttelettes métalliques contre le dôme. Elles s’y figent sous forme de placage où dominent surtout les métaux les moins fusibles et les moins oxydables, tels que le cuivre, l’antimoine, etc., mêlés à du plomb un peu zingueux. Ces plaques, à cause de l’argent contenu, sont de nouveau ajoutées au plomb d’œuvre ordinaire.
- Dans l’ancien atelier de pattinsonage du Havre, on traitait, par mois, 250 tonnes de plomb d’œuvre ; soit 10 tonnes par vingt-quatre heures. Pour l’ensemble du travail, avec tous les accessoires, il fallait 50 à 52 hommes, et l’on brûlait 45 à 50 p. 100 de houille. Le déchet sur les plombs de Carthagène était de 6 pour 100, ou de 4 pour 100 sur les plombs purs.
- Aujourd’hui, dans un atelier ne contenant que deux chaudières supérieures et deux chaudières inférieures de 10 tonnes chacune, on traite 20 tonnes par vingt-quatre heures ou 500 tonnes par mois, et cela avec 23 hommes seulement, y compris tous les accessoires, tels que coupellation, affinage, traitement par voie humide, etc. De plus, je déchet sur les plombs purs est de 1 pour 100 au lieu de 4, et la consommation de 10 pour 100 de houille au lieu de 45 à 50.
- Outre cela, le travail est moins pénible; on dépend moins du caprice des ouvriers; le plomb est très-pur.
- Enfin, chaque jour on extrait directement du plomb d’œuvre 90 p. 100 de plomb doux marchand ; tandis que dans le pattinsonage, pour avoir, par jour, 10 tonnes de plomb pauvre, il faut avoir constamment en travail six chaudières pleines tenant 60 à 70 tonnes.
- En résumé, à l’usine du Havre, les prix sont réduits à moins de moitié, même en ne comptant rien pour les produits zincifères. Pour les plombs que l’on y traite habituellement, on compte 55 francs par tonne soumise au pattinsonage, tandis que le procédé nouveau n’atteint pas le chiffre de 25 francs, savoir :
- Main-d’œuvre totale (20 journées pour 20 tonnes), 1 journée à 4 fr. 4‘,00
- Houille, 100 kilog. à 25 fr........................................ 2,50
- Zinc, 10 kilog. à 560 fr........................................... 5,60
- Plomb (déchet), 10 kilog. à 460 fr................................. 4,60
- Acide chlorhydrique, 20 kilog. à 50 fr......................... 1,00
- Total
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- Soit 20 à 25 francs, en y comprenant les frais d’affmage, de coupellation, de réduction, ainsi que les frais généraux et la valeur de l’argent laissé dans le plomb marchand.
- La perte en argent, comparativement aux essais, est en général au-dessous de 2 pour 100. En opérant bien, on ne laisse dans les plombs marchands que 5 ou 6 gr. par tonne ; en tout cas, au plus 10 grammes.
- De tout ce qui précède, on peut conclure que le zingage des plombs d’œuvre est certainement appelé à remplacer le pattinsonage dans un avenir prochain.
- Quant au choix à faire entre les trois procédés ci-dessus décrits, il est évident que l’on peut d’abord mettre hors de cause celui de la Pise, qui perd du plomb au moment de l’affinage du métal pauvre zingueux.
- Entre les deux autres, le choix ne paraît pas non plus devoir être douteux. L’oxydation du zinc par la vapeur d’eau est certainement plus efficace, moins pénible pour les ouvriers et d’une application moins coCiteuse que l’opération par le chlorure de plomb.
- L’oxyde de zinc produit dans le procédé Gordurié est d’ailleurs plus facile à placer que le chlorure de zinc ; enfin la chloruration faite au contact de l’air doit occasionner de sensibles pertes de plomb, et agir d’une manière fâcheuse sur la santé des ouvriers.
- La désargentation par le procédé Cordurié paraît donc, dans un avenir prochain, devoir l’emporter sur toutes les méthodes dont on s’est servi jusqu’à ce jour.
- NOTICES INDUSTRIELLES
- EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
- Sut* l’aeci'oigsement et la diminution de la quantité «le fécule dans les pomme* de terre, par M. Sehneltler. — Si l’on analyse, avec soin, les pommes de terre à des époques différentes, on reconnaît que dans ces tubercules, même après qu’ils ont été extraits de la terre et dépouillés de leurs tiges herbacées, la quantité de matière amylacée va toujours croissant jusque dans l’hiver, en sorte que l’époque la plus favorable pour l’extraction de la fécule répond aux mois de décembre et de janvier. Dans des pommes de terre qui venaient d’être arrachées et dans d’autres qui avaient été conservées jusqu’en janvier, on a trouvé que les quantités de fécule étaient dans le rapport de 10 à 17. C’est seulement au printemps, lorsque se développe l’action germinative, que commence la diminution progressive de la fécule. [Schneider s Berichte et Dincjler’s polytechnisehes Journcd.)
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- NOTICES INDUSTRIELLES.
- Sur le nouveau puits artésien en cour» «l’exécution à Paris. —
- Los travaux du troisième puits artésien, qui est en cours d’exécution à la Buttc-aux-Cailles, dans le 13e arrondissement de Paris, se poursuivent régulièrement, et la profondeur atteinte par l’instrument de forage dépasse aujourd’hui 350 mètres.
- On sait que lorsque l’eau surgit au puits artésien de Passy, creusé à 580 mètres environ de profondeur, une diminution sensible se manifesta dans le régime du puits de Grenelle. Le nouveau puits do la Butto-aux-Cailles doit être établi dans des conditions telles qu’il n’en résulte aucune diminution dans le rendement des deux autres puits ; aussi est-ce jusqu’à une autre nappe d’eau située beaucoup plus bas qu’on se propose de descendre avec la sonde.
- Quant au mode de forage adopté pour le nouveau puits, il est, à quelques modifications près, analogue à celui qu’on a suivi pour le puits de Passy, décrit en détail au Bulletin (1). Ainsi l’instrument de forage est un trépan en fer forgé d’un poids considérable, et qui est supporté par des tiges en bois de sapin qu’on réunit ou qu’on sépare très-facilement au moyen d’armatures enfer fixées à leurs extrémités. Le trépan est assujetti à un déclic qui lui permet de se détacher de sa tige de suspension, et de frapper un certain nombre de coups par minute sur la roche attaquée. Lorsque l’instrument a broyé une quantité suffisante de matériaux, on le remonte et on procède au curage au moyen d’une cuiller. Cette cuiller consiste dans un cylindre en tôle qui s’enfonce dans le sol par son propre poids, et dont le fond mobile se referme lorsqu’on remonte l’instrument et empêche ainsi la sortie des matériaux qui y ont pénétré.
- La manœuvre du trépan et de la cuiller est obtenue à l’aide d’une machine à vapeur, dont on ralentit à volonté la marche suivant les exigences du travail. En moyenne, la hauteur à laquelle on soulève le trépan pour le laisser retomber sur la roche n’excède pas 0“,60. Dépasser cette hauteur serait risquer de briser l’instrument. (Extrait du Moniteur.)
- Documents »tatistique» sur le» houillères «le la Grande-Bretagne en 4 869. — Suivant le rapport des inspecteurs des mines de la Grande-Bretagne, publié en 1867, il y avait à cette époque, dans le Royaume-Uni, 3 195 houillères employant 282 500 personnes, et ayant fourni, dans le courant de l’exercice précédent, une production totale de 105 millions de tonnes.
- On a constaté 907 accidents, qui ont coûté la vie à 1190 ouvriers. En rapprochant ces chiffres de ceux donnés ci-dessus, on trouve 1 décès pour 280 individus employés et pour 88 000 tonnes de houille extraites.
- Des 1190 ouvriers qui ont péri, 286 ont été tués par des explosions de grisou, à49 par
- (1) Bulletin de 1856, 2° série, 1.111, p. 421 et 471.
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- des éboulements, 211 par des accidents divers à l’intérieur des travaux, 88 par des accidents à la surface, et 156 dans les puits.
- Ce nombre de décès est inférieur de 294 à celui de l’année précédente, qui avait été marquée par une catastrophe ayant entraîné, à elle seule, la mort de près de 300 ouvriers; cependant il est encore bien considérable, si l’on en croit surtout l’affirmation de quelques-uns des inspecteurs qui prétendent qu’avec un peu plus de soin et de prévoyance il eût été possible d’éviter un tiers des accidents qui ont eu lieu.
- Les données statistiques relatives à l’Écosse montrent quel développement le commerce et l’extraction de la houille y ont acquis dans ces dernières années. Dans cette seule partie du Royaume-Uni on comptait, en dernier lieu, 465 houillères employant 50 075 personnes, et ayant fourni un rendement de 14 125 943 tonnes ; comparativement à l’année 1861, c’est un accroissement de 37 pour 100 pour les quantités de houille extraites, et de 39 pour 100 pour le nombre des mineurs. Cette augmentation est due principalement au développement de l’exportation, et elle s’est produite surtout dans l’est de l’Ecosse qui, par sa situation, se trouve en communication plus fréquente avec les contrées du continent habituées à tirer leurs approvisionnements de charbon de la Grande-Bretagne.
- En 1861, la part contributive de l’est de l’Ecosse dans le chiffre de la production houillère totale du pays était de 4 200 000 tonnes ; elle a atteint, en 1867, 7897 000 tonnes, soit environ 88 pour 100 de plus, tandis que les districts de l’ouest, dont la population est plus nombreuse, et dont le commerce et l’industrie ont beaucoup plus d’importance, n’ont gagné que 2 pour 100 environ dans le meme espace de temps. - ...
- En outre, en Écosse les accidents sont comparativement moins nombreux qu’en Angleterre et dans le pays de Galles. Les 465 mines qui fournissent la houille et le minerai de fer, et dont 254 se trouvent dans le district est, et 211 dans celui de l’ouest, n’ont eu à enregistrer que 86 accidents ayant occasionné 95 morts ; au lieu d’un décès par 88 000 tonnes de houille extraite, comme on l’a vu plus haut pour l’ensemble de l’extraction du Royaume-Uni, ce n’est plus qu’un décès par 148 694 tonnes. Les explosions de grisou sont assez rares, surtout dans l’ouest. La plupart des accidents ayant entraîné mort d’hommes ont été occasionnés par des éboulements, et, s’il était possible d’obtenir des propriétaires des mines et des ouvriers eux-mêmes que ces derniers ne descendissent chaque jour dans les travaux qu’après la visite d’un ingénieur parfaitement compétent pour en constater l’état, on estime que cette cause de mortalité pourrait être très-sensiblement réduite. [Ibicl.)
- Sur la résistance des différentes pierres employées dans la construction du nouvel Opéra de Paris, par M« ©elesse. — M. Michelof, ingénieur en chef des ponts et chaussées, a fait un très-grand nombre d’expériences sur la résistance à l’écrasement des pierres servant dans les constructions ; voici
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- les résultats obtenus pour celles qui ont surtout été employées dans le nouvel Opéra.
- NATURE ET PROVENANCE. POIDS du mètre cube. POIDS supporté par centimètre carré lors de l'écrasement.
- Jaspe du mont Blanc, carrière de Saint-Gervais (Haute-Savoie) Kil. 2716 Kil. 1839
- Porphyre granitoïde brun du bois do Ya,uban (Nièvre) 2585 1487
- Porphyre vert (môlaphyre) de Ternuay (Haute-Saône) 2855 1111
- Porphyre granitoïde r0uge du bois de Planoïse, commune d’Autun 2585 1080
- Granit porphyroïde du bois de Saint-Martin-du-Puy (Nièvre) 2567 1077
- Granit micacé, commune de Lormes (Nièvre) 2694 1077
- Syénite d’un rouge corail du haut du Them, à Servance (Haute-Saône). . . 2654 901
- Granit porphyroïde du mont Cornu, à Servance (Haute-Saône) 2643 715
- Svénite dite feuille morte du Ménil, commune de Servance (Haute-Saône). 2685 867
- Marbre sanguin de Sampans (Jura) 2637 1076
- Marbre violacé id. 2663 994
- Pierre de Damparis, dite de Saint-Ylie, carrière de l’Abbaye (Jura) 2683 898
- Id. id. carrière du Canal, banc jaspé. . . 2668 752
- Echaillon (pierre dite d’), carrière de Revon, commune de la Rivière (Isère). 2726 852
- Echaillon blanc, carrière de l’Echaillon, commune de Saint-Quentin (Isère). 2529 781
- Echaillon (marbre jaune clair, dit roche de 1’), carrière de Lignet 2686 777
- Echaillon rose, carrière de l’Echaillon 2472 606
- Pierre de Damparis, dite de Saint-Ylie, carrière Rouge (Jura) Id. id. carrière de l’Abbaye, banc blanc. 2553 671
- 2583 565
- Pierre d’Austrude (Yonne) 2261 365
- Pierre tendre du Larrys, de la Guiche, commune de Cry (Yonne) 2161 369
- Ici. id. bas de la carrière 2171 327
- Pierre de Ravières (Yonne) : milieu 2157 377
- Id. haut 2124 333
- Id. bas 2121 304
- Grès bigarré de Lutzelbourg (Meurthe) 2130 215
- Tous ces matériaux de construction de l’Opéra ont été choisis avec beaucoup de soin, comme le prouve le chiffre élevé de leur résistance à l’écrasement. Dans les jaspes de Saint-Gervais qui ont servi à faire des colonnes, elle est exceptionnelle. Dans les porphyres, elle est aussi très-grande, supérieure même à celle des granits et des syénites, ce qui tient à ce que ces dernières roches ont une structure plus grenue et plus cristalline. Certains calcaires très-compactes, comme les marbres de Sampans, de Saint-Ylie et de l’Echaillon peuvent, d’ailleurs, offrir une résistance qui est non-seulement égale, mais même plus grande que celle des granits.
- On peut voir combien sont variés les matériaux qui ont été employés à la construction de l’Opéra, et ceux qui ont servi à sa décoration le sont encore bien davantage. C’est que, en effet, depuis l’établissement de notre réseau de chemins de fer, les architectes de Paris ont renoncé à l’emploi exclusif du calcaire grossier qui, malgré ses avantages, est une pierre de qualité médiocre et résiste souvent mal à l’action de l’air, comme l’atteste la dégradation de plusieurs de nos monuments. Rompant avec des habitudes séculaires, ils ont cessé de prendre exclusivement leurs matériaux dans les
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- environs de Paris, et, dès à présent, presque toutes les’parties de la France sont mises à contribution. Des matériaux de choix sont surtout empruntés aux terrains jurassiques qui les renferment en quantités inépuisables, et Paris tire maintenant une partie de ses pierres de construction des carrières delà Champagne, de la Lorraine,, de la Bourgogne, de la Franche-Comté, et même du Poitou et du Dauphiné. (.Rapport du jury international de kExposition de 1867.)
- (M.)
- Sur la présence du tri-oxyde «le thallium dans» le produit de l’élec-trolyse «les combinaisons de ce métal, et sur une propriété remarquable de cet oxyde, par JU. le professeur JSottger.— Une propriété remarquable du tri-oxyde brun de thallium, observée récemment par M. le professeur Bôttger, donnerait peut-être lieu à la fabrication d’une nouvelle espèce d’allumettes chimiques sans phosphore, si l’on parvenait à extraire économiquement de grandes quantités de thallium. On trouve ce tri-oxyde parmi les produits de l’électrolyse de divers sels de ce métal, par exemple du sulfate ou du nitrate dissous dans l’eau. C’est sur les lames de platine servant d’anodes qu’il se dépose en une couche brune assez fortement adhérente, tandis que le thallium, à l’état métallique, se rassemble sur le cathode en petites feuilles cristallines ayant l’éclat de l’argent. Les procédés chimiques font, d’ailleurs, obtenir ce tri-oxyde avec beaucoup de facilité, en une poudre d’un brun foncé, présentant une ressemblance frappante avec le peroxyde de plomb. Il suffît, pour cela, de faire digérer, à chaud, du chlorure de thallium, nouvellement précipité, dans une solution d’hypochlorite de soude contenant un excès d’alcali. Si l’on soumet à un frottement modéré un mélange de ce tri-oxyde sec et de fleur de soufre, on le voit s’enflammer avec explosion. Quand, au contraire, on mêle au même tri-oxyde le huitième de son poids du produit vulgairement nommé soufre doré, on observe que l’inflammation exige moins de frottement et se fait sans explosion. Il est donc permis d’espérer, plus ou moins prochainement, une application pyrotechnique utile de ce produit. Entre autres propriétés, M. Bôttger fait remarquer celle que possède ce mélange d’être enflammé par les plus faibles étincelles électriques, et de surpasser beaucoup, à cet égard, le mélange connu de parties égales de chlorate de potasse et de sulfure noir d’antimoine. L’auteur fait observer, en passant, que le picrate d’oxyde de thallium détone aussi très-facilement sous le choc. (.Jahresbericht des physikalischen Vereins in Frankfurt, et Dingler’s polytechnisches Journal.)
- Sur la consommation «les œufs en Angleterre. — Influence de la facilité des communications. — On peut juger, par les chiffres suivants, de l’influence qu’exerce sur les consommations l’accroissement de la facilité des communications :
- De 1843 à 1847, on a importé moyennement, en Angleterre, par an,
- Tome XV. — 67e année. série. — Décembre 1868. 95
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- SIS AN CES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- 73 millions d’œufs. Dans les cinq années suivantes, cette moyenne s’est élevée à 103 millions, puis à 147 millions, ensuite à 163 millions. En 1861, l’importation, en Angleterre, atteignit 203 millions; en 1864, 335 millions, et enfin, en 1866, 438 millions, soit plus d’un million par jour. La France, seule, en a fourni environ onze fois plus que tous les autres pays ensemble.
- De 1815 à 1835, l’exportation des œufs de France a atteint, moyennement, une valeur de 2 786 000 francs ; elle a crû progressivement depuis, et, en 1866, s’est élevée à 42 334 000 francs. ( Wochenblatt zu denpreussischen Annalen der Landwirthschaft, et Dingler’s polytechnisches Journal.)
- (V.)
- SÉANCES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.
- PROCÈS-VERBAUX.
- Séance du 27 novembre 1868.
- Présidence de M. Balard, vice-président.
- Correspondance. — M. Caillat (Emile), chaussée de la Muette (Passy), 15, à Paris, demande si la Société rend les modèles des machines qui lui sont présentées; il voudrait lui soumettre un modèle de machine d’arrosage. (Il sera répondu que la Société ne retient pas les modèles des machines présentées.)
- M. Pimont (Prosper), rue Impériale, 17, à Rouen, présente à la Société divers appareils pour économiser la chaleur : 1° le caloridore progressif ; 2° appareil condenseur alimentateur ; 3° un appareil conservateur de pression ; 4° un séchoir à laine ; 5° son enduit calorifuge plastique. Ces inventions diverses sont appliquées dans un grand nombre d’industries et ont été l’objet d’une récompense de 1 500 francs de la part de l’Académie des sciences pendant le dernier concours pour les prix Monthyon. (Arts mécaniques.)
- M. Carville aîné (C.), rue Commines, 15, soumet à la Société son fourneau économique et fumivore pour chaudières à vapeur ; il annonce qu’il fait construire en ce moment un fourneau de ce genre chez M. Chalamel, à Puteaux, et il invite la Société à le faire visiter. (Arts mécaniques.)
- M. de Pindray (A.), chez M. Leroux, ingénieur, rue des Beaux-Arts, 11, présente un nouveau système de fourneau fumivore pour chaudières à vapeur. Il propose à la Société de faire faire des essais sur une chaudière de 60 chevaux qu’il a fait construire à Suresnes. (Arts mécaniques.)
- M. de Montrichard (le marquis), garde général des forêts, à A vallon (Yonne), pré-
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- sente à la Société une nouvelle pompe et un appareil pour transmission de mouvement fondés sur les propriétés des liquides de densités différentes. (Arts mécaniques.}
- Mme veuve Delong et comp., rue du Temple, 18, font à la Société communication de leurs procédés pour le reperçage et le découpage des métaux durs (fer, tôle, cuivre) ; ils demandent à la Société de les faire examiner et de faire visiter leurs ateliers. (Arts mécaniques.)
- M. Kern-Lemmer, rue Dupin, 18, à Paris, machine pour travailler la pierre. (Arts mécaniques.)
- M. Grand] ard, serrurier, rue Saint-Claude, à Lyon, demande un secours pour prendre un brevet sur un nouveau système d’espagnolette. (Arts économiques.)
- M. Cadet (E.) demande que la Société fasse examiner son système pour joints de tuyaux dans une canalisation de ville. (Arts mécaniques.)
- M. Simonet, employé de la Société houillère de la Moselle, à Carling par Saint-Avold, envoie son système de force motrice neutre, et demande qu’il soit l’objet d’un examen. (Arts mécaniques.)
- M. Lehmann (G.), de Nuremberg, fait envoyer à la Société la description d’un nouveau moteur thermo-atmosphérique. (Arts mécaniques.)
- M. le Ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics envoie deux exemplaires du n° 5 du Catalogue des brevets d’invention pris en 1868.
- La Société industrielle et commerciale de Verviers demande et obtient l’insertion, au Bidletin, de l’avis suivant :
- Elle décernera, dans son assemblée générale de janvier 1869, le prix de 5 000 francs fondé par MM. Gouvy et Deheselles pour récompenser l’invention ou application, faite dans le courant des cinq dernières années, qui sera reconnue être la plus utile à l’industrie de l’arrondissement de Verviers. Les personnes qui croiraient avoir droit à ce prix sont invitées ci envoyer leurs demandes d’inscription avec pièces à l’appui, franco, ci M. Jirenne, secrétaire de la Société de Verviers, rue des Raines, 19, ci Verviers [Belgique).
- M. Parrabère présente un nouveau système de chaises en bois courbés à la vapeur, d’une solidité supérieure et n’éprouvant pas d’altération par les variations atmosphériques. (Arts économiques.)
- M. Marino (J.) demande une annuité de brevet pour un mécanisme de porte s’ouvrant et se fermant par le poids seul d’une personne. (Arts économiques.)
- M. O. de la Colonge demande que la Société donne de la publicité à l’idée qu’il a eue de faire marcher les roues à réaction à vapeur avec de la vapeur entrant par intermittences régulières pour la forcer à agir avec une détente prolongée. Il désire que cette idée tombe dans le domaine public, ainsi que l’application qu’il voudrait en faire au chauffage de l’air pour les usages industriels par un ventilateur monté sur le
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- même arbre que la roue à réaction, sans perte de force pour transmission de mouvement.
- M. le Président accorde, au nom du Conseil, l’insertion de cet avis dans les publications de la Société; mais il fait remarquer que cette annonce générale et non définie ne peut pas empêcher les industriels qui en feront l’application, de breveter les moyens qu’ils auront employés pour atteindre ce but.
- M. le Secrétaire signale les publications suivantes parmi les pièces imprimées de la correspondance:
- M. Schinz (Ch.), ingénieur, auteur de l’ouvrage, et M. Fiévet (E.), ingénieur, traducteur. Documents concernant le haut-fourneau pour la fabrication de la fonte de fer, présentés par M. Barroidt (E.). Paris, Baudry, 1868, gr. in-8° de 128 pages et h planches. (Renvoyé pour un rapport au comité des arts chimiques.)
- M. Sanguet (Joseph), Réflexions critiques sur l’insuffisance du nouveau cadastre savoisien. Paris, Noblet, 1868, brochure in-8 de 80 pages.
- Statuts et règlement de Vassociation française contre l’abus du tabac, autorisée le 11 juillet 1868. Paris, in-32, 16 pages.
- Les dangers du tabac, entretien sur l’hygiène de M. Decroix (E.). Paris, Hachette, in-32 de 24 pages.
- L’Echo des Vosges du 29 novembre 1868, contenant un article de M. Thiriot (X.), qui propose la molinie bleue, graminée des Vosges, pour remplacer la paille dans la confection des chapeaux de paille.
- M. Vidard (J. B.), l’Etat et les compagnies de chemins de fer, de quelques questions de sécurité et d’économie. Paris, Lacroix, 1868, brochure de 44 pages.
- M. Destremx de Saint-Christol, agriculture méridionale, le Gard et l’Ardèche. Paris, librairie de la Maison rustique, 1868, in-8° de 407 pages.
- Le même. Essai d’économie rurale et d’agriculture pratique. Paris, Hachette, 1861, in-8° de 314 pages.
- Rapports des comités. — M. Peligot (Henri) fait, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur les appareils siphoïdes pour bouches d’égouts, inventés par M. Vigneulle-Brepson, architecte à Paris.
- Il propose de remercier M. Vigneulle-Brepson de sa communication et d’insérer le rapport du comité au Bulletin avec le dessin des principales formes des appareils présentés. (Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées.)
- M. Chatin reprend la lecture de son rapport fait, au nom du comité d’agriculture, sur les cultures de truffes de M. Bousseau, lecture qu’il avait commencée dans la précédente séance.
- M. Chatin conclut, au nom du comité d’agriculture, en proposant de remercier M. Bousseau de son intéressante communication et d’insérer le rapport au Bulletin. (Ces conclusions sont approuvées.)
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- Communications. — M. de Montrichard développe les principes des appareils qu’il a soumis à la Société.
- La pompe qu’il fait fonctionner devant le Conseil se compose d’un tube contenant des soupapes entre lesquelles vient s’embrancher l’extrémité inférieure d’un tube recourbé en U, qui contient un certain volume de mercure à sa partie inférieure. Si on enfonce dans ce liquide un piston plongeant en bois qui n’est ni contenu par une boîte à étoupe ni en contact avec les parois, le mercure s’élève entre le bois et le tube, et remonte au même niveau dans le bout opposé du tube en U. Lorsque le piston de bois sera retiré, les deux niveaux s’abaisseront simultanément. De là un mouvement alternatif qui produit les effets du mouvement du piston d’une pompe. M. de Montrichard fait voir les avantages particuliers de cet appareil; il permet de limiter à l’avance la pression maximum à laquelle on opère, puisqu’il suffît d’évaser le tube à une hauteur déterminée pour rendre l’ascension du mercure aussi petite qu’on le voudra. Il s’applique directement à l’injection des bois qui peut être faite ainsi d’une manière régulière et sans échafaudage, etc., etc.
- Le deuxième appareil, fondé sur le même principe, a pour objet de transmettre une force motrice à de grandes distances, au moyen de tubes remplis de liquide et réglés par une colonne de mercure fractionnée. Un spécimen de l’appareil est mis sous les yeux du Conseil.
- Nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société, après l’accomplissement des formalités prescrites par les règlements,
- M. Chameroy fils, mécanicien-constructeur à Paris; M. Durand (Eugène), manufacturier à Lyon.
- Séance du 11 décembre 1868.
- Présidence de M. Amédée-Durand, vice-président.
- Correspondance. —M. Gélibert, peintre, rue cl’Enfer, 91, demande à la Société de faire visiter son atelier, pour constater les résultats obtenus par l’application du perspectomètre à l’enseignement du dessin. (Commission des beaux-arts.)
- M. Mauban, rue Saint-Séverin, 4, présente une chaufferette perfectionnée. (Arts économiques.)
- M. Wilson Bray, à Stockton, New-Jersey (Amérique), demande que le concours pour la conservation des substances alimentaires soit prorogé à l’année prochaine, pour qu’il puisse présenter un procédé dont il est l’inventeur. (Arts économiques.)
- M. W. Uhland, secrétaire de la rédaction du Journal du constructeur qiratique de machines, à Fraulenberg, par Leipsick, demande l’échange de cette publication avec le Bulletin de la Société. (Commission du Bulletin.)
- M. Gillet, quai Jemmapes, 248, à l’usine des Récollets, flotteur pour chaudières à vapeur empêchant les explosions. (Arts mécaniques.)
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- M. Chameroy fils, ingénieur, rue du Faubourg-Saint-Martin, 162, compteur à eau évaluant le volume du fluide écoulé par la totalis tion des sections de l’orifice, l’écoulement étant fait sous une pression constante. (Arts mécaniques.)
- M. Caïllard, boulevard Magenta, 192, envoie, comme matières textiles, six sortes de produits filamenteux et deux sortes de pâte à papier; il y joint un exemplaire d’une brochure sur la production et la désagrégation des matières filamenteuses. (Arts mécaniques.)
- M. Deleuil, rue Porte-Saint-Louis, 10, à Aix (Bouches-du-Rhône), adresse un mémoire intitulé Respect aux oiseaux. (Agriculture.)
- M. Maistrasse (A.), étameur-zingueur, rue des Trois-Couronnes, 7, à Paris, expose dans un mémoire les procédés qu’il a mis en pratique pour l’étamage et le zincage des métaux par l’électricité. (Arts économiques.)
- M. Vallery (J. M.), à Beauchamps (Somme), présente un nouveau système de serrure. (Arts mécaniques.)
- M. Hamon (A.), boulevard de Courcelles, 76, envoie un mémoire descriptif de la méthode pour la fabrication de tuyaux de plomb doublés d’étain. (Arts mécaniques.)
- M. Rikkers, constructeur-mécanicien, rue Petit, 11, à Saint-Denis, donne la description et les dessins d’une machine à vapeur à mouvement direct. (Arts mécaniques.)
- M. Aubert (L.), rue Saint-Placide, 10, présente au concours six mémoires sur le calcul de la résistance des solides soumis à la flexion. (Arts mécaniques.)
- M. Jean (J.), mécanicien, à Marseille, boulevard de la Madeleine, 155, sollicite la protection de la Société pour faire adopter un frein de chemin de fer qu’il a inventé. (Arts mécaniques.)
- M. Jardain fils, rue au Lard, 23, au Havre, demande l’examen des biscuits de mer et des biscuits de luxe qu’il fabrique. (Aits économiques.)
- M. Duponchel, ingénieur des ponts et chaussées, à Montpellier, fait hommage à la Société d’un ouvrage qu’il a publié sous le titre de Traité d’hydraulique et de géologie agricoles. Paris, 1868. Eugène Lacroix, in-8° de 711 pages et 5 planches. Il demande que la Société veuille bien faire examiner le projet qui termine ces études et qui a pour objet le colmatage artificiel des landes de Gascogne, au moyen des terrains marneux du plateau de Lannemezan désagrégés et entraînés par les eaux. (Agriculture.)
- M. le Ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics adresse à la Société deux exemplaires du n° 6 du Catalogue des brevets d’invention pris en 1868.
- La Société a reçu parmi d’autres publications imprimées les ouvrages suivants :
- Envoi de la Société Smithsonienne à Washington, en échange de la 2e série du Bulletin de la Société d’encouragement.
- Rapport annuel de l’Institution Smithsonienne, 1866, un vol. in-8°.
- Contribution pour les connaissances humaines de la Société Smithsonienne, in-4°, volumes de I à XV. 1867.
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- Mélanges, in-8°, volumes de I à Y.
- Observations météorologiques, in-4°, vol. I et IL
- M. Childs, tlie public Ledger Building, Philadelphia, 1868, un vol. in-8° de
- 186 p.
- M. Huin, ingénieur des constructions navales, Théorie et description des régulateurs marins isochrones de M. Farcot, extrait de la Revue maritime et coloniale. Paris, Arthus Bertrand. Brochure in-8° de h7 pages et k planches.
- M. Dufrené(H.), Histoire du travail; extrait des Annales et archives de l’industrie au xixe siècle. Paris, Eugène Lacroix. Brochure in-8° de 23 pages.
- M. Goux (P. N.), Nouveau système de vidange prévenant la fermentation et les gaz insalubres. Paris, 1868, Auguste Goin. Brochure in-8° de 16 pages.
- Après le dépouillement de là correspondance, M. Amédée-Durand, président, donne lecture d’une lettre de M. Ernest Lacan, chargé de la direction des travaux photographiques du service historique de la ville de Paris, qui fait connaître à la Société les procédés employés par M. Bilordeaux, pour obtenir directement sur pierre une image photographique qui puisse être imprimée à la presse par les procédés ordinaires ; une image positive transparente étant obtenue sert à produire une image négative sur la pierre, préalablement enduite d’un vernis sensible. Cette image, débarrassée des parties du vernis non impressionnées, est encrée avec des corps gras qui adhèrent sur la pierre et non sur le vernis impressionné par la lumière. Il en résulte une espèce d’épreuve positive, jouissant des propriétés des dessins ordinaires sur pierre lithographique et pouvant, comme eux, être l’objet d’un tirage régulier à la presse lithographique. On peut donc maintenant obtenir couramment des planches photo-lithographiques, qui joignent aux qualités d’une exécution remarquable l’avantage d’être à très-bon marché.
- M. Lacan, qui assiste à la séance, dépose sur le bureau dix épreuves représentant des spécimens de paléontologie obtenues sans aucune retouche, point capital d’une grande importance, surtout dans des planches d’histoire naturelle.
- M. le Président remercie M. Lacan de cette communication, et en renvoie l’examen à la commission des beaux-arts réunie au comité des arts chimiques.
- Rapports des comités. —Métier pour gaze façonnée. — M. Alcan lit, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur les perfectionnements que M. Parant fL.), fabricant d’étoffes, à Paris, a apportés dans le métier pour faire les gazes façonnées.
- Il propose de remercier M. Parant de sa communication, et d’insérer le rapport au Bidletin. Ces conclusions, mises aux voix, sont approuvées.
- Tire-cartouche. — M. Laboulaye (Ch.) fait, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur un petit instrument fabriqué par M. Demonfaucon pour arracher l’enveloppe en carton de la cartouche qui reste engagée dans le canon quand on s’est servi d’un fusil du système Lefaucheux. Le comité propose d’insérer le rapport au Bulletin avec un croquis du tire-cartouche. Ces conclusions sont approuvées.
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- Réas de poulies. — M. de FréminvilleYiX, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur les réas en bois de fil à gorge en cuivre, présentés par M. Nick.
- Le comité propose de remercier M. Nick de son intéressante communication, et d’insérer le rapport au Bulletin. Ces conclusions sont approuvées.
- Indicateur pour les boîtes aux lettres. — M. Victor Bois lit, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur les combinaisons que M. Rollet propose pour indiquer sur les boîtes aux lettres le jour et le numéro de la levée.
- Le comité propose de remercier M. Rollet de sa communication, d’ordonner l’insertion du rapport m Bulletin, et d’en envoyer des expéditions à M. le Ministre des finances et à M. le directeur général des postes. Ces conclusions sont approuvées.
- Réchaud ci alcool à flamme forcée. — M. Bouilhet (H.) lit, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur le réchaud à flamme forcée de M. Lang.
- Le comité propose de remercier M. Lang de sa communication et d’insérer le rapport au Bulletin avec un dessin de l’appareil. Ces conclusions sont approuvées.
- Télégraphe imprimeur.—M. Lissajous lit, au nom du comité des arts économiques, un rapport sur l’appareil télégraphique imprimeur, présenté par M. Rémond, artiste de l’Opéra.
- Le comité propose de remercier M. Rémond et d’insérer le rapport au Bulletin avec une description et un dessin de l’appareil. Ces conclusions sont approuvées.
- Membres adjoints. — M. Lissajous demande au Conseil, au nom du comité des arts économiques, d’autoriser ce comité à faire des propositions pour la nomination de deux membres adjoints. Les membres qui s’occupaient des questions relatives à l’art des constructions ont quitté le comité ou viennent rarement aux séances, et l’expédition des affaires souffre de cette absence d’hommes spéciaux. Il y a lieu de renforcer le comité par des personnes qui puissent lui apporter des lumières spéciales à ce point de vue.
- Le Conseil, consulté, autorise le comité des arts économiques à faire des propositions pour la nomination de ces deux membres adjoints, en observant les formalités prescrites parle règlement. (Voir plus haut, p. 709.)
- Communications. — Patronage des apprentis de Vébénisterie.— M. Henri Lemoine, président de la Société instituée en 1866 pour le patronage des enfants de l’ébéniste-rie, lit un mémoire sur la constitution de cette Société et les résultats remarquables qu’elle a déjà obtenus.
- Elle se compose de membres souscripteurs et est administrée par un conseil de trente-cinq personnes choisies parmi les membres, qui se réunit une fois par mois.
- Elle a pour but d’assister, moraliser et instruire les enfants employés comme apprentis dans l’industrie de l’ameublement, et plus spécialement chez les ébénistes, menuisiers pour sièges, pianos et billards, les tourneurs et les sculpteurs sur bois. Elle a institué des concours professionnels annuels, et les prix, qui consistent en livrets de la caisse d’épargne, en outils de la profession des lauréats ou en instruments de dessin,
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- sont distribués en séance publique. Elle s’occupe de la création d’écoles de dessin spécialement appliqué à l’ameublement, dont les cours seront professés par des contremaîtres ou ouvriers habiles. Elle place les apprentis suivant les demandes qui lui sont adressées, et veille à l’exécution des contrats d’apprentissage.
- Cette institution, qui a débuté par trente-six membres seulement, en a maintenant cent quinze, et est en voie de progrès rapides ; son premier concours de 1867 a récompensé quarante-huit apprentis, celui de 1868 a proposé un programme plus difficile et a eu cependant soixante-huit lauréats à récompenser. Elle est inspirée par le désir de développer les qualités morales et l’instruction des enfants, qu’elle prend sous sa protection et dont elle veut faire d’habiles et honnêtes ouvriers. Mais elle ne prétend en rien gêner l’influence que la famille et les patrons doivent exercer sur eux. En ce qui concerne cette influence, elle ne se considère que comme un appui moral pour l’exécution réciproque des conventions.
- M. Wolowski, membre du Conseil, dit qu’il y a lieu de remercier M. H. Lemoine de cette intéressante communication ; tout ce qui aide à développer la valeur morale et la capacité des ouvriers que l’industrie emploie excite une sympathie profonde dans la Société d’encouragement.
- M. H. Lemoine, dit-il, a très-bien fait remarquer le double but du patronage dont il est le principal fondateur, c’est-à-dire ses efforts pour le perfectionnement des apprentis par des cours spéciaux, des concours et des récompenses, et d’autre part son intervention pour veiller à l'exécution réciproque des contrats intervenus entre les patrons et les enfants en apprentissage. Elle n’a encore eu à combattre aucun des abus qui se manifestent trop souvent dans les relations qui sont régies par ces contrats. C’est une preuve que ces abus n’existent pas dans les industries dont elle s’occupent cet accord est un sujet de justes éloges pour l’ébénisterie parisienne et pour les hommes éclairés qui sont à sa tête ; mais la protection que les enfants apprentis trouveraient au besoin dans la Société de patronage est un principe utile à maintenir et qu’il faut développer; il est de nature à empêcher la naissance même des discussions.
- M. Wolowski prend occasion de cette communication pour entretenir le Conseil du décret qui attribue aux ingénieurs des mines la surveillance des fabriques, pour assurer l’exécution de la loi de 18kl sur le travail des enfants. Cette mesure n’est qu’un premier pas dans une voie longue encore à parcourir, dans laquelle l’industrie est engagée. Elle organise la surveillance qui avait été repoussée en France comme elle l’était naguère en Angleterre, et qui sera bientôt acceptée et même recherchée, comme chez nos voisins, par les industriels éclairés par l’expérience sur leurs véritables intérêts. Il pense qu’il convient d’encourager toutes ces mesures qui relèvent et éclairent l’enfant dans les ateliers, qui fortifient l’homme et assurent l’avenir de cette partie si importante de la société. Il croit donc qu’on doit remercier ceux qui ont généreusement pris l’initiative, et qui ont devancé l’action administrative en fondant le patronage des enfants dans les ateliers.
- Tome XV. — 67e année. 2e série. — Décembre 1868.
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- M. Victor Bois demande queM. Wolowski veuille bien remettre, pour être insérée au Bulletin, une note sur les matières pleines d’intérêts qu’il vient de traiter.
- M. Barreswil fait remarquer que la Société dont M. H. Lemoine est président et qui est inspirée par les principes de la grande association pour la protection des enfants dans les fabriques n’est pas la seule de ce genre qui existe en France. Des patronages semblables sont organisés à Paris pour la bijouterie, l’industrie des papiers peints et celle des fleurs et des plumes; d’autres sont en voie de formation, et bientôt la plus grande partie des industries parisiennes jouira des mêmes avantages. Ces associations présentent des différences nécessaires, mais elles sont toutes établies sur des bases analogues.
- M. Alcan signale les effets produits par la marche de la législation, effets tout à fait favorables à l’industrie. Il y avait, avant la loi de 1811, un grand nombre de machines qui ne pouvaient marcher qu’avec l’aide d’enfants chargés de tâches plus ou moins faciles, mais nécessaires pendant le travail entier de l’atelier. Lorsque la loi a empêché l’emploi d’enfants très-jeunes, qui était fait à bas prix, on a limité le temps de leur travail ; les machines elles-mêmes se sont transformées pour se passer de ce secours.
- Le besoin de satisfaire aux lois économiques de la production a fait plus que la loi elle-même. Les enfants, indispensables jusqu’à ce moment, sont devenus inutiles. Il y a quelque chose de très-remarquable dans ces services rendus par l’industrie automatique. Elle a permis de faire beaucoup plus de produits, a diminué leur prix de revient et a augmenté le bien-être des ouvriers, qui ont désormais été employés d’une manière plus intelligente.
- M. Wolowski constate l’heureuse influence de l’industrie automatique. Le perfectionnement des machines, fait d’abord à cause des entraves que la loi imposait, a produit, il est vrai, un premier progrès moral important, celui de soustraire les enfants à un travail inintelligent et souvent exténuant pour eux ; mais cette transformation a agi sur l’industrie entière. C’est à elle, en effet, que sont dus l’amélioration et le développement intellectuel des ouvriers, car, en augmentant considérablement la production et en débarrassant la main-d’œuvre d’une grande partie de ses efforts matériels, elle a diminué réellement la durée du travail de l’ouvrier et a facilité son développement moral.
- M. le Président résume la discussion; il remercie, au nom du Conseil, M. Henri Lemoine de l’intéressante communication qu’il a bien voulu faire à la Société, et prie M. Wolowski de rédiger les observations qu’il a faites à ce sujet au Conseil, en une note qui sera insérée au Bulletin»
- Nomination de membres. — Sont nommés membres de la Société par un vote du Conseil :
- MM. Tailfer, constructeur-mécanicien, à Paris ;
- Jarry, fumiste des établissements publics, à Angers.
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- LISTE
- DES NOUVEAUX MEMBRES FRANÇAIS ET ÉTRANGERS ADMIS EN 1868
- A FAIRE PARTIE DE LA SOCIÉTÉ DECOURAGEMENT POUR L’INDUSTRIE NATIONALE.
- MM.
- Auvray, ancien élève de l’École polytechnique, maire à Saint-Lô.
- Avril, inspecteur général des ponts et chaussées, à Paris.
- Barny (Marcellin), constructeur de travaux en fer, à Limoges.
- Beghin, libraire, à Paris.
- Bergasse, négociant, à Marseille.
- Besson, lithographe-céramiste, à Auteuil.
- Bibliothèque impériale, à Paris.
- Boildieu, ingénieur-mécanicien, à Paris.
- Boitai, entrepreneur d’éclairage public, à Paris.
- Chambre de commerce de Saint-Dizier.
- Chambre de commerce de Nice.
- Charrut, négociant, à Grenoble.
- Comandacia de los ingeniores ciel arenal deCarrada, à Cadix (Espagne).
- Darcel, ingénieur des ponts et chaussées, à Paris.
- Debray, chimiste, à Paris.
- Decouclun, ingénieur-constructeur, à Paris.
- Donnet, ingénieur civil, à Lyon.
- Duboscq, ingénieur-opticien, à Paris.
- Durand-Claye, ingénieur des ponts et chaussées, à Paris.
- Dur et, fabricant de produits chimiques, à Paris.
- Fortin-Hermann (Adolphe), ingénieur civil, à Paris.
- Garnier (Jean-Claude), fabricant d’appareils pour l’éclairage au gaz, à Paris.
- Giacinto delta Beffa, constructeur d’instruments agricoles, à Gènes (Italie).
- MM.
- Grateau, ingénieur civil, à Paris.
- Gueret (Louis), fabricant d’appareils à eaux gazeuses, à Paris.
- Guiod (le général), à Paris.
- Guy (/.), à Bouvante-Ie-Haut.
- Halon cle la Goupillière, ingénieur des mines, à Paris.
- Jean (Charles), fabricant de boutons, à Paris.
- Joly (Charles), propriétaire, à Paris.
- Klinsieli, libraire, à Paris.
- Lamy, professeur de physique à l’École centrale, à Paris.
- Lancé (de), à Chartres.
- Lanquetin, libraire, à Paris.
- Lcissalle et Melan, négociants, à Paris.
- Lavüle, fabricant de chapellerie, a Paris.
- Leblond (Paul), ingénieur civil, à Paris.
- Macé, fabricant de porcelaine, à Auteuil.
- Meissonnier, ingénieur en chef des mines, à Marseille.
- Millot (Ch.), mécanicien-constructeur, à Gray.
- Mongruel (Émile), négociant-manufacturier, à Paris.
- Mouquet (Edmond) fils, à Lille.
- Ne mon, conducteur des ponts et chaussées.
- Poisson (Henri), trésorier général du département de la Manche, à Saint-Lô.
- Porteret (Henri), fabricant de ciment, à Grenoble.
- Poulain (Jules), ingénieur civil, à Paris.
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- MM.
- Ramoneda (Pedro), à Barcelone (Espagne).
- Rous (Michel), capitaine d’artillerie, à Paris.
- Roy (Gustave), membre du comité consultatif des arts et manufactures, à Paris.
- Sacc (le docteur), à Neuchâtel (Suisse).
- MM.
- Sautter, constructeur de phares, à Paris.
- Trouvé, ingénieur-électricien, à Paris.
- Weiss, à Paris.
- Zcgut, maître de forges, à Turey, près Vaucou-leurs.
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- TABLE ALPHABETIQUE
- DES NOUS DES AUTEURS MENTIONNÉS
- DANS LA SOIXANTE-SEPTIÈME ANNÉE DD BULLETIN.
- A.
- Abraham et Desbordes. Appareil pour déterminer la richesse en alcool d’un spiritueux, 636.
- Agasse. Trésorier honoraire de la Société; sa mort,
- 641.
- Alcan. Rapport sur les machines à faire les tricots et sur les progrès réalisés dans la fabrication de la bonneterie, par M. Taiïbouis, 65 (pl. 375 et 376) ; 283 (pl. 384).
- — Étude sur les arts textiles à l’Exposition de 1867,
- i85.
- — Rapport sur un nouveau mode de fabrication des gazes de soie de M. Carpentier, 517.
- — Des aptitudes spéciales de la France et de l’An gleterre dans les industries textiles, 579.
- — Moniteur des fils et des tissus, etc., 642.
- — Observations sur les effets de la loi de 1841, relative au travail des enfants dans les manufactures, 750.
- Alexandre (le commandant). Son procédé d’affinage de la fonte pour acier, 210.
- Allen (T.). Sur les propriétés explosives des huiles minérales, 433.
- Alphand. Les promenades de Paris, 514.
- Anselmier (U.). Nouveau procédé pour le scellement des bouteilles, 705.
- Artur. Communication sur les explosions des machines à vapeur, 127.
- Audouin (P.). Fusion de l’acier, du fer doux, etc., au moyen d’un foyer brûlant le pétrole avec un courant d’air forcé, 512.
- Aubert (L.). Mémoires sur les solides soumis à la flexion, 746.
- Aunet (Melle d’). Lampe en porcelaine du système Mille, 641.
- e.
- Backhaus. Procédé de teinture de la soie en noir par l’emploi d’un sel d’étain, décomposé par le cachou, 633.
- Badin (Mme). Brosses, tapis et fleurs faits avec les plumes d’oie, 705.
- Baker. Appareil dit anti-incrustateur magnétique, destiné à prévenir les dépôts calcaires dans les chaudières à vapeur, 154 (dessins sur bois).
- Balard. Communication sur une nouvelle disposition de pile à sulfate de cuivre de M. Carré aîné, 326.
- Bail [Ch.). De la mensuration des corps gazeux et en particulier du gaz d’éclairage, 706.
- Bardin. Fabrication de brosses et tapis en plumes d’oie, 521.
- Barlow [P.]. Nouveau tunnel sous la Tamise, 245.
- Barrai. Rapport sur les procédés de dorure au mat de M. Masselolte, 129.
- Barreswih Observations relatives aux sociétés de patronage pour les apprentis des manufactures,
- 750.
- Barthélemy et Piot. Système de tour à archet,
- 124.
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- ( 754 )
- Bastiè (E.). Préparation d’un papier photographique pour faire des épreuves positives de couleur bleue, 707.
- Baude. Rapport sur le livre de M. E. Brame., intitulé : Étude sur les signaux de chemins de fer à double voie, 257 (pl. 383).
- Bazalgetie. Sur les phases diverses qu’a subies la question de l’assainissement de Londres, 160.
- Beanes. Emploi de l’électricité pour la production de l’ozone, 63.
- Becquerel [E.). Coloration de l'étincelle par une dissolution saline, 64.
- Bella. Rapport sur un mémoire de M. E. Pelouze relatif à la destruction des insectes nuisibles à l’agriculture, 85.
- — Rapport sur une tondeuse mécanique pour les animaux de MM. de Nabat, 139 (pl. 378).
- — Rapport sur le système de sériciculture de M. Delprino, 186.
- Belleville. Sa chaudière à vapeur à serpentin, 99.
- Bell (L.). Son opinion sur la sidérurgie française,
- 609.
- Berendorff. Ses chaudières tubulaires, 104.
- Bernard et James. Lampe à double courant d’air, 326.
- Berthollet. Ce qu’il entendait en chimie par cohésion, 667.
- Beslay. Chaudières à bouilleurs verticaux, 96.
- Bievez (D.). Four à refroidir le verre à vitre, 207 (pl. 382).
- Büordeaux. Procédé direct de photo-lithographie, 747.
- Blatin. Système de boucle de harnais, 205 (dessin sur bois).
- Bobierre (A.). Sur la fabrication du chlorure de chaux et sur la chlorométrie, 46.
- — Procédé pour prévoir l’altération du doublage des navires à la mer, 636.
- Bois [Victor). Sur les chaudières à vapeur, 90.
- — Rapport sur une machine à coudre à bon marché de M. Journaux-Leblond, 329 (pl. 385).
- — Rapport sur un plan incliné de M. Roux servant à l’exploitation d’une carrière de balast, 336 (pl. 386).
- — Rapport sur l’industrie des chapeaux de feutre et sur les ateliers de MM. Laville, Petit et Cres-
- pin, 407.
- — Rapport sur la fabrique de chapeaux de M. Qué-not, 519.
- — Rapport sur le système pneumatique de M. S. Pelletier pour ouvrir les portes à distance, 587 (pl. 393).
- Boitai (F.). Nouveau bec pour lampe à pétrole, 326.
- Bolley. Sur la teinture de la soie en noir, 632.
- Bontemps [G.). Guide du verrier, 642.
- Boreux et Dcrome. Note sur le metropolitan railway ou chemin de fer souterrain de Londres, 105 (pl. 377).
- Bdttger. Sur la présence du trioxyde de thallium dans le produit de l’électrolyse des combinaisons de ce métal et sur une propriété remarquable de cet oxyde, 741.
- Boucherie (docteur). Étude sur l’engrais animal au point de vue de la salubrité publique et des intérêts agricoles, 613.
- Bouilliet [Henri). Rapport sur les dépôts éleetro-chimiques de fer et d’étain obtenus par M. Feu-
- quières, 278.
- Bouillon [J.). Graisseur automatique pour pistons et tiroirs de machines à vapeur, 58.
- Boulanger. Lampe de sûreté pour manipuler des liquides inflammables, 274 (dessin sur bois).
- — Fermeture à déclic avec cachet pour les sacs de la poste, 325.
- Boulay [Ch.). Système de pile pouvant remplacer celle de Daniell, 384.
- Bourbouse. Appareil d’éclairage où la lumière est produite par une toile de platine rendue incandescente par le gaz d’éclairage brûlant dans un courant d’air forcé, 63.
- Bourguignon. Réclamation de priorité faite en son nom, par M. Payen, au sujet de la suspension de lampe à fumivore mobile de M. Silvant, 638.
- Brachel [Achille) et Wentzell. Lunette sous-marine perfectionnée, 514.
- Brame [Édouard). Étude sur les signaux de chemins de fer à double voie, 257 (pl. 383).
- Braun. Réactif très-sensible pour l’acide azotique, 701.
- Brég-uet. Rapport sur les montres à bon marché de M. Roskopf, 272 (dessins sur bois).
- Bretonnière (Louis) et Édoùarcl May. Teinture en gris grand teint au moyen du sulfure de mercure substitué au tannate de fer, 635.
- Breval. Système de presse pour dessécher la tannée, 122.
- Brewster (sir David). Notice nécrologique sur, 118.
- Burel [A.). Planimètre réducteur, 703.
- Burr et Taylor. Première machine américaine à bastir les chapeaux de feutre, 410.
- Buschen [de). Aperçu statistique des forces productives de la Russie, 385.
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- G.
- Cadet (E.). Système de joint pour tuyaux de canalisation, 743.
- Cahours [Aug.) et J. Pelouzc. Recherches sur les différents pétroles d’Amérique, 444.
- Gaillard. Pâtes à papier, 746.
- Carcg Lca. Sur les propriétés de l'acide picrique, 51.
- Caron (II.). Propriétés remarquables de la zircone au sein de la flamme oxyhydrique, 430.
- — Préparation de la magnésie employée comme matière réfractaire, 507.
- Carpentier. Nouveau système de fabrication des gazes de soie, 517.
- Carré (aîné). Nouveau régulateur de lumière électrique, 328.
- Canule. Chaudières en tôle ondulée, 645 (pl. 395).
- — Fourneau économique et fumivore pour chaudières à vapeur, 742.
- Castor. Construction du batardeau du port militaire de Brest, 247.
- Gazai. Application d’un moteur électrique aux machines à coudre et aux navettes des métiers à tisser, 124.
- Gère (P.) et Ém. Mongruel. Extrait do viande, 58.
- Chambre syndicale des bijoutiers, horlogers, etc. Fondation projetée d’une école de dessin et de modelage, 511.
- Chameroy fus. Nouveau compteur à eau, 746.
- Champonnois. Sur une modification à introduire dans le traitement des pulpes de betterave, 48.
- — Nouveau mode d’extraction du sucre indigène, 413.
- Chassepol. Note sur le système de fusil à aiguille de son invention, 720 (pl. 399).
- Chalin. Rapport sur une scie forestière de V,. Flamm, 13 (dessin sur bois).
- Chayaux. Instrument enregistrant les indications du baromètre, du thermomètre, etc., 704.
- Chevallier (père). Communication sur une substance explosive dite safran artificiel, 188, 378.
- Chevallier fils. Emploi de l’acide sulfurique pour la conservation des matières animales, 62.
- Chiandi. Réservoir pour l’emmagasinage des huiles de pétrole, 465 (pl. 391).
- Clavsms (II). Sur le second principe fondamental de la théorie mécanique de la chaleur, 232.
- Cloviere. Sa chaudière à vapeur, 100.
- Clergel. Rapport sur une lampe de sûreté de M. Boulanger pour manipuler des liquides inflammables, 274 (dessin sur bois).
- — Rapport sur la fabrication de brosses et tapis en plumes d’oie de M. Cardin, 521.
- Coigniet. Emploi du béton comprimé pour faire des silos pour la conservation des grains, 189.
- Combes (Ch.). Communication sur un appareil avertisseur fonctionnant par le vide et destiné à permettre aux agents des trains de chemins de fer de communiquer entre eux, 62; 448 (pl. 389).
- — Remarques sur l’emploi de la lampe de sûreté dans les mines, 126.
- — Étude sur la distribution de la vapeur clans les machines au moyen d’un tiroir unique, 474, 526 (dessms sur bois).
- — Communication sur des combinaisons nouvelles imaginées, par M. Deprez, pour simplifier le mécanisme régulateur des tiroirs des machines à vapeur, 640.
- Cordier. Travaux pour alimenter le Caire avec les eaux du Nil, 510.
- Corduriè. Procédé de désargentalion du plomb d’œuvre par le zinc, 729 (dessins sur bois).
- Crespin, Laville et Petit. Industrie des chapeaux de feutre, 407.
- Cresson (,1.). Tonneau pour la conservation des liquides, 123.
- Curdy (John). Sa chaudière à vapeur tubulaire, 99.
- D.
- Debray. Communication sur l’endosmose des gaz,
- 123.
- — Sur l’appareil de chauffage par le gaz de M. Ad. Perrot, et sur le chalumeau Schlœsing, 141 (pl. 379).
- — Rapport sur le nouveau procédé de M. JJélonis pour la fabrication des fils dorés de passementerie, 201.
- Debmges. Application de la pression atmosphérique aux freins des waggons, 379.
- Decoudun (J.) et comp. Système de lessivage à vapeur, 125.
- DeheseUes et Gouvy. Fondation d’un prix dans l’aiToudissement de Verviers, 743.
- De,joie (J. P.). Système de pont en bois, 704.
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- Delngarde. De l’engrais pour rien, 707.
- Delattre (N.). Fabrication au tour des vis sans fin à filets convergents, 122.
- Delesse. Sur la résistance des différentes pierres employées dans la construction du nouvel Opéra de Paris, 739.
- Delessert (François). Dernier membre fondateur de la Société; sa mort, 701.
- Delong (iVlme veuve). Machines à percer et à découper les métaux, 743.
- Delprino. Système d’éducation des vers à soie, 186.
- Demonfaucon. Tire-cartouche pour les fusils se chargeant par la culasse, 704.
- Deprez. Combinaisons nouvelles pour simplifier le mécanisme régulateur du tiroir des machines à vapeur, 640.
- Derome et Boreux. Note sur le metropolitan railway ou chemin de fer souterrain de Londres, 105 (pl. 377).
- Desaga (O.). Moyen de reconnaître le véritable kirschwasser, 630.
- Desbordes et Abraham. Appareil pour déterminer la richesse en alcool d’un spiritueux, 636.
- Desgoffe et Ollivier. Nouvelle presse dite sterhydrau-lique, 8 (pl. 372).
- Designolle. Emploi du picrate de potasse pour la préparation d’une nouvelle poudre de guerre, 512.
- Deslremx de Saint-Christol. Essai d’économie rurale et d’agriculture pratique, 744.
- Donnet. Nouveau système de puits, 709 (pl. 398).
- Donnadieu (A. L.). Notice sur le calcaire lithographique de Montdardier (Gard), 704.
- Drion (H.). Système de bonde à soupape pour tonneaux, 453.
- Duboscq. Modification au régulateur de lumière électrique deM. Foucault, 59.
- Dubrunfaut. Application de l’endosmose des liquides à la séparation des sels contenus dans la mélasse et les jus sucrés, 381.
- Duchés ne. Rapport sur le système de réservoir pour l'emmagasinage des huiles de pétrole de M.Gkian-di, 465 (pl. 391).
- Dufrené. Histoire du travail, 747.
- Dumas (Ernest). Note sur l’émission en France des monnaies décimales de bronze, 705.
- Dumas (sénateur). Remarques sur l’emploi de la lampe de sûreté dans les mines, 127.
- — Éloge historique de Michel Faraday, 292.
- — Communication sur les expériences de M. Ilell-riegel relatives aux engrais chimiques, 382.
- — Communication sur les spécimens de dépôts de fer galvanique obtenus par M. E. Klein, de
- Saint-Pétersbourg, et envoyés par M. Jacobi, 383.
- Dumas. Communication sur un procédé de M .P. Au-douin pour fondre l’acier, le fer doux, etc., dans un foyer alimenté par du pétrole avec un courant d’air forcé, 512.
- — Remarques sur l’affinité, 662.
- Duméry. Rapport sur le compas porte-mine de M. Lamotte-La fleur, 660 (dessin sur bois).
- Dumoulin-Froment. Construction de l’appareil télégraphique imprimant de Hughes, 18 (pl. 373, 374 et dessins sur bois).
- Duponchel. Projet de colmatage artificiel des landes de Gascogne, 746.
- Durand (François). Réclamation de priorité adressée au nom de son neveu relativement à la machine à faire les clous dorés de M. Du-breuil, 704.
- Durand (7.). Système de monte-courroie, 703.
- Durenne. Ses chaudières à vapeur, 96, 105.
- Duteil. Presse à air, 58.
- Duvé et Lemaire. Serrure avec sonnerie électrique, 325.
- — Système de fermeture pour les sacs d’argent, 704.
- E.
- Eggerlz. Méthode pour la détermination du carbone dans les aciers, 217.
- Everill (G. A.). De la fabrication et de la durée des tubes des locomotives dans lesquelles on ne brûle que de la houille, 369.
- F.
- Falconelli (D. J.). Machine il vapeur rotative, 638.
- Faraday (Michel). Son éloge historique, 292.
- Farcot. Leurs chaudières à vapeur, 95,103.
- Feuquières. Dépôts électro-chimiques de fer et d’étain, 278.
- Fievel (E.) et Ch. Schinz. Documents concernant le haut-fourneau pour la fabrication de la fonte de fer, 744.
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- Figuier [L.). L’année scientifique et industrielle,
- 123.
- Flamm. Scie forestière, 13 (dessin sur bois).
- — Compositeur typographique mécanique, 389 (pl. 387).
- Fleck (H.). Sur les différentes natures de houille et sur les propriétés caractéristiques qui les distinguent, 27.
- Fleury (P. E. J.). Système de sûreté pour les fusils de chasse, 384.
- Floch (S.). Système de pavé en bois, 636.
- Fortin. Invention des gâches mobiles dans les serrures électriques, 587.
- Foucault. Son régulateur de lumière électrique, 59.
- Fournier. Appareils perfectionnés d’horlogerie,
- 188.
- Freycinet (Ch. de). Sur l’emploi des eaux d’égout de Londres, 159.
- Frimot. Recherches sur les chaudières à vapeur, 95.
- Frœdhe (A.). Remarques sur les empoisonnements par les vapeurs de carbone, 249.
- Froment (feu). Son buste, 513.
- Fromentel. Ventilateur pour empocher les cheminées de fumer et aérer les appartements, 636.
- G.
- Garcerie, Musculus et Valsen. Instrument pour le dosage instantané du vin, 380.
- Garcin (Melles G. C. et A.). Moteur à ressorts pour commander le mouvement des machines à coudre, 703.
- Garnier et comp. Appareils contrôleurs automatiques du gaz d’éclairage, 62.
- Garnier (J.) et E. Javal. Sur les machines à percer, couper et abattre les roches et sur l’emploi de la nitroglycérine, 639.
- Gaudin. Corrections proposées par lui dans les formules chimiques, 674.
- Gaugentes (Henri). Rapport sur l’Exposition universelle de 1867, 512.
- Gavard (Adrien). Appareils dits panto-polygraphes,
- 185.
- Gèlibert (Paul). Orthographie linéaire universelle,
- 381.
- Gillet. Flotteur pour chaudières à vapeur, destiné à prévenir les explosions, 745.
- Glover (Georges). Sur l’augmentalion de la consommation et sur la diminution de prix du gaz d’éclairage errAngleterre, 377.
- Godchaux. Machine à imprimer les cahiers d’ccole, 457 (pl. 390).
- Goldenberg. Don d’un prix de 500 fr. pour la dorure au mat, 130.
- Goschler. Traité d’entretien et d’exploitation des chemins de fer, 123.
- Gouvy et Deheselles. Fondation d’un prix dans l’arrondissement de Verviers, 743.
- Grand (Biaise). Nouveau système de compteur, 325.
- Granier (Émile). Anti-incrustateur magnétique pour les chaudières à vapeur, 456.
- Grundmann. Analyse des houilles de Prusse, 40.
- Grimer (L.). Sur le nouveau procédé de fabrication de l’acier de M. Martin, de Sireuil, et sur la méthode Eggeriz, pour la détermination du carbone dans les aciers, 209.
- — Sur la désargentation du plomb d’œuvre par le zinc et sur le procédé de M. Gordurié, 729 (dessins sur bois).
- Gueret. Appareil à faire l’eau de Seltz, 592 (dessin sur bois).
- Guillemin (J.). Notice sur Benoît Fourneyron, 123.
- Guillon (F.). Moniteur de la teinture, 380.
- Guimet (de Lyon). Son inscription comme membre perpétuel, 702.
- Guyot (B. A.) et F. L. Lacalm. Composition destinée à remplacer le savon, 514.
- H.
- Hamon (A.). Mémoire sur la fabrication des tuyaux de plomb doublés d’étain, 746.
- Hardy. Appareil servant à enregistrer la loi du mouvement dans les machines marines, 127.
- Hattè. Aspirateur des poussières pour le repiquage des meules, 62.
- Hawley (C. E.). Note sur les mines de mercure d’Almaden (Espagne) et de Santa-Barbara (Pérou), 598.
- Hediard et Joly. Leur chaudière à vapeur, 100.
- Heinhold (E.). Toiles métalliques émaillées recouvertes de peintures, 125.
- Tome XV. — 67” année. 2° série. — Décembre 1868.
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- Heinhold (E.). Système de presse, 635.
- Heintz. Analyse des houilles de Prusse, 40.
- Hellriegel. Expériences sur les engrais chimiques et sur le développement des végétaux, 382, 677.
- Hélouis. Nouveau procédé de fabrication des fils dorés pour la passementerie, 201.
- Herpin (Cli.). Etudes sur la réforme et les systèmes pénitentiaires, 455.
- Herrevschmidt. Trempe spéciale pour l’acier, 380.
- Ileuzé. Communication sur la fabrication des chapeaux de paille dTtalie, 64.
- Hoffmann (Frèd.). Four annulaire pour cuire >a poterie, 454.
- Hofmann. Analyse de la houille de Hanovre, 44.
- — Emploi de la glycérine pour le moulage du plâtre, 255.
- Hughes. Appareil télégraphique imprimant, 18 (pl. 373, 374 et dessins sur bois).
- Hugon. Appareils pour la conservation des bois et la désagrégation des roches, 193 (pl. 381) ; 596 (pl. 394).
- Huin. Théorie et description des régulateurs marins isochrones de M. Farcot, 747.
- Hunt (Robert). Sur les minerais de fer de la Grande-Breiagne, 341 (dessins sur bois).
- Hurcourt (d’). Réclamation de priorité au sujet du système d’éclairage de M. Bourbouse, 125.
- — Système d’éclairage produit par l’incandescence du platine obtenue par la combustion d’un volume de gaz d’éclairage mêlé à deux volumes d’air, 512.
- Ilusnick (Jakob). Procédé de photo-lithographie, 706.
- Huzar (Eugène). Frein pour voitures, 635.
- Huzard. Rapport sur un système de boucle de harnais du docteur Blalin, 205 (dessin sur bois).
- I.
- Isoard. Sa chaudière à vapeur à serpentin, 99.
- J.
- Jacobi (H.). Note sur les dépôts de fer galvanique obtenus à Saint-Pétersbourg, par M. E. Klein, 286.
- Jacobsen. Sur un noir d’aniline employé comme marque indélébile sur le linge, 52.
- — Emploi de la rosaniline, comme réactif, pour reconnaître la présence des acides gras, 53.
- Jacquemier. Modifications au porte-amarre de sauvetage, 325.
- James et Bernard. Lampe à double courant d’air, 326.
- Jaudin. Appareil de sûreté pour l’emmagasinage des huiles de pétrole, 379.
- J au al (E.) et J. Garnier. Sur les machines à percer, couper et abattre les roches et sur l’emploi de la nitroglycérine, 639.
- Joly (Ch.). Traité pratique du chauffage, de la ventilation et de la distribution des eaux dans les habitations, 703.
- Joly (d’Argenteuil) et Hediard. Leur chaudière à vapeur, 100.
- Joly (de Passy). Appareil avertisseur fonctionnant par le vide et permettant aux agents des trains de chemins de fer de communiquer entre eux, 62, 448 (pl. 389).
- Jordan (S.). Situation de l’industrie sidérurgique de la Grande-Bretagne en 1867, 605.
- Journaux-Leblond. Machine à coudre à bon marché, 329 (pl. 385).
- K.
- Kern-Lemmer. Machine pour travailler la pierre, 743.
- Klein (E.). Dépôts de fer galvanique obtenus à Saint-Pétersbourg; lettre à M. Jacobi, 288. Kœchlin (Camille). Historique de l’indienne à Mulhouse jusqu’en 1830, 455.
- L.
- Laboulaye (Ch.). Rapport sur le compositeur typographique mécanique de M. Flamm,389 (pl. 387).
- — Rapport sur la machine à imprimer les cahiers d’école deM. Godchaux, 457 (pl. 390).
- — Rapport sur les machines diverses de M. T alpin aîné, 650 (pl. 396 et 397).
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- Lacalm (F. L.) et R. A. Guyol. Composition destinée' à remplacer le savon, 514.
- Lacan (E.). Communication sur le procédé direct de photo-lithographie de M. Rilordeaux, 747.
- Lafrogne. Nouveau moyen de produire le gaz d’éclairage, 122.
- hagarde {de). Sur les engrais perdus dans les campagnes, 334.
- Lamotle-Lafleur. Compas porte-mine, 660 (dessin sur bois).
- Lapparent. Son procédé de conservation des bois par la carbonisation, 194.
- Laurent et Thomas. Chaudière à foyer amovible,
- 102.
- Ladite, Petit et Grespin. Industrie des chapeaux de feutre, 407.
- Lavollée {C.). Rapport sur un mémoire de la Société industrielle de Mulhouse relatif aux accidents de fabrique, 77.
- — Rapport sur la Société de protection des apprentis et des enfants des manufactures, 594.
- Leard [Auguste). Appareil électrique pour avertir de la rupture des convois de chemins de fer, 62.
- Lebon et Redon. Tubes flexibles capables de remplacer les tubes en cuir ou en caoutchouc, 514.
- Leclert. Traité de mécanique, 455.
- Lecoq (L.). Système d’accrochage des waggons de chemins de fer, 125.
- Leduc. Substitution de l’essorage au pressage pour la fabrication du vin, 702.
- Legrand. Rapport au sujet de l’envoi fait à la Société d’une somme souscrite par les exposants de la classe XXVII de l’Exposition de 1867 pour la fondation d’un prix périodique relatif à l’industrie cotonnière, 708.
- Lekmann (G.) Moteur thermo-atmosphérique, 743.
- Lemaire et Duvê. Serrure avec sonnerie électrique, 325.
- — Système de fermeture pour les sacs d’argent, 704.
- Lemaître. Composition pour empêcher les incrustations dans les chaudières à vapeur, 380.
- Lemoine [Henri). Communication sur l’établissement de patronage des apprentis de l’ébéniste-rie, 748.
- Le Roux [F. P.). Recherches récentes sur la lumière électrique, 124 ; 418 (dessins sur bois).
- — Recherches en vue de perfectionner les oculaires des instruments d’optique, 638.
- Leroy (F.). Machine locomotive routière, 324.
- Lespès. Système de frein, 454.
- Leverne [F.). Four à étendre le verre à vitres et le glaces, 641.
- Liébig (baron). Son procédé de conservation des viandes, 118.
- Lissajous. Communication sur le régulateur de lumière électrique de M. Foucault, modifié par M. Duboscq, 59.
- — Expériences sur le spectre des métaux rares,
- 60.
- — Communication sur un télégraphe électrique très-simple de M. Rémond, 516.
- Lorin et Sticht. Sur la préparation de l’acide formique, 51.
- Lunge. Sur l’emploi du liège comme ressort dans les waggons de chemins de fer destinés aux marchandises lourdes, 251.
- — Préparation de peintures pour le fer comme produits secondaires de la distillation du goudron minéral, 699.
- Luynes (F. de). Communication sur un appareil d’éclairage de M. Rourbouse, dans lequel la lumière est produite par une toile de platine rendue incandescente par le gaz d’éclairage brûlant dans un courant d’air forcé, 63.
- — Sur l’emploi de l’électricité fait par M. Reanes, pour la production de l’ozone, ib.
- •— Sur les expériences de M. E. Becquerel, pour colorer l’étincelle par une dissolution saline, 64.
- — Communication sur les procédés de M. Bubrun-faut pour séparer les sels contenus dans la mélasse et les jus sucrés, 381.
- — Rapport sur les appareils à faire l’eau de Seltz de MM. Gueret, 592 (dessin sur bois).
- M.
- Maconnier (/.). Outils nouveaux pour l’agriculture, 703.
- Maislrasse (i.). Etamage et zincage des métaux par voie galvanique, 746.
- Malfait [J.). Mordant remplaçant le tartre dans la teinture, 62.
- Mar cou (Jules). Sur la distribution géographique de l’or et de l’argent aux États-Unis et dans les Canadas, 177 (pl. 380).
- Marcs [Henri). Sur la floraison de la vigne, 185.
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- Mares [Henri]. Production de graines de vers à soie exemptes de germes corpusculeux, 571.
- Marino (J.). Mécanisme pour ouvrir et fermer les portes, 743.
- Martin (de Sireuil). Nouvelle méthode de fabrication de l’acier, 209.
- Masselotte. Procédé de dorure au mat, 129.
- Maujean (4.). Machine à vapeur rotative, 704.
- May (Édouard) et Louis Bretonnière. Teinture en gris grand teint au moyen de la substitution du sulfure de mercure au tannate de fer, 635.
- Mütenzwey. Fabrication d’un safran artificiel, 378.
- Moigno (l’abbé). Leçons de physique générale d'Augustin Cauchy, 381.
- — Conférence sur les éclairages modernes, ib.
- — La physique moléculaire, ib.
- — Traduction des leçons de Tyndall sur la chaleur et le froid, 512.
- Moll. Rapport sur le livre de M. de hagarde, intitulé : Les engrais perdus dans les campagnes, 334.
- Mongruel [Ém.) et P. Cère. Extrait de viande, 58.
- Montrichard [de). Nouveau système de pompe, 742, 745.
- Morgan. Procédé de conservation des viandes,
- 117.
- Morin (général). Rapport sur un troisième et un quatrième mémoire de M. Tresca relatifs à l’écoulement des corps solides, 148.
- Moule [II.]. Système de fosses d’aisances disposées pour faire de l’engrais, 705.
- Munaut [J.]. Foyer calorifère mobile, 184.
- Musculus, Valsen et Garcerie. Instrument pour le dosage instantané du vin, 380.
- Muter se [J. M.). Cartouches extinctrices des incendies, 705.
- Mulh. Purification de la naphtaline brute produite dans la distillation du goudron, 252.
- N.
- Nabat [de). Tondeuse mécanique pour les animaux, 139 (pl. 378).
- Newton. Ce qu’il entendait en chimie par attraction, 664.
- Nick [Henri] et Rives fils. Nouveau système de moufles et de réas pour navires, 635.
- Nourrigat [Émile). Appareil de magnanerie, 454. Nouves d’Argès [de). Procédé pour faire industriellement le diamant noir, 707.
- O.
- Ollivier et Desgoffe. Nouvelle presse dite sterhy-draulique, 8 (pl. 372).
- Ordinaire de la Collonge. Communication relative à la publicité de son idée de faire marcher les roues à réaction à vapeur avec de la vapeur intermittente, 743.
- P.
- Paillard. Fabrique de petits miroirs portatifs, 460.
- Parrabère. Chaises en bois recourbés à la vapeur, 743.
- Pareille [Henri de]. Causeries scientifiques, 326.
- Pasteur [L.]. Éducations précoces de graines de vers à soie indigènes; lettres à M. Dumas, 220.
- — Dosage de l’acidité totale du moût du raisin, 509.
- — Note sur la machine des vers à soie désignés vulgairement sous le nom de morts-blancs ou morts-fiais, 568.
- — Sur la présence de la gomme dans le vin, 626.
- Payen. Rapport sur les appareils de M. Hugon
- pour la conservation des bois et la désagrégation des roches, 193 (pl. 381) ; 596 (pl. 394).
- — Sur un nouveau mode d’extraction du sucre indigène par M. Champonnois, 413.
- — Communication sur une nouvelle poudre de guerre préparée par M. Designol avec le picrate de potasse, 512.
- — Précis de chimie industrielle (5e édition), 514.
- — Sur les essais d’éclairage au gaz oxyhydrique de M. Tessié du Mothay, 577.
- — Réclamation de priorité faite au nom de M. Bourguignon au sujet de la suspension de lampe à fumivore mobile de M. Situant, 638.
- Peligot [Henri). Sur l’industrie des allumettes chimiques, 349.
- — Rapport sur une suspension de lampe à fumivore mobile de M. Silvanl, 591.
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- Pelletier (S.). Système pneumatique pour ouvrir les portes à distance, S87 (pl. 393).
- Pelouze (E.). Mémoire sur la destruction des insectes nuisibles à l’agriculture, 85.
- Pelouze (J.) et Aug. Cahours. Recherches sur les différentes sortes de pétrole d’Amérique, 444.
- Perrolaz (F.). Frein pour voitures agissant par la pression du dos des voyageurs, 454.
- Perrot [Ad.). Appareil métallurgique de chauffage par le gaz, 141 (pi. 379).
- Peschard. Réclamation de priorité au sujet de l’application de l’électricité aux orgues d’église, 380.
- Petit, Laville et Crespin. Industrie des chapeaux de feutre, 407.
- Petit-Pierre [H.). Utilisation de l’eau entraînée par la vapeur dans les chaudières, 325.
- Pierrugues. Lettre témoignant des bons résultats obtenus par les procédés de M. Pasteur dans l’éducation des vers à soie, 575.
- Pignüre. Pompes pour les liquides impurs, 325.
- Pindray [de). Système de fourneau pour chaudières à vapeur, 742.
- Piot et Barthélemy. Système de tour à archet, 124.
- Plimsoll. Lettres anglaises sur la sidérurgie, 609.
- Pouillet. Instruction sur les paratonnerres du Louvre et des Tuileries, 684 (dessins sur bois).
- Pourcherol (A.). Observations sur le commerce et l’emploi des huiles minérales, 125.
- Prud’homme. Appareils électriques appliqués aux trains de voyageurs, 266 (pl. 383).
- Puscher. Nouveaux emplois du mica, 56.
- — Mastic pour fixer le laiton sur le verre, 253.
- R.
- Rand (Jones). Premières tentatives de remplacer les vessies de couleurs par des tubes en étain, 398.
- Raphin (Ambroise). Nouveau propulseur pour bateaux à vapeur, 325.
- Reissig. Préparation du collodion pour la photographie, 57.
- Redon et Lebon. Tubes flexibles capables de remplacer avec avantage les tubes en cuir ou en caoutchouc, 514.
- Rémond. Télégraphe électrique très-simple, 516.
- Renet. Système de chauffage économique des chemins de fer, 703.
- Richard aîné. Fabrication de tubes en étain pour couleurs, 398 (dessins sur bois).
- Richner. Timbre ajouté à la lampe-modérateur pour avertir du moment où elle a besoin d’être remontée, 456.
- Rikkers. Machine à vapeur à mouvement direct, 746.
- Rives fils et Henri Nick. Nouveau système de moufles et de réas pour navires, 635.
- Robert (E.). Machines pour la teinture des étoffes de soie défraîchies, 641.
- Roche-Macé [de la). Nouveau traitement du lin et du chanvre, 705.
- Rœssler (Max). Préparation d’un nitrate de fer pour la teinture, 631.
- Rolland-Ranès (L.). Appareil hydropneumatique pour les ouvriers qui taillent les meules de moulin, 185.
- Rondot (Naialis). Communication sur l’emploi, en Chine, de l’acide arsénieux pour détruire les insectes nuisibles à l’agriculture, 123.
- Rosière (de la). Nouvelles chaussées en empierrement, 384.
- Roskopf. Montres à bon marché,‘272 (dessins sur bois).
- Rous (Edmond). Système de coussinets pour chemins de fer, 702.
- Roux. Plan incliné pour l’exploitation d’une carrière de balast, 336 (pl. 386).
- Roy (Gustave). Envoi à la Société, au nom des exposants de la classe XXVII de l’Exposition de 1867, d’une somme destinée à fonder un prix périodique relatif à l’industrie cotonnière, 702, 708.
- Royer (A.). Moyen simple d’arrêter toutes les formes d’imprimerie typographique, 379.
- Rubin (J. B.). Siège à siphon pour fosses d’aisances, 705.
- S.
- Sabine (Robert). Lettre relative à l’anti-incrustateur magnétique pour chaudières à vapeur de M. Baker, 157.
- Sacc. Note sur les eaux de source amenées à Neuchâtel (Suisse) pour l’alimentation, 59.
- — Animaux et plantes à importer dans l’Europe moyenne, 123.
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- Saint-Paul {de). Allumettes dites landaises, 185.
- Sainlpierre [G.]. De la substitution du pesage au mesurage du vin, 705.
- Salomon (du Finistère). Machine à vapeur sphé-roïdale, 122.
- — Procédé pour la décarburalion de la fonte, 125.
- — Nouvelle chaudière à vapeur inexplosible, 379.
- Samain. Nouvelle presse à vis, 581 (pl. 392).
- Schinz (Ch.) et E. Fievet. Documents concernant
- le haut-fourneau pour la fabrication de la fonte de fer, 744.
- Schlœsing. Chalumeau pour fondre le fer et le platine, 146 (pl. 379).
- Schneider. Sur l’accroissement et la diminution de la quantité de fécule dans les pommes de terre,
- 737.
- Séguier (baron). Sa chaudière tubulaire, 99.
- — Communication sur la lampe modérateur de M. Richner, munie d’un timbre avertissant du moment où elle a besoin d’être remontée, 456.
- Seguin. Sa première chaudière à vapeur tubulaire, 98.
- Séraphin frères. Leur chaudière à vapeur, 104.
- Sery (F.). Fermeture hermétique pour portes et croisées, 58.
- Sievern. Méthode pour la désinfection des eaux sales, 125.
- Silvant. Suspension de lampe à fumivore mobile,
- 591.
- Société industrielle de Mulhouse. Fondation d’une association pour prévenir les accidents de fabrique, 77.
- Société havraise d’études diverses. Recueil de ses publications, 126.
- Société de protection des apprentis et des enfants des manufactures, 380, 594.
- Sorel. Réclamation de priorité au sujet de l’emploi de la vapeur surchauffée, 58.
- Sostmann. Sur le sulfate de chaux contenu dans les solutions du sucre, 256.
- Sloper. Procédé de conservation des viandes, 118.
- Spiess. Application de l’électricité pour faire fonctionner automatiquement les pianos, 640.
- Slas. Sur les allumettes chimiques au phosphore amorphe, 359.
- Slicht et Lorin. Sur la préparation de l’acide formique, 51.
- Stilmant. Frein de chemin de fer, 122.
- Slinde (J.). Enduit pour les cristallisons en fer, 53.
- Stolba {Franz). Emploi de la paraffine pour obtenir certaines cristallisations, 253.
- Subra. Appareil d’éclairage à flamme renversée, 123,128.
- Siveet. Machine américaine réalisant le cliché typographique, 392.
- T.
- Taiïbouis. Machines à faire les tricots et progrès réalisés dans la fabrication de la bonneterie, 65 (pl. 375 et 376) ; 283 (pl. 384).
- Taylor et Burr. Première machine américaine à bastir les chapeaux de feutre, 410.
- Tessié du Mothay. Essais d’éclairage an gaz oxyhy drique, 577.
- Teysmann {J. E.). Observations sur la maladie des vers à soie, 116.
- Theurer (Robert). Montres à remontoir oscillant, 703.
- Thiennot (l’abbé). Procédé pour la destruction des insectes nuisibles et des rongeurs, 454.
- Thomas (F.). Nouveau bec à gaz pour le chauffage h haute ou basse température, 637.
- Thomas (M.). Echappement à balancier circulaire pour pendules, 62.
- Thomas et Laurent. Chaudière à foyer amovible,
- 102.
- Tresca. Rapport sur une nouvelle presse dite sler-hydraulique de MM. Desgoffe et Ollivier, 8 (pl. 372).
- — Communication sur un appareil de M. Hardy servant à enregistrer la loi du mouvement dans les machines marines, 127.
- — Troisième et quatrième mémoires sur l’écoulement des corps solides, 148.
- — Communication sur la pile et les bijoux électriques de M. Trouvé, 188.
- — Rapport sur la fabrication des tubes en étain pour couleurs de M. Richard aîné, 398 (dessins sur bois).
- — Rapport sur un compteur à eau de M. Villière, 402 (pl. 388).
- — Rapport verbal sur le traité de mécanique de M. Leclert, 455.
- — Communication sur un système d’anli-incrusta-teur magnétique pour chaudières à vapeur, par M. Emile Granier, 456.
- — Rapport sur une nouvelle presse à vis de M. Samain, 581 (pl. 392).
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- Trcsca. Rapport sur le système de chaudière en tôle ondulée de M. Gcirville, 645 (pl. 395).
- — Rapport sur le nouveau système de puits de M. Donnel, 709 (pl. 398).
- Trouvé. Bijoux électriques, 188.
- Tsohermak (G.). Sur les mines d’or de la Transylvanie, 453.
- Tulpin aîné. Tambour à ramer et sécher les tissus; grilloir à gaz pour les tissus; appareil pour cuire les couleurs à la vapeur; appareil extracteur de l’eau de condensation; machine à laver les écheveaux, 650 (pl. 396 et 397).
- Tyndall. Leçons sur la chaleur et le froid, 512.
- V.
- Vachon-Saulnier. Membre de la Société ; sa mort, 126.
- Yallcry (/.). Nouveau système de serrure, 746.
- Valsen, Musculus et Garcerie. Instrument pour le dosage instantané du vin, 380.
- Vidard (J. B.). L’Etat et les compagnies de chemins de fer, 744.
- Vil Hère. Compteur à eau, 402 (pl. 388).
- Yohl. Sur le danger d’empoisonnement par le pain cuit dans des fours chauffés avec des bois de démolition ou des traverses usées des chemins de fer, 252.
- Voisin [Benoît). Échelles de sûreté, 58.
- Vouillon [F.]. Mémoire sur la fabrication d’un nouveau genre de fils et de tissus, 58.
- w.
- Wagner [H.]. Diverses compositions éprouvées pour la fabrication des coussinets des machines à vapeur, 120.
- Wartmann. Ses recherches sur les applications pratiques de la lumière électrique, 423.
- WenlzeU et Achille Brochet. Lunette sous-marine perfectionnée, 514.
- Wimmel [Th.]. Sur la falsification de la cire du Japon, 253.
- Winter. Rapport sur l’emploi de l’acier Bessemer pour les ustensiles de ménage, 54.
- Willstein. Observations sur les cartes de visite contenant du poison, 254.
- Wolff. Rapport sur la fabrique de petits miroirs portatifs de M. Paillard, 460.
- Wolowski. Leçons sur le travail des enfants dans les manufactures, 512.
- — Sur la liberté commerciale et les résultats du traité de commerce de 1860, 706.
- — Observations sur le patronage des apprentis de l’ébénisterie et sur l’application de la loi de 1841 relative au travail des enfants dans les manufactures, 749.
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- TABLE
- ALPHABÉTIQUE ET ANALYTIQUE
- DES MATIÈRES
- CONTENUES DANS LA SOIXANTE-SEPTIÈME ANNÉE DU BULLETIN.
- A.
- Accidents. Mémoire de la Société industrielle de Mulhouse relatif aux, de fabrique ; rapport de M. C. Lavollée, 77; statuts définitifs de l’association pour prévenir les, de fabrique, 8i ; commission dite des, 83.
- Acide arméniens.. Emploi, en Chine, de T, pour détruire les insectes nuisibles à l’agriculture; communication de M. N. Ronclol, 123.
- Acide azotique. Réactif très-sensible pour 1’, par M. Braun, 701.
- Acid® elilorliydrique. Emploi de 1’, pour la conservation des matières animales, par M. Chevallier fils, 62.
- — Note sur la préparation d’un engrais phosphato-chloruré au moyen du traitement des matières animales par 1’, par M. le docteur Boucherie,
- 613.
- Acide formique. Sur la préparation de F, par MM. Lorin et Slicht, 51.
- Acides gras. Usage de la rosauilme comme réactif pour reconnaître la présence des, par M. Jacobsen, 53.
- Acide picrique. Sur les propriétés de F, par M. Carey Lea, 51.
- Acier. Emploi de F, Bcssemer dans la fabrication des ustensiles de ménage, 5i. j
- Tome XV. — 67e année. 2e série. -
- Acier. Sur la trempe des lames de scies et des ressorts en, 55.
- — Extension de l’emploi de F, Bessemer, 183.
- — Sur un nouveau procédé de fabrication de F, de M. Martin, de Sireuil, et sur la méthode de M. Eggerlz pour la détermination du carbone dans F, par M. L. Grimer, 209.
- — Trempe spéciale pour F, par M. Herrevschmidt, 380.
- — Fusion de F, et du fer doux, etc., au moyen d’un foyer brûlant du pétrole avec un courant d’air forcé, par Pr Audouin; communication de M. Dumas, 512.
- Affinité. Remarques sur F, par M. Dumas, 662.
- Agcicsaltu&'e. Scie forestière, par M. Fia,mm ; rapport de M. Chalin, 13 (dessin sur bois)!
- — Emploi de la naphtaline pour détruire les insectes nuisibles à F, par M. E. Pelouze; rapport de M. Bella, 85.
- — Emploi du béton comprimé pour faire des silos pour la conservation des grains, par M. Coignet,
- 189.
- — Expériences sur le développement des végétaux, par M. Ilellriegel, 677.
- — Outils nouveaux pour F, par M. /. Maconnier, 703.
- — Projet de colmatage artificiel des landes de Gascogne, par M. Duponcbel, 746.
- Air. Emploi de F, pour faire fonctionner, par le vide, des sonneries destinées à mettre en rapport entre eux les agents des trains de chemins de
- — Décembre 1868. 98
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- fer;-communication de M. Comies, 62; 448 (pl. 389).
- Air. Système de compression de 1’, pour faire ouvrir les portes à distance, par M. S. Pelletier; rapport de M. V. Bois, 587 (pl. 393).
- Alcool. Moyen de reconnaître l’origine d’un, 256.
- — Appareil pour déterminer la richesse en, d’un liquide spiritueux, par MM. Desbordes et Abraham, 636.
- Alimentation. Travaux pour fournir au Caire son, en eaux du Nil, par M. Cordier, 510. Allumettes. Présentation des, dites landaises, par M. de Saint-Paul, 185.
- — Sur l’industrie des, chimiques, par M. Henri Peligot, 349.
- Aniline. Noir d\ employé comme marque indélébile sur le linge, par M. Jacobsen, 52. Animaux. Tondeuse mécanique pour les, par MM. de Nabat; rapport de M. Bella, 139 (pl. 378).
- Appareil de télégraphie électrique imprimant de M. Hughes, construit par M. Dumoulin-Froment, 18 (pl. 373, 374 et dessins sur bois).
- — Fonctionnant par l’électricité pour avertir de la rupture des convois de chemins de fer, par M. Auguste Leard, 62.
- — Servant à enregistrer la loi du mouvement dans les machines marines, par M. Hardy ; communication de M. Tresca, 127.
- — Effectuant mécaniquement la composition typographique, par M. Flamm; rapport de M. Labou-laye, 389 (pl. 387).
- — A désagréger les roches par le feu, par M. Hu-gon, 596 (pl. 394).
- — A cuire les couleurs à la vapeur, par M. Tulpin aîné; rapport de M. Laboulaye, 650 (pl. 397).
- Apprentis. Société de protection des, et des enfants des manufactures; rapport de M. C. La-vollée, 594.
- — Patronage des, de l’ébénisterie ; communication de M. Henri Lemoine, 748; observations de M. Wolowski, 749.
- Argent. Sur la distribution géographique de 1’, et de l’or aux Etats-Unis et dans les Canadas, par M. Jules Mar cou, 177 (pl. 380).
- Armes à feu. Système de sûreté pour les fusils de chasse, par M. P. E. J. Fleury, 384.
- — Note sur le fusil de guerre à aiguille du système Chassepot, 720 (pl. 399).
- B.
- Batardeau. Construction du, du port militaire de Brest, par M. Castor, 247.
- Bateaux. Nouveau propulseur pour, à vapeur, par M. Ambroise Baphin, 325.
- Béton. Emploi du, comprimé, pour faire des silos pour la conservation des grains, par M. Coi-gnet, 189.
- Bettera ves. Sur une modification à introduire dans le traitement des pulpes de, par M. Cham-
- ponnois, 48.
- Bibliographie. Mémoires de l’Institution Smithsonienne.58.
- — Traité d’entretien et d’exploitation des chemins de fer, parM. Goschler, 123.
- — Rapport de la commission des patentes de New-York, ib.
- — Animaux et plantes à importer dans l’Europe moyenne, par M. Sacc, ib.
- — L’année scientifique et industrielle, par L. Figuier, ib.
- — Notice sur Benoît Fourneyron, par M. J. Guille-min, ib.
- — Sur la floraison de la vigne, par M. H. Mares,
- 185.
- — Étude sur les arts textiles à l’Exposition de 1867, par M. Alcan, ib.
- — Étude sur les signaux de chemins de fer à double voie, par M. Édouard Brame; rapport de M. Baude, 257 (pl. 383).
- — Déports of artisans, etc. Rapports des ouvriers choisis par la Société des arts de Londres pour visiter l’Exposition de 1867, 326.
- — De l’acier et de sa fabrication, par M. I. Gruner, 326.
- — Causeries scientifiques, par M. Henri de Pareille, ibid.
- — Les engrais perdus dans les campagnes,’ par M. de Lagarde; rapport de M. Moll, 334.
- — Bulletin de la Société de protection des apprentis et des enfants des manufactures, 380.
- — Moniteur de la teinture, par M. F. Guillon, ib.
- — Orthographie linéaire universelle, par M. Géli-bert, 381.
- — Leçons de physique générale d'Augustin Cauchy, par M. l’abbé Moigno, ib.
- — Conférence sur les éclairages modernes, par le même, ib.
- — La physique moléculaire, par le même, ib.
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- Bibliographie. Catalogue de la section russe à l’Exposition universelle de 1867, 385.
- — Aperçu statistique des forces productives de la Russie, par M. de Buschen, ib.
- — Etudes sur la réforme et les systèmes pénitentiaires, par M. Ch. IJerpin, 455.
- Historique de l’indienne à Mulhouse jusqu’en 1830, par M. Camille Kœchlin, ib.
- — Traité de mécanique, par M. Leclerl; rapport verbal de M. Tresca, 455.
- — Rapport sur l’Exposition universelle de 1867, par M. Henri Gauzenles, 512.
- — Six leçons sur la chaleur et le froid, par Tyn-dall, traduites par M. l’abbé Moigno, ib.
- — Leçons sur le travail des enfants dans les manufactures, par M. Wolowski, ib.
- — Précis de chimie industrielle (5* édition), par M. Payen, 514.
- — Les promenades de Paris, par M. Alphand, ib.
- — Machines à percer, couper et abattre les roches et emploi de la nitroglycérine, par M. E. Javal et J. Garnier, 639.
- — Guide du verrier, par M. G. Bontemps, 642.
- — Moniteur des fils, des tissus, etc., par M. Alcan, ib.
- — La Houille, nouveau journal, ib.
- — Traité pratique du chauffage, de la ventilation et de la distribution des eaux dans les habitations, par M. Ch. Joly, 703.
- — Notice sur le calcaire lithographique de Monl-dardier (Gard), par M. A. L. Donnadieu, 704.
- — Note sur l’émission en France des monnaies décimales de bronze, par M. Ernest Dumas, 705.
- — De la mensuration des corps gazeux et en particulier du gaz d’éclairage, par M. Ch. Bail, 706.
- — Sur la liberté commerciale et les résultats du traité de commerce de 1860, par M. Wolowski, 706.
- — Rapport du Jury international sur l’Exposition de 1867, ib.
- — De l’engrais pour rien, par M. Delagarde, 707.
- — Documents concernant le haut fourneau pour la fabrication de la fonte de fer, par MM. Ch. Sehinz et E. Fievet, 744.
- — Statuts et règlements de l’association française contre l’abus du tabac, ib.
- — L’État et les compagnies de chemins de fer, par M. J. B. Vidard, ib.
- — Essai d’économie rurale et d’agriculture pratique, par M. Destremx de Saint-Christol, ib.
- — Traité d’hydraulique et de géologie agricole, par M. Duponchel, 746.
- Bibliographie. Théorie et description des régulateurs marins isochrones de M. Farcot, par M. Hum, 747.
- — Histoire du travail, par M. H. Dufrenè, ib.
- Bijoux. Présentation de, mécaniques mus par
- l’électricité, par M. Trouvé; communication de M. Tresca, 188.
- Biographie. Notice sur sir David Brewsler,
- 118.
- — Éloge historique de Michel Faraday, par M. Dumas, 292.
- Bois. Appareils pour la conservation des, et la désagrégation des roches, par M. Hugon; rapport de M. Payen, 193 (pi. 381) ; 596 (pl. 394).
- Bonde. Système de, à soupape pour tonneaux, par M. H. Drion, 453.
- Bonneterie. Machines à faire les tricots et progrès réalisés dans la fabrication de la bonneterie, par M. Tailbouis; rapport de M. Alcan, 65 (pl. 375 et 376); 283 (pl. 384).
- Boucle. Système de, de harnais, par M. Blatin; rapport de M. Huzarcl, 205 (dessin sur bois).
- Bouteilles. Nouveau procédé pour le scellement des, par M. U. Anselmier, 705.
- Briques. Four annulaire pour la cuisson des, par M. Fréd. Hoffmann, 454.
- Bulletin bibliographique) 190, 386, 643.
- Buste. Don du, de feu M. Froment, par M. Dumoulin-Froment, 513.
- G.
- Canal. État d’avancement des travaux du, de Suez, 324.
- Carbone. Sur la méthode de M. Eggeriz pour la détermination du, dans les aciers, par M. L. Gruner, 209.
- — Remarques sur les empoisonnements par les vapeurs de, par M. A. Frœhde, 249.
- Cartes de visite. Observations sur les, contenant du poison, par M. Wittstein, 254.
- Cartouche. Tire-, pour les fusils se chargeant par la culasse, par M. Demonfaucon, 704.
- Chaleur. Le second principe fondamental de la théorie mécanique de la, par M. R. Clausius, 232.
- — Divers appareils pour économiser la, par M. Prosper Pimont, 742.
- Chalumeau. Sur le, de Schlæsing,pour fondre le fer et le platine, par M. Debray, 146 (pl. 379/-
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- Chanvre. Nouveau traitement du lin et du, par M. de la Roche-Macè, 705.
- Chapeaux. Fabrication des, de paiile d’Italie ; communication de M. Ileuzé, 64, 374.
- — Sur l’industrie des, de feutre et sur la visite des ateliers de MM. Laville, Petit et Crespin ; rapport de M. V. Bois, 407.
- — Fabrique de, de M. Quénot; rapport de M. F. Bois, 519.
- Charbon. Sur les différentes natures de, de terre et sur les propriétés caractéristiques qui les distinguent, par M. II. Fleck, 27.
- — Remarques sur les empoisonnements par les vapeurs de, par M. A. Frœhde, 249.
- Chaudières à vapeur. Sur les, par M. F. Bois, 90.
- —Appareil nouveau dit anli-incrustateur-magné-lique, destiné à prévenir les dépôts calcaires dans
- ' les, par M. Baker, 154 (dessins sur bois).
- — Utilisation de l’eau entraînée par la vapeur dans les, par M. H. Petit-Pierre, 325.
- — De la fabrication et de la durée des tubes des, de locomotives dans lesquelles on ne brûle que de la houille, par M. G. A. Everitt, 369.
- — Nouvelle, inexplosible, par M. Salomo?i (du Finistère), 379.
- — Composition pour empêcher les incrustations dans les, par M. Lemaître, 380.
- — Système d’anti-incruslateur magnétique, par M. Émile Granier; communication de M. Tresca, 456.
- — Système de, en tôle ondulée, par M. Carville; rapport de M. Tresca, 645 (pl. 395).
- — Fourneau économique et fumivore pour, par M. Carville, 742.
- — Autre système du même genre, par M. A. de Pindray, 742.
- — Flotteur pour, prévenant les explosions, par M. Gillet, 745.
- Chauffage. Sur l’appareil de, par le gaz, de M. Perrot [Ad.), par M. Debray, 141 (pl. 379).
- — Foyer calorifère mobile, par M. J. Manant, 184.
- — Nouveau bec à gaz pour le, à haute ou basse température, par M. F. Thomas, 637.
- — Système de, économique des chemins de fer, par M. Renet, 703.
- Chaussées. Nouveau système de, en empierrement, par M. de la Rosière, 384.
- Chaux. Sur la fabrication du chlorure de, et sur la chlorométrie, par M. A. Bobierre, 46.
- — Sur le sulfate de, contenu dans les solutions de sucre, par M. Sostmann, 256.
- Chemins «le fer. Appareil électrique pour avertir de la rupture des convois de, par M. Auguste Lear cl, 62.
- — Appareils pneumatiques pour permettre aux conducteurs de trains de, de communiquer entre eux; communication de M. Combes, 62; 448 (pl. 389).
- — Note sur le melropolitan raihvay ou, souterrain de Londres, par MM. Derome et Boreux, 105 ; description, 106; exploitation, 111; résultats financiers, 112 (pl. 377).
- — Situation des travaux du tunnel du mont Cénis,
- 118.
- — Frein Stilmant pour les, 122.
- — Système d’accrochage des waggons de, par M. L. Lecoq, 125.
- — Extension de l’emploi du métal Ressemer par les, anglais, 183.
- — Sur l’emploi du liège comme ressort dans les waggons de, pour les marchandises lourdes, par M. Lunge, 251.
- — Étude sur les signaux de, à double voie, par M. Édouard Brame; rapport de M. Baude, 257 (pl. 383).
- — Plan incliné servant à exploiter une carrière de balast, par M. Roux; rapport de M. Victor Bois, 336 (pl. 386).
- — Application de la pression atmosphérique aux freins de, par M. Debruges, 379.
- — Système de coussinets pour, par M. Edmond Rous, 702.
- — Chauffage économique des, par M. Renel, 703.
- Chlorure «le choux. Sur la fabrication du,
- et sur la chlorométrie, par M. A. Bobierre, 46.
- Cinématique. Disposition nouvelle de, réalisée dans une presse avis, par M. Samain; rapport de M. Tresca, 581 (pl. 392).
- Cire. Sur la falsification de la, du Japon, par M. Th. Wimmel, 253.
- Collodlioii. Préparation du, pour la photographie, par M. Reissig, 57.
- Colmatage. Projet de, des landes de Gascogne, par M. Duponchel, 746.
- Combustibles. Sur les, fossiles et sur les propriétés caractéristiques qui les distinguent, par M. II. Fleck, 27.
- — Production et consommation des, agglomérés en Europe, 627.
- Comgsas. Système de, porte-mine, par M. Ch. Lamotte-Lafteur ; rapport de M. Duméry, 660 (dessins sur bois).
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- Compteur. Nouveau système de, par M. Biaise Grand, 325.
- — Système de, à eau, par M. Villière; rapport de M. Tresca, 402 (pl. 388).
- — Nouveau, à eau, par M. Chameroy fils, 746.
- Concours. Ouverts par la Société. Voy. Prix.
- Conseil d’administration. Liste des
- membres titulaires, des adjoints et des membres honoraires composant le, arretée dans la séance du 10 janvier 1868, 3.
- — Décision du, relative à la nomination de deux membres adjoints au comité des arts économiques, 709, 748.
- Conservation. Emploi de l’acide chlorhydrique pour la, des matières animales, par M. Chevallier fils, 62.
- — Méthodes de, des viandes à la Plata, 117.
- — Tonneau pour la, des liquides, par M. A. Cresson, 123.
- — Emploi du béton comprimé pour faire des silos pour la, des grains, par M. Coignet, 189.
- — Appareils pour la, des bois et la désagrégation des roches, par M. Hugon, 193 (pl. 381) ; 596 (pl. 394).
- Cordes. Moyen d’augmenter la durée des, des métiers Jacquarl, 254.
- Coton. Somme adressée à la Société, par M. Gustave Roy, au nom des exposants de la classe XXVII de l’Exposition de 1867 pour la fondation d’un prix périodique relatif à l’industrie du, 702 ; rapport de M. Legrand, 708.
- Couleurs. Noir d’aniline employé comme marque indélébile sur le linge, par M. Jacohsen, 52.
- — Fabrication des tubes en étain pour les, par M. Richard aîné; rapportée M. Tresca, 398 (dessins sur bois).
- — Appareil pour cuire les, à la vapeur, par M. Tulpin aîné; rapport de M. Làboulaye, 650 (pl. 397).
- Courroie. Système de monte, par M. Y. Durand, 703.
- Coussinets. Diverses compositions éprouvées pour la fabrication des, des machines à vapeur, par M. H. Wagner, 120.
- — Système de, pour chemins de fer, par M. Edmond Rous, 702.
- Couture. Petite machine à bon marché pour la, mécanique, par M. Journaux-Leblond; rapport de M. Victor Bois, 329 (pl. 385).
- — Moteurs à ressorts pour commander les machines servant cà la, mécanique, par Melles G. G. et A. Garcin, 703.
- Cristallisations. Emploi de la paraffine pour opérer certaines, par M. Franz Stolba, 253. Cristallâsoirs. Enduit pour les, en fer, par M. J. Stinde, 53.
- Croisées. Fermeture hermétique de, et de portes, par M. F. Sery, 58.
- D.
- Désinfection. Méthode pour la, des eaux sales, par M. Sievern, 125.
- Dessin. Ecole de, et de modelage projetée par la Chambre syndicale Ras bijoutiers, horlogers, etc.,
- 511.
- Diamant. Procédé pour faire industriellement le, noir, par M. de Nouves d’Argès, 707. Donation faite par M. Guimel de Lyon pour son inscription comme membre perpétuel, 702. Dorure. Procédé de, au mat, par M. Masselotte; rapport de M. Barrai, 129.
- E.
- Eaux. Note sur les, de source amenées à Neuchâtel (Suisse), pour l’alimentation, par M. Sacc, 59.
- — Méthode Sievern pour la désinfection des, sales,
- 125.
- — Sur l’emploi des, d’égout de Londres, par
- M. Ch. de Freycinet, 159.
- — Compteurs pour les, par M. Villière; rapport de M. Tresca, 402 (pl. 388).
- — Distribution des, du Nil au Caire, par M. Cor-dier, 510.
- Eaux gazeuses. Appareil à préparer l’eau de Seltz artificielle, par MM. Guerel; rapport de M. V. de Luynes, 592 (dessin sur bois). Echelles. Système d’, de sûreté, par M. Benoît-Voisin, 58.
- Écheveanx. Machine à laver les, par M. Tulpin aîné; rapport de M. Laboulaye, 650 ^ (pl. 397).
- Éclairage. Régulateur pour F, électrique de M. Foucault, modifié par M. Duboscq; communi-! cation de M. Lissajous, 59.
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- Eclairage. Appareil d’,où la lumière est produite par une toile de platine rendue incandescente par le gaz d’éclairage brûlant dans un courant d’air forcé, par M. Bourbon se ; communication de M. V. de Luynes, 63.
- — Système d’, à flamme renversée, par M. Subra, 123, 128.
- — Lampe de sûreté pour 1’, dans les caves où on manipule des liquides inflammables, par M. Boulanger; rapport de M. Clerge-t, 274 (dessin sur bois).
- — Nouveau bec pour lampe à pétrole, par M. F. Boitai, 326.
- — Système particulier de lampe à double courant d’air ; par MM. Bernard et James, 326.
- — Nouveau régulateur pour 1’, électrique, par M. Carré aîné, 328.
- — Système d’, produit par l’incandescence du platine obtenue par la combustion d’un volume de gaz d’éclairage mêlé à deux volumes d’air, par M. R. d’Hurcourt, 512.
- — Sur les essais d’, au gaz oxyhydrique faits par M. Tessié du Motliay, par M. Payen, 577.
- Ecole. Machine à imprimer les cahiers d’, par M. Godchaux; rapport de M. Laboulaye, 457 (pl. 390).
- — Projet d’, de dessin et de modelage, proposé par la Chambre syndicale des bijoutiers, horlo-
- ^ gers, etc., 511.
- Ecoulement. Rapport sur un troisième et un quatrième mémoire de M. Tresca relatifs à 1’, des corps solides, par M. le général Morin, 148.
- Egonts. Sur l’emploi des eaux d’, de Londres, par M. Ch. de Freycinet, 159; drainage, 160; emploi des eaux d’, 184 ; dépenses et recettes, 169; objections, 171 ; acte constitutif de la compagnie d’irrigation, 172; résumé et conclusions, 174.
- Elections des membres titulaires, des adjoints et des membres honoraires duConseil d’adminis-tralion pour 1868, 3, 61.
- Electricité. Emploi de l’,pour la production de l’ozone, par M. Beanes; communication de M. V. de Luynes, 63.
- — Coloration de l’étincelle par une dissolution saline; expérience de M. E. Bccquei'el, répétée par M. V. de Luynes, 64.
- — Dorure au mercure par 1’, par M. Masselotte; rapport de M. Barrai, 129.
- — Appareil employant 1’, pour empêcher les dépôts calcaires dans les chaudières à vapeur, par M. Baker, 154 (dessin sur bois).
- Electricité. Autre système du même genre, par M. Émile Granier ; communication de M. Tresca, 456.
- — Emploi de 1’, pour animer des bijoux mécaniques, par M. Trouvé, 188.
- — Application de 1’, pour faire fonctionner les pianos automatiquement, par M. Spiess, 640.
- — Emploi de 1’, pour l’étamage et le zincage des métaux, par M. A. Maistrasse, 746.
- Électro-chimie. Dépôts de fer et d’étain obtenus par 1’, par M. Feuquières; rapport de M. Henri Bouilhet, 278 (Voy. ©alvanoplas-, tie).
- ÉmreiS. Application d’, sur toile métallique, par M. E. Heinhold, 125.
- Empoisonnements. Remarques sur les, par les vapeurs de charbon, par M. A. Frœhde, 249.
- — Sur le danger d’, par le pain cuit dans des fours chauffés avec des bois de démolition ou avec des traverses usées de chemins de fer, par M. Vohl, 252.
- — Observations sur les cartes de visite pouvant produire des, par M. Wittstein, 254.
- Endosmose. Suri’, des gaz; communication de M. Debray, 123.
- — Application de 1’, des liquides à la séparation des sels contenus dans la mélasse et les jus sucrés, par M. Dubrunfaul; communication de M. de Luynes, 381.
- Enduit. Nouvel, pour les cristallisoirs en fer, par M. J. S tin de, 53.
- — Préparation de peintures servant d’, pour le fer, comme produits secondaires de la distillation du goudron minéral, par M. Lunge, 699.
- Engrais. Sur les, perdus dans les campagnes, par M. de Lagarde ; rapport de M. Moll, 334.
- — Expériences sur les, chimiques,par M. Hellrie-gel; communication de M. Dumas, 382.
- — Note sur 1’, animal au point de vue de la salubrité publique et des intérêts agricoles, par M. le docteur Boucherie, 613 ; préparation et composition de 1’, animal phosphato-chloruré, 616; applications et résultats. Influence de 1’, animal phosphalo chloruré sur les prés et les plantes fourragères. Emploi du même, comme, auxiliaire pour les céréales, les racines et les plantes industrielles, 623; résumé, 625.
- Enseignement. Machine servant à l’impression des cahiers d’école pour 1’, primaire par M. Godchaux; rapport de M. Laboulaye, 457 (pl. 390).
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- Essieux. Extension de l’emploi du métal Besse-mer pour les rails et les, coudés sur les chemins
- ^ de fer anglais, 183.
- Etain. Dépôts électro-chimiques de fer et d’, obtenus par M. Feuquières; rapport de M. Henri Bouilhet, 278.
- — Fabrication des tubes en, pour les couleurs, par M. Richard aîné; rapport de M. Tresca, 398 (dessins sur bois).
- — Teinture de la soie en noir par l’emploi d’un sel d’, décomposé par le cachou, par M. Back-haus, 633.
- — Emploi de l’électricité pour recouvrir d’, les métaux, par M. A. Mdistrasse, 746.
- Explosions. Explications sur les, des machines à vapeur, par M. Artur, 127.
- — Sur une, de nitroglycérine à Newcastle, 246.
- — Sur une, produite par une substance dite safran artificiel ; communication de M. Chevallier, 188, 378.
- F.
- Falsification. Sur la, de la cire du Japon, par M. Th. Wimmel, 253.
- Fécnle. Sur l’accroissement et la diminution de la quantité de, dans les pommes de terre, par M. Schneider, 737.
- Fer. Sur le chalumeau Schlœsing pour fondre le, et le platine, par M. Debray, 146 (pl. 379).
- — Dépôts électro-chimiques de, et d’étain obtenus par M .Feuquières; rapport de M. Henri Bouilhet, 278.
- — Situation de l’industrie du, dans la grande-Bretagne en 1867, par M. S. Jordan, 605.
- — Préparation de peintures pour le, comme produits secondaires de la distillation du goudron minéral, par M. Lunge, 699.
- Fermeture. Système de, hermétique pour croisées et portes, par M. F. Sery, 58.
- — Modèle de, à déclic avec cachet pour sacs de poste, par M. Boulanger, 325.
- — Nouveau système de, pour les sacs d’argent, par MM. Duvê et Lemaire, 704.
- Feutre. Sur l’industrie des chapeaux de, et sur la visite des ateliers de MM. Laville, Crespin et Petit ; rapport de M. V. Bois, 407.
- Fils. Mémoire sur la fabrication d’un nouveau genre de, et de tissus, par M. F. Vouillon, 58.
- Fils. Nouveau procédé de fabrication des, dorés pour la passementerie, par M. Hélouis; rapport de M. Debray, 201.
- — Machine à laver les écheveaux de, de lin, de chanvre, de laine, de soie, etc., par M. Tulpin aîné; rapport de M. Laboulaye, 650 (pl. 397).
- Fonte. Procédé pour la décarburation de la, par M. Salomon, du Finistère, 125.
- — Note sur la fabrication de la, malléable, 696.
- Fosses d’aisances. Siège à siphon pour, par
- M. J. B. Rubin, 705.
- — Système de, disposées pour faire do l’engrais, par M. H. Moule, 705.
- Four. Système de, à refroidir le verre à vitre, par M. D. Bievez, 207 (pl. 382).
- — Sur le danger d’empoisonnement par le pain cuit dans un, chauffé avec des bois de démolition ou avec des traverses usées de chemins de fer par M. Vohl, 252.
- — Système de, annulaire pour la poterie, par M. Fréd. Hoffmann, 454.
- — Modèle de, à étendre le verre à vitres et les glaces, par M. F. Laverne, 641.
- Fourneau. Système de, économique et fu-mivore pour chaudières à vapeur, par M. Car-ville, 742.
- — Autre système du même genre, par M. A. de Pindray, 742.
- Frein. Système de, par M. Stilmant, 122.
- — Application de la pression atmosphérique pour faire mouvoir les, de waggons, par M. Debruges,
- 379.
- — Système de, par M. Lespès, 454.
- — Nouveau genre de, pour voitures, agissant par la pression du dos des voyageurs, par M. F. Per-rolaz, 454.
- — Modèle de, pour voitures, par M. Eugène Hu-zar, 635.
- Fusils. Système de sûreté pour, de chasse, par M. P. E. J. Fleury, 384.
- — Note sur le, de guerre à aiguille du système Chas-sepot, 720 (pl. 399).
- G.
- Galvanoplastie. Dépôts de fer et d’étain obtenus par la, par M. Feuquières; rapport de M. Henri Bouilhet, 278.
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- «
- Galvanoplastie. Expériences de production de dépôts de fer par la, par M. Eugène Klein; note de M. H. Jacobi, 286; communication de M. Dumas, 383.
- Gaz. Endosmose des; communication de M. Debray, 123.
- — Sur les essais d’éclairage au, oxyhydrique, par M. Payen, 577.
- Gaz d’éclairage. Appareils contrôleurs automatiques du, par MM. Garnier et comp.,%2.
- — Nouveau procédé pour produire le, par M. La-frogne, 122.
- — Sur l’appareil de chauffage par le, de M. Ad. Perrot, par M. Debray, 141 (pl. 379).
- — Augmentation de la consommation du, en Angleterre, et diminution de son prix, par M. Georges Glover, 377.
- — Nouveau bec à, pour laboratoire réunissant les hautes températures du brûleur Bunsen avec les faibles températures du bec à couronne, par M. F. Thomas, 637.
- Gazes. Nouveau mode de fabrication des, de soie, par M. Carpentier; rapport de M. Alcan, 517.
- Générateurs de vapeur. Voy. Chaudières à vapeur.
- Géodésie. Planimètre réducteur, par M. A. Bu-rel, 703.
- Glycérine- Emploi de la, pour le moulage du plâtre, par M. Hofmann, 255.
- Gomme. Sur la présence de la, dans le vin, par M. L. Pasteur, 626.
- Goudron. Purification de la naphtaline brute produite dans la distillation du, par M. Muth, 252.
- — Préparation de peintures pour le fer, comme produits secondaires de la distillation du, minéral, par M. Lunge, 699.
- Grains. Emploi du béton comprimé pour faire des silos pour la conservation des, par M. Coi-gnet, 189.
- Graissage. Appareil automatique de, pour pistons et tiroirs de machines à vapeur, par M. J. Bouillon, 58.
- — Système nouveau de couvercle pour les vases servant au, par M. Edmond Rous, 702.
- Graphite. Exploitation du, en Californie, 629.
- Gris. Substitution du sulfure de mercure au tannate de fer pour la teinture en, par MM. E. May et L. Bretonnière, 635.
- H.
- Harnais. Boucle de, par M. Blatin; rapport de M. Huzard, 205 (dessin sur bois).
- Horlogerie. Échappement à balancier circulaire pour pendules, par M. M. Thomas, 62.
- — Appareils d’, de M. Fournier; communication de M. Tresca, 188.
- — Montres à bon marché fabriquées par M. Ros-kopf; rapport de M. Brèguet, 272 (dessins sur bois).
- — Montres à remontoir oscillant, par M. Robert Theurer, 703.
- Houille. Sur les différentes natures de, et sur les propriétés caractéristiques qui les distinguent, par M. H. Fleck, 27.
- — Remarques sur l’emploi de la lampe de sûreté dans les mines de, par M. Combes, 126, et par M. Dumas, 127.
- — Sur la production de la, en Angleterre en 1867, 738.
- Huile «l’olive. Prix fondé par les négociants du département des Alpes-Maritimes pour un procédé simple, rapide et pratique permettant de reconnaître l’huile de graine mélangée à 1’, 635.
- Huile» minérales.Observations sur le commerce et l’emploi des, par M. A. Pourcherol,
- 125.
- — Appareil de sûreté pour l’emmagasinage dos, par M. Jaudin, 379.
- — Lampe de sûreté pour manipuler les, par M. Boulanger; rapport de M. Clerget, 274 (dessin sur bois).
- — Sur les propriétés explosives des, par M. T. Allen, 433.
- — Instruction concernant l’emploi des, de pétrole et autres, destinées à l’éclairage, 447.
- — Réservoirs pour l’emmagasinage des, inflammables, par M. Ckiandi ; rapport de M. Du-chesne, 465 (pl. 391).
- — Travail relatif à la combustion des huiles de pétrole et des, lourdes provenant de la fabri-tion du gaz, par M. P. Audouin; communication de M. Dumas, 512.
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- I.
- Imperméabilisation. Méthode d’, des papiers, 255.
- Impression. Machine opérant en taille-douce 1’, continue des cahiers d’école, par M. God-chaux; rapport de M. Laboulaye, 457 (pl. 390).
- Incendies. Cartouches extinctrices des, par M. J. M. Mulerse, 705.
- Incrustations. Appareil nouveau dit antimer ustateur-magnétique, destiné à prévenir les, calcaires dans les chaudières à vapeur, par M. Baker, 154 (dessin sur bois).
- — Composition pour empêcher les, dans les chaudières à vapeur, par M. Lemaître, 380.
- — Système d’anti-incrustateur magnétique, par M. E. Gi mnier; communication de M. Tresca, 456.
- Insectes. Mémoire sur la destruction des, nuisibles à l’agriculture, par M. E. Pelouze; rapport de M. Bella, 85.
- — Emploi, en Chine, de l’acide arsénieux pour détruire les, nuisibles; communication de M. N. Rondot, 123.
- — Procédés pour la destruction des, nuisibles et des rongeurs, par M. l'abbé Thiennot, 454.
- Instruments de musique. Pianos fonctionnant par l’électricité, par M. Spiess, 640.
- Instruments de précision. Appareils dits panto-polygraphes, par M. Adrien Gavard, 185.
- — Lunette sous-marine perfectionnée par MM. Wentzell et A. Brachet, 514.
- — Compas porte-mine, par M. Ch. Lamotte-La-fleur ; rapport de M. Duméry, 660 (dessin sur bois).
- — Planimèlre réducteur, par M. A. Burel, 703.
- — Instrument enregistrant les indications du baromètre, du thermomètre, etc., par M. Chayaux,
- 704.
- <1.
- Jus. Procédé de M. Dubrunfaut pour la séparation des sels contenus dans les, servant à la fabrication du sucre ; communication de M. de Luynes, 381.
- Tome XV. — 67e année. 2® série.
- Jus. Nouveau mode de traitement des, pour l’extraction du sucre indigène, par M. Champonnois; communication de M. Payen, 413 (voy. Sucre).
- K.
- Kirschwasger. Moyen de reconnaître le véritable, par M. 0. Desaga, 630.
- L.
- liai ton. Mastic pour fixer le, sur le verre, par M. Pusc-her, 253.
- liampe. Communication de M. Lissajous sur la, électrique de M. Foucault, modifiée par M. Du-boscq, 59.
- — Remarques sur l’emploi de la, de sûreté dans les mines de houille, par M. Combes, 126, et par M. Dumas, 127.
- — Système de, de sûreté, à l’usage des personnes qui manipulent des liquides inflammables, par M. Boulanger ; rapport de M. Clerget, 274 (dessin sur bois).
- — Nouveau bec pour, a pétrole, par M. F. Boitai, 326.
- — Système particulier de, à double courant d’air, par MM. Bernard et James, 326.
- — Timbre ajouté à la, modérateur pour avertir du moment où elle doit être remontée, par M. Richner; communication de M. le baron Sé-guier, 456.
- — Suspension de, à fumivore mobile, par M. Sil-va?it; rapport de M. H. Peligot, 591.
- — Modèle de, du système Mille, par Melle L. d’Au-net, 641.
- fcessivage. Système de, à vapeur, par MM. J.
- Decoudun et comp., 125.
- Uége. Sur l’emploi du, comme ressort, dans les waggons pour les marchandises lourdes, par M. Lunge, 251.
- On. Nouveau traitement du, et du chanvre, par M. de la Roche-Macé, 705.
- Iiiste des membres titulaires, des adjoints et des membres honoraires composant le Conseil d’ad-
- — Décembre 1868. 99
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- ministration, arrêtée dans la séance du 10 janvier 1868, 3.
- Iris te des nouveaux membres français et étrangers admis en 1809 à faire partie de la Société, 751.
- îiimiière. Communication de M. Lissajous sur le régulateur de, électrique de M. Foucault, modifié par M. Duboscq, 59.
- — Appareil d’éclairage où la, est produite par une toile de platine rendue incandescente par le gaz d’éclairage brûlant dans un courant d’air forcé, par M. Bourbouse ; communication de M. de Luynes, 63.
- — Recherches récentes sur la, électrique; communication de M. Le Roux, 124.
- — Nouveau régulateur de, électrique, par M. Carré aîné, 328.
- — Expériences diverses relatives à la production de la, voltaïque, par M. F. P. Le Roux, 418 (dessins sur bois); considérations sur la nature de Tare voltaïque, 419; emploi d’un courant d’oxy-
- ' gène pour disposer plus avantageusement les parties les plus éclairantes des charbons, 421; dispositions pour soumettre l’arc voltaïque à l’analyse spectrale, 422; rétablissement spontané de l’arc voltaïque après une interruption d’une courte durée, 423; d’un mode de division de la lumière électrique, 425; association de l’incandescence des oxydes terreux avec celle des charbons entre lequels se produit l’arc voltaïque, 429; action décomposante de l’arc voltaïque sur les oxydes terreux et alcalino-terreux, 430.
- m.
- Machines à vapeur. Graisseur automatique pour pistons et tiroirs de, par M. J. Bouillon, 58.
- — Diverses compositions éprouvées pour la fabrication des coussinets des, par M. //. Wagner,
- 120.
- — Système de, sphéroïdal, par M. Salomon, du Finistère, 122.
- — Appareil pour enregistrer la loi du mouvement des, marines, par M. Hardy ; communication de M. Tresca, 127.
- — Communication sur les explosions de, par M. Arlur, 127.
- — Elude sur la distribution de la vapeur dans le,s
- au moyen d’un tiroir unique, par M. Combes, 474, 526 (dessins sur bois).
- Machines à vapeur. Système de, rotatives, par M. B. J. Falconelti, 638.
- — Combinaisons nouvelles pour simplifier le mécanisme régulateur du tiroir des, par M. Deprez ; communication de M. Combes, 640.
- — Système de, rotative nouvelle, par M. A. Mau-jean, 704.
- — Système de, à mouvement direct, par M. Rik-bers, 746.
- Machines à vapeur locomotives. Machine routière, par M. F. Leroy, 324.
- — De la fabrication et de la durée des tubes des chaudières de, dans lesquelles on ne brûle que de la houille, par M. G. A. Everitl, 369.
- — Nouveau mode d’accouplement des roues de, par M. F. de Range, 380.
- Machines diverses. A faire les tricots, par M. Tailbouis ; rapport de M. Alcan, 65 (pl. 375 et 376); 283 (pl. 384).
- — à tondre les animaux, par MM. cle Nabat; rapport de M. Relia, 139 (pl. 378).
- — à coudre, de petites dimensions et à bon marché, par M. Journaux-Leblond; rapport de M. Victor Rois, 329 (pl. 385).
- — à imprimer les cahiers d’école, par M. God-chaux; rapport de M. Laboulaye, 457 (pl. 390).
- — servant à la teinture des étoffes de soie défraîchies, par M. E. Robert, 641.
- — à sculpter, par M. A. Maloisel, 641.
- — à griller les tissus au gaz et autres appareils, par M. Tulpin aîné; rapport de M. Laboulaye, 650 (pl, 396 et 397).
- Machines-outils. Machines à percer et à découper les métaux, par Mme veuve Delong, 743.
- — Machine pour travailler la pierre, par M. Kern-Lemmer, 743.
- Magnésie. Préparation de la, employée comme matière réfractaire, par M. H. Caron, 507.
- Manufactures. Société de protection des apprentis et des enfants des; rapport de M. C. La-vollée, 594.
- — Observations sur le travail des enfants dans les, par MM. Wolowski, Rarreswil et Alcan, 749 et
- 750.
- Marque. Emploi d’un noir d’aniline pour produire sur le linge une, indélébile, par M. Ja-cobsen, 52.
- Mastic. Préparation d’un, pour fixer le laiton sur le verre, par M. Puschcr, 253.
- — nouveau, pour coller les objets fracturés, 254.
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- mémoires envoyés à la Société pour les prix mis an concours. (Voy. Prix.)
- mercure. Note sur les mines de, d’Almaden (Espagne) et de Santa-Barbara (Pérou), par M. G. E. Ilcnvley, 598.
- — Substitution du sulfure de, au tannate de fer pour la teinture en gris grand teint, par MM. E. May et L. Bretonnière, 635.
- métallurgie. Procédé de décarburation de la fonte, par M. Salomon, du Finistère, 125.
- — Situation de la, du fer dans la Grande-Bretagne en 1867, par M. S. Jorclan, 605.
- — Note sur la fabrication de la fonte malléable, 696.
- — Sur la désargentation du plomb d’œuvre par le zinc et sur le procédé de M. Cordurié, par M. L. Gruner, 729 (dessins sur bois).
- métiers à tisser. Moyen d’augmenter la durée des cordes des, à la Jacquart, 254.
- meules. Aspirateur des poussières pour le repiquage des, par MM. Hatté, 62.
- — Appareil hydropneumatique pour les ouvriers qui taillent les, de moulin, par M. L. Rolland-Banès, 185.
- mica. Nouveaux emplois du, par M. Puscher, 56.
- mines. Remarques de MM. Combes et Dumas sur l’emploi des lampes de sûreté dans les, de houille, 126.
- — Sur la distribution géographique des, d’or et d’argent aux États-Unis et dans les Canadas, par M. Jules Marcou, 177 (pl. 380).
- — Sur les, du Chili, 249.
- — Note sur les minerais de fer de la Grande-Bretagne, par M. Robert Ihmt, 341 (dessins sur bois).
- — Sur les, d’or de la Transylvanie, par M. G. Tschermak, 453.
- -- Appareil à désagréger les roches par le feu, par M. Hugon, 596 (pl. 394).
- — Note sur les, de mercure d’Almaden (Espagne) et de Santa-Barbara (Pérou), par M. G. E. Haiv-ley, 598.
- — Exploitation de, de graphite en Californie, 629.
- miroirs. Fabrique de petits, portatifs, par
- M. Paillard ; rapport de M. Wolf, 460.
- montres. Fabrication de, à bon marché, par M. Roskopf; rapport de M. Brôguet, 272 (dessins sur bois).
- — Système de, à remontoir oscillant, par M. Robert Theurer, 703.
- mordant. Emploi d’un, remplaçant le tartre dans la teinture, par M. J. Malfait, 62..
- moteur. Application d’un, électrique aux machines à coudre et aux navettes des métiers à tisser, par M. Cazal, 124.
- — Système de, à ressorts pour faire fonctionner les machines à coudre, par Mclles G. G. et A. Garcin, 703.
- — Système de, thermo-atmosphérique, par M. G. Lehmann, 743.
- moufles. Nouveau système de, et réas pour navires, par M. Henri Nic-k et Rives fils, 635. Moulage. Emploi de la glycérine pour le, du plâtre, par M. Ilofmann, 255.
- — Sur le, des objets en paraffine, 323.
- Mont. Dosage de l’acidité totale du, du raisin,
- par M. L, Pasteur, 509.
- m.
- Naplataline. Emploi de la, pour détruire les insectes nuisibles à l’agriculture, par M. E. Pe-louze; rapport de M. Relia, 85.
- — Purification de la, brute produite dans la distillation du goudron, par M. Muth, 252.
- Navires. Nouveau système de moufles et réas pour, par MM. Henri Nic-k et Rives fils, 635.
- — Procédé pour prévoir l’altération du doublage des, à la mer, par M. A. Robierre, 636.
- Nécrologie. Mort de sir David Rrewster, 118.
- — Mort de M. Vachon-Saulnier, membre de la Société, 126.
- — Éloge historique de Michel Faraday, par M. Dumas, 292.
- — Mort de M. Agasse, trésorier honoraire de la Société, 641.
- — Mort de M. Delesserl [François], dernier survivant des membres fondateurs de la Société, 701.
- Nitrate «le fer. Préparation d’un, pour la teinture, par M. Max-Rœ-ssler, 631.
- Nitroglycérine. Explosion de, à Newcastle, 246.
- — Sur l’emploi de la, dans l’exploitation des mines, par MM. E. Javal et J. Garnier, 639.
- Noir. Emploi d’un, d’aniline comme marque indélébile sur le linge, par M. Jacobsen, 52.
- — Sur la teinture en, de la soie, par M. Bolley, 632.
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- O.
- Œufs. Sur la consommation des, en Angleterre ; influence de la facilité des communications, 741.
- Optique. Lunette sous-marine perfectionnée, par MM. Wentzell et Achille Brachet, 514.
- — Recherches en vue de perfectionner les oculaires des instruments d’, par M. Le Roux, 638.
- Or. Sur la distribution géographique de 1’, et de l’argent aux États-Unis et dans les Canadas, par M. Jules Marcou, 177 (pl. 380).
- — Sur les mines d’, de la Transylvanie, par M. G. Tschermak, 453.
- Outils. Scie forestière, par M. Flarnm ; rapport de M. Chalin, 13 (dessin sur bois).
- — Système d’, pour tracer sur le marbre ou sur la fonte, par M. Edmond Rous, 702.
- — nouveaux, pour l’agriculture, par M. J, Mar-connier, 703.
- — Tire-cartouche pour les fusils se chargeant par la culasse, par M. Démonfaucon, 704.
- Ouvrages nouveaux. (Yoy. BÜMiogra-pliie.)
- Ozone. Appareil de M. Bennes pour la production de 1’, par l’électricité; communication de M. de Luynes, 63.
- P.
- Paille. Fabrication des chapeaux de, d’Italie;
- communication de M. Heuzè, 64, 374.
- Pain. Sur le danger d’empoisonnement par le, cuit dans des fours chauffés avec des bois de démolition ou avec des traverses usées de chemins de fer, par M. Vohl, 252.
- Pagtier. Préparation du, imperméable, 255.
- — Préparation d’un, pour faire des épreuves positives de couleur bleue, par M. E. Basliê, 707.
- — Pâtes à, par M. Gaillard, 746.
- Paraffine. Emploi de la, pour opérer certaines
- cristallisations, par M. Franz Slolba, 253.
- — Sur le moulage des objets en, 323. Paratonnerres. Instruction sur les, du
- Louvre et des Tuileries, par M. Pouillet, 684 (dessins sur bois); établissement du circuit des
- faîtes, 685; communication du circuit des faîtes avec le sol, 688; tiges des paratonnerres et leur jonction avec le circuit des faîtes, 693.
- Passementerie. Nouveau procédé de fabrication des fils dorés pour la, par M. Hélouis ; rapport de M. Debray, 201.
- Pavage* Système de, en bois, par M. S. Flocli, 636.
- Pétrole. Du commerce et de l’emploi du, par M. A. Fourcherai, 125.
- — Lampe de sûreté pour manipuler le, et autres liquides inflammables, par M. Boulanger; rapport de M. Clerget, 274 (dessins sur bois).
- — Appareil de sûreté pour l’emmagasinage du, par M. Jaudin, 379.
- — Recherches sur les différentes sortes de, d’Amérique, par MM. J. Pelouze et Aug. Cahours, 444.
- — Instruction concernant l’emploi des huiles de, destinées à l’éclairage, 447.
- — Réservoirs pour l’emmagasinage des huiles de, et autres liquides inflammables, par M. Ckiandi; rapport de M. Duchesne, 465 (pl. 391).
- — Travail relatif à la combustion des huiles de, et des huiles lourdes provenant de la fabrication du gaz, par M. Paul Audouin; communication de M. Dumas, 512.
- Photographie. Préparation du collodion pour la, par M. Reissig, 57.
- — Procédé de, sur pierre donnant des résultats comparables à la gravure sur bois, la lithographie, etc., par M. Jakob Husnik, 706.
- — Papier pour faire des épreuves positives de, en couleur bleue, par M. E. Baslié, 707.
- — Obtention directe sur pierre d’une image par la, par M. Bilordeaux; communication de M. Ernest Lacan, 747.
- Piano. Système de, fonctionnant par l’électricité, par M. Spiess, 640.
- Pierres. Sur la résistance des différentes, employées dans la construction du nouvel Opéra de Paris, par M. Delesse, 739.
- — Machine à travailler les, par M. Kern-Lemmer, 743.
- Pile. Présentation d’une, électrique delà grosseur d’un étui, par M. Trouvé; communication de M. Tresca, 188.
- — Nouvelle disposition de, à sulfate de cuivre, par M. Carré aîné; communication de M. Balard, 326.
- — Système de, remplaçant celle de Daniell, par M. Ch. Boulay, 384.
- Platine. Sur le chalumeau Schlœsing pour
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- fondre le, et le fer, par M. Debray, 146 (pl. 379).
- Platine. Eclairage produit par l’incandescence du, obtenue par la combustion d’un volume de gaz d’éclairage mêlé à deux volumes d’air, par M. R. d’IIurcourt, 512.
- Plâtre. Emploi de la glycérine pour le moulage du, par M. Hofmann, 255.
- Plomb. Sur la désargentation du, d’œuvre par le zinc et sur le procédé de M. Gorduriê; par M. L. Grimer, 729 (dessins sur bois).
- Plumes. Fabrication de brosses et de tapis en, d’oie par M. Bardin; rapport de M. Clerget, 521.
- — Fabrication analogue, par Mma Badin, 705.
- Poison. Remarques sur le, émis par les vapeurs de charbon, par M. A. Fræhde, 249.
- — Sur le danger de, par le pain cuit dans les fours chauffés avec des bois de démolition ou avec des traverses usées de chemins de fer, par M. Vohl, 252.
- — Observations sur les caries de visite contenant du, par M. Wittstein, 254.
- Pompe. Système de, pour les eaux impures, par M. Pignière, 325.
- — Nouveau système de, par M. de Monirichard,
- 742, 745.
- Pont. Démontage du, en acier établi, pendant l’Exposition de 1867, sur le quai près du Champ de Mars, 377.
- — Système de, en bois, par M. J. P. Dejoie, 704.
- Port. Construction du batardeau du, militaire de
- Brest, par M. Castor, 247.
- Portes. Fermeture hermétique de, et croisées, par M. F. Sery, 58.
- — Système pneumatique pour ouvrir les, à distance, par M. S. Pelletier; rapport de M. V. Bois, 587 (pl. 393).
- — Mécanisme de, s’ouvrant et se fermant par le poids d’une personne, par M. J. Marino, 743.
- Potasse. Emploi du picrate de, pour la préparation d’une nouvelle poudre de guerre, par M. Designolle; communication de M. Payen, 512, 714.
- Poudre. Emploi du picrate de potasse dans la préparation d’une nouvelle, de guerre, par M. Designolle ; communication de M. Payen, 512,
- 714.
- Presse. Nouvelle, dite sterhydraulique, de MM. Desgoffe et Ollivier; rapport de M. Tresca, 8 (pl. 372).
- — Système de, à air, par M. Duleil, 58.
- Presse. Système de, pour dessécher la tannée, par M. Bréval, 122.
- — Nouveau genre de, à vis, par M. Samain; rapport de M. Tresca, 581 (pl. 392).
- — Système de, par M. Ed. Heinhold, 635.
- Priorité. Réclamation de, adressée à la Société
- par M. Sorel, au sujet de l’emploi de la vapeur surchauffée, 58.
- — Réclamation adressée par M. d’Hurcourt,m sujet du système d’éclairage de M. Bourbouse, 125.
- — Réclamation de, présentée par M. Peschard, au sujet de l’application de l’électricité aux orgues d’église, 380.
- — Réclamation de, présentée, au nom de M. Bourguignon, par M. Payen, au sujet de la suspension de lampe à fumivore mobile de M. Silvant, 638.
- — Réclamation de, faite par M. François Durand, au sujet de la machine à faire les clous dorés, présentée par M. Dubreuil, 704.
- Prix. Mémoire sur un moteur à pression d’eau présenté pour le, mis au concours par la Société, 58.
- — Mémoire envoyé pour le, mis au concours sur les régulateurs de becs de gaz, ib. et 125.
- — Envoi de son moteur hydraulique à siphon pour le concours, parM. Knab, 124.
- — Mémoire sur le chauffage et la ventilation, envoyé pour les concours de, 124.
- — Moteur à arbre rotatif pour petit atelier, présenté pour le concours, 125.
- — Appared hydropneumatique pour les ouvriers qui taillent les meules de moulin, envoyé par M. L. Rolland-Banès, pour le, mis au concours,
- 185.
- — Fondation d’un, par les négociants du département des Alpes-Maritimes pour un procédé simple, rapide et pratique permettant de déterminer l’huile de graine mélangée à l’huile d’olive, 635.
- — Somme adressée à la Société, par M. Gustave Roy, au nom des exposants de la classe XXVII à l’Exposition de 1867, pour la fondation d’un, périodique pour l’industrie cotonnière, 702; rapport de M. Legrand, 708.
- — Incident relatif au, Alexandre, fondé pour la découverte d’une encre n’attaquant pas les plumes, 707.
- — Fondation d’un, par MM. Gouvy et Deheselles destiné à être décerné par la Société industrielle et commerciale de Verviers pour l’invention ou l’application la plus utile faite dans l’arrondissement de Verviers, 743.
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- Procès-verbaux des séances du Conseil d’administration. Séance ordinaire du 10 janvier (élections), 57;— du 24 janvier, 62 ; — du 14 février, 122;— du 28 février, 124; — du Cl mars, 184; — du 27 mars, 324; — du 24 avril, 379; — du 8 mai, 384; — du 22 mai, 453; — du 12 juin, 511 ; — du26 juin,514;—du 10 juillet, 635; — du 24 juillet, 638 ; — du 7 août, 641 ; — du 23 octobre, 701; — du 13 novembre, 706; — du 27 novembre, 742; — du 11 décembre, 745.
- Propulseur. Nouveau, pour bateaux à vapeur, par M. Ambroise Raphin, 325.
- Puits. Nouveau'systême de, par M. Bonnet; rapport deM. Tresca, 709 (pl. 398).
- — Sur le nouveau, artésien en cours d’exécution à Paris, 738.
- Pulpes. Sur une modification à introduire dans le traitement des, de betterave, par M. Champon-nois, 48.
- R.
- Réclamation de priorité adressée à la Société par M. Sorel pour l’emploi de la vapeur surchauffée, 58.
- — adressée par M. d’Hurcourt, au sujet du système d’éclairage de M. Bourbouse, 125.
- — de priorité présentée par M. Peschard, au sujet de l’application de l’électricité aux orgues d’église,
- 380.
- — présentée par M. Payen, au nom de M. Bourguignon, au sujet de la suspension de lampe à fumi-vore mobile de M. Silvant, 438.
- — de priorité, faite par M. François Durand, au sujet de la machine à faire les clous dorés, présentée par M. Dubreuil, 704.
- Réservoir. Système de, pour l’emmagasinage des huiles de pétrole et autres matières inflammables, par M. Ckiandi; rapport de M. Duchesne, 465 (pl. 391).
- Résistance. Sur la, des différentes pierres employées dans la construction du nouvel Opéra de Paris, par M. Delesse, 739.
- — Mémoires sur la, des solides soumis àlaflexion, par M. L. Aubert, 746.
- Ressorts. Sur la trempe des, et des lames de scie, 55.
- Ressorts. Sur l’emploi du liège comme, dans les waggons pour les marchandises lourdes, par M. Lange, 251.
- Rosaniïine. Emploi de la, pour reconnaître la présence des acides gras, par M. Jacobsen, 53.
- S.
- Safran. Substance explosive dite, artificiel ; communication de M. Chevallier, 188, 378.
- Sauvetage. Modification aux porte-amarre de, par M. Jacquemier, 325.
- Savon. Composition destinée à remplacer le, par MM. B. A. Guyot et F. L. Lacalm, 514.
- Scie. Système de, forestière, par M. Flamm; rapport de M. Chatin, 13 (dessin sur bois).
- — Sur la trempe des lames de, et des ressorts, 55.
- Sériciculture. Observations sur la maladie des vers à soie, par M. J. E. Teysmann, 116.
- — Système de, par M. le docteur Delprino; rapport de M. Bella, 186.
- — Educations précoces de graines de races indigènes provenant de chambrées choisies; lettres à M. Dumas, par M. Pasteur, 220.
- — Appareil de magnanerie adressé par M. Émile Nourrigat, 454.
- — Note sur la maladie des vers à soie désignés vulgairement sous le nom de morts-blancs ou morts-flats, par M. L. Pasteur, 568.
- — Production de graines de vers à soie exemptes de germes corpusculeux, par M. Marès, 571.
- — Lettre de M. Pierrugues témoignant des bons résultats obtenus par les procédés de M. Pasteur, 575.
- Serrurerie. Système de serrure avec sonnerie électrique, par MM. Duvé et Lemaire, 325.
- — Nouveau système de serrure, par M. J. Vallery, 746.
- Sièges. Fabrication de, en bois recourbés à la vapeur, par M. Parrabère, 743.
- Signaux. Etude sur les, des chemins de fer à double voie, par M. Édouard Brame; rapport de M. Bande, 257; description des appareils électriques Prudhomme appliqués aux trains de voyageurs, 266 (pl. 383).
- Sondage. Sur le nouveau, exécuté à Paris pour la recherche de l’eau, 738.
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- Sonnerie. Système de, pneumatique permettant aux conducteurs de chemins de fer de communiquer entre eux ; communication deM. Combes, 62; 448 (pl. 389).
- Soude. Sur la préparation de l’hypermanganale de, 250.
- Spectre. Expériences sur le, des métaux rares, par M. Lissajous, 60.
- Statistique. Sur la, des industries textiles de la France et de l’Angleterre, par M. Alcan, 579.
- — Documents de, sur les houillères de la Grande-Bretagne en 1867, 738.
- — Sur la consommation des œufs en Angleterre ; influence de la facilité des communications, 741.
- Sucre. Sur une modification à introduire dans le traitement des pulpes pour la fabrication du, de betterave, par M. Champonnois, 48.
- — Sur le sulfate de chaux contenu dans les solutions de, par M. Sosimann, 256.
- — Procédés employés par M. Dubrunfaut pour la séparation des sels contenus dans les jus servant à la fabrication du; communication de M. de Luynes, 381.
- — Nouveau procédé de M. Champonnois pour l’extraction du, indigène; communication de M. Payen, 413; influence du chauffage de la pulpe relativement à la fixation des substances azotées et salines, 415 ; détermination des sels, 416.
- Sulfate de chaux. Sur le, contenu dans les solutions de sucre, par M. Sosimann, 256.
- Sûreté. Échelle de, par M. Benoît-Voisin, 58.
- — Démarques au sujet de l’emploi de la lampe de, dans les mines, par M. Combes, 126, et par M. Dumas, 127.
- — Lampe de, pour les personnes qui manipulent des liquides inflammables, par M. Boulanger ; rapport de M. Clerget, 274 (dessin sur bois).
- — Appareil de, pour l’emmagasinage des huiles volatiles, par M. Jaudin, 379.
- — Système de, pour fusils de chasse, par M. P. E. J. Fleury, 384.
- T.
- Tartre. Emploi d’un mordant remplaçant le, dans la teinture, par M. J. Mal fait, 62. Teinture. Emploi d’un mordant remplaçant le tartre dans la, par M. J. Mal fait, 62.
- Teinture. Nitrate de fer pour la, par M. Max-Bœssler, 631.
- — Sur la, de la soie en noir, par M. Bolley, 632.
- — Substitution du sulfure de mercure au tannate de fer pour la, en gris, par MM. Edouard May et Louis Bretonnière, 635.
- — Machine servant à la, des étoffes de soie défraîchies, par M. E. Bobert, 641.
- Télégraphie électrique. Sur l’appareil de, imprimant de M. Hughes, construit par M. Dumoulin-Froment, 18 (pl. 373, 374 et dessins sur bois).
- — Appareils de, pour avertir de la rupture d’un convoi de chemin de fer, par M. Auguste Leard, 62.
- — Description des appareils électriques Prud-homme appliqués aux trains de voyageurs, 266 (pl. 383).
- — Appareil de, très-simple, par M. Rémond; communication de M. Lissajous, 516.
- Thallium. Sur la présence du trioxyde de, dans le produit de l’électrolyse des combinaisons de ce métal et sur une propriété remarquable de cet oxyde, par M. Bottger, 741.
- Théâtre. Sur la résistance des différentes pierres employées dans la construction du nouveau, d’Opéra de Paris, par M. Delesse, 739.
- Tiroir. Nouvelles combinaisons pour simplifier le mécanisme du, dans les machines à vapeur, par M. Deprez; communication de M. Combes, 640.
- Tissage. Nouveau mode de, des gazes de soie, par M. Garpe?iiier; rapport de M. Alcan, 517.
- Tissus. Mémoire sur la fabrication d’un nouveau genre de, par M. F. Vouillon, 58.
- — Valeur des fils et, fabriqués par les principaux pays de l’Europe; note de M. Alcan, 579.'
- — Machines à griller les, au gaz, et à ramer et sécher les, par M. Tulpin aîné; rapport de M. La-boulaye, 650 (pl. 396).
- Toile métallique* Application d’émail sur, par M. E. Heinhold, 125.
- Tonneau. Système de, pour la conservation des liquides, parM. A. Cresson, 123.
- — Bonde à soupape pour, par M. H. Drion, 453.
- Tonte. Appareil mécanique pour la, des animaux, par MM. deNabat; rapport de M. Bella, 139 (pl. 378).
- Tour. Fabrication au, des vis sans fin à filets convergents, par M. N. Delaîirc, 122.
- — Système de, à archet, par MM. Piol et Barthélemy, 124.
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- Travaux publics. Construction du batardeau du port militaire de Brest, par M. Castor, 247.
- — État d’avancement des travaux du canal de Suez, 324.
- — Distribution des eaux du Nil au Caire, par M. Cordier, 310.
- — Sur la résistance des différentes pierres employées dans la construction du nouvel Opéra de Paris, par M. Delesse, 739.
- Trempe. Sur la, des lames de scie et des ressorts, 55.
- Tubes. Fabrication des, à couleurs en étain, par M. Richard aîné; rapport de M. Tresca, 398 (dessins sur bois).
- — Système de, flexibles capables de remplacer avec avantage ceux en cuir ou en caoutchouc, par MM. Lebon et Redon, 514.
- Tunnel. Situation des travaux du, du mont Cénis, 118.
- — Un nouveau, sous la Tamise, 245.
- Tuyaux. Joints de, pour canalisation, par M. E.
- Cadet, 743.
- — Mémoire sur la fabrication des, de plomb doublés d’étain, par M. A. Hcnnon, 746.
- Typographie. Moyen simple d’arrêter toutes les formes de, par M. A. Royer, 379.
- — Compositeur mécanique pour la, par M. Flamm; rapport de M. Laboulaye, 389 (pl. 387).
- U.
- Ustensiles. Emploi de l’acier Ressemer dans la fabrication des, de ménage, 54.
- V.
- Vapeur. Réclamation de priorité adressée' à la Société par M. Sorel au sujet de l’emploi de la, surchauffée, 58.
- — Emploi de la, pour le lessivage, par MM. J. De-coudnn et comp., 125.
- — Utilisation de l’eau entraînée par la, dans les générateurs, par M. H. Petit-Pierre, 325.
- — Étude sur la distribution de la, dans les machines au moyen d’un tiroir unique, par M. Combes, 474, 526 (dessins sur bois).
- — Emploi de la, pour cuire les couleurs, et appa-
- reil extracteur de, condensée, par M. Tulpin aîné; rapport de M. Laboulaye, 650 (pi. 397).
- Vapeur. Communication de M. Ordinaire de la Collonge relative à la publicité de son idée de faire marcher les roues à réaction à vapeur avec de la vapeur intermittente, 743.
- Ventilateur. Système de, pour empêcher les cheminées de fumer et aérer les appartements, par M. Fromcntel, 636.
- Verre. Four à refroidir le, à vitre, parM. D. Rie-vez, 207 (pl. 382).
- — Mastic pour fixer le laiton sur le, par M. Pus-cher, 253.
- — Four à étendre le, à vitre et les glaces, par M. F. Lever ne, 641.
- Vers à soie. (Voy. Sériciculture.)
- Viande. Extrait de, par MM. P. C'ere et Ém. Mongruel, 58.
- — Sur la, qu’on prépare à la Plata, 117.
- Vin. Instrument pour le dosage instantané du, par MM. Musculus, Valsen et Garcerie, 380.
- — Dosage de l’acidité totale du moût dans la fabrication du, par M. L. Pasteur, 509.
- — Sur la présence de la gomme dans le, par M. L. Pasteur, 626.
- — Remplacement du pressoir par l’essoreuse pour la fabrication du, par M. Leduc, 702.
- — Sur la substitution du pesage au mesurage du, par M. C. Saintpierre, 705.
- Vis. Tour à fabriquer les, sans fin à filets convergents, par M. N. Delaître, 122.
- Voitures. Système de frein pour, agissant par la pression du dos des voyageurs, par M. F. Per-rolaz, 454.
- — Nouveau frein pour, par M. Eugène Huzar, 635.
- w.
- Waggons. Sur l’emploi du liège comme ressort dans les, pour les marchandises lourdes, par M. Lunge, 251.
- Z.
- Zinc. Sur la désargentation du plomb d’œuvre par le, et sur le procédé de M. Cordurié, par M. L. Grimer, 729 (dessins sur bois).
- — Emploi de l’électricité pour recouvrir les métaux de, et d’étain, par M. A. Maistrasse, 746.
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- TABLE DES PLANCHES ET DES DESSINS.
- PLANCHES.
- Pages.
- PL 372, simple. Presse dite s ter hydraulique, par MM. Uesgoffe et Ollivier............... 12
- PI. 373, triple. Appareil télégraphique imprimant, par M. Hughes........................... 25
- PI. 374, triple. Id. id. .....................
- PI. 375, triple. Moteur rectiligne à tricot, à diminutions automatiques, par M. Tailbouis. . . 76
- PI. 376, triple. Id. id. . . . %b,
- PI. 377, triple. Chemin de fer métropolitain de Londres................................... 117
- PL 378, simple. Tondeuse mécanique, par MM. de Nabat.................................... 141
- PL 379, double. A, appareil de chauffage par le gaz, par M. Perrot.— B, chalumeau Schlœ-
- sing construit par M. Wiessnegg....................................... 147
- PL 380, double. Distribution de l’or et de l’argent aux Etats-Unis, par M. Jules Marcou. . . 180
- PL 381, simple. Appareil destiné à la conservation du bois, par M. Hugon...................200
- PL 382, simple. Four à refroidir le verre à vitre, par M. D. Bievez........................208
- PL 383, triple. Appareils électriques du système Prudhomme appliqués aux trains de
- voyageurs............................................................. 271
- PL 384, double. Métier circulaire à tricot, par M. Tailbouis...............................285
- PL 385, simple. Petite machine à coudre, par M. Journaux-Leblond...........................333
- PL 386, triple. Système de plan incliné, par M. Roux.......................................340
- PL 387, double. Compositeur typographique mécanique, par M. Flamm..........................397
- PL 388, simple. Compteur à eau, par M. Villière........................................... 406
- PL 389, simple. Appareils pneumatiques permettant aux agents des trains de communiquer
- entre eux, par M. Joly................................................ 451
- PL 390, double. Machine a imprimer les cahiers d’école, par M. Godchaux..................459
- PL 391, simple. Réservoir pour l’emmagasinage du pétrole, par M. Ckiandi................ 473
- Pl. 392, double. Nouveau système de presse à vis, par M. Samain...........................586
- PL 393, simple. Système pneumatique pour ouvrir les portes à distance................... 590
- PL 394, simple. Appareil à désagréger les roches par le feu, par M. Hugon................598
- PL 395, simple. Chaudière à vapeur en tôle ondulée, par M. Carville......................649
- PL 396, triple. A, tambour à ramer et sécher les tissus.— B, grilloir à gaz pour les tissus,
- par M. Tulpin aîné.................................................... 655
- PL 397, double. A, appareil pour cuire les couleurs à la vapeur. — B, appareil extracteur
- d’eau de condensation. — C, machine à laver les écheveaux, par M. Tulpin aîné.............................................................. 657
- PL 398, simple. Nouveau système de puits, par M. Donnet................................. 713
- PL 399, simple. Fusil à aiguille, système Chassepot..................................... 725
- Tome XV. — 67e année. 2e série. — Décembre 1868. 100
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- DESSINS.
- Pages.
- Scie forestière, par M. Fiamm. — 1 figure............................................... 18
- Appareil télégraphique imprimant, par M. Hughes. — 3 figures.....................23 et 25
- Appareil nouveau dit anti-incrustateur magnétique, destiné à prévenir les dépôts calcaires
- dans les chaudières à vapeur, par M. Baker. — 7 figures.................. 154, 155 et 156
- Boucle de harnais, par M. le docteur Blatin. — 2 figures................................206
- Montres à bon marché, par M. Roskopf. — 2 figures.......................................274
- Lampe de sûreté, par M. Boulanger.— 1 figure............................................278
- Note sur les minerais de fer de la Grande-Bretagne, par M. Robert Hunt. — 8 figures. 344,
- 345, 346 et 348
- Tubes à couleur, par M. Richard aîné. — 4 figures................................401 et 402
- Expériences relatives à la production de la lumière voltaïque, par M. Le Roux.— 2 figures.
- 422 et 427
- Étude sur la distribution de la vapeur dans les machines au moyen d’un tiroir unique, par M. Combes. — 17 figures. 478, 479, 487, 495, 527, 532, 534, 539, 544, 545, 546, 547,
- 548, 555, 557, 561 et 566
- Appareil à préparer l’eau de Seltz artificielle, par MM. Gueret. — 1 figure.........................594
- Compas porte-mine, par M. Lamotte-Lafleur. — 2 figures.............................................. 662
- Instruction sur les paratonnerres, par M. Pouillet. — 10 figures. 685, 686, 687, 690, 691,
- 692, 693, 694 et 695
- Procédé de M. Cordurié pour la désargentation du plomb d’œuvre par le zinc. — 3 figures,
- 732 et 733
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- Paris. — Imprimerie de madame veuve ROI CHARD-HUZARD, rue de l’Eperon, 5.
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